The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome V.
by Napolon Bonaparte

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Title: Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome V.

Author: Napolon Bonaparte

Release Date: September 16, 2004 [EBook #13475]

Language: French

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OEUVRES DE NAPOLON BONAPARTE.

TOME CINQUIME.

PARIS, C.L.F. PANCKOUCKE, DITEUR,

MDCCCXXI.



OEUVRES DE NAPOLON BONAPARTE.

CAMPAGNE DE RUSSIE.

LIVRE SEPTIME.



Gumbinnen, 20 juin 1812.

_Premier bulletin de la grande arme_.

A la fin de 1810, la Russie changea de systme politique; l'esprit
anglais reprit son influence; l'ukase sur le commerce en fut le premier
acte.

En fvrier 1811, cinq divisions de l'arme russe quittrent  marches
forces le Danube, et se portrent en Pologne. Par ce mouvement, la
Russie sacrifia la Valachie et la Moldavie.

Les armes russes runies et formes, on vit paratre une protestation
contre la France, qui fut envoye  tous les cabinets. La Russie annona
par l qu'elle ne voulait pas mme garder les apparences. Tous les
moyens de conciliation furent employs de la part de la France: tout fut
inutile.

A la fin de 1811, six mois aprs, on vit en France que tout ceci ne
pouvait finir que par la guerre; on s'y prpara. La garnison de Dantzick
fut porte  vingt mille hommes. Des approvisionnemens de toute espce,
canons, fusils, poudre, munitions, quipage de pont, furent dirigs sur
cette place; des sommes considrables furent mises  la disposition du
gnie, pour en accrotre les fortifications.

L'arme fut mise sur le pied de guerre. La cavalerie, le train
d'artillerie, les quipages militaires furent complts.

En mars 1812, un trait d'alliance fut conclu avec l'Autriche: le mois
prcdent, un trait avait t conclu avec la Prusse.

En avril, le premier corps de la grande arme se porta sur l'Oder;

Le deuxime corps se porta sur l'Elbe;

Le troisime corps, sur le Bas-Oder;

Le quatrime corps partit de Vronne, traversa le Tyrol, et se rendit en
Silsie. La garde partit de Paris.

Le 22 avril, l'empereur de Russie prit le commandement de son arme,
quitta Ptersbourg, et porta son quartier-gnral  Wilna.

Au commencement de mai, le premier corps arriva sur la Vistule  Elbing
et  Marienbourg;

Le deuxime corps,  Marienwerder;

Le troisime corps,  Thorn;

Le quatrime et le sixime corps,  Plock;

Le cinquime corps se runit  Varsovie;

Le huitime corps, sur la droite de Varsovie;

Le septime corps,  Putavy.

L'empereur partit de Saint-Cloud le 9 mai, passa le Rhin le 13, l'Elbe
le 29, et la Vistule le 6 juin.



Wilkowisky, le 22 juin 1812.

_Deuxime bulletin de la grande arme._

Tout moyen de s'entendre entre les deux empires devenait impossible:
l'esprit qui dominait le cabinet russe le prcipita  la guerre. Le
gnral Narbonne, aide-de-camp de l'empereur, fut envoy  Wilna, et
ne put y sjourner que peu de jours. On acqurait la preuve que la
sommation arrogante et tout--fait extraordinaire qu'avait prsente le
prince Kourakin, o il dclara ne vouloir entrer dans aucune explication
que la France n'et vacu le territoire de ses propres allis, pour
les livrer  la discrtion de la Russie, tait le _sine qu non_ de ce
cabinet; et il s'en vantait auprs des puissances trangres.

Le premier corps se porta sur la Prgel. Le prince d'Eckmlh eut son
quartier-gnral le 11 juin  Koenigsberg.

Le marchal duc de Reggio, commandant le deuxime corps, eut son
quartier-gnral  Vehlau; le marchal duc d'Elchingen, commandant le
troisime corps,  Soldapp; le prince vice-roi,  Rastembourg; le roi
de Westphalie,  Varsovie; le prince Poniatowski,  Pulstuk; l'empereur
porta son quartier-gnral, le 12, sur la Prgel,  Koenigsberg; le 17,
 Justerburg; le 19,  Gumbinnen.

Un lger espoir de s'entendre existait encore. L'empereur avait donn
au comte de Lauriston l'instruction de se rendre auprs de l'empereur
Alexandre, ou de son ministre des affaires trangres, et de voir s'il
n'y aurait pas moyen de revenir sur la sommation du prince Kourakin,
et de concilier l'honneur de la France et l'intrt de ses allis avec
l'ouverture des ngociations.

Le mme esprit qui rgnait dans le cabinet russe empcha, sous diffrens
prtextes, le comte de Lauriston de remplir sa mission; et l'on vit pour
la premire fois un ambassadeur ne pouvoir approcher ni le souverain, ni
son ministre dans des circonstances aussi importantes. Le secrtaire de
lgation Prvost apporta ces nouvelles  Gumbinnen, et l'empereur donna
l'ordre de marcher pour passer le Nimen: Les vaincus, dit-il, prennent
le ton de vainqueurs; la fatalit les entrane, que les destins
s'accomplissent. S.M. fit mettre  l'ordre de l'arme la proclamation
suivante:

Soldats,

La seconde guerre de Pologne est commence. La premire s'est termine 
Friedland et  Tilsitt:  Tilsitt, la Russie a jur ternelle alliance 
la France, et guerre  l'Angleterre. Elle viole aujourd'hui ses sermens!
Elle ne veut donner aucune explication de son trange conduite, que les
aigles franaises n'aient repass le Rhin, laissant par l nos allis 
sa discrtion.

La Russie est entrane par la fatalit! Ses destins doivent
s'accomplir. Nous croirait-elle donc dgnrs? ne serions-nous donc
plus les soldats d'Austerlitz? Elle nous place entre le dshonneur et
la guerre. Le choix ne saurait tre douteux. Marchons donc en avant!
passons le Nimen: portons la guerre sur son territoire. La seconde
guerre de Pologne sera glorieuse aux armes franaises, comme la
premire; mais la paix que nous conclurons portera avec elle sa
garantie, et mettra un terme  cette orgueilleuse influence que la
Russie a exerce depuis cinquante ans sur les affaires de l'Europe.



Kowno, le 26 juin 1812.

_Troisime bulletin de la grande arme._

Le 23 juin, le roi de Naples, qui commande la cavalerie, porta son
quartier-gnral  deux lieues du Nimen, sur la rive gauche. Ce prince
a sous ses ordres immdiats les corps de cavalerie commands par les
gnraux comtes Nansouty et Montbrun; l'un compos des divisions aux
ordres des gnraux comtes Bruyres, Saint-Germain et Valence; l'autre
compos des divisions aux ordres du gnral baron Vattier, et des
gnraux comtes Sbastiani et Defrance.

Le marchal prince Eckmlh, commandant le premier corps, porta son
quartier-gnral au dbouch de la grande fort de Pilwiski.

Le deuxime corps et la garde suivirent le mouvement du premier corps.

Le troisime corps se dirigea par Marienpol. Le vice-roi, avec les
quatrime et sixime corps rests en arrire, se porta sur Kalwary.

Le roi de Westphalie se porta  Novogorod avec les cinquime, septime
et huitime corps.

Le premier corps d'Autriche, command par le prince de Schwartzemberg,
quitta Lemberg le..., fit un mouvement sur sa gauche, et s'approcha de
Lublin.

L'quipage de ponts, sous les ordres du gnral Ebl, arriva le 23 
deux lieues du Nimen.

Le 23,  deux heures du matin, l'empereur arriva aux avant-postes prs
de Kowno, prit une capote et un bonnet polonais d'un des chevau-lgers,
et visita les rives du Nimen, accompagn seulement du gnral du gnie
Haxo.

A huit heures du soir, l'arme se mit en mouvement. A dix heures,
le gnral de division comte Morand fit passer trois compagnies de
voltigeurs, et au mme moment trois ponts furent jets sur le Nimen.
A onze heures, trois colonnes dbouchrent sur les trois ponts. A une
heure un quart le jour commenait dj  paratre;  midi, le gnral
baron Pajol chassa devant lui une nue de cosaques, et fit occuper Kowno
par un bataillon.

Le 24, l'empereur se porta  Kowno.

Le marchal prince d'Eckmlh porta son quartier-gnral  Roumchicki;

Et le roi de Naples  Eketanoui.

Pendant toute la journe du 24 et celle du 25, l'arme dfila sur les
trois ponts. Le 24 au soir, l'empereur fit jeter un nouveau pont sur la
Vilia, vis--vis de Kowno, et fit passer le marchal duc de Reggio avec
le deuxime corps. Les chevau-lgers polonais de la garde passrent  la
nage. Deux hommes se noyaient, lorsqu'ils furent sauvs par des nageurs
du vingt-sixime lger. Le colonel Guhneuc s'tant imprudemment expos
pour les secourir, prissait lui-mme; un nageur de son rgiment le
sauva.

Le 25, le duc d'Elchingen se porta  Kormelou; le roi de Naples se porta
 Jijmoroui: les troupes lgres de l'ennemi furent chasses de tous
cts.

Le 26, le marchal duc de Reggio arriva  Janow; le marchal duc
d'Elchingen arriva  Sgorouli; les divisions lgres de cavalerie
couvrirent toute la plaine jusqu' dix lieues de Wilna.

Le 24, le marchal duc de Tarente, commandant le dixime corps, dont
les Prussiens font partie, a pass le Nimen  Tilsitt, et marche sur
Rossiena, afin de balayer la rive droite du fleuve et de protger la
navigation.

Le marchal duc de Bellune, commandant le neuvime corps, ayant sous ses
ordres les divisions Heudelet, Lagrange, Durutte, Partouneaux, occupe le
pays entre l'Elbe et l'Oder.

Le gnral de division comte Rapp, gouverneur de Dantzick, a sous ses
ordres la division Daendels.

Le gnral de division comte Hogendorp est gouverneur de Koenigsberg.

L'empereur de Russie est  Wilna avec sa garde et une partie de son
arme, occupant Ronikoutoui et Newtroki.

Le gnral russe Bagawout, commandant le deuxime corps, et une partie
de l'arme russe coupe de Wilna, n'ont trouv leur salut qu'en se
dirigeant sur la Dwina.

Le Nimen est navigable pour des bateaux de deux  trois cents tonneaux
jusqu' Kowno. Ainsi, les communications par eau sont assures
jusqu' Dantzick et avec la Vistule, l'Oder et l'Elbe. Un immense
approvisionnement en eau-de-vie, en farine, en biscuit, file de Dantzick
et de Koenigsberg sur Kowno. La Vilia, qui passe  Wilna, est navigable
pour de plus petits bateaux, depuis Kowno jusqu' Wilna. Wilna, capitale
de la Lithuanie, l'est de toute la Pologne russe. L'empereur de Russie
est depuis plusieurs mois dans cette ville, avec une partie de sa cour.
L'occupation de cette place par l'arme franaise sera le premier
fruit de la victoire. Plusieurs officiers de cosaques et des officiers
porteurs de dpches ont t arrts par la cavalerie lgre.



Wilna, le 30 juin 1812.

_Quatrime bulletin de la grande arme._

Le 27, l'empereur arriva aux avant-postes  deux heures aprs-midi, et
mit en mouvement l'arme pour s'approcher de Wilna et attaquer, le 28, 
la pointe du jour, l'arme russe, si elle voulait dfendre Wilna ou en
retarder la prise, pour sauver les immenses magasins qu'elle y avait.
Une division russe occupait Troki, et une autre division tait sur les
hauteurs de Waka.

A la pointe du jour, le 28, le roi de Naples se mit en mouvement avec
l'avant-garde et la cavalerie lgre du gnral comte Bruyres. Le
marchal prince d'Eckmlh l'appuya avec son corps. Les Russes se
reployrent partout. Aprs avoir chang quelques coups de canon, ils
repassrent en toute hte la Vilia, brlrent le pont de bois de Wilna,
et incendirent d'immenses magasins, valus  plusieurs millions de
roubles; plus de cent cinquante mille quintaux de farine, un immense
approvisionnement de fourrages et d'avoine, une masse considrable
d'effets d'habillement furent brls. Une grande quantit d'armes, dont
en gnral la Russie manque, et de munitions de guerre, furent dtruites
et jetes dans la Vilia.

A midi, l'empereur entra dans Wilna. A trois heures, le pont sur la
Vilia fut rtabli: tout les charpentiers de la ville s'y taient ports
avec empressement, et construisaient un pont en mme temps que les
pontonniers en construisaient un autre.

La division Bruyres suivit l'ennemi sur la rive gauche. Dans une lgre
affaire d'arrire-garde, une cinquantaine de voitures furent enleves
aux Russes. Il y eut quelques hommes tus et blesss; parmi ces derniers
est le capitaine de hussards Sgur. Les chevau-lgers polonais de la
garde firent une charge sur la droite de la Vilia, mirent en droute,
poursuivirent et firent prisonniers bon nombre de cosaques.

Le 15, le duc de Reggio avait pass la Vilia sur un pont jet prs
de Kowno. Le 26, il se dirigea sur Jonow, et le 27 sur Chatou. Ce
mouvement obligea le prince de Wittgenstein, commandant le premier corps
de l'arme russe,  vacuer toute la Samogitie et le pays situ entre
Kowno et la mer, et  se porter sur Wilkomir en se faisant renforcer par
deux rgimens de la garde.

Le 28, la rencontre eut lieu. Le marchal duc de Reggio trouva l'ennemi
en bataille vis--vis Develtovo; La canonnade s'engagea: l'ennemi fut
chass de position en position, et repassa avec tant de prcipitation le
pont, qu'il ne put pas le brler. Il a perdu trois cents prisonniers,
parmi lesquels plusieurs officiers, et une centaine d'hommes tus ou
blesss. Notre perte se monte  une cinquantaine d'hommes.

Le duc de Reggio se loue de la brigade de cavalerie lgre que commande
le gnral baron Castex, et du onzime rgiment d'infanterie lgre,
compos en entier de Franais des dpartemens au-del des Alpes. Les
jeunes conscrits romains ont montr beaucoup d'intrpidit.

L'ennemi a mis le feu  son grand magasin de Wilkomir. Au dernier
moment, les habitans avaient pill quelques tonneaux de farine; on est
parvenu  en recouvrer une partie.

Le 29, le duc d'Elchingen a jet un pont vis--vis Souderva pour passer
la Vilia. Des colonnes ont t diriges sur les chemins de Grodno et
de la Volhynie, pour marcher  la rencontre des diffrens corps russes
coups et parpills.

Wilna est une ville de vingt-cinq  trente mille ames, ayant un grand
nombre de couvens, de beaux tablissemens et des habitans pleins de
patriotisme. Quatre ou cinq cents jeunes gens de l'Universit, ayant
plus de dix-huit ans, et appartenant aux meilleures familles, ont
demand  former un rgiment.

L'ennemi se retire sur la Dwina. Un grand nombre d'officiers
d'tat-major et d'estafettes tombent  chaque instant dans nos mains.
Nous acqurons la preuve de l'exagration de tout ce que la Russie a
publi sur l'immensit de ses moyens. Deux bataillons seulement par
rgiment sont  l'arme; les troisimes bataillons, dont beaucoup
d'tats de situation ont t intercepts dans la correspondance des
officiers des dpts avec les rgimens, ne se montent pour la plupart
qu' cent vingt ou deux cents hommes.

La cour est partie de Wilna vingt-quatre heures aprs avoir appris notre
passage  Kowno. La Samogitie, la Lithuanie sont presque entirement
dlivres. La centralisation de Bagration vers le nord a fort affaibli
les troupes qui devaient dfendre la Volhynie.

Le roi de Westphalie, avec le corps du prince Poniatowski, le septime
et le huitime corps, doit tre entr le 29  Grodno.

Diffrentes colonnes sont parties pour tomber sur les flancs du corps de
Bagration, qui, le 20, a reu l'ordre de se rendre  marche force
de Proujanoui sur Wilna, et dont la tte tait dj arrive  quatre
journes de marche de cette dernire ville, mais que les vnement ont
force de rtrograder et que l'on poursuit.

Jusqu' cette heure, la campagne n'a pas t sanglante; il n'y a eu que
des manoeuvres: nous avons fait en tout mille prisonniers; mais l'ennemi
a dj perdu la capitale et la plus grande partie des provinces
polonaises, qui s'insurgent. Tous les magasins de premire, de deuxime
et de troisime lignes, rsultat de deux annes de soins, et valus
plus de vingt millions de roubles, sont consums par les flammes ou
tombs en notre pouvoir. Enfin, le quartier-gnral de l'arme franaise
est dans le lieu o tait la cour depuis six semaines.

Parmi le grand nombre de lettres interceptes, on remarque les deux
suivantes; l'une de l'intendant de l'arme russe, qui fait connatre que
dj la Russie ayant perdu tous ses magasins de premire, de deuxime et
de troisime lignes, est rduite  en former en toute hte de nouveaux;
l'autre, du duc Alexandre de Wurtemberg, faisant voir qu'aprs peu de
jours de campagne, les provinces du centre sont dj dclares en tat
de guerre.

Dans la situation prsente des choses, si l'arme russe croyait avoir
quelque chance de victoire, la dfense de Wilna valait une bataille; et
dans tous les pays, mais surtout dans celui o nous nous trouvons, la
conservation d'une triple ligne de magasins aurait d dcider un gnral
 en risquer les chances.

Des manoeuvres ont donc seules mis au pouvoir de l'arme franaise une
bonne partie des provinces polonaises, la capitale et trois lignes
de magasins. Le feu a t mis aux magasins de Wilna avec tant de
prcipitation, qu'on a pu sauver beaucoup de choses.



Au quartier gnral imprial de Wilna, le 1er juillet 1812.

_Ordre du jour sur l'organisation de la Lithuanie._

Il y aura un gouvernement provisoire de la Lithuanie, compos de sept
membres et d'un secrtaire-gnral. La commission du gouvernement
provisoire de la Lithuanie sera charge de l'administration des
finances, des subsistances, de l'organisation des troupes du pays, de la
formation des gardes nationales et de la gendarmerie. Il y aura
auprs de la commission provisoire du gouvernement de la Lithuanie un
commissaire imprial.

Chacun des gouvernemens de Wilna, Grodno, Minsk et Byalistock sera
administr par une commission de trois membres, prside par un
intendant. Ces commissions administratives seront sous les ordres de la
commission provisoire de gouvernement de la Lithuanie.

L'administration de chaque district sera confie  un sous-prfet.

Il y aura, pour la ville de Wilna, un maire, quatre adjoints et un
conseil municipal compos de douze membres. Cette administration sera
charge de la gestion des biens de la ville, de la surveillance des
tablissemens de bienfaisance et de la police municipale.

Il sera form  Wilna une garde nationale compose de deux bataillons.
Chaque bataillon sera de six compagnies. La force des deux bataillons
sera de quatre cent cinquante hommes.

Il y aura dans chacun des gouvernemens de Wilna, Grodno, Minsk et
Byalistock une gendarmerie commande par un colonel ayant sous ses
ordres; savoir: ceux des gouvernemens de Wilna et de Minsk, deux chefs
d'escadron; ceux des gouvernemens de Grodno et de Byalistock, un chef
d'escadron. Il y aura une compagnie de gendarmerie par district. Chaque
compagnie sera compose de cent sept hommes.

Le colonel de la gendarmerie rsidera au chef-lieu du gouvernement. La
rsidence des officiers et l'emplacement des brigades seront dtermins
par la commission provisoire de gouvernement de la Lithuanie.

Les officiers, sous-officiers et volontaires gendarmes, seront pris
parmi les gentilshommes propritaires du district: aucun ne pourra s'en
dispenser. Il seront nomms; savoir: les officiers, par la commission
provisoire de gouvernement de la Lithuanie; les sous-officiers et
volontaires gendarmes, par les commissions administratives des
gouvernemens de Wilna, Grodno, Minsk et Byalistock.

L'uniforme de la gendarmerie sera l'uniforme polonais.

La gendarmerie fera le service de police; elle prtera main-forte
 l'autorit publique; elle arrtera les tranards, maraudeurs et
dserteurs, de quelque arme qu'ils soient. Notre ordre du jour, en date
du ... juin dernier, sera publi dans chaque gouvernement, et il y sera,
en consquence, tabli une commission militaire.

Le major-gnral nommera un officier-gnral ou suprieur, franais ou
polonais, des troupes de ligne, pour commander chaque gouvernement.
Il aura sous ses ordres les gardes nationales, la gendarmerie et les
troupes du pays.

NAPOLON.



Wilna, le 6 juillet 1812.

_Cinquime bulletin de la grande arme._

L'arme russe tait place et organise de la manire suivante au
commencement des hostilits:

Le premier corps command par le prince Wittgenstein, compos des
cinquime et quatrime divisions d'infanterie, et d'une division de
cavalerie, formant en tout dix-huit cents hommes, artillerie et sapeurs
compris, avait t long-temps  Chawli. Il avait depuis occup Rosiena,
et tait le 24 juin  Keydanoui.

Le deuxime corps, command par le gnral Bagavout, compos des
quatrime et dix-septime divisions d'infanterie, et d'une division de
cavalerie prsentant la mme force, occupait Kowno.

Le troisime corps, command par le gnral Schomoaloff, compos de la
premire division de grenadiers, d'une division d'infanterie et d'une
division de cavalerie, formant vingt-quatre mille hommes, occupait
New-Troki.

Le quatrime corps, command par le gnral Tutschkoff, compos des
onzime et vingt-troisime divisions d'infanterie et d'une division de
cavalerie, formant dix-huit mille hommes, tait plac depuis New-Troki
jusqu' Lida.

La garde impriale tait  Wilna.

Le sixime corps, command par le gnral Doctorow, compos de deux
divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie, formant dix-huit
mille hommes, avait fait partie de l'arme du prince Bagration. Au
milieu de juin, il arriva  Lida, venant de la Volhynie pour renforcer
la premire arme. Ce corps tait,  la fin de juin, entre Lida et
Grodno.

Le cinquime corps, compos de la deuxime division de grenadiers, des
douzime, dix-huitime et vingt-sixime divisions d'infanterie, et
de deux divisions de cavalerie, tait le 30  Wolkowisk. Le prince
Bagration commandait ce corps, qui pouvait tre de quarante mille
hommes.

Enfin, les neuvime et quinzime divisions d'infanterie et une division
de cavalerie, commandes par le gnral Markow, se trouvaient dans le
fond de la Volhynie.

Le passage de la Vilia, qui eut lieu le 25 juin, et la marche du duc de
Reggio sur Janow et sur Chatoui, obligrent le corps de Wittgenstein
 se porter sur Wilkomir et sur la gauche, et le corps de Bagawout
 gagner Dunabourg par Mouchnicki et Gedroitse. Ces deux corps se
trouvaient ainsi coups de Wilna.

Les troisime et quatrime corps, et la garde impriale russe, se
portrent de Wilna sur Nementschin, Swentzianoui et Vidzoui. Le roi de
Naples les poussa vivement sur les deux rives de la Vilia. Le dixime
rgiment de hussards polonais, tenant la tte de colonne de la division
du comte Sbastiani, rencontra prs de Lebowo un rgiment de cosaques de
la garde qui protgeait la retraite de l'arrire-garde, et le chargea
tte baisse, lui tua neuf hommes et fit une douzaine de prisonniers.
Les troupes polonaises, qui jusqu' cette heure ont charg, ont montr
une rare dtermination. Elles sont animes par l'enthousiasme et la
passion.

Le 3 juillet, le roi de Naples s'est port sur Swentzianoui, et y a
atteint l'arrire-garde du baron de Tolly. Il donna ordre au gnral
Montbrun de la faire charger; mais les Russes n'ont point attendu, et se
sont retirs avec une telle prcipitation, qu'un escadron de hulans,
qui revenait d'une reconnaissance du ct de Mikalitki, tomba dans nos
postes. Il fut charg par le douzime de chasseurs, et entirement pris
ou tu: soixante hommes ont t pris avec leurs chevaux. Les Polonais
qui se trouvaient parmi ces prisonniers ont demand  servir, et ont
pris rang, tout monts, dans les troupes polonaises.

Le 4,  la pointe du jour, le roi de Naples est entr  Swentzianoui: le
marchal duc d'Elchingen est entr  Miliatoui, et le marchal duc de
Reggio  Avanta.

Le 30 juin, le marchal duc de Tarente est arriv  Rosiena; il s'est
port de l sur Poneviegi, Chawli et Tesch.

Les immenses magasins que les Russes avaient dans la Samogitie ont t
brls par eux; perte norme, non-seulement pour leurs finances, mais
encore pour la subsistance des peuples.

Cependant le corps de Doctorow, c'est--dire le sixime corps, tait
encore, le 27 juin, sans ordres, et n'avait fait aucun mouvement. Le 28,
il se runit et se mit en marche pour se porter sur la Dwina par une
marche de flanc. Le 30, son avant-garde entra  Soleinicki. Elle fut
charge par la cavalerie lgre du gnral baron Bordesoult, et chasse
de la ville. Doctorow se voyant prvenu, prit  droite, et se porta sur
Ochmiana. Le gnral baron Pajol y arriva avec sa brigade de cavalerie
lgre, au moment o l'avant-garde de Doctorow y entrait. Le gnral
Pajol le fit charger; l'ennemi fut sabr et culbut dans la ville. Il a
perdu soixante hommes tus et dix huit prisonniers. Le gnral Pajol a
eu cinq hommes tus et quelques blesss. Cette charge a t faite par le
neuvime rgiment de lanciers polonais.

Le gnral Doctorow voyant le chemin coup, rtrograda sur Olchanoui.
Le marchal prince d'Eckmlh, avec une division d'infanterie, les
cuirassiers de la division du comte Valence et le deuxime rgiment
de chevau-lgers de la garde, se porta sur Ochmiana pour soutenir le
gnral Pajol.

Le corps de Doctorow, ainsi coup et rejet dans le midi, continua de
longer  droite,  marches forces, en faisant le sacrifice de ses
bagages; sur Smoroghoui, Danowcheff et Kobouluicki, d'o il s'est port
sur la Dwina. Ce mouvement avait t prvu. Le gnral comte Nansouty,
avec une division de cuirassiers, la division de cavalerie du gnral
comte Bruyres et la division d'infanterie du comte Morand, s'tait
porte  Mikalitchki pour couper ce corps. Il arriva le 3  Swir,
lorsqu'il dbouchait, et le poussa vivement, lui prit bon nombre de
tranards, et l'obligea  abandonner quelques centaines de voitures de
bagages.

L'incertitude, les angoisses, les marches et les contre-marches qu'ont
faites ces troupes, les fatigues qu'elles ont essuyes, ont d les faire
beaucoup souffrir.

Des torrens de pluie ont tomb pendant trente-six heures sans
interruption.

D'une extrme chaleur, le temps a pass tout--coup  un froid trs-vif.
Plusieurs milliers de chevaux ont pri par l'effet de cette transition
subite. Des convois d'artillerie ont t arrts dans les boues.

Cet pouvantable orage, qui a fatigu les hommes et les chevaux, a
ncessairement retard notre marche, et le corps de Doctorow, qui a
donn successivement dans les colonnes du gnral Bordesoult, du gnral
Pajol et du gnral Nansouty, a t prs de sa destruction.

Le prince Bagration, avec le cinquime corps, plac plus en arrire,
marche sur la Dwina. Il est parti le 30 juin de Wolkowski pour se rendre
sur Minsk.

Le roi de Westphalie est entr le mme jour  Grodno. La division
Dombrowski a pass la premire. L'hetman Platow se trouvait encore 
Grodno avec ses cosaques. Chargs par la cavalerie lgre du prince
Poniatowski, les cosaques ont t parpills: on leur a tu deux
cents hommes et fait soixante prisonniers. On a trouv  Grodno une
manutention propre  cuire cent mille rations de pain, et quelques
restes de magasins.

Il avait t prvu que Bagration se porterait sur la Dwina en se
rapprochant le plus possible de Dunabourg; et le gnral de division
comte Grouchy a t envoy  Bognadow. Il tait le 3  Traboui. Le
marchal prince d'Eckmlh, renforc de deux divisions, tait le 4 
Wichnew. Si le prince Poniatowski a pouss vivement l'arrire-garde du
corps de Bagration, ce corps se trouvera compromis.

Tous les corps ennemis sont dans la plus grande incertitude, L'hetman
Platow ignorait, le 30 juin, que depuis deux jours Wilna ft occup par
les Franais. Il se dirigea sur cette ville jusqu' Lida, o il changea
de route et se porta sur le midi.

Le soleil, dans la journe du 4, a rtabli les chemins. Tout s'organise
 Wilna. Les faubourgs ont souffert par la grande quantit de monde
qui s'y est prcipite pendant la dure de l'orage. Il y avait une
manutention russe pour soixante mille rations. On en  tabli une autre
pour une gale quantit de rations. On forme des magasins. La tte des
convois arrive  Kowno par le Nimen. Vingt mille quintaux de farine et
un million de rations de biscuit viennent d'y arriver de Dantzick.



Wilna, le 13 juillet 1812.

_Sixime bulletin de la grande arme._

Le roi de Naples a continu  suivre l'arrire-garde ennemie. Le 5, il
a rencontr la cavalerie ennemie en position sur la Dziana; il l'a fait
charger par la brigade de cavalerie lgre, que commande le gnral
baron Subervic. Les rgimens prussiens, wurtembergeois et polonais
qui font partie de cette brigade, ont charg avec la plus grande
intrpidit. Ils ont culbut une ligne de dragons et de hussards russes,
et ont fait deux cents prisonniers, hussards et dragons monts. Arriv
au-del de la Dziana, l'ennemi coupa les ponts et voulut dfendre le
passage. Le gnrai comte Montbrun fit alors avancer ses cinq batteries
d'artillerie lgre, qui, pendant plusieurs heures, portrent le ravage
dans les rangs ennemis. La perte des Russes a t considrable.

Le gnral comte Sbastiani est arriv le mme jour  Vidzoui, d'o
l'empereur de Russie tait parti la veille.

Notre avant-garde est sur la Dwina.

Le gnral comte Nansouty tait le 5 juillet  Postavoui. Il se porta,
pour passer la Dziana,  six lieues de l, sur la droite du roi de
Naples. Le gnral de brigade Roussel, avec le neuvime rgiment de
chevau-lgers polonais et le deuxime rgiment de hussards prussiens,
passa la rivire, culbuta six escadrons russes, en sabra un bon nombre
et fit quarante-cinq prisonniers avec plusieurs officiers. Le gnral
Nansouty se loue de la conduite du gnral Roussel, et cite avec loge
le lieutenant Boske, du deuxime rgiment de hussards prussiens, le
sous-officier Krance, et le hussard Lutze. S.M. a accord la dcoration
de la Lgion-d'Honneur au gnral Roussel, aux officiers et au
sous-officier ci-dessus nomms.

Le gnral Nansouty a fait prisonniers cent trente hussards et dragons
russes monts.

Le 3 juillet, la communication a t ouverte entre Grodno et Vilna par
Lida. L'hetmann Platow, avec six mille cosaques, chass de Grodno, se
prsenta sur Lida, et y trouva les avant-postes franais. Il descendit
sur Ivie le 5.

Le gnral comte Grouchy occupait Wichnew, Traboui et Soubonicki. Le
gnral baron Pajol tait  Percka; le gnra! baron Bordesoult tait 
Blakchtoui; le marchal prince d'Eckmhl tait en avant de Bobrowitski,
poussant des ttes de colonne partout.

Platow se retira prcipitamment, le 6, sur Nikolaew.

Le prince Bagration, parti dans les premiers jours de juillet de
Wolkowisk, pour se diriger sur Wilna, a t intercept dans sa route.
Il est retourn sur ses pas pour gagner Minsk; prvenu par le prince
d'Eckmhl, il a chang de direction, a renonc  se porter sur la Dwina,
et se porte sur le Borysthne par Bobruisk, en traversant les marais de
la Brsina.

Le marchal prince d'Eckmhl est entr le 8  Minsk, Il y a trouv des
magasins considrables en farine, en avoine, en effets d'habillement,
etc. Bagration tait dj arriv  Novoi-Sworgiew; se voyant prvenu, il
envoya l'ordre de brler les magasins; mais le prince d'Eckmhl ne lui
en a pas donn le temps.

Le roi de Westphalie tait le 9  Nowogrodek; le gnral Reynier, 
Slonim. Des magasins, des voitures de bagages, des pharmacies, des
hommes isols ou coups tombent  chaque moment dans nos mains. Les
divisions russes errent dans ces contres sans directions prvues,
poursuivies partout, perdant leurs bagages, brlant leurs magasins,
dtruisant leur artillerie, et laissant leurs places sans dfense.

Le gnral baron de Colbert a pris  Vileika un magasin de trois mille
quintaux de farine, de cent mille rations de biscuit, etc. Il a trouv
aussi  Vileika une caisse de vingt mille francs en monnaie de cuivre.

Tous ces avantages ne cotent presque aucun homme  l'arme franaise:
depuis que la campagne est ouverte, on compte  peine, dans tous les
corps runis, trente hommes tus, une centaine de blesss et dix
prisonniers, tandis que nous avons dj deux mille  deux mille cinq
cents prisonniers russes.

Le prince de Schwartzenberg a pass le Bug  Droghitschin, a poursuivi
l'ennemi dans ses diffrentes directions, et s'est empar de plusieurs
voitures de bagages. Le prince de Schwartzenberg se loue de l'accueil
qu'il reoit des habitans, et de l'esprit de patriotisme qui anime ces
contres.

Ainsi dix jours aprs l'ouverture de la campagne, nos avant-postes sont
sur la Dwina. Presque toute la Lithuanie, ayant quatre millions d'hommes
de population, est conquise. Les mouvemens de guerre ont commenc au
passage de la Vistule. Les projets de l'empereur taient ds-lors
dmasqus, et il n'y avait pas de temps  perdre pour leur excution.
Aussi l'arme a-t-elle fait de fortes marches depuis le passage de ce
fleuve, pour se porter par des manoeuvres sur la Dwina, car il y a
plus loin de la Vistule  la Dwina, que de la Dwina  Moscou et a
Ptersbourg.

Les Russes paraissent se concentrer sur Dunabourg; ils annoncent le
projet de nous attendre et de nous livrer bataille avant de rentrer dans
leurs anciennes provinces, aprs avoir abandonn sans combat la Pologne,
comme s'ils taient presss par la justice, et qu'ils voulussent
restituer un pays mal acquis, puisqu'il ne l'a t ni par les traits,
ni par le droit de conqute.

La chaleur continue  tre trs-forte.

Le peuple de Pologne s'meut de tous cts. L'aigle blanche est arbore
partout. Prtres, nobles, paysans, femmes, tous demandent l'indpendance
de leur nation. Les paysans sont extrmement jaloux du bonheur des
paysans du grand-duch, qui sont libres; car, quoi qu'on dise, la
libert est regarde par les Lithuaniens comme le premier des biens.
Les paysans s'expriment avec une vivacit d'locution qui ne semble pas
devoir appartenir aux climats du nord, et tous embrassent avec transport
l'esprance que la fin de la lutte sera le rtablissement de leur
libert. Les paysans du grand-duch ont gagn  la libert, non qu'ils
soient plus riches, mais que les propritaires sont obligs d'tre
modrs, justes et humains, parce qu'autrement les paysans quitteront
leurs terres pour chercher de meilleurs propritaires. Ainsi le noble
ne perd rien; il est seulement oblig d'tre juste, et le paysan gagne
beaucoup. 'a d tre une douce jouissance pour le coeur de l'empereur,
que d'tre tmoin, en traversant le grand-duch, des transports de joie
et de reconnaissance qu'excite le bienfait de la libert accorde 
quatre millions d'hommes.

Six rgimens d'infanterie de nouvelle leve viennent d'tre dcrts en
Lithuanie, et quatre rgimens de cavalerie viennent d'tre offerts par
la noblesse.



Wilna, le 16 juillet 1812.

_Septime bulletin de la grande arme._

S.M. fait lever sur la rive droite de la Vilia un camp retranch ferm
par des redoutes, et fait construire une citadelle sur la montagne o
tait l'ancien palais des Jagellons. On travaille  tablir deux ponts
de pilotis sur la Vilia. Trois ponts de radeaux existent dj sur cette
rivire.

Le 8, l'empereur a pass la revue d'une partie de sa garde, compose des
divisions Laborde et Roguet, que commande le marchal duc de Trvise,
et de la vieille garde, que commande le marchal duc de Dantzick, sur
l'emplacement du camp retranch. La belle tenue de ces troupes a excit
l'admiration gnrale.

Le 4, le marchal duc de Tarente fit partir de son quartier-gnral de
Rossiena, capitale de la Samogitie, l'une des plus belles et des plus
fertiles provinces de la Pologne, le gnral de brigade baron Ricard,
avec une partie de la septime division, pour se porter sur Poniewiez;
le gnral prussien Kleist, avec une brigade prussienne, a t envoy
sur Chawli; et le brigadier prussien de Jeannerel, avec une autre
brigade prussienne, sur Telch. Ces trois commandans sont arrivs  leur
destination. Le gnral Kleist n'a pu atteindre qu'un hussard russe,
l'ennemi ayant vacu en toute hte Chawli, aprs avoir incendi les
magasins.

Le gnral Ricard est arriv, le 6 de grand matin,  Poniewiez. Il a eu
le bonheur de sauver les magasins qui s'y trouvaient, et qui contenaient
trente mille quintaux de farine. Il a fait cent soixante prisonniers,
parmi lesquels sont quatre officiers. Cette petite expdition fait le
plus grand honneur au dtachement de hussards de la Mort prussien, qui
en a t charg. S.M. a accord la dcoration de la Lgion-d'Honneur
au commandant, au lieutenant de Raven, aux sous-officiers Werner et
Pommereit, et au brigadier Grabouski, qui se sont distingus dans cette
affaire.

Les habitans de la province de Samogitie se distinguent par leur
patriotisme. Ils ont un grief de plus que les autres Polonais: ils
taient libres; leur pays est riche; il l'tait davantage; mais leurs
destines ont chang avec la chute de la Pologne. Les plus belles terres
ayant t donnes par Catherine aux Soubow, les paysans, de libres
qu'ils taient, ont d devenir esclaves. Le mouvement de flanc qu'a fait
l'arme sur Wilna, ayant tourn cette belle province, elle se trouve
intacte, et sera de la plus grande utilit  l'arme. Deux mille chevaux
sont en route pour venir rparer les pertes de l'artillerie. Des
magasins considrables ont t conservs. La marche de l'arme de Kowno
sur Wilna, et de Wilna sur Dunabourg et sur Minsk, a oblig l'ennemi
 abandonner les rives du Nimen, et a rendu libre cette rivire, par
laquelle de nombreux convois arrivent  Kowno. Nous avons dans ce moment
plus de cent cinquante mille quintaux de farine, deux millions de
rations de biscuit, six mille quintaux de riz, une grande quantit
d'eau-de-vie, six cent mille boisseaux d'avoine, etc. Les convois se
succdent avec rapidit: le Nimen est couvert de bateaux.

Le passage du Nimen a eu lieu le 24, et l'empereur est entr  Wilna le
38. La premire arme de l'Ouest, commande par l'empereur Alexandre,
est compose de neuf divisions d'infanterie et de quatre divisions de
cavalerie. Pousse de poste en poste, elle occupe aujourd'hui le camp
retranch de Drissa, o le roi de Naples, avec les corps des marchaux
ducs Elchingen et de Reggio, plusieurs divisions du premier corps, et
les corps de cavalerie des comtes Nansouty et Montbrun, la contient.
La seconde arme, commande par le prince Bagration, tait encore,
le premier juillet,  Kobrin, o elle se runissait. Les neuvime et
quinzime divisions taient plus loin, sous les ordres du gnral
Tormazow. A la premire nouvelle du passage du Nimen, Bagration se
mit en mouvement pour se porter sur Wilna; il fit sa jonction avec les
cosaques de Platow, qui taient vis--vis Grodno. Arriv  la hauteur
d'Ivi, il apprit que le chemin de Wilna lui tait ferm. Il reconnut
que l'excution des ordres qu'il avait serait tmraire et entranerait
sa perte, Soubotnicki, Traboui, Witchnew, Volojink, tant occups par
les corps du gnral comte Grouchy, du gnral Pajol, et du marchal
prince d'Eckmhl. Il rtrograda alors, et prit la direction de Minsk;
mais arriv  demi-chemin de cette ville, il apprit que le prince
d'Eckmhl y tait entr. Il rtrograda encore une fois: de Newij il
marcha sur Slousk, et de l il se porta sur Bobruisk, o il n'aura
d'autre ressource que de passer le Borysthne. Ainsi, les deux armes
sont entirement coupes, et spares entre elles par un espace de cent
lieues.

Le prince d'Eckmhl s'est empar de la place forte de Borisow sur la
Brsina. Soixante milliers de poudre, seize pices de canon de sige,
des hpitaux, sont tombs en son pouvoir. Des magasins considrables ont
t incendis une partie cependant a t sauve.

Le 10, le gnral Latour-Maubourg a envoy la division de cavalerie
lgre, commande par le gnral Rozniecki, sur Mir. Elle a rencontr
l'arrire-garde ennemie  peu de distance de cette ville. Un engagement
trs-vif eut lieu. Malgr l'infriorit du nombre de la division
polonaise, le champ lui est rest. Le gnral de cosaques Gregoriew a
t tu, et quinze cents Russes ont t tus ou blesss. Notre perte a
t de cinq cents hommes au plus. La cavalerie lgre polonaise s'est
battue avec la plus grande intrpidit, et son courage a suppl au
nombre. Nous sommes entrs le mme jour  Mir.

Le 13, le roi de Westphalie avait son quartier-gnral  Nesvy.

Le vice-roi arrive  Dockchitsoui.

Les Bavarois, commands par le gnral comte Gouvion-Saint-Cyr, ont
pass la revue de l'empereur le 14,  Wilna. La division Deroy et la
division de Wrede taient trs-belles. Ces troupes se sont mises en
marche pour Sloubokoe.

La dite de Varsovie s'tant constitue en confdration gnrale de
Pologne, a nomm le prince Adam Czartorinski son prsident. Ce prince,
g de quatre-vingts ans, a t, il y a cinquante ans, marchal d'une
dite de Pologne. Le premier acte de la confdration a t de dclarer
le royaume de Pologne rtabli.

Une dputation de la confdration a t prsente  l'empereur 
Wilna, et a soumis  son approbation et  sa protection l'acte de
confdration.



_Rponse de l'empereur au discours de M. le comte palatin Wibicki,
prsident de la dputation de la confdration gnrale de Pologne._

MM. les dputs de la confdration de Pologne, J'ai entendu avec
intrt ce que vous venez de me dire. Polonais; je penserais et
j'agirais comme vous; j'aurais vol comme vous dans l'assemble de
Varsovie: l'amour de la patrie est la premire vertu de l'homme
civilis.

Dans ma position, j'ai bien des intrts  concilier et bien des devoirs
 remplir. Si j'eusse rgn lors du premier, du second ou du troisime
partage de la Pologne, j'aurais arm tout mon peuple pour vous soutenir.
Aussitt que la victoire m'a permis de restituer vos anciennes lois
 votre capitale et  une partie de vos provinces, je l'ai fait avec
empressement, sans toutefois prolonger une guerre qui et fait couler
encore le sang de mes sujets.

J'aime votre nation: depuis seize ans, j'ai vu vos soldats  mes cts,
sur les champs d'Italie, comme sur ceux d'Espagne.

J'applaudis  tout ce que vous avez fait: j'autorise les efforts que
vous voulez faire; tout ce qui dpendra de moi pour seconder vos
rsolutions, je le ferai.

Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l'espoir de rduire
vos ennemis  reconnatre vos droits; mais, dans ces contres si
loignes et si tendues, c'est surtout sur l'unanimit des efforts de
la population qui les couvre, que vous devez fonder vos esprances de
succs.

Je vous ai tenu le mme langage lors de ma premire apparition en
Pologne; je dois ajouter ici que j'ai garanti  l'empereur d'Autriche
l'intgrit de ses tats, et que je ne saurais autoriser aucune
manoeuvre ni aucun mouvement qui tendrait  le troubler dans la paisible
possession de ce qui lui reste des provinces polonaises. Que la
Lithuanie, la Samogitie, Witepsek, Polotzi, Mohilow, la Volhynie,
l'Ukraine, la Podolie, soient animes du mme esprit que j'ai vu dans la
grande Pologne, et la providence couronnera par le succs, la saintet
de votre cause; elle rcompensera ce dvouement  votre patrie, qui vous
a rendus si intressans, et vous a acquis tant de droits  mon estime
et  ma protection, sur laquelle vous devez compter dans toutes les
circonstances.



Glonboko, le 22 juillet 1812.

_Huitime bulletin de la grande arme._

Le corps du prince Bagration est compos de quatre divisions
d'infanterie, fortes de vingt-deux  vingt-quatre mille hommes; des
cosaques de Platow, formant six mille chevaux, et de quatre  cinq mille
hommes de cavalerie. Deux divisions de son corps (la neuvime et la
onzime) voulaient le rejoindre par Pinsk; elles ont t interceptes et
obliges de rentrer en Volhoynie.

Le 14, le gnral Latour-Maubourg, qui suivait l'arrire-garde de
Bagration, tait  Romanow. Le 16, le prince Poniatowski y avait son
quartier-gnral.

Dans l'affaire du 10, qui a eu lieu a Romanow, le gnral Rozniecki,
commandant la cavalerie lgre du quatrime corps de cavalerie, a
perdu six cents hommes tus ou blesss, ou faits prisonniers. On n'a 
regretter aucun officier suprieur. Le gnral Rozniecki assure que l'on
a reconnu sur le champ de bataille, les corps du gnral de division
russe comte Pahlen, des colonels russes Adrianow et Jesowayski.

Le prince de Schwartzemberg avait, le 13, son quartier-gnral 
Prazana. Il avait fait occuper, le 11 et le 12, la position importante
de Pinsk, par un dtachement, qui a pris quelques hommes et des magasins
assez considrables. Douze houlans autrichiens ont charg quarante-six
cosaques, les ont poursuivis pendant plusieurs lieues, et en ont pris
six. Le prince de Schwartzemberg marche sur Minsk.

Le gnral Reynier est revenu, le 19,  Slonim, pour garantir le duch
de Varsovie d'une incursion, et observer les deux divisions ennemies
rentres en Volhynie.

Le 12, le gnral baron Pajol, tant  Jghoumen, a envoy le capitaine
Vaudois, avec cinquante chevaux,  Khaloui. Ce dtachement a pris l un
parc de deux cents voitures du corps de Bagration, a fait prisonniers
six officiers, deux canonniers, trois cents hommes du train, et a pris
huit cents beaux chevaux d'artillerie. Le capitaine Vaudois, se trouvant
loign de quinze lieues de l'arme, n'a pas jug pouvoir amener ce
convoi, et l'a brl; il a amen les chevaux harnachs et les hommes.

Le prince d'Eckmhl tait le 15  Jghoumen; le gnral Pajol tait 
Jachitsi, ayant des postes sur Swisloch: ce qu'apprenant, Bagration a
renonc  se porter sur Bobruisk, et s'est jet quinze lieues plus bas
du ct de Mozier.

Le 17, Je prince d'Eckmhl tait  Golognino.

Le 15, le gnral Grouchy tait  Borisow. Un parti qu'il a envoy sur
Star-Lepel, y a pris des magasins considrables, et deux compagnies de
mineurs de huit officiers et de deux cents hommes.

Le 18, ce gnral tait  Kokanow.

Le mme jour,  deux heures du matin, le gnral baron Colbert est entr
 Orcha, o il s'est empar d'immenses magasins de farine, d'avoine,
d'effets d'habillement. Il a pass de suite le Borysthne, et s'est mis
 la poursuite d'un convoi d'artillerie.

Smolensk est en alarme. Tout s'vacue sur Moscou. Un officier envoy par
l'empereur pour faire vacuer les magasins d'Orcha, a t fort tonn de
trouver la place au pouvoir des Franais; cet officier a t pris avec
ses dpches.

Pendant que Bagration tait vivement poursuivi dans sa retraite, prvenu
dans ses projets, spar et loign de la grande arme, la grande arme,
commande par l'empereur Alexandre, se retirait sur la Dwina. Le 14, le
gnral Sbastiani, suivant l'arrire-garde ennemie, culbuta cinq cents
cosaques et arriva  Droua.

Le 13, le duc de Reggio se porta sur Dunabourg, brla d'assez belles
baraques que l'ennemi avait fait construire, fit lever le plan des
ouvrages, brla des magasins et fit cent cinquante prisonniers. Aprs
cette diversion sur la droite, il marcha sur Droua.

Le 15, l'ennemi qui tait runi dans son camp retranch de Drissa, au
nombre de cent  cent vingt mille hommes, instruit que notre cavalerie
lgre se gardait mal, fit jeter un pont, fit passer cinq mille hommes
d'infanterie et cinq mille hommes de cavalerie, attaqua le gnral
Sbastiani  l'improviste, le repoussa d'une lieue, et lui fit prouver
une perte d'une centaine d'hommes, tus, blesss, et prisonniers, parmi
lesquels se trouvent un capitaine et un sous-lieutenant du onzime
de chasseurs. Le gnral de brigade baron Saint-Genis, bless
mortellement, est rest au pouvoir de l'ennemi.

Le 16, le marchal duc de Trvise, avec une partie de la garde  pied
et de la garde  cheval, et la cavalerie lgre bavaroise, arriva 
Glouboko. Le vice-roi arriva  Dockchitsi le 17.

Le 18, l'empereur porta son quartier-gnral  Glouboko.

Le 20, les marchaux ducs d'Istrie et de Trvise taient  Ouchatsch; le
vice-roi  Kamen; le roi de Naples  Disna.

Le 18, l'arme russe vacua son camp retranch de Drissa, consistant en
une douzaine de redoutes palissades, runies par un chemin couvert et
de trois mille toises de dveloppement dans l'enfoncement de la rivire.
Ces ouvrages ont cot une anne de travail; nous les avons rass.

Les immenses magasins qu'ils renfermaient ont t brls ou jets dans
l'eau.

Le 19, l'empereur Alexandre tait  Witepsek.

Le mme jour, le gnral comte Nansouty tait vis--vis Polotsk.

Le 20, le roi de Naples passa la Dwina, et fit inonder la rive droite
par sa cavalerie.

Tous les prparatifs que l'ennemi avait faits pour dfendre le passage
de la Dwina, ont t inutiles. Les magasins qu'il formait  grands frais
depuis trois ans, ont t dtruits. Il est tels de ses ouvrages qui, au
dire des gens du pays, ont cot dans une anne six mille hommes aux
Russes. On ne sait sur quel espoir ils s'taient flatts qu'on irait les
attaquer dans des camps qu'ils avaient retranchs.

Le gnral comte Grouchy a des reconnaissances sur Rabinovitch et sur
Sienne. De tous cts on marche sur la Oula. Cette rivire est runie
par un canal  la Brsina, qui se jette dans le Borysthne; ainsi, nous
sommes matres de la communication de la Baltique  la mer Noire.

Dans ses mouvemens, l'ennemi est oblig de dtruire ses bagages, de
jeter dans les rivires son artillerie, ses armes. Tout ce qui est
Polonais profite de ces retraites prcipites pour dserter et rester
dans les bois jusqu' l'arrive des Franais. On peut valuer vingt
mille les dserteurs polonais qu'a eus l'arme russe.

Le marchal duc de Bellune, avec le neuvime corps, arrive sur la
Vistule.

Le marchal duc de Castiglione se rend  Berlin, pour prendre le
commandement du onzime corps.

Le pays entre l'Oula et la Dwina est trs-beau et couvert de superbes
rcoltes. On trouve souvent de beaux chteaux et de grands couvens. Dans
le seul bourg de Glouboko, il y a deux couvens qui peuvent contenir
chacun douze cent malades.



Bechenkoviski, le 25 juillet 1812.

_Neuvime bulletin de la grande aime._

L'empereur a port son quartier-gnral le 23  Kamen, en passant par
Ouchatsack.

Le vice-roi a occup, le 22, avec son avant-garde, le pont de
Botscheiskovo. Une reconnaissance de deux cents chevaux envoye sur
Bechenkoviski a rencontr deux escadrons de hussards russes et deux de
cosaques, les a charges et leur a pris ou tu une douzaine d'hommes,
dont un officier. Le chef d'escadron Lorenzi, qui commandait la
reconnaissance, se loue des capitaines Rossi et Ferreri.

Le. 23,  six heures du matin, le vice-roi est arriv  Bechenkoviski.
A dix heures, il a pass la rivire et a jet un pont sur la Dwina.
L'ennemi a voulu disputer le passage; son artillerie a t dmonte. Le
colonel Lacroix, aide-de-camp du vice-roi, a eu la cuisse casse par une
balle.

L'empereur est arriv  Bechenkoviski le 24,  deux heures aprs midi.
La division de cavalerie du gnral comte Bruyres et la division du
gnral comte Saint-Germain ont t envoyes sur la route de Witepsk;
elles ont couch  mi-chemin.

Le 20, le prince d'Eckmhl s'est port sur Mohilow. Deux mille hommes,
qui formaient la garnison de cette ville, ont eu la tmrit de vouloir
se dfendre; ils ont t charps par la cavalerie lgre. Le 21, trois
mille cosaques ont attaqu les avant-postes du prince d'Eckmhl; c'tait
l'avant-garde du prince Bagration, venue de Bobruisk. Un bataillon du
quatre-vingt-cinquime a arrt cette nue de cavalerie lgre, et l'a
repousse au loin. Bagration parait avoir profit du peu d'activit avec
laquelle il tait poursuivi, pour se porter sur Bobruisk, et de l il
est revenu sur Mohilow.

Nous occupons Mohilow, Orcha, Disna, Polotsk. Nous marchons sur Witepsk,
o il parait que l'arme russe est runie.



Witepsk, le 3e juillet 1812.

_Dixime bulletin de la grande arme._

L'empereur de Russie et le grand-duc Constantin ont quitt l'arme et
se sont rendus dans la capitale. Le 17, l'arme russe a quitt le camp
retranch de Drissa, et s'est porte sur Polotsk et Witepsk. L'arme
russe qui tait  Drissa consistait en cinq corps d'arme, chacun de
deux divisions et de quatre divisions de cavalerie. Un corps d'arme,
celui du prince Wittgenstein, est rest pour couvrir Ptersbourg; les
quatre autres corps, arrivs le 24  Witepsk, ont pass sur la rive
gauche de la Dwina. Le corps d'Ostermann, avec une partie de la
cavalerie de la garde, s'est mis en marche le 25  pointe du jour, et
s'est port sur Ostrovno.

_Combat d'Ostrovno._

Le 25 juillet, le gnral Nansouty avec les divisions Bruyres et
Saint-Germain, et le huitime rgiment d'infanterie lgre, se rencontra
avec l'ennemi  deux lieues en avant d'Ostrovno. Le combat s'engagea.
Diverses charges de cavalerie eurent lieu. Toutes furent favorables aux
Franais. La cavalerie lgre se couvrit de gloire. Le roi de Naples
cite, comme s'tant fait remarquer, la brigade Pir, compose du
huitime de hussards et du seizime de chasseurs. La cavalerie russe,
dont partie appartenait  la garde, fut culbute. Les batteries que
l'ennemi dressa contre notre cavalerie furent enleves. L'infanterie
russe, qui s'avana pour soutenir son artillerie, fut rompue et sabre
par notre cavalerie lgre.

Le 26, le vice-roi marchant en tte des colonnes, avec la division
Delzons, un combat opinitre d'avant-garde de quinze  vingt mille
hommes s'engagea  une lieue au-del d'Ostrovno. Les Russes furent
chasss de position en position. Les bois furent enlevs  la
baonnette.

Le roi de Naples et le vice-roi citent avec loges les gnraux baron
Delzons, Huard et Roussel; le huitime d'infanterie lgre, les
quatre-vingt-quatrime et quatre-vingt-douzime rgimens de ligne, et le
premier rgiment Croates, se sont fait remarquer.

Le gnral Roussel, brave soldat, aprs s'tre trouv toute la journe 
la tte des bataillons, le soir  dix heures, visitant les avant-postes,
un claireur le prit pour ennemi, fit feu, et la balle lui fracassa le
crne. Il avait mrit de mourir trois heures plus tt sur le champ de
bataille de la main de l'ennemi.

Le 27,  la pointe du jour, le vice-roi fit dboucher en tte la
division Broussier. Le dix-huitime rgiment d'infanterie lgre et la
brigade de cavalerie lgre du baron Pir tournrent par la droite. La
division Broussier passa par le grand chemin, et fit rparer un
petit pont que l'ennemi avait dtruit. Au soleil levant, on aperut
l'arrire-garde ennemie, forte de dix mille hommes de cavalerie,
chelonne dans la plaine: la droite appuye  la Dwina, et la gauche 
un bois garni d'infanterie et d'artillerie. Le gnral comte Broussier
prit position sur une minence avec le cinquante-troisime rgiment, en
attendant que toute sa division et pass le dfil. Deux compagnies de
voltigeurs avaient pris les devants, seules; elles longrent la rive
du fleuve, marchant sur cette norme masse de cavalerie, qui fit un
mouvement en avant, enveloppa ces deux cents hommes, que l'on crut
perdus, et qui devaient l'tre. Il en fut autrement; ils se runirent
avec le plus grand sang-froid, et restrent, pendant une heure entire,
investis de tous cts; ayant jet par terre plus de trois cents
cavaliers ennemis, ces deux compagnies donnrent  la cavalerie
franaise le temps de dboucher.

La division Delzons fila sur la droite. Le roi de Naples dirigea
l'attaque du bois et des batteries ennemies; en moins d'une heure,
toutes les positions de l'ennemi furent emportes, et il fut rejet dans
la plaine, au-del d'une petite rivire qui se jette dans la Dwina sous
Witepsk, L'arme prit position sur les bords de cette rivire,  une
lieue de la ville.

L'ennemi montra dans la plaine quinze mille hommes de cavalerie et
soixante mille hommes d'infanterie. On esprait une bataille pour le
lendemain. Les Russes se vantaient de vouloir la livrer. L'empereur
passa le reste du jour  reconnatre le champ de bataille et  faire ses
dispositions pour le lendemain; mais,  la pointe du jour, l'arme russe
avait battu en retraite dans toutes les directions, se rendant sur
Smolensk.

L'empereur tait sur une hauteur, tout prs des deux cents voltigeurs
qui, seuls en plaine, avaient attaqu la droite de la cavalerie ennemie,
frapp de leur belle contenance, il envoya demander de quel corps ils
taient. Ils rpondirent: "_Du neuvime, et les trois-quarts enfans de
Paris!--Dites-leur, dit l'empereur, que ce sont de braves gens; ils
mritent tous la croix!_"

Les rsultats des trois combats d'Ostrovno sont: dix pices de canon
russes atteles, prises; les canonniers sabrs; vingt caissons de
munitions; quinze cents prisonniers; cinq ou six mille Russes tus ou
blesss. Notre perte se monte  deux cents hommes tus, neuf cents
blesss, et une cinquantaine de prisonniers.

Le roi de Naples fait un loge particulier des gnraux Bruyres, Pir
et Ornano, du colonel Radziwil, commandant le neuvime de lanciers
polonais, officier d'une rare intrpidit.

Les hussards rouges de la garde russe ont t crass; ils ont perdu
quatre cents hommes, dont beaucoup de prisonniers. Les Russes ont eu
trois gnraux tus ou blesss; bon nombre de colonels et d'officiers
suprieurs de leur arme sont rests sur le champ de bataille.

Le 28,  la pointe du jour, nous sommes entrs dans Witepsk, ville
de trente mille habitans. Il y a vingt couvens. Nous y avons trouv
quelques magasins, entre autres un magasin de sel valu quinze
millions.

Pendant que l'arme marchait sur Witepsk, le prince d'Eckmhl tait
attaqu  Mohilow.

Bagration passa la Brsina  Bobruisk, et marcha sur Novoi-Bickow. Le
23,  la pointe du jour, trois mille cosaques attaqurent le troisime
de chasseurs, et lui prirent cent hommes, au nombre desquels se trouvent
le colonel et quatre officiers, tous blesss. La gnrale battit: on en
vint aux mains. Le gnral russe Sieverse, avec deux divisions d'lite,
commena l'attaque: depuis huit heures du matin jusqu' cinq heures du
soir, le feu fut engag sur la lisire du bois et au pont que les Russes
voulaient forcer. A cinq heures, le prince d'Eckmhl fit avancer trois
bataillons d'lite, se mit  leur tte, culbuta les Russes, leur enleva
leurs positions, et les poursuivit pendant une lieue. La perte des
Russes est value  trois mille hommes tus et blesss, et  onze
cents prisonniers. Nous avons perdu sept cents hommes tus ou blesss.
Bagration, repouss, se rejeta sur Bickow, o il passa le Borysthne,
pour se porter sur Smolensk.

Les combats de Mohilow et d'Ostrovno ont t brillans et honorables
pour nos armes; nous n'avons eu d'engag que la moiti des forces
que l'ennemi a prsentes; le terrain ne comportait pas d'autres
dveloppemens.



Witepsk, le 4 aot 1812.

_Onzime bulletin de la grande arme._

Les lettres interceptes du camp de Bagration parlent des pertes qu'a
faites ce corps dans le combat de Mohilow, et de l'norme dsertion
qu'il a prouve en route. Tout ce qui tait polonais est rest dans le
pays; de sorte que ce corps qui, en y comprenant les cosaques de Platow,
tait de cinquante mille hommes, n'est pas actuellement fort de trente
mille hommes. Il se runira, vers le 7 ou le 8 aot,  Smolensk,  la
grande arme.

La position de l'arme, au 4 aot, est la suivante:

Le quartier-gnral  Witepsk, avec quatre ponts sur la Dwina;

Le quatrime corps  Souraj, occupant Velij, Porietch et Ousviath;

Le roi de Naples  Roudina, avec les trois premiers corps de cavalerie;

Le premier corps, que commande le marchal prince d'Eckmhl, est 
l'embouchure de la Brsina dans le Borysthne, avec deux ponts sur ce
dernier fleuve, un pont sur la Brsina, et des doubles ttes de pont;

Le troisime corps, command par le marchal duc d'Elchingen, est 
Liozna;

Le huitime corps, que commande le duc d'Abrants, est  Orcha, avec
deux ponts et des ttes de pont sur le Borysthne;

Le cinquime corps, command par le prince Poniatowski, est  Mohilow,
avec deux ponts et des ttes de pont sur le Borysthne;

Le deuxime corps, command par le marchal duc de Reggio, est sur la
Drissa, en avant de Polotsk, sur la route de Sebej;

Le prince de Schwartzemberg est avec son corps  Slonim;

Le septime corps est sur Rozanna;

Le quatrime corps de cavalerie, avec une division d'infanterie,
command par le gnral comte Latour-Maubourg, est devant Bobruisk et
Mozier;

Le dixime corps, command par le duc de Tarente, est devant Dunabourg
et Riga;

Le neuvime corps, command par le duc de Bellune, se runit  Tilsitt;

Le onzime corps, command par le duc de Castiglione, est  Stettin.

S. M. a mis l'arme en quartier de rafrachissement. La chaleur est
excessive, et plus forte qu'en Italie. Le thermomtre est  vingt-six et
vingt-sept degrs: les nuits mme sont chaudes.

Le gnral Kamenski, avec deux divisions du corps de Bagration, ayant
t coup de ce corps, et n'ayant pu le rejoindre, est rentr en
Volhynie, s'est runi  des divisions de recrues commandes par le
gnral Tormazow, et a march sur le septime corps; il a surpris et
cern le gnral de brigade Klengel, saxon, ayant sous ses ordres une
avant-garde de deux bataillons et de deux escadrons du rgiment du
prince Clment. Aprs six heures de rsistance, la plus grande partie de
cette avant-garde a t tue ou prise: le gnral comte Reynier n'a pu
venir que deux heures aprs  son secours. Le prince Schwartzemberg
s'est mis le 30 juillet en marche pour rejoindre le gnral Reynier et
pousser vivement la guerre contre les divisions ennemies.

Le 19, le gnral prussien Grawert a attaqu les Russes  Ekan en
Courlande, les a culbuts, leur a fait deux cents prisonniers et leur
a tu bon nombre d'hommes. Le gnral Grawert se loue du major Stiern,
qui, avec le premier rgiment de dragons prussiens, a eu une grande
part a l'affaire. Runi au gnral Kleist, le gnral Grawert a pouss
vivement l'ennemi sur le chemin de Riga et a investi la tte de pont.

Le 30, le vice-roi a envoy  Velij une brigade de cavalerie lgre
italienne. Deux cents hommes ont charg quatre bataillons de dpt qui
se rendaient  Twer, les ont rompus, ont fait quatre cents prisonniers
et pris cent voitures charges de munitions de guerre.

Le 31, l'aide-de-camp Triaire, envoy avec le rgiment de dragons de
la Reine de la garde royale italienne, est arriv  Ousviath, a fait
prisonniers un capitaine et quarante hommes, et s'est empar de deux
cents voitures charges de farine.

Le 30, le marchal duc de Reggio a march de Polotsk sur Sebej. Il s'est
rencontr avec le gnral Wittgenstein, dont le corps avait t renforc
de celui du prince Repnin. Un combat s'est engag prs du chteau de
Jacoubovo. Le vingt-sixime rgiment d'infanterie lgre s'est couvert
de gloire. La division Legrand a soutenu glorieusement le feu de tout le
corps ennemi.

Le 31, l'ennemi s'est port sur la Drissa pour attaquer le duc de Reggio
par son flanc pendant sa marche. Le marchal a pris position derrire la
Drissa.

Le 1er aot, l'ennemi a fait la sottise de passer la Drissa, et de se
placer en bataille devant le deuxime corps. Le duc de Reggio a laiss
passer la rivire  la moiti du corps ennemi, et quand il a vu environ
quinze mille hommes et quatorze pices de canon au-del de la rivire,
il a dmasqu une batterie de quarante pices de canon qui ont tir
pendant une demi-heure  porte de mitraille. En mme temps, les
divisions Legrand et Verdier ont march au pas de charge la baonnette
en avant, et ont jet les quinze mille Russes dans la rivire. Tous
les canons et caissons pris, trois mille prisonniers, parmi lesquels
beaucoup d'officiers, et un aide-de-camp du gnral Wittgenstein, et
trois mille cinq cents hommes tus ou noys sont le rsultat de cette
affaire.



Witepsk, 7 aot 1812.

_Douzime bulletin de la grande arme._

Au combat de la Drissa, le gnral russe Koulniew, officier de troupes
lgres trs-distingu, a t tu. Dix autres gnraux ont t blesss;
quatre colonels ont t tus.

Le gnral Ricard est entr avec sa brigade dans Dunabourg le 1er aot.
Il y a trouv huit pices de canon; tout le reste avait t vacu.
Le duc de Tarente a d s'y porter le 2. Ainsi Dunabourg, que l'ennemi
travaillait  fortifier depuis cinq ans, o il a dpens plusieurs
millions, qui a cot la vie  plus de vingt mille hommes de troupes
russes pendant la dure des travaux, a t abandonn sans tirer un
coup de fusil, et est en notre pouvoir, comme les autres ouvrages de
l'ennemi, et comme le camp retranch qu'il avait fait  Drissa.

En consquence de la prise de Dunabourg, S. M. a ordonn qu'un quipage
de cent bouches  feu qu'il avait fait former  Magdebourg, et qu'il
avait fait avancer sur le Nimen, rtrogradt sur Dantzick et ft mis en
dpt dans cette place. Au commencement de la campagne, on avait prpar
deux quipages de sige, l'un contre Dunabourg et l'autre contre Riga.

Les magasins de Witepsk s'approvisionnent; les hpitaux s'organisent;
les manutentions s'lvent. Ces dix jours de repos sont extrmement
utiles  l'arme. La chaleur est d'ailleurs excessive. Nous ayons ici
plus chaud que nous ne l'avons eu en Italie. Les moissons sont superbes;
il parat que cela s'tend  toute la Russie. L'anne dernire avait t
mauvaise partout. On ne commencera  couper les seigles que dans huit ou
dix jours.

S. M. a fait faire une grande place devant le palais qu'elle occupe 
Witepsk. Ce palais est situ sur le bord de la rive gauche de la Dwina.
Tous les matins a six heures il y a grande parade, o se trouvent tous
les officiers de la garde. Une des brigades de la garde, en grande
tenue, dfile alternativement.



Smolensk, 21 aot 1812.

_Treizime bulletin de la grande arme._

Il parat qu'au combat de Mohilow gagn par le prince d'Eckmhl sur
le prince Bagration, le 23 juillet, la perte de l'ennemi a t
considrable.

Le duc de Tarente a trouv vingt pices de canon  Dunabourg, au lieu
de huit qui avaient t annonces. Il a fait retirer de l'eau plusieurs
btimens chargs de plus de quarante mille bombes et autres projectiles.
Une immense quantit de munitions de guerre a t dtruite par l'ennemi.
L'ignorance des Russes, en fait de fortifications, se fait voir dans les
ouvrages de Dunabourg et de Drissa.

S. M. a donn le commandement de sa droite au prince Schwartzenberg, en
mettant sous ses ordres le septime corps. Ce prince a march contre le
gnral Tormazow, l'a rencontr le 12, et l'a battu. Il fait le
plus grand loge des troupes autrichiennes et saxonnes. Le prince
Schwartzenberg a montr dans cette circonstance autant d'activit que de
talent. L'empereur a fait demander de l'avancement et des rcompenses
pour les officiers de son corps d'arme qui se sont distingus.

Le 8, la grande arme tait place de la manire suivante:

Le prince vice-roi tait  Souraj avec le quatrime corps, occupant par
des avant-gardes Velij, Ousviath et Porietch. Le roi de Naples tait 
Nikoulino, avec la cavalerie, occupant Inkovo.

Le marchal duc d'Elchingen, commandant le troisime corps, tait 
Liozna.

Le marchal prince d'Eckmlh, commandant le premier corps, tait 
Donbrowna.

Le cinquime corps, command par le prince Poniatowski, tait  Mohilow.

Le quartier-gnral tait  Witepsk.

Le deuxime corps, command par le marchal duc de Reggio, tait sur la
Drissa.

Le dixime corps, command par le duc de Tarente, tait sur Dunabourg et
Riga.

Le 8, douze mille hommes de cavalerie ennemie se portrent sur Inkovo et
attaqurent la division du gnral comte Sbastiani, qui fut oblig de
battre en retraite l'espace d'une demi-lieue pendant toute la journe,
en prouvant et faisant prouver  l'ennemi des pertes  peu prs
gales. Une compagnie de voltigeurs du vingt-quatrime rgiment
d'infanterie lgre, faisant partie d'un bataillon de ce rgiment qui
avait t confi  la cavalerie pour tenir position dans le bois, a
t prise. Nous avons eu deux cents hommes, environ, tus et blesss;
l'ennemi peut avoir perdu le mme nombre d'hommes.

Le 12, l'arme ennemie partit de Smolensk, et marcha par diffrentes
directions, avec autant de lenteur que d'hsitation, sur Porietch et
Nadra.

Le 10, l'empereur rsolut de marcher  l'ennemi, et de s'emparer de
Smolensk en s'y portant par l'autre rive du Borysthne. Le roi de Naples
et le marchal duc d'Elchingen partirent de Liozna, et se rendirent sur
le Borysthne, prs de l'embouchure de la Brsina, vis--vis Khomino,
o, dans la nuit du 13 au 14, ils jetrent deux ponts sur le Borysthne.
Le vice-roi partit de Souraj, et se rendit par Janovitski et
Lionvavistchi  Rasasna, o il arriva le 14.

Le prince d'Eckmlh runit tout son corps  Donbrowna le 13.

Le gnral comte Grouchy runit le troisime corps de cavalerie 
Rasasna le 12.

Le gnral comte Ebl fit jeter trois ponts  Rasasna le 13.

Le quartier-gnral partit de Witepsk, et arriva  Rasasna le 13.

Le prince Poniatowski partit de Mohilow et arriva le 13  Romanow.

Le 14,  la pointe du jour, le gnral Grouchy marcha sur Liadi; il
en chassa deux rgimens de cosaques, et s'y runit avec le corps de
cavalerie du gnral comte Nansouty.

Le mme jour le roi de Naples, appuy par le marchal duc d'Elchingen,
arriva  Krasnoi. La vingt-septime division ennemie, forte de cinq
mille hommes d'infanterie, soutenue par deux mille chevaux et douze
pices de canon, tait en position devant cette ville. Elle fut attaque
et dposte en un moment par le duc d'Elchingen. Le vingt-quatrime
rgiment d'infanterie lgre attaqua la petite ville de Krasnoi 
la baonnette avec intrpidit. La cavalerie excuta des charges
admirables. Le gnral de brigade baron Bordesoult et le troisime
rgiment de chasseurs se distingurent. La prise de huit pices
d'artillerie, dont cinq de 12 et deux licornes, et de quatorze caissons
attels, quinze cents prisonniers, un champ de bataille jonch de
plus de mille cadavres russes, tels furent les avantages du combat de
Krasnoi, o la division russe, qui tait de cinq mille hommes, perdit la
moiti de son monde.

S. M. avait, le 15, son quartier-gnral  la poste de Kovonitza. Le 16,
au matin, les hauteurs de Smolensk furent couronnes; la ville prsenta
 nos yeux une enceinte de murailles de quatre mille toises de tour,
paisses de dix pieds et hautes de vingt-cinq, entremles de tours,
dont plusieurs taient armes de canons de gros calibre.

Sur la droite du Borysthne, on apercevait et l'on savait que les corps
ennemis tourns revenaient en grande hte sur leurs pas pour dfendre
Smolensk. On savait que les gnraux ennemis avaient des ordres ritrs
de leur matre de livrer la bataille et de sauver Smolensk. L'empereur
reconnut la ville, et plaa son arme, qui fut en position dans la
journe du 16. Le marchal duc d'Elchingen eut la gauche appuyant
au Borysthne, le marchal prince d'Eckmhl le centre, le prince
Poniatowski la droite; la garde fut mise en rserve au centre; le
vice-roi en rserve  la droite, et la cavalerie sous les ordres du roi
de Naples  l'extrme droite; le duc d'Abrants, avec le huitime corps,
s'tait gar et avait fait un faux mouvement.

Le 16, et pendant la moiti de la journe du 17, on resta en
observation. La fusillade se soutint sur la ligne. L'ennemi occupait
Smolensk avec trente mille hommes, et le reste de son arme se formait
sur les belles positions de la rive droite du fleuve, vis--vis la
ville, communiquant par trois ponts. Smolensk est considr par les
Russes comme ville forte et comme le boulevard de Moscou.

Le 17,  deux heures aprs midi, voyant que l'ennemi n'avait pas
dbouch, qu'il se fortifiait devant Smolensk, et qu'il refusait la
bataille; que, malgr les ordres qu'il avait et la belle position
qu'il pouvait prendre, sa droite  Smolensk, et sa gauche au cours du
Borysthne, le gnral ennemi manquait de rsolution, l'empereur se
porta sur la droite, et ordonna au prince Poniatowski de faire un
changement de front, la droite en avant, et de placer sa droite au
Borysthne, en occupant un des faubourgs par des postes et des batteries
pour dtruire le pont et intercepter la communication de la ville avec
la rive droite. Pendant ce temps, le marchal prince d'Eckmhl eut ordre
de faire attaquer deux faubourgs que l'ennemi avait retranchs  deux
cents toises de la place, et qui taient dfendus chacun par sept ou
huit mille hommes d'infanterie et par du gros canon. Le gnral comte
Friant eut ordre d'achever l'investissement, en appuyant sa droite au
corps du prince Poniatowski, et sa gauche  la droite de l'attaque que
faisait le prince d'Eckmhl.

A deux heures aprs midi, la division de cavalerie du comte Bruyres,
ayant chass les cosaques et la cavalerie ennemie, occupa le plateau qui
se rapproche le plus du pont en amont. Une batterie de soixante pices
d'artillerie fut tablie sur ce plateau, et tira  mitraille sur la
partie de l'arme ennemie reste sur la rive droite de la rivire,
ce qui obligea bientt les masses d'infanterie russe  vacuer cette
position.

L'ennemi plaa alors deux batteries de vingt pices de canon  un
couvent, pour inquiter la batterie qui le foudroyait et celles qui
tiraient sur le pont. Le prince d'Eckmhl confia l'attaque du faubourg
de droite au gnral comte Morand, et celle du faubourg de gauche au
gnral comte Gudin.  trois heures, la canonnade s'engagea;  quatre
heures et demie commena une vive fusillade, et  cinq heures, les
divisions Morand et Gudin enlevrent les faubourgs retranchs de
l'ennemi avec une froide et rare intrpidit, et le poursuivirent jusque
sur le chemin couvert, qui fut jonch de cadavres russes.

Sur notre gauche, le duc d'Elchingen attaqua la position que l'ennemi
avait hors de la ville, s'empara de cette position, et poursuivit
l'ennemi jusque sur le glacis.

A cinq heures, la communication de la ville avec la rive droite devint
difficile, et ne se fit plus que par des hommes isols.

Trois batteries de pices de 12, de brche, furent places contre les
murailles,  six heures du soir, l'une par la division Friant, et les
deux autres par les divisions Morand et Gudin. On dposta l'ennemi des
tours qu'il occupait, par des obus qui y mirent le feu. Le gnral
d'artillerie comte Sorbier rendit impraticable  l'ennemi l'occupation
de ses chemins couverts, par des batteries d'enfilade.

Cependant, ds deux heures aprs midi, le gnral ennemi, aussitt qu'il
s'aperut qu'on avait des projets srieux sur la ville, fit passer deux
divisions et deux rgimens d'infanterie de la garde pour renforcer
les quatre divisions qui taient dans la ville. Ces forces runies
composaient la moiti de l'arme russe. Le combat continua toute la
nuit: les trois batteries de brche tirrent avec la plus grande
activit. Deux compagnies de mineurs furent attaches aux remparts.

Cependant la ville tait en feu. Au milieu d'une belle nuit d'aot,
Smolensk offrait aux Franais le spectacle qu'offre aux habitans de
Naples une ruption du Vsuve.

A une heure aprs minuit, l'ennemi abandonna la ville, et repassa la
rivire. A deux heures, les premiers grenadiers qui montrent  l'assaut
ne trouvrent plus de rsistance; la place tait vacue; deux cents
pices de canon et mortiers de gros calibre, et une des plus belles
villes de la Russie taient en notre pouvoir, et cela  la vue de toute
l'arme ennemie.

Le combat de Smolensk, qu'on peut  juste titre appeler bataille,
puisque cent mille hommes ont t engags de part et d'autre, cote aux
Russes la perte de quatre mille sept cents hommes rests sur le champ de
bataille, de deux mille prisonniers, la plupart blesss, et de sept a
huit mille blesss. Parmi les morts se trouvent cinq gnraux russes.
Notre perte se monte  sept cents morts et  trois mille cent ou trois
mille deux cents blesss. Le gnral de brigade Grabouski a t tu;
les gnraux de brigade Grandeau et Dalton ont t blesss. Toutes les
troupes ont rivalis d'intrpidit. Le champ de bataille a offert aux
yeux de deux cent mille personnes qui peuvent l'attester, le spectacle
d'un cadavre franais sur sept ou huit cadavres russes. Cependant
les Russes ont t, pendant une partie des journes du 16 et du 17,
retranchs et protgs par la fusillade de leurs crneaux.

Le 18, on a rtabli les ponts sur le Borysthne que l'ennemi avait
brls: on n'est parvenu  matriser le feu qui consumait la ville
que dans la journe du 18, les sapeurs franais ayant travaill avec
activit. Les maisons de la ville sont remplies de Russes morts et
mourans.

Sur douze divisions qui composaient la grande arme russe, deux
divisions ont t entames et dfaites aux combats d'Ostrowno; deux
l'ont t au combat de Mohilow, et six au combat de Smolensk. Il n'y a
que deux divisions et la garde qui soient restes entires.

Les traits de courage qui honorent l'arme, et qui ont distingu tant de
soldats au combat de Smolensk, seront l'objet d'un rapport particulier.
Jamais l'arme franaise n'a montr plus d'intrpidit que dans cette
campagne.



Smolensk, 23 aot 1813.

_Quatorzime bulletin de la grande arme._

Smolensk peut tre considre comme une des belles villes de la Russie.
Sans les circonstances de la guerre qui y ont mis le feu, ce qui a
consum d'immenses magasins de marchandises coloniales et de denres de
toute espce, cette ville et t d'une grande ressource pour l'arme.
Mme dans l'tat o elle se trouve, elle sera de la plus grande utilit
sous le point de vue militaire. Il reste de grandes maisons qui offrent
de beaux emplacemens pour les hpitaux. La province de Smolensk est
trs-fertile et trs-belle, et fournira de grandes ressources pour les
subsistances et les fourrages.

Les Russes ont voulu, depuis les vnemens de la guerre, lever une
milice d'esclaves-paysans qu'ils ont arms de mauvaises piques. Il y en
avait dj cinq mille runis ici; c'tait un objet de drision et de
raillerie pour l'arme russe elle-mme. On avait fait mettre  l'ordre
du jour que Smolensk devait tre le tombeau des Franais, et que si l'on
avait jug convenable d'vacuer la Pologne, c'tait  Smolensk qu'on
devait se battre pour ne pas laisser tomber ce boulevard de la Russie
entre nos mains.

La cathdrale de Smolensk est une des plus clbres glises grecques de
la Russie. Le palais piscopal forme une espce de ville  part.

La chaleur est excessive: le thermomtre s'lve jusqu' vingt-six
degrs; il fait plus chaud qu'en Italie.


_Combat de Polotsk._

Aprs le combat de Drissa, le duc de Reggio, sachant que le gnral
ennemi Wittgenstein s'tait renforc de douze troisimes bataillons de
la garnison de Dunabourg, et voulant l'attirer  un combat en-de
du dfil sous Polotsk, vint ranger les deuxime et sixime corps en
bataille sous Polotsk. Le gnral Wittgenstein le suivit, l'attaqua le
16 et le 17, et fut vigoureusement repouss. La division bavaroise de
Wrede, du sixime corps, s'est distingue. Au moment o le duc de
Reggio faisait ses dispositions pour profiter de la victoire et acculer
l'ennemi sur le dfil, il a t frapp  l'paule par un biscayen. Sa
blessure, qui est grave, l'a oblig  se faire transporter  Wilna; mais
il ne parat pas qu'elle doive tre inquitante pour les suites.

Le gnral comte Gouvion-Saint-Cyr a pris le commandement des deuxime
et sixime corps. Le 17 au soir, l'ennemi s'tait retir au-del du
dfil. Le gnral Verdier a t bless. Le gnral Maison a t
reconnu gnral de division, et l'a remplac dans le commandement de sa
division. Notre perte est value  mille hommes tus ou blesss. La
perte des Russes est triple; on leur a fait cinq cents prisonniers.

Le 18,  quatre heures aprs-midi, le gnral Gouvion-Saint-Cyr,
commandant les deuxime et sixime corps, a dbouch sur l'ennemi, en
faisant attaquer sa droite par la division bavaroise du comte de Wrede.
Le combat s'est engag sur toute la ligne; l'ennemi a t mis dans une
droute complte et poursuivi pendant deux lieues, autant que le jour
l'a permis. Vingt pices de canon et mille prisonniers sont rests au
pouvoir de l'arme franaise. Le gnral bavarois Deroy a t bless.


_Combat de Valontina._

Le 19,  la pointe du jour, le pont tant achev, le marchal duc
d'Elchingen dboucha sur la rive droite du Borysthne, et suivit
l'ennemi.  une lieue de la ville, il rencontra le dernier chelon de
l'arrire-garde ennemie; C'tait une division de cinq  six mille hommes
placs sur de belles hauteurs. Il les fit attaquer a la baonnette par
le quatrime rgiment d'infanterie de ligne et par le soixante-douzime
de ligne. La position fut enleve et nos baonnettes couvrirent le champ
de bataille de morts. Trois  quatre cents prisonniers tombrent en
notre pouvoir.

Les fuyards ennemis se retirrent sur le second chelon qui tait plac
sur les hauteurs de Valontina. La premire position fut enleve par
le dix-huitime de ligne, et, sur les quatre heures aprs-midi,
la fusillade s'engagea avec toute l'arrire-garde de l'ennemi qui
prsentait environ quinze mille hommes. Le duc d'Abrants avait pass
le Borysthne  deux lieues sur la droite de Smolensk; il se trouvait
dboucher sur les derrires de l'ennemi; il pouvait, en marchant avec
dcision, intercepter la grande route de Moscou, et rendre difficile
la retraite de cette arrire-garde. Cependant les autres chelons de
l'arme ennemie qui taient  porte, instruits du succs et de la
rapidit de cette premire attaque, revinrent sur leurs pas. Quatre
divisions s'avancrent ainsi pour soutenir leur arrire-garde, entre
autres les divisions de grenadiers qui jusqu' prsent n'avaient pas
donn; cinq  six mille hommes de cavalerie formaient leur droite,
tandis que leur gauche tait couverte par des bois garnis de
tirailleurs. L'ennemi avait le plus grand intrt  conserver cette
position le plus long-temps possible; elle tait trs-belle et
paraissait inexpugnable. Nous n'attachions pas moins d'importance  la
lui enlever, afin d'acclrer sa retraite et de faire tomber dans
nos mains tous les chariots de blesss et autres attirails dont
l'arrire-garde protgeait l'vacuation. C'est ce qui a donn lieu au
combat de Valontina, l'un des plus beaux faits d'armes de notre histoire
militaire.

 six heures du soir, la division Gudin qui avait t envoye pour
soutenir le troisime corps, ds l'instant qu'on s'tait aperu du grand
secours que l'ennemi avait envoy  son arrire-garde, dboucha en
colonne sur le centre de la position ennemie, fut soutenue par la
division du gnral Ledru, et, aprs une heure de combat, enleva la
position. Le gnral comte Gudin, arrivant avec sa division, a t, ds
le commencement de l'action, atteint par un boulet qui lui a emport la
cuisse; il est mort glorieusement. Cette perte est sensible. Le gnral
Gudin tait un des officiers les plus distingus de l'arme; il tait
recommandable par ses qualits morales, autant que par sa bravoure
et son intrpidit. Le gnral Grard a pris le commandement de sa
division. On compte que les ennemis ont eu huit gnraux tus ou
blesss; un gnral a t fait prisonnier.

Le lendemain,  trois heures du matin, l'empereur distribua sur le
champ de bataille des rcompenses  tous les rgimens qui s'taient
distingus; et comme le cent-vingt-septime, qui est un nouveau
rgiment, s'tait bien comport, S. M. lui a accord le droit d'avoir
un aigle, droit que ce rgiment n'avait pas encore, ne s'tant trouv
jusqu' prsent  aucune bataille. Ces rcompenses donnes sur le
champ de bataille, au milieu des morts, des mourans, des dbris et des
trophes de la victoire, offraient un spectacle vraiment militaire et
imposant.

L'ennemi aprs ce combat a tellement prcipit sa retraite, que dans la
journe du 20, nos troupes ont fait huit lieues sans pouvoir trouver de
cosaques, et ramassant partout des blesss et des tranards.

Notre perte au combat de Valontina a t de six cents morts et deux
mille six cents blesss. Celle de l'ennemi, comme l'atteste le champ
de bataille, est triple. Nous avons fait un millier de prisonniers, la
plupart blesss.

Ainsi, les deux seules divisions russes qui n'eussent pas t entames
aux combats prcdens de Mohilow, d'Ostrowno, de Krasnoi et de Smolensk,
l'ont t au combat de Valontina.

Tous les renseignemens confirment que l'ennemi court en toute hte sur
Moscou; que son arme a beaucoup souffert dans les prcdens combats, et
qu'elle prouve en outre une grande dsertion. Les Polonais dsertent en
disant: vous nous avez abandonns sans combattre; quel droit avez-vous
maintenant d'exiger que nous restions sous vos drapeaux? Les soldats
russes des provinces de Mohilow et de Smolensk profitent galement de la
proximit de leurs villages pour dserter et aller se reposer dans leur
pays.

La division Gudin a attaqu avec une telle intrpidit, que l'ennemi
s'tait persuad que c'tait la garde impriale. C'est d'un mot faire
le plus bel loge du septime rgiment d'infanterie lgre, douzime,
vingt-unime et cent-vingt-septime de ligne qui composent cette
division.

Le combat de Valontina pourrait aussi s'appeler une bataille, puisque
plus de quatre-vingt mille hommes s'y sont trouvs engags. C'est du
moins une affaire d'avant-garde du premier ordre.

Le gnral Grouchy, envoy avec son corps sur la route de Donkovtchina,
a trouv tous les villages remplis de morts et de blesss, et a pris
trois ambulances contenant neuf cents blesss.

Les cosaques ont surpris  Liozna un hpital de deux cents malades
wurtembergeois, que, par ngligence, on n'avait pas vacus sur Witepsk.

Du reste, au milieu de tous ces dsastres, les Russes ne cessent de
chanter des _Te Deum;_ ils convertissent tout en victoire; mais malgr
l'ignorance et l'abrutissement de ces peuples, cela commence  leur
paratre ridicule et par trop grossier.



Slawkova, le 27 aot 1812.

_Quinzime bulletin de la grande arme._

Le gnral de division Zayoncheick, commandant une division polonaise
au combat de Smolensk, a t bless. La conduite du corps polonais 
Smolensk a tonn les Russes, accoutum  les mpriser; ils ont t
frapps de leur constance et de la supriorit qu'ils ont dploye sur
eux dans cette circonstance.

Au combat de Smolensk et  celui de Valontina, l'ennemi a perdu vingt
gnraux tus, blesss ou prisonniers, et une trs-grande quantit
d'officiers. Le nombre des hommes tus, pris ou blesss dans ces
diffrentes affaires, peut se monter  vingt-cinq ou trente mille
hommes.

Le lendemain du combat de Valontina, S. M. a distribu aux douzime
et vingt-unime rgimens d'infanterie de ligne, et septime rgiment
d'infanterie lgre, un certain nombre de dcorations de la
lgion-d'honneur pour des capitaines, pour des lieutenans et
sous-lieutenans, et pour des sous-officiers et soldats. Le choix en a
t fait sur-le-champ, au cercle devant l'empereur, et confirm avec
acclamation par les troupes.

L'arme ennemie en s'en allant, brle les ponts, dvaste les routes,
pour retarder autant qu'elle peut la marche de l'arme franaise. Le 21,
elle avait repass le Borysthne  Slob-Pniwa, toujours suivie vivement
par notre avant-garde.

Les tablissemens de commerce de Smolensk taient tout entiers sur
le Borysthne, dans un beau faubourg; les Russes ont mis le feu  ce
faubourg, pour obtenir le simple rsultat de retarder notre marche d'une
heure. On n'a jamais fait la guerre avec tant d'inhumanit. Les Russes
traitent leur pays comme ils traiteraient un pays ennemi. Le pays est
beau et abondamment fourni de tout. Les routes sont superbes.

Le marchal duc de Tarente continue  dtruire la place de Dunabourg;
des bois de construction, des palissades, des dbris de blockhaus, qui
taient immenses, ont servi  faire des feux de joie en l'honneur du 15
aot.

Le prince Schwartzenberg mande d'Ossiati, le 17, que son avant-garde
a poursuivi l'ennemi sur la route de Divin, qu'il lui a fait quelques
centaines de prisonniers, et l'a oblig  brler ses bagages. Cependant
le gnral Bianchi, commandant l'avant-garde, est parvenu  saisir luit
cents chariots de bagages que l'ennemi n'a pu ni emmener, ni brler.
L'arme russe de Tormazow a perdu presque tous ses bagages.

L'quipage du sige de Riga a commenc son mouvement de Tilsitt pour se
porter sur la Dwina.

Le gnral Saint-Cyr a pris position sur la Drissa. La droute de
l'ennemi a t complte au combat de Polotsk du 18. Le brave
gnral bavarois Deroy a t bless sur le champ d'honneur, g de
soixante-douze ans, et ayant prs de soixante ans de service: S. M. l'a
nomm comte de l'empire, avec une dotation de trente mille francs de
revenu. Le corps bavarois s'tant comport avec beaucoup de bravoure, S.
M. a accord des rcompenses et des dcorations  ce corps d'arme.

L'ennemi disait vouloir tenir  Doroghobouj. Il avait,  son ordinaire,
remu de la terre et construit des batteries; l'arme s'tant montre
en bataille, l'empereur s'y est port; mais le gnral s'est ravis, a
battu en retraite, et a abandonn la ville de Doroghobouj, forte de dix
mille mes; il y a huit clochers. Le quartier-gnral tait, le 26, dans
cette ville; le 27, il tait  Slawkova. L'avant-garde est sur Viazma.

Le vice-roi manoeuvre sur la gauche,  deux lieues de la grande route;
le prince d'Eckmhl sur la grande route; le prince Poniatowski sur la
rive gauche de L'Osma.

La prise de Smolensk parat avoir fait un fcheux effet sur l'esprit
des Russes. C'est _Smolensk-la-Sainte, Smolensk-la-Forte,_ la _clef de
Moscou,_ et mille autres dictons populaires. _Qui a Smolensk, a Moscou,_
disent les paysans.

La chaleur est excessive: il n'a pas plu depuis un mois.

Le duc de Bellune, avec le neuvime corps fort de trente mille hommes,
est parti de Tilsitt pour Wilna, devant former la rserve.



Viazma, le 31 aot 1812.

_Seizime bulletin de la grande arme._

Le quartier-gnral de l'empereur tait le 37  Slaskovo, le 28 prs de
Semlovo, le 29  un chteau  une lieue en arrire de Viazma, et le 30
 Viazma; l'arme marchant sur trois colonnes, la gauche forme par le
vice-roi, se dirigeant par Kanouchkino, Znamenskoi, Kostarechkovo et
Novo; le centre form par le roi de Naples, les corps du marchal
prince d'Eckmhl, du marchal duc d'Elchingen, et la garde, marchant sur
la grande route; et la droite par le prince Poniatowski, marchant sur la
rive gauche de l'Osma, par Volosk, Louchki, Pokrosko et Slouchkino.

Le 27, l'ennemi voulant coucher sur la rivire de l'Osma, vis--vis
du village de Riebk, prit position avec son arrire-garde. Le roi de
Naples porta sa cavalerie sur la gauche de l'ennemi, qui montra sept 
huit mille hommes de cavalerie. Plusieurs charges eurent lieu, toutes 
notre avantage. Un bataillon fut enfonc par le quatrime rgiment de
lanciers. Une centaine de prisonniers fut le rsultat de cette petite
affaire. Les positions de l'ennemi furent enleves, et il fut oblig de
prcipiter sa retraite.

Le 28, l'ennemi fut poursuivi. Les avant-gardes des trois colonnes
franaises rencontrrent les arrire-gardes de l'ennemi; elles
changrent plusieurs coups de canon. L'ennemi fut pouss partout.

Le gnral comte Caulaincourt entra  Viazma, le 29  la pointe du jour.

L'ennemi avait brl les ponts et mis le feu  plusieurs quartiers de
la ville. Viazma est une ville de quinze mille habitans; il y a quatre
mille bourgeois, marchands et artisans; on y compte trente-deux glises.
On a trouv des ressources assez considrables en farine, en savon, en
drogues, etc., et de grands magasins d'eau-de-vie.

Les Russes ont brl les magasins, et les plus belles maisons de la
ville taient en feu  notre arrive. Deux bataillons du vingt-cinquime
se sont employs avec beaucoup d'activit  l'teindre. On est parvenu 
le dominer et  sauver les trois quarts de la ville. Les cosaques, avant
de partir, ont exerc le plus affreux pillage, ce qui a fait dire aux
habitans que les Russes pensent que Viazma ne doit plus retourner sous
leur domination, puisqu'ils la traitent d'une manire si barbare.
Toute la population des villes se retire  Moscou. On dit qu'il y a
aujourd'hui un million cinq cent mille mes runies dans cette grande
ville; on craint les rsultats de ces rassemblemens. Les habitans disent
que le gnral Kutusow a t nomm gnral en chef de l'arme russe, et
qu'il a pris le commandement le 28.

Le grand-duc Constantin, qui tait revenu  l'arme, tant tomb malade,
l'a quitte.

Il est tomb un peu de pluie qui a abattu la grande poussire qui
incommodait l'arme. Le temps est aujourd'hui trs-beau; il se
soutiendra,  ce qu'on croit, jusqu'au 10 octobre; ce qui donne encore
quarante jours de campagne.



Ghjat, le 5 septembre 1812.

_Dix-septime bulletin de la grande arme._

Le quartier-imprial tait, le 31 aot,  Veritchero; le 1er et le 2
septembre, a Ghjat.

Le roi de Naples avec l'avant-garde avait, le 1er, son quartier-gnral
 dix verstes en avant de Ghjat; le vice-roi,  deux lieues sur la
gauche,  la mme hauteur; et le prince Poniatowski,  deux lieues sur
la droite. On a chang partout quelques coups de canon et des coups de
sabre, et l'on a fait quelques centaines de prisonniers.

La rivire de Ghjat se jette dans le Volga. Ainsi nous sommes sur le
pendant des eaux qui descendent vers la mer Caspienne. La Ghjat est
navigable jusqu'au Volga.

La ville de Ghjat a huit ou dix mille mes de population; il y a
beaucoup de maisons en pierres et en briques, plusieurs clochers et
quelques fabriques de toile. On s'aperoit que l'agriculture a fait de
grands progrs dans ce pays depuis quarante ans. Il ne ressemble plus en
rien aux descriptions qu'on en a. Les pommes de terre, les lgumes et
les choux y sont en abondance; les granges sont pleines; nous sommes
en automne, et il fait ici le temps qu'on a en France au commencement
d'octobre.

Les dserteurs, les prisonniers, les habitans, tout le monde s'accorde 
dire que le plus grand dsordre rgne dans Moscou et dans l'arme russe,
qui est divise d'opinions et qui a fait des pertes normes dans les
diffrens combats. Une partie des gnraux a t change; il parat que
l'opinion de l'arme n'est pas favorable aux plans du gnral Barclay de
Tolly; on l'accuse d'avoir fait battre ses divisions en dtail.

Le prince Schwartzenberg est en Volhynie; les Russes fuient devant lui.

Des affaires assez chaudes ont eu lieu devant Riga; les Prussiens ont
toujours eu l'avantage.

Nous avons trouv ici deux bulletins russes qui rendent compte des
combats devant Smolensk et du combat de la Drissa. Il parat par ces
bulletins que le rdacteur a profit de la leon qu'il a reue  Moscou,
qu'il ne faut pas dire la vrit au peuple russe, mais le tromper par
des mensonges. Le feu a t mis  Smolensk par les Russes; ils l'ont mis
au faubourg le lendemain du combat, lorsqu'ils ont vu notre pont tabli
sur le Borysthne. Ils ont mis le feu  Doroghobouj,  Wiazma, a Ghjat;
les Franais sont parvenus  l'teindre. Cela se conoit facilement.
Les Franais n'ont pas d'intrt  mettre le feu  des villes qui leur
appartiennent, et  se priver des ressources qu'elles leur offrent.
Partout on a trouv des caves remplies d'eau-de-vie, de cuir et de
toutes sortes d'objets utiles  l'arme.

Si le pays est dvast, si l'habitant souffre plus que ne le comporte la
guerre, la faute en est aux Russes.

L'arme se repose le 2 et le 3 aux environs de Ghjat.

On assure que l'ennemi travaille  des camps retranchs en avant de
Mojask, et  des lignes en avant de Moscou.

Au combat de Krasnoi, le colonel Marbeuf, du sixime de chevau-lgers, a
t bless d'un coup de baonnette  la tte de son rgiment, au milieu
d'un carr d'infanterie russe qu'il avait enfonc avec une grande
intrpidit.

Nous avons jet six ponts sur la Ghjat.



Mojask, 12 septembre 1812.

_Dix-huitime bulletin de la grande arme._

Le 4, l'empereur partit de Ghjat et vint camper prs de la poste de
Gritueva.

Le 5,  six heures du matin, l'arme se mit en mouvement. A deux heures
aprs midi, on dcouvrit l'arme russe place, la droite du ct de la
Moskwa, la gauche sur les hauteurs de la rive gauche de la Kologha. A
douze cents toises en avant de la gauche, l'ennemi avait commenc 
fortifier un beau mamelon entre deux bois, o il avait plac neuf  dix
mille hommes. L'empereur l'ayant reconnu, rsolut de ne pas diffrer
un moment, et d'enlever cette position. Il ordonna au roi de Naples de
passer la Kologha avec la division Compans et la cavalerie. Le prince
Poniatowski, qui tait venu par la droite, se trouva en mesure de
tourner la position. A quatre heures, l'attaque commena. En une heure
de temps, la redoute ennemie fut prise avec ses canons, le corps ennemi
chass du bois et mis en droute, aprs avoir laiss le tiers de son
monde sur le champ de bataille. A sept heures du soir, le feu cessa.

Le 6,  deux heures du matin, l'empereur parcourut les avant-postes
ennemis: on passa la journe  se reconnatre. L'ennemi avait une
position trs-resserre. Sa gauche tait fort affaiblie par la perte de
la position de la veille; elle tait appuye  un grand bois, soutenue
par un beau mamelon couronn d'une redoute arme de vingt-cinq pices de
canon. Deux autres mamelons couronns de redoutes,  cent pas l'un de
l'autre, protgeaient sa ligne jusqu' un grand village que l'ennemi
avait dmoli, pour couvrir le plateau d'artillerie et d'infanterie, et y
appuyer son centre. Sa droite passait derrire la Kologha en arrire du
village de Borodino, et tait appuye  deux beaux mamelons couronns de
redoutes et arms de batteries. Cette position parut belle et forte. Il
tait facile de manoeuvrer et d'obliger l'ennemi a l'vacuer; mais cela
aurait remis la partie, et sa position ne fut pas juge tellement forte
qu'il fallt luder le combat. Il fut facile de distinguer que les
redoutes n'taient qu'bauches, le foss peu profond, non palissad ni
frais. On valuait les forces de l'ennemi  cent vingt ou cent trente
mille hommes. Nos forces taient gales; mais la supriorit de nos
troupes n'tait pas douteuse.

Le 7,  deux heures du matin, l'empereur tait entour des marchaux 
la position prise l'avant-veille. A cinq heures et demie, le soleil
se leva sans nuages; la veille il avait plu: C'est le soleil
d'Austerlitz, dit l'empereur. Quoiqu'au mois de septembre, il faisait
aussi froid qu'en dcembre en Moravie. L'arme en accepta l'augure. On
battit un ban, et on lut l'ordre du jour suivant:

Soldats,

Voil la bataille que vous avez tant dsire! Dsormais la victoire
dpend de vous: elle nous est ncessaire; elle nous donnera l'abondance,
de bons quartiers d'hiver, et un prompt retour dans la patrie!
Conduisez-vous comme  Austerlitz,  Friedland,  Witepsk,  Smolensk,
et que la postrit la plus recule cite avec orgueil votre conduite
dans cette journe: que l'on dise de vous: _Il tait  cette grande
bataille sous les murs de Moscou!_

Au camp imprial, sur les hauteurs de Borodino, le 7 septembre,  deux
heures du matin.

L'arme rpondit par des acclamations ritres. Le plateau sur
lequel tait l'arme, tait couvert de cadavres russes du combat de
l'avant-veille.

Le prince Poniatowski, qui formait la droite, se mit en mouvement pour
tourner la fort sur laquelle l'ennemi appuyait sa gauche. Le prince
d'Eckmhl se mit en marche le long de la fort, la division Compans en
tte. Deux batteries de soixante pices de canon chacune, battant la
position de l'ennemi, avaient t construites pendant la nuit.

A six heures, le gnral comte Sorbier, qui avait arm la batterie
droite avec l'artillerie de la rserve de la garde, commena le feu.
Le gnral Pernetty, avec trente pices de canon, prit la tte de la
division Compans (quatrime du premier corps), qui longea le bois,
tournant la tte de la position de l'ennemi. A six heures et demie, le
gnral Compans est bless. A sept heures, le prince d'Eckmhl a son
cheval tu. L'attaque avance, la mousqueterie s'engage. Le vice-roi,
qui formait notre gauche, attaque et prend le village de Borodino que
l'ennemi ne pouvait dfendre, ce village tant sur la rive gauche de la
Kologha. A sept heures, le marchal duc d'Elchingen se met en mouvement,
et sous la protection de soixante pices de canon que le gnral Foucher
avait places la veille contre le centre de l'ennemi, se porte sur le
centre. Mille pices de canon vomissent de part et d'autre la mort.

A huit heures, les positions de l'ennemi sont enleves, ses redoutes
prises, et notre artillerie couronne ses mamelons. L'avantage de
position qu'avaient eu pendant deux heures les batteries ennemies nous
appartient maintenant. Les parapets qui ont t contre nous pendant
l'attaque redeviennent pour nous. L'ennemi voit la bataille perdue,
qu'il ne la croyait que commence. Partie de son artillerie est prise,
le reste est vacu sur ses lignes en arrire. Dans cette extrmit,
il prend le parti de rtablir le combat, et d'attaquer avec toutes ses
masses ces fortes positions qu'il n'a pu garder. Trois cents pices de
canon franaises places sur ces hauteurs foudroient ses masses, et ses
soldats viennent mourir au pied de ces parapets qu'ils avaient levs
les jours prcdens avec tant de soin, et comme des abris protecteurs.

Le roi de Naples, avec la cavalerie, fit diverses charges. Le duc
d'Elchingen se couvrit de gloire, et montra autant d'intrpidit que de
sang-froid. L'empereur ordonne une charge de front, la droite en avant:
ce mouvement nous rend matres des trois parts du champ de bataille. Le
prince Poniatowski se bat dans le bois avec des succs varis.

Il restait  l'ennemi ses redoutes de droite; le gnral comte Morand
y marche et les enlve; mais  neuf heures du matin, attaqu de tous
cts, il ne peut s'y maintenir. L'ennemi, encourag par ce succs,
fit avancer sa rserve et ses dernires troupes pour tenter encore la
fortune. La garde impriale en fait partie. Il attaque notre centre sur
lequel avait pivot notre droite. On craint pendant un moment qu'il
n'enlve le village brl; la division Priant s'y porte; quatre vingt
pices de canon franaises arrtent d'abord et crasent ensuite les
colonnes ennemies qui se tiennent pendant deux heures serres sous la
mitraille, n'osant pas avancer, ne voulant pas reculer, et renonant 
l'espoir de la victoire. Le roi de Naples dcide leur incertitude; il
fait charger le quatrime corps de cavalerie qui pntre par les brches
que la mitraille de nos canons a faites dans les masses serres des
Russes et les escadrons de leurs cuirassiers; ils se dbandent de tous
cts. Le gnral de division comte Caulaincourt, gouverneur des pages
de l'empereur, se porte  la tte du cinquime de cuirassiers, culbute
tout, entre dans la redoute de gauche par la gorge. Ds ce moment, plus
d'incertitude, la bataille est gagne: il tourne contre les ennemis les
vingt-une pices de canon qui se trouvent dans la redoute. Le comte
Caulaincourt qui venait de se distinguer par cette belle charge,
avait termin ses destines; il tombe mort frapp par un boulet: mort
glorieuse et digne d'envie!

Il est deux heures aprs midi, toute esprance abandonne l'ennemi: la
bataille est finie, la canonnade continue encore; il se bat pour sa
retraite et pour son salut, mais non plus pour la victoire.

La perte de l'ennemi est norme: douze  treize mille hommes et huit
 neuf mille chevaux russes ont t compts sur le champ de bataille;
soixante pices de canon et cinq mille prisonniers sont rests en notre
pouvoir.

Nous avons eu deux mille cinq cents hommes tus et le triple de blesss.
Notre perte totale peut tre value  dix mille hommes: celle de
l'ennemi  quarante ou cinquante mille. Jamais on n'a vu pareil champ de
bataille. Sur six cadavres, il y en avait un franais et cinq russes.
Quarante gnraux russes ont t tus, blesss ou pris: le gnral
Bagration a t bless.

Nous avons perdu le gnral de division comte Montbrun, tu d'un coup
de canon; le gnral comte Caulaincourt, qui avait t envoy pour le
remplacer, tu d'un mme coup une heure aprs.

Les gnraux de brigade Compre, Plauzonne, Marion, Huart, ont t tus;
sept ou huit gnraux ont t blesss, la plupart lgrement. Le prince
d'Eckmhl n'a eu aucun mal. Les troupes franaises se sont couvertes de
gloire et ont montr leur grande supriorit sur les troupes russes.

Telle est en peu de mots l'esquisse de la bataille de la Moskwa, donne
 deux lieues en arrire de Mojask et  vingt-cinq lieues de Moscou,
prs de la petite rivire de la Moskwa. Nous avons tir soixante mille
coups de canon, qui sont dj remplacs par l'arrive de huit cents
voitures d'artillerie qui avaient dpass Smolensk avant la bataille.
Tous les bois et les villages, depuis le champ de bataille jusqu'ici,
sont couverts de morts et de blesss. On a trouv ici deux mille morts
ou amputs russes. Plusieurs gnraux et colonels sont prisonniers.

L'empereur n'a jamais t expos; la garde, ni  pied, ni  cheval, n'a
pas donn et n'a pas perdu un seul homme. La victoire n'a jamais t
incertaine. Si l'ennemi, forc dans ses positions, n'avait pas voulu les
reprendre, notre perte aurait t plus forte que la sienne; mais il a
dtruit son arme en la tenant depuis huit heures jusqu' deux sous le
feu de nos batteries, et en s'opinitrant  reprendre ce qu'il avait
perdu. C'est la cause de son immense perte.

Tout le monde s'est distingu: le roi de Naples et le duc d'Elchingen se
sont fait remarquer.

L'artillerie, et surtout celle de la garde, s'est surpasse. Des
rapports dtaills feront connatre les actions qui ont illustr cette
journe.

De notre camp imprial de Mojask, le 10 septembre 1812.

_Aux vques de France._

Monsieur l'vque de...., le passage du Nimen, de la Dwina, du
Borysthne, les combats de Mohilow, de la Drissa, de Polotsk, de
Smolensk, enfin, la bataille de la _Moskwa_, sont autant de motifs pour
adresser des actions de grces au Dieu des armes. Notre intention est
donc qu' la rception de la prsente, vous vous concertiez avec qui de
droit. Runissez mon peuple dans les glises pour chanter des
prires, conformment  l'usage et aux rgles de l'glise en pareille
circonstance. Cette lettre n'tant  autre fin, je prie Dieu qu'il vous
ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Moscou, 16 septembre 1812.

_Dix-neuvime bulletin de la grande arme._

Depuis la bataille de la Moskwa, l'arme franaise a poursuivi l'ennemi
sur les trois routes de Mojask, de Svenigorod et de Kalouga sur Moscou.

Le roi de Naples tait, le 9,  Koubiusko; le vice-roi  Rouza; le
prince Poniatowski  Femisko. Le quartier-gnral est parti de Mojask
le 12; et a t port  Peselina; le 13, il tait au chteau de Berwska;
le 14,  midi, nous sommes entrs  Moscou. L'ennemi avait lev sur la
montagne des Moineaux,  deux werstes de la ville, des redoutes qu'il a
abandonnes.

La ville de Moscou est aussi grande que Paris; c'est une ville
extrmement riche, remplie des palais de tous les principaux de
l'empire. Le gouverneur russe, Rostopchin, a voulu ruiner cette belle
ville, lorsqu'il a vu que l'arme russe l'abandonnait. Il a arm trois
mille malfaiteurs qu'il a fait sortir des cachots; il a appel galement
six mille satellites et leur a fait distribuer des armes de l'arsenal.

Notre avant-garde, arrive au milieu de la ville, fut accueillie par une
fusillade partie du Kremlin. Le roi de Naples fit mettre en batterie
quelques pices de canon, dissipa cette canaille, et s'empara du
Kremlin. Nous avons trouv  l'arsenal soixante-mille fusils neufs et
cent vingt pices de canon sur leurs affts. La plus complte anarchie
rgnait dans la ville; des forcens ivres couraient dans les quartiers,
et mettaient le feu partout. Le gouverneur Rostopchin avait fait enlever
tous les marchands et ngocians, par le moyen desquels on aurait pu
rtablir l'ordre. Plus de quatre cents Franais et Allemands avaient
t arrts par ses ordres; enfin, il avait eu la prcaution de faire
enlever les pompiers avec les pompes: aussi l'anarchie la plus complte
a dsol cette grande et belle ville, et les flammes la consument. Nous
y avions trouv des ressources considrables de toute espce.

L'empereur est log au Kremlin, qui est au centre de la ville, comme une
espce de citadelle entoure de hautes murailles. Trente mille blesss
ou malades russes sont dans les hpitaux, abandonns, sans secours et
sans nourriture.

Les Russes avouent avoir perdu cinquante mille hommes  la bataille de
la Moskwa. Le prince Bagration est bless  mort. On a fait le relev
des gnraux russes blesss ou tus  la bataille: il se monte de
quarante-cinq  cinquante.



Moscou, le 17 septembre 1812.

_Vingtime bulletin de la grande arme._

On a chant des _Te Deum_ en Russie pour le combat de Polotsk; on en a
chant pour les combats de Riga, pour le combat d'Ostrowno, pour celui
de Smolensk; partout, selon les relations des Russes, ils taient
vainqueurs, et l'on avait repouss les Franais loin du champ de
bataille; c'est donc au bruit des _Te Deum_ russes que l'arme est
arrive  Moscou. On s'y croyait vainqueur, du moins la populace; car
les gens instruits savaient ce qui se passait.

Moscou est l'entrept de l'Asie et de l'Europe; ses magasins taient
immenses; toutes les maisons taient approvisionnes de tout pour huit
mois. Ce n'tait que de la veille et du jour mme de notre entre,
que le danger avait t bien connu. On a trouv dans la maison de ce
misrable Rostopchin, des papiers et une lettre  demi-crite; il s'est
sauv sans l'achever.

Moscou, une des plus belles et des plus riches villes du monde n'existe
plus. Dans la journe du 14, le feu a t mis par les Russes  la
bourse, au bazar et a l'hpital. Le 16, un vent violent s'est lev;
trois  quatre cents brigands ont mis le feu dans la ville en cinq cents
endroits  la fois, par l'ordre du gouverneur Rostopchin. Les cinq
siximes des maisons sont en bois: le feu a pris avec une prodigieuse
rapidit; c'tait un ocan de flammes. Des glises, il y en avait seize
cents; des palais, plus de mille; d'immenses magasins: presque tout a
t consum. On a prserv le Kremlin.

Cette perte est incalculable pour la Russie, pour son commerce, pour sa
noblesse qui y avait tout laiss. Ce n'est pas l'valuer trop haut que
de la porter  plusieurs milliards.

On a arrt et fusill une centaine de ces chauffeurs; tous ont dclar
qu'ils avaient agi par les ordres du gouverneur Rostopchin, et du
directeur de la police.

Trente mille blesss et malades russes ont t brls. Les plus riches
maisons de commerce de la Russie se trouvent ruines: la secousse doit
tre considrable; les effets d'habillement, magasins et fournitures de
l'arme russe ont t brls; elle y a tout perdu. On n'avait rien voulu
vacuer, parce qu'on a toujours voulu penser qu'il tait impossible
d'arriver  Moscou, et qu'on a voulu tromper le peuple. Lorsqu'on a tout
vu dans la main des Franais, on a conu l'horrible projet de brler
cette premire capitale, cette ville sainte, centre de l'empire, et l'on
a rduit deux cent mille bons habitans  la mendicit. C'est le crime de
Rostopchin, excut par des sclrats dlivrs des prisons.

Les ressources que l'arme trouvait, sont par-l fort diminues;
cependant l'on a ramass, et l'on ramasse beaucoup de choses. Toutes
les caves sont  l'abri du feu, et les habitans, dans les vingt-quatre
dernires heures, avaient enfoui beaucoup d'objets. On a lutt contre le
feu; mais le gouverneur avait eu l'affreuse prcaution d'emmener ou de
faire briser toutes les pompes.

L'arme se remet de ses fatigues; elle a en abondance du pain, des
pommes de terre, des choux, des lgumes, des viandes, des salaisons, du
vin, de l'eau-de-vie, du sucre, du caf, enfin des provisions de toute
espce.

L'avant-garde est  vingt werstes sur la route de Kasan, par laquelle
se retire l'ennemi. Une autre avant-garde franaise est sur la route de
Saint-Ptersbourg o l'ennemi n'a personne.

La temprature est encore celle de l'automne: le soldat a trouv et
trouve beaucoup de pelisses et des fourrures pour l'hiver. Moscou en est
le magasin.



Moscou, 20 septembre 1812.

_Vingt-unime bulletin de la grande arme._

Trois cents chauffeurs ont t arrts et fusills. Ils taient arms
d'une fuse de six pouces, contenue entre deux morceaux de bois; ils
avaient aussi des artifices qu'ils jetaient sur les toits. Ce misrable
Rostopchin avait fait confectionner ces artifices en faisant croire
aux habitans qu'il voulait faire un ballon qu'il lancerait, plein de
matires incendiaires, sur l'arme franaise. Il runissait, sous ce
prtexte, les artifices et autres objets ncessaires  l'excution de
son projet.

Dans la journe du 19 et dans celle du 20, les incendies ont cess. Les
trois quarts de la ville sont brls, entre autres le beau palais de
Catherine, meubl  neuf. Il reste au plus le quart des maisons.

Pendant que Rostopchin enlevait les pompes de la ville, il laissait
soixante mille fusils, cent cinquante pices de canon, plus de cent
mille boulets et bombes, quinze cent mille cartouches, quatre cent
milliers de poudre, quatre cent milliers de salptre et de soufre. Ce
n'est que le 19 qu'on a dcouvert les quatre cent milliers de salptre
et de soufre, dans un bel tablissement situ  une demi-lieue de
la ville; cela est important. Nous voil approvisionns pour deux
campagnes.

On trouve tous les jours des caves pleines de vin et d'eau-de-vie.

Les manufactures commenaient  fleurir  Moscou; elles sont dtruites.
L'incendie de cette capitale retarde la Russie de cent ans.

Le temps parat tourner  la pluie. La plus grande partie de l'arme est
caserne dans Moscou.



Moscou, 27 septembre 1812.

_Vingt-deuxime bulletin de la grande arme._

Le consul gnral Lesseps a t nomm intendant de la province de
Moscou. Il a organis une municipalit et plusieurs commissions, toutes
composes de gens du pays.

Les incendies ont entirement cess. On dcouvre tous les jours des
magasins de sucre, de pelleteries, de draps, etc.

L'arme ennemie parat se retirer sur Kalouga et Toula. Toula renferme
la plus grande fabrique d'armes qu'ait la Russie. Notre avant-garde est
sur la Pakra.

L'empereur est log au palais imprial du Kremlin. On a trouv au
Kremlin plusieurs ornemens servant au sacre des empereurs, et tous les
drapeaux pris aux Turcs depuis cent ans.

Le temps est  peu prs comme  la fin d'octobre  Paris. Il pleut un
peu, et l'on a eu quelques geles blanches. On assure que la Moskwa et
les rivires du pays ne glent point avant la mi-novembre.

La plus grande partie de l'arme est cantonne  Moscou, o elle se
remet de ses fatigues.



Moscou, 9 octobre 1812.

_Vingt-troisime bulletin de la grande arme._

L'avant-garde, commande par le roi de Naples, est sur la Nara,  vingt
lieues de Moscou. L'arme ennemie est sur Kalouga. Des escarmouches ont
lieu tous les jours. Le roi de Naples a eu dans toutes l'avantage, et a
toujours chass l'ennemi de ses positions.

Les cosaques rdent sur nos flancs. Une patrouille de cent cinquante
dragons de la garde, commande par le major Marthod, est tombe dans
une embuscade de cosaques, entre le chemin de Moscou et de Kalouga. Les
dragons en ont sabr trois cents, se sont fait jour, mais ils ont en
vingt hommes rests sur le champ de bataille, qui ont t pris, parmi
lesquels le major, bless grivement.

Le duc d'Elchingen est  Boghorodock; l'avant-garde du vice-roi est 
Troitsa, sur la route de Dmitrow.

Les drapeaux pris par les Russes sur les Turcs dans diffrentes guerres,
et plusieurs choses curieuses trouves dans la Kremlin, sont partis pour
Paris. On a trouv une madone enrichie de diamans; on l'a aussi envoye
 Paris.

Il parat que Rostopchin est alin. A Voronovo, il a mis le feu  son
chteau, et a laiss l'crit suivant attach  un poteau:

J'ai embelli pendant huit ans cette campagne, et j'y ai vcu heureux au
sein de ma famille. Les habitans de cette terre, au nombre de dix-sept
cent vingt, la quittent  votre approche, et moi je mets le feu  ma
maison pour qu'elle ne soit pas souille par votre prsence.--Franais,
je vous ai abandonn mes deux maisons de Moscou avec un mobilier d'un
demi-million de roubles.--Ici, vous ne trouverez que des cendres. Sign
comte FEDOR ROSTOPCHIN.

Le palais du prince Kurakin est un de ceux qu'on est parvenu  sauver de
l'incendie. Le gnral comte Nansouty y est log.

On est parvenu avec beaucoup de peine  tirer des hpitaux et des
maisons incendies une partie des malades russes. Il reste encore
environ quatre mille de ces malheureux. Le nombre de ceux qui ont pri
dans l'incendie est extrmement considrable.

Il a fait depuis huit jours, du soleil, et plus chaud qu' Paris dans
cette saison. On ne s'aperoit pas qu'on soit dans le Nord.

Le duc de Reggio, qui est  Wilna, est entirement rtabli.

Le gnral en chef ennemi Bagration est mort des blessures qu'il a
reues  la bataille de la Moskwa.

L'arme russe dsavoue l'incendie de Moscou. Les auteurs de cet attentat
sont en horreur aux Russes. Ils regardent Rostopchin comme une espce
de Marat. Il a pu se consoler dans la socit du commissaire anglais
Wilson.

L'tat-major fait imprimer les dtails du combat de Smolensk et de la
bataille de la Moskwa, et fera connatre ceux qui se sont distingus.

On vient d'armer le Kremlin de cinquante pices de canon, et l'on a
construit des flches  tous les rentrans. Il forme une forteresse. Les
fours et les magasins y sont tablis.



Moscou, 14 octobre 1812.

_Vingt-quatrime bulletin de la grande arme._

Le gnral baron Delzons s'est port sur Dmitrow. Le roi de Naples est
 l'avant-garde sur la Nara, en prsence de l'ennemi, qui est occup 
refaire son arme, en la compltant par des milices.

Le temps est encore beau. La premire neige est tombe hier. Dans vingt
jours il faudra tre en quartiers d'hiver.

Les forces que la Russie avait en Moldavie ont rejoint le gnral
Tormazow. Celles de Finlande ont dbarqu  Riga. Elles sont sorties et
ont attaqu le dixime corps. Elles ont t battues; trois mille hommes
ont t faits prisonniers. On n'a pas encore la relation officielle de
ce brillant combat, qui fait tant d'honneur au gnral d'Yorck.

Tous nos blesss sont vacus sur Smolensk, Minsk et Mohilow. Un grand
nombre sont rtablis et ont rejoint leurs corps.

Beaucoup de correspondances particulires entre Saint-Ptersbourg
et Moscou font bien connatre la situation de cet empire. Le projet
d'incendier Moscou ayant t tenu secret, la plupart des seigneurs et
des particuliers n'avaient rien enlev.

Les ingnieurs ont lev le plan de la ville, en marquant les maisons
qui ont t sauves de l'incendie. Il rsulte que l'on n'est parvenu
 sauver du feu que la dixime partie de la ville. Les neuf-diximes
n'existent plus.



A Noilsko, le 20 octobre 1812.

_Vingt-cinquime bulletin de la grande arme._

Tous les malades qui taient aux hpitaux de Moscou, ont t vacus
dans les journes du 15, du 16, du 17 et du 18 sur Mojask et Smolensk.
Les caissons d'artillerie, les munitions prises, et une grande quantit
de choses curieuses, et des trophes, ont t emballs et sont partis le
15. L'arme a reu l'ordre de faire du biscuit pour vingt jours, et de
se tenir prte  partir; effectivement, l'empereur a quitt Moscou le
19. Le quartier-gnral tait le mme jour  Desna.

D'un ct, on a arm le Kremlin et on l'a fortifi: dans le mme temps,
on l'a min pour le faire sauter. Les uns croient que l'empereur veut
marcher sur Toula et Kalouga pour passer l'hiver dans ces provinces, en
occupant Moscou par une garnison dans le Kremlin.

Les autres croient que l'empereur fera sauter le Kremlin et brler les
tablissemens publics qui restent, et qu'il se rapprochera de cent
lieues de la Pologne, pour tablir ses quartiers d'hiver dans un pays
ami, et tre  porte de recevoir tout ce qui existe dans les magasins
de Dantzick, de Kowno, de Wilna et Minsk, pour se rtablir des fatigues
de la guerre: ceux-ci font l'observation que Moscou est loign de
Ptersbourg de cent quatre-vingt lieues de mauvaise route, tandis qu'il
n'y a de Witepsk  Ptersbourg que cent trente lieues; qu'il y a de
Moscou  Kiow deux cent dix-huit lieues, tandis qu'il n'y a de Smolensk
 Kiow que cent douze lieues, d'o l'on conclut que Moscou n'est pas une
position militaire; or, Moscou n'a plus d'importance politique, puisque
cette ville est brle et ruine pour cent ans.

L'ennemi montre beaucoup de cosaques qui inquitent la cavalerie:
l'avant-garde de la cavalerie, place en avant de Vinkovo, a t
surprise par une horde de ces cosaques; ils taient dans le camp avant
qu'on pt tre  cheval. Ils ont pris un parc du gnral Sbastiani de
cent voitures de bagages, et fait une centaine de prisonniers. Le roi de
Naples est mont  cheval avec les cuirassiers et les carabiniers, et
apercevant une colonne d'infanterie lgre de quatre bataillons, que
l'ennemi envoyait pour appuyer les cosaques, il l'a charge, rompue et
taille en pices. Le gnral Dery, aide-de-camp du roi, officier brave,
a t tu dans cette charge, qui honore les carabiniers.

Le vice-roi est arriv  Fominsko. Toute l'arme est en marche.

Le marchal duc de Trvise est rest  Moscou avec une garnison.

Le temps est trs-beau, comme en France en octobre, peut-tre un peu
plus chaud. Mais dans les premiers jours de novembre on aura des froids.
Tout indique qu'il faut songer aux quartiers d'hiver. Notre cavalerie,
surtout, en a besoin. L'infanterie s'est remise  Moscou, et elle est
trs-bien portante.



Borowsk, 23 octobre 1812.

_Vingt-sixime bulletin de la grande arme._

Aprs la bataille de la Moskwa, le gnral Kutusow prit position 
une lieue en avant de Moscou; il avait tabli plusieurs redoutes pour
dfendre la ville; il s'y tint, esprant sans doute en imposer jusqu'au
dernier moment. Le 14 septembre, ayant vu l'arme franaise marcher 
lui, il prit son parti, et vacua la position en passant par Moscou. Il
traversa cette ville avec son quartier-gnral  neuf heures du matin.
Notre avant-garde la traversa  une heure aprs midi.

Le commandant de l'arrire-garde russe fit demander qu'on le laisst
dfiler dans la ville sans tirer: on y consentit; mais au Kremlin, la
canaille arme par le gouverneur, fit rsistance et fut sur-le-champ
disperse. Dix mille soldats russes furent, le lendemain et les jours
suivans, ramasss dans la ville, o ils s'taient parpills par l'appt
du pillage: c'taient d'anciens et bons soldats; ils ont augment le
nombre des prisonniers.

Les 15, 16 et 17 septembre, le gnral d'arrire-garde russe dit que
l'on ne tirerait plus, et que l'on ne devait plus se battre, et parla
beaucoup de paix. Il se porta sur la route de Kolomna, et notre
avant-garde se plaa  cinq lieues de Moscou, au pont de la Moskwa.
Pendant ce temps, l'arme russe quitta la route de Kolomna et prit celle
de Kalouga par la traverse. Elle fit ainsi la moiti du tour de la
ville,  six lieues de distance. Le vent y portait des tourbillons de
flammes et de fume. Cette marche, au dire des officiers russes, tait
sombre et religieuse. La consternation tait dans les mes: on assure
qu'officiers et soldats taient si pntrs, que le plus profond silence
rgnait dans toute l'arme comme dans la prire.

On s'aperut bientt de la marche de l'ennemi. Le duc d'Istrie se porta
 Desna avec un corps d'observation.

Le roi de Naples suivit l'ennemi d'abord sur Podol, et ensuite se porta
sur ses derrires, menaant de lui couper la route de Kalouga. Quoique
le roi n'et avec lui que l'avant-garde, l'ennemi ne se donna que le
temps d'vacuer les retranchemens qu'il avait faits, et se porta six
lieues en arrire, aprs un combat glorieux pour l'avant-garde. Le
prince Poniatowski prit position derrire la Nara, au confluent de
l'Istia.

Le gnral Lauriston ayant d aller au quartier-gnral russe le 5
octobre, les communications se rtablirent entre nos avant-postes et
ceux de l'ennemi, qui convinrent entre eux de ne pas s'attaquer sans
se prvenir trois heures d'avance; mais le 18,  sept heures du matin,
quatre mille cosaques sortirent d'un bois situ  demi-porte de canon
du gnral Sbastiani, formant l'extrme gauche de l'avant-garde, qui
n'avait t ni occup ni clair ce jour-l. Ils firent un houra
sur cette cavalerie lgre dans le temps qu'elle tait  pied  la
distribution de farine. Cette cavalerie lgre ne put se former qu' un
quart de lieue plus loin. Cependant l'ennemi pntrant par cette troue,
un parc de douze pices de canon et de vingt caissons du gnral
Sbastiani fut pris dans un ravin, avec des voitures de bagages, au
nombre de trente; en tout soixante-cinq voitures, au lieu de cent que
l'on avait portes dans le dernier bulletin.

Dans le mme temps, la cavalerie rgulire de l'ennemi et deux colonnes
d'infanterie pntraient dans la troue. Elles espraient gagner le bois
et le dfil de Voconosvo avant nous; mais le roi de Naples tait l: il
tait  cheval. Il marcha, et enfona la cavalerie de ligne russe
dans dix ou douze charges diffrentes. Il aperut la division de six
bataillons ennemis commande par le lieutenant-gnral Muller,
la chargea et l'enfona. Cette division a t massacre. Le
lieutenant-gnral Muller a t tu.

Pendant que ceci se passait, le prince Poniatowski repoussait une
division russe avec succs. Le gnral polonais Fischer a t tu d'un
boulet.

L'ennemi a non-seulement prouv une perte suprieure  la ntre; mais
il a la honte d'avoir viol une trve d'avant-garde, ce qu'on ne vit
presque jamais. Notre perte se monte  huit cents hommes tus, blesss
ou pris; celle de l'ennemi est double. Plusieurs officiers russes ont
t pris: deux de leurs gnraux ont t tus. Le roi de Naples, dans
cette journe, a montr ce que peuvent la prsence d'esprit, la valeur
et l'habitude de la guerre. En gnral, dans toute la campagne, ce
prince s'est montr digne du rang suprme o il est.

Cependant, l'empereur voulant obliger l'ennemi  vacuer son camp
retranch, et le rejeter  plusieurs marches en arrire, pour
pouvoir tranquillement se porter sur les pays choisis pour ses
quartiers-d'hiver, et ncessaires  occuper actuellement pour
l'excution de ses projets ultrieurs, avait ordonn, le 17, par le
gnral Lauriston,  son avant-garde, de se placer derrire le dfil de
Winkowo, afin que ses mouvemens ne pussent pas tre aperus. Depuis que
Moscou avait cess d'exister, l'empereur avait projet ou d'abandonner
cet amas de dcombres, ou d'occuper seulement le Kremlin avec trois
mille hommes; mais le Kremlin, aprs quinze jours de travaux, ne fut pas
jug assez fort pour tre abandonn vingt ou trente jours  ses propres
forces; il aurait affaibli et gn l'arme dans ses mouvemens, sans
donner un grand avantage. Si l'on et voulu garder Moscou contre les
mendians et les pillards, il fallait vingt mille hommes. Moscou est
aujourd'hui un vrai cloaque malsain et impur. Une population de deux
cent mille mes, errant dans les bois voisins, mourant de faim, vient
sur ses dcombres chercher quelques dbris et quelques lgumes de
jardins pour vivre. Il parut inutile de compromettre quoi que ce soit
pour un objet qui n'tait d'aucune importance militaire, et qui est
aujourd'hui devenu sans importance politique.

Tous les magasins qui taient dans la ville ayant t dcouverts avec
soin, les autres vacus, l'empereur fit miner le Kremlin. Le duc de
Trvise le fit sauter le 23,  deux heures du matin: l'arsenal, les
casernes, les magasins, tout a t dtruit. Cette ancienne citadelle,
qui date de la fondation de la monarchie, ce premier palais des
czars, ont t! Le duc de Trvise s'est mis en marche pour Vereja.
L'aide-de-camp de l'empereur de Russie, Winzingerode, ayant voulu
percer, le 22,  la tte de cinq cents cosaques, fut repouss et fait
prisonnier avec un jeune officier russe nomm Nariskin.

Le quartier-gnral fut port le 19 au chteau de Troitskoe; il y
sjourna le 20: le 21, il tait  Ignatiew, le 22,  Fominskoi, toute
l'arme ayant fait deux marches de flanc, et le 21  Borowsk.

L'empereur compte se mettre en marche le 24, pour gagner la Dwina,
et prendre une position qui le rapproche de quatre-vingts lieues de
Ptersbourg et de Wilna, double avantage, c'est--dire plus prs de
vingt marches des moyens et du but.

De quatre mille maisons de pierre qui existaient  Moscou, il n'en
restait plus que deux cents. On a dit qu'il en restait le quart,
parce qu'on y a compris huit cents glises, encore une partie en est
endommage. De huit mille maisons de bois, il en restait  peu prs cinq
cents. On proposa  l'empereur de faire brler le reste de la ville pour
servir les Russes comme ils le veulent, et d'tendre cette mesure autour
de Moscou. Il y a deux mille villages et autant de maisons de campagne
ou de chteaux. On proposa de former quatre colonnes de deux cents
hommes chacune, et de les charger d'incendier tout  vingt lieues  la
ronde. Cela apprendra aux Russes, disait-on,  faire la guerre en rgle
et non en Tartares. S'ils brlent un village, une maison, il faut leur
rpondre en leur en brlant cent.

L'empereur s'est refus  ces mesures qui auraient tant aggrav les
malheurs de cette population. Sur neuf mille propritaires dont on
aurait brl les chteaux, cent peut-tre sont des sectateurs du Marat
de la Russie; mais huit mille neuf cents sont de braves gens dj
trop victimes de l'intrigue de quelques misrables. Pour punir cent
coupables, on en aurait ruin huit mille neuf cents. Il faut ajouter que
l'on aurait mis absolument sans ressources deux cent mille pauvres serfs
innocens de tout cela. L'empereur s'est donc content d'ordonner la
destruction des citadelles et tablissemens militaires, selon les
usages de la guerre, sans rien faire perdre aux particuliers, dj trop
malheureux par les suites de cette guerre.

Les habitans de la Russie ne reviennent pas du temps qu'il fait depuis
vingt jours. C'est le soleil et les belles journes du voyage de
Fontainebleau. L'arme est dans un pays extrmement riche, et qui peut
se comparer aux meilleurs de la France et de l'Allemagne.



Vereia, le 27 octobre 1812.

_Vingt-septime bulletin de la grande arme._

Le 22, le prince Poniatowski se porta sur Vereia. Le 23, l'arme allait
suivre ce mouvement, lorsque, dans l'aprs-midi, on apprit que l'ennemi
avait quitt son camp retranch, et se portait sur la petite ville de
Maloiaroslawetz. On jugea ncessaire de marcher  lui pour l'en chasser.

Le vice-roi reut l'ordre de s'y porter. La division Delzons arriva le
23,  six heures du soir, sur la rive gauche, s'empara du pont, et le
fit rtablir.

Dans la nuit du 23 au 24, deux divisions russes arrivrent dans la ville
et s'emparrent des hauteurs sur la rive droite, qui sont extrmement
favorables.

Le 24,  la pointe du jour, le combat s'engagea. Pendant ce temps,
l'arme ennemie parut tout entire, et vint prendre position derrire la
ville: les divisions Delzons, Broussier et Pino, et la garde italienne
furent successivement engages. Ce combat fait le plus grand honneur au
vice-roi et au quatrime corps d'arme. L'ennemi engagea les deux tiers
de son arme pour soutenir la position; ce fut en vain: la ville
fut enleve, ainsi que les hauteurs. La retraite de l'ennemi fut si
prcipite, qu'il fut oblig de jeter vingt pices de canon dans la
rivire.

Vers le soir, le marchal prince d'Eckmlh dboucha avec son corps; et
toute l'arme se trouva en bataille avec son artillerie, le 25, sur la
position que l'ennemi occupait la veille.

L'empereur porta son quartier-gnral le 24 au village de Ghorodnia. A
sept heures du matin, six mille cosaques, qui s'taient glisss dans
les bois, firent un houra gnral sur les derrires de la position, et
enlevrent six pices de canon qui taient parques. Le duc d'Istrie se
porta au galop avec toute la garde  cheval: cette horde fut sabre,
ramene et jete dans la rivire; on lui reprit l'artillerie qu'elle
avait prise, et plusieurs voitures qui lui appartenaient; six cents de
ces cosaques ont t tus, blesss ou pris; trente hommes de la garde
ont t blesss, et trois tus. Le gnral de division comte Rapp a eu
un cheval tu sous lui: l'intrpidit dont ce gnral a donn tant de
preuves, se montre dans toutes les occasions. Au commencement de
la charge, les officiers de cosaques appelaient la garde, qu'ils
reconnaissaient, _muscadins de Paris_. Le major des dragons Letort
s'tait fait remarquer. A huit heures, l'ordre tait rtabli.

L'empereur se porta  Maloiaroslawetz, reconnut la position de l'ennemi,
et ordonna l'attaque pour le lendemain; mais dans la nuit l'ennemi a
battu en retraite. Le prince d'Eckmlh l'a poursuivi pendant six lieues;
l'empereur alors l'a laiss aller, et a ordonn le mouvement sur Vereia.

Le 26, le quartier-gnral tait  Borowsk, et le 25  Vereia. Le prince
d'Eckmlh est ce soir  Borowsk; le marchal duc d'Elchingen  Mojask.

Le temps est superbe, les chemins sont beaux: c'est le reste de
l'automne: ce temps durera encore huit jours, et  cette poque nous
serons rendus dans nos nouvelles positions.

Dans le combat de Maloiaroslawetz, la garde italienne s'est distingue;
elle a pris la position et s'y est maintenue. Le gnral baron Delzons,
officier distingu, a t tu de trois balles. Notre perte est de quinze
cents hommes tus ou blesss; celle des ennemis est de six  sept mille.
On a trouv sur le champ de bataille dix-sept cents Russes, parmi
lesquels onze cents recrues habilles de vestes grises, ayant  peine
deux mois de service.

L'ancienne infanterie russe est dtruite; l'arme russe n'a quelque
consistance que par les nombreux renforts de cosaques rcemment arrivs
du Don. Des gens instruits assurent qu'il n'y a dans l'infanterie russe
que le premier rang compos de soldats, et que les deuxime et troisime
rangs sont remplis par des recrues et des milices, que, malgr la parole
qu'on leur avait donne, on y a incorpores. Les Russes ont eu trois
gnraux tus. Le gnral comte Pino a t lgrement bless.



Smolensk, le 11 novembre 1812.

_Vingt-huitime bulletin de la grande arme._

Le quartier-gnral imprial tait, le 1er novembre,  Viazma, et le 9
 Smolensk. Le temps a t trs beau jusqu'au 6; mais, le 7, l'hiver a
commenc, la terre s'est couverte de neige. Les chemins sont devenus
trs-glissans et trs-difficiles pour les chevaux de trait. Nous en
avons perdu beaucoup par le froid et les fatigues; les bivouacs de la
nuit leur nuisent beaucoup.

Depuis le combat de Maloiaroslawetz, l'avant-garde n'avait pas vu
l'ennemi, si ce n'est les cosaques qui, comme les Arabes, rdent sur les
flancs et voltigent pour inquiter.

Le 2,  deux heures aprs-midi, douze mille hommes d'infanterie russe,
couverts par une nue de cosaques, couprent la route,  une lieue de
Viasma, entre le prince d'Eckmlh et le vice-roi. Le prince d'Eckmlh et
le vice-roi firent marcher sur cette colonne, la chassrent du chemin,
la culbutrent dans les bois, lui prirent un gnral-major avec bon
nombre de prisonniers, et lui enlevrent six pices de canon; depuis on
n'a plus vu l'infanterie russe, mais seulement des cosaques.

Depuis le mauvais temps du 6, nous avons perdu plus de trois mille
chevaux de trait, et prs de cent de nos caissons ont t dtruits.

Le gnral Wittgenstein ayant t renforc par les divisions russes de
Finlande et par un grand nombre de troupes de milice, a attaqua le
18 octobre, le marchal Gouvion-Saint-Cyr; il a t repouss par ce
marchal et par le gnral de Wrede, qui lui ont fait trois mille
prisonniers, et ont couvert le champ de bataille de ses morts.

Le 20, le marchal Gouvion-Saint-Cyr, ayant appris que le marchal duc
de Bellune, avec le neuvime corps, marchait pour le renforcer, repassa
la Dwina, et se porta  sa rencontre pour, sa jonction opre avec
lui, battre Wittgenstein et lui faire repasser la Dwina. Le marchal
Gouvion-Saint-Cyr fait le plus grand loge de ses troupes. La division
suisse s'est fait remarquer par son sang-froid et sa bravoure. Le
colonel Guhneuc, du vingt-sixime rgiment d'infanterie lgre a t
bless. Le marchal Saint-Cyr a eu une balle au pied. Le marchal duc de
Reggio est venu le remplacer, et a repris le commandement du deuxime
corps.

La sant de l'empereur n'a jamais t meilleure.



Molodetschino, le 3 dcembre 1812.

_Vingt-neuvime bulletin de la grande arme._

Jusqu'au 6 novembre, le temps a t parfait, et le mouvement de l'arme
s'est excut avec le plus grand succs. Le froid a commenc le 9; ds
ce moment, chaque nuit nous avons perdu plusieurs centaines de chevaux,
qui mouraient au bivouac. Arrivs  Smolensk, nous avions dj perdu
bien des chevaux de cavalerie et d'artillerie.

L'arme russe de Volhynie tait oppose  notre droite. Notre droite
quitta la ligne d'opration de Minsk, et prit pour pivot de ses
oprations la ligne de Varsovie. L'empereur apprit  Smolensk, le 9, ce
changement de ligne d'oprations, et prsuma ce que ferait l'ennemi.
Quelque dur qu'il lui part de se mettre en mouvement dans une si
cruelle saison, le nouvel tat des choses le ncessitait; il esprait
arriver  Minsk, ou du moins sur la Brsina, avant l'ennemi; il partit
le 13 de Smolensk; le 16, il coucha  Krasnoi. Le froid, qui avait
commenc le 7, s'accrut subitement, et, du 14 au 15 et au 16, le
thermomtre marqua seize et dix-huit degrs au-dessous de glace.
Les chemins furent couverts de verglas; les chevaux de cavalerie,
d'artillerie, de train prissaient toutes les nuits, non par centaines,
mais par milliers, surtout les chevaux de France et d'Allemagne: plus de
trente mille chevaux prirent en peu de jours; notre cavalerie se trouva
toute  pied; notre artillerie et nos transports se trouvaient sans
attelage. Il fallut abandonner et dtruire une bonne partie de nos
pices et de nos munitions de guerre et de bouche.

Cette arme, si belle le 6, tait bien diffrente ds le 14, presque
sans cavalerie, sans artillerie, sans transports. Sans cavalerie, nous
ne pouvions pas nous clairer  un quart de lieue; cependant, sans
artillerie, nous ne pouvions pas risquer une bataille et attendre
de pied ferme; il fallait marcher pour ne pas tre contraint  une
bataille, que le dfaut de munitions nous empchait de dsirer; il
fallait occuper un certain espace pour ne pas tre tourns, et cela sans
cavalerie qui clairt et lit les colonnes. Cette difficult, jointe 
un froid excessif subitement venu, rendit notre situation fcheuse. Les
hommes que la nature n'a pas tremps assez fortement pour tre au-dessus
de toutes les chances du sort et de la fortune, parurent branls,
perdirent leur gat, leur bonne humeur, et ne rvrent que malheurs et
catastrophes; ceux qu'elle a crs suprieurs  tout, conservrent leur
gat, leurs manires ordinaires, et virent une nouvelle gloire dans des
difficults diffrentes  surmonter.

L'ennemi, qui voyait sur les chemins les traces de cette affreuse
calamit qui frappait l'arme franaise, chercha  en profiter. Il
enveloppait toutes les colonnes par ses cosaques, qui enlevaient,
comme les Arabes dans les dserts, les trains et les voitures qui
s'cartaient. Cette mprisable cavalerie, qui ne fait que du bruit, et
n'est pas capable d'enfoncer une compagnie de voltigeurs, se rendit
redoutable  la faveur des circonstances. Cependant l'ennemi eut  se
repentir de toutes les tentatives srieuses qu'il voulut entreprendre;
il fut culbut par le vice-roi au-devant duquel il s'tait plac, et y
perdit beaucoup de monde.

Le duc d'Elchingen qui, avec trois mille hommes, faisait
l'arrire-garde, avait fait sauter les remparts de Smolensk. Il fut
cern et se trouva dans une position critique: il s'en tira avec cette
intrpidit qui le distingue. Aprs avoir tenu l'ennemi loign de lui
pendant toute la journe du 18, et l'avoir constamment repouss,  la
nuit, il fit un mouvement par le flanc droit, passa le Borysthne, et
djoua tous les calculs de l'ennemi. Le 19, l'arme passa le Borysthne
 Orza, et l'arme russe fatigue, ayant perdu beaucoup de monde, cessa
l ses tentatives.

L'arme de Volhynie s'tait porte ds le 16 sur Minsk, et marchait sur
Borisow. Le gnral Dombrowski dfendit la tte de pont de Borisow avec
trois mille hommes. Le 23, il fut forc, et oblig d'vacuer cette
position. L'ennemi passa alors la Brsina, marchant sur Bobr; la
division Lambert faisait l'avant-garde. Le deuxime corps, command par
le duc de Reggio, qui tait  Tscherein, avait reu l'ordre de se porter
sur Borisow pour assurer  l'arme le passage de la Brsina. Le 24, le
duc de Reggio rencontra la division Lambert  quatre lieues de Borisow,
l'attaqua, la battit, lui fit deux mille prisonniers, lui prit six
pices de canon, cinq cents voitures de bagages de l'arme de Volhynie,
et rejeta l'ennemi sur la rive droite de la Brsina. Le gnrai
Berkeim, avec le quatrime de cuirassiers, se distingua par une belle
charge. L'ennemi ne trouva son salut qu'on brlant le pont, qui a plus
de trois cents toises.

Cependant l'ennemi occupait tous les passages de la Brsina; cette
rivire est large de quarante toises; elle charriait assez de glaces;
mais ses bords sont couverts de marais de trois cents toises de long, ce
qui la rend un obstacle difficile  franchir.

Le gnral ennemi avait plac ses quatre divisions dans diffrens
dbouchs o il prsumait que l'arme franaise voudrait passer.

Le 26,  la pointe du jour, l'empereur, aprs avoir tromp l'ennemi par
divers mouvemens faits dans la journe du 25, se porta sur le village
de Studzianca, et fit aussitt, malgr une division ennemie, et en sa
prsence, jeter deux ponts sur la rivire. Le duc de Reggio passa,
attaqua l'ennemi, et le mena battant deux heures; l'ennemi se retira
sur la tte de pont de Borisow. Le gnral Legrand, officier du premier
mrite, fut bless grivement, mais non dangereusement. Toute la journe
du 26 et du 27 l'arme passa.

Le duc de Bellune, commandant le neuvime corps, avait reu ordre de
suivre le mouvement du duc de Reggio, de faire l'arrire-garde, et
de contenir l'arme russe de la Dwina qui le suivait. La division
Partouneaux faisait l'arrire-garde de ce corps. Le 27  midi, le duc de
Bellune arriva avec deux divisions au pont de Studzianca.

La division Partouneaux partit  la nuit de Borisow. Une brigade de
cette division qui formait l'arrire-garde, et qui tait charge de
brler les ponts, partit  sept heures du soir; elle arriva entre dix et
onze heures; elle chercha sa premire brigade et son gnral de division
qui taient partis deux heures avant, et qu'elle n'avait pas rencontrs
en route. Ses recherches furent vaines; on conut alors des inquitudes.
Tout ce qu'on a pu connatre depuis, c'est que cette premire brigade,
partie  cinq heures, s'est gare  six, a pris  droite au lieu de
prendre  gauche, et a fait deux ou trois lieues dans cette direction;
que dans la nuit, et transie de froid, elle s'est rallie aux feux de
l'ennemi, qu'elle a pris pour ceux de l'arme franaise; entoure ainsi,
elle aura t enleve. Cette cruelle mprise doit nous avoir fait perdre
deux mille hommes d'infanterie, trois cents chevaux et trois pices
d'artillerie. Des bruits couraient que le gnral de division n'tait
pas avec sa colonne, et avait march isolment.

Toute l'arme ayant pass le 28 au matin, le duc de Bellune gardait la
tte de pont sur la rive gauche; le duc de Reggio, et derrire lui toute
l'arme, tait sur la rive droite.

Borisow ayant t vacu, les armes de la Dwina et de Volhynie
communiqurent; elles concertrent une attaque. Le 28,  la pointe du
jour, le duc de Reggio fit prvenir l'empereur qu'il tait attaqu; une
demi-heure aprs, le duc de Bellune le fut sur la rive gauche; l'arme
prit les armes. Le duc d'Elchingen se porta  la suite du duc de Reggio,
et le duc de Trvise derrire le duc d'Elchingen. Le combat devint vif;
l'ennemi voulut dborder notre droite; le gnral Doumerc, commandant
la cinquime division de cuirassiers, et qui faisait partie du deuxime
corps rest sur la Dwina, ordonna une charge de cavalerie aux quatrime
et cinquime rgimens de cuirassiers, au moment o la lgion de la
Vistule s'engageait dans les bois pour percer le centre de l'ennemi,
qui fut culbut et mis en droute. Ces braves cuirassiers enfoncrent
successivement six carrs d'infanterie, et mirent en droute la
cavalerie ennemie qui venait au secours de son infanterie: six mille
prisonniers, deux drapeaux et six pices de canon tombrent en notre
pouvoir.

De son ct, le duc de Bellune fit charger vigoureusement l'ennemi, le
battit, lui fit cinq  six cents prisonniers, et le tint hors la porte
du canon du pont. Le gnral Fournier fit une belle charge de cavalerie.

Dans le combat de la Brsina, l'arme de Volhynie a beaucoup souffert.
Le duc de Reggio a t bless; sa blessure n'est pas dangereuse; c'est
une balle qu'il a reue dans le ct.

Le lendemain 29, nous restmes sur le champ de bataille. Nous avions 
choisir entre deux routes, celle de Minsk et celle de Wilna. La route de
Minsk passe au milieu d'une fort et de marais incultes, et il et t
impossible  l'arme de s'y nourrir. La route de Wilna, au contraire,
passe dans de trs-bons pays; l'arme, sans cavalerie, faible en
munitions, horriblement fatigue de cinquante jours de marche, tranant
 sa suite ses malades et les blesss de tant de combats, avait besoin
d'arriver  ses magasins. Le 30, le quartier-gnral fut  Plechnitsi;
le 1er dcembre  Slaiki, et le 3  Molodetschino, o l'arme a reu les
premiers convois de Wilna.

Tous les officiers et soldats blesss, et tout ce qui est embarras,
bagages, etc., ont t dirigs sur Wilna.

Dire que l'arme a besoin de rtablir sa discipline, de se refaire, de
remonter sa cavalerie, son artillerie et son matriel, c'est le rsultat
de l'expos qui vient d'tre fait. Le repos est son premier besoin. Le
matriel et les chevaux arrivent. Le gnral Bourcier a dj plus de
vingt mille chevaux de remonte dans diffrens dpts. L'artillerie a
dj rpar ses pertes; les gnraux, les officiers et les soldats ont
beaucoup souffert de la fatigue et de la disette. Beaucoup ont perdu
leurs bagages par suite de la perte de leurs chevaux; quelques-uns
par le fait des embuscades des cosaques. Les cosaques ont pris nombre
d'hommes isols, d'ingnieurs-gographes qui levaient les positions, et
d'officiers blesss qui marchaient sans prcaution, prfrant courir des
risques plutt que de marcher posment et dans les convois.

Les rapports des officiers-gnraux commandant les corps feront
connatre les officiers et soldats qui se sont le plus distingus, et
les dtails de tous ces mmorables vnemens.

Dans tous ces mouvemens, l'empereur a toujours march au milieu de
sa garde, la cavalerie, commande par le marchal duc d'Istrie, et
l'infanterie, commande par le duc de Dantzick. S. M. a t satisfaite
du bon esprit que sa garde a montr; elle a toujours t prte 
se porter partout o les circonstances l'auraient exig; mais les
circonstances ont toujours t telles que sa simple prsence a suffi, et
qu'elle n'a pas t dans le cas de donner.

Le prince de Neufchtel, le grand-marchal, le grand-cuyer et tous les
aides-de-camp et les officiers militaires de la maison de l'empereur,
ont toujours accompagn sa Majest.

Notre cavalerie tait tellement dmonte, que l'on a d runir les
officiers auxquels il restait un cheval, pour en former quatre
compagnies de cent cinquante hommes chacune. Les gnraux y faisaient
les fonctions de capitaines, et les colonels celles de sous-officiers.
Cet escadron sacr, command par le gnral Grouchy, et sous les ordres
du roi de Naples, ne perdait pas de vue l'empereur dans tous ses
mouvemens.

La sant de Sa Majest n'a jamais t meilleure.



Paris, 18 dcembre 1812.

_Note publie dans le Moniteur au retour de l'empereur  Paris._

Le 5 dcembre, l'empereur runit au quartier-gnral de Smorgony, le roi
de Naples, le vice-roi, le prince de Neufchtel, et les marchaux ducs
d'Elchingen, de Dantzick, de Trvise, le prince d'Eckmlh, le duc
d'Istrie, et leur fit connatre qu'il avait nomm le roi de Naples son
lieutenant-gnral pour commander l'arme pendant la rigoureuse saison.

S. M. passant  Wilna accorda un travail de plusieurs heures  M. le duc
de Bassano.

S. M. voyagea _incognito_ dans un seul traneau, avec et sous le nom du
_duc de Vicence_. Elle visita les fortifications de Praga, parcourut
Varsovie, et y passa plusieurs heures inconnue. Deux heures avant son
dpart, elle fit chercher le comte Potocki et le ministre des finances
du grand-duch, qu'elle entretint long-temps.

S. M. arriva le 14,  une heure aprs minuit  Dresde, et descendit chez
le comte Serra, son ministre. Elle s'entretint long-temps avec le roi
de Saxe, et repartit immdiatement, prenant la route de Leipsick et de
Mayence.



Paris, 20 dcembre 1812.

_Rponse de l'empereur aux dputations du snat et du conseil d'tat,
envoyes pour le fliciter sur son retour de Russie._

_Au Snat._

Snateurs,

Ce que vous me dites m'est fort agrable. J'ai  coeur la gloire et la
puissance de la France; mais mes premires penses sont pour tout ce
qui peut perptuer la tranquillit intrieure, et mettre  jamais
mes peuples  l'abri des dchiremens des factions et des horreurs de
l'anarchie. C'est sur ces ennemies du bonheur des peuples que j'ai
fond, avec la volont et l'amour des Franais, ce trne auquel sont
attaches dsormais les destines de la patrie.

Des soldats timides et lches perdent l'indpendance des nations; mais
des magistrats pusillanimes dtruisent l'empire des lois, les droits du
trne, et l'ordre social lui-mme.

La plus belle mort serait celle d'un soldat qui prit au champ
d'honneur, si la mort d'un magistrat prissant en dfendant le
souverain, le trne et les lois, n'tait plus glorieuse encore.

Lorsque j'ai entrepris la rgnration de la France, j'ai demand  la
Providence un nombre d'annes dtermin. On dtruit dans un moment, mais
on ne peut rdifier sans le secours du temps. Le plus grand besoin de
l'tat est celui de magistrats courageux.

Nos pres avaient pour cri de ralliement: _Le roi est mort, vive le
roi!_ Ce peu de mots contient les principaux avantages de la monarchie.
Je crois avoir bien tudi l'esprit que mes peuples ont montr dans les
diffrens sicles; j'ai rflchi  ce qui a t fait aux diffrentes
poques de notre histoire: j'y penserai encore.

La guerre que je soutiens contre la Russie est une guerre politique.
Je l'ai faite sans animosit: j'eusse voulu lui pargner les maux
qu'elle-mme s'est faits. J'aurais pu armer la plus grande partie de sa
population contre elle-mme, en proclamant la libert des esclaves:
un grand nombre de villages me l'ont demand; mais lorsque j'ai connu
l'abrutissement de cette classe nombreuse du peuple russe, je me suis
refus  cette mesure qui aurait vou  la mort et aux plus horribles
supplices bien des familles. Mon arme a essuy des pertes, mais c'est
par la rigueur prmature de la saison.

J'agre les sentimens que vous m'exprimez.



_Au conseil d'tat._

Conseillers d'tat,

Toutes les fois que j'entre en France, mon coeur prouve une bien vive
satisfaction. Si le peuple montre tant d'amour pour mon fils, c'est
qu'il est convaincu, par sentiment, des bienfaits de la monarchie.

C'est  l'idologie,  cette tnbreuse mtaphysique, qui, en
recherchant avec subtilit les causes premires, veut sur ses bases
fonder la lgislation des peuples, au lieu d'approprier les lois  la
connaissance du coeur humain et aux leons de l'histoire, qu'il faut
attribuer tous les malheurs qu'a prouvs notre belle France. Ces
erreurs devaient et ont effectivement amen le rgime des hommes de
sang. En effet, qui a proclam le principe d'insurrection comme un
devoir? qui a adul le peuple en le proclamant  une souverainet qu'il
tait incapable d'exercer? qui a dtruit la saintet et le respect des
lois, en les faisant dpendre, non des principes sacrs de la justice,
de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement de la
volont d'une assemble compose d'hommes trangers  la connaissance
des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et
militaires? Lorsqu'on est appel  rgnrer un tat, ce sont des
principes constamment opposs qu'il faut suivre. L'histoire peint le
coeur humain; c'est dans l'histoire qu'il faut chercher les avantages et
les inconvniens des diffrentes lgislations. Voil les principes que
le conseil d'tat d'un grand empire ne doit jamais perdre de vue; il
doit y joindre un courage  toute preuve; et,  l'exemple des prsidens
Harlay et Mol, tre prt  prir en dfendant le souverain, le trne et
les lois.

J'apprcie les preuves d'attachement que le conseil-d'tat m'a donnes
dans toutes les circonstances. J'agre ses sentimens.



Au palais des Tuileries, 8 janvier 1813.

_Lettre de l'empereur au Snat._

Snateurs,

Nous avons jug utile de reconnatre par des rcompenses clatantes
les services qui nous ont t rendus, spcialement dans cette dernire
campagne, par notre cousin le marchal duc d'Elchingen.

Nous avons pens d'ailleurs qu'il convenait de consacrer le souvenir
honorable pour nos peuples, de ces grandes circonstances o nos armes
nous ont donn tant de preuves signales de leur bravoure et de leur
dvouement, et que tout ce qui tendrait  en perptuer la mmoire
dans la postrit tait conforme  la gloire et aux intrts de notre
couronne.

Nous avons en consquence rig en principaut, sous le titre de
principaut de la Moskwa, le chteau de Rivoli, dpartement du P, et
les terres qui en dpendent, pour tre possds par notre cousin le
marchal duc d'Elchingen et ses descendans, aux closes et conditions
portes aux lettres patentes que nous avons ordonn  notre cousin le
prince archi-chancelier de l'empire de faire expdier par le conseil du
sceau des titres.

Nous avons pris des mesures pour que les domaines de la-dite
principaut soient augments de manire  ce que le titulaire et ses
descendans puissent soutenir dignement le nouveau titre que nous
confrons, et ce, au moyen des dispositions qui nous sont comptentes.

Notre intention est, ainsi qu'il est spcifi dans nos
lettres-patentes, que la principaut que nous avons rige en faveur de
notre dit cousin le marchal duc d'Elchingen, ne donne  lui et  ses
descendans d'autres rang et prrogatives que ceux dont jouissent les
ducs parmi lesquels ils prendront rang selon la date de l'rection du
titre.

NAPOLON.



Paris, 14 fvrier 1813.

_Discours de l'empereur  l'ouverture du corps-lgislatif._

Messieurs les dputs des dpartemens au corps-lgislatif,

La guerre rallume dans le nord de l'Europe offrait une occasion
favorable aux projets des Anglais sur la pninsule. Ils ont fait de
grands efforts. Toutes leurs esprances ont t dues.... Leur arme
a chou devant la citadelle de Burgos, et a d, aprs avoir essuy de
grandes pertes, vacuer le territoire de toutes les Espagnes.

Je suis moi-mme entr en Russie. Les armes franaises ont t
constamment victorieuses aux champs d'Ostrowno, de Polotsk, de Mohilow,
de Smolensk, de la Moskwa, de Maloiaroslawetz. Nulle part les armes
russes n'ont pu tenir devant nos aigles; _Moscou est tomb en notre
pouvoir._

Lorsque les barrires de la Russie ont t forces, et que
l'impuissance de ses armes a t reconnue, un essaim de Tartares ont
tourn leurs mains parricides contre les plus belles provinces de ce
vaste empire qu'ils avaient t appels  dfendre. Ils ont, en peu de
semaines, malgr les larmes et le dsespoir des infortuns Moscovites,
incendi plus de quatre mille de leurs plus beau villages, plus de
cinquante de leurs plus belles villes, assouvissant ainsi leur ancienne
haine, et sous le prtexte de retarder notre marche en nous environnant
d'un dsert. _Nous avons triomph de tous ces obstacles!_ L'incendie
mme de Moscou o, en quatre jours, ils ont ananti le fruit des travaux
et des pargnes de quarante gnrations, n'avait rien chang  l'tat
prospre de mes affaires..... Mais la rigueur excessive et prmature
de l'hiver a fait peser sur mon arme une affreuse calamit. _En peu
de nuits, j'ai vu tout changer._ J'ai fait de grandes pertes. Elles
auraient bris mon me si, dans ces grandes circonstances, j'avais d
tre accessible  d'autres sentimens qu' l'intrt,  la gloire et 
l'avenir de mes peuples.

A la vue des maux qui ont pes sur nous, la joie de l'Angleterre a t
grande, ses esprances n'ont pas eu de bornes. Elle offrait nos plus
belles provinces pour rcompense  la trahison. Elle mettait pour
condition  la paix le dchirement de ce bel empire: c'tait, sous
d'autres termes, proclamer _la guerre perptuelle_.

L'nergie de mes peuples, dans ces grandes circonstances, leur
attachement  l'intgrit de l'empire, qu'ils m'ont montr, ont dissip
toutes ces chimres, et ramen nos ennemis  un sentiment plus juste des
choses.

Les malheurs qu'a produits la rigueur des climats ont fait ressortir
dans toute leur tendue la grandeur et la solidit de cet empire, fond
sur les efforts et l'amour de cinquante millions de citoyens, et sur les
ressources territoriales des plus belles contres du monde.

C'est avec une vive satisfaction que nous avons vu nos peuples du
royaume d'Italie, ceux de l'ancienne Hollande et des dpartemens runis,
rivaliser avec les anciens Franais, et sentir qu'il n'y a pour eux
d'esprance, d'avenir et de bien, que dans la consolidation et le
triomphe du grand empire.

Les agens de l'Angleterre propagent chez tous nos voisins l'esprit de
rvolte contre les souverains. L'Angleterre voudrait voir le continent
entier en proie  la guerre civile et  toutes les fureurs de
l'anarchie; mais la Providence l'a elle-mme dsigne pour tre la
premire victime de l'anarchie et de la guerre civile.

J'ai sign directement avec le pape un concordat qui termine tous
les diffrens qui s'taient malheureusement levs dans l'glise. La
dynastie franaise rgne et rgnera en Espagne. Je suis satisfait de la
conduite de tous mes allis. Je n'en abandonnerai aucun; je maintiendrai
l'intgrit de leurs tats. Les Russes rentreront dans leur affreux
climat.

Je dsire la paix; elle est ncessaire au monde. Quatre fois, depuis
la rupture qui a suivi le trait d'Amiens, je l'ai propose dans des
dmarches solennelles. Je ne ferai jamais qu'une paix honorable et
conforme aux intrts et  la grandeur de mon empire. Ma politique n'est
point mystrieuse; j'ai fait connatre les sacrifices que je pouvais
faire.

Tant que cette guerre maritime durera, mes peuples doivent se tenir
prts  toute espce de sacrifices; car une mauvaise paix ferait
tout perdre, jusqu' l'esprance, et tout serait compromis, mme la
prosprit de nos neveux.

L'Amrique a recouru aux armes pour faire respecter la souverainet de
son pavillon; les voeux du monde l'accompagnent dans cette glorieuse
lutte. Si elle la termine en obligeant les ennemis du continent 
reconnatre le principe que le pavillon couvre la marchandise et
l'quipage, et que les neutres ne doivent pas tre soumis  des
blocus sur le papier, le tout conformment aux stipulations du trait
d'Utrecht, l'Amrique aura mrit de tous les peuples. La postrit
dira que l'ancien monde avait perdu ses droits, et que le nouveau les a
reconquis.

Mon ministre de l'intrieur vous fera connatre, dans l'expos de
la situation de l'empire, l'tat prospre de l'agriculture, des
manufactures et de notre commerce intrieur, ainsi que l'accroissement
toujours constant de notre population. Dans aucun sicle l'agriculture
et les manufactures n'ont t en France  un plus haut degr de
prosprit.

J'ai besoin de grandes ressources pour faire face  toutes les dpenses
qu'exigent les circonstances; mais moyennant diffrentes mesures que
vous proposera mon ministre des finances, je ne devrai imposer aucune
nouvelle charge  mes peuples.



De notre palais de l'Elyse, le 30 mars 1813.

_Lettres-patentes._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions, empereur des
Franais, roi d'Italie; protecteur de la confdration du Rhin,
mdiateur de la confdration suisse, etc., etc;

A tous ceux qui ces prsentes verront, salut.

Voulant donner  notre bien-aime pouse l'impratrice et reine
Marie-Louise, des marques de la haute confiance que nous avons en elle,
nous avons rsolu de l'investir, comme nous l'investissons par ces
prsentes, du droit d'assister aux conseils du cabinet, lorsqu'il en
sera convoqu pendant la dure de mon rgne, pour l'examen des affaires
les plus importantes de l'tat; et attendu que nous sommes dans
l'intention d'aller incessamment nous mettre  la tte de nos armes,
pour dlivrer le territoire de nos allis, nous avons galement rsolu
de confrer, comme nous confrons par ces prsentes,  notre bien-aime
pouse l'impratrice et reine, le titre de rgente, pour en exercer les
fonctions, en conformit de nos intentions et de nos ordres, tels que
nous les aurons fait transcrire sur le livre de l'tat; entendant
qu'il soit donn connaissance aux princes grands dignitaires et 
nos ministres, desdits ordres et instructions, et qu'en aucun cas,
l'impratrice ne puisse s'carter de leur teneur, dans l'exercice des
fonctions de rgente.

Voulons que l'impratrice-rgente prside, en notre nom, le snat, le
conseil-d'tat, le conseil des ministres et le conseil priv, notamment
pour l'examen des recours en grce, sur lesquels nous l'autorisons
 prononcer, aprs avoir entendu les membres dudit conseil priv.
Toutefois notre intention n'est point que par suite de la prsidence
confre  l'impratrice-rgente, elle puisse autoriser par sa
signature, la prsentation d'aucun snatus-consulte, ou proclamer aucune
loi de l'tat; nous rfrant  cet gard au contenu des ordres et
instructions mentionnes ci-dessus.

Mandons  notre cousin le prince archi-chancelier de l'empire, de donner
communication des prsentes lettres-patentes au snat, qui les fera
transcrire sur ses registres, et  notre grand-juge ministre de la
justice, de les faire publier au bulletin des lois, et de les adresser 
nos cours impriales, pour y tre lues, publies et transcrites sur les
registres d'icelles.

NAPOLON.



En notre palais de l'Elyse-Napolon, le 3 avril 1813.

_Message de l'empereur et roi au Snat._

Snateurs,

Conformment aux constitutions de l'empire, nous vous prsentons comme
candidats pour la place vacante au snat par la mort du comte de
Bougainville, le baron Lacue, premier prsident de la cour impriale
d'Agen, prsent par le collge lectoral du dpartement de
Lot-et-Garonne; le baron d'Haubersaert, premier prsident de la cour
impriale de Douai, prsent par le collge lectoral du dpartement
du Nord; le prsident Berthereau, prsent par le collge lectoral du
dpartement de la Seine.

Nous sommes bien aise que nos cours impriales voient dans le choix
de ces trois magistrats notre satisfaction de la manire dont elles
remplissent nos voeux pour l'administration de la justice.

NAPOLON.



En notre palais de l'Elyse-Napolon, le 5 avril 1813.

_Message de l'empereur et roi au Snat._

Snateurs,

Nous avons nomm pour remplir les treize places vacantes au snat:

Le cardinal Bayane, prlat distingu par ses vertus religieuses,
l'tendue de ses lumires et les services qu'il a rendus  la patrie; il
a travaill au concordat de Fontainebleau, qui complte les liberts de
nos glises; oeuvre commence par saint Louis, continue par Louis XIV,
et acheve par nous; le baron Bourlier, vque d'Evreux, le doyen de nos
vques, l'un des docteurs les plus distingus de la Sorbonne de Paris,
socit qui a rendu de si importans services  l'tat, en dmlant, au
milieu des tnbres des sicles, les vrais principes de notre religion,
d'avec les prtentions subversives de l'indpendance des couronnes. Nous
dsirons que le clerg de notre empire voie dans ces choix un tmoignage
de la satisfaction que nous avons de sa fidlit, de ses lumires et de
son attachement  notre personne.

Le comte Legrand, gnral de division, couvert d'honorables blessures,
et auquel nous avons les plus grandes obligations pour les services
qu'il nous a rendus dans les circonstances les plus importantes.

Le comte Chasseloup-Laubat, le comte Gassendi, et le comte Saint-Marsan,
conseillers en notre conseil-d'tat. Nous dsirons que notre conseil
voie dans cette distinction accorde  trois de ses membres, le
contentement que nous avons de ses services;

Le comte Barb-Marnois, premier prsident de notre cour des comptes: en
peu d'annes et par un travail assidu, notre cour des comptes a liquid
tout l'arrir, et atteint le but pour lequel nous l'avions institue.

Le comte De Crois, l'un de nos chambellans, prsent par le collge
lectoral du dpartement de Sambre et Meuse: les officiers de notre
maison verront dans cette distinction accorde  l'un d'eux, la
satisfaction que nous avons de la fidlit et de l'attachement qu'ils
nous montrent dans toutes les circonstances.

Le duc de Cadore, ministre d'tat, intendant-gnral de notre maison;
le duc de Frioul, notre grand-marchal; le comte de Montesquiou, notre
grand-chambellan; le duc de Vicence, notre grand-cuyer; le comte de
Sgur, notre grand-matre des crmonies.

Nous voyons de l'utilit  faire siger au snat les grands-officiers
de notre couronne; nous sommes bien aise de leur donner cette preuve de
notre satisfaction.

NAPOLON.





CAMPAGNE DE SAXE.

LIVRE HUITIME.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente.[1]

SITUATION DES ARMES FRANAISES DARS LE NORD, AU 30 MARS.

[Note 1: Dans cette campagne et dans la suivante, Napolon, comme
s'il et prvu que la victoire allait l'abandonner pour toujours, cessa
d'envoyer dans sa capitale ces bulletins guerriers, fidles tmoignages
de ses succs sur les champs de bataille. Les nouvelles des armes
taient adresses  l'impratrice, et Publies par extrait dans le
Moniteur. Mais la rdaction n'en appartenait pas moins  l'empereur, et
c'est  ce titre que nous les publions. Il sera curieux de comparer la
peinture de nos revers trace de la mme main qui avait improvis les
brillans bulletins d'Austerlitz, de Ina et de Friedland.]

La garnison de Dantzick avait loign l'ennemi de toutes les hauteurs
d'Oliva, dans les premiers jours de mars.

Les garnisons de Thorn et de Modlin taient dans le meilleur tat. Le
corps qui bloquait Zamosc s'en tait loign.

Sur l'Oder, les places de Stettin, Custrin et Glogau n'taient pas
assiges. L'ennemi se tenait hors de la porte du canon de ces
forteresses. La garnison de Stettin avait brl tous les faubourgs et
prpar tout le terrain autour de la place.

La garnison de Spandau avait galement brl tout ce qui pouvait gner
la dfense de la place.

Sur l'Elbe, le 17, on avait fait sauter une arche du pont de Dresde, et
le gnral Durutte avait pris position sur la rive gauche. Les Saxons
s'taient ports autour de Torgau.

Le vice-roi tait parti de Leipsick, et avait port, le 21, son
quartier-gnral  Magdebourg.

Le gnral Lapoype commandait  Wittenberg le pont et la place, qui
taient arms et approvisionns pour plusieurs mois. On l'avait remise
en bon tat.

Arriv  Magdebourg, le vice-roi avait envoy le 22 le gnral Lauriston
sur la rive droite de l'Elbe. Le gnral Maison s'tait port  Mockern
et avait pouss des postes sur Burg et Ziczar; il n'a trouv que
quelques pulks de troupes lgres, qu'il a culbuts et sur lesquels il a
pris ou tu une soixantaine d'hommes.

Le 12, le gnral Carra-Saint-Cyr, commandant la trente-deuxime
division militaire, avait jug convenable de repasser sur la rive gauche
de l'Elbe, et de laisser Hambourg  la garde des autorits et des gardes
nationales. Du 15 au 20, diffrentes insurrections se manifestrent dans
les dpartemens des Bouches-de-l'Elbe et de l'Ems.

Le gnral Morand, qui occupait la Pomranie sudoise, ayant appris
l'vacuation de Berlin, faisait sa retraite sur Hambourg. Il passa
l'Elbe  Zollenpischer, et le 17, il fit sa jonction avec le gnral
Carra-Saint-Cyr. Deux cents hommes de troupes lgres ennemies ayant
atteint son arrire-garde, il les fit charger et leur tua quelques
hommes. Le gnral Morand se porta sur la rive gauche, et le gnral
Saint-Cyr se dirigea sur Brme.

Le 24, le gnral Saint-Cyr fit partir deux colonnes mobiles, pour
se porter sur les batteries de Calsbourg et de Blexen, que des
contrebandiers aids des paysans et de quelques dbarquemens anglais
avaient enleves. Ces colonnes ont mis les insurgs en droute et repris
les batteries. Les chefs ont t pris et fusills. Les Anglais
dbarqus n'taient qu'une centaine; on n'a pu leur faire que quarante
prisonniers.

Le vice-roi avait runi toute son arme, forte de cent mille hommes et
de trois cents pices de canon, autour de Magdebourg, manoeuvrant sur
les deux rives.

Le gnral de brigade Montbrun, qui, avec une brigade de cavalerie,
occupait Steindal, ayant appris que l'ennemi avait pass le bas Elbe
dans des bateaux prs de Werden, s'y porta le 28, chassa les troupes
lgres de l'ennemi, et entra dans Werden au galop. Le quatrime
de lanciers excuta une charge  fond, dans laquelle il tua une
cinquantaine de cosaques et en prit douze. L'ennemi se hta de regagner
la rive droite de l'Elbe. Trois gros bateaux furent couls bas, et
quelques barques chavirrent; elles pouvaient tre charges de soixante
chevaux et d'un pareil nombre d'hommes. On a pu sauver dix-sept
cavaliers, parmi lesquels se sont trouvs deux officiers, dont un
aide-de-camp du gnral Dornberg, qui commandait cette colonne.

Il parat qu'un corps de troupes lgres, d'un millier de chevaux, de
deux mille hommes d'infanterie et de six pices de canon, est parvenu 
se diriger du ct de Brunswick, pour exciter  la rvolte le Hanovre et
le royaume de Westphalie. Le roi de Westphalie s'est mis  la poursuite
de ce corps, et d'autres colonnes envoyes par le vice-roi arrivent sur
ses derrires.

Quinze cents hommes de troupes lgres ennemies ont pass l'Elbe le 27,
prs de Dresde, sur des batelets. Le gnral Durutte marche sur eux. Les
Saxons avaient laiss ce point dgarni, en se groupant autour de Torgau.

Le prince de la Moskwa tait arriv le 26 avec son quartier-gnral et
son corps d'arme  Wurtzbourg; son avant-garde dbouchait des montagnes
de la Thuringe.

Le duc de Raguse a port le 22 mars son quartier-gnral  Hanau; ses
divisions s'y runissaient.

Au 30 mars, l'avant-garde du corps d'observation d'Italie tait arrive
 Augsbourg. Tout le corps traversait le Tyrol.

Le 27, le gnral Vandamme arrivait de sa personne  Brme. Les
divisions Dumonceau et Dufour avaient dj dpass Wesel.

Indpendamment de l'arme du vice-roi, des armes du Mein et du corps du
roi de Westphalie, il y aura dans la premire quinzaine d'avril, prs de
cinquante mille hommes dans la trente-deuxime division militaire, afin
de faire un exemple svre des insurrections qui ont troubl cette
division. Le comte de Bentink, maire de Varel, a eu l'infamie de se
mettre  la tte des rvolts. Ses proprits seront confisques, et il
aura, par sa trahison, consomm  jamais la ruine de sa famille.

Pendant tout le mois de mars, il n'y a eu aucune affaire. Dans toutes
les escarmouches, dont celle du 28 ( Werden) est, de beaucoup, la plus
considrable, l'arme franaise a toujours eu le dessus.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

SITUATION DES ARMES FRANAISES DANS LE NORD, AU 5 AVRIL.

Les nouvelles de Dantzick taient satisfaisantes. La nombreuse garnison
a form des camps en dehors. L'ennemi se tenait loign de la place, et
ne paraissait pas en disposition de rien tenter. Deux frgates anglaises
s'taient fait voir devant la place.

A Thorn, il n'y avait rien de nouveau. On y avait mis le temps  profit
pour amliorer les fortifications.

L'ennemi n'avait que trs-peu de forces devant Modlin; le gnral
Daendels en a profit pour faire une sortie, a repouss le corps ennemi,
et s'est empar d'un gros convoi, o il y avait entre autres cinq cents
boeufs.

La garnison de Zamosc est matresse du pays  six lieues  la ronde,
l'ennemi n'observant cette place qu'avec quelque cavalerie lgre.

Le gnral Frimont et le prince Poniatowski taient toujours dans la
mme position sur la Pilica.

Stettin, Custrin et Glogau taient dans le mme tat. L'ennemi
paraissait avoir des projets sur Glogau dont le blocus tait resserr.

Le corps ennemi qui, le 27 mars, a pass l'Elbe  Werden, et dont
l'arrire-garde a t dfaite le 28 par le gnral Montbrun, et jete
dans la rivire, s'tait dirig sur Luxembourg.

Le 29, le gnral Morand partit de Brme, et se porta sur Lunebourg, o
il arriva le premier avril. Les habitans, soutenus par quelques troupes
lgres de l'ennemi, voulurent faire rsistance; les portes furent
enfonces  coups de canon, une trentaine de ces rebelles passs par les
armes, et la ville fut soumise.

Le 2, le corps ennemi qu'on supposait de trois  quatre mille hommes,
cavalerie, infanterie et artillerie, se prsenta devant Lunebourg. Le
gnral Morand marcha  sa rencontre avec sa colonne, compose de huit
cents Saxons, et de deux cents Franais, avec une trentaine de cavaliers
et quatre pices de canon. La canonnade s'engagea. L'ennemi avait t
forc de quitter plusieurs positions, lorsque le gnral Morand fut tu
par un boulet. Le commandement passa  un colonel saxon. Les troupes,
tonnes de la perte de leur chef, se replirent dans la ville; et aprs
s'y tre dfendues pendant une demi-journe, elles capitulrent le soir.
L'ennemi fit ainsi prisonniers sept cents Saxons et deux cents Franais.
Une partie des prisonniers ont t repris.

Le lendemain, le gnral Montbrun, commandant l'avant-garde du corps
du prince d'Eckmhl, arriva  Lunebourg. L'ennemi, instruit de son
approche, avait vacu la ville en toute hte et repass l'Elbe. Le
prince d'Eckmhl, arriv le 4, a forc l'ennemi  retirer tous ses
partis de la rive gauche de l'Elbe, et a fait occuper Stade.

Le 5, le gnral Vandamme avait runi  Brme les divisions Saint-Cyr et
Dufour. Le gnral Dumonceau, avec sa division, tait  Minden.

Le vice-roi a rencontr, le 2 avril, une division prussienne en avant de
Magdebourg sur la rive droite de l'Elbe, l'a culbute, l'a poursuivie
l'espace de plusieurs lieues, et lui a fait quelques centaines de
prisonniers.

La brigade bavaroise, qui fait partie de la division du gnral Durutte,
a eu, le 29 mars, une affaire  Coldiz avec la cavalerie ennemie. Cette
infanterie a repouss toutes les charges que l'ennemi a tentes sur
elle, et lui a tu plus de cent hommes, parmi lesquels on a reconnu un
colonel et plusieurs officiers. La perte des Bavarois n'a t que de
seize hommes blesss. Depuis lors le gnral Durutte a continu son
mouvement sans tre inquit, pour se porter sur la Saale  Bernbourg.

Un dtachement de cavalerie ennemie tait entr le 5 dans Leipsick.

Le duc de Bellune tait en observation  Calbe et Bernbourg sur la
Saale.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

SITUATION DES ARMES FRANAISES DANS LE NORD, AU 10 AVRIL

Le 5, la trente-cinquime division, commande par le gnral Grenier,
a eu une affaire d'avant-postes sur la rive droite de l'Elbe,  quatre
lieues de Magdebourg. Quatre bataillons de cette division seulement
ont t engags. L'infanterie a montr son intrpidit ordinaire, et
l'ennemi a t repouss.

Le 7, le vice-roi tant instruit que l'ennemi avait pass l'Elbe 
Dessau, a envoy le cinquime corps et une partie du onzime pour
appuyer le deuxime corps, command par le duc de Bellune. Lui-mme il
s'est port  Stassfurt, o son quartier-gnral tait le 9, et il a
runi son arme sur la Saale, la gauche  l'Elbe, la droite appuye aux
montagnes du Hartz, et la rserve  Magdebourg.

Le prince d'Eckmhl, qui le 8 avait son quartier-gnral  Lunebourg, se
mettait en marche pour se rapprocher de Magdebourg.

L'artillerie des divisions du gnral Vandamme arrivait  Brme et 
Minden.

La tte d'un corps compos de deux divisions, qui doit prendre position
 Wesel, sous les ordres du gnral Lemarrois, commenait  arriver.

Le 10, le gnral Souham avait envoy un rgiment  Erfurt, o on
n'avait pas encore de nouvelles des troupes lgres de l'ennemi.

Le duc de Raguse prenait position sur les hauteurs d'Eisenach.

L'arme franaise du Mein paraissait en mouvement dans diffrentes
directions.

Le prince de Neufchtel tait attendu  Mayence.

Une partie de l'tat-major de l'empereur y tait arrive, ce qui faisait
prsumer l'arrive prochaine de ce souverain.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

SITUATION DES ARMES FRANAISES DANS LE NORD, AU 20 AVRIL.

Dantzick, Thorn, Modlin, Zamosc, taient dans le mme tat.

Stettin, Custrin, Glogau, Spandau, n'taient que faiblement bloqus.

Magdebourg tait le point de rserve du vice-roi.

Wittemberg et Torgau taient en bon tat. La garnison de Wittemberg
avait repouss l'attaque de vive force.

Le gnral Vandamme tait en avant de Brme; le gnral Sbastiani entre
Celle et le Weser; le vice-roi dans la mme position, la gauche sur
l'Elbe,  l'embouchure de la Saale, et la droite au Hartz, occupant
Bernbourg, sa rserve  Magdebourg.

Le prince de la Moskwa tait  Erfurt; le duc de Raguse  Gotha,
occupant Langen-Saltza; le duc d'Istrie  Eisenach; le comte Bertrand 
Cobourg.

Le gnral Souham tait  Weymar. La ville avait t occupe par trois
cents hussards prussiens, qui furent parpills dans la journe du 19
par un escadron du dixime de hussards, et un escadron badois, sous
les ordres du gnral Laboissire. On leur a pris soixante hussards et
quatre officiers, parmi lesquels se trouve un aide-de-camp du gnral
Blucher.



Mayence, le 24 avril 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

S. M. l'empereur a pass, le 22 du mois, la revue de quatre beaux
rgimens de la vieille garde; il a tmoign sa satisfaction du bel tat
des ces troupes; elles sont arrives  Mayence en poste, et n'ont mis
que six jours pour faire la route; elles taient si peu fatigues,
qu'elles ont pass le Rhin sur-le-champ. Le gnral Curial est arriv 
Mayence avec les cadres des douze nouveaux rgimens de la jeune garde
qui s'organisent en cette ville. Toutes les fournitures destines 
l'quipement de ces troupes sont arrives  Mayence par les transports
acclrs.

Le duc de Castiglione a t nomm gouverneur militaire des grands-duchs
de Francfort et de Wurtzbourg. La citadelle de Wurtzbourg a t arme et
approvisionne.

Les bruits qui avaient t rpandus sur une prtendue dfaite du gnral
Sbastiani et sur la mort de ses aides-de-camp sont faux et controuvs;
au contraire, se proposant d'attirer l'ennemi  lui, il ordonna au
gnral Maurin d'vacuer Celle; douze cents cosaques s'y jetrent
sur-le-champ. Le 28, le gnral Maurin rentra prcipitamment dans Celle,
ple-mle avec l'ennemi, qui fut mis dans une droute complte, et
perdit une cinquantaine de tus, grand nombre de blesss et une centaine
de prisonniers.

Pendant ce temps, le gnral Sbastiani se portait sur Ueltzen; il
chassa de Gros-OEsingen un parti de six cents cosaques, qui se reploya
sur Sprakensehl, o l'ennemi avait runi quinze cents cavaliers. Le
gnral Sbastiani les fit aussitt charger et enfoncer; on leur a
tu vingt-cinq hommes, bless beaucoup plus, et pris une vingtaine de
cosaques; les fuyards ont t poursuivis jusque prs d'Ueltzen.

Le gnral Vandamme commande  Brme; il a sous ses ordres les trois
divisions Dufour, Saint-Cyr et Dumonceau.

L'effervescence des esprits se calme dans la trente-deuxime division
militaire; la quantit de forces qu'on voit arriver de tous cts, les
exemples svres qu'on a faits sur les chefs des complots, mais surtout
le peu de monde que l'ennemi a pu montrer sur ce point, ont comprim la
malveillance.

Le duc de Reggio est parti le 23 de Mayence pour prendre le commandement
du douzime corps de la grande-arme.

Au 24, la plus grande partie de l'arme avait pass les montagnes de la
Thuringe.

Le roi de Saxe ayant jug convenable de s'approcher le plus possible de
Dresde, s'est port sur Prague.

S. M. l'empereur est parti le 24,  huit heures du soir, de Mayence.

Le duc de Dalmatie a repris les fonctions de colonel-gnral de la
garde. S. M. a envoy  Wetzlar le duc de Trvise pour organiser le
corps polonais du gnral Dombrowski, et en former deux rgimens
d'infanterie, deux rgimens de cavalerie et deux batteries d'artillerie.
S. M. a pris ce corps  sa solde depuis le premier janvier.

Le prince d'Eckmhl s'est rendu dans la trente-deuxime division
militaire, pour y exercer, vu les circonstances, les pouvoirs
extraordinaires dlgus par le snatus-consulte du 3 avril.



Le 25 avril 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

La place de Thorn a capitul; la garnison retourne en Bavire; elle
tait compose de six cents Franais et de deux mille sept cents
Bavarois: dans ce nombre de trois mille trois cents hommes, douze
cents taient aux hpitaux. Aucun prparatif n'annonait encore le
commencement du sige de Dantzick: la garnison tait en bon tat et
matresse des dehors. Modlin et Zamosk n'taient point srieusement
inquits. A Stettin, un combat trs-vif avait eu lieu. L'ennemi, ayant
voulu s'introduire entre Stettin et Dam, avait t culbut dans les
marais, et quinze cents Prussiens y avaient t tus ou pris.

Une lettre reue de Glogau faisait connatre que cette place, au 12
avril, tait dans le meilleur tat. Il n'y avait rien de nouveau 
Custrin. Spandau tait assig: un magasin  poudre y avait saut, et
l'ennemi ayant cru pouvoir profiter de cette circonstance pour donner
l'assaut, avait t repouss aprs avoir perdu mille hommes tus ou
blesss. On n'a point fait de prisonniers, parce qu'on tait spar par
des marais.

Les Russes ont jet des obus dans Wittenberg, et brl une partie de
la ville. Ils ont voulu tenter une attaque de vive force qui ne leur a
point russi. Ils y ont perdu cinq  six cents hommes.

La position de l'arme russe paraissait tre la suivante: un corps de
partisans, command par un nomm Dornberg qui, en 1809, tait capitaine
des gardes du roi de Westphalie, et qui le trahit lchement, tait 
Hambourg et faisait des courses entre l'Elbe et le Weser. Le gnral
Sbastiani tait parti pour lui couper l'Elbe.

Les deux corps prussiens des gnraux Lecoq et Blucher paraissaient
occuper, le premier, la rive droite de la Basse-Saale; le second, la
rive droite de la Haute-Saale.

Les gnraux russes Wintzingerode et Wittgenstein occupaient Leipsick;
le gnral Barclay de Tolly tait sur la Vistule, observant Dantzick;
le gnral Saken tait devant le corps autrichien, dans la direction de
Cracovie, sur la Pilica.

L'empereur Alexandre avec la garde russe, et le gnral Kutusow ayant
une vingtaine de mille hommes, paraissaient tre sur l'Oder; ils
s'taient fait annoncer  Dresde pour le 12 avril, ils s'y taient fait
depuis annoncer pour le 20: aucune de ces annonces ne s'est ralise.

L'ennemi paraissait vouloir se maintenir sur la Saale.

Les Saxons taient dans Torgau.

Voici la position de l'arme franaise:

Le vice-roi avait son quartier-gnral  Mansfeld, la gauche appuye 
l'embouchure de la Saale, occupant Calbe et Bernbourg, o est le duc
de Bellune. Le gnral Lauriston, avec le cinquime corps, occupait
Asleben, Sondersleben et Gerbstet. La trente-unime division tait sur
Eisleben, la trente-sixime et la trente-cinquime taient en arrire en
rserve. Le prince de la Moskwa avait son corps en avant de Weymar. Le
duc de Raguse tait  Gotha; le quatrime corps, command par le gnral
Bertrand, tait  Saalfeld; le douzime corps, sous les ordres du duc de
Reggio, arrivant  Cobourg.

La garde est  Erfurt, o l'empereur est arriv le 25  onze heures
du soir. Le 26, S. M. a pass la revue de la garde, et a visit les
fortifications de la ville et de la citadelle. Elle a fait dsigner
des locaux pour y tablir des hpitaux qui pussent contenir six mille
malades ou blesss, ayant ordonn qu'Erfurt serait la dernire ligne
d'vacuation.

Le 27, l'empereur a pass en revue la division Bonnet, faisant partie du
sixime corps aux ordres du duc de Raguse.

Toute l'arme paraissait en mouvement: dj tous les partis que l'ennemi
avait sur la rive gauche de la Saale se sont dploys. Trois mille
hommes de cavalerie s'taient ports sur Nordhausen pour pntrer dans
le Hartz, et un autre parti sur Heiligenstadt pour menacer Cassel: tout
cela s'est reploy avec prcipitation, en laissant des malades, des
blesss, et des tranards qui ont t faits prisonniers. Depuis les
hauteurs d'Ebersdorf jusqu' l'embouchure de la Saale, il n'y a plus
d'ennemis sur la rive gauche.

La jonction entre l'arme de l'Elbe et l'arme du Mein doit s'oprer le
27 entre Naumbourg et Mersebourg.



Le 28 avril 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de l'empereur tait le 28  Naumbourg: le prince
de la Moskwa avait pass la Saale. Le gnral Souham avait culbut une
avant-garde de deux mille hommes qui avait voulu s'opposer au passage
de la rivire. Tout le corps du prince de la Moskwa tait en bataille
au-del de Naumbourg.

Le gnral Bertrand occupait Jna et avait son corps rang sur le fameux
champ de bataille d'Jna.

Le duc de Reggio, avec le douzime corps, arrivait  Saalfeld.

Le vice-roi dbouchait par Halle et Mersebourg.

Le gnral Sbastiani s'tait port, le 24, sur Velzen; il avait culbut
un corps de quatre mille aventuriers, commands par le gnral russe
Czenicheff; il avait dispers son infanterie; il avait pris une partie
de ses bagages et de son artillerie, et le poursuivait l'pe dans les
reins sur Lunebourg.



Le 30 avril 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 29, l'empereur avait port son quartier gnral  Naumbourg.

Le prince de la Moskwa s'tait port sur Weissenfels. Son avant-garde,
commande par le gnral Souham, arriva prs de cette ville  deux
heures aprs midi, et se trouva en prsence du gnral russe Lanskoi,
commandant une division de six  sept mille hommes de cavalerie,
d'infanterie et d'artillerie. Le gnral Souham n'avait pas de
cavalerie; mais, sans en attendre, il marcha  l'ennemi et le culbuta de
ses diffrentes positions. L'ennemi dmasqua douze pices de canon; le
gnral Souham en fit mettre un pareil nombre en batterie. La canonnade
devint vive et fit des ravages dans les rangs russes qui taient 
cheval et  dcouvert, tandis que nos pices taient soutenues par des
tirailleurs placs dans des ravins et dans des villages. Le gnral
de brigade Chemineau s'est fait remarquer. L'ennemi essaya plusieurs
charges de cavalerie: notre infanterie le reut en carr et par un
feu de file qui couvrit le champ de bataille de cadavres russes et de
chevaux. Le prince de la Moskwa dit qu'il n'a jamais vu  la fois plus
d'enthousiasme et de sang-froid dans l'infanterie. Nous entrmes dans
Weissenfels; mais voyant que l'ennemi voulait tenir prs de la ville,
l'infanterie marcha  lui au pas de charge, les schakos au bout des
fusils et aux cris de _vive l'empereur!_ La division ennemie se mit en
retraite. Notre perte en tus et blesss a t d'une centaine d'hommes.

Le 27, le comte Lauriston s'tait port sur Wettin, o l'ennemi avait un
pont. Le gnral Maison fit placer une batterie qui obligea l'ennemi 
brler le pont, et il s'empara de la tte de pont, que l'ennemi avait
construite.

Le 28, le comte Lauriston se porta vis--vis Hall, o un corps prussien
occupait une tte de pont, culbuta l'ennemi et l'obligea d'vacuer cette
tte de pont et de couper le pont. Une canonnade trs-vive s'en tait
suivie d'une rive  l'autre. Notre perte a t de soixante-sept hommes;
celle de l'ennemi a t bien plus considrable.

Le vice-roi avait ordonn au marchal duc de Tarente de se porter sur
Mersebourg. Le 29,  quatre heures aprs midi, ce marchal arriva
devant cette ville; il y trouva deux mille Prussiens qui voulurent s'y
dfendre; ces Prussiens taient du corps d'Yorck, de ceux mmes que le
marchal commandait en chef et qui l'avaient abandonn sur le Nimen.
Le marchal entra de vive force, leur tua du monde, leur fit deux cents
prisonniers, parmi lesquels se trouve un major, et s'empara de la ville
et du pont.

Le comte Bertrand avait, le 29, son quartier-gnral  Dornburg, sur la
Saale, occupant par une de ses divisions le pont d'Jna.

Le duc de Raguse avait son quartier-gnral  Koesen sur la Saale; le
duc de Reggio avait son quartier-gnral  Saalfeld sur la Saale.

Ce combat de Weissenfels est remarquable parce que c'est une lutte
d'infanterie et de cavalerie en gal nombre et en rase plaine, et que
l'avantage y est rest  notre infanterie. On a vu de jeunes bataillons
se comporter avec autant de sang-froid et d'imptuosit que les vieilles
troupes.

Ainsi, pour le dbut de cette campagne, l'ennemi est chass de tout ce
qu'il occupait sur la rive gauche de la Saale; nous sommes matres de
tous les dbouchs de cette rivire; la jonction entre les armes de
l'Elbe et du Mein est opre, et les villes importantes de Naumbourg, de
Weissenfels et de Mersebourg ont t occupes de vive force.



Weymar, le 30 avril 1813.

S. M. l'empereur et roi a pass ici le 28  deux heures aprs midi. Le
duc de Weymar et le prince Bernard avaient t  sa rencontre jusqu'aux
limites du territoire. S. M. est descendue au palais et s'est entretenue
prs de deux heures avec la duchesse; aprs quoi S. M. est monte 
cheval pour se rendre  six lieues d'ici,  Eckarsberg, o tait son
quartier-gnral. Les princes ayant reconduit S. M. jusque-l, ont eu
l'honneur d'y dner le soir avec elle  son quartier-gnral.

La quantit de troupes qui passe ici est innombrable. Jamais on n'a vu
de plus beaux trains d'artillerie ni de convois d'quipages militaires
en meilleur tat.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

SITUATION DES ARMES FRANAISES DANS LE NORD, AU PREMIER MAI.

L'empereur avait port son quartier-gnral  Weissenfels; le vice-roi
avait port le sien  Mersebourg; le gnral Maison tait entr  Halle;
le duc de Raguse avait son quartier-gnral  Naumbourg; le comte
Bertrand tait  Stohssen; le duc de Reggio avait son quartier-gnral 
Jna.

Il a beaucoup plu dans la journe de 30: le premier mai, le temps tait
meilleur.

Trois ponts avaient t jets sur la Saale,  Weissenfels: des ouvrages
de campagne avaient t commencs  Naumbourg, et trois ponts jets sur
la Saale.

Quinze grenadiers du treizime de ligne se trouvant entre Saalfeld et
Jna, furent entours par quatre-vingt-quinze hussards prussiens.
Le commandant, qui tait un colonel, s'avana en disant: _Franais,
rendez-vous!_ Le sergent l'ajusta et le jeta par terre roide mort. Les
autres grenadiers se pelotonnrent, turent sept Prussiens, et les
hussards s'en allrent plus vite qu'ils n'taient venus.

Les diffrens partis de la vieille garde se sont runis  Weissenfels;
le gnral de division Roguet les commande.

L'empereur a visit tous les avant-postes: malgr le mauvais temps, S.
M. jouit d'une trs-bonne sant.

Le premier coup de sabre qui a t donn  ce renouvellement de
campagne, a coup l'oreille au fils du gnral Blucher, gnral-major.
C'est par un marchal-des-logis du dixime de hussards que ce coup de
sabre a t donn. Les habitans de Weymar ont remarqu que le premier
coup de sabre donn dans la campagne de 1806  Saalfeld, et qui a tu le
prince Louis de Prusse, a t donn aussi par un marchal-des-logis de
ce mme rgiment.



Le 2 mai,  neuf heures du matin.

_A. S. l'impratrice-reine et rgente._

Le premier mai, l'empereur monta  cheval  neuf heures du matin, avec
le prince de la Moskwa et le gnral Souham. La division Souham se mit
en mouvement vers la belle plaine qui commence sur les hauteurs de
Weissenfels et s'tend jusqu' l'Elbe. Cette division se forma en quatre
carrs de quatre bataillons chacun, chaque carr  cinq cents toises
l'un de l'autre, et ayant quatre pices de canon. Derrire les carrs se
plaa la brigade de cavalerie du gnral Laboissire, sous les ordres du
comte de Valmy qui venait d'arriver. Les divisions Grard et Marchand
venaient d'arriver en chelons et formes de la mme manire que la
division Souham. Le marchal duc d'Istrie tenait la droite avec toute la
cavalerie de la garde.

A onze heures, ces dispositions faites, le prince de la Moskwa, en
prsence d'une nue de cavalerie ennemie qui couvrait la plaine, se mit
en mouvement sur le dfil de Poserna. On s'empara de diffrens villages
sans coup frir. L'ennemi occupait, sur les hauteurs du dfil, une de
plus belles positions qu'on puisse avoir; il avait six pices de canon,
et prsentait trois lignes de cavalerie.

Le premier carr passa le dfil au pas de charge et aux cris de _vive
l'empereur_ long-temps prolongs sur toute la ligne. On s'empara de la
hauteur. Les quatre carrs de la division Souham dpassrent le dfil.

Deux autres divisions de cavalerie vinrent alors renforcer l'ennemi avec
vingt pices de canon. La canonnade devint vive; l'ennemi ploya partout:
la division Souham se dirigea sur Lutzen; la division Grard prit
la direction de la route de Pegau. L'empereur voulant renforcer les
batteries de cette dernire division, envoya douze pices de la garde,
sous les ordres de son aide-de-camp le gnral Drouot, et ce renfort
fit merveille. Les rangs de la cavalerie ennemie furent culbuts par la
mitraille.

Au mme moment, le vice-roi dbouchait de Mersebourg, avec le onzime
corps, command par le duc de Tarente, et le cinquime, command par le
gnral Lauriston: le corps du gnral Lauriston tenait la gauche sur la
grande route de Mersebourg  Leipsick; celui du duc de Tarente, o
tait le vice-roi, tenait la droite. Le vice-roi ayant entendu la vive
canonnade qui avait lieu prs de Lutzen, fit un mouvement  droite, et
l'empereur se trouva presqu'au mme moment au village de Lutzen.

La division Marchand, et successivement les divisions Brenier et Ricard
passrent le dfil; mais l'affaire tait dcide quand elles entrrent
en ligne.

Quinze mille hommes de cavalerie ont donc t chasss de ces belles
plaines,  peu prs par un pareil nombre d'infanterie. C'est le gnral
Wintzingerode qui commandait ces trois divisions, dont une tait celle
du gnral Lanskoi; l'ennemi n'a montr qu'une division d'infanterie.
Devenu plus prudent par le combat de Weissenfels, et tonn du bel ordre
et du sang-froid de notre marche, l'ennemi n'a os aborder d'aucune part
l'infanterie, et il a t cras par notre mitraille. Notre perte se
monte  trente-trois hommes tus et cinquante-cinq blesss, dont un chef
de bataillon. Cette perte pourrait tre considre comme extrmement
lgre, en comparaison de celle de l'ennemi qui a eu trois colonels,
trente officiers et quatre cents hommes tus ou blesss, outre un grand
nombre de chevaux; mais par une de ces fatalits dont l'histoire de la
guerre est pleine, le premier coup de canon qui fut tir dans cette
journe, coupa le poignet au duc d'Istrie, lui pera la poitrine, et
le jeta roide mort. Il s'tait avanc  cinq cents pas du ct des
tirailleurs pour bien reconnatre la plaine. Ce marchal qu'on peut 
juste titre nommer brave et juste, tait recommandable autant par
son coup-d'oeil militaire, par sa grande exprience de l'arme de la
cavalerie, que par ses qualits civiles et son attachement  l'empereur.
Sa mort sur le champ d'honneur est la plus digne d'envie; elle a t si
rapide qu'elle a d tre sans douleur. Il est peu de pertes qui pussent
tre plus sensibles au coeur de l'empereur; l'arme et la France entire
partageront la douleur que S. M. a ressentie.

Le duc d'Istrie, depuis les premires campagnes d'Italie, c'est--dire,
depuis seize ans, avait toujours, dans diffrens grades, command la
garde de l'empereur qu'il avait suivi dans toutes ses campagnes et 
toutes ses batailles.

Le sang-froid, la bonne volont et l'intrpidit des jeunes soldats
tonne les vtrans et tous les officiers: c'est le cas de dire _qu'aux
mes bien nes, la valeur n'attend pas le nombre des annes_.

S. M. a eu dans la nuit du 1er au 2 mai son quartier-gnral  Lutzen;
le vice-roi avait son quartier-gnral  Markrandstedt; le gnral
Lauriston tait  Kiebersdorf; le prince de la Moskwa avait son
quartier-gnral  Kaya, et le duc de Raguse avait le sien  Poserna.
Le gnral Bertrand tait  Stohssen; le duc de Reggio en marche sur
Naumbourg.

A Dantzick la garnison a obtenu de grands avantages et fait une sortie
si heureuse qu'elle a fait prisonnier un corps de trois mille Russes.

La garnison de Wittemberg parat aussi s'tre distingue et avoir fait,
dans une sortie, beaucoup de mal  l'ennemi.



Le 2 mai 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Les combats de Weissenfels et de Lutzen n'taient que le prlude
d'vnemens de la plus haute importance. L'empereur Alexandre et le roi
de Prusse qui taient arrivs  Dresde avec toutes leurs forces dans les
derniers jours d'avril, apprenant que l'arme franaise avait dbouch
de la Thuringe, adoptrent le plan de lui livrer bataille dans les
plaines de Lutzen, et se mirent en marche pour en occuper la position;
mais ils furent prvenus par la rapidit des mouvemens de l'arme
franaise; ils persistrent cependant dans leurs projets, et rsolurent
d'attaquer l'arme pour la dposter des positions qu'elle avait prises.

La position de l'arme franaise au 2 mai,  neuf heures du matin, tait
la suivante:

La gauche de l'arme s'appuyait  l'Elster; elle tait forme par le
vice-roi, ayant sous ses ordres les cinquime et onzime corps. Le
centre tait command par le prince de la Moskwa, au village de Kaia.
L'empereur avec la jeune et la vieille garde tait  Lutzen.

Le duc de Raguse tait au dfil de Poserna, et formait la droite avec
ses trois divisions. Enfin le gnral Bertrand, commandant le quatrime
corps, marchait pour se rendre  ce dfil. L'ennemi dbouchait et
passait l'Elster aux ponts de Zwenkau, Pegau et Zeist. S. M. ayant
l'esprance de le prvenir dans son mouvement, et pensant qu'il ne
pourrait attaquer que le 3, ordonna au gnral Lauriston, dont le corps
formait l'extrmit de la gauche, de se porter sur Leipsick, afin de
dconcerter les projets de l'ennemi, et de placer l'arme franaise,
pour la journe du 3, dans une position toute diffrente de celle o les
ennemis avaient compt la trouver et o elle tait effectivement le 2,
et de porter ainsi de la confusion et du dsordre dans leurs colonnes.

 neuf heures du matin, S. M. ayant entendu une canonnade du ct de
Leipsick, s'y porta au galop. L'ennemi dfendait le petit village de
Listenau et les ponts en avant de Leipsick. S. M. n'attendait que le
moment o ces dernires positions seraient enleves, pour mettre en
mouvement toute son arme dans cette direction, la faire pivoter sur
Leipsick, passer sur la droite de l'Elster, et prendre l'ennemi 
revers; mais  dix heures, l'arme ennemie dboucha vers Kaa, sur
plusieurs colonnes d'une noire profondeur; l'horizon en tait obscurci.
L'ennemi prsentait des forces qui paraissaient immenses. L'empereur fit
sur-le-champ ses dispositions. Le vice-roi reut l'ordre de se porter
sur la gauche du prince de la Moskwa; mais il lui fallait trois heures
pour excuter ce mouvement. Le prince de la Moskwa prit les armes, et
avec ses cinq divisions soutint le combat, qui au bout d'une demi-heure
devint terrible. S. M. se porta elle-mme  la tte de la garde derrire
le centre de l'arme, soutenant la droite du prince de la Moskwa. Le
duc de Raguse, avec ses trois divisions, occupait l'extrme droite. Le
gnral Bertrand eut ordre de dboucher sur les derrires de l'arme
ennemie, au moment o la ligne se trouverait le plus fortement engage.
La fortune se plut  couronner du plus brillant succs toutes ces
dispositions. L'ennemi, qui paraissait certain de la russite de son
entreprise, marchait pour dborder notre droite et gagner le chemin de
Weissenfels. Le gnral Compans, gnral de bataille du premier mrite,
 la tte de la premire division du duc de Raguse, l'arrta tout court.
Les rgimens de marine soutinrent plusieurs charges avec sang-froid, et
couvrirent le champ de bataille de l'lite de la cavalerie ennemie. Mais
les grands efforts d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie, taient
sur le centre. Quatre des cinq divisions du prince de la Moskwa taient
dj engages. Le village de Kaia fut pris et repris plusieurs fois. Ce
village tait rest au pouvoir de l'ennemi: le comte de Lobau dirigea le
gnral Ricard pour reprendre le village; il fut repris.

La bataille embrassait une ligne de deux lieues couvertes de feu, de
fume et de tourbillons de poussire. Le prince de la Moskwa, le gnral
Souham, le gnral Girard, taient partout, faisaient face  tout.
Bless de plusieurs balles, le gnral Girard voulut rester sur le champ
de bataille. Il dclara vouloir mourir en commandant et dirigeant ses
troupes, puisque le moment tait arriv pour tous les Franais qui
avaient du coeur, de vaincre ou de mourir.

Cependant, on commenait  apercevoir dans le lointain la poussire
et les premiers feux du corps du gnral Bertrand. Au mme moment le
vice-roi entrait en ligne sur la gauche, et le duc de Tarente attaquait
la rserve de l'ennemi, et abordait au village o l'ennemi appuyait sa
droite. Dans ce moment, l'ennemi redoubla ses efforts sur le centre; le
village de Kaa fut emport de nouveau; notre centre flchit; quelques
bataillons se dbandrent; mais cette valeureuse jeunesse,  la vue de
l'empereur, se rallia en criant _vive l'empereur!_ S. M. jugea que le
moment de crise qui dcide du gain ou de la perte des batailles tait
arriv: il n'y avait plus un moment  perdre. L'empereur ordonna au
duc de Trvise de se porter avec seize bataillons de la jeune garde
au village de Kaia, de donner tte baisse, de culbuter l'ennemi,
de reprendre le village et de faire main basse sur tout ce qui s'y
trouvait. Au mme moment, S. M. ordonna  son aide-de-camp le gnral
Drouot, officier d'artillerie de la plus grande distinction, de runir
une batterie de quatre-vingts pices, et de la placer en avant de la
vieille garde, qui fut dispose en chelons comme quatre redoutes, pour
soutenir le centre, toute notre cavalerie range en bataille derrire.
Les gnraux Dulauloy, Drouot et Devaux partirent au galop avec leurs
quatre-vingts bouches  feu places en un mme groupe. Le feu devint
pouvantable. L'ennemi flchit de tous cts. Le duc de Trvise emporta
sans coup frir le village de Kaia, culbuta l'ennemi et continua  se
porter en avant en battant la charge. Cavalerie, infanterie, artillerie
de l'ennemi, tout se mit en retraite.

Le gnral Bonnet, commandant une division du duc de Raguse, reut ordre
de faire un mouvement par sa gauche sur Kaa, pour appuyer les succs
du centre. Il soutint plusieurs charges de cavalerie dans lesquelles
l'ennemi prouva de grandes pertes.

Cependant le gnral comte Bertrand s'avanait et entrait en ligne.
C'est en vain que la cavalerie ennemie caracola autour de ses carrs;
sa marche n'en fut pas ralentie. Pour le rejoindre plus promptement,
l'empereur ordonna un changement de direction en pivotant sur Kaa.
Toute la droite fit un changement de front, la droite en avant.

L'ennemi ne fit plus que fuir; nous le poursuivmes une lieue et demie.
Nous arrivmes bientt sur la hauteur que l'empereur Alexandre, le roi
de Prusse et la famille de Brandebourg occupaient pendant la bataille.
Un officier prisonnier qui se trouvait l, nous apprit cette
circonstance.

Nous avons fait plusieurs milliers de prisonniers. Le nombre n'en a pu
tre considrable, vu l'infriorit de notre cavalerie et le dsir que
l'empereur avait montr de l'pargner.

Au commencement de la bataille, l'empereur avait dit aux troupes: _C'est
une bataille d'gypte. Une bonne infanterie doit savoir se suffire._

Le gnral Gour, chef d'tat-major du prince de la Moskwa a t tu,
mort digne d'un si bon soldat! Notre perte se monte  dix mille hommes
tus ou blesss; celle de l'ennemi peut tre value de vingt-cinq 
trente mille hommes. La garde royale de Prusse a t dtruite. Les
gardes de l'empereur de Russie ont considrablement souffert; les deux
divisions de dix rgimens de cuirassiers russes ont t crases.

S. M. ne saurait trop faire l'loge de la bonne volont, du courage et
de l'intrpidit de l'arme. Nos jeunes soldats ne considraient pas le
danger. Ils ont dans cette circonstance relev toute la noblesse du sang
franais.

L'tat-major-gnral, dans sa relation, fera connatre les belles
actions qui ont illustr cette brillante journe, qui, comme un coup de
tonnerre, a pulvris les chimriques esprances et tous les calculs
de destruction et de dmembrement de l'empire. Les trames tnbreuses
ourdies par le cabinet de Saint-James pendant tout un hiver, se trouvent
en un instant dnoues comme le noeud gordien par l'pe d'Alexandre.

Le prince de Hesse-Hombourg a t tu. Les prisonniers disent que
le jeune prince royal de Prusse a t bless, que le prince de
Mecklenbourg-Strelitz a t tu.

L'infanterie de la vieille garde, dont six bataillons taient seulement
arrivs, a soutenu par sa prsence l'affaire avec ce sang-froid qui
la caractrise. Elle n'a pas tir un seul coup de fusil. La moiti de
l'arme n'a pas donn, car les quatre divisions du corps du gnral
Lauriston n'ont fait qu'occuper Leipsick; les trois divisions du duc de
Reggio taient encore  deux journes du champ de bataille: le comte
Bertrand n'a donn qu'avec une de ses divisions, et si lgrement,
qu'elle n'a pas perdu cinquante hommes; ses seconde et troisime
divisions n'ont pas donn. La seconde division de la jeune garde,
commande par le gnral Barrois, tait encore  cinq journes; il en
est de mme de la moiti de la vieille garde, commande par le gnral
Decouz, qui n'tait encore qu' Erfurth: des batteries de rserve
formant plus de cent bouches  feu n'avaient pas rejoint, et elles sont
encore en marche depuis Mayence jusqu' Erfurth: le corps du duc de
Bellune tait aussi  trois jours du champ de bataille. Le corps de
cavalerie du gnral Sbastiani, avec les trois divisions du prince
d'Eckmhl, taient du ct du Bas-Elbe. L'arme allie forte de cent
cinquante  deux cent mille hommes, commande par les deux souverains,
ayant un grand nombre de princes de la maison de Prusse  sa tte, a
donc t dfaite et mise en droute par moins de la moiti de l'arme
franaise.

Les ambulances et le champ de bataille offraient le spectacle le plus
touchant: les jeunes soldats, a la vue de l'empereur, faisaient trve 
leur douleur, en criant: _vive l'empereur!_--_Il y a-vingt ans,_ a dit
l'empereur, _que je commande des armes franaises; je n'ai pas encore
vu autant de bravoure et de dvouement._

L'Europe serait enfin tranquille, si les souverains et les ministres qui
dirigent leurs cabinets, pouvaient avoir t prsens sur ce champ de
bataille. Ils renonceraient  l'esprance de faire rtrograder l'toile
de la France; ils verraient que les conseillers qui veulent dmembrer
l'empire franais et humilier l'empereur, prparent la perte de leurs
souverains.



Le 3 mai,  neuf heures du soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur,  la pointe du jour du 3, avait parcouru le champ de
bataille. A dix heures, il s'est mis en marche pour suivre l'ennemi. Son
quartier-gnral, le 3 au soir, tait  Pegau. Le vice-roi avait son
quartier-gnral  Wichstanden,  mi-chemin de Pegau  Borna. Le comte
Lauriston, dont le corps n'avait pas pris part  la bataille, tait
parti de Leipsick, pour se porter sur Zwemkau o il tait arriv. Le duc
de Raguse avait pass l'Elster au village de Lietzkowitz, et la comte
Bertrand l'avait pass au village de Gredel. Le prince de la Moskwa
tait rest en position sur le champ de bataille. Le duc de Reggio, de
Naumbourg devait se porter sur Zeist.

L'empereur de Russie et le roi de Prusse avaient pass par Pegau dans la
soire du 2, et taient arrivs au village de Loberstedt  onze heures
du soir; ils s'y taient reposs quatre heures, et en taient partis le
3,  trois heures du matin, se dirigeant sur Borna.

L'ennemi ne revenait pas de son tonnement de se trouver battu dans
une si grande plaine, par une arme ayant une si grande infriorit de
cavalerie. Plusieurs colonels et officiers suprieurs faits prisonniers,
assurent qu'au quartier-gnral ennemi, on n'avait appris la prsence
de l'empereur  l'arme, que lorsque la bataille tait engage; ils
croyaient tous l'empereur  Erfurt.

Comme cela arrive toujours dans de pareilles circonstances, les
Prussiens accusent les Russes de ne pas les avoir soutenus; les Russes
accusent les Prussiens de ne s'tre pas bien battus. La plus grande
confusion rgne dans leur retraite. Plusieurs de ces prtendus
volontaires qu'on lve en Prusse, ont t faits prisonniers; ils font
piti. Tous dclarent qu'ils ont t enrls de force, et sous peine de
voir les biens de leur famille confisqus.

Les gens du pays disent que le prince de Hesse-Hombourg a t tu: que
plusieurs gnraux russes et prussiens ont t tus ou blesss; le
prince de Mecklenbourg-Strelitz aurait galement t tu; mais toutes
ces nouvelles ne sont encore que des bruits du pays.

La joie de ces contres d'tre dlivres des cosaques ne peut se
dcrire. Les habitans parlent avec mpris de toutes les proclamations et
de toutes les tentatives qu'on a faites pour les engager  s'insurger.

L'arme russe et prussienne tait compose du corps des gnraux
prussiens York, Blucher et Bulow; de ceux des gnraux russes
Wittgenstein, Wintzingerode, Miloradowitch et Tormazow. Les gardes
russes et prussiennes y taient. L'empereur de Russie, le roi de Prusse,
le prince-royal de Prusse, tous les princes de la maison de Prusse
taient  la bataille.

L'arme combine russe et prussienne est value de cent cinquante 
deux cent mille hommes. Tous les cuirassiers russes y taient, et ont
beaucoup souffert.



Le 4 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de l'empereur tait le 4 au soir  Borna;

Celui du vice-roi  Kolditz;

Celui du gnral comte Bertrand  Frohbourg;

Celui du gnral comte Lauriston  Moeelbus;

Celui du prince de la Moskwa  Leipsick;

Celui du duc de Reggio  Zeitz.

L'ennemi se retire sur Dresde dans le plus grand dsordre et par toutes
les routes.

Tous les villages qu'on trouve sur la route de l'arme sont pleins de
blesss russes et prussiens.

Le prince de Neufchtel, major-gnral, a ordonn que l'on enterrt, le
4 au matin,  Pegau, le prince de Mecklenbourg-Strelitz avec tous les
honneurs dus  son grade.

A la bataille du 2, le gnral Dumontier, qui commande la division de la
jeune garde, a soutenu la rputation qu'il avait dj acquise dans les
prcdentes campagnes. Il se loue beaucoup de sa division.

Le gnral de division Brenier a t bless. Les gnraux de brigade
Chemineau et Grillot ont t blesss et amputs.

Recensement fait des coups de canon tirs  la bataille, le nombre s'en
est trouv moins considrable qu'on avait cru d'abord: on n'a tir que
trente-neuf mille cinq cents coups de canon. A la bataille de la Moskwa
on en avait tir cinquante et quelques mille.



Le 5 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de l'empereur tait  Colditz, celui du vice-roi
 Harta, celui du duc de Raguse derrire Colditz, celui du gnral
Lauriston  Wurtzen, du prince de la Moskwa  Leipsick, du duc de Reggio
 Altenbourg, et du gnral Bertrand  Rochlitz.

Le vice-roi arriva devant Colditz le 5  neuf heures du matin. Le pont
tait coup, et des colonnes d'infanterie et de cavalerie avec de
l'artillerie dfendaient le passage. Le vice-roi se porta avec une
division  un gu qui est sur la gauche, passa la rivire, et gagna le
village de Komichau, o il fit placer une batterie de vingt pices de
canon: l'ennemi vacua alors la ville de Colditz dans le plus grand
dsordre, et en dfilant sous la mitraille de nos vingt pices.

Le vice-roi poursuivit vivement l'ennemi; c'tait le reste de l'arme
prussienne, fort de vingt  vingt-cinq mille hommes, qui se dirigea,
partie sur Leissnig, et partie sur Gersdorff.

Arrives  Gersdorff, les troupes prussiennes passrent  travers
une rserve qui occupait cette position: c'tait le corps russe de
Miloradowitch, compos de deux divisions formant  peu prs huit
mille hommes sous les armes; les rgimens russes, n'tant que de deux
bataillons de quatre compagnies chaque, et les compagnies n'tant que
de cent cinquante hommes, mais n'ayant que cent hommes prsens sous les
armes, ce qui ne fait que sept  huit cents hommes par rgiment: ces
deux divisions de Miloradowitch taient arrives  la bataille au moment
o elle finissait, et n'avaient pas pu y prendre part.

Aussitt que la trente-sixime division eut rejoint la trente-cinquime,
le vice-roi donna l'ordre au duc de Tarente de former les deux divisions
en trois colonnes, et de dposter l'ennemi. L'attaque fut vive:
nos braves se prcipitrent sur les Russes, les enfoncrent et les
poussrent sur Harta. Dans ce combat nous avons eu cinq  six cents
blesss, et nous avons fait mille prisonniers: l'ennemi a perdu dans
cette journe deux mille hommes.

Le gnral Bertrand arriv  Rochlitz, y a pris quelques convois de
blesss, de malades et de bagages, et a fait des prisonniers; plus de
douze cents voitures de blesss avaient pass par cette route.

Le roi de Prusse et l'empereur Alexandre avaient couch  Rochlitz.

Un adjudant-sous-officier du dix-septime provisoire, qui avait t fait
prisonnier  la bataille du 2, s'est chapp et a racont que l'ennemi
a fait de grandes pertes et se retire dans le plus grand dsordre; que
pendant la bataille les Russes et les Prussiens tenaient leur drapeaux
en rserve, ce qui fait que nous n'en avons pas pu prendre; qu'ils
nous ont fait cent deux prisonniers, dont quatre officiers; que ces
prisonniers taient conduits en arrire sous la garde du dtachement
laiss aux drapeaux; que les Prussiens ont fait de mauvais traitemens
aux prisonniers; que deux prisonniers ne pouvant pas marcher par
extrme fatigue, ils leur ont pass le sabre au travers du corps; que
l'tonnement des Prussiens et des Russes d'avoir trouv une arme si
nombreuse, aussi bien exerce et munie de tout, tait  son comble;
qu'il y avait de la msintelligence entre eux, et qu'ils s'accusaient
respectivement de leurs pertes.

Le gnral comte Lauriston, de Wurtzen, s'est mis en marche sur la
grande route de Dresde.

Le prince de la Moskwa s'est port sur l'Elbe pour dbloquer le gnral
Thielmann qui commande  Torgau, prendre position sur ce point et
dbloquer Wittemberg: il parat que cette dernire place a fait une
belle dfense et repoussa plusieurs attaques qui ont cot fort cher 
l'ennemi.

Des prisonniers racontent que l'empereur Alexandre, voyant la bataille
perdue, parcourait la ligne russe pour animer le soldat, en disant:
Courage, Dieu est pour nous.

Ils ajoutent que le gnral prussien Blucher est bless, et qu'il y a
cinq gnraux de division et de brigade prussiens tus ou blesss.



Le 6 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de S. M. l'empereur et roi tait  Waldheim; celui
du vice-roi,  Ertzdorf; celui du gnral Lauriston tait  Oschatz;
celui du prince de la Moskwa, entre Leipsick et Torgau; celui du comte
Bertrand,  Mittweyda; celui du duc de Reggio,  Penig.

L'ennemi avait brl  Waldheim un trs-beau pont en bois d'une seule
arche; ce qui nous avait retard de quelques heures. Son arrire-garde
avait voulu dfendre le passage, mais s'tait dploye sur Ertzdorf: la
position de ce dernier point est fort belle; l'ennemi a voulu la tenir.
Le pont tant brl, le vice-roi fit tourner le village par la droite et
par la gauche. L'ennemi tait plac derrire des ravins. Une fusillade
et une canonnade assez vives s'engagrent; aussitt on marcha droit 
l'ennemi, et la position fut enleve: l'ennemi a laiss deux cents morts
sur le champ de bataille.

Le gnral Vandamme avait, le 1er mai, son quartier-gnral  Harbourg.
Nos troupes ont pris un cutter de guerre russe arme de vingt pices de
canon. L'ennemi a repass l'Elbe avec tant de prcipitation, qu'il a
laiss sur la rive gauche une infinit de barques propres au passage
et beaucoup de bagages. Les mouvemens de la grande arme taient dj
connus, et causaient une grande consternation  Hambourg. Les tratres
de Hambourg voyaient que le jour de la vengeance tait prs d'arriver.

Le gnral Dumonceau tait  Lunebourg.

A la bataille du 2, les officiers d'ordonnance Brenger et Pretel ont
t blesss, mais peu dangereusement.



En notre camp imprial de Goldit, le 6 mai 1813.

_Lettre de l'empereur  la marchale duchesse d'Istrie._

Ma cousine, votre mari est mort au champ d'honneur. La perte que vous
faites et celle de vos enfans est grande sans doute, mais la mienne
l'est davantage encore. Le duc d'Istrie est mort de la plus belle mort
et sans souffrir. Il laisse une rputation sans tache; c'est le plus
bel hritage qu'il ait pu lguer  ses enfans. Ma protection leur est
acquise; ils hriteront aussi de l'affection que je portais  leur pre.
Trouvez dans toutes ces considrations des motifs de consolation pour
allger vos peines, et ne doutez jamais de mes sentimens pour vous.
Cette lettre n'tant  autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, ma chre
cousine, en sa sainte et digne garde.

NAPOLON.



Le 9 mai au matin.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 7, le quartier-gnral de S. M. l'empereur et roi tait  Nossen.

Entre Nossen et Wilsdruf, le vice-roi a rencontr l'ennemi plac
derrire un torrent et dans une belle position. Il l'en a dpost, lui a
tu un millier d'hommes et fait cinq cents prisonniers.

Un cosaque qui a t arrt, tait porteur de l'ordre de brler les
bagages de l'arrire-garde russe. Effectivement, huit cents voitures
russes ont t brles, des bagages et vingt pices de canon ont t
ramasss par nous sur les routes; plusieurs colonnes de cosaques sont
coupes: on les poursuit.

Le 8,  midi, le vice-roi est entr  Dresde. L'ennemi, indpendamment
du grand pont qu'il avait rtabli, avait jet trois ponts sur l'Elbe. Le
vice-roi ayant fait marcher des troupes dans la direction de ces ponts,
l'ennemi y a mis le feu sur-le-champ; les trois ttes de pont qui les
couvraient ont t enleves.

Le mme jour 8,  neuf heures du matin, le comte Lauriston tait arriv
 Meissen. Il y a trouv trois redoutes avec des blockhaus que les
Prussiens y avaient construites: ils avaient brl le pont.

Toute la rive de l'Elbe est libre de l'ennemi.

S. M. l'empereur est arriv  Dresde le 8,  une heure aprs-midi.
L'empereur, en faisant le tour de la ville, s'est port sur-le-champ au
chantier de construction  la porte de Pirna, et de l au village de
Prielsnitz, o S. M. a ordonn qu'on jett un pont. S. M. est revenue 
sept heures du soir de sa reconnaissance, au palais o elle est loge.

La vieille garde a fait son entre  Dresde  huit heures du soir.

Le 9,  trois heures du matin, l'empereur a fait placer lui-mme sur
un des bastions qui domine la rive droite, une batterie qui a chass
l'ennemi de la position qu'il occupait de ce ct.

Le prince de la Moskwa marche sur Torgau.

La relation que l'ennemi a faite de la bataille de Lutzen n'est qu'une
srie de faussets. On assure ici que l'ordre avait t donn de chanter
un _Te Deum_, mais que des gens du pays qui leur taient affids ont
fait sentir que ce serait ridicule; que ce qui pouvait tre bon en
Russie, serait par trop absurde en Allemagne.

L'empereur de Russie a quitt Dresde hier matin.

Le fameux Stein est l'objet du mpris de tous les honntes gens. Il
voulait rvolter la canaille contre les propritaires. On ne revenait
pas de surprise de voir des souverains comme le roi de Prusse, et
surtout comme l'empereur Alexandre, que la nature a dous de belles
qualits, prter l'appui de leurs noms  des menes aussi criminelles
qu'atroces.

Indpendamment des canons et des bagages pris  la poursuite de
l'ennemi, nous avons fait  la bataille cinq mille prisonniers, et pris
dix pices de canon. L'ennemi ne nous a pris aucun canon; mais il a fait
cent onze prisonniers. Le gnral en chef Koutouzow est mort  Bautzen,
de la fivre nerveuse, il y a quinze jours. Il a t remplac dans le
commandement en chef par le gnral Wittgenstein, qui a dbut par la
perte de la bataille de Lutzen.



Le 10 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 9, le colonel Lasalle, directeur des quipages de pont, a commenc
 faire tablir des radeaux pour le pont qu'on jette au village de
Prielsnitz. On y a tabli galement un _va-et-vient_. Trois cents
voltigeurs ont t jets sur la rive droite, sous la protection de vingt
pices de canon places sur une hauteur.

A dix heures du matin, l'ennemi s'est avanc pour culbuter ces
tirailleurs dans l'eau. Il a pens qu'une batterie de douze pices
serait suffisante pour faire taire les ntres; la canonnade s'est
engage: les pices de l'ennemi ont t dmontes; trois bataillons
qu'il avait fait avancer en tirailleurs ont t crass sous notre
mitraille: l'empereur s'y est port; le gnral Dulauloy s'est plac
avec le gnral Devaux et dix-huit pices d'artillerie lgre sur la
gauche du village de Prielsnitz, position qui prend  revers toute la
plaine de la rive droite: le gnral Drouet s'est port avec seize
pices sur la droite: l'ennemi a fait avancer quarante pices de canon;
nous en avons mis jusqu' quatre-vingts en batterie.

Pendant ce temps, on traait un boyau sur la rive droite, en forme de
tte de pont, o nos tirailleurs s'tablissaient  couvert. Aprs avoir
eu douze  quinze pices dmontes, et quinze  dix-huit cents hommes
tus ou blesss, l'ennemi comprit la folie de son entreprise, et  trois
heures de l'aprs-midi il s'loigna.

On a travaill toute la nuit au pont; mais l'Elbe a cr; quelques ancres
ont driv; le pont ne sera termin que ce soir.

Aujourd'hui 10, l'empereur a fait passer dans la ville neuve, en
profitant du pont de Dresde, la division Charpentier. Ce soir, ce pont
se trouve rtabli; toute l'arme y passe pour se porter sur la rive
droite. Il parat que l'ennemi se retire sur l'Oder.

Le prince de la Moskwa est  Wittemberg; le gnral Lauriston est 
Torgau; le gnral Reynier a repris le commandement du septime corps,
compos du contingent saxon et de la division Durutte.

Les quatrime, sixime, onzime et douzime corps passeront sur le pont
de Dresde demain  la pointe du jour. La garde, jeune et vieille, est
autour de Dresde. La deuxime division de la garde, commande par le
gnral Barrois, arrive aujourd'hui  Altenbourg.

Le roi de Saxe, qui s'tait dirig sur Prague, pour tre plus prs de sa
capitale, sera rendu  Dresde dans la journe de demain. L'empereur a
envoy une escorte de cinq cents hommes de sa garde, avec son aide de
camp le gnral Flahaut pour le recevoir et l'accompagner.

Deux mille hommes de cavalerie ennemie ont t coups de l'Elbe, ainsi
qu'un grand nombre de bagages, de patrouilles de troupes lgres et de
cosaques. Il parat qu'ils se sont rfugis en Bohme.



Le 11 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le vice-roi s'tait port, avec le onzime corps,  Bischoffswerda; le
gnral Bertrand, avec le quatrime corps,  Koenigsbruck; le duc de
Raguse, avec le sixime corps,  Reichenbach; le duc de Reggio, 
Dresde; la jeune et la vieille garde,  Dresde.

Le prince de la Moskwa est entr le 11 au matin  Torgau, et a pris
position sur la rive droite,  une journe de cette place; le gnral
Lauriston est arriv le mme jour  Torgau avec son corps,  trois
heures de l'aprs-midi.

Le duc de Bellune, avec le deuxime corps, s'est mis en marche sur
Wittemberg, ainsi que le corps de cavalerie du gnral Sbastiani.

Le corps de cavalerie command par le gnral Latour-Maubourg a pass le
11 sur le pont de Dresde,  trois heures aprs-midi.

Le roi de Saxe a couch  Sedlitz. Toute la cavalerie saxonne doit
rejoindre dans la journe du 13  Dresde. Le gnral Reynier a repris le
commandement du septime corps  Torgau: ce corps est compos de deux
divisions saxonnes, formant douze mille hommes.

S. M. a pass toute la journe sur le pont,  voir dfiler ses troupes.

Le colonel du gnie Bernard, aide-de-camp de l'empereur, a mis une
grande activit dans la rparation du pont de Dresde.

Le gnral Rogniat, commandant en chef le gnie de l'arme, a trac les
ouvrages qui vont couvrir la ville neuve, et servir de tte de pont.

On a intercept un courrier du comte de Stackelberg, ex-ambassadeur de
Russie  Vienne, au comte de Nesselrode, secrtaire d'tat, accompagnant
l'empereur de Russie  Dresde. On a aussi intercept plusieurs
estafettes venant de Berlin et de Prague.



Le 12 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente.

Le 12,  dix heures du matin, la garde impriale a pris les armes, et
s'est mise en bataille sur le chemin de Pirna jusqu'au Gross-Garten.
L'empereur en a pass la revue. Le roi de Saxe, qui avait couch la
veille  Sedlitz, est arriv  midi. Les deux souverains sont descendus
de cheval, et se sont embrasss, et ensuite sont entrs  la tte de
la garde, dans Dresde, aux acclamations d'une immense population. Cela
formait un trs-beau spectacle.

A trois heures, l'empereur a pass la revue de la division de cavalerie
du gnral Fresia, compose de trois mille chevaux, venant d'Italie. S.
M. a t extrmement satisfaite de cette cavalerie, dont la bonne tenue
est due aux soins et  l'activit du ministre de la guerre du royaume
d'Italie, Fontanelli, qui n'a rien pargn pour la mettre en bon tat.

L'empereur a donn ordre au vice-roi de se rendre  Milan pour y remplir
une mission spciale. S. M. a t extrmement satisfaite de la conduite
que ce prince a tenue pendant toute la campagne: cette conduite a acquis
au vice-roi un nouveau titre  la confiance de l'empereur.



_Proclamation de l'empereur  l'arme._

Soldats,

Je suis content de vous! vous avez rempli mon attente! vous avez suppl
 tout par votre bonne volont et par votre bravoure. Vous avez, dans
la clbre journe du 2 mai, dfait et mis en droute l'arme russe et
prussienne commande par l'empereur Alexandre et le roi de Prusse. Vous
avez ajout un nouveau lustre  la gloire de mes aigles; vous avez
montr tout ce dont est capable le sang franais. La bataille de Lutzen
sera mise au-dessus des batailles d'Austerlitz, d'Jna, de Friedland et
de la Moskwa! Dans la campagne passe, l'ennemi n'a trouv de refuge
contre nos armes qu'en suivant la mthode froce des barbares ses
anctres. Des armes de Tartares ont incendi ses campagnes, ses
villes, la sainte Moscou elle-mme. Aujourd'hui ils arrivaient dans nos
contres, prcds de tout ce que l'Allemagne, la France et l'Italie
ont de mauvais sujets et de dserteurs, pour y prcher la rvolte,
l'anarchie, la guerre civile, le meurtre. Ils se sont faits les aptres
de tous les crimes. C'est un incendie moral qu'ils voulaient allumer
entre la Vistule et le Rhin, pour, selon l'usage des gouvernemens
despotiques, mettre des dserts entre nous et eux. Les insenss! ils
connaissaient peu l'attachement  leurs souverains, la sagesse, l'esprit
d'ordre et le bon sens des Allemands. Ils connaissaient peu la puissance
et la bravoure des Franais!

Dans une seule journe, vous avez djou tous les complots parricides
... Nous rejetterons ces Tartares dans leurs affreux climats qu'ils ne
doivent pas franchir. Qu'ils restent dans leurs dserts glacs, sjour
d'esclavage, de barbarie et de corruption, o l'homme est raval 
l'gal de la brute. Vous avez bien mrit de l'Europe civilise;
soldats! l'Italie, la France, l'Allemagne vous rendent des actions de
grces!

De notre camp imprial de Lutzen, le 3 mai 1813.

NAPOLON.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

La place de Spandau a capitul. Cet vnement tonne tous les
militaires. S. M. a ordonn que le gnral Bruny, le commandant de
l'artillerie et le commandant du gnie de la place, ainsi que les
membres du conseil de dfense qui n'auraient pas protest, fussent
arrts et traduits devant une commission de marchaux, prside par le
prince vice-conntable.

S. M. a galement ordonn que la capitulation de Thorn ft l'objet d'une
enqute.

Si la garnison de Spandau a rendu sans sige une place forte environne
de marais, et a souscrit  une capitulation qui doit tre l'objet
d'une enqute et d'un jugement, la conduite qu'a tenue la garnison de
Wittemberg a t bien diffrente. Le gnral Lapoype s'est parfaitement
conduit, et a soutenu l'honneur des armes dans la dfense de ce point
important, qui du reste est une mauvaise place, n'ayant qu'une enceinte
 moiti dtruite, et qui ne pouvait devoir sa resistance qu'au courage
de ses dfenseurs.

Le baron de Montaran, cuyer de l'empereur, suivi d'un homme des
curies, s'tait gar le 6 mai, deux jours avant d'arriver  Dresde. Il
est tomb dans une patrouille de cavalerie lgre de trente hommes, et a
t pris par l'ennemi.

Un nouveau courrier adress de Vienne par M. de Stackelberg  M. de
Nesselrode  Dresde, vient d'tre intercept. Ce qui est singulier,
c'est que les dpches sont dates du 8 au soir, et que pourtant elles
contiennent des flicitations de M. Stackelberg  l'empereur Alexandre
sur la victoire clatante qu'il vient de remporter, et sur la retraite
des Franais au-del de la Saale.

La grande-duchesse Catherine a reu  Toeplitz une lettre de son frre
l'empereur Alexandre, qui lui apprend cette grande victoire du 2. La
grande duchesse, comme de raison, a donn lecture, de cette lettre 
tous les buveurs d'eau de Toeplitz. Cependant le lendemain elle a appris
que l'empereur Alexandre tait revenu sur Dresde, et qu'elle-mme devait
se rendre  Prague. Tout cela a paru extrmement ridicule en Bohme. On
y a vu le nom d'un souverain compromis sans aucun motif que la politique
pt justifier. Tout cela ne peut s'expliquer que comme une habitude
russe, rsultant de la ncessit qu'il y a en Russie d'en imposer  une
populace ignorante, et de la facilit qu'on trouve  lui faire tout
accroire. On aurait bien d adopter un autre usage dans un pays civilis
comme l'Allemagne.



Le 14 mai au matin.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'arme de l'Elbe a t dissoute, et les deux armes de l'Elbe et du
Mein n'en font plus qu'une seule.

Le duc de Bellune tait le 13 au soir sur Wittemberg.

Le prince de la Moskwa partait de Torgau pour se porter sur Lukau.

Le comte Lauriston marchait de Torgau sur Dobrilugk.

Le comte Bertrand tait  Koenigsbruck.

Le duc de Tarente, avec le onzime corps, tait camp entre
Bischoffswerda et Bautzen. Il avait dans les journes du 11 et du 12,
poursuivi vivement l'arme ennemie. Le gnral Miloradowitch avec une
arrire-garde de vingt mille hommes et quarante pices de canon, a
voulu, le 12, tenir les positions de Fischbach, de Capellenberg, et
celle de Bischoffswerda, ce qui a donn lieu  trois combats successifs,
dans lesquels nos troupes se sont conduites avec la plus grande
intrpidit; la division Charpentier s'est distingue  l'attaque de
droite; l'ennemi a t tourn dans ses positions et dbusqu sur tous
les points; une de ses colonnes a t coupe. Nous lui avons fait cinq
cents prisonniers. Il a eu plus de quinze cents hommes tus ou blesss.
L'artillerie du onzime corps a tir deux mille coups de canon dans ce
combat.

Les dbris de l'arme prussienne, conduite par le roi de Prusse, qui
avaient pass  Meissen, se sont dirigs par Koenigsbruck sur Bautzen
pour se runir  l'arme russe.

Le corps du duc de Reggio a pass hier  midi le pont de Dresde.

L'empereur a pass la revue du corps de cavalerie et des beaux
cuirassiers du gnral Latour-Maubourg.

On dit que les Russes conseillent aux Prussiens de brler Potsdam et
Berlin, et de dvaster toute la Prusse. Ils commencent eux-mmes 
donner l'exemple; ils ont brl de gat de coeur la petite ville de
Bischoffswerda.

Le roi de Saxe a dn le 13 chez l'empereur.

La deuxime division de la jeune garde, commande par le gnral
Barrois, est attendue demain 15  Dresde.



Le 16 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 15, S. M. l'empereur et S. M. le roi de Saxe ont pass la revue de
quatre rgimens de cavalerie saxons (un de hussards, un de lanciers,
et deux rgimens de cuirassiers), qui font partie du corps du gnral
Latour-Maubourg. Ensuite LL. MM. ont visit le champ de bataille et la
tte de pont de Prielnitz.

Le duc de Tarente s'tait mis en mouvement le 15,  cinq heures du
matin, pour se porter vis--vis Bautzen.

Il a rencontr au dbouch du bois l'arrire-garde ennemie; quelques
charges de cavalerie ont t essayes contre notre infanterie, mais sans
succs. L'ennemi ayant voulu tenir dans cette position, la fusillade
s'est engage, et il a t dpost.

Nous avons eu deux cent cinquante hommes tus ou blesss dans cette
affaire d'arrire-garde. On estime la perte de l'ennemi de sept  huit
cents hommes, dont deux cents prisonniers.

La deuxime division de la jeune garde, commande par le gnral
Barrois, est arrive hier  Dresde.

Toute l'arme a pass l'Elbe.

Indpendamment du grand pont de Dresde, il a t tabli un pont de
bateaux en aval, et un autre en amont de la ville. Trois mille ouvriers
travaillent  couvrir la nouvelle ville par une tte de pont.

La gazette de Berlin, du 8 mai, contenait le rglement de la
_landsturm._ On ne peut pousser la folie plus loin; mais il est 
prvoir que les habitans de la Prusse ont trop de sens, et sont trop
attachs aux vrais principes de la proprit, pour imiter des barbares
qui n'ont rien de sacr.

A la bataille de Lutzen, un rgiment compos de l'lite de la noblesse
prussienne, et qui se faisait appeler _cosaques prussiens,_ a t
presque entirement dtruit; il n'en reste pas quinze hommes; ce qui a
mis en deuil toutes les familles.

Ces cosaques singeaient rellement les cosaques du Don. De pauvres
jeunes gens dlicats avaient  la main la lance, qu'ils soutenaient 
peine, et taient costums comme de vrais cosaques.

Que dirait Frdric, dont les ouvrages sont pleins d'expressions de
mpris pour ces hideuses milices, s'il voyait que son petit-neveu y
cherche aujourd'hui des modles d'uniforme et de tenue!

Les cosaques sont mal vtus; ils sont sur de petits chevaux presque sans
selle et sans harnachement, parce que ce sont des milices irrgulires
que les peuplades du Don fournissent, et qui s'tablissent  leurs
frais. Aller chercher l un modle pour la noblesse de Prusse, c'est
montrer  quel point est port l'esprit de draison et d'inconsquence
qui dirige les affaires de ce royaume.



Le 18 mai 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur tait toujours  Dresde. Le 15, le duc de Trvise tait parti
avec le corps de cavalerie du gnral Latour-Maubourg et la division
d'infanterie de la jeune garde du gnral Dumoutier.

Le 16, la division de la jeune garde commande par le gnral Barrois
partait galement de Dresde.

Le duc de Reggio, le duc de Tarente, le duc de Raguse et le comte
Bertrand taient en ligne vis--vis Bautzen.

Le prince de la Moskwa et le gnral Lauriston arrivaient 
Hoyers-Verda.

Le duc de Bellune, le gnral Sbastiani et le gnral Reynier
marchaient sur Berlin. Ce qu'on avait prvu est arriv:  l'approche du
danger, les Prussiens se sont moqus du rglement du _landsturm;_ une
proclamation a fait connatre aux habitans de Berlin qu'ils taient
couverts par le corps de Bulow; mais que, dans tous les cas, si les
Franais arrivaient, il ne fallait pas prendre les armes, mais les
recevoir suivant les principes de la guerre. Il n'est aucun Allemand qui
veuille brler ses maisons ou qui veuille assassiner personne. Cette
circonstance fait l'loge du peuple allemand. Lorsque des furibonds,
sans honneur et sans principes, prchent le dsordre et l'assassinat, le
caractre de ce bon peuple les repousse avec indignation. Les Schlegel,
les Kotzbue et autres folliculaires aussi coupables, voudraient
transformer en empoisonneurs et en assassins les loyaux Germains; mais
la postrit remarquera qu'ils n'ont pu entraner un seul individu, une
seule autorit, hors de la ligne du devoir et de la probit.

Le comte Bubna est arriv le 16  Dresde. Il tait porteur d'une lettre
de l'empereur d'Autriche pour l'empereur Napolon. Il est reparti le 17
pour Vienne.

L'empereur Napolon a offert la runion d'un congrs  Prague, pour
une paix gnrale. Du ct de la France, arriveraient  ce congrs les
plnipotentiaires de la France, ceux des tats-Unis d'Amrique, du
Danemarck, du roi d'Espagne, et de tous les princes allis; et du ct
oppos, ceux de l'Angleterre, de la Russie, de la Prusse, des insurgs
espagnols et des autres allis de cette masse belligrante. Dans ce
congrs seraient poses les bases d'une longue paix. Mais il est douteux
que l'Angleterre veuille soumettre ses principes gostes et injustes 
la censure et  l'opinion de l'univers; car il n'est aucune puissance,
si petite qu'elle soit, qui ne rclame au pralable les privilges
adhrens  sa souverainet, et qui sont consacrs par les articles du
trait d'Utrecht, sur la navigation maritime.

Si l'Angleterre, par ce sentiment d'gosme sur lequel est fonde sa
politique, refuse de cooprer  ce grand oeuvre de la paix du monde,
parce qu'elle veut exclure l'univers de l'lment qui forme les trois
quarts de notre globe, l'empereur n'en propose pas moins la runion 
Prague de tous les plnipotentiaires des puissances belligrantes, pour
rgler la paix du continent. S. M. offre mme de stipuler, au moment o
le congrs sera form, un armistice entre les diffrentes armes, afin
de faire cesser l'effusion du sang humain.

Ces principes sont conformes aux vues de l'Autriche. Reste  voir
actuellement ce que feront les cours d'Angleterre, de Russie et de
Prusse.

L'loignement des tats-Unis d'Amrique ne doit pas tre une raison pour
les exclure; le congrs pourrait toujours s'ouvrir, et les dputs des
tats-Unis auraient le temps d'arriver avant la conclusion des affaires,
peur stipuler leurs droits et leurs intrts.



Le 22 mai 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur Alexandre et le roi de Prusse attribuaient la perte de la
bataille de Lutzen  des fautes que leurs gnraux avaient commises dans
la direction des forces combines, et surtout aux difficults attaches
 un mouvement offensif de cent cinquante  cent quatre-vingt mille
hommes. Ils rsolurent de prendre la position de Bautzen et de
Hochkirch, dj clbre dans l'histoire de la guerre de sept ans; d'y
runir tous les renforts qu'ils attendaient de la Vistule et d'autres
points en arrire; d'ajouter  celle position tout ce que l'art pourrait
fournir de moyens, et l, de courir les chances d'une nouvelle bataille,
dont toutes les probabilits paraissaient tre en leur faveur.

Le duc de Tarente, commandant le onzime corps, tait parti de
Bischoffswerda, le 15, et se trouvait, le 15 au soir,  une porte
de canon de Bautzen, o il reconnut toute l'arme ennemie. Il prit
position.

Ds ce moment, les corps de l'arme franaise furent dirigs sur champ
de Bautzen.

L'empereur partit de Dresde le 18; il coucha  Harta, et le 19, il
arriva,  dix heures du matin, devant Bautzen. Il employa toute la
journe  reconnatre les positions de l'ennemi.

On apprit que les corps russes de Barclai de Tolly, de Langeron et de
Sass, et le corps prussien de Kleist avaient rejoint l'arme combine,
et que sa force pouvait tre value de cent cinquante  cent soixante
mille hommes.

Le 19 au soir, la position de l'ennemi tait la suivante: sa gauche
tait appuye  des montagnes couvertes de bois, et perpendiculaires au
cours de la Spre,  peu prs  une lieue de Bautzen. Bautzen soutenait
son centre. Cette ville avait t crnele, retranche et couverte
par des redoutes. La droite de l'ennemi s'appuyait sur des mamelons
fortifis qui dfendent les dbouchs de la Spre, du ct du village
de Nimschtz: tout son front tait couvert sur la Spre. Cette position
trs-forte n'tait qu'une premire position.

On apercevait distinctement,  trois mille toises en arrire, de la
terre frachement remue, et des travaux qui marquaient leur seconde
position. La gauche tait encore appuye, aux mmes montagnes,  deux
mille toises en arrire de celles de la premire position, et fort en
avant du village de Hochkirch. Le centre tait appuy  trois villages
retranchs, o l'on avait fait tant de travaux, qu'on pouvait les
considrer comme des places fortes. Un terrain marcageux et difficile
couvrait les trois quarts du centre. Enfin leur droite s'appuyait en
arrire de la premire position,  des villages et  des mamelons
galement retranchs.

Le front de l'arme ennemie, soit dans la premire, soit dans la seconde
position, pouvait avoir une lieue et demie.

D'aprs cette reconnaissance, il tait facile de concevoir comment,
malgr une bataille perdue comme celle de Lutzen, et huit jours de
retraite, l'ennemi pouvait encore avoir des esprances dans les chances
de la fortune. Selon l'expression d'un officier russe  qui on demandait
ce qu'ils voulaient faire: _Nous ne voulons_, disait-il, _ni avancer, ni
reculer._--_Vous tes matres du premier point_, rpondit un officier
franais; _dans peu de jours, l'vnement prouvera si vous tes matres
de l'autre._ Le quartier-gnral des deux souverains tait au village de
Natchen.

Au 19, la position de l'arme franaise tait la suivante:

Sur la droite tait le duc de Reggio, s'appuyant aux montagnes sur la
rive gauche de la Spre, et spar de la gauche de l'ennemi par cette
valle. Le duc de Tarente tait devant Bautzen,  cheval sur la route de
Dresde. Le duc de Raguse tait sur la gauche de Bautzen, vis--vis le
village de Niemenschtz. Le gnral Bertrand tait sur la gauche du duc
de Raguse, appuy  un moulin  vent et  un bois, et faisant mine de
dboucher de Jaselitz sur la droite de l'ennemi.

Le prince de la Moskwa, le gnral Lauriston et le gnral Reynier
taient  Hoyerswerda, sur la route de Berlin, hors de ligne et en
arrire de notre gauche.

L'ennemi ayant appris qu'un corps considrable arrivait par Hoyerswerda,
se douta que les projets de l'empereur taient de tourner la position
par la droite, de changer le champ de bataille, de faire tomber tous
ses retranchemens levs avec tant de peine, et l'objet de tant
d'esprances. N'tant encore instruits que de l'arrive du gnral
Lauriston, il ne supposait pas que cette colonne ft de plus de dix-huit
 vingt mille hommes. Il dtacha donc contre elle, le 19  quatre heures
du matin, le gnral York, avec douze mille Prussiens, et le gnral
Barclay de Tolly, avec dix-huit mille Russes. Les Russes se placrent au
village de Klix, et les Prussiens au village de Weissig.

Cependant le comte Bertrand avait envoy le gnral Pery, avec la
division italienne,  Koenigswartha, pour maintenir notre communication
avec les corps dtachs. Arriv  midi, le gnral Pery fit de mauvaises
dispositions; il ne fit pas fouiller la fort voisine. Il plaa mal ses
postes, et  quatre heures il fut assailli par un _hourra_ qui mit du
dsordre dans quelques bataillons. Il perdit six cents hommes, parmi
lesquels se trouve le gnral de brigade italien Balathier, bless;
deux canons et trois caissons; mais la division ayant pris les armes,
s'appuya au bois, et fit face  l'ennemi.

Le comte de Valmy tant arriv avec de la cavalerie, se mit  tte de la
division italienne, et reprit le village de Koenigswartha. Dans ce mme
moment, le corps du comte Lauriston, qui marchait en tte du prince de
la Moskwa pour tourner la position de l'ennemi, parti de Hoyerswerda,
arriva sur Weissig. Le combat s'engagea, et le corps d'York aurait t
cras, sans la circonstance d'un dfil  passer, qui fit que nos
troupes ne purent arriver que successivement. Aprs trois heures de
combat, le village de Weissig fut emport, le corps d'York, culbut fut
rejet sur l'autre ct de la Spre.

Le combat de Weissig serait seul un vnement important. Un rapport
dtaill en fera connatre les circonstances.

Le 19, le comte Lauriston coucha donc sur la position de Weissig; le
prince de la Moskwa  Mankersdorf, et le comte Reynier  une lieue en
arrire. La droite de la position de l'ennemi se trouvait videmment
dborde.

Le 20,  huit heures de matin l'empereur se porta sur la hauteur en
arrire de Bautzen. Il donna ordre au duc de Reggio de passer la Spre,
et d'attaquer les montagnes qui appuyaient la gauche de l'ennemi; au duc
de Tarente de jeter un pont sur chevalets sur la Spre, entre Bautzen et
les montagnes; au duc de Raguse de jeter un autre pont sur chevalets sur
la Spre, dans l'enfoncement que ferme cette rivire sur la gauche, 
une demi-lieue de Bautzen; au duc de Dalmatie, auquel S. M. avait donn
le commandement suprieur du centre, de passer la Spre pour inquiter
la droite de l'ennemi; enfin, au prince de la Moskwa, sous les ordres
duquel taient le troisime corps, le comte Lauriston et le gnral
Reynier, de s'approcher sur Klix, de passer la Spre, de tourner
la droite de l'ennemi, et de se porter sur son quartier-gnral de
Wurtchen, et de l sur Weissemberg.

A midi, la canonnade s'engagea. Le duc de Tarente n'eut pas besoin de
jeter son pont sur chevalets: il trouva devant lui un pont de pierre,
dont il fora le passage. Le duc de Raguse jeta son pont; tout son corps
d'arme passa sur l'autre rive de la Spre. Aprs six heures d'une vive
canonnade et plusieurs charges que l'ennemi fit sans succs, le gnral
Compans fit occuper Bautzen; le gnral Bonnet fit occuper le village de
Niedkayn, et enleva au pas de charge un plateau qui le rendit matre de
tout le centre de la position de l'ennemi; le duc de Reggio s'empara des
hauteurs, et  sept heures du soir, l'ennemi fut rejet sur sa seconde
position. Le gnral Bertrand passa un des bras de la Spre; mais
l'ennemi conserva les hauteurs qui appuyaient sa droite, et par ce moyen
se maintint entre le corps du prince de la Moskwa et notre arme.

L'empereur entra  huit heures du soir  Bautzen, et fut accueilli par
les habitans et les autorits avec les sentimens que devaient avoir
des allis, heureux de se voir dlivrs des Stein, des Kotzbue et des
cosaques. Cette journe qu'on pourrait appeler, si elle tait isole,
_la bataille de Bautzen,_ n'tait que le prlude de la bataille de
Wurtchen.

Cependant l'ennemi commenait  comprendre la possibilit d'tre forc
dans sa position. Ses esprances n'taient plus les mmes, et il
devait avoir ds ce moment le prsage de sa dfaite. Dj toutes ses
dispositions taient changes. Le destin de la bataille ne devait plus
se dcider derrire ses retranchemens. Ses immenses travaux, et trois
cents redoutes devenaient inutiles. La droite de sa position, qui tait
oppose au quatrime corps, devenait son centre, et il tait oblig
de jeter sa droite, qui formait une bonne partie de son arme, pour
l'opposer au prince de la Moskwa, dans un lieu qu'il n'avait pas tudi
et qu'il croyait hors de sa position.

Le 21,  cinq heures du matin, l'empereur se porta sur les hauteurs, 
trois quarts de lieue en avant de Bautzen.

Le duc de Reggio soutenait une vive fusillade sur les hauteurs que
dfendait la gauche de l'ennemi. Les Russes qui sentaient l'importance
de cette position, avaient plac l une forte partie de leur arme,
afin que leur gauche ne ft pas tourne. L'empereur ordonna aux ducs de
Reggio et de Tarente d'entretenir le combat, afin d'empcher la gauche
de l'ennemi de se dgarnir et de lui masquer la vritable attaque dont
le rsultat ne pouvait pas se faire sentir avant midi ou une heure.

A onze heures, le duc de Raguse marcha  mille toises en avant de sa
position, et engagea une pouvantable canonnade devant les redoutes et
tous les retranchemens ennemis.

La garde et la rserve de l'arme, infanterie et cavalerie, masqus par
un rideau, avaient des dbouchs faciles pour se porter en avant par
la gauche ou par la droite, selon les vicissitudes que prsenterait
la journe. L'ennemi fut tenu ainsi incertain sur le vritable point
d'attaque.

Pendant ce temps, le prince de la Moskwa culbutait l'ennemi au village
de Klix, passait la Spre, et menait battant ce qu'il avait devant lui
jusqu'au village de Preilitz. A dix heures il enleva le village;
mais les rserves de l'ennemi s'tant avances pour couvrit le
quartier-gnral, le prince de la Moskwa fut ramen et perdit le village
de Preilitz. Le duc de Dalmatie commena  dboucher  une heure
aprs-midi. L'ennemi qui avait compris tout le danger dont il tait
menac par la direction qu'avait prise la bataille, sentit que le seul
moyen de soutenir avec avantage le combat contre le prince de la Moskwa,
tait de nous empcher de dboucher. Il voulut s'opposer  l'attaque du
duc de Dalmatie. Le moment de dcider la bataille se trouvait ds-lors
bien indiqu. L'empereur, par un mouvement  gauche, se porta, en vingt
minutes, avec la garde, les quatre divisions du gnral Latour-Maubourg
et une grande quantit d'artillerie, sur le flanc de la droite de la
position de l'ennemi, qui tait devenue le centre de l'arme russe.

La division Morand et la division wurtembergeoise enlevrent le mamelon
dont l'ennemi avait fait son point d'appui. Le gnral Devaux tablit
une batterie dont il dirigea le feu sur les masses qui voulaient
reprendre la position. Les gnraux Dulauloy et Drouot, avec soixante
pices de batterie de rserve, se portrent en avant. Enfin, le duc de
Trvise, avec les divisions Dumoutier et Barrois de la jeune garde, se
dirigea sur l'auberge de Klein-Baschwitz, coupant le chemin de Wurtchen
 Baugen.

L'ennemi fut oblig de dgarnir sa droite pour parer  cette nouvelle
attaque. Le prince de la Moskwa en profita et marcha en avant. Il prit
le village de Preisig, et s'avana, ayant dbord l'arme ennemie, sur
Wurtchen. Il tait trois heures aprs midi, et lorsque l'arme tait
dans la plus grande incertitude du succs, et qu'un feu pouvantable se
faisait entendre sur une ligne de trois lieues, l'empereur annona que
la bataille tait gagne.

L'ennemi voyant sa droite tourne se mit en retraite, et bientt sa
retraite devint une fuite.

A sept heures du soir, le prince de la Moskwa et le gnral Lauriston
arrivrent  Wurtchen. Le duc de Raguse reut alors l'ordre de faire un
mouvement inverse de celui que venait de faire la garde, occupa tous les
villages retranchs, et toutes les redoutes que l'ennemi tait oblig
d'vacuer, s'avana dans la direction d'Hochkirch, et prit ainsi
en flanc toute la gauche de l'ennemi, qui se mit alors dans une
pouvantable droute. Le duc de Tarente, de son ct, poussa vivement
cette gauche et lui fit beaucoup de mal.

L'empereur coucha sur la route au milieu de sa garde  l'auberge de
Klein-Baschwitz. Ainsi, l'ennemi, forc dans toutes ses positions,
laissa en notre pouvoir le champ de bataille couvert de ses morts et de
ses blesss, et plusieurs milliers de prisonniers.

Le 22,  quatre heures du matin, l'arme franaise se mit en mouvement.
L'ennemi avait fui toute la nuit par tous les chemins et par toutes les
directions. On ne trouva ses premiers postes qu'au-del de Weissemberg,
et il n'opposa de rsistance que sur les hauteurs en arrire de
Reichenbach. L'ennemi n'avait pas encore vu notre cavalerie.

Le gnral Lefvre-Desnouettes,  la tte de quinze cents chevaux
lanciers polonais et des lanciers rouges de la garde, chargea, dans la
plaine de Reichenbach, la cavalerie ennemie, et la culbuta. L'ennemi,
croyant qu'ils taient seuls, fit avancer une division de cavalerie,
et plusieurs divisions s'engagrent successivement. Le gnral
Latour-Maubourg, avec ses quatorze mille chevaux et les cuirassiers
franais et saxons, arriva  leur secours, et plusieurs charges de
cavalerie eurent lieu. L'ennemi, tout surpris de trouver devant lui
quinze  seize mille hommes de cavalerie, quand il nous en croyait
dpourvus, se retira en dsordre. Les lanciers rouges de la garde se
composent en grande partie des volontaires de Paris et des environs. Le
gnral Lefvre-Desnouettes et le gnral Colbert, leur colonel, en font
le plus grand loge.

Dans cette affaire de cavalerie, le gnral Bruyres, gnral de
cavalerie lgre de la plus haute distinction, a eu la jambe emporte
par un boulet.

Le gnral Reynier se porta avec le corps saxon sur les hauteurs
au-del de la Reichenbach, et poursuivit l'ennemi jusqu'au village de
Hotterndorf. La nuit nous prit  une lieue de Goerlitz. Quoique la
journe et t extrmement longue, puisque nous nous trouvions  huit
lieues du champ de bataille, et que les troupes eussent prouv tant
de fatigues, l'arme franaise aurait couch  Goerlitz; mais l'ennemi
avait plac un corps d'arrire-garde sur la hauteur en avant de cette
ville, et il aurait fallu une demi-heure de jour de plus pour la tourner
par la gauche. L'empereur ordonna donc qu'on prt position.

Dans les batailles des 20 et 21, le gnral wurtembergeois Franquemont
et le gnral Lorencez ont t blesss. Notre perte dans ces journes
peut s'valuer  onze ou douze mille hommes tus ou blesss. Le soir de
la journe du 22,  sept heures, le grand-marchal duc de Frioul, tant
sur une petite minence  causer avec le duc de Trvise et le gnral
Kirgener, tous les trois pied  terre et assez loigns du feu, un des
derniers boulets de l'ennemi rasa de prs le duc de Trvise, ouvrit le
bas-ventre au grand-marchal, et jeta roide mort le gnral Kirgener. Le
duc de Frioul se sentit aussitt frapp  mort; il expira douze heures
aprs.

Ds que les postes furent placs et que l'arme eut pris ses bivouacs,
l'empereur alla voir le duc de Frioul. Il le trouva avec toute sa
connaissance, et montrant le plus grand sang-froid. Le duc serra la main
de l'empereur, qu'il porta sur ses lvres. _Toute ma vie_, lui dit-il,
_a t consacre  votre service, et je ne la regrette que par l'utilit
dont elle pouvait vous tre encore!_--_Duroc,_ lui dit l'empereur, _il
est une autre vie! C'est l que vous irez m'attendre, et que nous nous
retrouverons un jour!_--_Oui, sire; mais ce sera dans trente ans, quand
vous aurez triomph de vos ennemis, et ralis toutes les esprances de
notre patrie.......J'ai vcu en honnte homme; je ne me reproche rien.
Je laisse une fille, V. M. lui servira de pre._

L'empereur serrant de la main droite le grand-marchal, resta un
quart-d'heure la tte appuye sur la main gauche dans le plus profond
silence. Le grand-marchal rompit le premier ce silence. _Ah! sire,
allez-vous-en! ce spectacle vous peine!_ L'empereur, s'appuyant sur le
duc de Dalmatie et sur le grand-cuyer, quitta le duc de Frioul sans
pouvoir lui dire autre chose que ces mots, _adieu donc, mon ami!_ S. M.
rentra dans sa tente, et ne reut personne pendant toute la nuit.

Le 23,  neuf heures du matin, le gnral Rgnier entra dans Goerlitz.
Des ponts furent jets sur la Neiss, et l'arme se porta au-del de
cette rivire.

Au 23, au soir, le duc de Bellune tait sur Botzemberg; le comte
Lauriston avait son quartier-gnral  Hochkirch, le comte Reynier en
avant de Trotskendorf sur le chemin de Lauban, et le comte Bertrand
en arrire du mme village; le duc de Tarente tait sur Schoenberg;
l'empereur tait  Goerlitz.

Un parlementaire, envoy par l'ennemi, portait plusieurs lettres, o
l'on croit qu'il est question de ngocier un armistice.

L'arme ennemie s'est retire, par Banalau et Laubau, en Silsie. Toute
la Saxe est dlivre de ses ennemis, et ds demain 24, l'arme franaise
sera en Silsie.

L'ennemi a brl beaucoup de bagages, fait sauter beaucoup de parcs,
dissmin dans les villages une grande quantit de blesss. Ceux qu'il
a pu emmener sur des charrettes n'taient pas panss; les habitans en
portent le nombre  dix-huit mille. Il en est rest plus de dix mille en
notre pouvoir.

La ville de Goerlitz, qui compte huit  dix mille habitans, a reu les
Franais comme des librateurs.

La ville de Dresde et le ministre saxon ont mis la plus grande activit
 approvisionner l'arme, qui jamais n'a t dans une plus grande
abondance.

Quoiqu'une grande quantit de munitions ait t consomme, les ateliers
de Torgau et de Dresde, et les convois qui arrivent, par les soins du
gnral Sorbier, tiennent notre artillerie bien approvisionne.

On a des nouvelles de Glogau, Custrin et Stettin. Toutes ces places
taient dans un bon tat.

Ce rcit de la bataille de Wurtchen ne peut tre considr que comme
une esquisse. L'tat-major-gnral recueillera les rapports qui feront
connatre les officiers, soldats et les corps qui se sont distingus.

Dans le petit combat du 22,  Reichenbach, nous avons acquis la
certitude que notre jeune cavalerie est,  nombre gal, suprieure 
celle de l'ennemi.

Nous n'avons pu prendre de drapeaux; l'ennemi les retire toujours du
champ de bataille. Nous n'avons pris que dix-neuf canons, l'ennemi ayant
fait sauter ses parcs et ses caissons. D'ailleurs l'empereur tient sa
cavalerie en rserve; et jusqu' ce qu'elle soit assez nombreuse, il
veut la mnager.



Le 25 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le prince de la Moskwa, ayant sous ses ordres les corps du gnral
Lauriston et du gnral Reynier, avait forc, le 24 mai, le passage de
la Neiss, et le 25 au matin, le passage de la Queiss, et tait arriv 
Buntzlau. Le gnral Lauriston avait son quartier-gnral  mi-chemin de
Buntzlau  Haynau.

Le quartier-gnral de l'empereur tait, le 25 au soir,  Buntzlau.

Le duc de Bellune tait  Wehrau, sur la Queiss.

Le gnral Bertrand tait entr, le 24,  Lauban, et le 25 il avait
suivi l'ennemi.

Le duc de Tarente, aprs avoir pass la Queiss, avait eu un combat avec
l'arrire-garde ennemie. L'ennemi, encombr de charrettes de blesss
et de bagages, voulut tenir. Le duc de Tarente eut ses trois divisions
engages. Le combat fut vif; l'ennemi souffrit beaucoup. Le duc de
Tarente avait, le 25 au soir, son quartier-gnral  Stegkigt.

Le duc de Raguse tait  Ottendorf.

Le duc de Reggio tait parti de Bautzen, marchant sur Berlin par la
route de Luckau.

Nos avant-postes n'taient plus qu' une marche de Glogau.

C'est  Buntzlau que le gnral russe Koutouzow est mort, il y a six
semaines. Nos armes n'ont trouv dans ce pays aucune exaltation. Les
esprits y sont comme  l'ordinaire. La _landwehr_, la _landsturm_ n'ont
exist que dans les journaux, du moins dans ce pays-ci; et les habitans
sont bien loin d'adhrer au conseil des Russes, de brler leurs maisons
et de dvaster leur pays.

Le gnral Durosnel est rest en qualit de gouverneur  Dresde. Il
commande toutes les troupes et garnisons franaises en Saxe.

Plusieurs corps franais se dirigent sur Berlin, o il parat que l'on
dmnage, et o l'on s'attend depuis quelques jours  voir arriver
l'arme.



Le 27 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 26, le quartier-gnral du comte Lauriston tait  Haynau. Un
bataillon du gnral Maison a t charg inopinment,  cinq heures du
soir, par trois mille chevaux, et a t oblig de se reployer sur un
village. Il a perdu deux pices de canon et trois caissons qui taient
sous sa garde. La division a pris les armes. L'ennemi a voulu charger
sur le cent cinquante-troisime rgiment; mais il a t chass du
champ de bataille, qu'il a laiss couvert de morts. Parmi les tus, se
trouvent le colonel et une douzaine d'officiers des gardes-du-corps de
Prusse, dont on a apport les dcorations.

Le 27, le quartier-gnral de l'empereur tait  Liegnitz, o se
trouvaient la jeune et la vieille garde, et les corps du gnral
Lauriston et du gnral Reynier. Le corps du prince de la Moskwa tait
 Haynau; celui du duc de Bellune manoeuvrait sur Glogau. Le duc de
Tarente tait  Goldberg. Le duc de Raguse et le comte Bertrand taient
sur la route de Goldberg  Liegnitz.

Il parat que toute l'arme ennemie a pris la direction de Jauer et de
Schweidnitz.

On ramasse bon nombre de prisonniers. Les villages sont pleins de
blesss ennemis.

Liegnitz est une assez jolie ville, de dix mille habitans. Les autorits
l'avaient quitte par ordres exprs; ce qui mcontente fort les habitans
et les paysans du cercle. Le comte Daru a t en consquence charg de
former de nouvelles magistratures.

Tous les gens de la cour et toute la noblesse qui avaient vacu Berlin,
s'taient retirs  Breslau; aujourd'hui ils vacuent Breslau, et une
partie se retire en Bohme.

Les lettres interceptes ne parlent que de la consternation de l'ennemi
et des pertes normes qu'il a faites  la bataille de Wurtchen.



Le 29 mai au matin.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le duc de Bellune s'est port sur Glogau. Le gnral Sbastiani a
rencontr prs de Sprottau un convoi ennemi, l'a charg, lui a pris
vingt-deux pices de canon, quatre-vingts caissons et cinq cents
prisonniers.

Le duc de Raguse est arriv le 28 au soir  Jauer, poussant
l'arrire-garde ennemie, dont il avait tourn la position sur ce point.
Il lui a fait trois cents prisonniers. Le duc de Tarente et le comte
Bertrand taient arrivs  la hauteur de cette ville.

Le 28,  la pointe du jour, le prince de la Moskwa, avec les corps du
comte Lauriston et du gnral Reynier, s'tait port sur Neumarck.
Ainsi, notre avant-garde n'est plus qu' sept lieues de Breslau.

Le 29 mai,  dix heures du matin, le comte Schouvaloff, aide-de-camp
de l'empereur de Russie, et le gnral Kleist, gnral de division
prussien, se sont prsents aux avant-postes. Le duc de Vicence a t
parlementer avec eux. On croit que cette entrevue est relative  la
ngociation de l'armistice.

On a des nouvelles de nos places, qui sont toutes dans la meilleure
situation.

Les ouvrages qui dfendaient le champ de bataille de Wurtchen sont
trs-considrables; aussi l'ennemi avait-il dans ses retranchemens la
plus grande confiance. On peut s'en faire une ide, quand on saura que
c'tait le travail de dix mille ouvriers pendant trois mois; car c'est
depuis le mois de fvrier que les Russes travaillaient  cette position
qu'ils considraient comme inexpugnable.

Il parat que le gnral Wittgenstein a quitt le commandement de
l'arme combine: c'est le gnral Barclay de Tolly qui la commande.

L'arme est ici dans le plus beau pays possible; la Silsie est un
jardin continu, o l'arme se trouve dans la plus grande abondance de
tout.



Le 30 mai 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Un convoi d'artillerie d'une cinquantaine de voitures, parti
d'Augsbourg, s'est loign de la route de l'arme, et s'est dirig
d'Augsbourg sur Bayreuth; les partisans ennemis ont attaqu ce convoi
entre Zwickau et Chemnitz, ce qui a occasionn la perte de deux cents
hommes et de trois cents chevaux qui ont t pris; de sept  huit pices
de canon, et de plusieurs voitures qui ont t dtruites; les pices ont
t reprises. S. M. a ordonn de faire une enqute pour savoir qui a
pris sur soi de changer la route de l'arme. Que ce soit un gnral ou
un commissaire des guerres, il doit tre puni selon la rigueur des lois
militaires, la route de l'arme ayant t ordonne d'Augsbourg par
Wurtzbourg et Fulde.

Le gnral Poinsot, venant de Brunswick avec un rgiment de marche de
cavalerie, fort de quatre cents hommes, a t attaqu par sept  huit
cents hommes de cavalerie ennemie prs Halle; il a t fait prisonnier
avec une centaine d'hommes; deux cents hommes sont revenus  Leipsick.

Le duc de Padoue est arriv  Leipsick, o il runit sa cavalerie pour
balayer toute la rive gauche de l'Elbe.



Le 31 mai au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le duc de Vicence, le comte de Schouvaloff et le gnral Kleist ont eu
une confrence de dix-huit heures, au couvent de Watelstadt, prs de
Liegnitz. Ils se sont spars hier 30,  cinq heures aprs-midi. Le
rsultat n'est pas encore connu. On est convenu, dit-on, du principe
d'un armistice, mais on ne parat pas d'accord sur les limites qui
doivent former la ligne de dmarcation. Le 31,  six heures du soir, les
confrences ont recommenc du ct de Striegau.

Le quartier-gnral de l'empereur tait  Neumarck; celui du prince de
la Moskwa, ayant sous ses ordres le gnral Lauriston et le gnral
Reynier, tait  Lissa. Le duc de Tarente et le comte Bertrand taient
entre Jauer et Striegau. Le duc de Raguse tait entre Moys et Neumarkt.
Le duc de Bellune tait  Steinau sur l'Oder. Glogau tait entirement
dbloqu. La garnison a eu constamment du succs dans ses sorties. Cette
place a encore pour sept mois de vivres.

Le 28, le duc de Reggio ayant pris position  Hoyerswerda, fut attaqu
par le corps du gnral Bulow, fort de quinze  dix-huit mille hommes.
Le combat s'engagea; l'ennemi fut repouss sur tous les points et
poursuivi l'espace de deux lieues.

Le 22 mai, le lieutenant-gnral Vandamme s'est empar de Wilhelmsburg,
devant Hambourg.

Le 24, le quartier-gnral du prince d'Eckmlh tait  Harbourg.
Plusieurs bombes taient tombes dans Hambourg, et les troupes russes
paraissant vacuer cette ville, les ngociations s'taient ouvertes
pour la reddition de cette place; les troupes danoises faisaient cause
commune avec les troupes franaises.

Il devait y avoir, le 25, une confrence avec les gnraux danois,
pour rgler le plan d'oprations. M. le comte de Kaas, ministre de
l'intrieur du roi de Danemarck, et charg d'une mission auprs de
l'empereur, tait parti pour se rendre au quartier-gnral.



Le 2 juin 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de l'empereur tait toujours  Neumarkt; celui
du prince de la Moskwa tait  Lissa; le duc de Tarente et le comte
Bertrand taient entre Jauer et Striegau; le duc de Raguse au village
d'Eisendorf; le troisime corps, au village de Titersdorf; le duc de
Bellune entre Glogau et Liegnitz.

Le comte de Bubna tait arriv  Liegnitz, et avait des confrences avec
le duc de Bassano.

Le gnral Lauriston est entr  Breslau le 1er juin,  six heures du
matin. Une division prussienne de six  sept mille hommes qui couvrait
cette ville en dfendant le passage de la Lohe, a t enfonce au
village de Neukirchen.

Le bourgmestre et quatre dputs de la ville de Breslau ont t
prsents  l'empereur,  Neumarkt, le 1er juin,  deux heures
aprs-midi.

S. M. leur a dit qu'ils pouvaient rassurer les habitans; que quelque
chose qu'ils eussent faite pour seconder l'esprit d'anarchie que les
Stein et les Scharnhorss voulaient exciter, elle pardonnait  tous.

La ville est parfaitement tranquille, et tous les habitans y sont
rests. Breslau offre de trs-grandes ressources.

Le duc de Vicence et les plnipotentiaires russe et prussien, le
comte Schouvaloff et le gnral de Kleist, avaient chang leurs
pleins-pouvoirs, et avaient neutralis le village de Peicherwitz.
Quarante hommes d'infanterie et vingt hommes de cavalerie, fournis
par l'arme franaise, et le mme nombre d'hommes fournis par l'arme
allie, occupaient respectivement les deux entres du village. Le 2 au
matin, les plnipotentiaires taient en confrence pour convenir de la
ligne qui, pendant l'armistice, doit dterminer la position des
deux armes. En attendant, des ordres ont t donns des deux
quartiers-gnraux afin qu'aucunes hostilits n'eussent lieu. Ainsi,
depuis le 1er juin,  deux heures de l'aprs-midi, il n'a t commis
aucune hostilit de part ni d'autre.



Le 4 juin au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'armistice a t sign le 4,  deux heures aprs midi.

S. M. l'empereur part le 5,  la pointe du jour, pour se rendre 
Liegnitz. On croit que pendant la dure de l'armistice, S. M. se tiendra
une partie du temps  Glogau, et la plus grande partie  Dresde, afin
d'tre plus prs de ses tats.

Glogau est approvisionn pour un an.



Le 6 juin 1813.

_A. S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de l'empereur tait, le 6,  Liegnitz.

Le prince de la Moskwa tait toujours  Breslau.

Les commissaires nomms par l'empereur de Russie, pour l'excution
de l'armistice, taient le comte de Schouvaloff, aide-de-camp de
l'empereur, et M. de Koutousoff, major-gnral, aide-de-camp de
l'empereur. Les commissaires nomms de la part de la France, sont le
gnral de division Dumoutier, commandant une division de la garde,
et le gnral de brigade Flahaut, aide-de-camp de l'empereur.--Ces
commissaires se tiennent  Neumarkt.

Le duc de Trvise porte son quartier-gnral  Glogau, avec la jeune
garde. La vieille garde retourne  Dresde, o l'on croit que S. M. va
porter son quartier-gnral.

Les diffrens corps d'arme se sont mis en marche, pour former des camps
dans les diffrentes positions de Goldberg, de Loewenberg, de Buntzlau,
de Liegnitz, de Sprottau, de Sagan, etc.

Le corps polonais du prince Poniatowski, qui traverse la Bohme, est
attendu  Zittau le 10 juin.



Le 7 juin 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de S. M. l'empereur tait  Buntzlau. Tous les corps
d'arme taient en marche pour se rendre dans leurs cantonnemens. L'Oder
tait couvert de bateaux qui descendaient de Breslau  Glogau, chargs
d'artillerie, d'outils, de farine et d'objets de toute espce pris 
l'ennemi.

La ville de Hambourg a t reprise le 30 mai, de vive force. Le prince
d'Eckmlh se loue spcialement de la conduite du gnral Vandamme.
Hambourg avait t perdu, pendant la campagne prcdente, par la
pusillanimit du gnral Saint-Cyr: c'est  la vigueur qu'a dploye
le gnrai Vandamme, du moment de son arrive dans la trente-deuxime
division militaire, qu'on doit la conservation de Brme, et aujourd'hui
la prise de Hambourg. On y a fait plusieurs centaines de prisonniers.
On a trouv dans la ville deux ou trois cents pices de canon, dont
quatre-vingts sur les remparts. On avait fait des travaux pour mettre la
ville en tat de dfense.

Le Danemarck marche avec nous: le prince d'Eckmlh avait le projet de se
porter sur Lubeck. Ainsi, la trente-deuxime division militaire et tout
le territoire de l'empire sont entirement dlivrs de l'ennemi.

Des ordres ont t donns pour faire de Hambourg une place forte: elle
est environne d'un rempart bastionn, ayant un large foss plein d'eau,
et pouvant tre couvert en partie par des inondations. Les travaux sont
dirigs de manire que la communication avec Hambourg se fasse par les
les, en tout temps.

L'empereur a ordonn la construction d'une autre place sur l'Elbe, 
l'embouchure du Havel. Koenigstein, Torgau, Wittemberg, Magdebourg,
la place du Havel et Hambourg, complteront la dfense de la ligne de
l'Elbe.

Les ducs de Cambridge et de Brunswick, princes de la maison
d'Angleterre, sont arrivs  temps  Hambourg, pour donner plus de
relief au succs des Franais. Leur voyage se rduit  ceci: ils sont
arrivs, et se sont sauvs.

Les derniers bataillons des cinq divisions du prince d'Eckmlh,
lesquelles sont composes de soixante-douze bataillons au grand complet,
sont partis de Wesel.

Depuis le commencement de la campagne, l'arme franaise a dlivr la
Saxe, conquis la moiti de la Silsie, roccup la trente-deuxime
division militaire, confondu les esprances de nos ennemis.



Le 10 juin 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur tait arriv le 10,  quatre heures du matin,  Dresde. La
garde  cheval y tait arrive  midi. La garde  pied y tait attendue
le lendemain 11.

S. M., arrive au moment o on s'y attendait le moins, avait ainsi rendu
inutiles les prparatifs faits pour sa rception.

A midi, le roi de Saxe est venu voir l'empereur, qu'on a log au
faubourg, dans la belle maison Marcolini, o il y a un grand appartement
au rez-de-chausse et un beau parc; le palais du roi, qu'habitait
prcdemment l'empereur, n'ayant pas de jardin.

A sept heures du soir, l'empereur a reu M. de Kaas, ministre de
l'intrieur et de la justice du roi de Danemarck.

Une brigade danoise de la division auxiliaire mise sous les ordres du
prince d'Eckmlh, avait pris, le 2 juin, possession de Lubeck.

Le prince de la Moskwa tait, le 10,  Breslau; le duc de Trvise,
 Glogau; le duc de Bellune,  Crossen; le duc de Reggio, sur les
frontires de la Prusse, du ct de Berlin. L'armistice avait t publi
partout. Les troupes faisaient des prparatifs pour asseoir leurs
baraques et camper dans leurs positions respectives, depuis Glogau et
Liegnitz, jusqu'aux frontires de la Bohme et  Goerlitz.



Le 14 juin au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Toutes les troupes sont arrives dans leurs cantonnemens. On lve des
baraques et l'on forme les camps.

L'empereur a parad tous les jours  dix heures.

Quelques partisans ennemis sont encore sur les derrires. Il y en a qui
font la guerre pour leur compte,  la manire de Schill, et qui refusent
de reconnatre l'armistice. Plusieurs colonnes sont en mouvement pour
les dtruire.



Le 15 juin 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le baron de Kaas, ministre de l'intrieur de Danemarck, et envoy avec
des lettres du roi, a t prsent  l'empereur.

Aprs les affaires de Copenhague, un trait d'alliance fut conclu entre
la France et le Danemarck: par ce trait, l'empereur garantissait
l'intgrit du Danemarck.

Dans le courant de 1811, la cour de Sude fit connatre  Paris le dsir
qu'elle avait de runir la Norwge  la Sude, et demanda l'assistance
de la France. L'on rpondit que, quelque dsir qu'et la France de faire
une chose agrable  la Sude, un trait d'alliance ayant t conclu
avec le Danemarck, et garantissant l'intgrit de cette puissance, S. M.
ne pouvait jamais donner son consentement au dmembrement du territoire
de son alli.

Ds ce moment, la Sude s'loigna de la France, et entra en ngociation
avec ses ennemis.

Depuis, la guerre devint imminente entre la France et la Russie. La
cour de Sude proposa de faire cause commune avec la France, mais en
renouvelant sa proposition relative  la Norwge. C'est en vain que la
Sude fit entrevoir que des ports de Norwge une descente en cosse
tait facile; c'est en vain que l'on fit valoir toutes les garanties que
l'ancienne alliance de la Sude donnerait  la France de la conduite
qu'on tiendrait avec l'Angleterre. La conduite du cabinet des Tuileries
fut la mme: on avait les mains lies par le trait avec le Danemarck.

Ds ce moment, la Sude ne garda plus de mesures; elle contracta une
alliance avec l'Angleterre et la Russie; et la premire stipulation de
ce trait fut l'engagement commun de contraindre le Danemarck  cder la
Norwge  la Sude.

Les batailles de Smolensk et de la Moskwa enchanrent l'activit de la
Sude; elle reut quelques subsides, fit quelques prparatifs, mais ne
commena aucune hostilit. Les vnemens de l'hiver de 1812 arrivrent,
les troupes franaises vacurent Hambourg. La situation du Danemarck
devint prilleuse; en guerre avec l'Angleterre, menace par la Sude et
par la Russie, la France paraissait impuissante pour le soutenir. Le
roi de Danemarck, avec cette loyaut qui le caractrise, s'adressa 
l'empereur pour sortir de cette situation. L'empereur, qui veut que
sa politique ne soit jamais  charge  ses allis, rpondit que le
Danemarck tait matre de traiter avec l'Angleterre pour sauver
l'intgrit de son territoire, et que son estime et son amiti pour le
roi ne recevraient aucun refroidissement des nouvelles liaisons que la
force des circonstances obligeait le Danemarck  contracter. Le roi
tmoigna toute sa reconnaissance de ce procd.

Quatre quipages de trs-bons matelots avaient t fournis par le
Danemarck, et montaient quatre vaisseaux de notre flotte de l'Escaut. Le
roi de Danemarck ayant tmoign, sur ces entrefaites, le dsir que ces
marins lui fussent rendus, l'empereur les lui renvoya avec la plus
scrupuleuse exactitude, en tmoignant aux officiers et aux matelots la
satisfaction qu'il avait de leurs bons services.

Cependant les vnemens marchaient.

Les allis pensaient que le rve de Burke tait ralis. L'empire
franais, dans leur imagination, tait dj effac du globe, et il faut
que cette ide ait prdomin  un trange point, puisqu'ils offraient
au Danemarck, en indemnit de la Norwge, nos dpartemens de la
trente-deuxime division militaire, et mme toute la Hollande, afin de
recomposer dans le Nord une puissance maritime qui ft systme avec la
Russie.

Le roi de Danemarck, loin de se laisser surprendre  ces appts
trompeurs, leur dit: Vous voulez donc me donner des colonies en Europe,
et cela au dtriment de la France?

Dans l'impossibilit de faire partager au roi de Danemarck une ide
aussi folle, le prince Dolgorouki fut envoy  Copenhague pour demander
qu'on fit cause commune avec les allis, et moyennant ce, les allis
garantissaient l'intgrit du Danemarck et mme de la Norwge.

L'urgence des circonstances, les dangers imminens que courait le
Danemarck, l'loignement des armes franaises, son propre salut firent
flchir la politique du Danemarck. Le roi consentit, moyennant la
garantie de l'intgrit de ses tats,  couvrir Hambourg, et  tenir
cette ville  l'abri mme des armes franaises, pendant toute la
guerre. Il comprit tout ce que cette stipulation pouvait avoir de
dsagrable pour l'empereur; il y fit toutes les modifications de
rdaction qu'il tait possible d'y faire, et mme ne la signa qu'en
cdant aux instances de tous ceux dont il tait entour, qui lui
reprsentaient la ncessit de sauver ses tats; mais il tait loin
dpenser que c'tait un pige qu'on venait l de lui tendre. On voulait
le mettre ainsi en guerre avec la France, et aprs lui avoir fait perdre
de cette faon son appui naturel dans cette circonstance, on voulait lui
manquer de parole; et l'obliger de souscrire  toutes les conditions
honteuses qu'on voudrait lui imposer.

M. de Bernstorf se rendit  Londres; il croyait y tre reu avec
empressement et n'avoir plus qu' renouveler le trait consenti avec
le prince Dolgorouki: mais quel fut son tonnement, lorsque le prince
rgent refusa de recevoir la lettre du roi, et que lord Castlereagh lui
fit connatre qu'il ne pouvait y avoir de trait entre le Danemarck et
l'Angleterre, si, au pralable, la Norwge n'tait cde  la Sude.
Peu de jours aprs, le comte de Bernstorf reut ordre de retourner en
Danemarck.

Au mme moment, on tint le mme langage au comte de Moltke, envoy de
Danemarck auprs de l'empereur Alexandre. Le prince Dolgorouki fut
dsavou comme ayant dpass ses pouvoirs, et pendant ce temps les
Danois faisaient leur notification  l'arme franaise, et quelques
hostilits avaient lieu!

C'est en vain qu'on ouvrirait les annales des nations pour y voir une
politique plus immorale. C'est au moment que le Danemarck se trouve
ainsi engag dans un tat de guerre avec la France, que le trait auquel
il croit se conformer est  la fois dsavou  Londres et en Russie,
et qu'on profite de l'embarras o cette puissance est place, pour lui
prsenter comme _ultimatum,_ un trait qui l'engageait  reconnatre la
cession de la Norwge!

Dans ces circonstances difficiles le roi montra la plus grande confiance
dans l'empereur; il dclara le trait nul. Il rappela ses troupes de
Hambourg, Il ordonna que son arme marcherait avec l'arme franaise, et
enfin il dclara qu'il se considrait toujours comme alli de la France,
et qu'il s'en reposait sur la magnanimit de l'empereur.

Le prsident de Kaas fut envoy au quartier-gnral franais avec des
lettres du roi.

En mme temps le roi fit partir pour la Norwge le prince hrditaire de
Danemarck, jeune prince de la plus grande esprance, et particulirement
aim des Norvgiens. Il partit dguis en matelot, se jeta dans une
barque de pcheur et arriva en Norwge le 22 mai.

Le 30 mai les troupes franaises entrrent  Hambourg, et une division
danoise, qui marchait avec nos troupes, entra  Lubeck.

Le baron de Kaas se trouvant  Altona, eut  essuyer une autre scne de
perfidie gale  la premire.

Les envoys des allis vinrent  son logement et lui firent connatre
que l'on renonait  la cession de la Norwge, et que sous la condition
que le Danemarck fit cause commune avec les allis, il n'en serait plus
question; qu'ils le conjuraient de retarder son dpart. La rponse de M.
de Kaas fut simple: J'ai mes ordres, je dois les excuter. On lui
dit que les armes franaises taient dfaites; cela ne l'branla pas
davantage, et il continua sa route.

Cependant, le 31 mai une flotte anglaise parut dans la rade de
Copenhague; un des vaisseaux de guerre mouilla devant la ville, et M.
Thornton se prsenta. Il fit connatre que les allis allaient commencer
les hostilits, si, dans quarante-huit heures, le Danemarck ne
souscrivait  un trait, dont les principales conditions taient de
cder la Norwge  la Sude, en remettant sur-le-champ en dpt la
province de Drontheim, et de fournir vingt-cinq mille hommes pour
marcher avec les allis contre la France, et conqurir les indemnits
qui devaient tre la part du Danemarck. On dclarait en mme temps que
les ouvertures faites  M. de Kaas,  son passage  Altona, taient
dsavoues et ne pouvaient tre considres que comme des pourparlers
militaires. Le roi rejeta avec indignation cette injurieuse sommation.

Cependant le prince royal arriv en Norvge, y avait publi la
proclamation suivante:

Norwgiens!

Votre roi connat et apprci votre fidlit inbranlable pour lui
et la dynastie des rois de Norwge et de Danemarck, qui, depuis des
sicles, rgne sur vos pres et sur vous. Son dsir paternel est
de resserrer encore davantage le lien indissoluble de l'amiti
_fraternelle_ et de l'union qui lie les peuples des deux royaumes. Le
coeur de Frdric VI est toujours avec vous, mais ses soins pour toutes
les branches de l'administration de l'tat le privent de se voir entour
de son peuple norwgien. C'est pour cela qu'il m'envoie prs de vous,
comme gouverneur, pour excuter ses volonts comme s'il tait prsent;
ses ordres seront mes lois. Mes efforts seront de gagner votre
confiance. Votre estime et votre amiti seront ma rcompense. Peut-tre
que des preuves plus dures nous menacent ... Mais ayant confiance dans
la Providence, j'irai sans crainte au-devant d'elles, et avec votre
aide, fidles Norwgiens; je vaincrai tous les obstacles. Je sais que je
puis compter sur votre fidlit pour le roi, que vous voulez conserver
l'ancienne indpendance de la Norwge, et que la devise qui nous runit
est: _Pour Dieu, le roi et la patrie!_

_Sign_ CHRISTIAN-FRDRIC.



La confiance que le roi de Danemarck a eue dans l'empereur se trouve
entirement justifie, et tous les liens entre les deux peuples ont t
rtablis et resserrs.

L'arme franaise est  Hambourg: une division danoise en suit les
mouvements, pour la soutenir. Les Anglais ne retirent de leur politique
que honte et confusion; les voeux de tous les gens de bien accompagnent
le prince hrditaire de Danemarck en Norwge. Ce qui rend critique la
position de la Norwge, c'est le manque de subsistances; mais la Norwge
restera danoise; l'intgrit du Danemarck est garantie par la France.

Le bombardement de Copenhague, pendant qu'un ministre anglais tait
encore auprs du roi, l'incendie de cette capitale et de la flotte sans
dclaration de guerre, sans aucune hostilit pralable, paraissaient
devoir tre la scne la plus odieuse de l'histoire moderne; mais la
politique tortueuse qui porte les Anglais  demander la cession d'une
province, heureuse depuis tant d'annes sous le sceptre de la maison
de Holstein, et la srie d'intrigues dans laquelle ils descendent pour
arriver  cet odieux rsultat, seront considres comme plus immorales
et plus outrageantes encore que l'incendie de Copenhague. Ou y
reconnatra la politique dont les maisons de _Timor_ et de _Sicile_ ont
t victimes, et qui les a dpouilles de leurs tats. Les Anglais se
sont accoutums dans l'Inde  n'tre jamais arrts par aucune ide de
justice. Ils suivent cette politique en Europe.

Il parat que dans tous les pourparlers que les allis ont eus avec
l'Angleterre, les puissances les plus ennemies de la France ont t
souleves par l'exagration des prtentions du gouvernement anglais.
Les bases mme de la paix de Lunville, les Anglais les dclaraient
inadmissibles comme trop favorables  la France. Les insenss! ils se
trompent de latitude, et prennent les Franais pour des Hindous!



Le 21 juin 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le huitime corps command par le prince Poniatowski, qui a travers la
Bohme, est arriv  Zittau en Lusace. Ce corps est fort de dix-huit
mille hommes, dont six mille de cavalerie. Tous les ordres ont t
donns pour complter son habillement, et pour lui fournir tout ce qui
pourrait lui manquer.

S. M. a t le 20  Pirna et  Koenigstein.

Le prsident de Kaas, envoy par le roi de Danemarck, a reu son
audience de cong, et est parti de Dresde.

Les corps francs prussiens levs  l'instar de celui de Schill, ont
continu, depuis l'armistice,  mettre des contributions, et  arrter
les hommes isols. On leur a fait signifier l'armistice ds le 8;
mais ils ont dclar faire la guerre pour leur compte; et comme ils
continuaient la mme conduite, on a fait marcher contre eux plusieurs
colonnes. Le capitaine Lutzow, qui commandait une de ces bandes, a t
tu; quatre cents des siens ont t tus ou pris, et le reste dispers.
On ne croit pas que cent de ces brigands soient parvenus  repasser
l'Elbe. Une autre bande, commande par un capitaine Colombe, est
entirement cerne, et on a l'espoir que sous peu de jours la rive
gauche de l'Elbe sera tout--fait purge de la prsence de ces bandes,
qui se portaient  toute espce d'excs envers les malheureux habitans.

L'officier envoy  Custrin est de retour. La garnison de cette place
est d'environ cinq mille hommes, et n'a que cent cinquante malades. La
place est dans le meilleur tat, et est approvisionne pour six mois en
bl, riz, lgume, viandes fraches, et tous les objets ncessaires.

La garnison a toujours t matresse des dehors de la place jusqu'
mille toises. Pendant ces quatre mois, le commandant n'a pas cess
de travailler  augmenter les moyens de son artillerie et les
fortifications de la place.

Toute l'arme est campe; ce repos fait le plus grand bien  nos
troupes. Les distributions rgulires de riz contribuent beaucoup 
entretenir la sant du soldat.



Le 25 juin 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 24, l'empereur a dn chez le roi de Saxe. Le soir, la comdie
franaise a donn sur le thtre de la cour une reprsentation d'une
pice de Molire,  laquelle LL. MM. ont assist.

Le roi de Westphalie est venu  Dresde, voir l'empereur.

Le 25, l'empereur a parcouru les diffrens dbouchs des forts de
Dresde, et a fait une vingtaine de lieues. S. M., partie  cinq heures
aprs midi, tait de retour  dix heures du soir.

Deux ponts ont t jets sur l'Elbe, vis--vis la forteresse de
Koenigstein. Le rocher de Silienstein, qui est sur la rive droite, 
une demi-porte de canon de Koenigstein, a t occup et fortifi. Des
magasins et autres tablissemens militaires sont prpars dans cette
intressante position. Un camp de soixante mille hommes, appuy ainsi 
la forteresse de Koenigstein, et pouvant manoeuvrer sur les deux rives,
serait inattaquable par quelque force que ce ft.

Le roi de Bavire a tabli autour de Nymphenbourg, prs de Munich, un
camp de vingt-cinq mille hommes.

L'empereur a donn au duc de Castiglione le commandement du corps
d'observation de Bavire. Cette arme se runit  Wurtzbourg. Elle est
compose de six divisions d'infanterie et de deux de cavalerie.

Le vice-roi runit entre la Piave et l'Adige l'arme d'Italie, compose
de trois corps. Le gnral Grenier en commande un.

Le nouveau corps qui vient d'tre form  Magdebourg, sous le
commandement du gnral Vandamme, compte dj quarante bataillons et
quatre-vingt pices d'artillerie.

Le prince d'Eckmhl est  Hambourg. Son corps a t renforc par des
troupes venant de France et de Hollande, de sorte que sur ce point il y
plus de troupes qu'il n'y en a jamais eu. La division danoise qui est
runie au corps du prince d'Eckmhl est de quinze mille hommes.

Le deuxime corps, que commande le duc de Bellune, n'avait qu'une
division pendant la campagne qui vient de finir; ce corps a t
complt, et le duc de Bellune commande aujourd'hui les trois divisions.

Les circonstances taient si urgentes au commencement de la campagne,
que les bataillons d'un mme rgiment se trouvaient dissmins dans
diffrens corps. Tout a t rgularis, et chaque rgiment a runi ses
bataillons. Chaque jour il arrive une grande quantit de bataillons
de marche qui passent l'Elbe  Magdebourg,  Wittemberg,  Torgau, 
Dresde. S. M. passe tous les jours la revue de ceux qui arrivent par
Dresde.

Les quipages militaires de l'arme ont aujourd'hui, soit en caissons
d'ancien modle, soit en caissons du nouveau modle (dit no. 2), soit
en voitures  la comtoise, de quoi transporter des vivres pour toute
l'arme pour un mois. S. M. a reconnu que les voitures  la comtoise,
ainsi que les caissons d'ancien modle, ont des inconvniens, et elle
a prescrit que dsormais les quipages, au fur et  mesure des
remplacemens, fussent tablis sur les modles des caissons no. 2,
attels de quatre chevaux et qui portent facilement vingt quintaux.

L'arme est pourvue de moulins portatifs pesant seize livres, et faisant
chaque jour cinq quintaux de farine. On a distribu trois de ces moulins
par bataillon.

On travaille avec la plus grande activit  augmenter les fortifications
de Glogau.

On travaille galement  augmenter les fortifications de Wittemberg. S.
M. veut faire de cette ville une place rgulire; et comme le trac en
est dfectueux, elle a ordonn qu'on la fit couvrir par trois couronnes
en suivant  peu prs la mme mthode que le snateur Chasseloup Laubat
a mise en pratique  Alexandrie.

Torgau est en bon tat.

On travaille aussi avec une grande activit  fortifier Hambourg. Le
gnral du gnie Haxo s'y est rendu pour tracer la citadelle et les
ouvrages  tablir dans les les pour lier Harbourg avec Hambourg. Les
ingnieurs des ponts et chausses y construisent deux ponts volans dans
le mme systme que ceux d'Anvers, un pour la mare montante, l'autre
pour la mare descendante.

Une nouvelle place sur l'Elbe a t trace par le gnral Haxo du ct
de Verden,  l'embouchure de la Havel.

Les forts de Cuxhaven, qui taient en tat de soutenir un sige, mais
qu'on avait abandonns sans raison, et que l'ennemi avait rass, se
rtablissent. On y travaille avec activit; ce ne seront plus de simples
batteries fermes, mais un fort qui, comme le fort imprial de l'Escaut,
protgera l'arsenal de construction et le bassin, dont l'tablissement
est projet sur l'Elbe, depuis que l'ingnieur Beaupr, qui a employ
deux ans  sonder ce fleuve, a reconnu qu'il avait les mmes proprits
que l'Escaut, et que les plus grandes escadres pouvaient y tre
construits et runies dans ses rades.

La troisime division de la jeune garde, que commande le gnral
Laborde, officier d'un mrite consomm, est campe dans les bois en
avant de Dresde, sur la rive droite de l'Elbe.

La quatrime division de la jeune garde, que commande le gnral Friant,
dbouche par Wurtzbourg. Des rgimens de cette division ont dj dpass
cette ville, et se portent sur Dresde.

La cavalerie de la garde compte dj plus de neuf mille chevaux.
L'artillerie a dj plus de deux cents pices de canon. L'infanterie
forme cinq divisions, dont quatre de la jeune garde et une de la
vieille.

Le septime corps, que commande le gnral Reynier, compos de la
division Durutte, qui est une division franaise, et de deux divisions
saxonnes, reoit son complment. Ce corps est camp en avant de
Goerlitz. Toute la cavalerie lgre saxonne y est runie, et va tre
galement complte. Le roi de Saxe porte aussi ses deux beaux rgimens
de cuirassiers  leur complet.

S. M. a t extrmement satisfaite des rois et des grands-ducs de la
confdration. Le roi de Wurtemberg s'est particulirement distingu. Il
a fait, proportion garde, des efforts gaux  ceux de la France, et
son arme, infanterie, cavalerie et artillerie, a t porte au grand
complet. Le prince mile de Hesse-Darmstadt, qui commande le contingent
de Hesse-Darmstadt, s'est constamment fait distinguer dans la campagne
passe et dans celle-ci par beaucoup de sang-froid et beaucoup
d'intrpidit. C'est un jeune prince d'esprance, que l'empereur,
affectionne Beaucoup. Les seuls princes de Saxe sont en arrire pour le
contingent.

Non-seulement la citadelle d'Erfurt est en bon tat et parfaitement
approvisionne, mais les fortifications ont t releves; elles sont
couvertes par des ouvrages avancs, et dsormais Erfurt sera une place
forte de premire importance.

Le congrs n'est pas encore runi: on espre pourtant qu'il le sera
sous quelques jours. Si on a perdu un mois, la faute n'en est pas a la
France.

L'Angleterre, qui n'a pas d'argent, n'a pu en fournir aux coaliss; mais
elle vient d'imaginer un expdient nouveau. Un trait a t conclu entre
l'Angleterre, la Russie et la Prusse, moyenant lequel il sera cr pour
plusieurs centaines de millions d'un nouveau papier garanti par les
trois puissances. C'est sur cette ressource que l'on compte pour faire
face aux frais de la guerre.

Dans les articles spars, l'Angleterre garantit le tiers de ce papier,
de sorte qu'en ralit, c'est une nouvelle dette ajoute  la dette
anglaise. Il reste  savoir dans quel pays on mettra ce nouveau papier.
Lorsque cette ide lumineuse a t conue, on esprait probablement que
cette mission aurait lieu aux dpens de la confdration du Rhin et
mme de la France, notamment dans la Hollande, dans la Belgique et
dans les dpartemens du Rhin. Cependant le trait n'en a pas moins t
ratifi depuis l'armistice. La Russie fait la dpense de son arme avec
du papier, que les habitans de la Prusse sont obligs de recevoir; la
Prusse elle-mme fait son service avec du papier: l'Angleterre aussi a
son papier. Il parat que chacun de ces papiers isol n'a plus le crdit
suffisant, puisque ces puissances prennent le parti d'en crer un en
commun. C'est aux ngocians et aux banquiers  nous faire connatre s'il
faut multiplier le crdit du nouveau papier par le crdit des trois
puissances, ou bien si ce crdit doit tre le quotient.

La Sude seule parat avoir reu de l'argent de l'Angleterre,  peu prs
cinq  six cent mille livres sterling.

La garnison de Modlin est en bon tat; les fortifications sont
augmentes. On dchiffrait au quartier-gnral les rapports des
gouverneurs de Modlin et de Zamosc. Les garnisons de ces deux places
sont restes matresses du pays  une lieue autour d'elles, les troupes
qui les bloquaient n'tant que des milices mal armes et mal quipes.

L'empereur a pris  sa solde l'arme du prince Poniatowski, et lui a
donn une nouvelle organisation. Des ateliers sont tablis pour fournir
 ses besoins. Avant vingt jours, elle sera quipe  neuf et remise en
bon tat.

Quelque brillante que soit cette situation, et quoique S. M. ait
rellement plus de puissance militaire que jamais, elle n'en dsire la
paix qu'avec plus d'ardeur.

L'administration a fait acheter une grande quantit de riz, afin que
pendant toute la grande chaleur cette denre entre pour un quart dans
les rations du soldat.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le comte de Metternich, ministre d'tat et des confrences de S. M.
l'empereur d'Autriche, est arriv  Dresde, et a dj eu plusieurs
confrences avec le duc de Bassano.

La Russie vient d'obtenir du roi de Prusse que le papier russe ait un
cours forc dans les tats prussiens, et comme le papier prussien perd
dj soixante-dix pour cent, cette ordonnance ne semble pas propre 
relever le crdit de la Prusse.

La ville de Berlin est tourmente de toutes les manires, et chaque jour
les vexations s'y font sentir davantage. Cette capitale compare dj sa
situation  celle de plusieurs villes de France en 1793.

S. M. l'empereur a fait le 28 une course de huit  dix heures aux
environs de Dresde.

On a reu des nouvelles de Modlin et de Zamosc. Ces places sont dans la
meilleure situation, soit pour les vivres et les munitions de guerre,
soit pour les fortifications.



Magdebourg, le 12 juillet 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur est arriv aujourd'hui ici  sept heures du matin. S. M. est
aussitt monte  cheval, et a visit les fortifications, qui rendent
Magdebourg une des plus fortes places de l'Europe.

S. M. est partie de Dresde le 10,  trois heures du matin. Elle a
djeun  Torgau, a visit les fortifications de cette place, et y a vu
la brigade de troupes saxonnes commande par le gnral Lecocq. A six du
soir, elle est arrive  Wittemberg, et en a visit les fortifications.

Le 11,  cinq heures du matin, S. M. a pass en revue trois divisions
(les cinquime, sixime et sixime _bis_) arrivant de France; elle a
nomm aux emplois vacans, et a accord des rcompenses  plusieurs
officiers et soldats.

Parti de Wittemberg  trois heures aprs-midi, l'empereur est arriv 
six heures  Dessau, o S. M. a vu la division du gnral Philippon.

S. M. a quitt Dessau  deux heures du matin, et ds cinq heures elle se
trouvait  Magdebourg, o sont campes les trois divisions du corps du
gnral comte Vandamme.



Dresde, le 15 juillet 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur est parti de Magdebourg le 13, aprs avoir vu les divisions
du corps du gnral Vandamme, et s'est rendu  Leipsick.

Le 14,  cinq heures du matin, S. M. a vu le troisime corps de
cavalerie, que commande le duc de Padoue.

Dans l'aprs-midi, S. M. a vu sur la grande place de Leipsick le reste
des troupes du duc de Padoue, qu'elle n'avait pas pu voir le matin. Elle
est monte ensuite en voiture,  cinq heures du soir, pour Dresde, o
elle est arrive  une heure aprs minuit.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le duc de Vicence, grand-cuyer, et le comte de Narbonne, ambassadeur
de France  Vienne, ont t nomms par l'empereur ses ministres
plnipotentiaires  Prague.

Le comte de Narbonne tait parti le 9.

On croit que le duc de Vicence partira le 18.

Le conseiller intime d'Anstett, plnipotentiaire de l'empereur de
Russie, tait arriv le 12 juillet  Prague.

Une convention avait t signe  Neumarkt pour la prolongation de
l'armistice jusqu' la mi-aot.



De notre camp imprial de Dresde, le 14 aot 1813.

_Lettre de l'empereur au duc de Massa, grand-juge ministre de la
justice._

Monsieur le duc de Massa, notre grand-juge ministre de la justice,

Nous avons appris avec la plus grande peine la scne scandaleuse qui
vient de se passer  Bruxelles, aux assises de la cour impriale. Notre
bonne ville d'Anvers, aprs avoir perdu plusieurs millions par la
dprdation publique et avoue des agens de l'octroi, a perdu son procs
et a t condamne aux dpens. Le jury, dans cette circonstance, n'a pas
rpondu  la confiance de la loi, et plusieurs jurs, trahissant leur
serment, se sont livrs publiquement  la plus honteuse corruption. Dans
cette circonstance, quoiqu'il soit dans nos principes et dans notre
volont que nos tribunaux administrent la justice avec la plus grande
indpendance, cependant, comme ils l'administrent en notre nom et  la
dcharge de notre conscience, nous ne pouvons pas ignorer et tolrer un
pareil scandale, ni permettre que la corruption triomphe et marche tte
leve dans nos bonnes villes de Bruxelles et d'Anvers.

Notre intention est qu' la rception de la prsente lettre, vous ayez
 ordonner  notre procureur imprial prs la cour de Bruxelles de
runir les juges qui ont prsid la session des assises, et de dresser
procs-verbal en forme d'enqute de ce qui est  leur connaissance, et
de ce qu'ils pensent relativement  la scandaleuse dclaration du jury
dans l'affaire dont il s'agit. Notre intention est que vous fassiez
connatre  notre procureur imprial prs la cour de Bruxelles, que le
jugement de la cour rendu en consquence de ladite dclaration du jury,
doit tre regard comme suspendu; qu'en consquence les prvenus doivent
tre remis sous la main de la justice, et le squestre rappos sur
leurs biens. Enfin notre intention est qu'en vertu du paragraphe 4
de l'article 55 du titre 5 des constitutions de l'empire, vous nous
prsentiez, dans un conseil priv que nous autorisons  cet effet la
rgente, notre chre et bien-aime pouse,  prsider, un projet de
snatus-consulte pour annuler le jugement de la cour d'assises de
Bruxelles y et envoyer cette affaire  notre cour de cassation qui
dsignera une cour impriale pardevant laquelle la procdure sera
recommence et juge, les chambres runies et sans jury. Nous dsirons
que si la corruption est active  luder l'effet des lois, les
corrupteurs sachent que les lois, dans leur sagesse, ont su pourvoir
 tout. Notre intention est aussi que vous donniez des instructions 
notre procureur imprial, qui sera  cet effet autoris par un article
du snatus-consulte, pour qu'il poursuive ceux des jurs que la clameur
publique accuse d'avoir cd  la corruption dans cette affaire. Nous
esprons que notre bonne ville d'Anvers sera console par cette juste
dcision souveraine, et qu'elle y verra la sollicitude que nous portons
 nos peuples, mme au milieu des camps et des circonstances de la
guerre.

Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Le 20 aot 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Les ennemis ont dnonc l'armistice le 11,  midi, et ont fait connatre
que les hostilits commenceraient le 19 aprs minuit.

En mme temps, une note de M. le comte de Metternich, ministre des
relations extrieures d'Autriche, adresse  M. le comte de Narbonne,
lui fait connatre que l'Autriche dclarait la guerre  la France.

Le 17 au matin, les dispositions des deux armes taient les suivantes:

Les quatrime, douzime et septime corps, sous les ordres du duc de
Reggio, taient  Dahme.

Le prince d'Eckmhl, avec son corps, auquel les Danois taient runis,
campait devant Hambourg, son quartier-gnral tant  Bergedorf.

Le troisime corps tait  Liegnitz, sous les ordres du prince de la
Moskwa.

Le cinquime corps tait  Goldberg, sous les ordres du gnral
Lauriston.

Le onzime corps tait  Loewenberg, sous les ordres du duc de Tarente.

Le sixime corps, command par le duc de Raguse, tait  Bunzlau.

Le huitime corps, aux ordres du prince Poniatowski, tait  Zittau.

Le marchal Saint-Cyr tait, avec le quatorzime corps, la gauche
appuye  l'Elbe, au camp de Koenigstein et  cheval sur la grande
chausse de Prague  Dresde, poussant des corps d'observation jusqu'aux
dbouchs de Marienberg.

Le premier corps arrivait  Dresde, et le deuxime corps  Zittau.

Dresde, Torgau, Wittemberg, Magdebourg et Hambourg avaient chacun leur
garnison, et taient arms et approvisionns.

L'arme ennemie tait, autant qu'on en peut juger, dans la position
suivante:

Quatre-vingt mille Russes et Prussiens taient entrs, ds le 10 au
matin, en Bohme, et devaient arriver vers le 21 sur l'Elbe. Cette arme
est commande par l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, les gnraux
russes Barclay de Tolly, Wittgenstein et Miloradowitch, et le gnral
prussien Kleist. Les gardes russe et prussienne en font partie; ce qui,
joint  l'arme du prince Schwartzenberg, formait la grande arme et une
force de deux cent mille hommes. Cette arme devait oprer sur la rive
gauche de l'Elbe, en passant ce fleuve en Bohme.

L'arme de Silsie, commande par les gnraux prussiens Blucher et
Yorck, et par les gnraux russes Sacken et Langeron, paraissait se
runir  Breslau; elle tait forte de cent mille hommes.

Plusieurs corps prussiens, sudois et des troupes d'insurrection
couvraient Berlin, et taient opposs  Hambourg et au duc de Reggio.
L'on portait la force de ces armes qui couvraient Berlin,  cent dix
mille hommes.

Toutes les oprations de l'ennemi taient faites dans l'ide que
l'empereur repasserait sur la rive gauche de l'Elbe.

La garde impriale partie de Dresde, se porta le 15  Bautzen, et le 18
 Goerlitz.

Le 19, l'empereur se porta  Zittau, fit marcher sur-le-champ les
troupes du prince Poniatowski, fora les dbouchs de la Bohme, passa
la grande chane des montagnes qui sparent la Bohme de la Lusace, et
entra  Gobel, pendant le temps que le gnral Lefvre-Desnouettes, avec
une division d'infanterie et de cavalerie de la garde, s'emparait de
Hambourg, franchissait le col des montagnes  Georgenthal, et que le
gnral polonais Reminski s'emparait de Friedland et de Reichenberg.

Cette opration avait pour but d'inquiter les allis sur Prague, et
d'acqurir des notions certaines sur leurs projets. On apprit l ce que
nos espions avaient dj fait connatre, que l'lite de l'arme russe
et prussienne traversait la Bohme, se runissant sur la rive gauche de
l'Elbe.

Nos coureurs poussrent jusqu' seize lieues de Prague.

L'empereur tait de retour de Bohme  Zittau le 20  une heure du
matin; il laissa le duc de Bellune avec le deuxime corps  Zittau, pour
appuyer le corps du prince Poniatowski; il plaa le gnral
Vandamme, avec le premier corps,  Rumbourg, pour appuyer le gnral
Lefvre-Desnouettes, ces deux gnraux occupant en force le col, et
faisant construire des redoutes sur le mamelon qui domine sur le col.
L'empereur se porta par Lauban en Silsie, o il arriva le 20 avant sept
heures du soir.

L'arme ennemie de Silsie avait viol l'armistice, travers le
territoire neutre ds le 12. Ils avaient le 15 insult tous nos
avant-postes, et enlev quelques vedettes.

Le 16, un corps russe se plaa entre le Bober et le poste de Spiller,
occup par deux cents hommes de la division Charpentier. Ces braves qui
se reposaient sur la foi des traits, coururent aux armes, passrent
sur le ventre des ennemis et les dispersrent. Le chef de bataillon la
Guillermie les commandait.

Le 18, le duc de Tarente donna l'ordre au gnral Zucchi de prendre
la petite ville de Lahn; il s'y porta avec une brigade italienne; il
excuta bravement son ordre, et fit perdre  l'ennemi plus de cinq cents
hommes: le gnral Zucchi est un officier d'un mrite distingu. Les
troupes italiennes ont attaqu,  la baonnette, les Russes, qui taient
en nombre suprieur.

Le 19, l'ennemi est venu camper  Zobten. Un corps de douze mille Russes
a pass le Bober et a attaqu le poste de Siebenicken, dfendu par trois
compagnies lgres. Le gnral Lauriston fait prendre les armes  une
partie de son corps, part de Loewenberg, marche  l'ennemi et le culbute
dans le Bober. La brigade du gnral Lafitte, de la division Rochambeau,
s'est distingue.

Cependant, l'empereur, arriv le 20  Lauban, tait, le 21,  la pointe
du jour,  Loewenberg, et faisait jeter des ponts sur le Bober. Le corps
du gnral Lauriston passa  midi. Le gnral Maison culbuta, avec sa
valeur accoutume, tout ce qui voulut s'opposer  son passage, s'empara
de toutes les positions, et mena l'ennemi battant jusqu'auprs de
Goldberg. Le cinquime et le onzime corps l'appuyrent. Sur la gauche,
le prince de la Moskwa faisait attaquer le gnral Saken par le
troisime corps, en avant de Bunzlau, le culbutait, le mettait en
droute, et lui faisait des prisonniers.

L'ennemi se mit en retraite.

Un combat eut lieu le 23 aot devant Goldberg. Le gnral Lauriston s'y
trouvait  la tte des cinquime et onzime corps. Il avait devant lui
les Russes qui couvraient la position de Flensberg, et les Prussiens qui
s'tendaient  droite sur la route de Liegnitz. Au moment o le gnral
Grard dbouchait par la gauche sur _Nieder-au_, une colonne de
vingt-cinq mille Prussiens parut sur ce point; il la fit attaquer au
milieu des baraques de l'ancien camp; elle fut enfonce de toutes parts;
les Prussiens essayrent plusieurs charges de cavalerie qui furent
repousses  bout-portant; ils furent chasss de toutes leurs positions,
et laissrent sur le champ de bataille prs de cinq mille morts, des
prisonniers, etc. A la droite, _le Flensberg_ fut pris et repris
plusieurs fois; enfin, le cent trente-cinquime rgiment s'lana sur
l'ennemi et le culbuta entirement. L'ennemi a perdu sur ce point mille
morts et quatre mille blesss.

L'arme des allis se retira en dsordre et en toute hte sur Jauer.

L'ennemi ainsi battu en Silsie, l'empereur prit avec lui le prince
de la Moskwa, laissa le commandement de l'arme de Silsie au duc
de Tarente, et arriva le 25  Stolpen. La garde vieille et jeune,
infanterie, cavalerie et artillerie, fit ces quarante lieues en quatre
jours.



Le 28 aot 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 26,  huit heures du matin, l'empereur entra dans Dresde. La grande
arme russe, prussienne et autrichienne, commande par les souverains,
tait en prsence; elle couronnait toutes les collines qui environnent
Dresde,  la distance d'une petite lieue par la rive gauche. Le marchal
Saint-Cyr, avec le quatorzime corps et la garnison de Dresde,
occupait le camp retranch et bordait de tirailleurs les palanques qui
environnaient les faubourgs. Tout tait calme  midi; mais, pour l'oeil
exerc, ce calme tait le prcurseur de l'orage: une attaque paraissait
imminente.

A quatre heures aprs-midi, au signal de trois coups de canon, six
colonnes ennemies, prcdes chacune de cinquante bouches  feu, se
formrent, et peu de momens aprs descendirent dans la plaine; elles se
dirigrent sur les redoutes. En moins d'un quart-d'heure la canonnade
devint terrible. Le feu d'une redoute tant teint, les assigeans
l'avaient tourne et faisaient des efforts au pied de la palanque des
faubourgs, o un bon nombre trouvrent la mort.

Il tait prs de cinq heures: une partie des rserves du quatorzime
corps tait engage. Quelques obus tombaient dans la ville; le moment
paraissait pressant. L'empereur ordonna au roi de Naples de se porter
avec le corps de cavalerie du gnral Latour-Maubourg sur le flanc droit
de l'ennemi, et au duc de Trvise de se porter sur le flanc gauche.
Les quatre divisions de la jeune garde, commandes par les gnraux
Dumoutier, Barrois, Decouz et Roguet, dbouchrent alors, deux par la
porte de Pirna et deux par la porte de Plauen. Le prince de la Moskwa
dboucha  la tte de la division Barrois. Ces divisions culbutrent
tout devant elles; le feu s'loigna sur-le-champ du centre  la
circonfrence, et bientt fut rejet sur les collines. Le champ de
bataille resta couvert de morts, de canons et de dbris. Le gnral
Dumoutier est bless, ainsi que les gnraux Boyeldieu, Tindal et
Combelles. L'officier d'ordonnance Branger est bless  mort; c'tait
un jeune homme d'esprance. Le gnral Gros, de la garde, s'est jet le
premier dans le foss d'une redoute o les sapeurs ennemis travaillaient
dj  couper des palissades: il est bless d'un coup de baonnette.

La nuit devint obscure et le feu cessa, l'ennemi ayant chou dans
son attaque et laiss plus de deux mille prisonniers sur le champ de
bataille, couvert de blesss et de morts.

Le 27, le temps tait affreux; la pluie tombait par torrens. Le soldat
avait pass la nuit dans la boue et dans l'eau. A neuf heures du matin,
l'on vit distinctement l'ennemi prolonger sa gauche et couvrir les
collines qui taient spares de son centre par le vallon de Plauen.

Le roi de Naples partit avec le corps du duc de Bellune et les divisions
de cuirassiers, et dboucha sur la route de Freyberg pour attaquer cette
gauche. Il le fit avec le plus grand succs. Les six divisions qui
composaient cette aile furent culbutes et parpilles. La moiti, avec
les drapeaux et les canons, fut faite prisonnire, et dans le nombre se
trouvent plusieurs gnraux.

Au centre, une vive canonnade soutenait l'attention de l'ennemi, et des
colonnes se montraient prtes  l'attaquer sur la gauche.

Le duc de Trvise, avec le gnral Nansouty, manoeuvrait dans la plaine,
la gauche  la rivire et la droite aux collines.

Le marchal Saint-Cyr liait notre gauche au centre, qui tait form par
le corps du duc de Raguse.

Sur les deux heures aprs midi, l'ennemi se dcida  la retraite, il
avait perdu sa grande communication de Bohme par sa gauche et par sa
droite.

Les rsultats de cette journe sont vingt-cinq  trente mille
prisonniers, quarante drapeaux et soixante pices de canon.

On peut compter que l'ennemi a soixante mille hommes de moins. Notre
perte se monte, en blesss, tus ou pris,  quatre mille hommes.

La cavalerie s'est couverte de gloire. L'tat-major de la cavalerie fera
connatre les dtails et ceux qui se sont distingus.

La jeune garde a mrit les loges de toute l'arme. La vieille garde a
eu deux bataillons engags; ses autres bataillons taient dans la ville,
disponibles en rserve. Les deux bataillons qui ont donn ont tout
culbut  l'arme blanche.

La ville de Dresde a t pouvante et a couru de grands dangers.

La conduite des habitans a t ce qu'on devait attendre d'un peuple
alli. Le roi de Saxe et sa famille sont rests  Dresde, et ont donn
l'exemple de la confiance. Le 30 aot 1813.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 28, le 29 et le 30, nous avons poursuivi nos succs. Les gnraux
Gustex, Doumerc et d'Audenarde, du corps du gnral Latour-Maubourg,
ont pris plus de mille caissons ou voitures de munitions, et ramass
beaucoup de prisonniers. Les villages sont pleins de blesss ennemis; on
en compte plus de dix mille.

L'ennemi a perdu, suivant les rapports des prisonniers, huit gnraux
tus ou blesss.

Le duc de Raguse a eu plusieurs affaires d'avant-garde qui attestent
l'intrpidit de ses troupes.

Le gnral Vandamme, commandant le premier corps, a dbouch le 25 par
Koenigstein, et s'est empar, le 26, du camp de Pirna, de la ville et de
Hohendorf. Il a intercept la grande communication de Prague  Dresde.
Le duc de Wurtemberg, avec quinze mille Russes, avait t charg
d'observer ce dbouch. Le 28, le gnral Vandamme l'a attaqu, battu,
lui a fait deux mille prisonniers, lui a pris six pices de canon, et
l'a pouss en Bohme. Le prince de Reuss, gnral de brigade, officier
de mrite, a t tu.

Dans la journe du 29, le gnral Vandamme s'est plac sur les hauteurs
de la Bohme, et s'y est tabli. Il fait battre le pays par des coureurs
et des partis, pour avoir des nouvelles de l'ennemi, l'inquiter et
s'emparer de ses magasins.

Le prince d'Eckmlh tait, le 24,  Schwerin. Il n'avait encore eu
aucune affaire majeure. Les Danois s'taient distingus dans plusieurs
petites affaires.

Ce dbut de la campagne est des plus brillans, et fait concevoir de
grandes esprances. La qualit de notre infanterie est de beaucoup
suprieure  celle de l'ennemi.



Le 1er septembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 28 aot, le roi de Naples a couch  Freyberg avec le duc de Bellune;
le 29,  Lichtenberg; le 30,  Zetau; le 31,  Seyda.

Le duc de Raguse, avec le sixime corps, a couch le 28, 
Dippoldiswalda, o l'ennemi a abandonn douze cents blesss; le 29, 
Falkenhain; le 30,  Altenberg, et le 31,  Zinnwald.

Le quatorzime corps, sous les ordres du marchal Saint-Cyr, tait le 28
 Maxen; le 29,  Reinhards-Grimma; le 30,  Dittersdorff, et le 31, 
Liebenau.

Le premier corps, sous les ordres du gnral Vandamme, tait le 28 
Hollendorff, et le 29,  Peterswalde, occupant les montagnes.

Le duc de Trvise tait en position, le 28 et le 29,  Pirna.

Le gnral Pajol, commandant la cavalerie du quatorzime corps, a fait
des prisonniers.

L'ennemi se retira dans la position de Dippoldiswalda et Altenberg.
Sa gauche suivit la route de Plauen, et se replia par Tharandt sur
Dippoldiswalda, ne pouvant faire sa retraite par la route de Freyberg.
Sa droite ne pouvant se retirer par la chausse de Pirna, ni par celle
de Dohna, se retira sur Maxen, et de l sur Dippoldiswalda. Tout ce qui
tait en partisan et dtach de Meissen, se trouva coup. Les bagages
russes, prussiens, autrichiens, s'taient entasss sur la chausse de
Freyberg; on y prit plusieurs milliers de voitures.

Arriv  Altenberg, o le chemin de Toeplitz  Dippoldiswalda devient
impraticable, l'ennemi prit le parti de laisser plus de mille voitures
de munitions et de bagages. Cette grande arme rentra en Bohme aprs
avoir perdu partie de son artillerie et de ses bagages.

Le 29, le gnral Vandamme passa avec huit ou dix bataillons le col de
la grande chane et se porta sur Kulm: il y rencontra l'ennemi, fort de
huit  dix mille hommes; il s'engagea: ne se trouvant plus assez
fort, il fit descendre tout son corps d'arme: il eut bientt culbut
l'ennemi. Au lieu de rentrer et de se replacer sur la hauteur, il
resta et prit position  Kulm, sans garder la montagne; cette montagne
commande la seule chausse; elle est haute. Ce n'tait que le 30 au soir
que le marchal Saint-Cyr et le duc de Raguse arrivaient au dbouch
de Toeplitz. Le gnral Vandamme ne pensa qu'au rsultat de barrer le
chemin de l'ennemi, et de tout prendre. A une arme qui fuit, il faut
_faire un pont d'or, ou opposer une barrire d'acier:_ il n'tait pas
assez fort pour former cette barrire d'acier.

Cependant l'ennemi voyant que ce corps d'arme de dix-huit mille hommes,
tait seul en Bohme, spar par de hautes montagnes, et que tout le
reste tait encore au pied en-de des monts, se vit perdu s'il ne le
culbutait. Il conut l'espoir de l'attaquer avec succs, sa position
tant mauvaise. Les gardes russes taient en tte de l'arme qui battait
en retraite: on y joignit deux divisions autrichiennes fraches; le
reste de l'arme ennemie s'y runit  mesure qu'elle dbouchait, suivie
par les deuxime, sixime et quatorzime corps. Ces troupes dbordrent
le premier corps. Le gnral Vandamme fit bonne contenance, repoussa
toutes les attaques, enfona tout ce qui se prsentait, et couvrit de
morts le champ de bataille. Le dsordre gagna l'arme ennemie, et l'on
voyait avec admiration ce que peut un petit nombre de braves contre une
multitude dont le moral est affaibli.

A deux heures aprs-midi, la colonne prussienne du gnral Kleist,
coupe dans sa retraite, dboucha par Peterswalde pour tcher de
pntrer en Bohme; elle ne rencontra aucun ennemi, arriva sur le haut
de la montagne sans rsistance, s'y plaa, et l, vit l'affaire qui
tait engage. L'effet de cette colonne sur les derrires de l'arme,
dcida l'affaire.

Le gnral Vandamme se porta sur-le-champ contre cette colonne, qu'il
repoussa: il fut oblig d'affaiblir sa ligne dans ce moment dlicat. La
chance tourna: il russit cependant  culbuter la colonne du gnral
Kleist, qui fut tu; les soldats prussiens jetaient leurs armes et
se prcipitaient dans les fosss et les bois. Dans cette bagarre, le
gnral Vandamme a disparu; on le croit frapp  mort.

Les gnraux Corbineau, Dumonceau et Philippon se dterminrent 
profiter du moment, et  se retirer partie par la grande route, et
partie par d'es chemins de traverse, avec leur division, en abandonnant
tout le matriel, qui consistait en trente pices de canon et trois
cents voitures de toute espce, mais en ramenant tous les attelages.
Dans la position o taient les affaires, ils ne pouvaient pas prendre
un meilleur parti. Les tus, blesss et prisonniers doivent porter notre
perte dans cette affaire  six mille hommes. L'on croit que la perte de
l'ennemi ne peut tre moindre que de quatre  cinq mille hommes.

Le premier corps se rallia,  une lieue du champ de bataille, au
quatorzime corps. On dresse l'tat des pertes prouves dans cette
catastrophe, due  une ardeur guerrire mal calcule.

Le gnral Vandamme mrite des regrets: il tait d'une rare intrpidit.
Il est mort sur le champ d'honneur, mort digne d'envie pour tout brave.



Le 2 septembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 21 aot, l'arme russe, prussienne et autrichienne, commande par
l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, tait entre en Saxe, et
s'tait porte le 22 sur Dresde, forte de cent quatre-vingt  deux
cent mille hommes, ayant un matriel immense, et pleine de l'esprance
non-seulement de nous chasser de la rive droite de l'Elbe, mais encore
de se porter sur le Rhin, et de nourrir la guerre entre le Rhin et
l'Elbe. En cinq jours de temps, elle a vu ses esprances confondues:
trente mille prisonniers, dix mille blesss tombs en notre pouvoir,
ce qui fait quarante mille; vingt mille tus ou blesss, et autant de
malades par l'effet de la fatigue et du dfaut de vivres (elle a t
cinq  six jours sans pain), l'ont affaiblie de prs de quatre-vingt
mille-hommes.

Elle ne compte pas aujourd'hui cent mille hommes sous les armes; elle
a perdu plus de cent pices canon, des parcs entiers, quinze cents
charrettes de munitions d'artillerie, qu'elle a fait sauter ou qui sont
tombes en notre pouvoir; plus de trois mille voitures de bagages,
qu'elle a brles ou que nous avons prises. On avait quarante drapeaux
ou tendards. Parmi les prisonniers, il y a quatre mille Russes.
L'ardeur de l'arme franaise et le courage de l'infanterie fixent
l'attention.

Le premier coup de canon tir des batteries de la garde impriale dans
la journe du 27 aot, a bless mortellement le gnral Moreau qui tait
revenu d'Amrique pour prendre du service en Russie.



Le 6 septembre au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 2 septembre, l'empereur a pass,  Dresde, la revue du premier corps,
et en a confr le commandement au comte de Lobau. Ce corps se compose
des trois divisions Dumonceau, Philippon et Teste. Ce corps a moins
perdu qu'on ne l'avait cru d'abord, beaucoup d'hommes tant rentrs.

Le gnral Vandamme n'a pas t tu; il a t fait prisonnier. Le
gnral du gnie Haxo, qui avait t envoy en mission auprs du gnral
Vandamme, se trouvant dans ce moment avec ce gnral, a t fait
galement prisonnier. L'lite de la garde russe a t tue dans cette
affaire.

Le 3, l'empereur a t coucher au chteau de Harta, sur la route de
Silsie; et le 4, au village de Hochkirch (au-del de Bautzen). Depuis
le dpart de S. M. de Loevenberg, des vnemens importans s'taient
passs en Silsie.

Le duc de Tarente,  qui l'empereur avait laiss le commandement de
l'arme de Silsie, avait fait de bonnes dispositions pour poursuivre
les allis, et les chasser de Jauer: l'ennemi tait pouss de toutes ses
positions; ses colonnes taient en pleine retraite: le 26, le duc de
Tarente avait pris toutes ses mesures pour le faire tourner; mais
dans la nuit du 26 au 27, le Bober et tous les torrens qui y affluent
dbordrent; en moins de sept  huit heures, les chemins furent couverts
de trois  quatre pieds d'eau et tous les ponts emports. Nos colonnes
se trouvrent isoles entre elles. Celle qui devait tourner l'ennemi
ne put arriver. Les allis s'aperurent bientt de ce changement de
circonstances.

Le duc de Tarente employa les journes du 28 et du 29  runir ses
colonnes spares par l'inondation. Elles parvinrent  regagner Bunzlau,
o se trouvait le seul pont qui n'et pas t emport par les eaux du
Bober. Mais une brigade de la division Puthod ne put pas y arriver. Au
lieu de chercher  se jeter du ct des montagnes, le gnral voulut
revenir sur Loewenberg. L, se trouvant entour d'ennemis et la rivire
 dos, aprs s'tre dfendu de tous ses moyens, il a d cder au nombre.
Tout ce qui savait nager dans ses deux rgimens se sauva; on en compte
environ sept  huit cents: le reste fut pris.

L'ennemi nous a fait dans ces diffrentes affaires trois  quatre mille
prisonniers, et nous a pris deux aigles de deux rgimens, avec les
canons de la brigade.

Aprs ces circonstances qui avaient fatigu l'arme, elle repassa
successivement le Bober, la Queiss et la Neiss. L'empereur la trouva
le 4 sur les hauteurs de Hochkirch. Il fit, le soir mme, rattaquer
l'ennemi, le fit dbusquer des hauteurs du Wohlenberg, et le poursuivit
pendant toute la journe du 5, l'pe dans les reins, jusqu' Goerlitz.
Le gnral Sbastiani excuta des charges de cavalerie a Reichenbach, et
fit des prisonniers.

L'ennemi repassa en toute hte la Neiss et la Queiss, et notre arme
prit position sur les hauteurs de Goerlitz, au-del de la Neiss.

Le 6,  sept heures du soir, l'empereur tait de retour  Dresde.

Le conseil de guerre du troisime corps d'arme a condamn  la peine de
mort le gnral de brigade Jomini, chef d'tat-major de ce corps, qui,
du quartier-gnral de Liegnitz, a dsert  l'ennemi au moment de la
rupture de l'armistice.



Le 7 septembre 1813

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le duc de Reggio, avec les douzime, septime et quatrime corps, s'est
port le 23 aot sur Berlin. Il a fait attaquer le village de Trebbin,
dfendu par l'arme ennemie, et l'a forc. Il a continu son mouvement.

Le 24 aot, le septime corps n'ayant pas russi dans le combat de
Gross-Beeren, le duc de Reggio s'est report sur Wittemberg.

Le 3 septembre, le prince de la Moskwa a pris le commandement de
l'arme, et s'est port sur Interbock. Le 5, il a attaqu et battu le
gnral Tauensien; mais le 6, il a t attaqu en marche par l'arme
ennemie, commande par le gnral Bulow. Des charges de cavalerie sur
ses derrires ont mis le dsordre dans ses parcs. Il a d se retirer sur
Torgau. Il a perdu huit mille hommes tus, blesss ou prisonniers, et
douze pices de canon. La perte de l'ennemi doit avoir t aussi trs
forte.



Le 11 septembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

La grande arme ennemie, battue  Dresde, s'tait rfugie en Bohme.
Instruits que l'empereur s'tait port en Silsie, les allis ont runi
un corps de quatre-vingt mille hommes, compos de Russes, de Prussiens
et d'Autrichiens, et se sont ports, le 5, sur Hottendorf; le 6, sur
Gieshubel, et le 7, sur Pirna.

Le 9, l'arme franaise marcha sur Borna et Furstenwalde. Le
quartier-gnral de l'empereur fut  Liebstadt.

Le 10, le marchal Saint-Cyr se porta du village de Furstenwalde sur le
Geyersberg, qui domine la plaine de la Bohme. Le gnral Bonnet,
avec la quarante-troisime division, descendit dans la plaine prs de
Toeplitz. L'on aperut l'arme ennemie qui cherchait  se rallier
aprs avoir rappel tous ses dtachemens de la Saxe. Si le dbouch du
Geyersberg avait t praticable pour l'artillerie, cette arme aurait
t attaque en flanc pendant sa marche; mais tous les efforts faits
pour descendre du canon furent inutiles.

Le gnral Ornano dboucha sur les hauteurs de Peterswalde, pendant que
le gnral Dumonceau y arrivait par Hollendorff.

Nous avons fait quelques centaines de prisonniers, dont plusieurs
officiers. L'ennemi a constamment vit la bataille, et s'est retir
prcipitamment dans toutes les directions.

Le 11, l'empereur est retourn  Dresde.



Le 13 septembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de l'empereur tait  Dresde.

Le duc de Tarente, avec les cinquime, onzime et troisime corps,
s'tait plac sur la rive gauche de la Spre. Le prince Poniatowski,
avec le huitime corps, tait  Stolpen. Toutes ces forces taient ainsi
concentres  une journe de Dresde, sur la rive droite de l'Elbe.

Le comte de Lobau, avec le premier corps, tait  Hollendorff, en avant
de Peterswalde; le duc de Trvise,  Pirna; le marchal Saint-Cyr, sur
les hauteurs de Borna, occupant les dbouchs de Furstenwalde et du
Geyersberg; le duc de Bellune,  Altenberg.

Le prince de la Moskwa tait  Torgau avec les quatrime, septime et
douzime corps.

Le duc de Raguse et le roi de Naples, avec la cavalerie du gnral
Latour-Maubourg, se portaient sur Grossen-Hayn.

Le prince d'Eckmlh tait sur Ratzeburg.

L'arme ennemie de Silsie tait sur la droite de la Spre. Celle de la
Bohme tait: les Russes et les Prussiens, dans la plaine de Toeplitz,
et un corps autrichien  Marienberg. L'arme ennemie de Berlin tait 
Interbock.

Le gnral franais Margaron, avec un corps d'observation, occupait
Leipsick.

Le chteau de Sonnenstein, au-dessus de Pirna, avait t occup,
fortifi et arm.

S. M. avait donn le commandement de Torgau au comte de Narbonne.

Les quatre rgimens des gardes-d'honneur avaient t attachs, le
premier, aux chasseurs  cheval de la garde; le deuxime, aux dragons;
le troisime, aux grenadiers  cheval; et le quatrime, au premier
rgiment de lanciers. Ces rgimens de la garde leur fournissaient des
instructeurs, et toutes les fois qu'on marchait au combat, y joignaient
de vieux soldats pour renforcer leurs cadres et les guider. Un escadron
de chaque rgiment des gardes-d'honneur tait toujours de service auprs
de l'empereur, avec l'escadron que fournit chaque rgiment de la garde;
ce qui portait  huit le nombre des escadrons de service.



Le 17 septembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 14, l'ennemi dboucha de Toeplitz sur Nollendorf, et menaa de
tourner la division Dumonceau, qui tait sur la hauteur. Cette division
se retira en bon ordre sur Gushabel, o le comte de Lobau runit son
corps. L'ennemi ayant voulu attaquer le camp de Gushabel, fut repouss
et perdit beaucoup de monde.

Le 15, l'empereur partit de Dresde, et se porta au camp de Pirna. Il
dirigea le gnral Mouton-Duvernet, commandant la quarante-deuxime
division, par les villages de Langenhenersdorf et de Bera, tournant
ainsi la droite de l'ennemi. En mme temps, le comte de Lobau l'attaqua
de front. L'ennemi fut men l'pe dans les reins tout le reste de la
journe.

Le 16, il occupait encore les hauteurs au-del de Peterswalde. A midi,
on se mit  sa poursuite, et il fut dlog de sa position. Le gnral
Ornano fit faire de belles charges  sa division de cavalerie de la
garde et  la brigade de chevau-lgers polonais du prince Poniatowski.
L'ennemi fut pouss et jet en Bohme dans le plus grand dsordre. Il
a fait sa retraite avec tant d'activit, qu'on n'a pu lui prendre que
quelques prisonniers, parmi lesquels se trouve le gnral Blucher,
commandant l'avant-garde, et fils du gnral en chef prussien Blucher.

Notre perte a t peu considrable.

Le 16, l'empereur a couch  Pterswalde, et le 17, S. M. tait de
retour  Pirna.

Thielmann, gnral transfuge du service de Saxe, avec un corps de
partisans et de transfuges, s'est port sur la Saale. Un colonel
autrichien s'est aussi port en partisan sur Colditz.

Les gnraux Margaron, Lefvre-Desnouettes et Pir se sont mis avec des
colonnes de cavalerie et d'infanterie  la poursuite de ces partis,
esprant en avoir bon compte.



Le 19 septembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente_

Le 17,  deux heures aprs-midi, l'empereur est mont  cheval, et au
lieu de se rendre  Pirna, est all aux avant-postes. Ayant aperu que
l'ennemi avait fait une grande quantit d'abattis pour dfendre la
descente de la montagne, S. M. le fit attaquer par le gnral Duvernet,
qui, avec la quarante-deuxime division, s'empara du village d'Abessau
et repoussa l'ennemi dans la plaine de Toeplitz. Il tait charg de
manoeuvrer de manire  bien reconnatre la position de l'ennemi, et 
l'obliger de dmasquer ses forces. Ce gnral russit parfaitement 
excuter ses instructions. Il s'engagea une vive canonnade hors de
porte, et qui fit peu de mal; mais une batterie autrichienne de 24
pices ayant quitt sa position pour se rapprocher de la division
Duvernet, le gnral Ornano l'a fait charger par les lanciers rouges
de la garde: ils ont enlev ces vingt-quatre pices, et sabr tous les
canonniers, mais on n'a pu ramener que les chevaux, deux pices de canon
et un avant-train.

Le 18, le comte de Lobau tait rest dans la mme position, occupant le
village d'Arbessau et tous les dbouchs de la plaine. A quatre heures
aprs-midi, l'ennemi envoya une division pour tcher de surprendre la
hauteur au village de Keinitz. Cette division fut repousse l'pe dans
les reins, et mitraille pendant une heure.

Le 18,  neuf heures du soir, S. M. est arrive  Pirna, et le 19, le
comte de Lobau a repris ses positions en avant de Nollendorf et au camp
de Gushabel.

La pluie tombait par torrent.

Le prince de Neufchtel est un peu incommod d'un accs de fivre.

S. M. se porte trs-bien.



Le 26 septembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur a pass les journes du 19 et du 20  Pirna, S. M. y a fait
jeter un pont, et tablir une tte de pont sur la rive droite.

Le 21, l'empereur est venu coucher  Dresde, et le 22, il s'est port
 Hartau: il a sur-le-champ fait dboucher au-del de la fort de
Bischoffswerda, le onzime corps, command par le duc de Tarente, le
cinquime corps, command par le gnral Lauriston, et le troisime
corps, command par le gnral Souham.

L'arme ennemie de Silsie qui s'tait porte, la droite, commande par
Sacken, sur Kamenz, la gauche, commande par Langeron, sur Neustadt
aux dbouchs de Bohme, et le centre, command par Yorck, sur
Bischoffswerda, se mit sur le champ en retraite de tous cts. Le
gnral Grard, commandant notre avant-garde, la poussa vivement, et lui
fit quelques prisonniers. L'ennemi fut men battant jusqu' la Spre. Le
gnral Lauriston entra dans Neustadt.

L'ennemi refusant ainsi la bataille, l'empereur est revenu le 24 
Dresde, et a ordonn au duc de Tarente de prendre position sur les
hauteurs de Weissig.

Le huitime corps, command par le prince Poniatowski, a repass sur la
rive gauche.

Le comte de Lobau, avec le premier corps, occupe toujours Gushabel.

Le marchal Saint-Cyr occupe Pirna et la position de Borna.

Le duc de Bellune occupe la position de Freyberg.

Le duc de Raguse, avec le sixime corps et la cavalerie du gnral
Latour-Maubourg, tait au-del de Grossenhayn. Il avait repouss
l'ennemi sur la rive droite au-del de Torgau, pour faciliter le passage
d'un convoi de vingt mille quintaux de farine qui remontait l'Elbe sur
des bateaux, et qui est arriv  Dresde.

Le duc de Padoue est  Leipsick; le prince de la Moskwa entre Wittenberg
et Torgau.

Le gnral comte Lefvre-Desnouettes tait, avec quatre mille chevaux, 
la suite du transfuge Thielmann. Ce Thielmann est Saxon, et combl
des bienfaits du roi. Pour prix de tant de bienfaits, il s'est montr
l'ennemi le plus irrconciliable de son roi et de son pays. A la tte de
trois mille coureurs, partie Prussiens, partie cosaques et Autrichiens,
il a pill les haras du roi, lev partout des contributions  son
profit, et trait ses compatriotes avec toute la haine d'un homme qui
est tourment par le crime. Ce transfuge, dcor de l'uniforme de
lieutenant-gnral russe, s'tait port  Naumbourg, o il n'y avait ni
commandant ni garnison, mais o il avait surpris trois  quatre cents
malades. Cependant le gnral Lefvre-Desnouettes l'avait rencontr 
Freybourg le 19, lui avait repris les trois ou quatre cents malades que
ce misrable avait arrachs de leurs lits pour s'en faire un trophe;
lui avait fait quelques centaines de prisonniers, pris quelques bagages,
et repris quelques voitures dont il s'tait empar. Thielmann s'tait
alors rfugi sur Zeitz, o le colonel Munsdorff, partisan autrichien
qui parcourait le pays, s'tait runi  lui: le gnral comte
Lefvre-Desnouettes les a attaqus le 24,  Altenbourg, les a rejets
en Bohme, leur a tu beaucoup de monde, entre autres un prince de
Hohenzollernn et un colonel.

La marche de Thielmann avait apport quelques retards dans les
communications d'Erfurth et de Leipsick.

L'arme ennemie de Berlin paraissait faire des prparatifs pour jeter un
pont  Dessau.

Le prince de Neufchtel est malade d'une fivre bilieuse; il garde le
lit depuis plusieurs jours.

S. M. ne s'est jamais mieux porte.



Le 29 septembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur a donn le commandement d'un corps de la jeune garde au duc
de Reggio.

Le duc de Castiglione s'est mis en marche avec son corps pour venir
prendre position sur les dbouchs de la Saale.

Le prince Poniatowski s'est port avec son corps sur Penig.

Le gnral comte Bertrand a attaqu, le 26, le corps de l'arme ennemie
de Berlin qui couvrait le pont jet sur Wartenbourg, l'a forc, lui a
fait des prisonniers, et l'a men battant jusque sur la tte de pont.
L'ennemi a vacu la rive gauche et a coup son pont. Le gnral
Bertrand a sur-le-champ fait dtruire la tte de pont.

Le prince de la Moskwa s'est port sur Oranienbaum, et le septime corps
sur Dessau. Une division sudoise qui tait  Dessau s'est empresse de
repasser sur la rive droite. L'ennemi a t galement oblig de couper
son pont, et on a ras sa tte de pont.

L'ennemi a jet des obus sur Wittenberg par la rive droite.

Dans la journe du 28, l'empereur a pass la revue du deuxime corps de
cavalerie sur les hauteurs de Weissig.

Le mois de septembre a t trs-mauvais, trs-pluvieux, contre
l'ordinaire de ce pays. On espre que le mois d'octobre sera meilleur.

La fivre bilieuse du prince de Neufchtel a cess: le prince est en
convalescence.



Le 4 octobre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le gnral comte Lefvre-Desnouettes a t attaqu le 28 septembre, 
sept heures du matin,  Altenbourg par dix mille hommes de cavalerie et
trois mille hommes d'infanterie. Il a fait sa retraite devant des forces
aussi suprieures; il a opr de belles charges, et a fait beaucoup de
mal  l'ennemi. Il a perdu trois cents hommes de son infanterie; il est
arriv sur la Saale. L'ennemi tait command par l'hetman Platow et
le gnral Thielmann. Le prince Poniatowski s'est port le 2 sur
Altenbourg, par Nossan, Waldheim et Colditz. Il a culbut l'ennemi, lui
a fait plus de quatre cents prisonniers et l'a chass en Bohme.

Le 27, le prince de la Moskwa s'est empar de Dessau, qu'occupait une
division, et a rejet cette division sur sa tte de pont. Le lendemain,
les Sudois sont arrivs pour reprendre la ville. Le gnral Guilleminot
les a laisss avancer  porte de mitraille, a dmasqu alors ses
batteries, et les a repousss en leur faisant beaucoup de mal.

Le 3 octobre, l'arme ennemie de Silsie s'est porte par Koenigsbruck
et Elterswerda, sur Elster, a jet un pont au coude que forme l'Elbe 
Wartembourg, et a pass le fleuve. Le gnral Bertrand tait plac sur
l'isthme, dans une fort belle position, environne de digues et de
marais. Depuis neuf heures du matin, jusqu' cinq heures du soir,
l'ennemi a faits sept attaques et a toujours t repouss. Il a laiss
six mille morts sur le champ de bataille; notre perte a t de cinq
cents hommes tus ou blesss. Cette grande diffrence est due  la bonne
position que les divisions Morand et Fontanelli occupaient. Le soir,
le gnral Bertrand voyant dboucher de nouvelles forces, jugea devoir
oprer sa retraite, et prit position sur la Mulde avec le prince de la
Moskwa.

Le 4 le prince de la Moskwa tait sur la rive gauche de la Mulde
 Dalitzch. Le duc de Raguse et le corps de cavalerie du gnral
Latour-Maubourg taient  Eulenbourg, le troisime corps tait sur
Torgau.

Deux cent cinquante partisans commands par un gnral-major russe, se
sont ports sur Mulhausen, et apprenant que Cassel tait dgarni de
troupes, ils ont tent une surprise sur les portes de Cassel. Ils ont
t repousss; mais le lendemain les troupes westphaliennes s'tant
dissoutes, les partisans entrrent dans Cassel, ils livrrent au pillage
tout ce qui leur tomba sous la main, et peu de jours aprs en sortirent.
Le roi de Westphalie s'tait retir sur le Rhin.



Paris, 7 octobre 1813.

_Discours de l'impratrice au snat_[2].

Snateurs,

Les principales puissances de l'Europe, rvoltes des prtentions de
l'Angleterre, avaient, l'anne dernire, runi leurs armes aux ntres
pour obtenir la paix du monde et le rtablissement des droits de tous
les peuples. Aux premires chances de la guerre, des passions assoupies
se rveillrent. L'Angleterre et la Russie ont entran la Prusse et
l'Autriche dans leur cause. Nos ennemis veulent dtruire nos allis,
pour les punir de leur fidlit. Ils veulent porter la guerre au sein
de notre belle patrie, pour se venger des triomphes qui ont conduit nos
aigles victorieuses au milieu de leurs tats. Je connais, mieux que
personne, ce que nos peuples auraient  redouter, s'ils se laissaient
jamais vaincre.

Avant de monter sur le trne o m'ont appele le choix de mon auguste
poux et la volont de mon pre, j'avais la plus grande opinion du
courage et de l'nergie de ce grand peuple. Cette opinion s'est accrue
tous les jours par tout ce que j'ai vu se passer sous mes yeux. Associe
depuis quatre ans aux penses les plus intimes de mon poux, je sais de
quels sentimens il serait agit sur un trne fltri et sous une couronne
sans gloire.

Franais! votre empereur, la patrie et l'honneur vous appellent!

[Note 2: Nous insrons ce discours de Marie-Louise parce que
personne n'ignore qu'il fut dict par Napolon.]



Le 15 octobre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 7, l'empereur est parti de Dresde. Le 8, il a couch  Wurzen; le 9,
 Eulenbourg, et le 10,  Duben.

L'arme ennemie de Silsie, qui se portait sur Wurzen, a sur-le-champ
battu en retraite et repass sur la rive gauche de la Mulde; elle a
eu quelques engagemens o nous lui avons fait des prisonniers et pris
plusieurs centaines de voitures de bagages.

Le gnral Reynier s'est port sur Wittenberg, a pass l'Elbe, a march
sur Roslau, a tourn le pont de Dessau, s'en est empar, s'est ensuite
port sur Aken et s'est empar du pont. Le gnral Bertrand s'est port
sur les ponts de Wartenbourg et s'en est empar. Le prince de la
Moskwa s'est port sur la ville de Dessau; il a rencontr une division
prussienne; le gnral Delmas l'a culbute, et lui a pris trois mille
hommes et six pices de canon.

Plusieurs courriers du cabinet, entr'autres le sieur Kraft, avec des
dpches de haute importance, ont t pris.

Aprs s'tre ainsi empar de tous les ponts de l'ennemi, le projet de
l'empereur tait de passer l'Elbe, de manoeuvrer sur la rive droite,
depuis Hambourg jusqu' Dresde; de menacer Potsdam et Berlin, et de
prendre pour centre d'opration Magdebourg, qui, dans ce dessein, avait
t approvisionn en munitions de guerre et de bouche. Mais le 13,
l'empereur apprit  Deiben que l'arme bavaroise tait runie  l'arme
autrichienne et menaait le Bas-Rhin. Cette inconcevable dfection fit
prvoir la dfection d'autres princes, et fit prendre  l'empereur le
parti de retourner sur le Rhin; changement fcheux, puisque tout avait
t prpar pour oprer sur Magdebourg; mais il aurait fallu rester
spar et sans communication avec la France pendant un mois; ce n'avait
pas d'inconvnient au moment o l'empereur avait arrt ses projets; il
n'en tait plus de mme lorsque l'Autriche allait se trouver avoir deux
nouvelles armes disponibles: l'arme bavaroise et l'arme oppose  la
Bavire. L'empereur changea donc avec ces circonstances imprvues, et
porta son quartier-gnral  Leipsick.

Cependant le roi de Naples, qui tait rest en observation  Freyberg,
avait reu le 7 l'ordre de faire un changement de front, et de se porter
sur Gernig et Frohbourg, oprant sur Wurzen et Vittenberg. Une division
autrichienne, qui occupait Angustusbourg, rendant difficile ce
mouvement, le roi reut l'ordre de l'attaquer, la dfit, lui prit
plusieurs bataillons, et aprs cela opra sa conversion  droite.
Cependant la droite de l'arme ennemie de Bohme, compose du corps
russe de Wittgenstein, s'tait porte sur Altenbourg,  la nouvelle du
changement de front du roi de Naples. Elle se porta sur Frohbourg, et
ensuite par la gauche sur Borna, se plaant entre le roi de Naples et
Leipsick. Le roi n'hsita pas sur la manoeuvre qu'il devait faire; il
fit volte face, marcha sur l'ennemi, le culbuta, lui prit neuf pices de
canon, un millier de prisonniers, et le jeta au-del de l'Elster, aprs
lui avoir fait prouver une perte de quatre  cinq mille hommes. Le 15,
la position de l'arme tait la suivante:

Le quartier-gnral de l'empereur tait  Reidnitz,  une demi-lieue de
Leipsick.

Le quatrime corps, command par le gnral Bertrand, tait au village
de Lindenau.

Le sixime corps tait  Libenthal.

Le roi de Naples, avec les deuxime, huitime et cinquime corps, avait
sa droite  Doelitz et sa gauche  Liberwolkowitz.

Les troisime et septime corps taient en marche d'Eulenbourg pour
flanquer le sixime corps.

La grande arme autrichienne de Bohme avait le corps de Giulay
vis--vis Lindenau; un corps  Zwenckau, et le reste de l'arme, la
gauche appuye  Grobern, et la droite  Neuendorf.

Les ponts de Wurzen et d'Eulenbourg sur la Mulde, et la position de
Taucha sur la Partha, taient occups par nos troupes. Tout annonait
une grande bataille.

Le rsultat de nos divers mouvemens dans ces six jours, a t cinq
mille prisonniers, plusieurs pices de canon, et beaucoup de mal fait 
l'ennemi. Le prince Poniatowski s'est dans ces circonstances couvert de
gloire.



Le 16 octobre au soir.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 15, le prince de Schwartzenberg, commandant l'arme ennemie, annona
 l'ordre du jour, que le lendemain 16, il y aurait une bataille
gnrale et dcisive.

Effectivement le 16,  neuf heures du matin, la grande arme allie
dboucha sur nous. Elle oprait constamment pour s'tendre sur sa
droite. On vit d'abord trois grosses colonnes se porter, l'une le long
de la rivire de l'Elster, contre le village de Doelitz; la seconde
contre le village de Wachau, et la troisime contre celui de
Liberwolkowitz. Ces trois colonnes taient prcdes par deux cents
pices de canon.

L'empereur fit aussitt ses dispositions.

A dix heures, la canonnade tait des plus fortes, et  onze heures
les deux armes taient engages aux villages de Doelitz, Wachau et
Liberwolkowitz. Ces villages furent attaqus six  sept fois; l'ennemi
fut constamment repouss et couvrit les avenues de ses cadavres. Le
comte Lauriston, avec le cinquime corps, dfendait le village de gauche
(Liberwolkowitz); le prince Poniatowski, avec ses braves Polonais,
dfendait le village de droite (Doelitz), et le duc de Bellune dfendait
Wachau.

A midi, la sixime attaque de l'ennemi avait t repousse, nous tions
matres des trois villages, et nous avions fait deux mille prisonniers.

A peu prs au mme moment, le duc de Tarente dbouchait par Holzhausen,
se portant sur une redoute de l'ennemi, que le gnral Charpentier
enleva au pas de charge, en s'emparant de l'artillerie et faisant
quelques prisonniers.

Le moment parut dcisif.

L'empereur ordonna au duc de Reggio de se porter sur Wachau avec deux
divisions de la jeune garde. Il ordonna galement au duc de Trvise de
se porter sur Liberwolkowitz avec deux autres divisions de la jeune
garde, et de s'emparer d'un grand bois qui est sur la gauche du village.
En mme temps, il fit avancer sur le centre une batterie de cent
cinquante pices de canon, que dirigea le gnral Drouot.

L'ensemble de ces dispositions eut le succs qu'on en attendait.
L'artillerie ennemie s'loigna. L'ennemi se retira, et le champ de
bataille nous resta en entier.

Il tait trois heures aprs midi. Toutes les troupes de l'ennemi avaient
t engages. Il eut recours  sa rserve. Le comte de Merfeld qui
commandait en chef la rserve autrichienne, releva avec six divisions
toutes les troupes sur toutes les attaques, et la garde impriale russe,
qui formait la rserve de l'arme russe, les releva au centre.

La cavalerie de la garde russe et les cuirassiers autrichiens se
prcipitrent par leur gauche sur notre droite, s'emparrent de Doelitz
et vinrent caracoler autour des carrs du duc de Bellune.

Le roi de Naples marcha avec les cuirassiers de Latour-Maubourg, et
chargea la cavalerie ennemie par la gauche de Wachau, dans le temps que
la cavalerie polonaise et les dragons de la garde, commands par le
gnral Letort, chargeaient par la droite. La cavalerie ennemie fut
dfaite; deux rgimens entiers restrent sur le champ de bataille. Le
gnral Letort fit trois cents prisonniers russes et autrichiens. Le
gnral Latour-Maubourg prit quelques centaines d'hommes de la garde
russe.

L'empereur fit sur-le-champ avancer la division Curial de la garde, pour
renforcer le prince Poniatowski. Le gnral Curial se porta au village
de Doelitz, l'attaqua  la baonnette, le prit sans coup frir, et fit
douze cents prisonniers, parmi lesquels s'est trouv le gnral en chef
Merfeld.

Les affaires ainsi rtablis  notre droite, l'ennemi se mit en retraite,
et le champ de bataille ne nous fut pas disput.

Les pices de la rserve de la garde, que commandait le gnral Drouot,
taient avec les tirailleurs; la cavalerie ennemi vint les charger.
Les canonniers rangrent en carr leurs pices, qu'ils avaient eu la
prcaution de charger  mitraille, et tirrent avec tant d'agilit,
qu'en un instant l'ennemi fut repouss. Sur ces entrefaites, la
cavalerie franaise s'avana pour soutenir ces batteries.

Le gnral Maison, commandant une division du cinquime corps, officier
de la plus grande distinction, fut bless. Le gnral Latour-Maubourg,
commandant la cavalerie, eut la cuisse emporte d'un boulet. Notre
perte, dans cette journe, a t de deux mille cinq cents hommes, tant
tus que blesss. Ce n'est pas exagrer que de porter celle de l'ennemi
 vingt-cinq mille hommes.

On ne saurait trop faire l'loge de la conduite du comte Lauriston et
du prince Poniatowski dans cette journe. Pour donner  ce dernier une
preuve de sa satisfaction, l'empereur l'a nomm sur le champ de bataille
marchal de France, et a accord un grand nombre de dcorations aux
rgimens de son corps.

Le gnral Bertrand tait en mme temps attaqu au village de Lindenau
par les gnraux Giulay, Thielmann et Liechtenstein. On dploya de part
et d'autre une cinquantaine de pices de canon. Le combat dura six
heures, sans que l'ennemi pt gagner un pouce de terrain. A cinq heures
du soir, le gnral Bertrand dcida la victoire en faisant une charge
avec sa rserve, et non-seulement il rendit vains les projets de
l'ennemi, qui voulait s'emparer des ponts de Lindenau et des faubourgs
de Leipsick, mais encore il le contraignit  vacuer son champ de
bataille.

Sur la droite de la Partha,  une lieue de Leipsick, et  peu prs 
quatre lieues du champ de bataille, o se trouvait l'empereur, le duc de
Raguse fut engag. Par une de ces circonstances fatales, qui influent
souvent sur les affaires les plus importantes, le troisime corps, qui
devait soutenir le duc de Raguse, n'entendant rien de ce ct,  dix
heures du matin, et entendant au contraire une effroyable canonnade du
ct o se trouvait l'empereur, crut bien faire de s'y porter, et perdit
ainsi sa journe on marches. Le duc de Raguse, livr  ses propres
forces, dfendit Leipsick et soutint sa position pendant toute la
journe, mais il prouva des pertes qui n'ont point t compenses
par celles qu'il a fait prouver  l'ennemi, quelque grandes qu'elles
fussent. Des bataillons de canonniers de la marine se sont faiblement
comports. Les gnraux Compans et Frederichs ont t blesss. Le soir,
le duc de Raguse, lgrement bless lui-mme, a t oblig de resserrer
sa position sur la Partha. Il a d abandonner dans ce mouvement
plusieurs pices dmontes et plusieurs voitures.



Le 24 octobre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

La bataille de Wachau avait dconcert tous les projets de l'ennemi;
mais son arme tait tellement nombreuse, qu'il avait encore des
ressources. Il rappela en toute hte, dans la nuit, les corps qu'il
avait laisss sur sa ligne d'opration et les divisions restes sur la
Saale; et il pressa la marche du gnral Benigsen, gui arrivait avec
quarante mille hommes.

Aprs le mouvement de retraite qu'il avait fait le 16 au soir et pendant
la nuit, l'ennemi occupa une belle position  deux lieues en arrire. Il
fallut employer la journe du 17  le reconnatre et  bien dterminer
le point d'attaque. Cette journe tait d'ailleurs ncessaire pour faire
venir les parcs de rserve et remplacer les quatre-vingt mille coups de
canon qui avaient t consomms dans la bataille. L'ennemi eut donc le
temps de rassembler ses troupes qu'il avait dissmines lorsqu'il se
livrait  des projets chimriques, et de recevoir les renforts qu'il
attendait.

Ayant eu avis de l'arrive de ces renforts, et ayant reconnu que la
position de l'ennemi tait trs-forte, l'empereur rsolut de l'attirer
sur un autre terrain. Le 18,  deux heures du matin, il se rapprocha de
Leipsick de deux lieues, et plaa son arme, la droite  Connewitz,
le centre  Probstheide, la gauche  Staetteritz, en se plaant de sa
personne au moulin de Ta. De son ct, le prince de la Moskwa avait
plac ses troupes vis--vis l'arme de Silsie, sur la Partha; le
sixime corps  Schoenfeld, et le troisime et le septime le long de
la Partha  Neutsch et  Teckla. Le duc de Padoue avec le gnral
Dombrowski, gardait la position et le faubourg de Leipsick, sur la route
de Halle.

A trois heures du matin, l'empereur tait au village de Lindenau. Il
ordonna au gnral Bertrand de se porter sur Lutzen et Weissenfels, de
balayer la plaine et de s'assurer des dbouchs sur la Saale et de
la communication avec Erfurt. Les troupes lgres de l'ennemi se
dispersrent; et  midi, le gnral Bertrand tait matre de Weissenfels
et du pont sur la Saale.

Ayant ainsi assur ses communications, l'empereur attendit de pied ferme
l'ennemi.

A neuf heures, les coureurs annoncrent qu'il marchait sur toute la
ligne. A dix heures, la canonnade s'engagea.

Le prince Poniatowski et le gnral Lefol dfendaient le pont
de Connewitz. Le roi de Naples, avec le deuxime corps, tait 
Probstheide, et le duc de Tarente  Holzhausen.

Tous tes efforts de l'ennemi, pendant la journe, contre Connewitz et
Probstheide, chourent. Le duc de Tarente fut dbord  Holzhausen.
L'empereur ordonna qu'il se plat au village de Staetteritz. La
canonnade fut terrible. Le duc de Castiglione qui dfendait un bois sur
le centre, s'y soutint toute la journe.

La vieille garde tait range en rserve sur une lvation, formant
quatre grosses colonnes diriges sur les quatre principaux points
d'attaque.

Le duc de Reggio fut envoy pour soutenir le prince Poniatowski, et le
duc de Trvise pour garder les dbouchs de la ville de Leipsick.

Le succs de la bataille tait dans le village de Probstheide. L'ennemi
l'attaqua quatre fois avec des forces considrables, quatre fois il fut
repouss avec une grande perte.

A cinq heures du soir, l'empereur fit avancer ses rserves d'artillerie,
et reploya tout le feu de l'ennemi, qui s'loigna  une lieue du champ
de bataille.

Pendant ce temps, l'arme de Silsie attaqua le faubourg de Halle.
Ses attaques, renouveles un grand nombre de fois dans la journe,
chourent toutes. Elle essaya, avec la plus grande partie de ses
forces, de passer la Partha  Schoenfeld et  Saint-Teekla. Trois fois
elle parvint,  se placer sur la rive gauche, et trois fois le prince de
la Moskwa la chassa et la culbuta  la baonnette.

A trois heures aprs-midi, la victoire tait pour nous de ce ct contre
l'arme de Silsie, comme du ct o tait l'empereur contre la grande
arme. Mais en ce moment l'arme saxonne, infanterie, cavalerie et
artillerie, et la cavalerie wurtembergeoise, passrent toutes entires 
l'ennemi. Il ne resta de l'arme saxonne que le gnral Zeschau, qui la
commandait en chef, et cinq cents hommes. Cette trahison, non-seulement,
mit le vide dans nos lignes, mais livra  l'ennemi le dbouch important
confi  l'arme saxonne, qui poussa l'infamie au point de tourner
sur-le-champ ses quarante pices de canon rentre la division Durutte. Un
moment de dsordre s'ensuivit; l'ennemi passa la Partha et marcha sur
Reidnitz, dont il s'empara: il ne se trouvait plus qu' une demi-lieue
de Leipsick.

L'empereur envoya sa garde  cheval, commande par le gnral Nansouty,
avec vingt pices d'artillerie, afin de prendre en flanc les troupes qui
s'avanaient le long de la Partha pour attaquer Leipsick. Il se porta
lui-mme avec une division de la garde, au village de Reidnitz. La
promptitude de ces mouvemens rtablit l'ordre, le village fut repris, et
l'ennemi pouss fort loin.

Le champ de bataille resta en entier en notre pouvoir, et l'arme
franaise resta victorieuse aux champs de Leipsick, comme elle l'avait
t aux champs de Wachau.

A la nuit, le feu de nos canons avait, sur tous les points, repouss 
une lieue du champ de bataille le feu de l'ennemi.

Les gnraux de division Vial et Rochambeau sont morts glorieusement.
Notre perte dans cette journe peut s'valuer  quatre mille tus ou
blesss; celle de l'ennemi doit avoir t extrmement considrable.
Il ne nous a fait aucun prisonnier, et nous lui avons pris cinq cents
hommes.

A six heures du soir, l'empereur ordonna les dispositions pour la
journe du lendemain. Mais  sept heures, les gnraux Sorbier et
Dulauloy, commandant l'artillerie de l'arme et de la garde, vinrent 
son bivouac lui rendre compte des consommations de la journe: on avait
tir quatre-vingt-quinze mille coups de canon: ils dirent que les
rserves taient puises, qu'il ne restait pas plus de seize mille
coups de canon; que cela suffisait  peine pour entretenir le feu
pendant deux heures, et qu'en suite on serait sans munitions pour les
vnemens ultrieurs; que l'arme, depuis cinq jours, avait tir plus
de deux cent vingt mille coups de canon, et qu'on ne pourrait se
rapprovisionner qu' Magdebourg ou  Erfurt.

Cet tat de choses rendait ncessaire un prompt mouvement sur un de nos
deux grands dpts: l'empereur se dcida pour Erfurt, par la mme raison
qui l'avait dcid  venir sur Leipsick, pour tre  porte d'apprcier
l'influence de la dfection de la Bavire.

L'empereur donna sur-le-champ les ordres pour que les bagages, les
parcs, l'artillerie, passassent les dfils de Lindenau; il donna le
mme ordre  la cavalerie et  diffrens corps d'arme; et il vint dans
les faubourgs de Leipsick,  l'htel de Prusse, o il arriva  neuf
heures du soir.

Cette circonstance obligea l'arme franaise  renoncer aux fruits des
deux victoires o elle avait; avec tant de gloire, battu des troupes de
beaucoup suprieures en nombre et les armes de tout le continent.

Mais ce mouvement n'tait pas sans difficult. De Leipsick  Lindenau,
il y a un dfil de deux lieues, travers par cinq ou six ponts. On
proposa de mettre six mille hommes et soixante pices de canon dans la
ville de Leipsick, qui a des remparts, d'occuper cette ville comme tte
de dfil, et d'incendier ses vastes faubourgs, afin d'empcher l'ennemi
de s'y loger, et de donner jeu  noire artillerie place sur les
remparts.

Quelque odieuse que ft la trahison de l'arme saxonne, l'empereur ne
put se rsoudre  dtruire une des belles villes de l'Allemagne,  la
livrer  tous les genres de dsordre insparables d'une telle dfense,
et cela sous les yeux du roi, qui, depuis Dresde, avait voulu
accompagner l'empereur, et qui tait si vivement afflig de la conduite
de son arme. L'empereur aima mieux s'exposer  perdre quelques
centaines de voitures que d'adopter ce parti barbare.

A la pointe du jour, tous les parcs, les bagages, toute l'artillerie,
la cavalerie, la garde et les deux tiers de l'arme avaient pass le
dfil.

Le duc de Tarente et le prince Poniatowski furent chargs de garder les
faubourgs, de les dfendre assez de temps pour laisser tout dboucher,
et d'excuter eux-mmes le passage du dfil vers onze heures.

Le magistrat de Leipsick envoya,  six heures du matin, une dputation
au prince de Schwartzenberg, pour lui demander de ne pas rendre la ville
le thtre d'un combat qui entranerait sa ruine.

A neuf heures, l'empereur monta  cheval, entra dans Leipsick et alla
voir le roi. Il a laiss ce prince matre de faire ce qu'il voudrait,
et de ne pas quitter ses tats, en les laissant exposs  cet esprit de
sdition qu'on avait foment parmi les soldats. Un bataillon saxon avait
t form  Dresde, et joint  la jeune garde. L'empereur le fit ranger
 Leipsick, devant le palais du roi, pour lui servir de garde, et pour
le mettre  l'abri du premier mouvement de l'ennemi.

Une demi-heure aprs, l'empereur se rendit  Lindenau, pour y attendre
l'vacuation de Leipsick, et voir les dernires troupes passer les ponts
avant de se mettre en marche.

Cependant l'ennemi ne tarda pas  apprendre que la plus grande partie
de l'arme avait vacu Leipsick, et qu'il n'y restait qu'une forte
arrire-garde. Il attaqua vivement le duc de Tarente et le prince
Poniatowski; il fut plusieurs fois repouss; et, tout en dfendant les
faubourgs, notre arrire-garde opra sa retraite. Mais les Saxons rests
dans la ville tirrent sur nos troupes de dessus les remparts; ce qui
obligea d'acclrer la retraite et mit un peu de dsordre.

L'empereur avait ordonn au gnie de pratiquer des fougasses sous le
grand pont qui est entre Leipsick et Lindenau, afin de le faire sauter
au dernier moment; de retarder ainsi la marche de l'ennemi, et de
laisser le temps aux bagages de filer. Le gnral Dulauloy avait charg
le colonel Monfort de cette opration. Ce colonel, au lieu de rester sur
les lieux pour la diriger et pour donner le signal, ordonna  un caporal
et  quatre sapeurs de faire sauter le pont aussitt que l'ennemi se
prsenterait. Le caporal, homme sans intelligence, et comprenant mal sa
mission, entendant les premiers coups de fusil tirs des remparts de la
ville, mit le feu aux fougasses, et fit sauter le pont: une partie de
l'arme tait encore de l'autre ct, avec un parc de quatre-vingt
bouches  feu et de quelques centaines de voitures.

La tte de cette partie de l'arme, qui arrivait au pont, le voyant
sauter, crut qu'il tait au pouvoir de l'ennemi. Un cri d'pouvante se
propagea de rang en rang: _L'ennemi est sur nos derrires, et les ponts
sont coups!_--Ces malheureux se dbandrent et cherchrent  se sauver.
Le duc de Tarente passa la rivire  la nage; le comte Lauriston moins
heureux, se noya; le prince Poniatowski mont sur un cheval fougueux,
s'lana dans l'eau et n'a plus reparu. L'empereur n'apprit ce dsastre
que lorsqu'il n'tait plus temps d'y remdier; aucun remde mme n'et
t possible. Le colonel Monfort et le caporal de sapeurs sont traduits
 un conseil de guerre.

On ne peut encore valuer les pertes occasionnes par ce malheureux
vnement; mais on les porte, par approximation,  douze mille hommes,
et  plusieurs centaines de voitures. Les dsordres qu'il a ports
dans l'arme ont chang la situation des choses: l'arme franaise
victorieuse arrive  Erfurt comme y arriverait une arme battue. Il
est impossible de peindre les regrets que l'arme a donns au prince
Poniatowski, au comte Lauriston et  tous les braves qui ont pri par la
suite de ce funeste vnement.

On n'a pas de nouvelles du gnral Reynier; on ignore s'il a t pris ou
tu. On se figurera facilement la profonde douleur de l'empereur,
qui voit, par un oubli de ses prudentes dispositions, s'vanouir les
rsultats de tant de fatigues et de travaux.

Le 19, l'empereur a couch  Markraustaed; le duc de Reggio tait rest
 Lindenau.

Le 20, l'empereur a pass la Saale  Weissenfels.

Le 21, l'arme a pass l'Unstrut  Frybourg; le gnral Bertrand a pris
position sur les hauteurs de Coesen.

Le 22, l'empereur a couch au village d'Ollendorf.

Le 23, il est arriv  Erfurt.

L'ennemi, qui avait t constern des batailles du 16 et du 18, a
repris, par le dsastre du 19, du courage et l'ascendant de la victoire.
L'arme franaise, aprs de si brillans succs, a perdu son attitude
victorieuse.

Nous avons trouv  Erfurt, en vivres, munitions, habits, souliers, tout
ce dont l'arme pouvait avoir besoin.

L'tat-major publiera les rapports des diffrens chefs d'arme sur les
officiers qui se sont distingus dans les grandes journes de Wachau et
de Leipsick.



Le 31 octobre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Les deux rgimens de cuirassiers du roi de Saxe, faisant partie du
premier corps de cavalerie, taient rests avec l'arme franaise.
Lorsque l'empereur eut quitt Leipsick, il leur fit crire par le duc de
Vicence, et les renvoya  Leipsick, pour servir de garde au roi.

Lorsqu'on fut certain de la dfection de la Bavire, un bataillon
bavarois tait encore avec l'arme: S. M. a fait crire au commandant de
ce bataillon par le major-gnral.

L'empereur est parti d'Erfurt le 25.

Notre arme a opr tranquillement son mouvement sur le Mein. Arriv le
29  Gelnhausen, on aperut un corps ennemi de cinq  six mille hommes,
cavalerie, infanterie et artillerie, qu'on sut par les prisonniers tre
l'avant-garde de l'arme autrichienne et bavaroise. Cette avant-garde
fut pousse et oblige de se retirer. On rtablit promptement le pont
que l'ennemi avait coup. On apprit aussi par les prisonniers que
l'arme autrichienne et bavaroise, annonce forte de soixante 
soixante-dix mille hommes, venant de Braunau, tait arrive  Hanau, et
prtendait barrer le chemin  l'arme franaise.

Le 29 au soir, les tirailleurs de l'avant-garde ennemie furent pousss
au-del du village de Langensebolde; et  sept heures du soir,
l'empereur et son quartier-gnral taient dans ce village au chteau
d'Issenbourg.

Le lendemain 30,  neuf heures du matin, l'empereur monta  cheval. Le
duc de Tarente se porta en avant avec 5,000 tirailleurs sous les ordres
du gnral Charpentier. La cavalerie du gnral Sbastiani, la division
de la garde, commande par le gnral Friant, et la cavalerie de la
vieille garde, suivirent; le reste de l'arme tait en arrire d'une
marche.

L'ennemi avait plac six bataillons au village de Ruchingen, afin de
couper toutes les routes qui pouvaient conduire sur le Rhin. Quelques
coups de mitraille et une charge de cavalerie firent reculer
prcipitamment ces bataillons.

Arrivs sur la lisires du bois,  deux lieues de Hanau, les tirailleurs
ne tardrent pas  s'engager. L'ennemi fut accul dans le bois jusqu'au
point de jonction de la vieille et de la nouvelle route. Ne pouvant rien
opposer  la supriorit de notre infanterie, il essaya de tirer parti
de son grand nombre; il tendit le feu sur sa droite. Une brigade de
deux mille tirailleurs du deuxime corps, commande par le gnral
Dubreton, fut engage pour le contenir, et le gnral Sbastiani fit
excuter avec succs, dans l'clairci du bois, plusieurs charges sur les
tirailleurs ennemis. Nos cinq mille tirailleurs continrent ainsi toute
l'arme ennemie, en gagnant insensiblement du temps, jusqu' trois
heures de l'aprs-midi.

L'artillerie tant arrive, l'empereur ordonna au gnral Curial de se
porter au pas de charge sur l'ennemi avec deux bataillons de chasseurs
de la vieille garde, et de le culbuter au-del du dbouch; au gnral
Drouot de dboucher sur-le-champ avec cinquante pices de canon; au
gnral Nansouty, avec tout le corps du gnral Sbastiani et la
cavalerie de la vieille garde, dcharger vigoureusement l'ennemi dans la
plaine.

Toutes ces dispositions furent excutes exactement.

Le gnral Curial culbuta plusieurs bataillons ennemis.

Au seul aspect de la vieille garde, les Autrichiens et les Bavarois
fuirent pouvants.

Quinze pices de canon, et successivement jusqu' cinquante, furent
places en batterie avec l'activit et l'intrpide sang-froid qui
distinguent le gnral Drouot. Le gnral Nansouty se porta sur la
droite de ces batteries et fit charger dix mille hommes de cavalerie
ennemie par le gnral Levque, major de la vieille garde, par la
division de cuirassiers Saint-Germain, et successivement par les
grenadiers et les dragons de la cavalerie de la garde. Toutes ces
charges eurent le plus heureux rsultat. La cavalerie ennemie fut
culbute et sabre; plusieurs carrs d'infanterie furent enfoncs; le
rgiment autrichien Jordis et les hulans du prince de Schwartzenberg ont
t entirement dtruits. L'ennemi abandonna prcipitamment le chemin de
Francfort qu'il barrait, et tout le terrain qu'occupait sa gauche. Il se
mit en retraite et bientt aprs en complte droute.

Il tait cinq heures. Les ennemis firent un effort sur leur droite pour
dgager leur gauche et donner le temps  celle-ci de se reployer. Le
gnral Friant envoya deux bataillons de la vieille garde  une ferme
situe sur le vieux chemin de Hanau. L'ennemi en fut promptement
dbusqu et sa droite fut oblige de plier et de se mettre en retraite.
Avant six heures du soir, il repassa en droute la petite rivire de la
Kintzig.

La victoire fut complte.

L'ennemi, qui prtendait barrer tout le pays, fut oblig d'vacuer le
chemin de Francfort et de Hanau.

Nous avons fait six mille prisonniers et pris plusieurs drapeaux et
plusieurs pices de canon. L'ennemi a eu six gnraux tus ou blesss.
Sa perte a t d'environ dix mille hommes tus, blesss ou prisonniers.
La ntre n'est que de quatre  cinq cents hommes tus ou blesss. Nous
n'avons eu d'engags que cinq mille tirailleurs, quatre bataillons de
la vieille garde, et  peu prs quatre-vingts escadrons de cavalerie et
cent vingt pices de canon.

A la pointe du jour, le 31, l'ennemi s'est retir, se dirigeant sur
Aschaffenbourg. L'empereur a continu son mouvement, et  trois heures
aprs-midi, S. M. tait  Francfort.

Les drapeaux pris  cette bataille et ceux qui ont t pris aux
batailles de Wachau et de Leipsick, sont partis pour Paris.

Les cuirassiers, les grenadiers  cheval, les dragons ont fait de
brillantes charges. Deux escadrons de gardes-d'honneur du troisime
rgiment, commands par le major Saluces, se sont spcialement
distingus, et font prsumer ce qu'on doit attendre de ce corps au
printemps prochain, lorsqu'il sera parfaitement organis et instruit.

Le gnral d'artillerie de l'arme Nourrit, et le gnral Devaux, major
d'artillerie de la garde, ont mrit d'tre distingus; le gnral
Letort, major des dragons de la garde, quoique bless  la bataille de
Wachau, a voulu charger  la tte de son rgiment, et a eu son cheval
tu.

Le 31 au soir, le grand quartier-gnral tait  Francfort.

Le duc de Trvise, avec deux divisions de la jeune garde et le premier
corps de cavalerie, tait  Gelnhaussen. Le duc de Reggio arrivait 
Francfort.

Le comte Bertrand et le duc de Raguse taient  Hanau.

Le gnral Sbastiani tait sur la Nida.



Francfort, le 1er novembre 1813.

_Extrait d'une lettre de l'empereur  l'impratrice._

Madame et trs-chre pouse, je vous envoie vingt drapeaux pris par mes
armes aux batailles de Wachau, de Leipsick et de Hanau; c'est un hommage
que j'aime  vous rendre. Je dsire que vous y voyiez une marque de ma
grande satisfaction de votre conduite pendant la rgence que je vous ai
confie.

NAPOLON.



Le 3 novembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 30 octobre, dans le moment o se livrait la bataille de Hanau, le
gnral Lefvre-Desnouettes,  la tte de sa division de cavalerie et du
cinquime corps de cavalerie command par le gnrt Milhaud,
flanquait toute la droite de l'arme, du ct de Bruckoebel et de
Nieder-Issengheim. Il se trouvait en prsence d'un corps de cavalerie
russe et allie, de six  sept mille hommes: le combat s'engagea;
plusieurs charges eurent lieu, toutes  notre avantage; et ce corps
ennemi form par la runion de deux ou trois partisans, fut rompu et
vivement poursuivi. Nous lui avons fait cent cinquante prisonniers
monts. Notre perte est d'une soixantaine d'hommes blesss.

Le lendemain de la bataille de Hanau, l'ennemi tait en pleine retraite;
l'empereur ne voulut point le poursuivre, l'arme se trouvant fatigue,
et S. M., bien loin d'y attacher quelque importance, ne pouvant voir
qu'avec regret la destruction de quatre  cinq mille Bavarois, qui
aurait t le rsultat de cette poursuite. S. M. se contenta donc de
faire poursuivre lgrement l'arrire-garde ennemie, et laissa le
gnral Bertrand sur la rive droite de la Kintzig.

Vers les trois heures de l'aprs-midi, l'ennemi sachant que l'arme
avait fil, revint sur ses pas, esprant avoir quelque avantage sur
le corps du gnral Bertrand. Les divisions Morand et Guilleminot lui
laissrent faite ses prparatifs pour le passage de la Kintzig; et quand
il l'eut passe, marchrent  lui  la baonnette, et le culbutrent
dans la rivire, o la plus grande partie de ses gens se noyrent.
L'ennemi a perdu trois mille hommes dans cette circonstance.

Le gnral bavarois de Wrede, commandant en chef de cette arme, a t
mortellement bless, et on a remarqu que tous les parens qu'il avait
dans l'arme ont pri dans la bataille de Hanau, entre autres son gendre
le prince d'Oettingen.

Une division bavaroise-autrichienne est entre le 30 octobre  midi 
Francfort; mais  l'approche des coureurs de l'arme franaise, elle
s'est retire sur la rive gauche du Mein, aprs avoir coup le pont.

Le 2 novembre, l'arrire-garde franaise a vacu Francfort, et s'est
porte sur la Nidda.

Le mme jour  cinq heures du matin l'empereur est entr  Mayence.

On suppose, dans le public, que le gnral de Wrede a t l'auteur et
l'agent principal de la dfection de la Bavire. Ce gnral avait t
combl des bienfaits de l'empereur.



Le 7 novembre 1813.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le duc de Tarente tait  Cologne, o il organise une arme pour la
dfense du Bas-Rhin.

Le duc de Raguse tait  Mayence.

Le duc de Bellune tait  Strasbourg.

Le duc de Valmi tait all prendre  Metz le commandement de toutes les
rserves.

Le comte Bertrand, avec le quatrime corps, compos de quatre divisions
d'infanterie et d'une division de cavalerie, et fort de quarante mille
hommes, occupait la rive droite en avant de Cassel. Son quartier-gnral
tait  Hocheim. Depuis quatre jours, on travaillait  un camp retranch
sur les hauteurs  une lieue en avant de Cassel. Plusieurs ouvrages
taient tracs et fort avancs.

Tout le reste de l'arme avait pass le Rhin.

S. M. avait sign, le 7, la rorganisation de l'arme et la nomination 
toutes les places vacantes.

L'avant-garde commande par le comte Bertrand, n'avait pas encore vu
d'infanterie ennemie, mais seulement quelques troupes de cavalerie
lgre.

Toutes les places du Rhin s'armaient et s'approvisionnaient avec la plus
grande activit.

Les gardes nationales rcemment leves se rendaient de tous cts dans
les places pour en former la garnison et laisser l'arme disponible.

Le gnral Dulauloy avait rorganis les deux cents bouches  feu de la
garde. Le gnral Sorbier tait occup  rorganiser cent batteries 
pied et  cheval, et  rparer la perte des chevaux qu'avait prouve
l'artillerie de l'arme.

On croyait que S. M. ne tarderait pas  se rendre  Paris.

S. M. l'empereur est arrive le 9,  cinq heures aprs-midi, 
Saint-Cloud.

S. M. avait quitt Mayence le 8,  une heure du matin.



Paris, 14 novembre 1813.

_Rponse de l'empereur  une dputation du snat._

Snateurs,

J'agre les sentimens que vous m'exprimez.

Toute l'Europe marchait avec nous il y a un an; toute l'Europe marche
aujourd'hui contre nous: c'est que l'opinion du monde est faite par
la France ou par l'Angleterre. Nous aurions donc tout  redouter sans
l'nergie et la puissance de la nation.

La postrit dira que si de grandes et critiques circonstances se sont
prsentes, elles n'taient pas au-dessus de la France et de moi.



Au palais des Tuileries, 14 dcembre 1813.

_Lettre de l'empereur  S. Exc. M. Reinhard, landamman de la Suisse._

Monsieur le landamman, j'ai lu avec plaisir la lettre que vous avez
charg MM. de Ruttimann et Vieland, envoys extraordinaires de la
confdration, de me rendre. J'ai appris, avec une particulire
satisfaction, l'union qui a rgn entre tous les cantons et entre toutes
les classes de citoyens. La neutralit que la dite a proclame 
l'unanimit est  la fois conforme aux obligations de vos traits et 
vos plus chers intrts. Je connais cette neutralit, et j'ai donn les
ordres ncessaires pour qu'elle soit respecte. Faites connatre aux
dix-neuf cantons qu'en toute occasion ils peuvent compter sur le vif
intrt que je leur porte, et que je serai toujours dispos  leur
donner des preuves de ma protection et de mon amiti.

Sur ce, je prie Dieu, monsieur le landamman, qu'il vous ait en sa
sainte et digne garde.

NAPOLON.



Paris, 19 dcembre 18l3.

_Discours de l'empereur  l'ouverture extraordinaire du
corps-lgislatif._

Snateurs, conseillers-d'tat, dputs des dpartemens au
corps-lgislatif,

D'clatantes victoires ont illustr les armes franaises dans cette
campagne. Des dfections sans exemple ont rendu ces victoires inutiles.
Tout a tourn contre nous. La France mme serait en danger sans
l'nergie et l'union des Franais. Dans ces grandes circonstances, ma
premire pense a t de vous appeler prs de moi. Mon coeur a besoin de
la prsence et de l'affection de mes sujets.

Je n'ai jamais t sduit par la prosprit: l'adversit me trouverait
au-dessus de ses atteintes.

J'ai plusieurs fois donn la paix aux nations, lorsqu'elles avaient
tout perdu. D'une part de mes conqutes, j'ai lev des trnes pour des
rois qui m'ont abandonn.

J'avais conu et excut de grands desseins pour la prosprit et le
bonheur du monde! ... Monarque et pre, je sens que la paix ajoute  la
scurit des trnes et  celle des familles. Des ngociations ont
t entames avec les puissances coalises. J'ai adhr aux bases
prliminaires qu'elles ont prsentes. J'avais donc l'espoir qu'avant
l'ouverture de cette session, le congrs de Manheim serait runi; mais
de nouveaux retards, qui ne sont pas attribus  la France, ont diffr
ce moment que presse le voeu du monde.

J'ai ordonn qu'on vous communiqut toutes les pices originales qui
se trouvent au portefeuille de mon dpartement des affaires trangres.
Vous en prendrez connaissance par l'intermdiaire d'une commission. Les
orateurs de mon conseil vous feront connatre ma volont sur cet objet.

Rien ne s'oppose de ma part au rtablissement de la paix. Je connais et
je partage tous les sentimens des Franais: je dis des Franais, parce
qu'il n'en est aucun qui dsirt la paix au prix de l'honneur.

C'est  regret que je demande  ce peuple gnreux de nouveaux
sacrifices; mais ils sont commands par ses plus nobles et ses plus
chers intrts. J'ai d renforcer mes armes par de nombreuses leves:
les nations ne traitent avec scurit qu'en dployant toutes leurs
forces. Un accroissement dans les recettes devient indispensable. Ce que
mon ministre des finances vous proposera, est conforme au systme de
finances que j'ai tabli. Nous ferons face  tout sans emprunt qui
consomme l'avenir, et sans papier-monnaie qui est le plus grand ennemi
de l'ordre social.

Je suis satisfait des sentimens que m'ont montrs dans cette
circonstance mes peuples d'Italie.

Le Danemarck et Naples sont seuls rests fidles  mon alliance.

La rpublique des tats-Unis d'Amrique continue avec succs sa guerre
contre l'Angleterre.

J'ai reconnu la neutralit des dix-neuf cantons suisses.

Snateurs, conseillers-d'tat, dputs des dpartemens au
corps-lgislatif,

Vous tes les organes naturels de ce trne: c'est  vous de donner
l'exemple d'une nergie qui recommande notre gnration aux gnrations
futures. Qu'elles ne disent pas de nous: Ils ont sacrifi les premiers
intrts du pays! ils ont reconnu les lois que l'Angleterre a cherch en
vain, pendant quatre sicles,  imposer  la France!

Mes peuples ne peuvent pas craindre que la politique de leur empereur
trahisse jamais la gloire nationale. De mon ct, j'ai la confiance que
les Franais seront constamment dignes d'eux et de moi!



Paris, 23 dcembre 1813.

_Lettre de l'empereur au prsident du corps-lgislatif._

Monsieur le duc de Massa, prsident du corps-lgislatif, nous vous
adressons la prsente lettre close pour vous faire connatre que notre
intention est que vous vous rendiez demain, 24 du courant, heure de
midi, chez notre cousin le prince archi-chancelier de l'empire, avec la
commission nomme hier par le corps-lgislatif, en excution de notre
dcret du 20 de ce mois, laquelle est compose des sieurs Raynouard,
Lain, Gallois, Flaugergue et Biran; et ce,  l'effet de prendre
connaissance des pices relatives  la ngociation, ainsi que de la
dclaration des puissances coalises, qui seront communiques par le
comte Regnaud, ministre d'tat, et le comte d'Hauterive, conseiller
d'tat, attach  l'office des relations extrieures, lequel sera
porteur desdites pices et dclaration.

Notre intention est aussi que notre dit cousin prside la commission.

La prsente n'tant  d'autres fins, je prie Dieu qu'il vous ait,
monsieur le duc de Massa, en sa sainte garde.

NAPOLON.



Paris, 30 dcembre 1813.

_Rponse de l'empereur  une dputation du snat._

Je suis sensible aux sentimens que vous m'exprimez.

Vous avez vu, par les pices que je vous ait fait communiquer, ce
que je fais pour la paix. Les sacrifices que comportent les bases
prliminaires que m'ont proposes les ennemis, et que j'ai acceptes, je
les ferais sans regret; ma vie n'a qu'un but, le bonheur des franais.

Cependant, le Barn, l'Alsace, la Franche-Comt, le Brabant, sont
entams. Les cris de cette partie de ma famille me dchirent l'ame!
J'appelle les Franais au secours des Franais! J'appelle les Franais
de Paris, de la Bretagne, de la Normandie, de la Champagne, de la
Bourgogne et d'autres dpartemens, au secours de leurs frres! Les
abandonnerons-nous dans leur malheur? Paix et dlivrance de notre
territoire, doit tre notre cri de ralliement. A l'aspect de tout ce
peuple en armes, l'tranger fuira ou signera la paix sur les bases qu'il
a lui-mme proposes. Il n'est plus question de recouvrer les conqutes
que nous avions faites.



Paris, 31 dcembre 1813.

_Rponse de l'empereur  une dputation envoye par le corps
lgislatif_[3].

[Note 3: Cette dputation tait charge de prsenter  l'empereur
le rapport fait par la commission nomme par le corps lgislatif
pour examiner les actes officiels relatifs aux ngociations entames
jusqu'alors pour la paix. On doit se rappeler combien ce rapport irrita
l'empereur. Aussi sa rponse indique toute son indignation. Nous croyons
faire plaisir  nos lecteurs en mettant sous leurs yeux cette pice
importante. La voici telle quelle fut prononce dans le corps lgislatif
par M. Raynouard, membre de la commission:

Nous avons examin avec une scrupuleuse attention les pices
officielles que l'empereur a daign mettre sous nos yeux. Nous nous
sommes regards alors comme les reprsentans de la nation elle-mme,
parlant avec effusion  un pre qui les coute avec bont. Pntrs
de ce sentiment si propre  lever nos ames et  les dgager de toute
considration personnelle, nous avons os apporter la vrit au pied du
trne; notre auguste souverain ne saurait souffrir un autre langage.

Des troubles politiques dont les causes furent inconnues rompirent
la bonne intelligence qui rgnait entre l'empereur des Franais et
l'empereur de toutes les Russes; la guerre fut sans doute ncessaire,
mais elle fut entreprise dans un temps o nos expditions devenaient
prilleuses. Nos armes marchrent avec celles de tous les souverains du
Nord contre le plus puissant de tous. Nos victoires furent rapides, mais
nous les paymes cher. Les horreurs d'un hiver inconnu dans nos climats
changrent en dfaites toutes nos victoires, et le souffle du Nord
dvora l'lite des armes franaises. Nos dsastres parurent des crimes
 nos allis. Les plaintes publiques de la Prusse, les sourds murmures
du cabinet autrichien, les inquitudes des princes de la confdration,
tout ds-lors dut faire prsager  la France les malheurs qui ne
tardrent pas  fondre sur elle. Les armes de l'empereur de Russie
avaient travers la Prusse et menaaient l'Allemagne chancelante.
L'Autriche offrit sa mdiation aux deux souverains et s'affranchit
elle-mme par un trait secret des craintes d'un envahissement. Les
funestes consquences de nos premiers dsastres ne tardrent pas  se
manifester par des dsastres nouveaux. Dantzick et Torgau avaient t
l'asyle de nos soldats vaincus; cette ressource nous fut enleve par la
dclaration de la Prusse; ces places furent enveloppes, et nous fmes
privs par la force des choses de quarante mille hommes en tat de
dfendre la patrie. Le mouvement simultan de la Prusse devint pour
l'Europe le signal d'une dfection solennelle.

En vain l'armistice de juillet semblait porter les puissances  un
accord que tous les peuples dsiraient. Les plaines de Lutzen et de
Bautzen furent signales par de nouveaux exploits; il semble dans ces
mmorables journes que le soleil claira le dernier de nos triomphes.
Un prince fidle  son alliance appela dans le coeur de ses tats
l'arme franaise et son auguste chef; Dresde devint le centre des
oprations militaires. Mais tandis que la cour de Saxe se distinguait
par sa fidlit gnreuse, une opinion contraire fermentait au milieu
des Saxons et prparait l'inexcusable trahison qu'une inimiti mal
place aurait d laisser prvoir.

La Bavire avait, depuis la retraite de Moscou, spar sa cause de la
ntre; le rgime de notre administration avait dplu  un peuple ds
long-temps accoutum  une grande indpendance dans la rpartition de
ses contributions et dans la perception des impts. Mais il y avait loin
de la froideur  l'agression; le prince bavarois crut devoir prendre ce
dernier parti aussitt qu'il jugea les Franais hors d'tat de rsister
 l'attaque gnrale dont nos ennemis avaient donn le signal. Un
guerrier n parmi nous, qui avait os prfrer un trne  la dignit
de citoyen franais, voulut asseoir sa puissance par une clatante
protestation contre la main bienfaisante  laquelle il devait son titre.
Ne scrutons point la cause d'un si trange abandon, respectons sa
conduite, que la politique doit tt ou tard lgitimer, mais dplorons
des talens funestes  la patrie. Quelques journes de gloire furent
suivies de dsastres plus affreux peut-tre que ceux qui avaient ananti
notre premire arme. La France vit alors contre elle l'Europe souleve,
et tandis que le hros de la Sude guidait ses phalanges victorieuses au
milieu des confdrs, la Hollande brisait les liens qui l'attachaient
 nous; l'Europe enfin cherchait  embraser la France du feu dont elle
tait dvore. Nous n'avons, messieurs,  vous offrir aucune image
consolante dans le tableau de tant de malheurs. Une arme nombreuse
emporte par les frimats du Nord fut remplace par une arme dont les
soldats ont t arrachs  la gloire, aux arts et au commerce; celle-ci
engraiss les plaines maudites de Leipsick, et les flots de l'Elster ont
entran des bataillons de nos concitoyens. Ici messieurs, nous devons
l'avouer, l'ennemi port par la victoire jusque sur les bords du Rhin, a
offert  notre auguste monarque une paix qu'un hros accoutume  tant de
succs a pu trouver bien trange. Mais si un sentiment mle et hroque
lui a dict un refus avant que l'tat dplorable de la France et
t jug, ce refus ne peut plus tre ritr sans imprudence lorsque
l'ennemi franchit dj les frontires de notre territoire. S'il
s'agissait de discuter ici des conditions fltrissantes, Sa Majest
n'et daign rpondre qu'en faisant connatre  ses peuples les projets
de l'tranger; mais on veut non pas nous humilier, mais nous renfermer
dans nos limites et rprimer l'lan d'une activit ambitieuse si fatale
depuis vingt ans  tous les peuples de l'Europe.

De telles propositions nous paraissent honorables pour la nation,
puisqu'elles prouvent que l'tranger nous craint et nous respecte. Ce
n'est pas lui qui assigne des bornes  notre puissance, c'est le monde
effray qui invoque le droit commun des nations. Les Pyrnes, les Alpes
et le Rhin renferment un vaste territoire dont plusieurs provinces ne
relevaient pas de l'empire des lis, et cependant la royale couronne de
France tait brillante de gloire et de majest entre tous les diadmes.
(Ici le prsident interrompt l'orateur en ces termes: Orateur, ce que
vous dites-l est inconstitutionnel. M. Raynouard a rpondu: il n'y a
ici d'inconstitutionnel que votre prsence, et a continu.)

D'ailleurs, le protectorat du Rhin cesse d'tre un titre d'honneur
pour une couronne, ds le moment que les peuples de cette confdration
ddaignent cette protection.

Il est vident qu'il ne s'agit point ici d'un droit de conqute, mais
d'un titre d'alliance utile seulement aux Germains. Une main puissante
les assurait de son secours; ils voulent se drober  ce bienfait comme
 un fardeau insupportable, il est de la dignit de S. M. d'abandonner 
eux-mmes ces peuples qui courent se ranger sous le joug de l'Autriche.
Quant au Brabant, puisque les coaliss proposent de s'en tenir aux bases
du trait de Lunville, il nous a paru que la France pouvait sacrifier
sans perte des provinces difficiles  conserver, o l'esprit anglais
domine presque exclusivement, et pour lesquelles enfin le commerce avec
l'Angleterre est d'une necessit si indispensable que ces contres
ont t languissantes et appauvries tant qu'a dur notre domination.
N'avous-nous pas vu les familles patriciennes s'exiler du sol
hollandais, comme si les flaux dvastateurs les avaient poursuivies, et
aller porter chez l'ennemi les richesses et l'industrie de leur patrie?
Il n'est pas besoin sans doute de courage pour faire entendre la vrit
au coeur de notre monarque; mais dussions-nous nous exposer  tous les
prils, nous aimerions mieux encourir sa disgrce que de trahir sa
confiance, et exposer notre vie mme, que le salut du la nation que nous
reprsentons.

Ne dissimulons rien; nos maux sont  leur comble; la patrie est
menace sur tous les points de ses frontires; le commerce est ananti,
l'agriculture languit, l'industrie expire, et il n'est point de Franais
qui n'ait dans sa famille ou dans sa fortune une plaie cruelle  gurir.
Ne nous appesantissons pas sur ces faits: l'agriculteur, depuis cinq
ans, ne jouit pas, il vit  peine, et les fruits de ses travaux servent
 grossir le trsor qui se dissipe annuellement par des secours que
rclament des armes sans cesse ruines et affames. La conscription est
devenue pour toute la France un odieux flau, parce que cette mesure a
toujours t outre dans l'excution. Depuis deux ans on moissonne trois
fois l'anne; une guerre barbare et sans but engloutit priodiquement
une jeunesse arrache  l'ducation,  l'agriculture, au commerce, et
aux arts. Les larmes des mres et les sueurs des peuples sont-elles donc
le patrimoine des rois? Il est temps que les nations respirent; il est
temps que les puissances cessent de s'entrechoquer et de se dchirer
les entrailles; il est temps que les trnes s'affermissent, et que l'on
cesse de reprocher  la France de vouloir porter dans tout le monde les
torches rvolutionnaires. Notre auguste monarque, qui partage le zle
qui nous anime, et qui brle de consolider le bonheur de ses peuples,
est le seul digne d'achever ce grand ouvrage. L'amour de l'honneur
militaire et des conqutes peut sduire un coeur magnanime; mais le
gnie d'un hros vritable qui mprise une gloire achete au dpens
du sang et du repos des peuples, trouve sa vritable grandeur dans la
flicit publique qui est son ouvrage. Les monarques franais se sont
toujours glorifis de tenir leur couronne de Dieu, du peuple et de leur
pe, parce que la paix, la morale et la force sont, avec la libert, le
plus ferme soutien des empires.]

Le corps lgislatif ayant ensuite de ce rapport prsent une adresse 
l'empereur, en a reu une rponse o on remarque ces passage:

J'ai supprim l'impression de votre adresse; elle tait incendiaire. Les
onze douzimes du corps lgislatif sont composs de bons citoyens, je
les reconnais et j'aurai des gards pour eux; mais une autre douzime
renferme des factieux, et votre commission est de ce nombre (cette
commission tait compose de messieurs Lain, Raynouard, Maine de Biran
et Flaugergue). Le nomm Laine est un tratre qui correspond avec le
prince rgent par l'intermdiaire de Desze; je le sais, j'en ai la
preuve; les quatre autres sont des factieux. Ce douzime est compos
de gens qui veulent l'anarchie et qui sont comme les Girondins. O
une pareille conduite a-t-elle men Vergneau et les autres chefs? 
l'chafaud. Ce n'est pas dans le moment o l'on doit chasser l'ennemi
de nos frontires que l'on doit exiger de moi un changement dans la
constitution; il faut suivre l'exemple de l'Alsace, de la Franche-Comt
et des Vosges. Les habitans s'adressent  moi pour avoir des armes
et que je leur donne des partisans; aussi j'ai fait partir des
aides-de-camp. Vous n'tes point les reprsentans de la nation, mais
les dputs des dpartemens. Je vous ai rassembls pour avoir des
consolations; ce n'est pas que je manque de courage; mais j'esprais que
le corps lgislatif m'en donnerait; au lieu de cela, il m'a tromp; au
lieu du bien que j'attendais il a fait du mal, peu de mal cependant,
parce qu'il n'en pouvait beaucoup faire. Vous cherchez dans votre
adresse  sparer le souverain de la nation. Moi seul je suis le
reprsentant du peuple. Et qui de vous pourrait se charger d'un pareil
fardeau? Le trne n'est que du bois recouvert de velours. Si je voulais
vous croire, je cderais  l'ennemi plus qu'il ne me demande: vous aurez
la paix dans trois mois ou je prirai. C'est ici qu'il faut montrer de
l'nergie; j'irai chercher les ennemis et nous les renverrons. Ce n'est
pas au moment o Huningue est bombard, Bfort attaqu qu'il faut se
plaindre de la constitution de l'tat et de l'abus du pouvoir. Le corps
lgislatif n'est qu'une partie de l'tat qui ne peut pas mme entrer en
comparaison avec le snat et le conseil d'tat; au reste je ne suis 
la tte de cette nation que parce que la constitution de l'tat me
convient. Si la France exigeait une autre constitution et qu'elle ne me
convnt pas, je lui dirais de chercher un autre souverain.

C'est contre moi que les ennemis s'acharnent plus encore que contre les
Franais; mais pour cela seul faut-il qu'il me soit permis de dmembrer
l'tat?

Est-ce que je ne sacrifie pas mon orgueil et ma fiert pour obtenir la
paix? Oui, je suis fier parce que je suis courageux; je suis fier parce
que j'ai fait de grandes choses pour la France. L'adresse tait indigne
de moi et du corps lgislatif; un jour je la ferai imprimer, mais ce
sera pour faire honte au corps lgislatif et  la nation.

Retournez dans vos foyers....... En supposant mme que j'eusse des
torts, vous ne deviez pas me faire des reproches publics; c'est en
famille qu'il faut laver son linge sale. Au reste, la France a plus
besoin de moi que je n'ai besoin de la France.



Paris, 23 janvier 1814

_Lettres-patentes signes au palais des Tuileries le 23 janvier 1814,
et par lesquelles l'empereur confre  S. M. l'impratrice et reine
Marie-Louise le titre de rgente._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions, empereur des
Franais, roi d'Italie, protecteur de la confdration suisse, etc.

A tous ceux qui ces prsentes verront, salut:

Voulant donner  notre bien-aime pouse l'impratrice et reine
Marie-Louise des marques de la haute confiance que nous avons en elle,
attendu que nous sommes dans l'intention d'aller incessamment nous
mettre  la tte de nos armes pour dlivrer notre territoire de la
prsence de nos ennemis, nous avons rsolu de confrer, comme nous
confrons par ces prsentes,  notre Bien-aime pouse l'impratrice et
reine, le titre de rgente pour en exercer les fonctions en conformit
de nos intentions et de nos ordres, tels que nous les aurons fait
transcrire sur le livre de l'tat; entendant qu'il soit donn
connaissance aux princes grands dignitaires et  nos ministres desdits
ordres et instructions, et qu'en aucun cas l'impratrice ne puisse
s'carter de leur teneur dans l'exercice des fonctions de rgente.
Voulons que l'impratrice-rgente prside, en notre nom, le snat, le
conseil d'tat, le conseil des ministres et le conseil-priv, notamment
pour l'examen des recours en grce, sur lesquels nous l'autorisons
 prononcer, aprs avoir entendu les membres dudit conseil-priv.
Toutefois, notre intention n'est point que, par suite de la prsidence
confre  l'impratrice-rgente, elle puisse autoriser par sa signature
la prsentation d'aucun snatus-consulte, ou proclamer aucune loi de
l'tat, nous rfrant,  cet gard, au contenu des ordres et intentions
mentionns ci-dessus.

Mandons  notre cousin le prince archichancelier de l'empire, de
donner communication des prsentes lettres-patentes au snat, qui les
transcrira sur ses registres, et  notre grand-juge ministre de la
justice de les faire publier au Bulletin des lois, et de les adresser 
nos cours impriales pour y tre lues, publies et transcrites sur les
registres d'icelles.

NAPOLON.



Paris, 24 janvier 1814.

S. M. l'empereur et roi devant partir incessamment pour se mettre  la
tte de ses armes, a confr pour le temps de son absence, la rgence 
S. M. l'impratrice-reine, par lettres-patentes dates d'hier 23.

Le mme jour, S. M. l'impratrice-reine a prt serment, comme rgente,
entre les mains de l'empereur, et dans un conseil compos des princes
franais, des grands-dignitaires, des ministres du cabinet et des
ministres d'tat.



Paris, 25 janvier 1814.

Ce matin,  sept heures, S. M. l'empereur et roi est parti pour se
mettre  la tte de ses armes.






CAMPAGNE DE FRANCE.

LIVRE NEUVIME.




Saint-Dizier, 28 janvier 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'ennemi tait ici depuis deux jours, y commettant les plus affreuses
vexations: il ne respectait ni l'ge ni le sexe; les femmes et les
vieillards taient en butte  ses violences et  ses outrages. La femme
du sieur Canard, riche fermier, ge de cinquante ans, est morte des
mauvais traitemens qu'elle a prouvs: son mari, plus que septuagnaire,
est  la mort. Il serait trop douloureux de rapporter ici la liste des
autres victimes. L'arrive des troupes franaises entres hier dans
notre ville a mis un terme  nos malheurs. L'ennemi ayant voulu opposer
quelque rsistance, a t bientt mis en droute avec une perte
considrable. L'entre de S. M. l'empereur a donn lieu aux scnes les
plus touchantes. Toute la population se pressait autour de lui; tous les
maux paraissaient oublis. Il nous rendait la scurit pour tout ce
que nous avons de plus cher. Un vieux colonel, M. Bouland, g de
soixante-dix ans, s'est jet  ses pieds, qu'il baignait de larmes de
joie. Il exprimait tout  la fois la douleur qu'un brave soldat avait
ressentie en voyant les ennemis souiller le sol natal, et le bonheur de
les voir fuir devant les aigles impriales.

Nous apprenons que le mme enthousiasme qui a clat ici s'est manifest
 Bar,  l'arrive de nos troupes. L'ennemi avait dj pris la fuite.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Aprs la prise de Saint-Dizier, l'empereur s'est port sur les derrires
de l'ennemi  Brienne, l'a battu le 29, et s'est empar de la ville et
du chteau aprs une affaire d'arrire-garde assez vive.



Brienne, 31 janvier 1814.

_A S.M. l'impratrice-reine et rgente._

Ce n'est pas seulement une arrire-garde, c'est l'arme du gnral
Blcher, forte de quarante mille hommes, qui tait ici lorsqu'elle a t
attaque le 29 par notre arme. Le combat a t trs-vif. L'ennemi a
laiss la grande avenue qui mne au chteau, les rues, les places et les
vergers encombrs de ses morts. Sa perte est au moins de quatre mille
hommes, non compris beaucoup de prisonniers.

Le gnral Blcher ne savait pas que l'empereur tait  l'arme.

M. de Hardenberg, neveu du chancelier de Prusse, et commandant le
quartier-gnral, a t pris au bas de la monte du chteau. Le gnral
Blcher descendait alors du chteau,  pied, avec son tat-major. Il a
t lui-mme au moment d'tre fait prisonnier.

L'ennemi, pour embarrasser la poursuite des Franais, a mis le feu aux
maisons de la grande rue, qui taient les plus belles de la ville. Il
y a bien peu de nos citoyens qui n'aient prouv des violences
personnelles pendant le court sjour de l'ennemi; il n'en est aucun qui
n'ait t dpouill de tout ce qu'il possdait.

Notre arme a poursuivi l'ennemi jusqu' trois lieues de Bar-sur-Aube.
Elle est belle, nombreuse et pleine d'ardeur. On est occup  rtablir
les diffrent ponts sur l'Aube.



Le 3 fvrier 1814.

_A S.M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur est entr  Vitry le 26 janvier.

Le gnral Blcher, avec l'arme de Silsie, avait pass la Marne et
marchait sur Troyes. Le 27, l'ennemi entra  Brienne, et continua sa
marche; mais il dut perdre du temps pour rtablir le pont de Lesmont sur
l'Aube.

Le 27, l'empereur fit attaquer Saint-Dizier. Le duc de Bellune se
prsenta devant cette ville; le gnral Duhesme culbuta l'arrire-garde
ennemie qui y tait encore, et fit quelques centaines de prisonniers. A
huit heures du matin, l'empereur arriva  Saint-Dizier; il est difficile
de se peindre l'ivresse et la joie des habitans dans ce moment. Les
vexations de toutes espces que commettent les ennemis, et surtout les
cosaques, sont au-dessus de tout ce que l'on peut dire.

Le 28, l'empereur se porta sur Montierender.

Le 29,  huit heures du matin, le gnral Grouchy, qui commande la
cavalerie, fit prvenir que le gnral Milhaud, avec la cinquime corps
de cavalerie, tait en prsence, entre Maizires et Brienne, de l'arme
ennemie commande par le gnral Blcher, et qu'on valuait  quarante
mille Russes et Prussiens, les Russes commands par le gnral Sacken.

A quatre heures, la petite ville de Brienne fut attaque. Le gnral
Lefvre-Desnouettes, commandant une division de cavalerie de la garde,
et les gnraux Grouchy et Milhaud, excutrent plusieurs belles
charges, sur la droite de la route, et s'emparrent de la hauteur de
Perthe.

Le prince de la Moskwa se mit  la tte de six bataillons en colonne
serre, et se porta sur la ville par le chemin de Maizires. Le gnral
Chteau, chef d'tat-major du duc de Bellune,  la tte de deux
bataillons, tourna par la droite, et s'introduisit dans le chteau de
Brienne par le parc.

Dans ce moment l'empereur dirigea une colonne sur la route de
Bar-sur-Aube, qui paraissait tre la retraite de l'ennemi; l'attaque
fut vive et la rsistance opinitre. L'ennemi ne s'attendait pas  une
attaque aussi brusque, et n'avait eu que le temps de faire revenir ses
parcs du pont de Lesmont, o il comptait passer l'Aube pour marcher en
avant. Cette contre-marche l'avait fort encombr.

La nuit ne mit pas fin au combat. La division Decouz, de la jeune garde,
et une brigade de la division Meusnier furent engages. La grande
quantit de forces de l'ennemi et la belle situation de Brienne lui
donnaient bien des avantages, mais la prise du chteau, qu'il avait
nglig de garder en force, les lui fit perdre.

Vers les huit heures, voyant qu'il ne pouvait plus se maintenir, il mit
le feu  la ville, et l'incendie se propagea avec rapidit, toutes les
maisons tant de bois.

Profitant de cet vnement, il chercha  reprendre le chteau, que le
brave chef de bataillon Henders, du cinquante-sixime rgiment, dfendit
avec intrpidit. Il joncha de morts toutes les approches du chteau, et
spcialement les escaliers du ct du parc. Ce dernier chec dcida la
retraite de l'ennemi, que favorisait l'incendie de la ville.

Le 30,  onze heures du matin, le gnral Grouchy et le duc de Bellune
le poursuivirent jusqu'au-del du village de la Rothire, o ils prirent
position.

La journe du 31 fut employe par nous  rparer le pont de
Lesmont-sur-Aube, l'empereur voulant se porter sur Troyes pour oprer
sur les colonnes qui se dirigeaient par Bar-sur-Aube et par la route
d'Auxerre sur Sens.

Le pont de Lesmont ne put tre rtabli que le premier fvrier au matin.
On ft filer sur-le-champ une partie des troupes.

A trois heures aprs-midi, l'ennemi ayant t renforc de toute son
arme, dboucha sur la Rothire et Dienville que nous occupions encore.
Notre arrire-garde fit bonne contenance. Le gnral Duhesme s'est fait
remarquer en conservant la Rothire, et le gnral Grard en conservant
Dienville. Le corps autrichien du gnral Giulay, qui voulait passer de
la rive gauche sur la droite et forcer le pont, a eu plusieurs de ses
bataillons dtruits. Le duc de Bellune tint toute la journe au hameau
de la Giberie, malgr l'norme disproportion de son corps avec les
forces qui l'attaquaient.

Cette journe, o notre arrire-garde tint dans une vaste plaine centre
toute l'arme ennemie et des forces quintuples, est un des beaux faits
d'armes de l'arme franaise.

Au milieu de l'obscurit de la nuit, une batterie d'artillerie de la
garde suivant le mouvement d'une colonne de cavalerie qui se portait
en avant pour repousser une charge de l'ennemi, s'gara et fut prise.
Lorsque les canonnires s'aperurent de l'embuscade dans laquelle ils
taient tombs, et virent qu'ils n'avaient pas le temps de se mettre en
batterie, ils se fermrent aussitt en escadron, attaqurent l'ennemi et
sauvrent leurs chevaux et leurs attelages. Ils ont perdu quinze hommes
tus ou faits prisonniers.

A dix heures du soir, le prince de Neufchtel visitant les postes,
trouva les deux armes si prs l'une de l'autre, qu'il prit plusieurs
fois les postes de l'ennemi pour les ntres. Un de ses aides-de-camp se
trouvant  dix pas d'une vedette, fut fait prisonnier. Le mme accident
est arriv  plusieurs officiers russes qui portaient le mot d'ordre et
qui se jetrent dans nos postes croyant arriver sur les leurs.

Il y a eu peu de prisonniers de part et d'autre. Nous en avons fait deux
cent cinquante.

Le 2 fvrier,  la pointe du jour, toute l'arrire-garde de l'arme
tait en bataille devant Brienne. Elle prit successivement des positions
pour achever de passer le pont de Lesmont et de rejoindre le reste de
l'arme.

Le duc de Raguse, qui tait en position sur le pont de Rosnay, fut
attaqu par un corps autrichien qui avait pass derrire les bois. Il le
repoussa, fit trois cents prisonniers et chassa l'ennemi au-del de la
petite rivire de Voire.

Le 3 fvrier,  midi, l'empereur est entr dans Troyes.

Nous avons perdu au combat de Brienne le brave gnral Baste. Le gnral
Lefvre-Desnouettes a t bless d'un coup de baonnette. Le gnral
Forestier a t grivement bless. Notre perte dans ces deux journes
peut s'lever de deux  trois mille hommes tus ou blesss. Celle de
l'ennemi est au moins du double.

Une division tire du corps d'arme ennemi qui observe Metz, Thionville
et Luxembourg, et forte de douze bataillons, s'est porte sur Vitry.
L'ennemi a voulu entrer dans cette ville que le gnral Montmarie et les
habitans ont dfendue. Il a jet en vain des obus pour intimider les
habitans; il a t reu  coups de canon et repouss  une lieue et
demie. Le duc de Tarente arrivait  Chlons et marchait sur cette
division.

Le 4 au matin, le comte de Stadion, le comte Razumowski, lord
Castlereagh et le baron de Humboldt sont arrivs  Chtillon-sur-Seine
o tait dj le duc de Vicence. Les premires visites ont t faites
de part et d'autre, et le soir du mme jour la premire confrence des
plnipotentiaires devait avoir lieu.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur a attaqu, hier,  Champaubert, l'ennemi fort de douze
rgimens, et ayant quarante pices de canon.

Le gnral en chef Ousouwieff a t pris avec tous ses gnraux, tous
ses colonels, officiers, canons, caissons et bagages.

On avait fait six mille prisonniers; le reste avait t jet dans un
tang, ou tu sur le champ de bataille.

L'empereur suit vivement le gnral Sacken, qui se trouve spar d'avec
le gnral Blcher.

Notre perte a t extrmement lgre; nous n'avons pas deux cents hommes
 regretter.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 11 fvrier, au point du jour, l'empereur, parti de Champaubert aprs
la journe du 10, a pouss un corps sur Chlons, pour contenir les
colonnes ennemies qui s'taient rejetes de ce ct.

Avec le reste de son arme, il a pris la route de Montmirail.

A une lieue au-del, il a rencontr le corps du gnral Blcher, et,
aprs deux heures de combat, toute l'arme ennemie a t culbute.

Jamais nos troupes n'ont montr plus d'ardeur.

L'ennemi, enfonc de toutes parts, est dans une droute complte:
infanterie, artillerie, munitions, tout est en notre pouvoir ou culbut.

Les rsultats sont immenses; l'arme russe est dtruite.

L'empereur se porte  merveille, et nous n'avons perdu personne de
marque.



_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 12 fvrier l'empereur a poursuivi ses succs. Blcher cherchait 
gagner Chteau-Thierry. Ses troupes ont t culbutes de position en
position.

Un corps entier qui tait rest runi, et qui protgeait sa retraite, a
t enlev.

Cette arrire-garde tait compose de quatre bataillons russes, trois
bataillons prussiens, et de trois pices de canon. Le gnral qui la
commandait aussi t pris.

Nos troupes sont entres ple-mle avec l'ennemi dans Chteau-Thierry,
et suivent, sur la route de Soissons, les dbris de cette arme, qui est
dans une horrible confusion.

Les rsultats de la journe d'aujourd'hui sont trente pices de canon,
et une quantit innombrable de voitures de bagages.

On comptait dj trois mille prisonniers: il en arrive  chaque instant.
Nous avons encore deux heures de jour.

On compte parmi les prisonniers cinq  six gnraux, qui sont dirigs
sur Paris.

On croit le gnral en chef Saken tu.



Le 7 fvrier 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 3 fvrier, deux heures aprs son entre  Troyes, S. M. a fait partir
le duc de Trvise pour les Maisons-Blanches. Une division autrichienne,
commande par le prince Liechtenstein, s'tait porte sur ce point, qui
est  deux lieues de la ville; elle a t vivement repousse et rejete
 deux lieues plus loin.

Le 4 au soir, le quartier-gnral de l'empereur de Russie tait 
Lusigny prs Vandoeuvre,  deux lieues de Troyes, o se trouvaient la
garde russe et l'arme ennemie. L'ennemi voulait entrer le soir dans
Troyes. Il marcha sur le pont de la Guillotire; il y prouva une vive
rsistance. Sa premire attaque fut repouss. Des cavaliers prisonniers
lui apprirent que l'empereur tait  Troyes. Il jugea alors devoir
faire d'autres dispositions. Au mme moment, le duc de Trvise faisait
attaquer le pont de Clrey, qu'occupait la division du gnral Bianchi.
L'ennemi fut chass. Le gnral de division Briche, avec ses dragons,
fit une charge dans laquelle il prit cent soixante hommes, et en tua une
centaine  l'ennemi.

Le lendemain 5, l'empereur se disposait  passer le pont de la
Guillotire et  attaquer l'ennemi, lorsque S. M. apprit qu'il avait
battu en retraite et rtrograd d'une marche sur Vandoeuvre.

Le 6, les dispositions furent faites pour menacer Bar-sur-Seine.
Quelques attaques eurent lieu sur cette route. On prit  l'ennemi une
trentaine d'hommes, une pice de canon et un caisson.

Pendant ce temps, l'arme se mettait en marche pour Nogent, afin de
tomber sur les colonnes ennemies qui ont occup Chlons et Vitry, et qui
menaaient Paris par la Fert-sous-Jouarre et Meaux.

Le 7 au matin, le duc de Tarente avait son quartier-gnral prs de
Chaville, entre pernay et Chlons.

Les divisions de gardes nationales d'lite venues  Montereau de
Normandie et de Bretagne, se sont mises en mouvement, sous le
commandement du gnral Pajol.

La division de l'arme d'Espagne, commande par le gnral Leval, est
arrive  Provins; les autres suivent. Ces troupes sont composes de
soldats qui ont fait les campagnes d'Autriche et de Pologne. Elles sont
remplaces  l'arme d'Espagne par les cinq divisions de rserve.

Aujourd'hui 7,  midi, l'empereur est arriv  Nogent.

Tout est en mouvement pour manoeuvrer.

L'exaspration des habitans est  son comble. L'ennemi commet partout
les plus horribles vexations.

Toutes les mesures sont prises pour qu'au premier mouvement rtrograde
il soit envelopp de tous cts.

Des millions de bras n'attendent que ce moment pour se lever. La terre
sacre que l'ennemi a viole, sera pour lui une terre de feu qui le
dvorera.



Le 12 fvrier 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 10, l'empereur avait son quartier-gnral  Szanne.

Le duc de Tarente tait  Meaux, ayant fait couper les ponts de la Fert
et de Trport.

Le gnral Sacken et le gnral Yorck taient  la Fert; le gnral
Blcher  Vertus, et le gnral Alsuffiew  Champ-Aubert. L'arme de
Silsie ne se trouvait plus qu' trois marches de Paris. Cette arme,
sous le commandement en chef du gnral Blcher, se composait des corps
de Sacken et de Langeron, formant soixante rgimens d'infanterie russe,
et de l'lite de l'arme prussienne.

Le 10,  la pointe du jour, l'empereur se porta sur les hauteurs de
Saint-Prix, pour couper en deux l'arme du gnral Blcher. A dix
heures, le duc de Raguse passa les tangs de Saint-Gond, et attaqua
le village de Baye. Le neuvime corps russe, sous le commandement du
gnral Alsuffiew, et fort de douze rgimens, se dploya et prsenta
une batterie de vingt-quatre pices de canon. Les divisions Lagrange et
Ricart, avec la cavalerie du premier corps, tournrent les positions de
l'ennemi par sa droite. A une heure aprs-midi, nous fmes matres du
village de Baye.

A deux heures, la garde impriale se dploya dans les belles plaines qui
sont entre Baye et Champ-Aubert. L'ennemi se reployait et excutait sa
retraite. L'empereur ordonna au gnral Girardin de prendre, avec deux
escadrons de la garde de service, la tte du premier corps de cavalerie,
et de tourner l'ennemi, afin de lui couper le chemin de Chlons.
L'ennemi, qui s'aperut de ce mouvement, se mit en dsordre. Le duc de
Raguse fit enlever le village de Champ-Aubert. Au mme instant, les
cuirassiers chargrent  la droite, et acculrent les Russes  un bois
et  un lac entre la route d'pernay et celle de Chlons. L'ennemi avait
peu de cavalerie; se voyant sans retraite, ses masses se mlrent.
Artillerie, infanterie, cavalerie, tout s'enfuit ple-mle dans les
bois; deux mille se noyrent dans le lac. Trente pices de canon et deux
cents voitures furent prises. Le gnral en chef, les gnraux, les
colonels, plus de cent officiers et quatre cents hommes furent faits
prisonniers.

Ce corps de deux divisions et douze rgimens devait prsenter une force
de dix-huit mille hommes: mais les maladies, les longues marches, les
combats, l'avaient rduit  huit mille hommes: quinze cents  peine sont
parvenus  s'chapper  la faveur des bois et de l'obscurit. Le gnral
Blcher tait rest  son quartier-gnral des Vertus, o il a t
tmoin des dsastres de cette partie de son arme sans pouvoir y porter
remde.

Aucun homme de la garde n'a t engag,  l'exception de deux des quatre
escadrons de service, qui se sont vaillamment comports. Les cuirassiers
du premier corps de cavalerie ont montr la plus rare intrpidit.

A huit heures du soir, le gnral Nansouty ayant dbouch sur la
chausse, se porta sur Montmirail avec les divisions de cavalerie de la
garde des gnraux Colbert et Laferrire, s'empara de la ville et de six
cents cosaques qui l'occupaient.

Le 11,  cinq heures du matin, la division de cavalerie du gnral Guyot
se porta galement sur Montmirail. Diffrentes divisions d'infanterie
furent retardes dans leur mouvement par la ncessit d'attendre leur
artillerie. Les chemins de Szanne  Champ-Aubert sont affreux. Notre
artillerie n'a pu s'en tirer que par la constance des canonnires et
qu'au moyen des secours fournis avec empressement par les habitans, qui
ont amen leurs chevaux.

Le combat de Champ-Aubert, o une partie de l'arme russe a t
dtruite, ne nous a pas cont plus de deux cents hommes tus ou blesss.
Le gnral de division comte Lagrange est du nombre de ces derniers; il
a t lgrement bless  la tte.

L'empereur arriva le 11,  dix heures du matin,  une demi-lieue en
avant de Montmirail. Le gnral Nansouty tait en position avec la
cavalerie de la garde, et contenait l'arme de Sacken, qui commenait
 se prsenter. Instruit du dsastre d'une partie de l'arme russe, ce
gnral avait quitt la Fert-sous-Jouarre le 10  neuf heures du
soir, et march toute la nuit. Le gnral Yorck avait galement quitt
Chteau-Thierry. A onze heures du matin, le 11, il commenait  se
former, et tout prsageait la bataille de Montmirail, dont l'issue
tait d'une si haute importance. Le duc de Raguse, avec son corps et le
premier corps de cavalerie, avait port son quartier-gnral  toges,
sur la route de Chlons.

La division Ricart et la vieille garde arrivrent sur les dix heures du
matin. L'empereur ordonna au prince de la Moskwa de garnir le village de
Marchais, par o l'ennemi paraissait vouloir dboucher. Ce village fut
dfendu par la brave division du gnral Ricart avec une rare constance;
il fut pris et repris plusieurs fois dans la journe.

A midi, l'empereur ordonna au gnral Nansouty de se porter sur la
droite, coupant la route de Chteau-Thierry, et forma les seize
bataillons de la premire division de la vieille garde sous le
commandement du gnral Friant en une seule colonne le long de la route,
chaque colonne de bataillon tant loigne de cent pas.

Pendant ce temps, nos batteries d'artillerie arrivaient successivement.
A trois heures, le duc de Trvise, avec les seize bataillons de la
deuxime division de la vieille garde, qui taient partis le matin de
Szanne, dboucha sur Montmirail.

L'empereur aurait voulu attendre l'arrive des autres divisions; mais
la nuit approchait. Il ordonna au gnral Friant de marcher avec quatre
bataillons de la vieille garde, dont deux du deuxime rgiment de
grenadiers et deux du deuxime rgiment de chasseurs, sur la ferme de
l'pine-aux-Bois, qui tait la clef de la position, et de l'enlever. Le
duc de Trvise se porta avec six bataillons de la deuxime division de
la vieille garde sur la droite de l'attaque du gnral Friant.

De la position de la ferme de l'pine-aux-Bois dpendait le succs de la
journe. L'ennemi le sentait. Il y avait plac quarante pices de canon;
il avait garni les haies d'un triple rang de tirailleurs, et form en
arrire des masses d'infanterie.

Cependant, pour rendre cette attaque plus facile, l'empereur ordonna au
gnral Nansouty de s'tendre sur la droite, ce qui donna  l'ennemi
l'inquitude d'tre coup et le fora de dgarnir une partie de son
centre pour soutenir sa droite. Au mme moment, il ordonna au gnral
Ricart de cder une partie du village de Marchais, ce qui porta aussi
l'ennemi  dgarnir son centre pour renforcer cette attaque, dans la
russite de laquelle il supposait qu'tait le gain de la bataille.

Aussitt que le gnral Friant eut commenc son mouvement, et que
l'ennemi eut dgarni son centre pour profiter de l'apparence d'un succs
qu'il croyait rel, le gnral Friant s'lana sur la ferme de la
Haute-Epine avec les quatre bataillons de la vieille garde. Ils
abordrent l'ennemi au pas de course, et firent sur lui l'effet de la
tte de Mduse. Le prince de la Moskwa marchait le premier, et leur
montrait le chemin de l'honneur. Les tirailleurs se retirrent
pouvants sur les masses qui furent attaques. L'artillerie ne put plus
jouer; la fusillade devint alors effroyable, et le succs tait balanc;
mais au mme moment, le gnral Guyot,  la tte du premier de lanciers,
des vieux dragons et des vieux grenadiers de la garde impriale, qui
dfilaient sur la grande route au grand trot et au cris de _vive
l'empereur_, passa  la droite de la Haute-Epine; ils se jetrent sur
les derrires des masses d'infanterie, les rompirent, les mirent en
dsordre, et turent tout ce qui ne fut pas fait prisonnier. Le duc de
Trvise, avec six bataillons de la division du gnral Michel, secondait
alors l'attaque de la vieille garde, arrivait au bois, enlevait le
village de Fontenelle, et prenait tout un parc ennemi.

La division des gardes d'honneur dfila aprs la vieille garde sur la
grande route, et arrive  la hauteur de l'Epine-aux-Bois, fit un 
gauche pour enlever ce qui s'tait avanc sur le village de Marchais.
Le gnral Bertrand, grand-marchal du palais, et le marchal duc de
Dantzick,  la tte de deux bataillons de la vieille garde, marchrent
en avant sur le village et le mirent entre deux feux. Tout ce qui s'y
trouvait fut pris ou tu.

En moins d'un quart d'heure, un profond silence succda au bruit du
canon et d'une pouvantable fusillade. L'ennemi ne chercha plus son
salut que dans la fuite: gnraux, officiers, soldats, infanterie,
cavalerie, artillerie, tout s'enfuit ple-mle.

A huit heures du soir, la nuit tant obscure, il fallut prendre
position. L'empereur prit son quartier-gnral  la ferme de
l'pine-aux-Bois.

Le gnral Michel, de la garde, a t bless d'une balle au bras. Notre
perte s'lve au plus  mille hommes tus ou blesss. Celle de l'ennemi
est au moins de huit mille tus ou prisonniers; on lui a pris beaucoup
de canons et six drapeaux. Cette mmorable journe, qui confond
l'orgueil et la jactance de l'ennemi, a ananti l'lite de l'arme
russe. Le quart de notre arme n'a pas t engag.

Le lendemain 12,  neuf heures du matin, le duc de Trvise suivit
l'ennemi sur la route de Chteau-Thierry. L'empereur, avec deux
divisions de cavalerie de la garde et quelques bataillons, se rendit 
Vieux-Maisons, et de l prit la route qui va droit  Chteau-Thierry.
L'ennemi soutenait sa retraite avec huit bataillons qui taient arrivs
tard la veille et qui n'avaient pas donn. Il les appuyait de quelques
escadrons et de trois pices de canon. Arriv au petit village des
Carquerets, il parut vouloir dfendre la position qui est derrire le
ruisseau, et couvrir le chemin de Chteau-Thierry.

Une compagnie de la vieille garde se porta sur la Petite-Noue, culbuta
les tirailleurs de l'ennemi, qui fut poursuivi jusqu' sa dernire
position. Six bataillons de la vieille garde  toute distance de
dploiement, occupaient la plaine,  cheval sur la grande route.

Le gnral Nansouty, avec les divisions de cavalerie des gnraux
Laferrire et Defrance, eut ordre de faire un mouvement  droite et de
se porter entre Chteau-Thierry et l'arrire-garde ennemie. Ce mouvement
fut excut avec autant d'habilet que d'intrpidit. La cavalerie
ennemie se porta de tous les points sur sa gauche pour s'opposer  la
cavalerie franaise; elle fut culbute et force de disparatre du champ
de bataille.

Le brave gnral Letort, avec les dragons de la seconde division de la
garde, aprs avoir repouss la cavalerie de l'ennemi, s'lana sur
les flancs et les derrires de huit masses d'infanterie qui formaient
l'arrire-garde ennemie. Cette division brlait d'galer ce que les
chevaux-lgers, les dragons et les grenadiers  cheval du gnral Guyot
avaient fait la veille. Elle enveloppa de tous cts ces masses, et en
fit un horrible carnage. Les trois pices de canon, le gnral russe
Freudenreich, qui commandait cette arrire-garde, ont t pris. Tout ce
qui composait ses bataillons a t tu ou fait prisonnier. Le nombre de
prisonniers faits dans cette brillante affaire s'lve  plus de deux
mille hommes. Le colonel Carely, du dixime de hussards, s'est fait
remarquer. Nous arrivmes alors sur les hauteurs de Chteau-Thierry,
d'o nous vmes les restes de cette arme fuyant dans le plus grand
dsordre, et gagnant en toute hte ses ponts. Les grandes routes leur
taient coupes; ils cherchrent leur salut sur la rive droite de la
Marne. Le prince Guillaume de Prusse, qui tait rest  Chteau-Thierry
avec une rserve de deux mille hommes, s'avana  la tte des faubourgs
pour protger la fuite de cette masse dsorganise. Deux bataillons de
la garde arrivrent alors au pas de course. A leur aspect, le faubourg
et la rive gauche furent nettoys; l'ennemi brla ses ponts, et dmasqua
sur la rive droite une batterie de douze pices de canon: cinq cents
hommes de la rserve du prince Guillaume ont t pris.

Le 12 au soir, l'empereur a pris son quartier-gnral au petit chteau
de Nesle.

Le 13, ds la pointe du jour, on s'est occup  rparer les ponts de
Chteau-Thierry.

L'ennemi ne pouvant se retirer ni sur la route d'pernay, qui lui tait
coupe, ni sur celle qui passe par la ville de Soissons, que nous
occupons, a pris la traverse dans la direction de Reims. Les habitans
assurent que de toute cette arme il n'est pas pass  Chteau-Thierry
dix mille hommes, dans le plus grand dsordre. Peu de jours auparavant,
ils l'avaient vue florissante et pleine de jactance. Le gnral d'Yorck
disait que dix obusiers suffiraient pour se rendre matre de Paris. En
allant, ces troupes ne parlaient que de Paris; en revenant, c'est la
paix qu'elles invoquaient.

On ne peut se faire une ide des excs auxquels se livrent les cosaques;
il n'est point de vexations, de cruauts, de crimes que ces hordes de
barbares n'aient commis. Les paysans les poursuivent, les attaquent dans
les bois comme des btes froces, s'en saisissent et les mnent partout
o il y a des troupes franaises. Hier, ils en ont conduit plus de trois
cents  Vieux-Maisons. Tous ceux qui se sont cachs dans les bois pour
chapper aux vainqueurs, tombent dans leurs mains, et augmentent 
chaque instant le nombre des prisonniers.



Le 15 fvrier au matin.

_A S. M. l'impratrice reine et rgente._

Le 13,  trois heures aprs midi, le pont de Chteau-Thierry fut
raccommod. Le duc de Trvise passa la Marne, et se mit  la suite de
l'ennemi, qui, dans un pouvantable dsordre, parat s'tre retir sur
Soissons et sur Reims, par la route de traverse de la Fre en Tardenois.

Le gnral Blcher, commandant en chef toute l'arme de Silsie, tait
constamment rest  Vertus pendant les trois jours qui ont ananti son
arme. Il recueillit douze cents hommes des dbris du corps du gnral
Alsuffiew battu  Champ-Aubert, qu'il runit  une division russe
du corps de Langeron, arrive de Mayence et commande par le
lieutenant-gnral Ouroussoff. Il tait trop faible pour entreprendre
quelque chose; mais le 13 il fut joint par un corps prussien du gnral
Kleist, compos de quatre brigades. Il se mit alors  la tte de ces
vingt mille hommes et marcha contre le duc de Raguse, qui occupait
toujours toges. Dans la nuit du 13 au 14, ne jugeant pas ses forces
suffisantes pour se mesurer contre l'ennemi, le duc de Raguse se mit en
retraite et s'appuya sur Montmirail, o il tait de sa personne le 14 
sept heures du matin.

L'empereur partit le mme jour de Chteau-Thierry  quatre heures
du matin, et arriva  huit heures  Montmirail. Il fit sur-le-champ
attaquer l'ennemi, qui venait de prendre position avec le corps de ses
troupes au village de Vauchamp. Le duc de Raguse attaqua ce village. Le
gnral Grouchy,  la tte de la cavalerie, tourna la droite de l'ennemi
par les villages et par les bois, et se porta  une lieue au-del de la
position de l'ennemi. Pendant que le village de Vauchamp tait attaqu
vigoureusement, dfendu de mme, pris et repris plusieurs fois, le
gnral Grouchy arriva sur les derrires de l'ennemi, entoura, et
sabra trois carrs, et accula le reste dans les bois. Au mme instant,
l'empereur fit charger par notre droite ses quatre escadrons de service,
commands par le chef d'escadron de la garde La Biffe. Cette charge fut
aussi brillante qu'heureuse. Un carr de deux mille hommes fut enfonc
et pris. Toute la cavalerie de la garde arriva alors au grand trot, et
l'ennemi fut pouss l'pe dans les reins. A deux heures, nous tions
au village de Fromentires; l'ennemi avait perdu six mille hommes faits
prisonniers, dix drapeaux et trois pices de canon.

L'empereur ordonna au gnral Grouchy de se porter sur Champ-Aubert 
une lieue sur les derrires de l'ennemi. En effet, l'ennemi continuant
sa retraite, arriva sur ce point  la nuit. Il tait entour de tous
cts, et tout aurait t pris si le mauvais tat des chemins avait
permis  douze pices d'artillerie lgre de suivre la cavalerie du
gnral Grouchy. Toutefois, et quoique la nuit ft obscure, trois
carrs de cette infanterie furent enfoncs, tus ou pris, et les autres
poursuivis vivement jusqu' toges; la cavalerie s'empara aussi de trois
pices de canon. L'arrire-garde ennemie tait faite par la division
russe; elle fut attaque par le premier rgiment de marine du duc
de Raguse, aborde  la baonnette, rompue, et on lui fit mille
prisonniers, avec le lieutenant-gnral Ouroussoff qui la commandait, et
plusieurs colonels.

Les rsultats de cette brillante journe sont dix mille prisonniers,
dix pices de canon, dix drapeaux et un grand nombre d'hommes tus 
l'ennemi.

Notre perte n'excde pas trois ou quatre cents hommes tus ou blesss;
ce qui est d  la manire franche dont les troupes ont abord l'ennemi
et  la supriorit de notre cavalerie qui le dcida, aussitt qu'il
s'en aperut,  mettre son artillerie en retraite; de sorte qu'il a
march constamment sous la mitraille de soixante bouches  feu, et que
des soixante pices de canon qu'il avait, il ne nous en a oppos que
deux ou trois.

Le prince de Neufchtel, le grand-marchal du palais, comte Bertrand, le
duc de Dantzick et le prince de la Moskwa, ont constamment t  la tte
des troupes.

Le gnral Grouchy fait le plus grand loge des divisions de cavalerie
Saint-Germain et Doumerc. La cavalerie de la garde s'est couverte de
gloire; rien n'gale son intrpidit. Le gnral Lion, de la garde, a
t lgrement bless. Le duc de Raguse fait une mention particulire du
premier rgiment de marine; le reste de l'infanterie, soit de la garde,
soit de la ligne, n'a pas tir un coup de fusil.

Ainsi, cette arme de Silsie, compose des corps russes de Sacken et de
Langeron, des corps prussiens d'Yorck et de Kleist, et forte de prs de
quatre-vingt mille hommes, a t, en quatre jours, battue, disperse,
anantie, sans affaire gnrale, et sans occasionner aucune perte
proportionne  de si grands rsultats.



Le 17 fvrier au matin.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur, en partant de Nogent le 9, pour manoeuvrer sur les corps
ennemis qui s'avanaient par la Fert et Meaux sur Paris, laissa les
corps du duc de Bellune et du gnral Grard en avant de Nogent; le
septime corps du duc de Reggio,  Provins, charg de la dfense des
ponts de Bray et de Montereau, et le gnral Pajol sur Montereau et
Melun.

Le duc de Bellune, ayant eu avis que plusieurs divisions de l'arme
autrichienne avaient march de Troyes dans la journe du 10, pour
s'avancer sur Nogent, fit repasser la Seine  son corps de l'arme,
laissant le gnral Bourmont avec douze cents hommes  Nogent pour la
dfense de la ville.

L'ennemi se prsenta le 11 pour entrer dans Nogent. Il renouvela
ses attaques toute la journe, et toujours en vain; il fut vivement
repouss, avec perte de quinze cent hommes tus ou blesss.

Le gnral Bourmont avait barricad les rues, crnel les maisons, et
pris toutes ses mesures pour une vigoureuse dfense. Ce gnral, qui est
un officier de distinction, fut bless au genou; le colonel Ravier
le remplaa. L'ennemi renouvela l'attaque le 12, mais toujours
infructueusement. Nos jeunes troupes se sont couvertes de gloire.

Ces deux journes ont cot  l'ennemi plus de deux mille hommes.

Le duc de Bellune, ayant appris que l'ennemi avait pass  Bray, jugea
convenable de faire couper le pont de Nogent, et se porta sur Nangis.
Le duc de Reggio ordonna de faire sauter les ponts de Montereau et de
Melun, et se retira sur la rivire d'Yres.

Le 16, l'empereur est arriv sur l'Yres, et a port son
quartier-gnral  Guignes.

Le soir de la bataille de Vauchamp (le 14), le duc de Raguse fit
attaquer l'ennemi  huit heures sur Etoges; il lui a pris neuf pices de
canon, et il a achev la destruction de la division russe: on a compt
sur ce seul point, au champ de bataille, treize cents morts.

Les succs obtenus  la bataille de Vauchamp ont t beaucoup plus
considrables qu'on ne l'a annonc.

L'exaspration des habitans de la campagne est  son comble. Les
atrocits commises par les cosaques surpassent tout ce que l'on peut
imaginer. Dans leur froce ivresse, ils ont port leurs attentats sur
des femmes de soixante ans et sur des jeunes filles de douze; ils ont
ravag et dtruit les habitations. Les paysans, ne respirant que la
vengeance, conduits par des vieux militaires rforms, et arms avec des
fusils de l'ennemi ramasss sur le champ de bataille, battent les bois,
et font main-basse sur tout ce qu'ils rencontrent: on estime dj  plus
de deux mille hommes ceux qu'ils ont pris; ils en ont tu plusieurs
centaines. Les Russes pouvants se rendent  nos colonnes de
prisonniers, pour y trouver un asile. Les mmes causes produiront
les mmes effets dans tout l'empire; et ces armes, qui entraient,
disaient-elles, sur notre territoire pour y porter la paix, le bonheur,
les sciences et les arts, y trouveront leur anantissement.



_A. S. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur a fait marcher, le 18 au matin, sur les ponts de Bray et de
Montereau.

Le duc de Reggio s'est port sur Provins.

S. M. tant informe que le corps du gnral de Wrede et des
Wurtembergeois tait en position  Montereau, s'y est port avec les
corps du duc de Bellune et du gnral Grard, la garde  pied et 
cheval.

De son ct, le gnral Pajol marchait de Melun sur Montereau.

L'ennemi a dfendu la position.

Il a t culbut et si vivement, que la ville et les ponts sur l'Yonne
et la Seine ont t enlevs de vive force; de sorte que ces ponts sont
intacts, et nous les passons pour suivre l'ennemi.

Nous avons dans ce moment environ trois mille prisonniers bavarois et
wurtembergeois, dont un gnral et cinq pices de canon.



Le 19 fvrier 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le duc de Raguse marchait sur Chlons lorsqu'il apprit qu'une colonne de
la garde impriale russe, compose de deux divisions de grenadiers, se
portait sur Montmirail. Il fit volte-face, marcha  l'ennemi, lui prit
trois cents hommes, le repoussa sur Szanne, d'o les mouvemens de
l'empereur ont oblig ce corps  se porter  marches forces sur Troyes.

Le comte Grouchy, avec la division d'infanterie du gnral Leval
et trois divisions du deuxime corps de cavalerie, passait  la
Fert-sous-Jouarre.

Les avant postes du duc de Trvise taient entrs  Soissons.

Le 17,  la pointe du jour, l'empereur a march de Guignes sur Nangis.
Le combat de Nangis a t des plus brillans.

Le gnral en chef russe Wittgenstein tait  Nangis avec trois
divisions qui formaient son corps d'arme.

Le gnral Pahlen, commandant les troisime et quatorzime divisions
russes et beaucoup de cavalerie, tait  Mormant.

Le gnral de division Grard, officier de la plus haute esprance,
dboucha au village de Mormant sur l'ennemi. Un bataillon du
trente-deuxime rgiment d'infanterie, toujours digne de son ancienne
rputation, qui le fit distinguer il y a vingt ans par l'empereur aux
batailles de Castiglione, entra dans le village au pas de charge. Le
comte de Valmy,  la tte des dragons du gnral Treilhard venant
d'Espagne, et qui arrivaient  l'arme, tourna le village par sa gauche.
Le comte Milhaud, avec le cinquime corps de cavalerie, le tourna par sa
droite. Le comte Drouot s'avana avec de nombreuses batteries. Dans un
instant tout fut dcid. Les carrs forms par les divisions russes
furent enfoncs. Tout fut pris, gnraux et officiers: six mille
prisonniers, dix mille fusils, seize pices de canon et quarante
caissons sont tombs en notre pouvoir. Le gnral Wittgenstein a manqu
d'tre pris: il s'est sauv en toute hte sur Nogent. Il avait annonc
au sieur Billy, chez lequel il logeait  Provins, qu'il serait le 18
 Paris. En retournant, il ne s'arrta qu'un quart d'heure, et eut
la franchise de dire  son hte: J'ai t bien battu; deux de mes
divisions ont t prises; dans deux heures vous verrez les Franais.

Le comte de Valmy se porta sur Provins, avec le duc de Reggio; le duc de
Tarente sur Donnemarie.

Le duc de Bellune marcha sur Villeneuve-le-Comte. Le gnral de Wrede,
avec ses deux divisions bavaroises, y tait en position. Le gnral
Grard les attaqua et les mit en droute. Les huit ou dix mille hommes
qui composaient le corps bavarois taient perdus, si le gnral
L'hritier, qui commande une division de dragons, avait charg comme il
le devait; mais ce gnral, qui s'est distingu dans tant d'occasions, a
manqu celle qui s'offrait  lui. L'empereur lui en a fait tmoigner
son mcontentement. Il ne l'a pas fait traduire  un conseil d'enqute,
certain que, comme  Hoff en Prusse et  Znam en Moravie, o il
commandait le dixime rgiment de cuirassiers, il mritera des loges,
et rparera sa faute.

S. M. a tmoign sa satisfaction au comte de Valmy, au gnral Treilhard
et  sa division, au gnral Grard et  son corps d'arme.

L'empereur a pass la nuit du 17 au 18 au chteau de Nangis.

Le 18,  la pointe du jour, le gnral Chteau s'est port sur
Montereau. Le duc de Bellune devait y arriver le 17 au soir. Il s'est
arrt  Salins: c'est une faute grave. L'occupation des ponts de
Montereau aurait fait gagner  l'empereur un jour, et permis de prendre
l'arme autrichienne en flagrant dlit.

Le gnral Chteau arriva devant Montereau  dix heures du matin;
mais ds neuf heures le gnral Bianchi, commandant le premier corps
autrichien, avait pris position avec deux divisions autrichiennes et
la division wurtembergeoise, sur les hauteurs en avant de Montereau,
couvrant les ponts et la ville. Le gnral Chteau l'attaqua; n'tant
pas soutenu par les autres divisons du corps d'arme, il fut repouss.
Le sieur Lecouteulx, qui avait t envoy le matin en reconnaissance,
ayant eu son cheval tu, a t pris. C'est un intrpide jeune homme.

Le gnral Grard soutint le combat pendant toute la matine. L'empereur
s'y porta au galop. A deux heures aprs-midi, il fit attaquer le
plateau. Le gnral Pajol, qui marchait par la route de Melun, arriva
sur ces entrefaites, excuta une belle charge, culbuta l'ennemi et le
jeta dans la Seine et dans l'Yonne. Les braves chasseurs du septime
dbouchrent sur les ponts, que la mitraille de plus de soixante pices
de canon empcha de faire sauter, et nous obtnmes le double rsultat
de pouvoir passer les ponts au pas de charge, de prendre quatre mille
hommes, quatre drapeaux, six pices de canon, et de tuer quatre  cinq
mille hommes  l'ennemi.

Les escadrons de service de la garde dbouchrent dans la plaine.
Le gnral Duhesme, officier d'une rare intrpidit et d'une longue
exprience, dboucha sur le chemin de Sens; l'ennemi fut pouss dans
toutes les directions, et notre arme dfila sur les ponts. La vieille
garde n'eut qu' se montrer: l'ardeur des troupes du gnral Grard et
du gnral Pajol l'empcha de participer  l'affaire.

Les habitans de Montereau n'taient pas rests oisifs; des coups de
fusil tirs par les fentres augmentrent les embarras de l'ennemi.
Les Autrichiens et les Wurtembergeois jetrent leurs armes. Un gnral
wurtembergeois a t tu. Un gnral autrichien a t pris, ainsi que
plusieurs colonels, parmi lesquels se trouve le colonel du rgiment de
Collordo, pris avec son tat-major et son drapeau.

Dans la mme journe, les gnraux Charpentier et Alix dbouchrent
de Melun, traversrent la fort de Fontainebleau et en chassrent les
cosaques et une brigade autrichienne. Le gnral Alix arriva  Moret.

Le duc de Tarente arriva devant Bray.

Le duc de Reggio poursuivit les partis ennemis de Provins sur Nogent.

Le gnral de brigade Montbrun, qui avait t charg avec dix-huit cents
hommes, de dfendre Moret et Fontainebleau, les avait abandonns et
s'tait retir sur Essonne. Cependant la fort de Fontainebleau pouvait
tre dispute pied  pied.

Le major-gnral a ordonn la suspension du gnral Montbrun et l'a
envoy devant un conseil d'enqute.

Une perte qui a sensiblement affect l'empereur est celle du gnral
Chteau. Ce jeune officier, qui donnait les plus grandes esprances, a
t bless mortellement sur le pont de Montereau, o il tait avec
les tirailleurs. S'il meurt, et le rapport des chirurgiens donne peu
d'espoir, il mourra du moins accompagn des regrets de toute l'arme,
mort digne d'envie et bien prfrable  l'existence, pour tout militaire
qui ne la conserverait qu'en survivant  sa rputation, et en touffant
les sentimens que doivent lui inspirer dans ces grandes circonstances la
dfense de la patrie et l'honneur du nom franais.

Le palais de Fontainebleau a t conserv. La gnral autrichien
Hardeck, qui est entr dans la ville, y avait plac des sentinelles pour
le dfendre des excs des cosaques, qui sont cependant parvenus  piller
des portiers et  enlever des couvertures dans les curies. Les habitans
ne se plaignent point des Autrichiens, mais de ces Tartares, monstres
qui dshonorent le souverain qui les emploie et les armes qui les
protgent. Ces brigands sont couverts d'or et de bijoux. On a trouv
jusqu' huit et dix montres sur ceux que les soldats et les paysans ont
tus: ce sont de vritables voleurs de grands chemins.

L'empereur a rencontr dans sa marche les gardes nationales de Brest et
du Poitou. Il les a passes en revue: Montrez, leur dit-il, de quoi
sont capables les hommes de l'Ouest; ils furent de tout temps les
fidles dfenseurs de leur pays, et les plus fermes appuis de la
monarchie.

S. M. a pass la nuit du 19 au chteau de Surville, situ sur les
hauteurs de Montereau.

Les habitans se plaignent beaucoup des vexations du prince royal de
Wurtemberg.

Ainsi, l'arme de Schwartzenberg se trouve entame par la dfaite de
Kleist, ce corps en ayant toujours fait partie, par la dfaite
de Wittgenstein, par celle du corps bavarois, de la division
wurtembergeoise et du corps du gnral Bianchi.

L'empereur a accord aux trois divisions de la vieille garde  cheval
cinq cents dcorations de la lgion-d'honneur; il en a accord galement
 la vieille garde  pied. Il en a donn cent  la cavalerie du gnral
Treilhard, et un pareil nombre  celle du gnral Milhaud.

On a recueilli une grande quantit de dcorations de Saint-Georges, de
Saint-Wladimir, de Sainte-Anne, prises sur les hommes qui couvrent les
diffrens champs de bataille.

Notre perte dans les combats de Nangis et de Montereau ne s'lve pas
 plus quatre cents hommes tus ou blesss, ce qui, quoique
invraisemblable, est pourtant l'exacte vrit.

La ville d'pernay ayant eu connaissance des succs de notre arme, a
sonn le tocsin, barricad ses rues, refus le passage  une colonne de
deux mille hommes et fait des prisonniers. Que cet exemple soit imit
partout, et il est  prsumer que bien peu d'hommes des armes ennemies
repasseront le Rhin.

Les villes de Guise et de Saint-Quentin ont aussi ferm leurs portes et
dclar qu'elles ne les ouvriraient que s'il se prsentait devant elles
des forces suffisantes et de l'infanterie. Elles n'ont pas fait comme
Reims, qui a eu la faiblesse d'ouvrir ses portes  cent cinquante
cosaques, et qui, pendant huit jours, les a compliments et bien
traits. Nos annales conserveront le souvenir des populations qui ont
manqu  ce qu'elles devaient  elles-mmes et  l'honneur. Elles
exalteront, au contraire, celles qui, comme Lyon, Chalons-sur-Sane,
Tournus, Sens, Saint-Jean-de-Losne, Vitry, Chlons-sur-Marne, ont pay
leurs dettes envers la patrie, et se sont souvenues de ce qu'exigeait
la gloire du nom franais. La Franche-Comt, les Vosges et l'Alsace ne
l'oublieront pas au moment du mouvement rtrograde des allis. Le duc de
Castiglione, qui a runi  Lyon une arme d'lite, marche pour fermer la
retraite aux ennemis.



Le 21 fvrier 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le baron Marulaz, commandant  Besanon, crit ce qui suit:

Le 31 janvier, l'ennemi a fait une attaque du ct de Brguille, dans
la nuit; il a fait jouer sur la ville deux batteries d'obusiers et de
canons, et il a tent une attaque sur le fort de Chandonne: il a partout
t repouss, aux cris de _vive l'empereur_. Il a perdu plus de douze
cents hommes. Quelque part que l'ennemi se prsente, nous sommes en
mesure de le bien recevoir.

Tous les cosaques qui s'taient rpandus jusqu' Orlans, se reploient
en toute hte. Partout les paysans les poursuivent, et prennent et tuent
un grand nombre. A Nogent, ces Tartares, qui n'ont rien d'humain, ont
incendi des granges, auxquelles ils mettaient le feu  la main. Les
habitans tant sortis pour venir l'teindre, les cosaques les ont
chargs et ont rallum le feu. Dans un village de l'Yonne, les cosaques
s'amusant  incendier une belle ferme, le tocsin sonna, et les habitans
en jetrent une trentaine dans les flammes.

L'empereur Alexandre a couch le 17  Bray; il avait fait marquer son
quartier-gnral pour le jour suivant  Fontainebleau. L'empereur
d'Autriche n'a pas quitt Troyes.

L'empereur Napolon a eu le 20 au soir son quartier-gnral  Nogent.

Toute l'arme entire se dirige sur Troyes.

Le gnral Grard est arriv avec son corps et la division de
cavalerie du gnral Roussel,  Sens; il a son avant-garde 
Villeneuve-l'Archevque. L'avant-garde du duc de Reggio est  moiti
chemin de Nogent  Troyes,  Chtres et  Mesgrigny; celle du duc de
Tarente est  Pavillon. Le duc de Raguse est  Szanne, observant les
mouvemens du gnral Wintzingerode, qui, ayant quitt Soissons, s'est
port par Reims sur Chlons, pour se runir au dbris de gnral
Blcher. Le duc de Raguse tomberait sur son flanc gauche s'il
s'engageait de nouveau.

Soissons est une place  l'abri d'un coup de main. Le gnral
Wintzingerode,  la tte de quatre  cinq mille hommes de troupes
lgres, la somma de se rendre. Le gnral Rusca rpondit comme il
devait. Wintzingerode mit ses douze pices de canon en batterie;
malheureusement le premier coup tua le gnral Rusca. Mille hommes de
gardes nationales taient la seule garnison qu'il y et dans la place;
ils s'pouvantrent, et l'ennemi entra  Soissons, o il commit toutes
les horreurs imaginables. Les gnraux qui se trouvaient dans la place,
et qui devaient prendre le commandement  la mort du gnral Rusca,
seront traduits  un conseil d'enqute; car cette ville ne devait pas
tre prise.

Le duc de Trvise  roccup Soissons le 19, et en a rorganis la
dfense.

Le gnral Vincent crit de Chteau-Thierry que deux cent cinquante
coureurs ennemis tant revenus  Fre-en-Tardenoy, M. d'Arbaud-Missun
s'est port contre eux, avec soixante chevaux du troisime rgiment des
gardes-d'honneur qu'il a runis, et avec le secours des gardes nationaux
des villages, il a battu ces coureurs, en a tu plusieurs, et a chass
le reste.

Le gnral Milhaud a rencontr l'ennemi  Saint-Martin-le Bosnay, sur
la vieille route de Nogent  Troyes. L'ennemi avait huit cents chevaux
environ. Il l'a fait attaquer par trois cents hommes, qui l'ont culbut,
lui ont fait cent soixante prisonniers, tu une vingtaine d'hommes et
pris une centaine de chevaux. Il a poursuivi l'ennemi et le poursuit
encore l'pe dans les reins.

Le duc de Castiglione part de Lyon avec un corps d'arme considrable,
compos de troupes d'lite, pour se porter en Franche-Comt et en
Suisse.

Le congrs de Chtillon continue toujours, mais l'ennemi y porte toute
espce d'entraves. Les cosaques arrtent  chaque pas les courriers, et
leur font faire des dtours tels, que, quoiqu'on ne soit qu' trente
lieues de Chtillon en ligne droite, les courriers n'arrivent qu'aprs
quatre  cinq jours de course. C'est la premire fois qu'on viole ainsi
le droit des gens. Chez les nations les moins civilises, les courriers
des ambassadeurs sont respects, et aucun empchement n'est mis aux
communications des ngociateurs avec leur gouvernement.

Les habitans de Paris devaient s'attendre aux plus grands malheurs, si,
l'ennemi parvenant  leurs portes, ils lui eussent livr leur ville sans
dfense. Le pillage, la dvastation et l'incendie auraient fini les
destines de cette belle capitale.

Le froid est extrmement vif. Cette circonstance a t favorables  nos
ennemis, puisqu'elle leur a permis d'vacuer leur artillerie et leurs
bagages par tous les chemins. Sans cela, plus de la moiti de leurs
voitures seraient tombes en notre pouvoir.



Le 24 fvrier 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'empereur s'est rendu le 22,  deux heures aprs midi, dans la petite
ville de Mery-sur-Seine.

Le gnral Boyer a attaqu  Mery les dbris des corps des gnraux
Blcher, Sacken et Yorck, qui avaient pass l'Aube pour rejoindre
l'arme du prince de Schwartzenberg  Troyes. Le gnral Boyer a pouss
l'ennemi au pas de charge, l'a culbut et s'est empar de la ville.
L'ennemi, dans sa rage, y a mis le feu avec tant de rapidit, qu'il a
t impossible de traverser l'incendie pour le poursuivre. Nous avons
fait une centaine de prisonniers.

Du 22 au 23, l'empereur a eu son quartier-gnral au petit bourg de
Chtres.

Le 23, le prince Wenzel-Lichtenstein est arriv au quartier-gnral. Ce
nouveau parlementaire tait envoy par le prince Schwartzenberg pour
proposer un armistice.

Le gnral Milhaud, commandant la cavalerie du cinquime corps, a fait
prisonniers deux cents hommes  cheval, entre Pavillon et Troyes.

Le gnral Grard, parti de Sens et marchant par
Ville-neuve-l'Archevque, Villemont et Saint-Liebaut, a rencontr
l'arrire-garde du prince Maurice de Lichtenstein, lui a pris six pices
de canon et six cents hommes monts, qui ont t entours par la brave
division de cavalerie du gnral Roussel.

Le 23, nos troupes investissaient Troyes de tous cts. Un aide-de-camp
russe est venu aux avant-postes, pour demander le temps d'vacuer la
ville, sans quoi elle serait brle. Cette considration a arrt les
mouvemens de l'empereur.

La ville a t vacue dans la nuit, et nous y sommes entrs ce matin.

Il est impossible de se faire une ide des vexations auxquelles les
habitans ont t en proie pendant les dix-sept jours de l'occupation
de l'ennemi. On se peindrait aussi difficilement l'enthousiasme et
l'exaltation des sentimens qu'ils ont montrs  l'arrive de l'empereur.
Une mre qui voit ses enfans arrachs  la mort, des esclaves qui voient
briser leurs fers aprs la captivit la plus cruelle, n'prouvent pas
une joie plus vive que celle que les habitans de Troyes ont manifeste.
Leur conduite a t honorable et digne d'loges. Le thtre a t
ouvert tous les soirs, mais aucun homme, aucune femme, mme des classes
infrieures, n'a voulu y paratre.

Le sieur Gau, ancien migr, et le sieur Viderange, ancien
garde-du-corps, se sont prononcs en faveur de l'ennemi, et ont port
la croix de Saint-Louis. Ils ont t traduits devant une commission
prvtale et condamns  mort. Le premier a subi son jugement; le
deuxime a t condamn par contumace.

La population entire demande  marcher. Vous aviez bien raison,
s'criaient les habitans, en entourant l'empereur, de nous dire de
nous lever en masse. La mort est prfrable aux vexations, aux mauvais
traitemens, aux cruauts que nous avons prouvs pendant dix-sept
jours.

Dans tous les villages, les habitans sont en armes; ils font partout
main-basse sur les ennemis qu'ils rencontrent. Les hommes isols, les
prisonniers se prsentent d'eux-mmes aux gendarmes, qu'ils ne regardant
plus comme des gardiens, mais comme des protecteurs.

Le gnral Vincent crit de Chteau-Thierry, le 22, que l'ennemi ayant
voulu frapper des rquisitions sur les communes de Bazzy, Passi et
Vincelle, les gardes nationaux se sont runis et ont repouss l'ennemi,
aprs lui avoir pris et bless plusieurs hommes. Le mme gnral crit
 la mme date, qu'un parti de cavalerie russe et prussienne s'tant
approch de Chteau-Thierry, il l'a fait attaquer par un dtachement du
troisime rgiment des gardes-d'honneur, command par le chef d'escadron
d'Andlaw, et soutenu par les gardes nationales de Chteau-Thierry, et
des communes de Blesmes et Cruzensi. L'ennemi a t chass et mis en
droute; douze cosaques et quatorze chevaux ont t pris. Les gardes
nationaux taient  la recherche du reste de cette troupe, qui
s'est sauve dans les bois. S. M. a accord trois dcorations de
la lgion-d'honneur au dtachement du troisime rgiment des
gardes-d'honneur, et un pareil nombre aux gardes nationaux.

Le comte de Valmy s'est dirig, aujourd'hui 24, sur Bar-sur-Seine.
Arriv  Saint-Paar, il a trouv l'arrire-garde du gnral Giulay, l'a
fait charger, l'a mise en droute et lui a fait douze cents prisonniers.
Il est probable que le comte de Valmy sera ce soir  Bar-sur-Seine.

Le gnral Grard est parti du pont de la Guillotire, soutenu par le
duc de Reggio; il s'est port sur Lusigny, et a pass la Barce. Le
gnral Duhesme a pris position  Montieramey, prs Vandoeuvre.

Le comte Flahaut, aide-de-camp de l'empereur Napolon, le comte
Ducca, aide-de-camp de l'empereur d'Autriche, le comte Schouvaloff,
aide-de-camp de l'empereur de Russie, et le gnral de Rauch, chef du
corps du gnie du roi de Prusse, sont runis  Lusigny, pour traiter des
conditions d'une suspension d'armes.

Ainsi, dans la journe du 24, la capitale de la Champagne a t
dlivre, et nous avons fait environ deux mille prisonniers, dont un bon
nombre d'officiers. On a de plus trouv dans les hpitaux de la ville un
millier de blesss, officiers et soldats, abandonns par l'ennemi.



Le 27 fvrier 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 26, le quartier-gnral tait  Troyes.

Le duc de Reggio tait  Bar-sur-Aube, avec le gnral Grard, et le
second corps de cavalerie, command par le comte de Valmy.

Le duc de Tarente avait son quartier-gnral  Mussy-l'Evque, et ses
avant-postes  Chtillon; il marchait sur l'Aube et sur Clairvaux.

Le duc de Castiglione, qui a sous ses ordres une arme de quarante mille
hommes, dont une grande partie se compose de troupes d'lite, tait en
mouvement.

Le gnral Marchand tait  Chambry, le gnral Dessaix sous les murs
de Genve, et le gnral Meusnier tait entr  Mcon.

Bourg et Nantua taient galement en notre pouvoir; le gnral
autrichien Bubna, qui avait menac Lyon, tait en retraite de tous
cts; ds le 20, on valuait sa perte, sur diffrens points,  quinze
cents hommes, dont six cents prisonniers.

Le prince de la Moskwa est  Arcis-sur-Aube, le duc de Bellune  Plancy,
le duc de Padoue  Nogent; on marchait sur les derrires des corps de
Blcher, Sacken, Yorck et Kleist, qui avaient reu des renforts de
Soissons, et qui manoeuvraient sur le corps du duc de Raguse, qui se
trouvait  la Fert-Gaucher.

Le gnral Duhesme a enlev Bar-sur-Aube  la baonnette, et en faisant
des prisonniers, parmi lesquels sont plusieurs officiers bavarois.



Le 5 mars 1814.

_A S.M. l'impratrice-reine et rgente._

S.M. l'empereur et roi avait, le 5, son quartier-gnral  Bery-le-Bac,
sur l'Aisne.

L'arme ennemie de Blcher, Sacken, Yorck, Winzingerode et de Bulow
tait en retraite; sans la trahison du commandant de la ville de
Soissons, qui a livr ses portes, cette arme tait perdue.

Le gnral Corbineau est entr, le 5,  Reims,  quatre heures du matin.

Nous avons battu l'ennemi aux combats de Lisy-sur-Ourcq et de May.

Le rsultat des diverses affaires, est: quatre mille prisonniers, six
cents voitures de bagages, plusieurs pices de canon, et la dlivrance
de la ville de Reims.



Craonne, le 7 mars 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Il y a eu aujourd'hui ici une bataille trs-glorieuse pour les armes
franaises.

S. M. l'empereur et roi a battu les corps des gnraux ennemis
Witzingerode, Woronzoff et Langeron, runis aux dbris du corps du
gnral Sacken.

Nous avons dj deux mille prisonniers et plusieurs pices de canon.

Notre arme est  la poursuite de l'ennemi sur la route de Laon.



Le 9 mars 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

L'arme du gnral Blcher, compose des dbris des corps des gnraux
Sacken, Kleist et Yorck, se retira, aprs les batailles de Montmirail
et de Vauchamp, par Reims, sur Chlons. Elle y reut les deux dernires
divisions du corps du gnral Langeron, qui taient encore restes
devant Mayence, et elle y reforma ses cadres. Sa perte avait t telle,
qu'elle fut oblige de les rduire  moiti, quoiqu'il lui ft arriv
plusieurs convois de recrues de ses rserves.

L'arme dite du nord, compose de quatre divisions russes, sous les
ordres des gnraux Witzingerode, Woronzoff et Strogonow, et d'une
division prussienne sous les ordres du gnral Bulow, remplaait, 
Chlons et  Reims, l'arme de Silsie.

Celle-ci passa l'Aube  Arcis, pendant que le prince de Schwartzenberg
bordait la droite de la Seine, et, par suite des combats de Nangis et de
Montereau, vacuait tout le pays entre la Seine et l'Yonne.

Le 22 fvrier, le gnral Blcher se prsenta devant Mry. Il avait dj
pass le pont lorsque le gnral de division Boyer marcha sur lui  la
baonnette, le culbuta et le rejeta de l'autre ct de la rivire; mais
l'ennemi mit le feu au pont et  la petite ville de Mry, et l'incendie
fut si violent, que pendant quarante-huit heures il fut impossible de
passer.

Le 24, le corps du duc de Reggio se porta sur Vandoeuvre, et celui du
duc de Tarente sur Bar-sur-Seine.

Il parat que l'arme de Silsie s'tait porte sur la gauche de l'Aube,
pour se runir  l'arme autrichienne et donner une bataille gnrale;
mais l'ennemi ayant renonc  ce projet, le gnral Blcher repassa
l'Aube le 24, et se porta sur Szanne.

Le duc de Raguse observa ce corps, retarda sa marche, et se retira
devant lui sans prouver aucune perte. Il arriva le 25  la
Fert-Gaucher, et fit le 26,  la Fert-sous-Jouarre, sa jonction avec
le duc de Trvise, qui observait la droite de la Marne et les corps de
l'arme dite du nord qui taient  Chlons et  Reims.

Le 27, le gnral Sacken se porta sur Meaux, et se prsenta au pont
plac  la sortie de Meaux sur le chemin de Nangis, qui avait t
coup. Il fut reu avec de la mitraille. Quelques-uns de ses coureurs
s'avancrent jusqu'au pont de Lagny.

Cependant l'empereur partit de Troyes le 27, coucha le mme jour au
village d'Herbisse, le 28 au chteau d'Esternay, et le 1er mars 
Jouarre.

L'arme de Silsie se trouvait ainsi fortement compromise; Elle n'eut
d'autre parti  prendre que de passer la Marne. Elle jeta trois ponts,
et se porta sur l'Ourcq.

Le gnral Kleist passa l'Ourcq et se portait sur Meaux par Varde. Le
duc de Trvise le rencontra le 28 en position au village de Gu--Trme,
sur la rive gauche de la Trouenne. Il l'aborda franchement. Le gnral
Christiani, commandant une division de vieille garde, s'est couvert de
gloire. L'ennemi a t pouss l'pe dans les reins pendant plusieurs
lieues. On lui a pris quelques centaines d'hommes, et un grand nombre
est rest sur le champ de bataille.

Dans le mme temps, l'ennemi avait pass l'Ourcq  Lisy. Le duc de
Raguse le rejeta sur l'autre rive.

Le mouvement de retraite de l'arme de Blcher fut prononc. Tout filait
sur la Fert-Milon et Soissons.

L'empereur partit de la Fert-sous-Jouarre le 3; son avant-garde fut le
mme jour  Rocourt.

Les ducs de Raguse et de Trvise poussaient l'arrire-garde ennemie; ils
l'attaqurent vivement le 3  Neuilly-Saint-Front.

L'empereur arriva de bonne heure le 4  Fismes. On fit des prisonniers
et l'on prit beaucoup de voitures de bagages.

La ville de Soissons tait arme de vingt pices de canon et en tat
de se dfendre. Le duc de Raguse et le duc de Trvise se portrent sur
cette ville pour y passer l'Aisne, tandis que l'empereur marchait sur
Mezy. L'arme ennemie tait dans la position la plus dangereuse; mais
le gnral qui commandait  Soissons, par une lchet qu'on ne saurait
dfinir, abandonna la place le 3,  quatre heures aprs midi, par une
capitulation soi-disant honorable, en ce que l'ennemi lui permettait de
sortir de la ville avec ses troupes et son artillerie, et se retira
avec la garnison et son artillerie sur Villers-Cotterets. Au moment o
l'arme ennemie se croyait perdue, elle apprit que le pont de Soissons
lui appartenait et n'avait pas mme t coup. Le gnral qui commandait
dans cette place et les membres du conseil de dfense sont traduits 
une commission d'enqute. Ils paraissent d'autant plus coupables, que
pendant toutes les journes du 2 et du 3, on avait entendu de la ville
la canonnade de notre arme qui se rapprochait de Soissons, et qu'un
bataillon de la Vistule qui tait dans la place, et qui ne la quitta
qu'en pleurant, donnait les plus grands tmoignages d'intrpidit.

Le gnral Corbineau, aide-de-camp de l'empereur, et le gnral de
cavalerie Laferrire s'taient ports sur Reims, o ils entrrent le 5 
quatre heures du matin, en tournant un corps ennemi de quatre bataillons
qui couvrait la ville, et dont les troupes furent faites prisonnires.
Tout ce qui se trouvait dans Reims fut pris.

Le 5, l'empereur coucha  Bery-au-Bac. Le gnral Nansouty passa de vive
force le pont de Bery, mit en droute une division de cavalerie qui le
couvrait, s'empara de ses deux pices de canon, et prit trois cents
cavaliers, parmi lesquels s'est trouv le colonel prince Gagarin, qui
commandait une brigade.

L'arme ennemie s'tait divise en deux parties. Les huit divisions
russes de Sacken et de Witzingerode avaient pris position sur les
hauteurs de Craonne, et les corps prussiens sur les hauteurs de Laon.

L'empereur vint coucher le 6  Corbeni. Les hauteurs de Craonne furent
attaques et enleves par deux bataillons de la garde. L'officier
d'ordonnance Caraman, jeune officier d'esprance,  la tte d'un
bataillon, tourna la droite. Le prince de la Moskowa marcha sur la ferme
d'Urtubie. L'ennemi se retira, et prit position sur une hauteur, qu'on
reconnut le 7  la pointe du jour. C'est ce qui donna lieu  la bataille
de Craonne.

Cette position tait trs-belle, l'ennemi ayant sa droite et sa gauche
appuyes  deux ravins, et un troisime ravin devant lui. Il dfendait
le seul passage, d'une centaine de toises de largeur, qui joignait sa
position au plateau de Craonne.

Le duc de Bellune se porta, avec deux divisions de la jeune garde, 
l'abbaye de Vauclerc, o l'ennemi avait mis le feu. Il l'en chassa, et
passa le dfil que l'ennemi dfendait avec soixante pices de canon. Le
gnral Drouot le franchit avec plusieurs batteries. Au mme instant,
le prince de la Moskowa passa le ravin de gauche et dbouchait sur la
droite de l'ennemi. Pendant une heure, la canonnade fut trs-forte. Le
gnral Grouchy, avec sa cavalerie, dboucha. Le gnral Nansouty, avec
deux divisions de cavalerie, passa le ravin sur la droite de l'ennemi.
Une fois le dfil franchi et l'ennemi forc dans sa position, il fut
poursuivi pendant quatre lieues, et canonn par quatre-vingts pices de
canon  mitraille; ce qui lui a caus une trs-grande perte. Le plateau
par lequel il se retirait ayant toujours des ravins  droite et 
gauche, la cavalerie ne put le dborder et l'entamer.

L'empereur porta son quartier-gnral  Bray.

Le lendemain 8, nous avons poursuivi l'ennemi jusqu'au del du dfil
d'Urcel, et le jour mme nous sommes entrs  Soissons, o il a laiss
un quipage de pont.

La bataille de Craonne est extrmement glorieuse pour nos armes.
L'ennemi y a perdu six gnraux; il value sa perte de cinq  six mille
hommes. La ntre a t de huit cents hommes tus ou blesss.

Le duc de Bellune a t bless d'une balle. Le gnral Grouchy,
ainsi que le gnral Laferrire, officier de cavalerie d'une grande
distinction, ont galement t blesss en dbouchant  la tte de leurs
troupes.

Le gnral Belliard a pris le commandement de la cavalerie.

Le rsultat de toutes ces oprations est une perte pour l'ennemi de dix
 douze mille hommes, et d'une trentaine de pices de canon.

L'intention de l'empereur est de manoeuvrer avec l'arme sur l'Aisne.



Le 12 mars 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le lendemain de la bataille de Craonne (le 8), l'ennemi fut poursuivi
par le prince de la Moskowa jusqu'au village d'touvelles. Le gnral
Voronzoff, avec sept ou huit mille hommes, gardait cette position,
qui tait trs-difficile  aborder, parce que la route qui y conduit
chemine, pendant une lieue, entre deux marais impraticables.

Le baron Gourgault, premier officier d'ordonnance de S. M., et officier
d'un mrite distingu, partit  onze heures du soir de Chavignon avec
deux bataillons de la vieille garde, tourna la position, et se porta par
Challevois sur Chivi. Il arriva  une heure du matin sur l'ennemi, qu'il
aborda  la baonnette. Les Russes furent rveills par les cris de
_vive l'empereur!_ et poursuivis jusqu' Laon. Le prince de la Moskowa
dboucha par le dfil.

Le lendemain 9,  la pointe du jour, on reconnut l'ennemi, qui s'tait
runi aux corps prussiens. La position qu'il occupait tait telle, qu'on
la jugea inattaquable. On prit position.

Le duc de Raguse, qui avait couch le 8  Corbeni, parut  deux heures
aprs midi  Veslud, culbuta l'avant-garde ennemie, attaqua le village
d'Athies, qu'il enleva, et eut des succs pendant toute la journe. A
six heures et demie, il prit position. A sept heures, l'ennemi fit un
_houra_ de cavalerie  une lieue sur les derrires, o le duc de Raguse
avait un parc de rserve. Le duc de Raguse s'y porta vivement; mais
l'ennemi avait eu le temps d'enlever dans ce parc quinze pices de
canon. Une grande partie du personnel s'est sauve.

Le mme jour, le gnral Charpentier, avec sa division de jeune garde,
enleva le village de Clacy. Le lendemain, l'ennemi attaqua sept fois ce
village, et sept fois il fut repouss. Le gnral Charpentier fit quatre
cents prisonniers. L'ennemi laissa les avenues couvertes de ses morts.
Le quartier-gnral de l'empereur a t, le 9 et le 10,  Chavignon.

S. M. jugeant qu'il tait impossible d'attaquer les hauteurs de Laon, a
port le 11 son quartier-gnral  Soissons. Le duc de Raguse a occup
le mme jour Bery-au-Bac.

Le gnral Corbineau se louait  Reims du bon esprit de ses habitans.

Le 7,  onze heures du matin, le gnral Saint-Priest, commandant une
division russe, s'est prsent devant la ville de Reims, et l'a somme
de se rendre. Le gnral Corbineau lui a rpondu avec du canon. Le
gnral Defrance arrivait alors avec sa division de gardes-d'honneur. Il
fit une belle charge et chassa l'ennemi. Le gnral Saint-Priest a fait
mettre le feu  deux grandes manufactures et  cinquante maisons de
la ville qui se trouvent hors de son enceinte, conduite digne d'un
transfuge; de tout temps, les transfuges furent les plus cruels ennemis
de leur patrie.

Soissons a beaucoup souffert; les habitans se sont conduits de la
manire la plus honorable. Il n'est point d'loges qu'ils ne donnent au
rgiment de la Vistule, qui formait leur garnison; il n'est pas d'loges
que le rgiment de la Vistule ne fasse des habitans. S. M. a accord 
ce brave corps trente dcorations de la lgion-d'honneur.

Le plan de campagne de l'ennemi parat avoir t une espce de _houra_
gnral sur Paris. Ngligeant toutes les places de Flandres, et
n'observant Berg-op-Zoom et Anvers qu'avec des troupes infrieures en
nombre de moiti aux garnisons de ces villes, l'ennemi a pntr
sur Avesnes. Ngligeant les places des Ardennes, Mzires, Rocroy,
Philippeville, Givet, Charlemont, Montmdy, Maestricht, Venloo, Juliers,
il a pass par des chemins impraticables, pour arriver sur Avesnes et
Rethel. Ces places communiquent ensemble, ne sont pas observes, et
leurs garnisons inquitent fortement les derrires de l'ennemi. Au mme
instant o le gnral Saint-Priest brlait Reims, son frre tait arrt
par les habitans et conduit prisonnier  Charlemont. Ngligeant toutes
les places de la Meuse, l'ennemi s'tait avanc par Bar et Saint-Dizier.
La garnison de Verdun est venue jusqu' Saint-Mihiel. Auprs de Bar, un
gnral russe rest quelques momens, avec une quinzaine d'hommes, aprs
le dpart de sa troupe, a t tu, ainsi que son escorte, par les
paysans, en reprsailles des atrocits qu'il avait ordonnes. Metz
pousse ses sorties jusqu' Nancy. Strasbourg et les autres places de
l'Alsace n'tant observes que par quelques partis, on y entre, on en
sort librement, et les vivres y arrivent en abondance. Les troupes de
la garnison de Mayence vont jusqu' Spire. Les dpartemens s'tant
empresss de complter les cadres des bataillons qui sont dans toutes
ces places, o on les a arms, quips et exercs, on peut dire qu'il y
a plusieurs armes sur les derrires de l'ennemi. Sa position ne peut
que devenir tous les jours plus dangereuse. On voit, par les rapports
que l'on a intercepts, que les rgimens de cosaques dont la force tait
de deux cent cinquante hommes, en ont perdu plus de cent vingt, sans
avoir t  aucune action, mais par la guerre que leur ont faite les
paysans.

Le duc de Castiglione manoeuvre sur le Rhne, dans le dpartement de
l'Ain et dans la Franche-Comt. Les gnraux Dessaix et Marchand ont
chass l'ennemi de la Savoie. Quinze mille hommes passent les Alpes pour
venir renforcer le duc de Castiglione.

Le vice-roi a obtenu de grands succs a Borghetto, et a repouss
l'ennemi sur l'Adige.

Le gnral Grenier, parti de Plaisance le 2 mars, a battu l'ennemi sur
Parme, et l'a jet au-del du Taro.

Les troupes franaises qui occupaient Rome, Civita-Vecchia, la Toscane,
entrent en Pimont pour passer les Alpes.

L'exaspration des populations entires s'accrot chaque jour dans la
proportion des atrocits que commettent ces hordes, plus barbares
encore que leurs climats, qui dshonoreraient l'espce humaine, et dont
l'existence militaire a pour mobile, au lieu de l'honneur, le pillage et
tous les crimes.

Les confrences de Lusigny, pour la suspension d'armes, ont chou. On
n'a pu s'arranger sur la ligne de dmarcation. On tait d'accord sur
les points d'occupation au nord et  l'est; mais l'ennemi a voulu,
non-seulement tendre sa ligne sur la Sane et le Rhne, mais en
envelopper la Savoie. On a rpondu  cette injuste prtention, en
proposant d'adopter pour cette partie le _statu quo,_ et de laisser le
duc de Castiglione et le comte Bubna se rgler sur la ligne de leurs
avant-postes. Cette proposition a t rejete. Il a donc fallu
renoncer  une suspension d'armes de quinze jours, qui offrait plus
d'inconvniens que d'avantages. L'empereur n'a pas cru, d'ailleurs,
avoir le droit de remettre de nombreuses populations sous le joug de fer
dont elles avaient t dlivres. Il n'a pu consentir  abandonner nos
communications avec l'Italie, que l'ennemi avait essay tant de fois
et vainement d'intercepter, lorsque nos troupes n'taient pas encore
runies.

Le temps a t constamment trs-froid. Les bivouacs sont fort durs dans
cette saison; mais on en a ressenti galement les souffrances de part et
d'autre. Il parait mme que les maladies font des ravages dans l'arme
ennemie, tandis qu'il y eu a fort peu dans la ntre.



Le 14 mars 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le gnral Saint-Priest, commandant en chef le huitime corps russe,
tait depuis plusieurs jours en position  Chlons-sur-Marne, ayant une
avant-garde  Sillery. Ce corps, compos de trois divisions qui devaient
former dix-huit rgimens et trente-six bataillons, n'tait rellement
que de huit rgimens ou seize bataillons, faisant cinq  six mille
hommes.

Le gnral Jagow, commandant la dernire colonne de la rserve
prussienne, et ayant sous ses ordres quatre rgimens de la landwehr de
la Pomranie prussienne et des Marches, formant seize bataillons ou
sept mille hommes qui avaient t employs au sige de Torgau et de
Wittemberg, se runit au corps du gnral Saint-Priest, dont les
forces se trouvrent tre de quinze  seize mille hommes, cavalerie et
artillerie comprises.

Le gnral Saint-Priest rsolut de surprendre la ville de Reims, o
tait le gnral Corbineau,  la tte de la garde nationale et de trois
bataillons de leve en masse, avec cent hommes de cavalerie et huit
pices de canon. Le gnral Corbineau avait plac la division de
cavalerie du gnral Defrance  Chlons-sur-Vesle,  deux lieues de la
ville.

Le 12,  cinq heures du matin, le gnral Saint-Priest se prsenta aux
diffrentes portes. Il fit sa principale attaque sur la porte de Laon,
que la supriorit de son nombre lui donna le moyen de forcer. Le
gnral Corbineau opra sa retraite avec les trois bataillons de la
leve en masse et ses cent hommes de cavalerie, et se replia sur
Chlons-sur-Vesle. La garde nationale et les habitans se sont trs-bien
comports dans cette circonstance.

Le 13,  quatre heures du soir, l'empereur tait sur les hauteurs
du Moulin--Vent,  une lieue de Reims. Le duc de Raguse formait
l'avant-garde. Le gnral de division Merlin attaqua, cerna et prit
plusieurs bataillons de landwehr prussienne. Le gnral Sbastiani,
commandant deux divisions de cavalerie, se porta sur la ville. Une
centaine de pices de canon furent engages, tant d'un ct que de
l'autre. L'ennemi couronnait les hauteurs en avant de Reims. Pendant
qu'elles taient attaques, on rparait les ponts de Saint-Brice, pour
tourner la ville. Le gnral Defrance fit une superbe charge avec les
gardes d'honneur, qui se sont couverts de gloire, notamment le gnral
comte de Sgur, commandant le troisime rgiment. Ils chargrent entre
la ville et l'ennemi, qu'ils jetrent dans le faubourg, et auquel ils
prirent mille cavaliers et son artillerie.

Sur ces entrefaites, le gnral comte Krasinski ayant coup la route de
Reims  Bery-au-Bac, l'ennemi abandonna la ville, en fuyant en dsordre
de tous cts. Vingt-deux pices de canon, cinq mille prisonniers,
cent voitures d'artillerie et de bagages, sont les rsultats de cette
journe, qui ne nous a pas cot cent hommes.

La mme batterie d'artillerie lgre qui a frapp de mort le gnral
Moreau devant Dresde, a bless mortellement le gnral Saint-Priest, qui
venait  la tte des Tartares du dsert, ravager notre belle patrie.

L'empereur est entr  Reims  une heure du matin, aux acclamations
des habitans de cette grande ville, et y a plac son quartier-gnral.
L'ennemi s'est retir, partie sur Chlons, partie sur Rethel, partie sur
Laon. Il est poursuivi dans toutes ces directions.

Le dixime rgiment de hussards s'est, ainsi que le troisime rgiment
des gardes-d'honneur, particulirement distingu.

Le gnral comte de Sgur a t bless grivement, mais sans danger pour
sa vie.



Le 20 mars 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le gnral Wittgenstein, avec son corps d'arme, tait  Villenoxe. Il
avait jet des ponts  Pont, o il avait pass la Seine, et il marchait
sur Provins.

Le duc de Tarente avait runi ses troupes sur cette ville. Le 16,
l'ennemi manoeuvrait pour dborder sa gauche. Le duc de Reggio engagea
son artillerie, et toute la journe se passa en canonnade. Le mouvement
de l'ennemi paraissait se prononcer sur Provins et sur Nangis.

D'un autre ct, le prince Schwartzenberg, l'empereur Alexandre et le
roi de Prusse taient  Arcis-sur-Aube.

Le corps du prince-royal de Wurtemberg s'tait port sur
Villers-aux-Corneilles.

Le gnral Platow, avec trois mille barbares, s'tait jet sur
Fre-Champenoise et Szanne.

L'empereur d'Autriche venait d'arriver de Chaumont  Troyes.

Le prince de la Moskwa est entr le 16 a Chlons-sur-Marne.

L'empereur a couch le 17  pernay; le 18,  Fre-Champenoise, et le
19,  Plancy.

Le gnral Sbastiani,  la tte de sa cavalerie, a rencontr 
Fre-Champenoise le gnral Platow, l'a culbut et l'a poursuivi jusqu'
l'Aube, en lui faisant des prisonniers.

Le 19, aprs-midi, l'empereur a pass l'Aube  Plancy. A cinq heures du
soir, il a pass la Seine  un gu, et a fait tourner Mry, qui a t
occup.

A sept heures du soir, le gnral Letort, avec les chasseurs de la
garde, est arriv au village de Chtre, coudant la route de Nogent 
Troyes; mais l'ennemi tait dj partout en retraite. Cependant le
gnral Letort a pu atteindre son parc de pontons, qui avait servi 
faire le pont de Pont-sur-Seine; il s'est empar de tous les pontons sur
leurs haquets attels, et d'une centaine de voitures de bagages; il a
fait des prisonniers.

Dans la journe du 17, le gnral de Wrede avait rtrograd rapidement
sur Arcis-sur-Aube. Dans la nuit du 17 au 18, l'empereur de Russie
s'tait retir sur Troyes. Le 18 les souverains allis ont vacu
Troyes, et se sont ports en toute hte sur Bar-sur-Aube.

S. M. l'empereur est arriv  Arcis-sur-Aube le 20 au matin.



Boulevent, le 25 mars 1814.

_A S. M. l'impratrice-reine et rgente._

Le quartier-gnral de l'empereur est ici. L'arme franaise occupe
Chaumont, Brienne; elle est en communication avec Troyes, et ses
patrouilles vont jusqu' Langres. De tout ct, on ramne des
prisonniers.

La sant de S. M. est trs-bonne.



Le 29 mars 1814.

_A S.M. l'impratrice-reine et rgente._

Le 26 de ce mois, S.M. l'empereur a battu  Saint-Dizier, le gnral
Witzingerode, lui a fait deux mille prisonniers, lui a pris des canons
et beaucoup de voitures de bagages. Ce corps a t poursuivi trs-loin.



Le 31 mars 1814.

_A S.M. l'impratrice-reine et rgente._

Le gnral de division Br est entr  Chaumont le 25, et a ainsi coup
la ligne d'opration de l'ennemi; il a intercept beaucoup de courriers
et d'estafettes, et enlev  l'ennemi des bagages, plusieurs pices de
canon, des magasins d'habillement et une grande partie des hpitaux. Il
a t parfaitement second par les habitans de la campagne, qui sont
partout en armes et montrent la plus grande ardeur. M. le baron de
Wissemberg, ministre d'Autriche en Angleterre, revenant de Londres avec
le comte de Pulsy, son secrtaire de lgation; le lieutenant-gnral
sudois Sessiole de Brand, ministre de Sude auprs de l'empereur
de Russie, avec un major sudois; le conseiller de guerre prussien,
Peguilhen; MM. de Tolsto et de Marcof, et deux autres officiers
d'ordonnance russes, allant tous en mission aux diffrens
quartiers-gnraux des allis, ont t arrts par les leves en masse,
et conduits au quartier-gnral. L'enlvement de ces personnages, et de
leurs papiers, qui ont tous t pris, est d'une grande importance.

Le parc de l'arme russe et tous ses quipages taient  Bar-sur-Aube. A
la premire nouvelle des mouvemens de l'arme, ils ont t vacus sur
Bedfort; ce qui prive l'ennemi de ses munitions d'artillerie, de ses
transports de vivres de rserve, et de beaucoup d'autres objets qui lui
taient ncessaires.

L'arme ennemie ayant pris le parti d'oprer entre l'Aube et la Marne,
avait laiss le gnral russe Witzingerode  Saint-Dizier, avec huit
mille hommes de cavalerie et deux divisions d'infanterie, afin de
maintenir la ligne d'oprations, et faciliter l'arrive de l'artillerie,
des munitions et des vivres dont l'ennemi a le plus grand besoin.

La division de dragons du gnral Milhaud, et la cavalerie de la garde,
commande par le gnral Sbastiani, ont pass le gu de Valcoeur le 22
mars, ont march sur cette cavalerie, et, aprs de belles charges, l'ont
mise en droute. Trois mille hommes de cavalerie russe; dont beaucoup de
la garde impriale, ont t tus ou pris. Les dix-huit pices de
canon qu'avait l'ennemi, lui ont t enleves, ainsi que ses bagages.
L'ennemi, a laiss les bois et les prairies jonchs de ses morts. Tous
les corps de cavalerie se sont distingus  l'envi les uns des autres.
Le duc de Reggio a poursuivi l'ennemi jusqu' Bar-sur-Ornain, o il est
entr le 27. Le 29, le quartier-gnral de l'empereur tait  Troyes.
Deux convois de prisonniers, dont le nombre s'lve  plus de six mille
hommes, suivent l'arme.

Dans tous les villages, les habitans sont sous les armes; exasprs par
la violence, les crimes et les ravages de l'ennemi, ils lui font une
guerre acharne, qui est pour lui du plus grand danger.



Le 1er avril 1814.

L'empereur qui avait port son quartier-gnral  Troyes le 29, s'est
dirig  marches forces par Sens sur la capitale. S. M. tait le 31 
Fontainebleau; elle a appris que l'ennemi, arriv vingt-quatre heures
avant l'arme franaise, occupait Paris, aprs avoir prouv une forte
rsistance, qui lui a cot beaucoup de monde.

Les corps des ducs de Trvise, de Raguse et celui du gnral Compans,
qui ont concouru  la dfense de la capitale, se sont runis entre
Essonne et Paris, o S.M. a pris position avec toute l'arme qui arrive
de Troyes.

L'occupation de la capitale par l'ennemi est un malheur qui afflige
profondment le coeur de S.M., mais dont il ne faut pas concevoir
d'alarmes; la prsence de l'empereur avec son arme, aux portes de
Paris, empchera l'ennemi de se porter  ses excs accoutums, dans une
ville si populeuse, qu'il ne saurait garder sans rendre sa position
trs-dangereuse.



_Proclamation._

L'empereur se porte bien et veille pour le salut de tous.

S.M. l'impratrice et le roi de Rome sont en sret.

Les rois frres de l'empereur, les grands dignitaires, les ministres, le
snat et le conseil d'tat, se sont ports sur les rives de la Loire, o
le centre du gouvernement s'tablit provisoirement.

Ainsi l'action du gouvernement ne sera pas paralyse; les bons citoyens,
les vrais Franais, peuvent tre affligs de l'occupation de la
capitale; mais ils n'en doivent pas concevoir de trop vives alarmes;
qu'ils se reposent sur l'activit de l'empereur, et sur son gnie, du
soin de notre dlivrance! Mais qu'ils sentent bien que c'est dans ces
grandes circonstances que l'honneur national, et nos intrts bien
entendus, nous commandent plus que jamais de nous rallier autour de
notre souverain! Secondons ses efforts, et ne regrettons aucun sacrifice
pour terminer enfin cette lutte terrible contre des ennemis qui, non
contens de combattre nos armes, viennent encore frapper chaque citoyen
dans ce qu'il a de plus cher, et ravager ce beau pays dont la gloire
et la prosprit furent, dans tous les temps, l'objet de leur haine
jalouse.

Malgr les succs que l'arme coalise vient d'obtenir et dont elle ne
s'enorgueillira pas long-temps, le thtre de la guerre est encore loin
de nous; mais si quelques coureurs, attirs par l'espoir du pillage,
osaient se rpandre dans vos campagnes, ils vous trouveraient arms pour
dfendre _vos femmes, vos enfans, vos proprits_.



Blois, 3 avril 1814.

_Proclamation de l'impratrice-reine et rgente._

Franais,

Les vnemens de la guerre ont mis la capitale au pouvoir de l'tranger.

L'empereur, accouru pour la dfendre, est  la tte de ses armes si
souvent victorieuses.

Elles sont en prsence de l'ennemi, sous les murs de Paris. C'est de la
rsidence que j'ai choisie, et des ministres de l'empereur, qu'maneront
les seuls ordres que vous puissiez reconnatre.

Toute ville au pouvoir de l'ennemi cesse d'tre libre; toute direction
qui en mane est le langage de l'tranger, ou celui qu'il convient  ses
vues hostiles de propager.

Vous serez fidles  vos sermens, vous couterez la voix d'une princesse
qui fut remise  votre foi, qui fait sa gloire d'tre Franaise, d'tre
associe aux destines du souverain que vous avez librement choisi.

Mon fils tait moins sr de vos coeurs au temps de nos prosprits.

Ses droits et sa personne sont sous votre sauve-garde.

MARIE-LOUISE.



_Discours de Napolon  sa garde lorsqu'il apprit l'entre des allis 
Paris._

Officiers, sous-officiers et soldats de la vieille garde! l'ennemi nous
a drob trois marches, il est entr dans Paris. J'ai fait offrir 
l'empereur Alexandre une paix achete par de grands sacrifices: la
France avec ses anciennes limites, en renonant  ses conqutes, et
perdant tout ce que nous avons gagn depuis la rvolution. Non-seulement
il a refus, il a fait plus encore; par les suggestions perfides
d'hommes  qui j'ai accord la vie, que j'ai combls de bienfaits,
il les autorise  porter la cocarde blanche, et bientt il voudra la
substituer  notre cocarde nationale.... Dans peu de jours, j'irai
l'attaquer dans Paris. Je compte sur vous.... Ai-je raison? (Ici
s'levrent des cris nombreux: _vive l'empereur_, oui,  Paris, 
Paris).... Nous irons leur prouver que la nation franaise sait tre
matresse chez elle; que si elle l'a t souvent chez les autres, elle
le sera toujours sur son sol, et qu'enfin elle est capable de dfendre
sa cocarde, son indpendance et l'intgrit de son territoire. Allez
communiquer ces sentimens  vos soldats.



Fontainebleau, 4 avril 1814.

_Ordre du jour._

L'empereur remercie l'arme pour l'attachement qu'elle lui tmoigne, et
principalement parce qu'elle reconnat que la France est en lui, et
non pas dans le peuple de la capitale. Le soldat suit la fortune et
l'infortune de son gnral, son honneur et sa religion. Le duc de Raguse
n'a pas inspir ces sentimens  ses compagnons d'armes; il est pass aux
allis. L'empereur ne peut approuver la condition sous laquelle il a
fait cette dmarche; il ne peut accepter la vie ni la libert de la
merci d'un sujet. Le snat s'est permis de disposer du gouvernement
franais; il a oubli qu'il doit  l'empereur le pouvoir dont il abuse
maintenant; que c'est lui qui a sauv une partie de ses membres de
l'orage de la rvolution, tir de l'obscurit et protg l'autre
contre la haine de la nation. Le snat se fonde sur les articles de la
constitution, pour la renverser; il ne rougit pas de faire des reproches
 l'empereur, sans remarquer que, comme le premier corps de l'tat, il a
pris part  tous les vnemens. Il est all si loin qu'il a os accuser
l'empereur d'avoir chang des actes dans la publication; le monde entier
sait qu'il n'avait pas besoin de tels artifices: un signe tait un ordre
pour le snat, qui toujours faisait plus qu'on ne dsirait de lui.
L'empereur a toujours t accessible aux sages remontrances de
ses ministres, et il attendait d'eux dans cette circonstance, une
justification la plus indfinie des mesures qu'il avait prises. Si
l'enthousiasme s'est ml dans les adresses et discours publics, alors
l'empereur a t tromp; mais ceux qui ont tenu ce langage, doivent
s'attribuer  eux-mmes la suite funeste de leurs flatteries. Le snat
ne rougit pas de parler des libelles publis contre les gouvernemens
trangers; il oublie qu'ils furent rdigs dans son sein. Si long-temps
que la fortune s'est montre fidle  leur souverain, ces hommes sont
rests fidles, et nulle plainte n'a t entendue sur les abus du
pouvoir. Si l'empereur avait mpris les hommes, comme on le lui a
reproch, alors le monde reconnatrait aujourd'hui qu'il a eu des
raisons qui motivaient son mpris. Il tenait sa dignit de Dieu et de
la nation; eux seuls pouvaient l'en priver: il l'a toujours considre
comme un fardeau, et lorsqu'il l'accepta, c'tait dans la conviction que
lui seul tait  mme de la porter dignement. Son bonheur paraissait
tre sa destination: aujourd'hui, que la fortune s'est dcide contre
lui, la volont de la nation seule pourrait le persuader de rester plus
long-temps sur le trne. S'il se doit considrer comme le seul
obstacle  la paix, il fait ce dernier sacrifice  la France: il a, en
consquence, envoy le prince de la Moskwa et les ducs de Vicence et
de Tarente  Paris, pour entamer les ngociations. L'arme peut tre
certaine que son bonheur ne sera jamais en contradiction avec le bonheur
de la France.



Au palais de Fontainebleau, le 11 avril 1814.

_Acte d'abdication de l'empereur Napolon._

Les puissances allies ayant proclam que l'empereur Napolon tait
le seul obstacle au rtablissement de la paix en Europe, l'empereur
Napolon, fidle  son serment, dclare qu'il renonce, pour lui et
ses hritiers, aux trnes de France et d'Italie, et qu'il n'est aucun
sacrifice personnel, mme celui de la vie, qu'il ne soit prt  faire 
l'intrt de la France.



_Dernire allocution de Napolon  sa garde._

Gnraux, officiers, sous-officiers et soldats de ma vieille garde, je
vous fais mes adieux: depuis vingt ans, je suis content de vous; je vous
ai toujours trouvs sur le chemin de la gloire.

Les puissances allies ont arm toute l'Europe contre moi; une partie
de l'arme a trahi ses devoirs, et la France elle-mme a voulu d'autres
destines.

Avec vous et les braves qui me sont rests fidles, j'aurais pu
entretenir la guerre civile pendant trois ans; mais la France et t
malheureuse, ce qui tait contraire au but que je me suis propos.

Soyez fidles au nouveau roi que la France s'est choisi; n'abandonnez
pas notre chre patrie, trop long-temps malheureuse! Aimez-la toujours,
aimez-la bien cette chre patrie.

Ne plaignez pas mon sort; je serai toujours heureux, lorsque je saurai
que vous l'tes.

J'aurais pu mourir; rien ne m'et t plus facile; mais je suivrai sans
cesse le chemin de l'honneur. J'ai encore  crire ce que nous avons
fait.

Je ne puis vous embrasser tous; mais j'embrasserai votre gnral....
Venez, gnral.... (Il serre le gnral Petit dans ses bras.) Qu'on
m'apporte l'aigle.... (Il la baise.) Chre aigle! que ces baisers
retentissent dans le coeur de tous les braves!... Adieu, mes enfans!...
Mes voeux vous accompagneront toujours; conservez mon souvenir....




LIVRE DIXIME.

1815.



Au golfe Juan, le 1er mars 1815.

PROCLAMATION.

_Au peuple franais._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions de l'tat, empereur
des Franais, etc., etc., etc.

Franais, la dfection du duc de Castiglione livra Lyon sans dfense 
nos ennemis, l'arme dont je lui avais confi le commandement tait, par
le nombre de ses bataillons, la bravoure et le patriotisme des troupes
qui la composaient,  mme de battre le corps d'arme autrichien qui lui
tait oppos, et d'arriver sur les derrires du flanc gauche de l'arme
ennemie qui menaait Paris.

Les victoires de Champ-Aubert, de Montmirail, de Chteau-Thierry,
de Vauchamp, de Mormans, de Montereau, de Craone, de Reims,
d'Arcis-sur-Aube et de Saint-Dizier; l'insurrection des braves paysans
de la Lorraine, de la Champagne, de l'Alsace, de la Franche-Comt et
de la Bourgogne, et la position que j'avais prise sur les derrires
de l'arme ennemie, en la sparant de ses magasins, de ses parcs de
rserve, de ses convois et de tous ses quipages, l'avaient place dans
une situation dsespre. Les Franais ne furent jamais sur le point
d'tre plus puissans, et l'lite de l'arme ennemie tait perdue sans
ressource; elle et trouv son tombeau dans ces vastes contres qu'elle
avait si impitoyablement saccages, lorsque la trahison du duc de Raguse
livra la capitale et dsorganisa l'arme. La conduite inattendue de ces
deux gnraux qui trahirent  la fois leur patrie, leur prince et leur
bienfaiteur, changea le destin de la guerre. La situation dsastreuse
de l'ennemi tait telle, qu' la fin de l'affaire qui eut lieu devant
Paris, il tait sans munitions par sa sparation de ses parcs de
rserve.

Dans ces nouvelles et grandes circonstances, mon coeur fut dchir, mais
mon me resta inbranlable. Je ne consultai que l'intrt de la patrie;
je m'exilai sur un rocher au milieu des mers. Ma vie vous tait et
devait encore vous tre utile. Je ne permis pas que le grand nombre de
citoyens qui voulaient m'accompagner partageassent mon sort, je crus
leur prsence utile  la France, et je n'emmenai avec moi qu'une poigne
de braves ncessaires  ma garde.

lev au trne par votre choix, tout ce qui a t fait sans vous est
illgitime. Depuis vingt-cinq ans la France a de nouveaux intrts,
de nouvelles institutions, une nouvelle gloire, qui ne peuvent tre
garantis que par un gouvernement national et par une dynastie ne dans
ces nouvelles circonstances. Un prince qui rgnerait sur vous, qui
serait assis sur mon trne par la force des mmes armes qui ont ravag
notre territoire, chercherait en vain  s'tayer des principes du droit
fodal; il ne pourrait assurer l'honneur et les droits que d'un petit
nombre d'individus ennemis du peuple, qui, depuis vingt-cingt ans, les
a condamns dans toutes nos assembles nationales. Votre tranquillit
intrieure et votre considration extrieure seraient perdues  jamais.

Franais! dans mon exil j'ai entendu vos plaintes et vos voeux; vous
rclamez ce gouvernement de votre choix, qui seul est lgitime. Vous
accusiez mon long sommeil; vous me reprochiez de sacrifier  mon repos
les grands intrts de la patrie.

J'ai travers les mers au milieu des prils de toute espce; j'arrive
parmi vous reprendre mes droits qui sont les vtres. Tout ce que
les individus ont fait, crit ou dit depuis la prise de Paris, je
l'ignorerai toujours: cela n'influera en rien sur le souvenir que je
conserve des services importans qu'ils ont rendus; car il est des
vnemens d'une telle nature, qu'ils sont au-dessus de l'organisation
humaine.

Franais! il n'est aucune nation, quelque petite qu'elle soit, qui n'ait
eu le droit, et ne se soit soustraite au dshonneur d'obir  un prince
impos par un ennemi momentanment victorieux. Lorsque Charles VII
rentra  Paris et renversa le trne phmre de Henri V, il reconnut
tenir son trne de la vaillance de ses braves, et non d'un prince rgent
d'Angleterre.

C'est aussi  vous seuls et aux braves de l'arme, que je fais et ferai
toujours gloire de tout devoir.

NAPOLON.



Gap, le 6 mars 1815.

_Aux habitans des dpartements des Hautes et Basses-Alpes._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions de l'empire,
empereur des Franais, etc., etc., etc.

Citoyens,

J'ai t vivement touch de tous les sentimens que vous m'avez montrs;
vos voeux seront exaucs; la cause de la nation triomphera encore! Vous
avez raison de m'appeler votre pre; je ne vis que pour l'honneur et
le bonheur de la France. Mon retour dissipe toutes vos inquitudes;
il garantit la conservation de toutes les proprits; l'galit entre
toutes les classes, et les droits dont vous jouissiez depuis vingt-cinq
ans, et aprs lesquels nos pres ont tous soupir, forment aujourd'hui
une partie de votre existence.

Dans toutes les circonstances o je pourrai me trouver, je me
rappellerai toujours avec un vif intrt tout ce que j'ai vu en
traversant votre pays.

NAPOLON.



Grenoble, 9 mars 1815.

_Aux habitans du dpartement de l'Isre._

Citoyens,

Lorsque, dans mon exil, j'appris tous les malheurs qui pesaient sur la
nation, que tous les droits du peuple taient mconnus, et qu'il me
reprochait le repos dans lequel je vivais, je ne perdis pas un moment.
Je m'embarquai sur un frle navire; je traversai les mers au milieu des
vaisseaux de guerre de diffrentes nations; je dbarquai sur le sol de
la patrie, et je n'eus en vue que d'arriver avec la rapidit de l'aigle
dans cette bonne ville de Grenoble, dont le patriotisme et l'attachement
 ma personne m'taient particulirement connus.

Dauphinois, vous avez rempli mon attente.

J'ai support, non sans dchirement de coeur, mais sans abattement, les
malheurs auxquels j'ai t en proie il y a un an; le spectacle que m'a
offert le peuple sur mon passage, m'a vivement mu. Si quelques nuages
avaient pu arrter la grande opinion que j'avais du peuple franais, ce
que j'ai vu m'a convaincu qu'il tait toujours digne de ce nom de grand
peuple, dont je le saluai il y a plus de vingt ans.

Dauphinois! sur le point de quitter vos contres pour me rendre dans
ma bonne ville de Lyon, j'ai senti le besoin de vous exprimer toute
l'estime que m'ont inspire vos sentimens levs. Mon coeur est tout
plein des motions que vous y avez fait natre; j'en conserverai
toujours le souvenir.

NAPOLON.



Lyon, 13 mars 1815.

_Aux habitans de la ville de Lyon._

Lyonnais!

Au moment de quitter votre ville pour me rendre dans ma capitale,
j'prouve le besoin de vous faire connatre les sentimens que vous
m'avez inspirs. Vous avez toujours t au premier rang dans mon
affection. Sur le trne ou dans l'exil, vous m'avez toujours montr les
mmes sentimens. Ce caractre lev qui vous distingue spcialement
vous a mrit toute mon estime. Dans des momens plus tranquilles, je
reviendrai pour m'occuper de vos besoins et de la prosprit de vos
manufactures et de votre ville.

NAPOLON.



Lyon, 13 mars 1815.

_Dcret._

Napolon, etc., etc., etc.

Considrant que la chambre des pairs est compose en partie de personnes
qui ont port les armes contre la France, et qui ont intrt au
rtablissement des droits fodaux,  la destruction de l'galit entre
les diffrentes classes,  l'annullation des ventes des domaines
nationaux, et enfin  priver le peuple des droits qu'il a acquis par
vingt-cinq ans de combats contre les ennemis de la gloire nationale;

Considrant que les pouvoirs des dputs au corps lgislatif taient
expirs, et que ds-lors, la chambre des communes n'a plus aucun
caractre national; qu'une partie de cette chambre s'est rendue indigne
de la confiance de la nation, en adhrant au rtablissement de la
noblesse fodale, abolie par les constitutions acceptes par le peuple,
en faisant payer par la France des dettes contractes  l'tranger pour
tramer des coalitions et soudoyer des armes contre le peuple franais;
en donnant aux Bourbons le titre de roi lgitime, ce qui tait dclarer
rebelles le peuple franais et les armes, proclamer seuls bons Franais
les migrs qui ont dchir, pendant vingt-cinq ans, le sein de la
patrie, et viol tous les droits du peuple en consacrant le principe que
la nation tait faite pour le trne, et non le trne pour la nation.

Nous avons dcrt et dcrtons ce qui suit:

Art. 1er. La chambre des pairs est dissoute.

2. La chambre des communes est dissoute; il est ordonn  chacun des
membres convoqu, et arriv  Paris depuis le 7 mars dernier, de
retourner sans dlai dans son domicile.

3. Les collges lectoraux des dpartemens de l'empire seront runis
 Paris, dans le courant du mois de mai prochain, en _Assemble
extraordinaire du Champ-de-Mai,_ afin de prendre les mesures convenables
pour corriger et modifier nos constitutions selon l'intrt et la
volont de la Nation, et en mme temps pour assister au couronnement
de l'impratrice, notre trs-chre et bien-aime pouse, et  celui de
notre cher et bien-aim fils.

4. Notre grand-marchal, faisant fonctions de major-gnral de la grande
arme, est charg de prendre les mesures ncessaires pour la publication
du prsent dcret.

NAPOLON.



Paris, 26 mars 1815.

_Rponse de Napolon  une adresse de ses ministres._

Les sentimens que vous m'exprimez sont les miens. _Tout  la nation et
tout pour la France!_ voil ma devise.

Moi et ma famille, que ce grand peuple a levs sur le trne des
Franais, et qu'il y a maintenus malgr les vicissitudes et les temptes
politiques, nous ne voulons, nous ne devons, et nous ne pouvons jamais
rclamer d'autres titres.



_Rponse de Napolon  une adresse du conseil d'tat._

Les princes sont les premiers citoyens de l'tat. Leur autorit est plus
ou moins tendue, selon l'intrt des nations qu'ils gouvernent. La
souverainet elle-mme n'est hrditaire que parce que l'intrt des
peuples l'exige. Hors de ces principes, je ne connais pas de lgitimit.

J'ai renonc aux ides du grand empire, dont depuis quinze ans
je n'avais encore que pos les bases. Dsormais le bonheur et la
consolidation de l'empire franais seront l'objet de toutes mes penses.



_Rponse de Napolon  une adresse de la cour de cassation._

Dans les premiers ges de la monarchie franaise, des peuplades
guerrires s'emparrent des Gaules. La souverainet, sans doute, ne
fut pas organise dans l'intrt des Gaulois, qui furent esclaves ou
n'eurent aucuns droits politiques; mais elle le fut dans l'intrt de la
peuplade conqurante. Il n'a donc jamais t vrai de dire, dans aucune
priode de l'histoire, dans aucune nation, mme en Orient, que les
peuples existassent pour les rois; partout il a t consacr que les
rois n'existaient que pour les peuples. Une dynastie, _cre_ dans
les circonstances qui ont _cr_ tant de nouveaux _intrts_, ayant
_intrt_ au maintien de tous les droits et de toutes les proprits,
peut seule tre naturelle et lgitime, et avoir la confiance et la
force, ces deux premiers caractres de tout gouvernement.



_Rponse de Napolon  une adresse de la cour des comptes._

Ce qui distingue spcialement le trne imprial, c'est qu'il est lev
par la nation, qu'il est par consquent _naturel_, et qu'il garantit
tous les intrts: c'est l le vrai caractre de la lgitimit.
L'intrt imprial est de consolider tout ce qui existe et tout ce qui
a t fait en France dans vingt-cinq annes de rvolution; il comprend
tous les intrts, et surtout l'intrt de la gloire et de la nation,
qui n'est pas le moindre de tous.



_Rponse de Napolon  une adresse de la cour impriale de Paris._

Tout ce qui est revenu avec les armes trangres, tout ce qui a t
fait sans consulter la nation est nul. Les cours de Grenoble et de Lyon,
et tous les tribunaux de l'ordre judiciaire que j'ai rencontrs, lorsque
le succs des vnemens tait encore incertain, m'ont montr que ces
principes taient gravs dans le coeur de tous les Franais.



_Rponse de Napolon  une adresse du conseil municipal de la ville de
Paris._

J'agre les sentimens de ma bonne ville de Paris. J'ai mis du prix 
entrer dans ces murs  l'poque anniversaire du jour o, il y a quatre
ans, tout le peuple de cette capitale me donna des tmoignages si
touchans de l'intrt qu'il portait aux affections qui sont le plus prs
de mon coeur. J'ai d pour cela devancer mon arme, et venir seul me
confier  cette garde nationale que j'ai cre, et qui a si parfaitement
atteint le but de sa cration. J'ambitionne de m'en conserver  moi-mme
le commandement. J'ai ordonn la cessation des grands travaux de
Versailles, dans l'intention de faire tout ce que les circonstances
permettront pour achever les tablissemens commencs  Paris, qui doit
tre constamment le lieu de ma demeure et la capitale de l'empire; dans
des temps plus tranquilles, j'achverai Versailles, ce beau monument des
arts, mais devenu aujourd'hui un objet accessoire. Remerciez en mon nom
le peuple de Paris de tous les tmoignages d'affection qu'il me donne.



Au palais des Tuileries, le 25 mars 1815.

_Dcrets impriaux._

Napolon, empereur des Franais, etc., etc., etc.

Nous avons dcrt et dcrtons ce qui suit:

Art. 1er. Les biens rendus aux migrs par le dernier gouvernement
depuis le 1er avril 1814, et qu'ils auraient alins en forme lgale et
authentique avant nos dcrets du 13 du prsent mois, ne sont pas compris
dans les mesures de squestres ordonnes par lesdits dcrets, sauf aux
agens de l'enregistrement  poursuivre, sur les tiers-acqureurs, le
paiement de ce qui pourra tre d sur le prix des alinations.

2. Si quelques-unes de ces alinations, bien qu'antrieures  nos
dcrets du 13 mars prsent mois, portaient le caractre de la fraude
et de la simulation, la rgie de l'enregistrement devra en poursuivre
l'annulation devant les tribunaux ordinaires, aprs avoir rassembl tous
les documens propres  tablir la fraude.

3. Les ventes faites par les migrs dsigns aux articles prcdens,
depuis nos dcrets du 13 mars, sont dclares nulles, sauf aux
acqureurs  prouver devant nos tribunaux qu'elles ont t faites de
bonne foi.

4. Les biens que des migrs rentrs avec la famille des Bourbons
auraient acquis depuis le 1er avril 1814 ne seront point soumis au
squestre. Nanmoins, lesdit migrs seront tenus de vendre, ou mettre
hors de leurs mains ces biens, dans le dlai de deux ans.

5. Nos dcrets du 13 mars, prsent mois, seront excuts dans le surplus
de leurs dispositions non contraires aux prsentes.



Au palais des Tuileries, le 11 avril 1815.

_Au gnral Grouchy._

Monsieur le comte Grouchy, l'ordonnance du roi en date du 6 mars, et
la dclaration signe le 13  Vienne par ses ministres, pouvaient
m'autoriser  traiter le duc d'Angoulme comme cette ordonnance et cette
dclaration voulaient qu'on traitt moi et ma famille; mais constant
dans les dispositions qui m'avaient port  ordonner que les membres
de la famille des Bourbons pussent sortir librement de France, mon
intention est que vous donniez les ordres pour que le duc d'Angoulme
soit conduit  Cette, o il sera embarqu, et que vous veilliez  sa
sret et  carter de lui tout mauvais traitement. Vous aurez soin
seulement de retirer les fonds qui ont t enlevs des caisses
publiques, et de demander au duc d'Angoulme qu'il s'oblige  la
restitution des diamans de la couronne qui sont la proprit de la
nation. Vous lui ferez connatre en mme temps les dispositions des lois
des assembles nationales, qui ont t renouveles, et qui s'appliquent
aux membres de la famille des Bourbons qui entreraient sur le territoire
franais. Vous remercierez en mon nom les gardes nationales du
patriotisme et du zle qu'elles ont fait clater et de l'attachement
qu'elles m'ont montr dans ces circonstances importantes.

NAPOLON.



Paris, le 22 avril 1815.

_Acte additionnel aux constitutions de l'empire._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions, empereur des
Franais,  tous prsens et  venir, salut.

Depuis que nous avons t appels, il y a quinze annes, par le voeu
de la France, au gouvernement de l'tat, nous avons cherch 
perfectionner,  diverses poques, les formes constitutionnelles,
suivant les besoins et les dsirs de la nation, et en profitant des
leons de l'exprience. Les constitutions de l'empire se sont ainsi
formes d'une srie d'actes qui ont t revtus de l'acceptation
du peuple. Nous avions alors pour but d'organiser un grand systme
fdratif europen, que nous avions adopt comme conforme  l'esprit du
sicle, et favorable aux progrs de la civilisation. Pour parvenir  le
complter et  lui donner toute l'tendue et toute la stabilit dont
il tait susceptible, nous avions ajourn l'tablissement de plusieurs
institutions intrieures, plus spcialement destines  protger la
libert des citoyens. Notre but n'est plus dsormais que d'accrotre la
prosprit de la France par l'affermissement de la libert publique. De
l rsulte la ncessit de plusieurs modifications importantes dans
les constitutions, snatus-consultes et autres actes qui rgissent cet
empire. A ces causes, voulant, d'un ct, conserver du pass ce qu'il
y a de bon et de salutaire, et de l'autre, rendre les constitutions de
notre empire conformes en tout aux voeux et aux besoins nationaux, ainsi
qu' l'tat de paix que nous dsirons maintenir avec l'Europe, nous
avons rsolu de proposer au peuple une suite de dispositions tendantes
 modifier et perfectionner ses actes constitutionnels,  entourer les
droits des citoyens de toutes leurs garanties,  donner au systme
reprsentatif toute son extension,  investir les corps intermdiaires
de la considration et du pouvoir dsirables, en un mot,  combiner le
plus haut point de libert publique et de sret individuelle avec
la force et la neutralisation ncessaire pour faire respecter par
l'tranger l'indpendance du peuple franais, et la dignit de notre
couronne. En consquence, les articles suivans, formant un acte
supplmentaire aux constitutions de l'empire, seront soumis 
l'acceptation libre et solennelle de tous les citoyens, dans l'tendue
de la France.

Titre 1er--_Dispositions gnrales._

Art 1er. Les constitutions de l'empire, nommment l'acte constitutionnel
du 23 frimaire an 8, les snatus-consultes des 14 et 16 thermidor an 10,
et celui du 28 floral an 12, seront modifis par les dispositions qui
suivent. Toutes les autres dispositions sont confirmes et maintenues.

2. Le pouvoir lgislatif est exerc par l'empereur et deux chambres.

3. La premire chambre, nomme chambre des pairs, est hrditaire.

4. L'empereur en nomme les membres, qui sont irrvocables, eux et leurs
descendans mles, d'an en an en ligne directe. Le nombre des pairs
est illimit. L'adoption ne transmet point la dignit de pair  celui
qui en est l'objet. Les pairs prennent sance  vingt-un ans, mais n'ont
voix dlibrative qu' vingt-cinq.

5. La chambre des pairs est prside par l'archi-chancelier de l'empire,
ou, dans le cas prvu par l'article 51 du snatus-consulte du 18 floral
an 12, par un des membres de cette chambre dsign spcialement par
l'empereur.

6. Les membres de la famille impriale, dans l'ordre de l'hrdit, sont
pairs de droit. Ils sigent aprs le prsident. Ils prennent sance 
dix-huit ans, mais n'ont voix dlibrative qu' vingt-un.

7. La seconde chambre, nomme chambre des reprsentans, est lue par le
peuple.

8. Les membres de cette chambre sont au nombre de six cent vingt-neuf.
Ils doivent tre gs de vingt-cinq ans au moins.

9. Le prsident de la chambre des reprsentans est nomm par la chambre,
 l'ouverture de la premire session. Il reste en fonctions jusqu'au
renouvellement de la chambre. Sa nomination est soumise  l'approbation
de l'empereur.

10. La chambre des reprsentans vrifie les pouvoirs de ses membres et
prononce sur la validit des lections contestes.

11. Les membres de la chambre des reprsentans reoivent, pour frais
de voyage, et durant la session, l'indemnit dcrte par l'assemble
constituante.

12. Ils sont indfiniment rligibles.

13. La chambre des reprsentans est renouvele de droit en entier tous
les cinq ans.

14. Aucun membre de l'une ou de l'autre chambre ne peut tre arrt,
sauf le cas de flagrant dlit, ni poursuivi en matire criminelle ou
correctionnelle, pendant les sessions, qu'en vertu d'une rsolution de
la chambre dont il fait partie.

15. Aucun ne peut tre arrt ni dtenu pour dettes,  partir de la
convocation, ni quarante jours aprs la session.

16. Les pairs sont jugs par leur chambre, en matire criminelle ou
correctionnelle, dans les formes qui seront rgles par la loi.

17. La qualit de pair et de reprsentant est compatible avec toutes
fonctions publiques, hors celles de comptables. Toutefois les prfets
et sous-prfets ne sont pas ligibles par le collge lectoral du
dpartement ou de l'arrondissement qu'ils administrent.

18. L'empereur envoie dans les chambres des ministres d'tat et des
conseillers d'tat qui y sigent et prennent part aux discussions, mais
qui n'ont voix dlibrative que dans le cas o ils sont membres de la
chambre comme pair ou lu du peuple.

19. Les ministres qui sont membres de la chambre des pairs ou de celle
des reprsentans, ou qui sigent par mission du gouvernement, donnent
aux chambres les claircissemens qui sont jugs ncessaires, quand leur
publicit ne compromet pas l'intrt de l'tat.

20. Les sances des deux chambres sont publiques. Elles peuvent
nanmoins se former en comit secret; la chambre des pairs, sur la
demande de dix membres, celle des reprsentans sur la demande de
vingt-cinq. Le gouvernement peut galement requrir des comits secrets
pour des communications  faire. Dans tous les cas, les dlibrations et
les votes ne peuvent avoir lieu qu'en sance publique.

21. L'empereur peut proroger, ajourner et dissoudre la chambre des
reprsentans. La proclamation qui prononce la dissolution, convoque les
collges lectoraux pour une lection nouvelle, et indique la runion
des reprsentans dans six mois au plus tard.

22. Durant l'intervalle des sessions de la chambre des reprsentans, ou
en cas de dissolution de cette chambre, la chambre des pairs ne peut
s'assembler.

23. Le gouvernement a la proposition de la loi; les chambres peuvent
proposer des amendemens. Si ces amendemens ne sont pas adopts par
le gouvernement, les chambres sont tenues de voter sur la loi, telle
qu'elle a t propose.

24. Les chambres ont la facult d'inviter le gouvernement  proposer une
loi sur un objet dtermin, et de rdiger ce qui leur parat convenable
d'insrer dans la loi. Cette demande peut tre faite par chacune des
deux chambres.

25. Lorsqu'une rdaction est adopte dans l'une des deux chambres, elle
est porte  l'autre, et si elle y est approuve, elle est porte 
l'empereur.

26. Aucun discours crit, except les rapports des commissions, les
rapports des ministres sur les lois qui sont prsentes et les comptes
qui sont rendus, ne peut tre lu dans l'une ou l'autre des chambres.

Titre II.--_Des collges lectoraux et du mode d'lection._

27. Les collges lectoraux de dpartement et d'arrondissement sont
maintenus, conformment au snatus-consulte du 16 thermidor an 10, sauf
les modifications qui suivent.

28. Les assembles de canton rempliront chaque anne, par des lections
annuelles, toutes les vacances dans les collges lectoraux.

29. A dater de l'an 1816, un membre de la chambre des pairs, dsign
par l'empereur, sera prsident  vie et inamovible de chaque collge
lectoral de dpartement.

30. A dater de la mme poque, le collge lectoral de chaque
dpartement nommera, parmi les membres de chaque collge
d'arrondissement, le prsident et deux vice-prsidens. A cet effet,
l'assemble du collge de dpartement prcdera de quinze jours celle du
collge d'arrondissement.

31. Les collges de dpartement et d'arrondissement nommeront le nombre
de reprsentans tabli pour chacun par l'acte et le tableau.

32. Les reprsentans peuvent tre choisis indiffremment dans
toute l'tendue de la France. Chaque collge de dpartement ou
d'arrondissement qui choisira un reprsentant hors du dpartement ou de
l'arrondissement, nommera un supplant qui sera pris ncessairement dans
le dpartement ou l'arrondissement.

33. L'industrie et la proprit manufacturire et commerciale auront
une reprsentation spciale. L'lection des reprsentans commerciaux et
manufacturiers sera faite par le collge lectoral de dpartement,
sur une liste d'ligibles dresse par les chambres de commerce et les
chambres consultatives runies suivant l'acte et le tableau.

Titre III.--_De la loi de l'impt._

34. L'impt gnral direct, soit foncier, soit mobilier, n'est vot
que pour un an; les impts indirects peuvent tre vots pour plusieurs
annes.

Dans le cas de la dissolution de la chambre des reprsentans, les
impositions votes dans la session prcdente sont continues jusqu' la
nouvelle runion de la chambre.

35. Aucun impt direct ou indirect en argent ou en nature ne peut tre
peru, aucun emprunt ne peut avoir lieu, aucune inscription de crance
au grand-livre de la dette publique ne peut tre faite, aucun domaine ne
peut tre alin ni chang, aucune leve d'hommes pour l'arme ne peut
tre ordonne, aucune portion du territoire ne peut tre change qu'en
vertu d'une loi.

36. Toute proposition d'impt, d'emprunt ou de leve d'hommes, ne peut
tre faite qu' la chambre des reprsentans.

37. C'est aussi  la chambre des reprsentans qu'est port d'abord,
1 budget gnral de l'tat, contenant l'aperu des recettes et la
proposition des fonds assigns pour l'anne  chaque dpartement du
ministre; 2 le compte des recettes et dpenses de l'anne ou des
annes prcdentes.

Titre IV.--_Des ministres et de la responsabilit._

38. Tous les actes du gouvernement doivent tre contre-signs par un
ministre ayant dpartement.

39. Les ministres sont responsables des actes du gouvernement signs par
eux, ainsi que de l'excution des lois.

40. Ils peuvent tre accuss par la chambre des reprsentans, et sont
jugs par celle des pairs.

41. Tout ministre, tout commandant d'arme de terre ou de mer peut tre
accus par la chambre des reprsentans, et jug par la chambre des
pairs, pour avoir compromis la sret ou l'honneur de la nation.

42. La chambre des pairs, en ce cas, exerce, soit pour caractriser le
dlit, soit pour infliger la peine, un pouvoir discrtionnaire.

43. Avant de prononcer la mise en accusation d'un ministre, la chambre
des reprsentans doit dclarer qu'il y a lieu  examiner la proposition
d'accusation.

44. Cette dclaration ne peut se faire qu'aprs le rapport d'une
commission de soixante membres tirs au sort. Cette commission ne fait
son rapport que dix jours au plus tt aprs sa nomination.

45. Quand la chambre a dclar qu'il a lieu  examen, elle peut appeler
le ministre dans son sein pour lui demander des explications. Cet appel
ne peut avoir lieu que dix jours aprs le rapport de la commission.

46. Dans tout autre cas, les ministres ayant dpartement ne peuvent tre
appels ni mands par les chambres.

47. Lorsque la chambre des reprsentans a dclar qu'il y a lieu 
examen contre un ministre, il est form une nouvelle commission de
soixante membres tirs au sort, comme la premire, et il est fait, par
cette commission, un nouveau rapport sur la mise en accusation. Cette
commission ne fait son rapport que dix jours aprs sa nomination.

48. La mise en accusation ne peut tre prononce que dix jours aprs la
lecture et la distribution du rapport.

49. L'accusation tant prononce, la chambre des reprsentans nomme cinq
commissaires pris dans son sein, pour poursuivre l'accusation devant la
chambre des pairs.

50. L'article 75 du titre VIII de l'acte constitutionnel du 22 frimaire
an 8, portant que les agens du gouvernement ne peuvent tre poursuivis
qu'en vertu d'une dcision du conseil-d'tat, sera modifi par une loi.

Titre V.--_Du pouvoir judiciaire._

51. L'empereur nomme tous les juges. Ils sont inamovibles et  vie, ds
l'instant de leur nomination, sauf la nomination des juges de paix et
des juges de commerce, qui aura lieu comme par le pass.

Les juges actuels nomms par l'empereur aux termes du snatus-consulte
du 12 octobre 1807, et qu'il jugera convenable de conserver, recevront
des provisions  vie avant le 1er janvier prochain.

52. L'institution des jurs est maintenue.

53. Les dbats en matire criminelle sont publics.

54. Les dlits militaires seuls sont du ressort des tribunaux
militaires.

55. Tous les autres dlits, mme commis par les militaires, sont de la
comptence des tribunaux civils.

56. Tous les crimes et dlits qui taient attribus  la haute cour
impriale, et dont le jugement n'est pas rserv par le prsent acte 
la chambre des pairs, seront ports devant les tribunaux ordinaires.

67. L'empereur a le droit de faire grce, mme en matire
correctionnelle, et d'accorder des amnisties.

58. Les interprtations des lois demandes par la cour de cassation,
seront donnes dans la forme d'une loi.

Titre VI--_Droit des citoyens._

59. Les Franais sont gaux devant la loi, soit pour la contribution aux
impts et charges publiques, soit pour l'admission aux emplois civils et
militaires.

60. Nul ne peut, sous aucun prtexte, tre distrait des juges qui lui
sont assigns par la loi.

61. Nul ne peut tre poursuivi, arrt, dtenu, ni exil que dans les
cas prvus par la loi et suivant les formes prescrites.

62. La libert des cultes est garantie  tous.

63. Toutes les proprits possdes ou acquises en vertu des lois, et
toutes les crances sur l'tat, sont inviolables.

64. Tout citoyen a le droit d'imprimer et de publier ses penses, en les
signant, sans aucune censure pralable, sauf la responsabilit lgale,
aprs la publication, par jugement par jurs, quand mme il n'y aurait
lieu qu' l'application d'une peine correctionnelle.

65. Le droit de ptition est assur  tous les citoyens. Toute ptition
est individuelle. Les ptitions peuvent tre adresses, soit au
gouvernement, soit aux deux chambres: nanmoins, ces dernires mmes
doivent porter l'intitul:  S. M. l'Empereur. Elles seront prsentes
aux chambres sous la garantie d'un membre qui recommande la ptition.
Elles sont lues publiquement, et si la chambre les prend en
considration, elles sont portes  l'Empereur par le prsident.

66. Aucune place, aucune partie du territoire ne peut tre dclare
en tat de sige que dans le cas d'invasion de la part d'une force
trangre, ou de troubles civils. Dans le premier cas, la dclaration
est faite par un acte du gouvernement. Dans le second cas, elle ne peut
l'tre que par la loi. Toutefois, si, le cas arrivant, les chambres ne
sont pas assembles, l'acte du gouvernement dclarant l'tat de sige
doit tre converti en une proposition de loi, dans les quinze premiers
jours de la runion des chambres.

67. Le peuple franais dclare en outre que, dans la dlgation qu'il a
faite et qu'il fait de ses pouvoirs, il n'a pas entendu et n'entend pas
donner le droit de proposer le rtablissement des Bourbons ou d'aucun
prince de cette famille sur le trne, mme en cas d'extinction de la
dynastie impriale, ni le droit de rtablir, soit l'ancienne noblesse
fodale, soit les droits fodaux et seigneuriaux, soit les dmes, soit
aucun culte privilgi et dominant, ni la facult de porter aucune
atteinte  l'irrvocabilit de la vente des domaines nationaux; il
interdit formellement au gouvernement, aux chambres et aux citoyens,
toute proposition  cet gard.



Paris, 30 avril 1815.

_Dcret._

En convoquant les lecteurs des collges en assemble du Champ-de-Mai,
nous comptions constituer chaque assemble lectorale de dpartement en
bureaux spars, composer ensuite une commission commune  toutes, et,
dans l'espace de quelques mois, arriver au grand but, objet de nos
penses.

Nous croyions alors en avoir le temps et le loisir, puisque notre
intention tant de maintenir la paix avec nos voisins, nous tions
rsign  souscrire  tous les sacrifices qui dj avaient pes sur la
France.

La guerre civile du midi  peine termine, nous acqumes la certitude
des dispositions hostiles des puissances trangres, et ds-lors il
fallut prvoir la guerre, et s'y prparer.

Dans ces nouvelles occurrences, nous n'avions que l'alternative
de prolonger la dictature dont nous nous trouvons investi par les
circonstances et par la confiance du peuple, o d'abrger les formes
que nous nous tions propos de suivre pour la rdaction de l'acte
constitutionnel. L'intrt de la France nous a prescrit d'adopter ce
second parti. Nous avons prsent  l'acceptation du peuple un acte qui
 la fois garantit ses liberts et ses droits, et met la monarchie 
l'abri de tout danger de subversion. Cet acte dtermine le mode de la
formation de la loi, et ds-lors contient en lui-mme le principe
de toute amlioration qui serait conforme aux voeux de la nation,
interdisant cependant toute discussion sur un certain nombre de points
fondamentaux dtermins qui sont irrvocablement fixs.

Nous aurions voulu aussi attendre l'acceptation du peuple avant
d'ordonner la runion des collges, et de faire procder  la nomination
des dputs; mais galement matris par les circonstances, le plus
haut intrt de l'tat nous fait la loi de nous environner, le plus
promptement possible, des corps nationaux.

A ces causes, nous avons dcrt et dcrtons ce qui suit:

Art. 1er. Quatre jours aprs la publication du prsent dcret au
chef-lieu du dpartement, les lecteurs des collges de dpartement et
d'arrondissement se runiront en assembles lectorales au chef-lieu
de chaque dpartement et de chaque arrondissement; le prfet pour le
dpartement, les sous-prfets pour les arrondissemens, indiqueront le
jour prcis, l'heure et le lieu de l'assemble, par des circulaires et
par une proclamation qui sera rpandue avec la plus grande clrit dans
tous les cantons et communes.

2. Pour cette anne,  l'ouverture de l'assemble, le plus ancien d'ge
prsidera, le plus jeune fera les fonctions de secrtaire, les trois
plus gs aprs le prsident seront scrutateurs. Chaque assemble ainsi
organise provisoirement nommera son prsident; elle nommera aussi deux
secrtaires et trois scrutateurs; ces choix se feront  la majorit
absolue.

3. On procdera ensuite aux lections des dputs  la chambre des
reprsentans, conformment  l'acte envoy pour tre prsent 
l'acceptation du peuple, et insr au Bulletin des lois, n 19, le 22
avril prsent mois.

4. Les prfets des villes, chefs-lieux d'arrondissemens commerciaux,
convoqueront,  la rception du prsent, la chambre de commerce et les
chambres consultatives pour faire former les listes de candidats sur
lesquelles les reprsentans de l'industrie commerciale et manufacturire
doivent tre lus par les collges lectoraux, appels  les nommer,
conformment  l'acte joint  celui nonc en l'article prcdent.

5. Les dputs nomms par les assembles lectorales se rendront  Paris
pour assister  l'assemble du Champ-de-Mai, et pouvoir composer la
chambre des reprsentans, que nous nous proposons de convoquer aprs la
proclamation de *de l'acceptation de l'acte constitutionnel.

NAPOLON.



Paris, 24 mai 1815.

_Rponse de l'empereur  une dputation des fdrs de Paris._

Soldats fdrs des faubourgs St.-Antoine et St.-Marceau,

Je suis revenu seul, parce que je comptais sur le peuple des villes, les
habitans des campagnes et les soldats de l'arme, dont je connaissais
l'attachement  l'honneur national. Vous avez tous justifi ma
confiance. J'accepte votre offre. Je vous donnerai des armes; je vous
donnerai pour vous guider des officiers couverts d'honorables blessures
et accoutums  voir fuir l'ennemi devant eux. Vos bras robustes et
faits aux pnibles travaux, sont plus propres que tous autres au
maniement des armes. Quant au courage, vous tes Franais; vous serez
les claireurs de la garde nationale. Je serai sans inquitude pour la
capitale, lorsque la garde nationale et vous vous serez chargs de sa
dfense; et s'il est vrai que les trangers persistent dans le projet
impie d'attenter  notre indpendance et  notre honneur, je pourrai
profiter de la victoire sans tre arrt par aucune sollicitude.

Soldats fdrs, s'il est des hommes dans les hautes classes de la
socit, qui aient dshonor le nom franais, l'amour de la patrie et
le sentiment d'honneur national se sont conservs tout entiers dans le
peuple des villes, les habitans des campagnes et les soldats de l'arme.
Je suis content de vous voir. J'ai confiance en vous: _Vive la Nation!_



Paris, 1er juin 1815.

_Discours de l'empereur au Champ-de-Mai._

Messieurs les lecteurs des collges de dpartement et d'arrondissement,

Messieurs les dputs de l'arme de terre et de mer au Champ-de-Mai,

Empereur, consul, soldat, je tiens tout du peuple. Dans la prosprit,
dans l'adversit, sur le champ de bataille, au conseil, sur le trne,
dans l'exil, la France a t l'objet unique et constant de mes penses
et de mes actions.

Comme ce roi d'Athnes, je me suis sacrifi pour mon peuple dans
l'espoir de voir se raliser la promesse donne de conserver  la France
son intgrit naturelle, ses honneurs et ses droits.

L'indignation de voir ces droits sacrs, acquis par vingt-cinq annes
de victoires, mconnus et perdus  jamais, le cri de l'honneur franais
fltri, les voeux de la nation m'ont ramen sur ce trne qui m'est cher
parce qu'il est le _palladium_ de l'indpendance, de l'honneur et des
droits du peuple.

Franais, en traversant au milieu de l'allgresse publique les diverses
provinces de l'empire pour arriver dans ma capitale, j'ai d compter
sur une longue paix; les nations sont lies par les traits conclus par
leurs gouvernemens, quels qu'ils soient.

Ma pense se portait alors toute entire sur les moyens de fonder notre
libert par une constitution conforme  la volont et  l'intrt du
peuple. J'ai convoqu le Champ-de-Mai.

Je ne tardai pas  apprendre que les princes qui ont mconnu tous les
principes, froiss l'opinion et les plus chers intrts de tant de
peuples, veulent nous faire la guerre. Ils mditent d'accrotre le
royaume des Pays-Bas, de lui donner pour barrires toutes nos places
frontires du nord, et de concilier les diffrens qui les divisent
encore, en se partageant la Lorraine et l'Alsace.

Il a fallu se prparer  la guerre.

Cependant, devant courir personnellement les hasards des combats, ma
premire sollicitude a d tre de constituer sans retard la nation. Le
peuple a accept l'acte que je lui ai prsent.

Franais, lorsque nous aurons repouss ces injustes agressions, et que
l'Europe sera convaincue de ce qu'on doit aux droits et  l'indpendance
de vingt-huit millions de Franais, une loi solennelle, faite dans les
formes voulues par l'acte constitutionnel, runira les diffrentes
dispositions de nos constitutions aujourd'hui parses.

Franais, vous allez retourner dans vos dpartemens. Dites aux citoyens
que les circonstances sont grandes!!! Qu'avec de l'union, de l'nergie
et de la persvrance, nous sortirons victorieux de cette lutte d'un
grand peuple contre ses oppresseurs; que les gnrations  venir
scruteront svrement notre conduite; qu'une nation a tout perdu quand
elle a perdu l'indpendance. Dites-leur que les rois trangers que j'ai
levs sur le trne, ou qui me doivent la conservation de leur couronne,
qui, tous, au temps de ma prosprit, ont brigu mon alliance et la
protection du peuple franais, dirigent aujourd'hui tous leurs coups
contre ma personne. Si je ne voyais que c'est  la patrie qu'ils en
veulent, je mettrais  leur merci cette existence contre laquelle ils se
montrent si acharns. Mais dites aussi aux citoyens, que tant que les
Franais me conserveront les sentimens d'amour dont ils me donnent tant
de preuves, cette rage de nos ennemis sera impuissante.

Franais, ma volont est celle du peuple; mes droits sont les siens; mon
honneur, ma gloire, mon bonheur, ne peuvent tre autres que l'honneur,
la gloire et le bonheur de la France.



Paris, 7 juin 1815.

_Discours de l'empereur  l'ouverture de la chambre des reprsentans._

Messieurs de la chambre des pairs et de la chambre des reprsentans,
depuis trois mois les circonstances et la confiance du peuple m'ont
investi d'un pouvoir illimit, et je viens aujourd'hui remplir le
premier dsir et le besoin le plus pressant de mon coeur en ouvrant
votre session et en commenant ainsi la monarchie constitutionnelle.

Les hommes sont impuissans pour fixer les destines des nations; ce
n'est que par des institutions sages que leur prosprit peut tre
tablie sur des bases solides. La monarchie est ncessaire  la France
pour assurer sa libert et son indpendance. Nos constitutions sont
encore parses, et un de nos premiers soins sera de les runir et d'en
coordonner les diffrentes parties en un seul corps de loi. Ce travail
recommandera l'poque actuelle  la postrit. J'ambitionne de voir la
France jouir de toute la libert possible, je dis possible, parce que
l'anarchie conduit les peuples au despotisme.

Une coalition formidable d'empereurs et de rois en veut  notre
indpendance; la frgate _la Melpomne_ a t prise, aprs un combat
sanglant, par un vaisseau anglais de 74; ainsi le sang a coul pendant
la paix. Nos ennemis comptent sur nos dissensions intestines, et
cherchent  en profiter; on communique aujourd'hui avec Gand comme on
communiquait en 1789 avec Coblentz.

Des mesures lgislatives seront ncessaires pour rprimer ces complots;
je confie  vos lumires et  votre patriotisme les destines de
la France et la sret de ma personne. La libert de la presse est
inhrente  nos institutions; on n'y peut rien changer sans porter
atteinte  la libert civile, mais des lois sages seront ncessaires
pour en prvenir les abus: je recommande  votre attention cet objet
important.

Mes ministres vous feront connatre successivement la situation de nos
affaires: nos finances offriraient de plus grandes ressources sans les
sacrifices indispensables qu'ont exigs les circonstances, et si les
sommes portes dans le budget rentraient aux poques dtermines. Il
est possible que le premier devoir des princes m'appelle  la tte des
enfans de la patrie. L'arme et moi nous ferons notre devoir. Vous,
pairs, et vous, reprsentans, secondez nos efforts en entretenant la
confiance par votre attachement au prince et  la patrie, et la cause
sainte du peuple triomphera. Paris, 11 juin 1815.



_Rponse de l'empereur  une dputation de la chambre des pairs._

Monsieur le prsident et messieurs les dputs de la chambre des pairs,

La lutte dans laquelle nous sommes engags est srieuse. L'entranement
de la prosprit n'est pas le danger qui nous menace aujourd'hui. C'est
sous les Fourches Caudines que les trangers veulent nous faire passer!

La justice de notre cause, l'esprit public de la nation et le courage de
l'arme, sont de puissans motifs pour esprer des succs; mais si nous
avions des revers, c'est alors surtout que j'aimerais  voir dployer
toute l'nergie de ce grand peuple; c'est alors que je trouverais dans
la chambre des pairs des preuves d'attachement  la patrie et  moi.

C'est dans les temps difficiles que les grandes nations, comme les
grands hommes, dploient toute l'nergie de leur caractre, et
deviennent un objet d'admiration pour la postrit.

Monsieur le prsident et messieurs les dputs de la chambre des pairs,
je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez au nom de la chambre.



Paris, 11 juin 1815.

_Rponse de l'empereur  une dputation de la chambre des reprsentans._

Monsieur le prsident et messieurs les dputs de la chambre des
reprsentans,

Je retrouve avec satisfaction mes propres sentimens dans ceux que vous
m'exprimez. Dans ces graves circonstances, ma pense est absorbe par la
guerre imminente, au succs de laquelle sont attachs l'indpendance et
l'honneur de la France.

Je partirai cette nuit pour me rendre  la tte de mes armes;
les mouvemens des diffrens corps ennemis y rendent ma prsence
indispensable. Pendant mon absence, je verrais avec plaisir qu'une
commission nomme par chaque chambre mditt sur nos constitutions.

La constitution est notre point de ralliement; elle doit tre notre
toile polaire dans ces momens d'orage. Toute discussion publique qui
tendrait  diminuer directement ou indirectement la confiance qu'on doit
avoir dans ses dispositions, serait un malheur pour l'tat; nous nous
trouverions au milieu des cueils, sans boussole et sans direction.
La crise o nous sommes engags est forte. N'imitons pas l'exemple du
Bas-Empire, qui, press de tous cts par les Barbares, se rendit la
rise de la postrit en s'occupant de discussions abstraites, au moment
o le blier brisait les portes de la ville.

Indpendamment des mesures lgislatives qu'exigent les circonstances
de l'intrieur, vous jugerez peut tre utile de vous occuper des lois
organiques destines  faire marcher la constitution. Elles peuvent tre
l'objet de vos travaux publics sans avoir aucun inconvnient.

Monsieur le prsident et messieurs les dputs de la chambre des
reprsentons, les sentimens exprims dans votre adresse me dmontrent
assez l'attachement de la chambre  ma personne, et tout le patriotisme
dont elle est anime. Dans toutes les affaires, ma marche sera toujours
droite et ferme. Aidez-moi  sauver la patrie. Premier reprsentant du
peuple, j'ai contract l'obligation que je renouvelle, d'employer dans
des temps plus tranquilles toutes les prrogatives de la couronne et le
peu d'exprience que j'ai acquis,  vous seconder dans l'amlioration de
nos institutions.



Charleroy, le 15 juin,  neuf heures du soir.

NOUVELLES DE L'ARME EN 1815.

_(Extrait du Moniteur.)_

L'arme a forc la Sambre, pris Charleroy, et pouss des avant-gardes 
moiti chemin de Charleroy  Namur, et de Charleroy  Bruxelles. Nous
avons fait quinze cents prisonniers, et enlev six pices de canon.
Quatre rgimens prussiens ont t crass. L'empereur a perdu peu de
monde, mais il a fait une perte qui lui est trs-sensible, c'est celle
de son aide-de-camp, le gnral Letort, qui a t tu sur le plateau de
Fleurus, en commandant une charge de cavalerie.

L'enthousiasme des habitans de Charleroy, et de tous les pays que nous
traversons, ne peut se dcrire.

Ds le 13, l'empereur tait arriv  Beaumont. Sur toute la route,
des arcs de triomphe taient levs dans toutes les villes, dans les
moindres villages. Le 14, S. M. avait pass l'arme en revue, et port
son enthousiasme au comble par la proclamation suivante, date d'Avesnes
le mme jour.

Soldats,

C'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland, qui
dcidrent deux fois du destin de l'Europe. Alors, comme aprs
Austerlitz, comme aprs Wagram, nous fmes trop gnreux; nous crmes
aux protestations et aux sermens des princes que nous laissmes sur
le trne. Aujourd'hui cependant, coaliss entre eux, ils en veulent
 l'indpendance et aux droits les plus sacrs de la France. Ils ont
commenc la plus injuste des agressions; marchons  leur rencontre: eux
et nous, ne sommes-nous plus les mmes hommes!

Soldats,  Jna, contre ces mmes Prussiens aujourd'hui si arrogans,
vous tiez un contre trois, et  Montmirail un contre six. Que ceux
d'entre vous qui ont t prisonniers des Anglais, vous fassent le rcit
de leurs pontons et des maux affreux qu'ils y ont soufferts.

Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la confdration
du Rhin gmissent d'tre obligs de prter leurs bras  la cause de
princes ennemis de la justice et des droits de tous les peuples. Ils
savent que cette coalition est insatiable. Aprs avoir dvor douze
millions de Polonais, douze millions d'Italiens, un million de Saxons,
six millions de Belges, elle devra dvorer les tats du second ordre de
l'Allemagne.

Les insenss! un moment de prosprit les aveugle; l'oppression et
l'humiliation du peuple franais sont hors de leur pouvoir.

S'ils entrent en France, ils y trouveront leur tombeau.

Soldats, nous avons des marches forces  faire, des batailles  livrer,
des prils  courir; mais, avec de la constance, la victoire sera 
nous; les droits de l'homme et le bonheur de la patrie seront reconquis.
Pour tout Franais qui a du coeur, le moment est arriv de vaincre ou de
prir.

NAPOLON.



Charleroi, le 15 juin au soir.

_(Extrait du Moniteur.)_

Le 14, l'arme tait place de la manire suivante.

Le quartier imprial  Beaumont.

Le premier corps, command par le gnral d'Erlon, tait  Solre, sur la
Sambre.

Le deuxime corps, command par le gnral Reille, tait 
Ham-sur-Heure.

Le troisime corps, command par le gnral Vandamme, tait sur la
droite de Beaumont.

Le quatrime corps, command par le gnral Grard, arrivait 
Philippeville.

Le 15,  trois heures du matin, le gnral Reille attaqua l'ennemi et
se porta sur Marchiennes-au-Pont. Il et diffrens engagemens, dans
lesquels sa cavalerie chargea un bataillon prussien et fit trois cents
prisonniers.

A une heure du matin, l'empereur tait  Jamignan-sur-Heure.

La division de cavalerie lgre du gnral Daumont sabra deux bataillons
prussiens et fit quatre cents prisonniers.

Le gnral Pajol entra  Charleroi  midi. Les sapeurs et les marins
de la garde taient  l'avant-garde, pour rparer les ponts. Ils
pntrrent les premiers en tirailleurs dans la ville.

Le gnral Clari, avec le premier de hussards, se porta sur Gosselines,
sur la route de Bruxelles, et le gnral Pajol sur Gilly, sur la roule
de Namur.

A trois heures aprs midi, le gnral Vandamme dboucha avec son corps
sur Gilly.

Le marchal Grouchy arriva avec la cavalerie du gnral Excelmans.

L'ennemi occupait la gauche de la position de Fleurus;  cinq heures
aprs-midi, l'empereur ordonna l'attaque. La position fut tourne et
enleve. Les quatre escadrons de service de la garde, commands par le
gnral Letort, aide-de-camp de l'empereur, enfoncrent trois carrs;
les vingt-sixime, vingt-septime et vingt-huitime rgimens prussiens
furent mis en droute. Nos escadrons sabrrent quatre  cinq cents
hommes et firent cent cinquante prisonniers.

Pendant ce temps, le gnral Reille passait la Sambre 
Marchiennes-au-Pont, pour se porter sur Gosselies avec les divisions du
prince Jrme et du gnral Bachelu, attaquait l'ennemi, lui faisait
deux cent cinquante prisonniers, et le poursuivait sur la route de
Bruxelles.

Nous devnmes ainsi matres de toute la position de Fleurus.

A huit heures du soir, l'empereur rentra  son quartier-gnral 
Charleroi.

Cette journe cote  l'ennemi cinq pices de canon et deux mille
hommes, dont mille prisonniers. Notre perte est de dix hommes tus et de
quatre-vingt blesss, la plupart des escadrons de service qui ont fait
les charges, et des trois escadrons du vingtime de dragons, qui ont
aussi charg un carr avec la plus grande intrpidit. Notre perte,
lgre quant au nombre, a t sensible  l'empereur, par la blessure
grave qu'a reue le gnral Letort, son aide-de-camp, en chargeant 
la tte des escadrons de service. Cet officier est de la plus grande
distinction; il a t frapp d'une balle au bas-ventre, et le chirurgien
fait craindre que sa blessure ne soit mortelle.

Nous avons trouv  Charleroi quelques magasins. La joie des Belges
ne saurait se dcrire. Il y a des villages qui,  la vue de leurs
librateurs, ont form des danses, et partout c'est un lan qui part du
coeur.

Dans le rapport de l'tat-major-gnral on insrera les noms des
officiers et soldats qui se sont distingus.

L'empereur a donn le commandement de la gauche au prince de la Moskowa,
qui a eu le soir son quartier-gnral aux Quatre-Chemins, sur la route
de Bruxelles.

Le duc de Trvise,  qui l'empereur avait donn le commandement de la
jeune garde, est rest  Beaumont, malade d'une sciatique qui l'a forc
de se mettre au lit.

Le quatrime corps, command par le gnral Grard, arrive ce soir au
Chtelet. Le gnral Grard a rendu compte que le lieutenant-gnral
Bourmont, le colonel Clouet et le chef d'escadron Villoutreys ont pass
 l'ennemi.

Un lieutenant du onzime de chasseurs a galement pass  l'ennemi.

Le major-gnral a ordonn que ces dserteurs fussent sur-le-champ jugs
conformment aux lois.

Rien ne peut peindre le bon esprit et l'ardeur de l'arme. Elle regarde
comme un vnement heureux la dsertion de ce petit nombre de tratres
qui se dmasquent ainsi.



Philippeville, le 19 juin 1815.

_(Extrait du Moniteur.)_

Le 17,  dix heures du soir, l'arme anglaise occupa Mont-Saint-Jean par
son centre, se trouva en position en avant de la fort de Soignes: il
aurait fallu pouvoir disposer de trois heures pour l'attaquer, on fut
donc oblig de remettre au lendemain.

Le quartier-gnral de l'empereur fut tabli  la ferme de Caillou prs
Planchenois. La pluie tombait par torrens.

_Bataille de Mont-Saint-Jean._

A neuf heures du matin, la pluie ayant un peu diminu, le premier corps
se mit en mouvement, et se plaa, la gauche  la route de Bruxelles, et
vis--vis le village de Mont-Saint-Jean, qui paraissait le centre de la
position de l'ennemi. Le second corps appuya sa droite  la route de
Bruxelles, et sa gauche  un petit bois  porte de canon de l'arme
anglaise. Les cuirassiers se portrent en rserve derrire, et la garde
en rserve sur les hauteurs. Le sixime corps avec la cavalerie du
gnral d'Aumont, sous les ordres du comte Lobau, fut destin  se
porter en arrire de notre droite, pour s'opposer  un corps prussien
qui paraissait avoir chapp au marchal Grouchy, et tre dans
l'intention de tomber sur notre flanc droit, intention qui nous avait
t connue par nos rapports, et par une lettre d'un gnral prussien,
que portait une ordonnance prise par nos coureurs.

Les troupes taient pleines d'ardeur. On estimait les forces de l'arme
anglaise  quatre-vingt mille hommes; on supposait qu'un corps prussien
qui pouvait tre en mesure vers le soir, pouvait tre de quinze mille
hommes. Les forces ennemies taient donc de plus de quatre-vingt-dix
mille hommes, les ntres moins nombreuses.

A midi, tous les prparatifs tant termins, le prince Jrme,
commandant une division du deuxime corps, et destin  en former
l'extrme gauche, se porta sur le bois dont l'ennemi occupait une
partie. La canonnade s'engagea; l'ennemi soutint par trente pices de
canon les troupes qu'il avait envoyes pour garder le bois. Nous fmes
aussi de notre ct des dispositions d'artillerie. A une heure, le
prince Jrme fut matre de tout le bois, et toute l'arme anglaise se
replia derrire un rideau. Le comte d'Erlon attaqua alors le village de
Mont-Saint-Jean, et fit appuyer son attaque par quatre-vingts pices
de canon. Il s'engagea l une pouvantable canonnade, qui dut beaucoup
faire souffrir l'arme anglaise. Tous les coups portaient sur le
plateau. Une brigade de la premire division du comte d'Erlon s'empara
du village de Mont-Saint-Jean; une seconde brigade fut charge par un
corps de cavalerie anglaise, qui lui fit prouver beaucoup de perte. Au
mme moment, une division de cavalerie anglaise chargea la batterie du
comte d'Erlon par sa droite, et dsorganisa plusieurs pices; mais les
cuirassiers du gnral Milbaud chargrent cette division, dont trois
rgimens furent rompus et charps.

Il tait trois heures aprs midi. L'empereur fit avancer la garde pour
la placer dans la plaine, sur le terrain qu'avait occup le premiers
corps au commencement de l'action, ce corps se trouvant dj en avant.
La division prussienne, dont on avait prvu le mouvement, s'engagea
alors avec les tirailleurs du comte Lobau, en prolongeant son feu sur
tout notre flanc droit. 11 tait convenable, avant de rien entreprendre
ailleurs, d'attendre l'issue qu'aurait cette attaque. A cet effet, tous
les moyens de la rserve taient prts  se porter au secours du comte
Lobau, et  craser le corps prussien lorsqu'il se serait avanc.

Cela fait, l'empereur avait le projet de mener une attaque par le
village de Mont-Saint-Jean, dont on esprait un succs dcisif; mais par
un mouvement d'impatience, si frquent dans nos annales militaires,
et qui nous a t souvent si funeste, la cavalerie de rserve s'tant
aperue d'un mouvement rtrograde que faisaient les Anglais pour se
mettre  l'abri de nos batteries, dont ils avaient dj tant souffert,
couronna les hauteurs de Mont-Saint-Jean et chargea l'infanterie. Ce
mouvement, qui, fait  temps, et soutenu par les rserves, devait
dcider de la journe, fait isolment et avant que les affaires de la
droite ne fussent termines, devint funeste.

N'y ayant aucun moyen de le contremander, l'ennemi montrant beaucoup
de masses d'infanterie et de cavalerie, et les deux divisions de
cuirassiers tant engages, toute notre cavalerie courut au mme moment
pour soutenir ses camarades.

L, pendant trois heures, se firent de nombreuses charges gui nous
valurent l'enfoncement de plusieurs carrs et six drapeaux de
l'infanterie anglaise, avantage hors de proportion avec les pertes
qu'prouvait notre cavalerie par la mitraille et les fusillades.

Il tait impossible de disposer de nos rserves d'infanterie jusqu' ce
qu'on et repouss l'attaque de flanc du corps prussien. Cette attaque
se prolongeait toujours et perpendiculairement sur notre flanc droit;
l'empereur y envoya le gnral Duhesme avec la jeune garde et plusieurs
batteries de rserve. L'ennemi fut contenu, fut repouss, et recula: il
avait puis ses forces, et l'on n'en avait plus rien  craindre. C'est
ce moment qui tait celui indiqu pour une attaque sur le centre de
l'ennemi. Comme les cuirassiers souffraient par la mitraille, on envoya
quatre bataillons de la moyenne garde pour protger les cuirassiers,
soutenir la position, et, si cela tait possible, dgager et faire
reculer dans la plaine une partie de notre cavalerie.

On envoya deux autres bataillons pour se tenir en potence sur l'extrme
gauche de la division qui avait manoeuvr sur nos flancs, afin de
n'avoir de ce ct aucune inquitude; le reste fut dispos en rserve,
partie pour occuper la potence en arrire de Mont-Saint-Jean, partie sur
le plateau en arrire du champ de bataille qui formait notre position en
retraite.

Dans cet tat de choses, la bataille tait gagne; nous occupions toutes
les positions que l'ennemi occupait au commencement de l'action; notre
cavalerie ayant t trop tt et mal employe, nous ne pouvions plus
esprer de succs dcisifs. Mais le marchal Grouchy ayant appris le
mouvement du corps prussien, marchait sur le derrire de ce corps, ce
qui nous assurait un succs clatant pour la journe du lendemain. Aprs
huit heures de feu et de charges d'infanterie et de cavalerie, toute
l'arme voyait avec satisfaction la bataille gagne et le champ de
bataille en notre pouvoir.

Sur les huit heures et demie, les quatre bataillons de la moyenne garde
qui avaient t envoys sur le plateau au-del de Mont-Saint-Jean pour
soutenir les cuirassiers, tant gns par la mitraille, marchrent  la
baonnette pour enlever les batteries. Le jour finissait; une charge
faite sur leur flanc par plusieurs escadrons anglais les mit en
dsordre; les fuyards repassrent le ravin; les rgimens voisins qui
virent quelques troupes appartenant  la garde  la dbandade, crurent
que c'tait de la vieille garde et s'branlrent: les cris _tout
est perdu, la garde est repousse_, se firent entendre; les soldats
prtendent mme que sur plusieurs points, des malveillans aposts ont
cri _sauve qui peut!_ Quoi qu'il en soit, une terreur panique se
rpandit tout  la fois sur tout le champ de bataille; on se prcipita
dans le plus grand dsordre sur la ligne de communication; les soldats,
les canonniers, les caissons se pressaient pour y arriver; la vieille
garde, qui tait en rserve, en fut assaillie, et fut elle-mme
entrane.

Dans un instant, l'arme ne fut plus qu'une masse confuse; toutes les
armes taient mles, et il tait impossible de reformer un corps.
L'ennemi, qui s'aperut de cette tonnante confusion, fit dboucher des
colonnes de cavalerie; le dsordre augmenta; la confusion de la nuit
empcha de rallier les troupes et de leur montrer leur erreur.

Ainsi une bataille termine, une journe de fausses mesures rpares,
de plus grands succs assurs pour le lendemain, tout fut perdu par un
moment de terreur panique. Les escadrons mme de service, rangs  ct
de l'empereur, furent culbuts et dsorganiss par ces flots tumultueux,
et il n'y eut plus d'autre chose  faire que de suivre le torrent. Les
parcs de rserve, les bagages qui n'avaient point repass la Sambre, et
tout ce qui tait sur le champ de bataille sont rests au pouvoir de
l'ennemi. Il n'y a eu mme aucun moyen d'attendre les troupes de
notre droite; on sait ce que c'est que la plus brave arme du monde,
lorsqu'elle est mle et que son organisation n'existe plus.

L'empereur a pass la Sambre  Charleroi le 19,  cinq heures du matin;
Philippeville et Avesne ont t donns pour points de runion. Le prince
Jrme, le gnral Morand et les autres gnraux y ont dj ralli une
partie de l'arme. Le marchal Grouchy, avec le corps de la droite,
opre son mouvement sur la Basse-Sambre.

La perte de l'ennemi doit avoir t trs-grande,  en juger par les
drapeaux que nous lui avons pris, et par les pas rtrogrades qu'il
avait faits. La ntre ne pourra se calculer qu'aprs le ralliement des
troupes. Avant que le dsordre clatt, nous avions dj prouv des
pertes considrables, surtout dans notre cavalerie, si funestement et
pourtant si bravement engage. Malgr ces pertes, cette valeureuse
cavalerie a constamment gard la position qu'elle avait prise aux
Anglais, et ne l'a abandonne que quand le tumulte et le dsordre du
champ de bataille l'y ont force. Au milieu de la nuit et des obstacles
qui encombraient la route, elle n'a pu elle-mme conserver son
organisation.

L'artillerie, comme  son ordinaire, s'est couverte de gloire. Les
voitures du quartier-gnral taient restes dans leur position
ordinaire, aucun mouvement rtrograde n'ayant t jug ncessaire. Dans
le cours de la nuit, elles sont tombes entre les mains de l'ennemi.

Telle a t l'issue de la bataille de Mont-Saint-Jean, glorieuse pour
les armes franaises, et pourtant si funeste.



Philipeville, 19 juin 1815.

_Extrait d'une lettre de l'empereur  son frre Joseph._

..... Tout n'est point perdu; je suppose qu'il me restera, en runissant
mes forces, cent cinquante mille hommes. Les fdrs et les gardes
nationaux qui ont du coeur, me fourniront cent mille hommes; les
bataillons de dpt cinquante mille. J'aurai donc trois cents mille
soldats  opposer de suite  l'ennemi; j'attellerai l'artillerie avec
des chevaux de luxe; je lverai cent mille conscrits; je les armerai
avec les fusils des royalistes et des mauvaises gardes nationales;
je ferai lever en masse le Dauphin, le Lyonnais, la Bourgogne, la
Lorraine, la Champagne; j'accablerai l'ennemi; mais il faut qu'on m'aide
et qu'on ne m'tourdisse point. Je vais  Laon; j'y trouverai sans doute
du monde. Je n'ai point entendu parler de Grouchy. S'il n'est point pris
(comme je le crains), je puis avoir dans trois jours cinquante mille
hommes; avec cela j'occuperai l'ennemi et je donnerai le temps  Paris
et  la France de faire leur devoir. Les Autrichiens marchent lentement;
les Prussiens craignent les paysans et n'osent pas trop s'avancer.
Tout peut se rparer encore; crivez-moi l'effet que cette horrible
chauffoure aura produit dans la chambre. Je crois que les dputs se
pntreront que leur devoir, dans cette grande circonstance, est de
se runir  moi pour sauver la France. Prparez-les  me seconder
dignement; surtout du courage et de la fermet.

NAPOLON.



Le 20 juin 1815.

_Fragment d'un discours de l'empereur dans une sance du conseil d'tat,
tenue  l'Elyse._

.... Je n'ai plus d'arme, je n'ai plus que des fuyards. Je retrouverai
des hommes, mais comment les armer? Je n'ai plus de fusils. Cependant
avec de l'union, tout pourrait se rparer. J'espre que les dputs me
seconderont, qu'ils sentiront la responsabilit qui va peser sur eux;
vous avez mal jug, je crois, de leur esprit; la majorit est bonne, est
franaise. Je n'ai contre moi que Lafayette, Lanjuinais, Flaugergues et
quelques autres. Ils ne veulent pas de moi, je le sais, je les gne. Ils
voudraient travailler pour eux..... Je ne les laisserai pas faire. Ma
prsence ici les contiendra.....

..... Nos malheurs sont grands. Je suis venu pour les rparer, pour
imprimer  la nation,  l'arme, un grand et noble mouvement. Si la
nation se lve, l'ennemi sera cras; si, au lieu de leve, de mesures
extraordinaires, on dispute, tout est perdu. L'ennemi est en France.
J'ai besoin, pour sauver la patrie, d'un grand pouvoir, d'une dictature
temporaire. Dans l'intrt de la nation, je pourrais me saisir de ce
pouvoir, mais il serait utile et plus national qu'il me ft donn par
les chambres....

.....La prsence de l'ennemi sur le sol national rendra, je l'espre,
aux dputs, le sentiment de leurs devoirs. La nation ne les a pas
envoys pour me renverser, mais pour me soutenir. Je ne les crains
point. Quelque chose qu'ils fassent, je serai toujours l'idole du peuple
et de l'arme. Si je disais un mot, ils seraient tous assomms. Mais en
ne craignant rien pour moi, je crains tout pour la France. Si nous nous
querellons entre nous au lieu de nous entendre, nous aurons le sort
du Bas-Empire, tout sera perdu. Le patriotisme de la nation, son
attachement  ma personne, nous offrent encore d'immenses ressources,
notre cause n'est point dsespre.....



Au palais de l'Elyse, le 22 juin 1815.

_Dclaration au peuple franais._

Franais! en commenant la guerre pour soutenir l'indpendance
nationale, je comptais sur la runion de tous les efforts, de toutes les
volonts, et le concours de toutes les autorits nationales. J'tais
fond  en esprer le succs, et j'avais brav toutes les dclarations
des puissances contre moi. Les circonstances paraissent changes. Je
m'offre en sacrifice  la haine des ennemis de la France. Puissent-ils
tre sincres dans leurs dclarations, et n'en avoir jamais voulu qu'
ma personne! Ma vie politique est termine, et je proclame mon fils sous
le titre de Napolon II, empereur des Franais. Les ministres actuels
formeront provisoirement le conseil de gouvernement. L'intrt que je
porte  mon fils m'engage  inviter les chambres  organiser sans dlai
la rgence par une loi. Unissez-vous tous pour le salut public et pour
rester une nation indpendante.

NAPOLON.



Paris, 22 juin 1815.

_Rponse de l'empereur  une dputation de la chambre des reprsentans,
envoye pour le fliciter sur sa seconde abdication._

Je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez; je dsire que mon
abdication puisse faire le bonheur de la France, _mais je ne l'espre
point_; elle laisse l'tat sans chef, sans existence politique. Le temps
perdu  renverser la monarchie aurait pu tre employ  mettre la France
en tat d'craser l'ennemi. Je recommande  la chambre de renforcer
promptement les armes; qui veut la paix doit se prparer  la guerre.
Ne mettez pas cette grande nation  la merci des trangers. Craignez
d'tre dus dans vos esprances. _C'est l qu'est le danger._ Dans
quelque position que je me trouve, je serai toujours bien si la France
est heureuse.



Paris, 23 juin 1815.

_Discours de Napolon aux ministres, en apprenant que la chambre des
reprsentans venait de nommer une commission de gouvernement compose de
cinq membres._

Je n'ai point abdiqu en faveur d'un nouveau directoire; j'ai abdiqu en
faveur de mon fils. Si on le proclame point, mon abdication est nulle et
non avenue. Les chambres savent bien que le peuple, l'arme, l'opinion,
le dsirent, le veulent, mais l'tranger les retient. Ce n'est point en
se prsentant devant les allis, l'oreille basse et le genou  terre,
qu'elles les forceront  reconnatre l'indpendance nationale. Si elles
avaient eu le sentiment de leur position, elles auraient proclam
spontanment Napolon II. Les trangers auraient vu alors que vous
saviez avoir une volont, un but, un point de ralliement; ils auraient
vu que le 20 mars n'tait point une affaire de parti, un coup de
factieux, mais le rsultat de l'attachement des Franais  ma personne
et  ma dynastie. L'unanimit nationale auraient plus agi sur eux que
toutes vos basses et honteuses dfrences.



La Malmaison, le 25 juin 1815.

PROCLAMATION.

_Aux braves soldats de l'arme devant Paris._

Soldats!

Quand je cde  la ncessit qui me force de m'loigner de la brave
arme franaise, j'emporte avec moi l'heureuse certitude qu'elle
justifiera par les services minens que la patrie attend d'elle, les
loges que nos ennemis eux-mmes ne peuvent pas lui refuser.

Soldats! je suivrai vos pas, quoiqu'absent. Je connais tous les corps,
et aucun d'eux ne remportera un avantage signal sur l'ennemi, que je ne
rende justice au courage qu'il aura dploy. Vous et moi nous avons t
calomnis. Des hommes indignes d'apprcier vos travaux ont vu, dans les
marques d'attachement que vous m'avez donnes, un zle dont j'tais le
seul objet; que vos succs futurs leur apprennent que c'tait la patrie
pardessus tout que vous serviez en m'obissant; et que si j'ai quelque
part  votre affection, je la dois  mon ardent amour pour la France,
notre mre commune.

Soldats! encore quelques efforts et la coalition est dissoute. Napolon
vous reconnatra aux coups que vous allez porter.

Sauvez l'honneur, l'indpendance des Franais; soyez jusqu' la fin,
tels que je vous ai connus depuis vingt ans, et vous serez invincibles!

NAPOLON.



Paris, 25 juin 1815.

_Discours de l'empereur  un membre de la chambre des reprsentans, en
apprenant que MM. de Lafayette, de Pontcoulant, de Lafort, d'Argenson,
Sbastiani et Benjamin Constant (ce dernier en qualit de secrtaire),
taient nomms par le gouvernement provisoire pour se rendre auprs des
souverains allis._

...........Lafayette, Sbastiani, Pontcoulant, Benjamin Constant ont
conspir contre moi; ils sont mes ennemis, et les ennemis du pre ne
seront jamais les amis du fils. Les chambres, d'ailleurs, n'ont point
assez d'nergie pour avoir une volont indpendante; elles obissent 
Fouch. Si elles m'eussent donn tout ce qu'elles lui jettent  la tte,
j'aurais sauv la France; ma prsence seule  la tte de l'arme aurait
plus fait que toutes vos ngociations; j'aurais obtenu mon fils pour
prix de mon abdication; vous ne l'obtiendrez pas. Fouch n'est point
de bonne foi. Il jouera les chambres, et les allis le joueront. Il se
croit en tat de tout conduire  sa guise; il se trompe: il verra qu'il
faut une main autrement trempe que la sienne, pour tenir les rnes
d'une nation, surtout lorsque l'ennemi est chez elle.... La chambre des
pairs n'a point fait son devoir; elle s'est conduite comme une poule
mouille. Elle a laiss insulter Lucien et dtrner mon fils; si elle
et tenu bon, elle aurait eu l'arme pour elle, les gnraux la lui
auraient donne. Son ordre du jour a tout perdu. Moi seul je pourrais
tout rparer, mais vos meneurs n'y consentiront jamais; ils aimeraient
mieux s'engloutir dans l'abme que de s'unir avec moi pour le fermer.



La Malmaison, 27 juin 1815.

En abdiquant le pouvoir, je n'ai point renonc au plus noble droit de
citoyen, au droit de dfendre mon pays.

L'approche des ennemis de la capitale ne laisse plus de doutes sur leurs
intentions, sur leur mauvaise foi.

Dans ces graves circonstances, j'offre mes services comme gnral, me
regardant encore comme le premier soldat de la patrie.

NAPOLON.



La Malmaison, 27 juin 1815.

_Plaintes de Napolon  ses amis, en apprenant que les membres du
gouvernement provisoire refusaient d'acquiescer  sa demande de servir
sa patrie en qualit de gnral._

Ces gens-l sont aveugls par l'envie de jouir du pouvoir et de
continuer de faire les souverains; ils sentent que s'ils me replaaient
 la tte de l'arme, ils ne seraient plus que mon ombre, et ils nous
sacrifient, moi et la patrie,  leur orgueil,  leur vanit. Ils
perdront tout.... Mais pourquoi les laisserais-je rgner? J'ai abdiqu
pour sauver la France, pour sauver le trne de mon fils. Si ce trne
doit tre perdu, j'aime mieux le perdre sur le champ de bataille qu'ici.
Je n'ai rien de mieux  faire pour vous tous, pour mon fils et pour moi,
que de me jeter dans les bras de mes soldats. Mon apparition lectrisera
l'arme; elle foudroiera les trangers; ils sauront que je ne suis
revenu sur le terrain que pour leur marcher sur le corps, ou me faire
tuer; et ils vous accorderaient, pour se dlivrer de moi, tout ce que
vous leur demanderez. Si, au contraire, vous me laissez ici ronger mon
pe, ils se moqueront de vous. Il faut en finir: si vos cinq empereurs
ne veulent pas de moi pour sauver la France, je me passerai de leur
consentement. Il me suffira de me montrer, et Paris et l'arme me
recevront une seconde fois en librateur....

_(Le duc de Bassano lui reprsentant que les chambres ne seraient pas
pour lui)_... Allons, je le vois bien, il faut toujours cder... Vous
avez raison, je ne dois pas prendre sur moi la responsabilit d'un tel
vnement. Je dois attendre que la voix du peuple, des soldats et des
chambres me rappelle. Mais comment Paris ne me demande-t-il pas? On ne
s'aperoit donc pas que les allis ne vous tiennent aucun compte de mon
abdication? _(Bassano repart qu'on parat se fier  la gnrosit des
souverains allis.)_ Cet infme Fouch vous trompe. La commission se
laisse conduire par lui; elle aura de grands reproches  se faire. Il
n'y a l que Caulincourt et Carnot qui vaillent quelque chose, mais ils
sont mal appareills. Que peuvent-ils faire avec un tratre (Fouch),
deux niais (Quinette et Grenier) et deux chambres qui ne savent ce
qu'elles veulent? Vous croyez tous, comme des imbciles, aux belles
promesses des trangers. Vous croyez qu'ils vous mettront la poule au
pot, et vous donneront un prince de leur faon, n'est-ce pas? Vous vous
abusez: Alexandre, malgr ses grands sentimens, se laissera influencer
par les Anglais; il les craint; et l'empereur d'Autriche fera, comme en
1814, ce que les autres voudront.



Rochefort, le 13 juillet 1815.

_Au prince-rgent d'Angleterre._

Altesse royale,

En butte aux factions qui divisent mon pays et  l'inimiti des plus
grandes puissances de l'Europe, j'ai termin ma carrire politique, et
je viens, comme Tmistocle, m'asseoir aux foyers du peuple britannique.
Je me mets sous la protection de ses lois, que je rclame de votre
altesse royale, comme le plus puissant, le plus constant et le plus
gnreux de mes ennemis.

NAPOLON.




DIVERSES PICES COMMUNIQUES APRS L'IMPRESSION.

Passeriano, le 4 vendmiaire an 6.

_A Barcas._

Citoyen,

Je suis malade et j'ai besoin de repos; je demande ma dmission,
donnes-l si tu es mon ami; deux ans dans une campagne prs de Paris
rtabliraient ma sant, et redonneraient  mon caractre la popularit
que la continuit du pouvoir te ncessairement... Je suis esclave de ma
manire de sentir et d'agir, et j'estime le coeur bien plus que la tte.

BONAPARTE.



Du camp imprial de Boulogne, le 10 fructidor an 13.

_Copie d'une lettre de Napolon  M. Dejean._

Monsieur Dejean, le ministre de la guerre a d vous faire passer
diffrens ordres, pour mettre en tat de faire la guerre, une arme
d'Italie et du Rhin; vous pouvez la regarder comme certaine. J'ai donn
des ordres pour pourvoir aux capotes et souliers ncessaires  l'arme;
faites-moi connatre si vous avez quelque chose de disponible  Paris.
J'ai besoin que vous donniez des ordres  tous les rgimens de cavalerie
de se remonter  toute force. Je ne vois pas d'inconvnient  leur
distribuer pour cela un million. J'ai mis  votre disposition une somme
extraordinaire de deux millions deux cent mille francs, dont un million
pour l'achat de chevaux de train et d'artillerie, et un million deux
cent mille francs pour les capotes et souliers. Occupez-vous du
charrois; faites construire  Sampigny; il y a un march pour des
transports ici; voyez  lui donner une plus grande extension. J'imagine
que vous avez pourvu  ce que j'aie du biscuit  Mayence et Strasbourg;
j'en ai ici beaucoup. Il faut faire manger la partie faite depuis vingt
mois; il restera ici plus de vingt mille bouches; la partie qui est
faite depuis douze mois pourra tre conserve. Il se peut que les
affaires s'arrangent aprs quelques batailles, et que je revienne sur la
cte. Faites hter la fourniture de draps de l'an 14, c'est de la plus
grande urgence.

Vous allez avoir, dans toute la cinquime division militaire, depuis
Mayence jusqu' Schelestatt, cinq  six mille chevaux d'artillerie,
neuf mille chevaux de dragons, huit ou neuf mille de chasseurs et de
hussards, quatre  cinq mille de grosse cavalerie, et quinze cents de
la garde, indpendamment de tous ceux de l'tat-major. Je dsire que le
service soit fait par la mme administration qu' Boulogne, surtout pour
le pain et la viande. Ne perdez pas un moment  faire accaparer des vins
et des eaux-de-vie  Landau, Strasbourg et Spire. Landau sera un des
principaux points de rassemblement.

J'imagine que Vanderberghe envoie  Strasbourg les mmes individus qu'
Boulogne. Les premires divisions sont parties; voyez-les pour cela. Je
vous ai demand cinq cent mille rations de biscuit  Strasbourg, je
ne verrais pas d'inconvnient  les diviser ainsi: deux cent mille 
Strasbourg, deux cent mille  Landau, et cent mille  Spire. J'attends
de vous deux tats, dont le premier me fasse connatre le nombre
existant des chevaux propres au service de chaque rgiment de cavalerie;
ce qui existe en caisse de leur masse, et l'tat des chevaux qu'ils
peuvent se procurer: le second tat me fera connatre la situation de
l'habillement de tous les corps de la grande arme, et le temps o ils
auront l'habillement de l'an 14. Le ministre de la guerre vous aura
envoy l'organisation de la grande arme partage en sept corps. Pensez
aux ambulances, et occupez-vous sans dlai des dtails de l'organisation
de cette immense arme. Je vous dirai, mais pour vous seul, que je
compte passer le Rhin le 5 vendmiaire; organisez tout en consquence.
Il me reste  vous ajouter que cette lettre doit tre pour vous seul,
et qu'elle ne doit tre lue par personne. Dissimulez, dtes que je fais
seulement marcher trente mille hommes pour garantir mes frontires du
Rhin. Avec les chefs de service auxquels on ne peut rien dissimuler,
vous leur ferez sentir l'importance de dire la mme chose que vous. Sur
ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Ingolstadt, le 18 avril 1809,  cinq heures du soir.

_Instruction._

Le capitaine Galbois retournera sur-le-champ prs du marchal Davoust;
il passera par Vohbourg et Neustadt, et de l  Ratisbonne: aussitt
qu'il aura caus avec le marchal Davoust, il reviendra me rendre
compte.

Il fera connatre au marchal Davoust qu'il apprendra ce qui s'est pass
dans la journe au corps du duc de Dantzick; que je n'en ai aucune
connaissance, mais que je suppose que le corps du duc de Dantzick,
fort de trente mille hommes, a battu la plaine jusqu' l'Isre, et l'a
secouru si cela a t ncessaire.

Le gnral Demont est  Vohbourg avec sa division, huit mille hommes de
cavalerie.

La division Nansouty et la cavalerie wurtembergeoise sont en colonne sur
la route d'ici  Vohbourg.

Le gnral Vandamme, avec douze mille Wurtembergeois, couche ce soir 
Ingolstadt.

Le duc de Rivoli, avec le gnral Oudinot et quatre-vingt mille hommes,
doivent arriver  Pfaffenhoffen.

L'empereur,  une heure du matin, se dcidera  se porter de sa personne
 Neustadt, aprs qu'il aura reu le rapport de la journe; il lui
importe donc bien de connatre la situation du duc d'Auerstaedt et des
diffrens corps de l'ennemi.

Si cela ne dtourne pas cet officier, il verra le gnral Wrede ou le
duc de Dantzick, pour causer avec eux et leur donner connaissance de ces
dtails.

NAPOLON.

_P.S._ Cet officier engagera celui qui commande  Vohbourg, celui qui
commande  Neustadt et les gnraux de division bavarois, de m'envoyer
des officiers et les rapports de ce qui se serait pass ou de ce qu'ils
apprendraient.



_Commission et pleins-pouvoirs donns aux commandans de place en juin
1815._

NAPOLEON, par la grce de Dieu et les constitutions, empereur des
Franais, etc., etc.

La place de Vitry tant en tat de sige, arme, bien approvisionne, 
l'abri de toute attaque, pouvant soutenir un sige, nous avons rsolu
de nommer pour commandant suprieur de cette place un officier d'une
bravoure distingue, dont nous aurions prouv le zle et la fidlit
dans maints combats; nous avons pris en considration les services du
sieur Baron, adjudant-commandant de nos armes, et nous l'avons nomm et
nommons, par ces prsentes signes de notre main, commandant suprieur
de la place de Vitry en tat de sige. Nous lui enjoignons de ne plus
sortir des remparts de ladite place, au moins au-del d'une porte
de fusil de ses ouvrages avancs, sous quelque prtexte que ce soit;
d'inspecter et de visiter frquemment les approvisionnemens de sige
et les magasins d'artillerie, d'avoir soin qu'ils soient abondamment
fournis et conservs  l'abri des attaques de l'ennemi et de
l'intemprie des saisons. Nous lui enjoignons de prendre toutes les
prcautions pour accrotre lesdits approvisionnemens et pour que les
babilans aient pour six mois de vivres, faisant sortir de la ville tous
ceux qui n'auraient pas ledit approvisionnement. Nous lui ordonnons
de nous conserver cette place et de ne jamais la rendre sous aucun
prtexte. Dans le cas o elle serait investie et bloque, il doit tre
sourd a tous les bruits rpandus par l'ennemi, ou aux nouvelles qu'il
lui ferait parvenir, lors mme qu'il voudrait lui persuader que l'arme
franaise a t battue, que la capitale est envahie, etc. Il n'en
rsistera pas moins  ses insinuations, comme  ses attaques, et ne
laissera point branler son courage. Sa rgle constante doit tre
d'avoir le moins de communications que possible avec l'ennemi. Il
aura toujours devant les yeux les consquences invitables d'une
contravention  nos ordres ou d'une ngligence  remplir les devoirs qui
lui sont imposs. Il n'oubliera jamais qu'une conduite diffrente lui
ferait perdre notre estime et encourir toute la svrit des lois
militaires, qui condamnent  mort tout commandant et son tat-major,
s'il livre la place sans avoir fix l'impossibilit de soutenir un
second assaut, et s'il n'a satisfait  toutes les obligations qui lui
sont imposes par notre dcret du 24 dcembre 1811. Enfin, nous voulons
et entendons qu'il coure les hasards d'un assaut, pour prolonger la
dfense et augmenter la perte de l'ennemi. Il songera qu'un Franais
doit compter sa vie pour rien, si elle doit tre mise en balance avec
son honneur, et que cette ide doit tre le mobile de toutes ses
actions; la reddition de la place ne devant tre que le dernier terme
de tous ses efforts, et le rsultat d'une impossibilit absolue de
rsister, nous lui dfendons d'avancer cet vnement malheureux par son
consentement, ne ft-ce que d'une heure, et sous le prtexte d'obtenir
par l une capitulation plus honorable.

Nous voulons que toutes les fois que le conseil de dfense sera runi
pour consulter sur les oprations, il y soit fait lecture desdites
lettres-patentes,  haute et intelligible voix.

Donn au palais de l'Elyse, le neuvime jour du mois de juin de l'an de
grce mil huit cent quinze.

NAPOLON.

_Par l'empereur,

Le ministre secrtaire-d'tat._

H. B. MARET.




L'diteur poursuivra, suivant toute la rigueur des lois, les
contrefacteurs et vendeurs des oeuvres qu'il publie.


Afin de satisfaire l'impatience des nombreux souscripteurs des Oeuvres
de Napolon Bonaparte, nous joignons au tome troisime de la collection
deux pices originales qui appartiennent au tome premier, et qu'il
faudra plus tard faire relier  la fin de ce premier volume.

Les plus habiles bibliographes savaient trs-bien que Bonaparte avait
publi au commencement de la rvolution les deux brochures que nous
plaons ici; mais on croyait impossible de se procurer ces deux crits
de la jeunesse d'un sous-lieutenant d'artillerie, devenu depuis le
souverain matre de l'Europe. Le style et les ides du jeune soldat 
la naissance de la rvolution, compars aux discours de l'empereur,
offriront sans doute des rapprochemens intressans; on y trouvera
peut-tre dj quelques points de dpart de cette carrire o la
fortune, aprs avoir combl un mortel de tous ses dons les plus
brillans, semble s'tre plu  les lui ravir en un instant, pour le
frapper,  la fin de sa carrire, de ses coups les plus dchirans. Aprs
beaucoup de recherches que nous avions mme cru dsormais infructueuses,
nous sommes parvenus  ces dcouvertes importantes dans la collection
des _oeuvres_ d'un homme aussi extraordinaire.

La lettre  M. Buttafoco, dput de la Corse  l'Assemble nationale,
nous a t communique par l'imprimeur mme de cette brochure, qui en
conservait un exemplaire prcieusement: nous en devons la communication
 M. J. B, Joly, imprimeur  Dle[4].

[Note 4: Nous avons depuis eu connaissance d'un autre exemplaire de
la lettre  M. Buttafoco, qui se trouve dans la bibliothque d'un de
nos jurisconsultes les plus distingus: une faute d'impression y est
corrige de la main mme de Bonaparte.]

Bonaparte tait alors lieutenant d'artillerie  Auxonne. Il vint trouver
M. Joly avec son frre Louis, auquel il enseignait les mathmatiques:
l'ouvrage fut imprim  ses frais au nombre de cent exemplaires, et il
les fit passer dans la Corse.

Bonaparte avait aussi compos un ouvrage qui aurait pu former deux
volumes, sur l'histoire politique, civile et militaire de la Corse. Il
engagea M. Joly  aller le voir  Auxonne pour traiter de l'impression
de cet ouvrage. M. Joly s'y rendit en effet. Bonaparte occupait, au
pavillon, une chambre presque nue, ayant pour tous meubles un mauvais
lit sans rideaux, une table place dans l'embrasure d'une fentre, et
charge de livres et de papiers, et deux chaises: son frre couchait sur
un mauvais matelas, dans un cabinet voisin. On fut d'accord sur le prix
d'impression; mais il attendait d'un moment  l'autre une dcision pour
quitter Auxonne ou pour y rester. Cet ordre arriva en effet quelques
jours aprs: il partit pour Toulon, et l'ouvrage ne fut pas imprim. Il
est douteux que l'on puisse jamais retrouver cet crit dont il ne reste
aucune trace. On lui avait confi le dpt des ornemens d'glise de
l'aumnier du rgiment, qui venait d'tre supprim. Il les fit voir 
M. Joly, et ne parla des crmonies de la religion qu'avec dcence: _Si
vous n'avez pas entendu la messe_, ajoutt-il, _je puis vous la dire._

Pour constater davantage l'authenticit de cette lettre, nous citerons
le passage suivant du Journal de Dijon, du 4 aot 1821.

L'exemplaire que nous possdons nous a t donn, il y a environ
dix-neuf ans, par une personne d'Auxonne, qui le tenait elle-mme _ex
autoris dono_.

Deux fautes d'impression, l'une  la premire ligne de la page 8, et
l'autre  la fin de la sixime ligne de la page 9, sont corriges de la
main de l'auteur.

Il n'y avait pas long-temps que nous tions en possession de notre
exemplaire, lorsque dans un voyage  Dle (Jura) nous emes occasion de
visiter M. Joly (Jos.-Fr.-Xav.), imprimeur en cette ville, possesseur
d'une bibliothque qui atteste ses connaissances et son bon got. Nos
yeux se promenaient avec complaisance sur les richesses bibliographiques
de son cabinet; ils s'arrtrent sur un volume fort mince, qui se
faisait distinguer, au milieu d'une quantit de reliures de luxe, par
la recherche qui avait t mise  la sienne: c'tait la _Lettre de M.
Buonaparte  M. Matteo-Buttafoco_. Nous apprmes alors, de la bouche de
M. Joly, que cette brochure tait sortie de ses presses, en 1790;
que Bonaparte, qui tait alors lieutenant au rgiment de la Fre,
artillerie, en garnison  Auxonne, en avait revu lui-mme les dernires
preuves; qu' cet effet il se rendait  pied  Dle, en partant
d'Auxonne  quatre heures du matin; qu'aprs avoir vu les preuves il
prenait, chez M. Joly, un djeuner extrmement frugal, et se remettait
bientt en route pour rentrer dans sa garnison, o il arrivait avant
midi, ayant dj parcouru dans la matine huit lieues de poste.

Bonaparte entra dans le corps royal de l'artillerie en 1785. Du
rgiment de la Fre, o il fit ses premires armes, il passa dans celui
de Grenoble, en garnison  Valence, o il tait en 1791, le quatrime
des premiers lieutenans de premire classe (Voyez l'_tat militaire du
corps de l'artillerie de France pour l'anne 1791_, imprim chez
Firmin Didot, petit in-12 de 166 pages). Nous remarquons que le nom de
Bonaparte qui est employ trois fois dans l'_tat militaire_ cit, y est
crit, page 60, _Buonapart_, tandis qu'on lit, pages 94 et 139, _Buona
part_.



La petite brochure intitule: _Le souper de Beaucaire_, semblait devoir
ne pas chapper  l'oubli. Bonaparte passait, en 1793,  Beaucaire;
il s'y trouva  souper dans une auberge le 29 juillet, avec plusieurs
commerans de Montpellier, de Nmes et de Marseille. Une discussion
s'engagea sur la situation politique de la France: chacun des convives
avait une opinion diffrente.

Bonaparte, de retour  Avignon, profita de quelques momens de repos pour
consigner ce dialogue dans une brochure qu'il intitula: _Le souper de
Beaucaire_. Il fit imprimer cet opuscule chez Sabin Tournal, rdacteur
et imprimeur du Courier d'Avignon.

L'ouvrage ne fit alors aucune sensation; ce ne fut que lorsque Bonaparte
devint gnral en chef, que M. Loubet, secrtaire du feu M. Tournal, qui
en avait conserv un exemplaire, y attacha quelque prix, parce que cet
exemplaire tait sign de la main de son auteur. Il le montra alors 
plusieurs personnes d'Avignon. M. Loubet tant mort, on s'est adress 
son fils par l'intermdiaire de M. M...., et on a obtenu la copie
exacte de cet opuscule, dont il n'existe plus sans doute que ce seul
exemplaire.



GALERIE MILITAIRE
DE NAPOLON BONAPARTE

RECUEIL DE TOUS LES TABLEAUX ET MONUMENS
OU SONT REPRSENTS
LES PRINCIPAUX VNEMENS DE SA CARRIRE MILITAIRE;

PAR DAVID, GRARD, GIRODET, GROS, GURIN, LBJEUNE, LETHIERS, GAUTHEROT,
TAUNAY, (Carle et Horace) VERNET, VINCENT, BACLER D'ALBE, BERTBON,
BOURGEOIS, CALLET, CARTELLIER, CLODION, DEBRET, DESEVE, ESPERCIEUX,
MEYNIER, MONGIN, PAJOU, PONCE CAMUS, RHOEN, THVENIN, etc., etc.

(FAISANT SUITE AUX OEUVRES DE NAPOLON.)


Gravs par G. NORMANT pre et fils.
C.L.F. PANCKOUCKE, DITEUR,


L'ouvrage contient QUARANTE planches in-folio sur papier vlin superfin.
Il paratra en CINQ livraisons de chacune HUIT planches.

Le prix de chaque livraison est de SIX FRANCS, et de tout l'ouvrage
TRENTE FRANCS.

Il faut ajouter trente centimes pour recevoir chaque livraison franc de
port.

Lorsque la victoire, qui avait guid nos phalanges en Italie et en
gypte sous la conduite de Napolon, l'eut lev sur les dbris d'un
gouvernement phmre, il sembla, pendant quelque temps, vouloir suivre
l'exemple qu'il avait donn lui-mme, d'riger des monumens  la gloire
nationale. C'tait en effet  la patrie qu'avaient t consacrs les
chefs-d'oeuvre des arts, les plus beaux prix de nos conqutes, par
l'arme d'Italie, dont les triomphes avaient peupl ce Muse, devenu le
point de runion des plus magnifiques productions de l'art antique et
moderne. Ce fut alors que le ciseau de nos plus habiles statuaires, que
le pinceau des disciples de Raphal et de Michel-Ange s'empressrent de
perptuer les nombreux exploits de nos plus grands guerriers. Quelque
jaloux que ft Napolon d'occuper seul les cent voix de la renomme,
pour entretenir cette ardeur belliqueuse, il fallut que sa gloire se
confondt avec la gloire nationale, qu'elles fussent toutes deux runies
dans des monumens consacrs  l'utilit publique, aux hommes minens
par la bravoure et le mrite, qui avaient bien servi la patrie, ou qui
taient morts pour elle dans les combats.

Dans cette collection, nous avons plac les tableaux qui retracent la
carrire militaire de Napolon Bonaparte, parce qu'il y est reprsent
entour des guerriers qui ont parcouru avec lui cette longue et
brillante priode. En runissant ces tableaux, le lecteur suivra, avec
les progrs de notre gloire militaire, ceux des efforts de tous les arts
pour l'immortaliser: chaque dessin rappellera  la mmoire le souvenir
de plusieurs vnemens.

En clbrant ainsi de nouveau cette suite de hauts faits, nous rendrons
en mme temps hommage au gnie de nos grands artistes, aux David,
Grard, Girodet, Gros, Gurin, Lejeune, Taunay, Vernet, etc., etc.

La galerie fonde par le prince Berthier contient huit tableaux, sujets
de batailles, par nos premiers artistes; nous avons obtenu de les faire
dessiner.

Nous avons cru devoir aussi nous rduire  un simple trait, suffisant
pour donner exactement le dessin des objets, et rvler toute la pense
de l'artiste.

_Voici la liste et tordre dans lequel nous prsenterons ce Recueil._
Les gravures sont classes dans l'ordre chronologique, et forment
une suite de tableaux historiques de la vie de Napolon Bonaparte.


PREMIRE LIVRAISON.

(10 mai 1796.) Passage du pont de Lodi, peint par Taunay: salon de
1818.--(15 novembre 1796.) Bataille d'Arcole, peint par Bacler d'Albe:
salon de 1804.--(13 janvier 1797.) Bataille de Rivoli, peint par
Lafitte: salon de 1804.--(14 janvier 1797.) Bataille de Rivoli, peint
par C. Vernet: salon de 1810.--(18 avril 1797.) Prliminaires de la
paix de Loben, peint par Lethiers: salon de 1806,--(8 octobre 1797.)
tablissement de la rpublique cisalpine, peint par Lafitte: salon de
1804.--(13 juillet 1798.) Harangue aux Pyramides, peint par Gros: salon
de 1810.--(25 juillet 1798.) Bataille des Pyramides, peint par Vincent:
salon de 1810.


DEUXIME LIVRAISON.

(21 octobre 1798.) Rvolte du Kaire, peint par Girodet: salon de
1810.--(29 octobre 1798.) Pardon accord aux rvolts du Kaire, peint
par Gurin: salon de 1808.--(3 mars 1799.) Les pestifrs de Jaffa,
peint par Gros: salon de 1804.--(15 juillet 1799.) Bataille d'Aboukir,
peint par Lejeune: salon de 1804.--(15 juillet 1799.) Bataille
d'Aboukir, peint par Gros: salon de 1806.--(mai 1800.) Passage de
l'arme de rserve dans le dfil d'Albarde, peint par Mongin: salon de
1812.--(mai 1800.) Passage du Mont-Saint-Bernard, peint par Thvenin:
salon de 1806.--(17 mai 1800.) Bonaparte au sommet du Saint-Bernard,
peint par David: salon de 1806.


TROISIME LIVRAISON.

(14 juin 1800.) Bataille de Marengo, peint par Lejeune.--(15 juin 1800.)
Mort de Dessaix, peint par Broc: salon de 1806--(12 octobre 1805.)
Harangue de Napolon  l'arme, peint par Gautherot: salon de
1808.--(octobre 1805) Napolon honorant le malheur des blesss ennemis,
peint par Debret: salon de 1806.--(octobre 1806.) Napolon au tombeau du
Grand-Frdric, peint par Ponce-Camus: salon de 1800.--(novembre 1806.)
Napolon recevant  Berlin les dputs du snat, peint par Berthon:
salon de 1810.--(17 octobre 1805.) Capitulation devant Ulm (quatrime
bas-relief de l'arc du Carrousel), par Cartelier.--(24 octobre 1805.)
Entre  Munich (deuxime bas-relief de l'arc du Carrousel), par
Clodion.


QUATRIME LIVRAISON.

(13 novembre 1805.) Napolon recevant les clefs de Vienne peint par
Girodet: salon de 1808.--(13 novembre 1805.) Entre dans Vienne
(troisime bas-relief de l'arc du Carrousel), par Desenne.--(2 dcembre
1805.) Le matin de la bataille d'Austerlitz, peint par Carle Vernet:
salon de 1808.--(2 dcembre 1805.) Bataille d'Austerlitz, peint par
Grard: salon de 1810.--(2 dcembre 1805.) Victoire d'Austerlitz
(cinquime bas-relief de l'arc du Carrousel), par Espercieux: salon de
1810.--(2 janvier 1805.) Fin de la bataille d'Austerlitz, peint par
Meynier: salon de 1810.--(5 dcembre 1805.) Entrevue des deux empereurs,
peint par Gros: salon de 1812.--(dcembre 1806.) Napolon  Osterode,
peint par Ponce-Camus: salon de 1810.


CINQUIME LIVRAISON.

(19 dcembre 1806.) Entre  Varsovie, peint par Callet.--(8
fvrier 1807.) Champ de bataille d'Eylau, peint par Gros: salon
de 1808.--(juillet 1807.) Distribution des dcorations de la
lgion-d'honneur, aux braves de l'arme russe, peint par Debret: salon
de 1808.--(4 septembre 1808.) Prise de Madrid, peint par Gros: salon de
1810.--(23 avril 1809.) Prise de Ratisbonne, peint par Thvenin.--(22
mai 1809.) Rentre dans l'le de Lobau, peint par Meynier: salon de
1812.--(31 mai 1809.) Napolon aux derniers momens du duc de Montebello,
peint par Bourgeois: salon de 1810.--(6 juillet 1809.) Bataille de
Wagram, peint par Gros: salon de 1810.

_Ces planches sont gravs avec la perfection reconnue de_ Mr. C.
Normant.





End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome V.
by Napolon Bonaparte

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

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Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
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Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
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information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

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Literary Archive Foundation

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