The Project Gutenberg EBook of Histoire de la Rvolution franaise, Tome 10
by Adolphe Thiers

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Title: Histoire de la Rvolution franaise, Tome 10

Author: Adolphe Thiers

Release Date: October 5, 2004 [EBook #13607]

Language: French

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HISTOIRE DE LA RVOLUTION FRANAISE

_PAR M.A. THIERS_ DE L'ACADMIE FRANAISE

NEUVIME DITION

TOME DIXIME



M DCCC XXXIX




DIRECTOIRE.



CHAPITRE XIII.

EXPDITION D'GYPTE. DPART DE TOULON; ARRIVE DEVANT MALTE; CONQUTE
DE CETTE ILE. DPART POUR L'GYPTE; DBARQUEMENT A ALEXANDRIE; PRISE
DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHBRESS. BATAILLE DES
PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN
GYPTE; TABLISSEMENT DE LA NOUVELLE COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR,
DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANAISE PAR LES ANGLAIS.


Bonaparte arriva  Toulon le 20 floral an VI (9 mai 1798). Sa prsence
rjouit l'arme, qui commenait  murmurer et  craindre qu'il ne ft
pas  la tte de l'expdition. C'tait l'ancienne arme d'Italie. Elle
tait riche, couverte de gloire, et on pouvait dire d'elle, que sa
_fortune tait faite_. Aussi avait-elle beaucoup moins de zle  faire
la guerre, et il fallait toute la passion que lui inspirait son gnral,
pour la dcider  s'embarquer et  courir vers une destination inconnue.
Cependant elle fut saisie d'enthousiasme en le voyant  Toulon. Il y
avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ Bonaparte, sans lui
expliquer sa destination, lui adressa la proclamation suivante:

    SOLDATS!

    Vous tes une des ailes de l'arme d'Angleterre. Vous avez fait la
    guerre de montagnes, de plaines, de sige; il vous reste  faire la
    guerre maritime.

    Les lgions romaines, que vous avez quelquefois imites, mais pas
    encore gales, combattaient Carthage tour  tour sur cette mer et
    aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que
    constamment elles furent braves patientes  supporter la fatigue,
    disciplines et unies entre elles.

    Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes
    destines  remplir, des batailles  livrer, des dangers, des
    fatigues  vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la
    prosprit de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre
    gloire.

    Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis;
    souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns
    des autres.

    Soldats, matelots, vous avez t jusqu'ici ngligs; aujourd'hui la
    plus grande sollicitude de la rpublique est pour vous: vous serez
    dignes de l'arme dont vous faites partie.

    Le gnie de la libert qui a rendu, ds sa naissance, la rpublique
    l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations
    les plus lointaines.

On ne pouvait pas annoncer plus dignement une grande entreprise, en la
laissant toujours dans le mystre qui devait l'envelopper.

L'escadre de l'amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne,
dont un de 120 canons (c'tait _l'Orient_, que devaient monter l'amiral
et le gnral en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y avait de plus
deux vaisseaux vnitiens de 64 canons, six frgates vnitiennes et
huit franaises, soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes
canonnires, petits navires de toute espce. Les transports runis tant
 Toulon qu' Gnes, Ajaccio, Civita-Vecchia, s'levaient  quatre
cents. C'taient donc cinq cents voiles qui allaient flotter  la fois
sur la Mditerrane. Jamais pareil armement n'avait couvert les mers.
La flotte portait environ quarante mille hommes de toutes armes et dix
mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, des vivres pour deux.

On mit  la voile le 30 floral (19 mai), au bruit du canon, aux
acclamations de toute l'arme. Des vents violens causrent quelque
dommage  une frgate  la sortie du port. Les mmes vents avaient caus
de telles avaries  Nelson, qui croisait avec trois vaisseaux, qu'il
fut oblig d'aller au radoub dans les les Saint-Pierre. Il fut ainsi
loign de l'escadre franaise, et ne la vit pas sortir. La flotte vogua
d'abord vers Gnes, pour rallier le convoi runi dans ce port, sous
les ordres du gnral Baraguai-d'Hilliers. Elle cingla ensuite vers la
Corse, rallia le convoi d'Ajaccio, qui tait sous les ordres de
Vaubois, et s'avana dans la mer de Sicile, pour se runir au convoi
de Civita-Vecchia, qui tait sous les ordres de Desaix. Le projet de
Bonaparte tait de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant une
entreprise audacieuse dont il avait de longue main prpar le succs par
des trames secrtes. Il voulait s'emparer de cette le, qui, commandant
la navigation de la Mditerrane, devenait importante pour l'gypte,
et qui ne pouvait manquer d'choir bientt aux Anglais, si on ne les
prvenait.

L'ordre des chevaliers de Malte tait comme toutes les institutions du
moyen-ge: il avait perdu son objet, et ds lors sa dignit et sa
force. Il n'tait plus qu'un abus, profitable seulement  ceux qui
l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en
France, en Italie, en Allemagne, des biens considrables, qui leur
avaient t donns par la pit des fidles pour protger les chrtiens
allant visiter les saints lieux. Maintenant qu'il n'y avait plus de
plerinages de cette espce, le rle et le devoir des chevaliers taient
de protger les nations chrtiennes contre les Barbaresques, et de
dtruire l'infame piraterie qui infeste la Mditerrane. Les biens de
l'ordre suffisaient  l'entretien d'une marine considrable; mais les
chevaliers ne s'occupaient aucunement  en former une: ils n'avaient que
deux ou trois vieilles frgates, ne sortant jamais du port, et quelques
galres qui allaient donner et recevoir des ftes dans les ports
d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, placs dans toute la
chrtient, dvoraient dans le luxe et l'oisivet les revenus de
l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui et fait la guerre aux
Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun intrt. En
France on lui avait enlev ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir
en Italie, sans qu'il s'levt aucune rclamation en sa faveur. On a vu
que Bonaparte avait song dj  pratiquer des intelligences dans Malte.
Il avait gagn quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider
par un coup d'audace, et de les obliger  se rendre; car il n'avait ni
le temps ni les moyens d'une attaque rgulire contre une place rpute
imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ses dangers en
voyant les escadres franaises dominer dans la Mditerrane, s'tait mis
sous la protection de Paul Ier.

Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de
Civita-Vecchia; il ne put la joindre qu' Malte mme. Les cinq cents
voiles franaises se dployrent  la vue de l'le, le 21 prairial (9
juin), vingt-deux jours aprs la sortie de Toulon. Cette vue rpandit
le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, pour avoir un prtexte de
s'arrter, et pour faire natre un sujet de contestation, demanda au
grand-matre la facult de faire de l'eau. Le grand-matre, Ferdinand de
Hompesch, fit rpondre par un refus absolu, allguant les rglemens,
qui ne permettaient pas d'introduire  la fois plus de deux vaisseaux
appartenant  des puissances belligrantes. On avait autrement accueilli
les Anglais quand ils s'taient prsents. Bonaparte dit que c'tait l
une preuve de la plus insigne malveillance, et sur-le-champ fit ordonner
un dbarquement. Le lendemain, 22 prairial (10 juin), les troupes
franaises dbarqurent dans l'le, et investirent compltement
Lavalette, qui compte trente mille mes  peu prs de population, et qui
est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte fit dbarquer de
l'artillerie pour canonner les forts. Les chevaliers rpondirent  son
feu, mais trs mal. Ils voulurent faire une sortie, et il y en eut un
grand nombre de pris. Le dsordre se mit alors  l'intrieur. Quelques
chevaliers de la langue franaise dclarrent qu'ils ne pouvaient pas
se battre contre leurs compatriotes. On en jeta quelques-uns dans les
cachots. Le trouble tait dans les ttes; les habitans voulaient qu'on
se rendt. Le grand-matre, qui avait peu d'nergie, et qui se souvenait
de la gnrosit du vainqueur de Rivoli  Mantoue, songea  sauver ses
intrts du naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers franais
qu'il y avait jets, et l'envoya  Bonaparte pour ngocier. Le trait
fut bientt arrt. Les chevaliers abandonnrent  la France la
souverainet de Malte et des les en dpendant; en retour, la France
promit son intervention au congrs de Rastadt, pour faire obtenir au
grand-matre une principaut en Allemagne, et  dfaut, elle lui assura
une pension viagre de 300,000 francs et une indemnit de 600,000 francs
comptant. Elle accorda  chaque chevalier de la langue franaise 700 fr.
de pension, et 1,000 pour les sexagnaires; elle promit sa mdiation
pour que ceux des autres langues fussent mis en jouissance des biens de
l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent les conditions au
moyen desquelles la France entra en possession du premier port de la
Mditerrane, et de l'un des plus forts du monde. Il fallait l'ascendant
de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; il fallait son audace
pour oser y perdre quelques jours, ayant les Anglais  sa poursuite.
Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en parcourant la place
dont il admirait les fortifications, dit ce mot: _Nous sommes bien
heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les
portes._

Bonaparte laissa Vaubois  Malte, avec trois mille hommes de garnison;
il y plaa Rgnault (de Saint-Jean-d'Angely), en qualit de commissaire
civil. Il fit tous les rglemens administratifs qui taient ncessaires
pour l'tablissement du rgime municipal dans l'le, et il mit
sur-le-champ  la voile pour cingler vers la cte d'gypte.

Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), aprs une relche de dix
jours. L'essentiel maintenant, tait de ne pas rencontrer les Anglais.
Nelson, radoub aux les Saint-Pierre, avait reu du lord Saint-Vincent
un renfort de dix vaisseaux de ligne et de plusieurs frgates, ce qui
lui formait une escadre de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques
vaisseaux de moindre importance. Il tait revenu le 13 prairial (1er
juin) devant Toulon; mais l'escadre franaise en tait sortie depuis
douze jours. Il avait couru de Toulon  la rade du Tagliamon, et de la
rade du Tagliamon  Naples, o il tait arriv le 2 messidor (20 juin),
au moment mme o Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les Franais
avaient paru vers Malte, il les suivait, dispos  les attaquer s'il
parvenait  les joindre.

Sur toute l'escadre franaise, on tait prt au combat. La possibilit
de rencontrer les Anglais tait prsente  tous les esprits et
n'effrayait personne. Bonaparte avait rparti sur chaque vaisseau de
ligne cinq cents hommes d'lite, qu'on habituait tous les jours  la
manoeuvre du canon, et  la tte desquels se trouvait un de ces gnraux
si bien habitus au feu sous ses ordres. Il s'tait fait un principe sur
la tactique maritime, c'est que chaque vaisseau ne devait avoir qu'un
but, celui d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. Des
ordres taient donns en consquence, et il comptait sur la bravoure des
troupes d'lite places  bord des vaisseaux. Ces prcautions prises, il
cinglait tranquillement vers l'gypte. Cet homme qui, suivant
d'absurdes dtracteurs, craignait les hasards de la mer, s'abandonnait
tranquillement  la fortune, au milieu des flottes anglaises, et avait
eu l'audace de perdre quelques jours  Malte pour en faire la conqute.
La gaiet rgnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement o l'on
allait, mais le secret commenait  se rpandre, et on attendait avec
impatience la vue des rivages qu'on allait conqurir. Le soir, les
savans, les officiers-gnraux qui taient  bord de _l'Orient_, se
runissaient chez le gnral en chef, et l commenaient les ingnieuses
et savantes discussions de l'Institut d'gypte. Un instant, l'escadre
anglaise ne fut qu' quelques lieues de l'immense convoi franais, et
de part et d'autre on l'ignora. Nelson commenant  supposer que les
Franais s'taient dirigs sur l'gypte, fit voile pour Alexandrie,
et les y devana; mais ne les ayant pas trouvs, il vola vers les
Dardanelles, pour tcher de les y rencontrer. Par un bonheur singulier,
l'expdition franaise n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain,
13 messidor (1er juillet). Il y avait un mois et demi  peu prs qu'elle
tait sortie de Toulon.

Bonaparte envoya chercher aussitt le consul franais. Il apprit que les
Anglais avaient paru l'avant-veille, et les jugeant dans les parages
voisins, il voulut tenter le dbarquement  l'instant mme. On ne
pouvait pas entrer dans le port d'Alexandrie, car la place paraissait
dispose  se dfendre; il fallait descendre  quelque distance, sur
la plage voisine,  une anse dite du Marabout. Le vent soufflait
violemment, et la mer se brisait avec furie sur les rcifs de la cte.
C'tait vers la fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut aborder
sur-le-champ. Il descendit le premier dans une chaloupe; les soldats
demandaient  grands cris  le suivre  la cte. On commena  mettre
les embarcations  la mer, mais l'agitation des flots les exposait 
chaque instant  se briser les unes contre les autres. Enfin, aprs
de grands dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile parut 
l'horizon; on crut que c'tait une voile anglaise: _Fortune_, s'cria
Bonaparte, _tu m'abandonnes! quoi! pas seulement cinq jours!_ La
fortune ne l'abandonnait pas, car c'tait une frgate franaise qui
rejoignait. On eut beaucoup de peine  dbarquer quatre ou cinq mille
hommes, dans la soire et dans la nuit. Bonaparte rsolut de marcher
sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre la place, et de ne pas
donner aux Turcs le temps de faire des prparatifs de dfense. On se
mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un cheval de dbarqu;
l'tat-major, Bonaparte et Caffarelli lui-mme, malgr sa jambe de bois,
firent quatre  cinq lieues  pied dans les sables, et arrivrent  la
pointe du jour en vue d'Alexandrie.

Cette antique cit, fille d'Alexandre, n'avait plus ses magnifiques
difices, ses innombrables demeures, sa grande population; elle tait
ruine aux trois quarts. Les Turcs, les gyptiens opulens, les ngocians
europens habitaient dans la ville moderne, qui tait la seule partie
conserve. Quelques Arabes vivaient dans les dcombres de la cit
antique; une vieille muraille flanque de quelques tours enfermait la
nouvelle et l'ancienne ville, et tout autour rgnaient les sables qui,
en gypte, s'avancent partout o la civilisation recule.

Les quatre mille Franais, conduits par Bonaparte, y arrivrent  la
pointe du jour: ils ne rencontrrent sur cette plage de sable qu'un
petit nombre d'Arabes, qui, aprs quelques coups de fusil, s'enfoncrent
dans le dsert. Bonaparte partagea ses soldats en trois colonnes: Bon,
avec la premire, marcha  droite, vers la porte de Rosette; Klber,
avec la seconde, marcha au centre vers la porte de la Colonne; Menou,
avec la troisime, s'avana  gauche vers la porte des Catacombes. Les
Arabes et les Turcs, excellens soldats derrire un mur, firent un
feu bien nourri; mais les Franais montrent avec des chelles, et
franchirent la vieille muraille. Klber tomba le premier, frapp d'une
balle au front. On chassa les Arabes de ruine en ruine, jusqu' la
ville nouvelle. Le combat allait se prolonger de rue en rue, et devenir
meurtrier; mais un capitaine turc servit d'intermdiaire pour ngocier
un accord. Bonaparte dclara qu'il ne venait point pour ravager le pays,
ni l'enlever au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire  la
domination des Mameluks, et venger les outrages que ceux-ci avaient
faits  la France. Il promit que les autorits du pays seraient
maintenues, que les crmonies du culte continueraient d'avoir lieu
comme par le pass, que les proprits seraient respectes, etc.....
Moyennant ces conditions, la rsistance cessa: les Franais furent
matres d'Alexandrie le jour mme. Pendant ce temps, l'arme avait
achev de dbarquer. Il s'agissait maintenant de mettre l'escadre 
l'abri, soit dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de
crer  Alexandrie une administration conforme aux moeurs du pays, et
d'arrter un plan d'invasion pour s'emparer de l'gypte. Pour le moment,
les dangers de la mer et d'une rencontre avec les Anglais taient
passs; les plus grands obstacles taient vaincus avec ce bonheur qui
semble toujours accompagner la jeunesse d'un grand homme.

L'gypte, sur laquelle nous venions d'aborder, est le pays le plus
singulier, le mieux situ, et l'un des plus fertiles de la terre. Sa
position est connue. L'Afrique ne tient  l'Asie que par un isthme de
quelques lieues, qu'on appelle l'isthme de Suez, et qui, s'il tait
coup, donnerait accs de la Mditerrane dans la mer de Indes,
dispenserait les navigateurs d'aller  des distances immenses, et au
milieu des temptes, doubler le cap de Bonne-Esprance. L'gypte est
place paralllement  la mer Rouge et  l'isthme de Suez. Elle est la
matresse de cet isthme. C'est cette contre qui, chez les anciens
et dans le moyen-ge, pendant la prosprit des Vnitiens, tait
l'intermdiaire du commerce de l'Inde. Telle est sa position entre
l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et sa forme ne sont pas
moins extraordinaires. Le Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend
sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six cents lieues dans
les dserts de l'Afrique, puis entre en gypte, ou plutt y tombe, en
se prcipitant des cataractes de Syne, et parcourt encore deux cents
lieues jusqu' la mer. Ses bords constituent toute l'gypte. C'est
une valle de deux cents lieues de longueur, sur cinq  six lieues de
largeur. Des deux cts elle est borde par un ocan de sables. Quelques
chanes de montagnes, basses, arides et dchires, sillonnent tristement
ces sables, et projettent  peine quelques ombres sur leur immensit.
Les unes sparent le Nil de la mer Rouge, les autres le sparent du
grand dsert, dans lequel elles vont se perdre. Sur la rive gauche du
Nil,  une certaine distance dans le dsert, serpentent deux langues de
terre cultivable, qui font exception aux sables, et se couvrent d'un peu
de verdure. Ce sont les _oasis_, espces d'les vgtales, au milieu de
l'ocan des sables. Il y en a deux, la grande et la petite. Un effort
des hommes, en y jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles
provinces. Cinquante lieues avant d'arriver  la mer, le Nil se partage
en deux branches, qui vont tomber  soixante lieues l'une de l'autre,
dans la Mditerrane, la premire  Rosette, la seconde  Damiette. On
connaissait autrefois sept bouches au Nil; on les aperoit encore, mais
il n'y en a plus que deux de navigables. Le triangle form par ces deux
grandes branches et par la mer a soixante lieues  sa base et cinquante
sur ses cts; il s'appelle le Delta. C'est la partie la plus fertile de
l'gypte, parce que c'est la plus arrose, la plus coupe de canaux. Le
pays tout entier se divise en trois parties, le Delta ou Basse-gypte,
qu'on appelle Bahireh; la Moyenne-gypte, qu'on appelle Ouestanieh; la
Haute-gypte, qu'on appelle le Sad.

Les vents tsiens soufflant d'une manire constante du nord au sud,
pendant les mois de mai, juin et juillet, entranent tous les nuages
forms  l'embouchure du Nil, n'en laissent pas sjourner un seul
sur cette contre toujours sereine, et les portent vers les monts
d'Abyssinie. L ces nuages s'agglomrent, se prcipitent en pluie
pendant les mois de juillet, aot et septembre, et produisent le
phnomne clbre des inondations du Nil. Ainsi, cette terre reoit par
les dbordemens du fleuve, les eaux qu'elle ne reoit pas du ciel. Il
n'y pleut jamais, et les marcages du Delta, qui seraient pestilentiels
sous le ciel de l'Europe, ne produisent pas en gypte une seule fivre.
Le Nil, aprs son inondation, laisse un limon fertile, qui est la seule
terre cultivable sur ces bords, et qui produit ces abondantes moissons
consacres autrefois  nourrir Rome. Plus l'inondation s'est tendue,
plus il y a de terre cultivable. Les propritaires de cette terre,
nivele tous les ans par les eaux, se la partagent tous les ans par
l'arpentage. Aussi l'arpentage est-il un grand art en gypte. Des canaux
pourraient tendre l'inondation, et auraient l'avantage de diminuer la
rapidit des eaux, de les faire sjourner plus long-temps, et d'tendre
la fertilit aux dpens du dsert. Nulle part le travail de l'homme ne
pourrait avoir de plus salutaires effets; nulle part la civilisation ne
serait plus souhaitable. Le Nil et le dsert se disputent l'gypte, et
c'est la civilisation qui donnerait au Nil le moyen de vaincre le dsert
et de le faire reculer. On croit que l'gypte nourrissait autrefois
vingt millions d'habitans, sans compter les Romains. Elle tait  peine
capable d'en nourrir trois millions quand les Franais y entrrent.

L'inondation finit  peu prs en septembre. Alors commencent les travaux
des champs. Pendant les mois d'octobre, novembre, dcembre, janvier,
fvrier, la campagne d'gypte prsent un aspect ravissant de fertilit
et de fracheur. Elle est couverte alors des plus riches moissons,
maille de fleurs, traverse par d'immenses troupeaux. En mars les
chaleurs commencent; la terre se gerce si profondment, qu'il est
quelquefois dangereux de la traverser  cheval. Les travaux des champs
sont alors finis. Les gyptiens ont recueilli toutes les richesses de
l'anne. Outre les bls, l'gypte produit les meilleurs riz, les plus
beaux lgumes, le sucre, l'indigo, le sn, la casse, le natron, le lin,
le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse abondance. Il lui
manque des huiles; mais elle les trouve vis--vis, en Grce; il lui
manque le tabac et le caf, mais elle les trouve  ses cts, dans
la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi prive de bois, car la grande
vgtation ne peut pas pousser sur ce limon annuel que le Nil dpose sur
un fond de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers sont les
seuls arbres de l'gypte. A dfaut de bois on brle la bouse de vache.
L'gypte nourrit d'immenses troupeaux. Les volailles de toute espce y
fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si clbres dans le monde
par leur beaut, leur vivacit, leur familiarit avec leurs matres, et
cet utile chameau, qui peut manger et boire pour plusieurs jours, dont
le pied enfonce sans fatigue dans les sables mouvans, et qui est comme
un navire vivant pour traverser la mer des sables.

Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables caravanes, qui abordent
comme des flottes des deux cts du dsert. Les unes viennent de la
Syrie et de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des ctes de Barbarie.
Elles apportent tout ce qui est propre aux pays du soleil, l'or,
l'ivoire, les plumes, les schalls inimitables, les parfums, les gommes,
les aromates de toute espce, le caf, le tabac, les bois et les
esclaves. Le Caire devient un entrept magnifique des plus belles
productions du globe, de celles que le gnie si puissant des occidentaux
ne pourra jamais imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont leur
got dlicat les rendra toujours avides. Aussi le commerce de l'Inde
est-il le seul dont les progrs des peuples n'amneront jamais la
fin. Il ne serait donc pas ncessaire de faire de l'gypte un poste
militaire, pour aller dtruire violemment le commerce des Anglais. Il
suffirait d'y tablir un entrept, avec la sret, les lois et les
commodits europennes, pour attirer les richesses du monde.

La population qui occupe l'gypte est, comme les ruines des cits qui la
couvrent, un amas des dbris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens
habitans de l'gypte, des Arabes, conqurans de l'gypte sur les
Cophtes, des Turcs conqurans sur les Arabes, telles sont les races dont
les dbris pullulent misrablement sur une terre dont ils sont indignes.
Les Cophtes, quand les Franais y entrrent, taient deux cent mille au
plus. Mpriss, pauvres, abrutis, ils s'taient vous, comme toutes les
classes proscrites, aux plus ignobles mtiers. Les Arabes formaient la
masse presque entire de la population; ils descendaient des compagnons
de Mahomet. Leur condition tait infiniment varie; quelques-uns, de
haute naissance, faisant remonter leur origine jusqu' Mahomet lui-mme,
grands propritaires, ayant quelques traces du savoir arabe, runissant
 la noblesse les fonctions du culte et de la magistrature, taient,
sous le titre de scheiks, les vritables grands de l'gypte. Dans
les divans, ils reprsentaient le pays, quand ses tyrans voulaient
s'adresser  lui; dans les mosques, ils composaient des espces
d'universits, o ils enseignaient la religion, la morale du Koran, un
peu de philosophie et de jurisprudence. La grande mosque de Jemil-Azar
tait le premier corps savant et religieux de l'Orient. Aprs ces
grands, venaient les moindres propritaires, composant la seconde et
la plus nombreuse classe des Arabes; puis les proltaires, qui taient
tombs dans la situation de vritables ilotes. Ces derniers taient des
paysans  gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et vivant
dans la misre et l'abjection. Il y avait une quatrime classe d'Arabes,
c'taient les Bdouins ou Arabes errans: ceux-l n'avaient pas voulu
s'attacher  la terre; c'taient les fils du dsert. Monts sur des
chevaux ou des chameaux, conduisant devant eux des troupeaux nombreux,
ils erraient, cherchant des pturages dans quelques oasis, ou venant
annuellement ensemencer les lisires de terre cultivable, places sur
le bord de l'gypte. Leur mtier tait d'escorter les caravanes ou de
prter leurs chameaux pour les transports. Mais, brigands sans foi,
ils pillaient souvent les marchands qu'ils escortaient ou auxquels ils
prtaient leurs chameaux. Quelquefois mme, violant l'hospitalit
qu'on leur accordait sur la lisire des terres cultivables, ils se
prcipitaient sur cette valle du Nil, qui, large seulement de cinq
lieues, est si facile  pntrer; ils pillaient les villages, et,
remontant sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans le fond du
dsert. La ngligence turque laissait leurs ravages presque toujours
impunis, et ne luttait pas mieux contre les brigands du dsert qu'elle
ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, diviss en tribus
sur les deux cts de la valle, taient au nombre de cent ou cent vingt
mille, et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, braves,
mais bons pour harceler l'ennemi, jamais pour le combattre.

La troisime race enfin tait celle des Turcs; mais elle tait aussi peu
nombreuse que les Cophtes, c'est--dire qu'elle s'levait  deux cent
mille individus au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. Les
Turcs, venus depuis la dernire conqute des sultans de Constantinople,
taient presque tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on sait
qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces listes que pour
avoir les privilges des janissaires, et qu'un trs petit nombre sont
rellement au service. Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la
milice du pacha. Ce pacha, envoy de Constantinople, reprsentait le
sultan en gypte; mais  peine escort de quelques janissaires, il avait
vu s'vanouir son autorit par les prcautions mme que le sultan Slim
avait prises autrefois pour la conserver. Ce sultan, jugeant que par
son loignement l'gypte pourrait chapper  la domination de
Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile pourrait s'y crer un
empire indpendant, avait imagin un contre-poids, en instituant la
milice des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre les conditions
physiques qui rendent un pays dpendant ou indpendant d'un autre, au
lieu du pacha, c'taient les Mameluks qui s'taient rendus indpendans
de Constantinople et matres de l'gypte. Les Mameluks taient des
esclaves achets en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans du
Caucase, transports jeunes en gypte, levs dans l'ignorance de leur
origine, dans le got et la pratique des armes, ils devenaient les plus
braves et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient  honneur
d'tre sans origine, d'avoir t achets cher, et d'tre beaux et
vaillans. Ils avaient vingt-quatre beys, qui taient leurs propritaires
et leurs chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks.
C'tait un troupeau qu'ils avaient soin d'alimenter, et qu'ils
transmettaient quelquefois  leur fils, et plus souvent  leur Mameluk
favori, qui devenait bey  son tour. Chaque Mameluk tait servi par deux
fellahs. La milice entire se composait de douze mille cavaliers  peu
prs, servis par vingt-quatre mille ilotes. Ils taient les vritables
matres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit des terres
appartenant aux beys, ou du revenu des impts tablis sous toutes les
formes. Les Cophtes, que nous avons dj dits livrs aux plus ignobles
fonctions, taient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agens
d'affaires; car les abrutis se mettent toujours au service du plus fort.
Les vingt-quatre beys, gaux de droit, ne l'taient pas de fait. Ils se
faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant les autres, avait
une souverainet viagre. Il tait tout  fait indpendant du pacha
reprsentant le sultan de Constantinople, le souffrait tout au plus au
Caire dans une sorte de nullit, et souvent lui refusait le _miri_,
c'est--dire l'impt foncier, qui, reprsentant le droit de la conqute,
appartenait  la Porte.

L'gypte tait donc une vritable fodalit, comme celle de l'Europe
dans le moyen ge; elle prsentait  la fois un peuple conquis, une
milice conqurante, en rvolte contre son souverain; enfin une ancienne
classe abrutie, au service et aux gages du plus fort.

Deux beys suprieurs aux autres dominaient en ce moment l'gypte. L'un,
Ibrahim-Bey, riche, astucieux, puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrpide,
vaillant et plein d'ardeur. Ils taient convenus d'une espce de partage
d'autorit, par lequel Ibrahim-Bey avait les attributions civiles,
et Mourad-Bey les attributions militaires. Celui-ci tait charg des
combats; il y excellait, et il avait l'affection des Mameluks, tous
dvous  sa personne.

Bonaparte, qui au gnie de capitaine savait unir le tact et l'adresse du
fondateur, et qui avait d'ailleurs administr assez de pays conquis pour
s'en tre fait un art particulier, jugea sur-le-champ la politique qu'il
avait  suivre en gypte. Il fallait d'abord arracher cette contre 
ses vritables matres, c'est--dire aux Mameluks. C'tait cette classe
qu'il fallait combattre et dtruire par les armes et la politique.
D'ailleurs on avait des raisons  faire valoir contre eux, car ils
n'avaient cess de maltraiter les Franais. Quant  la Porte, il fallait
paratre ne pas attaquer sa souverainet, et affecter au contraire de
la respecter. Telle qu'elle tait devenue, cette souverainet tait peu
importante. On pouvait traiter avec la Porte, soit pour la cession de
l'gypte, en lui faisant certains avantages ailleurs, soit pour un
partage d'autorit qui n'aurait rien de fcheux; car en laissant le
Pacha au Caire, comme il y avait t jusqu'ici, et en hritant de la
puissance des Mameluks, on n'avait pas grand'chose  regretter. Quant
aux habitans, il fallait, pour se les attacher, gagner la vritable
population, c'est--dire celle des Arabes. En respectant les scheiks, en
caressant leur vieil orgueil, en augmentant leur pouvoir, en flattant un
dsir secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait trouv en Italie,
comme on le trouve partout, celui du rtablissement de l'antique
patrie, de la patrie arabe, on tait assur de dominer le pays et de se
l'attacher entirement. Bien plus, en mnageant les proprits et les
personnes, chez un peuple qui tait habitu  regarder la conqute comme
donnant droit de meurtre, de pillage et de dvastation, on allait causer
une surprise des plus avantageuses  l'arme franaise; et si, en outre,
on respectait les femmes et le prophte, la conqute des coeurs tait
aussi assure que celle du sol.

Bonaparte se conduisit d'aprs ces erremens aussi justes que profonds.
Dou d'une imagination tout orientale, il lui tait facile de prendre
le style solennel et imposant qui convenait  la race arabe. Il fit des
proclamations qui taient traduites en arabe et rpandues dans le pays.
Il crivit au pacha: La rpublique franaise s'est dcide  envoyer
une puissante arme pour mettre fin aux brigandages des beys d'gypte,
ainsi qu'elle a t oblige de le faire plusieurs fois dans ce sicle
contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, qui devrais tre le matre
des beys, et que cependant ils tiennent au Caire sans autorit et sans
pouvoir, tu dois voir mon arrive avec plaisir. Tu es sans doute dj
instruit que je ne viens point pour rien faire contre l'alcoran ni le
sultan. Tu sais que la nation franaise est la seule et unique allie
que le sultan ait en Europe. Viens donc  ma rencontre, et maudis avec
moi la race impie des beys. S'adressant aux gyptiens, Bonaparte leur
adressait ces paroles: Peuples d'gypte, on vous dira que je viens pour
dtruire votre religion. Ne le croyez pas; rpondez que je viens vous
restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte plus que
les Mameluks Dieu, son prophte et le Koran. Parlant de la tyrannie
des Mameluks, il disait: Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux
Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison?
cela appartient aux Mameluks. Si l'gypte est leur ferme, qu'ils
montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et
misricordieux pour le peuple, et il a ordonn que l'empire des Mameluks
fint. Parlant des sentimens des Franais, il ajoutait: Nous aussi,
nous sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons dtruit le
pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce
pas nous qui avons dtruit les chevaliers de Malte, parce que ces
insenss croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux
musulmans? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils
prospreront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront
neutres! Ils auront le temps de nous connatre, et ils se rangeront avec
nous. Mais malheur, trois fois malheur  ceux qui s'armeront pour les
Mameluks et combattront contre nous! Il n'y aura pas d'esprance pour
eux; ils priront.

Bonaparte dit  ses soldats: Vous allez entreprendre une conqute
dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont
incalculables. Vous porterez  l'Angleterre le coup le plus sr et le
plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de
mort.

Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahomtans; leur
premier article de foi est celui-ci: _Il n'y a pas d'autre Dieu que
Dieu, et Mahomet est son prophte_. Ne les contredisez pas; agissez avec
eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens. Ayez des
gards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les
rabbins et pour les vques. Ayez pour les crmonies que prescrit le
Koran, pour les mosques, la mme tolrance que vous avez eue pour les
couvens, pour les synagogues, pour la religion de Mose et celle de
Jsus-Christ. Les lgions romaines protgeaient toutes les religions.
Vous trouverez ici des usages diffrens de ceux de l'Europe, il faut
vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent
les femmes autrement que nous. Souvenez-vous que dans tous les pays,
celui qui viole est un lche.

La premire ville que nous rencontrerons a t btie par Alexandre.
Nous trouverons  chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter
l'mulation des Franais.

Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour tablir l'autorit
franaise  Alexandrie, pour quitter ensuite le Delta et s'emparer du
Caire, capitale de toute l'gypte. On tait en juillet, le Nil allait
inonder les campagnes. Il voulait arriver au Caire avant l'inondation,
et employer le temps qu'elle durerait,  faire son tablissement. Il
ordonna que tout demeurt dans le mme tat  Alexandrie, que les
exercices religieux continuassent, que la justice ft rendue comme avant
par les cadis. Il voulut succder seulement aux droits des Mameluks,
et tablir un commissaire pour percevoir les impts accoutums. Il
fit former un divan, ou conseil municipal, compos des scheiks et des
notables d'Alexandrie, afin de les consulter sur toutes les mesures que
l'autorit franaise aurait  prendre. Il laissa trois mille hommes en
garnison  Alexandrie, et en donna le commandement  Klber, que sa
blessure devait, pour un mois ou deux, condamner  l'inaction. Il
chargea un jeune officier du plus rare mrite, et qui promettait un
grand ingnieur  la France, de mettre Alexandrie en tat de dfense et
d'y faire pour cela les travaux ncessaires. C'tait le colonel Crtin,
qui,  peu de frais et en peu de temps, excuta  Alexandrie des travaux
superbes. Bonaparte donna ensuite des ordres pour mettre la flotte 
l'abri. C'tait une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient
entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission de marins fut charge
de sonder le port, et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut
mise  l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ordonna  Brueys de
faire promptement dcider la question, et de se rendre  Corfou, s'il
tait reconnu que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer dans Alexandrie.

Aprs avoir vaqu  ces soins, il fit ses dispositions pour se mettre en
marche. Une flottille considrable charge de vivres, d'artillerie, de
munitions et de bagages, dut longer la cte jusqu' l'embouchure de
Rosette, entrer dans le Nil, et le remonter en mme temps que l'arme
franaise. Il se mit ensuite en marche avec le gros de l'arme, qui,
prive des deux garnisons laisses  Malte et Alexandrie, tait forte de
trente mille hommes  peu prs. Il avait ordonn  sa flottille de
se rendre  la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. L il se
proposait de la joindre et de remonter le Nil paralllement avec elle,
afin de sortir du Delta et d'arriver dans la Moyenne-gypte, ou Bahireh.
Pour aller d'Alexandrie  _Ramanieh_, il y avait deux routes, l'une 
travers les pays habits, le long de la mer et du Nil, l'autre plus
courte et  vol d'oiseau, mais  travers le dsert de _Damanhour_.
Bonaparte n'hsita pas, et prit la plus courte. Il lui importait
d'arriver promptement au Caire. Desaix marchait avec l'avant-garde; le
corps de bataille suivait  quelques lieues de distance. On s'branla le
18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent engags dans cette
plaine sans bornes, avec un sable mouvant sous les pieds, un ciel
brlant sur la tte, point d'eau, point d'ombre, n'ayant pour reposer
leurs yeux que de rares bouquets de palmiers, ne voyant d'tres vivans
que de lgres troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et
disparaissaient  l'horizon, et quelquefois se cachaient derrire
des dunes de sable pour gorger les tranards, ils furent remplis de
tristesse. Dj le got du repos leur tait venu, aprs les longues et
opinitres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi leur gnral dans une
contre lointaine, parce que leur foi en lui tait aveugle, parce qu'on
leur avait annonc une terre promise, de laquelle ils reviendraient
assez riches pour acheter chacun un champ de six arpens. Mais quand ils
virent ce dsert, le mcontentement s'en mla, et alla mme jusqu'au
dsespoir. Ils trouvaient tous les puits, qui de distance en distance
jalonnent la route du dsert, dtruits par les Arabes. A peine y
restait-il quelques gouttes d'une eau saumtre, et trs insuffisante
pour tancher leur soif. On leur avait annonc qu'ils trouveraient 
Damanhour des soulagemens; ils n'y rencontrrent que de misrables
huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, mais seulement
des lentilles en assez grande abondance et un peu d'eau. Il fallut
s'enfoncer de nouveau dans le dsert. Bonaparte vit les braves Lannes
et Murat eux-mmes saisir leurs chapeaux, les jeter sur le sable, les
fouler aux pieds. Cependant il imposait  tous: sa prsence commandait
le silence, et faisait quelquefois renatre la gaiet. Les soldats ne
voulaient pas lui imputer leurs maux; ils s'en prenaient  ceux qui
trouvaient un grand plaisir  observer le pays. Voyant les savans
s'arrter pour examiner les moindres ruines, ils disaient que c'tait
pour eux qu'on tait venu, et s'en vengeaient par de bons mots  leur
faon. Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, curieux comme un
rudit, passait  leurs yeux pour l'homme qui avait tromp le gnral,
et qui l'avait entran dans ce pays lointain. Comme il avait perdu une
jambe sur le Rhin, ils disaient: _Il se moque de a lui, il a un pied en
France._ Cependant, aprs de cruelles souffrances, supportes d'abord
avec humeur, puis avec gaiet et courage, on arriva sur les bords du Nil
le 22 messidor (10 juillet), aprs une marche de quatre jours. A la vue
du Nil et de cette eau si dsire, les soldats s'y prcipitrent, et en
se baignant dans ses flots oublirent toutes leurs fatigues. La division
Desaix, qui de l'avant-garde tait passe  l'arrire-garde, vit galoper
devant elle deux ou trois centaines de Mameluks, qu'elle dispersa avec
quelques voles de mitraille. C'taient les premiers qu'on et vus.
Ils annonaient la prochaine rencontre de l'arme ennemie. Le brave
Mourad-Bey, en effet, ayant t averti, runissait toutes ses forces
autour du Caire. En attendant leur runion, il voltigeait avec un
millier de chevaux autour de notre arme, afin d'observer sa marche.

L'arme attendit  Ramanieh l'arrive de la flottille; elle se reposa
jusqu'au 25 messidor (13 juillet), et en partit le mme jour pour
Chbress. Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. La flottille,
qui tait partie la premire, et qui avait devanc l'arme, se trouva
engage avant de pouvoir tre soutenue. Mourad-Bey en avait une aussi,
et du rivage il joignait son feu  celui de ses _djermes_ (vaisseaux
lgers gyptiens). La flottille franaise eut  soutenir un combat des
plus rudes. L'officier de marine Perre, qui la commandait, dploya
un rare courage; il fut soutenu par les cavaliers qui taient arrivs
dmonts en gypte, et qui, en attendant de s'quiper aux dpens
des Mameluks, taient transports par eau. On prit deux chaloupes
canonnires  l'ennemi, et on le repoussa. L'arme arriva dans cet
instant; elle se composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore
combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidit, au choc des
chevaux, aux coups de sabre, il fallait opposer l'immobilit du
fantassin, sa longue baonnette, et des masses faisant front de tous
cts. Bonaparte forma ses cinq divisions en cinq carrs, au milieu
desquels on plaa les bagages et l'tat-major. L'artillerie tait
aux angles. Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres.
Mourad-Bey lana sur ces citadelles vivantes mille ou douze cents
cavaliers intrpides, qui, se prcipitant  grands cris et de tout le
galop de leurs chevaux, dchargeant leurs pistolets, puis tirant leurs
redoutables sabres, vinrent se jeter sur le front des carrs. Trouvant
partout une haie de baonnettes et un feu terrible, ils flottaient
autour des rangs franais, tombaient devant eux, ou s'chappaient dans
la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad, aprs avoir
perdu deux ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira pour
gagner le sommet du Delta, et aller nous attendre  la hauteur du Caire,
 la tte de toutes ses forces.

Ce combat suffit pour familiariser l'arme avec ce nouveau genre
d'ennemis, et pour suggrer  Bonaparte la tactique qu'il fallait
employer avec eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait
sur le Nil  la hauteur de l'arme. On marcha sans relche pendant les
jours suivans. Les soldats eurent de nouvelles souffrances  essuyer,
mais ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous les soirs. La
vue de l'ennemi leur avait rendu leur ardeur. Ces soldats, dj un peu
dgots des fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez de
gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours admirables au feu.
Pendant les marches l'humeur revenait souvent, et aprs l'humeur les
plaisanteries. Les savans commenaient  inspirer beaucoup de respect
par le courage qu'on leur voyait dployer: Monge et Bertholet, sur la
flottille, avaient montr  Chbress un courage hroque. Les soldats,
tout en faisant des plaisanteries, taient pleins d'gards pour eux. Ne
voyant pas paratre cette capitale du Caire, si vante comme une des
merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle n'existait pas, ou bien que
ce serait comme  Damanhour, une runion de huttes. Ils disaient encore
qu'on avait tromp ce pauvre gnral, qu'il s'tait laiss dporter
comme _un bon enfant_, lui et ses compagnons de gloire. Le soir, quand
on s'tait repos, les soldats qui avaient lu ou entendu dbiter les
contes des Mille et une Nuits, les rptaient  leurs camarades, et
on se promettait des palais magnifiques et resplendissans d'or. En
attendant, on tait toujours priv de pain, non que le bl manqut, on
en trouvait partout au contraire; mais on n'avait ni moulin, ni four.
On mangeait des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau exquis,
connu dans les pays mridionaux sous le nom de _pastque_. Les soldats
l'appelaient _sainte pastque_.

On approchait du Caire, et l devait se livrer la bataille dcisive.
Mourad-Bey y avait runi la plus grande partie de ses Mameluks, dix
mille  peu prs. Ils taient suivis par un nombre double de fellahs,
auxquels on donnait des armes, et qu'on obligeait de se battre derrire
les retranchemens. Il avait rassembl aussi quelques mille janissaires,
ou spahis, dpendans du pacha, qui, malgr la lettre de Bonaparte,
s'tait laiss entraner dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey
avait fait des prparatifs de dfense sur les bords du Nil. La grande
capitale du Caire se trouve sur la rive droite du fleuve. C'tait sur la
rive oppose, c'est--dire sur la gauche, que Mourad-Bey avait plac
son camp, dans une longue plaine qui s'tendait entre le Nil et les
pyramides de Giseh, les plus hautes de l'gypte. Voici quelles taient
ses dispositions. Un gros village, appel Embaheh, tait adoss au
fleuve. Mourad-Bey y avait ordonn quelques travaux, conus et excuts
avec l'ignorance turque. C'tait un simple boyau qui environnait
l'enceinte du village, et des batteries immobiles, dont les pices
n'tant pas sur afft de campagne ne pouvaient tre dplaces. Tel tait
le camp retranch de Mourad. Il y avait plac ses vingt-quatre mille
fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opinitret accoutume
des Turcs derrire les murailles. Ce village, retranch et appuy
au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille
cavaliers, s'tendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides.
Quelques mille cavaliers arabes, qui n'taient les auxiliaires des
Mameluks que pour piller et massacrer dans le cas d'une victoire,
remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collgue
de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se
tenait de l'autre ct du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses
femmes, ses esclaves et ses richesses, prt  sortir du Caire, et 
se rfugier en Syrie, si les Franais taient victorieux. Un nombre
considrable de djermes couvraient le Nil, et portaient toutes les
richesses des Mameluks. Tel tait l'ordre dans lequel les deux beys
attendaient Bonaparte.

Le 3 thermidor (21 juillet), l'arme franaise se mit en marche avant
le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer
l'ennemi. A la pointe du jour, elle dcouvrit enfin  sa gauche, au-del
du fleuve, les hauts minarets de cette grande capitale, et  sa droite,
dans le dsert, les gigantesques pyramides dores par le soleil. A
la vue de ces monumens, elle s'arrta comme saisie de curiosit et
d'admiration. Le visage de Bonaparte tait rayonnant d'enthousiasme;
il se mit  galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les
pyramides: _Songez_, s'criait-il, _songez que du haut de ces pyramides
quarante sicles vous contemplent_. On s'avana d'un pas rapide. On
voyait, en s'approchant, s'lever les minarets du Caire, on voyait
grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait
Embaheh, on voyait tinceler les armes de ces dix mille cavaliers,
brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit
aussitt ses dispositions. L'arme, comme  Chbress, tait partage
en cinq divisions. Les divisions Desaix et Rgnier formaient la droite,
vers le dsert; la division Dugua formait le centre, les divisions Menou
et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, depuis
le combat de Chbress, avait jug le terrain et l'ennemi, fit ses
dispositions en consquence. Chaque division formait un carr; chaque
carr tait sur six rangs. Derrire taient les compagnies de grenadiers
en pelotons, prtes  renforcer les points d'attaque. L'artillerie tait
aux angles; les bagages et les gnraux au centre. Ces carrs taient
mouvans. Quand ils taient en marche, deux cts marchaient sur le
flanc. Quand ils taient chargs, ils devaient s'arrter pour faire
front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever une
position, les premiers rangs devaient se dtacher, pour former des
colonnes d'attaque, et les autres devaient rester en arrire, formant
toujours le carr, mais sur trois hommes de profondeur seulement,
et prts  recueillir les colonnes d'attaque. Telles taient les
dispositions ordonnes par Bonaparte. Il craignait que ses imptueux
soldats d'Italie, habitus  marcher au pas de charge, eussent de
la peine  se rsigner  cette froide et impassible immobilit des
murailles. Il avait eu soin de les y prparer. Ordre tait donn surtout
de ne pas se hter de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne
faire feu qu' bout pourtant.

On s'avana presque  la porte du canon. Bonaparte, qui tait dans
le carr du centre, form par la division Dugua, s'assura, avec une
lunette, de l'tat du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp,
n'tant pas sur afft de campagne, ne pourrait pas se porter dans la
plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur
cette prvision qu'il basa ses mouvemens. Il rsolut d'appuyer avec ses
divisions sur la droite, c'est--dire sur le corps des Mameluks, en
circulant hors de la porte du canon d'Embabeh. Son intention tait
de sparer les Mameluks du camp retranch, de les envelopper, de les
pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'aprs s'tre dfait
d'eux. Il ne devait pas lui tre difficile de venir  bout de la
multitude qui fourmillait dans ce camp aprs avoir dtruit les Mameluks.

Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait l'extrme droite,
se mit le premier en marche. Aprs lui venait le carr de Rgnier, puis
celui de Dugua, o tait Bonaparte. Les deux autres circulaient autour
d'Embabeh, hors de la porte du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans
instruction, tait dou d'un grand caractre et d'un coup d'oeil
pntrant, devina sur-le-champ l'intention de son adversaire, et rsolut
de charger pendant ce mouvement dcisif. Il laissa deux mille Mameluks
pour appuyer Embabeh, puis se prcipita avec le reste sur les deux
carrs de droite. Celui de Desaix, engag dans les palmiers, n'tait pas
encore form, lorsque les premiers cavaliers l'abordrent. Mais il se
forma sur-le-champ, et fut prt  recevoir la charge. C'est une masse
norme que celle de huit mille cavaliers galopant  la fois dans une
plaine. Ils se prcipitrent avec une imptuosit extraordinaire sur la
division Desaix. Nos braves soldats, devenus aussi froids qu'ils avaient
t fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les reurent,  bout
portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arrts
par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs,
et galopaient autour de la citadelle enflamme. Quelques-uns des plus
braves se prcipitrent sur les baonnettes, puis, retournant leurs
chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent  faire brche,
et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre
mme du carr. La masse, tournant bride, se rejeta du carr de Desaix
sur celui de Rgnier qui venait aprs. Accueillie par le mme feu, elle
revint vers le point d'o elle tait partie; mais elle trouva sur ses
derrires la division Dugua que Bonaparte avait porte vers le Nil, et
fut jete dans une droute complte. Alors la fuite se fit en dsordre.
Une partie des fuyards s'chappa vers notre droite, du ct des
pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans
Embabeh, o elle porta la confusion. Ds cet instant le trouble commena
 se mettre dans le camp retranch. Bonaparte s'en apercevant, ordonna
 ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh, pour s'en
emparer. Bon et Menou s'avancrent sur le feu des retranchemens,
et arrivs  une certaine distance, firent halte. Les carrs se
ddoublrent; les premiers rangs se formrent en colonnes d'attaque,
tandis que les autres restrent en carr, figurant toujours de
vritables citadelles. Mais au mme instant les Mameluks, tant ceux
que Mourad avait laisss  Embabeh, que ceux qui s'y taient rfugis,
voulurent nous prvenir. Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque,
tandis qu'elles taient en marche. Mais celles-ci s'arrtant
sur-le-champ, et se formant en carr avec une merveilleuse rapidit,
les reurent avec fermet, et en abattirent un grand nombre. Les uns
se rejetrent dans Embabeh, o le dsordre devint extrme; les autres,
fuyant dans la plaine, entre le Nil et notre droite, furent fusills
ou pousss dans le fleuve. Les colonnes d'attaque abordrent vivement
Embabeh, s'en emparrent, et jetrent dans le Nil la multitude des
fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyrent; mais comme les
gyptiens sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre eux
parvint  se sauver. La journe tait finie. Les Arabes, qui taient
prs des pyramides et qui attendaient la victoire, s'enfoncrent dans
le dsert. Mourad, avec les dbris de sa cavalerie, et le visage tout
sanglant, se retira vers la Haute-gypte. Ibrahim, qui de l'autre rive
contemplait ce dsastre, s'enfona vers Belbeys, pour se retirer en
Syrie. Les Mameluks mirent aussitt le feu aux djermes qui portaient
leurs richesses. Cette proie nous chappa, et nos soldats virent pendant
toute la nuit des flammes dvorer un riche butin.

Bonaparte plaa son quartier-gnral  Giseh, sur les bords du Nil, o
Mourad-Bey avait une superbe habitation. On trouva, soit  Giseh, soit
 Embabeh, des provisions considrables, et nos soldats purent se
ddommager de leurs longues privations. Ils trouvrent des vignes
couvertes de magnifiques raisins dans les jardins de Giseh, et les
eurent bientt vendanges. Mais ils firent sur le champ de bataille un
butin d'une autre espce, c'taient des schalls magnifiques, de belles
armes, des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu' deux ou
trois cents pices d'or; car les Mameluks portaient toutes leurs
richesses avec eux. Ils passrent la soire, la nuit et le lendemain 
recueillir des dpouilles. Cinq  six cents Mameluks avaient t tus.
Plus de mille taient noys dans le Nil. Les soldats se mirent  les
pcher pour les dpouiller, et employrent plusieurs jours encore  ce
genre de recherche.

La bataille nous avait  peine cot une centaine de morts ou blesss;
car si la dfaite est terrible pour des carrs enfoncs, la perte est
nulle pour des carrs victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs
meilleurs cavaliers par le feu ou par les flots. Leurs forces taient
disperses, et la possession du Caire nous tait assure. Cette capitale
tait dans un dsordre extraordinaire. Elle renferme plus de trois cent
mille habitans, et elle est remplie d'une populace froce et abrutie,
qui se livrait  tous les excs, et voulait profiter du tumulte pour
piller les riches palais des beys. Malheureusement la flottille
franaise n'avait pas encore remont le Nil, et nous n'avions pas le
moyen de le traverser pour aller prendre possession du Caire. Quelques
ngocians franais, qui s'y trouvaient furent envoys  Bonaparte par
les scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. Il se
procura quelques djermes pour envoyer un dtachement qui rtablt la
tranquillit et mt les personnes et les proprits  l'abri des fureurs
de la populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, et alla prendre
possession du palais de Mourad-Bey.

A peine fut-il tabli au Caire, qu'il se hta d'employer la politique
qu'il avait dj suivie  Alexandrie, et qui devait lui attacher le
pays. Il visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit esprer le
rtablissement de la domination arabe, leur promit la conservation de
leur culte et de leurs coutumes, et russit compltement  les gagner
par un mlange de caresses adroites et de paroles imposantes, empreintes
d'une grandeur orientale. L'essentiel tait d'obtenir des scheiks de la
mosque de Jemil-Azar une dclaration en faveur des Franais. C'tait
comme un bref du pape chez les chrtiens. Bonaparte y dploya tout ce
qu'il avait d'adresse, et il y russit compltement. Les grands scheiks
firent la dclaration dsire, et engagrent les gyptiens  se
soumettre  l'envoy de Dieu, qui respectait le prophte, et qui venait
venger ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte tablit au
Caire un divan, comme il avait fait  Alexandrie, compos des principaux
scheiks et des plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal
devait lui servir  gagner l'esprit des gyptiens, en les consultant,
et  s'instruire par eux de tous les dtails de l'administration
intrieure. Il fut convenu que dans toutes les provinces il en serait
tabli de pareils, et que ces divans particuliers enverraient des
dputs au divan du Caire, qui serait ainsi le grand divan national.

Bonaparte rsolut de laisser exercer la justice par les cadis. Dans son
projet de succder aux droits des Mameluks, il saisit leurs proprits,
et fit continuer au profit de l'arme franaise la perception des droits
prcdemment tablis. Pour cela il fallait avoir les Cophtes  sa
disposition. Il ne ngligea rien pour se les attacher, en leur faisant
esprer une amlioration dans leur sort. Il fit partir des gnraux avec
des dtachemens, pour redescendre le Nil, et aller achever l'occupation
du Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya vers le Nil
suprieur pour prendre possession de l'gypte-Moyenne. Desaix fut plac
avec sa division  l'entre de la Haute-gypte, dont il devait faire
la conqute sur Mourad-Bey, ds que les eaux du Nil baisseraient avec
l'automne. Chacun des gnraux, muni d'instructions dtailles, devait
rpter dans tout le pays ce qui avait t fait  Alexandrie et au
Caire. Ils devaient s'entourer des scheiks, capter les Cophtes, et
tablir la perception des impts pour fournir aux besoins de l'arme.

Bonaparte s'occupa ensuite du bien-tre et de la sant des soldats.
L'gypte commenait  leur plaire: ils y trouvaient le repos,
l'abondance, un climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs
singulires du pays, et en faisaient un sujet continuel de
plaisanteries. Mais, devinant l'intention du gnral avec leur sagacit
accoutume, ils jouaient aussi le respect pour le prophte, et riaient
avec lui du rle que la politique les obligeait  jouer. Bonaparte fit
construire des fours pour qu'ils eussent du pain. Il les logea dans les
bonnes habitations des Mameluks, et leur recommanda surtout de respecter
les femmes. Ils avaient trouv en gypte des nes superbes et en grand
nombre. C'tait un grand plaisir pour eux de se faire porter dans les
environs et de galoper sur ces animaux  travers les campagnes. Leur
vivacit causa quelques accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut
dfendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie tait monte sur
les plus beaux chevaux du monde, c'est--dire sur les chevaux arabes
enlevs aux Mameluks.

Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations avec les contres
voisines, afin de conserver et de s'approprier le riche commerce de
l'gypte. Il nomma lui-mme l'mir-haggi. C'est un officier choisi
annuellement au Caire, pour protger la grande caravane de la Mecque.
Il crivit  tous les consuls franais sur la cte de Barbarie, pour
avertir les deys que l'mir-haggi tait nomm, et que les caravanes
pouvaient partir. Il ft crire par les scheiks au shrif de la Mecque,
que les plerins seraient protgs, et que les caravanes trouveraient
sret et protection. Le pacha du Caire avait suivi Ibrahim-Bey
 Belbeys. Bonaparte lui crivit, ainsi qu'aux divers pachas de
Saint-Jean-d'Acre et de Damas, pour les assurer des bonnes dispositions
des Franais envers la Sublime-Porte. Ces dernires prcautions taient
malheureusement inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient
difficilement que les Franais, qui venaient envahir une des plus riches
provinces de leur souverain, fussent rellement ses amis.

Les Arabes taient frapps du caractre du jeune conqurant. Ils ne
comprenaient pas qu'un mortel qui lanait la foudre ft aussi clment.
Ils l'appelaient le digne enfant du prophte, le favori du grand
_Allah_; ils avaient chant dans la grande mosque la litanie suivante:

Le grand _Allah_ n'est plus irrit contre nous! Il a oubli nos fautes,
assez punies par la longue oppression des Mameluks! Chantons les
misricordes du grand _Allah_!

Quel est celui qui a sauv des dangers de la mer et de la fureur de ses
ennemis _le Favori de la victoire_? Quel est celui qui a conduit sains
et saufs sur les rives du Nil _les braves de l'Occident_?

C'est le grand _Allah_, le grand _Allah_, qui n'est plus irrit contre
nous. Chantons les misricordes du grand _Allah_!

Les beys mameluks avaient mis leur confiance dans leurs chevaux; les
beys mameluks avaient rang leur infanterie en bataille.

Mais _le Favori de la victoire_,  la tte _des braves de l'Occident_,
a dtruit l'infanterie et les chevaux des Mameluks.

De mme que les vapeurs qui s'lvent le matin du Nil sont dissipes
par les rayons du soleil, de mme l'arme des Mameluks a t dissipe
par _les braves de l'Occident_, parce que le grand _Allah_ est
actuellement irrit contre les Mameluks, parce que _les braves de
l'Occident_ sont la prunelle droite du grand _Allah_.

Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans les moeurs des Arabes,
prendre part  leurs ftes. Il assista  celle du Nil qui est une des
plus grandes d'gypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contre: aussi
est-il en grande vnration chez les habitans, et il est l'objet d'une
espce de culte. Pendant l'inondation, il s'introduit au Caire par un
grand canal; une digue lui interdit l'entre de ce canal, jusqu' ce
qu'il soit parvenu  une certaine hauteur; alors on la coupe; et le jour
destin  cette opration est un jour de rjouissance. On dclare la
hauteur  laquelle le fleuve est parvenu, et quand on espre une grande
inondation, la joie est gnrale, car c'est un prsage d'abondance.
C'est le 18 aot (1er fructidor) que cette espce de fte se clbre.
Bonaparte avait fait prendre les armes  toute l'arme, et l'avait
range sur les bords du canal. Un peuple immense tait accouru,
et voyait avec joie _les braves de l'Occident_ assister  ses
rjouissances. Bonaparte,  la tte de son tat-major, accompagnait les
principales autorits du pays. D'abord un scheik dclara la hauteur 
laquelle tait parvenu le Nil: elle tait de vingt-cinq pieds, ce qui
causa une grande joie. On travailla ensuite  couper la digue. Toute
l'artillerie franaise retentit  la fois au moment o les eaux
du fleuve se prcipitrent. Suivant l'usage, une foule de barques
s'lancrent dans le canal pour obtenir le prix destin  celle qui
parviendrait  y entrer la premire. Bonaparte donna le prix lui-mme.
Une foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les eaux du Nil,
attachant  ce bain des proprits bienfaisantes. Des femmes y jetaient
des cheveux et des pices d'toffes. Bonaparte fit ensuite illuminer la
ville, et la journe s'acheva dans les festins. La fte du prophte ne
fut pas clbre avec moins de pompe; Bonaparte se rendit  la grande
mosque, s'assit sur des coussins, les jambes croises comme les
scheiks, dit avec eux les litanies du prophte, en balanant le haut de
son corps et agitant sa tte. Il difia tout le saint collge par sa
pit. Il assista ensuite au repas donn par le grand scheik, lu dans
la journe.

C'est par tous ces moyens que le jeune gnral, aussi profond politique
que grand capitaine, parvenait  s'attacher l'esprit du pays. Tandis
qu'il en flattait momentanment les prjugs, il travaillait  y
rpandre un jour la science, par la cration du clbre Institut
d'gypte. Il runit les savans et les artistes qu'il avait amens, et
les associant  quelques-uns de ses officiers les plus instruits, il en
composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, et l'un des
plus vastes palais du Caire. Les uns devaient s'occuper  faire une
description exacte du pays, et en dresser la carte la plus dtaille;
les autres devaient en tudier les ruines, et fournir de nouvelles
lumires  l'histoire; les autres devaient en tudier les productions,
faire les observations utiles  la physique,  l'astronomie, 
l'histoire naturelle; les autres enfin devaient s'occuper  rechercher
les amliorations qu'on pourrait apporter  l'existence des habitans par
des machines, des canaux, des travaux sur le Nil, des procds adapts
 ce sol si singulier et si diffrent de l'Europe. Si la fortune devait
nous enlever un jour cette belle contre, du moins elle ne pouvait nous
enlever les conqutes que la science y allait faire; un monument se
prparait qui devait honorer le gnie et la constance de nos savans,
autant que l'expdition honorait l'hrosme de nos soldats.

Monge fut le premier qui obtint la prsidence. Bonaparte ne fut que le
second. Il proposa les questions suivantes: rechercher la meilleure
construction des moulins  eau et  vent; remplacer le houblon qui
manque en gypte, dans la fabrication de la bire; dterminer les lieux
propres  la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour
procurer de l'eau  la citadelle du Caire; creuser des puits dans les
diffrens endroits du dsert; chercher le moyen de clarifier et de
rafrachir l'eau du Nil; imaginer une manire d'utiliser les dcombres
dont la ville du Caire tait embarrasse, ainsi que toutes les anciennes
villes d'gypte; chercher les matires ncessaires pour la fabrication
de la poudre en gypte. On peut juger par ces questions de la tournure
d'esprit du gnral. Sur-le-champ les ingnieurs, les dessinateurs,
les savans, se rpandirent dans toutes les provinces pour commencer la
description et la carte du pays. Tels taient les soins de cette colonie
naissante et la manire dont le fondateur en dirigeait les travaux.

La conqute des provinces de la Basse et Moyenne-gypte s'tait faite
sans peine, et n'avait cot que quelques escarmouches avec les Arabes.
Il avait suffi d'une marche force sur Belbeys pour rejeter Ibrahim-Bey
en Syrie. Desaix attendait l'automne pour enlever la Haute-gypte 
Mourad-Bey, qui s'y tait retir avec les dbris de son arme.

Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger  Bonaparte le
plus redoutable de tous les revers. En quittant Alexandrie, il avait
fortement recommand  l'amiral Brueys de mettre son escadre  l'abri
des Anglais, soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la
dirigeant sur Corfou; mais surtout de ne pas rester dans la rade
d'Aboukir, car il valait mieux rencontrer l'ennemi  la voile, que de le
recevoir  l'ancre. Une vive discussion s'tait leve sur la question
de savoir si on pouvait faire entrer dans le port d'Alexandrie les
vaisseaux de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de doute pour les
autres; mais pour les deux de 80 et pour celui de 120, il fallait un
allgement qui leur ft gagner trois pieds d'eau. Pour cela il tait
ncessaire de les dsarmer ou de construire des demi-chameaux. L'amiral
Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port  cette
condition. Il pensait qu'oblig  de pareilles prcautions pour ses
trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port
en prsence de l'ennemi, et qu'il pourrait ainsi tre bloqu par une
escadre trs-infrieure en force; il se dcida  partir pour Corfou.
Mais tant fort attach au gnral Bonaparte, il ne voulait pas mettre
 la voile sans avoir des nouvelles de son entre au Caire et de son
tablissement en gypte. Le temps qu'il employa, soit  faire sonder les
passes d'Alexandrie, soit  attendre des nouvelles du Caire, le perdit,
et amena un des plus funestes vnemens de la rvolution et l'un de ceux
qui,  cette poque, ont le plus influ sur les destines du monde.

L'amiral Brueys s'tait emboss dans la rade d'Aboukir. Cette rade est
un demi-cercle trs-rgulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne
demi-circulaire parallle au rivage. L'amiral, pour assurer sa ligne
d'embossage, l'avait appuye d'un ct vers une petite le, nomme
l'lot d'Aboukir. Il ne supposait pas qu'un vaisseau pt passer entre
cet lot et sa ligne pour la prendre par derrire; et, dans cette
croyance il s'tait content d'y placer une batterie de douze,
seulement pour empcher l'ennemi d'y dbarquer. Il se croyait tellement
inattaquable de ce ct, qu'il y avait plac ses plus mauvais vaisseaux.
Il craignait davantage pour l'autre extrmit de son demi-cercle. De
ce ct, il croyait possible que l'ennemi passt entre le rivage et sa
ligne d'embossage; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts
et les mieux commands. De plus, il tait rassur par une circonstance
importante, c'est que cette ligne tant au midi, et le vent venant
du nord, l'ennemi qui voudrait attaquer par ce ct aurait le vent
contraire, et ne s'exposerait pas sans doute  combattre avec un pareil
dsavantage.

Dans cette situation, protg de sa gauche par un lot, qu'il croyait
suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs
vaisseaux et par le vent, il attendit en scurit les nouvelles qui
devaient dcider son dpart.

Nelson, aprs avoir parcouru l'Archipel, aprs tre retourn dans
l'Adriatique,  Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude
du dbarquement des Franais  Alexandrie. Il prit aussitt cette
direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il envoya
une frgate pour la chercher et reconnatre sa position. Cette frgate
l'ayant trouve dans la rade d'Aboukir, put observer tout  l'aise notre
ligne d'embossage. Si l'amiral, qui avait dans le port d'Alexandrie une
multitude de frgates et des vaisseaux lgers, avait eu la prcaution
d'en garder quelques-uns  la voile, il aurait pu tenir les Anglais
toujours loigns, les empcher d'observer sa ligne, et tre averti de
leur approche. Malheureusement il n'en fit rien. La frgate anglaise,
aprs avoir achev sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui, tant
inform de tous les dtails de notre position, manoeuvra aussitt vers
Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er aot), vers les six heures du
soir. L'amiral Brueys tait  dner; il fit aussitt donner le signal
du combat. Mais on s'attendait si peu  recevoir l'ennemi, que le
branle-bas n'tait fait sur aucun vaisseau, et qu'une partie des
quipages tait  terre. L'amiral envoya des officiers pour faire
rembarquer les matelots et pour runir une partie de ceux qui taient
sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson ost l'attaquer le soir
mme, et il croyait avoir le temps de recevoir les renforts qu'il venait
de demander.

Nelson rsolut d'attaquer sur-le-champ, et de tenter une manoeuvre
audacieuse, de laquelle il esprait le succs de la bataille. Il voulait
aborder notre ligne par la gauche, c'est--dire par l'lot d'Aboukir,
passer entre cet lot et notre escadre, malgr les dangers des
bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne
d'embossage. Cette manoeuvre tait prilleuse, mais l'intrpide Anglais
n'hsita pas. Le nombre des vaisseaux tait gal des deux cts,
c'est--dire de treize vaisseaux de haut-bord. Nelson attaqua vers huit
heures du soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. _Le Culloden_,
en voulant passer entre l'lot d'Aboukir et notre ligne, choua sur un
bas-fonds. _Le Goliath_ qui le suivait, fut plus heureux, et passa;
mais pouss par le vent, il dpassa notre premier vaisseau, et ne put
s'arrter qu' la hauteur du troisime. Les vaisseaux anglais _le Zl_,
_l'Audacieux_, _le Thse_, _l'Orion_, suivirent le mouvement, et
russirent  se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancrent
jusqu'au _Tonnant_, qui tait le huitime, et engagrent ainsi notre
gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancrent par
le dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. Comme on ne
s'attendait pas dans l'escadre franaise  tre attaqu dans ce sens,
les batteries du ct du rivage n'taient pas encore dgages, et nos
deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d'un ct; aussi l'un
fut-il dsempar, et l'autre dmt. Mais au centre o tait _l'Orient_,
vaisseau amiral, le feu fut terrible. _Le Bellrophon_, l'un des
principaux vaisseaux de Nelson, fut dgr, dmt, et oblig d'amener.
D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraits, furent obligs de
s'loigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait reu qu'une
partie de ses matelots; cependant il se soutenait avec avantage; il
esprait mme, malgr le succs de la manoeuvre de Nelson, remporter la
victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment  sa droite taient
excuts. Les Anglais n'avaient engag le combat qu'avec la gauche et le
centre; notre droite, compose de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait
aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre
 la voile, et de se rabattre extrieurement sur la ligne de bataille;
cette manoeuvre russissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient
par le dehors, auraient t pris entre deux feux; mais les signaux
ne furent pas aperus. Dans un cas pareil, un lieutenant ne doit pas
hsiter  courir au danger, et de voler au secours de son chef. Le
contre-amiral Villeneuve, brave, mais irrsolu, demeura immobile,
attendant toujours des ordres. Notre gauche et notre centre restrent
donc placs entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines
faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement
l'honneur du pavillon. Nous avions perdu deux vaisseaux, les Anglais
aussi en avaient perdu deux, dont l'un tait chou, et l'autre dmt;
notre feu tait suprieur. L'infortun Brueys fut bless, il ne voulut
pas quitter le pont de son vaisseau: Un amiral, dit-il, doit mourir en
donnant des ordres. Un boulet le tua sur son banc de quart. Vers onze
heures, le feu prit au magnifique vaisseau _l'Orient_. Il sauta en
l'air. Cette pouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette
lutte acharne. Sans se laisser abattre, nos cinq vaisseaux engags,
_le Franklin_, _le Tonnant_, _le Peuple-Souverain_, _le Spartiate_,
_l'Aquilon_, soutinrent le feu toute la nuit. Il tait temps encore
pour notre droite de lever l'ancre, et de venir  leur secours. Nelson
tremblait que cette manoeuvre ne ft excute; il tait si maltrait
qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve mit enfin 
la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu'il ne croyait
pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses vaisseaux
se jetrent  la cte; il se sauva avec les deux autres et deux
frgates, et fit voile vers Malte. Le combat avait dur plus de quinze
heures. Tous les quipages attaqus avaient fait des prodiges de valeur.
Le brave capitaine _Du Petit-Thouars_ avait deux membres emports; il se
fit apporter du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme Brueys,
attendit d'tre emport par un boulet de canon. Toute notre escadre,
except les vaisseaux et les deux frgates emmens par Villeneuve, fut
dtruite. Nelson tait si maltrait qu'il ne put pas poursuivre les
vaisseaux en fuite.

Telle fut la clbre bataille navale d'Aboukir, la plus dsastreuse que
la marine franaise et encore soutenue, et celle dont les consquences
militaires devaient tre les plus funestes. La flotte qui avait port
les Franais en gypte, qui pouvait les secourir ou les recruter, qui
devait seconder leurs mouvemens sur les ctes de Syrie, s'ils en avaient
 excuter, qui devait imposer  la Porte, la forcer  se payer de
mauvaises raisons, et l'obliger  souffrir l'invasion de l'gypte, qui
devait enfin, en cas de revers, ramener les Franais dans leur patrie,
cette flotte tait dtruite. Les vaisseaux des Franais taient brls,
mais ils ne les avaient pas brls eux-mmes, ce qui tait bien
diffrent pour l'effet moral. La nouvelle de ce dsastre circula
rapidement en gypte, et causa un instant de dsespoir  l'arme.
Bonaparte reut cette nouvelle avec un calme impassible. Eh bien!
dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens. Il
crivit  Klber: Ceci nous obligera  faire de plus grandes choses que
nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prts. La grande me de
Klber tait digne de ce langage: Oui, rpondit Klber, il faut faire
de grandes choses; _je_ prpare mes facults_. Le courage de ces grands
hommes soutint l'arme, et en rtablit le moral. Bonaparte chercha 
distraire ses soldats par diffrentes expditions, et leur fit bientt
oublier ce dsastre. A la fte de la fondation de la rpublique,
clbre le 1er vendmiaire, il voulut encore exalter leur imagination,
et fit graver sur la colonne de Pompe le nom des quarante premiers
soldats morts en gypte. C'taient les quarante qui avaient succomb en
attaquant Alexandrie. Ces quarante noms, sortis des villages de France,
taient ainsi associs  l'immortalit de Pompe et d'Alexandre. Il
adressa  son arme cette singulire et grande allocution, o tait
retrace sa merveilleuse histoire:

    SOLDATS!

    Nous clbrons le premier jour de l'an VII de la rpublique.

    Il y a cinq ans, l'indpendance du peuple franais tait menace;
    mais vous prtes Toulon, ce fut le prsage de la ruine de vos
    ennemis.

    Un an aprs, vous battiez les Autrichiens  Dego.

    L'anne suivante, vous tiez sur le sommet des Alpes.

    Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la
    clbre victoire de Saint-Georges.

    L'an pass, vous tiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de
    retour de l'Allemagne.

    Qui et dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil,
    au centre de l'ancien continent?

    Depuis l'Anglais, clbre dans les arts et le commerce, jusqu'au
    hideux et froce Bdouin, vous fixez les regards du monde.

    Soldats, votre destine est belle, parce que vous tes dignes de ce
    que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez
    avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette
    pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers
    et de l'admiration de tous les peuples.

    Depuis cinq mois que nous sommes loigns de l'Europe, nous avons
    t l'objet perptuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
    jour, quarante millions de citoyens clbrent l're des gouvernemens
    reprsentatifs, quarante millions de citoyens pensent  vous; tous
    disent: C'est  leurs travaux,  leur sang que nous devons la paix
    gnrale, le repos, la prosprit du commerce et les bienfaits de la
    libert civile.



CHAPITRE XIV.

EFFET DE L'EXPDITION D'GYPTE EN EUROPE. CONSQUENCES FUNESTES DE LA
BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.--DCLARATION DE GUERRE DE LA PORTE.--EFFORTS
DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION.--CONFRENCES AVEC
L'AUTRICHE A SELZ. PROGRS DES NGOCIATIONS DE RASTADT.--NOUVELLES
COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES RPUBLIQUES ITALIENNES.
CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE
A CE SUJET.--SITUATION INTRIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE
DANS LES CONSEILS.--DISPOSITION GNRALE A LA GUERRE. LOI SUR LA
CONSCRIPTION.--FINANCES DE L'AN VII.--REPRISE DES HOSTILITS. INVASION
DES TATS ROMAINS PAR L'ARME NAPOLITAINE.--CONQUTE DU ROYAUME DE
NAPLES PAR LE GNRAL CHAMPIONNET.--ABDICATION DU ROI DE PIMONT.


L'expdition d'gypte resta un mystre en Europe longtemps encore aprs
le dpart de notre flotte. La prise de Malte commena  fixer les
conjectures. Cette place rpute imprenable et enleve en passant, jeta
sur les argonautes franais un clat extraordinaire. Le dbarquement en
gypte, l'occupation d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frapprent
toutes les imaginations en France et en Europe. Le nom de Bonaparte, qui
avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus
singulier et plus tonnant encore arrivant des contres lointaines
de l'Orient. Bonaparte et l'gypte taient le sujet de toutes les
conversations. Ce n'tait rien que les projets excuts; on en supposait
de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la
Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur l'Inde.

La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas dtruire le prestige de
l'entreprise, mais rveiller toutes les esprances des ennemis de la
France, et hter le succs de leurs trames. L'Angleterre, qui tait
extrmement alarme pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait
que le moment favorable pour tourner contre nous de nouveaux ennemis,
avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le Grand-Seigneur n'tait
pas fch de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre
l'gypte. M. de Talleyrand, qui avait d se rendre auprs du divan pour
lui faire agrer des satisfactions, n'tait point parti. Les agens de
l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuadrent  la Porte que
l'ambition de la France tait insatiable; qu'aprs avoir troubl
l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mpris d'une
antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire
turc. Ces suggestions et l'or rpandu dans le divan n'auraient pas suffi
pour le dcider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir canonner
les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Franais de tout
leur ascendant dans le Levant, et donna  l'Angleterre une prpondrance
dcide. La Porte dclara solennellement la guerre  la France[1], et,
pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie
naturelle, et se lia avec ses ennemis les plus redoutables, la Russie
et l'Angleterre. Le sultan ordonna la runion d'une arme, pour aller
reconqurir l'gypte. Cette circonstance rendait singulirement
difficile la position des Franais. Spars de la France, et privs
de tout secours par les flottes victorieuses des Anglais, ils taient
exposs en outre  voir fondre sur eux toutes les bordes de l'Orient.
Ils n'taient que trente mille environ pour lutter contre tant de
prils.

[Note 1: 18 fructidor an VI (4 septembre).]

Nelson victorieux vint  Naples radouber son escadre abme, et recevoir
les honneurs du triomphe. Malgr les traits qui liaient la cour de
Naples  la France, et qui lui interdisaient de fournir aucun secours 
nos ennemis, tous les ports et les chantiers de la Sicile furent ouverts
 Nelson. Lui-mme fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. Le
roi et la reine vinrent le recevoir  l'entre du port, et l'appelrent
le hros librateur de la Mditerrane. On se mit  dire que le triomphe
de Nelson devait tre le signal du rveil gnral, que les puissances
devaient profiter du moment o la plus redoutable arme de la France,
et son plus grand capitaine, taient enferms en gypte, pour marcher
contre elle, et refouler dans son sein ses soldats et ses principes. Les
suggestions furent extrmement actives auprs de toutes les cours. On
crivit en Toscane et en Pimont, pour rveiller leur haine jusqu'ici
dguise. C'tait le moment, disait-on, de seconder la cour de Naples,
de se liguer contre l'ennemi commun, de se soulever tous  la fois sur
les derrires des Franais, et de les gorger d'un bout  l'autre de la
Pninsule. On dit  l'Autriche qu'elle devait profiter du moment o les
puissances italiennes prendraient les Franais par derrire, pour les
attaquer par devant, et leur enlever l'Italie. La chose devait tre
facile, car Bonaparte et sa terrible arme n'taient plus sur l'Adige.
On s'adressa  l'Empire dpouill d'une partie de ses tats, et rduit
 cder la rive gauche du Rhin; on chercha  tirer la Prusse de sa
neutralit; enfin on employa auprs de Paul Ier les moyens qui pouvaient
agir sur son esprit malade, et le dcider  fournir les secours si
long-temps et si vainement promis par Catherine.

Ces suggestions ne pouvaient manquer d'tre bien accueillies auprs de
toutes les cours; mais toutes n'taient pas en mesure d'y cder. Les
plus voisines de la France taient les plus irrites et les plus
disposes  refouler la rvolution; mais par cela seul qu'elles taient
plus rapproches du colosse rpublicain, elles taient condamnes aussi
 plus de rserve et de prudence, avant d'entrer en lutte avec lui.
La Russie, la plus loigne de la France, la moins expose  ses
vengeances, soit par son loignement, soit par l'tat moral de ses
peuples, tait la plus facile  dcider. Catherine, dont la politique
habile avait tendu toujours  compliquer la situation de l'Occident,
soit pour avoir le prtexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps de
faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine n'avait pas emport sa
politique avec elle. Cette politique est inne dans le cabinet russe;
elle vient de sa position mme: elle peut changer de procds ou de
moyens, suivant que le souverain est astucieux ou violent; mais elle
tend toujours au mme but, par un penchant irrsistible. L'habile
Catherine s'tait contente de donner des esprances et des secours
aux migrs; elle avait prch la croisade sans envoyer un soldat. Son
successeur allait suivre le mme but, mais avec son caractre. Ce prince
violent et presque insens, mais du reste assez gnreux, avait d'abord
paru s'carter de la politique de Catherine, et refus d'excuter le
trait d'alliance conclu avec l'Angleterre et l'Autriche; mais aprs
cette dviation d'un moment, il tait bientt revenu  la politique
de son cabinet. On le vit donner asile au prtendant, et prendre les
migrs  sa solde, aprs le trait de Campo-Formio. On lui persuada
qu'il devait se faire le chef de la noblesse europenne menace par
les dmagogues. La dmarche de l'ordre de Malte, qui le prit pour son
protecteur, contribua  exalter sa tte, et il embrassa l'ide qu'on lui
proposait, avec la mobilit et l'ardeur des princes russes. Il offrit sa
protection  l'Empire, et voulut se porter garant de son intgrit. La
prise de Malte le remplit de colre, et il offrit la coopration de
ses armes contre la France. L'Angleterre triomphait donc 
Saint-Ptersbourg comme  Constantinople, et elle allait faire marcher
d'accord des ennemis jusque-l irrconciliables.

Le mme zle ne rgnait pas partout. La Prusse se trouvait trop bien de
sa neutralit et de l'puisement de l'Autriche pour vouloir intervenir
dans la lutte des deux systmes. Elle veillait seulement  ses
frontires du ct de la Hollande et de la France, pour empcher la
contagion rvolutionnaire. Elle avait rang ses armes de manire 
former une espce de cordon sanitaire. L'Empire, qui avait appris  ses
dpens  connatre la puissance de la France, et qui tait expos 
devenir toujours le thtre de la guerre, souhaitait la paix. Les
princes dpossds eux-mmes la souhaitaient aussi, parce qu'ils taient
assurs de trouver des indemnits sur la rive droite; les princes
ecclsiastiques seuls, menacs de la scularisation, dsiraient la
guerre. Les puissances italiennes du Pimont et de la Toscane ne
demandaient pas mieux qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la
main de fer de la rpublique franaise. Elles attendaient que Naples ou
l'Autriche leur donnt le signal. Quant  l'Autriche, quoiqu'elle ft la
mieux dispose des cours formant la coalition monarchique, elle hsitait
cependant avec sa lenteur ordinaire  prendre un parti, et surtout elle
craignait pour ses peuples dj trs puiss par la guerre. La France
lui avait oppos deux rpubliques nouvelles, la Suisse et Rome, l'une
sur ses flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la
disposait tout  fait  rentrer en lutte; mais elle aurait pass
par-dessus ces nouveaux envahissemens de la coalition rpublicaine, si
on l'avait ddommage par quelques conqutes. C'est pour ce but qu'elle
avait propos des confrences  Selz. Ces confrences devaient
avoir lieu dans l't de 1798, non loin du congrs de Rastadt, et
concurremment avec ce congrs. De leur rsultat dpendaient la
dtermination de l'Autriche et le succs des efforts tents pour former
une nouvelle coalition.

Franois (de Neufchteau) tait l'envoy choisi par la France. C'est
pour ce motif qu'on avait dsign la petite ville de Selz,  cause de sa
situation sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais sur la
rive gauche. Cette dernire condition tait ncessaire, parce que la
constitution dfendait au directeur sortant de s'loigner de France
avant un dlai fix. M. de Cobentzel avait t envoy par l'Autriche.
Ds les premiers momens on put voir les dispositions de cette puissance.
Elle voulait tre ddommage, par des extensions de territoire, des
conqutes que le systme rpublicain avait faites en Suisse et en
Italie. La France voulait avant tout qu'on s'entendt sur les vnemens
de Vienne, et que des satisfactions fussent accordes pour l'insulte
faite  Bernadotte. Mais l'Autriche vitait de s'expliquer sur ce point,
et ajournait toujours cette partie de la ngociation. Le ngociateur
franais y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre de se
contenter de la moindre satisfaction. La France aurait voulu que le
ministre Thugut, disgraci en apparence, le ft rellement, et qu'une
simple dmarche, la plus insignifiante du monde, ft faite auprs de
Bernadotte, pour rparer l'outrage qu'il avait reu. M. de Cobentzel
se contenta de dire que sa cour dsapprouvait ce qui s'tait pass
 Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, et il continua
d'insister sur les extensions de territoire qu'il rclamait. Il tait
clair que les satisfactions d'amour-propre ne seraient accordes
qu'autant que celles d'ambition auraient t obtenues. L'Autriche
disait que l'institution des deux rpubliques romaine et helvtique, et
l'influence vidente exerce sur les rpubliques cisalpine, ligurienne
et batave, taient des violations du trait de Campo-Formio, et une
altration dangereuse de l'tat de l'Europe; elle soutenait qu'il
fallait que la France accordt des ddommagemens, si elle voulait qu'on
lui pardonnt ses dernires usurpations; et pour ddommagement, le
ngociateur autrichien demandait de nouvelles provinces en Italie.
Il voulait que la ligne de l'Adige ft porte plus loin, et que les
possessions autrichiennes s'tendissent jusqu' l'Adda et au P,
c'est--dire que l'on donnt  l'empereur une grande moiti de la
rpublique cisalpine. M. de Cobentzel proposait de ddommager la
rpublique cisalpine avec une partie du Pimont; le surplus de ce
royaume aurait t donn  l'archiduc de Toscane; et le roi de Pimont
aurait reu en ddommagement les tats de l'glise. Ainsi, au prix d'un
agrandissement pour lui en Lombardie, et pour sa famille en Toscane,
l'empereur aurait sanctionn l'institution de la rpublique helvtique,
le renversement du pape et le dmembrement de la monarchie du Pimont.
La France ne pouvait consentir  ces propositions par une foule de
raisons. D'abord elle ne pouvait dmembrer la Cisalpine  peine forme,
et replacer sous le joug autrichien des provinces qu'elle avait
affranchies, et auxquelles elle avait promis et fait payer la libert;
enfin elle avait, l'anne prcdente, conclu un trait avec le roi de
Pimont, par lequel elle lui garantissait ses tats. Cette garantie
tait surtout stipule contre l'Autriche. La France ne pouvait donc pas
sacrifier le Pimont. Aussi Franois (de Neufchteau) ne put-il adhrer
aux propositions de M. de Cobentzel. On se spara sans avoir rien
conclu. Aucune satisfaction n'tait accorde pour l'vnement de Vienne.
M. de Degelmann, qui devait tre envoy  Paris comme ambassadeur,
n'y vint pas, et on dclara que les deux cabinets continueraient de
correspondre par leurs ministres au congrs de Rastadt. Cette sparation
fut gnralement prise pour une espce de rupture.

Les rsolutions de l'Autriche furent videmment fixes ds cet instant;
mais avant de recommencer les hostilits avec la France, elle voulait
s'assurer le concours des principales puissances de l'Europe. M.
de Cobentzel partit pour Berlin, et dut se rendre de Berlin 
Saint-Ptersbourg. Le but de ces courses tait de contribuer avec
l'Angleterre  former la nouvelle coalition. L'empereur de Russie avait
envoy  Berlin l'un des plus importans personnages de son empire, le
prince Repnin. M. de Cobentzel devait runir ses efforts  ceux du
prince Repnin et de la lgation anglaise, pour entraner le jeune roi.

La France, de son ct, avait envoy l'un de ses plus illustres citoyens
 Berlin; c'tait Siyes. La rputation de Siyes avait t immense
avant le rgne de la convention. Elle s'tait vanouie sous le niveau
du comit de salut public. On la vit renatre tout  coup, lorsque les
existences purent recommencer leurs progrs naturels; et le nom de
Siyes tait redevenu le plus grand nom de France, aprs celui de
Bonaparte; car en France, une rputation de profondeur est ce qui
produit le plus d'effet aprs une grande rputation militaire. Siyes
tait donc l'un des deux grands personnages du temps. Toujours boudant
et frondant le gouvernement, non pas comme Bonaparte, par ambition,
mais par humeur contre une constitution qu'il n'avait pas faite, il
ne laissait pas que d'tre importun. On eut l'ide de lui donner une
ambassade. C'tait une occasion de l'loigner, de l'utiliser, et surtout
de lui fournir des moyens d'existence. La rvolution les lui avait
enlevs tous, en abolissant les bnfices ecclsiastiques. Une grande
ambassade permettait de les lui rendre. La plus grande tait celle de
Berlin, car on n'avait d'envoys ni en Autriche, ni en Russie, ni en
Angleterre. Berlin tait le thtre de toutes les intrigues, et Siyes,
quoique peu propre au maniement des affaires, tait cependant un
observateur fin et sr. De plus, sa grande renomme le rendait
particulirement propre  reprsenter la France, surtout auprs de
l'Allemagne,  laquelle il convenait plus qu' tout autre pays.

Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses tats un rvolutionnaire
si clbre; cependant il n'osa pas le refuser. Siyes se comporta avec
mesure et dignit; il fut reu de mme, mais laiss dans l'isolement.
Comme tous nos envoys  l'tranger, il tait observ avec soin, et pour
ainsi dire squestr. Les Allemands taient fort curieux de le voir,
mais ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin tait nulle.
C'tait le sentiment de ses intrts qui seul inspirait le roi de Prusse
contre les instances de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie.

Tandis qu'en Allemagne on travaillait  dcider le roi de Prusse, la
cour de Naples, pleine de joie et de tmrit depuis la victoire de
Nelson, faisait des prparatifs immenses de guerre, et redoublait ses
sollicitations auprs de la Toscane et du Pimont. La France, par une
espce de complaisance, lui avait laiss occuper le duch de Bnvent.
Mais cette concession ne l'avait point calme. Elle se flattait de
gagner  la prochaine guerre une moiti des tats du pape.

Les ngociations de Rastadt se poursuivaient avec succs pour la France.
Treilhard, devenu directeur, et Bonaparte parti pour l'gypte, avaient
t remplacs au congrs par Jean Debry et Roberjot. Aprs avoir
obtenu la ligne du Rhin, il restait  rsoudre une foule de questions
militaires, politiques, commerciales. Notre dputation tait devenue
extrmement exigeante, et demandait beaucoup plus qu'elle n'avait droit
d'obtenir. Elle voulait d'abord toutes les les du Rhin, ce qui tait
un article important, surtout sous le rapport militaire. Elle voulait
ensuite garder Kehl et son territoire, vis--vis Strasbourg; Cassel et
son territoire, vis--vis Mayence. Elle voulait que le pont commercial
entre les deux Brisach ft rtabli; que cinquante arpens de terrain
nous fussent accords en face de l'ancien pont de Huningue, et que
l'importante forteresse d'Ehrenbreitstein ft dmolie. Elle demandait
ensuite que la navigation du Rhin, et de tous les fleuves d'Allemagne
aboutissant au Rhin, ft libre, que tous les droits de page fussent
abolis; que les marchandises fussent, sur les deux rives, soumises  un
mme droit de douane; que les chemins de halage fussent conservs,
et entretenus par les riverains. Elle demandait enfin une dernire
condition fort importante, c'est que les dettes des pays de la rive
gauche cds  la France fussent transportes sur les pays de la rive
droite, destins  tre donns en indemnit.

La dputation de l'Empire rpondit avec raison que la ligne du Rhin
devait prsenter une sret gale aux deux nations; que c'tait la
raison d'une sret gale, qui avait t surtout allgue, pour faire
accorder cette ligne  la France; mais que cette sret n'existerait
plus pour l'Allemagne, si la France gardait tous les points offensifs,
soit en se rservant les les, soit en gardant Cassel et Kehl, et
cinquante arpens vis--vis Huningue, etc. La dputation de l'Empire ne
voulut donc pas admettre les demandes de la France, et proposa pour
vritable ligne du partage, le _thalweg_, c'est--dire le milieu du
principal bras navigable. Toutes les les qui taient  droite de cette
ligne devaient appartenir  l'Allemagne, toutes celles qui taient 
gauche devaient appartenir  la France. De cette manire, on plaait
entre les deux peuples le vritable obstacle qui fait d'un fleuve une
ligne militaire, c'est--dire le principal bras navigable. Par suite de
ce principe, la dputation demandait la dmolition de Cassel et de Kehl,
et refusait les cinquante arpens vis--vis Huningue. Elle ne voulait pas
que la France conservt aucun point offensif, lorsque l'Allemagne
les perdait tous. Elle refusait avec moins de raison la dmolition
d'Ehrenbreitstein, qui tait incompatible avec la sret de la ville
de Coblentz. Elle accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la
demandait pour toute l'tendue de son cours, et voulait que la France
obliget la rpublique batave  reconnatre cette libert. Quant  la
libre navigation des fleuves de l'intrieur de l'Allemagne, cet article
dpassait, disait-elle, sa comptence, et regardait chaque tat
individuellement. Elle accordait le chemin de halage. Elle voulait que
tout ce qui tait relatif aux pages et  leur abolition ft renvoy 
un trait de commerce. Elle voulait enfin, relativement aux pays de
la rive gauche cds  la France, que leurs dettes restassent  leur
charge, par le principe que la dette suit son gage, et que les biens de
la noblesse immdiate fussent considrs comme proprits particulires,
et conservs  ce titre. La dputation demandait accessoirement que les
troupes franaises vacuassent la rive droite et cessassent le blocus
d'Ehrenbreitstein, parce qu'il rduisait les habitans  la famine.

Ces prtentions contraires donnrent lieu  une suite de notes et de
contre-notes, pendant tout l't. Enfin, vers le mois de vendmiaire an
VI (aot et septembre 1798), le _thalweg_ fut admis par la dputation
franaise. Le principal bras navigable fut pris pour limite entre la
France et l'Allemagne, et les les durent tre partages consquemment 
ce principe. La France consentit  la dmolition de Cassel et de Kehl,
mais elle exigea l'le de Pettersau, qui est place dans le Rhin  peu
prs  la hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance pour
cette place. L'Empire germanique consentit de son ct  la dmolition
d'Ehrenbreitstein. La libre navigation du Rhin et l'abolition des pages
furent accordes. Il restait  s'entendre sur l'tablissement des ponts
commerciaux, sur les biens de la noblesse immdiate, sur l'application
des lois de l'migration dans les pays cds, et sur les dettes de ces
pays. Les princes sculiers avaient dclar qu'il fallait faire toutes
les concessions compatibles avec l'honneur et la sret de l'Empire,
afin d'obtenir la paix, si ncessaire  l'Allemagne. Il tait vident
que la plupart de ces princes voulaient traiter; la Prusse les
y engageait. Quant  l'Autriche, elle commenait  montrer des
dispositions toutes contraires, et  exciter le ressentiment des princes
ecclsiastiques contre la marche des ngociations. Les dputs de
l'Empire, tout en se prononant pour la paix, gardaient cependant la
plus grande mesure, par la crainte que leur causait l'Autriche, et
louvoyaient entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres franais,
ils montraient une extrme raideur; ils vivaient  part, et dans une
espce d'isolement, comme tous nos ministres en Europe. Telle tait la
situation du congrs  la fin de l't de l'an VI (1798).

Pendant que ces vnemens se passaient en Orient et en Europe, la
France, toujours charge du soin de diriger les cinq rpubliques
institues autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'taient des
difficults continuelles pour y diriger l'esprit public, pour y faire
vivre nos troupes, pour y mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos
gnraux, pour y maintenir enfin la bonne harmonie avec les tats
voisins.

Presque partout il avait fallu faire comme en France, c'est--dire,
aprs avoir frapp sur un parti, frapper bientt sur l'autre. En
Hollande on avait excut, le 3 pluvise (22 janvier), une espce de 18
fructidor pour carter les fdralistes, abolir les anciens rglemens,
et donner au pays une constitution unitaire,  peu prs semblable 
celle de la France. Mais cette rvolution avait tourn beaucoup trop au
profit des dmocrates. Ceux-ci s'taient empars de tous les pouvoirs.
Aprs avoir exclu de l'assemble nationale tous les dputs qui leur
paraissaient suspects, ils s'taient eux-mmes constitus en directoire
et en deux conseils, sans recourir  de nouvelles lections. Ils avaient
voulu par l imiter la convention nationale de France, et ses fameux
dcrets des 15 et 18 fructidor. Ils s'taient entirement empars
depuis de la direction des affaires, et ils sortaient de la ligne o le
directoire franais voulait maintenir toutes les rpubliques confies 
ses soins. Le gnral Daendels, l'un des hommes les plus distingus du
parti modr, vint  Paris, s'entendit avec nos directeurs, et repartit
pour aller en Hollande porter aux dmocrates le coup qu'on leur avait
rcemment port  Paris, en les excluant du corps lgislatif par
les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait en France, il fallait
immdiatement aprs le rpter dans les tats qui dpendaient d'elle.
Joubert eut ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se runit aux ministres,
et avec le secours des troupes bataves et franaises, dispersa le
directoire et les conseils, forma un gouvernement provisoire, et fit
ordonner de nouvelles lections. Le ministre de France, Delacroix, qui
avait appuy les dmocrates, fut rappel. Ces scnes produisirent
leur effet accoutum. On ne manqua pas de dire que les constitutions
rpublicaines ne pouvaient marcher seules, qu' chaque instant il
fallait le levier des baonnettes, et que les nouveaux tats se
trouvaient sous la dpendance la plus complte de la France.

En Suisse, l'tablissement de la rpublique _une et indivisible_ n'avait
pas pu se faire sans combats. Les petits cantons de Schwitz, Zug,
Glaris, excits par les prtres et les aristocrates suisses, avaient
jur de s'opposer  l'adoption du rgime nouveau. Le gnral
Schauembourg, sans vouloir les rduire par la force, avait interdit
toute communication des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons
rfractaires coururent aussitt aux armes et envahirent Lucerne, o ils
pillrent et dvastrent. Schauembourg marcha sur eux, et aprs quelques
combats opinitres, les rduisit  demander la paix. Le gage de cette
paix avait t l'acceptation de la constitution nouvelle. Il fallut
employer aussi le fer et mme le feu pour rprimer les paysans du
Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le Bas-Valais, dans le
but d'y rtablir leur domination. Malgr ces obstacles, en prairial
(mai 1798), la constitution tait partout en vigueur. Le gouvernement
helvtique tait runi  Arau. Compos d'un directoire et de deux
conseils, il commenait  s'essayer dans l'administration du pays. Le
nouveau commissaire franais tait Rapinat, beau-frre de Rewbell.
Le gouvernement helvtique devait s'entendre avec Rapinat pour
l'administration des affaires. Les circonstances rendaient cette
administration difficile. Les prtres et les aristocrates, posts dans
les montagnes, piaient le moment favorable pour soulever de nouveau
la population. Il fallait se tenir en garde contre eux, nourrir et
satisfaire l'arme franaise qu'on avait  leur opposer, organiser
l'administration, et se mettre en mesure d'exister bientt d'une
manire indpendante. Cette tche n'tait pas moins difficile pour le
gouvernement helvtique que pour le commissaire franais plac auprs de
lui.

Il tait naturel que la France s'empart des caisses appartenant aux
anciens cantons aristocratiques, pour payer les frais de la guerre.
L'argent contenu dans les caisses, et les approvisionnemens renferms
dans les magasins forms par les ci-devant cantons, lui taient
indispensables pour faire vivre son arme. C'tait l'exercice le plus
ordinaire du droit de conqute; elle aurait pu sans doute renoncer  ce
droit, mais la ncessit la forait d'en user dans le moment. Rapinat
eut donc ordre de mettre le scell sur toutes les caisses. Beaucoup de
Suisses, mme parmi ceux qui avaient souhait la rvolution, trouvrent
fort mauvais qu'on s'empart du pcule et des magasins des anciens
gouvernemens. Les Suisses sont, comme tous les montagnards, sages et
braves, mais d'une extrme avarice. Ils voulaient bien qu'on leur
apportt la libert, qu'on les dbarrasst de leurs oligarques, mais ils
ne voulaient pas faire les frais de la guerre. Tandis que la Hollande et
l'Italie avaient souffert, presque sans se plaindre, le fardeau norme
des campagnes les plus longues et les plus dvastatrices, les patriotes
suisses jetrent les hauts cris pour quelques millions dont on s'empara.
Le directoire helvtique fit de son ct apposer de nouveaux scells sur
ceux qui venaient d'tre apposs par Rapinat, et protesta ainsi contre
la mesure qui mettait les caisses  la disposition de la France. Rapinat
fit sur-le-champ enlever les scells du directoire helvtique, et
dclara  ce directoire qu'il tait born aux fonctions administratives,
qu'il ne pouvait rien contre l'autorit de la France, et qu' l'avenir
ses lois et ses dcrets n'auraient de vigueur qu'autant qu'ils ne
contiendraient rien de contraire aux arrts du commissaire et du
gnral franais. Les ennemis de la rvolution, et il s'en tait gliss
plus d'un dans les conseils helvtiques, triomphrent de cette lutte et
crirent  la tyrannie. Ils dirent que leur indpendance tait viole,
et que la rpublique franaise, qui avait prtendu leur apporter la
libert, ne leur apportait en ralit que l'asservissement et la misre.
L'opposition ne se manifestait pas seulement dans les conseils, elle
tait aussi dans le directoire et dans les autorits locales. A Lucerne
et  Berne, d'anciens aristocrates occupaient les administrations; ils
apportaient des obstacles de toute espce  la leve de quinze millions
frapps sur les anciennes familles nobles pour les besoins de l'arme.
Rapinat prit sur lui de purger le gouvernement et les administrations
helvtiques. Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda au
gouvernement helvtique la dmission de deux directeurs, les nomms
Bay et Pfiffer, celle du ministre des affaires trangres, et le
renouvellement des chambres administratives de Lucerne et de Berne.
Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, ne pouvait tre refuse.
Les dmissions furent donnes sur-le-champ; mais la rudesse avec
laquelle se conduisit Rapinat fit lever de nouveaux cris, et mit tous
les torts de son ct. Il compromettait en effet son gouvernement, en
violant ouvertement les formes pour faire des changemens qu'il et
t facile d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, le directoire
franais crivit au directoire helvtique pour dsapprouver la conduite
de Rapinat, et pour donner satisfaction de cette violation de toutes
les formes. Rapinat fut rappel; nanmoins les membres dmissionnaires
demeurrent exclus. Les conseils helvtiques nommrent, pour remplacer
les deux directeurs dmissionnaires, Ochs, l'auteur de la constitution,
et le colonel Laharpe, le frre du gnral mort en Italie, l'un des
auteurs de la rvolution du canton de Vaud, et l'un des citoyens les
plus probes et les mieux intentionns de son pays.

Une alliance offensive et dfensive fut conclue entre les rpubliques
helvtique et franaise le 2 fructidor (19 aot). D'aprs ce trait,
celle des deux puissances qui tait en guerre avait droit de requrir
l'intervention de l'autre et de lui demander un secours dont la
force devait tre dtermine suivant les circonstances. La puissance
requrante devait payer les troupes fournies par l'autre; la libre
navigation de tous les fleuves de la Suisse et de la France tait
rciproquement stipule. Deux routes devaient tre ouvertes, l'une de
France  la Cisalpine, en traversant le Valais et le Simplon, l'autre de
France en Souabe, en remontant le Rhin et en suivant la rive orientale
du lac de Constance. Dans ce systme des rpubliques unies, la France
s'assurait deux grandes routes militaires pour se rendre dans les tats
de ses allis, et tre en mesure de dboucher rapidement en Italie ou en
Allemagne. On a dit que ces deux routes transportaient le thtre de
la guerre dans les tats allis. Ce n'taient pas les routes, mais
l'alliance avec la France qui exposait ces tats  devenir le thtre de
la guerre. Les routes n'taient qu'un moyen d'accourir plus tt et de
les protger  temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou en Italie.

La ville de Genve fut runie  la France, ainsi que la ville de
Mulhausen. Les bailliages italiens, qui avaient long-temps hsit entre
la Cisalpine et la rpublique helvtique, se dclarrent pour celle-ci,
et votrent leur runion. Les ligues grises, que le directoire aurait
voulu runir  la Suisse, taient partages en deux factions rivales,
et balanaient entre la domination autrichienne et la domination
helvtique. Nos troupes les observaient. Les moines et les agens
trangers amenrent un nouveau dsastre dans l'Underwalden. Ils firent
soulever les paysans de cette valle contre les troupes franaises. Un
combat des plus acharns eut lieu  Stanz, et il fallut mettre le feu
 ce malheureux bourg pour en chasser les fanatiques qui s'y taient
tablis.

Les mmes difficults se prsentaient de l'autre ct des Alpes. Une
espce d'anarchie rgnait entre les sujets des nouveaux tats et
leurs gouvernemens, entre ces gouvernemens et nos armes, entre nos
ambassadeurs et nos gnraux. C'tait une pouvantable confusion. La
petite rpublique ligurienne tait acharne contre le Pimont, et
voulait  tout prix y introduire la rvolution. Grand nombre de
dmocrates pimontais s'taient rfugis dans son sein, et en taient
sortis arms et organiss, pour faire des incursions dans leur pays,
et essayer d'y renverser le gouvernement royal. Une autre bande tait
partie du ct de la Cisalpine, et s'tait avance par Domo-d'Ossola.
Mais ces tentatives furent repousses et une foule de victimes
inutilement sacrifies. La rpublique ligurienne n'avait pas renonc
pour cela  harceler le gouvernement de Pimont; elle recueillait et
armait de nouveaux rfugis, et voulait elle-mme faire la guerre. Notre
ministre  Gnes, Sotin, avait la plus grande peine  la contenir. De
son ct, notre ministre  Turin, Ginguen, n'avait pas moins de peine 
rpondre aux plaintes continuelles du Pimont, et  le modrer dans ses
projets de vengeance contre les patriotes.

La Cisalpine tait dans un dsordre effrayant. Bonaparte en la
constituant n'avait pas eu le temps de calculer exactement les
proportions qu'il aurait fallu observer dans les divisions du territoire
et dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser le rgime municipal
et le systme financier. Ce petit tat avait  lui seul deux cent
quarante reprsentans. Les dpartemens tant trop nombreux, il tait
dvor par une multitude de fonctionnaires. Il n'avait aucun systme
rgulier et uniforme d'impts. Avec une richesse considrable, il
n'avait point de finances, et il pouvait  peine suffire  payer le
subside convenu pour l'entretien de nos armes. Du reste, sous tous les
rapports, la confusion tait au comble. Depuis l'exclusion de quelques
membres du conseil, prononce par Berthier, lorsqu'il avait voulu faire
accepter le trait d'alliance avec la France, les rvolutionnaires
l'avaient emport, et le langage des jacobins dominait dans les conseils
et les clubs. Notre arme secondait ce mouvement et appuyait toutes les
exagrations. Brune, aprs avoir achev la soumission de la Suisse,
tait retourn en Italie, o il avait reu le commandement gnral
de toutes les troupes franaises, depuis le dpart de Berthier pour
l'gypte. Il tait  la tte des patriotes les plus vhmens. Lahoz,
le commandant des troupes lombardes, dont l'organisation avait t
commence sous Bonaparte, abondait dans les mmes ides et les mmes
sentimens. Il existait, en outre, d'autres causes de dsordres dans
l'inconduite de nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine
comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, exigeaient des
logemens qui, d'aprs les traits, ne leur taient pas dus, dvastaient
les lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent des rquisitions
comme en temps de guerre, extorquaient de l'argent des administrations
locales, puisaient dans les caisses des villes sans allguer aucune
espce de prtexte que leur bon plaisir. Les commandans de place
exeraient surtout des exactions intolrables. Le commandant de Mantoue
s'tait permis, par exemple, d'affermer  son profit la pche du
lac. Les gnraux proportionnaient leur exigence  leur grade, et
indpendamment de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient avec
les compagnies des profits scandaleux. Celle qui tait charge
d'approvisionner l'arme en Italie, abandonnait aux tats-majors
quarante pour cent de bnfice; et on peut juger par l de ce qu'elle
devait gagner pour faire de pareils avantages  ses protecteurs. Par
l'effet des dsertions, il n'y avait pas dans les rangs la moiti des
hommes ports sur les tats, de manire que la rpublique payait le
double de ce qu'elle aurait d. Malgr toutes ces malversations, les
soldats taient mal pays, et la solde du plus grand nombre tait
arrire de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous occupions tait
horriblement foul, sans que nos soldats s'en trouvassent mieux. Les
patriotes cisalpins tolraient tous ces dsordres sans se plaindre,
parce que l'tat-major leur prtait son appui.

A Rome, les choses se passaient mieux. L, une commission, compose de
Daunou, Florent et Faypoult, gouvernait avec sagesse et probit le pays
affranchi. Ces trois hommes avaient compos une constitution qui
avait t adopte, et qui, sauf quelques diffrences, et les noms qui
n'taient pas les mmes, ressemblait exactement  la constitution
franaise. Les directeurs s'appelaient des consuls, le conseil des
anciens s'appelait le snat; le second conseil le tribunal. Mais ce
n'tait pas tout que de donner une constitution, il fallait la mettre en
vigueur. Ce n'tait pas, comme on aurait pu le croire, le fanatisme des
Romains qui s'opposait  son tablissement, mais leur paresse. Il n'y
avait gure d'opposans que dans quelques paysans de l'Apennin, pousss
par les moines, et du reste faciles  soumettre. Mais il y avait dans
les habitans de Rome, appels  composer le consulat, le snat et le
tribunal, une insouciance, une inaptitude extrme au travail. Il fallait
de grands efforts pour les dcider  siger de deux jours l'un, et ils
voulaient absolument des vacances pour l't. A cette paresse il
faut joindre une inexprience et une incapacit absolues en fait
d'administration. Il y avait plus de zle dans les Cisalpins, mais
c'tait du zle sans lumire et sans mesure, ce qui le rendait tout
aussi funeste que l'insouciance. Il tait  craindre que, ds le
dpart de la commission franaise, le gouvernement romain tombt en
dissolution, par l'inaction ou la retraite de ses membres. Et cependant
on aimait beaucoup les places  Rome, on les aimait comme on le fait
dans tout tat sans industrie.

La commission avait mis fin  toutes les malversations qui avaient t
commises au premier moment de notre entre  Rome. Elle s'tait empare
de la gestion des finances, et les dirigeait avec probit et habilet.
Faypoult, qui tait un administrateur intgre et capable, avait tabli
pour tout l'tat romain un systme d'impts fort bien entendu. Il tait
parvenu ainsi  suffire aux besoins de notre arme; il avait pay tout
l'arrir de solde non-seulement  l'arme de Rome, mais encore 
la division embarque  Civita-Vecchia. Si les finances eussent t
conduites de la mme manire dans la Cisalpine, le pays n'et pas t
foul, et nos soldats se fussent trouvs dans l'abondance. L'autorit
militaire tait  Rome entirement soumise  la commission. Le gnral
Saint-Cyr, qui avait remplac Massna, se distinguait par une svre
probit; mais, partageant le got d'autorit qui devenait gnral
chez tous ses camarades, il paraissait mcontent d'tre soumis  la
commission. A Milan surtout, on tait fort peu satisfait de tout ce qui
se faisait  Rome. Les dmocrates italiens taient irrits de voir les
dmocrates romains annuls ou contenus par la commission. L'tat-major
franais, duquel relevaient les divisions stationnes  Rome, voyait
avec peine une riche partie des pays conquis lui chapper, et soupirait
aprs le moment o la commission quitterait ses fonctions.

C'est  tort qu'on ferait au directoire franais un reproche du dsordre
qui rgnait dans les pays allis. Aucune volont, si forte qu'elle ft,
n'aurait pu empcher le dbordement des passions qui les troublaient, et
quant aux exactions, la volont de Napolon lui-mme n'a pas russi 
les empcher dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, plein
de gnie et de vigueur, n'aurait pu excuter, un gouvernement compos
de cinq membres, et plac  des distances immenses, le pouvait encore
moins. Cependant il y avait dans la majorit de notre directoire le plus
grand zle  assurer le bien-tre des nouvelles rpubliques, et la plus
vive indignation contre l'insolence et les concussions des gnraux,
contre les vols manifestes des compagnies. Except Barras, qui tait de
moiti dans tous les profits des compagnies, qui tait l'espoir de tous
les brouillons de Milan, les quatre autres directeurs dnonaient
avec la plus grande nergie ce qui se faisait en Italie. Larvellire
surtout, dont la svre probit tait rvolte de tant de dsordres,
proposa au directoire un plan qui fut agr. Il voulait qu'une
commission continut  diriger le gouvernement romain, et  contenir
l'autorit militaire; qu'un ambassadeur ft envoy  Milan, pour y
reprsenter le gouvernement franais, et y enlever toute influence 
l'tat-major; que cet ambassadeur ft charg de faire  la constitution
cisalpine les changemens qu'elle exigeait, comme de rduire le nombre
des divisions locales, des fonctionnaires publics, et des membres des
conseils; qu'enfin cet ambassadeur et pour adjoint un administrateur
capable de crer un systme d'impt et de comptabilit. Ce plan fut
adopt. Trouv, nagure ministre de France  Naples, et Faypoult, l'un
des membres de l commission de Rome, furent envoys  Milan pour
excuter les mesures proposes par Larvellire.

Trouv devait, aussitt qu'il serait arriv  Milan, s'entourer des
hommes les plus clairs de la Cisalpine, et convenir avec eux de tous
les changemens qu'il tait ncessaire de faire soit  la constitution,
soit au personnel du gouvernement. Il devait ensuite, quand tous ces
changemens seraient arrts, les faire proposer dans les conseils de la
Cisalpine, par des dputs  sa dvotion, et au besoin les appuyer de
l'autorit de la France. Il devait cependant cacher sa main autant qu'il
serait possible.

Trouv, rendu de Naples  Milan, y fit ce qu'on lui avait ordonn. Mais
le secret de sa mission tait difficile  garder. On sut bientt qu'il
venait changer la constitution, et surtout rduire le nombre des places
de toute espce. Les patriotes, qui sentaient bien,  la conduite de
l'ambassadeur, que les rductions porteraient sur eux, taient furieux.
Ils s'appuyrent sur l'tat-major de l'arme, fort indispos lui-mme
contre l'autorit nouvelle qu'il lui fallait subir, et on vit s'tablir
une lutte scandaleuse entre la lgation franaise et l'tat-major
franais, entour des patriotes italiens. Trouv et les hommes qui se
rendaient chez lui, furent dnonces, avec une extrme violence dans les
conseils cisalpins. On prtendit que le ministre franais venait violer
la constitution, et renouveler l'un de ces actes d'oppression que le
directoire avait exercs sur toutes les rpubliques allies. Trouv
essuya des dsagrmens de toute espce, de la part des patriotes
italiens et de nos officiers. Ceux-ci se conduisirent avec la dernire
indcence, dans un bal qu'il donnait, et y causrent le plus grand
scandale. Ces scnes taient dplorables, surtout  cause de l'effet
qu'elles produisaient sur les ministres trangers. Non-seulement on leur
donnait le spectacle des plus fcheuses divisions, mais on les insultait
dans les dners diplomatiques, en buvant,  leur face,  l'extermination
de tous les rois. Le plus vhment jacobinisme rgnait  Milan. Brune et
Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller se mnager l'appui de Barras.
Mais le directoire, averti d'avance, tait inbranlable dans ses
rsolutions. Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris,  l'instant mme o
il arrivait. Quant  Brune, il lui fut prescrit de retourner  Milan, et
d'y concourir aux changemens que Trouv allait faire excuter.

Aprs avoir accompli les diverses modifications ncessaires  la
constitution, Trouv assembla chez lui les dputs les plus sages, et
les leur soumit. Ils les approuvrent; mais le dchanement tait si
grand, qu'ils n'osrent pas se charger de les proposer eux-mmes aux
deux conseils. Trouv fut donc oblig de dployer l'autorit franaise,
et d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait voulu cacher. Du
reste, peu importait, au fond, le mode employ. Il et t absurde 
la France, qui avait cr ces rpubliques nouvelles et qui les faisait
exister par son appui, de ne pas profiter de sa force pour y tablir
l'ordre qu'elle croyait le meilleur. Le fcheux tait qu'elle n'et pas
fait le mieux possible ds le premier jour et en une seule fois, afin de
ne plus tre oblige de renouveler ces actes de sa toute-puissance. Le
30 aot (13 fructidor an VI), Trouv assembla le directoire et les deux
conseils de la Cisalpine; il leur prsenta la nouvelle constitution
et toutes les lois administratives et financires que Faypoult avait
prpares. Les conseils taient rduits de deux cent quarante  cent
vingt membres. Les individus  conserver dans les conseils et le
gouvernement taient dsigns. Un systme d'impt rgulier tait tabli.
Il y avait des impts personnels et indirects, systme qu'on essayait
d'tablir dans le moment en France, et qui dplaisait beaucoup aux
patriotes. Tous ces changemens furent approuvs et adopts. Brune avait
t oblig de fournir l'appui des troupes franaises. Aussi la colre
des patriotes cisalpins fut-elle vaine, et la rvolution se fit sans
obstacles. Il fut dcid en outre qu'une prochaine convocation des
assembles primaires aurait lieu, pour approuver les changemens faits 
la constitution.

La tche de Trouv tait acheve; mais le gouvernement franais, voyant
le soulvement que ce ministre avait excit, pensa qu'il n'tait pas
possible de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner une
autre ambassade, et envoyer  Milan un homme tranger aux dernires
querelles. Malheureusement le directoire se laissa imposer un ci-devant
membre des jacobins, qui tait devenu un souple et bas courtisan de
Barras, qui avait t associ par lui au trafic des compagnies, et
plac sur la voie des honneurs; c'tait Fouch, dont Barras surprit la
nomination  ses collgues. Fouch partit pour remplacer Trouv, et
celui-ci dut se rendre  Stuttgard. Mais Brune, profitant du dpart
de Trouv, se permit, avec une audace qui n'est explicable que par la
licence militaire qui rgnait alors, de faire  l'ouvrage du ministre de
France les plus graves changemens. Il exigea la dmission de trois des
directeurs nomms par Trouv, il changea plusieurs ministres, et fit
diffrentes altrations  la constitution. L'un des trois directeurs
dont il avait demand la dmission, Sopranzi, ayant courageusement
refus de la donner, il le fit saisir de force pas ses soldats, et
arracher du palais du gouvernement. Il se hta ensuite de convoquer les
assembles primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre de Trouv,
modifie comme elle venait de l'tre par lui. Fouch, qui arriva dans
cet intervalle, aurait d s'opposer  cette convocation, et ne pas
permettre qu'on ft sanctionner des changemens que le gnral n'avait
pas eu mission de faire; mais il laissa Brune agir  son gr. Les
modifications de Trouv, et les modifications plus rcentes de Brune,
furent approuves par les assembles primaires, soumises  la fois au
pouvoir militaire et  la violence des patriotes.

Quand le directoire franais apprit ces dtails, il ne faiblit point. Il
cassa tout ce qu'avait fait Brune, il le destitua, et chargea Joubert
d'aller rtablir les choses dans l'tat o les avait mises Trouv.
Fouch fit des objections; il prtendit que la constitution nouvelle,
tant approuve avec les changemens que Brune y avait apports, il
serait d'un mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et il
gagna mme Joubert  son avis. Mais le directoire ne devait pas souffrir
de pareilles hardiesses de la part de ses gnraux, et surtout il ne
devait pas leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans les tats
allis. Il rappela Fouch lui-mme, qui, de cette manire, ne passa que
peu de jours dans la Cisalpine, et il ordonna le rtablissement intgral
de la constitution, telle que Trouv l'avait faite au nom de la France.
Quant aux individus auxquels Brune avait arrach leur dmission, on les
engagea  la renouveler, pour viter de nouveaux changemens.

La Cisalpine resta donc constitue comme le directoire avait voulu
qu'elle le ft, sauf la destitution de quelques individus changs par
Brune. Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, ces luttes
de nos agens civils et militaires, taient du plus dplorable effet,
dcourageaient les nouveaux peuples affranchis, dconsidraient la
rpublique-mre, et prouvaient la difficult de maintenir tous ces corps
dans leur orbite.

Les vnemens de la Cisalpine furent gravement reprochs au directoire,
car il est d'usage de tout changer en griefs contre un gouvernement
qu'on attaque, et de lui faire un crime des obstacles mme qu'il
rencontre dans sa marche. La double opposition qui commenait 
reparatre dans les conseils attaqua diversement les oprations
excutes en Italie. Le thme tait tout simple pour l'opposition
patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, contre
l'indpendance d'une rpublique allie; on avait mme commis une
infraction aux lois franaise, car la constitution cisalpine qu'on
venait d'altrer tait garantie par un trait d'alliance, et ce trait,
approuv par les conseils, ne pouvait tre enfreint par le directoire.
Quant  l'opposition constitutionnelle, ou modre, il tait naturel de
s'attendre  son approbation plutt qu' ses reproches, parce que les
changemens faits dans la Cisalpine taient dirigs contre les patriotes
exclusifs. Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait Lucien
Bonaparte. Il cherchait des sujets de querelle au gouvernement, et il
croyait d'ailleurs devoir dfendre l'oeuvre de son frre, attaque par
le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'indpendance des
allis tait attaque, que les traits taient viols, etc.

Les deux oppositions se prononaient plus ouvertement de jour en jour.
Elles commenaient  contester au directoire certaines attributions
dont il avait t pourvu par la loi du 19 fructidor, et dont il avait
quelquefois fait usage. Ainsi cette loi lui donnait le droit de fermer
les clubs, ou de supprimer les journaux dont la direction lui paratrait
dangereuse. Le directoire avait ferm quelques clubs devenus trop
violens, et supprim quelques journaux qui avaient donn des nouvelles
fausses et imagines videmment dans une intention malveillante. Il y
eut un journal, entre autres, qui prtendit que le directoire allait
runir  la France le pays de Vaud: le directoire le supprima. Les
patriotes s'levrent contre cette puissance arbitraire, et demandrent
le rapport de plusieurs des articles de la loi du 19 fructidor. Les
conseils dcidrent que ces articles resteraient en vigueur jusqu'
l'tablissement d'une loi sur la presse; et un travail fut ordonn pour
la prparation de cette loi.

Le directoire essuya galement de fortes contradictions en matire de
finances. Il s'agissait de clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de
proposer celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI avait t fix
 616 millions; mais sur les 616 millions, il y avait eu un dficit de
62 millions, et, outre ce dficit, un arrir considrable dans les
rentres. Les cranciers, malgr la solennelle promesse d'acquitter le
tiers consolid, n'avaient pas t pays intgralement. On dcida
qu'ils recevraient, en paiement de l'arrir, des bons recevables en
acquittement des impts. Il fallait fixer sur-le-champ le budget de l'an
VII, dans lequel on allait entrer. Les dpenses furent arrtes  600
millions, sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. Il
fallut rduire les contributions foncire et personnelle, beaucoup
trop fortes, et lever les impts du timbre, de l'enregistrement, des
douanes, etc. On dcrta des centimes additionnels pour les dpenses
locales, et des octrois aux portes des villes pour l'entretien des
hpitaux et autres tablissemens. Malgr ces augmentations, le ministre
Ramel soutint que les impts ne rentreraient tout au plus qu'aux trois
quarts,  en juger par les annes prcdentes, et que c'tait les
exagrer beaucoup que de porter les rentres effectives  450 ou
500 millions. Il demanda donc de nouvelles ressources, pour couvrir
rellement la dpense de 600 millions; il proposa un impt sur les
portes et fentres, et un impt sur le sel. Il s'leva  ce sujet de
violentes contestations. On dcrta l'impt sur les portes et fentres,
et on prpara un rapport sur l'impt du sel.

Ces contradictions n'avaient rien de fcheux en elles-mmes, mais elles
taient le symptme d'une haine sourde,  laquelle il ne fallait que des
malheurs publics pour clater. Le directoire, parfaitement instruit de
l'tat de l'Europe, voyait bien que de nouveaux dangers se prparaient,
et que la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne pouvait gure
plus en douter au mouvement des diffrens cabinets. Cobentzel et Repnin
n'avaient pu arracher la Prusse  sa neutralit, et l'avaient quitte
avec un grand mcontentement. Mais Paul Ier, compltement sduit, avait
stipul un trait d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses troupes
en marche. L'Autriche armait avec activit; la cour de Naples ordonnait
l'enrlement de toute sa population. Il et t de la plus grande
imprudence de ne pas faire de prparatifs, en voyant un pareil
mouvement, depuis les bords de la Vistule jusqu' ceux du Volturne. Nos
armes tant singulirement diminues par la dsertion, le directoire
rsolut de pourvoir  leur recrutement par une grande institution, qui
restait encore  crer. La convention avait puis deux fois dans la
population de la France, mais d'une manire extraordinaire, sans laisser
de loi permanente pour la leve annuelle des soldats. En mars 1793, elle
avait ordonn une leve de trois cent mille hommes; en aot de la mme
anne, elle avait pris la grande et belle rsolution de la leve en
masse, gnration par gnration. Depuis, la rpublique avait exist
par cette mesure seule, en forant  rester sous les drapeaux ceux qui
avaient pris les armes  cette poque. Mais le feu, les maladies en
avaient dtruit un grand nombre; la paix en avait ramen un grand nombre
encore dans leurs foyers. On n'avait dlivr que douze mille congs,
mais il y avait eu dix fois plus de dserteurs; et il tait difficile
d'tre svre envers des hommes qui avaient dfendu pendant six annes
leur patrie, et qui l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur
sang. Les cadres restaient, et ils taient excellens. Il fallait
les remplir par de nouvelles leves, et prendre, non pas une mesure
extraordinaire et temporaire, mais une mesure gnrale et permanente;
il fallait rendre une loi, enfin, qui devnt, en quelque sorte, partie
inhrente de la constitution. On imagina la conscription.

Le gnral Jourdan fut le rapporteur de cette loi grande et salutaire,
dont on a abus comme de toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a
pas moins sauv la France et port sa gloire au comble. Par cette loi,
chaque Franais fut dclar soldat de droit, pendant une poque de sa
vie. Cette poque tait de vingt  vingt-cinq ans. Les jeunes gens
arrivs  cet ge taient partags en cinq classes, anne par anne.
Suivant la ncessit, le gouvernement appelait des hommes en commenant
par la premire classe, celle de vingt ans, et par les plus jeunes de
chaque classe. Il pouvait successivement appeler les cinq classes, au
fur et  mesure des besoins. En temps de paix, les conscrits taient
obligs de servir jusqu' vingt-cinq ans. Ainsi la dure du service des
soldats variait d'une anne  cinq, suivant qu'ils avaient t pris de
vingt-cinq  vingt ans. En temps de guerre, cette dure tait illimite;
c'tait au gouvernement  dlivrer des congs, quand il croyait le
pouvoir sans inconvnient. Il n'y avait d'exemption d'aucune espce,
except pour ceux qui s'taient maris avant la loi, ou qui avaient dj
pay leur dette dans les guerres prcdentes. Cette loi pourvoyait ainsi
aux cas ordinaires; mais dans les cas extraordinaires, lorsque la patrie
tait dclare en danger, le gouvernement avait droit, comme en 93, sur
la population entire; et la leve en masse recommenait.

Cette loi fut adopte sans opposition, et considre comme l'une
des plus importantes crations de la rvolution[2]. Sur-le-champ le
directoire demanda  en faire usage, et rclama la leve de deux cent
mille conscrits, pour complter les armes et les mettre sur un
pied respectable. Cette demande fut accorde par acclamations le 2
vendmiaire an VII (23 septembre 1798). Bien que les deux oppositions
contrariassent souvent le directoire, par humeur ou jalousie, cependant
elles voulaient que la rpublique conservt son ascendant en prsence
des puissances de l'Europe. Une leve d'hommes exige une leve d'argent.
Le directoire demanda, en sus du budget, 125 millions dont 90 pour
l'quipement de deux cent mille conscrits, et 35 pour rparer le dernier
dsastre de la marine. La question tait de savoir o on les prendrait.
Le ministre Ramel prouva que les bons pour le remboursement des deux
tiers de la dette taient rentrs presque en totalit, qu'il restait 400
millions en biens nationaux, lesquels taient libres par consquent,
et pouvaient tre consacrs aux nouveaux besoins de la rpublique.
On dcrta en consquence la mise en vente de 125 millions de biens
nationaux. Un douzime devait tre pay comptant, le reste en
obligations des acqureurs, ngociables  volont, et payables
successivement dans un dlai de dix-huit mois. Elles devaient porter
intrt  cinq pour cent. Ce papier pouvait quivaloir  un paiement
au comptant, par la facilit de le donner aux compagnies. Les biens
devaient tre vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne fut
pas plus conteste que la loi de recrutement, dont elle tait la
consquence.

[Note 2: Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).]

Le directoire se mit ainsi en mesure de rpondre aux menaces de
l'Europe, et de soutenir la dignit de la rpublique. Deux vnemens de
mdiocre importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, l'autre 
Ostende. L'Irlande s'tait souleve, et le directoire y avait envoy le
gnral Humbert avec quinze cents hommes[3]. Malheureusement un envoi
de fonds que devait faire la trsorerie ayant t retard, une seconde
division de six mille hommes, commande par le gnral Sarrazin, n'avait
pu mettre  la voile, et Humbert tait rest sans appui. Il s'tait
maintenu longtemps, et assez pour prouver que l'arrive du renfort
attendu aurait chang entirement la face des choses. Mais, aprs une
suite de combats honorables, il venait d'tre oblig de mettre bas les
armes avec tout son corps. Un chec de mme nature, essuy par les
Anglais, venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient par
intervalles lancer quelques bombes sur nos ports de l'Ocan, ils
voulurent faire un dbarquement  Ostende, pour dtruire les cluses;
mais, poursuivis  outrance, coups de leurs vaisseaux, ils furent pris
au nombre de deux mille hommes.

[Note 3: Il dbarqua le 5 fructidor (22 aot) et fut battu et fait
prisonnier le 22 (8 septembre) par le gnral Cornwallis.]

Bien que l'Autriche et contract une alliance avec la Russie et avec
l'Angleterre, et qu'elle pt compter sur une arme russe et sur un
subside anglais, nanmoins elle hsitait encore  rentrer en lutte avec
la rpublique franaise. L'Espagne qui voyait avec peine l'incendie
rallum sur le continent, et qui craignait galement les progrs du
systme rpublicain et sa ruine, car dans un cas elle pouvait tre
rvolutionne, et dans l'autre punie de son alliance avec la France,
l'Espagne s'tait interpose de nouveau pour calmer des adversaires
irrits. Sa mdiation, en provoquant des discussions, en faisant natre
quelque possibilit d'arrangement, amenait de nouvelles hsitations 
Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A Naples, o le zle tait
furibond, on tait indign de tout dlai, et on voulait trouver une
manire d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche  tirer le fer. La
folie de cette petite cour tait sans exemple. Le sort des Bourbons
tait,  cette poque, d'tre conduits par leurs femmes  toutes les
fautes. On en avait vu trois  la fois dans le mme cas: Louis XVI,
Charles IV et Ferdinand. Le sort de l'infortun Louis XVI est connu.
Charles IV et Ferdinand, quoique par des voies diffrentes, taient
entrans, par la mme influence,  une ruine invitable. On avait fait
prendre au peuple de Naples la cocarde anglaise; Nelson tait trait
comme un dieu tutlaire. On avait ordonn la leve du cinquime de la
population, espce d'extravagance, car il et suffi d'en bien armer le
cinquantime, pour prendre rang parmi les puissances. Chaque couvent
devait fournir un cavalier quip; une partie des biens du clerg avait
t mise en vente; tous les impts avaient t doubls; enfin ce faiseur
de projets malheureux, dont tous les plans militaires avaient si mal
russi, et que la destine rservait  des revers d'une si trange
espce, Mack avait t demand  Naples pour tre mis  la tte de
l'arme napolitaine. On lui dcerna le triomphe avant la victoire, et
on lui donna le titre de librateur de l'Italie, le mme qu'avait port
Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des neuvaines  tous les
saints, des prires  saint Janvier, et des supplices contre ceux qui
taient souponns de partager les opinions franaises.

La petite cour de Naples continuait ses intrigues en Pimont et en
Toscane. Elle voulait que les Pimontais s'insurgeassent sur les
derrires de l'arme qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur les
derrires de celle qui gardait Rome. Les Napolitains auraient profit de
l'occasion pour attaquer de front l'arme de Rome; les Autrichiens en
auraient profit aussi pour attaquer de front celle de la Cisalpine,
et on augurait de toutes ces combinaisons, que pas un Franais ne se
sauverait. Le roi de Pimont, prince religieux, avait quelques scrupules
 cause du trait d'alliance qui le liait  la France; mais on lui
disait que la foi promise  des oppresseurs n'engageait pas, et que les
Pimontais avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier Franais. Du
reste, les scrupules taient moins ici le vritable obstacle que la
surveillance rigoureuse du directoire. Quant  l'archiduc de Toscane, il
manquait entirement de moyens. Naples, pour le dcider, promettait de
lui envoyer une arme par la flotte de Nelson.

Le directoire, de son ct, tait sur ses gardes, et il prenait ses
prcautions. La rpublique ligurienne, toujours acharne contre le roi
de Pimont, avait enfin dclar la guerre  ce prince. A une haine
de principes se joignait une vieille haine de voisinage; et ces deux
petites puissances en voulaient venir aux mains  tout prix. Le
directoire intervint dans la querelle, signifia  la rpublique
ligurienne qu'il fallait poser les armes, et dclara au roi de Pimont
qu'il se chargeait de maintenir la tranquillit dans ses tats, mais
que, pour cela, il fallait qu'il y occupt un poste important. En
consquence, il lui demanda de laisser occuper par les troupes
franaises la citadelle de Turin. Une pareille prtention n'tait
justifiable que par les craintes que la cour de Pimont inspirait. Il y
avait incompatibilit entre les anciens et les nouveaux tats, et ils
ne pouvaient pas se fier les uns aux autres. Le roi de Pimont fit
de grandes remontrances; mais il n'y avait pas moyen de rsister aux
demandes du directoire. Les Franais occuprent la citadelle, et
commencrent sur-le-champ  l'armer. Le directoire avait dtach l'arme
de Rome de celle de la Cisalpine, et lui avait donn, pour la commander,
le gnral Championnet, qui s'tait distingu sur le Rhin. L'arme tait
dissmine dans tout l'tat romain; il y avait dans la Marche d'Ancne
quatre  cinq mille hommes commands par le gnral Casa-Bianca; le
gnral Lemoine tait avec deux ou trois mille hommes sur le penchant
oppos de l'Apennin, vers Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de
cinq mille hommes  peu prs, tait rpandu sur le Tibre. Il y avait 
Rome une petite rserve. L'arme dite de Rome tait donc de quinze 
seize mille hommes au plus. La ncessit de surveiller le pays, et la
difficult d'y vivre, nous avaient obligs de disperser nos troupes; et
si un ennemi actif et bien second avait su saisir l'occasion, il aurait
pu faire repentir les Franais de leur isolement.

On comptait beaucoup sur cette circonstance  Naples; on se flattait de
surprendre les Franais et de les dtruire en dtail. Quelle gloire de
prendre l'initiative, de remporter le premier succs, et de forcer enfin
l'Autriche  entrer dans la carrire, aprs la lui avoir ouverte!
Ce furent l les raisons qui engagrent la cour de Naples  prendre
l'initiative. Elle esprait que les Franais seraient facilement battus,
et que l'Autriche ne pourrait plus hsiter, quand une fois le fer serait
tir. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, qui connaissaient
un peu mieux l'Europe et les affaires, s'opposaient  ce qu'on prt
l'initiative; mais on refusa d'couter leurs sages conseils. Pour
dcider ce pauvre roi, et l'arracher  ses innocentes occupations, on
supposa, dit-on, une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait le
commencement des hostilits. Ds lors les ordres de marche furent
donns pour la fin de novembre. Toute l'arme napolitaine fut mise en
mouvement. Le roi lui-mme partit avec un grand appareil, pour assister
aux oprations. Il n'y eut pas de dclaration de guerre, mais une
sommation aux Franais d'vacuer l'tat romain: ils rpondirent  cette
sommation en se prparant  combattre, malgr la disproportion du
nombre.

Dans la situation respective des deux armes, rien n'tait plus facile
que d'accabler les Franais, disperss dans les provinces romaines, 
droite et  gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement sur leur
centre, et porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni.
La gauche des Franais, place au-del de l'Apennin pour garder les
Marches, et t coupe de leur droite, place en de pour garder les
rives du Tibre. On les et ainsi empchs de se rallier, et on les
aurait ramens en dsordre jusque dans la Haute-Italie. La Pninsule
du moins et t dlivre; et la Toscane, l'tat romain, les Marches,
seraient entrs sous la domination de Naples. Le nombre des troupes
napolitaines rendait ce plan encore plus facile et plus sr; mais il
tait impossible que Mack employt une manoeuvre aussi simple. Comme
dans ses anciens plans, il voulut envelopper l'ennemi par une multitude
de corps dtachs. Il avait prs de soixante mille hommes, dont quarante
mille formaient l'arme active, et vingt mille les garnisons. Au lieu
de diriger cette masse de forces sur le point essentiel de Terni, il
la divisa en six colonnes. La premire, agissant sur les revers de
l'Apennin, le long de l'Adriatique, dut se porter par la route d'Ascoli
dans les Marches; la seconde et la troisime, agissant sur l'autre ct
des monts, et se liant  la prcdente, durent marcher, l'une sur Terni,
l'autre sur Magliano; la quatrime et la principale, formant le corps de
bataille, fut dirige sur Frascati et sur Rome; une cinquime, longeant
la Mditerrane, eut la mission de parcourir les Marais Pontins, et de
rejoindre le corps de bataille sur la voie Appienne; enfin la dernire,
embarque sur l'escadre de Nelson, fut dirige sur Livourne, pour
soulever la Toscane et fermer la retraite aux Franais. Ainsi tout tait
prpar pour les envelopper et les perdre tous, mais rien ne l'tait
pour les battre auparavant.

C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche avec ses quarante mille
hommes. La quantit de ses bagages, l'indiscipline des troupes, le
mauvais tat des chemins, rendaient ses mouvemens trs lents. L'arme
napolitaine formait une longue queue, sans ordre et sans ensemble.
Championnet, averti  temps du pril, dtacha deux corps pour observer
la marche de l'ennemi, et protger les corps isols qui se repliaient.
Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il rsolut de prendre une
position en arrire, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castellana
et Civita-Ducale, et l de concentrer ses forces pour reprendre
l'offensive.

Tandis que Championnet se retirait sagement, et vacuait Rome, en
laissant huit cents hommes dans le chteau Saint-Ange, Mack s'avanait
firement sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir trouver de
rsistance. Il arriva aux portes de Rome le 9 frimaire an VII (29
novembre 1798), et y entra sans obstacle. On avait prpar au roi une
rception triomphale. Ce pauvre prince, trait en conqurant et en
librateur, fut enivr de l'espce de gloire militaire qu'on lui avait
apprte. Du reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, et
il invita le pape  venir reprendre possession de ses tats. Cependant
son arme, moins gnreuse que lui, commit d'horribles pillages. La
populace romaine, avec sa mobilit accoutume, se prcipita sur les
maisons de ceux qu'on accusait d'tre rvolutionnaires, et les dvasta.
La dpouille mortelle du malheureux Duphot fut exhume et indignement
outrage.

Pendant que les Napolitains occupaient ainsi leur temps  Rome,
Championnet excutait avec une rare activit l'habile dtermination
qu'il avait prise. Sentant que le point essentiel tait au centre sur
le Haut-Tibre, il fit prendre  Macdonald une forte position 
Civita-Castellana, et le renfora de toutes les troupes dont il put
disposer. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les
Marches, au-del de l'Apennin, et ne laissa au gnral Casa-Bianca que
ce qui lui tait strictement ncessaire pour retarder de ce ct la
marche de l'ennemi. Lui-mme courut  Ancne pour hter l'arrive de ses
parcs et des munitions. Ne s'effrayant pas plus qu'il ne fallait de ce
qui se prparait sur ses derrires en Toscane, il chargea un officier,
avec un faible dtachement, d'observer ce qui se passait de ce ct.

Les Napolitains rencontrrent enfin les Franais sur les diffrentes
routes qu'ils parcouraient. Ils taient trois fois plus nombreux, mais
ils avaient affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouvrent que
la tche tait rude. Dans les Marches, la colonne qui s'avanait par
Ascoli fut repousse au loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni,
un colonel napolitain fut enlev avec tout son corps par le gnral
Lemoine. Cette premire exprience de la guerre avec les Franais tait
peu faite pour encourager les Napolitains. Cependant Mack fit ses
dispositions pour enlever la position qu'il sentait la plus importante,
celle de Civita-Castellana, o Macdonald se trouvait avec le gros de nos
troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Vees. Elle est place sur un
ravin, dans une position trs forte. Les Franais tenaient plusieurs
postes loigns qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire an VII
(4 dcembre), Mack fit attaquer Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces
considrables. Il dirigea par la rive oppose du Tibre une colonne
accessoire, qui devait s'emparer de Rignano. Aucune de ces attaques ne
russit. L'une des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie.
Une seconde, enveloppe, perdit trois mille prisonniers. Les autres,
dcourages, se bornrent  de simples dmonstrations. Nulle part
enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir le choc des troupes
franaises. Mack, un peu dconcert, renona  enlever la position
centrale de Civita-Castellana, et commena  s'apercevoir que ce n'tait
pas sur ce point qu'il aurait fallu essayer de forcer la ligne ennemie.
C'est  Terni, point plus rapproch de l'Apennin, et moins dfendu par
les Franais, qu'il aurait d frapper le coup principal. Il songea ds
lors  drober ses troupes, et  les reporter de Civita-Castellana sur
Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait fallu une rapidit
d'excution impossible avec des troupes sans discipline. Il fallut
plusieurs jours pour faire repasser le Tibre au gros de l'arme; et
Mack ralentit encore par sa propre faute une opration dj trop
lente. Macdonald, qu'il croyait retenir  Civita-Castellana par des
dmonstrations, s'tait dj transport de Civita-Castellana au-del
du Tibre. Lemoine avait t renforc  Terni. Ainsi, les Napolitains
avaient t prvenus sur tous les points qu'ils se proposaient de
surprendre. Le premier mouvement du gnral Metsch, de Calvi sur
Otricoli, n'amena qu'un dsastre. Le 19 frimaire (9 dcembre), ramen
d'Otricoli sur Calvi, ce gnral fut entour et oblig de mettre bas les
armes, avec quatre mille hommes, devant un corps de trois mille cinq
cents. Ds cet instant, Mack ne songea plus qu' rentrer dans Rome, et 
se replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de Frascati et d'Albano,
pour y rallier son arme, et la renforcer de nouveaux bataillons.
C'tait l une triste ressource, car ce n'tait pas la quantit des
soldats qu'il fallait augmenter, c'tait leur qualit qu'il aurait fallu
changer; et ce n'tait pas en se retirant  quelques lieues du champ de
bataille qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la discipline et
la bravoure.

Le roi de Naples, en apprenant ces tristes vnemens, sortit furtivement
de Rome, o il tait entr quelques jours auparavant en triomphe. Les
Napolitains l'vacurent en dsordre,  la grande satisfaction des
Romains, qui taient dj beaucoup plus importuns de leur prsence,
qu'ils ne l'avaient t de celle des Franais. Championnet rentra dans
Rome dix-sept jours aprs en tre sorti. Il avait mrit vritablement
les honneurs du triomphe. Se concentrant habilement avec quinze ou seize
mille hommes, il avait su reprendre l'offensive contre quarante mille,
et les avait pousss en dsordre devant lui. Championnet ne voulut pas
se borner  la simple dfense des tats romains, il conut le projet
audacieux de conqurir le royaume de Naples avec sa faible arme.
L'entreprise tait difficile, moins  cause de la force de l'arme
napolitaine que de la disposition des habitans, qui pouvaient nous faire
une guerre de partisans fort longue et fort dangereuse. Championnet
n'en persista pas moins  s'avancer. Il partit de Rome pour suivre
la retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande quantit de
prisonniers, et mit dans une droute complte la colonne qui avait t
dbarque en Toscane, et dont il ne s'chappa que trois mille hommes.

Mack, entirement dmoralis, se replia rapidement dans le royaume de
Naples, et ne s'arrta que devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il
fit choix de ses troupes les meilleures, les plaa devant Capoue et
sur toute la ligne du fleuve, qui est trs profond, et qui forme une
barrire difficile  franchir. Pendant ce temps, le roi tait rentr
 Naples, et son retour subit y avait jet la confusion. Le peuple,
furieux des checs essuys par l'arme, criait  la trahison, demandait
des armes, et menaait d'gorger les gnraux, les ministres, tous ceux
auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il voulait gorger
aussi tous ceux qu'on accusait de dsirer les Franais et la rvolution.
Cette cour odieuse n'hsita pas  donner aux lazzaronis des armes dont
il tait facile de prvoir l'usage. A peine ces espces de barbares
eurent-ils reu les dpouilles des arsenaux, qu'ils s'insurgrent et
se rendirent matres de Naples. Criant toujours  la trahison, ils
s'emparrent d'un messager du roi, et l'assassinrent. Le favori Acton,
auquel on commenait  attribuer les malheurs publics, la reine, le roi,
toute la cour, taient dans l'pouvante. Naples ne paraissait plus un
sjour assez sr; l'ide de se rfugier en Sicile fut aussitt conue
et adopte. Le 11 nivse (31 dcembre), les meubles prcieux de la
couronne, tous les trsors des palais de Caserte et de Naples, et un
trsor de vingt millions, furent embarqus sur l'escadre de Nelson, et
on fit voile pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamits
publiques, ne voulut pas braver les dangers du sjour de Naples, et
s'embarqua avec la reine. Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brl.
Ce fut au milieu d'une tempte, et  la lueur des flammes des chantiers
incendis, que cette cour lche et criminelle abandonna  ses dangers le
royaume qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre d'gorger
la haute bourgeoisie, accuse d'esprit rvolutionnaire. Tout devait tre
immol, jusqu'au rang de notaire. Le prince Pignatelli resta  Naples,
charg des pouvoirs du roi.

Pendant ce temps, Championnet s'avanait vers Naples. Il avait commis
 son tour la mme faute que Mack; il s'tait divis en plusieurs
colonnes, qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction  travers
un pays difficile, au milieu d'un peuple fanatique et soulev de toutes
parts contre les prtendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, tait
fort incertaine.

Championnet, arriv avec son corps de bataille sur les bords du
Volturne, voulut faire une tentative sur Capoue. Repouss par une
nombreuse artillerie, il fut oblig de renoncer  un coup de main, et de
replier ses troupes, en attendant l'arrive des autres colonnes. Cette
tentative eut lieu le 14 nivse an VII (3 janvier 1799). Les paysans
napolitains, insurgs de toutes parts, interceptaient nos courriers et
nos convois. Championnet n'avait aucune nouvelle de ses autres colonnes,
et sa position pouvait tre considre comme trs critique. Mack profita
de l'occasion pour lui faire des ouvertures amicales. Championnet,
comptant sur la fortune des Franais, repoussa hardiment les
propositions de Mack. Heureusement il fut rejoint par ses colonnes, et
il convint alors d'un armistice, aux conditions suivantes: Mack devait
abandonner la ligne du Volturne, cder la ville de Capoue aux Franais,
se retirer derrire la ligne des Regi-Lagni du ct de la Mditerrane,
et de l'Ofanto, du ct de l'Adriatique, et cder ainsi une grande
partie du royaume de Naples. Outre ces concessions de territoire, on
stipula une contribution de huit millions en argent. L'armistice fut
sign le 22 nivse (11 janvier).

Quand on apprit  Naples la nouvelle de l'armistice, le peuple se livra
 la plus grande fureur, et cria plus vivement encore qu'il tait trahi
par les officiers de la couronne. La vue du commissaire charg de
recevoir la contribution de huit millions porta la multitude aux
derniers excs; elle se rvolta, et empcha l'excution de l'armistice.
Le tumulte fut port  un tel degr, que le prince Pignatelli,
pouvant, abandonna Naples. Cette belle capitale resta livre aux
lazzaronis. Il n'y avait plus aucune autorit reconnue, et on tait
menac d'un horrible bouleversement. Enfin, aprs trois jours de
tumulte, on parvint  choisir un chef qui avait la confiance des
lazzaronis, et qui avait quelques moyens de les contenir: c'tait le
prince de Moliterne. Pendant ce temps, les mmes fureurs clataient dans
l'arme de Mack. Ses soldats, loin de s'en prendre de leurs malheurs 
leur lchet, s'en prirent  leur gnral, et voulurent le massacrer. Le
prtendu librateur de l'Italie, qui avait reu un mois auparavant les
honneurs du triomphe, n'eut d'autre asile que le camp mme des Franais.
Il demanda  Championnet la permission de se rfugier auprs de lui. Le
gnreux rpublicain, oubliant le langage peu convenable de Mack dans
sa correspondance, lui donna asile, le fit asseoir  sa table, et lui
laissa son pe.

Championnet, autoris par le refus fait  Naples d'excuter les
conditions de l'armistice, s'avana sur cette capitale, dans le but de
s'en emparer. La chose tait difficile, car un peuple immense, qui,
en rase campagne, et t balay par quelques escadrons de cavalerie,
devenait trs redoutable derrire les murs d'une ville. On eut quelques
combats  livrer pour approcher de la place, et les lazzaronis
montrrent l plus de courage que l'arme napolitaine. L'imminence du
danger avait redoubl leur fureur. Le prince de Moliterne, qui voulait
les modrer, avait cess bientt de leur convenir, et ils avaient pris
pour chefs deux d'entre eux, les nomms Paggio et Michel le fou. Ils se
livrrent, ds cet instant, aux plus grands excs, et commirent toute
espce de violences contre les bourgeois et les nobles accuss de
jacobinisme. Le dsordre fut pouss  un tel point, que toutes les
classes intresses  l'ordre souhaitrent l'entre des Franais. Les
habitans firent prvenir Mack qu'ils se joindraient  lui pour livrer
Naples. Le prince de Moliterne lui-mme promit de s'emparer du fort
Saint-Elme, et de le livrer aux Franais. Le 4 pluvise (23
janvier), Championnet donna l'assaut. Les lazzaronis se dfendirent
courageusement; mais les bourgeois s'tant empars du fort Saint-Elme
et de diffrens postes de la ville, donnrent entre aux Franais. Les
lazzaronis, retranchs nanmoins dans les maisons, allaient se dfendre
de rues en rues, et incendier peut-tre la ville; mais on fit prisonnier
un de leurs chefs, on le traita avec beaucoup d'gards, on lui promit
de respecter saint Janvier, et on obtint enfin qu'il ft mettre bas les
armes  tous les siens.

Championnet, ds cet instant, se trouva matre de Naples et de tout le
royaume: il se hta d'y rtablir l'ordre et de dsarmer les lazzaronis.
D'aprs les intentions du gouvernement franais, il proclama la
nouvelle rpublique. Un nom antique lui fut donn, celui de rpublique
parthnopenne. Telle fut l'issue des folies et des mchancets de la
cour de Naples. Vingt mille Franais et deux mois suffirent pour djouer
ses vastes projets, changer ses tats en rpublique. Cette courte
campagne de Championnet lui valut sur-le-champ une rputation brillante.
L'arme de Rome prit ds lors le titre d'arme de Naples, et fut
dtache de l'arme d'Italie. Championnet devint indpendant de Joubert.

Pendant que ces vnemens avaient lieu dans la Pninsule, la chute du
royaume de Pimont tait enfin consomme. Dj, par une prcaution que
les circonstances lgitimaient assez, Joubert s'tait empar de la
citadelle de Turin, et l'avait arme avec l'artillerie prise dans les
arsenaux pimontais. Mais cette prcaution tait fort insuffisante dans
l'tat prsent des choses. Le trouble rgnait toujours dans le Pimont:
les rpublicains faisaient sans cesse de nouvelles tentatives, et
venaient mme de perdre six cents hommes, pour avoir essay de
surprendre Alexandrie. Une mascarade sortie de la citadelle de Turin,
o toute la cour tait reprsente, et qui tait  la fois l'oeuvre des
Pimontais et des officiers franais que les gnraux ne pouvaient pas
toujours contenir, avait failli provoquer un combat sanglant dans
Turin mme. La cour de Pimont ne pouvait pas tre notre amie, et la
correspondance du ministre de Naples avec M. de Priocca, ministre
dirigeant de Pimont, le prouvait assez. Dans des circonstances
pareilles, la France, expose  une nouvelle guerre, ne pouvait pas
laisser, sur ses communications des Alpes, deux partis aux prises et un
gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Pimont, le droit que
les dfenseurs d'une place ont sur tous les btimens qui en gnent ou
en compromettent la dfense. Il fut dcid qu'on forcerait le roi de
Pimont  abdiquer. On soutint les rpublicains, et on les aida 
s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi
qu'il ne pouvait plus vivre dans des tats qui se rvoltaient, et qui
allaient tre bientt le thtre de la guerre: on lui demanda son
abdication, en lui laissant l'le de Sardaigne. L'abdication fut signe
le 19 frimaire (9 dcembre 1798). Ainsi les deux princes les plus
puissans de l'Italie, celui de Naples et de Pimont, n'avaient plus, de
leurs tats, que deux les. Dans les circonstances qui se prparaient,
on ne voulut pas se donner l'embarras de crer une nouvelle rpublique,
et en attendant le rsultat de la guerre, il fut dcid que le Pimont
serait provisoirement administr par la France. Il ne restait plus 
envahir en Italie que la Toscane. Une simple signification suffisait
pour l'occuper; mais on diffrait cette signification, et on attendait,
pour la faire, que l'Autriche se ft ouvertement dclare.



CHAPITRE XV.

TAT DE L'ADMINISTRATION DE LA RPUBLIQUE ET DES ARMES AU COMMENCEMENT
DE 1799.--PRPARATIFS MILITAIRES.--LEVE DE 200 MILLE
CONSCRITS.--MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES
COALISES.--DCLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.--OUVERTURE DE
LA CAMPAGNE DE 1799.--INVASION DES GRISONS.--COMBAT DE
PFULLENDORF.--BATAILLE DE STOCKACH.--RETRAITE DE JOURDAN.--OPRATIONS
MILITAIRES EN ITALIE.--BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE
SCHRER.--ASSASSINAT DES PLNIPOTENTIAIRES FRANAIS A RASTADT.--EFFETS
DE NOS PREMIERS REVERS.--ACCUSATIONS MULTIPLIES CONTRE LE
DIRECTOIRE.--LECTIONS DE L'AN VII.--SIYES EST NOMM DIRECTEUR, EN
REMPLACEMENT DE REWBELL.


Tel tait l'tat des choses au commencement de l'anne 1799. La guerre,
d'aprs les vnemens que nous venons de rapporter, n'tait plus
douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptes, la leve de
boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans
la certitude d'une intervention puissante, les prparatifs immenses de
l'Autriche, enfin l'arrive d'un corps russe en Moravie, ne laissaient
plus aucune incertitude. On tait en nivse (janvier 1799), et il tait
vident que les hostilits seraient commences avant deux mois. Ainsi
l'incompatibilit des deux grands systmes que la rvolution avait
mis en prsence tait prouve par les faits. La France avait commenc
l'anne 1798 avec trois rpubliques  ses cts, les rpubliques batave,
cisalpine et ligurienne, et dj il en existait six  la fin de
cette anne, par la cration des rpubliques helvtique, romaine et
parthnopenne. Cette extension avait t moins le rsultat de l'esprit
de conqute, que de l'esprit de systme. On avait t oblig de secourir
les Vaudois opprims: on avait t provoqu  Rome  venger la mort du
malheureux Duphot, immol en voulant sparer les deux partis:  Naples
on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on avait t
forcment conduit  rentrer en lutte, il est constant que le directoire,
quoique ayant une immense confiance dans la puissance franaise,
dsirait cependant la paix, pour des raisons politiques et financires;
il est constant aussi que l'empereur, tout en dsirant la guerre,
voulait l'loigner encore. Cependant tous s'taient conduits comme
s'ils avaient voulu rentrer immdiatement en lutte, tant tait grande
l'incompatibilit des deux systmes.

La rvolution avait donn au gouvernement franais une confiance et
une audace extraordinaire. Le dernier vnement de Naples, quoique peu
considrable en lui-mme, venait de lui persuader encore que tout devait
fuir devant les baonnettes franaises. C'tait du reste l'opinion de
l'Europe. Il ne fallait rien moins que l'immensit des moyens runis
contre la France, pour donner  ses ennemis le courage de se mesurer
avec elle. Mais cette confiance du gouvernement franais dans ses
forces tait exagre, et lui cachait une partie des difficults de sa
position. La suite a prouv que ses ressources taient immenses, mais
que dans le moment elles n'taient pas encore assez assures pour
garantir la victoire. Le directoire, outre la France, avait 
administrer la Hollande, la Suisse, toute l'Italie, partages en
autant de rpubliques. Les administrer par l'intermdiaire de leur
gouvernement, tait, comme on l'a vu, encore plus difficile que si on
avait command directement chez elles. On n'en pouvait presque
tirer aucune ressource, ni en argent ni en hommes, par le dfaut
d'organisation. Il fallait cependant les dfendre, et ds lors combattre
sur une ligne qui, depuis le Texel, s'tendait sans interruption jusqu'
l'Adriatique, ligne qui, attaque de front par la Russie et l'Autriche,
tait prise  revers par les flottes anglaises, soit en Hollande, soit 
Naples. Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, il fallait
les tirer de France seulement. Or, les armes taient singulirement
affaiblies. Quarante mille soldats, les meilleurs, taient en gypte
sous notre grand capitaine. Les armes restes en France taient
diminues de moiti par l'effet des dsertions que la paix amne
toujours. Le gouvernement payait le mme nombre de soldats, mais il
n'avait peut-tre pas cent cinquante mille hommes effectifs. Les
administrations et les tats-majors faisaient le profit sur la solde,
et c'tait une surcharge inutile pour les finances. Ces cent cinquante
mille hommes effectifs formaient des cadres excellens, qu'on pouvait
remplir avec la nouvelle leve des conscrits; mais il fallait du temps
pour cela, et on n'en avait pas eu assez depuis rtablissement de
la conscription. Enfin, les finances taient toujours dans le mme
dlabrement, par la mauvaise organisation de la perception. On avait
vot un budget de 600 millions, et une ressource extraordinaire de 125
millions, prise sur les 400 millions restans de biens nationaux; mais
la lenteur des rentres, et l'erreur dans l'valuation de certains
produits, laissaient un dficit considrable. Enfin la subordination, si
ncessaire dans une machine aussi vaste, commenait  disparatre. Les
militaires devenaient trs difficiles  contenir. Cet tat de guerre
perptuelle leur faisait sentir qu'ils taient ncessaires; ils en
devenaient imprieux et exigeans. Placs dans des pays riches, ils
voulaient en profiter, et ils taient les complices de toutes les
spoliations. Ils voulaient aussi faire triompher leurs opinions l o
ils rsidaient, et n'obissaient qu'avec peine  la direction des agens
civils. On l'a vu dans la querelle de Brune avec Trouv. Enfin, dans
l'intrieur, l'opposition qu'on a vu renatre depuis le 18 fructidor,
et prendre deux caractres, se prononait davantage. Les patriotes,
rprims aux dernires lections, se prparaient  triompher dans les
nouvelles. Les modrs critiquaient froidement, mais amrement,
toutes les mesures du gouvernement, et suivant l'usage de toutes les
oppositions, lui reprochaient mme les difficults qu'il avait 
vaincre, et qui taient le plus souvent insurmontables. Le gouvernement,
c'est la force mme: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui s'il ne
triomphe pas. On n'coute jamais ses excuses, quand il explique pourquoi
il n'a pas russi.

Telle tait la situation du directoire  l'instant o la guerre
recommena avec l'Europe. Il fit de grands efforts pour rtablir l'ordre
dans cette grande machine. La confusion rgnait toujours en Italie. Les
ressources de cette belle contre taient gaspilles, et se perdaient
inutilement pour l'arme; quelques pillards en profitaient seuls. La
commission charge d'instituer et d'administrer la rpublique romaine
venait de terminer ses fonctions, et aussitt l'influence des
tats-majors s'tait fait sentir. On avait chang les consuls jugs
trop modrs. On avait rompu les marchs avantageux pour l'entretien
de l'arme. La commission, dans laquelle Faypoult avait la direction
financire, avait conclu un march pour l'entretien et le paiement des
troupes stationnes  Rome, et pour le transport de tous les objets
d'art envoys en France. Elle avait adjug en paiement des biens
nationaux pris sur le clerg. Le march, outre qu'il tait modr sous
le rapport du prix, avait l'avantage de fournir un emploi aux biens
nationaux. Il fut cass, et donn ensuite  la compagnie Baudin,
qui dvorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer par les
tats-majors, auxquels elle abandonnait un pour cent de profit. Le
Pimont, qu'on venait d'occuper, offrait une nouvelle proie  dvorer,
et la probit de Joubert, gnral en chef de l'arme d'Italie, n'tait
pas une garantie contre l'avidit de l'tat-major et des compagnies.
Naples surtout allait tre mise au pillage. Il y avait dans le
directoire quatre hommes intgres, Rewbell, Larvellire, Merlin et
Treilhard, que tous les dsordres rvoltaient. Larvellire surtout,
le plus svre et le plus instruit des faits par ses relations
particulires avec l'ambassadeur Trouv et avec les membres de la
commission de Rome, Larvellire voulait qu'on dployt la plus grande
nergie. Il proposa et fit adopter un projet fort sage; c'tait
d'instituer dans tous les pays dpendans de la France, et o rsidaient
nos armes, des commissions charges de la partie civile et financire,
et tout  fait indpendantes des tats-majors. A Milan,  Turin,  Rome,
 Naples, des commissions civiles devaient recevoir les contributions
stipules avec les pays allis de la France, passer les marchs, faire
tous les arrangemens financiers, fournir en un mot aux besoins des
armes, mais ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs militaires.
Les commissions avaient cependant l'ordre de compter aux gnraux les
fonds qu'ils demanderaient, sans qu'ils fussent obligs de justifier
pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au gouvernement. Ainsi l'autorit
militaire tait encore bien mnage. Les quatre directeurs firent
adopter la mesure, et on signifia  Schrer l'ordre de la faire excuter
sur-le-champ avec la dernire rigueur. Comme il montrait quelque
indulgence pour ses camarades, on lui signifia qu'il rpondrait de tous
les dsordres qui ne seraient pas rprims.

Cette mesure, quelque juste qu'elle ft, devait blesser beaucoup les
tats-majors. En Italie surtout ils parurent se rvolter; ils dirent
qu'on dshonorait les militaires par les prcautions qu'on prenait 
leur gard, qu'on enchanait tout  fait les gnraux, qu'on les
privait de toute autorit. Championnet,  Naples, avait dj tranche du
lgislateur, et nomm des commissions charges d'administrer le pays
conquis. Faypoult tait envoy  Naples pour s'y charger de toute la
partie financire. Il prit les arrts ncessaires pour faire rentrer
l'administration dans ses mains, et rvoqua certaines mesures fort mal
entendues, prises par Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des
gens de son tat, surtout quand ils sont victorieux, se regarda comme
offens; il eut la hardiesse de prendre un arrt par lequel il
enjoignait  Faypoult et aux autres commissaires de quitter Naples
sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite tait intolrable.
Mconnatre les ordres du directoire et chasser de Naples les envoys
revtus de ses pouvoirs, tait un acte qui mritait la plus svre
rpression,  moins qu'on ne voult abdiquer l'autorit suprme et
la remettre aux gnraux. Le directoire ne faiblit pas, et grce 
l'nergie des membres intgres qui voulaient mettre fin aux gaspillages,
il dploya ici toute son autorit. Il destitua Championnet, malgr
l'clat de ses derniers succs, et le livra  une commission militaire.
Malheureusement l'insubordination ne s'arrta pas l. Le brave Joubert
se laissa persuader que l'honneur militaire tait bless par les arrts
du directoire; il ne voulut pas conserver le commandement aux conditions
nouvelles prescrites aux gnraux, et donna sa dmission. Le directoire
l'accepta. Bernadotte refusa de succder  Joubert, par les mmes
motifs. Nanmoins le directoire ne cda pas et persista dans ses
arrts.

Le directoire s'occupa ensuite de la leve des conscrits, qui
s'excutait lentement. Les deux premires classes ne pouvant pas fournir
les deux cent mille hommes, il se fit autoriser  les prendre dans
toutes les classes, jusqu' ce que le nombre requis ft complet. Pour
gagner du temps, il fut dcid que les communes seraient charges
elles-mmes de l'quipement des nouvelles recrues, et que cette dpense
serait compte en dduction de la contribution foncire. Ces nouveaux
conscrits,  peine quips, devaient se rendre sur les frontires, y
tre forms en bataillons de garnison, remplacer les vieilles troupes
dans les places et les camps de rserve, et ds que leur instruction
serait suffisante, aller rejoindre les armes actives.

Le directoire s'occupait aussi du dficit. Le ministre Ramel, qui
administrait toujours nos finances avec lumire et probit, depuis
l'tablissement du directoire, aprs avoir vrifi le produit des
impts, assurait que le dficit serait de 65 millions, sans compter tout
l'arrir provenant du retard dans les rentres. Une violente dispute
s'engagea sur la quotit du dficit. Les adversaires du directoire ne le
portaient pas  plus de 15 millions. Ramel prouvait qu'il serait de 65
au moins, et peut-tre mme de 75. On avait imagin l'impt des portes
et fentres, mais il ne suffisait pas. L'impt du sel fut mis en
discussion. Alors de grands cris s'levrent: on opprimait le peuple,
disait-on, on faisait porter les charges publiques sur une seule classe,
on renouvelait les gabelles, etc. Lucien Bonaparte tait celui des
orateurs qui faisait valoir les objections avec le plus d'acharnement.
Les partisans du gouvernement rpondaient en allguant la ncessit.
L'impt fut rejet par le conseil des anciens. Pour en remplacer le
produit, on doubla l'impt des portes et fentres; on dcupla mme celui
des portes cochres. On mit en vente les biens du culte protestant, on
dcrta que le clerg protestant recevrait des salaires en ddommagement
de ses biens. On mit  la disposition du gouvernement les sommes 
recouvrer sur les propritaires de biens rests indivis avec l'tat.

Malheureusement toutes ces ressources n'taient pas assez promptes.
Outre la difficult de porter le produit de l'impt au niveau de 600
millions, il y avait un autre inconvnient dans la lenteur des rentres.
On tait encore rduit, cette anne comme dans les prcdentes,  donner
des dlgations aux fournisseurs sur les produits non rentrs. Les
rentiers, auxquels on avait, depuis le remboursement des deux tiers,
promis la plus grande exactitude, taient pays eux-mmes avec des bons
recevables en acquittement des impts. Ainsi on se trouvait de nouveau
rduit aux expdiens.

Ce n'tait pas tout que de runir des soldats et des fonds pour les
entretenir, il fallait les distribuer d'aprs un plan convenable, et
leur choisir des gnraux. Il fallait, comme nous l'avons dit, garder la
Hollande, la ligne du Rhin, la Suisse et toute l'Italie, c'est--dire
oprer depuis le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande tait
couverte d'un ct par la neutralit de la Prusse, qui paraissait
certaine; mais une flotte anglo-russe devait y faire un dbarquement, et
il tait urgent de la protger contre ce danger. La ligne du Rhin tait
protge par les deux places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il
ft peu probable que l'Autriche vnt essayer de la percer, il tait
prudent de la couvrir par un corps d'observation. Soit qu'on prt
l'offensive ou qu'on l'attendt, c'tait sur les bords du Haut-Danube,
vers les environs du lac de Constance, ou en Suisse, qu'on devait
rencontrer les armes autrichiennes. Il fallait une arme active qui,
partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait dans les plaines de
la Bavire. Il fallait ensuite un corps d'observation pour couvrir la
Suisse; il fallait enfin une grande arme pour couvrir la Haute-Italie
contre les Autrichiens, et la Basse-Italie contre les Napolitains et les
Anglais runis.

Ce champ de bataille tait immense, et il n'tait pas connu et jug
comme il l'a t depuis,  la suite de longues guerres et de campagnes
immortelles. On pensait alors que la cl de la plaine tait dans les
montagnes. La Suisse, place au milieu de la ligne immense sur laquelle
on allait combattre, paraissait la cl de tout le continent; et la
France, qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage dcisif. Il
semblait qu'en ayant les sources du Rhin, du Danube, du P, elle en
commandt tout le cours. C'tait l une erreur. On conoit que deux
armes qui appuient immdiatement une aile  des montagnes, comme les
Autrichiens et les Franais quand ils se battaient aux environs de
Vrone ou aux environs de Rastadt, tiennent  la possession de ces
montagnes, parce que celle des deux qui en est matresse peut dborder
l'ennemi par les hauteurs. Mais quand on se bat  cinquante ou cent
lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la mme importance. Tandis
qu'on s'puiserait pour la possession du Saint-Gothard, des armes
places sur le Rhin ou sur le Bas-P auraient le temps de dcider du
sort de l'Europe. Mais on concluait du petit au grand: de ce que les
hauteurs sont importantes sur un champ de bataille de quelques lieues,
on en concluait que la puissance matresse des Alpes devait l'tre
du continent. La Suisse n'a qu'un avantage rel, c'est d'ouvrir des
dbouchs directs  la France sur l'Autriche, et  l'Autriche sur la
France. On conoit ds lors que, pour le repos des deux puissances et
de l'Europe, la clture de ces dbouchs soit un bienfait. Plus on peut
empcher les points de contact et les moyens d'invasion, mieux on fait,
surtout entre deux tats qui ne peuvent se heurter sans que le continent
en soit branl. C'est en ce sens que la neutralit de la Suisse
intresse toute l'Europe, et qu'on a toujours eu raison d'en faire un
principe de sret gnrale.

La France, en l'envahissant, s'tait donn l'avantage des dbouchs
directs sur l'Autriche et l'Italie, et, en ce sens, on pouvait regarder
la possession de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la
multiplicit des dbouchs est un avantage pour la puissance qui
doit prendre l'offensive, et qui en a les moyens, elle devient un
inconvnient pour la puissance qui est rduite  la dfensive, par
l'infriorit de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors que le nombre
des points d'attaque soit aussi rduit que possible, afin de pouvoir
concentrer ses forces, avec avantage. S'il et t avantageux pour la
France, suffisamment prpare  l'offensive, de pouvoir dboucher
en Bavire par la Suisse, il tait fcheux pour elle, rduite  la
dfensive, de ne pouvoir pas compter sur la neutralit suisse; il tait
fcheux pour elle d'avoir  garder tout l'espace compris de Mayence 
Gnes, au lieu de pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses
forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, et entre le Mont-Blanc
et Gnes de l'autre.

Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir dangereuse pour la
France, dans le cas de la dfensive. Mais elle tait fort loin de se
croire dans un cas pareil. Le projet du gouvernement tait de prendre
l'offensive partout et de procder, comme nagure, par des coups
foudroyans. Mais la distribution de ses forces fut des plus
malheureuses. On plaa une arme d'observation en Hollande, et une autre
arme d'observation sur le Rhin. Une arme active devait partir de
Strasbourg, traverser la fort Noire, et envahir la Bavire. Une
seconde arme active devait combattre en Suisse pour la possession des
montagnes, et appuyer ainsi d'un ct celle qui agirait sur le Danube,
et de l'autre celle qui agirait en Italie. Une autre grande arme devait
partir de l'Adige pour chasser tout  fait les Autrichiens jusqu'au-del
de l'Izonzo. Enfin, une dernire arme d'observation devait couvrir la
Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'arme de Hollande ft
de vingt mille hommes, celle du Rhin de quarante, celle du Danube
de quatre-vingt, celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de
quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui faisait en tout trois
cent mille hommes indpendamment des garnisons. Avec de pareilles
forces, cette distribution devenait moins dfectueuse. Mais si, par la
leve des conscrits, on pouvait, dans quelque temps, porter nos armes 
ce nombre, on tait loin d'y tre arriv dans le moment. On ne pouvait
gure laisser que dix mille hommes en Hollande. Sur le Rhin on pouvait
 peine runir quelques mille hommes. Les troupes destines  composer
cette arme d'observation taient retenues dans l'intrieur, soit pour
surveiller la Vende encore menace, soit pour protger la tranquillit
publique pendant les lections qui se prparaient. L'arme destine 
agir sur le Danube tait au plus de quarante mille hommes, celle de
Suisse de trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples de
trente. Ainsi, nous comptions  peine cent soixante ou cent soixante-dix
mille hommes. Les parpiller du Texel au golfe de Tarente, tait la
chose du monde la plus imprudente.

Puisque le directoire, emport par l'audace rvolutionnaire, voulait
prendre l'offensive, il fallait alors, plus que jamais, choisir les
points d'attaque, se runir en masse suffisante sur ces points, et ne
pas se dissminer, pour combattre sur tous  la fois. Ainsi, en Italie,
au lieu de disperser ses forces depuis Vrone jusqu' Naples, il
fallait,  l'exemple de Bonaparte, en runir la plus grande partie sur
l'Adige; et frapper l les grands coups. En battant les Autrichiens sur
l'Adige, il tait assez prouv qu'on pouvait tenir en respect Rome,
Florence et Naples. Du ct du Danube, au lieu de perdre inutilement des
milliers de braves au pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'arme
de Suisse et du Rhin, grossir l'arme active du Danube, et livrer avec
celle-ci une bataille dcisive en Bavire. On pouvait mme rduire
encore les points d'attaque, rester en observation sur l'Adige, n'agir
offensivement que sur le Danube, et l, porter un coup plus fort et
plus sr, en grossissant la masse qui devait le frapper. Napolon et
l'archiduc Charles ont prouv, le premier par de grands exemples, le
second par des raisonnemens profonds, qu'entre l'Autriche et la France,
la querelle doit se vider sur le Danube. C'est l qu'est le chemin le
plus court pour arriver au but. Une arme franaise victorieuse en
Bavire, rend nuls tous les succs d'une arme autrichienne victorieuse
en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus rapproche de Vienne.

Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, qu'on n'avait point
encore embrass d'aussi vastes champs de bataille, et que le seul homme
qui l'aurait pu alors tait en gypte. On dissmina donc les cent
soixante mille hommes, ou environ, actuellement disponibles, sur la
ligne immense que nous avons dcrite, et dans l'ordre que nous avons
indiqu. Dix mille hommes devaient observer la Hollande, quelques mille
le Rhin; quarante mille formaient l'arme du Danube, trente mille celle
de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente celle de Naples. Les
conscrits devaient bientt renforcer ces masses, et les porter au nombre
fix par les plans du directoire.

Le choix des gnraux ne fut gure plus heureux que la conception
des plans. Il est vrai que depuis la mort de Hoche, et le dpart de
Bonaparte, Desaix et Klber pour l'gypte, les choix taient beaucoup
plus limits. Il restait un gnral dont la rputation tait grande
et mrite, c'tait Moreau. On pouvait tre plus audacieux, plus
entreprenant, mais on n'tait ni plus ferme ni plus sr. Un tat dfendu
par un tel homme ne pouvait prir. Disgraci  cause de sa conduite
dans l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti  devenir simple
inspecteur d'infanterie. On le proposa au directoire pour commander en
Italie. Depuis que Bonaparte avait tant attir l'attention sur cette
belle contre, depuis qu'elle tait comme la pomme de discorde entre
l'Autriche et la France, ce commandement semblait le plus important.
C'est pourquoi on songea  Moreau. Barras s'y opposa de toutes ses
forces. Il donna des raisons de grand patriote, et prsenta Moreau comme
suspect,  cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses collgues eurent
la faiblesse de cder. Moreau fut cart, et resta simple gnral de
division dans l'arme qu'il aurait d commander en chef. Il accepta
noblement ce rang subalterne et au-dessous de ses talens. Joubert et
Bernadotte avaient refus le commandement de l'arme d'Italie, on sait
par quels motifs. On songea donc  Schrer, ministre de la guerre. Ce
gnral, par son succs en Belgique et sa belle bataille de Loano,
s'tait acquis beaucoup de rputation. Il avait de l'esprit, mais un
corps us par l'ge et les infirmits; il n'tait plus capable de
commander  des jeunes gens pleins de force et d'audace. D'ailleurs il
s'tait brouill avec la plupart de ses camarades, en voulant apporter
quelque rigueur dans la rpression de la licence militaire. Barras le
proposa pour gnral de l'arme d'Italie. On dit que c'tait pour le
faire sortir du ministre de la guerre, o il commenait  devenir
importun par sa svrit. Cependant les militaires que l'on consulta,
notamment Bernadotte et Joubert, ayant parl de sa capacit comme on en
parlait alors dans l'arme, c'est--dire avec beaucoup d'estime, il fut
nomm gnral en chef de l'arme d'Italie. Il s'en dfendit beaucoup,
allguant son ge, sa sant, et surtout son impopularit, due aux
fonctions qu'il avait exerces; mais on insista et il fut oblig
d'accepter.

Championnet, traduit devant une commission, fut remplac dans le
commandement de l'arme de Naples par Macdonald. Massna fut charg du
commandement de l'arme d'Helvtie. Ces choix taient excellens, et la
rpublique ne pouvait que s'en applaudir. L'importante arme du Danube
fut donne au gnral Jourdan. Malgr ses malheurs dans la campagne de
1798, on n'avait point oubli les services qu'il avait rendus en 1793
et 1794, et on esprait qu'il ne serait pas au-dessous de ses premiers
exploits. Puisqu'on ne la donnait pas  Moreau, l'anne du Danube
ne pouvait tre en de meilleures mains. Malheureusement elle tait
tellement infrieure en nombre, qu'il et fallu, pour la commander avec
confiance, l'audace du vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut
l'arme du Rhin; Brune celle de Hollande.

L'Autriche avait fait des prparatifs bien suprieurs aux ntres. Ne se
confiant pas comme nous dans ses succs, elle avait employ les deux
annes coules depuis l'armistice de Loben,  lever,  quiper et 
instruire de nouvelles troupes. Elle les avait pourvues de tout ce qui
tait ncessaire, et s'tait tudi  choisir les meilleurs gnraux.
Elle pouvait porter actuellement en ligne deux cent vingt-cinq mille
hommes effectifs, sans compter les recrues qui se prparaient encore. La
Russie lui fournissait un contingent de soixante mille hommes, dont
on vantait dans toute l'Europe la bravoure fanatique, et qui taient
commands par le clbre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition allait
oprer sur le front de notre ligne avec environ trois cent mille hommes.
On annonait deux autres contingens russes, combins avec des troupes
anglaises, et destins, l'un  la Hollande, l'autre  Naples.

Le plan de campagne de la coalition n'tait pas mieux conu que le
ntre. C'tait une conception pdantesque du conseil aulique, fort
dsapprouve par l'archiduc Charles, mais impose  lui et  tous les
gnraux, sans qu'il leur ft permis de la modifier. Ce plan reposait,
comme celui des Franais, sur le principe que les montagnes sont la cl
de la plaine. Aussi des forces considrables taient-elles amonceles
pour garder le Tyrol et les Grisons, et pour arracher, s'il tait
possible, la grande chane des Alpes aux Franais. Le second objet que
le conseil aulique semblait le plus affectionner, c'tait l'Italie. Des
forces considrables taient places derrire l'Adige. Le thtre de
guerre le plus important, celui du Danube, ne paraissait pas tre celui
dont on s'tait le plus occup. Ce qu'on avait fait de plus heureux de
ce ct, c'tait d'y placer l'archiduc Charles. Voici comment taient
distribues les forces autrichiennes. L'archiduc Charles tait, avec
cinquante-quatre mille fantassins et vingt-quatre mille chevaux, en
Bavire. Dans le Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu' son embouchure
dans le lac de Constance, le gnral Hotze commandait vingt-quatre mille
fantassins et deux mille chevaux. Bellegarde tait dans le Tyrol avec
quarante-six mille hommes, dont deux mille cavaliers. Kray avait sur
l'Adige soixante-quatre mille fantassins et onze mille chevaux, ce qui
faisait soixante-quinze mille hommes en tout. Le corps russe devait
venir se joindre  Kray, pour agir en Italie.

On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, et les quarante-six
mille de Bellegarde, devaient agir dans les montagnes. Ils devaient
gagner les sources des fleuves, tandis que les armes qui agissaient
dans la plaine tcheraient d'en franchir le cours. Du ct des Franais,
l'arme d'Helvtie tait charge du mme soin. Ainsi, de part et
d'autre, une foule de braves allaient s'entre-dtruire inutilement sur
des rochers inaccessibles, dont la possession ne pouvait gure influer
sur le sort de la guerre[4].

[Note 4: Toutes ces assertions sont motives au long par l'archiduc
Charles, le gnral Jomini et Napolon.]

Les gnraux franais n'avaient pas manqu d'informer le directoire de
l'insuffisance de leurs moyens en tout genre. Jourdan, oblig d'envoyer
plusieurs bataillons en Belgique, pour y rprimer quelques troubles,
et une demi-brigade  l'arme d'Helvtie pour remplacer une autre
demi-brigade envoye en Italie, ne comptait plus que trente-huit mille
hommes effectifs. De pareilles forces taient trop disproportionnes
avec celles de l'archiduc, pour qu'il pt lutter avec avantage. Il
demandait la prompte formation de l'arme de Bernadotte, qui ne comptait
pas encore plus de cinq  six mille hommes, et surtout l'organisation
des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait voulu qu'on lui permt
d'attirer  lui, ou l'arme du Rhin, ou l'arme d'Helvtie, en quoi
il avait raison. Massna se plaignait, de son ct, de n'avoir ni les
magasins, ni les moyens de transport indispensables pour faire vivre son
arme dans des pays striles et d'un accs extrmement difficile.

Le directoire rpondait  ces observations que les conscrits allaient
rejoindre et se former bientt en bataillons de campagne; que l'arme
d'Helvtie serait incessamment porte  quarante mille hommes, celle
du Danube  soixante; que ds que les lections seraient acheves, les
vieux bataillons, retenus dans l'intrieur, iraient former le noyau de
l'arme du Rhin. Bernadotte et Massna avaient ordre de concourir aux
oprations de Jourdan, et de se conformer  ses vues. Comptant toujours
sur l'effet de l'offensive, et anim de la mme confiance dans ses
soldats, il voulait que, malgr la disproportion du nombre, ses gnraux
se htassent de brusquer l'attaque et de dconcerter les Autrichiens
par une charge imptueuse. Aussi les ordres furent-ils donns en
consquence.

Les Grisons, partags en deux factions, avaient hsit long-temps entre
la domination autrichienne et la domination suisse. Enfin ils avaient
appel les Autrichiens dans leurs valles. Le directoire, les
considrant comme sujets suisses, ordonna  Massna d'occuper leur
territoire, en faisant aux Autrichiens une sommation pralable de
l'vacuer En cas de refus, Massna devait attaquer sur-le-champ. En mme
temps, comme les Russes s'avanaient toujours en Autriche, il adressa, 
ce sujet, deux notes, l'une au congrs de Rastadt, l'autre  l'empereur.
Il dclarait au corps germanique et  l'empereur, que, si dans l'espace
de huit jours un contre-ordre n'tait pas donn  la marche des Russes,
il regarderait la guerre comme dclare. Jourdan avait ordre de passer
le Rhin aussitt ce dlai expir.

Le congrs de Rastadt avait singulirement avanc ses travaux. Les
questions de la ligne du Rhin, du partage des les, de la construction
des ponts, tant termines, on ne s'occupait plus que de la question
des dettes. La plupart des princes germaniques, except les princes
ecclsiastiques, ne demandaient pas mieux que de s'entendre, pour viter
la guerre; mais soumis la plupart  l'Autriche, ils n'osaient pas se
prononcer. Les membres de la dputation quittaient successivement
le congrs, et bientt on allait se trouver dans l'impossibilit de
dlibrer. Le congrs dclara ne pas pouvoir rpondre  la note du
directoire, et en rfra  la dite de Ratisbonne. La note destine 
l'empereur fut envoye  Vienne mme et resta sans rponse. La guerre se
trouvait donc dclare par le fait. Jourdan eut ordre de traverser le
Rhin, et de s'avancer, par la fort Noire, jusqu'aux sources du Danube.
Il franchit le Rhin le 11 ventse an VII (1er mars). L'archiduc Charles
franchit le Lech le 13 ventse (3 mars). Ainsi les limites que les deux
puissances s'taient prescrites taient franchies, et on allait de
nouveau en venir aux mains. Cependant, tout en faisant une marche
offensive, Jourdan avait ordre de laisser tirer les premiers coups
de fusil  l'ennemi, en attendant que la dclaration de guerre ft
approuve par le corps lgislatif.

Pendant ce temps Massna agit dans les Grisons. Il somma les Autrichiens
de les vacuer le 16 ventse (6 mars). Les Grisons se composent de la
haute valle du Rhin et de la haute valle de l'Inn, ou Engadin.
Massna rsolut de passer le Rhin prs de son embouchure dans le lac de
Constance, et de s'emparer ainsi de tous les corps rpandus dans les
hautes valles. Lecourbe, qui formait son aile droite, et qui, par
son activit et son audace extraordinaires, tait le gnral le plus
accompli pour la guerre des montagnes, devait partir des environs du
Saint-Gothard, franchir le Rhin vers ses sources, se jeter dans la
valle de l'Inn. Le gnral Dessoles, avec une division de l'arme
d'Italie, devait le seconder en se portant de la Valteline dans la
valle du Haut-Adige.

Ces habiles dispositions furent excutes avec une grande vigueur. Le 16
ventse (6 mars) le Rhin fut franchi sur tous les points. Les soldats
jetrent des charrettes dans le fleuve, et passrent dessus comme sur un
pont. En deux jours, Massna fut matre de tout le cours du Rhin, depuis
ses sources jusqu' son embouchure dans le lac de Constance, et prit
quinze pices de canon et cinq mille prisonniers. Lecourbe, de son ct,
n'excutait pas avec moins de bonheur les ordres de son gnral en chef.
Il franchit le Rhin suprieur, passa de Dissentis  Tusis dans la valle
de l'Albula, et, de cette valle, se jeta hardiment dans celle de l'Inn,
en traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, couvertes encore
des neiges de l'hiver. Un retard forc ayant empch Dessoles de se
porter de la Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait expos au
dbordement de toutes les forces autrichiennes cantonnes dans le Tyrol.
En effet, tandis qu'il s'avanait hardiment dans la valle de l'Inn
et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta avec un corps sur ses
derrires; mais l'intrpide Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit
Laudon, l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommena sa
marche dans la valle de l'Inn.

Ces dbuts brillans semblaient faire croire que dans les Alpes comme 
Naples, les Franais pourraient braver partout un ennemi suprieur
en nombre. Ils confirmrent le directoire dans l'ide qu'il fallait
persister dans l'offensive, et suppler au nombre par la hardiesse.

Le directoire envoya  Jourdan la dclaration de guerre qu'il avait
obtenue des conseils[5], avec l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan
avait dbouch par les dfils de la fort Noire, dans le pays compris
entre le Danube et le lac de Constance. L'angle form par ce fleuve et
ce lac va en s'ouvrant toujours davantage,  mesure qu'on avance en
Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa gauche au Danube, et sa
droite au lac de Constance, pour communiquer avec Massna, tait donc
oblig,  mesure qu'il s'avanait, d'tendre toujours sa ligne, et de
l'affaiblir par consquent d'une manire dangereuse, surtout devant un
ennemi trs suprieur en nombre. Il s'tait d'abord port jusqu' Mengen
d'un ct, et jusqu' Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'arme
du Rhin ne serait pas organise avant le 10 germinal (30 mars), et
craignant d'tre tourn par la valle du Necker, il crut devoir faire
un mouvement rtrograde. Les ordres de son gouvernement et le succs de
Massna le dcidrent  remarcher en avant. Il fit choix d'une bonne
position entre le lac de Constance et le Danube. Deux torrens, l'Ostrach
et l'Aach, partant  peu prs du mme point, et se jetant l'un dans le
Danube, l'autre dans le lac de Constance, forment une mme ligne droite,
derrire laquelle Jourdan s'tablit. Saint-Cyr, formant sa gauche, tait
 Mengen; Souham, avec le centre,  Pfullendorf; Frino, avec la droite,
 Barendorf.

[Note 5: Cette dclaration de guerre fut faite le 22 ventse an VII
(12 mars).]

D'Haupoult tait plac  la rserve. Lefebvre, avec la division
d'avant-garde, tait  Ostrach. Ce point tait le plus accessible de la
ligne: plac  l'origine des deux torrens, il prsentait des marcages
qu'on pouvait traverser sur une longue chausse. C'est sur ce point que
l'archiduc Charles, qui ne voulait point se laisser prvenir, rsolut de
porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes  la gauche et
 la droite des Franais contre Saint-Cyr et Frino. Mais sa masse
principale, forte de prs de cinquante mille hommes, fut porte tout
entire sur le point d'Ostrach, o se trouvaient neuf mille Franais au
plus. Le combat commena le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des
plus acharns. Les Franais dployrent  cette premire rencontre
une bravoure et une opinitret qui excitrent l'admiration du prince
Charles lui-mme. Jourdan accourut sur ce point; mais l'tendue de sa
ligne et la nature du pays ne permettaient pas que, par un mouvement
rapide, il transportt les forces de ses ailes  son centre. Le passage
fut forc, et, aprs une rsistance honorable, Jourdan se vit oblig de
battre en retraite. Il se replia entre Singen et Tuttlingen.

Un chec  l'ouverture de la campagne tait fcheux; il dtruisait ce
prestige d'audace et d'invincibilit dont les Franais avaient besoin
pour suppler au nombre. Cependant l'infriorit des forces avait rendu
cet chec presque invitable. Jourdan ne renona pas pourtant  prendre
l'offensive. Sachant que Massna s'avanait au-del du Rhin, se fiant 
la coopration de l'arme du Danube, il se croyait oblig de tenter un
dernier effort pour soutenir son collgue, et l'appuyer en se portant
vers le lac de Constance. Il avait un autre motif de se reporter en
avant: c'tait le dsir d'occuper le point de Stokach, o se croisent
les routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu le tort
d'abandonner en se retirant entre Singen et Tuttlingen. Il fixa son
mouvement au 5 germinal (25 mars.)

L'archiduc Charles n'tait pas encore assur de la direction qu'il
devait donner  ses mouvemens. Il ne savait s'il devait diriger sa
marche ou sur la Suisse, de manire  sparer Jourdan de Massna, ou
vers les sources du Danube, de manire  le sparer de sa base du Rhin.
La direction vers la Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les
deux armes, car les Franais avaient autant d'intrt  se lier 
l'arme d'Helvtie que les Autrichiens en avaient  les en sparer. Mais
il ignorait les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance
pour s'en assurer. Il avait projet cette reconnaissance pour le
5 germinal (25 mars), le jour mme o Jourdan de son ct voulait
l'attaquer.

La nature des lieux rendait la position des deux armes extrmement
complique. Le point stratgique tait Stokach, o se croisent les
routes de Souabe et de Suisse. C'tait l la position que Jourdan
voulait reprendre, et que l'archiduc voulait garder. La Stokach, petite
rivire, coule en faisant beaucoup de dtours, devant la ville du mme
nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de Constance. C'tait sur
cette rivire que l'archiduc avait pris position, Il avait sa gauche
entre Nenzingen et Wahlwies, sur des hauteurs, et derrire l'un des
circuits de la Stokach; son centre tait plac sur un plateau lev,
nomm le Nellemberg, et en avant de la Stokach; et sa droite sur le
prolongement de ce plateau, le long de la chausse qui va de Stokach 
Liptingen. Elle se trouvait, comme le centre, en avant de la Stokach.
L'extrmit de cette aile tait couverte par les bois pais qui
s'tendent sur la route de Liptingen. Il y avait de grands dfauts dans
cette position. Si la gauche avait la Stokach devant elle, le centre et
la droite l'avaient  dos, et pouvaient y tre prcipits par un effort
de l'ennemi. En outre, toutes les positions de l'arme n'avaient qu'une
mme issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite force, la
gauche, le centre, la droite, seraient venus s'entasser par une seule
route, et auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion
dsastreuse. Mais l'archiduc, en voulant couvrir Stokach, ne pouvait pas
prendre d'autre position, et la ncessit tait son excuse. Il n'avait
 se reprocher que deux vritables fautes: l'une de n'avoir pas fait
quelques travaux pour mieux garder son centre et sa droite, et l'autre
d'avoir trop port de troupes  sa gauche, qui tait suffisamment
protge par la rivire. C'est l'extrme dsir de conserver le point
important de Stokach, qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait
du reste l'avantage d'une immense supriorit numrique.

Jourdan ignorait une partie des dispositions de l'archiduc, car rien
n'est plus difficile que les reconnaissances, surtout dans un pays aussi
accident que celui o agissaient les deux armes. Il occupait toujours
l'ouverture de l'angle form par le Danube et le lac de Constance, de
Tuttlingen  Steusslingen. Cette ligne tait fort tendue, et la nature
du pays, qui ne permettait gure une concentration rapide, rendait
cet inconvnient encore plus grave. Il ordonna au gnral Frino, qui
commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher sur Wahlwies, et 
Souham, qui commandait le centre vers Eigeltingen, de se porter sur
Nenzingen. Ces deux gnraux devaient combiner leurs efforts pour
emporter la gauche et le centre de l'archiduc, en passant la Stokach et
en gravissant le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite de faire agir
sa gauche, son avant-garde et sa rserve sur le point de Liptingen, afin
de pntrer  travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc,
et de parvenir  la forcer. Ces dispositions avaient l'avantage de
diriger la plus grande masse des forces sur l'aile droite de l'archiduc,
qui tait la plus compromise. Malheureusement toutes les colonnes de
l'arme avaient des points de dpart trop loigns. Pour agir sur
Liptingen, l'avant-garde et la rserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et
la gauche de Tuttlingen,  la distance d'une journe de marche. Cet
isolement tait d'autant plus dangereux, que l'arme franaise, forte de
trente-six mille hommes environ, tait infrieure d'un tiers au moins 
l'arme autrichienne.

Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armes se rencontrrent.
L'arme franaise marchait  une bataille, celle des Autrichiens  une
reconnaissance. Les Autrichiens, qui s'taient branls un peu avant
nous, surprirent nos avant-gardes, mais furent bientt refouls sur tous
les points par le gros de nos divisions. Frino  la droite, Souham au
centre, arrivrent  Wahlwies,  Orsingen,  Nenzingen, au bord de la
Stokach, au pied du Nellemberg, ramenrent les Autrichiens dans leur
position du matin, et commencrent l'attaque srieuse de cette position.
Ils avaient  franchir la Stokach et  forcer le Nellemberg. Une longue
canonnade s'engagea sur toute la ligne.

A notre gauche, le succs tait plus prompt et plus complet.
L'avant-garde, actuellement commande par le gnral Soult, depuis une
blessure qu'avait reue Lefebvre, repoussa les Autrichiens qui s'taient
avancs jusqu' Emingen-ob-Ek, les chassa de Liptingen, les mit en
droute dans la plaine, les poursuivit avec une extrme ardeur, et
parvint  leur enlever les bois. Ces bois taient ceux mmes qui
couvraient la droite autrichienne; en poursuivant leur mouvement, les
Franais pouvaient la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui causer
un dsastre. Mais il tait clair que cette aile allait tre renforce
aux dpens du centre et de la gauche, et qu'il fallait agir sur elle
avec une grande masse de forces. Il fallait donc, comme dans le plan
primitif, faire converger sur ce mme point l'avant-garde, la rserve
et la gauche. Malheureusement le gnral Jourdan, se confiant dans le
succs trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre un objet
trop tendu, et au lieu d'amener Saint-Cyr  lui, il prescrivit  ce
gnral de faire un long circuit, pour envelopper les Autrichiens et
leur couper la retraite. C'tait trop se hter de recueillir les fruits
de la victoire, quand la victoire n'tait pas remporte. Le gnral
Jourdan ne garda sur le point dcisif que la division d'avant-garde et
la rserve confie  d'Haupoult.

Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, voyant les bois qui la
couvraient forcs par l'ennemi, fit volte-face, et disputa avec une
extrme opinitret la chausse de Liptingen  Stokach, qui traverse ces
bois. On se battait avec acharnement, lorsque l'archiduc accourut en
toute hte. Jugeant le danger avec un coup d'oeil sr, il retira les
grenadiers et les cuirassiers du centre et de la gauche pour les
transporter  sa droite. Ne s'effrayant pas du mouvement de Saint-Cyr
sur ses derrires, il sentit que Jourdan repouss, Saint-Cyr n'en serait
que plus compromis, et il rsolut de se borner  un effort dcisif vers
le point actuellement menac.

On se disputait les bois avec un acharnement extraordinaire. Les
Franais, trs infrieurs en nombre, rsistaient avec un courage que
l'archiduc appelle admirable; mais le prince chargea lui-mme avec
quelques bataillons sur la chausse de Liptingen, et fit lcher prise
aux Franais. Ceux-ci perdirent les bois, et se trouvrent enfin dans
la plaine dcouverte de Liptingen, d'o ils taient partis. Jourdan fit
demander du secours  Saint-Cyr, mais il n'tait plus temps. Il lui
restait sa rserve, et il rsolut de faire excuter une charge de
cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il lana quatre rgimens
de cavalerie  la fois. Cette charge, arrte par une autre charge que
firent  propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas heureuse. Une
confusion horrible se mit alors dans la plaine de Liptingen. Aprs avoir
fait des prodiges de bravoure, les Franais se dbandrent. Le gnral
Jourdan fit des efforts hroques pour arrter les fuyards; il fut
emport lui-mme. Cependant les Autrichiens, puiss de ce long combat,
n'osrent pas nous poursuivre.

La journe fut ds lors finie. Frino et Souham s'taient maintenus,
mais n'avaient forc ni le centre ni la gauche des Autrichiens.
Saint-Cyr courait sur leurs derrires. On ne pouvait pas dire que la
bataille ft perdue: les Franais, infrieurs du tiers, avaient conserv
partout le champ de bataille, et dploy une rare bravoure; mais avec
leur infriorit numrique, et l'isolement de leurs diffrens corps,
n'avoir pas vaincu, c'tait tre battu. Il fallait sur-le-champ
rappeler Saint-Cyr, trs compromis, rallier l'avant-garde et la rserve
maltraites, ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ
des ordres en consquence, et prescrivit  Saint-Cyr de se replier le
plus promptement possible. La position de ce dernier tait devenue trs
prilleuse; mais il opra sa retraite avec l'aplomb qui l'a toujours
signal, et il regagna le Danube sans accident. La perte avait t  peu
prs gale des deux cts, en tus, blesss ou prisonniers. Elle tait
de quatre  cinq mille hommes environ.

Aprs cette journe malheureuse, les Franais ne pouvaient plus tenir la
campagne, et ils devaient chercher un abri derrire une ligne puissante.
Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? Il tait vident qu'en
se retirant en Suisse, ils combinaient leurs efforts avec l'arme
de Massna, et pouvaient par cette runion reprendre une attitude
imposante. Malheureusement le gnral Jourdan ne crut pas devoir en
agir ainsi; il craignait pour la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte
n'avait runi encore que sept  huit mille hommes, et il rsolut de
se replier  l'entre des dfils de la fort Noire. Il prit l une
position qu'il croyait forte, et laissant le commandement  son chef
d'tat-major Ernould, il partit pour Paris, afin d'aller se plaindre
de l'tat d'infriorit dans lequel on avait laiss son arme. Les
rsultats parlaient beaucoup plus haut que toutes les plaintes du monde,
et il valait bien mieux qu'il restt  son arme que d'aller se plaindre
 Paris.

Trs heureusement le conseil aulique imposait  l'archiduc une faute
grave, qui rparait en partie les ntres. Si l'archiduc, poussant ses
avantages, et poursuivi sans relche notre arme vaincue, il aurait pu
la mettre dans un dsordre complet, et peut-tre mme la dtruire. Il
aurait t temps alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Massna,
priv de tout secours, rduit  ses trente mille hommes, et engag dans
les hautes valles des Alpes. Il n'et pas t impossible de lui couper
la route de France. Mais le conseil aulique dfendit  l'archiduc
de pousser vers le Rhin avant que la Suisse ft vacue: c'tait la
consquence du principe, que la cl du thtre de la guerre tait dans
les montagnes.

Pendant que ces vnemens se passaient en Souabe, la guerre se
poursuivait dans les Hautes-Alpes. Massna agissant vers les sources du
Rhin, Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles de l'Adige,
avaient eu des succs balancs. Il y avait au-del du Rhin, un peu
au-dessus du point o il se jette dans le lac de Constance, une position
qu'il tait urgent d'emporter, c'tait celle de Feldkirch. Massna y
avait mis toute son opinitret, mais il y avait perdu plus de deux
mille hommes sans rsultat. Lecourbe  Taufers, Dessoles  Nauders,
avaient livr des combats brillans, qui leur avaient valu  chacun trois
ou quatre mille prisonniers, et qui avaient amplement compens l'chec
de Feldkirch. Ainsi les Franais, par leur vivacit et leur audace,
conservaient la supriorit dans les Alpes.

Les oprations commenaient en Italie, le lendemain mme de la bataille
de Stokach. Les Franais avaient reu environ trente mille conscrits, ce
qui portait la masse de leurs forces en Italie  cent seize mille hommes
 peu prs. Ils taient distribus ainsi qu'il suit: trente mille hommes
de vieilles troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et Naples. Les
trente mille jeunes soldats taient dans les places. Il restait
cinquante-six mille hommes sous Schrer. De ces cinquante-six mille
hommes, il en avait t dtach cinq mille sous le gnral Gauthier pour
occuper la Toscane, et cinq mille sous le gnral Dessoles pour agir
dans la Valteline. C'taient donc quarante-six mille hommes qui
restaient  Schrer pour se battre sur l'Adige, point essentiel, o il
aurait fallu porter toute la masse de nos forces. Outre l'inconvnient
du petit nombre d'hommes sur ce point dcisif, il en tait un autre
qui ne fut pas moins fatal aux Franais. Le gnral n'inspirait aucune
confiance, il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons dit; il
s'tait d'ailleurs dpopularis pendant son ministre. Il le sentait
lui-mme, et il n'avait pris le commandement qu' regret. Il allait
pendant la nuit couter les propos des soldats sous leurs tentes, et
recueillir de ses propres oreilles les preuves de son impopularit.
C'taient l des circonstances bien dfavorables, au dbut d'une
campagne grande et difficile.

Les Autrichiens devaient tre commands par Mlas et Suwarow. En
attendant, ils obissaient au baron de Kray, l'un des meilleurs
gnraux de l'empereur. Avant mme l'arrive des Russes, ils comptaient
quatre-vingt-cinq mille hommes dans la Haute-Italie. Soixante mille, 
peu prs, taient dj sur l'Adige. Dans les deux armes l'ordre avait
t donn de prendre l'offensive. Les Autrichiens devaient dboucher de
Vrone, longer le pied des montagnes, et s'avancer au-del du fleuve, en
masquant toutes les places. Ce mouvement avait pour but d'appuyer celui
de l'arme du Tyrol dans les montagnes.

Schrer n'avait reu d'autre injonction que de franchir l'Adige. La
commission tait difficile, car les Autrichiens avaient tout l'avantage
de cette ligne. Elle doit tre assez connue par la campagne de 1796.
Vrone et Legnago, qui la commandent, appartenaient aux Autrichiens.
Jeter un pont sur quelque point que ce ft, tait trs dangereux, car
les Autrichiens, ayant Vrone et Legnago, pouvaient dboucher sur le
flanc de l'arme, occupe  tenter un passage. Le plus sr, si on
n'avait pas eu l'ordre de prendre l'offensive, et t de laisser
dboucher l'ennemi au-del de Vrone, de l'attendre sur un terrain qu'on
aurait eu le temps de choisir, de lui livrer bataille, et de profiter
des rsultats de la victoire pour passer l'Adige  sa suite.

Schrer, oblig de prendre l'initiative, hsita sur le meilleur parti
 adopter, et se dcida enfin pour une attaque vers sa gauche. On se
souvient sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, 
l'entre du Tyrol, et fort au-dessus de Vrone. Les Autrichiens en
avaient retranch toutes les approches, et form un camp  Pastrengo.
Schrer rsolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de
ce ct au-del de l'Adige. Les trois divisions Serrurier, Delmas et
Grenier, furent destines  cet objet. Moreau, devenu simple gnral de
division sous Schrer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor,
inquiter Vrone. Le gnral Montrichard, avec une division, devait
faire une dmonstration sur Legnago. Cette distribution de forces
annonait l'incertitude et les ttonnemens du gnral en chef.

L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), lendemain de la bataille de
Stokach. Les trois divisions charges d'assaillir par plusieurs points
le camp de Pastrengo, l'enlevrent avec une valeur digne de l'ancienne
arme d'Italie, et s'emparrent de Rivoli. Elles prirent quinze cents
prisonniers aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci repassrent
l'Adige  la hte sur un pont qu'ils avaient jet  Polo, et qu'ils
eurent le temps de dtruire. Au centre, sous Vrone, on se battit pour
les villages placs en avant de la ville. Kaim mit  les dfendre et 
les reprendre une opinitret inutile. Celui de San-Massimo fut pris
et repris jusqu' sept fois. Moreau, non moins opinitre que son
adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, et le resserra dans
Vrone. Montrichard en faisant une dmonstration inutile sur Legnago,
courut de vritables dangers. Kray, tromp par de faux renseignemens,
s'tait imagin que les Franais allaient porter leur principal effort
sur le Bas-Adige; il y avait dirig une grande partie de ses forces, et
en dbouchant de Legnago il mit Montrichard dans le plus grand pril.
Heureusement celui-ci se couvrit des accidens du terrain, et se replia
sagement sur Moreau.

La journe avait t sanglante, et tout  l'avantage des Franais,  la
gauche et au centre. On pouvait valuer la perte des Franais en tus,
blesss et prisonniers,  quatre mille, et celle des Autrichiens  huit
mille au moins. Cependant, malgr l'avantage que les Franais avaient
eu, ils n'avaient obtenu que des rsultats peu importans. A Vrone, ils
n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; au-dessus de Vrone, ils
les avaient rejets, il est vrai, au-del de l'Adige, et avaient acquis
le moyen de le passer  leur suite en rtablissant le pont de Polo; mais
malheureusement il tait peu important de franchir l'Adige sur ce point.
On doit se souvenir que la route qui longe extrieurement ce fleuve
vient traverser Vrone, et qu'il n'y a pas d'autre issue pour dboucher
dans la plaine. Ce n'tait donc pas tout que de franchir l'Adige  Polo;
on se trouvait, aprs l'avoir franchi, en face de Vrone, dans la mme
position que Moreau au centre, et il fallait enlever la place. Si, dans
la journe mme, on et profit du dsordre dans lequel l'attaque du
camp de Pastrengo avait jet les Autrichiens, et qu'on se ft ht de
rtablir le pont de Polo, peut-tre aurait-on pu entrer dans la place
 la suite des fuyards, surtout  la faveur du combat opinitre que
Moreau, de l'autre ct de l'Adige, livrait au gnral Kaim.

Malheureusement, rien de tout cela n'avait t fait. Cependant on
pouvait rparer cette faute en agissant vivement le lendemain, et en
transportant la masse des forces devant Vrone et au-dessus, vers le
pont de Polo. Mais Schrer hsita trois jours de suite sur le parti
qu'il avait  prendre. Il faisait chercher une route au-del de l'Adige,
qui permt d'viter Vrone. L'arme tait indigne de cette hsitation,
et se plaignait hautement de ce qu'on ne profitait pas des avantages
remports dans la journe du 6 (26). Enfin le 9 germinal (29 mars), on
tint un conseil de guerre, et Schrer se dcida  agir. Il forma le
projet singulier de jeter la division Serrurier au-del de l'Adige par
le pont de Polo, et de porter la masse de son arme entre Vrone et
Legnago, pour y tenter le passage du fleuve. Pour oprer le transport de
ses forces, il porta deux divisions de sa gauche  sa droite, les fit
passer derrire son centre, et les exposa  des fatigues inutiles, par
des chemins mauvais, entirement ruins par les pluies.

Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut mis  excution.
Serrurier, avec sa division forte de six mille hommes, franchit seul
l'Adige  Polo, tandis que le gros de l'arme se transportait plus bas,
entre Vrone et Legnago. Le sort de la division Serrurier tait facile 
prvoir. Engage, aprs avoir franchi l'Adige, sur une route qui tait
ferme par Vrone, et qui formait ainsi une espce de cul-de-sac, elle
courait de grands hasards. Kray, jugeant trs bien sa situation, dirigea
contre elle une masse de forces trois fois suprieure, et la ramena
vivement sur le pont de Polo. La confusion se mit dans ses rangs, le
fleuve ne fut repass qu'en dsordre. Des dtachemens furent obligs de
se faire jour, et quinze cents hommes restrent prisonniers. Schrer,
en apprenant cet chec, qui tait invitable, se contenta de ramener la
division battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, o il avait concentr
maintenant la plus grande partie de ses forces.

On passa plusieurs jours encore  ttonner de part et d'autre. Enfin
Kray prit une dtermination, et rsolut, tandis que Schrer se portait
sur le Bas-Adige, de dboucher en masse de Vrone, de se porter dans
le flanc de Schrer, et de l'acculer entre le Bas-Adige et la mer. La
direction tait bonne; mais heureusement un ordre intercept instruisit
Moreau du plan de Kray; il en informa sur-le-champ le gnral en chef,
et le pressa de faire remonter ses divisions, pour faire front du ct
de Vrone, par o l'ennemi allait dboucher.

C'est en excutant ce mouvement, que les deux armes se rencontrrent,
le 16 germinal (5 avril), aux environs de Magnano. Les divisions Victor
et Grenier, formant la droite vers l'Adige, remontrent le fleuve
par San-Giovanni et Tomba, afin de se porter jusqu' Vrone. Elles
accablrent la division Mercantin, qui leur tait oppose, et
dtruisirent en entier le rgiment de Wartensleben: ces deux divisions
arrivrent ainsi presque  la hauteur de Vrone, et furent en mesure de
remplir leur objet, qui tait de couper de cette ville tout ce que Kray
en aurait fait sortir. La division Delmas, qui devait se porter au
centre, vers Butta-Preda et Magnano, se trouva en retard, et laissa 
la division autrichienne de Kaim la facult de s'avancer jusqu'
Butta-Preda, et de former ainsi un saillant vers le milieu de notre
ligne. Mais Moreau  la gauche, avec les divisions Serrurier, Hatry et
Montrichard, s'avanait victorieusement. Il avait ordonn  la division
Montrichard de changer de front, pour faire face  Butta-Preda, vers le
point o l'ennemi avait fait une pointe, et il marchait avec ses deux
autres divisions vers Dazano. Delmas, arriv enfin  Butta-Preda,
couvrait notre centre, et dans ce moment la victoire semblait se
dclarer pour nous, car notre droite, compltement victorieuse du ct
de l'Adige, allait couper aux Autrichiens la retraite sur Vrone.

Mais Kray jugeant que le point essentiel tait  notre droite, et qu'il
fallait renoncer au succs sur tous les autres points, pour l'emporter
sur celui-l, y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il avait un
avantage sur Schrer, c'tait le rapprochement de ses divisions, qui lui
permettait de les dplacer plus facilement. Les divisions franaises, au
contraire, taient fort loignes les unes des autres, et combattaient
sur un terrain coup de nombreux enclos. Kray tomba  l'improviste avec
toute sa rserve sur la division Grenier. Victor voulut venir au secours
de celui-ci, mais il fut charg lui-mme par les rgimens de Nadasty et
de Reisky. Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. Il avait fait
rallier sur les derrires la division Mercantin, battue le matin; il la
lana de nouveau sur les deux divisions Grenier et Victor, et dcida
ainsi leur dfaite. Ces deux divisions, malgr une vive rsistance,
furent obliges d'abandonner le champ de bataille. La droite tant
en droute, notre centre se trouva menac. Kray ne manqua pas de s'y
porter; mais Moreau s'y trouvait, et il empcha Kray de poursuivre son
avantage.

La bataille tait videmment perdue, et il fallait songer  la retraite.
La perte avait t grande des deux cts. Les Autrichiens avaient eu
trois mille morts ou blesss, et deux mille prisonniers. Les franais
avaient eu un nombre gal de morts et de blesss, mais ils avaient
perdu quatre mille prisonniers. C'est l que fut bless mortellement le
gnral Pigeon, qui pendant la premire campagne d'Italie avait dploy
aux avant-gardes tant de talent et d'intrpidit.

Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille, pour viter le
dsordre d'une retraite de nuit, mais Schrer voulut se replier le
soir mme. Le lendemain, il se retira derrire la Molinella, et le
surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. Appuy sur Peschiera
d'un ct, sur Mantoue de l'autre, il pouvait opposer une rsistance
vigoureuse, rappeler Macdonald du fond de la Pninsule, et, par cette
concentration de forces, regagner la supriorit perdue dans la journe
de Magnano. Mais le malheureux Schrer avait entirement perdu la tte.
Ses soldats taient plus mal disposs que jamais. Matres depuis trois
ans de l'Italie, ils taient indigns de se la voir arracher, et ils
n'imputaient leurs revers qu' l'impritie de leur gnral. Il est
certain que, pour eux, ils avaient fait leur devoir aussi bien que dans
les plus beaux jours de leur gloire. Les reproches de son arme avaient
branl Schrer autant que sa dfaite. Ne croyant pas pouvoir tenir sur
le Mincio, il se retira sur l'Oglio, puis sur l'Adda, o il se porta le
12 avril. On ne savait o s'arrterait ce mouvement rtrograde.

La campagne tait  peine ouverte depuis un mois et demi, et dj nous
tions en retraite sur tous les points. Le chef d'tat-major Ernould,
que Jourdan avait laiss avec l'arme du Danube  l'entre des dfils
de la fort Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de
quelques troupes lgres sur l'un de ses flancs, et s'tait retir en
dsordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme en Italie, nos armes,
aussi braves que jamais, perdaient cependant leurs conqutes, et
rentraient battues sur la frontire. Ce n'est qu'en Suisse que nous
avions conserv l'avantage. L, Massna se maintenait avec toute la
tnacit de son caractre; et, sauf la tentative infructueuse sur
Feldkirch, il avait toujours t vainqueur. Mais, tabli sur le saillant
que forme la Suisse entre l'Allemagne et l'Italie, il tait plac entre
deux armes victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirt.
Il venait en effet d'en donner l'ordre  Lecourbe, et il se repliait
dans l'intrieur de la Suisse, mais avec ordre, et en gardant l'attitude
la plus imposante.

Nos armes taient humilies, et nos ministres allaient devenir 
l'tranger les victimes du plus odieux et du plus atroce attentat. La
guerre tant dclare  l'empereur, et non  l'empire germanique, le
congrs de Rastadt tait rest assembl. On tait prs de s'entendre sur
la dernire difficult, celle des dettes; mais les deux tiers des tats
avaient dj rappel leurs dputs. C'tait un effet de l'influence de
l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on ft la paix. Il ne restait plus au
congrs que quelques dputs de l'Allemagne, et la retraite de l'arme
du Danube ayant ouvert le pays, on dlibrait au milieu des troupes
autrichiennes. Le cabinet de Vienne conut alors un projet infme,
et qui jeta un long dshonneur sur sa politique. Il avait fort  se
plaindre de la fiert et de la vigueur que nos ministres avaient
dployes  Rastadt. Il leur imputait une divulgation qui l'avait
singulirement compromis aux yeux du corps germanique, c'tait celle des
articles secrets convenus avec Bonaparte pour l'occupation de Mayence.
Ces articles secrets prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le
Frioul, le cabinet autrichien avait livr Mayence, et trahi d'une
manire indigne les intrts de l'Empire. Ce cabinet tait fort irrit,
et voulait tirer vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se
saisir de leurs papiers, pour connatre quels taient ceux des princes
germaniques qui, dans le moment, traitaient individuellement avec la
rpublique franaise. Il conut donc la pense de faire arrter nos
ministres,  leur retour en France, pour les dpouiller, les outrager,
peut-tre mme les assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de
les assassiner avait t donn d'une manire positive.

Dj nos ministres avaient quelque dfiance, et sans craindre un
attentat sur leurs personnes, ils craignaient du moins pour leur
correspondance. En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par
l'enlvement des pontonniers qui servaient  la passer. Nos ministres
rclamrent; la dputation de l'Empire rclama aussi, et demanda si le
congrs pouvait se croire en sret. L'officier autrichien auquel on
s'adressa ne fit aucune rponse tranquillisante. Alors nos ministres
dclarrent qu'ils partiraient sous trois jours, c'est--dire le
9 floral (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajoutrent qu'ils
demeureraient dans cette ville, prts  renouer les ngociations ds
qu'on en tmoignerait le dsir. Le 7 floral un courrier de la lgation
fut arrt. De nouvelles rclamations furent faites par tout le congrs,
et il fut demand expressment s'il y avait sret pour les ministres
franais. Le colonel autrichien qui commandait les hussards de
Szecklers, cantonns prs de Rastadt, rpondit que les ministres
franais n'avaient qu' partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda
une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura que leurs personnes
seraient respectes. Nos trois ministres, Jean Debry, Bonnier et
Roberjeot, partirent le 9 floral (28 avril),  neuf heures du soir. Ils
occupaient trois voitures avec leurs familles. Aprs eux venaient la
lgation ligurienne et les secrtaires d'ambassade. D'abord on fit
des difficults de les laisser sortir de Rastadt; mais enfin tous les
obstacles furent levs, et ils partirent. La nuit tait trs sombre. A
peine taient-ils  cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de hussards
de Szecklers fondit sur eux le sabre  la main, et arrta les voitures.
Celle de Jean Debry tait la premire. Les hussards ouvrirent violemment
la portire, et lui demandrent, en un jargon  demi barbare, s'il tait
Jean Debry. Sur sa rponse affirmative, ils le saisirent  la gorge,
l'arrachrent de sa voiture, et, aux yeux de sa femme et de ses enfans,
le frapprent de coups de sabre. Le croyant mort, ils passrent aux
autres voitures, et gorgrent Roberjeot et Bonnier dans les bras de
leurs familles. Les membres de la lgation ligurienne et les secrtaires
d'ambassade eurent le temps de se sauver. Les brigands chargs de
cette excution pillrent ensuite les voitures, et enlevrent tous les
papiers.

Jean Debry n'avait pas reu de coup mortel. La fracheur de la nuit lui
rendit l'usage de ses sens, et il se trana tout sanglant  Rastadt.
Quand cet attentat fut connu, il excita l'indignation des habitans
et des membres du congrs. La loyaut allemande fut rvolte d'une
violation du droit des gens, inoue chez des nations civilises, et qui
n'tait concevable que d'un cabinet  demi barbare. Les membres de la
dputation rests au congrs prodigurent  Jean Debry, et aux familles
des ministres assassins, les soins les plus empresss. Ils se runirent
ensuite pour rdiger une dclaration, dans laquelle ils dnonaient au
monde l'attentat qui venait d'tre commis, et repoussaient tout soupon
de complicit avec l'Autriche. Ce crime, connu sur-le-champ de toute
l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc Charles crivit
 Massna une lettre pour annoncer qu'il allait faire poursuivre
le colonel des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide et
contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, n'tait pas digne de
lui et de son caractre. L'Autriche ne rpondit pas, et ne pouvait pas
rpondre, aux accusations diriges contre elle.

Ainsi, la guerre tait implacable entre les deux systmes qui
partageaient le monde. Les ministres rpublicains, mal reus d'abord,
puis outrags pendant une anne de paix, venaient enfin d'tre
assassins indignement, et avec autant de frocit qu'on aurait pu le
faire entre nations barbares. Le droit des gens, observ entre les
ennemis les plus acharns, n'tait viol que pour eux.

Les revers si peu attendus qui signalrent le dbut de la campagne,
l'attentat de Rastadt, produisirent l'impression la plus funeste au
directoire. Ds le moment mme de la dclaration de guerre, les deux
oppositions commenaient  perdre toute mesure: elles n'en gardrent
plus aucune quand elles virent nos armes battues et nos ministres
assassins. Les patriotes, repousss par le systme des scissions, les
militaires, dont on avait voulu rprimer la licence, les royalistes, se
cachant derrire ces mcontens de diffrente espce, tous s'armrent
 la fois des derniers vnemens pour accuser le directoire. Ils lui
adressaient les reproches les plus injustes et les plus multiplis. Les
armes, disaient-ils, avaient t entirement abandonnes. Le directoire
avait laiss leurs rangs s'claircir par la dsertion, et n'avait mis
aucune activit  les remplir au moyen de la conscription nouvelle. Il
avait retenu dans l'intrieur un grand nombre de vieux bataillons, qui,
au lieu d'tre envoys sur la frontire, taient employs  gner la
libert des lections; et  ces armes ainsi rduites  un nombre si
disproportionn avec celui des armes ennemies, le directoire n'avait
fourni ni magasins, ni vivres, ni effets d'quipement, ni moyens de
transport, ni chevaux de remonte. Il les avait livres  la rapacit des
administrations, qui avaient dvor inutilement un revenu de six cents
millions. Enfin il avait fait, pour les commander, les plus mauvais
choix. Championnet, le vainqueur de Naples, tait dans les fers, pour
avoir voulu rprimer la rapacit des agens du gouvernement. Moreau tait
rduit au rle de simple gnral de division. Joubert, le vainqueur du
Tyrol, Augereau, l'un des hros d'Italie, taient sans commandement.
Schrer, au contraire, qui avait prpar toutes les dfaites par son
administration, Schrer avait le commandement de l'arme d'Italie, parce
qu'il tait compatriote et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas l.
Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec amertume. L'illustre
Bonaparte, ses illustres lieutenans, Klber, Desaix, leurs quarante
mille compagnons d'armes, vainqueurs de l'Autriche, o taient-ils?...
En gypte, sur une terre lointaine, o ils allaient prir par
l'imprudence du gouvernement, ou peut-tre par sa mchancet. Cette
entreprise, si admire nagure, on commenait  dire maintenant que
c'tait le directoire qui l'avait imagine pour se dfaire d'un guerrier
clbre qui lui faisait ombrage.

On remontait plus haut encore: on reprochait au gouvernement la guerre
elle-mme; on lui imputait de l'avoir provoque par ses imprudences 
l'gard des puissances. Il avait envahi la Suisse, renvers le pape et
la cour de Naples, pouss ainsi l'Autriche  bout, et tout cela sans
tre prpar  entrer en lutte. En envahissant l'gypte, il avait dcid
la Porte  une rupture. En dcidant la Porte, il avait dlivr la Russie
de toute crainte pour ses derrires, et lui avait permis d'envoyer
soixante mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur tait si grande,
qu'on allait jusqu' dire que le directoire tait l'auteur secret de
l'assassinat de Rastadt. C'tait, disait-on, un moyen imagin pour
soulever l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles
ressources au corps lgislatif.

Ces reproches taient rpts partout,  la tribune, dans les journaux,
dans les lieux publics. Jourdan tait accouru  Paris pour se plaindre
du gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. Ceux des gnraux
qui n'taient pas venus, avaient crit pour exposer leurs griefs.
C'tait un dchanement universel, et qui serait incomprhensible si on
ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions des partis.

Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut rpondre  tous ces
reproches. Le directoire n'avait pas laiss claircir les rangs des
armes, car il n'avait donn que douze mille congs; mais il lui avait
t impossible d'empcher les dsertions en temps de paix. Il n'y a pas
de gouvernement au monde qui et russi  les empcher. Le directoire
s'tait mme fait accuser de tyrannie en voulant obliger beaucoup de
soldats  rejoindre. Il y avait, en effet, quelque duret  ramener sous
les drapeaux des hommes qui avaient dj vers leur sang pendant six
annes. La conscription n'tait dcrte que depuis cinq mois, et il
n'avait pas eu le moyen, en aussi peu de temps, d'organiser ce systme
de recrutement; et surtout d'quiper, d'instruire les conscrits, de les
former en bataillons de campagne, et de les faire arriver en Hollande,
en Allemagne, en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux
bataillons, parce qu'ils taient indispensables pour maintenir le repos
pendant les lections, et parce que l'on ne pouvait confier ce soin  de
jeunes soldats, dont l'esprit n'tait pas form, et l'attachement 
la rpublique pas assez dcid. Une raison importante avait de plus
justifi cette prcaution: c'tait la Vende, travaille encore par
les missaires de l'tranger, et la Hollande, menace par les flottes
anglo-russes.

Quant au dsordre de l'administration, les torts du directoire n'taient
pas plus rels. Il y avait eu des dilapidations sans doute, mais presque
toutes au profit de ceux mmes qui s'en plaignaient, et malgr les
plus grands efforts du directoire. Il y avait eu dilapidation de trois
manires: en pillant les pays conquis; en comptant  l'tat la solde des
militaires qui avaient dsert; enfin, en faisant avec les compagnies
des marchs dsavantageux. Or, toutes ces dilapidations, c'taient les
gnraux et les tats-majors qui les avaient commises et qui en avaient
profit. Ils avaient pill les pays conquis, fait le profit sur la
solde et partag les profits des compagnies. On a vu que celles-ci
abandonnaient quelquefois jusqu' quarante pour cent sur leurs
bnfices, afin d'obtenir la protection des tats-majors. Schrer, vers
la fin de son ministre, s'tait brouill avec ses compagnons d'armes
pour avoir essay de rprimer tous ces dsordre. Le directoire s'tait
efforc, pour y mettre un terme, de nommer des commissions indpendantes
des tats-majors, et on a vu comment Championnet les avait accueillies
 Naples. Les marchs dsavantageux faits avec les compagnies, avaient
encore une autre cause, la situation des finances. On ne donnait aux
fournisseurs que des promesses, et alors ils se ddommageaient sur le
prix, de l'incertitude du paiement. Les crdits ouverts cette
anne s'levaient  600 millions d'ordinaire, et  125 millions
d'extraordinaire. Sur cette somme, le ministre avait dj ordonnanc 400
millions pour dpenses consommes. Il n'en tait pas rentr encore 210;
on avait fourni les 190 de surplus en dlgations.

Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, quant aux
dilapidations. Le choix des gnraux, except pour un seul, ne devait
pas lui tre reproch. Championnet, aprs sa conduite  l'gard des
commissaires envoys  Naples, ne pouvait pas conserver le commandement.
Macdonald le valait au moins, et tait connu par une probit svre.
Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement de l'arme
d'Italie. Ils avaient dsign eux-mmes Schrer. C'est Barras qui avait
repouss Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la nomination de
Schrer. Quant  Augereau, sa turbulence dmagogique tait une raison
fonde de lui refuser un commandement, et du reste, malgr ses qualits
incontestables, il tait au-dessous du commandement en chef. Quant 
l'expdition d'gypte, on a vu si le directoire en tait coupable, et
s'il est vrai qu'il et voulu dporter Bonaparte, Klber, Desaix et
leurs quarante mille compagnons d'armes. Larvellire-Lpaux
s'tait brouill avec le hros d'Italie pour sa fermet  combattre
l'expdition.

La provocation  la guerre n'tait pas plus le fait du directoire
que tous les autres malheurs. On a pu voir que l'incompatibilit des
passions dchanes en Europe avait seule provoqu la guerre. Il n'en
fallait faire un reproche  personne; mais, dans tous les cas, ce
n'taient certainement pas les patriotes et les militaires qui avaient
droit d'accuser le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on n'et
pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement papal, renvers le roi
de Naples, forc celui de Pimont  l'abdication? N'taient-ce pas
les militaires qui,  l'arme d'Italie, avaient toujours pouss 
l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle de la guerre les avait
enchants tous. N'taient-ce pas d'ailleurs Bernadotte  Vienne, un
frre de Bonaparte  Rome, qui avaient commis des imprudences, s'il y en
avait eu de commises? Ce n'tait pas la dtermination de la Porte qui
avait entran celle de la Russie; mais la chose et-elle t vraie,
c'tait l'auteur de l'expdition d'gypte qui pouvait seul en mriter le
reproche.

Rien n'tait donc plus absurde que la masse des accusations accumules
contre le directoire. Il ne mritait qu'un reproche, c'tait d'avoir
trop partag la confiance excessive que les patriotes et les militaires
avaient dans la puissance de la rpublique. Il avait partag les
passions rvolutionnaires et s'tait livr  leur entranement. Il avait
cru qu'il suffisait, pour le dbut de la guerre, de cent soixante-dix
mille hommes; que l'offensive dciderait de tout, etc. Quant  ses
plans, ils taient mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de Carnot
en 1796, pas plus mauvais que ceux du conseil aulique, et calqus
d'ailleurs en partie sur un projet du gnral Jourdan. Un seul homme en
pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons dit, et ce n'tait pas la
faute du directoire si cet homme n'tait pas en Europe.

Du reste, c'est dans un intrt d'quit que l'histoire doit relever
l'injustice de ces reproches; mais tant pis pour un gouvernement quand
on lui impute tout  crime. L'une des qualits indispensables d'un
gouvernement, c'est d'avoir cette bonne renomme qui repousse
l'injustice. Quand il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des
autres, et ceux mme de la fortune, il n'a plus la facult de gouverner,
et cette impuissance doit le condamner  se retirer. Combien de
gouvernemens ne s'taient-ils pas uss depuis le commencement de la
rvolution! L'action de la France contre l'Europe tait si violente,
qu'elle devait dtruire rapidement tous ses ressorts. Le directoire
tait us comme l'avait t le comit de salut public, comme le fut
depuis Napolon lui-mme. Toutes les accusations dont le directoire
tait l'objet, prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducit.

Du reste, il n'tait pas tonnant que cinq magistrats civils, lus au
pouvoir, non  cause de leur grandeur hrditaire ou de leur gloire
personnelle, mais pour avoir mrit un peu plus d'estime que leurs
concitoyens, que cinq magistrats, arms de la seule puissance des lois
pour lutter avec les factions dchanes, pour soumettre  l'obissance
des armes nombreuses, des gnraux couverts de gloire et pleins de
prtentions, pour administrer enfin une moiti de l'Europe, parussent
bientt insuffisans, au milieu de la lutte terrible qui venait de
s'engager de nouveau. Il ne fallait qu'un revers pour faire clater
cette impuissance. Les factions alternativement battues, les militaires
rprims plusieurs fois, les appelaient avec mpris les _avocats_, et
disaient que la France ne pouvait tre gouverne par eux.

Par une bizarrerie assez singulire, mais qui se voit quelquefois dans
le conflit des rvolutions, l'opinion ne montrait quelque indulgence que
pour celui des cinq directeurs qui en aurait mrit le moins. Barras,
sans contredit, mritait  lui seul tout ce qu'on disait du directoire.
D'abord, il n'avait jamais travaill, et il avait laiss  ses collgues
tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens dcisifs, o il
faisait entendre sa voix plus forte que son courage, il ne s'occupait de
rien. Il ne se mlait que du personnel du gouvernement, ce qui convenait
mieux  son gnie intrigant. Il avait pris part  tous les profits des
compagnies, et justifi seul le reproche de dilapidation. Il avait
toujours t le dfenseur des brouillons et des fripons; c'tait lui qui
avait appuy Brune et envoy Fouch en Italie. Il tait la cause des
mauvais choix des gnraux, car il s'tait oppos  la nomination de
Moreau, et avait fortement demand celle de Schrer. Malgr tous ses
torts si graves, lui seul tait mis  part. D'abord il ne passait pas,
comme ses quatre collgues, pour un _avocat_, car sa paresse, ses
habitudes dbauches, ses manires soldatesques, ses liaisons avec
les jacobins, le souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait
exclusivement, en faisaient en apparence un homme d'excution, plus
capable de gouverner que ses collgues. Les patriotes lui trouvaient
avec eux des cts de ressemblance, et croyaient qu'il leur tait
dvou. Les royalistes en recevaient des esprances secrtes. Les
tats-majors, qu'il flattait et qu'il protgeait contre la juste
svrit de ses collgues, l'avaient en assez grande faveur. Les
fournisseurs le vantaient, et il se sauvait de cette manire de la
dfaveur gnrale. Il tait mme perfide avec ses collgues, car tous
les reproches qu'il mritait, il avait l'art de les rejeter sur eux
seuls. Un pareil rle ne peut pas tre long-temps heureux, mais il peut
russir un moment: il russit dans cette occasion.

On connat la haine de Barras contre Rewbell. Celui-ci, administrateur
vraiment capable, avait choqu, par son humeur et sa morgue, tous
ceux qui traitaient avec lui. Il s'tait montr svre pour les gens
d'affaires, pour tous les protgs de Barras, et notamment pour les
militaires. Aussi tait-il devenu l'objet de la haine gnrale. Il tait
probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, dans sa socit, qui
tait nombreuse, de diriger contre lui les plus odieux soupons. Une
circonstance malheureuse contribuait  les autoriser. L'agent du
directoire en Suisse, Rapinat, tait beau-frre de Rewbell. On avait
exerc en Suisse les exactions qui se commettaient dans tous les pays
conquis, beaucoup moins cependant que partout ailleurs. Mais les
plaintes excessives de ce petit peuple avare avaient caus une rumeur
extrme. Rapinat avait eu la commission malheureuse de mettre le scell
sur les caisses et sur le trsor de Berne; il avait trait avec hauteur
le gouvernement helvtique; ces circonstances et son nom, qui tait
malheureux, lui avaient valu de passer pour le Verrs de la Suisse, pour
l'auteur de dilapidations qui n'taient pas son ouvrage; car il avait
mme quitt la Suisse, avant l'poque o elle avait le plus souffert.
Dans la Socit de Barras on faisait de malheureux calembours sur son
nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il tait le beau-frre. C'est
ainsi que la probit de Rewbell s'tait trouve expose  toutes les
calomnies.

Larvellire, par son inflexible svrit, par son influence dans les
affaires politiques d'Italie, n'tait pas devenu moins odieux que
Rewbell. Cependant, sa vie tait si simple et si modeste, qu'accuser
sa probit et t impossible. La socit de Barras lui donnait des
ridicules. On se moquait de sa personne, et de ses prtentions 
une papaut nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le culte de la
thophilanthropie, dont il n'tait cependant pas l'auteur. Merlin et
Treilhard, quoique moins anciens au pouvoir, et moins en vue que Rewbell
et Larvellire, taient cependant envelopps dans la mme dfaveur.

C'est dans cette disposition d'esprit que se firent les lections de
l'an VII, qui furent les dernires. Les patriotes, furieux, ne voulaient
pas tre exclus cette anne, comme la prcdente, du corps lgislatif.
Ils s'taient dchans contre le systme des scissions, et s'taient
efforcs de le fltrir d'avance. Ils y avaient assez russi, pour qu'en
effet on n'ost plus l'employer. Dans cet tat d'agitation, o l'on
suppose  ses adversaires tous les projets qu'on en redoute, ils
disaient que le directoire, usant, comme au 18 fructidor, des moyens
extraordinaires, allait proroger pour cinq ans les pouvoirs des dputs
actuels, et suspendre pendant tout ce temps l'exercice des droits
lectoraux. Ils disaient qu'on allait faire venir des Suisses  Paris,
parce qu'on travaillait  organiser le contingent helvtique. Ils firent
grand bruit d'une circulaire aux lecteurs, rpandue par le commissaire
du gouvernement (prfet) auprs du dpartement de la Sarthe. Ce n'tait
pas une circulaire, comme nous en avons vu depuis, mais une exhortation.
On obligea le directoire  l'improuver par un message. Les lections,
faites dans ces dispositions, amenrent au corps lgislatif une quantit
considrable de patriotes. On ne songea pas cette anne  les exclure du
corps lgislatif, et leur lection fut confirme. Le gnral Jourdan,
qui avait raison d'imputer ses revers  l'infriorit numrique de
son arme, mais qui manquait  sa raison accoutume en imputant au
gouvernement le dsir de le perdre, fut envoy de nouveau au corps
lgislatif, le coeur gros de ressentimens. Augereau y fut envoy aussi,
avec un surcrot d'humeur et de turbulence.

Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard ne servit pas la
rpublique, car, au lieu de Barras, ce fut Rewbell, le plus capable des
cinq directeurs, qui fut dsign pour membre sortant. Ce fut un grand
sujet de satisfaction pour tous les ennemis de ce directeur, et une
occasion nouvelle de le calomnier plus commodment. Cependant, comme il
avait t lu au conseil des anciens, il saisit une occasion de rpondre
 ses accusateurs, et le fit de la manire la plus victorieuse.

Il fut commis,  la sortie de Rewbell, la seule infraction aux lois
rigoureuses de la probit, qu'on, pt reprocher au directoire. Les cinq
premiers directeurs, nomms  l'poque de l'institution du directoire,
avaient fait une convention entre eux, par laquelle ils devaient
prlever sur leurs appointemens, chacun dix mille francs, afin de les
donner au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice tait de mnager
aux membres du directoire la transition du pouvoir suprme  la vie
prive, surtout pour ceux qui taient sans fortune. Il y avait mme
une raison de dignit  en agir ainsi, car il tait dangereux pour la
considration du gouvernement, de rencontrer dans l'indigence l'homme
qu'on avait vu la veille au pouvoir suprme. Cette raison mme dcida
les directeurs  pourvoir d'une manire plus convenable au sort de
leurs collgues. Leurs appointemens taient dj si modiques, qu'un
prlvement de dix mille francs parut dplac. Ils rsolurent d'allouer
une somme de cent mille francs  chaque directeur sortant. C'tait cent
mille francs par an qu'il en devait coter  l'tat. On devait demander
cette somme au ministre des finances, qui pouvait la prendre sur l'un
des mille profits qu'il tait si facile de faire sur des budgets de
six ou huit cents millions. On dcida de plus que chaque directeur
emporterait sa voiture et ses chevaux. Comme tous les ans le corps
lgislatif allouait des frais de mobilier, cette dpense devait tre
avoue, et ds lors devenait lgitime. Les directeurs dcidrent de plus
que les conomies faites sur les frais de mobilier seraient partages
entre eux. Certes, c'tait l une bien lgre atteinte  la fortune
publique, si c'en tait une; et tandis que des gnraux, des compagnies,
faisaient des profits si normes, cent mille francs par an, consacrs
 donner des alimens  l'homme qui venait d'tre chef du gouvernement,
n'taient pas un vol. Les raisons et la forme de la mesure l'excusaient
en quelque sorte. Larvellire, auquel on en fit part, ne voulut jamais
y consentir. Il dclara  ses collgues qu'il n'accepterait jamais sa
part. Rewbell reut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna
furent pris sur les deux millions de dpenses secrtes, dont le
directoire tait dispens de rendre compte. Telle est la seule faute
qu'on puisse reprocher collectivement au directoire. Un seul de ses
membres, sur les douze qui se succdrent, fut accus d'avoir fait des
profits particuliers. Quel est le gouvernement au monde, duquel on
puisse dire la mme chose?

Il fallait un successeur  Rewbell. On souhaitait avoir une grande
rputation, pour donner un peu de considration au directoire, et on
songea  Siyes, dont le nom, aprs celui de Bonaparte, tait le plus
important de l'poque. Son ambassade en Prusse avait encore ajout  sa
renomme. Dj on le considrait, et trs justement, comme un esprit
profond; mais depuis qu'il tait all  Berlin, on lui attribuait
la conservation de la neutralit prussienne, qui du reste tait due
beaucoup moins  son intervention qu' la situation de cette puissance.
Aussi le regardait-on comme aussi capable de diriger le gouvernement que
de concevoir une constitution. Il fut lu directeur. Beaucoup de gens
crurent voir dans ce choix la confirmation du bruit gnralement rpandu
de modifications trs prochaines  la constitution. Ils disaient
que Siyes n'tait appel au directoire que pour contribuer  ces
modifications. On croyait si peu que l'tat des choses actuel pt se
maintenir, qu'on voyait dans tous les faits des indices certains de
changement.



CHAPITRE XVI.

CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSNA RUNIT LE COMMANDEMENT
DES ARMES D'HELVTIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE LA
LIMMAT.--ARRIVE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHRER TRANSMET LE COMMANDEMENT
A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU AU-DELA DU P ET DE
L'APENNIN.--ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARME DE NAPLES; BATAILLE DE LA
TREBBIA.--COALITION DE TOUS LES PARTIS CONTRE LE DIRECTOIRE.--RVOLUTION
DU 30 PRAIRIAL.--LARVELLIRE ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE.


Dans l'intervalle qu'on mit  faire dans le gouvernement les
modifications que nous venons de raconter, le directoire n'avait cess
de faire les plus grands efforts pour rparer les revers qui venaient de
signaler l'ouverture de la campagne. Jourdan avait perdu le commandement
de l'arme du Danube, et Massna avait reu le commandement en chef de
toutes les troupes cantonnes depuis Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard.
Ce choix heureux devait sauver la France. Schrer, impatient de quitter
une arme dont il avait perdu la confiance, avait obtenu l'autorisation
de transmettre le commandement  Moreau. Macdonald avait reu l'ordre
pressant d'vacuer le royaume de Naples et les tats romains, et de
venir faire sa jonction avec l'arme de la Haute-Italie. Tous les vieux
bataillons retenus dans l'intrieur taient achemins sur la frontire;
l'quipement et l'organisation des conscrits s'acclraient, et les
renforts commenaient  arriver de toutes parts.

Massna,  peine nomm commandant en chef des armes du Rhin et de
Suisse, songea  disposer convenablement les forces qui lui taient
confies. Il ne pouvait prendre le commandement dans une situation plus
critique. Il avait au plus trente mille hommes, pars en Suisse depuis
la valle de l'Inn jusqu' Ble; il avait en prsence trente mille
hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit mille sous Hotze, dans
le Voralberg, quarante mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance
et le Danube. Cette masse de prs de cent mille hommes pouvait
l'envelopper et l'anantir. Si l'archiduc n'avait pas t contrari par
le conseil aulique et retenu par une maladie, et qu'il et franchi le
Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait pu fermer  Massna
la route de France, l'envelopper et le dtruire. Heureusement il n'tait
pas libre de ses mouvemens; heureusement encore on n'avait pas mis
immdiatement sous ses ordres Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les
trois gnraux un tiraillement continuel, ce qui empchait qu'ils se
concertassent pour une opration dcisive.

Ces circonstances favorisrent Massna, et lui permirent de prendre une
position solide et de distribuer convenablement les troupes mises  sa
disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait qu'observer la
ligne du Rhin du ct de l'Alsace, et qu'il se proposait d'oprer en
Suisse, entre Schaffouse et l'Aar. En consquence, Massna fit refluer
en Suisse la plus grande partie de l'arme du Danube, et lui assigna
des positions qu'elle aurait d prendre ds le dbut, c'est--dire
immdiatement aprs la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de
laisser Lecourbe engag trop long-temps dans l'Engadine. Celui-ci fut
oblig de s'en retirer, aprs avoir livr des combats brillans, o il
montra une intrpidit et une prsence d'esprit admirables. Les Grisons
furent vacus. Massna distribua alors son arme depuis la grande
chane des Alpes jusqu'au confluent de l'Aar dans le Rhin, en
choisissant la ligne qui lui parut la meilleure.

La Suisse, prsente plusieurs lignes d'eau, qui, partant des grandes
Alpes, la traversent tout entire, pour aller se jeter dans le Rhin. La
plus tendue et la plus vaste est celle du Rhin mme, qui, prenant sa
source non loin du Saint-Gothard, coule d'abord au nord, puis s'tend
en un vaste lac[6], dont il sort prs de Stein, et court  l'ouest vers
Ble, o il recommence  couler au nord pour former la frontire de
l'Alsace. Cette ligne est la plus vaste, et elle enferme toute la
Suisse. Il y en a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la
prcdente: c'est celle de la Lint, qui, prenant sa source dans les
petits cantons, s'arrte pour former le lac de Zurich, en sort sous le
nom de Limmat, et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette
dernire rivire dans le Rhin. Cette ligne, qui n'enveloppe qu'une
partie de la Suisse, est beaucoup moins vaste que la premire. Il y en
a enfin une troisime, celle de la Reuss, inscrite encore dans la
prcdente, qui du lit de la Reuss passe dans le lac de Lucerne, et
de Lucerne va se rendre dans l'Aar, tout prs du point o se jette la
Limmat. Ces lignes commenant  droite contre des montagnes normes,
finissant  gauche dans de grands fleuves, consistant tantt en des
rivires, tantt en des lacs, prsentent de nombreux avantages pour la
dfensive. Massna ne pouvait esprer de conserver la plus grande, celle
du Rhin, et de s'tendre depuis le Saint-Gothard jusqu' l'embouchure
de l'Aar. Il fut oblig de se replier sur celle de la Limmat, o il
s'tablit de la manire la plus solide. Il plaa son aile droite, forme
des trois divisions Lecourbe, Mnard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au
lac de Zurich, sous les ordres de Frino. Il plaa son centre sur la
Limmat, et le composa des quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et
Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Ble et Strasbourg.

[Note 6: Le lac de Constance.]

Avant de se renfermer dans cette position, il essaya d'empcher par un
combat la jonction de l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux
gnraux placs sur le Rhin, l'un avant l'entre du fleuve dans le
lac de Constance, l'autre aprs sa sortie, taient spars par toute
l'tendue du lac. En franchissant cette ligne, afin de s'tablir devant
celle de Zurich et de la Limmat, o s'tait plac Massna, ils devaient
partir des deux extrmits du lac, pour venir faire leur jonction
au-del. Massna pouvait choisir le moment o Hotze ne s'tait pas
encore avanc, se jeter sur l'archiduc, le repousser au-del du Rhin,
se rabattre ensuite sur Hotze, et le repousser  son tour. On a calcul
qu'il aurait eu le temps d'excuter cette double opration, et de battre
isolment les deux gnraux autrichiens. Malheureusement il ne songea 
les attaquer qu'au moment o ils taient prs de se runir, et o ils
taient en mesure de se soutenir rciproquement. Il les combattit sur
plusieurs points le 5 prairial (24 mai),  Aldenfingen,  Frauenfeld, et
quoiqu'il et partout l'avantage, grace  cette vigueur qu'il mettait
toujours dans l'excution, nanmoins il ne put empcher la jonction, et
il fut oblig de se replier sur la ligne de la Limmat et de Zurich,
o il se prpara  recevoir vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se
dcidait  l'attaquer.

Les vnemens taient bien autrement malheureux en Italie. L, les
dsastres ne s'taient point arrts.

Suwarow avait rejoint l'arme autrichienne avec un corps de vingt-huit
ou trente mille Russes. Mlas avait pris le commandement de l'arme
autrichienne. Suwarow commandait en chef les deux armes, s'levant au
moins  quatre-vingt-dix mille hommes. On l'appelait l'_invincible_. Il
tait connu par ses campagnes contre les Turcs, et par ses cruauts
en Pologne. Il avait une grande vigueur de caractre, une bizarrerie
affecte et pousse jusqu' la folie, mais aucun gnie de combinaison.
C'tait un vrai barbare, heureusement incapable de calculer l'emploi de
ses forces, car autrement, la rpublique aurait peut-tre succomb.
Son arme lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, et
qui tenait du fanatisme, mais aucune instruction. L'artillerie, la
cavalerie, le gnie, y taient rduits  une vritable nullit. Elle
ne savait faire usage que de la baonnette, et s'en servait comme les
Franais s'en taient servis pendant la rvolution. Suwarow, fort
insolent pour ses allis, donna aux Autrichiens des officiers russes,
pour leur apprendre le maniement de la baonnette. Il employa le langage
le plus hautain, il dit que les _femmes_, _les petits-matres_, _les
paresseux_, devaient quitter l'arme; que les parleurs occups  fronder
le service souverain seraient traits comme des gostes, et perdraient
leurs grades, et que tout le monde devait se sacrifier pour dlivrer
l'Italie des Franais et des athes. Tel tait le style de ses
allocutions. Heureusement, aprs nous avoir caus bien du mal, cette
nergie brutale allait rencontrer l'nergie savante et calcule, et se
briser devant elle.

Schrer ayant entirement perdu l'usage de ses esprits, s'tait
promptement retir sur l'Adda, au milieu des cris d'indignation des
soldats. De son arme de quarante-six mille hommes, il en avait perdu
dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut oblig d'en laisser 
Peschiera ou Mantoue encore huit mille, et il ne lui en resta ainsi que
vingt-huit mille. Nanmoins si, avec cette poigne d'hommes, il avait su
manoeuvrer habilement, il aurait pu donner le temps  Macdonald de le
rejoindre, et viter bien des dsastres. Mais il se plaa sur l'Adda
de la manire la plus malheureuse. Il partagea son arme en trois
divisions. La division Serrurier tait  Lecco,  la sortie de l'Adda du
lac de Lecco. La division Grenier tait  Cassano, la division Victor 
Lodi. Il avait plac Montrichard, avec quelques corps lgers, vers le
Modnois et les montagnes de Gnes; pour maintenir les communications
avec la Toscane, par o Macdonald devait dboucher. Ses vingt-huit
mille hommes, ainsi disperss sur une ligne de vingt-quatre lieues, ne
pouvaient rsister solidement nulle part, et devaient tre enfoncs
partout o l'ennemi se prsenterait en forces.

Le 8 floral (27 avril) au soir, au moment mme o la ligne de l'Adda
tait force, Schrer remit  Moreau la direction de l'arme. Ce brave
gnral avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait descendre
au rle de simple divisionnaire, et maintenant que la campagne tait
perdue, qu'il n'y avait plus que des dsastres  essuyer, on lui
donnait le commandement. Cependant, avec un dvouement patriotique
que l'histoire ne saurait trop clbrer, il accepta une dfaite, en
acceptant le commandement le soir mme o l'Adda tait forc. C'est ici
que commence la moins vante et la plus belle partie de sa vie.

Suwarow s'tait approch de l'Adda sur plusieurs points. Quand le
premier rgiment russe se montra  la vue du pont de Lecco, les
carabiniers de la brave 18e lgre sortirent des retranchemens, et
coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait comme des colosses
effrayans et invincibles. Ils fondirent sur eux la baonnette croise,
et en firent un grand carnage. Les Russes furent repousss. Il venait
de s'allumer un admirable courage dans le coeur de nos braves; ils
voulaient faire repentir de leur voyage les barbares insolens qui
venaient se mler dans une querelle qui n'tait pas la leur. La
nomination de Moreau enflammait toutes les mes, et remplit l'arme de
confiance. Malheureusement la position n'tait plus tenable. Suwarow,
repouss  Lecco, avait fait passer l'Adda sur deux points,  Brivio et
 Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Serrurier, qui formait
la gauche. Cette division se trouva ainsi coupe du reste de l'arme.
Moreau, avec la division Grenier, livra  Trezzo un combat furieux, pour
repousser l'ennemi au-del de l'Adda, et se remettre en communication
avec la division Serrurier. Il combattit avec huit ou neuf mille hommes
un corps de plus de vingt mille. Ses soldats, anims par sa prsence,
firent des prodiges de bravoure, mais ne purent rejeter l'ennemi au-del
de l'Adda. Malheureusement Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire
parvenir d'ordre, n'eut pas l'ide de se reporter sur ce point mme
de Trezzo, o Moreau s'obstinait  combattre pour se remettre en
communication avec lui. Il fallut cder, et abandonner la division
Serrurier  son sort. Elle fut entoure par toute l'arme ennemie, et se
battit avec la dernire opinitret. Enveloppe enfin de toutes parts,
elle fut oblige de mettre bas les armes. Une partie de cette division,
grce  la hardiesse et  la prsence d'esprit d'un officier, se sauva
par les montagnes en Pimont. Pendant cette action terrible, Victor
s'tait heureusement retir en arrire avec sa division intacte. Telle
fut la fatale journe dite de Cassano, 9 floral (28 avril), qui
rduisit l'arme  environ vingt mille hommes.

C'est avec cette poigne de braves que Moreau entreprit de se retirer.
Cet homme rare ne perdit pas un instant ce calme d'esprit dont la nature
l'avait dou. Rduit  vingt mille soldats, en prsence d'une arme
qu'on aurait pu porter  quatre-vingt-dix mille, si on avait su la faire
marcher en masse, il ne s'branla pas un instant. Ce calme tait
bien autrement mritoire que celui qu'il dploya lorsqu'il revint
d'Allemagne, avec une arme de soixante mille hommes victorieux, et
pourtant il a t beaucoup moins clbr! tant les hasards des passions
influent sur les jugemens contemporains!

Il s'attacha d'abord  couvrir Milan, pour donner le moyen d'vacuer
les parcs et les bagages, et pour laisser aux membres du gouvernement
cisalpin, et  tous les Milanais compromis, le temps de se retirer sur
les derrires. Rien n'est plus dangereux pour une arme que ces familles
de fugitifs, qu'elle est oblige de recevoir dans ses rangs. Elles
embarrassent sa marche, ralentissent ses mouvemens, et peuvent
quelquefois compromettre son salut. Moreau, aprs avoir pass deux
jours  Milan, se remit en marche pour repasser le P. A la conduite
de Suwarow, il put juger qu'il aurait le temps de prendre une position
solide. Il avait deux objets  atteindre, c'tait de couvrir ses
communications avec la France, et avec la Toscane, par o s'avanait
l'arme de Naples. Pour arriver  ce but important, il lui parut
convenable d'occuper le penchant des montagnes de Gnes; c'tait le
point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: l'une, escortant
les parcs, les bagages, tout l'attirail de l'arme, prit la grande route
de Milan  Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, pour occuper les
routes de la rivire de Gnes. Il excuta cette marche sans tre
trop press par l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses masses
victorieuses sur notre faible arme, et de la dtruire compltement, se
faisait dcerner  Milan les honneurs du triomphe par les prtres, les
moines, les nobles, toutes les cratures de l'Autriche, rentres en
foule  la suite des armes coalises.

Moreau eut le temps d'arriver  Turin, et d'acheminer vers la France
tout son attirail de guerre. Il arma la citadelle, tcha de rveiller
le zle des partisans de la rpublique, et vint rejoindre ensuite la
colonne qu'il avait dirige vers Alexandrie. Il choisit l une position
qui prouve toute la justesse de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant
de l'Apennin, va se jeter dans le P au-dessous d'Alexandrie. Moreau se
plaa au confluent de ces deux fleuves. Couvert  la fois par l'un et
par l'autre, il ne craignait pas une attaque de vive force; il gardait
en mme temps toutes les routes de Gnes, et pouvait attendre l'arrive
de Macdonald. Cette position ne pouvait tre plus heureuse. Il occupait
Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chane de postes sur le P
et le Tanaro, et ses masses taient disposes de manire qu'il pouvait
courir en quelques heures sur le premier point attaqu. Il s'tablit l
avec vingt mille hommes, et y attendit avec un imperturbable sang-froid
les mouvemens de son formidable ennemi.

Suwarow avait mis trs heureusement beaucoup de temps  s'avancer. Il
avait demand au conseil aulique que le corps autrichien de Bellegarde,
destin au Tyrol, ft mis  sa disposition. Ce corps venait de descendre
en Italie, et portait l'arme combine  beaucoup plus de cent mille
hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assiger  la fois Peschiera,
Mantoue, Pizzighitone, voulant en mme temps se garder du ct de la
Suisse, et ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, n'avait
gure plus de quarante mille hommes sous sa main, force du reste trs
suffisante pour accabler Moreau, s'il avait su la manier habilement.

Il vint longer le P et le Tanaro, et se placer en face de Moreau. Il
s'tablit  Tortone, et y fixa son quartier-gnral. Aprs quelques
jours d'inaction, il rsolut enfin de faire une tentative sur l'aile
gauche de Moreau, c'est--dire du ct du P. Un peu au-dessus du
confluent du P et du Tanaro, vis--vis Mugarone, se trouvent des les
boises,  la faveur desquelles les Russes rsolurent de tenter un
passage. Dans la nuit du 22 au 23 floral (du 11 au 12 mai), ils
passrent au nombre  peu prs de deux mille, dans l'une de ces les, et
se trouvrent ainsi au-del du bras principal. Le bras qui leur restait
 passer tait peu considrable, et pouvait mme tre franchi  la nage.
Ils le traversrent hardiment, et se portrent sur la rive droite du P.
Les Franais, prvenus du danger, coururent sur le point menac. Moreau,
qui tait averti d'autres dmonstrations faites du ct du Tanaro,
attendit que le vritable point du danger ft bien dtermin pour s'y
porter en force: ds qu'il en fut certain, il y marcha avec sa rserve,
et culbuta dans le P les Russes qui avaient eu la hardiesse de le
franchir. Il y en eut deux mille cinq cents tus, noys ou prisonniers.

Ce coup de vigueur assurait tout  fait la position de Moreau dans le
singulier triangle o il s'tait plac. Mais l'inaction de l'ennemi
l'inquitait; il craignait que Suwarow n'et laiss devant Alexandrie un
simple dtachement, et qu'avec la masse de ses forces il n'et remont
le P, pour se porter sur Turin et prendre la position des Franais
par derrire, ou bien qu'il n'et march au-devant de Macdonald. Dans
l'incertitude o le laissait l'inaction de Suwarow, il rsolut d'agir
lui-mme, pour s'assurer du vritable tat des choses. Il imagina de
dboucher au-del d'Alexandrie, et de faire une forte reconnaissance.
Si l'ennemi n'avait laiss devant lui qu'un corps dtach, le projet
de Moreau tait de changer cette reconnaissance en attaque srieuse,
d'accabler ce corps dtach, et puis de se retirer tranquillement par
la grande route de la Bochetta, vers les montagnes de Gnes, afin d'y
attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait la masse principale, son
projet tait de se replier sur-le-champ, et de regagner en toute hte
la rivire de Gnes, par toutes les communications accessibles qui
lui restaient. Une raison qui le dcidait surtout  prendre ce parti
dcisif, c'tait l'insurrection du Pimont sur ses derrires. Il fallait
qu'il se rapprocht de sa base le plus tt possible.

Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, Suwarow en formait
un autre qui tait dpourvu de sens. Sa position  Tortone tait
certainement la meilleure qu'il pt prendre, puisqu'elle le plaait
entre les deux armes franaises, celle de la Cisalpine et celle de
Naples. Il ne devait la quitter  aucun prix. Cependant il imagina
d'emmener une partie de ses forces au-del du P, pour remonter le
fleuve jusqu' Turin, s'emparer de cette capitale, y organiser les
royalistes pimontais, et faire tomber la position de Moreau. Rien
n'tait plus mal calcul qu'une pareille manoeuvre; car, pour faire
tomber la position de Moreau, il fallait essayer une attaque directe
et vigoureuse, mais par-dessus tout ne pas quitter la position
intermdiaire entre les deux armes qui cherchaient  oprer leur
jonction.

Tandis que Suwarow divisait ses forces, en laissant une partie aux
environs de Tortone, le long du Tanaro, et portant l'autre au-del du P
pour marcher sur Turin, Moreau excutait la reconnaissance qu'il avait
projete. Il avait port la division Victor en avant pour attaquer
vigoureusement le corps russe qu'il avait devant lui. Il se tenait
lui-mme avec toute sa rserve un peu en arrire, prt  changer cette
reconnaissance en une attaque srieuse, s'il jugeait que le corps russe
pt tre accabl. Aprs un engagement trs-vif, o les troupes de Victor
dployrent une rare bravoure, Moreau crut que toute l'arme russe tait
devant lui: il n'osa pas attaquer  fond, de peur d'avoir sur les bras
un ennemi trop suprieur. En consquence, entre les deux partis qu'il
s'tait propos d'adopter, il prfra le second, comme le plus sr. Il
rsolut donc de se retirer vers les montagnes de Gnes. Sa position
tait des plus critiques. Tout le Pimont tait en rvolte sur ses
derrires. Un corps d'insurgs s'tait empar de Cva, qui ferme la
principale route, la seule accessible  l'artillerie. Le grand convoi
des objets d'arts recueillis en Italie, courait risque d'tre enlev.
Ces circonstances taient des plus fcheuses. En prenant les routes
situes plus en arrire, et qui aboutissaient  la rivire du Ponent,
Moreau craignait de trop s'loigner des communications de la Toscane,
et de les laisser en prise  l'ennemi, qu'il supposait runi en masse
autour de Tortone. Dans cette perplexit, il prit sur-le-champ son
parti, et fit les dispositions suivantes. Il dtacha la division Victor,
sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers praticables 
la seule infanterie, vers les montagnes de Gnes. Elle devait se hter
d'occuper tous les passages de l'Apennin pour se joindre  l'arme
venant de Naples, et la renforcer, dans le cas o elle serait attaque
par Suwarow. Moreau, ne gardant que huit mille hommes au plus, vint avec
son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait suivre les sentiers
des montagnes, gagner l'une des routes charretires qui se trouvaient en
arrire de Cva, et aboutissaient dans la rivire du Ponent. Il faisait
un autre calcul, en se dcidant  cette retraite excentrique, c'est
qu'il attirerait  lui l'arme ennemie, la dtournerait de poursuivre
Victor et de se jeter sur Macdonald.

Victor se retira heureusement par Acqui, Spigno et Dego, et vint occuper
les crtes de l'Apennin. Moreau, de son ct, se retira avec une
clrit extraordinaire sur Asti. La prise de Cva, qui fermait sa
principale communication, le mettait dans un embarras extrme. Il
achemina par le col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs,
ne garda que l'artillerie de campagne qui lui tait indispensable,
et rsolut de s'ouvrir une route  travers l'Apennin, en la faisant
construire par ses propres soldats. Aprs quatre jours d'efforts
incroyables, la route fut rendue praticable  l'artillerie, et Moreau
fut transport dans la rivire de Gnes sans avoir rtrograd jusqu'au
col de Tende, ce qui l'et trop loign des troupes de Victor dtaches
vers Gnes.

Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, se hta de le faire
poursuivre; mais il ne sut deviner ni prvenir ses savantes
combinaisons. Ainsi, grce  son sang-froid et  son adresse, Moreau
avait ramen ses vingt mille hommes sans les laisser entamer une seule
fois, en contenant au contraire les Russes partout o il les avait
rencontrs. Il avait laiss une garnison de trois mille hommes dans
Alexandrie, et il tait avec dix-huit mille  peu prs dans les environs
de Gnes. Il tait plac sur la crte de l'Apennin, attendant l'arrive
de Macdonald. Il avait port la division Lapoype, le corps lger de
Montrichard, et la division Victor, sur la Haute-Trebbia, pour les
joindre  Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, avec le reste
de son corps d'arme. Son plan de jonction tait profondment mdit.
Il pouvait attirer l'arme de Naples  lui par les bords de la
Mditerrane, la runir  Gnes, et dboucher avec elle de la Bochetta;
ou bien la faire dboucher de la Toscane dans les plaines de Plaisance,
et sur les bords du P. Le premier parti assurait la jonction,
puisqu'elle se faisait  l'abri de l'Apennin, mais il fallait de nouveau
franchir l'Apennin, et donner de front sur l'ennemi, pour enlever la
plaine. En dbouchant au contraire en avant de Plaisance, on tait
matre de la plaine jusqu'au P, on prenait son champ de bataille sur
les bords mme du P, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau
voulait que Macdonald et sa gauche toujours serre aux montagnes,
pour se lier avec Victor qui tait  Bobbio. Quant  lui, il observait
Suwarow, prt  se jeter dans ses flancs ds qu'il voudrait marcher 
la rencontre de Macdonald. Dans cette situation, la jonction paraissait
aussi sre que derrire l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien
prfrable.

Dans ce moment, le directoire venait de runir dans la Mditerrane des
forces maritimes considrables. Bruix, le ministre de la marine, s'tait
mis  la tte de la flotte de Brest, avait dbloqu la flotte espagnole,
et croisait avec cinquante vaisseaux dans la Mditerrane, dans le but
de la dlivrer des Anglais, et d'y rtablir les communications avec
l'arme d'gypte. Cette jonction tant dsire tait enfin opre, et
elle pouvait nous redonner la prpondrance dans les mers du
Levant. Bruix dans ce moment tait devant Gnes. Sa prsence avait
singulirement remont le moral de l'arme. On disait qu'il apportait
des vivres, des munitions et des renforts. Il n'en tait rien; mais
Moreau profita de cette opinion, et fit effort pour l'accrditer. Il fit
rpandre le bruit que la flotte venait de dbarquer vingt mille hommes,
et des approvisionnemens considrables. Ce bruit encouragea l'arme, et
diminua beaucoup la confiance de l'ennemi.

On tait au milieu de prairial (premiers jours de juin). Un vnement
nouveau venait d'avoir lieu en Suisse. On a vu que Massna avait occup
la ligne de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, dbouchant en
deux masses des deux extrmits du lac de Constance, tait venu border
cette ligne dans toute son tendue. Il rsolut de l'attaquer entre
Zurich et Bruk, c'est--dire entre le lac de Zurich, et l'Aar, tout le
long de la Limmat. Massna avait pris position, non pas sur la Limmat
elle-mme, mais sur une suite de hauteurs qui sont en avant de la
Limmat, et qui couvrent  la fois la rivire et le lac. Il avait
retranch ces hauteurs de la manire la plus redoutable, et les avait
rendues presque inaccessibles. Quoique cette partie de notre ligne,
entre Zurich et l'Aar, ft la plus forte, l'archiduc avait rsolu de
l'attaquer, parce qu'il et t trop dangereux de faire un long dtour
pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le long de la Lint.
Massna pouvait profiter de ce moment pour accabler les corps laisss
devant lui, et se procurer ainsi un avantage dcisif.

L'attaque projete s'excuta le 4 juin (16 prairial). Elle eut lieu sur
toute l'tendue de la Limmat, et fut repousse partout victorieusement,
malgr l'opinitre persvrance des Autrichiens. Le lendemain
l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives doivent se poursuivre,
afin qu'il n'y ait pas de pertes inutiles, recommena l'attaque avec
la mme opinitret. Massna, rflchissant qu'il pouvait tre forc,
qu'alors sa retraite deviendrait difficile, que la ligne qu'il
abandonnait tait suivie immdiatement d'une plus forte, la chane de
l'Albis, qui borde en arrire la Limmat et le lac de Zurich, rsolut de
se retirer volontairement. Il ne perdait  cette retraite que la ville
de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chane des monts
de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat jusqu' l'Aar
prsentant de plus un escarpement continu, tait presque inattaquable.
En l'occupant on ne faisait qu'une lgre perte de terrain, car on ne
reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. En consquence, et
s'y retira volontairement et sans perte, il s'y tablit d'une manire
qui ta  l'archiduc toute envie de l'attaquer.

Notre position tait donc toujours  peu prs la mme en Suisse.
L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au
Saint-Gothard, formaient notre ligne dfensive contre les Autrichiens.

Du ct de l'Italie, Macdonald s'avanait enfin vers la Toscane.
Il avait laiss garnison au fort Saint-Elme,  Capoue et  Gate,
conformment  ses instructions. C'tait compromettre inutilement des
troupes qui n'taient pas capables de soutenir le parti rpublicain, et
qui laissaient un vide dans l'arme active. L'arme franaise, en se
retirant, avait laiss la ville de Naples en proie  une raction
royale, qui galait les plus pouvantables scnes de notre rvolution.
Macdonald avait ralli  Rome quelques milliers d'hommes de la division
Garnier; il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, et dans le
Modnois le corps lger de Montrichard. Il avait form ainsi un corps de
vingt-huit mille hommes. Il tait  Florence le 9 prairial (25 mai).
Sa retraite s'tait opre avec beaucoup de rapidit, et un ordre
remarquable. Il perdit malheureusement beaucoup de temps en Toscane, et
ne dboucha au-del de l'Apennin, dans les plaines de Plaisance, que
vers la fin de prairial (milieu de juin).

S'il et dbouch plus tt, il aurait surpris les coaliss dans un tel
tat de dispersion, qu'il aurait pu les accabler successivement, et
les rejeter au-del du P. Suwarow tait  Turin, dont il venait de
s'emparer, et o il avait trouv des munitions immenses. Bellegarde
observait les dbouchs de Gnes; Kray assigeait Mantoue, la citadelle
de Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente mille Autrichiens
ou Russes runis. Macdonald et Moreau, dbouchant ensemble avec
cinquante mille hommes auraient pu changer la destine de la campagne.
Mais Macdonald crut devoir employer quelques jours pour faire reposer
son arme, et rorganiser les divisions qu'il avait successivement
recueillies. Il perdit ainsi un temps prcieux, et permit  Suwarow de
rparer ses fautes. Le gnral russe, apprenant la marche de Macdonald,
se hta de quitter Turin, et de marcher avec vingt mille hommes de
renfort, pour se placer entre les deux gnraux franais, et reprendre
la position qu'il n'aurait jamais d abandonner. Il ordonna au gnral
Ott, qui tait en observation sur la Trebbia, aux environs de Plaisance,
de se retirer sur lui, s'il tait attaqu; il prescrivit  Kray de lui
faire passer de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait disposer;
il laissa  Bellegarde le soin d'observer Novi, d'o Moreau devait
dboucher, et il se disposa  marcher lui-mme dans les plaines de
Plaisance,  la rencontre de Macdonald.

Ces dispositions sont les seules qui, pendant la dure de cette
campagne, aient mrit  Suwarow l'approbation des militaires. Les deux
gnraux franais occupaient toujours les positions que nous avons
indiques. Placs tous deux sur l'Apennin, ils devaient en descendre
pour se runir dans les plaines de Plaisance. Moreau devait dboucher de
Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait passer  Macdonald la
division Victor pour le renforcer. Il avait plac  Bobbio, au penchant
des montagnes, le gnral Lapoype avec quelques bataillons, pour
favoriser la jonction, et son projet tait de saisir le moment o
Suwarow marcherait de front contre Macdonald, pour donner dans son
flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se tnt toujours appuy
aux montagnes, et n'acceptt pas la bataille trop loin dans la plaine.

Macdonald s'branla vers la fin de prairial (milieu de juin). Le corps
de Hohenzollern, plac aux environs de Modne, gardait le Bas-P. Il
fut accabl par des forces suprieures, perdit quinze cents hommes, et
faillit tre enlev tout entier. Ce premier succs encouragea Macdonald,
et lui fit hter sa marche. La division Victor, qui venait de le
joindre, et de porter son arme  trente-deux mille hommes  peu prs,
forma son avant-garde. La division polonaise de Dombrowsky marchait 
la gauche de la division Victor; la division Rusca les appuyait toutes
deux. Quoique le gros de l'arme, form par les divisions Montrichard,
Olivier et Watrin, ft encore en arrire, Macdonald, allch par le
succs qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, voulut accabler Ott, qui
tait en observation sur le Tidone, et ordonna  Victor, Dombrowsky et
Rusca, de marcher contre lui  l'instant mme.

Trois torrens, coulant paralllement de l'Apennin dans le P, formaient
le champ de bataille: c'taient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le
gros de l'arme franaise tait encore sur la Nura; les divisions
Victor, Dombrowsky et Rusca s'avanaient sur la Trebbia, et avaient
l'ordre de la franchir pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler
Ott, que Macdonald croyait sans appui. Elles marchrent le 29 prairial
(17 juin). Elles repoussrent d'abord l'avant-garde du gnral Ott des
bords du Tidone, et l'obligrent  prendre une position en arrire vers
le village de Sermet. Ott allait tre accabl, mais dans ce moment
Suwarow arrivait  son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le
gnral Bagration  Victor qui marchait le long du P; il reporta Ott au
centre sur Dombrowsky, et dirigea Mlas  droite sur la division Rusca.
Bagration ne fut pas d'abord heureux contre Victor, et fut forc de
rtrograder; mais au centre, Suwarow fit charger la division Dombrowsky
par l'infanterie russe, jeta dans son flanc deux rgimens de cavalerie,
et la rompit. Ds cet instant, Victor, qui s'tait avanc sur le P, se
trouva dbord et compromis. Bagration, renforc par les grenadiers,
reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu les Polonais
au centre, et qui avait ainsi dbord Victor, le chargea en flanc, et
l'obligea  se retirer. Rusca,  droite, fut alors oblig de cder
le terrain  Mlas. Nos trois divisions repassrent le Tidone, et
rtrogradrent sur la Trebbia.

Cette premire journe, o un tiers de l'arme au plus s'tait trouv
engag contre toute l'arme ennemie, n'avait pas t heureuse.
Macdonald, ignorant l'arrive de Suwarow, s'tait trop ht. Il rsolut
de s'tablir derrire la Trebbia, d'y runir toutes ses divisions, et de
venger l'chec qu'il venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions
Olivier, Montrichard et Watrin taient encore en arrire sur la Nura, et
il rsolut d'attendre le surlendemain, c'est--dire le 1er messidor (19
juin), pour livrer bataille.

Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de runir ses forces, et il se
disposa  attaquer ds le lendemain mme, c'est--dire le 30 prairial
(18 juin). Les deux armes allaient se joindre le long de la Trebbia,
appuyant leurs ailes au P et  l'Apennin. Suwarow, jugeant sagement
que le point essentiel tait dans les montagnes, par o les deux armes
franaises pourraient communiquer, porta de ce ct sa meilleure
infanterie et sa meilleure cavalerie. Il dirigea la division Bagration,
qui d'abord tait  sa gauche le long du P, vers sa droite contre les
montagnes. Il les plaa avec la division Schweikofsky sous les ordres
de Rosemberg, et leur ordonna  toutes deux de passer la Trebbia vers
Rivalta, dans la partie suprieure de son cours, afin de dtacher les
Franais des montagnes. Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor,
taient places vers ce point,  la gauche de la ligne des Franais. Les
divisions Olivier et Montrichard devaient venir se placer au centre, le
long de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper la droite,
vers le P et Plaisance.

Ds le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes russes
attaqurent les avant-gardes franaises, qui taient au-del de la
Trebbia,  Casaliggio et Grignano, et les repoussrent; Macdonald, qui
ne s'attendait pas  tre attaqu, s'occupait  faire arriver en ligne
ses divisions du centre. Victor, qui commandait  notre gauche, porta
aussitt toute l'infanterie franaise au-del de la Trebbia, et mit
un moment Suwarow en pril. Mais Rosemberg, arrivant avec la division
Schweikofsky, rtablit l'avantage, et, aprs un combat furieux, dans
lequel les pertes furent normes des deux parts, obligea les Franais 
se retirer derrire la Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier,
Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin  droite, et une
canonnade s'tablissait sur toute la ligne. Aprs avoir chang quelques
boulets, on s'arrta de part et d'autre sur les bords de la Trebbia qui
spara les deux armes.

Telle fut la seconde journe. Elle avait consist en un combat vers
notre gauche, combat terrible, mais sans rsultat. Macdonald, disposant
dsormais de tout son monde, voulait rendre dcisive la troisime
journe. Son plan consistait  franchir la Trebbia sur tous les points,
et  dborder les deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division
Dombrowsky devait remonter la rivire jusqu' Rivalta, et la passer
au-dessus des Russes. La division Watrin devait la franchir presque 
son embouchure dans le P, et gagner l'extrme gauche de Suwarow. Il
comptait en mme temps que Moreau, dont il attendait la coopration
depuis deux jours, entrerait en action ce jour-l au plus tard. Tel fut
le plan pour la journe du 1er messidor (19 juin). Mais une horrible
chauffoure eut lieu pendant la nuit. Un dtachement franais ayant
travers le lit de la Trebbia pour prendre position, les Russes se
crurent attaqus et coururent aux armes. Les Franais y coururent de
leur ct. Les deux armes se mlrent et se livrrent un combat de
nuit, o des deux cts on s'gorgeait, sans distinguer amis ni ennemis.
Aprs un carnage inutile, les gnraux parvinrent enfin  ramener leurs
soldats au bivouac. Le lendemain les deux armes taient tellement
fatigues par trois jours de combats et par le dsordre de la nuit,
qu'elles n'entrrent en action que vers les dix heures du matin.

La bataille commena  notre gauche, sur la Haute Trebbia. Dombrowsky
franchit la Trebbia  Rivalta, malgr les Russes. Suwarow y dtacha
le prince Bagration. Ce mouvement laissa  dcouvert les flancs de
Rosemberg. Sur-le-champ Victor et Rusca en profitrent pour se jeter sur
lui en passant la Trebbia. Ils s'avancrent avec succs et envelopprent
de toutes parts la division Schweikofsky, o se trouvait Suwarow. Ils la
mirent dans le plus grand danger; mais elle fit front de tous cts et
se dfendit vaillamment. Bagration, apercevant le pril, se rabattit
promptement sur le point menac, et obligea Victor et Rusca  lcher
prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, se ft de son ct rabattu
sur Bagration, l'avantage nous serait rest sur ce point, qui tait le
plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. Malheureusement il
resta inactif, et Victor et Rusca furent obligs de se replier sur la
Trebbia. Au centre, Montrichard avait pass la Trebbia vers Grignano;
Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. Montrichard marchait sur le
corps de Forster, lorsque les rserves autrichiennes, que Suwarow
avait demandes  Mlas, et qui dfilaient sur le derrire du champ de
bataille, donnrent inopinment dans les flancs de sa division. Elle
fut surprise, et la 5e lgre, qui avait fait des prodiges en cent
batailles, s'enfuit en dsordre. Montrichard se vit oblig de repasser
la Trebbia. Olivier, qui s'tait avanc avec succs vers San-Nicolo, et
avait vigoureusement repouss Ott et Mlas, se trouva dcouvert par la
retraite de Montrichard. Mlas alors, donnant contre-ordre aux rserves
autrichiennes, dont la prsence avait jet le trouble dans la division
Montrichard, les dirigea sur la division Olivier, qui fut force  son
tour de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division Watrin, porte
inutilement  l'extrme droite, o elle n'avait rien  faire, s'avanait
le long du P, sans tre d'aucun secours  l'arme. Elle fut mme
oblige de repasser la Trebbia, pour suivre le mouvement gnral de
retraite. Suwarow, craignant toujours de voir Moreau dboucher sur ses
derrires, fit de grands efforts le reste de la journe pour passer la
Trebbia, mais il ne put y russir. Les Franais lui opposrent sur toute
la ligne une fermet invincible, et ce torrent, tmoin d'une lutte si
acharne, spara encore pour la troisime fois les deux armes ennemies.

Tel fut le troisime acte de cette sanglante bataille. Les deux armes
taient dsorganises. Elles avaient perdu environ douze mille hommes
chacune. La plupart des gnraux taient blesss. Des rgimens entiers
taient dtruits. Mais la situation tait bien diffrente. Suwarow
recevait tous les jours des renforts, et n'avait qu' gagner au
prolongement de la lutte. Macdonald, au contraire, avait puis toutes
ses ressources, et pouvait, en s'obstinant  se battre, tre jet en
dsordre dans la Toscane. Il songea donc  se retirer sur la Nura,
pour regagner Gnes par derrire l'Apennin. Il quitta la Trebbia le 2
messidor (20 juin) au matin. Une dpche, dans laquelle il peignit 
Moreau sa situation dsespre, tant tombe dans les mains de Suwarow,
celui-ci fut rempli de joie, et se hta de le poursuivre  outrance.
Cependant la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de la
Nura. Malheureusement, la division Victor, qui soutenait depuis quatre
jours des combats continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup de
prisonniers. Macdonald eut cependant le temps de recueillir son arme
au-del de l'Apennin, aprs une perte de quatorze ou quinze mille
hommes, en tus, blesss ou prisonniers.

Trs heureusement, Suwarow, entendant le canon de Moreau sur ses
derrires, se laissa dtourner de la poursuite de Macdonald. Moreau, que
des obstacles insurmontables avaient empch de se mettre en mouvement
avant le 30 prairial (18 juin), venait enfin de dboucher de Novi, de se
jeter sur Bellegarde, de le mettre en droute, et de lui prendre prs
de trois mille prisonniers. Mais cet avantage tardif tait inutile, et
n'eut d'autre rsultat que de rappeler Suwarow, et de l'empcher de
s'acharner sur Macdonald.

Cette jonction, de laquelle on attendait de si grands rsultats, avait
donc amen une sanglante dfaite; elle fit natre entre les deux
gnraux franais des contestations qui n'ont jamais t bien
claircies. Les militaires reprochrent  Macdonald d'avoir trop
sjourn en Toscane, d'avoir fait marcher ses divisions trop loin
les unes des autres, de manire que les divisions Victor, Rusca et
Dombrowsky furent battues deux jours de suite, avant que les divisions
Montrichard, Olivier et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherch, le
jour de la bataille,  dborder les deux ailes de l'ennemi, au lieu
de diriger son principal effort  sa gauche vers la Haute-Trebbia; de
s'tre tenu trop loign des montagnes, de manire  ne pas permettre 
Lapoype, qui tait  Bobbio, de venir  son secours; enfin de s'tre,
par-dessus tout, beaucoup trop ht de livrer bataille, comme s'il et
voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les militaires, en approuvant
le plan savamment combin par Moreau, ne lui ont reproch qu'une
chose, c'est de n'avoir pas mis de ct tout mnagement pour un ancien
camarade, de n'avoir pas pris le commandement direct des deux armes, et
surtout de n'avoir pas command en personne  la Trebbia. Quoi qu'il
en soit de la justesse de ces reproches, il est certain que le plan de
Moreau, excut comme il avait t conu, aurait sauv l'Italie. Elle
fut entirement perdue par la bataille de la Trebbia. Heureusement,
Moreau tait encore l pour recueillir nos dbris et empcher Suwarow
de profiter de son immense supriorit. La campagne n'tait ouverte que
depuis trois mois, et, except en Suisse, nous n'avions eu partout que
des revers. La bataille de Stokach nous avait fait perdre l'Allemagne;
les batailles de Magnano et de la Trebbia nous enlevaient l'Italie.
Massna seul, ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, le long de
la chane de l'Albis. Il ne faut pas oublier cependant, au milieu de ces
cruels revers, que le courage de nos soldats avait t inbranlable et
aussi brillant qu'aux plus beaux jours de nos victoires; que Moreau
avait t  la fois grand citoyen et grand capitaine, et avait empch
que Suwarow ne dtruist d'un seul coup nos armes d'Italie.

Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles armes aux ennemis du
directoire, et provoqurent contre lui un redoublement d'invectives.
La crainte d'une invasion commenait  s'emparer des esprits. Les
dpartemens du Midi et des Alpes, exposs les premiers au dbordement
des Austro-Russes, taient dans une extrme fermentation. Les villes de
Chambry, de Grenoble et d'Orange, envoyrent au corps lgislatif des
adresses qui firent la plus vive sensation. Ces adresses renfermaient
les reproches injustes qui circulaient depuis deux mois dans toutes
les bouches; elles revenaient sur le pillage des pays conquis, sur
les dilapidations des compagnies, sur le dnment des armes, sur le
ministre de Schrer, sur son gnralat, sur l'injustice faite  Moreau,
sur l'arrestation de Championnet, etc. Pourquoi, disaient-elles, les
conscrits fidles se sont-ils vus forcs de rentrer dans leurs foyers,
par le dnment o on les laissait? Pourquoi toutes les dilapidations
sont-elles restes impunies? Pourquoi l'inepte Schrer, signal comme un
tratre par Hoche, est-il rest si longtemps au ministre de la guerre?
Pourquoi a-t-il pu consommer, comme gnral, les maux qu'il avait
prpars comme ministre? Pourquoi des noms chers  la victoire sont-ils
remplacs par des noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome et de
Naples est-il en accusation?......

On a dj pu apprcier la valeur de ces reproches. Les adresses qui les
contenaient obtinrent l'honneur de l'impression, la mention honorable,
et le renvoi au directoire. Cette manire de les accueillir prouvait
assez les dispositions des deux conseils. Elles ne pouvaient tre plus
mauvaises. L'opposition constitutionnelle s'tait runie  l'opposition
patriote. L'une compose d'ambitieux qui voulaient un gouvernement
nouveau, et d'importans qui se plaignaient que leurs avis et leurs
recommandations n'eussent pas t assez bien accueillis; l'autre forme
de patriotes exclus par les scissions du corps lgislatif, ou rduits au
silence par la loi du 19 fructidor; elles voulaient galement la ruine
du gouvernement existant. Ils disaient que le directoire avait  la fois
mal administr et mal dfendu la France; qu'il avait viol la libert
des opinions, opprim la libert de la presse et des socits
populaires. Ils le dclaraient  la fois faible et violent; ils allaient
mme jusqu' revenir sur le 18 fructidor, et  dire que, n'ayant pas
respect les lois dans cette journe, il ne pouvait plus les invoquer en
sa faveur.

La nomination de Siyes au directoire avait t l'un des premiers motifs
de ces dispositions. Appeler au directoire un homme qui n'avait cess
de regarder comme mauvaise la constitution directoriale, qui dj, par
cette raison, avait refus d'tre directeur, c'tait annoncer en quelque
sorte qu'on voulait une rvolution. L'acceptation de Siyes, dont on
doutait  cause de ses refus antrieurs, ne fit que confirmer ces
conjectures.

Les mcontens de toute espce, qui voulaient un changement, se
grouprent autour de Siyes. Siyes n'tait point un chef de parti
habile; il n'en avait ni le caractre  la fois souple et audacieux, ni
mme l'ambition; mais il ralliait beaucoup de monde par sa renomme.
On savait qu'il trouvait tout mauvais dans la constitution et le
gouvernement, et on se pressait autour de lui, comme pour l'inviter
 tout changer. Barras, qui avait su se faire pardonner son ancienne
prsence au directoire par ses liaisons et ses intrigues avec tous les
partis, s'tait rapproch de Siyes, et tait parvenu  se rattacher
 lui, en livrant lchement ses collgues. C'est autour de ces deux
directeurs que se ralliaient tous les ennemis du directoire. Ce parti
avait song  se donner l'appui d'un jeune gnral qui et de la
rputation, et qui passt, comme beaucoup d'autres, pour une victime du
gouvernement. La position de Joubert, sur lequel on fondait de grandes
esprances, et qui tait sans emploi depuis sa dmission, avait fix le
choix sur lui. Il allait s'allier  M. de Smonville, en pousant une
demoiselle de Monthelon. On l'avait rapproch de Siyes; on le fit
nommer gnral de la 17e division militaire, celle de Paris, et on
s'effora d'en faire le chef de la nouvelle coalition.

On ne songeait point encore  faire des changemens; on voulait d'abord
s'emparer du gouvernement, sauver ensuite la France d'une invasion,
et on ajournait les projets constitutionnels  une poque o tous les
prils seraient passs. La premire chose  obtenir tait l'loignement
des membres de l'ancien directoire. Siyes n'y tait que depuis une
quinzaine; il y tait entr le 1er prairial, en remplacement de Rewbell.
Barras s'tait sauv de l'orage comme on a vu. Toute la haine se
dchargeait contre Larvellire, Merlin et Treilhard, tous trois fort
innocens de ce qu'on reprochait au gouvernement.

Ils avaient la majorit, puisqu'ils taient trois, mais on voulait leur
rendre impossible l'exercice de l'autorit. Ils avaient rsolu d'avoir
les plus grands gards pour Siyes, de lui pardonner mme son humeur,
afin de ne pas ajouter aux difficults de la position, celles que des
divisions personnelles pourraient encore faire natre. Mais Siyes tait
intraitable; il trouvait tout mauvais, et il tait en cela de trs bonne
foi; mais il s'exprimait de manire  prouver qu'il ne voulait pas
s'entendre avec ses collgues pour porter remde au mal. Un peu infatu
de ce qu'il avait vu dans le pays d'o il venait, il ne cessait de leur
dire: Ce n'est pas ainsi qu'on fait en Prusse.--Enseignez-nous donc,
lui rpondaient ses collgues, comment on fait en Prusse; clairez-nous
de vos avis, et aidez-nous  faire le bien.--Vous ne m'entendriez pas,
rpliquait Siyes; il est inutile que je vous parle; faites comme vous
avez coutume de faire.

Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilit se dclarait
entre la minorit et la majorit, les attaques les plus vives se
succdaient au dehors de la part des conseils. Il y avait dj querelle
ouverte sur les finances. La dtresse, comme on l'a dit, provenait de
deux causes, la lenteur des rentres et le dficit dans les produits
supposs. Sur 400 millions dj ordonnancs pour dpenses consommes,
210 millions taient  peine rentrs. Le dficit dans l'valuation des
produits s'levait, suivant Ramel,  67 et mme  75 millions. Comme
on lui contestait toujours la quotit du dficit, il donna un dmenti
formel au dput Gnissieux dans _le Moniteur_, et prouva ce qu'il
avanait. Mais que sert de prouver dans certains momens? On n'en accabla
pas moins le ministre et le gouvernement d'invectives; on ne cessa
pas de rpter qu'ils ruinaient l'tat, et demandaient sans cesse de
nouveaux fonds pour fournir  de nouvelles dilapidations. Cependant,
la force de l'vidence obligea  accorder un supplment de produits.
L'impt sur le sel avait t refus; pour y suppler, on ajouta un
dcime par franc sur toutes les contributions, et on doubla encore celle
des portes et fentres. Mais c'tait peu que de dcrter des impts,
il fallait assurer leur rentre par diffrentes lois, relatives  leur
assiette et  leur perception. Ces lois n'taient pas rendues. Le
ministre pressait leur mise en discussion; on ajournait sans cesse, et
on rpondait  ses instances en criant  la trahison, au vol, etc.

Outre la querelle sur les finances, on en avait ouvert une autre. Dj
il s'tait lev des rclamations sur certains articles de la loi du
19 fructidor qui permettaient au directoire de fermer les clubs et de
supprimer les journaux sur un simple arrt. Un projet de loi avait t
ordonn sur la presse et les socits populaires, afin de modifier la
loi du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir arbitraire
dont il tait revtu. On s'levait beaucoup aussi contre la facult que
cette loi donnait au directoire de dporter  sa volont les prtres
suspects, et de rayer les migrs de la liste. Les patriotes, eux-mmes
semblaient vouloir lui enlever cette dictature, funeste seulement 
leurs adversaires. On commena par la discussion sur la presse et les
socits populaires. Le projet mis en avant tait l'ouvrage de Berlier.
La discussion s'ouvrit dans les derniers jours de prairial (au milieu
de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels se distinguaient
Chnier, Bailleul, Creuz-Latouche, Lecointe-Puyraveau, soutenaient que
cette dictature accorde au directoire par la loi du 19 fructidor,
bien que redoutable en temps ordinaire, tait de la plus indispensable
ncessit dans la circonstance actuelle. Ce n'tait pas, disaient-ils,
dans un moment de pril extrme qu'il fallait diminuer les forces du
gouvernement. La dictature qu'on lui avait donne le lendemain du 18
fructidor lui tait devenue ncessaire, non plus contre la faction
royaliste, mais contre la faction anarchique, non moins redoutable que
la premire, et secrtement allie avec elle. Les disciples de Baboeuf,
ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, parts, et menaaient la
rpublique d'un nouveau dbordement.

Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, rpondaient avec
leur vhmence accoutume aux discours des partisans du directoire. Il
fallait, disaient-ils, donner une commotion  la France, et lui rendre
l'nergie de 1793, que le directoire avait entirement touffe en
faisant peser sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait
s'teindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne rendait pas la
parole aux feuilles patriotiques. Vainement, ajoutaient-ils, on accuse
les patriotes, vainement on feint de redouter un dbordement de leur
part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accuss? Depuis trois ans ils
sont gorgs, proscrits, sans patrie, dans la rpublique qu'ils ont
contribu puissamment  fonder et qu'ils ont dfendue. Quels crimes
avez-vous  leur reprocher? ont-ils ragi contre les racteurs? Non. Ils
sont exagrs, turbulens; soit. Mais sont-ce l des crimes? Ils parlent,
ils crient mme, si l'on veut; mais ils n'assassinent pas, et tous les
jours ils sont assassins... Tel tait le langage de Briot (du Doubs),
du Corse Arna, et d'une foule d'autres.

Les membres de l'opposition constitutionnelle s'exprimaient autrement.
Ils taient naturellement modrs. Ils avaient le ton mesur, mais amer
et dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux principes trop
mconnus, et rendre la libert  la presse et aux socits populaires.
Les dangers de fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentane
au directoire, mais cette dictature donne de confiance, comment en
avait-il us? Il n'y avait qu' interroger les partis, disait Boulay
(de la Meurthe). Quoique ayant tous des vues diffrentes, royalistes,
patriotes, constitutionnels, taient d'accord pour dclarer que le
directoire avait mal us de sa toute-puissance. Un mme accord, chez des
hommes si opposs de sentimens et de vues, ne pouvait pas laisser de
doute, et le directoire tait condamn.

Ainsi les patriotes irrits se plaignaient d'oppression; les
constitutionnels, pleins de prtentions, se plaignaient du mal-gouvern.
Tous se runirent, et firent abroger les articles de la loi du 19
fructidor relatifs aux journaux et aux socits populaires. C'tait l
une victoire importante, qui allait amener un dchanement d'crits
priodiques et le ralliement de tous les jacobins.

L'agitation allait croissante vers les derniers jours de prairial.
Les bruits les plus sinistres couraient de toutes parts. La nouvelle
coalition rsolut d'employer les tracasseries ordinaires que les
oppositions emploient dans les gouvernemens reprsentatifs pour obliger
un ministre  se retirer. Questions embarrassantes et ritres,
menaces d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens sont si naturels,
que, sans la pratique du gouvernement reprsentatif, l'instinct seul des
partis les dcouvre sur-le-champ.

Les commissions des dpenses, des fonds et de la guerre, tablies dans
les cinq-cents pour s'occuper de ces divers objets, se runirent, et
projetrent un message au directoire. Boulay (de la Meurthe) fut charg
du rapport, et le prsenta le 15 prairial. Sur sa proposition, le
conseil des cinq-cents adressa au directoire un message par lequel
il demandait  tre instruit des causes des dangers intrieurs et
extrieurs qui menaaient la rpublique, et des moyens qui existaient
pour y pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont gure d'autre effet
que d'arracher des aveux de dtresse, et de compromettre davantage le
gouvernement auquel on les arrache. Un gouvernement, nous le rptons,
doit russir: l'obliger  convenir qu'il n'a pas russi, c'est l'obliger
au plus funeste de tous les aveux. A ce message furent jointes une foule
de motions d'ordre, qui toutes avaient un objet analogue. Elles taient
relatives au droit de former des socits populaires,  la libert
individuelle,  la responsabilit des ministres,  la publicit des
comptes, etc.

Le directoire, en recevant le message en question, rsolut d'y faire une
rponse dtaille, dans laquelle il tracerait le tableau de tous les
vnemens, et exposerait les moyens qu'il avait employs, et ceux qu'il
se proposait d'employer encore, pour retirer la France de la crise o
elle se trouvait. Une rponse de cette nature exigeait le concours de
tous les ministres, pour que chacun d'eux pt fournir son rapport. Il
fallait au moins plusieurs jours pour le rdiger; mais ce n'est pas ce
qui convenait aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient pas un tat
exact et fidle de la France, mais des aveux prompts et embarrasss.
Aussi, aprs avoir attendu quelques jours, les trois commissions qui
avaient propos le message firent aux cinq-cents une proposition
nouvelle, par l'organe du dput Poulain-Grand-Pr. C'tait le 28
prairial (16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents de se dclarer
en permanence jusqu' ce que le directoire et rpondu au message du 15.
La proposition fut adopte. C'tait jeter le cri d'alarme, et annoncer
un prochain vnement. Les cinq-cents firent part aux anciens de leur
dtermination, en les engageant  suivre leur exemple. L'exemple en
effet fut imit, et les anciens sigrent aussi en permanence. Les
trois commissions des dpenses, des fonds, de la guerre, tant trop
nombreuses, furent changes en une seule commission, compose de
onze membres, et charge de prsenter les mesures exiges par les
circonstances.

Le directoire rpondit, de son ct, qu'il allait se constituer en
sance permanente, pour hter le rapport qu'on lui demandait. On conoit
quelle agitation devait rsulter d'une pareille dtermination. On
faisait, comme d'usage, courir les bruits les plus sinistres: les
adversaires du directoire disaient qu'il mditait un nouveau coup
d'tat, et qu'il voulait dissoudre les conseils. Ses partisans
rpandaient au contraire qu'il y avait une coalition forme entre tous
les partis pour renverser violemment la constitution. Rien de pareil
n'tait mdit de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions
voulait seulement la dmission des trois anciens directeurs. On imagina
un premier moyen pour l'amener. La constitution voulait que le directeur
entrant en fonctions et quitt la lgislature depuis un an rvolu. On
s'aperut que Treilhard, qui depuis treize mois sigeait au directoire,
tait sorti de la lgislature le 30 floral an V, et qu'il avait t
nomm au directoire, le 26 floral an VI. Il manquait donc quatre jours
au dlai prescrit. Ce n'tait l qu'une chicane, car cette irrgularit
tait couverte par le silence gard pendant deux sessions, et d'ailleurs
Siyes lui-mme tait dans le mme cas. Sur-le-champ la commission des
onze proposa d'annuler la nomination de Treilhard. Cette annulation eut
lieu le jour mme du 28 et fut signifie au directoire.

Treilhard tait rude et brusque, mais n'avait pas une fermet gale 
la duret de ses manires. Il tait dispos  cder. Larvellire
tait dans une tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnte et
dsintress, auquel ses fonctions taient  charge, qui ne les avait
acceptes que par devoir, et qui faisait des voeux tous les ans pour
que le sort le rendt  la retraite, ne voulait plus abandonner ses
fonctions depuis que les factions coalises paraissaient l'exiger. Il
se figurait qu'on ne voulait expulser les anciens directeurs que pour
abolir la constitution de l'an III; que Siyes, Barras et la famille
Bonaparte, concouraient au mme but dans des vues diffrentes, mais
toutes galement funestes  la rpublique. Dans cette persuasion, il ne
voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent leur poste. En
consquence, il courut chez Treilhard, et l'engagea  rsister. Avec
Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorit, et nous nous
refuserons  l'excution de cette dtermination du corps lgislatif,
comme illgale, sditieuse, et arrache par une faction. Treilhard
n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ sa dmission aux
cinq-cents.

Larvellire, voyant la majorit perdue, n'en persista pas moins 
refuser sa dmission, si on la lui demandait. Les meneurs des cinq-cents
rsolurent de donner tout de suite un successeur  Treilhard. Siyes
aurait voulu faire nommer un homme  sa dvotion; mais son influence
fut nulle dans cette occasion. On nomma un ancien avocat de Rennes,
prsident actuel du tribunal de cassation, et connu pour appartenir
plutt  l'opposition patriote qu' l'opposition constitutionnelle.
C'tait Gohier, citoyen probe et dvou  la rpublique, mais peu
capable, tranger  la connaissance des hommes et des affaires. Il fut
nomm le 29 prairial, et dut tre install le lendemain mme.

Ce n'tait pas assez d'avoir exclu Treilhard, on voulait arracher du
directoire Larvellire et Merlin. Les patriotes surtout taient furieux
contre Larvellire; ils se souvenaient que quoique rgicide, il n'avait
jamais t montagnard, qu'il avait lutt souvent contre leur parti
depuis le 9 thermidor, et que l'anne prcdente il avait encourag le
systme des scissions. En consquence, ils menacrent de le mettre
en accusation, lui et Merlin, s'ils ne donnaient pas tous deux leur
dmission. Siyes fut charg de faire une premire ouverture, pour les
engager  cder volontairement  l'orage.

Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, Siyes proposa une
runion particulire des quatre directeurs chez Merlin. On s'y rendit.
Barras, comme si on se ft trouv en danger, y vint avec le sabre au
ct, et n'ouvrit point la bouche. Siyes prit la parole avec embarras,
fit une longue digression sur les fautes du gouvernement, et balbutia
longtemps avant d'en venir au vritable objet de la runion. Enfin
Larvellire le somma de s'expliquer clairement. Vos amis, rpondit
Siyes, et ceux de Merlin vous engagent tous deux  donner votre
dmission. Larvellire demanda quels taient ces amis. Siyes n'en put
nommer aucun qui mritt quelque confiance. Larvellire lui parla alors
avec le ton d'un homme indign de voir le directoire trahi par ses
membres, et livr par eux aux complots des factieux. Il prouva
que jusqu'ici sa conduite et celle de ses collgues avaient t
irrprochables, que les torts qu'on leur imputait n'taient qu'un
tissu de calomnies, puis il attaqua directement Siyes sur ses projets
secrets, et le jeta dans le plus grand embarras par ses vhmentes
apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda le plus morne silence.
Sa position tait difficile, car seul il avait mrit tous les reproches
dont on accablait ses collgues. Leur demander leur dmission pour des
torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'taient qu' lui seul, et t
trop embarrassant. Il se tut donc. On se spara sans avoir rien obtenu.
Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait dclar qu'il suivrait
l'exemple de Larvellire.

Barras imagina d'employer un intermdiaire pour obtenir la dmission de
ses deux collgues. Il se servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le
got des plaisirs avait attir dans sa socit. Il le chargea d'aller
voir Larvellire pour le dcider  se dmettre. Bergoeng vint dans la
nuit du 20 au 30, invoqua auprs de Larvellire l'ancienne amiti qui
les liait, et employa tous les moyens pour l'branler. Il lui assura que
Barras l'aimait, l'honorait, et regardait son loignement comme injuste,
mais qu'il le conjurait de cder, pour n'tre pas expos  une tempte.
Larvellire demeura inbranlable. Il rpondit que Barras tait dupe
de Siyes, Siyes de Barras, et que tous deux seraient dups par
les Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la rpublique, mais qu'il
rsisterait jusqu' son dernier soupir.

Le lendemain 30, Gohier devait tre install. Les quatre directeurs
taient runis; tous les ministres taient prsens. A peine
l'installation fut-elle acheve, et les discours du prsident et du
nouveau directeur prononcs, qu'on revint  l'objet de la veille. Barras
demanda  parler en particulier  Larvellire; ils passrent tous deux
dans une salle voisine. Barras renouvela auprs de son collgue les
mmes instances, les mmes caresses, et le trouva aussi obstin. Il
rentra, assez embarrass de n'avoir rien obtenu, et craignant toujours
la discussion des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas tre
 son avantage. Alors il prit la parole avec violence, et n'osant pas
attaquer Larvellire, il se dchana contre Merlin qu'il dtestait, fit
de lui la peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le reprsenta
comme une espce de fier--bras, mditant, avec une runion de
coupe-jarrets, un coup d'tat contre ses collgues et les conseils.
Larvellire, venant au secours de Merlin, prit aussitt la parole,
et dmontra l'absurdit de pareilles imputations. Rien dans le
jurisconsulte Merlin, en effet, ne ressemblait  ce portrait.
Larvellire retraa alors l'historique de toute l'administration du
directoire, et le fit avec dtail pour clairer les ministres et le
directeur entrant. Barras tait dans une perplexit cruelle; il se
leva enfin, en disant: Eh bien! c'en est fait, les sabres sont
tirs.--Misrable, lui rpondit Larvellire avec fermet, que parles-tu
de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, et ils sont dirigs contre des
hommes irrprochables, que vous voulez gorger, ne pouvant les entraner
 une faiblesse.

Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais ne put y russir. Dans
ce moment, plusieurs membres des cinq-cents et des anciens s'tant
runis, vinrent prier les deux directeurs de cder, en promettant qu'il
ne serait point dirig contre eux d'acte d'accusation. Larvellire leur
rpondit avec fiert qu'il n'attendait point de grce, qu'on pouvait
l'accuser, et qu'il rpondrait. Les dputs qui s'taient chargs de
cette mission retournrent aux deux conseils, et y causrent un nouveau
soulvement en rapportant ce qui s'tait pass. Boulay (de la Meurthe)
dnona Larvellire, avoua sa probit, mais lui prta mal  propos des
projets de religion nouvelle, et accusa beaucoup son enttement, qui
allait, dit-il, perdre la rpublique. Les patriotes se dchanrent avec
plus de violence que jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il
ne fallait faire aucune grce aux directeurs.

L'agitation tait au comble, et la lutte se trouvant engage, on ne
savait plus jusqu'o elle pourrait tre pousse. Beaucoup d'hommes
modrs des deux conseils se runirent, et dirent que, pour viter des
malheurs, il fallait aller conjurer Larvellire de cder  l'orage. Ils
se rendirent auprs de lui dans la nuit du 30, et le supplirent, au nom
des dangers que courait la rpublique, de donner sa dmission. Ils lui
dirent qu'ils taient exposs tous aux plus grands prils, et que s'il
s'obstinait  rsister, ils ne savaient pas jusqu'o pourrait aller la
fureur des partis. Mais ne voyez-vous pas, leur rpondit Larvellire,
les dangers plus grands que court la rpublique? Ne voyez-vous pas que
ce n'est pas  nous qu'on en veut, mais  la constitution; qu'en cdant
aujourd'hui, il faudra cder demain, et toujours, et que la rpublique
sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, ajouta-t-il, me sont 
charge; si je m'obstine  les garder aujourd'hui, c'est parce que
je crois devoir opposer une barrire insurmontable aux complots des
factions. Cependant, si vous croyez tous que ma rsistance vous expose
 des prils, je vais me rendre; mais je vous le dclare, la rpublique
est perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je cde donc, puisque
je reste seul, et je vous remets ma dmission.

Il la donna dans la nuit. Il crivit une lettre simple et digne pour
exprimer ses motifs. Merlin lui demanda  la copier, et les deux
dmissions furent envoyes en mme temps. Ainsi fut dissous l'ancien
directoire. Toutes les factions qu'il avait essay de rduire s'taient
runies pour l'abattre, et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il
n'tait coupable que d'un seul tort, celui d'tre plus faible qu'elles;
tort immense, il est vrai, et qui justifie la chute d'un gouvernement.

Malgr le dchanement gnral, Larvellire emporta l'estime de tous
les citoyens clairs. Il ne voulut pas, en quittant le directoire,
recevoir les cent mille francs que ses collgues taient convenus de
donner au membre sortant; il ne reut pas mme la part  laquelle il
avait droit sur les retenues faites  leurs appointemens; il n'emporta
pas la voiture qu'il tait d'usage de laisser au directeur sortant. Il
se retira  Andilly, dans une petite maison qu'il possdait, et il y
reut la visite de tous les hommes considrs que la fureur des partis
n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut du nombre de ceux qui
allrent le visiter dans sa retraite.



CHAPITRE XVII.

FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT
LARVELLIRE ET MERLIN.--CHANGEMENT DANS LE MINISTRE.--LEVE DE TOUTES
LES CLASSES DE CONSCRITS.--EMPRUNT FORC DE CENT MILLIONS.--LOI DES
OTAGES.--NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.--REPRISE DES OPRATIONS EN
ITALIE; JOUBERT GNRAL EN CHEF; BATAILLE DE NOVI, ET MORT DE
JOUBERT.--DBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES EN HOLLANDE.--NOUVEAUX TROUBLES
A L'INTRIEUR; DCHANEMENT DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE
JOURNALISTES; RENVOI DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DCLARER LA PATRIE EN
DANGER.


Les annes usent les partis, mais il en faut beaucoup pour les puiser.
Les passions ne s'teignent qu'avec les coeurs dans lesquels elles
s'allumrent. Il faut que tout une gnration disparaisse; alors il ne
reste des prtentions des partis que les intrts lgitimes, et le
temps peut oprer entre ces intrts une conciliation naturelle et
raisonnable. Mais avant ce terme, les partis sont indomptables par la
seule puissance de la raison. Le gouvernement qui veut leur parler le
langage de la justice et des lois leur devient bientt insupportable, et
plus il a t modr, plus ils le mprisent comme faible et impuissant.
Veut-il, quand il trouve des coeurs sourds  ses avis, employer la
force, on le dclare tyrannique, on dit qu' la faiblesse il joint la
mchancet. En attendant les effets du temps, il n'y a qu'un grand
despotisme qui puisse dompter les partis irrits. Le directoire tait ce
gouvernement lgal et modr qui voulut faire subir le joug des lois aux
partis que la rvolution avait produits, et que cinq ans de lutte et de
raction n'avaient pas encore puiss. Ils se coalisrent tous, comme on
vient de le voir, au 30 prairial, pour amener sa chute. L'ennemi commun
renvers, ils se trouvaient en prsence les uns des autres sans aucune
main pour les contenir. On va voir comment ils se comportrent.

La constitution, quoique n'tant plus qu'un fantme, n'tait pas abolie,
et il fallait remplacer par une ombre le directoire dj renvers.
Gohier avait remplac Treilhard; il fallait donner des successeurs 
Larvellire et  Merlin. On choisit Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos
tait un ancien girondin, homme honnte, peu capable et tout--fait
dvou  Siyes. Il avait t nomm par l'influence de Siyes sur les
anciens. Moulins tait un gnral obscur, employ autrefois dans la
Vende, rpublicain chaud et intgre, nomm comme Gohier par l'influence
du parti patriote. On avait propos d'autres notabilits ou civiles
ou militaires, pour composer le directoire; mais elles avaient t
rejetes. Il tait clair, d'aprs de pareils choix, que les partis
n'avaient pas voulu se donner des matres. Ils n'avaient port au
directoire que ces mdiocrits, charges ordinairement de tous les
_interim_.

Le directoire actuel, compos, comme les conseils, de partis opposs,
tait encore plus faible et moins homogne que le prcdent. Siyes, le
seul homme suprieur parmi les cinq directeurs, rvait, comme on l'a vu,
une nouvelle organisation politique. Il tait le chef du parti qui se
qualifiait de modr ou de constitutionnel, et dont tous les membres
cependant souhaitaient une constitution nouvelle. Il n'avait de collgue
dvou que Roger-Ducos. Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes,
incapables de concevoir autre chose que ce qui existait, voulaient la
constitution actuelle, mais voulaient l'excuter et l'interprter dans
le sens des patriotes. Quant  Barras, appel naturellement a les
dpartager, qui pouvait compter sur lui? Ce chaos de vices, de passions,
d'intrts, d'ides contraires, que prsentait la rpublique mourante,
il en tait  lui seul l'emblme vivant. La majorit, dpendant de sa
voix, tait donc commise au hasard.

Siyes dit assez nettement  ses nouveaux collgues qu'ils prenaient la
direction d'un gouvernement menac d'une chute prochaine, mais qu'il
fallait sauver la rpublique si on ne pouvait sauver la constitution. Ce
langage dplut fort  Gohier et  Moulins, et fut mal accueilli par eux.
Aussi ds le premier jour les sentimens parurent peu d'accord. Siyes
tint le mme langage  Joubert, le gnral qu'on voulait engager dans le
parti rorganisateur. Mais Joubert, vieux soldat de l'arme d'Italie, en
avait les sentimens; il tait chaud patriote, et les vues de Siyes lui
parurent suspectes. Il s'en ouvrit secrtement  Gohier et  Moulins,
et parut se rattacher entirement  eux. Du reste, c'taient l des
questions qui ne pouvaient arriver qu'ultrieurement en discussion. Le
plus pressant tait d'administrer et de dfendre la rpublique menace.
La nouvelle de la bataille de la Trebbia, rpandue partout, jetait
tous les esprits dans l'alarme. Il fallait de grandes mesures de salut
public.

Le premier soin d'un gouvernement est de faire tout le contraire de
celui qui l'a prcd, ne serait-ce que pour obir aux passions qui
l'ont fait triompher. Championnet, ce hros de Naples si vant, Joubert,
Bernadotte, devaient sortir des fers ou de la disgrce, pour occuper les
premiers emplois. Championnet fut mis sur-le-champ en libert et nomm
gnral d'une nouvelle arme qu'on se proposait de former le long des
Grandes-Alpes. Bernadotte fut charg du ministre de la guerre. Joubert
fut appel  commander l'arme d'Italie. Ses triomphes dans le Tyrol,
sa jeunesse, son caractre hroque, inspiraient les plus grandes
esprances. Les rorganisateurs lui souhaitaient assez de succs et de
gloire pour qu'il pt appuyer leurs projets. Le choix de Joubert tait
fort bon sans doute, mais c'tait une nouvelle injustice pour Moreau,
qui avait si gnreusement accept le commandement d'une arme battue,
et qui l'avait sauve avec tant d'habilet. Mais Moreau tait peu
agrable aux chauds patriotes, qui triomphaient dans ce moment. On lui
donna le commandement d'une prtendue arme du Rhin qui n'existait pas
encore.

Il y eut en outre divers changemens dans le ministre. Le ministre
des finances, Ramel, qui avait rendu de si grands services depuis
l'installation du directoire, et qui avait administr pendant cette
transition si difficile du papier-monnaie au numraire, Ramel avait
partag l'odieux jet sur l'ancien directoire. Il fut si violemment
attaqu, que, malgr l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux
directeurs furent obligs d'accepter sa dmission. On lui donna pour
successeur un homme qui tait cher aux patriotes, et respectable pour
tous les partis: c'tait Robert Lindet, l'ancien membre du comit de
salut public, si indcemment attaqu pendant la raction. Il se dfendit
long-temps contre la proposition d'un portefeuille: l'exprience qu'il
avait faite de l'injustice des partis, devait peu l'engager  rentrer
dans les affaires. Cependant il y consentit par dvouement  la
rpublique.

La diplomatie du directoire n'avait pas t moins blme que son
administration financire. On l'accusait d'avoir remis la rpublique en
guerre avec toute l'Europe, et c'tait bien  tort, si l'on considre
surtout quels taient les accusateurs. Les accusateurs, en effet,
taient les patriotes eux-mmes, dont les passions avaient engag de
nouveau la guerre. On reprochait surtout au directoire l'expdition
d'gypte, nagure si vante, et on prtendait que cette expdition avait
amen la rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand,
dj peu agrable aux patriotes, comme ancien migr, avait encouru
toute la responsabilit de cette diplomatie, et il tait si vivement
attaqu qu'il fallut en agir avec lui comme avec Ramel, et accepter sa
dmission. On lui donna pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous les
apparences de la bonhomie allemande, cachait un esprit remarquable, et
que M. de Talleyrand avait recommand comme l'homme le plus capable de
lui succder. C'tait M. Reinhard. On a dit que ce choix n'avait t que
provisoire, et que M. Reinhard n'tait l qu'en attendant le moment o
M. de Talleyrand pourrait tre rappel. Le ministre de la justice
fut retir  Lambrechts,  cause de l'tat de sa sant, et donn 
Cambacrs. On plaa  la police Bourguignon, ancien magistrat, patriote
sincre et honnte. Fouch, cet ex-jacobin, si souple, si insinuant, que
Barras avait intress dans le trafic des compagnies, et pourvu ensuite
de l'ambassade  Milan, Fouch, destitu  cause de sa conduite en
Italie, passait aussi pour une victime de l'ancien directoire. Il devait
donc prendre part au triomphe dcern  toutes les victimes; il fut
envoy  La Haye.

Tels furent les principaux changemens apports au personnel du
gouvernement et des armes. Ce n'tait pas tout que de changer les
hommes, il fallait leur fournir de nouveaux moyens de remplir la tche
sous laquelle leurs prdcesseurs avaient succomb. Les patriotes,
revenant, suivant leur usage, aux moyens rvolutionnaires, soutenaient
qu'il fallait aux grands maux les grands remdes. Ils proposaient
les mesures urgentes de 1793. Aprs avoir tout refus au prcdent
directoire, on voulait tout donner au nouveau; on voulait mettre dans
ses mains des moyens extraordinaires, et l'obliger mme d'en user. La
commission des onze, forme des trois commissions des dpenses, des
fonds et de la guerre, et charge, pendant la crise de prairial,
d'aviser aux moyens de sauver la rpublique, confra avec les membres du
directoire, et arrta avec eux diffrentes mesures qui se ressentaient
de la disposition du moment. Au lieu de deux cent mille hommes, 
prendre sur les cinq classes de conscrits, le directoire put appeler
toutes les classes. Au lieu des impts proposs par l'ancien directoire,
et repousss avec tant d'acharnement par les deux oppositions, on
imagina encore un emprunt forc. Conformment au systme des patriotes,
il fut progressif, c'est--dire qu'au lieu de faire contribuer chacun
suivant la valeur de ses impts directs, ce qui procurait tout de suite
les rles de la contribution foncire et personnelle pour base de
rpartition, on obligea chacun de contribuer suivant sa fortune. Alors
il fallait recourir au jury taxateur, c'est--dire frapper les riches
par le moyen d'une commission. Le parti moyen combattit ce projet et dit
qu'il tait renouvel de la terreur, que la difficult de la rpartition
rendait encore cette mesure inefficace et nulle, comme les anciens
emprunts forcs. Les patriotes rpondirent qu'il fallait faire supporter
les frais de la guerre, non pas  toutes les classes, mais aux riches
seuls. Les mmes passions employaient toujours, comme en le voit, les
mmes raisons. L'emprunt forc et progressif fut dcrt; il fut fix 
cent millions, et dclar remboursable en biens nationaux.

Outre ces mesures de recrutement et de finances, on dut en prendre une
de police contre le renouvellement de la chouannerie, dans le midi et
les dpartemens de l'ouest, thtres de l'ancienne guerre civile. Il se
commettait l de nouveaux brigandages; on assassinait les acqureurs
de biens nationaux, les hommes rputs patriotes, les fonctionnaires
publics: on arrtait surtout les diligences, et on les pillait. Il y
avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendens
et chouans, beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et
aussi beaucoup de conscrits rfractaires. Quoique ces brigands, dont la
prsence annonait une espce de dissolution sociale, eussent pour but
rel le pillage, il tait vident, d'aprs le choix de leurs victimes,
qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nomme pour
imaginer un systme de rpression. Elle proposa une loi, qui fut appele
loi des otages, et qui est demeure clbre sous ce titre. Comme on
attribuait aux parens des migrs ou ci-devant nobles, la plupart de ces
brigandages, on voulut en consquence les obliger  donner des otages.
Toutes les fois qu'une commune tait reconnue en tat notoire de
dsordre, les parens ou allis d'migrs, les ci-devant nobles, les
ascendans des individus connus pour faire partie des rassemblemens,
taient considrs comme otages et comme civilement et personnellement
responsables des brigandages commis. Les administrations centrales
devaient dsigner les individus choisis pour otages, et les faire
enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre
 leurs frais et  leur gr, et demeurer enferms pendant toute la dure
du dsordre. Quand les dsordres iraient jusqu' l'assassinat, il devait
y avoir quatre dports pour un assassinat. On conoit tout ce qu'on
pouvait dire pour ou contre cette loi. C'tait, disaient ses partisans,
le seul moyen d'atteindre les auteurs, des dsordres, et ce moyen tait
doux et humain. C'tait, rpondaient ses adversaires, une loi des
suspects, une loi rvolutionnaire, qui, dans l'impuissance d'atteindre
les vrais coupables, frappait en masse, et commettait toutes les
injustices ordinaires aux lois de cette nature. En un mot, on dit pour
et contre tout ce qu'on a vu rpt si souvent dans cette histoire sur
les lois rvolutionnaires. Mais il y avait une objection plus forte que
toutes les autres  faire contre cette mesure. Ces brigands ne provenant
que d'une vritable dissolution sociale, le seul remde tait dans une
rorganisation vigoureuse de l'tat, et non dans des mesures tout--fait
discrdites, et qui n'taient capables de rendre aucune nergie aux
ressorts du gouvernement.

La loi fut adopte aprs une discussion assez vive, o les partis qui
avaient t un moment d'accord pour renverser l'ancien directoire se
sparrent avec clat. A ces mesures importantes, qui avaient pour but
d'armer le gouvernement de moyens rvolutionnaires, on en ajouta qui,
sous d'autres rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires
taient la consquence des reproches faits  l'ancien directoire. Pour
prvenir les scissions  l'avenir, on dcida que le voeu de toute
fraction lectorale serait nul; que tout agent du gouvernement cherchant
 influencer les lections serait puni pour attentat  la souverainet
du peuple; que le directoire ne pourrait plus faire entrer des troupes
dans le rayon constitutionnel sans une autorisation expresse; qu'aucun
militaire ne pourrait tre priv de son grade sans une dcision d'un
conseil de guerre; que le droit accord au directoire de lancer des
mandats d'arrt ne pourrait plus tre dlgu  des agens; qu'aucun
employ du gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne pourrait tre ni
fournisseur, ni mme intress dans les marchs de fournitures; qu'un
club ne pourrait tre ferm sans une dcision des administrations
municipale et centrale. On ne put pas s'entendre sur une loi de la
presse; mais l'article de la loi du 19 fructidor, qui donnait au
directoire la facult de suppression  l'gard des journaux, n'en
demeura pas moins aboli; et en attendant un nouveau projet, la presse
resta indfiniment libre.

Telles furent les mesures prises  la suite du 30 prairial, soit pour
rparer de prtendus abus, soit pour rendre au gouvernement l'nergie
dont il manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens de crise, 
la suite d'un changement de systme, sont imagines pour sauver un tat,
et arrivent rarement  temps pour le sauver, car tout est souvent dcid
avant qu'elles puissent tre mises  excution. Elles fournissent tout
au plus des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent millions, les
nouvelles leves, ne pouvaient tre excuts que dans quelques mois.
Cependant l'effet d'une crise est de donner une secousse  tous les
ressorts et de leur rendre une certaine nergie. Bernadotte se hta
d'crire des circulaires pressantes, et par vint de cette manire 
acclrer l'organisation dj commence des bataillons de conscrits.
Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent millions n'ouvrait aucune
ressource actuelle, assembla les principaux banquiers et commerans
de la capitale, et les engagea  prter leur crdit  l'tat. Ils y
consentirent, et prtrent leur signature au ministre des finances.
Ils se formrent en syndicat, et en attendant la rentre des impts,
signrent ds billets dont ils devaient tre rembourss au fur et 
mesure ds recettes. C'tait une espce de banque temporaire tablie
pour le besoin du moment.

On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; on demanda un
projet  Bernadotte, qui se hta d'en prsenter un fort singulier,
mais qui heureusement ne fut pas mis  excution. Rien n'tait plus
susceptible de combinaisons multiplies qu'un champ de bataille aussi
vaste que celui sur lequel on oprait. Chacun en y regardant devait
avoir une ide diffrente; et si chacun pouvait la proposer et la faire
adopter, il n'y avait pas de raison pour ne pas changer  chaque instant
de projet. Si, dans la discussion, la diversit des avis est utile, elle
est dplorable dans l'excution. Au dbut, on avait pens qu'il fallait
agir  la fois sur le Danube et en Suisse., Aprs la bataille de
Stokach, on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on supprima l'arme du
Danube. En ce moment, Bernadotte pensa autrement; il prtendit, que la
cause des succs des allis tait dans la facilit avec laquelle ils
pouvaient communiquer,  travers les Alpes, d'Allemagne en Italie.
Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur
enlevt le Saint-Gothard et les Grisons  l'aile droite de l'arme de
Suisse, et qu'on formt une nouvelle arme du Danube, qui reportt la
guerre en Allemagne. Pour former cette arme du Danube, il proposait
d'organiser promptement l'arme du Rhin, et de la renforcer de vingt
mille hommes enlevs  Massna. C'tait compromettre celui-ci, qui avait
devant lui toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait tre accabl
pendant ce revirement. Il est vrai qu'il et t bon de ramener la
guerre sur le Danube, mais il suffisait de donner  Massna les moyens
de prendre l'offensive, pour que son arme devnt elle-mme cette
arme du Danube. Alors il fallait tout runir dans ses mains, loin de
l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une arme devait tre
forme sur les Grandes-Alpes, pour couvrir la frontire contre les
Austro-Russes du ct du Pimont. Joubert, runissant les dbris de
toutes les armes d'Italie, et renforc des troupes disponibles 
l'intrieur, devait dboucher de l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive
force.

Ce plan, fort approuv par Moulins, fut envoy aux gnraux. Massna,
fatigu de tous ces projets extravagans, offrit sa dmission. On ne
l'accepta pas, et le plan ne fut point mis  excution. Massna
conserva le commandement de toutes les troupes, depuis Ble jusqu'au
Saint-Gothard. On persista dans le projet de runir une arme sur le
Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'arme sur les Alpes,
sous les ordres de Championnet. Ce noyau tait  peu prs de quinze
mille hommes. On envoya tous les renforts disponibles  Joubert, qui
devait dboucher de l'Apennin. On tait au milieu de la saison, en
messidor (juillet); les renforts commenaient  arriver. Un certain
nombre de vieux bataillons, retenus dans l'intrieur, taient rendus sur
la frontire. Les conscrits s'organisaient et allaient remplacer les
vieilles troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres manquaient
pour la grande quantit de conscrits, on avait imagin d'augmenter
le nombre des bataillons dans les demi-brigades ou rgimens, ce qui
permettait d'incorporer les nouvelles leves dans les anciens corps.

On savait qu'un renfort de trente mille Russes arrivait en Allemagne,
sous les ordres du gnral Korsakoff. On pressait Massna de sortir de
ses positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour tcher de
le battre avant sa jonction avec les Russes. Le gouvernement avait
parfaitement raison sous ce rapport, car il tait urgent de faire une
tentative avant la runion d'une masse de forces aussi imposante.
Cependant Massna refusait de prendre l'offensive, soit qu'il manqut
ici de son audace accoutume, soit qu'il attendt la reprise des
oprations offensives en Italie. Les militaires ont tous condamn son
inaction, qui, du reste, devint bientt heureuse par les fautes de
l'ennemi, et qui fut rachete par d'immortels services. Pour obir
cependant aux instances du gouvernement, et excuter une partie du
plan de Bernadotte, qui consistait  empcher les Austro-Russes de
communiquer d'Allemagne en Italie, Massna ordonna  Lecourbe de
prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, de s'emparer de ce point
important et de reprendre les Grisons. Par cette opration, les
Grandes-Alpes rentraient sous la domination des Franais, et les armes
ennemies qui opraient en Allemagne, se trouvaient sans communication
avec celles qui opraient en Italie. Lecourbe excuta cette entreprise
avec l'intrpidit et la hardiesse qui le signalaient dans la guerre de
montagnes, et redevint matre du Saint-Gothard.

Pendant ce temps, de nouveaux vnemens se prparaient en Italie.
Suwarow, oblig par la cour de Vienne d'achever le sige de toutes les
places, avant de pousser ses avantages, n'avait nullement profit de la
victoire de la Trebbia. Il aurait mme pu, tout en se conformant 
ses instructions, se rserver une masse suffisante pour disperser
entirement nos dbris; mais il n'avait pas assez le gnie des
combinaisons militaires pour agir de la sorte. Il consumait donc le
temps  faire des siges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de
Milan, taient tombes. La citadelle de Turin avait eu le mme sort.
Les deux places clbres de Mantoue et d'Alexandrie tenaient encore, et
faisaient prvoir une longue rsistance. Kray assigeait Mantoue, et
Bellegarde Alexandrie. Malheureusement toutes nos places avaient t
confies  des commandans dpourvus ou d'nergie ou d'instruction.
L'artillerie y tait mal servie, parce qu'on n'y avait jet que des
corps dlabrs; l'loignement de nos armes actives, replies sur
l'Apennin, dsesprait singulirement les courages. Mantoue, la
principale de ces places, ne mritait pas la rputation que les
campagnes de Bonaparte lui avaient value. Ce n'tait pas sa force, mais
la combinaison des vnemens, qui avait prolong sa dfense. Bonaparte,
en effet, avec une dizaine de mille hommes, en avait rduit quatorze
mille  y mourir des fivres et de la misre. Le gnral Latour-Foissac
en tait le commandant actuel. C'tait un savant officier du gnie; mais
il n'avait pas l'nergie ncessaire pour ce genre de dfense. Dcourag
par l'irrgularit de la place et le mauvais tat des fortifications, il
ne crut pas pouvoir suppler aux murailles par de l'audace. D'ailleurs
sa garnison tait insuffisante; et aprs les premiers assauts, il parut
dispos  se rendre. Le gnral Gardanne commandait  Alexandrie. Il
tait rsolu, mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement un
premier assaut; mais il ne sut pas voir dans la place les ressources
qu'elle prsentait encore.

On tait en thermidor (milieu de juillet); plus d'un mois s'tait coul
depuis la rsolution du 30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau
sentait l'importance de prendre l'offensive avant la chute des places,
et de dboucher, avec l'arme rorganise et renforce, sur les
Austro-Russes disperss. Malheureusement il tait enchan par les
ordres du gouvernement qui lui avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi,
dans cette malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres intempestifs
qui amena toujours nos revers. Le changement d'ides et de plans dans
les choses d'excution, et surtout  la guerre, est toujours funeste.
Si Moreau, auquel on aurait d donner le commandement ds l'origine,
l'avait eu du moins depuis la journe de Cassano, et l'avait eu sans
partage, tout et t sauv; mais associ tantt  Macdonald, tantt 
Joubert, on l'empcha pour la seconde et troisime fois de rparer nos
malheurs, et de relever l'honneur de nos armes.

Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et des caresses, attacher au
parti qui projetait une rorganisation, perdit un mois entier, celui de
messidor (juin et juillet),  clbrer ses noces, et manqua ainsi une
occasion dcisive. On ne l'attacha pas rellement au parti dont on
voulait le faire l'appui, car il resta dvou aux patriotes, et on lui
fit perdre inutilement un temps prcieux. Il partit en disant  sa jeune
pouse: _Tu me reverras mort ou victorieux._ Il emporta, en effet, la
rsolution hroque de vaincre ou de mourir. Ce noble jeune homme, en
arrivant  l'arme dans le milieu de thermidor (premiers jours d'aot),
tmoigna la plus grande dfrence au matre consomm auquel on
l'appelait  succder. Il le pria de rester auprs de lui pour lui
donner des conseils. Moreau, tout aussi gnreux que le jeune gnral,
voulut bien assister  sa premire bataille, et l'aider de ses conseils:
noble et touchante confraternit, qui honore les vertus de nos gnraux
rpublicains, et qui appartient  un temps o le zle patriotique
l'emportait encore sur l'ambition dans le coeur de nos guerriers!

L'arme franaise, compose des dbris des armes de la Haute-Italie et
de Naples, des renforts arrivs de l'intrieur, s'levait  quarante
mille hommes, parfaitement rorganiss, et brlant de se mesurer de
nouveau avec l'ennemi. Rien n'galait le patriotisme de ces soldats,
qui, toujours battus, n'taient jamais dcourags, et demandaient
toujours de retourner  l'ennemi. Aucune arme rpublicaine n'a mieux
mrit de la France, car aucune n'a mieux rpondu au reproche injuste
fait aux Franais, de ne pas savoir supporter les revers. Il est vrai
qu'une partie de sa fermet tait due au brave et modeste gnral dans
lequel elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait toujours
au moment o il allait la ramener  la victoire.

Ces quarante mille hommes taient indpendans de quinze mille qui
devaient servir, sous Championnet,  former le noyau de l'arme des
Grandes-Alpes. Ils avaient dbouch par la Bormida sur Acqui, par la
Bochetta sur Gavi, et ils taient venus se ranger en avant de Novi. Ces
quarante mille hommes, dbouchant  temps, avant la runion des corps
occups  faire des siges, pouvaient remporter des avantages dcisifs.
Mais Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor (22 juillet).
Le bruit tait vaguement rpandu que Mantoue venait aussi de les ouvrir.
Cette triste nouvelle fut bientt confirme, et on apprit que la
capitulation avait t signe le 12 thermidor (30 juillet). Kray venait
de rejoindre Suwarow avec vingt mille hommes; la masse agissante des
Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante et quelques mille. Il
n'tait donc plus possible  Joubert de lutter  chance gale contre un
ennemi si suprieur. Il assembla un conseil de guerre; l'avis gnral
fut de rentrer dans l'Apennin, et de se borner  la dfensive, en
attendant de nouvelles forces.

Joubert allait excuter sa rsolution, lorsqu'il fut prvenu par
Suwarow, et oblig d'accepter la bataille. L'arme franaise tait
forme en demi-cercle, sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant toute
la plaine de Novi. La gauche forme des divisions Grouchy et Lemoine,
s'tendait circulairement en avant de Pasturana. Elle avait  dos le
ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrires accessibles  l'ennemi qui
oserait s'engager dans ce ravin. La rserve de cavalerie, commande
par Richepanse, tait en arrire de cette aile. Au centre, la division
Laboissire couvrait les hauteurs  droite et  gauche de la ville
de Novi. La division Watrin,  l'aile droite, dfendait les accs du
Monte-Rotondo, du ct de la route de Tortone. Dombrowsky avec une
division bloquait Seravalle. Le gnral Prignon commandait notre aile
gauche, Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position tait forte,
bien occupe sur tous les points, et difficile  emporter. Cependant
quarante mille hommes contre plus de soixante mille avaient un
dsavantage immense. Suwarow rsolut d'attaquer la position avec sa
violence accoutume. Il porta Kray vers notre gauche avec les divisions
Ott et Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en tte
l'avant-garde de Bagration, devait attaquer notre centre vers Novi.
Mlas, demeur un peu en arrire avec le reste de l'arme, devait
assaillir notre droite. Par une combinaison singulire, ou plutt par un
dfaut de combinaison, les attaques devaient tre successives, et non
simultanes.

Le 28 thermidor (15 aot 1799), Kray commena l'attaque  cinq heures du
matin. Bellegarde attaqua la division Grouchy  l'extrme gauche, et
Ott la division Lemoine. Ces deux divisions n'tant pas encore formes,
faillirent tre surprises et rompues. La rsistance opinitre de l'une
des demi-brigades obligea Kray  se jeter sur la 20e lgre, qu'il
accabla en runissant contre elle son principal effort. Dj ses troupes
prenaient pied sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop sur le
lieu du danger. Il n'tait plus temps de songer  la retraite, et il
fallait tout oser pour rejeter l'ennemi au bas du plateau. S'avanant
au milieu des tirailleurs pour les encourager, il reut une balle qui
l'atteignit prs du coeur, et l'tendit par terre. Presque expirant, le
jeune hros criait encore  ses soldats: _En avant, mes amis! en avant!_
Cet vnement pouvait jeter le dsordre dans l'arme; mais heureusement
Moreau avait accompagn Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ le
commandement qui lui tait dfr par la confiance gnrale, rallia les
soldats, bouillans de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens.
Les grenadiers de la 34e les chassrent  la baonnette, et les
prcipitrent au bas de la colline. Malheureusement les Franais
n'avaient pas encore leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, au
contraire, sillonnaient leurs rangs par une grle d'obus et de boulets.
Pendant cette action, Bellegarde tchait de tourner l'extrme gauche par
le ravin du Riasco, qui a dj t dsign comme donnant accs sur nos
derrires. Dj il s'tait introduit assez avant, lorsque Prignon,
lui prsentant  propos la rserve commande par le gnral Clausel,
l'arrta dans sa marche. Prignon acheva de le culbuter dans la plaine,
en le faisant charger par les grenadiers de Partouneaux et par la
cavalerie de Richepanse. Ce coup de vigueur dbarrassa l'aile gauche.

Grce  la singulire combinaison de Suwarow, qui voulait rendre ses
attaques successives, notre centre n'avait pas encore t attaqu.
Saint-Cyr avait eu le temps de faire ses dispositions, et de rapprocher
de Novi la division Watrin, formant son extrme droite. Sur les
instances de Kray, qui demandait  tre appuy par une attaque vers
le centre, Bagration s'tait enfin dcid  l'assaillir avec son
avant-garde. La division Laboissire, qui tait  la gauche de Novi,
laissant approcher les Russes de Bagration  demi-porte de fusil,
les accabla tout  coup d'un feu pouvantable de mousqueterie et de
mitraille, et couvrit la plaine de morts. Bagration, sans s'branler,
dirigea alors quelques bataillons pour tourner Novi par notre droite;
mais, rencontrs par la division Watrin, qui se rapprochait de Novi, ils
furent rejets dans la plaine.

On tait ainsi arriv  la moiti du jour sans que notre ligne ft
entame. Suwarow venait d'arriver avec le corps russe de Derfelden. Il
ordonna une nouvelle attaque gnrale sur toute la ligne. Kray devait
assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et Bagration le centre. Mlas
tait averti de hter le pas, pour venir accabler notre droite. Tout
tant dispos, l'ennemi s'branle sur toute la ligne. Kray, s'acharnant
sur notre gauche, essaie encore de la faire assaillir de front par
Ott; mais la rserve Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la
division Lemoine culbute Ott sur les pentes des collines. Au centre,
Suwarow fait livrer une attaque furieuse  droite et  gauche de Novi.
Une nouvelle tentative de tourner la ville est djoue, comme le matin,
par la division Watrin. Malheureusement nos soldats, entrans par
leur ardeur, s'abandonnent trop vivement  la poursuite de l'ennemi,
s'aventurent dans la plaine, et sont ramens dans leur position. A une
heure le feu se ralentit de nouveau par l'effet de la fatigue gnrale;
mais il recommence bientt avec violence, et pendant quatre heures les
Franais, immobiles comme des murailles, rsistent avec une admirable
froideur  toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore que des
pertes peu considrables. Les Austro-Russes, au contraire, avaient t
horriblement traits. La plaine tait jonche de leurs morts et de leurs
blesss. Malheureusement le reste de l'arme austro-russe arrivait de
Rivalta, sous les ordres de Mlas. Cette nouvelle irruption allait se
diriger sur notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramne la division
Watrin, qui s'tait trop engage dans la plaine, et la dirige sur un
plateau  droite de Novi. Mais tandis qu'elle opre ce mouvement, elle
se voit dj enveloppe de tous cts par le corps nombreux de Mlas.
Cette vue la saisit, elle se rompt, et gagne le plateau en dsordre.
On la rallie cependant un peu en arrire. Pendant ce temps, Suwarow,
redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette enfin les Franais
dans la ville, et s'empare des hauteurs qui la commandent  droite et
 gauche. Ds cet instant, Moreau, jugeant la retraite ncessaire,
l'ordonne avant que de nouveaux progrs de l'ennemi interdisent les
communications sur Gavi. A droite, la division Watrin est oblige de
se faire jour pour regagner le chemin de Gavi dj ferm. La division
Laboissire se retire de Novi; les divisions Lemoine et Grouchy se
replient sur Pasturana, en essuyant les charges furieuses de Kray.
Malheureusement un bataillon s'introduit dans le ravin du Riasco, qui
passe derrire Pasturana. Son feu jette le dsordre dans nos colonnes;
artillerie, cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, presse
par l'ennemi, se dbande et se jette dans le ravin. Nos soldats sont
emports comme la poussire souleve par le vent. Prignon et Grouchy
rallient quelques braves, pour arrter l'ennemi et sauver l'artillerie;
mais ils sont sabrs, et restent prisonniers. Prignon avait reu sept
coups de sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce gnral pimontais qui
s'tait si distingu dans les premires campagnes contre nous, et qui
avait ensuite pris du service dans notre arme, se forme en carr avec
quelques bataillons, rsiste jusqu' ce qu'il soit enfonc, et tombe
tout mutil dans les mains des Russes.

Aprs ce premier moment de confusion, l'arme se rallia en avant de
Gavi. Les Austro-Russes taient trop fatigus pour la poursuivre. Elle
put se remettre en marche sans tre inquite. La perte des deux cts
tait gale; elle s'levait  environ dix mille hommes pour chaque
arme. Mais les blesss et les tus taient beaucoup plus nombreux
dans l'arme austro-russe. Les Franais avaient perdu beaucoup plus de
prisonniers. Ils avaient perdu aussi le gnral en chef, quatre gnraux
de division, trente-sept bouches  feu et quatre drapeaux. Jamais ils
n'avaient dploy un courage plus froid et plus opinitre. Ils taient
infrieurs  l'ennemi du tiers au moins. Les Russes avaient montr leur
bravoure fanatique, mais n'avaient d l'avantage qu'au nombre, et
non aux combinaisons du gnral, qui avait montr ici la plus grande
ignorance. Il avait, en effet, expos ses colonnes  tre mitrailles
l'une aprs l'autre, et n'avait pas assez appuy sur notre gauche, point
qu'il fallait accabler. Cette dplorable bataille nous interdisait
dfinitivement l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la
campagne. Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, heureux de pouvoir
le conserver. La perte de la bataille ne pouvait tre impute  Moreau,
mais  la circonstance malheureuse de la runion de Kray  Suwarow. Le
retard de Joubert avait seul caus ce dernier dsastre.

Tous nos malheurs ne se bornaient pas  la bataille de Novi.
L'expdition contre la Hollande, prcdemment annonce, s'excutait
enfin par le concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait stipul
un trait avec Pitt, par lequel il devait fournir dix-sept mille Russes,
qui seraient  la solde anglaise, et qui agiraient en Hollande. Aprs
beaucoup de difficults vaincues, l'expdition avait t prpare pour
la fin d'aot (commencement de fructidor). Trente mille Anglais devaient
se joindre aux dix-sept mille Russes, et si le dbarquement s'effectuait
sans obstacle, on avait l'esprance certaine d'arracher la Hollande
aux Franais. C'tait pour l'Angleterre l'intrt le plus cher; et
n'et-elle russi qu' dtruire les flottes et les arsenaux de la
Hollande, elle et encore t assez paye des frais de l'expdition. Une
escadre considrable se dirigea vers la Baltique, pour aller chercher
les Russes. Un premier dtachement mit  la voile sous les ordres du
gnral Abercrombie, pour tenter le dbarquement. Toutes les troupes
d'expdition une fois runies devaient se trouver sous les ordres
suprieurs du duc d'York.

Le point le plus avantageux pour aborder en Hollande tait l'embouchure
de la Meuse. On menaait ainsi la ligne de retraite des Franais, et
on abordait trs prs de La Haye, o le stathouder avait le plus de
partisans. La commodit des ctes fit prfrer la Nord-Hollande.
Abercrombie se dirigea vers le Helder, o il arriva vers la fin d'aot.
Aprs bien des obstacles vaincus, il dbarqua prs du Helder, aux
environs de Groot-Keeten, le 10 fructidor (27 aot). Les prparatifs
immenses qu'avait exigs l'expdition, et la prsence de toutes les
escadres anglaises sur les ctes, avaient assez, averti les Franais
pour qu'ils fussent sur leurs gardes. Brune commandait  la fois les
armes batave et franaise. Il n'avait gure sous la main que sept mille
Franais et dix mille Hollandais, commands par Daendels. Il avait
dirig la division batave aux environs du Helder, et dispos aux
environs de Harlem la division franaise. Abercrombie, en dbarquant,
rencontra les Hollandais  Groot-Keeten, les repoussa, et parvint ainsi
 assurer le dbarquement de ses troupes. Les Hollandais en cette
occasion ne manqurent pas de bravoure, mais ne furent pas dirigs
avec assez d'habilet par le gnral Daendels, et furent obligs de se
replier. Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour attaquer
promptement les troupes dbarques avant qu'elles fussent solidement
tablies, et qu'elles eussent t renforces des divisions anglaises et
russes qui devaient rejoindre.

Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. Les gardes
nationales s'taient offertes  garder les places, ce qui avait permis
 Brune de mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appel  lui la
division Dumonceau, forte de six mille hommes, et il rsolut d'attaquer
ds les premiers jours de septembre le camp o venaient de s'tablir
les Anglais. Ce camp tait redoutable; c'tait le Zip, ancien marais,
dessch par l'industrie hollandaise, formant un vaste terrain coup
de canaux, hriss de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept mille
Anglais l'occupaient, et y avaient fait les meilleures dispositions
dfensives. Brune pouvait l'assaillir avec vingt mille hommes au plus,
ce qui tait fort insuffisant  cause de la nature du terrain. Il aborda
ce camp le 22 fructidor (8 septembre), et, aprs un combat opinitre,
fut oblig de battre en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il ne
pouvait plus ds cet instant empcher la runion de toutes les forces
anglo-russes, et devait attendre la formation d'une arme franaise pour
les combattre. Cet tablissement des Anglais dans la Nord-Hollande amena
l'vnement qu'on devait redouter le plus, la dfection de la grande
flotte hollandaise. Le Texel n'avait pas t ferm, et l'amiral anglais
Mitchell put y pntrer avec toutes ses voiles. Depuis longtemps les
matelots hollandais taient travaills par des missaires du
prince d'Orange;  la premire sommation de l'amiral Mitchell, ils
s'insurgrent, et forcrent Story, leur amiral,  se rendre. Toute la
marine hollandaise se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui tait
dj pour eux un avantage du plus grand prix.

Ces nouvelles, arrives coup sur coup  Paris, y produisirent l'effet
qu'on devait naturellement en attendre. Elles augmentrent la
fermentation des partis, et surtout le dchanement des patriotes, qui
demandrent, avec plus de chaleur que jamais, l'emploi des grands moyens
rvolutionnaires. La libert rendue aux journaux et aux clubs en avait
fait renatre un grand nombre. Les restes du parti jacobin s'taient
runis dans l'ancienne salle du Mange, o avaient sig nos premires
assembles. Quoique la loi dfendt aux socits populaires de prendre
la forme d'assembles dlibrantes, la socit du Mange ne s'en
tait pas moins donn, sous des titres diffrens, un prsident, des
secrtaires, etc. On y voyait figurer l'ex-ministre Bouchotte, Drouet,
Flix Lepelletier, Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On y
invoquait les mnes de Goujon, de Soubrany et des victimes de Grenelle.
On y demandait, en style de 93, la punition de toutes les sangsues
du peuple, le dsarmement des royalistes, la leve en masse,
l'tablissement des manufactures d'armes dans les places publiques, et
la restitution des canons et des piques aux gardes nationales, etc. On y
demandait surtout la mise en accusation des anciens directeurs, auxquels
on attribuait les derniers dsastres, comme tant les rsultats de
leur administration. Quand la nouvelle de la bataille de Novi et des
vnemens de Hollande fut connue, la violence n'eut plus de bornes. Les
injures furent prodigues aux gnraux. Moreau fut trait de ttonneur;
Joubert lui-mme, malgr sa mort hroque, fut accus d'avoir perdu
l'arme par sa lenteur  la rejoindre. Sa jeune pouse, MM. de
Smonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on attribuait son mariage,
furent accabls d'outrages. Le gouvernement hollandais fut accus de
trahison; on dit qu'il tait compos d'aristocrates, de stathoudriens,
ennemis de la France et de la libert. Le _Journal des hommes libres_,
organe du mme parti qui se runissait  la salle du Mange, rptait
toutes ces dclamations, et ajoutait au scandale des paroles celui de
l'impression.

Ce dchanement causait  beaucoup de gens une espce de terreur.
On craignait une nouvelle reprsentation des scnes de 93. Ceux qui
s'appelaient les _modrs_, les _politiques_, et qui,  la suite de
Siyes, avaient l'intention louable et la prtention hasarde de sauver
la France des fureurs des partis en la constituant une seconde fois,
s'indignaient du dchanement de ces nouveaux jacobins. Siyes surtout
avait une grande habitude de les craindre, et il se prononait contre
eux avec toute la vivacit de son humeur. Au reste, ils pouvaient
paratre redoutables, car, indpendamment des criards et des brouillons
qui talaient leur nergie dans les clubs ou dans les journaux, ils
comptaient des partisans plus braves, plus puissans, et par consquent
dangereux, dans le gouvernement lui-mme. Il y avait dans les conseils
tous les patriotes repousss une premire fois par les scissions, et
entrs de force aux lections de cette anne, qui, en langage plus
modr, rptaient  peu prs ce qui se disait dans la socit du
Mange. C'taient des hommes qui ne voulaient pas courir la chance d'une
nouvelle constitution, qui se dfiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient
la faire, et qui craignaient qu'on ne chercht dans les gnraux un
appui redoutable. Ils voulaient de plus, pour tirer la France de ses
prils, des mesures semblables  celles qu'avait employes le comit
de salut public. Les anciens, plus mesurs et plus sages, par leur
position, partageaient peu cet avis, mais plus de deux cents membres le
soutenaient chaudement dans les cinq-cents. Il n'y avait pas seulement
dans le nombre des ttes chaudes comme Augereau, mais des hommes sages
et clairs comme Jourdan. Ces deux gnraux donnaient au parti patriote
un grand ascendant sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait
deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indcis; d'une part, il se
dfiait de Siyes, qui lui tmoignait peu d'estime et le regardait comme
pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et leurs extravagances.
Il hsitait ainsi  se prononcer. Dans le ministre, les patriotes
venaient de trouver un appui dans Bernadotte. Ce gnral tait beaucoup
moins prononc que la plupart des gnraux de l'arme d'Italie, et on
doit se souvenir que sa division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en
querelle avec la division Augereau au sujet du mot _monsieur_, qu'elle
substituait dj  celui de _citoyen_. Mais Bernadotte avait une
ambition inquite; il avait vu avec humeur la confiance accorde 
Joubert par le parti rorganisateur; il croyait qu'on songeait  Moreau
depuis la mort de Joubert, et cette circonstance l'indisposant contre
les projets de rorganisation, le rattachait entirement aux patriotes.
Le gnral Marbot, commandant de la place de Paris, rpublicain violent,
tait dans le mmes dispositions que Bernadotte.

Ainsi, deux cents dputs prononcs dans les cinq-cents,  la tte
desquels se trouvaient deux gnraux clbres, le ministre de la guerre,
le commandant de la place de Paris, deux directeurs, quantit de
journaux et de clubs, un reste considrable d'hommes compromis, et
propres aux coups de main, pouvaient causer quelque effroi; et bien
que le parti montagnard ne pt renatre, on conoit les craintes qu'il
inspirait encore  des hommes tout pleins des souvenirs de 1793.

On tait peu satisfait du magistrat Bourguignon pour l'exercice des
fonctions de la police. C'tait un honnte citoyen, mais trop peu
avis. Barras proposa  Siyes sa crature, qu'il venait d'envoyer 
l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux Fouch. Ancien membre
des jacobins, instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets,
nullement attach  leur cause, ne cherchant au milieu du naufrage
des partis qu' sauver sa fortune, Fouch tait minemment propre
 espionner ses anciens amis, et  garantir le directoire de leurs
projets. Il fut accept par Siyes et Roger-Ducos, et obtint le
ministre de la police. C'tait une prcieuse acquisition dans les
circonstances. Il confirma Barras dans l'ide de se rattacher plutt au
parti rorganisateur qu'au parti patriote, parce que ce dernier n'avait
point d'avenir, et pouvait d'ailleurs l'entraner trop loin.

Cette mesure prise, la guerre aux patriotes commena. Siyes, qui avait
sur les anciens une grande influence, parce que ce conseil tait tout
compos des _modrs_ et des _politiques_, usa de cette influence pour
faire fermer la nouvelle socit des jacobins. La salle du Mange,
attenant aux Tuileries, tait comprise dans l'enceinte du palais des
anciens. Chaque conseil ayant la police de son enceinte, les anciens
pouvaient fermer la salle du Mange. En effet, la commission des
inspecteurs prit un arrt, et dfendit toute runion dans cette salle.
Une simple sentinelle place  la porte suffit pour empcher la runion
des nouveaux jacobins. C'tait l une preuve que, si les dclamations
taient les mmes, les forces ne l'taient plus. Cet arrt fut motiv
auprs du conseil des anciens par un rapport du dput Cornet. Courtois,
le mme qui avait fait le rapport sur le 9 thermidor, en profita pour
faire une nouvelle dnonciation contre les complots des jacobins. Sa
dnonciation fut suivie d'une dlibration tendant  ordonner un rapport
sur ce sujet.

Les patriotes, chasss de la salle du Mange, se retirrent dans un
vaste local, rue du Bac, et recommencrent l leurs dclamations
habituelles. Leur organisation en assemble dlibrante demeurant la
mme, la constitution donnait au pouvoir excutif le droit de dissoudre
leur socit. Siyes, Roger-Ducos et Barras,  l'instigation de Fouch,
se dcidrent  la fermer. Gohier et Moulins n'taient pas de cet avis,
disant que, dans le danger prsent, il fallait raviver l'esprit public
par des clubs; que la socit des nouveaux jacobins renfermait de
mauvaises ttes, mais point de factieux redoutables, puisqu'ils avaient
cd devant une simple sentinelle quand la salle du Mange avait
t ferme. Leur avis ne fut pas cout, et la dcision fut prise.
L'excution en fut renvoye aprs la clbration de l'anniversaire du 10
aot, qui devait avoir lieu le 23 thermidor. Siyes tait prsident du
directoire;  ce titre, il devait parler dans cette solennit. Il fit un
discours remarquable, dans lequel il s'attachait  signaler le danger
que les nouveaux anarchistes faisaient courir  la rpublique, et
les dnonait comme des conspirateurs dangereux, rvant une nouvelle
dictature rvolutionnaire. Les patriotes prsens  la crmonie
accueillirent mal ce discours, et poussrent quelques vocifrations. Au
milieu des salves d'artillerie, Siyes et Barras crurent entendre des
balles siffler  leurs oreilles. Ils rentrrent au directoire fort
irrits. Se dfiant des autorits de Paris, ils rsolurent d'enlever le
commandement de la place au gnral Marbot, qu'on accusait d'tre un
chaud patriote et de participer aux prtendus complots des jacobins.
Fouch proposa  sa place Lefebvre, brave gnral, ne connaissant que la
consigne militaire, et tout  fait tranger aux intrigues des partis.
Marbot fut donc destitu, et le surlendemain, l'arrt qui ordonnait la
clture de la socit de la rue du Bac fut signifi.

Les patriotes n'opposrent pas plus de rsistance  la rue du Bac que
dans la salle du Mange. Ils se retirrent et demeurrent dfinitivement
spars. Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un
redoutable usage. Celui qui se qualifiait _Journal des Hommes libres_
dclama avec une extrme violence contre tous les membres du directoire
qui taient connus pour avoir approuv la dlibration. Siyes fut
trait cruellement. Ce prtre perfide, disaient les journaux patriotes,
a vendu l'a rpublique  la Prusse. Il est convenu avec cette puissance
de rtablir en France la monarchie, et de donner la couronne 
Brunswick. Ces accusations n'avaient d'autre fondement que l'opinion
bien connue de Siyes sur la constitution, et son sjour en Prusse. Il
rptait, en effet, tous les jours que les brouillons et les bavards
rendaient tout gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer
l'autorit; que la libert pouvait tre compatible mme avec la
monarchie, tmoin l'Angleterre; mais qu'elle tait incompatible avec
cette domination successive de tous les partis. On lui prtait mme cet
autre propos, _que le nord de l'Europe tait plein de princes sages et
modrs, qui pourraient,_ _avec une forte constitution, faire le bonheur
de la France_. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour qu'on lui
prtt des complots qui n'existaient que dans l'imagination de ses
ennemis. Barras n'tait pas mieux trait que Siyes. Les mnagemens que
les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce qu'il les avait
toujours flatts de son appui, avaient cess. Ils le dclaraient
maintenant un tratre, un homme pourri, qui n'tait plus bon  aucun
parti. Fouch, son conseil, apostat comme lui, tait poursuivi des mmes
reproches. Roger-Ducos n'tait, suivant eux, qu'un imbcile, adoptant
aveuglment l'avis de deux tratres.

La libert de la presse tait illimite. La loi propose par Berlier
n'ayant pas t accueillie, il n'existait qu'un moyen pour attaquer les
crivains, c'tait de faire revivre une loi de la convention contre ceux
qui, par des actions ou par des crits, tendraient au renversement de la
rpublique. Il fallait que cette intention ft dmontre pour que la loi
devnt applicable, et alors la loi portait peine de mort. Il tait donc
impossible d'en faire usage. Une nouvelle loi avait t demande au
corps lgislatif, et on dcida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. Mais
en attendant, le dchanement continuait avec la mme violence; et
les trois directeurs composant la majorit dclaraient qu'il tait
impossible de gouverner. Ils imaginrent d'appliquer  ce cas l'article
144 de la constitution, qui donnait au directoire le droit de lancer
des mandats d'arrt contre les auteurs ou complices des complots trams
contre la rpublique. Il fallait singulirement torturer cet article
pour l'appliquer aux journalistes. Cependant, comme c'tait un moyen
d'arrter le dbordement de leurs crits, en saisissant leurs presses
et en les arrtant eux-mmes, la majorit directoriale, sur l'avis de
Fouch, lana des mandats d'arrt contre les auteurs de onze journaux,
et fit mettre le scell sur leurs presses. L'arrt fut signifi le 17
fructidor (3 septembre) au corps lgislatif, et produisit un soulvement
de la part des patriotes. On cria au coup d'tat,  la dictature, etc.

Telle tait la situation des choses. Dans le directoire, dans les
conseils, partout enfin, les _modrs_, les _politiques_ luttaient
contre les patriotes. Les premiers avaient la majorit dans le
directoire comme dans les conseils. Les patriotes taient en minorit,
mais ils taient ardens, et faisaient assez de bruit pour pouvanter
leurs adversaires. Heureusement les moyens taient uss comme les
partis, et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup plus de peur
que de mal. Le directoire avait ferm deux fois la nouvelle socit des
jacobins et supprim leurs journaux. Les patriotes criaient, menaaient,
mais n'avaient plus assez d'audace ni de partisans pour attaquer le
gouvernement. Dans cette situation, qui durait depuis le 30 prairial,
c'est--dire depuis prs de trois mois, on eut l'ide, si ordinaire  la
veille des vnemens dcisifs, d'une rconciliation. Beaucoup de
dputs de tous les cts proposrent une entrevue avec les membres du
directoire pour s'expliquer et s'entendre sur leurs griefs rciproques.
Nous aimons tous la libert, disaient-ils, nous voulons tous la sauver
des prils auxquels elle se trouve expose par la dfaite de nos armes;
tchons donc de nous entendre sur le choix des moyens, puisque ce choix
est notre seule cause de dsunion. L'entrevue eut lieu chez Barras. Il
n'y a pas et il ne peut pas y avoir de rconciliation entre les partis,
car il faudrait qu'ils renonassent  leur but, ce qu'on ne peut obtenir
d'une conversation. Les dputs patriotes se plaignirent de ce qu'on
parlait tous les jours de complots, de ce que le prsident du directoire
avait lui-mme signal une classe d'hommes dangereux et qui mditaient
la ruine de la rpublique. Ils demandaient qu'on dsignt quels taient
ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les patriotes. Siyes, 
qui cette interpellation s'adressait, rpondit en rappelant la conduite
des socits populaires et des journaux, et en signalant les dangers
d'une nouvelle anarchie. On lui demanda encore de dsigner les
vritables anarchistes, pour se runir contre eux et les combattre. Et
comment nous runir contre eux, dit Siyes, quand tous les jours
des membres du corps lgislatif montent  la tribune pour les
appuyer?--C'est donc nous que vous attaquez? repartirent les dputs
auxquels Siyes venait de faire cette rponse. Quand nous voulons nous
expliquer avec vous, vous nous injuriez et nous repoussez. L'humeur
arrivant, sur-le-champ on se spara, en s'adressant des paroles plutt
menaantes que conciliatrices.

Immdiatement aprs cette entrevue, Jourdan forma le projet d'une
proposition importante, celle de dclarer la patrie en danger. Cette
dclaration entranait la leve en masse et plusieurs grandes mesures
rvolutionnaires. Elle fut prsente aux cinq-cents le 27 fructidor (13
septembre). Le parti modr la combattit vivement, en disant que cette
mesure, loin d'ajouter  la force du gouvernement, ne ferait que
la diminuer, en excitant des craintes exagres et des agitations
dangereuses. Les patriotes soutinrent qu'il fallait donner une grande
commotion pour rveiller l'esprit public et sauver la rvolution. Ce
moyen, excellent en 1793, ne pouvait plus russir aujourd'hui et n'tait
qu'une application errone du pass. Lucien Bonaparte, Boulay (de la
Meurthe), Chnier, le combattirent vivement, et on obtint l'ajournement
au lendemain. Les patriotes des clubs avaient entour le palais des
cinq-cents en tumulte, et ils insultrent plusieurs dputs. On
rpandait que Bernadotte, press par eux, allait monter  cheval, se
mettre  leur tte et faire une journe. Il est certain que plusieurs
des brouillons du parti l'y avaient fortement engag. On pouvait
craindre qu'il se laisst entraner. Barras et Fouch le virent
et cherchrent  s'expliquer avec lui. Ils le trouvrent plein de
ressentiment contre les projets qu'il disait avoir t forms avec
Joubert. Barras et Fouch lui assurrent qu'il n'en tait rien, et
l'engagrent  demeurer tranquille.

Ils retournrent auprs de Siyes, et convinrent d'arracher  Bernadotte
sa dmission, sans la lui donner. Siyes, s'entretenant le jour mme
avec Bernadotte, l'amena  dire qu'il dsirait reprendre bientt un
service actif, et qu'il regarderait le commandement d'une arme comme la
plus douce rcompense de son ministre. Sur-le-champ, interprtant cette
rponse comme la demande de sa dmission, Siyes, Barras et Roger-Ducos
rsolurent d'crire  Bernadotte que sa dmission tait accepte. Ils
avaient saisi le moment o Gohier et Moulins taient absens pour
prendre cette dtermination. Le lendemain mme, la lettre fut crite
 Bernadotte. Celui-ci fut tout tonn, et rpondit au directoire une
lettre trs-amre, dans laquelle il disait qu'on acceptait une dmission
qu'il n'avait pas donne, et demandait son traitement de rforme. La
nouvelle de cette destitution dguise fut annonce aux cinq-cents au
moment o l'on allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita
une grande rumeur. On prpare des coups d'tat, s'crirent les
patriotes.--Jurons, dit Jourdan, de mourir sur nos chaises curules!--Ma
tte tombera, s'crie Augereau, avant qu'il soit port atteinte  la
reprsentation nationale. Enfin, aprs un grand tumulte, on alla
aux voix. A une majorit de deux cent quarante-cinq contre cent
soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut rejete, et la patrie
ne fut point dclare en danger.

Quand les deux directeurs Gohier et Moulins apprirent le renvoi de
Bernadotte, dcid sans leur participation, ils se plaignirent  leurs
collgues, en disant qu'une pareille mesure ne devait pas tre prise
sans le concours des cinq directeurs. Nous formions la majorit, reprit
Siyes, et nous avions le droit de faire ce que nous avons fait.
Gohier et Moulins allrent sur-le-champ rendre une visite officielle 
Bernadotte, et ils eurent soin de le faire avec le plus grand clat.

L'administration du dpartement de la Seine inspirait aussi quelque
dfiance  la majorit directoriale, elle fut change. Dubois de Cranc
remplaa Bernadotte au ministre de la guerre.

La dsorganisation tait donc complte sous tous les rapports: battue au
dehors par la coalition, presque bouleverse au dedans par les partis,
la rpublique semblait menace d'une chute prochaine. Il fallait qu'une
force surgt quelque part, soit pour dompter les factions, soit pour
rsister aux trangers. Cette force, on ne pouvait plus l'esprer d'un
parti vainqueur, car ils taient tous galement uss et discrdits;
elle ne pouvait natre que du sein des armes, o rside la force, et la
force silencieuse, rgulire, glorieuse comme elle convient  une nation
fatigue de l'agitation des disputes et de la confusion des volonts. Au
milieu de cette grande dissolution, les regards erraient sur les hommes
illustrs pendant la rvolution, et semblaient chercher un chef. _Il ne
faut plus de bavards_, avait dit Siyes, _il faut une tte et une pe_.
La tte tait trouve, car il tait au directoire. On cherchait une
pe. Hoche tait mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volont,
son hrosme, recommandaient  tous les amis de la rpublique, venait
d'expirer  Novi. Moreau, jug le plus grand homme de guerre parmi les
gnraux rests en Europe, avait laiss dans les esprits l'impression
d'un caractre froid, indcis, peu entreprenant, et peu jaloux de se
charger d'une grande responsabilit. Massna, l'un de nos plus grands
gnraux, n'avait pas encore acquis la gloire d'tre notre sauveur. On
ne voyait d'ailleurs en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'tre vaincu.
Augereau tait un esprit turbulent, Bernadotte un esprit inquiet, et
aucun des deux n'avait assez de renomme. Il y avait un personnage
immense, qui runissait toutes les gloires, qui  cent victoires avait
joint une belle paix, qui avait port la France au comble de la grandeur
 Campo-Formio, et qui semblait en s'loignant avoir emport sa fortune,
c'tait Bonaparte; mais il tait dans les contres lointaines; il
occupait de son nom les chos de l'Orient. Seul il tait rest
victorieux, et faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les
foudres dont il avait nagure pouvant l'Europe sur l'Adige. Ce n'tait
pas assez de le trouver glorieux, on le voulait intressant; on le
disait exile par une autorit dfiante et ombrageuse. Tandis qu'en
aventurier il cherchait une carrire grande comme son imagination, on
croyait que, citoyen soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on
lui avait impos. O est Bonaparte? se disait-on. Sa vie dj puise
se consume sous un ciel dvorant. Ah! s'il tait parmi nous, la
rpublique ne serait pas menace d'une ruine prochaine. L'Europe et les
factions la respecteraient galement! Des bruits confus circulaient sur
son compte. On disait quelquefois que la victoire, infidle  tous les
gnraux franais, l'avait abandonn  son tour dans une expdition
lointaine. Mais on repoussait de tels bruits; il est invincible,
disait-on; loin d'avoir essuy des revers, il marche  la conqute de
tout l'Orient. On lui prtait des projets gigantesques. Les uns allaient
jusqu' dire qu'il avait travers la Syrie, franchi l'Euphrate et
l'Indus; les autres qu'il avait march sur Constantinople, et qu'aprs
avoir renvers l'empire ottoman, il allait prendre l'Europe  revers.
Les journaux taient pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les
imaginations attendaient de ce jeune homme.

Le directoire lui avait mand l'ordre de revenir, et avait runi dans
la Mditerrane une flotte immense, compose de marins franais et
espagnols, pour ramener l'arme[7]. Les frres du gnral, rests 
Paris, et chargs de l'informer de l'tat des choses, lui avaient envoy
dpches sur dpches, pour l'instruire de l'tat de confusion o tait
tombe la rpublique, et pour le presser de revenir. Mais ces avis
avaient  traverser les mers et les escadres anglaises, et on ne savait
si le hros serait averti et revenu avant la ruine de la Rpublique.

[Note 7: Il faut dire que cet ordre est contest. On connat un
arrt du directoire, sign de Treilhard, Barras et Larvellire, et
dat du 7 prairial, qui rappelle Bonaparte en Europe. Larvellire, dans
ses mmoires, dclare ne pas se souvenir d'avoir donn cette signature,
et regarde l'arrt comme suppos. Cependant l'expdition maritime de
Bruix resterait alors sans explication. Du reste, il est certain que le
directoire,  cette poque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son
ambition beaucoup moins que la frocit de Suwarow. Si l'ordre n'est
pas authentique, il est vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu
d'importance, car Bonaparte tait autoris  revenir quand il le
jugerait convenable.]



CHAPITRE XVIII.

SUITE DES OPRATIONS DE BONAPARTE EN GYPTE. CONQUTE DE LA HAUTE-GYPTE
PAR DESAIX; BATAILLE DE SDIMAN.--EXPDITION DE SYRIE; PRISE DU
FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; SIGE DE
SAINT-JEAN-D'ACRE.--RETOUR EN GYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.--DPART DE
BONAPARTE POUR LA FRANCE.--OPRATIONS EN EUROPE. MARCHE DE L'ARCHIDUC
CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN SUISSE; MOUVEMENT DE MASSNA;
MMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; SITUATION PRILLEUSE DE SUWAROW; SA
RETRAITE DSASTREUSE; LA FRANCE SAUVE.--VNEMENS EN HOLLANDE; DFAITE
ET CAPITULATION DES ANGLO-RUSSES; VACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA
CAMPAGNE DE 1799.


Bonaparte, aprs la bataille des Pyramides, s'tait trouv matre de
l'gypte. Il avait commenc  s'y tablir, et avait distribu ses
gnraux dans les provinces, pour en faire la conqute. Desaix, plac
 l'entre de la Haute-gypte avec une division de trois mille hommes
environ, tait charg de conqurir cette province contre les restes
de Mourad-Bey. C'est en vendmiaire et brumaire de l'anne prcdente
(octobre 1798), au moment o l'inondation finissait, que Desaix avait
commenc son expdition. L'ennemi s'tait retir devant lui et ne
l'avait attendu qu' Sdiman; l, Desaix avait livr, le 16 vendmiaire
an VII (7 octobre 1798), une bataille acharne contre les restes
dsesprs de Mourad-Bey. Aucun des combats des Franais en gypte ne
fut aussi sanglant. Deux mille Franais eurent  lutter contre quatre
mille Mameluks et huit mille fellahs, retranchs dans le village de
Sdiman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes
celles qui furent livres en gypte. Les fellahs taient derrire les
murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'tait form
en deux carrs, et avait plac sur ses ailes deux autres petits carrs,
pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la premire fois,
notre infanterie fut rompue, et l'un des petits carrs enfonc. Mais,
par un instinct subit et admirable, nos braves soldats se couchrent
aussitt par terre, afin que les grands carrs pussent faire feu sans
les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs corps, chargrent les
grands carrs avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent
expirer en dsesprs sur les baonnettes. Suivant l'usage, les
carrs s'branlrent ensuite, pour attaquer les retranchemens, et les
emportrent. Pendant ce mouvement, les Mameluks, dcrivant un arc de
cercle, vinrent gorger les blesss sur les derrires, mais on les
chassa bientt de ce champ de carnage, et les soldats furieux en
massacrrent un nombre considrable. Jamais plus de morts n'avaient
jonch le champ de bataille. Les Franais avaient perdu trois cents
hommes. Desaix continua sa marche pendant tout l'hiver, et aprs une
suite de combats, devenu matre de la Haute-gypte jusqu'aux cataractes,
il fit autant redouter sa bravoure que chrir sa clmence. Au Caire,
on avait appel Bonaparte le sultan Kebir, _sultan de feu_; dans la
Haute-gypte, Desaix fut nomm _sultan le juste_.

Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu' Belbeys, pour
rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les dbris
de la caravane de la Mecque, pille par les Arabes. Revenu au Caire, il
continua  y tablir une administration toute franaise. Une rvolte,
excite au Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut durement
rprime, et dcouragea tout  fait les ennemis des Franais[8]. L'hiver
de 1798  1799 s'coula ainsi dans l'attente des vnemens. Bonaparte
apprit dans cet intervalle la dclaration de guerre de la Porte, et les
prparatifs qu'elle faisait contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle
formait deux armes, l'une  Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux armes
devaient agir simultanment au printemps de 1799, l'une en venant
dbarquer  Aboukir, prs d'Alexandrie, l'autre en traversant le dsert
qui spare la Syrie de l'gypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa
position, et voulut, suivant son usage, dconcerter l'ennemi en le
prvenant par une attaque soudaine. Il ne pouvait pas franchir le dsert
qui spare l'gypte de la Syrie, dans la belle saison, et il rsolut
de profiter de l'hiver pour aller dtruire les rassemblemens qui se
formaient  Acre,  Damas, et dans les villes principales. Le clbre
pacha d'Acre, Djezzar, tait nomm sraskier de l'arme runie en Syrie.
Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'tait avanc
jusqu'au fort d'El-Arisch, qui ouvre l'gypte du ct de la Syrie.
Bonaparte voulut agir sur-le-champ. Il avait des intelligences parmi
les peuplades du Liban. Les Druses, tribus chrtiennes, les Mutualis,
mahomtans schismatiques, lui offraient leur secours, et l'appelaient de
tous leurs voeux. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques
places mal fortifies, il pouvait s'emparer en peu de temps de la Syrie,
ajouter cette belle conqute  celle de l'gypte, devenir matre
de l'Euphrate comme il l'tait du Nil, et avoir alors toutes les
communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin
encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui
prtaient en Europe. Il n'tait pas impossible qu'en soulevant
les peuplades du Liban, il runt soixante ou quatre-vingt mille
auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuys de vingt-cinq mille
soldats, les plus braves de l'univers, il marcht sur Constantinople
pour s'en emparer. Que ce projet gigantesque ft excutable ou non, il
est certain qu'il occupait son imagination; et quand on a vu ce qu'il
a fait aid de la fortune, on n'ose plus dclarer insens aucun de ses
projets.

[Note 8: Cet vnement eut lieu le 30 vendmiaire an VII (21 octob.
1798).]

Bonaparte se mit en marche en pluvise (premiers jours de fvrier), 
la tte des divisions Klber, Rgnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de
treize mille hommes environ. La division de Murat tait compose de la
cavalerie. Bonaparte avait cr un rgiment d'une arme toute nouvelle:
c'tait celui des dromadaires. Deux hommes, assis dos  dos, taient
ports sur un dromadaire, et pouvaient, grce  la force et  la
clrit de ces animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans
s'arrter. Bonaparte avait form ce rgiment pour donner la chasse aux
Arabes, qui infestaient les environs de l'gypte. Ce rgiment suivait
l'arme d'expdition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral Perre
de sortir d'Alexandrie avec trois frgates, et de venir sur la cte de
Syrie pour y transporter l'artillerie de sige et des munitions. Il
arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluvise (17 fvrier). Aprs un
peu de rsistance, la garnison se rendit prisonnire au nombre de
treize cents hommes. On trouva dans le fort des magasins considrables.
Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite; son camp resta
au pouvoir des Franais, et leur procura un butin immense. Les soldats
eurent beaucoup  souffrir en traversant le dsert, mais ils voyaient
leur gnral marchant  leurs cts, supportant, avec une sant dbile,
les mmes privations, les mmes fatigues, et ils n'osaient se
plaindre. Bientt on arriva  Gasah; on prit cette place  la vue de
Djezzar-Pacha, et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, beaucoup
de matriel et d'approvisionnemens. De Gasah l'arme se dirigea sur
Jaffa, l'ancienne Jopp. Elle y arriva le 13 ventse (3 mars). Cette
place tait entoure d'une grosse muraille flanque de tours. Elle
renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la fit battre en
brche, et puis somma le commandant, qui pour toute rponse coupa la
tte au parlementaire. L'assaut fut donn, la place emporte avec une
audace extraordinaire, et livre  trente heures de pillage et de
massacres. On y trouva encore une quantit considrable d'artillerie et
de vivres de toute espce. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on
ne pouvait pas envoyer en gypte, parce qu'on n'avait pas les moyens
ordinaires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer 
l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se dcida  une
mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transport
dans un pays barbare, il en avait involontairement adopt les moeurs: il
fit passer au fil de l'pe les prisonniers qui lui restaient. L'arme
consomma avec obissance, mais avec une espce d'effroi, l'excution
qui lui tait commande. Nos soldats prirent en s'arrtant  Jaffa les
germes de la peste.

Bonaparte s'avana ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolmas,
situ au pied du mont Carmel. C'tait la seule place qui pt encore
l'arrter. La Syrie tait  lui s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar
s'y tait enferm avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il
comptait sur l'appui de Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages,
et qui lui fournit des ingnieurs, des canonniers et des munitions. Il
devait d'ailleurs tre bientt secouru par l'arme turque runie en
Syrie, qui s'avanait de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se
hta d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant
qu'elle ft renforce de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent
le temps d'en perfectionner la dfense. On ouvrit aussitt la tranche.
Malheureusement l'artillerie de sige, qui devait venir par mer
d'Alexandrie, avait t enleve par Sidney-Smith. On avait pour toute
artillerie de sige et de campagne, une caronade de trente-deux, quatre
pices de douze, huit obusiers, et une trentaine de pices de quatre.
On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer.
On faisait paratre sur la plage quelques cavaliers;  cette vue
Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses batteries, et les
soldats, auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser
au milieu de la canonnade et de rires universels.

La tranche avait t ouverte le 30 ventse (20 mars). Le gnral du
gnie Sanson, croyant tre arriv dans une reconnaissance de nuit au
pied du rempart, dclara qu'il n'y avait ni contrescarpe ni foss. On
crut n'avoir  pratiquer qu'une simple brche et  monter ensuite 
l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit brche, on se prsenta 
l'assaut, et on fut arrt par une contrescarpe et un foss. Alors on se
mit sur-le-champ  miner. L'opration se faisait sous le feu de tous les
remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enleve.
Il avait donn  Djezzar d'excellens pointeurs anglais, et un ancien
migr, Phlippeaux, officier du gnie d'un grand mrite. La mine sauta
le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe.
Vingt-cinq grenadiers,  la suite du jeune Mailly, montrent  l'assaut.
En voyant ce brave officier poser une chelle, les Turcs furent
pouvants, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors
dcourags, les Turcs revinrent, deux bataillons qui suivaient furent
accueillis par une horrible fusillade; leur commandant Laugier fut tu,
et l'assaut manqua encore.

Malheureusement la place venait de recevoir plusieurs mille hommes de
renfort, une grande quantit de canonniers exercs  l'europenne, et
des munitions immenses. C'tait un grand sige  excuter avec treize
mille hommes, et presque sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau
puits de mine pour faire sauter la contrescarpe entire, et commencer un
autre cheminement. On tait au 12 germinal (1er avril). Il y avait dj
dix jours d'employs devant la place; on annonait l'approche de la
grande arme turque; il fallait poursuivre les travaux et couvrir le
sige, et tout cela avec la seule arme d'expdition. Le gnral en chef
ordonna qu'on travaillt sans relche  miner de nouveau, et dtacha la
division Klber vers le Jourdain pour en disputer le passage  l'arme
venant de Damas.

Cette arme, runie aux peuplades des montagnes de Naplouse, s'levait
 environ vingt-cinq mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en
faisaient la force. Elle tranait un bagage immense. Abdallah, pacha de
Damas, en avait le commandement. Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub,
le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde de Klber, forte de
cinq cents hommes au plus, rencontra les avant-gardes turques sur la
route de Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava hardiment
l'ennemi, et, form en carr, couvrit le champ de bataille de morts, et
prit cinq drapeaux. Mais oblig de cder au nombre, il se replia sur la
division Klber. Celle-ci s'avanait, et htait sa marche pour rejoindre
Junot. Bonaparte, instruit de la force de l'ennemi, se dtacha avec la
division Bon, pour soutenir Klber, et livrer une bataille dcisive.
Djezzar, qui se concertait avec l'arme qui venait le dbloquer, voulut
faire une sortie; mais, mitraill  outrance, il laissa nos ouvrages
couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitt en marche.

Klber, avec sa division, avait dbouch dans les plaines qui s'tendent
au pied du mont Thabor, non loin du village de Fouli. Il avait eu l'ide
de surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il tait arriv trop
tard pour y russir. Le 21 germinal (16 avril) au matin, il trouva
toute l'arme turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient le
village de Fouli, plus de douze mille cavaliers se dployaient dans la
plaine. Klber avait  peine trois mille fantassins en carr. Toute
cette cavalerie s'branla et fondit sur nos carrs. Jamais les Franais
n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, charger, se mouvoir dans tous
les sens. Ils conservrent leur sang-froid accoutum, et les recevant 
bout portant par un feu terrible, ils en abattirent  chaque charge un
nombre considrable. Bientt ils eurent form autour d'eux un rempart
d'hommes et de chevaux, et abrits par cet horrible abatis, ils purent
rsister six heures de suite  toute la furie de leurs adversaires. Dans
le moment Bonaparte dbouchait du mont Thabor avec la division Bon. Il
vit la plaine couverte de feu et de fume, et la brave division Klber
rsistant,  l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, il partagea
la division qu'il amenait en deux carrs; ces deux carrs s'avancrent
de manire  former un triangle quilatral avec la division Klber, et
mirent ainsi l'ennemi au milieu d'eux. Ils marchrent en silence, et
sans donner aucun signe de leur approche, jusqu' une certaine distance:
puis tout  coup Bonaparte fit tirer un coup de canon, et se montra
alors sur le champ de bataille. Un feu pouvantable partant aussitt des
trois extrmits de ce triangle, assaillit les Mameluks qui taient au
milieu, les fit tourbillonner sur eux-mmes, et fuir en dsordre dans
toutes les directions. La division Klber, redoublant d'ardeur  cette
vue, s'lana sur le village de Fouli, l'enleva  la baonnette, et
fit un grand carnage de l'ennemi. En un instant toute cette multitude
s'coula, et la plaine ne fut plus couverte que de morts. Le camp turc,
les trois queues du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense,
devinrent la proie des Franais. Murat, plac sur les bords du Jourdain,
tua un grand nombre de fugitifs. Bonaparte fit brler tous les villages
des Naplousins. Six mille Franais avaient dtruit cette arme, que les
habitans disaient innombrable _comme les toiles du ciel et les sables
de la mer_.

Pendant cet intervalle, on n'avait cess de miner, de contre-miner
autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. On se disputait un terrain
boulevers par l'art des siges. Il y avait un mois et demi qu'on tait
devant la place, on avait tent beaucoup d'assauts, repouss beaucoup
de sorties, tu beaucoup de monde  l'ennemi; mais malgr de continuels
avantages, on faisait d'irrparables pertes de temps et d'hommes. Le 18
floral (7 mai), il arriva dans le port d'Acre un renfort de douze mille
hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas tre dbarqus
avant six heures, fait sur-le-champ jouer une pice de vingt-quatre sur
un pan de mur; c'tait  la droite du point o depuis quelque temps
on dployait tant d'efforts. La nuit venue, on monte  la brche, on
envahit les travaux de l'ennemi, on les comble, on encloue les pices,
on gorge tout, enfin on est matre de la place, lorsque les troupes
dbarques s'avancent en bataille, et prsentent une masse effrayante.
Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers monts  l'assaut, est
tu. Lannes est bless. Dans le mme moment, l'ennemi fait une sortie,
prend la brche  revers, et coupe la retraite aux braves qui avaient
pntr dans la place. Les uns parviennent  ressortir; les autres,
prenant un parti dsespr, s'enfuient dans une mosque, s'y
retranchent, y puisent leurs dernires cartouches, et sont prts 
vendre chrement leur vie, lorsque Sydney-Smith, touch de tant de
bravoure, leur fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, les
troupes de sige, marchant sur l'ennemi, le ramnent dans la place,
aprs en avoir fait un carnage pouvantable, et lui avoir enlev huit
cents prisonniers. Bonaparte, obstin jusqu' la fureur, donne deux
jours de repos  ses troupes, et le 21 (10 mai) ordonne un nouvel
assaut. On y monte avec la mme bravoure, on escalade la brche; mais on
ne peut pas la dpasser. Il y avait toute une arme gardant la place et
dfendant toutes les rues. Il fallut y renoncer.

Il y avait deux mois qu'on tait devant Acre, on avait fait des pertes
irrparables, et il et t imprudent de s'exposer  en faire davantage.
La peste tait dans cette ville, et l'arme en avait pris le germe 
Jaffa. La saison des dbarquemens approchait, et on annonait l'arrive
d'une arme turque vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage,
Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir repousser de
nouveaux ennemis. Le fond de ses projets tait ralis, puisqu'il avait
dtruit les rassemblemens forms en Syrie, et que de ce ct il avait
rduit l'ennemi  l'impuissance d'agir. Quant  la partie brillante de
ces mmes projets, quant  ces vagues et merveilleuses esprances de
conqutes en Orient, il fallait y renoncer. Il se dcida enfin  lever
le sige. Mais son regret fut tel, que, malgr sa destine inoue, on
lui a entendu rpter souvent, en parlant de Sidney-Smith: _Cet homme
m'a fait manquer ma fortune_. Les Druses, qui pendant le sige avaient
nourri l'arme, toutes les peuplades ennemies de la Porte, apprirent sa
retraite avec dsespoir.

Il avait commenc le sige le 30 ventse (20 mars), il le leva le 1er
prairial (20 mai): il y avait employ deux mois. Avant de quitter
Saint-Jean-d'Acre, il voulait laisser une terrible trace de son passage:
il accabla la ville de ses feux, et la laissa presque rduite en
cendres. Il reprit la route du dsert. Il avait perdu par le feu, les
fatigues ou les maladies, prs du tiers de son arme d'expdition,
c'est--dire environ quatre mille hommes. Il emmenait douze cents
blesss. Il se mit en marche pour repasser le dsert. Il ravagea sur sa
route tout le pays, et y imprima une profonde terreur. Arriv  Jaffa,
il en fit sauter les fortifications. Il y avait l une ambulance pour
nos pestifrs. Les emporter tait impossible: en ne les emportant pas,
on les laissait exposs  une mort invitable, soit par la maladie, soit
par la faim, soit par la cruaut de l'ennemi. Aussi Bonaparte dit-il
au mdecin Desgenettes, qu'il y aurait bien plus d'humanit  leur
administrer de l'opium qu' leur laisser la vie;  quoi ce mdecin fit
cette rponse, fort vante: _Mon mtier est de les gurir, et non de les
tuer_. On ne leur administra point d'opium, et ce fait servit  propager
une calomnie indigne, et aujourd'hui dtruite.

Bonaparte rentra enfin en gypte aprs une expdition de prs de trois
mois. Il tait temps qu'il y arrivt. L'esprit d'insurrection s'tait
rpandu dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait l'ange
El-Mohdhy, qui se disait invulnrable, et qui prtendait chasser les
Franais en soulevant de la poussire, avait runi quelques mille
insurgs. Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; il
s'tait empar de Damanhour, et en avait gorg la garnison. Bonaparte
envoya un dtachement, qui dispersa les insurgs, et tua l'ange
invulnrable. Le trouble s'tait communiqu aux diffrentes provinces du
Delta; sa prsence ramena partout la soumission et le calme. Il ordonna
au Caire des ftes magnifiques, pour clbrer ses triomphes en Syrie.
Il n'avouait pas la partie manque de ses projets, mais il vantait avec
raison les nombreux combats livrs en Syrie, la belle bataille du mont
Thabor, les vengeances terribles exerces contre Djezzar. Il rpandit
de nouvelles publications aux habitans, dans lesquelles ils leur disait
qu'il tait dans le secret de leurs penses, et devinait leurs projets
 l'instant o ils les formaient. Ils ajoutrent foi  ces tranges
paroles du sultan Kebir et le croyaient prsent  toutes leurs penses.
Bonaparte n'avait pas seulement  contenir les habitans, mais encore ses
gnraux et l'arme elle-mme. Un mcontentement sourd y rgnait. Ce
mcontentement ne provenait ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout
des privations, car l'arme ne manquait de rien, mais de l'amour du
pays, qui poursuit le Franais en tous lieux. Il y avait un an entier
qu'on tait en gypte, et depuis prs de six mois on n'avait aucune
nouvelle de France. Aucun navire n'avait pu passer: une sombre tristesse
dvorait tous les coeurs. Chaque jour les officiers et les gnraux
demandaient des congs pour repasser en Europe. Bonaparte en accordait
peu, ou bien y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le
dshonneur. Berthier lui-mme, son fidle Berthier, dvor d'une vieille
passion, demandait  revoir l'Italie. Il fut honteux pour la seconde
fois de sa faiblesse, et renona  partir. Un jour l'arme avait form
le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et de marcher sur Alexandrie
pour s'y embarquer. Mais elle n'en eut que la pense, et n'osa jamais
braver son gnral. Les lieutenans de Bonaparte, qui donnaient tous
l'exemple des murmures, se taisaient ds qu'ils taient devant lui, et
pliaient sous son ascendant. Il avait eu plus d'un dml avec Klber.
L'humeur de celui-ci ne venait pas de dcouragement, mais de son
indocilit accoutume. Il s'taient toujours raccommods, car Bonaparte
aimait la grande me de Klber, et Klber tait sduit par le gnie de
Bonaparte.

On tait en prairial (juin). L'ignorance des vnemens de l'Europe et
des dsastres de la France tait toujours la mme. On savait seulement
que le continent tait dans une vritable confusion et qu'une nouvelle
guerre tait invitable. Bonaparte attendait impatiemment de nouveaux
dtails, pour prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur le
premier thtre de ses exploits. Mais avant, il voulait dtruire la
seconde arme turque, runie  Rhodes, dont on annonait le dbarquement
trs prochain.

Cette arme, monte sur de nombreux transports, et escorte par la
division navale de Sydney-Smith, parut le 23 messidor (11 juillet) 
la vue d'Alexandrie, et vint mouiller  Aboukir, la mme rade o notre
escadre avait t dtruite. Le point de dbarquement choisi par les
Anglais tait la presqu'le qui ferme cette rade, et qui porte le mme
nom. Cette presqu'le troite s'avance entre la mer et le lac Madieh, et
vient se terminer par un fort. Bonaparte avait ordonn  Marmont, qui
commandait  Alexandrie, de perfectionner la dfense du fort, et de
dtruire le village d'Aboukir, plac tout autour. Mais au lieu de
dtruire le village, on avait voulu le conserver pour y loger les
soldats, et on l'avait simplement entour d'une redoute pour le protger
du ct de la terre. Mais la redoute, ne joignant pas les deux bords de
la mer, ne prsentait pas un ouvrage ferm, et associait le sort du fort
 celui d'un simple ouvrage de campagne. Les Turcs en effet dbarqurent
avec beaucoup de hardiesse, abordrent les retranchemens le sabre au
poing, les enlevrent, et s'emparrent du village d'Aboukir, dont ils
gorgrent la garnison. Le village pris, le fort ne pouvait gure tenir,
et fut oblig de se rendre. Marmont, commandant  Alexandrie, en tait
sorti  la tte de douze cents hommes, pour courir au secours des
troupes d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs taient dbarqus en
nombre considrable, il n'osa pas tenter de les jeter  la mer par une
attaque hardie. Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'tablir
tranquillement dans la presqu'le d'Aboukir.

Les Turcs taient  peu prs dix-huit mille hommes d'infanterie. Ce
n'taient pas de ces misrables fellahs qui composaient l'infanterie
des Mamelucks; c'taient de braves janissaires, portant un fusil sans
baonnette, le rejetant en bandoulire sur le dos quand ils avaient fait
feu, puis s'lanant sur l'ennemi le pistolet et le sabre  la main. Ils
avaient une artillerie nombreuse et bien servie; et ils taient dirigs
par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie, car ils avaient
 peine amen trois cents chevaux; mais ils attendaient l'arrive de
Mourad-Bey, qui devait quitter la Haute-gypte, longer le dsert,
traverser les oasis, et venir se jeter  Aboukir avec deux  trois mille
Mamelucks.

Quand Bonaparte apprit les dtails du dbarquement, il quitta le
Caire sur-le-champ, et fit du Caire  Alexandrie une de ces marches
extraordinaires dont il avait donn tant d'exemples en Italie. Il
emmenait avec lui les divisions Lannes, Bon et Murat. Il avait ordonn 
Desaix d'vacuer la Haute-gypte,  Klber et Rgnier, qui taient
dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il avait choisi le point de
Birket, intermdiaire entre Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses
forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il craignait qu'une
arme anglaise ne ft dbarque avec l'arme turque.

Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, avait essay
de descendre dans la Basse-gypte; mais rencontr, battu par Murat, il
avait t oblig de regagner le dsert. Il ne restait  combattre
que l'arme turque, prive de cavalerie, mais campe derrire des
retranchemens, et dispose  y rsister avec son opinitret accoutume.
Bonaparte, aprs avoir jet un coup d'oeil sur Alexandrie, et sur les
beaux travaux excuts par le colonel Crtin, aprs avoir rprimand son
lieutenant Marmont, qui n'avait pas os attaquer les Turcs au moment du
dbarquement, quitta Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il tait
le lendemain 7  l'entre de la presqu'le. Son projet tait d'abord
d'enfermer l'arme turque par des retranchemens, et d'attendre, pour
attaquer, l'arrive de toutes ses divisions; car il n'avait sous la main
que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ six mille hommes. Mais
 la vue des dispositions faites par les Turcs, il changea d'avis, et
rsolut de les attaquer sur-le-champ, esprant les renfermer dans le
village d'Aboukir, et les accabler d'obus et de bombes.

Les Turcs occupaient le fond de la presqu'le, qui est fort troite. Ils
taient couverts par deux lignes de retranchemens. A une demi-lieue en
avant du village d'Aboukir, o tait leur camp, ils avaient occup deux
mamelons de sables, appuyant l'un  la mer, l'autre au lac de Madieh, et
formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre de ces deux mamelons
tait un village, qu'ils gardaient aussi. Ils avaient mille hommes au
mamelon de droite, deux mille  celui de gauche, et trois  quatre mille
hommes dans le village. Telle tait leur premire ligne. La seconde
tait au village mme d'Aboukir. Elle se composait de la redoute
construite par les Franais, et se joignait  la mer par deux boyaux.
Ils avaient plac l leur camp principal et le gros de leurs forces.

Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude et sa prcision
accoutumes. Il ordonna au gnral Destaing de marcher avec quelques
bataillons sur le mamelon de gauche, o taient les mille Turcs; 
Lannes, de marcher sur le mamelon de droite, o taient les deux mille
autres, et  Murat, qui tait au centre, de faire filer la cavalerie sur
les derrires des deux mamelons. Ces dispositions sont excutes avec
une grande prcision: Destaing marche sur le mamelon de gauche, et le
gravit hardiment; Murat le fait tourner par un escadron. Les Turcs, 
cette vue, abandonnent leur poste, rencontrent la cavalerie qui les
sabre et les pousse dans la mer, o ils aiment mieux se jeter que de se
rendre. Vers la droite, la mme opration s'excute. Lannes aborde les
deux mille Mamelucks; Murat les tourne; ils sont galement sabrs et
jets dans la mer. Destaing et Lannes se portent ensuite vers le centre,
form par un village, et l'attaquent de front. Les Turcs s'y dfendent
bravement, comptant sur un secours de la seconde ligne. Une colonne, en
effet, se dtache du camp d'Aboukir; mais Murat, qui a dj fil sur le
derrire du village, sabre cette colonne, et la repousse dans Aboukir.
L'infanterie de Destaing et celle de Lannes entrent au pas de charge
dans le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse dans toutes les
directions, et qui, s'obstinant toujours  ne pas se rendre, n'ont pour
retraite que la mer, o ils se noient.

Dj quatre  cinq mille avaient pri de cette manire; la premire
ligne tait emporte; le but de Bonaparte tait rempli, et il pouvait,
resserrant les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant l'arrive
de Klber et de Rgnier. Mais il veut profiter de son succs, et achever
sa victoire  l'instant mme. Aprs avoir laiss reprendre haleine  ses
troupes, il marche sur la seconde ligne. La division Lanusse, reste
en rserve, appuie Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir
tait difficile  emporter; elle renfermait neuf  dix mille Turcs. Vers
la droite, un boyau la joignait  la mer; vers la gauche, un autre boyau
la prolongeait, mais sans joindre tout  fait le lac Madieh. L'espace
ouvert tait occup par l'ennemi, et balay par de nombreuses
canonnires. Bonaparte, habitu  porter ses soldats sur les plus
formidables obstacles, les dirige sur la position ennemie. Ses divisions
d'infanterie marchent sur le front et la droite de la redoute. La
cavalerie, cache dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par la
gauche, et traverser, sous le feu des canonnires, l'espace laiss
ouvert entre la redoute et le lac Madieh. La charge s'excute; Lannes et
Destaing poussent leur brave infanterie en avant; la 32e marche l'arme
au bras sur les retranchemens, la 18e les tourne par l'extrme droite.
L'ennemi, sans les attendre, s'avance  leur rencontre. On se joint
corps  corps. Les soldats turcs, aprs avoir tir leur coup de fusil
et leurs deux coups de pistolet, font tinceler leur sabre. Ils veulent
saisir les baonnettes avec leurs mains; mais ils les reoivent dans
les flancs, avant d'avoir pu les saisir. On s'gorge ainsi sur les
retranchemens. Dj la 18e est prs d'arriver dans la redoute; mais un
feu terrible d'artillerie la repousse et la ramne au pied des ouvrages.
Le brave Leturcq est tu glorieusement en voulant se retirer le dernier;
Fugires perd un bras. Murat, de son ct, s'tait avanc avec sa
cavalerie, pour franchir l'espace compris entre la redoute et le lac
Madieh. Plusieurs fois il s'tait lanc et avait refoul l'ennemi;
mais, pris entre les feux de la redoute et des canonnires, il avait
t oblig de se reployer en arrire. Quelques-uns de ses cavaliers
s'taient mme avancs jusqu'aux fosss de la redoute; les efforts
de tant de braves paraissaient devoir tre impuissans. Bonaparte
contemplait ce carnage, attendant le moment favorable pour revenir 
la charge. Heureusement les Turcs, suivant leur usage, sortent des
retranchemens pour venir couper les ttes des morts. Bonaparte saisit
cet instant, lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la 69,
qui marchent sur les retranchemens et s'en emparent. A la droite, la 18e
profite aussi de l'occasion, et entre dans la redoute. Murat, de son
ct, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses escadrons traverse cet
espace si redoutable qui rgne entre les retranchemens et le lac, et
pntre dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrays fuient de
toutes parts; on en fait un carnage pouvantable. On les pousse la
baonnette dans les reins, et on les prcipite dans la mer. Murat,  la
tte de ses cavaliers, pntre dans le camp de Mustapha-Pacha. Celui-ci,
saisi de dsespoir, prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse
lgrement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup de sabre, et l'envoie
prisonnier  Bonaparte. Les Turcs qui ne sont ni tus ni noys se
retirent dans le fort d'Aboukir.

Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette mer d'Aboukir, qui
nagure avait t couverte des corps de nos marins: deux ou trois mille
avaient pri par le feu ou le fer. Les autres, enferms dans ce fort,
n'avaient plus d'autre ressource que la clmence du vainqueur. Telle est
cette extraordinaire bataille, o, pour la premire fois peut-tre, dans
l'histoire de la guerre, l'arme ennemie fut dtruite tout entire.
C'est dans cette occasion que Klber, arrivant  la fin du jour, saisit
Bonaparte au milieu du corps, et s'cria: _Gnral, vous tes grand
comme le monde!_

Ainsi, soit par l'expdition de Syrie, soit par la bataille d'Aboukir,
l'gypte tait dlivre, du moins momentanment, des forces de la Porte.
La situation de l'arme franaise pouvait tre regarde comme assez
rassurante. Aprs toutes les pertes qu'elle avait faites, elle comptait
vingt-cinq mille hommes environ, mais les plus braves et les mieux
commands de l'univers. Chaque jour devait la faire mieux sympathiser
avec les habitans, et consolider son tablissement. Bonaparte y tait
depuis un an: arriv en t avant l'inondation, il avait employ les
premiers momens  s'emparer d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il
avait obtenu par la bataille des Pyramides. Aprs l'inondation, et en
automne, il avait achev la conqute du Delta, et confi  Desaix la
conqute de la Haute-gypte. En hiver, il avait tent l'expdition de
Syrie, et dtruit l'arme turque de Djezzar au mont Thabor. Il venait,
en t, de dtruire la seconde arme de la Porte  Aboukir. Le temps
avait donc t aussi bien employ que possible; et tandis que la
victoire abandonnait en Europe les drapeaux de la France, elle leur
restait fidle en Afrique et en Asie. Les trois couleurs flottaient
triomphantes sur le Nil et le Jourdain, sur les lieux mmes d'o est
partie la religion du Christ.

Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en France, aucune des
dpches du directoire ni de ses frres ne lui tant arrive: il tait
dvor d'inquitude. Pour tcher d'obtenir quelques nouvelles, il
faisait croiser des bricks avec ordre d'arrter les vaisseaux de
commerce, et de s'instruire par eux des vnemens qui se passaient en
Europe. Il envoya  la flotte turque un parlementaire qui, sous le
prtexte de ngocier un change de prisonniers, devait tcher d'obtenir
quelques nouvelles. Sidney-Smith arrta ce parlementaire, l'accueillit
fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait les dsastres de la France,
se fit un malin plaisir de lui donner un paquet de tous les journaux. Le
parlementaire revint, et remit le paquet  Bonaparte. Celui-ci passa une
nuit entire  dvorer ces feuilles, et  s'instruire de tout ce qui
se passait dans sa patrie. Sur-le-champ sa dtermination fut prise:
il rsolut de s'embarquer secrtement pour l'Europe, et d'essayer la
traverse, au risque d'tre saisi en route par les flottes anglaises.
Il demanda le contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre les
frgates _le Muiron_ et _la Carrre_ en tat de faire voile. Il ne fit
part de son projet  personne, courut au Caire pour faire toutes ses
dispositions, rdigea une longue instruction pour Klber, auquel il
voulait laisser le commandement de l'arme, et repartit aussitt aprs
pour Alexandrie.

Le 5 fructidor (22 aot), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat,
Androssy, Marmont, Bertholet et Monge, il se rendit, escort de
quelques-uns de ses guides, sur une plage carte. Quelques canots
taient prpars; ils s'embarqurent, et montrent sur les deux frgates
_le Muiron_ et _la Carrre_. Elles taient suivies des chebecks _la
Revanche_ et _la Fortune_. A l'instant mme on mit  la voile, pour
n'tre plus au jour en vue des croiseurs anglais. Malheureusement
un calme survint; on trembla d'tre surpris, on voulait rentrer 
Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. Soyez tranquilles, dit-il, nous
passerons. Comme Csar, il comptait sur la fortune.

Ce n'tait pas, comme on l'a dit, une lche dsertion; car il laissait
une arme victorieuse, pour aller braver des dangers de tout genre,
et, le plus horrible de tous, celui d'aller porter des fers  Londres.
C'tait une de ces tmrits par lesquelles les grands ambitieux tentent
le ciel, et auxquelles ils doivent ensuite cette confiance immense qui
tour  tour les lve et les prcipite.

Tandis que cette grande destine tait commise au hasard des vents ou
d'une rencontre, la victoire revenait sous nos drapeaux en Europe, et
la rpublique sortait, par un sublime effort, des prils auxquels nous
venons de la voir expose. Massna tait toujours sur la ligne de la
Limmat, diffrant le moment de reprendre l'offensive. L'arme d'Italie,
aprs avoir perdu la bataille de Novi, s'tait disperse dans l'Apennin.
Heureusement Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de Novi que
de celle de la Trebbia, et perdait dans le Pimont un temps que la
France employait en prparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique,
aussi peu constant dans ses plans que l'avait t le directoire, en
imagina un qui ne pouvait manquer de changer la face des vnemens. Il
tait jaloux de l'autorit que Suwarow avait voulu exercer en Italie, et
avait vu avec peine que ce gnral et crit au roi de Sardaigne pour
le rappeler dans ses tats. Le conseil aulique avait des vues sur le
Pimont, et tenait  en carter le vieux marchal. De plus, il rgnait
peu d'accord entre les Russes et les Autrichiens; et ces raisons runies
dcidrent le conseil aulique  changer entirement la distribution
des troupes sur la ligne d'opration. Les Russes taient mls aux
Autrichiens sur les deux thtres de la guerre. Korsakoff oprait en
Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec Mlas en Italie. Le
conseil aulique imagina de transporter l'archiduc Charles sur le Rhin,
et Suwarow en Suisse. De cette manire les deux armes russes devaient
agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens devaient agir seuls sur le
Rhin; ils devaient aussi agir seuls en Italie, o ils allaient tre
bientt renforcs par une nouvelle arme, destine  remplir le
vide laiss par Suwarow. Le conseil aulique donna pour raison de ce
changement, qu'il fallait faire combattre ensemble les troupes de chaque
nation; que les Russes trouveraient en Suisse une temprature plus
analogue  leur climat, et que le mouvement de l'archiduc Charles sur
le Rhin seconderait l'expdition de Hollande. L'Angleterre ne pouvait
manquer d'approuver ce plan, car elle esprait beaucoup, pour
l'expdition de Hollande, de la prsence de l'archiduc Charles sur le
Rhin, et elle n'tait pas fche que les Russes, entrs dj  Corfou,
et ayant le projet de s'emparer de Malte, fussent carts de Gnes.

Ce revirement, excut en prsence de Massna, tait excessivement
dangereux, et d'ailleurs il transportait les Russes sur un thtre qui
ne leur convenait pas du tout. Ces soldats, habitus  charger en plaine
et  la baonnette, ne savaient pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il
faut par-dessus tout dans les montagnes, ce sont d'habiles tirailleurs.
Le conseil aulique qui, suivant l'esprit des cabinets, faisait passer
les raisons politiques avant les raisons militaires, dfendit  ses
gnraux de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse
excution de ce plan, pour les derniers jours d'aot (milieu de
fructidor).

On a dj dcrit la configuration du thtre de la guerre et la
distribution des armes sur ce thtre[9]. Les eaux partant des
Grandes-Alpes, et tantt coulant en forme de fleuves, tantt sjournant
en forme de lacs, prsentaient diffrentes lignes inscrites les unes
dans les autres, commenant  droite contre une grande chane de
montagnes, et allant finir,  gauche, dans le grand fleuve qui spare
l'Allemagne de la France. Les deux principales taient celles du Rhin et
de la Limmat. Massna, oblig d'abandonner celle du Rhin, s'tait repli
sur celle de la Limmat. Il avait mme t oblig de se retirer un peu en
arrire de celle-ci, et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat
n'en sparait pas moins les deux armes. Cette ligne se composait de la
Lint, qui nat contre les Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se
jette ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans la Limmat,
qui sort de ce lac  Zurich mme, et va se jeter enfin dans l'Aar prs
de Bruck. L'archiduc Charles tait derrire la Limmat, de Bruck 
Zurich. Korsakoff tait derrire le lac de Zurich, attendant qu'on lui
assignt sa position. Hotze gardait la Lint.

[Note 9: Quelque soin que je mette  me rendre clair, je n'espre
pas faire comprendre les vnemens qui vont suivre, si le lecteur n'a
pas sous les yeux une carte, quelque incomplte qu'elle soit. Cependant
ces vnemens sont si extraordinaires, et ont dcid d'une manire si
positive le salut de la France, que je les crois dignes d'tre compris,
et que j'engage le lecteur  consulter une carte. La plus mauvaise carte
de Suisse sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des oprations.]

D'aprs le plan convenu, l'archiduc, destin au Rhin, devait tre
remplac derrire la Limmat par Korsakoff. Hotze devait rester sur la
Lint avec le corps autrichien de Voralberg, afin de donner la main 
Suwarow arrivant d'Italie. La question tait de savoir quelle route on
ferait prendre  Suwarow. Il avait  franchir les monts, et pouvait
suivre l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il prfrait
pntrer par la valle du Rhin, il pouvait, en traversant le Splugen,
se rendre par Coire sur le Rhin-Suprieur, et faire l sa jonction avec
Hotze. On avait calcul qu'il pourrait tre arriv vers le 25 septembre
(3 vendmiaire an VIII). Ce mouvement avait l'avantage de s'oprer loin
des Franais, hors de leur porte, et de ne dpendre ainsi d'aucun
accident. Suwarow pouvait galement prendre une autre route, et au lieu
de suivre la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans la valle
de la Reuss, et dboucher par Schwitz derrire la ligne de la Lint,
occupe par les Franais. Cette marche avait l'avantage de le porter
sur le revers de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le
Saint-Gothard occup par Lecourbe; il fallait prparer un mouvement
de Hotze au-del de la Lint, pour qu'il vnt tendre la main  l'arme
arrivant du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, une
attaque sur la Limmat; il fallait en un mot une opration gnrale sur
toute la ligne, et un -propos, une prcision difficiles  obtenir quand
on agit  de si grandes distances et en dtachemens aussi nombreux. Ce
plan, que les Russes rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens
sur les Russes, fut nanmoins prfr. En consquence une attaque
gnrale fut prescrite sur toute la ligne, pour les derniers jours de
septembre. Au moment o Suwarow dbouchait du Saint-Gothard dans la
valle de la Reuss, Korsakoff devait attaquer au dessous du lac de
Zurich, c'est--dire le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac,
le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, Linken et Jellachich,
devaient pntrer dans le canton de Glaris, jusqu' Schwitz, et donner
la main  Suwarow. La jonction gnrale une fois opre, les troupes
runies en Suisse allaient s'lever  quatre-vingt mille hommes. Suwarow
arrivait avec dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff
trente. Ce dernier avait en rserve le corps de Cond et quelques mille
Bavarois. Mais avant la jonction, trente mille sous Korsakoff, et
vingt-cinq mille sous Hotze, c'est--dire cinquante-cinq mille se
trouvaient exposs aux coups de toute l'arme de Massna.

Le moment, en effet, o l'archiduc Charles quittait la Limmat, et o
Suwarow n'avait pas encore pass les Alpes, tait trop favorable pour
que Massna ne le saist pas, et ne sortt point enfin de l'inaction
qu'on lui avait tant reproche. Son arme avait t porte 
soixante-quinze mille hommes environ, par les renforts qu'elle avait
reus; mais elle devait s'tendre du Saint-Gothard  Ble, ligne immense
 couvrir. Lecourbe, formant sa droite, et ayant Gudin et Molitor sous
ses ordres, gardait le Saint-Gothard, la valle de la Reuss et la
Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. Soult, avec dix mille,
occupait la Lint jusqu' son embouchure dans le lac de Zurich. Massna,
avec les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, formant un total de
trente-sept mille hommes, tait devant la Limmat, de Zurich  Bruck. La
division Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division Chabran de
huit, gardaient l'une le Valais, l'autre les environs de Ble.

Massna, quoique infrieur en forces, avait l'avantage de pouvoir runir
sa masse principale sur le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept
mille hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur Korsakoff.
Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre mille hommes, envoys en
renfort  Hotze, par derrire le lac de Zurich, ce qui le rduisait 
vingt-six mille. Le corps de Cond et les Bavarois, qui devaient lui
servir de rserve, taient encore fort en arrire  Schaffouse. Massna
pouvait donc lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six mille.
Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur Hotze, et aprs les avoir
tous deux mis en droute, peut-tre dtruits, accabler Suwarow, qui
arrivait en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi vaincu, ou du
moins contenu dans sa ligne.

Massna, averti des projets des ennemis, devana d'un jour son attaque
gnrale, et la fixa pour le 3 vendmiaire (25 septembre 1799). Depuis
qu'il tait retir sur l'Albis,  quelques pas en arrire de la Limmat,
le cours de cette rivire appartenait  l'ennemi. Il fallait le lui
enlever par un passage: c'est ce qu'il se proposa d'excuter avec ses
trente-sept mille hommes. Tandis qu'il allait oprer au-dessous du lac
de Zurich, il chargea Soult d'oprer au-dessus, et de franchir la Lint
le mme jour. Les militaires ont adress un reproche  Massna: il
fallait, disent-ils, plutt attirer Suwarow en Suisse que l'en
loigner: si donc, au lieu de laisser Lecourbe se battre inutilement au
Saint-Gothard contre Suwarow, Massna l'et runi  Soult, il aurait t
plus assur d'accabler Hotze, et de franchir la Lint. Au reste, comme le
rsultat obtenu fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, on n'a fait
ce reproche  Massna que dans l'intrt rigoureux des principes.

La Limmat sort du lac de Zurich  Zurich mme, et coupe la ville en deux
parties. Conformment au plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff
se disposait  attaquer Massna, et pour cela il avait port la masse de
ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il
n'avait laiss que trois bataillons  Closter-Fahr, pour garder un point
o la Limmat est plus accessible: il avait dirig Durasof avec une
division prs de l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller de
ce ct; mais sa masse, forte de dix-huit mille hommes au moins, tait
en avant de la rivire, en situation offensive.

Massna basa son plan sur cet tat de choses. Il rsolut de masquer
plutt que d'attaquer le point de Zurich, o Korsakoff avait amass ses
forces; puis, avec une portion considrable de ses troupes, de tenter
le passage de la Limmat  Closter-Fahr, point faiblement dfendu. Le
passage opr, il voulait que cette division remontt la Limmat sur la
rive oppose, et vnt se placer sur les derrires de Zurich. Alors il
se proposait d'attaquer Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir
enferm dans Zurich mme. Des consquences immenses pouvaient rsulter
de cette disposition.

Mortier avec sa division, qui tait forte de huit mille hommes, et
occupait la droite de ce champ de bataille, fut dirig sur Zurich. Elle
devait contenir d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein avec sa
division, qui tait forte de dix mille hommes, devait tre plac 
Altstetten, entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr, o l'on
allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter devant Zurich,
et donner secours  Mortier contre la masse russe, ou courir au point du
passage, s'il tait ncessaire de le seconder. Cette division renfermait
quatre mille grenadiers, et une rserve de superbe cavalerie. La
division Lorge, avec une partie de la division Mesnard, devait excuter
le passage  Closter-Fahr. Quinze mille hommes  peu prs formaient
cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des
dmonstrations sur la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof.

Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques,
furent mises  excution le 3 vendmiaire an VIII (25 septembre 1799), 
cinq heures du matin. Les apprts du passage avaient t faits prs du
village de Dietikon, avec un soin et un secret extraordinaires. Des
barques avaient t tranes  bras, et caches dans les bois. Ds le
matin, elles taient  flot, et les troupes taient ranges en silence
sur la rive. Le gnral Foy, illustr depuis comme orateur, commandait
l'artillerie  cette immortelle bataille; il disposa plusieurs batteries
de manire  protger le passage. Six cents hommes s'embarqurent
hardiment, et arrivrent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent
sur les tirailleurs ennemis, et les dispersrent. Korsakoff avait mis
l, sur le plateau de Closter-Fahr, trois bataillons avec du canon.
Notre artillerie, suprieurement dirige, teignit bientt les feux
de l'artillerie russe, et protgea le passage successif de notre
avant-garde. Lorsque le gnral Gazan eut runi aux six cents hommes qui
avaient pass les premiers un renfort suffisant, il marcha sur les trois
bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. Ceux-ci s'taient logs
dans un bois, et s'y dfendirent bravement. Gazan les enveloppa, et fut
oblig de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les dloger. Ces
trois bataillons dtruits, le pont fut jet. Le reste de la division
Lorge et partie de la division Mesnard passrent la Limmat: c'taient
quinze mille hommes ports au-del de la rivire. La brigade Bontemps
fut place  Regensdorf, pour faire face  Durasof, s'il voulait
remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, dirig par le chef
d'tat-major Oudinot, remonta la Limmat, pour se porter sur les
derrires de Zurich.

Cette partie de l'opration acheve, Massna se reporta de sa personne
sur l'autre rive de la Limmat, pour veiller au mouvement de ses ailes.
Vers la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien tromp Durasof par ses
dmonstrations, que celui-ci s'tait port sur la rive, o il dployait
tous ses feux. A sa droite, Mortier s'tait avanc sur Zurich par
Wollishofen, mais il y avait rencontr la masse de Korsakoff, post,
comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait t oblig de se
replier. Massna arrivant dans cet instant branla la division Klein,
qui tait  Altstetten. Humbert,  la tte de ses quatre mille
grenadiers, marcha sur Zurich, et rtablit le combat. Mortier renouvela
ses attaques, et on parvint  renfermer ainsi les Russes dans Zurich.

Pendant ce temps, Korsakoff, chagrin d'entendre du canon sur ses
derrires, avait report quelques bataillons au-del de la Limmat; mais
ces faibles secours avaient t inutiles. Oudinot, avec ses quinze mille
hommes, continuait  remonter la Limmat. Il avait enlev le petit camp
plac  Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrires de
Zurich, et s'tait empar de la grande route de Vintherthur, qui donne
issue en Allemagne, et la seule par laquelle les Russes pussent se
retirer.

La journe tait presque acheve, et d'immenses rsultats taient
prpars pour le lendemain. Les Russes taient enferms dans Zurich;
Massna avait port par le passage  Closter-Fahr quinze mille hommes
sur leurs derrires, et plac dix-huit mille hommes devant eux. Il tait
difficile qu'il ne leur ft pas essuyer un dsastre. On a pens qu'il
aurait d, au lieu de laisser la division Klein devant Zurich, la porter
par Closter-Fahr, derrire cette ville, de manire  fermer tout  fait
la route de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier restant avec
huit mille hommes seulement, Korsakoff ne lui passt sur le corps et ne
se jett sur la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontr
Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer aussi Suwarow, venant
d'Italie, et on ne sait ce qui serait arriv de cette singulire
combinaison.

Korsakoff s'tait enfin aperu de sa position, et avait port ses
troupes dans l'autre partie de Zurich, en arrire de la Limmat. Durasof,
sur la Basse-Limmat, apprenant le passage, s'tait drob; et vitant
la brigade Bontemps, par un dtour, tait venu regagner la route de
Vintherthur. Le lendemain 4 vendmiaire (26 septembre), le combat devait
tre acharn, car les Russes voulaient se faire jour, et les Franais
voulaient recueillir d'immenses trophes. Le combat commena de
bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombre d'artillerie,
d'quipages, de blesss, attaque de tous cts, tait comme enveloppe
de feux. De ce ct-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient aborde,
et taient prs d'y pntrer. Au-del, Oudinot la serrait par derrire
et voulait fermer la route  Korsakoff. Cette route de Vintherthur,
thtre d'un combat sanglant, avait t prise et reprise plusieurs fois.
Korsakoff, songeant enfin  se retirer, avait mis son infanterie en
tte, sa cavalerie au centre, son artillerie et ses quipages  la
queue. Il s'avanait ainsi formant une longue colonne. Sa brave
infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre
un passage; mais quand elle a pass avec une partie de la cavalerie, les
Franais reviennent  la charge, attaquent le reste de la cavalerie
et les bagages, et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au mme
instant, Klein, Mortier, y entrent de leur ct. On se bat dans les
rues. L'illustre et malheureux Lavater est frapp sur la porte de sa
maison, d'une balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil sur
la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint d'une blessure
grave  la cuisse dont il mourut quelques mois aprs. Enfin, tout ce qui
tait rest dans Zurich est oblig de mettre bas les armes. Cent pices
de canon, tous les bagages, les administrations, le trsor de l'arme
et cinq mille prisonniers, deviennent la proie des Franais. Korsakoff
avait eu en outre huit mille hommes hors de combat, dans cette
lutte acharne. Huit et cinq faisaient treize mille hommes perdus,
c'est--dire la moiti de son arme. Les grandes batailles d'Italie
n'avaient pas prsent des rsultats plus extraordinaires. Les
consquences pour le reste de la campagne ne devaient pas tre moins
grandes que les rsultats matriels. Korsakoff, avec treize mille hommes
au plus, se hta de regagner le Rhin.

Pendant ce temps, Soult, charg de passer la Lint au-dessus du lac de
Zurich, excutait sa mission avec non moins de bonheur que le gnral
en chef. Il avait excut le passage entre Bilten et Richenburg. Cent
cinquante braves, portant leur fusil sur leur tte, avaient travers la
rivire  la nage, abord sur l'autre rive, balay les tirailleurs, et
protg le dbarquement de l'avant-garde. Hotze, accouru sur-le-champ au
lieu du danger, tait tomb mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le
dsordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succdant  Hotze, avait
en vain essay de rejeter dans la Lint les corps qui avaient pass; il
avait t oblig de se replier, et s'tait retir prcipitamment sur
Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille prisonniers et du canon.
De leur ct, les gnraux Jellachich et Linken, chargs de venir par la
Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow au dbouch du
Saint-Gothard, s'taient retirs en apprenant tous ces dsastres. Ainsi
prs de soixante mille hommes taient repousss dj de la ligne de
la Limmat, au-del de celle du Rhin, et repousss aprs des pertes
immenses. Suwarow, qui croyait dboucher en Suisse dans le flanc d'un
ennemi attaqu de tous cts, et qui croyait dcider sa dfaite en
arrivant, allait trouver au contraire tous ses lieutenans disperss, et
s'engager au milieu d'une arme victorieuse de toutes parts.

Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il tait arriv au pied
du Saint-Gothard le cinquime jour complmentaire de l'an VII (21
septembre). Il avait t oblig de dmonter ses Cosaques pour charger
son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosemberg avec
six mille hommes, pour tourner le Saint-Gothard par Disentits et le
Crispalt. Arriv le 1er vendmiaire (23 septembre)  Airolo,  l'entre
de la gorge du Saint-Gothard, il y trouva Gudin avec une des brigades de
la division Lecourbe. Il se battit l avec la dernire opinitret; mais
ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer,
tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se dcida
enfin  inquiter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea ainsi  cder
la gorge jusqu' l'hpital. Gudin, par sa rsistance, avait donn 
Lecourbe le temps de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant gure
sous sa main que six mille hommes, ne pouvait rsister  Suwarow qui
arrivait avec douze mille, et  Rosemberg qui, transport dj 
Urseren, en avait six mille sur ses derrires. Il jeta son artillerie
dans la Reuss, gagna ensuite la rive oppose en gravissant des rochers
presque inaccessibles, et s'enfona dans la valle. Arriv au-del
d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrires, il rompit le pont
du Diable, et tua une multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi
le prcipice en descendant dans le lit de la Reuss et en remontant
la rive oppose. Lecourbe avait fait ainsi une retraite pied  pied,
profitant de tous les obstacles pour fatiguer et tuer un  un les
soldats de Suwarow.

L'arme russe arriva ainsi  Altorf, au fond de la valle de la Reuss,
accable de fatigues, manquant de vivres, et singulirement affaiblie
par les pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe dans
le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan convenu, avait pu faire
arriver Jellachich et Linken au-del de la Lint, jusqu' Schwitz, il
aurait envoy des bateaux pour recevoir Suwarow  l'embouchure de la
Reuss. Mais aprs les vnemens qui s'taient passs, Suwarow ne trouva
pas une embarcation, et se vit enferm dans une valle pouvantable.
C'tait le 4 vendmiaire (26 septembre), jour du dsastre gnral sur
toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans
le Schachental, et de passer  travers des montagnes horribles, o
il n'y avait aucune route trace, pour pntrer dans la valle de
Muthenthal. Il se mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer qu'un
homme de front dans le sentier qu'on avait  suivre. L'arme mit deux
jours  faire ce trajet de quelques lieues. Le premier homme tait
dj  Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitt Altorf. Les
prcipices taient couverts d'quipages, de chevaux, de soldats mourant
de faim ou de fatigue. Arriv dans la valle de Muthenthal, Suwarow
pouvait dboucher par Schwitz, non loin du lac de Zurich, ou bien
remonter la valle, et par le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du ct
de Schwitz, Massna arrivait avec la division Mortier, et de l'autre
ct du Bragel tait Molitor, qui occupait le dfil du Kloenthal,
vers les bords de la Lint. Aprs avoir donn deux jours de repos  ses
troupes, Suwarow se dcida  rtrograder par le Bragel. Le 8 vendmiaire
(30 septembre) il se mit en marche; Massna l'attaquait en queue, tandis
que de l'autre ct du Bragel, Molitor lui tenait tte au dfil du
Kloenthal. Rosemberg rsista bravement  toutes les attaques de Massna,
mais Bagration fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit la
route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. Suwarow, aprs avoir
livr des combats sanglans et meurtriers, coup de toutes les routes,
rejet sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de remonter la valle
d'Engi, pour se jeter dans celle du Rhin. Mais cette route tait encore
plus affreuse que celle qu'il avait parcourue. Il s'y dcida cependant,
et aprs quatre jours d'efforts et de souffrances inoues, atteignit
Coire et le Rhin. De ses dix-huit mille hommes, il en avait  peine
sauv dix mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les Alpes. Ce
barbare, prtendu invincible, se retirait couvert de confusion et plein
de rage. En quinze jours, plus de vingt mille Russes et cinq  six mille
Autrichiens avaient succomb. Les armes prtes  nous envahir taient
chasses de la Suisse et rejetes en Allemagne. La coalition tait
dissoute, car Suwarow, irrit contre les Autrichiens, ne voulait plus
servir avec eux. On peut dire que la France tait sauve.

Gloire ternelle  Massna, qui venait d'excuter l'une des plus belles
oprations dont l'histoire de la guerre fasse mention, et qui nous avait
sauvs dans un moment plus prilleux que celui de Valmy et de Fleurus!
Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le rsultat
politique; mais il faut clbrer surtout celles qui sauvent. On doit
l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le
plus beau fleuron de Massna; et il n'en existe pas de plus beau dans
aucune couronne militaire.

Pendant que ces vnemens si heureux se passaient en Suisse, la victoire
nous revenait en Hollande. Brune, faiblement press par l'ennemi,
avait eu le temps de concentrer ses forces, et aprs avoir battu les
Anglo-Russes  Kastrikum, les avait enferms au Zip, et rduits 
capituler. Les conditions taient l'vacuation de la Hollande, la
restitution de ce qui avait t pris au Helder, et l'largissement sans
change de huit mille prisonniers. On aurait souhait la restitution de
la flotte hollandaise; mais les Anglais s'y refusaient, et on craignait,
en rejetant la capitulation, le mal qu'ils pouvaient faire au pays.

Ainsi se termina cette mmorable campagne de 1799. La rpublique, entre
trop tt en action, et commettant la faute de prendre l'offensive, sans
avoir auparavant concentr ses forces, avait t battue  Stokach et
Magnano, et avait perdu ainsi par ces deux dfaites l'Allemagne et
l'Italie. Massna rest seul en Suisse, formait un saillant dangereux
entre deux masses victorieuses. Il s'tait repli sur le Rhin, puis
sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. L, il s'tait rendu inattaquable
durant quatre mois. Pendant ce temps, l'arme de Naples, tchant de se
runir  l'arme de la Haute-Italie, avait t battue  la Trebbia.
Runie plus tard  cette arme par derrire l'Apennin, rallie et
renforce, elle avait perdu son gnral  Novi, avait t battue de
nouveau, et avait dfinitivement perdu l'Italie. L'Apennin tait mme
envahi et le Var menac. Mais l avait t le terme de nos malheurs. La
coalition, revirant ses forces, avait port l'archiduc Charles sur le
Rhin, et Suwarow en Suisse. Massna, saisissant ce moment, avait
dtruit Korsakoff priv de l'archiduc, et mis en fuite Suwarow priv
de Korsakoff. Il avait ainsi rpar nos malheurs par une immortelle
victoire. En Orient, de beaux triomphes avaient termin la campagne.
Mais, il faut le dire, si ces grands exploits avaient soutenu la
rpublique prte  succomber, s'ils lui avaient rendu quelque gloire,
ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni sa puissance. La France tait
sauve, mais elle n'tait que sauve; elle n'avait point encore recouvr
son rang, et elle courait mme des dangers sur le Var.



CHAPITRE XIX.

RETOUR DE BONAPARTE; SON DBARQUEMENT A FRJUS; ENTHOUSIASME QU'IL
INSPIRE.--AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVE.--IL SE COALISE
AVEC SIYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.--PRPARATIFS
ET JOURNE DU 18 BRUMAIRE.--RENVERSEMENT DE LA CONSTITUTION DE L'AN III;
INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.--FIN DE CETTE HISTOIRE.


Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la capitulation des
Anglo-Russes se succdrent presque immdiatement, et rassurrent les
imaginations pouvantes. C'tait la premire fois que ces Russes
si odieux taient battus, et ils l'taient si compltement, que la
satisfaction devait tre profonde. Mais l'Italie tait toujours perdue,
le Var tait menac, la frontire du Midi en pril. Les grandeurs de
Campo-Formio ne nous taient pas rendues. Du reste, les prils les
plus grands n'taient pas au dehors, mais au dedans. Un gouvernement
dsorganis, des partis ingouvernables, qui ne voulaient pas subir
l'autorit et qui n'taient cependant plus assez forts pour s'en
emparer; partout une espce de dissolution sociale, et le brigandage,
signe de cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout dans
les provinces dchires autrefois par la guerre civile; telle tait la
situation de la rpublique. Un rpit de quelques mois tant assur par
la victoire de Zurich, c'tait moins d'un dfenseur qu'on manquait dans
le moment, que d'un chef qui s'empart des rnes du gouvernement. La
masse entire de la population voulait  tout prix du repos, de l'ordre,
la fin des disputes, l'unit des volonts. Elle avait peur des jacobins,
des migrs, des chouans, de tous les partis. C'tait le moment d'une
merveilleuse fortune pour celui qui calmerait toutes ces peurs.

Les dpches contenant le rcit de l'expdition de Syrie, des batailles
du mont Thabor et d'Aboukir, produisirent un effet extraordinaire,
et confirmrent cette ide que le hros de Castiglione et de Rivoli
resterait vainqueur partout o il se montrerait. Son nom se retrouva
aussitt dans toutes les bouches, et la question _que fait-il_?
_quand vient-il_? se renouvela de toutes parts. S'il allait revenir!
disait-on... Par un instinct singulier, le bruit qu'il tait arriv
courut deux ou trois fois. Ses frres lui avaient crit, sa femme aussi;
mais on ignorait si ces dpches lui taient parvenues. On a vu en effet
qu'elles n'avaient pu traverser les croisires anglaises.

Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux si singuliers, voguait
tranquillement sur les mers, au milieu des flottes anglaises.
La traverse n'tait pas heureuse, et les vents contraires la
prolongeaient. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et on avait
craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de
son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant  son toile,
apprenait  y croire et  ne pas s'agiter pour des prils invitables.
Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres des peuples qu'il venait de
quitter. Craignant, d'aprs les derniers vnemens, que le midi de la
France ne ft envahi, il avait fait gouverner, non vers les ctes
de Provence, mais vers celles du Languedoc. Il voulait dbarquer 
Collioure ou  Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramen vers la
Corse. L'le entire tait accourue au-devant du clbre compatriote. On
avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout
 coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau,
trente voiles ennemies: on les voyait au milieu des rayons du soleil
couchant. On proposait de mettre un canot  la mer pour aborder
furtivement  terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte
dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17
vendmiaire an VIII (octobre 1799),  la pointe du jour, les frgates
_le Muiron_ et _la Carrre_, les chebecks _la_ _Revanche_ et _la
Fortune_, vinrent mouiller dans le golfe de Frjus.

Les habitans de la Provence avaient craint, pendant trois annes de
suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait dlivrs de cette
crainte en 1796; mais elle leur tait revenue plus grande que jamais
depuis la bataille de Novi. En apprenant que Bonaparte tait mouill sur
la cte, ils crurent leur sauveur arriv. Tous les habitans de Frjus
accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. Une
multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosit, envahit les vaisseaux,
et, violant toutes les lois sanitaires, communiqua avec les nouveaux
arrivs. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'tait
plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la
sant dut dispenser le gnral de la quarantaine, car il aurait fallu
condamner  la mme prcaution toute la population, qui avait dj
communiqu avec les quipages. Bonaparte descendit sur-le-champ  terre,
et le jour mme voulut monter en voiture pour se rendre  Paris.

Le tlgraphe, aussi prompt que les vents, avait dj rpandu sur
la route de Frjus  Paris, la grande nouvelle du dbarquement de
Bonaparte. Sur-le-champ la joie la plus confuse avait clat. La
nouvelle, annonce sur tous les thtres, y avait produit des lans
extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplac partout les
reprsentations thtrales. Le dput Baudin (des Ardennes), l'un des
auteurs de la constitution de l'an III, rpublicain sage et sincre,
attach  la rpublique jusqu' la passion, et la croyant perdue si un
bras puissant ne venait la soutenir, Baudin (des Ardennes) expira de
joie en apprenant cet vnement.

Bonaparte tait parti le jour mme du 15 vendmiaire (9 octobre) pour
Paris. Il avait pass par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces
villes, l'enthousiasme fut immodr. Les cloches retentissaient dans les
villages, et pendant la nuit des feux taient allums sur les routes. A
Lyon surtout, les lans furent plus vifs encore que partout ailleurs.
En partant de cette dernire ville, Bonaparte, qui voulait arriver
incognito, prit une autre route que celle qu'il avait indique  ses
courriers. Ses frres et sa femme, tromps sur sa direction, couraient
 sa rencontre, tandis qu'il arrivait  Paris. Le 24 vendmiaire (16
octobre), il tait dj dans sa maison de la rue Chantereine, sans que
personne se doutt de son arrive. Deux heures aprs, il se rendit au
directoire. La garde le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de
_Vive Bonaparte!_ Il courut chez le prsident du directoire, c'tait
Gohier. Il fut convenu qu'il serait prsent le lendemain au directoire.
Le lendemain 25, il se prsenta en effet devant cette magistrature
suprme. Il dit qu'aprs avoir consolid l'tablissement de son arme
en gypte, par les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et confi son
sort  un gnral capable d'en assurer la prosprit, il tait parti
pour voler au secours de la rpublique, qu'il croyait perdue. Il la
trouvait sauve par les exploits de ses frres d'armes, et il s'en
rjouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant la main sur son pe, jamais
il ne la tirerait que pour la dfense de cette rpublique. Le prsident
le complimenta sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna
l'accolade fraternelle. L'accueil fut en apparence trs flatteur, mais
au fond les craintes taient maintenant trop relles et trop justifies
par la situation, pour que son retour ft plaisir aux cinq magistrats
rpublicains.

Lorsque aprs une longue apathie, les hommes se rveillent et
s'attachent  quelque chose, c'est avec passion. Dans ce nant o
taient tombes les opinions, les partis et toutes les autorits, on
tait demeur quelque temps sans s'attacher  rien. Le dgot des
hommes et des choses tait universel. Mais  l'apparition de l'individu
extraordinaire que l'Orient venait de rendre  l'Europe d'une manire si
imprvue, tout dgot, toute incertitude venaient de cesser. C'est
sur lui que se fixrent sur-le-champ les regards, les voeux et les
esprances. Tous les gnraux, employs ou non employs, patriotes ou
modrs, tous accoururent chez Bonaparte. C'tait naturel, puisqu'il
tait le premier membre de cette classe si ambitieuse et si mcontente.
En lui elle semblait avoir trouv un vengeur contre le gouvernement.
Tous les ministres, tous les fonctionnaires successivement disgracis
pendant les fluctuations du directoire, accoururent aussi auprs du
nouvel arriv. Ils allaient en apparence visiter le guerrier illustre,
et en ralit observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir
semblait appartenir.

Bonaparte avait amen Lannes, Murat et Berthier, qui ne le quittaient
pas. Bientt Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc,
Lefebvre, Marbot, malgr des diffrences d'opinions, se montrrent
auprs de lui. Moreau lui-mme fit bientt partie de ce cortge.
Bonaparte l'avait rencontr, chez Gohier. Sentant que sa supriorit lui
permettait de faire les premiers pas, il alla  Moreau, lui tmoigna
son impatience de le connatre, et lui exprima une estime qui le toucha
profondment. Il lui donna ensuite un damas enrichi de pierreries, et
parvint  le gagner tout  fait. En quelques jours Moreau fut de sa
cour. Il tait mcontent aussi, et il allait avec tous ses camarades
chez le vengeur prsum. A ces guerriers illustres se joignirent des
hommes de toutes les carrires: on y vit Bruix, l'ex-ministre de la
marine, qui venait de parcourir la Mditerrane  la tte des flottes
franaise et espagnole, homme d'un esprit fin et dli, aussi habile 
conduire une ngociation qu' diriger une escadre. On y vit aussi M.
de Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le mcontentement de
Bonaparte, pour n'tre point all en gypte. Mais M. de Talleyrand
comptait sur son esprit, sur son nom, sur son importance, pour tre bien
accueilli; il le fut bien. Ces deux hommes avaient trop de got
l'un pour l'autre, et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder
mutuellement. On voyait encore rue Chantereine Roederer, l'ancien
procureur de la commune, homme plein de franchise et d'esprit; Rgnault
de Saint-Jean-d'Angly, ancien constituant auquel Bonaparte s'tait
attach en Italie, et qu'il avait employ  Malte, orateur brillant et
fcond.

Mais ce n'taient pas seulement les disgracis, les mcontens, qui
se rendaient chez Bonaparte. Les chefs actuels du gouvernement s'y
montrrent avec le mme empressement. Tous les directeurs et tous les
ministres lui donnrent des ftes, comme au retour d'Italie. Une grande
partie des dputs des deux conseils se firent prsenter chez lui.
Les ministres et les directeurs lui dcernrent un hommage bien plus
flatteur, ils vinrent le consulter  chaque instant sur ce qu'ils
avaient  faire. Dubois-Cranc, le ministre de la guerre, avait en
quelque sorte transport son portefeuille chez Bonaparte. Moulins, celui
des directeurs qui s'occupait spcialement de la guerre, passait une
partie des matines avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient aussi.
Cambacrs, ministre de la justice, jurisconsulte habile, qui avait
pour Bonaparte le got que les hommes faibles ont pour la force, et que
Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il savait apprcier le
mrite civil; Fouch, ministre de la police, qui voulait changer son
protecteur us, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; Ral,
commissaire prs le dpartement de la Seine, ardent et gnreux
patriote, et l'un des hommes les plus spirituels du temps, taient
galement assidus auprs de Bonaparte, et s'entretenaient avec lui des
affaires de l'tat. Il y avait  peine huit jours que le gnral tait
 Paris, et dj le gouvernement des affaires lui arrivait presque
involontairement. A dfaut de sa volont, qui n'tait rien encore,
on lui demandait son avis. Pour lui, avec sa rserve accoutume, il
affectait de se soustraire aux empressemens dont il tait l'objet. Il
refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, et ne sortait pour ainsi
dire qu' la drobe. Son visage tait devenu plus sec, son teint plus
fonc. Il portait depuis son retour une petite redingote grise et un
sabre turc attach  un cordon de soie. Pour ceux qui avaient eu la
bonne fortune de le voir, c'tait un emblme qui rappelait l'Orient, les
Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers de la garnison,
les quatre adjudans de la garde nationale, l'tat-major de la place
demandaient  lui tre prsents. Il diffrait de jour en jour, et
semblait ne se prter qu' regret  tous ces hommages. Il coutait, ne
s'ouvrait encore  personne, et observait toutes choses. Cette politique
tait profonde. Quand on est ncessaire, il ne faut pas craindre
d'attendre. On irrite l'impatience des hommes, ils accourent  vous, et
vous n'avez plus qu' choisir.

Que va faire Bonaparte? tait la question que tout le monde s'adressait.
Elle prouvait qu'il y avait quelque chose d'invitable  faire. Deux
partis principaux, et un troisime, subdivision des deux autres,
s'offraient  lui, et taient disposs  le servir, s'il adoptait leurs
vues: c'taient les patriotes, les modrs ou politiques, enfin les
_pourris_, comme on les appelait, corrompus de tous les temps et de
toutes les factions.

Les patriotes se dfiaient bien de Bonaparte et de son ambition; mais
avec leur got de dtruire, et leur imprvoyance du lendemain, ils
se seraient servis de son bras pour tout renverser, sauf  s'occuper
ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait de cet avis que les
forcens, qui, toujours mcontens de ce qui existait, regardaient le
soin de dtruire comme le plus pressant de tous. Le reste des patriotes,
ceux qu'on pouvait appeler les rpublicains, se dfiaient de la renomme
du gnral, voulaient tout au plus qu'on lui donnt place au directoire,
voyaient mme avec peine qu'il fallt pour cela lui accorder une
dispense d'ge, et souhaitaient par-dessus tout qu'il allt aux
frontires, relever la gloire de nos armes, et rendre  la rpublique sa
premire splendeur.

Les modrs ou politiques, gens craignant les fureurs des partis, et
surtout celles des jacobins, n'esprant plus rien d'une constitution
viole et use, voulaient un changement, et souhaitaient qu'il se ft
sous les auspices d'un homme puissant. Prenez le pouvoir, faites-nous
une constitution sage et modre, et donnez-nous de la scurit;
tel tait le langage intrieur qu'ils adressaient  Bonaparte. Ils
composaient le parti le plus nombreux en France. Il y entrait mme
beaucoup de patriotes compromis, qui, ayant peur pour la rvolution,
voulaient en confier le salut  un homme puissant. Ils avaient la
majorit dans les anciens, une minorit assez forte dans les cinq-cents.
Ils avaient suivi jusqu'ici la plus grande renomme civile, celle de
Siyes, et s'y taient d'autant plus attachs que Siyes avait t plus
maltrait au Mange. Aujourd'hui ils devaient courir avec bien plus
d'empressement au-devant de Bonaparte, car c'tait la force qu'ils
cherchaient, et elle tait bien plus grande dans un gnral victorieux
que dans un publiciste, quelque illustre qu'il ft.

Les _pourris_ enfin taient tous les fripons, tous les intrigans qui
cherchaient  faire fortune, qui s'taient dshonors en la faisant, et
qui voulaient la faire encore au mme prix. Ils suivaient Barras et
le ministre de la police Fouch. Il y avait de tout parmi eux, des
jacobins, des modrs, des royalistes mme. Ce n'tait point un parti,
mais une coterie nombreuse.

Il ne faut pas,  la suite de cette numration, compter les partisans
de la royaut. Ils taient trop annuls depuis le 18 fructidor, et
d'ailleurs Bonaparte ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait
songer qu' lui, et ne pouvait prendre le pouvoir pour le remettre 
d'autres. Ils se contentaient donc de faire nombre avec les ennemis du
directoire, et de l'accuser dans la langue de tous les partis.

Parmi ces diffrens partis, Bonaparte ne pouvait faire qu'un choix. Les
patriotes ne lui convenaient pas du tout. Les uns, attachs  ce qui
existait, se dfiaient de son ambition; les autres voulaient un coup de
main, puis rien que des agitations interminables, et on ne pouvait rien
fonder avec eux. D'ailleurs ils taient en sens contraire de la marche
du temps, et ils exhalaient leurs dernires ardeurs. Les _pourris_
n'taient rien, ils n'taient quelque chose que dans le gouvernement,
o ils s'taient naturellement introduits, car c'est l que tendent
toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu' ne pas s'en occuper;
ils devaient venir  celui qui runirait le plus de chances en sa
faveur, parce qu'ils voulaient rester en possession des places et de
l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte pt s'appuyer tait celui
qui, partageant les besoins de toute la population, voult mettre la
rpublique  l'abri des factions, en la constituant d'une manire
solide. C'tait l qu'tait tout avenir, c'tait l qu'il devait se
ranger.

Son choix ne pouvait tre douteux: par instinct seul il tait fait
d'avance. Bonaparte avait horreur des hommes turbulens, dgot des
hommes corrompus. Il ne pouvait aimer que ces hommes modrs qui
voulaient qu'on gouvernt pour eux. C'tait d'ailleurs la nation mme.
Mais il fallait attendre, se laisser prvenir par les offres des partis,
et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels d'entre eux on pourrait
faire alliance.

Les partis taient tous reprsents au directoire. Les patriotes
avaient, comme on l'a vu, Moulins et Gohier. Les pourris avaient Barras.
Les politiques ou modrs avaient Siyes et Roger-Ducos.

Gohier et Moulins, patriotes sincres et honntes, plus modrs que leur
parti, parce qu'ils taient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne
voulant se servir de son pe que pour la gloire de la constitution
de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer aux armes. Bonaparte les
traitait avec beaucoup d'gards; il estimait leur honntet, car il l'a
toujours aime chez les hommes (c'est un got naturel et intress chez
un homme n pour gouverner). D'ailleurs, les gards qu'il avait pour eux
taient un moyen de prouver qu'il honorait les vrais rpublicains. Sa
femme s'tait lie avec celle de Gohier. Elle calculait aussi, et elle
avait dit  madame Gohier: Mon intimit avec vous rpondra  toutes les
calomnies.

Barras, qui sentait sa fin politique approcher, et qui voyait dans
Bonaparte un successeur invitable, le dtestait profondment. Il aurait
consenti  le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus mpris
que jamais par lui, et il en demeurait loign. Bonaparte avait pour cet
picurien ignorant, blas, corrompu, une aversion tous les jours plus
insurmontable. Le nom de _pourris_ qu'il avait donn  lui et aux siens,
prouvait assez son dgot et son mpris. Il tait difficile qu'il
consentt  s'allier  lui.

Restait l'homme vraiment important, c'tait Siyes, entranant  sa
suite Roger-Ducos. En appelant Siyes au directoire au moment du
30 prairial, il semblait qu'on et song  se jeter dans ses bras.
Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris la premire place en son
absence; d'avoir fix un moment les esprits, et d'avoir fait natre des
esprances. Il avait contre lui une humeur qu'il ne s'expliquait
pas. Quoique fort opposs par le gnie et les habitudes, ils avaient
cependant assez de supriorit pour s'entendre et se pardonner leurs
diffrences, mais trop d'orgueil pour se faire des concessions.
Malheureusement ils ne s'taient point encore adress la parole, et deux
grands esprits qui ne se sont pas encore flatts, sont naturellement
ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait que l'autre ft
les premiers pas. Ils se rencontrrent  dner chez Gohier. Bonaparte
s'tait senti assez au-dessus de Moreau pour faire les premiers pas; il
ne crut pas pouvoir les faire envers Siyes, et il ne lui parla pas.
Celui-ci garda le mme silence. Ils se retirrent furieux. Avez-vous
vu ce petit insolent? dit Siyes; il n'a pas mme salu le membre d'un
gouvernement qui aurait d le faire fusiller.--Quelle ide a-t-on eue,
dit Bonaparte, de mettre ce prtre au directoire? il est vendu  la
Prusse, et, si on n'y prend garde, il vous livrera  elle. Ainsi, dans
les hommes de la plus grande supriorit, l'orgueil l'emporte mme sur
la politique. Si, du reste, il en tait autrement, ils n'auraient plus
cette hauteur qui les rend propres  dominer les hommes.

Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus d'intrt  gagner,
tait celui pour lequel il avait le plus d'loignement. Mais leurs
intrts taient tellement identiques, qu'ils allaient tre, malgr
eux-mmes, pousss l'un vers l'autre par leurs propres partisans.

Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez Bonaparte allait
toujours croissant, celui-ci, incertain encore du parti qu'il devait
prendre, avait sond Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient
consentir  ce qu'il ft directeur, quoiqu'il n'et pas l'ge
ncessaire. C'tait  la place de Siyes qu'il aurait voulu entrer au
gouvernement. En excluant Siyes, il devenait le matre de ses autres
collgues, et tait assur de gouverner sous leur nom. C'tait sans
doute un succs bien incomplet; mais c'tait un moyen d'arriver au
pouvoir, sans faire prcisment une rvolution; et une fois arriv, il
avait le temps d'attendre. Soit qu'il ft sincre, soit qu'il voult les
tromper, ce qui est possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son
ambition au-del d'une place au directoire, il les sonda et les trouva
intraitables sous le rapport de l'ge. Une dispense, quoique donne
par les conseils, leur paraissait une infraction  la constitution. Il
fallut renoncer  cette ide.

Les deux directeurs Gohier et Moulins, commenant  s'inquiter
de l'ardeur que Bonaparte montrait pour les fonctions politiques,
imaginrent de l'loigner, en lui donnant le commandement d'une arme.
Siyes ne fut pas de cet avis, et dit avec humeur que, loin de lui
fournir l'occasion d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire,
l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de l'envoyer en Italie,
Barras dit qu'il y avait assez bien fait ses affaires pour n'avoir
pas envie d'y retourner. Enfin il fut dcid qu'on l'appellerait pour
l'inviter  prendre un commandement, en lui laissant le choix de l'arme
 commander.

Bonaparte, mand, se rendit au directoire. Il connaissait le propos de
Barras. Avant qu'on lui et notifi l'objet pour lequel on l'appelait,
il prit la parole d'un ton haut et menaant, cita le propos dont il
avait  se plaindre, et, regardant Barras, dit que s'il avait fait
sa fortune en Italie, ce n'tait pas, du moins, aux dpens de la
rpublique. Barras se tut. Le prsident Gohier rpondit  Bonaparte que
le gouvernement tait persuad que ses lauriers taient la seule fortune
qu'il et rapporte d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire
l'invitait  prendre un commandement, et lui laissait d'ailleurs le
choix de l'arme. Bonaparte rpondit froidement qu'il n'tait pas encore
assez repos de ses fatigues, que la transition d'un climat sec  un
climat humide l'avait fortement prouv, et qu'il lui fallait encore
quelque temps pour se remettre. Il se retira sans plus d'explication.
Un pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, et l'avertir
lui-mme de leurs dfiances.

C'tait un motif de se hter: ses frres, ses conseillers habituels,
Roederer, Ral, Rgnault de Saint-Jean-d'Angly, Bruix, Talleyrand, lui
amenaient tous les jours des membres du parti modr et politique dans
les conseils. C'taient, dans les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe),
Gaudin, Chazal, Cabanis, Chnier; dans les anciens, Cornudet, Lemercier,
Fargues, Daunou. Leur avis  tous tait qu'il fallait s'allier au
vrai parti, au parti rformateur, et s'unir  Siyes, qui avait une
constitution toute faite, et la majorit dans le conseil des anciens.
Bonaparte tait bien de leur avis, et sentait qu'il n'avait pas de choix
 faire; mais il fallait qu'on le rapprocht de Siyes, et c'tait
difficile. Cependant les intrts taient si grands, et il y avait
entre son orgueil et celui de Siyes des entremetteurs si dlicats,
si adroits, que l'alliance ne pouvait pas tarder  se faire. M. de
Talleyrand et concili des orgueils encore plus sauvages que celui de
ces deux hommes. Bientt la ngociation fut entame et acheve. Il fut
convenu qu'une constitution plus forte serait donne  la France, sous
les auspices de Siyes et de Bonaparte. Sans qu'on se ft expliqu sur
la forme et l'espce de cette constitution, il fut sous-entendu qu'elle
serait rpublicaine, mais qu'elle dlivrerait la France de ce que
l'un et l'autre appelaient les bavards, et donnerait aux deux esprits
puissans qui s'alliaient la plus grande part d'influence.

Un systmatique rvant l'accomplissement trop diffr de ses
conceptions, un ambitieux voulant rgir le monde, taient, au milieu
de ce nant de tous les systmes et de toutes les forces, minemment
propres  se coaliser. Peu importait l'incompatibilit de leur humeur.
L'adresse des intermdiaires et la gravit des intrts suffisaient pour
pallier cet inconvnient, du moins pour un moment: et c'tait assez d'un
moment pour faire une rvolution.

Bonaparte tait donc dcid  agir avec Siyes et Roger-Ducos. Il
montrait toujours le mme loignement pour Barras, les mmes gards pour
Gohier et Moulins, et gardait une gale rserve avec les trois. Mais
Fouch, habile  deviner la fortune naissante, voyait avec le plus grand
regret l'loignement de Bonaparte pour son patron Barras, et tait
dsol de voir que Barras ne ft rien pour vaincre cet loignement. Il
tait tout  fait dcid  passer dans le camp du nouveau Csar; mais
hsitant, par un reste de pudeur,  abandonner son protecteur, il aurait
voulu l'y entraner  sa suite. Assidu auprs de Bonaparte, et assez
bien accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, il
tchait de vaincre sa rpugnance pour Barras. Il tait second par Ral,
Bruix, et les autres conseillers du gnral. Croyant avoir russi, il
engagea Barras  inviter Bonaparte  dner. Barras l'invita pour le
8 brumaire (30 octobre). Bonaparte s'y rendit. Aprs le dner,
ils commencrent  s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras
s'attendaient. Barras entra le premier en matire. Il dbuta par des
gnralits sur sa situation personnelle. Esprant sans doute que
Bonaparte affirmerait le contraire, il lui dit qu'il tait malade, us,
et condamn  renoncer aux affaires. Bonaparte gardant toujours le
silence, Barras ajouta que la rpublique tait dsorganise, qu'il
fallait, pour la sauver, concentrer le pouvoir et nommer un prsident;
et puis il nomma le gnral Hdouville, comme digne d'tre lu.
Hdouville tait aussi inconnu que peu capable. Barras dguisait sa
pense, et dsignait Hdouville pour ne pas se nommer lui-mme. Quant
 vous, gnral, ajouta-t-il, votre intention est de vous rendre 
l'arme; allez y acqurir une gloire nouvelle, et replacer la France 
son vritable rang. Moi, je vais me rejeter dans la retraite dont j'ai
besoin. Bonaparte jeta un regard fixe sur Barras, ne rpondit rien, et
laissa l l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus une seule parole.
Bonaparte se retira sur-le-champ, et, avant de quitter le Luxembourg,
passa dans l'appartement de Siyes. Il vint lui dclarer d'une manire
expresse qu'il voulait marcher avec lui seul, et qu'ils n'avaient plus
qu' convenir des moyens d'excution. L'alliance fut scelle dans cette
entrevue, et on convint de tout prparer pour le 18 ou le 20 brumaire.

Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouch, Ral et les amis de
Barras. Eh bien, votre Barras, leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a
propos? de faire un prsident qui serait Hdouville, c'est--dire lui,
et de m'en aller, moi,  l'arme. Il n'y a rien  faire avec un pareil
homme. Les amis de Barras voulurent rparer cette maladresse et
cherchrent  l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, et changea
d'entretien, car son parti tait pris. Fouch se rendit aussitt chez
Barras, pour lui faire des reproches, et pour l'engager  aller corriger
l'effet de ses gaucheries. Ds le lendemain matin, Barras courut chez
Bonaparte pour excuser ses paroles de la veille; il lui offrit son
dvouement et sa coopration  tout ce qu'il voudrait tenter. Bonaparte
l'couta peu, lui rpondit par des gnralits, et  son tour lui parla
de ses fatigues, de sa sant dlabre, et de son dgot des hommes et
des affaires.

Barras se vit perdu et sentit son rle achev. Il tait temps qu'il
recueillt le prix de ses doubles intrigues et de ses lches dfections.
Les patriotes ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers la
socit du Mange; les rpublicains, attachs  la constitution de
l'an III, n'avaient que du mpris et de la dfiance pour lui. Les
rformateurs, les politiques, n'y voyaient qu'un homme dconsidr, et
lui appliquaient le mot de _pourri_, imagin par Bonaparte. Il ne lui
restait que quelques intrigues avec les royalistes, au moyen de certains
migrs cachs dans sa cour. Ces intrigues taient fort anciennes:
elles avaient commenc ds le 18 fructidor. Il en avait fait part au
directoire, et s'tait fait autoriser  les poursuivre, pour avoir dans
les mains les fils de la contre-rvolution. Il s'tait ainsi mnag
le moyen de trahir  volont la rpublique ou le prtendant. Il tait
question dans ce moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques
millions, pour seconder son retour. Il est possible, du reste, que
Barras ne ft pas sincre avec le prtendant, car tous ses gots
devaient tre pour la rpublique. Mais savoir au juste les prfrences
de ce vieux corrompu, serait difficile. Peut-tre les ignorait-il
lui-mme. D'ailleurs,  ce point de corruption, un peu d'argent doit
malheureusement prvaloir sur toutes les prfrences de got ou
d'opinion.

Fouch, dsespr de voir son patron perdu, dsespr surtout de se voir
compromis dans sa disgrce, redoubla d'assiduits auprs de Bonaparte.
Celui-ci, se dfiant d'un pareil homme, lui cacha tous ses secrets; mais
Fouch ne se rebutant pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte
assure, rsolut de vaincre ses rigueurs  force de services. Il avait
la police, il la faisait habilement, et il savait que l'on conspirait
partout. Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorit,
compose de Moulins, Gohier et Barras, aurait pu tirer de ses
rvlations un parti funeste aux conjurs.

Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte tait  Paris, et
presque tout tait dj prpar. Berthier, Lannes, Murat, gagnaient
chaque jour les officiers et les gnraux. Parmi eux, Bernadotte
par jalousie, Jourdan par attachement  la rpublique, Augereau par
jacobinisme, s'taient rejets en arrire, et avaient communiqu
leurs craintes  tous les patriotes des cinq-cents; mais la masse des
militaires tait gagne. Moreau, rpublicain sincre, mais suspect aux
patriotes qui dominaient, mcontent du directoire qui avait si mal
rcompens ses talens, n'avait de recours qu'en Bonaparte. Caress,
gagn par lui, et supportant trs bien un suprieur, il dclara qu'il
seconderait tous ses projets. Il ne voulait pas tre mis dans le secret,
car il avait horreur des intrigues politiques, mais il demandait  tre
appel au moment de l'excution. Il y avait  Paris les 8e et 9e de
dragons, qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, et qui
lui taient dvous. Le 21e de chasseurs, organis par lui quand il
commandait l'arme de l'intrieur, et qui avait compt autrefois Murat
dans ses rangs, lui appartenait galement. Ces rgimens demandaient
toujours  dfiler devant lui. Les officiers de la garnison, les
adjudans de la garde nationale, demandaient aussi  lui tre prsents,
et ne l'avaient pas encore obtenu. Il diffrait, se rservant de faire
concourir cette rception avec ses projets. Ses deux frres, Lucien et
Joseph, et les dputs de son parti, faisaient chaque jour de nouvelles
conqutes dans les conseils.

Une entrevue fut fixe le 15 brumaire avec Siyes, pour convenir du plan
et des moyens d'excution. Ce mme jour, les conseils devaient donner un
banquet au gnral Bonaparte, comme on avait fait au retour d'Italie. Ce
n'tait point comme alors les conseils qui le donnaient officiellement.
La chose avait t propose en comit secret; mais les cinq-cents, qui,
dans le premier moment du dbarquement, avaient nomm Lucien prsident,
pour honorer le gnral dans la personne de son frre, taient
maintenant en dfiance, et se refusaient  donner un banquet. Il fut
dcid alors qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le nombre
des souscripteurs fut de six  sept cents. Le repas eut lieu  l'glise
Saint-Sulpice; il fut froid et silencieux: tout le monde s'observait et
gardait la plus grande rserve. Il tait visible qu'on s'attendait  un
grand vnement, et qu'il tait l'ouvrage d'une partie des assistans.
Bonaparte fut sombre et proccup. C'tait assez naturel, puisqu'au
sortir de l il allait arrter le lieu et l'heure d'une conjuration. A
peine le dner tait-il achev, qu'il se leva, fit avec Berthier le tour
des tables, adressa quelques paroles aux dputs, et se retira ensuite
prcipitamment.

Il se rendit chez Siyes pour faire avec lui ses derniers arrangemens.
L, on convint d'abord du gouvernement qu'on substituerait  celui qui
existait. Il fut arrt qu'on suspendrait les conseils pour trois mois,
qu'on substituerait aux cinq directeurs trois consuls provisoires, qui,
pendant ces trois mois, auraient une espce de dictature et seraient
chargs de faire une constitution. Bonaparte, Siyes et Roger-Ducos,
devaient tre les trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les
moyens d'excution. Siyes avait la majorit assure dans les anciens.
Comme on parlait tous les jours de projets incendiaires, forms par
les jacobins, on imagina de supposer de leur part un projet d'attentat
contre la reprsentation nationale. La commission des inspecteurs des
anciens, toute  la disposition de Siyes, devait proposer de transfrer
le corps lgislatif  Saint-Cloud. La constitution donnait, en effet,
ce droit au conseil des anciens. Ce conseil devait  cette mesure en
ajouter une autre qui n'tait pas autorise par la constitution, c'tait
de confier le soin de protger la translation  un gnral de son choix,
c'est--dire  Bonaparte. Les anciens devaient lui dfrer en mme temps
le commandement de la 17e division militaire et de toutes les troupes
cantonnes dans Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire le
corps lgislatif  Saint-Cloud. L, on esprait devenir matre des
cinq-cents, et leur arracher le dcret d'un consulat provisoire.
Siyes et Roger-Ducos devaient donner ce jour mme leur dmission de
directeurs. On se proposait d'emporter celle de Barras, Gohier ou
Moulins. Alors le directoire tait dsorganis par la dissolution de
la majorit; on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait plus de
gouvernement, et on les obligeait  nommer les trois consuls. Ce plan
tait parfaitement conu, car il faut toujours, quand on veut faire
une rvolution, dguiser l'illgal autant qu'on le peut, se servir
des termes d'une constitution pour la dtruire, et des membres d'un
gouvernement pour le renverser.

On fixa le 18 brumaire pour provoquer le dcret de translation, et le
19 pour la sance dcisive  Saint-Cloud. On se partagea la tche. Le
dcret de translation, le soin de l'obtenir, fut confi  Siyes et 
ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir la force arme et de conduire les
troupes aux Tuileries.

Tout tant arrt, ils se sparrent. Il n'tait bruit de toutes parts
que d'un grand vnement prs d'clater. C'est toujours ainsi que cela
s'tait pass. Il n'y a de rvolutions qui russissent que celles qui
peuvent tre connues d'avance. Fouch d'ailleurs se gardait d'avertir
les trois directeurs rests en dehors de la conjuration. Dubois-Cranc,
malgr sa dfrence pour les lumires de Bonaparte en matire de guerre,
tait chaud patriote; il eut avis du projet, courut le dnoncer  Gohier
et  Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien  une grande
ambition, mais non encore  une conjuration prte  clater. Barras
voyait bien un grand mouvement; mais il se sentait perdu de toute faon,
et il se laissait lchement aller aux vnemens.

La commission des anciens, que prsidait le dput Cornet, eut la
mission de tout prparer dans la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le
dcret de translation. On ferma les volets et les rideaux des fentres,
pour que le public ne ft pas averti par les lumires du travail de
nuit qui se faisait dans les bureaux de la commission. On eut soin
de convoquer le conseil des anciens pour sept heures, et celui des
cinq-cents pour onze. De cette manire, le dcret de translation devait
tre rendu avant que les cinq-cents fussent en sance; et, comme toute
dlibration tait interdite par la constitution  l'instant o le
dcret de translation tait promulgu, on fermait par cette promulgation
la tribune des cinq-cents, et on s'pargnait toute discussion
embarrassante. On eut un autre soin, ce fut de diffrer pour certains
dputs l'envoi des lettres de convocation. On fut certain par l que
ceux dont on se dfiait n'arriveraient qu'aprs la dcision rendue.

De son ct, Bonaparte avait pris toutes les prcautions ncessaires. Il
avait mand le colonel Sbastiani, qui commandait le 9e de dragons, pour
s'assurer des dispositions du rgiment. Ce rgiment se composait
de quatre cents hommes  pied et de six cents hommes  cheval. Il
renfermait beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats d'Arcole
et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel rpondit du rgiment 
Bonaparte. Il fut convenu que le colonel, sous prtexte de passer une
revue, sortirait  cinq heures de ses casernes, distribuerait son
monde, partie sur la place de la Rvolution, partie dans le jardin des
Tuileries, et qu'il viendrait lui-mme, avec deux cents hommes  cheval,
occuper les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte fit ensuite
dire aux colonels des autres rgimens de cavalerie, qu'il les passerait
en revue le 18. Il fit dire aussi  tous les officiers qui demandaient
 lui tre prsents, qu'il les recevrait le matin du mme jour. Pour
excuser le choix de l'heure, il prtexta un voyage. Il avertit Moreau et
tous les gnraux de vouloir bien se trouver rue Chantereine  la mme
heure. A minuit, il envoya un aide-de-camp  Lefebvre pour l'engager 
passer chez lui  six heures du matin. Lefebvre tait tout dvou au
directoire; mais Bonaparte comptait bien qu'il ne rsisterait pas  son
ascendant. Il n'avait fait prvenir ni Bernadotte ni Augereau. Il avait
eu soin, pour tromper Gohier, de s'inviter  dner chez lui le 18 mme,
avec toute sa famille, et en mme temps, pour le dcider  donner sa
dmission, il le fit prier par sa femme de venir le lendemain matin, 
huit heures, djeuner rue Chantereine.

Le 18 au matin, un mouvement imprvu de ceux mmes qui concouraient 
le produire, se manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie
parcourait les boulevards; tout ce qu'il y avait de gnraux et
d'officiers dans Paris se rendaient en grand uniforme rue Chantereine,
sans se douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les dputs
des anciens couraient  leur poste, tonns de cette convocation
si soudaine. Les cinq-cents ignoraient, pour la plupart, ce qui se
prparait. Gohier, Moulins, Barras, taient dans une complte ignorance.
Mais Siyes, qui depuis quelque temps prenait des leons d'quitation,
et Roger-Ducos, taient dj  cheval, et se rendaient aux Tuileries.

Ds que les anciens se furent assembls, le prsident de la commission
des inspecteurs prit la parole. La commission charge de veiller 
la sret du corps lgislatif avait, dit-il, appris que des projets
sinistres se tramaient, que des conspirateurs accouraient en foule 
Paris, y tenaient des conciliabules, et y prparaient des attentats
contre la libert de la reprsentation nationale. Le dput Cornet
ajouta que le conseil des anciens avait dans les mains le moyen de
sauver la rpublique, et qu'il devait en user. Ce moyen, c'tait de
transfrer le corps lgislatif  Saint-Cloud pour le soustraire aux
attentats des conspirateurs, de mettre pendant ce temps la tranquillit
publique sous la garde d'un gnral capable de l'assurer, et de choisir
Bonaparte pour ce gnral. A peine la lecture de cette proposition et du
dcret qui la contenait tait-elle acheve, qu'une certaine motion
se manifesta dans le conseil. Quelques membres voulurent s'y opposer;
Cornudet, Lebrun, Fargues, Rgnier, l'appuyrent. Le nom de Bonaparte,
qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se savait assur,
dcida la majorit. A huit heures le dcret tait rendu. Il transfrait
les conseils  Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain 
midi. Bonaparte tait nomm gnral en chef de toutes les troupes
contenues dans la 17e division militaire, de la garde du corps
lgislatif, de la garde du directoire, des gardes nationales de Paris et
des environs. Lefebvre, le commandant actuel de la 17e division, tait
mis sous ses ordres. Bonaparte avait ordre de venir  la barre recevoir
le dcret, et prter serment dans les mains du prsident. Un messager
d'tat fut charg de porter sur-le-champ le dcret au gnral.

Le messager d'tat, qui tait le dput Cornet lui-mme, trouva les
boulevards encombrs d'une nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la
rue Chantereine, remplies d'officiers et de gnraux en grand uniforme.
Tous accouraient se rendre  l'invitation du gnral Bonaparte. Les
salons de celui-ci tant trop petits pour recevoir autant de monde,
il fit ouvrir les portes, s'avana sur le perron, et harangua les
officiers. Il leur dit que la France tait en danger, et qu'il comptait
sur eux pour l'aider  la sauver. Le dput Cornet lui prsentant le
dcret, il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il pouvait
compter sur leur appui. Tous rpondirent, en mettant la main sur
leurs pes, qu'ils taient prts  le seconder. Il s'adressa aussi 
Lefebvre. Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans son ordre,
avait interrog le colonel Sbastiani, qui, sans lui rpondre, lui avait
enjoint d'entrer chez le gnral Bonaparte. Lefebvre tait entr avec
humeur. Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, l'un des soutiens
de la rpublique, voulez-vous la laisser prir dans les mains de ces
_avocats_? Unissez-vous  moi pour m'aider  la sauver. Tenez, ajouta
Bonaparte en prenant un sabre, voil le sabre que je portais aux
Pyramides; je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma
confiance.--Oui, reprit Lefebvre tout mu, jetons les _avocats_  la
rivire! Joseph avait amen Bernadotte; mais celui-ci, voyant de quoi
il s'agissait, se retira pour aller avertir les patriotes. Fouch
n'tait point dans le secret; mais, averti de l'vnement, il avait
ordonn la fermeture des barrires, et suspendu le dpart des courriers
et des voitures publiques. Il vint en toute hte en avertir Bonaparte,
et lui faire ses protestations de dvouement. Bonaparte, qui l'avait
laiss de ct jusqu'ici, ne le repoussa point, mais lui dit que ses
prcautions taient inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrires,
ni suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait avec la
nation et comptait sur elle. Bonaparte apprit dans le moment que Gohier
n'avait pas voulu se rendre  son invitation; il en tmoigna quelque
humeur, et lui fit dire par un intermdiaire qu'il se perdrait
inutilement en voulant rsister. Il monta aussitt  cheval pour se
rendre aux Tuileries, et prter serment devant le conseil des anciens.
Presque tous les gnraux de la rpublique taient  cheval  ses cts.
Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat, Leclerc, taient derrire
lui comme ses lieutenans. Il trouva aux Tuileries les dtachemens du 9e,
les harangua, et, aprs les avoir enthousiasms, entra dans le palais.

Il se prsenta devant les anciens, accompagn de ce magnifique
tat-major. Sa prsence causa une vive sensation, et prouva aux anciens
qu'ils s'taient associs  un homme puissant, et qui avait tous les
moyens ncessaires pour faire russir un coup d'tat. Il se prsenta 
la barre: Citoyens reprsentans, dit-il, la rpublique allait prir,
votre dcret vient de la sauver! Malheur  ceux qui voudraient s'opposer
 son excution; aid de tous mes compagnons d'armes rassembls ici
autour de moi, je saurai prvenir leurs efforts. On cherche en vain des
exemples dans le pass pour inquiter vos esprits; rien dans l'histoire
ne ressemble au dix-huitime sicle, et rien dans ce sicle ne ressemble
 sa fin... Nous voulons la rpublique..... Nous la voulons fonde sur
la vraie libert, sur le rgime reprsentatif... Nous l'aurons, je le
jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d'armes..... Nous le
jurons tous, rptrent les gnraux et les officiers qui taient  la
barre. La manire dont Bonaparte venait de prter son serment tait
adroite, en ce qu'il avait vit de prter serment  la constitution. Un
dput voulut prendre la parole pour en faire la remarque; le prsident
la lui refusa, sur le motif que le dcret de translation interdisait
toute dlibration. On se spara sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors
dans le jardin, monta  cheval, accompagn de tous les gnraux,
et passa en revue les rgimens de la garnison, qui arrivaient
successivement. Il adressa une harangue courte et nergique aux soldats,
et leur dit qu'il allait faire une rvolution qui leur rendrait
l'abondance et la gloire. Des cris de _vive Bonaparte!_ retentissaient
dans les rangs. Le temps tait superbe, l'affluence extraordinaire: tout
semblait seconder l'invitable attentat qui allait terminer la confusion
par le pouvoir absolu.

Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la rvolution qui se
prparait, s'taient rendus en tumulte  la salle de leurs sances. A
peine runis, ils avaient reu un message des anciens, contenant le
dcret de translation. A cette lecture, une foule de voix avaient clat
 la fois; mais le prsident Lucien Bonaparte les avait rduites au
silence, en vertu de la constitution qui ne leur permettait plus de
dlibrer. Les cinq-cents s'taient spars aussitt; les plus ardens,
courant les uns chez les autres, formaient des conciliabules, pour
s'indigner en commun, et imaginer quelques moyens de rsistance. Les
patriotes des faubourgs taient en grande agitation, et s'ameutaient
autour de Santerre.

Pendant ce temps, Bonaparte, ayant achev la revue des troupes, tait
rentr aux Tuileries, et s'tait rendu  la commission des inspecteurs
des anciens. Celle des cinq-cents avait entirement adhr  la
rvolution nouvelle, et se prtait  tout ce qu'on prparait. C'tait l
que tout devait se faire, sous le prtexte d'excuter la translation.
Bonaparte y sigea en permanence. Dj le ministre de la justice
Cambacrs s'y tait rendu. Fouch y vint de son ct. Siyes et
Roger-Ducos venaient d'y donner leur dmission. Il importait d'en avoir
encore une troisime au directoire, parce qu'alors la majorit tant
dissoute, il n'y avait plus de pouvoir excutif, et on n'avait plus 
craindre un dernier acte d'nergie de sa part. On n'esprait pas que
Gohier ni Moulins la donnassent; on dpcha M. de Talleyrand et l'amiral
Bruix  Barras, pour lui arracher la sienne.

Bonaparte distribua ensuite le commandement des troupes. Il chargea
Murat, avec une nombreuse cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller
occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au _Point-du-Jour_ avec une
rserve. Lannes fut charg de commander les troupes qui gardaient les
Tuileries. Bonaparte donna ensuite  Moreau une commission singulire,
et certainement la moins honorable de toutes, dans ce grand vnement:
il le chargea d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg.
Moreau avait pour instruction de bloquer les directeurs, sous prtexte
de veiller  leur sret, et de leur interdire absolument toute
communication au dehors. Bonaparte fit signifier en mme temps au
commandant de la garde directoriale de lui obir, de quitter avec sa
troupe le Luxembourg, et de venir se rendre auprs de lui aux Tuileries.
On prit enfin une dernire et importante prcaution, avec le secours de
Fouch. Le directoire avait la facult de suspendre les municipalits;
le ministre Fouch, agissant en sa qualit de ministre de la police,
comme s'il tait autoris par le directoire, suspendit les douze
municipalits de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, par
ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, ni au directoire,
ni dans les douze communes qui avaient succd  la grande commune
d'autrefois. Fouch fit ensuite afficher des placards, pour inviter les
citoyens  l'ordre et au repos, et leur assurer qu'on travaillait dans
ce moment  sauver la rpublique de ses prils.

Ces mesures russirent compltement. L'autorit du gnral Bonaparte
fut reconnue partout, bien que le conseil des anciens n'et pas agi
constitutionnellement en la lui confrant. Ce conseil, en effet, pouvait
bien ordonner la translation, mais ne pouvait pas nommer un chef suprme
de la force arme. Moreau se rendit au Luxembourg, et le bloqua avec
cinq cents hommes. Le commandant de la garde directoriale, Jub,
obissant sur-le-champ aux ordres qu'il venait de recevoir, fit
monter sa troupe  cheval, et quitta le Luxembourg pour se rendre aux
Tuileries. Pendant ce temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier
et Barras, taient dans une cruelle perplexit. Moulins et Gohier,
s'apercevant enfin de la conjuration qui leur avait chapp, s'taient
rendus dans l'appartement de Barras pour lui demander s'il voulait tenir
ferme avec eux, et former la majorit. Le voluptueux directeur tait
dans le bain, et apprenait  peine ce que Bonaparte faisait dans Paris.
Cet homme, s'cria-t-il avec une expression grossire, nous a tous
tromps. Il promit de s'unir  ses collgues, car il promettait
toujours, et il envoya son secrtaire Bottot aux Tuileries pour aller 
la dcouverte. Mais  peine Gohier et Moulins l'eurent-ils quitt, qu'il
tomba dans les mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'tait pas
difficile de lui faire sentir l'impuissance  laquelle il tait rduit,
et on n'avait pas  craindre qu'il voult succomber glorieusement en
dfendant la constitution directoriale. On lui promit repos et fortune,
et il consentit  donner sa dmission. On lui avait rdig une lettre
qu'il signa, et que MM. de Talleyrand et Bruix se htrent de porter
 Bonaparte. Ds cet instant, Gohier et Moulins firent pour parvenir
auprs de lui des efforts inutiles, et apprirent qu'il venait de se
dmettre. Rduits  eux seuls, n'ayant plus le droit de dlibrer, ils
ne savaient quel parti prendre, et ils voulaient cependant remplir
loyalement leurs devoirs envers la constitution de l'an III. Ils
rsolurent donc de se rendre  la commission des inspecteurs, pour
demander  leurs deux collgues, Siyes et Ducos, s'ils voulaient se
runir  eux pour reconstituer la majorit, et promulguer du moins le
dcret de translation. C'tait l une triste ressource. Il n'tait
pas possible de runir une force arme, et de venir lever un tendard
contraire  celui de Bonaparte; ds lors il tait inutile d'aller aux
Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de son camp et de toutes ses
forces.

Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa aller. Ils trouvrent
Bonaparte entour de Siyes, Ducos, d'une foule de dputs et d'un
nombreux tat-major. Bottot, le secrtaire de Barras, venait d'tre fort
mal accueilli. Bonaparte, levant la voix, lui avait dit: Qu'a-t-on
fait de cette France, que j'avais laisse si brillante? j'avais laiss
la paix, j'ai retrouv la guerre; j'avais laiss des victoires, j'ai
retrouv des revers; j'avais laiss les millions de l'Italie, et j'ai
trouv des lois spoliatrices et la misre. Que sont devenus cent mille
Franais que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? ils sont
morts! L'envoy Bottot s'tait retir atterr; mais dans ce moment la
dmission de Barras tait arrive et avait calm le gnral. Il dit 
Gohier et Moulins qu'il tait satisfait de les voir; qu'il comptait
sur leur dmission, parce qu'il les croyait trop bons citoyens pour
s'opposer  une rvolution invitable et salutaire. Gohier rpondit avec
force qu'il ne venait avec son collgue Moulins que pour travailler
 sauver la rpublique. Oui, repartit Bonaparte, la sauver, et avec
quoi?... avec les moyens de la constitution, qui croule de toutes
parts?--Qui vous a dit cela? rpliqua Gohier. Des personnes qui n'ont ni
le courage, ni la volont de marcher avec elle. Une altercation assez
vive s'engagea entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on apporta
un billet au gnral. Il contenait l'avis d'une grande agitation au
faubourg Saint-Antoine. Gnral Moulins, dit Bonaparte, vous tes
parent de Santerre?--Non, rpondit Moulins, je ne suis pas son parent,
mais son ami.--J'apprends, ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les
faubourgs; dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller.
Moulins rpliqua avec force  Bonaparte, qui lui rpta qu'il ferait
fusiller Santerre. L'altercation continua avec Gohier. Bonaparte lui dit
en finissant: La rpublique est en pril, il faut la sauver... _je le
veux_. Siyes et Ducos ont donn leur dmission; Barras vient de donner
la sienne. Vous tes deux, isols, impuissans, vous ne pouvez rien; je
vous engage  ne pas rsister. Gohier et Moulins rpondirent qu'ils ne
dserteraient pas leur poste. Ils retournrent au Luxembourg, o ils
furent ds ce moment consigns, spars l'un de l'autre, et privs de
toute communication par les ordres de Bonaparte transmis  Moreau.
Barras venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escort par un
dtachement de dragons.

Il n'y avait donc plus de pouvoir excutif! Bonaparte avait seul la
force dans les mains. Tous les ministres taient runis auprs de lui, 
la commission des inspecteurs. Tous les ordres partaient de l, comme
du seul point o il existt une autorit organise. La journe s'acheva
avec assez de calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules,
proposaient des rsolutions dsespres, mais sans croire  la
possibilit de les excuter, tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte
sur les troupes!

Le soir on tint conseil  la commission des inspecteurs. L'objet de ce
conseil tait de convenir, avec les principaux membres des anciens, de
ce qu'on ferait le lendemain  Saint-Cloud. Le projet arrt avec
Siyes tait de proposer l'ajournement des conseils avec un consulat
provisoire. Cette proposition prsentait quelques difficults. Beaucoup
de membres des anciens, qui avaient contribu  rendre le dcret
de translation, s'effrayaient maintenant de la domination du parti
militaire. Ils n'avaient pas cru que l'on songet  crer une dictature
au profit de Bonaparte et de ses deux associs; ils auraient voulu
seulement que l'on compost autrement le directoire, et, malgr l'ge de
Bonaparte, ils auraient consenti  le nommer directeur. Ils en firent
la proposition. Mais Bonaparte rpondit, d'un ton dcid, que la
constitution ne pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorit plus
concentre, et surtout un ajournement de tous les dbats politiques qui
agitaient la rpublique. La nomination de trois consuls et la suspension
des conseils jusqu'au 1er ventse furent donc proposes. Aprs une
discussion assez longue, ces mesures furent adoptes. On choisit
Bonaparte, Siyes et Ducos pour consuls. Le projet fut rdig et dut
tre propos le lendemain matin  Saint-Cloud. Siyes, connaissant
parfaitement les mouvemens rvolutionnaires, voulait qu'on arrtt dans
la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. Bonaparte ne le voulut pas,
et eut  s'en repentir.

La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, 19 brumaire (10
novembre), la route de Saint-Cloud tait couverte de troupes, de
voitures et de curieux. Trois salles avaient t prpares au chteau:
l'une pour les anciens, l'autre pour les cinq-cents, la troisime
pour la commission des inspecteurs et pour Bonaparte. Les prparatifs
devaient tre achevs  midi, mais ils ne purent l'tre avant deux
heures. Ce retard manqua de devenir funeste aux auteurs de la rvolution
nouvelle. Les dputs des deux conseils se promenaient dans les jardins
de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble avec une extrme vivacit.
Ceux des cinq-cents, irrits d'avoir t dports en quelque sorte par
ceux des anciens, avant mme qu'ils pussent prendre la parole, leur
demandaient naturellement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient
pour la journe. Le gouvernement est dcompos, leur disaient-ils;
eh bien, soit; nous convenons qu'il faut le recomposer, et qu'il en a
besoin. Voulez-vous, au lieu d'hommes ineptes et sans renomme, y porter
des hommes imposans; voulez-vous y porter Bonaparte?..... quoiqu'il
n'ait pas l'ge requis, nous y consentons encore. Ces questions
pressantes, embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on
voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement de
constitution. Quelques-uns d'entre eux firent des insinuations  ce
sujet; mais elles furent mal accueillies. Les anciens, dj effrays la
veille de ce qui s'tait pass  la commission des inspecteurs, furent
branls tout  fait, en voyant la rsistance qui se manifestait dans
les cinq-cents. Ds ce moment, les dispositions du corps lgislatif
parurent douteuses, et le projet de rvolution fut trs compromis.
Bonaparte tait  cheval  la tte de ses troupes; Siyes et Ducos
avaient une chaise de poste, attele de six chevaux, qui les attendait
 la grille de Saint-Cloud. Beaucoup d'autres personnages en avaient
aussi, se disposant, en cas d'chec,  prendre la fuite. Siyes, du
reste, montra dans toute cette scne un rare sang-froid et une grande
prsence d'esprit. On craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte
ne vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de sabrer le premier
individu qui se prsenterait pour les haranguer, reprsentant ou
gnral, n'importe.

La sance des deux conseils s'ouvrit  deux heures. Dans les anciens,
des rclamations s'levrent de la part des membres qui n'avaient pas
t convoqus la veille pour assister  la discussion sur le dcret de
translation. Ces rclamations furent cartes, puis on s'occupa d'une
notification aux cinq-cents, pour leur apprendre que le conseil tait en
majorit, et prt  dlibrer. Aux cinq-cents, la dlibration commena
autrement. Le dput Gaudin, qui avait mission de Siyes et de Bonaparte
d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers que courait la
rpublique, et proposa deux choses: premirement de remercier les
anciens d'avoir transfr le corps lgislatif  Saint-Cloud, et
secondement de former une commission charge de faire un rapport sur les
dangers de la rpublique, et sur les moyens de pourvoir  ces dangers.
Si cette proposition avait t adopte, on avait un rapport tout
prpar, et on et propos le consulat provisoire et l'ajournement.
Mais  peine le dput Gaudin a-t-il achev de parler, qu'un orage
pouvantable clate dans l'assemble. Des cris violens retentissent; on
entend de toutes parts: A bas les dictateurs, point de dictature, vive
la constitution!--La constitution ou la mort! s'crie Delbrel.... Les
baonnettes ne nous effraient pas, nous sommes libres ici. Ces paroles
sont suivies de nouveaux cris. Quelques dputs furieux rptent
en regardant le prsident Lucien: Point de dictature,  bas les
dictateurs! A ces cris insultans, Lucien prend la parole. Je sens
trop, dit-il, la dignit de prsident pour souffrir plus long-temps les
menaces insolentes de certains orateurs; je les rappelle  l'ordre.
Cette injonction ne les calme pas, et les rend plus furieux. Aprs une
longue agitation, le dput Grandmaison propose de prter serment  la
constitution de l'an III. La proposition est aussitt accueillie. On
demande de plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi adopt.
Chaque dput vient  son tour prter serment  la tribune, aux cris et
aux applaudissemens de tous les assistans. Lucien est oblig lui-mme de
quitter le fauteuil, pour prter le serment qui ruine les projets de son
frre.

Les vnemens prenaient une tournure dangereuse. Au lieu de nommer une
commission pour couter des projets de rforme, les cinq-cents prtaient
un serment de maintenir ce qui existait, et les anciens branls taient
prts  reculer. C'tait une rvolution manque. Le danger tait
imminent. Augereau, Jourdan, les patriotes influens, taient 
Saint-Cloud, attendant le moment favorable pour ramener les troupes de
leur ct. Bonaparte et Siyes arrtent sur-le-champ qu'il faut agir, et
ramener  soi la masse flottante. Bonaparte se dcide  se prsenter aux
deux conseils  la tte de son tat-major. Il rencontre Augereau, qui
d'un ton railleur lui dit: Vous voil dans une jolie position!--Les
affaires taient en bien plus mauvais tat  Arcole, lui rpond
Bonaparte; et il se rend  la barre des anciens. Il n'avait point
l'habitude des assembles. Parler pour la premire fois en public est
embarrassant, effrayant mme pour les esprits les plus fermes, et dans
les circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils vnemens,
et pour un homme qui n'avait jamais paru  une tribune, ce devait tre
bien plus difficile encore. Bonaparte, fort mu, prend la parole,
et d'une voix entrecoupe, mais forte, dit aux anciens: Citoyens
reprsentans, vous n'tes point dans des circonstances ordinaires, mais
sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru
la rpublique en danger; vous avez transfr le corps lgislatif 
Saint-Cloud; vous m'avez appel pour assurer l'excution de vos dcrets;
je suis sorti de ma demeure pour vous obir, et dj on nous abreuve
de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: on parle d'un nouveau
Cromwell, d'un nouveau Csar. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel rle,
il m'et t facile de le prendre au retour d'Italie, au moment du plus
beau triomphe, et lorsque l'arme et les partis m'invitaient  m'en
emparer. Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui.
Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont veill mon zle et le
vtre. Bonaparte fait ensuite, toujours d'une voix mue, le tableau de
la situation dangereuse de la rpublique, dchire par tous les partis,
menace d'une nouvelle guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion
vers le Midi. Prvenons, ajoute-t-il, tant de maux; sauvons les deux
choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la libert et
l'galit...--Parlez donc aussi de la constitution! s'crie le dput
Linglet. Cette interruption dconcerte un instant le gnral; mais
bientt il se remet; et d'une voix entrecoupe il rpond: De
constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui l'avez dtruite, en
attentant, le 18 fructidor,  la reprsentation nationale, en annulant,
le 22 floral, les lections populaires, et en attaquant, le 30
prairial, l'indpendance du gouvernement. Cette constitution dont vous
parlez, tous les partis veulent la dtruire. Ils sont tous venus me
faire confidence de leurs projets, et m'offrir de les seconder. Je
ne l'ai pas voulu; mais, s'il le faut, je nommerai les partis et les
hommes.--Nommez-les, s'crient alors les opposans, nommez-les, demandez
un comit secret. Une longue agitation succde  cette interruption.
Bonaparte reprend enfin la parole, et peignant de nouveau l'tat o la
France est place, engage les anciens  prendre des mesures qui puissent
la sauver. Environn, dit-il, de mes frres d'armes, je saurai vous
seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, dont j'aperois les
baonnettes, et que j'ai si souvent conduits  l'ennemi; j'en atteste
leur courage, nous vous aiderons  sauver la patrie. Et si quelque
orateur, ajoute Bonaparte d'une voix menaante, si quelque orateur, pay
par l'tranger, parlait de me mettre hors la loi, alors j'en appellerais
 mes compagnons d'armes. Songez que je marche accompagn du dieu de la
fortune et du dieu de la guerre.

Ces paroles audacieuses taient un avis pour les cinq-cents. Les anciens
les accueillirent trs bien, et parurent ramens par la prsence du
gnral. Ils lui accordrent les honneurs de la sance.

Bonaparte, aprs avoir rchauff les anciens, songe  se rendre aux
cinq-cents, pour essayer de leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques
grenadiers; il entre, mais il les laisse derrire lui au bout de la
salle. Il avait  parcourir la moiti de l'enceinte pour arriver  la
barre. A peine est-il arriv au milieu, que des cris furieux partent de
toutes parts. Quoi, s'crient une foule de voix, des soldats ici! des
armes! Que veut-on?... A bas le dictateur!  bas le tyran! Un grand
nombre de dputs s'lancent au milieu de la salle, entourent le
gnral, lui adressent les interpellations les plus vives! Quoi! lui
dit-on, c'est pour cela que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont
fltris... Votre gloire s'est change en infamie. Respectez le temple
des lois. Sortez, sortez! Bonaparte est confondu au milieu de la foule
qui le presse. Les grenadiers qu'il avait laisss  la porte, accourent,
repoussent les dputs, et le saisissent au milieu du corps. On dit que
dans ce tumulte, des grenadiers reurent des coups de poignard qui lui
taient destins. Le grenadier Thom eut ses vtemens dchirs. Il est
trs possible que, dans le tumulte, ses vtemens aient t dchirs,
sans qu'il y et l des poignards. Il est possible aussi que des
poignards fussent dans plus d'une main. Des rpublicains qui croyaient
voir un nouveau Csar, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans tre des
assassins. Il y a une grande faiblesse  les en justifier. Quoi qu'il
en soit, Bonaparte est emport hors de la salle. On dit qu'il tait
troubl, ce qui n'est pas plus tonnant que la supposition des
poignards. Il monte  cheval, se rend auprs des troupes, leur dit qu'on
a voulu l'assassiner, que ses jours ont t en pril, et est accueilli
partout par les cris de _vive Bonaparte!_

Dans ce moment l'orage continue, plus violent que jamais, dans
l'assemble, et se dirige contre Lucien. Celui-ci dploie une fermet et
un courage rares. Votre frre est un tyran, lui dit-on; en un jour il
a perdu toute sa gloire. Lucien cherche en vain  le justifier. Vous
n'avez pas voulu, dit-il, l'entendre. Il venait vous expliquer sa
conduite, vous faire connatre sa mission, rpondre  toutes les
questions que vous ne cessez d'adresser depuis que vous tes runis.
Ses services mritaient du moins qu'on lui donnt le temps de
s'expliquer.--Non, non,  bas le tyran! s'crient les patriotes furieux.
Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi! Ce mot tait terrible, il avait
perdu Robespierre. Prononc contre Bonaparte, il pouvait peut-tre faire
hsiter les troupes, et les dtacher de lui. Lucien, avec courage,
rsiste  la proposition de mise hors la loi, et demande auparavant
qu'on coute son frre. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte
pouvantable. Enfin, dposant sa toque et sa toge: Misrables,
s'crie-t-il, vous voulez que je mette hors la loi mon propre frre! Je
renonce au fauteuil, et je vais me rendre  la barre pour dfendre celui
qu'on accuse.

Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors la scne qui se passait
dans l'assemble. Il craignait pour son frre; il envoie dix grenadiers
pour l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent Lucien au
milieu d'un groupe, le saisissent par le bras en lui disant que c'est
par ordre de son frre, et l'entranent hors de l'enceinte. C'tait le
moment de prendre un parti dcisif. Tout tait perdu si on hsitait. Les
moyens oratoires de ramener l'assemble tant devenus impossibles, il
ne restait que la force; il fallait hasarder un de ces actes audacieux,
devant lesquels hsitent toujours les usurpateurs. Csar hsita en
passant le Rubicon, Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se
dcide  faire marcher les grenadiers sur l'assemble. Il monte  cheval
avec Lucien, et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. Le
conseil des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le
dclare. Des assassins ont envahi la salle des sances, et ont fait
violence  la majorit; je vous somme de marcher pour la dlivrer.
Lucien jure ensuite que lui et son frre seront les dfenseurs fidles
de la libert. Murat et Leclerc branlent alors un bataillon de
grenadiers, et le conduisent  la porte des cinq-cents. Ils s'avancent
jusqu' l'entre de la salle. A la vue des baonnettes, les dputs
poussent des cris affreux, comme ils avaient fait  la vue de Bonaparte.
Mais un roulement de tambours couvre leurs cris. _Grenadiers, en avant!_
s'crient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et
dispersent les dputs qui s'enfuient les uns par les couloirs, les
autres par les fentres. En un instant la salle est vacue, et
Bonaparte reste matre de ce dplorable champ de bataille.

La nouvelle est porte aux anciens, qui en sont remplis d'inquitude et
de regrets. Ils n'avaient pas souhait un pareil attentat. Lucien se
prsente  leur barre, et vient justifier sa conduite  l'gard des
cinq-cents. On se contente de ses raisons, car que faire dans une
pareille situation?... Il fallait en finir, et remplir l'objet qu'on
s'tait propos. Le conseil des anciens ne pouvait pas dcrter  lui
seul l'ajournement du corps lgislatif et l'institution du consulat. Le
conseil des cinq-cents tait dissous; mais il restait une cinquantaine
de dputs, partisans du coup d'tat. On les runit, et on leur fait
rendre le dcret, objet de la rvolution qu'on venait de faire. Le
dcret est ensuite port aux anciens, qui l'adoptent vers le milieu
de la nuit. Bonaparte, Roger-Ducos, Siyes, sont nomms consuls
provisoires, et revtus de toute la puissance excutive. Les conseils
sont ajourns au 1er ventse prochain. Ils sont remplacs par deux
commissions de vingt-cinq membres chacune, prises dans les conseils,
et charges d'approuver les mesures lgislatives que les trois consuls
auront besoin de prendre. Les consuls et les commissions sont chargs de
rdiger une constitution nouvelle.

Telle fut la rvolution du 18 brumaire, juge si diversement par les
hommes, regarde par les uns comme l'attentat qui anantit l'essai de
notre libert, par les autres comme un acte hardi, mais ncessaire, qui
termina l'anarchie. Ce qu'on en peut dire, c'est que la rvolution,
aprs avoir pris tous les caractres, monarchique, rpublicain,
dmocratique, prenait enfin le caractre militaire, parce qu'au milieu
de cette lutte perptuelle avec l'Europe, il fallait qu'elle se
constitut d'une manire solide et forte. Les rpublicains gmissent
de tant d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement vers pour
fonder la libert en France, et ils dplorent de la voir immole par
l'un des hros qu'elle avait enfants. En cela le plus noble sentiment
les trompe. La rvolution, qui devait nous donner la libert, et qui a
tout prpar pour que nous l'ayons un jour, n'tait pas, et ne devait
pas tre elle-mme la libert. Elle devait tre une grande lutte contre
l'ancien ordre de choses. Aprs l'avoir vaincu en France, il fallait
qu'elle le vainqut en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait
pas les formes et l'esprit de la libert. On eut un moment de libert
sous la constituante, et il fut court; mais quand le parti populaire
devint menaant au point d'intimider tous les esprits; quand il envahit
les Tuileries au 10 aot; quand au 2 septembre il immola tous ceux qui
lui donnaient des dfiances; quand au 21 janvier il obligea tout le
monde  se compromettre avec lui en trempant les mains dans le sang
royal; quand il obligea, en aot 93, tous les citoyens  courir aux
frontires, ou  livrer leur fortune; quand il abdiqua lui-mme sa
puissance, et la remit  ce grand comit de salut public, compos de
douze individus, y avait-il, pouvait-il y avoir libert? Non; il y avait
un violent effort de passions et d'hrosme; il y avait cette tension
musculaire d'un athlte qui lutte contre un ennemi puissant. Aprs ce
moment de danger, aprs nos victoires, il y eut un instant de relche.
La fin de la convention et le directoire prsentrent des momens de
libert. Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait tre que passagrement
suspendue. Elle recommena bientt; et au premier revers les partis se
soulevrent tous contre un gouvernement trop modr, et invoqurent un
bras puissant. Bonaparte, revenant d'Orient, fut salu comme souverain,
et appel au pouvoir. On dira vainement que Zurich avait sauv la
France. Zurich tait un accident, un rpit; il fallait encore Marengo et
Hohenlinden pour la sauver. Il fallait plus que des succs militaires,
il fallait une rorganisation puissante  l'intrieur de toutes les
parties du gouvernement, et c'tait un chef politique plutt qu'un chef
militaire dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire taient
donc ncessaires. On pourrait seulement dire que le 20 fut condamnable,
et que le hros abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on
rpondra qu'il venait achever une tche mystrieuse, qu'il tenait, sans
s'en douter, de la destine, et qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce
n'tait pas la libert qu'il venait continuer, car elle ne pouvait pas
exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la
rvolution dans le monde; il venait la continuer en se plaant, lui
plbien, sur un trne; en conduisant le pontife  Paris pour verser
l'huile sacre sur un front plbien; en crant une aristocratie avec
des plbiens, en obligeant les vieilles aristocraties  s'associer 
son aristocratie plbienne; en faisant des rois avec des plbiens;
enfin en recevant dans son lit la fille des Csars, et en mlant un sang
plbien  l'un des sangs les plus vieux de l'Europe; en mlant enfin
tous les peuples, en rpandant les lois franaises en Allemagne, en
Italie, en Espagne; en donnant des dmentis  tant de prestiges, en
branlant, en confondant tant de choses. Voil quelle tche profonde
il allait remplir; et pendant ce temps la nouvelle socit allait se
consolider  l'abri de son pe, et la libert devait venir un jour.
Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai dcrit la premire crise qui
en a prpar les lmens en Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant
l'erreur, rvrant la vertu, admirant la grandeur, tchant de saisir les
profonds desseins de la Providence dans ces grands vnemens, et les
respectant ds que je croyais les avoir saisis.


FIN DU DIXIME ET DERNIER VOLUME.




TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIME.



CHAPITRE XIII.

Expdition d'gypte. Dpart de Toulon; arrive devant Malte; conqute
de cette le. Dpart pour l'gypte; dbarquement  Alexandrie; prise
de cette place. Marche sur le Caire; combat de Chbress. Bataille des
Pyramides; occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en
gypte; tablissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir,
destruction de la flotte franaise par les Anglais.

CHAPITRE XIV.

Effet de l'expdition d'gypte en Europe. Consquences funestes de la
bataille navale d'Aboukir.--Dclaration de guerre de la Porte.--Efforts
de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.--Confrences avec
l'Autriche  Selz. Progrs des ngociations de Rastadt.--Nouvelles
commotions en Hollande, en Suisse et dans les rpubliques italiennes.
Changement de la constitution cisalpine; grands embarras du directoire
 ce sujet.--Situation intrieure. Une nouvelle opposition se prononce
dans les conseils.--Disposition gnrale  la guerre. Loi sur la
conscription.--Finances de l'an VII.--Reprise des hostilits. Invasion
des tats romains par l'arme napolitaine--Conqute du royaume de Naples
par le gnral Championnet.--Abdication du roi de Pimont.

CHAPITRE XV.

tat de l'administration de la Rpublique et des armes au commencement
de 1799.--Prparatifs militaires.--Leve de 200 mille
conscrits.--Moyens et plans de guerre du directoire et des puissances
coalises.--Dclaration de guerre de l'Autriche.--Ouverture de
la campagne de 1799.--Invasion des Grisons,--Combatte
Pfullendorf.--Bataille de Stockach.--Retraite de Jourdan.--Oprations
militaires en Italie.--Bataille de Magnano; retraite de
Schrer.--Assassinat des plnipotentiaires franais  Rastadt.--Effets
de nos premiers revers.--Accusations multiplies contre le directoire.
--lections de l'an VII.--Siyes est nomm directeur, en remplacement de
Rewbell.

CHAPITRE XVI.

Continuation de la campagne de 1799; Massna runit le commandement
des armes d'Helvtie et du Danube, et occupe la ligne de la
Limmat.--Arrive de Suwarow en Italie. Schrer transmet le commandement
 Moreau. Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-del du P et de
l'Apennin.--Essai de jonction avec l'arme de Naples; bataille de la
Trebbia.--Coalition de tous les partis contre le directoire.--Rvolution
du 30 prairial.--Larvellire et Merlin sortent du directoire.

CHAPITRE XVII.

Formation du nouveau directoire.--Moulins et Roger-Ducos remplacent
Larvellire et Merlin.--Changement dans le ministre.--Leve de toutes
les classes de conscrits.--Emprunt forc de cent millions.--Loi des
otages.--Nouveaux plans militaires.--Reprises des oprations en
Italie; Joubert gnral en chef; bataille de Novi, et mort de
Joubert.--Dbarquement des Anglo-Russes en Hollande.--Nouveaux troubles
 l'intrieur; dchanement des patriotes; arrestation de onze
journalistes; renvoi de Bernadotte; proposition de dclarer la patrie en
danger.

CHAPITRE XVIII.

Suite des oprations de Bonaparte en gypte. Conqute de la Haute-gypte
par Desaix; bataille de Sdiman.--Expdition de Syrie; prise du
fort d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; sige de
Saint-Jean-d'Acre.--Retour en gypte; bataille d'Aboukir.--Dpart de
Bonaparte pour la France.--Oprations en Europe. Marche de l'archiduc
Charles sur le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Massna;
mmorable victoire de Zurich; situation prilleuse de Suwarow; sa
retraite dsastreuse; la France sauve.--vnemens en Hollande; dfaite
et capitulation des Anglo-Russes; vacuation de la Hollande. Fin de la
campagne de 1799.

CHAPITRE XIX.

Retour de Bonaparte; son dbarquement  Frjus; enthousiasme qu'il
inspire.--Agitation de tous les partis  son arrive.--Il se coalise
avec Siyes pour renverser la constitution directoriale.--Prparatifs et
journe du 18 brumaire.--Renversement de la constitution de l'an III;
institution du consulat provisoire.--Fin de cette histoire.


FIN DE LA TABLE.







TABLE ALPHABTIQUE DES MATIRES CONTENUES DANS CET OUVRAGE


Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.

(Les numros de pages rfrent  l'dition originale. Ils ont t
retenus ici, bien que la prsente dition n'ait pas de pagination)

  ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour dlivrer
  les soldats des gardes-franaises. I, 80.
  Les Suisses faits prisonniers le 10 aot y sont transfrs. II, 270.
  Vingt-quatre prtres sont gorgs dans la cour de l'Abbaye, 316-318.

  ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57.
  Ses consquences funestes. 61 et suiv.
  Autre bataille sanglante livre par Bonaparte dans ce village;
  dtails militaires. 304-310.

  ACRE (Saint-Jean d'). Sige de cette ville. (Voyez _gypte_.)

  ADIGE. Raisons qui dterminent Bonaparte  placer ses lignes
  sur ce fleuve. VIII, 206-207.
  Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv.
  Arrive de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv.

  ADMINISTRATION. Rorganisation nouvelle de l'administration
  des vivres. III, 130 et suiv.

  AGIOTAGE. Ce qui l'amne et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334
  et suiv.
  Quelques dputs s'y livrent ou sont accuss de s'y livrer. 340-341.
  On les regarde comme agens de la faction trangre. 341-342.
  Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv.
  Runion des agioteurs au caf de Chartres. Vaines prcautions pour
  parer aux inconvniens de ce trafic. 193.

  AGRICULTURE. Rglemens du gouvernement rvolutionnaire pour
  l'amlioration de l'agriculture. VI, 87-88.

  AMI DU PEUPLE (l'), journal rdig par Marat, II. 84.

  AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84.

  ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre  l'gard de la France,  l'poque
  de la rvolution. I, 216-217.
  Sa guerre avec la France et sa prpondrance en Europe. VI, 34-48.
  Elle reste seule ennemie de la France aprs la soumission de la Vende.
  Sa position politique. VII, 164 et suiv.
  Alarmes et dtresse de l'Angleterre aprs nos victoires en Italie et
  au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv.
  Situation embarrassante de l'Angleterre aprs les prliminaires de
  Loben, Nouvelles ngociations de paix. IX, 141-145.
  Confrences de Lille. 235-245.
  Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv.
  Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X,
  61 et suiv.

  AOT (10). Dtails circonstancis de cette journe. II, 234-257, 258 et suiv.
  Fte de l'anniversaire de cette journe. IV, 353-357.

  APPEL AU PEUPLE. Il est propos et discut dans la convention lors du
  procs du roi. III, 230 et suiv.

  APPROVISIONNEMENT. Difficults qui empchent l'approvisionnement de
  Paris. I, 108-109.

  ARCOLE. Dtails de cette bataille. VIII, 367-374.

  ARGONNE. Divers combats sont livrs dans cette fort. II, 352 et suiv.

  ARISTOCRATIE. Sa politique aprs le 14 juillet. I, 116-117.

  ARME. tat de l'arme et rvoltes des troupes dans diverses provinces.
  I, 245 et suiv.

  ARME RVOLUTIONNAIRE (l') est organise. V, 58-60.
  Est licencie. VI, 9.

  ARMES. Dispositions de nos armes pour s'opposer  l'invasion
  trangre. II, 294 et suiv.

  ARMOIRE DE FER. III, 197-198.

  ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la
  France. 105.

  ASSEMBLE CENTRALE de rsistance  l'oppression, forme  Caen par des
  dputs des dpartemens. IV, 206 et suiv.

  ASSEMBLE CONSTITUANTE. (Voy. _Assemble nationale_.)

  ASSEMBLE LGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv.
  Elle abolit les titres de _sire_ et de _majest_. 17.
  Elle fait un dcret contre les migrs. 23 et suiv.
  Rend un dcret contre les prtres qui ne prtaient pas le serment
  civique. 27-28.
  Suites de cette mesure. 28 et suiv.
  Requiert les lecteurs et princes de l'empire de dsarmer les migrs.
  34-36.
  Met en accusation Monsieur et plusieurs autres migrs. 58.
  Fait un dcret pour prvenir toute modification de la constitution. 51.
  Dcrte que la guerre est dclare. 52 et suiv.
  Se dclare en permanence. 88.
  Dcrte la dportation des prtres. 89.
  Dbats relatifs  une lettre crite par Lafayette. 111 et suiv.
  Fait dfiler devant elle les attroupemens arms du 20 juin. 131-132.
  Dbats relatifs  l'affaire du 20 juin. 142 et suiv.
  Reoit diverses ptitions relatives aux vnemens du 20 juin. 146 et
  suiv.
  Fait un dcret relatif  la leve des dpartemens. 156.
  Autre dcret sur les gardes nationales. 157.
  Sance o elle dlibre sur le projet de la commission des Douze, qui
  est adopt. 159-172.
  Sance du 7 juillet 1792. 173 et suiv.
  Elle dclare que _la patrie est en danger_. Suite de cette mesure.
  179 et suiv.
  Elle rend le dcret de la suspension provisoire du roi. 257.
  Mesures qu'elle prend aprs le 10 aot. 263 et suiv.
  Dcrte la formation d'un camp sous Paris. 265.
  Organise la police, dite de _sret gnrale_. 276 et suiv.
  Elle dcrte la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les
  crimes du 10 aot. 283.
  Ordonne une leve de trente mille hommes. 304-305.
  Est dissoute, III, 23.

  ASSEMBLE NATIONALE. L'assemble des dputs du tiers-tat prend ce
  titre, sur la proposition de Legrand. I, 56.
  Les communes se constituent en assemble nationale. 56-57.
  Elle refuse de se sparer, d'aprs l'ordre du roi. 67.
  Dclare l'inviolabilit de ses membres. 68.
  Dlibre sur les mandats impratifs. 73.
  Nomme un comit des subsistances. 77.
  Difficults de sa position. 78.
  Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85.
  Propose diverses mesures aprs les vnemens des 12 et 13 juillet,
  et demande au roi le renvoi des troupes. 92.
  Continue le 14 juillet  s'occuper de la constitution,
  et nomme un comit pour prparer les questions. 93.
  Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une dputation au roi,
  Envoie une dernire dputation au roi. Discours de Mirabeau. 94-95-101.
  Elle envoie  l'Htel-de-Ville une dputation annonant
  la runion du roi avec la nation. 103.
  Fait une proclamation au peuple, sans rsultat. 122.
  Discute la dclaration des droits de l'homme. 125.
  Abolit les privilges fodaux et les privilges des villes, _ibid._
  et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135.
  Fait la dclaration des droits de l'homme. 136 et suiv.
  Vote l'unit et la permanence de l'assemble. 146.
  Vote le _veto_ suspensif. 147-148-149.
  Vote l'hrdit de la couronne et l'inviolabilit du roi. 150.
  Adopte un plan de Necker sur un impt. 157.
  Dbats relatifs  un message du roi. 166-167.
  Elle dclare qu'elle est insparable du roi et qu'elle sera transporte
   Paris. 177.
  Dcrte que les biens du clerg sont  la disposition de l'tat. 187 et
  suiv.
  Divise le royaume en dpartemens. 190.
  Discussion importante pour dterminer  qui appartient le droit de
  faire la paix et la guerre. 221 et suiv.
  Elle rend un dcret relatif  ce droit. 225.
  Dcrte l'mission de 400 millions d'assignats. 230.
  Abolit les titres fodaux. 236.
  Prend des mesures pour empcher l'migration. 265 et suiv.
  Mesures qu'elle prend relativement  la fuite du roi. 283 et suiv.
  Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a 
  vaincre. 298-299.
  Elle rend un dcret relatif  l'inviolabilit du roi. 301.
  Dcrte qu'aucun de ses membres ne sera rlu. 305.
  Achve le travail de la constitution. 306.
  Dclare, le 30 septembre 1791, que ses sances sont termines. 308.
  Rflexions sur ses travaux. Justification de ses actes.
  Rcapitulation des objections prsentes contre la constituante, et
  rfutation. II, 1-10.

  ASSIGNATS. Causes de leur cration. Rflexions sur la nature du
  numraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv.
  400 millions d'assignats forcs sont dcrts. 230.
  Une nouvelle cration d'assignats est ordonne. III, 27.
  Leur dprciation en 93. IV, 327-329 et suiv.
  Consquences de leur dprciation sur le commerce et causes de leur
  avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv.
  Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv.
  Nouvelle cration d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv.
  Leur dprciation augmente. Leur tat aprs le 9 thermidor. 270 et
  suiv.
  Continuent  se dprcier en 1795. Divers moyens proposs pour les
  retirer de la circulation. VII, 66-73.
  Ils continuent  baisser. Leur tat en avril et en mai 1795. 191-193.
  Divers projets sont proposs pour les retirer et les relever. 194 et
  suiv.
  Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopt. 199-202.
  Nouvelles mesures prises pour remdier  leur dprciation. 242-247.
  Projet du directoire pour la rentre des assignats et pour subvenir
  aux besoins du trsor public; ce projet est rejet. Dtails
  financiers  ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45.
  Un projet d'emprunt forc est adopt. 41 et suiv.
  La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv.
  La planche en est brise le 30 pluvise. 109.

  AUGEREAU. Un des gnraux de l'arme d'Italie. VIII, 143.
  Est envoy  Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le
  commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228.
  Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278.
  Est nomm commandant de l'arme dite d'_Allemagne_, aprs la
  mort de Hoche. 302.
  Est dpossd de son commandement de l'arme d'Allemagne. 370-371.

  AUTRICHE. Causes qui empchent cette puissance de songer  la paix.
  VII, 135-136.

  BABOEUF. Fait un journal (_le Tribun du peuple_). Caractre et
  projets de ce dmagogue. VIII, 97-98.
  Sa conspiration. Il est arrte. 115 et suiv.
  Est condamn  mort et excut. IX, 33.

  BAILLY. Il est nomm dput. I, 37.
  Est charg par le tiers-tat de remettre une adresse au roi.
  Son caractre. 51.
  Il est arrt  la porte de la salle des communes par les
  gardes-franaises. 61.
  Prte le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63.
  Il se maintient  la prsidence. 72.
  Est nomm successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris.
  103.
  Difficults qu'il prouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109.
  Il propose un projet pour vendre les biens du clerg  la fois
  sans les discrditer. 226-227 et suiv.
  Dtails de son procs et de son supplice. V, 170-171.

  BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, prsent  la convention. III,
  121.

  BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de rpublique dans le Midi. II, 120
  et suiv.

  BARBETS. Nom donn  des bandes de partisans pimontais. VIII, 210.

  BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119.
  Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223.
  Accompagne la famille royale de Varennes  Paris. 289-290.
  S'entend avec la cour. 293 et suiv.

  BARRAS. Est nomm gnral de l'arme de l'intrieur, le 12 vendmiaire.
  VII, 359.
  Son caractre. Sa conduite vis--vis des autres membres du directoire.
  IX, 3-4.
  Il nuisait  la considration du gouvernement par son luxe et sa
  prodigalit. 9 et suiv.
  Est seul pargn dans les accusations dont le directoire tait l'objet.
  Pourquoi. X, 180 et suiv.

  BARRRE. Il est mis en tat d'accusation. VI, 394, Est dcrt
  d'arrestation. VII, 76.
  Est condamn  la dportation. 116.
  Est nomm dput en l'an V. IX, 148.
  Sa nomination est abolie. 153.

  BARTHLEMY. Il est nomm directeur  la place de Letourneur. IX, 155 et
  suiv.
  Est arrt le 18 fructidor et conduit au Temple. 278.
  Est condamn  la dportation. 285.

  BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315.

  BASTILLE (La). Le peuple, second par les gardes-franaises, s'empare de
  la Bastille. I, 95-98.

  BELGIQUE. Divise en plusieurs partis aprs la bataille de Jemmapes.
  III, 125 et suiv.
  Des agens du pouvoir excutif vont l'organiser rvolutionnairement.
  294-295.
  Les Belges murmurent et se rvoltent contre l'administration franaise.
  327-328.

  BERNADOTTE. Il est nomm gnral en chef de l'arme du Rhin. X, 140.
  Donne un plan de campagne au directoire. Ses dfauts. 251-252.
  Il est renvoy du ministre de la guerre. 280-281.

  BERTHIER. Gnral  l'arme d'Italie. VIII, 143.

  BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97.
  Il est incarcr: on ordonne sa libert, et presque aussitt sa
  dtention est maintenue. 116.

  BICTRE. Les massacres. II, 336-337.

  BIENS DU CLERG. L'assemble nationale dcrte la vente de 400 millions
  de biens du clerg. I, 206.

  BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente.
  Il est adopt. VII, 199-202.
  On commence  le mettre  excution. Ses rsultats. 242 et suiv.

  BILLAUD-VARENNES. Un des excuteurs du 2 septembre. II, 318-319, 328-329.
  II donne sa dmission de membre du comit de salut public. VI, 289.
  Est mis en tat d'accusation. 394.
  Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens. 376-377.
  Est dcrt d'arrestation. VII, 76.
  Est condamn  la dportation. 116.

  BONAPARTE. Officier au sige de Toulon. Propose d'attaquer le fort
  de l'guillette. V, 255 et suiv.
  Nomm gnral de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et
  suiv.
  Nomm commandant en second de l'arme de l'intrieur, la nuit du 12
  vendmiaire. VII, 360-361.
  Ses oprations militaires dans la journe du 13. 361-367 et suiv.
  Charg du commandement de l'arme de l'intrieur. VIII, 49.
  Il est nomm commandant de l'arme d'Italie. 125-126.
  Principales circonstances de la conqute du Pimont. 141-161.
  Ses ngociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au
  roi de Pimont. 155-157 et suiv.
  Sa proclamation aux soldats aprs les premires victoires d'Italie. 159.
  Conqute de la Lombardie. 173 et suiv.
  Son entre  Milan. 181 et suiv.
  Nouvelle proclamation aux soldats  Milan. 188-189.
  Il reprend Pavie tombe au pouvoir de quelques bandes de paysans.
  191-193.
  Entre dans le territoire vnitien. 193 et suiv.
  Son entrevue avec divers envoys vnitiens. 202 et suiv.
  Il signe un armistice avec Naples. 212-213.
  Pntre dans les tats romains et en Toscane. 214 et suiv.
  Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour rparer cet chec.
  278 et suiv.
  Sa victoire de Lonato. 283-286.
  De Castiglione. 288 et suiv.
  Suite de ses oprations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv.
  Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta.
  Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315.
  Il fait conclure la paix avec Naples et Gnes. Ses ngociations avec
  le pape. 345-351.
  Il organise la rpublique cispadane. 352 et suiv.
  Sa position prilleuse  l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole.
  Dtails militaires. 255-364-367-379.
  Sa conduite  l'arme contre les fournisseurs. Sa politique 
  l'gard des puissances italiennes. 407-408 et suiv.
  Ses dispositions militaires  la bataille de Rivoli. 411-414-423.
  Il prend Mantoue. 425 et suiv.
  Rflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv.
  Sa conduite politique et militaire en Italie aprs l'affaire de
  Rivoli. Il marche contre les tats romains et fait signer au pape
  le trait de Tolentino, IX, 50-55.
  Sa conduite envers les prtres franais retirs en Italie. 55-56.
  Il ngocie inutilement avec Venise. 58-60.
  Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento.
  60-67.
  Se rend matre du sommet des Alpes. 68-71.
  Son entrevue avec les envoys vnitiens. Il crit  leur gouvernement
  une lettre menaante. 79-86.
  Marche sur Vienne. Sa lettre  l'archiduc Charles. Son entre 
  Loben. 86-90.
  Il signe les prliminaires de paix  Loben. 91-102.
  Retourne en Italie et dtruit la rpublique de Venise. Dtails de sa
  conduite politique et militaire. 116-131.
  Il propose le secours de son arme au directoire menac. 193-194.
  Donne, le 14 juillet 1797, une fte aux armes. Envoie au directoire
  les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv.
  Ses ngociations avec l'Autriche aprs les prliminaires de Loben.
  230-235.
  Ses ngociations  Udine sont entraves par le directoire. Son
  mcontentement. 311 et suiv.
  Ses travaux en Italie. Il fonde la rpublique cisalpine. 314-318.
  Se rend l'arbitre des diffrends entre les pays de la Valteline et
  les Grisons. 321-322.
  Conseils qu'il donne aux Gnois sur leur constitution. 322-323.
  Il forme divers tablissemens dans la Mditerrane. 323-326.
  Suite de ses ngociations avec l'Autriche  Udine. Ses entrevues
  avec M. de Cobentzel. Il signe le trait de Campo-Formio. 328-335.
  Il est nomm gnral en chef de l'arme d'Angleterre. 338-339.
  Se dispose  quitter l'Italie. Ses dernires dispositions pour les
  affaires de ce pays. 339 et suiv.
  Il arrive  Paris. Rception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire.
  Fte. 343-350.
  Suite de son sjour  Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360.
  Il est charg de la descente en Angleterre. Sa rpugnance pour
  cette expdition. 362 et suiv.
  Il propose un projet d'expdition en gypte. Le directoire l'agre.
  Dtails sur les prparatifs. 408-419.
  Il s'embarque  Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv.
  Il s'empare de l'le de Malte. 4-8.
  Arrive  Alexandrie et s'en rend matre. 11-13.
  Ses plans pour effectuer la conqute. Sa lettre au pacha. Discours
   ses soldats. 23-27.
  Ses premires oprations politiques et militaires. 27 et suiv.
  Il s'tablit au Caire aprs la bataille. Suite de ses oprations
  politiques et militaires. 42 et suiv.
  Il fonde l'Institut d'gypte. 48 et suiv.
  Proclamation aux soldats, aprs la dfaite d'Aboukir. 58.
  Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch,
  et commence le sige de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292.
  Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297.
  Revient en gypte. Va de l  Aboukir, o il remporte une sanglante
  victoire sur les Turcs. 300-304-310.
  Reoit des nouvelles d'Europe, et part secrtement pour la France.
  311-312.
  Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous
  les partis  son arrive  Paris. 336 et suiv.
  Sa conduite politique  Paris. Il se coalise avec Siyes pour
  renverser la constitution directoriale. 345-350.
  Son entrevue avec Siyes pour convenir de l'excution de leur plan.
  353-356 et suiv.
  Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. _Brumaire_. )
  Est nomm consul provisoire. 383-384.

  BONCHAMPS (De). Chef venden. IV, 90-91.
  Il est bless  mort. V, 121.
  Fait dlivrer les prisonniers. 122.

  BORDEAUX. Les fdralistes y sont soumis. V, 132-133.

  BOUCHOTTE. Est nomm ministre de la guerre. IV, 44.

  BOUILL. Sa position au milieu des partis. Son caractre. I, 201-202.
  Il soumet des rgimens rvolts. Ses projets. 246-248.
  Il arrive trop tard  Varennes pour sauver le roi. 288-289.
  Il crit  l'assemble, et prend sur lui-mme le projet de
  Fuite du roi. 294-295.

  BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208.

  BRETAGNE (La). Est contraire  la rvolution. IV, 78-79.
  tat de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv.
  Plusieurs chefs signent leur soumission  la rpublique. 159-160
  et suiv.
  tat de ce pays aprs la premire pacification. De nouveaux
  Troubles s'y prparent. 263 et suiv.
  Expdition de Quiberon. 269-275-318.

  BRZ. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67.

  BRIENNE (De). Il est nomm ministre. I, 12.
  Mande le parlement  Versailles pour un lit de justice. 16.
  Il ngocie avec le parlement. 17.
  Ses embarras. 19.
  Se retire du ministre. 23.
  On brle son effigie. 35.

  BRIGANDS. Terreur mal fonde que leur nom rpand dans toute
  la France. I, 122-123.

  BROGLIE (Le marchal de). Reoit le commandement des
  troupes. I, 82.

  BROTTIER. (Voy. _Royalistes_.)

  BRUEYS. Amiral de l'escadre d'gypte. X, 3.
  Ses fautes et son courage  la bataille d'Aboukir. Il est tu. 51-57.

  BRUMAIRE (18). Prparatifs et journe du 18 brumaire. X.
  353-356-359-373.

  BRUNE. Nomm gnral en chef de l'arme de Hollande. X, 140.

  BRUNSWICK (Le prince de). On rpand un manifeste de ce
  prince. II, 217.

  CALENDRIER. Il est rform. V, 188-190.

  CALONNE (De). Arrive au ministre. I, 10.
  Son caractre, la confiance aveugle qu'il inspire. Il runit les
  notables. 11.
  crit au roi pour justifier l'Angleterre accuse d'exciter des
  troubles. 220.

  CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132.
  Il en fait dcrter trois par l'assemble. 136.

  CAMP DE CSAR. Il est vacu par les Franais. IV, 352.

  CAMPO-FORMIO. Trait de ce nom. Joie qu'il inspire en France.
  IX, 334 et suiv.

  CAMUS. Propose de rduire toutes les pensions du clerg  un
  taux infiniment modique. I, 189.

  CARNOT. Il est membre du comit de salut public. IV, 391.
  Dirige toutes les oprations militaires. V, 100 et suiv.
  Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comit de salut public.
  VII, 99 et suiv.
  On n'ose pas le dcrter  cause de ses services. 234.
  Est nomm directeur  la place de Siyes, qui avait refus.
  VIII, 10 et suiv.
  Vices de son plan d'oprations militaires en Italie. 185 et suiv.
  Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv.
  Caractre de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv.
  Il se rend suspect  tous les partis et  ses collgues du
  directoire. 259-261.
  Prend la fuite le 18 fructidor. 278.
  Est condamn  la dportation. 285.

  CARRIER. Atroces excutions qu'il fait faire  Nantes. VI, 144-148.
  Il est mis en accusation et envoy au tribunal rvolutionnaire. 373-374.
  Est condamn  mort. 394-395.

  CATHELINEAU. Coopre  la premire insurrection vendenne. IV, 84 et
  suiv.
  Il est nomm gnralissime de l'arme vendenne. 252.

  CATHERINE THOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI, 109-111.
  Elle est arrte ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv.

  CAZALS. Dfenseur loquent de la noblesse. I, 117.

  CERCLES CONSTITUTIONNELS forms par les patriotes en l'an V, pour
  s'opposer  l'influence des Clichyens. IX,   189 et suiv.

  CHALIER. Il se fait remarquer  la tte du club central,  Lyon. IV, 75.
  Il demande un tribunal rvolutionnaire pour Lyon. 76.

  CHAMPIONNET. Gnral  l'arme d'Italie. Ses oprations militaires
  dans les tats-Romains contre l'arme de Naples. X, 106-113.
  Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121.
  Rsiste aux ordres du directoire. Est destitu. 129.
  Est nomm gnral d'une nouvelle arme des Alpes par le
  Nouveau directoire. 242.

  CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour
  enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas  l'endroit
  convenu. II, 191-192.
  Il demande que les Suisses soient conduits  l'Abbaye. 270.

  CHARETTE, chef venden. Son caractre. Il hsite d'abord et se rend aux
  instances des insurgs. S'empare de l'le de Noirmoutiers. IV,
  89-90.
  Il est amen  ngocier avec les rpublicains pour la paix.
  VII, 139-142-145.
  Sa rception triomphale  Nantes. 146.
  Il continue  prparer la guerre, aprs sa soumission. Ses relations
  avec les princes et les migrs. 162-163.
  Il se dclare de nouveau en guerre. VIII, 26.
  Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et
  suiv.
  Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130.
  Est pris et fusill. 135-136.

  CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de
  l'arme du Bas-Rhin. VIII, 123.
  Son plan de campagne aprs sa retraite  Neresheim. 298 et suiv.
  Sa marche contre Jourdan. 300.

  CHTEAU. Le chteau des Tuileries est attaqu par le peuple. II, 134 et
  suiv.

  CHAUMETTE. Procureur-gnral de la commune. Organise la lgislature
  municipale. IV, 279.
  Il est arrt. V, 372 et suiv.
  Sa condamnation et sa mort. 415.

  CHBRESS. (Combat de) en gypte. X, 31-33.

  CHNIER (Andr). Sa mort. VI, 200.

  CHNIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus
  capables de rprimer les royalistes, aprs les vnemens du 9 thermidor.
  VII, 185-188.

  CHOLET. Bataille de ce nom en Vende. V, 318-322.

  CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324.

  CISALPINE (Rpublique). Organise par Bonaparte. IX, 314-318.
  Situation de cette rpublique en l'an VI. 376 et suiv.
  Triste tat de cette rpublique aprs le dpart de Bonaparte. X, 84-86.
  Changemens faits  sa constitution. 89 et suiv.

  CISPADANE (Rpublique). Sa fondation. VIII, 352 et suiv.

  CLARKE. Mission de ce gnral  Vienne. VIII, 359.
  Sa ngociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice
  qu'il proposait est rejet. 380-382 et suiv.

  CLERG. Il s'oppose  la vrification des pouvoirs des communes. I, 45.
  (Voyez _Tiers-tat_ et _Vrification_.)
  Vote sa runion aux communes. 59.
  La majorit du clerg se runit aux communes. 65.
  Il abdique ses privilges. 125.
  Son rle dans l'assemble. 192.
  Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv.
  Il s'oppose par divers moyens  l'excution de la constitution civile.
  233 et suiv.
  Une partie du clerg refuse de prter le serment civique. Suite de ce
  refus. 257-238.

  CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, form par les dputs de l'opposition
  du corps lgislatif. IX, 16-17.
  Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix. Diverses
  propositions faites au corps lgislatif. 151 et suiv.
  Plans de contre-rvolution forms par les clichyens. 156 et suiv.
  Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv.
  Leurs propositions financires aux cinq-cents. 165 et suiv.
  Motion d'ordre de l'un d'eux sur les vnemens de Venise. 176 et suiv.
  (Voyez _Royalistes_.)
  Ils tchent de s'opposer aux changemens dans le ministre projets
  par le directoire. 203 et suiv.
  Leurs craintes aprs la nomination des ministres et la marche de Hoche.
  213 et suiv.
  Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les prparatifs du
  directoire. 266 et suiv.
  Rsolutions dsespres qu'ils proposent. 271 et suiv.

  CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemble 
  faire partie de la fdration. I, 235.
  Prche la rpublique universelle et le culte de la Raison. V, 195 et
  suiv.
  Il est exclu de la socit des jacobins. 228.
  Est arrt. 372.
  Son procs et son supplice. 374-379.

  CLUBS. Diverses assembles se forment sous ce nom. I, 33.
  Club breton. 119.
  Leur importance augmente. 213.
  Ils deviennent dominateurs. II, 12.
  Les cinq-cents dcrtent qu'aucune assemble politique ne serait
  permise. IX, 218-219.

  CLUB LECTORAL. Comment il se compose aprs le 9 thermidor. VI, 264-265.
  Il fait une adresse  la convention, pour demander la reconstitution
  de la municipalit de Paris, etc. 343-345.

  CLUB FRANAIS. Ce que c'tait. II, 204.

  COALITION. Elle commence  agir avec activit. II, 210 et suiv.
  Envahit toutes nos frontires, en 93. IV, 214 et suiv.
  Le dfaut d'union des coaliss paralyse leurs forces. 238
  tat de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48.
  Tideur des puissances coalises pour les intrts des princes
  franais. 326 et suiv.
  Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs dfauts.
  X, 141 et suiv.

  COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70.
  Suite de cette communication. 71.

  COBLENTZ. Les migrs se transportent de Turin en cette ville. I, 263.
  Projets de la noblesse. 263-264 et suiv.

  COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coaliss dans le nord.
  VI, 62.

  COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75.
  Cherche  sauver les ultra-rvolutionnaires arrts. V. 302 et suiv.
  Fait avorter l'insurrection des ultra-rvolutionnaires les 15
  et 16 ventse. 362 et suiv. 370.
  Tentative d'assassinat sur lui. Elle choue. Ses consquences. VI, 96
  et suiv.
  Il donne sa dmission de membre du comit de salut public, 289.
  Est mis en tat d'accusation. 394.
  Est dcrt d'arrestation. VII, 76.
  Est condamn  la dportation. 116.

  COMIT CENTRAL RVOLUTIONNAIRE. L'assemble de la mairie
  prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs sances, des suspects
  et de l'enlvement des dputs. IV, 116 et suiv.

  COMIT DE DFENSE GNRALE. Il se runit pour dlibrer sur les moyens
  de salut public. II, 307-308.
  Pourquoi il fut tabli. III, 296.

  COMIT CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Ncessit de sa cration. Ce que
  c'tait: l'tendue de ses attributions. IV, 46-48.
  Il se runit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour
  remdier  l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169.
  Est charg, aprs le 31 mai, de prsenter un projet de constitution.
  194.
  Propose des moyens pour arrter l'insurrection des dpartemens.
  202-203.
  Ses attributions. 276-277.
  Il perd sa popularit. 281-282.
  On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-Andr. 282.
  Est attaqu par divers partis aprs les checs de nos armes. V, 51
  et suiv.
  La convention dclare qu'il conserve sa confiance. 54-55.
  Sa politique en dcembre 93. 231 et suiv.
  Il fait arrter des ultr-rvolutionnaires et des agioteurs. 238 et
  suiv.
  Rend des dcrets relatifs aux dtenus. 359.
  Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv.
  Projets des membres du comit contre Danton. 383 et suiv.
  Sa politique aprs la mort de Danton et des hbertistes. Il concentre
  en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv.
  Abolit l'arme rvolutionnaire, les ministres, les socits
  sectionnaires, etc. 9 et suiv.
  Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv.
  Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalit avec le comit de
  sret gnrale. 111 et suiv.
  Les divisions continuent. 128-131 et suiv.
  Les membres ennemis de Robespierre cherchent  s'emparer du pouvoir.
  157-159.
  Feinte rconciliation des comits diviss. 161-164.
  Il est rorganis aprs le 9 thermidor. 238-239.
  Nouvelle puration. 289-290.

  COMIT INSURRECTIONNEL. II, 190.
  En communication avec Ption. 191.

  COMIT DE SRET GNRALE. Il est recompos aprs le 9 thermidor. VI,
  238.

  COMIT DE SURVEILLANCE. Ce que c'tait. II, 275-276.
  Il fait excuter des arrestations. 306-307.
  On y arrte le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv.
  Il envoie une circulaire aux dpartemens pour recommander le
  meurtre des prisonniers. 337 et suiv.
  Ordonne des arrestations. III, 4.

  COMITS RVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est rduit dans Paris et les
  dpartemens. VI, 258.

  COMITS. On dcide qu'ils seront renouvels par quart tous les mois. VI,
  237-238.
  Inconvniens de cette mesure. 256 et suiv.
  Seize comits sont tablis aprs le 9 thermidor. 257 et suiv.

  COMMERCE. tat fcheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279.

  COMMISSAIRES. Les commissaires des assembles primaires de toute la
  France arrivent  Paris. Leur rception. IV, 343 et suiv.

  COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose  l'assemble un projet de salut
  public. II, 159 et suiv.

  COMMISSIONS. Douze commissions sont institues par le comit de salut
  public en remplacement des ministres. VI, 10 et suiv.

  COMMUNE. Son pouvoir aprs le 10 aot. II, 274-275.
  Elle est charge de la garde de la famille royale. 278 et suiv.
  Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv.
  Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv.
  Son opposition avec la convention. Elle est rprime. 48-49-50.
  Ses membres sont renouvels. 82.
  Elle s'oppose  une nouvelle insurrection. 344-345.
  Demande  la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion
  de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv.
  Soumet ses registres  la convention. 64.
  Ordonne une leve de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur
  les riches. Troubles  ce sujet. 95 et suiv.
  Se plaint  la convention de l'arrestation d'Hbert et des calomnies
  dont elle est l'objet. 126-127.
  Hbert y est couronn. 138-139.
  Elle est destitue par le comit central rvolutionnaire, le 31 mai.
  147 et suiv.
  Une dputation de la commune insurrectionnelle est introduite  la
  convention. 156 et suiv.
  Elle se trouve charge, aprs le 31 mai, de toute l'administration
  intrieure. 279.

  COND. (Le prince de). Il se met  la tte de six mille migrs. II, 294.

  CONSCRIPTION. Loi sur la conscription dcrte en septembre 1798. X,
  98-101.

  CONSCRITS. La leve de toutes les classes est ordonne aprs le 30
  prairial an VII. X, 350.

  CONSEIL EXCUTIF. Nom que prend le ministre aprs le 10 aot. II, 263.
  Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350.
  Sa nouvelle organisation. III, 50-52.
  Il est aboli. VI, 10.

  CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institu par la constitution de
  l'an III. VII, 334-335.

  CONSEIL DES CINQ-CENTS. Cration de cette assemble par la constitution
  de l'an III. VII, 334.
  Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et
  suiv.
  Premires oprations lgislatives en l'an V. Mesures adoptes
  ou proposes sur les migrs, le culte et les finances, etc. IX,
  158-162 et suiv.
  Il rejette la proposition de Jourdan de dclarer la patrie en
  danger. X, 279-281.

  CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomration des troupes
  de Hoche prs de Paris. IX, 248 et suiv.
  Les conseils sont disperss le 18 fructidor. On leur refuse l'entre
  du lieu de leurs sances. 279-280.
  Les dputs attachs au directoire se runissent  l'Odon et 
  l'cole de Mdecine. Le directoire leur fait part de la conspiration
  royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs lections, et
  condamnent  la dportation plusieurs dputs, deux directeurs, des
  journalistes, etc. 280-281-284-285.
  Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_.)

  CONSPIRATEURS DU 10 AOT. Ce qu'on entendait par l. II, 280.

  CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation.
  VIII, 105-106.

  CONSTITUTION. Ncessit d'une constitution, exprime par les cahiers;
  obstacles  vaincre pour l'tablir. I, 74 et suiv.
  Discussions relatives  l'tablissement de la constitution. 138 et suiv.

  CONSTITUTION CIVILE DU CLERG. Les principales dispositions de ce projet
  sont adoptes. Rflexions. I, 232-233.

  CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243.
  Une ptition contre cette constitution est repousse par la convention.
  243-244.

  CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses principales
  dispositions. VII, 332-337.
  Elle est accepte par les votes des sections de toute la France.
  346-347.
  tat des esprits  l'poque de son tablissement. VIII, 2 et suiv.
  Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv.
  Elle est dtruite le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_. )

  CONTRE-RVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives dans le
  midi de la France. VII, 178-182 et suiv.

  CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv.
  Elle dclare la royaut abolie en France. 25.
  Sance du 24 septembre 1792. 28 et suiv.
  Elle se divise en ct droit et en ct gauche. 45-46.
  Se partage en divers comits. 52-53.
  Dbats relatifs  l'accusation de Robespierre. 84 et suiv.
  Elle ordonne au comit de lgislation de donner son avis sur les
  formes du jugement de Louis XVI. 107-108.
  Longues discussions relatives  la mise en jugement de Louis XVI. 159
  et suiv.
  Elle dclare que le roi sera jug par elle. 195.
  Discussions sur les formes du procs. _Ibid._ et suiv.
  Violens dbats aprs la dfense du roi. 226 et suiv.
  Sances du 14 au 17 janvier, o fut dcrte la mort du roi.
  247-248-256.
  Elle dcrte qu'il ne sera pas sursis  l'excution du roi. 258.
  Dclare la guerre  la Hollande et  l'Angleterre. 286.
  Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298
  et suiv.
  Elle rend divers dcrets. 333-334.
  Dbats relatifs  l'tablissement du tribunal extraordinaire. 336 et
  suiv.
  Terreur de ses membres, menacs d'une insurrection. 342-343.
  Terribles mesures qu'elle prend pour la sret intrieure et
  extrieure. IV, 23 et suiv.
  Elle rend divers dcrets relatifs aux vnemens de la Belgique et  la
  famille d'Orlans. 38-39.
  Discussion au sujet des ptitions des sections et des divers actes de
  la commune. 61 et suiv.
  Divers dcrets relatifs  des ptitions de Bordeaux, de Marseille et
  de Lyon. 108-109.
  Tumulte  l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv.
  Elle nomme une commission de douze membres pour observer les actes de
  la commune et protger la reprsentation nationale. 114.
  Cette commission informe contre la commune et fait quelques
  arrestations. 122-125.
  Scnes violentes le 27 mai,  cause de l'attroupement et des ptitions
  des sections armes. 128 et suiv.
  Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134.
  Violente discussion  ce sujet le lendemain. 135 et suiv.
  Elle rapporte son dcret relatif aux Douze. 137.
  Sance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv.
  Elle supprime la commission des Douze et dcrte plusieurs mesures le
  3l mai. 164.
  Courte sance du 1er juin. 173.
  Sance du dimanche 2 juin 1793. 175-183.
  Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurgs. 177.
  Plusieurs dputs sont maltraits. 180.
  Elle est arrte par la force arme le 2 juin. 181-182.
  Vote l'arrestation des dputs dsigns par la commune. 183.
  Renouvelle tous les comits aprs le 31 mai. 194.
  Rend d'nergiques dcrets contre les dpartemens insurgs. 204-205.
  Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les
  fdralistes. 240-241.
  Elle dcrte la constitution de l'an II. 242-243.
  Le 7 aot 93 la convention admet les commissaires des dpartemens et
  les embrasse en signe de rconciliation. 246 et suiv.
  Elle dcrte la leve en masse. 261-262.
  Dcrets contre la Vende, les suspects, les trangers et contre les
  Bourbons. 288-391-394-395.
  Elle institue le gouvernement rvolutionnaire. V, 56-57.
  Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vende. 66-68.
  Dbats relatifs  l'arrestation de Danton. 389 et suiv.
  Elle dcrte la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres.
  394.
  Laisse tout faire aux comits. VI, 88-96.
  Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comit de
  salut public. 113-122 et suiv.
  Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les
  menacent. 158-160.
  Sance du 9 thermidor. 203-211.
  Suite de la sance. 217 et suiv.
  Rapport de la loi du 22 prairial. 240.
  Dbats relatifs  l'largissement des suspects. 247 et suiv.
  Discussions au sujet de l'accusation porte par Lecointre (de
  Versailles). 281 et suiv.
  Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport gnral sur l'tat de la
  rpublique. 291-292.
  Sance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv.
  Elle rend plusieurs dcrets relatifs au commerce. 297 et suiv.
  Dbats relatifs aux socits populaires. 346 et suiv.
  Vive discussion sur le mme sujet. Un dcret est rendu. 351-357.
  Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien
  gouvernement. 360 et suiv.
  Elle prend diverses mesures financires et politiques pour remdier 
  l'tat fcheux des affaires aprs la terreur. 364 et suiv.
  Dcret rglant les formalits  remplir pour accuser un membre de la
  convention. 371-372.
  Querelles suscites par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins.
  376 et suiv.
  Scnes violentes au sujet des vnemens du 19 brumaire 1794, 383-386 et
  suiv.
  Elle rappelle dans son sein plusieurs dputs proscrits. Scne violente
   ce sujet. VII, 77 et suiv.
  Sances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens membres
  du comit de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et suiv.
  Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en
  demandant du pain. 102 et suiv.
  Journe du 12 germinal. Dangers de la Convention. Dcret de dportation
  contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrre, etc. Dsarmement
  des patriotes. 108-116 et suiv.
  Elle prend diverses mesures pour comprimer la raction royaliste amene
  par le 9 thermidor. Questions financires. 184-185 et suiv.
  Le lieu de ses sances est envahi le 1er prairial an III. Scnes
  diverses, etc. (Voy. _Prairial_.) Elle ordonne l'arrestation de
  plusieurs dputs montagnards. 204-207-221 et suiv.
  Scne funbre  l'occasion de la mort de Fraud. 256 et suiv.
  Elle dcrte la constitution de l'an III. 332-337.
  Dcrte que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau
  corps lgislatif, et que les assembles lectorales feraient le choix.
  338. (Voy. _Dcrets_.)
  Dcret indiquant l'poque des assembles primaires et lectorales pour
  l'lection des nouveaux reprsentans. 347.
  Elle se dclare en permanence le 12 vendmiaire. Attaque par les
  sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370.
  Dernire lutte entre les partis de la convention aprs le 13
  vendmiaire. La convention dclare que sa session est termine.
  379-385.
  Rcapitulation des principaux actes de cette assemble. Rflexions.
  385-388.

  CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions rpublicaines. Son
  enthousiasme pour les girondins. Dvouement. IV, 260-262.
  Elle choisit Marat pour but de son dvouement, comme chef des
  anarchistes. 262.
  Le 13 juillet, elle se prsente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266.
  On rpand que ce sont les girondins qui l'ont arme. 266.
  Dtails de son procs. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre 
  Barbaroux. Son supplice. 269-272.

  CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des
  jacobins. II, 14.
  Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120.

  CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laiss par Puysaye en
  Bretagne, en qualit de major-gnral dans les provinces rvoltes.
  VII, 34-35.
  Ses intrigues politiques. 225 et suiv.
  Il travaille  la pacification gnrale. 140 et suiv.
  Son rle dans les ngociations avec la Vende. 144 et suiv.
  Il engage les chefs chouans de la Bretagne  se soumettre, et signe la
  paix. Son entre  Rennes. 159-161.
  Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv.
  Il est arrt par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269.
  Est dport. VIII, 51.

  CORPS LGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils aprs les
  lections de l'an V. IX, 153 et suiv.

  CT DROIT. Ce que c'tait. Qui sont les hommes qui le composaient dans
  l'assemble lgislative. II, 10-11.
  Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45.

  COUR (La). Elle presse la convocation des tats-gnraux, et fixe leur
  ouverture au 1er mai 1789. I. 23.
  Fait approcher des troupes de Paris. 82-83.
  Projette de conduire le roi  Metz. 159.
  Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv.
  Ses plans de contre-rvolution. 206-207.

  COUTHON. Ses paroles  la tribune le 31 mai. IV, 182.
  Est nomm membre du comit de salut public. 296.
  Est envoy en Auvergne par la convention pour soulever les populations
  contre Lyon. V, 85.
  Sa conduite au sige de cette ville. 88 et suiv.
  S'unit troitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111.
  Dfend  la tribune les actes du comit. 125.
  Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre
  de dputs. Dment  la tribune le projet qu'on leur suppose contre
  soixante membres de la Convention. 133-134.
  Ses paroles aux Jacobins. 185.
  Rclame et obtient l'impression du discours prononc  la tribune par
  Robespierre, le 8 thermidor. 194.
  Sa proposition aux Jacobins. 198.
  Est dcrt d'arrestation le 9 thermidor. 210.
  Est mis hors la loi avec ses complices. 219.
  Son supplice. 227-228.

  CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la _Raison_ est
  institu. Dtails  ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv.
  La commune modifie son arrt sur le culte. Le culte de la _Raison_
  est aboli. 230.
  Le comit de salut public songe  l'tablissement d'une religion.
  Rflexions  ce sujet. VI, 17-21.
  Reconnaissance de l'tre-Suprme. 29 et suiv.
  La restitution des glises est accorde aux catholiques. VII, 249.

  CUSTINES. Nomm gnral de l'arme du Nord. IV, 103.
  Il est battu en mai 93. 220-221.
  Dtails de son procs. Il est condamn  mort et excut. V,
  69-72-77-78.


  DAMPIERRE. Est nomm commandant en chef de l'arme du Nord aprs la
  dfection de Dumouriez. IV, 43-44.

  DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203.
  Son caractre et ses moyens d'influence sur la multitude. 204.
  Le 10 aot, il excite le peuple  l'insurrection. 235.
  Il est un des acteurs du 10 aot. 262.
  Est nomm ministre de la justice. 264.
  Exposition de ses plans aprs le 10 aot. 273.
  Sa prpondrance dans le conseil excutif et son influence  Paris.
  303 et suiv.
  Rsolu d'empcher toute translation au-del de la Loire. 304.
  Rsolu de prir dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses
  ennemis. _Ibid._
  Il veut faire peur aux royalistes. 309.
  A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait dcrter que l'on
  sonnera le tocsin. 312-313.
  Il est nomm dput  la Convention. III, 9.
  Fait diverses motions  la convention. 32-33.
  Quitte le ministre sur la dcision que les ministres ne seront plus
  pris dans le sein de la convention. 50.
  Propose et fait adopter une leve de 30,000 hommes  Paris. 330.
  Excuse Dumouriez  la Convention. IV, 21-22.
  Propose de former deux armes, de sans-culottes, l'une pour Paris,
  l'autre pour la Vende. 99.
  On le croit l'auteur cach du mouvement contre les girondins.
  Sa conversation avec Meilhan. Rflexions sur son caractre. 143 et
  suiv.
  Ses paroles  la convention le 31 mai. 153 et suiv.
  Dtails sur son caractre politique. Il commence  perdre sa
  popularit; il attire les dfiances sur son caractre. 284 et suiv.
  Refuse de faire partie du comit de salut public. V, 64-66.
  Retourne  Paris; souponn par les rvolutionnaires ardens. 210-211.
  Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv.
  Devient l'objet de la haine des membres du comit de salut public.
  383-386.
  Il est arrt. Suites de son arrestation. 388-389.
  Dbats  la convention relatifs  son arrestation. 389 et suiv.
  Dcrt de mise en accusation. Scnes au Luxembourg avec ses amis
  prisonniers. 394 et suiv.
  Il est transfr  la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv.
  Dtails de son procs et sa mort. 394-412.

  DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hbertistes. V, 394-412.

  DAVID. Ordonnateur de la fte anniversaire du 10 aot, IV, 353-354.
  Il boira la cigu avec Robespierre. VI, 198.
  Il est arrt. VII, 235.

  DCRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulvent divers partis contre
  la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339.

  DELESSART. Ce ministre est accus par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6.

  D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrt. Ses papiers et ses rvlations 
  Bonaparte dvoilent les projets des royalistes. IX, 182-183.

  DPARTEMENS. Division de la France en dpartemens. I, 190.
  Divers dpartemens lvent des hommes pour l'excution du dcret du
  camp de 20,000 hommes. II, 156.
  Opinion de divers dpartemens sur la marche du gouvernement et les
  divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv.
  Plusieurs dpartemens lvent des hommes contre les Vendens. 95.
  Presque tous sont prs de prendre les armes contre la convention aprs
  le 31 mai. 196 et suiv.
  Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199.
  Suite du mme sujet. 206 et suiv.
  Nouveaux dtails sur l'insurrection. 222-223.
  Plusieurs dpartemens se dsistent de l'insurrection. checs des
  fdralistes. 246-249.
  Ils sont presque tous soumis. 259-260.

  DPUTATION. Liste des membres de la dputation de Paris  la convention.
  III, 9-10.

  DPUTS. Les dputs dcrts d'arrestation aprs le 31 mai, se
  rpandent dans les dpartemens. IV, 198-199.

  DSARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25.

  DSERTION. Lois sur la dsertion. VIII, 45-46.

  DESZE. Adjoint  la dfense de Louis XVI. III, 219-220.
  Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv.

  DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87.
  Son influence au Palais-Royal. 144-145.
  Il prsente une ptition trs hardie. II, 31.
  Nomm dput  la convention par les lecteurs de Paris. III, 9.
  Passe pour un modr. IV, 286.
  Censure le comit de salut public dans un pamphlet, et prend la
  dfense du gnral Dillon, en disant des vrits  tout le monde.
  287-288.
  Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Socit. V, 228-229.
  Il fait son journal, _le Vieux Cordelier_. 307-308.
  Il prsente sa dfense dans ce journal. 321 et suiv.
  Il est accus aux jacobins. 333 et suiv.
  Continue  attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv.
  Il est arrt. 388-389.
  Dtails de son procs. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411.

  D'ESPRMNIL. Son caractre. I, 15.
  Il dnonce au parlement un projet ministriel qui tendait 
  restreindre sa juridiction, 19-20.
  Il est arrt en plein parlement. 22.
  Il propose de faire dcrter le tiers-tat. 70.
  Hu et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215.

  D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son
  caractre. Sa lettre  la reine. I, 160.

  DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est dcrt
  par les conseils, aprs le 18 fructidor. IX, 504-509.

  DILLON. Son projet de retraite. II, 341.

  DMES. Discussions relatives  l'abolition des dmes. I, 130 et suiv.
  L'abolition est dcrte. 132.

  DIRECTOIRE. Pouvoir excutif cr par la constitution de l'an III, VII,
  335.
  Nomination des cinq directeurs. Dtails  ce sujet. VIII, 7-9-11.
  Situation dangereuse du directoire au commencement de son
  administration. 12 et suiv.
  Prend diverses mesures pour remdier  la disette et aux malheurs
  financiers. 13-15 et suiv.
  Il est charg de la nomination aux fonctions publiques. 47-48.
  Manire dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le
  partagent. 48 et suiv.
  Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv.
  Ses plans militaires. 123 et suiv.
  Il ngocie avec l'Angleterre. 340 et suiv.
  Suite. 356 et suiv.
  Il envoie Clarke en mission  Vienne. 359.
  Rompt les ngociations commences avec le cabinet anglais. 390.
  Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv.
  Caractre des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et
  suiv.
  Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17.
  Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour
  l'an V. 150-151 et suiv.
  Sa lutte avec les conseils aprs les lections de l'an V, d'o rsulte
  le coup d'tat du 18 fructidor. 158 et suiv.
  Il commence  redouter un vaste complot d'aprs l'arrestation du comte
  d'Entraigues. 182-183 et suiv.
  Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux
  des conseils. 184 et suiv.
  Trois membres, Larvellire, Rewbell et Barras, prennent la rsolution
  de faire un coup d'tat. 185-188 et suiv.
  Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris.
  188 et suiv.; dans les armes. 190.
  Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.;
  de celle du Rhin 194 et suiv.;
  de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv.
  Rsistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet
  de la rorganisation du ministre. 200 et suiv.
  Son embarras sur la dcision  prendre au sujet des ngociations
  commences avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv.
  Ses prils augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des
  mesures pour runir  Paris la force arme. 246 et suiv.
  Rpond d'une manire nergique aux rclamations des conseils au sujet
  de la marche de Hoche. 250 et suiv.
  Trois des directeurs font les prparatifs du coup d'tat du 18
  fructidor. 270-272 et suiv.
  Ils se runissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le
  rsultat de la journe. Leur plan. 273-274 et suiv.
  Excution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv.
  Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une
  puissance rvolutionnaire. Journe du 18 fructidor. 282-285 et suiv.
  Rformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux
  directeurs sont nomms  la place des dports. 294 et suiv.
  Il destitue Moreau de son commandement. 296-297.
  Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv.
  Dclare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une arme en
  Suisse. 393 et suiv.
  Ses dispositions pour remdier aux dsordres des rpubliques
  italiennes. X, 87-88 et suiv.
  Il propose et fait dcrter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez
  _Conscription._)
  Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et
  suiv.
  Ses dispositions pour s'opposer  la spoliation des pays allis en
  Italie. 126 et suiv.
  Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv.
  Gnraux qu'il nomme. 138 et suiv.
  Accusations dont il est l'objet aprs nos premiers revers en 1759.
  Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv.
  Nomination de Siyes  la place de Rewbell. 187.
  Tous les partis se runissent contre lui aprs nos dfaites en Italie.
  (An VII.) 220 et suiv.
  Division entre les directeurs. 223-224.
  Rvolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire.
  Treilhard, Larvellire et Merlin en sortent. 228-232-238.
  Formation du nouveau directoire. 239 et suiv.
  Ses premiers actes. 242 et suiv.
  Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force.
  245-250.
  Ses plans de guerre. 251 et suiv.
  Sa lutte avec les patriotes. (Voyez _Patriotes_.)

  DISETTE. Dsordre qu'elle amne le 4 octobre. I, 165-166.
  Aprs la seconde loi du _maximum_ la disette continue. Mesures
  que prend la commune pour y pourvoir. Dsordres. V, 344-348 et suiv.
  Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage
  manquent  Paris. VII, 51 et suiv.
  Suite du mme sujet. 73 et suiv.
  Les habitans de Paris sont mis  la ration. Violentes scnes et
  soulvemens populaires. 79 et suiv.

  DIX AOT. II, 234 et suiv.

  DROITS FODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv.
  Difficults et discussion qu'entran la proposition de leur
  abolition. 128-129.

  DROITS DE L'HOMME. Dclaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv.

  DROUET. Reconnat le roi  Sainte-Menehould et le fait arrter 
  Varennes. I. 285-286.

  DUBOIS DE CRANC. Il remplace Bernadotte au ministre de la guerre. X,
  281.

  DUCHASTEL. Malade, vote dans le procs de Louis XVI, pour le
  bannissement. III, 254.

  DUCHNE (Le pre). Journal rdig par Hbert. IV, 425.

  DUMOURIEZ. Son caractre. Ses plans militaires. Il est nomm ministre.
  II, 58 et suiv.
  Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministre. 60.
  Son entrevue avec la reine. 65 et suiv.
  Extrait de ses mmoires, _Ibid._
  Il devient suspect  la Gironde et est souponn de dilapidations.
  82-85.
  Conseille au roi de sanctionner deux dcrets. 91.
  Sa fermet dans l'assemble nationale. 104-105.
  Il donne sa dmission. 105-106.
  Est nomm gnral en chef des armes du Nord et du Centre. 291.
  Cherche  s'opposer  l'invasion des Prussiens. 297.
  Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv.
  Commencement d'excution de son plan. Les Thermopyles de la France.
  345 et suiv.
  Nouvelles dispositions qu'il prend aprs les affaires de l'Argonne.
  356 et suiv.
  Il crit  l'assemble nationale. 359.
  Ses dispositions aprs la retraite des Prussiens. 373 et suiv.
  Conjectures sur sa mollesse aprs avoir sauv le territoire. 375-376.
  Il se rend  Paris,  la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75.
  Est ft par les artistes, et reoit la visite de Marat. 76-78-79.
  Repart pour l'arme. 81.
  Ses plans militaires. 109 et suiv.
  Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120.
  Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv.
  Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129.
  Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres.
  134 et suiv.
  Suite de sa campagne en Belgique; ses succs et ses fautes. 138 et suiv.
  Son plan de campagne et commencement d'excution. 298 et suiv.
  Il fait arrter des agens du pouvoir excutif. Ses menaces contre le
  gouvernement. 328-329.
  Il crit une lettre audacieuse  la Convention. Suite de ses actes
  militaires. IV, 2.
  Il ngocie avec l'ennemi. 13.
  Ses projets politiques. 14-16.
  Son trait avec l'ennemi. 18 et suiv.
  Il dvoile entirement ses projets politiques. 27 et suiv.
  Est mand  la barre de la convention. 31.
  Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33.
  Plusieurs de ses projets chouent. 33.
  Il fait arrter quatre dputs de la Convention. 34-35.
  Sa tte est mise  prix. Troubles  Paris. 36-37.
  Il est abandonn par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42.
  Considrations sur son caractre et son rle politique. 42-43.

  DUPORT. Son caractre. I, 15.

  DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Dsign par Lafayette. I, 251.

  DUVERNE DE PRESLE. (Voy. _Royalistes_.)


  EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263.
  Ses paroles sur l'chafaud. 270.

  GYPTE. Projet d'une expdition en gypte propos par Bonaparte au
  directoire. Prparatifs secrets. IX, 408-414-419.
  tat de l'escadre destine  porter les troupes. X, 1-3.
  Route de Toulon  Alexandrie. Prise de Malte. 4-8.
  Entre  Alexandrie. 12-13.
  Description de l'gypte. Sa gographie. Ses habitans. 13-22.
  Route dans le dsert d'Alexandrie au Caire. Mcontentement des soldats.
  Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de
  l'ennemi prs du Caire. 28-31-36.
  Bataille des Pyramides. 36-41.
  Fondation de l'Institut d'gypte. Ses travaux. 48-50.
  Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57.
  Conqute de la Haute-gypte par Desaix. Bataille de Sdiman. 286-288.
  Expdition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza.
  290-291 et suiv.
  Commencement du sige de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du Mont-Thabor.
  292-297.
  Retour de l'arme en gypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310.

  ELBE (d'). Chef venden. IV, 90.
  Il est tu  Cholet. V, 121-124.

  LECTEURS. Runis  l'Htel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple.
  I, 87.
  Ordonnent la convocation des districts. 88.
  Composent une municipalit. _Ibid._
  Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89.
  Un lecteur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90.
  Les lecteurs se partagent en divers comits. I, 108.

  LECTIONS. Elles se font  Paris et dans les provinces. I, 37.
  Travaux de l'assemble nationale sur les lections. 191-192.
  --Mouvemens  Paris et en France  l'poque des lections de la
  convention. III, 8 et suiv.
  --Prparatifs des lections de l'an IV. Effervescence des partis. IX,
  33-36.
  --De l'an V. 146 et suiv.
  --De l'an VI. 404 et suiv.
  --De l'an VII. X, 183.

  MIGRATION. Prend une attitude inquitante. I, 263-264.
  Loi porte sur l'migration. 268-269.

  MIGRS. poque o l'migration commence  devenir considrable. I, 178.
  Ils lvent des corps au nom du roi. 295.
  Se prparent obstinment  la guerre  Coblentz. Leur connivence
  avec la cour. II, 20-21 et suiv.
  Leurs manoeuvres sont dnonces  l'assemble lgislative. 33 et suiv.
  Dbats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux
  biens des migrs. VIII, 89-90

  EMPRUNT FORC. Mesures avises pour son recouvrement. IV, 377 et suiv.
  Un nouvel emprunt forc est propos par le directoire et dcrt. Mode
  de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv.
  Il est ferm, 401.
  Un nouvel emprunt forc est tabli aprs la rvolution de prairial. X,
  246.

  PAULETIERS (les). Ce que c'tait. V, 318.

  ESPAGNE. La paix est signe avec cette puissance. VII, 318-319.
  Trait d'alliance offensive et dfensive avec la France. VIII, 263-264.

  TATS-GNRAUX. Provoqus par un jeu de mots. I, 14.
  Renvoys  cinq ans. 17.
  Convoqus. 23.
  Leur ouverture. 44.

  TRANGERS. Ils sont dcrts d'arrestation. IV, 394.

  TRE-SUPRME. Fte  l'tre-Suprme, le 8 juin 1794. Description et
  dtails. VI, 115-118.

  ETTLINGEN. (Voy. _Rastadt_.)

  EUROPE. Situation politique de l'Europe et tat des puissances
  trangres au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv.
  Dispositions des souverains de l'Europe  l'gard de la France, aprs
  la fuite du roi  Varennes. 295-296.
  --Dispositions des souverains trangers  l'gard de la France. II,
  18-19.
  --Projets des puissances trangres  l'gard de la France aprs le 10
  aot. II, 292 et suiv.
  --Dispositions des puissances trangres aprs le 21 janvier. III, 271
  et suiv.
  Rflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv.
  --tat de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv.
  --Situation des tats de l'Europe aprs la campagne de 1795. VIII, 122
  et suiv.
  --tat de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv.
  --Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle coalition
  contre la France. X, 62 et suiv.

  VCH. Runion de ce nom. Son but. IV, 47-48.
  Il s'y tient une assemble. 138.
  On y nomme une commission de six membres chargs de trouver des moyens
  de salut public. 139.
  On y dlibre sur une insurrection. 141-142.
  Les commissaires des sections s'y runissent le 30 mai. 145.
  Ce comit d'insurrection est dnonc aprs le 31 mai. 195.

  EXCUTIONS. Grandes excutions des dtenus, en juin 1794. VI, 134-138 et
  suiv.
  Commandes  Nantes par Carrier. 144-148;
   Lyon,  Toulon,  Orange,  Bordeaux,  Marseille, par Frron, Barras
  et Maignet. 148-149;
  dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv.
  Ressentiment et indignation que la _terreur_ fait natre. 153.

  FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425.

  FAVRAS (le marquis de). Il est souponn de comploter contre l'assemble.
  Il est regard comme l'agent de Monsieur. Son procs. I, 195 et suiv.
  Il est condamn  tre pendu. Sa mort, 203-204.

  FDRALISME. Origine de ce mot. III, 17-18.

  FDRATION. Une fdration gnrale de la France est dcide  la
  municipalit. I, 234.
  La runion gnrale des fdrs a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv.
  Description de la fte. _Ibid._
  Seconde fte de la fdration. II, 184 et suiv.

  FRAUD. Ce dput est assassin au sein mme de la convention par les
  rvolts du 1er prairial. VII, 209-211.
  Son assassin est arrach au supplice par les patriotes. Suite de cet
  vnement. 229 et suiv.
  Honneurs que la convention rend  sa mmoire. Sance funbre. Son loge
  est prononc par Louvet. 236 et suiv.

  FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213.
  Le club des feuillans oppos aux jacobins. II, 13-14.
  Faiblesse de ce parti. 109 et suiv.

  FVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques piciers. IV, 313
  et suiv.

  FINANCES. tat malheureux des finances. I, 226 et suiv.
  tat des finances en 93. Mesures prises pour remdier  leur dsordre.
  IV, 369 et suiv. 383.
  tat des finances  la fin de 93. V, 180 et suiv.
  tat et organisation des finances au commencement de 1794. VI, 88-90 et
  suiv.
  tat des finances aprs le 9 thermidor. 270 et suiv.
  Dtresse financire et commerciale en 1795. Diverses mesures prises par
  la convention pour y remdier. VII, 59-66 et suiv.
  Embarras des finances  l'avnement du directoire (1795). VII, 13 et
  suiv.
  Nouveaux dtails sur les assignats. Cration des mandats. Rflexions
  sur diverses questions des finances. 106 et suiv.
  Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv.
  Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour
  entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du trsor
  public. IX, 165 et suiv.
  Le conseil des cinq-cents dcrte diverses mesures favorable  ce
  projet. Les anciens les rejettent. 172-173.
  Mesures financires provoques par le directoire, aprs le 18 fructidor.
  Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309.
  Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102.
  Moyens employs pour fournir aux dpenses, prochaines de la campagne de
  1799. 130-131.

  FLESSELLES (Le prvt). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90.
  Est accus de trahison, tran au Palais-Royal et tu d'un coup de
  pistolet. 98-99.

  FLEURUS. Victoire de ce nom. vnemens militaires avant et aprs la
  bataille. VI, 169-175 et suiv.

  FOUCH. Envoy en l'an VI  Milan par le directoire. X, 92-93.
  Nomm ministre de la police. 272.
  Se tourne du ct de Bonaparte. 354-355.
  Il tait la conjuration aux directeurs. 359.

  FOULON et BERTHIER. Ils sont tus par le peuple malgr l'opposition de
  Lafayette. I, 113-114.

  FOUQUIER-TINVILLE. Ides sanguinaires de cet accusateur public. VI,
  137-138 et suiv.
  Il est mis en accusation. 240.

  FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et 
  l'poque de la rvolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv.
  Troubles et dsordres en France aprs le 14 juillet. 122-123.
  tat alarmant de la France en aot 1789. 133 et suiv.
  tat des esprits et situation politique au commencement de l'anne
  1790. 192 et suiv.
  Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212.
  Situation intrieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv.
  tat intrieur de la rpublique dans l't de 1796. VIII, 242 et suiv.
  Situation intrieure et rapports politiques avec l'Europe, aprs la
  retraite de nos armes d'Allemagne. 330 et suiv.
  Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv.
  Sa situation intrieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv.

  FRDRIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216.

  FRUCTIDOR (18). Journe de ce nom. Principaux dtails des vnemens. IX,
  270-287.
  Augereau s'empare des Tuileries. 275-278.
  Les conseils sont repousss du lieu de leurs sances. 280.
  Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les dcrets que
  demande le directoire. Des dputs et deux directeurs sont condamns 
  la dportation. 280-288.
  Ncessit de ce coup d'tat. Ses consquences. 291 et suiv.

  GARAT. Il cherche  rassurer la convention sur ses craintes. Son
  discours IV, 130 et suiv.

  GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison 
  Versailles. Suite de cette fte. I, 162 et suiv.

  GARDE-MEUBLE. Il est vol. Bruits qui coururent sur ce vol et sa
  destination. III, 6-7.

  GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde nationale,
  et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110.
  Dbats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la
  garde nationale. IX, 276 et suiv.

  GNES. Paix avec cette rpublique. VIII, 348.

  GENSONN. Son rapport  l'assemble lgislative sur les troubles de
  l'Ouest. II, 26-27.

  GEORGES (Saint-). Voy _Bassano_.

  GERLE (dom.) Chartreux, propose de dclarer la religion catholique la
  seule religion de l'tat. I, 208.
  Il retire sa proposition. 209.

  GERMINAL (journe du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en
  sont chasss, et ensuite dsarms en excution d'un dcret. VII,
  106-124.

  GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur rle dans l'assemble lgislative.
  II, 11-13.
  Ils dominent dans le ministre. 62-82.
  Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv.
  Leur position  la convention. III, 19 et suiv.
  Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv.
  Sont accuss de fdralisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19.
  Essai de rapprochement et rupture. 21-22.
  Embarras et fcheuse position des girondins aprs le 25 fvrier. 320 et
  suiv.
  Menacs le 31 mai, se rendent tous arms  la convention. IV, 147.
  Se runissent le 1er juin pour se concerter. 171-172.
  Sont mis en tat d'arrestation. 189-190.
  Plusieurs sont envoys devant le tribunal rvolutionnaire, et d'autres
  sont mis en tat d'arrestation. V, 78-79.
  Circonstances de leur procs. Un dcret de circonstance leur te la
  parole. 152-163.
  Ils sont condamns et excuts. 164-167.

  GOHIER. Nomm directeur  la place de Treilhard. X, 232.
  Reprsentant des patriotes et prsident du directoire. 337-338.
  Il complimente Bonaparte  son retour d'gypte. 338.
  Sa femme est lie avec Josphine Bonaparte. 346.
  Il est sond par Bonaparte, qui voudrait tre directeur, et qui n'a
  pas l'ge ncessaire. 348.
  Altercation avec Bonaparte. 371-372.

  GORSAS. Son arrestation. III, 305.

  GOUVERNEMENT RVOLUTIONNAIRE. Effets des lois rvolutionnaires. V, 128
  et suiv.

  GRANGENEUVE. Sa proposition  Chabot. II, 191-192.

  GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institu en 93. Ses
  avantages financiers. IV, 371 et suiv.

  GRGOIRE (l'abb). Se prsente aux communes. I, 55.

  GRENELLE. La poudrire de Grenelle prend feu. VI, 290.
  Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv.

  GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment. IV,
  109-110.
  Propose la destitution des autorits de Paris, et le transfert de la
  convention  Bourges. 112-113.
  Son courage  la convention le 31 mai. 157-158.

  GUERRE. Premires dispositions des armes. II, 76-78.
  chec du gnral Rochambeau. 78 et suiv.
  tat des affaires militaires pres le 10 aot. 283 et suiv.
  Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv.
  Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv.
  Situation de nos armes sur le Rhin et aux Alpes  la fin de 1792. 142
  et suiv.
  vnemens militaires en Belgique. 289 et suiv.
  Nos armes prouvent plusieurs revers. 324 et suiv.
  Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent.
  IV, 103 et suiv.
  Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv.
  tat de l'arme du Nord: _ibid._;
  de l'arme de la Moselle: 218;
  du Rhin: _ibid._;
  d'Italie: 223-224;
  des Pyrnes: 226 et suiv.;
  de la Vende. 229 et suiv.
  Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257.
  Sige de Mayence. 309-320.
  Sige de Valenciennes par les ennemis. 320-323.
  Le camp de Csar est vacu par les Franais. 351-352.
  Mouvement des armes en aot 1793. V, 1 et suiv.
  tat de l'arme du Rhin. 3-6.
  Commencement du sige de Lyon 6-10.
  Marche des troupes ennemies en aot et septembre 1793. 21 et suiv.
  Victoire de Hondschoote. 24-25.
  Revers dans le Nord. 27-29.
  chec de l'arme des Pyrnes. 32 et suiv.
  Organisation de l'arme de l'Ouest. 68.
  L'arme des Alpes repousse les Sardes. 86-87.
  Progrs de l'art de la guerre. Rflexions  ce sujet. 97 et suiv.
  Suite des oprations militaires  a frontire du Nord. 101-107.
  Victoire de Wattignies. 108-109.
  Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv.
  Jonction des armes du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont
  chasss des frontires. 146-251.
  Sige et prise de Toulon par les rpublicains. 252-261.
  Rflexions sur cette campagne, et rcapitulation des principaux faits.
  292 et suiv.
  Prparatifs en France, de 1793  1794, pour la leve, l'quipement et
  l'armement des armes de terre et de mer. VI, 48-49.
  Premiers vnemens de la campagne de 1794 aux Pyrnes: 54-56:
  aux Alpes et vers l'Italie: 56-60;
  au Nord. 60-73.
  Victoire de Turcoing. 71 et suiv.;
  en Vende: 74 et suiv.;
  en Bretagne contre les chouans: 75-76;
  aux colonies. Rvoltes  Saint-Domingue. 76 et suiv.
  Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau _le
  Vengeur_. 78-82.
  Reprise des oprations militaires en aot 1794. 166 et suiv.
  Victoire de Fleurus. vnemens militaires avant et aprs la bataille.
  169-175.
  Reprise de Cond, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304.
  Mouvemens de l'arme du Nord.
  Bataille de l'Ourthe. 306-308.
  Bataille de la Ror. 309 et suiv.
  Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv.
  Mouvemens et succs des armes de la Moselle et du Haut-Rhin,
  commandes par Michaud. 317-318.
  Situation de l'arme des Alpes et des Pyrnes. 318-320.
  Suite de la guerre de la Vende. 320 et suiv.
  Situation de l'arme en Belgique  la fin de 1794. Prise de Nimgue.
  VII, 1-7.
  Projets pour la conqute de la Hollande. 7 et suiv.
  Notre arme se rpand en Hollande par divers points, et occupe tout
  le pays. 20 et suiv.
  Suite des oprations militaires en Espagne, en Catalogue et aux
  Pyrnes. 27-29.
  tat des armes aprs les vnemens de prairial an III. 253 et suiv.
  Oprations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Klber dans le
  Nord. 253-254.
  Situation de l'arme des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv.
  Position militaire en Espagne. 257.
  Expdition de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). 269-311.
  Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv.
  Marche rtrograde de l'arme de Sambre-et-Meuse. 377-378.
  Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19.
  Perte des lignes de Mayence. 20-22.
  Situation des armes du Rhin, des Alpes et des Pyrnes vers la fin
  de l'an IV. 55 et suiv.
  Dtails de la bataille de Loano. 58-61.
  Expdition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv.
  Rflexions sur la campagne de 1795. 76.
  Campagne de 1796. 140-241-278-326.
  tat de l'arme d'Italie au commencement de la campagne de 1796. 141
  et suiv.
  Conqute du Pimont. 141-161.
  Conqute de la Lombardie. 173 et suiv.
  Bataille de Lodi. 178 et suiv.
  Passage du Mincio. 198-200.
  Entre des Franais dans les tats-Romains et en Toscane. 214-217.
  Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv.
  Passage du Rhin par Moreau, et suite des oprations militaires. 226 et
  suiv.
  Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv.
  tat de nos armes en Allemagne et en Italie en aot 1796. 241.
  Reprise des hostilits en Italie. tat de notre arme. 272.
  Notre ligne sur l'Adige est force. 278-279.
  Bataille de Lonato. 283-286.
  Bataille de Castiglione. 288 et suiv.
  Oprations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
  L'arme de Sambre-de-Meuse est repousse par l'archiduc. 300-301.
  Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307.
  Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de
  Saint-Georges. 308-312-315.
  Nouvel chec de l'arme de Sambre et Meuse a Wurtzbourg.
  Retraite. 316-317 et suiv.
  Retraite de Moreau. 321-326.
  Extrme danger de l'arme d'Italie. Bataille d'Arcole.
  355-364-367-370-395.
  Expdition d'Irlande. 379.
  Reddition du fort de Kelb. 404.
  Reprise des hostilits en Italie. 405 et suiv.
  Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli.
  411-414-423.
  Bataille devant Mantoue ou de la _Favorite_. 424-425.
  Prise de Mantoue. 425 et suiv.
  Rflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv.
  Reprise de la campagne en l'an V. tat de l'arme de Sambre-et-Meuse:
  IX, 45 et suiv.; de l'arme du Haut-Rhin. 46-47.
  L'arme d'Italie est renforce. 47-48.
  Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67.
  Combat de Tarwis. 68-72.
  Marche sur Vienne. 86 et suiv.
  Passage du Rhin  Neuwied par Hoche,  Diersheim par Desaix. 103.
  L'arme de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont runies en une seule,
  et le commandement en est donn  Hoche. 298.
  Expdition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398.
  Expdition d'gypte. (Voy. _gypte_). Reprise des hostilits en
  l'an VII. Une arme napolitaine envahit les tats Romains. X, 109 et
  suiv.
  Manoeuvres de Championnet. _Ibid._ et suiv.
  Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113.
  Conqute du royaume de Naples. 113-119.
  Campagne de 1799. tat de nos forces militaires et plans de guerre.
  122 et suiv., 132 et suiv., 135-137.
  Invasion des Grisons par Massna. 144-145.
  Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157.
  Distribution de nos armes en Italie. Forces ennemies. Premires
  oprations de Schrer. Combats sanglans sous Vrone. 157-166.
  Bataille de Magnano. Retraite de Schrer. 164-167.
  Massna runit le commandement de l'arme du Danube et d'Helvtie, et
  occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv.
  Suite de la guerre en Italie. Arrive de Suwarow. 193 et suiv.
  Moreau remplace Schrer dans le commandement. Bataille de Cassano.
  195-197.
  Retraite de Moreau au-del du P et de l'Apennin. Dtails de cette
  belle opration. 197-204.
  Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv.
  Essai de jonction entre l'arme de Naples et celle de Moreau. 210 et
  suiv.
  Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv.
  Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218.
  Reprise de la campagne. Mouvemens de Massna vers les Grandes-Alpes
  (juillet 1799). 253-254.
  Suite des affaires en Italie. 254 et suiv.
  Joubert arrive  l'arme d'Italie pour remplacer Moreau. tat de ses
  forces. Bataille de Novi. 256-265.
  Dbarquement des Anglo-Russes en Hollande. chec de Brune. 266-268.
  Nouveau plan du conseil aulique. Description du thtre de la guerre en
  Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330.
  Dsastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330.
  Dfaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331.
  Fin de la campagne de 1799. Ses rsultats heureux. 331-332.

  HBERT. Journaliste. Il est arrt. IV, 126.
  Ses cruauts  l'gard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv.
  Il est arrt avec Ronsin, Vincent et autres. 371.
  Son procs et sa mort. 374-377-378-379.

  HBERTISTES. Lutte des hbertistes et des dantonistes. V.
  301-324-379-416.
  Manoeuvres et caractres de ce parti. 337-338 et suiv.
  Plusieurs d'entre eux sont arrts. 371 et suiv.
  Procs et supplice des principaux chefs. 374-379.

  HELVTIQUE (Rpublique). (Voy. _Suisse_).

  HENRIOT. Il est nomm commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV,
  148.
  Fait tirer le canon d'alarme. 150.
  Barre le passage  la convention le 2 juin. 181-182.

  HRAULT-SCHELLES. Il est dcrt de mise en accusation. V, 394.
  Son procs et sa mort. 398-412.

  HRDIT. L'hrdit du trne est vote. I, 150.
  Discussions relatives  l'hrdit de la couronne. _Ibid._ et
  suiv.

  HOCHE. Est nomm gnral de l'arme de la Moselle. V, 97.
  Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249.
  Il est nomm commandant en chef des armes du Rhin et de la Moselle.
  249.
  Est remplac dans son commandement par Pichegru, et jet en prison par
  ordre de Saint-Just. VI, 60.
  Est largi. 243.
  Ses oprations militaires et politiques en Vende (1795). VII, 37 et
  suiv.
  Suite de ses oprations en Bretagne. 149 et suiv.
  Il cherche  djouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et
  suiv.
  Est nomm commandant de l'arme de l'Ouest. Ses dispositions pour
  s'opposer  la nouvelle expdition anglaise. VIII, 25 et suiv.
  Il cherche  amener la pacification dfinitive de la Vende. Son plan.
  68-69 et suiv.
  Excution de ses projets. 72 et suiv.
  Il est nomm commandant de l'arme dite des ctes de l'Ocan. 126.
  Le directoire approuve tous ses plans sur la Vende, et il continue 
  les excuter. 126-127 et suiv.
  Par ses soins la Vende et la Bretagne sont entirement soumises.
  138-139.
  Il publie une lettre pour dmentir certains bruits qu'on rpandait sur
  lui et sur Bonaparte. 244-247.
  Conseille une expdition en Irlande. 265.
  Son expdition en Irlande. 390-395.
  Est nomm gnral de l'arme de Sambre-et-Meuse aprs la dmission de
  Jourdan. 404.
  Il passe le Rhin  Neuwied. IX, 103.
  Ses dispositions politiques favorables au directoire menac. Barras
  s'adresse  lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Dtails de
  ses relations avec le directoire et de ses prparatifs pour cet objet.
  196 et suiv.
  Il est nomm ministre de la guerre en l'an V. 209.
  Suite de ses prparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv.
  Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le mme
  objet. 219 et suiv.
  Ses oprations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. _Quiberon_).
  Sa mort. Rflexions sur sa carrire politique et militaire. 298-302.

  HOLLANDE. Conqute de ce pays. VII, 1-23.
  Esprit public en Hollande  l'arrive des Franais. 9-13 et suiv.
  Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la
  Hollande. 24 et suiv.
  La paix est signe avec cette puissance. Principales conditions du
  trait. 130-133.
  Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv.
  Rvolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable 
  la constitution franaise. 372-375.
  Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76.
  Dbarquement des Anglo-Russes. 266-267.
  Les Anglo-Russes y sont dfaits par Brune et vacuent le pays. 330-331.

  HONDSCHOOTE. Rcit de cette victoire, et oprations militaires qui la
  prcdrent. V. 24-26.

  HTEL-DE-VILLE. Les lecteurs s'y runissent. I, 78.
  Confusion qui y rgne dans les journes du 13 et du 14 juillet. 90.
  Arrive de ceux qui avaient pris la Bastille. 98.
  Embarras de l'Htel-de-Ville aprs le 14 juillet. 108-109.
  Il est forc le 4 octobre par des femmes et des hommes arms de piques.
  165.

  HOUCHARD. Envoy au tribunal rvolutionnaire. V. 96.

  ILE-DIEU. Expdition de ce nom. VIII, 62 et suiv.

  INSTITUT d'gypte. (Voy. _gypte_).

  INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les dsiraient. I, 118 et suiv.

  INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv.
  Une grande insurrection est fixe pour le 10 aot. 231-232.
  Celle du 31 mai est arrte. Par qui. IV, 145.
  Principaux dtails sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et
  suiv.
  vnemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv.,
  176-180-183-184.

  IRLANDE. Expdition franaise dans ce pays. Elle choue. VIII, 390-395.
  Lger chec des Franais en Irlande. X, 102.

  ISNARD. Son discours  l'occasion d'un projet de dcret relatif aux
  migrs. II, 34-36.
  Sa rponse  la ptition de la section de la Fraternit. IV, 127.

  ITALIE. Tableau gographique et politique de cette contre,  l'poque
  de la conqute par les Franais. VIII, 161-169.
  Coup d'oeil sur l'tat de l'opinion publique aprs la conqute de la
  Lombardie. 209 et suiv.
  Ngociations avec divers tats de ce pays. 268 et suiv.
  Insurrections rvolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des
  Vnitiens aprs le dpart de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85.
  La rvolution se propage aprs les prliminaires de Loben. Soulvement
   Gnes. 134 et suiv.
  Fondation de la rpublique cisalpine. Affaires de la Valteline.
  314-318-321.
  vnemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
  Fermentation des tats italiens en l'an VI. 380 et suiv.
  Rvolution  Rome, 381-388.
  Conqute de Naples. (Voy. _Naples_.) Dsordres des rpubliques
  italiennes allies. Changemens oprs dans la constitution cisalpine. X,
  83-89-94.
  Envahissement des tats romains par les Napolitains. (Voy. _Guerre_.)
  Rvolution du Pimont. 119 et suiv.

  JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213.
  Ils adressent  l'assemble une ptition demandant la dchance du roi.
  302.
  Organisation du club de ce nom. II, 13.
  Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les
  projets de guerre. 47-48.
  Leur projet de dposer le roi de vive force. 190-191 et suiv.
  Leur puissance aprs le 10 aot. 272-274.
  Grande puissance de leur club. Les riches quipages qui se pressent 
  la porte. Affiliations nombreuses. Marat y parat encore trange. III,
  70-73.
  Agitation qui y rgne aprs l'accusation de Robespierre, par Louvet, 
  la convention. 91 et suiv.
  Font divers projets pour remdier  la disette. 310.
  Vive discussion au sujet du pillage du 25 fvrier. 315-16.
  Une populace arme se prsente  ce club. 341-342.
  Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv.
  Projets des jacobins  la suite de la chute des girondins. Mesures
  qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191.
  Leur rle aprs le 31 mai. 279 280.
  Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comit de
  salut public. 293-296.
  Sance du 7 aot 179,  laquelle assistent les commissaires des
  dpartemens. Discours de Robespierre. 348-349.
  Dcident, sur la motion de Robespierre, que leur socit sera pure.
  V, 221-222.
  Plusieurs membres sont exclus. 228-229.
  Sance du 6 prairial an II, aprs la tentative d'assassinat sur
  Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107.
  Font une ptition  la convention, dirige indirectement contre les
  comits. 185 et suiv.
  Le club est ouvert de nouveau et pur aprs le 9 thermidor. 363.
  Sont rprims dans les provinces. 334 et suiv.
  Ceux de Paris tchent de se dfendre aprs la raction du 9 thermidor.
  335 et suiv.
  Rumeur au club de Paris, menac d'puration par la convention. 348 et
  suiv.
  Mesures qu'ils prennent pour luder le dcret rendu contre les
  socits populaires. 258-259.
  Sances orageuses au club de Paris au sujet du procs de Carrier.
  374-375 et suiv.
  Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scnes
  violentes dans Paris. 383 et suiv.
  Leurs sances sont suspendues. Rflexions sur ce club. 388 et suiv.
  Leur socit tant dissoute, ils se rfugient au club lectoral.
  390-391. (Voy. _Club lectoral_.)

  JANVIER (21). Une fte anniversaire de la mort de Louis XVI est
  institue par les conseils. La premire se clbre le 1er pluvise an
  IV. VIII, 92-93.

  JEAN DE BRY. Propose de juger  la fois Marat et Robespierre. III, 107.

  JEMMAPES. Bataille de ce nom. vnemens militaires qui y ont rapport.
  III, 114 et suiv.

  JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des sances de
  l'assemble nationale. Les dputs assembls dans le Jeu de Paume
  prtent le serment de ne pas se sparer avant l'tablissement d'une
  constitution. I, 62-63.
  On fait louer la salle pour empcher une nouvelle sance. 64-65.

  JEUNESSE DORE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338.

  JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la libert des cultes.
  IX, 162 et suiv.

  JOUBERT. Est nomm par le nouveau directoire commandant de l'arme
  d'Italie, et remplace Moreau. X, 243.
  Est tu  la bataille de Novi. 260.

  JOUR DE L'AN. Crmonial aboli par l'assemble lgislative  propos des
  hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44.

  JOURDAN. Est nomm gnral en chef de l'arme du Nord. V, 97.
  Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Ror. VI, 309 et suiv.
  Manoeuvres du gnral pour favoriser le passage du Rhin par Moreau.
  VIII, 221 et suiv.
  Passe le Rhin. 228-238 et suiv.
  Est repouss sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301.
  Est battu  Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319.
  Nomm dput en l'an V. IX, 147-148.
  Est appel au commandement de l'arme du Danube. X, 140.
  Ses oprations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
  Propose aux cinq-cents de dclarer la patrie en danger (17 fructidor
  an VII). Sa proposition est rejete. 279-281.

  JOURNAUX. Divers journaux, reprsentant les opinions des partis, sont
  publis au commencement du directoire. VIII, 54.
  Licence des journalistes., VIII, 396-397.

  JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de
  Necker et du duc d'Orlans. Le rgiment de Royal-Allemand le disperse.
  I, 87.
  Les gardes-franaises font feu sur le Royal-Allemand. _Ibid_. Le
  peuple force les barrires, pille les greniers de Saint-Lazare, et
  prend des armes au Garde-Meuble. 89.
  Divers bruits se rpandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94.
  Le peuple enlve les canons de l'Htel des Invalides, et court  la
  Bastille. 95-96.
  Suites de ces journes. 98-99.

  JUIN (20). vnemens de cette journe. Ses causes. II, 124-140.
  Suites de cette journe. 141 et suiv.

  KAIRE (Le). (Voy. _gypte_.)

  KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404.

  KERSAINT. Donne sa dmission  la convention nationale, pour ne pas
  s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259.

  KLBER. Ses oprations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282 et
  suiv.
  Bonaparte lui confie le commandement de l'arme d'gypte. X. 312.

  KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes migrs, trouve
  dans un fourgon du gnral Klinglin. IX, 194-195.

  LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et
  choue. VI, 96-98.

  LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-prsident de l'assemble constituante. I,
  92.
  Il est nomm commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104.
  Dtails sur sa vie et son caractre. I, 110 et suiv.
  Il donne sa dmission, et reprend aussitt le commandement. 114.
  Dclaration des droits. 136 et suiv.
  Trait de Cromwell. 144.
  Arrte le peuple sur la route de Versailles. 172.
  Arrive  Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour
  contenir le peuple  Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses
  mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos.
  172 et suiv.
  Dfend le chteau attaqu par les brigands. Montre la reine au peuple.
  175 et suiv. (Voy. _Versailles_.)
  Trait par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orlans 
  quitter Paris. 179-180.
  Punit quelques soldats mutins pour une augmentation de paie. 194-195.
  Conseille au roi de s'attacher dmonstrativement et sincrement au
  parti populaire. 199.
  Dnonce  la tribune l'influence secrte de l'Angleterre dans les
  affaires de la rvolution. 219-220.
  Comprime diverses meutes. 267-268.
  Disperse les jacobins attroups au Champ-de-Mars. 302 et suiv.
  Envoy  l'arme du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40.
  Prend le commandement de l'arme du Centre. 44.
  Dumouriez s'oppose  ce qu'il ait le commandement gnral. 77.
  Sa position au milieu des partis  la fin de 1792. 110 et suiv.
  Il crit une lettre  l'assemble. 112 et suiv.
  Se rend  l'assemble et y expose divers griefs. 146; et suiv.
  S'assied au banc des ptitionnaires. Ses projets en faveur du roi
  chouent. Il repart pour l'arme. 149 et suiv.
  Il propose au roi un projet de fuite. 206.
  Est mis hors d'accusation par l'assemble. 231.
  Il fait arrter des commissaires envoys par l'assemble. On demande
  son accusation. Ses projets. 286-287.
  Il est dclar tratre  la patrie et dcrt d'accusation. 287.
  Il est abandonn par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est
  fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291.
  Son largissement des prisons d'Olmutz, par suite du trait de
  Campo-Formio. IX, 334.

  LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacre. II, 334-335.

  LAMETH. Les deux frres Lameth se liguent avec Barnave et Duport. I, 117.
  Ils s'entendent avec la cour. I. 293.

  LAMOURETTE. vque constitutionnel de Lyon et dput  l'assemble
  lgislative. Motion de ce dput. II, 173-174.
  Effet produit par cette motion. 175.

  LANJUINAIS. Il soutient que le dcret qui casse la commission des douze
  est nul. Tumulte et menaces  ce sujet. IV, 155 et suiv.
  Son courage  la tribune le 2 juin. 178-179.

  LARVELLIRE-LPAUX. Il sort du directoire dans la rvolution de prairial
  an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238.
  (Voy. _Directoire_.)

  LAROCHE-JAQUELIN. Chef Venden. IV, 90-91.

  LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. _Royalistes_.)

  LECOINTRE (de Versailles). Il accuse  la convention les membres des
  anciens comits. VI, 281 et suiv.
  Son accusation est dclare fausse et calomnieuse. 288 et 289.

  LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrt aprs le 13
  vendmiaire. Sa correspondance. VII, 373 378.

  LOBEN. Prliminaires de paix avec l'Autriche, signs dans cette ville.
  Principaux articles. IX, 91-95 et suiv.

  LOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40
  et suiv.

  LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tu par un garde-du-corps. III,
  265-266.

  LESCURE (De). Chef venden. IV, 91.
  --Il est tu dans un combat. V, 123.

  LETOURNEUR. Son caractre et sa conduite au directoire. IX, 5-6.
  Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154.

  LEVE EN MASSE. Elle est dcrte. IV, 362.
  Moyen qu'on emploie pour l'excution de cette mesure. 363 et suiv.

  LIDO. Massacre des Franais dans le port de ce nom  Venise. IX, 114 et
  suiv.

  LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205.

  LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen.
  L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56.
  Ngociations entames en cette ville entre la France et l'Angleterre,
  en messidor an V. IX, 235-243.
  Rupture de cette confrence par le directoire. 310-311 et suiv.

  LINDET (Robert). Il fait  la convention un rapport sur l'tat de la
  France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv.

  LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets o sont marques les
  dpenses de Louis XV. I, 230-231.

  LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61.

  LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv.

  LOMBARDIE. Conqute de ce pays. VIII. 173 et suiv.

  LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285.

  LOUIS XVI. Il monte sur le trne. Sou caractre. Ascendant de la reine.
  I, 6-7.
  Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre.
  29 et suiv.
  Il assiste  l'ouverture des tats-gnraux et prononce un discours. 44.
  Dans la sance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les
  esprits. 65-66.
  Ordonne  l'assemble de se sparer sur-le-champ. 66.
  Rpond froidement  l'assemble nationale qui demandait le renvoi des
  troupes. 92.
  Dclare  la dputation de l'assemble qu'il a ordonn l'loignement
  des troupes. 95.
  Ses inquitudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100.
  Il se rend  l'assemble nationale et y est reu avec enthousiasme. 102.
  Se rend  Paris, escort de deux cents dputs, et fait un discours 
  l'Htel-de-Ville. 105-106.
  Est proclam restaurateur de la libert franaise. 127.
  Sa rponse  l'assemble, qui lui demandait acceptation et promesse de
  promulgation des articles constitutionnels et de la dclaration des
  droits. 167.
  Il accepte purement et simplement les articles et la dclaration des
  droits. 171.
  Revient  Paris. 177.
  Se prsente  l'assemble le 4 fvrier 1790, et fait un discours. Est
  reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv.
  Sa liste civile est fixe  25 millions. 231.
  Assiste  la fte de la fdration avec la reine, et prte le serment de
  maintenir la constitution. 240-241.
  Frapp du sort de Charles Ier. 252.
  Ses projets de fuite. 266.
  Le peuple arrte sa voiture. 276-277.
  Ses ngociations avec des princes trangers. Projet de fuite. 277 et
  suiv.
  Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv.
  Circonstances de son arrestation  Varennes. 285 et suiv.
  Circonstances de son retour  Paris. 289 et suiv.
  Une sentinelle s'oppose  ses sorties. 293.
  Il accepte la constitution. 307.
  Se rend  l'assemble lgislative, et est bless par le crmonial.
  II, 17.
  Appose son _veto_  un dcret contre les migrs. 24.
  Adresse une proclamation aux migrs. 25-26.
  Rend compte  l'assemble lgislative de ses mesures contre
  l'migration. 37 et suiv.
  Il songe  se lier avec la Gironde, rpublicaine par dfiance du roi.
  57.
  Fait  l'assemble des propositions de guerre. 72 et suiv.
  Ne veut sanctionner que le dcret de vingt mille hommes et non celui
  contre les prtres. 105.
  Ses hsitations. Ses contradictions. Son abattement. 106.
  Demande secrtement le secours de l'tranger. 107 et suiv.
  Attaqu dans les Tuileries le 20 juin. Diverses rponses qu'il fait au
  peuple. 135 et suiv.
  Fait une proclamation au peuple aprs le 20 juin. 144 et suiv.
  Se rend  l'assemble, qui le reoit avec enthousiasme. 175-176.
  Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv.
  Il assiste  la deuxime fte de la fdration. 186-187.
  Divers projets d'vasion lui sont proposs. 206 et suiv.
  Il se prpare  fuir et y renonce ensuite. 229.-230.
  Est jet avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemble.
  251.
  Est suspendu de la royaut. 257.
  Est gard prisonnier aux Feuillans. 268.
  Est transport au Temple avec la famille royale. 278.
  On commence  agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv.
  Dtails sur sa captivit au Temple. 153 et suiv.
  L'ducation de son fils. 154.
  Prcautions de la commune. 158-159.
  Son procs et dtails qui y ont rapport. 159 et suiv.
  Il est conduit  la barre de la convention pour tre jug. 202 et suiv.
  Rpond aux diverses questions qui lui sont faites. 204.
  Se choisit des dfenseurs. 205 et suiv.
  Nouveaux dtails sur sa captivit pendant son procs. 219 et suiv.
  Il est dclar coupable de conspiration contre la libert. 248.
  Est condamn  mort. 256.
  Circonstances et dtails de son excution. 262-265-266-270.

  LOUVET. Rdige _la Sentinelle_. II, 119.
  Il dnonce Robespierre  la convention. III, 84 et suiv.
  Il court chez Ption donner l'alerte aux girondins. 342-343.

  LOZRE. Trente mille rvolts sont soumis dans ce dpartement. IV,
  255-256.

  LYON. Un club jacobin s'y tablit. Troubles politiques en 1793. IV,
  75-76.
  Combat sanglant dans cette ville. 196-197.
  Troubles en juillet 93. Riard et Chlier sont mis  mort. 323-324.
  Il est mis en tat de sige par Dubois-Cranc, conformment au dcret
  de la convention. V, 7 et suiv.
  Le sige se poursuit. 32.
  Principales oprations militaires du sige. 81 et suiv.
  Les promesses de l'migration. 84.
  Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer
  Dubois-Cranc qui s'y refuse. 90-91.
  Suite. Prise de la ville. 91-94.
  Dcret de la convention contre cette ville. 94-95.
  Le terrible dcret de la convention contre cette ville est mis 
  excution. 131 et suiv.
  Dmolition des plus belles rues. La mine pour dtruire les difices, la
  mitraille pour immoler les proscrits. 132.
  Cette ville est dclare n'tre plus en tat de rbellion. VI, 368.
  Les contre-rvolutionnaires y gorgent soixante-dix prisonniers le 5
  floral an III. VII, 184.

  MACDONALD. Il est nomm commandant de l'arme de Naples. X, 140.
  Ses oprations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)

  MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv.

  MAI (1793). Troubles dans Paris  l'occasion des nouvelles de
  l'insurrection vendenne les premiers jours du mois. Dtails sur les
  craintes des partis  cette poque. IV, 100 et suiv. 107.
  31 mai. Circonstances de cette journe, depuis le 30 mai jusqu'au 2
  juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. _Insurrection_.)
  Rflexions sur cette journe et ses consquences. 184 et suiv.
  Comment on en parle aux Jacobins. 191-193.
  Distribution des pouvoirs et des influences aprs cette journe. 275-281.

  MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit  Versailles une troupe de femmes
  furieuses. I, 166.
  Il se prsente avec ces femmes devant l'assemble, et expose le
  dsespoir du peuple  cause de la disette, 168-169.
  Principal acteur dans les massacres du 2 septembre. (Voyez _Septembre_.)
  Ses prparatifs, suivant une relation toute rcente. II, 310-311.
  Sa prsence  l'Abbaye. 317.

  MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et
  suiv.

  MALESHERBES. Se dvoue  la dfense de Louis XVI. III, 206.

  MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoy  Paris. Ses ngociations
  avec le directoire. VIII, 340-344.
  Suite de ses ngociations. 356 et suiv.
  Suite de sa ngociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart
  pour l'Angleterre. 386-390.
  Est de nouveau charg par l'Angleterre de ngocier la paix. IX, 145.
  Confrences de Lille. 235-245.

  MALTE (Ile de). Prise de cette le par les Franais. X, 6-8.

  MANDAT. Gnral en chef de la garde nationale au 10 aot. Ses
  prparatifs. II, 239.
  Il est somm de comparatre  l'Htel-de-Ville. 242.
  Tu et jet  l'eau. 243.

  MANDATS. Nouveau papier cr le 25 ventse an IV. VIII, 109-111.
  Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv.

  MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv.
  Effet qu'il produit en France. 224 et suiv.

  MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211.
  Prise de cette ville par les Franais. 425 et suiv.

  MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le prsident de
  la convention aux Tuileries. III, 23.

  MARAT. Son caractre, ses principes. II, 194-196.
  Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv.
  Il est chef du comit de surveillance de Paris. 277.
  Se fait rendre les presses enleves par Lafayette. 278.
  Est lu dput  la convention. III, 9.
  Justifie sa conduite et ses crits dans la convention. 38 et suiv.
  Rappelle ses ennemis  la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il
  se serait tu si on l'et dcrt d'accusation. 43-44.
  Va trouver Dumouriez au milieu d'une fte. 78-79.
  Dispute qui s'lve aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre.
  209 et suiv.
  Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au
  peuple parce qu'on le marchande. 210-211.
  Il est dfr aux tribunaux comme un des auteurs du 25 fvrier. 317.
  Se dfend dans son journal. 318-320.
  Il s'lve contre une ptition de la section Poissonnire et dnonce
  Fournier. 347.
  Est mis en arrestation par la convention. IV, 60.
  Est acquitt par le tribunal rvolutionnaire. Honneurs qu'il reoit 
  la convention et aux Jacobins. 66-68.
  Somm de s'expliquer sur ses opinions sur la ncessit d'une dictature.
  192.
  Il est assassin dans son bain. 265.
  Honneurs qu'il reoit aprs sa mort. 267-269-272-273.
  Le 21 septembre 1794, ses restes sont transports au Panthon  la
  place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300.
  Ses bustes sont briss en 1795. VII, 56 et suiv.
  Ils sont enlevs de la convention. Scnes tumultueuses  ce sujet.
  59.

  MARCEAU. Il est nomm gnral en chef en Vende. V, 287.
  Est tu sur le champ de bataille. VIII, 320.

  MARIE-ANTOINETTE. Elle est transfre  la Conciergerie, pour tre juge
  par le tribunal rvolutionnaire. IV, 395.
  Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143.
  Hbert et ses dpositions rvoltantes dans ce procs. 146-148-149.
  Rponse admirable  ces accusations. 149.
  Dtails de son procs. Elle est condamne et mise  mort. 149-151.

  MARSEILLE. Ville dvoue  la Gironde. IV, 76-77.

  MARTIN D'AUCH. S'oppose  la dclaration du jeu de Paume. I, 63.

  MASSNA. Un des gnraux de l'arme d'Italie. VIII, 142-143.
  Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71.
  Est nomm commandant de l'arme d'Helvtie. X, 140.
  Remplace Jourdan dans le commandement de l'arme du Danube. Manire
  dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
  Il remporte une grande victoire  Zurich. 318-321 et suiv.

  MAURY. (L'abb). Principal orateur du clerg. Caractre de son esprit.
  I, 117.
  Il tche de s'opposer  la saisie des biens du clerg. 188 et suiv.
  Demande que l'assemble se spare, et qu'on procde  de nouvelles
  lections. 210-211.

  MAXIMUM. Il est tabli sur tous les grains. IV, 330-331;
  sur toutes les marchandises. 332-385.
  Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv.
  Effets dsastreux du _maximum_.
  Dtails conomiques. VI, 270 et suiv.
  Cette mesure subit une rforme. 364-365 et suiv.
  Il est aboli. VII, 244-248.

  MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309.
  Dtails militaires du sige de cette ville. Disette effroyable.
  Ignorance de la garnison sur les vnemens qui se passent en France,
  et _faux Moniteurs_ que les Prussiens font imprimer. Les Franais
  l'vacuent. 312-320.
  Admiration des assigeans pour la rsistance des Franais. 320.

  MENOU. Gnral de l'arme de l'intrieur. Son rle dans la journe du 12
  vendmiaire. VII, 355 et suiv.

  MERLIN. Il est nomm ministre de la justice en l'an V. IX, 209.
  Est nomm directeur. 294.
  Sort du directoire par la rvolution du 30 prairial an VII. X, 238.
  (Voy. _Larvellire_ et _Directoire_.)

  MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son chteau qui cause une
  effervescence universelle. I, 124.

  MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182.
  Une rvolte se manifeste aprs le dpart de Bonaparte. Elle est
  touffe. 189-191.

  MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150.

  MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv.

  MINISTRE. tat du ministre aprs la retraite de Necker. Les ministres
  se retirent successivement. I, 250-251.
  Nouvelle organisation du ministre. II, 32 et suiv.
  Discussions parmi les membres du ministre. 53-55.
  Renouvellement du ministre. 62-63.
  La division s'y tablit. 80 et suiv.
  Roland, Clavire et Servan sont renvoys. 103.
  Des ministres feuillans le composent. 106.
  Sa rorganisation aprs le 10 aot. 263-264.
  Il est l'objet de beaucoup de plaintes aprs le 31 mai. IV, 283-284.
  Organisation du ministre par le directoire. Cinq ministres sont
  nomms. VIII, 17.
  Changemens projets par le directoire. Les clichyens s'y opposent.
  Dtails  ce sujet. Le directoire nomme les ministres dsigns par sa
  majorit. IX, 200-211.
  Changemens oprs  la suite de la rvolution de prairial an VII. X,
  347-348.

  MIRABEAU. Est lu dput en Provence. I, 37-38.
  Propose de sommer le clerg de se runir aux communes. 49.
  Il dclare que l'assemble nationale ne se sparera que par la force.
  67.
  Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84.
  Paroles mmorables de Mirabeau  l'occasion d'une dernire dputation
  envoye au roi. 101.
  Il rclame contre la mise en libert de Besenval. 116.
  Son caractre, son influence, ide de son gnie. 119-120 et suiv.
  Fait une proposition relative  l'hrdit du trne. 150-151.
  Appuie une proposition d'impt faite par Necker. Ses paroles sur la
  banqueroute. 155-156;
  Souponn d'tre un des agens du duc d'Orlans. 179 et suiv.
  Son entrevue avec Necker. 182.
  Ses communications avec la cour. Rflexions  ce sujet. 200-201.
  Paroles de Mirabeau  propos de la proposition relative  la religion
  de l'tat. 209.
  Il s'oppose  la rlection des reprsentans. 211-212.
  Rponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la
  guerre. 223-224.
  Se justifie de l'accusation porte contre lui d'tre un des auteurs des
  5 et 6 octobre. 244.
  Traite avec la cour. Ses plans pour dfendre la cause de la monarchie.
  253 et suiv.
  Il combat un projet de loi contre l'migration. 269 et suiv.
  Sa mort. 272-275.
  Rflexions sur son caractre et sa carrire politique. 275-276.

  MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frre. I, 212,
  A la tte de 600 hommes dans l'vch de Strasbourg. II, 33.

  MIROMNIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est
  destitu. I, 12.

  MONSIEUR (frre du roi). Sa popularit. I, 16.
  Le bureau qu'il prside vote pour le doublement du tiers. 28.
  Se rend  l'Htel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras.
  195.
  Fuite en Flandre. 281-282.
  Dcret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23.

  MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes aprs le 25 fvrier.
  III, 322 et suiv.
  Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement rvolutionnaire et de
  montagnards sont dcrts d'arrestation aprs le 1er prairial. VII,
  228-233 et suiv.
  Procs de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison.
  Supplice des autres. 237 et suiv.

  MONTAGNE (La). Nom donn  une portion de l'assemble lgislative. II,
  15-16.
  Nom donn au ct gauche de la convention. III, 46-47.
  Sa situation aprs le 9 thermidor. VI, 245 et suiv.

  MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148.

  MONTESQUIOU. Sur le point d'tre destitu. Son entre en Savoie. On lui
  continue le commandement des troupes. III, 62.
  Il intimide Genve. 66.
  Il s'y rfugie devant la menace d'un dcret. 144-145.

  MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297.

  MOREAU. Il est nomm commandant de l'arme du Rhin  la place de
  Pichegru. VIII, 125.
  Passe le Rhin. 226 et suiv.
  Suite de ses oprations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
  Il entre en Bavire. 302.
  Sa belle retraite. 321-326.
  Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne
  trahissait point  cette poque. IX, 194 et suiv.
  Ses rvlations tardives. Il perd son commandement. 296-297.
  Prend le commandement de l'arme d'Italie, dont Schrer se dmet. Ses
  premires oprations. X, 195 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
  Sa retraite au-del du P et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez
  _Guerre_.)

  MOREAU DE SAINT-MRY (lecteur). Dfend l'Htel-de-Ville. I, 91.
  Il se maintient  l'Htel-de-Ville, et signe prs de. 3,000 ordres en
  quelques heures. 99.
  Il dsigne Lafayette pour tre commandant de la milice. 104.

  MOULINS. Nomm directeur aprs le 30 prairial. (Voy. _Roger-Ducos_.)

  MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142.
  Il se prsente au roi accompagn de quelques-unes des femmes
  entranes  Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. _Maillard_.)
  Donne sa dmission, perd sa popularit. 185.

  MUNICIPALIT. Elle fait une proclamation au peuple aprs le 20 juin.
  II, 144.

  MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293.

  NAPLES. Terreur de la cour  l'approche de Bonaparte. Un armistice est
  conclu. VIII, 212-213.
  La paix avec le royaume de Naples est signe. 347-348.
  Projets insenss de la cour de Naples contre la France. X, 103 et
  suiv. (Voy. _Guerre_.)
  Conqute de ce royaume par les Franais. 113-119.

  NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38.
  Organise trois armes sur la frontire. 44 et suiv.

  NECKER. Caractre et talens de ce ministre, I, 8.
  Il est exil. 11.
  Rentre au ministre. 25.
  Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la
  noblesse. 52-53.
  Propose au roi des plans de rforme. 60.
  Reoit un billet du roi qui le presse de partir. 86.
  Part. _Ibid._ Son retour est ordonn par le roi. 106.
  Il retourne en France, tran en triomphe, se rend  l'Htel-de-Ville,
  et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux lecteurs
  la libert de Besenval, qu'ils accordent. 115-116.
  Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv.
  Il demande un emprunt de 30 millions. 135.
  Sa plainte  l'assemble. Il demande une contribution du quart du
  revenu. 155.
  S'abouche avec Mirabeau. 182.
  Nouveaux dtails sur son caractre. Il donne sa dmission. 249-250.

  NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi franais d'gypte.
  X, 8-9.
  Il bat l'escadre franaise  Aboukir. 52-57.

  NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv.

  NEUFCHTEAU (Franois de). Il est nomm directeur. IX, 294.

  NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un dcret de la convention. VI,
  8-9.
  Une loi sur les ci-devant nobles est rendue aprs le 18 fructidor. IX,
  309-310.

  NOBLESSE. La noblesse se refuse  la vrification des pouvoirs en
  commun. (Voy. _Tiers-tat_ et _Vrification_.) Quarante-sept
  de ses membres se runissent  l'assemble nationale. I, 70
  La majorit se runit le 27 juin. 71-72.
  Elle continue  se runir en ordre spar. 81-82.
  Abdique ses privilges. 125-126.
  Son rle dans l'assemble. 191-192.
  Se divise dans ses plans en deux partis. 206.

  NORMANDIE. Elle est contraire  la rvolution, IV, 78.

  NOTABLES (Assemble des). Sa convocation. I, 11.
  Elle est convoque de nouveau. 27.

  NOVI. Bataille de ce nom. Dtails militaires. X, 257-264.

  ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal rvolutionnaire pour
  tout le Midi. VI, 148-149.

  ORLANS (Le duc d'). Il est exil  Villers-Cotterets. I, 18.
  Accus de cabales. 38.
  Son caractre. 39-40.
  Il se mle aux dputs du tiers, 43.
  Runion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose dvous. 79.
  Il est accus d'tre un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors
  d'accusation. 243 et suiv.
  Refuse la rgence. 300 et suiv.
  Est insult au chteau. II, 49-50.
  Est nomm dput  la convention. III, 9.
  Sa position quivoque dans la convention. On dlibre sur son
  bannissement. 214 et suiv.
  Il vote la mort de son parent. 253.
  Il est dcrt d'accusation avec sa famille. IV, 38-39.
  Est condamn  mort et excut. V, 167-168.

  ORDRES. Conduite des premiers ordres  la convocation des tats
  gnraux. I, 41-42.

  OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses consquences. X, 247
  et suiv.

  PACHE. Il est nomm ministre de la guerre. Sa sobrit, sa modration,
  son activit. III, 111-112.
  Son penchant pour les jacobins. 133.
  Ses bureaux. 150.
  Disgraci. 275.
  Nomm maire de Paris. 305.
  Il signe une ptition pour exclure les girondins de l'assemble. IV, 62.

  PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus
  grands rassemblemens populaires. I, 79.
  Il continue  tre le centre de runion des agitateurs. 143-144.
  Fait une adresse  la commune. 145.

  PQUES VRONAISES. Nom donn au massacre des Franais  Vrone le 15
  avril 1797. Dtails de cet vnement. IX, 107-114.

  PARLEMENT. Sa rsistance  l'gale rpartition des impts et 
  l'abolition des restes de la barbarie fodale. I, 9.
  Position du parlement aprs l'assemble des notables. 15.
  Il est mand  Versailles. 16.
  Exil  Troyes. _Ibid._ Rappel le 10 septembre. 17.
  Enregistre l'dit portant la cration de l'emprunt successif, et la
  convocation des tats-gnraux dans cinq ans. 18.
  Fait, le 5 mai 1788, une dclaration de quelques-unes des lois
  constitutives de l'tat. 20-21.

  PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III,
  265-266.

  PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II,
  117-118.

  PARTIS. tat des partis aprs le 5 octobre. I, 178 et suiv.
  tat de dissidence des partis aprs la seconde fdration. II, 192 et
  suiv.
  Exigence des partis aprs le 10 aot, 270-271.
  Leur tat au moment du procs de Louis XVI. III, 148 et suiv.
  Situation des partis aprs la mort de Louis XVI. 271 et suiv.
  Leurs diffrens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv.
  Leur division en dcembre 93. V, 241 et suiv.
  Leur division et situation aprs le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et
  suiv.
  Lutte des deux partis qui se formrent aprs la terreur. 332 et suiv.
  343 et suiv.
  Grande agitation des partis rvolutionnaire et modr aprs la
  raction de thermidor. VII, 55 et suiv.
  Lutte des patriotes et des rvolutionnaires dans la raction amene par
  le 9 thermidor. 178 et suiv.
  Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv.
  Leur tat en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265.
  Ils se coalisent tous contre le directoire aprs nos dfaites en
  Italie (an VII). X, 220 et suiv.
  Leur agitation aprs le retour de Bonaparte d'gypte. Tous se
  runissent  lui par des motifs divers. 338-342 et suiv.

  PATRIE EN DANGER. La patrie dclare en danger le 11 juillet 1792.
  Consquence de cette dclaration. II, 180.
  Sances permanentes. Enrlemens volontaires. Les fdrs arrivent de
  toutes parts. 188 et suiv.
  On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette dclaration.
  X, 279 et suiv.

  PATRIOTES. tat de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv.
  checs qu'ils prouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96;
  du 12 germinal. 107 et suiv.
  Ils sont dsarms et renvoys dans leurs communes. 122 et suiv.
  Projets de rvolte et d'insurrection en floral (1795). Ils chouent.
  182 et suiv.
  Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur
  insurrection les 2, 3 et 4 du mme mois. Ils sont soumis. 204 et suiv.
  231.
  Leur rvolte  Toulon, en floral. 232-233.
  Rflexions sur la ruine de ce parti par les vnemens de prairial.
  249 et suiv.
  La convention, menace en vendmiaire, leur donne des armes. 353.
  Ils se runissent au Panthon et forment une espce de club (1795).
  VIII, 52-53.
  Leurs plaintes et rcriminations contre le directoire. 71-95 et suiv.
  Leur runion au Panthon devient un vrai club jacobin. 97-99.
  Leur socit est dissoute. 99.
  Ils se montrent mcontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle.
  L'insurrection choue. 257-261-262.
  Ils forment l'opposition contre le directoire aprs le 18 fructidor.
  IX, 401 et suiv.
  Leur dchanement aprs le dsastre de Novi et les vnemens de
  Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V,
  268-269 et suiv.
  Le directoire fait fermer plusieurs de leurs socits. 273-275.
  Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs
  journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv.
  Les dputs patriotes et leurs adversaires se runissent pour essayer,
  d'une rconciliation. 277-279.

  PAVIE. Des paysans rvolts s'emparent de cette ville. Bonaparte la
  reprend. VIII, 190-192.

  PTION. Nomm par l'assemble l'un des trois commissaires
  pour reconduire Louis XVI  Paris aprs son arrestation  Varennes. I,
  289.
  Il est nomm maire de Paris. Ses principes rpublicains et sa conduite.
  II, 122 et suiv.
  Sa conduite dans la journe du 20 juin. 124-127-139-140.
  Sa conversation avec le roi. 143.
  Il est suspendu de ses fonctions, 177.
  Est rintgr par l'assemble. 184.
  La foule crie: _Vive Ption! Ption ou la mort!_ 186.
  Demande la dchance du roi au nom des quarante-huit sections de Paris.
  226-227.
  Tche de retarder l'insurrection du 10 aot. 223-234.
  Place lui-mme des sentinelles  sa porte pour tre en tat
  d'arrestation. 244.
  Rend compte  l'assemble de l'tat de Paris. 270.
  Regard par Danton comme un honnte homme inutile. 274.
  Tche de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334.
  Il est arrt. IV, 190.

  PHILIPPEAUX. Son crit contre Ronsin et les ultra-rvolutionnaires. V,
  306-307.
  Il est accus devant les jacobins. 314 et suiv.
  Suite de son accusation 329 et suiv.
  Il est arrt. 389.
  Son procs et sa mort. 398-411.

  PICHEGRU. Commandant en chef de l'arme du Nord. VI, 60.
  Il passe la Meuse. 315.
  Envahit la Hollande; prend l'le de Bommel. VII, 11 et suiv.
  Nomm gnral de la force arme  Paris. Apaise l'insurrection du 12
  germinal. 117-119 et suiv.
  Commandant de l'arme du Rhin. 253.
  Sa trahison. Dtails de ses ngociations avec le prince de Cond. 259
  et suiv.
  Perd son commandement. VIII, 125.
  Ses relations avec les migrs. 23 et suiv.
  Nomm dput en l'an V par le Jura. 147.
  Continue ses projets de trahison. 156.
  Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale.
  216 et suiv.
  Est arrt le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278.
  Il est condamn  la dportation. 285.

  PIMONT. Conqute du Pimont par Bonaparte. VIII, 141-161.
  Trait de paix avec ce royaume. 268.
  Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120
  et suiv.

  PILNITZ. Dclaration de Pilnitz. I, 296-297.

  PITT. Sa politique  l'gard de la France. On l'accuse de payer des
  troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv.
  Il a une entrevue avec Maret, envoy du gouvernement franais;
  entrevue qui n'amne rien. 283 et suiv.
  Est souponn d'tre le moteur d'une conspiration trangre, et est
  dclar l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394.
  Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv.
  Politique de ce ministre. Il continue  soutenir la
  guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv.
  S'attire la haine des Anglais aprs la campagne de 1795.
  Sa politique. VIII, 77-80 et suiv.
  Ses ngociations illusoires avec la France. 120-121.
  Ses combinaisons. Ouverture d'une ngociation avec le directoire. 336\
  et suiv.

  POIDS ET MESURES. Le systme en est renouvel. V, 187-188.

  POLICE. Elle est rige en ministre spcial sur la proposition du
  directoire. VIII, 101.

  PORTE (La). Elle dclare la guerre  la France. X, 61-62.

  PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement
  de la convention. Combats. Meurtre d'un dput. Dtails de cette
  journe. VII, 205-225.
  Journe du lendemain, 2. Les patriotes chouent de nouveau. 224 et
  suiv.
  Le 4 prairial les rvolts se retranchent dans le faubourg
  Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231.
  30 prairial. Rvolution dans le gouvernement directorial. Trois
  directeurs sont changs. X, 228-232-238. (Voy. _Directoire_.)

  PRESSE. La libert de la presse est tablie aprs le 9 thermidor. VI, 261
  et suiv.
  Discussion sur la libert de la presse en prairial. (Voy. _Prairial_,
  _Directoire_.)

  PRINCES. Fcheuse situation des princes franais migrs en 1794 VI, 326
  et suiv.

  PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont gorgs  Versailles. III,
  3 et suiv.

  PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects.
  Leur intrieur  cette poque. V, 136 et suiv.
  Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie franaise. 141-142.
  Le rgime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94.

  PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession 
  Notre-Dame. I, 43.

  PRUSSE. Elle rompt la neutralit et marche contre la France. II, 154.
  Ngocie pour la paix. VII, 29-30.
  La paix est signe avec cette puissance. Conditions du trait. 134-135.
  Conserve sa neutralit malgr les efforts de Pitt. VIII, 122.

  PRUSSIENS. Leurs premiers succs. II, 297.
  Leur arme se retire. 372.
  Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376.

  PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv.
  Suite de ses menes politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv.
  Suite de l'expdition de Quiberon. Dtails de ses oprations
  militaires dans cette affaire. 269-275-276-312.
  Il se prpare de nouveau  la guerre en Bretagne aprs l'affaire de
  Quiberon, VIII, 23 et suiv.

  PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv.

  QUIBERON. Expdition de Quiberon. Dtails militaires. VII, 269 et suiv.
  311.
  Cause de non-russite des migrs. Consquences de l'affaire de
  Quiberon. VII, 312 et suiv.

  RADSTADT. Congrs de ce nom. Dtails des ngociations qui y eurent lieu
  en pluvise an VI. X, 365 et suiv.
  Progrs des ngociations dans l't de l'an VI. 71 et suiv.
  Assassinat des plnipotentiaires franais. Motifs et dtails de cette
  catastrophe. 169-172.

  RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv.

  RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231.

  REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv.

  RFORMES. Changement dans les moeurs et rformes diverses en 1795. VII,
  46-51.

  RELIGION CATHOLIQUE. Dbats  l'assemble sur la proposition de dclarer
  la religion catholique religion de l'tat. I, 208 et suiv.

  RPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la rpublique, le 22 novembre 1792.
  III, 26.
  Dangers de la rpublique en aot 1793. IV, 325 et suiv.

  RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur mis sous ce nom par le
  directoire. VIII, 84.
  Mauvais succs de ce papier. 106.

  RVEIL DU PEUPLE. Air chant par la jeunesse dore (voy. ce mot). VI,
  383.

  RVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brle. I, 38-39.

  RVELLIRE-LPADX (La). Son caractre. Sa conduite  l'gard de ses
  collgues du directoire. IX, 6-7 et suiv.

  RVOLTES. Des rvoltes contre-rvolutionnaires se dclarent dans
  plusieurs dpartemens. IV, 19.

  RVOLUTION. Rflexions sur la marche des rvolutions. II, 6-7.

  RVOLUTION FRANAISE. Causes qui la prparrent. I, 33-35 et suiv.
  Elle commence  donner des inquitudes aux souverains trangers. 215.
  Diffremment embrasse par Paris et les provinces. V, 359 et suiv.

  REWBELL. Caractre de ce membre du directoire. Sa position vis--vis des
  autres directeurs. IX, 4-5.
  Calomnieuses accusations contre sa probit. X, 182-185.
  Il est exclus du directoire par le sort. 185.

  RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.;
  par Jourdan. 238;
  par Massna le 16 ventse an VII. X, 145-146.

  RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423.

  ROBESPIERRE. Il s'lve contre la critique de la dclaration des droits.
  I, 167.
  Combat la proposition de la loi martiale. 186.
  Il se prononce contre le principe de l'inviolabilit du roi. 301.
  Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv.
  Se dclare contre la guerre dans les sances aux jacobins. 48-49.
  Buzot et Roland lui offrent un asile. 198.
  Entrevue avec Barbaroux. 201-202.
  Sa position aprs le 10 aot. 273.
  Il adresse  l'assemble une ptition au nom de la municipalit. 281
  et suiv.
  Il est nomm dput  la convention. III, 9.
  Est accus de tyrannie  la convention. Sa dfense. Dbats  ce sujet.
  31-32.
  Il est accus de nouveau par Louvet. 84 et suiv.
  Se dfend  la convention. 98 et suiv.
  Veut que Louis XVI soit condamn sans procs. 192 et suiv.
  Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat.
  209 et suiv.
  Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234 et suiv.
  --Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv.
  --Sa popularit, ses projets, et dtails sur son caractre. 289 et suiv.
  Parle aux Jacobins en faveur du comit de salut public. 291-294 et suiv.
  Sa politique. 296-299.
  Il devient membre du comit de salut public. 591.
  --Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre
  les agitateurs. 218 et suiv.
  Justifie Danton. 224 et suiv.
  Son opinion sur la nature du gouvernement rvolutionnaire. 352 et suiv.
  Il parle contre Danton  la convention. 390 et suiv.
  Fait dcrter la reconnaissance de l'tre-Suprme. Son discours. VI,
  22-29.
  On tente de l'assassiner. 100-102.
  Son discours aux Jacobins aprs cette tentative d'assassinat. 105 et
  suiv.
  Son influence en 94. Sa politique. Dtails de son caractre. 107 et
  suiv.
  Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal
  rvolutionnaire. 119-123.
  Commence  prouver de la rsistance dans les comits. 128-129 et
  suiv.
  Ses projets contre les comits et sa conduite politique  cette
  poque. 154-158.
  Suite du mme sujet. 180 et suiv.
  Prononce le 8 thermidor un discours  la convention. Il se justifie
  de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des
  comits. Il conclut  une puration des comits de sret gnrale et
  de salut public. 187-193.
  Dbats  ce sujet; il est  son tour vivement accus. 193-197.
  Va aux Jacobins, et fait dcider une nouvelle insurrection contre la
  convention. 197-198.
  Est accus violemment le 9 thermidor  la convention. Dtails de cette
  scne. Il est dcrt d'arrestation. 205-210.
  Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228.

  ROEDERER. Engage Louis XVI  se retirer dans le sein de l'assemble
  lgislative. Discussion avec la reine. II, 249-250.
  Il rend compte  l'assemble ds prliminaires de l'insurrection. 251.

  ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succdent  Larvellire et  Merlin au
  directoire. X, 240 et suiv.

  ROGER-DUCOS. Il est nomm consul provisoire, le 18 brumaire. X, 383-384.

  ROLAND. Nomm ministre de l'intrieur. II, 62.
  Il lit au roi une lettre. 92 et suiv.
  Communique  l'assemble la lettre qu'il avait lue au roi. 103.
  Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331.
  Fait son rapport sur l'tat de Paris. III, 83.
  Son inflexibilit vis--vis de la commune. 150-151.
  Donne sa dmission. 273.

  ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63.
  Haine des jacobins contre elle. III, 12-13.
  Elle est arrte. IV, 190-191.
  Est condamne et excute. V. 168-469.

  ROME. Agitation des dmocrates dans les tats-Romains. La lgation
  franaise est insulte. IX, 381-383.
  Berthier entre  Rome, en chasse le pape. 384-386.
  Les Romains se constituent en rpublique, 385 et suiv.
  tat de son gouvernement aprs sa rvolution. X, 86 et suiv.
  Entre des Napolitains dans les tats-Romains. Ils sont repousss par
  Championnet. 109-113.

  ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI.
  I, 283.
  Il arrive  Varennes. 288.

  RONSIN. Il sort de prison. Son caractre. V, 338-339.
  Il est de nouveau arrt. 370.
  Son procs et sa mort. 374-379.

  ROSSIGNOL. Il est nomm gnral de l'arme des ctes de La Rochelle.
  IV. 389.

  ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307.

  ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327.
  Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv.
  Triomphe de ce parti aprs les vnemens de prairial. 249 et suiv.
  Menes de ce parti dans les sections aprs les journes de prairial.
  VII, 323 et suiv.
  Leur dsappointement aprs le 13 vendmiaire. 373 et suiv.
  Les agens de la royaut continuent leurs secrtes menes. VIII, 114 et
  suiv.
  tat de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues
  et de ses projets. IX, 18 et suiv.
  Complot dcouvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de
  Presle. 28 et suiv.
  Leurs esprances aprs les lections de l'an V. Leur joie  Paris, o
  se runissent beaucoup d'migrs et de chouans. 179-181.
  Leur terreur aprs le 18 fructidor. 293 et suiv.

  ROYOU. Rdacteur de l'_Ami du Roi_, mis en accusation. II, 84.

  SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, dtenu  la Bastille. I, 444.
  Il se porte sur Versailles avec plusieurs exalts. 144-145.

  SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilit du roi et sur sa mise en
  accusation. III, 172 et suiv.
  Il provoque et fait dcrter l'institution du gouvernement
  rvolutionnaire. V, 56 et suiv.
  Est envoy par le comit de salut public  l'arme du Rhin. Ce qu'il y
  fait. 245-246-249.
  Il fait un rapport contre les hbertistes et les dantonistes. 369 et
  suiv.
  Accuse Danton  la convention. 393 et suiv.
  Il est dcrt d'arrestation par la convention, dans la sance du 9
  thermidor. VI, 210.
  Son supplice. 227-228.

  SALLES. Propose et soutient le systme de l'appel au peuple dans le
  procs de Louis XVI. III, 230 et suiv.

  SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118.
  Ses oprations au 20 juin. 124-126-127-132-133.

  SCHRER. Il est nomm gnral en chef de l'arme d'Italie. X, 139.
  Il abandonne le commandement de l'arme d'Italie  Moreau. 195.

  SECTIONS. Les sections de Paris chargent Ption de demander la dchance
  de Louis XVI. II, 226.
  Fanatisme des assembles des sections. III, 308-310.
  Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333.
  La section Poissonnire demande un acte d'accusation contre Dumouriez.
  Scne  la convention  ce sujet. 346 et suiv.
  La section de la Halle-au-Bl fait une ptition contre plusieurs
  membres de la convention. IV, 50.
  Leur influence dans toute la France. 75 et suiv.
  La section de la _Fraternit_ dnonce les projets de l'assemble
  de la mairie. 121.
  D'autres l'imitent. 123.
  Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hbert. 128 et
  suiv.
  Les 48 sections se runissent pour dcider l'insurrection du 31 mai.
  146.
  Les assembles sectionnaires dtruites par le comit de salut public.
  VI. 12-15.
  On dcide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par dcade. 259.
  Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts prsentent une ptition
   la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels.
  VII, 86 et suiv.
  Elles sont agites par les menes du parti royaliste. 324 et suiv.
  Elles se soulvent contre les dcrets des 5 et 13 fructidor. Ptitions.
  Celles de Paris rejettent ces dcrets. 339-544.
  Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv.
  Elles font la journe du 15 vendmiaire (voy. _Vendmiaire_).
  348-369.
  La section Lepelletier rsiste aux troupes du gnral Menou le 12
  vendmiaire. 354 et suiv.
  Les sectionnaires forment diverses socits en 1795. VIII, 53.

  SELZ. Lieu choisi pour les confrences entre l'Autriche et la France.
  Ngociations qui s'y font. X, 67 et suiv.

  SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Dtails de ces journes. Massacre des
  prisonniers. II, 312-340.

  SEPTEUIL. Trsorier de la liste civile. Sommes trouves chez lui. III, 4.
  On les value  dix millions. 94.

  SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138.
  Il est prt par l'assemble nationale et par tous les corps
  constitus de Paris et de la France. 198-199.
  Il est prt par les fdrs au Champ-de-Mars. 240-241.
  L'assemble tend l'obligation de ce serment au clerg. 259-260. (Voy.
  _Clerg_.)

  SERRURIER. Un des gnraux de l'arme d'Italie. VIII, 143.

  SERVAN. Ce ministre propose la runion d'un camp de vingt mille fdrs.
  Dbats  l'assemble sur cette motion. II, 90 et suiv.

  SIYES (l'abb) publie une brochure sur le _tiers-tat_. I, 26.
  Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux autres
  ordres relativement  la vrification des pouvoirs. Il motive la
  dcision des communes qui se constituent assemble nationale. 54 et
  suiv.
  Ides de Siyes sur la constitution. 141.
  Il propose l'anantissement des dmarcations provinciales. 190.
  Il propose et fait adopter le projet d'un dcret destin  protger la
  convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv.
  Son projet de loi est vot; 93-95.
  Refuse d'tre directeur. VIII, 10.
  Il est envoy par le directoire en ambassade  Berlin. X, 156 et suiv.
  Il est lu directeur en remplacement de Rewbell. 187.
  Sa coopration au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv.
  Il est nomm consul provisoire le mme jour. 383-384.

  SOCIT. Peinture de la socit et des moeurs  la fin de l'an IV. VIII,
  103 et suiv.

  SOCITS PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assembles de sections. IV,
  139.

  SOCITS POPULAIRES. Dcret rendu contre elles aprs la terreur. VI,
  351-357.
  Diverses runions de la jeunesse dore et le club du Panthon sont
  ferms. VIII, 99.

  SOIXANTE-TREIZE dputs prisonniers depuis le 31 mai sont rintgrs
  dans leurs fonctions. VI, 392.

  SOMBREUIL. Le dvouement de sa fille. II, 325.

  STAEL (Mad. de). Son influence  Paris. VII, 329.
  Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son
  influence dans la socit de Paris. IX, 254-257.

  STOCKACH. Bataille de ce nom. Dtails militaires. X, 148-155.

  STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendenne. IV, 84-90.
  Il continue la guerre aprs la soumission de Charette. VII, 147 et
  suiv.
  Il signe la paix  Saint-Florent. 161.
  Il est pris et fusill. VIII, 131-132.

  SUBSISTANCES. Embarras  Paris pour les subsistances en 1792. III, 182
  et suiv.
  Les embarras augmentent. 307 et suiv.
  Leur dplorable tat en 93. IV. 326 et suiv.
  Dcrets de la convention  ce sujet. Dtresse des Parisiens. 331 et
  suiv.
  Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en
  octobre 93. V, 175-177-178 et suiv.
  Lois et rglemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794.
  VI, 84 et suiv.
  Nouveaux dcrets sur les subsistances aprs le 1er prairial. VII,
  241-242.
  Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv.

  SUISSE. Elle conserve sa neutralit au milieu de la guerre gnrale. Ses
  dispositions  l'gard de la rpublique. VII, 137-138.
  Rvolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud.
  Arrive des Franais avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se
  constitue en rpublique. IX, 389-399.
  Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons.
  Intervention de la France. Un trait d'alliance est conclu. X, 72-82.
  Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et
  suiv.

  SUISSES. Massacrs au 10 aot. II, 253-254.

  SUSPECTS. Quels ils taient. IV, 25.
  Leur arrestation est dcrte. 359-360.
  La loi des suspects est dcrte. V, 60 et suiv.
  Comment Chaumette les dsigne. 134 et suiv.
  Dtails sur leur dtention. 136 et suiv.--
  Leur nombre augmente. On change l'administration intrieure des
  dtenus. VI, 92 et suiv.
  Ils sont conduits en foule  la mort en juin 1794. 136-143.
  Ils sont largis. 241 et suiv.

  SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractre de ce gnral. Sa capacit. X,
  193 et suiv.
  Il empche la jonction de l'arme de Naples  celle de Moreau. 209 et
  suiv.
  Est battu partout en Suisse et forc  la retraite. 327 et suiv.

  SYRIE. Expdition en Syrie. (Voy. _gypte_ et _Bonaparte_.)

  TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67.

  TALLEYRAND (M. de). Nomm ministre des affaires trangres en l'an V.
  IX, 209.

  TALLIEN. Son rle dans la journe du 9 thermidor. (Voy. _Thermidor_.)
  Est bless par un assassin. VI, 290.

  TALLIEN (Mad.). Son rle dans la socit  Paris, aprs la terreur. VI,
  340 et suiv.

  TARGET. Refuse de servir de conseil  Louis XVI. III, 206.

  TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72.

  THOPHILANTHROPE. Socit de ce nom. IX, 8.

  THERMIDOR (9). vnemens de cette journe. VI, 203-228.
  Consquences de ce jour. Rflexions sur la marche de la rvolution
  depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232.
  Consquences de cette journe. 233 et suiv.

  THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248.
  Ils demeurent les matres aprs le 1er prairial. Consquences de cette
  raction. VII, 249-251.
  Leurs craintes sur les progrs de la raction royaliste. Ils tchent
  de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv.

  THOURET. Dernier prsident de la constituante. I, 308.

  TIERS-TAT. Arrt du Conseil, du 27 dcembre 1788, ordonnant le
  doublement des dputs du tiers tat. I, 28 et suiv.
  Le tiers-tat se couvre ainsi que les autres ordres malgr l'usage
  tabli. 44.
  Lutte du tiers-tat avec les deux autres ordres au sujet du mode de
  leur runion. 45 et suiv., 47 et suiv.
  Rapidit de sa puissance. 50-51.

  TOLENTINO. Trait de ce nom, sign par Bonaparte et le pape. Ses
  conditions, ses avantages. IX, 50-55.

  TOMBES ROYALES. Un dcret ordonne de les dtruire. IV, 393.

  TOSCANE. Trait de paix avec ce pays. VII, 138-139.

  TOULON. Les modrs l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais.
  V, 10 et suiv.
  Ils arment le petit Gibraltar. 253.
  Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255.
  vacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259.
  Les forats teignent l'incendie. 261.
  Les patriotes se rvoltent. VII, 232 et suiv.

  TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv.
  Ses suites. 218 et suiv.

  TREILHARD. Nomm directeur  la place de Franois de Neufchteau. IX,
  407.
  Il sort du directoire en prairial an VII. 232.

  TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est dcrt par la convention.
  III, 333 et suiv.
  On en rgle les formes. 338-339.

  TRIBUNAL DU 17 AOT. A quelle occasion il fut institu. II, 283.

  TRIBUNAL RVOLUTIONNAIRE. Premier essai,  l'occasion du 10 aot. II,
  283.
  Il est install. IV, 25-26.
  Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163.
  Procs des dantonistes, des quatres accuss de faux et autres.
  398-412.
  Il continue  ordonner les excutions. VI, 94 et suiv.
  Est rorganis d'aprs un projet de Robespierre. 119 et suiv.
  Terribles excutions en juin et en juillet 1794. Dtails sur les
  procdures de ce temps. 136 et suiv.
  Il est suspendu de ses fonctions. 235.
  Est remis en activit. 260.
  Est dfinitivement aboli. VII, 240.

  TRONCHET. Accepte la dfense de Louis XVI. III, 206.

  TROUV. (Voy. _Cisalpine_.)

  TURGOT. Appel au ministre. Son caractre. I, 7.
  Il choue dans ses rformes. _Ibid._ et suiv.

  ULTRA-RVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux rvolutionnaires exagrs.
  V, 236.
  Plusieurs d'entre-eux sont arrts par dcret de la convention. 238.
  Ils prparent une insurrection contre la convention. Ils chouent.
  360-371.

  VALENCIENNES. Cette ville est assige et prise par les ennemis. IV,
  320-323.

  VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367.

  VARLET. Est dclar suspect par Billaud-Varennes. III, 348.
  La runion Corrazza. 351.
  Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120.
  Il est arrt. 126.
  Arrte dans le comit d'excution le plan dfinitif de la seconde
  insurrection. 170.
  Il rdige une ptition contre les accapareurs. 243-244.

  VAUBLANC (de). Porte au roi le dcret sur le dsarmement des migrs.
  II, 36.

  VENDE. Description de ce pays et des dpartemens voisins. Thtre de la
  guerre civile et causes de sa haine contre la rvolution. IV, 79 et
  suiv.
  Insurrection des paysans vendens  cause de la leve des 300,000
  hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se
  mettent  la tte des insurgs. 83 et suiv., 86-88.
  L'insurrection devient gnrale. 89 et suiv.
  Un dcret ordonne que la Vende sera ravage. IV, 387-388 et suiv.
  Un dcret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18.
  tat de ce pays aprs la premire pacification. 263-263.
  Nouveaux prparatifs de guerre aprs l'affaire de Quiberon. VIII, 23
  et suiv.
  La pacification du pays commence  se faire dfinitivement. 71-72 et
  suiv.
  Pacification dfinitive des pays connus sous ce nom, en germinal an
  IV. 126-132-136.

  VENDENS. Pourquoi ce nom fut donn et conserv aux insurgs franais.
  IV, 88.
  Ils s'emparent de Thouars et brlent l'arbre de la libert. 92-93.
  Suite de leurs succs. 229 et suiv.
  Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Dou et de Saumur.
  234-236.
  Ils sont repousss  Nantes. 252-254.
  Suite de leur guerre. 300 et suiv.
  Ils sont dfaits  Luon. V, 14-15.
  Divers plans sont proposs pour les rduire. 16-19.
  Premires oprations de Canclaux contre eux, d'aprs le plan du 2
  septembre. 36 et suiv.
  Divisions parmi les chefs. 39-40.
  Suite de la guerre. 40 et suiv.
  Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses checs en Vende. 46-47.
  Continuation de la guerre. 66 et suiv.
  Ils sont dfaits  Cholet. 118-121.
  Diffrens combats en octobre, novembre et dcembre 93.
  Leur grande arme est entirement dtruite. 264-292.
  tat de leur arme aprs leur dfaite  Cholet. 273 et suiv.
  Ils sont battus au Mans. Leur droute complte. 287 et suiv.
  Ils continuent  se dfendre. Leurs chefs. VI, 320-322.
  Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII,
  32-34.
  Ngociations diverses entre les chefs rvolts et les gnraux de la
  rpublique. 40-45.
  Ngociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142
  et suiv.
  Quelques chefs signent la paix. 145-146.

  VENDMIAIRE (Journe du 13). vnemens prparatoires du 11 et du 12.
  Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la
  Convention. VII, 348-369.
  Suites de cette journe. 370 et suiv.

  VENISE. Inquitude du gouvernement vnitien  l'approche de l'arme
  franaise. VIII, 196 et suiv.
  Invasion du territoire vnitien par Bonaparte. 196 et suiv.
  Perfidie du gouvernement vnitien aprs le dpart de Bonaparte. IX,
  72-85.
  Articles des prliminaires de paix de Loben qui concernent les tats
  vnitiens. 94 et suiv.
  Suite des manoeuvres perfides des Vnitiens contre les Franais. 105
  et suiv.
  Chute de la rpublique de Venise. Dtails sur les vnemens qui
  l'amnent. 116-131.

  VENTRE. Dnomination donne  un certain parti de l'assemble
  lgislative. II, 12.

  VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11.
  Il accuse Delessart. Son discours. 55-56.
  Fragmens de son discours  l'occasion du projet de la commission des
  Douze. 164 et suiv.
  Il propose un message au roi qui l'oblige  opter entre la France et
  l'tranger. 470.
  Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv.
  Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246.
  Il rpond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55
  et suiv.
  Il fait dcrter, le 31 mai, que Paris a bien mrit de la patrie.
  158-159.
  Il est arrt. 190.
  Son procs, sa mise  mort. V, 156-162-167.

  VRIFICATION. Dbats dans les tats-gnraux relativement  la
  vrification des pouvoirs. I, 44 et suiv.

  VERMONT (l'abb de). Il propose et fait accepter  la reine M. de
  Brienne pour ministre. I, 12.

  VRONE. Massacre des Franais dans cette ville. Elle est prise par le
  gnral Chabran. IX, 107-113.

  VERSAILLES. De nouvelles troupes s'tablissent,  Versailles.
  Consquences du sjour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et
  suiv.
  Scnes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv.
  Massacre de 52 prisonniers aprs les journes de septembre. III, 5.

  VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II,
  142-143-146 et suiv.
  Le veto suspensif est dclar. 148-149.
  Le veto suspensif est tendu  deux lgislatures. 153.

  VIENNE. Scnes tumultueuses  Vienne entre la lgation franaise et
  l'empereur. X, 76-77 et suiv.

  VIEUX CORDELIER (Le). Journal rdig par Camille Desmoulins. Morceaux
  cits. V, 307 et suiv.
  Autres morceaux cits. 322 et suiv.
  Autres passages, 355 et suiv.

  VINCENNES. Le donjon est attaqu par le peuple le 28 fvrier 1790. I,
  267.

  VINCENT. Cet ultra-rvolutionnaire sort de prison. Dtails sur son
  caractre. V, 338-339.
  Il est de nouveau arrt. 370 et suiv.
  Son procs et son supplice. 374-379.

  VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320.

  WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109.

  WESTERMANN. A la tte d'une lgion en Vende. IV, 302-303.
  Ses exploits et ses revers en Vende. 303 et suiv.

  ZURICH. Victoire de ce nom, remporte sur les Russes par Massna. Dtails
  sur cette bataille mmorable. X, 313 et suiv. 330.



FIN DE LA TABLE DES MATIRES.


[Illustration: CARTE DU THTRE DE LA GUERRE ENTRE LE MINCIO ET L'ADIGE,
pour servir  l'intelligence de la campagne de 1796.]





End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Rvolution franaise,
Tome 10, by Adolphe Thiers

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