The Project Gutenberg EBook of La Esmeralda, by Victor Hugo

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Title: La Esmeralda

Author: Victor Hugo

Release Date: October 5, 2004 [EBook #13628]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA ESMERALDA ***




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OEUVRES  COMPLTES

DE

VICTOR HUGO

XVII

DRAME

IV




DITION DFINITIVE D'APRS LES MANUSCRITS ORIGINAUX

OEUVRES COMPLTES

DE

VICTOR HUGO

DRAME

IV

LA ESMERALDA--RUY BLAS
LES BURGRAVES


EDITION NE VARIETUR

PARIS

J HETZEL & Cie
18, RUE JACOB

A. QUANTIN & Cie
RUE SAINT-BENOIT, 7

1880




LA ESMERALDA

LIBRETTO




Si par hasard quelqu'un se souvenait d'un roman en coutant un opra,
l'auteur croit devoir prvenir le public que pour faire entrer dans la
perspective particulire d'une scne lyrique quelque chose du drame
qui sert de base au livre intitul <i>Notre-Dame de Paris</i>, il a
fallu en modifier diversement tantt l'action, tantt les
caractres. Le caractre de Phoebus de Chteaupers, par exemple, est
un de ceux qui ont d tre altrs; un autre dnouement a t
ncessaire, etc. Au reste, quoique, mme en crivant cet opuscule,
l'auteur se soit cart le moins possible, et seulement quand la
musique l'a exig, de certaines conditions consciencieuses
indispensables, selon lui,  toute oeuvre, petite ou grande, il
n'entend offrir ici aux lecteurs, ou pour mieux dire aux auditeurs,
qu'un canevas d'opra plus ou moins bien dispos pour que l'oeuvre
musicale s'y superpose heureusement, qu'un <i>libretto</i> pur et
simple dont la publication s'explique par un usage imprieux. Il ne
peut voir dans ceci qu'une trame telle quelle qui ne demande pas mieux
que de se drober sous cette riche et blouissante broderie qu'on
appelle la musique.

L'auteur suppose donc, si par aventure on s'occupe de ce libretto,
qu'un opuscule aussi spcial ne saurait en aucun cas tre jug en
lui-mme et abstraction faite des ncessits musicales que le pote a
d subir, et qui,  l'Opra, ont toujours droit de prvaloir. Du
reste, il prie instamment le lecteur de ne voir dans les lignes qu'il
crit ici que ce qu'elles contiennent, c'est--dire sa pense
personnelle sur ce libretto en particulier, et non un ddain injuste
et de mauvais got pour cette espce de pomes en gnral et pour
l'tablissement magnifique o ils sont reprsents. Lui qui n'est
rien, il rappellerait au besoin  ceux qui sont le plus haut placs
que nul n'a droit de ddaigner, ft-ce au point de vue littraire, une
scne comme celle-ci. A ne compter mme que les potes, ce royal
thtre a reu dans l'occasion d'illustres visites, ne l'oublions
pas. En 1671, on reprsenta avec toute la pompe de la scne lyrique
une tragdie-ballet intitule; <i>Psych</i>.  Le libretto de cet
opra avait deux auteurs: l'un s'appelait Poquelin de Molire, l'autre
Pierre Corneille.


14 novembre 1836.




                          PERSONNAGES.


                          LA ESMERALDA.

                     PHOEBUS DE CHATEAUPERS.

                         CLAUDE FROLLO.

                           QUASIMODO.

                          FLEUR-DE-LYS.

                 MADAME ALOISE DE GONDELAURIER.

                             DIANE.

                           BRANGRE.

                       LE VICOMTE DE GIF.

                        M. DE CHEVREUSE.

                         M. DE MORLAIX.

                       CLOPIN TROUILLEFOU.

                        LE CRIEUR PUBLIC.


                 PEUPLE, TRUANDS, ARCHERS, ETC.


    Paris.--1482.





                          ACTE PREMIER

  [La Cour des miracles.--Il est nuit. Foule de truands. Danses et
    bruyantes. Mendiant et mendiantes dans leurs diverses attitudes
    de mtier. Le roi de Thune sur son tonneau. Feux, torches,
    flambeaux. Cercle de hideuses maisons dans l'ombre.]



                         SCENE PREMIERE.


                CLAUDE FROLLO, CLOPIN TROUILLEFOU
                      [puis] LA ESMERALDA,
                 [puis] QUASIMODO,--LES TRUANDS.


                       CHOEUR DES TRUANDS.

                Vive Clopin, roi de Thune!
                Vivent les gueux de Paris!
                Faisons nos coups  la brune,
                Heure o tous les chats sont gris.
                Dansons! narguons pape et bulle,
                Et raillons-nous dans nos peaux,
                Qu'avril mouille ou que juin brle
                La plume de nos chapeaux!
                Sachons flairer dans l'espace
                L'estoc de l'archer vengeur,
                Ou le sac d'argent qui passe
                Sur le dos du voyageur!
                Nous irons au clair de lune
                Danser avec les esprits...--Vive
                Clopin, roi de Thune!
                Vivent les gueux de Paris!

   CLAUDE FROLLO, [ part, derrire un pilier, dans un coin du thtre.
      Il est envelopp d'un grand manteau qui cache son habit de prtre.

            Au milieu de la ronde infme,
            Qu'importe le soupir d'une me?
            Je souffre! oh! jamais plus de flamme
            Au sein d'un volcan ne gronda.

                                [Entre la Esmeralda en dansant.]

                             CHOEUR.

    La voil! la voil! c'est elle! Esmeralda!

                    CLAUDE FROLLO, [ part.]

                    C'est elle! oh! oui, c'est elle!
                    Pourquoi, sort rigoureux,
                    L'as-tu faite si belle,
                    Et moi si malheureux?

         [Elle arrive au milieu du thtre. Les truands font cercle
           avec admiration autour d'elle. Elle danse.]

                          LA ESMERALDA.

                        Je suis l'orpheline,
                        Fille des douleurs,
                        Qui sur vous s'incline
                        En jetant des fleurs;
                        Mon joyeux dlire
                        Bien souvent soupire;
                        Je montre un sourire,
                        Je cache des pleurs.

                        Je danse, humble fille,
                        Au bord du ruisseau,
                        Ma chanson babille
                        Comme un jeune oiseau;
                        Je suis la colombe
                        Qu'on blesse et qui tombe.
                        La nuit de la tombe
                        Couvre mon berceau.

                             CHOEUR.

                        Danse, jeune fille!
                        Tu nous rends plus doux.
                        Prends-nous pour famille,
                        Et joue avec nous,
                        Comme l'hirondelle
                        A la mer se mle,
                        Agaant de l'aile
                        Le flot en courroux.

                        C'est la jeune fille,
                        L'enfant du malheur!
                        Quand son regard brille,
                        Adieu la douleur!
                        Son chant nous rassemble;
                        De loin elle semble
                        L'abeille qui tremble
                        Au bout d'une fleur.

                        Danse, jeune fille,
                        Tu nous rends plus doux.
                        Prends-nous pour famille,
                        Et joue avec nous!

                    CLAUDE FROLLO, [ part.]

                        Frmis, jeune fille;
                        Le prtre est jaloux!

   [Claude veut se rapprocher de la Esmeralda, qui se dtourne de lui
     avec une sorte d'effroi.--Entre la procession du pape des fous.
     Torches, lanternes et musique. On porte au milieu du cortge, sur
     un brancard couvert de chandelles, Quasimodo, chap et mitr.]

                             CHOEUR.

                    Saluez, clercs de basoche!
                    Hubins, coquillards, cagoux,
                    Saluez tous! il approche.
                    Voici le pape des fous!

     CLAUDE FROLLO, [apercevant Quasimodo, s'lance vers lui
                     avec un geste de colre.]

                Quasimodo! quel rle trange!
                0 profanation! Ici,
                Quasimodo!

                           QUASIMODO.

                          Grand Dieu! qu'entends-je?

                         CLAUDE FROLLO.
                Ici, te dis-je!

          QUASIMODO, [se jetant en bas de la litire.]

                               Me voici!

                         CLAUDE FROLLO.

                        Sois anathme!

                           QUASIMODO.

                        Dieu! c'est lui-mme!

                         CLAUDE FROLLO.

                        Audace extrme!

                           QUASIMODO.

                        Instant d'effroi!

                         CLAUDE FROLLO.

                        A genoux, tratre!

                           QUASIMODO.

                        Pardonnez, matre!

                         CLAUDE FROLLO.

                        Non, je suis prtre!

                           QUASIMODO.

                        Pardonnez-moi!

  [Claude Frollo arrache les ornements pontificaux de Quasimodo et les
    foule aux pieds. Les truands, sur lesquels Claude jette des
    regards irrits, commencent  murmurer et se forment en groupes
                      menaants autour de lui.]

                          LES TRUANDS.

                        Il nous menace,
                        O compagnons!
                        Dans cette place
                        O nous rgnons!

                           QUASIMODO.

                        Que veut l'audace
                        De ces larrons?
                        On le menace,
                        Mais nous verrons!

                         CLAUDE FROLLO.

                        Impure race!
                        Juifs et larrons!
                        On me menace,
                        Mais nous verrons!

                                 [La colre des truands clate.]

                          LES TRUANDS.

                    Arrte! arrte! arrte!
                    Meure le trouble-fte!
                    Il paiera de sa tte!
                    En vain il se dbat!

                           QUASIMODO.

                    Qu'on respecte sa tte!
                    Et que chacun s'arrte,
                    Ou je change la fte
                    En un sanglant combat!

                         CLAUDE FROLLO.

                    Ce n'est point pour sa tte
                    Que Frollo s'inquite.

                [Il met la main sur la poitrine.]

                    C'est l qu'est la tempte,:
                    C'est l qu'est le combat!

    [Au moment o la fureur des truands est au comble, Clopin
            Trouillefou parait au fond du thtre.]

                             CLOPIN.

        Qui donc ose attaquer, dans ce repaire infme,
                L'archidiacre mon seigneur,
                Et Quasimodo le sonneur
                    De Notre-Dame?

                   LES TRUANDS, [s'arrtant.]

        C'est Clopin, notre roi!

                             CLOPIN.

                                Manants, retirez-vous!

                          LES TRUANDS.

                Il faut obir!

                             CLOPIN.

                              Laissez-nous.

  [Les truands se retirent dans les masures. La Cour des miracles
    reste dserte.  Clopin s'approche mystrieusement de Claude.]




                            SCNE II

                    CLAUDE FROLLO, QUASIMODO,
                       CLOPIN TROUILLEFOU.


                             CLOPIN.

        Quel motif vous avait jet dans cette orgie?
        Avez-vous, monseigneur, quelque ordre  me donner?
                Vous tes mon matre en magie.
        Parlez; je ferai tout.

CLAUDE. [Il saisit vivement Clopin par le bras et l'attire sur le
                      devant du thtre.]

                              Je viens tout terminer.
    coute.

                             CLOPIN.

           Monseigneur?

                         CLAUDE FROLLO.

                       Plus que jamais je l'aime!
    D'amour et de douleur tu me vois palpitant.
            Il me la faut cette nuit mme.

                             CLOPIN.

    Vous l'allez voir ici passer dans un instant;
            C'est le chemin de sa demeure.

                    CLAUDE FROLLO, [ part.]

    Oh! l'enfer me saisit!

                             [Haut.]

                          Bientt, dis-tu?

                             CLOPIN.

                                          Sur l'heure.

                         CLAUDE FROLLO.

    Seule?

                             CLOPIN.

          Seule.

                         CLAUDE FROLLO.

                Il suffit.

                             CLOPIN.

                          Attendrez-vous?

                         CLAUDE FROLLO.

                                         J'attend.
            Que je l'obtienne ou que je meure!

                             CLOPIN.

    Puis-je vous servir?

                         CLAUDE FROLLO.

                        Non.

  [Il fait signe  Clopin de s'loigner, aprs lui avoir jet sa bourse.
    Rest seul avec Quasimodo, il l'amne sur le devant du thtre.]

                            Viens, j'ai besoin de toi.

                           QUASIMODO.

    C'est bien.

                         CLAUDE FROLLO.

               Pour une chose impie, affreuse, extrme.

                           QUASIMODO.

    Vous tes mon seigneur.

                         CLAUDE FROLLO.

                           Les fers, la mort, la loi,
            Nous bravons tout.

                           QUASIMODO.

                              Comptez sur moi.

                CLAUDE FROLLO, [imptueusement.]

            J'enlve la fille bohme!

                           QUASIMODO.

    Matre, prenez mon sang--sans me dire pourquoi.

  [Sur un signe de Claudo Frollo, il se retire vers le fond du
    [thtre et laisse son matre sur le devant de la scne.]

                         CLAUDE FROLLO.

    0 ciel! avoir donn ma pense aux abmes,
    Avoir de la magie essay tous les crimes,.
    tre tomb plus bas que l'enfer ne descend,
    Prtre,  minuit, dans l'ombre pier une femme,
    Et songer, dans l'tat o se trouve mon me,
            Que Dieu me regarde  prsent!

                    Eh bien, oui! qu'importe!
                    Le destin m'emporte,
                    Sa main est trop forte,
                    Je cde  sa loi!
                    Mon sort recommence!
                    Le prtre en dmence
                    N'a plus d'esprance
                    Et n'a plus d'effroi!
                    Dmon qui m'enivres,
                    Qu'voquent mes livres,
                    Si tu me la livres,
                    Je me livre  toi!
                    Reois sous ton aile
                    Le prtre infidle!
                    L'enfer avec elle,
                    C'est mon ciel,  moi!

                Viens donc,  jeune femme!
                C'est moi qui te rclame!
                Viens, prends-moi sans retour!
                Puisqu'un Dieu, puisqu'un matre,
                Dont le regard pntre
                Notre coeur nuit et jour,
                Exige en son caprice
                Que le prtre choisisse
                Du ciel ou de l'amour!

                     QUASIMODO, [revenant.]

    Matre, l'instant s'approche.

                         CLAUDE FROLLO.

                                 Oui, l'heure est solennelle;
            Mon sort se dcide, tais-toi.

                   CLAUDE FROLLO ET QUASIMODO.

                    La nuit est sombre,
                    J'entends des pas;
                    Quelqu'un dans l'ombre
                    Ne vient-il pas?

                          [Ils vont couter au fond du thtre.]

            LE GUET, [passant derrire les maisons.]

                Paix et vigilance!
                Ouvrons, loin du bruit,
                L'oreille au silence
                Et l'oeil  la nuit.

                      CLAUDE ET QUASIMODO.

                Dans l'ombre on s'avance;
                Quelqu'un vient sans bruit.
                Oui, faisons silence;
                C'est le guet de nuit!

                                           [Le chant s'loigne.]

                           QUASIMODO.

                Le guet s'en va.

                         CLAUDE FROLLO.

                                Notre crainte le suit.

     [Claude Frollo et Quasimodo regardent avec anxit vers la rue
             par laquelle doit venir la Esmeralda.]

                           QUASIMODO.

                        L'amour conseille,
                        L'espoir rend fort
                        Celui qui veille
                        Lorsque tout dort.
                        Je la devine,
                        Je l'entrevoi;
                        Fille divine,
                        Viens sans effroi!

                         CLAUDE FROLLO.

                        L'amour conseille,
                        L'espoir rend fort
                        Celui qui veille
                        Lorsque tout dort.
                        Je la devine,
                        Je l'entrevoi;
                        Fille divine!
                        Elle est  moi!

    [Entre la Esmeralda. Ils se jettent sur elle, et veulent
                   l'entraner. Elle se dbat.]

                          LA ESMERALDA.

                Au secours! au secours!  moi!

                   CLAUDE FROLLO ET QUASIMODO.

                Tais-toi, jeune fille! tais-toi!



                           SCENE III.

                    LA ESMERALDA, QUASIMODO,
          PHOEBUS DE CHATEAUPERS, LES ARCHERS DU GUET.


PHOEBUS DE CHATEAUPERS, [entrant  la tte d'un gros d'archers.]

                                                De par le roi!

  [Dans le tumulte, Claude s'chappe. Les archers saisissent Quasimodo.]

           PHOEBUS, [aux archers, montrant Quasimodo.]

                    Arrtez-le! serrez ferme!
                    Qu'il soit seigneur ou valet!
                    Nous allons, pour qu'on l'enferme,
                    Le conduire au Chtelet!

  [Les archers emmnent Quasimodo au fond. La Esmeralda, remise de
    sa frayeur, s'approche de Phoebus avec une curiosit mle
    d'admiration, et l'attire doucement sur le devant de la scne.]

                   LA ESMERALDA, [ Phoebus.]

                        Daignez me dire
                        Votre nom, sire!
                        Je le requiers!

                            PHOEBUS.

                        Phoebus, ma fille,
                        De la famille
                        De Chteaupers.

                          LA ESMERALDA.

                        Capitaine?

                            PHOEBUS.

                        Oui, ma reine.

                          LA ESMERALDA.

                        Reine? oh! non.

                            PHOEBUS.

                        Grce extrme!

                          LA ESMERALDA.

                        Phoebus, j'aime
                        Votre nom!

                            PHOEBUS.

                        Sur mon me,
                        J'ai, madame,
                        Une lame
                        De renom!

                   LA ESMERALDA, [ Phoebus.]

                    Un beau capitaine,
                    Un bel officier,
                    A mine hautaine,
                    A corset d'acier,
                    Souvent, mon beau sire,
                    Prend nos pauvres coeurs,
                    Et ne fait que rire
                    De nos yeux en pleurs.

                       PHOEBUS, [ part.]

                    Pour un capitaine,
                    Pour un officier,
                    L'amour peut  peine
                    Vivre un jour entier.
                    Tout soldat dsire
                    Cueillir toute fleur,
                    Plaisir sans martyre,
                    Amour sans douleur!

                        [A la Esmeralda.]

                        Un esprit
                        Radieux
                        Me sourit
                        Dans tes yeux.

                          LA ESMERALDA.

                    Un beau capitaine,
                    Un bel officier,
                    A mine hautaine,
                    A corset d'acier,
                    Quand aux yeux il brille,
                    Fait longtemps penser
                    Toute pauvre fille
                    Qui l'a vu passer!

                       PHOEBUS, [ part.]

                    Pour un capitaine,
                    Pour un officier,
                    L'amour peut  peine
                    Vivre un jour entier.
                    C'est l'clair qui brille,
                    Il faut courtiser
                    Toute belle fille
                    Que l'on voit passer.

  LA ESMERALDA. [Elle se pose devant le capitaine et l'admire.]

            Seigneur Phoebus, que je vous voie
            Et que je vous admire encor!
            Oh! la belle charpe de soie,
            La belle charpe  franges d'or!

                  [Phoebus dtache son charpe et la lui offre.]

                            PHOEBUS.

                        Vous plat-elle?

                    [La Esmeralda prend l'charpe et s'en pare.]

                          LA ESMERALDA.

                        Qu'elle est belle!

                            PHOEBUS.

                        Un moment!

                [Il s'approche d'elle et cherche  l'embrasser.]

                     LA ESMERALDA, reculant.

                        Non! de grce!

                     PHOEBUS, [qui insiste.]

                        Qu'on m'embrasse!

               LA ESMERALDA, [reculant toujours.]

                        Non, vraiment!

                        PHOEBUS, [riant.]

                        Une belle
                        Si rebelle.
                        Si cruelle!
                        C'est charmant.

                          LA ESMERALDA.

                    Non, beau capitaine,
                    Je dois refuser.
                    Sais-je o l'on m'entrane
                    Avec un baiser?

                            PHOEBUS.

                    Je suis capitaine,
                    Je veux un baiser.
                    Ma belle africaine,
                    Pourquoi refuser?

        Donne un baiser, donne, ou je vais le prendre.

                          LA ESMERALDA.

        Non, laissez-moi; je ne veux rien entendre.

                            PHOEBUS.

        Un seul baiser! ce n'est rien, sur ma foi!

                          LA ESMERALDA.

        Rien pour vous, sire, hlas! et tout pour moi!

                            PHOEBUS.

        Regarde-moi; tu verras si je t'aime!

                          LA ESMERALDA.

        Je ne veux pas regarder en moi-mme.

                            PHOEBUS.

        L'amour, ce soir, veut entrer dans ton coeur.

                          LA ESMERALDA.

        L'amour ce soir, et demain le malheur!

  [Elle glisse de ses bras et s'enfuit. Phoebus, dsappoint, se retourne
    vers Quasimodo, que les gardes tiennent li au fond du thtre.]

                            PHOEBUS.

                Elle m'chappe, elle rsiste.
                Belle aventure en vrit!
        Des deux oiseaux de nuit je garde le plus triste;
        Le rossignol s'en va, le hibou m'est rest.

[Il se remet  la tte de sa troupe, et sort emmenant Quasimodo.]

                   CHOEUR DE LA RONDE DU GUET.

                    Paix et vigilance!
                    Ouvrons, loin du bruit,
                    L'oreille au silence
                    Et l'oeil  la nuit!

                   [Ils s'loignent peu  peu et disparaissent.]




                          ACTE DEUXIME



                         SCENE PREMIERE.

  [La place de Grve. Le pilori. Quasimodo au pilori. Le peuple sur la place.]


                             CHOEUR.

                --Il enlevait une fille!
                    --Comment! vraiment?
                --Vous voyez comme on l'trille
                    En ce moment!
                --Entendez-vous, mes commres?
                    Quasimodo
                S'en vient chasser sur les terres
                    De Cupido!

                      UNE FEMME DU PEUPLE.

                Il passera dans ma rue
                Au retour du pilori,
                Et c'est Pierrat Torterue
                Qui va nous faire le cri.

                           LE CRIEUR.

                De par le roi, que Dieu garde!
                L'homme qu'ici l'on regarde
                Sera mis, sous bonne garde,
                Pour une heure au pilori!

                             CHOEUR.

                        A bas!  bas!
            Le bossu! le sourd! le borgne!
                        Ce Barabbas!
            Je crois, mortdieu! qu'il nous lorgne.
                        A bas le sorcier!
                        Il grimace, il rue!
                        Il fait aboyer
                        Les chiens dans la rue.
                    --Corrigez bien ce bandit!
                --Doublez le fouet et l'amende!

                           QUASIMODO.

                    A boire!

                             CHOEUR.

                            Qu'on le pende!

                           QUASIMODO.

                    A boire!

                             CHOEUR.
                            Sois maudit!

  [Depuis quelques instants la Esmeralda s'est mle  la foule. Elle
    a observ Quasimodo avec surprise d'abord, puis avec piti. Tout 
    coup, au milieu des cris du peuple, elle monte au pilori, dtache
    une petite gourde de sa ceinture, et donne  boire  Quasimodo.]

                             CHOEUR.

                    Que fais-tu, belle fille?
                    Laisse Quasimodo!
                    A Belzbuth qui grille
                    On ne donne pas d'eau!

 [Elle descend du pilori. Les archers dtachent et emmnent Quasimodo.]


                             CHOEUR.

                --Il enlevait une femme!
                        --Qui? ce butor?
                --Mais c'est affreux! c'est infme!
                        --C'est un peu fort!
                --Entendez-vous, mes commres?
                        Quasimodo
                Osait chasser sur les terres
                        De Cupido!




                            SCENE II.

   [Une salle magnifique o se font des prparatifs de fte.]

                     PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS,
                 MADAME ALOISE DE GONDELAURIER.


                         MADAME ALOISE.

        Phoebus, mon futur gendre, coutez, je vous aime;
        Soyez matre cans comme un autre moi-mme;
        Ayez soin que ce soir chacun s'gaye ici.
            Et vous, ma fille, allons, tenez-vous prte.
        Vous serez la plus belle encor dans cette fte,
                Soyez la plus joyeuse aussi!

[Elle va au fond, et donne des ordres aux valets qui disposent la fte.]

                          FLEUR-DE-LYS.

                Monsieur, depuis l'autre semaine
                On vous a vu deux fois  peine.
                Cette fte enfin vous ramne.
                Enfin! c'est bien heureux vraiment!

                            PHOEBUS.

                Ne grondez pas, je vous supplie!

                          FLEUR-DE-LYS.

                Ah! je le vois, Phoebus m'oublie!

                            PHOEBUS.

                Je vous jure...

                          FLEUR-DE-LYS.

                               Pas de serment!
                On ne jure que lorsqu'on ment.

                            PHOEBUS.

                Vous oublier! quelle folie!
                N'tes-vous pas la plus jolie?
                Ne suis-je pas le mieux aimant?

                       PHOEBUS, [ part.]

                Comme ma belle fiance
                    Gronde aujourd'hui!
                Le soupon est dans sa pense.
                    Ah! quel ennui!
                Belles, les amants qu'on rudoie
                    S'en vont ailleurs.
                On en prend plus avec la joie
                    Qu'avec les pleurs.

                     FLEUR-DE-LYS, [ part.]

                Me trahir, moi, sa fiance,
                    Qui suis  lui!
                Moi qui n'ai que lui pour pense
                    Et pour ennui!
                Ah! qu'il s'absente ou qu'il me voie,
                    Que de douleurs!
                Prsent, il ddaigne ma joie,
                    Absent, mes pleurs!

                          FLEUR-DE-LYS.

        L'charpe, que pour vous, Phoebus, j'ai festonne,
        Qu'en avez-vous donc fait? je ne vous la vois pas.

                       PHOEBUS, [troubl.]

        L'charpe? Je ne sais...

                            [A part.]

                                Mortdieu! le mauvais pas!

                          FLEUR-DE-LYS.

        Vous l'avez oublie!

                            [A part.]

                            A qui l'a-t-il donne?
                Et pour qui suis-je abandonne?

               MADAME ALOISE, [remontant vers eux
                et tchant de les accorder.]

        Mon Dieu! mariez-vous; vous bouderez aprs.

                   PHOEBUS, [ Fleur-de-Lys.]

                Non, je ne l'ai pas oublie.
        Je l'ai, je m'en souviens, soigneusement plie
        Dans un coffret d'mail que j'ai fait faire exprs.

        [Avec passion,  Fleur-de-Lys, qui boude encore.]

                Je vous jure que je vous aime
                Plus qu'on n'aimerait Vnus mme.

                          FLEUR-DE-LYS.

                Pas de serment! pas de serment!
                On ne jure que lorsqu'on ment.

                         MADAME ALOISE.

    Enfants! pas de querelle; aujourd'hui tout est joie.
            Viens, ma fille, il faut qu'on nous voie.
    Voici qu'on va venir. Chaque chose a son tour.

      [Aux valets.]

    Allumez les flambeaux, et que le bal s'apprte.
    Je veux que tout soit beau, qu'on s'y croie en plein jour

                            PHOEBUS.

    Puisqu'on a Fleur-de-Lys, rien ne manque  la fte.

                          FLEUR-DE-LYS.

                Phoebus, il y manque l'amour!

                                                [Elles sortent.]

            PHOEBUS, [regardant sortir Fleur-de-Lys.]

                Elle dit vrai; prs d'elle encore
                Mon coeur est rempli de souci.
        Celle que j'aime,  qui je pense ds l'aurore,
                Hlas! elle n'est pas ici!

                    Fille ravissante,
                    A toi mes amours!
                    Belle ombre dansante,
                    Qui remplis mes jours,
                    Et, toujours absente,
                    M'apparais toujours!

                Elle est rayonnante et douce
                Comme un nid dans les rameaux,
                Comme une fleur dans la mousse,
                Comme un bien parmi des maux!
                Humble fille et vierge fire,
                Ame chaste en libert,
                La pudeur sous sa paupire
                mousse la volupt!

                    C'est, dans la nuit sombre,
                    Un ange des cieux,
                    Au front voil d'ombre,
                    A l'oeil plein de feux!

                Toujours je vois son image,
                Brillante ou sombre parfois;
                Mais toujours, astre ou nuage,
                C'est au ciel que je la vois!

                    Fille ravissante,
                    A toi mes amours!
                    Belle ombre dansante
                    Qui remplis mes jours,
                    Et, toujours absente,
                    M'apparais toujours!

    [Entrent plusieurs seigneurs et dames en habits de fte.]




                           SCENE III.

        LES PRCDENTS, LE VICOMTE DE GIF, M. DE MORLAIX,
            M. DE CHEVREUSE, MADAME DE GONDELAURIER,
        FLEUR-DE-LYS, DIANE, BRANGRE, DAMES, SEIGNEURS.


                       LE VICOMTE DE GIF.

                Salut, nobles chtelaines!

         MADAME ALOISE, PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS, saluant.

                Bonjour, noble chevalier!
                Oubliez soucis et peines
                Sous ce toit hospitalier!

                         M. DE MORLAIX.

                Mesdames, Dieu vous envoie
                Sant, plaisir et bonheur!

              MADAME ALOISE, PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS.

                Que le ciel vous rende en joie
                Vos bons souhaits, beau seigneur!

                        M. DE CHEVREUSE.

                Mesdames, du fond de l'me
                Je suis  vous comme  Dieu.

              MADAME ALOISE, PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS.

                Beau sire, que Notre-Dame
                Vous soit en aide en tout lieu!

                                     [Entrent tous les convis.]

                             CHOEUR.

                Venez tous  la fte!
                Page, dame et seigneur!
                Venez tous  la fte,
                Des fleurs sur votre tte,
                La joie au fond du coeur.

  [Les convis s'accostent et se saluent. Des valets circulent dans la
    foule, portant des plateaux chargs de fleurs et de fruits.
    Cependant un groupe de jeunes filles s'est form prs d'une
    fentre,  droite. Tout  coup l'une d'elles appelle les autres et
    leur fait signe de se pencher hors de la fentre.]

                  DIANE, [regardant au dehors.]

        Oh! viens donc voir, viens donc voir, Brangre!

               BRANGRE, [regardant dans la rue.]

            Qu'elle est vive! qu'elle est lgre!

                             DIANE.

            C'est une fe ou c'est l'Amour!

                   LE VICOMTE DE GIF, [riant.]

            Qui danse dans le carrefour!

             M. DE CHEVREUSE, [aprs avoir regard.]

                Eh mais, c'est la magicienne!
                Phoebus, c'est ton gyptienne,
                Que l'autre nuit, avec valeur,
                Tu sauvas des mains d'un voleur.

                       LE VICOMTE DE GIF.

                Eh! oui, c'est la bohmienne!

                         M. DE MORLAIX.

                Elle est belle comme le jour!

                        DIANE,  Phoebus.

    Si vous la connaissez, dites-lui qu'elle vienne
            Nous gayer de quelque tour.

       PHOEBUS, [regardant  son tour d'un air distrait.]

            Il se peut bien que ce soit elle.

      [A. M. de Gif.]

            Mais crois-tu qu'elle se rappelle?...

           FLEUR-DE-LYS, [qui observe et qui coute.]

            De vous toujours on se souvient.
    Voyons, appelez-la, dites-lui qu'elle monte.

      [A part.]

    Je verrai s'il faut croire  ce que l'on raconte.

                   PHOEBUS, [ Fleur-de-Lys.]

    Vous le voulez? Eh bien, essayons.

                        [Il fait signe  la danseuse de monter.]

                       LES JEUNES FILLES.

                                      Elle vient!

                        M. DE CHEVREUSE.

            Sous le porche elle est disparue.

                             DIANE.

    Comme elle a laiss l ce bon peuple bahi!

                       LE VICOMTE DE GIF.

    Dames, vous allez voir la nymphe de la rue.

                     FLEUR-DE-LYS, [ part.]

    Qu'au signe de Phoebus elle a vite obi!.




                            SCNE IV.

                  LES PRCDENTS, LA ESMERALDA.


    Entre la bohmienne, timide, confuse, et radieuse. Mouvement d'admiration.
    La foule s'carte devant elle.

                             CHOEUR.

    Regardez! son beau front brille entre les plus beaux,
    Comme ferait un astre entour de flambeaux!

                            PHOEBUS.

                Oh! la divine crature!
                Amis, de ce bal enchant
                Elle est la reine, je vous jure.
                Sa couronne c'est sa beaut!

         [Il se tourne vers MM. de Gif et de Chevreuse.]

                Amis, j'en ai l'me chauffe!
                Je braverais guerre et malheur,
                Si je pouvais, charmante fe,
                Cueillir ton amour dans sa fleur!

                        M. DE CHEVREUSE.

                C'est une cleste figure!
                Un de ces rves enchants
                Qui flottent dans la nuit obscure
                Et sment l'ombre de clarts!
                Dans le carrefour elle est ne.
                O jeux aveugles du malheur!
                Quoi! dans l'eau du ruisseau trane,
                Hlas! une si belle fleur!

             LA ESMERALDA, [l'oeil fix sur Phoebus
                dans la foule.]

                C'est mon Phoebus, j'en tais sre,
                Tel qu'en mon coeur il est rest!
                Ah! sous la soie ou sous l'armure,
                C'est toujours lui, grce et beaut!
                Phoebus, ma tte est embrase!
                Tout me brle, joie et douleurs.
                La terre a besoin de rose,
                Et mon me a besoin de pleurs!

                          FLEUR-DE-LYS.

                Qu'elle est belle! j'en tais sre.
                Oui, je dois tre, en vrit,
                Bien jalouse, si je mesure
                Ma jalousie  sa beaut!
                Mais peut-tre, prdestines,
                Sous la rude main du malheur,
                Elle et moi, nous serons fanes
                Toutes les deux dans notre fleur!

                         MADAME ALOISE.

                C'est une belle crature!
                Il est trange, en vrit,
                Qu'une bohmienne impure
                Ait tant de charme et de beaut!
                Mais qui connat la destine?
                Souvent le serpent oiseleur
                Cache sa tte empoisonne
                Sous le buisson le plus en fleur.

                        TOUS, [ensemble.]

                Elle a le calme et la beaut
                Du ciel dans les beaux soirs d't!

                MADAME ALOISE, [ la Esmeralda.]

                Allons, enfant, allons, la belle,
        Venez, et dansez-nous quelque danse nouvelle.

  [La Esmeralda se prpare a danser et tire de son sein l'charpe
                   que lui a donne Phoebus.]

                          FLEUR-DE-LYS.

        Mon charpe!... Phoebus, je suis trompe ici,
                Et ma rivale, la voici!

  [Fleur-de-Lys arrache l'charpe  la Esmeralda, et tombe vanouie.
    Tout le bal s'ameute en dsordre contre l'gyptienne, qui se
    rfugie prs de Phoebus.]

                              TOUS.

                Est-il vrai? Phoebus l'aime!
                Infme! sors d'ici.
                Ton audace est extrme
                De nous braver ainsi!
                0 comble d'impudence!
                Retourne aux carrefours
                Faire admirer ta danse
                Aux marchands des faubourgs!
                Que sur l'heure on la chasse!
                A la porte! il le faut.
                Une fille si basse
                lever l'oeil si haut!

                          LA ESMERALDA.

                Oh! dfends-moi toi-mme,
                Mon Phoebus, dfends-moi!
                L'humble fille bohme
                N'espre ici qu'en toi.

                            PHOEBUS.

                Je l'aime, et n'aime qu'elle!
                Je suis son dfenseur.
                Je combattrai pour elle.
                Mon bras est  mon coeur.
                S'il faut qu'on la soutienne,
                Eh bien, je la soutien!
                Son injure est la mienne,
                Et son honneur le mien!

                              TOUS.

                Quoi! voil ce qu'il aime!
                Hors d'ici! hors d'ici!
                Quoi! c'est une bohme
                Qu'il nous prfre ainsi!
                Ah! tous les deux, silence
                Sur une telle ardeur!

                          [A Phoebus.]

                Vous, c'est trop d'insolence!

                        [A la Esmeralda.]

                Toi, c'est trop d'impudeur!

[Phoebus et ses amis protgent la bohmienne entoure des menaces
 [de tous les convis de madame de Gondelaurier. La Esmeralda se
      [dirige en chancelant vers la porte. La toile tombe.]




                         ACTE TROISIME



                         SCNE PREMIERE.

 [Le prau extrieur d'un cabaret. A droite la taverne. A gauche
[des arbres. Au fond une porte et un petit mur trs bas qui clt
[le prau. Au loin la croupe de Notre-Dame, avec ses deux tours et
[sa flche, et une silhouette sombre du vieux Paris qui se dtache
  [sur le ciel rouge du couchant. La Seine au bas du tableau.]


           PHOEBUS, LE VICOMTE DE GIF, M. DE MORLAIX,
     M. DE CHEVREUSE, [et plusieurs autres amis de Phoebus,
[assis  des tables, buvant et chantant; puis] D0M CLAUDE FROLLO.


                            CHANSON.

                             CHOEUR.

                Sois propice et salutaire,
                Notre-Dame de Saint-L,
                Au soudard qui sur la terre
                N'a de haine que pour l'eau!

                            PHOEBUS.

                        Donne au brave,
                        En tous lieux,
                        Bonne cave
                        Et beaux yeux!
                        L'heureux drille!
                        Fais qu'il pille
                        Jeune fille
                        Et vin vieux!

                        Qu'une belle
                        Au coeur froid
                        Soit rebelle,
                        --On en voit,--
                        Il plaisante
                        La mchante,
                        Puis il chante,
                        Puis il boit!

                        Le jour passe;
                        Ivre ou non,
                        Il embrasse
                        Sa Toinon,
                        Et, farouche,
                        Il se couche
                        Sur la bouche
                        D'un canon.

                        Et son me,
                        Qui souvent
                        D'une femme
                        Va rvant,
                        Est contente
                        Quand la tente
                        Palpitante
                        Tremble au vent.

                             CHOEUR.

                    Sois propice et salutaire,
                    Notre-Dame de Saint-L,
                    Au soudard qui sur la terre
                    N'a de haine que pour l'eau!

  [Entre Claude Frollo, qui va s'asseoir  une table loigne de celle o
    est Phoebus, et parat d'abord tranger  ce qui se passe autour de lui.]

                 LE VICOMTE DE GIF, [ Phoebus.]

                Cette gyptienne si belle,
                Qu'en fais-tu donc, dcidment?

            [Mouvement d'attention de Claude Frollo.]

                            PHOEBUS.

                Ce soir, dans une heure, avec elle,
                J'ai rendez-vous.

                              TOUS.
                                 Vraiment?

                            PHOEBUS.

                                          Vraiment!

            [L'agitation de Claude Frollo redouble.]

                       LE VICOMTE DE GIF.

                Dans une heure?

                            PHOEBUS.

                               Dans un moment!

                          LA ESMERALDA.

                Oh! l'amour, volupt suprme!
                Se sentir deux dans un seul coeur!
                Possder la femme qu'on aime!
                tre l'esclave et le vainqueur!
                Avoir son me, avoir ses charmes!
                Son chant qui sait vous apaiser!
                Et ses beaux yeux remplis de larmes
                Qu'on essuie avec un baiser!

  [Pendant qu'il chante, les autres boivent et choquent leurs verres.]

                             CHOEUR.

                    C'est le bonheur suprme,
                    En quelque temps qu'on soit,
                    De boire  ce qu'on aime
                    Et d'aimer ce qu'on boit!

                            PHOEBUS.

                    Amis, la plus jolie,
                    Une grce accomplie!
                    0 dlire!  folie!
                    Amis, elle est  moi!

                    CLAUDE FROLLO, [ part.]

                    A l'enfer je m'allie.
                    Malheur sur elle et toi!

                            PHOEBUS.

                    Le plaisir nous convie!
                    puisons sans retour
                    Le meilleur de la vie
                    Dans un instant d'amour!

                Qu'importe aprs que l'on meure!
                Donnons cent ans pour une heure,
                L'ternit pour un jour!

  [Le couvre-feu sonne. Les amis de Phoebus se lvent de table,
   [remettent leurs pes, leurs chapeaux, leurs manteaux, et
                     [s'apprtent  partir.]

                             CHOEUR.

                    Phoebus, l'heure t'appelle;
                    Oui, c'est le couvre-feu.
                    Va retrouver ta belle.
                    A la garde de Dieu!

                            PHOEBUS.

                    Vraiment! l'heure m'appelle;
                    Oui, c'est le couvre-feu.
                    Je vais trouver ma belle.
                    A la garde de Dieu!

                 [Les amis de Phoebus sortent.]



                            SCNE II

                     CLAUDE FROLLO, PHOEBUS.


       CLAUDE FROLLO, [arrtant Phoebus au moment o il se
                       [dispose  sortir.]

                Capitaine!

                            PHOEBUS.
                          Quel est cet homme?

                         CLAUDE FROLLO.

                coutez-moi.

                            PHOEBUS.

                            Dpchons-nous!

                         CLAUDE FROLLO.

                Savez-vous bien comment se nomme
        Celle qui vous attend ce soir au rendez-vous?

                            PHOEBUS.

                Eh, pardieu! c'est mon amoureuse,
                Celle qui m'aime et me plat fort;
                C'est ma chanteuse, ma danseuse,
                C'est Esmeralda.

                         CLAUDE FROLLO.

                                C'est la mort.

                            PHOEBUS.

                L'ami, vous tes fou, d'abord;
        Ensuite, allez au diable!

                         CLAUDE FROLLO.

                                 coutez!

                            PHOEBUS.

                                         Que m'importe?

                         CLAUDE FROLLO.

        Phoebus, si vous passez le seuil de cette porte....

                            PHOEBUS.
                Vous tes fou!

                         CLAUDE FROLLO.

                              Vous tes mort!

                Tremble! c'est une gyptienne!
                Elles n'ont ni loi, ni remord.
                Leur amour dguise leur haine,
                Et leur couche est un lit de mort!

                         PHOEBUS, riant.

                Mon cher, rajustez votre cape.
                Rentrez  l'hpital des fous;
                Il me parat qu'on s'en chappe.
                Que Jupiter, saint Esculape,
                Et le diable soient avec vous!

                         CLAUDE FROLLO.

                Ce sont des femmes infidles.
                Crois-en les publiques rumeurs.
                Tout est tnbres autour d'elles.
                Phoebus, n'y va pas, ou tu meurs!

   [L'insistance de Claude Frollo parat troubler Phoebus, qui
           considre son interlocuteur avec anxit.]

                            PHOEBUS.

                        Il m'tonne,
                        Il me donne
                Malgr moi quelques soupons.
                        Cette ville,
                        Peu tranquille,
                Est pleine de trahisons.

                         CLAUDE FROLLO.

                        Je l'tonne,
                        Je lui donne
                Malgr lui quelques soupons.
                        L'imbcile,
                        Dans la ville,
                Ne voit plus que trahisons.

        Croyez-moi, monseigneur, vitez la sirne
                Dont le pige vous attend.
                Plus d'une bohmienne
                A poignard dans sa haine
                Un coeur d'amour palpitant.

   [Phoebus, qu'il veut entraner, se ravise et le repousse.]

                            PHOEBUS.

                Mais suis-je fou moi-mme?
                Maure, juive ou bohme,
                Qu'importe quand on aime?
                L'amour doit tout couvrir.
                Laisse-nous! il m'appelle!
                Ah! si la mort, c'est elle,
                Quand la mort est si belle,
                Il est doux de mourir!

                     CLAUDE, [le retenant.]

                Arrte! Une bohme!
                Ta folie est extrme!
                Oses-tu donc toi-mme
                A ta perte courir?
                Crains la femme infidle
                Qui dans l'ombre t'appelle.
                Mais quoi! tu cours prs d'elle?
                Va, si tu veux mourir!

  [Phoebus sort vivement, malgr Claude Frollo. Claude Frollo reste
     un moment sombre et comme indcis; puis il suit Phoebus.]



                           SCNE III.

  [Une chambre. Au fond, une fentre qui donne sur la rivire.]


  [Clopin Trouillefou entre, un flambeau  la main; il est accompagn
    de quelques hommes auxquels il fait un geste d'intelligence, et
    qu'il place dans un coin obscur o ils disparaissent; puis il
    retourne vers la porte et semble faire signe  quelqu'un de
    monter. Dom Claude parat.]

                       CLOPIN, [ Claude.]

    D'ici vous pourrez voir, sans tre vu vous-mme,
            Le capitaine et la bohme.

     [Il lui montre un enfoncement derrire une tapisserie.]

                         CLAUDE FROLLO.

    Les hommes aposts sont-ils prts?

                             CLOPIN.

                                      Ils sont prts.

                         CLAUDE FROLLO.

    Que jamais de ceci l'on ne trouve la source.
            Silence! prenez cette bourse.
            Vous en aurez autant aprs.

[Claude Frollo se place dans la cachette. Clopin sort avec prcaution.
               Entrent la Esmeralda et Phoebus.]

                    CLAUDE FROLLO, [ part.]

                    O fille adore,
                    Au destin livre!
                    Elle entre pare
                    Pour sortir en deuil!

                   LA ESMERALDA, [ Phoebus.]

                    Monseigneur le comte,
                    Mon coeur que je dompte
                    Est rempli de honte
                    Et rempli d'orgueil!

                   PHOEBUS, [ la Esmeralda.]

                    Oh! comme elle est rose!
                    Quand la porte est close,
                    Ma belle, on dpose
                    Toute crainte au seuil.

  [Phoebus fait asseoir la Esmeralda sur le banc prs de lui.]

                            PHOEBUS.

                M'aimes-tu?

                          LA ESMERALDA.

                           Je t'aime!

                    CLAUDE FROLLO, [ part.]

                O torture!

                            PHOEBUS.

                O l'adorable crature!
                Vous tes divine, en honneur!

                          LA ESMERALDA.

                Votre bouche est une flatteuse!
                Tenez, je suis toute honteuse!
                N'approchez pas tant, monseigneur!

                         CLAUDE FROLLO.

                Ils s'aiment! que je les envie!

                          LA ESMERALDA.

                Mon Phoebus, je vous dois la vie!

                            PHOEBUS.

                Et moi, je te dois le bonheur!

                          LA ESMERALDA.

                        Oh! sois sage!
                        Encourage
                        D'un visage
                        Gracieux
                        La petite
                        Qui palpite
                        Interdite
                        Sous tes yeux!

                            PHOEBUS.

                        O ma reine,
                        Ma sirne,
                        Souveraine
                        De beaut!
                        Douce fille,
                        Dont l'oeil brille
                        Et ptille
                        De fiert!

                         CLAUDE FROLLO.

                        Les attendre!
                        Les entendre!
                        Qu'elle est tendre!
                        Qu'il est beau!
                        Sois joyeuse!
                        Sois heureuse!
                        Moi, je creuse
                        Le tombeau!

                            PHOEBUS.

                        Fe ou femme,
                        Sois ma dame!
                        Car mon me,
                        Nuit et jour,
                        Te dsire,
                        Te respire,
                        Et t'admire,
                        Mon amour!

                          LA ESMERALDA.

                        Je suis femme,
                        Et mon me,
                        Toute flamme,
                        Tout amour,
                        Est, beau sire,
                        Une lyre
                        Qui soupire
                        Nuit et jour!

                         CLAUDE FROLLO.

                        Attends, femme,
                        Que ma flamme
                        Et ma lame
                        Aient leur tour!
                        Oui, j'admire
                        Leur sourire,
                        Leur dlire,
                        Leur amour!

                            PHOEBUS.

            Sois toujours rose et vermeille!
            Rions  notre heureux sort,
            A l'amour qui se rveille,
            A la pudeur qui s'endort!
            Ta bouche, c'est le ciel mme!
            Mon me veut s'y poser.
            Puisse mon souffle suprme
            S'en aller dans ce baiser!

                          LA ESMERALDA.

            Ta voix plat  mon oreille;
            Ton sourire est doux et fort;
            L'insouciance vermeille
            Rit dans tes yeux et m'endort.
            Tes voeux sont ma loi suprme,
            Mais je dois m'y refuser.
            Ma vertu, mon bonheur mme,
            S'en iraient dans ce baiser!

                         CLAUDE FROLLO.

            Ne frappez point leur oreille,
            Pas rapprochs de la mort!
            Ma haine jalouse veille
            Sur leur amour qui s'endort!
            La mort dcharne et blme
            Entre eux deux va se poser!
            Phoebus, ton souffle suprme
            S'en ira dans ce baiser!

  [Claude Frollo se jette sur Phoebus et le poignarde, puis il ouvre
    la fentre du fond, par laquelle il disparat. La Esmeralda tombe
    avec un grand cri sur le corps de Phoebus. Entrent en tumulte les
    hommes aposts, qui la saisissent et semblent l'accuser.
    La toile tombe.]




                         ACTE QUATRIME



                         SCENE PREMIRE.

                [Une prison. Au fond, une porte.]


    LA ESMERALDA, [seule, enchane, couche sur la paille.]

    Quoi! lui dans le spulcre, et moi dans cet abme!
            Moi prisonnire et lui victime!
    Oui, je l'ai vu tomber. Il est mort en effet!
            Et ce crime,  ciel! un tel crime,
            On dit que c'est moi qui l'ai fait!
    La tige de nos jours est brise encor verte!
    Phoebus en s'en allant me montre le chemin!
            Hier sa fosse s'est ouverte,
            La mienne s'ouvrira demain!

                            ROMANCE._

                Phoebus, n'est-il sur la terre
                Aucun pouvoir salutaire
                A ceux qui se sont aims?
                N'est-il ni philtres ni charmes
                Pour scher des yeux en larmes,
                Pour rouvrir des yeux ferms?
                Dieu bon, que je supplie
                Et la nuit et le jour,
                Daignez m'ter ma vie
                Ou m'ter mon amour!

            Mon Phoebus, ouvrons nos ailes
            Vers les sphres ternelles,
            O l'amour est immortel!
            Retournons o tout retombe!
            Nos corps ensemble  la tombe,
            Nos mes ensemble au ciel!

                Dieu bon, que je supplie
                Et la nuit et le jour,
                Daignez m'ter ma vie
                Ou m'ter mon amour!

  [La porte s'ouvre. Entre Claude Frollo, une lampe  la main, lo
    capuchon rabattu sur le visage. Il vient se placer, immobile, en
                     face de la Esmeralda.]

              LA ESMERALDA, [se levant en sursaut.]

    Quel est cet homme?

            CLAUDE FROLLO, [voil par son capuchon.]

                       Un prtre.

                          LA ESMERALDA.

                                 Un prtre! Quel mystre!

                         CLAUDE FROLLO.

    tes-vous prte?

                          LA ESMERALDA.

                    A quoi?

                         CLAUDE FROLLO.

                           Prte  mourir.

                          LA ESMERALDA.

                                          Oui.

                         CLAUDE FROLLO.

    Bien.

                          LA ESMERALDA.

         Sera-ce bientt? Rpondez-moi, mon pre.

                         CLAUDE FROLLO.

            Demain.

                          LA ESMERALDA.

                   Pourquoi pas aujourd'hui?

                         CLAUDE FROLLO.

    Quoi! vous souffrez donc bien?

                          LA ESMERALDA.

                                  Oui, je souffre!

                         CLAUDE FROLLO.

                                                  Peut-tre,
    Moi qui vivrai demain, je souffre plus que vous.

                          LA ESMERALDA.

    Vous? qui donc tes-vous?

                         CLAUDE FROLLO.

                             La tombe est entre nous!

                          LA ESMERALDA.

    Votre nom?

                         CLAUDE FROLLO.

              Vous voulez le savoir?

                          LA ESMERALDA.

                                    Oui.

                     [Il lve son capuchon.]

                          LA ESMERALDA.

                                        Le prtre!
            C'est le prtre!  ciel!  mon Dieu!
    C'est bien son front de glace et son regard de feu!
            C'est bien le prtre! c'est lui-mme!
    C'est lui qui me poursuit sans trve nuit et jour!
    C'est lui qui l'a tu, mon Phoebus, mon amour!
    Monstre, je vous maudis  mon heure suprme!
    Que vous ai-je donc fait? quel est votre dessein?
    Que voulez-vous de moi, misrable assassin?
            Vous me hassez donc?

                         CLAUDE FROLLO.

                                 Je t'aime!--

                Je t'aime, c'est infme!
                Je t'aime en frmissant!
                Mon amour, c'est mon me;
                Mon amour, c'est mon sang.
                Oui, sous tes pieds je tombe,
                    Et, je le dis,
                Je prfre ta tombe
                    Au paradis.
                Plains-moi! Quoi! je succombe.;
                    Et tu maudis!

                          LA ESMERALDA.

            Il m'aime!  comble d'pouvante!
            Il me tient, l'horrible oiseleur!

                         CLAUDE FROLLO.

            La seule chose en moi vivante,
            C'est mon amour et ma douleur!

                    Dtresse extrme!
                    Quelle rigueur!
                    Hlas! je t'aime!
                    Nuit de douleur!

                          LA ESMERALDA.

                    Moment suprme!
                    Tremble,  mon coeur!
                    O ciel! il m'aime!
                    Nuit de terreur!

                    CLAUDE FROLLO, [ part.]

                Dans mes mains elle palpite!
                Enfin le prtre a son tour!
                Dans la nuit je l'ai conduite,
                Je vais la conduire au jour.
                La mort, qui vient  ma suite,
                Ne la rendra qu' l'amour!

                          LA ESMERALDA.

                Par piti laissez-moi vite!
                Phoebus est mort, c'est mon tour!
                Hlas! je suis interdite
                Devant votre affreux amour,
                Comme l'oiseau qui palpite
                Sous le regard du vautour!

                         CLAUDE FROLLO.

    Accepte-moi! je t'aime! oh! viens, je t'en conjure!
    Piti pour moi! piti pour toi! fuyons! tout dort!

                          LA ESMERALDA.

                Votre prire est une injure!

                         CLAUDE FROLLO.

    Aimes-tu mieux mourir?

                          LA ESMERALDA.

                          Le corps meurt, l'me sort.

                         CLAUDE FROLLO.

    Mourir, c'est bien affreux!

                          LA ESMERALDA.

                               Taisez-vous, bouche impure!
            Votre amour rend belle la mort!

                         CLAUDE FROLLO.

            Choisis, choisis.--Claude ou la mort!

  [Claude tombe aux pieds d'Esmeralda, suppliant. Elle le repousse.]

                          LA ESMERALDA.

            Non, meurtrier! jamais! silence!
            Ton lche amour est une offense.
            Plutt la tombe o je m'lance!
            Sois maudit parmi les maudits!

                         CLAUDE FROLLO.

            Tremble! l'chafaud te rclame.
            Sais-tu que je porte en mon me
            Des projets de sang et de flamme,
            De l'enfer dans-l'ombre applaudis?

                        Oh! je t'adore!
                        Donne ta main!
                        Tu peux encore
                        Vivre demain!
                        O nuit d'alarmes!
                        Nuit de remord!
                        Pour moi les larmes,
                        Pour toi la mort!
                        Dis-moi: Je t'aime!
                        Pour te sauver!--
                        L'aube suprme
                        Va se lever.
                Ah! puisqu'en vain je t'implore,
                Puisque ta haine me fuit,
                Adieu donc! un jour encore,
                Et puis l'ternelle nuit!

                          LA ESMERALDA.

                        Va, je t'abhorre,
                        Prtre inhumain!
                        Le meurtre encore
                        Rougit ta main!
                        O nuit d'alarmes!
                        Nuit de remord!
                        Assez de larmes,
                        Je veux la mort!
                        Dans les fers mme
                        Je t'ai brav.
                        Sois anathme!
                        Sois rprouv!
                Va, ton crime te dvore,
                Phoebus vers Dieu me conduit!
                Le ciel m'ouvre son aurore!
                L'enfer t'attend dans sa nuit!

  [Un gelier parat. Claude Frollo lui fait signe d'emmener la
    Esmeralda, et sort, pendant qu'on entrane la bohmienne.]




                            SCNE II.

[Le parvis Notre-Dame. La faade de l'glise. On entend un bruit
    de cloches.]


                           QUASIMODO.

                        Mon Dieu! j'aime,
                        Hors moi-mme,
                        Tout ici!
                        L'air qui passe
                        Et qui chasse
                        Mon souci!
                        L'hirondelle
                        Si fidle
                        Aux vieux toits!
                        Les chapelles
                        Sous les ailes
                        De la croix!
                        Toute rose
                        Qui fleurit;
                        Toute chose
                        Qui sourit!

                        Triste bauche,
                        Je suis gauche,
                        Je suis laid.
                        Point d'envie!
                        C'est la vie
                        Comme elle est!
                        Joie ou peine,
                        Nuit d'bne
                        Ou ciel bleu,
                        Que m'importe?
                        Toute porte
                        Mne  Dieu!
                        Noble lame,
                        Vil fourreau,
                        Dans mon me
                        Je suis beau!

                Cloches grosses et frles,
                Sonnez, sonnez toujours!
                Confondez vos voix grles
                Et vos murmures sourds!
                Chantez dans les tourelles,
                Bourdonnez dans les tours!

                        a, qu'on sonne!
                        Qu' grand bruit
                        On bourdonne
                        Jour et nuit!

                Nos ftes seront splendides.
                Aid par vous, j'en rponds.
                Sautez  bonds plus rapides
                Dans les airs que nous frappons!
                Voil les bourgeois stupides
                Qui se htent sur les ponts!

                        a, qu'on sonne,
                        Qu'on bourdonne
                        Jour et nuit!
                        Toute fte
                        Se complte
                        Par le bruit!

          [Il se retourne vers la faade de l'glise.]

    J'ai vu dans la chapelle une tenture noire.
    Hlas! va-t-on traner quelque misre ici?
    Dieu! quel pressentiment!... Non, je n'y veux pas croire!

      [Entrent Claude Frollo et Clopin, sans voir Quasimodo.]

    C'est mon matre.--Observons.--Il est bien sombre aussi!

         [Il se cache dans un angle obscur du portail.]

                O ma matresse!  Notre-Dame!
                Prenez mes jours, sauvez son me!



                           SCNE III.

           QUASIMODO, [cach;] CLAUDE FROLLO, CLOPIN.


                         CLAUDE FROLLO.

                Donc Phoebus est  Montfort?

                             CLOPIN.

                Monseigneur, il n'est pas mort!

                         CLAUDE FROLLO.

                Pourvu qu'ici rien ne l'amne!

                             CLOPIN.

                Ne vous en mettez pas en peine,
        Il est trop faible encor pour un si long chemin.
                S'il venait, sa mort serait sre.
                Monseigneur, soyez-en certain,
        Chaque pas qu'il ferait rouvrirait sa blessure.
                Ne craignez rien pour ce matin.

                         CLAUDE FROLLO.

            Ah! qu'aujourd'hui du moins seul je la tienne,
                Pour vivre ou mourir, dans ma main!
        Enfer, pour aujourd'hui je te donne demain!

      [A Clopin.]

        Bientt on va mener ici l'gyptienne.
                Toi, que de tout il te souvienne!--
                    Sur la place avec les tiens....

                             CLOPIN.

                        Bien.

                         CLAUDE FROLLO.

                             Tiens-toi dans l'ombre.
                    Si je crie: A moi! tu viens.

                             CLOPIN.

                        Oui.

                         CLAUDE FROLLO.

                            Soyez en nombre.

                             CLOPIN.

                    Donc si vous criez: A moi!...

                         CLAUDE FROLLO.

                        Oui.

                             CLOPIN.

                            J'accours prs d'elle.
                Je l'arrache aux gens du roi....

                         CLAUDE FROLLO.

                    Bien.

                             CLOPIN.

                         A vous la belle!

                         CLAUDE FROLLO.

                A la foule mlez-vous.
                        Et peut-tre
                Ce coeur deviendra plus doux
                        Pour le prtre.
                Alors vous accourez tous....

                             CLOPIN.

                        Oui, mon matre.

                         CLAUDE FROLLO.

                Tenez-vous partout serrs.

                             CLOPIN.

                    Oui.

                         CLAUDE FROLLO.

                        Cachez vos armes
                Pour ne pas donner d'alarmes.

                             CLOPIN.

                    Matre, vous verrez.

                         CLAUDE FROLLO.

                Mais que l'enfer la remporte,
                        Compagnon,
                Si la folle  cette porte
                        Me dit non!
                Destine!  jeu funeste!
                Ami, je compte sur toi.
                Sur la chance qui me reste
                Je me penche avec effroi.

                             CLOPIN.

                Ne craignez rien de funeste,
                Monseigneur, comptez sur moi.
                A la chance qui vous reste
                Confiez-vous sans effroi.

  [Ils sortent avec prcaution. Le peuple commence  arriver sur la place.]



                            SCNE IV.

        LE PEUPLE, QUASIMODO, [puis] LA ESMERALDA [et son
                cortge, puis] CLAUDE FROLLO, PHOEBUS, CLOPIN
             TROUILLEFOU, PRTRES, ARCHERS, GENS DE
                            JUSTICE.


                             CHOEUR.

                        A Notre-Dame
                        Venez tous voir
                        La jeune femme
                        Qui meurt ce soir!
                    Cette bohmienne
                    A poignard, je croi,
                    Un archer capitaine,
                    Le plus beau qu'ait le roi!
                        Eh quoi! si belle
                        Et si cruelle!
                        Entendez-vous?
                        Comment y croire?
                        L'me si noire
                        Et l'oeil si doux!
                    C'est une chose affreuse!
                    Ce que c'est que de nous!
                    La pauvre malheureuse!
                    Venez, accourez tous!
                        A Notre-Dame
                        Venez tous voir
                        La jeune femme
                        Qui meurt ce soir!

  [La foule grossit. Rumeur. Un cortge sinistre commence  dboucher
    sur la place du Parvis. Files de pnitents noirs. Bannires de la
    Misricorde. Flambeaux. Archers. Gens de justice et du guet. Les
    soldats cartent la foule. Parait la Esmeralda, en chemise, la
    corde au cou, pieds nus, couverte d'un grand crpe noir. Prs
    d'elle, un moine avec un crucifix. Derrire elle, les bourreaux et
    les gens du roi. Quasimodo, appuy aux contre-forts du portail,
    observe avec attention. Au moment o la condamne arrive devant la
    faade, on entend un chant grave et lointain venir de l'intrieur
    de l'glise, dont les portes sont fermes.]

                    CHOEUR, [dans l'glise.]

                    _Omnes fluctus fluminis
                    Transierunt super me
                    In imo voraginis
                    Ubi plorant anim._

  [Le chant s'approche lentement. Il clate enfin prs des portes, qui
    s'ouvrent tout  coup et laissent voir l'intrieur de l'glise
    occup par une longue procession de prtres en habits de crmonie
    et prcds de bannires. Claude Frollo, en costume sacerdotal,
    est en tte de la procession. Il s'avance vers la condamne.]

                           LE PEUPLE.

                Vive aujourd'hui, morte demain!
                Doux Jsus, tendez-lui la main!

                          LA ESMERALDA.

                C'est mon Phoebus qui m'appelle
                Dans la demeure ternelle
                O Dieu nous tient sous son aile.
                Bni soit mon sort cruel!
                Au fond de tant de misre,
                Mon coeur qui se brise espre.
                Je vais mourir pour la terre,
                Je vais natre pour le ciel!

                         CLAUDE FROLLO.

                Mourir si jeune, si belle!
                Hlas! le prtre infidle
                Est bien plus condamn qu'elle!
                Mon supplice est ternel.
                Pauvre fille de misre,
                Que j'ai prise dans ma serre,
                Tu vas mourir pour la terre;
                Moi, je suis mort pour le ciel!

                           LE PEUPLE.

                Hlas! c'est une infidle!
                Le ciel, qui tous nous appelle,
                N'a point de portes pour elle.
                Son supplice est ternel.
                La mort, oh! quelle misre!
                La tient dans sa double serre;
                Elle est morte pour la terre,
                Elle est morte pour le ciel!

     [La procession s'approche, Claude aborde la Esmeralda.]

               LA ESMERALDA, [glace de terreur.]

    C'est le prtre!

                      CLAUDE FROLLO, [bas.]

                    Oui, c'est moi; je t'aime et je t'implore.
            Dis un seul mot, je puis encore,
            Je puis encore te sauver.
            Dis-moi: Je t'aime.

                          LA ESMERALDA.

                               Je t'abhorre!
    Va-t'en!

                         CLAUDE FROLLO.

            Alors meurs donc! j'irai te retrouver.

      [Il se tourne vers la foule.]

    Peuple, au bras sculier nous livrons cette femme.
    A ce suprme instant, puisse sur sa pauvre me
            Passer le souffle du Seigneur!

  [Au moment o les hommes de justice mettent la main sur la Esmeralda,
    Quasimodo saute dans la place, repousse les archers, saisit la
    Esmeralda dans ses bras, et se jette dans l'glise avec elle.]

                           QUASIMODO.

                    Asile! asile! asile!

                           LE PEUPLE.

                    Asile! asile! asile!
                    Nol, gens de la ville!
                    Nol au bon sonneur!
                        O destine!
                        La condamne
                        Est au Seigneur.
                        Le gibet tombe,
                        Et l'ternel,
                        Au lieu de tombe,
                        Ouvre l'autel.
                        Bourreaux, arrire,
                        Et gens du roi!
                        Cette barrire
                        Borne la loi.
                        C'est toi qui changes
                        Tout en ce lieu.
                        Elle est aux anges,
                        Elle est  Dieu!

       CLAUDE FROLLO, [faisant faire silence d'un geste.]

    Elle n'est pas sauve, elle est gyptienne.
    Notre-Dame ne peut sauver qu'une chrtienne.
    Mme embrassant l'autel les paens sont proscrits.

      [Aux gens du roi.]

    Au nom de monseigneur l'vque de Paris,
            Je vous rends cette femme impure.

                    QUASIMODO, [aux archers.]

            Je la dfendrai, je le jure!
            N'approchez pas!

                  CLAUDE FROLLO, [aux archers.]

                            Vous hsitez!
            Obissez  l'instant mme.
    Arrachez du saint lieu cette fille bohme.

[Les archers s'avancent. Quasimodo se place entre eux et la Esmeralda.]

                           QUASIMODO.

            Jamais!

      [On entend UN CAVALIER accourir et crier du dehors:]

                   Arrtez!

                                            [La foule s'carte.]

  PHOEBUS, [apparaissant  cheval, ple, haletant, puis comme
    un homme qui vient de faire une longue course.]

                                                   Arrtez!

                          LA ESMERALDA.

            Phoebus!

               CLAUDE FROLLO, [ part, terrifi.]

                    La trame se dchire!

              PHOEBUS, [se jetant  bas du cheval.]

                Dieu soit lou! je respire.
                J'arrive  temps. Celle-ci
                Est innocente, et voici
                Mon assassin!

                                     [Il dsigne Claude Frollo.]

                              TOUS.

                             Ciel! le prtre!

                            PHOEBUS.

    Le prtre est seul coupable, et je le prouverai.
    Qu'on l'arrte.

                           LE PEUPLE.

                   O surprise!

                          [Les archers entourent Claude Frollo.]

                         CLAUDE FROLLO.

                              Ah! Dieu seul est le matre!

                          LA ESMERALDA.

    Phoebus!

                            PHOEBUS.

            Esmeralda!

                 [Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre.]

                          LA ESMERALDA.

                      Mon Phoebus ador!
    Nous vivrons.

                            PHOEBUS.

                 Tu vivras.

                          LA ESMERALDA.

                           Pour nous le bonheur brille.

                           LE PEUPLE.

    Vivez tous deux!

                          LA ESMERALDA.

                    Entends ces joyeuses clameurs!
            A tes pieds reois l'humble fille.--
            Ciel! tu plis! Qu'as-tu?

                     PHOEBUS, [chancelant.]

                                     Je meurs.

[Elle le reoit dans ses bras. Attente et anxit dans la foule.]

        Chaque pas que j'ai fait vers toi, ma bien-aime,
        A rouvert ma blessure  peine encor ferme.
        J'ai pris pour moi la tombe et te laisse le jour.
                J'expire. Le sort te venge;
                Je vais voir,  mon pauvre ange,
                Si le ciel vaut ton amour!
        --Adieu!

                          [Il expire.]

                          LA ESMERALDA.

            Phoebus! il meurt! en un instant tout change!

                   [Elle tombe sur son corps.]

                Je te suis dans l'ternit!

                         CLAUDE FROLLO.

                Fatalit!

                           LE PEUPLE.

                         Fatalit!





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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
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1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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