Project Gutenberg's Le Livre 010101, Tome 2 (1998-2003), by Marie Lebert

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Title: Le Livre 010101, Tome 2 (1998-2003)

Author: Marie Lebert

Release Date: October 26, 2008 [EBook #27038]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE LIVRE 010101, TOME 2 (1998-2003) ***




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LE LIVRE 010101, TOME 2 (1998-2003)


MARIE LEBERT


NEF, University of Toronto, 2003

Copyright  2003 Marie Lebert

LE LIVRE 010101 - dat de septembre 2003 - est une synthse sur tous les acteurs
de l'dition numrique et l'apport des technologies numriques dans le monde du
livre. L'internet et les technologies numriques sont en train de bouleverser le
monde du livre. Imprim sous de multiples formes depuis plus de cinq sicles, le
livre se convertit. Si le livre imprim a toujours sa place, et pour longtemps
encore, d'autres supports se dveloppent, et les habitudes de travail changent.
Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre? Quelles
sont les perspectives pour les prochaines annes?

TOME 2. 1998-2003. Les annes 1998-2003 voient l'apparition de dictionnaires en
ligne, de bases textuelles sur le web, d'oeuvres hypermdias, de livres en
version numrique, de livres numriques braille et audio, de logiciels de
traduction, de logiciels de lecture pour ordinateur et assistant personnel
(PDA), d'appareils de lecture de la taille d'un livre, etc. Si la progression du
livre numrique est lente, elle est constante. On attend maintenant la connexion
 l'internet sans fil et le papier lectronique. La version originale est
disponible sur le NEF: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/010101/


TABLE


# Sommaire

# Introduction

1. Chronologie des faits

2. Les auteurs  l'heure de l'internet

3. L'dition devient lectronique

4. La librairie web se diversifie

5. Le rseau des bibliothques numriques

6. Une vaste encyclopdie

7. Des livres en version numrise

8. Des appareils de lecture

9. Bientt des livres multilingues?

# Conclusion

# [Annexe] Rpertoires

# [Annexe] Perspectives

# [Annexe] Commentaires

# Sites et pages web


# SOMMAIRE


L'internet et les technologies numriques sont en train de bouleverser le monde
du livre. Imprim sous de multiples formes depuis plus de cinq sicles, le livre
se convertit. Si le livre imprim a toujours sa place, et pour longtemps encore,
d'autres supports se dveloppent, et les habitudes de travail changent. Le
mouvement amorc entre 1993 et 1998 s'accentue, avec de plus en plus de textes
lectroniques, de sites web lis au livre, d'diteurs lectroniques, de
librairies en ligne et de bibliothques numriques. Les annes 1998-2003 voient
l'apparition de dictionnaires en ligne, de bases textuelles sur le web,
d'oeuvres hypermdias, de livres en version numrique, de livres numriques
braille et audio, de logiciels de traduction, de logiciels de lecture pour
ordinateur et assistant personnel (PDA), d'appareils de lecture de la taille
d'un livre, etc., en attendant la connexion  l'internet sans fil et le papier
lectronique. Bas sur le suivi de l'actualit et sur de nombreux entretiens, Le
Livre 010101 (1998-2003) tente de faire le tour de la question. Il est complt
par une liste de rpertoires et une srie de signets.

= L'auteure

Adepte de l'internet, du tltravail et du zro papier, Marie Lebert est
traductrice-ditrice auprs d'une agence des Nations Unies, pour gagner sa vie.
A titre personnel, elle est galement chercheuse, crivain et journaliste. Elle
s'intresse entre autres aux bouleversements apports dans le monde du livre par
l'internet et les technologies numriques. Elle prne aussi la diffusion libre
du savoir et la cration de nouvelles structures ditoriales s'affranchissant
des modles traditionnels.

= L'diteur

Le Livre 010101 (1998-2003) est publi en ligne sur le Net des tudes franaises
(NEF), cr en mai 2000 par Russon Wooldridge, professeur au dpartement
d'tudes franaises de l'Universit de Toronto. Le NEF se veut d'une part "un
filet trouv qui ne capte que des morceaux choisis du monde des tudes
franaises, tout en tissant des liens entre eux", d'autre part un rseau dont
les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans le champ des tudes franaises et
partageant librement leur savoir et leurs produits avec autrui", deux belles
dfinitions qui s'appliquent aussi au Livre 010101. Un autre volume, Le Livre
010101 (1993-1998), couvre la priode prcdente.

= Remerciements

Le Livre 010101 (1998-2003) doit beaucoup  tous les professionnels du livre (et
apparents) qui ont accept de rpondre par courriel  mes questions, dont
certains  plusieurs reprises depuis 1998. Qu'ils en soient ici chaleureusement
remercis. La quasi-totalit des entretiens est publie en ligne sur le Net des
tudes franaises (NEF). [Voir le livre: Entretiens (1998-2001).]


# INTRODUCTION


L'internet et les technologies numriques sont en train de bouleverser le monde
du livre. Imprim sous de multiples formes depuis plus de cinq sicles, le livre
se convertit. Si, en 2003, le livre imprim a toujours sa place, et pour
longtemps encore, d'autres supports se dveloppent, et les habitudes de travail
changent. Le mouvement amorc entre 1993 et 1998 s'accentue, avec de plus en
plus de textes lectroniques, de sites web lis au livre, d'diteurs
lectroniques, de librairies en ligne et de bibliothques numriques. Les annes
1998-2003 voient l'apparition de dictionnaires en ligne, de bases textuelles sur
le web, d'oeuvres hypermdias, de livres en version numrique, de livres
numriques braille et audio, de logiciels de traduction, de logiciels de lecture
pour ordinateur et assistant personnel (PDA), d'appareils de lecture de la
taille d'un livre, etc. On attend maintenant la connexion  l'internet dans fil
et le papier lectronique.

Le grand vecteur du livre numrique est le web qui, s'il subit l'emprise des
multinationales, est galement devenu en quelques annes une gigantesque
encyclopdie, une norme bibliothque, une immense librairie et un organe de
presse des plus complets. Le web est relay par d'autres secteurs de l'internet,
 commencer par le courrier lectronique, les listes de diffusion et les forums
de discussion. A cela s'ajoutent des services spcifiques au livre, comme la
numrisation des oeuvres imprimes, la conception des logiciels de lecture, la
fabrication des livres numriques et la mise au point des appareils de lecture.

Converties en textes lectroniques, les oeuvres du domaine public peuvent
dsormais tre diffuses librement, y compris auprs des aveugles et malvoyants.
A ct du livre imprim apparat le livre numrique, qu'on peut lire sur son
ordinateur, sur son assistant personnel (PDA) ou sur un appareil ddi qu'on
appelle livre lectronique. Par ailleurs, des crivains explorent les
possibilits offertes par l'hyperlien ou le courriel pour crer des oeuvres d'un
genre nouveau.

Le numrique secoue durement le monde de l'imprim, rput jusque-l pour sa
stabilit. Contrairement aux pronostics un peu rapides de quelques spcialistes
enthousiastes, le livre imprim n'est pas menac pour autant, loin s'en faut, et
point n'est besoin de pleurer la mort du papier. On a dsormais deux supports -
papier et numrique - au lieu d'un seul. Si les professionnels du livre sont
maintenant nombreux  utiliser les ressources offertes par le numrique, peu
d'entre eux cependant sont devenus des adeptes du zro papier, et beaucoup
restent amoureux du livre imprim,  la fois pour son ct pratique et pour le
plaisir de l'objet.

Le livre imprim a cinq sicles et demi. Le livre numrique est plus difficile 
dater. Si on le considre comme un texte lectronique, il aurait trente ans et
serait n avec le Projet Gutenberg, cr ds juillet 1971 par Michael Hart pour
distribuer gratuitement les oeuvres du domaine public par voie lectronique. Il
faut toutefois attendre le dveloppement du web au milieu des annes 1990 pour
que dbute une vritable diffusion des textes  l'chelle de la plante. Si on
le rduit  son aspect commercial, le livre numrique serait n en mai 1998 avec
la mise en vente des premiers titres numriques par les ditions 00h00. Mais, l
aussi, le livre numrique commercial ne prend vraiment son essor que deux ans et
demi plus tard,  compter du deuxime semestre 2000. Signe des temps, en
novembre 2000, la British Library met en ligne la version numrique de la Bible
de Gutenberg (1454-1455), premier livre  avoir jamais t imprim.
Le Livre 010101 (1998-2003) expose les changements apports par l'utilisation
extensive de l'internet, la diffusion  grande chelle des textes lectroniques
et la commercialisation des livres numriques (versions numrises d'un livre),
et ce dans toutes les catgories professionnelles lies au livre: chez les
auteurs, les diteurs et les libraires bien sr, mais aussi chez les
bibliothcaires-documentalistes, les professeurs, les chercheurs, les
traducteurs, les linguistes, les crateurs de sites littraires, les concepteurs
de nouveaux supports de lecture, etc.

Ce livre se base  la fois sur le suivi de l'actualit pendant plusieurs annes
et sur des entretiens mens par courriel auprs de nombreux professionnels du
livre (et apparents). Il ne prendmalheureusement pas en compte - ou si peu -
les vastes domaines que sont les manuels d'enseignement et les livres pour
enfants. Ses quelque 150 pages n'y suffiraient pas, et chaque domaine mriterait
des mois de recherche et une tude  part.

Dans les pages qui suivent, "livre numrique" (version numrise d'un livre) et
"livre lectronique" (appareil de lecture) sont utiliss faute de mieux, en
attendant peut-tre une terminologie plus adapte. En anglais, le terme "ebook"
recouvre les deux notions, ce qui n'est pas non plus sans prter  confusion. Le
livre tant  l'origine un assemblage de feuilles imprimes formant un volume,
utiliser le terme "livre" en le couplant avec les adjectifs "numrique" et
"lectronique" relve bien sr de l'hrsie si on s'en tient au livre en tant
que support. Mais ces expressions sont tout de mme acceptables si on considre
le livre dans sa dimension ditoriale.

Ce problme terminologique est soulev par Pierre Schweitzer, concepteur du
baladeur de textes @folio. "J'ai toujours trouv l'expression 'livre
lectronique' trs trompeuse, pigeuse mme, crit-il en juillet 2002. Car quand
on dit 'livre', on voit un objet trivial en papier, tellement courant qu'il est
devenu anodin et invisible... alors qu'il s'agit en fait d'un summum
technologique  l'chelle d'une civilisation. Donc le terme 'livre' renvoie sans
s'en rendre compte  la dimension ditoriale - le contenu -, puisque 'l'objet
technique', gnial, n'est pas vraiment vu, ralis... Et de ce point de vue,
cette dimension-l du livre, comme objet technique permettant la mise en page,
le feuilletage, la conservation, la distribution, la commercialisation, la
diffusion, l'change, etc., des oeuvres et des savoirs, est absolument
indpassable. Quand on lui colle 'lectronique' ou 'numrique' derrire, cela
renvoie  tout autre chose: il ne s'agit pas de la dimension indpassable du
codex, mais de l'exploit inou du flux qui permet de transmettre  distance, de
recharger une mmoire, etc., et tout a n'a rien  voir avec le gnie originel
du codex! C'est autre chose, autour d'internet, de l'histoire du tlgraphe, du
tlphone, des rseaux..."

C'est pour tenter de contrer ce flou terminologique que ce livre a pour titre Le
Livre 010101. Le livre 010101, c'est  la fois le livre numrique, le livre
lectronique, le texte lectronique, la base de donne numrique et l'oeuvre
numrise. De plus, 010101 en numration binaire donne 21, un nombre qui, s'il
est symbolique, n'est pas trs lev, et montre qu'il reste beaucoup  faire.

Comme si cela n'tait pas suffisant, Le Livre 010101 est en lui-mme une
aventure ditoriale, avec un premier livre couvrant les annes 1993-1998, un
deuxime livre d'enqute publi en ligne en juillet 2001, un troisime livre
plus analytique distribu au format PDF en septembre 2002, un quatrime livre
publi en ligne en mars 2003 et enfin une ultime version datant de septembre
2003 (celle que vous tes en train de lire). La totalit des entretiens, tudes,
enqutes et analyses est disponible en ligne sur le Net des tudes franaises
(NEF),  l'adresse suivante: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/


1. CHRONOLOGIE DES FAITS


[Dans cette chronologie:]

[1.1. Quelques balises / 1.2. Chronologie dtaille]


1.1. Quelques balises


Dans le monde du livre, le dveloppement du numrique dbute vritablement en
1993-1994, paralllement  celui du web, avec une acclration sensible  partir
de l'anne 2000. Ces quelques balises prcdent une chronologie dtaille.

Juillet 1971

= Gense du Projet Gutenberg, premire bibliothque numrique au monde

Janvier 1991

= Cration de l'Unicode Consortium pour dvelopper un systme d'encodage
informatique permettant de traiter toutes les langues de la plante

Avril 1993

= Cration d'ABU: la bibliothque universelle (ABU: Association des bibliophiles
universels), premire bibliothque numrique francophone

Juin 1993

= Lancement par Adobe du premier logiciel de lecture, l'Acrobat Reader, qui
permet de lire des documents au format PDF (portable document format)

Novembre 1994

= Naissance des Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire des actualits de
l'internet et premire lettre d'information lectronique francophone

Fvrier 1995

= Mise en ligne du site web du Monde diplomatique, premier site d'un priodique
imprim franais

Avril 1995

= Cration d'Editel, pionnier de l'dition littraire francophone en ligne

Juillet 1995

= Cration de la librairie en ligne Amazon.com, futur gant du commerce
lectronique

Fvrier 1996
= Naissance de la lettre d'information lectronique LMB Actu (Le Micro Bulletin
Actu), qui devient Internet Actu en septembre 1999

Mai 1996

= Cration du DAISY Consortium (DAISY: Digital Audio Information System),
consortium international charg de dfinir un standard de livre audionumrique

Aot 1996

= Cration de CyLibris, pionnier francophone de l'dition lectronique
commerciale, qui se spcialise dans la publication de nouveaux auteurs
littraires

Octobre 1996

= Gense d'@folio, dfini comme un baladeur de texte ou un support de lecture
nomade

Avril 1997

= Cration de la socit E Ink par des chercheurs du Media Lab du MIT
(Massachusetts Institute of Technology) pour dvelopper un modle de papier
lectronique

Octobre 1997

= Mise en ligne de Gallica, le secteur numrique de la Bibliothque nationale de
France

Mai 1998

= Mise en ligne des ditions 00h00, premier diteur au monde  vendre des livres
numriques

Septembre 1999

= Cration de l'Open eBook (OeB), un format standard de livre numrique

Dcembre 1999

= Mise en ligne de WebEncyclo, premire encyclopdie francophone en accs libre

Dcembre 1999

= Mise en ligne de l'Encyclopaedia Britannica, premire encyclopdie anglophone
en accs libre

Mars 2000

= Cration de Mobipocket, socit spcialise dans la lecture et la distribution
scurise de livres numriques sur assistant personnel (PDA)

Mai 2000

= Cration du Net des tudes franaises (NEF), un rseau dont les auteurs
partagent librement leur savoir et leurs produits avec autrui

Juillet 2000

= Auto-publication sur l'internet de The Plant de Stephen King, premier auteur
de best-sellers  se lancer dans un tel pari

Aot 2000

= Diffusion du Microsoft Reader, logiciel permettant de lire des livres
numriques sur toute plate-forme Windows

Septembre 2000

= Rachat des ditions 00h00 par Gemstar-TV Guide International, socit
amricaine spcialise dans les produits et services numriques pour les mdias

Septembre 2000

= Mise en ligne gratuite du Grand dictionnaire terminologique (GDT), la base
terminologique bilingue franais-anglais de l'Office qubcois de la langue
franaise (OQLF)

Septembre 2000

= Mise en ligne de Numilog, premire librairie  vendre exclusivement des livres
numriques

Septembre 2000

= Fondation de la Public Library of Science (PLoS) dans le but de crer des
archives en accs libre d'articles scientifiques et mdicaux

Octobre 2000

= Lancement des deux premiers modles de Gemstar eBook, livres lectroniques
faisant suite aux prcurseurs Rocket eBook et Softbook Reader

Novembre 2000

= Mise en ligne de la version numrise de la Bible de Gutenberg sur le site de
la British Library

Dcembre 2000

= Cration de la socit Gyricon Media pour dvelopper le SmartPaper, un modle
de papier lectronique

Janvier 2001

= Lancement par la socit Cytale du Cybook, premier livre lectronique europen

Janvier 2001

= Lancement par Adobe de l'Acrobat eBook Reader, logiciel de lecture pour les
livres numriques soumis au copyright, avec gestion des droits par l'Adobe
Content Server

Mars 2001

= Lancement par Palm du Palm Reader, logiciel de lecture de l'assistant
personnel (PDA) Palm Pilot

Octobre 2001

= Lancement par Microsoft du systme d'exploitation Pocket PC 2002, qui permet
la lecture de livres numriques soumis au copyright

Fvrier 2002

= Mise en ligne de Bookshare.org, une grande bibliothque numrique 
l'intention des aveugles et malvoyants rsidant aux Etats-Unis

Septembre 2002

= Mise en ligne de la version pilote du MIT OpenCourseWare, qui offre en accs
libre le matriel d'enseignement de 32 cours dispenss par le MIT (Massachusetts
Institute of Technology)

Dcembre 2002

= Dbut des activits d'dition non commerciale de la Public Library of Science
(PLoS) pour le lancement de priodiques scientifiques et mdicaux de haut niveau
avec diffusion en ligne gratuite

Fvrier 2003

= Ouverture du portail Handicapzro, qui met l'information et le texte  la
disposition de tous les francophones ayant un problme visuel


1.2. Chronologie dtaille


= Juillet 1971

Fond par Michael Hart en juillet 1971 alors qu'il tait tudiant  l'Universit
de l'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg a pour but de diffuser
gratuitement par voie lectronique le plus grand nombre possible d'oeuvres du
domaine public. Il est le premier site d'information sur un internet encore
embryonnaire, qui dbute vritablement en 1974 et prend son essor en 1983. Vient
ensuite le web (sous-ensemble de l'internet), oprationnel en 1991, puis le
premier navigateur, qui apparat en novembre 1993. Lorsque l'utilisation du web
se gnralise, le Project Gutenberg trouve un second souffle et un rayonnement
international. Au fil des ans, des centaines d'oeuvres sont patiemment numrises
en mode texte par des volontaires de nombreux pays. D'abord essentiellement
anglophones, les collections deviennent peu  peu multilingues. La plus ancienne
bibliothque numrique sur l'internet franchit la barre des 5.000 titres en
avril 2002, puis des 10.000 titres en octobre 2003, avec plus d'un millier de
volontaires.

= Janvier 1991

Cr en janvier 1991, l'Unicode Consortium a pour tche de dvelopper l'Unicode,
un systme d'encodage informatique sur 16 bits spcifiant un nombre unique pour
chaque caractre. Ce nombre est lisible quels que soient la plate-forme, le
logiciel et la langue utiliss. L'Unicode (qui, en 2003, en est  sa 4e version)
peut traiter 65.000 caractres uniques, et donc prendre en compte tous les
systmes d'criture de la plante. A la grande satisfaction des linguistes, il
remplace progressivement l'ASCII (American standard code for information
interchange), un systme d'encodage sur 7 bits qui ne peut traiter que 128
caractres, et donc uniquement l'anglais, puis quelques alphabets europens avec
les 256 caractres de l'ASCII tendu sur 8 bits.

= Avril 1993

Cre en avril 1993, ABU: la bibliothque universelle (ABU: Association des
bibliophiles universels) est la premire bibliothque numrique francophone 
voir le jour,  l'initiative de l'association du mme nom, base  Paris. Ses
membres, bnvoles, scannent ou dactylographient eux-mmes des oeuvres
francophones du domaine public. En 2002, les collections approchent les 300
textes.

= Juin 1993

En juin 1993, la socit Adobe lance le premier logiciel de lecture, l'Acrobat
Reader, qui permet de lire des documents au format PDF (portable document
format). L'attrait de ce format est de conserver la prsentation, les polices,
les couleurs et les images du document source, quelle que soit la plate-forme
utilise pour le crer (au moyen du logiciel Adobe Acrobat) et pour le lire. Le
format PDF devient progressivement la norme internationale de diffusion des
documents lectroniques. L'Acrobat Reader pour ordinateur est disponible en
plusieurs langues et pour diverses plates-formes (Windows, Macintosh, Linux,
Unix). En 2001, Adobe lance un Acrobat Reader pour assistant personnel (PDA),
utilisable sur le Palm Pilot (en mai 2001) puis sur le Pocket PC (en dcembre
2001). En 2003, le logiciel Adobe Acrobat en est  sa version 6.

= Novembre 1994

En novembre 1994, Jean-Pierre Cloutier, journaliste qubcois, cre Les
Chroniques de Cybrie, une chronique hebdomadaire des actualits de l'internet,
sous la forme d'une lettre envoye par courrier lectronique. A partir d'avril
1995, sa chronique est galement prsente sur le web. Au fil des ans, elle
devient une rfrence dans la communaut francophone, y compris dans le domaine
du livre. En 2002, les Chroniques comptent 5.600 abonns.

= Fvrier 1995

En fvrier 1995 est mis en ligne le site web du mensuel Le Monde diplomatique,
premier site d'un priodique imprim franais. Mont dans le cadre d'un projet
exprimental avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA), ce site est
inaugur lors du forum des images Imagina. Quelques mois aprs, plusieurs
quotidiens imprims mettent en ligne un site web: Libration  la fin de 1995,
Le Monde et L'Humanit en 1996, etc.

= Avril 1995

En avril 1995, Pierre Franois Gagnon, pote et essayiste qubcois, cre
Editel, site pionnier de l'dition littraire francophone. Aprs avoir t le
premier site web d'auto-dition collective de langue franaise, Editel devient
un site de cyberdition non commerciale en partenariat avec quelques auteurs
maison, ainsi qu'un webzine littraire.

= Juillet 1995

En juillet 1995 nat aux Etats-Unis la librairie en ligne Amazon.com, futur
gant du commerce lectronique. Jeff Bezos fonde la librairie suite  une tude
de march dmontrant que les livres sont les meilleurs produits  vendre sur
l'internet. Amazon.com dbute avec dix salaris et trois millions d'articles.
Cinq ans plus tard, en novembre 2000, la socit compte 7.500 salaris, 28
millions d'articles, 23 millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni,
Allemagne, Franceet Japon), auxquelles s'ajoute en juin 2002 une cinquime
filiale au Canada. Admir par certains, son modle conomique est contest par
d'autres, notamment en matire de gestion du personnel.

= Fvrier 1996

En fvrier 1996, Franois Vadrot, directeur des systmes d'information du CNRS
(Centre national de la recherche scientifique, France), cre LMB Actu (Le Micro
Bulletin Actu), une lettre d'information hebdomadaire consacre  l'actualit de
l'internet et des nouvelles technologies. En aot 1999, il fonde la socit de
cyberpresse FTPress (French Touch Press), base  Paris. En septembre 1999, il
lance Internet Actu, qui remplace LMB Actu. D'autres publications suivent, ainsi
que des ralisations multimdias et des missions de tlvision, dont certaines
suivent de prs l'actualit du livre. En avril 2002, Internet Actu est rachet
par INIST Diffusion (INIST: Institut de l'information scientifique et
technique). FTPress cesse ses activits en mai 2003.

= Mai 1996

Fond en mai 1996, le DAISY Consortium (DAISY: Digital Audio Information System)
est un consortium international charg d'assurer la transition entre le livre
audio analogique (sur bande magntique ou sur cassette) et le livre
audionumrique. Sa tche est de dfinir une norme internationale, dterminer les
conditions de production, d'change et d'utilisation du livre audionumrique, et
enfin organiser la numrisation du matriel audio  l'chelle mondiale. La norme
DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet l'indexation
du livre audio et l'ajout de signets pour une navigation facile au niveau du
paragraphe, de la page ou du chapitre. En aot 2003, prs de 41.000 livres
audionumriques rpondent  cette norme.

= Aot 1996

Fond en aot 1996  Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris,
livre) est le pionnier francophone de l'dition lectronique commerciale.
CyLibris est en effet la premire maison d'dition  utiliser l'internet et le
numrique pour publier de nouveaux auteurs littraires. Vendus uniquement sur le
web, les livres sont imprims  la commande et envoys directement au client, ce
qui permet d'viter le stock et les intermdiaires. Au printemps 2000, CyLibris
devient membre du Syndicat national de l'dition (SNE). En 2001, certains titres
sont galement distribus par un rseau de librairies traditionnelles et
numriques. En 2003, le catalogue de CyLibris comprend une cinquantaine de
titres.

= Octobre 1996

Architecte designer, Pierre Schweitzer cre en octobre 1996 le concept d'@folio
(qui se prononce: a-folio) dans le cadre d'un projet de design dpos  l'Ecole
d'architecture de Strasbourg. Dfini comme un baladeur de textes ou un support
nomade, @folio permet de lire des textes glans sur l'internet. De petite
taille, il cherche  mimer, sous forme lectronique, le dispositif technique du
livre, afin d'offrir une mmoire de fac-simils relis en hypertexte pour
faciliter le feuilletage. Sa commercialisation devrait dbuter en 2004.

= Avril 1997

En avril 1997, des chercheurs du Media Lab du MIT (Massachusetts Institute of
Technology) crent la socit E Ink afin de dvelopper et commercialiser une
technologie d'encre lectronique. Prises entre deux feuilles de plastique
souple, des millions de microcapsules contiennent chacune des particules noires
et blanches (ou une autre combinaison de couleurs) en suspension dans un fluide
clair. Un champ lectrique positif ou ngatif permet de faire apparatre le
groupe de particules souhait  la surface du support, afin d'afficher, de
modifier ou d'effacer des donnes. En juillet 2002, E Ink prsente le prototype
du premier cran couleur utilisant cette technologie. Dvelopp en partenariat
avec les socits Toppan et Philips, cet cran devrait tre commercialis en
2004.

= Octobre 1997

En octobre 1997, la Bibliothque nationale de France (BnF) met en ligne sa
bibliothque numrique Gallica. En accs libre, Gallica devient rapidement l'une
des plus importantes bibliothques numriques du rseau. On y trouve les
documents libres de droits du fonds numris de la BnF,  savoir, en 2003,
70.000 ouvrages et 80.000 images allant du Moyen-Age au dbut du 20e sicle.
Pour des raisons de cot, les documents sont essentiellement numriss en mode
image.

= Mai 1998

En mai 1998 sont lances  Paris les ditions 00h00 (qui se prononce: zro
heure), premier diteur au monde  vendre des livres numriques. Les deux
fondateurs de 00h00, Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira, choisissent ce
nom  dessein pour voquer "cette ide d'origine, de nouveau dpart", en faisant
le pari de concilier dition lectronique et commerce. Pas de stock, pas de
contrainte physique de distribution, mais un trs beau site, sur lequel on lit:
"Internet est un lieu sans pass, o ce que l'on fait ne s'value pas par
rapport  une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manires de faire les
choses." En 2000, le catalogue comprend 600 titres, une centaine d'oeuvres
originales et des rditions lectroniques d'ouvrages publis par d'autres
diteurs. Les versions numriques reprsentent 85% des ventes, les 15% restants
tant des versions imprimes  la demande du client.

= Septembre 1999

En septembre 1999 est cr l'Open eBook (OeB), un format standard de livre
numrique bas sur le langage XML (extensible markup language) et dfini par
l'OeBPS (open ebook publication structure). Le format OeB est dvelopp par
l'Open eBook Forum (OeBF), un consortium industriel international fond en
janvier 2000 pour regrouper constructeurs, concepteurs de logiciels, diteurs,
libraires et spcialistes du numrique (85 participants en 2002). L'OeBPS en est
 sa version 1.2, date d'aot 2002.

= Dcembre 1999

En dcembre 1999, les ditions Atlas mettent en ligne WebEncyclo, premire
grande encyclopdie francophone en accs libre sur le web. La recherche est
possible par mots-cls, thmes, mdias (cartes, liens internet, photos,
illustrations) et ides. La section "ebEncyclo contributif" regroupe les
articles rgulirement envoys par des spcialistes. En 2002, l'accs est soumis
 une inscription gratuite au pralable.

= Dcembre 1999

En dcembre 1999, Britannica.com propose l'quivalent numrique des 32 volumes
de la 15e dition imprime de l'Encyclopaedia Britannica, qui devient ainsi la
premire grande encyclopdie anglophone en accs libre sur le web.
L'encyclopdie en ligne est complte par un choix d'articles (provenant de 70
titres de presse), un guide des meilleurs sites web, une slection de livres,
etc., le tout tant accessible  partir d'un moteur de recherche unique. En
septembre 2000, Britannica.com fait partie des cent sites les plus visits au
monde. En juillet 2001, la consultation devient payante sur la base d'un
abonnement mensuel ou annuel.

= Mars 2000

Cre en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la socit Mobipocket,
base  Paris, est spcialise dans la lecture et la distribution scurise de
livres numriques sur assistant personnel (PDA). Son logiciel de lecture, le
Mobipocket Reader, est "universel", c'est--dire utilisable sur tout PDA. En
avril 2002, la socit lance aussi un Mobipocket Reader pour ordinateur. Au
printemps 2003, le Mobipocket Reader quipe les gammes Palm Pilot, Pocket PC,
eBookMan et Psion, et les smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la mme date,
le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader est de 6.000 titres dans
plusieurs langues (franais, anglais, allemand, espagnol), distribus soit sur
le site de Mobipocket soit dans des librairies partenaires.

= Mai 2000

En mai 2000, Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto, cre le Net des tudes franaises (NEF), suite au
colloque qu'il organise pour runir un groupe de francophones (Colloque
international sur les tudes franaises favorises par les nouvelles
technologies d'information et de communication, Toronto, mai 2000). Le NEF se
veut  la fois un site d'dition non commerciale et un rseau dont les auteurs
partagent librement leur savoir et leurs produits avec autrui. Le NEF organise
ensuite un deuxime colloque en mai 2002  Lisieux (Normandie).

= Juillet 2000

En juillet 2000 dbute l'auto-publication lectronique de The Plant, roman
pistolaire de Stephen King. Premier auteur de best-sellers  se lancer dans un
tel pari, Stephen King commence d'abord par distribuer en mars 2000 sa nouvelle
Riding The Bullet uniquement en version numrique. 400.000 exemplaires sont
tlchargs dans les premires 24 heures. Suite  ce succs  la fois mdiatique
et financier, il cre un site web spcifique pour auto-publier The Plant en
pisodes. Les chapitres paraissent  intervalles rguliers et sont
tlchargeables dans plusieurs formats (PDF, OeB, HTML, texte, etc.). En
dcembre 2000, aprs la parution du sixime chapitre, l'auteur dcide
d'interrompre cette exprience, le nombre de tlchargements et de paiements
ayant rgulirement baiss au fil des chapitres.

= Aot 2000

En aot 2000, Microsoft aborde le march naissant du livre numrique en
diffusant trs largement son logiciel de lecture, le Microsoft Reader. Celui-ci
est disponible pour toute plate-forme Windows, aprs avoir d'abord quip
uniquement le Pocket PC, l'assistant personnel (PDA) lanc en avril 2000 pour
concurrencer le Palm Pilot. Microsoft passe aussi des partenariats avec Barnes &
Noble.com (en janvier 2000) et Amazon.com (en aot 2000) pour dbuter la vente
de livres numriques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes & Noble.com ouvre
son secteur numrique en aot 2000, suivi par Amazon.com en novembre 2000.

= Septembre 2000

En septembre 2000, les ditions 00h00 sont rachetes par Gemstar-TV Guide
International, socit amricaine spcialise dans les produits et services
numriques pour les mdias. Auparavant, en janvier 2000, Gemstar rachte
NuvoMedia et Softbook Press, les deux socits californiennes  l'origine des
premiers modles de livres lectroniques (appareils de lecture). Le rachat de
00h00 permet  Gemstar d'tendre ses activits  l'Europe et d'accder 
l'dition numrique francophone, dont 00h00 est devenu depuis son lancement le
site de rfrence avec 600 titres, une centaine d'oeuvres originales et des
rditions lectroniques d'ouvrages publis par d'autres diteurs. Le livre
numrique au format propritaire se voyant condamn au profit du livre numrique
disponible dans des formats "universels", 00h00 cesse ses activits en juin
2003, tout comme la branche eBook de Gemstar.

= Septembre 2000

Mis en ligne en septembre 2000 avec accs libre, le Grand dictionnaire
terminologique (GDT) est un gigantesque dictionnaire bilingue franais-anglais
de 3 millions de termes du vocabulaire industriel, scientifique et commercial.
Il quivaut  3.000 ouvrages de rfrence imprims. Cette mise en ligne est le
rsultat d'un partenariat entre l'Office qubcois de la langue franaise
(OQLF), auteur du dictionnaire, et de la socit Semantix, spcialise dans les
solutions logicielles linguistiques. Ds le premier mois, le dictionnaire est
consult par 1,3 millions de personnes, avec des pointes de 60.000 requtes
quotidiennes. En fvrier 2003, les requtes sont au nombre de 3,5 millions par
mois. En mars 2003, une nouvelle version du GDT est mise en ligne avec gestion
par l'OQLF lui-mme, et non plus par une socit prestataire.

= Septembre 2000

Lance en septembre 2000, la librairie numrique Numilog est la premire
librairie  vendre exclusivement des livres numriques, par tlchargement et
dans plusieurs formats. Fonde  Paris en avril 2000 par Denis Zwirn, Herv
Zwirn et Patrick Armand, la socit Numilog est  la fois une librairie en
ligne, un studio de fabrication et un diffuseur de livres numriques. En 2003,
le catalogue comprend 3.500 ebooks (livres et priodiques) en franais et en
anglais, aux formats PDF (pour lecture sur l'Acrobat Reader et l'Acrobat eBook
Reader), LIT (pour lecture sur le Microsoft Reader) et PRC (pour lecture sur le
Mobipocket Reader), grce  un partenariat avec une quarantaine d'diteurs.

= Septembre 2000

Fonde en septembre 2000 par un groupe de chercheurs des universits de Stanford
et de Berkeley (Californie) pour contrer les pratiques des diteurs spcialiss,
la Public Library of Science (PLoS) propose de regrouper tous les articles
scientifiques et mdicaux au sein d'archives en ligne en accs libre. Au lieu
d'une information dissmine dans des millions de rapports et des milliers de
priodiques en ligne ayant chacun des conditions d'accs diffrentes, un point
d'accs unique permettrait de lire le contenu intgral de ces articles avec
moteur de recherche multicritres et systme d'hyperliens entre les articles. La
rponse de la communaut scientifique internationale est remarquable. Au cours
des deux annes suivantes, la lettre ouverte diffuse par la Public Library of
Science est signe par plus de 30.000 chercheurs de 180 pays diffrents.

= Octobre 2000

En octobre 2000 sont lancs  New York les deux premiers modles de Gemstar
eBook, successeurs du Rocket eBook (cr par NuvoMedia) et du Softbook Reader
(cr par Softbook Press), suite au rachat des deux socits par Gemstar-TV
Guide International en janvier 2000. Commercialiss en novembre 2000 aux
Etats-Unis, ces deux modles - le REB 1100 (cran noir et blanc, successeur du
Rocket eBook) et le REB 1200 (cran couleur, successeur du Softbook Reader) -
sont construits sous le label RCA (appartenant  Thomson Multimedia). Courant
2002, ces deux modles sont remplacs par le GEB 1150 et le GEB 2150, construits
sous le label Gemstar. En Europe, le GEB 2200 (proche du REB 1200) est lanc en
octobre 2001 en commenant par l'Allemagne. La vente de ces appareils de lecture
cesse en juin 2003.

= Novembre 2000

En novembre 2000, la version numrique de la Bible de Gutenberg est mise en
ligne sur le site de la British Library. Cette Bible est le premier ouvrage que
Gutenberg ait imprim, en 1454-1455, dans son atelier de Mayence (Allemagne). Il
l'aurait imprim en 180 exemplaires. 48 exemplaires, dont certains incomplets,
existeraient toujours. La British Library en possde deux versions compltes, et
une partielle. La numrisation est l'oeuvre de chercheurs et experts techniques
de l'Universit Keio de Tokyo et de NTT (Nippon Telegraph and Telephone
Communications), venus travailler sur place  l'aide de matriels hautement
sophistiqus.

= Dcembre 2000

En dcembre 2000, des chercheurs du centre Xerox de la Silicon Valley, le Palo
Alto Research Center (PARC), crent la socit Gyricon Media dans le but de
commercialiser le SmartPaper, un modle de papier lectronique bas sur une
technique d'affichage dnomme gyricon (dveloppe elle-mme depuis 1997).
Prises entre deux feuilles de plastique souple, des millions de micro-alvoles
contiennent des microbilles bicolores en suspension dans un liquide clair.
Chaque bille est pourvue d'une charge lectrique. Une impulsion lectrique
extrieure permet la rotation des billes, et donc le changement de couleur, afin
d'afficher, de modifier ou d'effacer des donnes. Le march pressenti est
d'abord celui de l'affichage commercial. La vente d'affichettes fonctionnant sur
piles devrait dbuter en 2004. Viendront ensuite les panneaux de signalisation,
puis le papier lectronique et enfin le journal lectronique.

= Janvier 2001

Janvier 2001 est la date de commercialisation du premier livre lectronique
europen, le Cybook. Le Cybook est conu par la socit franaise Cytale,
dirige par Olivier Pujol. Le tlchargement des livres et journaux numriques
s'effectue  partir d'une librairie en ligne propre  Cytale. La socit
dveloppe aussi le Cybook Pro,  destination des gros consommateurs de
documents, et le Cybook Vision,  destination des malvoyants. Les ventes des
trois modles tant trs infrieures aux pronostics, Cytale, mis en liquidation
judiciaire, se voit contraint de cesser ses activits en juillet 2002.

= Janvier 2001

En janvier 2001, Adobe lance deux nouveaux produits en complment de l'Acrobat
Reader (qui permet de lire des documents au format PDF) et de l'Adobe Acrobat
(qui permet de les crer). Gratuit, l'Acrobat eBook Reader est un logiciel de
lecture pour les livres numriques soumis au copyright, avec gestion des droits
par l'Adobe Content Server. Payant, l'Adobe Content Server est un systme de DRM
(digital rights management) destin aux diteurs et distributeurs pour grer le
conditionnement, la protection, la distribution et la vente scurise de livres
numriques au format PDF. En mai 2003, l'Acrobat eBook Reader fusionne avec
l'Acrobat Reader pour devenir l'Adobe Reader.

= Mars 2001

En mars 2001, la socit Palm fait l'acquisition de Peanutpress.com, diteur et
distributeur de livres numriques pour assistant personnel (PDA), qui
appartenait jusque-l  la socit netLibrary. Le Peanut Reader devient le Palm
Reader, utilisable aussi bien sur le Palm Pilot que sur le Pocket PC, et les
2.000 titres de Peanutpress.com sont transfrs dans la librairie numrique Palm
Digital Media. En juillet 2002, le Palm Reader est utilisable aussi sur
ordinateur. A la mme date, Palm Digital Media distribue 5.500 titres dans
plusieurs langues. En 2003, le catalogue approche les 10.000 titres.

= Octobre 2001

En octobre 2001, le Pocket PC, assistant personnel (PDA) de Microsoft, troque le
systme d'exploitation Windows CE pour le Pocket PC 2002, qui permet la lecture
de livres numriques soumis au copyright. Commercialis par Microsoft en avril
2000 pour concurrencer le Palm Pilot, le Pocket PC permet d'emble la lecture de
livres numriques sur le Microsoft Reader, logiciel de lecture lanc  la mme
date dans ce but. En 2002, le Pocket PC accepte trois logiciels de lecture: le
Microsoft Reader, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.

= Fvrier 2002

En fvrier 2002 est mis en ligne Bookshare.org, une grande bibliothque
numrique  l'intention des aveugles et malvoyants rsidant aux Etats-Unis.
Bookshare.org est cr et financ par Benetech, une socit de la Silicon Valley
ayant pour objectif de mettre la technologie au service de tous les tres
humains, et pas seulement de quelques-uns. Scanns par une centaine de
volontaires, 7.620 titres sont disponibles au format BRF (braille format) et au
format DAISY (digital audio information system). Le format BRF est destin  une
lecture sur plage braille ou une impression sur imprimante braille. Le format
DAISY permet l'coute du texte sur synthse vocale. Le nombre de livres et de
volontaires augmente rapidement. En fvrier 2003, soit un an aprs l'ouverture,
Bookshare.org compte 11.500 titres et 200 volontaires. En aot 2003, le
catalogue approche les 14.000 titres.

= Septembre 2002

Mise en ligne en septembre 2002, la version pilote du MIT OpenCourseWare offre
en accs libre le matriel d'enseignement de 32 cours reprsentatifs des cinq
dpartements du MIT (Massachusetts Institute of Technology). Les cours (textes,
vidos, travaux pratiques en laboratoire, simulations, etc.) sont rgulirement
actualiss. La totalit des 2.000 cours dispenss par le MIT devrait tre
disponible en septembre 2007. Le MIT espre que cette exprience de publication
lectronique - la premire du genre - permettra de dfinir un standard et une
mthode de publication, et qu'elle incitera d'autres universits  crer des
sites semblables pour la mise  disposition gratuite de leurs propres cours.

= Dcembre 2002

En dcembre 2002, la Public Library of Science (PLoS) devient un diteur non
commercial de priodiques scientifiques et mdicaux en ligne, grce  une
subvention de 9 millions de dollars attribue par la Gordon and Betty Moore
Foundation. La PLoS poursuit ainsi ses activits dbutes en septembre 2000 pour
contrer les pratiques des diteurs commerciaux et crer des archives d'articles
en ligne en accs libre. Une quipe ditoriale de haut niveau est constitue
dbut 2003 pour lancer des priodiques de qualit (PLoS Biology en octobre 2003
puis PLoS Medicine en 2004) selon un nouveau modle d'dition en ligne bas sur
la diffusion libre du savoir. Ces priodiques seront galement disponibles en
version imprime.

= Fvrier 2003

Mis en ligne en fvrier 2003 par l'association du mme nom, Handicapzro est un
portail offrant un accs adapt  l'information (actualits, programmes de
tlvision, mto, moteur de recherche, services divers pour la sant, l'emploi,
la consommation, les loisirs, les sports, la tlphonie, etc.) pour tous les
francophones ayant un problme visuel,  savoir plus de 10% de la population.
Les aveugles peuvent accder au site au moyen d'une plage braille ou d'une
synthse vocale. Les malvoyants peuvent paramtrer sur la page d'accueil la
taille et la police des caractres ainsi que la couleur du fond d'cran pour une
navigation confortable. Les voyants peuvent correspondre en braille avec des
aveugles par le biais du site, Handicapzro assurant gratuitement la
transcription et l'impression braille des courriers ainsi que leur expdition
par voie postale. L'association dmontre ainsi "que, sous rserve du respect de
certaines rgles lmentaires, l'internet peut devenir enfin un espace de
libert pour tous."


2. LES AUTEURS A L'HEURE DE L'INTERNET


[2.1. Des changes accrus / 2.2. De nouveaux genres littraires / 2.3.
Best-sellers en numrique]

Pourquoi parler des auteurs avant de parler des diteurs, des libraires, des
formats numriques et des machines de lecture? Afin d'accorder aux auteurs la
place qui leur revient,  savoir la premire. On oublie trop souvent qu'il n'y
aurait pas de livre, numrique ou non, sans auteur, et que les auteurs ne sont
pas seulement les crivains faisant partie de notre patrimoine, mais aussi tous
les passionns du verbe, le plus souvent inconnus, qui crivent tout en gagnant
leur vie par ailleurs. Depuis 1998, nombre d'entre eux s'accordent  reconnatre
les bienfaits du web et du courrier lectronique, que ce soit pour la recherche
d'information, la diffusion de leurs oeuvres, les changes avec les lecteurs ou
la collaboration avec d'autres crateurs. On assiste aussi aux dbuts de la
littrature numrique. Certains crivains frus de nouvelles technologies
explorent les possibilits offertes par l'hyperlien, tandis que d'autres se
lancent dans le mail-roman, diffus par courrier lectronique.


2.1. Des changes accrus


Silvaine Arabo est pote et plasticienne. Elle vit en France, dans la rgion
Poitou-Charentes. En mai 1997, elle cre le site Posie d'hier et d'aujourd'hui,
un des premiers sites francophones consacrs  la posie. "Pour ce qui est
d'internet, je suis autodidacte (je n'ai reu aucune formation informatique
quelle qu'elle soit), relate-t-elle en juin 1998. J'ai eu l'ide de construire
un site littraire centr sur la posie: internet me semble un moyen privilgi
pour faire circuler des ides, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis
donc mise au travail, trs empiriquement, et ai finalement abouti  ce site sur
lequel j'essaye de mettre en valeur des potes contemporains de talent, sans
oublier la ncessaire prise de recul (rubrique 'Rflexions sur la posie') sur
l'objet considr. (...)

Par ailleurs, internet m'a mis en contact avec d'autres potes, dont certains
fort intressants. Cela rompt le cercle de la solitude et permet d'changer des
ides. On se lance des dfis aussi. Internet peut donc pousser  la crativit
et relancer les motivations des potes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et
pourront mme, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et
avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement
que des aspects positifs  la promotion de la posie par internet, tant pour le
lecteur que pour le crateur."

Trs vite, Posie d'hier et d'aujourd'hui prend la forme d'une cyber-revue.
Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo cre une deuxime revue,
Saraswati: revue de posie, d'art et de rflexion, cette fois sur papier. Les
deux revues "se compltent et sont vraiment  placer en regard l'une de
l'autre".

Anne-Bndicte Joly est romancire et essayiste. Elle habite en rgion
parisienne. En avril 2000, elle dcide d'auto-publier ses oeuvres en utilisant
l'internet pour les faire connatre. "Mon site a plusieurs objectifs,
raconte-t-elle en juin 2000. Prsenter mes livres (essais, nouvelles et romans
auto-dits)  travers des fiches signaltiques (dont le format est identique 
celui que l'on trouve dans la base de donnes Electre) et des extraits choisis,
prsenter mon parcours (de professeure de lettres et d'crivain), permettre de
commander mes ouvrages, offrir la possibilit de laisser des impressions sur un
livre d'or, guider le lecteur  travers des liens vers des sites littraires.
(...) Crer un site internet me permet d'largir le cercle de mes lecteurs en
incitant les internautes  dcouvrir mes crits. Internet est galement un moyen
pour largir la diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une politique de liens,
j'espre susciter des contacts de plus en plus nombreux."

Pote et romancier, Nicolas Ancion vit  Madrid. Lui aussi utilise l'internet
comme outil de diffusion. En avril 2001, il relate: "Je publie des textes en
ligne, soit de manire exclusive (j'ai publi un polar uniquement en ligne et je
publie depuis fvrier 2001 deux romans-feuilletons crits spcialement pour ce
support), soit de manire complmentaire (mes textes de posie sont publis sur
papier et en ligne). Je dialogue avec les lecteurs et les enseignants  travers
mon site web." Nicolas Ancion est aussi le responsable ditorial de Luc Pire
lectronique, le secteur numrique cr en fvrier 2001 par l'diteur belge Luc
Pire.

Michel Benot habite Montral. Auteur de nouvelles policires, de rcits noirs
et d'histoires fantastiques, il utilise l'internet pour largir ses horizons et
pour abolir le temps et la distance. Il crit en juin 2000: "L'internet s'est
impos  moi comme outil de recherche et de communication, essentiellement. Non,
pas essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l'on pense: recherche, on
pense: information. Voyez-vous, si l'on pense: criture, rflexion, on pense:
connaissance, recherche. Donc on va sur la toile pour tout, pour une ide, une
image, une explication. Un discours prononc il y a vingt ans, une peinture
expose dans un muse  l'autre bout du monde. On peut donner une ide 
quelqu'un qu'on n'a jamais vu, et en recevoir de mme. La toile, c'est le monde
au clic de la souris. On pourrait penser que c'est un beau clich. Peut-tre
bien,  moins de prendre conscience de toutes les implications de la chose.
L'instantanit, l'information tout de suite, maintenant. Plus besoin de
fouiller, de se taper des heures de recherche. On est en train de faire, de
produire. On a besoin d'une information. On va la chercher, immdiatement. De
plus, on a accs aux plus grandes bibliothques, aux plus importants journaux,
aux muses les plus prestigieux. (...)

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser.
Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine ce
qui m'aurait pris des mois. Plus beau, plus esthtique. Je me vois russir des
travaux plus raffins, d'une facture plus professionnelle, mme et surtout dans
des domaines connexes  mon travail, comme la typographie, o je n'ai aucune
comptence. La prsentation, le transport de textes, par exemple. Le travail
simultan de plusieurs personnes qui seront sur des continents diffrents.
Arriver  un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu'avant le net,
il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les francophones. Plus
le net ira se complexifiant, plus l'utilisation du net deviendra profitable,
ncessaire, essentielle."

Murray Suid vit  Palo Alto, dans la Silicon Valley, en Californie. Il est
l'auteur de livres pdagogiques, de livres pour enfants, d'oeuvres multimdias
et de scnarios. Ds septembre 1998, il prconise une solution choisie depuis
par de nombreux auteurs: "Un livre peut avoir un prolongement sur le web - et
donc vivre en partie dans le cyberespace. L'auteur peut ainsi aisment
l'actualiser et le corriger, alors qu'auparavant il devait attendre longtemps,
jusqu' l'dition suivante, quand il y en avait une. (...) Je ne sais pas si je
publierai des livres sur le web, au lieu de les publier en version imprime.
J'utiliserai peut-tre ce nouveau support si les livres deviennent multimdias.
Pour le moment, je participe au dveloppement de matriel pdagogique
multimdia. C'est un nouveau type de matriel qui me plat beaucoup et qui
permet l'interactivit entre des textes, des films, des bandes sonores et des
graphiques qui sont tous relis les uns aux autres."

Un an aprs, en aot 1999, il ajoute: "En plus des livres complts par un site
web, je suis en train d'adopter la mme formule pour mes oeuvres multimdias -
qui sont sur CD-Rom - afin de les actualiser et d'enrichir leur contenu."
Quelques mois plus tard, l'intgralit de ses oeuvres multimdias est sur le
rseau. Le matriel pdagogique auquel il contribue est conu non plus pour
diffusion sur CD-Rom, mais pour diffusion directement sur le web. D'entreprise
multimdia, la socit de logiciels ducatifs qui l'emploie devient une
entreprise internet.


2.2. De nouveaux genres littraires


Principe de base du web, le lien hypertexte permet de relier entre eux des
documents textuels et des images. Quant au lien hypermdia, il permet l'accs 
des graphiques, des images animes, des bandes sonores et des vidos. Certains
crivains ne tardent pas  en explorer les possibilits, dans des sites
d'criture hypermdia ou des oeuvres d'hyperfiction. D'autres utilisent les
outils que sont le courrier lectronique et la liste de diffusion pour se lancer
dans le mail-roman.

= Sites d'criture hypermdia

Webmestre des Cotres furtifs, un site hypermdia collectif qui raconte des
histoires en 3D, Jean-Paul relate en juin 2000: "La navigation par hyperliens se
fait en rayon (j'ai un centre d'intrt et je clique mthodiquement sur tous les
liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic,  mesure qu'ils
apparaissent, au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sr, les deux sont
possibles avec l'imprim. Mais la diffrence saute aux yeux: feuilleter n'est
pas cliquer. L'internet n'a donc pas chang ma vie, mais mon rapport 
l'criture. On n'crit pas de la mme manire pour un site que pour un scnario,
une pice de thtre, etc. (...) Depuis, j'cris (compose, mets en page, en
scne) directement  l'cran. L'tat 'imprim' de mon travail n'est pas le stade
final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilgie la linarit et
l'image, et qui exclut le son et les images animes. (...)

C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai trouv la
mobilit, la fluidit que je cherchais. Le matre mot y est 'chantier en cours',
sans palissades. Accouchement permanent,  vue, comme le monde sous nos yeux.
Provisoire, comme la vie qui ttonne, se cherche, se dprend, se reprend. Avec
videmment le risque soulign par les gutenbergs, les orphelins de la
civilisation du livre: plus rien n'est sr. Il n'y a plus de source fiable,
elles sont trop nombreuses, et il devient difficile de distinguer un clerc d'un
gourou. Mais c'est un problme qui concerne le contrle de l'information. Pas la
transmission des motions."

Mis en ligne en juin 1997, oVosite est un espace d'criture conu par un
collectif de six auteurs issus du dpartement hypermdias de l'Universit Paris
8: Chantal Beaslay, Laure Carlon, Luc Dall'Armellina (qui est aussi webmestre),
Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude Rouah. "oVosite est un site web conu
et ralis (...) autour d'un symbole primordial et spirituel, celui de l'oeuf,
explique Luc Dall'Armellina en juin 2000. Le site s'est constitu selon un
principe de cellules autonomes qui visent  exposer et intgrer des sources
htrognes (littrature, photo, peinture, vido, synthse) au sein d'une
interface unifiante."

Les possibilits offertes par l'hypertexte ont-elles chang son mode d'criture?
Sa rponse est  la fois ngative et positive.

Ngative d'abord: "Non - parce qu'crire est de toute faon une affaire trs
intime, un mode de relation qu'on entretient avec son monde, ses proches et son
lointain, ses mythes et fantasmes, son quotidien et enfin, appendus  l'espace
du langage, celui de sa langue d'origine. Pour toutes ces raisons, je ne pense
pas que l'hypertexte change fondamentalement sa manire d'crire, qu'on procde
par touches, par impressions, associations, quel que soit le support
d'inscription, je crois que l'essentiel se passe un peu  notre insu."

Positive ensuite: "Oui - parce que l'hypertexte permet sans doute de commencer
l'acte d'criture plus tt: devanant l'activit de lecture (associations,
bifurcations, sauts de paragraphes) jusque dans l'acte d'crire. L'criture
(ceci est significatif avec des logiciels comme StorySpace) devient peut-tre
plus modulaire. On ne vise plus tant la longue horizontalit du rcit, mais la
mise en espace de ses fragments, autonomes. Et le travail devient celui d'un
tissage des units entre elles. L'autre aspect li  la modularit est la
possibilit d'critures croises,  plusieurs auteurs. Peut-tre s'agit-il
d'ailleurs d'une mta-criture, qui met en relation les units de sens
(paragraphes ou phrases) entre elles."

= Hyper-romans

Lucie de Boutiny est l'auteure de Non, roman multimdia publi en feuilleton par
Synesthsie, une revue en ligne d'art contemporain. "NON est un roman comique
qui fait la satire de la vie quotidienne d'un couple de jeunes cadres supposs
dynamiques, raconte-t-elle en juin 2000. Bien qu'appartenant  l'lite high-tech
d'une industrie florissante, Monsieur et Madame sont les jouets de la dite
rvolution numrique. (...) Non prolonge les expriences du roman post-moderne
(rcits tout en digression, polysmie avec jeux sur les registres - naturaliste,
mlo, comique... - et les niveaux de langues, etc.). Cette hyperstylisation permet
 la narration des dveloppements inattendus et offre au lecteur l'attrait d'une
navigation dans des rcits multiples et multimdias, car l'crit  l'cran
s'apparente  un jeu et non seulement se lit mais aussi se regarde."

Les romans prcdents de Lucie de Boutiny ont t publis sous forme imprime.
Un roman numrique requiert-il une dmarche diffrente? "D'une manire gnrale,
mon humble exprience d'apprentie auteure m'a rvl qu'il n'y a pas de
diffrence entre crire de la fiction pour le papier ou le pixel: cela demande
une concentration maximale, un isolement  la limite dsespr, une patience
obsessionnelle dans le travail millimtrique avec la phrase, et bien entendu, en
plus de la volont de faire, il faut avoir quelque chose  dire! Mais avec le
multimdia, le texte est ensuite mis en scne comme s'il n'tait qu'un scnario.
Et si,  la base, il n'y a pas un vrai travail sur le langage des mots, tout le
graphisme et les astuces interactives qu'on peut y mettre fera gadget. Par
ailleurs, le support modifie l'apprhension du texte, et mme, il faut le
souligner, change l'oeuvre originale."

Autre roman numrique, Apparitions inquitantes (devenu ensuite La maldiction
du parasol) est n sous la plume d'Anne-Ccile Brandenbourger. Il s'agit d'"une
longue histoire  lire dans tous les sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises
penses et de plaisirs ambigus". Pendant deux ans, la version originale est
construite peu  peu sous forme de feuilleton sur le site d'Anacoluthe, en
collaboration avec Olivier Lefvre. En fvrier 2000, l'histoire est publie en
version numrique (format PDF) et en version imprime aux ditions 00h00, en
tant que premier titre de la Collection 2003, consacre aux critures
numriques.

00h00 prsente le livre comme "un cyber-polar fait de rcits hypertextuels
imbriqus en gigogne. Entre personnages de feuilleton amricain et intrigue
policire, le lecteur est - hypertextuellement - men par le bout du nez dans
cette saga aux allures borgsiennes. (...) C'est une histoire de meurtre et une
enqute policire; des textes crits court et monts serrs; une balade dans
l'imaginaire des sries tl; une destructuration (organise) du rcit dans une
transposition littraire du zapping; et par consquent, des sensations de
lecture radicalement neuves." Suite au succs du livre, les ditions Florent
Massot publient en aot 2000 une deuxime version imprime (la premire tant
celle de 00h00, imprime uniquement  la demande), avec une couverture en 3D, un
nouveau titre - La maldiction du parasol - et une maquette d'Olivier Lefvre
restituant le rythme de la version originale.

Anne-Ccile Brandenbourger crit en juin 2000: "Les possibilits offertes par
l'hypertexte m'ont permis de dvelopper et de donner libre cours  des tendances
que j'avais dj auparavant. J'ai toujours ador crire et lire des textes
clats et inclassables (comme par exemple La vie mode d'emploi de Perec ou Si
par une nuit d'hiver un voyageur de Calvino) et l'hypermdia m'a donn
l'occasion de me plonger dans ces formes narratives en toute libert. Car, pour
crer des histoires non linaires et des rseaux de textes qui s'imbriquent les
uns dans les autres, l'hypertexte est videmment plus appropri que le papier.
Je crois qu'au fil des jours, mon travail hypertextuel a rendu mon criture de
plus en plus intuitive. Plus 'intrieure' aussi peut-tre, plus proche des
associations d'ides et des mouvements dsordonns qui caractrisent la pense
lorsqu'elle se laisse aller  la rverie. Cela s'explique par la nature de la
navigation hypertextuelle, le fait que presque chaque mot qu'on crit peut tre
un lien, une porte qui s'ouvre sur une histoire."

= Mail-romans

Dernier-n de la cyber-littrature, le mail-roman utilise le canal du courriel.
Le premier mail-roman francophone est lanc en t 2001 par Jean-Pierre Balpe,
directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8. Pendant trs
exactement cent jours, il diffuse quotidiennement un chapitre de Rien n'est sans
dire auprs de cinq cents personnes - sa famille, ses amis, ses collgues, les
amis de ses collgues, etc. - en y intgrant les rponses et les ractions des
lecteurs. Raconte par un narrateur, l'histoire est celle de Stanislas et de
Zita, qui vivent une passion tragique dchire par une sombre histoire
politique. "Cette ide d'un mail-roman m'est venue tout naturellement, raconte
l'auteur en fvrier 2002. D'une part en me demandant depuis quelque temps dj
ce qu'internet peut apporter sur le plan de la forme  la littrature (...) et
d'autre part en lisant de la littrature 'pistolaire' du 18e sicle, ces fameux
'romans par lettres'. Il suffit alors de transposer: que peut tre le 'roman par
lettres' aujourd'hui?"

En tant que thoricien de la littrature informatique, Jean-Pierre Balpe tire
plusieurs conclusions de cette exprience: "D'abord c'est un 'genre': depuis,
plusieurs personnes m'ont dit lancer aussi un mail-roman. Ensuite j'ai aperu
quantit de possibilits que je n'ai pas exploites et que je me rserve pour un
ventuel travail ultrieur. La contrainte du temps est ainsi trs intressante 
exploiter: le temps de l'criture bien sr, mais aussi celui de la lecture: ce
n'est pas rien de mettre quelqu'un devant la ncessit de lire, chaque jour, une
page de roman. Ce 'pacte' a quelque chose de diabolique. Et enfin le
renforcement de ma conviction que les technologies numriques sont une chance
extraordinaire du renouvellement du littraire."

= La littrature numrique

Les technologies numriques ont en effet donn naissance  plusieurs genres:
site d'criture hypermdia, roman multimdia, hyper-roman, nouvelle hypertexte,
feuilleton hypermdia, mail-roman, etc. En 2003, on peut dsormais parler d'une
vritable littrature numrique, qui bouscule la littrature traditionnelle en
lui apportant un souffle nouveau, et qui s'intgre sans problme  d'autres
formes artistiques puisque le support numrique favorise la fusion de l'crit
avec l'image et le son.

Jean-Paul, webmestre des Cotres furtifs, crit ds aot 1999: "L'avenir de la
cyber-littrature, techno-littrature ou comme on voudra l'appeler, est trac
par sa technologie mme. Il est maintenant impossible  un(e) auteur(e) seul(e)
de manier  la fois les mots, leur apparence mouvante et leur sonorit.
Matriser aussi bien Director, Photoshop et Cubase, pour ne citer que les plus
connus, c'tait possible il y a dix ans, avec les versions 1. a ne l'est plus.
Ds demain (matin), il faudra savoir dlguer les comptences, trouver des
partenaires financiers aux reins autrement plus solides que Gallimard, voir du
ct d'Hachette-Matra, Warner, Pentagone, Hollywood. Au mieux, le statut de...
l'crivaste? du multimdiaste? sera celui du vidaste, du metteur en scne, du
directeur de produit: c'est lui qui cope des palmes d'or  Cannes, mais il
n'aurait jamais pu les dcrocher seul. Soeur jumelle (et non pas clone) du
cinmatographe, la cyber-littrature (= la vido + le lien) sera une industrie,
avec quelques artisans isols dans la priphrie off-off (aux droits d'auteur
ngatifs, donc)."

Lucie de Boutiny, romancire "papier et pixel", raconte pour sa part en juin
2000: "Mes 'conseillers littraires', des amis qui n'ont pas ressenti le vent de
libert qui souffle sur le web, aimeraient que j'y reste, englue dans la pte 
papier. Appliquant le principe de demi-dsobissance, je fais des allers-retours
papier-pixel. L'avenir nous dira si j'ai perdu mon temps ou si un nouveau genre
littraire hypermdia va natre. (...) Si les crivains franais classiques en
sont encore  se demander s'ils ne prfrent pas le petit carnet Clairefontaine,
le Bic ou le Mont-Blanc ftiche, et un usage modr du traitement de texte,
plutt que l'ordinateur connect, voire l'installation, c'est que l'HTX
(hypertext literature) ncessite un travail d'accouchement visuel qui n'est pas
la vocation originaire de l'crivain papier. En plus des proccupations du
langage (syntaxe, registre, ton, style, histoire...), le techno-crivain -
collons-lui ce label pour le diffrencier - doit aussi matriser la syntaxe
informatique et participer  l'invention de codes graphiques car lire sur un
cran est aussi regarder."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'critures
hypermdias, crit  la mme date: "La couverture du rseau autour de la surface
du globe resserre les liens entre les individus distants et inconnus. Ce qui
n'est pas simple puisque nous sommes placs devant des situations nouvelles: ni
vraiment spectateurs, ni vraiment auteurs, ni vraiment lecteurs, ni vraiment
interacteurs. Ces situations crent des nouvelles postures de rencontre, des
postures de 'spectacture' ou de 'lectacture' (Jean-Louis Weissberg). Les notions
de lieu, d'espace, de temps, d'actualit sont requestionnes  travers ce mdium
qui n'offre plus gure de distance  l'vnement mais se situe comme aucun autre
dans le prsent en train de se faire. L'cart peut tre mince entre l'envoi et
la rponse, parfois immdiat (cas de la gnration de textes).

Mais ce qui frappe et se trouve reprable ne doit pas masquer les aspects encore
mal dfinis tels que les changements radicaux qui s'oprent sur le plan
symbolique, reprsentationnel, imaginaire et plus simplement sur notre mode de
relation aux autres. 'Plus de proximit' ne cre pas plus d'engagement dans la
relation, de mme 'plus de liens' ne crent pas plus de liaisons, ou encore
'plus de tuyaux' ne crent pas plus de partage. Je rve d'un internet o nous
pourrions crire  plusieurs sur le mme dispositif, une sorte de lieu d'atelier
d'critures permanent et qui autoriserait l'criture personnelle (c'est en voie
d'exister), son partage avec d'autres auteurs, leur mise en relation dans un
tissage d'hypertextes et un espace commun de notes et de commentaires sur le
travail qui se cre."


2.3. Best-sellers en numrique


En 2000, lorsque le livre numrique commence  se gnraliser mais que la partie
est loin d'tre gagne, trois auteurs de best-sellers se lancent dans
l'aventure, malgr les risques commerciaux encourus. Aux Etats-Unis, Stephen
King distribue une nouvelle puis publie un roman pistolaire indpendamment de
son diteur. Au Royaume-Uni, Frederick Forsyth publie un recueil de nouvelles
chez l'diteur lectronique Online Originals. En Espagne, en partenariat avec
son diteur habituel, Arturo Prez-Reverte diffuse son nouveau roman sous forme
numrique en exclusivit pendant un mois, avant la sortie de la version
imprime.

= "The Plant", de Stephen King

En mars 2000, Stephen King, matre du suspense, commence d'abord par distribuer
uniquement sur l'internet sa nouvelle Riding the Bullet, assez volumineuse
puisqu'elle fait 66 pages. Il se trouve tre le premier auteur  succs  tenter
un pari considr par beaucoup comme perdu d'avance. Mais la notorit de
l'auteur et la couverture mdiatique de ce scoop font que la "sortie" de cette
nouvelle sur le web provoque un vritable raz-de-mare. 400.000 exemplaires sont
tlchargs en 24 heures dans les librairies en ligne qui la vendent (au prix de
2,5 dollars).

En juillet 2000, fort de cette exprience prometteuse, Stephen King dcide de se
passer des services de Simon & Schuster, son diteur habituel. Il cre un site
web spcifique pour dbuter l'auto-publication en pisodes de The Plant, un
roman pistolaire indit qui raconte l'histoire d'une plante carnivore
s'emparant d'une maison d'dition en lui promettant le succs commercial en
change de sacrifices humains. Le premier chapitre est tlchargeable en
plusieurs formats - PDF (portable document format), OeB (open ebook), HTML
(hypertext markup language), TXT (texte) - pour la somme de un dollar, avec
paiement diffr ou paiement immdiat sur le site d'Amazon.com.

Dans une lettre aux lecteurs mise en ligne  la mme date, l'auteur raconte que
la cration, le design et la publicit de son site web lui ont cot la somme de
124.150 dollars, sans compter sa prestation en tant qu'crivain et la
rmunration de son assistante. Il prcise aussi que la publication des
chapitres suivants est lie au paiement du premier chapitre par au moins 75% des
internautes. "Mes amis, vous avez l'occasion de devenir le pire cauchemar des
diteurs, dclare-t-il. Comme vous le voyez, c'est simple. Pas de cryptage
assommant! Vous voulez imprimer l'histoire et en faire profiter un(e) ami(e)?
Allez-y. Une seule condition: tout repose sur la confiance, tout simplement.
C'est la seule solution. Je compte sur deux facteurs. Le premier est
l'honntet. Prenez ce que bon vous semble et payez pour cela, dit le proverbe.
Le second est que vous aimerez suffisamment l'histoire pour vouloir en lire
davantage. Si vous le souhaitez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous:
payez, et l'histoire continue; volez, et l'histoire s'arrte."

Une semaine aprs la mise en ligne du premier chapitre, on compte 152.132
tlchargements avec paiement par 76% des lecteurs. Certains paient davantage
que le dollar demand, allant parfois jusqu' 10 ou 20 dollars pour compenser le
manque  gagner de ceux qui ne paieraient pas, et viter ainsi que la srie ne
s'arrte. La barre des 75% est dpasse de peu, au grand soulagement des fans,
si bien que le deuxime chapitre suit un mois aprs.

En aot 2000, dans une nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King annonce un
nombre de tlchargements lgrement infrieur  celui du premier chapitre. Il
en attribue la cause  une publicit moindre et  des problmes de
tlchargement. Si le nombre de tlchargements n'a que lgrement dcru, le
nombre de paiements est en nette diminution, les internautes ne rglant leur d
qu'une fois pour plusieurs tlchargements. L'auteur s'engage cependant 
publier le troisime chapitre comme prvu, fin septembre, et  prendre une
dcision ensuite sur la poursuite ou non de l'exprience, en fonction du nombre
de paiements. Ses prvisions sont de onze ou douze chapitres en tout, avec un
nombre total de 1,7 million de tlchargements. Le ou les derniers chapitres
seraient gratuits.

Plus volumineux (10.000 signes environ au lieu de 5.000), les chapitres 4 et 5
passent  2 dollars. Mais le nombre de tlchargements et de paiements ne cesse
de dcliner: 40.000 tlchargements seulement pour le cinquime chapitre, alors
que le premier chapitre avait t tlcharg 120.000 fois, et paiement pour 46%
des tlchargements seulement.

Fin novembre, Stephen King annonce l'interruption de la publication pendant une
priode indtermine, aprs la parution du sixime chapitre, tlchargeable
gratuitement  la mi-dcembre. "The Plant va retourner en hibernation afin que
je puisse continuer  travailler, prcise-t-il sur son site. Mes agents
insistent sur la ncessit d'observer une pause afin que la traduction et la
publication  l'tranger puissent rattraper la publication en anglais." Mais
cette dcision semble d'abord lie  l'chec commercial de l'exprience.

Cet arrt suscite de vives critiques. On oublie de reconnatre  l'auteur au
moins un mrite, celui d'avoir t le premier  se lancer dans l'aventure, avec
les risques qu'elle comporte. Entre juillet et dcembre 2000, pendant les six
mois qu'elle aura dur, nombreux sont ceux qui suivent les tribulations de The
Plant,  commencer par les diteurs, quelque peu inquiets face  un mdium qui
pourrait un jour concurrencer le circuit traditionnel. Quand Stephen King dcide
d'arrter l'exprience, plusieurs journalistes et critiques littraires
affirment qu'il se ridiculise aux yeux du monde entier. N'est-ce pas un peu
exagr? L'auteur avait d'emble annonc la couleur puisqu'il avait li la
poursuite de la publication  un pourcentage de paiements satisfaisant.

Qu'est-il advenu ensuite des expriences numriques de Stephen King? L'auteur
reste toujours trs prsent dans ce domaine, mais par le biais de son diteur.
En mars 2001, son roman Dreamcatcher est le premier roman  tre lanc
simultanment en version imprime, par Simon & Schuster, et en version
numrique, par Palm Digital Media, pour lecture sur Palm Pilot ou Pocket PC. En
mars 2002, son recueil de nouvelles Everything's Eventual est lui aussi publi
simultanment en deux versions: en version imprime par Scribner, subdivision de
Simon & Schuster, et en version numrique par Palm Digital Media, qui en propose
un extrait en tlchargement libre.

= "Quintet", de Frederick Forsyth

En novembre 2000, deux Europens, l'anglais Frederick Forsyth et l'espagnol
Arturo Prez-Reverte, dcident eux aussi de tenter l'aventure numrique. Mais,
forts de l'exprience d'auto-publication de Stephen King peut-tre, ni l'un ni
l'autre n'ont l'intention de se passer d'diteur.

Frederick Forsyth, le matre britannique du thriller, aborde la publication
numrique avec l'appui de l'diteur lectronique londonien Online Originals. En
novembre 2000, Online Originals publie The Veteran, histoire d'un crime violent
commis  Londres et premier volet de Quintet, une srie de cinq nouvelles
lectroniques (The Veteran, The Miracle, The Citizen, The Art of the Matter et
Draco). Disponible en trois formats (PDF, Microsoft Reader et Glassbook Reader),
la nouvelle est vendue au prix de 3,99 pounds (6,60 euros) sur le site de
l'diteur et dans plusieurs librairies en ligne au Royaume-Uni (Alphabetstreet,
BOL.com, WHSmith) et aux Etats-Unis (Barnes & Noble, Contentville, Glassbook).

"La publication en ligne sera essentielle  l'avenir, dclare Frederick Forsyth
sur le site d'Online Originals. Elle cre un lien simple et surtout rapide et
direct entre le producteur original (l'auteur) et le consommateur final (le
lecteur), avec trs peu d'intermdiaires. Il est passionnant de participer 
cette exprience. Je ne suis absolument pas un spcialiste des nouvelles
technologies. Je n'ai jamais vu de livre numrique. Mais je n'ai jamais vu non
plus de moteur de Formule 1, ce qui ne m'empche pas de constater combien ces
voitures de course sont rapides."

= "El Oro del Rey", d'Arturo Prez-Reverte

La premire exprience numrique d'Arturo Prez-Reverte est un peu diffrente.
La srie best-seller du romancier espagnol relate les aventures du Capitan
Alatriste au 17e sicle. Le nouveau titre  paratre s'intitule El Oro del Rey.
En novembre 2000, en collaboration avec son diteur Alfaguara, l'auteur dcide
de diffuser El Oro del Rey en version numrique sur un site spcifique du
portail Inicia, en exclusivit pendant un mois, avant sa sortie en librairie. Le
roman est disponible au format PDF pour 2,90 euros, un prix trs infrieur aux
15,10 euros annoncs pour le livre imprim.

Rsultat de l'exprience, le nombre de tlchargements est trs satisfaisant,
mais pas celui des paiements. Un mois aprs la mise en ligne du roman, on compte
332.000 tlchargements, avec paiement par 12.000 lecteurs seulement. A la mme
date, Marilo Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia, explique
dans un communiqu: "Pour tout acheteur du livre numrique, il y avait une cl
pour le tlcharger en 48 heures sur le site internet et, surtout au dbut,
beaucoup d'internautes se sont changs ce code d'accs dans les forums de
dialogue en direct (chats) et ont tlcharg leur exemplaire sans payer. On a
voulu tester et cela faisait partie du jeu. Arturo Prez-Reverte voulait surtout
qu'on le lise."

= Des centaines de titres

Trois ans aprs ces premires tentatives, si les expriences purement numriques
sont provisoirement abandonnes, les livres numriques ont une place
significative  ct de leurs correspondants imprims. En 2003, des centaines de
best-sellers sont vendus en version numrique sur Amazon.com, Barnes &
Noble.com, Yahoo! eBook Store ou sur des sites d'diteurs (Random House,
PerfectBound, etc.), pour lecture sur ordinateur ou sur assistant personnel
(PDA). Mobipocket distribue 6.000 titres numriques dans plusieurs langues, soit
sur son site soit dans des librairies partenaires. Le catalogue de Palm Digital
Media approche les 10.000 titres, lisibles sur les gammes Palm et Pocket PC,
avec 15  20 nouveaux titres par jour et 1.000 nouveaux clients par semaine.

Signe des temps, en mars 2003, Paulo Coelho, crivain brsilien devenu
mondialement clbre avec L'Alchimiste, son titre phare, distribue plusieurs de
ses livres gratuitement au format PDF. Traduits en 56 langues, ses livres
imprims atteignent 53 millions d'exemplaires vendus dans 155 pays, dont 6,5
millions d'exemplaires dans les pays francophones. L'crivain dcide de mettre
en ligne sur son site l'dition intgrale de plusieurs de ses romans, en
diverses langues, avec l'accord de ses diteurs respectifs (dont Anne Carrire,
son ditrice en France). Trois de ses romans sont disponibles en franais:
Manuel du guerrier de la lumire, La cinquime montagne et Veronika dcide de
mourir. Pourquoi une telle dcision? "Comme le franais est prsent,  plus ou
moins grande chelle, dans le monde entier, je recevais sans cesse des courriers
lectroniques d'universits et de personnes habitant loin de la France, qui ne
trouvaient pas mes oeuvres", dclare Paulo Coelho par le biais de son ditrice.
A la question classique sur le prjudice que pourraient porter ces quelques
titres gratuits sur les ventes futures, il rpond: "Seule une minorit de gens a
accs  l'internet, et le livre au format ebook ne remplacera jamais le livre
papier." Une remarque trs juste, au moins pour le court terme.


3. L'EDITION DEVIENT ELECTRONIQUE


[3.1. Editeurs commerciaux / 3.2. Editeurs non commerciaux / 3.3. L'auto-dition
/ 3.4. Vers une nouvelle structure ditoriale]

Au dbut des annes 2000, l'dition lectronique creuse son sillon  ct de
l'dition traditionnelle, du fait des avantages qu'elle procure: stockage plus
simple, accs plus rapide, diffusion plus facile, cot moins lev, etc. Elle
amne aussi un souffle nouveau dans le monde de l'dition, et mme une certaine
zizanie. On voit des diteurs vendre directement leurs titres en ligne, des
diteurs lectroniques commercialiser les versions numrises de livres publis
par des diteurs traditionnels, des librairies numriques vendre les versions
numrises de livres publis par des diteurs partenaires, des auteurs
s'auto-diter ou promouvoir eux-mmes leurs oeuvres publies, des sites
littraires se charger de faire connatre de nouveaux auteurs pour pallier les
carences de l'dition traditionnelle, etc. Le numrique pourra-il  terme
branler ou mme faire imploser la structure ditoriale en place, considre par
de nombreux crivains comme passablement sclrose?


3.1. Editeurs commerciaux


Dans le monde francophone, le premier diteur lectronique commercial est
CyLibris, fond en aot 1996. CyLibris est suivi en mai 1998 par 00h00, premier
diteur en ligne  commercialiser des livres numriques. Des diteurs
traditionnels mettent eux aussi en place un secteur spcifique, par exemple
l'diteur Luc Pire, qui cre Luc Pire lectronique en fvrier 2001.

= CyLibris

Fondes en aot 1996  Paris par Olivier Gainon, les ditions CyLibris (de Cy,
cyber et Libris, livre) dcident d'utiliser l'internet et le numrique pour
publier des oeuvres littraires dans divers genres (littrature gnrale,
policier, science-fiction, thtre et posie). Vendus uniquement sur le web,
avec des extraits en tlchargement libre au format texte, les livres sont
imprims  la commande et envoys directement au client, ce qui permet d'viter
le stock et les intermdiaires. En 2001, certains titres sont galement vendus
en version imprime par un rseau de librairies partenaires, notamment la Fnac,
et en version numrique par Mobipocket et Numilog, pour lecture sur ordinateur
et sur assistant personnel (PDA). En 2003, le catalogue de CyLibris comprend une
cinquantaine de titres.

"CyLibris a t cr d'abord comme une maison d'dition spcialise sur un
crneau particulier de l'dition et mal couvert  notre sens par les autres
diteurs: la publication de premires oeuvres, donc d'auteurs dbutants,
explique Olivier Gainon en dcembre 2000. Nous nous intressons finalement  la
littrature qui ne peut trouver sa place dans le circuit traditionnel: non
seulement les premires oeuvres, mais les textes atypiques, inclassables ou en
dcalage avec la mouvance et les modes littraires dominantes. Ce qui est
rassurant, c'est que nous avons dj eu quelques succs ditoriaux: le grand
prix de la SGDL (Socit des gens de lettres) en 1999 pour La Toile de
Jean-Pierre Balpe, le prix de la litote pour Willer ou la trahison de Jrme
Olinon en 2000, etc. Ce positionnement de 'dfricheur' est en soi original dans
le monde de l'dition, mais c'est surtout son mode de fonctionnement qui fait de
CyLibris un diteur atypique.

Cr ds 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu contourner les contraintes
de l'dition traditionnelle grce  deux innovations: la vente directe par
l'intermdiaire d'un site de commerce sur internet, et le couplage de cette
vente avec une impression numrique en 'flux tendu'. Cela permettait de
contourner les deux barrires traditionnelles dans l'dition: les cots
d'impression (et de stockage), et les contraintes de distribution. Notre systme
grait donc des flux physiques: commande reue par internet, impression du livre
command, envoi par la poste. Je prcise que nous sous-traitons l'impression 
des imprimeurs numriques, ce qui nous permet de vendre des livres de qualit
quivalente  celle de l'offset, et  un prix comparable. Notre systme n'est ni
plus cher, ni de moindre qualit, il obit  une conomie diffrente, qui, 
notre sens, devrait se gnraliser  terme."

En quoi consiste l'activit d'un diteur lectronique? "Je dcrirais mon
activit comme double, explique Olivier Gainon. D'une part celle d'un diteur
traditionnel dans la slection des manuscrits et leur retravail (je m'occupe
irectement de la collection science-fiction), mais galement le choix des
maquettes, les relations avec les prestataires, etc. D'autre part, une activit
internet trs forte qui vise  optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre
une stratgie de partenariat permettant  CyLibris d'obtenir la visibilit qui
lui fait parfois dfaut. Enfin, je reprsente CyLibris au sein du SNE (le
Syndicat national de l'dition, dont CyLibris fait partie depuis le printemps
2000, ndlr). CyLibris est aujourd'hui une petite structure. Elle a trouv sa
place dans l'dition, mais est encore d'une conomie fragile sur internet. Notre
objectif est de la rendre prenne et rentable et nous nous y employons."

Le site web procure des informations pratiques aux auteurs en herbe: comment
envoyer un manuscrit  un diteur, ce que doit comporter un contrat d'dition,
comment protger ses manuscrits, etc. Par ailleurs, l'quipe de CyLibris lance
en mai 1999 CyLibris Infos, une lettre d'information lectronique gratuite dont
l'objectif n'est pas tant de promouvoir les livres de l'diteur que de prsenter
l'actualit de l'dition francophone. Volontairement dcale et souvent
humoristique sinon dcapante, la lettre, d'abord mensuelle, parat deux fois par
mois  compter de fvrier 2000. Elle change de nom en fvrier 2001 pour devenir
Edition Actu. Elle compte 1.500 abonns et environ 5.000 lecteurs en 2003.

= 00h00

Un peu moins de deux ans aprs la cration de CyLibris a lieu la mise en ligne
de 00h00 (qui se prononce: zro heure), diteur pionnier lui aussi, mais dans un
domaine diffrent: il est le premier diteur  se lancer dans la
commercialisation de livres numriques. Fondes  Paris par Jean-Pierre Arbon,
ancien directeur de Flammarion, et Bruno de Sa Moreira, ancien directeur de
Flammarion Multimdia, les ditions 00h00 dbutent leur activit en mai 1998.

"La cration de 00h00 marque la vritable naissance de l'dition en ligne,
lit-on sur le site web. C'est en effet la premire fois au monde que la
publication sur internet de textes au format numrique est envisage dans le
contexte d'un site commercial, et qu'une entreprise propose aux acteurs
traditionnels de l'dition (auteurs et diteurs) d'ouvrir avec elle sur le
rseau une nouvelle fentre d'exploitation des droits. Les textes offerts par
00h00 sont soit des indits, soit des textes du domaine public, soit des textes
sous copyright dont les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs
ayants droit. (...) Le succs de l'dition en ligne ne dpendra pas seulement
des choix ditoriaux: il dpendra aussi de la capacit  structurer des
approches neuves, fondes sur les lecteurs autant que sur les textes, sur les
lectures autant que sur l'criture, et  rendre immdiatement perceptible qu'une
aventure nouvelle a commenc."

En 2000, le catalogue comprend 600 titres, une centaine d'oeuvres originales et
des rditions lectroniques d'ouvrages publis par d'autres diteurs. Les
versions numriques reprsentent 85% des ventes, les 15% restants tant des
versions imprimes  la demande du client. Les oeuvres originales sont rparties
en plusieurs collections: nouvelles critures interactives et hypertextuelles,
premiers romans, documents d'actualit, tudes sur les NTIC (nouvelles
technologies de l'information et de la communication), co-ditions avec des
diteurs traditionnels ou de grandes institutions. Pas de stock, pas de
contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et
entre les lecteurs. Sur le site, ceux-ci peuvent crer leur espace personnel
afin d'y rdiger leurs commentaires, recommander des liens vers d'autres sites,
participer  des forums, etc.

En septembre 2000, les ditions 00h00 sont rachetes par Gemstar-TV Guide
International, grosse socit amricaine spcialise dans les produits et
services numriques pour les mdias. Quelques mois auparavant, en janvier 2000,
Gemstar rachte les deux socits californiennes  l'origine des premiers
modles de livres lectroniques (appareils de lecture), NuvoMedia, cratrice du
Rocket eBook, et Softbook Press, cratrice du Softbook Reader. En rachetant
00h00, Gemstar accde au march europen. Selon un communiqu de Henry Yuen,
prsident de Gemstar, "les comptences ditoriales dont dispose 00h00 et les
capacits d'innovation et de crativit dont elle a fait preuve sont les atouts
ncessaires pour faire de Gemstar un acteur majeur du nouvel ge de l'dition
numrique qui s'ouvre en Europe." La communaut francophone ne voit pas ce
rachat d'un trs bon oeil, la mondialisation de l'dition semblant justement peu
compatible avec l'innovation et la crativit. Moins de trois ans plus tard, en
juin 2003, 00h00 dcide de cesser ses activits, tout comme la branche eBook de
Gemstar, le livre numrique au format propritaire tant dsormais condamn au
profit du livre numrique diffus dans des formats "universels".

= Luc Pire lectronique

En Belgique, le premier diteur  s'intresser au numrique est Luc Pire, maison
d'dition cre en automne 1994, avec un sige  Bruxelles et un autre  Lige.
Lanc en fvrier 2001, Luc Pire lectronique propose d'une part des versions
numriques de titres dj publis chez Luc Pire, d'autre part de nouveaux
titres, soit en version numrique seulement, soit en deux versions, numrique et
imprime. Nicolas Ancion, responsable ditorial de Luc Pire lectronique,
explique en avril 2001: "Ma fonction est d'une double nature: d'une part,
imaginer des contenus pour l'dition numrique de demain et, d'autre part,
trouver des sources de financement pour les dvelopper. (...) Je supervise le
contenu du site de la maison d'dition et je conois les prochaines gnrations
de textes publis numriquement (mais pas exclusivement sur internet)."

Comment voit-il l'avenir? "L'dition lectronique n'en est encore qu' ses
balbutiements. Nous sommes en pleine phase de recherche. Mais l'essentiel est
dj acquis: de nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette
apparition entrane une redfinition du mtier d'diteur. Auparavant, un diteur
pouvait se contenter d'imprimer des livres et de les distribuer. Mme s'il s'en
dfendait parfois, il fabriquait avant tout des objets matriels (des livres).
Dsormais, le rle de l'diteur consiste  imaginer et mettre en forme des
contenus, en collaboration avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets
matriels, mais des contenus dmatrialiss. Ces contenus sont ensuite
'matrialiss' sous diffrentes formes: livres papier, livres numriques, sites
web, bases de donnes, brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le dpartement de
'production' d'un diteur deviendrait plutt un dpartement d''exploitation' des
ressources. Le mtier d'diteur se rvle ainsi beaucoup plus riche et plus
large. Il peut amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de
nouveaux publics. C'est un vritable dfi qui demande avant tout de
l'imagination et de la souplesse."


3.2. Editeurs non commerciaux


De par la nature mme du web, moyen de diffusion sans prcdent, une place
importante est dsormais occupe par les diteurs en ligne non commerciaux. Le
pionnier Editel, qui voit le jour en avril 1995, est suivi de Diamedit en 1997,
puis de La Grenouille Bleue en septembre 1999 (remplac par Gloupsy.com en
janvier 2001), et de quelques autres depuis. A ceux qui se demandent s'ils sont
de vritables diteurs, on rtorquera qu'ils le sont tout autant, sinon
davantage, que nombre d'diteurs commerciaux. Le but premier d'un diteur
n'est-il pas de dcouvrir et diffuser des auteurs? C'est ce qu'ils font. Fait
qui mrite d'tre signal, de petits diteurs commerciaux comme Le Choucas ont
aussi des coups de coeur non commerciaux visant  faire connatre une oeuvre sans
souci de rentabilit commerciale. L'dition non commerciale est galement trs
active dans le domaine universitaire, comme en tmoigne le Net des tudes
franaises.

= Editel

Ds avril 1995, Pierre Franois Gagnon, pote et essayiste qubcois, dcide
d'utiliser le numrique pour la rception des textes, leur stockage et leur
diffusion. Il cre Editel, site pionnier de l'dition littraire francophone et
premier site web d'auto-dition collective de langue franaise. Interview en
juillet 2000, il raconte: "En fait, tout le monde et son pre savent ou
devraient savoir que le premier site d'dition en ligne commercial fut CyLibris
(cr en aot 1996 par Olivier Gainon, ndlr), prcd de loin lui-mme, au
printemps de 1995, par nul autre qu'Editel, le pionnier d'entre les pionniers du
domaine, bien que nous fmes confins  l'action symbolique collective, faute
d'avoir les moyens de dboucher jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne
vraiment viable et abordable (...). Nous sommes actuellement trois mousquetaires
(Pierre Franois Gagnon, Jacques Massacrier et Mostafa Benhamza, ndlr) 
dvelopper le contenu original et indit du webzine littraire qui continuera de
servir de faade d'animation gratuite, offerte personnellement par les auteurs
maison  leur lectorat,  d'ventuelles activits d'dition en ligne payantes,
ds que possible au point de vue technico-financier. Est-il encore raliste de
rver  la dmocratie conomique?"

= Diamedit

En 1997, deux ans aprs la mise en ligne d'Editel, Jacky Minier cre Diamedit,
site franais de promotion d'indits artistiques et littraires. "J'ai imagin
ce site d'dition virtuelle il y a maintenant plusieurs annes,  l'aube de
l're internautique francophone, relate-t-il en octobre 2000. A l'poque, il n'y
avait aucun site de ce genre sur la toile  l'exception du site qubcois Editel
de Pierre Franois Gagnon. J'avais alors crit un roman et quelques nouvelles
que j'aurais aim publier mais, le systme franais d'dition classique papier
tant ce qu'il est, frileux et  la remorque de l'Audimat, il est devenu de plus
en plus difficile de faire connatre son travail lorsqu'on n'est pas dj connu
mdiatiquement. J'ai donc imagin d'utiliser le web pour faire la promotion
d'auteurs inconnus qui, comme moi, avaient envie d'tre lus. Diamedit est fait
pour les indits. Rien que des indits. Pour encourager avant tout la cration.
Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et
multiforme. A la fois informaticien, crivain, auteur de contenus, webmestre,
graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et
commercial, tout  la fois. Mon activit est donc un mlange de ces diverses
facettes."

Comment Jacky Minier voit-il l'avenir de l'dition en ligne non commerciale?
"Souriant. Je le vois trs souriant. Je crois que le plus dur est fait et que le
savoir-faire cumul depuis les annes de dbroussaillage verra bientt la
valorisation de ces efforts. Le nombre des branchs francophones augmente trs
vite maintenant et, mme si, en France, on a encore beaucoup de retard sur les
Amriques, on a aussi quelques atouts spcifiques. En matire de crativit
notamment. C'est pile poil le crneau de Diamedit. De plus, je me sens moins
seul maintenant qu'en 1998. Des confrres srieux ont fait leur apparition dans
le domaine de la publication d'indits. Tant mieux! Plus on sera et plus
l'expression artistique et cratrice prendra son envol. En la matire, la
concurrence n'est  craindre que si on ne maintient pas le niveau d'excellence.
Il ne faut pas publier n'importe quoi si on veut que les visiteurs comme les
auteurs s'y retrouvent."

= Gloupsy.com

Une des consoeurs de Jacky Minier est Marie-Aude Bourson, lyonnaise frue de
littrature et d'criture qui, en septembre 1999, ouvre le site littraire La
Grenouille Bleue. "L'objectif est de faire connatre de jeunes auteurs
francophones, pour la plupart amateurs, raconte-t-elle en dcembre 2000. Chaque
semaine, une nouvelle complte est envoye par e-mail aux abonns de la lettre.
Les lecteurs ont ensuite la possibilit de donner leurs impressions sur un forum
ddi. Egalement, des jeux d'criture ainsi qu'un atelier permettent aux auteurs
de 's'entraner' ou dcouvrir l'criture. Un annuaire recense les sites
littraires. Un agenda permet de connatre les diffrentes manifestations
littraires." En dcembre 2000, elle doit malheureusement fermer le site pour un
problme de marque. Ds janvier 2001, elle ouvre un deuxime site, Gloupsy.com,
qui fonctionne selon le mme principe, "mais avec plus de 'services' pour les
jeunes auteurs, le but tant de mettre en place une vritable plate-forme pour
'lancer' les auteurs" et fonder peut-tre ensuite "une vritable maison
d'dition avec impression papier des auteurs dcouverts". Suite  une gestion du
site devenue trop lourde, Marie-Aude Bourson dcide toutefois de cesser cette
belle aventure en mars 2003, date de la fin du contrat d'hbergement du site.

= Le Choucas

A l'aube du 21e sicle, Raymond Godefroy, crivain-paysan normand, dsesprait
de trouver un diteur pour son recueil de fables, intitul Fables pour l'an
2000. Ce jusqu' sa rencontre virtuelle avec Nicolas Pewny, fondateur des
ditions du Choucas, bases en Haute-Savoie. Bien qu'tant d'abord un diteur 
vocation commerciale, Nicolas Pewny tient aussi  avoir des activits non
commerciales, afin de faire connatre des auteurs pour lesquels il a un coup de
coeur. Il cre donc un beau design web pour ces Fables, qu'il publie en ligne en
dcembre 1999.

"Internet reprsente pour moi un formidable outil de communication qui nous
affranchit des intermdiaires, des barrages doctrinaires et des intrts des
mdias en place, crit Raymond Godefroy  la mme date. Soumis aux mmes lois
cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connatre, acquerront peu  peu cette
conscience du collectif, d'appartenir  un mme monde fragile pour y vivre en
harmonie sans le dtruire. Internet est absolument comme la langue d'Esope, la
meilleure et la pire des choses, selon l'usage qu'on en fait, et j'espre qu'il
me permettra de m'affranchir en partie de l'dition et de la distribution
traditionnelle qui, referme sur elle-mme, souffre d'une crise d'intolrance
pour entrer  reculons dans le prochain millnaire."

Trs certainement autobiographique, la fable Le pote et l'diteur (sixime
fable de la troisime partie) relate on ne peut mieux les affres du pote  la
recherche d'un diteur. Raymond Godefroy restant trs attach au papier, il
auto-publie la version imprime de ses fables en juin 2001, un an et demi aprs
la parution de la version web. Le titre, Fables pour les annes 2000, est
lgrement diffrent, puisque le cap du 21e sicle est dsormais franchi. Quant
aux ditions du Choucas, elles cessent malheureusement leur activit en mars
2001, une disparition de plus  dplorer chez les diteurs indpendants. Devenu
consultant en dition lectronique, Nicolas Pewny met dsormais ses comptences
ditoriales et numriques au service d'autres organismes.

= Le Net des tudes franaises

L'dition non commerciale est fondamentale dans le domaine universitaire.
Professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, Russon
Wooldridge est un ardent dfenseur de la diffusion libre du savoir. Interview
en fvrier 2001, il explique: "Je mets toutes les donnes de mes recherches des
vingt dernires annes sur le web (rdition de livres, articles, textes
intgraux de dictionnaires anciens en bases de donnes interactives, de traits
du 16e sicle, etc.). Je publie des actes de colloques, j'dite un journal, je
collabore avec des collgues franais, mettant en ligne  Toronto ce qu'ils ne
peuvent pas publier en ligne chez eux. (...) Il est crucial que ceux qui croient
 la libre diffusion des connaissances veillent  ce que le savoir ne soit pas
bouff, pour tre vendu, par les intrts commerciaux. Ce qui se passe dans
l'dition du livre en France, o on n'offre gure plus en librairie que des
manuels scolaires ou pour concours (c'est ce qui s'est pass en linguistique,
par exemple), doit tre vit sur le web. Ce n'est pas vers les Amazon.com qu'on
se tourne pour trouver la science dsintresse."

En mai 2000, Russon Wooldridge rassemble quelques collgues francophones 
Toronto lors d'un colloque intitul "Colloque international sur les tudes
franaises favorises par les nouvelles technologies d'information et de
communication". A la suite de ce colloque, il cre le Net des tudes franaises
(NEF), qui se veut d'une part "un filet trouv qui ne capte que des morceaux
choisis du monde des tudes franaises, tout en tissant des liens entre eux",
d'autre part un rseau dont les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans le
champ des tudes franaises et partageant librement leur savoir et leurs
produits avec autrui".

Le NEF s'tend ensuite  l'Europe grce au site miroir Translatio, cr dans le
mme esprit en septembre 2001. Emilie Devriendt, sa responsable, explique en
fvrier 2003: "Translatio est le site miroir de trois sites acadmiques ddis 
la diffusion de ressources documentaires dans le domaine des tudes franaises,
et plus particulirement de l'histoire de la langue franaise. Il s'agit du site
du professeur Russon Wooldridge, du site Net des tudes franaises (cr et
maintenu par ce dernier), et du site Langue du 19e sicle, du professeur
Jacques-Philippe Saint-Grand, dj miroiris  Clermont-Ferrand. Plus qu'une
simple copie, Translatio est avant toute chose le fruit de collaborations
actives, en rseau, entre enseignants, chercheurs et documentalistes issus de
diffrentes institutions:  Toronto (University of Toronto),  Clermont-Ferrand
(Universit Blaise Pascal), Lisieux (Bibliothque lectronique), Paris (cole
normale suprieure). Fidle  l'architecture initiale des trois sites originaux,
Translatio en conserve aussi les objectifs: diffuser de la connaissance (sources
primaires et secondaires) sous forme de bases linguistiques, philologiques,
culturelles - interactives ou non. Autrement dit, proposer gratuitement outils
de recherche et ressources en ligne offrant toutes les garanties d'une
ncessaire rigueur scientifique."

= Une activit essentielle

Avantage significatif de l'dition non commerciale, au lieu de vendre quelques
dizaines ou quelques centaines de livres et de toucher des droits d'auteur
souvent insignifiants, l'auteur a un vaste lectorat et touche... zro euros de
droits d'auteur, tout en chappant aux contraintes souvent inacceptables des
diteurs commerciaux. A chacun de choisir s'il veut cder les droits de ses
travaux, gagner quelques euros et n'tre lu par (presque) personne, ou s'il
prfre garder le copyright de ses crits, tre largement diffus et ne rien
gagner, sous-entendu ne pas gagner d'argent, parce qu'en fait il gagne le plus
important,  savoir le fait d'tre lu et de partager un savoir.

Grce au rseau, l'dition non commerciale a le vent en poupe, et il tait grand
temps. Des diteurs de fiction dcouvrent de nouveaux auteurs et les promeuvent
au mieux avec les maigres moyens dont ils disposent. Des organismes deviennent
diteurs dans le vrai sens du terme. Des auteurs sont heureux  juste titre de
voir leurs textes publis. Des lecteurs avides, enthousiastes et exigeants ne
choisissent pas leurs lectures en fonction de la dernire liste de best-sellers,
mais les choisissent dans une profusion de fictions, de documentaires, d'tudes
gnralistes et d'articles scientifiques, avec en prime la diffusion libre du
savoir. Et, pour finir, de plus en plus d'auteurs ne se soucient mme plus du
fait que leurs textes auraient pu tre accepts par un diteur traditionnel,
dont ils jugent le modle compltement dpass.


3.3. L'auto-dition


Si les diteurs peuvent difficilement vivre sans les auteurs, les auteurs
peuvent enfin vivre sans les diteurs. La cration d'un site web leur permet de
faire connatre leurs oeuvres en vitant les intermdiaires. Jean-Paul, auteur
hypermdia, crit ds juillet 1998: "L'internet va me permettre de me passer des
intermdiaires: diteurs et distributeurs. Il va surtout me permettre de
formaliser ce que j'ai dans la tte et dont l'imprim (la micro-dition, en
fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermdiaires
prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, l o l'herbe est
plus verte..."

L'auto-dition est la solution choisie par Anne-Bndicte Joly, romancire, qui
dcide de crer son propre site web pour diffuser ses oeuvres. En juin 2000,
deux mois aprs la mise en ligne de son site, elle raconte: "Aprs avoir
rencontr de nombreuses fins de non-recevoir auprs des maisons d'dition et ne
souhaitant pas opter pour des ditions  compte d'auteur, j'ai choisi, parce que
l'on crit avant tout pour tre lu (!), d'avoir recours  l'auto-dition. Je
suis donc un crivain-diteur et j'assume l'intgralit des tapes de la chane
littraire, depuis l'criture jusqu' la commercialisation, en passant par la
saisie, la mise en page, l'impression, le dpt lgal et la diffusion de mes
livres. Mes livres sont en rgle gnrale dits  250 exemplaires et je
parviens systmatiquement  couvrir mes frais fixes. Je pense qu'internet est
avant tout un mdia plus rapide et plus universel que d'autres, mais je suis
convaincue que le livre 'papier' a encore, pour des lecteurs amoureux de l'objet
livre, de beaux jours devant lui. Je pense que la problmatique rside davantage
dans la qualit de certains diteurs, pour ne pas dire la frilosit, devant les
cots lis  la fabrication d'un livre, qui prfrent diter des livres
'vendeurs' plutt que de dcider de prendre le risque avec certains crits ou
certains auteurs moins connus ou inconnus (...). Si l'internet et le livre
lectronique ne remplaceront pas le support livre, je reste convaincue que
disposer d'un tel rseau de communication est un avantage pour des auteurs moins
(ou pas) connus."

Il est possible que l'auto-dition ait un bel avenir, comme l'explique en aot
2000 Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, une chronique
hebdomadaire des actualits de l'internet: "J'ai une thorie des forces qui
animent et modifient la socit, et qui se rsume  classer les phnomnes en
tendances fortes, courants porteurs et signaux faibles. Le livre lectronique
(appel ici livre numrique, ndlr) ne rpond pas encore aux critres de tendance
forte. On peroit des signaux faibles qui pourraient annoncer un courant
porteur, mais on n'y est pas encore. Cependant, si et quand on y sera, ce sera
un atout important pour les personnes qui souhaiteront s'auto-diter, et le
phnomne pourrait bouleverser le monde de l'dition traditionnelle."


3.4. Vers une nouvelle structure ditoriale


Paralllement  la littrature imprime se dveloppe la littrature numrique,
sous diverses formes: site d'criture hypermdia, roman multimdia, hyper-roman,
nouvelle hypertexte, feuilleton hypermdia, mail-roman, etc. Cette littrature
est le plus souvent auto-dite, en attendant une ou plusieurs maisons d'dition
spcialises. De l'avis de Lucie de Boutiny, romancire, interviewe en juin
2000, la littrature hypertextuelle, "qui passe par le savoir-faire
technologique, rapproche donc le techno-crivain du scnariste, du dessinateur
BD, du plasticien, du ralisateur de cinma. Quelles en sont les consquences au
niveau ditorial? Faut-il prvoir un budget de production en amont? Qui est
l'auteur multimdia? Qu'en est-il des droits d'auteur? Va-t-on conserver le
copyright  la franaise? L'HTX (HyperText Literature) sera publie par des
diteurs papier ayant un dpartement multimdia? De nouveaux diteurs vont
merger et ils feront un mtier proche de la production? Est-ce que nous
n'allons pas assister  un nouveau type d'oeuvre collective? Bientt le sampling
littraire protg par le copyleft?"

Pour les documentaires galement, on commence  utiliser les nouvelles formes
d'criture et de lecture devenues courantes dans le domaine de l'hyperfiction.
Le documentaire hypertexte exploite lui aussi les possibilits offertes par
l'hyperlien en permettant divers cheminements au lecteur. C'est la dmarche
tente dans la version web de ce livre, qui donne directement accs aux
entretiens cits et permet une lecture aussi bien linaire que non linaire. Le
livre d'enqute publi en 2001 permet une recherche textuelle et une lecture
squentielle par sujets grce  la base interactive cre par Russon Wooldridge.

Outre plusieurs possibilits de lecture, linaire, non linaire, par thmes,
etc., le documentaire hypertexte offre de nombreux avantages par rapport au
documentaire imprim. Il permet l'accs immdiat au texte intgral des documents
cits. Les erreurs peuvent aussitt tre corriges. Le livre peut tre
rgulirement actualis, en y incluant par exemple les dveloppements les plus
rcents sur tel sujet et les derniers chiffres ou statistiques. Ces horripilants
index en fin d'ouvrage - mais combien pratiques, au moins quand ils existent -
sont dsormais remplacs par un moteur de recherche ou une base interactive.

Tout comme pour l'hyperfiction, il reste  inventer un nouveau type de maison
d'dition proposant ce genre de documentaire, avec une infrastructure permettant
leur actualisation immdiate par FTP (file transfer protocol). Si ceci vaut pour
tous les sujets, cela parat d'autant plus indispensable pour des sujets tels
que les nouvelles technologies, l'internet et le web. La place des livres
traitant du web n'est-elle pas sur le web? L'auteur pourrait choisir de mettre
son livre en consultation payante ou gratuite. La question du droit d'auteur
serait galement entirement  revoir. Copyright ou copyleft? Paiement  la
source ou paiement  la consultation? Et comment l'diteur serait-il rmunr?

A l'heure de l'internet, pour les documentaires comme pour la fiction, il semble
important de crer de toutes pices une structure ditoriale entirement
numrique se dmarquant des schmas traditionnels. De nombreux auteurs seraient
certainement heureux d'exprimenter un nouveau systme, au lieu de se plier  un
systme traditionnel trs contraignant, qui n'est peut-tre plus de mise
maintenant qu'on dispose d'un moyen de diffusion  moindres frais chappant aux
frontires.

Cette nouvelle structure viterait de reproduire les carences du systme
traditionnel, caractris entre autres par de trs longs dlais de rponse suite
 l'envoi du manuscrit (quand rponse il y a...), par des critres de slection
manquant de transparence, par une attente de plusieurs semaines sinon plusieurs
mois pour la publication, par des droits d'auteur au pourcentage ridicule (7 
10%, y compris pour les versions numriques), et par la difficult d'envisager
de nouvelles versions sous prtexte de rentabilit. A l'heure actuelle, les
expressions "politique ditoriale", "procdure ditoriale" et "suivi ditorial"
plongent souvent les auteurs dans des abmes de perplexit. Quant  l'engagement
de l'diteur de promouvoir et diffuser l'oeuvre par tous les moyens, une clause
qui apparat systmatiquement dans tout contrat ddition, il est de notorit
publique que cet engagement est rarement tenu lorsque l'auteur n'est pas connu.
Des professionnels du livre - et pas des plus contestataires - ayant eux-mmes
vcu les affres de l'auteur en qute d'diteur parlent de chane ditoriale 
bout de souffle, quand ils n'emploient pas des qualificatifs nettement plus
pjoratifs.

Ces nouveaux diteurs seraient diffrents des diteurs en ligne, lectroniques
et numriques apparus ces dernires annes, qui sont souvent issus de l'dition
traditionnelle et la copient encore. Il s'agirait d'diteurs qui,  l'heure des
technologies numriques et de l'internet, repenseraient la chane ditoriale de
fond en comble tout en faisant un vritable travail d'diteur (dcouverte,
slection, promotion et diffusion). Pour l'dition scientifique et technique, il
serait galement plus qu'utile de ne plus uniquement limiter son accs aux
membres des canaux dirigistes que sont l'Universit, le CNRS (Centre national de
la recherche scientifique) et quelques autres, et d'ouvrir largement les vannes
 d'autres spcialistes qui, s'ils n'ont pas les mmes diplmes, ont des
connaissances tout aussi approfondies, des expriences tout aussi riches et des
qualits d'crivain au moins quivalentes.

Ces nouveaux diteurs pourraient utiliser  plein l'internet en adoptant des
mthodes originales spcifiques au rseau: envoi des manuscrits sous forme
lectronique, dlais de rponse courts, critres de slection (ou non) transmis
par courrier lectronique, publication rapide, droits d'auteur plus levs avec
montant disponible en ligne, vente simultane de la version imprime (avec
impression  la demande) et de la version numrique en plusieurs formats,
vritable promotion et vritable diffusion de l'oeuvre selon des mthodes qui
restent  mettre au point, et pas seulement par le biais d'un extrait en
tlchargement libre et d'un descriptif des nouveauts adress  une liste de
diffusion, versions revues et corriges facilement envisageables sinon
encourages dans le domaine des sciences et techniques, etc.


4. LA LIBRAIRIE SE DIVERSIFIE


[4.1. Librairies traditionnelles / 4.2. Librairies en ligne / 4.3. Librairies
numriques]

Trois sortes de librairies cohabitent sur le web: les librairies tablies en
complment d'une librairie traditionnelle ou d'une chane de librairies, les
librairies en ligne cres directement sur le rseau et dont la totalit des
transactions s'effectue via l'internet, et enfin, apparues courant 2000, les
librairies numriques, qui vendent uniquement des livres en version numrise,
le plus souvent par tlchargement.


4.1. Librairies traditionnelles


A la fin des annes 1990, les chanes de librairies ont toutes une librairie en
ligne  ct de leur rseau de librairies "en dur". C'est le cas notamment de la
Fnac, Virgin, France Loisirs, ou encore Le Furet du Nord (qui dessert le Nord de
la France) et Decitre (qui dessert la rgion Rhne-Alpes). Mais la vente 
distance n'est pas l'apanage des grandes librairies, comme le montrent les deux
exemples pris ici, les librairies de voyage et les librairies d'ancien.

= Librairies de voyage

Fonde en 1985 par Hlne Larroche, Itinraires est une librairie de voyages
situe au coeur de Paris, dans l'ancien quartier des Halles. Ds les dbuts de la
librairie, le personnel cre une base de donnes informatique avec classement
des livres par pays et par sujets. Dix ans aprs, en 1995, la consultation du
catalogue est possible sur minitel. Trois ans plus tard, la librairie est
prsente sur le web. En juin 1998, Hlne Larroche relate: "Nous effectuons prs
de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente  distance. Passer du minitel 
internet nous semblait intressant pour atteindre la clientle de l'tranger,
les expatris dsireux de garder par les livres un contact avec la France et 
la recherche d'une librairie qui 'livre  domicile' et bien sr les 'surfeurs
sur le net', non minitlistes. La vente  distance est encore trop peu utilise
sur internet pour avoir modifi notre chiffre d'affaires de faon significative.
Internet a cependant eu une incidence sur le catalogue de notre librairie, avec
la cration d'une rubrique sur le web, spcialement destine aux expatris, dans
laquelle nous mettons des livres, tous sujets confondus, qui font partie des
meilleures ventes du moment ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous
avons toutefois dcid de limiter cette rubrique  60 titres quand notre base en
compte 13.000. Un changement non ngligeable, c'est le temps qu'il faut dgager
ne serait-ce que pour rpondre au courrier que gnrent les consultations du
site. Outre le bnfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter
(et dont nous ressentons dj les effets), nous esprons pouvoir capter une
nouvelle clientle dans notre spcialit (la connaissance des pays trangers),
atteindre et intresser les expatris et augmenter nos ventes  l'tranger."

Un an et demi aprs, en janvier 2000, Hlne Larroche ajoute: "Un net regain de
personnes viennent  notre librairie aprs nous avoir dcouvert sur le web.
C'est plutt une clientle parisienne ou une clientle venue de province pour
pouvoir feuilleter sur place ce que l'on a dcouvert sur le web. Mais
l'exprience est trs intressante et nous conduit  poursuivre."

D'autres librairies se dbrouillent au mieux avec des moyens limits, comme la
librairie Ulysse, sise  Paris dans l'le Saint-Louis. Fonde en 1971 par
Catherine Domain, Ulysse est  l'poque la premire librairie au monde
uniquement consacre au voyage. Ses 20.000 livres, cartes et revues neufs et
d'occasion reclent des documents souvent introuvables ailleurs. A la fois
libraire et grande voyageuse, Catherine Domain est membre du SLAM (Syndicat
national de la librairie ancienne et moderne), du Club des explorateurs et du
Club international des grands voyageurs. En 1999, elle dcide de se lancer dans
un voyage virtuel autrement plus ingrat,  savoir la ralisation d'un site web
en autodidacte. "Mon site est embryonnaire et en construction, raconte-t-elle en
novembre 2000. Il se veut  l'image de ma librairie, un lieu de rencontre avant
d'tre un lieu commercial. Il sera toujours en perptuel devenir! Internet me
prend la tte, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien, mais cela ne
m'ennuie pas..." Elle est toutefois assez pessimiste sur l'avenir des librairies
comme la sienne. "Internet tue les librairies spcialises. En attendant d'tre
dvore, je l'utilise comme un moyen d'attirer les clients chez moi, et aussi de
trouver des livres pour ceux qui n'ont pas encore internet chez eux! Mais j'ai
peu d'espoir..."

= Librairies d'ancien

Les librairies d'ancien sont parmi les premires  utiliser l'internet pour
tendre leur champ d'activit. Dans un domaine o la vente par correspondance 
partir d'un catalogue a toujours t primordiale, l'internet vient  point nomm
pour faciliter les transactions. Courrier lectronique, listes de diffusion,
bases de donnes sur le web et commerce lectronique prennent le relais des
mthodes traditionnelles.

Ds novembre 1995, Pascal Chartier, grant de la librairie du Bt d'Argent
(Lyon), cre Livre-rare-book, un site professionnel de livres d'occasion,
anciens et modernes. En juin 1998, il dfinit l'internet comme "peut-tre la
pire et la meilleure des choses. La pire parce qu'il peut gnrer un travail
constant sans limite et la dpendance totale. La meilleure parce qu'il peut
s'largir encore et permettre surtout un travail intelligent!" En aot 2003,
Livre-rare-book propose un catalogue de plus d'un million de livres manant de
quelque 320 librairies, et un annuaire lectronique international recensant prs
de 4.000 librairies.

Autre ralisation, celle du Syndicat national de la librairie ancienne et
moderne (SLAM), un syndicat professionnel regroupant 220 librairies franaises.
Le SLAM met en ligne un premier site web en 1997, puis le remplace en juillet
1999 par un deuxime site d'une conception plus dynamique. Alain Marchiset,
prsident du SLAM, explique en juillet 2000: "Ce site intgre une architecture
de type 'base de donnes', et donc un vritable moteur de recherche, qui permet
de faire des recherches spcifiques (auteur, titre, diteur, et bientt sujet)
dans les catalogues en ligne des diffrents libraires. Le site contient
l'annuaire des libraires avec leurs spcialits, des catalogues en ligne de
livres anciens avec illustrations, un petit guide du livre ancien avec des
conseils et les termes techniques employs par les professionnels, et aussi un
service de recherche de livres rares. De plus, l'association organise chaque
anne en novembre une foire virtuelle du livre ancien sur le site, et en mai une
vritable foire internationale du livre ancien qui a lieu  Paris et dont le
catalogue officiel est visible aussi sur le site. (...)

Les libraires membres proposent sur le site du SLAM des livres anciens que l'on
peut commander directement par courrier lectronique et rgler par carte de
crdit. Les livres sont expdis dans le monde entier. Les libraires de livres
anciens vendaient dj par correspondance depuis trs longtemps au moyen de
catalogues imprims adresss rgulirement  leurs clients. Ce nouveau moyen de
vente n'a donc pas t pour nous vraiment rvolutionnaire, tant donn que le
principe de la vente par correspondance tait dj matris par ces libraires.
C'est simplement une adaptation dans la forme de prsentation des catalogues de
vente qui a t ainsi ralise. Dans l'ensemble, la profession envisage assez
sereinement ce nouveau moyen de vente."

Rsolument optimiste en 1999 et 2000, la profession revoit ensuite ses
esprances  la baisse. En juin 2001, Alain Marchiset crit: "Aprs une
exprience de prs de cinq annes sur le net, je pense que la rvolution
lectronique annonce est moins vidente que prvue, et sans doute plus
'virtuelle' que relle pour le moment. Les nouvelles technologies n'ont pas
actuellement rvolutionn le commerce du livre ancien. Nous assistons surtout 
une srie de faillites, de rachats et de concentrations de socits de services
(principalement amricaines) autour du commerce en ligne du livre, chacun
essayant d'avoir le monopole, ce qui bien entendu est dangereux  la fois pour
les libraires et pour les clients qui risquent  la longue de ne plus avoir de
choix concurrentiel possible. Les associations professionnelles de libraires des
29 pays fdres autour de la Ligue internationale de la librairie ancienne
(LILA) ont dcid de ragir et de se regrouper autour d'un gigantesque moteur de
recherche mondial sous l'gide de la LILA. Cette fdration reprsente un
potentiel de 2.000 libraires indpendants dans le monde, mais offrant des
garanties de scurit et de respect de rgles commerciales strictes. Ce nouveau
moteur de recherche de la LILA (en anglais ILAB) en pleine expansion est dj
rfrenc par AddALL et BookFinder.com."


4.2. Librairies en ligne


Apparues au milieu des annes 1990, les librairies en ligne ont pour vitrine un
site web, et toutes leurs transactions s'effectuent sur le rseau. Le site web
permet de consulter le catalogue et de passer commande. Il permet aussi de lire
des rsums, des extraits et des critiques de livres. En 2003, les principales
librairies en ligne francophones ont pour nom Alapage, Chapitre.com et
Amazon.fr. Fonde en 1996 par Patrice Magnard, Alapage rejoint le groupe France
Tlcom en septembre 1999 puis devient en juillet 2000 une filiale  part
entire de Wanadoo (le fournisseur d'accs internet de France Tlcom).
Librairie indpendante cre en 1997 par Juan Pirlot de Corbion, Chapitre.com
comprend plusieurs secteurs: livres neufs, livres neufs  prix rduit, livres
anciens, revues anciennes ou puises, gravures et affiches. Amazon.fr est la
filiale que le grand libraire amricain ouvre en aot 2000 dans l'hexagone.

Amazon.com est le pionnier des librairies en ligne. Son histoire est donc
intressante  ce titre. Fond par Jeff Bezos, Amazon voit le jour en juillet
1995  Seattle, sur la cte ouest des Etats-Unis. Quinze mois auparavant, au
printemps 1994, Jeff Bezos fait une tude de march pour dcider du meilleur
produit de consommation  vendre sur l'internet. Dans sa liste de vingt produits
marchands, qui comprennent entre autres les vtements et les instruments de
jardinage, les cinq premiers du classement se trouvent tre les livres, les CD,
les vidos, les logiciels et le matriel informatique.

"J'ai utilis tout un ensemble de critres pour valuer le potentiel de chaque
produit, relate Jeff Bezos dans le kit de presse d'Amazon. Le premier critre a
t la taille des marchs existants. J'ai vu que la vente des livres
reprsentait un march mondial de 82 milliards de dollars. Le deuxime critre a
t la question du prix. Je voulais un produit bon march. Mon raisonnement
tait le suivant: puisque c'tait le premier achat que les gens allaient faire
en ligne, il fallait que la somme  payer soit modique. Le troisime critre a
t la varit dans le choix: il y avait trois millions de titres de livres
alors qu'il n'y avait que 300.000 titres pour les CD, par exemple."

La vente de livres en ligne dbute en juillet 1995, avec dix salaris et trois
millions d'articles. Amazon devient vite une rfrence dans le commerce
lectronique, et son volution rapide est suivie de prs par des analystes de
tous bords. En novembre 2000, la socit compte 7.500 salaris, 28 millions
d'articles, 23 millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni, Allemagne,
France et Japon), auxquelles s'ajoute en juin 2002 une cinquime filiale au
Canada. La maison mre diversifie progressivement ses activits. Elle vend non
seulement des livres, des vidos, des CD et des logiciels, mais aussi des
produits de sant, des jouets, des appareils lectroniques, des ustensiles de
cuisine, des outils de jardinage, etc. En novembre 2001, la vente des livres,
disques et vidos ne reprsente plus que 58% du chiffre d'affaires. Admir par
certains, le modle conomique d'Amazon est violemment contest par d'autres,
notamment en matire de gestion du personnel.

La prsence europenne d'Amazon dbute en 1998. Les deux premires filiales sont
implantes en Allemagne et au Royaume-Uni. En aot 2000, avec 1,8 million de
clients en Grande-Bretagne, 1,2 million de clients en Allemagne et quelques
centaines de milliers de clients en France, la librairie ralise 23% de ses
ventes hors des Etats-Unis. A la mme date, elle ouvre sa filiale franaise.

A son ouverture, Amazon.fr compte quatre rivaux de taille: Fnac.com, librairie
en ligne de la Fnac, Alapage, BOL.fr (ferm depuis), succursale de BOL.com, et
Chapitre.com, librairie en ligne indpendante. Un mois aprs son lancement,
Amazon.fr est  la seconde place des sites de biens culturels franais, aprs
Fnac.com. La socit de mesure d'audience Media Metrix Europe donne les chiffres
suivants pour septembre 2000: 401.000 requtes individuelles pour Fnac.com,
217.000 requtes pour Amazon.fr, 209.000 requtes pour Alapage et 74.000
requtes pour BOL.fr.

Contrairement  leurs homologues anglophones, les libraires en ligne franais
sont soumis  la loi sur le prix unique du livre. Ils ne peuvent se permettre
les rductions substantielles proposes par leurs collgues situs aux
Etats-Unis ou au Royaume-Uni, pays dans lesquels le prix du livre est libre. En
revanche, les libraires en ligne franais sont optimistes sur le dveloppement
d'un march francophone international. Le nombre de librairies en ligne s'avre
toutefois trop lev par rapport au march existant. En juillet 2001, BOL.com
(BOL: Bertelsmann on line) annonce la fermeture de BOL.fr, succursale cre deux
ans auparavant par les deux gants des mdias Bertelsmann et Vivendi. A la mme
date, les difficults rencontres par d'autres libraires en ligne montrent la
ncessit de revoir  la baisse des prvisions quelque peu optimistes, afin de
laisser  la clientle le temps de s'habituer  ce nouveau mode d'achat.


4.3. Librairies numriques


Dernire-ne sur le web, la librairie numrique apparat courant 2000, lorsque
la vente de livres numriques commence  se gnraliser. Comme son nom
l'indique, la librairie numrique est une librairie vendant uniquement des
livres numriques, le plus souvent par tlchargement, ou alors envoys en pice
jointe  un courrier lectronique. Les livres numriques sont diffuss dans
plusieurs formats, les principaux formats tant le format PDF (lu par l'Acrobat
Reader et l'Acrobat eBook Reader), le format LIT (lu par le Microsoft Reader),
le format PRC (lu par le Mobipocket Reader) et le format PDB (lu par le Palm
Reader).

Les grandes librairies en ligne Amazon.com et Barnes & Noble.com ouvrent toutes
deux un secteur numrique  quelques mois d'intervalle. Barnes & Noble.com ouvre
son secteur eBooks en aot 2000, suite  un accord pass avec Microsoft en
janvier 2000 pour la vente de livres lisibles sur le Microsoft Reader.
Amazon.com suit son concurrent de peu. Aprs avoir conclu une alliance avec
Microsoft en aot 2000, Amazon ouvre son service eBooks en novembre 2000, avec
1.000 titres disponibles au dpart. En septembre 2001, Yahoo! leur embote le
pas en crant son eBook Store, suite  des accords passs avec plusieurs
diteurs (Penguin Putnam, Simon & Schuster, Random House et HarperCollins).

Mais les librairies numriques ne sont pas l'apanage des mastodontes du mtier,
comme en tmoigne l'activit de Numilog, librairie numrique franaise qui ouvre
ses portes en septembre 2000.

En fvrier 2001, Denis Zwirn, PDG de Numilog, relate: "Ds 1995, j'avais imagin
et dessin des modles de lecteurs lectroniques permettant d'emporter sa
bibliothque avec soi et pesant comme un livre de poche. Dbut 1999, j'ai repris
ce projet avec un ami spcialiste de la cration de sites internet, en ralisant
la formidable synergie possible entre des appareils de lecture lectronique
mobiles et le dveloppement d'internet, qui permet d'acheminer les livres
dmatrialiss en quelques minutes dans tous les coins du monde. (...) Nous
avons cr une base de livres accessible par un moteur de recherche. Chaque
livre fait l'objet d'une fiche avec un rsum et un extrait. En quelques clics,
il peut tre achet en ligne par carte bancaire, puis reu par e-mail ou
tlchargement." Quelques semaines plus tard, le site offre "des fonctionnalits
nouvelles, comme l'intgration d'une 'authentique vente au chapitre' (les
chapitres vendus isolment sont traits comme des lments inclus dans la
fiche-livre, et non comme d'autres livres) et la gestion trs ergonomique des
formats de lecture multiples".

Fonde en avril 2000 par Denis Zwirn, Herv Zwirn et Patrick Armand, la socit
Numilog a une triple activit. Elle est  la fois une librairie en ligne, un
studio de fabrication et un diffuseur. "Numilog est d'abord une librairie en
ligne de livres numriques, explique Denis Zwirn. Notre site internet est ddi
 la vente en ligne de ces livres, qui sont envoys par courrier lectronique ou
tlchargs aprs paiement par carte bancaire. Il permet aussi de vendre des
livres par chapitres. Numilog est galement un studio de fabrication de livres
numriques: aujourd'hui, les livres numriques n'existent pas chez les diteurs,
il faut donc d'abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de
contrats ngocis avec les diteurs dtenteurs des droits. Ce qui signifie les
convertir  des formats convenant aux diffrents 'readers' du march. (...)
Enfin Numilog devient aussi progressivement un diffuseur. Car, sur internet, il
est important d'tre prsent en de trs nombreux points du rseau pour faire
connatre son offre. Pour les livres en particulier, il faut les proposer aux
diffrents sites thmatiques ou de communauts, dont les centres d'intrt
correspondent  leur sujet (sites de fans d'histoire, de management, de
science-fiction...). Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples
'boutiques de livres numriques' thmatiques."

Rpartis en trois grandes catgories - savoir, guides pratiques et littrature -
les livres sont disponibles dans plusieurs formats: format PDF (portable
document format) avec lecture en pleine page sans dfilement et sans zoom,
format PDF avec mise en page reproduisant celle du livre imprim, format LIT
(abrg du terme anglais: literature) pour le Microsoft Reader et format PRC
(Palm resource) pour le Mobipocket Reader. Seront ajouts progressivement les
nouveaux formats utiles sur le march.

En 2003, le catalogue comprend 3.500 ebooks (livres et priodiques) en franais
et en anglais, grce  un partenariat avec une quarantaine d'diteurs. Le but 
long terme tant de "permettre  un public d'internautes de plus en plus large
d'avoir progressivement accs  des bases de livres numriques aussi importantes
que celles des livres papier, mais avec plus de modularit, de richesse
d'utilisation et  moindre prix".


5. LE RESEAU DES BIBIOTHEQUES NUMERIQUES


[5.1. Numrisation: mode texte et mode image / 5.2. Bibliothques pionnires /
5.3. Du bibliothcaire au cyberthcaire / 5.4. De la conservation  la
communication]

Appele aussi bibliothque lectronique ou bibliothque virtuelle, la
bibliothque numrique semble tre le principal apport de l'internet au monde du
livre, et rciproquement. Au fil des ans sont mis en ligne des centaines puis
des milliers d'oeuvres du domaine public, documents littraires et
scientifiques, articles, travaux universitaires et de recherche, images et
bandes sonores sont disponibles  l'cran. Nombre d'entre eux sont en accs
libre.


5.1. Numrisation: mode texte et mode image


Les bibliothques numriques sont souvent constitues  partir de collections
imprimes. La premire tape est donc la numrisation de ces dernires. Cette
numrisation peut tre effectue soit en mode texte, soit en mode image.

Comme son nom l'indique, la numrisation en mode texte implique la saisie d'un
texte. Elle consiste  scanner le livre, puis  contrler le rsultat  l'cran
en relisant intgralement le texte scann et en le corrigeant si ncessaire.
Quand les documents originaux manquent de clart, pour les livres anciens par
exemple, ils sont saisis ligne aprs ligne, de la premire page  la dernire.
Suite au scannage ou  la saisie, le texte numris apparat en continu 
l'cran, et la prsentation de la page originale n'est pas conserve. A cause du
temps pass au traitement de chaque livre, ce mode de numrisation est assez
long, et donc nettement plus coteux que la numrisation en mode image. Dans de
nombreux cas, il est toutefois trs prfrable, puisqu'il permet l'indexation,
la recherche et l'analyse textuelles, une tude comparative entre plusieurs
textes ou plusieurs versions du mme texte, etc. C'est la mthode utilise par
exemple par le Projet Gutenberg, fond ds 1971, ou encore la Bibliothque
lectronique de Lisieux, cre en 1996.

La numrisation en mode image correspond  la photographie du livre. La version
informatique est le fac-simil numrique de la version imprime. La prsentation
originale tant conserve, on peut feuilleter le texte page aprs page 
l'cran. C'est la mthode employe pour les numrisations  grande chelle, par
exemple pour la constitution de Gallica, le secteur numrique de la Bibliothque
nationale de France (BnF). Ne sont numriss en mode texte que les tables des
matires, les sommaires et les lgendes des corpus iconographiques, ce afin de
faciliter la recherche textuelle. Pourquoi ne pas tout numriser en mode texte?
La BnF rpond sur le site de Gallica: "Le mode image conserve l'aspect initial
de l'original y compris ses lments non textuels. Si le mode texte autorise des
recherches riches et prcises dans un document et permet une rduction
significative du volume des fichiers manipuls, sa ralisation, soit par saisie
soit par OCR (optical character recognition), implique des cots de traitement
environ dix fois suprieurs  la simple numrisation. Ces techniques,
parfaitement envisageables pour des volumes limits, ne pouvaient ici tre
conomiquement justifiables au vu des 50.000 documents (reprsentant presque 15
millions de pages) mis en ligne." En 2003, Gallica donne accs  tous les
documents libres de droit du fonds numris de la BnF,  savoir 70.000 ouvrages
et 80.000 images allant du Moyen-Age au dbut du 20e sicle.

Concepteur de Mot@mot, un logiciel de remise en page de fac-simils numriques,
Pierre Schweitzer insiste sur l'utilit des deux modes de numrisation. "Le mode
image permet d'avancer vite et  trs faible cot, explique-t-il en janvier
2001. C'est important car la tche de numrisation du domaine public est
immense. Il faut tenir compte aussi des diffrentes ditions: la numrisation du
patrimoine a pour but de faciliter l'accs aux oeuvres, il serait paradoxal
qu'elle aboutisse  se focaliser sur une dition et  abandonner l'accs aux
autres. Chacun des deux modes de numrisation s'applique de prfrence  un type
de document, ancien et fragile ou plus rcent, libre de droit ou non (pour
l'auteur ou pour l'dition), abondamment illustr ou pas. Les deux modes ont
aussi des statuts assez diffrents: en mode texte a peut tre une nouvelle
dition d'une oeuvre, en mode image c'est une sorte d''dition d'dition', grce
 un de ses exemplaires (qui fonctionne alors comme une fonte d'imprimerie pour
du papier). En pratique, le choix dpend bien sr de la nature du fonds 
numriser, des moyens et des buts  atteindre. Difficile de se passer d'une des
deux faons de faire."

Si une bibliothque numrique est d'abord une bibliothque d'oeuvres numrises,
ce terme s'applique aussi par extension  une collection organise de liens vers
des oeuvres numrises disponibles sur le web. C'est le cas de The Online Books
Page, un rpertoire d'oeuvres anglophones en accs libre cr en 1993 par John
Mark Ockerbloom. C'est galement le cas de The Internet Public Library (IPL),
qui se dfinit comme la premire bibliothque publique de l'internet sur
l'internet,  savoir une bibliothque slectionnant, organisant et cataloguant
les ressources disponibles sur le rseau, et n'existant elle-mme que sur
celui-ci. Cre en mars 1995, cette bibliothque publique d'un genre nouveau
devient vite une rfrence. D'autres bibliothques numriques proposent  la
fois des textes numriss par l'quipe en place et un ensemble de liens vers des
oeuvres disponibles ailleurs. C'est le cas d'Athena, bibliothque numrique
fonde en 1994 par Pierre Perroud et hberge sur le site de l'Universit de
Genve.


5.2. Bibliothques pionnires


Objectif poursuivi par des gnrations de bibliothcaires, la diffusion
d'oeuvres du domaine public devient enfin possible  trs vaste chelle, d'une
part grce  la numrisation des livres en mode texte, dans un format simple qui
puisse tre lu sur toutes les machines et par tous les systmes, d'autre part
grce au fait que, via l'internet, ces fichiers puissent tre tlchargs
librement par tout lecteur potentiel.

= Le Projet Gutenberg

Le Projet Gutenberg nat en juillet 1971 lorsque Michael Hart, alors tudiant 
l'Universit de l'Illinois (Etats-Unis), dcide de convertir des oeuvres du
domaine public au format lectronique pour les mettre gratuitement  la
disposition de tous. Le Projet Gutenberg est le premier site d'information sur
un internet encore embryonnaire, qui dbute vritablement en 1974 et prend son
essor en 1983. Vient ensuite le web (sous-ensemble de l'internet), oprationnel
en 1991, puis le premier navigateur, qui apparat en novembre 1993. Lorsque
l'utilisation du web se gnralise, le Projet Gutenberg trouve un second souffle
et un rayonnement international. Au fil des ans, des centaines d'oeuvres sont
patiemment numrises en mode texte par des volontaires de nombreux pays.
D'abord essentiellement anglophones, les collections deviennent peu  peu
multilingues.

Qu'ils aient t numriss il y a vingt ans ou qu'ils soient numriss
maintenant, tous les textes lectroniques sont au format ASCII (American
standard code for information interchange), avec des lettres capitales pour les
termes en italique, gras ou souligns, afin que ces textes puissent tre lus
sans problme quels que soient le systme d'exploitation et le logiciel
utiliss. Libre  d'autres organismes de les convertir dans des formats
diffrents s'ils le souhaitent.

Cinquante heures environ sont ncessaires pour scanner un livre, le corriger et
le mettre en page. Un ouvrage de taille moyenne - par exemple un roman de
Stendhal ou de Jules Verne - est en gnral compos de deux fichiers ASCII. Si
certains livres anciens sont parfois saisis ligne aprs ligne,  cause du manque
de clart du texte original, les livres sont en gnral scanns en utilisant un
logiciel OCR (optical character recognition), qui permet de convertir en fichier
texte un fichier d'abord numris en mode image, afin de pouvoir corriger son
contenu si ncessaire. Les livres numriss sont ensuite relus et corrigs 
deux reprises, parfois par deux personnes diffrentes.

"Nous considrons le texte lectronique comme un nouveau mdium, sans vritable
relation avec le papier, explique Michael Hart en aot 1998. Le seul point
commun est que nous diffusons les mmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le
papier peut concurrencer le texte lectronique une fois que les gens y sont
habitus, particulirement dans les tablissements d'enseignement. (...) Mon
projet est de mettre 10.000 textes lectroniques sur l'internet. Si je pouvais
avoir des subventions importantes, j'aimerais aller jusqu' un million et
tendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x%  10% de la population
mondiale, ce qui reprsenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes
lectroniques au lieu d'un milliard seulement. (...) J'introduis une nouvelle
langue par mois maintenant, et je vais poursuivre cette politique aussi
longtemps que possible." Michael Hart se dfinit lui-mme comme un fou de
travail ddiant toute sa vie  son projet, qu'il voit comme tant  l'origine
d'une rvolution no-industrielle.

Comment cette vaste entreprise a-t-elle dbut? Michael Hart numrise son
premier texte le 4 juillet 1971. Le 4 juillet tant le jour de la fte
nationale, il saisit le texte de la Dclaration de l'Indpendance des Etats-Unis
(signe le 4 juillet 1776) sur le clavier de son ordinateur, et il envoie le
fichier lectronique correspondant  quelques collgues et amis.

Entre 1971 et 1979, il scanne un volume par an d'une srie qu'il intitule
History of Western Democracy. Entre 1980 et 1990, il poursuit ce travail avec
quelques volontaires. Son quipe et lui scannent la Bible dans son entier et
plusieurs oeuvres de Shakespeare. En 1990, dix textes sont prts. Le dixime
texte est The King James Bible. La moyenne mensuelle des textes scanns
progresse ensuite rgulirement: un texte par mois en 1991, deux textes par mois
en 1992, quatre textes par mois en 1993 et huit textes par mois en 1994. Fin
1994, les collections comprennent 100 textes. Le centime texte est l'oeuvre
complte de Shakespeare, dsormais scanne dans son entier.

Lorsque l'utilisation du web se gnralise, il devient beaucoup plus facile de
faire circuler les oeuvres et de recruter de nouveaux volontaires. La production
augmente donc en proportion, avec 16 textes par mois en 1995, puis 32 textes par
mois en 1996 et 1997. Fin 1997, les collections comprennent 1.000 textes. Le
millime texte est La Divine Comdie de Dante, en italien. La production passe 
36 textes par mois en 1998 et 1999. Fin 1999, les collections se chiffrent 
2.000 textes. Le 2.000e texte est Don Quichotte de Cervantes, en espagnol.

Le nombre de textes scanns est toujours de 36 textes par mois en 2000. Il passe
 40 textes par mois pendant le premier semestre 2001, puis 50 textes par mois
pendant le deuxime semestre. Le 3.000e texte, disponible courant 2000, est le
troisime volume de A l'ombre des jeunes filles en fleurs, de Proust, en
franais. Le 4.000e texte, disponible courant 2001, est The French Immortals,
version anglaise de la srie publie en 1905 par la Maison Mazarin pour
rassembler des fictions d'crivains couronns par l'Acadmie franaise (Emile
Souvestre, Pierre Loti, Hector Malot, Charles de Bernard, Alphonse Daudet,
etc.). Le 5.000e texte, disponible en avril 2002, est la version anglaise des
Carnets de Lonard de Vinci.

En 2002, les collections s'accroissent en moyenne de 100 titres par mois. Au
printemps 2002, elles reprsentent le quart des oeuvres du domaine public
disponibles sur le web, recenses de manire pratiquement exhaustive par The
Internet Public Library (IPL). Un beau rsultat pour trente ans de travail
acharn bas en grande partie sur le volontariat, avec plus d'un millier de
volontaires dans plusieurs pays. En octobre 2003, le catalogue comprend 10.000
titres dans plusieurs langues. Michael Hart espre franchir la barre du million
de titres d'ici 2015.

= The Online Book Page

En 1993, un deuxime projet pionnier se dveloppe paralllement au Projet
Gutenberg,  l'instigation de John Mark Ockerbloom, doctorant  l'Universit
Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis). Il s'agit de The Online
Books Page, dont le but n'est pas de numriser des oeuvres mais, tout aussi
utile, de rpertorier celles qui sont en accs libre sur le web, en offrant au
lecteur un point d'entre commun.

John Mark Ockerbloom retrace les dbuts de son rpertoire lors d'un entretien
datant de septembre 1998: "J'tais webmestre ici pour la section informatique de
la CMU (Carnegie Mellon University), et j'ai dbut notre site local en 1993. Il
comprenait des pages avec des liens vers des ressources disponibles localement,
et  l'origine The Online Books Page tait une de ces pages, avec des liens vers
des livres mis en ligne par des collgues de notre dpartement (par exemple
Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains textes du Projet
Gutenberg). Ensuite les gens ont commenc  demander des liens vers des livres
disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqu que de nombreux sites (et pas
seulement le Projet Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et
qu'il serait utile d'en avoir une liste complte qui permette de tlcharger ou
de lire des livres o qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a
dbut. J'ai quitt mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gard la
gestion de The Online Books Page, parce qu'entre temps je m'tais passionn pour
l'norme potentiel qu'a l'internet de rendre la littrature accessible au plus
grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que j'ai du mal 
rester  jour. Je pense pourtant poursuivre cette activit d'une manire ou
d'une autre. Je suis trs intress par le dveloppement de l'internet en tant
que mdium de communication de masse dans les prochaines annes. J'aimerais
aussi rester impliqu dans la mise  disposition gratuite pour tous de livres
sur l'internet, que ceci fasse partie intgrante de mon activit
professionnelle, ou que ceci soit une activit bnvole mene sur mon temps
libre."

Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En 1999, il
rejoint l'Universit de Pennsylvanie, o il travaille  la R&D (recherche et
dveloppement) de la bibliothque numrique. A la mme poque, il y transfre
The Online Books Page, tout en gardant la mme prsentation, trs sobre, et il
poursuit son travail d'inventaire dans le mme esprit. En 2003, ce rpertoire
fte ses dix ans et recense plus de 20.000 textes lectroniques.

= La Bibliothque lectronique de Lisieux

Le milieu des annes 1990 marque les dbuts du web francophone, d'abord au
Qubec et ensuite en Europe. En juin 1996 apparat la Bibliothque lectronique
de Lisieux, une des premires bibliothques francophones du rseau, cre 
l'initiative d'Olivier Bogros, directeur de la mdiathque municipale de Lisieux
(Normandie). Ds ses dbuts, cette ralisation suscite l'intrt de la
communaut francophone parce qu'elle montre ce qui est faisable sur le rseau
avec beaucoup de dtermination et des moyens limits.

Pendant deux ans, de 1996  1998, Olivier Bogros hberge le site web sur les
pages de son compte personnel CompuServe. En juin 1998, il enregistre un nom de
domaine (bmlisieux.com) et dmnage l'ensemble sur un serveur offrant une
capacit de stockage de 30 Mo (mga-octets). En juillet 1999, 370 oeuvres sont
disponibles en ligne. Elles comprennent des oeuvres littraires, des brochures
et opuscules documentaires, des manuscrits, livres et brochures sur la
Normandie, et enfin des confrences et exposs transcrits par des lves du
lyce de Lisieux.

A la mme date, Olivier Bogros explique: "Les oeuvres  diffuser sont choisies 
partir d'exemplaires conservs  la bibliothque municipale de Lisieux ou dans
des collections particulires mises  disposition. Les textes sont saisis au
clavier et relus par du personnel de la bibliothque, puis mis en ligne aprs
encodage. La mise  jour est mensuelle (3  6 textes nouveaux). Par got, mais
aussi contraints par le mode de production, nous slectionnons plutt des textes
courts (nouvelles, brochures, tirs  part de revues, articles de journaux...).
De mme nous laissons  d'autres (bibliothques ou diteurs) le soin de mettre
en ligne les grands classiques de la littrature franaise, prfrant consacrer
le peu de temps et de moyens dont nous disposons  mettre en ligne des textes
excentriques et improbables. (...) Nous rflchissons aussi, dans le domaine
patrimonial,  un prolongement du site actuel vers les arts du livre -
illustration, typographie... - toujours  partir de notre fonds. Sinon, pour ce
qui est des textes, nous allons vers un largissement de la part rserve au
fonds normand." En 2003, la bibliothque lectronique approche les 600 textes.

L'anne 2000 marque le dbut du partenariat de la bibliothque lectronique avec
l'Universit de Toronto. Lanc officiellement en aot 2000, LexoTor est une base
de donnes fonctionnant avec le logiciel TACTweb et permettant l'interrogation
en ligne des oeuvres de la bibliothque, ainsi que des analyses et des
comparaisons textuelles. Le projet est issu de la rencontre d'Olivier Bogros
avec Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto, lors du premier colloque international sur les tudes
franaises valorises par les nouvelles technologies d'information et de
communication, organis par ce dernier en mai 2000  Toronto. Deux ans aprs, en
mai 2002, un deuxime colloque international sur le mme sujet est organis
cette fois par Olivier Bogros  Lisieux.


5.3. Du bibliothcaire au cyberthcaire


Piloter les usagers sur l'internet, filtrer et organiser l'information  leur
intention, crer et grer un site web, rechercher des documents dans des bases
de donnes spcialises, telles sont dsormais les tches de nombreux
bibliothcaires. Le bibliothcaire devient progressivement un cyberthcaire,
comme en tmoignent diverses expriences relates au fil des ans, par Peter
Raggett en 1998, par Bruno Didier en 1999, par Bakayoko Bourahima et Emmanuel
Barthe en 2000, et par Anissa Rachef en 2001.

= En 1998

En 1998, Peter Raggett est sous-directeur du centre de documentation et
d'information (CDI) de l'OCDE. Situe  Paris, l'OCDE (Organisation de
coopration et de dveloppement conomiques) est une organisation internationale
regroupant trente pays membres. Au noyau d'origine, constitu des pays d'Europe
de l'Ouest et d'Amrique du Nord, sont venus s'ajouter le Japon, l'Australie, la
Nouvelle-Zlande, la Finlande, le Mexique, la Rpublique tchque, la Hongrie, la
Pologne et la Core. Rserv aux fonctionnaires de l'organisation, le centre de
documentation permet la consultation de quelque 60.000 monographies et 2.500
priodiques imprims. En ligne depuis 1996, les pages intranet du CDI sont
devenues une des principales sources d'information du personnel.

"Je dois filtrer l'information pour les usagers de la bibliothque, ce qui
signifie que je dois bien connatre les sites et les liens qu'ils proposent,
explique Peter Raggett en juin 1998. J'ai slectionn plusieurs centaines de
sites pour en favoriser l'accs  partir de l'intranet de l'OCDE. Cette
slection fait partie du bureau de rfrence virtuel propos par la bibliothque
 l'ensemble du personnel. Outre de nombreux liens, ce bureau de rfrence
contient des pages recensant les articles, monographies et sites web
correspondant aux diffrents projets de recherche en cours  l'OCDE, l'accs en
rseau aux CD-Rom et une liste mensuelle des nouveaux titres."

Comment voit-il l'avenir de la profession? "L'internet offre aux chercheurs un
stock d'informations considrable. Le problme pour eux est de trouver ce qu'ils
cherchent. Jamais auparavant on n'avait senti une telle surcharge
d'informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un
renseignement sur un sujet prcis en utilisant les moteurs de recherche
disponibles sur l'internet. A mon avis, les bibliothcaires auront un rle
important  jouer pour amliorer la recherche et l'organisation de l'information
sur le rseau. Je prvois aussi une forte expansion de l'internet pour
l'enseignement et la recherche. Les bibliothques seront amenes  crer des
bibliothques numriques permettant  un tudiant de suivre un cours propos par
une institution  l'autre bout du monde. La tche du bibliothcaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de plus en
plus devenir un bibliothcaire virtuel. Je n'aurai pas l'occasion de rencontrer
les usagers, ils me contacteront plutt par courriel, par tlphone ou par fax,
j'effectuerai la recherche et je leur enverrai les rsultats par voie
lectronique."

= En 1999

En 1999, Bruno Didier est bibliothcaire  l'Institut Pasteur (Paris), une
fondation prive dont le but est la prvention et le traitement des maladies
infectieuses par la recherche, l'enseignement et des actions de sant publique.
Sduit par les perspectives qu'offre le rseau pour la recherche documentaire,
Bruno Didier cre le site web de la bibliothque en 1996 et devient son
webmestre. "Le site web de la bibliothque a pour vocation principale de servir
la communaut pasteurienne, explique-t-il en aot 1999. Il est le support
d'applications devenues indispensables  la fonction documentaire dans un
organisme de cette taille: bases de donnes bibliographiques, catalogue,
commande de documents et bien entendu accs  des priodiques en ligne. C'est
galement une vitrine pour nos diffrents services, en interne mais aussi dans
toute la France et  l'tranger. Il tient notamment une place importante dans la
coopration documentaire avec les instituts du rseau Pasteur  travers le
monde. Enfin j'essaie d'en faire une passerelle adapte  nos besoins pour la
dcouverte et l'utilisation d'internet. (...) Je dveloppe et maintiens les
pages du serveur, ce qui s'accompagne d'une activit de veille rgulire. Par
ailleurs je suis responsable de la formation des usagers, ce qui se ressent dans
mes pages. Le web est un excellent support pour la formation, et la plupart des
rflexions actuelles sur la formation des usagers intgrent cet outil."

Son activit professionnelle a chang de manire radicale, tout comme celle de
ses collgues. "C'est  la fois dans nos rapports avec l'information et avec les
usagers que les changements ont eu lieu. Nous devenons de plus en plus des
mdiateurs, et peut-tre un peu moins des conservateurs. Mon activit actuelle
est typique de cette nouvelle situation: d'une part dgager des chemins d'accs
rapides  l'information et mettre en place des moyens de communication
efficaces, d'autre part former les utilisateurs  ces nouveaux outils. Je crois
que l'avenir de notre mtier passe par la coopration et l'exploitation des
ressources communes. C'est un vieux projet certainement, mais finalement c'est
la premire fois qu'on dispose enfin des moyens de le mettre en place."

= En 2000

En 2000, Bakayoko Bourahima est responsable de la bibliothque de l'ENSEA (Ecole
nationale suprieure de statistique et d'conomie applique) d'Abidjan, un
tablissement qui assure la formation de statisticiens pour les pays africains
d'expression franaise. Le site web de l'ENSEA est mis en ligne en avril 1999,
dans le cadre du rseau REFER. Ce rseau est mis sur pied par l'Agence
universitaire de la francophonie (AUF) pour desservir la communaut scientifique
et technique en Europe de l'Est, en Asie et en Afrique (24 pays participants en
2002).

Bakayoko Bourahima s'occupe de la gestion de l'information scientifique et
technique et de la diffusion des travaux publis par l'Ecole. En ce qui concerne
l'internet, "mon service a eu rcemment des sances de travail avec l'quipe
informatique pour discuter de l'implication de la bibliothque dans l'animation
du site, relate-t-il en juillet 2000. Le service de la bibliothque travaille
aussi  deux projets d'intgration du web pour amliorer ses prestations. (...)
J'espre bientt pouvoir mettre  la disposition de mes usagers un accs
internet pour l'interrogation de bases de donnes. Par ailleurs, j'ai en projet
de raliser et de mettre sur l'intranet et sur le web un certain nombre de
services documentaires (base de donnes thmatique, informations
bibliographiques, service de rfrences bibliographiques, bulletin analytique
des meilleurs travaux d'tudiants...). Il s'agit donc pour la bibliothque, si
j'obtiens les financements ncessaires pour ces projets, d'utiliser pleinement
l'internet pour donner  notre cole un plus grand rayonnement et de renforcer
sa plate-forme de communication avec tous les partenaires possibles. En
intgrant cet outil au plan de dveloppement de la bibliothque, j'espre
amliorer la qualit et largir la gamme de l'information scientifique et
technique mise  la disposition des tudiants, des enseignants et des
chercheurs, tout en tendant considrablement l'offre des services de la
bibliothque."

Autre exprience, celle d'Emmanuel Barthe. En 2000, il est documentaliste
juridique et responsable informatique de Coutrelis & Associs, un cabinet
d'avocats parisien. "Les principaux domaines de travail du cabinet sont le droit
communautaire, le droit de l'alimentation, le droit de la concurrence et le
droit douanier, crit-il en octobre 2000. Je fais de la saisie indexation, et je
conois et gre les bases de donnes internes. Pour des recherches documentaires
difficiles, je les fais moi-mme ou bien je conseille le juriste. Je suis aussi
responsable informatique et tlcoms du cabinet: conseils pour les achats,
assistance et formation des utilisateurs. De plus, j'assure la veille, la
slection et le catalogage de sites web juridiques: titre, auteur et bref
descriptif. Je suis galement formateur internet juridique aussi bien 
l'intrieur de mon entreprise qu' l'extrieur lors de stages de formation."

A la mme poque, Emmanuel Barthe est aussi le modrateur de Juriconnexion, une
liste de discussion cre par l'association du mme nom. "L'association
Juriconnexion a pour but la promotion de l'lectronique juridique, c'est--dire
la documentation juridique sur support lectronique et la diffusion des donnes
publiques juridiques. Elle organise des rencontres entre les utilisateurs et les
diteurs juridiques (et de bases de donnes), ainsi qu'une journe annuelle sur
un thme. Vis--vis des autorits publiques, Juriconnexion a un rle de
mdiateur et de lobbying  la fois. L'association, notamment, est favorable  la
diffusion gratuite sur internet des donnes juridiques produites par le Journal
officiel et les tribunaux. Les bibliothcaires-documentalistes juridiques
reprsentent la majorit des membres de l'association, suivis par certains
reprsentants des diteurs et des juristes."

= En 2001

En 2001, Anissa Rachef est bibliothcaire et professeure  l'Institut franais
de Londres. Prsents dans de nombreux pays, les instituts franais sont des
organismes officiels proposant des cours et des manifestations culturelles. A
Londres, 5.000 tudiants environ s'inscrivent chaque anne aux cours. Inaugure
en mai 1996, la mdiathque utilise l'internet ds sa cration.

"L'objectif de la mdiathque est double, explique Anissa Rachef en avril 2001.
Servir un public s'intressant  la culture et la langue franaises et
'recruter' un public allophone en mettant  disposition des produits d'appel
tels que vidos documentaires, livres audio, CD-Rom. La mise en place rcente
d'un espace multimdia sert aussi  fidliser les usagers. L'installation d'un
service d'information rapide a pour fonction de rpondre dans un temps minimum 
toutes sortes de questions poses via le courrier lectronique, ou par fax. Ce
service exploite les nouvelles technologies pour des recherches trs
spcialises. Nous laborons galement des dossiers de presse destins aux
tudiants et professeurs prparant des examens de niveau secondaire. Je m'occupe
essentiellement de catalogage, d'indexation et de cotation. (...)

J'utilise internet pour des besoins de base. Recherches bibliographiques,
commande de livres, courrier professionnel, prt inter-bibliothques. C'est
grce  internet que la consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC
(Systme universitaire de documentation) et OCLC (OCLC Online Union Catalog), a
t possible. C'est ainsi que j'ai pu mettre en place un service de fourniture
de documents extrieurs  la mdiathque. Des ouvrages peuvent dsormais tre
achemins vers la mdiathque pour des usagers ou bien  destination des
bibliothques anglaises."


5.4. De la conservation  la communication


Face  un web encyclopdique et des bibliothques numriques de plus en plus
nombreuses, les jours des bibliothques traditionnelles sont-ils compts? La
bibliothque numrique rend enfin compatibles deux objectifs qui ne l'taient
gure,  savoir la conservation des documents et leur communication. Dornavant
le document ne quitte son rayonnage qu'une seule fois pour tre scann, et le
grand public y a facilement accs.

En 2003, toute bibliothque traditionnelle quelque peu dynamique a ses
collections numriques, soit  usage interne, soit en accs libre sur le web, ce
qui rend obsoltes les problmes du pass: consultation freine sinon empche
par le souci de conservation, heures d'ouverture rduites, nombreux formulaires
 remplir, longs dlais de communication, pnurie de personnel. Autant de
barrires  franchir qui demandaient souvent au lecteur une patience et une
dtermination hors du commun pour arriver jusqu'au document. A prsent, si on
tient absolument  consulter l'original, on le fait en connaissance de cause,
aprs avoir feuillet son fac-simil sur le web.

Voici un exemple parmi d'autres. En dcembre 2000, le site web de la
Bibliothque municipale de Lyon donne accs  la plus importante collection
franaise d'enluminures mdivales, soit 12.000 images scannes  partir des
ouvrages prcieux de la bibliothque. Les 457 ouvrages slectionns sont des
manuscrits s'chelonnant entre le 5e et le 16e sicles, des incunables et des
livres de la Renaissance. Certains sont  dominante religieuse: bibles, missels,
brviaires, pontificaux, livres d'heures, droit canon. D'autres,  dominante
profane, traitent de philosophie, d'histoire, de littrature, de sciences, etc.
Les images qui ont t numrises sont les peintures en pleine page et les
miniatures, ainsi que les initiales ornes et les dcors des marges.

La bibliothque poursuit ensuite la numrisation de ses collections. Dbut 2003,
plusieurs fonds spcialiss sont en accs libre sur le web: manuscrits, livres
imprims anciens, manuscrits autographes, collections locales (Lyon) et
rgionales (Rhne-Alpes), sotrisme et franc-maonnerie, fonds de la premire
guerre mondiale (1914-1918), estampes, affiches, livres d'artistes,
photographies, fonds Lacassagne (pre de l'cole lyonnaise d'anthropologie
criminelle), fonds chinois, arts du spectacle, et enfin collection jsuite des
Fontaines.

Un deuxime exemple particulirement significatif est la mise en ligne en
novembre 2000 de la version numrique de la Bible de Gutenberg, premier ouvrage
 avoir jamais t imprim. Datant de 1454-1455, cette Bible aurait t imprime
par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence (Allemagne). 48
exemplaires, dont certains incomplets, existeraient toujours. La British Library
en possde deux versions compltes, et une partielle. En mars 2000, dix
chercheurs et experts techniques de l'Universit Keio de Tokyo et de NTT (Nippon
Telegraph and Telephone Communications) viennent travailler sur place pendant
deux semaines pour numriser ces deux Bibles, lgrement diffrentes,  l'aide
de matriels hautement sophistiqus.

La bibliothque numrique menace-t-elle l'existence de la bibliothque
traditionnelle? En 1997 et 1998, sur leur site web, plusieurs grandes
bibliothques expliquent que,  ct d'un secteur numrique en pleine expansion,
la communication physique des documents reste essentielle. Ces commentaires ont
depuis disparu.

La raison d'tre des bibliothques nationales et autres grandes bibliothques de
conservation est de prserver un patrimoine accumul au fil des sicles:
manuscrits, incunables, livres imprims, journaux, priodiques, gravures,
partitions musicales, photos, films, etc. Ceci n'est pas prs de changer. Si le
fait de disposer de supports numriques favorise la communication, il faut bien
un endroit pour stocker les documents physiques originaux,  commencer par les
Bibles de Gutenberg. Les bibliothques nationales archivent d'ailleurs aussi les
documents lectroniques et les pages web. A la Bibliothque nationale de France
(BnF) par exemple, il a t dcid d'archiver entre autres les sites dont le nom
de domaine se termine en ".fr", ou encore les sites de la campagne lectorale
pour les prsidentielles de 2002.

Les bibliothques publiques ne semblent pas prs de disparatre non plus. A
l'heure actuelle, malgr la curiosit suscite par le livre numrique, les
lecteurs assurent qu'ils ne sont pas prts  lire Zola ou Proust  l'cran. Mais
ceci risque de changer dans quelques annes, quand les enfants ayant appris 
lire directement  l'cran seront arrivs  l'ge adulte.

Si les bibliothques nationales et les bibliothques publiques sont toujours
utiles en 2003, la situation est diffrente pour les bibliothques spcialises.
Dans nombre de domaines o l'information la plus rcente est primordiale, on
s'interroge maintenant sur la ncessit d'aligner des documents imprims sur des
rayonnages, alors qu'il est tellement plus pratique de rassembler, stocker,
archiver, organiser, cataloguer et diffuser des documents lectroniques, et de
les imprimer seulement  la demande.


6. UNE VASTE ENCYCLOPEDIE


[6.1. Dictionnaires en ligne / 6.2. Bases textuelles sur le web]

Moyen de connaissance et de diffusion sans prcdent, le web propose de nombreux
outils de rfrence en ligne, en accs libre ou bien sur abonnement gratuit ou
payant: dictionnaires et encyclopdies de renom, dictionnaires de langues, bases
terminologiques, bases textuelles, archives d'articles scientifiques et
mdicaux, etc. Si certains organismes facturent l'utilisation de leurs bases de
donnes, d'autres tiennent  ce que les leurs soient en accs libre, l'internet
rendant enfin possible  trs large chelle la diffusion libre du savoir.


6.1. Dictionnaires en ligne


= Ouvrages de rfrence

Un des premiers dictionnaires en accs libre est le Dictionnaire universel
francophone en ligne, qui rpertorie 45.000 mots et 116.000 dfinitions en
prsentant "sur un pied d'galit, le franais dit 'standard' et les mots et
expressions en franais tel qu'on le parle sur les cinq continents". Issu de la
collaboration entre Hachette et l'AUPELF-UREF (devenu depuis l'AUF - Agence
universitaire de la francophonie), il correspond  la partie "noms communs" du
dictionnaire imprim du mme nom. L'quivalent pour la langue anglaise est le
site Merriam-Webster OnLine, qui donne librement accs au Collegiate Dictionary
et au Collegiate Thesaurus.

Fin 1999 apparaissent sur le web plusieurs encyclopdies de renom, paralllement
 leurs versions papier et CD-Rom. En dcembre 1999, la premire encyclopdie
francophone en accs libre est WebEncyclo, publie par les ditions Atlas. La
recherche est possible par mots-cls, thmes, mdias (cartes, liens internet,
photos, illustrations) et ides. Un appel  contribution incite les spcialistes
d'un sujet donn  envoyer des articles, qui sont regroups dans la section
"WebEncyclo contributif". Aprs avoir t libre, l'accs est ensuite soumis 
une inscription gratuite au pralable.

Mis en ligne  la mme date, Britannica.com propose en accs libre l'quivalent
numrique des 32 volumes de la 15e dition de l'Encyclopaedia Britannica,
paralllement  la version imprime et  la version sur CD-Rom, toutes deux
payantes. Le site web offre une slection d'articles issus de 70 magazines, un
guide des meilleurs sites, un choix de livres, etc., le tout tant accessible 
partir d'un moteur de recherche unique. En septembre 2000, le site fait partie
des cent sites les plus visits au monde. En juillet 2001, la consultation
devient payante sur la base d'un abonnement mensuel ou annuel.

Dcembre 1999 est aussi la date de mise en ligne de l'Encyclopaedia Universalis,
soit un ensemble de 28.000 articles signs par 4.000 auteurs. Si la consultation
est payante sur la base d'un abonnement annuel, de nombreux articles sont en
accs libre.

La mise en ligne d'encyclopdies de renom se poursuit en 2000 et 2001.

En mars 2000, les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary sont mis en ligne
par l'Oxford University Press (OUP), grande maison d'dition universitaire avec
un sige  l'Universit d'Oxford (Royaume-Uni) et un autre  New York. La
consultation du site est payante. Le dictionnaire bnficie d'une mise  jour
trimestrielle d'environ 1.000 entres nouvelles ou rvises. Deux ans aprs
cette premire exprience, en mars 2002, l'OUP met en ligne l'Oxford Reference
Online, une vaste encyclopdie conue directement pour le web et consultable
elle aussi sur abonnement payant. Elle reprsente l'quivalent d'une centaine
d'ouvrages de rfrence, soit 60.000 pages et un million d'entres.

Toujours en 2000, le Quid, encyclopdie en un volume actualise une fois par an
depuis 1963, dcide de mettre une partie de son contenu en accs libre sur le
web.

En septembre 2000, aprs avoir t payante, la consultation de l'encyclopdie
Encarta de Microsoft devient libre.

= Dictionnaires de langues

Des dictionnaires de langues sont en accs libre ds les dbuts du web. Ils sont
rpertoris dans Travlang, un site consacr aux voyages et aux langues cr en
1994 par Michael M. Martin. Mais ces dictionnaires sont le plus souvent
sommaires et de qualit ingale.

Fin 1997, la socit de traduction Logos dcide de mettre en ligne les outils
destins  ses traducteurs. Tous sont en accs libre. Le Logos Dictionary est un
dictionnaire multilingue de 8 millions d'entres. Constitue  partir de
milliers de traductions, notamment des romans et des documents techniques, la
Wordtheque est une base de donnes multilingue regroupant 710 millions de mots.
Linguistic Resources offre un point d'accs unique  plus de 1.000 glossaires.
L'Universal Conjugator propose des tableaux de conjugaison dans 36 langues
diffrentes.

De trs bons dictionnaires bilingues et multilingues sont progressivement mis en
ligne par des organismes rputs, par exemple Eurodicautom par la Commission
europenne, ou encore Le Signet et le Grand dictionnaire terminologique (GDT)
par l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF).

Gr par le service de traduction de la Commission europenne, Eurodicautom est
un dictionnaire multilingue de termes conomiques, scientifiques, techniques et
juridiques, avec une moyenne de 120.000 consultations quotidiennes. En accs
libre, il permet de combiner entre elles les onze langues officielles de l'Union
europenne (allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, franais, grec,
hollandais, italien, portugais et sudois), ainsi que le latin. Fin 2003,
Eurodicautom devrait tre intgr dans une base terminologique plus vaste
regroupant les bases de plusieurs institutions de l'Union europenne. Cette
nouvelle base traiterait non plus douze langues, mais une vingtaine, puisque
l'Union europenne passe de 15  25 Etats membres. Reste  savoir si l'accs 
la future base sera gratuit ou payant.

Gr par l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF), Le Signet propose
10.000 fiches bilingues franais-anglais dans le secteur des technologies de
l'information. Le Signet est galement intgr au Grand dictionnaire
terminologique (GDT), mis en ligne en septembre 2000. En accs libre, le GDT est
un gigantesque dictionnaire bilingue franais-anglais de 3 millions de termes du
vocabulaire industriel, scientifique et commercial. Il reprsente l'quivalent
de 3.000 ouvrages de rfrence imprims. Sa mise en ligne est le rsultat d'un
partenariat entre l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF), auteur du
dictionnaire, et Semantix, socit spcialise dans les solutions logicielles
linguistiques. Evnement clbr par de trs nombreux linguistes, cette mise en
ligne est un succs sans prcdent. Ds le premier mois, ce dictionnaire est
consult par 1,3 millions de personnes, avec des pointes de 60.000 requtes
quotidiennes. La gestion de la base est ensuite assure par Convera Canada. En
fvrier 2003, les requtes sont au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle
version du GDT est mise en ligne en mars 2003. Sa gestion est dsormais assure
par l'OQLF lui-mme, et non plus par une socit prestataire.

Par ailleurs, des moteurs spcifiques permettent la recherche simultane dans
plusieurs centaines de dictionnaires. Pour ne prendre qu'un exemple, le site
OneLook, cr par Robert Ware, puise dans plus de 5 millions de mots manant de
950 dictionnaires dans plusieurs langues, aussi bien gnralistes que
spcialiss.

Des quipes de linguistes grent aussi des rpertoires de dictionnaires, par
exemple Dictionnaires lectroniques et yourDictionary.com.

Gr par la section franaise des services linguistiques centraux de
l'Administration fdrale suisse, Dictionnaires lectroniques est un excellent
rpertoire de dictionnaires monolingues (franais, allemand, italien, anglais,
espagnol), bilingues et multilingues en accs libre sur le web. Ce rpertoire
est complt par des listes d'abrviations et acronymes et des rpertoires
gographiques, essentiellement des atlas. Responsable de la section franaise
des services linguistiques, Marcel Grangier prcise en janvier 2000: "Les
Dictionnaires lectroniques ne sont qu'une partie de l'ensemble, et d'autres
secteurs documentaires ont trait  l'administration, au droit,  la langue
franaise, etc., sans parler des informations gnrales. (...) Conu d'abord
comme un service intranet, notre site web se veut en premier lieu au service des
traducteurs oprant en Suisse, qui souvent travaillent sur la mme matire que
les traducteurs de l'Administration fdrale, mais galement, par certaines
rubriques, au service de n'importe quel autre traducteur o qu'il se trouve.
(...) Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible. Au-del de
tous les outils et commodits utiliss (messagerie lectronique, consultation de
la presse lectronique, activits de services au profit de la profession des
traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inpuisable
d'informations dans ce que j'appellerais le 'secteur non structur' de la toile.
Pour illustrer le propos, lorsqu'aucun site comportant de l'information
organise ne fournit de rponse  un problme de traduction, les moteurs de
recherche permettent dans la plupart des cas de retrouver le chanon manquant
quelque part sur le rseau."

Rput lui aussi pour sa qualit, yourDictionary.com est co-fond par Robert
Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site, A Web of Online
Dictionaries, cr ds 1995. Ce portail de rfrence rpertorie plus de 1.800
dictionnaires dans 250 langues diffrentes, ainsi que de nombreux outils
linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, mthodes de langues, etc.
Soucieux de servir toutes les langues sans exception, yourDictionary.com gre
aussi l'Endangered Language Repository, une section importante consacre aux
langues menaces d'extinction.

Publie par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics),
l'encyclopdie Ethnologue: Languages of the World existe  la fois en version
web (gratuite), sur CD-Rom et sur papier (tous deux payants). Barbara Grimes, sa
directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e ditions), relate en
janvier 2000: "Il s'agit d'un catalogue des langues dans le monde, avec des
informations sur les endroits o elles sont parles, une estimation du nombre de
personnes qui les parlent, la famille linguistique  laquelle elles
appartiennent, les autres termes utiliss pour ces langues, les noms de
dialectes, d'autres informations socio-linguistiques et dmographiques, les
dates des Bibles publies, un index des noms de langues, un index des familles
linguistiques et des cartes gographiques relatives aux langues." Cette
encyclopdie rpertorie 6.800 langues selon plusieurs critres (pays, nom de la
langue, code de la langue attribu par le SIL, famille de langues), avec un
moteur de recherche unique.


6.2. Bases textuelles sur le web


= Bases textuelles payantes

Des programmes de recherche sur la langue franaise - principalement son
vocabulaire - sont dvelopps par l'INaLF (Institut national de la langue
franaise), puis par l'ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue
franaise), qui lui succde en janvier 2001. Traites par des systmes
informatiques spcifiques, les donnes lexicales et textuelles portent sur
divers registres du franais: langue littraire du 14e au 20e sicle, langue
courante crite et parle, langue scientifique et technique (terminologies) et
rgionalismes. L'ATILF gre plusieurs bases textuelles payantes, par exemple
Frantext, un corpus  dominante littraire de textes franais allant du 16e au
19e sicle, ou encore l'Encyclopdie de Diderot, ralise en collaboration avec
le programme ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French
Language) de l'Universit de Chicago. En accs libre, Dictionnaires est une
collection de dictionnaires informatiss comprenant les dictionnaires de Robert
Estienne (1552), Jean Nicot (1606) et Pierre Bayle (1740), plusieurs ditions
des dictionnaires de l'Acadmie franaise (1694, 1798, 1835, 1932-35, 1992) et
enfin le TLFi (Trsor de la langue franaise informatis, 1971-1994).

Autre exemple, d  une initiative individuelle, le site Rubriques  Bac. Cr
en 1998 par Grard Fourestier, diplm en science politique et professeur de
franais  Nice, le site regroupe des bases de donnes  l'intention des lycens
et des tudiants. ELLIT (Elments de littrature) propose des centaines
d'articles sur la littrature franaise du 12e sicle  nos jours, ainsi qu'un
rpertoire d'auteurs. RELINTER (Relations internationales) recense 2.000 liens
sur le monde contemporain depuis 1945. Ces deux bases de donnes sont
accessibles par souscription, avec version de dmonstration en accs libre.
Lanc en juin 2001 dans le prolongement d'ELLIT, la base de donnes Bac-L
(baccalaurat section lettres) est en accs libre.

Interview en octobre 2000, Grard Fourestier relate: "Rubriques  Bac a t
cr pour rpondre au besoin de trouver sur le net, en un lieu unique,
l'essentiel, suffisamment dtaill et abordable par le grand public, dans le
but: a) de se forger avant tout une culture tout en prparant  des examens
probatoires  des tudes de lettres - c'est la raison d'ELLIT (Elments de
littrature), base de donnes en littrature franaise; b) de comprendre le
monde dans lequel nous vivons en en connaissant les tenants et les aboutissants,
d'o RELINTER (Relations internationales). J'ai dvelopp ces deux matires car
elles correspondent  des tudes que j'ai, entre autres, faites en leur temps,
et parce qu'il se trouve que, depuis une dizaine d'annes, j'exerce des
fonctions de professeur dans l'enseignement public (18 tablissements de la 6e
aux terminales de toutes sections et de tous types d'tablissements). (...)

Mon activit lie  internet consiste tout d'abord  en slectionner les outils,
puis  savoir les manier pour la mise en ligne de mes travaux et, comme tout a
un cot et doit avoir une certaine rentabilit, organiser le commercial ui
permette de dgager les recettes indispensables; sans parler du butinage
indispensable pour la recherche d'informations qui seront ensuite traites.
(...)

Mon initiative  propos d'internet n'est pas directement lie  mes fonctions de
professeur. J'ai simplement voulu rpondre  un besoin plus gnral et non pas
troitement scolaire, voire universitaire. Dbarrass des contraintes du
programme, puisque j'agis en mon nom et pour mon compte et non 'es-qualit',
mais tout en donnant la matire grise qui me parat indispensable pour mieux
faire une tte qu' la bien remplir, je laisse  d'autres le soin de ne prparer
qu' l'examen."

Les recettes gnres par Rubriques  Bac sont consacres  la ralisation de
projets ducatifs en Afrique. Par la suite, Grard Fourestier aimerait
dvelopper des bases de donnes dans d'autres domaines, par exemple l'analyse
socitale, l'analyse smantique ou l'cologie.

= Bases textuelles gratuites

Emilie Devriendt, lve professeure  l'Ecole normale suprieure (ENS) de Paris,
crit en juin 2001: "L'avenir me semble prometteur en matire de publications de
ressources en ligne, mme si, en France tout au moins, bon nombre de
rsistances, inhrentes aux systmes universitaire et ditorial, ne risquent pas
de cder du jour au lendemain (dans dix, vingt ans, peut-tre?). Ce qui me donne
confiance, malgr tout, c'est la conviction de la ncessit pratique d'internet.
J'ai du mal  croire qu' terme, un chercheur puisse se passer de cette
gigantesque bibliothque, de ce formidable outil. Ce qui ne veut pas dire que
les nouvelles pratiques de recherche lies  internet ne doivent pas tre
rflchies, mesures  l'aune de mthodologies plus traditionnelles, bien au
contraire. Il y a une histoire de l''outillage', du travail intellectuel, o
internet devrait avoir sa place."

Bases de donnes payantes  destination des organismes et des particuliers qui
en ont les moyens, ou bases de donnes gratuites  la disposition de tous? Les
outils dont on dispose maintenant pour crer et grer des bases textuelles 
moindres frais permettent de pencher vers la deuxime solution, tout au moins
quand il existe une vritable volont dans ce sens.

Professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, Russon
Wooldridge est le crateur de ressources littraires librement accessibles en
ligne. En 2001, sa tche se trouve grandement facilite par TACTweb, un logiciel
gratuit pouvant tre paramtr pour grer une base de donnes sur le web. En mai
2001, il explique: "La dernire version de TACTweb permet dornavant de
construire des bases interactives importantes comme les dictionnaires de la
Renaissance (Estienne et Nicot ; base RenDico), les deux principales ditions du
Dictionnaire de l'Acadmie franaise (1694 et 1835), les collections de la
Bibliothque lectronique de Lisieux (base LexoTor), les oeuvres compltes de
Maupassant, ou encore les thtres complets de Corneille, Molire, Racine,
Marivaux et Beaumarchais (base thtre 17e-18e).  la diffrence de grosses
bases comme Frantext ou ARTFL (American and French Research on the Treasury of
the French Language) ncessitant l'intervention d'informaticiens professionnels,
d'quipes de gestion et de logiciels coteux, TACTweb, qui est un gratuiciel que
l'on peut dcharger en ligne et installer soi-mme, peut tre gr par le
chercheur individuel crateur de ressources textuelles en ligne."

Autre exemple, pris cette fois dans les sciences humaines, le projet
HyperNietzsche est lanc en 2000 sous la direction de Paolo d'Iorio, charg de
recherches  l'Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM) du CNRS (Centre
national de la recherche scientifique). Ce projet exprimental "vise  crer une
infrastructure de travail collectif en rseau, lit-on sur le site web. Cette
infrastructure sera d'abord applique et teste sur l'oeuvre de Nietzsche, pour
tre ensuite gnralisable  d'autres auteurs,  l'tude d'une priode
historique ou d'un fonds d'archive, ou  l'analyse d'un problme philosophique.
Il ne s'agit donc pas seulement d'un projet de numrisation et de mise en rseau
d'un ensemble de textes et d'tudes sur Nietzsche, ni d'une dition lectronique
conue comme un produit confectionn et offert  la consultation, mais plutt
d'un instrument de travail permettant  une communaut savante dlocalise de
travailler de faon cooprative et cumulative et de publier les rsultats de son
travail en rseau,  l'chelle de la plante. Il ne s'agit pas seulement d'une
bibliothque de textes lectroniques en ligne, plus ou moins bien indexe,
accompagne d'un moteur de recherche par mots-cls ou en texte intgral. C'est
un vritable systme hypertextuel qui permet tout d'abord de disposer les textes
et les manuscrits de Nietzsche selon des ordonnancements chronologiques,
gntiques ou thmatiques, et surtout d'activer un ensemble de liens
hypertextuels qui relient les sources primaires aux essais critiques produits
par les chercheurs." Chose peu courante chez les diteurs franais, le texte
intgral du: Que sais-je? consacr  la prsentation du projet est disponible
pendant deux ans en accs libre sur le site des PUF (Presses universitaires de
France). Son quivalent imprim est publi en octobre 2000 dans la srie:
Ecritures lectroniques.

= L'accs libre au savoir

Problme crucial qui suscite de nombreux dbats, l'accs au savoir doit-il tre
gratuit ou payant? Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'USC/ISI
(University of Southern California / Information Sciences Institute), donne son
sentiment  ce sujet en septembre 2000: "En tant qu'universitaire, je suis bien
sr un des parasites de notre socit (remarque  prendre au deuxime degr,
ndlr), et donc tout  fait en faveur de l'accs libre  la totalit de
l'information. En tant que co-propritaire d'une petite start-up, je suis
conscient du cot reprsent par la collecte et le traitement de l'information,
et de la ncessit de faire payer ce service d'une manire ou d'une autre. Pour
quilibrer ces deux tendances, je pense que l'information  l'tat brut et
certaines ressources  l'tat brut (langages de programmation ou moyens d'accs
 l'information de base comme les navigateurs web) doivent tre disponibles
gratuitement. Ceci cre un march et permet aux gens de les utiliser. Par contre
l'information traite doit tre payante, tout comme les systmes permettant
d'obtenir et de structurer trs exactement ce dont on a besoin. Cela permet de
financer ceux qui dveloppent ces nouvelles technologies."

En ce qui concerne l'dition spcialise,  l'heure de l'internet, il parat
assez scandaleux que le rsultat des travaux de recherche - travaux originaux et
demandant de longues annes d'efforts - soit dtourn au profit d'diteurs
s'appropriant ce travail et monnayant la diffusion de l'information, sans mme
une compensation financire pour les auteurs qu'ils publient, ou alors avec une
compensation financire ridicule (entre 1 et 3% de droits d'auteur dans certains
domaines en France). L'activit des chercheurs est souvent finance par les
deniers publics, et de manire substantielle en Amrique du Nord. Il semblerait
donc normal que la communaut scientifique et le grand public puissent
bnficier librement du rsultat de ces recherches.

C'est ce que pense la Public Library of Science (PLoS), fonde en septembre 2000
par un groupe de chercheurs des universits de Stanford et de Berkeley
(Californie) pour contrer les pratiques de l'dition spcialise. L'association
propose de regrouper tous les articles scientifiques et mdicaux au sein
d'archives en ligne en accs libre. Au lieu d'une information dissmine dans
des millions de rapports et des milliers de priodiques en ligne ayant chacun
des conditions d'accs diffrentes, un point d'accs unique permettrait de lire
le contenu intgral de ces articles avec moteur de recherche multicritres et
systme d'hyperliens entre les articles.

Ds sa cration, la Public Library of Science fait circuler une lettre ouverte
demandant que les articles publis par les diteurs spcialiss soient
distribus librement dans des services d'archives en ligne, et incitant les
signataires de cette lettre  promouvoir les diteurs prts  soutenir ce
projet. La rponse de la communaut scientifique internationale est remarquable.
Au cours des deux annes suivantes, la lettre ouverte est signe par plus de
30.000 chercheurs de 180 pays diffrents. Bien que la rponse des diteurs soit
nettement moins enthousiaste, plusieurs diteurs donnent galement leur accord
pour une distribution immdiate des articles publis par leurs soins, ou alors
une distribution dans un dlai de six mois.

Un des objectifs de la Public Library of Science est de devenir elle-mme
diteur. L'association fonde une maison d'dition scientifique non commerciale
qui reoit en dcembre 2002 une subvention de 9 millions de dollars de la part
de la Gordon and Betty Moore Foundation. Une quipe ditoriale de haut niveau
est constitue dbut 2003 pour lancer des priodiques de qualit selon un
nouveau modle d'dition en ligne bas sur la diffusion libre du savoir. Les
deux premiers titres, PLoS Biology (lancement en octobre 2003) et PLoS Medicine
(lancement en 2004) seront suivis d'autres titres couvrant la chimie,
l'informatique, la gntique et l'oncologie. Ces priodiques seront galement
disponibles en version imprime, cette dernire tant vendue par abonnement au
prix cotant (couvrant les frais de fabrication et de distribution).

La diffusion libre du savoir passe aussi par l'accs aux cours dispenss par les
universits et les grands tablissements d'enseignement. Interview en mai 2001,
Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit d'Ottawa, salue "la dcision du
MIT (Masachusetts Institute of Technology) de placer tout le contenu de ses
cours sur le web d'ici dix ans, en le mettant gratuitement  la disposition de
tous. Entre les tendances  la privatisation du savoir et celles du partage et
de l'ouverture  tous, je crois en fin de compte que c'est cette dernire qui va
l'emporter." Mise en ligne en septembre 2002, la version pilote du MIT
OpenCourseWare offre en accs libre le matriel d'enseignement de 32 cours
reprsentatifs des cinq dpartements du MIT. Les cours (textes, vidos, travaux
pratiques en laboratoire, simulations, etc.) sont rgulirement actualiss. Le
lancement officiel du site a lieu en septembre 2003, avec accs  plusieurs
centaines de cours. La totalit des 2.000 cours dispenss par le MIT devrait
tre disponible en septembre 2007. Le MIT espre que cette exprience de
publication lectronique - la premire du genre - permettra de dfinir un
standard et une mthode de publication, et qu'elle incitera d'autres universits
 crer des sites semblables pour la mise  disposition gratuite de leurs
propres cours.


7. DES LIVRES EN VERSION NUMERISEE


[7.1. Plusieurs logiciels de lecture / 7.2. Une diffusion par divers canaux /
7.3. Une progression rgulire / 7.4. Livres numriques braille et audio]

L'internet coupl avec les technologies numriques permet d'abord de largement
diffuser les oeuvres du domaine public par voie lectronique puis, dans un
deuxime temps, de commercialiser les premiers livres numriques. Si le livre
numrique nat ds mai 1998, il ne se dveloppe vraiment qu' compter du
deuxime semestre 2000. De plus en plus de titres sont disponibles  la fois en
version imprime et en version numrique, sous plusieurs formats, y compris au
format numrique braille et au format audionumrique. Conus  partir de 2001
pour contrler l'accs aux livres numriques soumis au copyright, des systmes
de DRM (digital rights management) permettent la gestion des droits numriques
en fonction des consignes donnes par l'diteur.


7.1. Plusieurs logiciels de lecture


Un logiciel de lecture permet de lire  l'cran un livre numrique tout en
bnficiant des fonctionnalits suivantes: navigation hypertexte au sein du
livre ou vers le web, changement de la taille et de la police des caractres,
surlignage de certains passages, recherche de mots dans l'ensemble du texte,
ajout de signets ou de notes personnelles, choix de l'affichage en mode paysage
ou portrait, agrandissement des figures et graphiques, sommaire affich en
permanence, et enfin formatage automatique du livre et de sa pagination en
fonction de la taille de l'cran (reflowing).

Tlchargeables gratuitement, les logiciels de lecture les plus utiliss en 2003
sont l'Acrobat Reader et l'Acrobat eBook Reader, le Microsoft Reader, le
Mobipocket Reader et le Palm Reader. A l'exception du format PDF (portable
document format), apparu ds 1993, les formats utiliss sont bass sur l'OeB
(open ebook), devenu en 1999 le format standard de production des livres
numriques.

= L'Acrobat Reader

Cr en juin 1993 par la socit Adobe et diffus gratuitement, le premier
logiciel de lecture est l'Acrobat Reader, qui permet de lire des documents au
format PDF (portable document format). Ce format conserve la prsentation, les
polices, les couleurs et les images du document source, quelle que soit la
plate-forme utilise pour le crer et pour le lire. Vendu paralllement par
Adobe, le logiciel Adobe Acrobat (qui, en 2003, en est  sa version 6) permet de
convertir n'importe quel document au format PDF. Compacts, les fichiers PDF
peuvent tre imprims en conservant leur aspect d'origine. Au fil des ans, le
format PDF devient la norme internationale de diffusion des documents
lectroniques. Des millions de documents PDF sont prsents sur le web pour
lecture ou tlchargement, ou bien transitent par courriel. L'Acrobat Reader
pour ordinateur est disponible dans plusieurs langues et pour diverses
plates-formes (Windows, Mac, Linux, Unix). En 2001, Adobe lance galement un
Acrobat Reader pour assistant personnel (PDA), utilisable sur le Palm Pilot (en
mai 2001) puis sur le Pocket PC (en dcembre 2001).

= L'Open eBook (OeB)

Les annes 1998-2000 sont marques par la prolifration des formats, dans le
cadre d'un march naissant promis  une expansion rapide. Aux formats classiques
- texte, Word, HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup
language) et PDF (portable document format) - s'ajoutent des formats
propritaires crs par plusieurs socits commerciales, pour lecture sur leurs
propres logiciels: Glassbook Reader, Rocket eBook Reader, Peanut Reader,
Franklin Reader, Microsoft Reader, logiciel de lecture Cytale, Gemstar eBook
Reader, Palm Reader, etc.

Inquiets pour l'avenir du livre numrique qui,  peine n, propose presque
autant de formats que de titres, certains insistent sur l'intrt, sinon la
ncessit, d'un format unique. A l'instigation du National Institute of
Standards and Technology (NIST, Etats-Unis) nat en juin 1998 l'Open eBook
Initiative, qui constitue un groupe de travail de 25 personnes, l'Open eBook
Authoring Group. Ce groupe labore l'OeB (open ebook), un format bas sur le
langage XML (extensible markup language) pour normaliser le contenu, la
structure et la prsentation des livres numriques. Le format OeB est dfini par
l'OeBPS (open ebook publication structure), dont la version 1.0 est disponible
en septembre 1999.

Cr en janvier 2000  la suite de l'Open eBook Initiative, l'Open eBook Forum
(OeBF) est un consortium industriel international regroupant 85 participants
(constructeurs, concepteurs de logiciels, diteurs, libraires et spcialistes du
numrique) pour dvelopper et promouvoir le format OeB. Tlchargeable
gratuitement, l'OeB est un format ouvert appartenant au domaine public. Le
format original est toutefois utilis uniquement par les professionnels de la
publication. Il doit tre associ  une technologie normalise de gestion des
droits numriques, et donc  un systme de DRM (digital rights management), qui
permet de contrler l'accs aux livres numriques soumis au copyright. En 2003,
l'OeBPS en est  sa version 1.2 (date d'aot 2002).

= Le Microsoft Reader

En avril 2000, Microsoft lance le Pocket PC, un assistant personnel (PDA) qui,
entre autres fonctionnalits, permet de lire des livres numriques sur le
Microsoft Reader. Le format de fichier utilis est le format LIT (abrg du
terme anglais: literature), lui-mme bas sur l'OeB (open ebook). En aot 2000,
le Microsoft Reader est utilisable sur toute plate-forme Windows, et donc aussi
bien sur ordinateur que sur assistant personnel. Ses caractristiques sont un
affichage utilisant la technologie ClearType, la possibilit de choisir la
taille des caractres, l'accs d'un clic au Merriam-Webster Dictionary, et la
mmorisation des mots-cls pour des recherches ultrieures.

Ce logiciel tant tlchargeable gratuitement, Microsoft facture les diteurs et
distributeurs pour l'utilisation de sa technologie de gestion des droits
numriques, et touche une commission sur la vente de chaque titre. La gestion
des droits numriques s'effectue au moyen du Microsoft DAS Server (DAS: digital
asset server), qui permet de contrler l'accs aux livres numriques soumis au
copyright. Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en
ligne - Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en aot 2000 - pour
lancer la vente de livres numriques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes &
Noble.com ouvre son secteur numrique en aot 2000, suivi par Amazon.com en
novembre 2000. En novembre 2002, le Microsoft Reader est disponible pour
tablette PC, ds la commercialisation de cette nouvelle machine par 14
fabricants.

= L'Acrobat eBook Reader

Face  la concurrence reprsente par le Microsoft Reader, Adobe annonce en aot
2000 l'acquisition de la socit Glassbook, spcialise dans les logiciels de
distribution de livres numriques  destination des diteurs, des libraires, des
distributeurs et des bibliothques. Adobe passe galement un partenariat avec
Amazon.com et Barnes & Noble.com afin de proposer des titres lisibles sur
l'Acrobat Reader et le Glassbook Reader.

En janvier 2001, Adobe met sur le march deux nouveaux logiciels. Le premier,
gratuit, est l'Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF
(portable document format) de livres numriques soumis au copyright, avec
gestion des droits par l'Adobe Content Server. Il permet aussi d'ajouter des
notes et des signets, de choisir l'orientation de lecture des livres (paysage ou
portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une bibliothque
personnelle. Il bnficie de la technique d'affichage CoolType et comporte un
dictionnaire intgr.

Le deuxime logiciel, payant, est l'Adobe Content Server, destin aux diteurs
et distributeurs. Il s'agit d'un logiciel serveur de contenu assurant le
conditionnement, la protection, la distribution et la vente scurise de livres
numriques au format PDF. Ce systme de DRM (digital rights management) permet
de contrler l'accs aux livres numriques soumis au copyright, et donc de grer
les droits d'un livre selon les consignes donnes par le gestionnaire des
droits, par exemple en autorisant ou non l'impression ou le prt. En avril 2001,
Adobe conclut un partenariat avec Amazon.com, qui met en vente 2.000 livres
numriques lisibles sur l'Acrobat eBook Reader : titres de grands diteurs,
guides de voyages, livres pour enfants, etc.

En mai 2003, l'Acrobat eBook Reader (qui en est  sa 2e version) fusionne avec
l'Acrobat Reader (qui en est  sa 5e version) pour devenir l'Adobe Reader
version 6.

= Le Mobipocket Reader

Face  Adobe et  Microsoft, un nouvel acteur s'impose rapidement sur le march,
sur un crneau bien spcifique, la lecture sur assistant personnel (PDA). Cre
 Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la socit Mobipocket
est finance en partie par Viventures, branche de la multinationale Vivendi. Le
logiciel de lecture Mobipocket Reader permet la lecture de fichiers au format
PRC (Palm resource). Gratuit et disponible dans plusieurs langues (franais,
anglais, allemand, espagnol, italien), il est "universel", c'est--dire
utilisable sur tout assistant personnel. En octobre 2001, le Mobipocket Reader
est rcompens par l'eBook Technology Award de la Foire internationale de
Francfort. A la mme date, Mobipocket passe un partenariat avec Franklin pour
l'installation du Mobipocket Reader sur l'eBookMan, l'assistant personnel (PDA)
multimdia de Franklin, au lieu du partenariat prvu  l'origine entre Franklin
et Microsoft pour l'installation du Microsoft Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d'autres logiciels Mobipocket sont payants.
Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d'extraction automatique de contenu
auprs des sites de presse partenaires de la socit. Le Mobipocket Publisher
permet aux particuliers (version prive gratuite ou version standard payante) et
aux diteurs (version professionnelle payante) de crer des livres numriques
scuriss utilisant la technologie Mobipocket DRM (digital rights management),
afin de contrler l'accs aux livres numriques soumis au copyright. Dans un
souci d'ouverture aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet de crer
des livres numriques non seulement au format PRC (Palm resource), lu par le
Mobipocket Reader, mais aussi au format LIT (abrg du terme anglais:
literature), lu par le Microsoft Reader.

Au printemps 2002, la socit lance une version du Mobipocket Reader pour
ordinateur personnel. Au printemps 2003, le Mobipocket Reader quipe tous les
assistants personnels du march,  savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC,
eBookMan et Psion, et les smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la mme date,
le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre  6.000 titres
dans plusieurs langues (franais, anglais, allemand, espagnol), distribus soit
sur le site de Mobipocket soit dans des librairies partenaires.

= Le Palm Reader

Lanc ds mars 1996 par la socit Palm, le Palm Pilot est le premier assistant
personnel (PDA) du march. Sept ans plus tard, malgr la concurrence de la gamme
Pocket PC de Microsoft (lanc en avril 2000) et des modles de Hewlett-Packard,
Sony, Handspring, Toshiba et Casio, il reste l'assistant personnel le plus
utilis au monde, avec 23 millions de machines vendues entre 1996 et 2002.

En mars 2001, Palm aborde le march du livre numrique en faisant l'acquisition
de Peanutpress.com, diteur et distributeur de livres numriques pour assistant
personnel, qui appartenait jusque-l  la socit netLibrary. Le Peanut Reader
devient le Palm Reader, et le format correspondant le format PDB (Palm
database). Le Palm Reader est utilisable aussi bien sur le Palm Pilot que sur le
Pocket PC, puis, dans un deuxime temps, en juillet 2002, sur ordinateur
personnel.

Lors du rachat de Peanutpress.com par Palm en mars 2001, les 2.000 titres
numriques de Peanutpress.com - des best-sellers et des titres de grands
diteurs - sont transfrs dans la librairie numrique Palm Digital Media. A la
mme date, le roman Dreamcatcher de Stephen King, dont on connat l'intrt pour
le numrique, sort simultanment en version imprime chez Simon & Schuster et en
version numrique chez Palm Digital Media. Sont disponibles aussi en version
numrique chez Palm les best-sellers de Michael Connelly, Michael Crichton, Anne
Rice et Scott Turow, ainsi que le Wall Street Journal et plusieurs magazines. En
mars 2002, le nouveau recueil de nouvelles de Stephen King, Everything's
Eventual, est lanc simultanment par Scribner, une subdivision de Simon &
Schuster, et Palm Digital Media, qui en propose un extrait en tlchargement
libre. En juillet 2002, les collections de Palm Digital Media se chiffrent 
5.500 titres dans plusieurs langues. En 2003, le catalogue approche les 10.000
titres.

= Des logiciels de lecture polyvalents

Consquence d'un march en pleine expansion, aprs avoir t conus pour une
machine spcifique (soit un ordinateur, soit un assistant personnel), les
principaux logiciels de lecture deviennent polyvalents. Si l'Acrobat Reader est
uniquement disponible sur ordinateur jusqu'en 2001, Adobe lance un Acrobat
Reader pour Palm Pilot en mai 2001, puis pour Pocket PC en dcembre 2001. Si, 
l'origine, le Mobipocket Reader est destin  la lecture sur assistant
personnel, Mobipocket lance galement une version pour ordinateur en avril 2002.
La mme remarque vaut pour le Palm Reader qui, aprs avoir quip le Palm Pilot
et le Pocket PC, s'tend aux ordinateurs en juillet 2002.

Chose peu courante chez les concepteurs de logiciels, Mobipocket propose
d'emble un logiciel de lecture "universel", utilisable sur tout assistant
personnel, et manifeste trs tt un rel souci d'ouverture aux autres formats.
Le Mobipocket Publisher permet de crer des livres numriques non seulement au
format PRC (lisible sur le Mobipocket Reader) mais aussi au format LIT (lisible
sur le Microsoft Reader).

Aprs avoir fait cavalier seul en promouvant leur propre logiciel de lecture,
les constructeurs y mettent aussi du leur. Le Palm Pilot permet de lire des
livres numriques aussi bien sur le Palm Reader que sur le Mobipocket Reader.
Son principal concurrent, le Pocket PC de Microsoft, permet de lire des livres
sur le Microsoft Reader, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.

Vtran des logiciels de lecture avec dix ans d'existence en juin 2003,
l'Acrobat Reader s'adapte rgulirement aux besoins du march. Pour ne prendre
qu'un exemple, les utilisateurs d'autres logiciels disent apprcier
particulirement le reflowing, une technique leur permettant de reformater
automatiquement un livre et sa pagination en fonction de la taille de l'cran.
Le reflowing est autoris par les formats bass sur l'OeB (open ebook). Alors
que ceci n'tait pas possible avec les versions prcdentes de l'Acrobat Reader,
le format PDF n'tant pas bas sur l'OeB, les versions 5 et suivantes d' Adobe
Acrobat permettent de crer des documents PDF autorisant le reflowing, mme si
la numrotation des pages du document initial reste fige.

= L'ION Systems eMonocle

Fait qui mrite d'tre signal, la socit ION Systems lance en aot 2001 l'ION
eMonocle Reader, un logiciel de lecture qui, tout en tant un logiciel standard,
s'attache  rsoudre les problmes de lecture des malvoyants. Ce logiciel permet
un ajustement de la taille du texte et des images, avec un affichage allant de 4
 144 points. Il peut paramtrer une impression en gros caractres. Il permet
l'ouverture de n'importe quel livre numrique bas sur le format OeB (open
ebook). Les graphiques et figures peuvent tre largis et prsents dans un sens
diffrent de l'original - par exemple une rotation  90 degrs - en utilisant la
totalit de l'cran, et en zoomant ensuite sur une partie du document.


7.2. Une diffusion par divers canaux


Contrairement au livre imprim, vendu dans les librairies, le livre numrique
est d'abord vendu par les diteurs avant d'tre vendu par les libraires, pour la
raison bien simple qu'il faut laisser le temps  ces derniers de crer une
structure qui n'existe pas. En 2003, cette structure existe, si bien que
l'diteur peut soit vendre directement sur son propre site ses titres
numriques, soit passer un partenariat avec une librairie numrique, soit
adopter simultanment les deux formules.

Publis en mai 1998 par les ditions 00h00, les premiers livres numriques
commerciaux sont des classiques de la littrature franaise - Le Tour du monde
en 80 jours, de Jules Verne, Colomba, de Prosper Mrime, Poil de carotte, de
Jules Renard, etc. - ainsi que deux indits: Sur le bout de la langue, de Rouja
Lazarova, et La Coupe est pleine, de Pierre Marmiesse. 00h00 passe aussi des
accords avec d'autres diteurs pour publier en version numrique certains de
leurs titres imprims.

Autre vnement d'importance, en mars 2000, Stephen King, matre du suspense,
dcide de distribuer sa nouvelle Riding The Bullet uniquement par voie
lectronique, avec vente dans des librairies en ligne. Suite  cette exprience
qui s'avre un succs  la fois mdiatique et financier, l'auteur dcide de se
passer des services de Simon & Schuster, son diteur habituel. En juillet 2000,
il cre un site web spcifique pour dbuter la publication en pisodes d'un
roman pistolaire, The Plant. Cette deuxime exprience s'avre beaucoup moins
concluante que la premire, le nombre de tlchargements et de paiements
baissant rgulirement au fil des chapitres. En dcembre 2000, aprs la parution
du sixime chapitre, gratuit, l'auteur dcide de mettre The Plant en hibernation
pendant une priode indtermine. Le suivi mdiatique de cette exprience
pendant les six mois qu'elle aura dur contribue largement  faire connatre le
livre numrique, aussi bien chez les professionnels du livre que dans le grand
public. D'autres auteurs de best-sellers prennent ensuite le relais, comme
Frederick Forsyth au Royaume-Uni et Arturo Prez-Reverte en Espagne, mais cette
fois en partenariat avec leurs diteurs.

Durant l't 2000, Simon & Schuster, l'diteur habituel de Stephen King, profite
de la vague mdiatique entourant l'auto-publication d'un de ses auteurs-phare
pour se lancer dans l'aventure en crant SimonSays.com. Il dcide aussi de
publier en version numrique seulement, sans correspondant imprim, certains
titres de Star Trek, la srie de science-fiction la plus vendue au monde avec
six titres vendus par minute et quarante nouveaux titres publis par an (en
incluant les histoires et rcits bass sur les sries tlvises et les films).
Le premier titre numrique, The Belly of the Beast, de Dean Wesley Smith, est
disponible en aot 2000 pour 5 dollars.

D'autres diteurs embotent le pas  Simon & Schuster et commencent  vendre
certains de leurs titres en version numrique, par exemple le gant Random House
et, quelques mois plus tard, St. Martin's Press, puis HarperCollins par le biais
de son service lectronique PerfectBound.

En octobre 2000, les Presses universitaires de France (PUF) annoncent la
parution de quatre titres simultanment en version numrique et en version
imprime. Ces quatre titres ont trait  l'internet: La presse sur internet, de
Charles de Laubier, La science et son information  l'heure d'internet, de
Gilbert Varet, Internet et nos fondamentaux, par un collectif d'auteurs, et
enfin HyperNietzsche, publi sous la direction de Paolo d'Iorio. Chose peu
courante chez les diteurs franais, pendant deux ans, le texte intgral
d'HyperNietzsche est en accs libre sur le site des PUF.

En novembre 2000, pour convertir les auteurs qu'il publie  ce nouveau format,
Random House annonce que ceux-ci recevront 50% des bnfices nets raliss sur
la vente de leurs livres numriques, au lieu des 15% habituels. Si ce fort
pourcentage tait dj propos par certains diteurs lectroniques comme le
londonien Online Originals, c'est la premire fois qu'une maison d'dition
traditionnelle de rputation internationale fait un tel effort.

En janvier 2001, Barnes & Noble, autre gant du livre, se lance dans l'aventure
en crant Barnes & Noble Digital. Barnes & Noble est non seulement une chane de
librairies traditionnelles double d'une librairie en ligne, en partenariat avec
Bertelsmann pour cette dernire, mais aussi un diteur de livres classiques et
illustrs. Pour attirer les auteurs, l'diteur leur propose de leur verser 35%
du prix de vente des livres numriques vendus sur le site et les sites affilis.
Un pourcentage moindre que celui offert par Random House, mais nettement
suprieur  celui vers par les autres diteurs en ligne: ces droits, aprs
avoir t de 15%  l'origine, seraient dbut 2001 de 25% en moyenne. L'opration
vise bien sr  convaincre les auteurs de best-sellers de l'intrt d'une
version numrique  ct de la version imprime. Paralllement, Barnes & Noble
Digital dbute la publication numrique de titres tombs dans le domaine public.


7.3. Une progression rgulire


Comme on vient de le voir, si elle existe ds mai 1998 avec la commercialisation
des premiers titres numriques par les ditions 00h00, la vente de livres
numriques ne commence vraiment  se gnraliser qu' l'automne 2000. Elle est
effectue soit directement par les diteurs, soit par le biais des libraires,
avec impression  la demande grce aux nouvelles technologies d'impression
numrique dveloppes notamment par les socits Xerox, Oc et IBM.

On voit apparatre aussi les premires librairies numriques,  savoir des
librairies vendant exclusivement des livres numriques, le plus souvent par
tlchargement, et dans plusieurs formats. L'tape suivante sera la vente de
livres "en pices dtaches",  savoir un chapitre seul, ou une partie de livre,
ou un article  l'unit, ou encore une carte ou un tableau statistique. En 2002,
ce type de vente est dj chose possible  titre exprimental, par exemple dans
la librairie numrique Numilog, ou encore dans la librairie en ligne de l'OCDE
(Organisation de coopration et de dveloppement conomiques).

Le prix du livre numrique est en gnral infrieur de 30%  celui du livre
imprim. Sa commande et sa livraison sont quasi immdiates via l'internet. Quant
 sa taille et son poids, ils sont nuls, bien qu'en pareil cas il faille bien
sr prendre en compte la taille et le poids de la machine ncessaire pour le
lire. Un assistant personnel (PDA) de type Pocket PC ou Palm Pilot pesant
environ 200 g permet d'emporter avec soi une quinzaine de romans de 200 pages,
en plus des autres fonctionnalits prsentes dans la machine. Un ordinateur
ultra-portable disposant d'un disque dur de 6 Go (giga-octets), pesant moins de
1,5 kg et quip des logiciels de bureautique standard permet de stocker environ
5.000 livres.

Quelle est la taille d'un livre numrique, et son temps de tlchargement?
Quelques exemples sont donns  titre indicatif dans la FAQ (foire aux
questions) de la librairie numrique Numilog. Une nouvelle de 50 pages
reprsente un fichier de 150 Ko (kilo-octets). Le temps ncessaire  son
tlchargement est de 37 secondes avec un modem 56 Kbps (56 kilobits par
seconde) et de 3  6 secondes avec une connexion  haut dbit (cble ou DSL -
digital subscriber line). Un roman de 300 pages reprsente un fichier de 1 Mo
(mga-octet). Son temps de tlchargement est de 4 minutes avec un modem 56 Kbps
et de 20  40 secondes avec une connexion  haut dbit. Un guide pratique de 200
pages incluant des tableaux reprsente un fichier de 1,5 Mo. Son temps de
tlchargement est de 6 minutes avec un modem 56 Kbps et de 30  60 secondes
avec une connexion  haut dbit. Un livre illustr avec des photos reprsente un
fichier de 10 Mo. Son temps de tlchargement est de 41 minutes avec un modem de
56 Kbps et de 3  6 minutes avec une connexion  haut dbit.

Outre le fait qu'il faille une machine pour le lire - mais aprs tout c'est ce
qui le caractrise, en attendant le papier lectronique de demain - l'obstacle
majeur  la diffusion du livre numrique reste le faible nombre de titres. "Le
volume de titres disponibles en format de lecture  l'cran est ridicule par
rapport aux quelque 600.000 titres existant en franais", indique en fvrier
2001 Denis Zwirn, PDG de Numilog. Nombre d'diteurs sont maintenant en train de
numriser - ou faire numriser - leurs fonds,  la perspective d'un march
naissant qui devrait connatre une forte expansion dans les prochaines annes.
Editeurs en ligne et libraires numriques ngocient patiemment les droits auprs
des diteurs traditionnels, et ce non sans mal puisque,  tort ou  raison, la
profession est encore trs inquite des risques de piratage.

Selon Zina Tucsnak, ingnieure d'tudes en informatique  l'ATILF (Analyse et
traitement informatique de la langue franaise), interviewe en novembre 2000,
"l'ebook offre une combinaison d'opportunits: la digitalisation et l'internet.
Les diteurs apportent leurs titres  tous les lecteurs du monde. C'est une
nouvelle re de la publication." Mais le livre numrique est encore dans
l'enfance. Comme l'explique en janvier 2001 Bakayoko Bourahima, documentaliste 
l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de statistique et d'conomie applique)
d'Abidjan, "il faut voir par la suite comment il se dveloppera et quelles en
seront surtout les incidences sur la production, la diffusion et la consommation
du livre. A coup sr cela va entraner de profonds bouleversements dans
l'industrie du livre, dans les mtiers lis au livre, dans l'criture, dans la
lecture, etc."

Chez les adeptes du livre numrique, l'enthousiasme des annes 2000 et 2001 fait
place  plus de mesure en 2002 et 2003. On ne parle plus du tout numrique pour
le proche avenir, mais plutt de la publication simultane d'un mme titre en
deux versions, numrique et imprime. Pour mettre en place ce nouveau mode de
distribution, la tche est rude. Il faut constituer les collections, amliorer
les logiciels de lecture, rendre le prix des appareils de lecture abordable et,
plus difficile encore, habituer le grand public  lire un livre  l'cran. Alors
que, en octobre 2000, l'ebook est l'une des vedettes de la Foire internationale
du livre de Francfort, il se fait beaucoup plus modeste les annes suivantes. La
mme remarque vaut pour le Salon du livre de Paris qui, aprs avoir propos un
Village eBook en mars 2000, puis le premier sommet europen de l'dition
numrique (eBook Europe 2001) en mars 2001, n'organise pas de grande
manifestation spcifique les deux annes suivantes.

Cependant, malgr le pessimisme relatif ayant succd aux dclarations
enthousiastes, le livre numrique poursuit patiemment son chemin. En 2001, le
grand diteur Random House vend deux fois plus de livres numriques qu'en 2000.
Tous diteurs confondus, les ventes de 2001 se chiffrent par milliers pour le
New World College Dictionary de Webster, les ouvrages de fiction de Stephen King
et Lisa Scottolini, les livres d'conomie et les manuels pratiques. En mars
2002, Palm Digital Media, qui vend des titres pour Palm Pilot et Pocket PC,
annonce la vente de 180.000 livres numriques pour l'anne 2001, soit une
augmentation de 40% par rapport  l'anne prcdente.


7.4. Livres numriques braille et audio


La gnralisation des livres numriques reprsente un tournant important pour
l'accs des personnes handicapes visuelles au livre. Le document numrique
permettant de dissocier contenu et prsentation, le lecteur malvoyant peut
dsormais influer sur cette dernire en changeant la taille et la police des
caractres, en inversant les contrastes, en supprimant la couleur ou en la
modifiant. Quant au contenu, on dispose maintenant des technologies permettant
de le convertir automatiquement dans un autre systme de codage ou dans une
autre langue, y compris en braille et en synthse vocale.

= Le livre numrique braille

Alphabet tactile invent en 1829 par le franais Louis Braille, le braille est
le seul systme d'criture accessible aux aveugles. Il s'agit d'un systme de
six points compos de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six
points permet de former toutes les lettres de l'alphabet, les signes de
ponctuation et les symboles. Le braille est d'abord emboss sur papier au moyen
d'une tablette et d'un poinon. A partir de la fin des annes 1970, il est
produit  l'aide d'un afficheur braille pizo-lectrique permettant un affichage
dynamique. A cet afficheur succde la machine Perkins avec son clavier de six
touches. Puis apparat le matriel informatique, par exemple le bloc-notes
braille, qui sert  la fois de machine  crire le braille et (quand il est
connect  un ordinateur) d'cran tactile permettant de lire l'cran standard.
Le braille informatique peut s'afficher sur huit points, ce qui permet
d'augmenter par quatre le nombre de combinaisons possibles.

Dans de nombreux pays, malgr l'existence d'un matriel informatique adapt,
l'dition braille reste encore confidentielle sinon clandestine, le problme des
droits d'auteur sur les transcriptions n'tant pas rsolu. L'dition braille
franaise serait de 400 titres par an, dont 200 livres scolaires. Les livres en
gros caractres ou sur cassettes sont eux aussi peu nombreux par rapport aux
milliers de titres paraissant chaque anne, malgr tous les efforts dispenss
par des diteurs spcialiss et des organismes bnvoles. Interview en janvier
2001, Patrice Cailleaud, directeur de la communication de Handicapzro, explique
que, si le livre numrique est "une nouvelle solution complmentaire aux
problmes des personnes aveugles et malvoyantes, (...) les droits et
autorisations d'auteurs demeurent des freins pour l'adaptation en braille ou
caractres agrandis d'ouvrage. Les dmarches sont saupoudres, longues et
n'aboutissent que trop rarement." D'o la ncessit imprieuse de lois
nationales et d'une loi internationale du droit d'auteur pour les personnes
atteintes de dficience visuelle.

La transcription en braille peut pourtant tre rapide quand existent  la fois
la motivation et les moyens. Aux Etats-Unis, Harry Potter and the Goblet of Fire
(en franais Harry Potter et le gobelet de feu), best-seller de Joanne K.
Rowling, est publi par la National Braille Press (NBP) fin juillet 2000, vingt
jours seulement aprs sa sortie en librairie, avec un premier tirage de 500
exemplaires. Si les 734 pages du livre imprim par Scholastic donnent 1.184
pages en braille, le prix du livre braille n'est pas plus lev. Ce trs court
dlai est d  deux facteurs. D'une part, Scholastic a fourni le fichier
lectronique, une initiative dont feraient bien de s'inspirer d'autres diteurs.
D'autre part, les 31 membres de l'quipe de la National Braille Press ont
travaill sans relche pendant quinze jours. Comme pour les autres titres de la
NBP, le livre est galement disponible au format PortaBook,  savoir un fichier
en braille informatique abrg stock sur disquette et lisible au moyen d'un
lecteur braille portable ou d'un logiciel braille sur micro-ordinateur.

= Des collections numriques braille

Dans le monde francophone, fait qui reste encore trop rare, un diteur et une
association se mobilisent dans ce domaine. En dcembre 1999, lors du Salon du
livre de la jeunesse de Montreuil, les ditions 00h00 et l'association
BrailleNet lancent l'opration "2.000 livres jeunesse sur internet pour les
aveugles et malvoyants en l'an 2000". Cette opration correspond  la cration
d'un service internet permettant de commander en ligne des livres pour enfants
en diffrents formats. Ces ouvrages sont soit des versions imprimes en gros
caractres ou en braille, soit des versions numriques consultables sur
micro-ordinateur, sur plage braille ou sur synthse vocale.

Pour rpondre au problme soulev par le manque d'ouvrages adapts, BrailleNet
cre aussi la base de donnes Hlne. En partenariat avec plusieurs organismes
(associations, diteurs, tablissements d'enseignement), Hlne propose en accs
restreint des livres numriques permettant des impressions en braille ou en gros
caractres. Ces livres sont des oeuvres littraires rcentes, des documentations
techniques, des ouvrages scientifiques, des manuels scolaires et des supports de
cours adapts. La bibliothque virtuelle est dveloppe en partenariat avec
l'INRIA Rhne-Alpes (INRIA: Institut national de recherche en informatique et en
automatique).

Malgr ces efforts, il reste beaucoup  faire pour proposer dans les pays
francophones un vritable service public du type de celui offert depuis aot
1999 aux Etats-Unis par un dpartement de la Library of Congress, le NLS/BPH
(National Library Service for the Blind and Physically Handicapped). Un serveur
permet aux personnes handicapes visuelles de tlcharger des livres, soit au
format braille pour une lecture sur plage braille, soit au format NISO/DAISY
(National Information Standards Organization / Digital Audio Information System)
pour une coute sur synthse vocale. A l'ouverture du service, 3.000 livres en
braille abrg sont disponibles par tlchargement ou consultables en ligne. Les
sources sont codes pour une impression sur imprimante braille ou pour une
lecture en ligne effectue en braille abrg ( l'aide d'une plage braille ou de
toute autre interface d'accs braille). Ce service fournit aussi un synthtiseur
de parole, qui est un logiciel permettant de dsagrger le texte pour lecture
sur synthse vocale.

= Bookshare.org

Une autre ralisation particulirement intressante est celle de Benetech, une
socit de la Silicon Valley qui se donne pour objectif de mettre la technologie
au service de tous les tres humains, et pas seulement de quelques-uns. Benetech
dcide de crer et financer Bookshare.org, une grande bibliothque numrique 
l'intention des aveugles et malvoyants rsidant aux Etats-Unis. Bookshare.org
est mis en ligne en fvrier 2002. Aprs avoir soumis la preuve crite de leur
handicap et s'tre acquitts de la somme de 25 dollars pour l'inscription, les
adhrents ont accs  la bibliothque moyennant un abonnement annuel de 50
dollars. Scanns par une centaine de volontaires, les 7.620 titres de dpart
sont disponibles en deux formats, le format BRF et le format DAISY. Le format
BRF (braille format) est destin  une lecture sur plage braille ou une
impression sur imprimante braille. Le format DAISY (digital audio information
system) permet l'coute du texte sur synthse vocale.

Bookshare.org n'aurait pu voir le jour sans le travail d'une centaine de
volontaires scannant les livres imprims, et sans la volont bien ancre de
l'quipe de faire appliquer un amendement de la loi de 1997 sur le copyright
(United States Code, titre 17, section 121). Cet amendement autorise la
distribution d'oeuvres littraires dans des formats adapts, et ce auprs des
personnes handicapes visuelles, des personnes souffrant d'un handicap de
lecture (par exemple la dyslexie) et des personnes  la motricit rduite (par
exemple celles qui ne peuvent tenir un livre dans les mains ou bien tourner les
pages). Toute version numrique doit obligatoirement inclure la mention du
copyright, avec le nom de l'diteur dtenteur des droits et la date originale de
publication.

L'initiative de Bookshare.org constitue une avance considrable. L'objectif de
l'association est assez diffrent de celui du dpartement spcialis de la
Library of Congress. Ce dernier offre un nombre de titres trs infrieur et les
textes sont numriss avec le plus grand soin. Dans le cas de Bookshare.org, il
s'agit au contraire de proposer le plus grand nombre possible de livres
numriss  moindre cot. Si, jusque-l, moins de 5% des titres publis aux
Etats-Unis sont disponibles en version braille ou en version audio, la seule
limite devient dsormais celle du nombre de volontaires scannant les livres. Sur
son site, l'association fait appel aux bonnes volonts pour grossir les rangs de
l'quipe actuelle, afin de proposer  terme plusieurs dizaines de milliers de
livres, y compris toutes les nouveauts. Le nombre de livres et de volontaires
augmente rapidement. En un an, de fvrier 2002  fvrier 2003, le catalogue
passe de 7.620 titres  12.000 titres, et le nombre de volontaires de 100  200
personnes. En aot 2003, le catalogue approche les 14.000 titres.

Bookshare.org propose aussi des oeuvres du domaine public en tlchargement
libre. Accessibles  tous, abonns ou non, ces oeuvres sont disponibles dans
quatre formats diffrents: HTML (hypertext markup language), TXT (text), BRF
(digital braille) et DAISY (digital audio information system). Toujours en tte
de file lorsqu'il s'agit de lecture pour tous, le Projet Gutenberg met  la
disposition de l'association l'ensemble de ses collections, soit, en 2003, les
textes lectroniques de 8.000 oeuvres du domaine public.

= Le livre audionumrique

Dans le service spcialis de la Library of Congress comme dans Bookshare.org,
les titres sont disponibles non seulement en version numrique braille mais
aussi en version audionumrique. Quelle est l'origine du livre audionumrique?

Depuis vingt ans sinon plus, les personnes handicapes visuelles coutent des
livres sur bande magntique ou sur cassettes, enregistrs au fil des ans par des
centaines de bnvoles. Depuis une dizaine d'annes, elles peuvent aussi se
procurer en librairie des livres audio sur cassettes et sur CD-Rom. Fait rcent,
les technologies numriques permettent dsormais de convertir automatiquement un
document numrique en "voix" grce  la synthse vocale. Un logiciel de synthse
vocale devrait d'ailleurs tre intgr aux outils informatiques standard de
demain, tout comme un logiciel de traduction automatique.

Si les techniques de synthse vocale s'amliorent, de l'avis de certains, rien
ne remplace une vraie voix, c'est--dire une voix humaine, moins parfaite
peut-tre, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc.
Or de nombreux organismes disposent d'enregistrements raliss en analogique
(sur bande magntique et sur cassette) par des bnvoles. La numrisation de
tous ces enregistrements permettrait de les utiliser non seulement dans la
communaut desservie mais partout ailleurs. D'une part chaque organisme pourrait
accrotre ses collections de manire exponentielle, d'autre part de nouvelles
bibliothques audio pourraient tre cres  moindre cot, notamment dans les
pays en dveloppement.

De nombreux spcialistes dcident d'unir leurs forces pour oeuvrer en commun.
Ils fondent en mai 1996 le DAISY Consortium (DAISY: Digital Audio Information
System), un consortium international charg d'assurer la transition entre le
livre audio analogique et le livre audionumrique. Sa tche est immense: dfinir
une norme internationale, dterminer les conditions de production, d'change et
d'utilisation du livre audionumrique, organiser la numrisation du matriel
audio  l'chelle mondiale. Les activits du consortium comprennent entre autres
la dfinition de normes de spcification de fichiers  partir de celles du World
Wide Web Consortium (W3C), la conception de logiciels de conversion des bandes
son analogiques en bandes son numriques, la gestion d'ensemble de la
production, l'change de livres audionumriques entre bibliothques, la
dfinition d'une loi internationale du droit d'auteur pour les personnes
atteintes de dficience visuelle, la protection des documents soumis au droit
d'auteur, et enfin la promotion de la norme DAISY  l'chelle mondiale.

La norme DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet
l'indexation du livre audio et l'ajout de signets pour une navigation facile au
niveau du paragraphe, de la page ou du chapitre. Une fois tlcharg dans
l'ordinateur de l'usager, le texte lectronique stock dans le fichier DAISY
peut tre lu sur synthse vocale. Au printemps 2003, il existe prs de 41.000
livres audionumriques rpondant  cette norme.

= L'coute et la lecture

Mme si les documents audio ont une importance qu'il ne faut pas ngliger, une
enqute mene en 2000 et 2001 sur l'accessibilit du web aux aveugles et
malvoyants montre la ncessit d'une vritable sensibilisation des voyants au
fait que les personnes handicapes visuelles ont elles aussi droit  deux modes
de connaissance - la lecture et l'coute - tout comme les voyants (pour lire
l'ensemble des rponses, lancer la requte "aveugles" dans la base interactive
des Entretiens). Si les professionnels du livre interrogs suggrent presque
tous la gnralisation des documents audio, beaucoup ne savent pas qu'il est
dsormais possible de convertir un texte lectronique en braille numrique.
Pourquoi les aveugles devraient-ils se limiter  l'coute, alors que le
dveloppement du numrique leur ouvre enfin largement accs  la lecture?

Ce dernier point est soulign par Richard Chotin, professeur  l'Ecole
suprieure des affaires (ESA) de Lille, qui se rjouit des progrs raliss dans
ce domaine. "Ma fille vient d'obtenir la deuxime place  l'agrgation de
lettres modernes, crit-il en mai 2001. Un de ses amis a obtenu la matrise de
confrence en droit et un autre a soutenu sa thse de doctorat en droit
galement. Outre l'aspect performance, cela prouve au moins que, si les aveugles
taient rellement aids (tous les aveugles n'ont videmment pas la chance
d'avoir un pre qui peut passer du temps et consacrer de l'argent) par des
mthodes plus actives dans la lecture des documents (obligation d'obtenir en
braille ce qui existe en "voyant" notamment), le handicap pourrait presque
disparatre."

Date de mai 2001, la directive 2001/29/CE de la Commission europenne sur
"l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur et des droits voisins
dans la socit de l'information" insiste dans son article 43 sur la ncessit
pour les Etats membres d'adopter "toutes les mesures qui conviennent pour
favoriser l'accs aux oeuvres pour les personnes souffrant d'un handicap qui les
empche d'utiliser les oeuvres elles-mmes, en tenant plus particulirement
compte des formats accessibles" Il reste  appliquer cet article  large
chelle.

Il faut signaler aussi dans ce domaine le travail inlassable de l'association
Handicapzro, dont le but est d'amliorer l'autonomie des personnes handicapes
visuelles,  savoir plus de 10% de la population francophone. En France par
exemple, une personne sur mille est aveugle, une personne sur cent est
malvoyante, et une personne sur deux a des problmes de vue. Mis en ligne en
septembre 2000, le site web de l'association devient rapidement le site adapt
le plus visit de France, avec 10.000 requtes mensuelles.

En fvrier 2003, l'association lance un portail offrant en accs libre
l'information nationale et internationale en temps rel (en partenariat avec
l'Agence France-Presse), l'actualit sportive (avec L'Equipe), les programmes de
tlvision (avec Tlrama), la mto (avec Mto France) et un moteur de
recherche (avec Google). Le portail propose aussi toute une gamme de services
dans les domaines de la sant, de l'emploi, de la consommation, des loisirs, des
sports et de la tlphonie.

Les aveugles peuvent accder au site au moyen d'une plage braille ou d'une
synthse vocale. Les malvoyants peuvent paramtrer sur la page d'accueil la
taille et la police des caractres ainsi que la couleur du fond d'cran pour une
navigation confortable, en crant puis modifiant leur profil selon leur
potentiel visuel. Ce profil est utilisable aussi pour la lecture de n'importe
quel texte situ sur le web, en faisant un copier-coller dans la fentre prvue
 cet effet. Les voyants peuvent correspondre en braille avec des aveugles par
le biais du site, Handicapzro assurant gratuitement la transcription et
l'impression braille des courriers ainsi que leur expdition par voie postale.
L'association entend ainsi dmontrer "que, sous rserve du respect de certaines
rgles lmentaires, l'internet peut devenir enfin un espace de libert pour
tous".


8. DES APPAREILS DE LECTURE


[8.1. Les livres lectroniques / 8.2. Les assistants personnels (PDA) / 8.3.
L'avenir des machines de lecture / 8.4. Le papier lectronique]

Les livres numriques sont d'abord lisibles sur l'cran de notre ordinateur:
ordinateur du domicile ou du bureau, ordinateur portable et ordinateur
ultra-portable. Pour plus de mobilit, certains constructeurs conoivent aussi
des appareils de lecture appels livres lectroniques, alors que d'autres
intgrent des logiciels de lecture dans leurs assistants personnels (PDA). Plus
tard viendra le papier lectronique, qui devrait permettre de concilier les
avantages du numrique et le confort d'un matriau souple proche du papier.


8.1. Les livres lectroniques


Pour le distinguer du livre numrique, qui est un livre en version numrise,
l'appareil exclusivement ddi  la lecture de livres numriques est appel ici
livre lectronique, en attendant peut-tre une terminologie plus adapte.

Le livre lectronique tant monotche, les premiers modles des annes 1999-2001
rsistent mal  la concurrence des assistants personnels (PDA), qui permettent
eux aussi de lire des livres numriques tout en offrant d'autres fonctionnalits
(agenda, dictaphone, lecteur de MP3, etc.). Les ventes des appareils pionniers
que sont le Rocket eBook, le Softbook Reader, le Cybook et les modles de
Gemstar eBook sont trs infrieures aux pronostics. La vente du Cybook cesse en
juillet 2002, et celle des Gemstar eBook en juin 2003. Si le concept de livre
lectronique reste intressant pour les gros lecteurs, il doit tre entirement
repens  la lumire de ces premires expriences.

= Les premiers modles

Mis sur le march en 1999, les premiers livres lectroniques sont conus et
dvelopps en 1998 dans la Silicon Valley, en Californie. Le modle le plus
connu, le Rocket eBook, est cr par la socit NuvoMedia, en partenariat avec
la chane de librairies Barnes & Noble et le gant des mdias Bertelsmann. Un
deuxime modle, le Softbook Reader, est dvelopp par la socit Softbook
Press, en partenariat avec les deux grandes maisons d'dition Random House et
Simon & Schuster. Plusieurs autres modles ont une dure de vie assez courte,
par exemple l'Everybook, appareil  double cran cr par la socit du mme
nom, ou encore le Millennium eBook, cr par Librius.com. A cette poque, qui
n'est pas si lointaine, toutes ces tablettes lectroniques psent entre 700 g et
2 kg et peuvent stocker une dizaine de livres.

= Les modles de Gemstar eBook

Lancs en octobre 2000  New York, les deux premiers modles de Gemstar eBook
sont les successeurs du Rocket eBook (conu par la socit NuvoMedia) et du
Softbook Reader (conu par la socit Softbook Press), suite au rachat de
NuvoMedia et de Softbook Press par Gemstar-TV Guide International en janvier
2000. Commercialiss en novembre 2000 aux Etats-Unis, ces deux modles - le REB
1100 (cran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (cran
couleur, successeur du Softbook Reader) - sont construits et vendus sous le
label RCA (appartenant  Thomson Multimedia). Le systme d'exploitation, le
navigateur et le logiciel de lecture sont spcifiques au produit, tout comme le
format de lecture, bas sur le format OeB (open ebook).

Le REB 1100 (18 cm x 13,5 cm) a une taille comparable  celle d'un (trs) gros
livre broch. Son poids est de 510 grammes. Son autonomie est de 15 heures. Il
dispose d'un modem de 36,6 Kbps (kilobits par seconde). Sa mmoire compact flash
de 8 Mo (mga-octets) permet de stocker 20 romans, soit 8.000 pages de texte. La
mmoire peut tre tendue  72 Mo pour permettre un stockage de 150 livres, soit
60.000 pages de texte. L'cran tactile noir et blanc rtro-clair a une
rsolution de 320 x 480 pixels. Le REB 1100 est vendu par la chane de magasins
SkyMall au prix de 300 dollars.

Un peu plus volumineux, le REB 1200 (23 cm x 19 cm) a la taille d'un grand livre
cartonn. Son poids est de 750 grammes. Son autonomie est de 6  12 heures. Il
dispose d'un modem de 56 Kbps et d'une connexion Ethernet permettant l'accs 
l'internet par cble et DSL (digital subscriber line). Sa mmoire compact flash
de 8 Mo permet de stocker 5.000 pages. La mmoire peut tre tendue  128 Mo
pour permettre un stockage de 80.000 pages. L'cran tactile couleur
rtro-clair a une rsolution de 480 x 640 pixels. Le REB 1200 est vendu par la
chane de magasins SkyMall au prix de 699 dollars.

La commercialisation du modle europen, le GEB 2200, dbute en octobre 2001 en
commenant par l'Allemagne. Le GEB 2200 a les mmes caractristiques que le REB
1200. Son poids est un peu suprieur (970 grammes) parce qu'il inclut une
couverture en cuir protgeant l'cran. Son prix est de 649 euros. Ce prix inclut
deux abonnements - un abonnement de six semaines  la version lectronique de
Der Spiegel et un abonnement de quatre semaines  la version lectronique du
Financial Times Deutschland - ainsi que deux best-sellers et quinze oeuvres
classiques en version numrique.

Aux Etats-Unis, les ventes sont trs infrieures aux pronostics. En avril 2002,
un article du New York Times annonce l'arrt de la fabrication de ces appareils
par RCA. A l'automne 2002, leurs successeurs, le GEB 1150 et le GEB 2150, sont
produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall  un prix beaucoup plus
comptitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel  la librairie numrique
de Gemstar eBook. Le GEB 1150 cote 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars
si on prend un abonnement annuel (de 20 dollars par mois). Le GEB 2150 cote 349
dollars sans abonnement, et 199 dollars si on prend un abonnement bisannuel (de
20 dollars par mois). Les deux modles GEB 1150 et GEB 2150 sont livrs non
seulement avec un dictionnaire intgr, le Webster's Pocket American Dictionary
(publi par Random House), mais aussi avec la version anglaise du Tour du monde
en 80 jours, de Jules Verne (publie par eBooks Classics), best-seller universel
qui poursuit ainsi sa carrire en version numrique. En Allemagne, on parle du
remplacement du GEB 2200 par le GEB 1150 courant 2003. Mais le livre numrique
au format propritaire semble dsormais condamn au profit du livre numrique
distribu dans des formats "universels". Gemstar met fin  ses activits eBook
en cessant la vente de ses appareils de lecture en juin 2003 et celle de ses
livres numriques le mois suivant.

= Le Cybook de Cytale

Premier livre lectronique europen, le Cybook (21 cm x 16 cm) est conu et
dvelopp par la socit franaise Cytale, et commercialis en janvier 2001. Son
poids est de 1 kg. Sa mmoire - 32 Mo (mga-octets) de mmoire SDRAM
(synchronous dynamic random access memory) et 16 Mo de mmoire flash - permet de
stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages. Son autonomie est de
5 h. Il est quip d'un modem 56 Kbps (kilobits par seconde), d'un haut-parleur,
d'une sortie stro avec prise casque et de plusieurs ports pour priphriques.
L'cran tactile couleur rtro-clair a une rsolution de 600 x 800 pixels.
L'affichage est possible en mode portrait ou paysage. Le Cybook utilise le
systme d'exploitation Windows CE de Microsoft, le navigateur Internet Explorer
et un logiciel de lecture spcifique bas sur le format OeB (open ebook). Il
intgre un dictionnaire Hachette de 35.000 mots. En mars 2002, il cote 883
euros sans abonnement, et 456 euros pour ceux qui prennent un abonnement minimal
d'un an au prix mensuel de 20 euros. Le tlchargement des livres s'effectue 
partir du site web de Cytale, suite  des partenariats avec plusieurs diteurs
et socits de presse.

"J'ai crois il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le
livre lectronique, crit en dcembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. Depuis
ce jour, je suis devenu le promoteur impnitent de ce nouveau mode d'accs 
l'crit,  la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numrique se dveloppe
enfin, grce  cet objet merveilleux: bibliothque, librairie nomade, livre
'adaptable', et aussi moyen d'accs  tous les sites littraires (ou non), et 
toutes les nouvelles formes de la littrature, car c'est galement une fentre
sur le web."

Cytale dveloppe aussi le Cybook Pro, une version du Cybook  destination des
entreprises, des universits et des collectivits pour la gestion de leurs
documents numriss (dossiers clients, normes techniques, procdures,
catalogues, cartes, etc.).

Par ailleurs, en collaboration avec l'INSERM (Institut national de la sant et
de la recherche mdicale), Cytale adapte son logiciel de lecture pour permettre
la lecture de livres numriques sur plage braille ou sur synthse vocale. La
socit dveloppe le Cybook Vision, un livre lectronique adapt aux besoins des
malvoyants et distribu par un rseau d'opticiens. "Toutes les oprations de
navigation, en mode autonome, ont t labores sur les conseils d'orthoptistes
et  partir des suggestions de malvoyants, lit-on sur le site web. Rduites 
l'essentiel, elles autorisent la cration de stratgies de lecture
personnalises. L'appareil, qui fonctionne comme un enregistreur, est dot d'une
capacit de mmoire qui autorise une contenance d'environ trente livres. Chaque
ouvrage est lisible dans deux polices et six tailles de caractres. La catgorie
la plus grande correspond  un corps de texte 28 ou  la taille P. 20 selon les
normes des orthoptistes. La rsolution d'cran 'Super VGA' (super video graphics
adapter) de 100 DPI (dots per inch) offre une excellente nettet des caractres.
Le rtro-clairage de cet cran autorise la lecture dans une ambiance peu
lumineuse. Le contraste et la luminosit peuvent tre rgls sparment et sont
activs par un bouton. Une icne autorise le changement de couleur de fond, qui
passe du blanc au jaune pour rpondre  certains problmes de photosensibilit.
Les textes peuvent tre lus en corps noir sur blanc ou blanc sur noir, jaune sur
noir ou noir sur jaune."

Pour les trois modles, les ventes sont trs infrieures aux pronostics. Ces
ventes insuffisantes forcent la socit  se dclarer en cessation de paiement,
l'administrateur ne parvenant pas  trouver un repreneur aprs le redressement
judiciaire prononc en avril 2002. Cytale est mis en liquidation judiciaire en
juillet 2002 et cesse ses activits.

= Le baladeur de textes @folio

Si le concept de livre lectronique sduit les professionnels du livre, les
premiers modles sont loin de susciter l'enthousiasme. "S'il doit s'agir d'un
ordinateur portable lgrement 'relook', mais prsentant moins de
fonctionnalits que ce dernier, je n'en vois pas l'intrt, explique en juin
2001 Emilie Devriendt, lve professeure  l'Ecole normale suprieure (ENS) de
Paris. Tel qu'il existe, l'ebook est relativement lourd, l'cran peu confortable
 mes yeux, et il consomme trop d'nergie pour fonctionner vritablement en
autonomie. A cela s'ajoute le prix scandaleusement lev,  la fois de l'objet
mme et des contenus tlchargeables; sans parler de l'incompatibilit des
formats constructeur, et des 'formats' maison d'dition. J'ai pourtant eu
l'occasion de voir un concept particulirement astucieux, vraiment pratique et
peu coteux, qui me semble tre pour l'heure le support de lecture lectronique
le plus intressant: celui du 'baladeur de textes' ou @folio, en cours de
dveloppement  l'Ecole nationale suprieure des arts et industries de
Strasbourg. Bien videmment, les proccupations de ses concepteurs sont 
l'oppos de celles des 'gros' concurrents qu'on connat, en France ou ailleurs:
aucune vise ditoriale monopolistique chez eux, puisque c'est le contenu du web
(dans l'idal gratuit) que l'on tlcharge."

Conu ds octobre 1996 par Pierre Schweitzer, architecte designer  Strasbourg,
@folio (qui se prononce: a-folio) est considr par son crateur moins comme un
livre lectronique que comme un support de lecture nomade permettant de lire des
textes glans sur l'internet. @folio cherche  mimer, sous forme lectronique,
le dispositif technique du livre, afin de proposer une mmoire de fac-simils
relis en hypertexte pour faciliter le feuilletage.

"J'hsite  parler de livre lectronique, crit Pierre Schweitzer en janvier
2001, car le mot "livre" dsigne aussi bien le contenu ditorial (quand on dit
qu'untel a crit un livre) que l'objet en papier, gnial, qui permet sa
diffusion. La lecture est une activit intime et itinrante par nature. @folio
est un baladeur de textes, simple, lger, autonome, que le lecteur remplit selon
ses dsirs  partir du web, pour aller lire n'importe o. Il peut aussi y
imprimer des documents personnels ou professionnels provenant d'un CD-Rom. Les
textes sont mmoriss en faisant: "imprimer", mais c'est beaucoup plus rapide
qu'une imprimante, a ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont
maintenus au niveau d'une reliure tactile. (...)

Le projet est n  l'atelier Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg o
j'tais tudiant. Il est dvelopp  l'Ecole nationale suprieure des arts et
industries de Strasbourg avec le soutien de l'Anvar-Alsace. Aujourd'hui, je
participe avec d'autres  sa formalisation, les prototypes, design, logiciels,
industrialisation, environnement technique et culturel, etc., pour transformer
ce concept en un objet grand public pertinent." La commercialisation d'@folio
devrait dbuter en 2004.


8.2. Les assistants personnels (PDA)


Le principal concurrent du livre lectronique se trouve tre l'assistant
numrique personnel, appel plus gnralement assistant personnel ou encore PDA
(personal digital assistant). Lorsque le livre numrique (livre en version
numrise) commence  se gnraliser en 2000, les fabricants de PDA dcident
d'intgrer un logiciel de lecture dans leur machine, en plus des fonctionnalits
habituelles (agenda, dictaphone, lecteur de MP3, etc.). Paralllement,  partir
de la production imprime existante, ils ngocient les droits de diffusion
numrique de centaines de titres. Si certains professionnels du livre
s'inquitent de la petitesse de l'cran, les adeptes de la lecture sur PDA
assurent que la taille de l'cran n'est pas un problme.

= Les modles de Psion

Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse  l'Ecole pratique des hautes tudes
(EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne), utilise un Psion depuis
plusieurs annes pour lire et tudier dans le train lors de ses frquents
dplacements entre Argentan, sa ville de rsidence, et Paris. Elle achte son
premier Psion en 1997, un Srie 3, remplac ensuite par un Srie 5, remplac
lui-mme par un Psion 5mx en juin 2001. En fvrier 2002, elle raconte: "J'ai
charg tout un tas de trucs littraires - dont mes propres travaux et dont la
Bible entire - sur mon Psion 5mx (16 + 16 Mo), que je consulte surtout dans le
train ou pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une bibliothque.
J'ai mis les lments de programme qui permettent de lire page par page comme
sur un vritable ebook. Ce qui est pratique, c'est de pouvoir charger une norme
masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce n'est pas le mme usage
qu'un livre, surtout un livre de poche qu'on peut feuilleter, tordre, sentir...,
et qui s'ouvre automatiquement  la page qu'on a aime. C'est beaucoup moins
agrable  utiliser, d'autant que sur PDA, la page est petite: on n'a pas de vue
d'ensemble. Mais une qualit apprciable: on peut travailler sur le texte
enregistr, en rechercher le vocabulaire, rutiliser des citations, faire tout
ce que permet le traitement informatique du document, et cela m'a pas mal servi
pour mon travail, ou pour mes activits associatives. Je fais par exemple partie
d'une petite socit potique locale, et nous faisons prochainement un rcital
potique. J'ai voulu rechercher des textes de Victor Hugo, que j'ai maintenant
pu lire et mme charger  partir du site de la Bibliothque nationale de France:
c'est vraiment extra."

Psion, socit britannique, lance ds 1984 le Psion Organiser, qui se trouve
donc tre le vtran des agendas lectroniques. Au fil des ans, la gamme des
appareils s'tend et la socit se dveloppe  l'international. En 2000, les
diffrents modles (srie 7, srie 5mx, Revo, Revo Plus) sont fortement
concurrencs par le Palm Pilot et le Pocket PC. Suite  une baisse des ventes,
la socit dcide de diversifier ses activits. Fond en septembre 2000 suite au
rachat de Teklogix, Psion Teklogix dveloppe des systmes informatiques mobiles
sans fil  destination des entreprises. Cr en 2001, Psion Software dveloppe
les logiciels de la prochaine gnration d'appareils mobiles utilisant la
plate-forme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210, modle
prcurseur commercialis la mme anne.

= L'eBookMan de Franklin

Base dans le New Jersey (Etats-Unis), la socit Franklin commercialise ds
1986 le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. Quinze ans
aprs, Franklin distribue 200 ouvrages de rfrence sur des machines de poche:
dictionnaires unilingues et bilingues, encyclopdies, bibles, manuels
d'enseignement, ouvrages mdicaux et livres de loisirs. En octobre 2000,
Franklin lance l'eBookMan, un assistant personnel multimdia qui, entre autres
fonctionnalits (agenda, dictaphone, etc.), permet la lecture de livres
numriques sur le logiciel de lecture Franklin Reader. A la mme date,
l'eBookMan est rcompens par l'eBook Technology Award de la Foire
internationale du livre de Francfort. Trois modles (EBM-900, EBM-901 et
EBM-911) sont disponibles dbut 2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et
230 dollars. Le prix est fonction de la taille de la mmoire vive (8 ou 16
mga-octets) et de la qualit de l'cran  cristaux liquides, rtro-clair ou
non selon les modles. Nettement plus grand que celui de ses concurrents,
l'cran n'existe toutefois qu'en noir et blanc, contrairement  la gamme Pocket
PC ou  certains modles Palm avec cran couleur. L'eBookMan permet aussi
l'coute de livres audio et de fichiers musicaux au format MP3.

En octobre 2001, Franklin dcide de ne pas intgrer le Microsoft Reader 
l'eBookMan, mais de lui prfrer le Mobipocket Reader, logiciel de lecture jug
plus performant (et prim  la mme date par l'eBook Technology Award de la
Foire de Francfort). Paralllement, le logiciel de lecture Franklin Reader
devient progressivement disponible pour les gammes Psion, Palm, Pocket PC et
Nokia. Franklin dveloppe aussi une librairie numrique sur son site en passant
des partenariats avec plusieurs diteurs, notamment avec Audible.com, ce qui lui
permet d'accder  une collection de 4.500 livres audionumriques.

= Le Palm Pilot et le Pocket PC

Les usagers intresss par la lecture de livres numriques se tournent bientt
vers deux autres gammes de PDA, les Palm Pilot et les Pocket PC.

La socit Palm lance le premier Palm Pilot en mars 1996 et vend 23 millions de
machines entre 1996 et 2002. Le Palm Pilot utilise un systme d'exploitation
ponyme, le Palm OS, et le logiciel de lecture Palm Reader. En mars 2001, les
modles Palm permettent aussi la lecture de livres numriques sur le Mobipocket
Reader.

Commercialis par Microsoft en avril 2000 pour concurrencer le Palm Pilot, le
Pocket PC utilise un systme d'exploitation spcifique, Windows CE. Il intgre
le logiciel de lecture Microsoft Reader, lanc  la mme date dans ce but. En
octobre 2001, le Pocket PC troque Windows CE pour le systme d'exploitation
Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres numriques sous
copyright. Ces livres sont protgs par un systme de gestion des droits
numriques intitul Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). En 2002,
le Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien
sr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.


8.3. L'avenir des machines de lecture


= L'avis des professionnels du livre

A l'exception de quelques spcialistes enthousiastes, les professionnels du
livre restent assez sceptiques sur le confort de lecture procur par une
machine. Tous attendent une amlioration des appareils de lecture. "Je pense
qu'on est loin des formats et des techniques dfinitifs, dclare en novembre
2000 Nicolas Pewny, fondateur des ditions du Choucas. Beaucoup de recherches
sont en cours, et un format et un support idal verront certainement le jour
sous peu."

Anne-Bndicte Joly, crivain qui auto-dite ses livres, crit  la mme date:
"Le livre lectronique est avant tout un moyen pratique d'atteindre diffremment
une certaine catgorie de lecteurs compose pour partie de curieux aventuriers
des techniques modernes et pour partie de victimes du mode rsolument
technologique. (...) Je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l'on peut
retirer d'une lecture sur un cran d'un roman de Proust. Dcouvrir la vie des
personnages  coups de souris  molette ou de descente d'ascenseur ne me tente
gure. Ce support, s'il possde  l'vidence comme avantage la disponibilit de
toute oeuvre  tout moment, possde nanmoins des inconvnients encore trop
importants. Ceci tant, sans nous cantonner  une position durablement ancre
dans un mode passiste, laissons  ce support le temps ncessaire pour acqurir
ses lettres de noblesse."

Cet avis est partag par Jacky Minier, crateur de Diamedit, site de promotion
d'indits artistiques et littraires. Interview en octobre 2000, il explique:
"L'ebook est sans aucun doute un support extraordinaire. Il aura son rle 
jouer dans la diffusion des oeuvres ou des journaux lectroniques, mais il ne
remplacera jamais le vritable bouquin papier de papa. Il le compltera. (...)
Voyez la monnaie lectronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses
cigarettes avec sa carte de crdit et on a toujours besoin d'un peu de monnaie
dans sa poche, en plus de sa carte Visa. L'achat d'un livre n'est pas un acte
purement intellectuel, c'est aussi un acte de sensualit que ne comblera jamais
un ebook. Naturellement, l'dition classique devra en tenir compte sur le plan
marketing pour se diffrencier davantage, mais je crois que l'utilisation des
deux types de supports sera bien distincte. Le tlphone n'a pas tu le
courrier, la radio n'a pas tu la presse, la tlvision n'a pas tu la radio ni
le cinma... Il y a de la place pour tout, simplement, a oblige  chaque fois 
une adaptation et  un regain de crativit. Et c'est tant mieux!"

Jean-Pierre Balpe, directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8,
crit pour sa part en janvier 2001: "J'attends de voir concrtement comment ils
fonctionnent et si les diteurs sont capables de proposer des produits
spcifiques  ce support car, si c'est pour reproduire uniquement des livres
imprims, je suis assez sceptique. L'histoire des techniques montre qu'une
technique n'est adopte que si - et seulement si... - elle apporte des avantages
concrets et consquents par rapport aux techniques auxquelles elle prtend se
substituer."

Ce scepticisme est partag par Olivier Bogros, directeur de la mdiathque
municipale de Lisieux (Normandie), qui s'exclame en aot 2000: "De quoi
parle-t-on? Des machines monotches encombrantes et coteuses, avec format
propritaire et offre ditoriale limite? Les Palm, Psion et autres hand et
pocket computers permettent dj de lire ou de crer des livres lectroniques
(appels ici livres numriques, ndlr), et en plus servent  autre chose. Ceci
dit, la notion de livre lectronique m'intresse en tant que bibliothcaire et
lecteur. Va-t-il permettre de s'affranchir d'un modle conomique  bout de
souffle (la chane ditoriale n'est pas le must en la matire)? Les machines 
lire n'ont de mon point de vue de chance d'tre viables que si leur utilisateur
peut crer ses propres livres lectroniques avec (cf. cassettes vido)."

Patrick Rebollar, professeur de franais et d'informatique dans des universits
japonaises, crit en dcembre 2000: "Je trouve enthousiasmant le principe de
stockage et d'affichage mais j'ai des craintes quant  la commercialisation des
textes sous des formats payants. Les chercheurs pourront-ils y mettre leurs
propres corpus et les retravailler? L'outil sera-t-il vraiment souple et lger,
ou faut-il attendre le dveloppement de l'encre lectronique? Je crois galement
que l'on prpare un cartable lectronique pour les lves des coles, ce qui
pourrait tre bon pour leur dos..."

Olivier Gainon, fondateur de CyLibris, maison d'dition littraire en ligne,
manifeste lui aussi un certain scepticisme  l'gard des modles actuels. Il
explique  la mme date: "Je ne crois pas trop  un objet qui a des
inconvnients clairs par rapport  un livre papier (prix / fragilit / aspect /
confort visuel / etc.), et des avantages qui me semblent minimes (taille des
caractres volutifs / plusieurs livres dans un mme appareil / rtro-clairage
de l'cran / etc.). De mme, je vois mal le positionnement d'un appareil
exclusivement ddi  la lecture, alors que nous avons les ordinateurs portables
d'un ct, les tlphones mobiles de l'autre et les assistants personnels (dont
les Pocket PC) sur le troisime front. Bref, autant je crois qu' terme la
lecture sur cran sera gnralise, autant je ne suis pas certain que cela se
fera par l'intermdiaire de ces objets."

Nicolas Ancion, crivain et responsable ditorial de Luc Pire lectronique,
partage le mme sentiment. "Ces appareils ne me paraissent pas porteurs d'avenir
dans le grand public tant qu'ils restent monotches (ou presque), crit-il en
avril 2001. Un mdecin ou un avocat pourront adopter ces plates-formes pour
remplacer une bibliothque entire, je suis prt  le croire. Mais pour
convaincre le grand public de lire sur un cran, il faut que cet cran soit
celui du tlphone mobile, du PDA ou de la tlvision. D'autre part, je crois
qu'en cherchant  limiter les fournisseurs de contenus pour leurs appareils
(plusieurs types d'ebooks ne lisent que les fichiers fournis par la bibliothque
du fabricant), les constructeurs tuent leur machine. L'avenir de ces appareils,
comme de tous les autres appareils technologiques, c'est leur ouverture et leur
souplesse. S'ils n'ont qu'une fonction et qu'un seul fournisseur, ils
n'intresseront personne. Par contre, si,  l'achat de son tlphone portable,
on reoit une bibliothque de vingt bouquins gratuits  lire sur le tlphone et
la possibilit d'en charger d'autres, alors on risque de convaincre beaucoup de
monde."

= Les atouts de l'assistant personnel

D'aprs Seybold Reports.com, en avril 2001,  l'chelle de la plante, on compte
100.000 livres lectroniques pour 17 millions d'assistants personnels (PDA).
Deux ans plus tard, en juin 2003, plus aucun livre lectronique n'est
commercialis. De nouveaux modles pourront-ils russir  s'imposer face 
l'assistant personnel (PDA), qui offre aussi d'autres fonctionnalits?
Existera-t-il une clientle spcifique pour les deux machines, la lecture sur
assistant personnel tant destine au grand public, et la lecture sur livre
lectronique tant rserve aux gros consommateurs de documents que sont les
lycens, les tudiants, les professeurs, les chercheurs ou les juristes?

Au dbut des annes 2000, le choix des gros lecteurs semble se porter vers
l'ordinateur ultra-portable, du fait de ses fonctions multi-tches. Outre le
stockage d'un millier de livres sinon plus, celui-ci permet l'utilisation
d'outils de bureautique standard et de l'internet, l'coute de fichiers MP3 et
le visionnement de vidos ou de films. Certains gros lecteurs sont tents par le
webpad, un ordinateur-cran sans disque dur disposant d'une connexion sans fil 
l'internet, apparu en 2001, ou la tablette PC, une tablette informatique quipe
d'un cran tactile, apparue fin 2002.

Paralllement, le march des assistants personnels poursuit sa croissance. 13,2
millions de PDA sont vendus dans le monde en 2001, et 12,1 millions en 2002. En
2002, Palm est toujours le leader du march (36,8% des machines vendues), suivi
par la gamme Pocket PC de Microsoft et les modles de Hewlett-Packard, Sony,
Handspring, Toshiba et Casio. Les systmes d'exploitation utiliss sont
essentiellement le Palm OS (pour 55% des machines) et le Pocket PC (pour 25,7%
des machines). Si le march se tasse un peu en 2002 et 2003, une reprise est
annonce pour les prochaines annes, grce  l'amlioration des produits, une
plus grande diversit des modles et la baisse des prix chez tous les
fabricants.

= Les futurs appareils de lecture

Les PDA seront eux-mmes concurrencs par les smartphones, une nouvelle
gnration de tlphones portables intgrant les fonctions de l'assistant
personnel. Le premier smartphone est le Nokia 9210, modle prcurseur mis sur le
march en 2001 par la socit finlandaise Nokia, premier fabricant mondial de
tlphones portables. Le Nokia 9210 est suivi de la gamme Nokia Series 60 et du
Sony Ericsson P800. Ces diffrents modles permettent de lire des livres
numriques sur le Mobipocket Reader.

Si les livres numriques ont une longue vie devant eux, ceci est beaucoup moins
probable pour les appareils de lecture, qui risquent de muer rgulirement. En
fvrier 2003, Denis Zwirn, PDG de la librairie numrique Numilog, rsume bien la
situation. "L'quipement des individus et des entreprises en matriel pouvant
tre utilis pour la lecture numrique dans une situation de mobilit va
continuer de progresser trs fortement dans les dix prochaines annes sous la
forme de machines de plus en plus performantes (en terme d'affichage, de
mmoire, de fonctionnalits, de lgret...) et de moins en moins chres. Cela
prend ds aujourd'hui la forme de PDA (Pocket PC et Palm Pilot), de tablettes PC
et de smartphones, ou de smart displays (crans tactiles sans fil). Trois
tendances devraient tre observes: la convergence des usages (tlphone / PDA),
la diversification des types et tailles d'appareils (de la montre-PDA-tlphone
 la tablette PC waterproof), la dmocratisation de l'accs aux machines mobiles
(des PDA pour enfants  15 euros). Si les diteurs et les libraires numriques
savent en saisir l'opportunit, cette volution reprsente un environnement
technologique et culturel au sein duquel les livres numriques, sous des formes
varies, peuvent devenir un mode naturel d'accs  la lecture pour toute une
gnration."


8.4. Le papier lectronique


Considr par beaucoup comme transitoire, l'appareil de lecture ne serait qu'une
tape vers le papier lectronique. De l'avis d'Alex Andrachmes, explorateur
d'hypertexte, interview en dcembre 2000, "c'est l'arrive du fameux 'papier
lectrique' qui changera la donne. Ce projet du MIT (Massachusetts Institute of
Technology) qui consiste  charger lectriquement une fine couche de 'papier' -
dont je ne connais pas la formule - permettra de charger la (les) feuille(s) de
nouveaux textes, par modification de cette charge lectrique. Un ebook sur
papier, en somme, c'est ce que le monde de l'dition peut attendre de mieux."

Lucie de Boutiny, romancire multimdia, crit en juin 2000: "Et voici le
changement que j'attends: arrter de considrer les livres lectroniques comme
le stade ultime post-Gutenberg. L'ebook rtro-clair a pour l'instant la
mmoire courte: il peut accueillir par exemple dix livres contenant
essentiellement du texte mais pas une seule oeuvre multimdia riche en son et
images, etc. Donc ce que l'on attend pour commencer: l'cran souple comme une
feuille de papier lgre, transportable, pliable, autonome, rechargeable,
accueillant tout ce que le web propose (du savoir, de l'information, des
crations...) et cela dans un format universel avec une rsolution sonore et
d'image acceptable."

Pierre-Nol Favennec, expert  la direction scientifique de France Tlcom R&D,
explique en fvrier 2001: "Si l'invention du livre-papier avait t faite aprs
celle de l'ebook, nous l'aurions tous trouv gniale, Mais un ebook a un avenir
prometteur si on peut tlcharger suffisamment d'ouvrages, si la lecture est
aussi agrable que sur le papier, s'il est lger (comme un livre), s'il est
pliable (comme un journal), s'il n'est pas cher (comme un livre de poche)... En
d'autres mots, l'ebook a un avenir s'il est un livre, si le hard fait croire que
l'on a du papier imprim... Techniquement, c'est possible, aussi j'y crois. Au
niveau technologique, cela exigera encore quelques efforts (chimie,
lectronique, physique...)."

Les recherches sur le papier lectronique sont en cours. Il s'agira d'un support
souple d'une densit comparable au papier plastifi ou au transparent. Ce
support pourra tre utilis indfiniment et le texte chang  volont au moyen
d'une connexion sans fil. Si le concept est rvolutionnaire, le produit lui-mme
est le rsultat d'une fusion entre trois sciences, la chimie, la physique et
l'lectronique. Plusieurs quipes travaillent  des projets diffrents. Les deux
projets les plus avancs manent des socits E Ink et Gyricon Media. Philips
travaille quant  lui sur un projet de papier lectronique couleur qui serait
disponible dans une dizaine d'annes.

Fonde en avril 1997 par des chercheurs du Media Lab du MIT (Massachusetts
Institute of Technology), la socit E Ink met au point un support utilisant
l'encre lectronique. Prises entre deux feuilles de plastique souple, des
millions de microcapsules contiennent chacune des particules noires et blanches
(ou une autre combinaison de couleurs) en suspension dans un fluide clair. Un
champ lectrique positif ou ngatif permet de faire apparatre le groupe de
particules souhait  la surface du support, afin d'afficher, de modifier ou
d'effacer des donnes. En juillet 2002, E Ink prsente le prototype du premier
cran couleur utilisant cette technologie, un cran de haute rsolution 
matrice active dvelopp en partenariat avec les socits Toppan et Philips. La
commercialisation de cet cran est prvue en 2004, pour quiper des assistants
personnels (PDA), des appareils de communication mobile et des livres
lectroniques (appareils de lecture). Dans un deuxime temps seront envisags
des livres et journaux lectroniques sur support souple.

Paralllement, des chercheurs de PARC (Palo Alto Research Center), le centre
Xerox de la Silicon Valley, travaillent depuis 1997  la mise au point d'une
technique d'affichage dnomme gyricon. Le procd est un peu diffrent de celui
d'E Ink. Prises entre deux feuilles de plastique souple, des millions de
micro-alvoles contiennent des microbilles bicolores en suspension dans un
liquide clair. Chaque bille est pourvue d'une charge lectrique. Cette fois,
c'est une impulsion lectrique extrieure qui permet la rotation des billes, et
donc le changement de couleur, permettant ainsi d'afficher, de modifier ou
d'effacer les donnes. Intitul SmartPaper, le matriau correspondant sera
produit en rouleaux, tout comme le papier traditionnel. Sa commercialisation
sera assure par la socit Gyricon Media, cre en dcembre 2000 dans ce but.
Le march pressenti est d'abord celui de l'affichage commercial, qui utilise le
systme SmartSign, dvelopp par Gyricon Media en complment du SmartPaper. La
vente d'affichettes fonctionnant sur piles devrait dbuter en 2004. Viendront
ensuite les panneaux de signalisation, puis le papier lectronique et le journal
lectronique.

Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit d'Ottawa et spcialiste des
thories de la lecture, rsume les dveloppements probables de ces dix
prochaines annes. "Le livre lectronique va acclrer cette mutation du papier
vers le numrique, surtout pour les ouvrages techniques, crit-il en mai 2001.
Mais les dveloppements les plus importants sont encore  venir. Lorsque le
procd de l'encre lectronique sera commercialis sous la forme d'un codex
numrique plastifi offrant une parfaite lisibilit en lumire rflchie,
comparable  celle du papier - ce qui devrait tre courant vers 2010 ou 2015 -,
il ne fait gure de doute que la part du papier dans nos activits de lecture
quotidienne descendra  une fraction de ce qu'elle tait hier. En effet, ce
nouveau support portera  un sommet l'idal de portabilit qui est  la base
mme du concept de livre.

Tout comme le codex avait dplac le rouleau de papyrus, qui avait lui-mme
dplac la tablette d'argile, le codex numrique dplacera le codex papier, mme
si ce dernier continuera  survivre pendant quelques dcennies, grce notamment
au procd d'impression sur demande qui sera bientt accessible dans des
librairies spcialises. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages
susceptibles de permettre l'affichage de millions de livres, de journaux ou de
revues, le codex numrique offrira en effet au lecteur un accs permanent  la
bibliothque universelle. En plus de cette ubiquit et de cette instantanit,
qui rpondent  un rve trs ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de
l'indexabilit totale du texte lectronique, qui permet de faire des recherches
plein texte et de trouver immdiatement le passage qui l'intresse. Enfin, le
codex numrique permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothque
et acclrera la mutation d'une culture de la rception vers une culture de
l'expression personnelle et de l'interaction."


9. BIENTOT DES LIVRES MULTILINGUES?


[9.1. Les systmes de codage / 9.2. Des communauts linguistiques / 9.3.
L'importance de la traduction]

En 1998 et 1999, la ncessit d'un web multilingue occupe tous les esprits. Au
dbut des annes 2000, le web, devenu multilingue, permet une trs large
diffusion des textes lectroniques sans contrainte de frontires, mais la
barrire de la langue est loin d'avoir disparu. En 2003, la priorit semble tre
la cration de passerelles entre les communauts linguistiques pour favoriser la
circulation des crits dans d'autres langues, en augmentant fortement les
activits de traduction. Les technologies numriques facilitant grandement le
passage d'une langue  l'autre, il reste  crer ou renforcer la volont
culturelle et politique dans ce sens.


9.1. Les systmes de codage


Le premier systme de codage informatique est l'ASCII (American standard code
for information interchange), cr en 1963 par l'American National Standards
Institute (ANSI). L'ASCII est un code standard de 128 caractres traduits en
langage binaire sur sept bits (A=1000001, B=1000010, etc.). Les 128 caractres
comprennent 26 lettres sans accent, les chiffres, les signes de ponctuation et
les symboles. L'ASCII permet donc uniquement la lecture de l'anglais. Il ne
permet pas de prendre en compte les lettres accentues prsentes dans bon nombre
de langues europennes, et  plus forte raison les systmes non alphabtiques
(chinois, japonais, coren, etc.).

Ceci ne pose pas de problme majeur les premires annes, tant que l'change de
fichiers lectroniques se limite essentiellement  l'Amrique du Nord. Mais le
multilinguisme devient bientt une ncessit vitale. Solution provisoire, les
alphabets europens sont traduits par des versions tendues de l'ASCII codes
sur huit bits, afin de pouvoir traiter un total de 256 caractres, dont les
lettres avec accents. L'extension pour le franais est dfinie par la norme
ISO-Latin-1 (ISO-8859-1:1998). Mais le passage de l'ASCII  l'ASCII tendu
devient vite un vritable casse-tte, y compris au sein de l'Union europenne,
les problmes tant entre autres la multiplication des systmes d'encodage, la
corruption des donnes dans les tapes transitoires, ou encore l'incompatibilit
des systmes entre eux, les pages ne pouvant tre affiches que dans une seule
langue  la fois.

Avec le dveloppement du web, l'change des donnes s'internationalise de plus
en plus, et ne peut donc plus se limiter  l'utilisation de l'anglais et de
quelques langues europennes, traduites par un systme d'encodage datant des
annes 1960. Fond en janvier 1991, l'Unicode Consortium regroupe des socits
informatiques, des socits commercialisant des bases de donnes, des
concepteurs de logiciels, des organismes de recherche et diffrents groupes
d'usagers. Il a pour tche de dvelopper l'Unicode, un systme d'encodage sur 16
bits spcifiant un nombre unique pour chaque caractre, et de donner toutes les
explications techniques ncessaires aux usagers potentiels.

Les usagers non anglophones tant de plus en plus nombreux, l'Unicode rpond
partiellement  leurs problmes, puisqu'il est lisible quels que soient la
plate-forme, le logiciel et la langue utiliss. Il peut traiter 65.000
caractres uniques, et donc prendre en compte tous les systmes d'criture de la
plante. L'Unicode (qui, en 2003, en est  sa 4e version) remplace
progressivement l'ASCII. Les versions rcentes du systme d'exploitation Windows
de Microsoft (Windows 2000, Windows XP, Windows NT, Windows Server 2003)
utilisent l'Unicode pour les fichiers texte, alors que les versions prcdentes
utilisaient l'ASCII.

Mais l'Unicode ne peut rsoudre tous les problmes, comme le souligne en juin
2000 Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, un espace d'critures
multimdias: "Les systmes d'exploitation se dotent peu  peu des kits de
langues et bientt peut-tre de polices de caractres Unicode  mme de
reprsenter toutes les langues du monde; reste que chaque application, du
traitement de texte au navigateur web, embote ce pas. Les difficults sont
immenses: notre clavier avec ses  250 touches avoue ses manques ds lors qu'il
faille saisir des Katakana ou Hiragana japonais, pire encore avec la langue
chinoise. La grande varit des systmes d'critures de par le monde et le
nombre de leurs signes font barrage. Mais les cueils culturels ne sont pas
moins importants, lis aux codes et modalits de reprsentation propres  chaque
culture ou ethnie."

Que prconise Olivier Gainon, crateur de CyLibris et pionnier de l'dition
littraire en ligne? "Premire tape: le respect des particularismes au niveau
technique, explique-t-il en dcembre 2000. Il faut que le rseau respecte les
lettres accentues, les lettres spcifiques, etc. Je crois trs important que
les futurs protocoles permettent une transmission parfaite de ces aspects - ce
qui n'est pas forcment simple (dans les futures volutions de l'HTML, ou des
protocoles IP, etc.). Donc, il faut que chacun puisse se sentir  l'aise avec
l'internet et que ce ne soit pas simplement rserv  des (plus ou moins)
anglophones. Il est anormal aujourd'hui que la transmission d'accents puisse
poser problme dans les courriers lectroniques. La premire dmarche me semble
donc une dmarche technique. Si on arrive  faire cela, le reste en dcoule: la
reprsentation des langues se fera en fonction du nombre de connects, et il
faudra envisager  terme des moteurs de recherche multilingues."

En t 2000, les usagers non anglophones dpassent la barre des 50%. Ce
pourcentage continue ensuite de progresser, comme le montrent les statistiques
de la socit Global Reach, mises  jour  intervalles rguliers. Le nombre
d'usagers non anglophones est de 52,5% en t 2001, 57% en dcembre 2001, 59,8%
en avril 2002 et 63,5% en t 2003 (dont 35,5% d'Europens non anglophones et
28,3% d'Asiatiques).


9.2. Des communauts linguistiques


"Comme l'internet n'a pas de frontires nationales, les internautes s'organisent
selon d'autres critres propres au mdium", crit en septembre 1998 Randy
Hobler, consultant en marketing internet de produits et services de traduction.
"En termes de multilinguisme, vous avez des communauts virtuelles, par exemple
ce que j'appelle les 'nations des langues', tous ces internautes qu'on peut
regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur lieu gographique.
Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non seulement les internautes
d'Espagne et d'Amrique latine, mais aussi tous les hispanophones vivant aux
Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc."

= L'anglais reste prpondrant

Principale langue d'change internationale, l'anglais reste prpondrant et ceci
n'est pas prs de disparatre. Comme l'indique en janvier 1999 Marcel Grangier,
responsable de la section franaise des services linguistiques centraux de
l'Administration fdrale suisse, "cette suprmatie n'est pas un mal en soi,
dans la mesure o elle rsulte de ralits essentiellement statistiques (plus de
PC par habitant, plus de locuteurs de cette langue, etc.). La riposte n'est pas
de 'lutter contre l'anglais' et encore moins de s'en tenir  des jrmiades,
mais de multiplier les sites en d'autres langues. Notons qu'en qualit de
service de traduction, nous prconisons galement le multilinguisme des sites
eux-mmes. La multiplication des langues prsentes sur internet est invitable,
et ne peut que bnficier aux changes multiculturels."

Ds dcembre 1998, Henri Slettenhaar, professeur en technologies des
communications  la Webster University de Genve, insiste sur la ncessit de
sites bilingues, dans la langue originale et en anglais. "Les communauts
locales prsentes sur le web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue
pour diffuser des informations. Si elles veulent galement prsenter ces
informations  la communaut mondiale, celles-ci doivent tre aussi disponibles
en anglais. Je pense qu'il existe un rel besoin de sites bilingues. (...) Mais
je suis enchant qu'il existe maintenant tant de documents disponibles dans leur
langue originale. Je prfre de beaucoup lire l'original avec difficult plutt
qu'une traduction mdiocre." En aot 1999, il ajoute: "A mon avis, il existe
deux types de recherches sur le web. La premire est la recherche globale dans
le domaine des affaires et de l'information. Pour cela, la langue est d'abord
l'anglais, avec des versions locales si ncessaire. La seconde, ce sont les
informations locales de tous ordres dans les endroits les plus reculs. Si
l'information est  destination d'une ethnie ou d'un groupe linguistique, elle
doit d'abord tre dans la langue de l'ethnie ou du groupe, avec peut-tre un
rsum en anglais."

Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique, dnonce pour sa part la
main-mise anglophone sur le rseau. "Tout ce qui peut contribuer  la diversit
linguistique, sur internet comme ailleurs, est indispensable  la survie de la
libert de penser, explique-t-il en mars 2001. Je n'exagre absolument pas:
l'homme moderne joue l sa survie. Cela dit, je suis trs pessimiste devant
cette volution. Les Anglo-saxons vous crivent en anglais sans vergogne.
L'immense majorit des Franais constate avec une indiffrence totale le
remplacement progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et
des publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l'hgmonie
linguistique des Anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas d'autres horizons que de
servir ces riches et puissants matres. La seule solution consisterait 
recourir  des lgislations internationales assez contraignantes pour obliger
les gouvernements nationaux  respecter et  faire respecter la langue nationale
dans leur propre pays (le franais en France, le roumain en Roumanie, etc.),
cela dans tous les domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rvons
pas..."

Tt ou tard, le pourcentage des langues sur le rseau correspondra-t-il  leur
rpartition sur la plante? Rien n'est moins sr  l'heure de la fracture
numrique entre riches et pauvres, entre zones rurales et zones urbaines, entre
rgions favorises et rgions dfavorises, entre l'hmisphre nord et
l'hmisphre sud, entre pays dvelopps et pays en dveloppement. Selon Zina
Tucsnak, ingnieure d'tudes  l'ATILF (Analyse et traitement informatique de la
langue franaise), interviewe en octobre 2000, "le meilleur moyen serait
l'application d'une loi par laquelle on va attribuer un 'quota'  chaque langue.
Mais n'est-ce pas une utopie de demander l'application d'une telle loi dans une
socit de consommation comme la ntre?" Interview  la mme date, Emmanuel
Barthe, documentaliste juridique, exprime un avis contraire: "Des signes rcents
laissent penser qu'il suffit de laisser les langues telles qu'elles sont
actuellement sur le web. En effet, les langues autres que l'anglais se
dveloppent avec l'accroissement du nombre de sites web nationaux s'adressant
spcifiquement aux publics nationaux, afin de les attirer vers internet. Il
suffit de regarder l'accroissement du nombre de langues disponibles dans les
interfaces des moteurs de recherche gnralistes."

= Le franais sur le rseau

Ds le milieu des annes 1990, quelques pionniers oeuvrent pour le dveloppement
du franais sur le rseau, par exemple Jean-Pierre Cloutier ou Olivier Bogros.

En novembre 1994, Jean-Pierre Cloutier, journaliste qubcois, dcide de passer
en revue le web francophone dans une chronique hebdomadaire qu'il intitule Les
Chroniques de Cybrie. "Au dbut, les Chroniques traitaient principalement des
nouveauts (nouveaux sites, nouveaux logiciels), relate-t-il en juin 1998. Mais
graduellement on a davantage trait des questions de fond du rseau, puis
dbord sur certains points d'actualit nationale et internationale dans le
social, le politique et l'conomique."

En juin 1996, Olivier Bogros, bibliothcaire franais, cre la Bibliothque
lectronique de Lisieux, l'une des premires bibliothques numriques
francophones. "Les bibliothques ont la possibilit d'largir leur public en
direction de toute la francophonie, explique-t-il en juin 1998. Cela passe par
la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne du
catalogue, mais aussi et surtout la constitution de vritables bibliothques
virtuelles."

Deux exemples parmi d'autres puisque les initiatives individuelles et
collectives ont fleuri, d'abord au Qubec, ensuite en Europe et maintenant en
Afrique.

Bakayoko Bourahima, bibliothcaire  l'ENSEA (Ecole nationale suprieure de
statistique et d'conomie applique) d'Abidjan, crit en juillet 2000: "Pour
nous les Africains francophones, le diktat de l'anglais sur la toile reprsente
pour la masse un double handicap d'accs aux ressources du rseau. Il y a
d'abord le problme de l'alphabtisation qui est loin d'tre rsolu et que
l'internet va poser avec beaucoup plus d'acuit, ensuite se pose le problme de
la matrise d'une seconde langue trangre et son adquation  l'environnement
culturel. En somme,  dfaut de multilinguisme, l'internet va nous imposer une
seconde colonisation linguistique avec toutes les contraintes que cela suppose.
Ce qui n'est pas rien quand on sait que nos systmes ducatifs ont dj beaucoup
de mal  optimiser leurs performances, en raison, selon certains spcialistes,
des contraintes de l'utilisation du franais comme langue de formation de base.
Il est donc de plus en plus question de recourir aux langues vernaculaires pour
les formations de base, pour 'dsenclaver' l'cole en Afrique et l'impliquer au
mieux dans la valorisation des ressources humaines. Comment faire? Je pense
qu'il n'y a pas de chance pour nous de faire prvaloir une quelconque exception
culturelle sur la toile, ce qui serait de nature tout  fait grgaire. Il faut
donc que les diffrents blocs linguistiques s'investissent beaucoup plus dans la
promotion de leur accs  la toile, sans oublier leurs diffrentes spcificits
internes."

Richard Chotin, professeur  l'Ecole suprieure des affaires (ESA) de Lille,
rappelle  juste titre que la suprmatie de l'anglais a succd  celle du
franais. "Le problme est politique et idologique: c'est celui de
l''imprialisme' de la langue anglaise dcoulant de l'imprialisme amricain,
explique-t-il en septembre 2000. Il suffit d'ailleurs de se souvenir de
l''imprialisme' du franais aux 18e et 19e sicles pour comprendre la
dficience en langues des tudiants franais: quand on n'a pas besoin de faire
des efforts pour se faire comprendre, on n'en fait pas, ce sont les autres qui
les font."

= Les langues "minoritaires"

De plus, cet imprialisme linguistique, politique et idologique n'est-il pas
universel, malheureusement? La France elle aussi n'est pas sans exercer pression
pour imposer la suprmatie de la langue franaise sur d'autres langues, comme en
tmoigne Guy Antoine, crateur du site Windows on Haiti, qui crit en juin
2001:"J'ai fait de la promotion du kreyl (crole hatien) une cause
personnelle, puisque cette langue est le principal lien unissant tous les
Hatiens, malgr l'attitude ddaigneuse d'une petite lite hatienne - 
l'influence disproportionne - vis--vis de l'adoption de normes pour l'criture
du kreyl et le soutien de la publication de livres et d'informations
officielles dans cette langue. A titre d'exemple, il y avait rcemment dans la
capitale d'Hati un salon du livre de deux semaines,  qui on avait donn le nom
de 'Livres en folie'. Sur les 500 livres d'auteurs hatiens qui taient
prsents lors du salon, il y en avait une vingtaine en kreyl, ceci dans le
cadre de la campagne insistante que mne la France pour clbrer la francophonie
dans ses anciennes colonies. A Hati cela se passe relativement bien, mais au
dtriment direct de la crolophonie.

En rponse  l'attitude de cette minorit hatienne, j'ai cr sur mon site web
Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyl. Le premier
forum regroupe des discussions gnrales sur toutes sortes de sujets, mais en
fait ces discussions concernent principalement les problmes socio-politiques
qui agitent Hati. Le deuxime forum est uniquement rserv aux dbats sur les
normes d'criture du kreyl. Ces dbats sont assez anims, et un certain nombre
d'experts linguistiques y participent. Le caractre exceptionnel de ces forums
est qu'ils ne sont pas acadmiques. Je n'ai trouv nulle part ailleurs sur
l'internet un change aussi spontan et aussi libre entre des experts et le
grand public pour dbattre dans une langue donne des attributs et des normes de
la mme langue."

En septembre 2000, Guy Antoine a pour projet de rejoindre l'quipe dirigeante de
Mason Integrated Technologies, dont l'objectif est de crer des outils
permettant l'accessibilit des documents crs dans des langues dites
minoritaires. "Etant donn l'exprience de l'quipe en la matire, nous
travaillons d'abord sur le crole hatien (kreyl), qui est la seule langue
nationale d'Hati, et l'une des deux langues officielles, l'autre tant le
franais. Cette langue ne peut gure tre considre comme une langue
minoritaire dans les Carabes puisqu'elle est parle par huit  dix millions de
personnes."

Autre exprience, celle de Caoimhn  Donnale, professeur d'informatique 
l'Institut Sabhal Mr Ostaig, situ sur l'le de Skye, en Ecosse. Il dispense
ses cours en galique cossais. Il est aussi le webmestre du site de l'institut,
bilingue anglais-galique, qui se trouve tre la principale source d'information
mondiale sur le galique cossais. Sur ce site, il tient  jour European
Minority Languages, une liste de langues minoritaires elle aussi bilingue, avec
classement par ordre alphabtique de langues et par famille linguistique.
Interview en mai 2001, il raconte: "Nos tudiants utilisent un correcteur
d'orthographe en galique et une base terminologique en ligne en galique. (...)
Il est maintenant possible d'couter la radio en galique (cossais et
irlandais) en continu sur l'internet partout dans le monde. Une ralisation
particulirement importante a t la traduction en galique du logiciel de
navigation Opera. C'est la premire fois qu'un logiciel de cette taille est
disponible en galique."

Plus gnralement, "en ce qui concerne l'avenir des langues menaces, l'internet
acclre les choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de
prserver les langues, l'internet et la mondialisation qui l'accompagne
acclreront considrablement la disparition de ces langues. Si les gens se
soucient vraiment de les prserver, l'internet constituera une aide
irremplaable."

En 1999, Robert Beard co-fonde yourDictionary.com, portail de rfrence pour
toutes les langues sans exception, avec une section importante consacre aux
langues menaces (Endangered Language Repository). "Les langues menaces sont
essentiellement des langues non crites, crit-il en janvier 2000. Un tiers
seulement des quelque 6.000 langues existant dans le monde sont  la fois
crites et parles. Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer  la perte
de l'identit des langues et j'ai mme le sentiment que,  long terme, il va
renforcer cette identit. Par exemple, de plus en plus d'Indiens d'Amrique
contactent des linguistes pour leur demander d'crire la grammaire de leur
langue et de les aider  laborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un
instrument  la fois accessible et trs prcieux d'expression culturelle."


9.3. L'importance de la traduction


= Un nombre de traductions insuffisant

L'internet tant une source d'information  vocation mondiale, il semble
indispensable d'augmenter fortement les activits de traduction. Auteur des
Chroniques de Cybrie, chronique hebdomadaire des actualits du rseau,
Jean-Pierre Cloutier dplore en aot 1999 "qu'il se fasse trs peu de
traductions des textes et essais importants qui sont publis sur le web, tant de
l'anglais vers d'autres langues que l'inverse. (...) La nouveaut d'internet
dans les rgions o il se dploie prsentement y suscite des rflexions qu'il
nous serait utile de lire.  quand la traduction des penseurs hispanophones et
autres de la communication?" Professeure d'espagnol en entreprise et
traductrice, Maria Victoria Marinetti crit  la mme date: "Il est trs
important de pouvoir communiquer en diffrentes langues. Je dirais mme que
c'est obligatoire, car l'information donne sur le net est  destination du
monde entier, alors pourquoi ne l'aurions-nous pas dans notre propre langue ou
dans la langue que nous souhaitons lire? Information mondiale, mais pas de vaste
choix dans les langues, ce serait contradictoire, pas vrai?"

Si toutes les langues sont dsormais reprsentes, on oublie trop souvent que de
nombreux usagers sont unilingues. C'est le cas de Miriam Mellman, qui travaille
dans le service de tlvente du San Francisco Chronicle, un quotidien  fort
tirage. "Ce serait formidable que des gens paresseux comme moi puissent disposer
de programmes de traduction instantane, raconte-t-elle en juin 2000. Mme si je
dcide d'apprendre une autre langue que l'anglais, il en existe bien d'autres,
et ceci rendrait la communication plus facile." Ce souhait est galement partag
par ceux qui parlent plusieurs langues, comme Grard Fourestier, crateur du
site Rubriques  Bac, ensemble de bases de donnes pour les lycens et les
tudiants. "Je suis de langue franaise, crit-il en octobre 2000. J'ai appris
l'allemand, l'anglais, l'arabe, mais je suisencore loin du compte quand je surfe
dans tous les coins de la plante. Il serait dommage que les plus nombreux ou
les plus puissants soient les seuls qui 's'affichent' et, pour ce qui est des
logiciels de traduction, il y a encore largement  faire."

Il importe en effet d'avoir  l'esprit l'ensemble des langues et pas seulement
les langues dominantes, comme le souligne en fvrier 2001 Pierre-Nol Favennec,
expert  la direction scientifique de France Tlcom R&D: "Les recherches sur la
traduction automatique devraient permettre une traduction automatique dans les
langues souhaites, mais avec des applications pour toutes les langues et non
les seules dominantes (ex.: diffusion de documents en japonais, si l'metteur
est de langue japonaise, et lecture en breton, si le rcepteur est de langue
bretonne...). Il y a donc beaucoup de travaux  faire dans le domaine de la
traduction automatique et crite de toutes les langues."

= La traduction automatique

Il va sans dire que la traduction automatique n'offre pas la qualit de travail
des professionnels de la traduction, et qu'il est trs prfrable de faire appel
 ces derniers quand on a le temps et l'argent ncessaires. Les logiciels de
traduction sont toutefois trs pratiques pour fournir un rsultat immdiat et 
moindres frais, sinon gratuit. Des logiciels en accs libre sur l'internet
permettent de traduire en quelques secondes une page web ou un texte court, avec
plusieurs combinaisons de langues possibles.

Le but d'un logiciel de traduction automatique est d'analyser le texte dans la
langue source (texte  traduire) et de gnrer automatiquement le texte
correspondant dans la langue cible (texte traduit), en utilisant des rgles
prcises pour le transfert de la structure grammaticale. Comme l'explique l'EAMT
(European Association for Machine Translation) sur son site, "il existe
aujourd'hui un certain nombre de systmes produisant un rsultat qui, s'il n'est
pas parfait, est de qualit suffisante pour tre utile dans certaines
applications spcifiques, en gnral dans le domaine de la documentation
technique. De plus, les logiciels de traduction, qui sont essentiellement
destins  aider le traducteur humain  produire des traductions, jouissent
d'une popularit croissante auprs des organismes professionnels de traduction."

En 1998, un historique de la traduction automatique tait prsent sur le site de
Globalink, socit spcialise dans les produits et services de traduction. Le
site a depuis disparu, Globalink ayant t rachet en 1999 par Lernout & Hauspie
(lui-mme rachet en 2002 par ScanSoft). Voici cet historique rsum dans les
deux paragraphes qui suivent.

La traduction automatique et le traitement de la langue naturelle font leur
apparition  la fin des annes 1930, et progressent ensuite de pair avec
l'volution de l'informatique quantitative. Pendant la deuxime guerre mondiale,
le dveloppement des premiers ordinateurs programmables bnficie des progrs de
la cryptographie et des efforts faits pour tenter de fissurer les codes secrets
allemands et autres codes de guerre. Suite  la guerre, dans le secteur mergent
des technologies de l'information, on continue de s'intresser de prs  la
traduction et  l'analyse du texte en langue naturelle. Dans les annes 1950, la
recherche porte sur la traduction littrale,  savoir la traduction mot  mot
sans prise en compte des rgles linguistiques. Le projet russe dbut en 1950 
l'Universit de Georgetown reprsente la premire tentative systmatique visant
 crer un systme de traduction automatique utilisable. Tout au long des annes
1950 et au dbut des annes 1960, des recherches sont galement menes en Europe
et aux Etats-Unis. En 1965, les progrs rapides en linguistique thorique
culminent avec la publication d'Aspects de la thorie syntaxique, de Noam
Chomsky, qui propose de nouvelles dfinitions de la phonologie, la morphologie,
la syntaxe et la smantique du langage humain. Toutefois, en 1966, un rapport
officiel amricain donne une estimation prmaturment ngative des systmes de
traduction automatique, mettant fin au financement et  l'exprimentation dans
ce domaine pour la dcennie suivante.

Il faut attendre la fin des annes 1970 pour que des expriences srieuses
soient  nouveau entreprises, paralllement aux progrs de l'informatique et des
technologies des langues. Cette priode voit aussi le dveloppement de systmes
de transfert d'une langue  l'autre et le lancement des premires tentatives
commerciales. Des socits comme Systran et Metal sont persuades de la
viabilit et de l'utilit d'un tel march. Elles mettent sur pied des produits
et services de traduction automatique relis  un serveur central. Mais les
problmes restent nombreux: des cots levs de dveloppement, un norme travail
lexicographique, la difficult de proposer de nouvelles combinaisons de langues,
l'inaccessibilit de tels systmes pour l'utilisateur moyen, et enfin la
difficult de passer  de nouveaux stades de dveloppement.

En 1999 et 2000, la gnralisation de l'internet et les dbuts du commerce
lectronique provoquent la naissance d'un vritable march. Trois socits -
Systran, Softissimo et Lernout & Hauspie - lancent des produits  destination du
grand public, des professionnels et des industriels.

Systran dveloppe un logiciel de traduction utilis notamment par le moteur de
recherche AltaVista. Softissimo commercialise la srie de logiciels de
traduction Reverso,  ct de produits d'criture multilingue, de dictionnaires
lectroniques et de mthodes de langues. Reverso quipe par exemple Voil, le
moteur de recherche de France Tlcom. Lernout & Hauspie (rachet depuis par
ScanSoft) propose des produits et services en dicte, traduction, compression
vocale, synthse vocale et documentation industrielle.

En mars 2001, IBM se lance  son tour dans un march en pleine expansion. Il
commercialise un produit professionnel haut de gamme, le WebSphere Translation
Server. Ce logiciel traduit instantanment en plusieurs langues (allemand,
anglais, chinois, coren, espagnol, franais, italien, japonais) des pages web,
des courriers lectroniques et des dialogues en direct (chats). Il interprte
500 mots  la seconde et permet l'ajout de vocabulaires spcifiques.

En juin 2001, les socits Logos et Y.A. Champollion s'associent pour crer
Champollion Wordfast, une socit de services d'ingnierie en traduction et
localisation et en gestion de contenu multilingue. Wordfast est un logiciel de
traduction automatique avec terminologie disponible en temps rel, contrle
typographique et compatibilit avec le WebSphere Translation Server d'IBM, les
logiciels de TMX et ceux de Trados. Une version simplifie de Wordfast est
tlchargeable gratuitement, tout comme le manuel d'utilisation, disponible en
16 langues diffrentes.

De nombreux organismes publics participent eux aussi  la R&D (recherche et
dveloppement) en traduction automatique. Voici trois exemples parmi d'autres,
l'un dans la communaut anglophone, l'autre dans la communaut francophone, le
troisime dans la communaut internationale.

Rattach  l'USC/ISI (University of Southern California / Information Sciences
Institute), le Natural Language Group traite de plusieurs aspects du traitement
de la langue naturelle: traduction automatique, rsum automatique de texte,
gestion multilingue des verbes, dveloppement de taxinomies de concepts
(ontologies), gnration de texte, laboration de gros lexiques multilingues et
communication multimdia.

Au sein du laboratoire CLIPS (Communication langagire et interaction
personne-systme) de l'Institut d'informatique et mathmatiques appliques
(IMAG) de Grenoble, le GETA (Groupe d'tude pour la traduction automatique) est
une quipe pluridisciplinaire forme d'informaticiens et de linguistes. Ses
thmes de recherche concernent tous les aspects thoriques, mthodologiques et
pratiques de la traduction assiste par ordinateur (TAO), et plus gnralement
de l'informatique multilingue.

Le GETA participe entre autres  l'laboration de l'UNL (universal networking
language), un mtalangage numrique destin  l'encodage, au stockage,  la
recherche et  la communication d'informations multilingues indpendamment d'une
langue source donne. Ce mtalangage est dvelopp par l'UNL Program, un
programme international impliquant de nombreux partenaires dans toutes les
communauts linguistiques. Cr dans le cadre de l'UNU/IAS (United Nations
University / Institute of Advanced Studies), ce programme se poursuit dsormais
sous l'gide de l'UNDL Foundation (UNDL: Universal Networking Digital Language).


CONCLUSION


Si le ralentissement de la nouvelle conomie observ depuis la fin 2000 affecte
l'industrie du livre, le dveloppement du livre numrique ne semble pas subir de
contre-coup majeur. Le tout est de ne pas le limiter  son aspect commercial, et
de cesser de l'opposer au livre imprim pour le considrer plutt comme un mode
de diffusion complmentaire. Le livre numrique est encore dans l'enfance, et de
nombreuses questions restent poses quant  sa prsentation, sa distribution et
ses supports de lecture.

= Le rle de l'internet

L'internet est devenu le principal vhicule de l'information, que celle-ci
transite par le courrier lectronique, les listes de diffusion, les forums de
discussion, la presse lectronique, les sites web, etc. Sous-ensemble de
l'internet, le web doit rester cet outil de communication et de diffusion cr
en 1990 pour favoriser les changes au niveau personnel, local et global, en
dpit des pressions exerces par les multinationales et autres canaux dirigistes
pour contrler cette information.

Lucie de Boutiny, romancire multimdia, crit en juin 2000: "Des stratgies
utopistes avaient t mises en place mais je crains qu'internet ne soit plus aux
mains d'internautes comme c'tait le cas. L'intelligence collective virtuelle
pourtant se dfend bien dans divers forums ou listes de discussions, et a, 
dfaut d'tre souvent efficace, c'est beau. Dans l'utopie originelle, on aurait
aim profiter de ce nouveau mdia, notamment de communication, pour sortir de
cette tarte  la crme qu'on se reoit chaque jour, merci  la socit du
spectacle, et ne pas rpter les erreurs de la tlvision qui n'est, du point de
vue de l'art, jamais devenue un mdia de cration ambitieux."

Xavier Malbreil, auteur hypermdia, est plus optimiste. "Concernant l'avenir de
l'internet, je le crois illimit, explique-t-il en mars 2001. Il ne faut pas
confondre les gamelles que se prennent certaines start-up trop gourmandes, ou
dont l'objectif tait mal dfini, et la ralit du net. Mettre des gens loigns
en contact, leur permettre d'interagir, et que chacun, s'il le dsire, devienne
son propre fournisseur de contenu, c'est une rvolution dont nous n'avons pas
encore pris toute la mesure."

Cet optimisme est partag par Christian Vandendorpe, professeur  l'Universit
d'Ottawa, interview  la mme date: "Cet outil fabuleux qu'est le web peut
acclrer les changes entre les tres, permettant des collaborations  distance
et un panouissement culturel sans prcdent. Mais cet espace est encore
fragile. (...) Il existe cependant des signes encourageants, notamment dans le
dveloppement des liaisons de personne  personne et surtout dans l'immense
effort accompli par des millions d'internautes partout au monde pour en faire
une zone riche et vivante."

= La convergence multimdia

L'industrie du livre subit le contrecoup de ce qu'on appelle la convergence
multimdia. Celle-ci peut tre dfinie comme la convergence des secteurs de
l'informatique, du tlphone, de la radio et de la tlvision dans une industrie
de la communication et de la distribution utilisant les mmes autoroutes de
l'information. Cette convergence entrane l'unification progressive des secteurs
lis  l'information (imprimerie, dition, presse, conception graphique,
enregistrements sonores, films, etc.). Ces secteurs utilisent dsormais les
mmes techniques de numrisation pour le traitement du texte, du son et de
l'image alors que, par le pass, ce traitement tait assur par divers procds
sur des supports diffrents (papier pour l'criture, bande magntique pour la
musique, cellulod pour le cinma).

La numrisation permettant dsormais de crer, enregistrer, stocker, combiner,
rechercher et transmettre des donnes de manire simple et rapide, le processus
matriel de production s'en trouve considrablement acclr. Si, dans certains
secteurs, ce nouveau type de production entrane de nouveaux emplois, par
exemple ceux lis  la production audio-visuelle, d'autres secteurs sont soumis
 d'inquitantes restructurations. La convergence multimdia a aussi d'autres
revers,  savoir des contrats occasionnels et prcaires pour les salaris,
l'absence de syndicats pour les tltravailleurs, le droit d'auteur souvent mis
 mal pour les auteurs, etc. Et,  l'exception du droit d'auteur, tant donn
l'enjeu financier qu'il reprsente, il est rare que ces problmes fassent la Une
des journaux.

Si les dbats relatifs au droit d'auteur sur l'internet ont t vifs ces
dernires annes, Philippe Loubire, traducteur littraire et dramatique, ramne
ce dbat aux vrais problmes. "Le dbat sur le droit d'auteur sur le web me
semble assez proche sur le fond de ce qu'il est dans les autres domaines o le
droit d'auteur s'exerce, ou devrait s'exercer, crit-il en mars 2001. Le
producteur est en position de force par rapport  l'auteur dans pratiquement
tous les cas de figure. Les pirates, voire la simple diffusion libre, ne
menacent vraiment directement que les producteurs. Les auteurs ne sont menacs
que par ricochet. Il est possible que l'on puisse lgifrer sur la question, au
moins en France o les corporations se revendiquant de l'exception culturelle
sont actives et rsistent encore un peu aux Amricains, mais le mal est plus
profond. En effet, en France comme ailleurs, les auteurs taient toujours les
derniers et les plus mal pays avant l'apparition d'internet, on constate qu'ils
continuent d'tre les derniers et les plus mal pays depuis. Il me semble
ncessaire que l'on rgle d'abord la question du respect des droits d'auteur en
amont d'internet. Dj dans le cadre gnral de l'dition ou du spectacle
vivant, les socits d'auteurs - SACD (Socit des auteurs et compositeurs
dramatiques), SGDL (Socit des gens de lettres), SACEM (Socit des auteurs,
compositeurs et diteurs de musique), etc. - faillissent ds lors que l'on sort
de la routine ou du vedettariat, ou ds que les producteurs abusent de leur
position de force, ou tout simplement ne payent pas les auteurs, ce qui est trs
frquent."

Par ailleurs, de nombreux auteurs et crateurs sont soucieux de respecter la
vocation premire du web, cr pour tre un rseau de communication et de
diffusion  l'chelon mondial. De ce fait les adeptes du copyleft sont donc de
plus en plus nombreux. Conu  l'origine pour les logiciels, formalis par la
GNU General Public License (GPL) et tendu ensuite  toute oeuvre de cration, le
copyleft contient la dclaration normale du copyright affirmant la proprit et
l'identification de l'auteur. Son originalit est de donner au lecteur le droit
de librement redistribuer le document et de le modifier. Le lecteur s'engage
toutefois  ne revendiquer ni le travail original, ni les changements effectus
par d'autres. De plus, tous les travaux drivs de l'oeuvre originale sont
eux-mmes soumis au copyleft.

= La nouvelle conomie

Facteur inquitant li  la nouvelle conomie, les conditions de travail
laissent parfois fort  dsirer. Pour ne prendre que l'exemple le plus connu, en
2000, la librairie en ligne Amazon.com ne fait plus seulement la Une pour son
modle conomique, mais aussi pour les conditions de travail de son personnel.
Malgr la discrtion d'Amazon.com sur le sujet et les courriers internes
adresss aux salaris sur l'inutilit des syndicats au sein de l'entreprise, les
problmes commencent  filtrer. Ils attirent l'attention de l'organisation
internationale Prewitt Organizing Fund et du syndicat franais SUD PTT Loire
Atlantique (SUD signifiant: solidaires unitaires dmocratiques, et PTT
signifiant  l'origine: poste, tlgraphe et tlphone, et couvrant maintenant
la Poste et France Tlcom). En novembre 2000, les deux organismes dbutent une
action de sensibilisation commune auprs du personnel d'Amazon France pour les
inciter  demander de meilleures conditions de travail et des salaires plus
levs. Des reprsentants des deux organisations rencontrent une cinquantaine de
salaris du centre de distribution de Boigny-sur-Bionne, situ dans la banlieue
d'Orlans (au sud de Paris). Dans le communiqu qui suit cette rencontre, SUD
PTT dnonce chez Amazon France "des conditions de travail dgrades, la
flexibilit des horaires, le recours aux contrats prcaires dans les priodes de
flux, des salaires au rabais, et des garanties sociales minimales". Le Prewitt
Organizing Fund mne ensuite une action similaire dans les filiales d'Amazon en
Allemagne et en Grande-Bretagne.

Les problmes auxquels la nouvelle conomie est confronte depuis la fin 2000
n'arrangent rien. On assiste  l'effondrement des valeurs internet en bourse. De
plus, alors qu'elles reprsentent souvent la principale source de revenus des
socits internet, les recettes publicitaires sont moins importantes que prvu.
Dans tous les secteurs, y compris l'industrie du livre, le ralentissement de
l'conomie entrane la fermeture d'entreprises ou bien le licenciement d'une
partie de leur personnel. C'est le cas par exemple de Britannica.com en 2000,
d'Amazon.com et BOL.fr en 2001, de Cytale, Vivendi et Bertelsmann en 2002, et de
Gemstar en 2003.

En novembre 2000, la socit Britannica.com, qui gre la version web de
l'Encyclopaedia Britannica, annonce sa restructuration dans l'optique d'une
meilleure rentabilit. 75 personnes sont licencies, soit 25% du personnel.
L'quipe qui travaille  la version imprime n'est pas affecte.

En janvier 2001, la librairie Amazon.com, qui emploie 1.800 personnes en Europe,
annonce une rduction de 15% de ses effectifs et la restructuration du service
clientle europen, qui tait bas  La Haye (Pays-Bas). Les 240 personnes
qu'emploie ce service sont transfres dans les centres de Slough (Royaume-Uni)
et Regensberg (Allemagne). Aux Etats-Unis, dans la maison-mre, suite  un
quatrime trimestre 2000 dficitaire, les effectifs sont eux aussi rduits de
15%, ce qui entrane 1.300 licenciements.

En juillet 2001, aprs deux ans d'activit, la librairie en ligne franaise
BOL.fr ferme dfinitivement ses portes. Cre par deux gants des mdias,
l'allemand Bertelsmann et le franais Vivendi, BOL.fr faisait partie du rseau
de librairies BOL.com (BOL: Bertelsmann on line).

En avril 2002, la socit franaise Cytale, qui avait lanc en janvier 2001 le
Cybook, premier livre lectronique europen, doit se dclarer en cessation de
paiement, le nombre d'appareils vendu tant trs infrieur aux pronostics.
L'administrateur ne parvenant pas  trouver un repreneur, Cytale est mis en
liquidation judiciaire en juillet 2002 et cesse ses activits.

En juillet 2002, la dmission force de Jean-Marie Messier, prsident-directeur
gnral de Vivendi Universal, multinationale base  Paris et  New York, marque
l'arrt des activits fortement dficitaires de Vivendi lies  l'internet et au
multimdia, et la restructuration de la socit vers des activits plus
traditionnelles.

En aot 2002, la multinationale allemande Bertelsmann dcide de mettre un frein
 ses activits internet et multimdias afin de rduire son endettement.
Bertelsmann se recentre lui aussi sur le dveloppement de ses activits
traditionnelles, notamment sa maison d'dition Random House et l'oprateur
europen de tlvision RTL.

En juin 2003, Gemstar, socit amricaine spcialise dans les produits et
services numriques pour les mdias, dcide de cesser son activit eBook.
L'arrt de la vente des appareils de lecture, les Gemstar eBook, est suivi de
l'arrt de la vente de livres numriques en juillet 2003. Cette cessation
d'activit sonne galement le glas des ditions 00h00, pionnier franais de
l'dition numrique, cr en mai 1998 et rachet par Gemstar en septembre 2000.

Francfort et Paris sont eux aussi atteints par le pessimisme ambiant. Si, en
octobre 2000, le livre lectronique est l'une des vedettes de la Foire
internationale du livre de Francfort, il se fait beaucoup plus modeste lors de
la Foire de 2001. La mme remarque vaut pour le Salon du livre de Paris, qui en
mars 2000 a son Village eBook, en mars 2001 hberge le premier sommet europen
de l'dition numrique (eBook Europe 2001), et en 2002 et 2003 n'a pas de
manifestation ebook particulire.

Toutefois, pendant la mme priode, les ventes d'assistants personnels (PDA)
sont en forte progression, tout comme le nombre de titres lisibles au moyen de
logiciels de lecture conus pour PDA. Un beau dmenti au scepticisme de certains
professionnels du livre qui jugent leur cran beaucoup trop petit et voient mal
l'activit noble qu'est la lecture voisiner avec l'utilisation d'un agenda, d'un
dictaphone ou d'un lecteur de MP3.

= La progression du livre numrique

Aprs avoir sonn un peu vite le glas du papier, on ne parle plus du "tout
numrique" pour le proche avenir, mais plutt de la juxtaposition papier et
pixel, et de la publication simultane d'un livre en deux versions. Il reste au
livre numrique  faire ses preuves face au livre imprim, un modle conomique
qui a plus de cinq cents ans et qui est donc parfaitement rd. Le travail est
gigantesque et comprend entre autres la constitution des collections, la mise en
place d'un rseau de distribution, l'amlioration des supports de lecture et la
baisse de leur prix.

Plus important encore, les lecteurs doivent s'habituer  lire des livres 
l'cran. Si elle offre des avantages certains (recherche textuelle, sommaire
affich en permanence, etc.), l'utilisation d'une machine (ordinateur, assistant
personnel ou livre lectronique) est pour le moment loin d'galer le confort
procur par le livre imprim. Cependant, malgr les difficults rencontres, les
adeptes de la lecture numrique sont de plus en plus nombreux. Ils attendent
patiemment des appareils de lecture plus satisfaisants, puis des livres et
journaux lectroniques sur support souple.

Contrairement aux dclarations pessimistes ayant suivi l'enthousiasme des
dbuts, si la progression du livre numrique est lente, elle est constante,
comme en tmoigne le march du livre numrique sur assistant personnel (PDA).
Tous diteurs confondus, les ventes de 2001 se chiffrent par milliers pour le
New World College Dictionary de Webster, les romans de Stephen King et de Lisa
Scottolini, les livres d'conomie et les manuels pratiques. La librairie
numrique Palm Digital Media annonce 180.000 titres vendus en 2001, lisibles sur
le Palm Reader et le Microsoft Reader, soit 40% de plus qu'en 2000.
PerfectBound, le service lectronique de l'diteur HarperCollins, propose 10% du
catalogue imprim sous forme numrique. Le nombre de titres vendus pendant le
premier semestre 2002 dpasse largement celui des ventes de 2001. Chez le grand
diteur Random House, le nombre de livres numriques vendus en 2001 double par
rapport  celui de 2000. En 2002, Random House dcide d'assurer simultanment
pour le mme titre la fabrication du livre imprim et celle du livre numrique.

= Livre numrique et livre imprim

Nous vivons une priode transitoire quelque peu inconfortable, marque par la
gnralisation des documents numriques et la numrisation  grande chelle des
documents imprims, mais qui reste fidle au papier. Une enqute mene en 2000
et 2001 montre que, pour des raisons aussi bien pratiques que sentimentales,
pratiquement personne ne peut se passer du livre imprim et de ce matriau
qu'est le papier, dont certains nous prdisaient la mort prochaine mais dont la
longvit risque de nous surprendre (pour lire l'ensemble des rponses, lancer
les requtes "papier" ou "imprim" dans la base interactive des Entretiens).

Contrairement aux ides reues, il ne semble pas opportun d'opposer livre
numrique et livre imprim, comme le rappelle Olivier Pujol, promoteur du
Cybook, premier livre lectronique europen. Interview en dcembre 2000, il
crit: "Le livre lectronique, permettant la lecture numrique, ne concurrence
pas le papier. C'est un complment de lecture, qui ouvre de nouvelles
perspectives pour la diffusion de l'crit et des oeuvres mlant le mot et
d'autres mdias (image, son, image anime...). Les projections montrent une
stabilit de l'usage du papier pour la lecture, mais une croissance de
l'industrie de l'dition, tire par la lecture numrique, et le livre
lectronique. De la mme faon que la musique numrique a permis aux mlomanes
d'accder plus facilement  la musique, la lecture numrique supprime, pour les
jeunes gnrations comme pour les autres, beaucoup de freins  l'accs 
l'crit."

Certains s'inquitent cependant de la multiplication des formats, logiciels et
machines de lecture. "Il a fallu inventer la hache de pierre avant de construire
la Tour Eiffel, crit  la mme date Jean-Paul, explorateur d'hypertexte. Le but
des dinosaures industriels qui s'entretuent pour imposer leur format de livre
lectronique est de dtourner vers eux la partie rentable du contenu des
bibliothques (rebaptis "information"). Ils travaillent aussi pour nous, en
contribuant  banaliser l'usage de l'hyperlien."

Ces appareils de lecture ne sont probablement qu'une tape transitoire. Aprs
tre pass du papier au numrique entre 2000 et 2005, avec lecture par le biais
d'une machine, il est probable que le livre retourne au papier entre 2005 et
2010. Ce papier serait cette fois lectronique,  savoir un support permettant
de concilier les avantages du numrique et le plaisir d'un matriau souple
s'apparentant au papier.

= La littrature numrique

De l'avis de Jean-Pierre Balpe, directeur du dpartement hypermdias de
l'Universit Paris 8, interview en fvrier 2002, "les technologies numriques
sont une chance extraordinaire du renouvellement du littraire". Depuis 1998, de
nombreux genres ont vu le jour: sites d'criture hypermdia, oeuvres de fiction
hypertexte, romans multimdias, hyper-romans, mail-romans, etc. On peut
dsormais parler d'une vritable littrature numrique, qui est elle-mme un
sous-ensemble de l'art numrique puisque, de plus en plus, le texte fusionne
avec l'image et le son en intgrant dessins, graphiques, photos, chansons,
musique ou vido.

Lucie Boutiny, qui participe  ce vaste mouvement, relate en juin 2000: "Depuis
l'archaque minitel si dcevant en matire de cration tlmatique, c'est bien
la premire fois que, via le web, dans une civilisation de l'image, l'on voit de
l'crit partout prsent 24 h / 24, 7 jours / 7. Je suis d'avis que si l'on
rconcilie le texte avec l'image, l'crit avec l'cran, le verbe se fera plus
loquent, le got pour la langue plus raffin et communment partag." Un beau
pari pour les crivains des annes 2000.

Cet avis est partag par Nicolas Pewny, consultant en dition lectronique, qui
crit en fvrier 2003: "Je vois le livre numrique du futur comme un 'ouvrage
total' runissant textes, sons, images, vido, interactivit: une nouvelle
manire de concevoir et d'crire et de lire, peut-tre sur un livre unique, sans
cesse renouvelable, qui contiendrait tout ce que l'on a lu, unique et multiple
compagnon."

= L'dition lectronique

De mme que la littrature numrique contribue au renouvellement du littraire,
l'dition lectronique contribue au renouvellement de l'dition. De nombreux
auteurs mettent leurs espoirs dans l'dition lectronique, commerciale ou non,
pour bousculer une dition traditionnelle qui aurait fort besoin d'une cure de
rajeunissement et d'une redfinition de ses objectifs. Quelque peu oublie,
semble-t-il, la tche d'un diteur n'est-elle pas d'abord de dcouvrir des
auteurs et de promouvoir leurs oeuvres?

Anne-Bndicte Joly, crivain auto-ditant ses oeuvres, se rjouit du mouvement
qui se dessine dans ce sens. En mai 2001, elle crit: "Certains diteurs on line
tendent  se comporter comme de vritables diteurs en intgrant des risques
ditoriaux comme le faisaient au dbut du sicle dernier certains diteurs
classiques. Il est  ma connaissance absolument inimaginable de demander  des
diteurs traditionnels d'diter un livre en cinquante exemplaires. L'dition
numrique offre cette possibilit, avec en plus rdition  la demande, presque
 l'unit. (...) Je suis ravie que des techniques (internet, dition numrique,
ebook...) offrent  des auteurs des moyens de communication leur permettant
d'avoir accs  de plus en plus de lecteurs."

De plus, l'existence de livres numriques braille et audio permet pour la
premire fois aux personnes handicapes visuelles d'accder  l'ensemble du
patrimoine scientifique et littraire. Toutefois, dans de nombreux pays,
l'dition spcialise est toujours confidentielle sinon clandestine, le problme
du droit d'auteur sur les transcriptions n'tant toujours pas rsolu.

= La diffusion libre du savoir

Fait qui vaut aussi pour les voyants, certains prfrent la rentabilit
conomique  la diffusion gratuite du savoir, y compris pour les oeuvres tombes
dans le domaine public. On a d'un ct des diteurs lectroniques qui vendent
notre patrimoine littraire en version numrique, de l'autre des bibliothques
numriques qui le scannent en mode texte pour le diffuser gratuitement 
l'chelle de la plante. De mme, on a d'une part des organismes publics et
privs qui monnaient leurs bases de donnes au prix fort, d'autre part des
diteurs et des universits qui mettent leurs publications et leurs cours en
accs libre sur le web. Reste  savoir si, pour les premiers, les profits
dgags en valent vraiment la peine. Dans de nombreux cas, il semblerait que la
somme ncessaire  la gestion interne soit au moins quivalente aux gains
raliss. Est-il vraiment utile de mettre un pareil frein  la diffusion de
l'information pour un profit finalement nul? Comme l'explique en fvrier 2001
Russon Wooldridge, professeur au dpartement d'tudes franaises de l'Universit
de Toronto, "il est crucial que ceux qui croient  la libre diffusion des
connaissances veillent  ce que le savoir ne soit pas bouff, pour tre vendu,
par les intrts commerciaux."

La diffusion gratuite du savoir n'est toutefois possible que parce qu'il existe
en amont des organismes financeurs, par exemple des universits ou des
laboratoires de recherche. Ou alors parce qu'une petite quipe en place
(rmunre) est relaye par un vaste rseau de volontaires (bnvoles) gagnant
leur vie par ailleurs et dcidant de consacrer une partie de leur temps  une
activit qu'ils estiment importante pour le bien de la collectivit. C'est le
cas du Projet Gutenberg, pionnier des bibliothques numriques, ou encore de
Bookshare.org, bibliothque numrique  destination des aveugles et malvoyants
rsidant aux Etats-Unis.

= De nombreuses questions

"L'internet pose une foule de questions et il faudra des annes pour organiser
des rponses, imaginer des solutions, crit en janvier 2001 Pierre Schweitzer,
concepteur du baladeur de textes @folio. L'tat d'excitation et les soubresauts
autour de la dite 'nouvelle' conomie sont sans importance, c'est l'poque qui
est passionnante."

En effet, nombreuses sont les zones vierges  explorer, et nombreux sont les
modles - conomiques ou non -  crer. Des choix politiques et culturels
s'imposent puisque, aussi sophistiques soient-elles, les technologies
numriques ne sont jamais que des moyens permettant de vhiculer un contenu. On
dispose maintenant des techniques permettant une trs large diffusion des livres
par-del les frontires, les langues et les handicaps, et ceci  moindres frais.
Reste  crer ou renforcer la volont politique et culturelle dans ce sens, 
tous les chelons.

Il importe aussi de ne pas oublier la formation des professionnels du livre,
comme le prcise Emilie Devriendt, lve professeure  l'Ecole nationale
suprieure (ENS) de Paris et responsable du site Translatio. "Tous les cursus
'littraires' sont loin de comprendre une formation obligatoire aux nouvelles
technologies (qu'il s'agisse d'ailleurs de bureautique, de recherche
documentaire ou d'analyse textuelle), explique-t-elle en fvrier 2003. Or sans
un apprentissage srieux de ce type risque paradoxalement de se constituer une
nouvelle forme d'analphabtisme au sein mme d'une population intellectuelle,
les tudiants, les enseignants, les chercheurs; ou,  tout le moins, une
informatisation ' deux vitesses' de cette population."

De plus, pour les oeuvres contemporaines, comment concilier respect du droit
d'auteur et diffusion auprs d'un large public? L'activit des auteurs
numriques et des diteurs lectroniques, commerciaux ou non, leur
permettra-t-elle un jour de gagner leur vie? Ou devront-ils continuer d'tre
informaticiens, enseignants, traducteurs, etc., et exercer cette activit sur
leur temps libre?

Il semblerait aussi que le systme en place oublie trop souvent que ce sont les
auteurs qui font les livres. Nombre d'entre eux se plaignent  juste titre
d'tre les parents pauvres de l'dition, ce qui est tout de mme un comble. Il
serait donc grand temps que les auteurs prennent leur destin en main, sans plus
se laisser impressionner par tous ceux pour lesquels le livre ne sera jamais
qu'un produit dgageant un profit, l'auteur tant le dernier servi. L'internet
et les technologies numriques offrent de nouveaux outils, et des possibilits
de diffusion sans prcdent. Reste  crer de nouvelles structures pour
l'dition et la distribution, en vitant de copier les anciennes.


# [ANNEXE] REPERTOIRES


[Rpertoires gnralistes / Rpertoires de bibliothques / Rpertoires de
bibliothques numriques / Rpertoires d'diteurs / Rpertoires de librairies /
Rpertoires de presse / Rpertoires en sciences de l'information]

Sur la gigantesque encyclopdie qu'est le web, tous les secteurs du livre sont
reprsents. On y trouve les auteurs, les libraires, les diteurs, les
bibliothques, la presse (secteur connexe du livre), sans parler des dizaines de
milliers de livres du domaine public en accs libre. Voici vingt-cinq
rpertoires de qualit, francophones, anglophones et multilingues.

#Rpertoires gnralistes

= Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les)

Une slection commente de 2.000 sites et pages web choisis par les
bibliothcaires de la BnF.

= Ministre de la Culture (France) - L'internet culturel

Un annuaire qui comporte entre autres des rubriques sur les langues, le livre
et la lecture, les mdias, le multimdia, les rgions de France et les sciences
humaines et sociales.

= Zazieweb - Annuaire des sites

Plus de 5.000 sites littraires sont recenss dans l'annuaire de Zazieweb.
Cr en juin 1996 par Isabelle Aveline, Zazieweb est un espace de documentation,
d'orientation et de ressources internet suivant de prs l'actualit du livre et
du rseau.

= Librarians - Index to the Internet

Cr en 1990 par Carole Leita, bibliothcaire de rfrence  la Berkeley
Public Library (Californie), ce rpertoire rejoint en mars 1997 le site de la
Berkeley Digital Library. Poursuivi en octobre 2001 par Karen Schneider (qui
remplace Carole Leita, partie  la retraite), il recense 10.000 ressources
internet slectionnes par plus de cent bibliothcaires.

= WWW Virtual Library (VL)

La WWW Virtual Library est le plus ancien annuaire du web. Ce catalogue par
sujets est dbut par Tim Berners-Lee comme outil d'analyse du dveloppement du
World Wide Web (WWW) qu'il venait de crer en 1990. Le travail est ensuite
poursuivi pendant plusieurs annes par Arthur Secret, avant que chaque section
ne soit prise en main par des spcialistes d'un sujet donn. Rpute pour sa
qualit, la WWW Virtual Library est dsormais un annuaire coopratif constitu
de trs nombreux rpertoires situs sur des centaines de serveurs. Les pages
centrales sont gres par Gerard Manning.

#Rpertoires de bibliothques

= Catalogue collectif de France (CCFr)

Le CCFr rpertorie 4.000 bibliothques et 1.200 fonds documentaires. Il offre
aussi une interface unique  trois grands catalogues: le catalogue des fonds des
bibliothques municipales rtroconvertis (BMR), le catalogue des imprims de la
Bibliothque nationale de France (BN-Opale Plus) et le catalogue des
bibliothques universitaires (SUDOC: Systme universitaire de documentation), le
tout reprsentant prs de 15 millions de notices. En novembre 2002, le CCFr
dbute la gestion via l'internet d'un service de prt entre bibliothques.

= Oriente-Express (L')

Gr par la Bibliothque du Centre Pompidou (Paris), l'Oriente-Express est un
rpertoire de bibliothques et centres de documentation privs ou publics,
situs  Paris ou en rgion parisienne, ouverts  un large public ou faisant
rfrence dans leur domaine.

= Gabriel (Gateway to Europe's National Libraries)

Trilingue (franais, anglais, allemand), Gabriel est le serveur web de 41
bibliothques nationales europennes. Il permet d'offrir un point d'accs unique
 leurs services, leurs collections et leurs catalogues.

= Libweb: Library Servers via WWW

Gr par Thomas Dowling dans le cadre de la Digital Berkeley Library
(Californie), ce rpertoire recense les sites web de 6.600 bibliothques dans
115 pays diffrents, avec mise  jour quotidienne.

= UNESCO Libraries Portal

Gr par l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'ducation, la science
et la culture), un portail  vocation internationale pour les bibliothques et
leurs usagers. Plusieurs rubriques: bibliothques, associations et rseaux,
accs et conservation, bibliothconomie, formation, ressources en ligne,
confrences et runions.

#Rpertoires de bibliothques numriques

= Athena Literature Resources

Un rpertoire mondial des ressources littraires en ligne. Ce rpertoire fait
partie d'Athena, une bibliothque numrique fonde par Pierre Perroud et
hberge sur le site de l'Universit de Genve.

= The Online Books Page - Archives

Un autre rpertoire mondial de ressources littraires en ligne. Ce rpertoire
fait partie de The Online Books Page, gr par John Mark Ockerbloom pour
recenser les textes lectroniques anglophones librement disponibles en ligne.
http://onlinebooks.library.upenn.edu/archives.html

#Rpertoires d'diteurs

= BIEF - Editeurs adhrents

Le rpertoire des quelque 250 diteurs membres du Bureau international de
l'dition franaise (BIEF), organisme de promotion de l'dition franaise 
l'tranger.

= Publishers' Catalogues

Gr par Northern Lights Internet Solutions, socit base  Saskatoon, dans
la province de Saskatchewan (Canada), un rpertoire international de 7.700
diteurs, avec recherche possible par titre, ville, tat/province, pays, sujet
et type de publication (livres, magazines, ebooks, etc.).

= WWW Virtual Library (The) - Publishers

Un rpertoire d'diteurs tenu  jour par Jonathan Bowen dans le cadre du
Museophile Archive de la South Bank University (Londres).
http://archive.museophile.sbu.ac.uk/publishers/

#Rpertoires de librairies

= Lalibrairie.com

Lalibrairie.com est le portail de 460 librairies franaises indpendantes,
avec classement par dpartement. Le portail donne accs  leur catalogue, avec
possibilit d'achat en ligne. Il est complt par un agenda des vnements
littraires et par un espace emploi pour les professionnels du livre.

= Numilog

Lance en septembre 2000 par Denis Zwirn, cette librairie numrique propose
3.500 ebooks (livres et priodiques) en franais et en anglais, grce  un
partenariat avec une quarantaine d'diteurs. Les livres numriques sont
disponibles par tlchargement et dans plusieurs formats, pour lecture sur
ordinateur ou sur assistant personnel (PDA).

= Livre-rare-book

Cr en novembre 1995 par Pascal Chartier, grant de la librairie du Bt
d'Argent (Lyon), ce site professionnel propose en aot 2003 un catalogue de plus
d'un million de livres manant de quelque 320 librairies, et un annuaire
lectronique international recensant prs de 4.000 librairies.

= Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM)

Le site du SLAM (France) regroupe des catalogues en ligne, un service de
recherche de livres rares ou puiss, un annuaire des librairies avec plusieurs
critres de recherche (nom de la librairie, nom du libraire, lieu, spcialits),
un guide du livre ancien avec lexique et liste d'abrviations, etc.

#Rpertoires de presse

= AFP - Liens / Mdias francophones

Le rpertoire de l'Agence France-Presse pour la France et les pays
francophones. Donne accs  d'autres rpertoires pour les mdias germanophones,
anglophones, hispanophones et lusophones.

= Webdopresse

Propos par Webdo, site cr en 1995 par l'hebdomadaire genevois L'Hebdo,
Webdopresse est un annuaire international recensant 16.000 mdias. Trois grandes
catgories: a) presse gnraliste, b) presse spcialise (classe en rubriques),
c) radio / TV.

= Internet Public Library (IPL) - Newspapers & Magazines

L'Internet Public Library (IPL) slectionne, organise et catalogue les
ressources disponibles sur le rseau. Elle gre entre autres deux rpertoires de
presse. L'un est une liste de journaux en ligne avec classement gographique et
alphabtique. L'autre est une liste de magazines en ligne rpertoris par
sujets.

= Ingenta

Lanc en mai 1998, Ingenta est une base documentaire de 15 millions d'articles
issus de 28.000 priodiques imprims (rassembls depuis l'automne 1988) et 5.400
priodiques en ligne. Payant, l'envoi des documents est possible par courrier
lectronique, fax ou Ariel (service de transmission lectronique). La recherche
dans les diffrentes bases de donnes est gratuite.

#Rpertoires en sciences de l'information

= ENSSIB

Une mine d'informations procure par l'Ecole nationale suprieure des sciences
de l'information et des bibliothques, situe  Villeurbanne, prs de Lyon.

= IFLANET

Le site de l'IFLA (International Federation of Library Associations and
Institutions), organisme indpendant  destination des bibliothcaires du monde
entier. L'IFLA se veut un carrefour pour l'change d'ides et la promotion de la
coopration internationale et de la recherche.

= Lex Mercatoria: Intellectual Property

La section de la Lex Mercatoria consacre  la proprit intellectuelle. Cr
en octobre 1993 par Ralph Ammisah, l'International Trade Law Monitor (devenu
ensuite: Lex Mercatoria) est  l'poque le premier site juridique consacr au
droit commercial international et au commerce lectronique. Hberg par
l'Universit d'Oslo (Norvge), et proprit du grand diteur britannique Cameron
May depuis octobre 2000, ce site de rfrence est poursuivi par son crateur et,
selon son voeu, toujours en accs libre.


# [ANNEXE] PERSPECTIVES


[Jean-Pierre Balpe, professeur, chercheur et crivain / Olivier Bogros, crateur
de La bibliothque lectronique de Lisieux / Emilie Devriendt, responsable du
site Translatio / Grard Fourestier, crateur de Rubriques  Bac / Pierre
Franois Gagnon, crateur d'Editel / Jean-Paul, explorateur d'hypermdia /
Anne-Bndicte Joly, crivain auto-diteur / Nicolas Pewny, consultant en
dition lectronique / Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse  La Sorbonne
/ Philippe Renaut, grant des ditions du Presse-Temps / Franois Vadrot, PDG de
FTPress / Russon Wooldridge, crateur du Net des tudes franaises / Denis
Zwirn, PDG de Numilog]

En fvrier et mars 2003, comment les professionnels du livre voient-ils l'avenir
du livre numrique (au sens large, et pas seulement commercial), dans le cadre
de leur activit professionnelle et/ou en gnral? Voici leurs rponses.

= Jean-Pierre Balpe, professeur, chercheur et crivain

Directeur du dpartement hypermdias de l'Universit Paris 8, crivain,
chercheur et thoricien de la littrature informatique, Jean-Pierre Balpe nous
envoie ses rponses le 10 fvrier 2003.

En ce qui concerne son activit: "Prenant ma retraite l'an prochain, mes
'activits' se rduisent mais je compte toujours utiliser les capacits du
numrique pour faire du livre hors du livre: projets de spectacles,
installations, etc. (...) Ce qui m'intresse est d'explorer cette voie-l, du
moins tant que j'aurai envie d'crire ou de faire crire."

En ce qui concerne l'avenir du livre numrique en gnral: "L'avenir est dj
assur par la numrisation des livres et tout ce qu'elle permet. Cela ne peut
que se dvelopper. Si votre question porte sur l'e-book, je n'y crois pas dans
les configurations techniques actuelles. Pour qu'il ait un rel avenir il
faudrait un support souple aussi pratique que le papier et aussi bon march. a
viendra, mais je crains que nous en soyons loin. En plus le livre n'existe pas,
il y a des quantits de types de livres, romans, encyclopdies, pomes, livres
scolaires, livres techniques, manuels, etc., et chaque type a un avenir
diffrent dans le numrique: le manuel scolaire numrique est appel  remplacer
le livre ds que les lves seront suffisamment quips. Je crois qu'il faut
raisonner en secteurs et voir quels sont les besoins particuliers de ces
secteurs auxquels la 'numrisation du livre' peut rpondre et sous quelle
forme."

= Olivier Bogros, crateur de La bibliothque lectronique de Lisieux

Directeur de la mdiathque municipale de Lisieux (Normandie), Olivier Bogros
cre en juin 1996 La bibliothque lectronique de Lisieux, une des premires
bibliothques francophones du rseau. Dbut 2003, la bibliothque lectronique
comprend 540 textes, numriss en mode texte  partir des collections de la
mdiathque. A titre personnel, Olivier Bogros est aussi l'auteur du site
Miscellanes, un mlange de textes choisis par ses soins.

Le 8 mars 2003, Olivier Bogros crit:

"L'avenir du livre numrique, j'y crois beaucoup, mme si sa forme matrielle
dfinitive reste encore  venir. Les fichiers de livres numriques existent sur
de nombreux sites et sous de nombreux formats. Et puis il y a le web et les
pages html qui s'affichent librement sur les crans de nos machines. Je pense
bien sr et d'abord dans mon domaine de comptence aux textes patrimoniaux ou du
domaine public qu'encore trop peu de bibliothques franaises mettent en ligne
ou alors sous des formats image trop lourds et contraignants. Des initiatives
particulirement innovantes sont aussi  l'oeuvre: Grisemine (bibliothques de
l'Universit de Lille 1, ndlr), @rchiveSic, les tonnantes collections de la
BIUM (Bibliothque interuniversitaire de mdecine) de Paris, ColiSciences, ...
qui s'ajoutent  des ralisations plus anciennes mais toujours dynamiques. De
plus en plus d'internautes font du rseau,  tort ou  raison, le lieu unique de
leur recherche documentaire; les institutions publiques ont l'obligation de
rpondre  cette demande."

= Emilie Devriendt, responsable du site miroir Translatio

Emilie Devriendt est lve professeure  l'Ecole normale suprieure (ENS) de
Paris et doctorante  l'Universit de Paris 4-Sorbonne. Elle est aussi la
responsable du site Translatio, cr en septembre 2001. Translatio est le site
miroir de trois sites acadmiques ddis  la diffusion de ressources
documentaires dans le domaine des tudes franaises, et plus particulirement de
l'histoire de la langue franaise.

Le 9 fvrier 2003, Emilie Devriendt crit:

"Je ne parlerai pas du livre numrique  strictement parler, concept qui semble
aujourd'hui s'tre rvl un chec total pour les entreprises qui ont tent de
le commercialiser. Je constate d'ailleurs que des projets datant d'il y a
quelques annes, projets selon moi plus astucieux, plus ergonomiques, et 
l'vidence moins coteux comme celui du 'baladeur de texte' (@folio), n'ont
toujours pas 'perc'. Loin d'tre au fait de tous les aspects qui ont contribu
et contribuent  cet tat de fait, je ne me risquerai pas  prdire quoi que ce
soit dans ce domaine trs circonscrit.

Si l'on envisage l'avenir non plus du 'livre', mais du 'texte' lectronique,
celui-ci n'apparat pas plus prvisible ou prdictible, mais il est quelques
points que l'on peut souligner, et quelques volutions que l'on pourrait  tout
le moins appeler de ses voeux. Dans ce domaine que l'on appelle parfois
l'informatique littraire, deux aspects du texte lectronique m'intressent plus
particulirement, dans une perspective d'enseignement ou de recherche: la
publication de ressources textuelles, par exemple littraires, sur le Web au
format texte ou au format image (exemple: Gallica ou la Bibliothque
lectronique de Lisieux); la publication de bases de donnes textuelles
interactives, c'est  dire d'outils de recherche et d'analyse linguistique
appliqus  des textes lectroniques donns (exemple: la Nefbase du Net des
Etudes Franaises ou, si l'on veut citer une banque de donnes payante,
Frantext). Aujourd'hui ce type de ressources est relativement bien dvelopp
(mme si aucune 'explosion' ne semble avoir eu lieu si l'on compare la situation
actuelle  celle d'il y a deux ou trois ans). En revanche, on ne peut
vritablement mesurer les usages qui en sont faits.

La situation au sein de l'Universit franaise, telle qu'elle m'apparat, ne
conduit pas spontanment  l'optimisme de ce point de vue. Tous les cursus
'littraires' sont loin de comprendre une formation obligatoire aux nouvelles
technologies (qu'il s'agisse d'ailleurs de bureautique, de recherche
documentaire ou d'analyse textuelle). Or sans un apprentissage srieux de ce
type risque paradoxalement de se constituer une nouvelle forme d'analphabtisme
au sein mme d'une population intellectuelle, les tudiants, les enseignants,
les chercheurs ; ou,  tout le moins, une informatisation ' deux vitesses' de
cette population. Ici, l'idal de l'accessibilit (formats libres, gratuit) des
ressources textuelles publies en ligne prend vritablement tout son sens."

= Grard Fourestier, crateur de Rubriques  Bac

Diplm en science politique et professeur de franais  Nice, Grard Fourestier
cre en 1998 le site Rubriques  Bac, un ensemble de bases de donnes 
destination des lycens et tudiants. ELLIT (Elments de littrature) regroupe
des centaines d'articles sur la littrature franaise du 12e sicle  nos jours,
ainsi qu'un rpertoire d'auteurs. RELINTER (Relations internationales) recense
2.000 liens sur le monde contemporain de 1945  nos jours. Ces deux bases de
donnes sont accessibles par souscription, avec version de dmonstration en
accs libre. Lance en juin 2001 dans le prolongement d'ELLIT, la base de
donnes Bac-L (baccalaurat section lettres) est en accs libre.

Le 8 fvrier 2003, Grard Fourestier crit:

"Bien que a et l, on assiste  des avances pdagogiques par l'intgration des
nouvelles technologies, l'institution de l'Education nationale est par trop
timore quant  un projet global qui aurait enfin fait entrer l'cole dans le
sicle du numrique.

Esprons qu'avec les nouvelles gnrations de profs qui vont dbouler au fur et
 mesure des retraites de leurs anes, se fera sentir par la base la ncessit
d'une autre approche de la lecture au travers d'un produit que le 'ludique' n'a
pas hsit  s'approprier  grande chelle.

L're Gtemberg a vcu, du moins dans son monopole, faute d'un mieux
technologique et pratique jusqu' une poque rcente, mais les dcideurs
d'encore aujourd'hui sont toujours ceux d'hier. Pourtant, et  l'vidence, les
avantages du numrique sont nombreux: gain de poids dans les cartables,
accroissement du volume d'information, diminution des contingence de stockage;
possibilits offertes aux mal-voyants, sans parler de l'aspect cration qui rend
plus attrayant un outil plus performant, etc.

Bref, le numrique, c'est dj le prsent et c'est incontournable, sauf que les
formats sont encore trop nombreux, et que c'est aussi srement un frein  un
essor plus rapide.

J'ai bien pens mettre mes sites en ligne sur des supports 'e-book' mais un
'livre' de ce type serait comme une goutte d'eau dans l'ocan s'il ne bnficie
pas d'une structure qui en fait la promotion. Tant que je n'aurai pas
l'assurance de cette promotion et parce qu'il faut des moyens que je n'ai pas,
je diffrerai cette nouvelle aventure et je le regrette vivement."
Pierre Franois Gagnon, crateur d'Editel

Ds avril 1995, Pierre Franois Gagnon, pote et essayiste qubcois, dcide
d'utiliser le numrique pour la rception des textes, leur stockage et leur
diffusion. Il cre Editel, site pionnier de l'dition littraire francophone et
premier site web d'auto-dition collective de langue franaise. Editel devient
ensuite un site de cyberdition non commerciale en partenariat avec quelques
auteurs maison (notamment Jacques Massacrier et Mostafa Benhamza), ainsi qu'un
webzine littraire.

Le 11 fvrier 2003, Pierre Franois Gagnon nous envoie ce texte, intitul: Eloge
du Livre unique.

"Le 'Livre unique' aux multiples penses tous azimuts, est appel  constituer,
grce  l'objet-support ultime que sera le papier lectronique, la plate-forme
de lancement globale de la Civilisation numrique, laquelle n'est encore
exprime qu' l'tat d'bauche farouche et sauvage sur le Web d'aujourd'hui.

Il nous manque de toute urgence cette pe de feu, de justice divine rige
entre les mains de tous et chacun dans la lutte contre la pauvret et
l'ignorance dans lesquelles les lites de pouvoir et d'argent croient avoir tout
intrt  maintenir leurs peuples respectifs.

Et, n'en dplaise aux gourous de la pop-philo qui nous prchent le statu quo
techno-culturel du haut de leur notorit, il ne s'agit pas seulement d'une
nouvelle utopie noromantique qui serait issue de la postmodernit prtendument
antihumaniste. Il s'agit bien plus prosaquement des conditions d'mergence
spirituelle d'une classe moyenne suprieure qui soit galement prospre et unie
dans le monde entier.

Nous sommes rien de moins,  l'poque de ces Nouvelles Lumires, que face  une
rvolution dmocratique et altermondialiste, virtuellement libre de tout droit
ultralibral, enfin affranchissable  l'chelle plantaire de l'conomie de
march facho-totalitaire sous l'empire tats-unien.

Voil donc ce qui fait si peur aux classes possdantes du savoir-faire de ce
temps de transition que je qualifierais presque de transhistorique, tant il
m'apparat ncessaire et vident: que tout cela leur chappe de justesse, elles
qui contrlent pourtant les moyens de conception et de production de la science
et des technologies!

C'est dire ainsi combien la Socit - et non pas tant l'Amour - est dsormais 
rinventer bien au-del de la droite et de la gauche, au risque sinon, de nous
engluer dans les prolongements dvastateurs du 20e sicle, guerres, famines et
maladies endmiques. a n'a malheureusement rien  voir avec autant de
prophties de malheur.

Au contraire, c'est exactement, au dbut de l'an 2003, ce qui est en train de se
produire sous nos yeux ahuris, ne serait-ce qu' commencer par les projets d'un
bombardement nuclaire soi-disant 'limit' que les Pentagone nourrissent pour
les tats voyous tels que l'Irak.

Plus l'essentiel des connaissances de toute nature demeurera gratuitement
accessible  tous et  toutes, sans conditions matrielles particulires, plus
le niveau moyen de l'intelligence collective sous toutes ses formes tendra 
s'lever pour le meilleur, et esprons-le, sans le pire.

Ds lors, les exigences sociales et culturelles se raffermiront toujours
davantage, dsamorant volontairement l'conomie prdatrice. La nature du
travail, dfinitivement transforme, la dmocratie, profondment rnove, la
communaut pourra redevenir aussi vivante et crative qu'au temps jadis. Il ne
sera plus jamais ridicule et absurde de parler tout simplement de bonheur
domestique.

Je fais maintenant l'loge du dveloppement durable de la pense universelle,
libre et sans contraintes, ubiquitaire et fraternelle,  travers le rseautage
polyglotte de toutes les cultures. Le Livre unique comme pierre philosophale
remplacera tous les objets de culte de la communication et de l'information tout
en sacrifiant les pyramides alinantes.

Imaginez tous les cerveaux suprieurement intelligents, interconnects en
permanence, dans l'laboration transcendant les divers ges de l'Humanit, d'un
tout nouveau projet de civilisation conu et ralis sur une base numrique, qui
soit finalement assez fluide pour voluer sans trop de heurts vers la paix et la
prosprit perptuelles. Voil la seule anti-utopie que je connaisse d'avance,
raliste et ralisable, car elle est d'ores et dj indispensable  notre survie
commune.

La desse Gaa est notre jardin intrieur. La rvolution industrielle a t son
viol collectif. Tout autour de soi, pour qui a pu accder  ce tragique niveau
de conscience cosmique, il n'y a plus que ruines et dsolation. La lgalit
immorale, cruelle et violente, tend sa domination pratiquement absolue dans
tous les domaines, en particulier dans l'dition.

La sagesse du livre fut ptrifie vivante et enferme  perptuit, sous bonne
garde capitaliste, par l'imprimerie de papier, laquelle n'aura t qu'une
technique de conservation et de diffusion des ides plutt rustique et
rudimentaire. Et inefficace  part peut-tre le papier d'amiante  l'preuve de
tout -  titre par exemple de double systme de scurit quant  l'archivage
total et quasi dfinitif! Il nous faut finir d'abattre les bastilles qui
menacent de s'crouler avec nous dans l'oubli et la poussire d'toiles, faute
d'assurer la libre circulation immdiate des oeuvres!

Numrisons et librons la Culture tout entire avant que les vendeurs du Temple
ne s'en emparent au nom de l'tat sous leur propre gouverne nolibrale ou
gauchisante de travers! On ne peut pas voler ni dilapider le domaine public; pis
encore, il se trouve trop longtemps restreint aux ayant droits de l'auteur  sa
mort: 70 ans, quelle folie! Cet hritage collectif devrait tre imposable sans
aucun dlai: diffus, distribu inconditionnellement, un point c'est tout!

 les en croire, le patrimoine culturel (ou mme gntique) serait
marchandisable. Le pillage corporatif de toute faon institutionnalis  mort,
la commercialisation des classiques fait rouler depuis belle lurette la planche
 billets des diteurs. Les tats se refusent aujourd'hui  dbloquer des
budgets consquents pour la numrisation systmatique et exhaustive du fonds
public de leurs bibliothques nationales, tandis que le dpt lgal lectronique
et scuris tarde  devenir obligatoire. Quel espoir subsiste-t-il en ce moment
mme pour l'avenir du livre numrique, sauf dans le nant constell d'effroi du
sempiternel March-Dieu?"

= Jean-Paul, explorateur d'hypermdia

Aussi discret que prsent dans le monde de l'hyperfiction francophone,
Jean-Paul, crivain, est explorateur d'hypermdia. Il est le webmestre des
Cotres furtifs, un site hypermdia collectif racontant des histoires en 3D. "Les
membres des cotres, 'ensemble flou  gomtrie variable', aiment jouer avec les
mots en y associant images et sons, non pas comme de simples illustrations, mais
comme partie intgrante du rcit et de ses architectures. Ils s'intressent donc
plus  l'hypermdia qu' l'hypertexte au sens strict. On ne les trouve que sur
le net parce que c'est le dernier espace, instable, fluide et non-ferm, dont
tous les passages ne sont pas encore contrls."

Le 4 fvrier 2003, Jean-Paul crit:

"L'avenir, 3 ans aprs le 5 aot 1999...

Vaticinons donc.

L'avenir, s'il doit tre, est  la rvolution,

( n. f. Didac. Mouvement d'un mobile (partic. d'un astre) accomplissant une
courbe ferme; dure de ce mouvement. La rvolution de la Terre autour du
Soleil.)

qui est retour  la case dpart.

Rappel historique:

Aux dbuts de l'hyperlien, la technique tait rude & les tuyaux troits: ce fut
le rgne de l'criture nue, sans images, sans son.

Une poigne de pingoins sans boussole se creusaient la cervelle et lanaient
avec les moyens du bord des crits labyrinthiques dont le public n'existait pas.

L'intrt fut vif (il y eut des articles, et des soires de bars animes), mais
restreint. Quel public aurait pu lire ces crits, sur quel support?

Pas de public, pas d'argent. Hyperauteurs en qute de sponseurs, d'institutions,
'rsidences', dtournements & autres hold-ups lgaux.

Un jour, que certains crurent de gloire ('enfin, a dmarre!'), dboulrent de
Jurrassik-Land & Fiscal Paradise des jumbos monstrueux, vracquiers
gros-porteurs. Leurs soudures craquaient de trop d'or, qui dormait, mal (ce
n'est pas bon pour le fric, de dormir).

Leurs radars venaient de signaler une mine, aux veines paisses comme des
pipe-line; un off-shore abstrait, virtuel, aussi abstrait, aussi virtuel que des
lignes de cotation boursires: la Toile, o s'battaient nos pingoins bnvoles
& croqueurs de grains non-dcafns.

Ce fut la rue, on vit un Vivendi payer un simple nom de portail au prix de la
tanzanite, la pierre dure la + prcieuse, aussi dure qu'un mental de gagneur,
mais prcieuse.

Quelques billets $[EUR] voletrent jusqu'aux chercheurs, inventeurs, petites mains
tricoteuses du html & autres entoileurs de 'Projet En Cours'. La technique
suivait, largissant les tuyaux troits pour en faire du haut-dbit.

L'hypertexte put muer, passer hypermedia.

Et...

ce fut l'implosion, qui emporta les gros-porteurs 'partenaires financiers' (tant
mieux) mais aussi (hlas) des projets passionnants, vrais hypermedia o l'image
et le son faisaient enfin jeu gal avec les mots, au lieu d'tre cantonns 
leur second rle ancien de faire-valoir.

Les survivants se retrouvent avec des carte-bleues flasques. Gueule de bois &
ventre creux, mais la volont farouche d'avancer.

Retour  la case dpart, donc.

(fin du rappel)

Mais la case a chang, le temps est pass sur elle, et sur nous. Durant ces
courtes annes excitantes, nous avons appris  jouer sur notre tas de sable avec
des armes qui ne nous taient pas destines (n'oublions jamais que tout cela
vient d'Arpanet, de ncessit militaire. Du srieux, pas des rveurs). On s'en
est mis plein les yeux.

Les scores (provisoires) du mundial des e-sumos & autres JM6 nous ont aussi
montr que la question du support est secondaire & se rsoudra toute seule: il y
aura finalement (prenez des notes, capital-risqueurs) 3 formats: cran
tlphone, cran livre, cran album-BD/jeu-video.

Or, ces armes, il faut bien qu'elles servent. Et puisque leur rime est: larmes,
notre but du jour sera: faire pleurer Nikita, de rire et d'autre. La toucher
plein coeur, qu'elle soit prte  payer pour connatre la fin d'un roman
hypermedia, en PDF, en CDRom ou mme en imprim.

Bref, l'avenir?

Il se prsente  nous sous le soleil d'Icare & des horribles travailleurs.

Sauf que, dans notre domaine DNS, l'avenir n'existe pas, ni le pass (o vont
les liens morts?): l'hyperlien, c'est l'immobilit absolue, le dplacement sans
la dure. Pas de ligne du temps, pas d'horaire d'embarquement... No past, no
future: prsents."

= Anne-Bndicte Joly, crivain auto-diteur

Anne-Bndicte Joly, romancire et essayiste, habite en rgion parisienne. En
avril 2000, elle dcide d'auto-publier ses oeuvres en utilisant l'internet pour
les faire connatre. "Mon site a plusieurs objectifs, raconte-t-elle en juin
2000, deux mois aprs son ouverture. Prsenter mes livres (essais, nouvelles et
romans auto-dits)  travers des fiches signaltiques (dont le format est
identique  celui que l'on trouve dans la base de donnes Electre) et des
extraits choisis, prsenter mon parcours (de professeur de lettres et
d'crivain), permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilit de
laisser des impressions sur un livre d'or, guider le lecteur  travers des liens
vers des sites littraires."

Le 13 fvrier 2003, Anne-Bndicte Joly crit:

"Le livre numrique ne sera un progrs pour tous que s'il permet un rel accs
universel  la culture, que s'il renforce la libre expression de la pense et le
plaisir de crer, que s'il propose une alternative aux solutions d'dition
existantes et enfin, que s'il offre un moyen d'expression universelle.

C'est dire que, dans le cadre de mes activits d'auteur auto-ditant ses
oeuvres, je suis en droit de fonder de grands espoirs sur le livre numrique.

Internet est avant tout un merveilleux vecteur de diffusion et de promotion. Je
tente de m'inscrire dans cette logique en proposant sur mon site non seulement
une prsentation synthtique de mes travaux mais aussi des extraits de mes
crits afin que les lecteurs-internautes puissent dcouvrir mon univers
littraire. Ne disposant pas de l'appui d'une maison d'dition, ni encore moins
de son rseau de communication et de diffusion, la question de la prsentation
de mon livre au public se pose. Le livre numrique me permettrait, en affinant
une politique de prix (les internautes lecteurs semblent disposs  payer un
e-book  50% de sa valeur en version papier), de proposer mes crits  un plus
grand nombre de lecteurs. Puisque le net est un promoteur de l'accs  des
livres moins connus (ou absents des rseaux admis de diffusion), je rflchis
actuellement  l'ide de pousser la logique jusqu' offrir l'accs au livre
lui-mme. La question de la diffusion serait donc rgle.

Par ailleurs, se pose aussi la question de la quantit de tirage d'un livre.
J'dite en moyenne un ouvrage  300 voire 400 exemplaires. Dommage(s), mon
dernier roman paru en janvier 2003, a t dit  300 exemplaires. Cette
limitation tant directement lie au cot de fabrication du livre, 
l'investissement global et  la dtermination du point mort (combien faut-il que
je vende de livres pour rentrer dans mes frais?). Prenons le cas de deux de mes
prcdents livres (Le meubl livres et Deux par d'eux) qui sont aujourd'hui
puiss. J'ai eu, depuis mon site et directement par certains lecteurs, quelques
demandes concernant ces livres. Malheureusement,  chaque fois ma rponse est la
mme. 'Je suis navre, le livre est puis. Vous ne le rditerez pas? A priori
non.' Je ne peux pas, en effet, financer la rdition (et dans quelles
quantits?) de ces livres. Le livre numrique constitue, pour autant que les
lecteurs souhaitent lire mes crits sous ce format, une alternative possible.

Bien entendu, comme tout crateur, je suis trs attentive (et parfois mme
inquite)  l'utilisation illicite de mes crits. La question de la protection
de mes oeuvres occupe une place centrale dans ma rflexion. Il existe
aujourd'hui des techniques interdisant les copies illicites et infinies des
oeuvres, les impressions totales ou partielles des textes... Bref la rponse
technologique existe.

Enfin, je rflchis galement sur la perception des droits d'auteur induits par
la diffusion d'une oeuvre sur le net. Dans une rcente tude (ralise en 1999
par Mdiangles pour le compte de la SGDL - Socit des gens de lettres), 82% des
2.372 personnes interroges considrent que les auteurs devraient toucher des
droits pour la diffusion de leurs oeuvres sur le net. Je partage videmment
cette position mme si elle reste difficile  mettre en oeuvre tant du point de
vue pratique, que du point de vue du mode de perception des droits.

En conclusion, et parce que je me situe dj en dehors des rouages classiques de
la diffusion d'un livre, je considre que le e-book constitue  n'en pas douter
une nouvelle voie de dveloppement pour accrotre la diffusion de mes livres et
me permettre de rencontrer un public encore plus large.

En rgle gnrale, le livre numrique offre des avantages significatifs. Il peut
tre achet 24h/24 et 7j/7 depuis n'importe quelle partie du monde et tre
tlcharg facilement. Le prix est toujours infrieur  la version papier, alors
que la qualit (graphisme, mise en page...) n'est en rien diminue. Les
fonctionnalits multimdia sont accessibles et le support 'livre' devient un
outil interactif: navigation hypertexte, signets, notes, commentaires... Le
livre numrique est moins gourmand en terme de stockage (bibliothque) et il
est, de fait, plus aisment transportable. Il s'abme moins. Il n'est jamais
puis. Bref, du point de vue des 'fabricants' et des 'producteurs' les
avantages sont certains.

Ct lecteur, hormis les capacits techniques rpondant  des besoins rels pour
les lecteurs malvoyants de modifier  dessein la taille des caractres, je ne
sais pas si le plaisir li  l'objet livre sera identique... Ouvrir un livre,
sentir sa couverture craquer lgrement, respirer l'odeur des feuilles, de
l'encre, toucher le papier, manipuler le livre. Bref tout ce qui nous permet de
considrer le livre comme un objet vivant, comme objet  vivre. De mme, comment
s'merveiller numriquement devant une dition originale, ou encore la finesse
de gravures sur bois dans un ouvrage?

Enfin, au-del de la littrature, les avantages sont incontestablement trs
nombreux dans des domaines aussi varis que l'ducation (remplacer les livres
scolaires par des e-books), les milieux professionnels devant se rfrer  de
vritables annuaires ou ayant recours  des 'bibles' techniques ou commerciales,
ou encore offrir un produit de substitution aux quotidiens, aux magazines et
autres revues en facilitant un accs simple, rapide et direct  l'information.

En conclusion, je pense que le livre numrique offre une foultitude d'avantages
en sacrifiant peut-tre, pour la littrature, les livres d'art et la posie, la
notion de plaisir de lire.

Or les crivains n'crivent-ils pas avant tout pour tre lus avec plaisir?

En tout cas, je suis avec un grand intrt l'volution des mentalits en la
matire."

= Nicolas Pewny, consultant en dition lectronique

Nicolas Pewny est le fondateur du Choucas, petite maison d'dition base en
Haute-Savoie et spcialise dans les polars, la littrature, les livres de
photos et les livres d'art. Nicolas Pewny tient aussi  avoir des activits non
commerciales, afin de faire connatre des livres pour lesquels il a un coup de
coeur, par exemple les Fables pour l'an 2000 de l'crivain-paysan normand
Raymond Godefroy. Les ditions du Choucas cessent malheureusement leur activit
en mars 2001, une disparition de plus  dplorer chez les petits diteurs
indpendants. Nicolas Pewny met dsormais ses comptences ditoriales et
numriques au service d'autres organismes.

Le 9 fvrier 2003, Nicolas Pewny crit:

"Quel chemin parcouru depuis le temps du papyrus ou du parchemin! Le 15e sicle
a vu natre le livre imprim et le 19e sicle a dmultipli cette rvolution. Au
20e l'informatique et le numrique ont encore tout boulevers...

A l'aube du 21e il est facile de constater que l'Internet a volu, et
l'importance du 'contenu' s'est accrue, il est devenu un lment primordial.
L'accs  ce 'contenu' devient peu  peu payant. Et le public concern - en
forte augmentation - est prt  payer pour un contenu riche et cibl.

La presse s'en est rendue compte la premire, et des journaux tels que Le Monde
ont mis en place une version numrique, souvent interactive, d'o le nom de
l'dition, incluant des 'services' comme l'accs aux archives, la possibilit de
stocker les informations en ligne, etc.

Des diteurs (Campus Press, Eyrolles, Eni, par exemple) s'en sont rendus compte
aussi, et produisent des ouvrages numriques pour des sujets tels que
l'informatique, l'Internet, les nouvelles technologies, sciences & techniques,
etc. Plus pratiques  utiliser et bien moins chers que la version 'papier'!

Personnellement je me suis tellement habitu  trouver toute information en
ligne ou dans des ouvrages sous forme numrique que je serais dsempar si
j'tais priv de ces moyens de recherche.

L'informatique volue rapidement. Les ordinateurs se librent des fils de
connexion, deviennent plus rapides et maniables, les crans plus confortables,
les techniques du 'numrique' vont voluer galement, voluent dj.

Je vois le livre numrique du futur comme un 'ouvrage total' runissant textes,
sons, images, vido, interactivit: une nouvelle manire de concevoir et
d'crire et de lire, peut-tre sur un livre unique, sans cesse renouvelable, qui
contiendrait tout ce que l'on a lu, unique et multiple compagnon.

Utopique? Invraisemblable? Peut-tre pas tant que cela!"

= Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse  La Sorbonne

Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse  l'Ecole pratique des hautes tudes
(EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne), est depuis toujours frue
de nouvelles technologies, bien avant que cela ne devienne dans l'air du temps.
Elle fait partie de ces professeurs et chercheurs toujours prts  mettre leur
savoir  la disposition d'autrui, aussi bien ses collgues et tudiants que les
habitants d'Argentan (Normandie), dont elle est l'une des maires-adjoints.

Le 8 fvrier 2003, Marie-Joseph Pierre crit:

"Il me parat vident que la publication des articles et ouvrages au moins
scientifiques se fera de plus en plus sous forme numrique, ce qui permettra aux
chercheurs d'avoir accs  d'normes banques de donnes, constamment et
immdiatement volutives, permettant en outre le contact direct et le dialogue
entre les auteurs. Nos organismes de tutelle, comme le CNRS (Centre national de
la recherche scientifique) par exemple, ont dj commenc  contraindre les
chercheurs  publier sous ce mode, et incitent fortement les laboratoires 
diffuser ainsi leurs recherches pour qu'elles soient rapidement disponibles. Nos
rapports d'activit  deux et  quatre ans - ces normes dossiers peineux
rsumant nos labeurs - devraient prochainement se faire sous cette forme. Le
papier ne disparatra pas pour autant, et je crois mme que la consommation ne
diminuera pas... Car lorsque l'on veut travailler sur un texte, le livre est
beaucoup plus maniable. Je m'aperois dans mon domaine que les revues qui ont
commenc rcemment sous forme numrique commencent  tre aussi imprimes et
diffuses sur papier dignement reli. Le passage de l'un  l'autre peut
permettre des rvisions et du recul, et cela me parat trs intressant."

= Philippe Renaut, grant des ditions du Presse-Temps

Philippe Renaut est grant des ditions du Presse-Temps. Fond en 2002 par cinq
associs passionns de littrature, Le Presse-Temps est une maison d'dition
littraire qui mise avant tout sur la qualit et le suivi de chaque livre, avec
un tirage prvu de 2.000 exemplaires par titre et un rythme de publication d'une
dizaine de livres par an, loin des considrations du "toujours plus, toujours
plus vite" du march actuel. Philippe Renaut est aussi le rdacteur en chef
d'Edition-actu, une lettre lectronique bimensuelle (deux fois par mois)
dcale, informative et humoristique sur le monde de l'dition. Edition-actu est
publi par l'diteur CyLibris, qui fut en son temps un pionnier de l'dition
lectronique.

Le 21 fvrier 2003, Philippe Renaut crit:

"Commenons tout d'abord par tablir un sens clair au terme Livre numrique. Car
le Livre numrique est bien un Livre et pas un sous-produit driv de
l'informatique. En effet, si on tente de dcrire le livre en fonction de son
support physique (objet reli, avec des pages etc.), on arrive vite  une
impasse, car ds lors faut-il bannir le livre de poche sous prtexte que sa
qualit est infrieure et que l'on y retrouve pas 'le plaisir de l'objet livre'?
Non, car le livre de poche est un instrument essentiel de diffusion de la
culture, vers le grand public et en ce sens est un livre  part entire. Aussi,
plutt que de s'attacher au support attachons-nous au contenu. Mme si le livre
numrique possde par essence un contenu plus volatile, tlchargeable,
effaable, etc, il est avant tout vecteur de transmission d'un contenu culturel,
et d'un contenu culturel fruit d'un travail ditorial. C'est plutt par la
conjonction de ces deux lments essentiels - vecteur de communication d'un
contenu travaill ditorialement - que l'on peut dfinir le livre par opposition
 la mise en ligne ou mise  disposition massive de texte sans un regard ou une
labellisation professionnels. En effet sans pouvoir assurer que magiquement
l'oeil d'un diteur permet de dceler le mauvais du bon, il reste nanmoins
l'instrument par lequel un lecteur peut tenter de trier dans la production
dsormais plthorique de livres. Parfois des ouvrages de qualit se retrouveront
malheureusement auto-dits pour n'avoir su tre dcels, et d'autres mdiocres
se retrouveront dits envers et contre tout, mais cela ne change rien au
processus de base qui veut que le tamis ditorial joue son rle et aide le
public dans ses choix (il suffit de considrer le niveau moyen des manuscrits
reus par une maison d'dition pour s'en convaincre!). De la mme manire, un
surfeur sur le Web va utiliser ses annuaires prfrs pour identifier les sites
qui lui sembleront les plus adapts, seuls outils permettant encore un tri dans
la masse dsordonne et titanesque d'informations qui lui est accessible.

Dans ce cadre le Livre numrique  toute sa place puisqu'il reste un Livre et
que le support numrique lui offre des possibilits nouvelles. Encore une fois,
de mme que le poche n'est pas venu supplanter le livre, mais est venu complter
le march du livre en permettant  de nouveaux acheteurs d'accder  la culture,
le livre numrique n'est pas l en remplacement du livre mais en accompagnement.
A l'heure d'aujourd'hui il est encore bien difficile de discerner quelles seront
les utilisations les plus frquentes du livre numrique et c'est ce flou qui
rend fragiles les entreprises qui tentent depuis quelques annes dj de
s'emparer du march. Car pour vendre il faut cibler et pour cibler il faut
anticiper, hors en ce domaine l'anticipation est ardue. Les premires tentatives
ont tent de crer une demande qui n'existait pas et ce fut un chec. La
nouvelle vague saura srement mieux pressentir dans un march plus mr les
dsirs et les manques du lectorat. Documentation technique, grands voyageurs,
personnes handicapes visuelles, base encyclopdique, et nouveaux romans
interactifs, sont autant de portes entrouvertes qui mritent un nouveau coup de
boutoir.

A quelques annes prs, le Livre numrique, quelque soit son support
propritaire, PDA, ou autre devrait percer dans trs peu de temps."

= Franois Vadrot, PDG de FTPress

En aot 1999, Franois Vadrot fonde la socit de cyberpresse FTPress (French
Touch Press), base  Paris. En septembre 1999, il lance Internet Actu, qui
remplace LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu). D'autres publications suivent, ainsi
que des ralisations multimdias et des missions de tlvision, dont certaines
suivent de prs l'actualit du livre.

Le 9 fvrier 2003, Franois Vadrot crit:

"De faon gnrale, pour ma part je reste  lire les livres sur papier. Quant
aux oeuvres en gnral, sur internet, elles prennent et prendront des formes que
le livre imprim ne permet pas, notamment par l'insertion de crations
multimdia, insres  l'intrieur,  l'instar des illustrations et photos dans
les livres papier. Concernant FTPress, pour l'instant nous ne sommes pas sur
cette voie de l'dition, mais plus sur celle de la communication multimdia pour
les entreprises ou administrations. Cela commence  bouger dans ce sens."

= Russon Wooldridge, crateur du Net des tudes franaises

Russon Wooldridge est professeur au dpartement d'tudes franaises de
l'Universit de Toronto et crateur de ressources littraires librement
accessibles en ligne. En mai 2000, il fonde le Net des tudes franaises (NEF),
suite au colloque qu'il organise pour un groupe de francophones (Colloque
international sur les tudes franaises favorises par les nouvelles
technologies d'information et de communication, Toronto, mai 2000). Le Net des
tudes franaises se veut d'une part "un filet trouv qui ne capte que des
morceaux choisis du monde des tudes franaises, tout en tissant des liens entre
eux", d'autre part un rseau dont les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans
le champ des tudes franaises et partageant librement leur savoir et leurs
produits avec autrui".

Le 9 mars 2003, Russon Wooldridge crit:

"D'abord, qu'est-ce que le livre? C'est toujours, dans l'esprit des gens comme
dans l'usage de la langue, un objet plus ou moins portable fait d'un ensemble de
feuillets de papier relis. Du point de vue historique c'est le codex de
papyrus, de parchemin ou de papier connu depuis deux millnaires. Le livre
contient un texte dont la lecture se fait linairement de manire suivie et dont
la matrise peut s'aider d'une lecture linaire ponctuelle ou d'une lecture
verticale permises par l'ventuelle structuration donne par une table des
matires ou un index. (Voir  ce sujet Alberto Manguel, A History of Reading,
1996.)

Le livre numrique serait une version lectronique du contenu du codex sans son
contenant. On doit distinguer deux types de livres numriques: ceux qui
retiennent l'image du codex - il s'agit des livres en 'portable document format'
(pdf), par exemple - et ceux qui profitent du mdium informatique pour en
permettre lectures linaires et verticales - il s'agit alors, pour ce qui est du
World Wide Web, des formats 'hypertext markup language' (html) ou 'text only'
(txt).

Comment se prononcer sur l'avenir du livre numrique? Faisons une premire
constatation sur le degr d'acceptation des nouvelles technologies. Si
l'expression un tlphone portable s'est trs vite abrge en un portable, c'est
que cet appareil permet  son usager de tlphoner  tout moment et en tout
lieu. Jusqu'ici l'expression un livre numrique ne s'est pas, du moins pas
encore, abrge en *un numrique. Le substantif numrique n'a toujours que le
sens 'ce qui relve du domaine numrique' et ne s'emploie qu'avec l'article
dfini: le numrique. Quand je voyage dans le mtro, dans un tramway, un
autobus, un train ou un avion, je vois autour de moi des gens qui dorment, qui
sont plongs dans leurs penses, qui conversent ou qui lisent. Certains lisent
un journal ou un magazine, beaucoup lisent un livre en papier. Aucun ne lit un
livre numrique. Bien que le monde du livre ait t modifi par les forces du
march et les effets des dveloppements technologiques, les grandes librairies
du type Indigo ou Chapters attirent un grand nombre de personnes de tout ge et
de tous les gots, que l'on y voit lisant un livre papier confortablement
installs dans des fauteuils ou assis dans la section caf  discuter
littrature, cuisine ou jardinage. Le prix de 16.99 (27 euros/dollars, ndlr) et
les 768 pages du dernier Harry Potter, qui doit sortir en librairie le 21 juin
2003, n'ont pas nui aux prcommandes et on a prvu un premier tirage de
plusieurs millions d'exemplaires.

Autrement dit, l'cran n'a pas russi  concurrencer le papier dans la lecture
personnelle, qui est le mode usuel d'utilisation ou d'appropriation du livre.

Quelle est donc la place du livre numrique et, si celui-ci a une place, quel en
est l'avenir? Disons tout de suite qu'il a une place certaine, cruciale, celle
de rendre accessibles des textes difficilement trouvables en librairie ou en
bibliothque. Le patrimoine livresque d'une culture se trouve ainsi protg et
diffus par des programmes tels que Gallica, de la Bibliothque nationale de
France, ou le Project Gutenberg.

Dans quelle mesure cependant ce patrimoine est-il vraiment protg? L'encre
pose sur le papier est toujours lisible plusieurs sicles aprs; le livre
numrique sera-t-il encore lisible dans cent ans? Il y aurait lieu, je crois,
d'voquer Le chne et le roseau de La Fontaine. Il y a des livres numriques
lourds et fragiles, d'autres lgers et rsistants. La lourdeur se mesure en
termes de complexit du langage de stockage et d'affichage, la fragilit en
termes d'utilisabilit du support. La plupart des logiciels de gestion de bases
de donnes tels que ceux utiliss par les projets Frantext ou ARTFL, par
exemple, sont complexes et dpendants de systmes d'opration particuliers. Il
n'est pas certain que les fichiers pdf ou les CD-ROMs et DVD-ROMs soient
utilisables  long terme. En revanche, les textes en format html ou txt sont
lgers (simples) et pourront tre lus pendant longtemps, quels que soient les
plate-formes ou systmes d'opration.

 ce titre, les diteurs de livres numriques les plus importants seraient ceux
de programmes collaboratifs comme le Project Gutenberg, dont les textes sont
librement accessibles en ligne sur des sites comme The Online Books Page, The
Internet Public Library, Eldritch Press ou ClassicReader.com; ou des entreprises
individuelles comme Athena, Maupassant par les textes ou la Bibliothque
lectronique de Lisieux. Ma propre contribution personnelle  cet effort est
quelques textes de la Renaissance franaise accessibles en ligne en mode lecture
(html), plus quelques dictionnaires de la mme priode (voir RenDico) stocks en
format ASCII-DOS sur un ordinateur  Toronto et un serveur  Paris."

= Denis Zwirn, PDG de Numilog

Denis Zwirn fonde en avril 2000 la socit Numilog, avec Herv Zwirn et Patrick
Armand. Mise en ligne en septembre 2000, la librairie numrique Numilog est la
premire librairie  vendre exclusivement des livres numriques, par
tlchargement et dans plusieurs formats. Quant  la socit Numilog, elle est 
la fois une librairie en ligne, un studio de fabrication et un diffuseur de
livres numriques. Dbut 2003, le catalogue comprend plus de 3.000 ebooks
(livres et numros de revues) en franais et en anglais, aux formats PDF
(Acrobat Reader), LIT (Microsoft Reader) ou PRC (Mobipocket Reader), grce  un
partenariat avec une quarantaine d'diteurs.

Le 3 fvrier 2003, Denis Zwirn crit:

"Nul n'est prophte en son pays, et je suis donc probablement mal plac, en tant
que libraire numrique, pour faire de la prospective pertinente sur les livres
numriques. On peut d'ailleurs se demander si quiconque est  mme d'en faire,
si tant est qu'en matire de technologie et de socit, la prvision - ou la
prophtie - est une discipline peu scientifique (on peut lire  ce sujet la
critique faite par Karl Popper dans Misre de l'Historicisme). On peut en outre
constater le tort que cause actuellement au dveloppement serein du secteur des
livres numriques les prophties exubrantes faites au dbut de l'anne 2000 par
certains et reprises abondamment par la presse, qui s'acharne aujourd'hui et
sans plus de nuances qu'hier  dmolir ce qu'elle a ador quelques mois.

En tant qu'acteur de la distribution de livres numriques, je me dois toutefois
bien sr d'avoir une stratgie, fonde sur des anticipations, c'est--dire sur
des 'paris raisonnables' compte tenu de notre information du moment. Mais encore
une fois, ces anticipations ne sont pas des prvisions: elles ont  la fois un
caractre probabiliste (incertain) et conditionnel (elles dcrivent des
conditions d'volution du march). Ces prcautions pistmologiques tant
faites, voici quelques anticipations sur lesquelles se fonde la stratgie
actuelle de Numilog (le 3 fvrier 2003):

1. L'quipement des individus et des entreprises en matriel pouvant tre
utilis pour la lecture numrique dans une situation de mobilit va continuer de
progresser trs fortement dans les dix prochaines annes sous la forme de
machines de plus en plus performantes (en terme d'affichage, de mmoire, de
fonctionnalits, de lgret...) et de moins en moins chres. Cela prend ds
aujourd'hui la forme de PDA (Pocket PC et Palm Pilot), de Tablettes PC et de
Smart phones, ou de Smart displays (crans tactiles sans fil). Trois tendances
devraient tre observes: la convergence des usages (tlphone / PDA), la
diversification des types et tailles d'appareils (de la montre-PDA-tlphone 
la Tablette PC waterproof), la dmocratisation de l'accs aux machines mobiles
(des PDA pour enfants  15 euros). Si les diteurs et les libraires numriques
savent en saisir l'opportunit, cette volution reprsente un environnement
technologique et culturel au sein duquel les livres numriques, sous des formes
varies, peuvent devenir un mode naturel d'accs  la lecture pour toute une
gnration.

2. En dehors du contexte de la mobilit, la mise  disposition de publications
numriques (livres, revues, thses...) a des applications videntes pour tous
ceux qui travaillent avec des documents: enseignants, chercheurs, tudiants,
journalistes, consultants... Trois avantages sont particulirement significatifs
dans ce domaine: l'accs instantan  distance, la modularit (accs limit aux
chapitres, articles ou pages pertinents), les fonctionnalits informatiques de
recherche dans une base. Le support de lecture privilgi est alors simplement
l'ordinateur, qui permet notamment d'imprimer des pages de ces documents (mais
les frontires ordinateurs / tablettes mobiles vont devenir floues). Plusieurs
modles de distribution mergeront probablement pour ces publications: l'accs
sur abonnement  des vastes banques de textes numriss, le prt de documents
numriques.

3. Dans l'univers numrique comme dans l'univers traditionnel, la distribution
est en gnral mieux assure par des professionnels de la distribution offrant
un large catalogue de produits de marques diffrentes. Mme si Internet est un
formidable media permettant la distribution directe des livres par les auteurs
(menaant les diteurs?) et par les diteurs (menaant les distributeurs?), une
part extrmement majoritaire des ventes de livres numriques sera effectue par
des distributeurs offrant des catalogues 'multi-auteurs' et 'multi-diteurs',
plus riche  consulter par les lecteurs. Ces distributeurs ne se limiteront pas
ncessairement aux seules librairies en ligne actuelles (du type www.amazon.fr):
il peut galement s'agir de portails, ayant un accs  un grand nombre de
visiteurs (du type www.yahoo.fr) ou de portails spcialiss sur des thmes (du
type www.laportedudroit.com). C'est une des manires dont le numrique peut
changer le processus de distribution actuel. Ce modle permet galement de
penser qu'il y a un rle  jouer pour des 'diffuseurs numriques', offrant  ces
diffrents points de distribution des catalogues cls en main (droits, fichiers,
technologies de gestion des droits numriques). Numilog, au-del de sa librairie
www.numilog.com, a l'ambition de devenir un de ces diffuseurs.

4. Enfin, l'avenir du march des livres numriques dpend de la possibilit de
trouver un compromis entre trois lments: le trs lgitime souci des auteurs et
des diteurs ne pas voir leurs oeuvres pirates et diffuses librement sur des
sites Peer to Peer (du type Kazaa), la demande des lecteurs de ne pas tre
pnaliss en terme de droits d'usage sur les livres par une protection excessive
et enfin le prix des livres numriques. Les controverses actuelles en France sur
la notion d' 'exception de copie prive' dans le cadre de la transposition de la
directive europenne sur la protection des droits d'auteur numriques en sont
une excellente illustration, bien qu'elles se focalisent pour le moment plutt
sur la musique. On peut faire le pari que les compromis qui seront dgags
seront de nature multiples, selon le type de livres, le type de supports, le
type de public et qu'aucun modle uniforme ne s'imposera. A ce titre, les
modles cits plus haut d'accs sur abonnement  des banques de textes
numriques et de sites de prt de livres numriques sont de bonnes pistes. En ce
qui concerne les livres vendus en 'pay-per-view', le prix des livres numriques
s'ajustera probablement  la baisse sur les droits d'usage qui sont attachs 
ces livres, une baisse de prix significative tant par ailleurs un des meilleurs
moyens de limiter la tentation du piratage et de susciter la cration d'un vaste
march. Enfin, de nombreux sites, y compris des sites commerciaux, proposeront
des textes gratuits lis  diffrents usages: change de textes au sein de
communauts de recherche ou de dbat, indits tests par le public avant de
passer dans le circuit commercial, textes du domaine public sans travail
d'dition, extraits promotionnels de livres, livres publicitaires?... Cet espace
d'accs libre  des ressources gratuites, qui se dveloppera et reprsente un
des bnfices attendus d'Internet, est tout  fait compatible avec des espaces
commerciaux d'accs payant et devrait mme en tre conu comme complmentaire
dans le cadre des multiples opportunits de synergies entre diffrentes formes
de distribution qu'offrent les publications numriques."


# [ANNEXE] COMMENTAIRES


Ce travail de recherche a vu le jour ds 1995. Il s'est d'abord intitul De
l'imprim  Internet, avec une premire synthse publie en 1999 par les
ditions 00h00 (version PDF et version imprime) puis en 2001 par le Net des
tudes franaises (version web). Il s'est poursuivi au fil des ans avec deux
nouveaux titres: Entretiens (1998-2001), qui regroupe une centaine d'entretiens
avec des professionnels du livre et apparents, et Le Livre 010101 (1993-2003),
un ouvrage de synthse en deux volumes (voir plus haut). L'ensemble est publi
en ligne sur le Net des tudes franaises (NEF), bas  l'Universit de Toronto
(Canada), tout comme nombre d'enqutes et d'articles connexes. A la demande des
adeptes du format PDF, Le Livre 010101 est galement distribu gratuitement par
la librairie numrique Numilog. Voici les commentaires de plusieurs
participants, rassembls pour la plupart au cours de l'anne 2005.

Anne-Bndicte Joly, crivain-diteur, qui auto-dite ses oeuvres et les promeut
sur son site web: "J'ai collabor  trois reprises avec Marie Lebert dans le
cadre de ses travaux de recherche. Non seulement l'exprience s'est parfaitement
droule grce au trs grand professionnalisme dont Marie Lebert a su faire
preuve tout au long de nos travaux (tant durant la phase analyse que durant la
phase restitution avant validation), mais aussi elle a accompagn ces dmarches
d'un soutien et d'une communication de tous les instants. Une fois les travaux
effectus et les donnes rassembles dans un ouvrage, dont la qualit et la
pertinence font aujourd'hui rfrence (dans le monde de l'dition numrique),
Marie Lebert a attach une grande importance au retour d'information auprs des
personnes interviewes. Participer dans ces conditions  de tels travaux
d'analyse et collaborer de cette manire ont t des tapes particulirement
intressantes  de nombreux gards." (fvrier 2005)

Olivier Bogros, directeur de la Mdiathque de Lisieux et crateur de la
Bibliothque lectronique de Lisieux: "Notre premire collaboration avec Marie
Lebert remonte  juin 1998, poque  laquelle elle s'tait lance dans sa srie
d'entretiens en ligne consacrs aux acteurs de l'internet littraire, encore
pionniers. La simplicit apparente de sa mthode faisait apparatre par la
confrontation des opinions la richesse du sujet et du projet. Les mises  jour
des entretiens permettent de suivre au fil des ans les modifications importantes
des sites littraires lies au dveloppement de l'internet grand public." (mars
2005)

Pierre Schweitzer, architecte designer, inventeur du projet @folio, une tablette
numrique de lecture nomade: "J'ai particip en janvier 2001 aux Entretiens de
Marie Lebert et dcouvert sa prodigieuse enqute sur le texte, le livre,
l'imprim et leurs mutations  l'heure des nouvelles technologies de
l'information et d'internet. L'enqute ralise par Marie est  ma connaissance
une des plus approfondies et des mieux fouilles sur le sujet. Sortant des
sentiers battus, son enqute agrge une somme impressionnante d'interviews, tout
 fait remarquable par la diversit des clairages offerts et par la varit des
points de vue recueillis. Les Entretiens de Marie furent pour moi-mme une
source d'information passionnante et un document de rfrence vers lequel j'ai
pris l'habitude de renvoyer mes interlocuteurs ou certains amateurs clairs.
Car son travail est aussi agrable et efficace dans sa forme: l'criture
hypertexte est investie avec passion, got et malice: la mise en ligne et les
traductions offertes en facilitent grandement l'accs. Voici en quelques mots
succincts ma perception du travail patient et gnreux de Marie, qui fait
d'elle,  mes yeux, une des spcialistes les mieux aviss et les plus constants
d'un domaine qui, malgr les soubresauts et certaines dsillusions, n'a pas
encore fini de nous dire ses derniers mots..." (avril 2005)

Nicolas Pewny, fondateur des ditions du Choucas, puis consultant publishing et
internet: "J'ai eu le plaisir de suivre les recherches de Marie Lebert. Elle
s'est intresse  l'internet et au tltravail  une poque o ils n'taient
connus que de quelques initis. Elle a su voir trs tt les consquences des
bouleversements apports dans le monde du livre par l'internet et les
technologies numriques. Marie Lebert a fait un gigantesque travail de
recherche, vritable travail de prcurseur, pour en faire l'historique et la
synthse, dans ses ouvrages Le Livre 010101. Ces ouvrages sont et resteront des
documents incontournables pour qui veut comprendre les mutations profondes que
l'internet engendre." (fvrier 2005)

Peter Raggett, directeur du Centre de documentation et d'information (CDI) de
l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement conomiques): "J'ai
particip aux Entretiens de Marie Lebert dans le cadre de son projet de
recherche Le Livre 010101 et j'ai t impressionn par ses connaissances des
derniers dveloppements dans le domaine de l'dition lectronique et par l'tude
approfondie qu'elle a rdige. Cette tude est l'une des oeuvres les plus
importantes sur l'utilisation des nouvelles technologies dans l'dition." (avril
2005)

Philippe Renaut, rdacteur en chef d'Edition-actu, lettre d'information de
CyLibris, et grant des ditions du Presse-Temps: "J'ai eu l'occasion de
collaborer avec Marie Lebert dans le cadre de ses recherches en ligne. Marie
fait preuve d'un professionnalisme et d'une honntet intellectuelle sans faille
qui apporte  tous ses travaux une crdibilit et une dynamique exceptionnelles.
Sa recherche sur l'dition en ligne, fouille et argumente, a t diffuse
logiquement sur le web par moyens numriques, apportant ainsi une preuve
supplmentaire de la conviction de Marie pour l'avnement d'une re numrique
dans la lecture et la diffusion de la culture." (avril 2005)

Jean-Paul, webmestre du site hypermdia cotres.net: "C'tait la dernire
dcennie de notre 2e millnaire. L'Histoire frappe  la porte, puis la fracasse:
l'Internet (il porte encore une majuscule) fait irruption. C'est l're, l'erre
et l'aire des pionniers de la Toile, des chemineaux de ce continent incertain
que des banquiers terroriss tentent de coloniser avant leurs concurrents, que
des mohicans blouis explorent dans le ravissement. Marie en est. Elle arpente
le net (c'est encore possible pour un/e solitaire), va de l'un  l'autre,
interviewe, noue des liens, suscite les rencontres, les changes. Fidle 
l'esprit du temps, cela se fait dans la transparence, d'gal  gal,  la
terrasse ouverte des cafs pas toujours virtuels. D'anne en anne, les mises 
jour se font quasiment en direct, on peut suivre l'volution (ultra-rapide) du
bouleversement qu'opre l'imprialisme du rseau des rseaux sur toutes sortes
d'activits humaines, tout particulirement dans le royaume d'lection de Marie:
l'criture, et tout ce qui s'y rattache, de la plume (d'acier)  la presse (de
plomb). Le Livre 010101 sera la somme de cette exprience: une mine d'infos et
d'adresses indispensables  quiconque cherchait quelques amers dans le vaste
ocan du net." (dcembre 2005)

Marc Autret, journaliste et infographiste: "C'est tout naturellement chez
Numilog que la journaliste Marie Lebert a mis en circulation sa remarquable
enqute: Le Livre 010101 (version 2002, 158 pp., 1 Mo, ndlr). En quelque 158
pages, elle prsente d'innombrables acteurs de l'dition numrique, leur
dmarche, leurs problmes, leurs espoirs. Une somme d'entretiens et d'analyses
qui, par sa densit et sa qualit, tient de la prouesse. A dcouvrir." (Ecrire &
Editer, n 41, dcembre-janvier 2003)

Denis Zwirn, prsident de Numilog, grande librairie de livres numriques et
prestataire de services: "Marie Lebert est entre en contact avec la socit
Numilog en fvrier 2001  l'occasion de la rdaction de son livre d'entretiens
avec des spcialistes du livre lectronique Le Livre 010101. Cet ouvrage, qui
porte sur deux priodes (1993-1998 et 1998-2003), fait un point extrmement
complet sur l'historique et les dveloppements actuels des livres numriques
dans le monde. Il recense, compare et classifie de manire trs instructive les
points de vue et expriences de la plupart des pionniers de l'dition numrique,
en particulier francophone. Le travail d'interviews effectu par Marie Lebert
tmoigne d'une grande connaissance des enjeux et problmatiques de ce secteur.
Il invite les spcialistes de ces nouvelles manires d'crire, d'diter et de
distribuer des livres  engager avec Marie Lebert une discussion constructive
afin d'claircir leur propre contribution et leur propre analyse de ce secteur.
L'dition numrique reprsente une innovation forte et profonde de la filire
livre, qui comporte des aspects multidisciplinaires et concerne des acteurs de
types trs diffrents: auteurs, diteurs, universitaires, entreprises de
commerce lectronique. Marie Lebert a accompli  cet gard  travers cet ouvrage
un important travail de pionnier pour en effectuer la toute premire synthse
francophone existant au monde et pour la communiquer  tous les publics
intresss par ces innovations, par l'unit qu'elles peuvent receler, les paris
sur lesquels elles reposent et les interrogations qu'elles soulvent quant  son
avenir. Marie Lebert est devenue de ce fait une des meilleures spcialistes
mondiales du sujet. Son travail lui a par ailleurs permis de crer un rseau de
communication unique entre les spcialistes du livre lectronique, utile  toute
la filire dans la mesure o par son intermdiaire de nombreux et utiles
changes ont pu se nouer entre diffrents professionnels et donner naissance 
des projets concrets de coopration.

Marie Lebert accomplit avec une grande rigueur un travail indispensable et qui
restera une rfrence pour l'tude de ce nouveau secteur, porteur d'une
rvolution potentiellement majeure pour l'dition et au-del pour la diffusion
de la connaissance et pour l'ducation. Elle le fait avec un grand srieux dans
l'analyse, dans l'utilisation des concepts, tant thoriques que techniques ou
conomiques, si tant est que tous ces plans d'analyse sont ncessaires pour
comprendre de manire complmentaire et en profondeur les enjeux de l'dition
numrique. Son approche trs objective et complte des enjeux du secteur permet
par ailleurs de prsenter  la fois les modles non commerciaux d'dition
numrique, lis aux approches d'crivains inventant de nouvelles formes de
cration et de diffusion littraire ou aux tenants de l'internet libre et
gratuit, et les modles commerciaux, lis aux entreprises d'dition ou aux
professionnels du commerce lectronique. Elle invite  rflchir sur les
contradictions et/ou les complmentarits entre ces deux types de modles, une
question essentielle qui traverse aujourd'hui toute l'conomie d'internet et des
biens numriques culturels. Compte tenu de sa valeur, la librairie Numilog a
choisi de diffuser le travail de Marie Lebert sur son site afin que ses
visiteurs puissent librement le tlcharger, le consulter et mieux s'informer
sur les livres numriques qui reprsentent notre activit principale." (fvrier
2005)

[Quelques annes aprs, Le Livre 010101 est suivi d'un nouveau livre de
synthse, Les mutations du livre, publi en septembre 2007.]


SITES ET PAGES WEB


Plutt que la bibliographie d'usage, voici une liste de sites et pages web,
nettement plus facile  utiliser tant donn le sujet. Cette liste est classe
par ordre alphabtique.

ABU: la bibliothque universelle: http://abu.cnam.fr/

AcqWeb's Directory of Publishers and Vendors:
http://acqweb.library.vanderbilt.edu/acqweb/pubr.html

Acrobat eBook Reader: http://www.adobe.com/products/ebookreader/

Acrobat Reader: http://www.adobe.com/products/acrobat/

Acrobat Reader (France): http://www.adobe.fr/products/acrobat/

ADBS-info: http://www.adbs.fr/wws/info/adbs-info

AddALL: http://www.addall.com/

Administration fdrale suisse - Dictionnaires lectroniques:
http://www.admin.ch/ch/f/bk/sp/dicos/dicos.html

Adobe Acrobat: http://www.adobe.com/products/acrobat/

Adobe Content Server: http://www.adobe.com/products/contentserver/

Adobe eBooks Central: http://www.adobe.com/epaper/ebooks/

Adobe Reader: http://www.adobe.com/products/acrobat/readermain.html

Adobe Systems: http://www.adobe.com/

Adobe Systems France: http://www.adobe.fr/

@folio: http://atfolio.u-strasbg.fr/

Agence France-Presse (AFP) - Mdias:
http://www.afp.com/francais/links/?cat=links

Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF):
http://agence.francophonie.org/

Agence universitaire de la francophonie (AUF): http://www.auf.org/

@graph: http://www.agraph.org/

Alapage: http://www.alapage.com/

Alis Technologies: http://www.alis.com/

Amazon.com: http://www.amazon.com/

Amazon.com eBooks: http://www.amazon.com/ebooks/

Amazon.fr: http://www.amazon.fr/

American National Standards Institute (ANSI): http://www.ansi.org/

American Society for Information Science and Technology (ASIST):
http://www.asis.org/

Anacoluthe: http://www.anacoluthe.com/

Analyse et traitement informatique de la langue franaise (ATILF):
http://www.atilf.fr/

Ancion, Nicolas (site): http://ibelgique.ifrance.com/ancion/

Andrachmes, Alex (site): http://www.webserial.be.tf/

APELSE (Association pour la promotion de l'criture et de la lecture sur support
lectronique): http://www.apelse.asso.fr/

APELSE - Forum: http://www.apelse.asso.fr/forum/

Apple: http://www.apple.com/

Ariel: http://www.infotrieve.com/ariel/

ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French Language):
http://humanities.uchicago.edu/orgs/ARTFL/

ASCII (American standard code for information interchange):
http://www.asciitable.com/

Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS):
http://www.adbs.fr/

Association europenne pour les ressources linguistiques (ELRA):
http://www.icp.grenet.fr/ELRA/

Association for Computational Linguistics (ACL):
http://www.cs.columbia.edu/~acl/

Association franaise pour la lecture: http://www.lecture.org/

Association of Research Libraries (ARL): http://www.arl.org/

Association pour la promotion de l'criture et de la lecture sur support
lectronique (APELSE): http://www.apelse.asso.fr/

Athena: http://un2sg4.unige.ch/athena/

Athena Literature Resources: http://un2sg4.unige.ch/athena/html/booksite.html

ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue franaise):
http://www.atilf.fr/

Audible.com: http://www.audible.com/

Autre Terre (Une): http://www.une-autre-terre.net/

Bac-L: http://www.bac-l.com/

Barnes & Noble: http://www.bn.com/

Barnes & Noble Digital: http://ebooks.bn.com/bn_digital

Barnes & Noble eBooks: http://ebooks.bn.com/

Benetech: http://www.benetech.org/

Berkeley Libraries: http://library.berkeley.edu/

Berners-Lee, Tim (site): http://www.w3.org/People/Berners-Lee/

Bertelsmann: http://www.bertelsmann.de/

Bible de Gutenberg: http://prodigi.bl.uk/gutenbg/

Biblio-fr: http://www.cru.fr/Listes/biblio-fr@cru.fr/

Biblio On Line: http://www.biblionline.com/

Bibliopolis: http://www.bibliopolis.fr/

Bibliothque lectronique de Lisieux (La): http://www.bmlisieux.com/

Bibliothque et Archives du Canada: http://www.nlc-bnc.ca/

Bibliothque municipale de Lyon: http://www.bm-lyon.fr/

Bibliothque nationale de France (BnF): http://www.bnf.fr/

Bibliothque nationale de France (BnF) - Signets (Les):
http://www.bnf.fr/pages/liens/

Bibliothque nationale du Qubec (BNQ): http://www.bnquebec.ca/

Bibliothque nationale du Qubec (BNQ) - Catalogue multimdia:
http://www.biblinat.gouv.qc.ca:6611/

Bibliothque publique d'information (Centre Pompidou): http://www.bpi.fr/

BIEF (Bureau international de l'dition franaise): http://bief.org/

BIEF - Editeurs: http://bief.org/editeurs/

Blackwell's: http://www.blackwell.com/

Bluetooth: http://www.bluetooth.com/

Bogros, Olivier (site): http://www.miscellanees.com/

BOL.com: http://www.bol.com/

BookFinder.com: http://www.bookfinder.com/

BookSense.com: http://www.booksense.com/

Bookshare.org: http://www.bookshare.org/

Bookweb.org: http://www.bookweb.org/

Boutiny, Lucie de (site): http://www.synesthesie.com/boutiny/

BrailleNet: http://www.braillenet.org/

BrailleNet - Base de donnes Hlne: http://www.braillenet.org/bv/helene/

BrailleNet - Bibliothque virtuelle: http://www.inrialpes.fr/braillenet/BV/

BrailleNote: http://www.braillenote.com/

Brandenbourger, Anne-Ccile (site): http://www.anacoluthe.com/

British Library (The): http://www.bl.uk/

British Library Public Catalogue (BLPC) (The): http://blpc.bl.uk/

Budapest Open Access Initiative: http://www.soros.org/openaccess/

Bureau international de l'dition franaise (BIEF): http://bief.org/

Calcre.com - Information et dfense des auteurs: http://www.calcre.com/

Captain-doc: http://www.captaindoc.com/

Catalogue collectif de France (CCFr): http://www.ccfr.bnf.fr/

Catalogue critique des ressources textuelles sur internet (CCRTI):
http://www.terminalf.net/ccrti/

Centre d'arbitrage et de mdiation de l'OMPI:
http://arbiter.wipo.int/center/index-fr.html

Centre international francophone de documentation et d'information (CIFDI):
http://cifdi.francophonie.org/

Champollion Wordfast: http://www.wordfast.org/

Charte des Nations Unies: http://www.un.org/french/aboutun/charte/

Charter of the United Nations: http://www.un.org/aboutun/charter/

Choucas (Le): http://www.choucas.com/

Chroniques de Cybrie (Les): http://cyberie.qc.ca/chronik/

Cloutier, Jean-Pierre (site): http://cyberie.qc.ca/jpc/

Club des potes: http://www.franceweb.fr/poesie/

Coelho, Paulo (site): http://www.paulocoelho.com/

Commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada: http://www.ocol-clo.gc.ca/

Consortium DAISY: http://www.daisy.org/

Consortium Unicode: http://www.unicode.org/consortium/consort.html

Consortium W3C: http://www.w3.org/

Convention universelle sur le droit d'auteur:
http://www2.unesco.org/clt-bv/html_fr/convauteur1.htm

Cotres furtifs: http://www.cotres.net/

Courrier international - Kiosque:
http://www.courrierinternational.com/kiosk/kiosq.htm

CyLibris: http://www.cylibris.com/

DAISY Consortium: http://www.daisy.org/

Dall'Armellina, Luc (site): http://lucdall.free.fr/

Dawson Holdings PLC: http://www.dawson.co.uk/

Decitre: http://www.decitre.fr/

Dlgation gnrale  la langue franaise et aux langues de France (DGLF):
http://www.culture.fr/culture/dglf/

DialogWeb: http://www.dialogweb.com/

Diamedit: http://www.royalement-votre.com/diamedit/

Dictionnaire universel francophone en ligne:
http://www.francophonie.hachette-livre.fr/

Dictionnaires (ATILF): http://www.atilf.fr/dictionnaires/

Dictionnaires lectroniques: http://www.admin.ch/ch/f/bk/sp/dicos/dicos.html

DictSearch: http://www.foreignword.com/Tools/dictsrch.htm

Digital Audio Information System (DAISY): http://www.daisy.org/

DOI (Digital Object Identifier): http://www.doi.org/

DOI Foundation: http://www.doi.org/welcome.html

eBook Community (The): http://groups.yahoo.com/group/ebook-community/

eBook Europe (Paris): http://www.ebook-europe.com/

eBookMan (Franklin): http://www.franklin.com/ebookman/

Ebrary: http://www.ebrary.com/

Ecole nationale suprieure des sciences de l'information et des bibliothques
(ENSSIB): http://www.enssib.fr/

Ecole normale suprieure (ENS) de Paris: http://www.ens.fr/

Ecole pratique des hautes tudes (EPHE): http://www.ephe.sorbonne.fr/

Ecrire & Editer Magazine: http://www.calcre.com/cat/mag/

E-critures: http://fr.groups.yahoo.com/group/e-critures/

Editel: http://www.editel.com/

Edition Actu: http://www.cylibris.com/cgi-bin/lettre.cgi

Editions 00h00: http://www.00h00.com/

E Ink: http://www.eink.com/

Electre: http://www.electre.com/home.asp

Encarta: http://encarta.msn.com/

Encyclopaedia Britannica: http://www.britannica.com/

Encyclopaedia Universalis: http://www.universalis-edu.com/

Encyclopdie Hachette: http://www.encyclopedie-hachette.com/

Endangered Language Repository: http://www.yourdictionary.com/elr/

Entreliens (Net des tudes franaises):
http://www.etudes-francaises.net/entreliens/

Entretiens (Net des tudes franaises):
http://www.etudes-francaises.net/entretiens/

Entretiens - base interactive:
http://www.etudes-francaises.net/nefbase/lebert_tact.htm

Ethnologue - Languages of the World: http://www.ethnologue.com/

EUR-Lex: http://europa.eu.int/eur-lex/

Eurodicautom: http://europa.eu.int/eurodicautom/

Europa: http://www.europa.eu.int/

Europa - Intellectual property:
http://europa.eu.int/comm/internal_market/en/intprop/docs/

Europa - Proprit intellectuelle:
http://europa.eu.int/comm/internal_market/fr/intprop/docs/

European Association for Machine Translation (EAMT): http://www.eamt.org/

European Language Resources Association (ELRA): http://www.icp.grenet.fr/ELRA/

European Minority Languages: http://www.smo.uhi.ac.uk/saoghal/mion-chanain/en/

European Network of Excellence in Human Language Technologies (ELSNET):
http://www.elsnet.org/

Fables pour l'an 2000: http://www.choucas.com/legend.html

Fdration internationale des journalistes (IFJ): http://www.ifj.org/

Fdration internationale des traducteurs (FIT): http://www.fit-ift.org/

Fdration nationale de la presse franaise (FNPF): http://www.fedepresse.org/

Fnac: http://www.fnac.com/

Foire internationale du livre de Francfort: http://www.frankfurt-book-fair.com/

France Antiques: http://www.franceantiq.fr/

France Loisirs: http://www.franceloisirs.com/

France Tlcom R&D: http://www.rd.francetelecom.fr/

FRANCIL (Rseau francophone de l'ingnierie de la langue):
http://www.limsi.fr/Recherche/FRANCIL/frcl.html

Frankfurt Book Fair: http://www.frankfurt-book-fair.com/

Franklin Electronic Publishers: http://www.franklin.com/

Franklin Electronic Publishers - eBooks: http://www.franklin.com/ebooks/

Frantext (ATILF): http://www.inalf.fr/frantext.htm

Free Software Foundation (FSF): http://www.gnu.org/

French Publishers' Agency: http://www.frenchpubagency.com/

FTPress (French Touch Press) - Groupe: http://www.ftpress-groupe.com/

FTPress (French Touch Press) - Portail: http://www.ftpress.com/

Furet du Nord (Le): http://www.furet.com/

Gabriel (Gateway to Europe's National Libraries): http://portico.bl.uk/gabriel/

Galaxy Library: http://www.galaxylibrary.com/

Gallica: http://gallica.bnf.fr/

Gemstar eBook (Deutschland): http://www.gemstar-ebook.com/de/

Gemstar eBook (USA): http://www.gemstar-ebook.com/

Gemstar eBook - devices (USA):
http://www.gemstarebook.com/ebcontent/devices/default.asp

Gemstar-TV Guide International: http://www.gemstartvguide.com/

Global Reach: http://global-reach.biz/

Global Reach - Internet Statistics: http://www.glreach.com/globstats/

Gloupsy.com: http://www.gloupsy.com/

GNU (GNU's Not Unix): http://www.gnu.org/

GNU General Public License: http://www.gnu.org/copyleft/gpl.html

GNU Project - Copyleft: http://www.gnu.org/copyleft/copyleft.html

Godefroy, Raymond (site): http://www.choucas.com/legend.html

Google: http://www.google.com/

Google (franais): http://www.google.fr/

Google Directory: http://directory.google.com/

Google Groups: http://groups.google.com/

Google Language Tools: http://www.google.com/language_tools

Gordon and Betty Moore Foundation: http://www.moore.org/

Grand dictionnaire terminologique (GDT): http://www.granddictionnaire.com/

Groupe d'tude pour la traduction automatique (GETA):
http://www-clips.imag.fr/geta/

Gutenberg (Bible): http://prodigi.bl.uk/gutenbg/

Gutenberg (Project): http://www.gutenberg.net/

Gyricon Media: http://www.gyriconmedia.com/

Handicapzro: http://www.handicapzero.org/

HarperCollins (PerfectBound): http://www.harpercollins.com/hc/perfectbound/

Harry Potter (J.K. Rowling): http://www.jkrowling.com/

Harry Potter (Scholastic): http://www.scholastic.com/harrypotter/home.asp

HighWire Press: http://www.highwire.org/

HLT (Human Language Technologies) Central: http://www.hltcentral.org/

HTML (W3C): http://www.w3.org/MarkUp/

HTTP (W3C): http://www.w3.org/Protocols/

HyperNietzsche: http://www.hypernietzsche.org/

Hypertextes Hypermdias (H2ptm): http://h2ptm.hymedia.univ-paris8.fr/

Ibiblio: http://www.ibiblio.org/

IBM: http://www.ibm.com/

IBM Research: http://www.research.ibm.com/

IBM WebSphere Translation Server:
http://www-3.ibm.com/software/pervasive/products/voice/translation_server.shtml

IFLANET: http://www.ifla.org/

iLoveLanguages: http://www.ilovelanguages.com/

Ingenta: http://www.ingenta.com/

Institut d'tudes politiques (IEP) de Grenoble - Centre de documentation:
http://www-sciences-po.upmf-grenoble.fr/fr/doc/document.htm

Institut de linguistique franaise (ILF): http://www.inalf.fr/ilf/

Institut des sciences du document numrique (ISDN): http://isdn.enssib.fr/

Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM): http://www.item.ens.fr/

Institut franais de Londres: http://www.institut-francais.org.uk/

Institut francophone des nouvelles technologies de l'information et de la
formation (INTIF): http://intif.francophonie.org/

Institut national de l'audiovisuel (INA): http://www.ina.fr/

Institut national de la sant et de la recherche mdicale (INSERM):
http://www.inserm.fr/

Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA):
http://www.inria.fr/

Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) -
Rhne-Alpes: http://www.inrialpes.fr/

Institut Pasteur: http://www.pasteur.fr/externe

Institut Pasteur - Mdiathque: http://www.pasteur.fr/infosci/biblio/

International Committee on Computational Linguistics (ICCL):
http://www.dcs.shef.ac.uk/research/ilash/iccl/

International DOI (Digital Object Identifier) Foundation: http://www.doi.org/

International eBook Award Foundation (IEBAF): http://www.iebaf.org/

International Federation of Journalists (IFL): http://www.ifj.org/

International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA):
http://www.ifla.org/

International Federation of Translators (IFT): http://www.fit-ift.org/

International ISBN Agency: http://www.isbn-international.org/

International Labour Organization (ILO): http://www.ilo.org/

International League of Antiquarian Booksellers (ILAB):
http://www.ilab-lila.com/

International Organization for Standardization (ISO): http://www.iso.ch/

International Telecommunication Union (ITU): http://www.itu.int/

Internet 2: http://www.internet2.edu/

Internet Actu: http://www.internetactu.com/

Internet Bookshop: http://www.bookshop.co.uk/

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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
compressed (zipped), HTML and others.

Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
the old filename and etext number.  The replaced older file is renamed.
VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
new filenames and etext numbers.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

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This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
are filed in directories based on their release date.  If you want to
download any of these eBooks directly, rather than using the regular
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