Project Gutenberg's Le livre, de l'imprim au numrique, by Marie Lebert

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Title: Le livre, de l'imprim au numrique

Author: Marie Lebert

Release Date: April 11, 2010 [EBook #31944]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE LIVRE, DE L'IMPRIME AU NUMERIQUE ***




Produced by Al Haines




LE LIVRE, DE L'IMPRIM AU NUMRIQUE

MARIE LEBERT

NEF, Universit de Toronto, 2010

Copyright  2010 Marie Lebert. Tous droits rservs.



Ce livre est ddi  toutes les personnes
ayant rpondu  mes questions pendant dix ans,
en Europe, en Afrique, en Asie
et dans les Amriques,
avec tous mes remerciements pour leur temps
et pour leur amiti.

Une courte histoire du livre numrique - appel aussi ebook - de 1971 
nos jours, avec le Projet Gutenberg, Amazon, Adobe, Mobipocket,
Gallica, Google Books, l'Internet Archive et bien d'autres. Ce livre se
base sur quelques milliers d'heures de navigation sur le web pendant
dix ans et sur une centaine d'entretiens conduits de par le monde. Il
s'agit de la version revue et actualise de Une courte histoire de
l'ebook.

Marie Lebert, chercheuse et journaliste, s'intresse aux technologies
dans le monde du livre, des mdias et des langues. Elle est l'auteure
de plusieurs livres numriques: Une courte histoire de l'ebook (NEF,
2009), Technologies et livre pour tous (NEF, 2008), Les mutations du
livre (NEF, 2007) et Le Livre 010101 (NEF, 2003). Ses livres sont
publis par le NEF (Net des tudes franaises), Universit de Toronto,
et sont librement disponibles sur le site du NEF <www.etudes-
francaises.net> et dans le Projet Gutenberg <www.gutenberg.org>, dans
divers formats permettant leur lecture sur tout appareil lectronique.



TABLE


Introduction

Le Projet Gutenberg
  * Un pari depuis 1971
  * Du pass vers l'avenir

L'Online Books Page
  * Un rpertoire d'oeuvres en accs libre
  * Le durcissement du copyright

La presse se met en ligne
  * L'E-zine-list
  * La presse imprime

Amazon.com
  * Aux tats-Unis
  * En Europe
  * Dans le monde
  * Et les petits libraires

Les diteurs sur le rseau
  * Deux diteurs pilotes
  * Premiers diteurs lectroniques
  * diteurs traditionnels et technologies

La convergence multimdia
  * Une dfinition
  * Des interventions

La mue des bibliothques
  * Des bibliothques numriques
  * Un exemple: Gallica
  * Du bibliothcaire au cyberthcaire
  * Des catalogues en rseau

Une information multilingue
  * De l'ASCII  l'Unicode
  * De l'anglais au plurilinguisme
  * Des dictionnaires de langues en ligne

Le copyright revisit
  * Droit d'auteur et internet
  * Copyleft et Creative Commons
  * Domaine public et copyright

Une vaste encyclopdie
  * Vers un savoir numrique
  * Quelques projets pilotes

Des best-sellers numriques
  * Des logiciels de lecture
  * Stephen King ouvre la voie
  * D'autres auteurs suivent
  * Numilog, librairie numrique

Les auteurs tissent leur toile
  * Posie
  * Fables
  * Romans policiers
  * Autres oeuvres de fiction
  * Romans numriques
  * Mails-romans
  * Sites hypermdias

Vers une bibliothque plantaire
  * Google Books
  * L'Internet Archive
  * L'Open Content Alliance
  * Autres initiatives

PDA, smartphones et tablettes
  * Le projet @folio
  * Assistants personnels
  * Smartphones
  * Tablettes ddies
  * Perspectives

Conclusion

Chronologie

Remerciements



INTRODUCTION


Le livre a beaucoup chang depuis 1971.

Le livre imprim a cinq sicles et demi. Le livre numrique a bientt
quarante ans. Il est n en tant que eText #1 du Projet Gutenberg, un
projet visionnaire fond par Michael Hart en juillet 1971 pour
distribuer gratuitement les oeuvres littraires par voie lectronique.

D'abord considr comme compltement irraliste, ce projet trouve un
second souffle et un rayonnement international avec l'apparition du web
en 1990 puis la cration de Distributed Proofreaders en 2000, pour
partager la relecture des livres entre des milliers de volontaires.

Signe des temps, en novembre 2000, la British Library met en ligne la
version numrique de la Bible de Gutenberg, premier livre  avoir
jamais t imprim. Datant de 1454 ou 1455, cette Bible aurait t
imprime par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence,
en Allemagne. 48 exemplaires, dont certains incomplets, existeraient
toujours, dont trois (deux versions compltes et une partielle)  la
British Library.

En 2010, le web est devenu une gigantesque encyclopdie, une norme
bibliothque, une immense librairie et un mdium des plus complets. De
statique dans les livres imprims, l'information est devenue fluide,
avec possibilit d'actualisation constante. On peut dsormais lire un
livre sur son ordinateur, sur son assistant personnel (PDA), sur son
smartphone ou sur une tablette ddie.

Tel est le voyage que nous allons suivre, en quelques tapes, de 1971 
2010.

Ce livre est issu des multiples liens tisss sur le Net des tudes
franaises (NEF), fond en mai 2000 par Russon Wooldridge, professeur 
l'Universit de Toronto (Canada). Sauf indication contraire, les
citations sont des extraits des Entretiens du NEF <http://www.etudes-
francaises.net/entretiens/> et des entretiens qui ont suivi pour les
actualiser et les complter.



LE PROJET GUTENBERG


[Rsum]
Le premier livre numrique date de juillet 1971. Il s'agit du eText #1
du Projet Gutenberg, un projet visionnaire lanc par Michael Hart pour
crer des versions lectroniques d'oeuvres littraires et les diffuser
dans le monde entier. Au 16e sicle, Gutenberg avait permis  chacun
d'avoir des livres imprims pour un prix relativement modique. Au 21e
sicle, le Projet Gutenberg permettrait  chacun d'avoir une
bibliothque numrique gratuite. Ce projet trouve un second souffle et
un rayonnement international avec l'apparition du web en 1990 puis la
cration de Distributed Proofreaders en 2000, pour partager la
relecture des livres entre des milliers de volontaires. En 2010, le
site originel du Projet Gutenberg compte 3 millions de tlchargements
par mois, sans compter les tlchargements des 38 sites miroirs
rpartis sur toute la plante.


= Un pari depuis 1971

# Gestation

Quels furent les tous dbuts du projet? Alors tudiant  l'Universit
d'Illinois (tats-Unis), Michael Hart se voit attribuer quelques
millions de dollars de temps machine dans le laboratoire informatique
(Materials Research Lab) de son universit.

Le 4 juillet 1971, jour de la fte nationale, il saisit The United
States Declaration of Independence (La Dclaration de l'indpendance
des tats-Unis, signe le 4 juillet 1776) sur le clavier de son
ordinateur. En caractres majuscules, puisque les caractres minuscules
n'existent pas encore. Le texte lectronique reprsente 5 Ko (kilo-
octets). Mais l'envoi d'un fichier de 5 Ko  la centaine de personnes
que reprsente le rseau de l'poque aurait fait imploser celui-ci, la
bande passante tant infime. Michael diffuse donc un message indiquant
o le texte est stock - sans lien hypertexte toutefois, puisque le web
ne voit le jour que vingt ans aprs - suite  quoi le fichier est
tlcharg par six personnes.

Dans la foule, Michael dcide de consacrer ce crdit-temps de quelques
millions de dollars  la recherche des oeuvres littraires disponibles
en bibliothque et  la numrisation de celles-ci. Il dcide aussi de
stocker les textes lectroniques de la manire la plus simple possible,
au format ASCII, pour que ces textes puissent tre lus sans problme
quels que soient la machine, la plateforme et le logiciel utiliss. Au
lieu d'tre un ensemble de pages relies, le livre devient un texte
lectronique que l'on peut drouler en continu, avec des lettres
capitales pour les termes en italique, en gras et souligns de la
version imprime.

Peu aprs, Michael dfinit la mission du Projet Gutenberg: mettre  la
disposition de tous, par voie lectronique, le plus grand nombre
possible d'oeuvres littraires. Nous considrons le texte lectronique
comme un nouveau mdium, sans vritable relation avec le papier,
explique-t-il plus tard, en aot 1998. Le seul point commun est que
nous diffusons les mmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier
peut concurrencer le texte lectronique une fois que les gens y sont
habitus, particulirement dans les tablissements d'enseignement.

Aprs avoir saisi The United States Declaration of Independence en
1971, Michael poursuit ses efforts en 1972 en saisissant The United
States Bill of Rights (La Dclaration des droits amricaine). Cette
Dclaration comprend les dix premiers amendements ajouts en 1789  la
Constitution des tats-Unis (qui date elle-mme de 1787), et
dfinissant les droits individuels des citoyens et les pouvoirs
respectifs du gouvernement fdral et des tats. En 1973, un volontaire
saisit The United States Constitution (La Constitution des tats-Unis)
dans son entier.

D'anne en anne, la capacit de la disquette augmente rgulirement -
le disque dur n'existe pas encore - si bien qu'il est possible
d'envisager des fichiers de plus en plus volumineux. Des volontaires
entreprennent la numrisation de la Bible, compose elle-mme de
plusieurs livres, qui peuvent tre traits sparment et occuper chacun
un fichier diffrent.

Michael Hart dbute la saisie des oeuvres compltes de Shakespeare, avec
l'aide de volontaires, une pice de thtre aprs l'autre, avec un
fichier pour chaque pice. Cette version n'est d'ailleurs jamais mise
en ligne, du fait d'une loi plus contraignante sur le copyright entre
en vigueur dans l'intervalle, et qui vise non pas le texte de
Shakespeare, tomb depuis longtemps dans le domaine public, mais les
commentaires et notes de l'dition correspondante. D'autres ditions
annotes appartenant au domaine public seront mises en ligne quelques
annes plus tard.

Paralllement, l'internet, qui tait encore embryonnaire en 1971,
dbute vritablement en 1974, suite  la cration du protocole TCP/IP
(transmission control protocol/internet protocol). En 1983, le rseau
est en plein essor.

# De 10  1.000 ebooks

En aot 1989, le Projet Gutenberg met en ligne son dixime texte, The
King James Bible, une bible publie pour la premire fois en 1611 et
dont la version la plus connue date de 1769. L'ensemble des fichiers de
l'Ancien Testament et du Nouveau Testament reprsente 5 Mo (mga-
octets).

En 1990, les internautes sont au nombre de 250.000, et le standard en
vigueur est la disquette de 360 Ko. En janvier 1991, Michael Hart
saisit Alice's Adventures in Wonderland (Alice au pays des merveilles)
de Lewis Carroll (paru en 1865). En juillet de la mme anne, il saisit
Peter Pan de James M. Barrie (paru en 1904). Ces deux classiques de la
littrature enfantine tiennent chacun sur une disquette standard.

Arrive ensuite le web, oprationnel en 1991. Le premier navigateur,
Mosaic, apparat en novembre 1993. Lorsque l'utilisation du web se
gnralise, il devient plus facile de faire circuler les textes
lectroniques et de recruter des volontaires.

Le Projet Gutenberg rode sa mthode de travail, avec la numrisation
d'un texte par mois en 1991, deux textes par mois en 1992, quatre
textes par mois en 1993 et huit textes par mois en 1994.

En janvier 1994, le Projet Gutenberg fte son centime livre avec la
mise en ligne de The Complete Works of William Shakespeare (Les oeuvres
compltes de William Shakespeare). Shakespeare crivit l'essentiel de
son oeuvre entre 1590 et 1613.

La production continue ensuite d'augmenter, avec une moyenne de 16
textes par mois en 1995 et 32 textes par mois en 1996.

Comme on le voit, entre 1991 et 1996, la production double chaque
anne. Tout en continuant de numriser des livres, Michael coordonne
dsormais le travail de dizaines de volontaires.

 l'poque, le Projet Gutenberg s'articule en trois grands secteurs:
a) Light Literature (littrature de divertissement), qui inclut par
exemple Alice's Adventures in Wonderland, Peter Pan ou Aesop's Fables
(Les Fables d'sope); b) Heavy Literature (littrature srieuse), qui
inclut par exemple La Bible, les oeuvres de Shakespeare ou Moby Dick;
c) Reference Literature (littrature de rfrence), compose
d'encyclopdies et de dictionnaires, par exemple le Roget's Thesaurus.
Cette prsentation en trois secteurs est abandonne par la suite pour
laisser place  un classement par rubriques plus dtaill.

Le Projet Gutenberg se veut universel, aussi bien pour les oeuvres
choisies que pour le public vis, le but tant de mettre la littrature
 la disposition de tous, en dpassant largement le public habituel des
tudiants et des enseignants. Le secteur consacr  la littrature de
divertissement est destin  amener devant l'cran un public trs
divers, par exemple des enfants et leurs grands-parents recherchant le
texte lectronique de Peter Pan aprs avoir vu le film Hook, ou
recherchant la version lectronique d'Alice au pays des merveilles
aprs avoir regard l'adaptation filme  la tlvision, ou recherchant
l'origine d'une citation littraire aprs avoir vu un pisode de Star
Trek. Pratiquement tous les pisodes de Star Trek citent des livres
ayant leur correspondant numrique dans le Projet Gutenberg.

L'objectif est donc que le public, qu'il soit familier ou non avec le
livre imprim, puisse facilement retrouver des textes entendus dans des
conversations, des films, des musiques, ou alors lus dans d'autres
livres, journaux et magazines. Les fichiers lectroniques prennent peu
de place grce  l'utilisation du format ASCII. On peut facilement les
tlcharger par le biais de la ligne tlphonique. La recherche
textuelle est tout aussi simple. Il suffit d'utiliser la fonction
rechercher prsente dans n'importe quel logiciel.

En 1997, la production est toujours de 32 titres par mois. En juin
1997, le Projet Gutenberg met en ligne The Merry Adventures of Robin
Hood (Les aventures de Robin des Bois) de Howard Pyle (paru en 1883).
En aot 1997, il met en ligne son millime texte lectronique, La
Divina Commedia (La Divine Comdie) de Dante Alighieri (parue en 1321),
dans sa langue d'origine, en italien.

En aot 1998, Michael Hart crit: Mon projet est de mettre 10.000
textes lectroniques sur l'internet. [Ce sera chose faite en octobre
2003, NDLR.] Si je pouvais avoir des subventions importantes,
j'aimerais aller jusqu' un million et tendre aussi le nombre de nos
usagers potentiels de 1,x%  10% de la population mondiale, ce qui
reprsenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes
lectroniques, au lieu d'un milliard seulement.

# De 1.000  10.000 ebooks

Entre 1998 et 2000, la moyenne est constante, avec 36 textes par mois.
En mai 1999, les collections comptent 2.000 livres. Le 2.000e texte est
Don Quijote (Don Quichotte) de Cervants (paru en 1605), dans sa langue
d'origine, en espagnol.

Disponible en dcembre 2000, le 3.000e titre est le troisime volume de
A l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust (paru en 1919),
dans sa langue d'origine, en franais. La moyenne passe  104 livres
par mois en 2001.

Mis en ligne en octobre 2001, le 4.000e texte est The French Immortals
Series (La srie des Immortels franais), dans sa traduction anglaise.
Publi  Paris en 1905 par la Maison Mazarin, ce livre rassemble
plusieurs fictions d'crivains couronns par l'Acadmie franaise,
comme mile Souvestre, Pierre Loti, Hector Malot, Charles de Bernard,
Alphonse Daudet, etc.

Disponible en avril 2002, le 5.000e texte est The Notebooks of Leonardo
da Vinci (Les Carnets de Lonard de Vinci), des carnets datant du dbut
du 16e sicle et un texte lectronique qui, en 2010, se trouve toujours
dans le Top 100 des livres tlchargs.


En 1988, Michael Hart avait choisi de numriser Alice's Adventures in
Wonderland et Peter Pan parce que, dans l'un et l'autre cas, leur
version numrise tenait sur une disquette de 360 Ko, le standard de
l'poque. Quinze ans plus tard, en 2002, on dispose de disquettes de
1,44 Mo et on peut aisment compresser les fichiers en les zippant. Un
fichier standard peut dsormais comporter trois millions de caractres,
plus qu'il n'en faut pour un livre de taille moyenne, puisqu'un roman
de 300 pages numris au format ASCII reprsente un mga-octet. Un
livre volumineux tient sur deux fichiers ASCII, tlchargeables tels
quels ou en version zippe. Cinquante heures environ sont ncessaires
pour slectionner un livre de taille moyenne, vrifier qu'il est bien
du domaine public, le scanner, le corriger, le formater et le mettre en
page.

Quelques numros de livres sont rservs pour l'avenir, par exemple le
numro 1984 (eText #1984) pour le roman ponyme de George Orwell,
publi en 1949, et qui est donc loin d'tre tomb dans le domaine
public.

En 2002, les collections s'accroissent de 203 titres par mois. Au
printemps 2002, elles reprsentent le quart des oeuvres du domaine
public en accs libre sur le web, recenses de manire pratiquement
exhaustive par l'Internet Public Library (IPL). Un beau rsultat d au
patient travail de milliers de volontaires actifs dans de nombreux
pays.

1.000 livres en aot 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en
dcembre 2000, 4.000 livres en octobre 2001, 5.000 livres en avril
2002, 10.000 livres en octobre 2003. Le 10.000e livre est The Magna
Carta, qui fut le premier texte constitutionnel anglais, sign en 1215.

Entre avril 2002 et octobre 2003, les collections doublent, passant de
5.000  10.000 livres en dix-huit mois. La moyenne mensuelle est de 348
livres numriss en 2003.

Dix mille livres. Un chiffre impressionnant quand on pense  ce que
cela reprsente de pages scannes, relues et corriges. Cette
croissance rapide est due  l'activit de Distributed Proofreaders
(DP), un site conu en 2000 par Charles Franks pour permettre la
correction partage. Les volontaires choisissent un livre en cours de
traitement pour relire et corriger une page donne. Chacun travaille 
son propre rythme. A titre indicatif, il est conseill de relire une
page par jour. C'est peu de temps sur une journe, et c'est beaucoup
pour le projet.

En aot 2003, un CD-ROM Best of Gutenberg est disponible avec une
slection de 600 livres. En dcembre 2003, date  laquelle le Projet
Gutenberg franchit la barre des 10.000 livres, la quasi-totalit des
livres (9.400 livres) est grave sur un DVD. CD-ROM et DVD sont envoys
gratuitement  qui en fait la demande. Libre ensuite  chacun de faire
autant de copies que possible et de les distribuer autour de soi.

# De 10.000  20.000 ebooks

En dcembre 2003, les collections approchent les 11.000 livres.
Plusieurs formats sont dsormais prsents, par exemple les formats
HTML, XML et RTF, le format principal - et obligatoire - restant
l'ASCII. Le tout reprsente 46.000 fichiers, soit une capacit totale
de 110 Go (giga-octets). Le 13 fvrier 2004, date de la confrence de
Michael Hart au sige de l'UNESCO  Paris, les collections comprennent
trs exactement 11.340 livres dans 25 langues. En mai 2004, les 12.500
livres disponibles reprsentent 100.000 fichiers dans vingt formats
diffrents, soit une capacit totale de 135 Go, destine  doubler
chaque anne avec l'ajout d'environ 300 livres par mois (338 livres en
2004).

Paralllement, le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC), qui avait
t lanc en 1997 pour rassembler des collections de livres numriques
dj existantes et provenant de sources extrieures, est officiellement
affili au Projet Gutenberg en 2003.

Par ailleurs, un projet europen est lanc  l'instigation du Projet
Rastko, bas  Belgrade, en Serbie. Distributed Proofreaders Europe
dbute en dcembre 2003, et le Projet Gutenberg Europe en janvier 2004,
avec cent livres disponibles en avril 2005. Les livres sont en
plusieurs langues pour reflter la diversit linguistique prvalant en
Europe, avec cent langues prvues sur le long terme.

En janvier 2005, le Projet Gutenberg fte ses 15.000 livres, avec la
mise en ligne de The Life of Reason (La vie de raison) de George
Santayana (paru en 1906).

En juin 2005, le nombre de livres s'lve  16.000. Si 25 langues
seulement taient prsentes en fvrier 2004, 42 langues sont
reprsentes en juin 2005, dont le sanscrit et les langues mayas. En
dcembre 2006, on compte 50 langues. A la date du 16 dcembre 2006, les
langues comprenant plus de 50 titres sont l'anglais (17.377 livres), le
franais (966 titres), l'allemand (412 titres), le finnois (344
titres), le hollandais (244 titres), l'espagnol (140 titres), l'italien
(102 titres), le chinois (69 titres), le portugais (68 titres) et le
tagalog (51 titres).

Lanc en aot 2001, le Project Gutenberg Australia fte ses 500 livres
en juillet 2005, tandis que deux Projets Gutenberg sont en gestation au
Canada et au Portugal.

En dcembre 2006, le Projet Gutenberg franchit la barre des 20.000
livres. Le 20.000e livre est un livre audio, Twenty Thousand Leagues
Under the Sea, version anglaise de Vingt mille lieues sous les mers de
Jules Verne (publi en 1869). La moyenne est de 345 nouveaux livres par
mois en 2006.

S'il a fallu 32 ans, de juillet 1971  octobre 2003, pour numriser les
10.000 premiers livres, il n'aura fallu que trois ans et deux mois,
d'octobre 2003  dcembre 2006, pour numriser les 10.000 livres
suivants.

 la mme date, le Project Gutenberg Australia approche les 1.500
livres (c'est chose faite en avril 2007) et le Projet Gutenberg Europe
compte 400 livres.

La section Project Gutenberg PrePrints dbute en janvier 2006 pour
accueillir de nouveaux documents suffisamment intressants pour tre
mis en ligne, mais ne pouvant tre intgrs aux collections existantes
sans traitement ultrieur par des volontaires, pour diverses raisons:
collections incompltes, qualit insuffisante, conversion souhaite
dans un autre format, etc. Cette section comprend 379 titres en
dcembre 2006, et plus de 2.000 titres deux ans aprs.

# De 20.000  30.000 ebooks

Le blog Project Gutenberg News dbute en novembre 2006  l'instigation
de Mike Cook. Ce blog complte les lettres d'information (hebdomadaire
et mensuelle) existant depuis nombre d'annes.

Le blog offre par exemple les statistiques de production hebdomadaires,
mensuelles et annuelles depuis 2001.

La production hebdomadaire est de 24 livres en 2001, 47 livres en 2002,
79 livres en 2003, 78 livres en 2004, 58 livres en 2005, 80 livres en
2006 et 78 livres en 2007.

La production mensuelle est de 104 livres en 2001, 203 livres en 2002,
348 livres en 2003, 338 livres en 2004, 252 livres en 2005, 345 livres
en 2006 et 338 livres en 2007.

La production annuelle est de 1.244 livres en 2001, 2.432 livres en
2002, 4.176 livres en 2003, 4.058 livres en 2004, 3.019 livres en 2005,
4.141 livres en 2006 et 4.049 livres en 2007.

Le Projet Gutenberg Canada (PGC) voit le jour le 1er juillet 2007, le
jour de la fte nationale,  l'instigation de Michael Shepard et David
Jones. Il est suivi de Distributed Proofreaders Canada (DPC), avec une
production qui dbute en dcembre 2007. Les cent premiers livres sont
disponibles en mars 2008, avec des livres en anglais, en franais et en
italien.

Distributed Proofreaders (DP), lanc en octobre 2000, comptabilise
52.000 volontaires en janvier 2008, avec un nombre total de 11.950
livres traits en sept ans et trois mois. Distributed Proofreaders
Europe (DP Europe), lanc en dcembre 2003, comptabilise 1.500
volontaires. Distributed Proofreaders Canada (DPC), lanc en dcembre
2007, comptabilise 250 volontaires.

Le Projet Gutenberg franchit la barre des 25.000 livres en avril 2008.
Le 25.000e livre est English Book Collectors (Collectionneurs de livres
anglais) de William Younger Fletcher (publi en 1902). Le Projet
Gutenberg Europe atteint les 500 livres en octobre 2008.

Le Projet Gutenberg comptabilise 30.000 livres en octobre 2009. Le
30.000e livre est The Bird Book (Le livre des oiseaux), de Chester
Albert Reed (publi en 1915).


= Du pass vers l'avenir

Le pari fait par Michael Hart en 1971 est donc russi, avec une
progression assez impressionnante si on pense au nombre de pages relues
et corriges. Mais les rsultats du Projet Gutenberg ne se mesurent pas
seulement  ces chiffres. Les rsultats se mesurent aussi  l'influence
du projet, qui est considrable. Premier site d'information sur
l'internet et premire bibliothque numrique, le Projet Gutenberg a
inspir bien d'autres bibliothques numriques au fil des ans, par
exemple le Projekt Runeberg pour la littrature scandinave ou le
Projekt Gutenberg-DE pour la littrature allemande, pour n'en citer que
deux.

La structure administrative et financire du Projet Gutenberg se limite
au strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots: Less is
more. Michael Hart insiste rgulirement sur la ncessit d'un cadre
aussi souple que possible laissant toute initiative aux volontaires, et
la porte grande ouverte aux ides nouvelles. Le but est d'assurer la
prennit du projet indpendamment des crdits, des coupures de crdits
et des priorits culturelles, financires et politiques du moment. Pas
de pression possible donc par le pouvoir et par l'argent. Et respect 
l'gard des volontaires, qui sont assurs de voir leur travail utilis
pendant de nombreuses annes, si ce n'est pour plusieurs gnrations,
d'o l'intrt d'un format numrique qui soit toujours valable dans
quelques sicles. Le suivi rgulier du projet est assur grce  une
lettre d'information hebdomadaire et mensuelle, des forums de
discussion, des wikis et des blogs.

Les dons servent  financer des ordinateurs et des scanners, et 
envoyer des CD-ROM et DVD gratuits  tous ceux qui en font la demande.
Suite au CD-ROM Best of Gutenberg disponible en aot 2003 avec une
slection de 600 titres et  un premier DVD disponible en dcembre 2003
avec 9.400 titres, un deuxime DVD est disponible en juillet 2006 avec
17.000 titres. A partir de 2005, CD-ROM et DVD sont disponibles sous
forme d'images ISO sur le site de BitTorrent, ces images pouvant tre
tlcharges pour graver des CD-ROM et DVD sur place  titre personnel.
En 2007, le Projet Gutenberg envoie 15 millions de livres par voie
postale sous forme de CD-ROM et DVD.

Chose souvent passe sous silence, Michael Hart est le vritable
inventeur de l'ebook. Si on considre l'ebook dans son sens
tymologique,  savoir un livre numris pour diffusion sous forme de
fichier lectronique, celui-ci aurait bientt quarante ans et serait n
avec le Projet Gutenberg en juillet 1971. Une paternit beaucoup plus
rconfortante que les divers lancements commerciaux dans un format
propritaire ayant maill le dbut des annes 2000. Il n'y a aucune
raison pour que la dnomination ebook ne dsigne que l'ebook
commercial et soit rserve aux Amazon, Barnes & Noble, 00h00, Gemstar,
Google Books et autres. L'ebook non commercial est un ebook  part
entire - et non un parent pauvre - tout comme l'dition lectronique
non commerciale est une forme d'dition  part entire, et tout aussi
valable que l'dition commerciale. En 2003, les etexts du Projet
Gutenberg deviennent des ebooks, pour coller  la terminologie
ambiante.

En juillet 1971, l'envoi d'un fichier de 5 Ko  cent personnes aurait
fait sauter l'embryon de rseau disponible  l'poque. En novembre
2002, le Projet Gutenberg peut mettre en ligne les 75 fichiers du Human
Genome Project -  savoir le squenage du gnome humain -, chaque
fichier se chiffrant en dizaines sinon en centaines de mga-octets.
Ceci peu de temps aprs la parution initiale du Human Genome Project en
fvrier 2001, puisqu'il appartient d'emble au domaine public.

En 2004, la capacit de stockage des disques durs est telle qu'il
serait possible de faire tenir l'intgralit de la Library of Congress
au format texte sur un support de stockage cotant 140 dollars US. Et
quelques annes seulement nous spareraient d'une cl USB (universal
serial bus) permettant de stocker l'intgralit du patrimoine crit de
l'humanit.

La demande est norme. En tmoigne le nombre de tlchargements, qui se
comptent dsormais en dizaines de milliers par jour.

A la date du 31 juillet 2005, on compte 37.532 fichiers tlchargs
dans la journe, 243.808 fichiers tlchargs dans la semaine et
1.154.765 fichiers tlchargs dans le mois.

A la date du 6 mai 2007, on compte 89.841 fichiers tlchargs dans la
journe, 697.818 fichiers tlchargs dans la semaine et 2.995.436
fichiers tlchargs dans le mois. Courant mai, ce nombre atteint les 3
millions.

 la date du 15 mars 2010, on compte 103.422 fichiers tlchargs dans
la journe, 751.037 fichiers tlchargs dans la semaine et 3.033.824
fichiers tlchargs dans le mois.

Ceci uniquement pour le principal site de tlchargement, ibiblio.org
(bas  l'Universit de Caroline du Nord, aux tats-Unis), qui hberge
aussi le site du Projet Gutenberg. Le deuxime site de tlchargement
est l'Internet Archive, qui est le site de sauvegarde et qui met  la
disposition du Projet Gutenberg une capacit de stockage illimite.

Un Top 100 recense les cent titres et les cent auteurs les plus
tlchargs dans la journe, dans la semaine et dans le mois.

Le Projet Gutenberg dispose de 38 sites miroirs rpartis dans de
nombreux pays, et il en cherche d'autres. La circulation des fichiers
se fait aussi en mode P2P (peer-to-peer), qui permet d'changer des
fichiers directement d'un utilisateur  l'autre.

Les livres du Projet Gutenberg peuvent aider  combler la fracture
numrique. Ils sont aisment tlchargeables sur PDA. Un ordinateur ou
un PDA d'occasion ne cote que quelques dollars ou quelques dizaines de
dollars, en fonction du modle. Certains PDA fonctionnent  l'nergie
solaire, permettant la lecture dans les rgions pauvres ou recules.

Plus tard, il sera peut-tre possible d'envisager une traduction
simultane dans une centaine de langues, en utilisant un logiciel de
traduction automatique qui aurait alors un taux de fiabilit de l'ordre
de 99%, un pourcentage dont on est encore loin. Ce logiciel de
traduction automatique serait relay par des traducteurs (non pas des
machines, mais des tres humains), sur un modle comparable  la
technologie OCR relaye par des correcteurs (non pas des logiciels,
mais des tres humains) pour offrir un contenu de grande qualit.

38 ans aprs les dbuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se dfinit
toujours comme un fou de travail ddiant toute sa vie  son projet,
qu'il voit comme tant  l'origine d'une rvolution no-industrielle.
Il se dfinit aussi comme altruiste, pragmatique et visionnaire. Aprs
avoir t trait de toqu pendant de nombreuses annes, il force
maintenant le respect.

Au fil des ans, la mission du Projet Gutenberg reste la mme,  savoir
changer le monde par le biais de l'ebook gratuit indfiniment
utilisable et reproductible, et favoriser ainsi la lecture et la
culture pour tous  moindres frais. Cette mission se rsume en quelques
mots: encourager la cration et la distribution d'ebooks, par autant
de personnes que possible, et par tous les moyens de diffusion
possibles, tout en prenant les virages ncessaires pour intgrer de
nouvelles ides, de nouvelles mthodes et de nouveaux supports.



L'ONLINE BOOKS PAGE


[Rsum]
L'Online Books Page est cre en janvier 1993 par John Mark Ockerbloom
pour rpertorier les textes lectroniques anglophones du domaine public
en accs libre sur le web. A cette date, John Mark est doctorant 
l'Universit Carnegie Mellon (tats-Unis). En 1999, il rejoint
l'Universit de Pennsylvanie pour travailler  la R&D (recherche et
dveloppement) de la bibliothque numrique.  la mme poque, il y
transfre l'Online Books Page tout en gardant la mme prsentation,
trs sobre, et tout en poursuivant son travail d'inventaire dans le
mme esprit. Ce rpertoire recense plus de 20.000 titres en 2003 (dont
4.000 textes publis par des femmes), 25.000 titres en 2006, 30.000
titres en 2007 (dont 7.000 titres du Projet Gutenberg) et 35.000 titres
en 2009.


= Un rpertoire d'oeuvres en accs libre

Alors que certains numrisent les oeuvres littraires du domaine public,
comme le Projet Gutenberg et des projets connexes, d'autres se donnent
pour tche de rpertorier celles qui sont en accs libre sur le web, en
offrant au lecteur un point d'accs commun. C'est le cas de John Mark
Ockerbloom, doctorant  l'Universit Carnegie Mellon (Pittsburgh,
Pennsylvanie, tats-Unis), qui cre l'Online Books Page pour recenser
les oeuvres anglophones.

Cinq ans plus tard, en septembre 1998, John Mark relate: J'tais
webmestre ici pour la section informatique de la CMU (Carnegie Mellon
University), et j'ai dbut notre site local en 1993. Il comprenait des
pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et 
l'origine l'Online Books Page tait l'une de ces pages, avec des liens
vers des livres mis en ligne par des collgues de notre dpartement
(par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains
textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont commenc  demander
des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqu
que de nombreux sites (et pas seulement le Projet Gutenberg ou Wiretap)
proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une
liste complte qui permette de tlcharger ou de lire des livres o
qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a dbut.

J'ai quitt mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gard la
gestion de l'Online Books Page, parce qu'entre temps je m'tais
passionn pour l'norme potentiel qu'a l'internet de rendre la
littrature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de
livres mis en ligne que j'ai du mal  rester  jour. Je pense pourtant
poursuivre cette activit d'une manire ou d'une autre. Je suis trs
intress par le dveloppement de l'internet en tant que mdium de
communication de masse dans les prochaines annes. J'aimerais aussi
rester impliqu dans la mise  disposition gratuite de livres sur
l'internet, que ceci fasse partie intgrante de mon activit
professionnelle, ou que ceci soit une activit bnvole mene sur mon
temps libre.

Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En
1999, il rejoint l'Universit de Pennsylvanie, o il travaille  la R&D
(recherche et dveloppement) de la bibliothque numrique.  la mme
poque, il y transfre l'Online Books Page tout en gardant la mme
prsentation, trs sobre, et tout en poursuivant son travail
d'inventaire dans le mme esprit. Ce rpertoire recense 12.000 livres
en ligne en 1999, 20.000 livres en 2003 (dont 4.000 publis par des
femmes), 25.000 livres en 2006, 30.000 livres en 2007 (dont 7.000
livres du Projet Gutenberg) et 35.000 livres en 2009.


= Le durcissement du copyright

En 1999, le dbat fait rage sur le durcissement de la loi sur le
copyright (qui date de 1976) par un amendement dat du 27 octobre 1998.
De nombreuses oeuvres censes tomber dans le domaine public restent
dsormais sous copyright, au grand dam de Michael Hart, fondateur du
Projet Gutenberg, de John Mark Ockerbloom et de bien d'autres. La
lgislation de 1998 porte un coup trs rude aux bibliothques
numriques, en plein essor avec le dveloppement du web. Mais comment
faire le poids vis--vis des majors de l'dition? Nombre de titres
doivent tre retirs des collections.

Michael raconte en juillet 1999: J'ai t le principal opposant aux
extensions du copyright, mais Hollywood et les grands diteurs ont fait
en sorte que le Congrs ne mentionne pas mon action en public. Les
dbats actuels sont totalement irralistes. Ils sont mens par
"l'aristocratie terrienne de l'ge de l'information" et servent
uniquement ses intrts. Un ge de l'information? Et pour qui?

Pour ne prendre qu'un exemple, le classique mondial Gone With the Wind
(Autant en emporte le vent) de Margaret Mitchell, publi en 1939,
aurait d tomber dans le domaine public au bout de 56 ans, en 1995,
conformment  la lgislation de l'poque, librant ainsi les droits
pour les adaptations en tous genres. Suite aux lgislations de 1976 et
1998, ce classique ne devrait dsormais tomber dans le domaine public
qu'en 2035.

John Mark explique en aot 1999: A mon avis, il est important que les
internautes comprennent que le copyright est un contrat social conu
pour le bien public - incluant  la fois les auteurs et les lecteurs.
Ceci signifie que les auteurs doivent avoir le droit d'utiliser de
manire exclusive et pour un temps limit les oeuvres qu'ils ont cres,
comme ceci est spcifi dans la loi actuelle sur le copyright. Mais
ceci signifie galement que leurs lecteurs ont le droit de copier et de
rutiliser ce travail autant qu'ils le veulent  l'expiration de ce
copyright. Aux tats-Unis, on voit maintenant diverses tentatives
visant  retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les rgles
relatives  l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la dure du
copyright (y compris avec certaines propositions visant  le rendre
permanent) et en tendant la proprit intellectuelle  des travaux
distincts des oeuvres de cration (comme on en trouve dans les
propositions de copyright pour les bases de donnes). Il existe mme
des propositions visant  entirement remplacer la loi sur le copyright
par une loi instituant un contrat beaucoup plus lourd. Je trouve
beaucoup plus difficile de soutenir la requte de Jack Valenti,
directeur de la MPAA [Motion Picture Association of America], qui
demande d'arrter de copier les films sous copyright, quand je sais
que, si ceci tait accept, aucun film n'entrerait jamais dans le
domaine public (...). Si on voit les socits de mdias tenter de
bloquer tout ce qu'elles peuvent, je ne trouve pas surprenant que
certains usagers ragissent en mettant en ligne tout ce qu'ils peuvent.
Malheureusement, cette attitude est  son tour contraire aux droits
lgitimes des auteurs.

Comment rsoudre cela pratiquement? Ceux qui ont des enjeux dans ce
dbat doivent faire face  la ralit, et reconnatre que les
producteurs d'oeuvres et leurs usagers ont tous deux des intrts
lgitimes dans l'utilisation de celles-ci. Si la proprit
intellectuelle tait ngocie au moyen d'un quilibre des principes
plutt que par le jeu du pouvoir et de l'argent que nous voyons
souvent, il serait peut-tre possible d'arriver  un compromis
raisonnable.



LA PRESSE SE MET EN LIGNE


[Rsum]
Ce qui se passe pour la presse en ligne dans les annes 1990 prfigure
ce qui se passera pour le livre en ligne, d'o l'intrt de ce court
chapitre. Au dbut des annes 1990, les premires ditions
lectroniques de journaux sont disponibles par le biais de services
commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Avec l'apparition du
premier navigateur fin 1993 et la croissance rapide du web qui
s'ensuit, nombre de zines non commerciaux proposent une version
lectronique ou bien naissent directement sous forme lectronique. 
partir de 1995, les grands titres de la presse en ligne lancent leurs
propres sites, trs diffrents selon les titres, et ces sites voluent
ensuite rapidement.


= L'E-zine-list

Les premiers titres purement lectroniques sont des oeuvres courtes,
rpertories dans l'E-zine-list, une liste cre en t 1993 par John
Labovitz. Abrg de fanzine ou magazine, un zine est gnralement
l'oeuvre d'une personne ou d'un petit groupe. Quant au e-zine, abrg de
zine lectronique, il est uniquement diffus par courriel ou sur un
site web. Le plus souvent, il ne contient pas de publicit, ne vise pas
un profit commercial et n'est pas dirig vers une audience de masse.

Comment l'E-zine-list dbute-t-elle? Dans l'historique prsent sur le
site, John Labovitz relate qu' l'origine son intention est de faire
connatre Crash, un zine imprim dont il souhaite faire une version
lectronique. A la recherche de rpertoires, il ne trouve que le groupe
de discussion Alt.zines, et des archives comme The Well et The Etext
Archives. Lui vient alors l'ide d'un rpertoire organis. Il commence
avec douze titres classs manuellement sur un traitement de texte. Puis
il crit sa propre base de donnes.

En quatre ans, de 1993  1997, les quelques dizaines d'e-zines
deviennent plusieurs centaines, et la signification mme d'e-zine
s'largit pour recouvrir tout type de publication publie par voie
lectronique, mme s'il subsiste toujours un groupe original et
indpendant dsormais minoritaire qui continue de publier suivant son
coeur ou de repousser les frontires de ce que nous appelons un e-zine.
En t 1998, l'E-zine-list comprend 3.000 titres.


= La presse imprime

Au dbut des annes 1990, les premires ditions lectroniques de
journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que
America Online ou CompuServe. Suite  l'apparition du premier
navigateur fin 1993 et  la croissance rapide du web qui s'ensuit, les
organes de presse crent leurs propres sites.

Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur un site
dnomm Times Online, avec possibilit de crer une dition
personnalise.

Aux tats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est payante,
avec 100.000 abonns en 1998. Celle du New York Times est disponible
sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l'actualit
quotidienne en ligne et de nombreux articles archivs, le tout avec
images, sons et vidos. Pathfinder (rebaptis ensuite Time) est le site
web du groupe Time-Warner, diteur de Time Magazine, Sports
Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On
peut y lire les articles maison et les rechercher par date ou par
sujet. Lanc en 1992 en Californie, Wired, premier magazine imprim
entirement consacr  la culture cyber, est bien videmment prsent
sur le web.

Mis en ligne en fvrier 1995, le site web du mensuel Le Monde
diplomatique est le premier site d'un priodique imprim franais.
Mont dans le cadre d'un projet exprimental avec l'Institut national
de l'audiovisuel (INA), ce site est inaugur lors du forum des images
Imagina. Il donne accs  l'ensemble des articles depuis janvier 1994,
par date, par sujet et par pays. L'intgralit du mensuel en cours est
consultable gratuitement pendant deux semaines suivant sa parution. Un
forum de discussion permet au journal de discuter avec ses lecteurs.

Fin 1995, le quotidien Libration met en ligne son site web, peu aprs
le lancement du Cahier Multimdia, un cahier imprim hebdomadaire
inclus dans l'dition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la
rubrique Multimdia (qui regroupe les articles du Cahier Multimdia et
les archives des cahiers prcdents), le Cahier Livres complt par
Chapitre Un (le premier chapitre des nouveauts retenues par le
quotidien), et bien d'autres rubriques. La rubrique Multimdia est
ensuite rebaptise Numriques.

Le site du quotidien Le Monde est lanc en 1996. On y trouve des
dossiers en ligne, la Une en version graphique  partir de 13 h,
l'intgralit du journal avant 17 h, l'actualit en liaison avec l'AFP
(Agence France-Presse), et des rubriques sur la Bourse, les livres, le
multimdia et les sports. En 1998, le journal complet en ligne cote 5
FF (0,76 euros) alors que l'dition papier cote 7,50 FF (1,15 euros).
S'ils concernent le multimdia, les articles du supplment imprim
hebdomadaire Tlvision-Radio-Multimdia sont disponibles gratuitement
en ligne dans la rubrique Multimdia, rebaptise ensuite Nouvelles
technologies.

L'Humanit est le premier quotidien franais  proposer la version
intgrale du journal en accs libre. Classs par rubriques, les
articles sont disponibles entre 10 h et 11 h du matin,  l'exception de
L'Humanit du samedi, disponible en ligne le lundi suivant. Tous les
articles sont archivs sur le site.

La presse rgionale est tout aussi prsente sur le web, par exemple
Dernires nouvelles d'Alsace et Ouest-France.

Lanc en septembre 1995, le site des Dernires nouvelles d'Alsace
propose l'intgrale de l'dition du jour ainsi que des informations
pratiques: cours de la Bourse, calcul des impts, etc., avec 5.500
visites quotidiennes en juin 1998. Il offre aussi une dition abrge
en allemand.

Le site web du quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996.
D'abord appel France-Ouest, le site est ensuite renomm Ouest-France,
du nom du journal.

Quelles sont les retombes de l'internet pour les journalistes? Selon
Bernard Boudic, le responsable ditorial du site, interview en juin
1998, elles sont encore minces. Nous commenons seulement  offrir un
accs internet  chacun (rdaction d'Ouest-France: 370 journalistes
rpartis dans soixante rdactions, sur douze dpartements... pas
simple). Certains utilisent internet pour la messagerie lectronique
(courrier interne ou externe, rception de textes de correspondants 
l'tranger, envoi de fichiers divers) et comme source d'informations.
Mais cette pratique demande encore  s'tendre et  se gnraliser.
Bien sr, nous rflchissons aussi  tout ce qui touche  l'criture
multimdia et  sa rtro-action sur l'criture imprime, aux
changements d'habitudes de nos lecteurs, etc. (...) Internet est  la
fois une menace et une chance. Menace sur l'imprim, trs certainement
(captation de la pub et des petites annonces, changement de rflexes
des lecteurs, perte du got de l'imprim, concurrence d'un mdia
gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info, etc.).
Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces dfis, de rajeunir la
presse imprime.

Tous sujets que l'on retrouve quelques annes plus tard dans les dbuts
du livre numrique: rapport accru de l'auteur avec ses lecteurs,
ncessit d'une formation technique, version payante et/ou version
gratuite, version numrique et/ou version imprime, etc.



AMAZON.COM


[Rsum]
Amazon.com est lanc en juillet 1995 par Jeff Bezos  Seattle, sur la
cte ouest des tats-Unis. La librairie en ligne dbute avec dix
salaris et trois millions d'articles, et devient vite un gant du
commerce lectronique. Cinq ans plus tard, en novembre 2000, la socit
compte 7.500 salaris, 28 millions d'articles, 23 millions de clients
et quatre filiales au Royaume-Uni (filiale ouverte en octobre 1998), en
Allemagne (filiale ouverte  la mme date), en France (filiale ouverte
en aot 2000) et au Japon (filiale ouverte en novembre 2000). Une
cinquime filiale est ouverte au Canada (en juin 2002), suivie d'une
sixime filiale, Joyo, en Chine (en septembre 2004). Prsent dans sept
pays et devenu une rfrence mondiale du commerce en ligne (avec eBay),
Amazon fte ses dix ans d'existence en juillet 2005, avec 9.000
salaris et 41 millions de clients.


= Aux tats-Unis

# Les dbuts

Un nouveau type de librairie nat sur le web au milieu des annes 1990.
Ces librairies n'ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue, et
toutes leurs transactions s'effectuent via l'internet. C'est le cas
d'Amazon.com qui, sous la houlette de Jeff Bezos, ouvre ses portes
virtuelles en juillet 1995 avec un catalogue de trois millions de
livres et dix salaris bass  Seattle, dans l'tat de Washington, sur
la cte ouest des tats-Unis.

Quinze mois auparavant, au printemps 1994, Jeff Bezos fait une tude de
march pour dcider du meilleur produit  vendre sur l'internet. Dans
sa liste de vingt produits marchands, qui comprennent entre autres les
vtements et les instruments de jardinage, les cinq premiers du
classement se trouvent tre les livres, les CD, les vidos, les
logiciels et le matriel informatique.

J'ai utilis tout un ensemble de critres pour valuer le potentiel de
chaque produit, relate Jeff Bezos en 1997 dans le kit de presse
d'Amazon. Le premier critre a t la taille des marchs existants.
J'ai vu que la vente des livres reprsentait un march mondial de
82 milliards de dollars US. Le deuxime critre a t la question du
prix. Je voulais un produit bon march. Mon raisonnement tait le
suivant: puisque c'tait le premier achat que les gens allaient faire
en ligne, il fallait que la somme  payer soit modique. Le troisime
critre a t la varit dans le choix: il y avait trois millions de
titres pour les livres alors qu'il n'y avait que 300.000 titres pour
les CD, par exemple.

# L'expansion

Au printemps 1997, Amazon.com - que tout le monde appelle dsormais
Amazon - dcide de s'inspirer du systme d'associs en ligne lanc
quelques mois par l'Internet Bookshop, grande librairie en ligne
britannique. Tout possesseur d'un site web peut vendre des livres
appartenant au catalogue d'Amazon et toucher un pourcentage de 15% sur
les ventes. L'associ(e) slectionne les titres du catalogue qui
l'intressent, en fonction de ses centres d'intrt, et rdige ses
propres rsums. Amazon reoit les commandes par son intermdiaire,
expdie les livres, rdige les factures et lui envoie un rapport
hebdomadaire d'activit avec le rglement correspondant. Au printemps
1998, le rseau d'Amazon compte plus de 30.000 sites affilis.

 la mme date, outre les livres, on trouve aussi des CD, des DVD, des
jeux informatiques, etc., avec un catalogue qui serait au moins dix
fois suprieur  celui des plus grandes chanes de supermarchs. On
peut consulter le catalogue  l'cran, lire le rsum des livres
choisis ou mme des extraits, puis passer sa commande en ligne. Trs
attractif, le contenu ditorial du site change quotidiennement et se
veut un magazine littraire en ligne, avec des conseils de lecture, des
articles manant de journalistes connus (qui travaillaient auparavant
dans la presse imprime), des entretiens avec des auteurs et des
commentaires de lecteurs.

L'volution rapide d'Amazon en tant que pionnier d'un nouveau modle
conomique est suivie de prs par des analystes de tous bords, tout
comme sa popularit auprs d'un public qui s'habitue aux achats en
ligne. En 1998, avec 1,5 million de clients dans 160 pays et une trs
bonne image de marque, Amazon est rgulirement cit comme un symbole
de russite dans le cybercommerce. Si la librairie en ligne est
toujours dficitaire, sa cotation boursire est excellente suite  une
introduction  la Bourse de New York en mai 1997.

Avant qu'Amazon n'assoie dfinitivement sa suprmatie nationale, la
librairie en ligne se lance dans une guerre des prix avec son principal
concurrent aux tats-Unis, Barnes & Noble.com,  la grande joie des
clients qui profitent de cette course aux rabais pour faire une
conomie de 20  40% sur certains titres. Contrairement  Amazon,
librairie uniquement virtuelle, Barnes & Noble.com s'appuie sur sa
chane de librairies traditionnelles Barnes & Noble (B&N) qui, en 1997,
comprend 480 librairies en dur rparties dans tout le pays. Barnes &
Noble lance sa librairie en ligne en mai 1997, en partenariat avec le
gant des mdias allemand Bertelsmann, mais rachtera la part dtenue
par Bertelsmann (36,8%) en juillet 2003 pour 164 millions de dollars
US.


= En Europe

La prsence europenne d'Amazon dbute en octobre 1998, avec les deux
premires filiales implantes simultanment en Allemagne et au Royaume-
Uni.

En aot 2000, Amazon compte 1,8 million de clients au Royaume-Uni, 1,2
million de clients en Allemagne et quelques centaines de milliers de
clients en France. La librairie en ligne ouvre sa troisime filiale
europenne, Amazon France, avec livres, musique, DVD et vidos
(auxquels viennent s'ajouter logiciels et jeux vidos en juin 2001), et
livraison en 48 heures. A cette date, la vente de livres en ligne en
France ne reprsente que 0,5% du march du livre, contre 5,4% aux
tats-Unis.

Prpare dans le plus grand secret, l'ouverture d'Amazon France n'est
rendue publique que le 23 aot 2000. Avec une centaine de salaris,
dont certains ont t envoys en formation au sige du groupe 
Seattle, la filiale franaise s'installe  Guyancourt, en rgion
parisienne, pour l'administration, les services techniques et le
marketing. Son service de distribution est bas  Boigny-sur-Bionne,
dans la banlieue d'Orlans. Son service clients est bas  La Haye, aux
Pays-Bas, dans l'optique d'une expansion future d'Amazon en Europe.

Amazon France compte au moins quatre rivaux de taille dans l'hexagone:
Fnac.com, Alapage, Chapitre.com et BOL.fr.

Le service en ligne Fnac.com s'appuie sur le rseau des librairies
Fnac, rparti sur toute la France et dans quelques autres pays
europens, et qui appartient au groupe Pinault-Printemps-Redoute.

Alapage, librairie en ligne fonde en 1996 par Patrice Magnard, rejoint
le groupe France Tlcom en septembre 1999 puis devient en juillet 2000
une filiale  part entire de Wanadoo, le fournisseur d'accs internet
de France Tlcom.

Chapitre.com est une librairie en ligne indpendante cre en 1997 par
Juan Pirlot de Corbion.

BOL.fr est la succursale franaise de BOL.com (BOL signifiant:
Bertelsmann On Line), lance en aot 1999 par le gant allemand des
mdias Bertelsmann en partenariat avec la multinationale franaise
Vivendi.

Un mois aprs son lancement en aot 2000, Amazon.fr est  la seconde
place des sites de biens culturels franais. Selon les chiffres publis
le 24 octobre 2000 par Media Metrix Europe, socit d'tude d'audience
de l'internet, le site a reu 217.000 visites uniques en septembre
2000, juste devant Alapage (209.000 visites) mais loin derrire
Fnac.com (401.000 visites). Suivent Cdiscount.com (115.000 visites) et
BOL.fr (74.000 visites).

Contrairement  leurs homologues anglophones, les librairies en ligne
franaises ne peuvent se permettre les rductions substantielles
proposes par celles des tats-Unis ou du Royaume-Uni, pays dans
lesquels le prix du livre est libre. Si la loi franaise sur le prix
unique du livre (loi Lang) leur laisse peu de latitude,  savoir un
rabais de 5% seulement sur ce prix, les librairies en ligne sont
toutefois optimistes sur les perspectives d'un march francophone
international. Ds 1997, un nombre significatif de commandes provient
de l'tranger, par exemple 10% des commandes pour le service en ligne
de la Fnac.

Interrog par l'AFP (Agence France-Presse) au sujet de la loi Lang,
Denis Terrien, prsident d'Amazon France (jusqu'en mai 2001), rpond en
aot 2000: L'exprience que nous avons en Allemagne, o le prix du
livre est fixe, nous montre que le prix n'est pas l'lment essentiel
dans la dcision d'achat. C'est tout le service qui est ajout qui
compte. Chez Amazon, nous avons tout un tas de services en plus,
d'abord le choix - nous vendons tous les produits culturels franais.
On a un moteur de recherche trs performant. En matire de choix de
musique, on est ainsi le seul site qui peut faire une recherche par
titre de chanson. Outre le contenu ditorial, qui nous situe entre un
magasin et un magazine, nous avons un service client 24h/24 7jours/7,
ce qui est unique sur le march franais. Enfin une autre spcificit
d'Amazon, c'est le respect de nos engagements de livraison. On s'est
fix pour objectif d'avoir plus de 90% de nos ventes en stock.

Admir par beaucoup, le modle conomique d'Amazon a toutefois de
nombreux revers en matire de gestion du personnel, avec des contrats
de travail prcaires, de bas salaires et des conditions de travail
laissant  dsirer.

Malgr la discrtion d'Amazon  ce sujet, les problmes commencent 
filtrer. En novembre 2000, le Prewitt Organizing Fund et le syndicat
SUD-PTT Loire Atlantique dbutent une action de sensibilisation auprs
des salaris d'Amazon France pour de meilleures conditions de travail
et des salaires plus levs. Ils rencontrent une cinquantaine de
salaris travaillant dans le centre de distribution de Boigny-sur-
Bionne. SUD-PTT dnonce dans un communiqu des conditions de travail
dgrades, la flexibilit des horaires, le recours aux contrats
prcaires dans les priodes de flux, des salaires au rabais, et des
garanties sociales minimales. Une action similaire est mene dans les
succursales d'Amazon en Allemagne et en Grande-Bretagne. Patrick Moran,
responsable du Prewitt Organizing Fund, entend constituer une alliance
des salaris de la nouvelle conomie sous le nom d'Alliance of New
Economy Workers. De son ct, Amazon riposte en diffusant des documents
internes sur l'inutilit de syndicats au sein de l'entreprise.

Fin janvier 2001, la socit, qui emploie 1.800 personnes en Europe,
annonce une rduction de 15% des effectifs et la fermeture du service
clientle de La Hague (Pays-Bas). Les 240 personnes qu'emploie ce
service sont transfres dans les centres de Slough (Royaume-Uni) et
Regensberg (Allemagne).


= Dans le monde

Le deuxime groupe de clients trangers (aprs les clients europens)
est la clientle japonaise. Lors d'un colloque international sur les
technologies de l'information  Tokyo en juillet 2000, Jeff Bezos
annonce son intention prochaine d'implanter Amazon au Japon. Il insiste
aussi sur le march  fort potentiel reprsent par ce pays, avec des
prix immobiliers levs se rpercutant sur ceux des biens et services,
si bien que le shopping en ligne est plus avantageux que le shopping
traditionnel. La densit de la population entrane des livraisons 
domicile faciles et peu coteuses.

Un centre d'appels est ouvert en aot 2000 dans la ville de Sapporo,
sur l'le d'Hokkaido. La filiale japonaise dbute ses activits trois
mois plus tard, en novembre 2000. Amazon Japon, quatrime filiale du
gant amricain et premire filiale non europenne, ouvre ses portes
avec un catalogue de 1,1 million de titres en japonais et 600.000
titres en anglais. Pour rduire les dlais de livraison et proposer des
dlais de 24  48 heures au lieu des six semaines ncessaires 
l'acheminement des livres depuis les tats-Unis, un centre de
distribution de 15.800 m2 est cr dans la ville d'Ichikawa, situe 
l'est de Tokyo.

En novembre 2000, entre la maison-mre et les quatre filiales, la
socit compte 7.500 salaris, 28 millions d'articles et 23 millions de
clients.

 la mme date, Amazon dbute l'embauche de personnel francophone
connaissant le march canadien, dans le but de lancer une antenne
canadienne franaise avec vente de livres, musique et films (VHS et
DVD). Amazon Canada, cinquime filiale de la socit, verra le jour en
juin 2002, avec un site bilingue anglais-franais.

Toujours en novembre 2000, Amazon ouvre sa librairie numrique, avec
1.000 titres disponibles au dpart, et une augmentation rapide du stock
prvue les mois suivants.

Mme pour le marketing d'une grande librairie en ligne, le papier n'est
pas mort, loin s'en faut. Pour la deuxime anne conscutive, en
prvision des ftes de l'anne 2000, Amazon envoie un catalogue imprim
 10 millions de clients.

L'anne 2001 marque un tournant dans les activits d'Amazon, qui doit
faire face aux secousses de la nouvelle conomie affectant les
entreprises internet. Suite  un quatrime trimestre dficitaire en
2000, un plan de rduction de 15% des effectifs entrane
1.300 licenciements aux tats-Unis et 270 licenciements en Europe fin
janvier 2001. Amazon opte aussi pour une plus grande diversification de
ses produits et dcide de vendre non seulement des livres, des vidos,
des CD et des logiciels, mais aussi des produits de sant, des jouets,
des appareils lectroniques, des ustensiles de cuisine et des outils de
jardinage. En novembre 2001, la vente des livres, disques et vidos ne
reprsente plus que 58% du chiffre d'affaires global, qui est de 4
milliards de dollars US, avec 29 millions de clients.

La socit devient bnficiaire au troisime trimestre 2003, pour la
premire fois depuis sa cration.

En octobre de la mme anne, Amazon lance un service de recherche plein
texte (Search Inside the Book) aprs avoir scann le texte intgral de
120.000 titres, un nombre promis  une croissance rapide. Amazon lance
aussi son propre moteur de recherche A9.com.

Une sixime filiale est ouverte en Chine sous le nom de Joyo en
septembre 2004.

En 2004, le bnfice net d'Amazon est de 588 millions de dollars US,
dont 45% gnr par ses six filiales, avec un chiffre d'affaires de 6,9
milliards de dollars.

Prsent dans sept pays (tats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Allemagne,
France, Japon, Chine) et devenu une rfrence mondiale du commerce en
ligne, Amazon fte ses dix ans d'existence en juillet 2005, avec 9.000
salaris et 41 millions de clients attirs par des produits culturels,
high-tech et autres  des prix attractifs et une livraison en 48 heures
maximum dans les pays hbergeant une plateforme Amazon.

Amazon poursuit ensuite sa croissance, vend de plus en plus de livres
numriques aprs avoir rachet la socit Mobipocket (en avril 2005) et
lance sa tablette de lecture, le Kindle, en novembre 2007, avec un
catalogue de 80.000 ebooks. 538.000 tablettes sont vendues en 2008.
Deux autres modles, le Kindle 2 et le Kindle DX (avec un cran plus
grand), sont lancs respectivement en fvrier et mai 2009.

En janvier 2009, Amazon rachte la socit Audible.com et sa collection
de livres, journaux et magazines audio,  savoir 80.000 titres
tlchargeables sur baladeur, tlphone et smartphone. Le catalogue
d'Amazon comptabiliserait 450.000 ebooks en mars 2010.


= Et les petits libraires?

Qu'en est-il des petites librairies, gnrales et spcialises? Ces
librairies se dbrouillent au mieux avec des moyens limits, comme la
librairie Ulysse, sise au coeur de Paris, dans l'le Saint-Louis, tout
en se faisant peu d'illusions sur le raz-de-mare qui est en train de
les emporter.

Cre en 1971 par Catherine Domain, la librairie Ulysse est la premire
librairie au monde uniquement consacre au voyage. Ses 20.000 livres,
cartes et revues neufs et d'occasion reclent des documents
introuvables ailleurs. A la fois libraire et grande voyageuse,
Catherine Domain est membre du Syndicat national de la librairie
ancienne et moderne (SLAM), du Club des explorateurs et du Club
international des grands voyageurs.

En 1999, elle dcide de se lancer dans un voyage autrement plus ingrat,
virtuel cette fois-ci,  savoir la ralisation d'un site web en
autodidacte. Mon site est embryonnaire et en construction, raconte-t-
elle en novembre 2000. Il se veut  l'image de ma librairie, un lieu de
rencontre avant d'tre un lieu commercial. Il sera toujours en
perptuel devenir! Internet me prend la tte, me bouffe mon temps et ne
me rapporte presque rien, mais cela ne m'ennuie pas...

Elle est toutefois pessimiste sur l'avenir des librairies comme la
sienne. Internet tue les librairies spcialises. En attendant d'tre
dvore, je l'utilise comme un moyen d'attirer les clients chez moi, et
aussi de trouver des livres pour ceux qui n'ont pas encore internet
chez eux! Mais j'ai peu d'espoir...



LES DITEURS SUR LE RSEAU


[Rsum]
A partir de 1996, l'dition lectronique creuse son sillon  ct de
l'dition traditionnelle, du fait des avantages qu'elle procure: pas de
stock, cot de fonctionnement moins lev, diffusion plus facile. Elle
amne aussi un souffle nouveau dans le monde de l'dition, et mme une
certaine zizanie. On voit des diteurs traditionnels vendre directement
leurs titres en ligne, des diteurs lectroniques commercialiser les
versions numrises de livres publis par des diteurs traditionnels,
des libraires numriques vendre les versions numrises de livres
publis par des diteurs partenaires, sans parler des auteurs qui
choisissent de s'auto-diter sur le web ou de promouvoir eux-mmes
leurs oeuvres publies, ou encore de nouvelles plateformes d'dition
littraire pour dcouvrir de nouveaux talents.


= Deux diteurs pilotes

La publication en ligne d'un livre  titre gratuit nuit-elle aux ventes
de la version imprime ou non? La National Academy Press (NAP) est la
premire  prendre un tel risque, ds 1994, avec un pari gagn.

A premire vue, cela parat illogique, crit Beth Berselli,
journaliste au Washington Post, dans un article repris par le Courrier
international de novembre 1997. Un diteur de Washington, la National
Academy Press (NAP), qui a publi sur internet 700 titres de son
catalogue actuel, permettant ainsi  tout un chacun de lire
gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l'anne
suivante. Qui a dit que personne n'achterait la vache si on pouvait
avoir le lait gratuitement?

Une politique atypique porte donc ses fruits. diteur universitaire, la
National Academy Press (qui devient ensuite la National Academies
Press) publie environ 200 livres par an, essentiellement des ouvrages
scientifiques et techniques et des ouvrages mdicaux. En 1994,
l'diteur choisit de mettre en accs libre sur le web le texte intgral
de plusieurs centaines de livres, afin que les lecteurs puissent les
feuilleter  l'cran, comme ils l'auraient fait dans une librairie,
avant de les acheter ensuite si utile.

La NAP est le premier diteur  se lancer dans un tel pari, une
initiative salue par les autres maisons d'dition, qui hsitent
cependant  se lancer elles aussi dans l'aventure, et ce pour trois
raisons: le cot excessif qu'entrane la mise en ligne de milliers de
pages, les problmes lis au droit d'auteur, et enfin une concurrence
qu'ils estiment nuisible  la vente.

Dans le cas de la NAP, ce sont les auteurs eux-mmes qui, pour mieux
faire connatre leurs livres, demandent que ceux-ci soient mis en ligne
sur le site. Pour l'diteur, le web est un nouvel outil de marketing
face aux 50.000 ouvrages publis chaque anne aux tats-Unis. Une
rduction de 20% est accorde pour toute commande effectue en ligne.
La prsence de ces livres sur le web entrane aussi une augmentation
des ventes par tlphone. En 1998, le site de la NAP propose le texte
intgral d'un millier de titres.

La solution choisie par la NAP est galement adopte ds 1995 par la
MIT Press, qui voit rapidement ses ventes doubler pour les livres
disponibles en version intgrale sur le web.


= Premiers diteurs lectroniques

# ditel

En avril 1995, Pierre Franois Gagnon, pote et essayiste qubcois,
dcide d'utiliser le numrique pour la rception des textes, leur
stockage et leur diffusion. Il cre ditel, premier site d'auto-dition
collective de langue franaise. En juillet 2000, il relate: En fait,
tout le monde et son pre savent ou devraient savoir que le premier
site d'dition en ligne commercial fut CyLibris [fond en aot 1996,
NDLR], prcd de loin lui-mme, au printemps de 1995, par nul autre
qu'ditel, le pionnier d'entre les pionniers du domaine, bien que nous
fmes confins  l'action symbolique collective, faute d'avoir les
moyens de dboucher jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne
vraiment viable et abordable (...). Nous sommes actuellement trois
mousquetaires [Pierre Franois Gagnon, Jacques Massacrier et Mostafa
Benhamza, NDLR]  dvelopper le contenu original et indit du webzine
littraire qui continuera de servir de faade d'animation gratuite,
offerte personnellement par les auteurs maison  leur lectorat, 
d'ventuelles activits d'dition en ligne payantes, ds que possible
au point de vue technico-financier. Est-il encore raliste de rver 
la dmocratie conomique?

# CyLibris

Fond par Olivier Gainon en aot 1996, CyLibris (de Cy, cyber et
Libris, livre), bas  Paris, est le pionnier francophone de l'dition
lectronique commerciale. CyLibris est en effet la premire maison
d'dition  utiliser l'internet et le numrique pour publier de
nouveaux auteurs littraires et quelques auteurs confirms, dans divers
genres: littrature gnrale, policiers, science-fiction, thtre et
posie. Vendus uniquement sur le web, les livres sont imprims  la
commande et envoys directement au client, ce qui permet d'viter le
stock et les intermdiaires. Des extraits sont disponibles en
tlchargement libre.

Pendant son premier trimestre d'activit, CyLibris signe des contrats
avec treize auteurs.  Fin  1999, CyLibris compte 15.000 visites
mensuelles sur son site et 3.500 livres vendus tous exemplaires
confondus, avec une anne financirement quilibre. En 2001, certains
titres sont galement vendus en version imprime par un rseau de
librairies partenaires, notamment la Fnac, et en version numrique par
Mobipocket et Numilog pour lecture sur ordinateur et sur PDA. En 2003,
le catalogue de CyLibris comprend une cinquantaine de titres.

CyLibris a t cr d'abord comme une maison d'dition spcialise sur
un crneau particulier de l'dition et mal couvert  notre sens par les
autres diteurs: la publication de premires oeuvres, donc d'auteurs
dbutants, explique Olivier Gainon en dcembre 2000. Nous nous
intressons finalement  la littrature qui ne peut trouver sa place
dans le circuit traditionnel: non seulement les premires oeuvres, mais
les textes atypiques, inclassables ou en dcalage avec la mouvance et
les modes littraires dominantes. Ce qui est rassurant, c'est que nous
avons dj eu quelques succs ditoriaux: le grand prix de la SGDL
[Socit des gens de lettres] en 1999 pour La Toile de Jean-Pierre
Balpe, le prix de la litote pour Willer ou la trahison de Jrme Olinon
en 2000, etc. Ce positionnement de "dfricheur" est en soi original
dans le monde de l'dition, mais c'est surtout son mode de
fonctionnement qui fait de CyLibris un diteur atypique.

Cr ds 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu contourner les
contraintes de l'dition traditionnelle grce  deux innovations: la
vente directe par l'intermdiaire d'un site de commerce sur internet,
et le couplage de cette vente avec une impression numrique en "flux
tendu". Cela permettait de contourner les deux barrires
traditionnelles dans l'dition: les cots d'impression (et de stockage)
et les contraintes de distribution. Notre systme grait donc des flux
physiques: commande reue par internet, impression du livre command,
envoi par la poste. Je prcise que nous sous-traitons l'impression 
des imprimeurs numriques, ce qui nous permet de vendre des livres de
qualit quivalente  celle de l'offset, et  un prix comparable. Notre
systme n'est ni plus cher, ni de moindre qualit, il obit  une
conomie diffrente qui,  notre sens, devrait se gnraliser  terme.

En quoi consiste l'activit d'un diteur lectronique? Je dcrirais
mon activit comme double, explique Olivier Gainon. D'une part celle
d'un diteur traditionnel dans la slection des manuscrits et leur
retravail (je m'occupe directement de la collection science-fiction),
mais galement le choix des maquettes, les relations avec les
prestataires, etc. D'autre part, une activit internet trs forte qui
vise  optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre une stratgie
de partenariat permettant  CyLibris d'obtenir la visibilit qui lui
fait parfois dfaut. Enfin, je reprsente CyLibris au sein du SNE
[Syndicat national de l'dition, dont CyLibris fait partie depuis le
printemps 2000, NDLR]. CyLibris est aujourd'hui une petite structure.
Elle a trouv sa place dans l'dition, mais est encore d'une conomie
fragile sur internet. Notre objectif est de la rendre prenne et
rentable et nous nous y employons.

Le site web se veut aussi un carrefour de la petite dition. Il procure
des informations pratiques aux auteurs en herbe: comment envoyer un
manuscrit  un diteur, ce que doit comporter un contrat d'dition,
comment protger ses manuscrits, comment tenter sa chance dans des
revues ou concours littraires, etc.

Par ailleurs, l'quipe de CyLibris lance en mai 1999 CyLibris Infos,
une lettre d'information lectronique gratuite dont l'objectif n'est
pas tant de promouvoir les livres de l'diteur que de prsenter
l'actualit de l'dition francophone. Volontairement dcale et souvent
humoristique sinon dcapante, la lettre, d'abord mensuelle, parat deux
fois par mois  compter de fvrier 2000. Elle compte 565 abonns en
octobre 2000. Elle change de nom en fvrier 2001 pour devenir dition-
actu, qui compte 1.500 abonns en 2003 avant de laisser place au blog
de CyLibris. CyLibris ( ne pas confondre avec Cyberlibris, une autre
socit) cesse ses activits ditoriales en 2007.

# 00h00

Lui aussi pionnier de l'dition lectronique commerciale, 00h00 (qui se
prononce: zro heure) fait son apparition en mai 1998, un peu moins de
deux ans aprs CyLibris. Mais le champ d'investigation de 00h00 est
quelque peu diffrent, en tant que premier diteur en ligne. Son
activit est en effet de vendre des livres numriques via l'internet,
et non des livres imprims comme CyLibris. En 2000, les versions
numriques (au format PDF) reprsentent 85% des ventes, les 15%
restants tant des versions imprimes  la demande du client, un
service que l'diteur procure en complment.

00h00 est fond par Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira,
respectivement ancien directeur gnral de Flammarion et ancien
directeur de Flammarion Multimdia. Aujourd'hui mon activit
professionnelle est 100% base sur internet, explique Bruno de Sa
Moreira en juillet 1998. Le changement ne s'est pas fait radicalement,
lui, mais progressivement (audiovisuel puis multimdia puis internet).
(...) La gestation du projet a dur un an: brainstorming, faisabilit,
cration de la socit et montage financier, dveloppement technique du
site et informatique ditoriale, mise au point et production des textes
et prparation du catalogue  l'ouverture. (...) Nous faisons un pari,
mais l'internet me semble un mdia capable d'une trs large
popularisation, sans doute grce  des terminaux plus faciles d'accs
que le seul micro-ordinateur.

La cration de 00h00 marque la vritable naissance de l'dition en
ligne, lit-on sur le site web en 1999. C'est en effet la premire fois
au monde que la publication sur internet de textes au format numrique
est envisage dans le contexte d'un site commercial, et qu'une
entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'dition (auteurs et
diteurs) d'ouvrir avec elle sur le rseau une nouvelle fentre
d'exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00 sont soit des
indits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous
copyright dont les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec
leurs ayants droit. (...) Avec l'dition en ligne merge probablement
une premire vision de l'dition au 21e sicle. C'est cette ide
d'origine, de nouveau dpart qui s'exprime dans le nom de marque,
00h00. (...) Internet est un lieu sans pass, o ce que l'on fait ne
s'value pas par rapport  une tradition. Il y faut inventer de
nouvelles manires de faire les choses. (...) Le succs de l'dition en
ligne ne dpendra pas seulement des choix ditoriaux: il dpendra aussi
de la capacit  structurer des approches neuves, fondes sur les
lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur
l'criture, et  rendre immdiatement perceptible qu'une aventure
nouvelle a commenc.

Les collections sont trs diverses: indits, thtre classique
franais, contes et rcits fantastiques, contes et rcits
philosophiques, souvenirs et mmoires, philosophie classique, ralisme
et naturalisme, cyberculture, romans d'enfance, romans d'amour,
nouvelles et romans d'aventure. Le recherche est possible par auteur,
par titre et par genre. Pour chaque livre, on a un descriptif court, un
descriptif dtaill, la table des matires et une courte prsentation
de l'auteur. S'y ajoutent ensuite les commentaires des lecteurs. Pas de
stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct
avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les
internautes/lecteurs qui le souhaitent peuvent crer leur espace
personnel pour y rdiger leurs commentaires, participer  des forums ou
recommander des liens vers d'autres sites. Ils peuvent s'abonner  la
lettre d'information de 00h00 pour tre tenus au courant des
nouveauts. L'diteur produit aussi des clips littraires pour
prsenter les ouvrages publis.

En 2000, le catalogue comprend 600 titres, qui comprennent une centaine
d'oeuvres originales et des rditions lectroniques d'ouvrages publis
par d'autres diteurs. Les oeuvres originales sont rparties en
plusieurs collections: nouvelles critures interactives et
hypertextuelles, premiers romans, documents d'actualit, tudes sur les
NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication),
co-ditions avec des diteurs traditionnels ou de grandes institutions.
Le paiement est effectu en ligne grce  un systme scuris mis en
place par la Banque populaire. Ceux que le paiement en ligne rebute
peuvent rgler leur commande par carte bancaire (envoi par fax) ou par
chque (envoi par courrier postal).

En septembre 2000, 00h00 est rachet par Gemstar-TV Guide
International, socit amricaine spcialise dans les produits et
services numriques pour les mdias. Quelques mois auparavant, en
janvier 2000, Gemstar rachte les deux socits californiennes ayant
lanc les premires tablettes de lecture, NuvoMedia, cratrice du
Rocket eBook, et SoftBook Press, cratrice du SoftBook Reader. Selon un
communiqu de Henry Yuen, prsident de Gemstar, les comptences
ditoriales dont dispose 00h00 et ses capacits d'innovation et de
crativit sont les atouts ncessaires pour faire de Gemstar un acteur
majeur du nouvel ge de l'dition numrique qui s'ouvre en Europe. La
communaut francophone ne voit pas ce rachat d'un trs bon oeil, la
mondialisation de l'dition semblant justement peu compatible avec
l'innovation et la crativit. Moins de trois ans plus tard, en juin
2003, 00h00 cesse dfinitivement ses activits, tout comme la branche
eBook et les tablettes de Gemstar.

Il reste le souvenir d'une belle aventure. En octobre 2006, Jean-Pierre
Arbon, devenu chanteur, raconte sur son site: J'avais fond, avec
Bruno de Sa Moreira, une maison d'dition d'un genre nouveau, la
premire au monde  tenter  grande chelle l'aventure de l'dition en
ligne. Tout tait  faire,  inventer. L'dition numrique tait terra
incognita: on explorait, on dfrichait.


= diteurs traditionnels et technologies

# L'exemple du Choucas, diteur indpendant

Fond en 1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, alors libraires en Haute-
Savoie, Le Choucas est une petite maison d'dition spcialise dans les
romans policiers, la littrature, la photographie et les livres d'art.

En juin 1998, Nicolas Pewny raconte: Le site des ditions du Choucas a
t cr fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des
possibilits qu'internet pouvait nous offrir, je me suis jur que nous
aurions un site le plus vite possible. Un petit problme: nous n'avions
pas de budget pour le faire raliser. Alors, au prix d'un grand nombre
de nuits sans sommeil, j'ai cr ce site moi-mme et l'ai fait
rfrencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors volu
en mme temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en
la matire et s'est agrandi, et a commenc  tre un peu connu mme
hors France et Europe.

Le changement qu'internet a apport dans notre vie professionnelle est
considrable. Nous sommes une petite maison d'dition installe en
province. Internet nous a fait connatre rapidement sur une chelle que
je ne souponnais pas. Mme les mdias "classiques" nous ont ouvert un
peu leur portes grce  notre site. Les manuscrits affluent par le
courrier lectronique. Ainsi nous avons dit deux auteurs qubcois
[Fernand Hroux et Liz Morency, auteurs de Affaire de coeurs, paru en
septembre 1997, NDLR]. Beaucoup de livres se ralisent (corrections,
illustrations, envoi des documents  l'imprimeur) par ce moyen. Ds le
dbut du site nous avons reu des demandes de pays o nous ne sommes
pas (encore) reprsents: tats-Unis, Japon, Amrique latine, Mexique,
malgr notre volont de ne pas devenir un site "commercial" mais
d'information et  "connotation culturelle". (Nous n'avons pas de
systme de paiement scuris, nous avons juste rfrenc sur une page
les libraires qui vendent en ligne.)

Comment Nicolas voit-il l'avenir? J'aurais tendance  rpondre par
deux questions: Pouvez vous me dire comment va voluer internet?
Comment vont voluer les utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi
peu "commercial" que possible et augmenter l'interactivit et le
contact avec les visiteurs du site. Y russirons-nous? Nous avons dj
reu des propositions qui vont dans un sens oppos. Nous les avons mis
"en veille". Mais si l'volution va dans ce sens, pourrons-nous
rsister, ou trouver une "voie moyenne"? Honntement, je n'en sais
rien.

Le Choucas cesse malheureusement ses activits en mars 2001, une
disparition de plus  dplorer chez les petits diteurs indpendants.
Comme je le prvoyais, notre distributeur a dpos son bilan, raconte
Nicolas en juin 2001. Et malheureusement les ditions du Choucas (ainsi
que d'autres diteurs) ont cess leur activit ditoriale. Je maintiens
gracieusement le site web pour tmoignage de mon savoir-faire d'diteur
on- et off-line. (...) Je ne regrette pas ces dix annes de lutte, de
satisfactions et de malheurs passs aux ditions du Choucas. J'ai connu
des auteurs intressants dont certains sont devenus des amis...
Maintenant je fais des publications et des sites internet pour
d'autres. En ce moment pour une ONG [organisation non gouvernementale]
internationale caritative; je suis ravi de participer (modestement) 
leur activit  but non lucratif. Enfin on ne parle plus de profit ou
de manque  gagner, c'est reposant.

Fort de son exprience dans le domaine de la librairie, de l'dition,
de l'internet et du numrique, Nicolas Pewny est maintenant consultant
en dition lectronique et met ses comptences au service d'autres
organismes.

# Technologies numriques et diteurs

Les technologies numriques conduisent les diteurs scientifiques et
techniques  repenser leur travail et, pour certains,  s'orienter vers
une diffusion en ligne, les tirages imprims restant toujours possibles
 titre ponctuel. Certaines universits diffusent dsormais des manuels
sur mesure composs d'un choix de chapitres et d'articles
slectionns dans une base de donnes, auxquels s'ajoutent les
commentaires des professeurs. Pour un sminaire, un trs petit tirage
peut tre fait  la demande  partir de documents transmis par voie
lectronique  un imprimeur. Quant aux revues spcialises, certaines
optent pour une publication en ligne complte par un partenariat avec
une socit spcialise dans l'impression  la demande.

Enseignante-chercheuse  l'cole pratique des hautes tudes (EPHE,
Paris-Sorbonne), Marie-Joseph Pierre crit en fvrier 2003: Il me
parat vident que la publication des articles et ouvrages au moins
scientifiques se fera de plus en plus sous forme numrique, ce qui
permettra aux chercheurs d'avoir accs  d'normes banques de donnes,
constamment et immdiatement volutives, permettant en outre le contact
direct et le dialogue entre les auteurs. Nos organismes de tutelle,
comme le CNRS [Centre national de la recherche scientifique] par
exemple, ont dj commenc  contraindre les chercheurs  publier sous
ce mode, et incitent fortement les laboratoires  diffuser ainsi leurs
recherches pour qu'elles soient rapidement disponibles. Nos rapports
d'activit  deux et  quatre ans - ces normes dossiers peineux
rsumant nos labeurs - devraient prochainement se faire sous cette
forme. Le papier ne disparatra pas pour autant, et je crois mme que
la consommation ne diminuera pas... Car lorsqu'on veut travailler sur
un texte, le livre est beaucoup plus maniable. Je m'aperois dans mon
domaine que les revues qui ont commenc rcemment sous forme numrique
commencent  tre aussi imprimes et diffuses sur papier dignement
reli. Le passage de l'un  l'autre peut permettre des rvisions et du
recul, et cela me parat trs intressant.

Infographiste, Marc Autret a derrire lui dix ans de journalisme multi-
tches et d'hyperformation dans le domaine de l'dition, du multimdia
et du droit d'auteur. Il explique en dcembre 2006: C'est un "socle"
irremplaable pour mes activits d'aujourd'hui, qui en sont le
prolongement technique. Je suis un "artisan" de l'information et je
travaille essentiellement avec des diteurs. Ils sont tellement en
retard, tellement trangers  la rvolution numrique, que j'ai du pain
sur la planche pour pas mal d'annes. Aujourd'hui je me concentre sur
le conseil, l'infographie, la typographie, le pr-presse et le
webdesign, mais je sens que la part du logiciel va grandir. Des
secteurs comme l'animation 3D, l'automatisation des tches de
production, l'intgration multi-supports, la base de donnes et toutes
les technologies issues de XML vont s'ouvrir naturellement. Les
diteurs ont besoin de ces outils, soit pour mieux produire, soit pour
mieux communiquer. C'est l que je vois l'volution, ou plutt
l'intensification, de mon travail.

Comment Marc voit-il l'avenir de l'ebook? Sans vouloir faire dans la
divination, je suis convaincu que l'e-book (ou "ebook": impossible de
trancher!) a un grand avenir dans tous les secteurs de la non-fiction.
Je parle ici de livre numrique en termes de "logiciel", pas en terme
de support physique ddi (les conjectures tant plus incertaines sur
ce dernier point). Les diteurs de guides, d'encyclopdies et
d'ouvrages informatifs en gnral considrent encore l'e-book comme une
dclinaison trs secondaire du livre imprim, sans doute parce que le
modle commercial et la scurit de cette exploitation ne leur semblent
pas tout  fait stabiliss aujourd'hui. Mais c'est une question de
temps. Les e-books non commerciaux mergent dj un peu partout et
oprent d'une certaine faon un dfrichage des possibles. Il y a au
moins deux axes qui mergent: (a) une interface de lecture/consultation
de plus en plus attractive et fonctionnelle (navigation, recherche,
restructuration  la vole, annotations de l'utilisateur, quizz
interactif...); (b) une intgration multimdia (vido, son, infographie
anime, base de donnes, etc.) dsormais fortement couple au web.
Aucun livre physique n'offre de telles fonctionnalits. J'imagine donc
l'e-book de demain comme une sorte de wiki cristallis, empaquet dans
un format. Quelle sera alors sa valeur propre? Celle d'un livre:
l'unit et la qualit du travail ditorial!



LA CONVERGENCE MULTIMDIA


[Rsum]
La convergence multimdia entrane l'unification progressive des
secteurs lis  l'information (imprimerie, dition, presse, conception
graphique, enregistrements sonores, films, etc.) suite  l'utilisation
des techniques de numrisation, avec un processus matriel de
production qui s'en trouve considrablement acclr. Si, certains
secteurs crent de nouveaux emplois, par exemple ceux lis  la
production audio-visuelle, d'autres secteurs sont soumis  des
restructurations drastiques. La convergence multimdia a de nombreux
revers, par exemple des contrats prcaires pour les salaris, l'absence
de syndicats pour les tltravailleurs ou le droit d'auteur mis  mal
pour les auteurs, tous sujets dbattus lors du Colloque sur la
convergence multimdia organis en janvier 1997 par l'Organisation
internationale du travail (OIT).


= Une dfinition

On peut dfinir la convergence multimdia comme la convergence de
l'informatique, du tlphone, de la radio et de la tlvision dans une
industrie de la communication et de la distribution utilisant les mmes
inforoutes.

Plus prcisment, de quoi s'agit-il?

La numrisation permet de crer, d'enregistrer, de combiner, de
stocker, de rechercher et de transmettre des textes, des sons et des
images par des moyens simples et rapides. Des procds similaires
permettent le traitement de l'criture, de la musique et du cinma
alors que, par le pass, ce traitement tait assur par des procds
diffrents sur des supports diffrents (papier pour l'criture, bande
magntique pour la musique, cellulod pour le cinma). De plus, des
secteurs distincts comme l'dition (qui produit des livres) et
l'industrie musicale (qui produit des disques) travaillent ensuite de
concert pour produire des CD-ROM.

Ceci n'est pas le premier bouleversement affectant la chane de
l'dition, soumise  de nombreux bouleversements depuis le milieu des
annes 1960. Dans les annes 1970, l'imprimerie traditionnelle est
d'abord branle par les machines de photocomposition. Le cot de
l'impression continue ensuite de baisser avec les photocopieurs, les
photocopieurs couleur, les procds d'impression assiste par
ordinateur et le matriel d'impression numrique. Dans les annes 1990,
l'impression est souvent assure  bas prix par des ateliers de PAO
(publication assiste par ordinateur). Tout contenu est dsormais
systmatiquement numris pour permettre son transfert par voie
lectronique.

La numrisation acclre le processus matriel de production. Dans la
presse, alors qu'auparavant le personnel de production devait
dactylographier les textes du personnel de rdaction, les journalistes
envoient dsormais directement leurs textes pour mise en page. Dans
l'dition, le rdacteur, le concepteur artistique et l'infographiste
travaillent souvent simultanment sur le mme ouvrage.

On assiste progressivement  la convergence de tous les secteurs lis 
l'information: imprimerie, dition, presse, conception graphique,
enregistrements sonores, films, radiodiffusion, etc.

Si, dans certains secteurs, ce phnomne entrane de nouveaux emplois,
par exemple ceux lis  la production de films ou de produits audio-
visuels, d'autres secteurs sont soumis  d'inquitantes
restructurations. Ces problmes sont suffisamment proccupants pour
tre dbattus lors du Colloque sur la convergence multimdia organis
en janvier 1997 par l'Organisation internationale du travail (OIT) 
Genve.


= Des interventions

Plusieurs interventions de ce colloque soulvent des problmes de fond,
dont certains sont toujours d'actualit douze ans plus tard.

Bernie Lunzer, secrtaire-trsorier de la Newspaper Guild (tats-Unis),
insiste sur les batailles juridiques faisant rage autour des problmes
de proprit intellectuelle. Ces batailles visent notamment l'attitude
des directeurs de publication, qui amnent les crivains indpendants 
signer des contrats particulirement choquants cdant tous leurs droits
au directeur de publication, avec une contrepartie financire ridicule.

Heinz-Uwe Rbenach, de l'Association allemande de directeurs de
journaux (Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger), insiste lui aussi
sur la ncessit pour les entreprises de presse de grer et de
contrler l'utilisation sur le web des articles de leurs journalistes,
et de demander une contrepartie financire permettant de continuer 
investir dans les nouvelles technologies.

Un problme tout aussi proccupant est celui de la pression constante
exerce sur les journalistes des salles de rdaction, dont le travail
doit tre disponible  longueur de journe et non plus seulement en fin
de journe. Ces tensions  rptition sont encore aggraves par un
travail  l'cran pendant huit  dix heures d'affile. Le rythme de
travail et l'utilisation intensive de l'ordinateur entranent des
problmes de scurit au travail. Aprs quelques annes de ce rgime,
des journalistes craquent  l'ge de 35 ou 40 ans.

Selon Carlos Alberto de Almeida, prsident de la Fdration nationale
des journalistes au Brsil (FENAJ: Federao Nacional dos Jornalistas),
les nouvelles technologies taient censes rationaliser le travail et
rduire sa dure afin de favoriser l'enrichissement intellectuel et les
loisirs. En pratique, les professionnels des mdias sont obligs
d'effectuer un nombre d'heures de travail en constante augmentation. La
journe lgale de cinq heures est en fait une journe de dix  douze
heures. Les heures supplmentaires ne sont pas payes, comme ne sont
pas payes non plus celles effectues le week-end par les journalistes
censs tre en priode de repos.

Si elles acclrent le processus de production, la numrisation des
documents et l'automatisation des mthodes de travail entranent une
diminution de l'intervention humaine et donc un accroissement du
chmage. Alors qu'auparavant le personnel de production devait retaper
les textes du personnel de rdaction, la mise en page automatique
permet de combiner les deux tches de rdaction et de composition.

Etienne Reichel, directeur supplant de Viscom (Visual Communication),
association suisse pour la communication visuelle, dmontre que le
transfert de donnes via l'internet et la suppression de certaines
phases de production rduisent le nombre d'emplois. Le travail de vingt
typographes est maintenant assur par six travailleurs qualifis, alors
que les entreprises de communication visuelle taient auparavant
gnratrices d'emplois. Par contre, l'informatique permet  certains
professionnels de s'installer  leur compte, comme c'est le cas pour
30% des salaris ayant perdu leur emploi suite  la restructuration de
leur entreprise.

Professeur associ en sciences sociales  l'Universit d'Utrecht (Pays-
Bas), Peter Leisink prcise lui aussi que la rdaction des textes et la
correction d'preuves se font dsormais  domicile, le plus souvent par
des travailleurs ayant pris le statut d'indpendants  la suite de
licenciements et de dlocalisations ou fusions d'entreprises. Or cette
forme d'emploi tient plus du travail prcaire que du travail
indpendant, car ces personnes n'ont que peu d'autonomie et sont
gnralement tributaires d'une seule maison d'dition.

A part quelques cas particuliers mis en avant par les organisations
d'employeurs, la convergence multimdia entrane des suppressions
massives d'emplois.

Selon Michel Muller, secrtaire gnral de la FILPAC (Fdration des
industries du livre, du papier et de la communication) en France, les
industries graphiques franaises ont perdu 20.000 emplois en dix ans.
Entre 1987 et 1996, les effectifs passent de de 110.000  90.000
salaris. Les entreprises mettent en place des plans sociaux coteux
pour favoriser le reclassement des personnes licencies, en crant des
emplois souvent artificiels, alors qu'il aurait t prfrable de
financer des tudes fiables sur la manire d'quilibrer crations et
suppressions d'emplois lorsqu'il tait encore temps.

Partout dans le monde, de nombreux postes  faible qualification
technique sont remplacs par des postes exigeant des qualifications
techniques leves. Les personnes peu qualifies sont licencies.
D'autres suivent une formation professionnelle complmentaire, parfois
auto-finance et prise sur leur temps libre, et cette formation
professionnelle ne garantit pas pour autant le remploi.

Directeur de AT&T, gant des tlcommunications aux tats-Unis, Walter
Durling insiste sur le fait que les nouvelles technologies ne
changeront pas fondamentalement la situation des salaris au sein de
l'entreprise. L'invention du film n'a pas tu le thtre et celle de la
tlvision n'a pas fait disparatre le cinma. Les entreprises
devraient crer des emplois lis aux nouvelles technologies et les
proposer  ceux qui sont obligs de quitter d'autres postes devenus
obsoltes.

Des arguments bien thoriques alors que le problme est plutt celui du
pourcentage. Combien de crations de postes pour combien de
licenciements?

De leur ct, les syndicats prconisent la cration d'emplois par
l'investissement, l'innovation, la formation aux nouvelles
technologies, la reconversion des travailleurs dont les emplois sont
supprims, des conventions collectives quitables, la dfense du droit
d'auteur, une meilleure protection des travailleurs dans le secteur
artistique et enfin la dfense des tltravailleurs en tant que
travailleurs  part entire.



LES BIBLIOTHQUES EMMNAGENT SUR LE WEB


[Rsum]
Qu'il me suffise, pour le moment, de redire la sentence classique: "La
bibliothque est une sphre dont le centre vritable est un hexagone
quelconque, et dont la circonfrence est inaccessible." Cette citation
de Jorge Luis Borges peut tout aussi bien dfinir la bibliothque
numrique. La numrisation du patrimoine mondial est en cours, d'abord
pour le texte, et ensuite pour l'image et le son, avec la mise en ligne
de centaines puis de milliers d'oeuvres du domaine public, de
publications littraires et scientifiques, d'articles, d'images, de
bandes sonores et de films. Nombre d'entre eux sont en accs libre. Des
bibliothcaires devenus cyberthcaires pilotent les usagers dans leurs
recherches et les orientent sur la toile.


= Des bibliothques numriques

# De l'imprim au numrique

La premire bibliothque traditionnelle prsente sur le web est la
bibliothque municipale d'Helsinki (Finlande), qui inaugure son site en
fvrier 1994.  Objectif poursuivi par des gnrations de
bibliothcaires, la diffusion du livre devient enfin possible  vaste
chelle.

Fondateur de la bibliothque numrique Athena, Pierre Perroud insiste
en fvrier 1997 sur la complmentarit du texte lectronique et du
livre imprim, dans un article de la revue Informatique-Informations
(Genve). Selon lui, les textes lectroniques reprsentent un
encouragement  la lecture et une participation conviviale  la
diffusion de la culture, notamment pour l'tude de ces textes et la
recherche textuelle. Ces textes lectroniques sont un bon complment
du livre imprim - celui-ci restant irremplaable lorsqu'il s'agit de
lire.  Mais le livre imprim reste un compagnon mystrieusement sacr
vers lequel convergent de profonds symboles: on le serre dans la main,
on le porte contre soi, on le regarde avec admiration; sa petitesse
nous rassure autant que son contenu nous impressionne; sa fragilit
renferme une densit qui nous fascine; comme l'homme il craint l'eau et
le feu, mais il a le pouvoir de mettre la pense de celui-l  l'abri
du Temps.

Si certaines bibliothques numriques naissent directement sur le web,
la plupart manent de bibliothques traditionnelles. En 1996, la
bibliothque municipale de Lisieux (Normandie, France) lance la
Bibliothque lectronique de Lisieux, qui offre les versions numriques
d'oeuvres littraires courtes choisies dans les collections municipales.
En 1997, la Bibliothque nationale de France (BnF) cre Gallica qui,
dans un premier temps, propose des images et textes du 19e sicle
francophone,  savoir une slection de 3.000 livres complte par un
chantillon de la future iconothque numrique. En 1998, la
Bibliothque municipale de Lyon met les enluminures de 200 manuscrits
et incunables  la disposition de tous sur son site web. Trois exemples
parmi tant d'autres.

# La numrisation des livres

Qui dit bibliothque numrique dit numrisation, au moins les premiers
temps, puisque les livres numriques manent de livres imprims. Pour
pouvoir tre consult  l'cran, un livre peut tre numris soit en
mode texte soit en mode image.

La numrisation en mode texte implique la saisie d'un texte. Elle
consiste  patiemment saisir le livre sur un clavier, page aprs page,
solution souvent adopte lors de la constitution des premires
bibliothques numriques, ou alors quand les documents originaux
manquent de clart, pour les livres anciens par exemple. Les annes
passant, la numrisation en mode texte consiste surtout  scanner le
livre en mode image, puis  le convertir en texte grce  un logiciel
OCR (optical character recognition), avec relecture ventuelle 
l'cran pour corriger le texte obtenu puisqu'un bon logiciel OCR serait
fiable  90%.

La version informatique du livre ne conserve pas la prsentation
originale du livre ou de la page. Le livre devient texte,  savoir un
ensemble de caractres apparaissant en continu  l'cran. A cause du
temps pass au traitement de chaque livre, ce mode de numrisation est
assez long, et donc nettement plus coteux que la numrisation en mode
image. Dans de nombreux cas, il est toutefois trs prfrable,
puisqu'il permet l'indexation, la recherche textuelle, l'analyse
textuelle, une tude comparative entre plusieurs textes ou plusieurs
versions du mme texte, etc. C'est la mthode utilise par exemple par
le Projet Gutenberg, fond ds 1971.

La numrisation en mode image correspond  la photographie du livre
page aprs page. La version informatique est le fac-simil numrique de
la version imprime. La prsentation originale tant conserve, on peut
feuilleter le texte page aprs page  l'cran. C'est la mthode
employe pour les numrisations  grande chelle, par exemple pour le
programme de numrisation de la Bibliothque nationale de France (BnF)
et la constitution de sa bibliothque numrique Gallica. La
numrisation en mode texte est toutefois utilise pour les tables des
matires, les sommaires et les corpus de documents iconographiques,
afin de faciliter la recherche textuelle.

Pourquoi ne pas tout numriser en mode texte? La BnF rpond en 2000 sur
le site de Gallica: Le mode image conserve l'aspect initial de
l'original y compris ses lments non textuels. Si le mode texte
autorise des recherches riches et prcises dans un document et permet
une rduction significative du volume des fichiers manipuls, sa
ralisation, soit par saisie soit par OCR, implique des cots de
traitement environ dix fois suprieurs  la simple numrisation. Ces
techniques, parfaitement envisageables pour des volumes limits, ne
pouvaient ici tre conomiquement justifiables au vu des 50.000
documents (reprsentant presque 15 millions de pages) mis en ligne.

Concepteur de Mot@mot, logiciel de remise en page de fac-simils
numriques, Pierre Schweitzer insiste sur l'utilit des deux modes de
numrisation. Le mode image permet d'avancer vite et  trs faible
cot, explique-t-il en janvier 2001. C'est important car la tche de
numrisation du domaine public est immense. Il faut tenir compte aussi
des diffrentes ditions: la numrisation du patrimoine a pour but de
faciliter l'accs aux oeuvres, il serait paradoxal qu'elle aboutisse 
se focaliser sur une dition et  abandonner l'accs aux autres. Chacun
des deux modes de numrisation s'applique de prfrence  un type de
document, ancien et fragile ou plus rcent, libre de droit ou non (pour
l'auteur ou pour l'dition), abondamment illustr ou pas. Les deux
modes ont aussi des statuts assez diffrents: en mode texte a peut
tre une nouvelle dition d'une oeuvre, en mode image c'est une sorte
d'"dition d'dition", grce  un de ses exemplaires (qui fonctionne
alors comme une fonte d'imprimerie pour du papier). En pratique, le
choix dpend bien sr de la nature du fonds  numriser, des moyens et
des buts  atteindre. Difficile de se passer d'une des deux faons de
faire.


= Un exemple: Gallica

Secteur numrique de la Bibliothque nationale de France (BnF), Gallica
est inaugur en octobre 1997 avec des images et textes du 19e sicle
francophone, sicle de l'dition et de la presse moderne, sicle du
roman mais aussi des grandes synthses historiques et philosophiques,
sicle scientifique et technique. A l'poque, le serveur stocke 2.500
livres numriss en mode image complts par les 250 livres numriss
en mode texte de la base Frantext de l'INaLF (Institut national de la
langue franaise). Classs par discipline, ces livres sont complts
par une chronologie du 19e sicle et des synthses sur les grands
courants en histoire, sciences politiques, droit, conomie,
littrature, philosophie, sciences et histoire des sciences. Le site
propose aussi un chantillon de la future iconothque numrique, 
savoir le fonds du photographe Eugne Atget, une slection de documents
sur l'crivain Pierre Loti, une collection d'images de l'cole
nationale des ponts et chausses - ces images ayant trait aux grands
travaux lis  la rvolution industrielle en France -, et enfin un
choix de livres illustrs de la bibliothque du Muse de l'Homme.

Fin 1997, Gallica se considre moins comme une banque de donnes
numrises que comme un laboratoire dont l'objet est d'valuer les
conditions d'accs et de consultation  distance des documents
numriques. Le but est d'exprimenter la navigation dans ces
collections, en permettant aussi bien le libre parcours du chercheur ou
du curieux que des recherches textuelles pointues.

Dbut 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images pour la
fin 1999, avec un accroissement rapide des collections ensuite. Sur les
100.000 volumes prvus, qui reprsenteront 30 millions de pages
numrises, plus du tiers concerne le 19e sicle. Quant aux 300.000
images fixes, la moiti appartient aux dpartements spcialiss de la
BnF (Estampes et photographie, Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies
et mdailles, etc.). L'autre moiti provient de collections
d'tablissements publics (muses et bibliothques, Documentation
franaise, cole nationale des ponts et chausses, Institut Pasteur,
Observatoire de Paris, etc.) ou privs (agences de presse dont Magnum,
l'Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).

En mai 1998, la BnF revoit ses esprances  la baisse et modifie
quelque peu ses orientations premires. Jrme Strazzulla, journaliste
au quotidien Le Figaro, explique dans un article du 3 juin 1998 que la
BnF est passe d'une esprance universaliste, encyclopdique,  la
ncessit de choix ditoriaux pointus. Dans le mme article, le
prsident de la BnF, Jean-Pierre Angremy, rapporte la dcision du
comit ditorial de Gallica: Nous avons dcid d'abandonner l'ide
d'un vaste corpus encyclopdique de cent mille livres, auquel on
pourrait sans cesse reprocher des trous. Nous nous orientons
aujourd'hui vers des corpus thmatiques, aussi complets que possibles,
mais plus restreints. (...) Nous cherchons  rpondre, en priorit, aux
demandes des chercheurs et des lecteurs. Le premier corpus envisag
aura trait aux voyages en France,  savoir des textes, estampes et
photographies du 16e sicle  1920, avec mise en ligne prvue en 2000.
Les corpus envisags ensuite auront les thmes suivants: Paris, les
voyages en Afrique des origines  1920, les utopies, et les mmoires
des Acadmies des sciences de province.

En 2003, Gallica rassemble 70.000 ouvrages et 80.000 images allant du
Moyen-ge au dbut du 20e sicle, tous documents libres de droits.
Mais, de l'avis de nombreux usagers, les fichiers sont trs lourds
puisque les livres sont numriss en mode image, et l'accs en est trs
long. Chose tout aussi problmatique, la numrisation en mode image
n'autorise pas la recherche textuelle alors que Gallica se trouve tre
la plus grande bibliothque numrique francophone en nombre de titres
disponibles en ligne. Seule une petite collection de livres (1.117
livres en fvrier 2004) est numrise en mode texte, celle de la base
Frantext de l'ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue
franaise, le laboratoire ayant succd  l'INaLF), intgre  Gallica.
Tous problmes auxquels la BnF remdie au fil des mois, avec une
navigation aise et des livres pouvant tre convertis du mode image en
mode texte en un clic.

En fvrier 2005, Gallica compte 76.000 ouvrages.  la mme date, la BnF
annonce la mise en ligne prochaine (entre 2006 et 2009) de la presse
franaise parue entre 1826 et 1944,  savoir 22 titres reprsentant 3,5
millions de pages. Dbut 2006, les premiers journaux disponibles en
ligne sont les quotidiens Le Figaro (fond en 1826), La Croix (fonde
en 1883), L'Humanit (fonde en 1904) et Le Temps (fond en 1861 et
disparu en 1942).

En dcembre 2006, les collections comprennent 90.000 ouvrages numriss
(fascicules de presse compris), 80.000 images et des dizaines d'heures
de ressources sonores. Gallica dbute la conversion en mode texte des
livres numriss en mode image afin de favoriser l'accs  leur
contenu, tout comme leur indexation par les moteurs de recherche.

En novembre 2007, la BnF annonce la numrisation de 300.000 ouvrages
supplmentaires d'ici 2010,  savoir 45 millions de pages qui seront
accessibles sur son nouveau site Gallica2, simultanment en mode image
et en mode texte.

En mars 2010, Gallica franchit la barre du million de documents, dont
la plupart sont accessibles gratuitement sur un site dont l'interface
n'a cess de s'amliorer au fil des ans.


= Du bibliothcaire au cyberthcaire

# En 1999

Piloter les usagers sur l'internet, filtrer et organiser l'information
 leur intention, crer et grer un site web, rechercher des documents
dans des bases de donnes spcialises, telles sont dsormais les
tches de nombreux bibliothcaires. C'est le cas de Peter Raggett 
l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement conomiques) ou
de Bruno Didier  l'Institut Pasteur.

Peter Raggett est sous-directeur (puis directeur) de la Bibliothque
centrale de l'OCDE, renomme ensuite Centre de documentation et
d'information (CDI).

Situe  Paris, l'OCDE regroupe trente pays membres. Au noyau
d'origine, constitu des pays d'Europe de l'Ouest et d'Amrique du
Nord, viennent s'ajouter le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zlande, la
Finlande, le Mexique, la Rpublique tchque, la Hongrie, la Pologne et
la Core.

Rserve aux fonctionnaires de l'organisation, la bibliothque permet
la consultation de 60.000 monographies et 2.500 priodiques imprims.
En ligne depuis 1996, les pages intranet de la bibliothque deviennent
une source d'information majeure pour le personnel.

Je dois filtrer l'information pour les usagers de la bibliothque, ce
qui signifie que je dois bien connatre les sites et les liens qu'ils
proposent, explique Peter Raggett en aot 1999. J'ai slectionn
plusieurs centaines de sites pour en favoriser l'accs  partir de
l'intranet de l'OCDE. Cette slection fait partie du bureau de
rfrence virtuel propos par la bibliothque  l'ensemble du
personnel. Outre de nombreux liens, ce bureau de rfrence contient des
pages recensant les articles, monographies et sites web correspondant
aux diffrents projets de recherche en cours  l'OCDE, l'accs en
rseau aux CD-ROM et une liste mensuelle des nouveaux titres.

Comment voit-il l'avenir de la profession? L'internet offre aux
chercheurs un stock d'informations considrable. Le problme pour eux
est de trouver ce qu'ils cherchent. Jamais auparavant on n'avait senti
une telle surcharge d'informations, comme on la sent maintenant quand
on tente de trouver un renseignement sur un sujet prcis en utilisant
les moteurs de recherche disponibles sur l'internet. A mon avis, les
bibliothcaires auront un rle important  jouer pour amliorer la
recherche et l'organisation de l'information sur le rseau. Je prvois
aussi une forte expansion de l'internet pour l'enseignement et la
recherche. Les bibliothques seront amenes  crer des bibliothques
numriques permettant  un tudiant de suivre un cours propos par une
institution  l'autre bout du monde. La tche du bibliothcaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de
plus en plus devenir un bibliothcaire virtuel. Je n'aurai pas
l'occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutt par
courriel, par tlphone ou par fax, j'effectuerai la recherche et je
leur enverrai les rsultats par voie lectronique.

En 1999, Bruno Didier est bibliothcaire  l'Institut Pasteur (Paris),
une fondation prive dont le but est la prvention et le traitement des
maladies infectieuses par la recherche, l'enseignement et des actions
de sant publique.

Sduit par les perspectives qu'offre le rseau pour la recherche
documentaire, Bruno Didier cre le site web de la bibliothque en 1996
et devient son webmestre. Le site web de la bibliothque a pour
vocation principale de servir la communaut pasteurienne, relate-t-il
en aot 1999. Il est le support d'applications devenues indispensables
 la fonction documentaire dans un organisme de cette taille: bases de
donnes bibliographiques, catalogue, commande de documents et bien
entendu accs  des priodiques en ligne. C'est galement une vitrine
pour nos diffrents services, en interne mais aussi dans toute la
France et  l'tranger. Il tient notamment une place importante dans la
coopration documentaire avec les instituts du rseau Pasteur  travers
le monde. Enfin j'essaie d'en faire une passerelle adapte  nos
besoins pour la dcouverte et l'utilisation d'internet. (...) Je
dveloppe et maintiens les pages du serveur, ce qui s'accompagne d'une
activit de veille rgulire. Par ailleurs je suis responsable de la
formation des usagers, ce qui se ressent dans mes pages. Le web est un
excellent support pour la formation, et la plupart des rflexions
actuelles sur la formation des usagers intgrent cet outil.

Son activit professionnelle a chang de manire radicale, tout comme
celle de ses collgues. C'est  la fois dans nos rapports avec
l'information et avec les usagers que les changements ont eu lieu,
explique-t-il. Nous devenons de plus en plus des mdiateurs, et peut-
tre un peu moins des conservateurs. Mon activit actuelle est typique
de cette nouvelle situation: d'une part dgager des chemins d'accs
rapides  l'information et mettre en place des moyens de communication
efficaces, d'autre part former les utilisateurs  ces nouveaux outils.
Je crois que l'avenir de notre mtier passe par la coopration et
l'exploitation des ressources communes. C'est un vieux projet
certainement, mais finalement c'est la premire fois qu'on dispose
enfin des moyens de le mettre en place.

# En 2000

En 2000, Bakayoko Bourahima est responsable de la bibliothque de
l'cole nationale suprieure de statistique et d'conomie applique
(ENSEA)  Abidjan (Cte d'Ivoire). L'ENSEA assure la formation de
statisticiens pour les pays africains d'expression franaise. Son site
web est mis en ligne en avril 1999 dans le cadre du rseau REFER, un
rseau mis sur pied par l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
pour desservir la communaut scientifique et technique en Afrique, en
Asie et en Europe orientale (24 pays participants en 2002).

En tant que responsable de la bibliothque, Bakayoko Bourahima s'occupe
de la gestion de l'information et de la diffusion des travaux publis
par l'ENSEA. Quel est l'apport de l'internet dans son travail? Le
service de la bibliothque travaille  deux projets d'intgration du
web pour amliorer ses prestations, relate-t-il en juillet 2000.
J'espre bientt pouvoir mettre  la disposition de mes usagers un
accs internet pour l'interrogation de bases de donnes. Par ailleurs,
j'ai en projet de raliser et de mettre sur l'intranet et sur le web un
certain nombre de services documentaires (base de donnes thmatique,
informations bibliographiques, service de rfrences bibliographiques,
bulletin analytique des meilleurs travaux d'tudiants...). Il s'agit
donc pour la bibliothque, si j'obtiens les financements ncessaires
pour ces projets, d'utiliser pleinement l'internet pour donner  notre
cole un plus grand rayonnement et de renforcer sa plateforme de
communication avec tous les partenaires possibles. En intgrant cet
outil au plan de dveloppement de la bibliothque, j'espre amliorer
la qualit et largir la gamme de l'information scientifique et
technique mise  la disposition des tudiants, des enseignants et des
chercheurs, tout en tendant considrablement l'offre des services de
la bibliothque.

En 2000, Emmanuel Barthe est documentaliste juridique et responsable
informatique de Coutrelis & Associs, un cabinet d'avocats parisien.
Les principaux domaines de travail du cabinet sont le droit
communautaire, le droit de l'alimentation, le droit de la concurrence
et le droit douanier, crit-il en octobre 2000. Je fais de la saisie
indexation, et je conois et gre les bases de donnes internes. Pour
des recherches documentaires difficiles, je les fais moi-mme ou bien
je conseille le juriste. Je suis aussi responsable informatique et
tlcoms du cabinet: conseils pour les achats, assistance et formation
des utilisateurs. De plus, j'assure la veille, la slection et le
catalogage de sites web juridiques: titre, auteur et bref descriptif.
Je suis galement formateur internet juridique aussi bien  l'intrieur
de mon entreprise qu' l'extrieur lors de stages de formation.

# En 2001

En 2001, Anissa Rachef est bibliothcaire et professeur  l'Institut
franais de Londres. Prsents dans de nombreux pays, les instituts
franais sont des organismes officiels proposant des cours de franais
et des manifestations culturelles. A Londres, 5.000 tudiants environ
s'inscrivent aux cours chaque anne. Inaugure en mai 1996, la
mdiathque utilise l'internet ds sa cration.

L'objectif de la mdiathque est double, explique Anissa Rachef en
avril 2001. Servir un public s'intressant  la culture et la langue
franaises et "recruter" un public allophone en mettant  disposition
des produits d'appel tels que vidos documentaires, livres audio, CD-
ROM. La mise en place rcente d'un espace multimdia sert aussi 
fidliser les usagers. L'installation d'un service d'information rapide
a pour fonction de rpondre dans un temps minimum  toutes sortes de
questions poses via le courrier lectronique, ou par fax. Ce service
exploite les nouvelles technologies pour des recherches trs
spcialises. Nous laborons galement des dossiers de presse destins
aux tudiants et professeurs prparant des examens de niveau
secondaire. Je m'occupe essentiellement de catalogage, d'indexation et
de cotation. (...) J'utilise internet pour des besoins de base.
Recherches bibliographiques, commande de livres, courrier
professionnel, prt inter-bibliothques. C'est grce  internet que la
consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC [Systme
universitaire de documentation] et OCLC [Online Computer Library
Center], a t possible. C'est ainsi que j'ai pu mettre en place un
service de fourniture de documents extrieurs  la mdiathque. Des
ouvrages peuvent dsormais tre achemins vers la mdiathque pour des
usagers ou bien  destination des bibliothques anglaises.


= Des catalogues en rseau

# L'UNIMARC, un format commun

L'avenir des catalogues informatiques en rseau tient  l'harmonisation
du format MARC (machine readable cataloguing) par le biais de l'UNIMARC
(universal machine readable cataloguing).

Cr en 1977 par l'IFLA (International Federation of Library
Associations), le format UNIMARC est un format universel permettant le
stockage et l'change de notices bibliographiques au moyen d'une
codification des diffrentes parties de la notice (auteur, titre,
diteur, etc.) pour traitement informatique. Ce format favorise les
changes de donnes entre la vingtaine de formats MARC existants, qui
correspondent chacun  une pratique nationale de catalogage (INTERMARC
en France, UKMARC au Royaume-Uni, USMARC aux tats-Unis, CAN/MARC au
Canada, etc.). Les notices dans le format MARC d'origine sont d'abord
converties au format UNIMARC avant d'tre converties  nouveau dans le
format MARC de destination. UNIMARC peut aussi tre utilis comme
standard
pour le dveloppement de nouveaux formats MARC.

Dans le monde anglophone, la British Library (qui utilise UKMARC), la
Library of Congress (qui utilise USMARC) et la Bibliothque nationale
du Canada (qui utilise CAN/MARC) dcident d'harmoniser leurs formats
MARC nationaux. Un programme de trois ans (dcembre 1995 - dcembre
1998) permet de mettre au point un format MARC commun aux trois
bibliothques.

Paralllement, en 1996, dans le cadre de son Programme des
bibliothques, la Commission europenne promeut l'utilisation du format
UNIMARC comme format commun d'change entre tous les formats MARC
utiliss dans les pays de l'Union europenne. Le groupe de travail
correspondant tudie aussi les problmes poss par les diffrentes
polices de caractres, ainsi que la manire d'harmoniser le format
bibliographique, tout comme le format du document lui-mme pour les
documents disponibles en ligne.

# WorldCat, catalogue collectif mondial

L'internet facilite aussi la gestion de catalogues collectifs. Le but
premier de ces catalogues est d'viter de cataloguer  nouveau un
document dj trait par une bibliothque partenaire. Si le catalogueur
trouve la notice du livre qu'il est cens cataloguer, il la copie pour
l'inclure dans le catalogue de sa propre bibliothque. S'il ne trouve
pas la notice, il la cre, et cette notice est aussitt disponible pour
les catalogueurs officiant dans d'autres bibliothques.

Outre de nombreux catalogues collectifs rgionaux et nationaux, deux
catalogues collectifs mondiaux sont proposs par OCLC (Online Computer
Library Center) et RLG (Research Libraries Group) ds les annes 1980.
Dans les annes 2000, ces deux organismes grent de gigantesques bases
bibliographiques alimentes par leurs adhrents, permettant ainsi aux
bibliothques d'unir leurs forces par-del les frontires.

Fond en 1967 dans l'Ohio, un tat des tats-Unis, OCLC gre d'abord
l'OCLC Online Union Catalog, dbut en 1971 pour desservir les
bibliothques universitaires de l'Ohio. Ce catalogue collectif s'tend
ensuite  tout le pays, puis au monde entier.

Dsormais appel WorldCat, et disponible sur abonnement payant, il
comprend en 1998 38 millions de notices en 370 langues, avec
translittration pour les caractres non romains des langues JACKPHY, 
savoir le japonais, l'arabe, le chinois, le coren (Korean en anglais),
le persan, l'hbreu et le yiddish. L'accroissement annuel est de 2
millions de notices. WorldCat utilise huit formats bibliographiques
correspondant aux catgories suivantes: livres, priodiques, documents
visuels, cartes et plans, documents mixtes, enregistrements sonores,
partitions, et documents informatiques.

En 2005, 61 millions de notices bibliographiques produites par 9.000
bibliothques et centres de documentation sont disponibles dans
400 langues. En 2006, 73 millions de notices provenant de 10.000
bibliothques dans 112 pays permettent de localiser un milliard de
documents. Une notice type contient la description du document ainsi
que des informations sur son contenu: table des matires, rsum,
couverture, illustrations et courte biographie de l'auteur.

Devenue la plus grande base mondiale de donnes bibliographiques,
WorldCat migre progressivement sur le web, d'abord en rendant la
consultation des notices possible par le biais de plusieurs moteurs de
recherche (Yahoo!, Google et bien d'autres), puis en lanant en aot
2006 une version web (bta) de WorldCat en accs libre, qui propose non
seulement les notices des documents mais aussi l'accs direct (gratuit
ou payant) aux documents lectroniques des bibliothques membres:
livres du domaine public, articles, photos, livres audio, musique et
vidos.

Le deuxime catalogue collectif mondial est gr par RLG. Fond en 1980
en Californie, avec une antenne  New York, RLG (Research Library
Group, qui devient ensuite Research Libraries Group) se donne pour but
d'amliorer l'accs  l'information dans le domaine de l'enseignement
et de la recherche. RLG dbute son propre catalogue sous le nom de RLIN
(Research Libraries Information Network). Contrairement  WorldCat qui
n'accepte qu'une notice par document, RLIN accepte plusieurs notices
pour un mme document.

En 1998, RLIN comprend 82 millions de notices dans 365 langues, avec
des notices translittres pour les documents publis dans les langues
JACKPHY et en cyrillique. Des centaines de dpts d'archives,
bibliothques de muses, bibliothques universitaires, bibliothques
publiques, bibliothques de droit, bibliothques techniques,
bibliothques d'entreprise et bibliothques d'art utilisent RLIN pour
le catalogage, le prt inter-bibliothques et le descriptif de leurs
archives et manuscrits. Une des spcialits de RLIN est l'histoire de
l'art. Alimente par 65 bibliothques spcialises, une section
spcifique comprend 100.000 notices de catalogues d'expositions et
168.500 notices de documents iconographiques (photographies,
diapositives, dessins, estampes et affiches). Cette section inclut
aussi les 110.000 notices de la base bibliographique Scipio, consacre
aux catalogues de ventes.

En 2003, RLIN change de nom pour devenir le RLG Union Catalog, qui
comprend dsormais 126 millions de notices bibliographiques
correspondant  42 millions de documents (livres, cartes, manuscrits,
films, bandes sonores, etc.). Au printemps 2004, une version web du
catalogue est disponible en accs libre sous le nom de RedLightGreen,
suite  une phase pilote lance  l'automne 2003. La mise en ligne de
RedLightGreen inaugure une re nouvelle. C'est en effet la premire
fois qu'un catalogue collectif mondial est en accs libre, trois ans
avant WorldCat. Destin en premier lieu aux tudiants du premier cycle
universitaire, RedLightGreen propose 130 millions de notices, avec des
informations spcifiques aux bibliothques d'un campus donn (cote,
lien vers la version en ligne si celle-ci existe, etc.).

Aprs trois ans d'activit, en novembre 2006, le site RedLightGreen
cesse ses activits, et les usagers sont invits  utiliser WorldCat,
dont la version web (bta) est en accs libre depuis aot 2006. A la
mme date, le RLG est intgr  OCLC, qui gre dsormais le seul
catalogue collectif mondial. En mars 2010, WorldCat recense 1,5
milliard de documents.



UNE INFORMATION MULTILINGUE


[Rsum]
De pratiquement anglophone  ses dbuts, le web, devenu multilingue,
permet une large diffusion des textes lectroniques sans contrainte de
frontires. Mais la barrire de la langue est loin d'avoir disparu.
Comme l'crit si bien en aot 1999 Maria Victoria Marinetti, professeur
d'espagnol en entreprise et traductrice, il est trs important de
pouvoir communiquer en diffrentes langues. Je dirais mme que c'est
obligatoire, car l'information donne sur l'internet est  destination
du monde entier, alors pourquoi ne l'aurions-nous pas dans notre propre
langue ou dans la langue que nous souhaitons utiliser? Information
mondiale, mais pas de vaste choix dans les langues, ce serait
contradictoire, pas vrai?


= De l'ASCII  l'Unicode

Communiquer dans plusieurs langues implique d'avoir des systmes de
codage adapts  nos alphabets ou idogrammes respectifs.

Le premier systme d'encodage informatique est l'ASCII (American
standard code for information interchange). Publi en 1968 aux tats-
Unis par l'American National Standards Institute (ANSI), avec
actualisation en 1977 et 1986, l'ASCII est un code standard de
128 caractres traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit
par 1000001, B est traduit par 1000010, etc.). Les 128 caractres
comprennent 33 caractres de contrle (qui ne reprsentent donc pas de
symbole crit) et 95 caractres imprimables: les 26 lettres sans accent
en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les chiffres, les signes de
ponctuation et quelques symboles, le tout correspondant aux touches du
clavier anglophone.

L'ASCII permet uniquement la lecture de l'anglais et du latin. Il ne
permet pas de prendre en compte les lettres accentues prsentes dans
bon nombre de langues europennes, et  plus forte raison les langues
non alphabtiques (chinois, japonais, coren, etc.). Ceci ne pose pas
de problme majeur les premires annes, tant que l'change de fichiers
lectroniques se limite essentiellement  l'Amrique du Nord.

Mais le multilinguisme devient bientt une ncessit vitale. Des
variantes de l'ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte
les caractres accentus de quelques langues europennes. Par exemple,
la variante pour le franais est dfinie par la norme ISO-8859-1 (ISO-
Latin-1).

Cependant le passage de l'ASCII original  ses diffrentes extensions
devient vite un vritable casse-tte, y compris au sein de l'Union
europenne, les problmes tant entre autres la multiplication des
variantes, la corruption des donnes dans les changes informatiques ou
encore l'incompatibilit des systmes, les pages ne pouvant tre
affiches que dans une seule langue  la fois.

Avec le dveloppement du web, l'change des donnes s'internationalise
de plus en plus. On ne peut plus se limiter  l'utilisation de
l'anglais et de quelques langues europennes, traduites par un systme
d'encodage datant de 1968.

Publi pour la premire fois en janvier 1991, l'Unicode est un systme
d'encodage universel sur 16 bits spcifiant un nombre unique pour
chaque caractre. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme,
le logiciel et la langue utiliss. L'Unicode peut traiter 65.000
caractres uniques et prendre en compte tous les systmes d'criture de
la plante. A la grande satisfaction des linguistes, il remplace
progressivement l'ASCII, avec ses variantes UTF-8, UTF-16 et UTF-32
(UTF: Unicode transformation format) en fonction du nombre de bits
utiliss. Il devient une composante des spcifications du W3C (World
Wide Web Consortium), l'organisme international charg du dveloppement
du web.

L'utilisation de l'Unicode se gnralise  partir de 1998, par exemple
pour les fichiers texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows
2000, Windows XP et versions suivantes), qui taient jusque-l en
ASCII.

Mais l'Unicode ne peut rsoudre tous les problmes, comme le souligne
en juin 2000 Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, un
espace d'criture hypermdia: Les systmes d'exploitation se dotent
peu  peu des kits de langues et bientt peut-tre de polices de
caractres Unicode  mme de reprsenter toutes les langues du monde;
reste que chaque application, du traitement de texte au navigateur web,
embote ce pas. Les difficults sont immenses: notre clavier avec ses 
250 touches avoue ses manques ds lors qu'il faille saisir des Katakana
ou Hiragana japonais, pire encore avec la langue chinoise. La grande
varit des systmes d'criture de par le monde et le nombre de leurs
signes font barrage. Mais les cueils culturels ne sont pas moins
importants, lis aux codes et modalits de reprsentation propres 
chaque culture ou ethnie.

Que prconise Olivier Gainon, fondateur de CyLibris et pionnier de
l'dition lectronique littraire? Premire tape: le respect des
particularismes au niveau technique, explique-t-il en dcembre 2000. Il
faut que le rseau respecte les lettres accentues, les lettres
spcifiques, etc. Je crois trs important que les futurs protocoles
permettent une transmission parfaite de ces aspects - ce qui n'est pas
forcment simple (dans les futures volutions de l'HTML ou des
protocoles IP, etc.). Donc il faut que chacun puisse se sentir  l'aise
avec l'internet et que ce ne soit pas simplement rserv  des (plus ou
moins) anglophones. Il est anormal aujourd'hui que la transmission
d'accents puisse poser problme dans les courriers lectroniques. La
premire dmarche me semble donc une dmarche technique. Si on arrive 
faire cela, le reste en dcoule: la reprsentation des langues se fera
en fonction du nombre de connects, et il faudra envisager  terme des
moteurs de recherche multilingues.


= De l'anglais au plurilinguisme

Aprs avoir t anglophone  pratiquement 100%, l'internet est encore
anglophone  plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s'explique par
trois facteurs: (a) la cration d'un grand nombre de sites web manant
des tats-Unis, du Canada et du Royaume-Uni; (b) une proportion
d'usagers particulirement forte en Amrique du Nord par rapport au
reste du monde; (c) l'usage de l'anglais en tant que principale langue
d'change internationale.

L'anglais reste en effet prpondrant et ceci n'est pas prs de
disparatre. Comme indiqu en janvier 1999 par Marcel Grangier,
responsable de la section franaise des services linguistiques centraux
de l'Administration fdrale suisse, cette suprmatie n'est pas un mal
en soi, dans la mesure o elle rsulte de ralits essentiellement
statistiques (plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette
langue, etc.). La riposte n'est pas de "lutter contre l'anglais" et
encore moins de s'en tenir  des jrmiades, mais de multiplier les
sites en d'autres langues. Notons qu'en qualit de service de
traduction, nous prconisons galement le multilinguisme des sites eux-
mmes. La multiplication des langues prsentes sur internet est
invitable, et ne peut que bnficier aux changes multiculturels.

Yoshi Mikami est informaticien  Fujisawa, au Japon. En dcembre 1995,
il lance le site The Languages of the World by Computers and the
Internet, communment appel Logos Home Page ou Kotoba Home Page. Son
site donne un bref historique de chaque langue, ses caractristiques,
son systme d'criture, son jeu de caractres et enfin la configuration
du clavier dans la langue donne. Yoshi Mikami est galement co-auteur
(avec Kenji Sekine et Nobutoshi Kohara) de Pour un web multilingue,
publi en aot 1997 en japonais par les ditions O'Reilly avant d'tre
traduit en anglais, en allemand et en franais (version franaise parue
en septembre 1998).

Yoshi explique en dcembre 1998: Ma langue maternelle est le japonais.
Comme j'ai suivi mes tudes de troisime cycle aux tats-Unis et que
j'ai travaill dans l'informatique, je suis devenu bilingue
japonais/anglais amricain. J'ai toujours t intress par diffrentes
langues et cultures, aussi j'ai appris le russe, le franais et le
chinois dans la foule. A la fin de 1995, j'ai cr sur le web le site
The Languages of the World by Computers and the Internet et j'ai tent
de donner - en anglais et en japonais - un bref historique de toutes
ces langues, ainsi que les caractristiques propres  chaque langue et
 sa phontique. Suite  l'exprience acquise, j'ai invit mes deux
associs  crire un livre sur la conception, la cration et la
prsentation de pages web multilingues, livre qui fut publi en aot
1997 sous le titre The Multilingual Web Guide [d'abord en japonais et
ensuite en anglais, NDLR], le premier livre au monde sur un tel sujet.

Comment voit-il l'volution vers un web multilingue? Il y a des
milliers d'annes de cela, en gypte, en Chine et ailleurs, les gens
taient plus sensibles au fait de communiquer leurs lois et leurs
rflexions non seulement dans une langue mais dans plusieurs. Dans
notre monde moderne, chaque tat a adopt plus ou moins une seule
langue de communication. A mon avis, l'internet verra l'utilisation
plus grande de langues diffrentes et de pages multilingues (et pas
seulement une gravitation autour de l'anglais amricain) et un usage
plus cratif de la traduction informatique multilingue. 99% des sites
web crs au Japon sont en japonais!

Consultant en marketing internet chez Globalink, une socit de
produits et services de traduction, Randy Hobler crit en septembre
1998: Comme l'internet n'a pas de frontires nationales, les
internautes s'organisent selon d'autres critres propres au mdium. En
termes de multilinguisme, vous avez des communauts virtuelles, par
exemple ce que j'appelle les "nations des langues", tous ces
internautes qu'on peut regrouper selon leur langue maternelle quel que
soit leur lieu gographique. Ainsi la nation de la langue espagnole
inclut non seulement les internautes d'Espagne et d'Amrique latine,
mais aussi tous les Hispanophones vivant aux tats-Unis, ou encore ceux
qui parlent espagnol au Maroc.

Bruno Didier, webmestre de la bibliothque de l'Institut Pasteur, crit
en aot 1999: Internet n'est une proprit ni nationale, ni
linguistique. C'est un vecteur de culture, et le premier support de la
culture, c'est la langue. Plus il y a de langues reprsentes dans leur
diversit, plus il y aura de cultures sur internet. Je ne pense pas
qu'il faille justement cder  la tentation systmatique de traduire
ses pages dans une langue plus ou moins universelle. Les changes
culturels passent par la volont de se mettre  la porte de celui vers
qui on souhaite aller. Et cet effort passe par l'apprhension de sa
langue. Bien entendu c'est trs utopique comme propos. Concrtement,
lorsque je fais de la veille, je peste ds que je rencontre des sites
norvgiens ou brsiliens sans un minimum d'anglais.

Au cours de l't 2000, les usagers non anglophones dpassent la barre
des 50%. Ce pourcentage continue ensuite d'augmenter, comme le montrent
les statistiques de la socit Global Reach, mises  jour  intervalles
rguliers. Le nombre d'usagers non anglophones est de 52,5% en t
2001, 57% en dcembre 2001, 59,8% en avril 2002, 64,4% en septembre
2003 (dont 34,9% d'Europens non anglophones et 29,4% d'Asiatiques) et
64,2% en mars 2004 (dont 37,9% d'Europens non anglophones et 33%
d'Asiatiques).


= Des dictionnaires de langues en ligne

# Le GDT

Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est une initiative majeure
de l'Office qubcois de la langue franaise (OQLF). C'est en effet la
premire fois qu'un organisme propose une base terminologique aussi
importante en accs libre sur le web. Mis en ligne en septembre 2000,
le GDT est prcd par Le Signet, une base terminologique pour les
technologies de l'information, dont les 10.000 fiches bilingues
franais-anglais sont ensuite intgres au GDT.

Le GDT est un dictionnaire bilingue franais-anglais de 3 millions de
termes appartenant au vocabulaire industriel, scientifique et
commercial. Sa mise en ligne est le rsultat d'un partenariat entre
l'OQLF, auteur du dictionnaire, et Semantix, socit spcialise dans
les solutions logicielles linguistiques. vnement clbr par de
nombreux linguistes, cette mise en ligne est un succs. Ds le premier
mois, le GDT est consult par 1,3 million de personnes, avec des
pointes de 60.000 requtes quotidiennes. La gestion de la base est
ensuite assure par Convera Canada. En fvrier 2003, les requtes sont
au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle version du GDT est
mise en ligne en mars 2003. Sa gestion est dsormais assure par l'OQLF
lui-mme, et non plus par une socit prestataire.

# Eurodicautom et IATE

Gr par le service de traduction de la Commission europenne,
Eurodicautom est une base terminologique multilingue de termes
conomiques, scientifiques, techniques et juridiques permet de combiner
entre elles les onze langues officielles de l'Union europenne
(allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, franais, grec,
hollandais, italien, portugais, sudois), ainsi que le latin, avec une
moyenne de 120.000 consultations par jour en 2003.

Fin 2003, Eurodicautom annonce son intgration dans une base
terminologique plus vaste regroupant les bases terminologiques de
plusieurs institutions de l'Union europenne, notamment EUTERPE, la
base du Parlement europen, et TIS, la base du Conseil de l'Union
europenne. Cette nouvelle base traiterait non plus douze langues mais
une vingtaine, du fait de l'largissement prvu de l'Union europenne
l'anne suivante pour intgrer plusieurs pays d'Europe de l'est.

Un projet de base terminologique commune est voqu ds 1999 afin de
renforcer la coopration inter-institutionnelle. Les partenaires de ce
projet sont le Parlement europen, le Conseil de l'Union europenne, la
Commission europenne, la Cour de justice, la Cour des comptes
europenne, le Comit conomique et social europen, le Comit des
rgions, la Banque europenne d'investissement, la Banque centrale
europenne et enfin le Centre de traduction des organes de l'Union
europenne.

La nouvelle base terminologique voit le jour au printemps 2004 sous le
nom de IATE (Inter-Active Terminology for Europe), d'abord pour un
usage interne dans les institutions de l'Union europenne avant de
migrer sur le web en juin 2007 en tant que service public, avec 1,4
million d'entres dans les 23 langues officielles de l'Union
europenne, plus le latin.  L'Union europenne est en effet passe de
15  25 pays membres en mai 2004, pour atteindre 27 pays membres en
janvier 2007, d'o la ncessit de 23 langues officielles au lieu des
11 langues officielles prsentes dans Eurodicautom.

Le site web de IATE est administr par le Centre de traduction des
organes de l'Union europenne  Luxembourg (capitale du pays du mme
nom), pour le compte des partenaires du projet. Comme expliqu dans la
brochure de IATE, les termes sont introduits dans la base de donnes
par les terminologues et les traducteurs de l'Union europenne sur la
base des informations fournies par les traducteurs, les
administrateurs, les juristes-linguistes, les experts et d'autres
sources fiables. En 2009, IATE comprend 8,4 millions de termes, dont
540.000 abrviations et 130.000 expressions.

# WordReference.com

Le site WordReference.com est lanc en 1999 par Michael Kellogg pour
offrir des dictionnaires bilingues gratuits en ligne. En mars 2010,
Michael relate sur son site: L'internet a t un incroyable outil ces
dernires annes pour rassembler des gens du monde entier. L'un des
principaux obstacles  cela reste bien entendu la langue. Le contenu de
l'internet est pour une grande part en anglais et de trs nombreux
usagers lisent ces pages alors que l'anglais est leur deuxime langue
et non leur langue maternelle. De par mes propres expriences avec la
langue espagnole, je sais que de nombreux lecteurs comprennent une
grande partie de ce qu'ils lisent, mais pas la totalit.

J'ai dbut ce site en 1999 pour procurer des dictionnaires bilingues
gratuits en ligne et d'autres outils pour tous sur l'internet. Depuis,
le site s'est progressivement dvelopp pour devenir l'un des sites de
dictionnaires en ligne les plus utiliss, et le principal dictionnaire
en ligne pour les paires de langues anglais-espagnol, anglais-franais,
anglais-italien, espagnol-franais et espagnol-portugais. Ce site est
toujours class sans interruption parmi les 500 sites les plus visits
du web. Aujourd'hui, je suis heureux de continuer  amliorer ces
dictionnaires, les autres outils linguistiques du site et les forums de
langues. J'ai vraiment plaisir  crer de nouvelles fonctionnalits
pour rendre ce site de plus en plus utile.

Les dictionnaires les plus populaires sont le dictionnaire espagnol
(espagnol-anglais et anglais-espagnol), le dictionnaire franais et le
dictionnaire italien. On trouve aussi un dictionnaire allemand, un
dictionnaire russe et un dictionnaire monolingue anglais. Des tableaux
de conjugaison sont disponibles pour l'espagnol, le franais et
l'italien.

Pour l'anglais, on trouve galement des dictionnaires de l'anglais vers
les langues suivantes: arabe, chinois, coren, grec, japonais,
polonais, portugais, roumain, tchque et turc, et vice versa.

Pour l'espagnol, en plus des deux dictionnaires d'Espasa Calpe et
d'Oxford complts par le supplment propre  WordReference.com, on
peut consulter un dictionnaire monolingue espagnol, un dictionnaire
espagnol de synonymes, un dictionnaire espagnol-franais et un
dictionnaire espagnol-portugais.

Pour le franais et l'italien, outre les dictionnaires d'Oxford,
WordReference.com propose deux dictionnaires qui lui sont propres, 
savoir un dictionnaire franais-anglais de 250.000 termes et un
dictionnaire italien-anglais de 200.000 termes.

WordReference.com offre galement des forums linguistiques trs actifs
et de qualit. Si les gens ont une question sur un usage linguistique
donn, ils peuvent faire une recherche dans les centaines de milliers
de questions prcdentes, avant de poser leur propre question dans l'un
des forums si ncessaire, pour tre aids par des gens des quatre coins
du monde.

WordReference Mini est une version miniature du site qui permet son
intgration dans d'autres sites, par exemple des sites d'apprentissage
de langues.

Une version pour appareil mobile est galement disponible pour
plusieurs dictionnaires: anglais-espagnol, espagnol-anglais, anglais-
franais, franais-anglais, anglais-italien, italien-anglais, avec
d'autres paires de langues  venir.



LE COPYRIGHT REVISIT


[Rsum]
Lance en 2001  l'initiative de Lawrence Lessig, professeur de droit 
la Stanford Law School, en Californie, la licence Creative Commons a
pour but de favoriser la diffusion d'oeuvres numriques tout en
protgeant le droit d'auteur. L'organisme du mme nom propose des
licences-type, qui sont des contrats flexibles de droit d'auteur
compatibles avec une diffusion sur l'internet. Simplement rdiges, ces
autorisations non exclusives permettent aux titulaires des droits
d'autoriser le public  utiliser leurs crations tout en ayant la
possibilit de restreindre les exploitations commerciales et les oeuvres
drives. Finalise en fvrier 2007, la version 3.0 de la Creative
Commons instaure une licence internationale et la compatibilit avec
d'autres licences similaires, dont le copyleft et la GPL (general
public license).


= Droit d'auteur et internet

Si le dbat relatif au droit d'auteur sur l'internet est vif  la fin
des annes 1990, Philippe Loubire, traducteur littraire et
dramatique, ramne ce dbat aux vrais problmes. Ce dbat me semble
assez proche sur le fond de ce qu'il est dans les autres domaines o le
droit d'auteur s'exerce, ou devrait s'exercer, crit-il en mars 2001.
Le producteur est en position de force par rapport  l'auteur dans
pratiquement tous les cas de figure. Les pirates, voire la simple
diffusion libre, ne menacent vraiment directement que les producteurs.
Les auteurs ne sont menacs que par ricochet. Il est possible que l'on
puisse lgifrer sur la question, au moins en France o les
corporations se revendiquant de l'exception culturelle sont actives et
rsistent encore un peu aux Amricains, mais le mal est plus profond.
En effet, en France comme ailleurs, les auteurs taient toujours les
derniers et les plus mal pays avant l'apparition d'internet, on
constate qu'ils continuent d'tre les derniers et les plus mal pays
depuis. Il me semble ncessaire que l'on rgle d'abord la question du
respect des droits d'auteur en amont d'internet.

Pour nombre d'auteurs, le web est avant tout un espace public bas sur
l'change. Alain Bron, consultant en systmes d'information et auteur
de romans, crit en novembre 1999: Je considre aujourd'hui le web
comme un domaine public. Cela veut dire que la notion de droit d'auteur
sur ce mdia disparat de facto: tout le monde peut reproduire tout le
monde. La cration s'expose donc  la copie immdiate si les copyrights
ne sont pas dposs dans les formes usuelles et si les oeuvres sont
exposes sans procdures de revenus.

Jacques Gauchey, journaliste et spcialiste des technologies de
l'information, exprime un avis diffrent. Le droit d'auteur dans son
contexte traditionnel n'existe plus, crit-il en juillet 1999. Les
auteurs ont besoin de s'adapter  un nouveau paradigme, celui de la
libert totale du flot de l'information. Le contenu original est comme
une empreinte digitale: il est incopiable. Il survivra et prosprera
donc.

Selon Xavier Malbreil, auteur multimdia interview en mars 2001, il y
a deux choses. Le web ne doit pas tre un espace de non-droit, et c'est
un principe qui doit s'appliquer  tout, et notamment au droit
d'auteur. Toute utilisation commerciale d'une oeuvre doit ouvrir droit 
rtribution. Mais galement, le web est un lieu de partage. changer
entre amis des passages d'un texte qui vous a plu, comme on peut
recopier des passages d'un livre particulirement apprci, pour le
faire aimer, cela ne peut faire que du bien aux oeuvres, et aux auteurs.
La littrature souffre surtout de ne pas tre diffuse. Tout ce qui
peut concourir  la faire sortir de son ghetto sera positif.


= Copyleft et Creative Commons

Des crateurs souhaitent respecter la vocation premire du web, rseau
de diffusion  l'chelon mondial. De ce fait, les adeptes de contrats
flexibles  -  copyleft, GPL (general public license) et Creative
Commons - sont de plus en plus nombreux.

L'ide du copyleft est lance ds 1984 par Richard Stallman, ingnieur
en informatique et dfenseur inlassable du mouvement Open Source au
sein de la Free Software Foundation (FSF). Conu  l'origine pour les
logiciels, le copyleft est formalis par la GPL (general public
license) et tendu par la suite  toute oeuvre de cration. Il contient
la dclaration normale du copyright affirmant le droit d'auteur, mais
son originalit est de donner au lecteur le droit de librement
redistribuer le document et de le modifier. Le lecteur s'engage
toutefois  ne revendiquer ni le travail original, ni les changements
effectus par d'autres personnes. De plus, tous les travaux drivs de
l'oeuvre originale sont eux-mmes soumis au copyleft.

Lance en 2001  l'initiative de Lawrence Lessig, professeur de droit 
la Stanford Law School, en Californie, la licence Creative Commons a
elle aussi pour but de favoriser la diffusion d'oeuvres numriques tout
en protgeant le droit d'auteur. L'organisme du mme nom propose des
licences-type, qui sont des contrats flexibles de droit d'auteur
compatibles avec une diffusion sur l'internet. Simplement rdiges, ces
autorisations non exclusives permettent aux titulaires des droits
d'autoriser le public  utiliser leurs crations tout en ayant la
possibilit de restreindre les exploitations commerciales et les oeuvres
drives. L'auteur peut par exemple choisir d'autoriser ou non la
reproduction et la rediffusion de ses oeuvres. Ces contrats peuvent tre
utiliss pour tout type de cration: texte, film, photo, musique, site
web, etc. Finalise en fvrier 2007, la version 3.0 de la Creative
Commons instaure une licence internationale et la compatibilit avec
d'autres licences similaires, dont le copyleft et la GPL.

Qui utilise la licence Creative Commons?

O'Reilly Media par exemple. Fond par Tim O'Reilly en 1978, O'Reilly
Media est un diteur rput de manuels informatiques et de livres sur
les technologies de pointe. O'Reilly dispose d'abord d'une formule de
copyright ouvert pour les auteurs qui le souhaitent ou pour des
projets collectifs. A partir de 2003, il privilgie le Creative Commons
Founders' Copyright permettant d'offrir des contrats flexibles de droit
d'auteur  ceux qui veulent galement diffuser leurs oeuvres sur le web.

La Public Library of Science (PLoS) utilise elle aussi la licence
Creative Commons. Les articles de ses priodiques en ligne - qui sont
des priodiques scientifiques de haut niveau disponibles gratuitement -
peuvent tre librement diffuss et rutiliss ailleurs, y compris pour
des traductions, la seule contrainte tant la mention des auteurs et de
la source.

Une licence Creative Commons est utilise pour un million d'oeuvres en
2003, 4,7 millions d'oeuvres en 2004, 20 millions d'oeuvres en 2005, 50
millions d'oeuvres en 2006, 90 millions d'oeuvres en 2007 et 130 millions
d'oeuvres en 2008.


= Domaine public et copyright

Chose inquitante  l'heure d'une socit dite de l'information, le
domaine public se rduit comme peau de chagrin. A une poque qui n'est
pas si lointaine, 50% des oeuvres appartenaient au domaine public, et
pouvaient donc tre librement utilises par tous. D'ici 2100, 99% des
oeuvres seraient rgies par le droit d'auteur, avec un maigre 1% laiss
au domaine public. Un problme pineux pour tous ceux qui grent des
bibliothques numriques, et qui affecte aussi bien le Projet Gutenberg
que Google Books.

Si le Projet Gutenberg s'est donn pour mission de diffuser
gratuitement par voie lectronique le plus grand nombre possible
d'oeuvres littraires, sa tche n'est gure facilite par les coups de
boutoir ports au domaine public. Michael Hart, son fondateur, se
penche sur la question depuis plus de trente ans, avec l'aide d'un
groupe d'avocats spcialiss dans le droit d'auteur.

Dans la section Copyright HowTo, le Projet Gutenberg dtaille les
calculs  faire pour dterminer si un titre publi aux tats-Unis
appartient ou non au domaine public. Les oeuvres publies avant 1923
sont soumises au droit d'auteur pendant 75 ans  partir de leur date de
publication (elles sont donc maintenant dans le domaine public). Les
oeuvres publies entre 1923 et 1977 sont soumises au droit d'auteur
pendant 95 ans  partir de leur date de publication (rien ne tombera
dans le domaine public avant 2019). Une oeuvre publie en 1998 et les
annes suivantes est soumise au droit d'auteur pendant 70 ans  partir
de la date du dcs de l'auteur s'il s'agit d'un auteur personnel (rien
dans le domaine public avant 2049), ou alors pendant 95 ans  partir de
la date de publication - ou 120 ans  partir de la date de cration -
s'il s'agit d'un auteur collectif (rien dans le domaine public avant
2074). Tout ceci dans les grandes lignes, d'autres rgles venant
s'ajouter  ces rgles de base.

Nettement plus contraignant que l'amendement prcdent, qui datait de
1976, un nouvel amendement au copyright est entrin par le Congrs le
27 octobre 1998 pour contrer le formidable vhicule de diffusion qu'est
l'internet. Au fil des sicles, chaque avance technique est
accompagne d'un durcissement du copyright, qui semble tre la rponse
des diteurs  un accs plus facile au savoir, et la peur affrente de
perdre des royalties.

Le copyright a t augment de 20 ans, explique Michael Hart en
juillet 1999. Auparavant on devait attendre 75 ans, on est maintenant
pass  95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une
extension de 28 ans si on la demandait avant l'expiration du dlai) et,
avant cela, le copyright durait 14 ans (plus une extension de 14 ans si
on la demandait avant l'expiration du dlai). Comme on le voit, on
assiste  une dgradation rgulire et constante du domaine public.

Les instances politiques ne cessent de parler d'ge de l'Information
alors que, en parallle, elles durcissent la rglementation relative 
la mise  disposition de cette information. La contradiction est
flagrante. Le copyright est pass d'une dure de 30 ans en moyenne en
1909  une dure de 95 ans en moyenne en 1998. En 89 ans, de 1909 
1998, le copyright a subi une extension de 65 ans qui affecte les trois
quarts de la production du 20e sicle. Seul un livre publi avant 1923
peut tre considr avec certitude comme du domaine public.

Les dates voques par Michael sont les suivantes, comme expliqu en
dtail dans son blog:

(a) 1790 est la date de la main-mise de la Guilde des imprimeurs (les
diteurs de l'poque en Angleterre) sur les auteurs, qui entrane la
naissance du copyright. Le 1790 Copyright Act institue un copyright de
14 ans aprs la date de publication de l'oeuvre, plus une extension de
28 ans si celle-ci est demande avant l'expiration du dlai. Les oeuvres
pouvant tre lgalement imprimes passent subitement de 6.000  600, et
neuf titres sur dix disparaissent des librairies. Quelque 335 ans aprs
les dbuts de l'imprimerie, cense ouvrir les portes du savoir  tous,
le monde du livre est dsormais contrl par les diteurs et non plus
par les auteurs. Cette nouvelle lgislation est galement effective en
France et aux tats-Unis.

(b) 1831 est la date d'un premier renforcement du copyright pour
contrer la rdition de vastes collections du domaine public sur les
nouvelles presses  vapeur. Le 1831 Copyright Act institue un copyright
de 28 ans aprs la date de publication de l'oeuvre, plus une extension
de 14 ans si celle-ci est demande avant l'expiration du dlai, 
savoir un total de 42 ans.

(c) 1909 est la date d'un deuxime renforcement du copyright pour
contrer une rdition des collections du domaine public sur les
nouvelles presses lectriques. Le 1909 Copyright Act double la priode
de l'extension, qui passe  28 ans, le tout reprsentant un total de 56
ans.

(d) 1976 est la date d'un nouveau durcissement du copyright suite 
l'apparition de la photocopieuse lance par Xerox. Le 1976 Copyright
Act institue un copyright de 50 ans aprs le dcs de l'auteur. De ce
fait, tout copyright en cours avant le 19 septembre 1962 n'expire pas
avant le 31 dcembre 1976.

(e) 1998 est la date d'un durcissement supplmentaire du copyright
suite au dveloppement rapide des technologies numriques et aux
centaines de milliers d'oeuvres dsormais disponibles sur CD-ROM et DVD
et sur le web, gratuitement ou  un prix trs bas. Le 1998 Copyright
Act allonge la dure du copyright qui est dsormais de 70 ans aprs le
dcs de l'auteur, pour protger l'empire Disney (raison pour laquelle
on parle souvent de Mickey Mouse Copyright Act) et nombre de
multinationales culturelles.

Un durcissement similaire touche les pays de l'Union europenne. La
rgle gnrale est dsormais un copyright de 70 ans aprs le dcs de
l'auteur, alors qu'il tait auparavant de 50 ans, suite aux pressions
exerces par les diteurs de contenu sous le prtexte d'harmoniser
les lois nationales relatives au copyright pour rpondre  la
mondialisation du march.

A ceci s'ajoute la lgislation sur le copyright des ditions numriques
en application des traits internationaux de l'OMPI (Organisation
mondiale de la proprit intellectuelle). Ces traits sont signs en
1996 dans l'optique de contrler la gestion des droits numriques. Le
Digital Millenium Copyright Act (DMCA) est entrin en octobre 1998 aux
tats-Unis.

La directive EUCD (European Union Copyright Directive) est entrine en
mai 2001 par la Communaut europenne. Cette directive s'intitule trs
prcisment Directive 2001/29/EC du Parlement europen et du Conseil
sur l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur et des droits
voisins dans la socit de l'information. Elle fait suite  la
directive de fvrier 1993 (Directive 93/98/EEC) qui visait  harmoniser
les lgislations des diffrents pays en matire de protection du droit
d'auteur. La directive EUCD entre peu  peu en vigueur dans tous les
pays de l'Union europenne, avec mise en place de lgislations
nationales, le but officiel tant de renforcer le respect du droit
d'auteur sur l'internet et de contrer ainsi le piratage. En France, par
exemple, la loi DADVSI (Droit d'auteur et droits voisins dans la
socit de l'information) est promulgue en aot 2006, et n'est pas
sans susciter de nombreux remous.



UNE VASTE ENCYCLOPDIE


[Rsum]
En 2002, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) dcide de
publier le contenu de ses cours en ligne, avec accs libre et gratuit,
en privilgiant la diffusion libre du savoir. Le MIT OpenCourseWare
(MIT OCW) offre en accs libre le matriel d'enseignement de nombreux
cours,  savoir des textes de confrences, des travaux pratiques, des
exercices et corrigs, des bibliographies, des documents audio et
vido, etc. Paralllement, la Public Library of Science (PLoS) met sur
pied des revues scientifiques en ligne de haut niveau diffuses
gratuitement. Pour les encyclopdies, Wikipdia ouvre la voie en 2001,
en lanant une encyclopdie crite collectivement, avec possibilit de
corriger et de complter les articles, et dont le contenu est librement
rutilisable. Suivent d'autres encyclopdies collaboratives en accs
libre comme Citizendium et l'Encyclopedia of Life.


= Vers un savoir numrique

Vinton Cerf est souvent appel le pre de l'internet parce qu'il est
l'auteur en 1974 (avec Robert Kahn) des protocoles ncessaires au bon
fonctionnement du rseau. Sur le site de l'Internet Society (ISOC),
qu'il fonde en 1992 pour promouvoir le dveloppement de l'internet, il
explique: Le rseau fait deux choses (...): comme les livres, il
permet d'accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la prsente
sous une forme qui la met en relation avec d'autres informations. Alors
que, dans un livre, l'information est maintenue isole.

De plus, l'information contenue dans les livres reste la mme, au moins
pendant une priode donne, alors que l'internet privilgie les
informations rcentes et rgulirement actualises.

Lors d'une confrence organise en septembre 1996 par l'IFIP
(International Federation of Information Processing), Dale Spender,
professeur et chercheuse, tente de cerner les changements fondamentaux
apports par l'internet dans l'acquisition du savoir et les mthodes
d'enseignement. Voici son argumentation rsume en deux paragraphes.

Pendant plus de cinq sicles, l'enseignement est principalement bas
sur l'information donne par les livres. Or les habitudes lies 
l'imprim ne peuvent tre transfres au monde numrique.
L'enseignement en ligne offre des possibilits tellement nouvelles
qu'il n'est gure possible d'effectuer les distinctions traditionnelles
entre enseignant et enseign. Le passage de la culture imprime  la
culture numrique exige d'entirement repenser le processus
d'enseignement, puisque nous avons maintenant l'opportunit sans
prcdent de pouvoir influer sur le genre d'enseignement que nous
souhaitons.

Dans la culture imprime, l'information contenue dans les livres
restait la mme pendant un certain temps, ce qui nous a encourag 
penser que l'information tait stable. La nature mme de l'imprim est
lie  la notion de vrit, stable elle aussi. Cette stabilit et
l'ordre qu'elle engendre ont t un des fondements de l'ge industriel
et de la rvolution scientifique. Les notions de vrit, de loi,
d'objectivit et de preuve ont t les lments de rfrence de nos
croyances et de nos cultures. Mais la rvolution numrique change tout
ceci. Soudain l'information en ligne supplante l'information imprime
pour devenir la plus fiable et la plus utile, et l'usager est prt  la
payer en consquence. C'est cette transformation radicale dans la
nature de l'information qui doit tre au coeur du dbat relatif aux
mthodes d'enseignement.

En tmoigne l'exprience de Patrick Rebollar, professeur de littrature
franaise au Japon, qui raconte en juillet 1998: Mon travail de
recherche est diffrent, mon travail d'enseignant est diffrent, mon
image en tant qu'enseignant-chercheur de langue et de littrature est
totalement lie  l'ordinateur, ce qui a ses bons et ses mauvais cts
(surtout vers le haut de la hirarchie universitaire, plutt constitue
de gens gs et technologiquement rcalcitrants). J'ai cess de
m'intresser  certains collgues proches gographiquement mais qui
n'ont rien de commun avec mes ides, pour entrer en contact avec des
personnes inconnues et rparties dans diffrents pays (et que je
rencontre parfois,  Paris ou  Tokyo, selon les vacances ou les
colloques des uns ou des autres). La diffrence est d'abord un gain de
temps, pour tout, puis un changement de mthode de documentation, puis
de mthode d'enseignement privilgiant l'acquisition des mthodes de
recherche par mes tudiants, au dtriment des contenus (mais cela
dpend des cours). Progressivement, le paradigme rticulaire l'emporte
sur le paradigme hirarchique.

Russon Wooldridge, professeur au dpartement des tudes franaises de
l'Universit de Toronto (Canada), relate en fvrier 2001: Tout mon
enseignement exploite au maximum les ressources d'internet (le web et
le courriel): les deux lieux communs d'un cours sont la salle de classe
et le site du cours, sur lequel je mets tous les matriaux des cours.
Je mets toutes les donnes de mes recherches des vingt dernires annes
sur le web (rdition de livres, articles, textes intgraux de
dictionnaires anciens en bases de donnes interactives, de traits du
16e sicle, etc.). Je publie des actes de colloques, j'dite un
journal, je collabore avec des collgues franais, mettant en ligne 
Toronto ce qu'ils ne peuvent pas publier en ligne chez eux. En mai 2000
j'ai organis  Toronto un colloque international sur "Les tudes
franaises valorises par les nouvelles technologies". (...)

Je me rends compte que sans internet mes activits seraient bien
moindres, ou du moins trs diffrentes de ce qu'elles sont
actuellement. Donc je ne vois pas l'avenir sans. Mais il est crucial
que ceux qui croient  la libre diffusion des connaissances veillent 
ce que le savoir ne soit pas bouff, pour tre vendu, par les intrts
commerciaux. Ce qui se passe dans l'dition du livre en France, o on
n'offre gure plus en librairie que des manuels scolaires ou pour
concours (c'est ce qui s'est pass en linguistique, par exemple), doit
tre vit sur le web. Ce n'est pas vers les amazon.com qu'on se tourne
pour trouver la science dsintresse. Sur mon site, je refuse toute
sponsorisation.


= Quelques projets pilotes

# L'Encyclopdie de Diderot en ligne

Le projet ARTFL (American and French Research on the Treasury of the
French Language) est un projet commun du Centre national de la
recherche scientifique (CNRS, France) et de l'Universit de Chicago
(Illinois, tats-Unis). Ce projet a pour but de constituer une base de
donnes de 2.000 textes ayant trait  la littrature,  la philosophie,
aux arts ou aux sciences et s'chelonnant du 13e au 20e sicle.

L'ARTFL travaille notamment  la version en ligne exhaustive de la
premire dition (1751-1772) de l'Encyclopdie ou Dictionnaire raisonn
des sciences, des mtiers et des arts de Diderot et d'Alembert. 72.000
articles rdigs par plus de 140 collaborateurs - dont Voltaire,
Rousseau, d'Alembert, Marmontel, d'Holbach, Turgot, etc. - ont fait de
cette encyclopdie un monumental ouvrage de rfrence pour les arts et
les sciences. Destine  rassembler puis divulguer les connaissances de
l'poque, l'Encyclopdie porte la marque des courants intellectuels et
sociaux du 18e sicle, et c'est grce  elle qu'ont t propages les
ides du Sicle des Lumires. Elle comprend 17 volumes de texte - qui
reprsentent 18.000 pages et 20.736.912 mots - et 11 volumes de
planches.

La base de donnes correspondant au premier volume est accessible en
ligne  titre exprimental en 1998. La recherche peut tre effectue
par mot, portion de texte, auteur ou catgorie, ou par la combinaison
de ces critres entre eux. On dispose de renvois d'un article 
l'autre, au moyen de liens permettant d'aller d'une planche au texte ou
du texte au fac-simil des pages originales. L'automatisation complte
des procdures de saisie entrane des erreurs typographiques et des
erreurs d'identification qui sont corriges au fil des mois. La
recherche d'images par mot, portion de texte ou catgorie est galement
possible dans un deuxime temps.

L'ARTFL travaille aussi  un projet de base de donnes pour le
Dictionnaire de l'Acadmie franaise, dont les diffrentes ditions se
sont chelonnes entre 1694 et 1935. Ce projet inclut la saisie et
l'dition du texte, ainsi que la cration d'un moteur de recherche
spcifique. La premire dition (1694) et la cinquime dition (1798)
du dictionnaire sont les premires  tre disponibles pour une
recherche par mot, puis pour une recherche par portion de texte. Les
diffrentes ditions sont ensuite combines dans une base de donnes
unique, qui permet de juger de l'volution d'un terme en consultant
aussi bien une dition particulire que l'ensemble des ditions.

Les autres projets de l'ARTFL sont la mise en ligne des ouvrages
suivants: le Dictionnaire historique et critique de Philippe Bayle
(dition de 1740), le Roget's Thesaurus de 1911, le Webster's Revised
Unabridged Dictionary de 1913, le Thresor de la langue franaise de
Jean Nicot (1606), un projet biblique multilingue comprenant entre
autres La Bible franaise de Louis Segond (1910), etc.

# Des ouvrages de rfrence en ligne

Les premires grandes encyclopdies en ligne manent d'encyclopdies
imprimes.  Elles apparaissent sur la toile en dcembre 1999 avec
WebEncyclo, l'Encyclopaedia Universalis et Britannica.com. Quant aux
premiers grands dictionnaires imprims en ligne, ce sont le
Dictionnaire universel francophone en ligne d'Hachette, les
dictionnaires anglais de Merriam-Webster et l'Oxford English
Dictionary.

WebEncyclo (aujourd'hui disparu), publi par les ditions Atlas, est la
premire grande encyclopdie francophone en accs libre, avec mise en
ligne en dcembre 1999. La recherche est possible par mots-cls,
thmes, mdias ( savoir les cartes, liens internet, photos et
illustrations) et ides. Un appel  contribution incite les
spcialistes d'un sujet donn  envoyer des articles, qui sont
regroups dans la section WebEncyclo contributif. Aprs avoir t
libre, l'accs est ensuite soumis  une inscription pralable gratuite.

La version web de l'Encyclopaedia Universalis est mise en ligne  la
mme date, soit un ensemble de 28.000 articles signs de 4.000 auteurs.
Si la consultation est payante sur la base d'un abonnement annuel, de
nombreux articles sont en accs libre.

Le site Britannica.com est la premire grande encyclopdie anglophone
en accs libre, avec mise en ligne en dcembre 1999. Le site web
propose l'quivalent numrique des 32 volumes de la 15e dition de
l'Encyclopaedia Britannica, paralllement  la version imprime et  la
version CD-ROM, toutes deux payantes. Le site offre une slection
d'articles issus de 70 magazines, un guide des meilleurs sites, un
choix de livres, etc., le tout tant accessible  partir d'un moteur de
recherche unique.

En septembre 2000, le site fait partie des cent sites les plus visits
au monde. En juillet 2001, la consultation devient payante sur la base
d'un abonnement annuel ou mensuel. Fin 2008, Britannica.com annonce
l'ouverture prochaine de son site  des contributeurs extrieurs, avec
inscription obligatoire pour crire et modifier des articles.

En ce qui concerne les dictionnaires en ligne, le premier dictionnaire
de langue franaise en accs libre est le Dictionnaire universel
francophone en ligne (aujourd'hui disparu), qui rpertorie 45.000 mots
et 116.000 dfinitions tout en prsentant sur un pied d'galit, le
franais dit "standard" et les mots et expressions en franais tel
qu'on le parle sur les cinq continents. Issu de la collaboration entre
Hachette et l'AUPELF-UREF (devenu depuis l'AUF: Agence universitaire de
la Francophonie), il correspond  la partie noms communs du
dictionnaire imprim disponible chez Hachette. L'quivalent pour la
langue anglaise est le site Merriam-Webster OnLine, qui donne librement
accs au Collegiate Dictionary et au Collegiate Thesaurus.

En mars 2000, les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary (OED) sont
mis en ligne par l'Oxford University Press (OUP). La consultation du
site est payante. Le dictionnaire bnficie d'une mise  jour
trimestrielle d'environ 1.000 entres nouvelles ou rvises. Deux ans
aprs cette premire exprience, en mars 2002, l'Oxford University
Press met en ligne l'Oxford Reference Online (ORO), une vaste
encyclopdie conue directement pour le web et consultable elle aussi
sur abonnement payant. Avec 60.000 pages et un million d'entres, elle
reprsente l'quivalent d'une centaine d'ouvrages de rfrence.

# Wikipdia

Issu du terme hawaen wiki (qui signifie: vite, rapide), un wiki est
un site web permettant  plusieurs utilisateurs de collaborer en ligne
sur un mme projet. A tout moment, ces utilisateurs peuvent contribuer
 la rdaction du contenu, modifier ce contenu et l'enrichir en
permanence. Le wiki est utilis par exemple pour crer et grer des
dictionnaires, des encyclopdies ou encore des sites d'information sur
un sujet donn. Le programme prsent derrire l'interface d'un wiki est
plus ou moins labor. Un programme simple gre du texte et des
hyperliens. Un programme labor permet d'inclure des images, des
graphiques, des tableaux, etc. L'encyclopdie wiki la plus connue est
Wikipdia.

Cre en janvier 2001  l'initiative de Jimmy Wales et de Larry Sanger
(Larry quitte ensuite l'quipe), Wikipdia est une encyclopdie
gratuite crite collectivement et dont le contenu est librement
rutilisable. Elle est immdiatement trs populaire. Sans publicit et
finance par des dons, cette encyclopdie cooprative est rdige par
des milliers de volontaires - appels Wikipdiens, et qui s'inscrivent
en prenant un pseudonyme - avec possibilit de corriger et de complter
les articles, aussi bien les leurs que ceux d'autres contributeurs. Les
articles restent la proprit de leurs auteurs, et leur libre
utilisation est rgie par la licence GFDL (GNU free documentation
license).

En dcembre 2004, Wikipdia compte 1,3 million d'articles rdigs par
13.000 contributeurs dans une centaine de langues. En dcembre 2006,
l'encyclopdie compte 6 millions d'articles dans 250 langues, et elle
est l'un de dix sites les plus visits du web. En mai 2007, la version
francophone fte ses 500.000 articles.  la mme date, Wikipdia compte
7 millions d'articles dans 192 langues, dont 1,8 million en anglais,
589.000 en allemand, 260.000 en portugais et 236.000 en espagnol.

Fonde en juin 2003, la Wikimedia Foundation gre non seulement
Wikipdia mais aussi Wiktionary, un dictionnaire et thsaurus
multilingue lanc en dcembre 2002, puis Wikibooks (livres et manuels
en cours de rdaction) lanc en juin 2003, auxquels s'ajoutent ensuite
Wikiquote (rpertoire de citations), Wikisource (textes du domaine
public), Wikimedia Commons (sources multimdia), Wikispecies
(rpertoire d'espces animales et vgtales), Wikinews (site
d'actualits) et enfin Wikiversity (matriel d'enseignement), lanc en
aot 2006.

# Les cours du MIT

Professeur  l'Universit d'Ottawa (Canada), Christian Vandendorpe
salue en mai 2001 la dcision du MIT (Massachusetts Institute of
Technology) de placer tout le contenu de ses cours sur le web d'ici dix
ans, en le mettant gratuitement  la disposition de tous. Entre les
tendances  la privatisation du savoir et celles du partage et de
l'ouverture  tous, je crois en fin de compte que c'est cette dernire
qui va l'emporter.

Le MIT dcide en effet de publier le contenu de ses cours en ligne dans
un OpenCourseWare, une initiative mene avec le soutien financier de la
Hewlett Foundation et de la Mellon Foundation. Un OpenCourseWare peut
tre dfini comme la publication lectronique en accs libre du
matriel d'enseignement d'un ensemble de cours.

Mise en ligne en septembre 2002, la version pilote du MIT
OpenCourseWare (MIT OCW) offre en accs libre le matriel
d'enseignement de 32 cours reprsentatifs des cinq facults du MIT. Ce
matriel d'enseignement comprend des textes de confrences, des travaux
pratiques, des exercices et corrigs, des bibliographies, des documents
audio et vido, etc. Le lancement officiel du site a lieu un an plus
tard, en septembre 2003, avec accs  quelques centaines de cours. En
mars 2004, 500 cours sont disponibles dans 33 disciplines. En mai 2006,
1.400 cours sont disponibles dans 34 disciplines. La totalit des 1.800
cours dispenss par le MIT est en ligne en novembre 2007, avec
actualisation rgulire. Certains cours sont traduits en espagnol, en
portugais et en chinois avec l'aide d'autres organismes.

Le MIT espre que cette exprience de publication lectronique - la
premire du genre - va permettre de dfinir un standard et une mthode
de publication, et inciter d'autres universits  crer un
OpenCourseWare pour la mise  disposition gratuite de leurs propres
cours. A cet effet, le MIT lance l'OpenCourseWare Consortium (OCW
Consortium) en dcembre 2005, avec accs libre et gratuit au matriel
d'enseignement de cent universits dans le monde un an plus tard.

# La Public Library of Science

A l'heure de l'internet, il parat assez scandaleux que le rsultat de
travaux de recherche - travaux originaux et demandant de longues annes
d'efforts - soit dtourn par des diteurs spcialiss s'appropriant ce
travail et le monnayant  prix fort. L'activit des chercheurs est
souvent finance par les deniers publics, et de manire substantielle
en Amrique du Nord. Il semblerait donc normal que la communaut
scientifique et le grand public puissent bnficier librement du
rsultat de ces recherches.

Dans le domaine scientifique et mdical par exemple, 1.000 nouveaux
articles sont publis chaque jour, en ne comptant que les articles
rviss par les pairs. Se basant sur ce constat, la Public Library of
Science (PLoS) est fonde en octobre 2000  San Francisco 
l'initiative de Harold Varmus, Patrick Brown et Michael Eisen,
chercheurs dans les universits de Stanford et Berkeley (Californie).
Le but est de contrer les pratiques de l'dition spcialise en
regroupant tous les articles scientifiques et mdicaux au sein
d'archives en ligne en accs libre. Au lieu d'une information
dissmine dans des millions de rapports et des milliers de priodiques
en ligne ayant chacun des conditions d'accs diffrentes, un point
d'accs unique permettrait de lire le contenu intgral de ces articles,
avec moteur de recherche multi-critres et systme d'hyperliens entre
les articles.

Pour ce faire, PLoS fait circuler une lettre ouverte demandant que les
articles publis par les diteurs spcialiss soient distribus
librement dans un service d'archives en ligne, et incitant les
signataires de cette lettre  promouvoir les diteurs prts  soutenir
ce projet. La rponse de la communaut scientifique internationale est
remarquable. Au cours des deux annes suivantes, la lettre ouverte est
signe par 30.000 chercheurs dans 180 pays. Bien que la rponse des
diteurs soit nettement moins enthousiaste, plusieurs diteurs donnent
leur accord pour une distribution immdiate des articles publis par
leurs soins, ou alors une distribution dans un dlai de six mois. Mais
dans la pratique, mme les diteurs ayant donn leur accord formulent
nombre d'objections au nouveau modle propos, si bien que le projet
d'archives en ligne ne voit finalement pas le jour.

Un autre objectif de la Public Library of Science est de devenir elle-
mme diteur. PLoS fonde donc une maison d'dition scientifique non
commerciale qui reoit en dcembre 2002 une subvention de 9 millions de
dollars US de la part de la Moore Foundation. Une quipe ditoriale de
haut niveau est constitue en janvier 2003 pour lancer des priodiques
de qualit selon un nouveau modle d'dition en ligne bas sur la
diffusion libre du savoir.

Le premier numro de PLoS Biology sort en octobre 2003, avec une
version en ligne gratuite et une version imprime au prix cotant
(couvrant uniquement les frais de fabrication et de distribution). PLoS
Medicine est lanc en octobre 2004. Trois nouveaux titres voient le
jour en 2005: PLoS Genetics, PLoS Computational Biology et PLoS
Pathogens. PLoS Clinical Trials voit le jour en 2006. PLoS Neglected
Tropical Diseases est lanc  l'automne 2007 en tant que premire
publication scientifique consacre aux maladies tropicales ngliges.
Ces maladies affectent les populations pauvres dans les zones rurales
et urbaines.

Tous les articles de ces priodiques sont librement accessibles en
ligne, sur le site de PLoS et dans PubMed Central, le service
d'archives en ligne public et gratuit de la National Library of
Medicine (tats-Unis), avec moteur de recherche multicritres. Les
versions imprimes sont abandonnes en 2006 pour laisser place  un
service d'impression  la demande gr par la socit Odyssey Press.
Ces articles peuvent tre librement diffuss et rutiliss ailleurs, y
compris pour des traductions, selon les termes de la licence Creative
Commons, la seule contrainte tant la mention des auteurs et de la
source. PLoS lance aussi PLoS ONE, un forum en ligne permettant la
publication d'articles sur tout sujet scientifique et mdical.

Le succs est total. Trois ans aprs les dbuts de la Public Library of
Science en tant qu'diteur, PLoS Biology et PLos Medicine ont la mme
rputation d'excellence que les grandes revues Nature, Science ou The
New England Journal of Medicine. PLoS reoit le soutien financier de
plusieurs fondations tout en mettant sur pied un modle conomique
viable, avec des revenus manant des frais de publication pays par les
auteurs, et manant aussi de la publicit, des sponsors et des
activits destines aux membres de PLoS. PLoS souhaite en outre que ce
modle conomique d'un genre nouveau inspire d'autres diteurs pour
crer des revues du mme type ou pour mettre des revues existantes en
accs libre.

# Citizendium

Une nouvelle tape s'ouvre avec les dbuts de Citizendium (abrg de
The Citizens' Compendium), une grande encyclopdie collaborative en
ligne conue en novembre 2006 et lance en mars 2007 (en version bta)
par Larry Sanger, un des co-fondateurs de Wikipdia.

Citizendium est une encyclopdie cooprative et gratuite, tout comme
Wikipdia, mais sans ses travers,  savoir le vandalisme et le manque
de rigueur. Les auteurs signent leurs articles de leur vrai nom, et non
un pseudonyme, et ces articles sont relus et corrigs par des experts
(editors) gs d'au moins 25 ans et titulaires d'une licence
universitaire. De plus, des constables sont chargs de la bonne
marche du projet et du respect du rglement. Le jour de son lancement
le 25 mars 2007, Citizendium comptabilise 1.100 articles, 820 auteurs
et 180 experts. 9.800 articles sont disponibles en janvier 2009.

Dans Why Make Room for Experts in Web 2.0?, une communication date
d'octobre 2006 et rgulirement actualise depuis, Larry Sanger voit
dans Citizendium l'mergence d'un nouveau modle de collaboration
massive de dizaines de milliers d'intellectuels et scientifiques, non
seulement pour les encyclopdies, mais aussi pour les manuels
d'enseignement, les ouvrages de rfrence, le multimdia et les
applications en 3D. Cette collaboration est base sur le partage des
connaissances, dans la ligne du web 2.0, un concept lanc en 2004 pour
caractriser les notions de communaut et de partage et qui se
manifeste d'abord par une floraison de blogs, wikis et sites sociaux.
D'aprs Larry, il importe aussi de crer des structures permettant des
collaborations scientifiques, et Citizendium pourrait servir de
prototype dans ce domaine.

# L'Encyclopedia of Life

Cet appel semble se concrtiser ds mai 2007 avec les premiers pas de
l'Encyclopedia of Life. Cette vaste encyclopdie collaborative en ligne
a pour but de rassembler les connaissances existantes sur toutes les
espces animales et vgtales connues (1,8 million), y compris les
espces en voie d'extinction, avec l'ajout de nouvelles espces au fur
et  mesure de leur identification, ce qui reprsenterait entre 8 et 10
millions d'espces en tout.

Il s'agira d'une encyclopdie multimdia permettant de rassembler
textes, photos, cartes, bandes sonores et vidos, avec une page web par
espce, et permettant aussi d'offrir un portail unique  des millions
de documents pars, en ligne et hors ligne. Outil d'apprentissage et
d'enseignement pour une meilleure connaissance de notre plante, cette
encyclopdie sera  destination de tous: scientifiques, enseignants,
tudiants, scolaires, mdias, dcideurs et grand public.

Ce projet collaboratif est men par plusieurs grandes institutions:
Field Museum of Natural History, Harvard University, Marine Biological
Laboratory, Missouri Botanical Garden, Smithsonian Institution et
Biodiversity Heritage Library.

Le directeur honoraire du projet est Edward Wilson, professeur mrite
 l'Universit de Harvard, qui, dans un essai dat de 2002, fut le
premier  mettre le voeu d'une telle encyclopdie. Cinq ans plus tard,
en 2007, c'est dsormais chose possible grce aux avances
technologiques rcentes: outils logiciels permettant l'agrgation de
contenu, mash-up ( savoir le fait de rassembler un contenu donn 
partir de nombreuses sources diffrentes), wikis de grande taille et
gestion de contenu  vaste chelle.

La Biodiversity Heritage Library est un consortium des dix plus grandes
bibliothques des sciences de la vie (avec d'autres qui suivront). Le
consortium entreprend la numrisation de 2 millions de documents, avec
des dates de publication s'talant sur 200 ans, pour intgration
progressive dans l'Encyclopedia of Life. En mai 2007, on compte 1,25
million de pages traites dans les centres de numrisation de Londres,
Boston et Washington, D.C., tous documents progressivement intgrs
dans la section Text Archive de l'Internet Archive.

Le financement initial de l'Encyclopedia of Life est assur par la
MacArthur Foundation avec 10 millions de dollars US et la Sloan
Foundation avec 2,5 millions de dollars. Un financement total de 100
millions de dollars serait ncessaire sur dix ans, avant que
l'encyclopdie ne puisse s'autofinancer. La ralisation des pages web
dbute courant 2007. L'encyclopdie fait ses rels dbuts sur le web 
la mi-2008. Elle devrait tre pleinement oprationnelle en 2012 et
complte - c'est--dire  jour - en 2017. La version initiale sera
d'abord en anglais avant d'tre traduite en plusieurs langues par de
futurs organismes partenaires.

L'encyclopdie sera aussi un macroscope permettant de dceler les
grandes tendances  partir d'un stock d'informations considrable,  la
diffrence du microscope permettant l'tude de dtail. Elle permettra
galement  chacun de contribuer au contenu sous une forme
s'apparentant au wiki, ce contenu tant ensuite valid ou non par des
scientifiques.



DES BEST-SELLERS NUMRIQUES


[Rsum]
En 2003, des centaines de best-sellers sont vendus en version numrique
sur Amazon.com, Barnes & Noble.com, Yahoo! eBook Store ou sur des sites
d'diteurs (Random House, PerfectBound, etc.). Le catalogue de Palm
Digital Media approche les 10.000 titres, lisibles sur les gammes Palm
et Pocket PC, avec 15  20 nouveaux titres par jour et 1.000 nouveaux
clients par semaine. Numilog distribue 3.500 titres numriques (livres
et priodiques) en franais et en anglais. Mobipocket distribue 6.000
titres numriques dans plusieurs langues, soit sur son site soit dans
des librairies partenaires. Les formats les plus utiliss sont le
format PDF (avec lecture sur l'Acrobat Reader puis l'Adobe Reader), le
format LIT (pour le Microsoft Reader), le format PRC (pour le
Mobipocket Reader) et le format OeB (pour de nombreux logiciels de
lecture).


= Des logiciels de lecture

# L'Adobe Reader

Le format PDF (portable document format) est lanc en juin 1993 par la
socit Adobe, en mme temps que l'Acrobat Reader (gratuit), premier
logiciel de lecture du march, tlchargeable gratuitement pour lecture
des fichiers au format PDF. Le but de ce format est de figer les
documents numriques dans une prsentation donne, pour conserver la
prsentation originale du document source, quelle que soit la
plateforme utilise pour le crer et pour le lire. Le format PDF
devient au fil des ans un standard international de diffusion des
documents. Tout document peut tre converti au format PDF  l'aide du
logiciel Adobe Acrobat (payant).

Dix ans plus tard, 10% des documents disponibles sur l'internet sont au
format PDF. Des millions de fichiers PDF sont prsents sur le web pour
lecture ou tlchargement, ou bien transitent par courriel. L'Acrobat
Reader pour ordinateur est progressivement disponible dans plusieurs
langues et pour diverses plateformes (Windows, Mac, Linux).

Adobe annonce en aot 2000 l'acquisition de la socit Glassbook,
spcialise dans les logiciels de distribution de livres numriques 
l'intention des diteurs, libraires, diffuseurs et bibliothques. Adobe
passe aussi un partenariat avec Amazon.com et Barnes  & Noble.com afin
de proposer des titres lisibles sur l'Acrobat Reader et le Glassbook
Reader.

En janvier 2001, Adobe lance deux nouveaux logiciels.

Le premier logiciel, gratuit, est l'Acrobat eBook Reader. Il permet de
lire les fichiers PDF de livres numriques sous droits, avec gestion
des droits par l'Adobe Content Server. Il permet aussi d'ajouter des
notes et des signets, de choisir l'orientation de lecture des livres
(paysage ou portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une
bibliothque personnelle. Il utilise la technique d'affichage CoolType
et comporte un dictionnaire intgr.

Le deuxime logiciel, payant, est l'Adobe Content Server, destin aux
diteurs et distributeurs. Il s'agit d'un logiciel serveur de contenu
assurant le conditionnement, la protection, la distribution et la vente
scurise de livres numriques au format PDF. Ce systme de gestion des
droits numriques (DRM: digital rights management) permet de contrler
l'accs aux livres numriques sous droits, et donc de grer les droits
d'un livre selon les consignes donnes par le gestionnaire des droits,
par exemple en autorisant ou non l'impression ou le prt.

En avril 2001, Adobe conclut un partenariat avec Amazon, qui met en
vente 2.000 livres numriques lisibles sur l'Acrobat eBook Reader:
titres de grands diteurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.

L'Acrobat Reader s'enrichit d'une version PDA, pour le Palm Pilot (en
mai 2001) puis pour le Pocket PC (en dcembre 2001).

En dix ans, entre 1993 et 2003, l'Acrobat Reader aurait t tlcharg
500 millions de fois. Ce logiciel gratuit est dsormais disponible dans
de nombreuses langues et pour toute  plateforme (Windows, Mac, Linux,
Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.).

En mai 2003, l'Acrobat Reader (5e version) fusionne avec l'Acrobat
eBook Reader (2e version) pour devenir l'Adobe Reader (dbutant  la
version 6), qui permet de lire aussi bien les fichiers PDF standard que
les fichiers PDF scuriss comme ceux des livres numriques sous
droits.

Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, Digital Media Store, avec
les titres au format PDF de grands diteurs - HarperCollins Publishers,
Random House, Simon & Schuster, etc. - ainsi que les versions
lectroniques de journaux et magazines comme le New York Times, Popular
Science, etc. Adobe lance aussi Adobe eBooks Central, un service
permettant de lire, publier, vendre et prter des livres numriques, et
l'Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de bibliothque de
livres numriques.

En novembre 2004, l'Adobe Content Server est remplac par l'Adobe
LiveCycle Policy Server.

Les versions rcentes d'Adobe Acrobat permettent de crer des PDF
compatibles avec le  format OeB (open ebook) puis le format ePub (qui
succde au format OeB), devenus eux aussi des standards du livre
numrique.

# L'Open eBook

Les annes 1998 et 1999 sont marques par la prolifration des formats,
chacun lanant son propre format de livre numrique dans le cadre d'un
march naissant promis  une expansion rapide.

Aux formats classiques - formats TXT (texte), DOC (Microsoft Word),
HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup language) et
PDF (portable document format) - s'ajoutent des formats propritaires
crs par plusieurs socits pour lecture sur leurs propres logiciels,
qui sont entre autres le Glassbook Reader, le Peanut Reader, le Rocket
eBook Reader (pour lecture sur le Rocket eBook), le Franklin Reader
(pour lecture sur l'eBookMan), le logiciel de lecture Cytale (pour
lecture sur le Cybook), le Gemstar eBook Reader (pour lecture sur le
Gemstar eBook) et le Palm Reader (pour lecture sur le Palm Pilot). Ces
logiciels correspondent souvent  un appareil donn et ne peuvent donc
tre utiliss sur d'autres appareils, tous comme les formats qui vont
avec.

Inquiets pour l'avenir du livre numrique qui,  peine n, propose
presque autant de formats que de titres, certains insistent sur
l'intrt -  sinon la ncessit - d'un format unique. A l'instigation
du NIST (National Institute of Standards & Technology) aux tats-Unis,
l'Open eBook Initiative voit le jour en juin 1998 et constitue un
groupe de travail de 25 personnes sous le nom d'Open eBook Authoring
Group. Ce groupe labore l'OeB (open ebook), un format de livre
numrique bas sur le langage XML et destin  normaliser le contenu,
la structure et la prsentation des livres numriques.

Le format OeB est dfini par l'OeBPS (open ebook publication
structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999.
Tlchargeable gratuitement, l'OeBPS dispose d'une version ouverte et
gratuite appartenant au domaine public. La version originale est
destine aux professionnels de la publication puisqu'elle doit tre
associe  une technologie normalise de gestion des droits numriques,
et donc  un systme de DRM (digital rights management) permettant de
contrler l'accs des livres numriques sous droits.

Fond en janvier 2000 pour prendre la suite de l'Open eBook Initiative,
l'OeBF (Open eBook Forum) est un consortium industriel international
regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, diteurs, libraires
et spcialistes du numrique (avec 85 participants en 2002) dans
l'optique de dvelopper le format OeB et l'OeBPS. Le format OeB devient
un standard qui sert lui-mme de base  de nombreux formats, par
exemple le format LIT (pour le Microsoft Reader) ou le format PRC (pour
le Mobipocket Reader).

En avril 2005, l'Open eBook Forum devient l'International Digital
Publishing Forum (IDPF), et le format OeB laisse la place au format
ePub.

# Le Microsoft Reader

Lanc en avril 2000, le Microsoft Reader est un logiciel permettant la
lecture de livres numriques au format LIT (abrg du terme anglais
literature), lui-mme bas sur le format OeB. Le Microsoft Reader
quipe d'abord le Pocket PC, l'assistant personnel lanc  la mme date
par Microsoft. Quatre mois plus tard, en aot 2000, le Microsoft Reader
est utilisable sur toute plateforme Windows, et donc aussi bien sur
ordinateur que sur assistant personnel. Ses caractristiques sont un
affichage utilisant la technologie ClearType, le choix de la taille des
caractres, la mmorisation des mots-cls pour des recherches
ultrieures, et l'accs d'un clic au Merriam-Webster Dictionary.

Ce logiciel tant tlchargeable gratuitement, Microsoft facture les
diteurs et distributeurs pour l'utilisation de sa technologie de
gestion des droits numriques (DRM), et touche une commission sur la
vente de chaque titre. La gestion des droits numriques s'effectue au
moyen du Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). Microsoft
passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne -
Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en aot 2000 - pour
la vente de livres numriques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes
& Noble.com ouvre son secteur eBooks en aot 2000, suivi par Amazon.com
en novembre 2000.

En novembre 2002, le Microsoft Reader est disponible pour tablette PC,
ds la commercialisation de cette nouvelle machine par 14 fabricants.

# Le Mobipocket Reader

Face  Adobe avec son format PDF (lisible sur l'Acrobat Reader) et
Microsoft avec son format LIT (lisible sur le Microsoft Reader), un
nouvel acteur s'impose rapidement sur le march, sur un crneau bien
spcifique, celui des appareils mobiles. Fond  Paris en mars 2000 par
Thierry Brethes et Nathalie Ting, Mobipocket se spcialise d'emble
dans la distribution scurise de livres pour assistant personnel. La
socit est finance en partie par Viventures, branche de la
multinationale franaise Vivendi.

Mobipocket conoit d'abord le Mobipocket Reader, logiciel de lecture
permettant la lecture de fichiers au format PRC. Gratuit et disponible
en plusieurs langues (franais, anglais, allemand, espagnol et
italien), ce logiciel est universel, c'est--dire utilisable sur tout
assistant personnel. En octobre 2001, le Mobipocket Reader reoit
l'eBook Technology Award de la Foire internationale du livre 
Francfort.  la mme date, Franklin passe un partenariat avec
Mobipocket pour l'installation du Mobipocket Reader sur l'eBookMan,
l'assistant personnel multimdia de Franklin, au lieu du partenariat
prvu  l'origine entre Franklin et Microsoft pour l'installation du
Microsoft Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d'autres logiciels Mobipocket sont
payants. Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d'extraction
automatique de contenu pour les sites de presse partenaires de la
socit. Le Mobipocket Publisher permet aux particuliers (version
prive gratuite ou version standard payante) et aux diteurs (version
professionnelle payante) de crer des livres numriques scuriss
utilisant la technologie Mobipocket DRM, afin de contrler l'accs aux
livres numriques sous droits. Dans un souci d'ouverture aux autres
formats, le Mobipocket Publisher permet aussi de crer des livres
numriques au format LIT, lu par le Microsoft Reader.

Dj utilisable sur n'importe quel PDA, le Mobipocket Reader peut tre
utilis sur tout ordinateur et pour toute plateforme en avril 2002,
avec le lancement de nouvelles versions pour ordinateur personnel.

Au printemps 2003, le Mobipocket Reader quipe tous les appareils
mobiles du march,  savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan
et Psion, auxquels s'ajoutent les smartphones de Nokia et de Sony
Ericsson.  la mme date, le nombre de livres lisibles sur le
Mobipocket Reader se chiffre  6.000 titres dans plusieurs langues
(franais, anglais, allemand, espagnol), distribus soit sur le site de
Mobipocket soit dans des librairies partenaires.

Mobipocket est rachet par Amazon.com en avril 2005. Ce rachat permet 
Amazon de beaucoup toffer son catalogue de livres numriques, en
prvision du lancement de sa tablette de lecture Kindle en novembre
2007. Le site de Mobipocket propose 70.000 ebooks en 2008.


= Stephen King ouvre la voie

En 2000, le livre numrique commence  se gnraliser mais la partie
est loin d'tre gagne. Matre du suspense de renomme mondiale,
Stephen King est le premier auteur de best-sellers  se lancer dans
l'aventure numrique, malgr les risques commerciaux encourus, en
tentant de publier un roman pistolaire sur le web indpendamment de
son diteur.

En mars 2000, Stephen King commence d'abord par distribuer uniquement
sur l'internet sa nouvelle Riding the Bullet, assez volumineuse
puisqu'elle comprend 66 pages. Du fait de la notorit de l'auteur et
de la couverture mdiatique de ce scoop, la sortie de cette nouvelle
sur le web est un succs immdiat, avec 400.000 exemplaires tlchargs
lors des premires 24 heures dans les librairies en ligne qui la
vendent (au prix de 2,5 dollars US).

En juillet 2000, fort de cette exprience prometteuse, Stephen King
dcide de se passer des services de Simon & Schuster, son diteur
habituel. Il cre un site web spcifique pour dbuter l'auto-
publication en pisodes de The Plant, un roman pistolaire indit qui
raconte l'histoire d'une plante carnivore s'emparant d'une maison
d'dition en lui promettant le succs commercial en change de
sacrifices humains. Le premier chapitre est tlchargeable en plusieurs
formats - PDF, OeB, HTML, TXT - pour la modeste somme de un dollar,
avec paiement diffr ou paiement immdiat sur le site d'Amazon.

Dans une lettre aux lecteurs publie sur son site  la mme date,
l'auteur raconte que la cration du site, le design et la publicit lui
ont cot la somme de 124.150 dollars, sans compter sa prestation en
tant qu'crivain ni la rmunration de son assistante. Il prcise aussi
que la publication des chapitres suivants est lie au paiement du
premier chapitre par au moins 75% des internautes.

Mes amis, vous avez l'occasion de devenir le pire cauchemar des
diteurs, dclare-t-il dans sa lettre. Comme vous le voyez, c'est
simple. Pas de cryptage assommant! Vous voulez imprimer l'histoire et
en faire profiter un(e) ami(e)? Allez-y. Une seule condition: tout
repose sur la confiance, tout simplement. C'est la seule solution. Je
compte sur deux facteurs. Le premier est l'honntet. Prenez ce que bon
vous semble et payez pour cela, dit le proverbe. Le second est que vous
aimerez suffisamment l'histoire pour vouloir en lire davantage. Si vous
le souhaitez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous: payez, et
l'histoire continue; volez, et l'histoire s'arrte.

Une semaine aprs la mise en ligne du premier chapitre, on compte
152.132 tlchargements, avec paiement par 76% des lecteurs. Certains
paient davantage que le dollar demand, allant parfois jusqu' 10 ou 20
dollars pour compenser le manque  gagner de ceux qui ne paieraient
pas, et viter ainsi que la srie ne s'arrte.

La barre des 75% est dpasse de peu, au grand soulagement des fans, si
bien que le deuxime chapitre suit un mois aprs.

En aot 2000, dans une nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King
annonce un nombre de tlchargements lgrement infrieur  celui du
premier chapitre. Il en attribue la cause  une publicit moindre et 
des problmes de tlchargement. Si le nombre de tlchargements n'a
que lgrement dcru, le nombre de paiements est en nette diminution,
les internautes ne rglant leur d qu'une seule fois pour plusieurs
tlchargements.

L'auteur s'engage toutefois  publier le troisime chapitre comme
prvu, fin septembre, et  prendre une dcision ensuite sur la
poursuite ou non de l'exprience, en fonction du nombre de paiements.
Ses prvisions sont de onze ou douze chapitres en tout, avec un nombre
total de 1,7 million de tlchargements. Le ou les derniers chapitres
seraient gratuits.

Plus volumineux (environ 10.000 signes au lieu de 5.000), les chapitres
4 et 5 passent  2 dollars. Mais le nombre de tlchargements et de
paiements ne cesse de dcliner: 40.000 tlchargements seulement pour
le cinquime chapitre, alors que le premier chapitre avait t
tlcharg 120.000 fois, et paiement pour 46% des tlchargements
seulement.

Fin novembre, Stephen King annonce l'interruption de la publication
pendant une priode indtermine, aprs la parution du sixime
chapitre, tlchargeable gratuitement  la mi-dcembre. The Plant va
retourner en hibernation afin que je puisse continuer  travailler,
prcise-t-il sur son site. Mes agents insistent sur la ncessit
d'observer une pause afin que la traduction et la publication 
l'tranger puissent rattraper la publication en anglais. Mais cette
dcision semble d'abord lie  l'chec commercial de l'exprience.

Cet arrt suscite de vives critiques. On oublie de reconnatre 
l'auteur au moins un mrite, celui d'avoir t le premier  se lancer
dans l'aventure, avec les risques qu'elle comporte. Entre juillet et
dcembre 2000, pendant les six mois qu'elle aura dur, nombreux sont
ceux qui suivent les tribulations de The Plant,  commencer par les
diteurs, quelque peu inquiets face  un mdium qui pourrait un jour
concurrencer le circuit traditionnel.

Quand Stephen King dcide d'arrter l'exprience, plusieurs
journalistes et critiques littraires affirment qu'il se ridiculise aux
yeux du monde entier. N'est-ce pas quelque peu exagr? L'auteur avait
d'emble annonc la couleur puisqu'il avait li la poursuite de la
publication  un pourcentage de paiements satisfaisant.

Qu'est-il advenu ensuite des expriences numriques de Stephen King?
L'auteur reste trs prsent dans ce domaine, mais cette fois par le
biais de son diteur, preuve que les diteurs sont toujours utiles.

En mars 2001, son roman Dreamcatcher est le premier roman  tre lanc
simultanment en version imprime par Simon & Schuster et en version
numrique par Palm Digital Media, pour lecture sur les assistants
personnels Palm Pilot et Pocket PC.

En mars 2002, son recueil de nouvelles Everything's Eventual est lui
aussi publi simultanment en deux versions: en version imprime par
Scribner, subdivision de Simon & Schuster, et en version numrique par
Palm Digital Media, qui en propose un extrait en tlchargement libre.


= D'autres auteurs suivent

En novembre 2000, deux Europens, l'anglais Frederick Forsyth et
l'espagnol Arturo Prez-Reverte, dcident eux aussi de tenter
l'aventure numrique. Mais, forts de l'exprience d'auto-publication de
Stephen King peut-tre, ni l'un ni l'autre n'ont l'intention de se
passer d'diteur.

Frederick Forsyth, le matre britannique du thriller, aborde la
publication numrique avec l'appui d'Online Originals, un diteur
lectronique londonien. En novembre 2000, Online Originals publie The
Veteran, histoire d'un crime violent commis  Londres et premier volet
de Quintet, une srie de cinq nouvelles lectroniques (annonces dans
l'ordre suivant: The Veteran, The Miracle, The Citizen, The Art of the
Matter, Draco).

Disponible en trois formats (PDF, Microsoft Reader et Glassbook
Reader), la nouvelle est vendue au prix de 3,99 pounds (6,60 euros) sur
le site de l'diteur et dans plusieurs librairies en ligne au Royaume-
Uni (Alphabetstreet, BOL.com, WHSmith)  et aux tats-Unis (Barnes &
Noble, Contentville, Glassbook).

La publication en ligne sera essentielle  l'avenir, dclare Frederick
Forsyth sur le site d'Online Originals. Elle cre un lien simple et
surtout rapide et direct entre le producteur original (l'auteur) et le
consommateur final (le lecteur), avec trs peu d'intermdiaires. Il est
passionnant de participer  cette exprience. Je ne suis absolument pas
un spcialiste des nouvelles technologies. Je n'ai jamais vu de livre
lectronique. Mais je n'ai jamais vu non plus de moteur de Formule 1,
ce qui ne m'empche pas de constater combien ces voitures de course
sont rapides.

La premire exprience numrique d'Arturo Prez-Reverte est un peu
diffrente. La srie best-seller du romancier espagnol relate les
aventures du Capitan Alatriste au 17e sicle. Le nouveau titre 
paratre fin 2000 s'intitule El Oro del Rey.

En novembre 2000, en collaboration avec son diteur Alfaguara, l'auteur
dcide de diffuser El Oro del Rey en version numrique sur un site
spcifique du portail Inicia, en exclusivit pendant un mois, avant sa
sortie en librairie. Le roman est disponible au format PDF pour 2,90
euros, un prix trs infrieur aux 15,10 euros annoncs pour le livre
imprim.

Rsultat de l'exprience, le nombre de tlchargements est trs
satisfaisant, mais pas celui des paiements. Un mois aprs la mise en
ligne du roman, on compte 332.000 tlchargements, avec paiement par
12.000 lecteurs seulement.

 la mme date, Marilo Ruiz de Elvira, directrice de contenus du
portail Inicia, explique dans un communiqu: Pour tout acheteur du
livre numrique, il y avait une cl pour le tlcharger en 48 heures
sur le site internet et, surtout au dbut, beaucoup d'internautes se
sont changs ce code d'accs dans les forums de dialogue en direct
(chats) et ont tlcharg leur exemplaire sans payer. On a voulu tester
et cela faisait partie du jeu. Arturo Prez-Reverte voulait surtout
qu'on le lise.

En 2006, les cinq premiers tomes de cette saga littraire devenue un
succs plantaire sont vendus  4 millions d'exemplaires. Ils sont
galement condenss dans le film Alatriste, une superproduction
espagnole de 20 millions d'euros.

Trois ans aprs ces premires tentatives, si les expriences purement
numriques sont provisoirement abandonnes, les livres numriques ont
une place significative  ct de leurs correspondants imprims. En
2003, des centaines de best-sellers sont vendus en version numrique
sur Amazon.com, Barnes & Noble.com, Yahoo! eBook Store ou sur des sites
d'diteurs (Random House, PerfectBound, etc.), pour lecture sur
ordinateur ou sur assistant personnel. Mobipocket distribue 6.000
titres numriques dans plusieurs langues, soit sur son site soit dans
des librairies partenaires. Le catalogue de Palm Digital Media approche
les 10.000 titres, lisibles sur les gammes Palm et Pocket PC, avec 15 
20 nouveaux titres par jour et 1.000 nouveaux clients par semaine.

Une exprience un peu diffrente est celle du romancier brsilien Paulo
Coelho, devenu mondialement clbre aprs la parution de L'Alchimiste.
Dbut 2003, ses livres, traduits en 56 langues, ont t vendus en 53
millions d'exemplaires dans 155 pays, dont 6,5 millions d'exemplaires
dans les pays francophones.

En mars 2003, Paulo Coelho dcide de distribuer plusieurs romans
gratuitement en version PDF, en diverses langues, avec l'accord de ses
diteurs respectifs, dont Anne Carrire, son ditrice en France. Trois
romans sont disponibles en franais: Manuel du guerrier de la lumire,
La cinquime montagne et Veronika dcide de mourir.

Pourquoi une telle dcision? Comme le franais est prsent,  plus ou
moins grande chelle, dans le monde entier, je recevais sans cesse des
courriers lectroniques d'universits et de personnes habitant loin de
la France, qui ne trouvaient pas mes oeuvres, dclare le romancier par
le biais de son ditrice.  la question classique relative au prjudice
ventuel sur les ventes futures, il rpond: Seule une minorit de gens
a accs  l'internet, et le livre au format ebook ne remplacera jamais
le livre papier. Une remarque trs juste en 2003, mais qui n'est peut-
tre plus de mise en 2010.


= Numilog, librairie numrique

Numilog ouvre ses portes virtuelles en octobre 2000 pour devenir en
quelques annes la plus grande librairie numrique francophone du
rseau.

En fvrier 2001, Denis Zwirn, prsident de Numilog, relate: Ds 1995,
j'avais imagin et dessin des modles de lecteurs lectroniques
permettant d'emporter sa bibliothque avec soi et pesant comme un livre
de poche. Dbut 1999, j'ai repris ce projet avec un ami spcialiste de
la cration de sites internet, en ralisant la formidable synergie
possible entre des appareils de lecture lectronique mobiles et le
dveloppement d'internet, qui permet d'acheminer les livres
dmatrialiss en quelques minutes dans tous les coins du monde. (...)
Nous avons cr une base de livres accessible par un moteur de
recherche. Chaque livre fait l'objet d'une fiche avec un rsum et un
extrait. En quelques clics, il peut tre achet en ligne par carte
bancaire, puis reu par email ou tlchargement.

Le site de Numilog offre ensuite des fonctionnalits nouvelles, comme
l'intgration d'une "authentique vente au chapitre" (les chapitres
vendus isolment sont traits comme des lments inclus dans la fiche-
livre, et non comme d'autres livres) et la gestion trs ergonomique des
formats de lecture multiples.

Fonde en avril 2000, six mois avant l'ouverture de la librairie
numrique, la socit Numilog a en fait une triple activit: librairie
en ligne, studio de fabrication et diffuseur.

Numilog est d'abord une librairie en ligne de livres numriques,
explique Denis en 2001. Notre site internet est ddi  la vente en
ligne de ces livres, qui sont envoys par courrier lectronique ou
tlchargs aprs paiement par carte bancaire. Il permet aussi de
vendre des livres par chapitres. Numilog est galement un studio de
fabrication de livres numriques: aujourd'hui, les livres numriques
n'existent pas chez les diteurs, il faut donc d'abord les fabriquer
avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de contrats ngocis avec
les diteurs dtenteurs des droits. Ce qui signifie les convertir  des
formats convenant aux diffrents "readers" du march. (...) Enfin
Numilog devient aussi progressivement un diffuseur. Car, sur internet,
il est important d'tre prsent en de trs nombreux points du rseau
pour faire connatre son offre. Pour les livres en particulier, il faut
les proposer aux diffrents sites thmatiques ou de communauts, dont
les centres d'intrt correspondent  leur sujet (sites de fans
d'histoire, de management, de science-fiction...). Numilog facilitera
ainsi la mise en oeuvre de multiples "boutiques de livres numriques"
thmatiques.

Rpartis  l'origine en trois grandes catgories - savoir, guides
pratiques et littrature - les livres sont disponibles en plusieurs
formats: format PDF pour lecture sur l'Acrobat Reader (devenu l'Adobe
Reader en mai 2003), format LIT pour lecture sur le Microsoft Reader et
format PRC pour lecture sur le Mobipocket Reader.

En septembre 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et
priodiques) en franais et en anglais, grce  un partenariat avec une
quarantaine d'diteurs, le but  long terme tant de permettre  un
public d'internautes de plus en plus large d'avoir progressivement
accs  des bases de livres numriques aussi importantes que celles des
livres papier, mais avec plus de modularit, de richesse d'utilisation
et  moindre prix.

Au fil des ans, Numilog devient la principale librairie francophone de
livres numriques, suite  des accords avec de nombreux diteurs:
Gallimard, Albin Michel, Eyrolles, Herms Science, Pearson Education
France, etc. Numilog propose aussi des livres audio-numriques lisibles
sur synthse vocale. Une librairie anglophone est lance suite  des
accords de diffusion conclus avec plusieurs diteurs anglo-saxons:
Springer-Kluwer, Oxford University Press, Taylor & Francis, Kogan Page,
etc. Les diffrents formats proposs permettent la lecture des livres
sur tout appareil lectronique: ordinateur, assistant personnel,
tlphone portable, smartphone, tablette de lecture.

La socit est galement prestataire de services pour les technologies
DRM. En 2004, Numilog met sur pied un systme de bibliothque en ligne
pour le prt de livres numriques. Ce systme est surtout destin aux
bibliothques, aux administrations et aux entreprises. En dcembre
2006, le catalogue de Numilog comprend 35.000 livres grce  un
partenariat avec 60 diteurs francophones et anglophones.

Selon Denis Zwirn, interview  nouveau en aot 2007, 2008 pourrait
sans doute marquer un premier point d'inflexion dans la courbe de
croissance du march des livres numriques. Plusieurs facteurs sont
runis pour cela:

(1) le dveloppement de vastes catalogues en ligne utilisant pleinement
les fonctionnalits de la recherche plein texte dans les livres
numriss, comme ceux de la future Bibliothque numrique europenne,
de VollTextSuche Online, de Google et d'Amazon. Une fois le contenu
trouv dans un des ouvrages ainsi "sond" par ce type de recherche
rvolutionnaire pour le grand public, il est naturel de vouloir accder
 la totalit de l'ouvrage... dans sa version numrique.

(2) Des progrs techniques cruciaux tels que la proposition commerciale
d'appareils de lecture  base d'encre lectronique amliorant
radicalement l'exprience de lecture finale pour l'usager en la
rapprochant de celle du papier. Par exemple l'iLiad d'Irex ou le Sony
Reader, mais bien d'autres appareils s'annoncent. Le progrs concerne
toutefois tout autant le dveloppement des nouveaux smartphones
multifonctions comme les BlackBerry ou l'iPhone, ou la proposition de
logiciels de lecture  l'interface fortement amliore et pense pour
les ebooks sur PC, comme Adobe Digital Edition.

(3) Enfin, le changement important d'attitude de la part des
professionnels du secteur, diteurs, et probablement bientt aussi
libraires. Les diteurs anglo-saxons universitaires ont massivement
trac une route que tous les autres sont en train de suivre, en tout
cas aux tats-Unis, en Europe du Nord et en France: proposer une
version numrique de tous les ouvrages. Mme pour les plus rticents
encore il y a quelques annes, ce n'est plus une question de
"pourquoi?", c'est simplement devenu une question de "comment?". Les
libraires ne vont pas tarder  considrer que vendre un livre numrique
fait partie de leur mtier normal.

Selon Denis, le livre numrique n'est plus une question de colloque,
de dfinition conceptuelle ou de divination par certains "experts":
c'est un produit commercial et un outil au service de la lecture. Il
n'est pas besoin d'attendre je ne sais quel nouveau mode de lecture
hypermoderne et hypertextuel enrichi de multimdia orchestrant
savamment sa spcificit par rapport au papier, il suffit de proposer
des textes lisibles facilement sur les supports de lecture lectronique
varis qu'utilisent les gens, l'encre lectronique pouvant
progressivement envahir tous ces supports. Et de les proposer de
manire industrielle. Ce n'est pas et ne sera jamais un produit de
niche (les dictionnaires, les guides de voyage, les non voyants...):
c'est en train de devenir un produit de masse, riche de formes
multiples comme l'est le livre traditionnel.

En janvier 2009, Numilog, devenu filiale du groupe Hachette Livre (en
mai 2008), est dsormais un distributeur-diffuseur numrique
reprsentant 100 diteurs francophones et anglophones,  avec un
catalogue de 50.000 livres numriques distribus auprs des
particuliers et des bibliothques. Numilog propose galement aux
librairies un service de vente de livres numriques sur leur propre
site.



LES AUTEURS TISSENT LEUR TOILE


[Rsum]
En 2004, nombre d'auteurs s'accordent  reconnatre les bienfaits de
l'internet, que ce soit pour la recherche d'information, la diffusion
de leurs oeuvres, les changes avec les lecteurs ou la collaboration
avec d'autres crateurs. Des auteurs frus de nouvelles technologies
font aussi un vritable travail de dfricheur en explorant les
possibilits offertes par l'hyperlien. Les technologies numriques
donnent naissance  plusieurs genres: roman multimdia, roman
hypertexte, roman hypermdia, site d'criture hypermdia, mail-roman,
etc. La cyber-littrature bouscule dsormais la littrature
traditionnelle en lui apportant un souffle nouveau, tout en s'intgrant
 d'autres formes artistiques puisque le support numrique favorise la
fusion de l'crit avec l'image et le son.


= Posie

Pote et plasticienne, Silvaine Arabo vit en France, dans la rgion
Poitou-Charentes. En mai 1997, elle cre un des premiers sites
francophones consacrs  la posie, Posie d'hier et d'aujourd'hui, sur
lequel elle propose de nombreux pomes, y compris les siens.

En juin 1998, elle raconte: Je suis pote, peintre et professeur de
lettres (13 recueils de pomes publis, ainsi que deux recueils
d'aphorismes et un essai sur le thme "posie et transcendance"; quant
 la peinture, j'ai expos mes toiles  Paris - deux fois - et en
province). (...) Pour ce qui est d'internet, je suis autodidacte (je
n'ai reu aucune formation informatique quelle qu'elle soit). J'ai eu
l'ide de construire un site littraire centr sur la posie: internet
me semble un moyen privilgi pour faire circuler des ides, pour
communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, trs
empiriquement, et ai finalement abouti  ce site sur lequel j'essaye de
mettre en valeur des potes contemporains de talent, sans oublier la
ncessaire prise de recul (rubrique Rflexions sur la posie) sur
l'objet considr. (...)

Par ailleurs, internet m'a mis en contact avec d'autres potes, dont
certains fort intressants. Cela rompt le cercle de la solitude et
permet d'changer des ides. On se lance des dfis aussi. Internet peut
donc pousser  la crativit et relancer les motivations des potes
puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront mme, dans le meilleur
des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de
ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects
positifs  la promotion de la posie par internet, tant pour le lecteur
que pour le crateur.

Trs vite, Posie d'hier et d'aujourd'hui prend la forme d'une cyber-
revue. Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo cre une
deuxime revue, Saraswati: revue de posie, d'art et de rflexion,
cette fois sur papier. Les deux revues se compltent et sont vraiment
 placer en regard l'une de l'autre.


= Fables

Fond en 1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, alors libraires en Haute-
Savoie, Le Choucas est une petite maison d'dition spcialise dans les
romans policiers, la littrature, la photographie et les livres d'art.
Bien qu'tant d'abord un diteur  vocation commerciale, Nicolas Pewny
tient aussi  avoir des activits non commerciales pour faire connatre
des auteurs peu diffuss, par exemple Raymond Godefroy, crivain-paysan
normand, qui dsesprait de trouver un diteur pour son recueil de
fables, Fables pour l'an 2000. Quelques jours avant l'an 2000, Nicolas
Pewny publie le recueil en ligne sur le site du Choucas, dans une belle
version numrique.

Internet reprsente pour moi un formidable outil de communication qui
nous affranchit des intermdiaires, des barrages doctrinaires et des
intrts des mdias en place, crit Raymond Godefroy en dcembre 1999.
Soumis aux mmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se
connatre, acquerront peu  peu cette conscience du collectif,
d'appartenir  un mme monde fragile pour y vivre en harmonie sans le
dtruire. Internet est absolument comme la langue d'sope, la meilleure
et la pire des choses, selon l'usage qu'on en fait, et j'espre qu'il
me permettra de m'affranchir en partie de l'dition et de la
distribution traditionnelle qui, referme sur elle-mme, souffre d'une
crise d'intolrance pour entrer  reculons dans le prochain
millnaire.

Trs certainement autobiographique, la fable Le pote et l'diteur (qui
est la sixime fable de la troisime partie du recueil) relate on ne
peut mieux les affres du pote  la recherche d'un diteur. Raymond
Godefroy restant trs attach au papier, il auto-publie la version
imprime de ses fables en juin 2001, avec un titre lgrement
diffrent, Fables pour les annes 2000, puisque le cap du 21e sicle
est dsormais franchi.


= Romans policiers

Michel Benot habite Montral, au Qubec. Auteur de nouvelles
policires, de rcits noirs et d'histoires fantastiques, il utilise
l'internet pour largir ses horizons et pour abolir le temps et la
distance. Il relate en juin 2000: L'internet s'est impos  moi comme
outil de recherche et de communication, essentiellement. Non, pas
essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l'on pense
"recherche", on pense "information". Voyez-vous, si l'on pense
"criture", "rflexion", on pense "connaissance", "recherche". Donc on
va sur la toile pour tout, pour une ide, une image, une explication.
Un discours prononc il y a vingt ans, une peinture expose dans un
muse  l'autre bout du monde. On peut donner une ide  quelqu'un
qu'on n'a jamais vu, et en recevoir de mme. La toile, c'est le monde
au clic de la souris. On pourrait penser que c'est un beau clich.
Peut-tre bien,  moins de prendre conscience de toutes les
implications de la chose. L'instantanit, l'information tout de suite,
maintenant. Plus besoin de fouiller, de se taper des heures de
recherche. On est en train de faire, de produire. On a besoin d'une
information. On va la chercher, immdiatement. De plus, on a accs aux
plus grandes bibliothques, aux plus importants journaux, aux muses
les plus prestigieux. (...)

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois
exploser. Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire
en une semaine ce qui m'aurait pris des mois. Plus beau, plus
esthtique. Je me vois russir des travaux plus raffins, d'une facture
plus professionnelle, mme et surtout dans des domaines connexes  mon
travail, comme la typographie, o je n'ai aucune comptence. La
prsentation, le transport de textes, par exemple. Le travail simultan
de plusieurs personnes qui seront sur des continents diffrents.
Arriver  un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu'avant
le net, il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les
Francophones. Plus le net ira se complexifiant, plus l'utilisation du
net deviendra profitable, ncessaire, essentielle.

Autre exprience, celle d'Alain Bron, consultant en systmes
d'information et crivain. L'internet est un des personnages de son
deuxime roman, Sanguine sur toile, disponible en version imprime aux
ditions du Choucas en 1999, puis en version numrique (format PDF) aux
ditions 00h00 en 2000.

Quel est le thme de ce roman? La "toile", c'est celle du peintre,
c'est aussi l'autre nom d'internet: le web - la toile d'araigne -,
raconte l'auteur en novembre 1999. "Sanguine" voque le dessin et la
mort brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre?
Sanguine sur toile voque l'histoire singulire d'un internaute pris
dans la tourmente de son propre ordinateur, manipul  distance par un
trs mystrieux correspondant qui n'a que vengeance en tte. J'ai voulu
emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de l'entreprise,
univers qui s'entrelacent, s'chappent, puis se rejoignent dans la
fulgurance des logiciels. Le lecteur est ainsi invit  prendre
l'enqute  son propre compte pour tenter de dmler les fils tresss
par la seule passion. Pour percer le mystre, il devra rpondre  de
multiples questions. Le monde au bout des doigts, l'internaute n'est-il
pas pour autant l'tre le plus seul au monde? Comptitivit oblige,
jusqu'o l'entreprise d'aujourd'hui peut-elle aller dans la violence?
La peinture tend-elle  reproduire le monde ou bien  en crer un
autre? Enfin, j'ai voulu montrer que les images ne sont pas si sages.
On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer. (...) Dans le roman,
internet est un personnage en soi. Plutt que de le dcrire dans sa
complexit technique, le rseau est montr comme un tre tantt
menaant, tantt prvenant, maniant parfois l'humour. N'oublions pas
que l'cran d'ordinateur joue son double rle: il montre et il cache.
C'est cette ambivalence qui fait l'intrigue du dbut  la fin. Dans ce
jeu, le grand gagnant est bien sr celui ou celle qui sait s'affranchir
de l'emprise de l'outil pour mettre l'humanisme et l'intelligence au-
dessus de tout.


= Autres oeuvres de fiction

Murray Suid vit  Palo Alto, dans la Silicon Valley, en Californie. Il
est l'auteur de livres pdagogiques, de livres pour enfants, d'oeuvres
multimdia et de scnarios. Ds septembre 1998, il prconise une
solution choisie depuis par de nombreux auteurs: Un livre peut avoir
un prolongement sur le web - et donc vivre en partie dans le
cyberespace. L'auteur peut ainsi aisment l'actualiser et le corriger,
alors qu'auparavant il devait attendre longtemps, jusqu' l'dition
suivante, quand il y en avait une. (...) Je ne sais pas si je publierai
des livres sur le web, au lieu de les publier en version imprime.
J'utiliserai peut-tre ce nouveau support si les livres deviennent
multimdias. Pour le moment, je participe au dveloppement de matriel
pdagogique multimdia. C'est un nouveau type de matriel qui me plat
beaucoup et qui permet l'interactivit entre des textes, des films, des
bandes sonores et des graphiques qui sont tous relis les uns aux
autres.

Un an aprs, en aot 1999, il ajoute: En plus des livres complts par
un site web, je suis en train d'adopter la mme formule pour mes oeuvres
multimdias - qui sont sur CD-ROM - afin de les actualiser et
d'enrichir leur contenu.

Quelques mois plus tard, l'intgralit de ses oeuvres multimdias est
sur le rseau. Le matriel pdagogique auquel il contribue est conu
non plus pour diffusion sur CD-ROM, mais pour diffusion sur le web.
D'entreprise multimdia, la socit de logiciels ducatifs qui emploie
Murray s'est reconvertie en entreprise internet.

Autre exprience, celle d'Anne-Bndicte Joly, romancire et essayiste,
qui habite en rgion parisienne. En avril 2000, elle dcide d'auto-
publier ses oeuvres en utilisant l'internet pour les faire connatre.
Mon site a plusieurs objectifs, relate-t-elle en juin 2000. Prsenter
mes livres (essais, nouvelles et romans auto-dits)  travers des
fiches signaltiques (dont le format est identique  celui que l'on
trouve dans la base de donnes lectre) et des extraits choisis,
prsenter mon parcours (de professeur de lettres et d'crivain),
permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilit de laisser
des impressions sur un livre d'or, guider le lecteur  travers des
liens vers des sites littraires. (...) Crer un site internet me
permet d'largir le cercle de mes lecteurs en incitant les internautes
 dcouvrir mes crits. Internet est galement un moyen pour largir la
diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une politique de liens, j'espre
susciter des contacts de plus en plus nombreux.


= Romans numriques

Lucie de Boutiny est l'auteur de NON, roman multimdia dbut en aot
1997 et publi en feuilleton par Synesthsie, une revue en ligne d'art
contemporain. NON est un roman comique qui fait la satire de la vie
quotidienne d'un couple de jeunes cadres supposs dynamiques, raconte-
t-elle en juin 2000. Bien qu'appartenant  l'lite high-tech d'une
industrie florissante, Monsieur et Madame sont les jouets de la dite
rvolution numrique. (...) NON prolonge les expriences du roman post-
moderne (rcits tout en digression, polysmie avec jeux sur les
registres - naturaliste, mlo, comique... - et les niveaux de langues,
etc.). Cette hyper-stylisation permet  la narration des dveloppements
inattendus et offre au lecteur l'attrait d'une navigation dans des
rcits multiples et multimdias, car l'crit  l'cran s'apparente  un
jeu et non seulement se lit mais aussi se regarde.

Les romans prcdents de Lucie de Boutiny sont publis sous forme
imprime. Un roman numrique requiert-il une dmarche diffrente?
D'une manire gnrale, mon humble exprience d'apprentie auteur m'a
rvl qu'il n'y a pas de diffrence entre crire de la fiction pour le
papier ou le pixel: cela demande une concentration maximale, un
isolement  la limite dsespr, une patience obsessionnelle dans le
travail millimtrique avec la phrase, et bien entendu, en plus de la
volont de faire, il faut avoir quelque chose  dire! Mais avec le
multimdia, le texte est ensuite mis en scne comme s'il n'tait qu'un
scnario. Et si,  la base, il n'y a pas un vrai travail sur le langage
des mots, tout le graphisme et les astuces interactives qu'on peut y
mettre fera gadget. Par ailleurs, le support modifie l'apprhension du
texte, et mme, il faut le souligner, change l'oeuvre originale.

Autre roman numrique, Apparitions inquitantes est n sous la plume
d'Anne-Ccile Brandenbourger. Il s'agit d'une longue histoire  lire
dans tous les sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises penses et de
plaisirs ambigus. Pendant deux ans, cette histoire se construit sous
forme de feuilleton sur le site d'Anacoluthe, en collaboration avec
Olivier Lefvre. En fvrier 2000, l'histoire est publie en version
numrique (au format PDF) aux ditions 00h00, en tant que premier titre
de la Collection 2003, consacre aux critures numriques, avec version
imprime  la demande.

00h00 prsente l'ouvrage comme un cyber-polar fait de rcits
hypertextuels imbriqus en gigogne. Entre personnages de feuilleton
amricain et intrigue policire, le lecteur est - hypertextuellement -
men par le bout du nez dans cette saga aux allures borgsiennes. (...)
C'est une histoire de meurtre et une enqute policire; des textes
crits court et monts serrs; une balade dans l'imaginaire des sries
tl; une dstructuration (organise) du rcit dans une transposition
littraire du zapping; et par consquent, des sensations de lecture
radicalement neuves.

Suite au succs du livre, les ditions Florent Massot publient en aot
2000 une deuxime version imprime (la premire tant celle de 00h00,
imprime uniquement  la demande), avec une couverture en 3D, un
nouveau titre - La maldiction du parasol - et une maquette d'Olivier
Lefvre restituant le rythme de la version originale.

Anne-Ccile Brandenbourger relate en juin 2000: Les possibilits
offertes par l'hypertexte m'ont permis de dvelopper et de donner libre
cours  des tendances que j'avais dj auparavant. J'ai toujours ador
crire et lire des textes clats et inclassables (comme par exemple La
vie mode d'emploi de Perec ou Si par une nuit d'hiver un voyageur de
Calvino) et l'hypermdia m'a donn l'occasion de me plonger dans ces
formes narratives en toute libert. Car, pour crer des histoires non
linaires et des rseaux de textes qui s'imbriquent les uns dans les
autres, l'hypertexte est videmment plus appropri que le papier. Je
crois qu'au fil des jours, mon travail hypertextuel a rendu mon
criture de plus en plus intuitive. Plus "intrieure" aussi peut-tre,
plus proche des associations d'ides et des mouvements dsordonns qui
caractrisent la pense lorsqu'elle se laisse aller  la rverie. Cela
s'explique par la nature de la navigation hypertextuelle, le fait que
presque chaque mot qu'on crit peut tre un lien, une porte qui s'ouvre
sur une histoire.

 la mme date, Lucie de Boutiny raconte: Mes "conseillers
littraires", des amis qui n'ont pas ressenti le vent de libert qui
souffle sur le web, aimeraient que j'y reste, englue dans la pte 
papier. Appliquant le principe de demi-dsobissance, je fais des
allers-retours papier-pixel. L'avenir nous dira si j'ai perdu mon temps
ou si un nouveau genre littraire hypermdia va natre. (...) Si les
crivains franais classiques en sont encore  se demander s'ils ne
prfrent pas le petit carnet Clairefontaine, le Bic ou le Mont-Blanc
ftiche, et un usage modr du traitement de texte, plutt que
l'ordinateur connect, c'est que l'HTX [hypertext literature] ncessite
un travail d'accouchement visuel qui n'est pas la vocation originaire
de l'crivain papier. En plus des proccupations du langage (syntaxe,
registre, ton, style, histoire...), le techno-crivain - collons-lui ce
label pour le diffrencier - doit aussi matriser la syntaxe
informatique et participer  l'invention de codes graphiques car lire
sur un cran est aussi regarder.


= Mail-romans

Le premier mail-roman francophone est lanc en 2001 par Jean-Pierre
Balpe, chercheur, crivain et directeur du dpartement hypermdia de
l'Universit Paris 8. Pendant trs exactement cent jours, entre le 11
avril et le 19 juillet 2001, il diffuse quotidiennement par courriel un
chapitre de Rien n'est sans dire auprs de cinq cents personnes - sa
famille, ses amis, ses collgues, etc. - en y intgrant les rponses et
ractions des lecteurs.

Raconte par un narrateur, l'histoire est celle de Stanislas et Zita,
qui vivent une passion tragique dchire par une sombre histoire
politique. Cette ide d'un mail-roman m'est venue tout naturellement,
relate l'auteur en fvrier 2002. D'une part en me demandant depuis
quelque temps dj ce qu'internet peut apporter sur le plan de la forme
 la littrature (...) et d'autre part en lisant de la littrature
"pistolaire" du 18e sicle, ces fameux "romans par lettres". Il suffit
alors de transposer: que peut tre le "roman par lettres" aujourd'hui?

Jean-Pierre Balpe tire plusieurs conclusions de cette exprience:
D'abord c'est un "genre": depuis, plusieurs personnes m'ont dit lancer
aussi un mail-roman. Ensuite j'ai aperu quantit de possibilits que
je n'ai pas exploites et que je me rserve pour un ventuel travail
ultrieur. La contrainte du temps est ainsi trs intressante 
exploiter: le temps de l'criture bien sr, mais aussi celui de la
lecture: ce n'est pas rien de mettre quelqu'un devant la ncessit de
lire, chaque jour, une page de roman. Ce "pacte" a quelque chose de
diabolique. Et enfin le renforcement de ma conviction que les
technologies numriques sont une chance extraordinaire du
renouvellement du littraire.


= Sites hypermdias

Principe de base du web, le lien hypertexte permet de relier entre eux
des documents textuels et des images. Quant au lien hypermdia, il
permet l'accs  des graphiques, des images animes, des bandes sonores
et des vidos. Des crivains frus de nouvelles technologies ne tardent
pas  en explorer les possibilits, dans des sites d'criture
hypermdia et des oeuvres d'hyperfiction.

Mis en ligne en juin 1997, oVosite est un espace d'criture conu par
un collectif de six auteurs issus du dpartement hypermdia de
l'Universit Paris 8: Chantal Beaslay, Laure Carlon, Luc Dall'Armellina
(qui est aussi webmestre), Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude
Rouah. oVosite est un site web conu et ralis (...) autour d'un
symbole primordial et spirituel, celui de l'oeuf, explique Luc
Dall'Armellina en juin 2000. Le site s'est constitu selon un principe
de cellules autonomes qui visent  exposer et intgrer des sources
htrognes (littrature, photo, peinture, vido, synthse) au sein
d'une interface unifiante.

Les possibilits offertes par l'hyperlien ont-elles chang son mode
d'criture? Sa rponse est  la fois ngative et positive.

Ngative d'abord: Non - parce qu'crire est de toute faon une affaire
trs intime, un mode de relation qu'on entretient avec son monde, ses
proches et son lointain, ses mythes et fantasmes, son quotidien et
enfin, appendus  l'espace du langage, celui de sa langue d'origine.
Pour toutes ces raisons, je ne pense pas que l'hypertexte change
fondamentalement sa manire d'crire, qu'on procde par touches, par
impressions, associations, quel que soit le support d'inscription, je
crois que l'essentiel se passe un peu  notre insu.

Positive ensuite: Oui - parce que l'hypertexte permet sans doute de
commencer l'acte d'criture plus tt: devanant l'activit de lecture
(associations, bifurcations, sauts de paragraphes) jusque dans l'acte
d'crire. L'criture (ceci est significatif avec des logiciels comme
StorySpace) devient peut-tre plus modulaire. On ne vise plus tant la
longue horizontalit du rcit, mais la mise en espace de ses fragments,
autonomes. Et le travail devient celui d'un tissage des units entre
elles. L'autre aspect li  la modularit est la possibilit
d'critures croises,  plusieurs auteurs. Peut-tre s'agit-il
d'ailleurs d'une mta-criture, qui met en relation les units de sens
(paragraphes ou phrases) entre elles.

Luc ajoute aussi: La couverture du rseau autour de la surface du
globe resserre les liens entre les individus distants et inconnus. Ce
qui n'est pas simple puisque nous sommes placs devant des situations
nouvelles: ni vraiment spectateurs, ni vraiment auteurs, ni vraiment
lecteurs, ni vraiment interacteurs. Ces situations crent des nouvelles
postures de rencontre, des postures de "spectacture" ou de "lectacture"
(Jean-Louis Weissberg). Les notions de lieu, d'espace, de temps,
d'actualit sont requestionnes  travers ce mdium qui n'offre plus
gure de distance  l'vnement mais se situe comme aucun autre dans le
prsent en train de se faire. L'cart peut tre mince entre l'envoi et
la rponse, parfois immdiat (cas de la gnration de textes).

Mais ce qui frappe et se trouve reprable ne doit pas masquer les
aspects encore mal dfinis tels que les changements radicaux qui
s'oprent sur le plan symbolique, reprsentationnel, imaginaire et plus
simplement sur notre mode de relation aux autres. "Plus de proximit"
ne cre pas plus d'engagement dans la relation, de mme "plus de liens"
ne crent pas plus de liaisons, ou encore "plus de tuyaux" ne crent
pas plus de partage. Je rve d'un internet o nous pourrions crire 
plusieurs sur le mme dispositif, une sorte de lieu d'atelier
d'critures permanent et qui autoriserait l'criture personnelle (c'est
en voie d'exister), son partage avec d'autres auteurs, leur mise en
relation dans un tissage d'hypertextes et un espace commun de notes et
de commentaires sur le travail qui se cre.

L'avenir de la cyber-littrature est trac par sa technologie mme,
comme l'explique en aot 1999 Jean-Paul, webmestre du site hypermdia
cotres.net: Il est maintenant impossible  un(e) auteur(e) seul(e) de
manier  la fois les mots, leur apparence mouvante et leur sonorit.
Matriser aussi bien Director, Photoshop et Cubase, pour ne citer que
les plus connus, c'tait possible il y a dix ans, avec les versions 1.
a ne l'est plus. Ds demain (matin), il faudra savoir dlguer les
comptences, trouver des partenaires financiers aux reins autrement
plus solides que Gallimard, voir du ct d'Hachette-Matra, Warner,
Pentagone, Hollywood. Au mieux, le statut de... l'crivaste? du
multimdiaste? sera celui du vidaste, du metteur en scne, du
directeur de produit: c'est lui qui cope des palmes d'or  Cannes,
mais il n'aurait jamais pu les dcrocher seul. Soeur jumelle (et non pas
clone) du cinmatographe, la cyber-littrature (= la vido + le lien)
sera une industrie, avec quelques artisans isols dans la priphrie
off-off (aux droits d'auteur ngatifs, donc).

Quelques mois plus tard, en juin 2000, Jean-Paul s'interroge sur
l'apport de l'internet dans son criture: La navigation par hyperliens
se fait en rayon (j'ai un centre d'intrt et je clique mthodiquement
sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements (de clic en
clic,  mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon
sujet). Bien sr, les deux sont possibles avec l'imprim. Mais la
diffrence saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet n'a
donc pas chang ma vie, mais mon rapport  l'criture. On n'crit pas
de la mme manire pour un site que pour un scnario, une pice de
thtre, etc. (...) Depuis, j'cris (compose, mets en page, en scne)
directement  l'cran. L'tat "imprim" de mon travail n'est pas le
stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilgie la
linarit et l'image, et qui exclut le son et les images animes. (...)
C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai
trouv la mobilit, la fluidit que je cherchais. Le matre mot y est
"chantier en cours", sans palissades. Accouchement permanent,  vue,
comme le monde sous nos yeux. Provisoire, comme la vie qui ttonne, se
cherche, se dprend, se reprend. Avec videmment le risque soulign par
les gutenbergs, les orphelins de la civilisation du livre: plus rien
n'est sr. Il n'y a plus de source fiable, elles sont trop nombreuses,
et il devient difficile de distinguer un clerc d'un gourou. Mais c'est
un problme qui concerne le contrle de l'information. Pas la
transmission des motions.

Jean-Paul fait  nouveau le point sur son activit d'entoileur beaucoup
plus tard, en janvier 2007: J'ai gagn du temps. J'utilise moins de
logiciels, dont j'intgre le rsultat dans Flash. Ce dernier m'assure
de contrler  90% le rsultat  l'affichage sur les crans de
rception (au contraire de ceux qui prfrent prsenter des oeuvres
ouvertes, o l'intervention tantt du hasard tantt de l'internaute est
recherche). Je peux maintenant me concentrer sur le coeur de la chose:
l'architecture et le dveloppement du rcit. (...) Les deux points
forts des trois ou quatre ans  venir sont: (1) la gnralisation du
trs haut dbit (c'est--dire en fait du dbit normal), qui va
m'affranchir des limitations purement techniques, notamment des soucis
de poids et d'affichage des fichiers (mort dfinitive, enfin, des
histogrammes de chargement); (2) le dveloppement de la 3 D. C'est le
rcit en hypermdia (= le multimdia + le clic) qui m'intresse. Les
piges que pose un rcit en 2 D sont dj passionnants. Avec la 3 D, il
va falloir chevaucher le tigre pour viter la simple prouesse technique
et laisser la priorit au rcit.



VERS UNE BIBLIOTHQUE PLANTAIRE


[Rsum]
En 2005, le livre devient un objet convoit par les gants de
l'internet que sont Google, Yahoo! et Microsoft, d'une part par souci
mritoire de mettre le patrimoine mondial  la disposition de tous,
d'autre part  cause de l'enjeu reprsent par les recettes
publicitaires gnres par les liens commerciaux accols aux rsultats
des recherches. Lance en octobre 2005  l'instigation de l'Internet
Archive, l'Open Content Alliance (OCA) est un vaste projet coopratif
de bibliothque numrique publique  l'chelon mondial. L'OCA souhaite
s'inspirer de l'initiative de Google tout en vitant ses travers, 
savoir la numrisation de livres sous droits sans l'accord pralable
des diteurs, tout comme la consultation et le tlchargement
impossibles sur un autre moteur de recherche.


= Google Books

# Google Print

Google dcide de mettre son expertise au service du livre et lance la
version bta de Google Print en mai 2005. Ce lancement est prcd de
deux tapes.

En octobre 2004, Google lance la premire partie de son programme
Google Print, tabli en partenariat avec les diteurs pour pouvoir
consulter  l'cran des extraits de livres, puis commander les livres
auprs d'une librairie en ligne.

En dcembre 2004, Google lance la deuxime partie de son programme
Google Print, cette fois  destination des bibliothques. Il s'agit
d'un projet de bibliothque numrique de 15 millions de livres
consistant  numriser plusieurs grandes bibliothques partenaires, 
commencer par la bibliothque de l'Universit du Michigan (dans sa
totalit,  savoir 7 millions d'ouvrages), les bibliothques des
universits de Harvard, de Stanford et d'Oxford, et celle de la ville
de New York. Le cot estim au dpart se situe entre 150 et 200
millions de dollars US, avec la numrisation de 10 millions de livres
sur six ans et un chantier d'une dure totale de dix ans.

En aot 2005, soit trois mois aprs son lancement, Google Print est
suspendu pour une dure indtermine suite  un conflit grandissant
avec les associations d'auteurs et d'diteurs de livres sous droits,
celles-ci reprochant  Google de numriser les livres sans l'accord
pralable des ayants droit.

# Google Livres

Le programme reprend en aot 2006 sous le nom de Google Books (Google
Livres). Google Books permet de rechercher les livres par date, titre
ou diteur. La numrisation des fonds de grandes bibliothques se
poursuit, tout comme le dveloppement de partenariats avec les diteurs
qui le souhaitent.

Les livres libres de droit sont consultables  l'cran en texte
intgral, leur contenu est copiable et l'impression est possible page 
page. Ils sont galement tlchargeables sous forme de fichiers PDF et
imprimables dans leur entier. Les liens publicitaires associs aux
pages de livres sont situs en haut et  droite de l'cran.

Le conflit avec les associations d'auteurs et d'diteurs se poursuit
lui aussi, puisque Google continue de numriser des livres sous droits
sans l'autorisation pralable des ayants droit, en invoquant le droit
de citation pour prsenter des extraits sur le web. L'Authors Guild et
l'Association of American Publishers (AAP) invoquent pour leur part le
non respect de la lgislation relative au copyright pour attaquer
Google en justice. Le feuilleton aussi bien judiciaire que mdiatique
dure de nombreux mois.

Fin 2006, d'aprs le buzz mdiatique, Google scannerait 3.000 livres
par jour, ce qui reprsenterait un million de livres par an. Le cot
estim serait de 30 dollars par livre, mais d'autres sources
mentionnent un cot double. Google Books comprendrait 3 millions de
livres. Tous chiffres  prendre avec prcaution, la socit ne
communiquant pas de statistiques  ce sujet.

A l'exception de la New York Public Library, les collections en cours
de numrisation appartiennent toutes  des bibliothques universitaires
(Harvard, Stanford, Michigan, Oxford, Californie, Virginie, Wisconsin-
Madison, Complutense de Madrid). S'y ajoutent dbut 2007 les
bibliothques des universits de Princeton et du Texas (celle
d'Austin),
ainsi que la Biblioteca de Catalunya (Catalogne, Espagne) et la
Bayerische Staatbibliothek (Bavire, Allemagne). En mai 2007, Google
annonce la participation de la premire bibliothque francophone, la
Bibliothque cantonale et universitaire (BCU) de Lausanne (Suisse),
pour la numrisation de 100.000 titres en franais, en allemand et en
italien publis entre le 17e et le 19e sicle. Suit ensuite un
partenariat avec la Bibliothque municipale de Lyon (France) sign en
juillet 2008 pour numriser 500.000 livres.

En octobre 2008, aprs trois ans de conflit, Google tente de mettre fin
aux poursuites des associations d'auteurs et d'diteurs. La socit
propose un accord qui serait bas sur un partage des revenus gnrs
par Google Books ainsi qu'un large accs aux ouvrages puiss, tout
comme le paiement de 125 millions de dollars US  l'Authors Guild et 
l'Association of American Publishers (AAP) pour clturer dfinitivement
ce conflit.

Suite  cet accord, Google pourrait proposer de plus larges extraits de
livres, jusqu' 20% d'un mme ouvrage, avec un lien commercial pour
acheter une copie - numrique ou non - de l'oeuvre. Les ayants droit
auront la possibilit de participer ou non au projet Google Books, et
donc de retirer leurs livres des collections. Par ailleurs, les
bibliothques universitaires et publiques des tats-Unis pourront
accder  un portail gratuit gr par Google et donnant accs aux
textes de millions de livres puiss. Un abonnement permettra aux
universits et aux coles de consulter les collections des
bibliothques les plus renommes.

En novembre 2008, Google Books comprend 7 millions d'ouvrages
numriss, en partenariat avec 24 bibliothques et 2.000 diteurs
partenaires.

Les 24 bibliothques partenaires se situent principalement aux tats-
Unis (16), mais aussi en Allemagne (1), en Belgique (1), en Espagne
(2), en France (1), au Japon (1), au Royaume-Uni (1) et en Suisse (1).

En fvrier 2009, Google Books lance un portail spcifique pour lecture
sur tlphone mobile et smartphone, par exemple sur l'iPhone 3G d'Apple
ou sur le G1 de T-Mobile. Le catalogue comprend 1,5 million de livres
du domaine public, auxquels s'ajoutent 500.000 autres titres
tlchargeables hors des tats-Unis, du fait d'une lgislation du
copyright moins restrictive dans certains pays.


= L'Open Content Alliance

En raction au projet Google Books, l'Internet Archive pense qu'une
bibliothque  vocation mondiale ne doit pas tre lie  des enjeux
commerciaux. Courant 2005, elle lance l'Open Content Alliance (OCA),
dans l'optique de fdrer un grand nombre de partenaires pour crer une
bibliothque plantaire publique respectueuse du copyright et sur un
modle ouvert.

Qu'est-ce exactement que l'Internet Archive? Fonde en avril 1996 par
Brewster Kahle  San Francisco (Californie), l'Internet Archive a pour
but de constituer, stocker, prserver et grer une bibliothque de
l'internet, en archivant la totalit du web tous les deux mois, afin
d'offrir un outil de travail aux universitaires, chercheurs et
historiens, et de prserver un historique de l'internet pour les
gnrations futures.

En octobre 2001, l'Internet Archive met ses archives en accs libre sur
le web grce  la Wayback Machine, qui permet  tout un chacun de
consulter l'historique d'un site web,  savoir le contenu et la
prsentation d'un site web  diffrentes dates, thoriquement tous les
deux mois  partir de 1996.

L'Internet Archive dbute aussi la constitution de collections
numriques telles que le Million Book Project (10.520 livres en avril
2005), des archives de films de la priode 1903-1973, des archives de
concerts live rcents, des archives de logiciels, etc. Toutes ces
collections sont en consultation libre sur le web.

En janvier 2005, l'Internet Archive s'associe  Yahoo! pour mettre sur
pied l'Open Content Alliance (OCA), une initiative visant  crer un
rpertoire libre et multilingue de livres numriss et de documents
multimdia pour consultation sur n'importe quel moteur de recherche.

L'OCA est officiellement lance en octobre 2005 et dbute vritablement
en 2006. Le but de l'initiative est de s'inspirer de Google Books tout
en vitant ses travers,  savoir la numrisation des livres sous droits
sans l'accord pralable des diteurs, tout comme la consultation et le
tlchargement impossibles sur un autre moteur de recherche.

L'OCA regroupe de nombreux partenaires: des bibliothques et des
universits bien sr, mais aussi des organisations gouvernementales,
des associations  but non lucratif, des organismes culturels et des
socits informatiques (Adobe, Hewlett Packard, Microsoft, Yahoo!,
Xerox, etc.).

Les premiers partenaires sont les bibliothques des universits de
Californie et de Toronto, l'European Archive, les Archives nationales
du Royaume-Uni, O'Reilly Media et les Prelinger Archives. Seuls les
livres appartenant au domaine public sont numriss, pour viter les
problmes de copyright auxquels se heurte Google. Les collections
numrises sont progressivement intgres  la section Text Archive de
l'Internet Archive.

En dcembre 2006, l'OCA franchit la barre des 100.000 livres numriss,
avec un rythme de 12.000 nouveaux livres par mois.

 la mme date, l'Internet Archive reoit une subvention d'un million
de dollars US de la part de la Sloan Foundation pour numriser les
collections du Metropolitan Museum of Art (l'ensemble des livres et
plusieurs milliers d'images) ainsi que certaines collections de la
Boston Public Library (les 3.800 livres de la bibliothque personnelle
de John Adams, deuxime prsident des tats-Unis), du Getty Research
Institute (une srie de livres d'art), de la John Hopkins University
(une srie de documents lis au mouvement anti-esclavagiste) et de
l'Universit de Californie  Berkeley (une srie de documents relatifs
 la rue vers l'or).

En mai 2007, l'OCA franchit la barre des 200.000 livres numriss. La
barre du million de livres numriss est atteinte en dcembre 2008, et
celle des deux millions de livres numriss en mars 2010.


= Autres initiatives

# Microsoft Live Search Books

Si Microsoft est un des partenaires de l'Open Content Alliance, la
socit se lance aussi dans l'aventure  titre personnel. En dcembre
2006 est mise en ligne aux tats-Unis la version bta de Live Search
Books, qui permet une recherche par mots-cls dans les livres du
domaine public. Ces livres sont numriss par Microsoft suite  des
accords passs avec de grandes bibliothques, les premires tant la
British Library et les bibliothques des universits de Californie et
de Toronto, suivies en janvier 2007 par celles de la New York Public
Library et de l'Universit Cornell. Microsoft compte galement ajouter
des livres sous droits, mais uniquement avec l'accord pralable des
diteurs.

Tout comme Google Books, Live Search Books permet de consulter des
extraits comportant les mots-cls, qui sont eux-mme surligns. Mais
les collections sont moins riches, le moteur de recherche est plus
rudimentaire, et il n'est pas possible de tlcharger les livres au
format PDF dans leur entier.

En mai 2007, Microsoft annonce des accords avec plusieurs grands
diteurs, dont Cambridge University Press et McGraw Hill.

Microsoft met finalement un terme  ce projet en mai 2008, pour
concentrer ses efforts sur d'autres activits. Les 750.000 livres dj
numriss sont verss dans les collections de l'Open Content Alliance.

# Europeana

En Europe, certains s'inquitent de l'hgmonie amricaine que
reprsente Google Books. Il existe sur le web une Bibliothque
europenne, qui est en fait un portail commun aux 43 bibliothques
nationales, lanc en janvier 2004 par la CENL (Conference of European
National Librarians) et hberg sur le site de la Bibliothque
nationale des Pays-Bas.

En septembre 2005, la Commission europenne lance une vaste
consultation sur un projet de bibliothque numrique europenne, avec
rponse requise en janvier 2006 et lancement officiel du projet en mars
2006.

Le plan de la Commission europenne visant  promouvoir l'accs
numrique au patrimoine de l'Europe prend forme rapidement, lit-on dans
le communiqu de presse. Dans les cinq prochaines annes, au moins six
millions de livres, documents et autres oeuvres culturelles seront mis 
la disposition de toute personne disposant d'une connexion 
l'internet, par l'intermdiaire de la "bibliothque numrique
europenne". Afin de stimuler les initiatives de numrisation
europennes, la Commission va co-financer la cration d'un rseau
paneuropen de centres de numrisation. La Commission abordera
galement, dans une srie de documents stratgiques, la question du
cadre appropri  adopter pour assurer la protection des droits de
proprit intellectuelle dans le cadre des bibliothques numriques.

Europeana et ses deux millions de documents sont disponibles en
novembre 2008, avec un serveur qui dclare rapidement forfait suite 
la trs forte demande des premires heures, puis une priode
exprimentale avec consultation partielle des collections suite au
renforcement de la capacit de ce serveur.

Europeana propose 6 millions de documents numriques en mars 2010, avec
l'annonce d'un nouveau site oprationnel courant 2010 et qui
proposerait cette fois 10 millions de documents.



PDA, SMARTPHONES ET TABLETTES


[Rsum]
Nous lisons d'abord sur notre ordinateur - portable ou non - avant de
lire sur des agendas lectroniques (Psion et eBookMan) puis sur des PDA
(Palm Pilot, Pocket PC et bien d'autres). Suivent ensuite les premiers
smartphones de Nokia et Sony Ericsson. Paralllement, on voit
l'mergence de tablettes de lecture ddies. Les premires sont le
Rocket eBook, le SoftBook Reader et le Gemstar eBook, qui ne durent
pas. Aprs une priode morose, des tablettes plus lgres gagnent en
puissance et en qualit d'cran, par exemple le Cybook (nouvelle
version) ou le Sony Reader, auquel s'ajoute le Kindle d'Amazon en
novembre 2007, puis l'iPad d'Apple en avril 2010. Le papier
lectronique serait pour bientt.


= Le projet @folio

Les livres numriques sont d'abord lisibles uniquement sur l'cran de
l'ordinateur, que celui-ci soit un ordinateur de bureau ou un
ordinateur portable sinon ultra-portable. Outre le stockage d'un
millier de livres sinon plus - en fonction de la taille du disque dur -
l'ordinateur permet l'utilisation d'outils bureautiques standard,
l'accs au web, l'coute de fichiers musicaux et le visionnement de
vidos ou de films. Certains usagers sont galement tents par le
webpad, un ordinateur-cran sans disque dur disposant d'une connexion
sans fil  l'internet, apparu en 2001, ou alors la tablette PC, une
tablette informatique pourvue d'un cran tactile, apparue fin 2002.

Conu ds octobre 1996 par Pierre Schweitzer, architecte designer 
Strasbourg (Alsace, France), le projet @folio (qui se prononce a-folio)
se dfinit comme un baladeur de textes ou encore comme un support de
lecture nomade permettant de lire des textes glans sur l'internet. De
petite taille, il cherche  mimer, sous forme lectronique, le
dispositif technique du livre, afin d'offrir une mmoire de fac-simils
relis en hypertexte pour faciliter le feuilletage.

Pierre explique en janvier 2001: @folio est un baladeur de textes,
simple, lger, autonome, que le lecteur remplit selon ses dsirs 
partir du web, pour aller lire n'importe o. Il peut aussi y imprimer
des documents personnels ou professionnels provenant d'un CD-ROM. Les
textes sont mmoriss en faisant: "imprimer", mais c'est beaucoup plus
rapide qu'une imprimante, a ne consomme ni encre ni papier. Les liens
hypertextes sont maintenus au niveau d'une reliure tactile. (...) Le
projet est n  l'atelier Design de l'cole d'architecture de
Strasbourg o j'tais tudiant. Il est dvelopp  l'cole nationale
suprieure des arts et industries de Strasbourg avec le soutien de
l'ANVAR-Alsace. Aujourd'hui, je participe avec d'autres  sa
formalisation, les prototypes, design, logiciels, industrialisation,
environnement technique et culturel, etc., pour transformer ce concept
en un objet grand public pertinent.

Pierre est aussi l'auteur du logiciel Mot@mot. La plus grande partie
du patrimoine crit existant est fix dans des livres, sur du papier,
explique-t-il  la mme date. Pour rendre ces oeuvres accessibles sur la
toile, la numrisation en mode image est un moyen trs efficace. Le
projet Gallica en est la preuve. Mais il reste le problme de
l'adaptation des fac-simils d'origine  nos crans de lecture
aujourd'hui: rduits brutalement  la taille d'un cran, les fac-
simils deviennent illisibles. Sauf  manipuler les barres d'ascenseur,
ce qui ncessite un ordinateur et ne permet pas une lecture
confortable. La solution propose par Mot@mot consiste  dcouper le
livre, mot  mot, du dbut  la fin (enfin, les pages scannes du
livre...). Ces mots restent donc des images, il n'y a pas de
reconnaissance de caractres, donc pas d'erreur possible. On obtient
une chane d'images-mots liquide, qu'on peut remettre en page aussi
facilement qu'une chane de caractres. Il devient alors possible de
l'adapter  un cran de taille modeste, sans rien perdre de la
lisibilit du texte. La typographie d'origine est conserve, les
illustrations aussi. Pour dvelopper le projet @folio et le logiciel
Mot@mot, Pierre fait valider un brevet international en avril 2001,
puis cre la start-up franaise iCodex en juillet 2002.

Cinq ans plus tard, en aot 2007, Pierre Schweitzer poursuit patiemment
sa croisade pour promouvoir son projet. Il ne s'agit pas de
transformer le support papier des livres existants, c'est absurde,
crit-il. Il s'agit plutt d'offrir un support de lecture efficace aux
textes qui n'en ont pas, ceux qui sont accessibles sur le web. Avec
@folio, je reste persuad qu'un support de lecture transportable qui
serait  la fois simple et lger, annotable et effaable,  bas cot,
respectueux de la page et de nos traditions typographiques, pourrait
apporter un supplment de confort apprciable  tous les usagers du
texte numrique. Une ardoise dont on pourrait feuilleter l'hypertexte 
main nue, en lieu et place de l'imprimante...

En quoi la technologie utilise est-elle diffrente des autres
tablettes? La technologie d'@folio est inspire du fax et du classeur
 onglets. La mmoire flash est imprime comme Gutenberg imprimait ses
livres. Ce mode fac-simil ne ncessite aucun format propritaire, il
est directement lisible  l'oeil nu. Le fac-simil est un mode de
reprsentation de l'information robuste, prenne, adaptable  tout type
de contenu (de la musique imprime aux formules de mathmatique ou de
chimie) sans aucune adaptation ncessaire. C'est un mode de
reprsentation totalement ouvert et accessible  tous: il supporte
l'criture manuscrite, la calligraphie, les critures non
alphabtiques, et le dessin  main leve, toutes choses qui sont trs
difficiles  faire  l'aide d'un seul outil sur un ordinateur ou un
"ebook" classique. Cette conception technique nouvelle et trs
simplifie permet de recueillir une grande varit de contenus et
surtout, elle permet un prix de vente trs raisonnable (100 euros pour
le modle de base) dans diffrentes combinaisons de formats (tailles
d'cran) et de mmoire (nombre de pages) adaptes aux diffrentes
pratiques de lecture.

Outre cette technologie novatrice, quel serait l'avantage de la lecture
sur @folio? La simplicit d'usage, l'autonomie, le poids, le prix.
Quoi d'autre? La finesse n'est pas ngligeable pour pouvoir tre gliss
presque n'importe o. Et l'accs immdiat aux documents - pas de temps
d'attente comme quand on "allume" son ordinateur portable: @folio ne
s'allume jamais et ne s'teint pas, la dernire page lue reste affiche
et une simple pression sur le bord de l'cran permet de remonter
instantanment au sommaire du document ou aux onglets de classement.

La grande revue en ligne anglophone TeleRead fait l'loge du projet
@folio en aot 2007 en intitulant l'article Pierre Schweitzer's Dream.
Plusieurs spcialistes anglophones, et non des moindres (David Rothman,
Mike Cook, Ellen Hage), rendent hommage  la persvrance de Pierre en
esprant voir son projet commercialis un jour.


= Assistants personnels

# La gamme Psion

Lanc ds 1984 par la socit britannique Psion, le Psion Organiser est
le premier modle d'agenda lectronique. Au fil des ans, la gamme des
appareils s'tend et la socit se dveloppe  l'international.

En 2000, les divers modles (Srie 7, Srie 5mx, Revo, Revo Plus) sont
concurrencs par le Palm Pilot et le Pocket PC. Les ventes baissent et
la socit dcide de diversifier ses activits. Suite au rachat de
Teklogix par Psion, Psion Teklogix est cr en septembre 2000 pour
dvelopper des solutions mobiles sans fil  destination des
entreprises. Psion Software est cr en 2001 pour dvelopper les
logiciels de la nouvelle gnration d'appareils mobiles utilisant la
plateforme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210,
modle prcurseur commercialis la mme anne.

Enseignante-chercheuse  l'cole pratique des hautes tudes (EPHE,
Paris-Sorbonne), Marie-Joseph Pierre utilise un Psion depuis plusieurs
annes pour lire et tudier dans le train lors de ses frquents
dplacements entre Argentan (Normandie), sa ville de rsidence, et
Paris. Elle achte son premier Psion en 1997, un Srie 3, remplac
ensuite par un Srie 5, remplac lui-mme par un Psion 5mx en juin
2001.

En fvrier 2002, elle raconte: J'ai charg tout un tas de trucs
littraires - dont mes propres travaux et dont la Bible entire - sur
mon Psion 5mx (16 + 16 Mo), que je consulte surtout dans le train ou
pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une bibliothque.
J'ai mis les lments de programme qui permettent de lire page par page
comme sur un vritable ebook. Ce qui est pratique, c'est de pouvoir
charger une norme masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce
n'est pas le mme usage qu'un livre, surtout un livre de poche qu'on
peut feuilleter, tordre, sentir..., et qui s'ouvre automatiquement  la
page qu'on a aime. C'est beaucoup moins agrable  utiliser, d'autant
que sur PDA, la page est petite: on n'a pas de vue d'ensemble. Mais
avec une qualit apprciable: on peut travailler sur le texte
enregistr, en rechercher le vocabulaire, rutiliser des citations,
faire tout ce que permet le traitement informatique du document, et
cela m'a pas mal servi pour mon travail, ou pour mes activits
associatives. Je fais par exemple partie d'une petite socit potique
locale, et nous faisons prochainement un rcital potique. J'ai voulu
rechercher des textes de Victor Hugo, que j'ai maintenant pu lire et
mme charger  partir du site de la Bibliothque nationale de France:
c'est vraiment extra.

# L'eBookMan de Franklin

Base dans le New Jersey (tats-Unis), la socit Franklin
commercialise ds 1986 le premier dictionnaire consultable sur une
machine de poche. Quinze ans plus tard, Franklin distribue 200 ouvrages
de rfrence sur des machines de poche: dictionnaires unilingues et
bilingues, encyclopdies, Bibles, manuels d'enseignement, ouvrages
mdicaux et livres de loisirs.

En octobre 2000, Franklin lance l'eBookMan, un assistant personnel
multimdia qui - entre autres fonctionnalits (agenda, dictaphone,
etc.) - permet la lecture de livres numriques sur le Franklin Reader,
le logiciel de lecture de la socit.  la mme date, l'eBookMan reoit
l'eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de
Francfort.

Trois modles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles dbut
2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et 230 dollars US. Le prix
est fonction de la taille de la mmoire vive (8 ou 16 Mo) et de la
qualit de l'cran  cristaux liquides (cran LCD), rtro-clair ou
non selon les modles. Nettement plus grand que celui de ses
concurrents, l'cran n'existe toutefois qu'en noir et blanc,
contrairement  la gamme Pocket PC ou  certains modles Palm avec
cran couleur. L'eBookMan permet aussi l'coute de livres audio-
numriques et de fichiers musicaux au format MP3.

En octobre 2001, Franklin dcide de ne pas intgrer le Microsoft Reader
 l'eBookMan, mais de lui prfrer le Mobipocket Reader, logiciel de
lecture jug plus performant, et prim  la mme date par l'eBook
Technology Award de la Foire de Francfort. Paralllement, le Franklin
Reader est progressivement disponible pour les gammes d'appareils
mobiles Psion, Palm, Pocket PC et Nokia. Franklin dveloppe aussi une
librairie numrique sur son site en passant des partenariats avec
plusieurs socits, notamment avec Audible.com pour avoir accs  sa
collection de 4.500 livres audio-numriques.

# Les gammes Palm Pilot et Pocket PC

Lorsque le livre numrique commence  se gnraliser en 2000, tous les
fabricants de PDA dcident d'intgrer un logiciel de lecture dans leur
machine, en plus des fonctionnalits standard (agenda, dictaphone,
lecteur de MP3, etc.). En parallle, ils ngocient les droits de
diffusion numrique de centaines de titres, soit directement soit par
le biais de librairies numriques. Si certains professionnels du livre
s'inquitent de la petitesse de l'cran, les adeptes de la lecture sur
PDA assurent que la taille de l'cran n'est pas un problme. Les grands
favoris du march sont les gammes Palm Pilot et Pocket PC.

La socit Palm lance en mars 1996 le Palm Pilot, premier PDA du
march, et vend 23 millions de machines entre 1996 et 2002. Le systme
d'exploitation du Palm Pilot est le Palm OS et son logiciel de lecture
le Palm Reader. En mars 2001, la gamme Palm Pilot propose plusieurs
modles qui permettent de lire des livres numriques sur le Palm
Reader, le logiciel de lecture de Palm, et le Mobipocket Reader, le
logiciel de lecture de Mobipocket.

Microsoft lance en avril 2000 son propre PDA, le Pocket PC, qui utilise
le systme d'exploitation Windows CE et qui intgre le Microsoft
Reader, logiciel de lecture lanc  la mme date. En octobre 2001,
Windows CE est remplac par Pocket PC 2002, qui permet entre autres de
lire des livres numriques sous droits. Ces livres sont protgs par un
systme de gestion des droits numriques, le Microsoft DAS Server (DAS:
digital asset server). En 2002, la gamme de PDA Pocket PC permet la
lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien sr, le
Mobipocket Reader et le Palm Reader.

# D'autres gammes

Le march des PDA poursuit sa croissance. D'aprs The Seybold Report,
on compte 17 millions de PDA dans le monde en avril 2001 (pour
seulement 100.000 tablettes de lecture). 13,2 millions de PDA sont
vendus en 2001, et 12,1 millions en 2002. En 2002, la gamme Palm Pilot
est toujours le leader du march (avec 36,8% des machines vendues),
suivi par la gamme Pocket PC de Microsoft et les modles de Hewlett-
Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio. Les systmes
d'exploitation utiliss sont essentiellement le Palm OS (pour 55% des
machines) et le Pocket PC (pour 25,7% des machines).

En 2004, on note une plus grande diversit des modles et une baisse
des prix chez tous les fabricants. Les trois principaux fabricants sont
Palm, Sony et Hewlett-Packard. Suivent Handspring, Toshiba, Casio et
d'autres. Mais le PDA est de plus en plus concurrenc par le
smartphone, qui est un tlphone portable doubl d'un PDA, et les
ventes commencent  baisser. En fvrier 2005, Sony dcide de se retirer
compltement du march des PDA.


= Smartphones

Le premier smartphone est le Nokia 9210, modle prcurseur lanc en
2001 par la socit finlandaise Nokia, grand fabricant mondial de
tlphones portables. Apparaissent ensuite le Nokia Series 60, le Sony
Ericsson P800, puis les modles de Motorola et de Siemens. Ces
diffrents modles permettent de lire des livres numriques sur le
Mobipocket Reader.

Appel aussi tlphone multimdia, tlphone multifonctions ou encore
tlphone intelligent, le smartphone dispose d'un cran couleur, du son
polyphonique et de la fonction appareil photo, qui viennent s'ajouter
aux fonctions habituelles de l'assistant personnel: agenda, dictaphone,
lecteur de livres numriques, lecteur de musique, etc.

Les smartphones reprsentent 3,7% des ventes de tlphones portables en
2004 et 9% des ventes en 2006,  savoir 90 millions de smartphones pour
un milliard de tlphones portables.

Si les livres numriques ont une longue vie devant eux, les appareils
de lecture risquent de muer rgulirement. Denis Zwirn, prsident de
Numilog, grande librairie numrique francophone, explique en fvrier
2003: L'quipement des individus et des entreprises en matriel
pouvant tre utilis pour la lecture numrique dans une situation de
mobilit va continuer de progresser trs fortement dans les dix
prochaines annes sous la forme de machines de plus en plus
performantes (en terme d'affichage, de mmoire, de fonctionnalits, de
lgret...) et de moins en moins chres. Cela prend ds aujourd'hui la
forme de PDA (Pocket PC et Palm Pilot), de tablettes PC et de
smartphones, ou de smart displays (crans tactiles sans fil). Trois
tendances devraient tre observes: la convergence des usages
(tlphone/PDA), la diversification des types et tailles d'appareils
(de la montre-PDA-tlphone  la tablette PC waterproof), la
dmocratisation de l'accs aux machines mobiles (des PDA pour enfants 
15 euros). Si les diteurs et les libraires numriques savent en saisir
l'opportunit, cette volution reprsente un environnement
technologique et culturel au sein duquel les livres numriques, sous
des formes varies, peuvent devenir un mode naturel d'accs  la
lecture pour toute une gnration.

 la mme date, on se demande si les tablettes ddies pourront
vraiment russir  s'imposer face aux smartphones multifonctions.  On
se demande aussi s'il existe une clientle spcifique pour les deux
types de machines, la lecture sur tlphone portable et smartphone
tant destine au grand public, et la lecture sur tablette tant
rserve aux gros consommateurs de documents que sont les lycens, les
tudiants, les professeurs, les chercheurs ou les juristes. Le dbat
n'est pas prt d'tre clos en 2010, mme si on ne parle plus de publics
diffrents pour l'une et l'autre machine.


= Tablettes de lecture

# Premiers pas

Ds 1999, on voit apparatre des tablettes ddies de la taille d'un
(gros) livre, souvent appeles ebooks, livres lectroniques, tablettes
de lecture ou mme liseuses. Ces premiers appareils suscitent un
engouement certain, mme si peu de gens vont jusqu' les acheter, vu
leur prix prohibitif (plusieurs centaines de dollars) et un choix de
livres restreint. Le catalogue de livres numriques est en effet encore
ridicule par rapport  la production imprime.

Les premires tablettes de lecture sont conues et dveloppes dans la
Silicon Valley, en Californie. Elles disposent d'un cran  cristaux
liquides (cran LCD) rtro-clair ou non, noir et blanc ou en couleur.
Elles fonctionnent sur batterie et disposent d'un modem intgr et d'un
port USB, pour connexion  l'internet et tlchargement des livres 
partir de librairies numriques.

Le modle le plus connu, le Rocket eBook, est dvelopp en 1998 et
commercialis en 1999 par la socit NuvoMedia, finance par la chane
de librairies Barnes & Noble et le gant des mdias Bertelsmann. Un
deuxime modle, le SoftBook Reader, est dvelopp par la socit
SoftBook Press, finance par les deux grandes maisons d'dition Random
House et Simon & Schuster. Plusieurs autres modles ont une dure de
vie assez courte, par exemple l'EveryBook, appareil  double cran cr
par la socit du mme nom, ou encore le Millennium eBook, cr par la
socit Librius.com. A cette poque, qui n'est pas si lointaine, toutes
ces tablettes lectroniques psent entre 700 grammes et 2 kilos et
peuvent stocker une dizaine de livres.

# Le Gemstar eBook

Prsent en octobre 2000  New York, le Gemstar eBook se dcline en
deux modles, qui sont les successeurs du Rocket eBook (conu par
NuvoMedia) et du SoftBook Reader (conu par SoftBook Press), suite au
rachat de NuvoMedia et de SoftBook Press en janvier 2000 par Gemstar-TV
Guide International, une grande socit spcialise dans les produits
et services numriques pour les mdias.

Commercialiss en novembre 2000 aux tats-Unis, ces deux modles - le
REB 1100 (cran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB
1200 (cran couleur, successeur du SoftBook Reader) - sont construits
et vendus sous le label RCA, appartenant  Thomson Multimedia. Le
systme d'exploitation, le navigateur et le logiciel de lecture sont
spcifiques  l'appareil, tout comme le format de lecture, bas sur le
format OeB (open ebook). Les deux modles sont vendus respectivement
300 et 699 dollars US par la chane de magasins SkyMall.

Les ventes sont trs infrieures aux pronostics. En avril 2002, un
article du New York Times annonce l'arrt de la fabrication de ces
appareils par RCA. En automne 2002, leurs successeurs - le GEB 1150 et
le GEB 2150 - sont produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall
 un prix beaucoup plus comptitif, avec ou sans abonnement annuel ou
bisannuel  la librairie numrique Gemstar eBook. Le GEB 1150 cote 199
dollars sans abonnement, et 99 dollars avec abonnement annuel (factur
20 dollars par mois). Le GEB 2150 cote 349 dollars sans abonnement, et
199 dollars avec abonnement bisannuel (lui aussi factur 20 dollars par
mois).

Mais les ventes restent peu concluantes - faute d'un march mr pour ce
genre d'appareil - et Gemstar dcide de mettre fin  ses activits
eBook. La socit cesse la vente de ses tablettes de lecture en juin
2003 et la vente de ses livres numriques le mois suivant.

# Le Cybook

Premire tablette de lecture europenne, le Cybook (21 x 16 cm, 1 kilo)
est conu et dvelopp par la socit franaise Cytale, et
commercialis en janvier 2001. Sa mmoire - 32 Mo de mmoire SDRAM et
16 Mo de mmoire flash - permet de stocker 15.000 pages de texte, soit
30 livres de 500 pages.

J'ai crois il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet
extraordinaire, le livre lectronique, crit en dcembre 2000 Olivier
Pujol, PDG de Cytale. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur
impnitent de ce nouveau mode d'accs  l'crit,  la lecture, et au
bonheur de lire. La lecture numrique se dveloppe enfin, grce  cet
objet merveilleux: bibliothque, librairie nomade, livre "adaptable",
et aussi moyen d'accs  tous les sites littraires (ou non), et 
toutes les nouvelles formes de la littrature, car c'est galement une
fentre sur le web.

Mais les ventes sont trs infrieures aux pronostics - le march
n'tant pas mr pour ce genre d'appareil - et forcent la socit  se
dclarer en cessation de paiement. Cytale est mis en liquidation
judiciaire en juillet 2002 et cesse ses activits  la mme date.

La commercialisation du Cybook est reprise quelques mois plus tard par
la socit Bookeen, cre en 2003  l'initiative de Michael Dahan et
Laurent Picard, deux ingnieurs de Cytale. En juillet 2007, Bookeen
dvoile une nouvelle version de sa tablette, baptise Cybook Gen3, avec
un cran utilisant pour la premire fois la technologie E Ink.

# Les modles de Sony

En avril 2004, Sony lance au Japon son premier reader, le Libri
1000-EP, produit en partenariat avec les socits Philips et E Ink.
Cette tablette est la premire du march  utiliser la technologie
d'affichage dveloppe par la socit E Ink et dnomme encre
lectronique.

L'appareil pse 300 grammes (avec piles et protection d'cran) pour une
taille de 12,6 x 19 x 1,3 centimtres. Sa mmoire est de 10 Mo - avec
possibilit d'extension - et sa capacit de stockage de 500 livres. Son
cran de 6 pouces a une dfinition de 170 DPI et une rsolution de 800
x 600 pixels. Un port USB permet le tlchargement des livres  partir
de son ordinateur. L'appareil comprend aussi un clavier, une fonction
enregistrement et une synthse vocale. Il fonctionne avec quatre piles
alcalines, qui permettraient la consultation de 10.000 pages. Son prix
est de 375 dollars US.

Le Libri cde ensuite la place au Sony Reader, lanc en septembre 2006
aux tats-Unis au prix de 350 dollars, avec six modles sortis depuis
avec succs.

# Le Kindle

Amazon.com lance en novembre 2007 sa propre tablette de lecture, le
Kindle, qui a le format d'un livre (19 x 13 x 1,8 cm), un poids de 289
grammes, un cran noir et blanc (6 pouces, 800 x 600 pixels), un
clavier, une mmoire de 256 Mo (extensible par carte SD), un port USB
et une connexion sans fil (WiFi). Vendu 400 dollars US (273 euros), le
Kindle peut contenir jusqu' 200 livres parmi les 80.000 disponibles
dans le catalogue d'Amazon. 538.000 tablettes sont vendues en 2008.

En fvrier 2009, Amazon lance une nouvelle version du Kindle, le Kindle
2, au prix de 359 dollars (prix qui baisse sensiblement dans les mois
qui suivent), avec un catalogue de 230.000 titres. En mai de la mme
anne, Amazon lance le Kindle DX avec un cran plus grand, pour un prix
de 489 dollars.


= Perspectives

La comptition risque d'tre rude sur un march trs prometteur. Reste
 voir quels modles seront retenus par l'usager parce que solides,
lgers, conomiques et procurant un vritable confort de lecture,
sans oublier l'aspect esthtique et les possibilits de lecture en 3 D.
Petit ou grand cran? Smartphone ou tablette?

Selon Jean-Paul, webmestre du site hypermdia cotres.net, interview en
janvier 2007, on progresse. Les PDA et autres baladeurs multimdia ont
form le public  manipuler des crans tactiles de dimension
individuelle (par opposition aux bornes publiques de circulation et
autres tirettes--sous). L'hypermdia est maintenant une vidence. Il
ne reste plus qu' laisser se bousculer les ingnieurs et les
marketteurs pour voir sortir un objet rentable, lger, attirant, peu
fragile, occupant au mieux l'espace qui spare les deux mains d'un
terrien assis dans le bus ou sur sa lunette WC: la surface d'une
feuille A4 en format italien, soit  800 x 600 pixels. Bien sr, ce que
montrera cette surface ne sera pas en 2 D mais en 3 D. Comme les GPS
prochaine gnration, ou les crans de vise sur le cockpit d'un A-
Win.

En avril 2010, la socit Apple lance l'iPad, sa tablette numrique
multifonctions, au prix de 499 dollars US, avec un iBookstore de 60.000
livres numriques qui devrait s'toffer rapidement. Aprs l'coute de
livres numriques sur l'iPod puis l'iPhone, deux objets cultes auprs
de toute une gnration, Apple devient lui aussi un acteur de poids
pour le livre numrique.

De plus, on nous parle de papier lectronique pour bientt, avec les
socits E Ink et Plastic Logic en tte de file pour nous proposer des
supports de lecture souples et ultra-fins.



CONCLUSION


[Rsum]
En 2010, offrir un livre numrique devient tendance, et le lire sur
son smartphone ou son Kindle l'est encore plus. Preuve que le monde du
livre a bien chang depuis la panique ayant saisi les diteurs et les
libraires  la fin des annes 1990. Trois termes paraissent essentiels:
stockage, organisation et diffusion. Dans un proche avenir, on devrait
disposer de l'ensemble du patrimoine mondial stock sous forme
numrique, d'une organisation effective de l'information et d'un rseau
internet omniprsent. Confidentiel en 2000, puis parent pauvre des
fichiers musicaux et vido, le livre numrique est dsormais en bonne
place  ct de la musique et des films.

***

Tim Berners-Lee est l'inventeur du web en 1990. A la question de Pierre
Ruetschi, journaliste  la Tribune de Genve, un quotidien suisse:
Sept ans plus tard, tes-vous satisfait de la faon dont le web a
volu?, il rpond en dcembre 1997 que, s'il est heureux de la
richesse et de la varit de l'information disponible, le web n'a pas
encore la puissance prvue dans sa conception d'origine. Il aimerait
que le web soit plus interactif, que les gens puissent crer de
l'information ensemble, et pas seulement consommer celle qui leur est
propose. Le web doit devenir un mdia de collaboration, un monde de
connaissance que nous partageons.

Son souhait commence  se concrtiser sept ans aprs, avec ce qu'on
appelle le web 2.0. La paternit de l'expression web 2.0 revient
d'ailleurs  un diteur, Tim O'Reilly, fondateur des ditions O'Reilly
Media, qui utilise cette expression pour la premire fois en 2004 comme
titre d'une srie de confrences. Le web ne vise plus seulement 
utiliser l'information. Il incite aussi les usagers  changer et
collaborer en ligne, sur des blogs, des wikis, des sites sociaux ou des
encyclopdies coopratives comme Wikipdia et Citizendium.

Un enjeu tout aussi important est l'accessibilit de l'internet pour
tous. Mis en ligne en septembre 2000 par l'association du mme nom, le
site Handicapzro devient en fvrier 2003 un portail gnraliste
offrant un accs adapt  l'information pour les Francophones ayant un
problme visuel,  savoir plus de 10% de la population. Le portail
offre des informations dans nombre de domaines: actualits, programmes
de tlvision, mto, sant, emploi, consommation, loisirs, sports,
tlphonie, etc. Les personnes aveugles peuvent accder au site au
moyen d'une plage braille ou d'une synthse vocale. Les personnes
malvoyantes peuvent paramtrer sur la page d'accueil la taille et la
police des caractres ainsi que la couleur du fond d'cran pour une
navigation confortable. Les personnes voyantes peuvent correspondre en
braille avec des aveugles par le biais du site.

En octobre 2006, le portail adopte une nouvelle prsentation en
enrichissant encore son contenu, en adoptant une navigation plus
intuitive pour la page d'accueil, en proposant des raccourcis de
clavier, en offrant un service amlior pour l'affichage confort de
lecture, etc. Plus de 2 millions de visiteurs utilisent les services
du portail en 2006. Handicapzro entend ainsi dmontrer que, sous
rserve du respect de certaines rgles lmentaires, l'internet peut
devenir enfin un espace de libert pour tous.

Un autre enjeu est l'infrastructure de l'internet. La connexion au
rseau est dsormais plus facile, avec la DSL, le cble ou la fibre
optique, tout comme les technologies WiFi pour un secteur gographique
limit et WiMAX pour un secteur gographique tendu. Jean-Paul,
webmestre du site hypermdia cotres.net, rsume la situation en janvier
2007: J'ai l'impression que nous vivons une priode "flottante", entre
les temps hroques, o il s'agissait d'avancer en attendant que la
technologie nous rattrape, et le futur, o le trs haut dbit va
librer les forces qui commencent  bouger, pour l'instant dans les
seuls jeux.

La prochaine gnration de l'internet serait un rseau pervasif
permettant de se connecter en tout lieu et  tout moment sur tout type
d'appareil  travers un rseau unique et omniprsent. Le concept de
rseau pervasif est dvelopp par Rafi Haladjian, fondateur de la
socit Ozone. Comme expliqu sur le site web de la socit en 2007,
la nouvelle vague touchera notre monde physique, notre environnement
rel, notre vie quotidienne dans tous les instants. Nous n'accderons
plus au rseau, nous l'habiterons. Les composantes futures de ce rseau
(parties filiaires, parties non filiaires, oprateurs) seront
transparentes  l'utilisateur final. Il sera toujours ouvert, assurant
une permanence de la connexion en tout lieu. Il sera galement
agnostique en terme d'application(s), puisque fond sur les protocoles
mmes de l'internet.

Pierre Schweitzer, inventeur du projet @folio, une tablette de lecture
nomade, crit en dcembre 2006: La chance qu'on a tous est de vivre
l, ici et maintenant cette transformation fantastique. Quand je suis
n en 1963, les ordinateurs avaient comme mmoire quelques pages de
caractres  peine. Aujourd'hui, mon baladeur de musique pourrait
contenir des milliards de pages, une vraie bibliothque de quartier.
Demain, par l'effet conjugu de la loi de Moore et de l'omniprsence
des rseaux, l'accs instantan aux oeuvres et aux savoirs sera de mise.
Le support de stockage lui-mme n'aura plus beaucoup d'intrt. Seules
importeront les commodits fonctionnelles d'usage et la potique de ces
objets.

Fondateur du Projet Gutenberg en 1971, Michael Hart prcise souvent
dans ses crits que, si Gutenberg a permis  chacun d'avoir ses propres
livres - jusque-l rservs  une lite -, le Projet Gutenberg permet 
chacun d'avoir une bibliothque complte - jusque-l rserve  la
collectivit -, sur un support qu'on peut glisser dans sa poche, le
support optimal actuel tant la cl USB. Le Projet Gutenberg compte
30.000 livres en octobre 2009, soit la taille d'une bibliothque
publique de quartier, mais cette fois disponible sur le web et
indfiniment reproductible.

Le web est aussi une formidable aventure. Selon les termes mmes de Tim
Berners-Lee, son inventeur, qui rdige en avril 1998 The World Wide
Web: A very short personal history, le rve derrire le web est un
espace d'information commun dans lequel nous communiquons en partageant
l'information. Son universalit est essentielle,  savoir le fait qu'un
lien hypertexte puisse pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de
personnel, de local ou de global, aussi bien une bauche qu'une
ralisation trs sophistique. Deuxime partie de ce rve, le web
deviendrait d'une utilisation tellement courante qu'il serait un miroir
raliste (sinon la principale incarnation) de la manire dont nous
travaillons, jouons et nouons des relations sociales. Une fois que ces
interactions seraient en ligne, nous pourrions utiliser nos ordinateurs
pour nous aider  les analyser, donner un sens  ce que nous faisons,
et voir comment chacun trouve sa place et comment nous pouvons mieux
travailler ensemble.

Quinze ans aprs la cration du web, le magazine Wired constate dans
son numro d'aot 2005 que moins de la moiti du web est commercial,
le reste fonctionne avec la passion. Quant  l'internet, d'aprs le
quotidien Le Monde du 19 aot 2005, ses trois pouvoirs - l'ubiquit,
la varit et l'interactivit - rendent son potentiel d'usages quasi
infini.

Le futur sera-t-il le cyberespace dcrit par le philosophe Timothy
Leary en 1994 dans son livre Chaos et cyberculture? Toute
l'information du monde est  l'intrieur [de gigantesques bases de
donnes, NDLR]. Et grce au cyberespace, tout le monde peut y avoir
accs. Tous les signaux humains contenus jusque-l dans les livres ont
t numriss. Ils sont enregistrs et disponibles dans ces banques de
donnes, sans compter tous les tableaux, tous les films, toutes les
missions de tl, tout, absolument tout.

Nous n'en sommes pas encore l pour les livres. Mais, en mars 2010, 10
millions de livres du domaine public seraient dj librement
disponibles sur le web,  savoir 40% des 25 millions de livres du
domaine public (sans compter les diffrentes ditions).

diteur puis consultant en dition lectronique, Nicolas Pewny voit le
livre numrique du futur comme un "ouvrage total" runissant textes,
sons, images, vido, interactivit: une nouvelle manire de concevoir
et d'crire et de lire, peut-tre sur un livre unique, sans cesse
renouvelable, qui contiendrait tout ce qu'on a lu, unique et multiple
compagnon.

Si nous avons maintenant Gallica et Google Books pour lire des livres,
Wikipdia pour nous documenter et Facebook et Twitter pour communiquer,
un point particulirement intressant semble tre la possibilit -
encore  l'tude - de la traduction simultane du mme livre dans de
nombreuses langues, mme si la traduction automatique reste encore 
amliorer.

Rien ne remplacera une traduction par un traducteur littraire
professionnel, bien sr, mais ce serait un premier pas pour ceux qui
souhaiteraient dcouvrir de nouvelles oeuvres sans en connatre la
langue, avant de recruter ensuite un traducteur littraire
professionnel pour proposer une traduction de qualit. C'est aussi
l'assurance d'un vaste dbat sur les avantages et les limites de la
traduction automatique, un dbat entam dans les annes 1990 et qui
n'est pas prt d'tre clos.

Selon Michael Hart, fondateur du Projet Gutenberg, il existe 250
langues disposant de plus d'un million de locuteurs. Si on slectionne
les cent langues les plus parles dans le monde,  savoir 40% des
langues disposant de plus d'un million de locuteurs, on peut multiplier
les 10 millions de livres disponibles sur l'internet par cent langues,
ce qui reprsenterait un milliard de livres  la disposition de tous.

Pour rsumer ceci, selon les propres termes de Michael en mars 2010:
40% des 25 millions de livres du domaine public . . 10 millions de
livres.
40% des 250 langues ayant plus d'un million de locuteurs. . . 100
langues.
10 millions de livres en 100 langues. . . un milliard de livres.

Sans nul doute, nous continuerons  vivre des annes passionnantes, qui
ne seront pas seulement marques par l'iPad et ses successeurs ou
encore le (vritable) papier lectronique enfin sorti des prouvettes
des chercheurs, mais qui verront aussi une imbrication plus grande des
technologies du livre avec celles des langues, un sujet auquel
l'auteure pense dsormais se consacrer.

Mais, qu'il soit un volume imprim ou un fichier numrique, le livre
est d'abord un ensemble de mots manant d'une personne voulant
communiquer ses penses, ses sentiments ou son savoir  large chelle.
Souvent appel le pre de l'internet parce que co-fondateur en 1974 des
protocoles du rseau, Vinton Cerf aime  rappeler que l'internet relie
moins des ordinateurs que des personnes et des ides. Ce fut le cas
pour ce livre. Merci  tous - professionnels du livre et apparents -
pour leur participation, pour leur temps et pour leur amiti.



CHRONOLOGIE


Cette chronologie ne prtend pas  l'exhaustivit. Subjective, elle
vise seulement  souligner quelques grandes tapes. Chaque ligne dbute
par l'anne ou bien l'anne/mois. Par exemple, 1971/07 signifie juillet
1971.

  1968: Le code ASCII est le premier systme d'encodage informatique.
  1971/07: Le Projet Gutenberg est la premire bibliothque numrique.
  1974: L'internet fait ses dbuts.
  1977: L'UNIMARC est cr en tant que format bibliographique commun.
  1983: L'internet prend son envol.
  1984: Le copyleft est institu pour les logiciels puis pour toute
        oeuvre de cration.
  1984: Psion lance l'agenda lectronique Psion Organiser.
  1986: Franklin lance le premier dictionnaire consultable sur une
        machine de poche.
  1990: Le web fait ses dbuts.
  1991/01: L'Unicode est un systme d'encodage pour toutes les langues.
  1993/01: L'Online Books Page est le premier rpertoire de livres en
           accs libre.
  1993/06: Adobe lance le format PDF et l'Acrobat Reader.
  1993/07: L'E-zine-list recense les zines lectroniques.
  1993/11: Mosaic est le premier logiciel de navigation sur le web.
  1994/02: Le premier site de bibliothque est mis en ligne.
  1994: La NAP met des livres en accs libre sur son site pour booster
        leurs ventes imprimes.
  1995/07: Amazon.com est la premire grande librairie en ligne.
  1995: La grande presse se met en ligne.
  1996/03: Le Palm Pilot est le premier assistant personnel (PDA).
  1996/04: L'Internet Archive est cre pour archiver le web.
  1996/07: CyLibris est le pionnier francophone de l'dition
           lectronique.
  1996/10: Le projet @folio travaille  un baladeur de textes ouvert.
  1996: On se penche sur de nouvelles mthodes d'enseignement.
  1997: L'dition lectronique commence  se gnraliser.
  1997/01: La convergence multimdia est le sujet d'un colloque.
  1997/04: E Ink dveloppe une technologie d'encre lectronique.
  1997/10: La Bibliothque nationale de France lance son secteur
           numrique Gallica.
  1997/12: AltaVista lance son logiciel de traduction automatique Babel
           Fish.
  1998/05: Les ditions 00h00 vendent  des livres numriques.
  1999: Des bibliothcaires deviennent cyberthcaires.
  1999: Certains auteurs se mettent au numrique.
  1999: WordReference.com propose des dictionnaires bilingues gratuits.
  1999: Le Rocket eBook est la premire tablette de lecture.
  1999/09: Le format Open eBook (OeB) est un standard de livre
           numrique.
  1999/12: WebEncyclo est la premire grande encyclopdie francophone
           en ligne.
  1999/12: Britannica.com est la premire grande encyclopdie
           anglophone en ligne.
  2000/01: Le Million Book Project veut proposer un million de livres
           sur le web.
  2000/03: Mobipocket se consacre aux livres numriques pour assistant
           personnel.
  2000/04: Microsoft lance son assistant personnel Pocket PC.
  2000/07: La moiti des usagers de l'internet est non anglophone.
  2000/07: Stephen King auto-publie un roman en ligne.
  2000/08: Microsoft lance le format LIT et le Microsoft Reader.
  2000/09: Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est bilingue
           franais-anglais.
  2000/09: La librairie Numilog se consacre aux livres numriques.
  2000/09: Le portail Handicapzro dmontre que l'internet est pour
           tous.
  2000/10: Distributed Proofreaders numrise les livres du domaine
           public.
  2000/10: La Public Library of Science envisage des revues
           scientifiques en ligne gratuites.
  2000/10: Franklin lance l'eBookMan, un assistant personnel
           multimdia.
  2000/10: Gemstar lance ses tablettes de lecture Gemstar eBook.
  2000/11: La version numrise de la Bible de Gutenberg est
           disponible.
  2001/01: Wikipdia est la premire grande encyclopdie collaborative
           gratuite.
  2001/01: Le Cybook est la premire tablette de lecture europenne.
  2001: La licence Creative Commons rnove le droit d'auteur en
           l'adaptant au web.
  2001: Le Nokia 9210 est le premier smartphone.
  2003/09: Les cours du MIT OpenCourseWare sont  la disposition de
           tous.
  2004/01: Le Projet Gutenberg Europe est multilingue.
  2004/10: Google lance Google Print pour le rebaptiser ensuite Google
           Books.
  2005/04: Amazon.com rachte la socit Mobipocket.
  2005/10: L'Open Content Alliance lance une bibliothque numrique
           plantaire et publique.
  2006/08: Le catalogue collectif mondial WorldCat devient gratuit sur
           le web.
  2006/10: Microsoft lance Live Search Books mais l'abandonne ensuite.
  2006/10: Sony lance sa tablette de lecture Sony Reader.
  2007/03: Citizendium est une encyclopdie en ligne collaborative
           fiable.
  2007/03: IATE est la base terminologique multilingue europenne.
  2007/05: L'Encyclopedia of Life compte rpertorier toutes les espces
           vgtales et animales.
  2007/11: Amazon.com lance sa tablette de lecture Kindle.
  2008/05: Numilog devient une filiale d'Hachette Livre.
  2008/10: Google Books propose un accord aux associations d'auteurs et
           d'diteurs.
  2008/11: Europeana est la bibliothque numrique europenne.
  2010/04: Apple lance l'iPad, sa propre tablette.



REMERCIEMENTS


Ce livre doit beaucoup  toutes les personnes ayant accept de rpondre
 mes questions au fil des ans. Certains entretiens sont disponibles en
ligne sur le NEF (Net des tudes franaises), Universit de Toronto
<http://www.etudes-francaises.net/entretiens/>. D'autres entretiens ont
t directement inclus dans ce livre ou alors ils ont inspir des ides
dveloppes dans ces pages.

Merci  Nicolas Ancion, Alex Andrachmes, Guy Antoine, Silvaine Arabo,
Arlette Attali, Marc Autret, Isabelle Aveline, Jean-Pierre Balpe,
Emmanuel Barthe, Robert Beard, Michael Behrens, Michel Benot, Guy
Bertrand, Olivier Bogros, Christian Boitet, Bernard Boudic, Bakayoko
Bourahima, Marie-Aude Bourson, Lucie de Boutiny, Anne-Ccile
Brandenbourger, Alain Bron, Patrice Cailleaud, Tyler Chambers, Pascal
Chartier, Richard Chotin, Alain Clavet, Jean-Pierre Cloutier, Jacques
Coubard, Luc Dall'Armellina, Kushal Dave, Cynthia Delisle, milie
Devriendt, Bruno Didier, Catherine Domain, Helen Dry, Bill Dunlap,
Pierre-Nol Favennec, Grard Fourestier, Pierre Franois Gagnon,
Olivier Gainon, Jacques Gauchey, Raymond Godefroy, Muriel Goiran,
Marcel Grangier, Barbara Grimes, Michael Hart, Roberto Hernndez
Montoya, Randy Hobler, Eduard Hovy, Christiane Jadelot, Grard Jean-
Franois, Jean-Paul, Anne-Bndicte Joly, Brian King, Geoffrey
Kingscott, Steven Krauwer, Galle Lacaze, Michel Landaret, Hlne
Larroche, Pierre Le Loarer, Claire Le Parco, Annie Le Saux, Fabrice
Lhomme, Philippe Loubire, Pierre Magnenat, Xavier Malbreil, Alain
Marchiset, Maria Victoria Marinetti, Michael Martin, Tim McKenna,
Emmanuel Mnard, Yoshi Mikami, Jacky Minier, Jean-Philippe Mouton, John
Mark Ockerbloom, Caoimhn  Donnale, Jacques Pataillot, Alain Patez,
Nicolas Pewny, Marie-Joseph Pierre, Herv Ponsot, Olivier Pujol, Anissa
Rachef, Peter Raggett, Patrick Rebollar, Philippe Renaut, Jean-Baptiste
Rey, Philippe Rivire, Blaise Rosnay, Bruno de Sa Moreira, Pierre
Schweitzer, Henk Slettenhaar, Murray Suid, June Thompson, Zina Tucsnak,
Franois Vadrot, Christian Vandendorpe, Robert Ware, Russon Wooldridge
et Denis Zwirn.


Copyright  2010 Marie Lebert. Tous droits rservs.







End of the Project Gutenberg EBook of Le livre, de l'imprim au numrique, by 
Marie Lebert

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE LIVRE, DE L'IMPRIME AU NUMERIQUE ***

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- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS,' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

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warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
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