The Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de Bertrand de
Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Second, by Bertrand de Salignac de la Mothe Fnlon

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Title: Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Second
       Ambassadeur de France en Angleterre de 1568  1575

Author: Bertrand de Salignac de la Mothe Fnlon

Release Date: November 12, 2011 [EBook #37987]

Language: French

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*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDENCE DIPLOMATIQUE, TOME SECOND ***




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    CORRESPONDANCE
    DIPLOMATIQUE

    DE
    BERTRAND DE SALIGNAC
    DE LA MOTHE FNLON,

    AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
    DE 1568 A 1575,

    PUBLIE POUR LA PREMIRE FOIS
    Sur les manuscrits conservs aux Archives du Royaume.

    TOME DEUXIME
    ANNE 1569.

    PARIS ET LONDRES.
    1838.


    RECUEIL
    DES
    DPCHES, RAPPORTS,
    INSTRUCTIONS ET MMOIRES

    Des Ambassadeurs de France
    _EN ANGLETERRE ET EN COSSE_
    PENDANT LE XVIe SICLE

    Conservs aux Archives du Royaume,
    A la Bibliothque du Roi,
    etc., etc.

    ET PUBLIS POUR LA PREMIRE FOIS
    _Sous la Direction_
    DE M. CHARLES PURTON COOPER.

    PARIS ET LONDRES.
    1838.




    DPCHES, RAPPORTS,

    INSTRUCTIONS ET MMOIRES

    DES AMBASSADEURS DE FRANCE

    EN ANGLETERRE ET EN COSSE

    PENDANT LE XVIe SICLE.


    LA MOTHE FNLON.


    Paris.--Imprimerie PANCKOUCKE, rue des Poitevins, 14.


    AU TRS-NOBLE
    HENRI PETTY FITZMAURICE

    MARQUIS DE LANSDOWNE

    LORD PRSIDENT DU CONSEIL
    DE SA MAJEST
    LA REINE DE LA GRANDE-BRETAGNE.


    CE VOLUME LUI EST DDI

    AVEC L'AGRMENT DE SA SEIGNEURIE

    PAR
    SON TRS-HUMBLE, TRS-OBISSANT ET TRS-DVOU
    SERVITEUR

    CHARLES PURTON COOPER.




DPCHES

DE

LA MOTHE FNLON.




XXXIXe DPESCHE

--du IIIe de juing 1569.--

(_Envoye par Jehan de Bouloigne._)

  Plainte faite par l'ambassadeur  lisabeth contre la saisie de
    ses dpches, et la conduite des dputs envoys par elle en
    Allemagne.--Il demande formellement, au nom du roi de France,
    qu'elle porte secours  la reine d'cosse et lui fasse rendre
    sa couronne.--Explications donnes par lisabeth, au sujet des
    reproches qui lui sont adresss.--Promesses qu'elle fait de
    continuer avec la France les relations les plus
    amicales.--Nouvelle de la mort de M. d'Andellot.--Rumeur cause
     Londres par des accusations d'empoisonnement sur M.
    d'Andellot, et de tentatives d'empoisonnement sur l'amiral de
    Coligny, M. de La Rochefoucault et de Montgommery.--Effet
    produit par la nouvelle, encore incertaine, que le duc de
    Deux-Ponts a pass la Loire.


    AU ROY.

Sire, j'ay est, durant ces festes de Pentecoste, devers la Royne
d'Angleterre  Grenuich, pour trois principales occasions; l'une, pour
luy compter l'estat de voz affres, ainsy que, par voz lettres du
XIIIIe du pass, il vous a pleu me le commander; l'aultre, pour luy
remonstrer aulcuns mauvais dportemens de ses ministres en Allemaigne;
et la troisiesme, pour le faict de la Royne d'Escoce. Je luy ay
commanc mon propos par me plaindre grandement  elle de
l'interception et divertissement, que le maistre de la poste de
Canturbery a oz fre, d'ung vostre paquet et d'ung paquet de Mr. de
Gordan, des mains du postillon qui me les aportoit, luy remonstrant
qu'il les avoit transportez en lieu, o l'on me les avoit retenuz deux
jours, et puys m'avoient est renduz par ung des gens de son principal
secrtaire, Me. Cecille, en si mauvais estat qu'encor qu'ilz
apareussent aulcunement cloz, ilz ne monstroient toutes foys qu'on
leur eust gard le respect deu aulx lettres et cachet d'ung si grand
prince; ce qui me faisoit croyre que l'indignit n'estoit procde
d'une telle princesse comme elle, ny de son commandement, ains de la
malicieuse curiosit et extrme passion de ceulx qui, en plusieurs
aultres mauvaises sortes, avoient, ceste anne, miz souvent la dicte
Dame en hazard de perdre le bien de la paix et amyti de Vostre
Majest et celle de vostre royaulme: dont la suplioys humblement
qu'elle m'en vollt fre avoir rayson.

A quoy elle, monstrant n'estre aulcunement contante, m'a respondu que,
 la vrit, c'estoit chose qui n'estoit advenue de son sceu, et bien
fort  son regrect, mais que Milaris Coban venoit de luy bailler des
lettres de son mary, qui est gouverneur du quartier, o cella a est
faict, par lesquelles il luy donnoit compte du tout, et comme le
postillon estoit un homme nouveau, lequel venant, sans passeport, en
la compaignye d'aulcuns Angloys qui estoient passez en mesmes temps de
Flandres pour servyr d'espyes, s'estoit avec eulx randu si suspect,
qu'on les avoit toutz foillez et visitez ensemble; dont me prioyt
d'excuser, pour ceste foys, la dtention de mon dict paquet, et
qu'elle ne lairoit pourtant de me fre avoir rparation du tort qu'on
m'y pourroit avoir faict.

Je luy ay rpliqu que les paquetz de Vostre Majest avoient
accoustum de servir de passeport et de seuret  ceulx qui les
pourtoient, dont ne restoit aulcune bonne excuse pour ceulx qui
m'avoient si fort offanc, lesquelz, continuans ainsy de plus en plus
se porter toutjour fort mal envers Vostre Majest, seroient en fin
cause de vous fre monter au cueur ung juste desir de rescentiment, et
que leur entreprinse avoit est bien fort vayne en cest endroict, car
je ne leur eusse que trop volontiers communiqu ceste dpesche, 
laquelle je m'asseuroys qu'ilz n'eussent prins le playsir, que
j'esproys que la dicte Dame auroit, d'y veoir les affres de Vostre
Majest en trs bonne disposition, la priant d'avoir agrable d'en
ouyr le rcit.

Et ayant la lettre en la main, je luy leuz incontinent toute cette
partie qui concernoit le bon estat de voz dictes affres, et la
calompnye et menterye de ceulx qui en parloient aultrement, et
l'asseurance de vostre amyti envers la dicte Dame avec la
correspondance que vous desiriez d'elle: laquelle monstra avoir le
tout fort agrable, et fut une chose qui vint bien  propos pour
aulcunes matires, qui estoient lors en termes en ceste court;
lesquelles se menoient diversement sellon la diversit des novelles,
que les ungs et les aultres reprsentoient de la guerre de France; 
l'occasion de quoy elle s'arresta davantaige sur le discours de la
dicte lettre et m'y fyt plusieurs demandes, ausquelles je miz peyne de
satisfre: puys luy diz que, de tant que vous ne vouliez garder
aulcune malle impression ny rserver rien sur vostre cueur contre
elle, vous la priez de vous esclaircyr d'une chose qu'on vous avoit
mande d'Allemaigne, c'est que ses agentz par dell faisoient de si
mauvaiz offices et si contraires  vostre service que, quant elle vous
auroit dclair la guerre, ilz ne se monstreroient plus ouvertement
voz ennemys qu'ilz faisoient, provoquans et incitans les princes
protestans d'Allemaigne de fre et continuer la guerre en vostre
royaulme, et employent le nom et le crdict d'elle, pour leur trouver
des deniers; et, que mesmes l'on vous avoit mand que Quillegrey, et
ung aultre des siens, qui se tient  Francfort, estoient sur le point
de leur faire fornyr quatre vingtz ou cent mille tallartz, avec
promesse de plus grand somme, quant la flotte de Londres seroit
arrive en Hembourg: ce que vous ne vouliez ny pouviez croyre que
procedt aulcunement d'elle, estant chose qui rpugnoit grandement 
la paix, et aulx promesses, et sremens, que vous avez jur, de
procurer le bien et vitter le mal loyaulment l'ung de l'aultre, et
trop contraire  l'honneur de la parolle qu'encores freschement elle
vous avoit donne de la continuation de son amyti, mais que
c'estoient aulcuns mal affectionnez, transportez de passion, qui
abusoient ainsy de son authorit, et ne se soucyoient d'allumer, par
ce feu couvert qui estoit plus cuysant que si la flamme en paroissoit,
une guerre entre vous, pourveu qu'ilz vinsent  boult de leurs
intentions, ce que vous la priez trs instantment de fre cesser.

Et luy tins ce propoz, Sire, tant par ce que j'avois des adviz
conformes  cella que pour ayder de divertyr une leve de deniers
qu'on estoit aprs  fre icy;  laquelle je savoys qu'aulcuns
seigneurs de ce royaulme contradisoient.

De quoy la dicte Dame, voulant donner satisfaction  Vostre Majest,
m'a dict que,  la vrit, elle avoit deux agentz en Allemaigne, l'ung
nomm Du Mont, homme vieulx, catholique, ancien serviteur du feu Roy
son pre, qui se tenoit en une sienne mayson prez de Francfort, et
l'aultre Quillegrey, gentilhomme anglois, bien affectionn  son
service, par lesquelz deux elle entretenoit l'amyti des princes
allemans, lesquelz se monstroient trs affectionnez de la continuer
envers elle, tout ainsi qu'ilz l'avoient toutjour heue ferme et
constante envers le dict feu Roy son pre, mesmes qu'elle pouvoit
compter le duc Auguste, le lansgrave de Esse, les palgraves et aultres
principaulx princes de dell, pour ses fort inthimes amys, et me
vouloit bien dire qu'elle, avec eulx, avoient ensemblement pourveu 
leurs affres contre ceulx qui vouloient exterminer leur religion;
mais qu'au reste, ses agens n'avoient eu jamais charge de fre ny
procurer rien en particullier contre Vostre Majest, et m'asseuroit
qu'il n'y avoit est aulcunement forny argent, au moins par nul moyen
qui procdt d'elle, sans lequel je pouvois croyre que ses gens
n'estoient pour trouver guyres grandz sommes, et qu'elle vous
remercyoit grandement de l'honnorable jugement que vous feziez de son
intention, en ce que, quant le dict adviz seroit vritable, vous l'en
vouliez tenir descharge; ce qu'elle vous prioit de croyre, qu'encor
qu'on luy reprsentt plusieurs occasions, qu'elle n'estoit pour en
prendre jamais pas une de ceste sorte  couvert contre vous; ains
envoyeroit ouvertement la vous notiffier: mais que vous la trouverez
fre profession sinon de prudence, au moings d'intgrit, en tout ce
qu'elle vous avoit promiz; adjouxtant plusieurs aultres propos asss
longs, lesquelz il est bien besoing que Voz Majestez sachent, mais je
rserve les vous fre entendre par homme exprs.

Et m'a est dict que ceste mienne remonstrance a eu desj quelque
effect, mais je mtray peyne de le savoir mieulx pour vous en
asseurer par mes premires. Et pour la fin, je l'ay remercye au nom
de Voz Majestez, de la bonne et vertueuse dellibration qu'elle
monstre prendre meintennant ez affres de la Royne d'Escoce pour la
remettre en son estat, ainsy que Mr. l'vesque de Ross me l'a
particullirement racompt, la supliant d'y pourvoir si bien, et si 
temps, que le retardement n'y puysse plus engendrer de difficult, et
qu'elle se veuille acqurir seule l'honneur de la plus honnorable
entreprinse qui soit escheue, de nostre temps, en main de nul prince
chrestien, sans excepter celle de l'empereur Charles Ve en la
restitution qu'il fit du Roy de Tunes[1], car ce fut pour ung pays
mahumtan, en hayne de Barberousse, qui infestoit l'Espaigne, l o
ceste cy est une lgitime et hrditaire princesse, sa parante, qui ne
luy a faict jamais desplaysir, et est venue, en la confiance de sa
parolle, recourir  elle, luy requrant, en bonne sorte et avec
beaulcoup d'humillit, son promiz secours; oultre que par ce moyen,
plus que par nul aultre qui se puysse jamais offrir, elle satisfera
grandement  toutz les princes de la terre, mesmement  Voz Majestez
Trs Chrestiennes, qui luy en aurez obligation; luy voulant bien dire,
de la part d'icelles, que, sans l'attante de son dict secours, vous
vous fussiez desj efforcez, quelz affres que vous ayez sur les bras,
de pourveoir  ceulx de la dicte Dame, sellon que vous y estiez, par
les trettez et par ung honneste debvoir, obligez; qui ne vouliez, en
faon du monde, laysser ung si mauvaiz exemple de vous  voz alliez et
confdrez, que vous fussiez veuz habandonner la cause de ceste
princesse, laquelle tenoit le lieu de la principalle et plus ancienne
alliance de vostre coronne.

  [1] Muley Hascen, roi de Tunis, ayant t chass de ses tats en
  1534, par Khar Eddyn Barberousse II, roi d'Alger, implora la
  protection de l'empereur, qui le rtablit dans son royaume au
  mois de juillet 1535.

A quoy la dicte Dame m'a respondu, et semble que ce a est de bonne
affection, qu'encor qu'elle ayt  considrer l'obligation qu'elle a 
la justice du murtre du feu Roy d'Escoce, qui estoit son subject, et 
la cession que la dicte Dame a faicte du tiltre qu'elle prtandoit de
ce royaulme  Monsieur, frre de Vostre Majest, et  d'aultres
diffrendz, qu'elles ont  dmesler ensemble touchant leurs deux
royaulmes, qu'elle, nantmoins, pourvoirra si bien  son affre qu'on
cognoistra qu'elle luy porte plus d'amyti et de bienveuillance
qu'elle ne s'est ayme elle mesmes.

Lequel propos s'est estendu en responses et rpliques, touchant la
justice sur les princes souverains, comme elle est rserve  Dieu
seul; et touchant la cession du tiltre d'Angleterre, comme c'est ung
malicieulx artiffice pour irriter la dicte Dame contre la France et
contre ceste pouvre princesse, lequel se trouvera manifestement faulx;
et en aultres discours, qui excderoient par trop la mesure d'une
lettre, de les adjouxter icy; par quoy les remettray  une aultre
foys, et prieray atant le Crateur aprs avoir trs humblement bays
les mains de Vostre Majest qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte
sant, trs heureuse et trs longue vie, et toute la grandeur et
prosprit que vous desire.

    De Londres ce IIIe de juing 1569.


A LA ROYNE.

Madame, il vous plairra veoir, en la lettre du Roy, le compte, que je
donne  Voz Majestez, de certains propoz que j'ay naguires tenuz  la
Royne d'Angleterre et des responces qu'elle m'y a faictes, parmy
lesquelles j'ay recuilly de ses discours aulcunes aultres
particularitez, que je rserve vous fre entendre par le premier des
miens que je vous dpescheray; et vous diray davantaige, Madame, que
j'ay adviz qu'on a, secrtement et en grand dilligence, dpesch le
Sr. Gilles Grays, avec ung brigantin  rames, devers Me. Oynter, pour
luy dire qu'aussitost qu'il aura conduict la flotte en Hembourg, il
ayt  la laysser l, et qu'avec les grandz navyres, hommes et tout son
aultre quipaige de guerre, il fasse incontinent voyle vers les
quartiers d'Escoce; mais je n'ay encores descouvert pour quelle
occasion, seulement je prsume que c'est pour s'opposer 
l'entreprinse qu'on leur a persuade du capitaine St. Martin, de
laquelle je vous ay naguires faict mencion, ou bien pour remdier
aulx affres d'Irlande. Je travailleray d'en savoir la certitude.

L'on a vollu, ici, calompnier la nouvelle de la mort de Mr. Dandellot,
affirmans y avoir lettre, du VIIe de ce moys, de la Rochelle, qui
monstroit le contraire; mais j'entendz que, devant hyer, il vint
lettres  ceste Royne de son ambassadeur, Mr. Norrys, par lesquelles
il luy en confirme la mort, et luy mande davantaige qu'il y a gens en
vostre court, qui poursuyvent leur reccompence pour avoir empoysonn
Mr. l'Admyral, Dandellot, de La Rochefoucault et de Montgommery,
jouxte la certitude, qui aparoit desj, de ce qui est advenu du dict
Sr. Dandellot, lequel ayant est ouvert s'est trouv empoysonn, et
que, sur leur vye, il s'ensuyvra bientost la semblable espreuve des
aultres; et que le duc de Deux Pontz a pass la rivire de Loyre  la
Charit, dellibrant s'acheminer, par Dun le Roy et Bourges, droict 
l'excution de son entreprinse sellon sa premire intention, et que
Voz Majestez estiez  Orlans pour assembler vostre camp. Lesquelles
nouvelles ont diversement esmeu ceste court; dont je prendray garde si
elles y produyront rien de nouveau.

Au surplus, la pratique d'accord que je vous ay mande, qu'on
commanoit avec l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, se continue
toutjour, mais asss froidement, et la met on en termes, par des
personnes qui s'en meslent, sans fre semblant d'y estre employez;
mais il y aparoit une telle jalouzie et comptance des entremetteurs,
que je ne voy que cella preigne encores ung si droict chemyn qu'il
s'en puysse esprer, de long temps, la conclusion. Une chose,  la
vrit, y concourt des deux costez, c'est ung desir d'accorder et
vitter la guerre, et n'y a que la formalit et le poinct de la
rputation, et quelque partie de la restitution qui y met le
retardement. Je bayse trs humblement les mains de Vostre Majest, et
prie Dieu qu'il vous doinct, Madame, en parfaite sant, trs longue
vie et toute la prosprit que vous dsire.

    De Londres ce IIIe de juing 1569.




XLe DPESCHE

--du Xe de juing 1569.--

(_Envoye par Jehan Valet jusques  Calais._)

  Prise de la Charit et passage de la Loire par le duc de
    Deux-Ponts.--Intelligence des Anglais avec ce prince.--Dsir
    qu'ils ont de profiter des succs remports par les Allemands
    en France, pour tenter de recouvrer Calais.--Nouveaux
    prparatifs de guerre.--Assurance est donne  l'ambassadeur
    qu'ils ne sont pas dirigs contre la France.--Crainte que la
    flotte de la Rochelle, dont le retour n'est point annonc, ait
    t retenue pour le service des protestants.--Mise en libert
    des mariniers espagnols.--Assurance est donne  l'ambassadeur,
    par lettre du roi, que M. d'Andelot n'est pas mort par le
    poison.--Projet de convention pour la restitution des
    prises.--Noms des commissaires anglais qui ont t dsigns
    pour se rendre  Rouen.


AU ROY.

Sire, la dpesche que j'ay faict  Voz Majestez, devant ceste cy, est
du IIIe du prsent, et, despuy, m'ayant est donn quelque adviz que
la prinse de la Charit, et le passaige de l'arme du duc de Deux
Pontz par dell la rivire de Loyre, commanoient de remectre en
vigueur dans ce conseil la querelle de Callais, et encores d'aultres
partiz (que j'ay eu occasion d'avoir fort suspectz, pour me venir
devant les yeulx), que l'avance, qu'ilz ont faicte d'aulcuns deniers 
l'entreprinse des princes d'Allemaigne, n'a volontiers est sans y
conclure quelque march pour eulx, et qu'il y a aparance que le dict
Duc ne s'est hazard d'entrer si avant en pays, sans estre bien
asseur de leur intelligence; j'ay travaill, par le prtexte de
ngocier, avec les seigneurs du susdict conseil, d'aulcunes
particularitez (comme de la prinse de mon paquet;--de la pleincte que
j'ay dernirement faicte  la Royne, leur Mestresse, touchant le
mauvais office de ses agentz en Allemaigne;--de ma rplicque sur les
responces qu'ilz ont donnes  mes prcdantes remonstrances,
laquelle, tout exprs, je leur ay de nouveau baille par escript;--et
du faict de la Royne d'Escoce); de tirer principallement quelque
notice de ceste aultre affre, dont ay aprins, Sire, que,  la vrit,
il a est par aulcuns miz en avant de se prvaloir de la prsente
occasion des adversitez de vostre royaulme, et qu'il ne failloit
qu'ilz s'attendissent d'en avoir jamais une aultre plus  propos, pour
pouvoir fre leurs besoignes en France. Mais, ou soit pour la
naturelle inclination, que ceste Royne a  la paix; ou pour la
recordation du Hvre de Grce; ou pour n'estre les principaulx
seigneurs accordans  la guerre, ou pour n'avoir bien prest ce qui
leur faict besoing pour la commancer, ou encores, qui est plus 
croyre, pour estre le playsir de Dieu d'ainsy disposer meintennant les
personnes et les prsens affres de ce royaulme, la dellibration
n'est passe si avant que je vous en veuille encores mettre en peyne,
et je travailleray cependant, aultant qu'il me sera possible, de la
divertir du tout.

Seulement, Mr. l'admyral d'Angleterre, sur une grande crierye et
remonstrance qu'il a faicte, comme il estoit bien adverty qu'aprs
avoir,  mon instance, et pour satisfre  Vostre Majest, nettoy, de
leur cost, la mer de pirates, l'on armoit meintennant navyres et
vaysseaulx  force, par toutz les portz et hvres de vostre royaulme,
pour remplir vostre mer, de dell, de nouveaulx pillartz, et ayant
touch aussi quelque mot du passaige de voz gallres par de, il a
obtenu commission de pourvoir dilligentment  tout ce qu'il verra
estre requiz, concernant le faict de sa charge, pour garder que les
pays et subjectz de la dicte Dame ne soyent ny offancs, ny surprins.
Et ainsy, luy et Me. Cecille ont est, despuys trois jours,  Glingan
donner ordre de rabiller et mettre promptement en quipage toutz les
grandz navyres de guerre, pour s'en pouvoir servir au besoing; et Me.
Ouynter, qui est desj de retour, avec cinq de ceulx qu'il avoit men
en Hembourg, se tient  Haruich, sur l'emboucheure de la Tamize, avec
tout son quipage, sans rien licencier, et les monstres gnralles
continuent se fre par ce royaulme, avec quelque aprest d'armes, en
quoy,  la vrit, ilz procdent de la plus grande aparance et
dmonstration qu'ilz peuvent, pour donner expectation de quelque
grande chose aulx leurs et aulx estrangiers; mais je ne descouvre,
pour encores, qu'ilz ayent en main aulcune dtermine entreprinse
contre Vostre Majest; tant y a que, comme je ne vous veulx donner
allarme de ce cost que le plus tard que je pourray, bien qu'on
s'esforce de me la fre desj prendre bien grande, aussi vous supli
je, Sire, de n'en demeurer en tant de confiance que ne commandiez
toutjour aulx gouverneurs et capitaines, d'icelle partie de vostre
frontire qui regarde ce royaulme, de ne la laysser desgarnye, et
qu'ilz ayent  prendre toutjour garde aulx surprinses qui s'y
pourroient fre, qui sera ung vray moyen pour mieulx conserver la
paix.

Du reste, l'on m'a faict aparoir, touchant l'interception de mon
paquet, que,  la vrit, le postillon, qui le pourtoit, estoit pass
en la compaignye d'un gentilhomme angloix, nomm Trassan, qui avoit
demeur absent unze ans hors du pays, et avec d'aultres escolliers
angloix, qui venoient de Louvain, qu'on a souspeonn estre toutz
envoyez pour servir d'espyes par de, lesquelz ont est despuys miz
en pryson. Et, de ma remonstrance touchant les mauvaiz offices que les
agentz de ceste Royne faisoient en Allemaigne, aulcuns du dict conseil
m'ont asseur que ce que la dicte Dame m'en avoit respondu estoit
vray; aultres m'ont dict que, pour n'avoir eu cognoissance de toutes
ces despesches d'Allemaigne, ilz ne me vouloient asseurer de rien, ce
qui monstre qu'il en est quelque chose, mais qu'il est secrtement
conduict; tant y a que j'ay quelque adviz que, despuys ma dicte
dernire audience, cest ordre de fornyr XL mille {lt} esterlin, par
les marchans de Londres, s mains de Quillegrey, dont j'ay faict
mencion en mes prcdantes, et l'emprunct de cent mille {lt} esterlin,
sur les bien aysez de ce royaulme, a est aulcunement rvoqu, et
qu'en lieu de ce, a est seulement donn commission au maire de ceste
ville d'empruncter sur le crdict de la chambre de Londres, qui est
comme sur la mayson de ville de Paris, par lettres du priv scel,
XVIII ou XX mille {lt} esterlin, qui est soixante quinze mille escuz,
et rien davantaige; sinon qu'on est aprs  fornyr vingt huict mille
florins de plus pour retirer deux obligations de pareille somme, qui a
est naguires employe en quelque lieu d'Allemaigne, au nom de la
dicte Dame; que touchant les aultres particullaritez, dont j'ai faict
instance, pour asseurer la mer et le commerce par de aulx Franoys,
et leur rendre leurs biens et navyres, qui y sont arrestez, et fre
cesser le traffic de la Rochelle, qu'il m'y sera si bien satisfaict
que j'en demeureray contant. Dont retournant, ceste aprs diner,
trouver la dicte Dame et iceulx seigneurs, sur l'occasion de vostre
dpesche du XXVIIIe du pass, que j'ay receu le Ve d'estuy cy, et sur
celle du IIe du prsent, que le Sr. de Vassal, ung des miens, me
vient, tout prsentement, de bailler, je mettray peyne d'avoir une
finalle rsolution de toutes ces choses, et de confirmer la volont de
ceste princesse et de ces seigneurs, tant qu'il me sera possible, en
la continuation de la paix.

La flotte de la Rochelle n'est encores de retour, de laquelle devisant
hyer avec ung seigneur de ceste court d'o pouvoit venir l'occasion du
retardement, veu qu'elle avoit arriv le VIIIe de may au dict lieu, et
qu'on ne met guires  charger grande quantit de sel, et qu'il a
despuys faict fort bon vent pour revenir, il m'a dict qu'il
souspeonnoit que ceulx du dict lieu pourroient bien avoir retenu les
vaysseaulx de la dicte flotte, pour s'en servir  transporter des
hommes  quelque aultre quartier, affin de se pouvoir plus aysement
joindre  leurs aultres troupes, ou bien pour faire quelque aultre
entreprinse; mais encores qu'aulcuns de de fussent, possible, bien
consentans de telle chose, il me pouvoit asseurer que ce n'estoit au
moins par dellibration du conseil, et qu'il croyoit que la Royne, sa
Mestresse, n'en savoit rien.

Ceulx cy ont commanc procder de quelque modration sur les affres
qu'ilz ont avec le Roy d'Espaigne, ayant le maire de ceste ville,
despuys deux jours, miz en libert envyron cent pouvres Espaignolz
maryniers, qui estoient dettenuz prisonniers en ceste ville despuys le
commancement de ces prinses, et bien qu'on ayt serch, du
commancement, de les dlivrer soubz caution de dix escuz pour teste,
en cas que les choses passassent  quelque ouverture de guerre;
nantmoins, aprs que monsieur l'ambassadeur d'Espaigne a eu
remonstr que telle chose s'esloigneroit trop de la bonne paix d'entre
Leurs Catholique et Srenissime Majestez, qui ne debvoit estre mise en
tel doubte, et que, mesmes, le duc d'Alve, naguires, luy estant
admen plusieurs pouvres maryniers et pescheurs anglois, prins sur la
coste de Zlande, les avoit toutz renvoyez sans en retenir ung seul,
le dict maire a, par ordonnance de ce conseil, franchement dellivr
les dictz Espaignolz, et les a desj faictz embarquer pour les passer
en Flandres. Qui est tout ce que, pour ceste foys, je diray  Vostre
Majest,  laquelle baysant en cest endroict trs humblement les
mains, je prieray atant le Crateur qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce Xe de juing 1569.


L'on me vient prsentement d'advertyr qu'il a est mand  Me. Oynter
de ramener les cinq grandz navyres dans la rivire de Rochestre; s'il
est ainsy, c'est signe qu'on ne veult point encores rien entreprendre.

Monsieur le cardinal de Chatillon n'a point est en ceste court
despuys la nouvelle de la mort de son frre, de laquelle l'on dict
qu'il porte un extrme regrect; il s'en est all  quelques beings,
qui sont par dell Oxfort.


    A LA ROYNE.

Madame, j'ay miz en la lettre du Roy les principaulx poinctz que, pour
ceste heure, j'ay  fre entendre  Voz Majestez, mesmes de ce que,
despuys dix ou douze jours, je me suys trouv bien perplex pour les
divers adviz que, coup sur coup, l'on m'a donn comme ceulx cy se
prparoient  une dclaration de guerre ou  fre une ouverte
entreprinse sur quelque endroict de vostre royaulme, qui n'a est sans
que j'aye miz peyne d'aprofondir le faict, et recercher, jusques dans
les volontez et intentions de ceulx de ce conseil, ce que j'en debvois
bien croyre, et puys le vous mander, premier que de vous mettre en
plus de peyne que celle o je comprens bien que Vostre Majest est
meintennant pour rechasser le duc de Deux Pontz hors de la France.

Sur quoy Vostre Majest considrera ce que j'en mande au Roy; mais,
oultre que desj j'ay dpos une partie de la peur qu'on m'en donnoit,
je vays encores ceste aprs diner m'en esclaircyr et confirmer
davantaige avec ceste Royne, et avec les seigneurs de ce conseil, sur
l'occasion de tretter avec eulx du contenu ez deux dernires dpesches
que j'ay freschement receues de Voz Majestez, et, par mes premires,
j'espre que je vous rsouldray clairement du tout. Au moins espr je
avoir toutjour notice des aultres armemens que ceulx cy pourront fre
de nouveau, oultre ceulx qu'ilz ont desj en mer, premier qu'ilz
puyssent estre en estat de les employer  quelque entreprinse. Au
reste, je me doubte bien que j'auray  respondre  la dicte Dame sur
ce que Mr. Norrys luy a mand de la mort de Mr. Dandellot comme elle
luy a est avance par poyson, et a escript que c'est ung Itallien
Florentin, lequel en pourchasse inpudentment la rcompense  Paris,
qui se vante de l'avoir aussi donne  Mr. l'Admyral et aultres, ce
que l'on mect peyne de fre avoir en si grand horreur et excration 
ceste Royne, et aulx plus grandz de sa court, que j'entendz que,
despuys cella, l'on a ordonn je ne say quoy de plus exprs en
l'essay accoustum de son boyre et de son manger, et a l'on ost
aulcuns Italliens de son service, et est sorty du discours d'aulcuns
des plus grandz qu'encor qu'il ne faille dire ny croyre que telle
chose ayt est faicte du vouloir ny du commandement de Voz Majestez,
ny que mesmes vous le veuillez meintennant aprouver aprs estre faict,
que nantmoins toutz princes debvoient dorsenavant avoir pour fort
suspect tout ce qui viendra du lieu d'o telz actes procdent, ou qui
y sont tollrez; et s'esforce l'on, par ce moyen, de taxer et rendre,
icy, odieuses les actions de la France; et croy qu'on en faict aultant
ailleurs. Mais sur l'asseurance de ce que le Roy m'a escript, par sa
lettre du XIIIIe du pass, de la mort du dict Sr. Dandellot,
j'asseureray fort que ce qu'on dict du poyson est une calompnie, et
que Voz Majestez ne serchent ceste faon de mort, mais bien
l'obyssance de voz subjectz, et de donner ung juste chastiement 
ceulx qui prsument de la vous dnyer.

J'entendz que ung gentilhomme franoys, nomm le Sr. de Jumelles, est
despuys hyer arriv par de, vennant d'Allemaigne, par la voye
d'Embourg, lequel dellibre passer en France et aller trouver le duc
de Deux Pontz, pour luy porter quelque asseurance d'ung nouveau
renfort et secours de la part du duc de Cazimir et aultres princes
protestans. J'advertiray aulx passaiges de prendre garde  luy, et
Vostre Majest, s'il luy playt, commandera d'y avoir aussi l'oeil dans
le pays; et je prieray Dieu, etc.

    De Londres ce Xe de juing 1569.


La Royne d'Escoce se porte bien, et j'attandz, dans trois jours, ung
des siens qu'elle dpesche devers Voz Majestez pour avoir la
dclaration de Monseigneur vostre filz sur le tiltre qu'on luy
objecte qu'elle luy a cd du royaulme d'Angleterre.

       *       *       *       *       *

(Plus a est miz  la lettre de Mr. de l'Aubespine, du dict jour, par
postile, que:--ayant ung peu eschauff les seigneurs de ce conseil sur
la pratique de continuer la paix et le commerce d'entre ces deux
royaulmes, ilz m'ont envoy les noms des merchans qu'ilz ont ordonn
passer  Roan pour la dellivrance des biens des Anglois par dell,
avec asseurance que la Royne, leur Mestresse, me baillera lettre,
signe de sa main, pour fre restituer aulx Franoys leurs biens, qui
sont arrestez par de, au mesmes jour que le Roy, par lettre aussi
signe de sa main, mandera fre la dellivrance aus dictz Angloys; dont
vous prie, monsieur, pendant que les choses sont en quelques bons
termes, envoyer, du premier,  Mr. le marchal de Coss ou  moy, une
lettre de Sa Majest, qui porte en substance ce qui est contenu en ce
billet  part et je procureray en avoir aultant de la dicte Dame:

Qu'il soit le bon playsir du Roy d'accorder une lettre, signe de sa
main, portant promesse que tout ce qui est prins ou arrest, des biens
des Angloix, en son royaulme, leur sera randu, et la relle
dellivrance leur en sera faicte, au mesmes jour et temps que la Royne
d'Angleterre, sa bonne soeur, par aultre lettre aussi signe de sa
main, dclairera que ce qui a est prins et arrest en Angleterre ou
qui s'y trouvera, en essence, apartenir aulx Franoys ou que iceulx
Franoys monstreront et vriffieront sommairement leur apartenir, leur
sera rallement restitu; et que Sa Majest trouve bon que ce soit le
Xe de juillet prochain, 1569; et, au reste, que des prinses et
pilleries qui ont est commises, d'ung cost et d'aultre, Leurs
Majestez feront mutuellement administrer justice  leurs communs
subjectz jouxte la teneur des trettez.

Passeront en France, pour tretter sur le relaschement des biens
arrestez des Angloix, Richart Patrik, Thomas Waker, et Franoys
Benysson, marchandz de Londres.)




XLIe DPESCHE

--du XVe jour de juing 1569.--

(_Envoye par Olyvier Champernon jusques  Calais._)

  Nouvelles instances des protestants pour faire dclarer la
    guerre.--Entrevue de l'ambassadeur et d'lisabeth.--Efforts de
    l'ambassadeur pour convaincre la reine qu'il n'y a point de
    ligue forme contre sa religion.--Dclaration d'lisabeth
    qu'elle est certaine du contraire, mais qu'elle-mme s'est
    ligue avec les princes protestants pour la dfense de sa
    religion, et qu'elle n'a nul besoin de recourir aux
    armes.--Elle manifeste le dsir de voir terminer les troubles
    de France par une nouvelle pacification.--Elle laisse entendre
    que le roi est trahi, et annonce que de nouvelles leves se
    font en Allemagne.--Heureux retour et dsarmement de la flotte
    de Hambourg.--L'ambassadeur dclare qu'il a confiance dans le
    maintien de la paix, mais que l'on n'en doit pas moins se
    prparer  la guerre.--Refus fait  l'ambassadeur de lui
    laisser visiter l'ambassadeur d'Espagne.--Promesse d'lisabeth
    de se montrer favorable  la reine d'cosse.--_Remontrances de
    l'ambassadeur_ pour assurer l'entire libert du commerce avec
    la France, et faire interdire tout commerce avec la
    Rochelle.--_Rponse du Conseil_ aux remontrances.


    AU ROY.

Sire, suivant ce que, le Xe du prsent, j'ay escript  Vostre Majest
de certain adviz qu'on m'avoit donn que la Royne d'Angleterre
vouloit rentrer en demandes sur le faict de Callais, et en atacher
bien ferme une pratique, jusques  dclaration de guerre, par l'apuy
des princes protestans, lesquelz on me disoit luy avoir promiz qu'ilz
ne poseroient les armes qu'elle n'en eust quelque satisfaction, de
tant que, sur le nom et crdit d'elle, il leur avoit est forny de
l'argent pour leur prsente entreprinse; et entendant aussi qu'aulcuns
remonstroient trs instantement  la dicte Dame que, puysque les
diffrans de la religion estoient sur le poinct d'une descizion par
ung gnral faict d'armes, estant le duc de Deux Pontz desj oultre la
rivire de Loyre, qu'il estoit temps, pendant qu'il avoit l'avantaige,
et que l'ocasion se offroit  elle, en faisant ses besoignes, de
pouvoir aussi, sans aulcun dangier, moyenner une victoire,  tout le
moins, ung bien asseur establissement en sa religion, qu'elle se
rsolt ou de secourir,  ce coup, ouvertement, la cause, ou de se
prparer aulx entreprinses des catholiques; desquelz elle savoit que
la ligue estoit conclue et jure, qui ne fauldroit de luy retumber
bien tost sur les braz; et que, oultre ses persuasions, l'on luy en
imprimoit encores d'aultres de la division et dsordre qu'on luy
asseuroit estre parmy voz principaulx capitaines et chefz d'arme; et
qu'il n'estoit possible que vostre royaulme, en cest estat, peult tout
 la foys rsister aulx estrangiers et  ceulx de la Rochelle; j'ay
bien vollu, Sire, pour m'esclarcyr de ce faict, aprs avoir, au
contraire de tout ce dessus, miz peyne de disposer le mieulx que j'ay
peu la dicte Dame et les principaulx d'auprs d'elle, luy aller
expressment dire que Voz Majestez, par leurs lettres du XXVIIIe du
pass et du IIe du prsent, me commandiez de luy donner compte, non
seulement de l'estat de voz prsens affres, mais de ne faillir
ordinairement l'advertir de l'entier succez qu'il plairra  Dieu vous
y donner, soit bien, soit mal, estimant qu'ainsy le requiert le
debvoir de vostre commune amyti, et que vous luy vouls monstrer par
l de quelle confiance vous proposez vivre avec elle.

Et, ainsy, luy ay racompt que le duc de Deux Pontz a prins la
Charit, non par deffault d'y avoir pourveu de bonne heure, ny que Mr.
d'Aumalle n'ayt faict toute dilligence de la secourir, mais par le
manquement d'aulcuns capitaines qui estoient dedans; et luy en ay
racompt la faon sellon le contenu de voz lettres, et que Mr.
d'Aumalle est desj au devant de l'ennemy  Bourges et le marquiz de
Bade joinct  luy avec deux mille chevaulx; et que Mr. de Nemours est
prest de s'y joindre, avec d'aultres bonnes forces qu'il admne du
Lyonnois, ayant recuilly, en chemyn, les deux mille chevaulx et quatre
mille hommes de pied qui vous viennent d'Itallie; que Monsieur, frre
de Vostre Majest, s'est desj aproch au Blanc, en Berry, avec ung
renfort de trois mille cinq cens chevaulx et deux mille harquebuziers
esleuz, de sorte que Vostre Majest va mettre ensemble une des plus
fortes et puyssantes armes qu'on ayt, long temps y a, veu en
l'Europe; que Mon dict Seigneur, oultre ce dessus, a layss bonnes
forces en Guyenne pour empescher que ceulx de la Rochelle ne se
puissent mettre en campaigne, ny rien entreprendre, ny les Viscomtes
passer oultre pour se venir joindre au dict duc de Deux Pontz, comme
on luy avoit promis qu'ilz feroient; et que, s'en allant Vostre
Majest  Orlans, pour estre plus prs de voz forces, la Royne s'est
advance vers Mon dict Seigneur, vostre frre, pour rsouldre, avec
luy et avec les principaulx capitaines du camp, du temps, du lieu et
de la faon qu'on combattra le dict duc; qu'au reste le cours de ceste
guerre monstre bien meintennant que les catholiques n'ont poinct de
ligue faicte entre eulx, car s'ilz en avoient, il est sans doubte que
le pape auroit desj dress arme, soubz la conduicte de quelque
prince d'Itallye, pour marcher contre les Allemans; que l'empereur
eust gard les dictz Allemans de sortir de leur pays, ou seroit
meintennant en armes contre eulx; que le Roy d'Espaigne auroit, dez
l'entre du printemps, envoy le duc d'Alve, comme Vostre Majest
avoit faict Mr. d'Aumalle, avec une puissante arme, sur les terres
des princes protestans, ainsy qu'eulx ont bien oz entrer en Flandres
et en la Franche Comt; mais qu'elle voyoit bien que chacun y alloit
pour son particullier, et que Vostre Majest soubstenoit seul tout ce
faiz, qui ne combatiez que pour le recouvrement de l'obyssance de voz
subjectz, laquelle Dieu vous feroit bien tost avoir: car c'estoit icy
leur extrme remde; et j'esprois, Dieu aydant, que les premires
nouvelles seroient d'une continuation de vostre victoire, aussi bien
sur le dict duc, comme elle avoit est heureusement commance et
poursuyvye sur les aultres.

Lequel propos, Sire, Vostre Majest comprend asss pourquoy je le luy
ay tenu en ces termes, sans que je l'expciffie davantaige; et certes,
la dicte Dame s'y est trouve si bien dispose qu'aprs beaucoup de
mercyemens de la faveur et dmonstration de confiance que uzs envers
elle, elle m'a respondu que je debvois croyre, sans aulcun doubte,
qu'elle sentoit ung plus grand plsir que aulcuns, possible, ne
pensent de ce que Voz Majestez avoient miz ung bon ordre et une bonne
provision  bien asseurer leur estat et l'estat de leurs prsens
affres, desquelz elle ne vouloit ny la dcadence, ny la ruyne; ains,
quant il y en adviendroit, qu'elle n'en auroit guires moins de
desplaysir que s'il msadvenoit aulx siens propres, vous priant de
croyre que vous ne la trouverez jamais contraire  la cause de vostre
authorit; mais que, aultant que la dicte cause n'est spare de celle
de la religion, et qu'elle n'a jamais comprins que ceulx de la
Rochelle vous veuillent desnyer ny contradire l'obyssance qu'ilz vous
doibvent, elle desireroit qu'en lieu d'une victoire, il vous succdt
une bonne pacification avec voz subjectz, entendant, mesmement, qu'il
se prpare nouvelles leves en Allemaigne pour renforcer le duc de
Deux Pontz, ainsy que ung gentilhome, qui est naguires venu de dell,
l'affirme; et qu'elle estime que, demeurant ainsy les deux causes de
la religion et de la rbellion mesles, et, jusques  ce que vous
aurs miz peyne de les sparer, vous ne viendrez  boult ny de l'une
ny de l'aultre, au moins tant qu'il y aura des princes protestans en
estat; et, quant  la ligue des catholiques, qu'elle sayt trs
certainement qu'elle est jure et conclue, mais qu'avec les aultres
princes de sa religion elle a trs bien pourveu en son faict, tant y a
que, pour son regard, elle ne s'est vollue mouvoir ny ne se mouveroit
contre Vostre Majest, tant qu'elle vous estimera combattre pour
demeurer maistre dans vostre royaulme; aussi qu'il luy semble que la
dicte ligue vous revient plus  dommaige que  proffict, car ne faict
doubte que les aultres princes catholiques n'ayent promiz beaulcoup de
choses  Voz Majestez Trs Chrestiennes qu'ilz ne vous tiennent
meintennant, et que ce leur est asss de veoir le feu bien allum en
vostre estat, qui l'esteinct d'aultant au leur, et d'y adjouxter
toutjour matire pour plus fort l'embraser, finissant ainsy son propos
par des parolles que je n'ay peu bien entendre, expciffiant ce mot de
_trayson_.

Je l'ay grandement remercy de sa bonne et droicte intention envers
Voz Majestez et de ses advertissemens, la supliant me dire qu'est ce
qu'elle a vollu entendre par ce mot de _trayson_, car, pour vitter
toute tache d'ung si dtestable crime, j'estois oblig de rveller 
Vostre Majest ce que j'en orroys dire, et aussi qu'il luy plet me
dire si elle avoit nulle certitude qu'il se prpart une aultre
descente d'Allemans en vostre royaulme.

Elle m'a respondu qu'elle m'avoit, quant au premier, parl si
clairement que, joinct ce que je voyois du cours de ceste guerre, je
pouvois asss comprendre ce qu'elle vouloit dire; et, pour le regard
du second, qu'elle ne me pouvoit encores bien asseurer de ce qui en
estoit, mais qu'elle feroit examiner encores ce gentilhomme venu
freschement d'Allemaigne, et puys me manderoit ce qu'on auroit aprins
de luy. Le dict gentilhome est le Sr. de Jumelles, duquel, en mes
prcdantes, je vous ay faict mencion.

Aprs, j'ay faict ung bien exprs mercyement, avec offre, de vostre
part,  la dicte Dame pour sa dmonstration d'avoir trouv mauvais ce
qui avoit apareu de la leve des Flamans et des rafreschissemens qu'on
disoit vouloir porter  la Rochelle, la supliant, puysqu'elle avoit
bien pourveu  interrompre ces deux mauvais exploictz, qu'elle vollt
aussi fre cesser celluy, dont je luy avois naguires parl, de ses
agentz en Allemaigne.

A quoy m'a respondu que moy mesmes me pourray bien tost esclarcyr de
ce faict au retour de Quillegrey, qui sera de brief par de, et
qu'elle luy commandera de me venir donner compte de ce qu'il a dict
et faict concernant vostre service en Allemaigne.

Et ainsy, Sire, il semble que ceste princesse est pour se laysser
encores quelque temps conduyre  n'entreprendre rien ouvertement
contre Vostre Majest; mesmes, j'entendz que, despuys ma dicte
audience, il a est escript une lettre par les seigneurs de son
conseil, au nom d'elle,  Me. Ouynter, comme elle luy gratiffie le
debvoir qu'il a faict  bien conduyre la flotte de ses merchans en
Hembourg, et d'y avoir layss deux de ses grandz navyres pour la
reconduyre, estant bien ayse que,  l'aller et au retour, il n'ayt eu
aulcun mauvais rencontre, et qu'il ayt ainsy gracieusement trett les
pescheurs flamans qu'il a trouvez en mer, qui se sont venuz
soubzmettre  luy, et de leur avoir notiffi la charge qu'elle luy
avoit donne de les conserver plus tost que de leur nuyre; qu'au
reste, il ayt  reconduyre les cinq vaysseaulx, qu'il a ramenez, dans
leur arsenal accoustum de la rivire de Rochestre, et licencier les
hommes, aprs leur avoir faict bailler argent par le trsorier de la
maryne, qui a commission de les payer: ce qui monstre, Sire, qu'ilz
n'ont,  prsent, aulcune entreprinse en main; et m'ont donn quelque
satisfaction, par escript,  la faon de Me. Ccille, sur une rplique
que j'avois baille  leurs responces, dont Vostre Majest verra le
tout. Tant y a qu'on remonte beaulcoup d'artillerye dans la Tour,
qu'on en charge ung nombre sur des vaysseaulx, ensemble de bouletz,
pouldres, corseletz, piques et aultres monitions de guerre; et bien
qu'on dyse que c'est pour porter  l'isle d'Ouyc, Porsmue et ez isles
de Gerz et Grnez, o  la vrit l'on diffie de nouveaulx fortz,
nantmoins ce temps me faict toutjour souspeonner quelque malle
entreprinse de ceulx cy, pour la pratique qu'ilz ont avec ceulx qui
sont en armes dans vostre royaulme, Allemans et Franoys. Dont vous
suplie trs humblement, Sire, ne laysser vostre coste de de
desgarnye; et je suplieray le Crateur, etc.

    De Londres ce XVe de juing 1569.


J'entendz qu'il a est envoy ung passeport au Sr. de Sethon en Escoce
pour venir icy, et semble qu'il veult passer en France. Le Sr. de
Bortyc, escuyer de la Royne d'Escoce, partira jeudy prochain pour
aller trouver Vostre Majest.


    A LA ROYNE.

Madame, le doubte en quoy l'on m'avoit miz que la Royne d'Angleterre
se vouloit dterminer  la guerre, ainsy que, par mes prcdantes, je
le vous ay mand, a est cause dont j'ay est, naguires, devers elle
 Grenuich, pour sonder, par divers propos, ce qu'elle en avoit en
opinion; et de tant que le sommaire des dictz propos, avec sa
responce, est en la lettre que j'escriptz au Roy, laquelle responce je
suplie Vostre Majest vouloir entendre, car elle me l'a faicte fort
considrement et avec grand affection, je ne la rciteray, icy, de
nouveau, seulement je y adjouxteray, Madame, qu'ayant toutjour miz
peyne d'entretenir ceste princesse en quelque craincte de guerre,
aussi bien qu'en une grande esprance de paix du cost de France,
sellon qu'elle se vouldroit bien ou mal dporter envers Voz Majestez,
il a succd qu'avec la naturelle inclination qu'elle a d'vitter
affres et despence, et par l'assistance d'aulcuns principaulx
d'auprs d'elle, nous avons diverty, jusques  ceste heure, la
dclaration de guerre o l'on s'est tant esforc de la fre entrer. Je
ne say dorsenavant que pourra produyre le temps, ny si la
multiplication des affres de vostre royaulme et l'entreprinse qu'a
faict le duc de Deux Pontz d'entrer si avant en pays, et les aprestz
qu'on dict qui se font en Allemaigne pour le renforcer, et ce, qu'on
ne voyt mouvoir que fort froidement les aultres princes catholiques 
ceste entreprinse, fera monter quelque nouvelle entreprinse au cueur
de cette princesse; car vous savs, Madame, ses prtentions, et je
vous puys asseurer qu'elle est merveilleusement persuade et
sollicite de les poursuyvre meintennant. Elle a de l'argent et est
aprs  lever encores ung emprunct, elle a ses navyres aulcunement
prestz, asss d'armes, d'artillerye et monitions de guerre prestes, la
monstre s'est, despuys ung moys, faicte en ce royaulme, ses
intelligences sont establyes avec les princes d'Allemaigne et avec
ceulx de la Rochelle, et, dict on qu'il y a une leve de reytres
preste pour elle, quant elle vouldra; mais l'esprance que j'ay, aprs
Dieu, est en la prosprit et bon succez de voz affres, d'o je sens
bien que de l dpendra toutjour le mouvement de ce royaulme, et je
mettray bien peyne, aultant qu'il me sera possible, que vous n'en ays
du tout point de mal, au moins qu'il vous en vigne le moins que fre
se pourra.

Et, quoy que soit, ilz ne pourront, quel prsent apareil qu'ilz ayent,
estre si soubdains en leurs entreprinses, que je ne vous donne
toutjour, tout  temps, advertissement de ce qui debvra sortir d'icy,
pour y pouvoir remdier. Et,  prsent, grces  Dieu, les choses vont
encores asss bien, ainsy que je le mande en la lettre du Roy, avec
esprance de les fre encores mieulx porter, s'il ne survient
mutation, chose qui est fort ordinaire en ceste court; mais je vous
donray plus grand confirmation du tout par ung des miens, que
j'envoyeray bien tost devers Voz Majestez, ne voulant cependant,
Madame, obmettre de vous dire que pour taster en quelle disposition
est ceste princesse sur les affres des Pays Bas, esquelz j'entendoys
qu'on trettoit accord, je luy ay demand cong de pouvoir fre ung
honneste debvoir de visitation envers l'ambassadeur d'Espaigne, affin
de n'estre veu manquer, de ma part,  ce que l'troicte amyti et
alliance d'entre noz deux maistres nous oblige mutuellement l'ung 
l'aultre; ce que la dicte Dame a vollu diffrer de m'accorder: mais,
enfin, elle m'a octroy de l'envoyer visiter par ung des miens, en ce
que je luy donroys charge dire au dict sieur ambassadeur que la
deffance, qu'elle m'en a faicte jusques icy, a est pour avoir trop de
quoy se plaindre de luy, mais qu'elle me le concde meintennant pour
ne fre tort  mon office: et ainsy, je l'ay envoy visiter avecques
toutes bonnes parolles, qui nantmoins ont est dictes en prsence du
gentilhomme qui le garde.

J'ay aussi, de la part de Voz Majestez, vifvement insist  la dicte
Dame qu'elle veuille poursuyvre sa bonne et vertueuse dellibration
sur le restablissement de la Royne d'Escoce. A quoy elle m'a promiz
d'y mettre la main  bon escient, et qu'elle n'attend que quelques
depputez, qui doibvent venir d'Escoce, pour y commancer. Ung navyre,
d'un certain merchant escouoys, nomm Cabran, qui alloit porter des
armes, de l'artillerye et des monitions de guerre au comte de Mora a
coru en fons, prs de Neufchastel. De quoy aulcuns, icy, sont bien
marrys, aultres en sont bien ayses, et samble que les affres de la
Royne d'Escoce vont plus en amandant que empirant, qui est tout ce
que, pour le prsent, je diray  Votre Majest. Et sur ce, etc.

    De Londres ce XVe de juing 1569.


  L'AMBASSADEUR DE FRANCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE, touchant les
    responces qui lui ont est faictes sur sa dernire
    remonstrance, du XXVe d'apvril 1569.

Je n'ay peu, ny vollu, doubter que Vostre Majest n'ayt pareille
estime de l'amyti du Roy, Mon Seigneur, que le Roy l'a toutjour eue
de la vostre, estant les deux cogneues importer grandement au proffict
et utillit de l'ung et de l'aultre.

Ce qui m'a faict ozer franchement requrir Vostre Majest qu'il vous
plet donner ung semblable tesmoignage de vostre amyti envers le Roy,
au proffict de ses subjectz, que le Roy au proffict des vostres en a,
naguires, par son ordonnance, du XIIIIe d'avril dernier, donn ung
bien exprs de celle qu'il vous porte;

Ayant Sa Majest Trs Chrestienne espciallement, et oultre la
gnralle mencion de ses alliez et confdrez, mand qu'on ayt 
asseurer la mer et le commerce par tout son royaulme, nommement aulx
Anglois, et leur rendre, et restituer, tout ce qui se trouvera avoir
est prins et arrest sur eulx despuys ces troubles;

L o l'ordonnance, que Vostre Majest a faicte, du XXVIIe d'avril
ensuyvant, bien qu'on m'allgue qu'elle pourvoit suffizamment aulx
Franoys, ne porte toutesfoys rien de plus expcial pour leur asseurer
la mer et le commerce par de, que pour ceulx mesmes qui sont excluz
d'y venir, tant elle est gnralle pour toutz navigans;

Ny ne pourvoit aulcunement  la restitution des biens, qui ont est
ostez aus dictz subjectz du Roy et menez en ce royaulme;

Et aussi peu leur diminue l'opinion que, pour l'occasion des violences
et mauvais dportemens d'aulcuns Anglois, et d'aultres, qui ont faict
leur retrette en Angleterre, ilz se sont imprimez de quelque ropture
de paix, despuys six moys, du cost de ce royaulme; mesmes que,
nonobstant la dicte gnralle ordonnance, l'on ne laysse de les piller
encores toutz les jours, ce qu'ilz estiment n'adviendroit, s'il estoit
mand d'asseurer nommement la mer et le commerce aulx Franoys.

Dont semble que, nonobstant ce qu'on m'a respondu que les oeuvres et
non parolles estoient requises en cest endroict, qu'il y a aussi
besoing de quelques bonnes parolles de dclaration, de Vostre Majest,
pour les Franoys, comme il y en a desj, de la part du Roy, pour les
Anglois; affin d'oster aulx ungs et aulx aultres toute ceste opinion
de guerre, que les malles oeuvres, excutes contre les subjectz du
Roy, et trop tollres, et dissimules aulx aultres, leur a imprim;
et pour obvier aussi au mal que, si l'on en demeure encores l, il
s'en pourra ensuivre d'ung cost et d'aultre.

Et y a besoing aussi d'une dclaration et promesse en la parolle de
Vostre Majest, que ce qui a est ost, emport ou aultrement arrest,
par de, aulx subjectz du Roy, leur sera randu, ainsi que la justice
vous en sera requise, jouxte les chapitres de la paix, et que ceulx
qui s'en trouveront saysiz, ou coulpables, y seront contrainctz par
la voye de la mesme justice;

Acceptant l'offre de punition et chastiement contre ceulx qui, au
partir de voz portz, vont courir jusques dans ceulx du Roy, qui
s'esforcent d'allumer la guerre entre ces deux royaulmes, suyvant
lequel offre vous plairra commander qu'il soit dcern prinse de corps
contre ceulx que, sur juste plaincte, je nommeray cy aprs  Vostre
Majest.

Et, au regard de ce qu'on met en doubte de pouvoir persuader aulcuns
Anglois de passer en France, pour aller assister  la dellivrance des
biens de voz subjectz par dell, comme Vostre Majest le trouve bon et
qu'il en vienne, au semblable, de France par de, je ne say o l'on
fonde ceste difficult; car il y en va et vient asss, toutz les
jours, sans empeschement aulcun, et ceulx de voz subjectz qui
conversent bien en France, n'y reoipvent que toute faveur et
gracieuset.

Quant aulx choses ncessaires, qu'on va de vostre royaulme qurir  la
Rochelle, il vous plairra accepter simplement, et sans condition,
l'offre que le Roy vous faict d'accommoder de mesmes Vostre Majest,
et voz subjectz, en telz aultres endroicts de son royaulme, qui
prsentement luy obyssent, qu'il vous plaira choysir, avec tout bon
et favorable trettement.

En quoy la communication du contract, faict avec ceulx de la Rochelle,
laquelle Vostre Majest m'a promise, semble estre bien ncessaire
affin de fre pourvoir voz dictz subjectz des mesmes accommodemens, ou
des plus semblables qu'il sera possible de trouver, l o ilz yront;
et n'y a lieu de craindre que, descouvrant la teneur du dict contract
au Roy, il coure sur le march de ceulx qui l'ont faict, car ce n'est
rien qui convienne  sa grandeur: mais, quant bien il y debvra courir
quelque intrest, Vostre Majest, s'il luy playt, ne l'estimera tant
qu'elle ne mette en beaulcoup plus grand compte l'amyti du Roy et le
contantement qu'elle luy pourroit donner en cella, qu'il ne peult
avoir que bien fort suspect et odieulx le dict commerces de la
Rochelle, m'ayant mand que les aultres commerce de son royaulme ne
pevuent compatir avecques celluy l, dont vous prie le fre cesser, et
joyr de celluy que librallement il vous offre.


  RESPONCE DU CONSEIL D'ANGLETERRE  certain escript de
    l'ambassadeur de France envoy au dict Conseil le XXXe de may
    1569.

Le dict escript contenoit certains et divers articles, sur la plus
part desquelz responce a est faicte, et toutesfoys il a est trouv
bon de rpliquer ce qui s'ensuyt:

Que, ayant la Majest de la Royne,  l'instance du dict ambassadeur,
faict publier une proclamation, du XXVIIe d'avril, pour le rvoquement
de toutz les pirates, dedans laquelle le dict ambassadeur, comme il se
peult veoir par sa responce, vouldroit qu'il y eust dclaration plus
expcialle pour les subjectz du Roy et qu'il y ft faicte expresse
mencion des Franoys;

Si la dicte proclamation a est bien considre, il y a suffizante
provision ordonne pour la seuret tant des subjectz du Roy de France
que des aultres princes, trafficans et hantans les mers, tellement
qu'on ne peult penser comme le dict ambassadeur vouldroit que en cella
on pourvet mieulx, si ce n'est qu'on rytrt de nouveau la dicte
proclamation en aultre forme de langaige et parolles, chose qui
pourroit causer argument de ngligence, et qui contreviendroit
nommement aulx coustumes et usaige de ce royaulme, o on n'a de
coutume de publier toutz les jours de nouvelles proclamations, comme
on faict en aultres pays, o, pour l'usage, cella est trouv bon; et
toutesfoys, quelque deffault que le dict ambassadeur trouve estre en
la dicte proclamation, si est ce que, estant suffizante et l'intention
de Sa Majest bonne et droicte, comme elle est, il trouvera, par
excution, prompt remde  toutes les particullires complainctes
qu'il fera.

Le second poinct auquel il veult estre respondu, c'est en ce qu'il
demande qu'on choysisse deux personnes pour aller d'icy en Normandie,
et que deux aultres viennent de dell icy, pour procurer la dlivrance
des biens des subjectz arrestez et dettenuz de toutz les deux costs,
laquelle chose a toutjour est trouve raysonnable; mais les troubles,
qui sont en France, sont manifestement cogneuz estre si dangereux pour
les Anglois, mesmement pour fre sjour en Normandie et aultres lieux,
o journelle perscution est faicte, que, jusques icy, on n'a sceu
induyre deux personnes, propres pour ce faict,  prendre ceste charge,
pour craincte de leurs vies et deffiance de prompte justice.
Nantmoins on esprouvera de nouveau, sur l'asseurance que le dict
ambassadeur offre bailler pour leur seuret, s'il se pourra recouvrer
deux personnes, encores qu'ilz ne soyent telz comme ilz doibvent
estre, mais telz qu'on les pourra trouver, qui puissent estre
persuadez d'aller en Normandie exposer les plainctes des subjectz de
la Royne  ce que, ainsy qu'ilz feront raport de la justice et
restitution qui se fera en Normandie et aulx aultres endroicts de
France, on face le semblable en ce royaulme  ceulx qui y seront
envoyez de la part du Roy; et incontinent qu'on pourra trouver les
dictz personnaiges, le dict ambassadeur en sera adverty. Cependant il
seroit bon que le dict ambassadeur considrt, comme on luy a
souvantes foys dict, la diffrence des griefs et plainctes des deux
costez, car la complaincte, de la part d'Angleterre, est que,
journellement, les marchans anglois, leurs navyres et biens, sont
prins et arrestez en France par les gouverneurs des places o ilz
arrivent, et, de l'aultre cost, les plainctes des Franoys sont des
navyres et merchandises qui ont est prinses sur mer, partie par les
Franoys, de leur propre nation,  cause de leurs guerres civilles, et
partie, ainsy que l'on dict, par quelques Anglois, adhrans aus dictz
Franoys, d'ung cost ou d'aultre. Pour  quoy obvier, la Majest de
la Royne, tant par sa proclamation que aultrement, a deffandu  toutz
ses subjectz de se mettre en mer, except ceulx qui sont advouhez
d'elle mesme, et les merchans et pescheurs; et est notoire au dict
ambassadeur en combien de places de ce royaulme,  sa requeste, on a
faict, despuys naguires, restitution de grande quantit de biens, qui
ont est trouvez aulx portz et hvres, ou de la valleur d'iceulx, sur
les preuves qui ont est faictes comme ilz appartenoient aulx
Franoys. Il y a heu si facille et prompte restitution que, sur
l'arrest des navyres des subjectz du Roy d'Espaigne, y en ayant heu
quelques ungs que les Franoys disoient estre  eulx, encores qu'ilz
eussent est premirement arrestez comme apartenans aulx Espaignolz,
ilz leurs ont est toutesfoys promptement dlivrez, combien [que]
despuys il ayt [t] trouv qu'ilz apartenoient aulx subjectz du Roy
d'Espaigne. Et aussi le dict ambassadeur entendra qu'il n'y a aulcuns
biens des subjectz du Roy de France qui soient dtenuz ou arrestez en
tout ce royaulme par le commandement de Sa Majest, ny de la
cognoissance de son conseil, ny par authorit advouhe d'aulcun
officier, except seulement en une petite place, o il y a eu
squestration de certains vins,  la requeste de Thomas Baker de
Brighthempton, ce qui est notoire au dict ambassadeur par les
plainctes que le dict Baker luy a faictes d'une manifeste injustice
qu'on luy fit, l'an pass, en Bretaigne; l o, d'autre part, il y a
tant de complaincte des subjectz d'Angleterre pour leurs navyres et
biens, arrestez tant  Bourdeaulx que  Brest, Roan et Calais, qu'il
semble qu'on ne doibve avoir aulcune esprance d'esgalle et franche
restitution; et n'y a ordre qui peult tant contanter les subjectz
d'Angleterre, comme une mutuelle restitution des deux costez, en quoy
le travail du dict ambassadeur ne pourroit estre que bien lou, et y
sera faict le semblable de la part de la Majest de la Royne et de son
conseil.

Le dernier article de l'escript du dict ambassadeur est que les
merchans anglois qui ressortent  la Rochelle prsentement, pour leurs
commoditez desquelles ilz ont desj faict march, soyent divertiz de
leur traffic pour l'exercer en aultres lieux de la France,  cause de
quoy le dict ambassadeur a requis d'avoir communication du march que
les dictz merchans anglois ont faict avecques ceulx de la Rochelle,
affin qu'on peult veoir et penser de pourvoir pour le semblable, s'il
estoit possible, en aultres places pour la commodit des dictz
Anglois.

Pour responce  cella, l'ambassadeur ne doit ignorer que la nature des
merchans ne soit telle de fre leur traffic, d'eulx mesmes, sans
persuasion ny commandement, aulx places o ilz peuvent trouver les
commoditez qu'ilz desirent, et  meilleur march. Par ainsy, d'aultant
qu'il a est toutjour trouv que nulle part de la France a jamais sceu
accommoder les Anglois de sel, sinon la Rochelle et aultres places
circonvoysines, les dictz merchans anglois y ressortent, seulement
pour ceste commodit, comme ilz ont dict, quant on les en a enquis. Et
n'y a aultre remde en cella, sinon que, si le Roy peult trouver
aultre place, commode pour la trafficque d'eulx et leurs navyres, et
o les dictz Anglois puissent estre bien trettez, et avoir le sel 
moindre et pareil priz qu' la Rochelle, il n'y a nul doubte que, le
march qu'ilz ont faict pour ceste anne finy, ilz ne soyent contantz
d'y aller, et pour plus grand contantement du Roy, si aultrement ilz
ne le veulent fre, ilz y seront induictz par les bons et raysonnables
moyens qu'il convient  chacun prince d'uzer envers ses subjectz
merchans.




XLIIe DPESCHE

--du XXIe de juing 1569.--

(_Envoye jusques  la Court par le Sr. de Sabran._)

  Grand armement fait en Angleterre.--Exclusion gnrale de
    commerce prononce par le roi de Portugal contre les Anglais,
    en reprsailles de lettres de marque dlivres par la
    reine.--Craintes que l'armement, qui semble dirig contre le
    Portugal et l'Espagne, ne le soit en ralit contre, la France,
    malgr les assurances de paix et d'amiti donnes par la reine
    et son conseil.--_Mmoire gnral_ sur les affaires de France,
    d'Espagne et d'cosse.--Motifs qui justifient les craintes de
    l'ambassadeur.--Rsolution du conseil d'Angleterre de tenir le
    royaume en armes afin de pouvoir profiter de tous les
    vnements qui pourraient survenir en France.--lisabeth exige
    le serment, comme chef suprme de l'glise anglicane.--Efforts
    des catholiques pour prvenir une dclaration de
    guerre.--Dtails donns par lisabeth  l'ambassadeur sur la
    ligue forme entre les princes catholiques pour la dpouiller
    de son trne.--tat des diffrends entre l'Angleterre et les
    Pays-Bas.--Mission secrte d'Eschiata auprs de sir William
    Ccil.--Opposition du duc de Norfolc et du comte d'Arondel aux
    arrangements proposs par sir Ccil.--Ngociations entre les
    principaux seigneurs du conseil pour arrter les conditions
    d'un accommodement.--Nouvelle que l'ambassadeur d'Espagne ne
    tardera pas  tre dlivr de ses gardes.--Les affaires de la
    reine d'cosse restent toujours en suspens devant le
    conseil.--Espoir de sa prochaine dlivrance.--Ses droits  la
    couronne d'Angleterre comme tant la plus proche hritire
    d'lisabeth.--Conditions de l'accord propos pour assurer son
    rtablissement en cosse.--_Lettre d'lisabeth  Marie Stuart_,
    sur la maladie subite qu'elle a prouve, et sur la cession
    qu'elle est accuse d'avoir faite de ses droits au trne
    d'Angleterre.


    AU ROY.

Sire, sur quelque soubdaine rsolution, que despuys trois jours ceste
Royne et ceulx de son conseil ont prinse, ilz ont envoy leur admyral
 Gelingan radresser l'armement et quipage des navyres de guerre,
qu'ilz avoient desj cass, et encores ung plus grand,  ce qu'on
dict, qu'ilz n'en ont heu de ceste anne, et font lever  dilligence
des marinyers, et s'entend que Me. Ouynter est desj command se tenir
prest pour se remettre, du premier jour, en mer.

Je n'ay peu encores au vray descouvrir  quoy tend leur entreprinse;
car, d'une part, l'on me dict que c'est contre les Portugois, de tant
qu'ayant le Roy de Portugal naguires faict proclamer en son royaulme
une gnralle exclusion de tout commerce avecques les Anglois,  cause
d'une lettre de marque que ceste Royne a baille contre ses subjectz,
et ayant ncessairement  envoyer ung grand nombre d'espices et
aultres merchandises de Lisbonne en Envers, pour lesquelles plus
seurement conduyre ceulx cy entendent qu'il faict quiper en guerre
bon nombre de vaysseaulx, nommement contre eulx; eulx, de leur part,
se dellibrent, en toutes sortes, de luy empescher le passaige de
ceste mer estroicte. Aultres disent que c'est contre le duc d'Alve,
lequel, s'aprestant d'envoyer de Flandres en Espaigne une flotte bien
riche, et en attendant une aultre semblable d'Espaigne pour Flandres,
et voulant, pour la conserve de toutes deux, mettre bon quipage sur
mer, ceulx cy veulent opiniastrment s'oposer  toute sa navigation
jusques  ce que leurs diffrans seront accommodez.

Mais, parce que j'ay trop plus  cueur les choses de France que celles
l, je crains toutjour que les mouvemens et aprestz, que ceulx cy
font, soyent pour s'y adresser, et j'ay quelques ocasions de le
souspeonner  ceste heure, qu'ilz voyent Vostre Majest empesche
ailleurs, et que ceulx de la nouvelle religion, Allemans et Franoys,
mnent plus vifvement leurs pratiques en ceste court qu'ilz n'ont
encores faict, et qu'on a avall ces jours passez de l'artillerye hors
de ceste rivire vers Porsemue, comme pour l'avoir plus preste pour
quelque entreprinse sur la coste de France, et qu'il est  croyre que
mal aysement se sont ceulx cy miz  advancer ce qu'ilz ont desj
baill d'argent aux dictz Allemans et  ceulx de la Rochelle, sans
avoir merchand quelque chose pour eulx. Ce que je suplie trs
humblement Vostre Majest prendre pour ung advertissement de tenir les
capitaines et gouverneurs de vostre frontire, qui regarde ce
royaulme, aperceuz de se tenir sur leurs gardes, tant qu'on sera ainsy
en armes, comme l'on est par de, et  Mr. le marchal de Coss de
fre toutjour quelque dmonstration qu'il a asss de forces pour
secourir les places, et pour garder le pays de s'eslever, et ceulx cy
d'y rien entreprendre, comme certes, Sire, il n'est besoing qu'il en
soit desgarny, non que pour cella je vous veuille encores si tost
mettre en doubte d'une ouverture de guerre de ce cost; car les
parolles et promesses, que ceste Royne et ceulx de son conseil me
donnent toutz les jours, sont bien fort au contraire: mesmes l'on m'a
asseur que certaine entreprinse, qu'on avoit miz en avant  la dicte
Dame, de lever quatre mille reytres et six mille Allemans, pour les
fre marcher,  tiltre d'une arme, en son nom, pour la deffance de sa
religion, a est interrompue ou au moins diffre; mais leurs secretz
aprestz, et les propos que j'entendz qu'aulcuns d'eulx tiennent,
monstrent qu'ilz desireroient bien que quelque exploict se peult fre
au proffict de ce royaulme, avant que les armes se viennent  poser,
affin de fre veoir que l'argent, qu'ilz ont faict dbourcer pour
ceste guerre, n'a est mal employ, ny leurs desseings mal venuz, sans
toutesfoys que leur Mestresse en commande rien, affin d'avoir le
dsadveu plus prest, si l'entreprinse ne succde bien. A quoy je
prendray garde, du plus prez que je pourray, et de vous advertir 
temps, nonobstant leur soubdain aprest, de ce qui sortira de ce
royaulme; mais, affin de vous donner plus grand notice de toutes
choses qui passent icy meintennant concernant vostre service, je vous
envoye ung des miens, le Sr. de Sabran, prsent pourteur, pour les
vous rciter fidellement, mesmement celles qu'il est meilleur entendre
de parolle que les mettre par escript; auquel, s'il vous playt, donrez
entire foy, dont m'en remettant  luy, je prieray pour le surplus le
Crateur, etc.

    De Londres ce XXIe de juing 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, se conduysant la Royne d'Angleterre et son conseil sellon
l'vnement des affres qu'elle entend de ses voysins, et non sellon
le fondement des siens propres, il advient qu'elle change, quasi
toutes les sepmaines, de delliberation, qui n'est sans que cella me
mette souvent en doubte si je doibz esprer paix ou guerre de son
coust; ainsy qu' prsent elle monstre vouloir remettre quelque grand
quipage sur mer, comme je le mande en la lettre du Roy, l o il n'y
a que huict jours qu'elle a cass celluy que Me. Oynter avoit ramen
de Hembourg, et n'y a que six jours qu'elle m'a tenu ung propos de
grande et bien asseure paix avec toutz ses voysins; et je say que la
rsolution en avoit auparavant est prinse telle en son conseil,
mesmes pour le regard de Voz Majestez, aprs que, par plusieurs
paroles, m'a heu fort expressment asseur de sa droicte intention
envers icelles, elle m'a monstr approuver grandement la vertu et
grandeur de cueur de Vostre Majest en tout ce qu'elle faisoit pour
conserver l'estat et aucthorit du Roy, son filz, bien qu'elle me dict
avoir grand regrect que vous n'eussiez, du commancement, rsist aulx
conseilz et persuasions de ceulx qui, pour se mettre hors du dangier,
vous avoient faict entrer dans icelluy, mais que, de sa part, elle ne
seroit de si mauvaise conscience que de le vous acroistre, adjouxtant
plusieurs bonnes parolles de la grand esprance, qu'elle prenoit, de
l'establissement des affres du Roy, de la confirmation de sa grandeur
et d'une merveilleusement bonne opinion de sa magnanimit, bont et
vertu, sellon ung discours, que son ambassadeur luy en avoit naguires
escript, et pareillement de la valleur et grand estime, que
Monseigneur vostre filz s'estoit acquise despuys ung an, qui avoit
randu si cellbre son nom qu'elle n'en voyoit aulcun qui ft pour le
surpasser en l'Europe, et qu'il correspondroit au premier nom qu'il
avoit d'Allexandre; racomptant aussi les grandz forces qui estoient
meintennant en France, et me respondit, au reste, si conformment  la
paix sur toutes mes remonstrances, que j'ay eu occasion d'esprer
qu'aulmoins elle ne vous dclaireroit la guerre; et, bien que ce
nouvel armement, qu'elle a command despuys trois jours, soit ung
advertissement de ne s'y fyer que bien  poinct et d'inciter Vostre
Majest  fre sonnieusement advertir les capitaines et gouverneurs
des places, qui sont sur la mer, de se tenir sur leurs gardes, si
espr je qu'ilz ne pourront estre si soubdains en leurs
entreprinses, qu'on ne s'aperoive asss  temps des aprestz qu'ilz
feront, s'ilz en veulent excuter quelcune d'importance.

J'envoye exprs ce gentilhomme, Sr. de Sabran, pour vous aller donner
bon compte du tout et mesmes d'ung adviz, en particullier, sur les
choses que, cy devant, je vous ay mandes, o il semble qu'il fault
procder fort considrement,  tout le moins ne se haster de rien
pour encores; auquel me remettant, et vous priant luy donner foy, je
n'adjouxteray, pour le surplus, qu'une prire  Nostre Seigneur, etc.

    De Londres ce XXIe de juing 1569.


L'on me vient,  toute heure, requrir de certitude sur les choses de
France, estant ce royaulme en grand suspens sur icelles, et sur ce
qu'exploictera le duc de Deux Pontz; il plairra  Vostre Majest me
fre donner adviz comme il vous playt que j'en rponde.


MMOIRE BAILL AU Sr. DE SABRAN.

  POUR PLUS GRAND NOTICE de ce qui passe meintennant en Angleterre,
    oultre le contenu de la dpesche, le dict Sr. de Sabran dira 
    Leurs Majestez:

Que la Royne d'Angleterre et les siens ont grandement le cueur aulx
choses de France, et semble qu'ilz proposent de rgler les leurs
sellon l'vnement que icelles prendront.

Mais ne se peuvent bien rsouldre de ce qu'ilz en doibvent esprer, ny
si l'yssue de noz guerres sera un commancement  eulx d'y entrer, par
ce qu'ilz l'ont recherch, dont demeurent en suspens s'ilz s'y
doibvent prsentement mesler ou non.

Et publient asss ouvertement qu' la juste occasion qu'ilz en ont, il
se offre meintennant de beaulx moyens pour fre leur proffict,
lesquelz, pour estre notoires et les avoir desj plusieurs foys mand
par mes aultres dpesches, je n'en metz icy aultre chose sinon qu'ilz
sont fort instiguez et sollicitez par ceulx de la novelle religion,
Allemans, Franoys, Flamans et naturelz Anglois, de n'en diffrer
l'entreprinse.

Je me suys contre cella, jusques  ceste heure, servy de certaines
raysons et moyens pour les arrester, sellon l'inclination, que j'ay
cogneue en ceste princesse, de vouloir vitter affres et despence,
luy proposant l'utillit de la paix avecques le Roy, et les dommaiges
qui luy viendront de la rompre, et qu'elle n'y pourra rien gaigner,
sinon une mauvaise estime de l'infraction des trettez et de se
dclairer pour une cause, qui ne convient  nul Prince Souverain. Je
m'y suys aussi conduict sellon que j'ay veu qu'elle s'estoit attache
ailleurs, et estoit venue en quelque deffiance des siens, me servant,
entre deux, pour le service du Roy, de l'une et l'aultre occasion, le
plus sagement que j'ay peu.

Et ay miz peyne que les opinions de ceulx de son conseil, qui en
aultres choses sont bien souvant diffrantes, se soyent toutjour unyes
et conformes ensemble  la continuation de la paix avecques le Roy.

Dont, encor que aulcuns, despuis que le duc de Deux Pontz a heu pass
la rivire de Loyre, se soyent volluz rtracter et proposer la
dclaration de la guerre comme trs oportune, et bien fort utille 
ceste princesse et  son royaulme, il a est donn ordre qu'il leur a
est fermement contradict; et de tant que, dans le dict conseil, l'on
cognoit, ung  ung, ceulx qui sont pour la paix et ceulx qui tiennent
pour la guerre, et qu'il n'a encores mal prins  nul d'eulx, ny nul
n'a est plus mal veu, pour avoir librement opin ce qui luy en
sembloit, la partie s'y est trouve si forte que, si les bien
affectionns ne l'ont peu gaigner, les mal affectionnez aussi ne l'ont
emporte.

Mais pour aultant, qu'avec la dduction de la guerre contre la France,
il a est besoing d'y mesler des choses, concernant les aultres estatz
voysins et l'estat aussi de leur propre pays, j'entendz qu'il a est
advis de mettre le tout en suspens et en surcance jusques  ce que
le temps leur monstrera plus  clair ce qu'ilz auront  fre, qui est
signe qu'enfin ilz se gouverneront sellon le succez des choses de
France; desquelles ce que j'y espre de mieulx et de plus seur, pour
le regard de ceulx cy, ne dpend, certes, que de la propre prosprit
du Roy.

Cependant, voicy ce que, par prtexte de pourvoir  la seurt de ceste
princesse et de sa couronne, les dictz [seigneurs] du conseil, qui ne
s'y ozent monstrer contradisans, bien que souvant ilz employent le
mesmes prtexte  fre diversement ruscir les choses qu'ilz desirent
ou veulent vitter, et quelquefoys au prjudice les ungs des aultres,
ont prsentement arrest:

C'est que ung armement et apareil de guerre sera tenu en estat pour
s'en pouvoir servir  toutes les heures qu'on vouldra;--qu'on se
pourvoirra de deniers;--que les pratiques et intelligences avec les
princes d'Allemaigne s'entretiendront;--que la fortiffication des
portz et de la frontire, despuys Germue viz  viz de Zlande, jusques
 Arondel, qui est au droict du Hvre de Grce, se continuera,
mesmement celle de Porsemue et de l'isle d'Ouyc, pour la craincte de
la France;--et que ung nombre de nouveaulx fortz se dressera en
Irlande pour craincte de l'Espaigne.

Il a est expdi plusieurs commissions pour continuer  fre les
monstres par tout le royaulme, et se pourvoir d'armes, nommement
d'hacquebuttes,  tout le moins d'une en chacune maison, et mand trs
expressment,  toutes les villes et principaulx lieux, de dresser des
buttes et jeux de priz pour la hacquebutte, et mesmes de fre
cuillette de deniers pour les entretenir.

Et de tant que ceulx, qui tiennent pour le party de la paix, font
trouver cella mauvais et onreux, et procurent que le peuple crye
contre les gravesses et contre les dsordres et manquemens qu'ilz
sentent en leurs biens et trafficz, et qu'ilz dtestent la guerre
qu'on veult attirer en ce royaulme, les aultres ont soubdain faict
expdier lettres de la dicte Dame pour fre entendre partout que
l'ordonnance des monstres et de fre provision d'armes n'a est en
intention de les mettre en guerre, ains seulement pour savoir quel
estat la dicte Dame pourra fre de forces en son royaulme, si, contre
tant d'armes qui sont prinses ez pays voysins, elle a besoing pour sa
deffance de s'ayder des siennes, et affin aussi que chacun s'acoustume
de s'ayder des mesmes armes que les aultres manyent aujourdhuy.

Ilz ont faict aussi mander partout que ceulx, qui ont office ou
gaiges, ou qui sont en l'estat et au prvillge de ceste princesse,
l'ayent de nouveau  recognoistre pour suprme chef de l'glize de ce
royaulme, et luy en prester le srement, et que toutz gens de justice
ayent  se rconsilier aux vesques, touchant la confession de leur
foy, ou aultrement estre suspenduz de leurs charges et offices, et
mesmes les advocatz interdictz de ne playder ou consulter pour les
parties.

Qui n'est sans que les catholiques en sentent une grande offance dans
le cueur, mais pourtant ilz n'entreprennent encores d'y fre aultre
chose que de continuer ceste ordinaire remonstrance  la dicte Dame,
qu'elle n'a aulcun plus seur moyen de se meintenir, ny d'asseurer son
estat, que de garder droictement la paix et ses promesses aulx princes
alliez et confdrez de sa couronne, et de bien tretter ses propres
subjectz, sans les grever ny leur empescher les trafficz et commerce
qui les font riches et qui leur donnent occasion de luy vouloir bien
et ne murmurer de rien contre elle, par o ils pensent, de tant que
cella est agrable  la dicte Dame, renverser les conseilz des
aultres.

Et impriment aussi  la dicte Dame quelque peur, du cost de France,
d'Espaigne et de Portugal, pour les choses que les Anglois ont mal
exploict, ceste anne, contre les subjectz de ces troys royaulmes,
luy reprsentant combien, par la dtermination, que naguires Vostre
Majest print, de vouloir savoir ce que debvez esprer de paix ou de
guerre, de son cost, les choses estoient venues prez de ropture;

Et par les nouvelles proclamations, que le Roy d'Espaigne et le Roy de
Portugal ont freschement faictes, semblables  celle du duc d'Alve, de
toute excluzion de traffic et de commerce de leurs royaulmes et
subjectz avec les Anglois, en quelle indignation ilz sont contre
l'Angleterre.

Lesquelles remonstrances, estant apuyes de la voix et faveur du
peuple, ont bien toutjour quelque effect envers la dicte Dame, mais
les aultres ne layssent pourtant de tenir en vigueur la recordation
des exploictz et offences, qu'ilz prtendent que le duc d'Alve a
commiz contre elle, et font aller en avant les lettres de marque
qu'elle a octroy contre les Portugoys, et ne permettent que nous nous
puyssions si clairement esclarcyr avec la dicte Dame qu'ilz ne la
facent estre rserve en plusieurs choses  l'intelligence de ceulx
qui mnent la guerre en France.

Ce que j'ay clairement cogneu en mes dernires audiences, s quelles
ayant miz peyne de luy oster ceste impression qu'on luy a donne de la
ligue des catholiques, elle m'a ouvertement respondu qu'elle sayt
bien que, de long temps, il a est commanc par le feu pape de tramer
la ruyne d'elle et de son estat, ayant sollicit l'Empereur, le Roy,
et le Roy d'Espaigne  la conqueste d'Angleterre;

Leur usant de ces propres, ou peu dissemblables, argumens que, s'ilz
estoient catholiques, et estimoient leur religion estre la bonne, et
saincte, et celle de Dieu, qu'ilz s'employassent  bon escient au
meintennement, protection et restablissement d'icelle, sans s'y
monstrer si tides qu'ilz faisoient, que certes Dieu les vomyroit; par
ainsy, qu'ilz ne devoient plus diffrer ceste chrestienne entreprinse
contre ung pays si rebelle et contumax  la religion catholique, comme
l'Angleterre, qui estoit le suport, retrette et principal bolevart de
toutz les hrtiques.

De quoy l'Empereur, qui procuroit lors le party d'elle avec l'archiduc
son frre, l'en avoit advertye, et que luy mesmes ne s'estoit peu
excuzer, envers le pape, de luy donner l dessus bonnes parolles, mais
qu'il n'avoit garde de luy nuyre.

Et que, freschement, il avoit est interceu trois lettres sur ung
gentilhomme qui alloit au camp de Monseigneur, frre du Roy, qui avoit
est prins par ceulx de la Rochelle, lesquelles lettres elle avoit
devers elle, et cognoissoit aussi bien l'escripture comme celle de sa
propre main, mais ne vouloit nommer celluy qui l'avoit faicte, lequel
mandoit, entre aultres choses, qu'il estoit temps de mettre 
excution les propoz, qui avoient est tenuz  la Royne Trs
Chrestienne en ung lieu qu'il expciffie, o Mr. d'Aluye estoit
prsent, et qu' bon droict l'on pourroit,  ceste heure, entreprendre
de passer en armes en Angleterre, soubz le tiltre de la cession, que
la Royne d'Escoce en a faicte  Monsieur, frre du Roy.

En quoy, encor que, sur la responce que je luy ay faicte que c'estoit
une malicieuse invention, pour empescher la restitution de la Royne
d'Escoce, et altrer la paix qu'elle a avecques la France, et qu'il ne
se trouvera, despuys le dernier trett de paix, que le Roy, ny la
Royne, ny Monsieur ayent, par un prtexte, ny aultre, entendu en nulle
pratique contre elle, et qu'elle m'ayt l dessus asseur que, pour
cella, elle ne se mouvera contre Leurs Majestez en faveur de ceste
cause, qu'elle a odieuse, des subjectz contre leur Roy, ny
n'entreprendra rien que pour la conservation de sa religion et de son
estat,  quoy elle dict qu'elle a trs bien pourveu;

Si est ce qu'on luy a miz tant de deffiance dans le cueur qu'elle
estime sa conservation ne dpendre de rien tant que des armes et de la
continuation de la guerre: dont, encores que j'aye plusieurs aparances
qu'elle propose de persvrer en la paix, comme est sa parolle, et
celle des seigneurs de son conseil; la retrette de ces cinq grandz
navyres de guerre dans Gelingan, avec le renvoy des hommes qui
estoient dessus; les ordonnances contre ceulx qui couroient la mer; la
rvocation d'une partie des payemens qui se debvoient fre en
Allemaigne; le rabays de l'emprunct qu'elle avoit miz sus, par ses
lettres de son priv scel; la commission qu'elle a baille  deux
merchans de ceste ville pour aller  Roan pourchasser amyablement la
dellivrance des biens des Anglois, avec promesse de fre le semblable
aulx Franoys par de; l'absence de Mr. le cardinal de Chatillon qui
ne vient plus, si souvant qu'il faisoit, en ceste court (ny le vydame
de Chartres n'y a encores compareu); et les ataches qu'ilz ont
avecques le duc d'Alve, qui ne sont encores accomodes:

Si, veoy je d'aultres choses qui me sont asss suspectes, comme la
facillit de ceste princesse et la naturelle inclination des siens 
la guerre de France; le recouvrement de Callais, qu'ils disent avoir
meintennant moyen de l'entreprendre; la pratique avec ceulx qui sont
en armes en France, ausquelz ilz ont advanc quelque argent;
l'irrsolution de ceulx de ce conseil, desquelz ceulx, qui aspirent 
la guerre, ont trop plus de vivacit et d'entreprinse que les aultres;
l'armement et quipage de mer, qu'ilz tiennent prest; le transport
qu'ilz font d'artillerye et de monitions de guerre, d'icy  Porsemue,
comme pour les avoir toutes prpares, et hors de ceste rivire, pour
une soubdaine entreprinse; les monstres et provisions d'armes par tout
ce royaulme; et la leve des Flamans, laquelle on remect en termes au
nom de Dolovyn, agent du prince d'Orange, qui faict semblant de les
vouloir passer en Endem, et les tenir l jusques  ce que les gens de
cheval et le reste de l'arme du dict prince d'Orange seront prestz 
marcher, ce qui n'a tant d'apparence par ce qu'on n'entend aulcun
apprest du dict prince d'Orange, comme je crains qu'ilz les veuillent
employer  quelque entreprinse en France, et se servir de l'occasion
de nos troubles prsens.

Joinct que ceulx, qui ont miz en fraiz ceste princesse, vouldroient
bien qu'il se fyst quelque exploict  son proffict, avant que les
armes viennent  se poser, affin de monstrer que l'argent n'a est mal
employ, ny leur desseing n'est mal venu, sans toutesfoys qu'elle le
commande, affin d'avoir le dsadveu plus prest si les choses
succdoient mal.

Et pour garder que la dicte Dame ne s'aperoyve de la grande despence,
qui va en cella, et  soubstenir en partie ceulx de la Rochelle, ilz y
font courir, toutz premiers, les deniers casuelz et extraordinaires de
ce royaulme, desquelz donnent entendre  la dicte Dame que ce n'est
chose de quoy elle puisse fre estat, et s'en sont si bien emparez
qu'ilz en disposent  leur playsir, lesquelz reviennent  bonne somme
toutz les ans.

TOUCHANT LES DIFFRANTZ D'ENTRE L'ANGLETERRE ET LES PAYS BAS.

Eschiata, frre du Sr. Guydo Cavalcanty, estant naguires pass de
Flandres en ce pays, a demeur quatre jours cach dans le logis du
secrtaire Cecille, pour luy fre veoir et considrer quatre articles
qu'il dict que le Sr. Chapin Vitelly a estim convenables pour mettre
les dictz diffrantz en bons termes d'accord.

Le dict Cecille a heu trs agrable que telle chose luy soit venue en
la main, et n'est sans apparance que luy mesmes ayt procur de le fre
mettre en avant en Flandres, affin de se randre autheur du mesmes
bien, d'o l'on luy impute tout le mal, et, encor qu'il n'ayt accept
le contenu des dictz articles, il a au moins accept l'ouverture de
l'accord et l'a, premirement, communiqu  milor Quiper, garde des
sceaux, puis au comte de Lestre, despuys au duc de Norfolc, et
finablement au comte d'Arondel.

Lesquelz duc [de Norfolc] et comte d'Arondel n'ont prins l'affaire de
la faon que le dict Cecille esproit, car, de tant que ce sont eulx
qui ont fermement soubstenu qu'on ne debvoit venir  nulle ouverture
de guerre ny  nul mauvais exploict contre le Roy d'Espaigne, et qui
ont, contre les conseils du dict Cecille, faict prendre rsolution 
ceste Royne de persvrer en bonne paix avec luy, ilz veulent
meintennant que le dict Roy Catholique leur en sache tout le gr, et
ne peuvent comporter que icelluy Cecille se rande autheur du dict
accord ny qu'il le conduyse sellon son opinion.

Et en sont les choses venues atant, parce qu'aulcuns de ce conseil
monstroient adhrer au dict Cecille, qu'iceulx deux seigneurs leur ont
ouvertement dclair qu'ilz ne dellibroient permettre, en faon du
monde, que le dict Cecille leur coupt ainsy l'herbe soubz le pied, et
que si eulx vouloient [se] joindre  luy, et porter ses opinions, et
suyvre ses entreprinses, qu'ilz estimoient estre temps de jouer  la
descouverte, chacun en droict soy, le mieulx qu'il pourroit s'en
suyvre.

Dont la plus part d'eulx, voyantz que ceulx cy, lesquelz sont les plus
nobles et authoriss du pays, se dterminoient en ceste sorte, leur
ont donn parolle de suyvre leur volont et qu'ilz y procderont
ainsy qu'ilz verroient estre bon de le fre.

Qui a est cause que le dict comte d'Arondel a despuys fermement
remonstr au dict Cecille qu'il avoit trop entreprins de tenir quatre
jours Eschiata Cavalcanty et sa proposition cachez en son logis, sans
en venir faire part au conseil;

Et que le dict Cecille savoit bien que la volont de la Royne estoit
d'accommoder ces diffrantz de Flandres, en dangier d'une prochaine
rebellion dans ce pays, si bien tost elle ne le faisoit, et que luy,
et ses semblables, principaulx seigneurs du pays entendoient mieulx
que nulz aultres l'importance de cella, et  quoy cella pouvoit
devenir; par ainsy, c'estoit  eulx d'y pourvoir et de remdier aulx
aultres dsordres par les meilleurs moyens qu'ilz cognoistroient
convenir  l'honneur de ceste coronne et a l'utillit de leur Royne et
de son royaulme;

Que ces diffrans avec le Roy d'Espaigne, puysqu'il estoit cogneu
qu'il n'estoit honneste ny de les avoir ainsy commancez, ny utille de
les continuer, et que mesmes l'on n'avoit de quoy faire les premiers
aprestz pour luy commancer la guerre, oultre le dommaige,
qu'adviendroit  ceste coronne, de perdre une si ancienne alliance
comme celle de Bourgoigne, qu'il falloit ncessairement venir  ung
des deux poinctz;--ou de rejecter toute la coulpe de ce mal sur aulcun
petit nombre de particulliers de ce royaulme et en descharger la
Royne, le conseil et la noblesse du pays, et que contre ceulx l le
Roy d'Espagne et le duc d'Alve ayent rparation et justice;--ou bien
entrer en amyable trett d'accord par des honnestes moyens, conduictz
par personnes confidantes, exemptes de toute souspeon de mal,
aultres que le susdict Eschiata Cavalcanty, qui a faict banqueroute,
et duquel le frre, en d'aultres affaires, dont il s'est quelquefoys
mesl parmy les princes, ne s'en est sorty en bonne grce d'eulx, et
pour tant que le Sr. Ridolfy luy sembloit trs propre et de trs bonne
et honneste qualit pour bien conduyre cest affaire, il vouloit en
toutes sortes qu'il luy ft commiz.

Le dict Cecille, estimant n'estre son bien de contradire  cella, et
considrant combien le premier party de rejeter la coulpe sur aulcuns
particuliers torneroit  sa ruyne, a lou et aprouv le segond, de
venir en trett d'accord, promettant de fre tout ce qu'il luy seroit
possible envers la Royne  ce qu'elle eust agrable que le dict
Ridolphy s'en entremt;

Et cependant luy ayant prins grand peur de ce qu'on luy vouloit ainsy
imputer tout le mal de ceste guerre, tant odieuse  tout ce royaulme,
a heu recours au duc de Norfolc, et luy a requis sa protection, avec
promesse de suyvre dorsenavant son party, et de se porter en toutes
choses pour son certain et tout dclair serviteur, et qu'il luy
playse le remettre en la bonne grce du dict comte d'Arondel, lequel
monstre luy estre bien fort adversaire.

J'entendz que le dict duc luy a gracieusement remonstr qu'il estoit
temps qu'il se retirt d'une si prilleuse entreprinse, qu'il avoit
toutjour poursuyvye jusques icy, de randre la Royne, leur Mestresse,
contraire et oposante  ceulx de son conseil, et qu'il n'estoit pas
possible qu'il se peult tenir entre ces deux fers, sans estre oprim
de l'ung ou de l'aultre, et que, possible, les deux concourroient  sa
ruyne.

Et, pour le regard du comte d'Arondel, que,  la vrit, il estoit
fort offanc contre luy de ce qu'estant le plus noble et ancien
seigneur du royaulme, personnaige de toute intgrit, il savoit que
le dict Cecille faisoit avoir  mespriz  la dicte Dame ses conseilz
et opinions, et faisoit rsouldre les affaires tout au contraire
d'icelles; par ainsy, qu'il en uzt dorsenavant en toute aultre sorte,
et qu'il commant, dez ceste heure, sur l'occasion des affaires du
Roy d'Espaigne, d'en faire commettre la matire  celluy que le dict
comte luy avoit nomm.

Et ainsy, le dict Cecille, ayant commenc de se dmesler de ceste
prinse, s'est despuys si bien confirm, pour ne luy avoir le comte de
Lestre vollu nuyre, qu'il semble qu'il n'est pour estre dboutt de
son lieu, et n'a layss de renvoyer de sa part (mais croy que c'est
avec le sceu de la Royne) le susdict Eschiata et Paulo Fortigny en
Flandres, avec quelques additions et modrations sur les dictz quatre
articles pour veoir si le dict accord pourra ruscyr par son
entremise.

Et les dictz seigneurs qui sont  prsent quatre concorans en une
opinion, savoir, le dict duc et les comtes d'Arondel, de Lestre et de
Pembrot, ont trouv moyen, en absence du dict Cecille, d'envoyer le
dict Ridolfy devers l'ambassadeur d'Espaigne, pour luy mettre en
avant, comme de luy mesmes, aulcuns moyens d'accord, lesquelz despuys
ont est rduictz en cinq articles qui contiennent en substance:

Que les deniers, personnes, navyres, merchandises et biens, arrestez
et prins, soyent, en ung mesmes jour, d'une part et d'aultre,
entirement et sans fraulde randuz;--qu'il soit pourveu aulx
dprdations et  rcompenser ceulx  qui elles ont est faictes
sellon le contenu des trettez, et miz meilleur ordre pour
l'advenir;--que le commerce et traffic soyent restituez en la mesme
libert et condicion qu'auparavant;--qu'il soit dput commissaires,
et  iceulx assign jour et lieu, pour renouveller les anciens trettez
d'entre l'Angleterre et la Mayson de Bourgoigne, et pourvoir  toutz
les diffrans qui restent  vuyder sur iceulx;--que tout ce que les
dictz commissaires accorderont ayt, par srement des deux princes 
estre ratiffi et aprouv, et par eulx et leurs subjectz
inviolablement observ.

Lesquelz articles ont despuys est monstrez au dict Cecille, qui y a
faict aulcunes difficultez, tantost de l'ordre d'iceulx, voulant qu'on
commant par dputer les commissaires et non par rendre, tantost pour
requrir qu'il y eust quelque chose plus  l'honneur et advantaige de
ceste coronne, et ainsy a prolong l'affaire quelques jours, attandant
la responce de Flandres, laquelle ne venant poinct, par ce,  mon
adviz, que les dictz seigneurs ont miz ordre que le duc d'Alve
n'entende en aultre ngociation qu' celle qui partira de leur main,
le dict Cecille a est contrainct de passer oultre.

Et j'entendz qu'il a, ce jourdhuy, baill par escript aulcunes
considrations sur les dictz cinq derniers articles, lesquelles, si
elles sont telles qu'on me les a sommairement rcites, elles
n'empescheront,  mon adviz, l'effect de l'accord; mais bien le
pourront ung peu prolonger. Je mettray peyne de savoir plus
certainement ce qu'elles contiennent.

Cependant, il semble que les choses ont prins beaulcoup de modration
par la libert qu'on a donn  ce nombre de marinyers espaignolz, dont
en ma prcdante dpesche j'ay faict mencion, et que je suys adverty
que, dans deux jours, monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, sous prtexte
de changer de logis, yra sans garde, avec ceulx de sa famille, seul
par la ville, et arriv qu'il sera  l'aultre logis, ne sera plus tenu
resserr.

DU FAICT DE LA ROYNE D'ESCOCE.

Poursuyvant monsieur l'vesque de Roz, envers la Royne d'Angleterre et
les seigneurs de son conseil, le secours promiz  sa Mestresse pour
estre remise en son estat, ou bien luy estre permiz de passer en
France pour aller requrir celluy du Roy et des aultres princes
chrestiens, il a eu la responce, dont cy devant j'ay faict mencion,
qu'il failloit esclarcyr premirement le doubte, o la dicte Royne
d'Angleterre estoit, de la cession, qu'elle a entendu que sa dicte
Mestresse avoit faict, du tiltre de ce royaulme  Monseigneur, frre
du Roy, et suyvant la dicte responce la Royne d'Escoce a faict l
dessus une dclaration, par lettre escripte et signe de sa main, qui
pouvoit suffire, la copie de laquelle lettre j'ay desj envoye.

Nantmoins la Royne d'Angleterre a respondu  la dicte lettre en la
faon qu'on verra par la coppie de la sienne, du XXVe de may dernier,
suyvant laquelle la dicte Royne d'Escoce a dpesch le Sr de Bortyc,
son escuyer d'escuerye, et Rolle, son secrtaire, devers leurs
Majestez Trs Chrestiennes et devers Mon dict Seigneur pour avoir leur
plus ample dclaration l dessus affin de satisfaire et contanter la
dicte Royne d'Angleterre.

Et a l'on cependant escript, de la part des dictes deux Roynes, en
Escoce, pour faire venir aulcuns dputez de la noblesse et des estatz
du pays, pour veoir si le restablissement de leur Royne se pourra
faire par voye de paciffication.

En quoy semble que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son
conseil se disposent d'y mettre la main en bonne sorte, et desj les
plus grandz de ce royaulme se sont ouvertement dclairez pour le
droict que la dicte Royne d'Escoce prtend  ce mesmes royaulme
d'Angleterre, aprs leur prsente Mestresse, disantz que toutz les
aultres prtendans recherchoient leur droict de si loing, ou  tiltres
mal fondez de btardise, ou aultres non aprouvez par les loix du
royaulme, qu'ilz dellibrent n'estre jamais contre celluy tant clair
de la dicte Dame, fille du cousin germain de leur Royne, qui estoit
propre nepveu, filz de la seur du Roy Henry VIIIe d'Angleterre[2],
laquelle la plus part d'eulx ont veue et cogneue, laquelle chose les
faict incliner et estre favorables  sa restitution en son propre
royaulme.

  [2] Marie Stuart, fille de Jacques V et petite-fille de
  Marguerite d'Angleterre, tait la petite-nice de Henri VIII, et
  la cousine, issue de germain, d'lisabeth. S'il est dit, au Ier
  vol., p. 66, qu'elle tait nice d'lisabeth, c'est que celle-ci
  ayant sur elle l'avantage d'un degr, se trouvait tre aussi,
  comme ou le disait en France, sa tante  la mode de Bretagne.

                            HENRI VII + 1509.
       --------------------------+--------------------------
      MARGUERITE                     HENRI VIII + 1547
        Marie                            Mari 
           |         -------------------------+------------------------
  JACQUES IV + 1513.  1. _Catherine_   2. _Anne_      3. _Jeanne_
                          _d'Aragon._   _de Boleyn._     _Seymour._
           |                |                |                |
  JACQUES V + 1542   Marie + 1568.  LISABETH + 1603.  douard VI + 1553.
           |
       Mari 
  Marie de Lorraine.
           |
  MARIE STUART + 1587.

Sur quoy, pour l'accommodement de la dicte Dame avec ses subjectz,
semble qu'on veuille venir  une loy d'oblivyon des choses passes, ou
que mesmes la dicte Dame imputera  bien  ses subjectz, et les
remercyera de toute la dmonstration qu'ilz ont faicte pour vanger et
avoir rparation du murtre du feu Roy, son mary, et qu'ilz n'auroient
fait que leur debvoir de la poursuyvre elle mesmes quant elle en eust
t coulpable;--que le jugement contre le comte de Baudouel sera
confirm;--qu'il sera ottroy une abolition gnralle de toutes choses
mal venues jusques icy;--et chacun restably en ses biens, honneurs,
charges et offices;--que la religion aura cours en la forme qu'elle y
est establye meintennant;--qu'ung conseil sera estably, par ordonnance
des estats du pays, pour contenir les choses en ceste modration,
desquelles le comte de Mora sera l'ung;--et que des choses susdictes
la Royne d'Angleterre et la noblesse de son pays seront respondans.

J'entendz que, pour le regard des choses, que ceulx cy
prtendent capituller sur la dicte restitution, il y en a quatre
principalles:--la premire, d'asseurer le tiltre de ceste coronne, et
qu'il demeure cd et remiz entirement  la Royne d'Angleterre;--la
seconde, que la nouvelle religion soit si bien establye en Escoce, que
la dicte Dame ne la puisse changer;--la tierce, qu'il soit faict une
si ferme et estroicte confdration entre ces deux royaulmes, que par
nul prtexte ilz ne puissent estre jamais en armes l'ung contre
l'aultre, et qu'ilz soyent obligez  ung mutuel secours;--la
quatriesme, qu'il soit trouv quelque expdiant d'authoriser si bien
les promesses et capitullations que la Royne d'Escoce fera, estant en
ce royaulme, qu'elle n'y puisse jamais contrevenir par allgation de
force ny de peur, en quoy semble qu'ilz veulent avoir le prince
d'Escoce pour gaiges de sa parolle.

Sur quoy leurs Majestez me commanderont ce que j'auray a dire et
procurer l dessus, pour l'intrest de leur service, pour la
rputation de leur grandeur, et pour la conservation des alliances de
leur coronne.


LETTRE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE A LA ROYNE D'ESCOCE.

--de Grenuich, le XXVe de may 1569.--

Madame,  mon grand regrect, j'ay entendu le grand dangier en quoy
estiez naguires, en quel je loue Dieu de n'en avoir rien ouy, jusques
 ce que le pire ft pass; car, combien qu'en tout temps et lieu,
telles nouvelles ne m'eussent peu contanter, si est ce que si tel
mauvais accidant me ft mand des cieulx que quelque mal vous advnt
en ce pays, je croy vrayement que mes jours me sembleroient trop
prolongs pour, devant mourir, recepvoir si grande playe. J'espre
tant en la bont d'icelluy, qui m'a toutjour garde de malles
advantures, qu'il ne permettra que je choppe en telz retz, et, pour me
garder en ceste bonne opinion de bonne faveur en mon endroict, il m'a
faict cognoistre par vostre commandement la dolleur qu'aultrement
j'eusse senty, si le contraire m'eust advenu, et vous promectz de luy
en avoir randu souvant grces infinyes.

Quant  la responce, que vous recherchez recepvoir par mylord Boyt, de
ma satisfaction en la cause, touchant monsieur d'Anjou, je ne dobte
point ny de vostre honneur, ny de vostre foy, en ce que m'escripvez de
n'en avoir onques pens telle chose, mais pour ce que, peult estre,
quelque parent ou bien quelque ambassadeur vostre, ayant authorit
gnralle, de vostre main, pour l'authoriser de faire toutes choses
pour l'advancement de voz affaires, ayent adjoust telle promesse,
comme venant de vous, et le pensant contenu en leur commission, comme
telle chose qui plus servyst d'esperon pour chevaulx de haulte race.
Car si nous voyons [que] souvant ung petit rameau sert  saulver la
vye aulx noyans, [et] que ung petit droict anime le combattant, je ne
say pourquoy ne penseroient ilz que la barque de vostre bonne fortune
flotant en mer dangereux,  quoy tant de ventz contraires soufflent,
ayent besoing de toutes aydes pour obvier telz maulx et vous conduyre
 bon port; et si ainsy soit, qu'ilz se sont serviz de vous en telle
chose, vous pouvez en honneur nyer l'intention, mais si est ce que le
droict leur demeure, et  moy apartient le tort. Pour aultant, je vous
suplie y avoir telle considration de moy, qu'apartient  telle [qui]
n'eust onques mrit en vostre endroict que vray guerdon et honnorable
opinion, avec telz faictz qui gardent le vray accord d'une telle
armonye que la mienne, qui en toutes mes actions vers vous n'a onques
failly la droicte mesure.

Pour tant ce porteur vous dclairera plus amplement ce que je souhayte
en ce cas. Oultre plus, si vous recherchez quelque responce de la
commission donne  milor Roz, je croy que vous oblyez combien prez il
me touche, si je m'en mlasse jusques  ce que je soys satisfaict en
ce qui vous touche en honneur et moy en seuret. Ce temps pendant, je
ne vous fcheray plus de longue lettre, sinon qu'aprs mes cordiales
recommendations, je prie le Crateur vous garder en bonne sant et
vous donner longue vie.




XLIIIe DPESCHE

--du XXVIIIe de juing 1569.--

(_Envoye exprs  Calais par Jehan Valet._)

  Prparatifs pour une nouvelle expdition maritime.--Achats
    d'armes par les protestants.--Crainte que la flotte de la
    Rochelle ne serve  une entreprise sur Bordeaux.--Les affaires
    d'Espagne et d'cosse sont en voie de conciliation.--Arrive de
    sir Georges Douglas en Angleterre.--L'autorisation de se rendre
    auprs de Marie Stuart lui est refuse.--Dpart de deux
    commissaires anglais qui se rendent  Rouen pour traiter de la
    restitution des prises.--Plaintes de l'ambassadeur Norrys
    contre le retard apport en France  l'expdition de ses
    dpches.--Nouvelles de France donnes par monsieur Norrys dans
    sa correspondance.--Il annonce que le duc de Deux-Ponts est
    mort empoisonn.


    AU ROY.

Sire, des choses qui passoient icy jusques au XXIe de ce mois,
concernans vostre service, Vostre Majest en aura est amplement
informe tant par mes lettres et mmoires du dict jour, que le Sr. de
Sabran vous a aportes, que par le rcit d'aulcunes particularitez que
je luy ay commises pour vous dire. Meintennant, Sire, voicy [ce] que
j'ay  faire entendre  Vostre Majest, c'est que l'on continue de
rabiller et mettre en bon quipage  Gelingan douze des grandz navyres
de guerre de ceste Royne, pour les pouvoir getter en mer quant on
vouldra, oultre les quatre qui sont desj dehors, deux  Hembourg et
deux  la Rochelle, et plusieurs aultres de particulliers qui sont
arms. Il est vray que la leve des hommes et marinyers pour les
dictz douze navyres ne se haste guires, seulement l'on a advis d'o
soubdainement l'on les pourra prendre, et n'y a encores aulcune
commission expdie pour l'affret et avitaillement des dictz navyres,
chose qui ne se pourra si secrectement ny si soubdainement excuter
que n'en ayons toutjour quelque notice pour vous en donner adviz. Il
est vray que aulcuns de ces Flamans qui sont icy, et quelques Franoys
avec eulx, sont aprs  quiper en guerre quatre grandes ourques, de
celles qu'on a naguires prinses sur les Espaignolz et Flamans, et ung
asss bon navyre, et d'aultres petitz vaysseaulx jusques au nombre de
dix pour aller, du premier jour,  la mer; et s'entend que Doulovyn,
agent du prince d'Orange, va estre admiral de ceste petite flotte,
laquelle pourra estre preste dans douze ou quinze jours, si la
remonstrance, que l'ambassadeur d'Espaigne a faicte pour empescher que
les dictes ourques ne soyent couvertes ny employes en tel usage, ne
le retarde; tant y a que l'aprest se continue, et semble que c'est
pour transporter deux ou trois mille Flamans en quelque lieu: ce qui
se raporte aulcunement  certain adviz, que je vous ay cy devant
mand, qu'on prtendoit de les mettre en Hendem et les tenir l
jusques  ce que les gens de cheval et le reste de l'arme du dict
prince d'Orange seroient prestz; mais parce que je crains toutjour que
ce soit plus tost pour les descendre  la Rochelle, ou en quelque
aultre endroict de vostre royaulme, je ne me suys peu tenir d'en faire
grand instance  ceulx de ce conseil, qui m'y ont aulcunement
satisfaict jusques  m'affirmer, par srement, que ce n'est contre
Vostre Majest. Mais encor qu'il y ayt quelque dangier qu'en pourtant
ainsy toutjour la cloche et pour nous, et pour les aultres, contre
les entreprinses de ceulx cy, ilz ne s'irritent contre moy, je ne leur
puys toutesfoys laysser passer telles choses, quelque bonne
dmonstration qu'ilz me facent, par ce qu'ilz sont trop soubdains 
changer leurs dellibrations et trop promptz de les convertir contre
nous; et, soubz colleur de ce prsent armement, plusieurs de ceulx qui
s'estoient, par craincte des ordonnances faictes contre les pirates,
retirez de la mer, s'aprestent de s'y remettre; de quoy je feray
plaincte  ma premire audience.

J'entendz que le conseiller Cavaignes a faict, tout de nouveau, ung
march avec aulcuns de ce royaulme pour recouvrer huict lez de
pouldre, chacun de douze barilz, et chacun baril contenant ung cent,
qui est neuf  dix milliers de pouldre, et huict vingtz bottes de
piques, chacune botte de huict, qui est plus de douze cens piques, et
vingt quaysses de hacquebutes,  cinquante pour quaysse, qui sont
mille hacquebutes, avec leur fornyment; et qu'on est aprs, au pays
d'Ouest,  les luy faire embarquer avec plusieurs et diverses sortes
d'artiffices  feu, qui est signe qu'on a crainct le sige  la
Rochelle.

Il a est naguires veu passer une grand flotte de vaysseaulx, qu'on
estimoit estre le retour de celle de la Rochelle, mais, parce qu'elle
a pass oultre, l'on prsume que c'est celle d'Espaigne et de
Portugal, de quarante vaysseaulx chargez d'espiceries, de laynes, et
aultres riches merchandises, conduicte par aulcuns navyres de guerre,
que ceulx cy avoient entendu se prparer pour passer en Envers, dont
ilz sont bien marrys qu'ilz n'ayent est toutz prestz, au passaige de
Callais, pour recognoistre qui c'estoit; mais le vent a trop bien
servy, despuys quelques jours en , pour leur pouvoir empescher
ceste routte.

Il n'est encores nouvelles que la susdicte flotte de la Rochelle s'en
revigne, dont semble que ceulx du dict lieu l'ayent retenu pour se
servir des LXXVI vaysseaulx qui y sont pour quelque leur entreprinse,
ainsy que je vous en ay touch ung mot en mes lettres du Xe du
prsent, et semble que ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy,
ayent adviz que le duc de Deux Pontz et l'Admyral cercheront de venir,
s'ilz peuvent,  une bataille; mais, s'ilz ne le peuvent, que leur
desseing sera de s'eslargir et occuper une partie de la Guyenne pour y
entretenir l'arme, et nommement de prendre Bourdeaulx;  quoy ce
nombre de vaysseaulx leur pourroit beaulcoup servir, bien qu'on publie
icy que le retardement de la dicte flotte procde de quelque
difficult, que la Royne de Navarre a faicte, sur l'acomplissement du
march du sel et du vin.

L'on commance  parler de quelque progrez[3] que,  l'accoustum, la
Royne d'Angleterre dellibre faire  ce prochain mois de juilhet, et
de tant qu'on dict que ce sera  l'isle d'Ouyc, vers la Normandie, je
le tiens en ce temps,  cause de leur prsent apareil, aulcunement
suspect. Je travailleray toutjour de descouvrir le plus que je pourray
ce qu'ilz prtendront de faire.

  [3] Voyage.

Les entremises d'accorder les diffrans d'Angleterre avec les Pays Bas
se continuent, et, de ma part, j'estime que des deux costez l'on s'est
rsolu d'y entendre, et ne reste que le moyen d'y procder; mais de
tant qu'il semble convenable de commancer par la libert de monsieur
l'ambassadeur d'Espaigne,  laquelle on le veult remettre par
occasion de changer de logis, comme je l'ay desj escript; ceulx de ce
conseil ont mand  l'vesque de Chichestre de luy bailler sa mayson,
qu'il a en ceste ville, pour quelques moys, et je croy que dans deux
jours cella s'effectuera; et puys le mesmes pourra ngocier et tretter
de toutes choses avec ceste Royne; dont, encor que la finalle
descizion des dictz diffrans,  cause des alles et venues, et de la
liquidation et estimation des prinses, soit pour aller en longueur, je
croy toutesfoys qu'on ne passera plus oultre  nulz mauvais exploictz
les ungs contre les aultres, au moins si l'instabilit de ceulx cy et
quelques meilleures esprances d'Allemaigne, qu'il semble qu'ilz n'en
ont eu meintennant, ne les y provoque.

Les affaires de la Royne d'Escoce demeurent en suspens, attandant la
dclaration que Monsieur, frre de Vostre Majest, envoyera sur le
tiltre de ce royaulme, et cependant s'entend que le Sr. Ledinthon
s'apreste de venir d'Escoce de la part du comte de Mora, lequel comte
monstre,  ce qu'on dict, ne reffuzer d'entendre  quelque
paciffication pour le restablissement de sa Mestresse. Ceulx cy ont
suspect le soubdain retour que ce jeune gentilhomme Duglas a faict par
de, par ce mesmement qu'il monstroit, quant il passa naguires en
France, d'y vouloir faire long sjour, et, nonobstant que Mr.
l'vesque de Roz l'ayt adverty de n'incister guires  demander la
permission d'aller trouver la dicte Dame, pour aulcunes ocasions bien
considrables, et pour n'imprimer  ceulx cy qu'il aporte nouvelle
pratique de France au prjudice de leurs intentions. Il n'a layss
toutesfoys de prsenter  ceste Royne la lettre de Vostre Majest pour
obtenir son passeport, lequel ne luy a est accord, et est icy
encores  l'atandre.

Je ne veulx obmettre comme j'ay tant faict que deux honnestes
bourgeois et merchans de ceste ville ont est desj dpeschez devers
monsieur le marchal de Coss, avec commission de ceste Royne pour
aller amyablement pourchasser la dellivrance des biens des Anglois,
qui sont arrestez par dell. J'espre que mon dict sieur le mareschal
en envoyera bien tost deux aultres par de pour la restitution des
biens des Franoys, et qu'il sera convenu de jour certain, auquel, des
deux costez, esgallement et sans fraulde, la restitution se fera; et
que Vostre Majest m'envoyera, ou  monsieur le marchal de Coss, une
lettre, signe de vostre main, conforme au mmoire que j'envoyay le Xe
de ce moys.

Ceste Royne m'a faict dire par Me Cecille que son ambassadeur se
plainct de ce que, demandant ses passeportz pour envoyer ses paquetz,
l'on les luy diffre toutjour quatre jours, et le retarde l'on aultres
quatre jours  Paris premier que de luy en vouloir bailler, et que,
sans doubte, l'on fera le semblable  moy icy; dont ay est fort
expressment requis d'en escripre  Vostre Majest  ce qu'il vous
playse faire entendre au susdict ambassadeur comme vous voulez que
dorsenavant l'on en use tant  la court que  Paris, qui vous suplie,
Sire, ne les mal contanter en si peu de chose, et je prieray le
Crateur, aprs avoir trs humblement bays les mains de Vostre
Majest, qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce XXVIIIe de juing 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, de tant que ceulx cy sont bien fort soubdains en leurs
dellibrations de guerre, et [que] sur la premire nouvelle qui les
met en peur de l'avoir ou en esprance de la pouvoir faire avec
advantaige  leurs voysins, ils recourent incontinent aulx armes et 
faire leurs aprestz soit pour se deffandre ou pour assaillir, je me
trouve, quasi toutes les sepmaines, en suspens de ce que j'en doibz
esprer et suys souvant contrainct de vous mander diversement ce que
je voy et entendz de leurs changemens, mais le temps et la froideur,
qu'aulcuns d'entre eulx usent tout  propos, rabat souvent et
beaulcoup de leur challeur, de sorte qu'il ne s'en ensuyt ny toute
l'excution ny icelle si soubdaine qu'ilz se proposent; ainsy que
Vostre Majest le pourra veoir en la lettre que j'escriptz au Roy
touchant l'ordonnance qu'ilz avoient faicte despuys dix jours de
jetter promptement en mer douze grandz navyres de guerre, laquelle ne
passe meintennant plus avant que de les tenir prestz pour les y
pouvoir mettre quant ilz vouldront; en quoy semble qu'ilz attandent
s'y gouverner sellon le cours de la guerre de France,  laquelle ilz
ont bien fort le cueur, et n'y a rien qui tant les esmeuve que les
vnemens qu'on leur en mande.

Monsieur l'ambassadeur Norrys a naguires escript  la Royne, sa
Mestresse, que les deux armes sont bien fort grandes et puyssantes
s'estant, d'ung cost, Monseigneur vostre filz joinct  Mr d'Aumalle
et les Italliens arrivez; et que Vostre Majest a est au camp et a
par une bien vertueuse et digne faon de parler, confirm le cueur
des gens de guerre et anym les Allemans et les Suysses de combattre 
ce coup vertueusement pour l'honneur de la France et pour la deffance
de la couronne du Roy, vostre filz, lesquelz vous ont toutz promiz de
bien faire leur debvoir; que d'ailleurs l'arme du dict duc marche
toutjour en pays et est si avant qu'on ne le peult plus empescher de
recuillyr ceulx de la Rochelle et les Vyscomtes, et que mesmes quelcun
rapportoit d'avoir veu monsieur l'Amyral saluer et embrasser le dict
duc, et que les deux armes n'estoient que  huict lieues l'une de
l'aultre, n'y ayant toutesfoys encores heu que quelque escarmouche
entre eulx, o Mr. de La Rochefoucault avoit eu du meilleur, et que le
poyson de Mr. Dandellot avoit est avr, qu'ung sien serviteur luy
avoit baill, lequel avoit est tir  quatre chevaulx, et avoit
allgu Mr. de Martigues pour cuyder excuser son faict.

Je seray toutjour soigneulx de descouvrir ce que je pourray des
dellibrations et entreprinses de ceulx cy, desquelz, encor que j'aye
occasion de craindre qu'ilz se layssent enfin persuader  quelque
dclaration de guerre, mesmes s'ilz peuvent accommoder leurs aultres
diffrantz, je crains nantmoins plus pour ceste heure ce qu'ilz
pourront entreprendre soubz main par leurs pirates et par ces
estrangiers qui s'quipent, lesquelz, s'il advient qu'ilz puissent
surprendre quelque lieu qui soit pour s'en prvaloir, ne fault doubter
qu'ilz ne les advouhent et seront de mesme prestz de les dsadvouher,
s'ilz ne font rien qui vaille. Et de tant que, entre quelques uns de
ces seigneurs, il a est faict mention d'Ambleteuille comme d'ung lieu
qui seroit important et bien  propos pour eulx, semble qu'il sera
bon de pourvoir qu'ilz n'y puissent rien entreprendre; et je prieray
atant le Crateur, etc.

    De Londres ce XXVIIIe de juing 1569.


Despuys la prsente escripte, aulcuns seigneurs de ceste court m'ont
adverty qu'il est arriv lettres de Mr. Norrys, du XXe du prsent, qui
mande la mort du duc de Deux Pontz, advenue par poyson, et qu'il
sentit son mal le Xe de ce moys, soupant avec la Royne de Navarre, et
mourut le XIIIe; que le comte de Mensfelt[4] a est subrog en sa
charge par le consens universel de l'arme; que, avant mourir, il
avoit prsent la bataille  nostre arme qui l'avoit reffuze; que,
pour contanter Vostre Majest, laquelle vouloit en toutes sortes qu'on
combatt au passaige de la Creuse, le Ringrave et le capitaine La
Rivire avoient atach une grosse escarmouche, o ilz avoient est
deffaitz et eulx demeurez mortz sur la place; et pareillement l'aultre
comte de Mensfelt[5] pour vouloir bien satisfaire au duc d'Alve, avoit
entreprins un aultre combat o il avoit est pareillement deffaict; et
que la ville de Prigueulx a est prinse, et que la Royne de Navarre
est dedans. Je ne say que pourront produire ces nouvelles, mais, pour
garder que ce ne soit rien de mal, j'yray trouver demain ceste Royne
sur l'occasion de la dpesche du Roy du XIIIIe de ce moys, bien
qu'elle soit d'asss vieille datte, laquelle je viens de recepvoir
tout meintennant, et feray le mieulx que je pourray.

  [4] Wolrad, comte de Mansfeld, qui tait le lieutenant du duc de
  Deux-Ponts.

  [5] Pierre Ernest, comte de Mansfeld, qui commandait le secours
  envoy par le duc d'Albe  Charles IX.




XLIVe DPESCHE

--du Ve jour de juillet 1569.--

(_Envoye par Olivyer Champernon jusques  Calais._)

  Nouvelle entrevue de l'ambassadeur et d'lisabeth, dans laquelle
    sont discutes les affaires de France.--Menace de guerre faite
    par les seigneurs du conseil qui annoncent qu'une arme de dix
    mille Anglais est prte  descendre sur le
    continent.--lisabeth accorde, contre l'avis de son conseil, la
    permission  sir Georges Douglas de se rendre auprs de Marie
    Stuart.--Succs remports en cosse par le comte de
    Murray.--Disposition d'lisabeth  se tenir toujours prte pour
    attaquer la France.--Les diffrends de l'Angleterre avec
    l'Espagne paraissent entirement aplanis.


    AU ROY.

Sire, estant bien seurement adverty, ainsy que je l'ay mand en ung
postille de mes prcdantes du XXVIIIe du pass, que la Royne
d'Angleterre avoit eu adviz de la mort du duc de Deux Pontz, et qu'on
luy faisoit acroyre, nonobstant icelle, que les affaires de ceulx de
la Rochelle alloient prosprant soubz la conduicte du comte de
Mensfelt, qui avoit est subrog en sa place, et soubz celle de
monsieur l'Admyral qui estoit meintennant joinct avecques luy, j'ay
bien vollu veoir si je recognoistrois, par aulcuns propos ou
dmonstrations de la dicte Dame, que ces nouvelles l'eussent meue 
rien entreprendre de nouveau; dont luy ayant, sur l'occasion de vostre
lettre du XIIIIe du pass, demand audience, j'ay prins argument, sans
monstrer rien savoir du trespas du dict duc, de luy dire
qu'aussitost que icelluy duc s'est trouv au dell de la rivire de
Loyre, il a faict toute la dilligence qu'il a peu de s'advancer en
pays, sentant que Monsieur, frre de Vostre Majest, joignoit les
forces de Guyenne avec celles de monsieur d'Aumalle pour l'aller
rencontrer, et qu'ayant gaign le devant il n'avoit onques vollu
attandre le combat; et qu' ceste heure Mon dict Seigneur, aprs avoir
miz douze mille chevaulx et vingt mille hommes de pied ensemble toutz
confidans et asseurez, oultre le renfort qu'il attandoit d'heure 
aultre quasi d'une seconde arme de monsieur de Nemours, qui avoit
recuilly les Italliens, avoit aproch de si prez l'arme du dict duc
qu'il ne pouvoit estre que bien tost ne s'en entendt une journe,
qui, j'esprois, seroit avec continuation de victoyre aussi bien sur
ces reytres, comme elle avoit est commance auparavant, lesquelz
empyroient de tant en toutes sortes la cause de ceulx qui estoient
desj en armes dans le royaulme, qu'il ne se recognoissoit en eulx
rien d'honneste ny digne de gens de guerre, ains toutz actes de cruelz
larrons, de brigans et de barbares inhumains, et que je m'esbahissoys
que toutz les vrays princes ne s'esmouvoient dilligemment pour
rprimer, ou encores pour soubdain estaindre une si mauvaise troupe
d'hommes, qui vous alloient oltrageant sans occasion, et alloient
soubslevant et soubstennant l'opinion des subjectz contre la lgitime
authorit de leurs princes; de quoy, encor qu'il semblt que rien ne
s'en adresst meintennant  elle, si estoit il dangier que ce qu'elle
en voyoit desj attach aulx principaulx estatz de la chrestient ne
vnt bien tost  une dangereuse consquence sur le sien; et que, de
vostre part, pour plus seurement pourvoir  voz affaires, aviez
advis de vous acheminer  Orlans, o en attendant le retour de la
Royne, vostre mre, qui estoit encores au camp avec Monsieur, frre de
Vostre Majest, vous assembliez une aultre aussi grande et puyssante
arme que celle qu'aviez baille  Mon dict Seigneur; et que de toutz
ces poinctz vous aviez bien vollu faire part aulx aultres princes
souverains voz alliez et confdrez, et principallement m'aviez
command d'en donner ung entier et bien particullier compte  la dicte
Dame, comme  celle qui avoit toutjour monstr de desirer que le
succez de ceste guerre vnt  l'advantaige de Vostre Majest,  la
conservation de vostre estat, et  la confuzion de ceulx qui
s'esforcent de le troubler et de troubler le repoz de voz subjectz.

A quoy la dicte Dame m'a respondu qu'il ne se menoit  la vrit
aulcuns affaires  prsent, en toute la chrestient, desquelz elle ft
si soigneuse d'en entendre les vnemens que de ceulx de Vostre
Majest, qui estoient  ceste heure comme sur ung thtre, proposs
pour exemple  toutz les aultres princes, dont elle vous remercyoit,
de tout son cueur, de la bonne part que ordinairement il vous playsoit
luy en faire; que, pour ce coup, sembloit qu'elle eust de plus
fresches nouvelles d'iceulx que moy, puysque je ne luy parlois point
de la mort du duc de Deux Pontz, qu'on asseuroit avoir est
empoysonn, et avoir senty son mal le Xe de juing, ainsy qu'il estoit
 table avecques la Royne de Navarre, et qu'il estoit mort le XIIIe,
et qu'avant mourir il avoit prsent la bataille  l'arme de Mon dict
Seigneur, mais les capitaines du camp n'avoient estim estre lors
raysonnable de le combattre; et que la dicte Dame considroit asss,
et avecques dolleur, le grand ennuy et travail, o sont Voz Trs
Chrestiennes Majestez, pour la dsolation de vostre royaulme, ce qui
la mettoit en grand soucy du sien, voyant que les plus grandz estatz
estoient ainsy affligez; mais qu'elle esproit, veu les bonnes forces
qu'aviez miz ensemble et celles qu'assembliez de nouveau, que le plus
grand dangier estoit desj pass, me priant, qu'avec ung salut et
recommendation de sa part  Voz Trs Chrestiennes Majestez, je ne
faillysse par mes premires vous asseurer que nul aultre prince de
votre alliance se resjouyra jamais plus grandement qu'elle de la
prosprit et conservation de vostre coronne, et de la paix de vostre
royaulme, s'il playt  Dieu la vous y donner; ny au contraire nul ne
sera plus marry qu'elle du mauvais succez, s'il y advient: et a
estendu son propos en plusieurs aultres particullaritez, touchant le
commancement de ceste guerre, la continuation d'icelle et l'yssue
qu'elle pourroit prendre, qui monstrent certes qu'elle est agite en
diverses dellibrations; et, par le jugement que j'en puys faire,
qu'elle propose de s'y gouverner sellon le temps, dont je desire,
Sire, que Dieu mette en vostre main de quoy pouvoir abrger et
acoursir le dict temps de ceste guerre; car la longueur et
prolongement d'icelle ne peult produyre que toutjour nouvelles
difficultez.

La dicte Dame, aprs cella, m'a entretenu en d'aultres matires de
mariages, disant avoir entendu que celluy de Vostre Majest avecque la
seconde de l'Empereur, et de l'ayne avecques le Roy d'Espaigne
estoient concludz; et s'est mise  parler de vostre eage de vostre
taille, beault, adresse, et bien fort honnorablement de voz vertuz et
de celles de Mon dict Seigneur vostre frre, ce que j'ay grandement
confirm; et seroit le discours trop long  le mettre icy, seulement
je diray qu'elle a monstr prendre grandement playsir de le continuer.

Et sur ces gracieulx deviz je me suys licenci d'elle, puys m'estant
ung peu arrest avecques les seigneurs de son conseil pour tretter
d'aulcuns affaires, qu'elle m'avoit remiz  eulx, concernantz vostre
service et le bien de voz subjectz, ainsy qu'ilz sont venuz  me
discourir des nouvelles qu'ilz avoient de France, trois d'entre eulx,
 une voix, se sont advancez de me dire qu'il y avoit dix mille hommes
de bonne qualit en Angleterre, et des principaulx et plus riches du
pays, qui estoient toutz pretz et dellibrez de passer en France pour
soubstenir le prince de Navarre et l'Admyral, non contre Vostre
Majest, ny contre la Royne, vostre mre, ni contre Monsieur, car se
rputoient voz serviteurs tant que vous auriez la paix avecques leur
Mestresse, ains pour faire la guerre  monsieur le cardinal de
Lorrayne et aux Italliens que le pape a envoyez pour exterminer leur
religion; mais que la Royne, leur Mestresse, ne l'a vollu consentir,
pour ne monstrer aulcun signe de ropture de paix: de quoy vous luy
debviez ung bien grand mercys, car s'ilz estoient meintennant en
France avec l'apuy d'une si bonne troupe de Franoys et d'estrangiers,
qui sont en armes, qui seroient pour eulx, il y auroit de quoy,
possible, y faire bien leurs besoignes; et s'eschauffant l dessus en
plusieurs grandes parolles, je ne leur ay respondu aultre chose sinon
que je remercyois trs grandement la Royne, leur Mestresse, de sa
bonne intention, et que desj j'avois miz peyne de faire cognoistre 
Vostre Majest qu'elle l'avoit vritablement bonne et droicte envers
vous, qui aussi luy en rserviez et luy en rendriez, de votre part,
une toute semblable, et que Dieu l'avoit ainsy conduicte  ne laysser
ordir  ses subjectz une injuste guerre sur une mauvaise trame et tant
diffrante de sa qualit de Royne comme estoit celle qu'ilz se
proposoient, laquelle elle cognoissoit trs bien que ne luy seroit ny
utille ny honnorable, mais quant ilz entreprendroient, d'eulx mesmes,
de descendre  main arme en France, ilz le feroient  trs mauvais
tiltre sans leur en avoir donn occasion, tant y a qu'ilz y
trouveroient Vostre Majest en armes avecques ung bon nombre de
Franoys, que vous aviez desj aulx champs contre les Allemans, et que
vous seriez prest d'y en mettre encores dix mille toutz fraiz et bien
armez contre eulx. Et ne suys pass plus avant, bien que, de leur
part, ilz ayent suivy le propos avec termes ung peu bien advantaigeux,
qui nantmoins se sont enfin terminez asss gracieusement, mais non
sans monstrer qu'ilz ont de l'animosit et de l'entreprinse dans la
teste.

Ilz continuent toutjour leur aprest de douze grandz navyres de guerre,
mais n'y a encores commission pour lever les hommes et marinyers, ny
pour les avitailler. Il ne s'entend encores rien du retour de la
flotte de la Rochelle, ce qui faict doubter qu'elle est retarde pour
quelque entreprinse par dell. Le capitaine Orsey a demand renfort de
garnyson pour l'isle d'Ouyc, dont il est gouverneur, et millor Sideney
ayant receu quelque estrette en Irlande a envoy requrir ung prompt
secours; et j'entendz qu'il a est accord au dict Orsey de luy
bailler trois cens hommes davantaige, et a est mand au dict Sideney
qu'on luy envoyera dilligemment le secours qu'il demande; dont semble
que bien tost se lveront gens de guerre, et je prendray garde
comment, et  quelles fins, l'on y procdera.

L'ambassadeur d'Espaigne s'attand de changer demain de logis et que,
de l en avant, il ne luy sera plus baill de gardes, dont aprs il
commancera de tretter de ces prinses et diffrans d'entre ce royaulme
et les Pays Bas, par luy mesmes, avecques ceste Royne et les seigneurs
de son conseil.

Les affaires de la Royne d'Escoce demeurent toutjour en suspens,
attandant le retour du Sr. Bortic et Rollet, qui sont allez devers
Vostre Majest pour la dclaration du tiltre de ce royaulme, et
attandant aussi les dputez qui doibvent venir d'Escoce. Cependant ce
jeune gentilhomme George Duglas a tant faict qu'il a obtenu passeport
pour aller trouver la dicte Royne d'Escoce,  quoy semble qu'elle
n'aura prins playsir, craignant que cella puysse retarder en quelque
chose ses affaires. J'entendz que Mr. de Flamy a escript que le comte
de Mora est en campaigne, rduysant par force toute l'Escoce  sa
dvotion, et qu'il est adverty que bien tost aprs il dellibre
l'aller assiger dans Dombertran, qui est la place o la dicte Dame
fonde le principal espoir de sa restitution. Sur ce, etc.

    De Londres ce Ve de juillet 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, affin qu'en devisant et discourant avec la Royne d'Angleterre
je puisse toutjour prendre quelque adviz et conjecture des
dellibrations qu'elle a sur les prsens affaires de vostre royaulme,
je la vays trouver aultant de foys qu'il me vient tant soit peu
d'argument de parler  elle, et ainsy, despuys quatre jours, sur
l'occasion d'une dpesche du XIIIIe du pass que j'ay naguires
receue, je luy suys all tenir le propos que Vostre Majest verra en
la lettre du Roy, lequel j'ay bien vollu rciter au long avec les
propres termes de la responce de la dicte Dame, et y adjouxter ung peu
du jugement que je fays de son intention, affin que Voz Majestez
puyssent encores plus avant et au vray juger quelle elle est, qui, 
mon adviz, n'est aultre que de tenir vaysseaulx armez et hommes prestz
pour une occasion, si le temps la luy offre, non qu'elle ne me semble
de soy toutjour bien dispose  la paix, mais les argumens qu'on luy
administre pour me dire, et ceulx que les plus authoriss d'auprs
d'elle allguent ouvertement, joinct l'apareil de guerre qu'elle a en
estat, monstrent que le seul bon succez de voz affaires la fera
persvrer en la paix. Et cependant par les catholiques, qui sont icy,
l'accord des diffrantz des Pays Bas est vifvement poursuyvy, de sorte
que y correspondant le Roy d'Espaigne et le duc d'Alve comme ilz font,
je tiens ceste guerre pour plustost finye qu'il n'y a heu espe
desgayne, ny ung seul coup de haquebute tir, et, bien que les
articles n'en soyent encores concludz, les exploictz nantmoins de
guerre n'en passeront,  mon adviz, plus avant; ains restera toute la
difficult sur la restitution des prinses affin d'indempniser les
merchans sur leurs merchandises seulement, lesquelz ne fault doubter
que ne s'accordent aysement d'en recouvrer une partie pour ne perdre
le tout: car, quant aulx deniers du Roy Catholique, ilz sont entiers
et se pourront randre du soir au matin, et, pour le regard de ceulx
des particulliers, l'on n'en parle poinct, parce qu'ilz estoient tirez
d'Espaigne sans cong. Les seulz troubles qui sont meintennant en
Irlande rendent ceulx cy ung peu ombrageux et mesfians du Roy
d'Espaigne, craignant qu'il tienne la main  ceulx qui s'y sont
soublevez.

Je prendray toutjour garde  ce qui se trettera et qui s'entreprendra,
pour vous en donner le plus prompt adviz que je pourray. Mr. le
cardinal de Chastillon n'a veu ceste Royne, ny n'a est en court, il y
a tantost deux moys. J'entendz qu' Mr. le vydame de Chartres a est
mand de se mettre plus avant dans le pays, sans se tenir ainsy en la
frontire, n'ayant, ce semble, ceste Royne bonne opinion de luy, et ne
se parle poinct qu'il doibve encores venir en ceste court. Quelques
nouveaulx depputez sont freschement arrivez d'Allemaigne, sur lesquelz
j'auray l'oeil le plus ouvert que je pourray, et prieray atant le
Crateur, etc.

    De Londres ce Ve de juillet 1569.




XLVe. DPESCHE

--du VIIIe jour de juillet 1569.--

(_Envoye par le Sr. George Duglas, Escouoys, jusques  la Court._)

  Pressante recommandation de la reine d'cosse auprs du roi de
    France, en faveur de sir Georges Douglas.


    AU ROY.

Sire, m'ayant la Royne d'Escoce despuys trois jours escript de ses
nouvelles affin principallement que je luy fisse entendre des vostres,
elle m'a, par mesme moyen, bien affectueusement pri de reprsanter 
Vostre Majest le desir et grande affection qu'elle a, puysque Dieu
n'a layss en sa main de quoy pouvoir monstrer aulcune recognoissance
envers le Sr. Douglas, prsent porteur, pour le notable service
qu'elle en a receu, qu'il vous playse prendre en la vostre de le luy
recognoistre et l'en recompencer eu luy donnant advancement d'honneur,
de bien et quelque honeste charge prs Vostre Majest, de tant qu'elle
estime tenir de luy le recouvrement de sa libert et qu'il est le
principal moyen de l'avoir tire de l'estroicte prison o l'on la
dettenoit en Escoce[6]. A quoy, Sire, m'asseurant que Vostre Majest
vouldra trs volontiers avoir esgard, tant pour la satisfaction de la
dicte Dame que pour la magnanimit de vostre cueur sur ung acte digne
de vostre faveur et de celle de toutz vrays et lgitimes princes, je
n'entreprendray de vous en dire davantaige sinon que vous gratiffierez
grandement la dicte Dame, si, par vostre libralit envers ce
gentilhomme, vous suplisss celle que par plusieurs bienfaictz, en
rcompence de son bon et fidelle service, elle luy vouldroit uzer; et
je prieray Dieu, etc.

    De Londres ce VIIIe de juillet 1569.

  [6] Sir Georges Douglas, le plus jeune des frres du seigneur de
  Lochleven, avait procur l'vasion de Marie Stuart du chteau de
  Lochleven en gagnant quelques-uns des gardes et entre autres
  William Douglas, jeune garon de seize  dix-sept ans, qui avait
  enlev les cls des portes au gouverneur. (_Jebb._ 1735, t. II,
  p. 230.)




XLVIe DPESCHE

--du XIe de juillet 1569.--

(_Envoye par Jehan Valet jusques  Calais._)

  Retour de la flotte de la Rochelle.--Armement et leve de troupes
    pour l'Irlande o l'insurrection fait des progrs.--Craintes de
    l'ambassadeur que ce ne soit un prtexte pour cacher les
    prparatifs d'une expdition contre la France.--Ses efforts
    pour maintenir la paix que les succs remports par les
    protestants rendent trs-douteuse.--Il rend compte  lisabeth
    de l'tat des affaires de France.--Il donne avis que le duc
    Casimir se prpare  entrer dans le royaume avec une arme
    allemande.--L'ambassadeur d'Espagne est dlivr de ses gardes;
    mais il n'est pas encore permis  l'ambassadeur de France de
    lui rendre visite.--Plaintes d'lisabeth contre la mauvaise
    rception faite  ses commissaires en France, et contre le
    retard apport  la dsignation des commissaires franais
    qu'elle attend pour traiter de la restitution des prises.


    AU ROY.

Sire, vous ayant, le Ve de ce moys, escript toutes choses de de,
ainsy que je les avois en cognoissance, il se offre meintennant de
vous dire que le lendemain VIe, je fuz adverty du retour de la flotte
de la Rochelle, laquelle despuys est entre en ceste rivire; et qu'on
avoit commanc, le matin, de tirer des armes, de l'artillerye, des
pouldres et aultres monitions de guerre, de la Tour de Londres pour
les mettre sur mer, avecques commissions expdies, le mesme jour,
pour lever promptement cinq mille hommes, de quoy je donnay, sur
l'heure, adviz  Mr. le marchal de Coss et  Mrs. de Piennes, de
Gordan, de Caillac et de Sigoignes; et leur manday que je savois
bien que ceulx cy estoient fort pressez du cost d'Irlande par ce
qu'ilz y avoient naguires receu une estrette, et que pourtant cest
aprest qu'ilz faisoient pourroit bien estre pour y envoyer du secours;
tant y a que je les prioys de se tenir sur leurs gardes, et de donner
ordre que toute la coste de dell en ft advertye: car je ne pouvoys
avoir que beaulcoup suspect de veoir faire la dicte leve sur le
retour d'icelle flotte.

Or despuys, Sire, j'ay cogneu  la vrit que c'estoit pour envoyer en
Irlande, auquel pays, sur le quartier qui s'apelle d'Esmont, les
affaires ne passent bien pour les Angloys, les ayant les Irlandoys,
avec lesquelz s'est mesl le jeune frre du comte d'Ormont, et le
capitaine Estuquetay, chassez  vifve force de la campaigne, et
incontinent assig la ville de Corc, laquelle j'entendz que s'est
randue  telle composition qu'on leur a livr toutz les Anglois qui
toient dedans, dont milor Sidenay, qui est Vice Roy par dell, presse
grandement d'estre secoureu. Nantmoins l'on m'a dict que, despuys les
premires commissions expdies pour y faire passer cinq mille hommes,
l'on a advis qu'il suffira, pour ce commancement, d'y en envoyer
trois mille; et semble qu'encor que, sellon le jugement des sages,
ceste guerre d'Irlande soit bien importante et de grande consquence 
ceste Royne, qu'on la luy faict nantmoins trouver lgire et facille,
et que pour cella elle ne doibt cesser de faire toutjour l'aprest de
ses grandz navyres de guerre et les mettre en bon estat pour s'en
servyr quand elle vouldra en ses aultres entreprinses; et ne laysser
de poursuyvre la description d'hommes, que j'entendz qui se faict
soubz prtexte des monstres ordinaires, et de l'ordonnance de se
fornir d'armes, et des jeuz de priz qui ont est instituez pour tirer
de la haquebutte, o l'on establit partout des capitaines, avec grand
aguet qu'ilz soyent toutz de la nouvelle religion, qui est signe
qu'ilz vont guettant quelque occasion, et qu'ilz se veulent trouver
prestz pour l'heure qu'elle se prsentera.

Je ne deffauldray envers ceste princesse, laquelle ne me semble du
tout divertye  telle entreprinse, et envers ceulx, que je cognoys qui
ne la veulent, de les confirmer  la paix, et les faire tenir fermes
qu'il ne se face aulcune manifeste infraction ny violance  icelle. Au
moins travailleray je de tout mon pouvoir que Vostre Majest sente le
moins de mal, que faire se pourra, de leur cost; car de n'en sentir
poinct du tout je croy que, quant j'auroys toute l'authorit de ceste
Royne en ma disposition, je n'y pourroys mettre remde, tant y a de
moyens et d'artiffices, et de vive sollicitation, icy, en faveur de
l'aultre party. Et ont aulcuns des bons de ce conseil, despuys quatre
jours, envoy devers moy savoir si ce qui estoit naguires advenu en
France entre les deux armes[7] estoit tant  l'advantaige de ceulx de
la Rochelle comme on le publioit; car cella, ainsy qu'ilz disoient,
randoit ceulx, qui portent icy leur party, si insolens qu'ilz ne les
pouvoient modrer, et avoient bien  faire  interrompre les mauvaises
entreprinses qu'ilz mettoient en avant, faisant courir le bruict que
le filz de Mr. Norrys m'en avoit port les nouvelles, lesquelles
m'avoient soubdain saysy de tant de douleur que j'en estois demeur
tout estonn, sans luy pouvoir rendre aulcune responce. Sur quoy,
pour l'heure, je ne leur ay pu mander aultre chose sinon que je
n'avois aulcunes nouvelles que celles qui m'estoient venues du dict
filz de Mr. Norrys, lequel pourtant n'avoit peu cognoistre en moy une
si grande altration et changement qu'on disoit, parce que je n'avois
creu son discours, lequel je les prioys aussi ne le vouloir croyre,
car il ne l'asseuroit que sur ouyr dire: et que bien tost j'auroys la
certitude du tout par voz lettres, lesquelles je ne fauldrois de leur
communiquer.

  [7] Combat de la Roche Abeille, livr le 25 juin 1569, dans
  lequel Philippe de Strozzi, colonel gnral de l'infanterie, fut
  fait prisonnier par les protestants.

Deux jours aprs, j'ay receu ce qu'il vous a pleu m'en escripre du
XXIXe du pass, et le troisiesme je suys all dire  ceste Royne que,
de tant que vous aviez meintennant deux grandes armes l'une contre
l'aultre dans vostre royaulme, qui s'entresuyvoient et se logeoient si
prs que les sentinelles et corps de garde se pouvoient souvant
entreouyr et entendre, et qu'il estoit mal ays qu'il ne s'ensuyvyst
quasi toutz les jours aulcun exploict de guerre, Vostre Majest me
feroit aller souvant devers elle pour luy racompter le tout au vray,
sellon la certitude que vous mesmes en auriez de vostre camp, ft gain
ou perte, tant vous [vous] proposiez vivre confidentment avecques
elle. Et ainsy, estant naguires advenu ung asss heureux succez 
ceulx du parti contraire, vous m'aviez incontinent envoy l'extraict
de ce que l'on vous en avoit escript affin de le luy monstrer, qui
cognoistroit par icelluy, et par ce que m'en escripviez  part, que
vous aviez grand soing de satisfaire en cest endroict au debvoir de la
commune amyti d'entre Voz Majestez et  l'intrest qu'avec toutz les
aultres princes souverains vous estimiez qu'elle a en cette guerre,
dont lui fiz premirement lecture de cette partie de vostre lettre qui
en faisoit mencion, affin qu'elle le tnt pour vritable; puys luy
leuz le dict extraict, sur lequel elle me fit beaulcoup de curieuses
demandes, adjouxtant que la victoire n'estoit si grande de beaulcoup
pour les aultres comme on la publioyt et qu'elle feroit volontiers
chastier ceulx qui avancent les choses en aultre faon qu'elles ne
sont; comme aussi on luy avoit dict que vous aviez faict empoysonner
le duc de Deux Pontz, l o il se sayt meintennant de certain qu'il
est mort d'une fibvre chaulde, et que si ceulx qui desrobent quelque
chose ou font la faulce monoye sont puniz, que ceulx l le doibvent
estre beaulcoup plus aigrement qui desrobent ou falciffient la
rputation des princes, me priant de vous remercyer beaulcoup de foys
et fort expressment de la faveur que luy faisiez de luy vouloir ainsy
communiquer le bien et le mal de voz succez; et que puysqu'elle
n'avoit peu estre ouye  vous y procurer le bien de la paix, elle
n'estimoit y pouvoir meintennant aultre chose en la guerre, sinon
prier Dieu qu'il ne vous y advnt poinct de mal, et que certes elle
l'en prioyt dvottement et de bon cueur.

Puys, s'estendant le propoz  discourir des oltrageuses entreprinses
des Allemans, et combien elles debvoient estre odieuses et suspectes 
toutz grandz princes, elle m'a parl de l'aprest du duc de Cazimir, et
qu'il seroit bien tost en campaigne; ce qu'elle m'a expciffi de
sorte qu'il semble qu'elle le tienne pour asseur. Mais la priant
despuys qu'il luy plet tout ouvertement me dire ce qu'elle en
savoit, elle s'est rtracte ung peu, et dict que, dans ceste
sepmaine, elle esproit d'en avoir la certitude par lettres de ses
agentz qui sont en Allemaigne, et que, puys aprs, elle me le feroit
assavoir. Tant y a que je fays plus de fondement sur ce qu'elle m'a
dict d'elle mesmes que sur ce qu'elle s'est despuys vollue monstrer
rserve, quant je me suys monstr curieux; car j'ay d'aultres
conjectures, Sire, lesquelles je vous feray savoir par le premier des
miens, que j'envoyeray devers vous, qui me font croyre que le dict duc
de Cazimir marchera bientost; dont suplie trs humblement Vostre
Majest de vous en clarcyr de bonne heure affin de n'estre surprins,
craignant bien fort, s'il descend par la Picardie ou le long de la
frontire des Pays Bas, ainsy qu'on le prsume, que ceulx cy ne se
mettent incontinent, avec grand quipage, sur mer pour le favoriser.
J'auray toutjour l'oeil et le cueur  leur apareil et entreprinse pour
vous en donner incontinent les plus certains adviz que je pourray, et
prieray atant le Crateur, etc.

    De Londres ce XIe de juillet 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, il m'a sembl que le soing que le Roy a heu, par ses lettres
du XXIXe du pass, de m'advertir des choses qui sont advenues entre
les deux armes le XXVe auparavant, a est de quelque proffict et a
servy asss  interrompre des mauvais desseings que ceulx, qui
instiguent ceste Royne  la guerre, luy commanoient desj de proposer
sur le fondement d'une trop plus grande victoire que, par la vrit de
la lettre du Roy, elle a bien cogneu qu'elle n'estoit, la luy ayant,
ceulx qui n'ont bonne affection, augmente de plus de mille pour cent,
qui a est cause, aprs en avoir discoreu avecques la dicte Dame que,
m'ayantz le duc de Norfolc, le grand Chamberlan, le secrtaire
Cecille et deux aultres du conseil convoy jusques  la salle de
prsence, je leur ay monstr le mesme extraict que j'avoys leu  la
dicte Dame, lequel les ungs ont aprouv comme vray et les aultres ont
dict qu'il n'estoit pas  croyre qu'estantz douze centz ou deux mille
soldatz enveloupez de la cavallerye ennemye, sans aulcun secours de la
nostre, qu'il ne s'en ft perdu que quatrevingtz ou cent, sur quoy je
leur ay, en l'authorit des lettres du Roy, si bien satisfaict que ce
que Sa Majest en mande a est et est partout tenu pour vritable.

Je adjouxteray icy, Madame, que l'ambassadeur d'Espaigne, ayant
despuys trois jours chang de logis, est meintennant sans gardes et
croy que bien tost l'on commancera de tretter avecques luy de ces
diffrantz des Pays Bas. Il est vray que, sellon certain propos que
ceste Royne m'a tenu, il semble qu'elle demeure encores aulcunement
offance contre le duc d'Alve et contre le dict ambassadeur, et mesmes
l'ayant prie qu'elle vollt  ceste heure luy permectre et  moy de
nous pouvoir entrevoir et visiter comme auparavant, elle m'a fort
expressment requiz que je me volusse encores dporter, pour quelque
temps, de l'aller voir; bien me permettoit de pouvoir quelque foys
envoyer devers luy ung gentilhomme ou ung secrtaire des miens. Et 
la suyte de cella, elle s'est prinse ung peu bien asprement  moy de
ce que les deux dputez, qu'elle a envoyez  Roan pour la restitution
des biens de ses subjectz, n'ont est,  ce qu'elle dict, ny bien
receuz, ny bien responduz, et que monsieur le marchal de Coss n'en a
envoy ici d'aultres de sa part, comme je l'avois promiz, et qu'elle
s'esbahyt comme je me suys tant advanc au faict de ceste restitution,
sans estre bien asseur de l'intention de Voz Majestez et de celle de
mon dict sieur le marchal, monstrant avoir doubte que je luy aye
faict ung semblable trait en cecy, comme elle se plainct que
l'ambassadeur d'Espaigne luy en a uz d'ung trs mauvais sur les
choses de Flandres, ou bien qu'elle veult, estant sur le poinct de
tretter meintennant avecques le dict ambassadeur des dictes choses de
Flandres, sonder plustost avecques moy  quoy se debvoir tenir du
cost de Voz Majestez, pour de tant plustost conclurre  l'aultre
part, si elle voyt beaulcoup de difficultez de la vostre. Et m'a
pareillement requiz de la dellivrance de quatre, ses subjectz, qui
sont dettenuz  Callais, m'appellant  tesmoing moy mesmes si je say
que, durant ma charge, elle en ayt faict retenir ung des vostres par
de.

Je luy ay respondu que je ne me suys nullement advanc non d'une seule
parolle au faict de la susdicte restitution, sans estre bien garny de
mandement du Roy et Vostre, et encores de celluy de mon dict sieur le
marchal, par lettres bien expresses de Voz Majestez et de luy,
lesquelles je luy ay desj monstres; et que je m'asseuroys qu'on vous
trouveroit entiers et vritables en tout ce que m'aviez ordonn de luy
en dire, ne debvant prendre en mauvaise part que monsieur le marchal
eust envoy devers Voz Majestez la commission des dputez de la dicte
Dame, et qu'il ayt diffr quelques jours  leur rendre responce
jusques  ce qu'il ayt sceu vostre intention, et qu'il estoit sans
doubte, si elle satisfaisoit bien par de aulx Franoys, qu'il seroit
encores mieulx satisfaict par dell  ses subjectz. Et au regard de
ceulx qui estoient dettenuz  Callais, cella estoit advenu pour faire
cesser la dtention et violence, qui se faisoit sans son sceu par de
aulx Franoys; mais puysqu'elle ordonnoit qu'il n'en ft rettenu pas
ung, je procureroys en semblable que les siens luy fussent randuz,
vous supliant, Madame, avoir agrable qu'il luy soit donn quelque
satisfaction l dessus, comme j'estime que vostre service le requiert,
et m'envoyer la promesse, signe de la main du Roy, touchant la dicte
restitution, que j'ay plusieurs foys demande, affin d'en retirer une
semblable de la dicte Dame, ainsy que je l'ay convenu avecques elle.
Et ne s'est le propoz finy en aigreur, l'ayant elle mesmes ramen 
doulceur et gracieuset sur la commmoration des infiniz travaulx, que
vous donnent ces guerres, et sur la dilligence et grandeur de cueur
dont vous mettez peyne d'y remdier, et n'a obmiz de parler fort
honnorablement du Roy, et des grandz vertuz qui reluysent en luy, et
de la valleur et rputation de Monsieur; car aussi je fays tout ce que
je puys pour ne me despartir jamais d'avec elle avec mauvaise
responce. Sur ce, etc.

    De Londres ce XIe de juillet 1569.




XLVIIe DPESCHE

--du XIXe jour de juillet 1569.--

(_Envoye par Jehan Pigon, mon homme, jusques  Calais._)

  Prparatifs que font des gentilshommes anglais pour passer en
    France et se joindre aux protestants de la Rochelle.--Plainte
    porte  ce sujet par l'ambassadeur, auprs d'lisabeth, qui
    dclare s'tre oppose  leur projet.--Elle proteste de son
    constant dsir de conserver la paix, et donne l'assurance que
    la flotte anglaise n'a port aucun secours  la
    Rochelle.--Continuation de l'armement pour
    l'Irlande.--Ngociation pour l'accommodement des affaires des
    Pays-Bas.--Espoir du prochain rtablissement de la reine
    d'cosse.--Rsolution prise par sir Chambernant, de se rendre 
    la Rochelle avec des volontaires, malgr le refus fait par la
    reine d'autoriser son dpart.--Projet qui semble arrt dans le
    conseil, de dbarquer une arme anglaise en France si le duc
    Casimir y pntre.--Audience est accorde par lisabeth au
    vidame de Chartres.


    AU ROY.

Sire, entendant qu'aulcuns gentishommes anglois pourchassoient leur
cong pour passer en France, et que, nonobstant le reffuz que leur
Royne leur en faisoit, ilz ne layssoient de se pourvoir d'armes et de
chevaulx, d'assembler hommes, de solliciter les estrangiers, qui sont
icy, d'affretter vaysseaulx et achapter monitions et vivres, pour
faire leur voyage, j'ay crainct que la dicte Dame, encor qu'elle ne
leur donnast l'expresse permission qu'ilz demandent, pour ne monstrer
contravenir  la paix, ny aller contre l'opinion d'aulcuns principaulx
de son conseil qui fermement s'y opposent, qu'elle pourroit nantmoins
dissimuler et faire semblant de n'en veoir rien, ou mesmes se laysser
en fin aller aulx trop vifves et vhmentes persuasions de ceulx qui,
pour la venue de l'arme du duc de Deux Pontz et de l'aprest de celle
[du duc] de Cazimir, se monstrent  ceste heure merveilleusement
bouillans et eschauffez d'entreprendre quelque chose.

J'ay bien vollu, Sire, pour aulcunement essayer d'y remdier, dire en
la meilleur faon que j'ay peu  la dicte Dame que je ne voulois
faillir de faire le meilleur et le plus exprs office, que je pourroys
envers elle, sur ung propos qu'aulcuns seigneurs de son conseil
m'avoient naguires tenu, touchant ung nombre d'anglois de bonne
qualit, qu'ilz disoient estre prestz et bien dellibrez de passer en
France:--non, disoient ilz, contre Vostre Majest ny contre la Royne,
ny Monsieur, par ce qu'ilz se rputoient voz serviteurs, tant que
seriez en bonne paix avecques elle; ains pour aller faire la guerre 
Mr. le cardinal de Lorrayne et aux Italliens, que le pape avoit
envoyez pour exterminer leur religion; ce qu'elle ne leur avoit vollu
permettre.--Dont je luy voulois bien dire le mesmes que j'avois
respondu  iceulx seigneurs de son dict conseil, que, au nom de Vostre
dicte Majest, je la remercyois grandement de sa bonne intention et
que j'avois desj miz peyne de vous faire cognoistre que,  la vrit,
elle la vous portoit bonne et droicte, comme aussi vous luy en
rserviez et luy en rendiez une toute pareille de vostre part, et
qu'en cella avoit elle monstr une royalle correspondance de vraye
Royne avecques ung grand Roy; comme eulx, de leur cost, monstroient
celle qu'ilz avoient de subjectz  subjectz, laquelle ne luy debvoit
aulcunement playre; et que  elle touchoit de ne faire ny souffrir
estre faict par ses dicts subjectz, pour quel prtexte que ce ft,
aulcune entreprinse en France, sinon, ainsy que Vostre Majest l'en
requerroit; car, de tant que c'estoit vous deux qui aviez contract
paix, et l'aviez pour vous et les vostres jure l'ung  l'aultre, elle
pouvoit bien penser qu'elle seroit toutjour tenue de tout ce que, au
prjudice d'icelle, ses subjectz entreprendroient; et qu'elle cret
hardyment, s'ilz descendoient en armes en France, qu'ilz vous y
trouveroient tout arm avec bon nombre de Franoys, que vous aviez
desj miz aulx champs contre les reytres; et seriez prest d'y en
mettre encores ung aultre bon nombre de toutz frais contre eulx, avec
grand occasion de poursuyvre quelque foys, par aprs, contre elle et
contre son royaulme le juste rescentiment  quoy ilz vous auroient
provoqu: dont, puisque Dieu l'avoit desj meue  ne leur laysser sur
ung tant inique fondement bastir une trs injuste guerre, qui ne luy
pouvoit estre ny utille ny honnorable, je la suplioys qu'elle leur
vollt si bien interrompre leurs dellibrations, que vous n'en
puyssiez estre aulcunement offanc, ny elle dsobye.

A cella la dicte Dame, monstrant ne prendre que de bonne part ma
remonstrance, m'a respondu qu'il estoit vray qu'ung bon nombre de ses
subjectz, avec aulcuns principaulx du royaulme, s'estoient rsoluz et
aprestez d'aller trouver monsieur l'Admyral, et que celluy qui premier
luy avoit parl de l'entreprinse, estimant qu'elle l'auroit fort
agrable, avoit espr d'en raporter ung bon prsent, mais qu'elle
vouldroit de bon cueur que je sceusse ce qu'elle luy en avoit
respondu, et comme elle avoit griefvement reprins leur folle
dellibration, me priant de croyre qu'elle ne randroit la parolle,
qu'elle m'avoit donne l dessus, ny faulce ny mensongire; bien
estoit vray qu'il y en avoit aulcuns qui estoient poussez d'une si
forte conscience qu'on ne les pouvoit arrester.

Je luy ay dict, et l'ay dict despuys bien expressment aux seigneurs
de son conseil, qu'elle et eulx vous auroient  respondre de tout le
mal qui vous viendroit de ce royaulme, ou bien vous monstrer ceulx qui
le vous auroient procur, et que eulx mesmes seroient contrainctz de
vous en faire la justice, lesquelz se pourroient asseurer d'avoir ung
grand Roy  partie, qui ne se contanteroit jamais qu'il n'en vt une
exemplaire punition. Aprs, j'ay parl  la dicte Dame du retour de sa
flotte de la Rochelle, et qu'encor qu'il vous eust faict bien mal de
veoir mener un tel traffic avec ceulx que vous teniez meintennant pour
grandz ennemys, nantmoins, parce qu'elle m'avoit pri vous assurer
qu'il n'y alloit rien de quoy vous peussiez estre offanc ny eulx
secouruz, vous aviez miz ordre qu'il ne leur ft,  l'aller ny au
retour, faict aulcune dmonstration d'hostillit en toute la coste de
dell; dont aulcuns de ceulx, qui en estoient revenuz, se louoient
d'avoir, partout o ilz avoient vollu descendre, est bien receuz en
amys.

Elle m'a respondu, avecques srement sur son Dieu, qu'elle ne savoit
qu'on eust aport en la dicte flotte aulcune chose qui vous det
offancer, et que ceulx de la Rochelle ne se pouvoient vanter d'avoir
eu de son argent, ny de ses monitions, ny de ses vivres, sinon qu'ilz
les eussent prins sur la parolle de Hlie dans la bouteille de la
veufve de Sareptha[8], car elle ne se trouvoit avoir rien [de] moins
dans sa bource, pour ce qu'ilz disoient en avoir tir; et que ceulx,
qui avoient advanc leurs deniers en ce march de la Rochelle, se
malcontantoient bien fort pour ne leur avoir est forny,  moicti
prez, le nombre de sel et vins qu'on leur avoit promiz; mesmes l'on
avoit vollu vandre le tout  d'aultres, de sorte qu'elle avoit est
contraincte d'en escripre  monsieur l'Admyral; dont,  ceste heure,
quant elle les voyoit entrer en plainctes, elle se prenoit  rire de
la grand confiance qu'ilz avoient heue aulx parolles de ceulx l.

  [8] Allusion  ce que les Saintes critures rapportent du
  prophte lie, que s'tant rendu par l'ordre de Dieu  Sarepta,
  ville de la Phnicie, dans un temps de disette, il y trouva une
  pauvre veuve  laquelle il demanda le reste du peu de provision
  qu'elle avait en farine et en huile, lui disant:--La farine qui
  est dans le pot ne manquera point, et l'huile qui est dans le
  vase ne diminuera point jusqu'au jour auquel le Seigneur doit
  faire tomber la pluie sur la terre.--Cette femme s'en alla donc
  et fit ce qu'lie lui avait dit. lie mangea et elle aussi, avec
  sa maison; et depuis ce jour l,--la farine du pot ne manqua
  point et l'huile du vase ne diminua point, selon que le Seigneur
  l'avait prdit par lie.--3e liv. _des Rois_, ch. 17, v. 9  16.

Despuys, Sire, l'on m'a asseur que le ser Henry Chambernant et
aultres, sur le cong qu'ilz pourchassoient de passer en France, en
ont est du tout dbouttez, et qu'on a dpesch nouvelles commissions
contre les pirates; tant y a que ceulx de la nouvelle religion ne
cessent pour cella de se pourvoir, et de prparer secrectement tout le
secours qu'ilz peuvent pour ceulx de leur party. Mesmes j'entendz que,
pendant que ceste flotte a sjourn  la Rochelle, il y est arriv
deux ourques, de Dasque et de Hembourg, charges de monitions de
guerre, oultre ce que le conseiller Cavaignes y a envoy d'icy. Et
toutjour continue l'on l'aprest des grandz navyres de guerre de ceste
Royne; mesmes aulcuns principaulx seigneurs de ce conseil les sont
allez visiter ceste sepmaine, pour haster la besoigne, ce qui me faict
toutjour doubter de quelque entreprinse; et, si la guerre de Guyenne
s'aproche en ce quartier, ou que l'arme [du duc] de Cazimir y
descende, je ne fays doubte qu'ilz ne se jectent incontinent en mer,
avec tout cest quipage de navyres, pour les favoriser. Ilz hastent le
plus qu'ilz peuvent le secours d'Irlande, duquel ilz feront bientost
l'embarquement.

L'on est aprs, touchant les diffrandz de Flandres, de veoir avec
monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et avec aulcuns merchans gnevoys et
espaignolz, qui sont icy, s'il se pourra moyenner aulcun bon accord
sur l'intrest des particuliers; et puys le dict ambassadeur
pourchassera audience de ceste Royne pour tretter de celluy du Roy
Catholique, son Maistre.

Il ne se faict, en aparance, aulcune sollicitation pour la Royne
d'Escoce, atandant le retour du Sr. Bourtic, son escuyer, qui est all
en France, et la venue des dputez de son pays; mais les affaires ne
layssent de s'advancer beaulcoup soubz main par une certaine voye, qui
fera,  mon adviz, ruscir ce qu'elle prtend; et, en cest endroict,
etc.

    De Londres ce XIXe de juillet 1569.


Sellon aulcun propos, que le conseiller Cavaignes a tenu  des
principaulx seigneurs de ce conseil, il semble que la Royne de Navarre
ayt envoy ses bagues par de pour emprumpter de l'argent dessus;
dont ne fault doubter qu'elle n'y recouvre quelque bonne somme. Les
Srs. Du Doict et de Sainct Symon, qui sont pour la seconde foys
arrivez naguires de la Rochelle, sollicitent leur dpesche pour s'y
en retorner; et me vient on d'advertyr que le susdict Chambrenant
s'apreste, de luy mesmes et sans cong, d'y aller avecques eulx,
puysque la Royne, sa Mestresse, le luy a reffuz et d'y mener ceulx
qui volontairement l'y vouldront suyvre.


    A LA ROYNE.

Madame, l'occasion de ceste dpesche, comme de plusieurs aultres
prcdantes, est pour advertyr Voz Majestez de l'altration et
changement qu'on voyt, quasi toutz les jours, advenir ez choses de
de, esquelles l'on ne suyt guyres le mesmes reiglement qu'on leur
ordonne dans le conseil; ains, hors de l, soubz main elles sont par
aulcuns, qui n'ont bonne affection, ausquelz ne deffault ny moyen, ny
authorit dans ce royaulme, incontinent achemines au rebours, de
sorte que les bien affectionnez n'en sentent que le vent; ou bien,
quand ilz s'en aperoyvent, c'est lorsqu'elles sont desj si
advances, avec la colleur du proffict et advantaige de la dicte Dame
et de son royaulme, qu'ilz ne les peuvent plus ny les ozent arrester
ny contradire. Par ainsy, j'estime estre fort requiz que Voz Majestez
soyent souvant advertyes commant le tout y passe. Or, ce que j'en
escriptz prsentement en la lettre du Roy monstre qu'il ne se pourroit
desirer de la dicte Dame aulcunes meilleures parolles, ny promesses,
ny aulcunes meilleures dmonstrations de paix, que celles qu'elle me
donne, et que je les trouve ordinairement telles en elle et en aulcuns
principaulx de son conseil; mais leurs aprestz, et aulcuns secretz
adviz qui me viennent de leurs dellibrations, me mettent nantmoins
en doubte d'une guerre; et ne fays doubte, si celle qui est en Guyenne
s'aproche vers la mer de de, ou que le duc de Cazimir avec son arme
y descende, qu'il ne se manifeste lors quelque entreprinse trame de
long temps entre eulx, ou bien qu'ilz s'eschauferont d'en tenter
quelcune nouvelle d'eulx mesmes, laquelle les gens de bien n'ozeront
bonnement empescher; ains, pour la peur des mauvais qui seront lors
insolans, ilz feront semblant de la trouver bonne.

A quoy, Madame, puysqu'il y a encores du temps et que leur soubdainet
ne pourra, comme j'espre, prvenir la dilligence dont j'useray
toutjour  vous advertir, je m'asseure que vous pourvoirrez si 
propos  la seurt de la frontire, qui regarde ce royaulme, qu'on ne
pourra gaigner que honte et dommaige d'y entreprendre quelque chose.

Monsieur le vydame de Chartres s'estant miz plus avant dans le pays,
comme ceste Royne le luy avoit faict commander, est enfin venu loger
aulx faulxbourgs de ceste ville, et, dimenche dernier, il soupa avec
ces seigneurs du conseil en la mayson du duc de Norfolc. Hier, il fut
faire la rvrance  la dicte Dame  Grenuich. Je ne say encores s'il
mettra en avant quelques pratiques avecques elle. Monsieur le cardinal
de Chastillon ne l'a veue despuys le commancement de may; possible
qu'il la viendra trouver  Richemont qui n'est guires loing de Chin,
o il est log: auquel lieu elle va jeudy prochain pour y demeurer
cinq ou six jours, et puys, elle s'acheminera  son progrez qu'on
continue dire qui sera sans doubte vers l'Isle d'Ouyc.

Je vous requiers toutjour, Madame, de donner quelque satisfaction  la
dicte Dame tant sur les saysies de Roan et de Calais que envers son
ambassadeur; car voz bons dportemens envers elle m'aydent grandement
 renverser les conseilz de ceulx qui l'instiguent  vous nuyre. Sur
ce, etc.

    De Londres ce XIXe de juillet 1569.




XLVIIIe DPESCHE

--du XXVIIe jour de juillet 1569.--

(_Envoye par le Sr. de Vassal jusques  la Court._)

  Ngociation des envoys de la Rochelle pour obtenir un emprunt
    sur les joyaux de la reine de Navarre et la signature des
    principaux chefs protestants.--Continuation des prparatifs de
    guerre en Angleterre, o l'on tient une flotte arme toute
    prte  mettre  la voile.--Plaintes du traitement fait en
    France  l'ambassadeur Norrys au sujet de l'exercice de sa
    religion.--Menace d'user de reprsailles  Londres contre
    l'ambassadeur de France.--Dclaration du roi touchant la
    restitution des biens saisis  Rouen sur les Anglais.--_Mmoire
    gnral_ sur les affaires de France et d'Angleterre.--Efforts
    de la reine pour anantir entirement le catholicisme dans ses
    tats.--Divisions en Angleterre.--Violent dsir qu'a la reine
    de recouvrer Calais.--Discussion entre sir Ccil et
    l'ambassadeur sur l'existence de la ligue forme par les
    princes catholiques.--Disposition des seigneurs anglais 
    entreprendre la guerre.--Craintes srieuses que doivent faire
    natre l'expdition projete par le duc Casimir, et les apprts
    qui se continuent  Londres sans relche.--Ncessit pour le
    roi de donner satisfaction  lisabeth sur la restitution des
    prises, et d'viter toute occasion de rupture ouverte.--Succs
    des rebelles en Irlande.--Rconciliation de l'ambassadeur
    d'Espagne avec la reine, qui a enfin ordonn sa mise en
    libert.--Conditions de l'accord propos pour terminer les
    diffrends des Pays-Bas.--Les affaires d'cosse demeurent
    toujours en suspens.--_Mmoire secret_ sur divers projets de
    mariage d'lisabeth, notamment avec le duc
    d'Anjou.--Conversation entre la reine et l'ambassadeur sur ces
    mariages.--_Autre mmoire secret._--Opinion de l'ambassadeur
    qu'lisabeth ne se mariera jamais.--Raisons sur lesquelles
    cette opinion est fonde.--Dtails sur la vie prive de la
    reine.--Familiarits entre elle et le comte de
    Leicester.--Reprsentations du duc de Norfolc  ce
    sujet.--Dclaration de la reine, qu'elle ne veut pas pouser le
    comte de Leicester.--Quels sont les divers aspirants au trne
    d'Angleterre comme prsomptifs hritiers d'lisabeth?--Les
    droits de Marie Stuart sont soutenus par toute la
    noblesse.--Remontrances du comte de Leicester  lisabeth sur
    la conduite qu'elle doit tenir  l'gard de Marie Stuart.--Il
    insiste vivement pour qu'elle soit rtablie en
    cosse.--Dclaration d'lisabeth qu'il importe  sa sret de
    retenir Marie prisonnire.--Projet de mariage du duc de Norfolc
    avec Marie Stuart.--Dtails sur les consquences importantes
    d'un pareil vnement qui assurerait le rtablissement de la
    reine d'cosse.


    AU ROY.

Sire, ce que les Srs. Du Doict et de Sainct Symon, estantz pour la
seconde foys envoyez de la Rochelle devers la Royne d'Angleterre, ont
principallement ngoci avecques elle et avecques les seigneurs de son
conseil, est de pouvoir trouver icy deux centz mille escuz par
emprunct sur les bagues de la Royne de Navarre et sur les obligations
et promesses qu'ilz ont portes, par escript, d'elle et des
principaulx de leur camp, avec fidjussion personnelle, de Mr. le
cardinal de Chastillon et de Mr. le vydame de Chartres, de ne partir
de ce royaulme sans les avoir faictz entirement payer et rembourcer.
A quoy, encor que la dicte Dame et iceulx seigneurs ne se soyent
advancez de leur rien offrir de leur part, il semble nantmoins qu'ilz
leur ayent permiz de pouvoir engaiger  d'aultres en ce royaume les
dictes bagues pour vingt cinq ou trente mille livres esterlin, qui est
cent mille escuz, et est l'on aprs  recercher secrtement les
meilleures bources de Londres pour les fornir, avec offre de grandz
intretz. Je suys aprs  y donner tout l'empeschement que je porray,
mais je sentz bien qu'ilz recouvreront la dicte somme, ou la plus
grand part d'icelle, quant ce ne sera que de ceulx de leur religion et
de ceulx qui ceste anne ont butin les prinses et pilleries de la
mer. Le dict Sainct Symon s'en est desj retourn avec quelque
responce, mais le dict Sr. Du Doict est demeur pour attandre les
deniers, lesquelz il presse estre forniz bientost, affin de les avoir
conduictz en leur camp  la St. Michel.

Et cependant, j'entendz qu'il faict quiper en guerre une de ses
grandes ourques, qui ont est prinses ceste anne sur les Flamans,
comme l'on a commanc, plus d'ung moys a, d'en armer encores aultres
quatre dans ceste rivire, ainsy que je l'ay desj escript; mais par
nulle dilligence, que j'aye sceu faire, je n'ay peu encores descouvrir
pour quelle entreprinse c'est; car, ayant faict pratiquer, et mesmes
par argent, aulcuns de ceulx qui sont arrestez pour aller aus dictes
ourques, ilz ont jur ne savoir o, ny quant, ny  quoy tend leur
voyage. Et parce que les dictes ourques ne sont propres pour la
guerre, ny pour aller courir  la mer d'Olande et Zlande, comme
aulcuns disoient que ceulx qui y sont desj au nom du comte Ludovic de
Nasseau les y attendoient; ains sont vaysseaulx lourdz et poysantz, et
nantmoins capables pour porter grand nombre d'hommes et de monitions
et vivres en quelque lieu, je me crains toutjour de quelque
entreprinse sur la coste de dell. Et certes, Sire, de ce qu'on veoyt
ceulx de la Rochelle tenir meintennant la campaigne au millieu de
vostre royaulme, estantz ainsy renforcez de l'arme du duc de Deux
Pontz; et qu'il se dresse par les princes protestans encores ung
aultre secours en leur faveur; et que les aultres princes catholiques,
se contentans d'exempter eulx et leurs estatz du dangier de ceste
guerre, layssent aysement courir tout le hazard et fondre tout
l'orage sur vous et sur vostre royaulme, ceulx ci s'anyment et prnent
plus de cueur de renouveller leurs prtentions en France, estimans
que trs oportunement, et sans dangier, ilz les peuvent meintennant
pourchasser. Et ceulx mesmes qui du commancement allgoient  ceste
Royne qu'il luy estoit besoing de tenir ung armement prest pour
d'aultres fins, semblent monstrer meintennant qu'elle le doibt
employer  ceste cy, et qu'il y a de quoy se prvalloir si grandement
de noz prsentes adversitez, pour elle et pour son royaulme, que les
gens de bien, qui aulcunement en dtestent dans leur cueur les
dellibrations, ne les ozent pour ceste occasion bonnement contradire;
et je crains bien fort que la bride qui a vallu jusques icy  arrester
ces plus boillans, ne soit asss forte pour les retenir davantaige, si
ces troubles vont guires plus avant, bien que je ne deffauldray de la
leur faire tenir la plus ferme et roide qu'il me sera possible, et de
prvenir au moins leur dilligence par celle que je mettray  vous
advertir, soigneusement et souvant, de ce que je leur verray faire;
qui ont, Sire, desj tant advanc leur armement, sellon le raport que
m'en vient de faire ung, qui est tout  ceste heure arriv de Gelingan
o je l'avois exprs envoy, qu'ilz l'ont rendu prest  le mettre  la
voyle et ne reste rien plus aulx douze grandz navyres de guerre de
ceste Royne, que les fornir d'hommes et de vivres; mais je n'ay adviz
que pour telle forniture il y ayt encores aulcune commission
dpesche.

Je verray ceste Royne et ses seigneurs avant qu'ilz s'esloignent 
leur progrez, et, sur l'occasion des lettres qu'il vous a pleu
m'escripre, du IXe du pass, o il y a bonne et asss ample matire de
les entretenir, je leur remonstreray fermement les choses qui
conviennent  la paix, et celles qui la pourraient rompre, et les
confirmeray, aultant qu'il me sera possible,  la debvoir bien
entretenir; ne voulant obmettre, Sire, une bien fort grande pleincte
que la dicte Dame mesmes, en ma dernire audience, et iceulx seigneurs
m'ont faicte, et laquelle ilz prnent fort  cueur, de la violence
dont ceulx de Paris ont us contre Mr. Norrys, leur ambassadeur,
[jusques]  luy avoir rompu l'accoustume franchise de son logis, o
estoit madame sa femme et ses enfans, pour les recercher sur
l'exercisse de leur religion; et de ce, aussi, qu'on parle au dict
ambassadeur en termes si deffians d'elle et de toutz les Anglois,
comme les rputans ennemys, qu'ung des plus grandz de ceste court m'a
despuys envoy dire, avec grand affection, que cella estoit suffizant
pour faire passer sa Mestresse  une dclaration de guerre, et qu'on
monstroit bien en France par le mauvais trettement, qu'on faisoit 
leur ambassadeur, qu'on ne se soucyoit guires que je fusse icy ny
bien veu ny bien trett, et que je fusse de mesmes empesch en
l'exercisse de ma religion; ce que ne pouvant croyre procder
aulcunement de Voz Majestez Trs Chrestiennes, m'advertissoit estre
besoing vous escripre dilligentment d'y vouloir remdier. Et, par ce
que j'ay baill ample mmoire et instruction de toutes choses  ce
gentilhomme des miens, le Sr. de Vassal, et l'ay exprs dpesch pour
vous en aller donner bon compte, je vous suplieray seulement de luy
donner entire foy; et prieray, pour le surplus, Nostre Seigneur, etc.

    De Londres ce XXVIIe de juillet 1569.


Ainsy que je signoys la prsente, est arriv celle qu'il a pleu 
Vostre Majest m'escripre, du VIIIe du prsent, avec la relacion des
choses advenues au sige de la Charit, desquelles j'informeray mieulx
au vray ceste Royne et les siens, qu'il semble qu'ilz ne l'ont est
par les premires nouvelles qu'on leur en a escriptes, et suys trs
ayse des aultres honnestes et gracieulx termes de la dicte lettre, qui
viennent bien fort  propos.


    A LA ROYNE.

Madame, j'ay miz peyne de faire, jour par jour, entendre  Voz
Majestez l'estat des choses de de, et les vous ay quelque foys
mandes diverses, sellon que diversement je les ay veues advenir, et
nantmoins toutjour telles que vous en avez peu clairement juger le
mesmes succez, qui, despuys jusques  ceste heure, s'en est ensuyvy;
meintennent, Madame, vous entendrez  quoy elles s'acheminent, et
cognoistrez par ce que j'en escriptz au Roy et par le mmoire que j'ay
baill au Sr. de Vassal, prsent porteur, et par ce que je luy ay
donn charge de vous en dire, qu'elles sont en ung poinct o il ne
nous fault estre ny endormiz ny paresseux. Je ne deffauldray envers
ceste Royne et ces seigneurs de toutz les offices, sollicitations et
remonstrances, qui sont ncessaires  la paix, et, pour cest effect,
je verray la dicte Dame et eulx encores une foys, avant qu'ilz
s'esloignent  leurs progrez; et, avec le contenu de voz lettres, du
IXe du prsent, qui m'aydera beaulcoup de l'entretenir sur voz
nouvelles et sur la restitution des biens de ses subjectz  Roan, je
tretteray des aultres matires qui me tiennent en doubte d'elle, et
mtray peyne de descouvrir ce qu'elle en a en son intention, sans
obmettre de luy toucher ung mot de ce que me mandez de son
ambassadeur, pour lequel elle s'est advance de me faire la pleincte
que verrez en la lettre du Roy; et je vous suplie trs humblement,
Madame, que, pour l'honneur de sa Mestresse et pour servir au temps,
il vous playse uzer et faire user si dignement envers luy qu'il n'ayt
aulcune juste occasion de se plaindre, voulant hardyment sa dicte
Mestresse qu'il vous rande entier compte de ses actions, et que vous
les veuillez entendre de luy mesmes, sans adjouxter foy  ce qu'on
vous en pourra raporter; car elle m'a asseur luy avoir fort
expressment command de dposer toute affection qu'il pourroit avoir
 ceulx de sa religion, pour faire nettement sa charge; et qu'elle
entend qu'il ayt  la vous randre bien agrable et non aulcunement
suspecte.

Je suys bien ayse de pouvoir monstrer  la dicte Dame la dclaration,
que le Roy m'a envoye touchant la restitution des biens des Anglois 
Roan, car desj elle s'estoit deux foys prinse bien aigrement  moy de
ce que je l'avois haste d'envoyer ses dputez par dell, lesquelz
mandoient qu'ilz n'y avoient est ny bien receuz, ny bien responduz;
et je craignois que sur noz difficultez elle s'accommodt plus
facilement avec aultruy, pour tant plus convertir ses entreprinses 
nostre dommaige; mais elle verra par la dicte dclaration la franchize
et intgrit, dont Voz Majestez uzent envers elle, et au moins aurez
vous d'aultant constitu vostre cause en bonne foy et quit, et Dieu
renversera le tort et injustice qu'on vous y vouldra faire; vous
supliant au reste, Madame, ouyr et croyre ce que le dict Sr. de Vassal
vous dira de ma part, et je prieray dvottement le Crateur, etc.

    De Londres ce XXVIIe de juillet 1569.


  MMOIRE AU SR. DE VASSAL de ce qu'il dira de ma part, oultre le
    contenu de la dpesche,  Leurs Majestez;

Qu'on pourvoit icy ez ordonnances de la justice et des armes, et en
tout aultre rglement du pays, que rien ne s'y face au dsadvantaige
de ceulx de la nouvelle religion, ains les ministres et vesques
tiennent fermement la main, avec l'assistance d'aulcuns d'auprs de
ceste Royne, que les dterminations du conseil aillent toutjour  leur
proffict et faveur.

Dont, puys naguires, s'est ensuyvy le commandement qu'on a faict aulx
officiers de ceste Royne et toutz aultres, qui sont  ses gaiges et 
son privilige, de se rconsilier aulx vesques, et de recognoistre et
advouer la dicte Dame pour suprme chef de l'glize de ce royaulme, et
luy en prester le srement;

Avec grand aguet que nul soit miz en charge, ny commis au gouvernement
des provinces, portz et places, ny soit estably capitaine aulx leves,
monstres et descriptions d'hommes et d'armes qui se font, qui ne soit
de la dicte religion.

Vray est que faisant naguires telle diffrance de personnes, l'on a
senty qu'il y avoit, dans l'opinion du monde, de la contradiction et
anymosit grande, dont la susdicte ordonnance de recognoistre la dicte
Dame pour suprme chef de l'esglize n'a pass en avant.

Et, encores despuys deux mois, ayant est non seulement permiz mais
expressment command par toutes les provinces, de se pourvoir
d'armes, nommement de haquebutes, et de s'exercer  icelles, l'on
va,  ceste heure, ez lieux plus suspectz, par ce que les catholiques
s'y pourvoyoient et s'exeroient plus curieusement que les aultres,
retirant peu  peu les dictes armes des mains du peuple, pour les
mettre soubz la garde des officiers, qui sont toutz, comme dict est,
de la nouvelle religion.

Ainsy se manifeste la division dans ce royaulme, laquelle se norryt et
prend, chacun jour, acroissement par la mene de ceulx qui aspirent au
gouvernement des affaires, et par ceulx qui prtendent  la succession
de ceste coronne, lesquelz commancent desj, tout  descouver,
pratiquer leurs partizans; et pareillement pour la contradiction qui
se veoyt  conseiller d'un cost, et dissuader de l'aultre, l'accord
des diffrantz des Pays Bas; et surtout pour le manifeste support
qu'aulcuns font aulx affaires de la Royne d'Escoce contre d'aultres,
qui fermement s'y opposent;

Entreprenans, les ungs et les aultres, de tant plus ouvertement
poursuyvre leurs menes, que chacun party a plusieurs argumens pour
soubstenir et dbattre ce que plus il prtend, et plusieurs sans
dangier ozent bien se dclairer pour la cause qu'ilz estiment la
meilleure.

Les seulz affaires qui concernent meintenent la France, qui sont deux
principallement, demeurent sans deffaveur, parce qu'en l'ung, lequel
est de la religion, l'on est contrainct de suyvre les dcretz et
ordonnances de certain parlement, cy devant tenu en ce royaulme contre
la religion catholique,  laquelle encor que plusieurs en leur ceur
portent toute faveur, ilz ne s'ozent nantmoins monstrer adversaires
de la nouvelle.

Et au segond affaire, lequel est de Callais, toutz, d'ung mesme
vouloir et d'une mesme opinion, concourent  ce qui met en avant pour
le recouvrer, et semble que ceulx, qui ont maulvaise intention,
bastissent sur ce dernier prtexte des entreprinses pour le premier,
et font  cest effect dresser les apareilz que nous voyons, lesquelz
sont en l'estat que j'ay cy devant escript.

Je travailleray bien, aultant qu'il me sera possible, d'interrompre et
divertir leurs menes par toutz les meilleurs moyens, que j'estimeray
y pouvoir servir, ainsy que, ez trois ou quatre dernires audiences,
je n'ay obmiz de remonstrer  ceste Royne par propos nullement
recerchez, ains sur la suyte des siens, bien vifvement le bien de la
paix, et le mal et ruyne qui luy adviendroit de la rompre, et qu'elle
se pouvoit plus prvaloir de la prsente amyti du Roy, qu'elle ne
fera de proffict d'une guerre incertaine et trop dobteuse, si elle le
provoque  estre son ennemy; et luy ay admen toutz les argumens que
j'ay peu pour luy oster l'opinion de la ligue, qu'on luy faict acroyre
des catholiques; mais encor qu'elle se laysse quelque foys bien
disposer, je cognois nantmoins qu'aprs qu'elle a confr mes propoz
avec aulcuns, qui sont auprs d'elle, ilz luy reprsentent tant de
dangiers, et luy admnent tant de persuasions au contraire, que bien
souvant ilz la divertissent.

Naguires, au partir d'elle, m'estant arrest en la salle de prsence
avec les seigneurs de son conseil, pour aulcuns affaires des merchantz
franoys, Me. Cecille, parmy les aultres, me dict tout hault que
j'avois prins grand peyne de vouloir monstrer  la Royne, sa
Mestresse, qu'il n'y avoit poinct de ligue entre les catholiques, qui
estoit trop notoire qu'elle estoit faicte et jure, et encor que le
Roy ft meintenent seul en campaigne, les aultres princes nantmoins
concouroient d'intelligence avec luy, et le Pape et le Roy d'Espaigne
y avoient leur exprs secours, et que,  ce que j'avois remonstr que
le dict secours n'arguoit rien de la dicte ligue, pour ce que, si elle
estoit, les dictz princes auroient desj armes en leur nom aulx
champs;

Qu'on savoit bien, quant au Pape, qu'il y avoit miz tout ce qu'il
pouvoit, car ses moyens n'estoient pas grandz; que l'Empereur n'avoit
grand pouvoir en Allemaigne pour arrester les reytres, comme je disois
qu'il eust faict, si la dicte ligue eust est faicte; ains estoit
l'authorit ez mains des princes de l'empire, lesquelz il ne pouvoit
empescher qu'ilz ne missent hors du pays aultant de gens de guerre,
comme ilz en vouldroient tirer pour la deffance de leur religion; et
que le Roy Catholique ne pouvoit,  cause des Mores, envoyer plus de
forces d'Espaigne que celles qui en estoient desj dehors, ni le duc
d'Alve n'ozeroit mettre ensemble tant d'Allemans et de Flamans qu'ilz
se trouvassent plus fortz que les Espaignolz, car ne s'y vouloit fyer;
et de sortir avec les dictz Espaignolz hors du pays, il craignoit trop
une rvolte qui l'empescht d'y rentrer; et par ainsy que, y dominant,
 ce qu'il disoit, en tyran, il estoit contrainct d'y demeurer assidu
 le garder. Par ainsy, les aultres princes, par l'aparance d'ung
petit secours, faisoient au Roy seul soubstenir toute ceste guerre.

Je luy ay respondu qu'on ne debvoit estimer le Roy si mal conseill,
s'il y avoit ligue, qu'il vollt prandre sur luy tout le hazard et
toute la charge d'icelle, pendant que les aultres demeureroient
asseurez dans leurs estatz  juger des coups; et qu'il estoit trs
certain que le Roy ne prtendoit, par les armes qu'il avoit
meintennant en la main, que de recouvrer l'obyssance de ses subjectz,
et que ce qui sembloit le monstrer tant adversaire de la nouvelle
religion estoit parce qu'il ne voyoit point d'aultres, qui luy
menassent la guerre, ny qui s'oposassent  ses desirs et intentions en
son royaulme, ny qui missent son authorit en dbat, que ceulx de la
dicte religion.

A cella il m'a aigrement rpliqu que, si le Roy n'estoit droictement
arm contre leur religion, laquelle il voyoit bien que beaulcoup de
princes, de peuples et de nations, qui l'avoient desj receue, se
mettoient en avant pour la soubstenir, et qu'il ne sercht, comme je
disois, que le droict de son authorit, pour quoy reffuzoit il donques
les honnestes et advantaigeuses propositions de paix, que la Royne, sa
Mestresse, et les princes d'Allemaigne luy avoient mises en avant, ou
pourquoy ne faisoit il cognoistre que les aultres se plaignoient 
tort; car toutz les gens de bien du monde concourroient en sa faveur,
et  luy offrir secours et assistance contre ceulx qui n'auraient
aultre tiltre que de rebelles?

Je luy ay respondu qu'il n'estoit raysonnable que telle proposition de
paix vnt d'ailleurs que de l'humble suplication et parfaicte
obyssance des subjectz; car aultrement elle seroit honteuse au Roy,
mais, s'ilz commanoyent par l, ne failloit doubter que le Roy ne se
portt envers eulx comme prince clment et bnigne; et que le dict
secrtaire Cecille le debvoit remonstrer  Mr. le cardinal de
Chastillon,  qui il parloit souvant, affin qu'il plyt son frre  ce
debvoir: car, si sellon icelluy il ne posoit avec humilit les armes
soubz la confiance du Roy, il failloit ou que les huguenotz eussent le
dessus des Roys, ou que les Roys vinssent  boult des hugnenotz, et
que les ungs fussent la ruyne des aultres.

L s'eslargirent trois ou quatre d'entre eulx en beaulcoup de grandz
propos, qui monstroient ne tenir  eulx qu'on n'entreprnt tout
promptement ung voyage en France, et de tant qu'ilz ne se pouvoient
tenir de blasmer le temporisement qu'on en faisoit, ilz donnoient 
cognoistre qu'on temporisoit, et qu'on attendoit seulement l'occasion,
[ce qui] se descouvre asss par l'armement qu'ilz tiennent prest; et
je crains fort, si la guerre de Guyenne s'aproche vers la mer de de,
qu'ilz la facent lors paroistre, ou bien, si le duc de Cazimir descend
en Picardye, lequel de Cazimir l'on estime qu'il entreprendra ceste
guerre en son nom, mais qu'il la fera avec les deniers de ce royaulme.

Et semble que plusieurs, icy, ayent opinion que le dict duc de Cazimir
descendra au dict pays de Picardie, au moins fault il faire estat
qu'il marchera suyvant ce que ceste Royne naguires m'en a dict,
laquelle m'en a parl en certaine faon qu'elle a monstr le tenir
tout asseur. Et bien que despuys elle se soit rtracte, disant
qu'elle l'avoit seulement ouy dire, mais qu'elle m'en feroit bien tost
savoir la certitude, qui luy en seroit mande par les prochaines
lettres d'Allemaigne, le comte de Lestre m'a despuys mand que
Quillegrey avoit escript que le dict duc avoit quatre ou cinq mille
chevaulx et six mil lansquenetz toutz prestz; ne restoit plus que
quelque argent pour se mettre incontinent en campaigne.

Et je say, par adviz bien certain, qu'il a est escript au dict
Quillegrey, lequel sembloit estre en termes de s'en revenir, qu'il
n'ayt encores  bouger de Hembourg, et que, nonobstant les difficults
qui se sont jusques icy trouves sur la forniture des 40 mil livres
esterlin, vallans 133 mil escuz, qui debvoient estre miz en ses mains,
pour les bailler de dell, desquelz,  la vrit, l'on avoit trouv
moyen d'aulcunement rvoquer,  tout le moins retarder le payement,
qu'il sera donn ordre qu'il les aura du premier jour; et qu'aussitost
qu'il entendra que le dict duc de Cazimir marchera, qu'il ne faille de
l'aller trouver, et de l'accompaigner et suyvre nommement en son
voyage de France.

Laquelle intelligence de ceulx cy avec le dict duc de Cazimir me faict
doubter qu'ilz ayent ensemble project quelque entreprinse en mesmes
temps, et que ceulx cy tiennent prestz ces douze grandz navyres de
guerre et tout ce grand quipage, qui est retourn de la Rochelle,
pour l'excuter; car desj l'on parle de retourner  la mer, et
aulcuns pirates,  tiltre de merchans, s'y sont desj miz.

Mesmes, il m'est venu, despuys deux jours, ung advertissement de lieu
bien notable, lequel m'a est confirm, despuys une heure, par
l'ambassadeur d'Espaigne, comme l'on a escript  monsieur l'Admyral
qu'il face tout ce qu'il pourra pour conduyre son arme en Picardie ou
Normandie, et qu'il se trouvera douze ou quinze mil Angloys, prestz de
se mettre en mer pour le favoriser, et que cependant l'on luy
assemblera une bonne somme de deniers sur les bagues de la Royne de
Navarre.

Je ne say si, par l'entremise d'aulcuns seigneurs qui se monstrent
ennemys et contraires de telles entreprinses, lesquelz je ne fauldray
de bien employer, et par la survenue des affaires d'Irlande, et
qu'encores les diffrans des Pays Bas, ni ceulx d'Escoce, ne sont bien
accommodez, nous pourrons vitter une partie de cest orage, ou au
moins dclaration de guerre; tant y a que je desire qu'on contante
aulcunement la dicte Dame sur la dlivrance et restitution des biens
de ses subjectz, affin de nous constituer toutjours en meilleure
cause, et ne luy donner l'occasion  elle, par noz difficultez, de
s'accommoder plus facillement avec aultruy, pour tant plus convertir
ses entreprinses  nostre dommaige.

Elle est travaille,  la vrit, en Irlande par le frre du comte
d'Esmont, lequel comte estant dettenu en la Tour de Londres  la
poursuyte, comme on dict, du comte d'Ormont, milor Sideney, gouverneur
d'Irlande, a faict appeler son dict frre pardevant luy pour venir
respondre de certains excez, et l'a faict aussi convenir sur la
restitution d'aulcunes terres, que aulcuns Anglois aclament leur
apartenir par donnation des roys d'Angleterre, lorsqu'ilz conquirent
le pays, ayant est mand de les adjuger  la partie qui en exibera
meilleur tiltre, l o n'estant accoustum d'uzer au dict pays
d'aultres tiltres ny documens que de quelque preuve d'ancienne
possession par tesmoing, le dict frre n'a compareu  l'une ny
l'aultre assignation, dont voulant le gouverneur procder contre luy
comme rebelle, il s'est miz aulx champs; et le jeune frre du comte
d'Ormont s'est joinct avecques luy, ensemble Estuquetay, qui despuys a
est prins et admen en ceste ville; tant y a que le dict d'Esmont,
avec l'ayde de ceulx qui demandent la messe, est demeur maistre de la
campaigne et a prins deux fortz sur le gouverneur et va toutjour
gaignant pays.

Aussi s'entend que le Chef Onel a accord mariage avec la veufve ou
avec la fille de feu Jammes Maconel d'Escoce, et que mille ou douze
centz Escossoys saulvaiges, catholiques et bons soldatz, s'aprestent
de passer en Irlande, pour se trouver aulx nopces, ce qui met ceulx
cy en doubte qu'ilz y veulent attempter quelque chose.

Et faict ceste Royne dilligence d'envoyer promptement le secours de
trois mil hommes, que j'ay cy devant mand, avec bon nombre de toutes
monitions de guerre, et a l'on, ces jours passez, arrest par tout ce
royaulme les vagabondz et gens sans adveu, pour aussi les y envoyer,
dont l'on en a assembl ung bon nombre.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est meintennant sans gardes, et est
visit de ceulx qui ont affaire  luy, bien qu'il ne sorte encores de
son nouveau logis, a desj donn satisfaction de luy  ceste
princesse, ainsy qu'elle mesmes me l'a dict, c'est qu'il a excus
aulcunes siennes lettres, qui sembloient l'avoir offance, disant
qu'elles ont est prinses en aultre sens qu'il n'avoit onques entendu
les escripre, et que toutjour il avoit honnor la dicte Dame et desir
conserver la paix et amyti qu'elle a avecques le Roy, son Maistre, et
pareillement la dicte Dame l'a faict satisfaire  luy sur sa
dtention, et qu'elle ne l'avoit command, sinon pour la dmonstration
tant violante qu'avoit commence le duc d'Alve, comme s'il eust vollu
passer  une manifeste dclaration de guerre, et qu'il sembloit que le
tout ft procd du dict ambassadeur, mais puysque l'ung et l'aultre
monstroient,  ceste heure, qu'ilz n'avoient que toute bonne affection
 l'entretennement de la paix, elle vouloit bien donner  cognoistre
au dict ambassadeur que, y procdant ainsy sellon le debvoir de sa
charge, il ne recepvroit que toute faveur et gracieuset d'elle, ainsy
que, de ceste heure, elle le gratiffioit trs volontiers de sa
libert.

Et semble qu'il a est raport  la dicte Dame que le Roy d'Espaigne
a mand au duc d'Alve de ne prendre aulcune deffiance d'elle, ny
penser qu'elle luy veuille mouvoir guerre, parce qu'il ne pouvoit
croyre qu'elle ne se souvnt de l'obligation de la vie, qu'elle luy
debvoit, de la luy avoir saulve, lors qu' grand difficult, quant il
estoit en ce royaulme, il avoit interrompu et faict rvoquer le
jugement de mort, qui estoit desj tout conclud et arrest contre
elle[9].

  [9] A son arrive en Angleterre, au mois de juillet 1554,
  Philippe avait obtenu de la reine Marie, qu'il venait pouser, la
  grce d'lisabeth, retenue prisonnire par sa soeur depuis le 11
  mars, comme ayant tremp dans la conjuration de Thomas Wyatt, qui
  avait dj servi de prtexte  l'excution de Jeanne Gray.

La difficult de l'affaire des Pays Bas a tenu, jusques icy, 
certains poinctz, qui empeschoient bien fort l'accord;--premirement,
 l'offance que la dicte Dame sentoit, tant de ces lettres qui avoient
est escriptes d'elle, que de la saysie des biens et personnes de ses
subjectz en Envers, et de l'injure faicte  son ambassadeur en
Espaigne;--secondement,  l'opinion du secrtaire Cecille, lequel
ayant descouvert que le duc d'Alve et le dict ambassadeur menoient une
pratique pour le dbouter de son lieu, il s'esforceoit de disposer
contre eulx, en tout ce qu'il pouvoit, la volont de sa Maistresse et
les affaires de ce royaulme;--tiercement,  la restitution des
prinses; mais estant ce dernier en bonne voye de composition au grand
advantaige de ceulx qui possdent le butin, et le secrtaire Cecille
racoint au dict ambassadeur, facillement l'on est parvenu au premier
qui estoit d'adoulcir l'offance que sentoit la dicte Dame.

Or, les articles proposez l dessus par le Sr. Ridolphy, lesquelz j'ay
sommairement couchs en ung mmoire, que j'ay envoy le XXIe du
pass, ont est publicquement prsentez en ce conseil, et les
remonstrances du dict Cecille, lesquelles on disoit qui seroient fort
contraires  iceulx, ne tendent que  ce qui s'ensuyt:--premirement,
 debvoir commancer l'accord par eslire des arbitres sur la dicte
restitution,  ce qu'elle soit esgallement faicte et sans fraulde, et
que le priz des choses qui ne pourront estre restitues soit
raysonnablement faict;--segondement,  lever les gravesses, toles et
impostz miz en Envers sur les Anglois;--tiercement,  rformer aulcuns
chapitres des anciens trettez, jouxte ce qui en fut remonstr  la
dernire confrance de Bruges, en l'an 1561;--et, pour le quatriesme,
 rendre l'accoustume libert et privilige  l'ambassadeur de la
dicte Dame en Espaigne, et  son agent en Flandres, si elle se
dtermine d'y en envoyer;--lesquelles choses pourront bien, possible,
avant qu'elles soyent bien discutes, aporter quelque longueur, mais
non empescher la conclusion de l'accord.

Et j'entendz que desj un Sr. Thomas Fiesque, qui est naguires venu
de Flandres, et le Sr. Anthoine de Goaras, merchant espaignol, ont
charge, l'ung de composer de l'argent, et l'aultre des merchandises
qui ont est prinses aulx particulliers, de quoy semble qu'ilz feront
merveilleusement bonne et grasse la condition d'aulcuns seigneurs de
ceste court; et, quant  la restitution des choses advouhes par les
deux princes, et aussi touchant l'injure publique, dont l'ung et
l'aultre se plaignent, cella sera remiz aulx depputez qui n'y auront
grand peyne.

Les affaires de la Royne d'Escoce demeurent en suspens, attandant la
dclaration, que Monsieur, frre du Roy, envoyera sur la cession,
qu'on dict qu'elle luy a faicte du tiltre de ce royaulme, et atandant
aussi les depputez, que le comte de Mora doibt envoyer, lesquelz il
n'a peu encores dpescher pour estre occup ez parties du Nort, bien
qu'il s'entend que les comtes d'Arguil et de Honteley se soyent
accommodez avecques luy.

Et incontinent aprs le retour du dict Bourtic, et l'arrive des dictz
depputez, j'espre qu'on commancera de procder,  bon escient, au
restablissement et restitution de la dicte Dame,  quoy on a miz grand
peyne de bien disposer la Royne d'Angleterre; et semble que la
dilligence et vifve sollicitation, que les principaulx de ce royaulme
luy en font, l'ayent rduicte  n'y pouvoir plus contradire ny
dissimuler, et mesmes le secrtaire Cecille, qui sembloit y
contrarier, porte meintennant le faict, et est  esprer que non
seulement elle recouvrera son royaulme, mais qu'on l'asseurera du
tiltre et succession de cestuy cy aprs le dcs de sa cousine; et 
cella se dclairent les principaulx du pays, et y concourt la faveur
du peuple, et s'estime que la Royne mesmes d'Angleterre, encor qu'il
luy en face, possible, bien mal au cueur, n'entreprendra pourtant de
s'y opposer.


AULTRE MMOIRE AU DICT Sr. DE VASSAL.

Despuys deux moys, aulcuns seigneurs de ce conseil m'ont faict dire
que, se trouvant la Royne d'Angleterre presse par ses subjectz de
prandre aulcun bon ordre sur les diffrantz des Pays Bas et sur la
souspeon de guerre o l'on vivoit avecques la France et l'Espaigne,
et aussi sur les affaires de la Royne d'Escoce, pareillement 
dclairer son successeur et  restablir le commerce de la mer  ses
subjectz, finallement  rprimer ceste sublvation commance en
Irlande en dangier qu'elle la voye bien tost s'estendre plus avant si
elle ne pourvoit promptement  tout ce dessus;

La dicte Dame, pour aulcunement se dmesler de si grandes difficultez,
avoit pens qu'elle feroit mettre en avant aulcun propos de son
mariage avecques le Roy, ou bien avecques le Roy d'Espaigne, dont,
possible, j'en ouyrois bien tost parler, mais qu'il failloit que je
demeurasse tout adverty de n'en croyre rien, car ce n'estoit que pour
amuser le monde et gaigner le temps.

Et le XXVIIIe du pass, en une audience que je heuz de la dicte Dame,
sur la fin des propoz elle me demanda si les nouvelles qu'on disoit de
ces mariages du Roy avec la seconde de l'Empereur, et de l'ayne avec
le Roy d'Espaigne, estoient vritables;  quoy je rpondiz que je n'en
savois du tout rien, et qu'il ne m'en avoit est mand ung seul mot
de France;

Mais que, avant partir, j'avois bien sceu qu'il avoit est quelque
foys parl de l'ayne avec le Roy, et que mal aysement, s'il y avoit
miz affection, vouldroit il meintennant entendre  changer; mais que
j'estimois que l o il estoit  ceste heure, l'on y parloit bien
d'aultre matire que de nopces. Ce que je luy vouluz dire ainsy,
sentant la grande jalouzie qu'elle a, quant elle entend que leurs
Majestez Trs Chrestienne et Catholique s'allient ainsy plus
estroictement entre eulx.

Elle me rpliqua qu'on luy avoit dict que les choses en estoient si
avant qu'elles valloient aultant que faictes, adjouxtant que le Roy et
Monsieur estoient  ceste heure de taille et de force, et si
parfaictement sains et en bonne disposition, qu'il n'y avoit plus
dangier de les maryer, et que,  manyer armes et estre bien  cheval,
le Roy ressembloit desj le feu Roy, son pre, qui avoit est le plus
adroict prince de son temps, et Monsieur avoit chang ses coustumes de
court en aultres plus braves et difficiles entreprinses, qui faisoient
merveilleusement bien parler de luy.

Je miz peyne de confirmer son honneste discours le plus  la louange
de l'ung et de l'aultre, sellon la vrit, que je peuz, et aprs, elle
suyvit  me dire que premirement pour le Roy, et puys pour Monsieur
l'on avoit quelque foys miz en avant le party de la princesse de
Portugal, et qu'au regard de celluy l elle ne seroit encores estime
hors d'eage.

Je luy diz que ung chacun  la vrit s'esbahyssoit bien fort comme
elle faisoit tant de tort aulx grandes qualitez, que Dieu avoit miz en
elle, de beault, de savoir, de vertu et de grandeur d'estat, pour ne
vouloir laysser aulcune belle postrit aprs elle pour y succder;

Que nul ne debvoit pas trouver mauvais qu'elle y vollt bien penser,
puisque Dieu luy avoit donn de quoy pouvoir eslire: car n'y avoit
prince qui ne s'estimt bien heureux, si elle le vouloit choysir, et
que aussi croyois je,  la vrit, qu'il fauldroit qu'elle en vnt l
d'elle mesmes, parce que nul ne s'ingreroit dorsenavant de s'y
offrir, mais que je voulois bien dire qu' faire une bonne et droicte
eslection, je ne voyois qu'il y eust rien de meilleur, ny plus
desirable en toute la chrestient, pour les princesses  marier, que
ces trois princes de France, filz du Roy Henry, dont l'aisn estoit
trs digne Roy, vray successeur de son pre, le second tant royal en
toutes sortes qu'il ne luy failloit qu'une coronne, et le troisiesme
correspondroit sans doubte  ses deux aisnez.

Elle respondit que le Roy ne vouldroit poinct d'elle, et qu'il se
tiendroit tout honteux de monstrer,  une entre  Paris, une Royne
pour sa femme, qui part si vieille qu'elle feroit, et qu'elle
n'estoit plus en eage pour sortir de son pays, comme avoit faict la
Royne d'Escoce, quant on la porta bien jeune en France.

Je diz que, quant ung tel ou semblable mariage adviendroit, qu'il se
commanceroit la plus illustre ligne qui eust est, mille ans a, au
monde de l'extraction des deux plus nobles et plus anciennes coronnes
des chrestiens, et qu'il sembloit  son propoz qu'elle eust cy devant
accus les ans du Roy et que meintennant elle vollt accuser les
siens;

Mais ainsy qu'elle s'estoit bien conserve contre ses ans, de sorte
qu'ilz ne luy avoient rien emport de sa beault, ainsy le Roy et
Monsieur avoient si bien aproffit les leurs, qu'ilz avoient acquiz
beault, force et taille, telle qu'ilz estoient hommes toutz
parfaictz;

Et qu'il debvoit prandre envye  la dicte Dame de faire une entre 
Paris, car elle y seroit la plus honnore, et bien venue, et bnye, de
ce bon et grand peuple et de toute la noblesse de France, qu'en lieu
o elle pourroit aller en tout le reste du monde; et, s'il luy estoit
grief de passer la mer, possible, entreprendroit quelcun de faire ung
si heureux voyage par de qu'elle en auroit trs grand playsir et
contantement.

Je ne say, dict elle, si la Royne l'auroit agrable, car, possible,
veult elle une belle fille si jeune qu'elle la puysse dresser  son
playsir.--Je say, respondiz je, que la Royne est si bnigne, et
d'une si humaine et gracieuse conversation, que toutes deux n'auriez
rien plus agrable au monde que d'estre toutjour ensemble, et de
complaire l'une  l'aultre, tesmoing l'honneur et respect qu'elle a
toutjour port  la Royne d'Escoce et qu'elle luy porte encores.

Au partir de la dicte Dame, Me. Cecille me toucha ung mot des dictz
mariages, sur lesquelz tant pour monstrer aulcune bonne affection
envers la Royne, sa Mestresse, que pour ne luy laysser une opinion de
tant d'alliance et d'intelligence de nostre part avec le Roy
d'Espaigne, que cella la ft recourir  luy pour d'aultant se retirer
de nous;

Je luy esloigniz asss le party de la seconde de l'Empereur, et luy
diz que je voullois tretter avecques luy d'ung aultre mariage, qui
seroit le plus  propos du monde, pour l'establissement de ces deux
royaulmes et pour la paix universelle de la chrestient;

Et est attandant que nous en trettions ung jour privement ensemble,
dont plairra  la Royne me mander si ce sera sellon le propos, que Sa
Majest m'en tint  mon partement, en quoy luy plairra considrer cest
aultre discours qui s'en suyt.

TROISIME MMOIRE AU DICT Sr. DE VASSAL.

Les principaulx de ce royaulme tiennent pour rsolu que leur Royne ne
se mariera jamais, et quant bien elle en feroit quelque semblant, ce
ne seroit que pour amuser le monde affin que ses subjectz ne la
pressent de dclairer son successeur  la couronne.

Lesquelz subjectz l'en ayant bien fort presse, au dernier parlement,
qui a est tenu en ce royaulme, elle leur a us de tant d'artiffices
qu'en monstrant de les en vouloir contenter, elle s'en est entirement
dmesle.

Ayant une foys aproch le propos avec l'Archiduc jusques  dresser les
articles et conventions matrimonialles, et envoyer le comte de Sussex
jusques devers l'Empereur, et puy l'a acroch sur le prtexte de ne
pouvoir ottroyer au dict Archiduc, ny  ceulx de sa mayson, aulcun
exercisse de la religion catholique, de tant que en ung parlement, qui
sur le faict de la religion avoit est auparavant tenu, elle s'estoit
oblige de n'ottroyer jamais chose semblable en ce royaulme.

Et despuys, pour le rompre du tout manda  l'Empereur que, quant elle
auroit volont de prandre party, ce ne seroit d'ailleurs que de la
mayson d'Autriche, mais que pour son indisposition elle estoit rsolue
de n'entendre du tout  pas ung jusques  ce qu'elle se trouvt plus
sayne.

Peu de temps aprs, s'estant le comte d'Arondel vollu esclarcyr de ce
qui estoit entre la dicte Dame et le comte de Lestre, et si cella
estoit occasion de luy faire ainsy rejecter toutz aultres partys, il
persuada au duc de Norfolc, qui est le premier et plus authoris de ce
royaulme, de dire au dict [comte] de Lestre:

Que, pour le debvoir qu'il avoit  la Royne, sa Mestresse, et  sa
coronne, comme vassal, et conseiller d'icelle, et encores comme amy du
dict [comte] de Lestre, il luy vouloit bien dire que, s'il y avoit
quelque chose si advance entre la dicte Dame et luy qu'il se peult
asseurer de l'espouser, qu'il le dict ouvertement et qu'il commant
d'y procder en quelque bonne faon, qui ft dcente, et convenable 
la grandeur et importance d'ung tel mariage, et que, de sa part, il
luy promettoit de luy estre aydant en tout ce qu'il pourroit; mais,
s'il n'y avoit rien de tel, qu'il advist de se dporter dorsenavant
de la familiarit, et trop grande privault, dont il avoit us jusques
icy, et de se contanter d'estre grand escuyer, et d'avoir plus
d'avancement que nul aultre, sans attampter  l'honneur de la coronne,
ny gaster celluy de leur Mestresse; car il le vouloit bien advertir
tout franchement, que la noblesse ny les subjectz du royaulme
n'estoient pour le luy souffrir;

Et le taxa de ce qu'ayant l'entre, comme il a, dans la chambre de la
Royne, lorsqu'elle est au lict, il s'estoit ingr de luy bailler la
chemise au lieu de sa dame d'honneur, et de s'azarder de luy mesmes de
la bayser, sans y estre convy.

A quoy le dict [comte] de Lestre respondit qu'il le remercyoit, et se
tenoit oblig  luy plus que de la vie, pour l'advertissement qu'il
luy donnoit, et qu' la vrit, la Royne luy avoit monstr quelque
bonne affection, qui l'avoit miz en esprance de la pouvoir espouser,
et d'ozer ainsy user de quelque honneste privault envers elle; dont,
par l'offre que le dict duc luy faisoit d'ayder son entreprinse, il le
constituoit en la plus grande obligation qu'il pouvoit jamais avoir 
homme du monde, mais le prioyt de luy donner temps qu'il s'en peult
esclarcyr, et, s'il voyoit qu'il n'y peult advenir, luy promettoit de
se retirer bien tost; et quoy que ce ft, qu'il avoit la mesmes
obligation  l'honneur de la Royne et  celle de sa coronne, que ung
bon vassal et conseiller doibt avoir, et qu'en toutes sortes il le
vouloit plus soigneusement conserver que sa propre vie.

A quelques jours de l, estant la dicte Dame presse d'en dclairer
son intention, elle respondit tout rsoluement qu'elle ne prtandoit
d'espouser le dict [comte] de Lestre, dont despuys, les deux se sont
portez plus modestement, et luy s'est retir des grandes despences
que, pour y cuyder parvenir, il avoit de long temps entreprinses.

De ces deux dmonstrations, et d'une aultre auparavant envers le Roy
de Sude, lequel pareillement elle avoit renvoy, ensemble d'aulcuns
propos qu'elle a tenuz touchant d'aultres plus grandz partis, et pour
une forme de vivre  quoy elle s'est adonne, les grandz de ce
royaulme tiennent pour chose rsolue qu'elle ne prendra jamais mary;
et quant bien elle en prendroit, qu'il n'y aura toutesfoys ligne
d'elle, estant mal sayne, et que mesmes pour quelque accidant qu'elle
a aulx jambes, elle ne sera de longue vie, et que nantmoins elle
refouyra tant qu'il luy sera possible de dclairer son successeur.

Pour rayson de quoy ilz commancent d'avoir la dicte Dame et son
authorit  moins de respect; mesmes voyantz que ceulx qui prtandent
 sa coronne aprs sa mort, dressent desj des partiz et ligues bien
fortes dans ce royaulme, au grand dangier des testes des plus grandz
et de la subversion de l'estat, ilz se dterminent d'y pourvoir de
bonne heure par nouvelle assemble du parlement, encor que la dicte
Dame entrepreigne de s'y opposer.

Je me suys enquiz si elle avoit aulcune jeune parante  maryer,
qu'elle peult dclairer son hritire  sa dicte coronne; mais l'on ne
sayt qu'elle en ayt pas une, et ne se parle meintennant que du droict
et prtention de trois: savoir, de la Royne d'Escoce, des pupilles de
Herfort, et du comte de Huintenton.

Dont l'on a miz grand peyne d'esteindre et suprimer, si l'on eust
peu, celluy de la Royne d'Escoce, par l'impression qu'on donnoit  la
noblesse de ce pays des choses advenues du murtre du feu Roy d'Escoce
son mary, et de celles qui estoient advenues avec le comte de
Boudouel.

A quoy semble que ceste Royne, pour quelque jalouzie qu'elle avoit, se
soit quelquefoys incline, et qu'encor qu'elle ayt toutjour bien fort
tandu  luy conserver sa personne, qu'elle ayt nantmoins layss
courir ce qui touchoit  son honneur, ainsy que mesmes despuys
naguires, estimant que la venue de Duglas confirmeroit quelque chose
de ce qu'on en avoit parl cy devant, elle luy a octroy le cong,
contre l'opinion du conseil, de l'aller veoir; de sorte que l'ung des
grandz dict que, si le comte Boudouel mesmes venoit, il seroit
facilement admiz  l'aller trouver.

Le secrtaire Cecille avoit est jusques icy bien fort contraire  la
dicte Dame, pour advancer le droict de ceulx de Herfort, qui sont en
sa tutelle, et sont de la mayson de Sommerset, de laquelle il est
serviteur; pareillement le garde des sceaux, et les vesques et
ministres de la nouvelle religion, ont fort port et portent le faict
du comte de Huintenton, beau frre du comte de Lestre, craignans, si
elle parvient  la coronne, qu'elle n'extermine leur dicte religion.

Tant y a qu'il se veoyt que, par l'apuy du duc de Norfolc et du comte
d'Arondel, du comte de Lestre, du comte de Pembrok, de celluy de
Sussex, des principaulx seigneurs du Nort, et aultres de ce royaulme,
le droict de la dicte Dame va prvalloir dessus toutz ceulx qui y
prtendent; dont le dict comte de Lestre, en faveur principallement du
duc de Norfolc, semble avoir entreprins d'y donner bonne conduicte,
sans pour ce offancer en rien la Royne d'Angleterre, se prparant par
l ung refuge  l'advenir contre tant d'ennemys et d'envyeulx qu'il
s'est acquiz en ce royaulme.

Et desj a commanc dire  la Royne, sa Mestresse, qu'il luy failloit
regarder de bonne sorte  ce qu'elle avoit  faire en l'endroict de la
Royne d'Escoce, et en sortir si bien une foys que cella ne luy
empescht d'entendre  ses aultres affaires, et qu'il n'en ft jamais
plus parl; en quoy sembloit qu'il n'y eust que ung de deux moyens, ou
de mettre entire fin  la dicte Dame, ou de la restablir bien tost en
son estat:

Que si elle avoit pens ou desir la fin de ceste princesse, il la
suplioyt de regarder ce que sa propre conscience luy en disoit, et l
o en yroit sa rputation, et quel grief exemple elle proposeroit 
elle mesmes et  toutz les aultres princes souverains, qui sont
aujourdhuy au monde.

Mais si elle la veult remettre, qu'elle ne doubte d'y procder
hardyment le plus tost qu'elle pourra; car, par ce moyen elle
remdiera  beaulcoup de choses, qui ne luy sont peu importantes
meintennant, qui concernent sa seuret et celle de son royaulme, par
ce que luy estant le Roy d'Espaigne ennemy et le Roy non asseur amy,
l'Empereur offanc contre elle et le Pape plus irrit que toutz, ilz
luy pourroient sussiter tant d'affaires qu'elle ne sauroit commant
s'en dmesler, l o, par ceste restitution, elle recouvrera l'amyti
et bienveuillance des ungs, et divertira l'entreprinse des aultres;
car la dicte Dame mesmes, laquelle elle aura oblige et faicte sienne,
s'y employera et y employera ses parans; et, quoy que soit, mais
qu'elle l'ayt mise de son party, et par ainsy runy toute l'isle en
une concorde  sa dvotion, elle n'aura que doubter des entreprinses
des estrangiers; et que le fondement, qu'elle peult avoir faict sur le
comte de Mora, n'est bon ny seur, car il n'est le vray ny lgitime Roy
d'Escoce.

La dicte Dame, s'estant bien fort esbahye de veoir procder ce propos
d'ung tant sien espcial serviteur, comme est le dict comte, luy a
nantmoins respondu qu'elle ne pense se pouvoir jamais asseurer de la
Royne d'Escoce, et qu'il est certain, qu'aussi tost qu'elle sera en
son pays, elle pratiquera tout ce qu'elle pourra contre elle et contre
son estat, et qu'elle aura ministre propre monsieur le Cardinal, son
oncle, pour l'en solliciter; non que pour cella il luy soit jamais
tumb en l'entendement de toucher  sa personne, ny souffrir d'y estre
touch, non plus qu' la sienne propre, mais qu'elle estime le plus
seur estre de la retenir par de, et laysser les choses d'Escoce ez
mains du rgent soubz le jeune Roy;

Vray est qu'elle commanoit  cognoistre que les siens mesmes, et ses
plus obligs, la trahyssent et prennent le party de la Royne d'Escoce
contre elle,  quoy elle avoit besoing de prendre garde, et qu'elle
esproit d'y bien remdier.

Le dict comte a rpliqu qu'il avoit est meu d'une singulire et trs
dvotte affection de vray et fidelle vassal et serviteur, et encores
de conseiller trs affectionn au bien, au repos et  l'aquit de
l'honneur de la dicte Dame, de luy ouvrir ce propoz, et qu'elle
considrt bien qu'en gardant la Royne d'Escoce par de, elle
norrissoit le serpent dans le sein, qui seroit matire propre 
plusieurs partisans qu'elle a en ce royaulme de tramer toutjour
quelque chose sur le faict de sa restitution en son estat, et de sa
prtention en cestuy cy; mais qu'elle pouvoit adviser de bonne heure
de conduyre ce faict, avec tant de seurt pour elle et pour ses
affaires, qu'il ne luy pourroit jamais venir dommaige de ce cost.

Elle a rpliqu qu'elle ne voyoit pouvoir prendre aulcune bonne seurt
l dessus, car, si la Royne d'Escoce offroit ostages, ce seroient
ceulx qui ont est contre elle, qui sont les principaulx du pays,
affin de s'en deffaire, et remuer puys aprs l'Escoce  son playsir,
ou bien, dict elle, son filz, qu'elle n'ayme guires.

Le comte a respondu que, touchant ceulx qui ont est ses adversaires,
il ne faict doubte qu'elle ne les baille fort volontiers, mais quant
au filz, que l'vesque de Roz ne pensoit que cella se peult aysement
faire.

Lesquelz propoz, encor que la dicte Dame ne les ayt bien prins, et que
le secrtaire Cecille se soit esforc de les luy faire despuys trouver
encores pires, allgant que ces seigneurs, qui entreprennent de
favoriser la Royne d'Escoce, ont pens de la mort d'elle, et de veoir
l'aultre la survivre, et estre, aprs sa mort, esleve  ceste
coronne, et qu'ilz la recognoissoient desj en leur cueur pour Royne;
n'ayant de sa part fond son esprance que en la vie de sa propre
Royne, de laquelle il ne veult jamais penser  la mort qu'il ne se
prpare incontinent  celle de luy mesmes; et nonobstant aussi la
sollicitation des ministres et de toutz les adversaires de la dicte
Royne d'Escoce, ses affaires prnent grand fondement par le moyen du
duc de Norfolc, qui prtend de l'espouser.

Et, par prtexte d'asseurer la Royne d'Angleterre des promesses et
conventions qui se feront entre elles deux, semble qu'on luy ayt desj
faict trouver bon qu'elle soit marye en Angleterre, et quant
dsormais elle ne le trouveroit bon, l'on ne laira de passer oultre,
tant les choses semblent estre advances avec le dict duc de Norfolc.
A quoy la dicte Royne d'Escoce monstre non seulement de consentir,
mais bien fort le desirer, comme entrant par l en possession de la
coronne d'Angleterre aprs sa cousine, veu la bonne part que le dict
duc a avec toute la noblesse, et grande authorit par tout le pays, et
qui desj faict publier partout que le droict de la dicte Dame est le
plus certain; de sorte que les aultres, qui y prtendent, commancent
de cder, nonobstant la rsistance de ceulx de la nouvelle religion,
desquelz aulcuns des principaulx sont desj gaignez pour elle, et
nonobstant que Me. Cecille luy ayt est contraire jusques icy, qui
meintennant, en faveur du duc, monstre soubstenir plus que nul aultre
le party de la dicte Dame.

Mais affin que le Roy ne preigne jalouzie de ce mariage, et ne craigne
qu'il prjudicie en rien  l'alience qu'il a avec les Escossoys, ilz
allguent desj que le petit prince demeurera dans le pays, sans rien
changer ny innover des anciens trettez, qui sont entre la France et
l'Escoce.

J'entendz que l'ambassadeur d'Espaigne, encor que, possible, il n'ayt
la notice de toutes ces particullaritez, a est nantmoins recerch de
tenir la main au dict mariage, et de faire que le Roy Catholique, son
Maistre, le trouve bon, bien que je say qu'aulcuns de ceulx qui le
conduysent conseillent les parties de le consommer, et puys l'aller
remonstrer aulx princes et parans qui y peuvent avoir intrest.

Et encor que la Royne d'Angleterre ayt quelque sentyment de toute
ceste pratique, et qu'il luy en face asss mal au cueur, si veoyt elle
la partie desj si faicte qu'elle n'entreprend de s'y opposer, mesme
semble que, si elle ne se rsould d'entendre bientost  la libert et
restablissement de la Royne d'Escoce, qu'on l'y fera procder malgr
elle.

Le Sr. Quenelles a est commiz, pour ung mois,  la garde de la dicte
Dame, estant le comte de Cherosbery tumb en une griefve malladye, qui
luy a saysy la personne et l'entendement; et cependant l'on pourvoirra
de luy envoyer un comte ou ung grand seigneur pour plus honnorer la
dicte Dame, en ayant est dboutt le comte de Betfort, parce qu'il
est trop protestant.

Mesmes est l'on aprs  pourchasser que la Royne d'Angleterre et elle
se voyent bien tost, par prtexte qu'elles pourront plus seurement et
plus aysement contracter, en prsence l'une avecques l'aultre, du
tiltre de ce royaulme, que ne feroient par procureurs; mais c'est pour
plus aysement conclurre le dict mariage, auquel semble  la vrit
qu'ilz prtendent d'y procder si soubdainement que puys aprs, si
aulcuns princes ou parans ne le trouvoient bon, l'on leur puisse
respondre qu'il est desj faict.




XLIXe DPESCHE

--du 1er jour d'aoust 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivyer Champernon._)

  Voyage de la reine d'Angleterre.--Explications demandes par
    l'ambassadeur aux seigneurs du conseil, sur les actes
    d'hostilit contre la France, qui se multiplient tous les
    jours.--Dsir qu'ils montrent de conserver la paix et de voir
    terminer promptement les guerres civiles de France par une
    pacification.--La reine confirme toutes les dclarations faites
    par son conseil.--L'ambassadeur pense nanmoins que les Anglais
    n'attendent pour se dclarer qu'une occasion favorable.--Espoir
    d'un prompt arrangement pour la restitution des
    prises.--Mouvements dans les duchs de Suffolk et
    Norfolk.--L'audience est refuse  l'ambassadeur d'Espagne,
    mais on ne doit concevoir pour cela aucune crainte de guerre
    entre les deux pays.--Ncessit de se tenir en France sur le
    pied de guerre  l'gard d'lisabeth.--Vive recommandation de
    l'ambassadeur auprs de la reine-mre en faveur de Mr. Norrys
    et de sa femme.--_Dclaration d'lisabeth_ pour la restitution
    des prises.


AU ROY.

Sire, voyant faire icy, despuys quelques jours, plus grand dilligence
que de coustume de mener bien vifvement les affaires  solliciter
ceulx du conseil,  pratiquer gens, armer vaysseaulx, cercher deniers,
dpescher messagiers en Allemaigne, envoyer souvent  la Rochelle, et
plusieurs aultres dmonstrations et prparatifz, qui me faisoient
doubter d'une prochaine dclaration de guerre, j'ay bien vollu, avant
que ceste Royne ayt commanc son progrez, et avant que aulcuns
seigneurs de ce conseil, qui ne la vont accompaigner, mesmement de
ceulx qui tiennent le party de la paix, se soyent esloignez en la
contre, les prier de venir prendre leur disner en mon logis, pour
leur parler si vifvement de ces matires que les bons eussent occasion
de les prandre  cueur pour y remdier, et les aultres cognussent
qu'elles estoient desj descouvertes.

Dont y estantz venuz messieurs le duc de Norfolc, les comtes d'Arondel
et de Lestre, milor Chamberlan, le secrtaire Cecille et aultres
seigneurs, aprs que je les ay heu honnorez, et trettez, et mercys,
je les ay priez de m'excuser si, pour l'occasion du soubdain voyage de
la Royne, leur Mestresse, et de la prochaine absence d'aulcuns d'eulx,
que je n'esprois de long temps trouver ensemble, je ne diffrois 
plus loing qu' ceste heure, en mon propre logis, de leur parler
d'affaires; mais ce ne seroit pour les ennuyer, ains pour garder qu'il
ne vnt ennuy  noz Maistre et Mestresse sur aulcunes choses,
lesquelles on s'esforceroit de faire mal aller entre eulx et leurs
deux royaulmes: que je les voulois bien asseurer, sur la parolle
royalle de Vostre Majest et sur celle de la Royne vostre mre, que,
despuys la dernire conclusion de la paix, vous n'aviez faict, ny
trett, ny prest l'oreille  tretter aulcune chose de ce monde, qui
ft contre le bien, la grandeur et l'estat de la dicte Dame, ny en
quoy vous eussiez pens l'offancer, ny luy faire desplaysir, ny
pareillement  nul d'eulx; et qu'ayant espr la mesme correspondance
de leur cost, vous estiez merveilleusement esbahy de veoir que les
effectz fussent meintennant au contraire.

En premier lieu vous aviez naguires receu une confirmation du mesmes
adviz, que desj je leur avois donn, comme au nom et par les
ambassadeurs ou agentz de la dicte Dame en Allemaigne, il s'y faisoit
leve de gens de guerre, de pied et de cheval, et grande forniture de
deniers aulx princes protestans; et qu' l'instance d'elle ilz
estoient sollicitez et instiguez de descendre en vostre
royaulme:--segondement, que, sans qu'il apart guerre en nulle aultre
part de la chrestient sinon en France, et que la dicte Dame ft hors
de souspeon qu'on la luy ft, elle nantmoins se prparoit de toutes
choses, comme pour la faire;--tiercement, que vous voyez les subjectz
de ce royaulme continuer ung commerce qui ne vous pouvoit estre que
suspect et odieux avec ceulx de la Rochelle, lesquelz vous rputiez
meintennant voz grandz ennemys, et iceulx de la Rochelle conduyre de
mesmes fort ouvertement leurs intelligences par de, et s'y fornyr
d'armes, de monitions de guerre, de vivres, d'argent en quantit, en
tirer des hommes, et toute faveur, par mer et par terre, contre vous
et voz bons subjectz; davantaige que les pirates, nonobstant les
ordonnances de la dicte Dame, ne layssoient d'estre receuz ez portz de
ce royaulme, et sortir d'iceulx sur voz subjectz; et mesmes j'estois
adverty que, puys huict jours, il estoit sorty, de divers endroictz
d'Angleterre, plus de vingt cinq vaysseaulx armez, pour aller
nommement piller la flotte des Franoys, qui revient des Terres
Neufves; finalement que la justice, ores qu'elle ne ft du tout
dnye, estoit nantmoins tant prolonge et dissimule  vos subjectz
sur les prinses et dprdations, qu'on leur avoit faictes par de,
que les fraiz de leur poursuyte, laquelle estoit encores sans fruict,
commanoit desj d'esgaller et de surmonter le principal:

Qui estoient choses toutes contraires  la paix, par lesquelles ilz
monstroient desj faire violance  icelle, ce que vous ne pouviez, ny
vouliez croyre procder de la dicte Dame ny d'eulx, ses conseillers;
tant y a que vous voyez bien qu'ilz le tollroient  ceulx qui, sellon
leur passion, ne faisoient difficult d'employer contre vous le nom,
le crdit et la faveur de la dicte Dame et de ce royaulme: ce qui
enfin vous provoqueroit d'en cercher la vengence et d'en procurer,
quelque jour, ung juste rescentiment. A quoy je les prioys de remdier
de bonne grce, et de s'employer si bien  faire cesser toutz ces
mauvais exploictz, que Vostre Majest n'eust occasion se despartir de
l'amyti et bonne intelligence, en laquelle je leur dclairois et
asseurois devant Dieu, que vous vouliez aultant constantment
persvrer avec la dicte Dame et ses subjectz, s'il ne tenoit  elle
et  eulx, comme avec quel aultre que ce ft des princes et estatz voz
voysins, tant vous fussent ilz estroictement alliez et confdrez.

Lequel propoz, Sire, fut paysiblement escout de ces seigneurs, et le
secrtaire Cecille, se tenant au millieu d'eulx, le leur rcita en
anglois, et, aprs qu'ilz eurent quelque temps confr ensemble,
monsieur le duc, prononceant en langaige du pays aulcuns peu de motz,
ordonna au milor Chamberlan de me les expliquer en franoys, qui
furent, en substance, que eulx toutz vouloient, de tout leur pouvoir
et affection, conserver la paix avec Vostre Majest et avec vostre
royaulme, et que ce qu'ilz desiroient meintennant le plus estoit de
vous veoir bien d'accord avec voz subjectz, et veoir leur Mestresse
esclarcye d'aulcunes choses, qu'elle a eu grand occasion de doubter en
ceste guerre; mais, puysque je debvois aller le lendemain trouver la
dicte Dame, ilz me prioient de luy faire la mesme remonstrance, et luy
porter hardyment les chefs d'icelle par escript, et ilz esproient
qu'elle m'y respondroit avec toute satisfaction; ou, si elle le
commettoit  eulx, ilz mettroient peyne de me la donner si bonne, que
j'aurois occasion de demeurer contant; seulement me vouloient dire
qu'ilz estoient fort esbahys comme la guerre de France duroit tant,
veu ce que je disois que vous ne prtendiez aultre chose, sinon de
recouvrer l'obyssance de voz subjectz, et que voz subjectz disoient
ne desirer rien tant en ce monde, que d'estre receuz  la vous randre
avec l'acquit de leurs consciences.

Je ne leur ay respondu que bien peu de parolles l dessus, car aussi
le temps ne le permettoit; mais, estant, le jour aprs, all trouver
la dicte Dame au lieu de Lambet, auquel partant de Grenuich elle
faisoit la premire dyne de son progrez, et m'ayant ainsy que de
coustume et encores plus bnignement receu,  cause des
recommandations et bonnes parolles que, par voz lettres du XVIe du
pass vous me commandiez luy dire, qui certes sont venues bien 
propoz, avec le rcit des choses advenues au sige de la Charit,
lesquelles on luy avoit desj mandes en bien aultre faon qu'elles ne
sont; je luy ay touch les mesmes poinctz que j'avois remonstrez aus
dictz seigneurs en parolles, possible, plus respectueuses, nantmoins
bien fort expresses, pour luy faire cognoistre que vous aviez grande
occasion de rvoquer  offance et infraction de paix beaulcoup de
choses, qui procdoient des siens et de son royaulme.

A quoy la dicte Dame estant prpare de responce, aprs avoir avecques
tout respect et grande dmonstration de faveur accept voz
recommendations, et monstr qu'elle avoit grand contantement de veoir
que vous la teniez pour aultant vostre bonne seur comme elle asseuroit
bien fort de l'estre, et desirer vostre prosprit, m'a dict que sur
les pratiques que je luy allgois d'Allemaigne, elle ne me pouvoit
dire sinon ce que, despuys six sepmaines une aultre foys elle m'en
avoit respondu: c'est qu'elle n'y en avoit men ny command d'y en
mener aulcune, en quelque faon que ce ft, contre vous ny contre
vostre coronne, et estat; et n'estoit pour non plus souffrir en
Angleterre qu'on y en ment pas une, que raysonnablement l'on peult
juger estre contre la paix, laquelle elle vouloit de son cost
meintenir ferme et asseure avec Vostre Majest; seulement elle avoit,
l et icy, faict regarder  ce qui estoit besoing de pourvoir pour se
conserver elle, et son royaulme, et sa religion, qui estoit tout ce
qu'elle m'en pouvoit dire, et [que] cella se trouveroit toujour
vritable; et qu'au regard des aultres particullaritez, elle
commanderoit, comme elle commanda sur l'heure,  ceulx de son conseil
de m'y pourvoir le plus au contantement de Vostre Majest qu'il leur
seroit possible. Puys me ritra ce que, quelques jours auparavant,
elle m'avoit dict que, puysque Dieu n'avoit vollu exaulcer son bon
desir sur la paix de vostre royaulme, elle le prioyt  ceste heure
d'exaulcer la prire, qu'elle luy faisoit, que la guerre ne vous y
peult nuyre en chose qui ft contre vostre grandeur et authorit; au
reste qu'elle estoit bien ayse qu'au sige de la Charit, les choses
n'y eussent tant succd  vostre dommaige comme on disoit, et qu'elle
vouldroit de bon cueur que voz subjectz, qui sont en armes, eussent,
des deux costez, prins  bon escient la _vraye charit_ entre eulx.

Et ainsy m'estant licenci bien fort gracieusement de la dicte Dame et
des dicts seigneurs, aprs avoir sond le plus avant que j'ay peu de
leur intention, laquelle ilz m'ont asss monstre franche et bonne
sur l'entretennement de la paix, mais non si claire ny ouverte sur les
aprestz d'Allemaigne, ny sur ceulx d'icy, comme je desiroys, je ne
vous puys dire, Sire, sinon qu'ilz monstrent de temporiser et de
guetter une occasion sur le succez qu'ilz verront de la guerre de
France; dont je ne deffauldray ny d'office envers eulx  les contenir,
aultant qu'il me sera possible, ny de dilligence envers Voz Majestez
pour vous advertir toutjour de ce que je leur verray faire.

Hier matin, la dicte Dame, touchant la restitution des biens des
Franoys en son royaulme, expdia une lettre, signe de sa main, non
du tout aulx termes de celle, que Vostre Majest m'a envoye, parce
qu'il a sembl  son conseil que cella ne se pourroit, d'ung cost n'y
d'aultre, ainsy proprement excuter, mais en la forme que verrez par
la coppie que je vous en envoye, et monstre l'on icy d'y vouloir asss
droictement procder.

Il y a eu, ces jours passez, quelque aparance de sublvation en Suffoc
et Norfolc, de laquelle ne say encores bien la cause; tant y a que
jusques  dix sept principaulx autheurs d'icelle ont est prins, mais
les officiers du pays ont est si dilligentz qu'ilz l'ont bientost
esteinte.

Les diffrans des Pays Baz demeurent encores en quelque suspens et y a
commissaires depputez pour vandre aulcunes prinses. Monsieur
l'ambassadeur d'Espaigne a demand audience, plus de huict jours y a,
qui ne luy a est encores ottroye; et ceste Royne s'esloigne d'icy et
est desj partie de Richemont, continuant son progrez, sans la luy
bailler. Nantmoins l'on ne parle au dict affaire que d'accord, et n'y
a aparance qu'il y doibve avoir guerre entre eulx.

Le faict de la Royne d'Escoce se va entretennant jusques au retour du
Sr. de Bortyc et jusques  ce que le comte de Mora aura envoy ses
dputez, auquel ceste Royne a naguires escript que s'il faict plus le
long et le restif en cella, qu'elle advisera de procder sans luy 
l'accommodement de la Royne d'Escoce et  sa restitution en son estat.
Sur ce, etc.

    De Londres ce 1er d'aoust 1569.

    A LA ROYNE.

Madame, sur la pluspart des choses que je vous ay naguires mandes
par le Sr. de Vassal, je continue meintennant en la lettre du Roy dire
 Voz Majestez ce que j'ay dict et faict en icelles, pour davantaige
les descouvrir, et quelz propoz j'en ay tenuz  la Royne d'Angleterre
et aulx seigneurs de son conseil; dont me semble, Madame, que ny de
leurs bonnes parolles ny d'une partie de leurs dmonstrations,
lesquelz je ne veulx dire que ne soyent bonnes, je ne puys toutesfoys
juger que leur intention soit tant  la paix, comme ce que je veoy
qu'ilz font soubz main et  couvert monstre qu'ilz l'ont  la guerre;
et ne puys cognoistre encores si mes remonstrances produyront aulcun
fruict: tant y a qu'on a tenu sur icelles ung bien estroict conseil,
mais je loue bien fort ceste vostre bonne et prudente rsolution de
vouloir avoir l'oeil tout aussi ouvert  prendre garde ez lieux, o il
est vraysemblable que ceulx cy pourroient dresser leurs premires
entreprinses, comme si vous estiez en guerre ouverte avec eulx, et ne
laysser pourtant de leur donner de vostre cost, et prendre du leur,
toute l'asseurance que vous pourrez. De ma part, Madame,  la mezure
que je verray, jour par jour, que leurs affaires se formeront, je ne
fauldray d'uzer de toute la dilligence qu'il me sera possible pour
incontinent le vous mander.

Je suys all prandre cong de ceste Royne quand elle s'est achemyne
de Grenuich, et l'ay prie de trouver bon que je la peusse aller
trouver en son progrez, s'il se offroit occasion de ngocier aulcune
chose d'importance avecques elle, ce qu'elle m'a fort librallement
accord, et que je seray le bien venu en quelle part qu'elle sera,
bien qu'on dict qu'elle n'avoit accoustum de tretter d'affaires en
ses voyages, et qu'elle ne donne volontiers audience aulx ambassadeurs
oultre Windezor, parce que la plus part de ceulx de son conseil ne
sont plus lors avecques elle. L'on faict compte que sur la fin de ce
moys elle pourra estre  Hamptonne, et puys passera en l'isle d'Ouic,
et que son dict voyage durera envyron deux moys; bien me vient on de
dire, despuys une heure, qu'il se parle aulcunement de rompre son dict
progrez. Elle m'a parl et faict parler si souvant de Mr Norrys, son
ambassadeur, et de madame sa femme, pour leur faire avoir bon
trettement en France, que je suplie trs humblement Vostre Majest, de
tant que telles personnes doibvent par droict estre exemptes et
prserves de toute injure, les vouloir emparer pour l'honneur de leur
Mestresse soubz vostre bonne faveur et protection; et je suplieray le
Crateur, aprs avoir trs humblement bays les mains de Votre
Majest, qu'il vous doinct, Madame, en parfaite sant, trs heureuse
et trs longue vie, et toute la grandeur et prosprit que vous
desire.

    De Londres ce 1er d'aoust 1569.

  DCLARATION ET PROMESSE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE, touchant la
    restitution des biens des Franoys en son royaulme.

La Royne, en considration de semblable promesse et accord faict par
le Roy Trs Chrestien, son bon frre, pour le bien de ses subjectz,
promect et accorde au dict Seigneur Roy Trs Chrestien que les biens
apartenant aulx Franoys, qui ont est miz et demeurent soubz arrest,
en quelque lieu ou port que ce soit d'Angleterre, estant en leur
espce, ou, s'ilz ne le sont, la vraye valleur d'iceulx, leur seront
rallement randuz et dellivrez dans ung certain jour du moys d'aoust
prochain, qui sera adviz, nomm et accord entre Monsieur le
Mareschal de Coss et Richard Patric et Hugues Offley, merchans de
Londres, commis et envoys par Sa Majest pour confrer avec le dict
sieur Mareschal sur la dicte restitution; et que des dicts biens ainsy
arrestez, si le tout ou partie a est miz hors d'arrest au proffict
d'aultre que de ceulx  qui ilz apartiennent, ensemble des aultres
biens, qu'iceulx Franoys monstreront et vriffieront sommairement
leur apartenir par de, Sa Majest promect leur en faire administrer
prompte justice, sommairement et de plain, sans figure ny longueur de
procs, contre ceulx qui les ont prins et les dtiennent, ou en sont
coulpables, en faisant le Roy, son bon frre, tant sur la dicte
restitution au dict jour qu'administration de justice, procder de
mesmes pour les Anglois en son royaulme.

    A Richemond le XXVIII de juillet 1569.

  A EST ADJOUXT PAR LE SR. DE LA MOTHE FNLON, ambassadeur du
    Roy, ce qui s'ensuyt:

Ayant la Majest de la Royne d'Angleterre veu et leu la promesse, que
le Roy, Mon Seigneur, a faict et signe de sa main le VIIIe de juillet
1569, touchant la restitution des biens des Anglois en son royaulme,
et desirant d'user de toute correspondance  icelle, l'a faicte
regarder aulx seigneurs de son conseil, qui ont estim estre mal ays
de pouvoir excuter une promesse du tout semblable pour les Franoys
en Angleterre; dont m'en ont faict remonstrer les difficultez suyvant
lesquelles la Majest de la dicte Dame a trouv bon de faire une
dclaration et promesse, signe de sa main, pour la restitution des
biens des Franoys en son royaulme, en la forme qui est mise cy
dessus, et que, jouxte la teneur d'icelle, les deux soyent excutes
en France et en Angleterre au proffict de leurs communs subjectz; et
ainsy l'a accord, au lieu de Richemond le XXVIIIe de juillet 1569.




L{e} DPESCHE

--du Ve d'aoust 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Valet._)

  Emprunt fait en Angleterre sur les joyaux de la reine de
    Navarre.--Armement de plusieurs navires de guerre par les
    envoys d'Allemagne et de la Rochelle.--Proposition faite aux
    Anglais de faciliter  leurs vaisseaux une descente en
    Normandie.--Troubles de Suffolk, Norfolk et
    d'Irlande.--Prparatifs d'une nouvelle flotte marchande pour
    Hambourg.--Dmarches de l'ambassadeur d'Espagne afin d'obtenir
    audience.--Dpart de sir Henri Chambrenant pour la Rochelle
    avec plusieurs volontaires.


    AU ROY.

Sire, pendant que la Royne d'Angleterre a sjourn  Richemont, Mr. le
cardinal de Chatillon, le vydame de Chartres, le Sr. Du Doict et le
Sr. Dolovyn, agent du prince d'Orange, ont est souvant devers elle
pour luy faire plusieurs sollicitations au contraire de ce que, en ma
dernire audience, je l'ay instantment prie ne vouloir faire ny
souffrir estre faict en son royaulme au prjudice de la paix. Sur quoy
elle a assembl ceulx de son conseil, lesquelz,  ce que j'entendz,
n'ont ainsy entirement rsolu les choses comme les aultres
desiroient, et ne m'ont du tout dboutt de mes justes remonstrances;
ce que je mtray peyne de savoir plus en particulier et au vray. Tant
y a que le dict sieur Cardinal a men, durant ce sjour, les seigneurs
de ce conseil faire bonne chre en son logis  Chin, et, ung jour de
la sepmaine passe, luy et les aultres dputez de la Rochelle ont
aport monstrer  la dicte Dame les bagues de la Royne de Navarre,
lesquelles elle a est curieuse de veoir, et aulcuns orfvres ont est
appells pour les priser: qui,  ce que j'entendz, les ont estimes
valloir soixante mil livres esterlin, c'est deux cens mil escuz; et
m'a l'on dict que la dicte Dame s'est excuse de prester rien dessus,
mais qu'on se retirt aulx merchans pour y trouver deniers, dont
semble que Me. Grassan, principal merchant de ceste ville, qui est
nantmoins facteur de la dicte dame, ayt prins la charge de faire
fornir sur icelles trente mil livres esterlin, c'est cent mil escuz;
et crains bien fort, nonobstant aulcuns empeschemens que l'on y a miz,
que la somme se trouvera: car il n'est possible de persuader qu'on
puysse ny doibve empescher les particulliers, qui veulent faire ce
secours et assistance  ceulx de leur religion.

Les quatre ourques, que j'ay cy devant mand qu'on armoit en ceste
rivire, seront prestes dans dix jours; elles sont les mieulx
artilles qu'il est possible, et pourra en icelles et en deux aultres
floyns, que de mesmes l'on quipe, si c'est pour combat de mer, plus
de huict cens hommes, et si c'est pour mettre gens en terre, elles
sont capables d'en transporter plus de trois mille  la foys. J'ay
faict instance de ne les laysser sortir, et ay pri monsieur
l'ambassadeur d'Espaigne de s'y opposer aussi de son cost. A quoy,
pour mon regard, l'on m'a desj aulcunement bien respondu; mais je ne
say si je les pourray arrester du tout, au moins les retarderay je
tant que je pourray, et feray prendre garde  leur embarquement pour
en donner adviz  Mr. le marchal de Coss. J'ay sceu que quelques
marinyers de Normandie sont venuz remonstrer  ceulx de la nouvelle
religion, qui sont par de, comme il a est retir beaulcoup de gens
de guerre de leur pays pour aller au camp, et qu' ceste cause, s'ilz
veulent entreprendre de descendre en quelque endroict de leur coste,
ilz n'y trouveront grand rsistance. A quoy, Sire, je vous suplie trs
humblement de pourvoir; car il ne fault que bien peu d'aysance  ceulx
cy pour les convyer  nous mal faire.

Ces commancemens de sublvation, qui ont appareu en Suffoc et Norfolc,
ont miz toute ceste court en peyne, et est l'on bien fort aprs pour
descouvrir que c'est. Celle d'Irlande semble aller en augmentant, et
enfin le comte d'Ormont y a est dpesch en poste. Milor Sideney y a
eu quelque commancement de victoire, o l'on dict qu'il a deffaict
trois cens hommes; mais j'entendz qu'il n'y avoit que douze ou quinze
soldatz, et que le reste estoit tout paysans qui ont est surprins en
ung vilage.

Ceulx cy prparent une segonde flotte pour Hembourg, laquelle s'en va
desj charge, la plus part sur navyres ostrelins, bien que les
merchans de Londres ne se contantent guyres de la premire, parce
qu'ilz n'ont encores vandu,  ce qu'ilz disent, que les gros draps de
petite valleur, et les fins draps de priz demeurent en sjour.

L'ambassadeur d'Espaigne ayant une foys demand audience, et ne luy
ayant est accorde, a est en dellibration de n'en demander plus;
mais ceulx qui portent le faict de son Maistre en ceste court, l'ont
conseill de la demander encores une foys, sans s'arrester  ces
srmonies, et qu'ilz esprent la luy faire ottroyer, ce qu'il n'a
ainsy proprement vollu faire, craignant un segond reffuz; mais par
prtexte de demander ung passeport pour une sienne dpesche en
Flandres, il a envoy sonder si l'on luy vouldroit accorder la dicte
audience; je ne say encores que luy aura raport son homme.

Le comte de Mora ayant mand qu'il avoit assign l'assemble du
conseil d'Escoce au XXVe de juillet, pour accorder de depputez et de
mmoires, qu'on envoyeroit par de, a faict jusques  ceste heure
retarder icy les affaires de la Royne d'Escoce; mais j'entendz que
dans dix jours l'on est dlibr de procder  l'expdition d'iceulx
avec les dicts depputez s'ilz viennent, ou sans eulx si ne viennent
pas, et d'y mettre une bonne fin. Sur ce, etc.

    De Londres ce Ve d'aoust 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, par mes prcdantes, du XXVIIe du pass et du premier d'estuy
cy, j'ay faict entendre  Voz Majestez l'estat des choses de de le
plus par le menu que je les ay peu savoir, lesquelles continuant
estre encores de mesme, je ne vous mande en la lettre du Roy sinon ce
que despuys est survenu, qui semble torner  la confirmation
d'icelles. Et  cella j'adjouxteray seulement, Madame, que, ayantz
ceulx cy naguires dpesch, d'ung cost le sire Gilles Grays en
Hembourg sur ung vaysseau lgier qu'ilz appellent le brigantin de la
poste, et layss aller de l'aultre le sire Henry Chambrenant, luy
quinziesme, vers ceulx de la Rochelle, non par exprs cong, mais
comme de luy mesmes, pour estre nantmoins comme ung agent de ceste
Royne en leur camp, affin de luy escripre la vrit des choses ainsy
qu'elles y adviendront, parce qu'on commence  n'adjouxter foy  ce
qui s'en mande de dell, ilz sont attandans,  ceste heure, nouvelles
de ces deux endroictz, et tiennent cependant leur apareil et armement
prestz; et ne layssent pour cella de se porter toutjour gracieusement
envers moy, avec toutz signes de paix, et je metz peyne de les y
confirmer, et fays entre deux tout ce que je puys pour leur oster
l'opinion de la guerre,  laquelle je vous ay mand que je les veoy
prparez. Je vays aujourd'huy trouver la dicte Dame  Otlan, o elle
m'a assign l'audience, et par les propos que je luy tiendray de
vostre dpesche du XXVIIe du pass, j'essayeray de tirer des siens ce
que je pourray de son intention, et de bien disposer icelle envers
vous et voz prsens affaires, le plus qu'il me sera possible; aydant
le Crateur auquel je prie, etc.

    De Londres ce Ve d'aoust 1569.




LIe DPESCHE

--du Xe jour d'aoust 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Bouloigne par Jaques Blass._)

  lisabeth,  la sollicitation de l'ambassadeur, prononce l'arrt
    des navires qui sont en armement pour le compte des envoys
    d'Allemagne et de la Rochelle.--Efforts des protestants pour
    faire lever l'arrt.--Nouvelle entrevue de l'ambassadeur et
    d'lisabeth.--Instances de la reine pour une prompte
    pacification en France.--Elle se montre peu inquite du
    soulvement d'Irlande.--Elle annonce que de nouveaux apprts de
    guerre se font en Allemagne.--Dclaration des seigneurs
    anglais, que si la paix n'est pas bientt rtablie en France,
    ils se joindront ouvertement aux protestants.--Retour des
    commissaires anglais envoys  Rouen.--Hsitation de la reine
    d'Angleterre, qui se trouve galement engage par ses promesses
    envers les deux partis qui sont en armes en France.


    AU ROY.

Sire, ceulx qui sollicitent icy les affaires de ceulx de la Rochelle
et des princes protestans, voyantz les quatre ourques, qu'ilz avoient
armes dans ceste rivire, estre  mon instance mises en arrest, qui
aultrement s'en alloient prestes pour partir dans huict jours, ont
faict, lundy et mardy de la sepmaine passe, soir et matin, une
extrme dilligence, envers ceste Royne et les seigneurs de son
conseil, de faire lever le dict arrest et d'obtenir d'aultres
provisions, qu'ilz pourchassoient pour l'entretennement de leur
guerre. Sur quoy, arrivant le mercredy  Otlan, je trouvay qu'ilz y
estoient encores avec grand esprance d'obtenir une pleyne et entire
dclaration de ce qu'ilz demandoient. Nantmoins s'estantz ung peu
retirez, les seigneurs du conseil sortirent  la salle de prsence
pour tretter paysiblement avecques moy des choses que j'avois  dire 
leur Maistresse,  laquelle incontinent aprs ilz m'introduyrent, et
je cogneuz par le propos qu'elle me commana qu'il n'y avoit guires
qu'elle avoit dbattu du faict de ceste guerre avec monsieur le
cardinal de Chastillon; car elle m'en parla tout soubdain, et
travailla beaulcoup de descouvrir de moy si Vostre Majest estoit
fermement rsolue de vouloir mettre fin  ceste guerre et aulx
diffrans de la religion par les armes. Sur quoy, sans m'advancer de
rien, j'escoutay paysiblement son discours, lequel pour estre long je
remettray, Sire,  le vous faire entendre par ung des miens que
j'envoyeray bientost le vous rciter; seulement vous diray qu'il
semble que, du cost d'Allemaigne et d'icy, l'on envoyera devers Voz
Majestez Trs Chrestiennes pour en savoir vostre intention, affin de
veoir si la cause de la religion va spare de celle de l'estat ou
non, pour, puys aprs, faire l dessus une dtermine rsolution en
leurs affaires.

Je fiz un particullier rcit de l'estat des vostres  la dicte Dame,
tant de ce que Monsieur, frre de Vostre Majest, s'alloit remettre en
campaigne que de ce que ceulx de la Rochelle avoient exploict de leur
part, et de la nouvelle leve des Suysses, et de celles des gens de
pied franoys, jouxte le contenu de voz lettres, luy touchant  propos
ung mot du desplaysir que vous aviez d'entendre la sublvation de son
pays d'Irlande,  quoy vous n'estiez prest de tenir aulcunement la
main; ains au contraire, si vous y pouviez quelque chose pour la
conservation de son estat et authorit au dict pays, vous me
commandiez luy dire que vous vous y offriez de bon cueur. Et
poursuyviz les aultres particullaritez, que j'avois  luy dire des
choses d'Allemaigne et de celles d'icy, de celles de la Rochelle et
de la restitution des prinses, avec grand soing de la disposer envers
vous et vos prsens affaires, le mieulx que je le pouvois faire.

La dicte Dame me respondit que, pour la confiance que Voz Majestez
Trs Chrestiennes monstriez avoir d'elle en voz affaires, en les luy
faisant ainsy privement communiquer, elle se sentoit oblige d'en
desirer la prosprit, comme certes elle faisoit, et vous prioyt de
croyre que, demeurant la religion, de laquelle elle estoit, en son
estat, elle desiroit au reste que vostre coronne et vostre grandeur et
authorit, ensemble celle de la Royne, vostre mre, demeurassent aussi
entiers et sans diminution comme elle le desiroit pour elle mesmes; et
que la sublvation d'Irlande n'estoit guyres dangereuse, car estoit
chose asss ordinaire  ces sauvaiges, de laquelle elle savoit desj
comment en debvoir sortir; qu'aussy ays, disoit elle, ft il de
remdier aulx troubles de vostre royaulme: nantmoins elle ne layssoit
de vous estre aultant attenue de l'offre que luy faisiez en cella,
comme s'il y alloit de la propre coronne d'Angleterre; dont me prioyt
vous en prsenter son meilleur salut et son bien exprs mercyement par
mes premires; et que, si vous aviez heu ceste bonne pense pour elle
 la conservation de son pays, qu'elle en avoit heu premier une aultre
pour vous pure et droicte  la conservation du vostre, et s'estimeroit
encores bien heureuse s'il luy en pouvoit venir une segonde en
l'entendement, pour la mettre en termes, qui vous ft aultant agrable
comme elle la vous desiroit bien fort utille; que touchant les choses
d'Allemaigne, Quillegrey luy avoit escript qu'ung comte du pays, non 
la vrit de ces grandz, mais bien ung des principaulx et plus
estimez aulx charges de la guerre, luy avoit dict qu'il estoit trs
asseur qu'une aultre leve d'Allemans, de pied et de cheval, estoit
preste et qu'elle marcheroit bientost pour aller secourir la cause de
leur religion, comme avoit faict celle du duc de Deux Pontz; et que,
des quatre ourques dont je luy avois parl, elle les avoit faictes
arrester; et pour la restitution des biens des Franoys, qu'elle en
avoit sign une lettre, laquelle elle commanda sur l'heure au
secrtaire Cecille de me la monstrer et m'en bailler la coppie.

Et ainsy, je me licentiay en bien fort bons termes de la dicte Dame;
nantmoins, au partir d'elle, retrouvant encores aulcuns de ces
seigneurs dans la salle, l'ung des principaulx me dict, comme en
riant, et toutesfoys en faon qui ne sembloit se moquer, que si nous
ne savions avoir la paix avec les nostres, ilz ne la pourroient ny
vouldroient avoir avecques nous; et adjouxta avec srement, et comme
homme qui sembloit y avoir regrect, que si Vostre Majest menoit cecy
 l'extrmit des armes, qu'il voyoit que les choses n'yroient bien
entre ces deux royaulmes. Et despuys, j'ay entendu que Dolovyn a mand
continuer l'aprest des ourques, et qu'il espre avant quinze jours
faire lever l'arrest d'icelles, lequel terme je crains bien fort que
se raporte au temps qu'ilz entendent que ces aultres Allemans
commanceront de marcher, et qu'ilz veulent lors mettre tout le reste
de leur apareil en mer. Ilz dpeschent promptement deux des grandz
navyres de guerre pour conduyre la segonde flotte qui va en Hembourg,
et les dix aultres, qui sont prestz, demeurent dans la rivire de
Rochestre, oultre ung bon nombre d'aultres qui sont en quipaige dans
divers portz de ce royaulme. Je ne seray cependant ny paresseux, ny
endormy sur leurs actions,  mettre en besoigne tout ce que je pourray
pour les modrer, et au moins pour les vous mander d'heure  aultre,
ainsy que je les verray advenir.

Les merchans qui estoient allez  Roan sont revenuz, qui font ung trs
bon rapport de Mr. le mareschal de Coss et de ceulx avec qui ilz ont
eu affaire. Il est venu deux aultres merchans franoys avecques eulx;
je les ay toutz ouys parler et semble que les diffrans et difficultez
qui se font, des deux costez, se pourront aulcunement accommoder. Il
avoit est respondu au secrtaire de monsieur l'ambassadeur d'Espaigne
que son maistre pourroit venir  l'audience quant il luy plairroit, et
despuys estant renvoy pour savoir l'heure d'icelle, l'on luy a
oppos nouvelles difficultez qui mettent la matire en longueur. L'on
n'attend que l'arrive de ceulx qui, en l'assemble de St Jehansthon
le XXVe du pass, ont est depputez par le comte de Mora pour venir
icy, affin de procder incontinent aprs au faict du restablissement
de la Royne d'Escoce. Sur ce, etc.

    De Londres, ce Xe d'aoust 1569.


L'on me vient d'advertir que ceste leve de reytres, dont ceste Royne
m'a cy dessus parl, se faict par des nepveuz du feu duc de Deux
Pontz, oultre celle du duc de Cazimir, et que par lettres de
Quillegrey, du XXIIe du pass, l'on a adviz qu'ilz marcheront
aussitost que XIIII mil livres esterlin, c'est envyron quarante sept
mil escuz, restans de XL mil livres esterlin, dont souvant j'ay faict
mencion, seront fornyes, lesquelles seront bientost prestes. Je
mettray peyne de savoir plus au vray ce qui en est.


    A LA ROYNE.

Madame, ce que j'escriptz prsentement en la lettre du Roy est pour
vous reprsanter toutjour l'estat auquel me semble que continuent les
choses de de, et le jugement qu'on peult faire  quoy elles
deviendront, sellon les propos que la Royne d'Angleterre et les
seigneurs de son conseil m'en ont tenu, qui certes monstrent, elle et
eulx, d'estre en perplexit comment ilz pourront satisfaire aulx
contraires promesses, qu'il semble qu'ilz ont faictes aulx deux
parties; savoir,  Voz Majestez Trs Chrestiennes de persvrer en la
paix et aulx aultres d'estre avec eulx en ceste guerre, avec lesquelz
on voyt bien desj qu'ilz sont de volont et de plusieurs secours, que
soubz main ilz leur ont baill et baillent encores toutz les jours;
mais les aultres, ne se contantans de cella, les pressent de se
dclairer davantaige ouvertement pour leur cause, estimans que cella
portera grand faveur, et bien fort grand dommaige  la vostre;  quoy
par leurs apprestz ilz monstrent certes se disposer, bien que leurs
parolles, mesmement celles de la dicte Dame, ne sont rien moins qu'
la dclaration de guerre, dont est mal ays de prveoir au vray ce
qu'ilz feront; et croy que eulx mesmes ne l'ont encores plus
expressment dtermin que de commettre leurs entreprinses  ce que le
temps et l'occasion leur prsentera. La dicte Dame a respondu
rsolument qu'elle ne prestera poinct d'argent sur les bagues de la
Royne de Navarre, laquelle responce a est pour satisfaire Vostre
Majest et contanter aulcuns de ce conseil; mais en effect le sieur
Grassan faict secrectement toute la dilligence qu'il peult, pour
trouver en ceste ville les XXX mil livres esterlin, dont en mes
prcdantes je vous ay faict mencion: et ainsi, la pluspart des choses
qui s'obtiennent, icy et en Allemaigne, au proffict de ceulx de la
Rochelle, sur le crdit et moyen de la dicte Dame, se mnent sans le
sceu d'aulcuns principaulx de ce conseil, et quelque foys sans celluy
mesmes de la Royne, et souvant contre l'intention d'elle et d'eulx, et
si secrectement que je suys en grand peyne de les descouvrir. Il est
freschement arriv de la Rochelle ung Allemant, et en sa compaignie
ung Franoys, de qui je ne say encores le nom, qui ont aport toutz
deux plusieurs lettres de leur camp  ceste Royne et aulx seigneurs de
son dict conseil; je mettray peyne de savoir que c'est, et prieray
atant le Crateur, etc.

    De Londres ce Xe d'aoust 1569.




LIIe DPESCHE

--du XVe jour d'aoust 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Pierre Bordillon._)

  Continuation de l'armement des navires dont l'arrt a t
    prononc.--Dtails sur la nouvelle flotte destine pour
    Hambourg.--Rsultat de l'assemble de Saint-Johnstown en
    cosse.--Refus fait par le comte de Murray de consentir  aucun
    accord avec Marie Stuart.--Arrive  Londres des dclarations
    touchant la cession que la reine d'cosse est accuse d'avoir
    faite de ses droits au trne d'Angleterre.--Nouvelles de la
    Rochelle.--Grandes esprances des protestants de
    France.--_Lettre de M. de Chatillon_  un seigneur
    anglais.--_Relation_ envoye par ceux de la Rochelle 
    lisabeth, de leurs oprations militaires depuis leur jonction
    avec le duc de Deux-Ponts.--Combat de la
    Roche-Abeille.--Dfense de Niort.--Dfaite des capitaines
    Richelieu et Lancereau.--Prise de Chabanois par l'amiral de
    Coligni.--Sige de Lusignan.--Dclaration des protestants,
    qu'ils ne demandent qu'un dernier dit de
    pacification.--_Nouvelle ordonnance de la reine d'Angleterre_
    contre les pirates.


    AU ROY.

Sire, cest apareil des quatre ourques et des trois aultres vaysseaulx,
qui debvoient sur la fin de la sepmaine passe sortir de la rivire de
Londres, ainsy que je le vous ay mand par mes prcdantes,
monstroient s'adresser ou contre voz subjectz, ou sur quelque endroict
de votre royaulme, parce que les Srs. de Jumelles, Du Doict, de Launay
de Bretaigne, le jeune Mouy, Sainct Fale, l'Allement naguires revenu
de la Rochelle, et aulcuns aultres Franoys, se randoient conducteurs
du Sr. Dolovyn, gnral de la flotte; dont s'estant trouv le dict
Dolovyn et ses ourques en arrest, eulx aussi sont demeurez arrestez
jusques icy: mais ne tiennent pourtant leur entreprinse dlaysse,
ains se prparent toutjour pour l'aschever, ayant desj miz les armes,
les monitions, pouldres, vivres et encores quelques enseignes, que je
prsupose estre de ces compaignies des Flamans qu'ilz prtendent
s'embarquer, et plus de cent cinquante pices de fer de fonte, tout
dedans leurs vaysseaulx, et sollicitent au possible de faire lever le
dict arrest: ce que je crains bien fort qu'ilz obtiennent, car
j'entendz qu' icelluy Doloyvn, quant il a dress son quipage, le
capitaine Peletan, lieutenant de l'artillerye, luy a promiz fornir de
la Tour quelque quantit de pouldres, ung nombre de piques et de
haquebutes, et il aschapte des corseletz  la ville, qui n'est sans
que aulcuns de ce conseil luy tiennent la main en cella; lesquelz,
possible, n'en advouhent rien, meintennant que la chose est
descouverte, nantmoins ilz s'esforceront de faire que l'entreprinse
ne ruscisse vayne, comme desj semble qu'on veuille permettre 
icelluy Dolovyn de sortir, en baillant caution ou bien prenant la
moicti des mariniers qui soyent de ce pays:  quoy il dict qu'il ne
veult condescendre. Je feray tout ce qu'il me sera possible pour
l'empescher, et cependant Vostre Majest fera, s'il luy playt,
advertyr en la coste de Normandie et Picardie qu'on se tienne sur ses
gardes, et aussi  Brest et  Bourdeaulx; car il a est tenu propoz
entre eulz de ces deux lieux.

La premire flotte, que ceulx ci avoient envoy en Hembourg est desj
de retour dans ceste rivire, et dict on qu'elle vient asss bien
pourveue de merchandises aschaptes de dell, ce qui contante
aulcunement les merchantz, et faict ung merveilleux playsir  ceulx de
la nouvelle religion, qui remonstrent par ce commancement de traffic
qu'on se pourra dorsenavant passer d'aller en Envers. Les navyres,
qu'on disoit que le duc d'Alve avoit faict armer en Olande et Zlande,
n'ont monstr aulcun semblant de les empescher; dont ceste segonde
flotte pour le dict Hembourg, qui est d'envyron XXV vaysseaulx, s'en
va partir plus confidentment le XXVe de ce moys, soubz la conduicte de
deux seulz navyres de guerre de ceste Royne, affrettez et avitaillez
aulx despens des merchans, comme asseurez qu'ilz ne trouveront point
de rencontre, bien qu'il semble que l'entremise d'accorder les
diffrantz des Pays Bas soit, despuys quelques jours, ung peu
rfroydie; et ceulx cy passent toutjour oultre  faire vandre les
merchandises des Espaignolz, dont en a est vendu, despuys huict
jours, pour XX mil escuz en ceste ville, qu'on les estime valloir plus
de soixante mille. Je crains fort que l'argent de la dicte vante aille
 l'entretennement de la guerre de France ou aulx leves d'Allemaigne.

J'entendz que le comte de Mora, encor qu'il ayt propos le faict de la
Royne d'Escoce en termes indiffrantz, qui sembloient laysser le libre
jugement d'icelluy  ceulx de l'assemble tenue  St. Jean Sthon le
XXVe du pass, a nantmoins faict, par les voix et suffrages de ceulx
de son party, qui s'y sont trouvez en plus grand nombre que les
aultres, que rien n'y ayt est dtermin  l'advantaige de la dicte
Dame, et a envoy ung simple messagier devers ceste Royne pour
s'excuser de ne pouvoir entendre  nul expdiant de la restitution de
la dicte Royne d'Escoce, sans offancer sa conscience et sans
prjudicier au petit Roy, son Maistre, et au bien du pays; et qu'il
estime l'avoir desj asss estably pour le pouvoir deffandre par la
force: ce que monsieur l'vesque de Roz a opinion que ne sera aprouv
de ceste Royne ny de ceulx de son conseil; dont, dans peu de jours,
nous en saurons la rsolution, car je m'en vays pour cest effect, et
pour la restitution des prinses, trouver demain la dicte Dame, estantz
l'excuse du dict comte de Mora et la dclaration de Voz Majestez,
touchant le titre de ce royaulme, arrivez  poinct pour estre en mesme
temps trettez et dbatuz avec la dicte Dame et les seigneurs de son
conseil. Sur ce, etc.

    De Londres ce XVe d'aoust 1569.


Je viens tout prsentement d'estre adverty qu'il a est mand 
monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, qu'il aura audience,
quant il vouldra, de ceste Royne, en faisant aparoir qu'il ayt receu
lettre du Roy Catholique, despuys celle que la dicte Dame luy a
escript cest yver en latin. Je ne say encores si le dict sieur
ambassadeur acceptera la dicte condicion. Je vous envoye la coppie
d'une nouvelle proclamation que la dicte Dame a faicte contre les
pirates.


    A LA ROYNE.

Madame, j'ay miz en la lettre du Roy les particullaritez, qui servent
de principal argument pour la dpesche que je fays prsentement  Voz
Majestez, demeurant le reste des choses d'icy au mesmes estat que je
vous ay naguires mand, du Xe du prsent, et ne fauldray de vous
escripre toutjour ce que, jour par jour, je verray advenir de plus ou
de moins en icelles. Cella vous diray je, icy, davantaige, Madame, que
l'Allemant et le Franoys, naguires arrivez de la Rochelle, semblent
estre principallement venuz pour reprsanter l'estat de leur arme et
de leurs affaires  ceste Royne, et solliciter quelques deniers,
qu'ilz attandent de ce royaulme. Ilz ont distribu plusieurs lettres,
dont par l'extraict de l'une, qui est de monsieur l'Admyral, et d'ung
discours, lequel  grand difficult j'ay recouvert, Votre Majest
verra de quelle faon ilz parlent de leur faict, et seray bien ayse
d'estre advis s'ilz ont envoy  Voz Majestez la remonstrance dont
ilz font mencion en icelluy[10]; car ceste Royne m'en a parl fort
expressment ainsy que je le vous [ferai] plus  plain entendre par
ung des miens, que sur aultres occasions je dpescheray devers Voz
Majestez, aussitost que le Sr. de Vassal, que je vous envoyay sur la
fin du mois pass, sera de retour. Le dict Allemant s'enreva  la
Rochelle et dict on qu'il est  ce comte de Mensfelt, qui est avec
eulx, lequel est pensionnaire de ceste Royne.

  [10] Cette pice se trouve jointe  la LIVe Dpche. _Voyez_ p.
  179.

Le conseiller Cavaignes a faict quelque semblant de vouloir aussi
repasser  la Rochelle, pour aller prendre la charge qu'avoit au dict
lieu le conseiller Bourg son beau frre, qu'on dict estre despuy
naguires dcd. Je ne say encores s'il partira. Toutz ceulx cy de
la nouvelle religion se monstrent,  ceste heure, grandement relevez
en l'esprance de leurs affaires, faisans estat que Poictiers sera
prins, et que ceulx de dedans, voyans ne pouvoir estre secouruz, ont
desj commanc de parlementer; que l'arme du Roy ne pourra de long
temps estre rassemble, et que cependant la leur aura exploict
beaulcoup de choses  leur proffict; et que bientost le renfort,
qu'ilz attandent encores d'Allemaigne, entrera en France, pendant que
les aultres princes catholiques ne s'esmeuvent guires chauldement
pour rprimer leur entreprinse. Sur ce, etc.

    De Londres ce XVe d'aoust 1569.

COPIE D'UNE LETTRE APORTE DE LA ROCHELLE.

Monsieur, ayant entendu par toutes les dpesches que m'a faictes
monsieur le Cardinal, mon frre, et mesmes par la dernire que m'a
aporte Mr. du Puench, de quelle bonne volont et affection vous
embrassez les affaires qui se prsentent par dell pour le bien de
ceste cause, et la bonne assistance que vous donnez en iceulx  mon
dict sieur le Cardinal, davantaige ce que vous faictes,  toutes
occasions, pour son particullier, je n'ay vollu faillir, par ce
pourteur s'en retournant, de vous en faire ung bien fort affectionn
remercyement, attandant que Dieu me donne le moyen de le pouvoir
recognoistre en quelque bon endroict envers vous ou les vostres,
lequel s'offrant vous vous pouvez asseurer, Monsieur, que je mettray
peyne de ne demeurer ingrat de tant d'obligation que nous vous avons,
lesquelles nantmoins je vous prieray d'accroistre par toutz les
aultres playsirs que vous nous pourrez faire cy aprs; car ayant la
charge que nous avons sur les braz  suporter, vous savs que nous
aurons, tant qu'elle durera, bon besoing de l'ayde, faveur et
assistance de Sa Majest, ce que vous estant asss cogneu que nous ne
pouvons avoir du mal  faulte d'estre secouruz que vous ne vous en
sentiez bientt aprs, je ne m'estendray, avec le bon zle que je say
que vous avez  ce qui nous touche,  vous faire ceste plus longue que
pour me reccommander bien affectionnement  vostre bonne grce et
suplier Dieu vous donner, Monsieur, en sanct, augmentation des
siennes.

Et est escript par postille--du camp de Busserolles, ce VIe jour de
juillet 1569.

    Et plus bas,
      Vostre entirement bon amy
        CHASTILLON.


DISCOURS ENVOY DE LA ROCHELLE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

Parce que nous ne voulons faillir, par toutes les commoditez et
occasions que nous pourrons avoir, de tenir la Majest de la Royne
d'Angleterre au vray advertye, et Messieurs de son Conseil, de l'estat
de noz affaires de de, comme il est trs raysonnable, tant pour le
regard des obligations que nous luy avons, que pour la connexit de la
cause commune et chrestienne, que nous soubstenons au priz de noz vies
et biens, nous avons advis d'envoyer  monsieur le Cardinal de
Chastillon ce petit discours, pour faire entendre  Sa Majest comme,
aprs que nous fusmes advertys du passaige du feu duc de Deux Pontz 
la Charit, avec les forces qu'il avoit tant d'Allemans que de
Franoys, et qu'il s'acheminoit pour nous venir joindre, et que
Monsieur, frre du Roy, avoit joinct les forces de Mr. d'Aumalle, qui
dellibroient d'empescher les passaiges au dict feu sieur Duc, il fut
advis d'aller audevant d'icelluy, et de passer la Vienne, et de
marcher jusques auprs de la ville de Limoges, o on leur assigna le
rendez vous, affin de les recuillir le plus tost qu'on pourroit; et
que pour cest effect messieurs l'Admyral et de La Rochefoucault
prendroient l'eslite de nostre arme, principallement de
l'arquebouzerie, pour le grand besoin qu'en avoit le dict feu sieur
Duc pour passer les dtroictz, o s'estans acheminez les dictz sieurs
Admyral et de La Rochefoucault, ilz furent advertys que le dict feu
sieur Duc avoit desj pass la dicte rivire de Vienne, et qu'il
estoit log  deux lieues de la mayson d'Escars, o le logis du dict
sieur Admyral fut faict: lequel, sans s'arrester en son dict logis,
passa oultre pour aller trouver le dict feu sieur Duc, auquel il ne
peult parler,  cause qu'il estoit  l'extrmit de sa malladie, dont
il morut peu d'heures aprs; qui est chose, qui doibt bien estre 
jamais remarque comme ung singulier et expcial oeuvre de Dieu, qui
ayt vollu faire ceste grce, et donner moyen  ce prince de traverser
tant de pays avec ung grand attirail d'artillerye, d'infanterie et de
bagaiges, et  la teste et veue d'une grand arme, et de passer tant
de rivires, tant de lieux et dtroictz difficiles et prilleux, et
telz qu'il n'est mmoire qu'arme en ayt jamais pass de semblables,
et par o,  grand peyne, peult on dire qu'une seule charrette eust
peu passer, de faon qu'il semble que cella soit ung songe  ceulx qui
ne l'ont poinct veu; et qu'estant hors de dangier, et au lieu o il
souhaytoit, pour secourir les esglizes de ce royaulme, le jour mesmes
Dieu l'ayt vollu retirer  soy; et qui plus est que sa mort n'ayt
aport aulcun changement ou nouvellet en son arme, qui ayt peu
empescher qu'on n'ayt tellement ngoci et accord avec les chefz,
colonnelz et reytres de la dicte arme, sur les difficultez qui
s'offroient, et qu'en bien peu de jours on ne les ayt randuz contantz,
tant pour le regard de leurs payemens et sur les aultres faictz qui se
pouvoient rvoquer en doubte; ce que fut faict  St. Yris la Perche;
pendant lequel sjour, Monsieur, frre du Roy, ayant joinct ses forces
d'Itallie, se vollut aprocher avecques son arme  deux lieues prs de
nous, o il fut rsolu de l'aller veoir, et d'essayer de le combattre;
et ayans trouv en teste prs de leur logis, en ung passaige o il y
avoit ung ruysseau et des marescaiges, le Sr. Strossy, colonnel
gnral des bandes franoyses, log avec toute la fleur de leur
infanterie, il fut tellement charg qu'il fut prins prisonnier, son
lieutenant thu et ses meilleurs capitaines, et de cinq  six cens
soldatz, sans que jamais le reste de leur arme, qui voyoit jouer le
jeu, se vollt mettre en campaigne ny faire contenance de soubstenir
leur infanterie; et n'eust t que, tout ce jour l, la pluye fut si
extrme et si grande que noz harquebouziers ne pouvoient plus jouer,
il y a bien aparance que l'excution eust est beaulcoup plus grande,
et eust miz fin aulx diffrantz d'une part et d'aultre. Mais puysqu'il
a pleu  Dieu que les choses soyent passes de ceste faon, nous avons
asss d'occasion de le louer et remercyer, et de nous contanter.
Despuys, on sjourna encores ung jour au lieu de St. Yris pour veoir
s'il ne prandroit point d'envye aulx ennemys d'avoir leur revenche;
et, voyans qu'au lieu d'en faire quelque contennance, ilz ne
comparoissoient plus despuys ce temps l, et qu' ceste cause, il
estoit besoing de prendre sjour en quelque pays fertil, o noz
reytres peussent se reposer et rafreschir du travail de leur long
voyage, on fit marcher l'arme du coust o nous sommes  prsent,
delliberez et rsoluz de cercher toutes les occasions pour attirer nos
dictz ennemys au combat, comme la chose que nous souhaitons et
desirons le plus.

Le mardy, XIIIIe de juing, le Sr. du Lude, et grande compaignie de
cavallerye et infanterye, avec quatre canons et deux collevrines,
commancrent  battre Nyort, place asss mauvaise et mal ayse 
fortiffier, en laquelle le Sr. de La Brosse estoit cappitaine, et y
avoit asss peu de soldatz; ce qui fut la principalle occasion de
faire entreprendre au dict Sr. du Lude de l'assiger, mais le
capitaine Puyviault, malgr les ennemys, y entra avec bon nombre de
soldatz, et soubstint deux assaultz fort furieulx, que donnrent les
ennemys le premier de ce moys, desquelz y est demeur mil ou douze
centz; et ne fault oblyer que les femmes y ont faict plus de debvoir
qu'on ne pouvoit esprer de leur sexe. Entre toutz, les dictz La
Brosse et Puyviault y ont acquiz grande rputation, estantz toutjours
 la bresche, o, encores qu'ilz fussent blessez en plusieurs
endroictz, ilz ont repouss les ennemys avec si grand perte de leurs
gens, et tel estonnement et confuzion, que, entendans d'aultre part
que le secours, que nous envoyions  ceulx de dedans, estoit prochain,
ilz levrent le sige si hastivement, le sabmedy IIe de ce moys,
qu'ilz ont laiss ung de leurs canons. Monsieur de Telligny, qui
conduysoit le dict secours, lequel estoit de huict cornettes de
Franoys et quatre de reytres, les a poursuyviz de si prez, que,
n'ayantz eu loysir de gaigner Poictiers, ilz ont est contrainctz
retirer  St. Maixant le reste de leur artillerye, avec leur
infanterie et cavallerye  Partenay, et meintennant les tient serrez
de si prz et encloz (leur empeschant les vivres, cependant que nostre
camp s'aproche), qu'il est mal ays qu'ilz se puissent saulver.

La nuict du mercredy, Mr. de La Noue, gouverneur de Rochellois, ayant
assembl quelques forces de son gouvernement, sortit de la Rochelle
pour aller secourir le dict Nyort, et fut adverty que  Frontenay
Labattu, distant de trois lieues du dict Nyort, les compaignies des
capitaines Richellieu et Lancereau estoient loges, lesquelles il
surprint si  propos qu'il en fut thu envyron trois cens et plus de
deux centz chevaulx prins.

Le jeudy VIIe, monsieur l'Admyral print par force Chabanois, o tout
fut miz en pices, rserv le capitaine nomm La Planche. Luzignan est
meintennant assig et sur le poinct d'estre emport, de l nous
esprons aller devant Poictiers.

Le comte de Mongommery, avec les Viscomtes, est party de Montauban et
a donn jusques dedans les portes de Thoulouse, et ruyn l'abbaye de
St. Jean Roch, qui est aulx faulx bourgs avec grand estonnement de
toute la ville.

Et pour ce que nous avons eu toutjour en singulire recommendation de
justiffier noz actions de plus en plus, et faire toucher au doict et 
l'oeil l'quit et justice de ceste cause, encore qu'elle doibve asss
estre cognue et manifeste  tout le monde, il fut advis, quant nous
eusmes accord avec noz reytres et faict leur payement, de dresser et
envoyer une remonstrance au Roy, meintennant que nous avons, avec
l'ayde et assistance divine, asss heureux succez et aparance
d'advantaige sur noz adversaires, pour estre aussi, cy aprs, publie
par toute la chrestient, affin qu'on cognoisse de quel pied nous
marchons en ce faict; et si nous sommes menez et poussez pour aultre
fin que pour la conservation de la libert de noz consciences, de
nostre religion, de noz honneurs, et de noz vies, et de noz biens; et
s'il tient  nous qu'on ne paciffie les troubles qui sont en ce
royaulme. Ce qui servira pour ceulx, lesquelz mal advertys ou
passionnez, publient que nous voulons attempter  l'estat duquel nous
avons toutjours est aultant zlateurs et desireulx que noz ennemys en
ont est envyeulx et marrys, et [qu'ilz ont] troubl le repos et
tranquillit d'icelluy.

   ORDONNANCE FAICTE PAR LA ROYNE D'ANGLETERRE CONTRE LES PIRATES.

   La Majest de la Royne entend que, combien que, par ses premires
   ordonnances et proclamations, il ayt t notiffi  ses subjectz,
   nommement aulx officiers de ses portz, de arrester les pirates
   et faire cesser toutes pilleryes, si est ce que quelque nombre de
   vaysseaulx, arms et conduictz par certaines dsordonnes
   personnes, de diverses nations, hantent encores toutjours les
   mers estroictes, et ressortent secrectement en petites criques et
   places secrectes de ce royaulme, pour y prandre vivres et aultres
   choses  eulx ncessaires, et se font licencier de se mettre en
   mer pour donner couverture  leurs entreprinses, affin qu'ilz ne
   soyent prins comme pirates.

   Pour  quoy remdier, et affin que ce prtexte ne puisse, en
   aulcune manire, ayder  telles personnes  commettre leurs
   pilleryes, ny  ceulx qui, pour leur gain particullier ou en
   faveur d'iceulx, les vouldroient favoriser soubz une fainte
   prtention d'ignorance,

   Sa Majest estroictement charge et commande  toute manire
   d'officiers et ministres ayantz gouvernement et charge dans
   aulcun port de ville, ou ayantz authorit de faire depputez soubz
   eulx en aulcune petite crique, de quelque part que ce soit, que
   dorsenavant il ne soit souffert  aulcunes personnes, vennantz de
   la mer, d'avoir vivres, monitions ou aultres choses ncessaires
   pour eulx, leur compaignie ou vaysseaulx, s'ilz ne sont
   notoirement cogneuz estre de l'quipage des vaysseaulx merchandz,
   passagiers, ouy pescheurs, ayantz affaire par de; deffendant en
   oultre de rien achapter ou recepvoir, directement ou
   indirectement, des dictes personnes vennantz de la mer, jusques 
   ce que les merchandises ou biens ayent est aportez et miz 
   terre, et aulx places accoustumes sellon les loix de ce
   royaulme, avec le consentement des officiers des coustumes, et
   que toutz debvoirs ayent est pays pour iceulx, sellon l'usaige
   des merchandz, sur peyne  ceulx qui feront le contraire ou qui
   en seront consentz, d'estre miz en prison et y demeurer jusques 
   ce que inquisition aura est faicte (sellon les loix de ce
   royaulme) d'eulx et de leurs faictz, comme en cas de pilleryes,
   et d'estre jugez et puniz comme pirates, ainsy que par les loix
   sera ordonn; et quiconque donnera information de ce contre
   aulcun officier des coustumes ou quelcun de ses depputez, et le
   pourra prouver, et [si] il est capable d'exercer le dict office,
   il le jouyra, ou aultrement sera deuhement et librallement
   rcompens selon ses mrites.

   Davantaige Sa Majest veult et entend que toute sorte
   d'officiers, et expciallement Gardes des portz, Visadmyraulx,
   Connestables et Capitaines des chtaulx, assis dessus la mer, et
   toutz aultres, ayantz office en portz de ville ou places 
   prendre terre, respondront par cy aprs,  leur plus grand et
   extrme pril, de faire leur dilligence en leurs jurisdictions,
   de s'enqurir, mettre guet; et par ce moyen aprhender toutes
   navyres de personnes qui hantent la mer avec vaysseaulx armez, et
   n'estantz pas merchantz aparans, et entirement arrester toutz
   aultres qui quiperont leurs vaysseaulx en guerre, exept
   seulement ceulx qui seront notoirement cogneuz estre ordinaires
   merchandz, passaigiers ou pescheurs; et de n'adlouer dorsenavant
   ou admettre aulcune allgation de licence  naviguer sur la mer
   avec vaysseau arm,  personne, quelle qu'elle soit, si ce n'est
    ceulx qui sont bien cogneuz apartenir  Sa Majest, et qui
   peuvent estre envoyez en mer pour la tenir libre de pirates.

   Et si quelcun est trouv coulpable ou manifestement ngligent 
   cella, Sa Majest leur faict entendre qu'ilz seront puniz avec
   telle svrit que l'exemple en demeurera cy aprs aulx aultres
   pour se garder d'offancer en mesme cas.

    Donn  Otlan le IIIe jour d'aoust 1569,  l'unziesme an du
    rgne de Sa Majest.




LIIIe DPESCHE

--du XXIIe d'aoust 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivyer Champernon._)

  Arrive en Angleterre des dputs envoys de Rouen pour traiter
    de la restitution des prises.--Bonne rception qui leur est
    faite.--Espoir qu'un accord ne tardera pas  tre
    conclu.--Plainte de l'ambassadeur  lisabeth, au sujet de
    l'armement des navires qui se continue, malgr l'arrt qu'elle
    a ordonn.--Dclaration de la reine, que ces navires
    appartiennent au prince d'Orange, qui les fait armer pour se
    dfendre contre le duc d'Albe, et qu'elle en a tacitement
    autoris la sortie.--Prochain dpart du conseiller Cavaignes,
    qui est remplac par le sieur Dudoit en sa charge d'agent des
    protestants de la Rochelle.--Vives instances faites par
    l'ambassadeur auprs de la reine d'Angleterre en faveur de la
    reine d'cosse.--lisabeth annonce qu'elle y pourvoira, et que
    dj elle a refus de recevoir le message du comte de
    Murray.--Elle s'emporte en grande colre contre Marie Stuart,
    et menace de l'chafaud, en prsence de l'ambassadeur,
    plusieurs des seigneurs de son conseil.--Prparatifs d'une
    nouvelle flotte qui semble destine pour la Rochelle.--Les
    seigneurs d'Angleterre insistent de nouveau pour qu'une
    pacification se fasse en France.


    AU ROY.

Sire, j'ay est trouver la Royne d'Angleterre sur son progrs  Fernan
Castel, qui est trente cinq mille loing d'icy, pour luy prsenter les
deux depputez de Roan, lesquelz elle a bnignement ouys; et, de tant
qu'ilz venoient par vostre commission, elle les a admiz  luy baiser
la main, et leur a dict en gnral qu'elle ne vous donroit
l'advantaige de faire aulcune chose en faveur et proffict des Anglois,
qu'elle n'en ft aultant ou plus, pour l'honneur de Vostre Majest,
en faveur des Franoys, et qu'ilz pourroient au reste, moy prsent,
proposer  ceulx de son conseil ce qu'ilz avoient  dire, lesquelz
satisferoient aultant abondantment  leurs justes remonstrances comme
par rayson et justice il seroit possible de le faire. Puys tretta de
ce faict  part avecques moy, ensemble du chastiement des pirates et
de la continuation du commerce; en quoy nous eusmes aulcuns petitz
diffrans, lesquelz je incistay fort qu'ilz fussent reiglez sellon les
trettez de paix, et conduysis le propos  luy toucher ung mot de
l'impression de guerre, o je savois qu'on l'entretenoit, et qu'elle
ne la vous debvoit aulcunement commancer, ny craindre aussi que Vostre
Majest, sans estre expressment provoque, la luy commanet; en
quoy, pour monstrer qu'elle donnoit quelque lieu  ma remonstrance,
elle me satisfit asss bien sur les particullaritez dont je luy avois
parl; ce qui me fit passer oultre  luy remonstrer davantaige bien
vifvement, qu'aprs qu' mon instance elle avoit command d'arrester
les quatre ourques et trois aultres vaysseaulx qu'on avoit armez dans
ceste rivire, l'on n'avoit layss de les prparer et avitailler
secrectement pour les getter du premier jour dehors: ce qui estoit
grandement contre sa parolle et contre sa promesse.

A quoy elle me respondit que, sur la premire remonstrance que je luy
avois faicte l dessus, elle s'estoit enquise du faict de ces
vaysseaulx et avoit trouv qu' la vrit l'homme du prince d'Orange,
qui les armoit, avoit quelque entreprinse en main, mais elle la luy
avoit rompue, et luy avoit cass trois ou quatre centz soldatz, qu'il
avoit toutz pretz et bien armez, et qu'elle s'estoit courrouce  son
admyral d'avoir permiz cest armement dans ceste rivire, sans luy en
avoir rien dict; mais qu' prsent ce n'estoit plus chose que je
deusse craindre. Il est vray que luy ayant le dict homme du prince
d'Orange faict aparoir qu'il avoit achapt les dictes ourques, et que
c'estoit le ruyner du tout de les luy oster, elle luy permettroit de
les admener sans faire semblant d'en rien savoir.

A cella je m'oposay bien ferme, et qu'elle debvoit penser, puys qu'il
sortoit arm de ceste rivire, qu'elle seroit responsable de tout le
mal qu'il feroit.

Elle me rpliqua qu'il n'admneroit poinct de gens de guerre, et qu'il
n'yroit aulcunement contre voz pays ny subjectz, mais qu'il luy estoit
besoing de se conduyre bien seurement pour doubte du duc d'Alve, qui
l'avoit faict pilloriser en effigie, et ne failloit doubter qu'il ne
le ft excuter en personne, s'il le pouvoit prendre; et m'en parla en
telle faon qu'elle ne me layssa moyen de l'en presser davantaige.

Bien sceuz je, avant partir du dict lieu, que aulcuns Franoys, qui
avoient dellibr se mettre s dictes ourques, sollicitoient ung cong
de s'aller embarquer ailleurs pour passer  la Rochelle, et qu'il leur
avoit desj est ottroy ung passeport pour quarante hommes seulement,
mandant de les laysser sortir de ce royaulme avec leurs armes; dont,
de tant que ceulx l se sont desj acheminez hors d'icy, j'ay envoy
en divers lieux veoir o, et quant, et quel sera l'embarquement. Le
conseiller Cavaignes est de la partie, au lieu duquel j'entendz que le
Sr. Du Doict demeurera, icy, agent. Par ainsy se cognoist que le
voyage des dictes ourques estoit premirement entreprins pour aller
descendre en France, dont, Sire, je vays ainsy peu  peu gaignant
temps et tout ce que je puys envers ceste princesse; car, au
demeurant, il y a ung apareil de guerre tout prest en son royaulme.

Je diz puys aprs  la dicte Dame, suyvant vostre lettre du XXIIe de
juillet, et suyvant plusieurs aultres de la Royne d'Escoce, que
puysqu'elle avoit meintennant receu les amples dclarations de Voz
Majestez Trs Chrestiennes et celle de Monsieur, frre de Vostre
Majest, et de monsieur le Cardinal de Lorrayne, sur la seurt du
tiltre de son royaulme; et receu aussi, d'aultre part, la dclaration
que le comte de Mora luy avoit mande pour faire perdre le sien  la
Royne d'Escoce, je la suplioys, au nom de la dicte Dame, et trs
instantment de la part de Voz Majestez Trs Chrestiennes, qu'elle luy
vollt promptement ottroyer la prvoyance et remde qu'elle luy avoit
toutjour promiz. Sur quoy je luy admenay toutz les argumens que
j'avois pour le luy persuader, et pour luy faire veoir que, comme
c'estoit une entreprinse honnorable et utille, que aussi elle luy
estoit ncessaire, et qu'elle ne pouvoit, ny debvoit plus la
prolonger, ny aulcunement la reffuzer; aultrement qu'il failloit
qu'elle la remt paysiblement ez mains de Vostre Majest et vous
mettriez peyne de l'excuter, sellon que vous y estiez en plusieurs
sortes bien fort oblig.

Elle se monstra aulcunement altre et ung peu esmeue l dessus, et me
respondit en propos amples, lesquelz seront trop plus convenables de
vous estre rcitez de bouche par ung des miens, que j'envoyeray bien
tost devers vous, que de les mettre icy par escript; tant y a qu'en
substance, elle me pria vous escripre qu'elle n'avoit encores eu
loysir de veoir les dclarations, que luy aviez envoyes, lesquelles
elle esproit que seroient telles que je luy disois; et quant  celle
du comte de Mora, qu'elle ne l'avoit vollue accepter, ny en tiltre de
dclaration ny de responce, et avoit renvoy son messaigier pour luy
dire qu'il luy en eust  faire, tout promptement, une meilleure, ou
qu'elle mesme se la feroit et pourvoirroit, sans luy, au faict de la
Royne d'Escoce; et pourtant elle prioit Voz Majestez d'avoir pacience
pour quinze jours seulement: car incontinent aprs, elle procderoit
en cest affaire d'une faon qu'elle esproit ne debvoir estre que bien
aprouve de toutz les princes du monde; mais qu'elle me vouloit bien
dire qu'elle avoit miz peyne d'estre plus que bonne mre  la Royne
d'Escoce, l o elle, au contraire, s'estoit esforce de faire
plusieurs pratiques dans ce royaulme  son prjudice, et que celle qui
ne vouloit bien user envers sa mre mritoit d'avoir une marastre;
appelant l dessus ceulx de son conseil et monsieur l'vesque de Roz,
ausquelz elle rcita en franoys la plus part de ce que je luy avois
dict, et pareillement la responce qu'elle m'avoit faicte, puys leur
desduysit en anglois, en grand collre, aulcunes grandes pleinctes de
la Royne d'Escoce, et menassa les plus habilles et les plus grandz de
leur faire trancher la teste.

Je prins, quelque temps aprs, le propoz pour le ramener  doulceur,
et pour aulcunement justiffier Voz Majestez et moy, vostre
ambassadeur, de n'avoir jamais entendu en aulcunes sinistres
pratiques, qui ayent peu tant soit peu altrer vostre commune amyti.
A quoy elle me respondit, Sire, qu'elle vous en deschargeoit et moy
aussi, et qu'elle savoit bien qui en estoient les coulpables.

Je me licentiay gracieusement de la dicte Dame, et me sembla,  veoir
la contenance des principaulx d'auprs d'elle, qu'ilz estoient toutz
esmeuz de ces propos, sur lesquelz monsieur l'vesque de Roz a despuys
trett avecques elle; et j'espre que bien tost je vous pourray
mander tout ce qui aura succd en cella, aydant le Crateur auquel je
prie, etc.

    De Londres ce XXIIe d'aoust 1569.


Il semble que ceulx cy prparent encores une nouvelle flotte pour la
Rochelle, sur quoy Vostre Majest me commandera s'il fauldra que je
m'y oppose, et que je leur offre que vous les ferez accommoder de vin
et de sel, ez aultres endroictz de vostre royaulme, aulx pareilles
conditions qu'ilz les vont qurir au dict lieu.


    A LA ROYNE.

Madame, oultre ce que j'ay touch en la lettre du Roy des propoz que
la Royne d'Angleterre m'a naguires tenu  Fernan Castel, j'aurois 
vous faire entendre plusieurs particullaritez et discours, qui sont
intervenuz l dessus entre elle et moy; mais, parce qu'ilz seroient
longs  mettre icy, je vous diray seulement, Madame, que quant  la
restitution des prinses, et chastiement des pirates, et continuation
du commerce, elle et ceulx de son conseil ont monstr de me vouloir
beaulcoup contanter, et ont depput quatre bons et honnestes merchantz
de cette ville pour convenir avec ceulx de Roan de toutes leurs
difficultez; s quelles, s'ilz correspondent d'effect  ce qu'ilz
promettent de parolle, j'espre qu'on ne se despartira sans quelque
accord, et avons cependant prolong la mutuelle restitution jusques au
prochain jour de St. Michel.

La dicte Dame m'a parl du sige de Poictiers et de la remonstrance,
que ceulx qui sont devant ont envoy faire  Voz Majestez pour se
justiffier de la continuation de ceste guerre sur la deffance de leur
religion et de leurs vies, laquelle ilz disent estre trs lgitime; et
ay cogneu qu'ilz avoient envoy faire ung grand fondement de cella
envers la dicte Dame, comme j'estime qu'ilz ont faict le semblable
envers les aultres princes protestans; et semble que Mr. Norrys luy
ayt envoy une coppie de la dicte remonstrance, et qu'il luy ayt
escript que monsieur le comte de Retz la vous avoit aporte. A
laquelle remonstrance, parce que je ne l'avois veue, je n'ay respondu
que ce que j'ay estim convenir  l'honneur et grandeur de Voz
Majestez; c'est que je craignois que vous ne trouveriez jamais bonne,
ny vouldriez jamais accepter aulcune de leurs remonstrances, quelles
humbles parolles qu'ilz y sceussent mettre, tant qu'ilz seroient en
armes; et que j'estimois qu'il leur fauldroit venir  une vraye et
parfaicte obyssance de les poser d'eulx mesmes, pour se commettre 
la foy, bont et clmence de Vos dictes Majestez, ne faisant doubte
que ne fussiez prestz d'en user lors trs abondantment envers eulx.

Elle m'a rpliqu qu'ilz estoient comme celluy qui avoit appell
d'Allexandre  Allexandre mieux conseill, et qu'ainsy se
commettroient ilz franchement et sans craincte  Voz Majestez, quant
vous ne seriez plus conseillez de leurs ennemys, mesmement de ceulx
qui sont hors de vostre royaulme; car ilz ne se pouvoient deffier de
vostre bonne volont et affection, qui estiez leurs vrays et naturelz
Princes et Seigneurs.

Je luy ay respondu que,  la vrit, ilz n'avoient aulcun bon argument
de se deffier; car despuys les premiers troubles, s quelz ilz vous
avoient asss offancez, ilz estoient souvant venuz au pouvoir de Voz
Majestez, qui ne les aviez pourtant que bien trettez et toutjours
essay de les gaigner et attirer par doulceur. Et ce mesmes propos me
fut, le mesmes jour, rpt par le secrtaire Cecille, en prsence des
seigneurs de ce conseil, tout exprs pour oster de l'opinion d'aulcuns
d'eulx qu'il n'y avoit rien de rebellion en ceste cause;  quoy
incistant toutjour, de ma part, qu'ilz avoient donc  poser les armes
et recourir  la clmence de Voz Majestez, eulx toutz de grand
affection m'ont demand quelle seuret ilz pourroient avoir de la
clmence et bnignit, que vous leur promtriez. Je leur ay respondu
que d'y demander seurt ilz y esteindroient le nom de clmence, et que
je voyois bien que l gysoit le principal poinct; mais puysque Voz
Majestez estiez de la partie, il estoit raysonnable que les
principalles difficultez fussent remises en voz mains, et que vous
eussiez, comme trs lgitimes et dbonnayres princes, l'honneur et
l'advantaige de les dcider entre voz subjectz, et que la seurt
seroit en l'honneur de vostre parolle, en la bonne estime que vouliez
acqurir de toute droicture et intgrit envers les aultres princes,
et en la foy, amour et confiance que vous desiriez que vos propres
subjectz prinsent de vous. Il semble aulx propoz de la dicte Dame et
des dictz seigneurs de son conseil qu'ilz souhaitent grandement de
veoir ruscir quelque paix en vostre royaulme.

Touchant les affaires de la Royne d'Escoce, la dicte Dame a monstr
qu'elle estoit aulcunement irrite et offance contre elle, en quoy au
moins elle ne trouvera que je y aye en rien mal mesl Voz Majestez, ny
men aultre pratique en cella que d'avoir toutjour franchement et
droictement procur envers elle et les seigneurs de son conseil, et
envers toutz ceulx que j'ay cognuz bien affectionnez  la dicte Dame,
le bien, et la libert, et la restitution d'elle  sa couronne. Je ne
say ce qui aura succd despuys mon partement de ceste court, mais il
m'a sembl d'y avoir layss les choses asss altres pour cause de
cest affaire; lequel est pour produyre enfin quelque nouveault en ce
royaulme.

Les esmotions d'Irlande,  ce que j'entendz, vont toutjour
grossissant, et commancent de donner peyne et soucy  ceste Royne.
Elle a encores prolonge l'audience  l'ambassadeur d'Espaigne, et
cependant le duc d'Alve a faict republier aulx Pays Bas une plus
estroicte exclusion, que devant, de tout traffic avec les Anglois. Sur
ce, etc.

    De Londres ce XXIIe d'aoust 1569.


Nicollas, le corrier, qui a accoustum de servir ordinairement en
ceste charge, me presse de luy donner cong parce qu'il dict n'avoir,
longtemps y a, rien receu de ses gaiges, et de tant qu'il faict en ce
temps asss besoing icy, il vous plairra, Madame, le faire aulcunement
contanter.




LIVe DPESCHE

--du XXVIe jour d'aoust 1569.--

(_Envoye jusques  la Court par Nicolas le chevaulcheur._)

  Dpart d'un grand nombre de Franais et de gens de guerre pour la
    Rochelle, avec le conseiller Cavaignes.--Craintes que l'on doit
    concevoir en France de plusieurs expditions maritimes qui se
    prparent  la fois.--Plaintes faites  ce sujet par
    l'ambassadeur au conseil qui promet d'y remdier.--Chargement
    de la flotte de Hambourg.--L'ambassadeur d'Espagne ne peut
    encore obtenir d'audience.--Satisfaction manifeste par
    lisabeth des dclarations qui lui ont t remises touchant la
    cession, qu'aurait faite Marie Stuart de ses droits au trne
    d'Angleterre.--Elle se montre plus favorable  la reine
    d'cosse.--_Remontrance de ceux de la Rochelle_ au roi, pour
    demander un dit de pacification.--Protestation de leur
    dvouement au roi.--Dclaration qu'ils n'ont pris les armes que
    pour la dfense de leur religion.--Ils offrent une soumission
    entire sous la seule condition que l'exercice de la religion
    rforme leur sera irrvocablement garanti.--Ils sollicitent la
    convocation d'un concile gnral.


    AU ROY.

Sire, ceulx que j'avois secrectement envoy pour espier le chemin que
prendroient les Franoys et Flamans, qui sont naguires partys de
ceste ville, m'ont raport qu'ilz les ont layssez s'embarquant en
divers portz de ce royaulme, sans avoir peu certainement aprendre o
ilz vont: car les ungs parlent de faire voyle  la Rochelle; les
aultres d'aller trouver le capitaine Sores[11], qu'ilz disoient estre
de retour vers ceste mer estroicte avec vingt ou vingt cinq navyres
bien armez; aultres d'aller avec l'homme du prince d'Orange, qui a
desj fait avaller ses ourques et aultres vaysseaulx prez de
l'embouchure de cette rivire; aultres qu'ilz vont rencontrer le
bastard de Briderode, lequel, ayant avec quatre bons navyres de guerre
reconvoy, de Hembourg jusques en la coste de de, une partie de la
flotte des Anglois qui s'estoit escarte par tormente, est descendu
prendre des rafreschissemens vers Aruich. Et semble  la vrit que
ceste troupe faict divers chemyns, mais Cavaigne au moins avec sa
compagnie prent celluy de la Rochelle, lequel Cavaignes va succder 
la charge qu'avoit le conseiller Bourg, son beau frre, qui est dcd
en Angolesme le VIe de juillet, et emporte,  ce que j'entendz, sept
mille V{c}. {lt} esterlin, c'est vingt cinq mil escuz, qui est tout ce
qu'il a peu pratiquer pour ceste foys, provenant de la vante de cinq
cens miliers de mtal, que les Anglois ont dernirement aport  leur
retour de Brouage.

  [11] Le capitaine de Sore tait amiral de la flotte des
  protestants; il avait succd au baron de La Tour, mort  la
  bataille de Jarnac.

Et de tant qu'aulcuns ont estim que toute ceste compaignie ensemble
pourroit faire le nombre de trois mil homes de guerre, j'ay est
incontinent devers aulcuns seigneurs de ce conseil, qui d'advanture se
sont trouvez en ceste ville, pour leur remonstrer que l'embarquement
de tant d'hommes est chose fort contraire  la promesse, que la Royne,
leur Mestresse, et eulx m'ont dernirement faicte, et que j'ay grande
occasion de ne leur donner jamais plus de foy, et d'escripre
dorsenavant  Vostre Majest et de paix et de guerre tout aultrement
que je n'ay faict jusques icy.

A quoy ilz m'ont respondu qu'ilz ne peuvent croire que les choses
passent aultrement que la Royne et eulx me les ont promises, et que,
possible,  cause de ceste seconde flotte qui va en Hembourg, et du
partement de l'homme du prince d'Orange, lequel ilz n'estiment qu'il
prgne la routte de France, et aussi du partement d'aulcuns Franoys
qui  la vrit passent  la Rochelle, il y peult avoir bruict et
aparance d'ung plus grand embarquement qu' la vrit il n'est; car
n'estiment qu'en tout y ayt plus de deux  trois cens hommes d'effect,
qui n'est nombre de quoy je doibve faire cas; et que du capitaine
Sores ilz n'en ont rien entendu, ny ne croyent qu'il soit de retour;
vray est qu'en ce temps ilz ne peuvent en faon du monde contenir
ceulx de la nouvelle religion; toutesfoys que, sur mon advertissement,
ilz mettront peyne de s'enqurir que c'est, affin d'y remdier.

Cependant, Sire, encor que je n'estime que cest apareil, qui sort
meintennant d'icy, soit pour faire grand effect en terre, si n'ay je
vollu faillir de vous en donner promptement adviz, et l'ay aussi mand
aulx gouverneurs de voz places, qui sont sur la coste de dell, affin
d'y prendre garde, et je vriffieray encores mieulx ce qui en est pour
les en advertir d'heure  aultre.

La dicte flotte pour Hembourg est desj charge de beaulcoup plus
grand nombre de draps que n'estoit la premire, et sera preste de
sortir de ceste rivire le dernier de ce moys, soubz la conduicte de
deux grandz navyres de guerre de ceste Royne. Le bruict continue qu'il
s'en prpare une aultre pour la Rochelle; dont vous suplie me mander
si je offriray, de vostre part,  ceulx cy que vous les ferez fornir
de vins et sel, ez aultres endroictz de vostre royaulme,  pareilles
condicions qu'ilz les ont  la Rochelle, affin de leur interrompre ce
traffic. L'on a divulgu par tout ce royaulme que la Royne de Navarre
et monsieur le prince son filz, et ceulx de leur party, vous ont
envoy offrir une soubzmission d'obyssance par escript, de laquelle
le secrtaire Cecille m'a envoy une coppie; et de tant qu'aulcuns des
grandz m'ont mand qu'ilz ont opinion qu'elle a est faicte par de,
parce qu'on l'a traduicte d'anglois en franoys, je la vous envoye
affin de veoir s'ilz la publient en aultre faon qu'ilz ne l'ont
faicte.

Les affaires de la Royne d'Escoce sont traverss de beaulcoup de
difficultez; mais je n'espre encores que bien de la fin d'iceulx, et,
possible, que les mesmes difficultez les establyront. Ceulx des Pays
Bas demeurent encores en suspens, et l'audience est diffre 
monsieur l'ambassadeur d'Espaigne; nantmoins le desir de les accorder
ne se rfroydit aulcunement, ains s'eschauffe de plus en plus des deux
costez; dont ne reste que le moyen de le tretter, lequel demeure sur
la rputation  qui parlera le premier. Sur ce, etc.

    De Londres ce XXVIe d'aoust 1569.


Tout prsentement, le Sr. de Vassal vient d'arriver avec les deux
dpesches de Vostre Majest, du XVe et XVIe du prsent, aus quelles je
feray responce par mes premires.


    A LA ROYNE.

Madame, vous verrez en la lettre que j'escriptz au Roy ce que, pour
ceste foys, j'ay principallement  faire entendre  Voz Majestez des
choses de de, sinon touchant le faict de la Royne d'Escoce, qu'il me
reste encores vous dire, Madame, que ceulx, qui luy sont icy bien
affectionnez, estiment luy importer grandement que le desir et bonne
affection, que le Roy et Vous avez  son restablissement, soyent
signiffiez et bien cogneuz  la Royne d'Angleterre; dont estiment
estre fort requiz qu'il vous playse tenir  son ambassadeur, Mr.
Norrys, un semblable langaige que, de la part du Roy et Vostre, je luy
ay tenu icy  elle, pour l'admonester de ne plus prolonger ny reffuzer
son secours  ceste princesse, ou bien remectre paysiblement
l'entreprinse en vostre main; et ne trouver mauvais ny prendre aulcune
deffiance de Voz Majestez, quant elle verra que, du premier jour, vous
l'y mettrez  bon escient, avec d'aultres particullaritez que je vous
manderay par ung des miens, aussitost que j'auray receu une responce
que j'attandz demain de ceste court; qui pourtant, Madame, pourrez
diffrer de parler au dict sieur ambassadeur jusques  ma premire
dpesche.

Or, le jour aprs que j'euz dernirement parl de cest affaire  la
dicte Royne d'Angleterre, elle se fit lyre la dclaration du Roy et
Vostre, celle de Monsieur filz de Vostre Majest[12], de monsieur le
Cardinal de Lorrayne et de Mr. l'Arsevesque de Glasco, touchant le
tiltre de ce royaulme; lesquelles elle trouva en la forme qu'elle
desiroit. Et ayant, avec loysir, pens aulx choses que, le jour
prcdant, je luy avois dictes l dessus, et d'icelles confr avec
les seigneurs de son conseil, elle vollut parler, secrectement et 
part,  Mr. l'vesque de Roz, pour entendre le fondz et la vrit de
plusieurs raportz qu'on luy avoit faictz de la dicte Royne d'Escoce;
lequel luy en dict franchement ce qui en estoit: de quoy elle demeura
console, voyant qu'il n'y avoit rien qui tournt  son prjudice, ny
qu'on eust pens de rien entreprendre en ce faict, sans son sceu ny
sans son expresse permission et volont. Dont, considrant mon
instante sollicitation au nom de Voz Majestez pour la libert et
restitution de la dicte Royne d'Escoce, elle luy a escript incontinent
une bonne lettre, pleyne de consolation et de promesses, et en a
escript d'aultres bien expresses au comte de Mora, telles, comme le
dict sieur vesque de Roz les luy a vollu deviser; lesquelles luy ont
est desj envoyes par ung gentilhomme escouoys, nomm Me. Thomas
Flemy. Et, dans quinze jours, nous esprons qu'il sera commanc de
procder en telle faon sur ceste matire, que nous pourrons
clairement juger quelle en pourra estre la fin; et adjouxteray ce mot,
que le dict affaire semble estre pass si avant que je croy que
d'icelluy deppend ou le repoz, ou le grand trouble de ce royaulme. Sur
ce, etc.

    De Londres ce XXVIe d'aoust 1569.

  [12] Voir ces pices qui sont insres  la fin du Ier vol.  la
  suite de la XXXVIIIe Dpche.

  COPIE D'UNE REMONSTRANCE, que ceulx de la Rochelle ont mand
    avoyr envoye au Roy, aprs l'arrive du duc de Deux Pontz.

    AU ROY.

Sire, c'est une chose merveilleusement estrange et presque incroyable
qu'entre tant de subjectz, que Dieu a vollu soubzmettre soubz
l'obyssance de Vostre Majest, et qui se vantent ordinairement
d'estre tant affectionnez au bien de voz affaires et conservation de
vostre couronne, il n'y en ayt nantmoins ung seul qui face seulement
semblant de s'esforcer  esteindre ce feu qu'on voyt journellement
embrazer, et [qui] peult consummer cestuy vostre royaulme; et que au
contraire ilz s'en sont trouvez plusieurs qui ont infinyement
travaill  l'allumer et augmenter, et accroistre. Et, combien que
cella deust plustost et premirement procder de ceulx qui, de gayet
de cueur et pour leur seul [intrest] particullier ont esmeu et sucit
ces troubles, contre le gr et volont de Vostre Majest, et qui font
la guerre ou la paix, quant il leur playt, et non pas de ceulx qui
iniquement et injustement sont assailliz et poursuyviz en leurs
consciences, honneurs, vies et biens, et qui n'ont aultre intention
que de se deffandre et conforter contre telles injustes violences,
n'ayant jamais rien tant hay que les troubles et esmotions ny tant
procur que l'entretien de la paix, toutesfoys la Royne de Navarre et
Mr. le Prince, son filz, Mr. le Prince de Cond et les Seigneurs,
Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, esmeuz et
poussez de ceste affection et obligation naturelle qu'ilz ont  Vostre
Majest et  la conservation de vostre royaulme, n'ont peu ny vollu
diffrer plus long temps  recercher et raporter de leur part, comme
ilz ont toutjours faict, toutz les remdes propres et convenables dont
ilz ont peu adviser, pour garentyr cestuy vostre royaulme d'une ruyne
et subversion dont il a est tant de foys, comme il est encores plus
que jamais, menass; et pour restablir une paix et tranquillit
publique  laquelle, pour s'estre toutjours dmonstrez par trop
facilles et enclins, on sayt asss en quelz prilz et dangiers ilz
ont est prestz de tumber, si Dieu par sa saincte grce ne les en
eust, contre toute esprance et opinion humaine, garentys et
prservez; tellement qu'ilz ont fort peu d'occasion d'esprer et
attandre de pouvoir parvenir  ce qu'ilz desirent, si ce n'est qu'il
playse  Dieu de changer du tout le cueur de leurs ennemys qui vous
envyronnent, et les incliner  une paciffication; estimans plustost
les dictz sieurs Princes et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et
aultres, qui les accompaignent, que, au lieu de recognoistre ceste
libralle et franche volont qui est manifeste aujourd'huy, et le
debvoir auquel ilz se veulent mettre pour restablyr une parfaicte et
estroicte unyon et repoz entre voz subjectz, qu'elle sera calomnie et
sinistrement interprte, comme elle a toutjours est, par ceulx qui
ne hayssent et ne craignent rien plus que de veoir ceste
rconcilliation; d'aultant nantmoins que les dicts sieurs Princes,
Seigneurs, Chevaliers et aultres, qui les accompaignent, n'ont jamais
rien eu en plus grande recommendation que de randre toutjours de plus
en plus leurs actions manifestes  Vostre Majest, et imprimer souvant
des tesmoignages du desir singulier, qu'ilz ont toutjours heu, de
vivre et morir en l'estroicte obyssance et subjection naturelle
qu'ilz vous doibvent, et faire paroistre  tout le monde combien leurs
cueurs et volontez sont esloignez des impostures et calompnies du
cardinal de Lorrayne et aultres ses adhrans, ministres et
pensionnaires des ennemys naturelz de vostre coronne.

Et [d'autant] que les Franoys, qui ont est contrainctz de
s'assembler  leur trs grand regrect, ne tendent que  meintenir et
conserver leur religion, leurs honneurs, leurs vies et leurs biens,
ilz ont estim que telles considrations ne les pouvoient ny debvoient
empescher ou retarder de poursuyvre et pourchasser, de tout leur
pouvoir, l'effaict d'une tant salutaire et ncessaire paix  ce
royaulme, et rendre tesmoignage de l'humillit, rvrance et respect,
qu'ilz portent  Vostre Majest; ce qu'ilz eussent encores beaulcoup
plustost faict, sinon qu'ilz ont toutjours estim que leurs ennemys
eussent panc, ou pour les moins vollu faire acroyre, que c'eust est
la ncessit qui les eust induictz  cella,--veu mesmes les
asseurances, que leurs dictz ennemys ont bien oz donner  Vostre
Majest, qu'il ne s'estoit faict aulcune leve de gens de guerre en
Allemaigne pour le secours des dicts sieurs Princes; et, quant bien on
en auroit faict, qu'il y avoit moyen et forces suffizantes pour les
empescher d'entrer en ce royaulme; et, ores qu'ilz y fussent entrez,
qu'il y avoit tant de rivires et de passaiges entre eulx et les dictz
sieurs Princes, qu'il seroit fort ays de les empescher de se joindre;
et quant ilz seroient joinctz, que les dictz sieurs Princes n'auroient
aulcuns vivres pour les entretenir;--ayantz pour ceste cause vollu
temporiser et attandre qu'ilz eussent joinctz et pays leurs dictes
forces, et rassembl les aultres qui estoient dissipes et esparces,
lesquelles on sayt estre telles qu'on ne peult nyer qu'ilz ne
puyssent bien aysement rsister  leurs dictz ennemys et excuter des
mauvais dessings, s'ilz en avoient quelque mauvaise volont, comme on
a vollu dire.

Si donc, aulx premiers troubles que feu monsieur le Prince de Cond et
les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les
accompaignent, receurent et acceptrent les condicions de la paix,
concernant le seul faict de la religion et libert de leurs
consciences, incontinent aprs la mort de feu monsieur de Guyse et du
Mareschal de Sainct Andr, et aprs avoir prins prisonnier monsieur le
Connestable, qui estoient les trois principaulx chefz et conducteurs
de l'arme;--si, aulx derniers troubles, incontinent qu'on offrit au
dict sieur Prince et aulx Seigneurs et Gentishommes de sa compaignie,
le restablissement de l'exercisse de la religion, quoy qu'ilz eussent
joinctes grandes forces estrangires et qu'on ft prest de donner
l'assault  la ville de Chartres,  la teste et veue du camp de
l'ennemy, qui estoit la plus part desband, et que,  la seule
dmonstration de paix, qui fut faicte par ung trompte envoy soubz le
nom de Vostre Majest, non seulement le dict sieur Prince despartit de
faire donner l'assault, mais fit du tout lever le sige et retirer son
arme, sans avoir nantmoins raport d'une si prompte obyssance que
une paix sanglante et playne d'infidellit;--si, aulx mesmes troubles,
le lendemain de la bataille St. Deniz, le dict sieur Prince envoya
vers Vostre Majest le Sr. de Telligny pour luy remonstrer la ruyne et
dsolation qui menassoit dez lors ce royaulme, si on y laissoit entrer
les estrangiers qui estoient desj sur les frontires, et pour
proposer et mettre en avant les moyens et remdes pour parvenir  une
paix qui ne touchoit que le seul faict de la religion, encores que le
dict sieur Prince eust [eu] du meilleur en la dicte bataille, comme on
sayt, et que monsieur le Connestable, l'ung des principaulx chefs de
l'arme des ennemys, y eust est thu;--brief, si voz edictz ont
toutjours est faictz et la paix accorde, lorsque ceulx de la
religion ont eu moyen, par les forces, de s'en faire croyre, s'ilz en
eussent vollu abuser;--et qu'en toutz les propoz et traictez de paix,
il n'ayt est faict mencion que du seul faict de la religion, et que
leurs ennemys n'ayent jamais est amenez  une paciffication que par
une ncessit, et lors [que] par la force ouverte ilz ne pouvoient
plus rien entreprendre contre eulx;--en quelle conscience et avec
quel visaige et contenance peult on dire qu'il va en ces troubles
d'aultre faict que de la religion?

Et affin nantmoins de convaincre toutjours davantaige le dict
cardinal de Lorrayne, et aultres ses adhrans, des menteries et
impostures qu'ilz publient encores toutz les jours, les dictz sieurs
Princes, et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui
les accompaignent, voulans oblyer l'infidellit, laschet et
desloyault, dont l'on a us en leur endroict par le pass, dclairent
et protestent aujourdhuy devant Vostre Majest, comme devant Dieu, que
quelques mauvais traitemens qu'on leur ayt faict recepvoir jusques 
ceste heure, il ne leur est jamais tumb en pense de les inputer 
Vostre Majest, pour estre vostre naturel par tropt esloign de telles
svritez, rigueurs et injustices, dont vous avez par tant de fois
randu de si ouvertes dmonstrations qu'on n'en peult justement
doubter. Et moins encores ont ilz pens  changer, ny mesmes diminuer,
tant peu que ce soit, de la volont et affection naturelle qu'ilz ont
tousjours eue  la conservation, advancement et grandeur de vostre
estat; et que, si par toutz les effectz susdictz on a cogneu et veu 
l'oeil qu'ilz n'ont aultre fin et intention que de servir  Dieu,
sellon sa vollont et sellon qu'ilz sont instruictz par sa saincte
parolle, soubz l'obyssance, profession et authorit de voz edictz,
et d'estre maintenuz et conservez esgallement comme voz aultres
subjectz en leurs honneurs, vies et biens, que meintennant ilz en
veulent encores randre une preuve et tesmoignage si manifeste, que
leurs ennemys mesmes ne les puyssent rvoquer en doubte; non que
toutes foys ilz veuillent entrer en aulcune justiffication de leurs
actions passes, pour estre leurs ignocences et justice de leur cause
asss cogneue de Vostre Majest et de toutz les roys, princes et
potentatz estrangiers, qui ne sont de la faction et party d'Espaigne;
et moins encores veulent ilz entrer en capitullation avec Vostre
Majest, saichans bien, grces  Dieu, quel est le debvoir d'un bon et
fidelle subject envers son souverain Prince et Seigneur naturel; mais
d'aultant, Sire, qu'on sayt asss le bon march qu'on a faict, par cy
devant, de la foy et parolle de Vostre Majest, qui doibt estre
saincte, sacre et inviolable, et avec quelle audace on a abus de
vostre nom et authorit, au pril et dangier extrme de toutz voz
subjectz, qui font profession de la religion rforme; il semble bien
qu'on ne doibt trouver estrange si les dictz sieurs Princes,
Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, vous suplient trs
humblement de vouloir dclairer vostre volont, touchant la libert de
l'exercisse de la dicte religion, par ung edict solempnel, perptuel
et irrvocable; affin que par icelluy ceulx qui ont est desj par
deux foys si tmrayres que d'enfraindre et violler, avec toute
impunit, ceulx que vous avez faictz, soient plus retenuz par le dict
troisiesme edict.

Et, pour ce que ceulx qui n'ont jamais peu endurer l'union et repos,
qui estoient meintennu entre voz subjectz par le moyen de
l'observation de voz edictz, ont prins occasion de les altrer et
corrompre par nouvelles interprtations et modiffications, du tout
contraires  la substance de voz edictz et  l'intention de Vostre
Majest; et que les dictz sieurs Princes, Gentishommes et aultres, qui
les accompaignent, recognoissent qu'ilz ont est, par ung trs juste
jugement de Dieu, beaulcoup plus affligez en temps de paix que en
temps de guerre ouverte, pour avoir trop aysement consenty, aulx
trettez de paix qui ont est faicts, qu'on ayt faict la part  Dieu,
et qu'on se soit contant qu'il ft fest seulement en certains lieux
et endroictz de ce royaulme et par certaines personnes.

Ne pouvant plus en saine conscience rien remettre de ce qui apartient
du service de Dieu, ils suplient trs humblement Vostre Majest de
vouloir ottoyer et accorder gnrallement  toutz voz subjectz, de
quelque quallit et condicion qu'ilz soyent, libre exercisse de la
dicte religion en toutes les villes, villaiges et bourgades, et toutz
aultres lieux et endroictz de vostre royaulme, et pays de vostre
obyssance, sans aulcune exeption ou rservation, modiffication, ou
restriction de personnes, de temps, ou des lieux, avec les seurtez
ncessaires et requises; et oultre, ordonner et enjoindre  toutz vos
dictz subjectz de faire profession manifeste de l'une ou l'aultre
religion, affin de couper chemyn  plusieurs, lesquelz abusans de ce
bnfice, sont tumbez en athisme et en une libert gnralle,
s'estans licenciez de toute exercisse et profession de religion, ne
desirans rien plus que de veoir une confuzion en ce royaulme, et tout
ordre de pollice et dicipline eclsiastique renverse et oblye, chose
trop dangereuse et pernicieuse, et qui ne se doibt aulcunement
tollrer.

Et d'aultant que les dictz sieurs Princes, Chevaliers, Gentishommes et
aultres, qui les accompaignent, ne doubtent pour ce, que ceulx qui ont
tousjours jusques  meintennant jett le fondement de leur desseings
sur les calompnies qu'ilz publient pour les randre odieulx, mesmes 
l'endroict de ceulx qui sont, par la grce de Dieu, affranchiz de la
servitude et tyrannie de l'Antechrist, ne fauldront de mettre en avant
qu'ilz veulent opiniastrment deffandre sans rayson ce qu'ilz ont une
foys rsolu de croyre touchant les articles de la religion
chrestienne, [plutt] que de se corriger et rtracter: ilz dclairent
et protestent, comme ilz ont toutjours faict, que, si en quelque
poinct de la confession de foy, cy devant prsante  Vostre Majest
par les esglizes rformes de vostre royaulme, on les peult enseigner,
par la parolle de Dieu accompaigne de lieux conjoinctz de
l'escripture saincte, qu'ilz s'esloignent de la doctrine des
prophettes et apostres, que promptement ilz donneront les mains et
cderont trs volontiers  ceulx qui les instruyront mieulx par la
parolle de Dieu qu'ilz n'ont est par cydevant, s'ilz errent en
quelque article.

Et pour ceste cause ne desirent rien tant que la convocation d'ung
concille libre et gnral, auquel ung chacun puysse estre ouy et
desduyre ses raysons, qui seront confirmes ou convaincues par la pure
parolle de Dieu, qui est le moyen duquel il a est us de tout temps
et anciennement en pareille occasion.

Par ce moyen, Sire, il ne fault doubter que Dieu ne face la grce 
Vostre Majest de veoir les cueurs et volontez de voz subjectz unys et
rconciliez, et vostre royaulme retourner en son premier estat et
esplandeur,  la honte et confuzion de voz ennemys et des nostres,
lesquelz par leurs secrectes menes et trs estroictes intelligences
qu'ilz ont avec l'Espaignol, ont bien sceu industrieusement et
subtillement divertyr l'orage et la tempeste, qui estoit ez Pays Bas,
pour la faire retorner et tumber sur vostre coronne et sur vostre
royaulme.

Ce qu'ilz suplient trs humblement Vostre dicte Majest vouloir bien
et exactement considrer; et juger, s'il luy playt, s'il est plus 
propos d'attandre des deux armes, qui sont meintennant assembles
dans vostre royaulme, une sinistre et sanglante victoire, de laquelle
le vaincu raporte aultant de fruict et de gain que le vaincueur, ou
bien de les employer ensemble, pour le service de Vostre Majest et
bien de voz affaires, en beaulcoup de belles occasions qui se
prsentent aujourduy, aultant importantes au repos de vostre royaulme
et conservation de vostre coronne, que nulles aultres qui se sont
offertes de nostre temps; et par ce moyen renvoyer la tempeste et
l'orage aulx lieux dont ilz sont venuz:

En quoy les dictz sieurs Princes, et les Seigneurs, Chevaliers,
Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, sont dllibrez et
rsoluz, comme en toutes aultres choses o il yra du bien et grandeur
de vostre estat, d'employer leurs personnes et biens, et toutz les
moyens que Dieu leur a donnez, jusques  la dernire goutte de leur
sang; ne recognoissans en ce monde aultre souveraynet ou principault
que la vostre, en l'obyssance et subjection de laquelle ilz veulent
vivre et mourir, qui est telle et semblable que ung Prince Souverain
et Seigneur naturel peult attandre et desirer de bons, fidelles et
loyaulx subjectz et serviteurs.




LVe DPESCHE

--du Ier de septembre 1569.--

(_Envoye jusques  la Court par le Sr. de Sabran._)

  Notification est faite  la reine d'Angleterre des projets de
    mariage du roi de France avec une fille de l'empereur
    d'Allemagne, et de Madame avec le roi de Portugal.--Nouvel
    arrt des navires du prince d'Orange.--Crainte que cet arrt ne
    soit bientt lev.--Opinion de l'ambassadeur sur la remontrance
    de la reine de Navarre.--Prochain dpart de la flotte destine
    pour Hambourg.--Retour d'une flotte qui avait t envoye 
    Narva.--Arrive  Londres d'un ambassadeur venant de
    Moscovie.--Pressantes recommandations de l'ambassadeur pour
    qu'il soit fait de vives dmonstrations en France en faveur de
    la reine d'cosse.--_Lettre secrte_ pour la reine-mre, avec
    recommandation expresse de la brler aprs l'avoir
    lue.--Dtails sur le projet de mariage entre le duc de Norfolk
    et Marie Stuart.--Des promesses rciproques ont t
    changes.--Quelles sont les conditions du
    mariage.--Sollicitations faites par le duc auprs de
    l'ambassadeur pour obtenir le consentement du roi, de la
    reine-mre et des princes de la Maison de Lorraine.--Ce que le
    duc dsire qui soit fait en France pour assurer le
    rtablissement de la reine d'cosse sur son trne.--_Mmoire
    gnral_ sur les affaires d'Angleterre, d'Espagne et
    d'cosse.--Nouvelles d'Allemagne.--Prparatifs secrets faits en
    Angleterre pour pouvoir,  l'occasion, tenter une expdition en
    France.--Dclaration faite par lisabeth au cardinal de
    Chatillon, qu'elle ne peut lui donner les secours d'hommes et
    d'argent qu'il demande.--Crainte de l'ambassadeur, que les
    nouvelles dmonstrations d'amiti qui lui sont faites ne
    cachent quelque projet de guerre.--Caractre du soulvement
    d'Irlande.--Refus fait par lisabeth de recevoir l'ambassadeur
    d'Espagne en audience, sans qu'il ait t de nouveau accrdit
    auprs d'elle par Philippe II.--Les ngociations relatives aux
    diffrends avec les Pays-Bas demeurent en
    suspens.--Mcontentement que montre lisabeth de la rsolution
    prise  son gard dans l'assemble de Saint-Johnstown, en
    cosse.--Dcisions arrtes dans cette assemble sur les quatre
    articles proposs pour la reine d'cosse.--Instances de
    l'ambassadeur auprs d'lisabeth pour qu'elle se prononce en
    faveur de Marie Stuart.--La reine d'Angleterre demande un
    dlai de quinze jours avant de dclarer sa dtermination
    dfinitive.--Pressante ncessit de secourir
    Dumbarton.--Entrevue de la reine d'Angleterre et de M. le
    cardinal de Chatillon.--Assurance est donne  la reine par le
    cardinal, que les protestants de France n'ont rien nglig pour
    arriver  une pacification.--_Rclamation officielle de
    l'ambassadeur_ auprs de la reine d'Angleterre en faveur de la
    reine d'cosse.--Dclaration lui est faite que si elle refuse
    de la rtablir sur son trne, la France prendra les armes pour
    elle.--_Rponse d'lisabeth_  cette rclamation.--_Avis
    secret_ concernant les affaires de la reine
    d'cosse.--Instances qui sont faites auprs d'elle pour qu'elle
    pouse le roi Philippe II ou un prince d'Espagne.--Ngociations
    de sir Hamilton auprs du duc d'Albe pour obtenir un secours
    d'argent.--Conditions mises par le duc  la coopration de
    l'Espagne, pour le rtablissement de Marie
    Stuart.--Mcontentement que l'on doit prouver en France de la
    conduite de l'Espagne dans cette ngociation.


    AU ROY.

Sire, par le retour du Sr. de Vassal j'ay receu voz deux dpesches du
XVe et XVIe du pass, sur lesquelles ayant envoy demander audience 
la Royne d'Angleterre elle me l'a avec quelque difficult accorde
pour ung jour de la sepmaine prochaine, vers Anthonne  LX mil d'icy,
o je l'yray trouver; et n'obmettray rien du contenu en icelles ny de
chose qui se offre meintennant icy pour vostre service. Et  mon
retour je vous feray entendre comme elle aura prins les nouvelles du
mariage de Vostre Majest et de celluy de Madame[13]. Cependant, Sire,
je continueray vous dire que ces Franoys et Flamans, qui sont
naguires partys de ceste ville, se sont acheminez en divers portz et
se sont embarquez comme pour faire divers chemyns; et l'homme du
prince d'Orange voulant, mcredy dernier, sortir de ceste rivire avec
ses ourques et vaysseaulx, a est de rechef arrest; mais il a envoy
en dilligence devers les seigneurs de ce conseil pour faire lever le
dict arrest, ce que je croy qu'il obtiendra, et yra trouver le bastard
de Briderode, qui est encores en la coste de de avec quatre navyres
bien armez; et estiment aulcuns que toutz ces hommes, qui sont partiz
d'icy, encor qu'ilz aillent sortir de divers portz, ne laysseront
pourtant, quoy qu'on m'ayt promiz, de se joindre ensemble sur mer pour
s'acheminer  la Rochelle ou vers quelque endroict de la coste de
France, et dict on que le capitaine Sores a aussi ung aultre quipage
de XXV ou XXX navyres; de quoy,  toutes advantures, j'ay desj donn
adviz aulx gouverneurs de la frontire de dell, affin d'y prendre
garde.

  [13] Projets de mariage de Charles IX avec lisabeth, seconde
  fille de Maximilien II, et de Marguerite, sa soeur, avec
  Sbastien, roi de Portugal. _Voyez_ Ier vol., p. 67 et 68.

J'entendz qu'on faict imprimer en langaige de ce pays la remonstrance,
que la Royne de Navarre vous a envoy, et qu'on dellibre la publier
en divers endroictz de ce royaulme, et que mesmes on l'envoye en
Allemaigne pour justiffier ceulx de la nouvelle religion qu'ilz ne
procdent d'aulcune rbellion en ceste guerre; mais il court ung
bruict par ceste ville que la dicte remonstrance a est forge par
de pour entretenir ceste Royne, et pour s'opposer  l'opinion des
catholiques, ne croyant le monde que ceulx de la Rochelle se soyent
aulcunement miz  tel debvoir. Je useray l dessus comme il plairra 
Vostre Majest me le mander.

La flotte pour Hembourg est desj charge et pare pour le premier bon
vent; l'on l'estime valloir plus d'un million d'or. Elle s'en va avec
double quipaige d'hommes en toutz les vaysseaulx, soubz la conduicte
de deux grandz navyres de guerre de ceste Royne. Il est revenu une
aultre flotte bien charge de merchandises des pays froidz, que ceulx
cy avoient au commancement de l'est envoy  Narves; et avec icelle
est arriv ung ambassadeur du duc de Moscouvie, lequel n'a encores
parl  ceste Royne. Il est bien accompaign, et, tant luy que toutz
les siens portent des patenostres en leurs seintures, ce qui les faict
estre plus mal veuz de ceulx de la nouvelle religion, qui les estiment
estre catholiques. Et par ce, Sire, que je vous envoye le Sr. de
Sabran instruict d'aultres plus importantes particullaritez, je ne
feray la prsente plus longue que pour vous suplier trs humblement de
luy donner foy, et prier dvottement le Crateur, etc.

    De Londres ce 1er de septembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, ce que j'adjouxteray meintennant icy, oultre le contenu en la
lettre du Roy, et oultre ce que particullirement j'ay donn charge au
Sr. de Sabran de vous dire, auquel s'il vous playt, Madame, vous
adjouxterez foy, est que les affaires de la Royne d'Escoce sont sur le
poinct ou d'estre remdiez, si Voz Majestez les veulent ung peu ayder,
ou bien de demeurer, possible,  jamais sans remde, s'ilz sont  ce
coup habandonnez; dont ceulx, qui en sentent icy l'importance,
estiment estre requiz qu'il vous playse faire deux choses: l'une, de
parler l dessus vifvement  l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre,
conforme  ce que j'en ay desj dict  elle de vostre part, affin que
vostre affection et intention en cella luy soient davantaige cogneuz
par les lettres de son ambassadeur; dont j'ay baill au dict Sr. de
Sabran ung mmoire de ce qui en a est trett entre elle et moy, avec
toutes ses responces, affin de vous pouvoir servir de quelque adviz
pour en mieulx discourir avec icelluy sieur ambassadeur;--l'aultre,
d'envoyer, dans le mois d'octobre prochain, quelque secours d'ung
petit nombre d'arquebouziers  Dombertran, si ceste Royne, entre cy et
l, n'accommode les affaires de la dicte Dame, ainsy que j'ay donn
charge au dict Sr. de Sabran de vous en reprsenter le besoing: qui
vous monstrera aussi, Madame, deux lettres, que la Royne d'Escoce m'a
escriptes, dont l'une est de sa main, laquelle, avecques la crance de
celluy qui me l'a aporte, me font trs humblement suplier Voz
Majestez, s quelles elle a, aprs Dieu, sa confiance, qu'il vous
playse luy assister de ce peu qu'elle vous requiert, qui luy
conservera  elle son estat, et  vous beaulcoup de rputation envers
les aultres princes, voz alliez et confdrez, pour avoir Voz
Majestez, au millieu de voz plus grandz affaires, heu le soing de
secourir ceste vostre premire et principalle allie et confdre. Et
j'entendz, Madame, que la pouvre princesse n'a receu aulcune plus
grande consolation, despuys sa fortune, que d'entendre, par le retour
du Sr. Bortyc, que vous l'aviez avecques ses affaires en bonne
souvenance et recordation: et atant je prie Dieu, aprs avoir trs
humblement bays les mains de Vostre Majest qu'il vous doinct, en
parfaite sant, trs heureuse et trs longue vie et toute la grandeur
et prosprit que vous desire.

    De Londres ce 1er de septembre 1569.


AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.

Madame, je n'ay plus tost entendu vostre desir sur le propoz d'entre
la Royne d'Escoce et le duc de Norfolk, que je n'aye incontinent miz
peyne de l'advancer par toutz les moyens que j'ay peu, et ay si bien
conduict l'affaire que luy, en personne, et elle, par l'vesque de
Roz, m'ont dclair y avoir, soubz l'esprance de la restitution
d'elle  sa coronne et promesse de luy qu'il l'y restituera, ung
mutuel consentement de mariage entre eulx: de quoy luy s'est
franchement commiz  moy, et m'a dict avoir lettre d'elle pour s'y
commettre; et je l'ay men  cella que, de luy mesme, il m'a recherch
d'avoir l dessus l'approbation de Voz Majestez Trs Chrestiennes,
nommement de Vous, Madame, dont je l'ay asseur que je travailleray
de vous disposer fort bien envers eulx, pourveu qu'ilz se veuillent
toutz deux gouverner par vous, ce qu'il m'a promiz et donn la main
qu'ilz feront; et que, de sa part, aprs la Royne sa Mestresse, il
demeurera, tout oultre, bien asseur serviteur du Roy et Vostre, tout
le temps de sa vie.

C'est ung fort homme de bien, vritable et secrect, auquel sera
besoing, Madame, que me permettiez de l'asseurer du consentement du
Roy et Vostre, et que vous luy ferez encores, pour le regard des
parans maternelz de la dicte Dame, avoir celluy de monsieur et madame
de Lorrayne, et de monsieur le Cardinal; et, au reste, il vous
requiert trs humblement de deux choses:

L'une, de parler vifvement,  leur ambassadeur de dell, de la
restitution de la dicte Royne d'Escoce, affin que vostre desir et
bonne affection en cella soyent clairement cogneues  la Royne
d'Angleterre, leur Maistresse;

Et l'aultre, qu'il vous playse envoyer cinq ou six cens harquebouziers
franoys seulement, qui soyent avitaillez et amonitionnez pour ung
temps,  Dombertran, avant la fin d'octobre prochain; car cella, avec
l'assistance qu'il y fera d'icy, relvera grandement la part de la
dicte Dame dans le pays, ce qu'il estime n'estre que bon de le dire au
dict ambassadeur, et comme c'est pour la garde seulement de la place,
et pour recepvoir plus grandz forces, si voys qu'il soit besoing d'y
en envoyer, faignant d'avoir desj donn charge  Mr. de Martigues ou
 Mr. de Bouill d'aprester ung armement en Bretaigne pour cest
effect; et que Vostre Majest ne craigne, pour ceste dmonstration de
Dombertran, d'irriter davantaige les Anglois, car dict qu'il y
pourvoirra de tout son pouvoir.

J'ay donn charge  ce gentilhomme, prsent porteur, qui est
confidant, de vous dire aulcunes particullaritez, touchant le dict
secours, et aussi, comme il n'est possible de consommer encores de
quelques jours le dict mariage, et que je suys aprs  vous faire
envoyer des messagiers de l'une et l'aultre partie, affin de les
engaiger et obliger toutz deux  Vostre Majest, et, me remettant 
luy, je n'adjouxteray pour le surplus  la prsente, qu'une trs
dvote prire  Dieu, etc.

    De Londres ce 1er de septembre 1569.


Le duc d'Alve a envoy lettre en ceste ville pour dellivrer dix mil
escuz  la dicte Dame, ce que je pense estre en erres de l'aultre
party; mais j'espre les faire bailler au duc de Norfolc pour erres
du sien. Je vous suplie trs humblement faire brusler la prsente.


MMOIRE BAILL AU Sr. DE SABRAN.

LE DICT SR. DE SABRAN DIRA A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu de la
Dpesche:

Que la Royne d'Angleterre, continuant son progrez, est  prsent 
Bazin, esloign xlv mil d'icy, et les choses de son royaulme demeurent
en ung certain estat de paix, qui monstre nantmoins qu'elles sont
disposes  la guerre, que la plus part de ceulx du pays s'atandent de
l'avoir, et qu'il ne reste pour la commancer sinon qu'ilz voyent les
affaires de France rduictz  ung poinct, qui face le jeu plus seur
aulx leurs.

Oultre les aprestz et armemens dont j'ay faict mencion en mes aultres
dpesches, l'on m'a donn adviz que le duc de Lunebourg, qui est
pensionnaire de ceste Royne, et deux aultres coronnelz, tiennent une
leve de trois mille reytres et de huict mille Allemans preste pour
elle.

Et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, m'a mand avoir naguires
receu lettres bien fresches de Mr. de Chantone, par lesquelles il luy
mande que le duc de Cazimir a ses gens prestz; et que, oultre ceux l,
le duc Auguste en a arrest d'aultres, de pied et de cheval, mais que
pour encores ny les ungs ny les aultres ne marchent.

J'ay faict bien fort soigneusement enqurir du faict du dict de
Lunebourg  ceulx, qui sont naguyres revenuz de Hembourg, qui disent
qu'il ne haste sa dicte leve, et seulement qu'il tient ses hommes
advertys et prparez, auxquelz il a distribu quelque peu d'argent
venu d'icy, qui faict que, en leurs festins et compaignies, ilz
boyvent, de l en hors,  la bonne grce de la Royne d'Angleterre.

Vray est que Quillegrey est all trouver les dicts ducs Auguste et
Cazimir jusques en Saxe pour tretter, comme je prsume, du faict de
ceste guerre avec eux; et j'entendz qu'il a escript que icelluy de
Cazimir avoit, jusques  ceste heure, diffr de marcher pour aulcunes
difficultez, lesquelles  prsent estoient composes, et que bien tost
il seroit en campaigne. L'on parle d'envoyer ung aultre ambassadeur en
Allemaigne pour se trouver  la prochaine diette, et je prsume que ce
sera Trokmarthon; car j'entendz qu'il se met en ordre et se prpare
pour quelque voyage.

Naguyres a est envoy commission en ceste ville de Londres, pour
commander  ceulx, qui sont obligez de tenir chevaulx de service, de
les avoir toutz prestz du premier jour, et  ceulx qui doibvent avoir
des courtaultz, lesquelz ilz appellent chevaulx lgiers, de se
pourvoir comme les aultres de chevaulx de service, et aulx
brigandiniers d'avoir des corseletz, et aulx tireurs d'arc d'avoir des
haquebutes, et aulx merchandz de se pourvoir chacun d'armes  sa
commodit.

Encores despuys, est venue aultre commission par o est mand  toutes
les paroisses que, sellon la grandeur et nombre d'hommes qui est en
chacune d'icelles, l'on ayt  se fornyr de certaine quantit de
piques, d'haquebutes, corseletz, arcz et aultres armes, et les
aschapter de la Tour sellon le priz qui en a est faict de chacune
espce d'icelles par les commissaires  ce depputez, dont le Sr.
Thomas Grassan est le principal; et c'est affin d'armer beaulcoup
d'hommes par tout ce royaulme, et tirer cependant de l'argent; et
aussi pour renouveller les armes de la dicte Tour qui sont desj si
vieilles et uses, pour avoir est longuement et souvant forbyes
avecques du sablon, qu'il y en a une partie quasi perces  jour.

Oultre cella, l'on m'a donn adviz qu'aulx monstres gnralles de ce
pays, il y a est faict une secrecte description de soldatz (savoir,
de six mille harquebouziers, six mille corseletz et encores d'aultres
douze mil hommes, mais ne say avec quelles armes), pour estre pretz
et levez dans quatre jours, toutes les foys qu'on les mandera.

Ilz font aussi amaz d'argent par toutz les moyens qu'ilz peuvent,
faisans vandre les merchandises d'Espaigne, faisans forger des
angellotz neufs dans la Tour, comme pour soldoyer estrangiers, et
arrester tous les payemens des particulliers, de sorte qu'on ne voyt
plus courir aulcuns deniers parmy le commun; et,  ce propoz, l'on m'a
donn adviz que, depuys quelques moys en , deux Anglois sont venuz
de Genve  Lion avec plusieurs lettres d'eschange, qui donnent ordre
au recouvrement des deniers pour le payement des reytres, mais je n'ay
peu savoir leur nom.

Pour toutz ces aprestz, je n'estime que ceulx cy se hastent pourtant
de nous commancer encores la guerre, ny d'exploicter ouvertement
contre nous chose qui les puisse directement arguer de l'infraction
des trettez, jusques  ce que le dict duc de Cazimir soit entr en
France, ou que l'arme, qui est  Poictiers, soit aproche en
Normandie ou Picardie, ou qu'ilz voyent succder une si grand bataille
que les propres forces du royaulme ne soyent, puys aprs, suffizantes
d'empescher que les leurs n'excutent ce qu'ilz vouldront; ce qu'on
m'a dict qu'ilz vont guettant sur toutes choses, et qu'en ce cas, ilz
font estat d'avoir les estrangiers  leur dvotion: et j'entendz
qu'il y a je ne say qui en France, qui continue les asseurer de la
prinse de Callays dans vingt jours, s'ilz le veulent essayer;  quoy
ne fault doubter qu'ilz n'ayent une merveilleuse affection, et se
parle aussi qu'on pourra faire descente au Tresport.

Il est vray que, de la sublvation advenue en Suffoc et Norfolk, encor
qu'il ayt apareu que les eslevez estoient de la nouvelle religion, et
presque toutz ouvriers de layne, qui s'estoient ainsy mutinez, parce
qu'on ne les employoit  leurs accoustumez ouvrages durant ceste
suspencion de traffic des Pays Bas, dont ne leur restoit aulcun moyen
de vivre, et aussi de celle d'Irlande, de laquelle, encor que ceulx cy
monstrent ne faire cas, qui a nantmoins apareu jusques icy bien
grande, si sont ilz en peyne de toutes deux; et aulcuns principaulx du
conseil, pour l'importance d'icelles, et pour divertyr aulcunes
aultres plus affects entreprinses qui ne leur playsent pas, cryent et
pressent qu'il fault pourvoir  celles cy, et ne se surcharger tout 
la foys de beaulcoup d'affaires estrangires avecques les princes, en
quoy proposent d'abandonner le faict de la Royne d'Escoce et les
diffrans des Pays Bas.

Dont sur une mienne remonstrance, qu'en ces entrefaictes j'ay
vifvement faicte  ceste Royne et aulx principaulx des siens, aprs
qu'ilz l'ont eu mise en dellibration, en laquelle j'entendz que la
dicte Dame mesmes a prins aulcunement le party de la soubstenir, il a
est advis de faire dire par Mr. le duc de Norfolk  Mr. le cardinal
de Chatillon que, voyant la dicte Dame que je rvoquoys  infraction
de paix beaulcoup de choses, qui se faisoient en son royaulme en
faveur et proffict de ceulx de la Rochelle tant par mer que par terre,
elle et eulx, ses conseillers, estimans n'estre bon ny convenable de
perdre l'amyti du Roy, ny rompre la bonne paix qu'elle a avecques luy
et avecques son royaulme, le vouloient bien advertyr, ensemble ceulx
de son party, de se pourvoir ailleurs des remdes et secours qu'ilz
serchoient par de, et qu'ilz se contentassent que ce royaulme leur
ft un reffuge de paix, sans le faire tumber en ung inconvniant de
guerre.

Et j'ay sceu despuys bien certainement que le dict duc luy a port la
parolle, et que suyvant icelle les ourques ont est arrestes,
lesquelles semble que prandront meintennant aultre routte que celle de
France, bien qu'aulcuns m'en mettent en doubte, comme je le mande en
la lettre du Roy. Les soldats de l'homme du prince d'Orange ont est
cassez, dont ce qu'il y avoit de Franoys se sont alls embarquer
ailleurs. L'emprunct sur les bagues de la Royne de Navarre a est en
aparance reffuz, et quelque forme de provision a est ordonne sur
les prinses, et contre les pirates, et sur la continuation du
commerce.

Je ne veulx toutesfoys rien infrer de paix ny de guerre pour cella,
sinon aultant que, jour par jour, j'en verray advenir, et aultant que
je pourray ramener les affaires au bien du service du Roy; car, au
reste, toutz les adviz que j'ay, concourent  ce que ceulx cy
n'attandent que l'ocasion et l'oportunit, que j'ay dict cy dessus,
pour se dclairer; et que leurs prsentes dmonstrations ne sont que
pour servyr au temps, affin de pouvoir prandre le party qui leur
semblera plus expdiant de paix ou de guerre, quant ilz en verront
leur poinct, et cependant en aparance satisfaire le Roy et ceulx qui
luy sont icy bien affectionnez, mais en effet secourir et porter le
faict des aultres, aultant qu'il leur est possible; comme,  la
vrit, ilz les secourent d'argent, et de monitions, et de tout ce
que secrectement ilz les peuvent accommoder par des moyens toutesfoys,
qui ne chargent guyres les finances de ceste Royne, ny ne touchent
quasi en rien  elle.

La sublvation d'Irlande a monstr, du commancement, debvoir estre la
plus grande qu'on eust jamais veu dans le pays, tant pour le grand
nombre d'hommes qui avoient prins les armes, que pour y avoir des
principaulx du pays meslez, et que les deux anciennes factions, qui
toutjour avoient est ennemyes, s'estoient accommodes en cecy; mais
j'entendz que ung des principaulx de l'entreprinse a mand  ceste
Royne que ce n'estoit contre elle, ny contre son authorit, qu'ilz
s'estoient ainsy armez, ains pour aulcunes leurs prtentions
particullires, esquelles ilz vouloient estre satisfaictz; et que,
quant il verroit passer l'affaire  rebellion, il se retireroit
incontinent, et ramneroit au service de la dicte Dame la meilleur
part de la troupe. Et despuys, estant le comte d'Ormont arriv par
dell, encor qu'on ayt eu quelque mesfiance de luy, il a nantmoins
faict en sorte, avec son frre et avec le comte de Quilday, qu'il a
ramen les choses  quelque modration; de quoy ceste Royne et les
siens, icy, ont receu grand plsyr, et ont eu trs agrable que j'aye
faict bon office et offres l dessus, de la part de Leurs Majestez
Trs Chrestiennes,  la dicte Dame, laquelle, pour ceste cause et pour
l'opinion qu'elle a heu que d'aultres princes y allumoyent le feu,
elle s'est monstre despuys mieulx dispose envers le Roy, plus
difficile ez diffrans des Pays Bas, et moins accordante aulx
requestes de ceulx de la Rochelle; tant y a que les armes ne sont
encores poses au pays d'Irlande.


DES DIFFRANDZ DES PAYS BAS.

L'Ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a essay par plusieurs moyens
d'entrer en trett avec ceulx cy sur les diffrandz des Pays Bas, et
le duc d'Alve a fort vollu que, pour la rputation de son Maistre, il
comment d'y procder par ung moyen de continuer  parler  elle
comme l'ambassadeur ordinaire, sans monstrer avoir nouvelle ny
expcialle commission du Roy Catholique pour cella. De quoy ayant est
reboutt plusieurs foys, il l'a faict nantmoins solliciter par
interposes personnes, nommement par ung sieur Georges Espe et par
le Sr. Ridolfy, si instantment qu'avec l'ayde d'aulcuns principaulx
seigneurs du conseil il luy avoit est, une foys, mand, parce qu'il
asseuroit avoir plusieurs lettres l dessus du Roy, son Maistre, mais
qu'elles estoient en chiffre, qu'il vnt quant il luy plairroit; et me
fut donn adviz  moy que parmy beaulcoup de grandz promesses, qui se
faisoient l dessus pour parvenir  cest accord, l'on y mesloit je ne
say quoy qui touchoit  l'interest de la France, et que j'eusse  y
prendre garde, ce qui m'a long temps tenu en peyne; mais je n'en ay
encores peu rien descouvrir, sinon quelques propoz gnraulx qui,  la
vrit, tendoient  ung certain leur particullier proffict et
advantaige, et  confirmer davantaige l'alience et intelligence
d'entre eulx et leurs estatz, et, s'il y a rien de mal, je ne puys
croyre qu'il procde du dict sieur ambassadeur, ains d'icelluy Espe,
qui est,  ce que j'entendz, ung trs mauvais Franoys.

Tant y a que, quant le dict sieur ambassadeur a, despuys, envoy
demander le jour, l'heure et le lieu de l'audience, la dicte Dame a de
rechef assembl son conseil pour luy respondre; et, ayant appell
premier le comte de Lestre pour luy dire bien peu de parolles tout
bas, puys toutz les aultres ensemble, aprs avoir longuement dbattu
de l'affaire, elle leur a dict, tout hault, en langaige itallien, [de
sorte] que les gens du dict sieur ambassadeur l'ont peu ouyr,--Je
n'en feray rien, car l'on me veult tromper; mais qu'il parle
premirement  vous et qu'il vous face voir s'il a des lettres de son
Maistre, et puys je parleray  luy.

Or, continuans toutjour le dict sieur ambassadeur et moy nostre
mutuelle visitation par messaiges, il m'a mand dire que la dicte Dame
luy avoit une foys accord la dicte audience, puys luy avoit mand
qu'il parlt premirement  ceulx de son conseil, pour leur monstrer
s'il avoit receu nouvel ordre et nouveau commandement du Roy, son
Maistre, pour tretter et ngocier de ces diffrans avecques elle; et
qu'il avoit respondu que l'ordre, qu'il avoit de son dict Maistre,
estoit une continuation de lettres qu'il luy avoit ordinairement
escriptes, comme  son ambassadeur, pour tretter de toutes choses qui
concernoient par de son service avecques elle, et qu'il n'avoit que
faire avec ceulx de son conseil pour aller devers eulx; mais, s'ilz
avoient  faire  luy, qu'ilz savoient o il demeuroit, et le
pourroient venir trouver; et que despuys elle luy avoit envoy offrir
l'audience, mais qu'il n'y vouloit poinct aller.

Ainsy l'affaire demeure encores en suspens et les merchandises des
Espaignolz se vandent.


DU FAICT DE LA ROYNE D'ESCOCE.

Aprs plusieurs remises et longueurs, uzes par la Royne d'Angleterre
 la Royne d'Escoce, l'on tira enfin une promesse d'elle, au mois de
juing dernier, qu'aussi tost qu'elle auroit receu la dclaration de
Leurs Majestez Trs Chrestiennes et de Monsieur, frre du Roy, sur le
tiltre de ce royaulme, et qu'elle auroit heu la responce des Estatz
d'Escoce, qui estoient convoquez par le comte de Mora  St. Jehansthon
au XXVe juillet, elle ne diffreroit plus de procder  la restitution
de la dicte Dame; dont est advenu que, sur le XVIIe d'aoust, la dicte
Dame a receu les dictes dclarations touchant sa coronne, qu'elle a
trouves en la forme qu'elle les desiroit, et a heu la responce des
dictz Estatz d'Escoce bien fort contraire  ce qu'elle esproit.

Et fault entendre que, aus dictz Estatz, le dict comte de Mora a
propos asss pleinement quatre articles, qui concernoient le prsent
affaire de la dicte Royne d'Escoce, de sorte qu'on a cuyd qu'il deust
laysser la libre dtermination d'iceulx  l'assemble, mais, luy et le
comte de Morthon, et leurs adhrans, s'estoient,  ce qu'on dict,
premirement obligez, par srement et promesse entre eulx, de ne
permettre que rien s'y concld au proffict de la dicte Dame, et
d'employer eulx, leurs parans et amys, et toutz leurs moyens, pour
empescher sa restitution.

Et ainsy, ilz ont obtenu, contre l'opinion du party qui estoit pour
elle, lequel n'estoit l en grand nombre:--touchant le premier
article, qui concernoit la restitution de la dicte Dame;--que, pour
la recordation du murtre du feu Roy, et pour le bien du jeune Roy son
filz, et l'utillit du pays, et aussi, pour leurs consciences, ilz ne
pouvoient authoriser ny consentir qu'elle ft restitue.

Au segond, qui estoit du divorce du comte Boudouel, affin que la
noblesse ne ft plus en deffiance de luy;--que c'estoit chose qui
concernoit le faict particullier de la dicte Dame, auquel pour le
prsent, ilz n'avoient grand intrest, et qu'elle y procdt comme sa
propre conscience l'en admonesteroit.

Pour le regard du troisiesme, qui estoit de surceoyr cependant toutz
exploictz de guerre, et n'attempter rien contre ceulx qui tenoient le
party de la dicte Dame, ny assiger son chateau de Dombertran;--qu'il
importoit grandement d'establir, le plus diligemment et seurement
qu'ilz pourroient, l'authorit du jeune Roy, leur Maistre, dans le
pays; par ainsy qu'ilz n'en pouvoient diffrer l'excution.

Et sur le quatriesme, qui estoit de dputer des commissaires pour
venir devers la Royne d'Angleterre tretter des affaires de la dicte
Royne d'Escoce et de l'estat de leur pays;--que, veu la rsolution
prinse sur les aultres trois articles, ilz ne voyent qu'il y het lieu
de faire aultre chose sur cestuy cy que d'advertyr la dicte Royne
d'Angleterre de leur dicte rsolution: ce que le comte de Mora print
en sa charge de faire par une simple lettre.

Sur quoy, ayant l'vesque de Roz, au nom de la dicte Royne d'Escoce,
et moy, de la part de Leurs Majestez Trs Chrestiennes, bien fort
press la Royne d'Angleterre que, puisqu'il luy aparoissoit
meintennant de la manifeste usurpation qu'on vouloit faire de la
coronne d'Escoce sur ceste princesse, qu'elle luy vollt accorder ou
reffuzer rsoluement son secours,  quoy elle nous y a faict la
responce que j'ay escripte au Roy, le XXIIe du pass, et a prins
nouveau dlay de quinze jours pour attandre si le dict comte de Mora
luy envoyera quelque meilleure responce, ainsy qu'elle l'a conjur et
admonest, par nouvelles lettres, de le faire.

Mais, de tant que la longueur porte ung merveilleux prjudice aulx
affaires de la dicte Dame, elle et toutz ceulx, qui luy sont icy bien
affectionnez, desirent que Leurs Majestez en facent une ferme et vifve
remonstrance  Mr. Norrys, ambassadeur de la dicte Dame par dell,
comme ilz sont rsoluz de pourveoir au restablissement de la dicte
Royne d'Escoce, et que la Royne d'Angleterre, sa Maistresse, n'en
doibt estre marrye, ny trouver mauvais qu'ilz mettent cependant
quelque secours dans Dombertran, pour le pouvoir garder et pour y
recepvoir plus grandz forces, quant Leurs dictes Majestez verront
qu'il sera besoing y envoyer, monstrans qu'ilz ont desj donn charge
 Mr. de Martigues et  Mr. de Bouill de dresser ung armement en
Bretaigne pour cest effect. Et commant que soit, il est bien besoing
que Leurs dictes Majestez,  bon escient, pourvoyent d'envoyer, dans
la fin d'octobre, cinq ou six cens soldatz au dict Dombertran.


PROPOS DE LA ROYNE D'ANGLETERRE A Mr. LE CARDINAL DE CHATILLON.

La Royne d'Angleterre, craignant qu'enfin nostre guerre ne luy en
cause une  elle, et que ne la face tumber en affaires et despences,
monstre desirer infinyement la paix de France; dont, oultre plusieurs
discours conformes  cella, que j'ay cy devant mand qu'elle m'en a
tenuz, elle m'a dict avoir naguires miz Mr. le cardinal de Chatillon
en ce propos:

Qu'est ce qu'il esproit de ceste guerre? et qu'il savoit bien qu'il
failloit qu'elle prnt fin, comme toutes aultres choses, qui ont eu
commancement; et de tant la luy debvoit on donner plustost, que le
commancement avoit est violent et mauvais; et, par ce qu'elle jugeoit
bien, en son cueur, que le Roy et la Royne ne desiroient rien tant que
de pouvoir possder en paix et tranquillit leur royaulme, avec
l'amyti, et bienveuillance, et prompte obyssance de leurs subjectz,
qu'il failloit que, de leur cost, ilz monstrassent une semblable
volont et vray debvoir de bons subjectz envers eulx.

Et le dict sieur Cardinal luy avoit respondu, qu'il prenoit sur sa
damnation et sur la perte de son me qu'il n'y avoit en son frre, ny
en luy, ny en aulcun qu'il cogneust de leur party, aultre desir que
d'aymer, honnorer et obyr le Roy, et la Royne, et Messieurs ses
frres; et leur conserver,  leur pouvoir, la grandeur et dignit de
leur estat, aultant soigneusement que leur propre vie; et qu'ilz
n'estoient en armes que pour leur religion qu'on leur vouloit oster,
et pour leurs personnes qu'on vouloit partout massacrer, qui estoient
deux trs urgentes causes de leur lgitime deffance.

Qu'elle luy avoit rpliqu, que la cause de la religion touchoit  si
grand nombre de personnes, tant en France que ailleurs, qu'elle ne
pouvoit croyre que le Roy vollt s'opiniastrer de l'exterminer par
force, car il fauldroit qu'il entreprnt le renversement de toute la
chrestient; mais que la cause des personnes touchoit bien  luy
seul, parce que c'estoient ses subjectz; et que, l dessus, il
failloit regarder de quelque moyen, qui ft honnorable pour l'ung et
pour les aultres, et pourtant qu'il ne failloit tant se deffier du Roy
et de la Royne [et qu'il failloit] qu'on en vnt  prendre confience
de leur parolle et promesse.

Qu' cella il avoit reprsant mille argumens pour ne pouvoir mettre
asss de confience en la parolle de Leurs Majestez, pour n'avoir cy
devant est tenue ny garde, ny leurs edictz observez; et qu'estantz
le Roy et la Royne ainsy possdez, comme ilz estoient meintennant, de
leurs ennemys, ne failloit esprer aulcune modration en ces affaires.

Sur quoy elle avoit poursuyvy luy dire qu'elle entendoit bien qu'il
vouloit parler de monsieur le Cardinal de Lorrayne, mais, quant bien
il ne seroit poinct avec Leurs Majestez, elle ne croyoit pourtant
qu'elles se volussent meintennant commettre  eulx, ny se mettre en
leurs mains, aprs une si cruelle guerre; par ainsy qu'il failloit
qu'ilz pensassent de quelque bon et honnorable moyen d'en sortyr.

Et qu'il luy avoit seulement respondu que Dieu envoyeroit le moyen,
lequel, jusques icy, ne les avoit habandonnez; de laquelle responce
elle n'estoit demeure contante, et luy avoit dict qu'elle savoit
qu'il adviendroit toutjour ce que Dieu vouldroit, mais qu'elle
desiroit entendre de luy s'ilz estoient disposez de cercher de Dieu et
accepter de luy ung paysible remde en ces malheurs; et qu'enfin il
l'avoit asseure qu'ilz l'avoient essay, et qu'ilz avoient envoy
offrir  Leurs Majestez toutes condicions de paix humbles et
convenables  trs bons et fidelles subjectz, qui requirent
seulement la seurt de leurs personnes et l'exercisse de leur
religion,  quoy ilz n'avoient est ouys; ce qu'elle vouloit bien
entendre de moy s'il estoit vray, car il luy en avoit faict aparoir,
par aulcunes lettres de monsieur l'Admyral, qui justiffioient
beaulcoup leur cause envers tout le monde. A quoy j'ay respondu ainsy
qu'il est contenu en ma prcdante dpesche du XXIIe du pass.


LE Sr. DE LA MOTHE FNLON A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XVIIe d'aoust 1569.--

Madame, le Roy, Mon Seigneur, et la Royne Trs Chrestienne, sa mre,
vous ont envoy toutes les dclarations, que demandiez, touchant le
tiltre de vostre coronne, et y ont de tant plus soigneusement procd
qu'ilz vous ont vollu faire cognoistre qu'ilz n'ont jamais panc de
vous offancer, et que ceulx l sont par trop malicieulx, qui ont
suppos ceste cession pour traverser vostre commune amyti et vous mal
mesler ensemble; car je vous veulx bien encores, pour une troysiesme
foys, retourner dire cecy: qu'ilz n'ont pens, ny pratiqu, ny prest
l'oreille  pratiquer, rien qui soit contre vostre bien, grandeur ny
estat, ny en quoy ilz estiment que vous deussiez prandre desplaysir,
despuys le dernier trett de paix.

Et meintennant, Madame, qu'il vous apert de la dclaration de Leurs
Majestez et de celle de Monsieur, frre du Roy, pour le tiltre de
vostre royaulme, et que vous avez receu celle que le comte de Mora
faict pour priver la Royne d'Escoce du sien, je vous suplye, de la
part de Leurs Majestez Trs Chrestiennes, ottroyer meintennant  la
dicte Dame la pourvoyance et remde, que luy avez toutjour promiz en
ses affaires;

Et ne preniez qu'en bonne part si le Roy et la Royne vous en font
faire ceste instance; car, par le debvoir de l'alliance et du
parentaige, et de l'obligation des trettez qu'ilz ont avec ceste
princesse et sa coronne, ils ne peuvent laysser de pourchasser sa
restitution, ny s'en excuser envers Dieu ny le monde. Nantmoins ilz
ont bien vollu attandre paciemment l'ordre que vous y mettriez, et n'y
entreprendre rien de leur main, de peur de vous offancer, sinon
seulement de vous en faire solliciter, par moy leur ambassadeur, le
plus modestement que j'ay peu; et ne prtendent encores de s'en
mesler, tant qu'il y aura esprance de vostre secours; ains seront
trs ayses d'en raporter  vous seulle leur propre obligation, et
celle de ceste paouvre princesse, leur alye, s'il vous playt le luy
bailler.

Mais ilz me commandent bien de vous dire que si, de ceste heure en
avant, ilz voyent que vostre secours luy soit de telle faon prolong,
qu'il ne luy puisse de rien plus servir, parce que le comte de Mora va
excutant toutz ses bons subjectz dans le pays, et les dpossedantz de
leurs biens et maysons, et poursuyt le sige de Dombertran, qui est la
seule place demeure en l'obyssance de la dicte Dame; et par ainsy
que vostre secours luy vigne  deffaillir, qu'ilz se mettront, du
premier jour, en debvoir de luy pourvoir du leur, par toutz les
meilleurs moyens et expdiantz qu'ilz verront le pouvoir faire;

Que, encores que vous ayez opinion que le comte de Mora soit entr bon
et bien intentionn en ceste cause, vous voys bien meintennant,
Madame, qu'il est devenu tout aultre; et ainsy advient de ceulx qui,
peu  peu, prnent, d'eulx mmes, quelque authorit (ou les armes),
qu'ilz ne s'en veulent, puys aprs, volontiers despartyr par celle
d'aultruy; car par vostre moyen, Madame, il pourroit tout ensemble
pourvoir  la Royne, sa seur et sa Mestresse, au petit Prince son
filz, au pays et subjectz, et bien fort seurement  luy mesmes et  ce
qu'il eust desir d'avancement dans le royaulme; et si, eust
grandement satisfaict  sa rputation, et contant Leurs Majestez Trs
Chrestiennes et toutz les aultres princes chrestiens, ce qu'il a tout
mespris pour se cuyder contanter luy seul.


RPONSE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE.

La dicte Dame m'a respondu--que nulle aultre personne du monde ne
desiroit plus soigneusement pourvoir au restablissement de la Royne
d'Escoce qu'elle faisoit, pourveu que ce ft sans l'exposer au dangier
de ses ennemys, et qu'elle le peult faire sellon son honneur et
conscience, et, si je luy allgoys l'alliance de Leurs Majestez, elle
luy estoit encores plus prochaine allye;

Qu'il y avoit quatre sortes de secours pour la remettre,--l'ung, de
force;--l'aultre, de conseil;--l'aultre, d'argent;--et le quatriesme,
par ung bon accord;--et que la dicte Royne d'Escoce n'avoit monstr
tant mesprizer le repoz de son royaulme et le sang de ses subjectz,
qu'elle n'eust toutjour prfr son retour  sa coronne par l'agrable
consentement de ses subjectz que par la violence d'une guerre; et que,
de sa part, oultre les aultres considrations, ceste cy luy passeroit
fort la conscience, de ne la y vouloir remettre pour excuter, puys
aprs, cruellement ses vengeances; car ne vouldroit estre cause du
sang qui s'y espandroit;

Que,  la vrit, elle n'avoit accept ny pour responce, ny pour
satisfaction, ce que le comte de Mora luy avoit mand, dont luy avoit
soubdain escript que, si dans quinze jours il ne luy respondoit
aultrement et mieulx, sellon le propos de la restitution de la Royne
d'Escoce, elle mesmes se feroit la responce, et luy feroit sentyr ce
qu'elle en auroit rsolu; et,  ceste occasion, la dicte Dame pryoit
Leurs Majestez Trs Chrestiennes d'avoir pacience pour ce peu de
temps.

Il est vray qu'elle me vouloit bien dire que la dicte Royne d'Escoce
ne s'estoit bien dporte envers elle, encores qu'elle luy heust est
plus que bonne mre, et luy eust saulv la vye; et qu'elle savoit
tout ce qu'elle avoit pratiqu, despuys qu'elle estoit entr en ce
royaulme, aultant par le menu comme si elle y eust est appelle, car
les princes ont des oreilles grandes qui oyent loin et prez, en divers
lieux; et que la dicte Royne d'Escoce s'estoit esforce de mouvoir le
dedans de ce royaulme contre elle, par le moyen d'aulcuns des siens
qui luy promettent de grandz choses, mais c'estoient gens qui
conoyvent des montaignes mais ne produisent que petitz monceaulx de
terre, qui l'avoient panc si sotte qu'elle n'en sentyroit rien, mais
elle s'en estoit toutjour moque dans la manche; et que n'ayant la
dicte Royne d'Escoce bien vollu user d'elle comme de bonne mre, elle
mritoyt qu'elle luy ft marastre;

Qu'elle se sentoit en asss bon estat de forces et d'argent, et de
toutes choses, pour ne pouvoir estre constraincte, par nulle force
qui soit aujourduy au monde,  faire en cest endroict, pour la Royne
d'Escoce, sinon ce qu'elle estimeroit estre bon et convenable  son
honneur,  son debvoir et  sa conscience; et que plusieurs choses
s'obtiennent et se conduysent, par la bonne grce et bienveillance,
des princes bien nays, qui sont aysement destornes, quant on les
veult admener aultrement; et qu'il luy restoit sur le cueur plusieurs
aultres choses, qu'elle me diroit mieulx  propos une aultre foys;
seulement me vouloit demander comment j'estimoys que le Roy la peult
secourir  ce besoing; car il luy fauldroit passer la mer.

       *       *       *       *       *

Sur quoy, aprs luy avoir donn satisfaction, pour Leurs Majestez Trs
Chrestiennes et pour moy, touchant ce qu'elle avoit sur le cueur de
cest affaire, et m'ayant elle monstr d'en estre bien fort
satisfaicte, je luy respondiz que, grces  Dieu, le Roy avoit de trs
grandz moyens de la secourir, et qu'elle mesmes les pouvoit comprendre
par ce qu'elle en oyoit dire, sans que je les luy particularisasse; et
qu'il restoit, oultre cella, grand nombre de bons subjectz et
serviteurs  ceste princesse dans son royaulme, aus quelz n'estoit
besoing que de bien peu de secours; et, quant  passer la mer, il y
avoit asss vaysseaulx en France, et des gens qui savoient bien ceste
route; et que je croyois qu'elle mesmes,  ung besoing, nous ayderoit
de ses propres vaysseaulx pour une si lgitime entreprinse, laquelle
je luy vouloys encores dire qu'il failloit, par ncessit, qu'elle ft
excute.

Et nonobstant que lors, en prsence de ceulx de son conseil, elle se
courroucea asprement, et fit de grandz menasses, elle s'est despuys
modre, et n'ont, les persuasions de la duchesse de Suffoc et de la
comtesse de Lenos contre ceste cause, tant peu comme les bonnes
raysons qu'on luy admne pour icelle, dont s'en attand quelque bonne
expdition en brief.


ADVERTISSEMENT TOUCHANT LE FAICT DE LA ROYNE D'ESCOCE.

Au mois de juing 1568, la feu Royne d'Espaigne escripvit une lettre 
la Royne d'Escoce, pleyne de grand affection, pour luy persuader
d'envoyer le petit prince d'Escoce, son filz, en Espaigne, affin
d'estre norry prez du Roy Catholique, son mary, adjouxtant quelque mot
de le vouloir accepter pour leur gendre, et luy rserver une de leurs
petites filles en mariage; ce que la Royne d'Escoce accepta
incontinent avec grand affection. Mais quant sa responce arriva en
Espaigne, la Royne d'Espaigne estoit desj alle  Dieu, dont le Roy,
son mary, print les lettres, sur lesquelles il a despuys escript, par
deux foys,  la Royne d'Escoce; savoir, en janvier et fvrier
derniers, confirmant l'affaire, et ouvrant encores quelques propos de
mariage  la dicte Dame pour luy, ou pour l'archiduc Carlos, ou pour
dom Joan d'Austria, lesquelz il disoit aymer aultant que soy mesmes.

L'ambassadeur d'Espaigne communiqua le propos  monsieur l'vesque de
Roz, qui,  ce que j'entendz, monstra ne trouver bon qu'on parlt
d'aultre que du Roy Catholique, et nantmoins il tint la main 
conduyre, en caresme prenant dernier, ung des gens du dict ambassadeur
jusques  Borthon devers la dicte Dame, qui y fut expressment envoy
pour la veoir, et nother ses parolles, ses contenances et sa forme de
vivre, lequel fit, despuys, ung trs bon rcit de la dicte Dame, mais
ne raporta, pour lors, aultre parolle d'elle, sinon qu'elle estoit en
estat de ne pouvoir rien promettre ny d'elle, ny de son filz, car elle
estoit en puyssance d'aultruy; seulement elle avoit besoing de secours
pour estre remise  sa coronne, et que, s'il playsoit au Roy
Catholique luy ayder, il se pouvoit promettre, d'elle et de son filz,
tout ce que mriteroit la grande obligation qu'elle luy en auroit.

Peu de jours aprs, ayant la dicte Dame pratiqu ung moyen de se
saulver et de se remettre en son pays, pourveu qu'elle ft ung peu
secourue, dellibra d'y employer le dict Roy Catholique et se
commettre en ses mains, jusques  se offrir de passer en Flandres. Et
 cest effect, le ser Jehan Amilthon fut envoy devers le duc d'Alve,
 Bruxelles, luy demander hommes et argent pour cest effect; lequel
respondit qu'il seroit prest de mettre XX mil hommes dans
l'Angleterre,  la dvotion de la dicte Dame, pourveu qu'il y eust
quelques ungs du pays pour les recepvoir, et qu'il vt y avoir
fondement ou aparance d'y pouvoir effectuer quelque chose, mais
n'avoit encores ordonnance du Roy, son Maistre, de getter gens de
guerre hors du pays, toutesfoys il l'en advertyroit promptement; et
qu'au reste, argent ne manqueroit. Et comme le dict Amilthon luy
rpliqua, qu'au cas qu'il ne peust envoyer promptement des gens, il
avoit charge de luy demander quelque prompt secours d'argent, il
respondit que l'ung et l'aultre se bailleroient  la foys, quant le
Roy, son Maistre, le luy auroit mand, et que plustost ne se pouvoit
faire.

Sur ceste responce, ayant la dicte Dame, despuys, sond la volont de
ses partisans dans le pays, a trouv que toutz estoient disposez de
faire ce que le duc de Norfolc vouldroit, mais que, de mettre tant
d'estrangiers dans le pays, ilz ne le trouvoient bon; car ne veulent,
 ce qu'ilz disent, combattre pour conqurir ce royaulme au Roy
d'Espaigne, ny avoir rien  faire avec ceste nation l; seulement, ilz
se veulent employer  bien garder le droict qu'elle prtend  ceste
coronne, aprs la Royne, sa cousine, et cependant la remettre  la
scienne, en quoy ilz s'estiment estre asss fortz pour conduyre
l'entreprinse, pourveu qu'on ayt ung peu d'argent.

Ce qu'estant remonstr, en bonne sorte, au dict duc d'Alve, sans
aulcunement reffuzer ses hommes, mais monstrant seulement la
difficult de ne les pouvoir encores accepter, et le sollicitant, au
reste, de quelques deniers contantz, il a, avec bonnes parolles,
prolong plusieurs moys la responce, essayant cependant d'obliger la
Royne d'Escoce de ne se priver de la libert de son mariage, pour en
user, puys aprs, sellon le conseil du Roy, son Maistre, et de luy
bailler toutjour le petit prince d'Escoce, son filz; en quoy le temps
a coul jusques  la my aoust dernier, qu'ayant le dict duc promiz de
bailler lors une rsolue responce, il a asseur le dict Amilthon, qui
y est pour la troisiesme foys retorn, de faire, dans le XVe de
septembre, dlivrer argent par de  la dicte Dame. Et j'entendz que
desj il a envoy une lettre d'eschange pour luy faire fornyr
seulement dix mil escuz.

Ne fault doubter qu'il ne se meyne une bien estroicte pratique pour le
mariage de la dicte Dame avec dom Joan d'Austria, et que, par les
alles et venues du susdict Amilthon, et du voyage que Rollet,
secrtaire de la dicte Dame a naguyres faict devers le duc d'Alve,
au partyr d'Orlans, le propos n'en soit, possible, bien avant; mais
ce ne seroit aulcunement l'advantaige d'elle, car n'auroit pourtant
asseurance d'eschapper d'icy, ny d'estre remise en son estat, et si
est sans doubte qu'elle perdroit le droict qu'elle prtend  ceste
coronne; sur quoy, ayant l'ambassadeur d'Espaigne naguires miz
monsieur l'vesque de Roz en divers propos du dict mariage, et de ce
qui s'en parloit pour le duc de Norfolc, luy a incist grandement
qu'elle debvoit rserver en cella le consentement de Leurs Majestez
Trs Chrestienne et Catholique.

Est  craindre que la Royne d'Angleterre, pour certaine opinion qui
luy est monte en la teste, veuille tenir la main au dict dom Joan,
car a dict qu'elle se vouloit en toutes sortes dptrer de la Royne
d'Escoce et la remettre, pour son honneur, en son estat, bon gr mal
gr qu'en eust le comte de Mora; et qu'elle savoit bien, qu'aussi
tost qu'elle seroit en Escoce, qu'elle espouseroit ung estrangier,
dont elle seroit haye et des Escouoys et des Angloys, et se
dboutteroit elle mesmes de l'esprance qu'elle monstre avoir si
grande  la succession de ceste coronne.

Par le tret, que le Roy d'Espaigne a faict, de vouloir ainsy
soubstraire au Roy ceste alliance d'Escoce, et s'emparer de la Royne
et du petit Prince du pays, pour le mener norryr prez de luy, au
mespriz de Leurs Majestez Trs Chrestiennes et de la coronne de
France, joinct ce qu'il a entreprins de la prcdance, et ce qu'il a
essay de traverser la ligue des Suysses, il monstre qu'il a trop
d'ambition sur le Roy, et qu'en plusieurs sortes il s'esforce de luy
diminuer la grandeur, la dignit et les forces de son estat, et qu'il
recognoist trop mal l'amyti que la Royne luy a toutjour porte et ne
la respecte comme il debvroit.




LVIe DPESCHE

--du Ve de septembre 1569.--

(_Envoye jusques  Calais par Olivyer Champernon exprs._)

  Intrigues des protestants pour empcher le rtablissement de la
    reine d'cosse.--Fausse nouvelle rpandue  Londres de la prise
    de Poitiers par l'amiral de Coligni.--lisabeth demande que la
    France renonce  servir d'intermdiaire pour le commerce des
    Pays-Bas avec l'Angleterre.--Sortie, en grand quipage de
    guerre, des navires qui avaient t mis en arrt sur les
    instances de l'ambassadeur.--Combien il est urgent de donner
    appui et de porter secours  la reine d'cosse.--tat et
    valuation des joyaux envoys de France par les protestants
    pour obtenir un emprunt.--_Dclaration du conseil d'Angleterre_
    sur le commerce de France et sur la ncessit de le restreindre
    en ce qui concerne les Pays-Bas.--_Rponse de l'ambassadeur_,
    dans laquelle il proteste contre cette prtention.

    AU ROY.

Sire, vous ayant, le premier de ce moys, dpesch le Sr. de Sabran,
avec tout ce qui se offroit lors  ma cognoissance digne de celle de
Vostre Majest, je dellibrois partir le lendemain pour aller trouver
la Royne d'Angleterre affin de luy prsenter voz lettres, que j'ay
receues dans vostre paquet, du XVe du pass, mais j'ay heu adviz qu'au
partir de Bazin, elle s'est mise hors de son dellibr progrez, pour
aller veoir quelques petitz lieux escartez, et l'on m'a dict que je
feray beaulcoup mieulx d'attandre qu'elle soit arrive en Amptonne;
et ainsy j'ay attandu de partir jusques  ceste aprs dine que je
m'achemine au dict lieu pour y arriver aussitost qu'elle.

Je viens d'entendre que quelques mauvaises personnes luy ont
merveilleusement soublev le cueur contre la Royne d'Escoce par ung
aultre nouveau moyen, aprs qu'ilz ont veu que celluy de la cession du
tiltre de ce royaulme demeuroit convaincu par les amples dclarations
de Vostre Majest; c'est qu'ilz luy ont persuad que, n'ayant la dicte
Royne d'Escoce peu parvenir au premier et plus minent lieu de ceste
coronne, elle pratiquoit meintennant d'avoir le second, et que, contre
ce que la dicte Royne d'Angleterre avoit tant fermement rsist 
toutz ses estatz et parlemens de ne dclairer son successeur, elle
s'esforoit meintennant de monstrer que c'estoit elle, se insinuant
pour seconde personne en ce royaulme, affin de se faire la premire,
veuille ou non la dicte Dame, et mesmes avant le temps, par le moyen
des catholiques; lesquelz ilz luy remonstrent qu'elle les a eslevez en
grandz esprances, et desj toutz attirez  sa dvotion, dont le
trouble n'est petit en ceste court, par ce mesmement que la dicte Dame
a senty que toutz les plus grandz de ce royaulme, et les principaulx
de son conseil, incistent que la dicte Royne d'Escoce soit dlivre et
restitue  sa coronne. De quoy l'on m'a dict que la dicte Royne
d'Angleterre est bien fort offance contre le comte de Lestre et
contre le secrtaire Cecille de ce qu'estans eulx deux ses expciaulx
serviteurs, ilz ne debvoient, sans son sceu, avoir entreprins, comme
ilz ont faict, de porter ce party; et est fort aprs meintennant  les
sparer du duc de Norfolc et du comte d'Arondel qui l'ont, quant 
eulx, toutjour manifestement port. Et de tant, Sire, que sur ce
courroux l'on vouldra, possible, forger encores des nouveaulx dlays
ez affaires de la Royne d'Escoce, qui seroit aultant que les ruyner du
tout, Vostre Majest et celle de la Royne tiendrez, s'il vous playt,
du premier jour,  l'ambassadeur, Mr. Norrys, le propoz conforme  ce
que je vous ay mand par le dict Sr. de Sabran affin que, sur les
lettres qu'il en escripra  sa Mestresse, son dict conseil ayt plus
grand argument de luy remonstrer qu'elle les doibt advancer, et ne les
avoir ainsy suspectz, comme les malicieux le luy reprsantent.

Il y avoit icy quelque commancement de bruict, quant le dict Sr. de
Sabran est party, que Poictiers avoit est prins d'assault le XIXe du
pass, mais ayant receu lettres de Mr. de La Meilleraye et de Mr. de
Sigoignes qui disent le contraire, j'en ay admorty et les nouvelles et
les gaigeures qui s'en faisoient en ceste ville; et j'espre que Dieu
vouldra qu'il en advigne aultrement, car certes j'aurois bien 
rabattre les entreprinses qui se mettroient incontinent en avant sur
la dicte nouvelle, si elle estoit vraye.

Ceulx de ce conseil, despuys le pourparler que je fiz avec eulx 
Fernan Castel, quant je leur prsentay les dputez de Roan, m'ont
envoy ung escript en latin que j'ay miz dans ce paquet, et sont ung
peu marrys que je leur aye faict la responce que Vostre Majest verra
touchant la restriction du commerce des Pays Bas, car estimoient que
je passerois cella lgirement, ce que je n'ay oz faire au prjudice
des trettez, sans avoir vostre commandement l dessus; mais sellon que
je voy qu'ilz y vont de grande affection, et pour le temps, je croy,
Sire, qu'il n'y aura grand mal de le laysser couler, et sinon en le
consentant expressment,  tout le moins en ne le contradisant
guyres; car aussi bien y pourvoirront ilz par leurs costumiers 
l'yssue des merchandises, comme j'entendz que le duc d'Alve l'a aussi
prohib aulx Pays Bas.

Il est quelque bruict qu'en Espaigne l'on a arrest les nefz
venitiennes, qui venoient  Londres charges de plusieurs merchandises
ncessaires en ce royaulme, de quoy, s'il est vray, ceulx cy seront
bien fort marrys.

Les quatre ourques et trois vaysseaulx de l'homme du prince d'Orange
sont enfin sortyes de ceste rivire en grand quipage de guerre, mais
je n'ay encores adviz quelle routte elles ont prins; seulement j'en ay
adverty les gouverneurs de la frontire de dell pour y prendre garde;
et estantz toutes aultres choses en l'estat que je vous ay mand par
mes dernires, je n'adjouxteray, pour le surplus,  la prsente qu'une
dvotte prire  Dieu, etc.

    De Londres ce Ve de septembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, avant m'acheminer vers la Royne d'Angleterre, laquelle
j'espre trouver d'icy  trois jours  Amptonne,  LX mille d'icy,
j'ay bien vollu faire une dpesche  Voz Majestez sur l'occasion de
ces particullaritez, que Vostre Majest verra en la lettre que
j'escriptz au Roy; oultre lesquelles je ne vous diray, Madame, sinon
touchant le faict de la Royne d'Escoce qu'il est heure que le Roy et
Vous, Madame, luy assistiez, ainsy que par le rcit que j'ay donn
charge au Sr. de Sabran de vous en faire, et parce que j'en mande
meintennant en la dicte lettre du Roy, Vostre Majest jugera que
oportunment et prudentment se devra faire; car le feu en est bien
allum en ceste court, et semble,  la vrit, qu'il y va maintennant
du faict ou du failly. Je ne deffauldray de mon office en cest
endroict, ainsy que me l'avez command, pour servir en voz affaires et
 ceulx de la dicte Dame aultant qu'il me sera possible; et par ce
qu'ung de mes amys m'a dict avoir entendu de monsieur l'ambassadeur
d'Espaigne, qui est icy, que le duc d'Alve pourroit prandre jalouzie,
s'il entendoit qu'on vollt mettre aulcun secours de Franoys dans
Dombertran, je suplie Vostre Majest juger si cella sera considrable.

Et, au reste, Madame, ayant miz peyne de m'enqurir des bagues que le
Sr. Du Doict a aportes pour engaiger par de, j'ay sceu qu'elles
sont celles cy, savoir:

De la Royne de Navarre, un collier estim par les orfvres de
France--cent soixante mil escuz;

Et ung quarquant--XL mil escuz;

De Mr. le Prince de Cond, bordeures, toretz, oreillettes et ung vaze
d'agathe--XXXV mil escuz;

De monsieur l'Admyral, ung vaze d'agathe--XV mil escuz;

Une couppe d'agathe--X mil escuz;

Une croix--quatre mil escuz;

Une oreillette--deux mil escuz;

Et de Mr. du Vijan ung ruby et une aultre bague--quatre mil escuz;

Mais les orfvres de Londres ne les prisent tant; lesquelles bagues ne
sont encores engaiges. Sur ce, je bayse trs humblement les mains de
Vostre Majest, et prie Dieu qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce Ve de septembre 1569.


DCLARATION DU CONSEIL.

ACTA CONSILII IN FERNAMENSI CASTELLO.

--XVII Augusti 1569.--

    Presentibus:
        Duce Norfolci,
        Comite Bedfordi,
        Comite Lecestri,
        Prefecto regii cubiculi,
        D. Secretario.

Conventum est ut de reliquo omnibus Anglis et Gallis mercatoribus
libera commercii ratio sit, negociandi in Angli et Franci et
utrinque reciproc: et hinc ind importandi et exportandi omnia
mercium et commodorum genera utriusque regionis, it ut in qum
optimis pacis temporibus antehc factum est; proviso tamen ut, durante
hc intercurss suspensione inter Angliam et Regis Hispani Inferiorem
Germaniam, nullus alterutr nationis mercator ullas Inferioris
Germani merces direct aut indirect advehat in Angliam, neve ex
Angli in Inferiorem Germaniam. Fas tamen erit cuivis Gallican
nationis viro ab Angli Hamburgum indque Orientem verss liber
negociari, non aliter qum aliis exteris id permittimus. Qu etiam in
re Anglis fautoribus utentur et adjutoribus.

Item, uti omnia Anglorum bona, ab octavo ultimi julii die hinc in
Franciam evecta aut Gallorum in Angliam evecta, ab omni manuum
invectione, quam arrestum vocant, soluta et libera sint, liceatque
dominis pro arbitratu iis in contrahendo uti, eorumque bonorum
estimationem in merces et res quas ipsis visum erit collocare, uti
anteactis temporibus licitum est absque arresto aut impedimento.

Item, ut bona utriusvis nationis in utrovis regno ant octavum diem
julii detenta, sub arresto rect custodita remaneant usqu ad festum
Sancti Michaelis: interim ver diligenter poterit inquiri quibus
rationibus Gallorum bona, qu ab illis repetentur, et in Angli ant
diem octavum julii aut etiam poste detenta aut capta fuisse
probabuntur, poterint recuperari: cujus rei caus, simulac duo illi
honesti mercatores, Rothomago  mariscallo de Cossi nuper missi,
petitiones et probationes suas corm certis recuperatoribus, qui ad
hoc munus delegati erunt, ediderint, omni indagine in singulis istius
regni locis perquiretur, omnisque honesta etiam cogendi ratio
adhibebitur, qu bona illa, quoad enim fieri poterit, in lucem
prodeant atque ita illa sive illorum particul uspim deprehens aut
ver illorum just estimationes collect ant festum Michaelis integr
dominis restituantur. Quo quidem tempore, de bonis etim Anglicis
universalis et integra restitutio fiet eorum qu ant octavum diem
julii in Franci ull ratione detenta sunt.

Itera, si, propter magnas locorum distantias, ant festum Sancti
Michaelis plena et integra restitutio bonorum Gallicorum, qu illi
petent et probabunt injust allata in Angliam, fieri non poterit, eo
fortass quod aliqua eorum pars in extera hinc loca exportata fuerit,
inscientibus eam fraudem factam nostris ministris, tamen adverss
delinquentes executio procedet ut illi ad restituendum non aliter
plan cogantur, qum si bona illa cuipiam essent subditorum coron
Angli.

Et quonim illud sep prdicatur magnum numerum Gallicorum mercatorum,
qui in Hispaniam, Lusitaniam et Occidentem verss negociatum eunt,
cogi maximis impensis naves armare quo se tueantur adverss eos tm
su nationis qum alios quosdam qui Rochellam navigant, dabitur 
Dominis Consiliariis opera ut illi, qui cum gubernatoribus Rochell
multum possunt, conveniantur, quo, re ad quas aliquas pactiones
deduct, mutu ist marin Gallorum inter se violenti cessent et mare
undiqu liberum et apertum reddatur et  periculis mags vacuum.


L'AMBASSADEUR DE FRANCE.

Ce que les Seigneurs du Conseil d'Angleterre, le 17 d'aoust 1569, 
Fernan Castel, ont advis touchant le commerce d'entre ces deux
royaulmes, que dorsenavant il demeurera libre, le dict ambassadeur le
trouve raysonnable et bien fort expdiant.

Mais quant  la restriction du dict commerce de ne transporter par les
subjectz de l'ung ny l'aultre royaulme aulcunes merchandises
d'Angleterre en Flandres, ny de celles de Flandres en Angleterre,
durant la suspention qui est entre les deux pays, de tant que cella
semble torner au prjudice du cinquime article des derniers trettez
de paix, le dict ambassadeur ne le peult soubscripre, mais il en
advertyra le Roy par ses premires; duquel article la teneur s'ensuyt:

Item conventum, concordatum et conclusum est quod, quandi hc pax et
amicitia integra inviolataque permanebit, omnes et singuli utriusque
prefatorum regnorum, omniumque terrarum et dominiorum, qu nunc ab
utrolibet predictorum regum possidentur aut in posterm possidebuntur,
incol, qucumque dignitate, quocumque statu aut conditione
extiterint, poterunt sese mutuis officiis amiciti prosequi et
excipere liber, tut, secur, ultr citrque, terr marique ac
fluminibus commeare, navigare, inter se contrahere, emere, vendere,
illicque quandi velint morari, vel hinc ind, quand visum erit,
recedere et abire, et qu comparaverint [aut] emerint arte, oper,
industri laboreve aut quocumque alio justo modo quesiverint ad suos
vel exteros, quocumqu locorum libuerit, sine ullo impedimento,
offens, arrestatione seu prohibitione, salvo conductu, licenti aut
speciali permissione invehere et transportare possint[14].

  [14] Trait du 11 avril 1564. RYMER, FOEDERA, T. VI, 2e part., p.
  123.

Et touchant le faict de la restitution, iceulx Seigneurs du Conseil se
souviendront, s'il leur playt, qu'ilz ont accord que dans trois jours
seront nommez quatre notables merchans de Londres, pardevant lesquelz,
en prsence de monsieur le lieutenant de l'Admyral, les dellguez
franoys monstreront leurs plainctes et demandes pour, sur icelles, de
toutes les merchandises et navyres des Franoys, qui ont est prinses,
admenes ou arrestes par de despuys le moys de septembre dernier,
qui se trouveront encores en essence, ou de la juste valleur
d'icelles, leur estre faicte prompte restitution; et que des aultres,
qu'ilz feront sommairement aparoir, leur sera de mesmes administr
prompte justice sur le champ, sans forme ni longueur de procs, contre
ceulx qui les ont prinses, ou les dettiennent, ou en sont coulpables.

Et, en attandant que la dicte justice puisse estre faicte aus dictz
dellguez Franoys, il a est accord que les arrestz faictz en France
et icy, prcdant le VIIIe de juillet dernier, demeureront surciz
jusques au prochain jour de St. Michel, si plus tost la dicte justice
ne peult estre administre aulx susdictz dellguez, et si, d'avanture,
il estoit advenu quelque aultre arrest despuys le dict VIIIe de
juillet, qu'il sera lev d'ung cost et d'aultre.




LVIIe DPESCHE

--du VIe de septembre 1569.--

(_Envoye jusques  Calais par homme exprs._)

  Dpart des sieurs de Lizy et de Jumelles sur la flotte destine
    pour Hambourg, afin de hter l'entre en France de l'expdition
    du duc Casimir.--Nouvelle activit dans les prparatifs de
    guerre qui se font en Angleterre.


    AU ROY.

Sire, aprs vous avoir amplement escript, du jour d'hyer, toutes
occurrances de de, je ne pensoys qu'il se deust offrir argument ny
matire de vous faire aulcune aultre dpesche jusques  ce que je
serois de retour de devers ceste Royne; mais sur le raport d'ung
certain personnaige, que j'avois envoy espyer le partement de la
flotte de Hembourg et recognoistre tout ce qui s'y feroit, lequel
m'est venu trouver sur ce chemyn, j'ay  vous dire, Sire, qu'il a veu
embarquer Mr. de Lizy et le Sr. de Jumelles sur l'ung des deux grandz
navyres de guerre de ceste Royne, qui sont ordonnez pour la conduicte
de la dicte flotte, et qu'il a entendu qu'ilz vont trouver le duc de
Cazimir pour le haster; et que ung Allemant, qui estoit en leur
compaignie, lequel naguires est venu d'Embourg, a dict que, quant il
partit, le dict duc de Cazimir avoit toutes choses prestes pour se
mettre en campaigne, aussitost qu'il auroit heu responce d'icy, et
qu'il estoit bruict qu'il descendroit en France, nommement en
Picardie. De quoy, Sire, je n'ay vollu diffrer une seule heure de
vous en donner l'adviz, afin que [vous] ne vous trouviez ny dceu ny
surprins du dict cost d'Allemaigne, car on me baille cecy pour bien
fort asseur; et si ay heu quelque advertissement, en partant de
Londres, qu'on emporte en ceste dicte flotte ung bon nombre
d'angellotz en espces, et que les bagues de la Royne de Navarre ont
est cependant consignes ez mains du Sr. Grassan, principal merchant
du dict Londres; dont n'estant la prsente pour rien davantaige, je
prieray Dieu, etc.

    De Londres ce VIe de septembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, cest adviz que Vostre Majest trouvera en la lettre du Roy m'a
faict ainsy haster ceste dpesche, incontinent aprs celle de hyer
matin, affin que ne demeuriez en doubte des aprestz d'Allemaigne,
comme j'estime qu'en estiez bien advertye d'ailleurs, et affin aussi,
Madame, qu'y puyssiez pourvoir de bonne heure; et cognoys meintennant
que ceste Royne ne m'a tromp quant elle m'en a donn le premier
advertissement, car les choses aparoissent  ceste heure telles comme
elle me les a cy devant dictes. L'on m'a mand de ceste court qu'on y
ordonne beaulcoup de prparatifz de guerre et qu'on dict que c'est
pour se deffandre.

Je mettray peyne de savoir  quoy tend proprement leur entreprinse,
car, en gnral, je vous ay desj asss advertye de leur intention, de
laquelle, s'il y a moyen de rebattre quelque chose, croys, Madame,
qu'il sera essay, aydant le Crateur, auquel je prie, etc.

    De Londres ce VIe de septembre 1569.




LVIIIe DPESCHE

--du XIIIIe de septembre 1569.--

(_Envoye jusques  Calais par Olivyer Champernon exprs._)

  Retard apport dans le voyage de la reine par une indisposition
    du comte de Leicester.--Notification officielle est faite 
    lisabeth, par l'ambassadeur, des projets de mariage du Roi et
    de Madame.--La reine se montre surprise de ces alliances.--Elle
    affirme  l'ambassadeur qu'elle n'a rien voulu prter sur les
    joyaux de la reine de Navarre.--Elle proteste de sa volont
    d'empcher ses sujets de porter aucun secours  la
    Rochelle.--Elle insiste vivement sur la ncessit de
    restreindre le commerce de France avec les Pays-Bas;--Et
    s'excuse du retard apport  la solution des affaires de la
    reine d'Ecosse.--Dpart dfinitif des navires arms sous le nom
    du prince d'Orange.--_Lettre secrte de l'ambassadeur_  la
    reine-mre.--Dtails confidentiels sur les dbats qui se sont
    levs entre lisabeth et le duc de Norfolk, au sujet de son
    mariage projet avec Marie Stuart.


    AU ROY.

Sire, je n'ay plus tost que hier au soir peu estre de retour
d'Anthonne, o j'ay est trouver la Royne d'Angleterre, laquelle n'y
est arrive de trois jours si tost qu'elle cuydoit, parce que une
fiebvre aigue a surprins Mr. le comte de Lestre en une maison
carte, qui est au comte de Soubtanton, o il a est contrainct de se
sjourner, et toute la court pour l'amour de luy; mais au bout de
trois jours il a suyvy en lityre et  prsent se porte bien.

J'ay prsent les lettres de Voz Majestez  la dicte Dame, laquelle a
monstr du commancement estre ung peu trouble de la nouvelle qu'elles
contenoient, dont m'a demand si les choses estoient desj conclues,
sur quoy s'entend la jalouzie qu'elle a de la nouvelle confirmation
d'alliance avec le Roy d'Espaigne. Je luy ay dict que vous aviez telle
considration et respect  l'amyti d'elle que vous n'aviez vollu
passer oultre en ce faict sans le luy communiquer, affin de faire
veoir  tout le monde que, comme vous luy faisis part d'ung propos,
qui touche de si prez  la propre personne de Vostre Majest, aussi
vouliez vous qu'elle participt au bien, au proffict et  toutz les
advantaiges qui proviendront de ceste alliance, laquelle ne seroit que
pour confirmer davantaige celle que vous aviez avecques elle et la
bonne paix, qui est entre vous et voz deux royaulmes, non moins
fermement que avec ceulx mesmes, avec qui vous vous alliez.

De ce peu de motz ayant la dicte Dame prins aultre forme et aultre
faon de parler, m'a pri de vous escripre qu'elle remercyoit trs
grandement Voz Majestez de la faveur que vous luy faizis de luy
communiquer ce priv et expcial propoz de vostre mariage et de celluy
de Madame, lesquelz elle ne sauroit que beaulcoup louer et aprouver,
comme grandement convenables  la mutuelle grandeur de toutz les
partys; et que, pour le regard de celluy de Vostre Majest, il ne se
pouvoit imaginer rien de plus grand ny de plus digne en la chrestient
que l'alliance d'ung Roy de France avec la fille d'ung Empereur. Il
est vray qu'elle avoit ouy parler de l'ayne et non de la seconde,
tant y a que pour son regard Vostre Majest ne pouvoit guires prendre
aultre alliance en la chrestient, qui luy ft moins suspecte que
ceste cy, parce qu'elle aymoit l'Empereur comme si elle estoit sa
fille, et si se sentoit estre ayme de luy comme de son propre pre,
et ne fit mention du Roy d'Espaigne. Puis adjouxtant qu'elle se
rjouyroit toutjour des choses qui reviendroient  vostre bien,
grandeur et advantaige, aultant que si c'estoit pour elle mesmes, dont
prioit Dieu de vous faire bien heureux cestuy vostre mariage, et le
vous randre plain de tout playsir et de contantement, et qu'elle
m'envoyeroit les lettres de sa responce pour les vous faire tenir.

Et quant  ce que je luy avois dict de ne prester, ny permettre
d'estre prest, nulz deniers en son royaulme sur les bagues de la
Royne de Navarre, parce que ce seroit contre le trett de paix, sellon
que vous la fezis advertyr qu'on les vouloit convertir  vous faire
la guerre, elle me vouloit asseurer de n'avoir rien prest dessus les
dictes bagues, ny ne pensoit qu'on les eust engaiges en ce royaulme;
ains croyoit que Mr. de Lizy les eust emportes en Allemaigne, et que
mesmes elle ne les avoit vollu veoir. Il est vray qu'elle avoit
entendu d'ung sien orphvre  qui elles avoient est monstres, qu'il
y avoit ung beau vaze d'agatte, lequel elle eust volontiers retenu,
mais saichant d'o il venoit, n'en avoit vollu aulcunement parler.

Et de faict, Sire, la pratique est mene de telle sorte par ceulx qui
portent le faict de la nouvelle religion qu'il n'y court rien du
propre de la dicte Dame, ains plus tost elle se dcharge de quelques
intrestz, et nantmoins j'entendz que les aultres sont accommodez en
Allemaigne d'aulcuns deniers qui proviennent d'icy; de quoy je suys
aprs  vriffier ce qui en est, affin de m'en plaindre et d'y
remdier le mieulx qu'il me sera possible.

Et touchant le commerce que vous offriez  la dicte Dame en telz
endroictz de vostre royaulme, que ses subjectz vouldroient choysir,
pourveu qu'ilz n'allassent plus  la Rochelle, elle m'a dict qu' la
vrit elle m'avoit une foys promis d'y faire condescendre ses
merchans, mais elle ne les avoit encores peu persuader, tant y a
qu'elle communiqueroit de rechef l dessus avecques son conseil pour
vous y satisfaire aultant qu'il seroit possible; et cependant elle me
donnoit bien parolle avec srement que, quoy ce ft, nul de ses
subjectz, sur peyne de mort, ne porteroit dorsenavant  la Rochelle
armes, ny pouldres, ny artillerye, ny monitions, ny vivres, ny rien de
quoy ceulx du dict lieu peussent estre secouruz contre Vostre Majest;
et parce que je ne me contantoys de cella, incistant qu'elle debvoit
faire abstenir ses subjectz tout entirement de ce traffic, elle m'a
dict qu'elle en assembleroit son conseil et m'y feroit responce du
premier jour;

Au surplus, qu'elle ne trouvoit poinct mauvais que j'eusse vollu
attandre le commandement de Vostre Majest sur la restriction de ne
porter par les Franoys aulcunes sortes de merchandises des Pays Bas
icy, ny d'icy aulx Pays Bas, veu ce que je luy allgois que cella
touchoit les chappitres de la paix; toutes foys qu'elle vous prioyt,
pour l'amyti qu'elle pansoit avoir mrit de Vostre Majest, que vous
luy vollussiez ottroyer la dicte restriction, veu qu' prsent le duc
d'Alve luy estoit ennemy, et qu'il en avoit proclam une semblable
aulx Pays Bas contre l'Angleterre; de quoy je luy ay promiz vous
escripre en si bonne sorte que j'esprois que vous ne l'en
esconduyriez.

Et pour le regard de la Royne d'Escoce, m'a dict qu'elle ne voyoit que
son affaire peult estre si promptement expdie comme je l'en
pressois, et que le mal qu'il sembloit que je luy voulois imputer de
ce que le comte de Mora poursuyvoit de ruyner ceulx du party de la
dicte Dame et de la dshriter du tout, pendant qu'elle estoit
dettenue par de, ne provenoit de sa coulpe, ains des faultes du
pass, et qu'il failloit attandre la responce du dict comte de Mora,
ainsy qu'elle l'avoit remonstr  Mr. de Roz, qui ne l'avoit trouv
mauvais; auquel de Mora elle avoit cependant escript de se dporter de
n'assiger Dombertran, dont, aussitost que ses depputez seroient
venuz, elle ne fauldroit de procder incontinent  l'expdition de
cest affaire en la bonne sorte qu'elle m'avoit toujour promiz.

Il est vray, dict elle, qu'il se mne une pratique pour la dicte Dame
avec ung certain personnaige de mon royaulme, lequel je me dporte de
nommer  prsent, et me veult on faire acroyre que c'est pour mon bien
et advantaige; mais ne me veulent laysser juger s'il est ainsy, tant y
a que je dellibre, comment que soit, d'en demeurer l'arbitre.

Et je cognuz bien, Sire, que cest affaire mettoit une grande traverse
en ceste court. Je prendray garde  ce qui en proviendra, et  toutes
aultres choses qui toucheront icy vostre service, et remettray le
surplus  mes prochaines, priant Dieu, aprs avoir trs humblement
bays les mains de Vostre Majest qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce XIVe de septembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, avant que je soys arriv  Anthonne, la Royne d'Angleterre
avoit receu des nouvelles de son ambassadeur, Mr. Norrys, qui ne luy
avoit, ceste foys faict guires advantaigeux les affaires de ceulx de
la nouvelle religion devant Poictiers; de quoy me semble que j'ay tir
plus gracieuse responce d'elle sur ce que je luy ay propos, que,
possible, je n'eusse faict, ainsy que Vostre Majest le pourra veoir
par la lettre que j'escriptz au Roy. Tant y a, Madame, qu'elle et les
siens font encores grand fondement sur l'arme qui est devant le dict
Poictiers, et esprent d'aultres plus grandz choses du cost
d'Allemaigne, non sans quelque opinion que le duc Auguste se meslera
de l'entreprinse.

La dicte Dame a parl si honnorablement des deux mariages du Roy et de
Madame que je vous en ay bien vollu reprsanter sa responce, et
j'espre que je vous en feray aussi bien tost tenir ses lettres. Elle,
 ce propos, m'a bien vollu dire que, quant ce ne seroit que pour une
si digne compaignie, il luy sembloit adviz qu'elle estoit convye
meintennant de se maryer, et m'a rpt par trois foys, je ne say 
quelle occasion, qu'elle ne feroit aulcun tort  son rang de
princesse, et qu'asseurement elle n'en espouseroit jamais qui ne ft
prince, ce qu'elle a poursuyvy en beaulcoup de parolles; et je luy ay
respondu en termes gnraulx, lesquelz je remectz  une aultre foys.
Puys, sur le faict de la Royne d'Escoce, nonobstant les responces dont
elle a monstr procder avec cueur attainct et offanc contre elle,
je luy ay touch et  ceulx de son conseil aulcuns poinctz, desquelz
j'entendz qu'ilz ont est aulcunement ramenez  rayson, et je n'ay peu
passer plus avant sans aparance de quelque dangier en voz affaires, ou
bien sans excder les termes de la modestie; mais je ne deffauldray en
cest endroict,  toutes les occasions qu'il s'offrira, d'en debvoir
faire instance de la part de Voz Majestez.

Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne avoit envoy son secrtaire devers
la dicte Royne d'Angleterre pour luy communiquer,  ce que j'en peuz
comprendre sur le lieu, une lettre du duc d'Alve pour entrer
clairement en termes d'accord. Je mettray peyne de savoir proprement
ce qui en est.

Ceulx de ce conseil m'ont parl de leur vouloir bailler mes lettres de
seurt pour les navyres qu'ilz envoyeront qurir leurs vins 
Bourdeaulx, et, nonobstant que je leur aye respondu qu'il n'en estoit
besoing en temps de si bonne paix, ilz m'ont fort incist de ne leur
reffuzer cella, de quoy je leur ay promiz que je vous en escriproys.

L'homme du prince d'Orange est enfin sorti de ceste rivire avecques
ses ourques et vaysseaulx, le IXe de ce moys, pendant que j'estois 
Anthonne. Il ne m'a est encores raport quelle routte il a prins;
l'on me veult faire acroyre qu'il n'a heu cong que d'aller vers les
Pays Bas, mais aulcuns disent que son intention estoit d'aller  la
Rochelle, et aultres disent qu'il avoit quelque entreprinse sur Belle
Isle en Bretaigne. J'espre que, sellon mes advertissemens prcdans,
il trouvera toute la coste de dell si bien fornye qu'il n'y recepvra
que honte et dommaige, s'il s'y adresse; aydant le Crateur, auquel je
prie, etc.

    De Londres ce XIVe de septembre 1569.


    AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.

Madame, il y avoit eu de grosses parolles entre la Royne d'Angleterre
et le duc de Norfolc, premier que j'aye ceste foys parl  elle, et
j'entendz qu'elle s'estoit corrouce fort asprement  luy de ce qu'il
trettoit, sans son sceu, de se maryer avec la Royne d'Escoce, lui
deffendant fort expressement de n'y prtandre plus, en quelque faon
que ce soit. Sur quoy, aprs quelques excuses du dict duc comme il
n'avoit jamais prtandu de faire rien sinon avec le bon cong de la
dicte Dame, et qu'il avoit, devant toutes choses, propos le bien, la
seurt et l'advantaige d'elle et de sa coronne, il s'est excus de
n'obyr  ce commandement qu'elle luy faisoit ainsy en collre, sinon
aprs qu'elle l'auroit remonstr  son conseil. Et bien qu'elle ayt
rpliqu qu'elle n'avoit que faire en cella de l'adviz de son conseil,
le dict duc est demeur ferme en son opinion; et croy, si la dicte
Dame ne se modre, qu'il taschera tout  la foys de faire eschapper la
Royne d'Escoce pour se retirer en quelque lieu de plus grand seurt en
ce mesmes royaulme que celluy o elle est  prsent, et de s'absenter
luy de la court, ce qui ne sera sans quelque altration. Dont, Madame,
il sera plus  propoz que jamais que vous parliez  l'ambassadeur
d'Angleterre, ainsy que par le Sr. de Sabran je le vous ay mand; et
je prieray Dieu, aprs avoir trs humblement bays les mains de Vostre
Majest qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce XIVe de septembre 1569.


_Par postille  la lettre prcdente de la Royne._

Despuys ceste lettre escripte, j'ay heu adviz que celle du duc d'Alve
portoit de demander saufconduict pour aulcuns personnaiges, depputez
de la part du Roy Catholique, affin de venir tretter avec cette Royne
des diffrandz dessusdictz, et cuyde l'on que ce seront le Sr. Chapin
Vitel et le docteur Vargas, et que desj le saufconduict est expdi.
Je vriffieray encores mieulx ce qui en est.




LIXe DPESCHE

--du XIXe de septembre 1569.--

(_Envoye exprs par Jehan Valet jusques  Calais._)

  Envoi des rponses faites par la reine d'Angleterre aux lettres
    concernant les mariages du Roi et de Madame.--Importance des
    sommes qu'lisabeth s'efforce de runir en Allemagne, o elle
    dispose d'un grand crdit.--Arrive de la flotte anglaise 
    Hambourg.--Jonction des navires du prince d'Orange  ceux du
    btard de Briderode, sur la cte de Frize.--Troubles
    d'Irlande.--Conditions auxquelles les frres d'Ormont offrent
    de dposer les armes.--Dtermination, prise par le roi
    d'Espagne, d'envoyer des dputs  la reine d'Angleterre pour
    traiter de leurs diffrends.--Nouvelles d'cosse.--Refus fait
    par le comte de Murray de lever le sige de Dumbarton, sur la
    demande d'lisabeth.--Assemble de Stirling.--Arrestation du
    comte de Lethington comme complice du meurtre de Darnley.


    AU ROY.

Sire, partant la Royne d'Angleterre mercredy dernier de Amptonne, o
elle a faict le bout de son progrez de ceste anne, sans passer en
l'isle d'Ouic, comme elle avoit dellibr de le faire, mais aulcuns
principaulx seigneurs de sa court y ont bien pass, et le capitaine
Orsey, qui en est gouverneur, est venu de faire devant la dicte Dame
une reveue d'envyron deux mil harquebouziers de la dicte isle. Elle
m'a envoy sa responce, qu'elle faict aulx lettres de Voz Majestez du
XVe du pass, sur lesquelles vous ayant desj, par les miennes du
XIIIIe d'estuy cy, randu compte de ce que, de parolle, elle me dict
lorsque je les luy prsentay, je ne vous en toucheray icy rien
davantaige; seulement vous diray, Sire, que la dicte Dame s'en vient 
Amthoncourt au XXVIe de ce moys, pour estre prez de ceste ville, affin
de pourvoir  plusieurs siens affaires qui se prsentent meintennant,
entre lesquelles elle et les siens monstrent toutjour avoir fort le
cueur aulx vnemens de France, regardans de prs quelle yssue pourra
prendre ceste guerre, et se pourvoyans pour ceste occasion, oultre ce
que je vous ay desj mand de leur apareil de guerre par de, d'avoir
aussi des deniers en Allemaigne; car bonne partie de ce que les
recepveurs d'Angleterre peuvent lever, ou qui se peult recouvrer par
moyens et inventions extraordinaires, se dellivre au Sr. Thomas
Grassan, qui le va distribuant de main en main secrectement aulx
merchantz de ceste ville, affin qu'ilz layssent aultant de deniers de
la vante de leurs draps, qu'ilz ont envoy en Hembourg, ez mains des
agentz de la dicte Dame par dell, si bien que de deux millions cinq
cens mil escuz, que vallent les deux flottes ou aultres parties qu'on
y a envoy ceste anne, l'on faict estat qu'il n'en retournera icy, ny
par amployte d'aultre merchandise, ny en deniers, guires plus de
huict centz mil escuz, affin que la dicte Dame ayt fonds et grand
crdit en Allemaigne pour y pouvoir lever gens de guerre quant elle
vouldra.

Et touchant les bagues de la Royne de Navarre, la dicte Dame,  la
vrit, a reffuz de prester argent dessus, allgant estre presse
d'une debte qu'elle a promiz payer  la fin de ce moys  Francfort,
mais n'empeschoit qu'on ne se peult accommoder avec ses crditeurs du
dict payement sur les dictes bagues, pourveu qu'elle demeurt quicte
tant du principal que des intrestz. Et ainsy, par ung moyen ou
aultre, semble qu'il y a [et] aura deniers fornys sur les dictes
bagues, mais c'est en sorte que les principaulx de ce conseil n'en
sentent rien; et s'est monstre la dicte Dame fort offance, ces jours
passez, contre la communault des merchantz de ceste ville, qui
s'estantz assemblez pour dellibrer par pluralit de voix sur la
forniture de tant de deniers en Allemaigne, elle leur a mand qu'ilz
avoient trop entreprins de tretter en ceste sorte d'ung tel faict,
auquel ilz publioient et rvloient son secrect et le secrect de ses
affaires, et qu'ilz n'avoient  penser que  la seurt de leurs
deniers, sans s'entremettre de cecy plus avant.

La flotte, qui est partie pour Hembourg, a heu bon vent, et, sellon le
raport d'ung qui est revenu de dell, elle est arrive  saulvement au
dict lieu, et dict davantaige que Mr. de Lizy et le Sr. de Jumelles
ont prins terre  Endem pour tant plus tost se randre devers le duc de
Cazimir, affin de le haster de se mettre incontinent en campaigne; et
qu'il a veu, au reste, joindre les ourques et vaisseaulx de l'homme du
prince d'Orange avec les quatre navyres du bastard de Briderode sur la
coste de Frize, et qu'ilz sont  ceste heure unze bons vaisseaulx
ensemble, aussi bien armez et quipez qu'il est possible, et crainct
on qu'ilz porteront grand dommaige  la pescherye de Flandres de
ceste anne; tant y a que je suys bien ayse d'avoir au moins obtenu de
ceste Royne qu'ilz n'ayent, pour ceste foys, prins la routte de
France.

Les choses d'Irlande passent diversement, car une partie des
soublevez, mesmement celle o estoient les deux frres du comte
d'Ormont, ont desj, par le moyen de leur frre, offert de se
soubmettre [et] de poser les armes pourveu que les griefz, pour
lesquelz ilz disent les avoir prinses contre Charo, soyent dcidez au
conseil d'Angleterre et non pardevant le _Debitis_; mais les aultres
soublevez persvrent, et mesmes j'entendz qu'ilz prosprent en leur
entreprinse, laquelle se monstre asss doubteuse. Nantmoins ceulx cy
ne l'estiment estre de guires de dangier.

Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne m'a faict entendre que dans le
paquet, qui luy est dernirement venu par la dpesche que Vostre
Majest m'a faicte du dernier du pass, il a receu une lettre du Roy
Catholique pour la Royne d'Angleterre qui porte deux chefz;--l'ung, de
la prier qu'elle veuille ottroyer saufconduict  ceulx qu'il a advis
d'envoyer de sa part devers elle, tant pour tretter des diffrandz qui
sont survenuz ceste anne entre leurs subjectz, que pour satisfaire
aulx poinctz de la lettre qu'elle luy escripvit l'hyver pass en
latin;--et l'aultre chef, est de l'exorter qu'elle ne veuille porter
plus aulcune faveur aulx rebelles de Flandres, ny pareillement  ceulx
de France; car cella luy pourroit attirer la guerre en son pays, et
qu'elle se dporte de leur assister si elle ne se veult, par mesme
moyen, prparer de soubstenir le rescentyment que les princes offancez
en pourront cy aprs justement avoir, me priant le dict ambassadeur
que je le face ainsy entendre  Vostre Majest et qu'il sera prest de
procurer envers le Roy, son Maistre, qu'il face toutjour semblables
bonnes dmonstrations et offices icy pour le bien de vostre service.
Sur ce, etc.

    De Londres ce XIXe de septembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, pour accompaigner les lettres, que la Royne d'Angleterre
escript  Voz Majestez, j'ay touch en la lettre du Roy les
principaulx poinctz que j'ay  vous faire meintennant entendre des
choses de de, entre aultres celuy de monsieur l'ambassadeur
d'Espaigne, par lequel le Roy, son Maistre, monstre avoir ceste foys
cd  la Royne d'Angleterre, et qu'en fin ayant bien pens  son
faict pour les aprestz qu'il sent d'Allemaigne, et, possible, pour les
propres difficultez de ses pays, il ne s'est tant vollu tenir sur la
rputation qu'il n'ayt envoy le premier devers la dicte Dame, pour
accorder amyablement des diffrandz qui sont entre eulx; de quoy elle
s'estime avoir gaign ung grand advantaige, et dict on que le Sr.
Chapin Vitel et le docteur Vargaz seront pour cest effect dans dix ou
douze jours par de. Je ne say encores ce qui en pourra ruscyr,
tant y a que je crains asss que l'admonestement, que le dict Roy
Catholique a faict  ceste princesse de considrer le rescentiment
qu'on pourra avoir de l'assistance qu'elle a donne  ceulx de la
nouvelle religion, ainsy que le dict sieur ambassadeur me l'a mand,
ne la mette davantaige en souspeon de l'yssue de la guerre de France,
et ne l'induyse d'accommoder tant plus tost ses affaires ailleurs,
pour d'aultant retarder et traverser, en ce qu'elle pourra, ceulx de
Voz Majestez; mais je luy en osteray toutjours par mes propos le
doubte qu'elle en pourroit avoir sur le cueur, sans monstrer
toutesfoys que je tende  rien de cella.

Le sire Thomas Flemy est revenu d'Escoce, qui raporte que le comte de
Mora ne s'est vollu dporter d'assiger Dombertran pour chose que la
Royne d'Angleterre luy en ayt escript, et qu'en l'assemble, qu'il a
tenue  Esterlin le XXVIIIe d'aoust, il a faict ordonner ung depput
pour venir par de, ce qu'on estime bien n'estre  aultres fins que
pour prolonger toutjour l'affaire. Tant y a que la part, qui est au
dict pays pour la Royne d'Escoce, semble estre plus vifve et plus
releve meintennant qu'elle n'a encores est, nonobstant que, pour
avoir le secrtaire Ledinthon est dcouvert d'en estre, l'on a trouv
moyen de le faire publicquement accuser dans la dicte assemble pour
complice du murtre du feu Roy d'Escoce, dont il a est miz en arrest
contre le desir des comtes d'Arguil, de Honteley, d'Athil et des
principaulx seigneurs, qui ont cry que la seurt et franchise de la
dicte assemble estoit violle, et s'en sont allez fort mal contantz.
Monsieur l'vesque de Roz est aprs  pourchasser l dessus audience
de ceste Royne, mais je croy qu'il ne l'obtiendra jusques  ce que la
dicte Dame sera  Amthoncourt, laquelle monstre de plus en plus avoir
souspeon et deffiance de tout ce qui se faict et qui se procure pour
l'advantaige de sa cousine. Sur ce, etc.

    De Londres ce XIXe de septembre 1569.


La Royne d'Escoce s'esbahyt qu'il n'y a nouvelles qu' Dombertran
soyent arrivez les navyres que Vostre Majest dict au Sr. de Bortic
qu'elle y avoit faict dpescher de Bretaigne.




LXe DPESCHE

--du XXIIIe de septembre 1569.--

(_Envoye par Olivyer Champernon exprs jusques  Calais._)

  Nouvelle de la leve du sige de Poitiers.--Ncessit de
    redoubler de vigilance sur les ctes de France.--Retour du
    sieur de Quillegrey, qui revient d'Allemagne.--Il annonce que
    les princes protestants offrent de reconnatre lisabeth comme
    chef d'une ligue pour la dfense de la religion
    rforme.--Dputs envoys en Allemagne par ceux de la Rochelle
    et par la reine d'Angleterre, pour assister  la dite de
    l'empire  Augsbourg.--On annonce la prochaine arrive en
    Angleterre des dputs du roi d'Espagne.--Mesures rigoureuses
    prises  l'gard de la reine d'cosse.--Craintes de
    l'ambassadeur que les offres des princes protestants
    d'Allemagne et la condescendance du roi d'Espagne ne rendent
    lisabeth plus entreprenante contre la France.--_Lettre
    secrte_ pour la reine-mre, dans laquelle l'ambassadeur
    annonce le dpart subit du duc de Norfolk, qui a quitt la cour
    sans autorisation de la reine.


    AU ROY.

Sire, faisant  ceste heure la Royne d'Angleterre le retour de son
progrez par des maisons escartes des gentishommes, o elle n'a de
coustume d'ouyr volontiers parler d'aulcune matire d'affaires, par ce
que ceulx de son conseil ne sont avecques elle, j'avois rserv de
l'aller trouver quant elle arriveroit  Amthoncourt, qui sera,  ce
qu'on dict, le lieu de son sjour de deux moys, pour luy continuer
les instances du commerce, et de la restitution des prinses, et de
n'aller plus par les Anglois  la Rochelle; et luy compter
pareillement l'acheminement de Monsieur, frre de Vostre Majest,
avecques vostre arme pour aller secourir Poictiers, suyvant le
contenu de vos lettres du VIIe du prsent; mais m'estant cependant,
par aultres lettres de Voz Majestez du VIIIe ensuyvant, arriv l'adviz
de l'heureux succez que la dicte entreprinse de Mon dict Seigneur a
desj heu[15], je n'ay vollu diffrer de le faire incontinent entendre
 la dicte Dame par ung mot que je luy ay escript, l par o elle est,
avec la coppie de voz dictes lettres qui sont dignes d'estre veues, et
lesquelz contrepoyseront de beaulcoup les bruictz, que ceulx de la
nouvelle religion publioyent et faisoient prescher en leurs esglizes,
d'avoir lev le sige de Navarreins; d'avoir deffaict Mr. de Tarride
et prins Mr. de Bonnivet; et relveront la rputation de voz affaires
par de contre ceulx qui les y dsadvantaigeoient auparavant; dont je
prie Dieu vous continuer toutjour sa divine assistance.

  [15] L'amiral de Coligni, qui avait mis le sige le 24 juillet
  devant Poitiers, dfendu par le duc de Guise, fut forc de
  l'abandonner le 9 septembre pour aller au secours de
  Chatellerault, que le duc d'Anjou menaait.

Je crains bien que si ce remuement, qu'on dict de ceulx de la dicte
nouvelle religion en Picardye, s'estand vers Normandye et jusques sur
ceste mer estroicte, qu'il ne convye les Anglois d'entreprendre
quelque chose, quant ilz sentyront la guerre si prez d'eulx; et m'a
l'on dict que quelques ungs de Roan et des envyrons de Dipe sont,
despuys deux jours, passez en ce royaulme pour parler et pratiquer
avec ceste Royne, dont ay mand aulx gouverneurs de dell qu'il leur
est besoing d'estre plus vigilans que jamais, et que je mettray
toutjour peyne de les advertyr, le plus d'heure qu'il me sera
possible, de toutz les aprestz et menes que je sentyray qui se feront
icy.

Le Sr. de Quillegrey,  son retour d'Allemaigne, n'a faict que passer
par ceste ville, dont n'ay peu encores guires rien aprendre du faict
de sa commission, sinon qu'il monstre estre fort comptant de l'avoir
bien acomplye par dell, ainsy qu'il luy estoit command de le faire,
et a dict en quelque lieu qu'il pourtoit la carte blanque des princes
protestans  ceste Royne, qui la font chef et luy deffrent la somme
des affaires et la principalle dtermination et conclusion de ce qui
s'y entreprendra. Je m'attandz bien que l dessus elle et les siens
seront  ceste heure poussez  plusieurs grandes persuasions, lesquelz
je ne say si je les pourray avec le temps modrer et rfroydir; en
quoy je feray bien tout ce qu'il me sera possible, mais il m'y fauldra
conduyre sellon que je pourray aprendre de la ngociation du dict
Quillegrey plus que je n'en say  prsent, qui, possible, se trouvera
ne raporter tant de grandz promesses d'Allemaigne comme il le veult
faire aparoir.

Il semble que Mr. de Lizy et le Sr. de Jumelles se trouveront  la
prochaine diette de l'empyre  Augsbourg,  laquelle le Sr. de
Trokmarthon n'a poinct est pour ceste foys envoy, mais j'entendz
qu'on a mand au docteur Christophe Du Mont d'y assister pour la Royne
d'Angleterre; et esprent ceulx de la nouvelle religion quelques
grandes dterminations de la dicte assemble, mettans en grand compte
que les Suysses y ont est appellez et qu'ilz ont promiz d'y convenir.

La commune opinion continue en ceste ville que le Sr. Chapin Vitel et
le docteur Vargaz seront bientost devers ceste princesse, mais l'on
m'a dict que le saufconduict, qu'elle a dpesch pour cella, n'est que
pour ung messagier, qui doibt venir luy aporter des lettres du Roy
d'Espaigne, sans aultrement expciffier ny le nom ny la qualit
d'icelluy; dont n'est vraysemblable que les dictz personnaiges se
commettent soubz ung si simple saufconduict en ce voyage, sans qu'il y
soit faict plus expresse mencion d'eulx.

La Royne d'Angleterre est entre en plus grande jalouzie et deffiance
qu'elle n'avoit encores est de la Royne d'Escoce, et a vollu que,
oultre le redoublement des gardes, le comte de Huntinton et le
viscomte de Harifort, avec quelques ungs des leurs, soyent allez l o
est la dicte Royne d'Escoce, bien que toutz deux luy soyent mal
agrables et bien fortz suspectz. Je ne diffreray pour cella de
continuer, en temps et lieu, l'instance de sa restitution et de sa
libert, en la claire et ouverte faon que j'ay toutjour faict, au nom
de Vostre Majest; et prieray Dieu, etc.

    De Londres ce XXIIIe de septembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, je ne fays doubte, si le sieur de Quillegrey raporte tant de
grandes promesses d'Allemaigne, comme il en a faict la dmonstration,
passant par ceste ville, et que s'estant en mme temps le Roy
d'Espaigne ply de venir requrir d'accord la Royne d'Angleterre sur
les diffrandz des Pays Bas, que je ne trouve dorsenavant la dicte
Dame et les siens encores plus difficiles et mal aysez en voz
affaires, que je n'ay faict jusques icy; et nantmoins je ne dellibre
pour cella procder moins vifvement envers eulx, ez choses qui se
offriront pour vostre service, que j'ay toutjour faict; car cella
mesmes qui se veoyt meintennant n'est que Voz Majestez n'eussent
prveu debvoir de mesmes advenir, si la guerre de France alloit ainsy
en longueur comme elle faict.

Il est vray que je n'obmettray rien de ce que je cognoistray pouvoir
servir  conserver la paix et  contenir ceulx cy, le plus qu'il me
sera possible, en l'observance d'icelle qui, possible, cognoistront ne
leur estre moins utille de ne la rompre en vostre endroict que de la
renouveller ailleurs; en quoy je vous suplye, Madame, me mander si je
leur accorderay la seurt qu'ilz m'ont requise pour leurs flottes et
vaysseaulx qu'ilz dellibrent envoyer  Bourdeaulx, ainsy que monsieur
l'Admyral d'Angleterre a vollu une mienne lettre de recommendation au
gouverneur du dict Bourdeaulx pour ung sien navyre, qu'il y a desj
dpesch. Et n'ayant  vous dire meintennant rien davantaige que ce
qui est contenu en la lettre du Roy, je prieray pour le surplus Nostre
Seigneur, etc.

    De Londres ce XXIIIe de septembre 1569.


AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.

Madame, le faict du mariage de la Royne d'Escoce est venu  tel poinct
que, incistant fort fermement la Royne d'Angleterre que le duc de
Norfolc se dporte d'y entendre, et s'opiniastrant luy de ne le
vouloir faire, ains d'y persvrer jusques  la mort, elle luy a
faict de telles dmonstrations de malcontantement qu'il s'en est all
de la court sans prendre cong; de quoy la dicte Dame est fort mal
contante. Et semble que cella pourra bientost produyre je ne say quoy
de trouble en ce royaulme, mesmes que la Royne d'Escosse, se voyant
resserre davantaige, vouldra pourvoir  sa libert, sans temporiser
plus la bonne grce de sa cousine. Sur quoy et aultres faictz, qui se
prsentent, je vous dpescheray ung des miens aussi tost que celluy
que j'ay par dell sera de retour; et je prieray Dieu, aprs avoir
trs humblement bays les mains de Votre Majest qu'il vous doinct,
etc.

    De Londres ce XXIIIe de septembre 1569.




LXIe DPESCHE

--du XXVIIe de septembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan de Bouloigne._)

  A est intercept par les chemins le dict Bouloigne, destrouss
    et renvoy devers l'ambassadeur.

  Dpart de plusieurs navires qui se rendent isolment  la
    Rochelle pour y faire le commerce.--La flotte du btard de
    Briderode et du prince d'Orange est chasse des ctes de
    Hollande et de Zlande.--On doit craindre qu'elle ne se porte
    sur les ctes de France.--Hsitation des Anglais  recevoir les
    dputs du roi d'Espagne, qui leur inspirent une grande
    dfiance.--lisabeth tmoigne  Marie Stuart tout le
    mcontentement qu'elle prouve de son projet de mariage avec le
    duc de Norfolk.--Instances de l'ambassadeur pour avoir ses
    instructions sur divers points relatifs au commerce.--Sursis au
    dpart de navires destins pour la Rochelle et pour
    Bordeaux.--_Lettre secrte_ pour la reine-mre, dans laquelle
    l'ambassadeur signale que l'on est prt  en venir aux armes en
    Angleterre.--Envoi d'un paquet de lettres de la reine
    d'cosse.--_Lettre de Marie Stuart_  l'ambassadeur.--Elle le
    conjure de s'opposer  ce qu'elle soit livre au comte de
    Huntingdon et au vicomte de Hertford, ses ennemis.


    AU ROY.

Sire, celluy des miens que j'avois envoy devers la Royne d'Angleterre
pour luy porter les nouvelles de l'acheminement de Monsieur, frre de
Vostre Majest, au secours de Poictiers et de l'heureux succez
qu'avoit eu son entreprinse, a trouv encores la dicte Dame 
cinquante mil d'icy, dlibre de n'aprocher pour ceste foys Londres
de si prs comme est Amptoncourt,  cause du souspeon de peste qui y
a apareu au commancement de cest authomne; et a prins son chemyn 
Windesor, o l'on dict qu'elle fera deux ou trois mois de sjour, et
m'a faict escripre, par Mr. le comte de Lestre, qu'elle avoit eu fort
agrable d'entendre ce que je luy avois mand des vnemens de France
sellon la vrit des lettres que m'en aviez escriptes, ausquelles
vennant de si bonne part elle ne volloit faillir d'y adjouxter foy;
toutesfoys qu'elle me envoyoit le sommaire de ce qu'on luy en avoit
mand  elle, qui est, Sire, ce que trouverez en ung mmoire 
part[16], et qu'elle prioit Dieu de mettre une bonne paix entre vous
et voz subjectz.

  [16] Cette pice n'a pas t transcrite sur les registres de
  l'ambassadeur.

Elle ne m'a encores respondu sur la deffance que je luy ay requis de
faire  ses subjectz de n'aller plus  la Rochelle, sinon ce que je
vous ay desj mand qu'elle m'avoit dict n'y avoir encores peu
persuader ses merchans, mais qu'elle en parleroit de rechef  son
conseil pour y mettre ordre, et qu' tout le moins elle me donnoit
desj parolle qu'on n'y porteroit rien, sur peyne de mort, de quoy
vous pussiez estre offanc, ny ceulx du dict lieu secouruz. Mais
cependant, affin de ne monstrer que contre mon instance elle veuille
permettre  ses dictz subjectz d'y aller en flotte, il sort trois et
quatre vaysseaulx  la foys de ceste rivire de Londres, et le mesmes
des aultres portz de ce royaulme, pour y aller qurir du sel et du vin
comme les aultres foys, mais nul de ses grandz navyres de guerre ne
les va conduyre; seulement j'entendz que le visadmyral Chambrenant
quipe quelques vaisseaulx  Plemmue pour fayre ceste conduicte, et
que Hacquens va mener au dict lieu de la Rochelle deux riches ourques,
qu'il a freschement prinses sur les Espaignolz ou sur les Portugois;
et n'ay poinct sceu qu'ilz chargent aulcunes munitions, ny vivres
pour y porter. Vray est que la coustume des Anglois est de prendre
toutjour double monition de pouldre, quant ilz partent pour ung
voyage, dont je crains qu'ilz en facent part  ceulx du dict lieu.

L'homme du prince d'Orange et le bastard de Briderode ont est, ces
jours passez, encores veuz rouant sur la coste de Hollande et Zlande,
mais incontinent sont sortys XIIII bons navyres de guerre des dictes
isles,  la conserve de leurs pescheurs, pour empescher que ceulx cy
n'excutent leurs mauvaises intentions; et je crains bien que cella ne
les contraigne de revenir en ceste mer estroicte et vers la coste de
France, dont j'estime que les gouverneurs de vostre frontire
demeurent aperceuz d'y faire avoir toutjours bonne garde.

L'on attend en grand dvotion les depputez du Roy d'Espaigne, desquelz
toutesfoys n'est venu aulcunes nouvelles despuys le partement du
secrtaire de monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, qui leur est all
porter le saufconduict, et n'est que ceulx cy ne demeurent en
quelque meffiance de ceste grande facillit du Roy d'Espaigne, aprs
une si notable injure qu'il a receue, craignantz que ce soit pour les
tromper; dont y pourra encores avoir de la difficult sur la seuret
et manire de l'accord.

La Royne d'Angleterre a envoy ung gentilhomme devers la Royne
d'Escoce sans lettre de sa main, mais avec charge de parler  elle, en
prsence du comte de Cherosbery, sur ce qu'on l'a advertye qu'elle
pourchassoit de se maryer avec le duc de Norfolc, et qu'elle ne
debvoit avoir pens de le faire sans son sceu. A quoy la dicte Dame
ayant enquis le dict gentilhomme s'il avoit lettre ou commission de
la Royne, sa Mestresse, pour lui dire cella, et s'estant le dict comte
advanc de dire que sa commission luy estoit asss cogneue, elle a
respondu qu'il ne suffizoit en tel faict, qui touchoit tant  elle,
qu'il eust veu la dicte commission si elle mesmes ne la voyoit, et
qu'encores que la Royne d'Angleterre ne luy eust escript, elle ne
laysseroit pourtant de luy escripre; et ainsy a baill pour toute
responce une bien honneste et sage lettre au dict gentilhomme, de
laquelle la dicte Royne d'Angleterre aura, possible, occasion de
demeurer satisfaicte; et monsieur l'vesque de Rosse l'est alle
trouver  Windesor pour luy oster ces mauvaises impressions et se
plaindre de la garde plus estroicte qu'on a freschement redouble  la
Royne, sa Mestresse, mesmes d'y avoir commis le comte de Hungtinton et
le viscomte de Harifort, qui sont ses ennemys conjurez. Cependant le
duc de Norfolk n'est plus  la court, ains s'en est all en Norfolk,
sans faire semblant de vouloir encores retourner. Sur ce, etc.

    De Londres ce XXVIIe de septembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, il me reste bien peu que dire icy  Vostre Majest, oultre le
contenu en la lettre du Roy, si n'est que je suys infinyement marry
que je ne puysse conduyre la Royne d'Angleterre et les siens  user de
si bons et convenables dportemens en voz prsens affaires, comme la
sincrit de la paix et de l'amyti qui est entre vous et voz deux
royaulmes le requerroit; mais il semble qu'aprs leur avoir bien
remonstr et vifvement dbattu les choses, et faict veoir qu'on les
cognoist asss, qu'il fault par ncessit se contanter de gaigner
toutjours celles qu'on peult avec pacience, et garder que les aultres
qu'ilz ont ou colleur, ou trop grande affection de faire, ne vous
puissent venir  guires de dommaige. Dont vous plairra, Madame, me
mander si, prenant en quelque payement leurs excuses et mesmes leur
gratiffiant ce qu'ilz monstrent pour encores ne vouloir vivre qu'en
bonne paix avec vous, je leur accorderay la restriction qu'ilz m'ont
requise de ne porter par les Franoys aulcune sorte de merchandises
des Pays Bas icy, ny d'icy aulx Pays Bas, ainsy qu'ilz disent que le
duc d'Alve a deffandu le semblable de son cost, et pareillement la
seuret qu'ilz me demandent pour leurs vaysseaulx et flottes qu'ilz
proposent d'envoyer  Bourdeaulx, affin de les en satisfaire et les
engaiger davantaige  l'entretennement de la paix; et je prieray Dieu,
etc.

    De Londres ce XXVIIe de septembre 1569.


Despuys les deux lettres escriptes  Voz Majestez, ayant ceulx de ce
conseil faict suroyr le partement des navyres qui s'aprestoient pour
la Rochelle et pareillement de ceulx qui s'aprestoient pour
Bourdeaulx, ilz ont envoy le premier Aldreman de ceste ville et le
lieuctenant de l'Admyral pour confrer avec moy de la seuret et
commodit qu'ilz pourront avoir, s'ilz quictent le commerce du dict
lieu de la Rochelle pour aller ailleurs; sur quoy je leur ay baill
l'extraict de ce que Voz Majestez m'en ont escript, du XVIe d'aoust et
VIe de septembre, lequel ilz ont port  iceulx seigneurs du conseil,
dont j'espre que du premier jour j'auray leur responce.


AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.

Madame, je viens tout  ceste heure de recepvoir ung pacquet de
lettres de la Royne d'Escoce, lequel je vous envoye affin que
commandiez de le distribuer comme il vous plairra; et par celle
qu'elle a adress  moy en chiffre, de laquelle je vous envoye la
coppie, vous comprendrez asss l'estat o elle est, et combien le
courroux de la Royne d'Angleterre a pass oultre contre la dicte Dame;
dont semble que ceulx cy seront pour en prandre les armes entre eulx,
si par une assemble de conseil qu'on tient demain  Windesor il n'y
est remdi.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FNLON.

Monsieur de La Mothe, je vous envoye le prsent pourteur pour vous
faire entendre que je seray transporte demain hors d'icy  Tutbery,
et bientost aprs  Nutingame, l o je seray mise entre les mains des
plus grandz ennemys que j'ay au monde; assavoir, du comte de
Huntington, viscomte de Hariford et autres de sa faction, qui sont
desj arrivez icy. Je ne trouve nulle constance en Mr. de Cherosbery 
ceste heure en mon besoing, pour toutes les belles parolles qu'il m'a
donn au pass, encor que je ne me puys nullement fyer en ses
promesses. Lesquelles choses considres, j'ay extrmement grande
craincte de ma vie, par quoy je vous prie que sitost que aurez receu
la prsente, de faire seurement tenir ce pacquet  l'vesque de Rosse
ou bien au duc de Norfolc, et de vous trouver avec eulx, et mes
aultres amys, pour rsouldre entre vous ce que trouverez plus
expdiant pour ma saulvett, et de parler vous mesmes  la Royne
d'Angleterre pour empescher, tant que sera en vous, mon
transportement, si tost qu'il vous sera possible d'avoir audience.

    De Vuingfeild ce XXe de septembre.

    Et dessus est escript:

    A MONSIEUR DE LA MOTHE.




LXIIe DPESCHE

--du IIIe jour d'octobre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan de Bouloigne._)

  motion cause  Londres par la retraite du duc de
    Norfolk.--Dtails sur l'enlvement de la prcdente dpche,
    qui a t prise de vive force des mains du courrier.--Le
    conseil d'Angleterre est en grande dlibration sur le parti
    qu'il doit prendre  l'gard du duc de Norfolk et de Marie
    Stuart.--Mise en arrt du comte d'Arundel, du comte de Pembroke
    et de lord Lumley.--Les passages d'Angleterre sont tenus
    troitement ferms.--Refus est fait  l'ambassadeur de lui
    donner des passe-ports pour ses dpches.


    AU ROY.

Sire, vous ayant faict une dpesche le XXVIIe du pass, et estant
celluy par qui je l'envoyois all devers millor Coban pour prandre son
passeport, qui le luy a faict seulement tarder une heure et demye,
aiusy que despuys il a est  trois mille de la mayson du dict lord
Coban, au passaige d'ung boys, quelques ungs, montez  l'advantaige,
ayantz les visages couvertz, mais non tant que l'ung d'eulx n'ayt est
recogneu, le sont venuz charger  coups d'espe par la teste, l'ont
port par terre, tout foll aulx piedz de leurs chevaulx, et luy ont
demand incontinent les lettres de France, puys les luy ayant ostes,
l'ont garrott et attach  ung arbre, et l'ont layss l; de quoy,
Sire, j'ay envoy faire une grand plaincte  la Royne d'Angleterre et
aulx seigneurs de son conseil et ne cesseray jamais qu'ilz ne m'en
ayent faict rayson, vous supliant trs humblement, Sire, en faire
aussi parler vifvement  l'ambassadeur d'Angleterre par dell, affin
qu'il cognoisse que vous en santez une grande offance et que vous
voulez qu'elle soit rpare. Cella est procd de ce que, se voyantz
ceulx cy pretz de venir  quelque grand trouble et altration entre
eulx pour s'en estre le duc de Norfolc party mal contant de la court;
et craignantz qu'il veuille  toute force mettre la Royne d'Escoce en
libert, et qu' cest effect il ayt de grandz intelligences en France,
ilz excutent tout plain de violences pour cuyder descouvrir ce qu'ilz
en souspeonnent, et n'est possible  ce commancement d'y remdier.
Mais affin que Vostre Majest voye de quoy ilz se sont prvaluz sur
moy par ce meschant acte, je vous envoye le duplicata de ma dicte
dpesche, laquelle je n'avois faict en chiffre parce que l'on passoit
et repassoit encores fort librement de France icy et d'icy en France,
et qu'il n'y avoit rien que je ne volusse bien leur dire s'ilz me
l'eussent demand.

Il est vray que m'estant survenu sur la closture de la dpesche une
petite lettre de la Royne d'Escoce, j'en avois miz une coppie dedans
affin que vous vissiez l'estat o se retrouvoit la dicte dame,
laquelle coppie je vous envoye de rechef et dellibre la faire veoir 
la Royne d'Angleterre pour luy en esmouvoir le cueur, si elle ne l'a
trop dur; et luy mettre devant les yeulx quel grand tort font  sa
rputation ceulx qui luy administrent de si furieulx conseilz, comme
elle les excute contre ceste pouvre princesse; et avois miz aussi
dans ma dicte dpesche des lettres qu'elle escripvoit  Vostre
Majest,  la Royne,  Monsieur et  monsieur le Duc et  messieurs
les Cardinaulx, ses oncles, et  madame de Guyse, sa grand mre, qui
n'estoient que de mercyement.

A prsent, la dicte Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil sont 
dellibrer qu'est ce qu'ilz auront  faire sur ces choses du dict duc
de Norfolc et de la Royne d'Escoce, sur lesquelles les comtes de
Arondel et de Pembrot et milor Lomeley ont est examinez comme
autheurs de la mene, et sont commandez de ne partir de leurs logis et
spars les ungs des aultres, dont ne se peult encores juger ce qui en
ruscyra; mais bientost se verra o en iront les rsolutions,
desquelles je ne fauldray vous en mander aultant qu'il en viendra  ma
cognoissance; et prieray le Crateur, etc.

    De Londres ce IIIe d'octobre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, Vostre Majest pourra comprendre, par la lettre que j'escriptz
prsentement au Roy, comme ceulx cy, sentans qu'il s'alume du trouble
en ce royaulme, courent  divers remdes pour le cuyder estaindre, et
ainsy, sans occasion, ont faict surprendre ung mien pacquet o tant
s'en fault qu'ilz puyssent trouver ce qu'ilz vont cerchant, qu'au
contraire ilz y trouveront de quoy estre convaincuz de leurs malices
et du tort qu'ilz font  leur Maistresse de les luy conseiller. Je ne
pourray vous escripre rien plus de quelques jours parce qu'ilz
tiennent les passaiges estroictement fermez, et s'excusent de ne me
vouloir bailler passeport jusques  ce qu'ilz auront veu quel chemyn
prandront leurs affaires; mais j'espre, Madame, que Vostre Majest
commandera estre faict le mesmes  leur ambassadeur comme ilz feront
icy  moy; et je prieray Dieu, aprs avoir trs humblement bays les
mains de Vostre Majest, qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce IIIe d'octobre 1569.




LXIIIe DPESCHE

--du VIIe jour d'octobre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivyer Champernon._)

  Arrestation du sieur de Sabran  son retour de France, et visite
    de ses papiers.--Notification est faite par la reine
    d'Angleterre que ses ports seront tenus ferms.--Protestation
    d'lisabeth et des seigneurs de son conseil, que l'enlvement
    de la dpche de l'ambassadeur n'a pas t fait par leur
    ordre.--Vive assurance que toute satisfaction de cette insulte
    sera donne.--Nouvelle du retour du duc de Norfolk, qui se
    dcide  revenir  Londres, malgr les instances de
    l'ambassadeur.--Il est  redouter qu'il ne soit mis  la Tour,
    aussitt qu'il se sera livr entre les mains de la
    reine.--Craintes que l'on doit concevoir pour Marie
    Stuart.--Assurance est donne par l'ambassadeur que, dans toute
    la ngociation relative au mariage du duc de Norfolk et de la
    reine d'cosse, il a agi avec la plus grande prudence.--Le
    roi et la reine-mre donnent une vive approbation  ce
    projet de mariage.--_Lettre de la reine d'cosse_ 
    l'ambassadeur.--Supplications de Marie Stuart pour que la
    France ne l'abandonne pas dans le danger de mort o elle se
    trouve.


    AU ROY.

Sire, se trouvans les choses ainsy troubles en ceste court pour le
partement du duc de Norfolc et pour avoir,  cause de luy, les comtes
d'Arondel, de Pembrot et millord Lomelley est miz en arrest en leurs
logis  Windesore, comme par mes prcdantes Vostre Majest l'aura peu
comprendre, l'on n'a pas seulement attempt de surprendre mon pacquet
pour cuyder descouvrir quelque chose de leur faict en mes lettres,
mais a l'on arrest le Sr. de Sabran en venant de France, l'ont
foill, et ont visit aulcun sien mmoire de nouvelles qu'il avoit
ramasses en chemin, sans toucher toutesfoys au pacquet de Vostre
Majest; et ont, sept jours durant, faict tenir les passaiges ferms,
et envoy un trompette le notiffier  Mr. de Gordan, et le prier de le
faire ainsy entendre au Sr. Chapin Vitel et aultres dputez de
Flandres, lesquelz ilz estimoient estre desj  Callais, affin qu'ilz
ne prinsent la peyne de passer pour estre incontinent aprs arrestez.

Mais sur la lettre que j'avois escripte  la Royne d'Angleterre pour
me plaindre amrement de la vollerye de mon pacquet, aprs m'avoir
faict respondre par milord Chambrelan qu'elle avoit tout aussitost
faict appeller ceulx de son conseil pour les purger par srement s'ilz
savoient rien de ce faict, lesquelz luy avoient toutz respondu que
non, elle me prioit de croyre que cella n'estoit aulcunement procd
d'elle, ny de son dict conseil, et qu'elle en estoit extrmement
dplaysante; dont envoyeroit ung commissaire sur le lieu pour en
enqurir, et m'en feroit avoir si bonne rparation que j'en serois
contant, me priant cependant de surceoyr pour quelques jours mes
dpesches, car ne vouloit q'homme vivant sortt de son royaulme
qu'elle n'eust pourveu  ses troubles qui se prsentoient.

Despuys, entendant la dicte Dame que le dict duc de Norfolc s'estoit
achemyn pour retourner vers elle, elle m'a envoy, le IIIe de ce
moys, le Sr. Randol, naguires revenu ambassadeur de Moscouvye, pour
me continuer la mesmes excuse de desplaysir qu'elle avoit de la
surprinse de mon dict pacquet, et qu'elle avoit envoy commission 
milord Coban pour en informer et punir rigoureusement ceulx qui s'en
trouveroient coulpables; et qu'au reste les passaiges me seroient
ouvertz quant je vouldrois envoyer quelcun en France, dont, sur
l'heure, je dpeschay ung corrier avec mon pacquet du IIIe du prsent.

=Chiffre.=--[Et j'entendz que le duc de Norfolc arrivera aujourdhuy en
ceste court, bien que j'aye faict, et faict faire par ses principaulx
parans et amys, tout ce qu'il nous a est possible pour le garder de
venir, estimant ung chacun qu'aussi tost qu'on le tiendra l'on
l'envoyera, et les aultres seigneurs qui sont en arrest, toutz
prisonniers  la Tour; mesmes l'on dict qu'on leur y a desj prpar
le logis. Je ne say si c'est pour se confyer trop de leur cause, ou
pour cuyder porter plus d'assistance, prsens que absentz, au faict de
la Royne d'Escoce, ou pour esprer trop de la faveur et de l'appuy
qu'ilz se sentent avoir en ce royaulme, que ces seigneurs se sont
ainsy facillement venuz commettre ez mains de la dicte Dame, ou bien
qu'ilz soyent subjectz  avoir la teste trenche et n'en puyssent
vitter le mal, par ce qu'ilz en sont de race; tant y a qu'on les
estime estre en grand dangier, ce que toutesfoys ne se pourroit
excuter sans esbranler grandement cest estat; au moins pourra estre
que ce divertissement pour leurs propres affaires apportera quelque
utillit aulx vostres; mais j'ay grand craincte de ceulx de la dicte
Royne d'Escoce ausquelz toutesfoys l'on n'avoit si mal regard qu'on
les eust entirement fondez sur la faveur du dict duc, car y a
aparance que bientost il sera essay de pourvoir  la libert de la
dicte Dame par aultre moyen;]--Dieu aydant, auquel je suplie, aprs
avoir trs humblement bays les mains de Vostre Majest, qu'il vous
doinct, etc.

    De Londres ce VIIe d'octobre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, par le retour du Sr. de Sabran avec la dpesche de Voz
Majestez, du XXe du pass, j'ay comprins quelle est vostre intention
sur les affaires de de, lesquelz affaires sont nantmoins en aultre
estat  ceste heure que vous ne les cuydiez, quant vous l'avez
dpesch. Je m'y conduyray sellon le temps, dressant toutjours ma
ngociation  bien exactement accomplyr ce que me commandez, ou 
faire ce qui plus tornera  vostre service, et  toutz les deux
ensemble s'il m'est possible.

=Chiffre.=--[Et pour encores, je n'avois parl de ce mariage de la Royne
d'Escoce et du duc de Norfolc ung seul mot, au nom de Voz Majestez
Trs Chrestiennes, dont deussiez craindre que je me fusse trop advanc
et que fussiez en peyne de me dsadvouher, chose que je serois trop
plus marry qui m'advnt que la propre mort; seulement j'avois trouv
moyen de me faire employer par les deux parties  requrir trs
humblement Voz Majestez de leur estre favorables; en quoy,  la
vrit, je leur avois promiz de vous randre bien disposez envers eulx,
et faire tout ce que je pourrois pour leur faire avoir vostre
approbation, ce que vous pouviez puys aprs fort aysement accorder ou
reffuzer comme il vous eust pleu, sans venir  nul dsadveu de vostre
ambassadeur, dont ce qui s'en est pass jusques icy a est sur ma
seule parolle; et meintennant que vous m'avez donn et command de
donner celle du Roy et la vostre en cella, je m'advanceray  quelque
chose davantaige et essayeray de faire plus que, pour le prsent, je
ne me veulx ny me oze promettre du peu de cueur, inconstance et
lgret de ces seigneurs,  qui j'ay affaire par de. La dicte Royne
d'Escoce a est en grand frayeur, comme pourrez voir par la coppie de
la lettre qu'elle m'a escripte, mais nous l'avons consolle et pense
estre asseur que sa personne n'aura point de mal.]--Je bayse trs
humblement les mains de Vostre Majest et prie Dieu qu'il vous doinct,
etc.

    De Londres ce VIIe d'octobre 1569.


LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FNLON.

--Escripte  Tutbery, le XXVe de septembre, en chiffre.--

=Chiffre.=--[Je croys que vous savez bien comme je suys rudement
traicte, mes serviteurs chassez et deffandu que je n'escripve, ni
reoipve lettre d'aulcune part, et que toutz mes gens soyent fouillez.
Je suys icy  Tutbery, d'o l'on me dict que milor Hontington me
recepvra en sa charge. Il prtend au droict que je prtendz, et le
pence avoir; jugez si ma vie sera seurement. Je vous prie d'adviser
avec ceulx que cognoistrez de mes amys, et parlez  la Royne
d'Angleterre que s'il advient mal de moy, estant entre mains de
personnes souspeonnez de me vouloir mal, qu'elle sera rpute du Roy,
mon beau frre, et toutz aultres princes, la cause de ma mort. Usez en
 vostre discrtion et advertissez le duc de Norfolc qu'il se garde,
car l'on le menasse de la Tour.

Communiquez avec l'vesque de Roz sur la prsente, car je ne say s'il
en sayt rien. J'ay miz au hazard quatre de mes serviteurs pour les
advertyr, mais je ne say s'ilz auront pass, car Bourtic cuyda estre
prins et fut cerch, mais il avoit cach ses lettres par le chemyn;
dont j'ay trouv moyen de les retirer. J'ay escript au Roy et  la
Royne, mre du Roy, et ay envoy le pacquet pour vous le donner ou 
Roz. Mettez leur mes excuses si je ne puys escripre, et leur mandez
que j'aye de leur faveur. Je vous prie, faictes aussi que
l'ambassadeur du Roy d'Espaigne vous accompaigne pour parler en ma
faveur; car ma vie est en dangier si je demeure entre leurs mains. Je
vous prie, encouraigez et conseillez les amys de se tenir sur leurs
gardes et de faire pour moy meintennant ou jamais. Tennez secrect
ceste lettre, que personne n'entende rien; car j'en serois plus
estroictement garde, et donnez voz lettres de faveur  ce porteur
secrectement pour le _navyre_ de milor de Cherosbery, les plus seures
et favorables que pourrez; car cella me servyra grandement  trouver
faveur vers luy; mais s'il est sceu, vous me ruynez. Il fault trouver
moyen par quelque Anglois que j'entende de voz nouvelles; on pourroit
essayer le baillif de Darby et quelques aultres; et ramentevez  Roz
le vicaire d'icy prez, car il m'en fera tenir aussi.

Je vous suplie d'avoir pity d'une pouvre prisonnire en dangier de la
vie et sans avoir offanc. Si je demeure ung temps icy, je ne perdray
seulement mon royaulme mais la vie, quant l'on ne me feroit aultre mal
que le desplaysir que j'ay d'avoir perdu toute intelligence ou espoir
de secours  mes subjectz fidelles. Si prompt remde n'y trouve, Dieu
par sa grce me doinct pacience, et quoy qui m'advienne je mourray en
sa loy et en bonne volont vers le Roy et la Royne,  qui je vous prie
faire ma dollance et  monsieur le Cardinal de Lorraine mon oncle.

    _Par postille  la lettre prcdente._

Despuys ceste lettre escripte, Hontington est revenu ayant charge de
la Royne de moy absolue. Le comte de Cherosbery,  ma requeste, a
requis que je ne luy soys oste, et me gardera jusques  la seconde
dpesche. Je vous prie ramentevoir l'injustice contre la loy du pays
que me mettre entre les mains d'ung qui prtend  la couronne comme
moy. Vous savez aussi la diffrance grande de la religion. Je vous
prie aussi escripre et favorablement pour le _navyre_ du dict comte de
Cherosbery par ce porteur et qu'il soit secret.]

    De Tutbery le XXVe de septembre.




LXIVe DPESCHE

--du VIIIe jour d'octobre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  la Court par le Sr. de La Croix._)

  Effet produit  Londres par la certitude de la nouvelle que le
    sige de Poitiers a t lev.--Les vaisseaux marchands
    reprennent le commerce de Bordeaux et de la Rochelle sans
    quipage de guerre.--Hsitation des Anglais  ouvrir des
    ngociations pour les affaires des Pays-Bas.--Craintes que leur
    inspire la mission du Sr. Ciapino Vitelli, marquis de
    Chelona.--Incertitude sur le cours que prendront les affaires
    du duc de Norfolk, des seigneurs arrts et de la reine
    d'cosse.--Conjectures de l'ambassadeur sur le sort qui leur
    est rserv.--_Mmoire secret._--Dtails confidentiels sur tout
    ce qui est relatif  l'affaire du duc de Norfolk.--Conduite
    d'lisabeth aprs que le duc se fut retir de la cour.--Motifs
    qui ont dtermin son retour.--Il est mis en
    arrestation.--Nouveaux prparatifs de guerre, qui pourraient
    tre tourns contre la France.--Arrive du vicomte de Rohan
    venant d'Allemagne.--Trait d'alliance fait par le Sr. de
    Quillegrey, au nom de la reine de Navarre, avec le comte
    Palatin, le duc Auguste de Saxe et le landgrave de
    Hesse.--Cause du retard qu'prouve l'expdition du duc
    Casimir.--Continuation des troubles en Irlande, malgr la
    soumission des deux frres du comte d'Ormont.--On attend 
    Londres les envoys du comte de Murray pour rgler les affaires
    d'cosse.--Dpart de la cour de tous les seigneurs qui
    pourraient se trouver compromis  l'occasion des prises faites
    sur les Espagnols.


    AU ROY.

Sire, jusques au retour du Sr. de Sabran il n'a est possible de
persuader  ceulx cy que le sige de Poictiers ft lev, et mesmes y a
heu plusieurs gageures qu'il estoit prins, mais  ceste heure ilz n'en
doubtent plus, de quoy la partie des catholiques se resjouyt
grandement, et va  ceste heure bien esprant de voz affaires,
nonobstant qu'on leur dye plusieurs choses d'aulcuns aultres aprestz
d'Allemaigne; et donnent grand louange  Vostre Majest de
l'entreprinse d'avoir si  propos secouru ceste place, et  Monsieur,
frre de Vostre Majest, grand honneur de l'avoir heureusement
excute, et  Mr. de Guyse et  Mr. le marquis son frre, et aultres
seigneurs et gens de valleur qui estoient dedans, une grande
rputation d'avoir si longuement et si bravement soubstenu ce furieulx
sige. Je cognoys bien que cella,  la vrit, donne desj beaulcoup
de rputation  voz affaires, et fera, possible, que ceulx, qui
concernent icy vostre service, se porteront mieulx.

Il semble que toutes ordonnances, pour les entreprinses de ceulx cy
hors du royaulme, demeurent en quelque suspens,  cause des troubles
qu'ilz ont crainct de voir advenir au dedans, et n'y a, pour encores,
sinon des navyres merchantz qui soyent prestz  sortir pour aller au
vin et au sel, tant  Bourdeaulx que  la Rochelle, qui monstrent ne
faire le voyage que de eulx mesmes pour leur traffic, sans commission
de ceste Royne ny de son conseil, bien que je m'asseure qu'ilz ne
partent sans l'avoir; et s'estime que bien peu yront  la Rochelle,
s'ilz sentent pouvoir faire librement et seurement leur emplette 
Bourdeaulx.

Ceulx qui esproient ung prochain accord ez diffrantz des Pays Bas,
estiment qu'il est beaulcoup retard par la sommation, qu'on a envoy
faire par ung trompette au gouverneur de Gravelines, d'advertir les
dputez qu'ilz ne vignent poinct; en quoy semble qu'avec le peu de
volont d'accorder, l'on ayt aussi prins quelque souspeon d'ung tel
deputt comme est le Sr. Chapin Vitel, et qu'on vouldroit bien qu'ung
aultre, qui ne ft pour comprendre tant des affaires de de comme
luy, eust la commission d'y venir[17]. L'on tenoit desj les dictz
diffrans pour toutz accordez, veu la facillit du Roy d'Espaigne, et
qu'il n'avoit empesch les nefz veniciennes de venir continuer leur
traffic comme auparavant; mais l'on juge meintennant qu'ilz prendront
quelque tret.

  [17] Ciapino Vitelli, marquis de Chelona, clbre capitaine
  italien, tait l'un des principaux chefs de l'arme espagnole
  sous les ordres du duc d'Albe. En 1564, il avait conduit les
  bandes italiennes dans l'expdition d'Afrique. Depuis, Philippe
  II l'avait envoy dans les Pays-Bas, o il exerait les
  commandements les plus importants; il fut mme dans la suite cr
  Grand-Marchal.--Tous les historiens ont pens que cette mission,
  dont il fut charg en 1569, avait pour but secret d'assurer aux
  catholiques d'Angleterre un chef expriment, aussitt qu'ils se
  seraient dtermins  prendre les armes.--Il est mort dans les
  Pays-Bas en 1576.

Je ne say que penser, pour encores, des affaires du duc de Norfolc et
de ces seigneurs qui sont en arrest en ceste court, ny pareillement de
ceulx de la Royne d'Escoce; car les ungs semblent dpendre des
aultres. Tant y a que bien tost l'on verra ce qui s'en doibt bien ou
mal esprer; et cependant Vostre Majest en entendra, s'il luy playt,
le prsent estat par le Sr. de La Croix, lequel j'envoye bien
instruict de cella et d'aultres choses d'icy; et, vous supliant trs
humblement luy donner entire foy, je n'adjouxteray  la prsente
qu'une trs dvotte prire  Dieu, etc.

    De Londres ce VIIIe d'octobre 1569.


    A LA ROYNE.

=Chiffre.=--[Madame, ce que, par mes deux prcdantes dpesches, du IIIe
et VIIe du prsent, Vostre Majest aura commanc entendre de
l'altration des affaires de de pour le partement du duc de Norfolc,
et ce que le Sr. de La Croix, prsent pourteur, vous dira o l'on en
est meintennant, vous fera bien juger qu'il y auroit asss matire
pour allumer ung grand dbat dans ce royaulme, si beaulcoup des
principaulx seigneurs d'icelluy n'estoient aprs  l'estaindre; mais
ilz y font si grand dilligence qu'aulcuns esprent, veu le retour du
dict duc, et la bont de la Royne d'Angleterre, que les choses n'en
passeront plus avant. Aultres estiment que le dict duc, et les aultres
seigneurs qui sont en arrest, se sont beaulcoup hazardez de s'estre
ainsy facilement commiz ez mains de la dicte Dame, laquelle les faict
desj examiner par commissaires qui leur sont assez suspectz. Je
cognois bien que les affaires de la Royne d'Escoce courent mesme
fortune que les leurs, qui sans ceulx l semble que fussent long temps
demeurez sans remde. Je feray tout ce qu'il me sera possible pour
procurer que, si l'on accommode ceulx des dictz seigneurs, ceulx de la
dicte Dame ne soyent dlayssez, et que ceulx de Voz Majestez Trs
Chrestiennes n'en vignent pourtant en pire estat, ainsy que, par le
dict Sr. de La Croix il vous plairra l'entendre, auquel me remettant
je prieray, pour le surplus, Nostre Seigneur, etc.]


  LE SR. DE LA CROIX DIRA A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des
    lettres.

=Chiffre.=--[Que le duc de Norfolc s'en estoit party mal contant de
ceste court et s'estoit retir en sa maison, pour luy avoir la Royne
d'Angleterre faict de grandes dmonstrations de malcontantement sur ce
qu'il aspiroit au mariage de la Royne d'Escoce, et luy avoit us de
fort rigoureuses parolles, s'il ne s'en despartoit.

Mais luy, qui estoit desj,  ce qu'on dict, pass bien avant en ce
propos par l'adviz des plus notables et principaulx du royaulme,
desquelz il a encores les seings devers luy, avec grande aprobation du
peuple, et non sans l'avoir aussi ouvertement communiqu aulx plus
inthimes et espciaulx conseillers de la Royne sa Mestresse; et qui,
pour ceste occasion, avoit toutjour pens qu'elle l'aprouvoit comme
chose convenable au bien de ses affaires et  l'advantaige de sa
couronne, a estim ne s'en pouvoir ny debvoir meintennant en faon du
monde retirer.

Mesmes luy a sembl que la dicte Dame n'avoit aucune juste occasion de
luy vouloir mal pour cella, ny de trouver mauvais le dict mariage,
ains que c'estoient ses ennemys et malveillans, qui alloient ainsy
irritant ceste princesse contre luy pour le faire ruyner et pour
ruyner les affaires de la Royne d'Escoce, et icelle dboutter de la
lgitime succession de ce royaulme aprs sa cousine, et attempter aulx
propres personnes et  la vie d'elle et de luy, dont monstroit estre
dellibr de s'y opposer et de leur rsister par toutz les moyens
qu'il en pourroit avoir;

Et nantmoins requroit l'assemble de la noblesse et des estatz
d'Angleterre, et la convocation du Parlement pour juger ceste cause,
et pour justiffier qu'elle n'avoit jamais est mise en avant par la
Royne d'Escoce ny par luy, ains qu'elle avoit est propose  toutz
deux par les plus notables du conseil et de toutz les principaulx du
royaulme, comme trs utille  leur Royne et convenable au bien de sa
couronne et de ses subjectz; et partant, qu'il estoit besoin d'obvier
par la dicte assemble au mal qui s'en pourroit ensuyvre, si leurs
ennemys s'esforoyent de l'empescher, et pourvoir par mesme moyen 
plusieurs aultres affaires qui se monstroient trs urgens en ce
royaulme, protestant qu'il avoit toutjour procd et qu'il vouloit
encores toute sa vie procder, avec deuhe rvrance et subjection
envers la Royne sa Mestresse; et que, pour chose qui dorsenavant se
peult ensuyvre en ce faict, son intention ne seroit de faire rien en
offance d'elle, ains de procurer toutjour l'honneur et grandeur de sa
couronne, et le bien et repos de ses subjectz, et s'opposer  ceulx
qui estoient cause de ceste perturbation.

Mais la dicte Dame,  qui tout cecy venoit  contrecueur, parce
qu'elle craignoit qu'on luy vollt dclairer ung successeur  sa
couronne, ce qu'elle a toutjour fort reffouy, manda ceulx de son
conseil  Vuyndesor pour dellibrer du dict affaire; et de peur que la
plus part tinsent la main  le faire ruscyr au contantement du duc,
elle vollut bien leur signiffier, avant qu'ilz commenassent d'y
procder, ce qu'elle desiroit y estre faict, mandant aulx comtes
d'Arondel, de Pembrot et milor de Lomelley, aussitost qu'ilz furent
descenduz de cheval, de ne partir de leurs logis et demeurer sparez
les ungs des aultres, jusques  ce que une responce, qu'elle attandoit
du dict duc, ft arrive, et les fit cependant examiner comme ses
complices; et dpescha sur l'heure le capitaine des pencionnaires pour
aller qurir le dict duc; et fit ressarrer les portz et passaiges de
son royaulme, redoubler les gardes de la Tour de Londres, manda au
comte de Cherosbery de redoubler celles de la Royne d'Escoce et de
transporter la dicte Dame  Tutbery, comme en lieu plus fort que l o
elle estoit; et en mesme temps, pour l'opinion qu'on eust que le Roy
et le Roy d'Espaigne fussent de ceste intelligence, l'on volla ung
mien pacquet prez de la mayson de milor Coban, et guetta l'on celluy
de l'ambassadeur d'Espaigne, lequel, entendant la perte du mien, se
garda de dpescher.

Et ayant d'abondant la dicte Dame envoy de toutes partz advertyr ses
subjectz, et mand ses plus prochains parantz, et ceulx en qui elle
avoit plus de confiance, de la venir trouver, et se trouvant
d'ailleurs le dict duc en Norfolc et Suffoc, o il est fort aym, et
o ceulx du pays luy vindrent offrir hommes et argent pour le
secourir, et que plusieurs aussi vers le Nort se monstroient bien
affectionnez envers la Royne d'Escoce, l'on estima que bientost il y
auroit gens en campaigne pour les deux partiz, sous la conduicte du
comte de Lestre d'une part, et du dict duc de l'austre, bien qu'on
publioit que le dict de Lestre et le secrtaire Cecille avoient, du
commancement, donn leur parolle et leur main au dict duc en ceste
cause; mais despuys, ayantz  genoulx cry pardon  la Royne leur
Mestresse, s'en estoient despartys, ce que aulcuns estiment qu'ilz
avoient ainsy prins le party du dict duc pour mieulx descouvrir son
faict et puys le luy traverser.

Mais le dict duc, ayant prins aultre dlibration, est revenu despuys
lundy dernier au mandement de la dicte Dame contre l'opinion de toutz
ses amys, et incontinent luy a est command l'arrest en une mayson 
trois mille de Vuyndesor, jusques  ce qu'il aura est ouy. Et dict on
qu'il a est asss adverty du courroux en quoy la dicte Dame
persveroit contre luy, mais que, se confyant en sa bonne cause, et
pour cuyder plus servyr par sa prsence que absent  celle de la Royne
d'Escoce, et  saulver la personne d'elle, laquelle il a estim estre
en quelque dangier, si l'on venoit aulx armes; et aussi, voyant que
les dicts comtes d'Arondel et de Pembrot et milord de Lomelley, qui
luy sont estroictement conjoinctz d'amyti et de parentaige, estoient
arrestez, et qu'il se sent fort apuy de la bienveuillance de la
noblesse et du peuple du pays, et mesmes de toutz les principaulx du
conseil, il s'est ainsy franchement venu reprsanter; dont, par ce
moyen, tout son affaire se dbat meintennant dans la court, non sans
beaulcoup de contention, ny sans qu'on ait opinion qu'il eust encores
mieulx faict pour luy de ne venir poinct. Tant y a qu'estantz les plus
grandz et les plus nobles du pays meslez en cecy, il ne pourra estre
qu'il n'y ayt de la besoigne taille entre eulx pour les empescher,
possible, qu'ilz n'en entrepreignent d'aultre de quelque temps.]

Et semble, si les choses passoient ung peu en avant, qu'il se
manifesteroit je ne say quoy de la division de la religion qui ne se
monstre encores, car infinys protestans sont pour le duc, mais,
d'aultant qu'on est aprs, des deux costez,  modrer cest affaire et
garder qu'on n'en vigne aulx armes, et que cependant ceulx qui
manyent l'estat pour ceste princesse sont passionnez protestans, j'ay
suspect ce qu'ilz ordonnent au faict des dictes armes et de la guerre;
mesmes que, parmy ce qu'ilz ont mand, ces jours passez, aulx
capitaines et canoniers de se tenir prestz, ilz ont aussi mand en
ceste ville d'y aprester un grand nombre de chairs, de biscuictz et de
bires, comme pour ung soubdain avitaillement; ce que n'est pour s'en
servir en une guerre dans le pays, de quoy les gouverneurs de
Normandie et Picardie sont desj advertiz, et sera bon que ceulx de
Bretaigne et de Guyenne le sachent.

Mesmes que, quant le conseiller Cavaignes est party pour la Rochelle,
milord Coban a heu commission de le mener  Gelingan veoir le bon
estat des grandz navyres de ceste Royne, comme pour luy monstrer
qu'ilz seront prestz quant il sera besoing, et a est dict parmy les
Franoys, qui sont en ceste ville, qu'ilz tiennent desj comme  eulx
les principalles ville de la Basse Normandie, rserv le chasteau de
Can; et naguyres, le jeune viscomte de Rohan est arriv
d'Allemaigne, qui monstre venir icy pour quelque pratique et mene
qu'il a en main.

L'on s'est resjoui en ceste court pour l'alliance que le Sr. de
Quillegrey a conclue de la Royne, sa Mestresse, avec le comte
Pallatin, le duc Auguste de Saxe et Lansgrave d'Essen, bien qu'il ne
l'ayt peu,  ce qu'on dict, tretter avecques l'Empereur. Il a admen
ung gentilhomme de la part du dict Lansgrave pour la venir ratiffier,
lequel a est favorablement receu de la dicte Dame, et, aprs avoir
receu prsent d'elle et du comte de Lestre, et quelques chiens de sang
pour son maistre, il a est expdi et est prest pour s'en retourner.

J'entendz que XL mil {lt} esterlin, qui se debvoient fornir en
Allemaigne pour le priz du vin et du sel de la Rochelle, ont est
payez, et le dict Quillegrey en a rapport les acquitz, mais l'on
s'esbahyt que le duc de Cazimir ne soit desj en campaigne, et estime
l'on que Mr. de Lizy le hastera; et que, si son entreprinse a est
diffre, qu'elle n'est pourtant interrompue, imputant le retardement
 son mariage et non  faulte de volont ny de moyens, dont s'espre
que la conclusion s'en fera  Heldelberc, o le duc Auguste doibt bien
tost venir avec douze centz chevaulx pour y admener sa fille, et que
le prtexte d'entrer en France sera pour demander quelque somme que le
Roy reste [devoir] au dict duc de Cazimir.

=Chiffre.=--[Du cost d'Irlande, l'on ne se peult tant asseurer des deux
frres du comte d'Ormont, et de la troupe o ilz estoient, qu'on
tigne l'eslvation du tout apayse de leur cost, et les aultres
tiennent encores les armes, et continuent  les excuter tout
ouvertement; dont milord Sydeney a men l'arme contre eulx, et parce
qu'on doubte asss de l'vnement, l'on luy a freschement envoy
quatre centz homes d'icy.

Le depput d'Escoce doibt bien tost arriver en ceste court,  qui a
est desj envoy son passeport pour douze chevaulx, et parce qu'il
est envoy de la part du comte de Mora, et qu'il arrive sur le
courroux et malcontantement de la Royne d'Angleterre, je crains fort
qu'il obtigne plus qu'il ne vouldra requrir contre la Royne
d'Escoce; tant y a qu'on dict que les affaires ne vont au dict pays
d'Escoce, comme le dict comte de Mora desireroit.

L'on se prpare bien fort de respondre aulx propositions, que feront
ceulx qui viendront de la part du Roy d'Espaigne; et j'entendz qu'on a
adverty ceulx, qui peuvent estre le plus chargez du faict de ces
prinses, de s'absenter, dont le visadmyral Chambrenant et Haquens, et
aulcuns aultres des principaulx qui y ont miz la main, ont desj faict
voille  la Rochelle et en Irlande, et dict on que le dict Haquens se
rsoult de tenir encores ceste anne la mer contre les Espaignolz.

Je ne say si ce qui aparoit de trouble en ce royaulme retardera la
venue des dictz dputez de Flandres, attandu mesmement qu'on a envoy
ung trompette  Gravelines advertir qu'ilz ne se hastent de passer, et
cependant semble que ceulx cy veulent passer oultre  faire vandre les
merchandises des Espaignolz.]

Je desire que sellon l'estat de toutz ces affaires et d'aultres qui,
possible, paroistront encores plus grandz, il playse  Leurs Majestez
me commander toutjour comment j'auray  m'y conduyre, affin de suyvre
droictement leur intention et faire, jour par jour, ce qu'ilz
estimeront convenir plus  leur service.




LXVe DPESCHE

--du XIIIe jour d'octobre 1569.--

(_Envoye exprs par Jehan Valet jusques  Calais._)

  Vives plaintes de l'ambassadeur au sujet du paquet de dpches
    qui lui a t enlev.--Commission dlivre par lisabeth pour
    faire punir les coupables.--Semblable saisie est faite par
    violence d'un paquet de dpches envoy  l'ambassadeur
    d'Espagne.--Les affaires du duc de Norfolk servent de prtexte
     la reine pour refuser audience  l'ambassadeur.--Le duc est
    mis  la Tour.--Arrestation d'un grand nombre
    d'trangers.--Rigueurs exerces contre les vques
    catholiques.--Renforts de troupes envoys en Irlande.--Effet
    produit en cosse par la nouvelle du projet de mariage entre le
    duc de Norfolk et Marie Stuart, et des vnements qui ont
    suivi.--Divisions dans le parti du comte de
    Murray.--Impossibilit pour l'ambassadeur, de faire des
    dmarches auprs d'lisabeth en faveur de la reine
    d'cosse.--Dpart d'un grand nombre de navires marchands pour
    faire le commerce de la Rochelle et de Bordeaux.--Instances de
    l'ambassadeur pour que le roi et la reine-mre se plaignent
    vivement  l'ambassadeur d'Angleterre  raison du paquet de
    dpches qui a t vol, et de l'indigne traitement qui est
    fait  la reine d'cosse.--Arrive de la comtesse de
    Montgommery  l'le de Jersey.--Dpart du vicomte de Rohan et
    d'autres Franais sur les navires qui se rendent  la
    Rochelle.--_Lettre de recommandation_ de l'ambassadeur en
    faveur du capitaine Muer, cossais.--_Lettre de crance_ pour
    le sieur Thomas Flemy, envoy par la reine d'cosse.--Nouvelles
    instances pour que le chteau de Dumbarton soit secouru.


    AU ROY.

Sire, pour cuyder la Royne d'Angleterre aulcunement me contanter sur
la perte de mon pacquet, elle a envoy commission aulx officiers de
Rochestre d'enqurir dilligemment du faict, et punir ceulx qui en
seroient coulpables, et Mr. le comte de Lestre m'a mand qu'elle s'en
estoit asprement prinse au secrtaire Cecille, et  d'aultres de son
conseil, qu'elle souspeonnoit y avoir tenu la main. Nantmoins je
n'ay poinct recoupvert mon pacquet, et est advenu despuys, que
retournant le mestre d'hostel de monsieur l'ambassadeur d'Espaigne de
Flandres avec ung pacquet du duc d'Alve, il luy a est pareillement
prins en chemyn, et ne faict on semblant de le vouloir randre non plus
que le mien.

J'avoys, jeudy de la sepmaine passe, envoy demander audience pour me
plaindre de ce tort  la dicte Dame et pour tretter avec elle des
affaires de la Royne d'Escoce et d'aulcunes particularitez de voz
dernires dpesches; mais elle me fit prier, par le Sr. comte de
Lestre et par milor Chamberlan, que je volusse avoir pacience pour
cinq ou six jours,  cause qu'elle se trouvoit ung peu mal, et qu'elle
estoit si empesche ez affaires de ces seigneurs, qui estoient en
arrest, qu'elle ne pourroit bonnement entendre en aulcuns aultres
jusques  ce qu'elle eust pourveu  ceulx l. En quoy a est desj
tant procd que, de ce que le duc de Norfolc estoit arrest, il 
est  bon escient faict prisonnier et men par eau, sur la barque de
la dicte Dame, despuys Vuyndesor jusques dans la Tour de Londres, le
XIe de ce moys,  deux heures aprs midy, o il y a heu ung grand
concours de peuple pour le veoir, qui ont toutz faict dmonstration
d'en estre trs desplaysantz. Les aultres seigneurs sont encores
arrestez  Vuyndezor, et plusieurs aultres particuliers, tant du pays
que Italliens, et quelques Espaignolz faictz prisonniers; et dict on
qu'on a mand de toutes partz resserrer les vesques catholiques, qui
avoient quelque libert de se promener ou de parler avec leurs amys
et parans, se doubtans d'une sublvation dans le pays; et l'on a, ces
jours passez, envoy renfort d'argent et d'hommes en Irlande, o
semble que les affaires se monstrent encores asss doubteux; et sont
venues nouvelles complainctes  ceste Royne et aulx seigneurs de son
conseil du comte d'Ormont, qui a envoy son mestre d'hostel pour s'en
purger.

Sur le commancement de ce moys, est arriv ung corrier d'Escoce qui
raporte que ces affaires de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc
sont desj cogneuz par tout le pays, et que, d'aultant qu'aulcuns des
grandz en sont marrys, le peuple en est bien fort joyeulx, souhaytant
plus que jamais d'avoir leur Royne, ce qui accroyt le dbat parmy
eulx; et que mesmes aulcuns du party du comte de Mora s'estoient
despartys de luy, et que deux de ses principaulx adhrans, le comte de
Morthon et le Sr. de Humes, estoient en grand diffrant l'ung contre
l'aultre, et que le secrtaire Ledinthon avoit est en grand dangier
de sa vie par l'ordonnance des estatz du pays, comme coulpable du
murtre du feu Roy, n'eust est que milord Granges, capitaine du
chateau de l'Islebourg, qui l'avoit prins en garde quant il fut
constitu prisonnier  Esterlin, ne l'a vollu randre.

Les frontires d'entre l'Angleterre et l'Escoce sont si estroictement
gardes, qu'il n'y passe homme qui ne soit prins, ou par ceulx de
Baruich, ou par ceulx du party de la Royne d'Escoce, ou par ceulx du
coust du comte de Mora; et y a desj comme une guerre commance en
icelluy endroict. Je ne say si ceste Royne a heu quelque souspeon de
milor Housdon, gouverneur de Baruich, tant y a qu'elle l'a faict venir
icy, et a envoy le marchal Drury pour commander dans la place. Nous
attandons toutjour quelque bonne pourvoyance sur les affaires de la
Royne d'Escoce, mais parce qu'ilz sont enveloupez avec ceulx de ces
principaulx seigneurs arrestez, il y fault ung peu de pacience; et je
ne laysseray pourtant de les solliciter avec toute l'instance et
dilligence qu'il me sera possible.

Il est desj party envyron quarante cinq vaysseaulx des portz de de
pour aller au vin, dont une partie tirera  la Rochelle et le reste
passera oultre  Bourdeaulx, o, si l'on y est bien receu, ilz seront,
se disent ilz, convys d'y continuer puys aprs leur traffic et
employte, comme ilz le souloient faire auparavant. Et sur ce, etc.

    De Londres ce XIIIe d'octobre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, encor que la Royne d'Angleterre ayt vollu faire quelque
dmonstration de me contanter sur l'oltrage qui m'a est faict de la
vollerie de mon paquet, je vous suplie nantmoins en parler si
expressment  son ambassadeur qu'il ayt occasion d'escripre  sa
Mestresse que Voz Majestez en sentent une grande offance, et qu'elles
veulent qu'elle soit rpare; vous supliant aussi luy remonstrer bien
vifvement comme Voz Majestez prenez fort  cueur le mauvais
trettement, les violances et indignitez dont avez entendu qu'elle
souffre estre uz contre la personne et contre la libert de la Royne
d'Escoce, estant entre ses mains; et de ce qu'elle va, de jour en
jour, dillayant de pourvoir  ses affaires, pendant que ses mauvais
subjectz vont establissant les leurs contre elle dans son propre
pays, et vont ruynant les bons subjectz qui soubstiennent son party,
et qu'ilz sont aprs  luy surprendre son chasteau de Dombertran pour
achever de la dshriter du tout; chose qui,  mon adviz servira de
beaulcoup, si faictes bien cognoistre au dict ambassadeur, qu'en
offenant ainsy la dicte Royne d'Escoce, il ne peult estre que Voz
Majestez ne s'en sentent oltrages et offances; et je ne deffauldray
de mon office accoustum en cest endroict, ainsy que Mr. l'vesque de
Roz cognoistra qu'en temps et lieu je le debvray employer.

La comtesse de Montgommery est despuys quelques jours passe en l'isle
de Gerz, o il a est mand de la recepvoir, et luy permettre de
passer du tout en Angleterre quant elle vouldra. Le jeune viscomte de
Rohan, et aulcuns aultres Franoys, jusques  vingt ou trente, se sont
embarquez en ceste flotte des vins pour passer  la Rochelle.

Il est venu une trs bonne nouvelle d'ung grand exploict de
monseigneur vostre filz qui ne se publie encore guyres icy, tant y a
qu'on commance d'en faire gageures  la bource. Dieu luy veuille bien
assister, auquel je suplie, etc.

    De Londres ce XIIIe d'octobre 1569.


    _Du dict jour._

    AU ROY.

Sire, dellibrant le capitaine Muer, gentilhomme escossoys qui est de
voz gardes, aller servyr son quartier, et estant pass devers la Royne
d'Escoce, sa Mestresse, pour prandre ses lettres de recommandation 
Vostre Majest, il l'a trouve si resserre qu'il n'a peu avoir d'elle
ung seul mot d'escript; dont Mr. l'vesque de Roz m'a pri que je luy
en vollusse bailler ung de ma part pour vous tesmoigner, Sire, qu'il
s'est toutjour port en homme de bien au service de la Royne, sa
Mestresse, et s'est monstr son bon et fidelle subject, soubstennant
constantment son party en tout ce qu'il luy a est possible. A cause
de quoy le dict sieur vesque, qui cognoist les vrays serviteurs de sa
Mestresse, m'a pri de bien fort singullirement le vous recommander.
Et m'asseurant, que, en considration de ce, Vostre Majest le
recepvra trs volontiers et avecques faveur, et que la prsente n'est
pour aultre chose, je n'adjouxteray rien plus icy qu'une trs dvotte
prire  Dieu, etc.

    De Londres ce XIIIe d'octobre 1569.


    _Du mesmes jour._

    A LA ROYNE.

=Chiffre.=--[Madame, estant,  ceste heure, la Royne d'Escoce tenue bien
estroictement et fort resserre au chasteau de Tutbery, soubz la garde
des comtes de Cherosbery et de Huntincton, elle n'a heu la commodit
de vous escripre par le Sr. Thomas Flemy, prsent pourteur; dont Mr.
l'vesque de Roz m'a pri d'y supler pour elle par ce peu de motz,
affin de requrir trs humblement Voz Majestez Trs Chrestiennes, au
nom de la dicte Dame, qu'il vous playse pourvoir  l'avitaillement de
son chasteau de Dombertran, lequel va estre perdu par faulte de
secours et de vivres, et avec luy se pert bonne partye de la meilleure
esprance que ceste pouvre princesse aye  son restablissement  sa
couronne;  tout le moins, ses affaires en vont estre d'aultant plus
difficiles et retardez, et ceulx de ses adversayres davantaige
establys et advancez. Et parce que Voz Majestez entendront plus en
particullier ce grand besoing par le rcit que le Sr. de Flemy leur en
fera, et que je m'asseure qu'il trouvera le Roy et Vous, Madame, trez
disposez de faire tout le secours que vous pourrez en cest endroict 
la Royne sa Mestresse, et que la prsente n'est que pour trs
humblement vous en suplier, je n'adjouxteray ici pour le surplus
qu'une dvotte prire  Dieu, etc.

    De Londres ce XIIIe d'octobre 1569.


Ceste lettre estoit cloze et desj dlivre au dict Sr. de Flemy,
quant celles de Voz Majestez, du dernier du pass, sont arrives, par
lesquelles je luy ay faict veoir comme il a est desj pourveu  ce
dessus. Neantmoins Mr. de Roz a desir qu'il accomplt son voyage,
tant pour haster la dicte pourvoyance, si d'avanture elle estoit
retarde, que pour aultres occasions, lesquelles luy mesmes vous fera
entendre; et par ainsy, je luy ay randu ceste dicte lettre pour la
prsenter  Vostre Majest.]




LXVIe DPESCHE

--du XVIIIe jour d'octobre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan de Bouloigne._)

  Procdure criminelle contre le duc de Norfolk, les comtes
    d'Arundel et de Pembroke, et lord Lumley.--Arrestation de sir
    Trokmorton et du sieur Ridolfy.--Commissaires tablis pour
    conduire le procs.--Le comte de Leicester refuse de prendre
    part  la procdure.--Constance que montre Marie Stuart dans
    son malheur.--Premire nouvelle encore incertaine de la
    victoire de Moncontour.--Arrive des commissaires espagnols 
    Calais.--Bruit d'une entreprise projete sur le Croisic en
    Bretagne.--La peste, qui est  Londres, sert de nouveau
    prtexte  la reine pour diffrer l'audience 
    l'ambassadeur.--Espoir que la victoire annonce, si elle se
    confirme, sera d'un grand secours pour rtablir les affaires de
    la reine d'cosse et assurer le succs de toutes les
    ngociations commences.


    AU ROY.

Sire, ayant, le XIIIe du prsent, receu les lettres de Voz Majestez du
dernier du pass, j'ay estim vous en debvoir donner adviz, et vous
dire par mesme moyen, Sire, qu'encor que ceulx cy ayent, du
commancement, quant ilz sont tumbez en ceste grande souspeon et
deffiance du duc de Norfolc, excut plusieurs choses asss
violentement, ilz se sont nantmoins despuys ung peu modrez, de sorte
que les pacquetz se conduysent asss seurement. Et ceulx de ce conseil
monstrent,  ceste heure que le dict duc est dans la Tour, procder
par quelque ordre et forme de justice  luy faire son procs, et
semble qu'on n'a encores trouv sur les comtes d'Arondel, de Pembrot,
ny sur millord de Lomelley, de quoy les envoyer  la dicte Tour; tant
y a qu'on les tient soubz estroicte garde, et a l'on envoy le dict
[millord] de Lomelley en une mayson forte prez de Vuyndesor, et miz le
dict comte d'Arondel dans le collige du dict Vuyndesor, et icelluy
[comte] de Pembrot, pour estre vieulx et impotant, demeure resserr en
son logis; et d'abondant l'on a arrest prisonniers le Sr. de
Trokmarthon et le Sr. Roberto Ridolfy; et se dict qu'on a mand le
comte de Sussex comme souspeonn de ces affaires et pareillement le
millord Scrup, beau frre et inthime amy du dict duc, et plusieurs
aultres seigneurs du quartier du Nort; mais l'on ne sait encores
s'ilz viendront.

Les commissaires  faire ce procs sont:--le millord Quiper, garde des
sceaux, le marquis de Norampton, le comte de Betfort, mestre
Quenolles, ser Raf Sadeler, ser Vuater Mildmey et le secrtaire
Cecille,--lesquelz, parce qu'ilz sont toutz personnaiges triez et
choysiz protestans, et fort affectionnez  ceulx de la Rochelle, je
crains leur prsente authorit, mesmement que ceulx l ny sont plus,
qui sembloient tenir la main  l'entretennement de la paix entre ces
deux royaulmes.--Le comte de Lestre n'assiste plus  leur procdure,
ains sort du conseil aussi tost qu'on vient  toucher le faict de ces
seigneurs.

Il y a quelque aparance que la Royne d'Escoce sera encores remue en
ung aultre lieu, et pense l'on que ce sera  Quilingourt, qui est ung
chasteau du comte de Lestre. Elle se monstre magnanime et d'ung cueur
grand et vertueulx en ceste sienne tant malle et adversaire fortune;
en quoy nous luy assistons d'icy  luy donner toute la consolation par
lettres que nous pouvons, et  procurer l'expdition de ses affaires
comme il vous a pleu me le commander.

Ceste nouvelle, qui a desj couru jusques par de, d'une grand
victoire[18] que Monsieur, frre de Vostre Majest, vous a aquise
contre ceulx de la Rochelle la resjouyra grandement, ainsy que
plusieurs icy trs affectionnez  Vostre Majest s'en rejouyssent
oultre mesure, et attandent en grand dvotion que j'en aye la
confirmation par voz lettres, avec les particullaritez de ce qui y
aura succd. Dieu veuille que le tout soit sellon le bien et honneur
de vostre coronne, et au proffict et repos de voz bons subjectz.

  [18] Bataille de Moncontour, livre le 3 octobre 1569.

J'ay envoy aussi resjouyr la dicte Royne d'Escoce du contenu au
postille de voz dictes dernires, parce que la dicte Dame en estoit en
grand soucy et le besoing s'en monstroit si press qu'il ne s'y
pouvoit plus souffrir aulcun temporisement.

Le Sr. Chapin Vitel et aultres commissaires de Flandres sont desj
arrivez  Callais, et monsieur l'ambassadeur d'Espaigne est aprs pour
avoir une nouvelle et plus ample permission pour leur passaige de
de. Sur ce, etc.

    De Londres ce XVIIIe d'octobre 1569.


L'on me vient d'advertyr que ceulx de la nouvelle religion, qui sont
icy, parlent d'une entreprinse sur le Croysic en Bretaigne. Il sera
bon, Sire, qu'en faciez donner adviz  Mr. de Martigues ou  Mr. de
Bouill affin d'y prendre garde.


    A LA ROYNE.

Madame, ce peu que j'escriptz prsentement en la lettre du Roy des
choses de de, aprs la dpesche que naguyres j'ay envoy par le Sr.
de La Croix, fera asss veoir  Vostre Majest quel progrez elles
continuent de prendre; dont bientost je vous en pourray faire savoir
davantaige, mais [il faut] que j'aye parl  la Royne d'Angleterre
laquelle, pour l'aparance de peste, qu'il y a encores en ceste ville,
d'o je n'ay boug, elle m'a mand que j'aille estre quelque peu de
jours  Coulbronc, qui est ung lieu prez de Vuyndesor, pour prandre
l'air, et que, puys aprs, je la pourray aller trouver.

Je suys trs ayse qu'ayez parl  Mr. Norrys, son ambassadeur, et,
bien que ce ayt est ainsy rservement, comme avez estim convenir 
voz prsentz affaires, j'espre que cella encores servira beaulcoup 
ceulx de la Royne d'Escoce, ausquelz j'adjouxteray l'instante
sollicitation que m'avez command envers ceste Royne, sa cousine, et
verray si, par quelque rayson et pacience, je pourray tirer d'elle
aulcune bonne provision pour iceulx; bien que, si une bonne
confirmation me vient par voz lettres que Monseigneur vostre filz ayt
gaign la victoire contre ceulx de la Rochelle, comme on le publie par
de, je ne fais doubte qu'on ne procde icy plus gracieusement et en
meilleur faon au faict de la dicte Royne d'Escoce, et aultres
affaires qui concernent vostre service, qu'on n'a faict jusques 
prsent; dont je suplie Nostre Seigneur assister toutjour voz justes
et vertueuses entreprinses, et qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce XVIIIe d'octobre 1569.




LXVIIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour d'octobre 1569.--

(_Envoye exprs par Pierre Bordillon jusques  Calais._)

  Premire entrevue de l'ambassadeur et de la reine aprs
    l'arrestation du duc de Norfolk.--Bonne rception qui est faite
     l'ambassadeur.--Il proteste qu'il ignorait les projets du duc
    de Norfolk, dont il n'a t averti, pour la premire fois, que
    par la reine elle-mme.--Il rclame avec nergie contre la
    surveillance  laquelle il a t soumis et contre le vol qui a
    t fait de l'une de ses dpches.--lisabeth promet rparation
    au sujet de cet enlvement.--Elle s'empresse de reconnatre que
    l'ambassadeur ainsi que le roi n'ont pas prt les mains aux
    projets du duc de Norfolk.--Elle se plaint vivement de
    l'ambassadeur d'Espagne, qui aurait tremp dans le
    complot.--Instances de l'ambassadeur auprs d'lisabeth, pour
    qu'elle rtablisse Marie Stuart sur son trne, et empche que
    Dumbarton ne tombe au pouvoir du comte de Murray.--lisabeth
    s'excuse de ne pouvoir faire pour la reine d'cosse ce qui lui
    est demand.--Elle offre de faire connatre au roi combien sont
    graves les torts que Marie Stuart a envers elle, et propose de
    le prendre lui-mme pour juge de sa conduite.--Pleine
    confirmation de la victoire de Moncontour.--Satisfaction que
    manifeste lisabeth de ce nouveau succs.--Elle charge
    expressment l'ambassadeur d'offrir sa mdiation au
    roi.--Arrive du sieur Ciapino Vitelli en Angleterre.--Refus
    qui a t fait de recevoir sa nombreuse suite.--Il ne lui a pas
    t permis  lui-mme d'entrer dans Londres.--Effet produit en
    Angleterre par la victoire de Moncontour.


    AU ROY.

Sire, aprs avoir est deux jours seulement en ung villaige, hors
d'icy, pour y prendre ung meilleur air que celluy de la ville, qui est
suspect de peste, je suys all, le XXIe de ce moys, trouver la Royne
d'Angleterre  Vuyndesor, laquelle m'a plus favorablement receu que
ceulx, qui me cuydoient fort mesl ez affaires du duc de Norfolc, ne
l'estimoient, et m'a bien monstr la dicte Dame qu' la vrit elle
estoit grandement courrouce contre le dict duc, et infinyement contre
la Royne d'Escoce, mais bien fort dlivre de toute souspeon de Voz
Majestez.

Nantmoins pour m'essayer, en me faisant son excuse de ce que, ayant
desir la veoir plustost, elle ne me l'avoit peu ottroyer  cause des
affaires qui luy estoient survenuz, elle me dict, en ryant, qu'elle
croyoit que l'ambassadeur d'Espaigne et moy savions, de long temps,
quelz affaires c'estoient.

A quoy je luy respondiz que au contraire je craignois estre en grande
faulte de les avoir sceu trop tard, et de n'en avoir donn asss
d'heure l'adviz que je debvois  Voz Majestez pour l'intrest que vous
y aviez,  cause de la Royne d'Escoce; que [je] savois au reste
combien curieusement l'on avoit cerch de vriffier que je fusse de la
partie, sans regarder si en cella l'on offenoit la grandeur de Vostre
Majest, ny si l'on violloit la seurt de vostre ambassadeur, ny si
l'on enfraignoit la protection, en laquelle elle m'avoit receu de
vostre part avec ma lgation; que, entre les aultres recerches, avoit
est trouv bon de me faire voller mon pacquet, ce que sachant combien
Vostre Majest l'auroit  cueur, et m'en sentant infinyement oltrag,
je ne cesserois de luy en demander rparation et justice jusques  ce
qu'elle me l'auroit faicte; et que, pour tout cella, l'on n'avoit
trouv que j'eusse rien entreprins ny pratiqu en son royaulme, qui ne
ft digne d'ung ambassadeur d'ung trs vertueulx et magnanime prince
son alli et confdr, luy pouvant jurer, avecques vrit, que
c'estoit elle mesmes qui, premire, m'avoit faict prendre garde de
cest affaire; dont luy remiz en mmoire aulcuns poinctz qu'elle m'en
avoit touchez en mes prcdantes audiences. De quoy elle se souvint
incontinent, et comme personne trs affectionne  la matire, aprs
aulcunes grandes excuses de mon pacquet, avec promesse de m'en faire
justice contre quiconques s'en trouveroit coulpable, elle tourna  me
discourir les mesmes propos qu'elle m'avoit auparavant tenuz du
susdict affaire, et que ce que je n'en avois peu comprendre, lorsque
par parolles couvertes elle m'en avoit parl, c'estoit ce que j'en
voyois meintennant; et qu'il estoit sans doubte qu'on avoit essay de
soubslever tout son estat contre elle, dont estoit bien ayse que je ne
m'en fusse ainsy entremiz, comme avoit faict l'ambassadeur
d'Espaigne,--duquel, dict elle, j'ay sceu le mesmes propos qu'il en a
tenu  l'vesque de Roz, bien qu'ilz ne fussent que eulx deux seulz,
quant ilz en discoururent ensemble.

Je ne laissay pour tout cella, Sire, de faire une trs grande et vifve
instance  la dicte Dame, pour la libert et bon trettement de la
personne de la Royne d'Escoce,  ce qu'elle ne la vollt commettre ez
mains de ceulx que la dicte Dame estime estre ses ennemys, ny souffrir
qu'il luy ft dict, faict, ny us chose qui ne convnt  la dignit de
ce que Dieu l'a faicte estre princesse Souveraine en la chrestient,
parante et allie des plus grandz princes chrestiens, expciallement
de Vostre Majest et d'elle mesmes; et qu'au reste, elle vous vollt
rsouldre du secours et assistance qu'elle entendoit luy bailler pour
la remettre en son estat, sans laysser passer plus avant ses mauvais
subjectz  establyr leurs affaires comme ilz faisoient contre elle
dans son propre pays; lesquelz je savois qu'ilz s'aprestoient de
nouveau pour aller achever de ruyner et tiranniser les bons subjectz
et serviteurs de la dicte Dame, et d'essayer de luy prandre par force
le chasteau de Dombertran;  quoy je la prioys pourvoir d'ung si bon
expdiant et prompt remde, que cella peust estre empesch.

Desquelz propos se trouvant la dicte Dame en quelque perplexit, me
respondit diversement, tantost en une sorte, et puys en une aultre, et
allgua plusieurs excuses, lesquelles, parce que je ne les luy voulois
admettre, nous fusmes en asss longue contention; et enfin me pria
estre contant d'emporter d'elle, pour ceste foys, qu'elle vous donroit
compte, du premier jour, de toutes les choses qui avoient pass entre
la Royne d'Escoce et elle, et ne reffuzeroit que Voz Majestez en
fussiez les juges, esprant que vous luy garderiez une oreille pure
pour en entendre la vrit, laquelle, possible, vous trouveriez estre
bien fort aultre qu'on ne le vous avoit raport, et qu'elle
procderoit, au reste, comme elle avoit toutjour faict, bien
droictement, ez affaires de la Royne d'Escoce, mais non avec la mesme
affection qu'auparavant, jusques  ce qu'elle eust mieulx esclarcy si
ce qu'on luy avoit raport d'elle estoit vray ou faulx.

Or est il intervenu, Sire, et interviennent en cecy plusieurs faictz,
lesquelz je feray par ung des miens tout exprs entendre bientost 
Vostre Majest, et cependant j'estime, qu'en ce qui concerne la
personne de la Royne d'Escoce, il est pourveu qu'elle n'ayt que tout
bon trettement mais ung peu moins de libert qu'elle ne souloit.

Le mesme jour de ceste audience, la Royne d'Angleterre avoit heu de
son ambassadeur, Mr. Norrys, nouvelles certaines de la grande et
notable victoire, qu'il a pleu  Dieu vous faire avoir sur voz
ennemys par la vaillance et conduicte de Monseigneur vostre frre,
soubz le bon heur de Vostre Majest, de laquelle la dicte Dame me
demanda les particullaritez, sachant que son mesmes courrier m'avoit
apport ung vostre pacquet; mais de tant que Mr. Brulart ne m'en avoit
touch qu'ung mot en gnral, en une sienne lettre  part, je luy
dictz que Vostre Majest me commandoit seulement de luy annoncer la
certitude et grandeur de la victoire, de laquelle vous luy aviez vollu
faire la premire part, mais que vous attandiez de vous en conjouyr
plus amplement avec elle, quant Monseigneur vostre frre vous en
auroit envoy le vray rcit de sa main.

Sur quoy elle me pria fort affectueusement vous escripre qu'elle se
resjouyssoit de vostre prosprit et de voz victoires aultant et,
possible, plus que nul de voz aultres alliez et confdrez, et ne
regrectoit sinon qu'estant le gain de la bataille vostre, la perte
n'en ft sur quelque aultre, car certainement elle estoit toute sur
vous; dont s'estimeroit bien heureuse, au cas que volussiez prandre
quelque bon expdiant avec voz subjectz, qu'elle vous en peust
moyenner ung, qui vous ft aultant agrable comme elle le vous
desireroit utille et honnorable, et trs advantaigeux pour vostre
grandeur, me conjurant bien fort ne faillyr de le vous faire ainsy
entendre, ce que je luy promiz de faire, luy remonstrant qu'il n'avoit
jamais tenu  Vostre Majest que voz subjectz n'eussent jouy d'ung
bien asseur repos, soubz vostre obyssance; ne voulant obmettre,
Sire, de vous dire que ceste nouvelle a tant resjouy et relev le
cueur des catholiques en ce royaulme, qu'ilz n'en font moins de
solemnit que si elle estoit proprement pour eulx, bien que ceulx de
l'aultre party vont rabattant la grandeur de la victoire tant qu'ilz
peuvent.

Le Sr. Chapin Vitel est arriv par de, auquel on a arrest  Douvres
toutz ceulx de sa compaignye, qui estoient cinquante ou soixante, et
luy a l'on seulement permiz d'en mener cinq; qui, encores, pour le
prtexte de la peste, l'on ne l'a layss entrer en Londres, ains luy
et Mr. l'ambassadeur d'Espaigne ont est conduictz  Quinston et de l
 Coulbronc, prez de Vuyndesor, par ung gentilhomme Angloys, qui ne
les habandonne guyres, et sont attendans leur audience, laquelle je
croy qu'ilz auront demain. Sur ce, etc.

    De Londres ce XXIVe d'octobre 1569.


Ainsy que je fermoys la prsente, le Sr. d'Amour est arriv avec
vostre dpesche du VIIe du prsent, lequel a est contrainct
d'attandre quelques jours le passaige  Dipe.


    A LA ROYNE.

Madame, avec les propos dont je fays mencion en la lettre du Roy, qui
ont ceste foys est tenuz entre la Royne d'Angleterre et moy, nous en
avons heu quelques aultres qui concernoient le service de Voz Majestez
Trs Chrestiennes, et encores d'aultres qui regardoient les prsens
affaires de la dicte Dame, lesquelz seroient longs  mettre icy; mais
par ung des miens j'en feray, du premier jour, entendre  Vostre
Majest aultant que j'estimeray qu'il vous pourra revenir  proffict
ou  playsir de les savoir; et, pour le prsent, je diray seulement 
Vostre Majest que ceste grande nouvelle de la victoire, que
Monseigneur vostre filz a heureusement gaigne en Guyenne, relve si
grandement la rputation de voz affaires, que, de tant qu'on cuydoit
naguyres la couronne de France estre bien au bas et en ung trs
doubteux et dangereux estat, de tant estime ung chacun que vous l'avez
meintennant establye et confirme plus que nulle aultre de toute la
chrestient, dont je prie Dieu, qu'aprs ce tant digne exploict de
force, il vous doinct  si bien employer la prudence sur
l'establissement d'ung repos en vostre royaulme, que voz bonz subjectz
y puyssent dorsenavant vivre en bonne seurt, sans tre ainsy
espouvantez, comme ilz l'ont continuellement est despuys dix ans.

J'escriptz ung mot  Mon dict Seigneur votre filz, que je vous suplie
trs humblement commander luy estre envoy, car ceste Royne s'attand
qu'il luy escripve meintennant, comme il fit aprs l'aultre victoire
du moys de mars; et baysant en cest endroict trs humblement les mains
de de Vostre Majest, je suplieray le Crateur qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce XXIVe d'octobre 1569.




LXVIIIe DPESCHE

--du XXVIIIe jour d'octobre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  la Court par le Sr. de Vassal._)

  Joie manifeste par les catholiques d'Angleterre  la nouvelle de
    la victoire remporte en France sur les protestants.--Bon
    accueil fait par lisabeth au sieur Ciapino Vitelli.--Assemble
    des consistoires protestants  l'effet de pourvoir aux mesures
    qu'il est ncessaire de prendre pour relever leur parti en
    France.--Ngociations de l'ambassadeur, relatives  la demande
    qui a t faite pour le commerce des Pays-Bas.--_Mmoire
    gnral_ sur les affaires d'Angleterre.--Mesures rigoureuses
    prises contre les catholiques, surtout vers le nord, o se
    montre une grande agitation.--Les projets d'expdition contre
    la France paraissent suspendus depuis que des craintes
    srieuses se manifestent pour la tranquillit du
    royaume.--Vives sollicitations des protestants d'Angleterre
    pour que de prompts secours soient envoys  la Rochelle.--Le
    conseil demande  Marie Stuart la remise de la lettre qui lui a
    t crite par les seigneurs d'Angleterre pour l'engager 
    pouser le duc de Norfolk.--Dclaration lui est faite qu'il
    sera sursis  la dcision qu'elle sollicite sur ses demandes,
    jusqu' ce qu'elle ait livr cette pice, qu'elle annonce avoir
    envoye en cosse.--Moyens qui ont t employs pour obtenir le
    retour du duc de Norfolk.--Dtails confidentiels.--Effet
    produit sur les rsolutions du duc par la certitude que le roi
    et la reine-mre donnent une entire approbation  son
    mariage.--La dclaration des commissaires lui est
    favorable.--Emportement d'lisabeth contre les commissaires et
    contre le duc, pouss  une telle violence qu'elle tombe sans
    connaissance.--Chefs divers de l'accusation porte contre le
    duc de Norfolk.--Reproches qui sont faits aux comtes d'Arundel
    et de Pembroke, et  lord Lumley.--Sir William Ccil veut faire
    pouser sa belle-soeur au duc de Norfolk; c'est la condition
    qu'il met  sa sortie de la Tour.--troite surveillance 
    laquelle est soumise la reine d'cosse.--Espoir qu'elle ne
    court aucun danger.--Protestation d'lisabeth  l'ambassadeur,
    qu'elle rpond de la vie de Marie Stuart comme de la sienne
    propre.--_Remontrances de l'ambassadeur_ au conseil:--sur le
    commerce en gnral;--sur la demande qui lui a t faite au
    sujet des Pays-Bas;--sur l'interdiction absolue du commerce
    avec la Rochelle;--sur la restitution des prises,--et sur les
    affaires de la reine d'cosse.--Instances de l'ambassadeur pour
    que Marie Stuart ne soit pas livre  la garde de ses ennemis.


    AU ROY.

Sire, j'yray vendredi prochain prsenter les lettres de Voz Majestez
et le Sr. d'Amour, pourteur d'icelles,  la Royne d'Angleterre, ainsy
qu'elle m'a mand que je l'aille trouver au dict jour; et cependant,
pour ne vous retarder quelques adviz des choses, qui passent en ce
royaulme, concernantz vostre service, je dpesche le Sr. de Vassal
pour les vous aller raporter et pour vous en faire entendre aultant
que j'en ay aprins sur le lieu, sellon que je l'ay bien instruict de
tout; auquel, pour ceste occasion, je vous suplie trs humblement,
Sire, vouloir adjouxter foy.

Et vous ayant  faire la prsente de tant plus briefve, je ne vous
diray en icelle sinon que les protestans de ce royaulme ont faict
tenir quelques jours la nouvelle de vostre victoire si secrecte, ou
bien l'ont faicte aller si dguyse, que, n'en pouvant les catholiques
avoir quasi aulcune notice, ilz ont envoy devers moy bien fort
secrectement, mais non sans ardeur et affection, pour savoir ce qui
en estoit. Aus quelz ayant faict curieusement entendre et la certitude
et la grandeur du combat, et comme il a pleu  Dieu vous en faire
avoir le dessus par la valleur et bonne conduicte de Monseigneur
vostre frre, non en forme de rencontre et par surprinse, mais de
vifve force en aperte campaigne, o toutes les troupes ont combatu, et
les aultres particullaritez du discours que Vostre Majest m'en a
envoy, ilz en ont infinyement remercy Dieu, et l'ont invoqu de
grand dvotion sur l'entier succez du reste de voz affaires,
bnissant en mille sortes vostre bon heur et le bon heur de Mon dict
Seigneur vostre frre; et monstrent, Sire, qu'ilz ont est en grand
frayeur de leur propre faict, mais que meshuy, o que les choses
aillent, soit  continuer la guerre ou bien  tretter quelque
pacification, qu'elles ne pourront estre conclues qu'au grand
advantaige de leur bonne cause que vous soubstenez, et bien fort  la
gloyre et rputation de Vostre Majest.

Le Sr. Chapin a est plus favorablement receu  son arrive en ceste
court qu'il ne l'a est en l'entre de ce royaulme, luy ayant la Royne
d'Angleterre faict fort gracieulx recueil, et a admiz les principaulx
de sa compaignie  luy bayser la main. Elle s'est fort plaincte du duc
d'Alve et de Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, lequel ne
s'est encores prsent  elle, bien qu'ilz soyent tous deux dans la
mmes commission. J'entendray plus avant de ce que le dict Sr. Chapin
aura trett, car c'est de devant hyer seulement qu'il a heu son
audience, et par mes premires je vous en donray adviz, aydant le
Crateur, auquel je prie, etc.

    De Londres ce XXVIIIe d'octobre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, il vous plairra entendre par le Sr. de Vassal, prsent
pourteur, la suytte des choses dont je vous manday le commancement par
le Sr. de La Croix, s quelles j'avois de long temps prvu que Voz
Majestez vouldroient enfin qu'il y ft procd sellon que me l'avez
escript par le Sr. de Sabran, ce que, de moy mesmes, je les avois
ainsy disposes, de faon qu'il n'a tenu  moy que l'effect ne s'en
soit ensuyvy comme l'eussiez peu desirer, mais il va encores asss
bien sellon vostre propos, et je mettray peyne de le mesnager le
mieulx qu'il me sera possible.

Les bonnes nouvelles de la victoire, ainsy qu'elles ont grandement
resjouy les catholiques, ainsy ont elles infinyement attrist ceulx de
la nouvelle religion, qui,  ceste occasion, ont, ces jours passs,
assembl leurs concistoires et propos plusieurs choses pour relever
leurs affaires, et pour remettre et confirmer leur arme; dont je suys
en grand peyne comme je pourray savoir ce qu'ilz en ont arrest, car
s'il m'a est cy devant trs difficile, il m'est  ceste heure quasi
impossible de descouvrir leurs conseilz. Tant y a que je tendray
toutjour  divertir, le plus que faire se pourra, le mal qui vous
pourroit venir de ce royaulme.

J'avoys cy devant baill  la Royne d'Angleterre et aulx seigneurs de
son conseil certains articles, s quelz celluy de la restriction de ne
porter par les Francoys aulcune sorte de merchandises de Flandres icy,
ny d'icy en Flandres, est contenu, non de tout sellon la dpesche de
Voz Majestez du XXe septembre, par laquelle m'ordonnez de le laysser
passer, ny sellon celle du dernier du dict moys, o me commandez de le
reffuser du tout, mais j'ay suyvy la voye du millieu, comme verrez par
les dicts articles; ce que je suplie trs humblement Vostre Majest ne
trouver mauvais, car il m'a sembl expdiant de le faire ainsy pour
vostre service, sellon la grande affection que ceste princesse monstre
d'y avoir: dont le Sr. Chapin n'a obmiz de m'envoyer curieusement
enqurir de ce qu'elle m'y avoit respondu. Il vous plairra me
commander ce que, en cella et aultres occurrances de de, il vous
plairra estre faict, affin que je ne faille d'y procder justement
sellon vostre intention; et je prieray Dieu, etc.

    De Londres ce XXVIIIe d'octobre 1569.

  LE SIEUR DE VASSAL DIRA A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des
    lettres:

Que, pour garder que la prison du duc de Norfolc, et la dtention des
aultres seigneurs arrestez, et le resserrement de la Royne d'Escoce,
qui sont choses mal agrables aulx subjectz de ce royaulme, ne les
face eslever, ceulx qui prsident meintennant en ce conseil, ont fait
despescher lettres de leur Royne aulx officiers et gens, qui ont
charge en provinces, expciallement vers le Nort, de pourvoir
dilligentment qu'il ne se face aulcune assemble, par quelque prtexte
que ce soit; et qu'ilz trouvent moyen de retirer toutes sortes
d'armes, mesmement les haquebuttes, des mains du peuple, le plus
gracieusement qu'il leur sera possible; et qu'ilz soyent soigneux
d'advertyr diligentment la Royne de la moindre nouveault, qu'ilz
verront advenir, deffendant  toute manire de gens de ne parler de
l'estat du gouvernement de ce royaulme, ny de la Royne leur Mestresse,
ny des seigneurs de son conseil, sur peyne de prison et d'aultres
rigoureuses punitions; et surtout qu'aprs ceste victoire du Roy, ilz
ayent l'oeil bien ouvert sur les actions de ceulx qui sont cogneuz
catholiques, mesmement au dict pays du Nort, parce que aulcuns, vers
ce quartier l, s'estoient dj miz en campaigne, et aussi ez aultres
endroictz de ce royaulme.

Et semble que l'armement et apareil des grands navyres de ceste Royne
sera miz en quelque suspens, demeurant nantmoins ainsy aprest qu'il
est, pour s'en ayder  ung besoing, sans qu'ilz le gettent pour
encores en mer; car ne se faict aulcune ordonnance pour cella. Vray
est qu'ilz sentent merveilleusement la perte qu'ont faict ceulx de la
Rochelle, et les vouldroient secourir de tout ce qu'ilz pourroient,
mais toute leur principalle entente est, pour ceste heure, de pourvoir
au dedans de leur pays, et sont  conseiller seulement, par les
instantes sollicitations de ceulx de la nouvelle religion, comme ils
pourront, tant d'icy que d'Allemaigne, relever les affaires des dictz
de la Rochelle, et remettre et confirmer leur arme deffaicte.

Et de tant que ceste Royne est entre en plusieurs grandes souspeons
et deffiances de son estat,  cause que les principaulx de sa noblesse
et les premiers de son conseil ont escript  la Royne d'Escoce pour la
suplier d'avoir agrable le mariage d'elle avec le duc de Norfolc, et
que les protestans estiment qu'il y a de la mene des catholiques avec
intelligence des princes estrangiers, la dicte Dame a faict requrir,
par les comtes de Cherosbery et de Huntington, la dicte Royne d'Escoce
de luy faire veoir l'original des lettres et les seings de ceulx, qui
les luy ont escriptes, et luy en envoyer une coppie. A quoy la dicte
Royne d'Escoce a respondu qu'elle les avoit envoyes  ceulx de sa
noblesse et de son conseil en son royaulme, pour avoir leur adviz, et
que, si l'on luy vouloit bailler ung passeport, elle les envoyeroit
qurir et les feroit tenir par l'vesque de Roz  la dicte Dame, sa
bonne sueur; ce que les dictz comtes n'ont accept, et luy ont dict
qu'il ne sera aulcunement procd  l'expdition de ses affaires
jusques  ce qu'elle ayt satisfaict  cella.

Or, il a est us de plusieurs artiffices envers le dict duc pour le
faire retourner, parce qu'on craignoit que son partement mt aulx
armes tout ce royaulme, expciallement de luy promettre beaulcoup de
choses pour la Royne d'Escoce, et qu'au contraire, s'il s'opiniastroit
de ne venir poinct, ou s'il essayoit d'attempter quelque chose par la
force, qu'il mettroit la personne de la dicte Dame et toutz ses
affaires en grand dangier.

Tant y a que, si les comtes d'Arondel et de Pembrot et milor de
Lomelley n'ussent poinct est en arrest, et ne fussent venuz se
prsenter en ceste court, ains s'en fussent allez chacun en sa
contre, comme ilz l'avoient promiz, il semble que le dict duc eust
persvr de son cost en son entreprinse, mesmement que les seigneurs
du Nort, lesquelz l'on n'oze encores mander venir, de peur qu'ilz ne
reffuzent tout ouvertement de le faire, se monstrent toutz bien
disposez pour luy.

Et il avoit, sur le doubte qu'on luy avoit donn du dangier o seroit
la Royne d'Escoce, mand par mon adviz aulx comte de Lestre et
secrtaire Cecille qu'il ne pouvoit employer que eulx deux seulz
envers la Royne, leur Mestresse, pour la bien disposer envers la Royne
d'Escoce, et pour la garder de n'ordonner rien contre elle; dont les
en prioyt de toute son affection, et que, s'il prenoit aulcun mal  la
personne de la dicte Dame, qu'il luy costeroit la vie, ou il leur
feroit perdre la leur; ce qui,  la vrit, a beaulcoup servy.

Nantmoins, ayant le dict duc est trop facille  retourner, il a est
incontinent miz en arrest dans son logis soubz estroicte garde, o
toutesfoys j'ay trouv moyen, par Mr. l'vesque de Roz, de luy faire
entendre la bonne intention de Leurs Majestez Trs Chrestiennes sur
le faict du mariage, ce qui l'a tellement confirm qu'il s'est rsolu
d'y persvrer jusques  la mort, et qu'aprs la Royne, sa Mestresse,
il demeurera  jamais fidelle serviteur de Leurs dictes Trs
Chrestiennes Majestez;

Et n'a layss pour cella de respondre bien fort sagement aulx
interrogatoires, qui luy ont est faictz par les commissaires, de
sorte que, raportant iceulx commissaires ses bonnes responces  la
dicte Dame, elle a monstr n'estre contante de ce qu'ilz le vouloient
excuser, et leur dict plusieurs choses qui procdoient d'ung cueur
fort offanc; mesmes, ainsy que l'ung d'eulx s'advana de dire que
sellon les loix du pays ils ne le trouvoient coulpable de
rien:--Allez, dict elle, ce que les loix ne pourront sur sa teste,
mon authorit le pourra.--Et entra en si grand collre qu'elle
esvanouyt, et courut l'on au vinaigre et aultres remdes pour la faire
revenir.

Ainsy fut le dict duc envoy le lendemain  la Tour, et aussi tost
ordonn de visiter ses maysons, ouvrir ses coffres, saysir ses
papiers, mand les gentishommes de Norfolc pour venir dposer et
tesmoigner contre luy; dont aulcuns se sont prsentez, aultres ont
reffuz de le faire, et fut envoy en plusieurs endroictz de ce
royaulme pour informer de sa vie et de ses faictz.

Tant y a qu'aulcuns principaulx du conseil luy ont mand qu'il ne ft
en peyne de rien pour cella, car n'y avoit vriffication aulcune qui
ft pour prjudicier  sa vie, et qu'il n'y avoit de propos contre
luy que trois faictz:

Le premier, d'une sienne lettre qu'il avoit escripte au comte de Mora,
touchant le dict mariage, laquelle le dict comte a envoye  la Royne
d'Angleterre non sans qu'on le luy imputte  ung trs mauvais
tour;--l'aultre, est ung souspeon seulement d'avoir praticqu avec
les princes de dell la mer;--et le troisiesme, ce sien partement de
court sans cong.

Et quant au comte d'Arondel et millord de Lomelley, il leur estoit
principallement impos d'avoir persuad le duc qu'il se deubt saysir
de la Tour, ce que ne se pouvant vriffier parce que le millor de
Havar, qui l'avoit raport, allgoit ung autheur, et cest autheur ung
aultre autheur, et en fin se trouvant que cella provenoit d'ung ouy
dire, ilz n'ont est miz en la Tour; nantmoins ilz demeurent encores,
et aussi le comte de Pembrot, en arrest, bien qu'il s'estime que le
dict [comte de] Pembrot, de tant qu'il n'est charg que d'avoir
conseill le dict mariage, comme le cuydant aultant agrable  la
Royne sa Mestresse, comme il a toutjours estim qu'il luy estoit
utille et  tout son royaulme, s'il en veult demander ung bien peu de
pardon  la dicte Dame, qu'il sera miz incontinent en libert.

Et le comte de Lestre monstre encores favoriser en plusieurs sortes,
soubz main, le dict duc, et estre infinyement irrit et offanc contre
le dict Cecille, qui va aigrissant la matire, lequel nantmoins
excuse les extrmes poursuytes qu'il y faict sur l'extrme courroux de
sa Mestresse, et met en avant ung seul moyen pour remdier aulx
affaires de la Royne d'Escoce et  ceulx du dict duc tout ensemble,
qui est de quicter et renoncer entirement par l'ung et l'aultre au
dict mariage.

A quoy ayant respondu l'vesque de Roz, quant il le luy a dict, que la
Royne d'Escoce, sa Mestresse, en seroit trs contante, parce qu'elle
n'y avoit jamais prtandu que pour cuyder complaire  la Royne
d'Angleterre sa soeur, et  la noblesse du pays, car c'estoit ung
personnaige qu'elle n'avoit jamais veu que le duc; et que grces 
Dieu, il luy avoit est propos de plus grandz partys, le dict Cecille
rpliqua qu'il ne suffiroit de se quicter de parolle, ains le
fauldroit faire par effect, dont luy feroit entendre plus clairement,
une aultre foys, comme cella s'entendoit.

Et j'ay aprins despuys, que c'est de contraindre le dict duc
d'espouser, avant sortir de la Tour, madame Obey, veufve du feu
dernier ambassadeur d'Angleterre, qui estoit en France, laquelle est
soeur de la femme du secrtaire Cecille.

Dont, affin d'admener les choses  ce poinct par longueur de prison du
dict duc, et par une plus estroicte garde de la Royne d'Escoce et
prolongation de ses affaires, iceulx commissaires, qui prsident 
ceste heure seulz en ce conseil, ont dict au dict vesque de Roz, que
la Royne d'Angleterre se trouvoit meintennant si presse d'aulcuns
siens grandz affaires, qu'encor que l'abb de Donfermelin, depputt du
comte de Mora, ft arriv, elle ne pourroit entendre en faon du
monde, de quelques jours,  l'expdition des affaires de la Royne
d'Escoce; dont le prioyent se retirer  Londres jusques  ce que l'on
le manderoit, qui seroit le plustost que la dicte Dame se trouveroit
en disposition d'y vacquer.

Sur ce dessus, de tant que le dict duc propose de se conduyre en cecy
par le conseil du dict vesque de Roz et aulcunement par le mien, et
qu'il semble que je pourray retenir ou lascher une partie de ses
dellibrations, sellon que je pourray comprendre que Leurs Majestez
Trs Chrestiennes le vouldront, il leur plairra m'en mander bien
expressment leur intention.

Et cependant, la personne de la Royne d'Escoce demeure asseure en la
garde du comte de Cherosbery, et, bien que le comte de Huntington y
soit, il n'en a l'authorit, avec ce, que toutz ceulx de ce conseil se
constituent pleiges pour luy qu'il ne fera rien qui ne soit digne
d'homme d'honneur, pour respecter en toutes sortes, comme sera son
debvoir, la dicte Dame; et mesmes la Royne d'Angleterre m'en a
respondu comme de sa propre vie, comme aussi la dicte Royne d'Escoce,
 prsent, ne parle plus que de trop grand aguet qu'on a sur elle.


L'AMBASSADEUR DE FRANCE A LA MAJEST DE LA ROYNE D'ANGLETERRE.

1.--Que le Roy Trs Chrestien, par ses lettres du XXe de septembre,
mande au dict ambassadeur d'accorder les choses qui furent proposes 
Fernan Castel, le XVIIe d'aoust dernier, touchant le commerce d'entre
la France et d'Angleterre, et que, de sa part, il veult et desire que
toute contractation, tant par mer que par terre, et pareillement la
navigation aillent libres et bien asseures entre les communs subjectz
de Leurs Majestez.

2.--Et la prie le dict Roy, son frre, qu'elle ayt agrable de faire
abstenir ses dicts subjectz du frquent et ordinaire commerce qu'ilz
mnent  la Rochelle, pour jouyr et user de celluy que trs
librallement il luy offre en toutz les aultres endroictz de son
royaulme, avecques promesse d'y faire favorablement recuillyr et bien
tretter les dictz subjectz de la dicte Dame, et les faire pourvoir des
choses qu'ilz desirent avoir de son royaulme, avec aultant de
commodit qu'ilz les pourroient recouvrer au dict lieu de la Rochelle.

3.--Touchant la restriction de ne pourter par les Franoys aulcunes
sortes de merchandises de Flandres en Angleterre, ny d'Angleterre en
Flandres, durant la suspencion des deux pays, le dict Roy, Son
Seigneur, estime qu'il n'y a lieu d'en faire article  part, attandu
les bons termes o l'on est d'accorder du premier jour ces diffrendz,
se rservant toutesfoys, au cas que la Majest de la dicte Dame
persvre de le desirer, qu'il advisera avec son conseil du moyen que,
sans contrevenir aulx trettez, il l'en pourra satisfaire, ainsy qu'il
desire la gratiffier en beaulcoup plus grand chose que cella.

4.--De tant que les sieurs commissaires, ordonnez sur la restitution
des prinses, n'ont peu satisfaire  l'excution d'icelle dans le jour
de St. Michel, comme il avoit est arrest, le dict ambassadeur suplie
trs humblement la Majest de la dicte Dame que son bon playsir soit
accorder d'ung aultre jour, pour  icelluy rallement et vritablement
faire la restitution des prinses, qui se trouveront en essence
apartenir aulx Franoys; ou qui, par les dicts commissaires, aura est
desj ordonn leur estre payes, affin qu'en mesme temps la
restitution et mainleve se face en France des biens des Anglois.

5.--Et que, des aultres choses dont les dicts commissaires n'ont
encores donn deuhe condempnation au proffict des Franoys, Sa dicte
Majest veuille promettre qu'il leur en sera faict prompte justice,
sans figure ne longueur de procs,  la mesure qu'ilz la viendront
requrir, et qu'ilz pourront sommairement vriffier qu'elles leur
apartiennent.

6.--Au regard des affaires de la Royne d'Escoce, le dict ambassadeur,
de la part du Roy, Son Seigneur, et par son exprs mandement requiert
deux choses:--La premire, touchant la libert et bon trettement de sa
personne, qu'il playse  la Majest de la Royne d'Angleterre commander
qu'elle ne soit commise ez mains de ceulx qu'elle repputte ses
ennemys, et qu'il ne luy soit dict ny fait aulcune chose qui ne
convienne  la dignit de ce que Dieu l'a faicte estre princesse
souveraine en la chrestient, parante et allie des plus grands
princes chrestiens, expciallement du Roy, Son Seigneur, et de la
Majest mesmes de la dicte Dame.

7.--La seconde, qu'elle veuille rsouldre le Roy, son bon frre, du
secours et assistance que Sa dicte Majest entend donner  la dicte
Royne d'Escoce, pour estre remise en son estat, sans laysser passer
plus avant les mauvais subjectz de la dicte Dame  establir leurs
affaires, comme ilz font, contre elle dans son propre pays; lesquelz
luy ont desj ruyn, et se prparent de luy ruyner encores davantaige,
et de tiranniser ses bons et fidelles subjectz, et de vouloir,  toute
force, luy emporter son chasteau de Dombertran;  quoy sera son bon
playsir d'obvier par quelque bon expdiant et prompt remde, sellon
qu'elle a toutjour promiz que oportunment elle le feroit.




LXIXe DPESCHE

--du Ier jour de novembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Valet._)

  Audience donne par la reine d'Angleterre  l'ambassadeur et au
    sieur d'Amour, envoy par le roi pour lui rendre compte de la
    bataille de Moncontour.--lisabeth offre de nouveau sa
    mdiation au roi.--Elle se loue du sieur Ciapino Vitelli.--Elle
    se plaint vivement de l'ambassadeur d'Espagne, qu'elle ne veut
    pas recevoir en audience.--Elle consent avec peine qu'il fasse
    partie de la commission tablie pour rgler les diffrends
    entre l'Angleterre et l'Espagnes.--Nom des membres de cette
    commission.--Retards mnags par les Anglais pour empcher d'en
    venir  un accord.--Profonde mfiance que leur inspire le sieur
    Ciapino Vitelli.--L'ambassadeur sollicite un passe-port pour
    que le sieur d'Amour puisse se rendre auprs de la reine
    d'cosse, suivant les ordres du roi.--Il renouvelle les
    diverses demandes qu'il a dj faites pour elle.--Le passe-port
    est refus, malgr les vives instances de
    l'ambassadeur.--Dclaration d'lisabeth, qu'elle a fait
    connatre au roi par son ambassadeur, tous les reproches
    qu'elle est en droit d'adresser  Marie Stuart.--Insistance de
    l'ambassadeur pour qu'il soit gard le secret sur ce qu'une
    copie de la lettre crite par les seigneurs du conseil  Marie
    Stuart, pour l'engager  pouser le duc de Norfolk, a t
    envoye en France.--Assurance donne par le sieur Ciapino
    Vitelli, que si les ducs Casimir et Auguste descendent
    d'Allemagne, le duc d'Albe entrera aussitt en campagne.


    AU ROY.

Sire, se retrouvant la Royne d'Angleterre vendredy dernier, qui estoit
le jour qu'elle m'avoit assign pour luy aller prsenter les lettres
de Voz Majestez, fort presse d'affaires, et m'ayant contremand au
sabmedy  deux heures aprs midy, elle les a receues allors, ensemble
celluy qui les aportoit bien fort favorablement; et, aprs s'estre
curieusement enquise de vostre bon portement et de celluy de la Royne
et de Monsieur, et de monsieur le duc et de Madame, et puys d'aulcunes
particullaritez de la bataille, elle m'a respondu, quasi en la mesme
faon comme la premire foys que je luy en avois parl; c'est qu'elle
se resjouyt de cestuy vostre advantaige aultant et, possible, plus que
nul autre de voz aultres alliez et confdrez, tant parce qu'elle
estime debvoir cella  vostre commune amyti, que pour l'intrest
qu'elle a que les subjectz ne viennent au dessus de leurs princes;
mais que, pour aultres respectz, elle ne peut faire qu'elle n'en soit
assez marrye, principallement pour l'amour de vous mesmes, de tant que
une victoire sur voz subjectz ne sauroit estre qu' vostre propre
dommaige, et ne peult remplyr vostre royaulme que de sa propre
callamit; et qu'aussi,  dire vray, quoy que je luy heusse dict que
vous ne prtandiez aultre chose que l'obyssance de voz subjectz, si
creignoit elle nantmoins que vous y voulussiez meintennant cercher la
ruyne de leur religion, me demandant fort expressment si j'avois heu
souvenance de ce que,  ce propos, elle m'avoit naguyres pri de vous
escripre, comme elle seroit trs ayse de vous pouvoir proposer quelque
bon expdiant avec voz subjectz, qui vous ft aultant agrable et  la
Royne, comme elle mettroit peyne de le faire ruscyr proffitable et
advantaigeux pour Voz Majestez, et si vous m'y aviez encores rien
respondu.

Je luy ay dict que je n'avois rien obmiz de son dict propos par mes
dernires lettres, mais que la responce ne pouvoit estre si tost
venue, et qu'au reste, voz subjectz exprimenteroient, ainsy qu'ilz
ont toutjour faict, beaulcoup de clmence en Voz Majestez, pourveu que
vous trouvissiez en eulx la parfaicte obissance qu'ilz vous doibvent.

Les aultres responces de la dicte Dame sur aulcunes choses, que je luy
avois auparavant proposes, et dont j'en avois baill ung mmoire 
ceulx de son conseil, ont est gracieuses, et s'est esforce de les
faire  vostre contantement, desquelz je vous envoyeray la substance
par le premier. Et puys m'a touch ung mot de la venue du Sr. Chapin
Vitel, qu'on appelle le marquis de Chetona, comme elle l'avoit trouv
de bonne sorte franc et ouvert, et homme propre pour tretter des
affaires qu'ilz avoient  dmesler ensemble, s quelz elle esproit
que le tort du duc d'Alve seroit manifeste; car juroit son Dieu
qu'elle n'avoit jamais pens de retenir l'argent du Roy d'Espaigne,
son frre, et que luy aussi avoit enfin monstr qu'il ne le croyoit
pas, ains avoit courtoysement envoy devers elle.

Sur quoy je luy ay dict que Voz Majestez Trs Chrestiennes avoient
est trs ayses d'entendre l'acheminement du dict marquis par de, et
que ces diffrendz allassent prendre ce bon trein d'accord que ung
chacun y esproit, et que m'aviez command luy offrir tout le service
 quoy elle trouveroit bon de m'employer en cest endroict, au nom de
Voz Majestez, ainsy que je luy voulois bien dire que j'avois desj
offert le semblable au dict sieur marquis et  monsieur l'ambassadeur
d'Espaigne, lesquelz j'avoys veuz en passant  Colbronc, o nous
[nous] estions rencontrez; ce que la dicte Dame a heu bien fort
agrable.

Et  ce propos, Sire, j'ay  vous dire que, jusques  vendredy
dernier, je n'ay jamais peu obtenir que la dicte Dame m'ayt vollu
permettre de visiter le dict ambassadeur, lequel aussi elle n'a
encores aulcunement souffert venir en sa prsence, mesmes y a heu
beaulcoup  faire  la persuader qu'elle le laysst estre ung des
depputtez de la confrance, mais enfin elle l'a consenty; et
ainsy,--luy et le dict sieur marquis, et le sieur de Latour,
secrtaire des Estatz de Flandres, et le Sr. de Fonges, homme bien
lettr, toutz quatre pour le Roy d'Espaigne, et le milord Quiper, le
marquis de Norampton, le comte de Lestre et le secrtaire Ccille,
pour la Royne d'Angleterre,--conviendront, certains jours de la
sepmaine, en la maison du parc de Vuyndesor pour tretter de ces
diffrandz; mais, pour encores, la matire est si crue qu'on ne peult
cognoistre quel boult elle fera, tant y a que, des deux costez, l'on
monstre avoir grande esprance de l'accord; et ceulx d'icy semblent
prparer le Sr. Piquelin comme pour l'envoyer, incontinent aprs le
dict accord, ambassadeur en Espaigne. Nantmoins, de tant que les
premiers articles, qu'on a proposez pour le Roy Catholique, semblent
estre d'une si grande demande qu'on me l'a dicte monter  six millions
d'or, j'ay opinion, joinct ce que j'ay compris du parler de la dicte
Dame, que le pouvoir des dictz depputez d'Espaigne sera trouv
deffaillant, et non asss ample; et que, l dessus, la matire pourra
estre acroche. Et si, semble qu'on ayt aulcunement suspecte la venue
du dict marquis par de, et qu'on crainct qu'il ne se suscite quelque
nouvellet dans le pays pendant qu'il y est, dont se tient ung grand
aguet sur luy, et sur le dict ambassadeur d'Espaigne, et sur les
dpesches qu'ilz font en Flandres; et en font, eulx aussi, plusieurs
de leur part pour contenir et rprimer ce qu'ilz sentent, et qu'on
dict asss ouvertement qui s'esmeut en divers endroictz de ce
royaulme.

Au surplus, Sire, j'ay faict entendre  ceste princesse que Vostre
Majest avoit command au Sr. d'Amour de porter voz lettres de
conjouissance  la Royne d'Escoce, sur la victoire que Dieu vous a
donne, avec ung semblable discours de ce qui y a succd, comme vous
le luy avez envoy  elle; dont l'ay prie de luy octroyer ung
passeport pour y aller, et que puysque l'abb de Donfermelin a est
icy de la part du comte de Mora, et qu'elle l'a desj renvoy, qu'il
luy playse meintennant satisfaire aulx choses, que je luy ay
dernirement requises pour la libert et bon trettement de la personne
de la Royne d'Escoce et pour le secours qu'elle luy veult bailler,
affin de la restablir  sa couronne, et rsister aux entreprinses que
le comte de Mora va excutant, de jour en jour, contre elle.

A quoy elle m'a respondu que, quant  l'abb de Donfermelin, il avoit
port des commissions si estranges et mauvaises contre la Royne
d'Escoce, que, si elle ne ft poinct offance meintennant, elle
mettroit peyne de les faire rparer au comte de Mora, quoy qu'il
costt, mais qu'elle n'estoit aulcunement convye de ce faire; et,
quant aulx aultres choses que je luy avois requises pour elle, qu'elle
avoit envoy ung discours des tortz qu'elle luy avoit faictz  son
ambassadeur Mr. Norrys, pour les faire au vray entendre  Voz
Majestez, et qu'elle esproit que vous les cognoistriez telz que
dorsenavant vous seriez plus pour sa cause que pour celle de la Royne
d'Escoce; et qu'elle vouldroit en toutes sortes honnorer voz messaiges
et messaigiers, mais vous suplioyt ne trouver mauvais si elle ne
permettoit, durant ce sien juste courroux, que ses subjectz vissent
recepvoir une si grand visite, comme seroit celle de la part de Vostre
Majest  la dicte Royne d'Escoce; mais que si je luy voulois bailler
voz lettres, que pour l'honneur d'icelles elle les luy feroit
seurement tenir.

Je luy ay rpliqu plusieurs choses l dessus bien fort vifvement,
sellon que monsieur l'vesque de Roz et moy les avions auparavant bien
penses, mais elle est demeure fermement rsolue de ne vouloir en
rien procder sur les affaires de la dicte Royne d'Escoce, qu'elle
n'ayt responce de ce que son ambassadeur vous en aura propos.


=Chiffre.=--[Sur quoy Vostre Majest trouvera ez mains du Sr. de Flemy
de quoy pouvoir bien respondre au dict ambassadeur, mais il fault que
ce soit en sorte que le dict ambassadeur ne cognoisse qu'on ayt envoy
en France la coppie de la lettre que les seigneurs de ce conseil ont
escripte  la Royne d'Escoce pour le mariage du duc de Norfolc. J'ay
receu nouvelles de la dicte Dame qu'elle se porte bien, et qu'elle est
infinyement marrye que les lettres, qu'elle vous escripvoit
dernirement, ayent est perdues avecques mon pacquet, et qu'il vous
playse l'excuser meintennant, si elle ne vous escript; car n'a la
libert de faire ung seul mot que fort secrectement par le chiffre que
nous avons ensemble. Elle vous reccommande sur toutes choses le
secours de son chasteau de Dombertran. Le comte de Lenoz est dpesch
pour aller en Escoce pour faire partie au secrtaire Ledinthon, que le
comte de Mora veult faire excuter comme coulpable du murtre du feu
Roy d'Escoce.] Sur ce, etc.

    De Londres ce 1er de novembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, ceste dpesche est pour vous faire toutjour entendre la
continuation des choses, que par le Sr. de Vassal je vous ay naguires
mandes, lesquelles sont en l'estat que Vostre Majest verra en la
lettre que j'escriptz au Roy,  laquelle me remettant, et attandant de
vous renvoyer le Sr. d'Amour, aussitost qu'aurons recouvert les
lettres de la response que la Royne d'Angleterre veult faire aulx
vostres, je vous diray seulement, Madame, que ceste princesse a
merveilleusement lou la valleur de Monseigneur vostre filz sur le
gain de ceste bataille, et m'a dict qu'elle lyra avec affection le
discours d'icelle, pour y trouver les actes gnreux de son hardiesse;
et qu'elle a entendu que le Roy s'est achemin en son camp pour avoir
part  la gloire, que les exploictz des armes ont accoustum de
produire aulx grandz princes; et en toutes sortes elle a parl fort
honnorablement de l'ung et de l'aultre, et pareillement de la digne et
vertueuse conduicte que Vostre Majest donne  leurs affaires. Mais
aulcuns des siens, qui sont fort protestans, affin d'opposer toutjour
quelque chose  la grandeur de la victoire, ont desja sem que les
Viscomtes, nonobstant Mr. Damville, ont repass les rivires, et se
sont joinctz  monsieur l'Admyral; et que le dict Admyral, pour
n'avoir fait guires grand perte de gens de cheval en ceste bataille,
se trouve  ceste heure plus fort que jamais en campaigne. Tant y a
qu'on m'a asseur qu'ilz ne le croyent ainsy, et qu'ilz savent que
desj plusieurs familles sont passes de la Rochelle par de pour
craincte du sige.

Il est arriv despuys trois jours ung homme que le comte Pallatin a
dpesch aprs l'arrive de Mr. de Lizy, mais je ne say encores ce
qu'il a propos, et me sera trs difficile de le descouvrir, parce que
toutz ceulx qui ont meintennant le manyement en ceste court sont trs
passionnez protestans. Il semble que l'ambassadeur d'Espaigne et le
marquis de Chetona ayent contraires adviz des choses d'Allemaigne,
car le dict ambassadeur dict que [le duc de] Cazimir a VI mil reytres
arrestez et que le duc Auguste en peult mettre cinq mil aux champs
quant il vouldra, ainsy que le Sr. de Chanthonay par ses dernires le
luy a escript; et le dict marquis dict que le duc d'Alve a les plus
seurs adviz du dict pays que nul aultre, et qu'il est asseur que le
dict [duc] de Cazimir, encor qu'il ayt ung nombre de capitaines
arrestez, n'a toutesfoys baill l'antiguelt aulx soldatz pour les
avoir bien prestz quant il vouldra, et qu'il y courra du temps asss,
avant que sa leve commance de marcher, ainsy que fit celle du duc de
Deux Pontz; et que le duc Auguste employe la grand authorit qu'il a
en Allemaigne  estre mesnagier et se faire riche; et que si ceulx l
viennent en armes, que le dict duc d'Alve leur yra incontinent au
devant avec six mil chevaulx et douze mil hommes de pied, les
meilleurs gens de guerre qui soyent soubz le ciel; discourant
plusieurs aultres choses l dessus qu'il a faict cadrer  la parfaicte
intelligence et grand confiance, dont aujourduy les affaires d'entre
ces deux grandz Roys de France et d'Espaigne se conduysent.

A quoy, encor que je me soys monstr fort consentant pour le regard de
Voz Majestez Trs Chrestiennes, je n'ay layss pourtant de luy dire
que, de leur cost, ilz monstrent de vouloir jouyr d'un trop grand
repoz, durant nostre grand travail, sur ung dbat qui leur touche
aultant qu' nous, et qu'ils debvoient desj avoir couru sus  ces
princes protestans, qui viennent ainsy soubstenir ceulx qui mnent la
guerre dans vostre royaulme. Noz propoz n'ont est que fort gracieulx
et pleins de toute bonne affection, ainsy que les avons menez, et nous
[nous] sommes entrevisitez souvant pendant que j'ay est prez du dict
Vuyndesor; et se sont curieusement enquiz o est  prsent le prince
d'Orange.

J'entendz que Doulovyn et le bastard de Briderode, aprs avoir faict,
sur la pescherie de Flandres et sur aulcuns lieux maritimes de Olande
et Frize, ung pillage de six ou sept vintz mil escuz, et ayant joinct,
 ce qu'on dict, envyron trente vaysseaulx, toutz bien quipez en
guerre, et deux mil harquebouziers, et ung nombre de corseletz, se
dellibrent de tenir la mer. D'aultre part le capitaine Sores est
desj party de la Rochelle avec dix ou douze navyres bien armez, dont
celluy o il va, lequel s'appelle le Prince, est de trois centz
tonneaulx avec deux centz cinquante bons hommes dedans; et encor que
ny les ungs ny les aultres n'abordent pour le prsent en ce royaulme,
nantmoins les pleinctes des maulx qu'ilz commancent de faire,
viennent jusques icy, et je suys aprs  les faire remdier; mais il
sera bon que cependant voz frontires de mer et les pouvres merchantz
soyent advertys d'y prendre garde, ainsy que j'en ay desj donn adviz
aulx gouverneurs, qui sont plus voysins d'icy. Sur ce, etc.

    De Londres ce 1er de novembre 1569.


J'entendz que le capitaine Vilnes de Boulonoys est venu de de soubz
ung passeport de Vostre Majest. Mands moy, s'il vous playt, s'il
faudra que je le face observer, et sera vostre bon playsir commander
qu'il soit faict part de ceste dpesche  Monseigneur vostre filz.




LXXe DPESCHE

--du Ve jour de novembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  la Court par le Sr. d'Amour, vallet de
chambre du Roy._)

  Retour du sieur d'Amour en France.--Rserve que doit s'imposer
    l'ambassadeur depuis les dernires arrestations faites dans le
    conseil.--Commencement des confrences sur les affaires
    d'Espagne.--Refus fait par lisabeth de permettre 
    l'ambassadeur d'Espagne de siger dans la
    commission.--Nouvelles instances de l'ambassadeur de France
    pour que le commerce d'Angleterre avec la Rochelle soit
    absolument interdit, et pour que Marie Stuart soit enfin
    rtablie en cosse.--lisabeth promet satisfaction pour la
    demande concernant la Rochelle, mais elle refuse formellement
    de s'occuper des affaires de Marie Stuart.--Dclaration qu'elle
    attendra la rponse du roi sur la communication qui lui a t
    faite de sa part.--Crainte qu'lisabeth ne veuille livrer la
    reine d'cosse au comte de Murray.--Secours prpars
    secrtement en Angleterre pour la Rochelle.--L'accord pour la
    restitution des prises est termin.--Grand nombre de pirates
    qui se mettent de nouveau en campagne.--Crainte qu'ils ne se
    runissent aux flottes ennemies, dj en mer, pour tenter
    quelque coup de main sur les ctes de France.--_Convention_
    arrte avec l'Angleterre, touchant le commerce des deux
    nations et la restitution des prises qui ont t respectivement
    faites.

    AU ROY.

Sire, m'ayant la Royne d'Angleterre, aujourduy matin, envoy les
lettres qu'elle rpond  celles de Voz Majestez, j'en ay incontinent
dress ceste dpesche pour vous renvoyer le Sr. d'Amour, lequel
s'estant bien et sagement acquict de sa charge, vous rendra lui
mesmes compte de ce que la dicte Dame luy a dict, et de ce qu'il luy a
respondu; et parce que, de ma part, je vous ay assez inform par mes
prcdantes de toutz les propos qu'elle m'a tenuz, touchant la
victoire qu'il a pleu  Dieu vous donner, je ne vous en diray icy rien
davantaige. Seulement adjouxteray, Sire, que les protestans de de
s'esforcent en plusieurs sortes de relever par parolles la rputation
des affaires de ceulx de la Rochelle, ainsy qu'ilz les vouldroient
bien fort relever par effect, s'ilz pouvoient; publians qu'ilz n'ont
perdu que quelques gens de pied, et que pour leur rester la cavallerye
aussi entire que celle de Monsieur, frre de Vostre Majest, ilz ne
sont pour quicter encores la campaigne. Et m'a l'on dict que aulcuns
des plus passionnez ont mand  monsieur l'Admyral que s'il peult
meintenir la guerre jusques  l'entre du printemps, qu'il sera lors
sans aulcun doubte secouru d'Allemaigne d'un grand nombre de gens de
pied et de cheval, et d'icy de tout ce qu'on pourra d'argent; ce que
je n'ay encores comprins debvoir estre ainsy par les propos de ceste
Royne, laquelle, pour dire vray, est celle de toutz ceulx de sa court
et de tout son conseil que je trouve mieulx dispose et plus
respectueuse ez choses qui vous pourroient offancer en ceste guerre,
estantz les aultres, qui tenoient le party de la paix, toutz
meintennant en prison ou en arrest, ce qui me faict aller plus rserv
en aulcunes choses envers la dicte Dame.

Et mesmes voyant que presque toutz les grandz et les principaulx
merchantz estrangiers et naturelz de ce royaulme, lesquelz peuvent
assez envers elle, concourent toutz  l'accord des diffrandz des Pays
Bas, quant ilz voyent le Sr. marquis de Chetona de par de, dont j'ay
miz peyne, en monstrant de le desirer aussi, de faire pareillement de
mon cost que vous ne soyez demeur en suspens avec ceste Royne et
les siens, et que le commerce ayt est dclair libre entre voz deux
royaulmes, en quoy semble que je l'aye plus incline  ce party,
qu'elle ne se veult encores laysser persuader pour l'aultre; duquel ne
se cognoist qu'il y ayt guires de contantement entre les depputez sur
les premiers abouchemens qu'ilz ont heu ensemble, o enfin elle n'a
vollu que l'ambassadeur d'Espaigne, icy rsidant, ayt aulcunement
assist, bien qu'une foys elle eust monstr le vouloir permettre.

Et je n'ay layss pourtant, ez propos que j'ay tenuz  la dicte Dame,
de luy insister fort fermement sur deux principaulx poinctz, l'ung de
deffandre le traffic de la Rochelle  ses subjectz, et l'aultre de
pourvoir aulx affaires de la Royne d'Escoce. En quoy il y a heu
beaulcoup de contention entre elle et moy, mais non sans qu'elle ayt
monstr ne vous vouloir non plus offancer, qu'elle ne veult estre
offance de Vostre Majest; et en fin, j'ay obtenu, pour le regard du
dict commerce de la Rochelle ce que verrez par sa response qu'elle m'a
faicte bailler en escript, me priant d'asseurer Voz Majestez Trs
Chrestiennes que, si elle y pouvoit quelque chose de mieulx, elle le
feroit en toutes sortes pour vous en contanter; mais que les
privilliges de ses merchans, lesquelz elle a jur de meintenir, ne
luy permectent rien davantaige.

Et touchant les affaires de la Royne d'Escoce, de tant que je ne luy
ay aussi vollu admettre les excuses qu'elle m'a allgues, de n'y
pouvoir meintennant entendre, elle m'a dict, tout ouvertement, que la
Royne d'Escoce l'a si griefvement offance de tretter mariage avecques
ung sien subject, et praticquer avecques luy de la succession du
royaulme d'Angleterre, sans l'en avoir advertye, (veu les bons tours
de parante et de vraye amye qu'elle luy avoit toutjour monstr),
qu'elle demeure fermement rsolue, quoy que doibve advenir, de ne
pourvoir en rien aulx affaires de la dicte Dame, qu'elle n'ayt heu
responce de ce que son ambassadeur Mr. Norrys vous en aura faict
entendre de sa part, en quoy j'ay estim ne debvoir, pour ceste foys,
passer plus avant; mais j'ay conseill monsieur l'vesque de Roz
d'envoyer demander audience pour luy faire une recharge, lequel a pri
le marquis de Chetona de faire aussi quelque office en cest endroict,
affin de monstrer que les deux plus grandz Roys de la chrestient
concourent  procurer la restitution de ceste princesse.

Aulcuns ont opinion que la Royne d'Angleterre a si grand desir de
veoir meintennant la dicte Royne d'Escoce hors de son pays, qu'elle
est pour la dlivrer ez mains du comte de Mora; et qu' cest effect
elle pourroit bien avoir ainsy soubdain renvoy l'abb de Donfermelin,
pour advertir le dict comte de prparer des forces sur la frontire
affin de la recepvoir; ce que je n'ay encores du tout descouvert, mais
je mettray peyne de le savoir et d'y remdier par toutz les moyens
que je pourray.

Le comte de Lenoz avoit heu, sabmedy dernier, son passeport pour aller
au dict pays d'Escoce, affin de se randre partie au secrtaire
Ledinthon, mais pour quelques considrations, que ceste Royne a heu,
il a faict arrester [son dict passeport], dont il y a envoy ung
promoteur. Et remectant les aultres particullaritez de de  la
suffizance du dict sieur d'Amour, je supplieray, pour la fin de la
prsente, le Crateur, aprs avoir trs humblement bays les mains de
Vostre Majest, qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce Ve de novembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, vous recepvrez, s'il vous playt, par le Sr. d'Amour les
lettres, que la Royne d'Angleterre respond  celles que Vostre Majest
luy avoit escriptes, et il vous comptera le soing qu'elle a heu de
s'enqurir de vostre bon portement et sant, et vous fera aussi
entendre les aultres particularitez qu'il a aprinses, icy mesmes, de
la dilligence, que ceulx de la nouvelle religion de de mettent 
relever les affaires de ceulx de leur party qui sont en France; en
quoy quelcun m'a adverty qu'ilz sont aprs  achapter des armes,
picques, corseletz et haquebuttes en ce pays, et que aulcuns merchandz
de la Rochelle sont venuz faire provision de quelques bledz, cher et
burres, pour passer le tout de dell le plus secrectement que faire se
pourra, parce que ceste Royne s'y monstre asss difficille, et bonne
partie de ses subjectz en sont bien fort mal contantz. Mais ceulx, qui
manyent  ceste heure la court et les affaires, sont si passionnez
protestans qu'ilz donnent ordre que cella s'excutte sans qu'on en
sente rien, et pouvez croyre, Madame, que je suys en grand peyne
d'avoir affaire  gens qui sont du tout contraires aulx prsentes
intentions de Voz Majestez sur les troubles de vostre royaulme, et que
ceulx qui s'y monstroient modrez sont  prsent toutz prisonniers; je
ne lairay pourtant de mesnaiger les bonnes parolles et les promesses
de ceste princesse en vostre endroict, le mieulx qu'il me sera
possible, pour garder qu'il ne vous vigne de mal d'icy, que le moins
que faire se pourra.

Nous avons enfin arrest ung expdiant sur la restitution des
prinses, le plus convenable que nous avons peu obtenir en affaire si
mal ays que celluy l; et veu le dsadveu de ceste Royne sur toutz
les exploictz de ces pirates, il ne s'y pouvoit, par voye de justice,
faire guires rien de mieulx, mesmes que les subjectz de ce royaulme
se plaignent qu'ilz demeurent beaulcoup plus intressez par les
Bretons, sans qu'ilz en puyssent avoir aulcune rayson, qu'ilz n'ont
port de dommaige  toutz les Franoys. Il vous playrra, Madame,
commander par voz lettres expresses  la court de Parlement de Roan et
 Mr. de la Meilleraye, qu'ilz ne faillent de faire la mainleve des
biens des Anglois au dict Roan, le XXVe jour de ce moys de novembre,
comme de mesmes la restitution se fera parde aulx Franoys, sellon
qu'il a est ainsy convenu entre la Royne d'Angleterre et moy et les
depputtez du dict Roan.

La mer se va, de rechef, remplissant de pirates, dont j'ay faict
dpescher commission contre aulcuns Anglois, qui y sont, pour les
faire aprhender quelle part qu'ilz aborderont en ce royaulme; mais
l'on m'a dict que le sire Artus Chambrenant, inthime amy du comte de
Montgomery, et en la maison de qui la comtesse de Montgomery s'est
retire, arme quelques vaysseaulx vers la coste d'Ouest, lesquelz,
s'ilz se joignent avec le bastard de Briderode et le Sr. Dolovyn et le
capitaine Sores, ilz pourront faire, tout ensemble, le nombre de
cinquante navyres de guerre, qui est pour debvoir prandre garde  la
seurt de la mer et  quelque descente en terre, qui se pourroit faire
pour surprendre quelque lieu mal gard.

Ung personnaige, (=chiffre=>) [_marqu de pouldre au visaige_], m'est
venu prier de vous escripre qu'il ne peut encores partir d'icy de dix
jours, et que l'affaire, pour lequel il y est, se porte comme il le
desiroit. Sur ce, je bayse trs humblement les mains de Vostre
Majest, etc.

    De Londres ce Ve de novembre 1569.


CONVENTION TOUCHANT LA RESTITUTION DES PRISES.

  RESPONCE FAICTE PAR LES SEIGNEURS DU CONSEIL D'ANGLETERRE aulx
  articles  eulx propozs par le Sr. de La Mothe Fnlon (contenuz
  en la dpesche du XXVIIIe d'octobre dernier pass.--_V.
  ci-dessus_, p. 305.)

_Au premier._--La Royne entend de l'observer ainsy de sa part.

2.--La Royne ne peult commander  ses merchantz de ressortir en
certain lieu, ny de mener leur traffic en ung aultre, sinon ainsy
qu'ilz l'estimeront plus commode, mais l'on les advertyra de l'offre
du Roy, ne doubtant en rien, s'ilz peuvent trouver aultant de proffict
et de seurt ez aultres endroictz, qu'ilz y ressortiront et non  la
Rochelle; et n'entend licencier ny permettre aus dictz merchantz, ny
aultres ses subjectz de porter au dict lieu de la Rochelle aulcunes
choses qui puissent servyr ny ayder  la guerre, ny qu'ilz en puissent
charger plus grand quantit que pour servir  eulx ou  leur propre
deffance dans leurs vaysseaulx.

3.--La Royne se confye que le Roy vouldra en ce considrer la rayson
de sa requeste.

4.--Ordre est donn aulx commissaires de mander et assigner ung jour.

5.--La Royne est bien dispose de faire par toutz bons moyens
administrer justice avec prompte excution d'icelle.

6.--De ceste matire la Royne a adverty le Roy, son bon frre, par son
ambassadeur.

7.--De ceste cy aussi elle l'a adverty par son dict ambassadeur.


C'EST LA REMONSTRANCE, en forme d'articles, que les Srs. de Vymont et
Cavellier, merchantz de Roan, depputez pour la restitution des biens
des Franoys, prins ou arrestez en Angleterre despuys le moys
d'octobre 1568, aprs longue poursuyte et condempnation obtenue d'une
partie d'iceulx devant les Seigneurs Commissaires  ce depputez, ont
prsente  la Royne d'Angleterre et au Sr. de La Mothe Fnlon,
Ambassadeur du Roy, aulx fins y contenues, laquelle ayant est
renvoye  iceulx sieurs commissaires, pour avoir leur adviz, et
l'ayant eulx donn, avec aprobation suyvante des Seigneurs du Conseil
de la dicte Dame, la teneur de la dicte remonstrance, et de l'adviz et
de la dicte aprobation est comme s'ensuyt:


REMONSTRANCE DES DICTZ DEPPUTEZ.

1.--Qu'il playse  Sa Majest et  Monseigneur l'Ambassadeur limiter
le jour pour le faict de la restitution, de part et d'aultre, au 15 de
novembre prochain 1569;

2.--Auquel jour seront levez toutz les arrestz, faictz en France, tant
sur les deniers, navyres que merchandises, appartenant aulx subjectz
de Sa dicte Majest, et, si les dictz subjectz vouloient avoir leurs
navyres, deniers et merchandises, ou partie d'icelles, avant le dict
jour limit, la dlivrance leur en sera faicte, en baillant bonne
caution de la valleur de ce qui leur sera dellivr;

3.--Auquel jour seront semblablement dellivrez aulx subjectz du Roy
Trs Chrestien toutz les navyres, biens, deniers et merchandises, dont
les juges dellguez de Sa Majest ont j ordonn et sentenci, et
mesmes de ce qu'ilz pourront ordonner et sentencier avant le dict
jour; et, au rciproque que dessus, si les subjectz du Roy vouloient
avoir et enlever leurs navyres, merchandises et deniers, ou partie
d'iceulx, avant le dict jour limit, la dellivrance leur en sera
faicte en baillant bonne caution de ce qui leur sera dellivr.

4.--Et, pour aultant que les dictz juges dellguez n'ont peu vuyder
les demandes, contenues en ung cayer  eulx baill par les dellguez
franoys, tant  cause des parties absentes, des preuves qu'ilz disent
n'estre suffisantes, que mesmes de la malladie intervenue  Londres,
Sa dicte Majest veuille promettre que les dellguez anglois feront
prompte justice aulx subjectz du Roy, en la forme qu'ilz ont commenc,
pour le faict des navyres, deniers et merchandises prinses, saysies,
arrestes et amenes en ce royaulme, despuys le premier jour d'octobre
dernier, 1568, jusques  ce jour.


ADVIZ DES COMMISSAIRES.

_Sur le premier article._--Les Commissaires de Sa Majest l'accordent.

_Sur le segond._--Ilz accordent semblablement  icelluy, pourveu que
toutes les debtes y puyssent estre comprinses.

_Sur le tiers._--Sur cestuy, ilz dclairent que tant toutes telles
navyres, argent, biens et merchandises des subjectz du Roy Trs
Chrestien, qui sont encores arrestez, si comme l'argent procdant de
la vante d'aulcuns biens ou merchandises, qui ont est arrestes et
sont vandues, qui sont ou seront ainsy ordonnes par les dictz
Commissaires  estre dlivres avant le jour assign, seront
pareillement dlivres allors ou auparavant, soubz semblable caution,
comme au second article cy dessus est expciffi. Et quant  l'argent,
qui est deu par sentences desj prononces ou qui se prononceront
avant le jour [dict], ne leur semble raysonnable d'estre comprins  la
condition de la restitution des choses relles, mais ilz accordent que
les parties condempnes seront contrainctes de faire payement ou
satisfaction d'iceulx, avec aussi grande expdition qu'on pourra par
ordre de justice et leur commission, et plus tt s'il est possible,
par quelque aultre voye que ce soit.

_Sur le quatriesme._--A cest article ilz disent qu'ilz sont contentz
de procder en ces causes suivant la teneur de leur commission,
pourveu que la Majest de la Royne soit asseure du Roy Trs Chrestien
que les subjectz de Sa Majest puissent avoir semblable expdition de
justice, avec asseurance par dell, touchant telles grandes injures et
dprdations qu'ilz ont souffert par les subjectz du dict Roy Trs
Chrestien en Bretaigne, et ailleurs en France, despuys le premier jour
d'octobre 1568.


CE QUI S'ENSUYT A EST DESPUYS ADJOUXT

Il est accord qu'aprs le dict jour, 25 de novembre, restitution
estant faicte de chacun cost, le traffic mutuel entre les subjectz
des deux royaulmes sera ouvert et remiz en libert en la forme qu'il a
est par le pass.


APROBATION DU CONSEIL.

Ces articles, ainsy qu'ilz ont est responduz, ont est exibez par
l'Ambassadeur de France et les Commissaires, lesquelz les Seigneurs du
Conseil, les ayant dellibrez et considrez, les allouent de la part
de la Majest de la Royne, et promettent, en tant que en peult
apartenir  Sa Majest, [qu'ilz] seront deuhement accomplis, pourveu
qu'ainsy soit faict par le Roy de France  ses subjectz.

    A Vuindesore, le dernier jour d'octobre 1569.

Et plus bas est escript:

    _Concordat cum originali et registro_, S. F. ALEN.

PUYS DE LA MAIN DU DICT SR. DE LA MOTHE.

Le contenu cy dessus, en la forme qu'il est, avec l'acte au pied des
Seigneurs du Conseil d'Angleterre, nous a est exib, et nous l'avons
aprouv, et avons promis que nous procurerons envers le Roy, Nostre
Seigneur et Maistre, de le faire ainsy deuhement accomplir en France
au proffict des Anglois, comme la Majest de la Royne d'Angleterre,
sellon sa promesse, le fera accomplir, icy, au proffict des Franoys;
et par ce, l'avons soubz sign  Londres, le Xe jour de novembre 1569,
qui a est aussi soubssign des dictz depputtez.

    DE LA MOTHE FNLON, Ambassadeur.

    J. VYMONT. J. CAVELLIER.




LXXIe DPESCHE

--du XIIe jour de novembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr. de Vymont._)

  Efforts des seigneurs anglais pour relever le courage des
    protestants de France.--Nouvelle activit dans les armements
    faits en Angleterre.--Prochain dpart de sir John Hawkins  la
    tte d'une flotte qui pourrait tre secrtement destine pour
    la Rochelle.--Dsir tmoign par lisabeth que le commerce soit
    entirement libre avec la France.--Nouvelles rigueurs exerces
    contre Marie Stuart.--Les remontrances de l'ambassadeur  ce
    sujet ne sont point coutes.--Crainte qu'il tmoigne du sort
    qui lui est rserv.--Nouvelles rigueurs exerces contre le duc
    de Norfolk.--Bienveillance dont on use envers le comte
    d'Arundel et lord Lumley.--Mise en libert du comte de
    Pembrocke.--Les ngociations avec l'Espagne, aprs avoir t
    rompues, sont prtes  se renouer.--Dtails sur le trait
    concernant le commerce et la restitution des
    prises.--Recommandation pressante de l'ambassadeur pour que
    Marie Stuart ne soit pas abandonne.


    AU ROY.

Sire, ma prcdante dpesche est du Ve de ce moys par le Sr. d'Amour,
et despuys, s'estant espandu divers bruictz par de des choses de
France, j'ay toutjour attandu qu'il m'en vnt quelque confirmation par
lettres de Voz Majestez, mais voycy le XXXIIIIe jour que je n'en ay
receu aulcune, et n'ay layss pourtant d'esprer et de faire esprer 
ceulx, qui vous sont icy bien affectionnez, beaulcoup mieulx de voz
affaires, sellon la victoire qu'il a pleu  Dieu vous donner,
qu'aulcuns principaulx protestantz de ce royaulme ne les publient.
Lesquelz usent de tout artiffice de nouvelles controuves pour garder
que ceulx de leur party n'ayent la cause de ceulx de la Rochelle pour
si habandonne qu'ilz n'essayent encores, par aulcun nouveau renfort
de reytres et par quelque contribution d'icy, de les secourir, dont
ceulx, qui aujourduy manyent seulz l'estat de ce royaulme, craignantz
que vostre victoire ayt esbranl les fondemens de leur religion par la
chrestient, vont faisant tout  descouvert de grandes dilligences
affin de les relever en France, de les confirmer en Allemaigne et les
asseurer icy; ayant, incontinent aprs les nouvelles de la dicte
victoire, faict dpescher la flotte des Anglois  la Rochelle pour ne
laysser d'y continuer leur traffic, et pour accommoder ceulx du lieu
de quelques deniers en change de leur vin et sel, et n'ozantz d'eulx
mesmes leur envoyer monitions ny vivres de ce royaulme, ilz ont
procur que le Sr. Dolovyn et le bastard de Briderode leur en ayent
desparty largement du butin qu'ilz ont faict vers Olande et Frize; et
sont aprs  dpescher Quillegrey, avec l'homme du comte Pallatin, qui
est icy, pour aller encourager et anymer par grandes persuasions et
promesses les princes d'Allemaigne au secours de monsieur l'Admyral,
dont je crains qu'ilz hastent [le duc de] Cazimir de se mettre en
campaigne avant la fin de l'yver. Et dedans cestuy leur royaulme, qui
est le lieu o ilz se trouvent les plus empeschez, ilz ont envoy
ordonnance et commissions par toutes les provinces pour rprimer les
catholiques et authoriser les protestans; et n'estimantz encores cella
suffizant, ont command ung guet et garde en armes en divers endroitz,
lequel a est commanc de faire despuys quatre jours ez rues et
carrefours de ceste ville et le relvent seulement  midy et 
minuict; et ont aussi envoy, despuis huict jours, nouvelles
monitions et pouldres  leurs grandz navyres; et m'a l'on dict que
Haquens faict dilligence d'armer encores sept aultres bons vaysseaulx
de guerre, mais l'on me veult faire croyre que c'est pour ung nouveau
voyage qu'il entreprend aulx Indes, et que les plus grandz de ce
royaulme font les frays non sans opinion que ceste Royne mesmes y
contribue, parce que on prend les monitions de la Tour, mais nul de
ses propres vaysseaulx n'y va, affin de n'offancer le Roy d'Espaigne.
De ma part j'ay aulcunement suspect le dict apareil, et crains qu'il
se faict pour secourir ceulx de la Rochelle, estant le commun bruict
icy que vostre arme les va assaillir, et que mesmes vous avez pour
cella faict arrester aulcuns navyres anglois  Bourdeaulx en les
payant, affin de les assiger par mer et par terre. Il est vray qu'il
n'y a encores rien d'ordonn touchant les hommes et les vivres pour le
dict armement de ceulx cy, sinon seulement quelques milliers de
biscuyt, et j'auray l'oeil  ce qui s'y ordonnera davantaige pour vous
en advertir incontinent.

Aulcuns ont miz grand peyne envers ceste princesse de luy faire avoir
suspect le traffic des aultres endroictz de vostre royaulme, sinon de
la Rochelle, pour avoir meilleure colleur d'y adresser toutjour les
flottes de ce royaulme, mais elle m'a nantmoins fort librallement
accord qu'aprs la mainleve et restitution faicte de chacun cost,
au XXVe de ce moys, elle veult que le commerce mutuel d'entre voz deux
royaulmes soit ouvert, et aille libre comme auparavant. Par ainsy ne
fault doubter, quoy qu'advienne de ceulx de la Rochelle, que les
merchantz ne les dlayssent d'eulx mesmes, quant cella sera faict,
pour ressortir ailleurs o bon vous semblera; dont adviserez, Sire,
comme il sera bon d'y procder, car si Vostre Majest veult que cella
se face par proclamation, je presseray ceulx de ce conseil d'envoyer
publier et notiffier, par leurs villes et portz et tout le long de
leur coste, la continuation et seurt du dict commerce avecques la
France, ce qui ne plairra guires  ceulx qui vous vouldroient desj
veoir en guerre de ce cost.

Ceulx cy sentent qu'avec la division de la religion la cause de la
Royne d'Escosse va divisant et mettant en grand trouble tout leur
royaulme, dont, pour y cuyder remdier ilz font observer et garder de
fort prez la dicte Dame, laquelle s'en met en frayeur pour aulcunes
rigueurs et contrainctes qu'on luy use, de quoy je suys extrmement
marry; mais il n'y a ordre que je puysse, pour ceste heure, obtenir
rien de plus gracieulx pour elle de ceste Royne, sa cousine, ny de
ceulx de son conseil, n'ayant toutesfoys layss de dire et faire en
leur endroict tout ce qui convient pour protester ung grande revanche
contre ceulx qui seront cause ou de son mal ou de la perte de son
estat, et n'ay poinct cogneu, au parler de ceste princesse, ny des
dictz [seigneurs] de son conseil qu'on veuille rien attempter de
viollant ny d'indigne contre la personne de la dicte Dame, sinon
seulement de garder qu'elle ne puisse practiquer qu'avec ceulx qui
l'ont en garde. Nantmoins elle a trouv moyen, nonobstant cella, de
me faire tenir quatre petites lettres, qui sont cy encloses, que je
croy qu'elle les a escriptes sans lumyre, desquelles je m'asseure que
Voz Majestez seront meues  compassion et seront convyes luy assister
et de secourir son chasteau de Dombertran.

Le duc de Norfolc est toutjour en la Tour, et les gardes luy ont est
ces jours passez redoubls. Le comte d'Arondel et milord de Lomelley
sont encores en arrest, mais avec quelque libert de s'aller promener
 cheval, accompaignez d'aulcuns gentishommes qui sont commiz  les
garder. Le comte de Pembrot, ayant avec grande dmonstration de
malcontantement requis d'estre descharg de la Grand Mestrize
d'Angleterre et de n'estre plus du conseil, pour se retirer chez luy,
a est licenci d'aller en sa mayson prez de Londres, mais non
descharg de ses estatz.

L'ambassadeur d'Espaigne s'en est retourn en cette ville, et le
marquis de Chetona est demeur encores  Coulbronc, qui de rechef a
heu audience de ceste Royne, mais ne say encor ce qu'il y a ngoci;
tant y a qu'ayant sembl une foys que tout son affaire ft interrompu,
l'on a despuys remand les depputez pour faire encores ung
abouchement, affin de renouer les matires, et, dans peu de jours, se
verra ce qui s'en doibt esprer, aydant le Crateur auquel je prie,
etc.

    De Londres ce XIIe de novembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, aulx choses, que Vostre Majest verra en la lettre du Roy, je
n'ay que adjouxter icy davantaige sinon l'instance, que les seigneurs
de ce conseil m'ont faicte, de leur bailler ung semblable escript de
ma main pour la seurt de la parolle et promesse de Voz Majestez sur
la mainleve, au XXVe de ce moys, des biens des Anglois arrestez en
France, et sur la seurt et libert de leur commerce par dell, aprs
qu'elle sera faicte, comme ilz m'ont faict dlivrer un acte de leur
conseil pour la restitution des prinses au proffict de voz subjectz et
pour le libre commerce d'iceulx par de, aprs le dict XXVe du
prsent; ce que je leur ay ottroy, et les Srs. Vimont et Cavellier,
depputez de Roan qui estoient icy, s'estantz trs bien acquictez de
leur debvoir, et ayant emport le dict acte de ce conseil, et obtenu,
avant partir, tout ce qui s'est peu faire par justice, sont desj en
chemyn pour aller faire excuter la dicte mainleve  Callais et 
Roan;  quoy, Madame, j'estime que Voz Majestez auront desj mand de
n'y faire aulcune difficult ainsy que je vous en ay cy devant
supliez; et parce que j'entendz que quelques ungs, sans rayson, s'y
veulent opposer, je vous suplie, Madame, en faire encores rafreschir
le commandement  Mr. de La Meilleraye et  Mr. de Gordan, affin de ne
donner  ceulx cy aulcune occasion de se plaindre.

Les protestantz publient que monsieur l'Admyral ayant joinct avecques
luy les troupes du comte de Montgommery et des Viscomtes, et ayant
confirm ses aultres forces tant d'Allemans que Franoys, s'est remiz
en campaigne et qu'il s'achemine vers la Charit pour empescher qu'on
n'y mette le sige et pour aller, tout d'ung trait, recuillir les
trouppes du duc de Cazimir, affin de recommancer et continuer la
guerre plus forte que jamais; ce que je metz peyne de dissuader 
ceulx qui desirent icy l'advantaige de Voz Majestez, leur remonstrant
qu'il s'en fault tant que ceulx de la Rochelle n'entrepreignent, 
ceste heure, de tenir la campaigne qu'au contraire ilz craignent
grandement d'estre assigez dans leur fort, ce que je vouldrois leur
pouvoir confirmer par lettres de Voz Majestez, mais il y a long temps
que je n'en ay receu aulcune.

Au surplus, Madame, je vous suplie considrer l'estat de la Royne
d'Escoce sur le contenu de ces petites lettres qu'elle vous escript,
et me donner quelque argument de la pouvoir aultant consoller en
vostre nom, comme, en vostre mesmes nom, je metz peyne de procurer
avec toute instance sa libert, son bon trettement et sa restitution 
sa couronne. Et esprant qu'il vous aura pleu me renvoyer desj
quelq'un des miens, qui sont par dell, affin de vous en dpescher
incontinent ung aultre comme il est besoing, je n'adjouxteray icy,
pour le surplus, qu'une trs dvotte prire  Dieu, etc.

    De Londres ce XIIe de novembre 1569.


Aulcuns, naguires arrivez icy de la Rochelle, disent que la Royne de
Navarre, et madame la Princesse de Cond avec ses petitz enfans,
estoient en propos de s'embarquer pour passer en ce royaulme.




LXXIIe DPESCHE

--du XVIIIe jour de novembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Venicien._)

  Plaintes de l'ambassadeur contre le retard qui est mis  lui
    donner des nouvelles de France.--Inquitudes que cause en
    Angleterre l'agitation des catholiques dans le Nord.--Svrit
    dont on use envers les seigneurs prisonniers.--Ngociations
    avec l'Espagne.--Difficults qui sont faites sur les pouvoirs
    du Sr. Ciapino Vitelli.--Entraves mises par les Anglais  la
    conclusion d'un arrangement.--Parti violent qu'ils ont pris de
    convertir en monnaie anglaise les raux d'Espagne, jusqu'alors
    conservs comme un dpt  la Tour.--Meilleur traitement fait 
    la reine d'cosse, qui a t rendue  la garde du comte de
    Shrewsbury.--Mesures prises contre les catholiques.--Le serment
    sur la religion leur est impos.--Rsolution prise par
    plusieurs familles catholiques d'Angleterre de se rfugier en
    France, o elles demandent protection.--Ordre est donn par
    lisabeth aux seigneurs du Nord de se rendre  la cour.--On
    redoute  Londres un soulvement dans ces contres.--Prise
    faite par le capitaine de Sore.--Mandement du conseil pour
    qu'il soit arrt avec sa prise.--Remonstrances du conseil
    contre les entreprises des Bretons, qui attaquent tous les
    navires anglais qu'ils trouvent en mer.


    AU ROY.

Sire, je vous ay escript ce qui se offroit  ma cognoissance des
choses de de, le XIIe de ce moys, et despuys, l'on m'a dict que
ceulx cy ont receu lettres de Mr. Norrys, par lesquelles semble qu'il
leur face les affaires de ceulx de la Rochelle assez dsesprez, de
quoy ilz sont en grand peyne, et croy que, pour cella, ilz veulent
haster le partement de Quillegrey pour Allemaigne, l'ayant envoy
qurir en la contre pour le dpescher, mais je ne puys savoir
encores ce que portera sa commission, sinon qu'on m'a dict que les
protestans se plaignent assez, que ceste Royne ne se veult laysser
bien aller  toutes leurs persuasions, ains va fort rserve sur
aulcunes d'icelles, et se oppose si fermement  celles qu'elle crainct
pouvoir torner  manifeste offance de Vostre Majest, qu'ilz la
rputent pour peu affectionne  leur religion.

J'ay bien miz peyne, de ma part, de mener, ou par desir de paix ou par
craincte de guerre, toutjour la dicte Dame le mieulx que j'ay peu  la
disposition de voz affaires, et le feray ainsy encores toutes les foys
que j'auray  parler  elle, mais il ne me sciroit bien,  ceste
heure qu'elle est toute en affaires, de l'aller trouver, sinon avec
quelque important argument de voz lettres, et voycy le XLe jour de la
plus fresche datte des dernires, que j'ay receu de Vostre Majest, de
quoy j'en suys bien en peyne, et ne say  quoy en debvoir imputer le
retardement; sinon que je veulx croyre qu'il tient  toute aultre
chose, plustost que penser qu'il en aille quelcune mal prez de Voz
Majestez.

L'on avoit dict, ces jours passez, que la Royne d'Angleterre s'estant
ung peu modre envers ces seigneurs prisonniers, octroyeroit au duc
de Norfolc de se pouvoir remuer au quartier de la dicte Dame dans la
Tour, qui est espacieulx et large, par ce qu'il commance se trouver
mal par faulte d'air dans celluy o il est, lequel est estroict, et
est le propre lieu o son pre fut miz quant il fut excutt; et
qu'elle accorderoit aussi  Milaris de Lomelley l'eslargissement du
comte d'Arondel son pre, et de millord de Lomelley son mary, mais
j'entendz que sur ce poinct est arrive une lettre du prsidant du
Nort, par laquelle il mande qu' trs grande difficult peult il
contenir le peuple, vers ce quartier l, de s'eslever, dont les
dictes provisions de ces seigneurs sont demeures, jusques  ce qu'on
ayt descouvert d'o cella procde, et qu'on y ayt remdi; et a l'on
contremand en dilligence le comte de Pembrot, qui s'en alloit retirer
du tout en Galles, o est sa principalle mayson, pour le faire
retourner  la court; mais je ne say encores si c'est pour luy
commander de nouveau l'arrest, ou pour le contanter, tant y a qu'il
semble que ceulx cy se trouvent assez empeschez de beaulcoup de
choses.

Quelq'un,  ce que j'entendz, a raport  la Royne d'Angleterre que le
marquis de Chetona a est instantment press par l'ambassadeur
d'Espaigne et par les deux depputez, qui sont icy avecques luy de
Flandres, de parler plus bravement  elle,  cause de la victoire de
Vostre Majest, que ne porte leur commission, et qu'il ne l'a vollu
faire sinon avec quelque gentil mot en passant; de quoy elle luy a
sceu ung grand gr, et pour mon regard, encor que je luy aye
grandement cellbr la dicte victoire, comme ung gain, qui ne pouvoit
estre sinon [que] fort grand, d'avoir Vostre Majest par vifve vertu
asseur vostre propre grandeur lorsqu'elle sembloit estre en plus
d'hazard, n'ayant toutesfoys monstr en une seule parolle que la dicte
victoire ft pour torner au dommaige de la dicte Dame, ains plus tt 
son proffict et de toutz les princes chrestiens, il m'a vallu quelque
chose sur la restitution de noz prinses, s quelles elle a despuys
mieulx dpesch les commissaires de Roan que je n'esprois; et a,
possible, aulcunement nuy  iceulx de Flandres, lesquelz, si les
choses ne se rabillent, sont en termes de s'en retorner sans rien
faire, disantz ceulx de ce Conseil que le pouvoir du dict marquis de
Chetona est bien ample pour le Roy d'Espaigne  demander ce qu'il
prtend, mais non asss pour la Royne, leur Mestresse,  tretter des
choses dont elle veult demeurer d'accord avecques luy, ny, possible,
asss suffizant pour en accorder pas une, et qu'il en fault attandre
ung plus ample qui procde du mesmes Roy d'Espaigne, parce que cestuy
cy est une subrogation de pouvoir,  la vrit bien expcial, que le
duc d'Alve a de son Maistre pour tretter de toutz ces diffrandz
avecques la dicte Royne d'Angleterre en la faon qu'il verra estre bon
de le faire, avec puissance de substituer, comme il a substitu le
dict marquis, lequel promect d'en faire venir de plus amples s'il est
besoing, et de faire rattiffier tout ce qu'il accordera, et que,
pourtant, il requiert qu'on ne veuille laysser de passer toutjour
oultre. Dont nous verrons bien tost quel chemyn l'affaire pourra
prendre, et cependant l'on convertyt en monoye de ce pays les ralles
d'Espaigne qui sont en la dicte Tour.

La Royne d'Escoce m'a faict savoir de ses nouvelles, laquelle se
porte bien de sa personne, et a senty quelque soulaigement despuys la
dernire ngociation que j'ay faicte pour elle, ayant ceste Royne, sa
cousine, pour le respect de Voz Majestez Trs Chrestiennes, nonobstant
son grand courroux qui luy dure encores contre la dicte Dame, faict
retirer le comte de Huntinton de sa garde, mais ne say encores si
c'est pour l'en descharger du tout; tant y a que, pour le prsent,
elle est ez mains du comte de Cherosbery seul, qui se dporte, tant
luy que madame la comtesse sa femme, en toutes choses bien fort
honnestement et honnorablement envers la dicte Royne d'Escoce, et
atant, Sire, je prie Dieu, etc.

    De Londres ce XVIIIe de novembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, vous aurez assez amplement comprins l'estat des choses de de
par ce que je vous en ay escript en mes trois prcdantes dpesches,
lesquelles,  la vrit, je suys bien en peyne de savoir si les avez
receues ou non, car il passe aujourd'huy le XLe jour que je n'ay heu
ung seul mot de Voz Majestez; nantmoins des dictes choses, que j'ay
desj commanc de vous parler, affin que d'icelles mesmes l'vnement
vous en soit ordinairement cogneu, j'en ay miz le succez en la lettre
du Roy, ainsy que, jour par jour, je l'ay aprins ou l'ay veu advenir,
et n'ay que vous dire icy davantaige, Madame, sinon que,  l'occasion
d'une recerche et de certaine forme de srement,  quoy l'on veult
obliger les subjectz de ce royaulme sur le faict de la religion,
plusieurs catholiques, qui font grand scrupulle de conscience l
dessus, aymans mieulx habandonner le pays que jurer ainsy, me viennent
demander des passeportz pour se retirer en France; dont j'en ay desj
donn  deux gentishommes, mais non sans estre bien inform (et ne le
feray poinct aultrement), qu'ilz sont bons catholiques et en
rputation de gens de bien, et non factieulx. Sur quoy vous plairra,
Madame, me commander comment, en semblable, j'en auray cy aprs 
user, et vous diray davantaige qu'il semble que, de cella et de la
presse qu'on faict aulx seigneurs du Nort de se venir reprsanter en
ceste court, l'on doubte asss qu'il se puisse bientost former ung
trouble en ce royaulme, ainsy que par ung des miens, s'il vous playt
me renvoyer les aultres que j'ay par dell, je le vous feray, avec
les aultres particullaritez de de, plus amplement entendre.

Le capitaine Sores a freschement prins cinq riches ourques, qui
avoient est charges en Envers pour Espaigne et Portugal, dont en a
miz une  fondz, et il a conduict les aultres quatre en une rade 
l'abry, vers le cap de Cornouailles, sans ozer entrer en aulcun port.
Il a est dpesch commission pour aller arrester luy et sa prinse,
s'il peut estre aprhend, monstrans ceulx de ce conseil qu'ilz ne
veulent plus supporter, en faon du monde, les pirates; et me font
grand instance que je veuille presser Voz Majestez de rprimer ceulx
de Bretaigne, et que commandiez de faire justice des dprdations, que
ceulx du dict pays ont commises et commettent, toutz les jours, sur
les subjectz de ce royaulme. Sur ce, etc.

    De Londres ce XVIIIe de novembre 1569.


Despuys la prsente escripte, j'ay recouvert une coppie du mandement
de la recherche et de la forme du srement, cy dessus mencionn,
laquelle j'ay mise dans ce pacquet[19], affin que Vostre Majest ayt
plus grande notice des difficultez o ceulx cy se trouvent.

  [19] Ces deux pices n'ont pas t transcrites sur les registres
  de l'ambassadeur.




LXXIIIe DPESCHE

--du XXIIe jour de novembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par l'Escouoys._)

  Nouvelles rpandues  Londres, qui sont favorables aux
    protestants de la Rochelle.--Premier bruit du soulvement des
    catholiques dans le Nord.--Les ngociations avec l'Espagne
    paraissent devoir rester sans rsultat.--Soupons des Anglais
    contre le Sr. Ciapino Vitelli,  raison des troubles du
    Nord.--Instance de l'vque de Ross auprs d'lisabeth pour
    obtenir une rponse dfinitive.--Dclaration que, si elle
    refuse son secours, la reine d'cosse se placera sous la
    sauvegarde de la France et de l'Espagne.--lisabeth demande un
    nouveau dlai pour se prononcer.--Caractre srieux que peuvent
    prendre les affaires du Nord.--Crainte de l'ambassadeur que les
    Anglais ne fassent de nouveaux efforts pour jeter les Allemands
    en France.


    AU ROY.

Sire, n'ayant, en mes prcdantes du XVIIIe de ce moys, guires rien
obmiz de ce que j'ay estim digne de vous estre escript des choses de
de, j'auray tant moins que dire meintennant par ceste cy  Vostre
Majest, et seulement qu'il semble estre venu nouvelles  ceulx cy, de
leur ambassadeur Mr. Norrys, et aussi par la voye de la mer, comme
monsieur l'Admyral, ayant forny les principaulx fortz et les places de
garde, d'auprs de la Rochelle, d'ung bon nombre de gens de pied, il
s'est remiz en campaigne avec sa cavalerye pour aller recuillyr les
Viscomtes, qui ont desj repass la Garonne  six lieues par dessus
Thoulouze; de quoy les protestans de ce royaulme sont rentrez en
quelque meilleure esprance des affaires de ceulx de leur party,
qu'ilz ne l'avoient auparavant, et s'esforcent de s'en prvalloir
contre les catholiques, lesquelz, pour ceste occasion, envoyent
souvent devers moy affin de savoir ce qui en est, et je ne leur puys
dire rien de particullier l dessus, sinon que Vostre Majest, par la
dilligence et vertu de Monsieur, son frre, va toutjour poursuyvant la
victoire et recouvrant les places qu'on vous a occupes, et chassant
l'ennemy de la campaigne, et que voz affaires, nonobstant le
dguisement de leurs nouvelles, prosprent, grces  Dieu, toutjour de
mieulx en mieulx; dont desirerois avoir aulcune chose de plus expcial
par voz lettres, affin de les en pouvoir mieulx contanter. Tant y a
qu'on m'a dict que, nonobstant ceste invention et tout cest artiffice
de nouvelles, l'allarme est bien chaulde en ceste court de
l'eslvation des catholiques vers le Nort, ce que je mettray peyne de
savoir plus au vray, affin de vous dpescher incontinent l dessus
ung des miens en dilligence.

Il est arriv despuys deux jours une dpesche du duc d'Alve, suyvant
laquelle l'ambassadeur d'Espaigne, qui avoit layss le marquis de
Chetona seul  poursuyvre l'accord des diffrandz des Pays Bas 
Vuyndesor, l'est all retrouver, et semble que ceulx d'icy, pour
n'estre veuz couper la broche de trop court au Roy d'Espaigne,
continueront encores quelque confrance, et permettront que le dict
ambassadeur soit ung des depputez de la part de son Maistre, mais je
n'estime poinct qu'ilz concluent encores aulcun accord; et cependant
le souspeon croyt contre le dict marquis,  cause des troubles qui
aparoissent plus formez despuys son arrive, qu'ilz ne sembloient
auparavant debvoir jamais estre, ce qui, possible, y peult bien avoir
donn quelque challeur; mais en effect, j'ay opinion que l'occasion
vient bien d'ailleurs.

Ces jours passez, la Royne d'Escoce a dpesch ung gros pacquet de
lettres, qui sont arrives toutes ouvertes en ceste court, parmy
lesquelles s'en est trouve une pour la Royne d'Angleterre, et les
aultres pour l'vesque de Roz, pour monsieur l'ambassadeur d'Espaigne,
et pour moy, et encores quelques aultres pour les seigneurs de ce
conseil, lesquelles toutes le secrtaire Cecille a renvoy au dict
sieur vesque, qui a incontinent envoy demander audience pour
prsenter la sienne  la Royne d'Angleterre, et la sommer des choses
contenues en icelle, ou  deffault qu'elle ne les veuille accomplir,
qu'il nous baillera celles qui s'adressent au dict sieur ambassadeur
d'Espaigne et  moy pour exorter Voz Majestez Trs Chrestienne et
Catholique au secours de la dicte Dame; mais la dicte Royne
d'Angleterre luy a faict escripre, par Mr. le comte de Lestre, qu'elle
le prie d'avoir ung peu de pacience, parce qu'elle est occupe en
d'aultres si grandz et trs urgentz affaires, qu'elle ne pourroit
vacquer  l'ouyr encores de huict jours, mais, iceulx passez, qu'il
pourra envoyer savoir l'heure de son audience, et la dicte Dame
l'orra allors fort volontiers.

Cependant, Sire, je vous envoye la coppie[20] de la lettre de la dicte
Royne d'Escoce affin que Vostre Majest voye que ceste princesse, en
requrant avec compassion ung honneste remde en ses affaires, retient
toutjour la dignit qui convient  son estat de Royne et  la grandeur
de son cueur, et que Vostre Majest me commande, en cas que la Royne
d'Angleterre l'en reffuze, ou diffre son dict secours et les aultres
choses qu'elle luy requiert, ce que de vostre part je y auray  faire
davantaige, oultre ce que je y ay tant expressment faict jusques icy,
et je prieray Dieu, etc.

    De Londres ce XXIIe de novembre 1569.

  [20] Cette lettre n'a point t transcrite sur les registres de
  l'ambassadeur, mais nous en avons trouv une copie. _Voyez_
  ci-aprs, p. 428.


    A LA ROYNE.

Madame, attendant de vous envoyer, dans trois ou quatre jours, le Sr.
de Sabran, je vous ay bien vollu faire ceste petite dpesche sur les
occasions que Vostre Majest verra en la lettre du Roy,  laquelle je
adjouxteray ce mot de plus, que desj j'ay adviz de trois endroictz,
que la sublvation des catholiques vers le pays du Nort va fort en
avant, et que ceulx cy sont asss empeschez d'y remdier, ayantz, 
ceste occasion, mand restraindre davantaige les seigneurs qui sont en
prison et en arrest, et semble qu'ilz sont aprs  susciter une
gnralle entreprinse des princes protestans en la cause de la
religion, pour cuyder remdier  leur particullier, dont est dangier
que les Allemans, pour estre fort intressez avec ceste princesse, ne
s'esmeuvent bien tost, et que le prolongement de la guerre de la
Rochelle ne les attire  faire leurs premiers effortz en vostre
royaulme; sur quoy sera bon, Madame, que faciez prendre garde aulx
aprestz et mouvemens qui se feront le long du Rhin, et je veilleray
sur les actions de de, et sur celles que ceulx cy pratiqueront de
dell, le plus dilligement qu'il me sera possible, et prieray Dieu,
etc.

    De Londres ce XXIIe de novembre 1569.




LXXIVe DPESCHE

--du XXVe jour de novembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  la Court par le Sr. de Sabran._)

  Ncessit de mettre fin aux guerres civiles de France pour
    arrter les entreprises des Anglais et des princes protestants
    d'Allemagne.--Soulvement des catholiques dans le nord de
    l'Angleterre.--Prise d'armes par le comte de
    Northumberland.--La ville de Durham est tombe en son
    pouvoir.--Noms des seigneurs que l'on croit d'intelligence dans
    l'entreprise.--Mesures adoptes par lisabeth.--_Lettre
    secrte_  la reine-mre.--Dmonstrations qu'il est ncessaire
    de faire en France pour encourager le soulvement des
    catholiques en Angleterre.--Mise en libert du Sr. Roberto
    Ridolfy.--_Mmoire secret._--Confiance des rvolts du Nord
    dans les secours du roi.--Promesses qui leur ont t faites par
    le duc d'Albe.--Dtails sur les ngociations qui ont eu lieu 
    ce sujet.--Intelligences des Espagnols avec les seigneurs qui
    ont pris les armes.--Menes de l'ambassadeur d'Espagne pour que
    les mariages d'lisabeth, de Marie Stuart et du prince d'cosse
    soient remis  la discrtion de Philippe II.--Mission secrte
    de sir John Hamilton auprs du duc d'Albe.--Vaste projet de
    domination de la part de l'Espagne sur l'Angleterre.--Opinion
    de l'ambassadeur, que les instructions donnes au Sr. Ciapino
    Vitelli pour traiter avec lisabeth, portent de sacrifier les
    intrts de la France.--Mfiance que l'on doit concevoir des
    projets du duc d'Albe et de sa conduite lors de l'entre du duc
    de Deux-Ponts en France.--Assurance qu'il n'y a rien  redouter
    des intrigues de l'Espagne au sujet des mariages d'lisabeth et
    de Marie Stuart.--Le duc de Norfolk et la reine d'cosse sont
    fermement rsolus  persister dans leur projet
    d'union.--Nouvelle mission de sir John Hamilton auprs du duc
    d'Albe, restreinte, cette fois,  traiter d'un
    secours.--_Second mmoire._--Irritation de la reine
    d'Angleterre contre le duc de Norfolk.--Elle s'abandonne
    entirement aux protestants.--Desseins politiques des seigneurs
    protestants d'Angleterre  l'gard de la reine d'cosse, des
    guerres civiles de France et des affaires d'Espagne.--Ils
    fomentent les expditions d'Allemagne, assurent le crdit,
    envoient l'argent.--Leurs efforts, depuis la victoire de
    Moncontour, pour faire dclarer ouvertement la guerre.--Ils
    prolongent la dtention des seigneurs arrts sous l'espoir de
    les compromettre dans les affaires de France et des
    Pays-Bas.--Dtails sur les causes du soulvement du
    Nord.--Dclaration du comte de Northumberland, qu'il n'a pris
    les armes que pour la dfense de la religion
    catholique.--Hsitation d'lisabeth  l'gard de Marie Stuart,
    qu'elle veut livrer au comte de Murray.--Elle se dcide  la
    retenir prisonnire sous une garde plus rigoureuse.--Plaintes
    qu'elle fait  l'ambassadeur de la conduite de Marie
    Stuart.--Justification de la reine d'cosse.--Les ngociations
    au sujet des Pays-Bas sont tenues en suspens.


    AU ROY.

Sire, il aparoit par divers respectz debvoir bien tost advenir divers
inconvnians en ce royaulme sur la division de la religion, et sur les
affaires de la Royne d'Escoce, et sur la dtention de ces seigneurs
prisonniers, et sur les diffrans des Pays Bas, mais principallement
sur l'impression que les Anglois se donnent, les ungs de peur, et les
aultres d'esprance, de la victoire que Vostre Majest a dernirement
gaigne, et ay eu opinion, que de cella leur naistroient asss de
pensemens pour leurs propres affaires, sans qu'ilz se meslassent plus
de ceulx d'aultruy; mais j'entendz qu'en leur conseil, o  ceste
heure n'y a que protestans, l'on n'estime que l'estat d'Angleterre
deppende de rien tant que de l'vnement des choses de France, et que
pourtant il leur y fault avoir l'oeil plus ouvert que jamais; et que
mesmes pour bien asseurer leur particullier, il leur est besoing de
mouvoir le gnral de la religion par toute la chrestient, et en
relever la cause le plustost qu'on pourra en France, pendant que les
armes y sont encores en vigueur. En quoy ilz ont tant d'aparantz
argumens pour y persuader leur Mestresse, parce que ceulx qui leur
souloient contradire ne sont plus auprs d'elle, que, joinct
l'auctorit des princes d'Allemaigne, s quelz elle faict ung grand
fondement, je crains bien fort qu'ilz la conduysent, non  une
dclaration de guerre, car pour encores elle leur contradict asss en
cella, mais  leur permettre  eulx mesmes de fomenter soubz main
celle guerre, qui dure encores en vostre royaulme, par les mesmes
couvertz moyens qu'ilz y ont procd jusques icy, et mesmes de dresser
une commune entreprinse de toutz les protestans pour s'esforcer d'y
restablir leur religion; de quoy la continuation de noz troubles les
en mect en grand esprance. Et est sans doubte, Sire, que, tant plus
les dictz troubles yront  la longue, plus vous produyront, chacun
jour, de nouvelles difficultez, et ouvriront les moyens aulx aultres
princes et aultres estatz voysins de projecter, s'ilz peuvent,
toutjour des desseings  la ruyne du vostre, ainsy que j'ay donn
charge au Sr. de Sabran de le vous faire entendre sellon les adviz
qu'on m'en a donnez, lesquelz me font grandement desirer que Vostre
Majest y preigne garde; et je regarderay que produyront en ce
royaulme ceulx qui desj s'y manisfestent bien avant, qui sont telz,
Sire, comme sellon le commun bruict je le vous vays rcitter:

C'est que les seigneurs catholiques des confins d'Angleterre, qui sont
vers le Nort, ayant est mandez en ceste court pour venir donner
compte d'o procdoit l'esmotion, qu'on entendoit estre en leur
quartier, et ayant eulx, une et deux foys, reffuz de le faire pour la
craincte qu'ilz ont qu'on les ft arrester prisonniers, ainsy qu'on a
faict le duc de Norfolc et le comte d'Arondel, et entendans que, de
rechef, la Royne, leur Mestresse, les envoyoit sommer par ung hrault
d'armes de ne faillir  se reprsanter du premier jour devers elle sur
peyne de rebellion et de lze majest, ilz ont heu recours aulx
armes; et le comte Northomberlan,  ce qu'on dict, a est le premier
qui s'est eslev avec la ville de Duren, laquelle il a prinse, et y a
rig le crucifix et faict dire publicquement la messe,  laquelle
plus de six mille personnes ont assist et estime l'on,


=Chiffre.=--[Que, oultre les seigneurs prisonniers, les comtes de
Vuesmerlan, [de] Dherby, de Comberlan, de Suthampton, le viscomte de
Montegu, millor Dacres du Nort, millord de Morle, le sir Henry Percy,
le sir de Morconnelle, le sir de Northon, le capitaine Rieth et
plusieurs aultres principaulx personnaiges sont de l'intelligence;
encore y veult on mesler le comte de Sussex; mais]

J'entendz que ceste Royne luy a donn charge et au comte de Housdon,
et  milor Scrup, de mettre incontinent les garnysons de Vuarvich, de
Carley et aulcunes troupes de Hiorc, aulx champs pour aller combattre
le dict comte de Northomberlan, et qu'elle leur a envoy une bonne
quantit d'armes, lesquelles pour cest effect, et pour armer ung
nombre d'hommes en ceste ville, elle a, ces jours passez, faict tirer
de la Tour.

Je ne say si ce feu se pourra aysement esteindre, mais il me semble
que le commancement n'est moindre que celluy qui a embras vostre
France. Il est vray que ceulx cy sont aprs  l'allumer par toute la
chrestient, si en aulcune manire ilz le peuvent faire, esprans que
le leur particullier sera de tant plutost esteinct que de toutes partz
l'on courra aulx remdes. Je n'ay poinct veu ceste princesse despuys
la nouvelle de ces troubles pour pouvoir juger quelle esprance elle a
de les apayser, et n'estime que je la doibve encores aller trouver de
quelques jours, sinon qu'il m'en vnt aulcune bonne occasion par voz
lettres, jusques  ce que Vostre Majest m'aura command l'office
qu'il luy plairra que je face l dessus envers elle, ainsy qu'il vous
peult souvenir, Sire, qu'elle s'est esforce d'en faire quelques ungs
envers vous au commancement des troubles de vostre royaulme. Sur ce,
etc.

    De Londres ce XXVe de novembre 1569.


    A LA ROYNE.

=Chiffre.=--[Madame, estant advenu cella mesmes, que Voz Majestez, par
leurs lettres du XXe septembre, m'ont signiffi estre de leur
intention, je vous envoye le Sr. de Sabran pour vous dire en quoy en
sont meintennant les choses, et comme elles monstrent d'estre si avant
qu'il fault qu'elles passent oultre; dont est temps que Vostre Majest
regarde comment s'en prvaloir, car d'aultres veillent pour les
convertir  leur proffict. Je ne me suys advanc de promettre rien en
particullier, mais seulement vostre assistance et faveur en gnral,
et suys trs ayse que la Royne d'Escoce, de laquelle nous venons de
recepvoir tout meintennant des lettres, concoure en mesmes opinion que
moy, qu'il ne fault rien mouvoir ouvertement contre la Royne
d'Angleterre, ains seulement qu'il playse  Voz Majestez envoyer ung
petit renfort de harquebouziers en Escoce, par prtexte de garder
Dombertran, qui puissent donner cueur  ceulx qui tiennent la part de
la dicte Dame dans le pays, et tenir en tel suspens le comte de Mora
qu'il n'oze venir, ny envoyer gens contre ceulx qui sont en armes en
Angleterre; et qu'au reste vostre bon playsir soyt d'envoyer ung
gentilhomme devers les Estatz d'Escoce pour les exorter  la
restitution de leur Royne, lequel ayt aussi charge, en passant, d'en
faire instance  la dicte Royne d'Angleterre et  ceulx de son
conseil; et que, des pencions et revenuz, que la dicte Dame a en
France, il vous playse l'en faire meintennant secourir pour les
occasions qui se prsentent, n'en ayant receu, despuys qu'elle est en
Angleterre, qu'envyron quatre mil {lt}; et de ces trois choses elle me
conjure ne faillir de vous en faire trs humble prire et trs grande
instance de sa part.

Aulcuns aultres m'ont dict qu'il est fort requis que Voz Majestez
facent faire aulcune dmonstration en Normandie et Bretaigne
d'aprester navyres, soubz colleur de serrer la mer  ceulx de la
Rochelle, et que cella donra cueur aulx catholiques de Cornoaille et
de tout le pays d'Ouest, qui ne sont moins fermes que ceulx du Nort,
et tant les ungs que les aultres estimeront que ce soit pour leur
secours; dont me semble,  la vrit, Madame, que ceste seulle
dmonstration, laquelle tiendra ceste princesse en doubte et les
aultres en espoir, sera plus  propos pour vostre service par de et
pour la commodit de voz prsens affaires en France, que si vous
passiez pour encores  plus grandz effectz. Et si, en aparance,
garderez de mesmes envers ceste princesse, et, en effect, mieulx
qu'elle n'a faict envers vous, les trettez de paix, lesquelz, despuys
ung an, vous luy avez promiz d'inviolablement observer.

Ce de quoy les soublevez ont meintennant plus de besoing pour
continuer leur entreprise est de deniers, et de cella requirent ilz
estre promptement secouruz. Le Sr. Roberto Ridolfy m'a pri de donner
adviz de toutes ces choses  monsieur le Nonce, qui est prez de Voz
Majestez, auquel il n'oze escripre, parce qu'il ne vient que de sortyr
de prison, o, pour le souspeon qu'on a heu de luy, il a est dettenu
ung mois; dont vous plairra, Madame, commander au Sr. de Sabran ce
qu'il luy aura  dire. Et remettant  luy mesmes de vous rendre compte
de toutes aultres particullaritez de de, je prieray en cest endroict
Nostre Seigneur, etc.]

    De Londres ce XXVe de novembre 1569.


MMOIRE AU DICT Sr. DE SABRAN.

=Chiffre.=--[Suivant ce que leurs Majestez m'ont command par leurs
lettres du XXe de septembre, le Sr. de Sabran leur dira que, pour la
cause de la religion, et pour le faict de la Royne d'Escoce, et pour
la dtention de ces seigneurs prisonniers, les armes sont  bon
escient prinses en ce royaulme par les catholiques vers les quartiers
du Nort; mais je puys protester que c'est sans aulcune injure que
j'aye procur procder en faon du monde de la part de Leurs dictes
Majestez, et sans les avoir constituez en cause qui puisse estre
rpute mauvaise envers Dieu ny le monde. Il est vray qu'esprans les
dictz catholiques n'estre habandonnez du Roy, ilz ont ainsy entreprins
ceste querelle, laquelle ilz estiment apartenir  Sa Majest plus que
 nul aultre prince chrestien, et sont aprs  me demander quelque
secours de luy, ainsy qu'ilz disent que ceulx du contraire party ont
envoy demander ung nombre d'harquebouziers  monsieur l'Admiral; sur
quoy Leurs Majestez me commanderont ce que je leur auray  respondre,
car pour encores je ne leur ay promiz rien de particullier.

Or, nonobstant la confrance et le pourparl d'accord, qui se faict
sur les diffrans des Pays Bas, le duc d'Alve ne laysse de cercher le
moyen comme il pourra bien allumer ceste guerre, car j'ay adviz qu'il
a mand aus dictz seigneurs du Nort, ne saichant encores leur prinse
d'armes, qu'encor qu'il eust propos d'attandre ung commandement plus
rgl du Roy, son Maistre, qu'il ne l'a sur ce qu'il auroit 
entreprendre avec eulx, et qu'il eust pens ne debvoir jusques alors
rien mouvoir ouvertement en leur faveur, ou au moins qu'il ne vt
qu'ilz eussent commanc quelque chose de leur part, et qu'ilz se
fussent miz aulx champs, ou qu'ilz eussent surprins quelque place, ou
prins aulcuns prisonniers, ou remiz par force la Royne d'Escoce en
libert; si est ce que, sans temporiser davantaige, il seroit prest de
leur fornyr cent mil escuz, et deux mille harquebouziers et mille
corselletz, et encore cinq centz chevaulx, s'ilz luy envoyoient ung
homme de qualit qui entendt le pays et les affaires, et qui le scet
rsouldre du temps et du lieu qu'il fauldroit faire ceste descente, et
luy dsigner ceulx qui s'y trouveroient pour la recepvoir et la
conduyre.

Et de cella l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a desj envoy
lettres  iceulx seigneurs du Nort par un capitaine de leur
intelligence, lequel ilz avoient pour aultres occasions dpesch par
de, et icelluy mesmes capitaine est prest de passer devers le duc
d'Alve, esprant qu'il accomplyra plus volontiers ses promesses, quant
il verra que l'entreprinse est plus advance qu'il ne cuydoit.

Possible que le dict duc est meu  cella pour n'esprer qu'il puysse
obtenir aulcune rayson ny accord sur les dictz diffrans, et pour
venger l'offance que vritablement il a receue des Anglois, aussi pour
porter quelque faveur aulx catholiques, et pareillement pour la
libert de la Royne d'Escoce; car toutes ces choses concourent  cest
affaire. Tant y a qu'il semble qu'il prtende principallement  la
conqueste du pays, car il a desj faict distribuer de l'argent, oultre
le compte de ce secours,  aulcuns grandz, qui sont bien fort parcialz
pour la mayson de Bourgoigne, et  d'aultres qui sont en obligation au
Roy d'Espaigne, du temps qu'il estoit Roy de ce pays, lesquelz sont
desj gaignez.

Et le dict sieur ambassadeur faict grand presse que la Royne d'Escoce,
puysque le duc de Norfolc est meintennant en prison, veuille dlaysser
le propos de mariage qu'elle a avecques luy, et que ce sera le Roy,
son Maistre, qui l'espousera, ou la pourvoirra d'ung si bon et
advantaigeux party, qu'elle n'en sauroit trouver de meilleur en
l'Europe; et faict grand instance que Me. Jehan Amilthon, serviteur de
la dicte Dame, soit envoy, avec lettres de crance d'elle, devers le
dict duc d'Alve, affin, dict-il, de mieux conclure tout le faict du
secours.

D'ailleurs l'on m'a donn adviz sur la ngociation du marquis de
Chetona que, pour la rendre plus agrable  ceste princesse, il semble
qu'il y mesle je ne say quoy de prjudice contre la France sur la
reddition de Callais et sur les entreprinses que la dicte Dame
vouldroit faire par dell; et qu'il luy mect en termes ung nouveau
mariage avec de trs grandz advantaiges qui ne sont  mespriser, et
qu'en toutes sortes le duc d'Alve, cognoissant une fort grande
importance de ce royaulme aulx affaires de son Maistre estime qu'il
ne pourroit en rien mieulx employer ses forces et ses moyens que d'y
estandre sa grandeur s'il peult.

Et, de tant qu'ung asss principal personnaige de ceste court, qui est
fort protestant, a dict en quelque lieu que le duc d'Alve ne se
monstroit trop contraire  ceulx de leur religion, ny ne procdoit, 
ceste heure, que bien respectueusement envers eulx; et que mesmes,
lorsque le duc de Deux Pontz temporisa si long temps d'entrer en
France, ce fut pour taster l'intention du dict duc d'Alve, lequel,
monstrant se prparer contre luy parce qu'il avoit receu le prince
d'Orange et ses gens en sa compaignye, et qu'il craignoit que ce ft
pour redescendre aulx Pays Bas, ne voulant le dict duc de Deux Pontz
avoir  faire, tout  la foys, au dict duc d'Alve et  monsieur
d'Aumalle, qui luy estoit en teste, n'entreprint jamais de marcher,
jusques  ce que le dict duc d'Alve l'eust asseur que, pourveu qu'il
n'entrt aulx estatz de Flandres, il ne s'armeroit aulcunement contre
luy, et ne bailleroit au Roy que le secours qu'il ne luy pourroit
honnestement reffuzer; et que despuys, quant il a entendu la victoire,
que Monsieur, frre du Roy, a gaigne, il luy est eschapp de dire que
l'Admyral n'estoit pourtant du tout deffect, et qu'il n'estoit encores
besoing qu'il le ft; j'ay beaulcoup suspectes les ngociations et
pratiques du dict duc d'Alve, qui est homme qui les sayt projecter de
loing.

Tant y a qu'en ce qu'il prtend de mouvoir dans ce royaulme, je le
laysse vollontiers passer comme une entreprinse desj commance, en
laquelle il se dclaire fort qui n'est pour estre bientost acheve, et
ne se peult encores juger quel bout elle fera; mesmes je l'advance,
sans me rendre suspect, possible, plus que ses propres ministres,
esprant que cella pourra revenir au sollaigement des affaires du
Roy, avec ce, que je ne voys pas que les choses soient encores si
disposes icy pour le dict duc, que ses intelligences ayent  sortir
sitost ny si bien  effect comme il le desireroit.

Au regard du mariage de la Royne d'Angleterre je croy qu'on n'y battra
que  froid, comme les aultres foys qu'on l'a cy devant entreprins,
car luy ayant ung des seigneurs de son conseil naguires remonstr
qu'elle estoit pour avoir dorsenavant toutjours troubles et esmotions,
quant ses subjectz verront n'y avoir plus espoir de son mariage, ny
d'avoir ligne d'elle; et que pourtant elle feroit bien de se
rsouldre bien tost  quelcun, et convoquer  cest effect son
parlement pour en dellibrer; et que, s'il luy playsoit avoir agrable
celluy du duc de Norfolc, tout son royaulme en seroit fort contant;
elle a respondu que, si ses subjectz l'aymoient et desiroient la veoir
vivre ou avoir ligne d'elle, qu'ilz debvoient la laysser en sa
libert de se maryer ou non, et de prendre tel party qu'elle
vouldroit, sans luy en proposer ung ou aultre sellon leur affection,
qui, possible, ne luy estoit agrable; et, quant  convoquer son
parlement, que nul de ses prdecesseurs n'en avoit jamais tenu que
trois en sa vie, et elle en avoit desj tenu quatre, dont, en ce
dernier, l'on l'avoit tant tourmente de ceste matire de mariage,
qu'on l'avoit faicte rsouldre  deux choses:--l'une, _de ne tenir
jamais plus parlement_, et l'autre, _de ne se maryer jamais_,--et
qu'elle dellibroit mourir en ceste opinion.

Touchant la Royne d'Escoce, je fays,  la vrit, tout ce que je puys
pour interrompre la pratique du duc d'Alve et confirmer ce qui est
entre elle et le duc de Norfolc, et en cella, la dicte Dame et le
dict duc, encor qu'ilz soyent bien restrainctz et esloignez l'ung de
l'aultre, ilz promettent toutesfoys, du lieu o ilz sont, qu'ilz ne
s'abandonneront jamais, et respectent si fort leur mutuel bien et
advantaige que chacun de son cost monstre mespriser sa propre
libert, et quasi sa vie, pour servir  celle de l'aultre; mais je
crains que leur longue prison admne du changement en leurs affaires.
Tant y a que j'ay pourveu que le susdict Amilthon, qui part pour aller
devers le dict duc d'Alve, ne porte poinct de lettres de crance de la
dicte Dame, parce que, ayant, aultres deux foys, est envoy devers
luy, semble qu'il s'est ung peu trop advanc du mariage de sa
Mestresse, et est sa crance limite pour le secours seulement, si,
d'advanture, il passe jusques  luy.]


AULTRE MMOIRE AU Sr. DE SABRAN.

=Chiffre.=--[Que le courroux de la Royne d'Angleterre continue encores
bien grand contre ceulx qui se sont meslez du mariage du duc de
Norfolc et de la Royne d'Escoce, et de tant que les catholiques,
lesquelz elle escoutoit asss vollontiers auparavant, ont monstr ne
le trouver mauvais, et qu'au contraire toutz les protestans, sinon le
comte de Lestre, l'on contradict comme leur estant grandement suspect,
elle a du tout esloign d'elle les catholiques et s'est commise de
toutz ses affaires aulx protestans. Lesquelz n'ont pas oz encores luy
mettre en avant tout ce qu'ilz vouldroient contre les seigneurs qui
sont en prison ou en arrest,  cause du dict comte de Lestre, qui
s'est trouv mesl en leur affaire, ny contre les catholiques qu'ilz
craignent du pays du Nort, ny pareillement contre la Royne d'Escoce,
ny aussi contre la paix de France, ny contre celle qu'elle a avec le
Roy d'Espaigne, parce qu'ilz ne trouvent que la dicte Dame ayt le
cueur dispos pour attempter de si grandes et difficiles entreprinses.

Mais ilz ne layssent de luy donner beaucoup de grandes impressions sur
toutes ces choses, et ne se soucient que, soubz ombre de luy faire
vitter l'inconveniant des unes, elle aille tumber au dangier des
aultres, pourveu qu'ilz la puissent mener l o ilz prtandent.

Et ainsy, pour le regard des choses de France, desquelles nous ferons
premirement mencion, ilz tiennent la dicte Dame en craincte que, au
cas que par une gnralle victoire le Roy vienne  boult de la guerre
de son royaulme, qu'il est sans doubte qu'il la luy viendra
incontinent commancer au sien, et que pourtant elle ne doibt rien
espargner pour faire qu'elle luy dure longuement, ou au moins pour le
contraindre de venir  ung accord, auquel elle ne soit poinct oblye.

Et ne la pouvant pour cella induyre de mouvoir aulcune chose
ouvertement contre le Roy, ilz en mnent d'eulx mesmes d'aultres,
soubz main, du cost d'Allemaigne, et d'icy, et pareillement  la
Rochelle, qui ne sont moins prjudiciables; et aprs qu'elles sont
descouvertes, ilz les collorent de tant d'apparance de proffict pour
ce royaulme, que les plus auctorizez du contraire party sont
contrainctz, en plain conseil, d'en laysser passer la plus part, et
mesmes, quant il y en a aulcunes s quelles ne peult eschoir aulcun
honneste adveu sellon les trettez, ilz n'ont honte de conseiller la
dicte Dame de les dsadvouher.

Meintennant ilz sont aprs  dpescher le Sr. de Quillegrey, avec
l'homme du comte Pallatin, en Allemaigne, pour aller mouvoir, par
lettres et par promesses, les princes protestans au secours de ceulx
de la Rochelle.

Et par le sentyment que j'ay, d'aulcunes sommes qu'on serche
secrectement estre fornyes par les merchantz de Londres en Hembourg,
il semble qu'il emportera lettre de crdict, pour respondre du
payement de celles, que Mr. de Lizy aura desj promises sur les bagues
de la Royne de Navarre, lesquelles il a partie emportes, et partie
laysses icy; et que mesmes, avec la contribution que les esglizes
protestantes de ce royaulme pourront faire cette anne, quelcun m'a
dict qu'il pourra estre forny jusques  LX mil livres esterlin, qui
est deux centz mil escuz, ce que je mtray peine de savoir mieulx au
vray.

D'ailleurs, ilz sollicitent les particulliers protestans de de de
donner, chacun pour son regard, ce qu'ilz peuvent d'ayde et
d'assistance  ceulx de la Rochelle en faveur de la religion; les
ungs, en contribuant  leur secours; les aultres, en menant quelque
commerce avec eulx; et aultres, en leur portant des rafreschissemens;
et proposent grand scrupulle de conscience  ceste princesse, si elle
les vouloit empescher; et puys couvrent leurs pratiques, pour le
regard de celles de la Rochelle, de la libert du traffic qui leur est
permise par les trettez en tout le royaulme de France; et celles
d'Allemaigne, que ce n'est que pour entretenir l'ancienne intelligence
de ceste couronne avec les princes de l'empyre; et que l'argent qui y
va n'est que pour payer les debtes de ce royaulme; et font quelques
foys que leur Mestresse respond l dessus que, comme le Roy s'ayde des
Allemans pour conserver son authorit, en quoy elle ne le veult
aulcunement empescher, aussi s'en veult elle ayder pour deffandre sa
religion, ce qu'il ne doibt trouver mauvais.

Et n'y a poinct de doubte qu'ilz s'esforceront de faire dclairer ce
royaulme ouvertement  la guerre, affin de relever les affaires de
leur religion, tant il leur semble que la victoire du troisiesme
d'octobre les a esbranlez en la chrestient, s'ilz n'y trouvoient
ceste princesse aulcunement opposante; laquelle, pour ceste occasion,
je mne le plus doulcement que je puys, affin qu'elle ne traverse et
ne donne de l'empeschement davantaige aulx affaires du Roy; et ne suys
encores guires bien asseur d'elle, parce que souvant elle se rend
facille  leurs persuasions, mais je le serois beaulcoup moins si les
propres affaires de la dicte Dame ne se trouvoient  ceste heure
aulcunement brouillez dans son royaulme.

Quant aulx seigneurs, qui sont icy en prison et en arrest, lesquelz se
souloient opposer aulx menes des dictz protestans, et les
descouvroient et interrompoient asss souvant, iceulx protestans, qui
manyent tout, les entretiennent en esprance que leur dtention ne
sera longue, et que le plus dangereux est desj pass, et que, pour
mieulx apayser le courroux et mal contantement qu'elle a consceu
contre eulx, il leur est besoing d'avoir encores ung peu de pacience;
mais en effect ilz tchent de les faire tremper[21] en prison, et
cependant font une extrme dilligence de cercher de toutes partz
quelque vriffication contre eulx, mesmement s'ilz ont rien praticqu
en France ny aulx Pays Bas.

  [21] C'est--dire Temporiser, de _Trempance_, dlai,
  prolongation; _temperation_.

Et affin que le peuple ne s'esmeuve pour leur dtention, et que les
aultres de la noblesse, qui sont de leur party, ne soyent par cest
exemple espouvantez de venir en court, quant ilz seront mandez, ilz
publient que la dellivrance de ceulx cy sera du jour au lendemain;
mais, voyantz que cella ne leur sert vers Norfolc et vers le pays du
Nort, d'o les gourverneurs mandent qu'ilz ne peuvent contenir le
peuple, et qu'au reste les dictz de la noblesse sont advertys de ne se
fyer aulx mandemens des dictz protestans, s'ilz ne veulent
exprimenter la prison, comme les aultres seigneurs, ilz ont naguires
faict dpescher plusieurs lettres vers ces quartiers l, premirement
aulx principaulx de la noblesse, qu'ilz ayent  se reprsanter en
court devant leur Royne dans quinze jours, pour aulcunes occasions
concernantz le bien du royaulme; de quoy s'estantz, une et deux foys,
excusez, et l'ayant,  la troisiesme foys, du tout reffuz, ilz les
ont envoy sommer par ung hrault, sur peyne de rbellion et de lze
majest:

Aultres lettres  ceulx qui ont charge par les dictes provinces, qui
sont presque tous protestans, que, entendant la dicte Dame se
continuer ung bruict de sublvation vers leurs quartiers, ilz ayent 
descouvrir d'o cella procde et qui en sont les autheurs; et si, en
nulle part, l'on faict amaz d'armes et de pouldres en plus grande
quantit et en aultre manire qu'il n'a est veu et n'a est ordonn
par les dernires monstres; et que chacun d'eulx ayt  recepvoir
nouveau srement, de ceulx qui sont en leur jurisdiction et
gouvernement, qu'ilz observeront les choses ordonnes au dernier
parlement sur le faict de la religion, et qu'en ce, que les dcretz du
dict parlement ne les auroient asss obligez et qu'aulcuns feroient
scrupulle de prester meintennant ce srement, s'ilz sont de la
noblesse, qu'ilz ayent  prendre obligation d'eulx de deux centz
livres esterlin, c'est six cens soixante six escuz, et s'il est de
moindre qualit, de deux cens marcz, c'est quatre cens escuz, qu'ilz
demeureront fidelles et obyssantz subjectz  la Royne.

Davantaige ont escript aus dictz officiers que, de la moindre
nouvellet qu'ilz verront advenir, ilz ne faillent d'en donner
incontinent adviz  la court, leur ayant cependant envoy, de main en
main, grand nombre d'armes pour les distribuer secrectement aulx plus
parcialz protestans; et que des plus principaulx des dictz officiers
cinq ou six ayent  s'achemyner vers la dicte Dame, pour luy venir
tesmoigner les choses qu'en faisant ceste description ilz auront
descouvertes; et s'ilz ne pouvoient, sinon avec leur dangier ou avec
le dangier du pays, au cas qu'ilz l'habandonnassent ou qu'ilz
s'esloignassent de leurs charges, venir par de, qu'ilz escripvent
amplement, par quelque homme de bien, seur et secrect, l'entire
relation de toutes les dictes choses, sign de leurs mains, qui puisse
faire foy contre les coulpables, ce qui s'entend principallement
contre ceulx qui sont en arrest.

Et j'entendz qu'on avoit suppos ung homme, comme venant de la part
des dictz officiers, sans porter toutesfoys aulcune lettre, par lequel
ilz avoient faict tesmoigner  ceste Royne que les choses n'alloient
que bien vers leurs quartiers, expciallement en l'endroict du peuple,
lequel demeuroit ferme et constant pour elle; et que, si ceulx de la
noblesse vouloient rien entreprendre contre son aucthorit, qu'ilz
leur courroient sus, et que mesme la pluspart des dictz de la
noblesse, entendans que la prison de ces seigneurs n'estoit que pour
leur plus grande justiffication, demeuroient contantz sans rien
entreprendre.

Mais ilz n'ont peu long temps dissimuler la vrit de ces affaires 
la dicte Dame, car, coup sur coup, est venu nouvelles comme le comte
de Northomberlant s'estant saisy de la ville de Duran y a relev le
crucifix et faict dire la messe, o six  sept mille personnes ont
assist; et bien tost aprs les propres lettres du dict comte sont
arrives, par lesquelles il signiffie son intention et la cause de son
entreprinse  la dicte Dame avec offre de luy rendre entire
obyssance, aprs Dieu, auquel il propose, quoy que ce soit, de garder
sa conscience pure en la vraye relligion catholique, mais de rsister
fermement  la violence et indiscrtion d'aulcuns particuliers qui
sont auprs de la dicte Dame. Et ainsy, vivans les dictz protestans en
grand deffiance des catholiques, tant plus ilz ont cuyd estreindre et
presser la matire, tant plus semble qu'elle est preste de leur
eschapper des mains.

Au regard de la Royne d'Escoce, les dictz protestans reprsentent  la
Royne d'Angleterre ung trs grand dangier de son estat, si elle
n'interrompt le mariage d'elle avec le duc de Norfolc, lequel luy est
d'ailleurs si odieux, qu'elle y est aysement persuade; mais on
cognoist bien qu'ilz n'ont si grand soing de son estat, comme ilz
craignent que le dict mariage relve la partie des dictz catholiques
dans ceste isle; et ayant est par aulcuns propos  ceste Royne de
renvoyer en quelque bonne et honneste faon la dicte Royne d'Escoce en
son royaulme, ce qu'elle n'a reject (et m'a dict  moy mesmes en
certain propos l dessus, qu'il luy tardoit plus de la savoir hors
d'Angleterre que  elle mesmes d'en sorty), la dicte dame a trouv bon
de le mettre en avant  l'abb de Donfermelin quant il s'en est
retourn, affin qu'il dispost le comte de Mora de vouloir recepvoir
la dicte Royne sa soeur et Mestresse avec honneur et seuret; mais les
dictz protestans ont despuys men une si vifve et dilligente praticque
dans ce conseil, qu'ilz ont faict rsouldre que, pour plus grande
seuret de cest estat, il estoit besoing de la retenir soubz seure
garde par de, enchargeant de nouveau au comte de Cherosbery d'y
avoir plus grand soing que jamais; lequel,  ce que j'entendz, a mand
que toute l'Angleterre ne la sauroit mettre en libert, si la Royne,
sa Mestresse, ne le commandoit.

Et semble que, pour l'heure prsente, la dicte rsolution ne sera que
salutaire  la dicte Royne d'Escoce, car l'on a opinion qu'elle ne
seroit bien asseure de sa vie ez mains du dict comte de Mora, et je
croy que, tant qu'elle sera ez mains de la Royne d'Angleterre, sa
personne ne prendra poinct de mal, sellon certains propos que la dicte
Dame m'a tenuz, quant elle s'est pleincte  moy de ce que la dicte
Royne d'Escoce s'estoit vollue adresser au duc de Norfolc, aulx comtes
d'Arondel, de Lestre et de Pembrot, pour la cuyder contraindre de
faire quelque chose par force; et que ceulx l n'estoient que ses
subjectz advancez par elle, et, comme elle les avoit faictz, elle les
pouvoit deffaire; et que desj ayant miz la main sur le plus grand,
elle la mettroit bien sur les moindres, quant elle vouldroit; et que
la dicte Royne d'Escoce debvoit avoir considr qu'ilz ne luy seroient
jamais si bons, ny si bien affectionnez comme elle, car, si elle eust
vollu croyre leur conseil et mesmes celluy du duc, quelle amyti qu'il
y ayt meintennant, elle ne seroit plus au monde, mais qu'elle aymeroit
mieulx mourir que de l'avoir consenty ny souffert.

Sur quoy, je miz devant les yeulx  la dicte Dame aulcunes
considrations, qui avoient meu la Royne d'Escoce de s'adresser 
eulx pour les affaires de sa libert et restitution, parce qu'elle les
leur avoit commiz, et s'en estoit dessaysie au grand regrect de la
dicte Dame, laquelle n'avait rien tant desir que de pouvoir venir en
sa prsence pour tretter avecques elle seulle, mais ses ennemys
avoient toutjour miz peyne de l'empescher; et, quant au mariage du
duc, j'entendois que cella n'estoit aulcunement procd d'elle, ains
luy avoit est propos par ceulx de son conseil, et qu'elle avoit
toutjour respondu qu'elle s'y gouverneroit sellon que la Royne
d'Angleterre et ceulx de sa noblesse la conseilleroient; par ainsy se
voyoit que son intention n'avoit jamais est de l'offancer: et semble
que, sans les artiffices des protestans, lesquelz sont grandement
contraires  la dicte Royne d'Escoce, la dicte Dame seroit asss bien
dispose envers elle.

Au surplus, encor que la dicte Royne d'Angleterre et les plus grandz
de ses subjectz ayent intention d'entendre  l'accord des diffrans
des Pays Bas, et que iceulx, mesmes protestantz, pour aulcun respect,
savoir est, du commerce, monstrent d'y concourir avec elle, sans ozer
ouvertement le contradire, parce qu'il est grandement desir du peuple
(et l'alliance de Bourgoigne a grand part dans ce royaulme), si
travaillent ilz bien fort, d'ailleurs, d'en prolonger tant qu'ilz
peuvent la matire, affin que ce suspens leur puisse toutjour servir
de couverture pour les pratiques, et transport d'argent et de
merchandises, qu'ilz font en Allemaigne, d'o ceulx de la nouvelle
religion sont grandement accommodez.

En quoy voyantz que le Roy d'Espaigne ne s'est tant vollu tenir ceste
foys sur la rputation, qu'il n'ayt envoy le premier requrir le dict
accord  ceste princesse (chose qu'ilz n'esproient debvoir jamais
advenir, et de laquelle ilz ne mettent en petit compte l'advantaige,
qu'ilz se vantent d'avoir faict gaigner en cella  la dicte Dame), ilz
luy proposent meintennant que, soubz la facillit d'ung si puissant
prince comme est le Roy d'Espaigne, le duc d'Alve va trainant quelque
grand malice; et que la lettre, que le duc luy a meintennant envoye
de son Maistre, peult bien estre ung vieux blanc qu'il a remply  sa
poste; dont, s'il fault entrer en trett, estiment que cella doibt
estre tant des choses passes et de celles du prsent, que pour celles
qui peuvent advenir entre eulx, et, si le pouvoir du marquis de
Chetona n'est suffizant pour tout cella, qu'elle doibt remettre
l'affaire en un aultre temps, s'esforceans par ce moyen de
l'interrompre. Mais estimant la dicte Dame que de ceste lgation
rsultera ou la paix ou la guerre, mal vollontiers veult elle rejecter
les propos du marquis de Chetona; et nantmoins ne peult trouver
mauvais que toutz les diffrans soyent vuydez  une foys, dont a
trouv bon qu'il se soit desj faict une assemble de gens de lettres
pour examiner le dict pouvoir, et qu'au cas qu'il ne soit suffizant,
qu'on en face venir de plus ample; dont, encor qu'ilz n'ayent
interrompu la matire, ilz l'ont au moins prolonge encores pour
quelques moys, et pourra estre que le dict marquis s'en retourne sans
rien faire.]




LXXVe DPESCHE

--du dernier jour de novembre 1569.--

(_Envoye par homme exprs jusques  Calais._)

  Nouvelles de la rvolte du Nord.--Force des
    rvolts.--Impuissance de lord Hunsdon et du comte de Sussex
    pour les rduire.--Crainte d'un soulvement des catholiques
    dans le pays de Galles.--Sollicitation du comte de Leicester
    pour obtenir le commandement en chef de l'expdition contre les
    rebelles, qui est donn au comte de Warwick, son frre.--Le
    comte de Leicester, tabli lieutenant gnral, a la conduite de
    toutes les affaires.--Nombreuses leves de troupes faites dans
    toutes les parties de l'Angleterre, pour s'opposer  ceux du
    Nord.--Le comte de Shrewsbery est charg de conduire Marie
    Stuart  Coventry, et de la mettre sous la garde du comte de
    Huntingdon.--Demandes que l'on dit tre faites par ceux du Nord
    dans leurs proclamations.--Les ngociations avec l'Espagne sont
    sur le point d'tre rompues.--Soupons d'lisabeth que
    l'Espagne et la France ont excit les troubles du
    Nord.--Nouvelles d'Allemagne, o le duc Casimir s'apprte 
    commencer son expdition.--_Proclamation de la reine_ contre
    ceux du Nord.--Violents reproches adresss aux comtes de
    Northumberland et de Westmorland.--Ils sont dclars
    tratres.--_Proclamation de ceux du Nord._--Ils protestent de
    leur dvouement  la reine.--Ils demandent le rtablissement de
    la religion catholique.


    AU ROY.

Sire, ceulx qui se sont eslevez au Nort poursuyvent leur entreprinse,
lesquelz ayant faict leur premire assemble  Duren d'envyron six mil
hommes de pied et quinze centz chevaulx, se sont miz aulx champs, et
ont march en bon ordre jusques bien prez de Yorc, et, en marchant,
ilz ont toutjour accreu et renforc leur troupe, laquelle l'on estime
estre  prsent de plus de quinze mille hommes. Milor Housdon, qui
avoit est dpesch pour leur aller au devant, ne se sentant asss
fort pour les combattre, s'estoit arrest en ung lieu par dell Yorc,
o l'on dict qu'il a est surprins et qu'il est demeur prisonnier
entre leurs mains; je n'en say encores bien la certitude. Le comte de
Sussex, prsidant et gouverneur du pays, n'a encores de quoy leur
faire grand empeschement; aussi dict on qu'il n'a vollont de guires
les empescher. Il avoit envoy ung sien jeune frre, nomm le sieur
d'Aygremont, avec trois cents chevaulx, pour battre l'estrade et
recognoistre le chemin qu'ilz prendroient, lequel,  ce que j'entendz,
s'est all joindre  eulx. Au contraire, le sire Georges Bos, qui
monstroit estre de la part des eslevez, s'estant jett dans ung fort
au dict pays du North, a dclair le tenir pour la Royne, sa
Mestresse. Le comte de Betfort a est dpesch en Galles pour aller
contenir le pays, duquel l'on ne crainct moins l'eslvation que du
North.

Le comte de Lestre a faict, par plusieurs foys, une grande instance,
le genou en terre,  la Royne sa Mestresse, de l'envoyer chef et
gnral  ceste entreprinse, mais non seulement elle le luy a reffuz,
ains luy a trs expressment command de ne bouger, et comme  celluy
qui, quasi seul des principaulx de la noblesse, se retrouve
maintennant prs d'elle capable de conduyre les grandz affaires qui se
prsentent, elle les luy a commiz et l'a cr comme son lieutenant
gnral et superintendant sur tout le royaulme, estantz presque toutz
les aultres du conseil, qui sont prsens, ou trop vieulx ou gens de
lettres, et le secrtaire Cecille tumb fort mallade; mais elle a
faict gnral en la campaigne, pour commander sur les armes, le comte
de Vuarvic, frre du dict de Lestre, lequel ayant incontinent ordonn
aulcuns capitaines, s'en est all  Vuarvycsther son pays, qui est sur
le chemyn que tiennent ceulx du North, affin d'assembler promptement
des forces pour leur rsister.

L'Admyral d'Angleterre est aussi party pour aller lever gens en son
quartier, qu'on appelle Linconsther, et dict on qu'il a commission de
passer jusques devers ces seigneurs du North pour savoir ce qu'ilz
demandent; et semble que le comte [de] Dherby et milord Dacres du Nort
s'entremettent aussi de modrer les choses, mais, en effect, l'on
estime qu'ilz sont de la part des eslevez. Plusieurs gentishommes et
pencionnaires de court ont est dpeschez pour aller faire chacun une
compagnye, mais plusieurs aussi s'en sont partys sans cong, qu'on
dict estre allez de l'aultre part. L'on est aprs  lever quatre mil
hommes en ceste ville aulx despens des habitans. Il est arriv prez de
la personne de ceste Royne trois centz harquebouziers, vieulx soldatz,
de l'isle d'Ouyc. Toutz les officiers de la maryne ont est mandez
comme pour faire dmonstration d'ung grand armement, et a l'on
artifficieusement publi qu'on aprestoit douze navyres, affin que les
eslevez et pareillement le marquis de Chetona le creussent ainsy; mais
en effect, des douze grandz navyres qu'ilz ont toutjour tenu prestz,
ilz n'ont mand meintennant d'en quiper et mettre  la voille que
sept, et d'iceulx n'en getter pour encores que trois en mer, savoir,
_l'Ayde_, _l'Arondelle_ et _le Phoenix_, avec cinq cens hommes
seulement, bien que l'ordinaire fornyment des trois est de sept centz
cinquante hommes, avec commandement de s'aller tenir sur le Pas de
Callais pour guetter ce qui entrera et sortyra de ce royaulme.

Et au comte de Cherosbery a est envoy une commission de lieutenant
de Roy en la contre o est assize sa principalle mayson, le
deschargeant de la garde de la Royne d'Escoce, laquelle, pour ceste
occasion, il doibt admener,  ce qu'on dict, du premier jour en la
ville de Conventry, l o le comte de Huntingthon la recepvra de
rechef en sa charge, pour la conduyre  Quilingourt, maison du comte
de Lestre, ou bien  Vuyndesor, d'o l'on dict que la Royne
d'Angleterre, pour luy faire place, s'en vient la sepmaine prochaine 
Hamptoncourt, et la consigner l en la garde de quelque aultre, lequel
je ne say encores qui ce sera.

L'on dict que les dicts eslevez demandent cinq choses:

La premire, est la runyon de la religion avec rformation d'icelle,
et, quoy que soit, le restablissement de la catholique par tout le
royaulme, affin que les estrangiers n'entrepreignent de l'y venir
restablir;--la seconde, est le rglement du Conseil d'Angleterre pour
y remettre les principaulx et plus anciens de la noblesse qui avoient
accoustum d'en estre, et chasser aulcuns nouveaulx, que mal  propos
l'on y a introduict;--la troisiesme, est la dlivrance du duc de
Norfolc et aultres seigneurs, qui sont en prison ou en arrest;--la
quatriesme, est la restitution de la Royne d'Escoce  sa couronne,
comme prochaine parante et hritire prsomptive de celle de ce
royaulme aprs sa cousine;--et la cinquiesme, est de chasser
d'Angleterre toutz les estrangiers, qui y sont fuytifz des aultres
pays;--et m'ont aulcuns asseur d'avoir leu de leurs escriptz qui
contiennent tout cella. Tant y a que celluy que j'ay veu ne touche que
le poinct de la religion, en la forme que Vostre Majest verra. Bien
pens je que de leur cost soit venu certain libelle diffamatoire
contre l'estat de ce gouvernement et contre ceulx qui le manyent, 
cause duquel je croy que la Royne d'Angleterre et son conseil ont
ainsy pass oultre  dclairer rebelles les deux comtes et ceulx qui
sont avec eulx de ceste entreprinse, comme le porte sa proclamation.

Le marquis de Chetona n'a pour encores grande esprance de pouvoir
accorder les diffrans d'entre ce pays et les Pays Bas, veu certaine
responce que la Royne d'Angleterre luy a desj faicte sur la
deffectuosit de son pouvoir; tant y a que, avec asss de regrect
d'elle et des siens, vers lesquelz croyt le souspeon de la demeure du
dict marquis par de despuys ces troubles, il a vollu attandre
encores une responce du duc d'Alve, premier que de prendre cong; et
semble que, en toutes sortes, le dict accord est recerch de la part
du Roy d'Espaigne, voyre avec dsavantaige, dont sera merveille si en
fin ceulx cy ne condescendent de l'accepter, voyantz mesmement les
choses du dedans de leur royaulme n'aller si bien qu'ilz puissent
entendre  celles du dehors. Sur ce, etc.

    De Londres ce XXXe de novembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, ayant comprins, par le retour du dict Sr. de La Croix et par
les lettres qu'il m'a apportes, beaulcoup de choses de vostre
intention, je mettray peine de les accomplir le plus entirement qu'il
me sera possible, et me semble que la bonne lettre, que le Roy a
escripte  monsieur l'ambassadeur d'Angleterre, touchant
l'interception de mon pacquet, et touchant le faict de la Royne
d'Escoce, a est bien  propos. L'on dict que la Royne d'Angleterre
porte ung merveilleux ennuy dans son cueur de ceste eslvation du
North, disant avecques larmes qu'elle n'a rien moins mrit que cella
de ses subjectz, et qu'elle ne peult croyre qu'ilz ayent sitost obly
les bons trettemens qu'ilz ont toutjour receu d'elle, pour s'en
monstrer  ceste heure si ingratz; et qu'il fault que cella procde de
la mene d'aulcuns estrangiers, dont est entre en grande souspeon et
deffiance du duc d'Alve et des ministres du Roy d'Espaigne, et se
crainct asss de Voz Majestez Trs Chrestiennes pour les choses
qu'elle sayt que les siens ont men avec ceulx de la Rochelle; mesmes
qu'il semble,


=Chiffre.=--[Qu'ung nomm le Sr. Standen, Anglois, lequel, despuys la
mort du feu Roy d'Escoce, s'est tenu en France, ayt, entre aultres
particullaritez de la bataille et de ce qui a succd despuys icelle,
naguires escript  ung sien frre en ceste ville, qu'il se prparoit
quelque entreprinse en France contre ce pays, dont icelluy frre a
est interrog l dessus, et de certaine prison appell le _Flit_ o
il avoit est long temps dettenu l'on l'a remu dans la Tour,]--Vostre
Majest advisera s'il sera bon de rasseurer ceste princesse de vostre
part, ou la laysser en ce suspens.

Les adviz, qu'on a icy d'Allemaigne, sont que le duc de Cazimir a sa
leve de quatre mille chevaulx et quelques gens de pied toute preste,
et, qu'aussitost qu'il aura touch certain argent, que je prsume
estre celluy des bagues de la Royne de Navarre, qu'il marchera. Je ne
say si Mr. de Lizy aura trouv les deniers si prestz de dell, mais
le Sr. Grassan, qui est aprs  cercher icy parmy les merchans
cinquante mil {lt} esterlin (c'est cent soixante sept mille escuz)
pour frayer  la guerre qui se commance icy, ou pour envoyer en
Allemaigne, pensant les pouvoir trouver en quatre heures, n'a, en dix
jours, peu assembler qu'envyron cinquante mil escuz; n'ozantz ceulx cy
encores distribuer rien de ce qui est provenu d'Espaigne. Nantmoins,
sellon aultres adviz qui sont venuz du duc d'Alve, l'on dict qu'il ne
s'entend encores pas ung mouvement de guerre en Allemaigne.


=Chiffre.=--[_L'homme merqu de pouldre au visaige_]--m'est, despuys dix
jours, venu deux foys dire adieu pour s'en retorner, allgant quelques
occasions de son retardement, et en fin, m'a dict qu'il avoit fort
bien accomply ce qu'il avoit  faire par de. Sur ce, etc.

    De Londres ce XXXe de novembre 1569.


  PROCLAMATION DE LA ROYNE D'ANGLETERRE contre ceulx qui se sont
    eslevez au pays du North.


    PAR LA ROYNE.

   La Majest de la Royne a est diversement informe, sur la fin de
   l'est, qu'il se faisoit de secrectes menes en aulcuns lieux du
   pays de Yorc et en l'vesch de Duren, qui monstroient tendre 
   une prochaine assemble et esmotion de peuple insolent; de quoy,
   parce que, du commancement, les informations ne contenoient
   aulcune vidante preuve, Sa Majest y a heu moins d'esgart jusques
    ce que [ l'occasion] des secrectes assembles et conventions,
   que faisoient les comtes de Northomberland et Vuesmerland avec
   aulcunes personnes suspectes, les susdictz raportz ont est
   renouvellez, et que le bruict et le commun parler d'ung chacun est
   all, de lieu en lieu, sur eulx, qui les a expressment nothez
   d'en estre les autheurs.

   Sur quoy, le comte de Sussex, prsidant pour Sa Majest en ces
   parties du North, en a donn advertissement, adjouxtant toutesfoys
   qu'en sa conscience il n'estimoit que ce ft aultre chose que
   rumeurs soubdeynement levez et soubdainement finyes; et encores,
   ayant incontinent mand les dictz comtes pour confrer avec eulx
   de ces rumeurs, desquelles ilz ne pouvoient nyer qu'ilz n'en
   eussent ouy parler, ilz dissimulrent nantmoins allors bien
   faulcement, ainsy qu'il apert  ceste heure, et protestrent
   qu'ilz estoient ignoscens de ces occasions, offrans de despandre
   leurs vyes contre ceulx qui romproient la paix; et fut donn par
   le dict sieur prsidant tant de foy  leurs sremens, que non
   seulement ilz furent licenciez pour s'en retourner, ains leur fut
   baill pouvoir d'examiner les causes des dictz bruictz.

   Toutesfoys le feu, qu'ilz couvroient de leurs trahisons, estoit si
   grand qu'il errompit bientost nouvelles flammes, dont Sa Majest,
   estant encores marrye d'entrer en aulcune ouverte mesfiance de
   ceulx de sa noblesse, et desirant pour ceste occasion voir les
   dictz comtes nettoys de cest scandalle et son bon peuple demeurer
   en paix, lequel vyt en grand peur d'estre pill, commanda au dict
   sieur prsidant de faire entendre aus dictz deux comtes, au nom de
   Sa dicte Majest, qu'ilz eussent  venir devers elle.

   Sur quoy, ayant desj, comme il est vraysemblable, le dict sieur
   prsidant descouvert quelque chose davantaige de leurs mauvaises
   intentions, leur escripvit seulement de venir devers luy pour
   conseiller d'aulcuns affaires appartenans au conseil, ce qu'ilz
   diffrrent de faire avec des responces frivolles; et, les en
   ayant de rechef plus expressment requis, ilz le dnyrent tout
   ouvertement.

   En fin Sa Majest leur a envoy ses propres lettres affin de ne
   faillir de venir devers elle, mais, nonobstant icelles, ilz l'ont
   entirement reffuz, et auparavant la prsentation des dictes
   lettres, ayantz assembl ce qu'ilz avoient peu de personnes, qui
   n'estoit toutesfoys grand nombre, parce que les plus honnestes
   gens leur avoient reffuz d'y aller, ilz sont entrez en une
   actuelle et ouverte rebellyon, se sont armez et fortiffiez en
   toute manire d'hostillit, et ont invad maysons et esglizes, et
   ont publi en leurs propres noms des proclamations pour mouvoir
   les subjectz  prendre leur party, comme ayantz intention de
   rompre et subvertir de leur propre authorit les loix, et
   menassant le peuple que, quand ilz ne pourront achever leurs
   intentions, adonc les estrangiers entreront dans le royaulme pour
   les mettre  fin; et avec cecy, adjoustent qu'ilz n'entendent
   faire aulcun prjudice  Sa Majest, qui est ung prtexte de tout
   temps prins et usurp par trahistres; et sont deux hommes, si
   leurs qualitez sont bien considres, qui, pour la rformation
   d'une grande chose, sont aussi mal choysis et ont aussi mauvais
   crdit que, possible, nulz aultres de ce royaulme.

   Dont cognoissant Sa Majest en quelle sorte les dictz comtes, qui
   sont toutz deux pauvres, n'ayant l'ung, qu'une bien petite portion
   de ce que ses ancestres souloient tenir, qui l'ont despuys perdu,
   et l'aultre, ayant presque tout son patrimoyne gast, vont, 
   ceste heure, comme gens dbauchez, de  dell, accompaignez et
   associez d'ung nombre grand de personnes dsesprez comme eulx,
   pour satisfaire  leur ncessit et ambition, laquelle ilz ne
   peuvent assouvyr, sinon qu'ilz recourent aulx plus grandes et
   extrmes trahysons, de long temps projectes par ceulx qui les
   provoquent  cella contre la personne de la Majest de la Royne et
   contre son royaulme, avec couleur d'aultres prtendues grandes
   entreprinses,

   Elle a trouv bon de faire promptement entendre  toutz ses bien
   ayms subjectz que les dictz deux comtes, contre le propre naturel
   de la noblesse, qui a est institue et establye pour deffandre le
   Prince comme leur chef, et prserver la paix, sont ainsy
   ouvertement et traystreusement entrez en ceste grande rbellion,
   et ont rompu la paix publique de ce royaulme, chose qui est contre
   tout aultre exemple advenu despuys le rgne de Sa Majest, lequel
   a desj dur unze ans, et acte bien horrible contre Dieu, seul
   auctheur d'une si longue paix, et de grande ingratitude contre
   leur souveraine Dame,  laquelle les dictz deux comtes avoient cy
   devant faict plusieurs professions de leur foy; et,  ceste heure,
   sont si desnaturez et pernicieulx, que leur natif pays, par leur
   seule mallice et ambicion, est pour estre troubl en la paix qu'il
   a si longtemps jouye, et en sa flicit.

   A cause de quoy, Sa Majest encharge et commande  toutz ses bons
   subjectz d'employer tout leur pouvoir  la prservation de la paix
   commune, qui est la bndiction de Dieu Tout Puyssant, et de
   aprhender sans dlay toutes manires de personnes qui, en aulcune
   sorte, se monstreront favorables  la rebelle entreprinse des
   dictz deux comtes ny de leurs associez; lesquelz, ainsy que Sa
   Majest par le dict comte de Sussex, son lieutenant gnral au
   North, a command estre publiez rebelles et traystres  sa
   couronne et dignit.

   Ainsy, pour obvier  tout prtexte d'ignorance, Sa dicte Majest
   par ces prsentes rytre et torne notiffier  tout son royaulme
   qu'ilz sont traystres et pour telz ont  estre tenuz, rputez et
   appellez en toutz propos, esprant que ceste cognoissance et
   admonition, donne  toutz ses bons subjectz, suffira pour les
   faire contenir en leurs debvoirs et se contregarder de toutes les
   sductions des susdictz rebelles et traystres, et de leurs
   adhrans et faulteurs, nonobstant quelconque prtexte qui puisse
   estre prins ou publi par eulx ou par ceulx qui n'ont pas la grce
   de Dieu de se dclairer de vivre en paix, mais  mouvoir querelles
   et exciter volleries sur les biens et substance du bon peuple,
   vray et propre fruict de toutes rebellions et traysons.

   Donn au Chasteau de Vuyndesor, le XXIIIIe jour de novembre 1569,
   en l'unziesme an du rgne de Sa Majest.

  CE QUE CEULX DU NORTH ONT PUBLI de la cause pour laquelle ilz
    ont prins les armes.

   Nous, Thomas comte de NORTHOMBERLAND et Charles comte de
   VUESMERLAND, loyaulx subjectz de la Royne,

   Faisons savoir  toutz ceulx de l'ancienne religion catholique
   que Nous, avec plusieurs bien disposez personnaiges de la
   noblesse, et aultres, avons promiz nostre foy en l'avencement de
   ceste bonne intention, et que, pour aultant que diverses personnes
   dsordonnes et mal disposes, d'alentour de la Majest de la
   Royne, par leurs malicieuses et subtilles praticques, et affin de
   s'avancer eulx mesmes, ont ruyn et abattu en ce royaulme la vraye
   religion catholique, et abusans par ce moyen la Royne, et mettans
   en mauvais ordre le royaulme, cherchent et procurent de ruyner la
   noblesse;

   Nous nous sommes assemblez pour leur rsister par la force, et
   pour, avec l'ayde de Dieu et de Vous,  bon Peuple, restaurer
   toutes les anciennes libertez de l'esglize de Dieu et de ce noble
   royaulme, parce que, si nous mesmes ne le faisons, nous serons
   rformez par les estrangiers, au grand dangier de l'estat de ce
   pays, o nous sommes.

    _Dieu saulve la Royne._

  Soubzign le comte de NORTHOMBERLAND, le comte de VUESMERLAND et
  neuf aultres.




LXXVIe DPESCHE

--du Ve jour de dcembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Olivyer Champernon._)

  Retard apport dans les communications de l'ambassadeur avec la
    France.--Nouvelles du Nord.--Lord Hunsdon, sir Raf Sadler et le
    comte de Sussex chargs d'touffer la rvolte.--Bonnes
    nouvelles qu'ils transmettent  la reine.--La tentative des
    rvolts sur Tutbury pour s'emparer de Marie Stuart n'a pas eu
    de succs.--Confiance que semble prendre lisabeth dans les
    nouvelles qui lui sont donnes.--Mise en libert du comte
    d'Arundel.--Commandement important confi au comte de
    Pembroke.--Mission du comte de Bedford dans le comt de
    Sussex.--Soupon d'lisabeth contre le vicomte de Montagu et le
    comte de Sussex lui-mme.--Dgradation des armoiries du comte
    de Northumberland comme chevalier de l'ordre.--Les ngociations
    avec l'Espagne restent en suspens.--Meilleur accueil est fait
    au Sr. Ciapino Vitelli, qui parat tre parvenu  dtruire les
    soupons que l'on avait contre lui.--Serment fait par lisabeth
    sur les livres saints, qu'elle n'a point command l'enlvement
    de la dpche de l'ambassadeur.--Restitution de cette dpche
    faite par un inconnu.--Espoir d'un meilleur traitement pour la
    reine d'cosse.--Audience est accorde  l'vque de Ross,
    qu'lisabeth avait d'abord voulu faire arrter.--Depuis la
    rvolte du Nord, la reine d'Angleterre se montre plus favorable
    envers la France et plus irrite contre l'Espagne.--Nouvelle
    que le comte de Southampton et le vicomte de Montagu sont
    passs dans les Pays-Bas pour traiter avec le duc
    d'Albe.--_Note_ mise sur l'enveloppe du paquet rendu.


    AU ROY.

Sire, j'ay est asss prompt et dilligent de vous escripre les
mouvemens de ce royaulme, mais, de tant que la Royne d'Angleterre a
heu souspeon qu'il y pourroit avoir mesl quelque intelligence de
dell la mer, et qu' ceste occasion elle a command de tenir les
passaiges estroictement serrez, encor que despuys elle m'ayt assez
librallement faict expdier ung passeport, sign de son garde des
sceaulx et des principaulx de son conseil, pour vous envoyer le Sr. de
Sabran, le gardien nantmoins de ses portz n'a vollu permettre que luy
ny aultre ayent pass, sans avoir exprs passeport sign de la propre
main de la dicte Dame, et par ceste difficult le dict Sr. de Sabran,
qui s'en est retorn de Douvres jusques icy, a est retard plus de
huict jours entiers; par lequel j'espre qu'aulmoins  prsent, Sire,
et par mes lettres du XXVe du pass, qu'il vous a aportes, et par
aultres que, du dernier d'icelluy, je vous ay despuys escriptes,
Vostre Majest aura amplement entendu ce qui, jusques  la datte
d'icelles, est advenu par de.

Et meintennant j'ay  vous dire, Sire, que ayant millord Housdon
failly de tumber ez mains de ceulx du North, il s'est saulv dedans
Yorc, o ceste Royne l'a ordonn, luy et ser Raf Sadeler, adjoinctz au
comte de Sussex, pour conduyre les affaires du North, sans que le dict
comte ayt faict semblant de le trouver mauvais; et les trois ensemble,
 ce que j'entendz, ont conjoinctement mand  la dicte Dame qu'ilz
n'ont est d'adviz de combattre encores les eslevez jusques  ce que
les forces, qu'elle a promiz leur envoyer davantaige, soyent arrives,
affin de ne rien hazarder; et que cependant, avec celles qu'ilz ont,
ilz mettent peyne de confirmer le pays, et que ceulx du North, ayantz
march parde le chasteau du Pont Freit, avoient faict advancer huict
cens chevaulx comme pour aller surprendre le chasteau de Tutbery,
affin de mettre la royne d'Escoce en libert; de quoy adverty, le
comte de Cherosbery avoit incontinent conduict la dicte Dame 
Conventry, dont les aultres voyantz leur entreprinse faillye s'en
estoient retournez par dell le dict Pont Freit, et avoient recull LX
milles; et que, sellon qu'ilz avoient entendu de leurs affaires, le
comte de Northomberland dlibroit de poursuyvre opinyastrment son
entreprinse; mais que le comte de Vuesmerlan commanoit desj de
branler, et qu'il n'y avoit guires  faire  le regaigner, et luy
faire accepter ung pardon de la dicte Dame, s'en estant deux mille des
siens desj retornez; et que leur troupe commanoyt de se deffaire;
que eulx trois avoient miz ordre aulx portz et forteresses de
Neufcasthel, de Norpont, de Escalebourg et de Eychester, pour garder
que les dicts comtes ne se peussent aulcunement prvaloir de la mer,
ny vers France, ny vers Flandres, ny vers Yrlande; et par ainsy que,
allans leurs affaires mal, comme il y avoit grande aparance qu'ilz
feroient leur retrette, [ce] ne pourroit estre que ez frontires
d'entre l'Angleterre et l'Escoce, et n'estoient d'adviz, puysqu'ilz
avoient recull, que la dicte Dame mt encores si grandes troupes aulx
champs soubz le comte de Vuarvyc, comme elle avoit propos de le
faire, affin de ne travailler son peuple, lequel commanoyt estre
aulcunement mutin contre les aultres parce qu'ilz ne s'estoient peu
tenir de piller; et qu'il suffira,  ceste heure, de bien petites
forces pour rompre celles des dictz eslevez.

Tant y a que ceulx qui entendent les choses ne jugent qu'elles soyent
ny ayses ny facilles; nantmoins ceste Royne, encores qu'elle les
estime bien urgentes, semble que,  cause de ces bonnes nouvelles et
par l'opinion de quelques ungs des siens, elle ayt diminu de moicti
l'ordonnance de ces apareils, et que, de vingt quatre mil hommes
qu'elle avoit mand lever, elle n'en fera mettre que douze mil aux
champs; de quoy aulcuns jugent que trop lgirement elle se repose en
la foy et parolle de ceulx qui luy reprsantent ce dangier estre
petit; mais pour la seurt de sa personne et de sa court, elle a
ordonn huict cens harquebouziers et six centz chevaulx  sa suytte,
oultre ses gardes, et oultre les ordinaires de sa mayson.

Le comte d'Arondel a est relasch, avec permission de s'en aller en
sa mayson, soubz une solemnelle promesse qu'il a faicte d'estre bon et
loyal  la Royne, sa Mestresse, laquelle toutesfoys il n'a veue.

Le comte de Pembrot a envoy remercyer ceulx du conseil de la charge
qu'ilz luy ont donne sur deux provinces, qui sont prez de sa mayson,
et qu'il mettra peyne d'en rendre bon compte  sa Mestresse.

Au retour du comte de Betford du pays de Galles, l'on l'a envoy
adjoinct au viscomte de Montegu en Sussex, pour quelque souspeon
qu'on a du dict vyscomte, et ne se peult l'on encores bien asseurer du
mesmes comte de Sussex.

Les armoyries du comte de Northomberland ont est dgrades et ostes
publiquement par le Hrauld Jarretire du reng des aultres qui
estoient  Vuyndezor, et mises bas avec ignominie, folles aulx piedz
et puys jectes aulx fossez, aprs ung sermon qui a est faict exprs
pour cella.

Le marquis de Chetona ne donne encores grand advancement  ses
affaires; nantmoins il est toutjour prs de Vuyndezor, attandant d'un
cost certaine responce du duc d'Alve, et de l'autre l'oportunit de
pouvoir trouver ceste Royne et les siens en quelque bonne disposition,
pour leur faire mieulx gouster ses honnestes offres et raysons qu'ilz
n'ont encores faict; et leur a le dict marquis uz de si gracieuses et
humbles parolles et dmonstrations pour son regard, et pour ceulx qui
sont avecques luy, que l'on n'a plus tant de souspeon d'eulx comme
l'on avoit, et a est command fort expressment de ne leur faire
aulcun desplaysir, ainsy que l'on commanoyt de les arceller et
quereller  tout propos et leur faire beaulcoup d'indignitez. Sur ce,
etc.

    De Londres ce Ve de dcembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, ne sachant qu'il soit advenu aultre chose, despuys ma
prcdante dpesche, laquelle est du dernier du pass, ez entreprinses
de ceulx du North, ny aulx aprestz qu'on faict icy contre eulx, que ce
que j'en escriptz prsentement en la lettre du Roy, je ne vous en
manderay rien davantaige en ceste cy; mais je vous diray au surplus,
Madame, que de la bonne lettre que Voz Majestez escripvirent, le IIIe
de novembre,  l'ambassadeur d'Angleterre, sur la vollerie de mon
pacquet et sur les affaires de la Royne d'Escoce, joinct l'instance
que j'en ay faicte icy sur le lieu, sont advenues deux choses, oultre
mon expectation:

L'une, que, ayant la Royne d'Angleterre jur sur ung livre de ses
oraysons qu'elle estoit ignorante du faict de mon pacquet, et qu'elle
mettroit peyne de m'en faire justice, ung homme incogneu vint, devant
hyer, sur les huict heures du soir, estant la porte de mon logis desj
ferme, jetter par dessus icelle, dedans ma court, le dict pacquet
avec une envelope o y avoit bien peu de motz escriptz en anglois,
desquelz je vous envoye la traduction, qui protestent que le dict
pacquet n'a poinct est ouvert, ce que je croy estre vray, lequel je
vous envoye tout tel, parce que les lettres que la Royne d'Escoce
vous escripvoit sont dedans.

L'aultre est qu'ayant la dicte Dame trois et quatre foys reffuz de
donner audience sur les affaires de la Royne d'Escoce  monsieur
l'vesque de Roz, et mesmes ayant dellibr de faire mettre le dict
vesque en arrest, pour le souspeon qu'elle a heu de luy, elle
nantmoins luy a faict escripre par le secrtaire Cecille bien fort
gracieusement, qu'elle sera preste de l'ouyr, quant il luy plairra d'y
aller, lequel s'y est tout aussi tost achemin; dont peult estre que
la dicte Dame se soit rsolue de prendre quelque bon expdiant sur la
libert et restitution de la dicte Dame, sa cousine, ce que nous ne
lairrons rfroydir s'il s'y voyt tant soit peu de disposition. Bien
pens je que, parmy le march, l'on vouldra principallement rompre le
mariage d'elle et du duc de Norfolc.

Je croy que ces tumultes du North pourront randre la dicte Royne
d'Angleterre plus trettable envers Voz Majestez Trs Chrestiennes
qu'elle n'a est jusques icy, ez choses raysonnables qui luy seront
requises en vostre nom; et qu'aussi y servira beaulcoup le bon rapport
que toute la flotte des siens, qui est alle ceste anne pour le vin 
Bourdeaulx, a faict du bon trettement qu'elle y a receu, et de la
grande faveur que voz gallres luy ont faicte; de quoy la dicte Dame
demeure fort contante. Et semble aussi que, pour la difficult de ne
pouvoir ou ne vouloir tretter avec le duc d'Alve des diffrans qu'elle
a avecques luy, elle cerche de se porter plus doulcement et
respectueusement envers Voz Majestez, et certes je n'ay jamais guires
cogneu de mauvaise intention en ce qui procdoit d'elle, mais je ne dy
le semblable de ce qui procdoit de son conseil. Sur ce, je bayse
trs humblement les mains de Vostre Majest, etc.

    De Londres ce Ve de dcembre 1569.


=Chiffre.=--[J'entendz que le comte de Surampton et le viscomte de
Montegu sont passez devers le duc d'Alve.]--Je vous suplie trs
humblement commander qu'il soit faict part de toute ceste despesche 
Monseigneur vostre filz.

    _Copie de ce qui estoit escript  l'envelope du pacquet rendu._

Monsieur l'ambassadeur, je vous laysse ces lettres, lesquelles ne me
peuvent de rien servir, et vous asseure, sur ma foy, qu'elles n'ont
jamais est ouvertes, et le milord Coban menaoit chacun que s'il
pouvoit trouver celluy qui avoit pris les dictes lettres, qu'il le
pendroit; dont, pour craincte de cella, je les ay aportes  Londres,
et je n'ozerois estre cogneu de mon nom, ny ne le vouldrois estre,
ains plus tost avoir perdu beaulcoup d'escuz.




LXXVIIe DPESCHE

--du Xe jour de dcembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Valet._)

  Nouvelles du Nord.--Les rvolts sont entirement matres du
    pays, o ils rtablissent partout le culte de la religion
    catholique.--Le comte de Sussex, lord Hunsdon et sir Raf Sadler
    renferms dans York.--Force des insurgs.--Parfaite union qui
    existe entre les deux comtes.--Activit d'lisabeth, dans ses
    prparatifs d'attaque et de dfense.--Son arme se rassemble 
    Leicester.--Elle a su gagner  son parti les comtes de Dherby,
    de Sussex et de Cumberland, le comte de Southampton et le
    vicomte de Montagu, le lord Dacres, principal catholique du
    Nord, et jusqu'aux comtes d'Arundel et de Pembroke.--Elle s'est
    assure du secours des princes d'Allemagne, dans le cas o il
    lui seroit ncessaire.--Motifs auxquels on peut rapporter la
    rvolte du Nord.--Crainte qu'lisabeth ne fournisse des secours
     la Rochelle, si la paix n'est pas conclue promptement.--Avis
    donn d'Allemagne, o le duc Casimir ne semble pas encore prt
    pour tenter son expdition.--Prparatifs du sieur Dolovyn et du
    btard de Briderode pour se rendre avec une flotte nombreuse 
    la Rochelle.--Armements maritimes du duc d'Albe.--Crainte
    qu'ils inspirent  lisabeth.--Le Sr. Ciapino Vitelli retarde
    son dpart sous divers prtextes.--Dtails sur le projet form
    par lisabeth de livrer la reine d'cosse au comte de
    Murray.--Sollicitations de Marie Stuart pour que la France s'y
    oppose.--Arrive en Angleterre d'un dput de la reine de
    Navarre.


    AU ROY.

Sire, ayant ceulx du Nord failly  leur entreprinse de surprendre
Tutbery et de mettre la Royne d'Escoce en libert, comme par mes
prcdantes, du Ve du prsent, je le vous ay mand, ilz s'en sont
retournez par dell Pont Freit et ont couru le pays, restablissant
partout la religion catholique et la messe; puys se sont arrestez ez
envyrons de Yorc, qui est une grande ville en laquelle le comte de
Sussex, millord de Housdon et ser Raf Sadeller ont assembl cinq mille
hommes de guerre pour leur rsister, mais ne les ozent encores aller
rencontrer en la campaigne, et mesmes les layssent ordinairement
courir jusques  leurs portes; ce qui donne esprance aulx aultres de
les pouvoir mettre en quelque ncessit de vivres.

Et estantz advertys qu'ung seigneur protestant du North, nomm millord
Tempost, venoit avec trois cens chevaulx pour se jecter dedans la
dicte ville, ilz l'ont surprins et dvaliz, luy et toutz ses gens, et
remont aultant de ceulx de leur trouppe, et au millord Lathemor, trs
riche seigneur de ce quartier l, lequel n'a que deux filles, l'une
marye au sire Henry Percy, frre du comte de Northomberland, et
l'aultre au filz aysn du secrtaire Cecille, toutz trois protestans,
parce que, quant ilz l'ont mand venir devers eulx, il a reffuz de le
faire, ilz ont envoy saysir sa mayson, o ilz ont trouv grand
quantit de vaysselle d'argent et beaulcoup de deniers contantz, et,
oultre ce, luy ont faict enlever de ses escuyeries et de ses parcz
unze ou douze vingtz pices de chevaulx; par lequel et aultres
semblables exploictz, ilz se vont remontant et se pourvoyent pour
continuer la guerre tant qu'ilz pourront. Ilz sont quinze mille hommes
ensemble, et seroient davantaige s'ilz vouloient, mais ne permettent
sinon  gens d'effect de se joindre  leur trouppe. Et voicy ce qu'on
dict d'eulx, qu'ilz ont quatre mil hommes de cheval, aussi bien montez
et armez et en [aussi] bon quipage qu'il s'en puisse trouver en
Angleterre, et que les deux comtes procdent toutjour d'ung bon accord
avec rsolution de poursuyvre conjoinctement leur entreprinse jusques
 la mort; et que, pour encores, ils n'ont faulte de rien.

De l'autre part, la Royne d'Angleterre faict de grandz aprestz pour
les deffaire, ayant mand aulx principaulx de la noblesse et aulx
villes et provinces de son royaulme de luy envoyer en toute dilligence
le secours, qu'en tel cas ung chacun pour son regard est tenu de luy
bailler, qui monte  ung grand nombre tant de gens de cheval que de
gens de pied; et que, de la leve qui se faisoit  ses despens,
laquelle debvoit estre de XXIIII mil hommes, les douze mil ayent 
s'acheminer incontinent devers le comte de Vuarvic, lequel dresse
l'arme  Lechester, o la dicte Dame luy a envoy grand quantit
d'armes, de pouldres, d'artillerye et aultres monitions de guerre.
Davantaige elle a mand que les douze grandz navyres, dont en mes
prcdantes j'ay faict mencion, ayent  estre tenuz en ung apareil
tout prest  la voille, et d'en faire sortir prsentement trois pour
la garde du Pas de Callais, et presse bien fort en ceste ville ung
emprunct de cinquante mille {lt} esterlin, c'est cent LXVII mil escuz,
lesquelz, pour la plus part, sont desj miz ez mains de Me. Grassan;
et par mesme dilligence, elle pourvoit  la garde et seuret de ses
places et de ses portz, et va confirmant la vollont de ses villes, et
de toutz ceulx qu'elle estime tenir son party, et rasseurant les
aultres, de qui elle a quelque doubte, par les meilleurs moyens
qu'elle peult; dont semble que les comtes [de] Dherby, de Sussex et de
Commerlan se soyent dclairs pour elle, et que le comte de Surampton
et le viscomte de Montegu, lesquelz on disoit s'estre acheminez en
Flandres, pour aulcune grande difficult que, possible, ilz ont senty
de ne pouvoir passer, affin de ne se randre davantaige suspectz,
ayent prins pour expdiant de retourner vers elle, laquelle leur a
baill incontinent des charges honnorables; que le millord Dacres du
North, principal catholique du pays, parce qu'elle luy a permiz de se
saysir d'une opulante succession d'ung sien nepveu, laquelle se
querelle entre luy et le duc de Norfolc, il soit demeur ferme pour la
dicte Dame; et que, avec la prison, et aultres moyens qu'elle a uz
envers le dict duc et envers les comtes d'Arondel et de Pembrot, elle
leur ayt si bien amorty le cueur, que, pour ce commancement, elle
pense avoyr desj randu les eslevez fort dnuez de leurs meilleures
esprances; et tient le partement de Quillegrey, lequel pour aultres
occasions estoit desj tout dpesch pour Allemaigne, en suspens,
affin que, si l'affaire se monstroit plus difficille ou dangereux
qu'elle ne pance, elle puysse par luy mesmes en donner adviz aulx
princes de dell, desquelz elle se tient trop plus que bien asseure
qu'ilz s'esmouveront pour sa cause, et luy presteront tout le secours
qu'elle leur vouldra demander; et cependant faict retirer soubz sa
main les armes, artillerye et pouldres de ce royaulme, qui ne sont
employes pour elle, et faict visiter les flottes et vaysseaulx, qui
retournent de voyage, pour leur enlever les restes de leurs monitions,
affin que les dictz eslevez ne s'en puissent prvaloir.

Et en effect, Sire, ceste esmotion n'est petite, de laquelle on faict
acroyre  ceste Royne que l'occasion procde principallement de trois
endroictz: savoir, de la Royne d'Escoce, de ceste grande victoire
qu'il a pleu  Dieu vous donner, et des praticques du duc d'Alve; mais
ne luy font mencion de la forme de srement, auquel despuys six
sepmaines elle a vollu contraindre les catholiques contre leur
conscience; ce que je croy leur avoir, plus que tout le reste, faict
ainsy soubdeynement prendre les armes. Tant y a, quant au premier
poinct, de la Royne d'Escoce, parce que la dicte Dame a la personne
d'elle entre ses mains, elle estime y pouvoir bien remdier; mais des
aultres deux elle se prandroit sans doubte trop plus volontiers au duc
d'Alve que  Vostre Majest, si ce n'estoit, qu'ayant le dict duc miz
l'estat de Flandres en paix, elle ne voyt bien le moyen comme luy
pouvoir sussiter une guerre, et a opinion que, pour le prsent, une
bonne partie de son faict deppend de veoyr ou les affaires de ceulx de
la Rochelle relevez, ou ung accord en vostre royaulme; et ne fault
doubter qu'elle ne s'employe, sans rien espargner, en celle de ces
deux choses qu'elle cognoistra y avoir plus d'aparance de pouvoir bien
effectuer. Celluy comte de Mensfelt, qui a succd au lieu du feu duc
de Deux Pontz, luy a naguires escript qu'il se tenoit pour jamais son
bon serviteur, et oblig soldat, et qu'il avoit adjouxt  ses armes
la roze rouge et le phoenix, pour merque qu'il veult combattre toute
sa vie soubz l'enseigne et faveur de la dicte Dame.

Au surplus, Sire, ce que j'ay d'adviz d'Allemaigne est en deux sortes,
l'une venant du duc d'Alve, qui se publie icy, n'y avoir aulcun
mouvement de guerre ny aprest en tout le dict pays; l'aultre est par
une lettre de Mr. de Chantonn, du huictiesme du pass, laquelle je
say que monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, rsidant par de, a
receue despuys deux jours en langaige espaignol, lequel traduict en
francs est en ces termes qui s'ensuyvent:

Certes, il conviendroit que en France se donnassent presse de pousser
en avant la victoire qu'ilz ont sur les rebelles, s'ilz ne veulent
perdre le tout avecques le temps; car, despuys la nouvelle de la
routte de l'Admyral, s'entend que Cazimir faict dilligence de mettre
en ordre cinq mil chevaulx, bien que, jusques  ceste heure, ne se
parle de nulz gens de pied, sans lesquelz ne semble qu'il soit pour
entreprendre d'entrer en France, n'en ayant le dict Admyral  ceste
heure pour luy en pouvoir envoyer au devant; et se dict communment
qu'il estoit  regarder ce qui se passoit, quant ilz furent deffectz
le jour de la bataille, et qu'il s'en soucya moins pour le beaulcoup
d'argent qu'il leur debvoit; de quoy les Allemans monstroient ung
grand sentyment et d'en estre bien mal contantz.--C'est le contenu de
la dicte lettre.

Je suys aussi adverty, Sire, que le Sr. Doulovyn et le bastard de
Briderode ayantz, de leurs butins et pilleryes qu'ilz ont faictes sur
mer, dress ung armement de trente bons navyres de guerre, avec deux
mille harquebouziers et quelque nombre de corseletz, et grandement
pourveu leurs vaysseaulx d'artillerye, de pouldres et de toutes
aultres monitions, sentans que le duc d'Alve faict quelque apareil en
Olande et Zlande, lequel ilz craignent estre pour les aller
combattre, dellibrent de s'en aller  la Rochelle et y conduyre tout
ce qu'ilz pourront de vivres, d'armes, de monitions, et encores, comme
l'on pense, bonne somme de deniers; dont estant ces deux, et le
capitaine Sores, qui s'intitulle  prsent visadmyral de France,
joinctz avec les aultres pirates de ceste mer estroicte, ilz pourront
faire toutz ensemble une arme d'envyron quarante cinq ou cinquante
vaysseaulx;  quoy Vostre Majest, s'il luy playt, fera prendre garde
tout le long de la coste de dell.

Et j'entendz que ceste Royne est en quelque souspeon de l'armement
qu'on dict du duc d'Alve, bien qu'on luy veult persuader que c'est
pour la conduicte de la flotte qui doibt bientost partir pour les
Indes; et luy tarde infinyement que le marquis de Chetona soit hors de
ce royaulme, lequel va nantmoins prolongeant toutjour son partement
soubz colleur qu'il dict attandre une responce du duc d'Alve, laquelle
ne vient poinct, et ne donne cependant que petit ou nul advancement 
l'accord des diffrans des Pays Bas. Sur ce, etc.

    De Londres ce Xe de dcembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, encor que la lettre que j'escriptz prsentement au Roy soit
bien ample, j'ay nantmoins  vous dire de restes par ceste cy, que la
praticque de mettre la Royne d'Escoce ez mains du comte de Mora avoit
est mene si secrectement que, quant six sepmaines a, j'en heuz
quelque sentyment, comme incontinent je l'escripviz  Vostre Majest,
la Royne d'Escoce,  laquelle semblablement je le fiz entendre, et
monsieur l'vesque de Roz n'en pouvans avoir pour lors aulcune
certaine notice, estimrent qu'il n'en estoit rien, mais  prsent
elle et luy et moy sommes trs certainement informez que Me. Chary,
filz aysn de millord Housdon, fut, en septembre dernier, dpesch par
poste en Escoce pour l'aller proposer au comte de Mora, et despuys, en
octobre ensuyvant, le propos en a est continu  l'abb de
Domfermelin, quant il est venu par de; c'est de consigner la dicte
Dame  icelluy de Mora, pourveu qu'il la vigne prendre au port de
Houl, pour la conduyre par mer en Escoce, affin de ne la passer par le
North; et que, pour l'acquit de l'honneur de la Royne d'Angleterre, il
face venir deux comtes et deux lordz, et les filz aysnez d'aultres
deux comtes et d'aultres deux lordz, huict personnes en tout,
hostaiges en Angleterre, pour la seuret de la personne et de la vie
de la dicte Dame; dont, ayant le dict de Mora desj communiqu
l'affaire aulx comtes de Morthon et de Mar, et  millord Lendzey,
icelluy de Mar a offert son filz aysn, et le dict Lendzey s'est
offert soy mesmes, d'estre deux des dictz ostaiges. Chose que la dicte
Royne d'Escoce crainct sur toutes aultres, et pour l'empescher elle
supplie trs humblement Voz Majestez, avecques larmes, d'envoyer mille
harquebuziers, a tout le moins cinq centz,  Dombertran, affin de
donner tant de cueur  ceulx de son party qu'ilz puissent empescher
ses adversaires de se prvaloir si aysement contre elle et contre son
estat, comme ilz en font leur compte.

Et encor que je vous aye naguires mand qu'on m'avoit donn adviz
que, au conseil d'Angleterre, cella avoit est interrompu par le mene
des protestans, qui avoient faict rsouldre la dtention de la Royne
d'Escoce par de estre trs ncessaire, et n'y avoir aultre moyen que
celluy l pour se pouvoir bien asseurer d'elle; nantmoins, parce
qu'il y pourroit avoir de l'incertitude ez advertissemens qu'on me
donne, qui comme savez, Madame, ne me peuvent venir que par meins
tierces, et qu'il survient asss souvant du changement aulx
dellibrations de ceulx cy, je suplie trs humblement Vostre Majest
de vouloir pourvoir au pitoyable et trs urgent besoing de ceste
pouvre princesse, vostre belle fille et principalle allye de vostre
couronne, par les meilleurs moyens qu'avec vostre commodit vous le
pourrez faire, et me mander par le premier ce que, pour sa
consolation, je luy auray  faire entendre l dessus, estant cependant
ma dellibration de m'oposer fermement, au nom de Voz Majestez,  ce
que cella ne s'excute, ainsy que le dict vesque de Roz verra que 
propos je le debvray faire; qui mettrons peyne, toutz deux, de savoir
au vray en quoy en demeurent les choses.

Au surplus, Madame, j'entendz qu'aujourdhuy est arriv en ceste court
ung gentilhomme venant de la Rochelle, natif de Flandres d'auprs
d'Esguerdes, lequel la Royne de Navarre envoye devers la Royne
d'Angleterre; mais ne say encores  quelles fins, si n'est qu'on m'a
dict que c'est pour tretter d'avoir quelque secours, et pour avoir,
pour elle et madame Catherine sa fille, et pour madame la princesse de
Cond et ses petitz enfans, asseurance d'estre, avecques toute seurt,
receuz en ce royaulme au cas que la ncessit les contreigne d'y avoir
leur reffuge. Je mettray peyne d'entendre mieulx ce qui en est, et
Vostre Majest me commandera ce que j'y auray  faire; et n'estant la
prsente que pour vous parler de ces princesses et de leur misrable
estat, je ne la vous feray plus longue, remectant  mon retour de
Vuyndesor, o je m'en vays demain, sur l'occasion de la dpesche que
le Sr. de Vassal m'a aporte, de vous escripre plus amplement toutes
aultres choses; et je prieray Dieu, etc.

    De Londres ce Xe de dcembre 1569.




LXXVIIIe DPESCHE

--du XVIIe jour de dcembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  Callais par Pierre Chassac._)

  Nouvelles de la guerre de France.--Retraite de l'amiral de
    Coligni sur Montauban.--Rduction de plusieurs places fortes de
    Guyenne sous l'obissance du roi.--Sige de
    Saint-Jean-d'Angely.--Capitulation propose aux
    habitants.--Entrevue de l'ambassadeur et de la reine
    d'Angleterre.--Dclaration de l'ambassadeur, que tout secours
    donn par les Anglais aux protestants de la Rochelle sera pris
    pour un acte de guerre.--Protestation d'lisabeth qu'elle veut
    maintenir la paix, qu'elle interdira  ses sujets de fournir
    aucun secours  ceux de la Rochelle, et qu'elle est fermement
    rsolue  ne prendre les armes que pour la dfense de sa
    religion, si elle tait attaque.--Sollicitations qui sont
    faites auprs d'elle par les princes protestants d'Allemagne,
    pour l'engager  entreprendre une guerre gnrale.--Dclaration
    de l'ambassadeur, que le roi ne serait pas loign d'accepter
    la mdiation d'lisabeth, et qu'il est toujours prt  recevoir
    en grce ses sujets rvolts.--Conversation entre la reine et
    l'ambassadeur sur les troubles du Nord.--Offre faite par
    l'ambassadeur des bons offices du roi.--Ses instances pour que
    l'Angleterre consente  la runion des deux glises.--Assurance
    donne par la reine que la rvolte du Nord lui cause peu
    d'inquitude, et qu'elle ne se refuse pas  ngocier pour la
    runion des glises.--Promesse qu'elle fait de bien traiter
    Marie Stuart et d'assurer une bonne issue  ses
    affaires.--Efforts des Espagnols pour renouer les ngociations
    au sujet des Pays-Bas.--Nouvelles du Nord.--Un grand nombre des
    rvolts sont rentrs dans leurs foyers.--Le reste a mis le
    sige devant Castelbar.--Ils se sont rendus matres de
    Hartlepool.--Lord Heries, sorti de prison, a pris les armes
    avec le projet de se joindre  ceux du Nord.--Mouvements en
    cosse contre le comte de Murray.--Pardon offert par lisabeth
    aux rvolts.--Runion des troupes de la reine.--Une bataille
    gnrale devient imminente.--Apprts de guerre faits par le duc
    d'Albe dans les Pays-Bas.--Craintes qu'ils inspirent  la reine
    d'Angleterre.--Mesures qui sont prises par lisabeth pour
    arrter les entreprises des Espagnols.--Armements de plusieurs
    vaisseaux de guerre dans la Tamise.--Plainte des Anglais au
    sujet de quelques uns de leurs navires qui ont t arrts en
    Bretagne.--Vives instances pour que la restitution des prises
    soit faite au jour marqu.


    AU ROY.

Sire, parce que vostre dpesche du XXe du pass, laquelle le Sr. de
Vassal m'a apporte, n'a guires miz  venir aprs celle, que peu
auparavant j'avoys receue par le Sr. de La Croix, je n'ay faict pour
les deux qu'ung seul voyage devers la Royne d'Angleterre, affin de
tant moins l'ennuyer sur le commancement de ces troubles, et ayant
est bien receu d'elle ainsy que toutjour, je luy ay faict ung
sommaire rcit de la retrette de monsieur l'Admyral vers Montauban
asss en effroy, avec ce qui luy restoit de cavallerye; et comme les
communes, en passant, s'estoient esleves contre luy, et avoient
assailly et deffaict aulcuns des siens aulx passaiges des rivires;
nantmoins qu'il avoit pass oultre jusques  la Garonne pour se
joindre aulx Viscomtes, qui estoient de dell, ou leur donner moyen 
eulx de passer devers luy, ce qui n'importoit guires que l'ung ou
l'aultre advnt, car les deux forces ensemble n'estoient pour faire
grand effect; et que cependant vous estiez aprs  recouvrer les
places qu'il avoit occupes en Guyenne, dont la plus part s'estoient
desj rduictes, s quelles vous aviez faict uzer d'une si grande
clmence qu'il n'avoit est touch ny  la vye ny  la personne d'ung
seul des habitans; et [que] meintennant vous estiez devant St. Jehan
d'Angely, l o ceulx de dedans avoient expriment la mesmes clmence
de Vostre Majest par une capitulation la plus gracieuse qui se
pourroit ottroyer de nul prince  ses subjectz, laquelle nantmoins
ilz avoient contre leur foy et promesse, reffuz despuys d'accomplir;
priant la dicte Dame vouloir prendre la peyne de la veoir; ce que tant
plus curieusement elle fit qu'elle desiroit savoir si vous leur avis
concd la libert de leurs consciences. Et aprs l'avoir leue, je
suyviz  luy dire que, pour faire retourner le monde en son ordre
accoustum de l'obyssance deuhe aulx princes, avec quelques exemples
notables pour aprendre aulx subjectz de ne plus dsobeyr, vous la
requriez, comme princesse souveraine, constitue entre les aultres
grandz princes de la terre sur cest ordre de commander, et comme ayant
grand intrest qu'il ne ft parverty, ains s'il l'estoit qu'il ft
fermement restably, qu'elle vous vollt sur la dicte capitulation
accorder deux choses;--l'une, de croyre fermement que Voz Majestez
Trs Chrestiennes n'ont jamais eu que bonne et droicte intention  la
conservation de leurs subjectz, et au contraire que les aultres ne
l'ont heue ny bonne ny droicte envers l'obyssance et subjection
qu'ilz vous doibvent;--la seconde que, de tant que par la force,
puysqu'aultrement ne pouviez, vous dellibriez recouvrer la dicte
obyssance, et qu' cest effect vous estiez en personne en vostre
camp, la dicte Dame vollt favoriser vostre juste entreprinse, et ne
donner aulcune assistance, secours ny faveur, ny permettre estre donn
par ses subjectz  ceulx qui ainsy s'opposent  vostre lgitime
authorit; aultrement vous prendriez cella pour une manifeste
dclaration qu'elle ne vouldroit demeurer aulx bons termes de paix et
d'amyti envers vous, que vous desiriez de bon cueur persvrer envers
elle; et luy vouliez ainsy dire cella, Sire,  cause du Sr. de
Lombres, gentilhomme flamant, que je savois estre desj venu, de la
part de ceulx de la Rochelle devers la dicte Dame, et qu'on m'avoit
dict que le frre de leur comte de Mensfelt y estoit aussi fort
secrectement arriv, et qu'il se tenoit cach en une chambre 
Vuyndesor.

La dicte Dame me respondit que, avec le contantement qu'il vous
playsoit luy donner du rcit de voz affaires, elle en recepvoit ung
aultre bien fort grand d'entendre qu'ilz alloient toutjours prosprant
de bien en mieulx; et que, pour vous satisfaire sur les deux choses
que je luy requrois, elle vouldroit qu'ung propos, que despuys
quelques jours elle avoit desir me tenir y peust suffire: c'est
qu'elle protestoit envers Dieu et Voz Majestez Trs Chrestiennes
qu'elle avoit fermement reject deux trs vhmentes persuasions qu'on
s'estoit esforc de luy donner; l'une d'entreprendre la deffance de
voz subjectz travaillez pour la religion, et l'aultre de nourrir et
foumanter la guerre en vostre royaulme, affin qu'elle ne passt au
sien; car n'avoit estim que l'une ny l'aultre de ces deux praticques
peult convenir  son honneur ny  sa conscience, jugeant en son cueur
que Voz Majestez Trs Chrestiennes n'avoient peu vouloir mal  leurs
subjectz, et que c'estoient plustost voz subjectz qui vous avoient
provoquez et irritez; lesquelz, nonobstant qu'on leur ft empeschement
en leur religion, debvoient, plustost que de mouvoir les armes, s'en
estre allez hors du royaulme; par quoy avoit reffuz d'estre pour leur
cause, et n'avoit non plus desir la continuation de la guerre en
vostre royaulme, ains d'y veoir de bon cueur une paciffication; et que
de leur envoyer meintennant du secours elle ne le feroit ny
permettroit  ses subjectz, sinon au pril de leurs testes, de le
faire; que mesmes, pour avoir la flotte de leurs vins est ceste foys
bien trette  Bourdeaulx, dont elle vous en remercyoit grandement,
elle avoit obtenu de ses merchantz qu'ilz continueroient dorsenavant
leurs trafficz au dict Bourdeaulx, ainsy qu'il vous playsoit le leur
offrir, et ne retourneroient plus  la Rochelle; et qu'elle estimeroit
les choses succites en son pays du North estre advenues par juste
punition de Dieu, si elle n'avoit ainsy droictement procd envers
vous, comme elle avoit [fait]. Une chose me vouloit tout librement
dire, qu'elle n'avoit reffuz d'entendre fort volontiers  ce qui luy
avoit est propos pour rsister aulx conseilz et entreprinses de
ceulx qui aspiroient  la gnralle ruyne de ceulx de sa religion, et
que, quant il luy a apareu ou aparoistroit rien de cella, qu'on la
tnt hardyment pour toute dclaire et pour estre d'une partie si bien
faicte et si forte, qu'elle estimoit n'avoir  se doubter de rien, et
n'estoit marrye, sinon qu'il sembloit qu'on eust descouvert, par
aulcunes dmonstrations de Voz Majestez, que vous y dressiez voz
entreprinses; de quoy ayantz beaulcoup souffert pour cella, vous
fussiez pour en souffrir encores davantaige.

Sur quoy j'ay  vous dire, Sire, qu'on m'a asseur estre naguires
venu ung adviz  la dicte Dame, comme, despuys le retour du prince
d'Orange en Allemaigne, luy et sa femme ont tant sollicit les princes
protestans qu'ilz les ont faictz rsouldre de se mouvoir toutz
conjoinctement pour ceste cause, et qu'ilz n'attendent plus que la
responce de la dicte Dame, dont je crains asss que le dict frre du
comte de Mensfelt et icelluy de Lombres, avec Quillegrey, ne soyent
bien tost dpeschez pour l'aller apporter; mais, affin d'empescher ou
retarder la matire, j'ay dict  la dicte Dame que Voz Majestez
avoient prins de fort bonne part ce qu'elle m'avoit pri vous escripre
du bon desir qu'elle avoit  la pacification des troubles de vostre
royaulme, et de se vouloir employer  mettre en avant quelque bon
expdiant pour cella, qui vous ft aultant agrable comme elle le vous
desiroit advantaigeux, et qu'avec le mercyement que vous luy faisiez
de sa bonne volont, vous me commandiez luy dire que, quoy que voz
subjectz vous eussent extrmement offanc, vous n'aviez jamais reffuz
et ne reffuseriez encores de les recepvoir en vostre bonne grce,
quant ilz s'y vouldroient retirer et se remettre en vostre obyssance;
et ay adjouxt que, quant par l'exortation de la dicte Dame, ou meuz
de leur propre repentance, ce qui seroit encores mieulx, ilz
vouldroient retourner  ce debvoir, Voz Majestez Trs Chrestiennes
promettoient de les y recepvoir avec toute l'humanit qui se pourroit
esprer de princes trs clmentz et benings; au reste, que vous
n'aviez rien entendu des choses sucites au North, quant mes gens ont
est dpeschez, dont ne m'en aviez encores rien escript; mais je
m'asseurois que la preuve de vostre propre mal, et la dsolation que
vous voyez devant voz yeulx de vostre propre royaulme par
l'opiniastret d'aulcuns de voz subjectz, vous feroient estre marrys
que les sciens eussent suyvy leur exemple; dont, attendant que
m'eussiez command de faire l dessus de vostre part quelque bon
office envers elle, je ne voulois faillyr de luy offrir tout ce qu'en
vostre nom je pourroys servyr  la paix de son royaulme et  la
conservation de son authorit. Bien la suplioys ne prendre en mauvaise
part ce que j'entreprenoys de luy dire l dessus, que pour le peu de
compte qu'elle et les autres princes protestans avoient tenu
d'entendre  l'accord de la religion et  la runyon de l'esglize de
Dieu, lorsque Voz Majestez Trs Chrestiennes avoient procur, au
commancement des troubles de vostre royaulme, qu'elle se ft par le
Concille de Trante, auquel elle et eulx avoient est semons, qu'ilz
estoient cause que la division avoit despuys grandement travaill la
France, et commanoyt de travailler meintennant l'Angleterre, et
seroit pour getter eulx mesmes de leurs estatz, s'ilz ne prnent
expdiant de retourner  l'unyon de l'esglize catholique, laquelle les
y recepvroit toutjours.

A quoy la dicte Dame avec grand affection m'a respondu qu'elle estoit
trs ayse d'entendre une si bonne intention de Voz Majestez sur le
faict de voz subjectz, et que, si je luy pouvois donner quelque notice
de vostre desir en cella, qu'elle mettroit bonne peyne de les y faire
condescendre; que quant  l'entreprinse des siens ce n'estoit que
tmrit, et qu'elle avoit layss tout exprs dborder ces deux
comtes, sans s'oposer beaulcoup  eulx du commancement, pour
l'esprance de ce qui est despuys advenu, que eulx et toutz ceulx qui
les favorisent sont desj bien fort laz de leurs follyes, et s'en vont
rompuz d'eulx mesmes; et si n'estoit pour son honneur qu'elle n'y
envoyeroit ung seul homme de guerre pour les deffaire, bien que, 
toutes advantures, elle y avoit desj dpesch de si bonnes forces
que, dans quatre jours, elle esproit en avoir sa rayson; et, quant 
cercher l'unyon de l'esglize, Dieu savoit qu'elle avoit souvent
envoy devers l'Empereur pour l'en solliciter, et qu'elle ne s'y
randroit jamais opiniastre, mesmes avoit dict  monsieur le cardinal
de Chatillon que, quoyqu'on tnt en leur religion pour une grande
abomination d'aller  la messe, qu'elle aymeroit mieulx en avoir ouy
mille, que d'avoir est cause de l moindre meschancett d'ung million
qui s'estoient commises par ces troubles.

Au surplus, Sire, sur aulcunes grandes contraritez, que nous avons
heues pour les affaires de la Royne d'Escoce, elle m'a promiz qu'elle
la feroit bien tretter, et luy feroit avoir toute honneste libert; et
qu'aussi tost que ces troubles seroient ung peu passez, lesquelz
sembloient en partie estre suscitez pour l'amour d'elle, qu'elle
prendroit ung si bon et honneste expdiant en ses affaires que Voz
Majestez Trs Chrestiennes en demeureriez raysonnablement
satisfaictes, et qu'elle n'estoit en termes de la dellivrer en aulcune
mauvaise sorte au comte de Mora, ny en lieu o ne fut bien asseure de
son bon trettement, et de la seurt et libert de la dicte Dame.

Quant aulx diffrandz des Pays Bas, la responce du duc d'Alve est
arrive, et l'ambassadeur d'Espaigne est all trouver le marquis de
Chetona pour adviser ensemble comme ilz pourront remettre en quelques
bons termes les choses de l'accord, mais n'ont grand esprance qu'ilz
le puyssent faire; et j'ay opinion que ceste Royne se rsouldra
d'envoyer ung des siens en Espaigne, pour ne vouloir en faon du monde
entrer en aulcun trett avec le duc d'Alve ny avec pas ung envoy de
sa part.

Les nouvelles de ceulx du North seront en la lettre de la Royne, parce
que ceste cy est desj trop longue, et je prieray Dieu, aprs avoir
trs humblement bays les mains de Vostre Majest, qu'il vous doinct,
etc.

    De Londres ce XVIIe de dcembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, j'ay miz en la lettre du Roy le propos que m'a tenu la Royne
d'Angleterre, ceste dernire foys que je l'ay veue, affin que de ses
parolles prsentes Vostre Majest puisse faire quelque jugement de ce
qu'elle prtend ou desire  l'advenir; et, encor qu'elle monstre ne
s'estonner guires des mouvementz du North, et que bientost elle
espre les avoir remdiez, si est ce que, pour nulle aultre guerre,
qui ayt est entreprinse en ce royaulme despuys cent ans en , l'on
n'a veu faire de si grandz aprestz, comme elle les ordonne pour ceste
cy, soit d'hommes, d'armes, d'argent, de vaysseaulx et de toutes
aultres monitions de guerre; et se manifeste asss qu'elle souspeonne
bien fort le duc d'Alve estre de ceste intelligence; nantmoins ne se
plye pour cella davantaige  l'accord des diffrans des Pays Bas, ains
monstre ne vouloir en faon du monde estre mene par contraincte ou
rigueur; et mesmes, pour le regard de Voz Majestez Trs Chrestiennes
ez choses que je luy ay proposes de la Rochelle et de la Royne
d'Escoce, elle a plus monstr de vous vouloir complaire pour la
recognoissance du bon trettement qu'avez faict donner  ses subjectz 
Bourdeaulx, que pour craincte qu'elle ayt qu'il luy puisse venir
aulcun mal si elle ne le faisoit, bien que je ne veulx rien infrer
pour cella, parce que le temps et l'occasion font souvent changer les
volontez.

Ceulx du North,  ce que j'entendz, ne sont plus que envyron six mil
hommes de pied et quinze centz chevaulx ensemble, mais on dict que
ceulx qui se sont retirez se sont allez rafreschir en leurs maysons
par ordonnances des comtes, pendant qu'avec le reste ilz poursuyvent
le sige de Castelbarne contre le sir Henry Boy, qui le soubstient
bravement; et cependant se sont saysys de Hartepoul, qui est une asss
bonne ville, o y a ung chasteau, qu'ilz ont aussi prins, et ung port
assez capable pour se pouvoir prvaloir de la mer.

Milor Herys ayant trouv moyen de sortir soubz certaine capitulation
du chasteau de l'Islebourg, o il estoit prisonnier, a assembl
envyron quinze centz chevaulx escouoys sur la frontire pour se
joindre aus dicts deux comtes, mais dict [on] qu'ilz l'ont pri de ne
venir encores; et semble que les comtes d'Arguil, d'Honteley et
d'Hatil assemblent aussi gens contre le comte de Mora.

L'on dict que ceste Royne a faict expdier ung gnral pardon pour
toutz ceulx de ceste eslvation, qui se vouldront retirer, except les
comtes et dix aultres des chefz d'icelle; et que mesmes  iceulx elle
l'a faict offrir soubz main, lesquelz toutesfoys, tant chefz que
adhrans, ne l'ont en faon du monde vollu accepter; ains de nouveau
ont jur la poursuyte de leur entreprinse jusques  la mort. Dont pour
les aller rompre, la dicte Dame a faict marcher le comte de Vuarvich
avec quatre mil hommes, l'admyral Clinton avec aultres quatre mil, et
mand au comte de Sussex se joindre  eulx avec trois mille, faisantz
en tout neuf mille hommes de pied et deux mille chevaulx, avec bon
nombre d'artillerye, et tient on en ceste court que la bataille se
donra dans quatre jours; mais aultres estiment que les dicts comtes ne
l'accepteront, ains, que pour estre leur arme moins empesche
d'artillerye et de bagaiges que l'aultre, qu'ilz entreprendront de
courre le pays, et m'a l'on dict que le comte de Sussex a envoy
suplier ceste Royne d'avoir agrable qu'il ayt la charge de ceste
entreprinse puysqu'elle se faict en son gouvernement, ne voulant que
le dict comte de Vuarvich, bien qu'il ayt titre de gnral, luy soit
prfr. Et par ce qu'on a raport que le duc d'Alve avoit quatre ou
cinq mil hommes de pied ou de cheval en Zlande, desj toutz prestz 
s'embarquer, avec artillerye, rouages, monitions et tout aultre
quipage de guerre, la dicte Dame a ordonn mettre encores promptement
quatre de ses grandz navyres en mer, avec les trois qui y sont, pour
tenir le Pas de Callais, et en faict tenir aultres deux sur le port de
Arthepoul, affin que les comtes ne puissent envoyer ni recepvoir
aulcun messaige par la dicte mer.

La dicte Dame m'a faict veoir une plaincte d'aulcuns de ses subjectz,
lesquelz retournans de Bourdeaulx avec quatre navyres chargs de vins,
ont est prins et arrestez  Blevet en Bretaigne, de quoy elle et
ceulx de son conseil m'ont fort pri de vouloir trs instantment
requrir Vostre Majest de les faire dlivrer, et d'enjoindre bien
expressment  ceulx de Roan de faire la mainleve des biens des
Anglois, comme elle a est promise; dont, de ma part, j'en suplie trs
humblement Vostre Majest,  laquelle, baysant en cest endroict trs
humblement les mains, je prieray dvottement le Crateur qu'il vous
doinct, etc.

    De Londres ce XVIIe de dcembre 1569.




LXXIXe DPESCHE

--du XXIe de dcembre 1569.--

(_Envoye par homme exprs, en la compagnie du marquis de Chetona,
jusques  Calais._)

  Demandes de secours en argent, vivres et munitions faites par les
    dputs de la reine de Navarre.--Efforts de l'ambassadeur pour
    faire chouer leur ngociation.--Nouvelle protestation
    d'lisabeth, qu'elle ne fournira aucun secours, et qu'elle ne
    permettra qu'il en soit donn aucun d'Angleterre.--Mission du
    jeune comte de Mansfeld.--Ses confrences avec lisabeth et sir
    William Cecil.--Voyage qu'il a fait en Allemagne pour hter le
    dpart du duc Casimir.--Confiance de la reine dans la prompte
    rpression de la rvolte du Nord.--Elle se montre entirement
    rassure au sujet des armements ordonns par le duc
    d'Albe.--Efforts du Sr. Ciapino Vitelli pour renouer les
    ngociations, malgr les insultes de tout genre qui lui sont
    faites.--Interpellation adresse au duc de Norfolk sur ses
    relations avec les seigneurs du Nord.--Protestation faite par
    le duc, qu'il n'a jamais eu aucune intelligence avec les
    rvolts; qu'il n'a jamais song  son mariage avec Marie
    Stuart que sous le bon plaisir de la reine, mais qu'il ne
    prendra aucun engagement pour une nouvelle union avant d'avoir
    recouvr sa libert.--Refus est fait de lui accorder son htel
    pour prison.--On montre plus de bienveillance envers lui ainsi
    qu'envers la reine d'cosse.--Crainte de l'ambassadeur qu'il
    n'ait t dlivr de l'argent au jeune comte de Mansfeld.--Son
    opinion, que la rvolte du Nord est loin d'tre apaise;--que
    l'on doit conserver l'espoir du rtablissement de Marie Stuart
    en cosse;--et que le duc de Norfolk serait rendu  la libert
    s'il voulait renoncer  son mariage avec cette reine.--Nouvelle
    que les rvolts du Nord se sont empars de
    Castelbar.--Rsolution prise subitement par le Sr. Ciapino
    Vitelli, de quitter l'Angleterre.


    AU ROY.

Sire, je n'ay plustost entendu que quelques ungs estoient venuz de la
Rochelle, que je n'aye incontinent prveu qu'ilz estoient envoyez pour
recouvrer de l'argent, et des blez, et des pouldres de ce royaulme,
ainsy que j'entendz qu'ilz font  prsent bien fort grande instance
d'en avoir; mais j'ay mis peyne de proccuper la Royne d'Angleterre,
premier qu'ilz ayent parl  elle, de me promettre qu'elle ne leur
baillera, ny souffrira que ses subjectz leur baillent, aulcunes
provisions ny secours, luy ayant protest de l'infraction d'amyti, si
elle le faisoit ou le permettoit; de quoy elle m'a donn la parolle
que je vous ay desj escripte le XVIe de ce moys, et croy qu' grand
difficult tireront ilz d'elle, ny encores ouvertement de ses
subjectz, rien de cella. Bien pourra estre que par l'employte
d'aulcuns merchantz, soubz colleur d'aultres trettes qui sont desj
expdies pour porter des bledz en Portugal, ou bien par quelques ungs
dsadvouhez, ilz en pourront estre accommodez de quelque partie, mais
plus habondamment,  mon adviz, les en forniront de Hendem le Sr.
Dolovyn et le bastard de Briderode, devers lesquelz le Sr. de Lombres,
et ung nomm Tafin, toutz deux Flamans, qui demeurent icy pour ceste
ngociation, ont  cest effect desj envoy home exprs.

Et le frre du comte de Mensfelt, qui estoit arriv avecques eulx,
aprs qu' diverses foys il a heu trett bien longuement, et fort
secrectement avec ceste Royne et avec le secrtaire Cecille, il a est
expdi pour passer en Allemaigne; et, par des propos qu'il a tenuz 
Vuyndesor et en ceste ville, semble qu'il ayt opinion de trouver le
duc de Cazimir assez prest de marcher avec cinq mil reytres et huict
mil lansquenetz, et que sa commission soit avec le prince d'Orange de
haster le dict duc de Cazimir et de solliciter  ceste entreprinse de
France les aultres princes protestans.

Quillegrey ne part en sa compaignye, et croy qu'on le rserve pour
l'envoyer aprs, sellon qu'on verra que les affaires du North se
porteront; desquelz semble qu'on faict desj prendre une bien fort
bonne esprance  ceste princesse, luy donnant entendre que les deux
comtes, ne s'asseurans plus de leur trouppe, proposent desj de
gaigner la mer pour se retirer en France ou en Flandres, et que ceulx
qui les ont suyviz monstrent de vouloir accepter le pardon de la dicte
Dame. Et tant pour cella, que pour se trouver la dicte Dame
aulcunement dlivre du doubte, qu'elle avoit du duc d'Alve, elle a
contremand de ne mettre en mer les sept grandz navyres, qu'elle avoit
ordonnez sortir du premier jour; car a entendu que l'armement, que le
dict duc prpare en Zlande, ne peult estre prest de quatre moys,
pendant lesquelz elle espargnera la despence des dictz navyres, et
aussi, qu'estant la responce, qu'on attandoit du dict duc d'Alve
touchant les diffrantz des Pays Bas, arrive, le marquis de Chetona,
 qui l'on avoit desj asss indignement donn cong, en faisant
semblant,  ceste heure, de le demander  la dicte Dame pour s'en
retourner, il luy a faict tant d'honnestes et gracieuses offres qu'il
a monstr ne vouloir rien moins que le prendre ny que interrompre la
confrance de l'accord; et elle, qui n'a peu user l dessus que de
bonnes parolles, luy en a donn des meilleures qu'elle a peu touchant
le desir qu'elle dict avoir de contanter le Roy d'Espaigne, de sorte
que le dict marquis est encores demeur pour essayer de remettre en
termes la dicte confrance.

Je ne say que juger l dessus, pour la grande incertitude et varit
qui se veoyt ordinairement au conseil de ceste princesse, si n'est
qu'il ne sera mal ays de trouver ung expdiant de paix entre deux,
qui ne veulent rien tant vitter que la guerre.

J'entendz que, despuys deux jours, l'on a faict interroger le duc de
Norfolc sur l'entreprinse de ceulx du North, et sur le mariage de la
Royne d'Escoce, et sur le propos d'ung aultre mariage pour le faire
despartir d'estuy l; et qu'il a respondu n'avoir jamais heu aulcune
communication avec ceulx du North, ny prtandu  la Royne d'Escoce que
pour le bien de la Royne, sa Mestresse, et de son royaulme, et qu'il
n'est dellibr d'entendre  nul aultre nouveau propos de mariage,
qu'il ne soit en libert; dont, se sentant fort ignocent de tout
cella, a envoy suplier la dicte Dame de le vouloir faire eslargir, ou
aulmoins luy ordonner sa mayson, qu'il a en ceste ville, pour prison,
ce qu'elle ne luy a encores accord, mais bien luy faict faire plus
gracieulx trettement dans la Tour; et  la Royne d'Escoce, encore que
son courroux ne soit, du tout, bien pass contre elle, ne luy faict
toutesfoys user d'aultre rigueur meintennant, que de la faire observer
de prez par les comtes de Cherosbery et Huntington qu'elle n'ayt
aulcune communication avec ceulx du North, et qu'elle [ne] puysse
escripre ou recepvoir aulcunes lettres du dict duc de Norfolc. Je
bayse trs humblement les mains de Vostre Majest, et prie Dieu qu'il
vous doinct, etc.

    De Londres ce XXIe de dcembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, sur ce que j'escriptz en la lettre du Roy de l'instance que
font ceulx de la Rochelle pour tirer des rafreschissemens de ce
royaulme, je m'opposeray aultant qu'il me sera possible qu'ilz n'en
ayent, et croy que je leur y feray trouver asss de difficultez; mais,
quant  ce qui peult succder du passaige du jeune comte de Mensfelt
en Allemaigne, Vostre Majest y fera, s'il luy playt, prendre garde de
dell, car je n'y puys rien plus veoir d'icy, sinon qu'il s'y feyt
quelque advance d'une partie de ces deniers, qu'on continue toutz les
jours mettre ez mains de Me. Grassan, qui montent desj plus de quatre
centz mil escuz, de quoy j'ay bien grand souspeon, parce que
l'argent, qu'on a  distribuer dans ce royaulme, se mect ordinairement
ez mains des trsoriers et recepveurs, et non ez mains des facteurs ou
merchantz. Toutesfoys je n'ay entendu qu'il y ayt mandement d'aulcune
nouvelle somme encores expdie pour Allemaigne.

Des diffrantz des Pays Bas, il semble qu'on y procde, des deux
costez, avec trs grande deffiance; savoir, les ungs, de n'esprer
tirer une digne satisfaction ny des biens dprdez, ny de l'offance
receue; et les aultres, de ne se pouvoir, aprs qu'ilz l'auroient
faicte, aulcunement asseurer de la paix. Je ne say si, aprs une si
manifeste ropture qu'il y a heu en la confrance, les choses se
remettront  ceste heure en meilleurs termes par la reprise que le
marquis de Chetona en a faicte, ce qui se verra en peu de jours.

Touchant les affaires du North, j'ay opinion qu'on les faict plus
petitz et moins dangereux  la Royne d'Angleterre qu'ilz ne sont, car
j'entendz que les eslevez ne monstrent aulcun signe de repentance ny
de craincte, et qu'ilz procdent avec grand asseurance, et par bon
ordre, et en grand confiance d'ung bon succez de leur entreprinse.

Les choses de la Royne d'Escoce demeurent en suspens, et bien qu'on
luy attribue la principalle occasion de ces troubles, l'on n'estime
toutesfoys que ce soit proprement elle qui les ayt succitez, mais que
ce sont ceulx, qui ont cogneu les tortz qu'on luy faisoit, qui se sont
ainsy meuz d'eulx mesmes pour les remdier. Et de tant que la Royne
d'Angleterre, en son cueur, ne luy veult ny luy peult vouloir mal, et
que l'auctorit de ses ennemys (si n'estoit ce, qu'ilz proposent
quelque aparance de bien et de repoz pour ce royaulme par la dtention
de la dicte Dame), n'aproche de celle de ses amys et serviteurs, je ne
puys encores dsesprer de l'yssue de ses affaires, et croy que, pour
l'honneur et respect de Voz Majestez, l'on n'usera au moins
dorsenavant que dignement en l'endroict de sa personne.

Et quant  la prison du duc de Norfolc, elle luy sera,  mon adviz,
plus longue pour ne se vouloir librement despartyr du mariage de la
dicte Royne d'Escoce, bien que, ez aultres choses, ceste grande
obyssance d'estre venu au mandement de la Royne, sa Mestresse, et
d'avoir quasi voluntairement accept la prison pour la contanter, luy
sert d'une grande justiffication envers elle, et la rend elle moins
offance envers luy. Tant y a qu'il se cognoist que des choses du
North ont  sortir les principalles dterminations de toutz ses
affaires, et de la plus part des aultres qui sont  prsent en ce
royaulme. Je bayse trs humblement les mains de Vostre Majest et prie
Dieu qu'il vous doinct, Madame, en parfaite sant, trs longue vie et
toute la prosprit que vous desire.

    De Londres ce XXIe de dcembre 1569.


    _Par postille  la lettre prcdente._

Despuys la prsente escripte, est venu nouvelles que ceulx du North
ont prins Castelbarne, lequel ilz tenoient assig, et je viens
d'entendre que, pour aulcunes occasions survenues despuys hyer, le
marquis de Chetona a prins rsoluement son cong.




LXXXe DPESCHE

--du XXVIIe jour de dcembre 1569.--

(_Envoye exprs jusques  la Court par le Sr. de Vassal._)

  Nouvelles importantes du Nord.--Force des rvolts et situation
    de leurs affaires aprs la prise de Castelbar.--Le comte de
    Warwick attend, pour les attaquer, les renforts qui lui sont
    promis.--Tout se prpare pour une bataille dcisive.--Rappel 
    la cour du comte de Pembroke,  qui toute faveur et autorit
    sont rendues.--Espoir qu'il fera mettre le duc de Norfolk en
    libert.--Audience de cong a t accorde au Sr. Ciapino
    Vitelli, avant son dpart.--Mission donne en Allemagne par
    lisabeth au jeune comte de Mansfeld.--Soupon qu'il a t
    charg de traiter de la leve de deux mille
    reitres.--Rclamations de l'ambassadeur  raison de diverses
    sommes qui lui sont dues.--Plaintes qu'il adresse  la
    reine-mre au sujet des promesses qui lui avaient t faites et
    qui sont restes oublies.--_Lettre secrte_ pour la
    reine-mre.--Vive recommandation de l'ambassadeur pour que le
    plus profond secret soit gard sur les communications
    confidentielles contenues dans le second mmoire joint  la
    dpche.--_Premier mmoire._--Dtails sur les affaires du Nord
    depuis la prise d'armes.--Motifs qui ont empch les comtes de
    Northumberland et de Westmoreland de mettre  excution leur
    entreprise aussi compltement qu'ils le dsiraient.--Ncessit
    o ils se sont trouvs de devancer l'poque fixe pour la prise
    d'armes.--Succs qu'ils ont obtenus.--Appui qu'ils doivent
    esprer dans toutes les provinces du royaume.--Craintes
    d'lisabeth, que plusieurs des seigneurs les plus influents de
    la cour, qui sont auprs d'elle, ne soient d'intelligence avec
    les rvolts.--Instances faites auprs du duc de Norfolk pour
    qu'il renonce  pouser la reine d'cosse.--_Mmoire
    confidentiel._--Sollicitations faites auprs de l'ambassadeur
    par les comtes de Northumberland et de Westmoreland, pour que
    le roi leur donne un secours d'argent, qui doit tre remis 
    Calais ou  Boulogne.--Confiance qu'ils ont eue, en prenant les
    armes, dans l'appui de la France et de l'Espagne.--Grandes
    promesses qui leur ont t faites par l'Espagne avant la prise
    d'armes.--Refus de les accomplir, depuis qu'ils sont entrs en
    campagne.--Conditions que veulent imposer les Espagnols.--Ils
    exigent que la reine d'cosse pouse don Juan, et lui fasse la
    cession du droit qu'elle prtend  la couronne
    d'Angleterre.--Avis qui a t donn secrtement de Londres par
    le Sr. Ciapino Vitelli, au duc d'Albe, d'agir sur-le-champ
    comme si la guerre tait dclare.--Dmarches faites auprs du
    duc d'Albe par les comtes de Northumberland et de
    Westmoreland.--_Dclaration de ceux du Nord_ qu'ils prennent
    les armes pour la religion;--pour assurer la succession au
    trne d'Angleterre aprs la reine;--et pour chasser les
    nouveaux parvenus qui se sont empars du pouvoir.--_Seconde
    lettre au roi._--Flicitations de l'ambassadeur pour la prise
    de Saint-Jean-d'Angely, et les offres de soumission faites par
    le prince de Navarre, le prince de Cond et l'amiral de
    Coligni.--Nouvelles qui viennent de lui tre transmises par la
    reine d'Angleterre sur les affaires du Nord.--Division qui
    aurait clat entre les comtes de Northumberland et de
    Westmoreland.--Ils se seraient spars, abandonnant leur
    infanterie et leur artillerie.--Les troupes de la reine se sont
    mises  leur poursuite.--Secours offerts  lisabeth par le
    comte de Murray.--Incertitude de ces nouvelles.


    AU ROY.

Sire, aprs que ceulx du North ont heu prins Castelbarne, ville et
chasteau, qui n'ont tenu que huict jours par faulte de vivres, le
comte de Vuesmerland a miz dedans une bonne garnyson et force vivres,
avec dellibration de tenir la place, et le comte de Northomberland
s'en est retourn  Arthelpoul pour y continuer, avec grand
dilligence, la fortiffication qu'il y faict faire. Me. Northon est
pour eulx en la ville de Durem, et d'aultres de leurs principaulx
adhrans sont en d'aultres villes et chasteaulx ez envyrons. Ilz ont
log le principal de leur arme entre le dict Castelbarne et
Arthelpoul, et ez villaiges qui sont le long d'une rivire tirant vers
Yorc, de laquelle ilz ont faict rompre les pontz et les passaiges, et
se rsolvent,  ce qu'on dict, de donner la bataille, si l'arme de la
Royne d'Angleterre entreprend de la passer. J'entendz que le comte de
Vuarvich a escript qu'ilz sont quinze mille hommes de pied, non toutz
bien armez, et deux mil chevaulx en fort bon quipage, et qu'il ne
s'estime encores assez fort pour les combattre; nantmoins prie la
Royne et ceulx du conseil de luy mander rsoluement si, avec les huict
ou neuf mil hommes et dix huict centz  deux mil chevaulx qu'il peult
desj avoir avecques luy, il entreprendra de passer la susdicte
rivire sur eulx. A quoy semble qu'on luy ayt respondu que, du premier
jour, l'on luy envoyera de renfort les gens du Queint, que milor Coban
a levez, et ceulx de Sommercet, qui sont de la charge du comte de
Pembrot, et qu'aussitost qu'il les aura receuz, qu'il ne temporise
plus d'aller rencontrer les dictz ennemys. Par ainsy semble qu'on se
prpare, d'ung cost et d'aultre,  la bataille.

Le comte de Pembrot a est mand pour retourner, avec toute faveur et
auctorit,  la court; et par luy s'espre que la rconcilliation du
duc de Norfolc se fera, et qu'il pourra estre miz en libert.

Ces jours passez, ung consul, de la nation espaignolle, de Bruges,
soubz tiltre de courrier, est pass de de avec pacquetz et lettres
pour le marquis de Chetona, lequel ayant est recogneu a est arrest
et miz ez mains de Me. Marso, gouverneur des merchantz, mais les
lettres principalles ont est randues au dict marquis; lequel, pour
son regard, et la Royne d'Angleterre, pour le sien, n'ont estim que
sa plus longue demeure par de peult estre de quelque utillit, dont
est all prendre publicquement cong de la dicte Dame, sans s'arrester
 certaine aultre faon de cong moins digne, qu'on luy avoit donn
auparavant; et luy a le comte de Lestre faict ung prsent de deux
beaulx guilledins. Je ne say encores si sur l'embarquement il luy
sera faict aultre prsent de la part de la Royne, mais l'on a estim
qu'il le reffuzera.

J'entendz que la dicte Dame a fort gracieusement expdi le jeune
comte de Mensfelt, et qu'elle luy a faict donner mil escuz, desquelz
semble qu'il eust bien fort grand besoing, et a escript par luy
amplement aulx princes d'Allemaigne; mesmes quelcun m'a dict qu'il
emportoit une lettre de crdict pour faire fornyr quelque somme par
dell, mais ne say encores  quelles fins, bien m'a l'on donn
entendre que c'est pour lever deux mil reytres pour la dicte Dame,
mais n'ay encores certitude de cella.

La Royne d'Escoce vous escript, et vous envoye ung sien gentilhomme
exprs pour vous compter ses nouvelles. J'ay si amplement instruict de
toutes aultres choses de de le Sr. de Vassal, prsent pourteur, que
vous supliant trs humblement, Sire, de le croyre, je n'adjouxteray
rien plus icy qu'une bien dvotte prire  Dieu, aprs avoir trs
humblement bays les mains de Vostre Majest, qu'il vous doinct, en
parfaite sant, trs longue vie et toute la prosprit que vous
desire.

    De Londres ce XXVIIe de dcembre 1569.


    A LA ROYNE.

Madame, vous ayant par le Sr. de Sabran, le XXVe du pass, et despuys,
par cinq dpesches du dernier d'icelluy et du cinquiesme, dixiesme,
sziesme et vingt uniesme du prsent, faict toutjour entendre les
adviz que j'ay heu de l'eslvation du North; de la praticque que ceulx
de la Rochelle ont envoy faire icy par le jeune comte de Mensfelt et
le Sr. de Lombres; de la ngociation du marquis de Chetona sur les
diffrandz des Pays Bas; de la ferme opposition de la Royne
d'Angleterre au mariage de la Royne d'Escoce, pour l'occasion duquel
et du souspeon qu'on a heu d'elle sur les choses du North, l'on l'a
transporte et resserre davantaige; pareillement de la prison du duc
de Norfolc, et des aultres mouvementz, prparatifz et apareilz de ce
Royaulme; Vostre Majest verra meintennant par la lettre du Roy, et
entendra par le Sr. de Vassal, prsent pourteur, et par les mmoires
et instructions que je luy ay donnez, tout ce qui a succd despuys,
et en quoy en sont  prsent les choses, ez quelles j'ay miz peyne,
Madame, de suyvre, du plus prez que j'ay peu, ce que j'ay estim estre
de vostre intention; et loue Dieu que,  quoy qu'elles soyent
meintennant devenues, la Royne d'Angleterre ne demeure que bien
dispose envers Voz Trs Chrestiennes Majestez, et monstre vous
vouloir grandement complaire, sinon en ce que je la presse de la Royne
d'Escosse, sur les affaires[22] [de la quelle] elle m'a dict qu'elle
vous avoit fait entendre ses ra[isons] par son ambassadeur et qu'elle
estoit toute esbahye [de n'en] avoir encores responce; mesmes, l'on
m'a asseur qu'en plusieurs choses elle deffend fermement contre
aulcuns mal intentionnez de son conseil le salut et la vie de la dicte
Dame, et nous faict l'on acroyre qu'avec le temps elle nous donra de
meilleures et plus certaines responces pour elle que [nous n'en] avons
heu jusques icy.

  [22] Dans cette page du MS. et les deux suivantes, le bord du
  feuillet se trouvant rong, il manque quelques mots qu'il a t
  facile de rtablir.

La dicte Royne d'Escoce vous escript, et vous envoye exprs le Sr. de
Gardelle pour vous compter de ses affaires, et vous requrir quelque
bonne pourvoyance sur iceulx; et m'ayant pri de les vous recorder,
j'ay baill au dict de Vassal sa mesmes lettre[23] affin qu'il vous
playse prendre la peyne de la veoyr.

  [23] Cette lettre n'a point t transcrite sur le registre.

Et me remettant  luy de toutes aultres particullaritez de de, sur
lesquelles je vous suplie, Madame, le vouloir ouyr et luy donner foy,
le surplus de la prsente sera pour trs humblement me ramentevoir 
Vostre Majest pour le payement de mes gaiges de la chambre et de la
pencion de XII{c} {lt}, qu'il vous a pleu m'ordonner,  ce qu'il vous
playse commander, Madame, que la moicti de la pencion qui me reste de
ceste anne, j escheue (1569), et les gaiges de la dicte mesmes
anne, et la moicti de ceulx de la prcdante, despuys que suys en
ceste charge, me soyent payez, qui est en tout quinze centz livres,
tant de la pencion que de la chambre, et ordonner que, pour les
aultres suyvantes, je soys miz au rolle des assignez et pay, affin de
n'en importuner plus Vostre Majest. Ce que j'espre, Madame, que ne
me vouldrez reffuzer, veu que je n'ay ny n'ay heu jamais aultre estat
ny bienfaict de Voz Majestez, et qu'il vous peult souvenir qu'il a
tantost dix ans qu'avez heu desir et intention de me faire du bien,
pour m'avoir veu auparavant longuement servyr, et nantmoins j'ay
toutjour despuys continu le service, et vostre bienfaict n'est
encores venu; mais j'espre en la grande bont et vertu de Vostre
Majest que l, o  tant d'aultres vous avez faict recepvoir
honneurs, rcompences et advancement de leurs services, vous ne me
ferez demeurer seul confuz d'honte et de paouvrett, pour ceulx que,
avec toute dilligence et affection, vous savez, Madame, que j'ay trs
fidellement faictz  Voz Majestez; et, je prieray Dieu, aprs avoir
trs humblement bays les mains de Vostre Majest, qu'il vous doinct,
etc.

    De Londres ce XXVIIe de dcembre 1569.


AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.

=Chiffre.=--[Madame, affin que le Roy et Vous et Monseigneur soyez
advertys d'aulcunes choses, qui sont d'asss de moment pour celles de
vostre service, et regardent beaulcoup le prsent estat, et celluy
d'advenir, de vostre grandeur, et peuvent encores vous servyr pour
demeurer auculnement advisez en vous mesmes sur ce que,  mon adviz,
l'on vous requerra, je vous suplie trs humblement, Madame, ouyr 
part et donner foy  ce mien gentilhomme, le Sr. de Vassal, et me
commander par luy comme, sellon vostre intention, j'aurai  me
conduyre en ce qui pourra eschoir  ma prsente charge; et [que vous
ne] preignez, Madame,  desplaysir si trs humblement, et [au nom] de
Dieu, je vous suplie que le propos n'aille plus avant que  Voz
Majestez et  Mon dict Seigneur vostre filz, sellon que j'ay oblig ma
foy et ma conscience de ne le reveller qu' vous trois dell la mer;
et je suplieray le Crateur, aprs avoir trs humblement bays les
mains  Vostre Majest, qu'il vous doinct, etc.

    De Londres ce XXVIIe de dcembre 1569.


Avec le propos principal, je luy en ay commis d'aultres, pour dire
aussi  part  Vostre Majest.]


MMOIRE.

Il a sembl que l'entreprinse des comtes de Northomberland et
Vuesmerland leur deubt torner  malle fin par ce qu'ayant, du
commancement, propos de marcher jusques  Londres, et de mettre la
Royne d'Escoce en libert, et de se saysir des villes de Yorc et de
Neufcastel, avec grand esprance que, aussitost qu'ilz se seroient
monstrez en campaigne, ung milion de catholiques se lveroient, et les
grandz qui sont de leur intelligence s'yroient joindre  eulx, ou au
moins leur envoyeroient de leurs forces, ou argent, ou quelque [autre
secours], rien de tout cella ne leur a ruscy.

Ains, ayantz asss soubdainement march trente mil oultre la ville
d'Yorc, la Royne d'Escoce a est incontinent transporte, et, encor
que le peuple les ayt suyviz, nul des seigneurs n'a [pareu], ny boug,
ny envoy devers eulx; dont, ne se sentans avoir asss d'argent pour
conduyre leur troupe jusques  Londres [parce que ilz] ne vouloient
vivre sur le peuple, ny de pou[voir occuper] ceste ville incontinent
qu'ilz y seroient arrivez [parce que elle est] puyssante et bien
fornye d'armes, et o ilz [n'esproient] qu'il se ft aulcun mouvement
pour eulx, ilz s'en [allrent] vers Yorc, o ilz aproffitrent encores
moins parce que [estant] la ville, par la dilligence du comte de
Sussex, bien pourveue de gens de guerre; ilz furent contrainctz de
rapasser vers le quartier d'o ilz estoient venuz.

Et parce que une partie de leur troupe se retira [lors] et que les
comtes, avec le reste, s'acheminrent vers le pays de Blacmur, qui est
marescageux et sur la mer, l'on eust opinion qu'ilz s'en alloient
rompuz d'eulx mesmes, et que les principaulx se venoient saulver sur
quelques navyres en France ou en Flandres, dont la Royne d'Angleterre
et ceulx de son conseil diminurent de moicti l'ordre des apareils
qu'ilz avoient faict pour les aller deffaire.

Mais semble que, despuys, l'on a bien cogneu que leur retrette
n'estoit advenue que par ce seulement que les aultres seigneurs
catholiques, de leur intelligence, ne leur avoient aulcunement
correspondu, s'excusantz,  ce qu'on dict, [sur ce] que l'entreprinse
avoit est hors de temps et beaulcoup plustost commance qu'il
n'estoit convenu entre eulx, ce que les dictz comtes semblent
advouher, mais que, voyantz l'instante sommation qu'on leur faisoit de
se reprsenter en court, et que,  faulte de comparoir, ung simple
sergent les ft allez prendre, l'ung aprs l'aultre, en leurs maysons,
ainsy qu'ilz savent trs bien que les commissions en estoient desj
expdies, ils avoient est contraintz d'ainsy soubdain recourir aulx
armes et se mettre en campaigne.

Dont, ayantz,  ceste heure, donn quelque fondement  leur
entreprinse, et monstrantz de vouloir attendre le temps et la
commodit des aultres, il se cognoist que leurs troupes ne se sont
spares d'eulx, ny ilz n'ont prins le chemin vers la mer, pour
aulcunement habandonner leur dicte entreprinse, ny pour s'enfouyr hors
du pays; ains que ceulx, qui se sont retirez, sont allez, par leur
cong, se retirer en leurs maysons, pour estre prestz quant ilz les
manderont, et eulx, avec le reste, sont allez saysir cependant la
ville, le chasteau et le port de Hartepoul, qui sont trs oportuns
lieux par la terre, et fort commodes pour s'ayder de la mer; et ont
assig la ville et chasteau de Castelbarne, lesquelz, nonobstant que
les comtes de Vuarvich, de Sussex et admyral Clinton ayent faict
semblant de se mettre aulx champs pour les secourir, ilz n'y ont
aproch, et les ont layss prendre par composition (bagues saulves,
aultant que chacun soldat sur soy, et Henry Boy, le capitaine, sur ung
cheval seulement, en ont peu emporter); qui est une place assez forte,
et o les dicts comtes ont trouv de l'artillerye, des armes, des
pouldres, et veult on dire aussi beaulcoup d'argent et de richesses.

L'on estime que le nombre d'hommes d'effect, de quoy iceulx comtes
peuvent faire estat pour ung combat, sellon leurs rolles, est de vingt
mil, comprins quinze centz Escouois  cheval, que milord de Humes
tient toutz prestz  leur dvotion sur la frontire, et qu'ilz se
rsolvent de donner la bataille, si l'arme [de] ceste Royne marche
guires plus en avant, et s'entend que les dictz comtes ont mand
plusieurs parolles de deffy aulx chefz d'icelle, mesmement au comte de
Vuarvich.

L'on commance  cognoistre qu'ilz procdent d'une plus grande
asseurance et plus grande confiance qu'on ne cuydoit, et que,
demeurantz ainsy fermes ez lieux qu'ilz ont gaignez, et les
fortiffians comme ilz font, qu'ilz sentent ung grand apuy dans le
royaulme, et qu'ilz esprent quelque bon secours de dehors, dont ceste
Royne souspeonne plus que jamais le duc d'Alve; et peult estre qu'
ceste occasion, elle s'estoit advise d'arrester quelques jours
encores le marquis de Chetona et sa troupe, qui est belle et grande,
affin qu'ilz luy servissent comme d'ostages par de, mais le dict
marquis s'est enfin dtermin de prendre rsoluement son cong.

L'arme de la dicte Dame a desj march vers les ennemys, soubz le
comte de Vuarvich, assist des comtes de Sussex et admyral Clynton,
toute en bonne quipage d'armes, d'artillerye et de monitions, et
s'esproit en ceste cour que la bataille se donroit jeudy dernier;
mais, encores qu'on ayt asss accoustum en ce royaulme de ne la
temporiser, nantmoins aulcuns ont opinion qu'on ne l'azardera.

Et parce que les dictz comtes ont publi ung escript, lequel translat
d'anglois en franoys, contient ce qui se veoyt par icellui, la dicte
Royne et ceulx de son conseil sont entrez en nouvelles [craintes] des
seigneurs qui y sont dnomms, lesquelz l'on a dilligemment
[recherchs] l dessus, mais pour ce que le duc de Norfolc ne s'est en
[ses] responces tant exaspr contre les dictz comtes et leurs
[adhrans] comme ont faict les comtes d'Arondel et de Pembrot, l'on a
extraict certains articles du [dict escript et] d'aultres du faict
d'entre la Royne d'Escoce et luy, [sur lesquels] l'on l'a, de rechef,
curieusement interrog, avec pl[us grand instance] pour luy faire
quicter la Royne d'Escoce, luy donnant en[tendre] qu'aussi bien a elle
escript de ne le vouloir aulcunement es[pouser], et qu'il se trouvera
bien ung aultre party pour luy qui sera [approuv] de la Royne, sa
Mestresse, et par le moyen duquel il recouvrera sa libert, car aussi
ne trouve l'on qu'il soit charg d'aulcune c[hose] que du dict
mariage; dont, pour l'ennuy de la pryson, il a est en grand [danger]
de se laysser aller  ceste persuasion et habandonner la Royne
[d'Escoce].

Mais j'entendz que, sellon les bons admonestemens et conseilz qu'on
luy a administrez, il a en fin sagement respondu, que touchant ceulx
du North, il n'a jamais heu communication de leur entreprinse, et 
quiconques vouldra dire aultrement il luy maintiendra qu'il a menty;
et quant  ce qu'ilz ont allgu qu'il a tenu certain propos de la
succession de ceste couronne, que,  la vrit, il en a parl souvant,
mais toutjours sellon les bons termes qui en furent proposez et
dbattuz au dernier parlement; que, du mariage de la Royne d'Escoce,
il n'y a jamais prtandu sinon pour servir au bien de la Royne, sa
Mestresse, et  celluy de son royaulme; et, quant elle a monstr ne le
trouver bon, qu'il s'en est despourt; qu'il ne faict doubte que la
Royne d'Escoce n'ayt faict le mesmes, quant la Royne d'Angleterre luy
a faict cognoistre le courroux qu'elle en avoit, et qu'il sera
toutjour plus ayse de se maryer au gr de la dicte Dame que contre sa
volont; mais qu'il ne dellibre en faon du monde entendre  nul
party qu'il ne soit en libert.


SEGOND MMOIRE.

=Chiffre.=--[Ayant les deux comtes du North, et ceulx qui les suyvent,
prins les armes pour restablyr la relligion catholique en Angleterre,
et pour mettre la Royne d'Escoce en libert, et  icelle conserver la
succession de ceste couronne, et pour s'opposer  ceulx qui, abusantz
de l'auctorit qu'ilz ont prz de la Royne d'Angleterre, l'employent 
travailler les subjectz du royaulme et offancer les princes
estrangiers, ilz ont espr que, par mon moyen et de celluy de
l'ambassadeur d'Espaigne, ilz seroient secouruz de nos deux Maistres,
comme de deux grandz princes, intressez en leur entreprinse.

Dont, pour icelle continuer, ilz nous ont faict remonstrer que, pour
le prsent, ilz se trouvent asss fortz de gens, mais qu'ilz n'ont
argent pour les entretenir que jusques envyron le Xe ou XVe de
janvier, et que celluy de Northomberland a desj advanc sept ou huict
mil escuz, qui est tout ce qu'il a peu fornyr, par ainsy requirent
d'estre promptement secouruz.

Sur quoy, pour mon regard, je leur ay faict considrer l'infiny
espuysement des finances du Roy, Mon Seigneur, par la prsente guerre
de son royaulme, et aussi que le secours qui s'attand de luy 
Dombertrand ne sera sans frais, lequel reviendra beaulcoup au proffict
de leur entreprinse, dont se sont asss con[tents] des bonnes
esprances, que je leur ay donnes, de toute l'assistance que le Roy
leur pourra faire, mesmes d'argent s'il en a, et de ge[ns.......] et
de retraicte s'il est besoing en son royaulme. Nantmoins m'ont fort
conjur d'escripre  Sa Majest qu'il luy playse leur fornyr quelque
somme, sellon qu'il en pourra avoir la commodit; ce que je n'ay peu
reffuzer de leur accorder. Et semble qu'avec bien peu d'argent de Sa
Majest ou de celluy du douayre de la Royne d'Escoce, port  Callais
ou  Bouloigne, ausquelz lieux ilz l'yront bien cercher, ilz se
contanteront.

Quant  l'ambassadeur d'Espaigne, de tant qu'ilz avoient de grandes
promesses de luy, et mesmes lettre de sa main, laquelle celluy de
Northomberland porte toutjour sur soy, et qu'avant s'eslever il
les sollicitoit, par offres d'ung grand et prsent secours
d'arquebouziers, de corseletz, de gens de cheval, et de cent mil
escuz, affin qu'ilz prinsent incontinent les armes, meintennant qu'ilz
les ont prinzes et qu'ilz se trouvent en ncessit d'argent, et ayant
le dict ambassadeur moyen de leur faire frayer huict mil escuz par
deux merchantz de ceste ville, qui, sur sa parolle, se offrent de les
leur bailler, ilz sont fort esbahys que non seulement il reffuze de le
faire par ce, dict il, qu'il n'a expresse commission pour cella du
duc d'Alve, mais aussi se monstre asss froid sur tout le reste du
secours promiz, et qu'il ne fault qu'ilz esprent que le duc s'advance
d'en bailler, si quelcun des plus grandz et principaulx d'entre eulx
ne va devers luy pour accorder  quelles condicions il l'envoyera, et
 quelles ilz le prendront.

Sur quoy, je ne fays doubte que les voyant  ceste heure entrez bien
avant et avoir besoing de luy, qu'il ne les veuille attirer  ses
intentions, et, entre aultres,  celle qu'il a grande du mariage de la
Royne d'Escoce et de dom Joan, avec le tiltre de la succession de ce
royaulme;  quoy le comte de Northomberlan s'est toutjours monstr
fort enclin, et qu'il les veult aussi [engager] de ne poser les armes,
ny faire aulcun accord, sans luy.

Et se voyt asss que ce rfroydissement n'est que artiffice par[ce que
je] say que le dict duc a est fort marry que le viscomte de Montegu
[ne] soit pass devers luy, comme il l'avoit promiz, et comme
l'am[bassadeur] luy avoit desj baill lettre pour ce faire, et a le
dict duc mand qu'il face grand instance au dict de Montegu, ou bien 
quelque [aultre] seigneur de qualit de ce royaulme, de l'aller
trouver.

Ce que le dict ambassadeur essaye de faire par toutes les persuasions
qu'il peult; et cependant que luy et le marquis de Chetona n'ont peu
obtenir passeport pour escripre en Flandres, ilz ont faict que le Sr.
Barbarin, gentilhomme florentin, de la troupe du dict marquis, a
feinct qu'il luy estoit ncessaire pour sa sant de retourner dell
la mer, dont, ayant pour une si raysonnable occasion obtenu son cong,
sans toutesfoys pouvoir pourter aulcunes lettres, ilz luy ont
secrectement baill ces quatre motz d'escriptz _croyez entirement le
pourteur_ sign des deux, en si peu de papier, qu'il l'a peu cacher
en lieu secrect de sa personne; et sa crance a est que n'y ayant
esprance d'accord ez diffrandz des prinses, bien que le dict marquis
se soit miz en debvoir de l'offrir  ceulx cy avec les plus
gracieuses, voyre humbles, condicions qu'il a peu, mais se monstrans
eulx opiniastres de n'y vouloir entendre, ilz prient le duc d'Alve de
ne temporiser plus  leur faire le piz qu'il pourra comme  obstinez
ennemis, et qu'il se haste d'entreprendre quelque chose contre eulx,
pendant que ces troubles du North sont en vigueur, car ne recouvrera
jamais une plus belle occasion; et que le dict marquis se trouve si
offanc des indignitez qu'ilz luy ont faictes, qu'il n'a rien en plus
grand desir que de s'en venger. Et, despuys le despartement du dict
Barbarin, ung aultre gentilhomme anglois a est dpesch devers le
dict duc de la part du dict de Montegu, lequel, parce qu'il a heu 
descendre en France, il m'a requiz ung passeport, et oultre celluy l
j'entendz que ceulx du North luy ont dpesch le Sr. de Marconville,
qui est le plus capable et suffizant homme qu'ilz ayent.]

  CERTAINE DCLARATION que ceulx du North ont faicte de l'intention
    de leur entreprinse.

  Comme, par le trs inique et sinistre raport d'aulcuns malicieux
    ennemys de la parolle de Dieu et du publicque estat de ce
    royaulme, ayt est publi et miz en avant que l'assemble des
    nobles hommes, les comtes de Northomberland et de Vuesmerland,
    et de plusieurs aultres principaulx personnaiges qui suyvent
    leur party, ayt est et soit contre la couronne et au prjudice
    de cest estat, il a sembl bon aus dictz deux comtes, et 
    ceulx de leur conseil, de signiffier  toutz les bons subjectz
    de la Majest de la Royne quelle est en cest endroict leur
    vraye et saincte intention, et celle de leurs amys et allis,
    comme s'ensuyt:

   Parce que trs saigement et loyaulment a est naguires admis par
   le hault et puissant prince Thomas duc de Norfolc, Henry comte
   d'Arondel, Guillaume comte de Pembrok, et Nous, comtes de
   Northomberland et Vuesmerland, et plusieurs aultres de l'ancienne
   noblesse de ce royaulme, avec grand consentement de toutz les gens
   de bien, qui favorisent la parolle de Dieu et ayment l'honneur de
   cest estat, qu'il estoit ncessaire, pour obvier  effuzion de
   sang et  la ruyne de ce commun pays, et aussi pour refformer les
   dsordonnes personnes qui, par abuz et par la malicieuse
   praticque d'aulcuns aultres,  eulx semblables, ont est ellevez,
   de faire entendre  ung chacun quelle est la lgitime succession
   de ceste couronne, et  qui, par lgitime droict, cy aprs elle
   doibt apartenir, affin de ne la laysser aller  la dangereuse et
   incertaine descision que, pour rayson de divers tiltres,
   plusieurs, qui y prtendent intrest, la pourroient faire venir;

   Laquelle saincte, bonne et honnorable intention de la dicte
   noblesse a est, en plusieurs et diverses faons trs mauvaises,
   procupe envers la Majest de ladicte Dame par les communs
   ennemys de son royaulme, et par iceulx mesmes, et leurs pernicieux
   et dtestables conseilz et pratiques, qui nous sont asss cogneues
   et au reste de la noblesse, noz vies et noz libertez sont mises
   meintennant en grand dangier, et monopolles toutz les jours faictz
   pour aprhender noz personnes, conseils vrayement procdantz de la
   damnable et ambicieuse affection de ceulx qui, pour aulcune nostre
   soubzmission, ne peult estre aultrement modre que par les armes;

   A l'ocasion de quoy nous nous sommes assemblez d'une juste et
   loyalle intention envers la Majest de la Royne et envers sa
   couronne, et la lgitime succession d'icelle, pour leur rsister
   force par force; et voyantz que nulle intercession ne nous peult
   valloir, nous nous sommes commiz  la grande bont et clmence de
   Dieu et  l'assistance de toutz les vrays zlateurs de ce
   royaulme, rsoluz en nous mesmes d'advanturer entirement noz
   vies, terres et biens, en ceste trs juste et saincte
   entreprinse; en quoy nous requrons affectueusement l'ayde et
   secours de toutz ceulx qui desirent le repoz de cest estat et
   celluy de l'ancienne noblesse qui y est.


    _Du mesmes jour._

AULTRE LETTRE AU ROY.

Sire, ceste segonde lettre est pour me conjouyr avecques Vostre
Majest de la reddition de St. Jehan d'Angely, et du debvoir auquel
les princes de Navarre et de Cond, monsieur l'Admyral et ceulx qui
les ont suyviz se veulent mettre de requrir,  genoux, vostre bonne
grce, et retourner  vostre obyssance, ainsy que par les vostres, du
XXVIIIe du pass, il vous playt me le mander; lesquelles je n'ay
receues que ainsy que mon pacquet estoit desj cloz et dellivr au Sr.
de Vassal. Et avec icelles j'ay ensemblement receu voz dernires, qui
sont du quatriesme du prsent. J'yray, pour l'occasion des unes et des
aultres, trouver du premier jour la Royne d'Angleterre, et verray
comme elle prendra ces bonnes nouvelles.

L'on m'a prsentement faict entendre de sa part celles de cy dessoubz
aulx propres termes qui s'ensuyvent:

La nuict du XVIIIe de ce moys, s'estantz les rebelles de la Royne
assemblez au chasteau de Duren pour prendre rsolution s'ilz debvoient
combattre ou non, ilz se sont trouvez de contraire adviz entre eulx,
remonstrant le comte de Northomberland qu'il n'avoit prins les armes
pour assaillir les gens de la Royne, sa Mestresse, mais seulement pour
deffandre sa personne et celle des aultres seigneurs et gens de bien
de sa compaignie, et pour faire certaine remonstrance  la dicte Dame
affin de redresser aulcunes choses au bien et proffict de la noblesse
et de tout l'estat du royaulme; et que, s'estant l dessus meu
diffrant entre luy et le comte de Vuesmerland, il s'estoit retir
icelle mesme nuict, avec douze centz chevaulx au lieu et chasteau de
Exain; et le dict de Vuesmerland avoit prins ung aultre chemyn avec
huict centz chevaulx vers Lisdidale, layssans leurs gens de pied,
lesquelz avoient incontinent envoy accepter le pardon de la dicte
Dame; et avoient pareillement habandonn Artelpoul et layss leur
artillerye;--que le comte de Sussex et sire Jehan Fauster entendant
cella s'estoient miz, l'ung, d'ung cost, avec quinze centz chevaulx
et six centz harquebouziers, et l'aultre, de l'aultre, avec mil
chevaulx  poursuyvre les dicts comtes;--que le comte de Vuarvich et
l'admyral Clinton, ayantz layss leur infanterye  Ripon, avoient
dilligentment pass la rivire, avec toute la cavallerie et avec ung
nombre d'arquebouziers et six pices de campaigne, pour se mettre
[aprs];--que le comte de Mora s'estoit aproch en la frontire pour
combattre le dict de Northomberland, et offert  la dicte Royne
d'Angleterre dix mil hommes payez pour vingt deux jours, s'il luy
playsoit de s'en servyr.

Je vriffieray mieulx ceste nouvelle, et par mes premires vous en
manderay ce que j'en auray aprins, aydant le Crateur auquel je prie,
aprs avoir trs humblement bays les mains de Vostre Majest qu'il
vous doinct, Sire, en parfaicte sant, trs heureuse et trs longue
vie, et toute la grandeur et prosprit que vous desire.

    De Londres ce XXVIIe de dcembre 1569.




ADDITION A LA LXXIIIe DEPCHE.

LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du Xe de novembre 1569.--

  Instances de Marie Stuart auprs d'lisabeth pour obtenir son
    rtablissement en cosse, ou tout au moins la permission de
    passer en France, mme en payant ranon.

La copie de cette lettre, qui n'a pas t transcrite sur les registres
de l'ambassadeur (_voyez_ LXXIIIe _Dpche_, p. 343), se trouve dans
les papiers dposs aux Archives, provenant de la famille Fnlon.
L'criture est de la fin du XVIIe sicle; mais, ce qui en assure
l'authenticit, c'est qu'elle fait partie de cahiers qui sont la copie
littrale et textuelle des dpches. Elle est tire du second
manuscrit dont nous avons parl dans les observations insres en tte
du premier volume de cet ouvrage.


A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

Madame ma bonne soeur, ne voulant rien obmettre jusques au dernier but
de la patience qu'il a pleu  Dieu me prester en mes adversitez, j'ay
diffr tant que j'ay peu de vous importuner de mes lamentations,
esprant qu'avecques le temps, pre de vrit, vostre bon naturel
considrant la malice de mes ennemys, qui sans aulcuns contredict
courent  bride abatue leur cource contre moy, vous esmouveroit 
piti de vostre propre sang, vostre semblable, et de celle quy entre
toutz autres princes vous a esleue pour son resfuge aprs Dieu, se
fyant tant en voz favorables lettres et amiables promesses, fortifiez
par ce lien de parantaige et proche voisinnaige, que je me suis mise
en voz mains et vostre pouvoir, de mon gr sans contrainte, o j'en
demeure prez de deux ans, aucunes foys en esprance de vostre faveur
et suport par courtoises lettres, d'autres foys en dsespoir par les
menes et faux rapportz de mes contraires. Nantmoins mon affection
vers vous m'a toujours faict esprer le bien et souffrir le mal
paciemment; or maintenant vous avez escout de rechef la malice de mes
rebelles,  ce que me mande l'vesque de Rosse, reffuzant d'ouyr la
juste plaincte de celle qui volontairement s'est mise en vostre
puissance, se jettant entre voz bras; par quoy j'ay prsum de tenter
encores ma fortune vers vous, appelant  la Royne ma bonne soeur
d'elle mmes.

Hlas, Madame, quel plus grand signe d'amiti vous puis je monstrer
que d'avoir fiance en vous, et pour rcompense rendrez vous vayne
l'esprance qui est mise en vous par vostre soeur et cousine, qui peut
et n'a voullu envoyer allieurs pour secours? Sera donc mon attente en
vous pour nant, ma pacience vayne, et l'amiti et respect que vous ay
porte desprise jusques l que je ne puys obtenir ce que ne sauriez
justement reffuzer  la plus estrange du monde. Je ne vous ay jamais
offence, ains vous ay ayme, honnore et par toutz moyens recherch
de vous complaire et assurer de ma bonne inclination vers vous. L'on
vous a faict de faux raportz de moy,  quoy vous adjouxtez foy jusques
 m'en avoir traitte non comme une royne, vostre parante, venue
cercher support de vous, seure de vostre promise faveur, mais comme
une prisonnire  qui vous pourriez imputer offence d'une subjecte.

Madame, puisque je ne puis obtenir de vous dclarer, face  face, ma
sincrit vers vous, au moins permettez que monsieur de Rosse, mon
ambassadeur, vous rende compte de toutz mes dportemens, comme celluy
qui en est [charg], ayant accez de vous remonstrer les occasions que
j'ay de me douloir sans vous offencer, estant contraincte de
renouveller mes anciennes requestes, desquelles je vous suplie le
vouloir rsouldre et moy aussy;  savoir, qu'il vous plaise, suyvant
mes premires demandes, m'obliger pour jamais, m'aydant de vostre
support au recouvrement de mon estat auquel il a pleu  Dieu me
constituer entre mes subjectz, comme de tout temps [me l'avez] promis;
ou sy le sang, mon affection vers vous, et longue patience ne vous
semble mriter cela, au moings ne reffuzez de me laisser aller libre,
comme je suis venue, en France ou aillieurs, o je me pourray retirer
entre mes amys et alliez.

Et, s'il vous plait m'user de rigueur et me traiter comme ennemye, ce
que je ne vous ay jamais este, ni desire estre, laissez moi racheter
ma misrable prison par ranson, comme est la coustume entre tous
princes, voire ennemys, et me donnez commodit de traffiquer avecques
les susdictz princes, mes amys et alliez, pour faire ma dicte ranson.
Et cependant je vous supplie que, pour m'estre fie en vous de ma
personne et offert en tout de suivre vostre conseil, je n'en reoive
dommaige par l'extortion de mes rebelles sur mes fidelles subjectz, ny
que je soys affoyblie, pour m'estre attendue  voz promesses, de la
perte de Dombertran. Et si tous ces respectz et miennes humbles
requestes sont par les faux raports de mes ennemys empeschez d'estre
[accueillis de] vous, et que veulliez prendre de mauvaise part tout ce
que j'ay faict  intention de vous satisfaire, au moins ne permettez
que ma vie soit, sans l'avoir dservi, mise en dangier, comme celluy
qui se dict abb de Domfermelin faict courir le bruict, se vantant de
ce (que je ne puis croire) que me mettrez entre les mains de mes
rebelles ou de tels aultres en ce pays dont ilz ne sont moins contens
et que je ne cognois point.

Je proteste n'avoir jamais eu volont de vous offancer, ny faire chose
qui vous tournasse  desplaisir, ny n'ay mrite cruelle rcompense
que d'estre sy peu respecte, comme l'vesque de Rosse vous a desj
dclar et fera de rechef, s'il vous plaist luy donner audience, de
quoy je vous supplie bien humblement, et, comme dessus, de luy donner
une rsolution, et sy ce n'est par amour que ce soit par piti. Vous
avez esprouve que c'est d'estre en troubles, jugez ce que les aultres
souffrent par cela. Vous avez asss preste l'oreille  mes ennemys, 
leurs inventions pour vous rendre souponneuze de moy, il est temps de
considrer ce quy les y meult et leurs doubles dportemens vers moy,
et ce que je vous suys, et l'affection vers vous qui m'a faict venir
en lieu o vous avez ce pouvoir sur moy.

Rduysez en mmoire les offres d'amiti que je vous ay faictes, et
l'amiti que m'avez promise, et combien je desire vous complaire
jusques  avoir nglig le support des aultres princes par vostre
adviz et promesse du vostre. N'oubliez le droit d'hospitalit vers moy
seule et pesez tout cecy avecques le respect de vostre confiance,
honneur et piti de vostre sang; et lors j'espre que ne me restera
occasion de me repentir. Pensez aussi, Madame, quel lieu j'ay teneu et
comment j'ay este nourrye, et sy ayant, par le moyen de mes rebelles
ou aultres ennemys, ung sy diffrant traictement de cestuy l par les
miens; de quy j'esproys tout confort, sy malaisment je puys porter
ung tel fardeau avecques celuy de vostre mauvaise grce, qui m'est le
plus dur; laquelle je n'ay jamais mrite, ny d'estre sy estroictement
emprisonne que je n'aye le moyen d'entendre les nouvelles de mes
affaires, ou pouvoir mettre ordre en nul part, et mesmes sans pouvoir
au moins consoler mes fidelles subjectz, qui souffrent pour moy, tant
s'en faut que je les supporte comme j'esprois.

Je vous supplie de rechef que faux rapportz ou mauvais desseins de mes
ennemys ne vous facent oublier tant d'aultres respectz en ma faveur.
Et pour le dernier, si tout le reste ne peut esmouvoir vostre
naturelle piti, ne desprisez la prire des Roys, mes bons frres et
alliez, aux ambassadeurs desquelz j'escriptz pour vous faire instante
prire en ma faveur; et, affin que ne le preniez de mauvaise part, je
vous supplie m'excuser sy, en caz [que] veulliez oublier vostre bon
naturel et piti qui vous a faict tant honorer et aymer vers moy, je
les prie d'advertir les dictz Roys de ma ncessit, et les prie de
presser l'ayde  mes affaires que j'ay attandue de vous, et requiers
prsentement, devant toute aultre, s'il vous plaist me l'accorder;
[laquelle], comme j'espre vous trouverez enfin, je n'ay jamais
dservi[24] de perdre.

  [24] _Mrit._--Ce mot est dj employ dans le mme sens au
  commencement de la page prcdente.

Sy en cecy ou en aulcun poinct de ma lettre je vous offence, excusez
l'extrmit de ma cause  ces infiniz troubles, o je me voys. Et pour
fin, je me remetz  la suffizance de l'vesque de Rosse que je vous
supplie croire comme moy, qui vous prsente mes humbles
recommandacions, priant Dieu qu'il vous face cognoistre au vray mon
intention vers vous et mes dportemens.

    De Titbery ce Xe de novembre 1569.


Je vous supplie m'excuser sy j'escriptz sy mal, car ma prison, m'est
tant mal saine et moy inhabile  cest office et  tout autre exercice.

    Vostre trs affectionne bonne soeur et cousine,

    MARIE R.




ADDITION AUX DPCHES DE L'ANNE 1569.

LETTRES DIVERSES DE MARIE STUART A L'AMBASSADEUR.

(Les lettres suivantes sont tires du mme manuscrit.)

LA ROYNE D'ESCOCE A MONSIEUR DE LA MOTHE FNLON.

--du XXVe de juillet 1569.--

  Lettre de remerciment de Marie Stuart  l'ambassadeur, avec
    prire de lui continuer ses bons offices.


Monsieur de La Mothe Fnlon, je receu hier vostre lettre du XXIe de
ce moys, ensemble celle de monsieur le Cardinal mon oncle, de laquelle
je vous envoye la responce par le prsent porteur, laquelle je vous
prie luy faire seurement tenir par la premire commodit. L'vesque de
Rosse m'a plusieurs foys escript de la peine et soing que vous prenez
pour l'advancement de mes affaires, de quoy je vous remercye de bien
bon coeur, et vous prie de ne vous lasser de continuer et de parler
vifvement, l'occasion s'offrante,  la Royne, ma bonne soeur, ainsy
qu'avez faict au pass, et que je m'assure, que le Roy, vostre
Maistre, monsieur mon bon frre, entend que fassiez  toutes les fois
que penserez que vostre parolle me pourroit servir.

Je n'eusse est si longtemps sans vous escripre, si quelcung de mes
secrtaires eust est icy prs de moy, et vous fairois plus ample
discours  ceste heure de l'estat de mes affaires, sy je ne m'assurois
que le dict vesque de Rosse vous communique librement tout [ce] qui
se passe en iceulx, suyvant le commandement que je luy en ay donn 
son partement d'icy et ce que je luy en ay souvant despuys escript. Je
vous prie, au surplus, de me mander souvant de vos nouvelles, ou pour
le moins quand vous [en] recepvrez des bonnes, d'en faire part au dict
vesque de Rosse; et atant, aprs mes affectionnes recommandations 
vostre bonne grce, je prie le Crateur, monsieur de La Mothe Fnlon,
vous donner heureuse et longue vie.

    De Vuingfeild le XXVe de juillet 1569.

    Vostre bien bonne amye,

    MARIE R.




LA ROYNE D'ESCOCE A MONSIEUR DE LA MOTHE FNLON.

--du Xe d'aoust 1569.--

  Prire de Marie Stuart  l'ambassadeur pour qu'il insiste
    vivement en sa faveur auprs d'lisabeth.--Plaintes contre le
    secrtaire La Vergne.


Monsieur de La Mothe Fnlon, je receu vostre lettre du VIe du prsent
par le moyen de monsieur de Rosse, et, tant par icelle que par la
sienne, cogneu la continuelle bonne volont que vous avez au bien et
expdition de mes affaires, en quoy vous ne serez dceu, le faisant
pour une qui ne manquera jamais de bonne volont  s'en revencher o
elle pourra pour vous. J'ay eu naguires nouvelles d'Escosse par Me.
Thomas Flemyng, prsant porteur, que j'envoys vers le dict sieur de
Rosse, lesquelz vous en fairont part et communiqueront sur ma
pressente libert, pour laquelle, (ou bien que je puisse chercher
secours ailleurs), il ne faut plus que la Royne d'Angleterre s'excuse
sur le comte de Mora pour les causes que vous entendrez par le dict
Sieur de Rosse; de quoy je vous prie parler  la dicte Royne, quant
l'occasion se prsentera.

La Vergne m'a parl de quelque affaire, dont je ne luy sceu rsoudre
parce que je ne say bonnement comme ces choses sont passes, et aussy
que venant freschement de France, comme il m'a dit, il n'en a parl ny
 monsieur de Glazco mon ambassadeur, ny  aultre de mes gens;
toutesfoys j'en escriray au dict sieur de Rosse pour en advizer avec
vous et faire ce que vous ensemble trouverez bon pour ma seuret. Le
dict de La Vergne se dict vostre secrtaire, encores que vous n'en
fassiez mention par vostre lettre; et me souvenant que je vous ay cy
devant escript comme j'avois eu advertissement que de toutes les
lettres et despesches, tant du Roy, monsieur mon bon frre, que de
moy, on en bailhoit des coppies  la court d'Angleterre, sur quoy vous
me mandaste que vous aviez ung secrtaire en France, et m'ayant cestuy
cy dict qu'il y a est envyron trois moys, et aussy qu'il n'avoit
encores gures parl avec moy qu'il ne me demandast sy je voulois
escripre en France ou mander quelque chose de bouche, j'ay eu quelque
soupon que ce fust luy, et ne m'ay sceu garder de luy en parler et
remonstrer que luy et aultres voz secrtaires se doibvent bien garder
de telles choses, affin que les affaires du Roy, mon dict sieur mon
bon frre, ne fussent sy divulguez comme ilz ont est par cy devant,
et que cela estoit fort dangereux. Et,  vous dire vrit, cela
m'enpeschera aulcunement que je ne luy donne quelque crdit. Je luy ay
faict quelque remonstrance pour le bon voulloir que j'ay et porte
continuellement au bien et advancement [des] affaires [du Roy], dont
je vous prie l'en assurer et la Royne, madame ma bonne mre, et je
prie Dieu vous avoir, monsieur de La Mothe Fnlon, en sa saincte
garde.

    Le Xe d'aoust 1569.

    Vostre bien bonne amye,

    MARIE R.




LA ROYNE D'ESCOSSE A MONSIEUR DE LA MOTHE FNLON.

--du XIIe d'aoust 1569.--

Plaintes contre les menes du Sr. Moulins en France.


Monsieur de La Mothe Fnlon, je vous ay amplement escript par Me.
Thomas Flemyng, du Xe du prsent, et ne me reste rien  vous dire,
sinon que je me suis souvenue qu'on m'a advertye qu'un nomm Moulins,
que vous cognoisss, est aprs  faire quelque mene en France contre
moy et mon estat; de quoy je vous prie en escrire au Roy Trs
Chrestien, monsieur mon bon frre, affin que ces malignes entreprinses
soyent rompues. J'ay escript  monsieur de Rosse qu'il advise avec
vous sur l'affaire dont m'a parl La Vergne, et sellon l'adviz qu'il
m'en donnera je me rsouldray, priant Dieu vous avoir, monsieur de La
Mothe Fnlon, en sa saincte garde.

    Escript  Vuingfeild le XIIe jour d'aoust 1569.

    Vostre bien bonne amye,

    MARIE R.

    _Du mesmes jour._

Monsieur de La Mothe Fnlon, despuys vous avoir escript ce matin par
La Vergne des menes de Moulins, le Sr. de Bourdeuille, ung de mes
escuyers d'escurye, est arriv venant de France, lequel parmy sa
dpesche, m'a raport que le dict Moulins s'est tant advanc en ses
dictz menes que de vouloir solliciter d'envoyer un ambassadeur de
France en Escosse. C'est ung trs dangereux homme, il fait tout ce
qu'il peut pour empescher ceulx en faveur desquels j'escriptz pour
estre miz en la garde du Roy Trs Chrestien, monsieur mon bon frre,
et en leur lieu faire mettre ceulx qui sont de sa pratique. Ce seroit
bien faict pour le bien et service du Roy, mon dict sieur mon bon
frre, de lui en escripre. Dont je vous en prie de bien bon coeur, et
aussi en faveur d'un nomm de Castares, qui est de mes officiers, que
je desirerois estre miz de la dicte garde. Il est homme de bien,
duquel j'ay expriment la fidellit et en rponds, vous priant
l'avoir pour recommand; et je prie Dieu vous avoir, monsieur de La
Mothe Fnlon, en sa saincte garde.

    Escript  Vuingfeild le XIIe jour d'aoust 1569.

    Vostre bien bonne amye,

    MARIE R.

    (_De la main de la Royne d'Escosse._)

Je vous manderay de ce propos plus au long par Borthick, et de toutes
mes nouvelles avecques l'obligation dont je me sentz redevable  vous
pour tant de bons offices, vous priant  ceste heure solliciter un peu
ferme pour moy.

    FIN DU DEUXIME VOLUME.




TABLE

DES MATIRES DU DEUXIME VOLUME

ANNE 1569.--SECONDE PARTIE.

                                                                 Pages

  _39e Dpche._--3 juin.--

    AU ROI.                                                          1
  Audience.                                                       _Ib._
    A LA REINE.                                                      8
  Mort de M. d'Andelot.                                            _Ib._
  Accusations d'empoisonnement.                                    _Ib._


  _40e Dpche._--10 juin.--

    AU ROI.                                                         10
  Prise de la Charit et passage de la Loire par le duc
    de Deux-Ponts.                                                _Ib._
  Les Anglais prts  dclarer la guerre malgr leurs
    protestations d'amiti.                                         11
  Meilleur traitement fait aux Espagnols.                           14
    A LA REINE.                                                     15
  Bruits sur la mort de M. d'Andelot.                               16
  Prcautions prises par lisabeth contre le poison.              _Ib._
  Proposition de trait sur la restitution des prises.              18


  _41e Dpche._--15 juin.--

    AU ROI.                                                         19
  Crainte d'une dclaration de guerre.                            _Ib._
  Audience.                                                         21
  Assurance de paix.                                                25
    A LA REINE.                                                     26
  La guerre n'est point encore imminente.                           27
  Promesse d'lisabeth en faveur de Marie Stuart.                   28
  _Remontrances de l'ambassadeur_ sur le commerce. (30 mai).        29
  _Rponse du conseil_ aux remontrances.                            32


  _42e Dpche._--21 juin.--

  AU ROI.                                                           37
  Prparatifs de guerre.                                          _Ib._
  Exclusion de commerce prononce par le roi de Portugal contre
    les Anglais.                                                    38
  Prcautions qu'il faut prendre en France.                         39
    A LA REINE.                                                     40
  Assurance de paix donne par lisabeth.                         _Ib._
  _Mmoire gnral_ sur les affaires de France, d'Espagne et
    d'cosse.                                                       42
  _tat_ des diffrends avec les Pays-Bas.                          50
  _Du fait_ de la reine d'cosse.                                   56
  Ses droits  la couronne d'Angleterre.                            57
  Conditions de l'accord propos pour son rtablissement.           58
  _Lettre d'Elisabeth_  Marie Stuart (25 mai.)                     59


  _43e Dpche._--28 juin.--

    AU ROI.                                                         61
  Apprts d'une expdition maritime.                              _Ib._
  Achats d'armes pour la Rochelle.                                  63
  Affaires d'cosse.                                                65
  Dputs anglais envoys  Rouen.                                  66
    A LA REINE.                                                     67
  Incertitude sur les projets d'lisabeth.                        _Ib._
  Nouvelles qui lui sont donnes de France.                       _Ib._
  Mort du duc de Deux-Ponts.                                        69


  _44e Dpche._--5 juillet.--

    AU ROI.                                                         70
  Audience.                                                       _Ib._
  Menaces de guerre.                                                74
  Nouvelles d'cosse.                                               76
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Disposition d'lisabeth  se tenir prte  profiter des
    vnements.                                                     77


  _45e Dpche._--7 juillet.--

    AU ROI.                                                         78
  Recommandation de Marie Stuart en faveur de sir Georges
    Douglas.                                                      _Ib._


  _46e Dpche._--11 juillet.--

    AU ROI.                                                         80
  Retour de la flotte de la Rochelle.                             _Ib._
  Rvolte en Irlande.                                               81
  Nouvelles de la Rochelle.--Combat de la Roche-Abeille.            82
  Audience.                                                         83
    A LA REINE.                                                     85
  L'ambassadeur d'Espagne dlivr de ses gardes.                    86
  Nouveaux dtails d'audience.                                     _Ib._


  _47e Dpche._--19 juillet.--

    AU ROI.                                                         89
  Formation d'un corps de volontaires pour la Rochelle.           _Ib._
  Audience.                                                         90
  Ngociations avec les Pays-Bas.                                   94
  Espoir du rtablissement de Marie Stuart.                       _Ib._
    A LA REINE.                                                     95
  Rsolution qui semble prise d'attaquer la France s'il se
    prsente une occasion favorable.                              _Ib._


  _48e Dpche._--27 juillet.--

    AU ROI.                                                         98
  Les envoys de la Rochelle sollicitent un emprunt sur les
    joyaux de la reine de Navarre.                                _Ib._
  Prparatifs de guerre.                                            99
  Plaintes du traitement fait au Sr. Norrys en France.             101
    A LA REINE.                                                    102
  Constans efforts pour maintenir la paix.                        _Ib._
  Dclaration du roi sur la restitution des prises.                103
  _Mmoire gnral_ sur les affaires de France et d'Angleterre.    104
  _Mmoire secret_ sur divers projets de mariage d'lisabeth.      115
  _Autre mmoire secret._                                          119
  lisabeth ne se mariera jamais.                                 _Ib._
  Dtails sur la vie prive de la reine.                           120
  Familiarits entre elle et le comte de Leicester.               _Ib._
  Elle ne veut point l'pouser.                                    122
  Prsomptifs hritiers du trne.                                  122
  Remontrance du comte de Leicester en faveur de Marie Stuart.     124
  Projet de mariage du duc de Norfolk avec la reine d'cosse.      126


  _49e Dpche._--1er aot.--

    AU ROI.                                                        129
  Voyage d'lisabeth.                                             _Ib._
  Assurances de paix donnes par le conseil.                       130
  Audience.                                                        133
  Mouvements dans les comts de Suffolk et de Norfolk.             135
    A LA REINE.                                                    136
  Ncessit de se prparer  la guerre.                           _Ib._
  Vive recommandation en faveur du sieur Norrys.                   137
  _Dclaration d'lisabeth_ (28 juillet) sur la restitution
    des prises.                                                    138


  _50e Dpche._--5 aot.--

    AU ROI.                                                        140
  Emprunt pour la Rochelle.                                        141
  Armement fait par les dputs d'Allemagne.                      _Ib._
  Troubles de Suffolk, Norfolk et d'Irlande.                       142
    A LA REINE.                                                    143
  Dpart de sir Henri Chambrenant pour la Rochelle, comme
    volontaire.                                                   _Ib._


  _51e Dpche._--10 aot.--

    AU ROI.                                                        145
  Audience.                                                        146
  Arrt des navires arms par les dputs d'Allemagne.            _Ib._
    A LA REINE.                                                    150
  Hsitation d'lisabeth, qui se trouve engage envers
    les deux partis en France.                                    _Ib._


  _52e Dpche._--15 aot.--

    AU ROI.                                                        152
  Ngociations au sujet des navires arrts.                      _Ib._
  Commerce avec Hambourg.                                          153
  Assemble de Saint-Johnstown en cosse (25 juillet).             154
    A LA REINE.                                                    155
  Nouvelles de la Rochelle.                                        156
  _Lettre de M. de Chatillon_ (6 juillet).                         157
  _Relation_ envoye de la Rochelle.--Oprations militaires
    des protestants depuis leur jonction avec le duc de
    Deux-Ponts.                                                    158
  _Ordonnance d'lisabeth_ contre les pirates (3 aot).            163


  _53e Dpche._--22 aot.--

    AU ROI.                                                        165
  Arrive des dputs de Rouen.                                   _Ib._
  Audience.                                                       _Ib._
    A LA REINE.                                                    170
  Nouveaux dtails d'audience.                                    _Ib._
  Troubles d'Irlande.                                              173


  _54e Dpche._--20 aot.--

    AU ROI.                                                        174
  Expditions maritimes qui se prparent de tous cts.           _Ib._
  Plaintes de l'ambassadeur  ce sujet.                            175
  Chargement de la flotte de Hambourg.                             176
    A LA REINE.                                                    177
  Instance pour la reine d'cosse.                                 178
  Satisfaction d'lisabeth au sujet des dclarations
    relatives  la cession des droits de Marie Stuart au
    trne d'Angleterre.                                           _Ib._
  _Remontrance_ de ceux de la Rochelle au roi aprs l'arrive
    du duc de Deux-Ponts.                                          179


  _55e Dpche._--1er septembre.--

    AU ROI.                                                        190
  Projets de mariage du roi et de Madame.                         _Ib._
  Nouvel arrt des navires du prince d'Orange.                     191
  Arrive d'un ambassadeur de Moscovie.                            192
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  tat des affaires de Marie Stuart.                              _Ib._
  Demande de secours pour le chteau de Dumbarton.                 193
  _Lettre secrte_ pour la reine.                                  194
  Dtails sur le projet de mariage du duc de Norfolk avec
    Marie Stuart.--Sollicitations du duc auprs de
    l'ambassadeur.--Propositions faites par lui.                  _Ib._
  _Mmoire gnral_ sur les affaires d'Angleterre, d'Espagne
     et d'cosse.                                                  196
  _Des diffrends_ des Pays-Bas.                                   202
  _Du fait_ de la reine d'cosse.                                  204
  _Propos_ de la reine d'Angleterre  Mr. le cardinal de
    Chatillon.                                                     206
  _Rclamation de l'ambassadeur_ auprs d'lisabeth en faveur
    de Marie Stuart.                                               209
  _Rponse d'lisabeth._                                           211
  _Avis secret_ concernant Marie Stuart.                           214
  Vives instances faites auprs d'elle par l'Espagne
    pour qu'elle se remette entirement  la discrtion
    de Philippe II.                                               _Ib._


  _56e Dpche._--5 septembre.--

    AU ROI.                                                        218
  Menes des protestants contre Marie Stuart.                      219
  Faux bruits de la prise de Poitiers.                             220
  Demande du conseil afin que la France ne serve pas
    d'intermdiaire pour le commerce des Pays-Bas.                _Ib._
  Dpart des navires du prince d'Orange.                           221
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Ncessit de porter secours  Marie Stuart.                     _Ib._
  tat et valuation des joyaux envoys de la Rochelle.            222
  _Dclaration du conseil_ (17 aot) sur le commerce.              223
  _Rponse de l'ambassadeur._--Protestation contre
    toute restriction de commerce.                                 225


  _57e Dpche._--6 septembre.--

    AU ROI.                                                        227
  Dpart des sieurs de Lizy et de Jumelles pour hter
    l'expdition du duc Casimir.                                  _Ib._
    A LA REINE.                                                    228
  Prparatifs de guerre en Allemagne contre la France.            _Ib._


  _58e Dpche._--14 septembre.--

    AU ROI.                                                        229
  Notification des projets de mariage du roi et de Madame.         230
  Audience.                                                       _Ib._
    A LA REINE.                                                    234
  Nouveaux dtails d'audience.                                    _Ib._
  _Lettre secrte_ pour la reine.                                  236
  Dbats levs entre lisabeth et le duc de Norfolk
    au sujet de son mariage projet avec Marie Stuart.            _Ib._


  _59e Dpche._--19 septembre.--

    AU ROI.                                                        237
  Sommes importantes runies par lisabeth en Allemagne.           238
  Arrive de la flotte anglaise  Hambourg.                        239
  Troubles d'Irlande.                                              240
  Dputs envoys par Philippe II  lisabeth pour traiter
    de leurs diffrends.                                          _Ib._
   A LA REINE.                                                     241
  Nouvelles d'cosse.--Assemble de Stirling.--Arrestation
    du comte de Lethington comme complice du meurtre de Darnley.   242


  _60e Dpche._--23 septembre.--

    AU ROI.                                                        243
  Leve du sige de Poitiers.                                      244
  Retour du sieur de Quillegrey d'Allemagne.                       245
  Projet d'une ligue entre les princes protestants.               _Ib._
  Prochaine arrive des dputs d'Espagne.                        _Ib._
  Mesures rigoureuses prises  l'gard de Marie Stuart.            246
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Demande d'instructions relativement au commerce.                 247
  Lettre secrte pour la reine.                                   _Ib._
  Dpart subit du duc de Norfolk.                                 _Ib._


  _61e Dpche._--27 septembre.--(Dpche intercepte.)

    AU ROI.                                                        249
  Retour d'lisabeth  Windesor.                                   250
  Craintes inspires par diverses flottes qui sont en mer.         251
  Mfiance des Anglais  l'gard de l'Espagne.                    _Ib._
  Mcontentement tmoign par lisabeth  Marie Stuart au
    sujet de son projet de mariage avec le duc de Norfolk.        _Ib._
    A LA REINE.                                                    252
  Nouvelles instances pour des instructions.                      _Ib._
  Lettre secrte pour la reine.                                    254
  Envoi d'un paquet de lettres de Marie Stuart.                   _Ib._
  Lettre de Marie Stuart  l'ambassadeur (20 septembre).
    --Instance pour qu'il s'oppose  ce qu'elle soit livre
    au comte de Huntingdon et au vicomte de Hertford.              254


  _62e Dpche._--3 octobre.--

    Au Roi.                                                        255
  Dtails sur l'enlvement de la prcdente dpche.              _Ib._
  motion cause par le dpart du duc de Norfolk.                 _Ib._
  Arrestation des comtes d'Arundel, de Pembroke et de lord
    Lumley.                                                        257
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Les passages d'Angleterre ferms.                                258
  Refus de passe-ports fait  l'ambassadeur.                      _Ib._


  _63e Dpche._--7 octobre.--

    Au Roi.                                                        259
  Arrestation du sieur de Sabran  son retour de France.          _Ib._
  Notification faite par lisabeth que ses ports sont ferms.      260
  Protestation de la reine et des seigneurs du conseil au sujet
    de la dpche enleve.                                        _Ib._
  Nouvelle du retour du duc de Norfolk.                           _Ib._
  Craintes de l'ambassadeur pour le duc et pour Marie Stuart.      261
    A LA REINE.                                                    262
  Prudence de l'ambassadeur dans la ngociation du mariage
    de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.                       _Ib._
  Lettre de Marie Stuart  l'ambassadeur (25 septembre).
    --Ses supplications pour que la France ne l'abandonne pas.     263


  _64e Dpche._--8 octobre.--

    AU ROI.                                                        266
  Certitude de la leve du sige de Poitiers.                     _Ib._
  Craintes inspires par la mission
    du sieur Ciapino Vitelli.                                      267
    A LA REINE.                                                    268
  Affaires du duc de Norfolk et de Marie Stuart.                  _Ib._
  _Mmoire secret._                                                269
  Dtails sur le dpart du duc de Norfolk.                        _Ib._
  Son retour et son arrestation.                                   272
  Prparatifs de guerre en Allemagne.                              274
  Troubles d'Irlande.                                              275


  _65e Dpche._--12 octobre.--

    AU ROI.                                                        277
  Commission donne par lisabeth au sujet de la dpche
    enleve.                                                      _Ib._
  Refus d'audience.                                                278
  Le duc de Norfolk mis  la Tour.                                _Ib._
  Nouvelles d'cosse.                                              279
    A LA REINE.                                                    280
  Instances pour que de vives plaintes soient faites 
    l'ambassadeur d'Angleterre.                                   _Ib._
  _Au Roi._--Lettre de recommandation en faveur du capitaine
    Muer, cossais.                                                281
  _A la Reine._--Lettre de crance pour le Sr. Thomas Flemyng,
    envoy de la reine d'cosse.                                   282


  _66e Dpche._--18 octobre.--

    AU ROI.                                                        284
  Procdure criminelle contre le duc de Norfolk.                  _Ib._
  Commissaires.                                                    285
  Premire nouvelle de la victoire de Moncontour (3 octobre).      286
    A LA REINE.                                                    287
  Nouveau refus d'audience.                                       _Ib._


  _67e Dpche._--24 octobre.--

    AU ROI.                                                        288
  Audience.                                                        289
  Arrive du sieur Ciapino Vitelli.                                293
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Effet produit par la victoire de Moncontour.                     294


  _68e Dpche._--28 octobre.--

    AU ROI.                                                        296
  Joie des catholiques d'Angleterre au sujet de la dernire
    victoire.                                                     _Ib._
  Bon accueil fait au sieur Ciapino Vitelli.                       297
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Ngociations au sujet du commerce.                               298
  _Mmoire gnral_ sur les affaires d'Angleterre.                 299
  Mesures rigoureuses prises contre les catholiques.              _Ib._
  Dtails circonstancis de tout ce qui a rapport  l'affaire
    du duc de Norfolk.                                             300
  Chefs d'accusation contre lui.                                   302
  --Contre le comte d'Arundel et lord Lumley,--et le comte
    de Pembroke.                                                   303
  troite prison de Marie Stuart.                                  304
  _Remontrances de l'ambassadeur_ sur le commerce, la
    restitution des prises et la conduite tenue  l'gard de
    Marie Stuart.                                                  305


  _69e Dpche._--1er novembre.--

    AU ROI.                                                        308
  Audience accorde  l'ambassadeur et au sieur d'Amour,
    envoy de France aprs la bataille de Moncontour.             _Ib._
    A LA REINE.                                                    313
  Dtails d'audience.                                             _Ib._
  Nouvelles d'Allemagne.                                           314
  Reproches contre le duc d'Albe.                                  315


  _70e Dpche._--5 novembre.--

    AU ROI.                                                        317
  Retour du sieur d'Amour en France.                              _Ib._
  Instances de l'ambassadeur auprs d'lisabeth pour empcher
    le commerce avec la Rochelle, et pour qu'il soit port secours
     la reine d'cosse.                                           319
  Crainte que Marie Stuart ne soit livre au comte de Murray.      320
    A LA REINE.                                                    321
  Secours prpars secrtement pour la Rochelle.                  _Ib._
  _Convention_ sur la restitution des prises et le commerce.       323


  _71e Dpche._--12 novembre.--

    AU ROI.                                                        328
  Efforts tents en faveur des protestants de France.             _Ib._
  Nouvelles rigueurs contre Marie Stuart et le duc de Norfolk.     331
  Mise en libert du comte de Pembroke.                            332
  Ngociations avec l'Espagne.                                    _Ib._
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Instances pour que le trait sur la restitution des prises
    soit fidlement excut.                                       333
  Vive recommandation en faveur de Marie Stuart.                   334


  _72e Dpche._--18 novembre.--

    AU ROI.                                                        335
  Agitation dans le nord.                                          336
  Ngociations avec l'Espagne.                                     337
  Conversion des raux espagnols en monnaie anglaise.              338
    A LA REINE.                                                    339
  Mesures prises contre les catholiques.                          _Ib._
  Leur dsir de se retirer en France.                             _Ib._
  Commission contre le capitaine Sores.                            340


  _73e Dpche._--22 novembre.--

    AU ROI.                                                        341
  Nouvelles de la Rochelle.                                       _Ib._
  Premier bruit du soulvement des catholiques dans le Nord.       342
  Soupons des Anglais contre le sieur Ciapino Vitelli.           _Ib._
  Instances de Marie Stuart auprs d'lisabeth.                    343
    A LA REINE.                                                    344
  Caractre srieux de la rvolte du Nord.                        _Ib._


  _74e Dpche._--25 novembre.--

    AU ROI.                                                        346
  Prise d'armes par le comte de Northumberland.                    347
  Il est matre de Durham.                                         348
  Seigneurs que l'on croit d'intelligence avec les rvolts.      _Ib._
    A LA REINE (_lettre secrte_).                                 349
  Dmonstrations qu'il est ncessaire de faire en France pour
    encourager le soulvement des catholiques en Angleterre.      _Ib._
  Mise en libert du sieur Ridolfy.                                350
  _Mmoire secret._                                                351
  Confiance des rvolts dans les secours du roi.--Leurs
    projets--Leurs ngociations avec l'Espagne.--Vues de
    l'Espagne sur lisabeth et sur Marie Stuart.--Mission
    de sir John Hamilton auprs du duc d'Albe.                    _Ib._
  _Second mmoire._                                                356
  Irritation d'lisabeth contre le duc de Norfolk.--Elle
    s'abandonne aux protestants.--Leurs desseins politiques.
    --Causes du soulvement du Nord.--Affaires de Marie
    Stuart.--Ngociations avec l'Espagne.                          356


  _75e Dpche._--30 novembre.--

    AU ROI.                                                        366
  Nouvelles du Nord.                                              _Ib._
  Demandes faites par les rvolts.                                369
  Rupture des ngociations avec l'Espagne.                         370
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Soupons d'lisabeth contre la France et l'Espagne.              371
  Prparatifs du duc Casimir.                                     _Ib._
  _Proclamation d'lisabeth_ contre ceux du Nord.
    (24 novembre).                                                 372
  _Proclamation_ de ceux du Nord;--De la cause pour laquelle
    ils ont pris les armes.                                        375


  _76e Dpche._--5 dcembre.--

    AU ROI.                                                        376
  Nouvelles du Nord.                                               377
  Marie Stuart conduite  Coventry.                               _Ib._
  Mise en libert du comte d'Arundel.                              379
  Dgradation des armoiries du comte de
    Northumberland.                                               _Ib._
    A LA REINE.                                                    380
  Serment d'lisabeth au sujet de la dpche enleve.             _Ib._
  Restitution de la dpche.                                      _Ib._
  Audience est accorde  l'vque de Ross.                        381
  Dispositions favorables d'lisabeth envers la France.           _Ib._
  _Note_ mise sur l'enveloppe du paquet rendu.                     382


  _77e Dpche._--10 dcembre.--

    AU ROI.                                                        383
  Nouvelles du Nord.                                              _Ib._
  Succs des rvolts.                                             384
  Mesures prises par lisabeth.                                    385
  Motifs qui ont fait prendre les armes.                           386
  Nouvelles d'Allemagne.                                           387
  Prparatifs pour secourir la Rochelle.                           388
  Armements du duc d'Albe.                                         389
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Projet d'lisabeth de livrer Marie Stuart au comte de Murray.   _Ib._
  Arrive d'un dput de la Rochelle.                              391


  _78e Dpche._--17 dcembre.--

    AU ROI.                                                        393
  Audience.                                                       _Ib._
  Efforts des Espagnols pour renouer les ngociations.             399
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Nouvelles du Nord.                                               400
  Sige de Castelbar et prise de Hartlepool par les rvolts.     _Ib._
  Prparatifs de dfense contre le duc d'Albe.                     401
  Plaintes contre les Bretons.                                     402


  _79e Dpche._--21 dcembre.--

    AU ROI.                                                        403
  Demande de secours faite parvles dputs de la Rochelle.        _Ib._
  Mission du jeune comte de Mansfeld.                              404
  Confiance d'lisabeth dans la rpression de la rvolte.          405
  Interrogatoire du duc de Norfolk.                                406
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  Ngociations de l'Espagne.                                       407
  Meilleure disposition d'lisabeth en faveur de Marie Stuart
    et du duc de Norfolk.                                          408
  Prise de Castelbar par les rvolts.                             409
  Dpart du sieur Ciapino Vitelli.                                _Ib._


  _80e Dpche._--27 dcembre.--

    AU ROI.                                                        411
  Nouvelles du Nord.                                              _Ib._
  Imminence d'une bataille dcisive.                              _Ib._
  Faveur rendue au comte de Pembroke.                              412
  Audience de cong donne au sieur Ciapino Vitelli.              _Ib._
  Mission du comte de Mansfeld en Allemagne.                       413
    A LA REINE.                                                   _Ib._
  tat des affaires de Marie Stuart.                               414
  L'ambassadeur rclame le payement de sa pension, et
    l'accomplissement des promesses qui lui ont t faites.        415
  _Lettre secrte  la reine._                                     416
  Recommandation pour que le secret soit gard sur le second
    mmoire joint  la dpche.                                   _Ib._
  _Premier mmoire._                                               417
  Historique des affaires du Nord depuis la prise d'armes.        _Ib._
  Crainte que la rvolte inspire  lisabeth.                      420
  Instance faite auprs du duc de Norfolk pour qu'il renonce
     pouser Marie Stuart.                                       _Ib._
  _Second mmoire confidentiel._                                   421
  Demande d'un secours d'argent faite par les comtes de
    Northumberland et de Westmoreland.                            _Ib._
  Dtails secrets de leurs ngociations avec l'Espagne.            422
  Avis donn par le sieur Ciapino Vitelli au duc d'Albe de
    dclarer la guerre  lisabeth.                               _Ib._
  _Proclamation de ceux du Nord._                                  424
  _Lettre au roi._--du mme jour.--                                426
  Flicitations sur les nouvelles de France.                      _Ib._
  Affaires du Nord.                                               _Ib._
  Bruit de la dispersion des rvolts.                            _Ib._
  Incertitude de cette nouvelle.                                   427


  _Addition  la 73e Dpche._

  LETTRE de Marie Stuart  lisabeth (10 novembre).                428
  Ses instances pour obtenir son rtablissement en cosse,
    ou la permission de passer en France, mme en payant ranon.  _Ib._


  _Addition aux Dpches de l'anne 1569._

  LETTRES DIVERSES de Marie Stuart  l'ambassadeur.                433
  --_25 juillet._--Remercment de Marie Stuart  l'ambassadeur,
    avec prire de lui continuer ses bons offices.                _Ib._
  --_10 aot._--Prire de Marie Stuart pour que l'ambassadeur
    insiste en sa faveur auprs d'lisabeth.--Soupons contre
    le secrtaire La Vergne.                                       435
  --_12 aot._--Plaintes contre les menes du sieur Moulins
    en France.                                                     437
  --_Du mme jour._--Nouvelles plaintes contre le sieur Moulins.  _Ib._


FIN DE LA TABLE DU DEUXIME VOLUME.





End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de
Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Second, by Bertrand de Salignac de la Mothe Fnlon

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDENCE DIPLOMATIQUE, TOME SECOND ***

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harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
