Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3676, 9 Aot 1913, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: L'Illustration, No. 3676, 9 Aot 1913

Author: Various

Release Date: March 24, 2012 [EBook #39241]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3676, 9 AOT 1913 ***




Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque








L'Illustration, No. 3676, 9 Aot 1913

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Ce numro contient:

1 LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Roman n 10: LA VOIX QUI S'EST TUE, par
M. Gaston Rageot;

2 UN SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.

L'ILLUSTRATION
SAMEDI 9 AOUT 1913
_Prix du Numro: Un Franc.
71e Anne.--N 3676._

LE ROI CONSTANTIN. M. VENIZELOS.

[Illustration: APRS LA VICTOIRE Avant d'aller  Bucarest, le premier
ministre hellne arrte, avec son souverain, les conditions de paix de
la Grce. _Photographie Jean Leune._]



COURRIER DE PARIS

Y A BON

Aprs celui du feu qu'ils avaient auparavant essuy tant de fois  la
tte, nos Sngalais ont reu le mois dernier,  l'affaire du quatorze
juillet, dans la petite oasis de Longchamp qui leur laissera le souvenir
d'un Sahara de gloire,--le baptme tricolore.

Puisqu'ils avaient montr qu'ils taient capables d'en prendre, on leur
a donn des drapeaux.

Ils savaient bien ce que c'tait. Mais ils ont mieux compris par cette
solennelle remise qui leur en a t faite aux clameurs et au tam-tam
d'un peuple, tout ce que valait et reprsentait cet emblme. Un seul
d'entre eux pouvait bien l'avoir dans les mains,... ils le tenaient
tous! Et tous,  partir d'aujourd'hui, gardent l'orgueilleuse impression
d'tre un porte-tendard. Chacun, en voyant le drapeau et en y pensant,
croit et sait qu'il est _ lui_, s'imagine en serrer dans l'tau de ses
doigts la hampe comme un bois de lance ou de pagaie, en avoir contre le
visage et devant les yeux l'ombre, le souffle et la caresse, et aussi le
dploiement guerrier, la bruissante fantasia: blanc de marabout, bleu de
ciel, rouge de sang.

Ces soldats noirs sont homriques. Tous ceux qui les ont approchs et
employs, qui s'en sont servis avec la plnitude de la confiance et de
la joie, tous les chefs, et quels chefs! les plus fameux, les plus
durcis, les Lyautey, les Gouraud, les Marchand, les Baratier, les
Mangin, qui les ont conduits aux grandes aventures de l'exploration et
de la bataille sans avoir jamais besoin de les y entraner _avant_, ni
de les en ramener de force _aprs_, les citent constamment  l'ordre du
jour de leur admiration difficile. Qui de nous ne se souvient des hros
dont Baratier, dans ses _popes africaines_, nous a cont les exploits,
la sublime simplicit de courage et de grandeur d'me? C'est Tankari
Taraor, portant la nuit,  travers la brousse et la fort occupes par
l'ennemi, un message, aprs avoir vu, devant lui, tomber successivement
trois de ses camarades chargs de la mme commission. C 'est le sergent
Moriba, auquel, dans les marais de Barb-el-Gazal, Baratier fait un soir
cette confidence tragique: Tu sais que nous n'avons plus rien  manger?
Tu sais par o nous devrons repasser si nous faisons demi-tour? Pour
nous sauver il faut aller en avant. Dans combien de temps serons-nous
hors d'ici? Je l'ignore. A toi je dis la vrit. Me rponds-tu que les
tirailleurs iront jusqu'au bout, tu comprends? jusqu'au bout? qu'ils ne
s'arrteront que morts?

Moriba n'hsite pas: En avant seulement _y a bon_ pour tirailleurs!

                                 *
                                * *

_Y a bon..._ Ah! ces trois mots, de jargon, magnifiques! Cette locution,
courante et rsolue, hardie, familire, qui explique et signifie tout,
accepte tout, comprend tout, rsume tout, tient lieu de phrases, de
vaines paroles, de promesses, de serments, et qui invente, bgaye
d'abord et comme essaye un jour, une premire fois, avant de prendre
rang, a su dans la navet primesautire de son argot, bien
qu'imagine par un cerveau sauvage et s'chappant des lvres d'un noir,
trouver cependant, pour tre parfaite, une concision toute franaise,
nergique et gaie. _Y a bon!_

Voil des jours, des semaines qu'il faut marcher, faire aller sans arrt
ses grandes jambes d'bne... y a bon. Souffrances intolrables de la
chaleur et du froid, dard en acier du moustique, morsure caoutchoute de
la sangsue, insomnies des longues nuits torrides ou glaces, fivre,
vertiges, dlire, mirages... _y a bon..._ mains enfles, pieds engourdis
et dchirs, paupires en feu, sable qui dessche, qui racle et qui
brle, langue sans salive, boues infectes du marais, herbes coupantes,
nouds des lianes, clou des pines, pointe du roc et tranchant du
caillou, source empoisonne, puits  sec, tente arrache par les
_rezzous_ du vent, mulets enfuis, moutons vols, chameau qui tombe... et
casse tout en reniflant de rage... _y a bon..._ provisions qui
s'puisent, outre qui perd, on a soif, on a faim,... plus rien  manger
que des racines, du bois, du nnuphar, de la peau de crocodile... tout
a... tout a... _y a bon,... y a bon..._ Quoi qu'il faille faire...
quels que soient le sacrifice, la besogne, le travail d'Hercule et la
corve, l'humble dvouement, l'obscure tche, l'acte splendide et
surhumain... qu'il s'agisse de porter un fardeau, tous les fardeaux, un
tronc d'arbre, des sacs ou le corps d'un chef, de s'extnuer sans une
plainte, d'tre un colosse de patience, de douceur, de courage et de
fidlit, de lutter comme un lion noir, en dcouvrant des gencives de
pourpre, et de ruisseler de sang, de tomber vingt fois pour se relever
et bondir plus haut, de se battre enfin jusqu' la dernire goutte du
coeur... _y a bon... y a beaucoup bon, toujou, pour le tirailleur..._ et
cela sans emphase, avec le sourire, ce vaste sourire d'mail qui
semble ouvrir et rvler, dans ses blancheurs, des trsors de tendresse
canine.

Ecoutez,  ce propos, l'incroyable et touchant rcit que me faisait,
dans une de ses dernires lettres, le gnral Gouraud. Aprs m'avoir
rappel la glorieuse mort du capitaine Gerhardt survenue cette anne au
mois de mars au combat de l'Oued Tagbiat, au nord de la Mauritanie, le
gnral me contait l'histoire d'un tirailleur noir, un petit
anthropophage congolais, du nom de Kou Ka, lequel, pris en amiti par
Gerhardt qui l'avait mis  son service, s'tait en trs peu de temps
transform radicalement au contact de cette nature d'lite qu'tait
l'officier... Quand ce dernier tomba mortellement Kou Ka tait  ses
cts, et voici ce qu'un mois aprs le combat il crivait d'Atar au
frre du capitaine.

...................................

Quand le capitaine a vu que le lieutenant Merello tait tu, il a cri:
En avant! et m'a appel: Kou Ka, prends ton fusil et ton bton et
suis-moi. Et, lorsque nous sommes arrivs prs de la montagne, nous ne
pouvions plus tenir tellement il y avait de la poussire et de la
poudre. On ne pouvait rien entendre que les coups de fusil, jusqu' ce
que mon capitaine est tomb. Alors, je me dis: Bon! Trs bien! Je m'ai
dit depuis longtemps qu'ici,  la Mauritanie, s'il y a un combat et que
mon capitaine tombe, ce sera aussi mon tour. Et tout de suite j'ai pris
sa place en disant que d' ct de mon capitaine je ne bougerai jamais
sans tre tu ou bless avec lui. Et tout de suite je vois l'ennemi en
train de venir sur nous et je commande  un homme d'emmener le capitaine
au camp, qui tait  200 mtres de nous, et je commence le feu de
nouveau. Je me suis battu  la place de mon patron jusqu' ce que j'ai
t bless aussi, et j'ai pris le fusil du capitaine et son casque, et
je suis arriv  rentrer dans le camp, et on m'a mis  ct du
capitaine.

Je crois, concluait, dans sa lettre, le gnral Gouraud, qu'il n'y a que
des officiers franais capables d'inspirer  un enfant, lev jusqu'
douze ans en pays anthropophage, de pareils dvouements.

                                 *
                                * *

Soyez donc srs que lui aussi, Kou Ka, comme tous les autres, trouve
qu' ce mtier de fatigue perptuelle et d'hroque dpense, _y a bon!_
Car c'est l que toujours ils en reviennent tous,  ces trois petits
mots qui sont la devise du troupier noir, sa rgle, sa maxime, et son
mot d'ordre, tout son Coran. Ce _y a bon_, ils le rptent sans cesse,
dans toutes les circonstances de leur tumultueuse vie. Il leur sert pour
l'audace et la rsignation, pour la soupe et la disette, le soleil et la
pluie, pour la charge et l'assaut, pour la colre et le rire, pour le
devoir, et le gros chagrin... Tour  tour ils le laissent tomber, le
mchent, le grognent, le lancent avec dfi,... et  la fin, le redisent
encore en mourant, quand le chef leur tient la main, avec un picotement
de larme au bord de l'oeil: Pleure pas, mon lieutenant, _y a bon_.
Cela vaudrait presque la peine que l'on consacrt de faon solennelle
cette locution proverbiale de l'humble et fougueux courage africain,
qu'on lui donnt ses titres de noblesse dfinitive en la brodant sur le
drapeau des tirailleurs... Pourquoi pas? Sur n'importe laquelle de nos
couleurs, celle qu'on voudra, je vois trs bien se dtacher en lettres
d'or,  ct des noms des batailles, le _y a bon_, splendide et sec, des
La Tour d'Auvergne du sable et des d'Assas du dsert.

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



M. GASTON RAGEOT

L'AUTEUR DE LA VOIX QUI S'EST TUE

A la veille de donner aux lecteurs de _L'Illustration_ son dernier
roman, la _Voix qui s'est tue_, j'imagine M. Gaston Rageot nerveux,
impatient, fbrile comme un auteur dramatique un soir de gnrale. Soyez
srs qu' l'heure actuelle, ce grand garon barbu,  la robuste
encolure, qui hausse avec une audace un peu brusque son visage o
bougeottent les deux lueurs du binocle, arpente  grands pas son cabinet
de travail. Il se reprsente, comme dans une composition orageuse de
Sabatier, l'immense public que son oeuvre nouvelle va atteindre; il voit
lecteurs et lectrices penchs, attentifs, sur les lignes des premiers
chapitres et il se demande avec inquitude, quel sentiment de plaisir ou
de dception va se reflter sur ces figures mobiles. C'est que personne
ne connat mieux que Gaston Rageot le sens redoutable de ce mot: le
public. Pour lui, ce vocable anonyme, ce nom collectif possde une
puissance mystrieuse. Comme ces coquillages de la mer qu'on approche de
l'oreille, ce mot enferme toute une vaste rumeur.

Cet tat d'esprit n'est pas frquent chez les romanciers. Ceux-ci,
d'ordinaire, absorbs par la lutte qu'ils soutiennent contre l'ide et
le verbe, n'ont pas le loisir de s'extrioriser. J'en connais qui
travaillent, pour ainsi dire, dans une cloche  plongeur.

Tel n'est pas le cas de M. Gaston Rageot, dont le cabinet de travail est
ouvert ct public. Tout son souci, il le mettra  intresser ce sphinx
aimable et capricieux dont les dcisions sans appel anantissent en un
instant les efforts et le labeur de plusieurs mois.

Cette proccupation est chez lui assez ancienne. Qu'elle soit ne d'un
dsir de gloire, bien comprhensible chez un jeune homme, cela est fort
possible. Elle eut assurment, plus tard, des motifs de persvrer moins
personnels.

A l'cole normale, tandis que la voix de M. Durkheim l'incitait 
s'incliner devant les faits sociaux, un fait social, le succs, lui
apparut prpondrant  notre poque. Par un retour divertissant,
l'austre enseignement du philosophe qui a trac les rgles de la
mthode sociologique prparait M. Gaston Rageot  rechercher les raisons
du succs qui salue l'apparition de tel ou tel livre. Cette recherche
fera l'objet de tout un ouvrage dont le titre dcle les intentions de
l'crivain: le _Succs, auteurs et public._

Cette force de russite que certains ouvrages portent en eux, d'o
vient-elle? Le gnie  lui seul ne suffit pas  soulever la curiosit,
l'motion ou l'intrt de la foule. Il existe donc de secrtes affinits
entre la chose crite et ceux qui la lisent, et que l'auteur conscient,
soucieux de ne pas errer, se doit de dcouvrir. En un mot, l'oeuvre ne
peut tre spare de son public. Dis-moi qui tu frquentes et je te
dirai qui tu es. C'est ainsi que Gaston Rageot s'adressait, sur un ton
impertinent, aux crivains clbres dont il s'amusait  dmonter la
gloire, avec une gravit qui cachait mal son sourire.

Sous l'apparence d'une tude de critique sociologique, le _Succs_ est,
en ralit, une satire assez vive des moeurs littraires. L'auteur se
montre trs au courant des ficelles du mtier d'homme de lettres.
J'imagine que s'il n'avait pas t l'lve du digne M. Durkheim et
spcialiste de philosophie, il et orn son livre de ce titre amricain:
_l'Art de se faire vingt mille lecteurs._

En sortant de cette tude, Gaston Rageot nous semble  point pour crire
des romans et briguer lui-mme les succs qu'il a analyss. Il a une
exprience surprenante pour son ge. A l'assurance tranquille du
normalien, qui connat par coeur toutes les questions de mur mitoyen de
la syntaxe et de la langue, il ajoute la confiance avise d'un homme qui
discerne l'tat du march, les besoins du public, le cours des denres,
les positions de la spculation artistique et littraire. Tous ceux qui,
 cette poque, suivaient Gaston Rageot d'un oeil sympathique disaient
de lui: Il est arm pour russir. Et ces prophtes avaient beau jeu,
puisqu' cette connaissance pratique des besoins littraires de notre
temps, Gaston Rageot joignait un talent robuste et traditionnel qui, 
l'heure o il se jetait dans la carrire des lettres, tait bien la
meilleure garantie de succs.

Pour moi, ce que j'admire le plus en Gaston Rageot, c'est cette sant
morale qui lui a permis de conserver un talent loyal et frais au sortir
des coulisses littraires. Il et pu devenir un crivain roublard, un de
ces machinistes subtils  qui sont familiers les trappes du sentiment,
le trompe-l'oeil et tous les trucs du magasin des accessoires. Il s'est
content d'tre un bon crivain, uniquement soucieux de demeurer
intelligible et vivant, persuad que ce sont l les qualits qui
plaisent le mieux  ce public auquel il a si troitement li le sort des
auteurs.

Tout de mme, on ne peut impunment frquenter les matres du succs, il
en reste toujours quelque chose. Le premier roman de Gaston Rageot
s'appellera le _Grand Homme_ et le second la _Renomme._ Mais,
rassurez-vous, il ne s'agit plus ici de publier une nouvelle dition
revue et augmente d'un manuel d'arrivisme, il s'agit simplement de
dvelopper un beau sujet de roman dont l'auteur connat  merveille les
ressources et qu'il est  mme de traiter mieux que personne. La
Renomme, qui parut il y a deux ans, est une oeuvre solide o l'on voit
s'panouir les qualits matresses de M. Gaston Rageot. Il y fait figure
de psychologue dlicat et de romancier dans toute la force du terme. Si
Gaston Rageot, aprs la _Renomme_, avait voulu reprendre sa plume de
philosophe et d'essayiste il et pu, en dmontant son propre livre, nous
donner _l'Art d'crire un bon roman._

[Illustration: M. Gaston Rageot.--_Phot. Cheri-Rousseau._]

Il a prfr en crire un troisime, _l'Afft_, et un quatrime qui est
celui-l mme que l'on offre aujourd'hui aux lecteurs de
_L'Illustration_, la _Voix qui s'est tue_. Loin de moi l'ide de
dflorer ce sujet par une analyse imprudente et presse. Je sais trop
quelle joie l'on prouve  marcher ainsi un peu  l'aveuglette, dans un
livre nouveau;  suivre les chemins capricieux de l'intrigue qui, tantt
chemine en plaine, tantt grimpe en lacets sur des collines d'o l'on
dcouvre des paysages inattendus et des figures nouvelles. Mais je ne
crois pas gter ce plaisir en disant que la _Voix qui s'est tue_ doit
tre, d'aprs les prudents pronostics, le meilleur livre de Gaston
Rageot.

En effet, c'est dans ce roman qu'il a, il me semble, dploy le don
essentiel qu'il possde. Gaston Rageot a le don du sujet, et c'est assez
rare, de nos jours. Combien de romans qui ne sont que des essais
dcoups en pisodes ou des autobiographies amorphes et qui s'en vont,
d'une marche ingale, au hasard des impressions que l'auteur a jetes au
fil des pages. Un sujet, c'est une sorte de problme dont l'nonc doit
se formuler le plus vite possible, ds le dbut, et dont la rsolution
se fait peu  peu, au cours du roman, sans truquages, sans obscurits.
Et il importe au plus haut point que la solution soit juste et dcoule
des donnes du problme, et rien que d'elles.

Avec un rare bonheur, Gaston Rageot avait ralis toutes ces conditions
dans la _Renomme_. Il y montrait que la veuve d'un grand homme demeure
l'esclave et la gardienne de la gloire de son mari; qu'elle a beau aimer
un autre homme, se remarier, changer de nom, de situation, elle sera
toujours et quand mme la veuve de l'homme illustre dont l'ombre
glorieuse ne cesse de la couvrir. Avec une entente admirable des
ncessits psychologiques de son sujet, l'auteur nous montrait
l'obsession grandissante de cette gloire posthume qui finissait par
changer le coeur de la veuve et la dtacher de l'homme  qui elle avait
li son sort.

Pourtant, malgr toutes ces qualits, le don de crer des tats d'me,
de faire changer insensiblement le coeur des personnages, de serrer les
fils de l'intrigue et de nouer le drame, le sujet de la _Renomme_
demeure un peu spcial. Tout le monde n'a pas la chance d'tre la veuve
d'un grand homme, si j'ose dire. De telles aventures sont rserves 
une minorit  qui va notre curiosit bienveillante, mais qui ne soulve
pas notre intrt passionn.

Il convenait que Gaston Rageot se rapprocht davantage de l'humanit
gnrale. L'_Afft_, qui a suivi la _Renomme_, n'a pas rpondu  ce
dsir. Du moins ce drame villageois ramass, rapide et un peu brutal
a-t-il t un exercice salutaire pour l'auteur qui, retremp dans un
sujet paysan, s'est dparisianis. Le parisianisme est un cueil qui,
souvent, fait chouer les talents les plus sains. Il pousse  abuser de
l'accessoire descriptif et mondain qui surcharge le sujet, il incite 
confondre la frivolit et la finesse, sans parler de cent autres
inconvnients moins graves. Toutefois, l'_Afft_ avait encore cet
avantage: il indiquait  Gaston Rageot les inconvnients de cette
formule,  savoir que le roman est un conte largi, une grande nouvelle.
Ce qui nuit  l'_Afft_, c'est que, prcisment, c'est une longue
nouvelle qui aurait d tenir en 300 lignes et qui dure 300 pages.

Mais je crois bien que, mri par ces expriences, en possession de tous
ses moyens psychologiques, prpar par deux tentatives dont l'une au
moins fut une entire russite, Gaston Rageot est  point pour nous
donner l'oeuvre parfaite, souple et forte, et vraiment romanesque que
nous attendons de lui. Dans la _Voix qui s'est tue_, ce n'est plus le
Paris artificiel des gens de lettres qu'il nous montre, c'est un Paris
plus rel, plus vivant, plus humain. Et c'est en mme temps la province,
aujourd'hui si mle  la vie de Paris. Un sujet plus gnral o se
jouent les nuances dlicates d'un grand amour lui permettra de nous
toucher plus directement, et la complexit mme de son intrigue le
forcera  dployer toutes ses qualits de psychologue et d'analyste.
Dcidment, il se pourrait bien que Gaston Rageot ralist du mme coup
sa formule de succs et s'attirt les loges de la critique. Voil qui
prouverait, en tout cas, que le meilleur artifice pour russir, c'est
encore le talent. Mais c'est un moyen qui n'est pas  la porte de tous.

JEAN DE PIERREFEU.



AVANT L'ARMISTICE

LES SERBES S'IMMOBILISENT DEVANT LA FRONTIRE BULGARE

_De nouvelles lettres de notre correspondant  l'arme serbe nous
donnent le dtail des oprations qui se sont poursuivies du 19 au 21
juillet autour d'Egri-Palanka et qui, sauf une lgre avance du ct
serbe, n'ont point amen de rsultats dcisifs. Le croquis que nous
reproduisons  la page suivante indiquera  nos lecteurs les positions
des adversaires au cours de ces engagements. Nous ne pouvons publier
intgralement, faute de place, l'intressant rcit dtaill dans lequel
M. de Penennrun a rsum ses observations, en divers endroits de la
ligne de feu, d'crivain militaire et de soldat. Nous devons nous borner
 donner la partie de ses correspondances o, sous l'impression des
derniers coups de feu changs, notre envoy spcial fait, selon les
principes enseigns  notre cole de guerre, la critique des oprations
auxquelles il vient d'assister._

Egri-Palanka, 21 juillet.

Un progrs srieux vient enfin d'tre marqu aujourd'hui par l'arme
serbe, qui a rejet sur leur principale position de dfense les
avant-lignes bulgares. Le mouvement en avant serait-il donc cette fois
dfinitivement amorc? Depuis les trois jours que l'on se bal tout
autour d'Egri-Palanka, il semble que, pour la premire fois, une action
dterminante vient, d'tre effectue.

Cependant, illusion ou vrit, au moment mme o je constatais le succs
et les progrs des lignes serbes, je percevais en mme temps trs
nettement,  mille indices, que tout cela n'tait que l'apparence
trompeuse d'une activit tellement latente qu'elle allait sans aucun
doute d'ici peu se muer en arrt dfinitif de tonte marche en avant.

L'arme serbe, victorieuse au commencement du mois sur la Bregalnitza,
aurait d,  ce moment, sans perdre de temps, sans tenir compte de
contingences plus ou moins embarrassantes, converser rapidement vers le
nord et violemment, durement, se jeter  l'attaque des gros bulgares
barrant la route de Sofia. Nulle considration de temps n'aurait d
intervenir, car ici le temps travaillait tout aussi bien pour ou contre
elle que pour ou contre les Bulgares.

Cette vrit, peu nouvelle dans l'art de la guerre, qu'il faut aller
vite, n'a pas t observe; elle ne le sera pas demain non plus. Les
batteries au milieu desquelles je me trouvais aujourd'hui auraient d,
ds ce soir, maintenant que les gros d'infanterie se voyaient en mesure
d'atteindre les crtes au del de la Dubrovnitza, s'y porter
immdiatement elles aussi. Et, sans dsemparer, sans perdre une seconde,
l'attaque des crtes frontires aurait d commencer! Au lieu de cela,
c'est l'arrt, la suspension trs nette de tout mouvement ultrieur
offensif, presque le retrait des troupes victorieuses sur leurs
prcdentes positions... Ou ne veut pas se battre... La bataille
d'Egri-Palanka, commence depuis trois jours, se termine en point
d'orgue!

22 juillet.

Le calme le plus absolu, le silence le plus profond, rgnent aujourd'hui
sur les hauteurs que dorent les rayons soudainement devenus trs ardents
du soleil de juillet.

Partis de bonne heure, nous atteignons, au-dessus de Kosara, la ligne de
fate qui, formant saillant en cet endroit, face  la direction de la
route de Kustendil, est occupe fortement. Un ouvrage de campagne 
profil renforc, entour d'un pais rseau de fils de fer barbels,
occupe le point principal'de la position. A gauche, s'tagent deux
batteries de 75;  droite, une autre batterie de campagne est place
lgrement en arrire de la crte. Elle est prolonge par une batterie
mixte compose d'une pice longue de sige du calibre de 120mm et de
trois obusiers de 120mm  tir rapide, systme Schneider. L'infanterie
est bivouaque en arrire.

[Illustration: Section d'infanterie  l'abri sur la ligne du feu (combat
du 21 juillet): un soldat bless passe devant ses camarades qui
attendent l'ordre de se porter en avant.--_Phot Reginaid Kann._]

Le commandant du groupe de campagne qui occupe la crte, le major
d'artillerie Lazarewitch, nous fait les honneurs du rduit o se trouve
install son poste d'observation. Aussi loin que la vue peut s'tendre,
rien ne bouge, rien ne se meut, c'est l'immobilit complte, comme si,
tacitement, une trve tait intervenue entre les deux adversaires. Seuls
dans le lointain, tout  fait dans le nord, de sourds grondements se
font entendre. Ils viennent de la direction de Golech et, en observant
avec attention les pentes lointaines du Golemi-Vrh, nos jumelles nous
permettent d'apercevoir les points d'clatement des shrapnells.

[Illustration: Combats autour d'Egri-Palanka (19, 20 et 21 juillet). Le
chemin trac en pointill a t amnag par les sapeurs du gnie serbe.
Les signes x y z dsignent les points de stationnement du correspondant
de _L'Illustration_ le 19, le 20 et le 21.-_Croquis par A. de
Penennrun._]

Renseignements pris, il s'agit d'un mouvement d'attaque dbordante que
tente m. ce moment l'aile gauche de la premire arme serbe. Mais j'ai
vite fait de dmler que ce mouvement, pas plus que ceux tents
jusqu'ici devant nous, n'a une vritable signification militaire.
Comment pourrait-il en avoir, en effet, puisque, devant nous, aucune
activit ne se manifeste? Car, de deux choses l'une, ou l'on attaque
vritablement une position, et le premier devoir de l'assaillant est de
marcher en avant sur tout le front afin d'y fixer par son attitude
agressive le maximum de forces ennemies, ce que l'on ne fait pas ici
puisque tout demeure immobile de notre ct, ou bien l'on n'attaque pas
et tout doit rester dans l'ordre normal, sans bouger. En dfinitive, ces
actes spars qui paraissent se jouer dans les diffrents compartiments
du terrain, ne peuvent amener aucun rsultat, si ce n'est celui de faire
tuer inutilement des hommes. Ils sont donc condamnables. Et une fois de
plus je dplore que les Serbes ne se soient pas rendu compte qu'aprs la
Bregahiitza il fallait une deuxime fois frapper vite et fort. Voici,
maintenant, l'arme roumaine presque aux portes de Sofia, sans avoir
pour ainsi dire combattu; les Turcs  Andrinople ont reconquis la
Thrace; les Grecs enfin sont matres du littoral de la mer ge. Tous
vont au profit immdiat... L'arme serbe est alle  l'honneur: elle a
pay de son sang la douloureuse surprise du 29 juin; elle a bris, par
sa vaillance, la tenace rsistance bulgare; elle a effac le souvenir de
Slivnitza et des dfaites de 1885; elle a cru que c'tait assez.
Rpugnant  verser le sang davantage dans une guerre fratricide que
beaucoup dplorent, les Serbes, qui auraient pu se jeter sur Sofia, ont
prfr aller  Bucarest.

Sans doute, on peut louer cette modration. Mais, qu'une hsitation se
produise dans l'acceptation des conditions des allis par la Bulgarie,
et voici l'arme serbe  nouveau contrainte d'attaquer les lignes de
Kustendil. Bon gr, mal gr, il faudra donc engager cette lutte qu'on
n'a pas voulu livrer hier, et se rsoudre aux pertes que, sur une
position organise  loisir par lui, l'ennemi ne manquera pas d'infliger
aux divisions du prince royal et du gnral Yankowitch!

L'appoint des Grecs qui, eux aussi, ont si gnreusement pay leur
tribut  la cause commune par les pertes sanglantes de ces derniers
jours, celui des Roumains, l'offensive de la deuxime arme attaquant
Tsaribrod, permettent d'une faon  peu prs certaine de bien augurer
d'une bataille o les Bulgares, acculs  leur capitale, sans ressources
et sans approvisionnements, ne pourraient sauver qu'une chose: leur
honneur militaire. Mais, tombant ainsi sous les efforts coordonns de
cinq adversaires au lieu d'un seul, ils succomberont en beaut et de
faon  mouvoir l'Europe... Tandis que, seuls vainqueurs dans une
action dcisive, les Serbes, avec la gloire d'un pareil rsultat, en
eussent emport le profit et Belgrade pouvait devenir grande dans les
Balkans.

Puisque c'est devant le sang vers que l'on a recul, devant l'normit
des pertes probables, pourquoi s'arrter  ces demi-mesures, essayer une
pointe ici, une autre l, et faisant tuer en dtail pendant ces
oprations ttonnantes autant de monde que dans une grande bataille? Ces
quatre journes dernires, sur le front Golemi-Vrh, Tsar-Vrh,
Tsarevo-Selo, ont vu mettre hors de combat plus de 4.000 hommes. Les
routes autour de nous sont couvertes de convois de blesss, dont un
grand nombre assez gravement, sans compter beaucoup d'hommes atteints
plus lgrement  la tte ou au bras et qui cheminent seuls sur les
routes un bton  la main. D'avoir ainsi hsit rend le sacrifice plus
lourd... la moisson moins abondante, le gain plus discutable.

Il faut en finir cependant, et si l'on ne s'entend pas  Bucarest, la
situation ne peut se dnouer qu' Kustendil.

ALAIN DE PENENNRUN.

[Illustration: Canon long de 120mm du Creusot (Kosara, 22
juillet)--_Phot. R. Kann._]



[Illustration: PRINCE FERDINAND. PRINCE CAROL.]

LE PASSAGE DU DANUBE PAR L'ARME ROUMAINE.--Le prince hritier de
Roumanie, commandant en chef, et le prince Carol, son fils, sur le pont
de Corabia, long de 1.147 mtres et jet en 7 heures, le 14
juillet.--_Phot. Ovid Burca._

L'INTERVENTION ROUMAINE ET LA PAIX DE BUCAREST

Si la paix entre les tats balkaniques se trouve conclue plus
rapidement qu'on n'osait l'esprer, ce rsultat aura t d 
l'intervention nergique,  la fois militaire et diplomatique, de la
Roumanie qui a envoy son arme intacte sous les murs de la capitale
bulgare et runi  Bucarest, sous la vigoureuse prsidence du premier
ministre roumain, M. Majoresco, les reprsentants des nations en guerre.

Ainsi la Roumanie occupe actuellement le premier plan de l'actualit et
elle n'aura pas eu besoin de victoires pour jouer un grand rle dans les
Balkans. Ses troupes, htivement mobilises ds les premiers coups de
feu entre allis, ont commenc, le 11 juillet, de passer, sans
rencontrer de rsistance, la frontire bulgare, se sont empares de
Silistrie et se sont tendues ensuite sur la rgion
Turtuka-Dobritch-Baltchik, revendique par la Roumanie. Peu de jours
aprs, les troupes du prince royal Ferdinand passaient le Danube pour
prendre la direction de Sofia, et la traverse du fleuve s'opra dans
des conditions qui tmoignent de la perfection du matriel et de
l'instruction des corps techniques de l'arme roumaine. L'ouvrage le
plus important et le plus surprenant fut le pont difi sur le Danube 
Corabia, le 14 juillet, en moins de sept heures. La longueur de ce pont,
construit sur des pontons mtalliques, est en effet de 1.147 mtres sur
une largeur de 4 mtres. La force de rsistance de chaque ponton est de
12 tonnes. Un passage de 80 mtres est rserv  la circulation des
bateaux. Le matriel ncessaire fut fourni par trois chantiers du pays,
d'aprs les plans du colonel Robesco, ancien lve de notre cole
polytechnique et commandant du bataillon des pontonniers de Brala.

[Illustration: Sur la rive bulgare du Danube, le drapeau du bataillon
des pontonniers salue le prince Ferdinand et son tat-major qui
franchissent le pont de Corabia.--_Phot. O. Burca._]

Lorsque ce remarquable travail fut termin, le prince royal Ferdinand de
Roumanie traversa le pont le premier, salu, sur la rive bulgare, par le
drapeau des pontonniers et suivi par le 27e rgiment de la 13e brigade
d'infanterie.

[Illustration: Le deuxime pont construit sur le Danube, en neuf jours,
entre Turnu-Magurele et Nikopol. _Phot. O. Burca._]

Un autre pont, sur le Danube, par lequel, de Turnu-Magurele dboucha 
Nikopol une seconde colonne roumaine,  35 kilomtres environ en aval de
Corabia, fut improvis en neuf jours avec le matriel que les corps
trouvrent  leur porte. Les supports furent donc forms de chalands et
de pontons d'accostage de la navigation fluviale roumaine. Sur ce pont,
qui mesure 721 mtres de long sur 5 de large, deux passages, de 2 mtres
chacun, ont t rservs pour l'infanterie et les troupes non montes.
Ds le 15 juillet, la cavalerie, bientt suivie de l'avant-garde, put
faire des reconnaissances sur la rive droite et prendre, sans rencontrer
d'obstacles, le chemin de Sofia. Ce fut, comme nous l'ont appris les
dpches, une simple promenade militaire, en trs bon ordre, et qui prit
fin seulement  une journe de marche de Sofia, lorsque les troupes
roumaines eurent occup les dfils stratgiques au nord et au nord-est
de la capitale bulgare.

[Illustration: L'ARME ROUMAINE EN CAMPAGNE.--Dpart du rgiment de
cavalerie de Ramnieu-Valcea: le service religieux.--_Phot, Iorgu
Arsenie._]

[Illustration: LA CONFRENCE DE BUCAREST.-Une runion plnire des
dlgus des tats balkaniques: on reconnat,  la droite du premier
ministre roumain M. Majoresco (2), le premier dlgu bulgare M.
Tontchef (1), et  sa gauche M. Venizelos (3); M. Pachitch est en
face--_Phot. Franz Manty._]

1 2 3

A chaque tape, cependant, de l'avance roumaine, le roi Ferdinand
adressait au roi Carol de pressants tlgrammes pour solliciter non
seulement l'arrt et le retrait de ses troupes, mais encore
l'intervention de la Roumanie pour mettre fin  la guerre en Macdoine.
Et ce fut, effectivement, sur l'initiative du gouvernement roumain qui,
par ses forces intactes, devenait l'arbitre tout-puissant de la
situation que les dlgus de la Serbie, de la Grce, du Montngro et
de la Bulgarie se runirent  la confrence de Bucarest et qu'un premier
armistice de cinq jours fut consenti par les allis  leur adversaire.

Les demandes roumaines taient connues et acceptes d'avance. La
Bulgarie ne fit point, cette fois, de difficults de principe pour cder
le territoire Turtuka-Baltchik, sacrifice trs dur cependant si l'on
songe  la richesse de cette province agricole, le grenier du royaume,
et dont les 250.000 habitants sont instruits et vivent tous dans une
prosprit relative.

Les exigences des allis bases sur les droits de la victoire et sur la
ncessit de rtablir l'quilibre des forces, par l'galit des
populations dans les Balkans, rencontrrent plus de rsistance.
Soutenues par MM. Venizelos pour la Grce et Pachitch pour la Serbie,
elles furent combattues par M. Tontchef, reprsentant la Bulgarie. On
fut mme tout prs de ne plus s'entendre du tout et il fallut que la
Roumanie jett une fois de plus son pe dans la discussion et menat
d'entrer  Sofia si l'on recommenait  se battre pour que la Bulgarie
se rsignt aux suprmes concessions.

Nos lecteurs trouveront, sommairement traces sur la carte ci-contre,
les frontires nouvelles arrtes, le 7 aot,  Bucarest.

La frontire serbo-bulgare part du nord des sommets qui partagent les
eaux du Vardar de celles de la Strouma et qui sont trs proches du cours
de cette dernire. Les villes de Kotchana et d'Istip, la valle de la
Bregalnitza restent serbes. La frontire ensuite va vers l'ouest,
contourne Stroumitza qui reste aux Bulgares et vient rejoindre les
collines de la Bela-Planina qui deviennent frontire commune entre la
Serbie et la Bulgarie et celle-ci et la Grce. De l, la frontire
bulgare va vers l'est jusqu'au Kara Sou qu'elle descend jusqu'
l'archipel en laissant,  l'ouest, Cavalla  la Grce.

Depuis plusieurs jours dj la Grce et la Serbie s'taient entendues
sur l'attribution de Guevgheli qui reste en territoire serbe.

En comparant d'aprs les indications de notre carte: 1 les frontires
de la Bulgarie avant la premire guerre balkanique; 2 les limites des
territoires occups par elle aprs cette premire guerre; 3 le recul
impressionnant auquel l'offensive serbo-grecque, l'envahissement
roumain, la reprise de la Thrace par les Turcs, avaient contraint la
Bulgarie; 4 les frontires actuellement convenues  Bucarest, on voit
que, malgr les pertes cruelles dues aux fautes du gouvernement Danef,
la Bulgarie cependant conserve d'importantes acquisitions territoriales
et prend accs, par une ligne de ctes et un port, sur la mer ge.

Quant  la Thrace, maintenant roccupe par les Turcs, quant 
Andrinople redevenue musulmane, il n'en a pas t question  Bucarest.
Ce sera le problme de demain  rsoudre soit par la diplomatie des
puissances, soit par une entente... ou une nouvelle guerre
bulgaro-turque.

A. C.

[Illustration: Les nouvelles frontires des tats balkaniques arrtes 
Bucarest. Illust. Limite extrme atteinte par les armes bulgares avant
la nouvelle guerre. Illust. Limite du recul des Bulgares devant les
Grecs, les Serbes, les Roumains et les Turcs. Illust. Frontires
nouvelles. (A l'Est la rencontre de la frontire serbo-grecque avec
celle de la future Albanie reste indtermine.)]

[Illustration: Lse-Majest: des punaises dans le kpi royal.]

[Illustration: Un officier est Charg de l'excution des
coupables.--_Instantans de M. Jean Leune._]



LE ROI DE GRCE AUX AVANT-POSTES

_Un incident, tout menu, de la guerre, mais bien curieusement illustr
par la photographie, nous est cont par M. Jean Leune. C'est encore l
un chapitre--mais simplement pittoresque et amusant, cette fois--des
horreurs de la guerre._

Livounovo, 18 juillet.

Ce matin, le roi Constantin et son tat-major sont arrivs en
automobiles. Le roi conduisait lui-mme.

Avant d'entrer dans la btisse malpropre qui va tre ici sa rsidence,
il nous a abords avec la simplicit qui le caractrise... Et puis, tout
 coup, nous le voyons secouer la tte, enlever vivement son kpi. Il
regarde dedans... Puis il nous le tend:

--Tenez, regardez... fait-il en clatant de rire, j'ai deux punaises
dans mon chapeau!...

Et il tend le kpi au commandant Skatigos qu'il charge d'excuter les
dlinquantes, tandis que, d'instinct, les princes grecs prsents
inspectent  leur tour leurs coiffures.

_On peut sans peine, imaginer ce que sont, depuis dix mois, les
proccupations d'un souverain qui a assum lui-mme les responsabilits
d'un gnralissime. Notre excellent collaborateur, le dessinateur et
peintre militaire Georges Scott, vient de passer plusieurs jours au
quartier gnral du roi Constantin et sur la ligne du feu. En attendant
qu'il nous en rapporte lui-mme ses tudes en couleurs, il nous envoie
le dessin que nous reproduisons ici._

[Illustration: AU QUARTIER GNRAL DE LIVOUNOVO.--Tout est endormi:
seul, le roi travaille. _Dessin d'aprs nature de GEORGES SCOTT._]



UNE BELLE FIGURE

L'ENTOMOLOGISTE HENRI FABRE DE SERIGNAN _(Voir les photographies aux
pages suivantes.)_

Voici que, maintenant, le modeste et grand Henri Fabre, mon illustre
voisin de Serignan, est l'objet de toutes les coquetteries officielles.
Un ministre, M. Joseph Thierry, vient de le visiter et de le haranguer;
et dj l'on s'apprte  honorer, par l'rection d'un monument 
Avignon, le souvenir de ce vivant.

En vrit, quelle curieuse destine fut la sienne! Pendant des annes et
des annes, sous ce titre modeste: _Souvenirs entomologiques_, il
publie, touchant la vie des insectes, des travaux admirables, qui
resteront parmi les plus tonnants monuments scientifiques, et personne
ne le connat. Solitaire, ddaignant gloire, honneurs et profits, il n'a
qu'un unique souci: travailler, travailler sans cesse pour parfaire son
oeuvre. Sa vie se passe entre son modeste ermitage de Serignan et ce
qu'on appelle dans le pays la montagne, laquelle n'est en
ralit--dans le Midi on exagre toujours un peu--que la colline
environnante. Ici et l, il tudie avec une inlassable patience les
insectes, les suivant, dans les multiples manifestations de leur
existence. Au milieu de son jardin il a plant un _harmas_, sorte de
vaste bosquet aux arbres, arbustes et plantes varis: chnes verts,
arbousiers, genvriers, lavande, sauge, thym, coronille, o vivent des
milliers d'insectes; sur la montagne, qui, depuis Serignan jusqu'au
hameau de la Garde Parol, est boise  souhait, vit galement tout un
monde d'insectes. L'oeil constamment aux aguets, derrire une loupe,
l'entomologiste reste des heures entires immobile en observation,
parfois  plat ventre; il suit les volutions d'un scarabe sacr ou
d'un dbonnaire grillon. La nuit mme, souvent, il veille. Ne lui
faut-il pas surprendre la cione, alors qu'elle fabrique sa capsule de
baudruche, ou saisir le moment prcis o l'aile du criquet commence 
pousser, spectacle, parat-il, prodigieux? Et les annes s'coulent
ainsi...

Puis, un beau jour,  la suite d'un concours fortuit de circonstances,
Henri Fabre devient subitement clbre. On sait qui il est, on lui rend
hommage,--on lui rend enfin justice! Mais,  ironie du sort!  ce
moment-l, il est un octognaire! Oui, en vrit, ce fut une trange
destine que la sienne, mais combien injuste! Henri Fabre, qui est un
vrai philosophe, ne s'en est jamais plaint. Rcemment, en manire de
boutade, il disait: La vie est mal agence. C'est du mauvais ouvrage 
refaire.

Chez Henri Fabre le savant est doubl d'un prestigieux crivain. Ses
volumes ne sont pas seulement de merveilleux recueils de science: leur
style clair, alerte, pittoresque, imag, vivant, parfois mouvant,
atteint  la perfection. Henri Fabre est certainement un de nos
meilleurs crivains contemporains. On peut regretter que l'Acadmie
franaise n'ait jamais song  l'appeler  elle. Il est de ces hommes
qui honorent une assemble.

Les livres d'Henri Fabre ont, en outre, le mrite trs rare d'tre aussi
bien  la porte des profanes que des spcialistes les plus
expriments. La lecture en est attrayante. Ils sont la rvlation la
plus romanesque et la plus potique qu'on puisse imaginer de la vie des
insectes.

Henri Fabre a le don de faire partager  son lecteur tout l'intrt
qu'il prend lui-mme aux tudes qu'il poursuit. Avec lui on est
merveill de l'instinct extraordinaire qui dtermine chacun des actes
des insectes, avec lui on est passionn par les drames qui se droulent
au cours de leurs existences phmres, avec lui on en arrive, malgr
soi,  croire que ces tout petits tres, que nous ctoyons et que nous
ignorons pour la plupart, ont nos dsirs, nos craintes, nos haines et
nos passions. Quelles belles pages n'a-t-il pas crites sur
l'ingniosit provoque chez certains d'entre eux par l'instinct de la
maternit, foyer trois fois saint o couvent, puis soudain clatent ces
inconcevables lueurs psychiques qui nous donnent le simulacre d'une
infaillible raison?

M. G.-V. Legros, qui a analys l'oeuvre d'Henri Fabre avec autant de
conscience que d'rudition, raconte que Darwin avait t frapp de
l'ingniosit dploye par le grand entomologiste pour pntrer les
secrets des insectes et pour saisir les fils qui les rattachent au grand
mystre des choses. Dans son clbre livre sur l'_Origine des Espces_,
il l'appelle d'ailleurs l'observateur inimitable.

Edmond Rostand, grand admirateur d'Henri Fabre, a fort bien caractris,
son talent en ces quelques vers:

        _De plus, il sait trouver les mots vifs et luisants_
        _Qui peignent la cuirasse et dessinent la patte,_
        _Et faire d'une tude austre et dlicate_
        _Une ardente aventure aux dtails amusants._
        _Il sait conter..._

En effet, Henri Fabre conte  ravir. On a fait souvent un rapprochement
entre La Fontaine et lui. Il n'est pas douteux qu'il n'y ait entre les
deux hommes une certaine analogie. L'un et l'autre se sont plu dans la
socit des btes. Leurs oeuvres ont la mme fracheur, le mme charme,
la mme motion et la mme simplicit. Tous deux sont des crivains
issus de notre vieux sol franais. Que de jolies images ne pourrait-on
pas glaner dans les ouvrages d'Henri Fabre! Tantt le savant crivain
nous montre l'abeille qui met la tte  la lucarne de sa demeure pour
s'informer du temps; tantt il nous parle des jeunes araignes qui, en
se dispersant dans le vaste monde, s'lancent et montent en gerbes
diffuses sous les caresses du soleil, pareilles  des projectiles
atomiques, au bouquet d'un feu d'artifice,  une pyrotechnie vivante...

Peut-tre, un jour, nos enfants apprendront-ils, tout comme ils
apprennent les fables immortelles du bonhomme, les rcits entomologiques
du noble vieillard de Serignan? Ils connatront, peut-tre, aussi bien
que l'histoire de la cigale et de la fourmi, la destine tragique du
minotaure typhe ou les mfaits de la mante religieuse, cette petite
bte cruelle qui dvore ses poux et dont le seul aspect glace d'effroi
ses victimes, quand elle prend devant elles ce que les entomologistes
appellent la pose spectrale.

Avant Henri Fabre, la science entomologique apparaissait  tout le monde
comme une chose barbare et inaccessible. Le grand entomologiste de
Serignan est le premier qui ait tudi les insectes sur le vif;  force
de patience il est parvenu  possder tous leurs secrets. C'est ce qui
fait que son oeuvre est vivante et au plus haut point captivante. Henri
Fabre est bien le rvlateur d'un monde nouveau.

Maurice Maeterlinck, l'auteur de la _Vie des abeilles_, qui est, lui
aussi, un fervent admirateur d'Henri Fabre, a crit  ce propos:

Il a consacr  surprendre leurs petits secrets, qui sont le revers des
plus grands mystres, cinquante annes d'une existence solitaire,
mconnue, pauvre, souvent voisine de la misre, mais illumine, chaque
jour, de la joie qu'apporte une vrit qui est la joie humaine par
excellence. Petites vrits, dira-t-on, que celles que nous offrent les
moeurs d'une araigne ou d'une sauterelle. Il n'y a plus de petites
vrits; il n'en existe qu'une, dont le miroir,  nos yeux incertains,
semble bris, mais dont chaque fragment, qu'il reflte l'volution d'un
astre ou le vol d'une abeille, recle la loi suprme.

Henri Fabre crit le provenal avec la matrise d'un Mistral. Il a
publi un recueil de vers intitul _Oubreto Prouvenalo_, o il se
rvle pote charmant et plein de fantaisie.

D'ailleurs, toute son oeuvre n'est-elle pas imprgne de posie et de la
meilleure?

                                 *
                                * *

L'existence de Fabre fut une vie d'pre labeur ininterrompu. N de
parents pauvres, il pousse  l'aventure, comme il peut, sans soutien. Il
apprend, grce  une volont tenace,  lire seul, le soir, le plus
souvent  la lueur d'un clat de pin imprgn de rsine. Au collge de
Rodez, il paie le prix de ses classes en se faisant enfant de choeur. Il
obtient ensuite une bourse  l'cole normale primaire d'Avignon, et
dbute dans l'enseignement comme instituteur  Carpentras. Lamentable
existence que celle de ces pauvres matres d'cole d'autrefois! A force
de travail et de persvrance, Henri Fabre parvient  s'chapper de
cette galre et il est nomm professeur de physique au lyce d'Ajaccio.
Ayant contract des fivres en Corse, il demanda  revenir en France. Il
fut nomm au lyce d'Avignon.

C'est l, en tudiant les ouvrages de l'entomologiste Lon Dufour, qu'il
constata combien la science entomologique tait incomplte et
superficielle. Il comprit que s'ouvrait devant lui un magnifique champ
d'exprience et il rsolut de poursuivre et de complter l'oeuvre
bauche jadis par Raumur et les deux Huber. Mais pour cela il lui
fallait la paix et l'isolement. C'est alors qu'il quitta l'enseignement
et vint s'tablir  Serignan, aimable petit village situ sur la route
d'Orange  Valras.

Chose curieuse: pendant des annes, Henri Fabre demeura  peu prs
ignor des habitants de Serignan.

Ceux-ci savaient seulement que la petite maison rose aux volets verts de
la route d'Orange tait habite par un monsieur original qu'on ne voyait
jamais et qui crivait des livres. L'entomologiste, en se rendant vers
la montagne environnante, ne passait jamais par le village, ce qui lui
tait facile, attendu que sa demeure se trouve sise un peu en dehors de
Serignan. Ce n'est qu'assez rcemment, lorsque la renomme d'Henri Fabre
devint universelle, que les habitants de Serignan apprirent que l'hte
de la petite maison rose tait un grand savant devant lequel tout le
monde s'inclinait. Depuis lors, ils sont fiers de leur illustre
concitoyen.

Henri Fabre aime Serignan:

--C'est ici, me disait-il, que j'ai vritablement vcu, parce que c'est
ici que j'ai pu travailler  loisir.

Aujourd'hui, Henri Fabre, qui, au mois de dcembre dernier, a clbr
son quatre-vingt-dixime anniversaire, ne peut plus travailler. L'ge
est l, et contre lui la volont la plus robuste est impuissante. Ses
jambes se refusant  le porter, il passe ses journes dans sa salle 
manger situe au rez-de-chausse. Sa pipe reste sa meilleure compagne.
Une pipe teinte, vite il en rallume une autre. Et ainsi depuis le matin
jusqu'au soir.

La physionomie d'Henri Fabre est reste expressive et originale. Les
yeux sont brillants et s'animent, par instants, trangement. Les joues
maigres, sillonnes de rides profondes, ont pris une teinte de cire. Les
cheveux un peu longs sont rejets en arrire et dcouvrent un large
front qui est le plus souvent ombrag du large feutre provenal.

Quand on pntre dans la maison de Serignan, on est saisi d'une
indicible mlancolie  la pense que le grand laborieux ne travaille
plus. L'harmas est dsert. Les petites ruches o nichaient les abeilles
sont vides. Autrefois, Henri Fabre attendait avec impatience le retour
des vagabondes, qu'on avait t lcher du haut du rocher des Doms, 
Avignon. Il notait l'heure de rentre de chacune d'elles...

Et le cabinet de travail, combien il est abandonn! Tout en haut de la
bibliothque, s'alignent, poussireux et dlaisss, les quarante-huit
volumes contenant l'herbier runi par Henri Fabre au cours de ses
promenades quotidiennes. Cet herbier est un vritable trsor. Il mrite
d'tre pieusement recueilli. Plus bas, c'est une collection d'aquarelles
reprsentant les multiples varits de champignons du pays, le tout
dessin et peint  ravir de la main de l'entomologiste.

La vie d'Henri Fabre, si noblement remplie, s'achve dans le silence et
la solitude que viennent uniquement troubler les hommages tardifs de la
plus douce gloire. Seul, parfois, le regret de ne pouvoir poursuivre la
tche interrompue vient assombrir les derniers jours de l'illustre
savant.

Je ne connais pas, parmi nos contemporains, une figure plus belle et
plus pure que la sienne. Elle mrite d'tre vnre autant qu'admire.

ANDR MVIL.

[Illustration: L'ENTOMOLOGISTE DE SERIGNAN Henri Fabre observant des
insectes prisonniers sous une cloche de toile mtallique. _Photographie
P.-H. Fabre.--Droits rservs._]

[Illustration: HENRI FABRE DANS SON CABINET DE TRAVAIL L'illustre savant
devant la petite table sur laquelle il a crit ses Souvenirs
entomologiques. _Photographie P.-H. Fabre.--Droits rservs._]



LES VILLES MARTYRES

COMMENT LES BULGARES ONT TRAIT GRECS ET TURCS EN MACDOINE

_Aux terrifiantes photographies de notre dernier numro, il semblait
qu'on ne pt rien ajouter. Mais nous avons reu de M. Jean Leune une
lettre si pleine de faits nouveaux que nous ne saurions nous dispenser
de la publier. Elle nous rvle, sans en rien cacher, toutes les
horreurs commises dans la retraite bulgare par des troupes dont, il y a
peu de mois, nous tions heureux de relater les gestes hroques en
Thrace, mais que la dfaite semble avoir frappes de dmence
sanguinaire, et qui, chappant--nous ne voulons pas en douter-- la
direction de leurs tats-majors, ont vritablement supplici, dans des
villes innocentes, des populations sans armes._

16 juillet.

Ce matin, mes nerfs sont calms et mes ides plus claires. Je puis
essayer de dcrire ce que j'ai vu hier, pendant toute une journe qui
fut certainement la plus atroce que j'aie vcue encore.

Depuis octobre dernier que nous courons les champs de bataille et de
carnage, j'ai vu des milliers d'hommes s'entr'gorger, j'ai vu, sur la
terre humide ou dessche, des milliers de pauvres choses inertes et
mconnaissables, qui taient encore, quelques heures auparavant, des
tres humains comme moi, dous des facults de penser et d'agir. J'ai vu
des hommes mutils souffrir le martyre. C'est--dire que tout ce que la
guerre peut avoir d'horrible est pass devant mes yeux... Et cependant
jamais encore je n'avais prouv ce que j'ai prouv hier. Car tous ces
hommes que j'ai vus se battre, souffrir ou mourir, taient des soldats
qu'animait et soutenait une me suprieure, un idal grandiose, qui se
battaient, souffraient ou mouraient pour leur patrie, pour commencer de
raliser enfin la grande Ide hellne. Il y avait, malgr tout, de la
beaut et de la joie dans ces spectacles de douleur et de mort... Hier,
rien de tout cela. J'ai compris pour la premire fois de ma vie ce que
peut tre l'_horreur..._

Hier donc, nous avons t visiter Demir-Hissar et Sers, les deux villes
infortunes que visita le flau bulgare. Temps lourd et soleil
implacable. Sur tout le paysage, plaine et montagne, une brume grise,
opaque. On dirait un immense voile de deuil tendu sur le pays. Et l'on
se sent mal  l'aise, moralement oppress. Le coeur vibre trangement
sans arrt. L'me des martyrs flotte autour de nous. Elle nous pntre
jusqu'au plus profond de nous-mmes. Elle crie vengeance.

DEMIR-HISSAR

Petite ville pittoresque, au pied d'un rocher  pic, et  cheval sur une
petite rivire qu'enjambe un vieux pont de pierre  l'arche centrale
surleve. Les maisons sont peureusement fermes. Des planches cloues 
la hte cachent les ouvertures bantes faites  coups de hache dans les
devantures de petits magasins pills.

Dans les rues, peu de monde. Quelques hommes, l'arme  l'paule.
Quelques femmes en noir et craintives encore. Et puis, des soldats
grecs... Mais les yeux rougis de tous disent que la douleur habite
dsormais la pauvre petite ville...

--Mes deux frres de vingt-deux et vingt-cinq ans ont t massacrs,
nous dit l'un.

--Mon pre, ma mre et puis... ma soeur, dit un autre.

Et, en disant ma soeur, le malheureux baisse les yeux. Sa main passe
sur son visage, rapide et brutale de colre, pour essuyer une larme
furtive. Car la jolie fillette de quinze ans pour laquelle, lui, le
grand frre, travaillait avec tant d'amour, dont chacun s'efforait avec
tendresse de prparer l'avenir, la jolie fillette est morte dans le
dshonneur... Puis le frre se ressaisit. Ses yeux ont des clairs. Sa
main caresse la crosse de son arme... Venger, voil dsormais le seul
but de sa vie.

Mon pre, ma mre, mon frre, ma soeur, mes enfants, _massacrs_!
Voil ce que nous disent uniformment tous ceux qui viennent vers nous,
en confiance parce que nous sommes des Franais et parce que, dans leur
peu de connaissances, ils savent tout de mme que la France fut toujours
douce et compatissante aux petits,  ceux qui souffrent. Prs de deux
cents personnes ont t ici massacres, hommes, femmes et enfants, Turcs
ou Grecs indistinctement.

Lorsque l'attaque grecque se dessina l'autre jour, suffisamment mordante
pour que les Bulgares dussent abandonner leurs positions en avant de la
ville vers la Strouma, le dtachement rest dans Demir-Hissar se
rassembla, sous le commandement d'un lieutenant d'infanterie. Puis il se
fractionna en petits groupes qui commencrent de parcourir les rues,
prcds de tambours. Ceux-ci battaient la gnrale, pour signifier
aux habitants d'avoir  quitter leurs maisons et de descendre dans la
rue. Brutalement,  coups de crosse, les soldats branlrent les portes
et enfoncrent celles qui ne s'ouvraient pas assez vite. On fouilla les
maisons. Puis un lamentable troupeau se forme et grossit peu  peu, que
les soldats du tsar Ferdinand poussent avec des coups, des injures
ignobles et des rires de brutes saoules vers l'cole bulgare. Dans la
cour de l'cole sont runis cent cinquante pauvres tres sans dfense,
ayant au coeur pour tout rconfort leur inbranlable foi en Dieu, en la
patrie grecque. Le mtropolite est l. Des prtres, des notables, aussi
du petit peuple.

Les soldats ont la baonnette au canon. Leurs yeux sont tourns vers un
officier qui, peut-tre, lorsqu'il faisait ses tudes  Paris ou 
Berlin, fut un beau valseur, aim des jolies femmes, dans les salons...

L'officier lve la main. Et les brutes se jettent sur leurs proies. Ils
saisissent d'abord le mtropolite...

_Et nous savons, par la lettre de Mme Jean Leune publie dans notre
dernier numro, quelles effroyables tortures on lui fit subir._

... Les autres ont le mme sort. Un par un, ils tombent affreusement
supplicis, mutils, avec un art et des raffinements inous. Les uns
pleurent. D'autres,  genoux, implorent une grce impossible. Mais ils
ne russissent qu' faire rire plus bestialement encore leurs bourreaux
et  provoquer de leur part de nouveaux et plus raffins supplices. Cent
cinquante malheureux tombent ainsi. Et, quand l'orgie sanglante est
termine, parce qu'il n'est plus de victimes  immoler, alors les
fauves, rapidement, vont jeter les cadavres tout chauds encore dans une
grande fosse trs profonde, creuse plusieurs jours  l'avance. Deux
mtres de terre recouvrent par endroits la masse de chairs informes.
Mais le temps presse. Les Grecs approchent. Il faut partir. Sur les
derniers cadavres, un peu de terre seulement est jete. Or, par miracle,
le dernier massacr, un jeune homme de vingt-cinq ans, malgr sept coups
de baonnette, n'est pas mort. Quelques centimtres de terre  peine le
recouvrent. Il attend quelques instants. Puis, avec une nergie
farouche, au prix d'efforts inous, il parvient  se dgager... et il se
relve, tmoin survivant, accusateur imprvu.

_C'est le bless dont nous avons publi le portrait dans notre dernier
numro._

... Mais ce n'est pas tout... Aprs avoir frocement tu, les
massacreurs ont une dernire fois travers la ville. Ils ont encore
fouill quelques maisons. Et la fatalit a voulu qu'ils trouvassent
encore huit jeunes filles, de quinze  vingt ans... Et ils n'ont pas
tu, car ils ont voulu qu'un atroce souvenir de leur passage dans la
ville demeurt bien vivant derrire eux... Nous allons voir les
malheureuses. Jeunes et jolies. Mais leurs yeux rougis n'ont plus de
regard, parce que les larmes l'ont teint. Et leur pauvre jeune corps
tremble encore. Et leurs petites mains brises ont de gauches mouvements
de pudeur... Dshonores! Dshonores!... ne cessent-elles de rpter
entre deux sanglots. La pense de leur dshonneur est la seule qui leur
reste dans l'esprit. Les mres, derrire leurs fillettes, pleurent,
lamentables. Et leur douleur est sans limite, parce qu'elles, dj,
pensent plus loin... Nous ne pouvons supporter un tel spectacle. Mes
yeux sont noys de larmes. Ma gorge est serre. Je serais incapable de
profrer une seule parole.

Nous quittons Demir-Hissar. Chaleur torride. Plaine sans ombre.
Poussire aveuglante. L'automobile monte  l'assaut des talus, tombe
dans les fosss, s'embourbe, drape. La direction est folle. N'importe,
nous allons. Dans les champs merveilleusement fertiles, la moisson
ondule... Ici et l, de petites tentes blanches,  l'ombre desquelles
les paysans se reposent un peu, au moment que le soleil est le plus
fort. On travaille dans les bls, car maintenant la libert est enfin
sur le pays. Avec elle la vie peu  peu renat et avec elle le travail
et ses joies.

Mais c'est  peine si je regarde tout cela. Ma pense est ailleurs. Elle
est  la douleur,  l'horrifiante douleur dont nous avons eu tout 
l'heure l'inoubliable rvlation...

SERS

Une route dtestablement pave qui nous fait faire des sauts
formidables. Des arbres. Au loin, des toits de maisons, des casernes
turques. Nous sommes  Sers.

Au premier abord, aucune impression particulire. Les gens vont et
viennent dans la rue. Des petits marchands vendent ici de la limonade,
l des fruits... Et puis, tout d'un coup, aprs un tournant brusque de
la rue, la terrible vision. L'incendie a pass. Des pans de murs
noircis, des fers tordus, des dbris de toutes sortes. Et cela fume
encore d'une cre fume bleutre. Et les ruines, noircies, dchiquetes,
s'tendent au loin,  droite,  gauche. Elles grimpent au flanc d'une
colline, en atteignent le sommet, et redescendent sur l'autre flanc.

Ici, taient des magasins dont les enseignes avaient t crites en
bulgare sur l'ordre des autorits occupantes. Ici, une glise reste
seule debout, avec les quatre murs de sa nef, sa toute petite porte
surmonte d'une inscription grecque en lettres d'or, respecte par le
feu... Ici, tait une mosque... L, s'levaient de riches maisons
particulires, ou bien les consulats trangers que la folie bulgare n'a
pas eu l'habilet lmentaire d'pargner... La ruine partout: des
pierres noires, de la fume bleue, que contemplent avec une parfaite
insouciance de belles cigognes perches sur les coupoles d'une mosque
chappe  la destruction. Voil tout ce qui reste des trois quarts de
Sers, la ville grecque.

Des Grecs passent, l'air abattu:

--Les Bulgares nous ont tout pris, puis ils ont incendi notre maison.
Nous ne possdons plus en tout et pour tout que ceci. (Et ils nous
montrent les vtements qu'ils portent.) Et nous n'avons plus de gte.
Qu'allons-nous devenir?

Des milliers de familles (20.000 personnes) sont ainsi sans foyer et
manquent de tout. Bien heureuses lorsqu'elles ne sont pas de celles dont
plusieurs des membres furent massacrs par les barbares en fuite. Deux
cents notables: prtres, avocats, docteurs, directeurs de banque, etc.,
ont t emprisonns, puis assassins aprs les pires tortures. Des
familles ont un fils incorpor de force dans l'arme bulgare, et puis un
autre fils qui, ayant pu se sauver  temps, sert comme volontaire dans
l'arme grecque.

C'est vendredi dernier, dans la matine, qu'un dtachement mixte
bulgare, compos d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, commena de
bombarder la ville sans dfense. Les obus tombrent un peu partout,
faisant ici et l sauter des dpts de bombes. Puis,  midi, ces
vaillantes troupes entrrent en ville. Les soldats massacrrent tous les
habitants qui n'avaient eu le temps de se cacher ou de se sauver. Ils
brlrent les consulats. Le vice-consul d'Autriche fut mme emmen dans
la montagne avec sa famille et des malheureux qui s'taient rfugis
chez lui. On les relcha moyennant 300 livres turques (7.000 francs).

Mais les maisons dtruites seront releves. Mais les victimes de la
sauvagerie bulgare n'ont souffert que quelques instants, et leurs
familles se consoleront  l'ide qu'ils sont tombs pour l'ide grecque
et que leur mort aura servi la patrie hellne en lui attirant les
sympathies du monde civilis, rvolt par ces procds infmes. Une
autre chose est plus effroyable et plus irrparable que tout cela. Une
douleur plus atroce pse sur les familles, une douleur qui pour beaucoup
est ne depuis des semaines dj, mais qui ne s'teindra ni demain, ni
dans des mois... L'arme bulgare a occup Sers... c'tait au mois de
novembre 1912. Elle s'est installe dans divers btiments de la ville.
Elle campe  ses portes. Le soir est venu. Les rues sont par endroits
dsertes. Un officier bulgare se promne. D'une maison grecque, une
jeune fille de quinze  seize ans vient de sortir. Elle va vite,
craintive. L'officier presse le pas, la rejoint. Pas de formes. La brute
n'en connat aucune. Et sa poigne est de fer, qui meurtrit  le briser
le bras de la petite. Voici une sentinelle devant une porte. L'officier
jette la fillette dans la maison... Quelques heures aprs, la
malheureuse rentre chez elle. Elle sanglote perdument... Chaque jour,
le mme fait se rpte.

Ou bien c'est une patrouille qui parcourt les rues. Elle a reu des
ordres spciaux. Elle rentre au camp, amenant dix jeunes filles. Peu
importe de quelle famille. Peu importe qu'elles soient jolies ou laides.
Dans dix tentes on rpartit les prisonnires. Et chacune est garde par
un soldat, baonnette au canon. Les officiers arrivent alors... Comme le
vernis pniblement acquis  Paris est loin maintenant! Et, durant dix,
quinze ou vingt jours, c'est, dans les tentes de douleur et de honte, un
infme dfil... Oh! quelle plume saurait flageller de telles
ignominies? La mienne est impuissante, hlas!...

[Illustration: A Demir-Hissar: les victimes des Bulgares exhumes de la
fosse o elles avaient t enfouies aprs le massacre.]

Aujourd'hui, les familles sont dans le deuil. Femmes et jeunes filles ne
sont plus vtues que de noir. Et ce deuil cache le drame le plus
effroyable qui se puisse concevoir. Les innocentes fillettes d'hier
seront mres demain. Elles sont brises de douleur. Mais le drame
indescriptible, c'est que la femme et la mre se sont veilles en
elles... Alors, auprs d'elles, veillent leurs mres, dont les cheveux
ont blanchi brusquement, et leurs frres farouches: Nous les tuerons,
nous vous le jurons sur le Christ! nous disent-ils. Et la haine de leur
regard ne permet pas de douter qu'ils ne tiennent parole.

Ce n'est pas une famille qui vit ce drame affreux, cette tragdie aux
phases poignantes de plusieurs mois, ce n'est pas dix, ni cent. Ce sont
presque toutes les familles. Car les Bulgares sont rests  Sers prs
de sept mois...

_Sur la macabre dcouverte des otages massacrs prs de Livounovo, le
texte de M. Jean Leune rpte,  peu de choses prs, le rcit--que nous
avons reproduit la semaine dernire--de M. Georges Bourdon, du_ Figaro.
_D'intressantes lettres nous ont galement t adresses par notre
correspondant sur la marche grecque vers Djoumaia, par le dfil de
Kresna. Nous ne pouvons malheureusement, faute de place, publier cette
correspondance tout entire et nous en dtachons les feuillets suivants
en lesquels nous est cont un joli pisode de cette marche en avant:_

LE BEL EXPLOIT D'UNE BATTERIE GRECQUE DE 75

Livounovo, 22 juillet.

Sur la route que nous venons de quitter, une longue colonne d'infanterie
s'avance, long ruban sombre sur la chausse toute blanche. Des cavaliers
vont et viennent  bride abattue, officiers ou porteurs d'ordres. Puis,
la colonne quitte la route et marche dans les champs roux sur lesquels
elle se fait beaucoup moins visible.

Les Bulgares ont commenc le tir. A 1.000 mtres  peine, devant nous,
une lourde fume grise jaillit brusquement du sol, suivie d'une forte
dtonation. Un obus vient d'clater en avant des troupes. Un second, un
troisime... Le tir ennemi est trop court; mais, tout de mme, il
empchera l'infanterie de progresser dans la plaine... Des cavaliers...
Des ordres... Les masses grises des colonnes obliquent sur la droite.
Sans prcipitation, elles vont se dfiler sur le flanc des collines,
dans les ravins qui les sparent. Encore des clatements d'obus
bulgares. Sur la fume grise qui monte en volutes, des silhouettes se
dtachent trs nettement. D'autres sortent de derrire. Les soldats ont
l'arme  la main. Au pas de course, en bon ordre, ils gagnent un
dfilement... L'impressionnante vision! Un, deux, trois obus clatent
encore tout prs d'eux. Y a-t-il des tus, des blesss?... Il est trs
probable qu'il y en a... Mais les survivants ne s'inquitent pas de si
peu.

A gauche de la route, un groupe de cavaliers au galop. Ils vont et
viennent, gagnent une ligne d'arbres, reviennent. Des officiers qui
cherchent sans doute un emplacement de batterie... C'tait bien cela...
Dans les champs,  toute vitesse, voici une batterie qui s'lance. Elle
gagne la ligne d'arbres, la dpasse. Les attelages ne semblent point
s'arrter. Ils obliquent  droite et vont se dissimuler dans un repli de
terrain...

En avant de la ligne d'arbres, quatre taches sombres: les pices sont en
batterie...

Les Bulgares ont vu le mouvement et leurs obus fouillent le terrain pour
dcouvrir les nouveaux venus. C'est en vain... La terre jaillit de
partout sous leurs coups. Leurs obus tournent autour de la batterie
grecque mais tombent toujours trop loin d'elle pour lui nuire, en avant,
en arrire, ou sur ses flancs.

De notre observatoire nous voyons tout  merveille. Mais, derrire nous,
un bataillon d'infanterie vient se dfiler; puis, dans le ravin, plus
bas, une batterie d'artillerie.

Aprs quelques instants, une dizaine d'officiers forment  ct de nous
un groupe assez compact. Les Bulgares allongent leur tir. Shrapnells et
obus explosifs viennent maintenant clater  200 et 300 mtres en avant
de nous. Sans rsultats srieux fort heureusement. La batterie grecque
ne rpond pas. Car son commandant a repr l'emplacement de la batterie
bulgare. Celle-ci est  8 kilomtres. Nos pices de 75 ne peuvent, 
cette distance, rpondre aux gros canons de 120...

[Illustration: Mosque de Demir-Hissar que les Bulgares avaient
transforme en un caf-concert: la photographie en montre la scne.]

Du groupe d'officiers qui sont venus sur notre observatoire, un
commandant se dtache:

--Messieurs, nous dclare-t-il, vous tes beaucoup trop nombreux ici
maintenant. Il vaudrait mieux que vous vous retiriez!

Il a raison. Lui et ses officiers sont  leur poste. C'est nous qui
sommes de trop. Nous descendons. Prs du pont, le gnral
Manoussoyannakis, commandant la division engage, et son tat-major.

--Le terrain est extrmement difficile, nous explique-t-il. Je n'y puis
presque nulle part placer d'artillerie. Ici, comme presque toujours dans
les campagnes de cette anne, infanterie et artillerie ont d renverser
les rles que leur attribue la thorie. Au lieu que ce soit l'artillerie
qui prpare et appuie la marche en avant de l'infanterie, c'est cette
dernire qui doit,  la baonnette, s'emparer des positions sur
lesquelles les canons viendront ensuite se mettre en batterie... Ah! ce
terrain!...

Il est 4 heures. Le gnral donne l'ordre de suspendre momentanment la
marche en avant de la division.

Puis il fait venir le lieutenant Iliadis, commandant de la 1re batterie
du 1er rgiment d'artillerie, 1e division. Il lui parle quelques
instants.

Le lieutenant galope  travers champs avec deux cavaliers... Il va,
dpasse la batterie dj en position... Il va... Il galope... Nous ne le
voyons plus... Le voici revenu. Il dit quelques mots au gnral:

--Eh bien, alors, en avant! et faites-nous de la bonne besogne! crie le
commandant de la division.

Quelques minutes passent... Un bruit de galop, de ferraille derrire
nous. C'est la batterie du lieutenant Iliadis qui franchit la petite
rivire,  ct des ruines d'un pont brl. Elle se forme en colonne sur
la route, devant le gnral.

[Illustration: Au pas de course, les soldats gagnent un dfilement...]

Le lieutenant Iliadis prend la tte. 11 se retourne sur son cheval... La
batterie est au complet. Il assure ses pieds dans les triers... Son
bras droit se lve et fait deux gestes: En avant! au galop! Son cheval
a bondi aux piqres de l'peron. Un grondement de tonnerre; la batterie
est partie. A 300 mtres en avant, les obus de 120 pleuvent. Conducteurs
et artilleurs sont tels qu'ils seraient sur un champ de manoeuvre...
Comment est-il possible d'en arriver  un tel mpris de la mort?... Car
ils vont  la mort, si la chance ne veut point que les obus ennemis les
vitent.

La batterie court sur la route blanche, dans un tourbillon de poussire
grise.

Tout le monde ici, avec nous, est affreusement anxieux... Une dtonation
sourde et lointaine... Les Bulgares viennent de tirer. Chacun retient
son souffle, angoiss... O l'obus va-t-il tomber? Qui va-t-il
atteindre?... Nous avons nos jumelles braques pour voir le rsultat.

[Illustration: La batterie court sur la route blanche...]

Tout au bord de la route, prs d'une pice, un clair... une brusque
fume grise mle de terre noire qui nous cache toute la batterie... Une
dtonation... L'obus a clat... Sa fume se dissipe un peu... Nous
regardons de tous nos yeux... L'infernal galop continue toujours. Dieu
soit lou! personne n'a t touch... Les soldats, prs de nous, font le
signe de croix... Mais, derrire le premier obus, sont venus un second,
un troisime. Ils tombent, ils pleuvent, tantt  droite, tantt 
gauche, ou bien en avant, en arrire, et mme entre les attelages...
L'infernal galop continue toujours...

A 2 kilomtres en avant de nous, la route descend dans une sorte de
petit ravin. La batterie quitte la route, oblique  gauche. Les pices
sont dj en position. Les avant-trains se sont loigns...

Quelques minutes passent. Les Bulgares tirent toujours, mais en
aveugles...

Quatre coups de canon successifs. La batterie Iliadis vient de tirer sa
premire salve. Au del d'un petit bois, au loin, la fume des
clatements monte...

Alors le tir bulgare, brusquement, s'arrte... L'extraordinaire Iliadis
a, du premier coup, trouv l'emplacement des 120.

Le gnral Manoussoyannakis, littralement, se prcipite sur nous:

--Eh bien, vous avez vu? Du premier coup! hein? Ce n'est pas
extraordinaire? Il faut le photographier, cet Iliadis, vous savez!...

Une demi-heure plus tard seulement, le tir bulgare reprend,
dsordonn...

Au loin, vers l'entre mme du dfil, une haute fume bleutre et qui
dure.

La carte indique un pont de ce ct. Selon toute vraisemblance, c'est ce
pont qui doit brler. Donc les bulgares l'ont repass, vers le nord.

JEAN LEUNE.



LA REPRISE D'ANDRINOPLE PAR LES TURCS

_Avant que s'branlt vers Andrinople l'arme ottomane concentre
derrire les lignes de Tchataldja, alors qu'on s'tonnait un peu de
l'inaction des Turcs quand les circonstances leur taient si favorables
pour reconqurir le terrain perdu, notre collaborateur Georges Bmond,
qui, depuis sa belle campagne en Tripolitaine et en Cyrnaque, ses
randonnes de Constantinople au front, et la publication des mouvantes
pages qu'il a consacres aux souffrances de l'arme turque,  ses
revers, tait, aux rives du Bosphore, comme l'incarnation mme de_
L'Illustration, _recevait du colonel Djemal bey, gouverneur militaire de
Constantinople, auquel l'unissent une amiti et une estime rciproques,
une dpche pressante: Nous allons  Andrinople. Venez.--Djemal._

_Ce fut la premire nouvelle que nous emes des intentions des Turcs._

_Il fut malheureusement impossible  Georges Bmond de rpondre  cet
affectueux appel. Il le regretta._

_On connat les vnements qui se sont drouls depuis lors. Les
quotidiens les ont narrs au jour le jour: la retraite prcipite des
Bulgares, trop peu nombreux pour accepter le combat; les farouches
vengeances qu'ils exercrent sur des malheureux dsarms,
irresponsables, et ces soixante-dix habitants d'Andrinople attachs par
deux, par quatre, et noys dans l'Arda, d'o l'on vient de retirer leurs
pitoyables dpouilles..._

_M. Gustave Cirilli, ancien consul de France, l'auteur de ce Journal
d'un assig dans Andrinople dont nous avons publi des extraits
(numro du 26 avril), vient de retourner passer quelques jours dans la
ville o il avait vcu nagure de si mauvaises heures. Il nous
envoie--sans insister d'ailleurs sur les atrocits dont la ville reprise
fut le thtre--ses impressions, ses voeux, aussi, qui sont ceux de la
majeure partie de la population._

Andrinople, 30 juillet.

Aprs une courte absence, un voyage  Constantinople, je suis rentr
dans l'ancienne _Edirn_, que j'avais quitte en plein sous le rgime
bulgare et que je retrouve roccupe par les Turcs. Les vaincus d'hier,
qu'un coup de fortune a ramens sur les rives de la Maritza, se
promnent par les rues, calmes, froids, flegmatiques, mais l'air dcid,
et ils sont en effet parfaitement rsolus  reprendre pour leur compte
la parole connue: _j'y suis, j'y reste_.

Enver bey, l'instaurateur de la libert en Turquie, est au milieu de ces
soldats pour enflammer au besoin leur courage. Sera-ce ncessaire? Ces
troupes ne ressemblent gure  celles que j'ai connues au dbut de la
guerre balkanique. Composes d'lments htrognes, sans lien, sans
cohsion, et surtout sans administration, celles-ci marchaient avec
cette passivit qui dnonce une absence de conviction et de fermet. Il
n'en est plus de mme aujourd'hui.

Les soldats commands par Izzet pacha sont entrans; ils montrent une
tout autre allure que les malheureux soldats de Chukri pacha. Les
officiers, eux aussi, en uniformes moins brillants, mais d'aspect
beaucoup plus militaire, ne se prodiguent ni en vaines paroles ni en
vaines parades. Ils sentent que s'ils sont venus ici, grce  une srie
de circonstances imprvues, ils sont investis d'un devoir suprieur,
celui de reprendre une ville qu'ils considrent comme le rempart
indispensable de leur capitale, et celui de venger leurs frres, non
seulement ceux qui sont tombs en soldats sur le champ de bataille, mais
aussi, mais surtout ceux qui ont t mis  mort au milieu de tortures
pouvantables.

C'est un voyage instructif que celui de Constantinople  Andrinople par
la ligne des chemins de fer orientaux. Sur tout le parcours de Hademkeui
 Ourli, en passant par Tchataldja, Sinkli, Tcherkeskeui, Tchorlou,
Loule-Bourgas, en regardant autour de ces stations tristement clbres,
marques par un long martyrologe, on n'aperoit que des ruines fumantes,
des maisons calcines, des pans de murs ensanglants, parsems  et l
de gros clous o pendent des chevelures de femmes. Ce que cela signifie,
on le devine.

Dans la campagne, des milliers de _mohadjirs_, sans feu ni lieu, venus
on ne sait d'o, femmes, enfants, vieillards, retour d'migration,
campent au milieu des champs, cherchant le toit qui les avait abrits et
ne trouvant plus que les cendres. La plus sinistre misre s'est abattue
sur ces malheureux.

Par ailleurs, comment parler sans frmir des attentats, des meurtres,
des viols, des raffinements de cruaut qui ont prsid  la torture de
toutes ces victimes, dont le grand crime tait d'avoir dfendu leur pays
et d'appartenir  la foi musulmane? Des photographies prises sur le vif
tmoignent des horreurs commises. Je ne suis pas dispos  faire un
procs de tendance; mais comment se refuser  croire  de telles
monstruosits? L'impitoyable kodak est l poulies attester. Il semble
vritablement que les soldats bulgares, en se retirant, aient t saisis
par la folie de la destruction et le dlire du sang.

La civilisation europenne refuserait-elle de reconnatre aux Turcs le
droit de reprendre une terre gorge du sang de leurs frres et de leurs
martyrs? Elle leur est devenue deux fois sacre, cette terre, et par les
souvenirs du pass et par les horreurs du prsent.

Un mouvement gnral, d'ailleurs, se manifeste dans toutes les classes
de la population, sans distinction de race, de culte ou de religion,
pour protester contre le joug bulgare et fltrir les atrocits commises.
Ce mouvement de rprobation est all jusqu' runir, le mardi 29
juillet, dans un meeting monstre, plus de 30.000 personnes. Des orateurs
grecs, armniens, isralites, turcs, ceux-ci avec moins de vhmence que
ceux-l, ont prononc des discours enflamms pour demander qu'Andrinople
reste  ses lgitimes matres, revenus ici en vritables librateurs,
dclarant qu'ils sont prts  tous les sacrifices pour maintenir ce pays
sous la domination ottomane. Les dcisions de ce congrs ont t
prsentes sous forme de voeu aux reprsentants de toutes les
puissances, avec prire de les transmettre  leurs gouvernements
respectifs.

L'Europe resterait-elle indiffrente aux suffrages de cette population
prouve par tant de malheurs? Les traits, objectera-t-on. Il faudrait
faire bien des recherches pour en trouver un seul qui ait t respect
depuis cent cinquante ans, et il peut paratre bizarre qu' une poque
o l'opinion publique mne le monde, on veuille juguler tout un peuple
contre la volont qu'il exprime en toute indpendance. On n'y russira
pas, d'ailleurs,  moins de vouer ce pays  des hcatombes perptuelles.
Mais n'est-ce pas assez de sang comme cela?...

GUSTAVE CIRILLI.

[Illustration: A Andrinople: on retire de la rivire Arda les corps de
70 habitants de la ville, noys par les Bulgares avant leur
retraite.--_Photographie Lonidas Arnaoudogiou._]



[Illustration: Guillaume II remet  la nation norvgienne le monument
colossal de Eridtjhof rig prs de Bergen.--_Phot. Nic. Meyer._]

UN CADEAU IMPRIAL A LA NORVGE

La statue colossale de Eridtjhof, don de Guillaume II  la Norvge,
s'lve maintenant au bord du fjord,  Vangsnes, sur le tumulus o
reposent le hros Scandinave et Ingeborge, qu'il aima. Elle a t
inaugure, la semaine dernire, par l'empereur allemand et le roi de
Norvge en prsence de toute la flotte allemande dont il est parl plus
loin. Elle est vraiment gigantesque, et l'auguste donateur, auprs
d'elle, parat un pygme.

L'empereur, en faisant remise de ce monument au roi Haakon, chanta, bien
entendu, la gloire de l'pe Agurwadel, l'arme chrie de Eridtjhof, et
s'appliqua, en les rapprochant sous la classification de race
indo-germanique,  faire des Norvgiens les proches parents des
Allemands.

Le roi dut remercier son grand ami si empress, rappelant au passage les
prsents dont il avait dj combl la Norvge. Mais la Norvge elle-mme
semble moins enthousiaste. Elle se demande si ses fjords ont  ce point
besoin de statues, fussent-elles colossales; elle trouve que les visites
des navires allemands sur ses ctes sont bien frquentes; que la
prsence dans les eaux norvgiennes d'une trentaine de vaisseaux, 
l'occasion futile d'une remise de statue, est un bien grand dploiement
de forces. Elle commence  murmurer, inquite, un _timeo Danaos..._



[Illustration: La flotte allemande mouille sur les ctes de Norvge
pendant les manoeuvres de la flotte britannique dans la mer du
Nord.--D'aprs le _Aftenposten._]

LES ESCADRES ALLEMANDES

SUR LA COTE DE NORVGE

Actuellement, la flotte britannique se trouve presque tout entire
runie dans la mer du Nord pour y excuter des manoeuvres. 72 cuirasss
de premier rang, 34 croiseurs cuirasss, 159 destroyers et 47
sous-marins sont concentrs en deux escadres sur les ctes orientales de
la Grande-Bretagne. En prsence de cette formidable _armada_,
l'Allemagne n'est pas demeure inactive: au colossal dploiement des
forces navales britanniques, elle a rpondu par l'occupation, en quelque
sorte, des principaux fjords de la Norvge occidentale. La carte
ci-dessus, emprunte au journal _Aftenposten_ de Christiania, montre que,
du 26 juillet au 4 aot, 14 cuirasss et 7 croiseurs allemands sont
demeurs mouills dans la rgion comprise entre le fjord de Molde et le
Hardangerfjord, comme pour faire front aux escadres britanniques.

Avec ses innombrables mouillages trs srs, accessibles aux plus grands
btiments modernes, son archipel ctier  l'abri duquel des flottes
peuvent, en toute scurit, charbonner ou se rparer, la cte sud-ouest
de Norvge, en saillie entre la mer du Nord et le Skager-Rack, constitue
une base d'oprations navales de premier ordre. Comme le parlement de
Christiania, ennemi des dpenses militaires, l'a laisse sans dfense,
cette importante position stratgique se trouve  la disposition du
premier occupant. Aussi, depuis longtemps les escadres allemandes
viennent-elles manoeuvrer dans ces parages et ont-elles reconnu avec le
plus grand soin toutes les entres dans les ports et dans les fjords,
afin de pouvoir voluer sans le secours des pilotes. A la premire
alerte srieuse avec la Grande-Bretagne, s'tablir sur la cte de
Norvge pour attaquer de l l'Angleterre, tel paraissait tre le plan de
l'amiraut allemande. Mais ce n'tait l qu'une hypothse. Le dispositif
adopt ces jours derniers par la flotte germanique ne laisse plus,  cet
gard, aucun doute.

CHARLES RABOT.



UN AROPLANE GANT

Il y a quelque temps, le correspondant ptersbourgeois du journal
sportif l'_Aro_, tlgraphia  son journal la nouvelle de la
construction d'un aroplane gant par un jeune tudiant de l'cole
technique de Saint-Ptersbourg, M. Igor Sikorsky; et la description de
ce vritable navire arien plus lourd que l'air parut si extraordinaire
que nos confrres sportifs, y compris l'_Aro_ qui l'avait donne,
doutrent fort de sa ralit.

De fait, si la Russie occupe dans le domaine de l'aviation la premire
place aprs la France par le nombre de ses appareils et de ses pilotes,
elle se classe, au point de vue de la construction,  la suite de la
plupart des pays ayant une industrie aronautique propre. Elle est
tributaire principalement de l'industrie franaise.

Or, on sait quelle longue pratique est ncessaire dans cette nouvelle
industrie pour obtenir quelques progrs et sous ce rapport, seule la
France, a pu prendre jusqu'ici toutes les initiatives. Et voici qu'on
annonce la construction, dans le pays le moins prpar  cette fin, d'un
aroplane d'une hardiesse de conception et d'excution vritablement
impressionnante et dont la ralisation semble devoir ouvrir une voie
nouvelle  l'aronautique!

Cet appareil de Sikorsky est un biplan, dont la surface portante
suprieure est plus grande que l'infrieure: elle a une envergure de 27
mtres et son tendue totale est de 130 mtres carrs. Le poids de
l'appareil est de 3.000 kilos, et il peut soulever, en plus de son
quipage et de ses passagers (au total dix personnes), des provisions et
du combustible pour vingt heures et une charge de 800 kilos.

Il est muni  cet effet de quatre moteurs d'automobile de 100 chevaux
chacun, faisant actionner quatre hlices. Le fuselage est en bois; 
l'avant, est mnag un balcon dcouvert, pour l'observateur. En arrire
du balcon, est une spacieuse cabine vitre pour deux pilotes, avec deux
volants de conduite. Puis viennent une cabine plus grande pour les
passagers, les dpts de provisions, d'outils, etc., un couloir, et,
enfin, une autre cabine avec un divan pour le repos et le sommeil.

[Illustration: La cabine, pour dix personnes, du biplan gant de
l'ingnieur russe Sikorsky.]

Cette disposition permet aux pilotes de se relayer, aux mcaniciens de
surveiller, et, au besoin, de rgler les moteurs durant le vol. Car
l'appareil peut continuer sa marche avec trois et mme avec deux moteurs
seulement. D'autre part, malgr la masse norme du Grand, il a pu
dvelopper une vitesse allant jusqu' 110 kilomtres  l'heure.

Cet appareil a dj effectu une srie de vols, dont le plus long fut de
deux heures,  une altitude moyenne de 500 mtres. Pendant ces vols, on
procda  nombre d'expriences: les pilotes se relayaient librement; les
passagers se promenaient  travers les cabines et sortaient sur le
balcon de l'avant. On arrta un moteur, puis le deuxime, et l'appareil
poursuivit sa marche rgulire, alors mme que deux moteurs furent
arrts du mme ct.

Ces dernires assertions soulevrent une incrdulit particulire,
lorsqu'elles furent avances par les premires dpches reues en
France. Le Grand a pourtant volu dans ces conditions avec une
rgularit parfaite en prsence des autorits russes comptentes,
au-dessus de Saint-Ptersbourg mme, o une foule de spectateurs le
suivit du regard.

Un rdacteur du _Vetcherne Vremia_ de Saint-Ptersbourg, qui avait pris
place, avec quatre autres voyageurs,  bord mme de l'aroplane, rendit
compte, en ces termes, de son voyage: Durant le vol, j'ai pu me rendre
compte du parfait quilibre de l'appareil. Les passagers et les pilotes
passaient d'un bout  l'autre de la grande cabine (d'une longueur de
plus de 3 mtres) et firent des mouvements brusques, sans que la marche
de l'appareil en ft en rien trouble.

Bref, on conoit que les Russes soient enthousiastes de l'invention de
leur compatriote. Reste  savoir quels avantages prcis ils voient dans
cet avion gant sur les aroplanes de dimension ordinaire. Ce n'est pas
tant  l'utilisation du nouvel appareil comme moyen de transport pour
voyageurs et pour marchandises, qu' son application militaire que
s'attache surtout l'attention de nos allis. Il suffira de signaler ici
l'avis du savant professeur de l'cole technologique, M. Langovo, qui,
dans un article du _Novoi Vremia_, affirme la fin prochaine des
Zeppelin, qui cderont la place aux Sikorsky.

E. HALPRINE-KAMINSKY.



UN KRACH COMMERCIAL

Une nouvelle stupfiante se rpandait, mardi dernier, dans Paris. M.
Armand Deperdussin, le constructeur d'aroplanes dont, quotidiennement,
on lisait le nom dans le journaux, directeur d'une entreprise qu'on
croyait en pleine prosprit, membre du Comit de l'Aro-Club, chevalier
de la Lgion d'honneur depuis quelques mois, venait d'tre arrt.

[Illustration: M. Armand Deperdussin.]

Une plainte en faux, usage de faux, escroqueries et abus de confiance
avait t dpose par M. Ehrmann, prsident du Conseil d'administration
du Comptoir industriel et colonial, associ avec le constructeur
d'aroplanes, depuis une douzaine d'annes, dans des spculations... sur
les soieries. C'est au cours de ces oprations que M. Deperdussin aurait
dtourn,  son profit, par des agissements frauduleux qu'il serait trop
long d'exposer ici, des sommes considrables: son passif serait de plus
de 30 millions, son actif de 10 millions, au maximum. C'est donc l'un
des krachs les plus importants qu'on ait connus.

Ces sommes formidables auraient t englouties dans la cration d'usines
de construction d'aroplanes, la cration de prix d'aviation, la
fondation d'coles de pilotage, l'acquisition d'un arodrome et de deux
chteaux,--et sans doute aussi dvores en partie, au cours d'une vie
trop large, en des compagnies ruineuses.

[Illustration: DEUX OMBRES DANS LE VIEUX PARC.--_Serait-ce donc l ce
qu'ils appellent les outrages du temps?_]

C'est un peu le grand parc solitaire et glac du pote, un parc
nocturne, que les ombres de ses htes d'autrefois reviennent de temps 
autre revoir, en familiers,  l'heure o les vivants l'ont dsert. Les
nobles futaies ont pris plus d'ampleur; les boulingrins sont respects
et convenablement entretenus; on continue soigneusement de faire la
toilette des ifs bien pomponns,--car nous connaissons quels sont nos
devoirs envers les souvenirs du glorieux pass. Pourtant, hlas! ceux
qui ont charge de garder ces beaux lieux ne sauraient, quel que soit
leur zle, veiller assez jalousement pour empcher quelques impits. Et
sur tel socle du haut duquel des amours discrets entendirent jadis leurs
tendres confidences, peut-tre, aux jours heureux de la cour et des
ftes, les deux promeneurs d'outre-tombe ne sont pas peu surpris de
voir, charbonns ou gravs, des _graffiti_ barbares, pour eux sans aucun
sens. En vain ce revenant de l'avant-dernier sicle s'vertuera 
dchiffrer ces grimoires. Qui est Natole? qui Jules? et qui
Liline? Mais le ft poli o s'adossaient autrefois, aux heures des
panchements, les deux amoureux, et qu'avec cette divine illusion qui
fait le meilleur charme de la vie des hommes, mme les plus sceptiques,
ils s'imaginaient devoir garder ternellement l'empreinte de leurs
doigte enlacs, la pierre blanche est profane... Outrages du temps?
Et le contemporain de Lauzun va pivoter sur ses talons rouges, sans
avoir compris.



CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'TRANGER

Semaine de vacances... qui sera vide, ou peu s'en faut, d'attractions
mondaines, mais o deux spectacles populaires valent d'tre signals 
l'attention des trangers: ce sera, demain dimanche, une fte nautique
dans le bassin de la Villette: et vendredi prochain, jour de
l'Assomption, les courses sans entraneurs, du Parc aux Princes.

Aussi bien pourquoi ne pas inviter la foule qui, dans huit jours, ira
applaudir les coureurs du Parc aux Princes, et ne pas aller passer notre
dimanche au del des fortifications?

Paris, les dimanches d't, n'est plus gure, en effet, dans Paris; il
est o sont les Parisiens:  la campagne. Et ce n'est pas perdre son
temps que de l'y suivre. Il ne faut pas se lasser de le rpter aux
voyageurs qui passent: les monuments, les thtres, les muses, les
trsors de cathdrales--tout ce qui semble faire la splendeur d'une
ville--ne dcrivent pas son me tout entire, et n'expriment, en tout
cas, qu'une partie de ce qu'on pourrait appeler son visage. Baedeker ne
dit pas tout; les dictionnaires non plus; et c'est justement  ces
spectacles qu'ils ne mentionnent point parce qu'ils les ddaignent ou
parce qu'ils les ignorent; c'est  ces tableaux d'intimit--et d'un
pittoresque si changeant--qu'il faut s'arrter, si l'on veut avoir vu
Paris vivre, raisonner, sentir...

De ces visions, l'une de celles qui m'a toujours le plus amus et, le
dirai-je? le plus mu, c'est Paris, les dimanches d't,  la campagne.
Ce n'est pas un dpart, c'est une rue; c'est l'irruption
frntique--sur les champs--des pauvres petits rats des villes...

Amis trangers, n'allez pas, si vous tes curieux de suivre, pendant une
journe de dimanche d't, le peuple de Paris vers la banlieue, n'allez
pas, ingnument l'attendre  la premire venue de nos gares. Il y a des
gares privilgies, celles qu'il faut voir; par exemple, la gare du
Nord,  cause de la fort de Montmorency toute proche; les gares de
l'Est et de Vincennes,  cause des rivires propices  la pche, au
canotage, aux faciles bats des nageurs; et celles de l'Ouest aussi, qui
mnent  Versailles, aux bois de Viroflay,  Saint-Germain, et--plus
prs, car ce sont l dj de coteux voyages pour les petites
bourses--au dlicieux parc de Saint-Cloud, aux coteaux de Meudon, aux
guinguettes de Clamart.

Vers ces joies du dimanche, l'ouvrier parisien se prcipite avec une
impatience d'enfant qui veut voir. Ce sont toujours les mmes joies,
et l'on dirait qu'il en attend, chaque dimanche, des surprises
nouvelles; que c'est la premire fois qu'il monte dans un train, qu'il
voit des arbres et de l'eau. La jolie aventure, pour les pauvres gens,
qu'un peu de libert! Et comme on a travaill dj, sans s'en
apercevoir, pour mieux jouir, pendant une journe, du droit de ne rien
faire!

On s'est lev de trs bonne heure, afin de prparer les provisions de la
journe, et d'_endimancher_ comme il convient les bambins qu'on emmne
avec soi; on a fait  pied le plus souvent, pour viter les dpenses
inutiles, le trajet qui mne du domicile  la gare qu'on prendra; et
l'on a dj trs chaud, quand on y arrive avec le lourd filet charg de
provisions, les instruments de pche, le gosse port sur les bras du
pre,--pour monter  l'assaut du compartiment de troisime classe o,
depuis longtemps, tous les coins sont pris! Le train part dans une
demi-heure, et bientt c'est l'entassement... Mais il faut bien que la
pauvret ait ses avantages, et vous remarquerez qu'en chemin de fer les
incommodits qui exasprent le voyageur de premire classe sont pour le
voyageur de troisime des sujets de gaiet folle. Il s'amuse de tout, ce
voyageur: de la chaleur touffante qu'il fait, de la cohue, des voisins
gnants, du train qui devrait partir et qui ne part pas. Dans les gares,
il existe,  la disposition des voyageurs qui ont  se plaindre de
quelqu'un ou de quelque chose, un registre des rclamations. Je suis sr
que jamais l'on n'a vu figurer sur ce registre-l, depuis que les
Franais vont en chemin de fer, le nom d'un voyageur de troisime
classe; d'un voyageur du dimanche surtout. Il est trop content de s'en
aller. Il pense  la friture qu'il pchera tout  l'heure, aux fleurs
qu'il cueillera dans les champs,  la tonnelle pleine d'ombre o l'on
prendra l'apritif, au djeuner qu'on fera sur l'herbe.

Le djeuner sur l'herbe!... Imaginez qu' nous autres, bourgeois
douillets et un peu grincheux, ceci soit propos: Tu te lveras de trs
bonne heure pour gagner hors Paris, assis sur une banquette de bois,
encombr de nourriture et de famille, un tapis de gazon qu'entourera
cette famille et au centre duquel cette nourriture sera pose. Des
journaux remplaceront la nappe; et, pour manger, tu t'assoiras par
terre,  l'orientale, les pieds dans les bouteilles. Ton menu ne sera
compos que de mets froids et facilement transportables. On ne changera
pas les assiettes, et il n'y aura pas de verres pour tout le monde. On
boira _tide_, attendu que, si les longs voyages bonifient le vin, les
petits voyages ne le rafrachissent pas. Et puis, il y aura les mouches,
et  et l, dans l'herbe, mille rencontres fcheuses... A cette
invitation, je sais bien ce que le plus indulgent d'entre nous
rpondrait. Il rpondrait qu'il aime mieux jener, que de djeuner
ainsi; et que c'est un supplice absurde qu'on lui propose. Observez
cependant cette foule rpandue sous les arbres, autour de ses
dnettes; coutez ses rires, ses cris, ses bavardages d'enfants; et
puis quand les bouteilles sont vides, et que s'parpillent les chiffons
de papier gras qui servaient d'enveloppe aux victuailles, regardez de
quel bon sommeil les plus vieux se sont endormis sous les arbres
cependant que les femmes, les jeunes filles, les enfants s'en vont
courir, sous le soleil,  la recherche des petites fleurs qu'on ne
trouve pas  Paris, et qui mettront au bord des fentres, cette semaine,
un peu de gaiet et le souvenir d'une balade dont on parlera pendant
six jours.

... Et l'on revient comme on tait parti. Il faut marcher encore,
s'craser aux gares; les filets  provisions sont vides, mais on sent
peser sur soi dix heures de canicule; et le gosse qu'il faut porter dans
la cohue semble plus lourd aussi. Et puis il y a les bouquets; et pour
ceux qui, toute la journe ont, sous le soleil, intrpidement, tremp
du fil dans l'eau, il y a la friture qu'on rapporte. On n'en peut plus;
on est,  la fin de cette journe de repos, bien plus reint qu' la
fin d'une journe de travail. Mais quoi? On a vu du pays, on s'est
senti libre, on a cueilli des fleurs; on est content. Le peuple de Paris
est un peuple de potes.

UN PARISIEN.



AGENDA (9-16 aot 1913).

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sze):
exposition des petits matres de 1830.--A Bagatelle, le _15 aot_,
ouverture de l'exposition de la Socit des Artistes de Neuilly, avec
section rtrospective de l'oeuvre de Detaille.

LE CONCOURS LPINE.--Au Grand Palais, le _12 aot_, ouverture du 13e
concours Lpine (Association des petits fabricants et inventeurs
franais).

INAUGURATION DE MONUMENT.--De grandes ftes auront lieu  Belfort, les
_15, 16 et 17 aot_,  l'occasion de l'inauguration du monument des
trois siges (1813, 1815, 1870-1871).

SPORTS.--_Courses de chevaux_: le _9 aot_, Bernay, Boulogne-sur-Mer; le
_10_, Deauville (prix Florian de Kergorlay), Boulogne, Bernay. Vichy,
Ostende; le 11, Cabourg, Ostende; le _12_, Deauville; le _13_, Cabourg;
le _14_, Pont-l'vque, Ostende; le _15_, Deauville, Dieppe.
--_Automobile_: un concours d'endurance et de rgularit aura lieu le
_15 aot_ sur le parcours Paris-Royan.--_Aviation_: des preuves pour
le prix de 50.000 fr. de l'arocible Michelin auront lieu du _10 au 17
aot_.--_Lutte_: au casino municipal de Deauville, le critrium
international de lutte de combat (coupe de Trouville), commenc le _8
aot_, se continuera les jours suivants.--_Cyclisme_: le _15 aot_, au
Parc des Princes, courses sans entraneurs, dite Petit Tour de
France--_Athltisme_: du 9 au 24 aot, circuit pdestre de l'Ouest (prix
Dubonnet).--_Yachting_: le _9 aot_, troisime journe des rgates
internationales de Trouville-Deauville; croisire
Trouville-Fcamp.--_Tir aux pigeons_:  Deauville, le _9 aot_, prix du
Cercle de Deauville.--_Polo_: le _11 aot_, grand handicap de Deauville.



LES THTRES

Les trois reprsentations que la Comdie-Franaise vient de donner les
2, 3 et 4 aot sur le thtre Antique d'Orange ont singulirement anim
la petite cit vauclusienne, favorable aux tragiques, et dont les
habitants ne jurent plus que par Zeus. _Polyphme_, le drame antique
d'Albert Samain, composait, avec l'_Andromaque_ de Racine, le spectacle
du premier jour; le second, on a jou Rome vaincue, drame d'Alexandre
Parodi; enfin, le troisime jour a t consacr  la _Sophonisbe_ de M.
Alfred Poizat que prcdait _Le Passant_ de F. Coppe. Oeuvres et
interprtes ont provoqu les longues acclamations d'une assistance
considrable, prdispose  l'enthousiasme par le renom des auteurs et
des artistes du premier thtre franais, aussi bien que par la
splendeur mouvante du dcor et la douceur de la nuit scintillante
d'toiles.

En cette saison de vacances, tragdiens et comdiens abandonnent
volontiers Paris et c'est la province qui nous envoie des nouvelles
thtrales. A Miramont, dans le Lot-et-Garonne, M. et Mme Silvain,  la
tte d'une troupe d'artistes choisis ont reprsent le _Cid_, tandis
qu' Deauville M. Lengl, crivain ingnieux et spirituel, prcdemment
applaudi au Thtre-Michel, donnait au Casino la primeur d'un acte
alerte, original. La R. P., excellemment enlev par Mlle Lucienne Gut
et MM. Juvenet et Paul Vill.

Le Thtre des Varits vient de reprendre l'_Enfant prodigue_, la
dlicieuse pantomime de M. Michel Carr qui fournit au compositeur Andr
Wormser l'occasion d'crire une partition tout  fait charmante. Cette
oeuvre a retrouv le succs qui l'accueillit, voici quelque dix ans,
lors de sa cration  la Renaissance. Elle est accompagne sur l'affiche
par _Son premier voyage_, amusante comdie en deux actes de MM. Xanrof
et Gurin.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES OISEAUX FAMILIERS.

L'an dernier,  pareille poque exactement (numro du 10 aot), nous
reproduisions la photographie d'un nid d'hirondelles bizarrement tabli
sur la plate-forme d'une suspension de salle  manger, chez M. Edmond
Bey,  Marnay (Haute-Sane).

[Illustration: Un nid d'hirondelles juch sur des grappes de mas
pendues au plafond d'une chambre de paysans  Marnay (Haute-Sane).
_Phot. M. Bey._]

Une chose plus curieuse encore vient de se produire dans la mme
commune; des hirondelles--ne serait-ce point les petits des fantaisistes
oiseaux de l'an dernier?--ont tabli leur nid, cette fois, chez une
vigneronne de Marnay, Mme Marcot, sur un paquet de grappes de mas
suspendues au plafond, en avant de la vieille horloge familiale, dont on
aperoit, sur la photographie reproduite ici, le cadran. Ce nid est si
fragilement install que chaque fois que le pre ou la mre viennent
apporter la becque  leur progniture, il se balance au mouvement que
font les petits pour recueillir leur nourriture. Ces bestioles sont
d'ailleurs si peu farouches qu'elles se laissent caresser par leurs
htes.

LE TUNGSTNE, RIVAL DU PLATINE, EN LECTRICIT.

Le platine possde de nombreuses qualits qui ont rendu son usage trs
rpandu en matire d'lectricit. Son inaltrabilit est suprieure 
celle de l'or, il est trs ductile et trs mallable en mme temps que
trs tenace; et son infusibilit est grande. Enfin, sa rsistivit, plus
leve que celle du cuivre, fait qu'il se prte admirablement  la
construction des rsistances, soit rsistances de rglage, soit
rsistances de chauffage. D'autres qualits de ce mtal, telles que son
trs faible coefficient de dilatation et son pouvoir missif slectif,
le font rechercher pour l'clairage  incandescence.

Malheureusement, le prix du platine subit une hausse ininterrompue
depuis quelque temps, et est mont jusqu' 6.700 francs environ le
kilogramme. Aussi a-t-on d lui chercher un remplaant.

Dans une tude donne rcemment dans les _Archives d'lectricit
mdicale_, M. le docteur Nogier, de Lyon, vient de montrer que le
tungstne peut, en lectricit, rivaliser avec le platine et mme tre
substitu  celui-ci avec grand avantage.

Longtemps inutilis depuis sa dcouverte par Scheele, en 1781, parce
qu'on ne savait pas raliser des tempratures assez leves pour le
fondre, le tungstne est inaltrable  l'air, insoluble dans les acides
et les lessives de soude et de potasse; il n'est pas attaqu par le
mercure. C'est le plus infusible des mtaux, en mme temps trs ductile
et trs tenace.

Le coefficient de dilatation du tungstne est trois fois plus faible que
celui du platine. Sa rsistivit est, il est vrai, un peu infrieure 
celle du platine  la temprature ordinaire; mais elle dcuple  2.000
degrs.

Le tungstne parat donc capable de suppler le platine pour tous les
usages lectriques: et il offre sur ce mtal le grand avantage d'tre
cent fois meilleur march que celui-ci. Le prix du kilogramme de
tungstne pur est en effet d'environ 60 fr.

De plus, ce mtal peut tre obtenu  un tat tel qu'il raye le verre,
tout en restant ductile: alors que le platine, comme on le sait, soumis
 des chocs rpts, s'crase et s'use rapidement.

LA FORT ET LA NEIGE.

Nous signalions rcemment les observations faites dans la Nevada pour
prciser l'influence de la fort sur la neige. A ce propos, M. Paul
Mougin, conservateur des eaux et forts, nous signale les observations
organises sur son initiative dans les deux dpartements de Savoie et
qui ont port sur 28 stations.

Il n'existe pas en cette rgion de futaies feuillues, on n'y trouve que
des taillis  rserves plus ou moins abondantes. On ne peut donc gure
comparer les rsultats obtenus avec ceux de M. Church en Amrique; mais
on arrive  des conclusions gnrales de mme ordre.

C'est pendant l'hiver trs neigeux 1906-1907 qu'on observa pour la
premire fois l'action de la fort sur la neige. Dans des conditions
similaires d'altitude et d'exposition, on releva les faits suivants:

A Saint-Pierre-d'Albigny, un taillis conserva son enneigement 111 jours
alors que la neige avait disparu hors bois aprs 98 jours.

A Sallanches, avec une hauteur de neige de 1 m. 56, l'enneigement
persista sous une futaie rsineuse (sapin, pica) 57 jours plus tard
que hors bois.

A Thnes, sous une futaie rsineuse, expose au sud,  l'altitude de 700
mtres, la neige a disparu hors bois 20 jours plus tt que sous le
couvert des arbres.

Enfin,  Tennignon, dans un peuplement toujours assez clair de pins de
montagne et mlzes,  1.600 mtres d'altitude, la neige avait atteint
une hauteur totale pour l'hiver de 2 m. 37. Sur un versant nord-ouest
elle a disparu sous bois 40 jours plus tard que hors bois, alors que sur
un versant sud la diffrence fut seulement de 21 jours.

ALGER, DEUXIME PORT DE FRANCE.

Le port d'Alger a pris, en ces dernires annes, un essor tel que,
compar aux ports de la mtropole, il occupe aujourd'hui le second rang.
Il vient immdiatement aprs Marseille et dpasse le Havre.

Voici, en effet, le mouvement du grand port algrien  dix ans
d'intervalle:

                                1902          1912

Navires entrs et sortis....... 8.558        13.000

Tonnage de jauge            7.384.000    18.000.000

Or, en 1911, le mouvement du port de Marseille atteignait 20 millions de
tonnes de jauge; celui du Havre se chiffrait par 10 millions, suprieur
seulement de 2 millions  celui d'Oran qui se classe le quatrime port
franais.

Cette prosprit est due au dveloppement conomique de l'Algrie, dont
les vins et les minerais constituent un fret important, et aussi  la
situation gographique d'Alger devenu port d'escale et de ravitaillement
pour la plupart des grandes lignes de navigation.



[Illustration: Le _Borda._]

[Illustration: Le _Duguay-Trouin._]

L'COLE NAVALE D'HIER ET CELLE D'AUJOURD'HUI, DANS LE PORT DE
BREST.--_Photographies H. Freund._

LA FIN DU BORDA

Le navire qui, depuis 1890, abritait l'cole navale, et qui s'tait
appel l'_Intrpide_ avant d'tre, selon une tradition remontant 
Louis-Philippe, baptis _Borda_, a, comme disent les marins, gagn ses
invalides. Et  moins qu'il ne soit adjug au plus fort enchrisseur et
dmoli, il va devenir, dans quelque coin de port, un ponton tout ras.
Mais ce qui est plus digne encore d'tre not, c'est que son remplaant
ne va point porter le mme nom illustre et populaire: l'_Officiel_, en
effet, a enregistr la nomination du capitaine de vaisseau Merveilleux
du Vignaux au commandement du _Duguay-Trouin_ et de l'cole navale.
Plus de Borda!--et donc plus de _bordaches_!--Quel nologisme cette
rvolution va-t-elle introduire dans l'argot pittoresque de nos futurs
officiers de marine?

Le premier _Borda_ avait t d'abord le _Commerce de Paris_, amnag, en
1840, en cole navale, et auquel, en l'appelant  cette nouvelle
destine, on avait donn le nom d'un officier de marine aussi savant que
brave. En 1863, le premier _Borda_ fatigu, le _Valmy_ le remplaa et
reprit le mme nom, comme allait faire, en 1890, le dernier _Borda_.

Le _Duguay-Trouin_, qui accueillera,  la rentre, les _fistots_, a
prlud  ses nouvelles fonctions en promenant autour du monde, depuis
plusieurs annes, les jeunes aspirants moulus de l'cole navale. Il
avait, en effet, remplac l'_Iphignie_ comme navire-cole annexe du
_Borda_.



_Un monument franais en Allemagne._

Au cours de la guerre de 1870-71, de nombreux soldats
franais--plusieurs milliers--faits prisonniers sur les champs de
bataille, furent envoys  Magdebourg, en Saxe prussienne, qui avait
dj vu mourir Lazare Carnot, le grand anctre. Prs de 1.000--3
officiers, 890 soldats--y succombrent, les uns aux suites de leurs
blessures, les autres de maladies diverses. Ils furent inhums dans le
cimetire militaire, o leurs restes retrouvrent ceux d'autres vaincus
des prcdentes campagnes, des Danois, des Autrichiens.

Or, un chemin de fer va traverser le champ paisible o ils reposaient.
Aux termes de la loi allemande, on pouvait les laisser l, tablir la
voie sur leurs tombes. Mais l'autorit, mue par un sentiment dlicat,
dcida leur transfert au nouveau cimetire. On y a transport aussi,
avec leurs cendres, aprs l'avoir remis  neuf, le monument lev  leur
mmoire, assez curieux d'aspect, massif cnotaphe ouvert sur l'un de ses
grands cts et laissant voir, dans la niche ainsi forme, la figure
d'un soldat mourant qui serre de ses mains dfaillantes un drapeau
surmont--par un complaisant anachronisme!--d'un fer de lance.

A l'occasion de cette nouvelle inhumation des cendres de tant de braves
a eu lieu, le dimanche 20 juillet, une crmonie mouvante,  laquelle
assistaient le gnral en chef du 4e corps d'arme allemand, tous les
officiers et des dlgations de tous les rgiments de la garnison de
Magdebourg, le lieutenant-colonel Serret, attach militaire 
l'ambassade de France  Berlin et son collgue l'attach militaire
autrichien, etc. Des couronnes jonchaient les tombes. Les soldats de
Magdebourg avaient, avec sollicitude, dcor le cimetire.

Les honneurs militaires furent rendus. Des aumniers, catholiques,
protestants, prononcrent d'loquentes oraisons funbres et des chants
religieux, les accents martiaux d'une musique rgimentaire terminrent
la pieuse crmonie.



COQUELUCHE ET CHANGEMENT D'AIR.

Depuis longtemps, on le sait, le changement d'air est un des remdes les
plus en faveur en ce qui concerne la coqueluche. Ce changement, au
reste, n'est utile que s'il assure au malade un air plus pur, plus sain:
le simple changement d'un air mdiocre  un autre air mdiocre est sans
vertu. D'un autre ct, s'il est utile au malade, il ne peut tre que
nuisible  la localit o l'on transporte celui-ci. Dans ces conditions
il n'est pas surprenant que le conseil suprieur d'hygine, en Autriche,
vienne d'mettre un avis tout  fait dfavorable au transport des
coquelucheux, et ont engag les communes  prendre toutes les mesures
utiles pour empcher l'introduction de ceux-ci. Le dplacement des
coquelucheux pendant la priode infectieuse, vers d'autres localits, et
spcialement vers les stations balnaires et lieux de villgiature, est
absolument inadmissible, dit-il, et doit tre empch par tous les
moyens possibles. Comme le code pnal autrichien punit d'une amende de
deux mille couronnes, ou de six mois de prison, quiconque a, par sa
ngligence, provoqu la propagation d'une maladie contagieuse, on est
assez bien arm, en Autriche, contre le dplacement des coquelucheux, et
ses consquences pour le tiers et le quart.



LES MTAUX EXISTANT DANS LES EAUX MINRALES.

Jusqu'ici l'tude des eaux minrales ne comportait gure que des
analyses chimiques rvlant la prsence d'un petit nombre de mtaux ou
de mtallodes en teneur relativement leve. En ces derniers temps, on
recherchait en outre les lments radioactifs.

[Illustration: Le monument des soldats franais dcds en 1870-1871,
dans le nouveau cimetire de Magdebourg.--_Phot. Pierre Caraud._]

Le docteur Jacques Bardet, professeur  l'Institut d'hydrologie, a pens
que l'analyse spectrale, beaucoup plus sensible que l'analyse chimique,
permettrait de trouver dans les eaux des traces, mme minimes, de
quantit de mtaux ayant chapp aux chimistes. Il a donc examin au
spectroscope les rsidus secs de 54 sources choisies dans 34 stations
thermales rparties sur tous les points de la France. Il a constat que
ces eaux renferment toujours du plomb, presque toujours de l'argent et
de l'tain, souvent du molybdne et du cuivre. Il a encore trouv du
bismuth, du zinc, du glucinium, et deux mtaux actuellement considrs
comme rarissimes: le germanium et le gallium.

On rencontre aussi, mais moins frquemment, de l'antimoine, du cobalt,
du chrome, du mercure, du nickel, de l'or, du thallium, du titane, du
vanadium, du tungstne.

Ces constatations sont assez curieuses, et elles peuvent tre appeles 
jouer un rle important dans la thrapeutique thermale. D'autre part,
elles prouvent que certains mtaux _rares_ sont plus rpandus dans la
nature qu'on le suppose.



LE PANSEMENT  LA PROPOLIS.

En distillant  l'tat brut la propolis, cette substance visqueuse que
scrtent les abeilles et qui est bien connue de tous les apiculteurs,
on obtient un liquide bruntre et de consistance onctueuse, la
propolisine. En l'appliquant au pinceau, pur ou aprs mlange avec 25 
30% de vasogne,  la surface d'une plaie soigneusement nettoye, on
recouvre celle-ci d'une sorte de vernis isolant  l'abri duquel la
cicatrisation se fait dans les meilleures conditions possibles. La
premire application suffit  amener un soulagement immdiat.

MM. Parvel et Meyer qui viennent d'tudier la propolisine vasogne
affirment que son emploi rend les plus grands services en chirurgie
d'urgence et sur les champs de bataille, prvient, dans la majorit des
cas, les complications infectieuses et les septicmies.



LE PHOSPHATE TRICALCIQUE ET LES POULES PONDEUSES.

Depuis longtemps, il a t reconnu par les aviculteurs que les poules
ont besoin de calcaire pour difier la coquille de leurs oeufs: on le
leur donne d'habitude sous forme de pltras, de mortiers uss, ou
d'cailles d'hutres concasses. Les leveurs s'accordent, en outre,
pour estimer que l'alimentation azote et surtout carne pousse  la
ponte. Voici maintenant que des expriences curieuses viennent de
dmontrer l'heureuse influence exerce par les aliments riches en
phosphore sur la fcondation des oeufs.

En ajoutant  la provende des poules 10 gr. 2 par kilo de phosphate
tricalcique, on accrot dans la proportion de 27  31 pour 1.000 le
nombre moyen des closions. Comme le phosphate tricalcique-- la
condition qu'on l'achte chez les droguistes--a une valeur marchande
relativement faible, le prix de revient de ce traitement n'apporte aucun
obstacle  son adoption.



[Illustration: LA VILLE FUTURE.--Une solution hardie du problme de la
circulation. _D'aprs le Scientific American._]

Le terrible problme de la circulation  la solution duquel s'applique
avec un heureux zle, depuis son arrive  la Prfecture de Police, M.
Hennion, proccupe plus que nous encore, s'il est possible, les
Amricains. La multiplication dans les villes comme New-York, par
exemple, des gratte-ciel, des immeubles gigantesques dont certains
abritent jusqu' 10.000 personnes, a accru dans d'effrayantes
proportions l'encombrement des rues. Il est temps de remdier  une
situation dont souffrent presque galement et ceux qui roulent en
automobile, et les honntes gens qui vont encore  pied; ceux-ci exposs
 des dangers croissants, ceux-l empchs de jouir, comme il leur
conviendrait, du temps que pourrait leur faire gagner la rapidit des
vhicules dont ils disposent.

Le _Scientific American_, qui publie dans son dernier numro la gravure
reproduite ici, suggrant ainsi une audacieuse solution du problme,
fait trs justement observer  quel point il est draisonnable, absurde,
de continuer  faire circuler, sur un mme plan, des mobiles, pour
parler comme les mathmaticiens, de vitesses et d'espce mme si
diffrentes. Est-ce que, demande-t-il fort justement, l'ingnieur, qui
doit tablir des conduites pour des fluides de natures diverses, fait
circuler dans les mmes tuyaux le gaz d'clairage, la vapeur du
chauffage central et l'eau de la cuisine ou de la salle de bain? Et
croit-on que les chemins de fer auraient atteint le degr de perfection
o ils sont arrivs si, au lieu de crer des voies spciales  leur
usage, entre de bonnes barrires, on les et laisss vaguer parmi les
camions des villes et les chars  boeufs des campagnes? Donc divisons,
classifions la circulation pour la rendre plus facile. La rue proprement
dite aux transports rapides, aux tramways, aux automobiles et aux
quelques voitures  chevaux qui demeurent encore,--en attendant que les
moteurs animaux soient tout de bon relgus aux champs. Pour les
pitons, des trottoirs spciaux, en l'air. Les gros transports
s'effectueront au sous-sol, au-dessous mme des mtros et des tubes.
Et vraiment cette image complique est bien amusante  tudier dans ses
dtails.

On se complaira aussi  imaginer ce que pourrait donner  Paris un tel
systme, avec un ou deux tages de trottoirs ariens sur les boulevards,
rue de la Paix, rue Royale, et donc un ou deux tages de grands
magasins--et quelle vie diffrente en rsulterait, et aussi quel
accroissement de valeur pour les immeubles ainsi desservis.

Il est  prvoir que, dans un avenir plus ou moins loign, on sera
amen, par la force des choses,  l'adopter. Il semblerait,  lire
l'article trs curieux du _Scientific American_, qui envisage ds
maintenant les conditions dans lesquelles les quartiers centraux de
New-York pourraient tre ainsi transforms, que les temps soient assez
proches,... aux tats-Unis.



COMMISSAIRE AUX ARMES, par Henriot.











End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3676, 9 Aot 1913, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3676, 9 AOT 1913 ***

***** This file should be named 39241-8.txt or 39241-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/9/2/4/39241/

Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
