Project Gutenberg's Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by l'Abb Durand

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Title: Les Explorateurs du Centre de l'Afrique

Author: l'Abb Durand

Release Date: July 19, 2012 [EBook #40279]

Language: French

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et n'a pas t harmonise.




     ASSOCIATION FRANAISE
     POUR
     L'AVANCEMENT DES SCIENCES

     CONGRS DE LILLE

     1874


     [Illustration]

     PARIS
     AU SECRTARIAT DE L'ASSOCIATION
     76, rue de Rennes.




     ASSOCIATION FRANAISE
     POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES
     --CONGRS DE LILLE--1874--


M. l'Abb DURAND

Vicaire de l'glise mtropolitaine de Paris, Archiviste-Bibliothcaire
de la Socit de gographie.

LES EXPLORATEURS DU CENTRE DE L'AFRIQUE

--Sances des 24 et 26 aot 1874.--


L'Afrique centrale a certainement t connue des anciens gyptiens.
L'gypte seule avec sa valle du Nil, ses dserts de Nubie et de Libye
n'est pas une base suffisante pour expliquer la puissance des
pharaons, des Ssostris et des Ptolme. L'gypte de cette poque
tait vraisemblablement un grand empire africain dans lequel ces
souverains trouvrent les soldats ncessaires aux armes avec
lesquelles ils s'avancrent jusqu' l'Inde. Plus tard, l'empire
d'thiopie se forma des dbris de celui-ci. Il possdait encore au VIe
sicle de notre re une partie de l'Arabie, sa puissance devait donc
renfermer une partie de l'Afrique. Au XVe sicle, les Portugais
s'emparrent de tout le littoral africain depuis le Maroc jusqu'en
Abyssinie; ils y chelonnrent un grand nombre de colonies
florissantes qui passrent successivement entre les mains des
Hollandais et des Anglais, ou retombrent sous le pouvoir des
musulmans. Certainement les Portugais connaissaient les grandes routes
de l'intrieur de ce continent. Leurs missionnaires, leurs commerants
et leurs voyageurs allaient du Congo au Mozambique, et de la cte de
Guine au Zanzibar,  Monbaa et  Sofala. Aprs la ruine de leur
puissance, les Anglais proccups par des guerres incessantes avec la
France ou la Hollande, n'occuprent que les points du littoral utiles
 leurs intrts les plus pressants, mais ils ngligrent le centre de
l'Afrique. Alors les routes intrieures furent oublies, et le
commerce de ces contres retomba entre les mains des Arabes qui en ont
conserv le secret jusqu' nos jours.

Le centre de l'Afrique n'est pas aussi dsert qu'on le croit
ordinairement. C'est un vaste bassin au fond duquel s'tendent des
lacs immenses aux bords ombrags de magnifiques forts semblables 
celles de la valle de l'Amazone, et peuples de troupeaux immenses
d'lphants, de rhinocros, de gazelles, de girafes, de zbres et
autres animaux auxquels le lion fait une guerre perptuelle.

Ces lacs sont au nombre de sept principaux; ils sont aliments par les
eaux torrentielles de la zone quatoriale. Ce sont: le Tanganika, le
Bangweolo, le Moero, le Moura, le lac Sans Nom, le Victoria et
l'Albert Nyanza. Ils forment les rservoirs des grands fleuves qui
arrosent le continent africain, tels que le Congo ou Zare, l'Ogovai,
le Niger sur la cte occidentale, le Zambse et autres sur la cte
orientale, et enfin le Nil dont les sources multiples semblent se
cacher  plaisir aux investigations des explorateurs.

On dirait le lit d'une mer ancienne dont les eaux se retirant
insensiblement se sont rduites aux bassins de ces lacs qui tmoignent
de son existence. Ces contres riches et fertiles sont habites par
des peuples noirs trs-nombreux et trs-fconds. Depuis des sicles
elles sont le rservoir principal de la traite des esclaves qui ont
t introduits dans presque toutes les parties du monde. Les maladies,
les guerres incessantes de tribu  tribu devraient y avoir fait le
dsert depuis des sicles.

Il n'en est pas ainsi; les voyageurs modernes ont t d'tonnement en
tonnement  mesure qu'ils avanaient vers les rgions du centre, et
l'Europe, habitue  regarder l'Afrique comme un Sahara interminable,
crut rver en entendant la rvlation des magnificences et du nombre
des populations de l'intrieur de ce continent.

Le centre de l'Afrique a t explor par les Portugais et vanglis
par les missionnaires jsuites et dominicains de cette nation. Ceux-ci
connaissaient la rgion des grands lacs, ainsi que le prouve la carte
chinoise d'Afrique construite par le pre Verbiest, jsuite, directeur
du tribunal des mathmatiques de Pkin, sous le rgne de Kang-Hi.
Cette carte est expose dans le vestibule de la maison des jsuites de
Paris, rue de Svres. En 1662, l'un d'eux traversa l'Afrique d'Angola
 Mozambique en suivant les valles du Congo et du Zambse.

En 1797, les Portugais essayrent de retrouver les routes suivies par
leurs aeux. Un marchand d'esclaves de cette nation tabli  Tte, sur
le Zambse, noua de nouvelles relations avec l'empereur du Monomotapa.
En consquence, la cour de Lisbonne y envoya le docteur Lacerda,
astronome distingu, chef de la commission des limites entre le Brsil
et le Prou, avec une expdition charge d'explorer le centre Afrique.
Le 12 mars 1797, il entrait dans le Zambse, remontait ce fleuve
jusqu' Tte, atteignait le Tchambze et venait mourir  Loucenda,
capitale de Lounda. Quelques annes aprs, de 1802  1814, deux
_pombeiros_ d'Angola, ou esclaves marchands, firent plusieurs fois le
voyage d'Angola  Tte. Ils traversrent les rivires Louapoula et
Loufir. Leurs itinraires donnrent lieu  des travaux importants de
la part des gographes.

A partir de cette poque jusqu'en 1831, le silence rgne compltement
pour l'Europe sur le centre de l'Afrique. Du reste, il faut dire que
les Portugais ont trop cach leurs dcouvertes et en ont gard
prcieusement le secret.

En 1831, le major Monteiro et le capitaine Gamitto reprenaient le mme
itinraire, exploraient les monts Montchinga ou Movisa (1,200  2,100
mtres d'altitude), visits par Livingstone dans ces dernires annes,
et confirmaient les travaux de leurs devanciers. Aprs ces expditions
dont les dernires ont t inspires par les Anglais, ceux-ci prenant
pour base les explorations portugaises, envoyrent le docteur
Livingstone, membre de la Socit royale britannique de gographie
reconnatre l'Afrique centrale. Cet illustre voyageur commena ses
voyages en 1846 et succomba sous le poids de ses fatigues en 1873, 
Lobisa.

Il attaqua d'abord l'Afrique par le cap de Bonne-Esprance, et, de
1849  1851, il fit, en compagnie de sa femme et de ses enfants, deux
voyages au pays des Betchuanas au N. du cap de Bonne-Esprance. Dans
une premire excursion, au del du dsert de Kalahari, il dcouvrait
le petit lac Lgami; puis,  sa seconde excursion, il entrait dans une
contre fertile arrose par un grand fleuve, le Zambse. De retour 
la ville du Cap, il renvoya sa famille en Angleterre, et se consacra
totalement aux explorations gographiques,  l'aide des anciens
itinraires portugais.

D'abord, il remonta le Zambse, et escort d'une troupe de Malakolos,
habitants du cours infrieur de ce fleuve, traversa en six mois le
continent africain jusqu' Saint-Paul de Loanda (1854) et revint  son
point de dpart. C'est un voyage de 800  900 lieues. A son deuxime
voyage (1858-1864), il reconnut les contres situes au nord de ce
fleuve et dcouvrit le lac Nyassa ou Maravi, qui mesure environ 80
lieues de longueur et communique avec lui par le Chir, un de ses
affluents (1859). Voulant ensuite claircir la question des sources du
Nil, dans un troisime voyage (1865), il partit de la cte de
Zanguebar et s'engagea par le fleuve Rovuma, dversoir du Maravi, dans
l'intrieur du continent (1866). Il atteignit successivement Bemba
(1867) par 10 10' de lat. australe, localit situe entre le Nyassa
et le Tanganika, et Loucenda, capitale du Lounda ou Cazemb, situe
par 8 30' de lat. N. et 26 de long. E.

C'est dans cette expdition qu'il dcouvrit les lacs Bangweolo par 8
30' de lat. S. et 26 de long. E. de Paris (1860) et _Moero_ au S.-O.
du Tanganika, signal en 1856 par le Portugais Graa et en 1851 par le
Hongrois Ladilas Magyar, ainsi que le systme hydrographique du
Tchambse, du Louapoula et du Loualaba.

Pendant cette priode, il releva galement une partie des bords des
lacs Tanganika et Liemba. C'tait toute la rgion inconnue des
Manyouemas (1871) comprise entre les troisime et sixime degrs de
lat. S. Les correspondances de Livingstone ayant t interceptes par
les Arabes ngriers, on resta trois ans sans recevoir de ses
nouvelles; on le crut mort, on organisa des expditions. C'est 
Oudjidji, petit port de la rive occidentale du Tanganika, que le
reporter amricain Stanley le retrouva pendant qu'une caravane
anglaise s'organisait lentement  Zanzibar pour aller  sa recherche.
Pendant quatre mois, du 10 novembre 1870 au 14 mars 1872, ces deux
voyageurs explorrent ensemble la partie septentrionale du Tanganika
et constatrent que, trs-probablement, ce lac avec son annexe le
Liemba forme un bassin ferm, compltement indpendant de ceux du Nil
et de tous les autres fleuves de l'Afrique. Aprs cette expdition, M.
Stanley quitta Livingstone  Tabora, capitale de l'Unyanyemb, et
reprit le chemin de l'Amrique (1872). Livingstone continua ses
travaux autour du Tanganika et vint mourir des suites de la
dyssenterie,  Lobisa, dans le bassin du Tchambze, vers le 15 aot
1873. Son corps, sal et sch au soleil, a t rapport par les noirs
 Bagamoyo et envoy en Angleterre, o il repose dans l'abbaye de
Westminster.

Pendant que Livingstone explorait l'Afrique australe, d'autres
expditions anglaises partaient de la cte du Zanguebar et
s'avanaient dans l'intrieur du continent. Dj les missionnaires
protestants allemands de l'le de Mombaz avaient dcouvert les
montagnes de Kenia et du Kilima-Njaro, gravies par le savant voyageur
allemand, baron de Decken, et signal d'aprs les rcits des noirs
l'existence de grands lacs  l'O. de celles-ci. Sur ces indications,
le capitaine Burton et le lieutenant Specke vinrent ouvrir une
nouvelle voie entre le Zanguebar et la rgion des lacs. Ils partaient
de Bagamoyo en juin 1857 et arrivaient le 7 novembre suivant  Tabora
ou Caseh, localit fonde par les traitants arabes,  250 lieues
environ de la cte. Or, le 13 fvrier 1858, Burton, franchissant le
sommet d'une colline, voyait se drouler tout  coup,  7 ou 800
mtres sous ses pieds, une immense nappe d'eau encadre de hautes
montagnes vers l'O. C'tait le Tanganika.

Fatigus et dnus de ressources, les deux voyageurs revinrent 
Tabora, d'o Specke, plus valide, mais atteint d'une ophthalmie,
s'avana au N.  la recherche d'un autre lac signal par les traitants
arabes. A 60 lieues dans cette direction, il reconnut en effet les
bords mridionaux d'un lac plus vaste que le prcdent, appel
Keron par les noirs, et lui donna le nom de Victoria. Ds lors, il
eut la conviction que ce lac tait l'un des principaux rservoirs du
Nil. Les deux voyageurs retournrent en Angleterre, mais Specke,
commissionn par la Socit de gographie britannique, revint avec le
lieutenant Grant continuer les explorations bauches de ce ct.
Arrivs  Tabora le 24 janvier 1861, les deux explorateurs ne purent
atteindre qu' la fin de l'anne le mont Karagou, qui limite au S. O.
et au S. E. le bassin du Victoria. Specke constata l'existence d'une
ligne de partage au N.-O., entre ce lac et le Tanganika et lui donna
le nom de Montagnes de la Lune, que la tradition place aux sources du
Nil. Il suivit ensuite un cours d'eau qui s'chappe du lac par une
cataracte de 200 mtres de hauteur et acquit la conviction par les
rcits des indignes qu'il traversait la partie septentrionale d'un
autre lac moins grand, le Loutan-Nzig, situ  l'ouest du premier. Il
le retrouva dans le pays des Baris, non loin de Gondokoro.

Il avait dcouvert le vritable Nil. Ainsi se trouvait confirme la
tradition de l'antiquit consigne dans les cartes de Ptolme. Il y a
seize sicles, ce gographe faisait sortir le Nil de deux mers
intrieures. Quelques jours aprs, Specke et Grant arrivaient 
Gondokoro, o ils rencontraient sir Baker marchant  leur rencontre,
mais qui les croyait encore trs-loigns de cette localit.

Les tentatives d'exploration du centre Afrique par la voie du Nil
datent de trs-loin. Sans nul doute, l'antiquit a connu et pratiqu
toute la valle de ce fleuve. Il et t bien tonnant que des peuples
entreprenants comme l'histoire nous en montre, n'eussent pas t
tents de demander au cours du Nil les secrets des contres o il
prend naissance. Aussi, les Romains tentrent-ils d'en remonter le
cours. Sous Nron, une expdition parvenue jusqu'au lac _Nou_,  800
lieues de son embouchure, revint pouvante par le spectacle de ces
solitudes marcageuses peuples d'lphants, de crocodiles et
d'hippopotames. Au IIe sicle de notre re, Ptolme n'affirmait-il
pas que le Nil sortait de deux grands lacs? Les Arabes et les
Portugais ensuite parcoururent une partie des contres de l'Afrique
centrale. Plus tard, en 1770, l'cossais Jacques Bruce prit le fleuve
Bleu pour le vrai Nil. Ds lors, toutes les indications des Portugais
furent oublies et les lacs de l'intrieur rays des cartes jusque
vers 1825. A cette poque, les Franais Caillaud et Letorrec,
lieutenants de marine, attachs  l'expdition envoye par Mehemet
dans le pays arros par cette rivire, reconnaissent que le fleuve
Blanc est le vrai Nil et coule durant toute l'anne  pleins bords,
tandis que le lit du fleuve Bleu est dessch pendant une saison
entire.

Plus tard, les Franais Arnaud et Sabatier, les Allemands Wern,
Ruppel, Russeyger pntrent jusqu'au lac Nou,  200 lieues au del de
Khartoum; ils reconnaissent le Saubat, le Djour et le Bahr-el-Gazal,
affluents du Nil. Ils franchissent successivement le lac, et plusieurs
d'entre eux paient de leur vie la tmrit qui les a pousss 
s'aventurer au milieu de marcages pestilentiels et de tribus froces
surexcites contre les trangers par les ngriers arabes. De 1855 
1861, l'Italien Bolognesi et le Franais Lejean pntrent plus loin.
Ce dernier atteint Gondokoro, situ  4,000 kilomtres de l'embouchure
du fleuve.

C'taient les Anglais Specke, Burton et l'isralite Samuel Baker qui
devaient avoir l'honneur de dvoiler l'nigme du Nil pose  l'Europe
par le sphinx gyptien. Aprs avoir rejoint les deux premiers
voyageurs, Baker complta leurs dcouvertes. Il sut djouer et luder
toutes les trames ourdies sur son passage par les marchands
d'esclaves. Le 14 mars 1864, il arrivait au lac Loutan-Nzig, qu'il
baptisait du nom du prince Albert, suivait le Nil jusqu'au Victoria,
d'o ce fleuve sort par une autre cataracte de 200 mtres environ
d'lvation qui fait la diffrence du niveau des deux lacs. Tel fut le
rsultat de sa premire exploration.

En 1871, Baker fit une expdition militaire pour le compte du khdive
avec le titre de bey (colonel). M. le comte Bisemont, lieutenant de
vaisseau franais, y fut attach. Baker tablit quelques postes entre
Gondokoro et les lacs, puis revint aprs avoir chapp  une tentative
d'empoisonnement de la part de Romanika, roi du Nyoro. Aussi
plaa-t-il Riouga, le beau-frre de celui-ci,  la tte de ce royaume.
Cette expdition tua le commerce de Khartoum et la plupart des
ngociants europens abandonnrent cette ville pour se concentrer 
El-Obed. Quant  la question des sources du Nil, elle n'apporta
d'autres renseignements que ceux fournis par les noirs. D'aprs leurs
rcits, le lac Albert communiquerait au sud avec le nord du Tanganika
par une srie de lacs ou rivires navigables (Rouzizi) coulant 
travers la rgion qui s'tend entre l'Albert et le Victoria  l'ouest
des monts Karagous. S'il en est ainsi, il faudrait donc encore
reculer les sources du Nil jusque vers le 10 de latitude sud.

Pendant que Baker marchait vers le S., un explorateur russe, le
docteur Schweinfurth, se jetait  l'ouest du fleuve Blanc. Il
remontait le Bahr-el-Gazal, pntrait chez les Niam-Niams, atteignait
le pays des Mombouttous et des Mitous, peuplades noires
anthropophages. Il revint en Europe, en 1871, aprs trois ans et demi
d'absence.

Des explorations analogues eurent lieu galement depuis le
commencement de ce sicle sur les autres points de l'Afrique.

Du ct du nord, nous voyons Mungo-Park se diriger  travers le Sahara
jusqu' Timboktou dans l'esprance de rencontrer le Niger. Il succomba
 son second voyage (1805). Le major Peddie eut le mme sort (1816),
et le capitaine Lyon ne put dpasser la frontire mridionale du
Fezzan (1819). Une autre expdition fut organise  Tripoli; elle
tait compose du major Denham, du lieutenant Clappeston et du docteur
Oudney. Dans les premiers jours d'avril 1822, ils arrivaient 
Mourzouk, capitale du Fezzan, et le 17 fvrier, ils entraient  Kouka,
rsidence du sultan du Bornou. Le lac Tchad fut reconnu dans son
pourtour, les villes de Kano et de Sakkatou visites. Le docteur
Oudney mourut dans cette dernire excursion. Aprs les succs de cette
premire expdition, Denham revint mourir  Sakkatou sans avoir pu
toucher le bas Niger (1826).

Pendant la mme anne, le major anglais Laing tait assassin 
Timboktou, ville dans laquelle notre compatriote Caill russissait 
sjourner quelque temps. En 1849, le gouvernement anglais charge
Richardson de reprendre et de continuer les explorations de Denham
dans le Soudan occidental. Richardson s'adjoint les deux Allemands
Overweg et Henri Barth. L'anne suivante, ces voyageurs quittent
Tripoli, traversent le Fezzan et, dans leur course  travers le
Sahara, ils dcouvrent la belle oasis montagneuse d'Air, ancien pays
d'Agisymba, regard comme le point le plus avanc de l'Afrique sur
lequel s'arrtrent les aigles romaines. A peine sont-ils entrs dans
le Soudan que Richardson meurt emport par une maladie rapide. Les
deux compagnons explorent les pays au S. et au S.-O. du lac Tchad et,
en 1852, Overweg succombe galement. Barth, rest seul, s'enfonce dans
le Sakkatou pendant deux ans et reparat au Bornou, en 1854, aprs
avoir sjourn  Timboktou de septembre 1853  mai 1854. Il y trouva
l'Allemand Edouard Vogel, le compagnon que la Socit de gographie de
Londres lui envoyait. Celui-ci dtermina  276 mtres au-dessus de
l'Ocan le niveau du lac Tchad. Barth fatigu revint en Angleterre en
1855. Vogel voulant explorer le Soudan oriental; il se dirigea vers le
Ouada, o il fut assassin  Kouka (1856).

Cependant, en 1860, une expdition nationale allemande s'organisait
pour aller  la recherche de Vogel. Elle devait partir par la mer
Rouge et prendre Khartoum pour base d'opration, pendant qu'un
voyageur, M. de Beurman, se porterait  sa rencontre par le Fezzan, le
Bornou et le Ouada. Des circonstances imprvues l'obligrent de se
dissoudre en arrivant  Khartoum (1862) et M. de Beurman fut galement
assassin dans le Ouada. En ce moment (1874), M. le docteur Nachtigal
a pu pntrer dans le Ouada; il revient par le Darfour, et M. Grard
Rohlf vient de terminer ses explorations dans le dsert libyque.

Pendant que l'Afrique tait attaque du ct du nord, la partie
occidentale n'tait pas nglige. L'Angleterre envoyait, en 1816, le
capitaine Tuckey remonter le Congo ou Zare; il fut arrt par les
rapides de ce fleuve  Enimbo, par 4 40" de lat. S.,  290 kil. de
l'Ocan, soit 210  vol d'oiseau. Il mourut des fivres avec tout son
quipage. Jusqu'en 1872, rien ne fut tent dans cette voie. Or les
missionnaires portugais des XVIe et XVIIe sicles avaient des
rsidences  60 kil. plus haut dans les missions de Conconbella, et
sur le Kouango,  Candi (Canga ou Penibo de Ocanga Tukouango). En ce
moment, une expdition anglaise explore le cours de ce fleuve.

Aprs l'insuccs du Tuckey, l'Angleterre s'attacha au cours du Niger,
dont d'autres explorateurs cherchaient les sources au Soudan. En 1830,
John Lander reconnut les embouchures de ce fleuve, ainsi qu'une partie
de son cours infrieur. Laird, Oldfield, Allen (1832) et le capitaine
Trotter (1841) revoient son itinraire et cherchent  ouvrir, avec le
Soudan, par cette grande artre fluviale, une voie commerciale plus
courte et moins dangereuse que le dsert. Cet honneur tait rserv au
docteur Baikie, commandant de l'expdition de _la Pliade_ (1854). Il
trouva cette route dans le Benou, grand affluent du Niger qui descend
des parties S.-O. de Bornou et prend ses sources  peu de distance du
Chary.

Au commencement de l'anne courante, MM. Marche et Compigne,
voyageurs franais, remontent l'Ogovai, dont le cours infrieur a t
relev par l'amiral Fleuriot de Langle. D'un autre ct, M. Bastian
est arriv avec une expdition allemande sur les bords du Loango et
s'apprte  pntrer dans le continent africain entre les 5 et 8 de
lat. S., rgion explore en partie par notre compatriote Duchaillu.

La partie occidentale de l'Afrique n'a pu tre explore comme les
rgions septentrionales et orientales. Un dsert aride et des tribus
froces semblent former une zone infranchissable  vingt lieues de la
cte. Mais la cte orientale, ouverte par les Arabes ngriers et
marchands d'ivoire, vient d'tre  nouveau franchie par le lieutenant
Cameron, parti de Zanzibar, pour complter les dcouvertes de
Livingstone.

Quant  l'Afrique australe comprise entre le Zambse et le cap de
Bonne-Esprance, elle vient d'tre reconnue par MM. Mauch et Erskine.
Le premier a explor les pays qui s'tendent entre le Zambse et le
fleuve Orange. Le second s'est lev au nord de la baie de Lagoa et a
explor le bassin du Limpopo et la zone du littoral comprise entre ce
fleuve et le Zambse, o il a dcouvert les ruines et les placers de
Zimbao, l'Ophir biblique, peut-tre!

Si de l nous portons nos regards vers l'ancienne thiopie ou
Abyssinie, nous apercevons pendant notre sicle, suivant les traces de
Robert Bruce dans les sentiers rocailleux et desschs de ce pays, un
certain nombre de voyageurs intrpides. La France y envoie Rochet
d'Hricourt, Thophile Lefebvre, Perret et Galinier, MM. Antoine et
Arnault d'Abbadie; Specke, Harris, Ruppel, le docteur Blanc, y
reprsentent l'Angleterre, dont l'expdition contre Thodoros a donn
lieu  des travaux importants. Tel est le rsum de l'histoire des
explorations africaines. Nous pensons que le lecteur nous saura gr de
lui donner un tableau succinct de ces grands voyages qui reculent les
horizons de la civilisation chrtienne.

D'aprs ce que nous venons de dire, nous pouvons nous faire une ide
de la configuration de l'intrieur de l'Afrique.

A quelque distance de la mer, une srie de chanes ou bourrelets
continus de montagnes entourent l'Afrique. Au N., ce bourrelet
s'appelle l'Atlas, jusqu'au S.-O. du Maroc. Il reparat au Sngal,
sous le nom de chane des Kong, et se prolonge jusqu'au cap de
Bonne-Esprance. De l il suit la mer des Indes, forme le Kilima-Njaro
(7,000 m.) le Kenia ou Mont-Blanc (6,000 m.), et se rattache aux
chanes mridionales du pays des Gallas. Les monts de la Lune, qui se
dtachent de celles-ci, ne courent pas de l'O.  l'E., comme on l'a
cru pendant longtemps, mais elles descendent du N. au S.

L'intrieur de l'Afrique forme donc un immense bassin dont les bords
ne seraient interrompus d'une part que par les brches d'o les grands
fleuves africains s'chappent en cataractes cumantes vers les mers,
et, d'autre part, dans la partie occidentale, par le Sahara qui vient
confondre ses sables avec ceux de l'Ocan entre le Maroc et le
Sngal.

L'intrieur de ce bassin serait divis par quelques plateaux en
plusieurs rgions que l'on regarde encore comme indpendantes l'une de
l'autre, bien qu'elles puissent tre runies entre elles par des cours
d'eau, ainsi que certains gographes le prtendent. C'est ce que de
nouvelles explorations prouveront. La premire au S. est celle du lac
Nyassa, du Chiron et du Zambse. Elle est spare de la deuxime
entre le 10e et le 12e degr de lat. S. par le plateau de Moviza ou
Motchinga, qui a 1,100 kil. environ d'tendue et une altitude moyenne
de 1,200 m., mais quelques points en atteignent 1,500, 1,800 et 2,100.
Son versant nord donne naissance  un nombre si considrable de
rivires, dit Livingstone, qu'il faudrait la vie d'un homme pour les
compter. La seconde contient cinq lacs qui sont, en commenant par le
plus mridional: le Bangweolo, qui s'tend de l'E.  l'O., entre 11
et 12 de lat. australe sur un dveloppement de 240 kil. par 1,219 m.
d'altitude. Il est couvert d'les habites et reoit le Tchambezi,
rivire qui prend ses sources vers 10 de lat. S., au N. du lac
Nyassa. De sa partie septentrionale sort le Louapoula; ce cours d'eau
va se jeter dans le lac Moero. De celui-ci s'chappe le Loualaba
oriental. Cette rivire a de 1,800  5,400 m. de largeur et s'ouvre
dans le lac Kamolondo, ou bien Oulendje. Ce lac recevrait galement
sur sa rive occidentale le Loufira, ou Loualaba central, qui
descendrait de la rgion Ouest inexplore du Moviza et des monts
Kon. De ce mme point coulerait galement au N.-O. le Loualaba
occidental, ou Louloua, lequel se runit au Kasabi, traverse le lac
Lincoln ou Moula et va sous le nom de Loeki, ou Lomam, se joindre au
Loualaba central. Tous ces Loualabas qui, dans la langue des indignes
signifient des lacs rivires (bassins lacustres), ne forment qu'un
seul cours d'eau qui entre dans le lac Sans-Nom par 4 de lat.
australe et 22 40' de long. orientale et coule au milieu de ses
archipels pour en sortir au N. sous le nom de Nyali, Bancaor ou
Bakara, incliner entre 1 et 2 de lat. S. vers l'O., et se jeter dans
l'Ocan sous le nom de Zare ou Congo. Ce bassin serait donc celui de
ce grand fleuve sur lequel l'un des rois chrtiens du Congo fit lancer
deux brigantins afin d'en explorer le cours jusqu'aux lacs o il prend
ses sources. C'est ce que nous avons trouv dans la correspondance de
ce prince.

Les habitants du Congo et des tats voisins connaissaient donc la
rgion des lacs de l'Afrique centrale. C'est par eux que les Portugais
en eurent connaissance et pratiqurent les routes qui les conduisaient
de leurs tablissements de la Guine mridionale  ceux de la cte
orientale d'Afrique. Du reste, les noms de Moero et de Moura (Maure),
dont le premier est la corruption du second, sont Portugais. Ils
rvlent donc le passage des voyageurs de cette nation qui les leur
ont imposs. Aprs les avoir retrouvs, Livingstone leur a donn des
noms anglais.

Sur le versant S. du Movitza naissent galement deux cours d'eau, le
Liamba ou Zambse (Palmerston) et le Kafou, affluent de ce fleuve.

A l'poque des pluies, le fond de ces diffrentes valles est
tellement inond que les rivires et les lacs ne forment plus qu'une
immense nappe d'eau comme dans la zone parallle de l'Amrique
mridionale.

A l'E. de ce bassin s'tend celui du Tanganika, qui est regard comme
compltement indpendant des autres.

Cependant, d'aprs les dernires explorations de Baker, il
communiquerait avec le Victoria par le Bouzizi, dont les eaux
couleraient vers le N. ou le S., selon l'poque diffrente des pluies
ou des crues dans chacun des deux bassins. D'aprs cette hypothse,
c'est dans le Tanganika qu'il faudrait voir les sources du Nil.

Le bassin le plus septentrional se compose du M'Woutan ou Albert
N'yanza (829 m. d'altitude) et du Victoria N'yanza (1,100 m.
d'altitude moyenne), d'o sort le Nil Blanc (Bahr-el-Abiad). A l'O. de
ce dernier se trouve le lac Baringo.

Le cinquime bassin, celui du lac Tchad, se dveloppe dans le Soudan
oriental. Il y a pour affluent le Chari au S. et le Fd, autre
Bahr-el-Gazal (fleuve des Gazelles), distinct de l'affluent du fleuve
Blanc. Ce cours d'eau sort du lac, coule pendant 500 kilomtres vers
le N.-E. jusqu'au 16 de lat. N. par 17 de long. E. dans le canton
des Kreddas. L, ses eaux disparaissent dans les dunes de sable du
Soudan. Cette rivire est donc un exutoire du Tchad, et non un de ses
tributaires, comme on l'a cru jusqu'aux explorations du docteur
allemand Nachtigal. Le niveau est  39 m. au-dessous de celui des
mers.


LILLE--IMPRIMERIE DANEL.





End of the Project Gutenberg EBook of Les Explorateurs du Centre de l'Afrique, by 
l'Abb Durand

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