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Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Quatrime, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

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Title: Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Quatrime
       Ambassadeur de France en Angleterre de 1568  1575

Author: Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

Release Date: September 6, 2012 [EBook #40695]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDENCE, BERTRAND DE SALIGNAC, TOME 4 ***




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typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise.

L'abrviation {lt} signifie livre tournois.




     CORRESPONDANCE

     DIPLOMATIQUE

     DE

     BERTRAND DE SALIGNAC

     DE LA MOTHE FNLON,

     AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE

     DE 1568 A 1575.


     PUBLIE POUR LA PREMIRE FOIS
     Sur les manuscrits conservs aux Archives du Royaume.


     TOME QUATRIME.
     ANNES 1571 ET 1572.


     PARIS ET LONDRES.
     1840.




     DPCHES, RAPPORTS,

     INSTRUCTIONS ET MMOIRES

     DES AMBASSADEURS DE FRANCE

     EN ANGLETERRE ET EN COSSE

     PENDANT LE XVIe SICLE.




     RECUEIL

     DES

     DPCHES, RAPPORTS,

     INSTRUCTIONS ET MMOIRES

     Des Ambassadeurs de France

     _EN ANGLETERRE ET EN COSSE_

     PENDANT LE XVIe SICLE,


     Conservs aux Archives du Royaume,
     A la Bibliothque du Roi,
     etc., etc.


     ET PUBLIS POUR LA PREMIRE FOIS
     _Sous la Direction_
     DE M. CHARLES PURTON COOPER.


     PARIS ET LONDRES.

     1840.




     LA MOTHE FNLON.




     Imprim par BTHUNE et PLON,  Paris.




     AU TRS-HONORABLE

     SIR ROBERT PEEL

     BARONNET.

     CE VOLUME LUI EST OFFERT

     COMME

     UN TMOIGNAGE DE RESPECT.

     PAR

     SON TRS-DVOU ET TRS-OBISSANT SERVITEUR

     CHARLES PURTON COOPER.




DPCHES

DE

LA MOTHE FNLON.




CLXIIe DPESCHE

--du premier jour de mars 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer._)

  Projets des Espagnols sur l'cosse et l'Irlande.--Commissaires
    dsigns pour traiter de l'accord sur la restitution de Marie
    Stuart.--Tentative de l'ambassadeur pour ramener le comte de
    Morton  l'obissance de la reine d'cosse.


     AU ROY.

Sire, il est venu  la Royne d'Angleterre ung adviz, de dell la mer,
comme maistre Prestal, l'un des fuytifz de son royaulme, ayant rsid
deux ans aulx Pays Bas, a est, au mois de novembre dernier, dpesch
par le duc d'Alve en Escoce. Je croy, Sire, que c'est celluy
troisiesme que je vous ay mand, qui y avoit est envoy, et que
icelluy Prestal, ayant heu prive confrance avec le duc de
Chastellerault, et avec les comtes d'Arguil, d'Atil et aultres
seigneurs de leur party, et permission d'eulx de voir et visiter les
descentes et advenues du pays, il a raport charge et instruction, de
leur part, escripte de la main du secrtaire Ledinthon au dict duc,
par laquelle il l'a fort instantment sollicit de leur envoyer
promptement du secours; et que, oultre qu'il s'en ensuyvroit le
restablissement de l'authorit de la Royne d'Escoce, il luy a baill
pour chose fort facille, de restituer la religion catholique au dict
pays, et d'y establyr, ensemble en Yrlande, les choses  la dvotion
du Roy son Maistre, et encores de pouvoir passer  d'aultres si grandz
exploictz en Angleterre, qu'il luy seroit ays d'avoir la rayson des
prinses et d'aultres bien advantaigeuses condicions des Anglois, s'il
les vouloit poursuyvre; chose qu'on a mand  la dicte Dame que le
dict duc avoit fort vollontiers escoute, mais qu'il ne faisoit
semblant de la vouloir encores entreprendre. Nantmoins cella est
cause, Sire, dont elle haste les provisions du dict pays d'Yrlande, et
que, possible, elle inclinera davantaige  passer oultre au trett de
la Royne d'Escoce. Icelluy Prestal a d'aultres fois tenu quelque lieu
en ceste court, et meintenant il est entretenu par le dict duc, lequel
aussi,  ce que j'entendz, donne entretennement aulx aultres
principaulx fuytifz qui sont en Flandres. Au moins say je que le
comte de Vuesmerland et la comtesse de Northomberland ont receu
chacun, despuys naguires, deux mil escuz de luy. Les depputez, qu'il
devoit envoyer par de, s'attandent icy, d'heure en heure, et semble
qu'il prtend plus de tirer par leur moyen ce qu'il pourra des prinses
que d'en cuyder avoir la rayson du tout ny la rparation des injures,
mais qu'il le diffre  ung aultre temps, ne voulant, possible, que
cella retarde meintenant son retour; lequel l'ambassadeur d'Espaigne
dit l'accellrer bien fort, et qu'avant la my avril il partyra de
Flandres pour se trouver en Itallye, au temps qu'on dellibrera de la
guerre de ceste anne contre le Turq. Tant y a que ceulx cy monstrent
de se vouloir bien esclarcyr de son intention, premier que de rien
lascher.

Le comte de Morthon a est receu et ouy avecques faveur de la Royne
d'Angleterre, laquelle luy a, d'abondant, faict avoir fort prive
communication avec les seigneurs de son conseil sur les inconvniantz
qu'il a allgu, si la Royne d'Escoce estoit restitue. A quoy
toutesfoys se monstrant la dicte Dame toute rsolue, et voulant
nantmoins que ledict de Morthon et ceulx de son party ne s'en
puissent pleindre, elle a ordonn six commissaires pour moyenner,
entre luy et les depputez de la Royne d'Escoce, les condicions de
l'accord; et  l'ocasion de quelque sienne souspeon, elle a chang
aulcuns de ceulx, qu'elle avoit premirement nommez, mettant au lieu
du marquis de Norampthon et du comte de Lestre, le milord Chamberlan
et Quenolles, avec le Quiper, le comte de Sussex, Cecille et Milmay;
de quoy ne nous trouvans, l'vesque de Roz ny moy, guires contantz,
nous avons procur que le dict de Lestre y ait est remiz, lequel
faict  ceste heure le VIIe.

Icelluy de Sussex m'a mand que, puysqu' vostre pourchaz, Sire, ceste
restitution se debvoit faire, qu'il estoit raysonnable que Vostre
Majest respondt de l'observance du trett par la Royne d'Escoce, et
de prandre, au cas qu'elle n'y obyst, le party de la Royne
d'Angleterre pour l'y contraindre et vous dclairer en cella son
ennemy. Je luy ay respondu que Vostre Majest avoit desj offert de
respondre pour elle sur l'observance de toutes les honnestes et
honorables condicions qu'on la restitueroit, et n'ay pass plus avant.

J'ay fait secrectement exorter, par le cappitaine Coberon, le susdict
comte de Morthon de se vouloir runyr avec les aultres seigneurs du
pays, et de ne consentyr la dlivrance du petit Prince aulx Angloix,
et de se remettre  l'obyssance de sa Mestresse, l'asseurant qu'elle
luy tiendra droictement tout ce qu'elle luy promettra; et que Vostre
Majest luy en sera garant. A quoy il m'a faict respondre que, de se
runyr avec les aultres seigneurs, il ne s'en monstrera jamais
esloign, pourveu qu'ilz veuillent estre raysonnables de leur cost;
que, de livrer leur petit Prince aulx Angloix, il est fermement rsolu
entre ceulx de son party de ne le consentyr jamais; au regard de
recognoistre la Royne d'Escoce, qu'il failloit bien qu'il regardast de
prs  ce poinct, pour la seuret de ceulx qui l'avoient envoy, et
pour la sienne, qui,  la vrit, ne leur pourroit venir plus grande
ny meilleure, ny d'o ilz se peussent toutz mieulx fier, que de la
parolle et promesse de Vostre Majest, et que pourtant il regarderoit
comme il s'y debvroit conduyre. Nantmoins, Sire, il crainct tant la
restitution de la dicte Dame, parce qu'il l'a fort offance, qu'il
s'esforcera, en tout ce qu'il luy sera possible, d'interrompre le
trett, au moins le mettre le plus  la longue qu'il pourra. Sur ce,
etc. Ce 1er jour de mars 1571.




CLXIIIe DPESCHE

--du VIe jour de mars 1571.--

(_Envoye jusques  la court par Joz._)

  Ngociation du trait concernant l'cosse.--Articles relatifs 
    la remise du prince d'cosse aux Anglais et  l'alliance entre
    l'Angleterre et l'cosse.--Tentatives faites par le comte
    Bodouel en Danemarck.--Affaires d'Irlande.--_Lettre secrte 
    la reine-mre_ sur la ngociation du mariage du duc
    d'Anjou.--Invitation faite au duc de passer en Angleterre;
    demande de son portrait--_Autre lettre secrte_ sur la
    renonciation du duc d'Anjou au mariage, et la proposition du
    mariage du duc d'Alenon avec lisabeth.--_Mmoire._ Dtails de
    la ngociation du trait concernant l'cosse.--Discussions
    entre les dputs.--Prorogation de la sursance
    d'armes.--Ngociations avec l'ambassadeur d'Espagne au sujet
    des nouvelles prises faites en mer par les protestans.


     AU ROY.

Sire, j'ay est requiz par les seigneurs de ce conseil et par les
depputez de la Royne d'Escoce, et encores par le comte de Morthon,
d'envoyer en dilligence ce pourteur devers Vostre Majest pour la
supplier trs humblement d'avoir agrable que l'abstinence de guerre,
laquelle, en commenceant ce trett, a est de nouveau proroge pour
tout ce moys de mars, ayt lieu en vostre royaulme, affin que les
merchans escoussoys, qui ont leurs navyres toutz prestz  y faire
voyle, chargs de grains, de poyssons sallez et aultres marchandises,
y puyssent estre bien receuz, sans qu'il leur y soit donn nul arrest
ny empeschement; nous promettans iceulx du dict conseil que, dans le
premier jour d'avril, les affaires de la Royne d'Escoce seront si
advancez que nous pourrons clairement cognoistre ce qui en aura 
succder; laquelle surcance, Sire, ayant est ainsy envoye par
hommes exprs en Escoce, si, d'avanture, Vostre Majest la trouve
bonne, il luy plairra me le mander promptement, parce que le temps
court aus dicts merchans, lesquelz aultrement adviseroient o ilz
pourroient aller ailleurs transporter leurs merchandises.

La Royne d'Escoce a comprins par ung discours, qu'elle a trouv ez
lettres de Mr de Glasco, que Voz Majestez Trs Chrestiennes n'estoient
bien contantes de ce qu'elle avoit pass trop avant  accorder
plusieurs choses  la Royne d'Angleterre, qui luy estoient si
avantaigeuses qu'elle n'avoit garde de les reffuzer, et que pourtant
il falloit  ceste heure attandre que deviendroit le trett premier
que de parler de nul secours, infrant par l que Voz Majestez
n'avoient grande envye de luy en bailler. Sur quoy elle a dpesch en
dilligence devers monsieur l'vesque de Roz pour me venir remonstrer
qu'elle porte ung extrme ennuy de cestuy vostre malcontantement, et
qu'elle me requiert de vous tesmoigner si elle n'a pas cerch de
procder toutjour, et en toutes choses, despuys que je suys en ce
royaulme, sellon vostre intention, sans aller aulcunement au
contraire, quoiqu'il luy en deust advenir; et qu'elle supplie bien
humblement la Royne de se souvenir du conseil, qu'elle mesmes luy a
escript de sa main, de ne reffuzer aulcunes condicions  la Royne
d'Angleterre, pourveu qu'elle puysse avoir sa libert et se tirer hors
de ses mains; et que je vous face entendre  toutz deux l'extrme
dangier o elle a est, et o elle est encores, non seulement de
perdre son estat et ses subjectz, mais sa propre personne et sa vie,
s'il n'y est remdi ou par le trett, ou par le secours de Vostre
Majest; que, touchant le trett, il n'y a que deux poinctz, de toutz
ceulx qu'on luy a proposez, qui vous puissent venir  desplaysir, l'un
est de la ligue: et quant  celluy l, elle vous supplie de croyre,
Sire, qu'elle souffrira plustost toutes extrmits que de consentyr
qu'il en soit faicte pas une qui ne vous soit agrable, et d'o vous
puyssiez estre en rien offanc, et que de ce mesmes desir sont
pareillement toutz les seigneurs escouoys qui sont de son party;
l'aultre poinct est de bailler le Prince, son filz,  la Royne
d'Angleterre, et, quant  cella, il est trop certain qu'il n'estoit
possible d'entrer aulcunement en trett, mais encores qu'elle l'ayt
desj consenty, ce n'est toutesfoys qu'avec condicion que les
seigneurs d'Escoce l'aprouvent, dont se pourra encores trouver moyen
de le reffuzer; et,  ceste cause, elle tourne suplier Vostre Majest
que, considr l'extrmit o elle est, et d'o elle ne peult sortyr
sinon par le secours de voz armes, ou par le trett, qu'il vous playse
ou luy conseiller d'accorder son filz, duquel aussi la disposition
n'est en ses mains, si aultrement le trett ne peult succder, ou bien
luy envoyer ung prompt secours, et elle s'esforcera de le rompre.

Sur quoy, Sire, aprs avoir, par beaucoup de vrays et bien clairs
argumens, fait cognoistre au Sr de Roz que l'intention de Voz Majestez
estoit fermement au secours et assistance de la Royne, sa Mestresse,
et qu'elle et luy en avoient veu et en voyeroient encores de si
certaines dmonstrations que rien ne les en debvoit faire doubter, ny
je ne serois si mal advis de prendre la matire  cueur si je ne
sentois que vous l'eussiez aultant en affection comme je savois
qu'elle touchoit  l'honneur de vostre couronne, sans toutesfois luy
dissimuler que le poinct de la ligue, si elle vous prjudicioit, vous
seroit incomportable, et celluy du Prince ne vous pourroit guire
playre, je luy ay promiz de vous escripre le tout, et luy mesmes en
escript  la Royne. Dont vous plairra, Sire, me remander en
dilligence vostre bon commandement l dessus, affin que j'essaye de
faire toutjour incliner la rsolution des affaires, le plus qu'il me
sera possible,  vostre desir, et que ne monstrions, de nostre part,
retarder le trett.

Ceulx cy avoient heu adviz que le roy de Dannemarc estoit aprs 
accommoder le comte Boudouel de quelque nombre d'hommes et de
vaysseaulx, pour faire une descente en Escoce, et que le dict Boudouel
luy promettoit de luy mettre entre mains les Orcades, mais cella n'a
pas continu, dont ceulx cy n'en sont plus en payne; mais ilz envoyent
prsentement  milord Sideney trente cinq mil escuz et deux grandz
navyres de guerres, pleins de monitions, pour pourvoir aulx choses
d'Yrlande; lesquelles choses toutesfois leur semblent plus asseures,
despuys ceste dernire bonne et honneste dclaration, que Vostre
Majest leur en a faicte, et despuys avoir entendu que le Roy
d'Espaigne n'est si adlivr de la guerre des Mores ny de celle du
Turcq, qu'il puysse entreprendre ailleurs; mesmes qu'ilz ont
nouvelles, que le Turc, oultre une trs grande arme de mer, en
prpare une bien grande par terr, avec quelque apparance qu'il se
veuille saysir de la Transilvanye pour donner  toute la Chrestient
asss de quoy n'avoir  entreprendre aultre chose que de toutz
ensemble fermement luy rsister. Sur ce, etc.

     Ce VIe jour de mars 1571.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, despuys que j'ay eu remonstr  Mr le comte de Lestre que le
propos de la petite lettre me sembloit estre trop divulgu par dec,
l'on l'a men bien fort secrectement, et ne s'en parle plus, ny  la
court, ny  la ville, sinon en termes fort rservez et retenuz, mesmes
qu'ung bruict sourd, qui a couru, l'a assez restrainct, qu'on a dict
que le peuple murmuroit de ne se vouloir laysser tromper de ce nouvel
artiffice, ainsy comme l'on l'avoit desj men par ung aultre,
l'espace de douze ans; et que, quant bien la rsolution de leur Royne
seroit,  ceste heure, de prendre party, qu'ilz vouloient qu'elle
dclairast son successeur  ceste couronne premier que d'y introduyre
ung prince si puyssant comme celluy dont on parloit, affin qu'il n'y
peust prtandre ny droict ny possession, au cas qu'elle vnt 
dcder, premier qu'ilz eussent des enfans. Nantmoins deux du conseil
de la dicte Dame ont dict, despuys trois jours, qu'ilz savoient trs
bien que, si l'archiduc eust attandu jusques  ceste heure de se
maryer, que indubitablement elle l'eust accept, et que, si Monsieur
la faisoit requrir, qu'il en auroit bonne responce. Et,  ce propos,
Madame, le comte de Lestre m'a mand qu'elle a fort curieusement
examin le Sr de Norrys,  son retour de France, touchant Mon dict
Seigneur, et que luy, tant pour la vrit que par instruction du dict
comte, et pour sa propre affection, l'a miz jusques au ciel,
racomptant qu'avec les excitantes vertuz de son esprit, il habondoit
d'aultres si belles qualitez de taille, de vigueur, maintien, bonne
grce et beault, qu'il se monstroit trs accomply en toutes
perfections d'ung prince de trente ans; chose que le dict comte
m'asseuroit qui avoit miz la dicte Dame en ung trs grand desir de le
voir, dont me pryoit de luy mander s'il y auroit moyen, qu'allant
elle, cest est, en son progrs vers la coste de France, Mon dict
Seigneur, soubz colleur de visiter la frontire, vollt s'aprocher de
celle d'Angleterre, et par une mare du matin se laysser veoir de dec
pour s'en retourner, puys aprs, si ainsy luy playsoit,  la mare du
soir, sans que nulz autres que ceulx qu'il vouldroit le peussent
savoir; et que j'entendois bien que les dames vouloient estre
requises, et veoir qu'on ft des dilligences et des dmonstrations de
les aymer; et qu'il se trouvoit en ce royaulme beaucoup de
contradisans  ce propos, mais qu'il savoit qu'ilz travailloient en
vain, et que une seule prsence de Mon dict Seigneur veincroit
aysement toutes leurs difficultez.

Je ne me suys advanc de rien respondre sinon touchant les dictes
difficultez, que Mon dict Seigneur estoit tel qu'en tout et par tout
il estoit trs desirable, et n'y avoit rien en luy qui peult estre
subject  contradiction; et que, touchant passer de devant la
parfaicte conclusion des choses, que je n'estimois pas qu'il le vollt
faire, ny que Voz Majestez le luy peussent conseiller, et que je le
supplioys de considrer si, attandu les choses du pass et les
difficultez prsentes, que luy mesmes allguoit, Mon dict Seigneur ne
debvoit aller bien retenu en cest affaire. Le dict comte ne m'a
encores rpliqu sinon qu'il desire meintenant une peincture de
Monseigneur fort nafve, et qui soit de son grand. Sur ce, etc. Ce VIe
jour de mars 1571.


     A LA ROYNE.

      (_Aultre petite lettre  part pour luy estre mize en ses propres
      mains._)

Madame, en lisant la petite lettre qu'il a pleu  Vostre Majest
m'escripre, de sa main, par le Sr de Sabran, il m'a prins ung grand
regrect de voir que les choses ne succdoient, sellon que les aviez
proposes, et sellon que vous les desiriez, pour la grandeur du Roy et
de Monseigneur, voz enfans[1];  quoy, de ma part, je commanoys de
travailler aultant qu'il m'estoit possible, de nettoier les
empeschemens, et pntrer ez difficultez qui s'y pouvoient trouver de
ce cost, pour faire que Vostre Majest y vt bientost et bien  clair
ce qu'elle en auroit  esprer. Mais, Madame, je vous suppplie trs
humblement qu'entre plusieurs exellantz actes de la vertu de Mon dict
Seigneur, vous luy veuillez infinyement agrer cestuy cy, comme trs
exellant et comme pculier  sa magnanimit et  la gnrosit de son
cueur, qu'il a plus grand que n'est la mesmes royalle grandeur, parce
qu'il la mesprise si elle n'est accomplye de ses aultres perfections
et ornemens, dont je l'en honnore et rvre de tout mon cueur; et
m'asseure que Dieu le comblera de quelque aultre honneur et grandeur,
qui ne sera moins  propos et  vostre contantement que ceste cy. L'on
a peu diversement escripre et parler de ceste princesse sur l'oyr dire
des gens, qui quelquefoys ne pardonnent  ceulx mesmes qui sont les
meilleurs, mais, de tant qu'en sa court l'on ne voyt que ung bon
ordre, et elle y estre bien fort honnore et ententive en ses
affaires, et que les plus grandz de son royaulme et toutz ses subjectz
la craignent et rvrent, et elle ordonne d'eulx et sur eulx avec
pleyne authorit, j'ay estim que cella ne pouvoit procder de
personne mal fame, et o il n'y eust de la vertu; et nantmoins ce
que je savois que vous en aviez ouy dire, et l'opinion qu'on a
qu'elle n'aura point d'enfans, les dures conditions qui se peuvent
proposer en telz contractz, les artiffices dont l'on a us ez aultres
partys, et les contradictions qui se descouvrent desj en cestuy cy,
me faisoient toutjours vous suplier trs humblement qu'il vous pleust
y aller fort retenue.

  [1] _Lettre du 2 mars 1571, escritte de la main de la Royne 
  Monsieur de La Mothe Fnlon._ Voir _le Supplment  la
  Correspondance Diplomatique de La Mothe Fnlon_, contenant les
  lettres qui lui talent crites de la cour.

Et ayant despuys faict observer le secrtaire Cecille sur ce qu'il
diroit de cest affaire, il m'a est rapport, qu'encores qu'il n'en
ayt que fort honorablement parl, qu'il a nantmoins monstr qu'il ne
le vouloit point, et que mesmes il ne l'espre: car a dict que Mr le
cardinal de Chatillon et le vydame de Chartres en ont bien tenuz de
grandz propos  sa Mestresse, et qu'elle les a escoutez, mais que
c'est  elle meintenant d'y respondre, et qu'il ne voit pas que cella
se puysse bientost accorder, ny estre encores de longtemps accomply;
et que, oultre le poinct de la religion et celluy de la jalouzie des
aultres princes, et encores d'aultres bien grandes difficultez, qui
s'y monstroient, celle l luy semble trs grande, que Monsieur est
trop prochain successeur de la couronne de France, et que, le cas
advenant, l'Angleterre cesseroit d'estre royaulme, et viendroit estre
province des Franoys, comme est la Bretaigne, l'exemple de laquelle
les doibt admonester d'y prendre bien garde, et qu'ilz ont besoing
d'ung prince qui veuille renoncer  toutes aultres prtencions, fors 
estre Roy d'Angleterre, ainsy que l'archiduc Charles s'y estoit bien
condescendu; par ainsy, il leur en fauldroit ung qui ft plus esloign
d'une telle et si grande succession comme celle de France, laquelle
enfin viendroit entirement absorber la leur.

Qui est ung poinct, Madame, qui ne quadre que bien en Monseigneur
d'Alanon, mais il n'est temps, en faon du monde, d'en parler, car
ayant est trouv que mesmes l'eage de Monseigneur ne correspondoit
asss bien, si sa taille et aulcunes aultres siennes qualitez
n'eussent suply, lesquelles seront (si Dieu playt) bientost en Mon
dict Seigneur d'Alenon, il y auroit dangier, si l'on le proposoit,
premier qu'il ne soit ung peu plus grand, qu'elle estimt qu'on se
mouquast d'elle; et s'esfoceroit, possible, de tourner la derrision
sur nous, et de nous nuyre l o elle en auroit le moyen. Mais la
ncessit de se maryer luy croyt, et luy croistra toutjours, de plus
en plus, et, devant deux ans, Mon dict Seigneur d'Alenon sera venu en
disposition de l'estre de son cost, et elle ne l'aura encores trop
passe du sien. Par ainsy, s'il vous semble bon, Madame, de ne rompre
trop court le propos de Mon dict Seigneur, et le laysser encores
courre, ainsy qu'il est commanc, non toutesfoys qu'entre peu de
personnes et fort secrectement, affin qu'il ne nous suscite des
deffiances ny des jalouzies d'ailleurs, ny donne moyen  ceulx cy de
trop s'en prvaloir, l'on le pourra, possible, conduyre peu  peu
jusques au dict poinct de la trop prochaine succession de la couronne
de France, qui est une difficult, laquelle n'estant que bien
honnorable pour Mon dict Seigneur et aussi pour la dicte Dame, l'on
pourra lors transfrer le propos sur Mon dict Seigneur d'Alenon, qui
en est ung degr plus loing; car, sellon le prsent estat de la
Chrestient, si elle demeure en sa rsolution de n'espouser sinon ung
prince de qualit royalle, comme elle est, il fault par force que ce
soit ung de Noz Seigneurs, voz enfans, et non aultre, ou qu'elle s'en
passe du tout.

Mais, quant  l'aultre poinct, que Vostre Majest m'escript, que la
dicte Dame veuille adoupter quelcune de ses parantes, elle n'en a
nulle du cost paternel; et quant au maternel, il n'est en sa
puyssance d'en advancer aulcune jusques l, joinct que ce propos
seroit fort mal prins, pendant qu'elle mesmes monstre de se vouloir
maryer. Tant y a que j'estime que le parlement qu'elle a convoqu ne
se passera sans qu'on la presse ou de prendre party  bon esciant, ou
de dclairer son successeur, car elle s'est desj oblige, par
l'aultre prcdent parlement, de faire l'ung ou l'aultre, dont je
mettray peyne d'en entendre ce qui s'en trettera. Sur ce, etc.

     Ce VIe jour de mars 1571.


INSTRUCTION DE CE QUE JOZ AURA A FRE ENTENDRE  leurs Majestez,
oultre ce dessus:

   Qu'aprs que le comte de Morthon a heu parl  la Royne
   d'Angleterre et aulx siens, elle a faict, en sa prsence, dez le
   XXIIIe du pass, mettre la matire en dellibration de son
   conseil, o l'ung d'entre eulx, voyant qu'elle inclinoit  la
   restitution de la Royne d'Escoce, luy a os, avec grande
   vhmence, remonstrer qu'elle ne le debvoit faire en faon du
   monde, si elle ne se vouloit exposer  ung trop manifeste dangier
   de perdre toute la seurt, o elle vit meintenant, et la faire
   perdre  son royaulme, allgant que nul d'entre les princes
   chrestiens, ny toutz ensemble, ne seront jamais conseillez de luy
   mouvoir guerre en son pays pour leur particulier intrest, parce
   qu'ilz jugeront bien que la conqute leur en seroit trs
   difficile, et encores plus impossible de la conserver; mais que
   ce seroit la Royne d'Escoce qui, par ses prtencions  cestuy cy,
   mettroit incontinent toutes choses en trouble, et attireroit les
   armes estrangires en l'isle, et qu'il supplioit trs humblement
   la dicte Dame, et ceulx qui la conseilloient, de croyre que,
   s'ilz commettent  ceste heure une si grand erreur que de la
   restituer, qu'ilz luy verront, devant trois mois, allumer ung feu
   si chauld en Escoce, qu'il ne sera en leur puyssance de
   l'estaindre que l'Angleterre n'en soit embrase, et leur prsente
   religion, possible, fort oppresse, et les deux royaulmes
   rduictz soubz l'ancienne obyssance, qu'il a appelle _tirannye
   du Pape_.

   A quoy nul de la prsence, pour ne tumber en souspeon de la
   religion, ou pour n'estre veu partial  la Royne d'Escoce, n'a
   oz rien contradire; et la Royne seule, bien qu'avec visaige
   troubl, luy a respondu que les inconvniantz, qu'il allguoit,
   estoient fort  craindre, mais qu'il y en avoit d'aultres non
   moins, ains beaulcoup plus  doubter que ceulx cy, qui l'avoient
   desj faicte rsouldre  la restitution de la Royne d'Escoce; et
   que pourtant, elle les prioyt toutz de cesser dsormais 
   dbattre si elle la debvoit restituer ou non, et seulement qu'ilz
   regardassent de bien prez  quelles bonnes seuretez et conditions
   elle la restitueroit.

   Sur laquelle rsolution ayant la dicte Dame depput six
   commissaires, pour procder au trett, le comte de Morthon a
   desj comparu deus foys par devant eulx, auquel ilz ont remonstr
   que la Royne, leur Mestresse, estoit bien fort presse par la
   Royne d'Escoce et par les princes de son alliance, et encores par
   les seigneurs escouoys, qui tiennent son party, de la restituer;
   et qu'y estant aussi elle mesmes par plusieurs considrations de
   son propre intrest, et du repos de son royaulme, dispose, elle
   avoit bien vollu, premier que de passer oultre, le faire
   appeller, affin qu'il regardt qu'est ce qu'il desiroit obtenir
   pour la seuret du petit Prince d'Escoce, pour la sienne, et de
   tous ceulx qui ont suivy son party, car elle mettroit peyne d'y
   pourvoir.

   A quoy le dict de Morthon a respondu que la dicte Royne d'Escoce
   estoit  juste titre deppose de son estat, et le Prince, son
   filz, lgitimement tabli en icelluy, tant par la cession d'elle
   mesmes, que par aprobation des Estatz, et qu'il estoit desj en
   actuelle possession d'estre Roy, par ainsy qu'il ne failloit
   toucher  ce poinct; mais que, s'il grevoit  la Royne, leur
   Mestresse, de tenir davantaige la dicte Dame en son royaulme,
   qu'ilz la renvoyassent en Escoce, en quelque lieu o elle peult
   s'entretenir, sans toutesfois oster l'authorit  son filz; et
   que desj la Royne d'Angleterre avoit bien esprouv combien il
   luy estoit utille  son royaulme que le gouvernement ne ft point
   chang, lequel se pouvoit aysement meintenir avec son ayde,
   pourveu qu'elle leur continuast l'entretennement de trois mil
   hommes, comme elle avoit faict jusques icy.

   Il luy a est rpliqu que la Royne, leur Mestresse, n'avoit
   forny  l'entretnement des gens de guerre en Escoce, ny n'avoit
   tenu si longtemps son arme en la frontire, que  cause de ses
   rebelles, qui s'toient retirez par dell, laquelle occasion
   cessant  ceste heure, il y auroit trop de dangier que de quel
   aultre mouvement d'armes qui s'y recomment, les estrangiers
   n'y fussent attirez; considrant mesmement que les quatre
   principaulx seigneurs du pays, et toute la noblesse et le peuple,
   estoient du party de la dicte Royne d'Escoce, laquelle,
   d'abondant, offroit, de son cost, pour sa restitution, de bien
   honnorables condicions  leur Mestresse, et pourtant elle estoit
   toute rsolue de passer oultre au dict trett.

   Icelluy de Morthon leur ayant remmor l dessus plusieurs grandz
   inconvniens, si elle la restituoit, leur a, de rechef, propos
   le premier expdient, de la remettre en quelque lieu en Escoce,
   o elle se puysse entretenir, sans changer rien du prsent estat
   du gouvernement, et si, d'avanture, elle ne se veult passer d'y
   vivre en prive, qu'on luy baille quelque petit lieu o elle soit
   mestresse; et a requiz, au reste, que, pour conduyre les choses 
   bonne fin, ilz veuillent faire proroger l'abstinence de guerre
   encores pour deux mois, affin de mettre leur pays en quelque
   repos, et que pareillement leurs merchandz, qui ont desj leurs
   navyres chargs de bledz, d'aranc, de saulmon sall, et aultres
   denres, et toutz prestz  faire voille, ne soient poinct
   arrestez en France.

   Sur laquelle dernire proposition ayant l'vesque de Roz est
   appell, et estant premirement venu consulter de l'affaire
   avecques moy, il a, en leur prsence et moy, par sollicitation
   fort vifvement incist que nulle aultre prorogation debvoit estre
   faicte que de passer oultre, tout prsentement, au dict trett,
   attandu que, dans vingt quatre heures, toutes difficultez
   pouvoient estre vuydes, et les affaires demeurer entirement
   bien accommodez. Mais parce qu'ilz luy ont remonstr qu'encor y
   courroit il toutjour quelque temps, il s'est enfin condescendu de
   leur accorder le dict renouvellement d'abstinence, encores pour
   tout ce mois, soubz promesse toutesfois qu'ilz luy ont faicte
   que, dans le premier jour d'apvril, les choses seront si
   advances qu'on ne doubtera plus du succez qu'elles debvront
   avoir. Et semble,  la vrit, qu'aulcuns des commissaires
   procdent droictement et en bonne sorte  l'expdition de cest
   affaire, mais les aultres s'esforcent bien fort de le traverser.

   Le lundy de caresme prenant, estant l'ambassadeur d'Espaigne, qui
   est icy, venu prandre son disner en mon logis, il m'a dict que,
   le jour prcdent, le cappitaine Orsay, gouverneur de l'isle
   d'Ouyc, luy estoit venu dire, de la part de la Royne
   d'Angleterre, touchant plusieurs ourques fort riches, qu'on a
   nouvellement prinses sur les subjectz de son Maistre, qu'elle
   estoit contante de jetter aulcuns de ses grandz navyres dehors
   pour chastier les pirates, et mesmement ceulx qui s'advouhent au
   prince d'Orange, si les merchans luy vouloient accorder quelque
   petite contribution pour les frais de l'armement, parce qu'il
   n'estoit raysonnable qu'elle le fit  ses despens; et qu'avec la
   colleur de ce propos le dict Oursay luy avoit aussi demand s'il
   vouloit point parler  la Royne, sa Mestresse, s'asseurant
   qu'elle l'oirroit fort vollontiers.

   A quoy le dict sieur ambassadeur luy avoit respondu qu'il luy
   sembloit que les merchans ne vouldroient jamais consentyr  nul
   nouveau subcide, et luy aussi ne le leur vouldroit conseiller,
   pour la consquence qui s'en pourroit ensuyvre, laquelle il
   pensoit bien que le Roy, son Maistre, ne vouldroit oncques
   aprouver, joinct qu'il avoit toutjour estim estre du desir et
   intention, et encores du proffict de la Royne d'Angleterre, que
   la mer ft nette; et elle la pouvoit nettoyer par une seulle
   parolle, parce que les pirates n'armoient, ny s'quipoient, ny
   avoient leur retrette qu'en son royaulme; mais, si luy, qui avoit
   charge en l'isle d'Ouyc, et les aultres cappitaines de la dicte
   Dame se vouloient employer de bonne sorte contre les dicts
   pirates, il procureroit que les merchans leur en fissent une bien
   honneste recognoissance;

   Et, au regard de parler  la dicte Dame, que, toutes les foys
   qu'elle luy feroit entendre d'avoir agrable qu'il exercet son
   office vers elle, comme il faisoit auparavant les prinses, qu'il
   le feroit trs vollontiers, et luy demanderoit audience, et luy
   yroit toutjour faire entendre les bonnes intentions et vollontez
   du Roy, son Maistre. Et a opinion, le dict sieur ambassadeur, que
   la dicte Dame l'avoit plus envoy pour ce dernier poinct, affin
   d'atacher une nouvelle pratique de s'accommoder avec le dict Roy,
   son Maistre, sur les choses passes, que non pour ces nouvelles
   prinses des pirates.

   Cependant le dict ambassadeur et moy avons est advertys que,
   dans ceste rivire de Londres, et en la coste d'Ouest, aulcuns
   particulliers quippent huict ou dix fort bons navyres de guerre
   avec semblant qu'ilz veulent aller aulx Indes, mais le dict
   ambassadeur publie et faict publier tout haut que Pero Melendes
   les attand au passaige.




CLXIVe DPESCHE

--du XIIe jour de mars 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Discussion du trait concernant l'cosse.--Refus du comte de
    Morton d'adhrer aux articles proposs.--Menace faite contre
    lui par lisabeth.--Avis donn par Walsingham que le mariage du
    duc d'Anjou avec Marie Stuart est rsolu en France.--Changement
    produit par cette nouvelle sur les rsolutions de la
    reine.--Insistance de l'ambassadeur pour empcher l'vque de
    Ross de consentir  aucune discussion qui puisse retarder le
    trait.--_Lettre secrte  la reine-mre._ Communications toute
    confidentielles faites par Leicester sur le projet de mariage
    du duc d'Anjou avec lisabeth.


     AU ROY.

Sire, aprs que l'abstinence de guerre a est accorde, encores pour
tout ce mois de mars, entre les depputez d'Escoce de l'ung et de
l'aultre party, et que la dclaration a est faicte au comte de
Morthon comme la Royne d'Angleterre vouloit rsoluement passer oultre
au trett, les commissaires de la dicte Dame luy ont propos qu'il
debvoit adviser  deux poinctz: l'un, de se rtracter de la procdure,
que luy et ceulx de son dict party avoient faicte pour depposer la
Royne d'Escoce, parce qu'ilz n'avoient nulles raysons, tant apparantes
fussent elles, que les princes souverains les vollussent jamais
approuver, ausquelz toutesfoys, comme  ceulx qui estoient constituez
de Dieu pour suprmes juges et excuteurs des derniers jugemens en
terre, ceste cause debvoit enfin parvenir; le segond, que ne voulant
plus la Royne, leur Mestresse, meintenir la dicte cause de sa part, il
regardt qu'est ce qu'il desiroit luy estre pourveu par le trett pour
la seuret sienne, et de ceulx qui l'avoient envoy.

Ausquelles deux choses, comme il s'efforoit d'y vouloir respondre
asss promptement et sans ordre, aulcuns des dicts commissaires l'ont
pri, et croy que artifficieusement, affin de luy dresser cependant sa
responce, qu'il ne se vollust haster de la bailler jusques  ce qu'il
en eust bien  loysir confr avec ses collgues, parce que leur
Mestresse s'attandoit d'estre ceste foys rsolue de son intention,
affin de se rsouldre elle mesmes des moyens qu'elle auroit, puys
aprs,  tenir sur tout le reste du trett. Dont,  deux jours de l,
le dict de Morthon est retourn devers les dicts commissaires, et leur
a respondu que les occasions, pour lesquelles la Royne d'Escoce estoit
deschasse de son estat, avoient pi est nottiffies  la Royne
d'Angleterre et aulx seigneurs de son conseil avec tant de preuve et
de vrit qu'il ne vouloit  prsent y dire, ny desduyre, sinon cella
mesmes qui desj avoit est dict et miz par escript, et qu'il tournoit
le produyre de rechef devers eulx; dont leur a exib incontinent la
procdure faicte  Yorc: et, quant au segond poinct, il les prioyt de
considrer qu'aussitost que la juste privation et puis la dimission
vollontaire de la dicte Dame avoient est dclaires, le Prince son
filz avoit lgitimement est subrog en l'estat, et desj couronn Roy
d'Escoce; auquel luy et les bons subjectz du pays avoient prest la
foy et srement, duquel ilz ne vouloient, ny pouvoient avec leur
honneur, meintennant se despartyr; et pourtant, il suplyoit la Royne
d'Angleterre de les vouloir toutjours favoriser et soubstenir en
cestuy leur juste et honneste debvoir, attandu mesmement que les
choses en Escoce s'estoient, jusques icy, conduictes, et se
conduysoient encores fort bien et par bon ordre, soubz l'auctorit du
jeune Roy; et que, quant bien elle le vouldroit habandonner, qu'ilz
n'auroient pourtant ny faulte de moyens ny de forces pour le
soubtenir, et pour contraindre le reste du royaulme de luy obyr.

Laquelle responce estant par quatre des dicts commissaires raporte 
la Royne d'Angleterre, elle a dict qu'elle sentoit l'arrogance et la
duret d'un cueur bien obstin, et qu'elle savoit que le dict Morthon
ne l'avoit apporte telle de son pays, ains l'avoit aprinse icy
d'aulcuns de ceulx mesmes du conseil, lesquelz elle vouloit bien dire
qu'ilz estoient dignes d'estre penduz  la porte du chasteau, avec un
rollet de leur adviz au coul; et que sa vollont estoit que le dict
Morthon ne bouget ou de Londres, ou de la suyte de sa court, jusques
 ce que quelque bon expdiant eust est miz en cest affaire.

Ceste dmonstration de la dicte Dame nous a donn quelque argument de
bien esprer de son intention; mais l'artifice des adversaires l'a
bientost destourne, car, oultre leurs trames de court, et celles
qu'ilz pratiquent encores en Escoce, voycy, Sire, ce que a escript le
Sr de Valsingan  la dicte Dame du cost de France: qu'il a descouvert
ung propos, qui se mne bien chauldement pour maryer Monsieur, frre
de Vostre Majest, avec la Royne d'Escoce, et que le Pape luy promect
la dispence et beaucoup d'avantaiges au monde en faveur du dict
mariage, et que les choses en sont si avant que Mon dict Seigneur
promect d'y entendre, aussitost que, par ce trett, la dicte Dame sera
restitue en son estat; et que, ores que le trett ne succde, qu'il y
a entreprinse dresse pour la venir tirer par force hors d'Angleterre.
A ceste cause, il suplye sa Mestresse de vouloir bien considrer
lequel des deux inconvnians elle ayme mieulx vitter; et que, quant
 luy, il ne luy peult dire sinon qu'elle sera trs mal conseille, si
elle se dessaysyt jamais de la Royne d'Escoce.

Cest adviz a renouvell une si extrme jalouzie dans le cueur de ceste
princesse, que je tiens le trett non seulement pour beaucoup
travers, mais toutz les affaires et la personne mesmes de la dicte
Royne d'Escoce en asss grand dangier. Et desj ayant commanc la
dicte Royne d'Angleterre de procder plus estroictement avec le dict
de Morthon, elle a faict dire  l'vesque de Roz qu'il veuille bailler
une responce par escript aulx choses que icelluy de Morthon a dictes,
et produictes de rechef, contre sa Mestresse; et qu'encores qu'elle,
de sa part, n'en demeure que bien satisfaicte, que nantmoins cella
servyra beaucoup de donner aucthorit au trett: qui est ung poinct,
Sire, pour non seulement acrocher la matire, mais pour attribuer, peu
 peu, de l'authorit et jurisdiction  ceste couronne sur celle
d'Escoce. Dont m'a sembl de conseiller  l'vesque de Roz de n'en
faire rien, et de n'entrer, en faon du monde,  contester icy les
droictz et tiltres de sa Mestresse, comme n'estant,  prsent,
question de cella, ny d'aulcune aultre chose que de tretter
amyablement, entre les deux Roynes, de la restitution de celle qui est
hors de son estat; et que le dict Morthon n'avoit que faire au dict
trett, sinon pour y requrir, si bon luy sembloit, sa seurt et celle
des siens;  quoy pouvoit estre pourveu par ung seul article, aprs
que les aultres seroient accordez; et qu' cette occasion il requist
d'estre procd promptement avecques luy, et avec les aultres depputez
de la Royne, sa Mestresse, sur les articles desj proposez, ou bien
leur donner cong de s'en retourner. Et ay tant faict qu'il s'est
fermement arrest d'en user ainsy; dont espre qu'en brief nous aurons
ou la conclusion, ou la ropture du dict trett, et que je vous pourray
informer des particullaritez que m'avez escriptes par vos dernires du
XIXe du pass, touchant vostre vertueuse et prudente rsolution en
cest endroict[2], laquelle je mettray peyne qu'elle puysse ruscyr
bien utille, et qu'elle soit ayde et favorise d'icy, ou aulmoins non
oprime par les forces de ce royaulme; vous suppliant trs humblement,
Sire, de diffrer, jusques  mes prochaines, l'expdition du frre du
cappitaine Granges, qui arrivera bientost devers Vostre Majest, parce
que c'est sur luy qu'il semble estre bon de faire fondement, estant
homme solvable et de bonne intention. Sur ce, etc.

     Ce XIIe jour de mars 1571.

  [2] Cette lettre annonce la rsolution formelle du roi d'envoyer
  en cosse, pendant six mois,  partir du premier mars, le secours
  de quatre mille cus par mois, sollicit par les dputs de Marie
  Stuart. Voir le _Supplment  la Correspondance Diplomatique de
  La Mothe Fnlon_.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, par ung commung amy, que Mr le comte de Lestre et moy avons
accoustum de nous communiquer l'ung et l'aultre, lequel il envoya
hyer quryr, il m'a mand qu'il a toutjour est du party de France, et
qu'il luy importe, de toute sa fortune et mesmes de la vie, qu'il se
meintiegne tel, et qu'il puysse relever toutjour le dict party en
Angleterre, aultant que faire se pourra; dont s'estant oppos jusques
icy  ceulx, qui y soubstiennent la part d'Espaigne, et au mariage de
l'archiduc, il a attandu l'oportunit de voir qu' bon esciant la
Royne, sa Mestresse, se vollt maryer, et que la ncessit la
contraignt de l'estre, et lors il luy a persuad, puysqu'elle ne
vouloit avoir sinon ung prince de sa qualit, qu'elle deust en toutes
sortes prandre Monseigneur, vostre filz; et que, quant ung ange du
ciel m'annonceroit,  ceste heure, aultrement, parce qu'il savoit
que, en France et en ce royaulme, l'on en faict divers discours, je ne
vollusse croyre que la dicte Dame ne ft toute rsolue de prandre
party, et trs bien dispose  celluy de Mon dict Seigneur, et avec
telle affection qu'il se trouvoit en terme d'estre ruyn et perdu, si
le propos ne se continuoit, comme il l'a commenc; car ceulx mesmes,
qui y estoient les plus contraires, qui sont ses ennemys, impryment 
la dicte Dame que la froydeur, dont l'on y va en France, et celle du
cardinal de Chastillon icy, et ce que je n'en parle point, procde du
dict comte mesmes, qui veult meintenant faire tumber la rsolution et
la ncessit, o la dicte Dame en est,  l'espouser  luy; et soubz
main ayantz fort estroictement confr de l'affaire avec l'ambassadeur
d'Espaigne, ilz mettent,  ceste heure, en avant  la dicte Dame
d'espouser le filz ayn de l'Empereur, l'eage duquel ilz asseurent n'y
avoir  dire d'icelluy de Monseigneur que de demy an, et qu'il est de
plus belle taille que l'archiduc; lequel l'Empereur a finement mary
ailleurs pour rserver ce party  son filz; et qu'il est trs certain
que la dicte Dame, si elle ne trouve correspondance en France, qu'elle
fera des rsolutions ailleurs, qui, possible, nous seront
dommageables; qu'il ne pense pas que Voz Majestez Trs Chrestiennes ne
cognoissent asss que ceste princesse et son royaulme sont  desirer,
et que Mon dict Seigneur ne peult avoir que honneur de desirer l'ung
et l'aultre, et de s'advancer de les demander toutz deux; mesmes
qu'il n'est pas fille, pour debvoir craindre que ung reffuz luy puysse
faire perdre un aultre party; et que, s'il veut qu'on y aille
secrectement, qu'encores le veult on plus de ce cost, mais au moins
que Voz Majestez fissent dire ou escripre quelque chose, en la plus
convenable faon qu'elles adviseroient, pour faire voir qu'elles
recognoissent la bonne intention de ceste princesse; qu'elles la
veulent entretenir, et qu'il ayt moyen de luy parler librement de
l'affaire, de respondre aux difficultez qu'on y vouldra opposer, et le
conclurre premier qu'il soit publi; qu'il failloit qu'il ft bientost
rsolu de cecy, parce qu'il ne vouloit, ny n'estoit besoing pour nous,
qu'il demeurast hors du nombre de ceulx qui tretteront party  la
dicte Dame, ains, d'o qu'elle en preigne, qu'il soit toutjour ung des
premiers qui s'en mesle; et par ainsy que, si le singulier desir,
qu'il a vers la France, ne luy ruscit, qu'il advisera, le mieulx
qu'il pourra, de s'accommoder vers l'Espaigne.

Je luy ay respondu que Mr le cardinal de Chastillon avoit ouvert ce
propos, et que j'estimois qu'il avoit le soing de le conduyre, et que
Voz Majestez ne m'en avoient encores rien mand en particulier;
seulement je cognoissois, par toutes voz lettres, qu'il y avoit, de
vostre part, une trs grande affection de confirmer davantaige
l'amyti, bonne intelligence et alliance, avecques la Royne, sa
Mestresse, et qu'il ne tiendroit qu' elle que cella se perptut
jamais; que je ne faisois doubte que le bruict du dict mariage n'eust
faict descouvrir en France, et icy, qu'il y en a infinys qui seroient
trs marrys qu'il succdt, et qui s'esforceroient d'y mettre toutz
les obstacles, qu'il leur est possible, jusques  s'ayder de faulces
inventions, comme est celle qu'il m'avoit mande qu'on trettoit de
maryer Mon dict Seigneur avec la Royne d'Escoce, et que luy et Mr le
cardinal de Lorrayne et Mr le Nunce en heussent tenu de bien estroictz
conseilz ensemble, chose qui n'avoit nulle apparance de vrit; mais
il estoit bien certain qu'on avoit dict et escript tant de difficultez
de de, qu'il ne debvoit trouver estrange que Voz Majestez en
demeurassent en quelque suspens; que je vous escriprois dilligentement
le tout par le menu, et vous reprsanterois fort expressment sa bonne
intention, et celle qu'il m'asseuroit telle de sa Mestresse, que les
anges mesmes ne m'en debvoient faire rien croyre au contraire, affin
de luy en randre response le plus tost que faire se pourroit. Et par
ce, Madame, que j'ay devant les yeulx les trois considrations, que
m'avez mandes par le Sr de Sabran, sur lesquelles je vous ay despuys
faict entendre ce qui m'en semble, je vous supplie trs humblement me
commander,  ceste heure, quel ordre, quel langaige et quel moyen
j'auray  y tenir; et sur ce, etc. Ce XIIe jour de mars 1571.




CLXVe DPESCHE

--du XVIIe jour de mars 1571.--

(_Envoye par homme exprs jusques  Calais._)

  Irrsolution des Anglais sur le parti qu'ils doivent prendre 
    l'gard de Marie Stuart.--Vive insistance de l'ambassadeur pour
    qu'il soit procd au trait.--Discussion des articles
    proposs.--Ngociation des Pays-Bas; plaintes et menaces
    d'lisabeth contre le roi d'Espagne.


     AU ROY.

Sire, la Royne d'Angleterre a est si vifvement persuade par une
partie des siens, et non moins dissuade par l'aultre, de restituer
la Royne d'Escoce, qu'elle s'est enfin trouve de ne savoir bonnement
ausquelz incliner; et eulx mesmes, par les raysons les ungs des
aultres, ont est si irrsoluz et ont tant crainct que les
inconvnientz qui pourroient advenir, si ceste princesse estoit
restitue, et ceulx aussi qui certainement adviendroient, si elle ne
l'estoit pas, leur fussent par aprs redemandes, qu'ilz avoient une
foys dlayss, de toutz costez, de plus en parler; seulement ilz
s'aydoient d'artiffices et de bruictz, et d'inventions, pour mouvoir
la dicte Dame chacun  son opinion, comme si elle s'y rsolvoit d'elle
mesmes; et pressoient l'vesque de Ross de respondre aulx accusations,
que le comte de Morthon avoit, de rechef, produictes contre sa
Mestresse. Mais s'estant le sieur vesque fermement rsolu  ce que
nous avons arrest, qu'il n'entreroit en aulcune contestation de
droict, ny de tiltre, ny de la personne de la Royne, sa Mestresse; et
n'ayant, ny luy ny moy, pour cella cess de presser noz amys sur
l'advancement du trett, ny, de ma part, obmiz de solliciter par
offres, par prires, et encores par menaces, le comte de Morthon; l'on
est, despuys trois jours, retourn  continuer le dict trett, lequel
semble que les commissaires, pour l'honneur et pour la seuret de la
Royne, leur Mestresse, le veulent meintenant restreindre  quatre
poinctz:

Le premier est d'asseurer si bien ceulx du contraire party, qu'ilz
n'ayent  se doubter  jamais ny de leurs personnes, ny de leurs
biens, ny de leurs estatz; et que, pour ceste occasion, il soit
rserv lieu et auctorit en Escoce aulx comtes de Lenoz et de
Morthon, par o ilz n'ayent occasion de craindre le contraire, et que
la capitulation, qui s'en fera, soit en forme ung peu plus expresse
qu'on n'a accoustum d'user aulx aultres rbellions, parce qu'ilz ont
estably et couronn ung Roy contre la Royne d'Escoce. Le segond poinct
est d'avoir le Prince d'Escoce, d'o deppend toute la conclusion de
l'affaire; et, de tant que le dict Prince est en la garde du comte de
Mar, lequel n'obyst  la Royne d'Escoce, qu'elle monstre par raysons
probables comme elle le pourra faire venir ez mains de la Royne
d'Angleterre. Le troisiesme est de bailler des ostaiges, et iceulx si
principaulx qu'on ne puysse sans leur vollont, ou contre icelle,
dresser rien en Escoce au prjudice de ce royaulme. Et le quatriesme
poinct est de consigner aulcunes des meilleures places du pays  la
dicte Royne, leur Mestresse, ou accorder qu'elle en y puysse faire
fortiffier quelques unes.

Auxquels quatre poinctz iceulx depputez de la Royne d'Escoce ont desj
baill des responces, fort aprochantes de l'accord, sinon au dernier,
lequel ilz ont du tout reffuz, allgans que je leur avois desj
signiffi, s'ilz accordoient nulles places aulx Anglois, qu'il
failloit qu'ilz en accordassent aultant  Vostre Majest; et est
l'vesque de Ross en ceste opinion qu'on n'incistera par trop  cest
article. Nantmoins il me semble qu'on procde sur icelluy et sur les
aultres par grandes difficultez, et que la matire n'est encores
preste  conclure; dont attendons la responce de la Royne d'Escoce sur
les particullaritez, que luy avons desj escriptes, affin de la mander
incontinent  Vostre Majest.

Les depputez de Flandres sont arrivez, lesquelz seront ouys aprs
demain, et cependant huict des principaulx seigneurs de ce conseil,
qui estoient lundy dernier en ceste ville, ont faict venir vers eulx
l'ambassadeur d'Espaigne, auquel ayant faict honneur et bonne
rception, ilz luy ont asss sommairement parl du faict des prinses,
mais ilz se sont asprement pleintz  luy de ce qu'on avoit miz en
pryson ung anglois en Espaigne, parce qu'il avoit adverty la Royne, sa
Mestresse, des mauvaises pratiques que Stuqueley meine par dell
contre elle, et des aprestz, qui se font en Espaigne, pour faire une
entreprinse en Yrlande; sur quoy ilz luy vouloient bien dire que le
dict Anglois estoit injustement dettenu, par ainsy qu'il advist de le
faire mettre en libert; et que la Royne, leur Mestresse, n'avoit
donn aulcune occasion au Roy, son Maistre, d'attempter rien par armes
contre elle, ny contre ses pays; et, quant il le vouldroit faire,
qu'elle sayt comme y rsister, et comme encores prendre asss de
revenche, pour luy donner occasion de s'en repentyr, ensemble  ceulx
qui le luy auront conseill. Sur quoy le dict sieur ambassadeur a
respondu que rien de semblable n'estoit encores venu jusques  sa
cognoissance, et qu'il en escriproit en dilligence au Roy, son
Maistre; nantmoins qu'il ozoit prandre sur le prilh de sa vie que ce
qu'ilz luy disoient, de l'entreprinse d'Yrlande, estoit une chose
faulce et suppose, et qu'il n'entendoit,  prsent, aultre chose de
l'intention du Roy, son Maistre, sinon qu'il l'avoit fort bonne, de
persvrer en bonne paix et en l'ancienne confdration qu'il a avec
la Royne, leur Mestresse, et avec son royaulme. Dont, de l en avant,
leurs propos se sont continuez avec plus de gracieuset, de sorte
qu'ilz se sont despartys bien contantz les ungs des aultres. Despuys
j'ay sceu qu'on prpare d'envoyer pour cest effect le jeune Coban
devers le Roy Catholique, et qu'on dresse ung armement de huict grandz
navyres, soubz la conduicte de Milord Grey, pour cependant garder la
coste d'Yrlande, et qu'on envoye nouvelles provisions et argent 
milord Sideney, affin de pourvoir  la deffance du pays, et qu'on a
faict cryer icy que ung chacun ayt armes, chevaulx et quipage, prestz
pour marcher, quant la Royne le commandera. A la vrit ceulx cy
monstrent de parolle qu'ilz veulent accorder des diffrans des
prinses, mais ilz continuent encores par effect d'arrester toutjours
les navyres et merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne; et,
despuys peu en , ilz ont faict descharger huict grandes ourques bien
fort riches en divers portz de ce royaulme; et si, avoient desj donn
cong  aulcuns particulliers, qui avoient arm, d'aller aux Indes,
mais, despuys six jours, on a mand d'arrester toutz navyres, affin de
servyr  la deffance d'Yrlande, si l'on voit qu'il en soit besoing.
Sur ce, etc.

     Ce XVIIe jour de mars 1571.




CLXVIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de mars 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais  la conduite du Sr Rydolfi._)

  Audience.--Rception faite  lord Buchard  Paris.--Satisfaction
    de la reine sur la rponse du roi au sujet de
    l'Irlande.--Plainte contre les entreprises que le roi d'Espagne
    projette sur ce pays.--tat de la ngociation concernant
    l'cosse.--Mort du cardinal de Chatillon.


     AU ROY.

Sire, estant all, jeudi dernier, affin de satisfaire aulx depputez de
la Royne d'Escoce, trouver la Royne d'Angleterre  Grenvich, j'y suys
arriv sur le poinct que ceulx de son conseil venoient de dbattre,
devant elle, les poinctz du trett avec tant de contention entre
eulx, qu'elle avoit est contraincte de dire  l'ung de la compaignie
qu'il estoit un fol et ung tmraire, luy deffandant de plus se
trouver en sa prsence au dict conseil; dont n'est venu que bien 
propos que j'aye heu  parler  la dicte Dame d'une aultre matire
plus gracieuse, premier que de luy toucher de celle l. Et ainsy luy
ay dict qu'il y avoit assez longtemps que je n'avois receu des
nouvelles de France, et que je venois exprs ceste foys pour voir et
savoir des siennes, affin d'en faire part  Voz Trs Chrestiennes
Majestez, qui ne pourriez recevoir plus grand playsir que d'entendre
de la belle et bonne disposition, en quoy, grces  Dieu, je la
voyois; et que Vous, Sire, par voz dernires du XIXe du pass,
monstriez desirer qu'elle ft demeure bien satisfaicte de la
responce, que luy aviez faicte sur les choses d'Yrlande, et me
commandiez la luy reprsanter de rechef, et que vostre dellibration
estoit de conserver inviollablement la bonne amyti, que vous aviez
avec elle.

La dicte Dame, avec grand playsir, m'a respondu que, puysque je ne luy
comptois point des nouvelles de France, elle me vouloit dire que
l'entre de Vostre Majest estoit desj faicte, dez le premier mardy
de mars, de laquelle milord de Boucart luy avoit mand plusieurs
choses honnorables et bien fort magniffiques, et luy avoit aussi
escript du combat de la barrire, et de voz aultres exercisses, bien
fort  la louange de Vostre Majest, et de Monseigneur vostre frre,
et de vostre court; et qu'ung sien escuyer, qu'elle avoit envoy avec
le dict de Boucard, lequel estoit desj de retour, affermoit que, sans
faire comparaison de roys, parce qu'il n'en avoit jamais veu nul
aultre que Vostre Majest, il n'estoit possible que prince, ny
seigneur, ny gentilhomme, peult aller plus gaillardement, ny avec
plus d'adresse,  toutes sortes de combat de pied et de cheval, qu'il
vous y avoit veu aller; et luy en avoit racompt aulcunes
particullaritez, qu'elle avoit prins si grand playsir de les ouyr,
qu'elle les luy avoit faictes redire plusieurs foys, non sans bien
fort souhayter qu'elle eust peu estre une tierce royne, prsente  les
voir; et qu' la vrit, elle eust trop vollontiers rserv pour elle
la commission de s'aller conjouyr avec Voz Trs Chrestiennes Majestez
de voz prsentes prospritez, que de l'avoir donne  milord de
Boucard, si ainsy se ft peu faire; s quelles prospritez elle
comptoit celle l pour bien grande, que la Royne Trs Chrestienne se
trouvoit releve de tout son mal, sinon de celluy de la groysse,
duquel elle accoucheroit, avec l'ayde de Dieu, bien heureusement dans
neuf mois prochains, me priant l dessus l'excuser, si, pour jouyr du
portraict de la dicte Dame, parce que c'est ung seul contantement
entre les princes, qui aultrement ne se voyent jamais, elle aprouvoit
le larrecin qu'on en avoit faict en France, et l'a tir incontinent de
sa pochette pour me le monstrer, me demandant si elle estoit ainsy en
bon poinct, et le teint si beau, comme la peinture le remonstroit; et
qu'au reste elle ne vouloit faillir de vous randre le plus exprs
grand mercys, qu'il luy estoit possible, pour la tant favorable
rception, que vous aviez faicte non seulement  milord de Boucard,
car celle l estoit convenable pour ung qui eust est plus grand que
luy, bien qu'il soit son parant, mais encores  toutz ses aultres
gentishommes, qu'elle avoit envoyez en sa compaignie, qui s'en
louoient infinyement: de quoy elle vous avoit une bien fort grande
obligation, et rputoit trop plus que bien employ l'honneur qu'elle
avoit desir vous faire par ceste visite; qu'elle auroit grande
occasion de se douloir de moy, si je ne vous avois desj faict
entendre le contantement et grande satisfaction qu'elle avoit receu de
vostre bonne responce sur les choses d'Yrlande; et que si, du temps
que voz affres n'alloient guires bien, elle avoit monstr par euvre
sa ferme persvrance en vostre amyti, vous debviez bien croyre,
Sire, que meintenant, en vostre prosprit, elle ne seroit pour s'en
despartyr, et que vous ne doubtiez, quoy que puysse advenir, que, de
son cost, il y ayt jamais faulte; que la pleinte d'Yrlande se
transfroit meintenant sur le Roy d'Espaigne, lequel, s'il persvroit
en ce qu'elle en avoit desj entendu, il monstreroit que non seulement
il aymoit les trahysons, desquelles quelquefoys les princes se savent
ayder, mais encores les traystres, que nulz vrays princes n'ont jamais
vollu regarder de bon oeil; et qu'elle s'esbahyssoit bien fort comme,
estant si catholique, il ne mettoit fin  la guerre du Turc, premier
que d'en commancer une aultre  une princesse chrestienne; et qu'elle
esproit, en tout vennement, que Vostre Majest ne trouveroit mauvais
qu'elle entreprnt de trs bien se deffandre.

Je luy ay respondu, Sire,  ung chacun poinct de ses honnestes propos,
le plus gracieusement qu'il m'a est possible, conforme aulx motz bien
exprs et fort propres, qu'il vous a pleu souvent m'en mander en voz
lettres, et me semble qu'elle en est demeure bien fort contante; et,
quant  l'entreprinse d'Yrlande, que j'estimois, Sire, que vous auriez
grand regrect de voir sourdre aulcune occasion de guerre entre deux si
prochains vos alliez, comme sont le Roy d'Espaigne et elle, et s'il
estoit en vostre puyssance d'y obvier que vous y employeriez trs
vollontiers; et de la deffance, dont elle m'avoit parl, si,
d'avanture, il en failloit venir l, je ne faisois doubte que Vostre
Majest ne la rputt de droict naturel et estre loysible  ung chacun
de lgitimement s'en ayder. Sur la fin, Sire, je luy ay dict que vous
me commandiez de vous donner compte en quoy l'on estoit meintenant du
trett de la Royne d'Escoce, et que vous ayant, elle, faict dire par
ses ambassadeurs, et escripre par moy, que la dicte Dame luy avoit
faict des offres, lesquelles elle avoit trouvs bien honnorables, vous
rputiez desj l'accord comme conclud entre elles, et ainsy le
respondiez  ceulx qui vous incistoient en ceste affaire, tant princes
que aultres; par ainsy, qu'il luy pleust me dire ce que j'aurois
meintenant  vous en mander.

La dicte Dame m'a respondu, en faon,  la vrit, peu contante,
qu'elle se doubtoit bien que je ne passerois ceste audience sans luy
parler de la Royne d'Escoce, laquelle elle desiroit estre moins en
vostre souvenance, et encores moins en la mienne; nantmoins que je
vous pouvois escripre qu'il n'estoit possible d'user de plus grande
dilligence que celle qu'on mettoit  parfaire le trett, et qu'elle
laissoit  Mr de Roz de me dire particullirement en quoy l'on en
estoit meintenant. Et soubdain s'est mise  discourir aulcunes
particullaritez, qu'on luy a rapportes, que Mr le cardinal de
Lorrayne avoit dictes et faictes contre elle; lesquelles j'ay miz
peyne de luy dissuader, et s'est l'audience termine bien fort
gracieusement.

Le jour d'aprs, le comte de Morthon a est appell et a est bien
fort press de consentyr au restablissement de la Royne d'Escoce, et 
bailler le Prince d'Escoce ostage pour elle par de, ou qu'aultrement
il seroit habandonn de la Royne d'Angleterre, laquelle mesmes s'yroit
joindre  l'aultre party; et la comtesse de Lenoz a monstr qu'elle
inclinoit  ce poinct. Le dict de Morthon s'est trouv fort perplex,
et a demand temps d'y penser; il demeure encores bien ferme, et
prtend d'obtenir quelque relasche, par prtexte d'aller rassembler
les Estatz d'Escoce, premier que de pouvoir bailler ung asss vallable
consentement en chose de si grande importance. Despuys, le Sr de
Vassal est arriv, avec les lettres de Vostre Majest, du VIIe et Xe
du prsent, sur lesquelles j'yray encores revoyr la Royne
d'Angleterre, ung jour de ceste sepmaine. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour
de mars 1571.

   Ainsy que je signois la prsente, l'on m'est venu advertyr que,
   hyer au soir, monsieur le cardinal de Chastillon avoit perdu la
   parolle et estoit hors de toute esprance; et ung aultre me vient
   de dire qu'il est desj trespass.




CLXVIIe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de mars 1571.--

(_Envoye par homme exprs jusques  Calais._)

  Audience.--Retour de lord Buchard  Londres.--Remercment de la
    reine pour l'accueil qu'il a reu en France.--Nouveaux pouvoirs
    demands par le comte de Morton aux tats d'cosse.--Nouvelles
    de Flandre et d'Irlande.--Mission de sir Henri Coban en
    Espagne.


     AU ROY.

Sire, je suys all, de rechef, trouver la Royne d'Angleterre 
Grenvich, pour le mercyment que Vostre Majest, par ses lettres du Xe
du prsent, me commandoit de luy faire; laquelle a est de tant plus
curieuse d'entendre ce que je luy en ay vollu dire, que milord de
Boucard n'estoit encores arriv, et a monstr d'avoir ung extrme
playsir que Voz Majestez ayent vollu prandre  honneur ceste sienne
visite et son prsent d'hacquenes; et que je l'aye asseure que vous
n'estimez que cella soit tant procd de l'ordinaire observance
d'entre les princes, comme d'une habondance d'affection et de
bienveuillance qu'elle vous porte, et que vous l'avez receu pour ung
trs asseur gaige, qu'elle veult fermement persvrer en vostre
amyti; et que ceste sienne publique dmonstration de vous honnorer
vous a est de grande satisfaction, non seulement pour Voz Majestez
Trs Chrtiennes et pour vostre court, mais encores pour les princes
et estatz estrangiers qui avoient l leurs ambassadeurs; adjouxtant
quelque mot de l'ellection, qu'elle avoit vollu faire de ce milord,
son parant, pour le vous envoyer, qui s'estoit fort dignement acquitt
de sa charge; dont me commandiez l'asseurer que l'obligation, que vous
lui aviez de toutes ces choses, ne seroit colloque en ung prince
ingrat ny mescognoissant, ains en ung prince trs dispos de
l'honnorer, et de luy randre avec pareilles dmonstrations les vrayes
oeuvres de sa bonne intention envers elle; et que, pour revanche des
hacquenes, si elle avoit envye d'aulcune chose, qui se peult
recouvrer entre toutes les commoditez de vostre royaulme, que vous
auriez trs grand playsir de l'en gratiffier.

La dicte Dame m'a respondu qu'en nulle chose de ce monde, il ne luy
estoit advenu d'obtenir si bien tout l'effect de son desir, fors en
ung poinct seulement, qu'en ceste cy; qui n'avoit prtandu par icelle
que d'en satisfaire  son debvoir, vous donner contantement, et
monstrer au monde qu'elle vous veult de tout son pouvoir honnorer, ce
que vous aviez vollu luy agrer si grandement, et vous en contanter,
et le recepvoir encores avec une si publique dmonstration d'honneur,
qu'elle remercyoit Dieu de luy avoir miz au cueur de le faire; et
qu'en cella seul se trouvoit intresse qu'ayant estim vous obliger
par ce moyen vers elle, elle s'en trouvoit en trs grande obligation
vers vous, me priant de luy ayder, par mes lettres,  vous en randre
ung trs grand mercys, et vous donner aultant d'asseurance de son
affection et dvotion envers Voz Trs Chrestiennes Majestez, en tout
ce qui concerne vostre grandeur, et la flicit de vostre mariage, la
paix de vostre royaulme, l'establissement de voz affaires,
l'inviolable observance de son amyti et intelligence avec la France,
comme il est en sa foy et parolle, devant Dieu et le monde, de le vous
pouvoir jurer et promettre. Et ne s'est diverty pour lors le propos 
nulz aultres termes qu' continuer ceulx cy, et semblables, avec
grande affection et avec beaucoup de contentement de la dicte Dame.

Despuys, mon secrtaire est arriv avec la dpesche de Vostre Majest
du XIIIe de ce mois, et bientt aprs, milord de Boucard, lequel la
dicte Dame a receu et toute sa compaignye avec grande dmonstration de
faveur; mais je ne say encores des particularitez de son raport,
sinon qu'on m'a asseur qu'il l'a faict fort bon. Et, au regard du
trett de la Royne d'Escoce, le comte de Morthon a est si press
d'accorder la restitution d'elle, et de bailler le Prince d'Escoce par
de, qu'il n'a trouv aultre remde que de jurer, avec srement
solemnel, qu'il n'avoit nul pouvoir suffisant de le faire; mais qu'il
yroit vollontiers assembler les Estatz pour le se faire donner. Dont a
est advis de leur donner quelque temps pour y pourvoir,  la charge
que, s'il ne revient au jour prfix, et qu'il n'apporte consentement
d'accorder  toutes les choses, qui seront trouves honnestes pour
parachever le trett, que la Royne d'Angleterre procdera sans luy,
et habandonnera entirement son party; dont a est dpesch ung
corrier en dilligence devers la Royne d'Escoce pour avoir son
consentement  ce que le dict de Morthon et ses collgues, et
pareillement deux des depputez de la dicte Dame, s'en puyssent
retourner; et que, par mesmes moyen, une aultre prorogation
d'abstinance de guerre soit prinse; et que cependant l'on procdera
avec l'vesque de Roz  l'accord des aultres poincts d'entre les deux
roynes.

Les depputez de Flandres ont est amyablement receuz de la Royne
d'Angleterre, laquelle leur a promiz, en gnral, une bonne expdition
de leurs affaires; et despuys ilz ont est ouys des seigneurs de son
conseil, avec lesquelz, quant ilz sont venuz aulx particullaritez, il
s'y est trouv encores plusieurs difficultez, qu'on est aprs  les
dmesler. Les provisions pour Yrlande se continuent toutjours, parce
qu'il semble que trois vaysseaulx espaignolz ayent compareu en la
coste du dict pays, et qu'il a couru bruict que Estuqueley se venoit
remettre en une sienne terre, que la Royne d'Angleterre a donne  ser
Peter Carho. Et est certain que la dicte Dame crainct assez d'avoir
quelque guerre de ce cost, dont, pour s'en esclarcyr, elle prpare le
voyage du jeune Coban en Espaigne; duquel j'entendz que la commission
portera quatre chefz: l'ung, de faire entendre au Roy Catholique
l'occasion pourquoy elle a faict, l'anne passe, arrester les biens
et navyres de ses subjectz; le segond, pourquoy son ambassadeur fut
quelque temps resserr; le troisiesme, qu'elle se plainct qu'il ayt
receu et qu'il meintienne ses rebelles, comme est Estuqueley, lequel
elle demande luy estre renvoy, ou, au moins, qu'il soit chass hors
de ses pays; et le quatriesme, qu'elle luy envoyera ung ambassadeur
pour rsider prez de luy, s'il le veult ainsy recepvoir comme il
appartient. Sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de mars 1571.




CLXVIIIe DPESCHE

--du premier jour d'apvril 1571.--

(_Envoye jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Sursis aux affaires d'cosse et d'Irlande.--Soupon rpandu 
    Londres que le cardinal de Chatillon est mort par le
    poison.--_Lettre secrte  la reine-mre._ Dtails sur la
    ngociation du mariage du duc d'Anjou.--Conversation
    confidentielle entre Leicester et l'ambassadeur.--Ncessit de
    faire une proposition officielle du mariage.


     AU ROY.

Sire, il ne m'est beaucoup rest, aprs celles que vous ay escriptes
du XXVIIIe du pass, que adjouxter meintenant icy des nouvelles de
de, si n'est de vous confirmer, Sire, que le rapport de milord de
Boucard a est si bon et si honnorable, et tant plein de louanges de
Vostre Majest, et de la Royne, et de la Royne vostre mre, et de
Messeigneurs voz frres, et de toute vostre court, et encores, de
l'esplendeur d'icelle, et des bonnes chres qu'il y a receues, et des
prsents que Vostre Majest luy a faictz, et des magnifficences de
vostre entre, et des aultres choses qu'il a ouyes et cognues par
dell concerner l'amyti que voulez garder  la Royne, sa Mestresse,
et  son royaulme, qu'il en a rendu la dicte Dame la plus contante et
satisfaicte qu'il est possible, ce qui seroit trop long  vous rciter
en particullier; mais il semble bien, Sire, tout  ung mot, que ce qui
a est faict en l'endroict du dict Boucard se monstre estre bien et
utillement employ.

Il y a trois jours qu'on n'a rien touch au trett de la Royne
d'Escoce, attendant la responce que la dicte Dame fera sur le cong
que le comte de Morthon demande, lequel je ne voys pas qu'il se puysse
bonnement empescher, bien qu'il semble que la dicte Royne d'Escoce le
reffuzera du tout; mais l'on essayera au moins d'obliger le dict de
Morthon  de si expresses conditions, de son brief retour, et
d'aporter le pouvoir d'accorder  la restitution de la dicte Dame,
que, s'il y fault, le trett ne layssera pourtant de passer oultre
sans luy. Et j'ay bien opinion, Sire, que nul des deux partys des
Escouoys, qui sont meintenant icy, ne se trouve guires contant de
la procdure des Anglois: ce que j'espre qui les fera devenir plus
saiges entre eulx. J'ay escript, ces jours passez, au Sr de Vrac, et
luy ay envoy par chiffre l'extret de l'article de voz dernires qui
le concernoit, et luy ay donn toute l'instruction, que j'ay peu, des
choses qui peuvent importer vostre service par dell.

Les provisions d'Yrlande vont, despuys trois jours, ung peu plus
froydes pour avoir milord Sideney escript qu'il a aprins, par aulcuns
partisans d'Estuqueley, et des sauvaiges du pays, que le Roy
d'Espaigne n'estoit encores bien prest d'y entreprendre;  quoy les
bonnes lettres, que le duc d'Alve a naguires escriptes  la Royne
d'Angleterre par le depput de Flandres, et les bonnes parolles, que
l'ambassadeur d'Espaigne luy a faictes dire, l'ont aulcunement
confirme, de sorte qu'elle espre que le voyage du jeune Coban sera
de grand proffict; sur les desportemens duquel sera bon, pour beaucoup
de respectz, Sire, qu'on y preigne ung peu garde par dell. L'on
attand une responce du duc d'Alve touchant aulcunes difficultez qui se
sont offertes en l'entre de cest accord, sur la forme d'y procder;
et, aprs qu'elle sera venue, l'on pourra mieulx juger de ce qui s'en
debvra esprer; cependant ung chacun estime que le faict des prinses
s'accommodera.

Mademoyselle de Lore m'a envoy dire comme, ayant est trouv que feu
Mr le cardinal de Chastillon estoit mort de poyson, et qu'en estant la
Royne d'Angleterre et toute sa court merveilleusement escandalizez,
qui en vouloient, comment que soit, advrer le faict, ils avoient
envoy mestre en arrest toute la famille, et resserrer en basse fosse
les deux qui servoient en sa chambre, et faict saysir et sceller les
coffres, meubles et papiers du deffunct; mais que, d'advanture, elle
avoit retir les trois derniers pacquetz, que Dupin luy avoit envoyez,
lesquelz n'estoient encores ouvertz; et que, sellon l'adviz que je luy
avois donn, elle les avoit brullez sans les ouvrir, me priant de
vouloir faire entendre  Vostre Majest le piteux estat de toute ceste
famille, et qu'il luy playse avoir piti d'eulx toutz, et qu'au reste
je la veuille conseiller de ce qu'elle et eulx auront  faire. Je luy
ay mand les meilleures parolles de consollation, qu'il m'a est
possible, avec asseurance que j'en escriprois en bonne sorte  Vostre
Majest, et qu'au reste elle m'excust, si je ne m'osois mesler plus
avant de son affaire, jusques  ce que j'en eusse receu vostre
commandement; attendant lequel, Sire, je supplie trs humblement
Vostre Majest n'avoir mal agrable que, vous envoyant exprs le Sr de
Sabran, pour l'ocasion que je luy ay donn charge vous dire de bouche,
je vous face par luy une trs humble requeste de ma part  ce que, en
la distribution de tant de biens, qui vous est advenue par ceste
vaccance, il vous plaise avoir recordation de la bnficence que j'ay
toutjours trs justement espre de Vostre Majest, pour le service
que, avec grande affection et fidellit, j'ay miz, toute ma vie, grand
peyne de vous faire; et je suplieray le Crateur, etc. Ce Ier jour
d'apvril 1571.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, par les deux dernires lettres, que j'ay receues, escriptes de
vostre main, et par le fidelle rcit, que le Sr de Vassal m'a faict,
des choses que luy avez command me dire, j'ay veu l'advancement que
Vostre Majest a sceu trs saigement donner  ce qui se debvoit faire
par dell, et ay comprins ce qu'elle desire qui se conduyse  prsent
icy. Dont, sans remmorer le propos du comte de Lestre, lequel je vous
ay naguires mand par une petite lettre, dans le pacquet du Roy,
avant que m'eussiez deffandu de rien plus y commettre de ce faict, je
vous diray  prsent, Madame, que, despuys le dict propos, j'ay est
deux fois devers la Royne d'Angleterre avant le retour de milord
Boucard; laquelle a monstr qu'elle estoit trs marrye de ne pouvoir
cognoistre, par aulcune chose que le dict Boucard ny le Sr de
Valsingan luy escripvissent de dell, ny par le rcit d'aulcun qui en
vnt, qu'il y eust que toute froydeur de vostre cost, jusques  me
dire, avec regrect, que ce avoit est ung bruict et puys rien, et
qu'elle voyoit bien que vous adjouxtiez plus de foy aulx persuasions
que  la vrit, et que, de son cost, elle prioyt Dieu de ne luy
donner  vivre une heure aprs qu'elle auroit pens d'user de
moquerie.

Je n'ay est marry de la veoir en ceste opinion, ains luy ay confirm
que plusieurs,  la vrit, s'efforoient par leurs artiffices de
traverser la bonne intention, que Voz Majestez pouvoient avoir en cest
endroict, et que pourtant il la vous failloit ayder.--Je ne saurois,
m'a elle asss soubdain respondu, comme leur donner ayde, si eulx
mmes ne se veulent ayder.--Je luy ay aussitost rpliqu que si,
pourroit fort bien faire en ce qui ne seroit que bien honnorable pour
elle. Et sommes entrez en des propoz fort honnestes, s quelz m'a
sembl qu'elle n'y apportoit rien de simulation.

Despuys, milord de Boucard est arriv, qui luy a faict ung rapport
bien fort honnorable, et en faon pour luy faire trouver fort bon ce
qu'il a veu en son voyage; et ay aprins par les deux plus inthimes
personnes de la dicte Dame, desquelles j'en ay accoint nouvellement
une, qu'elle s'est confirme davantaige en son premier propos vers
Monseigneur votre fils, et  desirer plus que jamais l'alliance de
France; ayant nantmoins mesur, par la prudence des propos, que
Vostre Majest a tenuz au dict Boucard, qu'il estoit besoing d'y aller
fort secrectement, dont ne s'en parle plus qu'entre bien fort peu en
ceste court.

Le lundy aprs le dcez de Mr le cardinal de Chastillon, le comte de
Lestre m'ayant assign de nous trouver, comme par rencontre, aulx
champs, m'a, de rechef, press de haster les affaires, affin de ne
nous trouver prvenuz, par ce qu'on menoit, ainsy qu'il dict, pour
l'aultre party bien chauldement la matire, et que nantmoins, encor
que le pourtraict du prince Rodolphe ft desj arriv, il me prioyt
que, si je l'estimois chevalier d'honneur et homme de bien, je
vollusse donner foy  ce qu'il me juroit, devant Dieu, que la Royne,
sa Mestresse, estoit rsolue de se maryer, et qu'elle estoit mieulx
dispose envers Mon dict Seigneur, vostre fils, que  nul aultre party
du monde; et que desj elle s'estoit tant dclaire en cella, et luy
m'en avoit parl si ouvertement qu'elle ny pourroit rien adjouxter
davantaige, jusques  ce que Voz Majestez en eussent faict dire
quelque chose de leur part.

Sur quoy, Madame, ayant sond ce propos jusques au fondz en d'aultres
lieux, d'o s'en pouvoit tirer notice, j'ay trouv qu'il y a
conformit; et croy qu'avec vingt mil escuz l'on n'en pourroit 
prsent descouvrir davantaige; tant y a que j'ay respondu au dict
sieur comte que Vostre Majest avoit desj de longtemps manifest sa
bonne intention envers la Royne, sa Mestresse,  desirer, mesmes pour
le Roy, son alliance, et je croyois que milord Boucard avoit bien
cogneu que ceste mesmes vollont vous continuoit encores vers elle
pour Monseigneur; et, combien que la voix, qui en avoit sorty en
France et icy, sans fondement, heust miz en commotion bonne partie de
la Chrestient, vous ne vous en estiez aucunement estonne, car
estimiez que, venant la grandeur de ces deux royaulmes  se fortiffier
ainsy l'une par l'aultre, l'on n'auroit guires  craindre le reste du
monde; cella seulement vous descourageoit qu'on vous avoit asseure
que l'intention de la dicte Dame estoit de ne se maryer jamais, mais
que, pour la ncessit et accommodement de ses affaires, elle en
feroit de trs grandes dmonstrations jusques  en donner de bonnes
parolles, en passer articles, et mesmes d'en bailler sa promesse en ce
que les conditions se peussent accorder; et que, puys aprs, quant
elle se seroit bien servye du propos, les dictes condicions se
demanderoient si dures et si difficiles, sur le faict de la religion,
ou sur la restitution de quelques places, ou sur d'aultres
contrainctes demandes par de, (et enfin, quant l'on ne pourroit
mieulx, l'on y feroit opposer les seigneurs de ce conseil ou les
Estatz du royaulme), que le tout se viendroit  rompre au mespriz et
moquerie de celluy qui y auroit prtandu; et que Vostre Majest
estimoit trop meilleur de s'en tayre que d'en tumber en cest
inconvnient; car en lieu de paix et d'amyti, il en sortyroit une
hayne, et, possible, une bien cruelle guerre, et que luy, et nous
toutz qui nous en serions meslez, en reporterions ung trs grand
blasme et un dshonneur  jamais; nantmoins que, sur sa parolle, je
vous en escriprois promptement avec toute affection, et que bientost
j'en aurois la responce.

Il m'a rpliqu tant de bonnes parolles, et l'on m'en a dict tant
d'aultres bonnes d'ailleurs, et mesmes l'on m'a tant asseur que
Cecille y est,  ceste heure, fort affectionn, que je ne vous
saurois dire, Madame, sinon que je ne voy que la matire soit
aultrement que trs bien dispose; dont adviserez maintenant comme il
fauldra procder, sans attendre l'adviz d'icy, car fault que procde
du seul conseil de Voz Majestez. Tant y a que, s'il vous playt que
j'aye bientost une lettre, par laquelle je puysse prier la dicte Dame
de trouver bon que Voz Majestez luy trettent Monseigneur vostre filz
en mariage, et qu'elle ayt agrable que vous le luy offriez, je
mettray peyne d'en tirer bientost sa dtermine responce; et, si elle
me la faict telle comme je l'espre, je procureray incontinent de
savoir les condicions, et de procder aulx articles, si bien que
l'affaire ne traynera nullement; et si, sera tenu fort secrect, ainsy
que ceulx cy monstrent de le desirer; qui ont entendu que le vydame
debvoit repasser par de, mais ilz ne trouvent bon que luy, ny pas
ung aultre, y viegne jusques  ce que le tout soit conclud. Et sera
bon, Madame, affin d'obvier  longueur, de considrer, de bonne heure,
s'il sera expdiant que les dictes condicions se trettent et dbattent
en France, ce que j'estimerois meilleur, ou bien icy; et si,
d'avanture, il fault que ce soit icy, il vous playra me
particullariser comme Vostre Majest desireroit qu'elles fussent.

J'estime que le Sr Cavalcanty, qui est fort secrect, et a de la
suffizance, ne sera que bien propre ministre pour estre employ en
cest affaire, puisque Cecille y est,  ceste heure, bien dispos; dont
vous en pourrez servyr entre Vostre Majest et le Sr de Valsingan,
lequel s'y monstre aussi meintenant bien fort affectionn, ou bien,
s'il vient par de, je m'en ayderay. Sur ce, etc.

     Ce Ier jour d'apvril 1571.




CLXIXe DPESCHE

--du VIe jour d'apvril 1571.--

(_Envoye par homme exprs jusques  Calais._)

  Ouverture du parlement.--Demande faite par la reine d'un
    subside.--Affaires d'cosse.--tat de la ngociation des
    Pays-Bas.--Nouvelles de troubles en France.


     AU ROY.

Sire, lundy dernier, deuxiesme de ce mois, la Royne d'Angleterre a
assist en personne  la premire proposition de son parlement, o se
sont trouvez unze comtes, dix sept vesques, vingt sept barons, et le
nombre accoustum des aultres depputez des provinces et villes de ce
royaulme; elle n'a vollu que le duc de Norfolc, ny le comte de Herfort
y soyent comparuz, lesquelz, soubz l'ordonnance de la dicte Dame,
demeurent encores, l'ung en sa mayson de ceste ville, et l'aultre hors
de court, asss mal contantz. La susdicte proposition  ce que
j'entendz, a t de remonstrer la bndiction de paix, dont ce
royaulme a jouy, il y a desj douze ans, soubz le rgne de ceste
princesse, pendant qu'on a veu les aultres estatz voysins se dissiper
en guerres et divisions entre eulx; et que cella est advenu pour le
grand bnfice de Dieu envers elle, qui luy a mis au cueur de le
recognoistre, et il l'a pourveue de vertu et de prudence pour savoir
meintenir, sans sang ny opression, les bons ordres de son royaulme 
la trs grande utillit de ses subjectz plus qu' la sienne, et 
obvier  la division, o les ministres du Pape (tel a est le parler
du garde des sceaulx) les ont vollu assez souvant inciter, ainsy qu'on
en avoit veu de trs dangereux commancemens; lesquelz toutefoys, par
la bonne pourvoyance de la dicte Dame, avoient est bientost
esteinctz; ce qu'ilz debvoient recognoistre de Dieu et en remercyer
beaucoup leur princesse, laquelle desiroit meintenant que, par ceste
assemble, il ft miz ordre que rien de semblable ne peust jamais plus
advenir; et que les vesques regardassent aulx loix qu'il fauldroit
faire de nouveau, et  celles qu'il fauldroit abroger, des desj
faictes, pour l'entretennement de la vraye religion; et que les
aultres estatz fissent de mesmes, en ce qui seroit pour
l'entretennement de la pollice publique, avec de bien svres peynes
contre les biens et personnes de ceulx qui non seulement ozeroient,
en rsidant dans le royaulme, attempter rien au contraire, mais qui
se vouldroient absenter pour l'aller pratiquer ailleurs; et qu'ilz
considrassent que, comme il ne s'estoit peu jusques icy, aussi ne se
pourroit  l'advenir remdier  telz affaires sans grandz frais; qui
pourtant estoient maintenant priez de la dicte Dame, qu'affin de la
rembourcer en quelque partie du pass, et luy pourvoir de quelque
somme contante pour les accidans qui pourront cy aprs survenir, comme
il s'en manifeste desj quelcun du cost d'Yrlande, ilz la vollussent
secourir d'une leur bien prompte et bien libralle contribution. Et
n'ay point sceu, Sire, qu'on ayt, pour ceste premire foys, rien
propos davantaige, mais bientost se verra si l'on viendra toucher
nulz aultres poinctz.

La Royne d'Escoce a envoy une responce ferme et rsolue, de ne
vouloir aulcunement consentyr  la prorogation du trett ny  nulle
abstinance de guerre, si le comte Morthon s'en retourne, mais que,
s'il veut renvoyer l'ung de ses deux collgues pour aller qurir leur
pouvoir, demeurant luy icy, elle est contante de proroger l'un et
l'autre. Je ne say ce que la Royne d'Angleterre en vouldra ordonner,
mais ce que le cappitaine Granges a faict, d'avoir miz les principaulx
habitans de Lislebourg dans le chasteau; de s'estre saysy de la ville;
la tenir ouverte aulx partisans de la Royne, sa Mestresse, et ferme
aulx aultres; d'avoir miz garnyson dans Sainct Andr; avoir mand les
principaulx du royaulme, au XVe de ce mois, pour y proclamer
publiquement l'authorit de la Royne, sa Mestresse; faict que le dict
Morthon presse grandement son retour, et que la dicte Dame ne le luy
veult empescher. Dont je me confirme, Sire, en ce que je vous ay
naguires mand par le Sr de Sabran touchant la dpesche, que pouviez
faire maintenant en Escosse.

Il est naguires arriv ung gentilhomme flamant, venant de la
Rochelle, dpesch par le comte Ludovic de Nassau, lequel, ayant
trouv le cardinal de Chastillon dcd, il va temporisant sa
ngociation par ce, possible, que, sur ung tel accidant, il attand
nouvelle commission.

La principalle difficult, qui s'est monstre sur le commancement de
l'accord des Pays Bas, est que le duc d'Alve ayant promiz de bailler
cautions, pour les merchandises des Anglois, de la somme de cent
cinquante mil escuz,  estre payez contant, ung mois aprs que les
merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, seront randues, n'en
trouvent maintenant nulles qui puissent asss contanter ceulx cy; car
ne veulent accepter de Flamans ny Espaignolz, ny nulz subjectz du Roy
Catholique, ny encores nulz Allemans, ny Italliens, qui soyent
intressez avecques luy; et semblent qu'ilz veuillent incister que la
dicte somme soit mise en dpost ou fornye contante, ny ne veulent
permettre qu'elle soit prinse en rabays des deniers qui sont arrestez
par de; car estant les dicts deniers des Gnevoys, ilz en veulent
convenir avec eulx; ny les dicts Gnevoys n'y contradisent guires,
qui ont plus  gr de s'en accorder icy que d'adjouxter ceste partie
aulx aultres, que le Roy d'Espaigne leur doibt, avec lequel ilz sont
si enfoncez qu'ilz disent en estre advenu, despuys ung an, des
deffaillimens et banqueroutes de trs grandes sommes. Nantmoins l'on
estime qu'il se trouvera quelque moyen d'accommoder le faict des
prinses, et que le reste, puys aprs, se poursuyvra, sellon que le
jeune Coban raportera d'Espaigne. Cependant ceulx cy chargent leur
flotte de draps, ainsy qu'ilz ont faict les deux annes prcdantes
pour aller en Hembourg.

L'on publie icy, Sire, pour bien fort grandz les deux excez naguires
advenuz  Roan et  Oranges[3], et en tient on la paix de vostre
royaulme pour fort esbranle, non sans y fre desj des desseings,
mais j'espre que ces accidans ne seront tant cause de la ropture de
vostre edict, comme ilz vous donront moyen, en les remdiant, de
l'establyr davantaige. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'apvril 1571.

  [3] Le 4 mars 1571, les protestans, au moment o ils sortaient de
  Rouen pour aller faire leurs prires, avaient t insults, et le
  soir,  leur retour, ils furent attaqus de vive force. Cinq
  d'entre eux restrent morts sur la place; un plus grand nombre
  fut bless, et le reste dut prendre la fuite. Le marchal
  Franois de Montmorency fut charg par le roi de punir cette
  infraction  l'dit de pacification. Une commission, prise dans
  le sein du parlement de Paris, fut runie sous la prsidence de
  Bernard Prevot, sieur de Morsan. Quelques-uns des coupables
  furent punis de mort, d'autres du bannissement; trois cents qui
  s'taient sauvs furent condamns  mort par contumace.--Au mois
  de fvrier prcdent, la populace d'Orange, en Provence, excite
  par Mignoni et Michel de La Baume, s'tait jete sur les
  protestans dont plusieurs avaient t tus. L'meute, qui dura
  trois jours, ne fut arrte que par l'intervention de Mommjan,
  commandant du chteau, qui donna asile aux protestans dans la
  citadelle. Berchon, nomm bientt aprs gouverneur de la ville, 
  la sollicitation de Louis de Nassau, fit punir les coupables de
  la mort ou de l'exil.




CLXXe DPESCHE

--du XIe jour d'apvril 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Demande de la chambre des communes que la religion protestante
    soit seule tolre en Angleterre.--Autorisation donne par
    lisabeth au comte de Morton de se rendre en cosse pour en
    rapporter de nouveaux pouvoirs.--Opinion de l'ambassadeur que
    le trait d'cosse peut tre considr comme rompu, et que le
    roi doit pourvoir  la dfense de Marie Stuart.--Retour de lord
    Sidney, venant d'Irlande.--Ngociation des Pays-Bas.--Surprise
    de Dunbarton par les partisans du comte de Lennox.


     AU ROY.

Sire, aprs la proposition du garde des sceaux, qui a est telle que
je vous ay mand par mes prcdantes, du VIe de ce mois, ceulx de la
segonde chambre de ce parlement ont vollu commancer leurs affaires par
tretter de la religion; et ont requiz d'estre establye loy aulx
subjectz de ce royaulme, sans exeption ny excuse d'aulcun, qu'ilz
ayent toutz  se ranger  la forme de religion protestante, et
assister aulx presches et prires, et faire, une foys l'an pour le
moins, la coene  leur mode, sur peyne de pryson et de confiscation de
leurs biens meubles et immeubles pour toute leur vie, sinon qu'ilz
retournent vollontairement  la dicte religion avec aprobation des
vesques; auquel cas ilz recouvreront leurs immeubles, mais les
meubles demeureront perptuellement confisquez. Laquelle loy les
seigneurs de la premire chambre n'ont oze ouvertement contradire,
mais, parce qu'ilz ont allgu qu'elle restraindroit la libert, qui
leur estoit rserve par les prcdans parlemens, et que pourtant ilz
ne s'y vouloient lgirement soubzmettre, elle n'a encores pass.

Le reffuz que la Royne d'Escoce a mand, de ne vouloir consentyr le
retour du comte de Morthon, a miz la Royne d'Angleterre  ne savoir
bonnement commant en debvoir user; car n'a vollu malcontanter le dict
de Morthon, ny le retenir oultre son gr, cependant que ceulx de
l'aultre party vont establyssant leurs affaires par dell, mesmes
qu'elle espre pouvoir amyablement obtenir de luy le Prince d'Escoce;
et d'aultre part, elle a fait conscience d'offancer ouvertement la
Royne d'Escoce, qui tant librallement luy offre son filz, et toutes
les condicions qu'elle luy veult demander. Enfin elle a choisy cest
expdiant, de faire par ceulx de son conseil dclairer sparement
aulx depputez des deux partiz que, de tant que le dict comte de
Morthon asseure avec srement qu'il n'a pouvoir suffizant pour
accorder  la restitution de la Royne d'Escoce, qu'elle trouve bon
qu'il s'en puysse retourner prsantement pour aller tenir l dessus
une assemble, au premier jour de may prochain, affin d'obtenir le
dict pouvoir,  condicion que, s'il ne revient incontinent aprs, et
ne l'apporte, qu'elle procdera sans luy au trett encommanc pour la
restitution de la dicte Royne d'Escoce, et habandonnera icelluy de
Morthon et les siens; dclairant qu'elle persvre toutjour en sa
dellibration de la restituer, laquelle dclaration n'a contant les
dicts du party de la dicte Royne d'Escoce, qui ont allgu plusieurs
inconvnians au contraire, mais ilz n'ont peu rien advancer. Le dict
de Morthon n'en est aussi demeur guires contant, voyant que ceulx cy
s'aheurtent tant  vouloir avoir le Prince, et croy qu'il ne
retournera plus; dont je tiens ce trett pour non seulement fort
diffr mais pour du tout interrompu, et qu'il est temps, Sire, de
pourvoir  ceulx qui soubstiennent la cause de la dicte Royne
d'Escoce, qui veulent entirement dpendre de Vostre Majest et qui
ont faict dclairer icy qu'ilz ne veulent, pour chose quelconque qui
leur puysse advenir, se despartyr  jamais de l'alliance de France, et
desirent qu'on sache que, sur ce poinct principallement, ilz reffuzent
de tretter avecques les Anglois. J'espre que,  la fin, les aultres
se unyront avec eulx.

Celluy qui avoist est envoy pour advertyr milord Sideney de ne
bouger de sa charge, n'a trouv le passaige  propos, de sorte que le
dict Sideney a est descendu en Angleterre, premier qu'il ayt veu la
dpesche, et a vollu venir bayser la main  sa Mestresse, vers
laquelle il pourchasse meintenant que ung aultre soit envoy en
Yrlande, et semble que milord Grey se prpare pour y aller. Le
depput, qui est icy de Flandres, n'espre guires mieulx de l'yssue
de sa commission, qu'ont faict ceulx qui y ont est devant luy. Il y a
desj ung mois qu'il est arriv et n'a encores rien advanc, mesmes
l'on ne cesse, pour sa prsence, de vendre toutjour  vil prix les
mesmes merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, qui doibvent
estre randues; et si, ne trouve qu'on luy donne aulcun bon compte de
ce qui a est prins ez dernires huict ourques arrestes par de.
J'ay prsentement receu la dpesche de Vostre Majest du premier de ce
mois, sur laquelle j'yray veoir demain ceste princesse; sur ce, etc.

     Ce XIe jour d'apvril 1571.


   Despuys la prsente escripte et signe, je viens d'estre adverty
   qu'un avis est arriv ce matin au comte de Morthon, qui porte
   nouvelles comme ceulx du party du Prince d'Escoce ont surprins
   Dombertrand, ayans trouvez endormiz ceulx qui estoient dedans, se
   sont faicts maistres de la place, et ont admen prisonniers
   milord de Flemy, Mr de St Andr et le Sr de Vrac. Je ne larray
   pourtant de demeurer en bons termes, si je puys, avec le dict de
   Morthon et de vriffier mieulx ceste nouvelle, laquelle je tiens
   asss pour suspecte et pour suppose.




CLXXIe DPESCHE

--du XVIe jour d'apvril 1571.--

(_Envoye par homme exprs jusques  Calais._)

  Audience.--Compte rendu par l'ambassadeur du sacre de la reine de
    France, et de son entre  Paris.--Explications donnes par
    lisabeth sur le dpart du comte de Morton.--Injonction faite 
    l'vque de Ross de quitter Londres.--Accord d'une nouvelle
    suspension d'armes en cosse.--Confirmation de la prise de
    Dunbarton.--Ngociation des Pays-Bas.--Proposition faite dans
    le parlement de dclarer criminel de lze-majest quiconque se
    porterait ou se serait port hritier de la couronne
    d'Angleterre, du vivant d'lisabeth.


     AU ROY.

Sire, mercredy dernier, avant la solemnit de ces festes, j'ay est
trouver la Royne d'Angleterre  Ouestmestre,  laquelle, aprs luy
avoir parl de la magnifficence, en quoy la sepmaine prcdante je
l'avoys veue aller  l'ouverture de son parlement; avec ung trs
honorable ordre des principaulx de la noblesse de son royaulme, je luy
ay dict que, despuys le partement de milord de Boucard jusques alors,
Vostre Majest avoit demeur de m'escripre affin que je n'entreprinse
d'aller compter  la dicte Dame rien de ce que le dict milord luy
pouvoit rendre bon compte, et que je desirois qu'il luy eust donn par
son rapport toute satisfaction de Voz Trs Chrestiennes Majestez,
comme je la pouvois asseurer que voz intentions estoient trs bonnes
et parfaictes envers elle; et que bientost aprs estre party, s'estant
la Royne trouve plus sayne et en meilleure disposition, et toutes
choses plus prestes qu'on n'avoit pens, vous aviez advis, Sire, de
la faire sacrer et couronner  St Deniz le XXVe du pass, et faire son
entre  Paris le vingt neufiesme, avec ung si grand concours et
aclamation de peuple, que Vous, Sire, en estimiez vostre mariage de
tant plus agrable  Dieu qu'il estoit publiquement aprouv des
hommes; et que, si la Royne, de son cost, avoit prins grand playsir
de se veoir ainsy honnore, Vous, et la Royne vostre mre, en aviez
receu double contantement pour l'amour d'elle et pour la singulire
dvotion et bienveuillance, dont ce grand peuple continuoit de vous
rvrer toutz trois; qui au reste me mandiez, Sire, que les choses y
avoient pass prou d'ordre sellon la grande multitude qui y estoit, et
que l'entre avoit est asss belle, dont m'en feriez cy aprs envoyer
les particullaritez pour les luy faire veoir; et cependant me
commandiez qu'au nom de Voz Trois Majestez, je me conjouysse de cest
acte avec elle, comme avec celle que vous asseuriez estre toutjour
bien fort contante de vostre contantement; et encor que, peu de jours
auparavant, ceulx de Roan eussent excit quelque tragdie contre ceulx
de la nouvelle religion, ilz n'avoient toutesfoys peu troubler la
feste, et s'apercevoient bien desj qu'ils avoient offanc Vostre
Majest, qui me commandiez d'asseurer la dicte Dame que le chastiement
s'en ensuyvroit; et que, tant s'en failloit que vous pensissiez
debvoir sortir de cest accidant aulcune occasion d'esbranler vostre
edict de paciffication, que, au contraire, vous espriez de l'en
confirmer et establyr davantaige.

La dicte Dame, avec dmonstration d'ung grand contantement, m'a
respondu qu'elle eust  bon esciant prins  mal que Vostre Majest ne
luy eust faict part de tant de belles et rares choses, qui avoient
pass au sacre, couronnement et entre de la Royne lesquelles elle
entendoit avoir est trs magniffiques, et playnes d'une fort grande
et fort royalle esplandeur, et qu'elle rputoit  ceste heure ung
grand payement de la parfaicte amyti qu'elle vous porte, et de la
vraye affection qu'elle a aulx choses de vostre grandeur et
contantement, qu'il vous ayt pleu luy en faire ainsy bonne part; dont
elle vous en remercye de tout son cueur, et vous prie de croyre qu'il
n'y a nul, en tout le rolle de voz alliez, qui tant perfaictement se
resjouysse, comme elle faict, de ce que la division et guerre, o
naguires vostre royaulme se trouvoit, soit meintenant convertye en
une doulce aclamation et gnralle obyssance, que toutz voz subjectz
d'ung bon accord vous randent, qui remercyoient Dieu d'avoir miz en
vostre cueur la gnreuse rsolution, que monstriez, de vouloir garder
vostre parolle et la fermet de voz edictz, et qu'elle esproit,  la
vrit, que les moyens qu'on s'estoit, possible, choysiz pour les
rompre, seroient ceulx l qui plus les confirmeroient; se continuant
le propos en plusieurs honnestes deviz des crmonyes honnorables et
magniffiques qu'on avoit de tout temps us en France, lesquelles l'on
avoit toutjour sceu bien imiter en Angleterre, et du bien qui
reviendroit  Vostre Majest non sans grande rputation de vostre
vertu, si Dieu vous donnoit  faire observer bien exactement vostre
edict.

Aprs, j'ay suyvy  luy dire que, de tant qu'elle m'avoit dclair
qu'elle ne prenoit playsir, ains se sentoit comme offance, quant
Vostre Majest lui faisoit parler de la Royne d'Escoce, que je me
trouvois en grand perplexit comment en user, et mesmes que sa
dclaration estoit venue sur le poinct que plus vous attendiez, Sire,
qu'ilz fussent accommodez, sellon ses prcdentes promesses; dont
voyant maintenant que le comte de Morthon s'en estoit retourn, et que
deux des depputez de la Royne d'Escoce s'estoient aussi retirez, comme
toutz descheuz de leur esprance, je ne savois ny n'osois luy
demander qu'est ce que je vous en debvois escripre; et que je la
suplioys, en attandant que le comte de Morthon revnt pour accomplir
ce qu'il avoit promiz, qu'elle vollust au moins procurer une aultre
prorogation d'abstinance de guerre en Escoce, et ne commander 
l'vesque de Roz de s'en aller, comme j'avois entendu qu'elle estoit
aprs de le faire, ains luy permettre de rsider icy comme ambassadeur
de sa Mestresse; laquelle aultrement viendroit  ung grand dsespoir,
et que c'estoient deux choses qui ne pouvoient estre  elle que bien
fort honnorables.

La dicte Dame s'est arreste  me discourir longtemps de l'ocasion,
pour laquelle le comte de Morthon s'en estoit retourn, et de l'estat
du trett, et comme elle avoit mand  son ambassadeur en France de
vous en donner compte, monstrant,  la vrit, qu'elle a quelque
nouvelle offance contre la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle regarde
seullement  ne vous irriter; et m'a nantmoins fort vollontiers
accord la dicte surcance, mais assez fermement incist que le dict
vesque de Roz ne demeure point icy, durant ce parlement, pour les
pratiques qu'elle crainct qu'il y face, sans toutesfoys me le
reffuser.

Sur lesquelz deux poinctz, Sire, je suplie trs humblement Vostre
Majest d'en faire faire quelque instance au sieur de Valsingan, parce
que l'ung et l'aultre semblent convenir beaucoup  vostre service.

Il est venu, despuys yer, la confirmation de la prinse de Dombertrand
par ceulx du comte de Lenoz, le premier jour d'avril, s'estant milord
de Flemy saulv, luy septiesme, et toutz les aultres prins, qui est
ung accidant, lequel traversera et retardera beaucoup les affaires de
la dicte Royne d'Escoce. Le depput de Flandres a est, ces jours
passez, en fort prive et estroicte confrance avec le comte de Lestre
et milord de Burlay, mais il semble qu'il n'obtiendra aulcune
rsolution de ses affaires, jusques au retour du jeune Coban. Ceulx de
ce parlement ont propos qu'il ne soit loysible  nul en ce royaulme
d'allguer que leur Royne soit hrtique, sismatique, ny spare de
l'esglize, ni mettre en avant aulcune sorte de prtencion  la
succession de ceste couronne, tant qu'elle vivra, sur peyne de lze
majest contre ceulx qui le feront, et contre ceulx encores qui ont
desj prsum de le faire. A laquelle proposition ayant ung de
l'assemble monstr d'y cercher quelque modration, il l'a si
vifvement contradicte qu'elle demeure encores en suspens. Sur ce, etc.

     Ce XVIe jour d'apvril 1571.

   Si Vostre Majest avoit propos d'envoyer des rafrchissemens et
   provisions  Dombertran, il les fauldra adresser meintenant 
   Lislebourg.




CLXXIIe DPESCHE

--du XIXe jour d'apvril 1571.--

(_Envoye jusques  la court par le Sr de Cavalcanti._)

  Audience.--Proposition officielle du mariage du duc d'Anjou avec
    lisabeth.--Consentement donn par la reine.--Discussion des
    articles du contrat.--_Mmoire Gnral._ Dtails de cette
    ngociation.--Termes dans lesquels la proposition a t
    faite.--Rponse d'lisabeth.--Discussion des articles entre
    lord Burleigh (Ccil), Leicester et l'ambassadeur.


     A LA ROYNE.

Madame, avant de recevoir vostre lettre du IIIe du prsent, par le Sr
Cavalcanty, j'avois desj respondu par le Sr de Sabran aulx deux
prcdantes, que Vostre Majest m'avoit escriptes de sa main; et a le
dict Cavalcanty trouv, quant il a est icy, que les choses estoient
en la mesmes disposition que je vous avois mand, dont il vous
comptera meintenant, Madame, comme, en venant, il fut arrest 
Douvre, et conduit, soubz la garde d'ung guyde, jusques en la mayson
de mylord de Burlay; ce qui ne peult estre si secrectement que
quelques ungs ne l'entendissent, et, le soir mesmes, la Royne
d'Angleterre parla  luy; de laquelle les responses et dmonstrations
vous seront par luy mesmes racomptes; et aprs, il vint confrer avec
moy sur la dpesche qu'il m'avoit apporte.

Dont j'allay, le lendemain, trouver la dicte Dame, laquelle se retira
en une gallerye  part, o, aprs luy avoir parl d'aulcunes aultres
particullaritez, je lui tins le propos que Vostre Majest trouvera icy
adjouxt, duquel je vous puys asseurer, Madame, qu'elle monstra
recepvoir ung trs grand et trs acomply contantement, et m'y
respondit en si bonne et modeste faon, et avec parolles tant pleynes
d'honneur et d'honneste desir, que je n'y peuz rien cognoistre qui ne
me semblt fort esloign de simulation, et de feyntize, si toutes
choses despuys eussent suyvy de mesmes, et me pria d'en confrer avec
Mr le comte de Lestre et milord de Burlay, qui estoient les deux seulz
ausquelz elle disoit avoir confy le propos. Je leur tins, incontinent
aprs, le mesmes langaige, que j'avois faict  la dicte Dame, avec les
offres en l'endroict de chacun  part, que me commandiez de leur
faire; qui les receurent avec trs grand respect; et despuys, ilz
m'ont monstr d'aporter une trs abondante affection  la conclusion
de ce faict, sur lequel toutesfoys nous n'avons, en trois confrances,
peu raporter aultre chose d'eulx que ce que Vostre Majest verra par
les responces qu'ilz ont donnes  noz articles. Lesquelz responces
ilz se sont fort esforcez de les dresser en termes qui ne puyssent,
quant  la religion, estre cy aprs interprtez contre la leur, et,
quant au reste, qui portent rservation des mesmes choses pour la
dicte Dame, que le Roy Catholique accorda  la feu Royne Marie; et ont
allgu qu'ilz ne pouvoient, parce qu'ilz n'estoient que deux, faire
rien davantaige, sinon qu'ilz assemblassent le reste du conseil, et
qu'ilz croyoient fermement que Vostre Majest s'en contanteroit.

Je ne suys,  la vrit, Madame, demeur si satisfaict que je desiroys
de leurs responces, quant  la substance d'icelles, bien que les
parolles, les promesses et les interprtations, qu'ilz y ont
adjouxtes, ayent est asss pleynes de contantement, et que,
plusieurs foys, ilz m'ayent dclair que toutes les conditions, que la
Royne leur Mestresse vouloit demander oultre la religion, estoient
contenues au contract de la Royne Marie, une seule excepte, qui
estoit de la succession de la couronne de France; auquel cas ilz
vouloient pourvoir que la couronne d'Angleterre eust toutjours son Roy
 part, qui seroit le puyn; mais il m'a sembl, Madame, qu'ilz
prenoient ung circuyt pour gaigner, avec le temps, des avantaiges, ou
bien pour, avec le mesmes temps, rfroydir la disposition de cest
affaire, auquel nul n'oze,  prsent, sinon y segonder bien fort tout
ce que la dicte Dame en monstre desirer. Et m'a sembl aussi que le Sr
de Valsingan leur avoit faict ainsy esprer de vostre affection en
cest endroict, comme si Vostre Majest estoit pour leur accorder tout
ce qu'ilz vouldroient; mais je leur ay monstr qu'ilz vous
trouveroient trs fermement rsolue  toutes les choses qui seroient
de l'honneur, dignit et rputation de Monsieur, vostre filz, sans en
vouloir quicter une seule. Dont, Madame, il sera bon, pour abrger la
matire, et pour voir bien clair dans icelle, que, la premire foys
qu'on en confrera avec le Sr de Valsingan, il luy soit demand,
(premier que de luy dbattre rien des responces qu'on nous a faictes
icy, ny monstrer en faon du monde qu'on les trouve mauvaises), qu'il
baille toutes les condicions entirement que la Royne sa Mestresse
veult proposer de sa part; et puys sur les deux, aprs qu'on en aura
rabill les durtez, l'estreindre  passer les articles, lesquelz me
pourront puys aprs estre envoyez, signez de Voz Majestez, pour les
dlivrer icy, en m'en baillant aultant signez de la main de la dicte
Dame et non aultrement; et puys, Vostre Majest pourra envoyer ung du
priv conseil, ainsy, qu'elle a sagement advis de le faire, pour en
passer le contract; car je craindrois, si avant cella vous y faysiez
venir quelcun, qu'il ne ft, possible, contrainct de s'en retourner
sans aucune conclusion, avec peu de rputation des affaires de Voz
Majestez et de Monseigneur, ainsy que j'ay pri le Sr Cavalcanty de le
vous dire plus en particullier. Sur ce, etc. Ce XIXe jour d'apvril
1571.


   Je vous envoye ung petit pourtraict que Mr le comte de Lestre m'a
   donn. Il faict icy beaucoup de bons offices pour mriter
   grandement de la bonne grce de Voz Majestez. Je croy qu'il ne
   sera que bon que le Sr de Valsingan ayt souspeon que Monseigneur
   soit recerch du cost d'Espaigne pour la Princesse de Portugal
   avec ung trs grand douaire; car c'est ce qu'on crainct icy
   asss, et en hastera l'on davantaige la besoigne.

MMOIRE.

   Suyvant la lettre de la Royne, mre du Roy, du IIIe avril 1571,
   le Sr de La Mothe Fnlon a dict  la Royne d'Angleterre, le XIIe
   du dict mois:

   Que le bon desir de Leurs Majestez Trs Chrestiennes s'estoit
   desj manifest de longtemps envers elle, en ce que la Royne Trs
   Chrestienne luy avoit vollu pourchasser le Roy, son filz, en
   mariage, en quoy la mre, et le filz, et toute la France, luy
   avoient faict veoir en quel grand compte d'honneur et de respect
   ilz tenoient son amyti et le party de son mariage;

   Et, bien qu'il leur eust fallu dlaysser ce propos par des
   difficultez qui avoient est faictes de son cost  cause de
   l'eage, l'affection pourtant n'avoit diminu du leur, ains
   aussitost qu'elle avoit monstr quelque rsolution de se vouloir
   maryer, la Royne Mre estoit tourne  sa premire dellibration
   de pourchasser pour Monseigneur, son filz, frre du Roy, le
   mesmes party qu'elle avoit desir pour le Roy, avec, possible,
   plus de commodit et de correspondance de toutes choses, en ce
   segond propos, qu'il n'y en eust heu au premier, et en avoit
   desj parl au Roy en si bonne sorte qu'elle le luy avoit faict
   vouloir et bien fort desirer; mais elle n'avoit heu grand peyne
   de le persuader  Monsieur, parce que ses perfections et
   vollontez estoient desj de longtemps ddyes et consacres 
   l'honneur et service de la dicte Dame;

   Et encor que, pour estre sorty voix de cella en France et en
   Angleterre, premier quasi qu'on eust commanc d'en parler, il se
   ft descouvert que les aultres princes seroient pour en prendre
   une trs grande jalouzie, et qu'ilz s'esforceroient d'y mettre
   de grandz obtacles et empeschemens, jusques  s'esforcer d'y
   employer les deffances et interdictz de l'esglize, et aultant
   d'aultres escandalles qu'ilz y pourroient inventer;

   Et que les subjectz des deux royaulmes seroient aussi pratiquez
   de ne le vouloir point, et mesmes d'entreprendre d'y former,
   comme d'eulx mesmes, des opositions, et que le Roy se ft desj
   aperceu que, sur ce prtexte, l'on avoit vollu traverser ses
   affaires dedans et dehors son royaulme;

   La Royne Mre pourtant ne s'en estoit descorage, car avoit
   estim que, venant par ce moyen la grandeur des deux royaulmes 
   se fortiffier l'une l'autre, les aultres dangiers seroient bien
   aysez  vitter, mais elle s'estoit quelque temps arreste sur
   deux poinctz: l'ung estoit qu'il luy sembloit estre besoing
   d'avoir l'asseure cognoissance si la dicte Royne d'Angleterre,
   estant si grande princesse et accomplye en tant de perfections
   comme elle est, auroit agrable qu'ung tel propos luy ft miz en
   avant, premier que d'entreprendre de luy en parler;

   Le segond qu'elle vouloit bien obvier en ce pourchaz, d'amyti et
   d'alliance, de ne rencontrer tout le contraire parce qu'on luy
   persuadoit fermement que l'intention de la dicte Dame n'estoit,
   en faon du monde, de se maryer, et que le semblant, qu'elle en
   fezoit, n'estoit que pour servyr  ses affaires, et puys se
   moquer de celluy qui y auroit prtandu; et advertissoit on le Roy
   et elle de regarder  l'exemple des aultres, dont craignoient
   grandement Leurs Majestez qu'ilz n'en demeurassent bien fort
   offancez, et Monseigneur griefvement attrist et fort ulcr en
   son cueur;

   Mais leur ayant sembl,  ceste heure, qu'ilz estoient bien
   esclarcys de ces doubtes par la ferme persuasion, qu'ilz se sont
   donnez avec trs grand fondement de rayson, qu'il n'y avoit que
   toute sincrit et candeur ez prsentes dmonstrations de la
   dicte Dame, et qu'ilz ont estim que leur bonne affection en cest
   endroit, et celle de Monsieur ne pourroient estre que bien
   prinses d'elle, ny que bien agrables  Dieu et trs honnorables
   devant la face de toutz les humains, ils s'estoient rsoluz de la
   luy faire entendre avec l'honneste respect qui estoit deu  sa
   grandeur.

   Et ainsy avoient dpesch le Sr C.....[4] avec lettres de crance
    la dicte Dame pour la supplier de trouver bon qu'ilz luy
   peussent tretter Monsieur, leur filz et frre, en mariage; et
   qu'elle eust agrable qu'ilz le luy offrissent, comme, ds 
   prsent, ilz le luy offroient, avec toute habondance d'amyti et
   de bonne affection, et avec toutz les moyens, forces et
   commoditez, qui pourront jamais estre en la couronne de France,
   pour en orner, honnorer et establyr la grandeur de la sienne,
   sellon les conditions qu'ilz luy avoient envoyes;

   Qu'ilz ne vouloient user, en l'endroict d'une tant vertueuse et
   tant accomplye princesse, d'aultres raysons ny persuasions de ce
   party, sinon de la prier qu'elle le vollt mesurer pour tel,
   comme sa prudence savoit bien juger qu'il estoit, et que, comme
   au regard d'elle ilz l'estimoient trs grand et trs honnorable
   pour Monsieur, ainsy s'esforceoient ilz, du cost de Monsieur, le
   luy randre  elle le plus heureux et le plus accomply qu'il leur
   seroit possible.

  [4] Cavalcanti.

   Cella desiroient ilz,  ceste heure, qu'ayantz parl clairement
   de leur part, elle leur vollt aussi randre sa responce bien
   claire, et si, d'avanture, elle la leur fezoit conforme  leur
   honneste desir, que tout ainsy qu'ilz se rsolvoient de ne
   cercher en rien  jamais que l'advancement de la grandeur, de
   l'honneur et rputation de la dicte Dame, sa commodit et
   contantement, ainsy la prioyent ilz d'avoir pareil esgard  la
   conservation de leur honneur et rputation, de celle de Monsieur;
   et que pour obvier  la malice de ceulx, qui vouldroient apporter
   de l'empeschement, et, possible, de l'escandalle en ce propos,
   qu'il luy pleust le conduyre secrectement et sans longueur, de
   son cost, comme ilz le tiendroient secrect et le presseroient,
   aultant qu'il leur seroit possible, du leur, pour le randre
   plustost conclud que divulgu; et puys ilz y adjouxteroient toutz
   les honneurs, respectz et aultres dignes observances, qu'ilz
   cognoistroient bien estre deues  la grandeur de la dicte Dame.


LE PROPOS A EST OUY, AVEC GRAND DESIR ET ATTENTION,

  De la dicte Dame auquel le dict Sr de La Mothe a estim estre
    besoing de n'obmettre rien des susdictes particullaritez; et
    elle, d'une fort bonne et fort modeste faon, luy a respondu:

   Qu'elle vouloit bien employer, en l'endroict du Roy et de la
   Royne Trs Chrestienne, toutes les sortes de grandz mercys, que
   le bonheur et le grand honneur, qu'ilz luy pourchassoient, par
   l'offre d'une chose si excellente et pleyne de toutes
   perfections, et tant conjoincte  Leurs Majestez, comme estoit
   Monsieur, leur filz et frre, l'avoient desj oblige de leur
   randre, et remercyoit Dieu qu'il eust miz de toutes partz une
   bonne correspondance de vollontez, et le prioyt d'y adjouxter
   aussi sa bndiction et sa saincte faveur;

   Que, quand feu monsieur le cardinal de Chatillon luy avoit ouvert
   ce propos avec de grandes raysons et de bien honnestes
   persuasions, lesquelles elle a rcites par le menu, mais
   seroient longues  mettre icy, o toutesfois elle n'avoit veu
   aultre fondement que de la bonne affection de ce seigneur et
   d'une lettre de Telligny, elle ne s'estoit guires advance; et,
   encor que despuys il luy eust faict veoir aulcuns signes de la
   bonne intention de la Royne Mre, et que le Sr de La Mothe luy en
   eust aussi commanc de toucher quelque mot, non toutesfois que en
   simples termes de bon desir qu'il y avoit, elle, pour son
   honneur, n'avoit peust user de plus grande expression que de
   donner entendre qu'elle estoit conseille de se maryer, et
   rsolue que ce ne seroit jamais qu'avec un prince de sa qualit;
   et puys, sur le rapport, que milord de Boucard luy avoit fait des
   honnorables propos que la Royne Mre luy avoit tenuz, elle avoit
   respondu un peu plus ouvertement  Sa Majest par le Sr de
   Valsingan.

   A ceste heure, que le dict Sr de La Mothe luy avoit clairement
   expos la vollont de Leurs Majestez Trs Chrestiennes, et de Mon
   dict Seigneur, conforme  ce que le Sr Cavalcanty, sur les
   lettres de crance, luy en avoit dict, elle ne luy temporiseroit
   guires la sienne, en laquelle elle prioyt Leurs dictes Majestez
   de croyre que toute vrit et sincrit s'y trouveroit, comme
   elle l'esproit aussi trouver en la leur;

   Et qu'on ne pouvoit dire qu'en l'endroict de nul prince, qui
   l'eust faicte requrir, elle eust uz de simulation; car au Roy
   d'Espaigne, qui premier luy en avoit faict parler, elle s'estoit
   incontinent excuse par l'escrupulle de sa consience, qui ne luy
   permettoit d'espouser celluy qui avoit est mary de sa soeur, et
   aulx princes de Sude et de Dannemarc elle leur avoit, dans huict
   jours, si expressment faict respondre qu'elle ne se vouloit
   encores maryer, qu'ilz n'avoient heu, aprs cella, nulle occasion
   de plus s'y attandre. Le propos du Roy estoit venu lorsqu'il
   estoit encores bien jeune, et elle luy avoit tout aussitost faict
   entendre sa rayson et response. Au regard de l'archiduc Charles,
   elle confessoit qu'il luy avoit est us de longueur,  cause des
   troubles et empeschemens qui estoient survenus au monde, mais il
   s'apercevoit meintenant qu'il n'y avoit point heu de feintize;

   Et s'estoit bien aperceue la dicte Dame que l'excuse, dont elle
   avoit us envers le Roy d'Espaigne, n'avoit est prinse de bonne
   part, car jamais despuys il ne l'avoit ayme; dont, au propos,
   qui se offroit meintenant, elle se vouloit bien garder de
   n'altrer en rien la bonne amyti qu'elle avoit avec Leurs
   Majestez Trs Chrestiennes,

   Les priant de considrer, en ce qui concernoit les choses
   d'Escoce, que, si Monsieur, leur filz et frre, avoit  estre son
   seigneur et mary, le bien et l'utillit de l'Angleterre luy
   seroient commiz, et que les dangiers, qui y pourroient advenir
   par le moyen de la Royne d'Escoce, seroient plus facilles de
   remdier pendant qu'elle seroit entre ses mains que si elle en
   estoit dehors;

   Qu'au reste elle n'avoit moindre soin qu'avoient Leurs Majestez
   Trs Chrestiennes de tenir l'affaire secrect, et pouvoit jurer de
   ne l'avoir encores communiqu que au comte de Lestre et  milord
   de Burlay, ausquelz elle avoit monstr les articles, que le dict
   Cavalcanty luy avoit baillez; s quelz la plus grande
   [difficult] se monstroit aulx deux premiers, parce qu'il
   n'estoit expdiant qu'aulcune de toutes les crmonies requises 
   une nopce d'un roy et d'une royne hrditayre de ce royaulme y
   fussent obmises;

   Et, quant  ottroyer l'exercice de la religion catholique 
   Monsieur et  ses domestiques, c'estoit ce o l'on avoit toutjour
   le plus contradict  l'archiduc Charles, et qu'elle desiroit que
   cella s'accommodt en quelque bonne sorte, priant le dict Sr de
   La Mothe de ne s'y vouloir monstrer plus difficile que, possible,
   Monsieur mesmes ne le vouldroit estre.


A CES DEUX DERNIERS POINCTZ le dict Sr de La Mothe a respondu:

   Que le Roy et la Royne seroient trs marrys qu'aulcune des
   crmonies accoustumes deffaillys en la cellbration de ce
   mariage, lequel ilz desiroient veoir orn de toutes ses plus
   dignes solennitez, pourveu que la religion et la conscience de
   Monsieur n'y fussent offances; mais, comme desj plusieurs
   aultres mariages avoient est faictz en la Chrestient entre
   personnes de diverse religion, et le couronnement aussi de
   l'Empereur avoit est cellbr avec l'assistance des princes
   ellecteurs, qui sont de l'une et de l'aultre, ainsy se pourroit
   solemniser cestuy cy sans contraindre la conscience des espousez;
   et qu'au reste le dict Sr de La Mothe croyoit qu'elle ne
   vouldroit si mal tretter ce prince que de le priver de l'exercice
   de sa religion, ny luy vivre un seul jour sans l'avoir, ains au
   contraire qu'elle l'auroit en mauvaise estime, si, pour chose du
   monde, il en vouloit rien quicter.


LA DICTE DAME A RPLIQU:

   Qu'elle avoit est couronne et sacre sellon les crmonies de
   l'esglize catholique, et par vesques catholiques, sans toutefois
   assister  la messe, et qu'elle seroit marrye de croyre que
   Monsieur vollt quicter sa religion: car, s'il avoit le cueur de
   dlaysser Dieu, il l'auroit bien aussi de la laysser  elle, mais
   me prioyt de confrer de toutes ces choses avec les dicts comte
   de Lestre et milord de Burlay.


AU PARTIR DE LA DICTE DAME,

  estant icelluy de La Mothe entr en confrance des dictes choses,
    aulx mesmes termes que dessus, avec les dicts de Lestre et
    Burlay, icelluy de Burlay, pour les deux, lui a respondu:

Que la grandeur de cest affaire se monstroit en ce qu'il estoit
question de joindre deux royalles personnes ensemble, et faire par ce
moyen la conjonction de deux grandz royaulmes, en quoy, puysque la
Royne, leur Mestresse, parmy la fidellit de tous ses aultres
conseillers, avoit choisy la leur, pour  eulx seulz commettre le
propos, ilz se sentoient trs obligez de cercher ce qui seroit pour
son honneur, pour son proffict et encores pour sa conscience;

Qu'ilz confessoient qu'ilz luy avoient conseill de se maryer, et,
quant ilz avoient veu que sa vollont y estoit dispose, ilz l'y
avoient conforte davantaige comme  chose trs honnorable pour elle,
et trs ncessaire pour son royaulme, et encores utille  eulx deux,
et pleyne de louange  ses conseillers, et gnrallement desire de
toutz ses subjectz; et en ce que le party se offroit avec Monsieur le
duc d'Anjou, prince fleurissant en beault, en jeunesse et en toutes
sortes de vertu, yssu d'un trs illustre sang, et d'une des plus
royalles maysons de toute la terre, qui avoit ung trs puyssant roy de
frre, et une trs saige et trs vertueuse royne de Mre, et luy
mesmes estoit trs acomply en toutes sortes de perfection, ne failloit
doubter qu'ilz ne l'aprouvassent, qu'ilz ne le desirassent, et qu'ilz
ne remercyassent Dieu d'avoir rserv ung si grand heur  leur
Mestresse, laquelle, en tout le circuyt du monde, n'eut peu rencontrer
ung plus honnorable, ny plus convenable party que cestuy cy;

Et pourtant, sur la correspondance qui s'y voyoit desj des deux
costez, et que, de celluy de la dicte Dame, ne failloit plus doubter
que la disposition n'y ft trs bonne, comme fonde en honneur, en
utillit et possible en ncessit, et Mon dict seigneur d'Anjou cogneu
trs desirable, (duquel ilz vouloient encores dire ce mot, qu'on
n'avoit jamais ouy une seule nouvelle de luy en ce royaulme, qui ne
ft  sa trs grande louange), ilz jugeoient que le propos estoit pour
venir bientost  ung bien heureux acomplissement, si d'avanture la
durt d'aulcunes condicions, que le Sr Cavalcanty avoit apportes, n'y
donnoit empeschement.

Sur lesquelles ilz considroient que la Royne, leur Mestresse, quant 
celles qui concernoient la religion, n'en pouvoit ny devoit ottroyer
pas une, qui peult offancer sa conscience ou troubler l'ordre de son
royaume, ny apporter escandalle  ses subjectz; et, quant aulx
aultres, qu'il importoit bien fort  sa rputation qu'on ne luy en
diminut aulcune, de toutes celles qui avoient est rserves  la feu
Royne Marie, sa soeur, par son contract de mariage avec le Roy
d'Espaigne.


A CELLA LE DICT DE LA MOTHE,

  aprs leur avoir bien fort gratiffi leurs bonnes paroles, leur a
    respondu:

   Qu'ilz savoient bien que Monseigneur estoit catholique, prince
   duquel l'honneur et la rputation de sa vertu ne pouvoit
   comporter qu'il obmist rien des choses qui apartenoient  sa
   religion, et que Dieu luy avoit form la conscience dans un cueur
   si ferme, si gnreux et tant plein de magnanimit, qu'il
   choysiroit plustost la mort que d'y avoir souffert nulle offance;
   mesmes que la Royne, leur Mestresse, luy venoit de signifier
   asss expressment qu'elle l'auroit en trs mauvaise estime s'il
   habandonnoit son Dieu, car craindroit qu'il l'abandonnast
   bientost aprs  elle. Toutesfois Mon dict Seigneur ne requroit
   qu'on luy ottroyast aultre chose en cella, sinon de ne priver luy
   et ses domestiques du libre exercice de leur religion, ce que si
   on luy mettoit en difficult, il auroit occasion de doubter asss
   de tout le reste.

   Et au surplus, encor que le Roy d'Espaigne, quant il espousa la
   Royne Marie, ft aparant hritier de plus de royaulmes et
   d'estatz que Monseigneur, il ne le passoit toutesfoys en nulle de
   toutes les autres excellentes qualitez d'ung trs grand et d'ung
   trs royal prince, et, possible, les avoit il,  ceste heure,
   plus convenables  ce royaulme que n'avoit heu lors le dict Roy
   d'Espaigne, qui n'estoit pass icy pour estre aulcunement
   anglois, ains pour faire l'Angleterre sienne; et ilz voyoient
   bien que Monseigneur se venoit tout donner  la Royne, leur
   Mestresse, et  eulx, pour n'estre jamais aultre que tout  elle
   et entirement leur, par ainsy qu'il le failloit bien tretter,
   luy donner ung bon et grand entretennement, et luy faire les
   advantaiges que sa grande qualit et sa bonne intention
   mritoient.


APRS CELLA,

  par l'ordre que les dicts de Lestre et Burlay ont donn de
    pouvoir secrectement, et quelquefoys de nuict, convenir
    ensemble, en la mayson du jardin de Ouestmestre, l'on a tir
    d'eulx, non sans beaucoup de difficult, les responces que le
    dict Cavalcanty a emport.

   Sur lesquelles, ayant despuys est faict par le dict de La Mothe
   plusieurs vifves remonstrances  la dicte Dame, et pareillement 
   iceulx de Lestre et de Burlay, pour y avoir de la modration,
   elle et eulx se sont d'un cost si fermement persuadez que Leurs
   Majestez Trs Chrestiennes et Monseigneur s'en contanteroient,
   (et de l'aultre ilz n'ont oz, parce qu'ilz n'estoient que deux
   du conseil  tretter l'affaire, s'eslargir davantaige), qu'il n'a
   est possible d'y rien plus obtenir pour ce coup; et a heu prou 
   faire  icelluy de La Mothe, de persuader  la dicte Dame qu'elle
   deust respondre  la lettre de Monseigneur, car disoit que la
   plume luy tumberoit de la main, et ne sauroit avec quel estille
   luy parler, et que, par la lettre qu'elle escriproit  la Royne,
   elle la prieroit de satisfaire pour elle vers luy, n'ayant
   encores jamais escript  nul des aultres princes, qui avoient
   prtendu de l'espouser, sinon une seulle foys  l'archiduc
   Charles, en termes fort esloignez de mariage. Et nantmoins,
   ayant enfin donn lieu  sa bonne vollont, et  l'instance du
   dict Sr de La Mothe, elle a faict responce  Mon dict Seigneur.

   Et icelluy de La Mothe a adverty le dict Cavalcanty d'aulcunes
   considrations, par lesquelles luy semble que la durt des
   responces de ceulx cy se pourra modrer  l'honneur et
   satisfaction de Mon dict Seigneur; dont sera bon d'essayer si le
   Sr de Valsingan s'y vouldra condescendre, et se tenir ung peu
   ferme en cella; mais, quant l'on ne pourra obtenir mieux, il
   fauldra veoir de quoy l'on se pourra passer, et ne laysser pour
   cella de conclurre, car, estant estably par de, il obtiendra de
   ceste princesse et des siens encores plus que ce qu'il demande,
   mais fault estre adverty que la froideur de dell rchauffe ceulx
   cy, et quant l'on y veoit de la challeur, ilz monstrent de se
   refroydir: et semble aussi qu'il sera bon de ne les laysser
   entrer en extraordinaires demandes, car ce ne seroit qu'une
   longueur de ngociation, si l'on leur en escoutoit une seulle, et
   en admneroient toujours d'aultres, qui enfin conduyroient
   l'affaire en ropture.




CLXXIIIe DPESCHE

--du XXIIIe jour d'apvril 1571.--

(_Envoye jusques  Calais soubz la couverte du Sr Acerbo._)

  Mauvais tat des affaires de Marie Stuart.--Excution en cosse
    de l'archevque de Saint-Andr.--Nouvelles d'Irlande et des
    Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, j'ay miz peyne de donner, par le contenu de vostre dpesche du
XIe du prsent, le plus de consolation, qu'il m'a est possible,  la
Royne d'Escoce, laquelle ne fault doubter que n'en heust fort grand
besoing pour l'ennuy qu'elle a prins de l'interruption de son trett,
et de la surprinse de Dombertran, qui sont deux accidans qui
esloignent bien fort les affaires de sa restitution; et croy, Sire,
que nulle aultre chose luy pouvoit venir meintenant  plus de
sollagement que ceste persvrance qu'elle voit de la constante
affection et bonne vollont de Vostre Majest envers elle, ce qui
contante aussi grandement ceulx qui luy veulent bien par de. Encores
prsentement, Sire, l'on me vient d'advertyr que le comte de Lenoz a
faict excuter l'archevesque de St Andr[5], frre du duc de
Chastellerault, qui sera une aultre griefve offance  la dicte Dame,
et semble que d'icy l'on ayt aussi envoy essayer le dict de Lenoz
s'il vouldra mettre Dombertran ez mains des Anglois;  quoy je metz et
mettray bien toutz les obstacles qu'il me sera possible: Le Sr de
Vrac a est conduict  Esterlin, auquel,  ce que j'entendz, l'on a
heu du respect pour estre serviteur de Vostre Majest.

  [5] L'archevque de Saint-Andr, qui s'tait trouv parmi les
  prisonniers faits dans le chteau de Dunbarton, fut mis  mort le
  6 avril 1571. Il prit par la potence. Sa mort fut venge
  quelques mois aprs par Huntley, Claude Hamilton et Scot de
  Buccleugh, qui parurent  l'improviste avec quatre cents chevaux
  aux portes de Stirling, le 3 septembre 1571, jour o le parlement
  y tait convoqu: _Souviens-toi de l'archevque!_ tait le mot
  d'ordre donn aux soldats. Le comte de Lennox fut tu d'un coup
  de pistolet au milieu du tumulte; tous les autres seigneurs, au
  nombre desquels se trouvait le comte de Morton, furent faits
  prisonniers.

La tenue de ce parlement a est dlaysse le lundy aor[6], et l'a
l'on recommance le jeudy de Pasques. Il semble qu'elle ne s'achvera
sans quelque nouveault. Milord Sideney pourchasse instantment d'estre
descharg de sa commission d'Yrlande, et dict on qu'ayant asss
heureusement conduict, jusques  ceste heure, les choses de dell, il
y crainct une mutation de fortune, car il y veoit le peuple fort
allin de l'affection des Anglois et tout adonn  la religion
catholique, et qui n'attand rien en plus grande dvotion que la venue
d'Estuqueley, et de Fitz Maurice; mais je n'entendz point qu'on y
envoye encores que milord Grey pour commander, en absence du dict
Sideney, lequel cependant aspire  estre grand maistre d'Angleterre.

  [6] Le lundi saint.

La troupe des vaysseaulx du prince d'Orange se grossit toutjour en
ceste mer estroicte, et m'a l'on mand, de la coste de dell, qu'ilz
pillent aussi bien les Franois que les Flamans, mais ne m'en estant
encores venue nulle expcialle plainte, je n'en ay faict aussi encores
pas une  ceulx cy. Le depput de Flandres poursuyt toutjour la
conclusion de l'accord des prinses, mais il cognoist bien que sa
ngociation est, de jour en jour, prolonge, pour attandre le retour
du jeune Coban. Sur ce, etc.

     Ce XXIIIe jour d'apvril 1571.




CLXXIVe DPESCHE

--du XXVIIIe jour d'apvril 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Dipe._)

  Propositions agites dans le parlement.--Affaires
    d'cosse.--Sollicitation faite par Marie Stuart d'un prompt
    secours.--Armemens  Londres et dans les Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, il n'a est encore guires rien propos d'importance en ce
parlement, que les deux poinctz que je vous ay desj mandez, contre
ceulx qui ne vouldroient faire expresse profession de la religion
protestante, et contre ceulx qui oseroient appeler ceste princesse
sismatique ou spare de l'esglize, ou qui prsumeroient, tant qu'elle
vivra, et qui mesmes auroient desj prsum de s'atribuer tiltre 
ceste couronne, pour punir les premiers de prison perptuelle et de
confiscation de leurs biens, et les segondz dclairez eulx et leurs
descendans  jamais attainctz de lze majest, et ont adjouxt ung
tiers article contre les fuytifz du North, pour confisquer leurs biens
et personnes; mais de tant que ces choses ont est proposes trop
vhmentes, l'on a commiz certains depputez  les modrer, pour, puys
aprs, les fayre sortyr en loy. Et m'a l'on dict, Sire, que la dicte
Dame, en ce qu'elle a peu cognoistre qu'on vouloit toucher au droict
de la Royne d'Escoce pour la priver de la succession de ce royaulme,
n'y a vollu consentyr, et en a faict rompre les billetz. Meintenant
se commence  parler du subcide, lequel pourra monter  six centz mil
escuz, et affin d'avoir bientost la conclusion d'icelluy, la dicte
Dame presse bien fort tout le reste, de sorte qu'on espre que le dict
parlement sera tantost finy, ou qu'il sera prorog  ung aultre temps.

Les choses d'Escoce, nonobstant la prinse de Dombertran et l'excution
de l'archevesque de St Andr, ne monstrent succder tant au gr de
ceulx cy comme ilz esproient, car la part de la Royne d'Escoce,
despuys que l'arme d'Angleterre a est retire, est toutjour demeure
plus forte et plus authorise que l'aultre, et ne voyent les Anglois
qu'il soit bien facille d'avoir Dombertrand entre leurs mains, parce
que ceulx qui l'ont en garde sont toutz escouoys; et j'ay desj faict
prandre ung escrupulle  la comtesse de Lenoz que cella tendroit 
dshriter son petit filz, et que son mary perdroit toutz ses amys en
Escoce, et seroit honteusement dchass du pays, s'il se layssoit
contraindre  bailler cette place. La Royne d'Escoce vous escript
amplement, et m'apelle  tesmoing comme elle s'est toutjour
sincrement conforme  l'intention de Vostre Majest, et que, sans
cella, elle ne se fust attandue au trett, duquel voyant  ceste heure
l'interruption, et que la surprinse de Dombertrand est advenue pendant
que l'on estoit en confrance, elle estime que l'injure touche en
aussi grand part  Vostre Majest comme  elle mesmes; et pourtant
vous requiert, Sire, qu'il vous playse pourvoir meintenant  la
seuret de Lislebourg, qui est place trop plus importante que n'estoit
Dombertrand, ensemble  la conservation de ceulx de son party,
lesquelz avec la dicte place sont pour se randre facilement maistres
du pays, si une trop grande force d'Angleterre ne s'y oppose; et
pourtant demande qu'il soit consign  Chesolme, contrerolleur des
monitions du chasteau de Lislebourg, douze miliers de pouldre, dix de
grosse et deux de grene, deux aultres miliers de salptre rafin,
quarante harquebouzes  crocq de fonte, deux centz bouletz de
collouvrine, aultant de bastarde et six cens de moyenne, cent
corseletz completz, et deux foys aultant de morrions, deux cents
piques avec leurs fers, deux centz harquebouzes  main avec leurs
fornymens, et cent hallebardes, trente tonneaulx de vin, deux
tonneaulx en vinaigre et douze poinons de lard; mais surtout elle
vouldroit qu'il y eust dedans quelques soldats franoys bien
exprimentez  la garde et deffance d'une place. Et de tant, Sire,
qu'il a est desj miz ordre  une partie de cella, le reste se pourra
faire  peu de coust. Aussi mande la dicte Dame que vingt navyres de
ses rebelles sont prestz  partyr pour France, lesquelz elle vous
suplie, Sire, de faire arrester tant biens, vaysseaulx que personnes,
car a opinion que cella servyra grandement  son affaire.

Et parce que j'ay entendu que le Sr de Vrac s'est desj embarqu pour
aller trouver Vostre Majest, il vous pourra randre plus particullier
compte de l'estat des choses de dell pour y pouvoir plus seurement
dellibrer; seulement j'adjouxteray icy, Sire, qu'il me semble ne
pouvoir revenir qu' l'honneur et rputation de voz affaires, et
nullement au prjudice d'iceulx, que Vostre Majest s'employe, sans
offance des Anglois,  conserver l'Escoce, sellon que les alliances et
confdrations anciennes vous y obligent; mmes qu'en ceste court se
parle d'y faire encores une expdition avec grande esprance qu'on
pourra emporter le chasteau de Lislebourg, et s'impatronyr d'une
partie du royaulme.

Il se faict icy une grande provision d'armes par les particulliers, et
remonte l'on  neuf en la Tour de Londres soixante canons ou
collouvrines, partie  rouage de navyres, partie pour batterie, et ne
se descouvre encores pour quelle entreprinse c'est, qui me faict avoir
toutjour craincte de l'Escoce. Il est vray qu'ilz disent que le duc
d'Alve arme trente six navyres en Olande; et que le duc de Medina
Celi, lequel, sellon les adviz qu'ilz ont, vient par terre, envoye une
arme par mer avec trois mil Espaignolz; et, nonobstant qu'on leur ayt
asseur que Estuqueley estoit prest  partir, le XXVIIIe du pass,
pour suyvre dom Joan d'Austria en Itallie, affin d'aller parler au
Pape, ilz ne layssent pour cella de monstrer qu'ilz se craignent du
cost d'Yrlande.

Cependant le Sr de Lumbres est party de Plemmue, le VIe de ce mois,
avec cinq bons navyres fort bien armez et artillez, pour aller  la
Rochelle, et m'a l'on asseur qu'il a emport soixante dix mil escuz
en or et une aultre asss bonne somme en argent monoy, ou billon. Le
bastard de Briderode est demeur en ceste mer estroicte avec douze ou
quinze aultres vaysseaulx, dont y en a quelques ungs d'asss bons.
Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et le depput de Flandres s'en
pleignent asss, mais ilz font estat,  ce qu'ilz m'ont dict, de
n'esprer aulcune bonne expdition en cella, ny en l'affaire des
prinses, jusques  ce que le jeune Coban soit de retour. Sur ce, etc.

     Ce XXVIIIe jour d'apvril 1571.




CLXXVe DPESCHE

--du IIe jour de may 1571.--

(_Envoye jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Audience.--Discussion des affaires d'cosse.--Ncessit d'une
    nouvelle dclaration du roi que son intention est d'envoyer des
    troupes en cosse.--Subside demand au parlement.--Ngociation
    des Pays-Bas.--_Lettre secrte  la reine-mre._ Dtails
    confidentiels sur la ngociation du mariage avec Leicester,
    lord Burleigh, le duc de Norfolk, et lord de Lumley.


     AU ROY.

Sire, j'ay tenu  la Royne d'Angleterre les honnestes propos, que
Vostre Majest me commandoit par sa dpesche du XIIe du pass,
touchant le playsir que ce vous estoit qu'elle eust prins  bon gr
les faveurs qu'aviez faictes  ceulx des siens, qu'elle vous avoit
naguires envoyez, et luy ay touch ung mot de la bonne provision
qu'aviez donne  rprimer les dsordres advenuz  Roan contre ceulx
de la nouvelle religion, et comme vostre intention, et celle de la
Royne et de Monseigneur, demeuroient trs fermes en l'entretennement
de vostre edict, de sorte que vous la pouviez asseurer qu'il seroit
inviolablement observ.

La dicte Dame, aprs m'avoir rpt plusieurs choses honnorables, que
les siens luy rcitoient encores toutz les jours de leur voyage de
France, m'a dict qu'elle vous cuydoit avoir beaucoup honnor et oblig
en vous envoyant son ambassadeur, mais qu'elle se trouvoit trop plus
honnore et oblige de Vostre Majest pour l'avoir trop favorablement
receu; et a suyvy qu'elle louoit infinyement vostre vertueuse
dellibration de vouloir meintenir la paix en vostre royaulme, et que
desj vous avez faict concepvoir au monde que vostre parolle seroit
vrayment royalle, et toute pleyne de certitude, et de vrit; dont ne
failloit doubter qu'elle ne rendt aussi la rputation de Vostre
Majest et celle de voz affaires toute comble d'honneur et d'infinit
de proffictz.

J'ay continu, (touchant ce que son ambassadeur avoit racompt  la
Royne, vostre mre, des difficultez qui s'estoient trouves au trett
de la Royne d'Escoce, et de l'opinion qu'il avoit que les instances,
que me commandiez asss souvent de faire en cella  la dicte Dame, luy
estoient ennuyeuses), que je layssois bien  son dict ambassadeur de
luy avoir faict entendre combien il avoit cogneu estre  vous mesmes,
Sire, et  la Royne, vostre mre, et  Monseigneur, trs ennuyeux que
les choses n'eussent prins le bon chemin d'accord qu'elle vous avoit
promiz, et faict plusieurs fois esprer; et que nantmoins elle vous
feroit grand tort si ne croyoit fermement qu'en ce que vous aviez cy
devant cerch, et que vous cercheriez cy aprs d'acquitter en cest
endroict le deu de vostre honneur et de vostre obligation, que vous
n'eussiez aussi regard, et que vous ne regardissiez encores que
l'honneur pareillement, et la rputation de la dicte Dame, sa seuret
et celle de ses affaires, et tout son contantement y fussent
dilligentment observez.

Elle m'a respondu bnignement qu'elle estoit bien marrye de ne vous
avoir peu lors mander de meilleures nouvelles du trett, mais il n'y
avoit heu ordre,  cause des contradictions qui s'y estoient
monstres; mais il sembloit que despuys les choses se fussent ung peu
modres, et qu'elles pourroient encor ruscyr  la bonne fin que
Vous, Sire, et elle desiriez.

Je n'ay rien rpliqu  cella; mais de tant, Sire, que bientost se
doibt faire une monstre gnralle en ce royaulme, et que le comte de
Sussex inciste toujours luy estre permiz qu'il puysse retourner
encores une foys avecques une arme en Escoce, Vostre Majest advisera
s'il sera bon que je remonstre  la dicte Dame et  ceulx de son
conseil comme les seigneurs escouoys, qui tiennent le party de leur
Royne, voyant que, par l'opiniastret des aultres, le trett n'a peu
succder, et que, pendant la confrance, le comte de Lenoz a surprins
Dombertran, qu'ilz vous requirent trs instantment de leur assister
jouxte vostre promesse, et sellon l'alliance qu'ilz ont avec vostre
couronne; et que vous voulez bien prier la dicte Dame de ne prandre
aulcune souspeon ny deffiance si vous vous acquietez en quelque
partie de ce  quoy vostre honneur et debvoir vous obligent vers eulx;
car luy promettez et jurez que ce ne sera pour aporter aulcun dommaige
ou incommodit  elle, ny  ses pays et estatz; par o, Sire, nous
pourrons obtenir ou que la dicte Dame accordera ouvertement que
puyssiez donner support  iceulx seigneurs qui le vous demandent, sans
qu'elle en soit offance, ou qu'il soit layss aux Escouoys mesmes de
dbattre entre eulx leurs difrandz, sans que vous, ni elle, vous en
mesliez; en quoy semble que le party de la Royne d'Escoce prvauldra
toutjour contre l'aultre.

J'ay faict mencion  la dicte Dame de la bonne et prompte expdition
qu'avez faicte donner  trois requestes de ses subjectz, que son dict
ambassadeur vous avoit prsentes, ce qu'elle a heu trs agrable, et
m'a pri de vous en remercyer grandement, et que, quant son dict
ambassadeur le luy aura mand, elle vous en fera encores par luy
mesmes remercyer davantaige. Le parlement se continue toutjours, et le
subcide est desj comme tout accord,  quatre solz pour livre, sur
les hritaiges, et deux solz et demy sur l'aultre sorte de revenu. Les
seigneurs de ce conseil sont si vigilans, ez actions qui s'y font,
qu'il semble enfin qu'ilz y feront passer toutes choses sellon
l'intention de leur Mestresse. Il a est faict une nouvelle et bien
estroicte ordonnance sur les courriers de Flandres de sorte qu'il a
plusieurs jours que nul, ny ordinaire, ny aultre, n'y est all ny
venu. Le depput du duc d'Alve n'advance guire sur l'accord des
prinses, car chacun jour l'on luy met nouvelles difficultez en avant,
et luy demande l'on  ceste heure, que le dict duc ayt  payer les
draps, qu'il a prins des Anglois, au pris qu'il les a baillez aulx
soldats, qui monte un tiers davantaige qu'ilz ne valent; et incistent
les dicts Anglois ou qu'il leur fornisse argent contant, ou bien qu'il
donne cautions qui les contantent. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may
1571.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, parce que la dpesche, que milord de Burlay a baille au Sr
Cavalcanty, et la faon de le dpescher, ne m'ont asss bien
satisfaict, et m'ont faict monter plusieurs doubtes en l'entendement,
j'ay miz peyne, le plus que j'ay peu, de m'en esclarcyr; et voycy,
Madame, ce que j'ay aprins depuys son parlement, vous supliant trs
humblement prendre la peyne de le lyre, encor qu'il soit un peu long:

C'est que le comte de Lestre m'a mand que, du cost de de, l'on
n'a que peur que nous nous rfroydissions, et que, tout  ung mot, il
ne tiendra plus qu' nous que les choses ne viennent  bon effect;
qu'il estoit bien vray que je me suys tenu ung peu trop ferme sur la
religion, et que Cavalcanty aussi, quant il avoit est ouy  part, s'y
estoit monstr ung peu bien froid, et que je pouvois avoir cogneu que
la Royne, sa Mestresse, quant  elle, n'estoit que trs bien dispose
au propos.

Sur quoy il m'est ressouvenu, touchant les articles des responces, qui
m'ont est baillez, que la dicte Dame me dict avoir command de
modrer celluy des crmonyes des nopces, parce qu'elle estoit fort
escrupuleuse aulx prsages, qui y pouvoient advenir, et qu'elle
rputeroit  grand malheur, si Monsieur,  cause de quelcune des
dictes crmonyes, la dlayssoit au millieu de l'acte, ou bien si
l'anneau nuptial tumboit en terre, et choses semblables; que, touchant
le poinct de la religion, elle ne vouloit que Monsieur laysst la
catholique, ny ft forc en sa conscience, et qu'elle le prioyt aussi
de se contanter de ce qu'elle pouvoit ordonner pour luy en cella, sans
offancer la sienne, et sans troubler l'ordre de son pays; qu'elle
desiroit bien estre quelquefoys accompaigne de luy, quant elle yroit
 ses prires, affin que ny d'elle ny des siens il ne ft veu dtester
par trop leur religion, mais n'avoit trouv bon qu'on heust miz en
l'article qu'il y demeureroit, en l'attandant jusques  son retour;
que Monsieur ne debvoit doubter qu'elle ne lui pourveust bien
honnorablement, au cas qu'il la survesquit, et que, durant sa vie,
tout ce qu'elle auroit luy seroit commun.

Puys avoit ajouxt qu'elle se trouvoit encores estonne ez louanges de
Monsieur, et qu'elle craignoit, y en ayant de si grandes, qu'il
n'eust que faire d'elle; et s'estoit mise  racompter celles qu'elle
avoit ouy dire de son bon sens, de sa prudence, de sa bonne grce, de
sa magnanimit et de sa valleur aulx armes, de la beault et
disposition de sa personne, sans oublier de parler de sa main, comme
d'une des plus rares beaultez qu'on eust veu en France; et avoit, puys
aprs, suyvy, en ryant, qu'elle me feroit dire aussi ung jour par Mon
dict Seigneur, si les choses venoient  bonne fin, que je debvois
avoir plustost soubstenu son party comme plus honorable, que celluy de
la Royne d'Escoce.

Par lesquelz propos, qui toient asss conformes aux articles des
responces qui avoient est arrestez avecques moy, je conceuz une fort
bonne esprance du tout; dont fuz fort esbahy et bien fort offanc,
quant j'entendiz despuys qu'on avoit dpesch en aultre sorte le dict
Cavalcanty, et n'ay peu descouvrir que cella soit procd d'ailleurs
que de ce que la dicte Dame, avant le dpescher, communiqua, comme
j'entendz, le propos  trois autres de ses conseillers, au Quiper, au
marquis de Norampton et au comte de Sussex; et nantmoins l'on m'a
despuys asseur, de trois et quatre bons endroictz, que la dicte Dame
n'a rien tant en affection que de parachever ce mariage, et que jamais
n'a si longuement persvr en nul aultre propos, comme elle faict en
cestuy cy, et ne peult comporter qu'on luy dye qu'il y puisse avoir
des difficultez pour l'interrompre, ny veoir de bon oeil homme en sa
court qui tant soit peu monstre de ne l'aprouver.

J'ay commanc quelque intelligence avec la comtesse de Lenoz, par
prtexte de luy promettre beaucoup de la part de Voz Majestez pour son
petit filz, si elle et le comte, son mary, se vouloient accorder avec
la Royne d'Escoce, et luy ay faict cognoistre que le propos de
Monsieur ne luy pourroit estre que trs oportun, s'il venoit  bonne
fin, car si la Royne d'Angleterre debvoit jamais avoir enfans, la
dicte dame de Lenoz debvroit desirer qu'ilz fussent Franoys pour la
parfaicte unyon qui seroit toutjour entre eulx et son dict petit filz;
si elle n'en avoit poinct, ce seroit Monsieur qui, se trouvant icy,
advanceroit le droict de son dict filz  ceste couronne contre toutz
les aultres qui y prtendent; et elle m'a mand qu'elle supplioit Voz
Majestez de prandre son dict petit filz en vostre protection, et
croyre que son mary estoit trs dvot et affectionn serviteur de la
couronne de France, comme ont est ses prdcesseurs; qu'elle, de sa
part, vouloit et desiroit le mariage de Monsieur avec sa Mestresse
plus que chose du monde, et que, tennant le lieu plus prez d'elle que
nulle aultre de ce royaulme, elle le luy avoit desj conseill et le
luy persuaderoit toutjour avec toute affection, et me donroit l
dessus toutz les advis qu'elle pourroit; que, pour ceste heure, elle
ne me pouvoit dire sinon que, par toutes les apparances et conjectures
qui se voyoient en la dicte Dame, elle monstroit d'estre non seulement
bien dispose, mais trs affectionne au party de Mon dict Seigneur,
et ne parloit ordinairement que de ses vertuz et perfections,
s'abilloit mieux, se resjouyssoit, et se monstroit plus belle et plus
gaye, en mmoire de luy; qu'il estoit bien vray qu'elle ne
communiquoit plus ce propos aulx femmes, et sembloit qu'elle l'eust
entirement rserv entre elle et le comte de Lestre et milord Burlay;
dont m'estoit besoing, pour en avoir plus de lumyre, d'en accointer
l'ung des deux.

Et, sur ce qu'il y a desj quelques jours que j'avois pri les dicts
de Lestre et Burlay de sonder la vollont de la noblesse de ce
royaulme en ce propos, icelluy Burlay me respondit, dez lors, que je
ne doubtasse qu'elle n'y ft bien dispose; et icelluy de Lestre m'a
despuys mand qu'il avoit travaill l dessus avec le duc de Norfolc
pour le luy faire trouver bon, qui estoit celluy qui tiroit plus de la
dicte noblesse, aprs luy, que tout le reste du royaulme; et qu'il me
pouvoit asseurer qu'ayant le Roy honnor l'ung et l'aultre de son
ordre, il les trouveroit toutz deux trs unys  sa dvotion et trs
fermes au service de Monsieur, son frre.

Le dict duc, de sa part, parce que je luy avois desj faict quelque
communication de ce propos, avec asseurance de la vollont de Voz
Majestez vers luy et la Royne d'Escoce, m'a envoy dire qu'il m'en
remercyoit, et qu'il se sentoit trs oblig  Voz Majestez de la
considration qu'il vous playsoit avoir d'eulx deux en cest affaire,
auquel il m'avoit desj faict dclaration, de son cueur, qu'il se
dellibroit avec toutz ses amys de s'y employer droictement, car se
rputoit tout oultre vostre serviteur, et que Monsieur, vostre filz,
ne doubtast plus qu'il ne ft oby, rvr, et aym en ce royaulme,
s'il y venoit, dont me prioyt d'en conclurre bientost les choses, s
quelles il ne pouvoit cognoistre  prsent qu'il y ft sinon bon; mais
ce luy seroit ung argument, quant l'on y cercheroit de la longueur, de
croyre qu'il y eust de la simulation, et qu'aussitost qu'il la
cognoistroit, il me la feroit entendre: et a escript  l'vesque de
Roz qu'il me vollt ayder de toutz ses moyens et intelligences en
ceste cause, car il cognoissoit qu'il estoit besoing d'avancer icy la
rputation de la France, pour bien faire les affaires de la Royne
d'Escoce, lesquels affaires il croyoit fermement que Monsieur, estant
venu, ne les vouldroit laysser sans quelque accommodement, puysqu'ilz
touchent bien fort l'honneur du Roy, son frre, et le sien; et si,
d'avanture, il luy estoit faict quelque obstacle de n'y venir point,
il ne seroit que davantaige enflamm de les remdier; par ainsy qu'il
voyoit bien que l'amour ou la hayne de Mon dict Seigneur envers la
Royne d'Angleterre ne pouvoient estre que trs utilles  la Royne
d'Escoce et  luy; qu'il estimoit que de dclairer trop tost sa
vollont en ce faict ne serviroit de rien, car la perplexit o la
Royne, sa Mestresse, se trouvoit encores quelque peu pour doubte de
luy, le luy feroit tant plus tost conclurre, et que mesmes je prinse
garde de ne m'ouvrir tant au comte de Lestre qu'il pet cognoistre
qu'il y eust nulle intelligence entre icelluy duc et moy; nantmoins
qu'il demeureroit ferme en ce propos jusques  la mort.

Milord de Lomeley, pour gaiges de la vollont du comte d'Arondel, son
beau pre, du comte d'Ocestre et de luy en cest endroict, m'a envoy
une bague, et m'a mand que, si je le trouvois bon, ilz
s'employeroient de bon cueur et y procderoient par effectz, en lieu
qu'ilz craignent que les aultres n'y vont que de parolle; et qu'il ne
se pouvoit persuader encores qu'il n'y eust de la tromperie.

Le capitaine Franchot, qui a quelque peu de pratique avec aulcuns de
ce royaulme, m'est venu dire, sur le bruict qui court de ce propos,
que la Royne d'Angleterre en effet ne pouvoit, ny vouloit, ny debvoit
espouser Monsieur, et que l'intention d'elle estoit seulement
d'endormir Voz Majestez sur les choses d'Escoce, affin de s'en
impatronir, et pour faire aussi que le Roy d'Espaigne condescende 
meilleures condicions vers elle, et pour contanter pareillement ses
subjectz, et authoriser enfin ses affaires dedans et dehors son
royaulme; mais, quand bien le contrat seroit faict et estipull, que
le mariage pourtant ne s'effectueroit jamais, et qu'en tout vnement
il y avoit desj des ligues faictes pour se fortiffier en ce royaulme
contre les dangiers qui pourront advenir du dict mariage. Sur quoy,
voulant aprofondir davantaige comme il savoit ces choses, il m'a
respondu qu'il s'en alloit en France, et en parleroit plus librement
de dell, comme bon serviteur de Voz Majestez et de Monseigneur, s'il
en estoit interrog.

J'ay est despuy trouver la dicte Dame pour voir en quoy elle
continuoit; laquelle s'est laysse aysement conduyre en ce propos, et
m'a dict que, s'il luy estoit jamais imput de s'y estre trop advance
pour avoir escript de sa main  Mon dict Seigneur, premier que les
choses fussent bien conclues, qu'elle en rejetteroit toute la coulpe
sur moy; qu'il falloit bien, touchant les responces qui avoient est
bailles  Cavalcanty, que vous l'excusissiez, si elle n'avoit peu
mieulx faire, car estoit contraincte de contanter les siens, qui
l'estimeroient peu affectionne  leur religion, si elle condescendoit
ouvertement  tout ce que Monsieur demandoit pour la sienne, lequel au
reste elle n'entendoit qu'il ft en rien contrainct contre sa
conscience; qu'elle se vouloit pleindre  moy de ce qu'ung homme, qui
tenoit asss grand lieu, avoit dict que Monsieur feroit bien de venir
espouser ceste vielle, laquelle avoit heu, l'anne passe, tant de mal
 une jambe qu'elle n'en estoit encores bien gurye, ny possible en
guriroit jamais, et que, soubz le prtexte de cella, l'on luy
pourroit bailler ung brevage de France pour s'en deffaire, de sorte
qu'il se trouveroit veuf dans six ou sept mois, pour, puys aprs,
espouser,  son ayse, la Royne d'Escoce, et demeurer roy paysible de
ceste isle; et que ce propos ne l'avoit tant offance pour le regard
d'elle, comme pour le regard de Monsieur, et de l'honneur de la
couronne d'o il estoit yssu.

A quoi j'ay respondu, avec dtestation du propos, et de celluy qui
l'avoit tenu, que je la suplyois me dire d'o il procdoit, affin que
Voz Majestez et Mon dict Seigneur vous en rescentissiez.

Elle a suyvy, en grand collre, qu'il n'estoit encores temps de le
nommer, mais que je m'asseurasse qu'il estoit vray, et que bientost
elle m'en feroit bien entendre davantaige; et n'ay rien cogneu que
continuation d'affection en tout le parler de la dicte Dame, lequel a
est beaucoup plus ample que je ne le puys mettre icy.

Au partir d'elle, le comte de Lestre m'est venu dire qu'il estoit
besoing que non seulement je fusse modr sur l'article de la
religion, mais que je fisse en sorte que Voz Majestez le vollussent
laysser, ainsy couch qu'il est, affin que Monseigneur, vennant par
de, soit mieulx veu, et embrass avec plus d'affection de ceulx en
qui la Royne, sa Mestresse, a fiance, et qu'ilz n'ayent occasion
d'inventer rien qui puysse traverser ce propos; et que je vous
asseure, sur sa vie, qu'il aura pour luy et ses domestiques
l'exercisse de sa religion en priv, et obtiendra du reste beaucoup
plus qu'il ne voudra demander, quant il sera par de; et que desj
luy mesmes avoit dclair  la dicte Dame que, puysqu'elle prenoit
Monsieur pour son seigneur et mary, qu'il luy porteroit galle
fidellit, obyssance et service, comme  elle; ce qu'elle avoit
trouv fort bon, et m'asseuroit que, de jour en jour, elle se
confirmoit davantaige en ce bon propos, qui pourtant estoit besoing de
le haster aultant qu'il seroit possible.

Je trouve, Madame, que le dict comte va toutjour droictement et d'une
trs bonne sorte en cest affaire; et milord de Burlay monstre le
semblable; mais, de tant que je say l'extrme affection que icelluy
Burlay porte  ceulx de Herfort, et  traverser tout ce qui les
pourroit empescher de parvenir  ceste couronne, je crains que sa
prsente dmonstration ne soit que pour ne s'ozer opposer  la
vollont de sa Mestresse, et qu'en effect il ne se faille fyer en luy
que bien  poinct; car j'ay desj cogneu que sa faon de ngocier tend
 mettre la matire en longueur. Par ainsy, je persvre en ce que
j'ay desj mand  Vostre Majest par le Sr Cavalcanty, qu'il fault
presser de passer les articles, sans s'amuser  dbattre les responces
qu'on nous a bailles, affin de demeurer promptement rsoluz ou de la
conclusion ou de la ropture du propos; et me pardonne Vostre Majest
si je luy escriptz tant de choses diffrantes; car c'est ung affaire
o il ne fault rien obmettre. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may 1571.




CLXXVIE DPESCHE

--DU VIe jour de may 1571.--

(_Envoye jusques  la court par l'homme de Walsingan._)

  Refroidissement apport dans la ngociation du mariage par les
    rapports de Walsingham.


     A LA ROYNE.

Madame, ce peu de motz ne sont pour entirement respondre  la lettre
de Vostre Majest, ny  celle bien ample que, par vostre commandement,
Mr de Foix, m'a escripte; seulement, Madame, je vous signiffieray icy
la rception des deux, et comme la Royne d'Angleterre, avant que je
les aye veues, avoit desj leu celles que le Sr de Valsingan et le Sr
Cavalcanty luy avoient escriptes[7]; s quelles elle a monstr n'y
avoir trouv de satisfaction, ains plustost de l'offance. Et, sans que
je luy ay franchement communiqu voz honorables et vertueuses
responces, et les sages remonstrances du dict Sr de Foix, qui sont les
unes et les aultres contenues en sa lettre, tout estoit gast. Et ne
say encores, Madame, que juger de l'affaire, car la dicte Dame m'a
sembl estre plus restraincte au poinct de la religion, que ce que Mr
le comte de Lestre m'avoit pri dernirement vous en escripre; mais je
doibz confrer encores aujourd'huy avecques elle, et avec le dict
sieur comte, et avec milord Burlay; desquelz je mettray peyne, sans
trop dbattre les choses, de sentyr leur dernire rsolution.
Cependant, parce que ce porteur est renvoy prsentement avec quelque
response, je adjouxteray seulement icy que le dict sieur comte de
Lestre m'a dict que le contenu des lettres des dicts Valsingan et
Cavalcanty estoit fort diffrand de ce que Mr de Foix mandoit. Je
mettray peine de le savoir et prieray  tant nostre Seigneur, etc.

     Ce VIe jour de may 1571.

  [7] Voir la _lettre de Walsingham  milord de Burleigh_ des 8 et
  9 avril 1571, et _la confrence entre Mr de Foix et
  lui_.--_Ngociations de Walsingham_, lettre LXXI, p. 98.




CLXXVIIe DPESCHE

--du VIIIe jour de may 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Tournoi  Londres.--Opposition de la chambre des lords aux
    projets de la chambre des communes.--Nouvelle crainte des
    Anglais d'une entreprise sur l'Irlande.--Leurs plaintes contre
    les armemens faits en Bretagne.--Offre de lord Burleigh de
    reprendre la ngociation du trait d'cosse.--Emportement
    d'lisabeth contre Marie Stuart.--Nouvelles d'cosse, de la
    Rochelle et de Flandre.


     AU ROY.

Sire, je commanceray ceste cy par dire  Vostre Majest qu'aprs le
partement du Sr de Sabran, lequel luy aura peu compter ce qu'il a veu
des jouxtes de la premire journe du tournoy, entreprins en ceste
court au commancement de may, j'ay est pri d'assister encores aulx
deux suyvantes, s quelles a est,  la segonde, combattu  l'espe, 
cheval, et  la troisiesme  la pique et  l'espe,  la barrire; et
a vollu la Royne d'Angleterre que je l'aye accompaigne  toutes
trois, non sans faire plusieurs honnorables mencions de semblables
exercisses de Vostre Majest et des triomphes de vostre royaulme, ny
sans qu'elle ayt monstr de prandre ung singulier playsir  cest essay
des siens, lesquelz toutesfoys elle n'a que modestement louez: qu'ilz
faisoient asss bien pour Angleterre, et qu'ilz aprenoient icy comme
ilz pourroient comparoir ailleurs parmy les aultres. Je luy ay lou
leur bien faire et que c'estoit de prou d'endroictz d'ailleurs qu'on
pouvoit venir icy pour aprandre, comme,  la vrit, il y a heu en ces
combats de la magnifficence et un fort bon ordre et asss d'adresse de
ceulx qui s'esprouvoient. Le comte d'Oxford avoit dress la partie,
lequel, avec sire Charles Havart, sire Henry Lay, et Me Haton, ont
est les quatre tenans contre aultres vingt sept gentishommes, de
bonne mayson, assaillans; et les juges du tournoy ont est les comtes
d'Ocester et de Suxs, l'admiral, et milord Sidney, et n'y est advenu
nul inconvnient. Il a est mand  l'ambassadeur d'Espaigne, s'il
avoit desir de veoir ces triomphes, qu'on luy prpareroit une fentre;
mais il a respondu qu' ung ambassadeur d'ung si grand roy apartenoit,
devant qu'il allast en nulle part, de savoir quel lieu il y devoit
tenir, et ne s'y est point trouv.

Le parlement s'est toutjour continu, aulx heures dtermines; auquel,
encores que ceulx de la basse Chambre ayent fermement incist en leurs
premires propositions, ceulx nantmoins de la premire ne leur ont
encores rien layss passer, et disent que les loix de leur religion
sont asss estroictes pour ne se vouloir lyer davantaige, ny se
laysser ainsy soubmettre  plus de dangiers de lze majest qu'il n'y
en a par les anciennes loix du royaulme; et ont est commis aulcuns
principaulx personnaiges de l'assemble pour modrer les dictes
propositions, et n'y a pour encore rien de rsolu.

Il semble que ceulx cy sont rentrez en perplexit pour
l'advertissement qu'ilz ont que Estuqueley est all  Rome afin
d'acorder de l'entreprinse d'Yrlande entre le Pape et le Roy
d'Espaigne, et que les deux promettent de fornyr pour icelle cent mil
escuz chacun, et le dict Roy d'Espaigne quelques gens et vaysseaulx
davantaige, et qu'il est nouvelles que le comte de Bossu arme aussi
des navyres en Flandres.

Milord de Burlay m'a dict que leurs mariniers leur ont raport qu'on
armoit aussi en Bretaigne, et qu'il vouloit bien croyre que ce
n'estoit contre l'Angleterre, car l'on monstroit, des deux costez, de
desirer et pourchasser chose fort dissemblable. A quoy j'ay respondu
que je n'avois rien entendu du dict armement, et que je ne cognoissois
qu'il y eust, de vostre cost, Sire, que toute continuation de paix
avec la Royne sa Mestresse.

Il m'a, de luy mesmes, parl l dessus du desir que la dicte Dame
avoit de parachever le trett de la Royne d'Escoce, mais qu'il
sembloit qu'elle mesmes et les siens y donnassent de l'empeschement,
m'allguant que Mr de Roz avoit naguires faict venir des livres,
qu'il avoit faict imprimer  Louvain, fort dsagrables  la Royne
d'Angleterre, et receu des lettres de ses rebelles qui sont en
Flandres, et que les seigneurs du party de la dicte Royne d'Escoce
s'opposoient que les comtes de Lenoz et de Morthon ne peussent aller
tenir leur parlement  Lislebourg pour envoyer icy le pouvoir sur les
choses du dict trett, et par ainsy, que le retardement ne procdoit
de sa Mestresse.

Je luy ay respondu que, en quelque sorte qu'il vollt juger de la
procdure de ce faict, l'on voyoit clairement que la Royne d'Escoce
s'estoit mise  tant de rayson et de debvoir, qu'on ne pouvoit plus
nyer qu'il ne luy ft faict beaucoup d'injure et de viollance, et que
le trett luy avoit quasi plus apport de mal que n'avoit fait la
guerre.

Et despuys, Sire, j'ay faict veoir  la Royne d'Angleterre une lettre
de la dicte Royne d'Escoce, et l'ay fort conjure de vouloir pourvoir
 ce que ceste pouvre princesse y requroit. Et elle m'a respondu
qu'on avoit trouv des mmoires qui expciffioient les moyens que la
dicte Royne d'Escoce avoit de s'en aller, fort dsadvantageux  elle
et  son royaulme, par ainsy qu'on ne s'esbahyst si le comte de
Cherosbery la fezoit ung peu plus observer que de coustume; mais que
j'assurasse Vostre Majest qu'elle avoit toutjour est, et seroit
aussi honnorablement trette en Angleterre, tant qu'elle y seroit,
comme si elle estoit en son propre royaulme. J'entendz, Sire, que ce
sont des mmoires, qui ont est trouvs  Dombertrand, qui
vritablement font mencion de cella.

L'vesque de Roz est encore bien fort mallade. Le comte de Lenoz a
mand assembler toutes ses forces au IXe de ce mois  Litcho, pour
aller en armes  Lillebourg, mais je croy qu'il y trouvera de la
rsistance; et desj se dict qu'il y a heu une grosse escarmouche prs
du dict Lillebourg, o le comte de Huntelay et milord de Humes se sont
trouvez du party de leur Royne, et qu'ilz ont battu et chass les
aultres. Il semble que celluy qu'on a miz pour cappitaine dans
Dombertrand, voyant la cruault du comte de Lenoz, reffuze meintenant
de luy obyr, et dict qu'il rservera la place au jeune Prince jusques
 la mort; de sorte que les Anglois deffient asss de la pouvoir
avoir.

L'on parle icy du mariage de la petite princesse de Navarre avec le
comte Ludovic de Nassau, et que, parmy le march, il se projette une
entreprinse en Hollande. Celluy dont, en aulcunes de mes prcdentes,
je vous avois mand, Sire, qui estoit venu de la Rochelle devers feu
Monsieur le cardinal de Chastillon, estoit principallement dpesch
pour faire passer dell le Sr de Lumbres avec les vaysseaulx et armes,
et aultres provisions qu'il a recouvert icy; qui y a desj faict
voille, dez le VIe du pass.

Le depput de Flandres a faict proroger encores pour huict jours son
affaire, attendant une responce du duc d'Alve, laquelle il pensoit
avoir icy le IIIe de ce moys, mais il y a heu quelque retardement.
J'ay au reste bien dilligentment et  part considr le chiffre de
Vostre Majest, du XXIIIe du pass, lequel je mettray peyne
d'ensuyvre; et vous supplie trs humblement, Sire, de croyre que les
choses n'eussent prins le tret qu'elles ont, si je n'en eusse desj
us ainsy, et qu'il seroit bien malays d'outrepasser les termes que
je y ay tenu, sans se descouvrir, possible, plus que Vostre Majest ne
le trouveroit, puys aprs, guires bon. Sur ce, etc.

     Ce VIIIe jour de may 1571.


   J'entendz que la comtesse de Northomberland et milord Dacres ont
   naguires dpesch ung nomm Herv en Espaigne, pour moyenner le
   mariage de la Royne d'Escoce avec don Joan d'Austria, de quoy ne
   fault doubter que le duc de Norfolc ne soit pour en prandre
   jalouzie.




CLXXVIIIe DPESCHE

--du Xe jour de may 1571.--

(_Envoye jusques  la court par ung corrier d'Angleterre._)

  tat de la ngociation du mariage.--Confrences avec le lord
    garde des sceaux (_the keeper_), le comte Leicester et lord
    Burleigh.--Entrevues de l'ambassadeur avec lisabeth pour
    renouer cette ngociation.


     A LA ROYNE.

Madame, il n'est rien advenu en ce propos de mariage, que je ne le
vous aye escript par ordre, jusques au deuxiesme de ce mois que je
vous ay dpesch le Sr de Sabran; et despuys m'estant trouv en
conversation avec les seigneurs de ceste cour, j'ay essay, en parlant
 milord Quiper, de descouvrir ce qu'il en avoit en opinion, lequel
s'est facillement conduict  discourir des vertuz et perfections de
sa Mestresse, et, de luy mesmes, enfin, m'est venu dire que cella seul
luy deffailloit qu'elle n'avoit point de mary, et qu'elle ne monstroit
 ses subjectz nulle ligne pour pouvoir, aprs elle, succder en ce
royaulme. Je luy ay respondu que,  la vrit, elle remplissoit pour
son temps aultant dignement le sige de ceste couronne que nul grand
roy le sauroit faire, et que, pour le regard de ce deffault qu'il y
allgoit, je desirois  la dicte Dame le party d'ung prince que je
cognoissois, lequel je m'asseurois qu'augmenteroit grandement la
flicit de ce royaulme; et seroit pour y establyr une des plus belles
et plus illustres lignes de la terre. Il m'a rpliqu qu'il vouldroit
que cella ft desj bien accomply et qu'il n'y eust nulle difficult
aulx condicions; et, encor qu'il s'y en trouvt quelcune, bienqu'ung
peu dure, encores la fauldroit il passer plustost que sa Mestresse
demeurast sans mary.

Le comte de Lestre et milord de Burlay m'ayans, aprs cella, conduit
en la chambre prive, m'ont entretenu des bons propos que leur
ambassadeur escripvoit de Monsieur, et comme, encor qu'il le cognust
affectionn  la religion catholique, il le voyoit nantmoins estre de
soy si bon, si vertueulx et si bien condicionn, qu'il ne failloit
doubter qu'il excitt par mallice, ny par fraulde, rien de mal ny de
trouble en ce royaulme; qu'ilz regrettoient bien Mr de Carnevallet
comme ung personnaige vertueulx qui estoit bien sant prs de luy, et
lequel ilz n'estimoient estre que bien affectionn  ce propos; et
m'ont demand quelz personnaiges estoient Mrs de Villecler, de
Lignerolles, de Chiverny et les deux secrtres Sarced et Grard. J'ay
honnor la mmoire du deffunct, et donn la plus honneste louange,
que j'ay peu, aulx aultres. Puys ilz ont suyvy  me dire qu'il falloit
que ceulx, que Voz Majestez vouldroient envoyer icy, pour m'estre
adjoinctz en ce ngoce, comme ilz s'asseuroient que ce seroient grandz
personnaiges, qu'ilz fussent aussi non turbulans, ny mal affectionnez
au propos. Je leur ay respondu qu'aussitost que Voz Majestez y
verroient quelque bon fondement, elles ne fauldroient d'envoyer
quelque prince du sang, ou aultre grand seigneur, et, possible, Mr de
Foix, pour passer le contract, et pour honnorer, en tout ce qu'il vous
seroit possible, la grandeur de la dicte Dame. Ilz m'ont rpliqu
qu'ilz savoient qu'il y avoit de fort grandz princes et seigneurs en
France, mais que toutz n'estoient propres en ce propos; qu'ilz
acceptoient de bon cueur Mr de Foix, duquel l'honnestet leur estoit
bien cogneue; et, s'il playsoit  Voz Majestez envoyer aussi Mr de
Montmorency qu'ilz en seront bien joyeulx, car l'estimoient
personnaige de grande vertu et intgrit, et fort desireux de la paix
et unyon de ces deux royaulmes.

Sur cella estant la Royne arrive, aprs qu'elle m'a heu dict
plusieurs bien honnestes choses en aultre matire, elle m'a touch,
quant  ceste cy, que, nonobstant le mauvais raport qu'on avoit faict
de sa jambe, elle n'avoit layss de baller le dimanche prcdant aulx
nopces du marquis de Norampton, et qu'elle esproit que Monsieur ne se
trouveroit si tromp que d'avoir espous une boyteuse au lieu d'une
droicte, avec d'aultres bien gracieux deviz, qui monstroient la
persvrance de sa vollont en cest endroict. Et, au partir, m'a randu
ung fort exprs et fort grand mercys de ce que j'avois toutjour
escript fort honnorablement d'elle, et que j'avois est soigneux
d'entretenir paix et bonne amyti entre Voz Majestez.

Le jour ensuyvant, m'ayant aussi faict convyer  voir la segonde
journe du tournois, elle m'a dict, d'arrive, qu'elle avoit receu des
lettres de France, et que je savois bien qu'elle n'avoit jamais vollu
priver Monsieur de sa religion, ny le forcer en sa conscience, et que,
sur la difficult que son ambassadeur vous avoit faicte touchant ce
poinct, Vostre Majest luy avoit respondu qu'il falloit que la dicte
Dame regardt  conserver l'honneur et rputation de Monsieur comme la
sienne propre; et que pourtant il vous en ft avoir responce dans dix
jours, affin que, sellon icelle, vous peussiez reigler le voyage
qu'avez  faire en Bretaigne; qu'elle ne savoit commant prendre
cella, ny quelques aultres choses qu'elle avoit trouves en la
dpesche, et qu'elle vouloit bien que Vostre Majest eust telle estime
d'elle qu'elle n'estoit indigne de Monsieur, vostre filz.

Je luy ay respondu que, par les choses que j'avois escriptes en
France, je n'avois point augment la difficult, mais celles,
possible, que son ambassadeur vous avoit dictes, ou que vous aviez
trouves s responces de la dicte Dame, vous avoient sembl bien
esloignes de vostre intention; que je ne savois pourtant qu'elles
fussent en nulz mauvais termes du cost de Voz Majestez Trs
Chrestiennes, mais, si on luy en avoit faict mauvaise interprtation
de quelcune, que je mettois peyne de l'en satisfaire, et qu'il ne
falloit sinon qu'ainsy qu'elle procdoit avec grand esgard de son
honneur et dignit en ce propos, qu'elle vollt que celle de Mon dict
Seigneur ne ft foule ny obscurcye.

Elle m'a rpliqu qu'elle n'avoit encores achev de voir toute la
dpesche, mesmement ung discours que le Sr Cavalcanty luy avoit
escript; mais qu'aprs cella, elle me feroit appeller pour m'en
communiquer.

Le soir mesmes, je fuz adverty qu'aprs que la dicte dpesche ft
acheve de lyre, la dicte Dame, en collre, avoit dict que, puisque le
propos s'alloit rompre, au moins luy restoit ceste consolation que ce
n'estoit par sa faulte, ny de son cost; et incontinent avoit miz en
dellibration qu'il falloit envoyer milord de Sideney, oncle de la
duchesse de Frie, devers le Roy d'Espaigne pour accommoder les
diffrans qu'elle avoit avecques luy.

Le lendemain, bon matin, j'envoyay devers le comte de Lestre pour
savoir d'o procdoit ceste altration, et que je ne voyois, en ce
qu'on m'avoit escript de France, qu'il y eust rien de quoy la Royne sa
Mestresse deubt recepvoir que contantement. Il me manda que Vostre
Majest avoit rsoluement demand l'exercice libre et public de la
religion catholique pour Monsieur, et que leur ambassadeur et
Cavalcanty avoient escript fort durement l dessus, et que vous leur
aviez demand responce dans dix jours, ou bien vous vous achemineriez
en Bretaigne, comme si l'affaire ne mritoit bien qu'on attandt
quelques jours davantaige, et que, si mes lettres parloient plus
gracieusement, que je ferois bien d'en venir confrer avec la dicte
Dame, et les luy communiquer.

L'aprsdine, je l'allay trouver, laquelle, avec un visage triste,
commancea se plaindre qu'elle estoit maltrette en ce propos, se
ressouvenant que, lorsque le cardinal de Chastillon luy en avoit parl
plus chauldement, c'estoit lorsqu'on l'avoit plus presse des choses
d'Escoce, et que despuis, encor qu'elle eust envoy milord de Boucart
en France, l'on y avoit procd si froydement qu'on ne luy en avoit
touch ung seul mot jusques  ce qu'il avoit est prest  partyr, que
Vostre Majest luy en avoit parl  cachettes, comme si heussiez heu
honte du propos; et meintenant elle se trouvoit trop plus rudoye en
la responce, qu'aviez faicte  son ambassadeur, qu'elle n'avoit espr
que sa bonne intention le deust jamais mriter.

Je luy ay respondu que je luy pouvois donner,  ceste heure, meilleur
compte de cella que le jour prcdant, parce que j'avois despuys receu
le pacquet de Vostre Majest, et par icelluy je ne pouvois comprendre
qu'il y eust rien d'o l'on luy eust peu former une seule apparance de
malcontantement, et qu'il falloit bien qu'il ft procd d'ailleurs
que des parolles ny dmonstrations de Voz Majestez Trs Chrestiennes,
ny de Monseigneur; car de dire qu'il falloit que Vostre Majest penst
qu'elle s'estimoit digne de Monsieur vostre filz, c'estoit Voz
Majestez et Monsieur qui luy aviez monstr le desir que vous avez
qu'elle l'estimt digne de le recepvoir en sa bonne grce, et que de
cella elle en avoit les lettres de toutz les trois, qui les luy aviez
escriptes incontinent aprs avoir aucunement comprins son intention
par milord de Boucart, car auparavant, encores que l'affection eust
est de longtemps en Monsieur, Voz Majestez n'avoient estim, veu les
choses passes, qu'il y eust lieu de la manifester; et qu'elle
considrt que, du cost de France, l'on ne luy pourroit jamais donner
nul plus grand tesmoignage de l'estime en quoy l'on avoit sa personne,
sa vertu et sa grandeur, que de l'avoir premirement desire pour le
Roy, et quant cella n'avoit succd, de luy offrir meintenant
Monsieur, et que, si quelcun vouloit inventer l dessus de la
calompnie, que la vrit et sincrit vous en dellivreroit; et affin
qu'elle en demeurast plus esclarcye, je ne craindrois de luy monstrer
l'original de ce que Vostre Majest avoit command  Mr de Foix de
m'en escripre. Et ainsy luy leuz la lettre jusques envyron la fin, o
est dict: _j'ay aprins des parolles de la Royne_; qui ne fut sans
estre fort attentive  ouyr et  me faire rpter, une et deux fois,
les principalles clauses.

Puys me dict qu' la vrit elle ne trouvoit, en tout ce que je luy
avois dict, ny au contenu de la sage lettre de Mr de Foix, rien qui ne
ft honnorable, et dont elle n'eust occasion de remercyer Vostre
Majest, et que c'estoit vritablement ce seul poinct de la religion
qui donnoit le plus d'empeschement  cest affaire, tant pour le
respect de sa conscience que de ce qu'elle perdroit ceulx qui sont son
principal appuy et sa fiance, si elle accordoit tout ce que Monsieur
demandoit en cella; et que l'archiduc Charles s'estoit bien vollu
contanter  moins, comme elle me le tesmoigneroit par ses lettres, si
je les voulois voir; et que ce que je luy allgois de son feu frre,
qu'il avoit bien accord aultant  sa soeur ayne, et que les
ambassadeurs en avoient encores davantaige, n'estoit semblable, car
Monsieur devoit estre la moicti d'elle mesmes, et que en l'unyon
d'eulx deux consisteroit la seurt du royaulme; et que, si elle avoit
 aller en l'estat de Mon dict Seigneur, et que l'exercice de sa
religion y deust aporter du trouble, qu'elle s'en passeroit, et
qu'elle le prioyt de se contanter aussi de ce qu'avec sa conscience et
sa seurt elle luy pouvoit ottroyer par de, me priant d'en confrer
avec le comte de Lestre et milord de Burlay, et leur parler aussi des
articles des responces, comme est ce qu'on les avoit envoyez en
aultre forme que n'avoient est arrestez avecques moy.

Je retournay le lendemain en confrer avec eulx, ausquelz ayant tenu
le mesmes langaige que j'avois faict  la dicte Dame, ilz ne purent
rien allguer contre l'honneste et vertueuse responce de vostre
Majest, seulement me prirent ne trouver estrange si, ayant la Royne,
leur Mestresse, le plus bel estat de la Chrestient aprs la France,
et estant elle de trs excellantes qualitez, s'ilz l'estimoient digne
que Monsieur luy deust beaucoup deffrer; et que, pour estre dame, je
pouvois penser qu'elle vouloit estre requise et cognoistre d'estre
ayme, et que nantmoins Monsieur n'en avoit encores monstr nul
semblant, ny mesmes n'avoit demand  leur ambassadeur, qui estoit ung
gentilhomme bien affectionn  ce propos, commant elle se portoit, l
o elle ne reffuzoit me parler ouvertement de luy, et mesmes me
tesmoigner quelquefoys de son affection; et, quant au poinct de la
religion, qu'il failloit, pour la seurt d'elle, que Monsieur vollust
laysser l'article en termes qui ne l'obligeassent aulx loix de ce
royaulme, et qu'il peult obtenir par tollrance ce qu'avec expression
elle ne luy pouvoit accorder.

Je leur ay respondu, quant au premier, qu'on ne pouvoit deffrer
davantaige  leur Mestresse que de requrir son alliance; et, quant
aulx dmonstrations de Monsieur, qu'il estoit de tant plus louable et
prudent qu'il ne s'advanoit de rien en ce propos qu'ainsy que le Roy,
son frre, et Vostre Majest le trouvoient bon, et qu'il se sentoit
aussi observ de telz, ausquelz, possible, n'estoit expdiant qu'il en
vnt nul cognoissance; et que la dicte Dame pouvoit estre trs
asseure que, s'il n'y eust heu de l'affection et de l'amour, l'on ne
se ft advanc de luy en escripre, ny de luy en parler; au regard de
la religion, que je savois bien qu'ilz sauroient dresser l'article
en faon, que l'honneur et la seurt d'elle, pareillement la
rputation et la conscience de luy, y seroient gardez.

Milord de Burlay, me tirant  part, m'a dict que la faulte, que je
trouvois ez responces que Cavalcanty avoit apportes, estoit procde
de celluy qui les avoit transcriptes, et que cella seroit rabill.

Aprs, je fuz trouver la dicte Dame, laquelle, aprs plusieurs fort
bonnes parolles et fort bonnes dmonstrations, me pria de croyre
qu'elle n'avoit jamais souffert une si grande contraincte, non pas
quant elle fut mise dans la Tour, comme elle la s'estoit donne quant
elle s'estoit force et veincue elle mesmes  se rsouldre de se
maryer; et que pourtant je ne doubtasse qu'elle ne ft tout ce qu'elle
pourroit pour l'advantaige de ce party, et qu'elle tretteroit avec le
comte de Lestre et milord de Burlay sur ce que nous avions devis, et
puys feroit coucher l'article par escript avec le plus de libert pour
Monsieur qu'il luy seroit possible, et me le feroit communiquer; et,
si Voz Majestez et luy vous en pouviez contanter, son ambassadeur
auroit les aultres condicions toutes prestes pour en pouvoir tretter
incontinent, affin de n'entretenir les choses en aulcune
longueur;--Car possible, dict elle en ryant, aviez vous en main le
party de quelcune aultre pour la faire vostre belle fille. Et avec
plusieurs aultres gracieuses parolles qu'elle me dict, et que je luy
respondiz, je me licenciay d'elle.

Nantmoins l'on a dpesch deux foys en France sans me rien
communiquer, et n'a layss le bruict d'aller cependant en ceste court
que tout estoit rompu, et que milord Sideney ou sire Jammes Scrof
estoient desj ordonns pour passer en Espaigne, comme de faict la
pluspart des secrectz adviz, que j'ay heu toutz ces jours, concourent
 ce qu'il a est rsoluement dict et dclair  la dicte Dame qu'elle
ne peult entendre  ce party sans la ruyne d'elle ny de son royaulme.
Et ayant attendu trois jours si l'on m'en communiqueroit quelque
chose, j'ay enfin mand que j'estois press de dpescher sur ce qu'on
m'en avoit desj dict; qui a est cause que, hier au soir, milord de
Burlay m'envoya prier de l'aller trouver en son logis, o la goutte
l'avoit arrest, car aultrement il ft venu devers moy: lequel m'a
dict que la Royne, sa Mestresse, supplioyt Voz Majestez Trs
Chrestiennes et Monsieur de prendre de bonne part la responce qu'elle
mandoit  son ambassadeur de vous faire, en laquelle elle avoit
considr ce qui convenoit  la personne de Monsieur et  la sienne, 
la seuret des deux et  leurs consciences, et qu'ayans  vivre
conjoinctement roys en ce royaulme, o n'estoit besoing que les siens
estimassent qu'elle eust peu d'affection  sa religion ny ft peu
ferme  meintenir les loix establyes en icelle, ny que Mon dict
Seigneur y ft trop adversayre, affin que nulle division ne se
sussitt parmy les subjectz, qu'elle ne pouvoit directement, ny
indirectement, luy promettre plus que l'article de sa responce
portoit, comme son dict ambassadeur vous en dira plus au long ses
raysons, et qu'elle vous prioyt de vous en contanter; car, au reste,
elle mettroit peyne de vous satisfaire, et que ce que j'avois trouv
de deffault ez responces seroit amend, et que, aussitost que ce
premier poinct seroit accord, son ambassadeur vous feroit entendre le
reste des condicions, lesquelles elle esproit que trouveriez
raysonnables, et que prsentement elle les luy envoyeroit ou les luy
feroit tenir incontinent aprs.

J'ay respondu que je n'avois  proposer nul argument nouveau en cella,
car la matire avoit desj est asss dbatue, sinon que je le prioys
me dclairer tout franchement si la dicte Dame entendoit de priver
Monsieur de sa religion, et qu'il demeurast spar, quand il seroit
par de, de l'unyon de l'esglize catholique, en laquelle il avoit
vescu jusques  prsent. Il me dict que la dicte Dame n'avoit us
d'aulcun mot qui portast prohibition ou interdiction, et que, si je
cognoissois bien la doulceur et dbonairet d'elle, je ne debvois
penser qu'elle s'oppost  l'intention et contantement de Monsieur,
quand il seroit icy, ny qu'il ne peult, se trouvant Roy et modrateur
d'un si grand royaulme, user avec discrtion de ce qu'il luy
plairroit; et que luy mesmes Burlay, en son particullier, vouldroit
avoir donn la moicti de son bien, et que le mariage ft desj bien
conclud. S'il vous playsoit, Madame, monstrer d'estre contante de
ceste responce, sans trop la dbattre  l'ambassadeur, et passer
oultre aulx aultres condicions, il se cognoistroit facillement s'ilz y
cheminent de bon pied, car l'affaire va si restrainct icy entre les
trois qu'on n'en peult avoir de nul aultre endroict nulle claire
lumyre, vous supliant trs humblement excuser si j'ay est long,
parce que je crains d'obmettre quelque chose; et sur ce, etc.

     Ce Xe jour de may 1571.




CLXXIXe DPESCHE

--du XIIIe jour de may 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Bordillon._)

  Dbats dans le parlement.--Nouvelles d'cosse.--tat de la
    ngociation des Pays-Bas.--Munitions envoyes par les Anglais 
    la Rochelle.--Grand nombre de vaisseaux mis en mer par les
    protestans d'Allemagne et de Flandre.


     AU ROY.

Sire, ce en quoy, despuys mes prcdantes du VIIIe de ce mois, ceste
cour m'a sembl la plus occupe a est ez dllibrations du parlement,
parce qu'elles n'ont peu passer en la premire chambre, o sont les
milordz, ainsy qu'elles avoient est proposes en la segonde, ains ont
est fermement contradictes au poinct de la religion, et en celluy de
ne parler du tiltre du royaulme sur peyne de lze majest; en quoy
milord de Burlay, par une longue harangue, a remonstr  l'assemble
qu'on ne debvoit reffuzer aulcune ordonnance qui peult servyr  la
paciffication du royaulme et  la seuret de leur Royne, argumentant
de la connexit, qu'il y a aujourduy si grande, entre les affaires de
la religion et ceulx de la pollice, qu'il n'est possible de bien
establyr les ungs sans les aultres. Et semble que, tout  propoz, ayt
est suppos ung incogneu  venir en grand haste demander de parler 
la Royne pour l'advertyr de chose importante  sa vie, mais tout le
reste du propos demeure secrect devers le dict de Burlay; comme aussi
luy a est men ung aultre incogneu qui, en mesmes temps, s'est trouv
avec des pistolls soubz son manteau au logis de la Royne, mais l'on
ne le renvoye point  justice. Et nantmoins par ces apparances
l'instance est plus vifve  pourchasser que les susdictes
dellibrations passent, et que les oppositions y sont moins fortes, et
qu'on estime que le dict de Burlay parle entirement par la bouche de
la dicte Royne; dont l'on commance  voir que peu ou rien,  la fin, y
sera contradict. Toutesfoys l'on vaque encores toutz les jours 
dbattre des matires, et, aprs qu'elles seront rsolues, je les
pourray mander plus certaines  Vostre Majest, qui sera en bref,
sellon qu'on dict que le dict parlement se terminera bientost.

J'ay obtenu de la Royne d'Angleterre qu'elle escripra au comte de
Cherosbery de modrer l'ordre qu'il avoit prins pour la Royne
d'Escoce,  ce qu'elle ayt plus de libert et qu'il luy laysse les
femmes qu'elle luy demandoit par sa lettre. L'on m'a recerch de la
continuation du trett, mais je ne respondz rien, et l'vesque de Roz
est encores si mallade qu'il ne peut ngocier. Je croy aussi que
d'Escosse l'on luy a mand qu'il n'acorde plus nulle surcance. Il se
continue de dire qu'il y a heu rencontre prs de Lislebourg, mais l'on
n'en sayt encores bien le succez, seulement l'on dict qu'il a est
trouv des escuz et de la monoye d'Angleterre sur aulcuns, qui ont
est tuez du party de la Royne d'Escosse, ce qui a fait souponner 
la Royne d'Angleterre qu'encores sont ilz ayds de son royaulme.
Milord de Burlay m'a dict qu'on a mand  Barvyc de bailler passeport
au Sr de Vrac, s'il veult venir par terre, mais qu'il a entendu qu'il
s'aprestoit de s'en retourner par mer; qu'est cause, Sire, que je
garde encores la lettre que Vostre Majest luy escript, attandant
quelque seure commodit; et nantmoins je luy ay mand de ne bouger de
l jusques  ce qu'il ayt de voz nouvelles. Le comte de Sussex
pourchasse toutjour de faire marcher quelques forces vers la
frontire du dict pays d'Escoce, mais il ne l'a encores optenu, et
nantmoins il ne seroit temps de secourir les Escouoys quand ceulx cy
s'achemineront, car ilz sont trop prez; dont fault, Sire, peu  peu
les avoir pourveuz de bonne heure.

Il semble que le faict de ces diffrans de Flandres empire toutz les
jours, et que, s'il ne vient bientost quelque meilleure responce du
duc d'Alve ou d'Espaigne, l'on procdera  vendre les merchandises; et
cependant ceste princesse est sur le poinct d'envoyer le Sr de
Quillegrey en Allemaigne pour confirmer les pencions qu'elle y donne,
et y apporter quelque payement du pass, et y faire d'aultres
pratiques qui sont encores bien secrectes. J'entendz aussi que, dans
ceste sepmaine, ung allemant et ung anglois partent de ceste rivire
avec deux vaysseaulx pour conduyre  la Rochelle quelque peu
d'artillerie et ung nombre de pouldres et bouletz, et aultres
provisions de guerre, qu'on a tir de la Tour. Ceste mer est desj
fort occupe des Flamans, qui s'advouhent au prince d'Orange, et
disent qu'ilz attandent encores de bref ung si bon renfort qu'on
extime qu'ilz seront plus de quatre vingtz ou cent vaysseaulx de
guerre ensemble; et par ce, Sire, qu'ilz sont fornys et entretenuz par
les Anglois, et ont leur retrette et descharge par de, il vous
plairra mander en vostre frontire qu'on les ayt pour suspectz et
qu'on se tienne sur ses gardes. Ilz ont freschement prins neuf
vaysseaulx d'une flotte de trente qui venoient d'Espaigne, en dangier
que tout le reste tumbe entre leur mains. Sur ce, etc.

     Ce XIIIe jour de may 1571.




CLXXXe DPESCHE

--du XVIIIe jour de may 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Dbats du parlement sur le fait de la religion et la succession
    du royaume.--Affaires d'cosse.--Projets de l'Espagne de former
    une ligue, soit avec l'cosse, soit avec
    l'Angleterre.--Arrestation de l'vque de Ross; procdure
    criminelle dirige contre lui.


     AU ROY.

Sire, ceulx de la premire chambre de ce parlement, lesquelz sont les
comtes et barons du pays, et aulcuns d'eulx prsumez catholiques,
encores que les vesques soyent parmy eulx, ne layssent de rsister 
la contraincte o l'on les veult soubsmettre de faire, deux foys l'an,
la cne  leur mode, et ont remonstr qu'il leur semble fort
intollrable que les dicts vesques et ministres qui se sont
introduictz au commancement en faon d'hommes non cerchans que d'aller
en craincte et humilit annoncer tout  pied la parolle de Dieu,
soyent devenuz,  ceste heure, si arrogans qu'ilz ne se contantent
d'estre les plus hault montez du royaume et d'avoir asubjecty le
peuple, s'ilz ne plient aussi la noblesse soubz leur authorit; et que
au moins s'ilz monstroient clairement, et par ung asseur consentz de
toutz eulx, qu'est ce qu'ilz baillent en leur cne, ainsy que
l'esglize catholique l'a toutjour faict, l'on s'y pourroit ranger;
mais chacune paroisse annonce ce poinct, et encores d'aultres de leur
dicte religion avec tant de diversit qu'ilz veulent bien regarder ce
qu'ilz y auront  faire pour leur salut, et pour ne se laysser oster
les privilliges qui ont est rservez  la libert de leurs
consciences; dont sont encores  dellibrer l dessus.

Et touchant dclairer privez de la succession de ce royaulme, pour
eulx et leurs descendans, ceulx qui auroient prsum de s'en attribuer
le tiltre, ou qui le prsumeroient de faire cy aprs, ny qui
parleroient de leurs droictz  icelle, et d'avoir encoureu eulx et
leurs adhrans crime de lze majest, qu'ilz trouvoient bon que, sans
parler du pass, il ft faicte loy qui obliget dorsenavant 
privation de droict quiconques s'atribueroit le dict tiltre, durant la
vie de leur Royne, et que celluy et ceulx qui luy adhreroient fussent
notez de lze majest, mais rien davantaige. Et ayant ainsy rabill le
billet, ilz l'ont renvoy  ceulx de la basse chambre, auxquelz parce
qu'il ne satisfaict, la chose demeure en suspens; et mesmes le subcide
n'est du tout conclud, bien que l'on estime que toutz ces poinctz
viendront enfin  telle rsolution que ceulx, qui gouvernent,
vouldront qu'ilz ayent.

Sire Jehan Fauster, gardien des frontires du Nord, est arriv despuys
trois jours avec ung adviz des choses d'Escoce, par lequel il asseure
que ceulx, qui tiennent le party de leur Royne au dict pays, ne voyant
venir aulcun secours de France, se sont rsoluz, sans plus s'y
attandre, de cercher l'alliance du Roy d'Espaigne et de conclure une
bonne ligue avecques luy; dont l'on presse bien fort icy d'envoyer
bientost cinq ou six mil hommes de pied et deux mil chevaulx au comte
de Lenoz, affin de randre promptement toute l'Escoce  l'obyssance du
petit Prince soubz son gouvernement, et mettre quelques garnysons dans
le pays; et en est la matire en dellibration avec grand esprance,
de ceulx qui sont icy pour le dict de Lenoz, qu'elle pourra estre
accorde. Nantmoins je n'entendz qu'il y ayt encores rien d'ordonn
en cella, ny nulle aultre chose, sinon aulx officiers de la marine de
se tenir prestz  mettre en tout appareil de guerre dix des grandz
navyres, aussitost qu'il leur sera command, affin de se randre
maistres de la mer pour garder que nul secours puysse venir aus dicts
Escouoys, et aussi pour se trouver prpars contre les aprestz du duc
d'Alve, lesquelz ilz monstrent asss de craindre. Et semble aussi
qu'on leur ayt faict prandre quelque nouvelle deffiance de Vostre
Majest, de sorte que milord de Burlay, entre ses doubtes, a faict
recercher l'ambassadeur d'Espaigne de vouloir que eulx deux
renouvellent l'intelligence d'entre leurs Maistre et Mestresse; et
que, si son dict Maistre ne se vouloit pourter si adversayre qu'il
faict contre leur religion, il pourroit tirer plus de commoditez de ce
royaulme que n'ont jamais faict ses prdcesseurs. Dont j'entendz que
les diffrantz des Pays Bas commancent de retourner  quelque
modration, et que le Sr Fiesque s'attand icy du premier jour, avec
meilleur responce du duc d'Alve, pour ayder  conclurre l'accord; et
que cependant ceste Royne tient en suspens sa dpesche pour
Allemaigne, craignant d'employer asss en vain ses deniers, et que les
grandes pencions, que le Roy d'Espaigne donne aulx princes protestans,
joinct l'auctorit de l'Empereur, empescheront que nulle leve se
puysse faire contre les Pays Bas.

La dicte Dame m'a envoy le cappitaine Leton et l'aysn Norrys pour me
dire que si, d'advanture, j'entendois qu'elle ft procder un peu plus
rigoureusement contre l'vesque de Roz que ne requroit la personne
d'ung ambassadeur, que je n'estimasse que ce ft pour injurier ny
offancer son office, ny pour chose qu'il eust ngocie pour le service
de sa Mestresse, car en cella elle l'avoit toutjour bnignement ouy,
et seroit preste d'entendre toutjour  ce qu'il luy seroit propos
pour le bien et les affaires d'elle; mais qu'il s'estoit tant oubly
et tant esloign de son debvoir qu'il avoit men de trs mauvaises
pratiques contre la personne et l'estat de la dicte Dame avec ses
rebelles; de quoy elle m'avoit bien vollu advertyr, comme celluy de
qui elle avoit toute bonne opinion, affin que je ne prinse ny
escrivisse les choses en aultre faon qu'elles sont.

J'ay respondu que je remercyois bien humblement la dicte Dame de son
advertissement, et que je la cognoissois si vertueuse et si sage, et
si bien conseille, qu'elle ne procderoit envers le dict vesque
qu'avecques honneur et modration; et qu'il ne se pouvoit faire que je
ne me dollusse du mauvais trettement qu'on feroit aulx ambassadeurs,
desquelz l'office et les personnes avoient est, de tout temps,
rputes sacres et inviollables, mais puysqu'elle parloit d'avoir
attampt  sa personne et  son estat, je ne voulois dire sinon que sa
Mestresse ne seroit pas contante de luy, et qu'elle mesmes,  qui
touchoit de l'en chastier, en procureroit la punition; mais que
j'estimois que, tant plus l'on examineroit de prs son faict, plus
l'on le trouveroit clair et exempt de telle faulte, et que je n'avois
veu en luy nul plus grand desir que de unyr par grand amyti et
intelligence sa Mestresse avec la dicte Dame, et mettre en paix et
repoz leurs deux royaulmes; et que je la suplioys ne trouver mauvais
si j'en escripvois  Vostre Majest, et que mesmes il luy pleust me
permettre de le mander  la dicte Dame, Royne d'Escoce, affin qu'elle
peult envoyer icy ung aultre ambassadeur.

Le comte de Sussex, milord de Burlay, maistre Mildmay et Raf Sadeler,
ont est en son logis pour l'examiner, et puys luy ont baill gardes,
et, nonobstant qu'il soit bien mallade en son lict, ilz l'ont faict
transporter en la mayson d'ung vesque; dont je mettray peyne
d'entendre bientost son examen pour en advertyr Vostre Majest. Mais
cependant, parce qu'on le menace de procder contre luy comme contre
ung priv, sans le tenir plus pour ambassadeur, et qu'il crainct qu'on
le mette dans la Tour, et qu'on luy baille la question, estant entre
les mains de ceulx qui ne l'ordonneroient que plus vollontiers, parce
qu'ilz le cognoissent vesque catholique, il supplie trs humblement
Vostre Majest, Sire, de vouloir escripre une lettre expresse  ceste
Royne pour sa libert et bon trettement, ce qui ne vous sera que bien
dcent,  cause de l'alliance que sa Mestresse a avec vostre couronne,
sur l'instance que son ambassadeur, qui est par dell, vous en pourra
faire; et il mrite, Sire, pour la bonne affection qu'il a  vostre
service et  celluy de sa Mestresse, et qu'il a le moyen et la
capacit de vous en faire  toutz deux, que ne luy reffusiez ceste
grce et faveur. Et sur ce, etc.

     Ce XVIIIe jour de may 1571.




CLXXXIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de may 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais, par Jehan Volet._)

  Dbats du parlement; adoption du subside.--Nouvelles d'un combat
    livr en cosse.--Rduction de Lislebourg  l'obissance de
    Marie Stuart.--Procdure contre l'vque de Ross.--Ngociation
    des Pays-Bas.--Rapprochement entre l'Angleterre et l'Espagne.


     AU ROY.

Sire, la contention d'entre les principaulx de la noblesse et des
vesques sur l'article de la religion, en la premire chambre de ce
parlement, et celle de la dicte chambre contre ceulx de la segonde sur
le poinct de lze majest, ne sont du tout vuydes, et en est
l'affaire encores devers certains depputez,  qui a est commiz de
modrer les billetz; seulement l'article du subcide est pass, en
ayant est rabattu ung sixiesme, dont ne montera plus que envyron cinq
centz mil escuz, payables, la moicti au mois d'octobre prochain, et
l'aultre moicti d'icy  ung an. Cependant le souspeon qu'on a prins
de la dpesche, qui venoit de Flandres  l'vesque de Roz, dont les
chiffres sont encores devers milord de Burlay, s'est fort augment par
les contradictions ung peu plus hardyes, qu'on ne les esproit voir au
dict parlement, de sorte que le dict de Roz en est tenu plus resserr;
et a est miz gardes, en plusieurs lieux de ceste ville, pour obvier 
sdicion, et mand en la contre de retenir toutz corriers et
voyageurs qui n'auront passeport, et serr de toutz costez les
passaiges.

Ceulx d'Escoce des deux partys se prparent  ung faict d'armes; dez
le Xe de ce moys, prs de Lillebourg, (ayant le comte de Lenoz
instantment demand d'estre secouru de cinq centz chevaulx et quinze
centz hommes de pied anglois, avec lesquelz il promect de couryr
l'Escoce, et de ranger promptement tout le pays  son obyssance),
j'entendz que cependant l'on est venu aulx mains, et que du
commancement le combat a est doubteux, mais qu'enfin le dict de Lenoz
s'est retir, et les Amilthons sont entrez  Lillebourg, o, tout
incontinent, le nom et l'authorit de la Royne d'Escoce ont t
proclamez. J'espre que, si sur cella le frre du cappitaine Granges
leur est arriv, et qu'il playse  Vostre Majest leur faire continuer
le secours de quatre mil escuz par moys, et le leur envoyer pour deux
ou trois moys  la foys, que leurs affaires se pourront establyr, au
moins si les Angloys ne s'y opposent trop ouvertement et avec arme,
comme l'on continue de m'advertyr que la dellibration en est desj
fort avant; auquel cas j'escripray ordinairement  Vostre Majest ce
qui en viendra  ma notice. Les particularitez du dict combat ne se
savent encores, ny je n'ay adviz d'icelluy que par lettres de
particuliers, dont j'en attandz d'heure en heure plus grande
confirmation; cependant il plaira  Vostre Majest entendre des
nouvelles de la Royne d'Escoce par une lettre, qu'elle mesmes m'a
escripte de sa main, du XIIIe et XIIIIe de ce moys, en laquelle le
poinct qu'elle remect au Sr Douglas, qui me l'a apporte, est touchant
la continuation du secours, ainsy que je le mande cy dessus; et verrez
au reste, Sire, comme elle desire qu'il soit vostre bon playsir de
remettre au dict Douglas la condempnation qu'il a encourue, par la
coulpe de son homme, d'estre bany pour trois ans de vostre court,  ce
qu'il puysse continuer, comme auparavant, son service prs de Vostre
Majest, et qu'il vous playse le faire payer de ses gaiges de la
chambre.

J'ay adjouxt, Sire,  ce pacquet ce que j'ay aprins de l'examen de
l'vesque de Roz, qui monstre en quelque chefz que ceulx cy se
deffient d'aulcuns d'entre eulx mesmes, et que nantmoins les
accusations ne sont si grandes contre luy qu'on le deust tretter ainsy
rudement comme l'on faict; dont il continue, Sire, d'avoir recours 
la faveur de Vostre Majest; et cependant je luy assiste, au nom
d'icelle, de tout ce qu'il m'est possible. Le Sr Thomas Fiesque est
arriv en la compaignie du gentilhomme anglois qui l'estoit all
qurir, et semble que l'aultre depput, qui de longtemps estoit icy,
et luy ne s'en retourneront ceste foys sans avoir accommod le faict
des merchandises, ny sans avoir par mesmes moyen miz aussi en quelque
bonne voye d'accommodement le reste de l'entrecours d'entre les deux
pays; et espre l'on que le jeune Coban raportera fort bonne responce
d'Espaigne, ayant est si bien et favorablement receu par dell qu'on
en a desj remercy icy l'ambassadeur. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de
may 1571.




CLXXXIIe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de may 1571.--

(_Envoye par homme exprs jusques  Calais._)

  Audience.--Dclaration de l'ambassadeur que si la ngociation du
    trait concernant Marie Stuart n'est pas reprise, le roi est
    dcid  envoyer ses forces en cosse.--Emportement d'lisabeth
    contre Marie Stuart.--Dlai demand par la reine pour reprendre
    la discussion du trait.--Ngociation des Pays-Bas.--Nouvelles
    d'cosse.


     AU ROY.

Sire, ayant heu  parler  la Royne d'Angleterre du faict de la Royne
d'Escoce et des Escouoys, jouxte le contenu de la dpesche de Vostre
Majest du VIIIe de ce mois, j'ay considr que, de tant qu'elle et
les siens ont toutjour heu fort  cueur ceste matire, et qu'ilz sont
sur le poinct de tretter aussi de celle des Pays Bas, qu'il seroit bon
de ne la presser si fort qu'elle se peult altrer vers vous, pour
d'aultant se randre plus facille de l'aultre cost; et pourtant, Sire,
sans rien obmettre de ce que vouliez luy estre notiffi, je luy ay
gracieusement remonstr qu'estant naguires le Sr de Vrac repass
d'Escoce en France, et vous ayant randu compte de la surprinse de
Dombertran, et des propos que le comte de Lenoz luy avoit tenuz, et du
retour du comte de Morthon, et de tout l'estat du pays, il vous avoit
aussi apport plusieurs lettres et requestes des seigneurs qui
tiennent le party de la Royne d'Escoce, pour avoir vostre secours et
assistance; et que l'archevesque de Glasco vous en estoit venu sommer
en vertu des trettez et des anciennes alliances, et encores plus en
vertu des nouvelles promesses que Vostre Majest leur en avoit
faictes, au cas que le trett ne ruscyst; et que nanmoins Vostre
Majest, premier que d'y rien dellibrer ny respondre, avoit bien
vollu savoir l'intention de la dicte Dame sur ce que vous la
suppliez, de la meilleure affection qu'il vous estoit possible, que ne
retournant le dict de Morthon avec les pouvoirs qu'il avoit promiz
d'apporter, qu'elle vollust passer oultre sans luy  la conclusion du
trett et  restituer la Royne d'Escoce, ou bien la remettre ez mains
de ceulx qui tiennent son dict party, comme elle vous avoit promiz de
le faire; et au regard de l'instance des seigneurs de son dict party,
qui vous sommoient de vostre honneur et debvoir, et de vostre
promesse, en l'observance des choses que les trettez vous obligeoient
vers eulx, encor que vous y peussiez procder de vous mesmes, vous
estiez nantmoins contant que Vostre Majest et la sienne
conjoinctement, affin d'vitter souspeon, pourveussiez  faire cesser
toutes violances, port d'armes, guerres civilles et divisions dans le
pays, et  remettre le royaume en ung plus tranquille estat qu'il
n'est; et, quant  ce qu'ilz requroient vostre protection contre les
injures, que les Anglois leur avoient desj faictes, et qu'ilz
menaoient encores de leur faire, qu'elle prnt de bonne part la
responce que leur aviez faicte, que vous vous employeriez de toute
vostre affection  la suplier que, directement ou indirectement, ilz
ne fussent plus molestez du cost d'Angleterre; et qu'au cas qu'ilz le
fussent, ilz avoient obtenu de Vostre Majest que votre assistance et
celle de vostre royaulme ne leur deffauldroit aucunement; et qu'elle
voyoit bien qu'en ces choses, encor qu'il y courust asss de vostre
propre rputation, vous vouliez nantmoins vitter, aultant qu'il vous
toit possible, d'avoir diffrand avec elle; et que pourtant elle vous
y vollust faire une responce qui ft conforme  la bonne et sincre
amyti que vous lui portiez.

Le propos n'a peu estre dict si doulcement qu'elle n'y ayt trouv de
l'amer; et sa responce a suyvy de mesmes, en party doulce,  vous
remercyer des considrations que vouliez avoir de ne l'offancer, et en
partie aigre, d'estre fort marrye que vous postposissiez toutjour son
amyti  celle de la Royne d'Escoce; et est entre  commmorer, en
collre, ung grand nombre d'offances, qu'elle dict avoir receu de la
dicte Dame, avant qu'elle soit entre en ce royaulme, et encores de
plus grandes, despuys qu'elle y est; et qu'elle a men  son prjudice
de fort mauvaises pratiques  Rome, en France, en Flandres, et
freschement avec la duchesse de Frie, en Espaigne; et qu'elle a les
vriffications et preuves de tout si claires en sa main qu'elle ne la
peust plus compter que pour sa grande ennemye.

De sorte, Sire, que je n'ay peu tirer nulle meilleure parolle de la
dicte Dame, pour la restitution de sa cousine, que de me dire qu'elle
s'estoit trop haste de vous en faire la promesse; et, quant aux
seigneurs d'Escoce, que, puysqu'elle avoit miz en sa main d'accommoder
leur affaire, et avoit donn ordre que ung parlement se tnt entre
eulx pour envoyer les pouvoirs ncessaires, qu'elle ne pouvoit estre
sinon malcontante de ceulx qui l'empeschoient, lesquelz elle entendoit
estre ceulx du party de la Royne d'Escoce; mais qu'elle avoit envoy
ung gentilhomme, tout exprs sur le lieu, pour le savoir, et
dellibroit d'estre contraire  ceulx qui se trouveroient avoir le
tort: dont vous supplioyt cependant, Sire, de vouloir, pour son
regard, poyser cest affaire  la balance de frre entier et non demy
frre, comme elle vous estoit et vouloit estre trs parfaicte et
accomplye bonne soeur.

Je luy ay rpt les mesmes choses que dessus, et qu'il ne m'estoit
loysible d'y rien adjouster, cognoissant mesmement que Vostre Majest
me les avoit fort considrment escriptes, et y aviez gard le plus de
respect que vous aviez peu vers elle, jusques au poinct que ne pouviez
nullement obmettre de vostre honneur, non plus que celluy de la vie,
mais que si, d'avanture, elle y voyoit nul aultre meilleur expdiant
qui, sans l'offance de vostre rputation, la peult mieulx contanter,
que vous seriez prest de le suyvre pour le desir qu'aviez de luy
complayre; et de tant qu'elle ne pouvoit, sans entrer toutjour en
collre, ouyr parler de ce faict, que je la supplioys de m'en laysser
tretter avec les comtes de Lestre, de Sussex et avec milord de Burlay.

Elle enfin m'a respondu gracieusement qu'au retour de celluy qu'elle
avoit envoy en Escoce, elle m'en parleroit  moy mesmes plus
amplement; et ne seroit besoing que j'en traittasse avec nul aultre.

Nantmoins, Sire, avant vous mander ceste sienne responce, j'ay cerch
d'en pouvoir confrer avec le comte de Lestre et avec milord de
Burlay, lesquelz,  cause de l'indisposition du dict de Lestre, m'ont
pri d'attandre jusques aprs demain; et j'essayeray avec eulx de
rduyre l'affaire au meilleur poinct que je cognoistray pouvoir
convenir  l'honneur de vostre couronne et commodit de voz affaires.

Cependant, Sire, ceulx cy trettent fort estroictement avec les
depputez de Flandres pour accorder de leurs diffrandz, et m'a l'on
dict qu'ilz veulent en toutes sortes essayer d'en sortyr, affin de
mieulx entendre aulx entreprinses d'Escoce et y avoir le Roy
d'Espaigne favorable, se continuant le propos que milord Sideney sera
envoy ambassadeur devers luy. Il pourra possible intervenir encores
quelque difficult sur les merchandises  cause du grand deschet,
diminution et perte qui s'y trouve; mais quant  l'argent, les Srs
Thomas Fiesque et Espinola qui sont gnevoys, et Acerbo Velutelly
lucoys, ont pouvoir d'en accorder comme d'affaire de particulliers, o
le Roy d'Espaigne n'a plus nul intrest. Et si, ay quelque secrect
adviz qu'il a est mand  l'ambassadeur d'Espaigne de prester
l'oreille  tout ce qui luy sera propos du reste de l'entrecours, et
de remettre le traffic comme auparavant; car le duc d'Alve desire de
ne laysser aprs luy aulcune sorte de diffrand entre ces deux pays.
J'ay recuilly, des propos de la Royne d'Angleterre et d'aulcuns
aultres adviz qu'on m'a donnez d'ailleurs, que le retour du frre de
Granges, qui est arriv  saulvett  Lillebourg, a grandement
confort ceulx du party de la Royne d'Escoce, ausquelz si Vostre
Majest continue de leur assister, ainsy quelques mois, comme elle a
commanc, l'on estime qu'ilz se randront facillement maistres du pays;
ce que craignant la Royne d'Angleterre, elle dpesche prsentement
milord de Housdon  Barvich, avec commission d'assister au comte de
Lenoz de tout le plus grand nombre de soldatz qu'il pourra
souldainement amasser en la dicte frontire; et toutz les capitaines
de Barvich et de ce quartier du North vont avec luy: dont semble,
Sire, estre fort requiz d'ayder promptement, et en la meilleure sorte
que pourrez, les affaires de la dicte Royne d'Escoce. Sur ce, etc. Ce
XXVIIIe jour de may 1571.




CLXXXIIIe DPESCHE

--du segond jour de juing 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Nicolas Lescot._)

  Confrence de l'ambassadeur avec Burleigh et Leicester sur la
    nouvelle dclaration du roi.--Affaires d'cosse.--_Lettre
    secrte  la reine-mre._ Audience; ngociation du mariage du
    duc d'Anjou.


     AU ROY.

Sire, ma prcdante dpesche est du XXVIIIe du pass, et j'ay est, le
jour d'aprs, confrer avec le comte de Lestre et milord de Burlay des
mesmes propos que j'avois tenuz  la Royne, leur Mestresse, qui m'y
ont respondu que la dicte Dame s'esbahyssoit grandement comme Voz
Majestez Trs Chrestiennes, pendant les pourchaz de faire une bien
estroicte intelligence avec elle, la faisiez presser de chose qui
touchoit infinyement  son honneur et  sa seuret, et que, si vouliez
tant soit peu avoir esgard  son amyti, vous cognoistriez que la
Royne d'Escoce estoit celle qui se procuroit  elle mesmes son mal, et
qui donnoit retardement  ses propres affaires, car oultre les vielles
querelles de s'estre attribue le tiltre de ce royaulme, et d'avoir
inpugn la condition de leur dicte Mestresse, et avoir excit la
rbellion du North; et faict retirer et bien tretter les rebelles de
ce royaulme en Escoce, choses trs urgentes, mais qui estoient desj
oblyes, elle avoit freschement, par Ridolply, escript au Pape et au
Roy d'Espaigne de se vouloir entremettre de ses affaires, combien
qu'elle eust promiz de n'y employer jamais que leur Mestresse; et par
le mesmes Ridolply avoit men de trs mauvaises pratiques avec le duc
d'Alve et avec les rebelles Anglois, qui sont en Flandres, pour
exciter une nouvelle rbellion dans ce royaulme: de quoy leur dicte
Mestresse avoit les preuves et vriffications devers elle, et avoit,
pour ceste occasion, faict resserrer l'vesque de Roz comme celluy qui
principallement en avoit ordy la besoigne; que la Royne d'Escoce avoit
trett, par la duchesse de Frie, d'induyre le Roy d'Espaigne  faire
beaucoup de dommaige  leur dicte Mestresse et beaucoup de mal en ces
pays; qu'encor qu'elle et l'vesque de Roz et ses aultres depputez,
qui estoient naguires icy, eussent accord qu'au comte de Lenoz et 
ceulx de son party seroit loysible d'aller en toute seuret 
Lislebourg pour y tenir ung parlement, affin d'envoyer les pouvoirs
ncessaires pour parfaire le trett, elle nantmoins avoit incontinent
mand qu'on l'en empescht, de sorte qu'elle monstroit ne procder
d'aulcune sincrit, ny d'avoir recognoissance de la bonne intention
de la Royne sa cousine, qui luy avoit saulv la vie, qui tchoit de la
restituer, et l'avoit retire, et la faisoit bien tretter en son
royaulme; en somme, qu'encores qu'en gnral les vollontez, les
parolles et les promesses tendissent  monstrer beaucoup d'avantaige,
beaucoup de seuret, et beaucoup de contantement pour leur dicte
Mestresse en la restitution de sa dicte cousine, quant l'on en venoit
aulx particullaritez, il ne s'y voyoit que toutz dangiers et
difficultez et rien de bien clair ny de bien asseur; nantmoins me
prioyent de leur bailler par escript les chefz de ce que je leur avois
propos, affin d'en pouvoir mieulx confrer avec leur dicte Mestresse
et m'y faire avoir meilleure responce.

Je leur ay rpliqu, en brief, que c'estoit Vostre Majest qui
trouvoit bien estrange, qu'en tant de bonnes parolles et
dmonstrations d'amyti, dont leur dicte Mestresse vous usoit, elle ne
vouloit toutesfois vitter d'avoir diffrant avec vous en ung affaire,
qu'elle savoit bien que l'honneur, le debvoir et les trettez vous
obligent de ne le laysser sans remde; que le roolle des deux Roynes
se jouoyt sur ung si minent thtre que, de toutes les parts de la
Chrestient, l'on voyoit bien laquelle faisoit le tort, et laquelle le
souffroit, et n'y avoit si habille ngociation qui en peult rien
couvrir, ny qui peult arguer Vostre Majest de n'avoir dilligentment
gard toutz les respectz deuz  l'amyti de leur dicte Mestresse: qui
pourtant les prioys de me faire avoir quelque bonne responce d'elle
qui vous peult contanter. Et leur ay baill par escript les chefz
qu'ilz demandoient, sur lesquelz j'entendz, Sire, qu'il y a heu de
l'altration dans le conseil; et nantmoins ilz ne m'y ont mand
aultre chose, pour le prsent, sinon que la Royne, leur Mestresse, me
prioyt d'attendre que son mareschal de Barvyc, lequel elle avoit
envoy devers les deux partys en Escoce, ft de retour affin de
pouvoir, puys aprs, mieulx satisfaire  Vostre Majest.

Or, Sire, j'ay adviz que le dict mareschal est pass de vray en Escoce
avec commission de parler au comte de Lenoz; et savoir qui l'a meu
d'habandonner le faulxbourg de Lillebourg pour se retirer  Esterlin,
sans qu'il se soit saisy du Petit Lith, et en quelle sorte et pour
combien de temps il se pourra meintenir; et, au cas qu'il ayt besoing
de secours, luy rsouldre du nombre d'hommes, et du moyen qu'on
tiendra pour les luy envoyer; et faire en toutes sortes que la part du
dict de Lenoz demeure suprieure; et marchander cependant avec luy
qu'il veuille remettre Dombertran ez mains de la dicte Dame, chose
qu'ilz ne peuvent aulcunement obtenir du comte de Morthon. Mais
cependant est arrive une soubdaine nouvelle de dell, de laquelle
ceulx cy monstrent estre fort troublez, et prsume l'on que c'est que
le comte de Morthon est prins, ayant est assig en ung sien
chasteau, nomm Dathquier,  quatre mil de Lillebourg, et que le
susdict de Lenoz est pareillement prins ou bien dchass. Lequel bon
commancement, Sire, seroit pour vous facilliter davantaige les moyens
de remdier les affaires du dict pays, si continuez de les assister.
Dont suys trs expressment pri par les amys de la Royne d'Escoce de
faire trois offices en cella: l'ung, de remercyer trs humblement
Vostre Majest de leur part pour ce bon succez, lequel ilz attribuent
tout  vostre grandeur et bonne fortune; l'aultre, de vous supplier
que veuillez  bon esciant relever le faict de la dicte Dame,
s'asseurans que l'entreprinse vous en ruscyra heureuse et honnorable;
et le troisiesme, que je veuille, pendant la dtention de Mr de Roz,
prendre en moy la charge des affaires d'elle, en quoy, Sire, je feray
tout ce qu'il me sera possible, sellon que je voys que telle est
vostre intention, et que vostre service ainsy le requiert. Sur ce,
etc.

     Ce IIe jour de juing 1571.


   (_Par postille  la lettre prcdente._)

   Ce qu'on ymaginoit de mauvaises nouvelles icy, que le comte de
   Morthon ft prins, est que luy et le comte de Lenoz sont entrez
   en quelque diffrand et maulvaise intelligence entre eulx.


     A LA ROYNE.

Madame, je n'avois jamais trouv la Royne d'Angleterre si irrite
contre la Royne d'Escoce comme j'ay faict ceste foys pour
l'impression, qu'on luy a donn, que, naguires, par Ridolphy en
Flandres et par la duchesse de Frie en Espaigne, la dicte Dame luy
ayt pratiqu une nouvelle rbellion de ses subjectz, et une trs
dangereuse guerre contre son estat; dont n'a peu bien prandre les
propos que j'ay heu  luy tenir pour la dicte Dame, encores que je les
luy aye dict en la plus gracieuse faon qu'il m'a est possible, et
telle que les siens mesmes ont confess que Voz Majestez ne se
pouvoient ranger  plus honneste party entre elles deux qu' celluy
que luy offriez. Tant y a qu'il est advenu que, (encor que sur une
lettre du comte de Lenoz du XXe du pass, par laquelle il mandoit ne
pouvoir sans argent tenir plus longuement ensemble les forces qu'il
n'avoit joinctes qu' certains jours, et demandoit pour ceste occasion
renfort de deniers ou d'hommes, il eust est ordonn que milord de
Housdon yroit tout sur l'heure  Barvyc, pour mettre aulx champs
aultant de gens qu'il en pourroit soubdainement tirer des garnysons du
North, et, si cella ne suffizoit, d'en lever davantaige au dedans du
pays, pour incontinent les envoyer au dict de Lenoz), que la dicte
Dame, aprs m'avoir ouy, a retard sa dellibration, retenant encores
icy le dict de Housdon; et ayant cependant envoy le mareschal de
Barvyc en Escoce soubz umbre de paix, mais en effect pour les
pratiques que je mande en la lettre du Roy. Dont, Madame, l'ocasion,
qui semble se prsenter bonne au dict pays, requiert d'estre
promptement ayde, ainsy qu'avez commanc de le faire, affin de ne la
laysser perdre ny passer, car ceulx cy ne veillent  rien tant qu'
priver, s'ilz peuvent, le Roy, vostre filz, de l'alliance et auctorit
qu'il a en Escoce; et ne fays doubte qu'au retour du dict mareschal de
Barvyc, ilz ne poursuivent leur dellibration d'entreprendre quelque
chose par dell.

L'vesque de Roz demeure toutjour resserr, mais j'entendz que la
Royne d'Angleterre commance de se modrer vers luy, et qu'elle
confesse qu'il n'a rien faict que comme bon serviteur de sa Mestresse.
Au regard de Ridolphy, l'on m'a mand que,  la vrit, sa ngligence
et la seurt, o il s'est trouv dell la mer, ont ruyn une trs
honneste cause qu'il avoit en main, et qu'il fera bien de prandre
garde  luy, et ne molester plus ceulx qui sont de de, et que tout
ce qu'il a en Angleterre sera confisqu; et il y a d'assez bonnes
sommes de deniers, qui luy debvoient estre payes  temps. Sur ce,
etc. Ce IIe jour de juing 1571.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, sur les bonnes responces que Voz Majestez ont donnes au Sr de
Valsingan  Galion, et sur les honnorables propos que Monseigneur
vostre filz luy a tenuz, il a faict une dpesche par de, laquelle,
avec les lettres que le Sr Cavalcanty y a adjoustes, ont fort
grandement contant la Royne d'Angleterre, de sorte que, quant je luy
suys all prsenter vostre lettre, elle ne m'a peu asss monstrer
combien elle demeuroit bien satisfaicte de la sincrit de Voz
Majestez et de la bonne et honneste affection de Mon dict Seigneur
vers elle, sellon qu'elle m'a asseur que son ambassadeur le luy avoit
fort expressment signiffi par ung trs ample discours; et luy en
avoit escript, ensemble le comte de Rotheland, comme s'ilz fussent
proprement franoys, avec tant grande recommendation de Mon dict
Seigneur, et avec si grand desir de l'accomplissement de ce mariage,
qu'elle confessoit y veoir meintenant beaucoup d'avantaiges qu'elle
n'y avoit jamais considrez, et trop plus grandz qu'en nul aultre
party dont l'on luy eust jamais parl.

Je luy ay respondu que,  la vrit, s'il y avoit de la sincrit en
son ambassadeur, comme sans icelle il ne pourroit bien juger de celle
qui estoit en aultruy, il avoit cogneu que Mon dict Seigneur avoit le
desir, l'affection et la vollont perfaictement pleynes et combles
d'ung vray et sincre amour vers elle; et faisoit encores que Voz
Majestez l'y avoient de mesmes, de sorte qu'elle auroit  en espouser
trois  la foys, et qu'avec la personne, de l'ung elle possderoit les
aultres deulx, et tout ce qui estoit en leur grandeur; mais le poinct
estoit que, ainsy que Monseigneur luy avoit faict ung pur don de soy,
si je le pourroys asseurer qu'elle l'eust accept, et luy ft quelque
part en elle et en ses bonnes grces, me voulant bien persuader que
si, entre les perfections que Dieu avoit largement mises en elle, elle
dellibroit d'y recepvoir jamais et donner lieu  nul d'entre les
mortelz, qu'elle en feroit digne Monsieur, car, comme je confessoys
qu'elle estoit,  la vrit, la premire princesse de la Chrestient
en grandeur d'estat et en plusieurs rares qualitez, qu'ainsy se
pourroit elle asseurer d'avoir ung mary qui ne seroit second en
honneur, en dignit, en extraction ny en valleur,  nul de toutz les
princes chrestiens; avec plusieurs aultres parolles qui servoient 
mon propoz; s quelz j'ay heu soing de notter bien curieusement comme
elle les prandroit. Et parce que l'intrieur des personnes ne peult
que de Dieu seul estre parfaictement cogneu, je n'en veulx faire nul
certain jugement.

Tant y a que la dicte Dame, en rcitant elle mesmes les commoditez de
ce party, et la seuret o elle mettroit son estat et ses affaires par
une si ferme et si forte alliance, et commmorant les honnorables
qualitez de Monsieur, et les dignes propos qu'il avoit tenuz d'elle,
et de la bonne amyti esloigne d'ambition et d'avarice qu'il luy
pourtoit, elle m'a dict et jur, non sans changement de colleur, qui
luy est monte bien vermeille au visage, qu'elle n'avoit,  ceste
heure, nul plus grand doubte que de ne se trouver, avec tout son
royaulme et toute sa couronne, asss digne pour ung si excellent
prince; et que nantmoins, sur ce que son ambassadeur luy mandoit
d'envoyer les aultres articles, premier que d'avoir accord de celluy
de la religion, qu'elle ne savoit comme, avec son honneur, elle le
pourroit faire; et, si c'estoit Monsieur qui seul les heust de mandez,
qu'elle s'efforceroit de s'en excuser, mais puysque le Roy les vouloit
avoir, elle regarderoit comment l'en pouvoir contanter, et m'y feroit
responce avant le troisiesme jour de Pentecoste.

J'ay suyvy  luy dire que je la suplyois que, comme Voz Majestez et
Mon dict Seigneur lui faisiez veoir une claire et nette procdure de
vostre cueur en cest endroict, avec ung ferme propos d'acomplyr tout
ce que lui promtriez, que de mesmes elle y vollust procder
franchement de son cost, sans longueur ny remises, et sans ambiguit,
et vous envoyer  cest effect, suyvant la promesse de son
ambassadeur, le reste des condicions qu'elle vouloit estre apposes au
contract, et que icelles fussent raysonnables, comme elle et ses deux
conseilliers m'avoient toutjour promiz qu'elles le seroient, et
qu'elle ne desiroit sinon les semblables, qui avoient est rserves 
la feue Royne sa soeur.

Elle m'a rpliqu que,  la vrit, ce seroient celles mesmes, sinon
qu'elle ne demandoit que Monsieur ft son douaire si grand comme le
Roy d'Espaigne avoit faict celluy de sa soeur, parce qu'il n'estoit si
riche; et que les difficults seroient fort petites en toute aultre
chose, fors en l'article de la religion, mais qu'en icelluy tout ce
que Voz Majestez mettroient en considration, pour l'honneur et
conscience de Monsieur, l'admonestoit  elle de son honneur et
conscience; et qu'elle voyoit bien que, de toute la Chrestient, l'on
auroit l'oeil merveilleusement ouvert sur cest acte, duquel elle avoit
desj surprins des lettres, qu'on en escripvoit  Rome,  Naples et en
Espaigne, o l'on affermoit qu'il cousteroit ung million d'or au Roy
d'Espaigne ou il l'interromproit, ce qu'elle ne pensoit pas qu'il le
peult faire, au moins du cost de de, car toutz les subjectz d'elle
y avoient grande affection, et mesmes une fort grande esprance, sans
laquelle, avant clorre leur parlement, ilz luy en eussent faict la
mesme instance qu'ilz avoient faicte d'aultrefoys, et elle en avoit eu
bien grand peur.

Et, sur cella, aprs avoir dilligentement escout ce que je luy en ay
respondu  chacun poinct, qui seroit long  mettre icy, et voyant que
je me pleignoys qu'elle n'avoit envoy  son ambassadeur les responces
des premiers articles, ainsy qu'elles avoient est arrestes en ma
prsence, elle a appel milord de Burlay et luy en a demand quelque
rayson asss asprement, mais il s'est excus qu'il avoit atandu que je
luy envoyasse les poinctz qu'il failloit rformer; et, au reste, il a
confirm  la dicte Dame qu'elle deust envoyer au Roy le reste de ses
demandes.

Mr le comte de Lestre et luy m'ont pry de randre trs humbles mercys
 Voz Majestez et  Mon dict Seigneur, de ce qu'il vous playt avoir
agrable leur dilligence et bonne affection en cest endroict, qui
promettent qu'elle ne manquera point, et m'ont infinyement mercy du
bon tesmoignage que je vous en ay randu; qui vous veulx de rechef
confirmer, Madame, que le dict de Lestre me semble y marcher de bon
pied, mais il a heu quelque souspeon de milord de Burlay, de ce
mesmes que je vous ay desj mand, et en ont heu parolles ensemble. Je
doibz confrer demain secrectement avec le dict de Lestre en sa
mayson, et puis avec le dict de Burlay, et de tant que icelluy de
Lestre monstre desirer aussi, lui, de se pouvoir maryer en France, et
qu'il a ouy parler de madame de Nevers de Montpensier, et say qu'il
desire infinyement d'avoir son pourtraict, et qu'on luy a aussi,  ce
que j'entendz, parl de madame la princesse de Cond ou de
mademoyselle la marquise d'le de Nevers, Vostre Majest me mandera
comme j'en debvray user; car ne fault doubter que la Royne, sa
Mestresse, ne le face duc, et bien fort riche en faveur de quelque
honneste party, et il s'attand bien et mrite aussi d'estre gratiffi
de Voz Majestez, vous suppliant trs humblement de commander que le
pourtrait de ma dicte dame de Nevers me soit envoy pour l'en
contanter.

Quant aulx secretz adviz que j'ay de cest affaire, il m'en est venu
deux ou trois du cost des dames, qui concourent  ce que le propos
est bien rchauff et qu'on y veult procder sans aulcune simulation;
mais ung aultre bien principal personnaige m'a mand qu'il crainct
fort que toute la dmonstration qui s'en faict ne tende qu' rfroydir
Voz Majestez sur les choses d'Escoce et gaigner temps, et que je m'en
apercevray d'icy  bien peu de jours. Ung aultre m'a faict dire que la
Royne et ses deux conseilliers se sont merveilleusement resjouys de
ceste dernire dpesche de Valsingan, et qu'ilz disent que l'affaire
s'en va comme conclud, avec dmonstration d'en estre fort contantz;
nantmoins qu'il me veult bien dire, tout librement, qu'il ne peult
changer encores d'opinion que ce ne soit artiffice, parce qu'il
cognoist les deux conseilliers estre eulx mesmes artifficieulx. Aprs
que j'auray parl  eulx et heu la responce du reste des condicions,
j'escripray de rechef  Vostre Majest et luy manderay, s'il m'est
possible, une rsolution, la supliant trs humblement de m'excuser si
je ne luy puys, pour ceste heure, donner plus de lumire et de
satisfaction de ce faict, car estant ainsy restrainct qu'il est entre
trois personnes, il est trs difficile, et voyre impossible, que j'en
puysse descouvrir plus avant. Sur ce, etc.

     Ce IIe jour de juing 1571.

   Il sera bon cependant de gratiffier au Sr de Valsingan, et
   encores au Sr Cavalcanty, la bonne faon dont ilz ont
   dernirement escript par de, et parler  toutz deux toutjour
   fort honnorablement de la Royne d'Angleterre et aussi de ses deux
   conseilliers, nommement de milord de Burlay, avec promesse de le
   rcompenser largement.




CLXXXIVe DPESCHE

--du VIIe jour de juing 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Ngociation du mariage du duc d'Anjou.--Dbat de l'article
    relatif  l'exercice de la religion.--Envoi des autres
    articles.


     A LA ROYNE.

Madame, despuys celle que je vous ay escripte du IIe de ce mois, j'ay
trett avec le comte de Lestre et avec milord de Burlay, sparement
avec chacun, et puys conjoinctement avec toutz deux, de celluy tant de
foys dbattu article de la religion, et de la difficult qu'on faisoit
de nouveau de ne vouloir envoyer le reste des condicions, premier que
celle l ft accorde; en quoy je me suys esforc de leur admener
aultant de raysons, que j'en ay sceu allguer, lesquelles, avec la
confiance, que j'ay monstr que Voz Majestez Trs Chrestiennes, et
Monsieur, aviez en eulx deux, avec ferme propos de leur recognoistre 
trs grande mesure leurs bons offices, et que je leur ay franchement
dict que de ce coup avoit  rsulter ou la conclusion de l'affaire 
quelque vostre honneste contantement, ou bien la ropture d'icelluy 
vostre trs grand regrect, et avec opinion de rester moquez et quasi
affrontez; et leur ayant remmor les parolles, que leur Mestresse, et
eulx, m'avoit dictes et faictes escripre, lesquelles ilz ne m'ont
point dnyes, ilz se sont exortez l'ung l'aultre d'entreprendre  bon
esciant d'effectuer meintenant ce propos; et m'ont pri de vous en
donner toute bonne esprance, me tesmoignantz, l'ung  l'envy de
l'aultre, une leur tant bonne et droicte intention en cest endroict,
que je ne la vous saurois reprsenter meilleure de moy mesmes qui
suys asseur, Madame, que vous la savez estre trs parfaictement
bonne. Et sur ce, ayant, chacun  part, faict office avec leur
Mestresse, j'ay enfin obtenu que les dictes condicions seroient
prsentement dresses, et m'en seroit faicte communication pour en
envoyer, eulx de leur part une coppie  leur ambassadeur, et moy une
aultre  Vostre Majest, en ce toutesfoys qu'il aparoistroit que
c'estoit pour satisfaire au desir du Roy qu'elles avoient est
bailles.

Je confesse, Madame, que je n'ay rien dbattu sur icelles, parce que
je le laysse faire  voz Majestez par dell, si n'est d'avoir incist
bien fort qu'on les ft raysonnables, et qu'on ne parlt aulcunement
de Calais, ainsy que vous pourrez voir que j'ay gaign ce poinct; et
tout le reste est prins du mesmes contract du Roy Philippe avec la
Royne Marie, sinon en l'endroict o est faicte mencion des filles, et
de la succession  la couronne de France, au cas que Monsieur ou les
siens y parvinssent, et aussi que, l o est laysse en blanc la somme
du douayre, ilz me l'ont expciffie  quarante ou cinquante mil
escuz: qui me semble, Madame, avec les premires responces, lesquelles
je fays envoyer aussi refformes, qu'on pourra facillement parvenir en
ung bon accord.

Les dicts Srs Comte et Burlay m'ont conseill de parler despuys en la
mesmes sorte  leur dicte Mestresse comme j'avois parl  eulx, du
poinct de la religion; ce que j'ay faict, sans y rien obmettre, et en
faon que je l'ay veue fort esbranle, mesmes que, oultre les aultres
raysons et les occasions que je luy ay allgues d'estre impossible
que Monsieur demeurast sans exercisse de sa religion, j'ay fermement
soubstenu que le feu Roy Edouart, son frre, l'avoit bien accorde
pour la feue Royne d'Espaigne, vostre fille, quant on trettoit de les
maryer, ce que je croy estre ainsy; et je vous supplie trs
humblement, Madame, de meintenir  l'ambassadeur Valsingan que, quoy
qu'il ne se trouve par escript, que nantmoins il est vray.

Tant y a que la dicte Dame, aprs m'avoir allgu les raysons qu'elle
avoit de craindre beaucoup de choses en cella, et qu'elle vouldroit
bien ou que Monsieur heust aultant de l'exercice de la religion
catholique, sinon seulement la messe comme il vouldroit, ou bien qu'il
attandt d'avoir encores celluy l par l'ottroy d'elle, aprs qu'ilz
seroient ensemble, elle m'a enfin respondu qu'aprs que le Roy aura
veu ses aultres demandes, et qu'il luy aura faict une ou aultre
responce sur celle de la religion, elle le rsouldra incontinent aprs
de tout ce qu'elle pourra faire, sans aulcun dilay; et bien que je
l'aye conjure de me permettre que je vous en peusse donner cependant
quelque bonne esprance, ou bien qu'elle mesmes vous la donnast par la
lettre qu'elle vous escriproit, elle n'a vollu passer oultre; et m'a
dict que j'excdois ma commission, car n'avois charge que de demander
le reste des articles.

Je ne vous saurois asss bien exprimer, Madame, les bonnes parolles
et les dmonstrations qu'au surplus elle a us pour tesmoigner sa
bonne intention et encores son affection en cest endroict, et 
monstrer combien elle porte de vray amour et observance  Vostre
Majest, et combien elle prise le Roy, vostre filz, et combien elle a
en grande extime les qualitez et grces de Monsieur, m'ayant jur que,
oultre le tesmoignage universel que le monde vous rend  toutz trois,
que son ambassadeur et le comte de Rotheland luy en avoient
dernirement escript en une si digne faon que jamais en sa vie elle
n'avoit leu ny ouy parler plus honnorablement de nulz princes de la
terre; et a vollu aussi randre ung trs grand mercys  moy mesmes,
disant m'estre aultant oblige, comme elle le pouvoit estre  nul
gentilhomme du monde, pour avoir ainsy honnorablement escript d'elle 
Voz Majestez; de quoy elle feroit que Monsieur m'en remercyeroit
quelque jour, et que toutz deux en auroient recognoissance, et que,
sur ce que je luy offrois de l'esclarcyr de toutz les doubtes et
escrupules qu'on luy pouvoit avoir imprim du cost de luy, qu'elle
n'en avoit nul sinon celluy qu'elle m'avoit dict de ne s'estimer asss
digne d'un si excellant prince, et que, possible, d'icy  sept ans,
quant il sera encores plus parfaict, qu'il la trouvera lors vielle,
car pour ceste heure esproit elle bien de ne luy estre trop
dsagrable. Et a adjouxt, en riant, que, possible, auroit il ouy
parler de son pied, mais qu'on luy avoit bien aussi vollu parler de
son braz, de quoy elle s'estoit mouque, et d'aulcunes aultres choses
qu'elle n'avoit point creu, et qu'elle l'estimoit en tout et partout
trs desirable.--Trs desirables, luy ay je respondu, qu'ilz estoient
vritablement toutz deux, et qu'il ne s'y voyoit nulle aultre
deffault, sinon qu'ilz ne se randoient assez tost possesseurs des
perfections l'ung de l'aultre.

Et, au partir de la dicte Dame, m'ayantz les dicts de Lestre et de
Burlay reconvoy jusques hors du logis, je me suys pleinct  eulx de
n'avoir peu rapporter rien de certain sur le point de la religion; en
quoy ilz m'ont pri de vous escripre que les choses en estoient en
bons termes, et, qu'aprs vostre responce sur le dict article et sur
ceulx de prsent, elle vous en rsouldroit incontinent. Je les ay
priez de faire eslargir un peu  Mr de Valsingan la commission de
pouvoir amplement tretter de toutes ces difficultez par dell, auquel
je vous suplie, de rechef, Madame, luy vouloir beaucoup gratiffier sa
dernire dpesche qu'il a faicte icy, et la luy fre gratiffier par le
Roy, et par Monsieur; car,  la vrit, elle a fort relev le propos
avec la comprobation que le comte de Rotheland et le Sr Cavalcanty y
ont donn par leurs lettres, mais encor plus luy fault grandement
gratiffier les honnorables propos que la Royne, sa Mestresse, m'a
tenuz de Voz Majestez et de Monseigneur, et pareillement la bonne
affection de ses deux conseillers avec large promesse de la bien
rcompancer; qui ne puys obmettre, Madame, de vous tesmoigner de
rechef l'extrme affection que le dict de Lestre monstre avoir en cest
affaire, et les dilligens offices qu'il faict veoir  chacun qu'il y
faict, qui commancent aussi ne paroistre  ceste heure moindres du
cost du dict de Burlay. Mais, pour ne consommer temps en ngociation,
il semble, Madame, qu'aussitost qu'aurez confr avec le dict Sr de
Valsingam, et que l'aurez faict aulcunement condescendre aulx
honnestes advantaiges qui seront cogneuz raysonnables pour Monsieur,
qu'il sera bon que Voz Majestez luy dyent que les condicions vous
semblent si prochaines d'accord de l'ung cost et de l'aultre, que
vous serez prestz du vostre d'en faire former et signer les articles,
aussitost que la Royne, sa Mestresse, aura dclair qu'est ce qu'elle
veult faire pour Monsieur pour ne le priver de l'exercice de sa
religion, et qu'il ne peult faire, ny Voz Majestez ne peuvent vouloir,
qu'il soit du tout sans en avoir, et que, sur ce, il face une
soubdaine dpesche par de; et que pareillement cestuy des miens me
soit renvoy, vous voulant bien dire, Madame, qu'ayant la matire est
cy devant propose  neuf de ce conseil, j'ay descouvert que toutz
unanimement ont respondu  leur Royne qu'elle debvoit entendre au
party de Mon dict Seigneur, et luy permettre l'exercice priv de sa
religion, et luy ottroyer toutes raysonnables condicions; qui me faict
esbahyr d'o vient  ceste heure ceste difficult, car je voys bien
qu'elle mesmes et toute la Chrestient n'auroient bonne estime de Mon
dict Seigneur, s'il quictoit ce point. Or, aprs que les prsentes
condicions ont est dresses, mais avant que j'aye heu l'aultre
responce de la dicte Dame, le Sr Dupin est arriv avec les lettres de
Voz Majestez et de Monseigneur, et de monsieur de Montmorency,
lesquelles ont grandement confirm l'opinion et l'affection des deux
conseillers, qui les ont aussitost communiques  leur Mestresse; et
par le dict mesmes Dupin Vostre Majest entendra l'advancement
qu'elles et sa venue ont apport  la ngociation. Le Sr de Vassal,
prsent pourteur, vous racomptera d'aultres privez propos que les
dicts de Lestre et Burlay m'ont tenuz par lesquelz, sinon qu'ilz
soient du tout sans Dieu et sans foy, ilz monstrent que l'affaire est
pour ruscyr  bonne fin. Et nantmoins, pendant qu'ilz ont ainsy
ardentment ngoci avecques moy, il m'est venu ung adviz, de fort bon
lieu, qui m'admoneste de ne leur donner foy ny crance, et qu'ilz ne
vont en tout que par simulation; et d'ailleurs, l'on m'a mand qu'ilz
n'entretiennent ainsy ce propos que pour attandre le retour de Coban,
mais l'on n'en demeurera longtemps en erreur. Sur ce, etc.

     Ce VIIe jour de juing 1571.


PAR POSTILLE.

   Despuys la prsente escripte, Mr le comte de Lestre, sur une
   ngociation, que par ung nostre commun amy nous menons ensemble,
   m'a mand avoir infinyement exort la Royne, sa Mestresse, de ne
   se vouloir retarder  elle mesmes le bien, l'honneur, la seuret
   et le contantement qui luy vient de ce mariage, et qu'il luy
   avoit admen quatre de ses principaux conseillers pour l'en
   suplyer, et pour la persuader de ne contradire plus  ce point de
   la religion. En quoy, encor qu'elle ne leur eust rien vollu
   accorder en prsence, nantmoins  luy,  part, elle avoit dict
   qu'ilz ne la debvoient juger telle qu'elle vollt son mary estre
   sans l'exercice de sa religion, ny le presser d'assister, 
   regrect,  une aultre forme de religion contre sa conscience,
   nantmoins qu'elle estoit contraincte de tenir le plus ferme
   qu'elle pourroit en cella pour le respect de eulx mesmes; et
   pourtant que le dict sieur comte me prioyt de conseiller 
   Monsieur qu'il vollt tant deffrer  la dicte Dame de dire  son
   ambassadeur, ou bien luy escripre  elle, ou  moy pour le luy
   dire  elle, que, pour la singulire amyti et bonne affection
   qu'il luy porte, il ne crainct de luy remettre entirement ce
   point pour, en honneur et conscience, luy en ottroyer aultant
   comme elle cognoistra que, sans son honneur et sans sa
   conscience, il ne se pourroit passer d'en avoir, et qu'il espre
   tant de sa bont et vertu que eulx deux en demeureront bien
   d'accord; et cependant que le dict sieur comte estoit d'adviz
   que, sur ce qui en est couch aux premires responces, l'on passe
   oultre  conclurre le reste des articles et des condicions, et
   qu'il a obtenu desj qu'il aura la charge d'aller qurir Mon dict
   Seigneur: dont, si cella pouvoit estre pendant le progrez de la
   dicte Dame, laquelle va vers Coventry, et que les nopces se
   peussent cellbrer en une sienne mayson, qu'il a en ce quartier
   l, laquelle s'appelle Quilingourt, il s'estimeroit trs heureux.




CLXXXVe DPESCHE

--du IXe jour de juing 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Lucas Fach.)_

  Clture du parlement.--Excution de Storey.--Nouvelles
    d'cosse.--Rsolution prise par lisabeth d'envoyer des troupes
    au comte de Lennox.--Accusation porte contre le duc de Norfolk
    d'avoir adress de l'argent en cosse.


     AU ROY.

Sire, le IIe de ce moys, vigille de la Pentecoste, la Royne
d'Angleterre est all elle mesmes clorre son parlement, et ceux qui
estoient prsens m'ont asseur que ce a est par ung parler si digne
et honnorable, et encores si grave et elloquent, que la pluspart de
l'assemble en a est esmerveille; et toutz en sont restez fort
contantz. Elle a rejett par bonnes raysons les nouvelles loix et les
contrainctes qu'on requroit estre imposes sur l'observance de leur
religion, ayant layss les choses comme elles estoient, et a confirm
en quelque partie la loy de lze majest pour la seurt d'elle et de
son estat o[8] protestation que le tiltre d'aulcun qui prtande droict
 la succession de ce royaulme, n'en puysse estre intress; elle a
remercy l'assemble de l'ottroy du subcide, et a confirm, au reste,
la pluspart de leurs aultres demandes. Il semble que le parlement n'a
est du tout finy, ains qu'on y a miz POINCT, ainsy qu'ilz disent,
pour le pouvoir continuer, quant les affaires de la Royne et du
royaulme le requerront.

  [8] Avec protestation.

Le docteur Estory[9] a est enfin excut  mort, en l'eage de 80 ans,
nonobstant la remonstrance de l'ambassadeur d'Espaigne, et nonobstant
qu'il se soit toutjour opiniastrment meintenu estre subject du Roy
Catholique; mais ceste Royne a respondu:--Que le dict Roy auroit bien
la teste, s'il la vouloit, mais que le corps demeureroit en
Angleterre. Plusieurs des seigneurs de court et du conseil ont
assist  l'excution, esprant tirer de luy,  sa fin, ce qu'il
pouvoit avoir entendu de l'entreprinse du duc d'Alve et des fuytifz
Anglois, qui sont en Flandres, contre ce royaulme, et pareillement
quelque dclaration s'il ne recognoissoit pas la Royne d'Angleterre
pour sa vraye et lgitime princesse, avec toute authorit temporelle
et ecclsiastique en ce pays; mais ilz n'en ont rien raport qui les
ayt contentez.

  [9] Storey, zl catholique, qui avait jou un rle important
  sous les rgnes d'Edouard et de Marie, s'tait rfugi en Flandre
  auprs du duc d'Albe pour chapper  la vengeance d'lisabeth. En
  1569, on tait parvenu  l'attirer par surprise dans un vaisseau
  anglais, qui le conduisit  Londres. Il fut condamn  mort comme
  convaincu de trahison et de magie.

Le comte de Lenoz, se trouvant  l'estroit, a envoy en dilligence
solliciter icy du secours, et ont les lettres du mareschal de Barvyc,
qui a desj confr avecques luy, joinct la bonne estime du Sr
Briquonel, le plus renomm cappitaine d'Angleterre, qui les a
apportes, est de grand moment pour faire mettre la cause en
dellibration; en laquelle, aprs avoir cogneu, par le jugement mesmes
du dict Bricquonel, que l'entreprinse d'assiger le chasteau de
Lislebourg seroit trs difficile et de grand despence, il a est
advis de n'envoyer point pour encores d'arme par dell. Mais voycy,
Sire, ce qui a est ordonn, et  quoy il a est, quant et quant,
pourveu: que le dict Bricquonel yra promptement trouver le dict de
Lenoz  Esterlin, avec deux centz harquebuziers, pour demeurer l  la
garde du petit Prince, et que icelluy de Lenoz, avec cinq centz
soldatz escouoys, entretenuz aulx dpens de la Royne d'Angleterre,
pourra aller courre sur ceulx de l'aultre party, et se saysir du Petit
Lict, s'il luy est possible; que le mareschal de Barvyc s'entremettra
cependant de mettre en quelque accord les ungs et les aultres  la
confirmation de l'authorit du petit Prince, aultant qu'il le pourra
faire, menaant ceulx du party de la Royne  toute extrmit. Qui est
tout ce que, pour le prsent, je puys descouvrir au vray avoir est
rsolu en ce faict, bien qu'on ayt renvoy le Sr de Cuniguem avec
beaucoup d'aultres grandes promesses devers le dict de Lenoz. Cella
crains je, Sire, que, de tant que icelluy cappitaine Briquonel, lequel
part tout  ceste heure, doibt,  ce que j'entendz, embarquer les dict
deux centz hommes, que ce ne soit pour aller enlever le Prince
d'Escoce et le transporter de de, ou bien pour mettre ceste garnyson
dans Dombertran au lieu de la conduyre  Esterlin; vray est qu'on m'a
asseur que le comte de Morthon s'est vivement oppos qu'on n'y mette
point d'Anglois, et en est pour cella en asss mauvais prdicament en
ceste court, encor qu'il se soit rabill avec le dict de Lenoz, lequel
luy a cd les terres, d'o le diffrant estoit nay entre eulx. La
comtesse de Lenoz s'est fort escrye que les adversayres de son mary
et de son filz estoient secouruz d'argent de France, de Flandres et
encores de quelque endroict d'Angleterre, dont l'on en a charg le duc
de Norfolc, et en est la Royne d'Angleterre entre en telle
indignation contre luy qu'elle a curieusement cerch, avec des gens de
loix et de justice, s'il y auroit nulle juste prinse sur luy pour le
pouvoir bien chastier, mais il se trouve de plus en plus net et
descharg de tout crime. J'attandz responce de Vostre Majest sur la
continuation de l'instance que j'auray  faire  la Royne d'Angleterre
pour les choses d'Escoce, sellon que j'ay commanc de les luy
proposer, et aussi ce que j'auray  luy dire de vostre part sur la
dtention de l'vesque de Roz son ambassadeur, qui attand tout son
remde de l'assistance qu'il vous plairra luy faire. Sur ce, etc. Ce
IXe jour de juing 1571.


   J'entends que le deuxiesme de ce mois ceulx de Lillebourg se
   devoient mettre en campaigne pour aller excuter quelque brave
   entreprinse. Je ne say encores ce qui en aura succd.




CLXXXVIe DPESCHE

--du XIIIIe jour de juing 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Dipe par Petit Bron._)

  Avantages remports en cosse par les partisans de Marie
    Stuart.--Nouveaux secours envoys d'Angleterre au comte de
    Lennox.--Ngociations des Anglais avec l'Espagne.--Nouvelle de
    la blessure reue par le roi.


     AU ROY.

Sire, l'entreprinse, que ceulx de Lillebourg ont faicte, de sortyr en
campaigne le IIe de ce mois, ainsy que je le vous ay mand par
postille en mes prcdantes, a est pour surprendre le comte de
Morthon en sa mayson de Datquier; lequel, en estant adverty, s'est miz
aulx champs pour les combattre, estant luy mesmes avecques ses gens de
pied, et ung sien parant conduysoit ses gens de cheval, ce
qu'entendans les aultres ont faict arrester deux pices d'artillerye
qu'ilz menoient, et ont renvoy une partie de leurs chevaulx pour
attaquer le combat  pied, qui a est asss aspre en ung lieu
estroict, d'o le dict de Morthon, ayant faict aprocher ses gens de
cheval, a miz peyne de se retirer  saulvett: et y a heu de morts ou
prins, de chacun cost, envyron trente hommes. (Il est survenu ung
mauvais accidant  ceulx de Lislebourg, que le cappitaine Melain
voulant distribuer de la pouldre aulx soldatz, le feu s'y est miz qui
l'a tout brull, et envyron douze  quinze des siens.) De cest
exploict d'iceulx de Lillebourg ont les dicts de Morthon et le comte
de Lenoz prins ocasion de presser davantaige la Royne d'Angleterre de
leur envoyer secours, mais elle n'en a ordonn d'aultre que je sache,
pour encores, que de ces deux centz harquebuziers (que je vous ay
desj escript, qui sont envoyez, ainsy que ceulx cy disent, 
Esterlin pour la garde du petit Prince, de peur que ceulx de l'aultre
party, lesquelz sont  prsent les suprieurs, le veuillent enlever
par force), et dix mil escuz, que j'entendz qu'on prpare d'envoyer au
mareschal de Barvyc pour les employer  relever et fortiffier la part
du dict de Lenoz.

L'on m'a dict aussi qu'on lve des gens vers le North et que les
principaulx cappitaines et gens de guerre d'icy s'y acheminent,
s'aprochans de la frontire d'Escoce par prtexte que icelluy Morthon
a mand que le layr de Fernihnost et les deux frres de Clarmes ont
entreprins de reprandre le chasteau de Humes, et que le mareschal de
Barvyc a escript que milord de Humes luy a jur qu'il se revanchera
des Anglois qui luy ont prins sa mayson et brull ses villages, et
qui, avec quelque couleur de religion, vont faisant la guerre  ceulx
qui sont meilleurs protestants que eulx. De quoy la Royne d'Angleterre
est entre en grande indignation; et nantmoins je n'ay nul certain
adviz qu'elle ayt rien ordonn davantaige que les dicts deux centz
hommes et les deniers, lesquelz ne sont encores envoyez. Sur quoy,
Sire, je n'ay vollu faillir de faire une opposition, au nom de Vostre
Majest, et protester de l'infraction des trettez; et, encores qu'on
me veuille donner entendre que la dicte Dame a envoy de bonne foy le
susdict mareschal de Barvyc devers les deux partys, pour les exorter 
ung bon accord ou nantmoins  vouloir faire quelque abstinance
d'armes, pendant qu'ilz renvoyeront leurs depputez par de pour
parachever le trett, et qu'elle ne se veult entremettre de leur
guerre sinon avec le consens de Vostre Majest, nantmoins je voys que
l'intention de ceulx de son conseil va toutjour  entretenir la
division dans le royaulme, et faire que la part du comte de Lenoz
reste la plus forte, et que la Royne d'Escoce demeure sans authorit,
et qu'ils puyssent gaigner temps, pour y excuter puys aprs d'aultres
plus grandes choses, quand ilz verront leur point. Et cependant, Sire,
ilz vont en beaucoup de sortes pourchassant de racointer le Roy
d'Espaigne, ayant de nouveau faict plusieurs fort estroictes et
rigoureuses ordonnances contre ceulx qui s'entretiennent en ceste mer
au nom du prince d'Orange, qui font la guerre aux Espaignols et
Flamans, pour les chasser, eulx et leurs vaysseaulx, de touz les portz
et de la retrette de de; et hyer milord Sideney envoya prier
l'ambassadeur d'Espaigne, de luy faire venyr ung passeport du duc
d'Alve pour pouvoir aller aulx bains de Lige, et que ce ne sera sans
qu'il aille bayser la main  Bruxelles et luy faire entendre des
choses qui le contanteroient:  quoy le dict ambassadeur a fort
vollontiers prest l'oreille; et s'attendent, d'ung cost et d'aultre,
que le jeune Coban raportera de fort bonnes responces du Roy
Catholique. J'estime, Sire, que ceulx de ce dict conseil ne veulent
sinon entretenir de bien habilles ngociations sans en conduyre pas
une  fin, parce que cella leur sert grandement  pouvoir manyer 
leur proffict toute l'authorit et les revenuz de ce royaulme. Sur ce,
etc.

     Ce XIVe jour de juing 1571.


   Tout prsentement milord de Burlay me vient d'envoyer ung de ses
   gens pour me communiquer une lettre qu'il a receue de France, en
   laquelle l'on luy faict mencion de la blessure de Vostre Majest;
   de quoy j'ay est merveilleusement marry. Nantmoins j'ay lou et
   remercy Dieu que, par la mesmes lettre, j'ay veu que c'estoit
   sans pril et hors de tout dangier de vostre personne. Il vous
   plairra, Sire, commander que, par la premire dpesche, il me
   soit faicte mencion du dict accidant affin d'en satisfaire la
   Royne d'Angleterre.




CLXXXVIIe DPESCHE

--du XXe jour de juing 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Dtails sur la blessure du roi.--Assurance donne par
    lisabeth qu'elle ne veut envoyer aucun secours en
    cosse.--Sollicitation faite, au nom du roi, pour obtenir la
    libert de l'vque de Ross.--Gravit des accusations portes
    par la reine contre l'vque.--Craintes inspires en France par
    les projets des Espagnols en Italie.--Efforts du comte de
    Lennox pour rappeler Bothwel en cosse.--_Lettre secrte  la
    reine-mre._ Ngociation du mariage du duc
    d'Anjou.--Proposition du mariage d'lisabeth avec le fils ain
    de l'empereur.


     AU ROY.

Sire, la blessure de Vostre Majest a est publie si grande et si
dangereuse en ceste court, que j'en ay est en une merveilleuse peyne,
et l'eusse est en beaucoup plus grande sans ce que monsieur Pinart,
en la dpesche du propre jour de l'accidant, me manda de luy mesmes
qu'il n'y avoit nul dangier, dont j'en rendz grces  Nostre Seigneur;
et, parce que la Royne d'Angleterre a monstr qu'elle en estoit
extrmement marrye, j'ay bien vollu sur telle asseurance luy aller
dire que Vostre Majest m'avoit command de luy compter ceste vostre
advanture, comme  celle qui estiez trs asseur que ne vous en
desiroit pas une que bonne, et qui seroit marrye qu'il vous en advnt
de mauvaise, luy particularisant comme cella estoit advenu, le mardy
matin cinquiesme du prsent, en courant le cerf, et qu'encores qu'il
n'avoit peu estre que le coup ne ft rude, hurtant  une branche
d'arbre de toute la force du cheval, nantmoins ce avoit est en tel
endroict de la teste qu'il n'y avoit nul prilh, et que Dieu, lequel
vous n'aviez failli d'invoquer le matin avant partir, sellon vostre
chrestienne coustume, et qui avoit aussi ouy la prire de tant de
miliers de personnes,  qui la vie de Vostre Majest est trs
prcieuse, avoit miz la main au devant; dont esprois de pouvoir
asseurer, par les premires nouvelles de France, la dicte Dame que
vous ne vous en sentyriez plus nullement.

Elle, joignant les mains, et remercyant Dieu avec grande dmonstration
d'ayse, m'a respondu que mal aysement vouldra l'on croyre, et elle
mesmes ne l'eust pens, que ung tel accident luy eust touch tant au
cueur comme il avoit faict, mais qu'elle vous pryoit, Sire, ne doubter
qu'aprs les deux Roynes Trs Chrestiennes, et Nosseigneurs voz
frres, et Mesdames voz soeurs, nul entre les mortels n'eust est plus
marrye qu'elle de la perte de Vostre Majest; laquelle elle prise et
ayme singulirement pour les excellantes valleurs et vertuz que Dieu y
a mises, et aussi pour cognoistre qu'aujourduy, Sire, vous estes le
plus ncessaire prince de la Chrestient; dont me remercyoit de la
tant bonne nouvelle que je luy en avois apporte, et que, pour en
estre plus asseure, de tant que ce que je luy en disois estoit devant
le segond et troisiesme apareil, elle ne layrroit de dpescher le
jeune Housdon devers Vostre Majest, comme elle avoit desj propos de
le faire, pour luy en raporter toute certitude; et qu'elle vous
suplioyt, Sire, de penser que par ce peu de mal Dieu vous avoit vollu
prserver d'ung plus grand inconvniant  l'advenir, et vous advertyr
que veuillez doresenavant tenir vostre personne plus chre, comme
estant d'ung inestimable prix au monde. Et puys a pass  me dire
qu'elle avoit prins de bonne part ce que j'avois escript au comte de
Lestre des choses d'Escoce, et que, dez le jour prcdant, elle avoit
donn charge  milord de Burlay de m'y faire responce, mais parce
qu'il avoit est occup, elle mesmes m'y respondroit  ceste heure,
c'est qu'elle n'avoit envoy ny envoyeroit nulles forces, non pas
d'ung seul homme, en Escoce, et qu'elle avoit mand  son mareschal de
Barvyc d'exorter les deux partys  ung bon accord, ou au moins 
prendre encores une bonne abstinance de guerre entre eulx, jusques 
ce qu'on auroit trouv moyen de les paciffier du tout; qu'il les
presst de renvoyer, de toutz les deux costez, leurs depputez pour
parachever le trett, et qu'au reste il advertyst bien ceulx de
Lillebourg que, s'ilz s'esforoient de vouloir saysir par force le
petit Prince, qu'elle envoyeroit des gens  Esterlin pour les en
garder.

Je l'ay remercy de sa bonne responce, et que, pour ne la fcher plus
de ces affaires, je ne luy dirois sinon que je l'escriprois ainsy 
Vostre Majest, et qu'encores me grevoit il asss que j'eusse  luy
parler de monsieur l'vesque de Roz, pour lequel vous ayant Mr de
Glasco fort expressment pri, et, possible,  l'instance des aultres
ambassadeurs qui sont prez de Vostre Majest, de vouloir escripre en
sa recommandation  la dicte Dame, que vous luy en aviez faict une
lettre, laquelle je la prioys vouloir prandre de bonne part, et luy
ottroyer, pour l'amour de vous, sa libert.

La dicte Dame a leu la lettre, et puys m'a respondu asss soubdain
qu'elle ne pouvoit prandre de bonne part que Vostre Majest luy en
escripvt en ceste faon; car, veu ce que le dict vesque avoit
entreprins contre elle, elle ne le trettoit que trop gracieusement,
l'ayant faict mettre en ung lieu honneste et sain, bien qu'avec
quelque garde, et que nul n'avoit  s'esbahyr si elle vouloit
aprofondir le faict de ceste grande entreprinse, qu'il avoit dresse,
de faire descendre des estrangiers en certains portz de ce royaulme,
et faire ellever aulcuns des naturels de ce pays pour s'y joindre, et
faire diffier ung fort non guires loing de Londres pour y faire la
premire masse, et commancer d'y relever l'authorit de sa Mestresse
comme lgitime Royne, contre elle qu'il disoit estre illgitime; et
qu'elle vouloit savoir  qui il avoit baill les deux lettres
merques de 40 et de 30, puysque la Royne d'Escoce et l'ambassadeur
d'Espaigne affermoient que ce n'avoit pas est  eulx; et qu'au reste
le dict vesque n'estoit plus lors rput ambassadeur, quant il fut
resserr, car avoit excd son office, et sa Mestresse l'a despuys
dsadvouh, ainsy que desj elle le luy avoit escript de sa main, et
dsadvouhe pareillement toutes les pratiques que luy et Ridolphy ont
eu ensemble. Lesquelles la dicte Royne d'Angleterre asseuroit ne luy
estre plus incogneues, ny celles que icelluy Ridolphy avoit menes en
Flandres avec le duc d'Alve, ny celles qu'il avoit despuys faictes 
Rome et par les chemins; et qu'elle s'esbahyssoit par trop comme,
parmy le propos qui se trettoit d'une plus estroicte alliance, Vostre
Majest y mesloit ceste matire qui luy estoit tant  contre cueur; et
qu'il sembloit que, de vostre cost, Sire, vous vollussiez faire vray
le dire du Machiavel, que l'amyti des princes ne va qu'avec leur
commodit, et que si le susdict propos ne venoit  bonne fin, qu'il
ne fauldroit pas qu'elle ft grand estat de la vostre.

Je luy ay coup asss court ce propos, la pryant seulement de prendre
argument tout contraire de ce qu'elle vous voyoit tant constamment
persvrer vers la Royne d'Escoce et ses affaires, car cella vous
randoit tesmoignage que vous saviez estandre vostre amyti oultre
vostre commodit, et que vous n'estiez pour deffaillyr en nul temps 
ceulx de vostre alliance, ce qui luy debvoit  elle mesmes faire venir
plus d'envye de la desirer; et suys pass  luy dire qu'aprez l'estat
de vostre personne, vous me commandiez de luy faire entendre de celluy
de voz affaires, comme les gouverneurs de voz places, qu'avez en
Piedmond et Salusses, avoient prins souspeon d'aulcunes forces que le
Roy d'Espaigne y avoit faictes aprocher pour se saysir du marquisat de
Final, mais qu'aprs avoir excut leur entreprinse, ils s'en estoient
retournez sans toucher  rien o vous eussiez intrest, et que le Roy
d'Espaigne vous en avoit donn si bonne satisfaction que vous
demeuriez en plus ferme et estroicte intelligence ensemble que jamais.

Elle m'a respondu qu'elle estoit bien fort ayse de veoir persvrer
deux telz grandz princes, ses allyez, en mutuelle amyti, car de l
dpendoit le repoz de la Chrestient, et qu'elle ne s'esbahyssoit pas
si les gouverneurs de voz places avoient heu deffiance des Espaignolz,
car elle avoit adviz de Rome qu'au sortyr de conclurre la ligue, ung
cardinal avoit dict qu' ceste heure ne failloit plus que nul
s'advouht Franois en toute l'Ytallie, et qu'on les renvoyeroit
bientost trestoutz par de les montz, ce qu'elle avoit desir me dire
il y avoit plus de huict jours.

Je luy ay respondu, qu'ayant la ligue est dresse dans Rome, il
estoit  croyre qu'on y avoit parl des choses que ceulx du
concistoire avoient  cueur, comme de la forme de la religion
d'Angleterre et de la paciffication de France, et que Vostre Majest
et la dicte Dame feriez bien de prandre garde  ce qui se pourroit
dresser, quelle part que ce ft, contre le repoz de voz estatz, pour
mutuellement vous en advertyr.

A quoy elle m'a soubdain respondu, et avec affection, que s'il
playsoit  Vostre Majest d'en user ainsy, qu'elle y satisferoit fort
fidellement de son cost.

Je laysse plusieurs aultres propos d'entre la dicte Dame et moy, qui
seroient, possible, trop longs icy, pour, au reste, vous dire, Sire,
que, par ordonnance de ceulx de ce conseil, le comte de Lenoz a envoy
en Dannemarc pour consentyr  la restitution du comte de Boudouel,
comme trs oportune pour luy et pour ses affaires, et promettre au roy
de Dannemarc que cella ne tournera jamais  rien de son dommaige, et
que la mesmes courtoysie de sa royalle protection, dont il a us
envers le dict Boudouel, ne luy sera dnye  luy mesmes et aulx siens
par la Royne d'Angleterre et par le jeune Roy d'Escoce, en leurs
royaulmes, quant l'ocasion s'y offrira: ce que le dict de Lenoz mande
que le dict roy de Dannemarc a accord, en luy baillant la susdicte
promesse par escript, signe et scelle en bonne forme, et donne
entendre que le Sr d'Anze, vostre ambassadeur par dell, le consent
ainsy, et que les parties de toutz costez ont promiz de l'accomplyr
dans le jour de Sr Berthlemy, qui est le XXIIIIe d'aoust prochain.
Dont les amys de la Royne d'Escoce supplient trs humblement Vostre
Majest de ne vouloir permettre telle chose, ains de la remdier, le
plus promptement que faire se pourra, de tant que le retour du dict
Boudouel viendroit traverser tout le bon ordre qu'avez commanc de
donner aulx choses du dict royaulme, et luy mesmes seroit conduict
icy pour achever de ruyner les affaires et la rputation de ceste
pouvre princesse. Sur ce, etc. Ce XXe jour de juing 1571.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, ce que j'escriptz au Roy, par le pacquet ordinaire, vous fera
veoir qu'il n'est possible que je use de nul si grand respect vers la
Royne d'Angleterre ez choses d'Escoce, qu'elle n'y trouve toutjour de
l'offance, mais je la vays rabillant le mieulx que je puys, et cognois
que la rputation du Roy et celle de ses affaires vont chacun jour
gaignant quelque chose de plus en ceste isle par le maintien de ceste
cause, ce qui faict que je ne vous puys conseiller de l'abandonner; et
le propos du mariage ne laysse pour cella de se bien porter, ayant
trouv, par le parler et par toutes les contennances et dmonstrations
de la Royne d'Angleterre, qu'elle persvre en sa bonne vollont et
qu'elle a de tant plus dvottement pri Dieu pour la convalescence du
Roy qu'elle a crainct, s'il msadvenoit de luy, qu'elle ne peult avoir
Monsieur, son frre, et ne me l'a point dissimul. Le comte de Lestre
m'a adverty qu'aussitost que le Sr Thomas Fiesque a est par de, il
luy est venu dire que plusieurs considrations avoient meu le duc
d'Alve de ne se pouvoir persuader que le mariage de la Royne, sa
Mestresse, avec Monsieur deubt jamais sortyr effect, tant pour
l'ancienne inimiti des nations, et pour les injures et dommaiges
receuz des Franoys, et pour les dsadvantaiges qu'elle et son
royaulme y auroient, que pour le peu de seure amyti qu'elle pourroit
jamais establyr avecques le Roy, ny recouvrer de luy Calais; mais, si
elle,  bon esciant, se vouloit maryer, il luy savoit ung party qui
estoit le plus honnorable et advantaigeux de toute la Chrestient. A
quoy le comte avoit respondu que indubitablement la dicte Dame se
vouloit maryer avec ung prince de sa qualit; et que lors icelluy
Fiesque avoit suyvy  luy dire qu'il avoit donques charge de luy
nommer le party que le duc d'Alve vouloit dire, lequel estoit du filz
ayn de l'Empereur, prince de grand honneur et de grand vertu, fort
beau, de belle taille et disposition, d'eaige aprochant de celluy de
Monsieur, et qui plus que luy pouvoit faire toutes conditions grandes,
advantaigeuses et honnorables  la dicte Dame, et l'alliance s'en
continueroit plus agrable  tout ce royaulme que ne pouvoit estre
celle de France; et que, tout sur l'heure, il dpescheroit ung poste
pour en advertyr le duc, lequel ne fauldroit, avant quinze jours, d'en
mander une si bonne et si certaine promesse de l'Empereur que la dicte
Dame en demeureroit trs contante, et icelluy sieur comte fort
grandement gratiffi des bons offices qu'il y feroit; et qu' bout de
quinze jours n'estant encore la dicte responce venue, mais seulement
une petite lettre du dict duc, icelluy Fiesque estoit retourn
supplier fort instantment le dict sieur comte qu'il vollt faire
supercder, encores pour six jours, la conclusion du propos de
Monsieur, et que, dans le septiesme, la responce de l'Empereur, telle
que la Royne la pourroit desirer, seroit sans aulcun doubte arrive. A
quoy le dict comte luy avoit respondu qu'il estoit venu tard, et qu'il
ne le vouloit entretenir en esprance, l'advertissant que les choses
estoient desj conclues avecques Monsieur; de quoy le dict Fiesque
estoit demeur triste et estonn  merveilles, lequel n'avoit, despuys
son arrive, cess de solliciter par promesses et par prsens
plusieurs de ceste court  l'affection du dict party.

J'ay remercy le dict sieur comte de son bon office et de
l'advertissement qu'il m'en donnoit, et l'ay asseur que j'avois
escript  bon esciant en fort bonne sorte  Vostre Majest pour faire
venir bientost le propos  bonne conclusion, et que je n'avois obmiz
rien de ce qui le concernoit  luy en son particullier, ayant envoy
son pourtraict et procur de luy faire avoir celluy d'une trs belle
et vertueuse princesse, en quoy, Madame, je vous suplie trs
humblement qu'il luy soit donn le plus de satisfaction que faire se
pourra; car l'on s'esforce fort de le destorner du bon chemin qu'il a
tenu jusques icy au propos de Mon dict Seigneur. Et m'a l'on rvell,
de bon lieu et grand, que, quant je demanday naguires le reste des
condicions, et qu'il fut miz en dellibration si la restitution de
Callais y seroit appose, que le dict sieur comte avoit, ne say 
quelle occasion, oppin qu'on l'y debvoit mettre, mais que la dicte
Dame, en demeurant en quelque doubte  cause de ce que je luy en avois
auparavant dict, fut par le comte de Sussex et millord de Burlay
rsolue de ne le debvoir faire. Et ung de ceulx, que je rputte des
plus certains et plus importantz amys qui sont par de de ceste
cause, craignant le changement des vollontez, m'a mand, de sa main,
ces propres motz:--Nous desirons que Monsieur ne soit difficile aulx
conditions, car, s'il vient, il aura ce qu'il vouldra, et, par sa
venue, il se fera icy une grande mutation pour les bons, et ne
manqueront amys qui pour ceste heure ne se monstrent; par ainsi,
faictes bonne euvre en cest endroict comme faictes ez aultres. Lequel
conseil, Madame, je vous ay bien vollu mander avec les aultres choses
de cy dessus; et qu'on m'a asseur, encores d'ailleurs, qu'on tient
icy toutes dellibrations et affaires en suspens, attandant la
responce que Voz Majestez feront sur la conclusion du dict mariage.
Sur ce, etc.

     Ce XXe jour de juing 1571.




CLXXXVIIIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de juing 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne le postillon._)

  Meilleur traitement fait  l'vque de Ross.--Nouvelles
    d'cosse.--Insistance de l'ambassadeur, au nom de Marie Stuart,
    pour que le roi s'oppose  la mise en libert de
    Bothwel.--Accord d'lisabeth avec les princes protestans pour
    faire des leves d'hommes en Allemagne.--Mise en libert du
    comte de Hertford.--Ngociation des Pays-Bas.--Prise de Leith
    par le comte de Morton.--_Lettre secrte  la reine-mre._
    Ngociation du mariage.--Discussion des articles.


     AU ROY.

Sire, il vous aura est ays de cognoistre, par mes prcdantes
lettres du XXe du prsent, comme,  la contradiction que la Royne
d'Angleterre m'a faicte sur l'instance de la libert de Mr de Roz et
des aultres choses d'Escoce, je n'ay vollu contentieusement emporter
le dernier mot sur elle, ains, pour ne l'aigrir davantaige, je me suys
contant d'aulcunes gracieuses rpliques; lesquelles enfin, aprs
qu'elle les a heues bien considres, ont produict meilleur effect que
je n'esprois, car, le jour d'aprs, elle a faict procder  l'examen
du dict vesque sur les mesmes choses, ou peu dissemblables, que la
premire foys, et en beaucoup plus gracieuse faon, de sorte qu'il
rend les trs humbles grces  Vostre Majest du sollaigement qu'il a
desj commanc de sentyr par la protection en quoy il vous a pleu le
prendre; qui pourtant vous demeure trs oblig et dvot serviteur, et
plus encorag que jamais  souffrir toutes extrmitez pour la Royne,
sa Mestresse. Et la Royne d'Angleterre, aussi de son cost, a commanc
de penser plus modrement s dictes choses d'Escoce, dlayssant celle
tant prcipite dellibration qu'elle avoit faicte d'y envoyer des
gens, pour retourner  la poursuitte du trett; et entendz, Sire,
qu'elle procure de faire venir, entre aultres depputez de dell, le Sr
de Ledinthon, de quoy je serois bien ayse pour la confiance que la
Royne d'Escoce a meintenant en luy, et qu'il est homme pour bien se
dmesler des difficultez qu'on luy pourroit faire; mais cella m'est
suspect que sa venue est pourchasse de ceulx cy, dont la fauldra de
tant plus observer: je ne say s'il se vouldra hazarder de faire le
voyage.

J'entendz que le cappitaine Melvin est mort de ceste bruslure de
poudre, et que ceulx de Lillebourg ont abattu tout le faulxbourg de
Queneguet, o le comte de Lenoz avoit tenu son parlement, et qu'ilz
ont retir grand nombre de vivres dedans le chasteau de Lillebourg. Je
suys de rechef fort instantment sollicit de suplier Vostre Majest
d'empescher en toutes sortes le retour du comte de Boudouel, car l'on
estime que nul plus grand escandalle  la rputation de ceste pauvre
princesse, ny nul plus grand destorbier  ses affaires et  ceulx de
vostre service par de, ne sauroit venir de nulle aultre chose qu'on
peult pratiquer au monde. Et, au reste, Sire, affin que Vostre Majest
voye de quelle grandeur de cueur et patience la Royne d'Escoce
dellibre d'attandre l'yssue de ses affaires, je vous envoye
l'extraict d'une lettre qu'elle m'a escripte, du XIIe de ce mois[10],
sur laquelle je vous diray seulement que je ne puys vriffier en faon
du monde que les trois centz Anglois, dont elle faict mencion, soyent
coulez en Escoce; ains m'asseure l'on par divers aduiz qu'il n'en y
est encores entr pas ung en armes, dont je travailleray de le savoir
encores plus au vray, affin de vous en advertyr.

  [10] Cette lettre n'a pas t transcrite sur les registres, mais
  elle fait partie de la _Collection complte des lettres de Marie
  Stuart_ publie par Mr le prince de Labanoff de Rostof, o sont
  galement insres toutes celles que nous avons pu retrouver dans
  les papiers de l'ambassadeur.

Et quant aulx choses que le docteur Dumont a ngocies icy, elles ont
est pour la pluspart en confirmation de celles que, l'anne
prcdente, le Sr de Quillegray avoit trettes pour la Royne
d'Angleterre avec les princes protestantz, affin d'estraindre
davantaige l'intelligence qu'ilz ont ensemble, et a propos qu'il se
ft fondz de cinq centz mil escuz  Estrabourg pour un soubdain
besoing  la deffance de leur religion, et que la dicte dame en
fornyst cent mil, et les trze princes et dix huit villes de la
confdration les aultres quatre centz mil, pour pouvoir avec cella
toutjour arrer les principaulz capitaines et les meilleures leves
d'Allemaigne, avec obligation toutesfoys de la dicte somme et des
intrestz, par les dicts princes vers la dicte Dame, qu'il n'y sera
touch que pour la dicte cause, ny sinon aprs que l'on en aura
toutjour heu son cong et commandement; et desiroit le dict Dumont en
emporter prsentement la lettre de crdit pour avoir le payement en
Hembourg  la my aoust prochain, ce que je ne puys encores bien
descouvrir qu'il l'ayt obtenu, et croy qu'il est seulement encores en
promesse; mais je say bien qu'il a est fort gracieusement expdi,
et qu'il s'en est retourn joyeux et contant.

Le comte de Herfort, qui avoit fort longtemps est en arrest et
demeur interdict pour le mariage de Madame Catherine[11], a est, le
XVe de ce moys, restitu  son entire libert et  la court; et
esproit l'on que le mesmes se feroit du duc de Norfolc, mais les
offances qui procdent de la Royne d'Escoce sont plus rescentes et
vifves que celles de la dicte Madame Catherine, qui est desj morte;
par ainsy ne se peuvent si tost rsoulder.

  [11] Catherine, soeur pune de Jeanne Gray. Voir _note_, t. III,
  p. 359.

Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz aillent lentement et
froydement, ilz se poursuyvent nantmoins toutjour avec fort grande
esprance qu'ilz s'accommoderont: l'on y attand, d'heure en heure, une
responce du duc d'Alve, et le retour du jeune Coban, pour y mettre 
bon esciant la main. L'ambassadeur d'Espaigne a heu fort  playsir le
bon ordre, que je l'ay asseur que Vostre Majest avoit donn de faire
bien recepvoir les vaysseaulx d'Espagne et de Flandres en toutz les
portz de vostre royaulme. Et de tant que ce dessus satisfaict  la
pluspart du contenu en la dpesche de Vostre Majest du XIe du
prsent, laquelle je viens, tout  ceste heure, de recepvoir, je
n'adjouxteray rien plus icy. Sur ce, etc.

     Ce XXIIIe jour de juing 1571.


   Tout  ceste heure, le capitaine Briquonel est arriv en poste,
   qui asseur que le comte de Morthon s'est saysy du Petit Lict, et
   qu'estant milord de Humes le XVIe du prsent sorty de Lillebourg,
   pour l'empescher, il luy est all au devant avec toutes ses
   forces, et y a heu ung aspre rencontre, o le dict de Humes et
   son fils bastard, et le capitaine Coulain sont demeurez
   prisonniers, Quelouin tu, et envyron douze soldatz et deux
   pices de campaigne perdues. Il fauldra, Sire, donner aultre
   adresse  ceulx que Vostre Majest envoyera dorsenavant en Escoce
   que non pas du Petit Lith.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame,  ces deux poinctz que Vostre Majest a briefvement adjouxt
de sa main en la lettre du XIe du prsent, dont l'ung est que je
m'esclarcysse s'il y a de la tromperie, et l'aultre que les condicions
ne vous semblent asss correspondre au contenu de ma lettre, je vous
diray, Madame, quant au premier, que je n'ay cess auparavant et
despuys que le propos a est descouvert, d'y cercher, par toutz moyens
et de toutz endroictz, le plus de clart et de vriffication qu'il m'a
est possible; et en ay parl moy mesmes le plus dextrement et en la
meilleure sorte que j'ay peu, bien souvent  la Royne d'Angleterre et
 ses deux conseillers, et leur en ay faict parler par d'aultres; et
encores ay fort curieusement faict enqurir les amys, et pareillement
les ennemys, qu'est ce qu'ilz en entendroient. Mais le tout, 
prsent, se raporte  ce que ceste princesse procde sans feyntize 
desirer le party de Monsieur, et qu'elle y est plus encline et bien
affectionne que jamais; et ceulx qui plus souspeonnoient la
tromperie, du commancement, m'en parlent,  ceste heure, de ceste
faon, et que l'artiffice d'elle et des siens va seulement  gaigner
les advantaiges et respectz qu'ilz pourront. Encores despuys une
heure, le comte de Lestre me vient de mander que la dicte Dame se
rend, de jour en jour, mieulx dispose en cest endroict, et que, au
soir, estant alle en son parc de Vuesmestre veoir une salve et une
reveue d'aulcuns harquebuziers que le comte de Oxfort et les
capitaines Orsey et Leyton y avoient menez, elle luy dict qu'il
failloit pourveoir de bonne heure  donner des semblables playsirs 
Monsieur, mais qu'elle s'esbahyssoit comme son ambassadeur tardoit
tant  luy mander quelque responce. Et les dames m'ont faict entendre
d'aultres petites particularitez conformes  cella, et surtout le
sieur comte m'asseure que milord de Burlay est,  ceste heure, trs
affectionn  la matire: qui est ce que,  prsent, j'ay pour vous
dire sur l'esclarcissement de la tromperie.

Et quant aulx condicions, Vostre Majest me pardonra si je luy diz
librement que celles qu'on m'a dernirement bailles pour vous
envoyer, si elles sont bien prinses, ne sont sinon raysonnables, en
ayant aultant est accord par le Roy Phelipe  la feu Royne Marie, et
puys c'est la demande qu'ils font de leur cost, dont c'est  nous de
faire,  ceste heure, la nostre, et que l'une soit modre par
l'aultre; et encores que j'eusse propos de n'en rien dbattre jusques
aprs avoir entendu de voz nouvelles, si, en ay je touch ung mot au
comte de Lestre, et ay tir de luy qu'ung honneste entretennement
durant la vie, et une fort honnorable provision, en cas de survivance,
seront sans doubte assignez  Mon dict Seigneur, et que le pnultiesme
article, qui semble limiter par trop l'authorit de Mon dict Seigneur,
n'est que pour ne restraindre celle de la Royne, et non qu'il ne l'ayt
conjoincte avecques elle, ny qu'elle ne le puysse advantaiger, et que
les durtez et ambiguytez, qu'en tout vnement se trouveront s dicts
articles, pourront estre amandes; ayant en oultre considr la dicte
Dame qu'il ne seroit pas raysonnable qu'aprs elle Mon dict Seigneur
demeure sans tiltre de Roy, et pourtant, si elle n'estoit si heureuse
de le luy faire porter de Roy Pre, qu'il l'auroit au moins de Roy
Douarier d'Angleterre.

J'ay vollu passer oultre au poinct de la religion, et luy dire ce que
j'avoys dict aussi  elle, que je ne voulois tant mal prsumer du
parfaict jugement de la dicte Dame qu'elle vollust randre priv et
interdict Monsieur, en demeurant sien, de ce que nul aultre prince
souverain de toute la terre habitable ny entre les chrestiens, ny
entre les infidelles, n'estoit qu'il ne l'eust, qui est l'exercisse de
sa religion; ce qu'elle a confess estre vray, et m'a dict qu'elle
esproit que Dieu y pourvoirroit; et le dict comte, en riant, m'en a
dict aultant. Mais ny l'ung ny l'aultre n'ont pass oultre, et veulent
attandre la responce de leur ambassadeur, avec lequel je vous supplie,
Madame, de faire dresser une forme de contract, o les unes et les
aultres condicions soyent mises avec rservation que les articles
qu'il n'osera, ou ne pourra accorder, soyent renvoyez, pour estre
changez, augmentez ou diminuez par de, affin qu'il ne pense qu'on le
veuille surprendre, et puys me les envoyer; et je mettray peyne de
vous en faire avoir tout incontinent la rsolution, et arresteray, au
cas que les choses doibvent aller en avant, du temps, du lieu et des
personnes qui se debvront assembler pour les estipuler et conclurre,
et qu'il vous playse, Madame, m'envoyer vostre bonne instruction sur
l'affaire, auquel je apporteray du mien aultant et plus de soing, de
dilligence et de fidelle affection, que si c'estoit pour saulver ma
vie. Sur ce, etc.

     Ce XXIIIe jour de juing 1571.




CLXXXIXe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de juing 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Bouloigne par ung homme du Sr Acerbo._)

  Dtails du combat livr en cosse prs de Lislebourg.--Charge
    donne  l'ambassadeur par Marie Stuart d'tre son reprsentant
    pendant la dtention de l'vque de Ross.--Communication faite
    par lord Burleigh de tous les dtails qui tablissent la
    conspiration de l'vque de Ross et de Ridolfi.--Assurance
    qu'lisabeth veut procder au trait avec Marie
    Stuart.--Nouveaux mouvemens en Irlande.--Concessions faites par
    le duc d'Albe aux Anglais sur la restitution des
    prises.--_Lettre secrte  la reine-mre._ Ngociation du
    mariage.


     AU ROY.

Sire, aprs que j'ay heu escript  Vostre Majest, au pied de ma
dpesche du XXIIIe du prsent, ce que,  la haste, j'avois peu
aprandre du rencontre que le capitaine Briquonel disoit estre advenu
le XVIe auparavant en Escoce, milord de Burlay, le jour d'aprs feste
de St Jehan, m'a envoy mestre Vuynbenc, l'ung des clercs de ce
conseil, pour m'en faire l'entier rcit, jouxte ce qu'il m'a asseur
que le mareschal de Barvyc en escripvoit. Lequel a mand qu'estant
arriv par dell il avoit trouv les seigneurs du pays fort anymez les
ungs contre les aultres, et que nantmoins, par la dilligence qu'il
avoit uz d'aller devers ceulx du party de la Royne d'Escoce 
Lillebourg, et puys devers les aultres du Petit Lith, il avoit tant
faict qu'il les avoit ramenez  vouloir entendre ung bon accord,
auquel la Royne, sa Mestresse, les exortoit, et les avoit, deux jours
durant, engardez de combattre; et nonobstant que le troisiesme ilz
fussent sortys en campaigne par l'opiniastret de milord de Humes,
encor les avoit il retardez, aultant qu'il avoit peu, qu'ilz ne
vinsent aulx mains, et le diffrant n'avoit rest qu'au poinct de la
rputation  qui premier se retireroit; dont il s'estoit miz entre les
deux troupes pour, au signal de son chappeau, quant il le lanceroit,
l'on commancet gallement de chacun cost de s'en aller; mais, quant
l'on en est venu l, le dict de Humes, se sentant piqu de quelque
chose, avoit attaqu le combat o il estoit demeur prins, l'abb de
Quelouin avec sze aultres tuez, et deux petites pices de campaigne
perdues, et que, nonobstant cella, le dict Drury mandoit qu'ilz
estoient encores de toutz costez en bonne disposition d'apointer: ce
que la Royne, sa Mestresse, me vouloit bien faire entendre au vray, et
qu'au reste il m'envoyoit une lettre que la Royne d'Escoce m'avoit
escripte.

J'ay leu incontinent la dicte lettre, et parce que par icelle elle me
prioit de prendre le soing de ses affaires, et de solliciter la
libert de son ambassadeur, et d'incister au parachvement du trett,
j'ay envoy la dicte lettre  icelluy de Burlay pour la veoir, et pour
le prier que, sur l'ocasion d'icelle et des nouvelles que le mareschal
de Barvyc avoit mandes, il luy plet me faire meintenant avoir la
responce de la Royne, sa Mestresse, touchant les bons expdiantz que
naguires Vostre Majest m'avoit faict luy offrir. Sur quoy il m'est
despuys venu trouver en mon logis pour me confirmer les mesmes choses,
qu'il m'avoit mandes d'Escoce, et m'a dict, au reste, qu'il n'y avoit
rien que la Royne, sa Mestresse, heust en plus grand desir que de
prendre expdiant ez affaires de la Royne d'Escoce et de son royaulme;
et puysque Drury esproit de pouvoir conduyre les seigneurs du pays en
accord, ainsy qu'ilz l'avoient, des deux costez, priez de demeurer
encores pour le moyenner, la dicte Dame me prioit aussi d'attandre
jusques  ce qu'elle eust heu de ses nouvelles, et puys j'en yrois
confrer avec elle; et que cependant elle me vouloit bien faire veoir
que la matire n'avoit est acroche  des difficultez qui ne fussent
fort grandes et fort considrables, lesquelles il s'est mises 
racompter par ordre. Mais parce que je les ay la pluspart desj
rcites en mes prcdantes dpesches, je ne toucheray icy sinon celle
qu'il a dict avoir plus irrit la dicte Dame; c'est qu'elle avoit
vriffi que la Royne d'Escoce et l'vesque de Roz avoient pratiqu de
nouveau  luy susciter une grande rbellion de ses subjectz, laquelle
avoit est si preste  excuter que Ridolfy,  la fin de mars,
l'estoit alle proposer au duc d'Alve, luy demandant ung bien petit
nombre de harquebuziers pour les faire descendre en ung port de ce
royaulme,  ce mois de juillet; et que incontinent ceulx de la
conjuration, lesquelz debvoient avoir toutes choses bien prestes, et
qui estoient en grand nombre et des principaulx de la noblesse, s'y
joindroient et marcheroient droict  Londres, o, avec la faveur des
deux causes qu'il disoit y estre fort desires, savoir, la religion
catholique et l'advancement du tiltre de la Royne d'Escoce, ils se
randroient facillement maistres de la ville, et de la Tour, et de tout
le royaulme: ce que le dict duc avoit receu avec grand affection, et
avoit promiz en la main du dict Ridolfy le secours qu'on luy
demandoit, seulement l'avoit charg d'escripre par de, qu'on tnt
toutes choses prestes et en estat, sans rien mouvoir, jusques  ce que
icelluy mesmes Ridolfy heust faict ung voyage en grand dilligence 
Rome et en Espaigne, pour avoir l'ordre et le consentement du Pape et
du Roy Catholique l dessus; dont, avant prendre la poste, il avoit
escript les choses dessus dictes en chiffre  l'vesque de Roz, et luy
avoit envoy deux aultres lettres, marques de 30 et de 40, que
celluy qui les a chiffres afferme que s'adressoient  deux seigneurs
de ce royaume, et qu'elles contenoient la promesse du duc d'Alve, avec
advertissement de n'en rien communiquer  l'ambassadeur de France,
parce qu'il en advertiroit Leurs Majestez Trs Chrestiennes,
lesquelles, pour l'ocasion de l'alliance qui se pourchassoit,
pourroient descouvrir toute l'entreprinse  la Royne d'Angleterre; et
que le dict vesque de Roz confessoit avoir receu les dictes lettres
ainsy merques, mais que l'une s'adressoit  sa Mestresse, et l'aultre
 l'ambassadeur d'Espaigne qu'il luy avoit desj dlivre, ce que le
dict ambassadeur dnyoit; dont se cognoissoit asss qu'on avoit heu
grand occasion de resserrer le dict vesque; et que la Royne, sa
Mestresse, me prioit de peser bien ces choses, qui estoient pour la
justiffication de tout ce qu'elle avoit us vers la Royne d'Escoce et
son ministre.

J'ay remercy trs humblement la Royne de ceste communication qu'elle
me faisoit faire; et ay lou sa prudence, et celle de ses sages
conseillers, d'avoir sceu si sagement pourvoir  ung dangier si
imminant; et que nantmoins, considr les mesmes choses qu'elle me
venoit de mander, et d'aultres qui, possible, n'estoient encores
descouvertes, et que le bien et la seurt d'elle et l'honneur et
l'obligation de Vostre Majest concouroient  l'accommodement des
affaires de la Royne d'Escoce et de ses subjectz, je ne pouvois cesser
de la supplier qu'elle y vollust entendre par ce mesmement que, 
ceste heure plus que jamais, vous seriez press d'assister  ceulx de
Lillebourg; et qu'au reste, de tant que les ambassadeurs n'avoient 
randre compte de leurs actions qu' leurs Maistres, que je la
supplioys de ne faire prjudice  cestuy leur inviolable droict,
lequel elle mesmes avoit intrest de bien conserver. A quoy il m'a
respondu que la dicte Dame m'asseuroit que, nonobstant ses offances,
elle ne lairroit de prandre ung si honnorable expdiant avec la Royne
d'Escoce que Vostre Majest s'en contanteroit, et encores avecques son
ministre; et qu'il esproit que bientost elle feroit procder  sa
libert.

J'attandray, Sire, ces segondes nouvelles d'Escoce, et cependant je
tiendray toutjour fort ferme qu'on n'y doibve envoyer d'icy nulles
forces, et verray ce que je pourray gaigner par ngociation avecques
ceulx cy, qui toutesfoys sont trop artifficieulx, et, quant
l'artiffice leur deffault, ilz se desdisent tout ouvertement.

Les choses d'Yrlande,  ce que j'entendz, se broillent, et desj il y
a de la rbellion en deux endroictz du pays; dont se parle que milord
de Sidenay y sera renvoy en dilligence, et qu'il layssera son voyage
des beings de Lige, pour lequel voyage toutesfoys l'ambassadeur
d'Espaigne luy a desj faict tenir le passeport du duc d'Alve en la
plus favorable forme qu'il est possible de le faire, avec deux lettres
du dict duc, l'une  la Royne, et l'aultre  luy. Et cependant ung
sire Jehan Hubande, personnage asss principal, et fort inthime du
comte de Lestre, est pass dell pour aller aus dicts beings, et a
prins lettres de banque en Envers pour asss bonne somme de deniers,
dont je souspeonne que ce n'est sans qu'il ayt quelque commission
vers le dict duc. L'accord des prinses se poursuyt toutjour, et encor
que ce que le duc d'Alve a faict publier (que nulz, sinon les seulz
commissaires, puyssent faire aulcun party l dessus avec les Anglois),
ayt offanc plusieurs, si en demeurent iceulx commissaires plus
authorisez; et desj le Sr Thomas Fiesque a trouv moyen de faire
consigner ez mains de Spinola une partie des merchandises qui
apartennoient aulx Gnevoys, avec grand esprance qu' l'arrive du
jeune Coban, tout le diffrand s'accommodera. Et pour parler librement
de ce que j'en sentz, le duc d'Alve condescend et s'abaysse tant 
tout ce que ceulx cy veulent qu'ilz ne sauroient reffuzer l'accord:
dont, de ma part, je le tiens pour tout faict. Sur ce, etc.

     Ce XXVIIIe jour de juing 1571.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, j'ay prins pour bon signe ceste communication dont je faiz
mencion en la lettre du Roy, que la Royne d'Angleterre m'a envoy
faire par milord de Burlay, lequel, avec le discours des choses
d'Escoce, n'a obly de me parler de la bonne intention, en quoy la
Royne, sa Mestresse, persvre toutjour au propos de Monsieur, et
qu'elle estoit attandant,  ceste heure, ce que son ambassadeur luy
manderoit que Voz Majestez auroient advis sur les conditions qu'elle
leur avoit envoyes. Sur quoy nous nous sommes prins  dbattre
d'aulcuns poinctz qui y estoient contenuz, desquelz il m'a donn asss
de satisfaction; et puys, sommes passez  ce particullier que la dicte
Dame et moy avions trett en ma dernire audience, que Voz Majestez et
elle prinsiez garde de toutz costez aulx pratiques qui se mneroient
pour troubler le repoz de voz estatz, affin de mutuellement vous en
advertyr, et que, si de vostre part vous le luy vouliez promettre,
elle y satisferoit fort droictement de son cost. Je luy en ay donn
fort bonne esprance. Et estant venu cependant le Sr de Sabran avec
les lettres de Voz Majestez, du XVIIIe du prsent, je metz peyne, 
ceste heure, en tout ce qu'il m'est possible, que Mr de Larchant et le
Sr Cavalcanty, qui suyvent aprs, trouvent les choses,  leur arrive,
bien prpares. Lesquelles je ne puys encores cognoistre, Madame, qui
n'aillent bien, et je loue infinyment le soing que Vostre Majest a de
la conscience, et de l'honneur, et de la vie de Monseigneur, vostre
filz, qui sont trois choses s quelles je souffriray plustost la mort
que de ne rveller franchement  Voz Majestez, et  luy, tout ce que
je cognoistray y pouvoir faire prjudice; et esprez, s'il vous playt,
tant de ma fidellit et de mon service que je ne m'endorz, ny ne suys
pour m'endormyr nullement en cest endroict; et que desj vous voyez
les choses conduictes si avant que, s'il s'y trouve cy aprs de la
tromperie, il pourroit bien estre qu'ung fort fin, mais non qu'ung
homme de bien, l'eust peu plus avant descouvrir, et que je vous ay
clairement mand tout ce qui s'en cognoissoit, et qui s'en entendoit
par de; dont je prie Dieu de bien conduyre le demeurant. Et sur ce,
etc.

     Ce XXVIIIe jour de juing 1571.


   Comme je fermoys la prsente, l'on m'a aport une petite police
   de telle substance:--Valsingan a escript en fort bonne sorte 
   la Royne et  ses conseillers, remonstrant importer grandement 
   elle de ne varier  ceste heure nullement en ceste cause. Elle
   demeure pensive, et est  craindre qu'on luy commance
   d'administrer excuses, mais vous saurez tout.--Et ne contient
   la dicte police rien plus. Je ne lairray pour cella, quant Mr de
   Larchant et le Sr Cavalcanty seront arrivez, de continuer le
   propos comme portera leur instruction.




CXCe DPESCHE

--du IXe jour de juillet 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Groignet._)

  Ngociation du mariage.--Mission de Mr de Larchant en
    Angleterre.--Confidences faites par lisabeth; son
    irrsolution.--Avis que l'ambassade de MMrs de Montmorenci, de
    Foix et de Chiverny recevra un bon accueil de la reine.


     AU ROY.

Sire, plusieurs occasions ont faict que, jusques  ceste heure, nous
n'avons peu rien escripre  Vostre Majest du faict des petites
lettres, y voyant intervenir  toute heure, et quasi  tout moment,
tant de dellibrations diffrantes et tant de contraritez par la
mene, de ceulx qui n'espargnent ny dons, ny promesses, ny escuz
contantz pour l'interrompre, que nous ne savions que vous en mander;
et enfin, s'estant l'affaire achemine en sorte que, si la Royne
d'Angleterre n'est plus recherche du poinct de la religion, duquel ne
luy semble que, pour ceste heure, elle puysse rien capituller, ny
promettre, contre les loix de son royaulme, il se peult, quant  tout
le reste, esprer ung bon succez. Nous avons advis de faire courir ce
mot devant, par ce porteur exprs, affin de vous advertyr, Sire, que,
s'il vous playt,  telle condicion, faire acheminer de monsieur de
Montmorency et messieurs de Foix et de Chiverny, que Vostre Majest
les peult faire tenir prestz, sellon que, par le rcit de moy,
Larchant, et du Sr Cavalcanty, qui partirons demain, et par les
lettres, que moy, La Mothe, vous escripray par eulx, il vous sera
plus amplement desduict. Sur ce, etc.

     Ce IXe jour de juillet 1571.
       _Sign_ LA MOTHE et LARCHANT.


   Comme ce porteur a est prest de partyr, le Sr de Vassal est
   arriv avec la dpesche de Voz Majestez, du IIe du prsent, par
   l'ocasion de laquelle et des pourtraictz, qu'il a fort bien
   conduictz, moy, La Mothe, mettray peine de tenir toutjours les
   choses en la meilleure disposition qu'il me sera possible.


     A LA ROYNE.

Madame, l'adviz adjouxt de ma main en ma prcdante lettre, du
XXVIIIe du pass, qui me fut donn sur l'heure, a est cause que
despuys j'ay envoy  diverses foys solliciter les dames et les
seigneurs, qui sont icy de mon intelligence, de confirmer la Royne,
leur Mestresse, en sa bonne dellibration; et est advenu que l'une des
dames, ayant cerch de se trouver seule avecques elle, l'a sceu si
bien mener d'une parolle en aultre qu'elle l'a faicte commancer d'elle
mesmes de luy parler de Monsieur; et luy a dict:--Que c'estoit 
ceste heure qu'elle avoit  se rsouldre de son party, et qu'elle
esproit tant de la vertu et valleur, et louables condicions, et
bonnes grces, qui estoient en luy, et de ce qu'il estoit rput sage,
hardy et libral, et bien fort humain, sellon la coustume de ceulx de
la mayson de France, et au demeurant beau et modeste, et nullement
arrogant, qu'il se comporteroit si bien avec ses subjectz que toutz
l'auroient bien agrable, et que eulx deux vivroient bien heureusement
ensemble, bien que aulcuns de la noblesse de ce royaulme, qui estoient
intresss ailleurs, y donnoient toutes les traverses qu'ilz
pouvoient; et qu'elle confessoit qu'elle avoit est, et estoit
encores, combatue de beaucoup de doubtes, car se voyoit ung peu d'eage
pour luy, et craignoit qu'il la mesprist bientost, et mesmement, si
elle ne pouvoit point avoir d'enfans, mais qu'elle esproit que Dieu
luy en feroit la grce, et qu'au moins mettroit elle toute son
affection  le bien aymer et  l'honnorer comme son Seigneur et mary.
A quoy celle, qui estoit avecques elle, a miz peyne de la confirmer
bien fort par les meilleures parolles et plus accommodes de la
flicit de ces nopces qu'elle a peu user.

Et le jour d'aprs, allant ce propos plus au large, quelques aultres
se sont esforcs de getter de telz escrupulles au cueur de ceste
princesse par des dangiers qu'ilz luy ont allegu, et par des
repentailles qu'ilz ont pronostiqu  la dicte Dame qu'elle auroit de
ces nopces, qu'elle a commanc de dire:--Que,  la vrit, elle
craignoit fort que ce jeune prince la mesprist, et qu'elle ne se
trouvoit asss sayne ny dispose pour ung mary, et qu'elle vouloit
remettre le propos jusques  ce qu'elle se trouvt en meilleure
disposition. Ce qui m'estant raport le soir mesmes, j'ay envoy
incontinent exorter par parolles et par promesses, au nom de Voz
Majestez, les deux conseillers de ne laysser gaster cest affaire.
Lesquelz s'y sont fort bien employez, et l'ung d'eulx, par ses
gracieuses remonstrances, a persuade la dicte Dame de ne debvoir
esprer que tout bien et ung trs parfaict contantement de ce trs
acomply prince, et l'aultre, prenant les choses plus hault, luy a
admen de trs urgentz argumentz:--Qu'il n'estoit aulcunement
loysible  elle d'user meintenant d'excuse ny tergiverser en cest
endroict, ainsy qu'il avoit est faict au roy de Sude, au duc
d'Olstein et  l'archiduc, car c'estoient princes loingtains qui
d'eulx mesmes ne pouvoient guires nuyre, mais Monsieur estoit le
frre bien aym d'ung trs puyssant roy, duc et capitaine d'une trs
belliqueuse nation, si voysin d'icy que, en dix heures, il pouvoit
aborder, et faire sentyr ses armes en ce royaulme; qui n'estoit pour
souffrir, en faon du monde, d'estre repouss, ainsy qu'avoient est
les susdicts princes, et que pourtant elle juget ainsy de ce party
comme de chose qui luy estoit et honnorable et utille, et quasi
ncessaire de l'accepter, et que de la rejetter, elle luy pourroit
russyr trs dommageable.

De quoy, encore que les dicts deux conseillers ne m'ayent rien mand
de cecy, ny sinon force parolles gnralles et de bonne esprance l
dessus, j'ay nantmoins aprins, de lieu fort certain, que leurs
remonstrances ont est telles; et que la dicte Dame dez lors a inclin
de vouloir promettre beaucoup de choses par Mr de Larchant, de qui la
dpesche s'entendoit desj par de. Lequel estant peu aprs arriv,
il s'est descouvert incontinent que les empeschemens, les simultez,
les artiffices et les malices estoient encores plus vifves que ne les
avions penses, de ceulx qui aspirent tout oultre  ruyner ce propos,
en faon qu'il a est trs asprement dbattu en ce conseil; et j'ay
est en grand incertitude du passaige de monsieur de Montmorency et de
messieurs de Foix et de Chiverny par de. Mais enfin l'affaire a est
ramen  ce que les depputez de Voz Majestez seront les bien venuz, et
que nous avons promesse que, pourveu qu'il ne soit plus touch au
point de la religion, ilz ne s'en retourneront, quant  tout le reste,
sans une honneste conclusion. Sur ce, etc.

     Ce IXe jour de juillet 1571.




CXCIe DPESCHE

--du XIe jour de juillet 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Mr de Larchant._)

  Rponse faite par lisabeth  Mr de Larchant.--tat de la
    ngociation.--Explications donnes sur l'article concernant la
    religion.--Nouvelles d'cosse; succs remport par les
    partisans de Marie Stuart.--_Lettre secrte  la reine-mre._
    Dtails sur le vritable tat de la ngociation du
    mariage.--Avis sur la conduite que l'on doit tenir en France.


     AU ROY.

Sire, n'ayant Mr de Larchant trouv le passaige de la mer bien 
propos, il n'a peu arriver icy jusques au dernier du mois pass, sur
le point que la Royne d'Angleterre, la nuict auparavant, en se
dshabillant pour aller au lict, s'estoit donne une entorse, au cost
droict, avec tant de dolleur qu'elle en avoit pasm plus de deux
heures, non sans beaucoup d'estonnement de ceulx de sa court; et se
sentoit encores si mal que, jusques au lundy ensuyvant, elle n'a peu
donner lieu au dict Sr de Larchant, ny  moy, de la veoir, mais elle
s'est esforce, ce jour l, de se lever, et l'a honnorablement et fort
favorablement receu, luy donnant bnigne audience sur tout ce que fort
dignement et de bonne faon il luy a faict entendre de la part de Voz
Majestez et de Monseigneur. En quoy, de tant que la dicte Dame, d'elle
mesmes et hors de nostre propos, et contre nostre desir, a remiz sur
la difficult de la religion pour en vouloir estre satisfaicte,
premier que nulz depputez peussent estre envoyez, la responce a est
diffre jusques au vendredy ensuyvant que ceulx de son conseil, aprs
l'avoir longuement digre, ont advis qu'elle la nous feroit en
substance comme s'en suyt:

Qu'elle remercye Voz Majestez Trs Chrestiennes et Monseigneur de la
visite, qu'il vous a pleu envoyer luy faire par ung si notable
gentilhomme des vostres, comme est monsieur de Larchant, et des bonnes
parolles que toutz luy avez mandes par luy; qu'elle a bien fort
agrable l'ellection qu'avez faicte de monsieur de Montmorency, de
monsieur de Foix et de monsieur de Chiverny pour venir par de
conclurre ce propos, rendant plusieurs grandz et dignes tesmoignages
des deux premiers, comme les cognoissantz trs bien, et du troisiesme
comme ayant ouy bien parler de luy, et qu'ilz seront trs bien venuz;
qu'elle vous supplie, Sire, premier qu'ilz passent, et affin qu'il ne
vous viegne puys aprs aulcun malcontantement, s'ilz s'en retournoient
sans rien faire, sellon qu'elle desire de persvrer en bonne paix et
amyti avecques vous jusques  la mort, de leur donner ample pouvoir
d'accorder de ce point de la religion, parce qu'elle n'est encore bien
rsolue comme en user, et qu'elle pense ne pouvoir en faon du monde
consentyr que Mon dict Seigneur ayt l'exercice de la sienne par de;
que, au reste, elle ne voyt qu'il y puysse, en toutes les aultres
condicions et demandes, rien intervenir qui donne empeschement  la
conclusion de leur mariage.

Et a adjouxt, Sire, plusieurs aultres parolles et dmonstrations de
sa bonne et droicte intention, voyre affection vers Mon dict Seigneur,
lesquelles je laysse  Mr de Larchant et au Sr Cavalcanty de les vous
reprsanter, ensemble les rpliques que nous luy avons faictes,
desquelles, et des dilligences que nous y avons us, ilz vous auront 
dire que la dicte Dame et les siens, ayantz comprins que nous ne
demeurions bien contantz de sa dicte responce, en ce mesmement
qu'elle requroit estre donn charge  voz depputez de la satisfaire
du point de la religion, comme pour tirer d'eulx une dclaration et
promesse, par o aparust que Monsieur heust  quicter l'exercice de sa
religion, et estre oblig de demeurer sans icelluy, et que
malaysement, sur une si dure condicion, nous auserions vous
conseiller d'envoyer voz depputez, ilz ont advis, Sire, de la
modrer. Et, le jour aprs, nous ayant le comte de Lestre conviez avec
toutz les principaulx du conseil en son logis, luy et milord Burlay
nous ont dict qu'elle n'entendoit les choses ainsy comme nous les
prenions, (qu'il fallt que voz depputez eussent  luy faire la
dclaration que nous disions), mais bien que, pour ceste heure, elle
ne pensoit, si eulx, estant icy, continuoient luy demander pour
Monsieur l'exercice de sa religion, qu'elle le leur peust accorder; et
que eulx deux, ses conseillers, jugeoient estre bon qu'on en laysst
l'article aux termes qu'il estoit ez premires responces, sans
capituler d'un cost ni d'aultre rien plus en cela, parce que la dicte
Dame n'en sauroit si peu accorder davantaige que les Protestans ne
criassent que c'estoit trop, ny nous en obtenir si largement que les
Catholiques peussent jamais estimer que ce ft asss.

Sur quoy estant le Sr Cavalcanty retourn despuys en court pour
prandre cong de la dicte Dame, elle luy a confirm que, pourveu
qu'elle ne soit recerche de ce poinct de la religion, sur lequel
estime ne luy estre aulcunement loysible de faire,  prsent, nulle
dclaration ny ottroy contre les loix de son royaulme, elle ne voyt,
quant  tout le reste, qu'il y puisse avoir nulle aultre difficult.
Voyl, Sire, en quoy reste l'affaire auquel Vostre Majest donra 
ceste heure l'acheminement qu'il jugera estre honnorable, ayantz, 
toutes advantures, demand le passeport pour les dicts sieurs voz
depputez, qui est desj envoy au Sr de Valsingam, affin que ce ne
soit ung aultre dilay de l'attandre, si, d'avanture, Vostre Majest se
rsoult de les envoyer.

Au surplus, Sire, le capitaine Caje, lieutenant de Barvic, est
freschement arriv d'Escoce, qui raporte que, le jour de Saint Jehan,
il y a heu ung aultre rencontre prez de Lillebourg, auquel ceulx du
party de la Royne ont heu du meilleur, et ont prins le lair de
Dronlanric et plusieurs aultres, qui compensent bien la perte de
milord de Humes et la route qu'ilz avoient receue auparavant. Il a
apport aussi le cartel de deffy que ung sire Alexandre Stuart, en
soubstien du comte de Lenoz, a mand au capitaine Granges, et la
responce du dict Granges, et pareillement les articles de l'abstinance
d'armes, que la Royne d'Angleterre monstre de procurer entre eulx,
desquels ceulx que le duc de Chastellerault et comte d'Honteley ont
offert semblent fort raysonnables, et ceulx des dicts de Lenoz et
Morthon hors de toute rayson; lesquelz sont toujours conseillez et
estimulez d'icy de continuer le trouble et de haster la fortiffication
du Petit Lith, pour enfin emporter, s'ilz peuvent, la ville et
chasteau de Lillebourg: tennans cependant la Royne d'Escoce aussi
estroictement, et son ambassadeur aussi resserr que jamais. Dont
Vostre Majest me commandera, par les premires, ce qui luy plairra
que je y face, et ce que j'auray  remonstrer touchant la
fortiffication du Petit Lith, car j'entendz que c'est contre les
trettez. Sur ce, etc.

     Ce XIe jour de juillet 1571.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, estant le propos des petites lettres parvenu au poinct que
Vostre Majest verra par celle, que j'escriptz prsentement au Roy,
non sans avoir miz tout le plus loyal et dilligent service, qu'il m'a
est possible, pour faire qu'il allt mieulx sellon vostre intention,
j'ose bien  ceste heure, Madame, vous descouvrir librement aulcunes
choses que je puys desirer en cella, et vous suplier trs humblement
d'avoir agrable que j'obtienne celles que je laysse bien  Vostre
Majest de les juger si elles seront raysonnables:

C'est que Voz Majestez et Monseigneur veuillez ainsy estimer de cest
affaire comme de celluy qui a est bien fort et est encores asss
plein de grandes difficultez, lesquelles on s'esforce de les tenir
toutjour en vigueur, et qu'il y a plusieurs ennemys, les ungs aparantz
et les aultres couvertz, personnaiges principaulx de ce royaulme, qui
l'ont contradict, et plusieurs de dehors qui l'ont travers et le
traversent encores par pratiques, par promesses et par deniers
contantz; que pourtant il vous playse excuser si je n'ay peu et si ne
puys faire quadrer justement le tout au poinct que desireriez, mesmes
que je n'ay os, ny ose encores; y faire courir de l'argent, affin que
ceste princesse n'en entre en souspeon, et ay gaign les
intelligences des dames et seigneurs sans aultre coust que de quelques
escuz  d'aultres moindres, que je leur ay donn comme de moy mesmes;
que vous jugiez nantmoins, Madame, qu'encores n'a est peu de
conduyre les choses  ce que les condicions ne sont extraordinaires,
que Monsieur n'est recerch d'estre aultre que catholique, que Calais
n'est demand, que la confrance est accorde avec voz depputez, non
sans parolle donne qu'ilz ne s'en retourneront, pourveu qu'on ne
touche  la dicte religion, sinon avec une honneste conclusion de tout
le reste; que j'estime avoir pratiqu tant d'amys et serviteurs 
Monseigneur vostre filz, qu'il pourra venir en toute seurt par dec;
que desj la valleur, la vertu, les grces et les belles qualitez, qui
sont vritablement en luy, y sont si bien reprsantes qu'il y est
avec amour et affection desir de l'univers du royaulme; que pourtant
il se veuille rsouldre, avec le bon playsir de Voz Majestez, et avec
dispence, si besoing est du Pape, mais si secrecte qu'il ne s'en
puysse rien entendre de de, s'il dellibre donner meintenant
perfection  ce propos, lequel se monstre de tant plus honnorable et
grand pour luy et profitable pour la France, que ses ennemys et
envyeulx s'esforcent de l'empescher;

Que si, d'avanture, il s'y rsoult, il playse  Vos Majestez envoyer
promptement voz depputez, pendant que le fer est chauld, et quelque
prsent, si ainsy vous semble bon, par monsieur de Montmorency  ceste
princesse, et pareillement l'aultre pourtrect, car l'on commenoyt de
prandre  mal que, en ayant est envoy deux d'icy, l'on n'en avoit
peu encores recouvrer nul de dell, (et celluy du cron a est
merveilleusement bien veu et trouv fort beau); qu'il vous playse
faire tout ce qu'il vous sera possible pour contanter le comte de
Lestre du mariage qu'il desire, ou de quelque aultre qui soit
honnorable, et avec huict ou dix mille escuz de rante pour le moins;
qu'il luy soit envoy et  milord de Burlay une lettre  chacun
d'eulx, de la main de Mon dict Seigneur, et une aultre de sa mesme
main, s'il luy playt,  ung aultre seigneur, dont le nom soit layss
en blanc, affin de les bien confirmer, et une aultre lettre  moy
pour en confirmer d'aultres, sans expciffication de pas ung, sinon,
en gnral, de ceulx dont il prsupposera que je luy auray escript;
qu'il vous playse pareillement m'envoyer des bagues ou monstres
exquises, pour faire prsent  aulcunes dames et seigneurs de ceste
court; que donniez charge  monsieur de Montmorency de gratiffier de
parolle, et avec promesses, ceulx qu'il entendra par de estre bien
affectionnez  ce propos; qu'il ayt charge de recommander en bonne
sorte la Royne d'Escoce et ses affaires, et la libert de son
ambassadeur; et, pour la fin, en ce qui me peult concerner, si
d'avanture je m'ose ramentevoir, que, suyvant ce que Vostre Majest
m'a mand que je seroys nomm en la procuration avec voz depputez,
qu'il vous playse, Madame, si d'avanture ilz viennent, m'y faire
comprandre, ainsy qu'il convient  ung ambassadeur de Voz Majestez, et
que, sur ceste trs honnorable occasion, laquelle sera aussi pleyne de
despence, Vostre Majest n'ayt mal agrable de me faire sentyr la
faveur, l'honneur et bienfaict que j'ay toutjour espr de sa grce;
et je suplieray le Crateur, etc.

     Ce XIe jour de juillet 1571.


PAR POSTILLE.

   Ce que j'ay dict cy dessus, d'avoir le consens du Pape, seroit
   pour dispenser Monsieur sur le mariage de ceste princesse et sur
   la forme des nopces, et pour la pouvoir accompaigner quelquefoys
    son oratoyre, et pouvoir aussi estre quelques jours sans ouyr
   la messe, si la ncessit ainsy le requroit, entrant en son
   royaulme, se chargeant Mon dict Seigneur, le jour qu'il
   l'ouyroit, d'un plus grand service de prires catholiques; car,
   au reste, nul ne faict difficult qu'estant icy il n'obtienne
   asss en cella, sellon que la Royne d'Angleterre mesmes et toutz
   ceulx de son conseil savent et permettent que plusieurs
   seigneurs de ce royaulme puyssent avoir la messe en leurs
   maisons, et elle mesmes les en dispence, et, au pis aller,
   l'ambassadeur du Roy, qui sera icy, accommodera toutjours Mon
   dict Seigneur et les siens du dict exercice de sa religion, et ne
   sera inconvniant, s'il le trouve bon, qu'aulx grandes festes, il
   passe  Bolloigne pour y faire la solempnit; qui n'est pas plus
   loing que l o le Roy d'Espaigne se retire souvant en telz jours
   pour sa dvotion, car, pourveu qu'il se conserve et se monstre
   catholique, et qu'en quelque sorte il ayt l'exercice de sa
   religion, et qu'il ne soit oblig  la protestante, il ne luy
   peult, quant au reste, estre rien imput en cest endroict ny
   envers Dieu, ny envers les hommes: et pourtant, Madame, il ne
   fauldra toucher ung seul mot au sieur de Valsingan du dict faict
   de la religion, ny l'admettre luy qu'il vous en parle.




CXCIIe DPESCHE

--du XIIIIe jour de juillet 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Deslandes._)

  Affaires d'cosse: nouvelle suspension d'armes.--Retour de sir
    Henri Coban; rponse qu'il rapporte du roi
    d'Espagne.--Ngociation des Pays-Bas.--Destruction de la flotte
    des protestans par la flotte du duc d'Albe.--_Avis secret_ sur
    la ngociation du mariage.


     AU ROY.

Sire, je m'en vays aujourduy trouver la Royne d'Angleterre 
Hamptoncourt pour luy faire l'honneste mercyement que me mandez, par
la vostre du IIe du prsent, et verray en quoy elle persvre sur la
ngociation que Mr de Larchant et moy avons heu avecques elle, qui
n'ay, pour ceste heure, rien que vous mander de plus, ny de moins, en
cella despuys qu'il est party. Mais je vous diray d'ailleurs, Sire,
que le Xe de ce moys, la Royne d'Angleterre a escript, par le
capitaine Caje, au mareschal de Barvyc en Escoce, qu'elle desire estre
bien informe de l'estat du pays, comme les partz s'y meintiennent, et
quelle opinion il en a, et  quoy il juge que pourront devenir les
choses, et pourtant qu'il pntre bien ez affaires de dell affin
qu'elle ne s'y trouve trompe; et qu'il dye aulx comtes de Lenoz et de
Morthon que, pour ceste heure, elle ne les peult contanter de ce
qu'ilz desirent, parce que toutz ceulx de son conseil luy remonstrent
que cella enfraindroit les bons trettez qu'elle a avec ses alliez,
lesquelz ont l'oeil si ouvert en cest endroict qu'il n'est possible
d'y aller si couvertement qu'ilz ne le descouvrent; et qu'il leur dye
aussi qu'elle ne trouve bon qu'ilz reffuzent la suspencion de guerre
pour demeurer ainsy obstinez qu'ilz sont, les armes  la main; ce qui
ne peult estre qu'avec grandz fraiz, et qu'il seroit trop meilleur
qu'ilz se missent, pour ung temps, en quelque neultralit, mais, s'ilz
demeurent rsoluz de non, qu'ilz advisent d'employer en leurs affaires
les deniers qu'ilz ont tir en grande somme des confisquations et
forfaictures du pays, ausquelz n'a est encores rien touch, premier
que de presser par trop leurs amys, lesquelz ilz trouveront toutjour
prestz de leur ayder, quant il en sera besoing; qui est tout le
subject de la lettre, laquelle elle luy mande de la communiquer aus
dicts de Lenoz et Morthon, et qu'aprs il se retire  Barvyc. Despuys
laquelle dpesche, j'entendz, Sire, que la dicte Dame a receu des
nouvelles du dict mareschal, du IIIIe du prsent, qui luy mande que,
oultre le navyre, charg d'armes et de monitions qui venoit de
Flandres, o y avoit douze mil escuz en ralles et jocondales, lequel
Morthon a naguires arrest, il estoit tout freschement arriv ung
aultre petit vaysseau de France, charg d'armes et pouldres, envoy 
ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui, ne sachant le Petit Lith
estre ez mains du susdict de Lenoz, y estoit all aborder tout droict;
et que le comte de Morthon l'avoit incontinent saysy, et faict mettre
les monitions au magasin du jeune Prince, et l'escouoys qui les
conduysoit en estroicte pryson, et qu'aprs beaucoup de grandes
difficultez, icelluy mareschal enfin avoit heu parolle et promesse des
deux partiz pour la suspencion d'armes; mais je n'ay encores entendu,
Sire, pour combien de temps. C'est dont mettray peine de vriffier
encores mieulx, s'il m'est possible, toutes ces choses, et adviseray
d'en toucher ung mot  ceste princesse, ensemble de la continuation du
trett, et de la libert de l'vesque de Roz, pour, puys aprs, vous
en mander plus grand certitude.

Le jeune Coban a remercy l'ambassadeur d'Espaigne du bon recueil
qu'on luy a faict, et de la seurt qu'il a trouv en Espaigne, soubz
la faveur de ses lettres, et ne luy a rien plus touch de la
ngociation qu'il a faicte par dell, mais j'ay sceu d'ailleurs que la
lettre qu'il a apporte du Roy d'Espaigne  la Royne, sa Mestresse,
laquelle est en latin, contient en substance:--Qu'il ne desire rien
tant que de demeurer en bonne amyti et intelligence avecques elle, et
que les diffrans des prinses et de la suspencion du commerce d'entre
leurs pays, soyent accommodez avec une bonne rconcilliation entre
leurs communs subjectz, et qu'il sera prest d'aprouver et ratiffier
tout ce que ses depputez en accorderont, ne s'estant jamais persuad
qu'elle n'ayt toutjour desir d'entretenir la bonne amyti et
alliance, qui a dur plusieurs sicles entre la mayson d'Autriche et
la couronne d'Angleterre si insparablement, qu' toutes occasions et
 toutz momentz elles ont est toutjour prestes de prendre les armes
pour la deffance l'une de l'aultre, et qu'estant son desir de
persvrer en cella bien fort fermement de son cost, il espre
qu'elle et toute la noblesse de son royaulme n'y seront moins disposez
du leur, pour estre chose utille et trs ncessaire  toutz deux.

Je ne say encores ce qu'il a raport davantaige en secrect; tant y a
que le dict accord des prinses ne monstre, pour son arrive, de
prandre plus grand advancement, bien qu'il semble que le Sr Thomas
Fiesque s'esforce de le conduyre, sans le sceu ny de l'ambassadeur ny
du Sr de Sueveguem, qui est l'aultre depput des Pays Bas; et
nantmoins le Sr Quillegrey a est encores freschement envoy pour
ouvrir et visiter aulcunes balles des dictes prinses affin de veoir
s'il y a de l'argent dedans, ce qui n'est prins pour bon signe. Je
metz peyne de m'y comporter ainsy que m'ayez cy devant mand en
chiffre. Icelluy Coban se loue d'avoir est fort bien trett et
caress par dell, et que le Roy d'Espaigne l'a paysiblement ouy et
bnignement respondu, et que le prince d'Evoly luy a donn plusieurs
bonnes parolles, mais qu'il s'en est retourn sans qu'on luy ayt faict
de prsent. Les vaysseaulx flamans, qui se souloient tenir en ceste
estroicte mer, ont est escartez par l'admyral de Flandres qui en a
prins ou miz  fondz quatorze, et jett en la mer ou bien excut six
centz hommes qui estoient dessus, et le reste s'est retir  la
Rochelle. Fitz Maurice a combattu en Yrlande, et dict on qu'il a tu
cent cinquante hommes de la garnison de la Royne d'Angleterre, qui est
beaucoup, veu le petit nombre de gens de guerre qu'elle y entretient.
Il s'entend icy que le cardinal Alexandrin vient trouver Vostre
Majest; sur quoy l'on faict de bien diverses interprtations. Sur ce,
etc. Ce XIVe jour de juillet 1571.


   J'adjouxteray  ce pacquet un adviz qui me vient d'arriver tout 
   ceste heure, lequel j'ay extraict, mot  mot, de son original, et
   vous supplie trs humblement me le renvoyer, ou commander qu'il
   soit miz au feu, et que Mr de Valsingam n'en entende en faon du
   monde rien.


ADVIZ DONN AU Sr DE LA MOTHE.

   Toutes choses aujourd'huy se mnent avec art et finesse et la
   vostre mesmement; car, pendant que vous et l'aultre gentilhomme
   la trettiez icy, eulx ont dpesch,  cachettes, ung messagier
   avec instruction prive  Valsingam de faire tout ce qu'il luy
   sera possible pour pntrer secrectement et dextrement ez
   intentions d'icelle court, et que, soubdain  l'arrive du dict
   gentilhomme, et sans attandre ce qu'on pourroit colliger de son
   rapport, il signiffit par le mesmes messagier la disposition en
   quoi il auroit cogneu qu'on y continuoit vers cest affaire,
   voulans, puys aprs, requrir plus ou moins sellon qu'il leur
   semblera de besoing. Les amis de la cause desirent qu'on leur
   admette, _pro form tantm_, ce qu'ilz ymaginent estre expdiant
   de faire au poinct de la religion, affin de les veincre, car les
   ennemys n'ont aultre excuse quelconque que celle de la dicte
   religion, et commancent fort  doubter, et les amys  mieulx
   esprer. La responce d'Espaigne aprs avoir est bien considre
   n'est sinon neutre et incertaine. Dieu vous  conserve.--15.--




CXCIIIe DPESCHE

--du XXe jour de juillet 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Nouvelles instances en faveur de Marie
    Stuart.--Dclaration d'lisabeth qu'elle veut procder au
    trait, et que la libert sera bientt rendue  l'vque de
    Ross.--Secours sollicit en Angleterre par le comte de Lennox,
    qui a remport quelques avantages en cosse.--tat de la
    ngociation du mariage.


     AU ROY.

Sire, j'ay vollu monstrer  la Royne d'Angleterre que la meilleure
occasion, qui me menoit ceste foys devers elle, estoit pour luy bayser
les mains, et pour veoir et entendre de sa bonne disposition, affin de
vous en pouvoir escripre plus souvant, sellon que je l'ay asseure
que Vostre Majest me commandoit de le faire, et pour la remercyer
aussi de la faveur, qu'elle avoit us au Sr de Larchant, de l'avoir
humainement receu et bnignement ouy, et de luy avoir signiffi en
plusieurs sortes la bonne amyti qu'elle porte  Voz Majestez Trs
Chrestiennes, et encores une honneste et vertueuse affection 
Monsieur; et de l'avoir faict honnorablement entretenir et
accompaigner par ses gentishommes  la chasse, et partout o il avoit
vollu aller, et encores de ce que luy et moy avions est trs
somptueusement bien trettez en la mayson de Mr le comte de Lestre, et
qu'au partyr elle l'avoit envoy honnorer d'ung honneste prsent: qui
estoient choses que je la pouvois asseurer de les avoir toutes mandes
en France, affin qu'elles y fussent recogneues, et que le semblable
ft us aux siens, quant elle les y envoyeroit; que luy s'en estoit
party avec une si parfaictement bonne estime de tout ce qu'il avoit
veu et ouy d'elle et de sa court, qu'il s'asseuroit d'en pouvoir
donner une trs grande satisfaction  ceulx qui l'avoient envoy;
seulement la responce, qu'elle nous avoit faicte, luy avoit sembl ung
peu dure, et toutz deux l'avions encores prinse plus durement, de
sorte que je desiroys qu'elle me vollust,  ceste heure, dire quelque
mot, par o je vous y peusse mander une plus gracieuse interprtation.

La dicte Dame a heu trs agrable le propos, et a remercy infinyement
Voz Majestez Trs Chrestiennes du soing qu'aviez de sa sant, me
priant que, en vous escripvant comme elle en estoit  ceste heure,
grces  Dieu, fort bien, je vous supplyasse de luy faire toutjour
part des bonnes nouvelles de la vostre, et que je debvois, au reste,
bien excuser si Mr de Larchant n'avoit est ainsy bien caress comme,
pour l'honneur de ceulx qui l'envoyent, elle l'eust bien desir, et
comme luy mesmes le mritoit, mais il estoit icy pour une matire o
il failloit qu'elle monstrt d'y faire plus par acquit que par
affection; et quant  sa responce que, tant plus elle la considroit,
plus elle la trouvoit raysonnable et mesmes bien fort doulce, de sorte
qu'elle avoit miz l'affaire ez mains de Voz Majestez Trs
Chrestiennes, auxquelles estoit meintenant d'y donner la bonne
conclusion qu'il vous playrroit. Et s'est continu le propos en
plusieurs bien fort gracieuses et honnestes particullaritez, qui ont
monstr qu'elle persvroit toutjour en son bon propos vers Mon dict
Seigneur.

Et puys j'ay adjouxt, Sire, que le reste, que j'avois  luy dire,
estoit du contenu en une lettre que Vostre Majest m'avoit escripte,
du IIe du prsent, de laquelle je m'asseuroys que une partie luy
playrroit bien, et encores me sembloit que le tout luy debvoit playre;
car vous n'y cerchiez sinon son parfaict contantement, et que je luy
en avois apport le propre extrait, affin qu'elle y comprnt mieulx
vostre bonne intention. Dont la luy ay leue, en la forme que je
l'envoye  Vostre Majest, qui a est tout exprs, Sire, pour luy
faire couler, parmy les gracieulx propos qui y sont, les aultres
choses que j'avois  luy toucher du faict de la Royne d'Escoce.

Et est advenu que la dicte Dame m'a asseur, avec beaucoup
d'expression, qu'elle n'avoit jamais veu une plus cordialle, ny plus
courtoyse, ny plus fraternelle lettre que celle l, et me l'a faicte
relyre par une segonde foys, non sans me remercyer bien fort de ce que
je vous avois reprsant son regrect ainsy grand, touchant vostre
blesseure, comme j'avois bien cogneu qu'elle l'avoit; et quant au
mercys qu'il vous playsoit luy en randre, elle vous en debvoit de
retour ung beaucoup plus grand pour icelluy, que n'estoit celluy
qu'elle en avoit mrit, me priant de luy ayder  excuser la faulte,
qui estoit advenue, de ne vous avoir sur ceste occasion envoy le
jeune Housdon, comme elle m'avoit dict qu'elle feroit, car il estoit
devenu mallade, et, oultre cella, il s'estoit tant adonn  servyr une
jeune veufve, laquelle il vouloit espouser, qu'on n'avoit peu finer de
luy, bien qu'il se ft faict attandre, d'heure en heure, jusques  ce
qu'on avoit heu nouvelles bien certaynes que vous estiez parfaictement
gury, de faon qu'il eust plus paru,  ceste heure l, une simulation
que non pas ung vray office, de l'envoyer; et quant aulx aultres
poinctz de la lettre qu'elle vouloit, premier que d'y respondre, me
commmorer ce que, une aultre foys, elle m'avoit dict de la rbellion
qu'on avoit naguires pratique en ce royaulme, et encores une
entreprinse d'auparavant qui s'estoit freschement descouverte, o le
filz du comte Dherby se trouvoit mesl, et confessoit qu'on, avoit
projett de la commancer en la ville de Conventry par donner entendre
que leur Royne estoit morte, affin de proclamer incontinent Royne la
Royne d'Escoce, laquelle,  ce prtexte, devoit estre tire des mains
du comte de Cherosbery par force, ce qui estoit punissable de mort
contre les autheurs et complices; et qu'au reste elle ne savoit
comment prendre ce que Vostre Majest avoit, despuys vingt jours,
envoy de l'argent, qui estoit les nerfz de la guerre, et des
monitions en Escoce pour ceulx de Lillebourg, et qu'il luy debvoit
estre aussi bien loysible  elle d'y envoyer des forces contre eulx,
car c'estoient ses ennemys.

A quoy ayant respondu quant  ce dernier, que je n'en savois rien,
mais que je savois bien, Sire, que vous estiez tenu et aviez droict
et estiez en trs longue possession d'y en pouvoir envoyer comme  voz
alliez et confdrez, l o elle n'avoit confdration ny alliance
aulx aultres, et n'y en pouvoit raysonnablement avoir, sinon avec
vostre bonne intelligence, parce que eulx mesmes estoient ou debvoient
estre de celle de vostre couronne; et qu'elle ne debvoit compter pour
ses ennemys ceulx de Lillebourg, parce qu'ilz s'estoient monstrez plus
prestz de satisfaire  ses honnorables intentions que non pas les
aultres; et encores, quant elle les avoit envoy chastier  cause de
ses fuytifz, que vous ne vous en estiez aulcunement esmeu jusques  ce
qu'on vous avoit raport qu'elle passoit oultre en pays, et se
saysissoit des places, comme elle en tenoit encores quelques unes, et
encores allors avoit elle bien veu comme vous vous y estiez
gracieusement comport.

Enfin la dicte Dame m'a faict une bien honneste et bien fort royalle
responce; c'est qu'elle vouloit trop plus de bien  son propre
honneur, qu'elle ne pourtoit d'ayne  la Royne d'Escoce, et qu'elle ne
se vouloit prjudicier  soy mesmes pour se vanger d'elle, ainsy
qu'elle en avoit desj monstr de vrays signes; qui, au lieu de luy
nuyre, luy avoit saulv l'honneur et la vie, et pourtant que je vous
advertisse, Sire, qu'elle procderoit trs honnorablement aulx
affaires de ceste princesse, et n'attandoit plus, pour y mettre bien
la main, que la responce du comte de Lenoz; car desj ceulx de
Lillebourg luy avoient mand qu'ilz luy envoyeroient ses depputez,
dont Ledingthon en seroit l'ung, et que tout par un moyen il seroit
lors pourveu  elle et  ses subjectz, et  la dmolition du Petit
Lith; et quant  l'vesque de Roz que, dans ung jour ou deux, elle le
feroit ouyr et examiner une aultre foys, et puys le renvoyeroit  sa
Mestresse, et de l hors du royaulme, car ne vouloit qu'il habitt
plus en Angleterre.

Je ne luy ay rien rpliqu l dessus, ains suys retourn au premier
propos; mais, le jour d'aprs, j'ay envoy sa responce par escript
aulx seigneurs de son conseil, affin de la confrer encores avec la
dicte Dame et me confirmer ce que j'aurois  vous en escripre, les
priant que ce ft avec bon effect, correspondant aulx bonnes parolles
de leur Mestresse, et que je n'y advanceroys, ny diminueroys ung seul
mot: dont suys attandant ce qu'ilz me manderont.

Mais cependant, Sire, j'ay  dire  Vostre Majest que, despuys cella,
est arriv ung corrier d'Escoce par lequel les susdicts de Lenoz et
Morthon, estantz encouraigez de leurs bons succez, et des prinses des
deux navyres que je vous ay mandez l'ung de France et l'aultre de
Flandres, et encores comme j'entendz de la personne du Sr de Vrac,
ont mand  la dicte Dame qu' ceste heure estoit il temps qu'elle
envoyt des forces pour assiger la ville et chasteau de Lillebourg,
et, si elle ne vouloit envoyer gens, qu'elle leur envoyt tant
d'argent qu'ilz peussent faire l'entreprinse de eulx mmes, ce qui
n'est encores rsolu; mais je crains fort qu'enfin elle leur envoyera
de l'argent. Et affin, Sire, que Vostre Majest compreigne mieulx le
desir et intention de la Royne d'Escoce l dessus et les adviz
qu'elle a sur ses affaires, je vous envoye l'extraict des deux
derniers chiffres qu'elle m'a envoys, desquels cognoistrez que je luy
ay aultant communiqu du contenu en voz prcdantes dpesches, comme
j'ai estim qu'il estoit besoing de le faire pour la consoler, et pour
la tenyr advertye des choses que mettez peyne de faire pour elle. Sur
ce, etc. Ce XXe jour de juillet 1571.


     A LA ROYNE.

Madame, en discourant avec la Royne d'Angleterre des choses que je
mande en la lettre du Roy, nous sommes, de propos en propos, venuz 
parler du pourtraict de Monseigneur vostre filz, et elle m'a dict
qu'encor que ce ne soit que le cron, et que son teint n'y soit que
quasi tout chafour de charbon, si ne layssoit ce visaige de monstrer
beaucoup de beault et beaucoup de merques de dignit et de prudence;
et qu'elle avoit est bien ayse de le veoyr ainsy meur comme d'ung
homme parfaict, car me vouloit dire tout librement que mal
vollontiers, estant de l'eage qu'elle est, eust elle vollu estre
conduicte  l'esglise pour estre marye avec ung qui se ft monstr
aussi jeune comme le comte d'Oxfort, et que cella n'eust peu estre
sans en avoir quelque honte, et encores du regrect; mais ung chacun,
qui verroit la prsence et les modestes faons de Monsieur, ne
pourroit dire sinon qu'il y alloit d'ung sage et fort bon jugement,
car il monstroit bien avoir sept ans plus qu'il n'a, ce qu'elle
desireroit en bon esciant qu'il eust, ou qu'elle les eust moins, et
plustost desireroit ce plus  luy qu' elle, non pour le prfrer  la
couronne de son frre, car vouoyt  Dieu qu'elle ne le desiroit
nullement, et que je savois bien qu'elle avoit est davantaige en
peyne de la blesseure du Roy, de peur que Monsieur ne devnt si grand
qu'il n'eust plus  faire de la grandeur qu'elle luy pouvoit donner,
mais c'estoit affin qu'il ne se trouvt de grande inqualit entre
eulx, car confessoit avoir trente cinq ans, encor que son visaige ny
sa disposition ne monstrassent qu'elle en eust tant.

Je luy ai respondu que Dieu avoit si bien pourveu  ce que son eage 
elle ne luy emportt rien de ses beaultez et perfections, et que les
ans de Monsieur luy anticipassent  luy les siennes, qu'il a monstr
estre son infalible vouloir qu'ilz soyent maryez ensemble; et par
ainsy qu'elle ne doubte de ne trouver aussi en Mon dict Seigneur la
correspondance de toutes les aultres choses que, pour son honneur, sa
grandeur, sa seuret et le repoz de son estat, et pour tout ce qui
concerne son entier et parfaict contantement, elle pourroit desirer.
Ce que la dicte Dame a monstr de recepvoir avec affection. Et le
comte de Lestre m'a continu dclairer une semblable vollont l
dessus comme toutjour, et mylord de Burgley, encor qu'il n'ait est
lors prsent, m'a faict nantmoins signifier qu'il y persvroit
toutjours.

Par ainsy, Madame, je n'ay rien,  prsent, qui ne soit pour la
confirmation du propos et pour vous asseurer que je ne voys point
qu'on n'y procde icy de fort bon pied, sellon que Vostre Majest me
mande, par la sienne du VIIIe de ce moys, que le Sr de Valsingam luy
en est aussi venu faire une fort expresse dclaration; et je suys bien
ayse, Madame, qu'il vous ayt pleu me la faire savoir, car je m'en
serviray icy bien  propos, mais, quant  vous mander une plus grande
rsolution des condicions et demandes, qui ont est desj proposes en
cella, vous savez, Madame, que par l'instruction du Sr de Larchant
vous m'avez command de n'en entrer en nulle dispute ny contestation
affin de rserver cella  la venue de voz depputez, ce que j'estime
aussi estre le meilleur. Par ainsy, tout ce que je vous en diray pour
ceste heure de plus est que j'auray,  leur venue, aultant prpar les
choses comme cependant j'en pourray esclarcyr les difficultez. Sur ce,
etc. Ce XXe jour de juillet 1571.




CXCIVe DPESCHE

--du XXIIe jour de juillet 1571.--

(_Envoye jusques  la court par Joz, mon secrthaire._)

  Affaires d'cosse.--Ncessit d'envoyer sans retard le secours
    d'argent qui a t promis.--Ngociation du mariage.


     AU ROY.

Sire, ce qui me faict vous dpescher,  ceste heure, mon secrtaire
est principallement pour l'ocasion que trouverez en la lettre que
j'escriptz  la Royne, et j'en adjouxteray icy une seconde qui est,
Sire, pour vous dire que les adviz que nous avons d'Escoce se
raportent  ce que les choses y commanoyent desj d'aller si releves
 vostre dvotion et au proffict de la Royne d'Escoce que, si le
malheur ne ft arriv au capitaine Melvin de se bruller ainsy qu'il a
faict, en voulant distribuer sur l'heure du combat de la poudre aulx
soldatz, la guerre estoit finye ce jour l, et le comte de Morthon
demeuroit prins, et le comte de Lenoz chass du pays; et encores
despuys, si Chesoin eust peu conduyre jusques  ceulx de Lillebourg ce
que Vostre Majest leur envoyoit, les aultres habandonnoient leur
entreprinse pour ne trouver que la Royne d'Angleterre ft fort preste
de leur bailler hommes, ny de leur fournyr argent; et encores
aujourduy, ilz sont rduictz  ce, qu'ilz pressent infinyement la
dicte Dame de les secourir, ou bien qu'ilz ne pourront en faon du
monde, aprs ce moys, entretenir leurs gens de guerre. A quoy elle ne
veult entendre, car je l'ay fort adjure, au nom de Voz Majestez, de
ne se laysser tant aller  la malice et opiniastret des Escouoys
qu'elle en viegne altrer la bonne amyti qui est entre vous; ains
qu'elle advise de se prvaloir plustost des commoditez et advantaiges
qu'on luy offre; en faon, Sire, qu'il semble qu'elle se rsoult d'y
vouloir prendre ung aultre expdiant que celluy que les dicts de
Morthon et Lenoz desirent. Dont les amys de la Royne d'Escoce vous
suplient trs humblement, Sire, d'assister  ceste heure plus que
jamais sa cause, et qu'il vous playse faire mettre en mes mains le
secours par moys qu'avez ordonn pour la dicte Dame, et que, d'icy en
hors, avec l'acquit d'elle, l'on trouvera moyen de faire seurement
conduyre les deniers  ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer
est interdicte, mais que ce soit si secrectement, par les moyens que
ce mien secrtaire vous dira, qu'on n'en puysse avoir nul sentyment
icy; et que le premier moys soit fourny le plus promptement que la
commodit de voz affaires le pourra permettre, car le besoing le
requiert. Sur ce, etc.

     Ce XXIIe jour de juillet 1571.


     A LA ROYNE.

Madame, il n'y a nul soubz le ciel qui desire plus de grandeur 
Monseigneur vostre filz, ny qui plus ayt d'affection de luy veoir
advenir celle, dont se trette meintenant, que moy, qui cognois de plus
en plus qu'elle est trs honnorable pour luy et de grand moment pour
Voz Majestez et pour vostre couronne; mais ce n'est sans que je desire
aussi d'y voyr conjoincte la provision qui est requise pour sa
conscience, pour sa rputation et pour la seurt de sa personne; qui
sont trois choses que, dez le commancement, j'ay toutjour incist
qu'il y ft trs soigneusement pourveu, et y ay encores plus
escrupuleusement regard despuys que Vostre Majest m'a signiffi la
peyne o elle en estoit, de faon que, auparavant et despuys, je n'ay
cess de pntrer, le plus qu'il m'a est possible, ez choses que j'ay
estim vous pouvoir mettre hors de ce doubte, et qui estoient pour
vous y aporter du repoz. Dont, oultre ce qu'en avez veu par mes
prcdantes dpesches, voycy, Madame, ce que, despuys le partement de
Mr de Larchant et du Sr Cavalcanty, j'y ay peu advancer:

C'est qu'aprs avoir, en la meilleure sorte et le plus modestement
qu'il m'a est possible, par bonnes promesses, par parolles, par
adjuremens et par diverses offres et plusieurs bien estroictes
ngociations, sollicit les principalles personnes d'auprs de ceste
princesse sur ce propos, mesmement le comte de Lestre et milord de
Burgley, icelluy de Burgley qui, mieulx que tout le reste, sayt et
veoyt o l'affaire en doibt tumber, et  l'opinion duquel toutz les
aultres se raportent, aprs tout et pour finalle rsolution, m'a
envoy dclarer par milord Boucart qui me l'est venu dire en mon
logis, que la Royne, sa Mestresse, et eulx toutz procdent trs
droictement en cest affaire et ne desirent rien tant que de le veoyr
bientost et bien heureusement accomply; par ainsy qu'il ne tiendra
plus  elle ny  eulx, et ne voyant qu'il y puysse intervenir nulle
difficult d'o ne se donne mutuelle satisfaction les ungs aulx
aultres, et que Monsieur n'en demeure bien contant, et mesmes, quant
au poinct tant dificile, et qui a est tant dbattu de la religion,
sinon que Mon dict Seigneur y veuille estre trop disraysonnable, et
qu'il y veuille cercher, au grand dangier de cest estat, quelque
aultre chose que ce qui peult satisfaire  son honneur,  sa
conscience et  sa seuret; car, quant  son honneur, l o ce seroit
 eulx de capituler qu'il ne se ft pour sa venue aulcune innovation
en la religion, et que luy mesmes n'en eust  user d'aultre que de la
leur, il n'en sera nullement parl, d'un cost ny d'aultre, sinon pour
le dclarer luy, ainsy qu'on a desj faict, non subject  celle
d'Angleterre: par ainsy, toute la Chrestient verra qu'il aura gaign
l'advantaige de ce poinct. Quant  sa conscience, s'il est ainsy qu'il
ne se veuille passer de messe, qu'il la face dire de luy mesmes
privement, et sans recercher de l'avoir par capitulation de la dicte
Dame ny des siens, car ilz ne la luy pourroient faire, sinon 
l'advantaige de leur religion, et nullement au prjudice d'icelle,
sans assembler le parlement, ce qui mettroit en combustion tout le
royaulme, premier qu'on s'en peult accorder. Et quant  la seurt, que
icelluy de Burgley, et aultant que je vouldray de seigneurs et
gentishommes de ce royaulme, sommettront leurs vyes que si Monsieur
vient en Angleterre, il ne luy sera dict ni contradict en rien, que
honnestement il veuille desirer, ains qu'il y sera oby et rvr
comme roy trs puissant et absolu. Ce qu'il me faisoit entendre, non
par ordonnance de la Royne, ny du conseil, mais comme particullier,
qui cognoissoit bien l'estat du pays, et qui desiroit que Vostre
Majest en demeurast ainsy persuade, et que, si vous vouliez que la
perfection du mariage s'ensuyvt, que vous ne retardissiez plus la
conclusion d'icelluy; car,  ceste heure, se justiffieroit qui avoit
procd plus sincrement, ou eulx ou nous.

Je ne voys pas, Madame, quant j'auray bien faict plusieurs aultres
dilligentes et bien curieuses recerches, que je vous puysse mander
rien de plus clair ny de plus exprs que cecy, si, d'avanture, ilz ne
changent; par ainsy, encor que je vous aye escript, de vendredy
dernier, par l'ordinaire, je ne vous ay vollu dyfrer d'une seule
heure cest advertisement, affin que le temps ne rfroydisse et
n'emporte l'ocasion qui se prsente; sur laquelle ce sera  vostre
prudence meintenant d'y faire une rsolue et honnorable dtermination.
Je vous envoye le pourtraict de la dicte Dame, lequel elle mesmes m'a
accord fort vollontiers; et Mr le comte de Lestre me l'a faict
recouvrer, qui demande fort celluy de Monsieur, en grand volume avec
les colleurs, et pareillement celluy de la dame que savez; de quoy je
vous suplie le faire contanter. Et sur ce, etc.

     Ce XXIIe jour de juillet 1571.




CXCVe DPESCHE

--du XXVIe jour de juillet 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Anthoine de la Poterne._)

  Affaires d'cosse.--Dclaration faite par l'ambassadeur 
    Burleigh qu'il exige satisfaction du comte de Lennox,  raison
    de l'arrestation rcemment faite de Mr de Vrac.--Ngociation
    du mariage.


     AU ROY.

Sire, ayant escript aulx seigneurs de ce conseil ce qui s'estoit pass
entre la Royne, leur Mestresse, et moy touchant les choses d'Escoce,
affin qu'ilz me vollussent davantaige confirmer comme rsoluement
j'auroys  vous en escripre, ilz m'ont mand qu'ilz avoient communiqu
ma lettre  la dicte Dame, laquelle y avoit recogneu ses responces mot
 mot, et quasi aulx mesmes termes et par le mesmes ordre qu'elle me
les avoit dictes; et par ainsy que je ne saurois mieulx faire que
d'en escripre aultant, sans plus ny moins,  Vostre Majest: dont je
m'en raporte, Sire,  ce qu'en avez desj veu en ma dpesche du XXe du
prsent. Et, despuys cella, iceulx du conseil m'ont envoy dire que
les deux partys en Escoce se monstroient fort difficiles de prandre
aulcune abstinence de guerre, qui estoit cause que la dicte Dame avoit
renvoy en dilligence devers eulx pour les y persuader et les y
exorter de sa part, et qu'elle avoit dellibr, s'ilz s'y randent
opiniastres, de dpescher aulcuns de son conseil sur les lieux, ou
jusques  Barvyc, pour essayer de les accommoder ensemble; et que le
comte de Lenoz s'toit fort escandaliz du retour de Vrac, qui estoit
tumb de rechef en ses mains, lequel ilz ne savoient encores s'il le
renvoyeroit par terre, ou s'il le feroit rembarquer pour le renvoyer
par mer.

Sur quoy je leur ay respondu, Sire, que la Royne, leur Mestresse, et
eulx doibvent admonester le comte de Lenoz de se dporter plus
modrement qu'il ne faict vers Vostre Majest, et de vous avoir tant
de respect qu'il ne veuille prandre ny arrester voz messagiers, que
vous envoyez en Escoce; et qu'il laysse au Sr de Vrac accomplyr la
charge que luy avez commise par dell, laquelle je leur ose bien
asseurer n'estre aultre que de procurer, conjoinctement avec l'agent
de la Royne, leur Mestresse, la paciffication du pays, si, d'avanture,
il y veult entendre; et que, s'il y va quelques ungs du conseil
d'Angleterre, qu'il luy veuille permettre de s'entremettre avec eulx
de l'accommodement des affaires pour le bien de la Royne d'Escoce,
vostre belle soeur, pour la seuret du Prince, son filz, vostre
parant, et pour la tranquilit des subjectz du royaulme, qui sont,
elle et luy, et eulx toutz, de l'alliance de vostre couronne; et que,
si le dict de Lenoz, aprs avoir faict murtryr plusieurs bons subjectz
du dict royaulme, et avoir expoli la pluspart de la noblesse
d'icelluy de leur biens, et estably une authorit viollante au pays,
et relev contre les trettez le fort du Petit Lith, se veult encores
attaquer de plus prez  Vostre Majest de vous prandre voz propres
messagiers et violler voz pacquetz, qu'on ne s'esbahysse si la
jalouzie de vostre honneur et debvoir en cella, et la juste dolleur du
sang et opression de voz alliez vous pressent enfin de vous en
rescentyr et d'en cercher le chastiement; et de tant que l'occasion
leur en pourroit estre suspecte, que je les prie d'ayder au trs
affectueulx desir qu'ilz voient que vous avez de l'viter, sellon
qu'ilz savent que vous demeurez trs justiffi envers Dieu et la
Royne, leur Mestresse, et envers eulx mesmes et toute la Chrestient,
que vous avez faict tout ce qu'il vous a est possible pour rduyre
les choses  de bien quitables condicions, voyre les faire
advantaigeuses pour la Royne, leur Mestresse, et pour leur royaulme,
et que pourtant rien de mal, qui en pourra cy aprs survenir, ne vous
en debvra estre imput. Dont vous feray incontinent aprs, Sire,
entendre tout ce qu'ilz m'y auront respondu.

Il semble qu'ilz ne se fyent guires au comte de Morthon, lequel,
hormiz le seul nom de rgent, qu'il laysse au dict de Lenoz, il
s'atribue, quant au reste, toute l'authorit, tout le proffict et
toute la conduicte de l'entreprinse, et presse infinyement ceulx cy
de luy envoyer gens et argent dans la fin de ce mois, ou qu'il
s'accordera avec l'aultre partie; et c'est l'ocasion pourquoy ilz
veulent envoyer quelques ungs de ce conseil par dell pour le
contenir, et pour gaigner, s'ilz peuvent, Granges et Ledingthon, car
ilz n'y vont jamais que pour faire dommaige  la Royne d'Escoce et
pour entretenir la division dans son pays, et croy qu'ilz ne
vouldroient que le dict de Morthon vnt absoluement  boult de ses
affaires. Vostre Majest me commandera toutjour ce que j'y auray 
faire, et me donra s'il luy playt de quoy pouvoir fortiffier et ayder,
d'icy en hors, ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer leur est
empesche.

Je n'ay rien que changer, quant au propos de mariage, de ce que vous
en ay mand, le XXIIe de ce moys, par mon secrtaire, et les adviz ne
me signiffient aultre chose de nouveau en cella que ce que verrez en
la lettre de la Royne. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juillet 1571.


     A LA ROYNE.

Madame, despuys ce que je vous ay escript, du XXIIe de ce moys, par
mon secrtaire, touchant le propos du mariage, j'ay est adverty que
le Sr Vualsingam a faict une dpesche par de sur les propos,
qu'auparavant le retour du Sr de Larchant il avoit heu avec Voz
Majestez, de la sincrit dont la Royne, sa Mestresse, et les siens
procdoient en cest affaire, ce qu'il mande vous avoir si bien
persuad que, nonobstant les lettres que Mr le cardinal de Lorrayne, 
ce qu'il dict, vous a escriptes au contraire, vous demeuriez
nantmoins rsolue d'ambrasser avec toute affection la conclusion du
dict mariage, et le Roy a dclar qu'il tiendra pour ennemys ceulx qui
le vouldront traverser. Et mande davantaige qu'ayant quelque
vertueuse dame admonest Monsieur, s'il passe en Angleterre, de n'y
user comme les princes franoys, qui vont toutjour faisant l'amour
aulx autres dames, ains qu'il se contante d'aymer bien fort et
uniquement la Royne, affin d'viter les maulx et dangiers qui ont
accoustum de venir aulx mauvais marys; qu'il a bnignement receu ce
conseil, et avoit fort remercy celle qui le luy avoit donn, et
promiz qu'il le suyvroit: qui sont deux trtz qui ont aport beaucoup
de contantement  ceste princesse, car elle a jug qu'elle estoit
ayme et desire. L'on attend en dvotion l'aultre dpesche du dict de
Valsingam, d'aprs le rapport du dict Sr de Larchant et du Sr
Cavalcanty, dont je mettray peyne d'entendre ce qu'il en mandera,
affin d'incontinent vous en advertyr. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de
juillet 1571.




CXCVIe DPESCHE

--du dernier jour de juillet 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Rponse de Burleigh sur la satisfaction demande pour Mr de
    Vrac.--Affaires d'cosse.--Danger de Marie Stuart tant qu'elle
    sera en Angleterre.--Nouveau complot dont elle est
    accuse.--Arrestation de sir Thomas Stanley, l'un des fils du
    comte Derby.--Ncessit de traiter avec le comte de Morton, en
    reconnaissant Jacques Ier roi d'cosse conjointement avec Marie
    Stuart.--Nouvelles d'Irlande.--Ngociation des Pays-Bas;
    conclusion de l'accord sur la restitution des
    prises.--Ngociation du mariage.


     AU ROY.

Sire, sur la responce que par mes prcdantes, du vingt sixiesme du
prsent, je vous ay mand avoir faicte aulx seigneurs de ce conseil
touchant les choses d'Escoce, qui a est par une lettre que j'ay
escripte  milord de Burgley, il m'a respondu que les comtes de
Lestre, de Sussex et luy, ont, par ensemble, leu ma dicte lettre, et
que l'ayantz despuys monstre  la Royne, leur Mestresse, elle n'y a
trouv rien qui ne luy ayt sembl raysonnable; et pourtant qu'elle a
ordonn d'estre incontinent faicte une dpesche au comte de Lenoz pour
l'admonester de se desporter modrement, et avec respect, vers les
subjectz et messagiers de Vostre Majest, et de ne contraindre en rien
le Sr de Vrac qu'il ne puysse user la charge que luy avez commise par
dell; et que la dicte Dame et eulx toutz sont attandans quelque
responce des deux partys, qui sont en Escoce, pour savoir s'ilz
veulent condescendre  une abstinance de guerre, et, s'ilz le font,
qu'on procdera incontinent au trett, ou sinon qu'elle envoyera
aulcuns de son conseil sur les lieux pour essayer de les accorder;
avec lesquelz le dict Sr de Vrac pourra intervenir, pour y faire, au
nom de Vostre Majest, les bons offices qu'il verra convenir au bien
et repos de ce pouvre royaulme; et quant  une plus grande
dellibration que celle l sur le faict de la Royne d'Escoce, et sur
la libert de son ambassadeur, que la dicte Dame n'avoit pens, pour
ceste heure, d'y rien toucher jusques aux dictes nouvelles d'Escoce:
ce nantmoins, puysque je desiroys que ce ft plus tost, ilz luy en
parleroient, affin qu'elle y prnt expdiant, et ne m'a rien plus
mand.

Or, Sire, j'entendz que le dict de Lenoz a mand icy le contenu des
lettres et de l'instruction et mmoires que le dict Sr de Vrac
pourtoit, et que, quant il en a est faict le rcit  ceste princesse,
elle n'y a rien trouv qui luy ayt sembl estre directement contre
elle, ce qui l'a asss satisfaicte; et les amys de la Royne d'Escoce
ne cognoissent qu'il y ayt heu plus grand dangier que si elle n'y a
veu une aussi ferme rsolution de Vostre Majest au restablissement de
la dicte Royne d'Escoce, comme ilz le desireroient. Tant y a
qu'encores hyer, sur la ngociation que j'ay envoy faire  iceulx de
ce dict conseil, j'entendz que quelques ungs d'eulx ont fermement
soubstenu que la Royne d'Angleterre ny son royaulme ne peuvent estre
aulcunement bien asseurez, si la Royne d'Escoce ou si l'vesque de Roz
sont remiz, l'ung ny l'aultre, ny de ny del la mer, en pleyne
libert, fortiffians ceste leur opinion par nouveaulx argumens de la
pratique, qui a est nouvellement descouverte du Sr Thomas Stanley,
second filz du comte Dherby, lequel ilz ont miz despuys huict jours
avec plusieurs aultres dans la Tour, et de ce qu'ilz ont entendu que
le Sr Roberto Ridolphy est pass de Rome en Espaigne, lesquelz deux
ilz estiment estre de l'intelligence de la dicte Dame et de son dict
ambassadeur, ce qui me faict juger que malaysement pourrons nous de
longtemps, par parolles ny par ngociations, tirer de ceulx cy rien de
bien en cest endroict; et pourtant qu'il sera bon, Sire, sans laysser
les instances accoustumes, si d'advanture il s'y peult toutjour
gaigner quelque chose, que Vostre Majest se rsolve d'elle mesmes d'y
faire ce que l'honneur de sa couronne et le bien de son service
monstreront de le requrir, sans nulle manifeste offance de ceste
princesse. Et croy, Sire, que vous obtiendriez s dictes choses
d'Escoce le meilleur effect de vostre intention, si le pays pouvoit
estre remiz en paix, et il le pourroit estre si le comte de Morthon le
vouloit, et le dict de Morthon ne seroit trop difficile  gaigner, si
la Royne d'Escoce pouvoit estre persuade de se contanter que le
petit Prince, son filz, demeurast conjoinctement Roy avec elle; car,
parce que le dict de Morthon est celluy qui principallement l'a
proclam et rig pour roy, il n'estime qu'il y puysse avoir nulle
sorte de bonne seurt pour luy, s'il est dpos; mais je ne say si ce
prjudice seroit aultant dommageable  ceste pouvre princesse, comme
celluy o elle se trouve meintenant. Vostre Majest le considrera, et
je prendray garde si cependant ceulx cy prparent nulle entreprinse de
ce cost.

Fitz Maurice prospre en Hirlande, et dict on qu'il a nouvellement
prins ung fort sur les Anglois, ce qui les ennuye beaucoup. L'on
essaye icy de gaigner sire Jehan, frre du comte d'Esmont, pour
l'envoyer par dell au lieu du dict comte, de qui ilz ne se fyent
guires, tant pour contenir le pays que pour y diminuer l'affection
qu'on a mise vers le dict Fitz Maurice, qui n'est si prochain seigneur
de la comt d'Esmont comme cestuy cy; et desj milord debitis
d'Yrlande le se rand familier et domestique pour le passer de dell
avecques luy.

Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz ayent monstr d'aller
lentement, ilz se sont nantmoins poursuyviz sans intermission par les
depputez des deux costez, de sorte qu'ilz sont desj tout accordez
quant aulx merchandises; reste  accorder le poinct de l'argent et de
l'entrecours, et me vient on de dire que le duc d'Alve a dpesch
secrectement ung gentilhomme qui doibt arriver bientost icy; par
lequel il mande  ceste princesse que le Roy, son Maistre, sera prest,
pourveu que ses subjectz se treuvent aulcunement satisfaictz des
prinses, de renouveller l'entrecours et l'alliance avec elle en la
meilleure forme qu'elle ayt jamais est entre ceste couronne et la
mayson de Bourgoigne.

Le propos du mariage demeure en ung merveilleux silence en ceste cour,
attandant des nouvelles de Voz Majestez et quelque dpesche de leur
ambassadeur; bien m'asseure l'on toutjour que les choses y sont fort
bien disposes. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de juillet 1571.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Despuys la prsente escripte, j'ay receu ung chiffre de la Royne
   d'Escoce, du XVIIIe de ce mois, duquel je vous envoye l'extraict,
   affin que Vostre Majest compreigne mieulx l'urgente ncessit de
   ses affaires pour y remdier: et cependant nous y donrons d'icy
   tout le sollagement qu'il nous sera possible.


     A LA ROYNE.

Madame, mardy dernier, le Sr Barnab, que bien vous cognoissez, m'est
venu prsenter les recommendations de Mr le comte de Lestre, de qui il
est secrtaire, et me dire que le dict sieur comte avoit aussi charge
de me mander les recommendations de la Royne, sa Mestresse, et ung des
paniers de son cabinet, o elle tient les petites besoignes de ses
ouvrages, qu'il m'a incontinent baill, lequel elle m'envoyoit plein
de fort beaulx abricotz, pour me faire veoir que l'Angleterre est ung
asss bon pays pour produyre de bons fruictz; et qu'au reste, si
j'avois nulles nouvelles de France, que je luy en fisse part affin
d'en satisfaire la dicte Dame, laquelle il m'asseuroit que jamais ne
s'estoit trouve plus sayne ny en meilleure disposition que
meintenant, et qu'elle n'alloit plus en coche, ains sur ung beau grand
cheval,  la chasse.

Je luy ay respondu que je remercyoys infinyment Mr le comte de la
continuation de sa bonne vollont vers moy, et que je le supplyois de
bayser en mon nom trs humblement les mains de Sa Majest, et m'ayder
d'ainsy dignement la remercyer de son salut et de son beau prsent,
comme une si excellante faveur le mritoit; laquelle je recepvoys avec
l'honneur et respect qui estoient deuz  sa grandeur, et que ses beaux
abricotz monstroient bien qu'il y avoit de belles et bonnes plantes en
son royaulme, o je souhaytois des greffes de France pour encores y
produyre le fruict plus parfaict; et, quant  sa bonne disposition,
que c'estoit la plus agrable nouvelle dont je pouvois resjouyr ny
contanter Voz Majestez Trs Chrestiennes, et que je supplyois Nostre
Seigneur l'y meintenir; au reste que je n'avois, pour ceste heure, que
luy mander de France sinon la dclaration que le Sr de Valsingam
estoit all faire  Voz Majestez Trs Chrestiennes comme l'on
procdoit trs sincrement de ce cost au propos du mariage, de quoy
vous aviez receu une fort grande satisfaction, et l'aviez asseur
qu'il y estoit de mesmes parfaictement bien correspondu de vostre
part; et que j'attandoys, d'heure en heure, quelque dpesche sur la
responce que Mr de Larchant vous auroit apporte, dont ne fauldrois,
incontinent aprs, d'aller trouver la dicte Dame.

Et, le jour ensuyvant, j'ay envoy ung gentilhomme exprs devers le
dict sieur comte affin de le remercyer davantaige, et aussi pour
entendre du bon portement de la dicte Dame et de la disposition du
propos; lequel m'a confirm que l'ung et l'aultre se portent fort bien
et que ainsy j'en asseure Voz Majestez. Je sentz bien qu'ilz sont en
peyne du retardement des nouvelles de France; et cependant ilz ont
pass oultre  l'accord d'un des trois diffrans des Pays Bas, tant 
leur advantaige qu'ilz ne l'ont peu reffuzer, et avec opinion
d'acommoder bientost les aultres deux, si le duc d'Alve continue de
plyer ainsy  tout ce qu'ilz veulent. Sur ce, etc.

     Ce XXXIe jour de juillet 1571.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Tout prsentement me vient d'arriver celle qu'il vous a pleu
   m'escripre du XXVe du prsent, laquelle me servyra de bonne
   instruction en moy mesmes, et je la feray encores servyr envers
   d'aultres qui, possible, seroient mal informez, oultre que je
   suys admonest,  toute heure, de croyre qu'on va de
   dissimulation sur cest affaire et sur celluy d'Escoce.




CXCVIIe DPESCHE

--du Ve jour d'aoust 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Giles le Thor._)

  Inquitude cause en Angleterre par le silence gard en France
    sur les articles communiqus.--Crainte d'une rupture avec le
    roi.--Dmarche de l'ambassadeur pour rassurer la reine sur le
    retard apport aux rponses que l'on attend de France.--Vives
    instances en faveur de la reine d'cosse.--Nouvelle irritation
    d'lisabeth contre Marie Stuart.--Ngociation du mariage.


     AU ROY.

Sire, ceulx cy sont entrez en une non lgire souspeon du retardement
des nouvelles de France, estimans que Vostre Majest, pour n'avoir
receu la satisfaction que, possible, elle esproit par le retour du Sr
de Larchant, pourroit avoir miz en son cueur de s'en rescentyr et de
prandre pour cest effect le prtexte des choses d'Escoce; dont se sont
ymaginez, Sire, que desj vous aviez faict serrer les passaiges parce
qu'ilz ne voyoient venir nul pacquet ny messagier du Sr de Valsingam.
Et  cella s'est adjouxt que aulcuns de leurs merchans, revenants de
Bretaigne, leur ont asseur que voz gallres estoient arrives 
Brest, comme pour passer des soldatz en Escoce. Sur quoy ayant miz la
matire en dellibration, les opinions ont est diverses, mais
j'entendz que celle l a est la plus suyvye qui a tandu  remonstrer
que la Royne d'Angleterre n'avoit  se fyer ny de la France ny de
l'Espaigne, et pourtant qu'elle se debvoit fortiffier en elle mesmes
dedans ceste grande isle, et pourvoir  trois poinctz qui l'y
pourroient randre trs asseure contre tout le monde:--Le premier,
qu'elle ft une ferme rsolution de ne laysser jamais aller la Royne
d'Escoce, laquelle Dieu luy avoit mise en sa puyssance, et chacun jour
se descouvroyt davantaige combien il y auroit de trs grand dangier
pour elle et pour ce royaulme, si elle s'en dessaysissoit;--Le segond,
qu'elle ne dissimult de s'emparer de son royaulme qui estoit prest 
tumber en ses mains, et desj toutes choses commanoient  n'y
dpendre plus que de son authorit;--Et le troisiesme, qu'elle taillt
par dell la mer  Vostre Majest et au Roy d'Espaigne le plus de
besoigne qu'elle pourroit, et vous ft attaquer l'un  l'aultre, s'il
luy estoit possible;--Et cependant, si Vostre Majest, ne s'attandant
plus au mariage, monstroit nantmoins, pour dissimuler les choses,
qu'il en vollt encores entretenir par bonnes parolles le propos,
qu'elle vous en debvoit donner encores de meilleures pour passer cest
est, dedans lequel ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui ne
pouvoient plus estre aydez des deniers de France, sellon la preuve
qu'ilz en avoient par la perte de Chesoin, seroient indubitablement
ruynez, et lors l'entreprinse du pays luy seroit trs facille; et
pourroit disposer de la personne de la Royne d'Escoce, et pareillement
de celle de son filz et de tout leur estat  son playsir. Sur
laquelle opinion, encor qu'on ayt diffr d'y rien rsouldre jusques 
ce qu'on ayt plus grande notice  quoy tend l'intention de Vostre
Majest, l'on l'a toutesfoys plus aprouve que rejecte.

Et cependant la Royne d'Angleterre, en m'envoyant visiter avec ung
prsent d'un grand cerf, qu'elle mesmes a tu  l'arbaleste, m'a faict
enqurir si j'avois nulles nouvelles de Vostre Majest, et
pareillement le comte de Lestre et milord de Burgley ont envoy
savoir le mesmes, et si je viendrois bientost  la court. J'ay
remercy, en la meilleure faon que j'ay peu, la dicte Dame de son
prsent, et que j'attandoys, d'heure en heure, de voz nouvelles par le
retour d'ung de mes secrtaires, qui ne pouvoit guires plus tarder;
dont ne fauldroys de luy aller incontinent randre bon compte de toutes
celles qu'il m'auroit apportes. Et, le lendemain, encor que j'aye
estim que la dicte Dame et ceulx de son conseil se trouveroient
occupez avec les depputez de Flandres et avec les principaulx merchans
de Londres, qui estoient appellez pour le faict de leur accord, je
n'ay layss d'y envoyer et d'y escripre, affin de remercyer davantaige
la dicte Dame de ses prsans, et donner  elle et  ceulx de son
conseil toute bonne esprance de nostre cost, et ngocier au reste
les choses pour la Royne d'Escoce.

A quoy les dicts de Lestre et Burgley m'ont respondu qu'ilz avoient
jug ma lettre fort digne d'estre monstre  la Royne, leur Mestresse,
laquelle l'avoit heu trs agrable et vouloit de bon cueur, quant au
premier poinct, croyre le mesmes que moy, que Voz Majestez Trs
Chrestiennes ne retardoient leur responce, sinon pour la faire
meilleure; et, quant au segond, que mon mercyement surpassoit de
beaucoup son bienfaict; au regard du troisiesme, qu'ilz me vouloient
dire tout librement qu'elle reffuzoit toutes les demandes de la Royne
d'Escoce, sinon la libert de l'vesque de Roz,  laquelle elle estoit
dellibere d'y procder, et ont dict cella en faon qu'ilz ont monstr
qu'ilz le veulent chasser d'icy; adjouxtant le dict de Lestre que
ceste mene, qui s'estoit descouverte du segond filz du comte Dherby,
apportoit une trs grande traverse aulx affaires de la Royne d'Escoce,
car l'entreprinse ne tendoit seulement  la vouloir mettre en libert,
mais  l'riger pour Royne d'Angleterre en tout le quartier du North
par une rbellion, forme soubz le prtexte de la bulle, et qu'il
estoit bien marry que milord Dudeley, son parant, se trouvoit mesl en
cella, et craignoit asss que la dicte Dame en ft dorsenavant plus
observe et tenue plus estroict: dont fauldroit que je le tinse pour
excus, s'il n'entreprenoit plus de solliciter la Royne, sa Mestresse,
d'escripre au comte de Cherosbery pour la plus ample libert et bon
trettement d'elle, car, lorsqu'il l'avoit faict, il se vriffioit que
la susdicte mene en avoit est plus librement conduicte, et il en
estoit tumb en quelque souspeon  cause de l'ancienne et prive
amyti qu'il avoit toutjour heue avec le duc de Norfolc; toutesfoys
qu'il ne seroit jamais que amy et bienveuillant de la cause de la
dicte Dame.

Je n'ay encores rien rpliqu  cella, mais Vostre Majest peut
conjecturer de ce dessus combien l'inimiti et jalouzie s'ayguysent de
plus en plus entre ces deux princesses, et combien sont  prsent
vifves et aspres les dellibrations de ceulx cy sur celle d'Escoce et
sur son royaulme. Ilz sont attandans des nouvelles des seigneurs du
dict pays, desquelles je vous manderay incontinent ce que j'en auray
aprins; et ne vous rpteray rien, Sire, de la provision que la dicte
Dame vous requiert pour ceulx de son party, sinon pour savoir s'il
vous playrra que je inciste, en vostre nom,  ce que les comtes de
Lenoz et de Morthon ayent  randre les monitions et argent, que Vostre
Majest envoyoit par Chesoin au chasteau de Lillebourg. Sur ce, etc.
Ce Ve jour d'aoust 1571.


     A LA ROYNE.

Madame, par le gentilhomme qui m'est venu prsenter le cerf, dont je
fais mencion en la lettre du Roy, le comte de Lestre m'a mand que la
Royne, sa Mestresse, estant  la chasse  Othelant, ayant veu ce grand
cerf, souhaita aussitost de le pouvoir tuer pour me l'envoyer, affin
qu'avec les fruictz de ses jardrins j'eusse aussi de la venayson de
ses forestz, pour mieulx juger de la bont de la terre; dont avoit
incontinent demand l'arbaleste, et, d'ung coup de trt, elle mesmes
luy avoit si bien rompu la jambe qu'il n'y avoit falleu que le vieulx
milord Chamberland pour l'achever de tuer; et qu'il m'asseuroit que la
dicte Dame persvroit de plus en plus en son bon propos vers
Monsieur, et parloit souvant des honnestes playsirs et exercisses
qu'ilz prandroient ensemble  la chasse et  visiter les beaulx
endroictz de ce royaulme; bien souspeonnoit elle que le retardement
de la responce de Voz Majestez, et ce qu'elle n'avoit encores peu
avoir le pourtraict de Monsieur en grand, avec les couleurs, procdoit
de quelque mauvais office qu'on eust faict par dell, et que, si je
savois rien du monde qui concernt cest affaire, ft bien ou mal, que
je luy en vollusse faire part; ce qui a est cause, Madame, que je luy
ay escript une lettre, laquelle il m'a mand qu'estoit venue le plus
 propos du monde, et que cella, avec ung adviz qui estoit, quasi en
mesmes temps, arriv comme les gallres ne s'arrestoient en Bretaigne,
ains venoient en Normandie, comme pour passer les depputez de de,
leur faisoit prandre toute bonne esprance, et qu' quelle heure qu'il
surviendroit nulle aultre nouvelle de ce propos, que je la luy
mandasse; car vouloit estre le premier qui la porteroit  la dicte
Dame.

Et despuys, le dict sieur comte a parl asss ouvertement de son
particullier  ung nostre commung amy touchant madame de Nevers,
monstrant y avoir grand affection, mais doubtoit asss de n'estre
accept, et a desir bien fort son pourtrt; et icelluy amy, sellon
que je l'avois instruict, l'a interrog, comme de soy mesmes, de
l'estat de l'affaire principal, et si despuys il avoit rien gaign
envers la Royne sur le poinct de la religion. A quoy il a respondu que
l'affaire procdoit toutjour de bien en mieulx de leur cost, bien
qu'il ne vouloit dire qu'il eust rien gaign quant au dict poinct de
la religion. Tant y a que la dicte Dame faisoit prparer un logis pour
les depputez; et le dict comte prioit icelluy nostre amy de faire
venir les draps et toilles d'or et d'argent, parce qu'il en a le
moyen; et que si, d'avanture, l'on se tenoit en quelque suspens
doubteux en France, qu'il le prioyt luy mesmes d'y faire ung voyage
pour savoir o la matire seroit acroche, affin de la pouvoir
remdier. Plusieurs choses se disent et escripvent de plusieurs
endroictz l dessus, qui seroient longues  mettre icy, mais ceulx cy
suffiront s'il vous playt, Madame, pour toutjour vous reprsanter
commant les choses en vont.

Je vous supplie trs humblement d'agrer, par quelque bonne parolle de
mercyement, au Sr de Valsingam les honnestes prsens, que sa
Mestresse a faictz  vostre ambassadeur, et commander qu'il soit
quelquefoys gratiffi de mesmes. Sur ce, etc. Ce Ve jour d'aoust 1571.




CXCVIIIe DPESCHE

--du VIe jour d'aoust 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Crespin Chaulmot._)

  Ngociation du mariage.--Avis divers donns  l'ambassadeur sur
    la rponse faite aux articles par le roi, et sur les divisions
    qui auraient clat  la cour de France.


     A LA ROYNE.

Madame, ainsy que je fermoys ma lettre du jour de yer  Vostre
Majest, l'on vint me dire que l'ung des gens de Mr de Vualsingam
passoit par ceste ville qui s'en alloit trouver la Royne d'Angleterre
 Amptoncourt, et, avant qu'il ft nuict, il me fut mand du dict lieu
que la dpesche estoit tenue si secrecte qu'on n'en publioit ung seul
mot, et seulement le comte de Lestre avoit dict  ung sien amy priv
qu'il restoit fort peu de diffrant aulx articles, et qu'ilz
s'accommoderoient, et qu'on avoit commanc ung honnorable propos pour
luy avec une dame de France, lequel il esproit qu'auroit bon effect.
Peu d'heures aprs, me vint ung aultre adviz comme la dicte dpesche
asseuroit que toutz les articles de la Royne d'Angleterre avoient est
acceptez par Voz Majestez Trs Chrestiennes et mesmes celluy de la
religion, et que plusieurs en ceste court s'en trouvoient estonnez; et
la dicte Dame estoit aprs  consulter comme elle auroit meintenant 
y procder pour satisfaire  l'humeur d'ung chacun, chose que celluy,
qui m'escripvoit, l'estimoit estre fort difficille, et qu'on
souspeonnoit que le messagier et pacquet, qui m'avoient est
dpeschez l dessus, estoient artifficieusement retardez en chemin,
affin que la dicte Dame se peult prparer de la responce qu'elle
m'auroit  faire, quand je viendrois  luy en parler; et que pourtant
j'eusse bon pied et bon oeil.

A ce matin, m'est venu ung tiers adviz trop pire que les deux
premiers, c'est que par la mesme dpesche avoit est mand que
Monsieur, vostre filz, avoit accept une secrecte commission du Pape
pour oster la religion nouvelle, et restituer la catholique par toute
la France, sans que le Roy son frre en scet rien, et qu'il en avoit
donn la principalle conduicte  deux seigneurs de la court; de quoy
estant enfin le Roy adverty, il en avoit est fort offanc, et avoit
chass ces deux de la court, au regrect de Mon dict Seigneur, dont
restoit beaucoup de malcontantement et beaucoup de mauvaise
intelligence entre les deux frres, qui estoit ung accident qu'on me
vouloit bien dire qui seroit pour aporter beaucoup de traverse  ce
propos. Je suys demeur merveilleusement estonn de ceste tant
mauvaise, et comme je m'asseure, trs faulce nouvelle, et en fusse en
plus grand peyne sans qu'il m'est souvenu qu'il vous avoit pleu
m'escripre, du XXVe du pass, de n'adjouxter foy  rien qui me peult
estre dict ou mand, si je ne le voyois sign de la main de Voz
Majestez. Et ainsy, Madame, je demeure en ceste rsolution de ne le
croyre, et de faire encores, aultant que je pourray, que les aultres
ne le croyent; et nantmoins je ne veulx diffrer de le vous escripre,
affin que Vostre Majest pourvoye aulx inconvniantz qui pourroient
advenir d'une si meschante et mallicieuse invention, laquelle, de tant
qu'on la tient fort secrecte icy, je vous supplie, Madame, que le
susdict de Valsingam ne puysse sentyr que je vous en aye donn adviz.
Sur ce, etc. Ce VIe jour d'aoust 1571.


   Voycy encores, Madame, tout  ceste heure ung quatrime adviz qui
   contient ces motz:--Plusieurs lettres, de diverses dates, sont
   venues par ceste mesmes dpesche, et meintenant s'entend que pour
   la religion l'affaire est retard, s'esmerveillantz Leurs Trs
   Chrestiennes Majestez que de de ne consentent  une si
   raysonnable requeste, qui ne fut jamais dnye  nul prince, et
   sur ce diffrand viendra Mr de Foix, ou ung aultre gentilhomme de
   crdict, bientost.--Et n'y a rien plus.




CXCIXe DPESCHE

--du IXe jour d'aoust 1571.--

(_Envoye jusques  Calais par l'homme du Sr Bon St Jehan._)

  Ngociation du mariage.--Rsolution prise en France d'envoyer Mr
    de Foix en Angleterre.--tat des partis d'cosse.--Ngociation
    des Pays-Bas.--Communication faite par Leicester.


     AU ROY.

Sire, estantz quasi en une mesmes heure arrivez deux corriers de
France et d'Escoce en ceste court, le IIIe de ce moys, j'ay  dire
meintenant  Vostre Majest, quant  celluy de France, qu'on a trouv
que sa dpesche estoit compose de plusieurs pacquetz de diverses
dattes, qui ont parl diversement du propos d'entre Monseigneur et la
Royne d'Angleterre, de sorte que, sellon le contenu des unes lettres,
les choses sembloient n'aller guires bien, mais par celles du XXXe du
pass, qui sont les plus fresches, Mr de Valsingam a si bien escript
et si bien rabill le tout que le comte de Lestre s'en est envoy
conjouyr avecques moy, et me remercyer des bons offices qu'il cognoist
que, par Mr de Larchant et par les lettres que j'ay escriptes par luy
 Voz Majestez, j'ay procur d'estre faictz en cest endroict, et qu'il
les rpute offices vrayement honnestes, et qui se monstrent de tant
plus louables et vertueulx qu'il n'a manqu qui se soyent esforcez au
contraire d'en faire de trs mauvais pour rompre le tout; de quoy il
me vouloit bien asseurer que la Royne, sa Mestresse, et les siens en
raportoient une trs grande et bien fort espcialle obligation 
Vostre Majest, et une aultre trs grande  la prudence de la Royne,
vostre mre, et encores une aultre non moindre  la vertu et constance
de Monsieur; et qu'encor que Mr de Montmorency ne vnt pour ceste
foys,  quoy il avoit bien grand regrect, que Mr de Foix ne lairroit
pourtant d'estre aultant bien veu et bien receu que nul gentilhomme
qui peult, de quelle part qui soit au monde, arriver en ceste court,
esprant que toutes choses yroient bien.

Et le corrier d'Escoce a raport qu'on avoit oppos tant de
difficultez  l'abstinance de guerre qu'il n'avoit est possible de la
conclurre, et que ceulx de Lillebourg, nonobstant les six mil escuz
que Chesoin leur avoit perduz, publioient qu'ilz en avoient receu
douze mille par des moyens que, maugr leurs adversayres, ilz en
recepvroient chacun moys aultant qu'on leur en vouldroit adresser de
France, et qu'ilz avoient souldoy deux centz chevaulx davantaige, et
tenoient mille hommes en garnyson dedans la ville; que ceulx de
l'aultre party requroient instamment la Royne d'Angleterre de leur
envoyer ung entier secours, sans lequel ilz luy dclairoient qu'ilz ne
pouvoient plus temporiser; que le comte de Lenoz se trouvoit las de la
peyne et de la despence qu'il luy convenoit soubstenir au Petit Lith;
que les comtes de Morthon, de Mar et aultres de leur faction, se
plaignoient de luy, et ne vouloient plus recognoistre sa rgence, ains
prioyent la dicte Dame de leur vouloir assister  eulx, ainsy qu'elle
avoit promiz de le faire, et ilz suyvroient son intelligence,
aultrement qu'ilz savoient commant faire leur paix; que les comtes de
Casselz et d'Eglinthon avoient est miz en libert soubz obligation de
ne porter les armes contre le tiltre du jeune Prince; que aulcuns de
la partie neutre monstroient de se vouloir joindre avec le dict de
Morthon et avoient assign jour et lieu pour en confrer ensemble.
Toutes lesquelles choses, Sire, ceulx cy ont mises en dellibration,
mais je ne say encores quelle rsolution ilz y ont prinse, sinon
qu'il semble qu'ilz proposent d'envoyer aulcuns de ce conseil sur les
lieux pour monstrer d'accommoder les choses; mais ce n'est,  mon
adviz, pour aulcun bien de la Royne d'Escosse, ni pour la paix de son
royaume, et y a grand danger, s'ilz font tumber toute l'authorit du
pays ez mains du dict de Morthon, qu'il ne s'en ensuyve ung grand
prjudice  la personne de la dicte Royne d'Escoce, et une trop
estroicte intelligence de luy avec la Royne d'Angleterre. Par ainsy
sera bon, Sire, de fortiffier toutjour de plus en plus l'honneste
party qui deppend de vous; j'estime, Sire, que le plus press est de
faire mettre ez mains de Mr de Glasco les deniers que Vostre Majest a
ordonn d'estre employez par moys en cest affaire, et que cependant le
Sr de Glasco, en vous faisant condolance de la dtention et mauvais
trettement du dict Sr de Vrac et de la vollerie de voz pacquetz, il
vous inciste aussi fort fermement qu'il ne soit dorsenavant rien
trett des affaires de la Royne, sa Mestresse, par les Anglois sans
que l'exprs mandement d'elle, ou la prsence de ses expciaulx
ambassadeurs et encores de vos propres depputez y interviennent, et
qu'il le vous baille hardyement par escript affin que Vostre Majest
ayt tant plus d'argument d'en parler  l'ambassadeur d'Angleterre, et
de me commander d'en parler vifvement par de. Les depputez de
Flandres ont remiz entirement le diffrand des merchandises  ce que
le comte de Lestre et milord de Burgley en ordonneront; qui pouvez
voyr, Sire, combien la chose va passer  l'advantaige des Angloys, et
nantmoins il y reste encores quelque accrochement. Ce IXe jour
d'aoust 1571.


     A LA ROYNE.

Madame,  peyne a est party le corrier avec ma dpesche, du VIe de ce
moys, que Mr le comte de Lestre m'a envoy dire ce que je mande en la
lettre du Roy du contenu de celles de Mr de Valsingam, et davantaige
qu'il donnoit une grande louange  Voz Majestez Trs Chrestiennes et 
Monseigneur de la tant vertueuse et royalle faon, dont toutz trois
procdiez vers la Royne, sa Mestresse; qui rejettiez toutjour toutes
les persuasions qu'on vous pouvoit donner contre le bon propos
encommanc, et ne vouliez admettre les pratiques, lesquelles le dict
de Valsingam mande que Mr le cardinal de Lorrayne, ou quelques aultres
pour luy, menoient secrectement, de proposer le party de la Royne
d'Escoce, sa niepce, ou encores plus expressment celluy de la
Princesse de Portugal,  Mon dict Seigneur, et qu'il feroit qu'en
faveur de l'ung ou de l'aultre mariage, ou au moins pour faire cesser
celluy de la Royne, sa Mestresse, le clerg de France luy donroit
quatre centz mil escuz par an. A quoy le Roy avoit respondu:--Qu'il
estoit bien ayse de cognoistre que son clerg ft asss riche pour
pouvoir faire de telles offres, par o il esproit qu'il en pourroit
tirer de grandes subventions pour payer ses debtes, mais qu'il ne
trouvoit bon qu'il se meslt de telz affaires; car tout ce qu'il avoit
estoit bien  son frre. Nantmoins que le dict sieur comte
s'esbahyssoit comme il me tardoit tant  arriver quelque dpesche de
cella, et si je pensoys qu'il y eust encores rien de chang. Je l'ay
remercy infinyement de la prive communication, dont il continuoit
user vers moy, et que je ne fauldrois toujour de luy bien
correspondre, mais qu' prsent je ne luy sauroys dire sinon que
j'estoys plus esbahy que luy que je n'avoys ny lettre, ny nouvelle
quelconque de Voz Majestez. Et, bien peu aprs, est arriv mon
secrtaire avec la certitude du partement de Mr de Foix pour s'en
venir; dont j'ay incontinent dpesch homme exprs pour en aller
advertyr le dict sieur comte. Sur ce, etc. Ce IXe jour d'aoust 1571.




CCe DPESCHE

--du XIIe jour d'aoust 1571.--

(_Envoye jusques  Calais soubz la couverte du Sr Acerbo._)

  Mission de Mr Foix pour conclure la ngociation du mariage, ou
    former un trait d'alliance.--Nouvelles d'cosse.--Succs des
    rvolts en Irlande.--Confirmation de l'accord fait avec
    l'Espagne sur les prises.


     AU ROY.

Sire, ceulx qui veulent bien et qui portent beaucoup d'affection au
mariage de Monsieur sont bien marrys que Vostre Majest n'ayt, tout
d'un train, envoy Mr de Monmorency pour en conclurre le propos, car
leur semble que la matire y est  prsent bien dispose, et craignent
que tant de remises,  la fin, n'y aportent de l'empeschement,
nantmoins se resjouyssent grandement de la venue de Mr de Foix, comme
de celluy qu'ilz ont en la meilleure opinion du monde, et dont nul
aultre n'eust sceu venir  qui ilz adjouxtent plus de foy, ny qui leur
soit plus agrable que luy; et j'espre, Sire, que, trouvant les
choses au bon estat que, grces  Dieu, elles sont, il ne s'en
retournera sans les vous raporter ou conclues, ou fort aproches de
leur conclusion. Car encores despuys ma dpesche du XXIIe du pass,
j'ay miz peyne de leur donner beaucoup de pied et de fondement en ce,
mesmement, que vous ay lors mand par mon secrtaire touchant
satisfaire  l'honneur,  la conscience et  la seuret de Monseigneur
au poinct de la religion; mais je sentz bien, Sire, que, si l'on
change de propos, et mesmes, si Mr de Foix use de alternative, 
savoir ou du mariage ou de confdration, comme il semble que Mr de
Valsingam en a escript quelque mot, que ceulx cy tiendront l'ung et
l'aultre pour rompuz.

L'on a envoy le jeune Coban pour le recepvoir  Douvre et le conduyre
jusques icy, et milord de Boucaust et sire Charles Havart sont
ordonnez pour l'accompaigner en ceste ville, et puys pour nous mener
l o sera la dicte Dame, laquelle est desj en son progrez.

L'on a dpesch coup sur coup deux gentishommes en Escoce, avec mille
marcz chacun, au comte de Lenoz, qui est en tout quatre mil escuz,
affin qu'il ayt de quoy meintenir son authorit; laquelle ilz
craignent que le comte Morthon la luy veuille du tout emporter, et
mesmes souspeonnent que le Sr de Vrac, qu'ilz disent estre
meintenant en libert, ayt quelque pratique avecques luy. Tant y a que
la Royne d'Escoce, de ce peu qu'elle pouvoit avoir en ses coffres, a
faict mettre deux mil trois centz quatre vingtz douze escuz en mes
mains pour envoyer  ceulx de Lillebourg, ce que j'espre, Sire, les
leur faire tenir le plus tost et le plus seurement qu'il me sera
possible, mais les pouvres officiers et serviteurs de la dicte Dame
demeurent cependant fort mal pourveuz. L'on a ordonn, despuys deux
jours, que son ambassadeur sera transport  Ely, qui est cinquante
mille loing d'icy;  quoy je me suys oppos, et ne say encores si
l'on y aura de l'esgard. L'on luy a dict que, le XXVIIIe du prsent,
doibt estre tenu un parlement en Escoce pour ordonner aulcuns depputez
affin de les envoyer par de, et que lors sera procd tout ensemble
et  sa libert et  la rsolution des affaires de sa Mestresse; mais
il semble que sa dicte Mestresse, avec rayson, ne veult plus confyer
l'accommodement de ses affaires ny la conclusion du trett  la Royne
d'Angleterre ny  ses ministres, si elle mesmes ou ses expciaulx
depputez ne sont prsens.

Fitz Maurice prospre en Yrlande, il a deffaict trois centz Anglois
des garnysons de dell, et surprins quelque lieu d'importance. Ceulx
cy ont tir, despuys huict jours, vingt cinq chariotz chargs d'armes
de la Tour, pour y envoyer. Milord Sideney faict si grande difficult
d'y retourner qu'il semble que milord Grey enfin y passera. J'entendz
que le faict de Flandres, quant aulx merchandises, est accord, ainsy
que l'ambassadeur d'Espaigne mesme me l'a confirm, mais il semble que
l'excution de l'accord conciste en beaucoup de particullaritez qui
pourront encores avoir quelque trt. Aprs l'arrive de Mr de Foix,
nous vous escriprons toutz deux plus amplement. Sur ce, etc.

     Ce XIIe jour d'aoust 1571.




CCIe DPESCHE

--du XIXe jour d'aoust 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Arrive de Mr de Foix  Londres.--Audience.--Insistance de Mr de
    Foix pour que l'on s'accorde avant tout sur l'article de la
    religion.--Intrigues de l'Espagne afin d'empcher le
    mariage.--Dtails particuliers sur la ngociation.


     AU ROY.

Sire, la favorable rception que le jeune Coban a heu charge de faire
 Mr de Foix  Douvre, et puys milord de Boucaust et sire Charles
Havard  Londres, et celle que finalement la Royne d'Angleterre et les
principaulx de sa court luy ont faicte, quant il est arriv vers elle
 Hatfeild, ont montr que sa venue estoit bien fort agrable par
de, et que l'occasion, pour laquelle l'on a estim qu'il y passoit,
estoit trs desire de l'universel de ce royaulme; ce que luy mesmes a
encore mieulx cogneu par les honnestes propos de ceste princesse, et
le luy a est davantaige confirm par l'expression des parolles et de
l'indubitable dmonstration de ceulx de son conseil, de sorte qu'il a
trouv que l'affaire estoit en trs bons termes.

Dont pour le conduyre au poinct que Voz Majestez et Monseigneur
desiroient, et affin de l'y acheminer par la voye que luy avez baill
en son instruction, aprs qu'avec beaucoup de dignit et d'une fort
bonne faon, il a heu satisfaict aulx premiers offices de salutation
et prsentation de voz lettres, lesquelles ont est fort gracieusement
receues de la dicte Dame, il luy a vifvement incist qu'elle debvoit
ottroyer  Monseigneur, venant par de, l'exercice de sa religion, et
que, sans l'offance de sa conscience et grand intrest de son honneur,
ny mesmes sans quelque note d'infamye, il ne s'en pouvoit aulcunement
dpartyr, ny Voz Majestez; et les saiges seigneurs de vostre conseil,
aprs avoir dilligemment examin ce qu'elle avoit naguires respondu,
(qu'elle craignoit de ne pouvoir meintenir  Mon dict Seigneur son
exercice, s'il le s'attribuoyt), ne vous voyent y avoir rien de plus
expdiant que de faire que la tollrance d'icelluy, pour plus de
seurt, luy ft ottroye par chapitre exprs, comme les aultres
articles du contract: ce qu'il luy a comprouv avec plusieurs graves
et fort prudentes considrations, et avec toute la vive action qui a
est ncessaire pour luy faire clairement cognoistre qu'il n'estoit ny
honneste, ny utille, ny aulcunement possible, qu'il se ft aultrement.

A quoy la dicte Dame, aprs avoir beaucoup aprouv la saincte
intention de Mon dict Seigneur, et avoir, par ung bel ordre de
beaucoup de bonnes parolles, infinyement lou ce qu'il vouloit avoir
considration de Dieu, de sa conscience et de la conservation de son
honneur sur toutes choses, elle a allgu les raysons qui, de son
cost, luy sembloient estre pareillement considrables pour sa
conscience, pour son estimation et pour la paix de son royaulme; et
qu'elle estoit trs contante que nous deux, avec trois ou quatre des
principaulx de son conseil, advisissions de quelques honnestes moyens
pour mutuellement satisfaire et  elle et  Mon dict Seigneur, et
s'est arreste principallement sur deux poinctz: l'ung,  rejecter le
doubte du dangier de Mon dict Seigneur, comme chose qu'on ne pouvoit
avoir nullement comprinse, ny d'aulcuns propos qu'elle eust jamais
tenuz (ains avoit est tout au contraire), ny pareillement de l'estat
prsent de ce royaulme, car ne falloit doubter que Monsieur n'y ft
crainct, aym et aultant rvr de ses subjectz que nul souverain
prince et absolu le pourroit estre en nul aultre estat de toute la
terre habitable. Et l'aultre poinct a est de craindre que, d'icy 
six ou sept ans, elle ft mesprise de Monsieur, qui ne sera lors
qu'en fleur de jeunesse et elle ung peu plus advance en l'eage, ce
qui luy seroit ung trop certain racourcissement de ses jours, ou qu'au
moins elle passeroit, de l en avant, ceulx qui luy resteroient comme
dans un spulchre de larmes.

A quoy luy ayantz toutz deux fort satisfaict par l'asseurance qu'elle
debvoit prandre des excellantes vertuz et perfections qui sont en Mon
dict Seigneur, et encores plus par l'estime de celles qu'il trouvera,
de jour en jour, plus grandes et plus aymables en elle, le propos
s'est adonn  la recordation d'aulcunes choses qui avoient pass,
durant le temps de Mr de Foix par de[12]; et ainsy l'audience s'est
gracieusement acheve.

  [12] Paul de Foix, archevque de Toulouse, avait t lui-mme
  ambassadeur en Angleterre de 1561  1565, poque  laquelle il
  avait t remplac par Mr Bochetel de La Forest.

Et, le lendemain, nous ayantz la dicte Dame envoy quatre principaulx
seigneurs de son conseil, il leur a est par Mr de Foix encores plus
vifvement et plus copieusement dduict, qu'il n'avoit faict  elle, ce
qui mouvoit Voz Majestez Trs Chrestiennes, et Monsieur, et tout
vostre conseil,  ceste ferme rsolution de la religion, et comme il
estoit impossible, s'il n'estoit pourveu  Mon dict Seigneur de
l'exercice de la sienne, vennant par de, qu'on passt plus oultre,
et que pourtant ilz advisassent de quelques si bons et si seurs
expdiantz en cest endroict que les deux parties en peussent avoir
contantement. Ilz ont faict des responces sur le champ qui ont,  la
vrit, tesmoign le singulier desir de tout ce royaulme envers Mon
dict Seigneur, mais une trs grand difficult  l'accommodement de ce
poinct pour le prjudice de leur religion et pour la trop grande
confiance que les Catholiques en prandroient; et nantmoins qu'ilz en
confreroient avec leur Mestresse pour plus rsoluement nous y
respondre. Dont nous estantz, le jour d'aprs, rassemblez au logis de
la dicte Dame, ilz nous ont respondu, qu'elle ne pouvoit, sa
conscience, son estimation et son estat sauvs, nous accorder nostre
demande en la faon et aulx termes qu'elle estoit, et qu'elle ne
pouvoit ny vouloit penser qu'en eschange d'une si grande sincrit et
candeur, qu'elle et toutz les siens avoient us en cest endroict, trop
plus que  nul aultre party qui se ft encores prsent, Voz Majestez
et Mon dict Seigneur luy vollussiez proposer des condicions qui luy
fussent ou dommageables, ou impossibles, et que pourtant elle avoit
mand le reste de son conseil, affin d'adviser de quelques honnestes
moyens qui fussent pour satisfaire  elle et contanter Mon dict
Seigneur.

Cependant n'est pas  croyre, Sire, combien les ministres du Roy
d'Espaigne, qui sont icy, s'esforcent par inventions, en partie
artifficieuses et en partie vrayes, de donner empeschement  ce
propos; car, encores que la Royne d'Angleterre tienne au Roy, leur
Maistre, et  ses subjectz, quatre centz mil escuz de clair dans sa
Tour de Londres, et plusieurs navyres, et trs grand nombre de
merchandises par de, et qu'ils soyent les oultraigez et intressez,
nantmoins ilz accordent, pour se racointer  elle, de rembourcer
encores de nouveau les Anglois d'aultres quatre centz mil escuz, et
laysser  la dicte Dame de convenir de ceulx que desj elle tient avec
les Gnevoys, comme elle pourra, et que les subjectz du Roy d'Espaigne
se contanteront de reprendre les merchandises en tel estat qu'elles
sont; et que pour retacher davantaige son amyti et son alliance avec
la mayson d'Austriche, si elle se rsoult fermement de prendre party,
que le Prince Rodolphe s'y offre, dez  prsent, et, si elle veult
demeurer en sa premire libert, comme elle a faict les trze ans de
son rgne, qu'ilz s'esforceront de luy mettre le Prince d'Escoce en
ses mains pour le pouvoir dsigner  ses subjectz, quand elle vouldra,
et non plus tost, son successeur aprs elle; et luy feront cependant
fiancer une des filles d'Espaigne, et feront en oultre qu'elle ne
sentyra de sa vie aulcun moleste du cost de la Royne d'Escoce, ce
qu'ilz sont aprs  le persuader  la comtesse de Lenoz. Et vont aussi
par dons, par promesses et par grandes offres, pratiquans ceulx de ce
conseil et encores quelques dames, pour traverser le propos de
Monsieur; et estiment que la conclusion en est plus prochaine qu'elle
n'est; laquelle ilz ont de tant plus suspecte qu'ilz entendent que la
noblesse de ce royaulme et les Flamans, qui sont icy, ne parlent de
rien plus ouvertement que de se vouloir toutz employer  la conqueste
des Pays Bas pour luy. Sur ce, etc.

     Ce XIXe jour d'aoust 1571.


     A LA ROYNE.

Madame, il semble que la Royne d'Angleterre ayt prins pour grand
offance qu'on ayt vollu infrer de son dire, qu'il y avoit du pril et
du dangier pour Monseigneur vostre filz s'il vouloit user de la
religion catholique par de, chose qu'elle asseure n'avoir touche ny
prez, ny loing, ains plustost le contraire: c'est qu'elle voyoit les
occasions de trouble, qui avoient aparu  la venue du Roy d'Espaigne,
cesser toutes en l'endroict de Mon dict Seigneur parce qu'il ne
passeroit icy sur ung changement de religion, comme avoit est allors,
ny sur ung nouveau rgne comme celluy de sa soeur, qui estoit asss
contredict de plusieurs, ains viendroit continuer avec elle, avec tout
heur et playsir, un rgne trs paysible et bien estably, qui avoit
desj dur trze ans en la personne d'elle seule. Mais ceulx de la
noblesse de sa court se sont davantaige irritez du dict propos, ayantz
plusieurs des principaulx dict tout librement que en France, en
Espaigne et en quel estat qui soit aujourduy au monde, l'on ne sauroit
plus honnorablement, ny loyaulment, ny avec plus de fidellit et
d'obyssance, accompaigner leur prince qu'ilz accompaigneront
Monsieur, s'ilz ont cest heur que de l'avoir pour roy, ou quelque
aultre prince qui sera mary de leur Royne, et qu'ilz sauront aussi
bien et vaillamment mouryr  ses pieds que nation qui soit soubz le
ciel; par ainsy, que les ennemys de ce propos aillent trouver quelque
aultre invention, car la preuve et la vertu de leurs prdcesseurs
convaincront toutjour ceste cy de grand mensonge; et ne pouvoient
penser que Voz Majestez et Mon dict Seigneur leur vollussiez faire
tant de tont que d'avoir une si mauvaise opinion d'eulx, ny qu'il se
trouvast ung si arrogant homme en Angleterre qui ost contradire ou
s'opposer en rien  son prince.

A quoy Mr de Foix et moy, pour modrer ceste impression, avons
premirement respondu  la dicte Dame que Voz Majestez et Mon dict
Seigneur auroient trs agrable ceste sienne dclaration, et avons
signifi  quelques ungs des siens que Voz dictes Majestez avoient
aultant bonne estime d'eulx que de noblesse qui soit au monde, et que
vous prandrez encores de fort bonne part ceste leur abondante
affection vers Mon dict Seigneur. De quoy ilz sont demeurez asss
satisfaictz; mais ilz ont opinion que une partie de ceste objection
soit procd artifficieusement d'aulcuns de de, qui sont
souspeonnez,  cause du Roy d'Espaigne, de ne vouloir l'advancement
de ce propos, lesquelz on menace asss ouvertement, et avec
dmonstration en universel, qu'on ne desire rien tant que de recouvrer
ung tel chef, de qui la vertu et la valleur sont infinyment prises et
loues par de. Sur ce, etc.

     Ce XIXe jour d'aoust 1571.




CCIIe DPESCHE

--du IIIe jour de septembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Monsieur de Foix._)

  Retour de Mr de Foix en France.--Ngociation sur les articles
    touchant l'exercice de la religion, l'administration du
    royaume, et le couronnement.


     AU ROY.

Sire, la ferme rsolution que Mr de Foix a dclair  la Royne
d'Angleterre et aulx siens: que Voz Majestez Trs Chrestiennes, et
Monseigneur, et les saiges seigneurs de vostre conseil, avoient prinse
de ne se pouvoir faire, en faon du monde, que Mon dict Seigneur,
venant par de, n'eust l'exercice de sa religion pour luy et ses
domestiques; et ce que, d'abondant, il a propos que l'administration
du royaulme luy ft ottroye conjoinctement avec la dicte Dame,
ensemble le couronnement, ont est trois poinctz, qu'encor qu'ilz
ayent sembl dangereux et suspectz, il les leur a nantmoins si bien
justiffiez, et monstr, par beaucoup de graves et bien fort aparantes
raysons, qu'ilz estoient trs justes et esloignez de toute simult et
d'offance, qu'enfin l'affaire a est dextrement conduict aulx termes
que luy mesmes vous dira[13]; qui m'asseure, Sire, que les trouverez
trs honnorables pour Vostre Majest. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de
septembre 1571.

  [13] Le rcit de cette ngociation, qui n'a pas t transcrit sur
  les registres, ne s'est pas retrouv dans les papiers de
  l'ambassadeur, o l'on voit seulement le compte qui a t rendu
  de la ngociation dont Mr de Foix a t charg l'anne suivante
  (juin 1572) avec MMrs de Montmorenci et de La Mothe Fnlon au
  sujet du mariage du duc d'Alenon.




CCIIIe DPESCHE

--du VIIe jour de septembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Explication sur l'avis donn au roi que l'on songeait  renouer
    la proposition du mariage entre lisabeth et le prince de
    Navarre.--Efforts tents en Angleterre pour rompre le mariage
    du duc d'Anjou.--Saisie de l'argent envoy en cosse par
    l'ambassadeur.--Accusation porte contre le duc de Norfolk  ce
    sujet.--Demande de l'ambassadeur, afin que l'argent lui soit
    rendu.--Arrive de don Juan en Italie pour conclurre la guerre
    contre les Turcs.--Nouvelles des Pays-Bas.--Le duc de Norfolk
    conduit  la Tour; prire de l'ambassadeur afin que le roi
    intercde en sa faveur.--Accord du comte d'Arguil avec le comte
    de Morton.


     AU ROY.

Sire, il me souvient que quant le jeune Coban, n'estant encores
conclue la paix en vostre royaulme, fut envoy devers l'Empereur pour
renouveller le propos de l'archiduc Charles, l'on me donna adviz qu'en
mesmes temps Mr le cardinal de Chatillon, pour le traverser, avoit
faict mettre en avant, par le Sr de Trokmorthon, le party de Monsieur
le Prince de Navarre avec la Royne d'Angleterre, remonstrant que les
princes protestans d'Allemaigne en seroient plus contantz que de cest
aultre, et qu'il n'y avoit nul plus grand subject ny de meilleure
extraction que le dict Prince en toute la Chrestient; et que, oultre
les estatz de la Royne de Navarre, sa mre, qui estoient grandz, et,
oultre les biens de Vendosme qui estoient honnorables, et dont de
ceulx qui sont en Flandres les ungs estoient assis sur la mer en lieu
non guires moins commode que Callais, le dict Sieur Prince avoit
obtenu de nouveau ung jugement en la chambre imprialle contre le Roy
d'Espaigne de plusieurs aultres biens et sommes, qu'il disoit monter 
plus de deux millions d'or. Nantmoins le propos,  cause de l'eage et
de la taille, n'avoit est auculnement suyvy, et n'ay point sceu,
Sire, que, despuys la paix conclue, et despuys le propos de
Monseigneur, frre de Vostre Majest, il ayt est faict aucune mencion
du dict Sieur Prince ny pour la Royne d'Angleterre, ni pour aulcune de
ses parantes. Et quand Mr de Foix a parl icy que Vostre Majest
vouloit donner Madame en mariage au dict Sieur Prince, et que despuys
j'ay asseur que cella estoit comme conclud, je n'ay cogneu, en signe
ny en parolle, qu'on ayt faict aultre dmonstration que de l'aprouver
bien fort, et de louer infinyement le moyen qu'aviez trouv par l
d'assurer si bien ceulx de la nouvelle religion qu'ilz n'auront jamais
occasion de rien mouvoir dans vostre royaulme.

Tant y a, Sire, que je prendray garde si l'adviz qu'on vous a donn l
dessus a aulcun fondement, bien me semble que le conseil de de n'est
si peu judicieulx qu'il veuille faire dlaysser  ceste Royne l'ung ou
l'aultre de deux grandz apuys qui luy sont proposs, pour suivre ce
troisime bien foible, qui ne luy pourroit guires ayder, et qui
seroit pour faire unyr les aultres deux contre elle. Dont ne fault
doubter qu'elle ne cerche de s'accommoder en quelque bonne sorte avec
Vostre Majest, et, si elle ne le peult faire, qu'elle vouldra
retourner, commant que soit,  l'intelligence du Roy d'Espaigne; mais,
pour le prsent, sa principalle entente, et des siens, est de
parachever le propos de Mon dict Seigneur. Et encor que, de l'autre
part, l'on offre  la dicte Dame de luy faire de grandz advantaiges,
et  plus tollrables condicions que les nostres, ou au moins de
mettre les choses d'Escoce en sa main, et que beaucoup de dons et de
prsens ayent desj couru en cella avec encores de plus grandes
promesses pour l'advenyr, et que soubz main, l'on ayt admonest les
Protestans de penser ainsy de ceste grandeur de Monsieur comme d'une
authorit qui se va dresser contre eulx et contre leur religion, ces
mauvais offices nantmoins n'ont peu encore avoir lieu, et ceulx qui
les ont faictz, bien que ne leur en ayons opposez de semblables, n'ont
sceu dissimuler leur dolleur qu'ilz n'ayent monstr avec larmes qu'ilz
ne savent o ilz en sont. Ce que je laysse, Sire,  Mr de Foix de le
vous discourre plus au long par le rcit de plusieurs particullaritez
qui sont advenues pendant qu'il a est par de. Lequel aussi vous
racomptera l'accidant des deux mil escuz que j'envoyois en Escoce,
pour l'occasion desquelz l'on a despuys resserr davantaige le duc de
Norfolc, comme s'il en estoit coulpable, et miz en la Tour ses deux
secrtaires. Et parce que j'ay est allgu, il y a heu deux seigneurs
de ce conseil qui m'en sont venuz parler; ausquelz j'ay dict tout
librement que Vostre Majest, ayant entendu la perte des dix huict mil
escuz et des monitions que Chesoin admenoit en Escoce, et la vollerie
qu'on avoit faicte au Sr de Vrac, vostre agent, arrivant par dell,
d'avoir prins ses pacquectz, ses coffres, son argent et l'avoir
arrest luy prisonnier; et ne sachant que les deux tiers de l'argent
ft entr dans Lillebourg, comme on l'avoit entendu despuys, vous
m'aviez command, Sire, de faire tenir au dict Vrac, ou  quelcun
pour luy, le plus dextrement que je pourrois, mil escuz, ensemble une
aultre petite partie que Mr de Glasco envoyoit par dell; et de tant
que c'estoit une chose qui concernoit vostre service, laquelle ne
debvoit estre dsagrable  la Royne, vostre bonne soeur, non plus
qu'elle ne luy pouvoit estre en faon du monde dommageable, je prioys
iceulx du conseil de faire envers elle que les dicts deux mil escuz
fussent, par l'ordre mesmes de la dicte Dame, apportez au dict de
Vrac, ou qu'elle me vollust donner saufconduict pour les luy envoyer,
ou au moins me les faire randre; et, quoy que soit, qu'elle me mandt
ce que j'auroys  en escripre  Vostre Majest; dont, Sire, j'en
attandz, d'icy  deux jours, la responce. Et parce que Mr de Foix est
bien instruict de tout ce faict, je vous suplieray seulement, Sire,
d'en parler, ou d'en respondre,  l'ambassadeur d'Angleterre, quant il
vous en parlera, conforme  ce dessus, et me commander comme il vous
playrra que j'en use; se continuant, au reste, toutes aultres choses
icy, comme Mr de Foix les a laysses: que le Sr de Quillegrey partira
bientost pour aller sollaiger Mr de Valsingam, et que milord de
Burgley suyvra, si quelque accidant ne survient.

L'ambassadeur d'Espaigne a publi l'arrive de don Joan d'Austria en
Itallye, avec grand expectation de toute la Chrestient qu'il
exploictera encores cest est plusieurs notables faictz d'armes sur le
Turc. Ung allemant qui se faict appeller le comte de Lumey est arriv,
despuys huict jours, lequel est eschapp,  ce qu'on dict, par grand
fortune, des mains des Espaignolz qui cerchoient de le prandre, parce
qu'il favorisoit les partz du prince d'Orange. Je verray ce qu'il
ngociera par de; et sur ce, etc.

     Ce VIIe jour de septembre 1571.


PAR POSTILLE.

   Despuys la prsente escripte, l'on a men le duc de Norfolc  la
   Tour; et de tant, Sire, qu'il semble qu'on le travaille, et qu'on
   le veult recercher de sa vie,  cause que son secrtaire m'a
   vollu moyenner la conduicte de ces deux mil escuz au Sr de Vrac,
   vostre agent en Escoce, de quoy je ne sache qu'il soit en rien
   consent ny savant, je supplie trs humblement Vostre Majest
   d'employer, en quelque bonne sorte, sa faveur envers la Royne
   d'Angleterre,  ce que le dict duc et ses hommes ne souffrent
   aucun mal pour cella. Et, au surplus, Sire, j'entendz que
   l'accord, que milord de Burgley nous disoit estre faict en
   Escoce, est entre le comte de Morthon et le comte d'Arguil,
   lequel il a tir de sa part, au prjudice toutjour de la cause de
   la Royne d'Escoce.




CCIVe DPESCHE

--du XIIe jour de septembre 1571.--

(_Envoye jusques  Calais par Clearc, archier de la garde
escooyse._)

  Procdure contre le duc de Norfolk.--Danger de Marie
    Stuart.--Nouvelles d'cosse; avantages remports par les
    partisans de la reine.--Conclusion de l'accord sur les prises
    entre les Anglais et les Espagnols.--Entreprise des partisans
    de la reine d'cosse sur Stirling.


     AU ROY.

Sire, quant Mr de Foix est party d'icy, la Royne d'Angleterre a
monstr qu'elle estoit en dellibration d'envoyer devers Vostre
Majest ung des seigneurs de son conseil pour vous aller justiffier
les responces qu'elle nous a faictes, et les conduyre, s'il estoit
possible,  quelque bonne conclusion du propos du mariage, ou au moins
confirmer par l l'amyti qu'elle cerche de faire avec vostre
couronne; mais despuys il semble qu'elle ayt remiz ceste despche
jusques  ce que le Sr de Valsingam luy ayt mand comme aura est
prins le rapport de Mr de Foix. Cependant elle et ceulx de son conseil
font une extrme dilligence d'enqurir contre le duc de Norfolc s'il a
point continu ses intelligences avec la Royne d'Escoce, despuys qu'il
luy a est deffandu, et s'il en a heu quelque une avecques moy, mais
il semble que beaucoup plus l'on le recerche s'il a poinct men nulle
pratique avec le duc d'Alve, et nantmoins ung chacun estime que tant
plus l'on l'esclayrera, plus il sera cogneu loyal subject de sa
Mestresse; et s'est on esforc de prouver que les deux mil escuz, qui
alloient en Escoce, venoient de luy, mais la vrit se manifeste de
plus en plus qu'ilz sont procdez de moy, comme je n'ay diffr de les
advouher, et d'asseurer que Vostre Majest m'avoit command de les
faire tenir au Sr de Vrac pour son entretennement par dell; ce qui
justiffie, quant  ce poinct, fort grandement le dict duc, bien que je
ne fays doubte qu'on ne resserre davantaige la Royne d'Escoce, et
qu'on ne preigne quelque colleur de cecy, ainsy qu'assez souvant l'on
l'a bien prinse d'aultres bien lgires choses, pour retarder ses
affaires; mesmes que milord de Burgley m'a mand que la Royne, sa
Mestresse, estoit dellibre de ne souffrir qu'aulcun demeurast icy
pour la Royne d'Escoce, ny qu'il se trouvast homme en Angleterre qui
ozt parler pour elle. Dont, sur la premire occasion, que Vostre
Majest me commandera d'en porter quelque parolle, je mettray peyne de
m'en rsouldre en une ou aultre faon.

J'entendz que le jeudy, vingt huictiesme du pass, il y a heu une
grosse escarmouche entre ceulx de Lillebourg et du Petit Lith, o la
deffaicte a est grande de chacun cost, mais l'advantaige est demeur
 ceulx de Lillebourg, qui ont prins le coronnel des gens de pied du
comte de Lenoz; et le dict de Lenoz s'est retir  Esterling, ayant
layss chef dans la place le milord Lendsey. L'on dict que milord de
Humes avoit aussi est prins de rechef, et bless en la dicte
escarmouche, mais qu'il est eschapp. J'entendz que ceulx du dict
Lillebourg sont allez courre jusques  St Andr, o le Sr de Vrac
estoit dettenu et qu'ilz l'ont admen avec eulx. Les comtes d'Arguil,
de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid ont faict leur convention avec
le comte de Morthon, soubz colleur de laquelle l'on nous a vollu
donner entendre que la paciffication estoit establye en tout le pays;
mais je voys bien, Sire, qu' ceste heure, plus que jamais, vostre
assistance et vostre authorit sont requises au dict pays.

Si, d'avanture, le Sr de Valsingam prend esprance des propos que
Vostre Majest luy tiendra, il y a grand apparance qu'aprs ses
premires lettres  ceulx cy, milord de Burgley passera incontinent en
France, avec lequel j'estime, Sire, que, mieulx qu'avec nul aultre de
ce royaulme, Vostre Majest pourra conclurre les choses qu'elle a 
dmesler avec ceste princesse. Le diffrand des Pays Bas, en ce qui
concerne les merchandises, est accord tout ainsy que je l'ay dict 
Mr de Foix; ne reste plus que ung peu de crmonie,  qui sera couch
par le contract qui debvra rendre le premier, car en effect les
Anglois demeurent saysis et satisfaictz de tout ce qu'ilz ont vollu,
et le Sr Fiesque s'en va en dilligence trouver le duc d'Alve pour le
luy faire ratiffier, avec lequel l'on a heu une bien estroicte et bien
prive communication en ceste court premier qu'il soit party. Sur ce,
etc.

     Ce XIIe jour de septembre 1571.


   Despuys la dicte escarmouche, est venu nouvelle que ceulx de
   Lillebourg, en nombre de quinze centz hommes, sont allez essayer
   une fort hazardeuse entreprinse sur ceulx qui estoient logez dans
   la ville d'Esterlin, qui leur a ruscy si bien qu'ilz ont faict
   une grande excution, et entre autres choses on dict qu'ilz ont
   donn ung coup de pistoll au comte de Lenoz dans son lict,
   lequel  peyne en eschappera.




CCVe DPESCHE

--du XVIe jour de septembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr Gosselin._)

  Confirmation de l'entreprise sur Stirling.--Communication faite
    par Burleigh.--Mort du comte de Lennox.--Le comte de Mar nomm
    rgent.--Rigueurs exerces contre Marie Stuart.--Assurances
    d'amiti donnes par Burleigh au nom d'lisabeth.--Explications
    de l'ambassadeur.--Effet produit  Londres par l'arrestation du
    duc de Norfolk.--Hsitation des Anglais  l'gard de
    l'cosse.--Ncessit pour le roi d'envoyer dans ce pays
    d'importans secours.


     AU ROY.

Sire, ce que je vous avois mand de l'hazardeuse entreprinse, que
ceulx de Lillebourg avoient faicte pour surprendre dedans Esterling
plus de soixante seigneurs comtes, lordz, vesques, abbs ou aultres
principaulx de la noblesse, qui estoient l assemblez pour tenir ung
parlement contre leur Royne, est trs vritable, et n'a l'on ouy de
longtemps rien de plus mmorable que cella, si l'yssue eust
correspondu  son commancement; mais la chose enfin est devenue aulx
termes que Vostre Majest verra par les deux adviz cy encloz[14].

  [14] Cette entreprinse sur Stirling, qui avait eu un si heureux
  commencement (v. _note_ p. 69), fut sans aucun rsultat pour la
  cause de Marie Stuart; le comte de Mar tant bientt arriv,
  dlivra les seigneurs prisonniers; il fut proclam rgent, et fit
  prir, par les supplices, plusieurs des auteurs de l'entreprise.
  Les deux avis dont il est ici mention n'ont pas t transcrits
  sur les registres.

Tant y a que milord de Burgley m'a envoy dire par le Sr de
Quillegrey, son beau frre, que asseurement le comte de Lenoz y a
est tu, et qu'aussitost le comte de Mar a est cr rgent, mais
qu'on ne sayt encore s'il aura accept la charge; m'a mand
davantaige que,  cause de quelques pratiques qu'on a dcouvertes du
duc de Norfolc, la Royne d'Angleterre a dellibr de faire observer de
plus prs que jamais la Royne d'Escoce, et ne permettre que, de
quelques jours, elle ayt aulcune intelligence par messaiges, ny par
lettres, avec personne du monde, et par ainsy qu'elle me faisoit
renvoyer ung pacquet, que naguires j'avois escript  la dicte Royne
d'Escoce, bien que je le luy heusse dpesch par saufconduict; et,
quant aulx choses d'Escoce, qu'elle avoit mand  son ambassadeur
qu'aprs le retour de Mr de Foix il en allast tretter avec Vostre
Majest,  quoy pensoit qu'il ne feroit faulte; au regard de ce qui
estoit advenu des deniers que j'envoyoys en Escoce, qu'elle en avoit
prins ung peu de souspeon, mais qu'elle s'asseuroit tant de la
parfaicte amyti de Vostre Majest qu'elle en demeuroit hors de toute
deffiance, et s'asseuroit aussi que ne prendriez sinon de bonne part
la dilligence que, pour la conservation de son estat, elle mettoit de
vriffier les pratiques que Ridolphy avoit menes contre elle, o il
avoit toutjour, dez le commancement, vollu pourvoir que ne fussent
communiques  moy, vostre ambassadeur, s quelles la dicte Royne
d'Escoce et le dict duc se trouvoient  ceste heure meslez. Et
adjouxtoit de soy, le dict de Burgley, qu'il ne voyoit pas pour cella
qu'il deubt venir rien de rfroydissement au bon propos, et que l'ung
de quatre seigneurs: savoir, du comte de Betfort, de milord de
Boucost, de mestre Smith ou de luy; avoient est proposez pour aller
devers Vostre Majest sur la correspondance du voyage de Mr de Foix,
aprs qu'on auroit receu responce du Sr de Valsingam, bien que la
Royne, sa Mestresse, ne vouldroit estre veue aller recercher ce dont
l'advantaige, rserve aulx dames, requiert qu'elle soit recerche.

J'ay respondu, Sire,  chacun poinct sellon que j'ay estim convenir 
la grandeur de Vostre Majest, et  l'entretennement de vostre commune
amyti avec ceste princesse, et au desplaysir que vous aurez si la
Royne d'Escoce est maltrette, ensemble au regrect qui vous touche de
ces dsordres qui continuent entre les Escossoys, avec un desir infiny
d'y remdier, ce que je n'estendz icy aultrement pour viter longueur;
et que je percistoys, quant aulx deux mil escuz, de les demander et
d'estre prest d'aller satisfaire la dicte Dame comme je les ay
baillez, et de n'avoir jamais heu pratique avec le duc de Norfolc ny
avec nul des siens; que, touchant le propos du mariage, Mr de Foix
avoit emport les responces, s quelles il n'avoit garde d'y rien
empyrer, mais bien luy avoit sembl expdiant que quelcun des
seigneurs de ce conseil deust aller remonstrer  Vostre Majest
combien toutz eulx les estiment raysonnables.

Or espr je, Sire, de veoir bientost la dicte Dame et vous mander ce
que l dessus elle m'aura vollu plus ayant discourir; cependant, pour
vous mieulx tesmoigner des durs dportemens qu'on use envers la Royne
d'Escoce et des profondz souspirs qu'elle en adresse  Vostre Majest,
et pour vous faire veoir aussi quel est l'estat prsent de son
royaulme et comme l'on continue de le vouloir toutjour broiller, qui
nantmoins monstre d'attandre sa ressource de la faveur de Vostre
Majest, et que icelle luy viendra  ceste heure plus opportune et
plus utille que jamais, je vous envoye l'extrt de la dernire lettre,
du VIIIe du prsent[15], que j'ay receue de la dicte Royne d'Escoce;
avec une aultre lettre qu'elle m'a secrectement escripte, le mesmes
jour, de sa mein, et deux lettres du Sr de Vrac du vingtiesme et
trentiesme du pass, avec celle que, du dict mesmes XXXe, le Sr de
Ledinthon a escript  Mr de Roz. Sur toutes lesquelles, aprs les
avoir bien considres et consultes, et les avoir communiques  Mr
de Glasco, comme la Royne, sa Mestresse, le desire, je vous supplie
trs humblement, Sire, y vouloir prendre une bonne et bien honnorable
rsolution, et faire appeller l'ambassadeur d'Angleterre affin de luy
en faire aultant entendre comme Vostre Majest jugera qu'il en sera
expdiant pour n'altrer l'amyti de sa Mestresse, et justiffier les
honnestes debvoirs dont vous avez toutjours us vers elle en cest
endroict. Et sur ce, etc.

     Ce XVIe jour de septembre 1571.

  [15] Voir la _Collection complte des lettres de Marie Stuart_,
  publie par Mr le prince de Labanoff de Rostof.


     A LA ROYNE.

Madame, il semble que l'accidant du duc de Norfolc et celluy du comte
de Lenoz facent desirer davantaige  ceste princesse, et aulx siens,
la conclusion du propos encommanc, affin de mieulx asseurer l'estat
de ce royaulme: car, ainsy qu'on a ramen le dict duc  la Tour, le
peuple de Londres, lequel on a toutjour estim luy estre le moins
affectionn du royaulme, a nantmoins accouru de toutes partz pour le
veoir et le saluer, et pour dire tout hault qu'il estoit plus homme de
bien et plus loyal subject de leur Royne que ceulx qui l'accusoient,
et qu'ilz prioient Dieu de conserver son ignocence et de confondre
ceulx qui cerchoient sa mort. D'ailleurs, ilz voyent que les choses
d'Escoce ne leur succdent ainsy qu'ilz desireroient, et qu'il leur
est besoing, s'ilz y veulent rien establyr  leur dvotion, d'y aller
 plus grandes et ouvertes forces, et  plus de fraiz qu'ilz n'y
employent; dont semble qu'ilz s'en trouvent assez perplex. Je croy
bien qu'ilz feront,  ceste heure, des nouvelles dellibrations s
dictes choses d'Escoce, et qu'ilz envoyeront pratiquer le comte de
Mar, et, possible, dpescheront quelques gens de guerre de dell, par
prtexte de venger la mort du dict de Lenoz; mais les lettres du Sr de
Vrac monstrent que si, de la part de Voz Majestez Trs Chrestiennes,
arrivoit, sur ceste conjonction de temps, quelque personnaige
d'authorit et de grande qualit vers les Escossoys, avec quelques
moyens de vostre faveur, que les ungs et les aultres se rduyroient
facillement  l'intelligence de France, et viendroient  paciffication
entre eulx, au grand honneur de Voz Majestez et grande rputation des
affaires du Roy, non seulement en ceste isle, mais par toute la
Chrestient. Je ne vous diz rien, Madame, de l'extrmit en laquelle
la Royne d'Escoce, vostre belle fille, s'estime estre rduicte, car
ses propres lettres vous en parleront asss; seulement vous supplie
trs humblement me commander l'office qu'il vous playt que je y face,
conforme  ce que vous savez commant la Royne d'Angleterre le
prendra. Et sur ce, etc.

     Ce XVIe jour de septembre 1571.




CCVIe DPESCHE

--du XXIe jour de septembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Mauvais tat des affaires de Marie Stuart en cosse.--Ncessit
    pour lisabeth de se maintenir en paix avec la
    France.--Demandes faites par l'ambassadeur.--Efforts de
    l'amiral Coligni pour rompre le mariage du duc d'Anjou et
    marier le prince de Navarre en Angleterre.--Confrence de
    l'ambassadeur avec l'ambassadeur d'Espagne.


     AU ROY.

Sire, en l'absence de Mr de Foix, qui est desj devers Vostre Majest,
j'ay receu seul la dpesche qu'il vous a pleu adresser  nous deux, du
Xe du prsent,  laquelle, quant au poinct des choses d'Escoce,
j'estime, Sire, que, par les miennes dernires, lesquelles sont du
sziesme de ce dict mois, et par l'extraict de plusieurs aultres
lettres et adviz, que avec icelles je vous ay envoy, Vostre Majest
aura veu comme le Sr de Vrac a parl au comte de Morthon, et que,
quelques jours aprs, il a est conduict sauvement  Lislebourg;
comme le duc de Chastellerault, le comte de Humteley, milord de Humes
et les sieurs de Granges et Ledinthon, qui sont ceulx qui ouvertement
maintiennent la cause de leur Royne, et ouvertement s'advouhent 
vostre protection, se trouvent en plusieurs grandes ncessitez et
difficultez de pouvoir plus soubstenir ceste guerre; comme les comtes
d'Arguil, de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid se sont disjoinctz
d'avec eulx pour s'accorder avec le comte de Morthon; comme milord de
Lindsey est demeur avec forces dans le Petit Lith; comme, nonobstant
tout cella, ceulx de Lillebourg ont faict l'entreprinse de Esterling,
en laquelle le comte de Lenoz et celluy qui avoit mand des cartelz de
combat au Sr de Granges, avec plusieurs aultres, ont est tuez; et
finalement comme, incontinent aprs le dcez du dict de Lenoz, la
rgence a est offerte au comte de Mar. Vous avez veu aussi, Sire,
comme l'on a donn icy ordre de resserrer la Royne d'Escoce, et de luy
oster la pluspart de ses serviteurs, avec le prtexte de l'occasion
qu'on a heu de ce faire, et de ne vouloir qu'on parle plus icy
aulcunement pour elle. Sur toutz lesquelz accidentz, Sire,
j'attandray, encores quelques jours, ce qu'il vous playrra me
commander; car, parce qu'ilz sont nouveaulx, Vostre Majest advisera,
possible, d'y faire une nouvelle dellibration et de changer quelque
chose en celle que, naguires, elle m'a mand.

Quelques ungs estiment, Sire, qu'encores que vous vous acquictiez
droictement vers l'obligation que vous avez  la paciffication des
Escossoys, voz confdrez, et que vous y alliez avec moyens
convenables  vostre grandeur, pourveu qu'aultrement ilz ne soient 
l'injure de la Royne d'Angleterre, ni contre les trettez, qu'elle ne
s'en pourra avec rayson altrer, ains se confirmera possible
davantaige en vostre amyti, et se hastera de tant plus tost conclurre
l'intelligence qu'elle cerche de faire avec Vostre Majest. Laquelle
je vous oze bien prdire, Sire, que, si elle est remise  quelque
longueur de ngociation, et que ceulx, qui nous y sont contraires,
voyent qu'on se puysse aultrement prvaloir des choses d'Escoce, et
que vous demeuriez en tant soit peu de suspens de la reddition de la
Rochelle, qu'il leur sera facille de l'interrompre du tout; joinct que
ceulx cy cerchent desj bien fort de se racoincter avec le Roy
d'Espaigne. Il est vray que, de tant que les offances qu'ilz luy ont
faictes sont grandes et notoires, et que les fugitifz de ce royaume
sont retirez devers luy, et qu'il a ouy Estuqueley sur les choses
d'Yrlande, aussi qu'on sayt bien que le Pape ne permtra jamais qu'il
entende  rien contre la Royne d'Escoce, et qu'en nul de ses pays la
forme de la religion de ceulx cy n'a tollrance, joinct que les
propres subjectz de ce royaulme ne sont en bonne unyon, et les
principaulx d'entre eulx sont asss mal contantz, ung chacun juge que,
par ncessit, ceste princesse aura de persvrer aulx traictez de
paix avec la France, et se unyr davantaige  l'intelligence de Vostre
Majest.

Or, Sire, j'yray bientost trouver la dicte Dame pour luy toucher
aulcuns poinctz de vostre susdicte dpesche, et pour avoir responce de
trois particullaritez que j'ay desj proposes  ceulx de son conseil:
savoir, de n'innover rien au traictement de la Royne d'Escoce; de
vouloir entendre  quelque expdiant sur la paciffication des
Escossoys; et d'avoir satisfaction des deux mil escuz qu'ilz m'ont
arrestez. Dont vous manderay incontinent ce qu'elle m'y aura respondu;
et n'adjouxteray rien plus, pour ceste heure, icy, de ce propos, sinon
que la Royne d'Angleterre, despuys l'entreprinse d'Esterlin, a mand
aulx gardiens de sa frontire de faire les monstres, et que, dans le
moys d'octobre, elle leur envoyera de l'argent.

Quant  l'aultre poinct, Sire, concernant le Prince de Navarre,
j'estime aussi que, par la responce que je vous y ay faicte, du VIIe
de ce mois, Vostre Majest aura cogneu que c'est ung propos vieulx,
qu'on n'a pas beaucoup suyvy, et que, despuys celluy de Monsieur il a
est dlayss, sans qu'il se puysse,  prsent, cognoistre qu'il soit
remiz en termes. Et monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, de luy mesmes,
sans que j'aye faict semblant d'en rien savoir, m'a dict, despuys
deux jours, que don Francs luy a escript bien chauldement de France
comme s'estant Mr l'Admiral aperceu que les deux mariages de Monsieur
avec la Royne d'Angleterre et de Madame avec le Prince de Navarre
pourroient avec le temps ruscyr fort prjudiciables  sa religion,
qu'il s'esforceoit meintenant de les interrompre, et d'en moyenner ung
nouveau pour le dict Prince par de, dont il estoit aprs d'en
aproffondir la vrit; nantmoins, quant  la Royne d'Angleterre, il
demeuroit fort fermement persuad que, si elle ne se maryoit avec
Monsieur, qu'elle n'en espouseroit point d'aultre; et qu'encores ses
adviz concouroient toutz, despuys le partement de Mr de Foix, qu'elle
estoit retourne  sa premire dellibration de ne se marier jamais,
et que, de ce que le dict dom Francs luy a allgu une fille, ou
soeur, ou niepce, de feu Madame Catherine, pour le dict Prince de
Navarre, qu'il estoit aprs  s'en enqurir, et m'advertiroit de ce
qu'il en pourroit aprendre. Ce que je luy ay gratiffi grandement, et
l'ay beaucoup remercy de sa bonne vollont, luy disant, quant au
Prince de Navarre, que j'entendois que le mariage de Madame avec luy
estoit desj tout conclud; et, quant  celluy de Monsieur, qu'on nous
avoit fort avant satisfaictz sur toutes condicions, en aussi ample
forme comme le contract de la feue Royne Marie avec le Roy, son
Maistre, le portoit, et encores plus largement quant  la coronation
et gouvernement du royaume, mais, quant  la religion, l'on ne nous y
avoit aussi bien respondu comme nous demandions; bien nous y avoit
l'on baill une forme de responce, laquelle ceulx cy estimoient qui
pourroit satisfaire  l'honneur et  la conscience de Monsieur, dont
j'tois,  ceste heure, attendant comme Vostre Majest l'auroit
prinse, et que je le pouvois asseurer qu'en ce qui avoit est traict
jusques icy du dict mariage; il y avoit toutjour est, de chacun
cost, faict une fort expresse mencion de meintenir droictement la
paix avec le Roy, son Maistre, de quoy il a monstr d'estre bien fort
contant. Or, Sire, ce qu'on parle d'une parante ou niepce de la Royne
d'Angleterre, laquelle elle pourroit advantaiger en faveur du dict
Prince de Navarre, il y a longtemps que je cerche, pour aultre
respect, de savoir si elle en a pas une, mais l'on n'en sait nommer
une seule du cost paternel; et vous puys asseurer, Sire, que milord
de Burgley, s'il ne peult esteindre le tiltre que la Royne d'Escoce et
son filz prtendent  la succession de ceste couronne, qu'il ne
tiendra pas la main que celluy d'un tiers soit advanc au prjudice
des filz de Herfort; par ainsy, je suys toutjour aprs  sonder si
cest advertissement, touchant le Prince de Navarre, a nul fondement.
Sur ce, etc.

     Ce XXIe jour de septembre 1571.




CCVIIe DPESCHE

--du XXVIe jour de septembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Claude._)

  Refus d'audience.--Explications donnes par Burleigh 
    l'ambassadeur sur les affaires d'cosse.--Acceptation de la
    rgence par le comte de Mar.--Assemble de
    Stirling.--Accusations portes contre le duc de Norfolk et
    contre Marie Stuart.


     AU ROY.

Sire, ayant envoy demander audience  la Royne d'Angleterre sur
l'ocasion des choses que, le Xe de ce moys, Vostre Majest m'a mand
de tretter avec elle concernans la Royne d'Escoce et son royaulme, et
ayant, par mesmes moyen, escript  milord de Burgley, icelluy de
Burgley, de soy, m'a respondu plusieurs choses assez gracieusement, et
a curieusement leu l'extraict d'une aultre lettre que la Royne
d'Escoce m'avoit escripte; lequel j'ay desir qu'il le vt bien au
long, parce que les raysons et justiffications de tout ce qu'on impute
 ceste pouvre princesse y sont fort bien et fort sagement dduictes,
et a communiqu,  mon instance, le dict extrt  sa Mestresse, et luy
a aussi monstr ma lettre avec les poinctz raysonnables que je y
requiers.

Laquelle a est longtemps  dellibrer sur le tout avecques luy, et
puys m'a faict mander par luy mesmes qu'elle se trouvoit de longtemps
si offance de la Royne d'Escoce, et les rcentes injures, qu'elle
vriffioit  ceste heure contre elle, luy renouvelloient si fort la
playe, qu'elle en avoit au cueur, qu'elle ne pouvoit plus comporter
qu'on luy parlt, en faon que ce ft, ny d'elle ny de ses affaires,
et s'esbahyssoit assez comme je les voulois mesler avec ceulx de
Vostre Majest; et de tant qu'elle jugeoit bien que le pacquet, que
vous m'aviez dpesch du Xe de ce mois, ne pouvoit estre d'aulcune
chose, qui eust est ngocie pendant que Mr de Foix estoit icy, parce
qu'il estoit encores en chemin, affin de n'en ouyr point parler
d'aultre, elle me prioit de temporiser mon audience jusques  ce que
j'eusse encores receu ung aultre pacquet, et qu'elle avoit mand  son
ambassadeur vous dire, Sire, qu'elle n'avoit rien faict en l'endroict
de la Royne d'Escoce, ny des siens, qui ne ft avecques honneur, avec
debvoir et avec rayson, et qu'aprs que vous l'auriez ouy l dessus,
elle esproit que vous demeureriez bien contant: me voulant bien dire
icelluy de Burgley, comme de luy mesmes, que de rien, que je sceusse
proposer  ceste heure pour la dicte Royne d'Escoce ny pour les
Escouoys, je n'en raporterois aulcune meilleure responce que celle
l; et qu'au regard des dicts Escouoys, toutz les principaulx d'entre
eulx se trouvoient desj si unys  recognoistre l'authorit de leur
jeune Roy que ce seroit troubler leur estat, si l'on s'y opposoit, et
que, si Vostre Majest vouloit,  ceste heure, soubstenir le duc de
Chastellerault et le comte d'Honteley, qui seuls meintennoient le
party de la Royne d'Escoce, vous vous monstreriez ennemy du repoz
public du pays.

Il ne me deffault, Sire, que leur pouvoir bien rpliquer  toutes ces
responces; mais, parce que je ne serois ouy bien  ceste heure, encor
que je parlasse en vostre nom, je ne veulx tant prjudicier  la
grandeur et dignit d'icelluy que de l'employer en vain, et pourtant
je ne m'advanceray de plus en parler, jusques  ce que Vostre Majest,
aprs avoir ouy le Sr de Valsingam, m'ayt command sa plus ample
vollont l dessus.

Cependant, Sire, j'entendz que le comte de Mar, par le confort de
ceste princesse, a accept la rgence du pays, et qu'il a est
confirm  icelle par l'assemble du parlement qui estoit lors 
Esterlin, dont, incontinent aprs, il a faict excuter  mort deux de
ceulx qui se sont trouvez coulpables de l'entreprinse du dict
Esterlin; lesquelz ayant confess qu'ilz avoient est  ce induictz
par les Amilthons pour faire mourir le comte de Lenoz, en revenche de
l'archevesque de St Andr, icelle assemble, tout d'ung consentz, a
renouvell leur srement de vanger, contre les Amilthons et contre le
comte d'Honteley, la mort du feu Roy d'Escoce et des deux derniers
rgentz. Et suys adverty, Sire, que la Royne d'Angleterre a envoy
faire de fort grandes offres au dict de Mar, jusques  luy promettre
arme pour assiger Lillebourg, et que cependant elle luy fornyra la
soulde de cinq cens hommes, et que mesmes il semble qu'elle fera
couler iceulx cinq centz hommes de Barvyc  Esterlin  la file, affin
qu'elle employe son argent  la soulde des siens, et que ce luy soit
aultant de pied en l'Escoce, ne faisant doubte que ceulx de
Lillebourg, s'ilz ne sentent bientost quelque rafreschissement, qu'ilz
ne se trouvent en une fort grande extrmit. Et de tant que, par la
dposition du filz du comte Dherby et de ceulx qui sont prisonniers
avecques luy, il semble qu'on tire quelque indice de certaine
dellibration qui avoit est faicte d'enlever la Royne d'Escoce hors
des mains du comte de Cherosbery, et de la conduyre en Galles pour la
proclamer Royne d'Angleterre, et qu' cella le duc de Norfolc ayt est
consentant, il n'est pas  croyre combien la Royne d'Angleterre
s'esforce de le faire meintennant bien sentyr  toutz deux; mais l'ung
et l'aultre,  ce qu'on dict, s'en justiffient fort bien, et croy qu'
ceste heure ce qui nuict le plus au dict duc est la privault qu'on se
souvient que Ridolfy a heue en sa mayson et en celle du comte
d'Arondel, pendant qu'il a est par de; duquel Ridolfy l'on a fort
suspect son voyage de Rome  Madry, et le sjour qu'il faict, de
prsent, en la cour d'Espaigne. Sur ce, etc.

     Ce XXVIe jour de septembre 1571.




CCVIIIe DPESCHE

--du dernier jour de septembre 1571.--

(_Envoye jusques  Calais par ung gentilhomme escouoys._)

  Dpche de Walsingham.--Rception faite par le roi  l'amiral
    Coligni.--Mission de Quillegrey en France et en
    Allemagne.--Ngociation des Pays-Bas.--Combat devant Douvres
    entre la flotte du duc d'Albe et celle du Prince
    d'Orange.--Nouvelles d'cosse.


     AU ROY.

Sire, arrivant la Royne d'Angleterre, le XXVIe de ce moys; 
Richemont, elle y a achev son progrez de ceste anne, et y est
encores, et dict on qu'elle y fera asss long sjour, non sans qu'elle
ayt desj asss souvant souhayt de savoir si Mr de Foix estoit
arriv devers Voz Majestez Trs Chrestiennes, et si elles demeuroient
bien satisfaictes des responces qu'elle a faictes  luy et  moy, mais
son ambassadeur luy a escript, du XVe du prsent, qu'il n'estoit
poinct nouvelles de son retour, et mesmes luy a l'on asseur qu'il
estoit encores le XVIIIe  Paris, de quoy elle a monstr n'estre trop
contante. Icelluy sieur ambassadeur,  ce que j'entendz, luy a fort
curieusement mand, du dict quinziesme, la rception de monsieur
l'Admyral jusques  luy expciffier que vous lui avez dict, Sire,
qu'il ft aultant bien venu que gentilhomme qui soit arriv en vostre
court despuys vingt ans; et que la Royne, vostre mre, luy avoit faict
l'honneur de le bayser; et que vous l'aviez men en la chambre de
Monseigneur vostre frre, qui se trouvoit ung peu mal dispos, o le
mariage de Madame avec Monsieur le Prince de Navarre avoit est
conclud, et la paciffication de vostre royaulme de plus en plus
confirme; et que, incontinent aprs, vous aviez dpesch Mr de Biron
devers la Royne de Navarre, laquelle, avec le dict Prince, son filz,
estoient allez aulx beins de son pays de Barn. Choses que les aulcuns
d'icy ont heu asss agrables, mais il y en a plusieurs qui n'en ont
monstr aulcun semblant de plsir, et ont dict tout hault qu'il estoit
 craindre que l'accommodement des affaires de la France et le trop
bien asseur repoz d'icelle ne ft le travail et le trouble
d'Angleterre.

A mand davantaige le dict sieur ambassadeur que le propos du mariage
de la Royne, sa Mestresse, avecques Monsieur estoit aussi bien subject
 mutation par dell comme icy, non sans qu'il l'eust asss de
longtemps prveu, et qu'il n'eust descouvert d'o procdoit
l'altration; nantmoins que Voz Majestez Trs Chrestiennes, et Mon
dict Seigneur, demeurez en la meilleure disposition du monde pour
establyr une bien estroicte amyti et intelligence avec la Royne, sa
Mestresse; et que, mesmes le dernier escript, qui avoit est envoy
d'icy, vous avoit asss contantez, et qu' cest effect il desiroit que
quelcun de ce cost, personnaige bien choysy, ft bientost envoy
devers Vostre Majest.

Et semble, Sire, que la dpesche, que la dicte Dame a despuys faicte 
son dict ambassadeur, du XXe de ce moys, tende  estre esclarcye
qu'est ce qui aura rsult du dict escript et du rapport de Mr de
Foix, et comme sera receu quelcun des siens, si elle l'envoye par
dell, et aussi pour vous toucher aulcunes choses du faict de la Royne
d'Escoce et du duc de Norfolc; mais, quant  ces deux derniers
poinctz, j'espre, Sire, que vous aurez est asss prpar d'en
respondre au dict ambassadeur, s'il vous en est venu parler, sellon le
discours que je vous en ay faict en mes deux prcdantes dpesches,
sans qu'il soit besoing de vous en faire icy plus de mencion;
seulement je adjouxteray  ce pacquet l'original d'une lettre et
l'extrt de deux chiffres, que j'ay receu de la Royne d'Escoce,
despuys qu'elle est resserre, par o Vostre Majest verra ce qu'elle
pense estre trs ncessaire de faire promptement pour elle et pour les
affaires de son royaulme.

J'entendz que le Sr de Quilegrey s'apreste pour aller sollager le Sr
de Valsingam, qui a mand se vouloir faire curer de certaine
difficult d'uryne qui le travaille fort, o il dict avoir besoing
d'ung sjour de trois moys; et semble qu'avec l'ocasion de ce voyage
l'on en dresse ung aultre, pour le dict Sr de Quillegrey, d'aller, au
partir de France, devers les princes protestans en Allemaigne, dont ne
sera que bon de l'observer ung peu sur ce qu'il ngociera, pendant
qu'il sera en vostre court. Il est venu responce de Bruxelles comme le
Sr Thomas Fiesque estoit arriv devers le duc d'Alve le XVe de
septembre, et qu'on esproit qu'il seroit bientost remand par de
avec ample pouvoir et ratiffication sur tout ce qui a est trett de
l'accord des merchandises; dont sera besoing, Sire, qu' ceste heure
vous soyez adverty du dict Bruxelles de ce que pourrez desirer
entendre de plus en ceste affaire. L'admyral de Flandres, avec bon
nombre de navyres de guerre, est venu combattre et chasser, par deux
foys, les vaysseaulx du prince d'Orange jusques  la bouche du port de
Douvre, et, sans l'artillerye du chasteau et du balouvart du dict
Douvre, qui a tir contre luy, il les eust poursuyviz jusques dans le
mesmes port. L'on me vient de dire tout prsentement que ceulx
d'Esterlin en Escoce ont mand, de toutes partz,  ceulx de leur party
qu'ilz les viennent trouver, ce premier jour d'octobre, avec leurs
armes et vivres pour quarante jours, affin d'aller assiger
Lillebourg. Sur ce, etc.

     Ce XXXe jour de septembre 1571.




CCIXe DPESCHE

--du VIe jour d'octobre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr Bernardo Gary._)

  Procdure contre le duc de Norfolk.--Arrestation du comte
    d'Arondel.--Lord de Lumley mis  la Tour.--Nouvelles
    d'cosse.--Ncessit d'envoyer des secours dans ce pays.


     AU ROY.

Sire, il n'y a rien en quoy la Royne d'Angleterre et les seigneurs de
son conseil facent,  ceste heure, plus grande dilligence que de
s'esclarcyr des souspeons qu'ilz ont conceues contre le duc de
Norfolc et contre d'aultres seigneurs de ce royaulme, et, pour cest
effect, ilz en ont faict appeller aulcuns des principaulx en ceste
court, o ayantz desj le comte d'Arondel et milord de Lomeley, son
beau filz, compareu des premiers, l'arrest a est command au dict
comte avec gardes en sa mayson, et l'on a miz son beau filz dedans la
Tour. Il se prsume qu'il en prendra de mesmes  ceulx qui s'atandent
icy bientost, car la dicte Dame est fort anime contre eulx, et milord
de Burgley s'y monstre bien ardent; mais le comte de Lestre a trouv
moyen, sur ceste premire fureur, de s'absanter en sa mayson de
Quilingourt, o il est encores de prsent, et n'y a chose qui se
monstre plus aparantment  ceste heure en ce royaulme que la division
pleyne de peur et de dangier. La dicte Dame faict haster la cuillette
des deniers qui luy ont est ottroyez par son parlement, et, oultre
cella, elle faict, despuys huict jours, travailler secrectement  la
monoye pour convertyr les ralles d'Espaigne, qui sont dans la Tour,
en monoye d'Angleterre. Elle persvre toutjour en ung apparant desir
de conclurre, par ung ou aultre moyen, une bien estroicte intelligence
avec Vostre Majest; et quant, sur la premire vostre dpesche que je
recepvray, je l'yray trouver, je vous manderay incontinent, Sire, ce
que j'en auray plus expressment cogneu. Cependant le Sr de Quillegrey
s'apreste pour aller sollager le Sr de Valsingam, et l'adviz, qu'on
m'avoit desj donn, qu'il passeroit puys aprs en Allemaigne m'a est
de rechef confirm, et qu'il a charge de pratiquer en l'ung et
l'aultre pays des intelligences, et qu'il porte procuration en forme
pour conclurre la ligue avec le comte Pallatin, le marquis de
Brandebourg, le Lansgrave et aultres princes protestans: en quoy sera
bon, Sire, que Vostre Majest face prendre garde comme les choses
passeront.

Au surplus, Sire, les choses d'Escoce sont aulx termes que je vous ay
escript du dernier du pass, que ceulx d'Esterlin ont mand toutz
ceulx de leur party pour aller assiger, au premier du prsent, ceulx
de Lillebourg, lesquelz ilz ont desj envoy sommer. L'on est aprs
icy  faire une dpesche aus dicts d'Esterling, et y a aparance qu'il
leur sera promptement envoy de l'argent, et encores ay je quelque
adviz, de fort bon lieu, qu'on prpare d'y envoyer des forces par
prtexte de revencher la mort du comte de Lenoz:  quoy semble, Sire,
qu'il est temps d'y remdier. La Royne d'Angleterre, au commancement
de septembre, avoit escript au comte de Lenoz de faire en sorte que
ceulx de son party vollussent adresser une remonstrance  elle,
signe de leurs mains, par laquelle ilz luy signifiassent que les
grandz troubles et divisions, qui continuoient en leur pays, et ceulx
qui aparoissoient en Angleterre, procdoient de l'opinion en quoy elle
entretenoit le monde de vouloir restituer la Royne d'Escoce, et que,
tant qu'elle la tiendroit en son royaulme, la dicte opinion ne
cesseroit, et en demeureroient ceulx qui s'esforcent de relever son
authorit toutjour en quelque esprance, chose qui estoit de trs
grand prjudice aulx deux royaulmes; et, de tant qu'il y avoit desj
ung Roy lgitimement estably en la place d'elle, par la propre
dimission qu'elle en avoit faict, qu'ilz la vollussent suplier de
remettre la personne de la Royne d'Escoce en leurs mains pour ordonner
d'elle, et de son entretennement, sellon que les Estatz du pays
estimeroient se debvoir faire, soubz bonne seurt qu'ilz donroient
ordre qu'elle ne peult mouvoir aulcune chose, en l'ung ny l'aultre
royaulme, au prjudice du repos public. Lesquelles lettres estant
arrives  Esterling aprs la mort du comte de Lenoz, elles ont est
leues en l'assemble des aultres seigneurs qui s'y sont trouvez, et
leur responce est meintenant arrive; mais je ne say encores ce
qu'elle contient. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'octobre 1571.




CCXe DPESCHE

--du Xe jour d'octobre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Proposition faite dans le conseil de rompre la
    ngociation avec la France pour rechercher l'alliance
    d'Espagne, ou former une ligue avec les protestans
    d'Allemagne.--Efforts de l'ambassadeur pour ramener la reine 
    l'alliance de France.--Secours qu'elle se propose d'envoyer en
    cosse.


     AU ROY.

Sire, parce que la Royne d'Angleterre n'avoit peu asss bien
comprendre, par les dernires lettres de son ambassadeur, si le succez
de la ngociation de Mr de Foix avoit bien ou mal satisfaict Voz
Majestez Trs Chrestiennes, et craignant que plustost il vous en
restt de l'offance que du contantement, et que d'ailleurs les choses
du dedans de son royaulme la tenoient en suspens, et celles d'Escoce
la pressoient d'y faire quelque rsolution, elle a diffr de me
donner audience trois jours entiers; et,  chacun des dicts jours,
elle a tenu conseil sur le party qu'entre ces difficultez luy seroit
plus expdiant de prendre pour mettre elle, son estat et ses affaires,
en seurt, inclinant la dellibration des siens tantost  se munyr
d'une bonne ligue avec Vostre Majest, tantost de retourner  celle
desj faicte de tout temps avec le Roy d'Espaigne, en ostant seulement
ce peu d'espines et de diffrans qui y sont survenuz de peu de jours
en , tantost  conclurre celle dont elle est recerche des princes
protestans. Et est certain, Sire, que, quoy que la segonde luy ft
suspecte et la troisiesme pleyne de grandz frays, nantmoins,
craignant que les difficultez de ces responces sur l'accord de
l'exercice de la religion pour Monsieur et les choses d'Escoce, ne
luy fissent empeschement de parvenir  la premire avec Vostre
Majest, ou que desj vous fussiez bien irrit contre elle, elle a
est sur le poinct de se rsouldre  la conclusion de l'une des
aultres deux, et, possible,  toutes les deux ensemble; mais elle a
trouv bon que premirement je soys all parler  elle.

Qui a est cause, Sire, qu'ayant heu sentiment de cella, et
cognoissant le desir de Voz Majestez en cest endroict, j'ay employ
les mercyementz et les honnestes propos des lettres de Voz Majestez et
de celle de Monseigneur, du XXVIIe du pass,  disposer ceste
princesse, le mieulx que j'ay peu, pour la faire bien esprer de vous
trois et de toute la France, vous suppliant trs humblement, Sire, me
pardonner, si je me suys dispenc d'accommoder ung peu les dicts
propos  ce que j'ay estim pouvoir plus contanter la dicte Dame et
les siens, sans toutesfoys que je me soys advanc de rien promettre,
et seulement par l'expression dont je luy ay us, le plus vifvement
qu'il m'a est possible, de vostre droicte intention vers elle, et
comme, pour la diverse interprtation que pouvoient recepvoir ses
articles, vous n'aviez encores vollu asseoir aulcun certain jugement
sur iceulx, ains vous entreteniez en vostre premire bonne esprance,
attandant celluy des siens, que Mr de Foix vous avoit asseur qu'elle
vous dpescheroit; lequel vous me mandiez qui seroit le bien venu et
seroit receu avec aultant de faveur que de nulle aultre part qui vous
en peult estre envoy de la Chrestient; et que, non seulement vous
luy presteriez l'audience, mais le cueur et l'affection, en tout ce
qu'il vous vouldroit proposer de la part d'elle pour vous esclarcyr
de ce prsent propos, et pour imptrer toutes aultres choses que
honnorablement elle vouldroit desirer de vostre amyti.

Il est advenu, Sire, que la dicte Dame, goustant cella, a pour ce coup
interrompu l'instante conclusion des aultres intelligences, et les a
mises en suspens, attandant si elle se pourra accorder  la vostre,
et, dans deux ou trois jours, que Mr le comte de Lestre et milord de
Burgley viendront en ceste ville, elle me fera plus amplement entendre
de son intention, et de la rsolution qu'elle aura prinse si elle
envoyera quelcun des seigneurs de son conseil, ou non, devers Vostre
Majest; en quoy je feray, Sire, tout ce qu'il me sera possible que ce
soit milord de Burgley, et cependant j'entendz que le Sr de Quillegrey
s'acheminera pour aller sollager Mr de Valsingam, ne voulant obmettre,
Sire, de vous dire que j'ay trouv la dicte Dame fort rsolue
d'oprimer, aultant qu'elle pourra, l'authorit de la Royne d'Escoce et
de ceulx qui tiennent son party; et croy que, si mes propos ne l'ont
ung peu destourne, qu'elle a desj faict estat d'envoyer secours 
ceulx d'Esterling et mesmes de faire entrer des forces en Escoce, par
prtexte que les Escouoys de la frontire, avec quelques fuytifz de
ce royaulme, sont,  ce qu'elle m'a dict, despuys quinze jours venuz
courir et piller sa frontire. Sur ce, etc. Ce Xe jour d'octobre 1571.




CCXIe DPESCHE

--du XVe jour d'octobre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne._)

  Affaires d'cosse.--Nouvelles instances en faveur de Marie
    Stuart.--Dclaration de l'ambassadeur que Lislebourg est place
    sous la protection du roi.--Rsolution prise par lisabeth
    d'envoyer un message en France.--Justification de l'ambassadeur
    au sujet des plaintes faites contre lui par
    Walsingham.--Ngociation du mariage du duc d'Anjou.--Danger
    qu'il y aurait  faire la proposition du mariage pour le duc
    d'Alenon.


     AU ROY.

Sire, je n'ay jamais port moins de respect  la Royne d'Angleterre ez
propos que j'ay heu  luy tenir, despuys que je suys en ceste charge,
que si ce eust est  Vostre mesmes Majest, laquelle, aprs celle de
Dieu, je suys tenu et la veulx honnorer et rvrer plus que nulle de
ce monde; et pourtant ne craignez, Sire, que la faon et les termes,
dont je luy useray sur le faict de la Royne d'Escoce et des Escouoys,
la puyssent offancer, mais c'est qu'elle veult bien fort que vous ays
ceste matire, laquelle luy est infinyement  cueur, pour tousjour
dlaysse, et faict semblant de trouver mauvais que vous luy en faciez
parler, bien que, en effect, elle et les siens m'advouhent souvant que
voz instances l dessus ne sont que trs raysonnables, et qu'il n'est
possible d'y aller plus modestement, ny avec plus d'observance de
l'amyti de la Royne d'Angleterre, que vous faictes; et est 
craindre, Sire, veu l'estat o est la Royne d'Escoce et celluy de son
royaulme, qu'on y souspeonne plustost du deffault que de l'excez.
Vray est que je say bien que ceste vostre persvrance, qu'avez
monstre par moy vers vostre allie et vers voz alliez, faict que la
Royne d'Angleterre desire plus ardentment vostre alliance, et de
contracter une bonne intelligence avec Vostre Majest. Je vous ay
desj, Sire, asss au long exprim par mes prcdantes lettres comme,
sur les trois poinctz que j'ay requiz  ceulx de ce conseil, (de
n'estre rien innov au trettement de la Royne d'Escoce, de me donner
satisfaction des deux mil escuz, et de vouloir entendre  quelque bon
expdiant pour la paciffication des Escouoys), ilz m'avoient
respondu, tout  ung mot, que, pour ceste heure, la Royne, leur
Mestresse, ne vouloit entendre  rien de tout cella, et qu'elle en
feroit satisfaire Vostre Majest par son ambassadeur.

Despuys, j'ay est adverty qu'elle a despesch en dilligence le
capitaine Caje au mareschal de Barvyc pour le faire aller devers ceulx
de Lillebourg, affin de les exorter  se runyr  l'obissance de leur
jeune Roy avec ceulx d'Esterlin, ou elle leur dclairoit que, sans
respect de qui que ce ft au monde, elle envoyeroit ses forces par
dell pour les y renger; et, sur ce, avoit est desj faict icy une
cration de capitaines et ung despartement de charges sur les forces
de terre, et prpar vivres pour avitailler deux grandz navyres, et
douze centz hommes pour trois moys par mer, et, d'abondant, qu'on
faisoit prparer le chasteau de Herfort pour y remuer la Royne
d'Escoce et bailler la garde d'elle  ser Raf Sadeler, qui n'est du
nombre des comtes, ny des barons du royaulme, avec trs grand
souspeon de mauvais trettement  la personne, et, possible,  la vie
de ceste princesse. Dont j'ay estim, Sire, qu'il convenoit  vostre
rputation et au bien de vostre service que je disse aulx seigneurs de
ce conseil que la bonne foy ne comportoit que la Royne, leur
Mestresse, d'un cost, monstrt de desirer vostre amyti, et que, de
l'aultre, elle vous ft injure, car elle savoit que la Royne d'Escoce
estoit vostre belle soeur; et que je leur dclaroys tout ouvertement
que vous aviez receu Lillebourg et ceulx qui sont dedans  vostre
protection, par ainsy, je les prioys que, en l'endroict d'elle et
pareillement d'eulx, il ft uz de quelque respect pour l'amour de
vous.

A quoy, pour le regard de la dicte Royne d'Escoce, ilz ne m'ont donn
meilleure satisfaction que de m'allguer plusieurs occasions d'offance
que la Royne d'Angleterre prtend contre elle, et qu'on vous fera une
telle dclaration de ce qu'elle avoit projett de faire, pour se
soustraire de vostre alliance, que vous n'aurez plus ocasion d'avoir
soing, ny souvenance d'elle; et, au regard des Escouoys, ilz m'ont
respondu qu'ilz feront en sorte que la Royne, leur Mestresse, y
procdera, le plus qu'il sera possible, sellon vostre desir et
intention; et sur le reste de la ngociation que j'ay continu avec
eulx, despuys ma dernire audience, ilz m'ont rsoluement asseur que
la dicte Dame envoyera bientost ung principal seigneur de ce conseil
devers Vostre Majest. Et je pense avoir desj tant faict, Sire, que
ce sera milord de Burgley, mais quant j'en seray encores plus certain,
et que je sauray le temps de son partement, j'en advertiray en
dilligence Vostre Majest, ayant opinion que de son voyage et de ceste
sienne commission a de rsulter tout l'effect de ce que pouvez esprer
de ceste princesse et de ce royaulme. Sur ce, etc.

     Ce XVe jour d'octobre 1571.


   A la lettre, que Vostre Majest a escripte  la Royne
   d'Angleterre pour le passeport de Mr de Glasco, il m'a est
   respondu qu'en faon du monde elle ne veult qu'il viegne en
   Angleterre.


     A LA ROYNE.

Madame, j'ay fort curieusement considr les propos qui ont est
tenuz, entre Vostre Majest et l'ambassadeur d'Angleterre, sellon
qu'ilz sont fort bien et fort dilligentement recueilliz, en la lettre
qu'il vous a pleu m'escripre du XXVIIIe du pass. Et, pour le regard
de ce qu'il a commanc de vous faire quelque pleinte de moy, je say,
Madame, que je vous ay ordinairement randu ung si vritable et si
particullier compte, de tout ce que j'ay dict et ngoci par de,
qu'il ne vous a peu dire rien de nouveau, aussi ne veulx je faillyr de
remercyer trs humblement Vostre Majest pour la favorable responce
que luy avez faicte de la bonne opinion, en quoy il playt au Roy et 
vous me tenir, laquelle me suffit pour l'entire justiffication de mes
actions, qui ne sont vouez qu'au seul service de Voz Majestez; et
j'espre, Madame, que, dans peu de jours, vous l'ouyrez parler en
aultre faon de moy, sellon que la Royne, sa Mestresse, et ses deux
principaulx conseillers m'ont dict, touchant l'inquisition qu'ilz
avoient faicte de moy  cause de ces deux mil escuz, qu'il n'a est
trouv que j'aye jamais faict ny dict chose, en ceste charge, qui ne
soit bonne et honneste. Il est vray, Madame, que j'eusse bien vollu
qu'il vous ft souvenu de luy parler du dict argent en la faon que
auparavant j'en avois escript, mais cella se pourra rabiller la
premire foys que luy donrez audience, et suys trs ayse que luy ayez
ainsy sagement et vertueusement respondu, comme avez faict, touchant
la Royne d'Escoce, affin qu'en la manire de procder, dont l'on use
icy contre elle et contre les Escouoys, l'on y aille plus rserv. Et
quant au propos du mariage, si j'eusse heu vostre lettre avant aller
 l'audience, j'eusse suyvy exactement les termes d'icelle, tant y a
que je n'ay point outrepass ceulx de la prcdante dpesche du
XXVIIe: et est  considrer, Madame, qu'en telles matires, il se
trouve toutjour d'honnestes excuses et interruptions jusques  la
porte de l'esglize. Je crains seulement que ceste expression: _de
vouloir avoir l'exercice public et libre de la religion_, si le Sr de
Valsingam en escript par de, ne rfroydisse ou ceste Royne d'envoyer
devers Voz Majestez, ou milord de Burgley de faire le voyage; tant y a
que j'en mneray la pratique ainsy soubdain et chauldement comme je
l'ay commance. Et, au regard d'introduyre le segond propos de
mariage, il semble, Madame, qu'il sera beaucoup meilleur d'atandre 
le toucher sur quelque occasion des choses que milord de Burgley
pourra dire ou proposer par dell, car je voys bien qu'il n'est
encores temps d'en parler icy; tant y a que, en ceste et aultres
particullaritez de vostre lettre, je mtray peyne d'y observer le
temps et l'ocasion pour m'y conduyre tout ainsy qu'il vous playt me le
commander. Sur ce, etc. Ce XVe jour d'octobre 1571.




CCXIIe DPESCHE

--du XXe jour d'octobre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer.)_

  Affaires d'cosse.--Assurance donne par Burleigh qu'lisabeth a
    renonc  user de rigueur contre Marie Stuart, et que tout
    envoi de secours en cosse est suspendu.--Procdure contre le
    duc de Norfolk.--Arrestation de lord Coban.--Fuite du comte
    Derby.


     AU ROY.

Sire, d'avoir ainsy remonstr aulx seigneurs de ce conseil ce que je
vous ay mand par mes prcdantes, qu'il ne pourroit convenir  la
bonne foy de la Royne d'Angleterre qu'elle monstrt, d'ung cost, de
chercher vostre amyti, et que, de l'aultre, elle vous ft injure 
maltretter la Royne d'Escoce, qui est vostre belle seur, ou  faire
quelque entreprinse contre ceulx de Lillebourg, qui sont en vostre
protection, il est advenu qu'on ne parle plus de remuer la dicte Royne
d'Escoce au chasteau de Herfort, en la garde de ser Raf Sadeller, ny
de haster les prparatifz de guerre, bien qu'on les tient en suspendz,
contre ceulx de Lillebourg; lesquelz cependant, sellon les dernires
lettres de Barvyc, se meintiennent et dans leur place, et en la
campaigne, asss vigoreusement contre ceulx d'Esterlin, et font courir
le bruict que leurs gens de guerre sont payez pour huict moys. Et
parce que Vostre Majest est trs bien informe de l'estat de leurs
affaires par plusieurs de mes prcdantes, et par la coppie de celles
que la Royne d'Escoce, et eulx mesmes et le Sr de Vrac m'ont
escriptes, je ne vous en ennuyeray icy de plus long propos; et
viendray  vous dire, Sire, sur la vostre du VIIe du prsent, que je
ne puys que grandement louer la bonne rsolution qu'avez prinse ez
choses que Mrs de Glasco et de Flemy vous ont remonstres, lesquelles
j'ay aussi miz peyne, ces trois ans passez, lorsque je les ay veues
bien prez de leur ruyne, de les tenir toutjour les plus releves que
j'ay peu, par la seule rputation de Vostre Majest, et honneur de
vostre couronne, sans permettre qu'elles vous ayent men  la
ncessit d'envoyer des forces par de la mer.

Et  ceste heure, Sire, il semble que, quant aulx deux milordz de
Flemy et de Leviston, et George de Douglas, que Vostre Majest fera
fort bien de les renvoyer toutz trois gracieusement expdiez par
dell, et encores quelque nombre de ces Escouoys qui sont en France
avecques eulx, qui soient cogneuz affectionnez  vostre service, avec
des lettres aulx aultres seigneurs escouoys, tant de l'ung que de
l'aultre party, pour les exorter  ung bon accord entre eulx, et leur
prescripre quelque forme sellon vostre intention,  la conservation
non seulement de eulx toutz, mais nommement du petit Prince et du
repos public, et tuition de tout le pays soubz vostre protection, avec
quelques deniers cependant, et quelques armes et monitions aus dicts
de Lillebourg, lesquelz font ouverte profession de suyvre vostre
party; et asseurer iceulx de Flemy et Leviston que la Royne
d'Angleterre n'envoyera aulcunes forces en Escoce, sellon que vous y
avez desj pourveu, et que, au cas qu'elle entrepreigne de le faire,
que vous vous y opposerez, et ne leur deffauldrez de vostre opportun
et suffizant secours pour bien luy rsister; vous suppliant trs
humblement, Sire, ne leur dclairer, ny  nulz aultres, rien plus
avant de vostre intention en cest endroict, affin que, ne perdans
esprance, ilz ne layssent aller les choses  la dvotion des Anglois,
ou n'appellent une garnyson d'Espaignolz  Lillebourg; qui tourneroit,
et l'ung et l'aultre,  la diminution de vostre rputation en toute
ceste isle, et, possible,  ung grand regrect, quelque matin,  Vostre
Majest, veu l'estat des choses de de, de n'y avoir aultrement
pourveu; joinct que ceulx cy m'ont desj donn parolle, qu'en toutz
ces affaires des Escouoys, il y sera procd sellon vostre desir et
intention.

Aulcuns estiment, Sire, que si vous faictes meintenant passer ung
personnaige de qualit en vostre nom par dell, qu'il y pourra rduyre
grandement les choses  vostre dvotion, et ne voyent pas que pour
cella, la Royne d'Angleterre vous doibve moins recercher d'amyti,
ains possible beaucoup davantaige; et, en tout vnement, vous avez
tant d'obligation et de droict d'en user ainsy qu'elle ne pourra,
sinon  tort, se pleindre de vous, si vous le faictes, et luy en
respondrez toutjour avec satisfaction.

Le Sr de Quillegrey est, d'heure en heure, prest  prendre la poste;
et la rsolution aussi d'envoyer un seigneur de ce conseil, mais non
encores lequel, continue: dont le retardement des deux dpesches vient
de l'ordinaire ocupation o ceulx du dict conseil sont, despuys le
matin jusques au soir,  vaquer contre le duc de Norfolc et contre
ceulx qu'ils prtendent avoir est de la conjuration d'introduyre le
duc d'Alve et les Espaignolz en ce royaulme; et pourrez, Sire, juger
par l'escript que j'ay adjouxt icy, (lequel a est curieusement
escript et dilligentment inprim, et non seulement expos en vante,
mais ont est ordonnez personnaiges de qualit pour l'aller lyre et
notiffier ez lieux publiques de ceste ville, et par tout le pays), en
quelle perplexit est cest estat; car encores qu'il ne s'y parle que
du dict duc, affin de le jetter hors de la faveur du peuple qui l'ayme
et regrette infinyement, les souspeons ne layssent pourtant d'estre
fort vhmentes au cueur de ceste princesse et de ceulx de son conseil
contre plusieurs aultres grandz de ce royaulme; et desj millord Coban
est miz en arrest, comme ayant est de l'intelligence, et ayant
offert,  ce qu'on dict, quelcun des cinq portz dont il est gardien,
pour servyr  la descente des dicts Espaignolz; et sa femme est hors
de court, et ung de ses frres miz  la Tour. L'on dict que le comte
Dherby a respondu que la Royne se debvoit contanter d'avoir deux de
ses filz en ses prisons, sans y vouloir encores mettre le pre,
vieulx et caduc, et que pourtant elle l'excuse, si, en lieu de la
venir trouver, il se retire en son isle de Man. Le comte de
Cherosbery, ayant senty qu'on vouloit tirer la Royne d'Escoce hors de
ses meins, est en son cueur fort malcontant. Les seigneurs catholiques
sont observez en leurs maysons, et est l'on aprs  changer les
officiers et gardes des portz. L'on renforce les guetz, de jour et de
nuict, par ceste ville, et par les aultres principaulx lieux du
royaulme, et sur les chemins, de sorte qu'il ne se voyt que frayeur et
espouvantement de toutz costez, et ceulx qui font les procdures ne
monstrent avoir moins de peur que ceulx contre lesquelz on les faict.

Il y a dangier que, soubz colleur des choses d'Escoce, ceste princesse
ne face dresser une arme vers le North pour mieulx contenir son pays
par les forces qu'elle aura ensemble, et affin aussi de pouvoir mieulx
excuter ses dellibrations contre ces seigneurs prisonniers, car l'on
dict qu'encor qu'il n'y ayt aulcune vriffication contre le dict duc,
et sinon quelques chiffres qui ne font probation, et qu'on luy ayt
vollu persuader de se soubmettre  la mercy de la Royne, et qu'il ayt
respondu qu'hormiz de trayson et d'avoir jamais rien attempt contre
sa princesse, ny contre cest estat, ny contre les loix du royaulme,
ausquelz cas il ne reffuze aulcun rigoureux jugement, qu'il est, quant
au reste, trs contant de se soumettre vollontiers  la mercy et bonne
grce de la dicte Dame, que, nantmoins, aulcuns de ses conseillers
sont si anymez contre luy qu'il est en ung trs manifeste dangier de
sa personne, de sa vie et de ses biens. Sur ce, etc.

     Ce XXe jour d'octobre 1571.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Tout prsentement, je viens d'estre adverty qu'on a faict
   prisonnier et men  la Tour le frre du comte de Rothes, lequel
   j'avois faict demeurer en ceste ville pour meintenir ung peu la
   ngociation de la Royne d'Escoce; et, de tant qu'il allgue qu'il
   est  vostre service, gentilhomme de vostre chambre, et qu'il
   attandoit icy responce de Vostre Majest touchant une sienne
   pention pour son entretennement, il vous playrra me commander si
   j'auray  faire instance pour sa libert. Encores plus
   freschement, l'on me vient d'advertyr qu'on a ramen l'vesque de
   Roz en ceste ville pour le mettre dans la Tour, et luy a l'on
   desj ost ses serviteurs.




CCXIIIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour d'octobre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Dpart de Quillegrey pour suppler Walsingham en France.--Objet
    particulier de sa mission.


     AU ROY.

Sire, enfin le Sr de Quillegrey a est dpesch ce matin pour aller
rsider quelque temps prez de Vostre Majest pour les affaires de la
Royne d'Angleterre, pendant que le Sr de Valsingam, son ambassadeur,
se fera guryr de son indisposition d'uryne  Paris; et parce que de
la premire ngociation, que le dict Sr de Quillegrey fera avec Voz
Majestez, a de rsulter le meilleur et le principal effect des choses
qu'aviez  esprer de ce cost, tant de la dpesche du seigneur de ce
conseil qui le doibt bientost suyvre, et des conjectures, que estuy cy
pourra prendre de voz propos, si le voyage de l'aultre sera de quelque
effect, que pour descouvrir vostre intention sur les choses d'Escoce,
et veoir s'il vous en pourra tant dgouster qu'il les vous face avoir
pour dlaysses, et aussi pour mesurer s'il y aura plus de seuret et
de proffict, pour sa dicte Mestresse, de s'appuyer sur vostre amyti
et intelligence que de retourner  celle d'Espaigne, ou  commancer
une nouvelle ligue avec les princes protestans, j'ay estim, Sire,
estre ncessaire de vous dpescher en dilligence ung des miens affin
de vous faire entendre l dessus aulcunes choses qui semblent importer
beaucoup que vous les sachiez, premier que de parler au dict Sr de
Quillegrey. Duquel, au reste, Sire, pour l'asseurance qu'il me donne
de ses bons offices en ceste sienne commission, j'ay  vous randre ce
tesmoignage de luy, lequel Mr de Foix vous confirmera, qu'il faict
ouverte profession, aprs son naturel debvoir envers sa princesse et
son pays, de n'avoir nulle plus grande affection que de unyr elle et
icelluy  l'intelligence de Vostre Majest et de vostre royaulme: qui
pourtant vous supplie trs humblement, Sire, de le vouloir bien
recevoir. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour d'octobre 1571.




CCXIVe DPESCHE

--du XXVIe jour d'octobre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Lesley._)

  L'vque de Ross mis  la Tour.--Ordre donn  tous les cossais
    de quitter l'Angleterre.--Recommandation de l'ambassadeur en
    faveur du sieur de Lesley, cossais, qui a t mis en libert,
    et retourne en France.


     AU ROY.

Sire, il n'a est trouv cause contre le Sr de Lesley, frre du comte
de Rothes, pour quoy l'on le deubt dtenir en pryson, et pourtant,
aprs l'avoir interrog d'aulcuns faictz de la Royne, sa Mestresse, et
du duc de Norfolc, il a est miz en libert; mais, deux jours aprs,
Mr l'vesque de Roz a est examin par les seigneurs de ce conseil,
qui l'ont fort press de confesser aulcunes choses qu'ilz luy ont
asseur avoir est desj advouhes par le dict duc, lesquelles il leur
a fermement dnyes: dont, sans avoir esgard  son privillge
d'ambassadeur, ny  son saufconduict, qui sont deux immunitez qu'il
leur a expressment allgues, ilz l'ont envoy  la Tour, avec
menaces de procder contre luy comme contre ung particullier, et
d'estre miz  la torture; et que desj la Royne, leur Mestresse, avoit
faict donner satisfaction  moy, vostre ambassadeur, sur les
remonstrances que je luy avois faictes pour sa libert, et qu'elle en
envoyeroit satisfaire davantaige Vostre Majest. Puys ont faict
commandement que toutz Escouoys, sur peyne de pryson, heussent 
vuyder le royaulme dans quatre foys vingt quatre heures. A cause de
quoy, Sire, le dict Sr de Lesley va prsentement trouver Vostre
Majest pour vous remonstrer ces extrmes rigueurs qu'on use  sa
Mestresse,  son ambassadeur et aulx Escouoys, et en quel dangier
sont les affaires de son pays. Dont, de tant qu'il a est toutjour
trs loyal et fidelle subject  sa princesse, et qu'en particullier il
a l'affection fort bonne et droicte  vostre service, j'ay bien vollu,
Sire, par ce peu de motz trs humblement le vous recommander, et vous
tesmoigner qu'il a, en plusieurs sortes, miz toute la peyne qu'il a
peu, tant qu'il a est icy, de bien mriter de vostre service, et que
le bien et faveur que luy ferez y seront fort dignement employez. Il
vous veult supplier, Sire, que d'une pencion de douze centz {lt} que
Vostre Majest luy a ordonn, il vous playse, tant pour les annes du
pass et pour toutes celles  l'avenir, luy en faire dlivrer mil
escuz, et il promect d'employer encores ceulx l  vous en faire
quelque notable service en son pays. Je luy ay advanc, pour le
pouvoir tirer hors d'icy, cinquante cinq escuz, comme encores je n'ay
peu, pour la rputation de Vostre Majest, veoir passer aulcuns
aultres serviteurs de la dicte Dame, sans leur donner quelque moyen de
se conduyre. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour d'octobre 1571.


   Le dict Sr de Lesley a meintenu la ngociation de la Royne
   d'Escoce, tant qu'il a est par de, et, s'il luy estoit permiz,
    ceste heure qu'il n'y a point d'aultre ambassadeur, d'y pouvoir
   rsider, j'estime qu'il y seroit utille; et je pourroys, par son
   moyen, viter la jalouzie, que la Royne d'Angleterre prend, de me
   veoir parler pour la dicte Dame: dont, s'il vous playt, Sire,
   qu'il y retourne, il l'entreprendra vollontiers soubz le
   commandement de Vostre Majest.




CCXVe DPESCHE

--du dernier jour d'octobre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr de Lunes._)

  Procdure contre le duc de Norfolk, l'vque de Ross, et les
    autres seigneurs dtenus.--Sige de Lislebourg entrepris par
    les comtes de Morton et de Mar.--Affaires
    d'Irlande.--Ngociation des Pays-Bas.--Avis donn par
    l'ambassadeur d'Espagne qu'lisabeth cherche  former une ligue
    avec les protestans d'Allemagne et de France.


     AU ROY.

Sire, despuys que le Sr de Quillegrey est party d'icy, les seigneurs
de ce conseil ont est ordinairement  vacquer, plusieurs heures,
toutz les jours,  la Tour, contre le duc de Norfolc, et contre
l'vesque de Roz, et contre beaucoup d'aultres de la noblesse qui y
sont prisonniers, de sorte qu'ilz n'ont entendu en nul aultre ngoce,
toutz ces jours passez, et n'est l'ellection de celluy d'entre eulx,
qui doit estre envoy devers Vostre Majest, encores faicte; ains
semble, Sire, qu'ilz la vont prolongeant pour attandre que succdera
du sige de Lillebourg, car, si une foys l'Escoce vient  estre range
au poinct qu'ilz desirent, ilz esprent pouvoir beaucoup plus  leur
advantaige par aprs ngocier toutes choses avec Vostre Majest, ou
bien s'en passer du tout, et se porter lors plus froydement 
recercher vostre amyti. J'avoys desj bien senty, mais je l'ay, 
ceste heure, plus clrement descouvert, que ce a est en grand partie
par le pourchaz et instance de la Royne d'Angleterre que les comtes de
Morthon et de Mar ont men leurs forces au Petit Lith pour assiger
Lillebourg, ainsy que cet aultre escript, que je vous envoye, Sire,
avec la prsente vous en fera foy. Sur lequel je veux seulement dire
que ne layssant la Royne d'Angleterre de faire, commant que soit,
toutjours ses affaires, avec quelque apparance d'observer et respecter
vostre amyti, qu'ainsy pouvez vous justement advancer les vostres, en
n'offanceant point la sienne.

Ceulx qui tiennent Lillebourg assig sont,  ce que j'entendz, en
nombre de quatre mil hommes, dont les neuf centz sont harquebouziers,
et ont sept pices d'artillerie; savoir: deux collouvrines, deux
moyennes et deux pices de fer de fonte, et ung faulconneau, mal
pourveuz, au reste, de oustilz et de gabions pour faire aproches. Les
assigez font courir le bruict qu'ilz ont assez de vivres pour ung an
pour les hommes, et encores pour six mois pour leurs chevaulx, et que
leurs gens de guerre sont bien payez. Ilz ont quatre centz chevaulx,
qui font asss souvant des saillies, et les deux filz du duc de
Chastellerault sont en campaigne, qui assemblent gens; et le lair de
Fernyrsth en lve aussi quelques ungs en la frontire pour donner le
plus d'ennuy qu'ilz pourront  ceulx de dehors. Mercredy dernier,
milord de Housdon a est envoy en dilligence  Barvyc, et publie l'on
qu'il y va pour pourvoir que nul dangier n'advienne  ceste place par
la querelle de ceulx de la garnyson et des habitans, qui s'est
naguires suscite entre eulx; mais, en effect, j'entendz que sa plus
expresse commission est d'avoir l'oeil sur le sige de Lillebourg, et
de pourvoir aulx choses que les assaillantz pourront avoir faulte, et
mesmes leur faire couler secrectement quelques soldatz de Barvyc,
s'ilz en ont besoing. Ce que je vous suplie trs humblement, Sire,
vouloir bien considrer.

Il se parle en ceste court de faire une brave entreprinse pour achever
l'entire conqueste d'Yrlande, et plusieurs jeunes gentilzhommes et
particulliers de ce royaulme s'y aprestent, leur ayant est promiz que
ce qu'ilz subjugueront de pays sera  eulx, rserv seulement la
souverainet et ung denier pour acre de terre  la Royne, leur
Mestresse; et semble que milord Sideney qui auparavant se monstroit
fort dgoust de la charge d'Yrlande, soit,  ceste heure, pour ceste
occasion, asss desireux d'y retourner.

Le Sr de Lumey faict toute la dilligence qu'il peult de recouvrer icy
quipaige pour se mettre en mer, et inciste fort que les vaysseaulx du
prince d'Orange puyssent avoir leur retrette, et recouvrer vivres, et
descharger leurs prinses par de, et qu'il sera baill caution
d'indempnit en Allemaigne de tout le dommaige qui en pourra advenir 
ce royaulme. Le Sr Thomas Fiesque s'attend, d'heure en heure, en ceste
court, avec le pouvoir du duc d'Alve pour ratiffier l'accord de la
restitution des merchandises, et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est
icy, lequel m'a convy, despuys quatre jours en , en son logis, m'a
dict qu'il n'y restoit plus aulcune difficult du cost du Roy, son
Maistre; et m'a dict davantaige estre bien adverty que la Royne
d'Angleterre persvre de vouloir conclurre sa ligue avec les princes
protestantz, tant d'Allemaigne que de France, et que ceulx cy
asseurent tout ouvertement que Vostre Majest en sera bien contant. A
quoy je luy ay respondu que la dicte Dame la pourra bien conclurre
avec les Allemans, mais que Vostre Majest gardera bien comme voz
subjectz n'en conclurront point avec elle, ny avec nul prince
estrangier, et que vous n'avez garde de laysser rien aller en cest
endroict, pourveu que vous le puyssiez empescher, qui puysse estre au
prjudice de la religion catholique, ny au dommaige de voz alliez et
confdrez; et que seulement vous desirez de bien conserver la paix de
vostre royaulme, et de soigneusement pourvoir qu'on ne la vous puysse
altrer. Sur ce, etc.

     Ce XXXIe jour d'octobre 1571.




CCXVIe DPESCHE

--du Ve jour de novembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  tat de la ngociation des Pays-Bas.--Confrence de l'ambassadeur
    et de Leicester.--Leve du sige de Lislebourg.--Explication
    que l'on doit donner en France sur l'argent destin pour
    l'cosse qui a t saisi.


     AU ROY.

Sire, j'ay est convy, comme de coustume, le XXIXe du moys pass, au
festin du maire de Londres de ceste anne, et l'ambassadeur d'Espaigne
n'y a poinct est, mais ouy bien le Sr de Suavenguem, depput des
Pays Bas, auquel les seigneurs de ce conseil, qui s'y sont trouvez en
bon nombre, luy ont donn lieu fort honnorable devant eulx,
incontinent aprs moy, et luy ont faict fort grande caresse. J'ay
aprins, tant de luy que d'eulx, qu'ilz esprent bientost l'entier
accord de leurs diffrans par l'arrive du Sr Fiesque, lequel ilz
attendent, d'heure en heure, et ne savent que penser  quoy il tient,
despuys qu'ilz ont heu adviz que le duc d'Alve luy avoit dlivr la
ratiffication des articles, qu'il ne soit desj icy; et pensent
quelques ungs que le retardement vient de ce que le dict duc se sent
offanc de la publication des placartz, qu'on a naguires imprimez en
ceste ville, qui font expresse mention qu'il a aspir  la rbellion
de ce royaulme; mais je ne pense pas que pour cella le dict accord
s'interrompe.

Le comte de Lestre m'a dict, en ryant, que la Royne, sa Mestresse,
dlibroit de me faire trois querelles, aussitost qu'elle me verroit:
la premire, sur les deux mil escuz que je redemandois comme envoyez
par vostre commandement au Sr de Vrac, vostre agent en Escoce, l o
Voz Majestez Trs Chrestiennes avoient respondu au Sr de Valsingam
qu'ilz estoient provenuz de l'arsevesque de Glasco, et ne
s'adressoient nullement  vostre agent; la segonde, que j'avoys retir
le secrtaire de l'vesque de Roz en mon logis; et la troisiesme, qui
seroit la plus aspre, que j'avois trop plus instantment poursuyvy les
affaires de la Royne d'Escoce que je n'avois heu commandement de le
faire, et avoys toutjours trop plus parl la part d'elle, que non paz
la sienne envers Voz Majestez.

A quoy j'ay respondu que la Royne, sa Mestresse, quant elle auroit
bien entendu comme le tout a pass, non seulement cesseroit me
quereller, mais me jugeroit avoir toutjour bien mrit de sa bonne
grce, et que Voz Majestez la pouvoient encores satisfaire de la
premire et de la dernire de ses dictes querelles, sachant
certainement que la responce, que vous aviez faicte  son ambassadeur,
ne contravenoit en rien, pour le regard de l'argent,  ce que, du
commancement, je leur en avois,  la vrit, racompt, et, s'il
playsoit  la dicte Dame vous en faire encores parler et faire
recercher de messieurs voz secrtaires des commandemens l'ordonnance
que j'en avois heue par voz prcdantes dpesches, elle trouveroit n'y
avoir ny plus ny moins en cella que je luy en avois desj dict; et,
quant au soing des affaires de la Royne d'Escoce, je craignois que le
Sr de Valsingam eust plus cogneu de courroux, en Voz Trs Chrestiennes
Majestez, de ce que j'y avois est froid et remiz, que non pour y
avoir excd voz commandemens; que j'avoys toutjour procur  la
Royne, sa Mestresse, plus qu' nul prince, ny princesse de la terre,
l'amyti et bonne intelligence de Voz Majestez; bien estoit vray que
j'avois toutjours desir que ce ft sans intresser vostre grandeur,
ny diminuer rien de vostre rputation; et que, touchant le secrtaire
de Mr de Roz, que,  la vrit, il avoit est en mon logis, comme les
aultres serviteurs de la Royne d'Escoce, mais toutz s'en estoient
despuys allez; et je ne savois,  prsent, ou il estoit, dont s'ilz
le m'eussent demand, quant il estoit icy, je n'eusse failly de le
leur exiber, pourveu qu'ilz m'eussent promiz de ne luy faire point de
mal; que je prenoys tant de confiance ez propres dportemens, dont
j'avois us en ce royaulme, que j'oserois toute ma vie me prsanter
fort franchement  la Royne sa Mestresse, et esprer toutjour sa
faveur et bon visaige; ce que si je ne pouvois obtenir, au moins ne
laysseroys je de l'avoyr par bons offices aultant bien mrit que
gentilhomme qui ayt jamais est ambassadeur auprs d'elle.

Il m'a pri l dessus d'aller trouver la dicte Dame aussitost que
j'aurois nouvelles de Vostre Majest, et que, ce pendant, elle auroit
faict l'ellection de celluy qu'elle vous veult dpescher, dont
desireroit que ce peult estre luy mesmes ou milord de Burlay, mais les
prsens affaires de ce royaulme les empeschoient toutz deux;
nantmoins que, quel que se ft, j'en serois adverty incontinent, et
qu'il viendroit, puys aprs, et aulcuns du conseil faire ung jour de
bonne chre en mon logis.

Cependant, Sire, milord de Housdon a continu son voyage  Barvyc, et
j'entendz qu'il a est mand aulx recepveurs des quatre comtez plus
prochaines du dict lieu, d'y aporter les deniers du quartier
d'octobre, o nous sommes, ce qui me faict souspeonner quelque leve
de gens et quelque entreprinse contre les Escouoys; et desj se parle
icy de l'arrive de milord Dacres avec milord de Sethon en Escoce, ce
que je n'ay encores sceu de lieu asss bon pour le vous ozer asseurer.
Tant y a que, s'il est ainsy, ce sera une grande colleur aulx Anglois
d'envoyer forces de dell contre ceulx qu'ilz tiennent pour rebelles;
et se parle aussi, Sire, que ceulx d'Esterlin ont lev le sige de
devant Lillebourg, et qu'ilz ont retir leur artillerie de nuict, et
ont faict leur retrette au Petit Lith, non sans y estre poursuyviz
jusques dans leur rempartz; ce que je mettray peyne de vriffier
davantaige. Et sur ce, etc.

     Ce Ve jour de novembre 1571.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Comme je fermoys la prsente, m'est arriv, d'ung cost, la
   dpesche de Vostre Majest, du XXe du pass, et, de l'aultre, la
   confirmation du susdict dernier article, de la retrette honteuse
   de ceulx d'Esterlin de devant Lillebourg, sans avoir oz donner
   l'assault, combien qu'il y eust bresche raysonnable; et j'ay
   receu l'advis que maistre Pierre Caro est desj dsign pour
   aller devers Vostre Majest, et qu'il sera faict vischamberlan et
   du conseil. Il est personnaige de bonne mayson, riche et bien
   estim par de, asss bien affectionn  la France et fort
   intime de milord de Burgley.


     A LA ROYNE.

Madame, sellon les propos que le comte de Lestre m'a naguires tenuz,
lesquelz je rcite en la lettre du Roy, le Sr de Valsingam semble
n'avoir bien comprins la responce que Vostre Majest luy a faicte,
touchant les deux mil escuz qui alloient en Escoce, bien qu'il l'a au
moins escripte en faon que la Royne d'Angleterre ne doubte plus que
je ne les aye baillez, mais dict que Vostre Majest n'advouhe pas
qu'ilz soient provenuz du Roy ny qu'ilz fussent envoyez au Sr de
Vrac, son agent en Escoce. A quoy, Madame, je vous suplie trs
humblement que, la premire foys que le dict Sr de Valsingam viendra 
l'audience, il vous playse luy dire qu'aprs vous estre mieulx
informe du faict des dicts deniers, vous avez trouv que la moicti
d'iceulx provenoit du Roy, et l'aultre moicti d'une partie que Mr de
Glasco m'avoit adresse; mais que le tout estoit envoy par vostre
commandement au Sr de Vrac, et que pourtant vostre vouloir est qu'ilz
soient remiz en mes mains: car, Madame, cella emporte grandement  la
rputation de voz affaires, et au bien de vostre service par de. Et
encores semble que le dict Sr de Valsingam n'ayt bien remonstr  la
Royne, sa Mestresse, que Voz Majestez ayent  cueur le faict de la
Royne d'Escoce et de son royaulme. Nantmoins j'espre aller trouver
bientost la dicte Royne, sa Mestresse, pour continuer toutjours la
gracieuse ngociation d'amyti et de bonne intelligence, qui est
commance entre Voz Majestez et elle, et rduyre le tout aulx
meilleurs termes qu'il me sera possible. Et sur ce, etc.

     Ce Ve jour de novembre 1571.




CCXVIIe DPESCHE

--du Xe jour de novembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Affaires d'cosse.--Audience.--Assurances rciproques
    d'amiti.--Mise en jugement des seigneurs qui sont dtenus  la
    Tour.--Dclaration de l'ambassadeur que le roi est somm de
    secourir les cossais.--Rponse d'lisabeth qu'elle consent 
    charger le nouvel ambassadeur envoy en France d'entrer en
    ngociation  ce sujet.--Victoire de Lpante.--Inquitude que
    cette nouvelle cause en Angleterre.


     AU ROY.

Sire, le segond jour que Lillebourg a est assig, ceulx de la ville
ont miz ung soldat, serviteur de la Royne d'Escoce, dehors, qui a
prins le hasard de me venir trouver, lequel m'a apport, en douze
petites pices de papier, caches sur luy, douze petitz chiffres du Sr
de Vrac, desquelz je vous envoye l'extrt: par o vous verrez, Sire,
en premier lieu, la ncessit de ceulx qui suyvent le party de Vostre
Majest par dell; secondement, ce que le Sr de Vrac juge estre
besoing de faire, non seulement pour les fortiffier, mais pour les
emparer de vostre protection par lettres expresses de Vostre Majest;
et tiercement, les dilligences que la Royne d'Angleterre faict pour
supprimer du tout l'authorit de la Royne d'Escoce et relever celle du
petit Prince son filz, esprant que, par la protection qu'elle se
veult attribuer du dict Prince, et de l'establissement qu'elle veult
donner  ceux qui deppendent d'elle, par dessus ceulx qui dpendent de
Vostre Majest, de tirer enfin toute l'Escoce  sa dvotion. Sur quoy,
Sire, j'ay renvoy en dilligence le mesmes soldat avec pareil nombre
de petitz chiffres, au dict Sr de Vrac, affin de confirmer et
conforter les seigneurs du bon party.

Et incontinent aprs, je suys all trouver la Royne d'Angleterre pour
continuer la gracieuse ngociation d'amyti, qui est commance entre
Voz Majestez, et l'ay asseure fermement de vostre bonne et droicte
intention vers elle, et qu'elle ne doibt faire aulcun doubte que
celluy des seigneurs de son conseil, qu'elle vous envoyera, ne luy
raporte tout ce qu'elle vouldra honnorablement desirer de vostre
amyti, et que tant plus vous entendrez qu'il sera inthime et
confident d'elle, plus Voz Majestez Trs Chrestiennes s'eslargiront 
parler ouvertement et franchement avecques luy; que vous estes bien
marry de l'ennuy et fcherie qu'elle a de ces entreprinses, qu'elle a
descouvert qu'on vouloit faire contre elle et contre son estat; et
qu'il n'est rien en quoy elle vous veuille employer, pour les remdier
et pour meintenir sa grandeur et le repoz de ses subjectz, que vous
n'y soyez aussi dispos comme pour vostre propre bien; que Monseigneur
vostre frre s'y offre, avec tout le moyen qu'il a, et d'y employer
aultant vollontiers sa propre personne, qu'en entreprinse o Dieu
l'ayt jamais conduict; que tout ainsy que vous desirez la prosprit
de ses affaires, ainsy luy voulez vous faire part du bon progrez des
vostres; et comme, par une confrance des seigneurs de vostre conseil
avec monsieur l'Admyral et ceulx de la nouvelle religion, vous avez
miz une rsolution  toutes les difficultez qui pourroient survenir
sur l'entretennement de vostre edict de pacciffication, de sorte
qu'il ne reste rien qui puysse jamais plus ralumer le feu en vostre
royaulme; de quoy vous avez bien vollu vous conjouyr avec elle comme
trs asseur qu'elle en est vritablement bien ayse.

Lesquelz propoz, Sire, je vous puys asseurer qu'elle a monstr de les
recevoir toutz  ung trs singulier playsir, et, aprs avoir us de
plusieurs sortes de trs honnestes mercyemens, sur la continuation de
la bonne vollont et bienveuillance, dont Voz Majestez et Monseigneur
voulez persvrer vers elle, et de voz honnorables offres au meintien
de son estat, qui est chose qu'elle met en trs grand compte, et ayant
commmor plusieurs choses  vostre grande louange, et de la Royne
vostre mre, et de Monseigneur, et nommement de l'intgrit,
droicture, vrit et plusieurs sortes de grande valleur qu'elle sayt
qui resplendissent en Vostre Majest, elle m'a dict qu'elle se veult
perfectement confirmer en vostre amyti et bonne intelligence; et qu'
cest effect elle vous dpeschera sans doubte ung personnaige
d'honneur, aussitost que ces affaires criminelz, qui tant la
tourmentent, luy en auront layss prendre le loysir, et que cependant
elle vous fera par son ambassadeur entendre la juste occasion du
retardement. Puys, en lieu de la querelle, que le comte de Lestre
m'avoit adverty qu'elle me feroit, qui n'a est que du secrtaire de
Mr de Roz, lequel elle m'a dict que j'avois retir en mon logis, 
quoy je luy ay fort bien satisfaict, elle m'a remercy au reste des
bons dportemens qu'elle s'aperoyt et descouvre, de jour en jour, que
je use et que j'ay toutjour us en ceste mienne charge par de; ce
qui luy faict prendre plus grande confiance de Vostre Majest, qui
estes mon Mestre; et s'est prinse l dessus  me compter fort
privement d'aulcuns poinctz, qu'elle dict qui se vriffient contre
ceulx qui sont dans la Tour, et que leur cause s'en va desj toute
instruicte pour la mettre du premier jour en jugement; et a faict son
discours l dessus asss long.

Puys, j'ay reprins le propos pour luy dire qu'en la dernire partie de
la lettre, que j'avois receue de Vostre Majest, du XXe du pass,
estoit contenu que Mr de Glasco, milord de Flemy et milord de
Levinston vous estoient venuz remonstrer le misrable estat de la
Royne, leur Mestresse, jusques  vous parler du dangier qu'ilz
craignoient de sa vie, et qu'elle n'estoit plus tenue comme libre, ny
comme princesse souveraine, et qu'on n'avoit esgard  sa qualit
royalle, ny  celle de son ambassadeur, non plus qu' personnes
prives; et davantaige vous avoient remonstr la dsolation de leur
pays, dont vous avoient instantment requiz de leur dclairer trois
choses: la premire, si, aprs avoir longuement espr en Vostre
Majest et avoir attandu, avec grand pacience et avec la grand ruyne
de leur estat, que vous eussiez miz fin aulx guerres et troubles du
vostre, vous vouliez poinct,  ceste heure, faire une ouverte
dmonstration, pleyne d'effect, d'entretenir l'alliance qu'ilz ont de
tout temps avec vostre couronne, sellon que les trettez vous y
obligeoient, et mettre quelque prompt remde en leurs affaires; la
segonde, si vous vouliez pas meintenir en vostre protection la Royne
d'Escoce et le Prince son filz, et son royaulme, et les bons subjectz
du pays, ainsy que vos prdcesseurs l'avoient toutjours faict, ou
s'il leur conviendroit d'avoir meintenant leurs recours ailleurs; et
la tierce, si vous vouliez pas incister aulx promesses que la dicte
Royne d'Angleterre vous avoit faictes pour le bon trettement, et la
libert, et restitution de la Royne d'Escoce. A quoy Vostre Majest,
meu d'une magnanimit et gnrosit naturelle de ne vouloir deffaillir
 voz amys et alliez, leur aviez respondu qu'ilz eussent  bien
esprer de vous en tout ce que les trettez de l'alliance vous
pouvoient obliger vers eulx, et que vous vouliez prendre temps d'en
dellibrer avec vostre conseil pour mieulx leur satisfaire, qui estoit
ung dilay que vous aviez prins pour en confrer avec le Sr de
Valsingam, lequel vous aviez pri de remonstrer  la dicte Dame
qu'encor qu' vous eust touch, plus qu' nul prince du monde, de vous
entremettre des affaires de la Royne d'Escoce et des Escouoys,
nantmoins, pour le respect que vous aviez heu  son amyti, vous n'y
aviez, ces quatre ans passez, vollu faire aulcune dmonstration qui
excdt la forme d'une bien honneste prire, que vous luy aviez
toutjour continue, d'y vouloir procder par voye de trett et de
quelque bon accord, non tant  condicions galles que advantaigeuses
pour elle, et que vous vous y estiez plus port en amy commun, et
encores partial pour la dicte Royne d'Angleterre, que non comme alli
et confdr des Escouoys; et que meintenant, que vous estiez
contrainct ou de faire une ouverte dmonstration en leur secours, ou
une honteuse dclaration de les habandonner, au perptuel prjudice de
vostre rputation, et intrestz de vostre grandeur, que vous desirez
infinyement vous esclarcyr avec elle comme vous pourriez, tout
ensemble, satisfaire  vostre debvoir vers eulx, et  l'amyti que
vous voulez conserver inviolable avec elle.

Sur quoy elle m'a paysiblement respondu, qu'elle n'avoit garde de
cercher condicions, en l'amyti qu'elle vouloit faire avec Vostre
Majest, qui peussent rien diminuer de vostre honneur ny de vostre
grandeur, car elle l'estimeroit de nulle dure; tant y a que c'estoit
sellon son droict qu'elle se mesloit des choses d'Escoce, car, oultre
les occasions qu'elle en avoit de prsent, qui estoient notoires,
toutes les foys que, par le pass, estoit survenu diffrand de l'estat
entre les Escouoys, les Roys d'Angleterre en avoient dcid et en
avoient est les arbitres, et qu' ceste heure il ne restoit plus que
le duc de Chastellerault et le comte d'Honteley, et les Srs de Granges
et de Ledinthon, que toutz ne fussent rengez  l'obyssance du jeune
Prince; et que ceulx l mesmes, pourveu qu'ilz peussent capituler de
leurs biens et de la seurt de leurs personnes, estoient prestz de s'y
soubzmettre, ainsy qu'ilz le luy avoient desj escript, et mand qu'
cest effect ilz envoyeroient Robert Melvyn devers elle; duquel, et de
ce que milord de Housdon pourroit avoir commanc de ngocier par
dell, elle en attandoit, d'heure en heure, des nouvelles, et croyoit
que vous trouveriez ses dportemens en cella justes et raysonnables;
mesmement qu'elle ne cerchoit de se faire plus grande du cost
d'Escoce, ny empescher que les Escouoys ne pussent suyvre leurs
anciennes confdrations et alliances avec Vostre Majest, et qu'ainsy
le pourtoit l'instruction qu'elle en avoit envoy par dell.

Sur quoy, Sire, luy ayant seulement rpliqu qu'il failloit que vous
demeurissiez arbitre de ce qui pourroit toucher  vostre honneur et 
vostre intrest en cella, elle m'a dict qu'elle estoit trs contante
de s'en esclarcyr avecques vous, et que celluy qu'elle vous envoyeroit
en auroit bien ample commission. Puys sommes passez  parler de ceste
tant grande victoire[16] que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a
publie de l'arme de mer du Roy, son Maistre, sur celle du Turcq, de
quoy la dicte Dame a mand en ceste ville d'en rendre grces  Dieu;
auquel je prie, etc.

     Ce Xe jour de novembre 1571.

  [16] La victoire de Lpante, ou des Cursolaires, remporte, le 7
  octobre 1571, par la flotte combine des chrtiens sous les
  ordres de don Juan.


     A LA ROYNE.

Madame, j'escriptz en la lettre du Roy ung peu au long ce que les
seigneurs d'Escoce, qui suyvent vostre party, m'ont mand et ce que je
leur ay respondu, affin que Voz Majestez puyssent plus clairement
juger des choses de dell, et me commander comme j'auray  me conduyre
icy sur icelles. Je mande aussi ce qui s'est pass en ceste dernire
audience avec la Royne d'Angleterre, et comme elle persvre de
desirer l'amyti et bonne intelligence de Voz Majestez Trs
Chrestiennes, et nantmoins ne laysse de persvrer toutjours en ses
dellibrations sur l'Escoce. Or ay je cogneu, Madame, qu'elle s'est
donne quelque souspeon de ceste tant absolue victoire, que
l'ambassadeur d'Espaigne luy a mande par escript que le Roy, son
Maistre, avoit gaigne sur le Turc, comme s'il heust desj tant
acheve ceste guerre, qu'il ne restt plus aulcun vaysseau au Turc
pour s'oser plus monstrer en mer; et que le dict Roy Catholique ft
pour torner,  ceste heure, ses entreprinses de mer, du cost de de,
sur l'Yrlande, ou  venger ces injures des prinses. Et luy en est creu
le doubte, parce que le Sr Thomas Fiesque met beaulcoup  apporter la
conclusion de l'accord des dictes prinses; nantmoins il a escript
qu'il espre partir dedans huict jours, et que le retardement n'est
que la difficult qu'aulcuns merchans ont faicte de soubsigner les
articles, lesquelz ilz estiment estre trop  leur perte, nantmoins
qu'il les a enfin persuadez de s'en contanter, et les leur a faict
signer; mais la goutte cependant a prins si fort  la main du duc
d'Alve, qu'il n'a peu ny signer iceulx articles, ny la dpesche du
dict Fiesque; qui pourtant est encores arrest pour bien peu de jours,
mais que le tout estoit en fort bons termes, et qu'il partyroit sans
doubte aussitost que le dict duc se trouveroit ung peu mieulx. Et sur
ce, etc.

     Ce Xe jour de novembre 1571.


   Ceste nuict passe, par commandement de la Royne d'Angleterre, a
   est faict ung grand nombre de feux par les rues, et sonn les
   clocles, et est l'on all aux esglizes rendre grces  Dieu, et
   se resjouyr par toute la ville de la victoire contre le Turcq.
   L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, en a faict les feux et
   festins de joye, o j'ay est des premiers convy.




CCXVIIIe DPESCHE

--du XVe jour de novembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Confrence de l'ambassadeur avec Leicester et
    Burleigh.--Dclaration faite par Leicester qu'lisabeth a pris
    la rsolution de ne jamais rendre la libert  Marie
    Stuart.--Lord Buchard dsign pour passer en France.--Affaires
    d'cosse.--Confirmation de la victoire de Lpante.--Ngociation
    touchant l'alliance de la France et de l'Angleterre.--Espoir
    qu'lisabeth ne persistera pas dans sa rsolution  l'gard de
    Marie Stuart.


     AU ROY.

Sire, le unziesme de ce moys, feste de St Matin, le comte de Lestre,
et l'admyral d'Angleterre, et milord de Burgley, maistre Smith, milord
de Boucaust, et aulcuns aultres seigneurs de ce conseil et de ceste
court, ont vollu venir prendre leur diner en mon logis, lesquelz, pour
l'heure, se sont monstrez bien disposez vers la France, et avoir toutz
une bonne affection  la grandeur et prosprit de Vostre Majest.

Et le comte,  part, m'a dict qu'il voyoit la Royne, sa Mestresse, si
fermement rsolue de persvrer en vostre amyti qu'elle estoit pour
ne s'en despartyr de toute sa vie, si le deffault ne venoit de vostre
cost;  quoy il la vouloit confirmer davantaige par toutz les moyens
et plus instantes persuasions qu'il luy seroit possible, comme  chose
o sa vie et son honneur estoient conjoinctz, et que je ne fisse
aulcun doubte qu'elle ne passt oultre  contracter ou l'alliance
encommance, ou bien une fort estroicte confdration avec Vostre
Majest, et qu'elle n'accommodt, pour vostre respect, les choses
d'Escoce, pourveu que ne la fissiez presser de se despartyr de la
dtermine rsolution, et nullement muable, qu'elle avoit naguires
faicte, de ne se dsemparer jamais de la personne de la Royne
d'Escoce.--Car avoit opinion, dict il, que,  cause des pratiques que
la dicte Royne d'Escoce continueroit avec le Pape, ou avec le Roy
d'Espaigne, et avec ses parantz et aultres estrangiers, ou bien avec
les propres subjectz de ce royaulme, la dicte Royne, sa Mestresse, ne
sauroit vivre, une seule heure, bien asseure en son estat, aussitost
que celle d'Escoce seroit remise au sien. Et pourtant me prioyt que
dorsenavant je vollusse dresser les affaires, dont j'avois  tretter
de cecy avec Vostre Majest, et pareillement avec la dicte Dame,  ung
tel cours qu'ilz peussent prendre le chemyn qu'il me disoit; et qu'il
me vouloit asseurer que ceulx d'Esterling n'avoient entreprins
d'assiger Lillebourg que par l'esprance d'avoir secours de la Royne,
sa Mestresse, mais qu'elle s'estoit excuse de le leur bailler pour
n'offancer Vostre Majest, dont ilz s'estoient incontinent levez; par
ainsy, qu'il failloit que Vostre Majest, et elle conjoinctement,
missiez ce pays l en quelque meilleur ordre qu'il n'est, et
establissiez une bonne unyon entre les trois royaulmes, et qu'il ne
ft pour un temps parl en nulle faon de la personne de la Royne
d'Escoce.

Je luy ay infinyement gratiffi ces premiers bons propos d'amyti, et
n'ay rien obmis de ce qui luy pouvoit confirmer et luy accroistre
l'occasion de confirmer la Royne sa Mestresse; et quant  ceulx cy de
la Royne d'Escosse, que je suplioys la Royne, sa Mestresse, de se
laysser persuader qu'il estoit trs ncessaire que Vous, Sire,
demeurissiez vostre propre arbitre de ce qui pouvoit concerner vostre
honneur et vostre intrest en cest endroict; mais qu'elle creust
fermement que vous observeriez toutes les considrations et respectz,
deubz  l'honneur, et  la seurt, et aulx advantaiges de la dicte
Dame, pour les luy randre bien entiers, tout ainsy comme si c'estoit
pour vostre propre grandeur.

Milord de Burgley, de soy mesmes, est retourn aulx premiers propos de
l'alliance, et qu'il estoit besoing de la parachever ou bien de faire
une si estroicte confdration qu'on ne l'estimt moings que ung
mariage, et a monstr que la Royne, sa Mestresse, y estoit bien
dispose et luy trs affectionn, et qu'en jour de sa vie il n'avoit
heu nul plus grand regrect que de ne pouvoir meintenant accomplyr ce
voyage devers Vostre Majest; nantmoins qu'aussitost que l'examen de
l'vesque de Roz seroit paraschev, la dicte Dame vous dpescheroit
sans doubte ung personnaige d'honneur, et il pensoit que ce seroit
milord de Boucaust.

Despuys, icelluy de Boucaust m'en est venu parler en une faon si
bonne et si pleyne d'honneste desir, que je ne m'en puys que
infinyement bien louer, et m'a dict que la Royne, sa Mestresse, luy en
avoit fort privement tenu propos; mais qu'il luy avoit respondu que,
de tant qu'il avoit une foys engaig son honneur, et encores plus
expciallement l'honneur de la parolle d'elle,  Voz Majestez, qu'il
aymoit mieulx qu'elle le fist,  ceste heure, mettre dans la Tour que
de le renvoyer en vostre prsence, sans vous aporter l'expresse et
bien asseure conclusion des choses qui s'attendoient entre vous. Sur
quoy elle luy avoit asseur qu'il emporteroit un bien ample pouvoir
avec luy, qui seroit expdi soubz son grand sceau, et encores plus
expressment scell du desir de son affection.

Je continueray, Sire, de rduyre ces propos, le plus qu'il me sera
possible, au poinct que m'avez faict comprendre de vostre intention,
et descouvriray cependant ce que je pourray de la leur; qui supplie
Vostre Majest de considrer combien ceste rsolution qu'ilz ont
faicte, de vouloir dtenir toutjours la Royne d'Escoce en leurs mains,
et oprimer son authorit, les fera prcipiter d'envoyer vollontiers
leur secours contre ceulx qui sont pour elle en Escoce, et cella me
mect en peyne que j'ay desj adviz, mais non encores asss certain,
que la commission est expdie  Milord de Housdon de capituler avec
ceulx d'Esterlin, et de leur accorder jusques  quatre mil hommes,
s'ilz les demandent, et aultant qu'il leur sera besoing d'artillerye,
de munitions, d'armes et d'argent, pour parachever l'entreprinse de
Lillebourg. Nantmoins, Sire, je me conduyray toutjours, entre ces
deux divers propos d'amyti et de querelle, sellon l'instruction de
voz prcdantes dpesches, et sellon celles que je recepvray, d'heure
 aultre, de Vostre Majest.

L'ambassadeur d'Espaigne et le bailly de Flandres, qui sont icy, sont
venuz, despuys deux jours, continuer la conjoyssance de la victoyre
contre le Turcq,  disner en mon logis, lesquelz m'ont asseur de la
confirmation d'icelle, bien qu'en ceste court l'on feist grande
difficult de la croyre, au moins de la croyre si grande; et puis
m'ont dict qu'ils estoient bien marrys du retardement du Sr Fiesque,
parce que les Anglois pressoient de faire la vante des merchandises,
et ne vouloient croyre que icelluy Fiesque demeurast  cause que le
duc d'Alve ne peult signer sa dpesche, ny sa commission et articles;
nantmoins qu'il estoit vray qu'il n'y avoit nul aultre empeschement
que celluy l, et qu'il ne pouvoit guires plus tarder. Et le dict
sieur ambassadeur a monstr d'estre en quelque esprance qu'aprs la
conclusion de cest affaire, le Roy, son Maistre, l'envoyera rsider
prez de Vostre Majest, ce qu'il desire grandement; et j'ay si bonne
opinion de sa vertu et modration, et de sa bonne conscience, qu'il ne
fera sinon bons offices de paix et d'entretennement d'amyti, si ceste
lgation luy est commise. Et sur ce, etc. Ce XVe jour de novembre
1571.


     A LA ROYNE.

Madame, en ces propoz que les seigneurs de ce conseil m'ont tenuz,
desquelz je fais mencion en la lettre du Roy, je considre que, comme
ilz n'ont est vuydes d'affection, aussi ne me semble il qu'ilz les
ayent dictz sans quelque artiffice, pour les accommoder au temps et au
besoing de leurs affaires: j'estime, Madame, qu'il sera bon que Voz
Majestez se servent aussi et du temps, et des accidantz qui les
pressent, pour les aproprier  l'utillit des vostres. Je n'ay rien
chang, quant au propos de l'alliance, de ma premire responce: c'est
que Voz Majestez n'avoient vollu assoir nul certain jugement sur les
articles que Mr de Foix vous avoit apportez; ains aviez rserv cella
 la venue de celluy d'entre eulx que la Royne, leur Mestresse, vous
dpescheroit: et, quant  faire une bien estroicte alliance avec elle,
je leur ay bien donn non seulement esprance mais asseurance qu'ilz
l'obtiendroient; et, quant aulx affaires d'Escoce, qui sont ceulx dont
ilz dbattent le plus, que indubitablement ilz les accommoderoient 
leur advantaige avecques Voz Majestez, pourveu qu'ilz y gardassent le
respect de vostre rputation et de l'honneur de vostre couronne.

Or, ay je, Madame, procur l'ellection du milord de Boucaust comme le
plus  propos,  deffault du comte de Lestre et de milord de Burgley,
que de nul aultre seigneur de ceste court; mais je crois bien,
qu'avant qu'il parte d'icy, qu'on vouldra sonder s'il pourra raporter
nulz bons effectz de son voyage; dont ne fays doubte que par le Sr de
Valsingam, ou par le Sr de Quillegrey  son arrive, il n'en soit
touch quelque mot  Voz Majestez, et encores  moy, icy. Dont vous
suplie trs humblement, Madame, me prescripre, par voz premires, si
j'auray  continuer en cella le mesmes langaige que j'ay tenu jusques
icy, ou bien y changer quelque chose; affin que je ne ngocie rien qui
soit pour aparoyr, peu ny prou, dissemblable, non d'une parolle
seulement, de voz responces et moins d'une seule minute de voz
intentions.

Je ne say si ceste princesse et son conseil se vouldront opiniastrer
en la dure rsolution, qu'ilz ont faicte, de la dtention de la Royne
d'Escoce, car ce seroit quasi vous couper broche, par ce prjudice, de
ne tretter rien plus avecques eulx de tout le faict des Escouoys,
mais ilz muent si souvant d'adviz qu'il ne fault moins esprer de leur
changement que de leur rsolution; et je croy qu'il sera bon, Madame,
que ceste icy soit seulement cogneue de Voz Majestez et de
Monseigneur, sans encores monstrer que vous la sachiez, affin qu'on ne
trouve estrange que vous veuillez, nonobstant icelle, entrer en
intelligence et confdration avec la Royne d'Angleterre; et j'espre
qu'il s'y trouvera des moyens honnorables et non trop mal aysez pour
toutes Voz Majestez et pour le repos des trois royaulmes. Et sur ce,
etc.

     Ce XVe jour de novembre 1571.




CCXIXe DPESCHE

--du XXe jour de novembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Laurent de Mar._)

  Procdure contre les seigneurs dtenus  la Tour.--Nouvelles
    d'cosse et d'Irlande.--Ngociation des Pays-Bas.--Plaintes des
    Anglais contre les mesures prises  leur gard  Rouen.


     AU ROY.

Sire, je vous ay escript, le Xe de ce moys, les propos que, deux jours
auparavant, la Royne d'Angleterre et moy avons heu ensemble, et, le
XVe, je vous ay mand ce que, sur iceulx, les seigneurs de ce conseil
ont heu despuys  me remonstrer, avec quelques aultres particullaritez
de ceste court; et meintenant, Sire, j'ay  dire  Vostre Majest que
la dellibration de vous envoyer un seigneur de ceste court continue
toutjour, ayant seulement est change de milord de Boucaust  maistre
Smith et au docteur Vuilson; et que nantmoins ceste dernire
dellibration se prolonge encores jusques aprs avoir sceu quel
jugement pourra ruscyr contre ceulx qui sont dans la Tour; ce qui est
aussi ung peu retard par la malladie de milord de Burgley, lequel, 
cause de la goutte, n'a peu, il y a plus de huict jours, bouger en
faon du monde de son lict. Et cependant les amys de ces seigneurs
dtenus ne s'endorment sur les moyens de les justiffier, et de
renverser, s'ilz peuvent, les conseilz de ceulx qui les veulent
oprimer; en quoy se voyent beaucoup de simultez en ceste court,
lesquelles ne sont du tout incogneues  ceste princesse, qui pourtant
s'en donne beaucoup de peyne, et souvant en entre en grand collre,
avec grosses parolles, contre ceulx d'auprs d'elle qui sont
souspeonnez de les favoriser ou de leur donner des adviz. L'on dict
qu'aprs demain, au plus tard, leur cause sera mise devant les juges,
dont se saura, incontinent aprs, ce qui en debvra rsulter.

L'vesque de Roz est toujours renferm avec eulx, et m'a la dicte Dame
reffuz que je puysse envoyer savoir comme il se porte au capitaine
de la Tour, ny luy faire demander s'il a besoing de quelque chose de
moy, m'ayant pri de vouloir suroyer cest office, encores pour
quelques jours, et que cependant rien ne luy manquera. Et m'a la dicte
Dame mand que la Royne d'Escoce se porte fort bien de sa sant.

Au surplus, Sire, millord de Housdon a escript  Barvyc qu'il a heu
adviz comme ung vaysseau de Flandres est arriv en Argil, en Escoce,
au commancement de ce moys, avec des munitions et de l'argent pour
ceulx de Lillebourg, mais qu'il ne peult encores bien mander toutes
les aultres particullaritez; possible, Sire, que ce sera milord de
Flemy qui sera arriv par dell. Il mande aussi que, le quinziesme du
prsent, il seroit prest avec le mareschal Drury et le capitaine Caje
et le capitaine Bricquonel, et aulcuns aultres, pour aller accomplyr
la commission que la Royne, sa Mestresse, luy avoit commande en
Escoce, qui est, Sire, comme j'entendz, pour presser infinyement ceulx
de Lillebourg de dlaysser le party de leur Royne; et, s'ilz y font
reffuz, qu'il leur face de rigoureuses menasses et beaucoup d'offres
aulx aultres tant de forces que d'aultres grandz moyens pour les y
contraindre. Dont je vouldrois, de bon cueur, que Mr Du Croc ft desj
port sur le lieu pour les confirmer, et pour faire incliner une
partie des affaires  vostre dvotion; et me semble, Sire, que
l'ellection, qu'avez faicte de luy, est fort bonne, car il a
l'intelligence du pays, et croy qu'il sera esgallement accept et aura
authorit envers les deux partys.

Les choses d'Yrlande semblent donner encores ung peu de travailh en
ceste court; car, oultre que Fitz Maurice poursuyt toutjour son
entreprinse, et qu'il ne reffuze plus de venir aulx mains avec ceulx
de la garnyson de la Royne, les ayant desj battuz par deux foys en la
campaigne, l o auparavant il ne les y osoit aulcunement attandre,
l'on a, d'abondant, prins quelque deffiance du comte d'Ormont, parce
que ses frres demeurent toujour de l'aultre cost, et que luy s'est
de nouveau rconsili avec le comte de Quilhdar, qui alloient eulx
deux contre-poysant le crdit l'ung de l'aultre dans le pays, de quoy
les Angloys se servoient, l o,  prsent, leur amyti leur vient
estre fort suspecte. Nantmoins icelluy d'Ormont monstre de vouloir
venir icy remonstrer  la dicte Dame le dangier du pays, affin qu'elle
advise d'y pourvoir.

Et, quant aulx diffrans des Pays Bas, il semble, Sire, que la
victoyre contre le Turcq soit cause que ceulx cy attendent avec plus
de pacience les longueurs du duc d'Alve; car, sans cella, il est sans
doubte qu'ilz eussent desj vandu les merchandises qui sont icy en
arrest, mais ilz temporiseront encores jusques  lundy prochain, sur
l'asseurance que les depputez de Flandres leur donnent que, le
trsiesme de ce moys, le Sr Fiesque a est dpesch pour apporter la
ratiffication des articles.

Les merchantz de Londres se pleignent infinyement d'aulcunes visites,
impositions, coustumes et contrainctes, qu'on a de nouveau exiges sur
eulx  Roan, et de ce qu'on va icelles excutant,  ce qu'ilz disent,
avec grand rigueur, et avec beaucoup d'arrogance et de viollance,
contre leurs facteurs et contre leurs merchandises; de quoy tout ce
royaulme commance fort  se dgouster du traffic de la France, et
avoir ung fort grand regrect  celluy d'Envers; et la pluspart des
merchans, ayans dlayss la dicte ville de Roan, essayent pour ung
temps de s'accommoder  Dieppe, et y envoyent descharger leurs
navyres, attandant que l'accord des Pays Bas se puysse conclurre, qui
sera de tant plus vollontiers accept. Ceulx de Roan aussi se
pleignent bien fort des gravesses qu'on leur faict par de, dont,
s'il vous playsoit, Sire, qu'il y eust quelque modration entre les
deux villes, je procureroys que ceste icy ordonnast des depputez pour
en convenir avec ceulx que la ville de Roan y vouldroit ordonner. Qui
est tout ce que, pour ceste heure, j'ay  adjouster  la prsente,
laquelle encores, s'il vous playt, Sire, servyra de responce  celle
qu'il vous a pleu m'escripre du IIe du prsent. Et sur ce, etc.

     Ce XXe jour de novembre 1571.




CCXXe DPESCHE

--du XXVIe jour de novembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le marchal de Vitr._)

  Procdure contre le duc de Norfolk.--Gravit que prend
    l'accusation.--Lettre crite par le duc  lisabeth pour
    accuser Leicester.--Irritation de Leicester.--Plaintes de la
    reine d'cosse.


     AU ROY.

Sire, sellon que la Royne d'Angleterre a desir d'estre advertye de
l'estat des choses d'Escoce et du faict des Pays Bas, premier que de
rsouldre le partement de celluy qu'elle dellibre d'envoyer devers
Vostre Majest, il est advenu que, d'un cost, milord de Housdon luy a
escript que les seigneurs escouoys des deux partys sont en trs bons
termes de s'accorder ensemble, et qu'il ne reste guires  prsent
chose entre eulx qui ne se puysse facillement accommoder, mais ne
mande les particullaritez; et, de l'aultre cost, elle a sceu que le
Sr Fiesque est desj de la mer avec tout pouvoir et ample
ratiffication des articles. Je ne say si, sur le poinct que la
restitution se debvra faire, il aparoistra encore quelque chose de
nouveau.

Le faict seulement de ceulx qui sont dans la Tour retient ung peu les
choses en suspens, nantmoins il se poursuyt avec grand dilligence,
despuys que milord de Burgley est relev de sa goutte; et dict on que,
de la confession de eulx, et mesmement de celle de l'vesque de Roz,
rsulte desj asss qui suffit pour faire voir  Vostre Majest, et 
toute la Chrestient, que ceste princesse a heu grande occasion de
procder ainsy rigoureusement qu'elle a faict contre eulx; dont je
m'en raporte bien  ce qui en est. J'espre que, dans bien peu de
jours, le voyage de mestre Smith se rsouldra, et que je sauray le
jour que luy, ou bien quelque aultre, si, d'avanture, l'on change
encores une foys d'ambassadeur, debvra partyr.

J'entendz que le duc de Norfolc a escript une lettre de son faict  la
Royne d'Angleterre, en laquelle il allgue le comte de Lestre, qui en
reste si offanc que, l o auparavant il monstroit de luy estre amy,
il semble,  ceste heure, qu'il luy veuille estre bien fort
adversayre; ce qui luy pourra beaucoup nuire.

La Royne d'Escoce m'a faict,  grand difficult, entendre de ses
nouvelles, et me mande qu'elle a beaucoup  faire  se meintenir en
sant, pour les grandz ennuys qu'elle sent, et par faulte d'exercice,
et aussi qu'on ne cesse, toutz les jours, d'excogiter nouvelles
rudesses contre elle; ce qui lui faict, aprs Dieu, invoquer  toute
heure la faveur et protection de Vostre Majest, et vous adresser
toutes ses larmes comme  son seul reffuge, affin qu'il vous playse
avoir compassion de ses misres et de celles de ses bons subjectz; et
qu'au reste elle trouvera moyen de m'escripre encores plus amplement
par aultre voye. J'entendz qu'elle a envoy une lettre  ceste Royne,
et qu'on a dpesch, sur l'audition de l'vesque de Roz, un secrtaire
devers elle, pour avoir la vriffication de quelque faict.

L'on dict que le comte de Montgomery est arriv  Plemue, ou qu'il y
doibt bientost descendre, et qu'on l'attand en la mayson de sir Arthus
Chambernant, visadmyral du Ouest, de quoy se fait divers discours en
ceste court; tant y a que j'entendz que c'est pour faire quelque
mutuel parantaige entre ses enfans et ceulx du dict Chambernant. Sur
ce, etc. Ce XXVIe jour de novembre 1571.




CCXXIe DPESCHE

--du dernier jour de novembre 1571.--

(_Envoye jusques  Calais par Richard Jary de Beaumont._)

  Dclaration qu'il y a lieu de poursuivre le duc de Norfolk comme
    criminel de lze-majest.--Appareil dress pour son excution,
    avant mme qu'il ait pu tre jug.--Crainte que l'vque de
    Ross ne coure galement pril de la vie.--Nouvelles
    d'cosse.--Ngociation des Pays-Bas.--Arrive  Londres du
    comte de Montgommery.--Ncessit de faire quelque dmonstration
    en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk.


     AU ROY.

Sire, voyant que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil
estoient merveilleusement occupez  faire parachever, sur la fin de ce
terme, le procs contre les seigneurs qui sont dans la Tour, je me
suys, pour sept ou huict jours, fort vollontiers dport d'aller rien
ngocier avec elle ny avec eulx, mesmes que je n'ay heu guires grand
argument pour le faire, et qu'il m'a sembl qu'ilz vouloient voyr le
fondz de ce faict, premier que d'en entamer ung nouveau; et aussi que
j'ay bien vollu, Sire, vous rserver l'advantaige de ne les aller
requrir de ce dont j'estime qu'ilz doibvent venir recercher Vostre
Majest, qui est de vostre amyti et de vostre intelligence. Et
cependant j'ay sceu que, voulantz par trop aproffondir le dict affaire
d'iceulx seigneurs, ilz ont faict que les partz, qui aspirent  la
succession de ceste couronne, se sont ressucites plus vifves que
jamais, et que les principaulx s'esforcent en ceste court, par toutz
les moyens qu'ilz peuvent et sans y espargner aulcune sorte
d'artiffice, d'y faire incliner les choses, chacun sellon qu'il estime
pouvoir servyr  fortiffier et advancer sa prtention; en quoy ilz
meslent encores et la France et l'Espaigne, et tiennent ceste
princesse si irrsolue entre les deux, sans toutesfoys le luy donner 
cognoistre, qu'elle ne sayt auquel se debvoir bonnement rsouldre,
d'o vient qu'elle va ainsy, dilayant de jour en jour, et changeant
souvant d'ellection de celluy qu'elle veult envoyer; et croy encores
que quelquefoys ilz la rendent incertaine si elle vous en doibt
envoyer pas ung: tant y a que le mieulx que je pourray, sans
indignit, luy recorder sa promesse, j'essayeray de la conduyre 
l'acomplir.

Mcredy dernier, l'examen des dicts seigneurs prisonniers a est miz,
suyvant l'ordre du pays, devers quatre chevalliers, quatre escuyers et
quatre bourgeois, lesquelz,  ce que j'entendz, ont arbitr qu'en
celluy du duc se trouvent aulcuns articles qui doibvent estre proposez
comme cas de lze majest  ceulx qui les jugeront, et qu'il n'appert
encores asss clairement qu'il soit ainsy en nul des aultres. Le lundy
ensuyvant, l'on a commanc, avant jour, avec les flambeaux, de
travailler  dresser ung eschaffault et une potance  la place devant
la Tour, et court ung bruict sourd par la ville que c'est pour y
excuter le dict duc le premier; et y en a qui disent qu'on en fera
aultant de l'vesque de Roz, comme estant le principal autheur de la
rbellion. J'ay desj, au nom de Vostre Majest, incist  la
dellivrance de ce segond, et say que sur cella il a est une foys
arrest en ce conseil qu'encor qu'on eust de quoy procder
criminellement contre luy, que nantmoins l'on s'en dporteroit; mais
ilz sont si muables et sont tant anymez en cest affaire, et ont si peu
de respect aulx qualitez du Sr de Roz, qui est ambassadeur et vesque
catholique, que je ne suys sans peyne et sans quelque doubte de luy.

Milord de Housdon a de rechef escript que les seigneurs des deux
partys en Escoce continuent de faire plusieurs assembles et
confrances pour parvenir  ung bon accord, et qu'il y a grand
esprance qu'ilz se paciffieront. J'entendz qu'il a est mand aulx
capitaines de Barvyc, et de la frontire du North, de faire la reveue
de leurs gens, et que, si quelques ungs avoient coul en Escoce,
qu'ilz les rvoquent. Et aulx recepveurs des quatre provinces, plus
voysines de la dicte frontire, qui debvoient porter les deniers de ce
quartier  Barvyc, a est contremand qu'ilz en envoyent la moyti
icy, et que, de l'aultre moicti, laquelle monte  vingt six mil escuz
ou envyron, ilz advisent d'en contanter la garnyson de la dicte
frontire.

Le Sr Fiesque est attandant le passaige  Callais, il y a plus de dix
jours, ou au moins faict l'on semblant qu'il y soit, et que la
tempeste et le vent contraire l'empeschent de passer. Cela est cause
qu'on n'a touch  la vante des merchandises, et se monstre icy ung
fort grand et gnral desir que ces diffrans avec les Pays Bas se
puyssent accorder. Sur ce, etc.

     Ce XXXe jour de novembre 1571.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Despuys la prsente escripte, j'ay adviz que milord de Housdon a
   escript comme les depputez de ceulx d'Esterlin sont arrivez 
   Barvyc, pour tretter de leurs affaires avecques luy, qui monstre
   qu'ilz ne tendent  s'accorder avec ceulx de Lillebourg, et qu'il
   est all quelques monitions du dict Barvyc au Petit Lith, et que
   de Lillebourg on a dpesch quelque personnaige de qualit devers
   Vostre Majest. Le comte de Montgomery est arriv, despuys au
   soir bien tard, en ceste ville.


     A LA ROYNE.

Madame, encor qu'entre plusieurs propos, dont j'ay heu  tretter avec
la Royne d'Angleterre du faict de l'Escoce et des Escoussoys, je luy
aye nommement, et en termes bien exprs, de la part de Voz Trs
Chrestiennes Majestez, vifvement incist de vouloir ordonner ung bon
et honneste trettement  la Royne d'Escoce, et mettre l'vesque de
Roz, son ambassadeur, en libert, je crains nantmoins, Madame, que,
de tant qu'on voyt la pouvre princesse estre toutjour fort
estroictement tenue, et l'vesque en dangier de sa vie, qu'aulcuns
vouldront estimer que n'avez assez fermement employ vostre authorit
et crdict envers ceste princesse pour y remdier, mesmement si l'on
procde contre la personne du dict vesque. En quoy, Madame, si voz
Majestez estiment qu'il s'y doibve faire par elles mesmes quelque plus
vif office par dell envers l'ambassadeur d'Angleterre, ne fault
doubter qu'il ne serve grandement; ou bien, si me commandez de le
faire icy, je mettray peyne d'y suyvre entirement vostre intention,
et me garder, le mieulx que je pourray, de n'altrer rien en celle de
la Royne d'Angleterre; me trouvant aussi en peyne comme user pour le
duc de Norfolc, au cas qu'il soit jug  mourir, car il a l'ordre du
Roy, et n'est en ce dangier, o il se trouve, que pour avoir vollu
ayder les affaires de la Royne d'Escoce: dont vous playrra, Madame, me
commander, tout  temps, ce que jugerez estre bon l dessus, car l'on
luy faict la poursuyte si vifve et si secrecte que je crains qu'on
verra plus tost son excution qu'on n'entendra qu'il ayt est
condempn. Et sur ce, etc.

     Ce XXXe jour de novembre 1571.




CCXXIIe DPESCHE

--du Ve jour de dcembre 1571.--

(_Envoye jusques  Calais par le sire Guillem Quincayt, escoussois._)

  Accueil fait par lisabeth  Mr de Montgommery.--Nouvelles
    d'cosse.--Ngociation des Pays-Bas.--Bruit rpandu  Londres
    que l'on se prpare en France  envahir la Flandre.--Dpart de
    Me Smith dsign pour passer en France.--Libelle publi 
    Londres contre la reine d'cosse.


     AU ROY.

Sire, il a faict ung si contraire temps, l'espace de dix jours, 
passer par de, que, jusques au premier de ce moys, le Sr de Vassal
n'a peu arriver icy, lequel m'a rendu les lettres du XVe du pass, et
avec icelles m'a inform d'aulcunes choses, que Voz Majestez luy
avoient donn charge de me dire; sur lesquelles j'envoye prsentement
devers la Royne d'Angleterre pour luy demander audience, et,
incontinent aprs que j'auray parl  elle, je ne fauldray, Sire, de
vous mander tout ce qu'elle m'aura respondu. Cependant je diray 
Vostre Majest qu'elle a faict une fort bonne et fort favorable
rception  Mr le comte de Mongomery, et a heu de longs et privez
propos avecques luy, et l'a faict fort caresser et bien tretter en sa
court, et veult,  ce que j'entendz, avoir sa fille avec elle, et que
le filz de sir Arthur Chambernant, qui l'a espouse, aille rsider
quelque temps en France pour aprendre la langue et les honnestes meurs
du pays. Le dict sieur comte est venu confrer avecques moy, premier
que d'aller trouver la dicte Dame, avec grande dmonstration de bonne
affection au service de Vostre Majest, et m'a pri de luy monstrer en
quoy il se pourroit employer icy pour vous en faire; qui ay est bien
ayse, Sire, qu'il en ayt us ainsy, affin que ceulx cy cognoissent que
toutz voz subjectz se vont de plus en plus runissant, et se rangent 
l'affection et obyssance de Vostre Majest; et n'ay poinct reffuz de
luy monstrer comme il pourroit mieulx dresser ses propos pour les
faire servyr au bien de voz affaires. Lequel, au retour de Grenvich,
m'est venu racompter aulcunes particullaritez que la dicte Dame et
ceulx de son conseil luy ont dictes, qui tendent  faire une fort
estroicte amyti avecques Vostre Majest, nonobstant qu'ilz soient, 
ce qu'ilz disent, meintenant recerchez, aultant qu'il est possible, du
cost d'Espaigne; mais c'est o[17] condition que ne les pressiez de se
dessaysir jamais de la personne de la Royne d'Escoce, car ne
pourroient esprer qu'il y et une seulle heure de repos en ce
royaulme, aussitost qu'elle seroit restitue au sien, et qu'ilz
craignent qu'en ce poinct je leur soys fort contraire. Le dict Sr de
Mongomery s'en retourne aujourd'huy, et va repasser  Dipe, dont je
mettray peyne, cy aprs, d'entendre s'il aura rien plus ngoci par
de.

  [17] Avec condition.

La dellibration continue bien toutjour d'envoyer maistre Smith en
France, mais cella n'est encores ni bien conclud ny bien arrest. J'en
tretteray avec la dicte Dame, pour vous en pouvoir, par mes premires,
mander quelque certitude, avec ses aultres responces qu'elle me fera.

Il se dict icy plusieurs choses d'Escoce, nantmoins je n'adjouxteray
rien  ce que Vostre Majest en pourra veoir par l'extrt d'une lettre
que le Sr de Vrac m'a escripte, du XIIe du pass, sur laquelle je
diray seulement deux choses  Vostre Majest: l'une est que je n'ay
point forny les deux mil deux centz escuz  l'homme qu'il me mandoit,
parce que je n'en ay ny le moyen ny vostre commandement de le faire,
mais je l'ay renvoy le mieulx satisfaict de parolle que j'ay peu vers
Mr de Glasco et de Puiguillen; qui a monstr d'en estre contant, et
est personnaige de considration, qui semble entendre asss bien
l'estat du pays, et asseure que, si quelcun de grande qualit y passe,
lequel veuille bien tretter en vostre nom la paciffication entre les
seigneurs des deux partys, qu'ilz s'y rangeront; la segonde est que la
principalle importance de tout le faict de vostre service par dell
semble estre  bien conserver le capitaine Granges, qui a le chasteau
et la ville de Lillebourg entre mains; et pourtant je desire, Sire,
que renvoyez son frre le mieulx expdi et le plus contant que Vostre
Majest le pourra faire.

Le Sr Fiesque est arriv, lequel donne toute esprance de l'accord, et
encores des aultres accommodemens qui doibvent suyvre le dict accord;
l'on verra dans peu de jours ce qui en ruscyra. Il semble que le Sr
de Valsingam ayt escript que Vostre Majest envoye des gens de guerre
en Picardie, et que l'ambassadeur d'Espaigne s'est retir en Flandres
sans avoir prins cong, ce que ceulx cy prsument estre ung argument
de guerre; tant y a qu'on ne m'en a point encores parl. Et sur ce,
etc.

     Ce Ve jour de dcembre 1571.


   Ainsy que je fermois la prsente, la Royne d'Angleterre m'a mand
   que celluy qui doibt aller en France, est desj dpesch, mais
   que, pour quelques occasions, il n'en fault faire bruict.


     A LA ROYNE.

Madame, j'espre aller trouver la Royne d'Angleterre, demain aprs
diner, et ne fauldray de luy incister vifvement, et nantmoins le plus
gracieusement qu'il me sera possible, au nom de Voz Trs Chrestiennes
Majestez, qu'elle veuille faire suprimer le livre, qui a est imprim
en ceste ville contre l'honneur de la Royne d'Escoce[18], lequel livre
a est rimprim de nouveau en anglois, avec l'adjonction de quelques
rithmes franoises, qu'on impute  la dicte Dame qu'elle les a
composes, qui sont pires que tout le demeurant du livre. Dont
requerray, Madame, que la censure des deux se face tout  la foys, et
n'obmettray les aultres particullaritez qui concernent la Royne
d'Escoce et les Escooys, ny de sonder, s'il m'est possible,  quoy
ruscyroit l'office, que Mr de Glasco desire que Voz Majestez facent,
d'envoyer icy ung gentilhomme tout exprs pour les affaires de la
dicte Royne, sa Mestresse, ny s'il seroit honnorable pour Voz
Majestez, et utille pour elle, de le faire; car, quant  estre
agrable, j'ose desj bien asseurer, Madame, qu'il ne le sera
nullement  la Royne d'Angleterre. Tant y a que je rserve de m'en
esclarcyr mieulx sur les propos que j'entendray d'elle mesmes, et d'en
esclarcyr aprs Voz Majestez par les premires que je leur feray. Et
sur ce, etc.

     Ce Ve jour de dcembre 1571.

  [18] Il s'agit ici du libelle compos par Buchanan, vers 1568,
  sur l'ordre du compte de Murray, et qui fut alors publi pour la
  premire fois (1571), sous le titre de _Detectio Mari Regin
  Scotorum_.--Voyez le _Recueil de Jebb_, 1, 237.




CCXXIIIe DPESCHE

--du Xe jour de dcembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Audience.--Vives assurances d'amiti donnes  lisabeth qui
    l'ont dtermine  envoyer Me Smith en France.--Discussion des
    affaires d'cosse entre la reine et l'ambassadeur.--Refus
    d'lisabeth d'ordonner la suppression du libelle publi contre
    Marie Stuart.--Objet de la mission de Me Smith.--_Mmoire
    gnral._ Instructions donnes  Me Smith pour renouer la
    ngociation du mariage, ou former un trait
    d'alliance.--Conduite que l'on doit tenir en France  son
    gard.--Conditions sous lesquelles on peut esprer de traiter
    pour la reine d'cosse.


     AU ROY.

Sire, quant le Sr de Fiesque et le mareschal Drury ont est arrivez,
l'ung, d'un cost, de Flandre, et l'aultre d'Escoce, ceulx, qui
jusques icy avoient retard le voyage de maistre Smith pour France,
n'ont heu sur quoy davantaige le prolonger, mais j'ay est de fort
bonne part adverty qu'ilz se sont esforcez de me faire plusieurs
traverses en ceste court pour divertyr la Royne d'Angleterre d'entrer
en aulcune intelligence avec Vostre Majest; et ont essay avec
deniers contantz, et par prsens et grandes promesses, de gaigner, et,
possible, avoient desj gaign aulcuns des principaulx d'auprs
d'elle, qui sont non seulement cogneuz parciaulx de la mayson de
Bourgogne, mais encores plus expressment ce peu qu'il y en a qui ont
affection  la France, pour tenir la main qu'elle condescendt 
l'accord des Pays Bas sellon les articles du duc d'Alve, et luy
imprimer des scrupules de Vostre Majest, de ce que j'avois envoy des
lestres et des messagiers jusques  Lillebourg durant le sige, pour
faire que ceulx de dedans s'opiniastrassent  le bien soubstenir, et
despuys pour les destorner de la pratique que milord de Housdon,
milord Escrup et le dict mareschal menoient pour les ranger au party
qu'elle prtend establyr par dell; de quoy,  la vrit, elle a est
bien marrye.

Et ayant heu encores  parler meintenant  la dicte Dame de ces
particullaritez de la Royne d'Escoce, et nommement de la suppression
de ces livres qui ont est imprimez contre elle, jouxte vostre
dpesche du XVe du pass, j'ay estim, Sire, qu'il m'estoit besoing de
luy mesler quelques aultres gracieulx propos qui fussent pour la
retenir et la faire bien persvrer vers vostre Majest; et pourtant
je me suys servy de ce qu'elle mesmes, en la dernire audience,
m'avoit dict bien fort  la louange de Vostre Majest et de la Royne,
vostre mre, et de Monseigneur; et l'ay asseure que toutz trois avis
prins de fort bonne part les honnorables propos qu'elle avoit
particullirement tenuz d'ung chacun; et que la Royne, pour son
regard, me commandoit de luy dire qu'il ne se pouvoit rien ymaginer
d'office de bonne soeur, ny de bonne cousine, ny encores de vrayement
bonne mre, que la dicte Dame ne les deubt toutz attandre et esprer
d'elle, avec habondance d'amour et avec le respect, et honneur,
qu'elle savoit bien qui estoient deubz  sa grandeur et aux
excellentes qualitez que Dieu avoit mises en elle, et que Monseigneur
mettoit au plus hault compte de sa flicit, l'estime qu'elle avoit de
luy; qui pourtant desiroit de pouvoir employer ainsy sa personne pour
son service qu'il peult mriter ceste grande faveur: et Vous, Sire,
sur ce qu'elle m'avoit dict qu'il y avoit beaucoup de valleur et de
vertu en vous, et que nommement vous abondiez d'intgrit, de
droicture et de vrit, aultant qu'il convenoit  un prince d'honneur
d'en avoir, que vous me commandiez de la remercyer infinyement de ce
tant favorable et advantaigeux jugement qu'elle faisoit de Vostre
Majest, qui vous augmentoit le desir d'estre et devenir tel comme
elle vous estimoit, si d'avanture vous n'y estiez desj parvenu, et
que vous ne la pouviez plus grandement rcompenser de ceste sienne
bonne opinion que par l'avoir toute semblable d'elle et en telle
perfection de vertu et d'honneur, comme il se pouvoit ymaginer d'une
des plus accomplyes princesses du monde; et que c'estoit sur ce trs
solide fondement de la mutuelle bonne estime de la vertu l'ung de
l'aultre, que vous desiriez voir principallement establye vostre
mutuelle amyti et que pourtant vous acceptez de trs bon cueur celle
qu'elle vous offriroit de sa part, et lui promettez de mesmes la
vostre trs parfaicte, et de demeurer fermement rsolu en icelle, tant
que vous vivriez, et de la luy rendre encores perdurable  vostre
couronne et entre voz deux royaulmes, en toutes les meilleures sortes
qu'il seroit en vous de le pouvoir faire.

Duquel propos, Sire, la dicte Dame a monstr qu'elle restoit fort
console et merveilleusement contante, et me l'a faict redire une
seconde foys; puys m'a demand si elle trouveroit celle correspondance
en Vostre Majest, dont je l'asseuroys. A quoy ayant adjouxt toute la
confirmation qu'il m'a est possible, elle m'a dict qu'elle ne
vouloit, pour ceste heure, rendre qu'un simple grand mercys pour ce
message, encor qu'il ft le plus grand, le meilleur et le plus desir,
qui luy eust sceu advenir, mais que sur icelluy, qui qu'en deust
parler, elle dpescheroit le lendemain, sans plus de dilay ny remises,
maistre Smith devers Vostre Majest, lequel auroit charge de vous en
remercyer davantaige, et de vous dire aulcunes aultres choses de sa
part, desquelles s'asseuroit que Voz Majestez Trs Chrestiennes en
demeureroient trs contantes.

Et aprs, nous sommes miz  dbattre bien paysiblement les
particullaritez qui concernoient la Royne d'Escoce, et nommement la
supression des livres qui ont est imprimez au prjudice de son
honneur; en quoy la dicte Dame m'a asseur qu'iceulx livres venoient
de l'impression d'Escoce et d'Allemaigne, et non de Londres, et m'a
allgu des occasions pourquoy elle ne debvoit commander qu'ilz
fussent suprimez, et que maistre Smith vous en satisferoit davantaige.
Puis m'a reproch les lettres et messages que j'avois mand 
Lillebourg, et si je voulois entreprendre de luy estre ainsy
contraire.

Je luy ay respondu que je n'avois de rien plus esloigne mon intention
que de norrir division et contrarit entre Vostre Majest et elle,
mais que je luy voulois tout librement confesser que, si j'avois peu
quelque chose en faveur de ceulx qui maintiennent vostre party en
Escoce, que indubitablement je l'avois faict; et que je ne vouldrois
en cella espargner ma vie, non que luy dnyer que je n'y vollusse
employer quelque office de mon debvoir; mais qu'elle se moquoit de
moy: car elle donnoit bon ordre qu'il ne pouvoit aller, ny venir,
aulcunes lettres ny messages, de vostre part, par dell.

Et ainsy m'estant licenci gracieusement de la dicte Dame, maistre
Smith est venu, le jour aprs, me trouver, desj tout expdi d'elle
et des seigneurs de ce conseil; qui m'a asseur qu'il emportoit de
quoy pouvoir conclure, ou par alliance, ou par ligue, une bonne et
bien estroicte amyti avec Vostre Majest et avecques la France, s'il
vous playsoit, Sire, y procder, ceste foys,  bon esciant. Je luy ay
respondu qu'il trouveroit une parfaictement bonne disposition en Voz
Majestez Trs Chrestiennes, qui vous attandiez,  ce coup, de voir
ruscyr quelque effect de tant de bonnes parolles du pass, et que son
voyage, s'il ne tenoit  luy, seroit indubitablement trs utille  ces
deux royaulmes; et luy ay offert ung des miens pour l'accompaigner, et
pour le faire bien recepvoir par dell, qui a monstr qu'il le
desiroit infinyement; dont luy ay baill le Sr de Sabran, lequel,
sellon le loysir que j'ay heu de le pouvoir instruyre, vous informera,
Sire, d'aulcunes choses qui s'entendent, et qui estoient en termes en
ceste court, sur la dpesche du dict Sr Smith, et aussi de ce qui
rsulte, jusques  ceste heure, de la ngociation que milord de
Housdon a faicte avec les Escouoys, pareillement de l'estat de la
Royne d'Escoce, et comme se retrouvent  prsent ceulx de Lillebourg,
avec aulcunes aultres particullaritez bien expcialles, qui me
semblent importer asss que Vostre Majest les sache, premier que de
tretter avec le dict Sr Smith. Sur ce, etc.

     Ce Xe jour de dcembre 1571.


   INSTRUCTION AU Sr DE SABRAN.

   Je prie Leurs Majestez d'entendre ces aultres particularitez, que
   j'ay bailles sommairement, et en haste, au Sr de Sabran, pour
   leur dire:

   Que ce n'est sans besoing que la Royne d'Angleterre cerche
   meintenant l'amyti du Roy, mais, quant elle verra se pouvoir
   mointenir sans icelle, ny elle s'y vouldra davantaige obliger, ny
   quicter celle du Roy d'Espaigne, ains demeurer, ainsy qu'elle
   est, sans rien innover entre les deux; dont, pendant qu'elle est
   en doubte de l'austre cost, il est expdiant que, de celluy du
   Roy, elle soit presse de passer oultre avecques luy.

   Maistre Smith,  ce que j'entendz, poursuyvra les propos du
   mariage, et toutes les intelligences, que j'ay icy, concourent 
   ce que ceste princesse y est  prsent bien dispose, et le comte
   de Lestre, et milord de Burgley, qui s'y monstrent affectionnez,
   disent qu'on s'eslargira sur le poinct de la religion, mais ne se
   layssent entendre commant; et semble que le dict Sr Smith le
   dbattra fort. Dont, sellon les termes o l'on en est de prsent,
   sera bon de monstrer que, pour n'esprer jamais fin en celle
   dispute de la religion, qu'on n'ose plus en parler, et par ainsy,
   gardant chacun son advantaige de ce qu'il en a dict, mesmes qu'on
   ne vouldroit sans nouvelle instance en offrir jamais rien
   davantaige de ce cost, sera bien faict qu'on passe incontinent 
   l'aultre poinct, qui est de la ligue.

   Lequel nous est icy asss contradict de plusieurs qui ont
   authorit, et qui, avec l'affection qu'ilz ont au contraire,
   allguent beaucoup de raysons qui sont pour les anciennes
   alliances, et pour ne les debvoir quicter pour des nouvelles; en
   quoy intervient encores des prsens, des promesses et des
   persuasions grandes, du cost d'Espaigne.

   Mais la bonne opinion qu'on a de la vertu et intgrit du Roy,
   l'estime de Monseigneur, la grande esprance de Mr le duc,
   l'observance de l'edict de paciffication, les choses d'Escoce,
   les mutuelles offances d'entre le Roy d'Espaigne et ceulx cy, (et
   qu'ilz jugent que, s'il meurt, toutz ses estats, par faulte
   d'hoyr, qui soit en aage pour les rgir, seront incontinent en
   trouble), font que plusieurs conseillent ouvertement  ceste
   princesse la ligue avecques la France.

   Et  cella ayde beaucoup que, tant plus l'on va aprofondissant
   les souspeons contre ces seigneurs qui sont dans la Tour, plus
   l'on trouve que l'affaire s'estand bien loing, que presque toutz
   les principaulx catholiques de ce royaulme sont aulcunement de
   l'intelligence, mais bien peu de protestans meslez; que le tout
   s'est dress par les fuytifz qui sont en Flandres, et que
   l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, y a tenu la main; dont
   semble que, pour ces occasions, ilz soyent pour conclurre  bon
   esciant la ligue avecques le Roy.

   Le dict Sr Smith a charge de renvoyer incontinent ung des siens
   par de, aussitost qu'il aura cogneu de quelle vollont sont 
   prsent Leurs Majestez, ou vers l'alliance, ou vers la ligue; et
   semble qu'on entretiendra le Sr Fiesque en diverses ngociations,
   et qu'on temporisera la rsolution des choses d'Escoce jusques
   allors; mesmes ne deffault qui m'a donn adviz que le voyage du
   dict Smith n'est  aultres fins que pour faire plyer le duc
   d'Alve  plus doulces condicions, et pour amuser le Roy qu'il ne
   pourvoye au faict de l'Escoce; tant y a que de donner au dict Sr
   Smith, aussitost qu'il arrivera, bonne esprance des choses qu'il
   desirera, cella pourra traverser beaucoup toutes aultres
   contraires ngociations, et faire bien acheminer celle que le Roy
   desire faire avecques ceste Royne.

   Il y en a icy qui considrent beaucoup de grandes utillitez 
   faire ceste ligue, et les mesurent par les grandz dommaiges et
   empeschemens qui, pour le pass, sont advenuz  la France, quant
   l'Angleterre luy a est ennemye, et que ce sera ung non petit
   accez  la grandeur d'eulx, de se fortiffier meintenant de ceste
   alliance, tant par mer que par terre, et la soubstraire au Roy
   d'Espaigne; mesmes qu'il est dangier que la ligue d'Itallie ne
   tourne  la fin au prjudice de Sa Majest Trs Chrestienne, et,
   si elle va prosprant, que bientost l'on ne chasse toutz ses
   partisans hors d'Itallie, l o, si ceste ligue avec la Royne
   d'Angleterre se conclud, l'on le craindra et respectera aultant
   et plus qu'on a faict jamais nul de ses prdcesseurs.

   Mais il semble qu'il n'y a nul plus honneste fondement, sur
   lequel se puysse dresser ceste ligue, ny plus esloign de
   jalouzie et de souspeon aulx aultres princes, ny plus aprouv de
   toutz les Catholiques, tant de ce royaulme que de toute la
   Chrestient, que sur les accommodemens des affaires de la Royne
   d'Escoce et de son royaulme;  quoy semble bien que ceux de ce
   conseil prtendent, et qu'ilz entendent de faire une
   confdration entre les trois royaulmes;

   Mais c'est en confirmant l'authorit du jeune Roy en Escoce, et
   suprimant du tout celle de la Royne, sa mre, et voulant retenir
   perptuellement la dicte Dame en leurs mains, qui seroient
   condicions peu honnorables pour le Roy, et ausquelles se
   trouveroit de grandes difficultez et beaucoup de contradisans.

   Et semble bien que, pour le moins, l'authorit de la dicte Dame,
   avec l'association de son filz  la couronne, doibt estre
   restablye, et que une forme de gouvernement soit dress des
   seigneurs de la noblesse, aultant de l'ung party que de l'aultre,
   pour rgir le pays, attandant le retour de leur Royne et la
   majorit du jeune Roy, et qu'il soit faict un compromiz entre les
   deux Roynes d'Angleterre et d'Escoce, pour dterminer leurs
   diffrans par ung bon trett: et cependant soit pourveu  ce que
   la Royne d'Escoce ayt ung honnorable trettement, et soit tenue
   en quelque honneste libert, ses serviteurs remiz auprs d'elle,
   son ambassadeur eslargy et admiz  continuer sa charge, o[19]
   condition toutesfoys que la dicte Royne d'Escoce, ny ses
   ministres, ne mneront aulcune pratique, ny dehors ny dedans ce
   royaulme, au prjudice de la Royne d'Angleterre; et que mesmes
   elle baillera ostages de ne s'en aller cependant hors d'icy, sans
   le cong de la dicte Royne d'Angleterre.

  [19] Avec condition.

   Il est vray que, quant  capituler des dictes condicions, qui
   concernent la dicte Royne d'Escoce et les Escouoys, eulx
   mesmes vouldroient estre ouys, et leur intention se pourra
   comprendre par deux lettres que le Sr de Sabran emporte, l'une
   de la dicte Dame, du VIIe novembre, et l'aultre du Sr de Vrac
   du XXIIIe du dict moys, dont celle de la dicte Dame monstre
   qu'elle ne veult aulcunement associer son filz; mais je luy ay
   mand qu'elle se donne paix, et se veuille reposer de cella sur
   l'amyti que le Roy luy porte, qui ne conclurra rien qui ne
   soit  l'advantaige d'elle, et sans que ses proches parans et
   son ambassadeur soyent appellez.

   Quant  toutes aultres condicions, Leurs Majestez Trs
   Chrestiennes les entendent mieulx que je ne les sauroys
   considrer; tant y a que, pour tenir ceux cy bien obligez  la
   ligue, et garder que lgrement ilz ne s'en dpartent, il n'y a
   rien meilleur que de transporter le traffic de ce royaulme, qui
   se faict  ceste heure  Hembourg, en quelque bonne ville de
   France, et leur ottroyer l de bons privillges.

   Le comte de Lestre et milord de Burgley se monstrent desirer
   infinyement la conclusion de ceste amyti pour la seurt de
   leur Royne et pour l'establissement du prsent estat du
   royaulme, et ceulx l, sans aultres, mneront les choses 
   perfection, si elles y doibvent jamais venir; dont ceulx, qui
   entendent les humeurs de ceste court, disent que, quel que ce
   soit, des deux, sait trs bien que le Roy d'Espagne donne
   entretennement  ses partisans qu'il a en ceste court, et qu'il
   est sans doubte qu'ilz s'attendent d'estre gratiffiez du Roy,
   mesmes qu'ilz sont sollicitez par grandz prsens de l'autre
   cost, mais qu'ilz se contanteront  beaucoup moins de cestuy
   cy: quoy que soit, il semble estre ncessaire de leur donner
   quelque chose, et mesmes,  ceste heure, affin de passer
   oultre. Leurs Majestez entendront l dessus, s'il leur playt,
   le Sr de Sabran, et jugeront que leur prsente librallit en
   cest endroict, de mil escuz, sera pour leur espargner, ou pour
   les choses de France, ou pour celles d'Escoce, la despence
   possible de cent mil.

   Les articles que le Sr Fiesque a raportez de Flandres ont
   sembl durs aulx Anglois; et la Royne a monstr qu'elle
   n'estoit pour les accorder en la sorte qu'ilz sont. Tant y a
   que les depputez des Pays Bas y donnent de si bonnes
   interprtations qu'il semble qu' la fin ilz s'accorderont,
   mais ce sera au grand advantaige de la dicte Dame si elle
   trouvoit quelque bonne correspondance en France, aultrement je
   croy bien qu'elle fera une partie de ce qu'on vouldra.

   Elle m'a curieusement demand si l'ambassadeur d'Espaigne s'en
   estoit all d'auprs du Roy sans cong, comme le Sr de
   Valsingam le luy avoit escript, et si le Roy avoit retir le
   sien d'Espaigne. A quoy luy ayant respondu que je croyois que
   non; et que, si l'ung ou l'aultre s'estoient remuez de leur
   place, que c'estoit affin de changer d'air pour leur sant,
   elle m'a dict, en ryant:--Qu'elle vouloit renvoyer celluy, qui
   est icy, du Roy d'Espaigne, parce que, encores despuys cinq
   jours, il avoit faict de mauvaises pratiques contre elle. Et
   prsume la dicte Dame et la pluspart des siens qu'il y doibve
   avoir guerre entre le Roy et le Roy d'Espaigne; de quoy ilz
   monstrent estre fort ayses.

   De ce que milord Housdon a ngoci avec les Escouoys, la
   lettre du Sr de Vrac en dclairera une partie; tant y a que
   j'entendz que, quant le comte de Morthon et l'abb de
   Domfermelin ont est  Barvyc, et ont entendu qu'on ne leur
   parloit que de faire quelque accord avec ceulx de l'autre
   party, qu'ilz ont remonstr qu'ilz ne pensoient estre l
   appellez pour cest effect, ains pour recepvoir les deniers, les
   monitions, les armes et les gens, que la Royne d'Angleterre
   leur avoit promiz pour forcer la ville et le chasteau de
   Lillebourg. Sur quoy milord de Housdon leur a respondu que la
   dicte Dame estoit en la mesme vollont, qu'elle leur avoit
   dict, d'establyr, comment que ce ft, l'authorit du jeune Roy
   et de son rgent en Escoce, et que, si cella se pouvoit
   conduyre sans envoyer arme dans le pays, affin de n'irriter le
   Roy Trs Chrestien, et ne foller les subjectz, que cella seroit
   le meilleur; mais qu'ilz s'asseurassent que, si l'on n'y
   pouvoit parvenir par ce moyen, que dans le commancement de
   mars, elle leur bailleroit de quoy pouvoir, en une sorte ou
   aultre, achever leur entreprinse; et que cependant ilz
   fortifiassent le Petit Lith pour y recepvoir le secours qu'elle
   leur envoyeroit. De laquelle promesse iceulx de Morthon et
   Domfermelin se sont contantez, et le mareschal Drury sur
   icelle est venu poursuyvre en ceste court ce qui faict besoing
   pour l'accomplyr.

   Il y a icy ung ambassadeur secrect, de la part du comte
   Palatin, qui propose le mariage du comte Christofle, troisiesme
   filz de son Maistre, eag de XXII ans, avec la dicte Royne
   d'Angleterre. Je ne say encores comme il est escout, mais le
   comte de Montgomery m'a confess qu'il estoit venu parler 
   luy, et que le dict comte luy avoit respondu que, quant il
   pourroit quelque chose en cest endroict, qu'il l'employeroit
   tout pour Monsieur, qui estoit frre de son Roy.

   Il importe asss avec qui maistre Smith aura  ngocier, et luy
   mesmes m'en a parl, et a regrect feu messieurs de Laubespine
   et de Bourdin. Je luy ay respondu qu'il ngocieroit
   principallement avec Leurs Majestez et avec Monseigneur, car
   c'estoit ceulx l qui entendoient eux mesmes meintenant  leurs
   affaires; de quoy il a est fort ayse. Puys luy ay nomm les
   seigneurs du conseil du Roy, et il a desir de pouvoir tretter
   avec messieurs de Morvilliers, de Limoges et de Foix; et m'a
   demand si monsieur de Montmorency y seroit, et encores si
   monsieur l'Admyral s'aprochoit pas,  ceste heure, aulx
   affaires de Sa Majest.

   La procdure contre ces seigneurs, qui sont dans la Tour, se
   pourra comprendre par l'extraict d'une lettre que j'ay miz
   peyne de recouvrer, laquelle ceux de ce conseil ont tire de
   l'vesque de Roz, adressante  la Royne d'Escoce; et cependant
   je say qu'on a envoy en Allemaigne pour consulter avec
   aulcuns princes si, s'estant la Royne d'Escoce venue  refuge
   en ce royaulme, et se trouvant  ceste heure qu'elle a pratiqu
   une rbellion et sdition contre la Royne d'Angleterre, la
   dicte Royne d'Angleterre la peult justement retenir; et
   plusieurs gens de lettres de ce royaulme sont aprs  escripre
   sur cet article.

   Quant  la supression des livres, qui ont est imprimez contre
   l'honneur de la Royne d'Escoce, je l'ay propose  ceste Royne
   et  ceulx de son conseil en la plus grande expression qu'il
   m'a est possible, au nom de Leurs Majestez Trs Chrestiennes;
   dont le Sr de Sabran leur comptera les longs discours et
   dductions qu'ilz m'ont faictes, avec mes rpliques, et leur
   rcitera les propos que le comte de Lestre m'a tenuz touchant
   la dicte Royne d'Escoce.

   La bonne affection de ceulx de la noblesse de ce royaulme
   envers le Roy se cognoistra par une lettre qu'ung d'entre eulx,
   nomm le Sr Lane, m'a escripte en itallien, du contenu de
   laquelle et des aultres propos que le dict Sr Lane m'a mandez,
   le Sr de Sabran en donra compte au Roy, et luy dira ce que le
   comte d'Oxfort a naguires propos en une compaignie o il
   estoit, et ce qui s'en ensuyvit.




CCXXIVe DPESCHE

--du XVIe jour de dcembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr Cavalcanti._)

  Mission de Me Smith.--Nouvelles d'cosse.--Rsolution d'lisabeth
    de faire attaquer Lislebourg.--Ncessit de secourir cette
    place.--Injonction faite  l'ambassadeur d'Espagne de quitter
    l'Angleterre.


     AU ROY.

Sire, sur le partement de Mr Smith, je vous ay mand le plus de
particullaritez de sa dpesche que, de divers endroictz, il m'a est
possible d'en apprendre, et suys bien marry que je n'ay heu le moyen
d'en donner davantaige lumire  Vostre Majest; mais c'est parce que
milord de Burgley seul l'a dresse,  part soy, sur la secrecte
confrance d'entre la Royne sa Mestresse, le comte de Lestre et luy,
sans qu'il ayt permiz d'en rien passer par nulle aultre main.
Nantmoins je l'ay despuys faict observer, et say qu'il a dict, en
gnral, que le dict Sr Smith emportoit les plus amples instructions
qui, de ce cost, eussent, longtemps y a, est envoyes en France, et
qu'il esproit qu'il en ruscyroit ung trs bon effect entre ces deux
royaulmes.

Cependant, Sire, l'on a procd  l'accommodement des diffrans des
Pays Bas, et tant sont allez et venuz les commiz, depputez et
commissaires devers les seigneurs de ce conseil, et a l'on tant faict
d'assembles et de confrances l dessus, que nous tenons,  prsent,
le faict de la restitution des merchandises pour tout accord, ou
qu'au moins il y reste si peu de difficultez qu'elles ne sont
considrables, et qu'on est meintenant  regarder sur le payement des
deniers, et comme, et  quelz termes ils pourront estre renduz.
Encores dict on qu'on a pass oultre  parler du restablissement du
commerce, jusques avoir articull que, si les privillges, dont les
Anglois jouyssoient devant ceste dernire suspencion, leur estoient
randuz, et qu'ilz ne fussent subjectz au dixiesme que le duc d'Alve a
nouvellement impos, qu'ilz pourroient retourner, du premier jour,
traffiquer en Envers. Tant y a que, pour ceste heure, il semble que
cest article ne se trettera pas.

Le Sr de Cuniguem est, despuys trois jours, arriv du Petit Lith sur
le poinct que ceulx cy estoient  dellibrer des choses d'Escoce; qui
raporte la nouvelle de la deffaicte que le Sr Adam Gourdon a faicte
prs d'Abredin sur milord Forbons, et sur les gens que le comte de Mar
luy avoit baillez, de quoy icelluy de Mar et le comte de Morthon ont
prins occasion de presser meintenant bien fort, par le dict Cuniguem,
ceste princesse de leur envoyer le secours qu'elle leur a promiz.
Dont, aprs avoir est longuement consult l dessus, j'entendz, Sire,
qu'il a est ordonn que le marchal Drury partyra, devant Nol, pour
aller mettre ensemble quatre mil hommes de pied et quatre centz
chevaulx, de ceulx de la frontire du North, cinq pices d'artillerye,
et ung nombre de pouldres, pour marcher incontinent droict 
Lillebourg affin de l'assiger de rechef, aprs toutesfoys qu'on aura
encores une foys somm ceulx de dedans de se soumettre, eulx et la
place,  l'obyssance du jeune Roy; et que ceste princesse est rsolue
de ne rien espargner pour forcer la ville et le chasteau. J'essayeray,
Sire, de m'y opposer en vostre nom le plus expressment qu'il me sera
possible, aussitost que je verray passer les choses plus avant; mais
je supplie Vostre Majest de faire cependant presser milord de Flamy,
si d'avanture il est encores par dell, qu'il ayt incontinent 
partyr; car, de son arrive  temps, et de la bonne dpesche, que le
frre du capitaine Granges, et de celluy marchant que j'ay naguires
adress  Mr de Glasco, emporteront, aura de dpendre le principal
vnement de toute l'entreprinse.

Je viens tout prsentement de recepvoir par ung mesmes pacquet deux
dpesches de Vostre Majest, du dernier du pass et du premier d'estuy
cy. Je verray bientost ceste princesse sur le contenu d'icelles,
lesquelles me semblent trs convenables  ce qui est besoing de
ngocier meintenant avec elle, et que Voz Majestez et Monseigneur avez
trs prudemment et vertueusement us en tout ce qu'avez dict et faict
en l'endroict du Sr de Quillegrey. Sur ce, etc. Ce XVIe jour de
dcembre 1571.


   La prsente estoit desj datte et signe, quant milord de
   Burgley m'a envoy le Sr Cavalcanty pour me saluer de sa part, et
   me dire que la Royne, sa Mestresse, et les seigneurs de son
   conseil s'estoient enfin rsoluz de ce qu'ilz avoient  faire en
   l'endroict de l'ambassadeur d'Espaigne, et que, ceste aprs
   dine, l'on l'avoit mand dans le conseil, o, aprs plusieurs
   choses dbattues, il luy avoit est enjoinct de vuyder
   d'Angleterre dans lundy prochain par tout le jour. Qui est une
   rsolution, Sire, que ceste princesse a prinse sur la ferme
   asseurance, qu'il vous a pleu que je luy aye donn de vostre
   bonne et parfaicte et perdurable amyti. J'estime que, pour
   cella, l'on ne layssera de passer oultre  l'excution des
   accordz touchant la restitution des merchandises.




CCXXVe DPESCHE

--du XXIIe jour de dcembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Confidences faites par lisabeth  l'ambassadeur de ses plaintes
    contre le roi d'Espagne.--Affaires d'cosse.--Sursis accord 
    l'ambassadeur d'Espagne,  qui ont t donns des
    gardes.--Rsultat de la mission de Mr de Montgommery en
    Angleterre.--Nouveaux dtails sur divers mariages faits 
    Londres et sur les affaires d'cosse.


     AU ROY.

Sire, j'ay est, mardy dernier, devers la Royne d'Angleterre, et, le
mcredy, elle m'a faict convyer  diner avec elle chez milord de
Burgley, qui luy a faict le festin des nopces de sa fille avec le
comte d'Oxfort; et le Sr de Sueneguem, depput de Flandres, y a est
toutes les deux foys.

J'ai heu asss d'argumentz, prins des lettres de Vostre Majest, du
dernier du pass et premier d'estuy cy, pour entretenir ceste
princesse, laquelle a monstr de demeurer merveilleusement contante de
ce que je l'ay fort asseure que vous persvriez, de plus en plus,
Sire, au ferme propos d'establyr une bonne et perdurable amyti avec
elle; et que c'estoit sur la mutuelle bonne estime, que toutz deux
avez de la vertu l'ung de l'aultre, que vous entendiez la fonder
principallement de vostre cost, sellon que vous aviez en beaucoup
d'honneur ses vertuz, ainsy qu'elle louoit souvent celles qui sont en
Vostre Majest; et que vous espriez que d'une si saincte
confdration, comme ceste cy, qui seroit toute pose en vertu, vous
parviendriez  toutz les aultres bons, et utilles, et desirables
effectz qu'auriez  desirer l'ung de l'aultre, ou pour voz personnes
ou pour voz estatz, ou pour voz subjectz. Et luy a sembl que
c'estoit desj ung commancement de procder, bien ouvert et franc de
vostre cost, Sire, que de luy faire entendre ce qui estoit advenu de
dom Francs d'Alava[20], et luy toucher aussi de l'entreprinse, que Mr
de Mondocet vous a escript, qui estoit entendue  Bruxelles sur ce
royaulme, laquelle avoit est interrompue; de quoy vous estiez bien
fort ayse: et pareillement que vous n'estimiez la guerre de Levant si
acheve que le Roy d'Espaigne ft pour entreprendre encores rien en la
mer de de, avec les aultres particullaritez de la premire audience
qu'avez donne au Sr de Quillegrey. Qui ont est toutz propos s quelz
j'ay bien vollu, Sire, y aller asss rserv, affin qu'en cerchant de
satisfaire  la dicte Dame, je peusse comprendre de ses propos comme
elle y estoit dispose.

  [20] Don Francs d'Alava avait succd, comme ambassadeur du roi
  d'Espagne en France,  _Chamon_, en 1566. Il fut forc de
  quitter l'ambassade par suite de divers mcontentemens qu'il
  avait donns au roi, auprs duquel il fut remplac, en dcembre
  1571, par _Aguilon_. (_Archives de Symancas._)

Laquelle m'a respondu, quant au premier, qu'elle se rputoit fort
heureuse que son rgne se raportt en temps qu'elle peust contracter
alliance et intelligence avec ung roy si vertueulz, si entier et si
gnreux, comme est Vostre Majest, adjouxtant, par parolles fort
expresses et confirmes par srement, que vous estiez aujourduy prince
de ce monde, de qui elle prisoit et desiroit plus l'amyti, et  qui
elle en vouloit plus randre; et, quand  dom Francs, qu'elle savoit
qu'il vous avoit est trs pernicieulx ministre, l'espace de huict
ans, et qu'il estoit malays que ne vous en fussiez aperceu, dont
vostre bont estoit de tant plus grande que vous l'aviez longuement
souffert; et qu'enfin elle, de sa part, s'estoit rsolue de renvoyer
l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, pour semblables mauvais
offices, qu'elle avoit vriffiez contre luy, d'avoir sollicit les mal
contantz, et encores plusieurs des bien contantz de ce royaulme, 
rbellion, de quoy elle s'estoit pleinte au Roy d'Espaigne par
diverses foys; et mesmes l'avoit envoy prier, par ung gentilhomme
exprs, qu'il le vollust retirer, et que, s'il en vouloit envoyer ung
aultre, paysible, et qui n'excdt poinct sa charge, qu'elle le
recepvroit de bon cueur, et en envoyeroit encores ung rsider prez de
luy, s'il le vouloit de mesmes bien tretter, et qu'elle estoit encores
en ceste vollont; que ce luy estoit grand plsir que vostre agent de
Flandres vous eust faict veoir que, non sans cause, elle avoit prins
souspeon des entreprinses de dell, et qu'elle esproit bien que
Dieu, qui luy avoit baill le moyen de descouvrir les secrectes, luy
donroit le loysir de remdier  celles qu'on vouldroit entreprendre
ouvertement, premier qu'on ft prest de les excuter. Et puys, tout
bas, m'a adjouxt qu'elle avoit toutjour faict conscience de troubler
les estatz de ses voysins, mais puysque le Roy d'Espaigne travailloit
beaucoup  soublever et altrer le sien, ainsy qu'elle en avoit la
vriffication en sa main par ses propres lettres, et par plusieurs de
celles de ses ministres, qui ont est surprinses, et encores par des
marques et enseignes de ses bagues, qui debvoient servyr  conduyre
l'entreprinse, qu'elle ne se tenoit plus oblige aulx respectz qu'elle
luy avoit toutjours gard jusques icy vers ses Pays Bas, et qu'elle en
lairroyt courir la fortune.

Au regard des choses d'Escoce, elle a donn des interprtations asss
coulores  la ngociation de milord d'Housdon, parce que je l'ay
asseure que Vostre Majest, l'ayant sceue par la voye de la mer, y
avoit trouv des trtz, qui vous sembloient bien esloignez de la bonne
intelligence qui se recerche entre vous. Dont, (aprs ung long
discours de l'ingratitude qu'elle reproche  la Royne d'Escoce, qui
sans elle estoit venue  tel dsespoir de ses affaires que
vollontairement elle desiroit renoncer  sa couronne en faveur de son
filz, de quoy elle se repentoit bien de l'en avoir engarde), m'a
remiz d'en confrer avec ceulx de son conseil, m'asseurant qu'elle ne
cerchoit rien en cest endroict qui ft  l'intrest de vostre
couronne. Et n'y a heu nul de ces propos, qu'elle m'a dict  part, ny
de ceulx qu'elle a parl hault, ny aulcune sienne dmonstration, que
tout n'ayt tendu  monstrer une bonne inclination vers Vostre Majest.

L'ambassadeur d'Espaigne a obtenu d'elle de pouvoir advertyr le duc
d'Alve de son cong, premier que d'estre contrainct de sortyr de ce
royaulme, mais cependant l'on luy a commiz ung gentilhomme  sa garde.
Ceulx cy ont quelque adviz que le duc de Medina Coeli est embarqu
avec six mil hommes, et jugent que le Roy d'Espaigne, soubz colleur de
la conduicte de ce gouverneur qu'il envoye en Flandres, vient fornyr
le pays de plus grand nombre d'Espaignolz, craignant y avoir la
guerre, ou bien que c'est pour faire quelque descente en Escoce ou en
Yrlande; dont se parle de getter de grandz navyres en mer, lesquelz je
crains qu'aillent, puys aprs, au dommaige de l'Escoce. Sur ce, etc.

     Ce XXIIe jour de dcembre 1571.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Le comte de Mongomery, vollant passer  Dieppe, a est rejett
   de par tormante avec grand dangier. J'ai adviz, touchant sa
   ngociation avec la Royne d'Angleterre, qu'il luy a dict que
   monsieur l'Admyral avoit faict tout ce qu'il avoit peu pour vous
   persuader la guerre contre le Roy d'Espaigne, mais ne vous y
   avoit peu encores admener, toutesfoys n'en estoit hors
   d'esprance; qu'elle avoit soigneusement adverty le dict
   Mongomery estre expdiant, pour la seurt de ceulx de la
   religion, de ne se dessaysir de la Rochelle et aultres places
   qu'ilz tiennent; que, despuys qu'il est party, il a est faict
   ung dpartement de deniers dans la Tour, et ont est miz  part
   cent mil escuz, lesquelz le trzorier a dict estre pour France,
   et juge l'on que c'est plus pour accommoder ceulx de la religion
   que pour nul aultre effect.


     A LA ROYNE.

Madame, il a est faict, ceste sepmaine, quatre nopces en ceste court,
dont celles de la seur du comte de Hontingthon avec le filz du comte
d'Ocester, et de la fille ayne de milord Chamberland avec milord
Dudeley, ont est conduictes pour l'accommodement d'aulcuns seigneurs
qui estoient ung peu broillez ez affaires du duc de Norfolc, et croy
que ce a est pour s'asseurer d'eulx. Les aultres de la fille de
milord Burgley avec le comte d'Oxfort, et d'une jeune et riche veufve
avec milord Paget, encores qu'elles ayent est clbres avec tout
plsir et contantement, il s'y est veu nantmoins de la parciallit de
court. Et, ayant est convy au festin de celles du dict comte
d'Oxfort, la Royne d'Angleterre m'a bien vollu dire que, de tant de
mariages  la foys, ung chacun luy prsageoit le sien debvoir estre
bientost, et qu'il ne tenoit au Sr de Quillegrey qu'elle n'en
demeurast en fort grande persuasion et en une fort bonne esprance; et
a continu plusieurs honnestes et modestes propos de ce faict,
lesquelz j'ay suyviz de semblables, rejettant la cause des difficultez
sur les trop escrupuleux, qui se trouveroient ung jour grandement
coulpables, envers Dieu et les hommes, d'avoir empesch ce grand et ce
tant desir bien  la meilleure part de la Chrestient. Le comte de
Lestre m'en a parl en termes qui monstrent avoir quelque opinion que
Monsieur en soit dgoust, ce que je luy ay asseur ne savoir, et
n'en avoir rien entendu; et, toutz deux, nous sommes rsoluz de ce que
le pis ne pouvoit estre que trs bon: scavoir est, une trs ferme
amyti et bonne intelligence entre Voz Majestez et ces deux royaulmes.

Je n'ay,  la vrit, touch, en tout le jour du festin, ung seul mot
d'affaires  la dicte Dame, mais, le jour de l'audience, je ne luy ay
obmiz ung seul poinct du contenu ez deux lettres de Voz Majestez, du
dernier du pass, et premier d'estuy cy, et mesmement du faict de la
Royne d'Escoce et des Escouoys; en quoy je l'ay trouve bien peu
modre de l'affection et animosit qu'elle y a toutjour procd, ce
qui me rend asss suspecte toute la ngociation qu'elle a envoy faire
en France; et me vient on encores de dire que, sur les nouvelles
qu'elle a heu de quelque combat qui est advenu entre ceulx de
Lillebourg et du Petit Lith, duquel je ne say encores les
particularitez, elle dpeschera demain le mareschal Drury en Escoce,
avec une commission fort rigoureuse contre ceulx du bon party. Au
regard de vriffier icy, avecques moy, les choses qu'on impose  la
Royne d'Escoce, je crains, Madame, que la Royne d'Angleterre penseroit
avoir si grandement justiffi par l tout ce qu'elle propose de faire
contre ceste pouvre princesse et contre son estat, qu'elle passeroit
oultre  ce qui peut en cella mesmes toucher la rputation et grandeur
de vostre couronne; et si le Roy y vouloit, puys aprs, contradire de
parolle, ou s'y opposer d'effect, qu'elle estimeroit avoir grande
occasion de se pleindre de luy; et quant aulx moyens, qui se
pourroient trouver pour vous accommoder avec elle sur les prsens
troubles et diffrands des Escouoys, j'en ay mand quelque adviz par
le Sr de Sabran; et, aprs que j'auray confr avec les seigneurs de
ce conseil, je vous pourray de ces deux faitz ensemble escripre plus
au long. Et adjouxteray icy, Madame, qu'il a est rsolu de mettre en
jugement le duc de Norfolc, le segond jour du prochain terme de
janvier, et que le comte de Cherosbery sera mand pour prsider en la
cause, avec les douze pairs, et que, pendant qu'il sera icy, sir Raf
Sadeller yra en la mayson du dict comte estre gardien de la Royne
d'Escoce; de quoy elle se donra beaucoup de peur, et je fays tout ce
que je puys pour l'empescher. Sur ce, etc.

     Ce XXIIe jour de dcembre 1571.




CCXXVIe DPESCHE

--du XXVIIe jour de dcembre 1571.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Pigon._)

  Confrence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh sur les
    affaires d'cosse.--Desir des Anglois de conclure avec la
    France le trait de l'alliance.--Leur froideur  l'gard de
    l'Espagne.--Opinion de l'ambassadeur sur la conclusion que
    doivent avoir les affaires d'cosse.--Utilit d'un trait de
    commerce avec l'Angleterre.--Nouvelle donne par Walsingham
    d'une sdition survenue  Paris.--Vives instances pour que le
    roi crive  la reine d'Angleterre en faveur du duc de Norfolk.


     AU ROY.

Sire, j'ay est, de rechef, convy, le dimenche devant Nol, au festin
que le comte de Hontingthon a faict des nopces de sa soeur avec le
filz du comte d'Ochestre, o la Royne d'Angleterre, et les seigneurs,
et dames de sa court qui s'y sont trouves en grand nombre, m'ont
continu les mesmes dmonstrations de bonne affection qu'ilz disent
porter  Vostre Majest et  toute la France. Et m'estant, l'aprs
dine, retir avec le comte de Lestre et milord de Burgley en une
chambre  part, pour leur compter les mesmes choses, que j'avois
naguires dictes  la Royne, leur Mestresse; et, aprs que je leur ay
heu particullaris les responces que Vostre Majest et la Royne,
vostre mre, et Monseigneur aviez faictes, pleynes de toute
bienveillance envers leur Mestresse, sur les honnestes propos d'amyti
qu'elle vous avoit faict tenir par le Sr de Quillegrey; je leur ay
dict que, pour monstrer comme vous cheminiez desj vers elle sellon
ceste bonne intelligence, vous aviez trouv bon, Sire, de luy faire
communiquer par moy ce qui estoit advenu de don Francs d'Alava, ce
que le Sr de Mondoucet vous avoit mand de Flandres, et ce que vous
jugiez des entreprinses du Roy d'Espaigne en la mer de de; qui ont
est propos qu'ilz ont merveilleusement goust, et les ont fort bien
receuz. Et,  la suyte d'iceulx, je leur ay touch ceulx d'Escoce,
sans toutefoys les leur guires presser ny les laysser aussi trop
lasches, mais que, (de tant que ces affaires l avoient tant de
malheur que, quant vous en faisiez parler  leur Mestresse, elle
estimoit que vous offanciez son amyti, et Vous, d'aultre cost, Sire,
jugiez qu'elle mesprisoit la vostre, quant elle s'en entremettoit trop
avant sans vous en parler), je les adjurois bien fort qu'ilz ne les
vollussent plus laysser en ce suspens; et leur ay desduict, par chefs,
toutz les dicts affaires comme pour entendre d'eulx en quelle faon
j'aurois  vous en escripre, tendant principallement  les divertyr
d'envoyer gens contre ceulx de Lillebourg, et leur faire comprendre
que vous ne pourriez avec honneur intervenir en nul trett, o l'on
capitult de priver la Royne d'Escoce de sa couronne pour y establyr
son filz, ny de ruyner l'ung des partys; qui entendiez les conserver
toutz deux.

Sur lesquelz chefz, quant au premier, qui estoit des choses qu'on
imputoit  la Royne d'Escoce, ilz m'ont faict ung long discours de la
deffiance qu'elle s'estoit donne de Voz Majestez Trs Chrestiennes,
de la jalouzie qu'elle avoit prinse du propos de Monsieur, des
pratiques qu'elle avoit menes avec le Roy d'Espaigne et avec le duc
d'Alve par le moyen de Ridolphi, des rbellions qu'elle avoit
suscites en ce royaulme, et comme elles eussent est indubitablement
excutes en aoust dernier, si le dict Roy d'Espaigne n'eust est
empesch du cost du Levant; et m'ont offert de me monstrer le tout
par lettres; et que Me Smith avoit charge de le vriffier bien
amplement  Vostre Majest.

Quant au segond, des moyens qui se pourroient trouver pour paciffier
l'Escoce, encores que la difficult y parust grande, parce que vous
vouliez soubstenir l'authorit de la Royne d'Escoce, et eulx la
vouloient du tout opugner, que vous favorisiez ceulx de son party, et
eulx le party contraire;--Et aussi quant au troisiesme chef, qui
estoit de la ngociation que vous aviez entendu, Sire, que milord
d'Housdon avoit mene avec les Escouoys, o il n'avoit vollu qu'il
ft faicte aulcune mention de vous ny de la France, ny que rien en
vnt  la cognoissance de vostre agent par dell, et qu'il avoit
menass de mener une arme devant Lillebourg pour forcer la ville et
le chasteau, si ceulx de dedans ne se soubzmettoient au comte de Mar,
qu'il avoit dict qu'il vouloit avoir les chasteaulx de Lillebourg et
de Dombertrand entre ses mains, qu'il avoit trett de livrer l'vesque
de Roz au dict de Mar en eschange du duc de Northumberland, qui
estoient trtz, que vous trouviez bien esloignez de l'intelligence que
leur Mestresse monstroit de vouloir faire avecques vous, et qui vous
faisoient desirer de savoir rsolument si elle entendoit de procder
ainsy, sans vous et par la force, en cest endroict;--Ilz m'ont
respondu que la Royne, leur Mestresse, avoit donn charge  Mr Smith
de proposer  Vostre Majest l'accommodement des choses d'Escoce en
une si bonne faon, que vous cognoistriez qu'elle n'y cerchoit rien
qui ft contre vostre rputation ny contre l'honneur et l'alliance de
vostre couronne, car les trettez ne vous obligeoient  nulle certaine
personne du pays, ains  l'estat, et  l'ordre et authorit, qui pour
le temps s'y trouveroit; et que leur Mestresse estoit aprs  tretter
avec les deux partys, et trouvoit, pour ceste heure, que ceulx de
Lillebourg estoient plus raysonnables que les aultres, mais nulz
desirans la restitution de leur Royne, ce qui estoit aussi
universellement contradict par toutz les Estatz d'Angleterre, par
ainsy qu'elle esproit, s'ilz se runissoient toutz  l'obyssance du
jeune Roy, comme ilz en estoient bien prts, que vous ne reffuseriez,
Sire, de les continuer en vostre alliance, ainsy qu'elle vouloit de
bon cueur qu'ilz y persvrassent aussi de leur cost, et qu'il se ft
une bonne confdration entre les trois royaulmes;--Que milord
d'Housdon avoit bien menac de forcer ceulx de Lillebourg, s'ilz
empeschoient la paix du pays, mais que, de vouloir avoir les deux
chasteaux en ses mains, ce n'estoit le desir de leur Mestresse, ains
de les laysser aux Escouoys, bien que, possible,  d'aultres que
ceulx qui les tiennent, et mesmes de leur randre Humes aussitost
qu'ilz seront d'accord; qu'elle n'avoit encores faict rien
entreprendre par la force  milord d'Housdon, et que la grande
asseurance, que j'avois donne  la dicte Dame de vostre amyti, avoit
est et seroit cause dont elle ne prcipiteroit rien par les armes en
cest endroict:

Quant au chef des deux mil escuz, qu'ilz me vouloient asseurer que le
duc de Norfolc et l'vesque de Roz, et le secrtaire,  qui je les
avois baillez, avoient confess qu'ilz estoient de la Royne d'Escoce,
et qu' cest effect ilz m'en feroient veoir leur dposition, dont si,
puys aprs, Vostre Majest persistoit qu'ilz me fussent randuz, qu'on
adviseroit de vous en contanter. Et seroit trop long, Sire,  vous
desduyre icy les rpliques qui ont est, de leur part et de la mienne,
uses sur les susdicts propos, lesquelz, pour aulcuns respectz, je les
leur ay bien volluz terminer par une trs grande esprance, que je
leur ay donn, qu'ilz pourront conclurre une bien ferme confdration
avec Vostre Majest.

De quoy est advenu, Sire, que, le jour ensuyvant, ilz se sont tenuz
bien fermes et voyre si estroictz sur les accordz des Pays Bas que les
Srs de Suevenguem et Fiesque ne savent o ilz en sont, et sont prestz
de laysser les choses bien descousues, et qu'on m'a desj parl de
transporter le traffic de ce royaulme, qui estoit en Envers, en
quelque ville de vostre obyssance, et qu'on escripra  Mr Smith de le
proposer; et pareillement qu'on a press l'ambassadeur d'Espaigne de
partyr de Londres, la veille de Nol, et de vuyder le royaulme dedans
dix jours.

Sur toutes lesquelles choses j'ay  dire  Vostre Majest qu'il
semble, en premier lieu, que la Royne d'Angleterre condescendra que
les Escouoys viennent en accord, et qu'ilz puyssent dresser une forme
de gouvernement entre eulx, d'aulcuns de la noblesse des deux partys,
qui ne soyent establis ny soubz l'authorit de la Royne d'Escoce ny
soubz celle du Prince son filz, mais qui, attandant le retour d'elle
ou la majorit de luy, ayent la puyssance d'administrer le royaulme,
et qu'avec ceulx l se conclue la ligue, et vostre alliance soit
renouvelle, et permettra qu' cest effect voz depputez puyssent aller
avec les siens par dell; qu'elle,  mon adviz, ne reffuzera le
compromiz avec la Royne d'Escoce pour voyr si elles se pourront
accorder, ny de luy amplier sa libert et de la faire tretter moins
rigoreusement, pourveu qu'elle baille ostaiges de ne rien mouvoir dans
le royaulme ny de s'en partyr sans licence; qu'elle vous satisfera sur
les deux mil escuz de les faire remettre en mes mains, bien qu'elle
monstre n'avoir rien, qui tant luy serve contre le duc de Norfolc que
cella, pourveu, Sire, que vous en faciez continuer l'instance  ses
ambassadeurs, sellon que l'avez desj commanc au Sr de Quillegrey,
laquelle j'ay fermement comprouve et soubztenue contre tout leur
dire; qu'il sera bon, Sire, que vous ottroyez librallement  Mr Smith
une ou deux villes en vostre royaulme pour le commerce des Anglois,
avec aultant de privillges qu'ilz en avoient en Envers, et de faire
modrer ces nouvelles coustumes de Roan; et finablement que pressiez
la conclusion de quelque bonne confdration avec ceste princesse,
pendant qu'elle et les siens monstrent d'y estre,  prsent,
merveilleusement bien disposs. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour de
dcembre 1571.


PAR POSTILLE.

   J'obmettois de dire  Vostre Majest que l'aparance de ceste
   sdition que le Sr de Valsingam a mand estre advenue, le VIIIe
   de ce moys,  Paris[21], a cuyd mettre ceulx cy en quelque
   suspens de vouloir attandre qu'est ce qui s'en ensuyvroit,
   premier que de passer  nulle ngociation plus avant; et de vous
   mander, Sire, que le duc de Norfolc sera miz en jugement le IXe
   de janvier, et que le faict des deux mil escuz luy pourra
   grandement nuyre, si Vostre Majest ne le remdie en faisant
   continuer la mesmes instance d'iceulx aulx ambassadeurs de la
   dicte Dame, aulx propres termes que Vostre Majest la leur a
   desj faicte, sans y rien changer, encor qu'ilz vous allguent
   que la Royne d'Escoce m'avoit envoy les aultres mil escuz par
   Douglas: car ilz furent employez en aultres siens affaires; et
   qu'il vous playse, Sire, escripre une lettre  ceste princesse
   que, si le dict duc ne se trouve charg que de l'accommodement,
   que son secrtaire a vollu donner aulx deniers que vous envoyez 
   vostre agent, encor qu'il l'ait bien sceu, que vous la priez de
   ne luy imputer  faulte, attendu qu'elle n'avoit la guerre en
   Escoce, et que l'argent n'estoit envoy  nul de ses ennemys, et
   qu'il est de vostre ordre. En quoy sera besoing que vostre
   lettre, Sire, soit icy le Xe ou XIIe de janvier, laquelle
   j'estime que sera dignement employe pour cause juste et
   honneste, et qui peult revenir grandement au service de Vostre
   Majest.

  [21] Cette meute fut cause par le transport de la croix de
  Gastines au cimetire St-Innocent. Ce monument avait t rig,
  en 1569, durant la guerre civile, en excution d'un arrt rendu
  par le parlement de Paris contre trois marchands huguenots,
  Nicolas Croquet, Philippe et Richard de Gastines, qui avaient t
  tous trois condamns au gibet. Aprs la pacification, Coligni
  avait demand que cette croix ft dtruite. On profita de la nuit
  pour la dplacer; mais le lendemain les catholiques irrits se
  jetrent sur les maisons des protestans, qu'ils livrrent au
  pillage. Le marchal de Montmorenci et Claude Marcel, prvt des
  marchands, parvinrent  apaiser la sdition, mais non sans
  effusion de sang.




CCXXVIIe DPESCHE

--du IIIe jour de janvier 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Plaintes d'lisabeth au sujet de l'expdition prpare
    en France pour l'cosse par lord Flaming.--Confrence entre
    l'ambassadeur et Leicester sur les affaires
    d'cosse.--Dclaration que Me Smith sera charg de traiter avec
    le roi sur ce point.--Ncessit de hter le dpart de
    l'expdition.--Nouvelles d'cosse.--Marie Stuart commise  la
    garde de sir Raf Sadler.--Dpart de l'ambassadeur d'Espagne.


     AU ROY.

Sire, sans aultre occasion que pour donner les bonnes festes  la
Royne d'Angleterre, je la suys all trouver le lendemain des Innocens,
laquelle a heu trs agrable ce mien office, pour luy estre une
signiffication de vostre bonne volont vers elle, et ung tesmoignage 
ung chacun comme vous vivez en une fort bonne intelligence l'ung
avecques l'aultre; de quoy elle m'a remercy beaucoup de foys: et m'a
dict plusieurs bonnes parolles de la ferme dellibration, en laquelle
elle se confirmoit, de plus en plus, de se vouloir perptuer en vostre
amyti. Et bientost aprs, Sire, j'ay receu vostre dpesche du XIXe du
pass, que m'avez envoye par Nicollas le chevaucheur; sur laquelle je
suis retourn, le premier de ce moys, donner le bon an  ceste
princesse, et luy ay racoumpt tout ce que me mandiez de la paix de
vostre royaulme, qui a grandement servy  luy oster deux escrupulles,
qu'on luy avoit desj imprims du contrayre, l'ung pour l'motion de
Paris, et l'aultre de ce qu'on luy avoit faict acroyre que monsieur de
Guyse et monsieur l'Admyral avoient commenc de s'accompagner; de quoy
je l'ay bien fort aultrement persuade, sellon que j'en ay trouv les
propos trs bien et trs sagement desduictz ez lettres de Vostre
Majest; et que vostre royaulme estoit, grces  Dieu, si paysible que
vous luy pouviez fort franchement offrir les moyens, les forces et les
commodits qui y estoient, comme chose que Dieu avoit tout entirement
remise en vostre mein et en vostre puyssance.

De quoy la dicte Dame, s'estant adresse  Dieu, a monstr de le louer
et remercyer, de bon cueur, de ceste tant bonne nouvelle, et m'a pri
de ne vous en reprsenter moins grande la conjouyssance qu'elle vous
en faisoit, que si ce ft pour la propre tranquillit de son estat; et
que c'estoit ung des fruictz qui vous seroit desj de la grande
rputation, qui court au monde, de la fermet de vostre parolle et
vrit de voz promesses, et que de meilleurs et de plus grandz vous en
proviendroient encores; dont vous vouloit prdire, Sire, que le
dernier jour de l'anne passe auroit miz fin  tous les troubles de
vostre royaulme et  toutes les souspeons d'iceulx, et que vous ne
verris, du premier de ce nouvel an en l, sinon toute obyssance et
confience de voz subjectz; et m'a allgu aucuns signes pour quoy
Vostre Majest debvoit croyre qu'elle vous seroit heureuse prophte en
cest endroict; que elle acceptoit, au reste, l'offre, que luy faysiez,
des commodicts de vostre royaulme, tout ainsy qu'elle vous offroit de
bon cueur toutes celles du sien, et croyoit que de la bonne
correspondence, que Mr Smith trouveroit maintenant en Voz Majestez,
l'on verroit ruscyr bientost la conclusion des choses qui
s'esproient, et se desiroient entre vous. Et, avant finyr ce propos,
estans  regarder le bal, elle en a introduict ung aultre, bien
gracieux et modeste, des playsirs et honnestes passe temps qu'on se
mettroit en debvoir par tout ce royaulme de donner  Monsieur, s'il
venoit par de; ez quelz elle ne fauldroit de l'acompagner toutjour,
affin que les ans, qu'elle avoit plus que luy, luy semblassent moins
ennuyeulx: et n'a obmiz d'adjouxter  cella aulcuns motz bien exprs
et aulcunes dmonstrations propres pour signiffier qu'elle le disoit
avec une bonne et bien honneste affection vers luy; et nantmoins n'a
layss de me toucher, en passant, comme ung Escouoy la venoit
d'advertyr que milord de Flemy embarquoit des Franoys pour passer en
Escoce, ce qu'elle ne savoit comment le debvoir prendre, et que, s'il
en advenoit rien contre ce que je luy avois toutjour faict esprer de
vostre amyti, qu'elle s'en prendroit bien asprement  moy.

A cella, Sire, parce que j'estois adverty qu'aussitost qu'elle avoit
heu ceste nouvelle de Mr Flemy, elle avoit command qu'on rnovt, si
faire se pouvoit, l'accord avec les depputs du Roy d'Espaigne pour
d'aultant se rfroydir de vostre cost, je luy ay respondu qu'elle ne
debvoit demeurer en aulcun doubte qu'elle n'obtnt par maistre Smith
tout ce qu'elle vouldroit honnorablement desirer de vostre amyti et
de toute la France; et, quand  l'embarquement de milord de Flemy, que
je n'en avois rien entendu; bien me souvenoit il que Vous, Sire,
l'aviez fort souvent faicte prier de se vouloyr esclarcyr avecques
vous comme vous porris, tout ensemble, satisfaire  vostre honneur et
debvoir vers la Royne d'Escoce et vers les Escouois, et luy complayre
 elle en cest endroict; et que je luy respondois de ma vye que Vostre
Majest estoit encores en ceste mesmes volont, et qu'il ne tiendroit
sinon  elle que le tout ne se rabillt fort bien et bientost.

Et pour la confirmation de cella, je luy ay monstr l'offre, que
Vostre Majest luy faysoit, d'accomoder le traffic de ses subjectz en
vostre royaulme: ce qu'elle n'a peu dissimuler que n'en ayt receu ung
trs grand plsir, et m'a pri d'en bailler l'article de vostre lettre
au comte de Lestre affin de le communicquer  ses merchandz.

Et l dessus, avec dmonstration de grand contentement, elle s'est
retire pour aller  ses prires, et m'a aussitost envoy le dict
comte de Lestre; lequel, aprs m'avoir faict ung long discours comme
ilz avoient nouvelles que milord de Flemy avoit recouvert quinze mil
escus du douaire de sa Maistresse, et dix mil escus de Vostre Majest,
avec des armes et monitions, et cong d'embarquer troys cens
arquebouziers, il m'a infiniement conjur de vous supplyer trs
humblement, Sire, que vueills faire diffrer l'embarquement, sellon
que j'avois bien peu comprendre, par la dernire confrance d'entre
luy, milord de Burgley et moy, que sa Mestresse n'avoit intention de
procder par armes en Escoce, et qu'il luy eust est bien ays d'y
envoyer deux et troys mil hommes si elle l'eut voulu faire, mais s'en
estoit engarde pour l'amour de vous; et que, si ceulx de Lislebourg,
qui depuis naguyres avoient gaign l'advantage sur les aultres en
quelques rencontres, venoient  estre renforcs de ce secours, il est
indubitable qu'ilz essayeroient d'entreprendre plus avant, et sa
Mestresse s'y vouldroit oposer, dont pourroit naistre quelque accident
qui romproit le bon propoz d'entre Voz Majestez et voz deux royaulmes;
 quoy il auroit ung infiny regret pour estre celluy qui avoit promeu
et advanc la part de Vostre Majest en ce royaulme, et avoit recul
d'aultant celle d'Espagne, non sans qu'on gutt une occasion sur luy,
comme pourroit bien estre ceste cy, pour luy en faire ung trs grand
reproche.

Je luy ay commmor, Sire, les grandz et honnestes debvoirs, s quelz
Vostre Majest s'estoit toutjour mise et avoit faict mettre la Royne
d'Escoce et les Escooys vers la Royne, sa Mestresse, sur l'accord de
ces affaires, si bien que vous en demeuriez trs justiffi envers Dieu
et les hommes, et luy mesmes cognoissoit trs bien qu'en toutes sortes
c'estoit  vous de vous pleindre, et  moy de me douloyr infiniement
de l'honte et confusion, en quoy ilz m'avoient miz vers Vostre
Majest, sur la ngociation de ce faict; nantmoins que la chose
estoit encores si entire, et Vous, Sire, si parfaictement bien
dispos vers la Royne, sa Mestresse, et vers ce royaulme, et encores
tant bien inclin vers le dict sieur comte que, si luy et milord de
Burgley vouloient regarder  quelque bon expdient l dessus entre Voz
Majestez, que j'esprois que vous le suyvris et le feris suyvre 
milord de Flemy, encore que j'osois bien asseurer que ces trois cens
arquebouziers n'estoient ung secours qui procdt de vous, car le luy
heussis baill aultrement grand et mieulx forny; bien les priois
d'avoir esgard  vostre rputation, car non seulement vers eux, vers
lesquelz vous la voudris mesurer, aultant qu'il vous seroit possible,
sellon leur contantement, mais vous aviez besoing de la conserver
entire vers tous les aultres plus grandz et plus minentz estatz de
la terre, et desiris surtout qu'elle y parvnt clre et non entache
d'avoir jamais fally  voz allis. Et ay dict cella, et d'aultres
choses appartenant  ce propos, si franchement au dict comte que luy
mesmes enfin m'a confess leur propre tort, et qu'il me promettoit
d'en aller incontinent communiquer  milord de Burgley en son lict, o
il estoit malade, et que bientost il m'en manderoit une response qui
me contanteroit. Laquelle a est, Sire, que Mr Smith aura commission
de tretter avec Vostre Majest de ce particullier, et de tout le faict
de l'Escoce, en telle sorte que vous cognoistrez que, de ce cost,
l'on n'y veult procder qu'avec vostre bonne intelligence, et que
cependant il ne sera envoy nulles forces d'icy  ceulx du Petit Lith.

Le jour d'aprs, les depputez de Flandres sont retourns en cour au
mandement qu'on leur en avoit faict, avec esprence de meilleure
responce, mais il leur a est percist en celle mesmes de devant, et
leur a est davantage offert des passeports, sans qu'ilz les ayent
demands, affin de se retirer; mais ilz ne les ont accepts, et
attendent ung exprs commandement l dessus de ceste princesse, ou ung
cong du duc d'Alve. Sur ce, etc.

     Ce IIIe jour de janvier 1572.


     A LA ROYNE.

Madame, ce peu de motz en chiffre, que j'ay trouvs ez lettres de Voz
Majestez, du XIXe du pass, me feront estre si sogneux du propos,
qu'ilz contiennent, que j'espre qu'il ne s'en remettra rien en termes
que n'en soyez tout promptement et bien advertys; et Vostre Majest
pourra, quand  l'aultre, de Monseigneur le Duc, se conduyre sellon
que desj elle cognoit bien, par la ngociation de Mr Smith, qu'il
sera expdient de le faire; dont si, puis aprs, il vous plait m'en
mander quelque chose, je mettray toute la peyne qu'il me sera possible
d'entirement l'accomplir. Je vous donne compte, Madame, par la
lettre du Roy des aultres choses que j'ay trettes avec la Royne
d'Angleterre et avec les seigneurs de son conseil; sur lesquelles je
n'oze conseiller qu'on retarde aulcunement milord de Flemy, car il
semble que de sa prompte arrive en Escoce dpende asss la ressource
des affres de sa Mestresse et de ceulx de son party, et encores la
conservation de vostre allience, et, possible, une plus prompte
conclusion de la confdration qui s'espre avec la Royne
d'Angleterre. Bien estim je qu'il sera bon de n'advouer les trois
cens arquebouziers qu'il mne, et remonstrer que ce sont Escouoys,
car aussy ce n'est ung secours digne de la grandeur de Voz Majestez;
mais que vous n'estimis, attandu le prsent estat de l'Escoce, et ce
qui s'est pass jusques  prsent par dell, qu'il puisse estre de
vostre honneur, ny de vostre debvoir, d'aulcunement empescher ny
retarder le dict Flemy; et nantmoins que vous donrez bien ordre qu'il
ne face rien au dommage de la Royne d'Angleterre ny de son royaulme,
et que mesmes, s'il plait  la dicte Dame d'entendre ensemblement avec
Voz Majestez  la paciffication du dict pays, que vous ferez rvoquer
tout ce qui y sera pass de gens de guerre; et vous supplye trs
humblement, Madame, d'uzer ainsy en toutes sortes, vers le dict Sr
Smith, qu'il cognoisse une droicte intention et une bonne inclination
de Voz Majestez vers sa Mestresse, et qu'il ayt occasion de luy en
escripre en fort bonne faon, car toutes choses icy pendent,  ceste
heure, bien fort des bonnes responces qu'il mandera que Voz dictes
Majestez luy auront faictes.

Nantmoins je vous veulx bien advertyr, Madame, que, le XXVIIIe du
pass, le capitaine Cage a est envoy de Barvic vers ceulx de
Lillebourg pour les presser par promesses, par offres, par prsans, et
enfin par grandz menaces, de se soubzmettre  l'obyssance du rgent,
ou qu'aultrement la Royne d'Angleterre leur fera renverser le chasteau
sur leurs testes; et leur a apport des articles, de la part du dict
rgent, comme pour parvenir  ung accord, mais, en effect, c'est pour
retirer, si faire se peult, le chasteau hors des meins du capitaine
Granges; de quoy j'espre qu'il se saura bien garder. Et cependant
ceulx cy ont envoy une commission aux gouverneurs des portz de Houl
et de Neufcastel qu'ilz ayent  mettre, dans le XIIe de ce moys, cinq
navyres de guerre dehors, avitaills pour deux moys, pour quatre cens
cinquante hommes, affin de se tenir sur la coste d'Escoce pour
empescher,  ce qu'ilz disent, la descente de milord de Sethon et de
milord Dacres, mais je crains que ce soit au dommaige de milord de
Flemy, s'il n'est plus tost arriv par dell.

Sir Raf Sadeller est party, le XXVIIIe du pass, pour aller garder la
Royne d'Escoce, pendant que le comte de Cherosbery vient prsider en
la cause du duc de Norfolc avec les douze pairs. Il me semble, Madame,
que les depportemens de ceulx cy vous admonestent bien fort de presser
ce qu'avez  faire avec eulx, et tirer, le plus tost que pourrez, une
conclusion de la ngociation de Mr Smith, sans en remettre rien au
temps; car ilz se veulent trop servyr d'icelluy pour leurs commoditez,
et n'ont nulle considration aulx vostres: et puys leurs vnementz
sont si incertains et muables qu'il les fault prendre, pendant qu'on
les trouve en une si bonne disposition comme  prsent ilz sont, ou
bien le tout reviendra despuys  rien.

J'entendz que dom Francs d'Alava, voulant par trop prcipiter son
retour en Espaigne, s'est embarqu, avec plusieurs aultres, par ung si
maulvs temps, en Zlande, que leur vaysseau et tous ceulx qui
estoient dedans se sont perduz. L'ambassadeur d'Espaigne, qui estoit
icy, est encore attandant  Gravesines le mandement du duc d'Alve, et
luy a l'on prpar deux navyres de conserve pour le passer dell. Sur
ce, etc. Ce IIIe jour de janvier 1572.




CCXXVIIIe DPESCHE

--du IXe jour de janvier 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jean Monyer._)

  Raffermissement de la paix en France.--Nouvelles
    d'cosse.--Combat dans les faubourgs de Lislebourg.--Nouvelles
    de Marie Stuart.--Affaires d'Espagne.--Efforts des dputs des
    Pays-Bas pour renouer la ngociation du trait sur les prises.


     AU ROY.

Sire, par ma dpesche de devant ceste cy, laquelle est du IIIe de ce
moys, il a est satisfaict  celle que j'ay despuys reue de Vostre
Majest, du XXIIIIe du pass, en ce qui concerne les choses advenues 
Paris, desquelles et des aultres bruictz, qui ont couru de monsieur de
Guyse et de monsieur l'Admyral, j'en avois desj si bien inform la
Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, sur voz
prcdentes du XIXe, qu'il n'a est besoing de leur en donner plus
grand esclarcissement. Et me semble, Sire, qu'ilz sont demeurs trs
bien persuads de la paix de vostre royaulme, sinon que le Sr de
Quillegrey, par ses dernyres, leur en ayt faict penser aultrement;
lequel a escript que la Royne de Navarre avoit refuz de venir, parce
que Mr de La Valte, avec sa compagnie, estoit dedans Leytoure, et
qu'elle disoit ne pouvoir vivre sans beaucoup de souspeon, tant
qu'elle sentiroit ceste garnison si prs d'elle. Je n'ay,  prsent,
nul plus grand soing que de faire comprendre  ceulx cy que Vostre
Majest a, en sa main, son royaulme trs paysible et trs puissant,
pour meintenir trs bien et apuyer le leur, quant il en sera besoing,
et qu'ilz le doibvent ainsy esprer et s'en assurer parfaictement,
aussitost que Vostre Majest leur en aura donn sa parolle. Et ay bien
tant faict, Sire, que, despuis six jours, ilz ont envoy amplyer la
commission de Mr Smith, et luy ont mand d'estreindre les choses le
plus tost que faire se pourra, et qu'il offre ardiment, de la part de
sa Mestresse, d'accomoder, par commune intelligence avec Vostre
Majest, les choses d'Escoce, sans y envoyer des forces; et que mesmes
elle retirera celles qui s'y pourroient trouver de sa part, car ne me
veulent dissimuler que la dicte Dame ne soit preste d'y en envoyer,
aussitost qu'elle entendra que des estrangers y seroient descendus.
Tant y a que je ne puis pour cella changer de l'opinyon, que j'ay
desj mande, touchant le passage de milord de Flemy et de Mr Du Croc
par dell, veu que ceulx cy ne cessent d'instemment presser et
solliciter ceulx de Lillebourg, desquelz ilz attandent leur responce
en brief, par le capitaine Caje, qui est encores devers eulx, et
lequel je say qu'a escript que l'esprance des choses, que les dicts
de Lillebourg attendent, d'heure en heure, du cost de France par
milord de Flemy et par le frre du capitaine Granges, les faict tenir
fort fermes.

Il y a heu du combat asss rude dans les faulxbourgs du dict
Lillebourg, de quoy, et des aultres choses que le dict capitaine Caje
rapportera de dell, j'espre, Sire, de vous en escripre bien au long
aussytost qu'il sera arriv. Je n'avois failly, ds le IIe du pass,
par une dpesche que j'avois faicte au Sr de Vrac, de l'assurer,
touchant ces mauvais et pernicieux bruietz, qu'on faisoit courir par
dell, qu'ilz estoient faulx et malheureusement controuvs; et je le
luy confirmeray encores par la premire commodit que j'auray de luy
escripre.

J'ay obtenu de pouvoir envoyer aulcunes besoingnes  la Royne d'Escoce
pour sa sant, mais avec condition que le messager doibve estre muet.
Je le luy ay desj dpesch, et luy ay mand toute la consolation, de
la part de Vostre Majest, qu'il m'a est possible. Sir Raf Sadeller
est desj auprs d'elle, et me creins asss que, pendant que le comte
de Cherosbery sera icy, l'on la vueille remuer au chasteau de Herfort:
car j'entendz qu'on y a faict quelques provisions, et qu'on y envoy
de la tapisserie, et ne voy point que, pour le bon propos o ceulx cy
sont avec Vostre Majest, ilz monstrent nul signe de modration vers
ceste princesse, ny vers son ambassadeur, qui est fort estroictement
tenu, et bien fort mal trett; et nantmoins la cause d'elle, et celle
du duc de Norfolc, n'ont faulte de leur support qui se manifeste en
plusieurs sortes dans ceste court, et ceulx de ce conseil en ont, 
toute heure, des adviz secretz; et voyent souvant des placartz et des
libelles diffamatoires qui s'en publient contre eulx, dont ilz vivent
en grande souspeon et deffience les ungs des aultres.

Cependant l'on ne laysse de presser le partement de l'ambassadeur
d'Espagne, et, parce que la responce du duc d'Alve a sembl tarder
beaucoup, l'on l'a faict acheminer  Douvres, et luy a l'on offert
d'avancer ce qu'il debvoit icy d'argent, ou bien de luy faire donner
terme, et qu'il ayt  promptement se retirer; dont Hacquens luy a
desj men au dict Douvres le navyre de conserve, qui est ordonn pour
son passage. Les depputs de Flandres attandent aussi la responce du
duc d'Alve. Mais il est merveillable combien ilz offrent de grandz
partys pour retourner aux termes de l'accord, et combien il se faict
de dilligences, par ceulx du party de Bourgoigne, pour les faire
accepter; en quoy je me conduys toutjour, le plus que je puys, sellon
qu'il vous a pleu, longtemps y a, me le mander par chiffre. Et sur ce,
etc. Ce IXe jour de janvier 1572.




CCXXIXe DPESCHE

--du XIIIIe jour de janvier 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du sieur Acerbo._)

  Soulvement de l'Irlande.--Prparatifs pour le jugement du duc de
    Norfolk.--Ngociation des Pays-Bas.--Proposition d'un trait de
    commerce entre la France et l'Angleterre.


     AU ROY.

Sire, j'avois espr de vous pouvoir mander par ceste dpesche
beaucoup de nouvelles d'Escoce, mais le capitaine Caje n'est encores
de retour, ny je ne say point qu'aulcun corrier, despuis mes
prcdentes, soit arriv de ce cost l; dont vous parleray, Sire,
d'une aultre nouveault, laquelle,  ce que j'entendz, a commanc
d'aparoistre d'ung aultre endroict: c'est qu'ayant couru ung bruict,
en Irlande, comme les Anglois se prparoient d'y passer bientost en
armes pour achever la conqueste des quartiers, qui n'ont encores rendu
obyssance  ceste couronne, et que la Royne d'Angleterre avoit dj
distribu les terres  ceulx qui les subjugeroient, les habitans du
pays ont tenu l dessus une assemble, en laquel l'O'Nel Tornoleur,
nepveu de l'aultre grand O'Nel, qui a heu la teste trenche en ce
royaulme, a est, d'ung commun accord de tous, cr capitaine et
conducteur gnral pour rsister  l'entreprinse; de quoy il a
incontinent adverty Mac O'Nel, son parant et alli, en Escoce, qui luy
a tout aussytost dpesch troys mille Escouoys sauvages, et encores
il luy a, de rechef, envoy sa femme, laquelle est fille ou seur du
dict Mac O'Nel, affin qu'elle en admne plus grand nombre; et,
d'aultre part, le sir Jacmes Fitz Maurice, qui est  prsent le plus
renomm capitaine de l'isle, s'est joinct  luy, avec toute sa troupe,
et le comte d'Ormont a lev de son cost quelques gens, et, sans qu'on
en sache bien l'occasion, est all courir les terres de sir Barnab,
au quartier de l'Est, qui est pays fertile, et habit des meilleurs
subjectz que la Royne d'Angleterre ayt par dell, et si, a retir le
filz du doyen de Casselz avec luy, lequel est naguyres revenu
d'Espaigne.

Qui sont toutes choses qui donnent grande souspeon  ceste princesse
d'une gnrale rvolte de tout le pays, et d'une intelligence avec les
estrangers, mesmes qu'elle voyt le dict d'Ormont et le comte de
Queldrar persvrer en leur rconcilli amity, et nul des grandz de
dell prendre bien  cueur le meintien de sa cause, ny s'oposer  ce
qui s'y entreprend tous les jours contre elle. Dont j'estime, Sire,
que la dicte Dame, avec l'advis des principaulx de ce royaulme,
lesquelz elle a maintenant convoqus icy pour ung aultre affaire,
advisera de pourvoir  cestuy cy.

Ceste convocation,  ce que j'entendz, Sire, n'a est projecte pour
aultre effect, sinon affin que, par la prsence de ce grand nombre de
la noblesse, il semble que la procdure contre le duc ayt  aparoir
plus juridique et les loys du pays mieulx observes. Mais l'on voyt la
poursuyte en estre si artifficieuse et violente qu'un chacun s'en
esbahyt, dont plusieurs placartz s'en publient contre milord de
Burgley pour le cuyder intimider, mais il ne s'arreste pour cella, ny
je ne croy pas qu'on oze attempter rien davantage contre luy.

Le comte de Sussex a monstr,  ce qu'on dict, de porter ouvertement
la cause du dict duc, et qu'il en est devenu asss suspect en la
court, mais il a toutjour sagement except le crime de lze majest,
au cas qu'il s'en trouvast atteint, car il seroit allors le plus
mortel de tous ses adversaires, mais aultrement qu'il se dclaroit
estre tout oultre son amy; et c'est  demein, Sire, qu'on estime que
le dict duc sera men en jugement, dont bientost s'entendra la
rsolution de son faict.

Les depputs de Flandres, en attendant la responce du duc d'Alve, ont,
par l'adviz de ceulx qui favorisent icy l'alliance de Bourgoigne,
prsent  ceulx de ce conseil de nouveaulx articles pour leur offrir
de satisfaire  toutz les poinctz, sur lesquelz ilz monstroient fonder
les principalles occasions de se dpartir de l'accord; mais, encores
hier, ilz n'avoient imptr rien de mieulx que de pouvoir, quant aux
merchandises d'Espaigne, retenir celles qui seroient de bonne vente en
ce royaulme pour estre dbites par eux mesmes en ce que les deniers
seroient mis ez mains des Angloys; et, quant  celles qui ne seroient
propres pour icy, qu'ilz les peussent transporter ailleurs, aprs
estre aprcies, en bayllant caution d'eu rapporter, dans quatre
moys, le payement; et, quant aux deniers qui estoient en espces,
qu'ilz n'en parlassent ung seul mot au nom du Roy d'Espaigne, parce
qu'on avoit rsolu d'en convenir avec les seulz Gnevois  qui ilz
apartenoient. Aujourdhuy les dicts depputs vont prsenter  ceste
princesse une lettre du duc d'Alve, laquelle l'homme, que monsieur
l'ambassadeur d'Espaigne luy avoit dpesch, a aporte, et en a aport
une aultre au dict ambassadeur pour se pouvoir retirer: nous verrons
ce qui succdera.

Les marchandz de Londres sont aprs  dellibrer sur l'offre que
Vostre Majest leur faict d'accommoder leur traffic en France, et
bientost ilz m'en doibvent donner responce. Il y a aulcuns notables
personnages qui trectent icy d'acorder le faict de Portugal et de
Venise, pour retourner  l'accoustume commerce que ce royaulme avoit
avec l'ung et l'aultre pays, ainsy qu'on faysoit auparavant, et semble
que cella succdera. Sur ce, etc.

     Ce XIVe jour de janvier 1572.




CCXXXe DPESCHE

--du XVIIIe jour de janvier 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Bon accueil fait en France  Me Smith.--Affaires
    d'cosse.--Ngociation du mariage.--Condamnation du duc de
    Norfolk.--Communication importante faite sous serment,  la
    reine d'Angleterre, au nom du duc d'Anjou.


     AU ROY.

Sire, vostre dpesche, du troysiesme de ce moys, m'est arriv le
XIIIIe, et, le jour aprs, je suis all saluer la Royne d'Angleterre
de voz meilleures et plus cordialles recommandations, et luy prier le
nouvel an bon et bien heureulx de la part de Voz Majestez; puis luy ay
compt l'arrive de Mr Smith  Amboyse, et l'ordre qu'aviez donn,
Sire, de l'envoyer rencontrer bien loing par Mr de Mauvissire, et
encores de le faire recepvoir prs de la cour, et le conduyre en son
logis, par Mr de Rostein, avec commission,  ung de voz maistres
d'hostel et voz officiers, de le bien tretter, tant qu'il y sera; de
sorte que je la pouvois assurer que son ambassadeur avoit est le bien
venu, et avoit est receu avec toute faveur; et que, dans ung jour ou
deux, vous espris, Sire, de l'ouyr avec dellibration de vous
monstrer trs correspondant  tout ce que pourris comprendre, par son
dire, qui seroit du desir et bonne intention de la dicte Dame.

Elle a prins en merveilleusement bonne part ce propos, qui a est
meilleur qu'elle ne l'esproit, car, sur une lettre qu'ung des siens,
qui est par dell, luy avoit naguyres escripte, l'on luy interprtoit
que ceste lgation ne seroit ny bien receue ny bien respondue; dont
m'a pry de croyre qu'elle ne doubtoit plus qu'elle n'eust cest an
bien bon, puisque Voz Majestez le luy envoyoient donner, et que, de
par elles, elle l'acceptoit pour tel de fort bon cueur, et prioit Dieu
que en semblable il le vous voult donner, et plusieurs aultres aprs,
trs-bons et bien combles de toute flicit, et qu'elle vous rendoit
toutes les grces, qu'elle pouvoit, de l'honneur et bonne chre que
faisis  son ambassadeur, duquel elle s'assuroit que n'entendris
chose aulcune qui ne ft pour vous contanter.

J'ay suivy  luy dire, Sire, que, sur l'arrive de son ambassadeur,
celluy d'Escoce et les Escooys vous estoient venus faire une
recharge, comme de coustume, pour l'accomodement de leurz affres, et
que Vostre Majest les avoit pris d'avoir encores ung peu de patience
jusques  ce qu'on vt que pourroit ruscyr de la conclusion de ce
trett; et que vous desireris bien fort que, cependant, pour aulcunes
occasions bien considrables, la dicte Dame voult ordonner quelque
relasche  la Royne d'Escoce du resserrement et rigueur qu'elle luy
faysoit tenir, et pareillement  son ambassadeur: et qu'elle voult
aussy qu'il se moyennast une suspencion d'armes entre les Escooys,
pour laquelle, s'il luy playsoit qu'il se ft une dpesche en commun 
ceulx des deux partys, je serois prest,  toute heure, de leur
escripre au nom de Vostre Majest.

A ces propos elle m'a soubdain respondu qu'aprs que vous auriez ouy
Mr Smith, elle vouloit bien laysser  Voz Majestez de juger quel
trettement la Royne d'Escoce avoit mrit d'elle, et si l'vesque de
Roz n'avoit pas dservy le gibet, duquel elle me vouloit dire, tout
franchement, qu'il n'en estoit nullement hors de danger; et, quant aux
Escouoys, que milord d'Housdon luy avoit escript qu'ilz estoient en
termes de prendre entre eulx une suspencion pour six sepmaines, et que
ceulx de Lillebourg persistoient toutjour  requrir ung raysonnable
accord: dont elle avoit command  deux de ses conseillers de rduyre
par chapitres leurs demandes, affin de les mettre en dellibration, et
que, puis aprs, elle feroit tout ce qu'il luy seroit possible pour
les leur faire accorder, sans toucher  rien qui pet prjudicier 
vostre alliance; mais, Sire, ny elle, ny ceulx de son conseil ne m'ont
voulu rien respondre, touchant y faire une dpesche en commun.

J'entendz que l'ung et l'aultre party vont temporisant, et qu'ilz
mnent assez doulcement la guerre, et qu'il semble qu'on ayt icy
opinyon que le Sr de Vrac a maintenant plus d'intelligence avec ceulx
d'Esterlin qu'avec ceulx de Lillebourg. Je suys aprs  luy faire
tenir, en ung chiffre qui est commun entre nous, le contenu de voz
lettres que luy adresss, et ce que, d'abondant, m'avez command de
luy escripre.

Aprs ce dessus, j'ay faict entendre, mot  mot,  la dicte Dame, en
la faon que je mande en la lettre de la Royne, l'advertissement de
Monseigneur, duquel n'est pas  croyre combien ceste princesse a
monstr qu'elle luy en savoit ung merveilleusement bon gr, et
qu'elle en savoit encore ung bien fort grand  Voz Majestez; et a
rapport tout ce qu'elle a peu de ses meilleures parolles et de ses
contenances ensemble pour me faire veoyr qu'elle s'en tenoit
infiniement redevable  luy et bien fort oblige  toutz troys, et que
c'estoit une obligation de laquelle elle ne perdroit jamais la
mmoyre; bien vous suplioit, Sire, puisqu'aviez commanc d'avoir ung
si grand soing de son bien, qu'il vous plet de le continuer, et de
croyre qu'elle, de sa part, feroit pour vous, en toutes partz qu'elle
pourroit du monde, ung trs bon guet sur tout ce qui seroit du salut
de vostre personne et de la conservation de vostre grandeur; et que,
ne pouvant exprimer la consolation et contantement qu'elle sentoit en
son cueur de la concurrence de Voz Majestez avecques Monseigneur sur
ung si grand et si charitable office qu'il avoit uz vers elle, et
attandant qu'elle vous en peult monstrer une meilleure recognoissance,
elle vous supplioit d'accepter celle d'ung mercys, que cependant elle
vous en rend le meilleur et le plus grand qu'il luy est possible de le
dyre ny penser.

Je vous puys assurer, Sire, que, quelz moyens que la dicte Dame
tiegne de pourvoir maintenant l dessus, qui ne sont petits, elle
faict en sorte qu'on ne peut ny souspeonner ny sentir d'o cella est
venu; qui verrs, Sire, ce que j'en mande davantaige par la dicte
lettre de la Royne, vostre mre, et par celle de Mon dict Seigneur,
ausquelles me remettant; je adjouxteray au surplus, icy, comme le duc
de Norfolc a est, ds hier, men en jugement devant les payrs, non
sans grande creinte de sdition par la ville, quand on l'a conduict 
Ouestmester, mais l'on avoit mis beaucoup de gens en armes par toutes
les rues, et redoubl les gardes au logis de la Royne, et encores,
pour plus de seurt, il a est men par eau. J'espre que bientost
s'entendra toute la rsolution de son faict, qui, je croy, sera de sa
ruyne. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de janvier 1572.

   Tout  ceste heure, l'on me vient de mander que le dict duc est
   condampn  mourir.


     A LA ROYNE.

Madame, l'ordre, que j'ay tenu en l'avertissement que Monseigneur m'a
command de donner,  la Royne d'Angleterre, a est que, sans monstrer
de luy avoir  dyre rien de plus espcial que de coustume, aprs
quelques discours d'aulcunes aultres choses ordinayres, je luy ay dict
que je voulois parler plus bas sur tout ce qui me restoit  luy
remonstrer, affin qu'il ne ft entendu que d'elle seule; dont elle a
command incontinant d'aporter ung tabouret, et m'ayant men assoyer
prs d'elle en un coing de sa chambre prive, j'ay suivy mon propos en
ces propres termes:

Que Monseigneur avoit, ces jours passs, pry Voz Majestez Trs
Chrestiennes de luy permettre qu'il pet donner  la dicte Dame ung
advertissement, qu'il avoit naguyres heu de bon lieu, d'ung certein
faict qui touchoit grandement la personne d'elle; et qu'il se sentoit
avoyr tant d'obligation  la bonne opinyon qu'elle avoit heu de luy,
pour l'honneur qu'elle luy avoit faict de le vouloyr espouser, qu'il
ne seroit jour de sa vye qu'il ne se mict en tous les debvoirs qu'il
pourroit pour le recognoistre, encores qu'il y courust l'empeschement
de sa fortune et le dangier de sa propre vye, et qu'ilz ne le
verroient jamais estre bien  son ayse qu'il n'eust accomply ce bon
office vers elle.

Sur quoy Voz Majestez, ayant considr que la requeste de ce prince,
vostre filz et frre, procdoit de la gnrosit de son cueur, et
d'une honneste affection de se vouloir monstrer non ingrat des
obligations qu'il avoit  une si grande et si vertueuse princesse,
aprs en avoir entendu la particullarit, non seulement aviez trouv
bon de luy permettre d'en uzer comme il l'auroit en desir, mais
l'aviez confort et conseill de le faire; en quoy elle pouvoit
comprendre combien vous concouris tous troys, voyre le quatriesme qui
n'en estoit nullement spar,  vouloir sa conservation et son bien;
et seulement Voz Majestez avoient prescript et enjoinct  Mon dict
Seigneur que nul aultre, sinon elle seule, pet savoir que
l'advertissement vnt de luy, ny que le Roy et Vous, Madame, luy
eussis conseill de le luy mander, et que Voz Majestez me
conjuroient, en la foy et obyssance de loyal subject et serviteur, et
sur ma vye, de le luy dire  elle seule tant en secrect, et de faire
qu'il fust tenu si secrect  tous aultres, que je la supplioys trs
humblement ne trouver mauvais que je prinse sa parolle et sa promesse,
et mesmes son srement, en foy de princesse royalle, chrestienne,
pleyne d'honneur et de vrit, qu'elle ne diroit jamais  nulle
personne du monde qu'elle eust heu les advis de Mon dict Seigneur, ny
par ordre de Voz Majestez, ny que moy, vostre ambassadeur, luy en
eusse parl; car cella ne luy serviroit de rien, et pourroit, en
plusieurs sortes, nuyre et estre de grand prjudice aulx deulx frres,
et encores  vous, qui estes la mre.

La dicte Dame, avec une merveilleuse attention et avec ung incroyable
desir de savoir que c'estoit, m'a incontinant promis qu'elle ne le
rvelleroit  crature vivante, ny n'en communicqueroit rien, ny prs
ny loing,  nulz de ses plus inthimes conseillers; et me l'ayant
ainsy, avec les deux mains elleves, et puis, avec la droicte sur
l'estomac, confirm par serment, j'ay suivy  luy dire que je luy
monstrerois la propre lettre de Mon dict Seigneur, affin qu'elle
mesmes vt tout ce qu'il m'en mandoit, et aynsy je la luy ay leue fort
distinctement; qui n'a est sans qu'en son visage n'ayt aparu de
l'motion et du changement, non tant pour l'indignation du mal qu'elle
oyoit estre prpar contre elle, que pour le contantement et plsir
qu'elle sentoit en son cueur de ce bon office de Mon dict Seigneur, et
de ce que Voz Majestez le luy aprovoient. Et sur cella, Madame, vous
verrez en la lettre du Roy, et encore en celle de Mon dict Seigneur,
les honnestes responces qu'elle m'a faictes, et que c'est,  ce coup,
que vous l'avez tenue et rpute  bon esciant pour propre fille, et
qu'elle vous a exprimente pour sa trs bonne mre, et que pour telle
vous recognoistra elle et vous honnorera  jamais, et aura sa vye en
plus d'estime pour la sentyr chrye et bien voulue de telz princes.

Il semble, Madame, que cest office, lequel ne peust estre jug que
trs honneste, et royal, et bien fort humein, aura proprement
produict l'effect que desirez, principallement pour Mon dict Seigneur,
et puys pour Voz Majestez, et pour le bien de voz affres; car ayant
la dicte Dame desir de voyr une segonde foys la dicte lettre, et la
luy ayant baille  lyre, elle a monstr, par toutes ses contenances
et par toutes ses parolles, d'en avoyr ung si grand contentement que
je ne puys dire, Madame, sinon qu'elle se tient la plus redevable
princesse de la terre  luy et trs oblige  tous troys: seulement
elle s'est ung peu arreste au premier article de la dicte lettre, et
m'a dict qu'il sembloit que Mon dict Seigneur n'esprt plus au
mariage, et qu'il le tnt pour tout rompu.

Je luy ay dict qu'elle savoit bien auquel il avoit tenu, mais que
tant plus debvoit elle rputer,  ceste heure, l'affection de Mon dict
Seigneur avoir est toutjour trs honnorable et trs honneste, et
vuyde de toute aultre sorte d'ambition que celle de ses bonnes grces.
Elle m'a, de rechef, demand si,  la dathe de mes lettres, Mr Smith
avoit desj est ouy, et luy ayant respondu que j'estimois que non,
elle n'a plus suyvy le propos. Sur lequel il me reste, Madame, de
supplyer trs humblement Vostre Majest de croyre, et de demeurer trs
fermement persuade que, depuis le partement de Mr de Foix, je ne me
suis advanc de parler icy ung tout seul mot en ceste matire, sinon
ainsy que le Roy, ou Vous, ou Mon dict Seigneur, me l'avez escript,
qui est en substance qu'ayant Voz Majestez veu les articles elles
n'avoient voulu assoyer aulcun certein jugement sur iceulx, attandant
le personnage d'honneur de ce conseil que la dicte Dame vous voudroit
envoyer, et rien davantage; qui est bien loin de ce qu'on vous a
rapport, et encores plus esloign de la prsomption que j'aurois
uze trop grande, si j'avois pass plus avant, qui espre n'en uzeray
jamais de semblable. Sur ce, etc.

     Ce XVIIIe jour de janvier 1572.




CCXXXIe DPESCHE

--du XXVe jour de janvier 1572.--

(_Envoye jusques  la court par Jacques, le chevaulcheur._)

  Dtails circonstancis sur la condamnation du duc de
    Norfolk.--Dclaration faite par le duc aprs la lecture de la
    sentence.--tat de la ngociation avec
    l'Espagne.--Audience.--Rponse du roi sur l'article de la
    religion, concernant le mariage du duc d'Anjou; rupture de
    cette ngociation.--Communication secrte faite  Burleigh de
    la proposition du mariage du duc d'Alenon avec lisabeth.


     AU ROY.

Sire, ainsy que je vous ay mand, par mes prcdentes du XVIIIe du
prsent, le duc de Norfolc a est condempn  mourir, ayant nantmoins
si bien respondu  tout ce qu'on luy imputoit, d'entre la Royne
d'Escoce et luy, que l'accusation en a est trouve assez lgre, ny
l'on ne luy a touch ung seul mot des deux mil escuz, que j'avois
baill  son secrettaire; mais il ne s'est peu bien desmeler des
pratiques qu'on luy a allgu que Ridolfy avoit menes, entre le duc
d'Alve et luy, pour imptrer de l'argent du Pape, et des forces du Roy
d'Espaigne, affin de faire une descente en Norfolc en faveur de la
susdicte Royne d'Escoce. Il est vray qu'il a fermement soubstenu qu'il
n'en avoit jamais rien sceu, et que les lettres du Pape et du duc
d'Alve, lesquelles l'on luy a produittes, ne l'en pouvoient
aulcunement arguer. Tant y a que, sur la dposition de ses deux
secrettaires et de l'vesque de Roz, le jugement de rigueur s'en est
ensuyvy, lequel, aprs luy avoir est prononc par le comte de
Cherosbery, avec l'estonnement d'un chacun, et avec le regret infiny
des meilleurs, et gnralement de tout le peuple, il a, d'ung visage
bien serein et constant, respondu tout haut:--Que, devant Dieu et en
sa conscience, il demeuroit trs justiffi de tout ce qu'on luy
mettoit sus, et qu'il estoit trs fidelle et aultant loyal subject de
la Royne, sa Mestresse, et de sa couronne, que nul gentilhomme du
monde le pouvoit estre; mais, puisque les hommes l'opinoient
autrement, et le jetoient hors de leur compagnie, qu'il n'y avoit plus
de regret, s'asseurant que Dieu le recepvroit en la sienne pour y
estre  repos; seulement pryoit les juges, ses payrs, d'intercder
vers la Royne pour ses enfans, et pour la rcompense de ceulx qui
l'avoient servy, et pour le payement de ses debtes. Et ainsy a est
ramen en la Tour, o l'on parle que l'excution s'en fera vendredy
prochein. Et, quant  ses biens, j'entendz que les meubles sont
confisqus, et que les immeubles restent au comte de Seurey, son filz,
qui demeure encores le plus riche seigneur d'Angleterre.

L'on est attandant comme l'on procdera contre les aultres, qui sont
aussy prisonniers, desquelz, parce que je creins bien fort qu'on aille
 toute extrmit contre l'vesque de Ross, je vous supplye, trs
humblement, Sire, de remonstrer, ou faire remonstrer,  Mr Smith que
vous desirez que son privilge invyolable d'ambassadeur luy soit
gard, affin qu'il le mande ainsy  sa Mestresse, ou, s'il vous plaist
d'en escripre promptement une lettre expresse  elle mesmes, je
mettray peine de l'employer pour sa conservation, avec le plus
d'efficace qu'il me sera possible.

Sur la condempnation du dict duc, les souspeons et deffiences ont
tant augment, qu'on a envoy faire une vysite gnrale pour voyr
quelz trangers il y avoit en ceste ville; depuis quand ilz y estoient
venuz? quelz armes ilz avoient? de quelle nation et de quelle religion
ilz estoient, et  quelle glise ilz alloient? et l'on a prins deux
italiens qui, depuis quinze jours, estoient passez de Flandres icy, et
aussy des angloys souspeonns d'avoir conjur la mort de milord de
Burgley.

Au surplus, Sire, je comprins l'aultre jour, par un propos de la Royne
d'Angleterre, que le Sr de Sueneguen, principal depput de Flandres,
luy estoit venu, de la part du duc d'Alve, dire la nouvelle des
couches de la Royne d'Espaigne, et comme le Roy, son Maistre, avoit
soubdein dpesch ung courrier pour en advertyr l'Empereur et n'avoit
heu loysir d'en rien escripre  elle, ny de luy faire la conjouyssance
du filz que Dieu luy avoit donn, mais qu'il avoit mand au dict duc
de faire, en son nom, l'ung et l'aultre office,  quoy il n'avoit
voulu fayllir; et que la dicte Dame avoit respondu qu'elle se
resjouyssoit de ceste prosprit du Roy d'Espaigne, mais non de la
faon qu'il la luy faysoit savoir, et que, puisqu'il avoit dpesch
si loing ung courrier exprs pour cella, il le pouvoit avoyr retard,
ung moment d'heure, pour luy en escripre aultant que le dict duc luy
en mandoit. J'entendz que le dict depput l'a prye de vouloir
permettre  l'ambassadeur d'Espaigne et  luy, qu'ilz puissent
sjourner icy, jusques  ce qu'ilz ayent receu nouvelles du Roy, leur
Maistre,  quoy elle a respondu que, dans quatre jours, elle leur en
feroit savoir son intention, mais l'on me vient dire que, de nouveau,
elle a faict commander au dict sieur ambassadeur de partyr, lequel
estoit  Canturbery avec vingt hommes de garde  ses despens, et
qu'elle a faict ramener icy son mestre d'ostel prisonnier, comme
coupable de la conjuration contre milord de Burgley. Il semble que la
dicte Dame ayt advis que, en Hespaigne, l'on a de nouveau faict arrest
sur les Angloys et sur leurs marchandises, et que mesmes l'on y a
arrest des franois et des flammans qui les leur couvroient et leur
prestoient le nom; tant y a que la vente des marchandises d'Espaigne,
qui estoient icy en arrest, a est publie en termes,  la vrit,
assez gracieulx, mais dont l'excution ne peult sembler que rude et
odieuse  ceulx  qui elles appartiennent. Le dict Sr de Sueneguen
m'est venu visiter, despuis deux jours, qui m'a dict qu'il espre
demeurer icy agent, et, possible, y estre continu ambassadeur pour le
Roy Catholique.

J'ay receu, en mesme temps, par l'homme de Me Smith et par Jacques le
chevaulcheur, troys lettres de Vostre Majest, l'une du VIIe et IXe du
prsent, et les deux aultres des Xe et XIe; sur lesquelles ayant est
vysiter cette princesse, elle m'a bien voulu monstrer qu'elle avoit
receu ung singulier plsir d'entendre, par la dpesche de Me Smith, ce
qui s'estoit faict et qui se faysoit pour la rception et bon
trettement de son ambassadeur; ensemble ce qui s'estoit pass en ses
premires audiences; de quoy elle s'estimoit avoyr une trs grande et
perptuelle obligation  Voz Majestez, mais s'esbahyssoit par trop de
la dclaration que Voz dictes Majestez luy avoient faicte bayller sur
le faict de la religion, en termes si peu accordables qu'elle ne
l'het jamais ainsy pens, ny espr, et que c'estoit une manifeste
ropture, sur laquelle elle avoit  se douloyr non de Voz Majestez, car
le dict Sr Smith luy avoit mand le regret que vous y aviez, ny de
Monseigneur, car ne le vouloit rputer inconstant, mais de ceulx qui
de longtemps avoient prpar leurz conseils et artiffices contre ce
propos, me demandant si j'avois veue la dicte dclaration. A quoy luy
ayant faict semblant que non, elle me l'a faicte apporter par milord
de Burgley, et lors je luy ay ramantu ce qui s'estoit pass jusques 
la responce qu'elle avoit faicte au Sr de Larchant; sur laquelle ceulx
du conseil de Vostre Majest, d'une voix, avoient lors faicte la dicte
dclaration, ainsy que Mr de Foix la luy estoit despuis venue
apporter, et l'avoit dclare  ceulx de son conseil.

Sur quoy la dicte Dame a uz de beaucoup de rplicques de diverses
sortes, mais la principalle a est qu'on luy avoit toujour faict
accroyre que Monsieur, si elle temporisoit, condescendroit enfin  se
passer de l'exercice de sa religion. Et me suis licenci en la
meilleure sorte que j'ay peu d'elle, non sans qu'elle ayt monstr du
regret beaucoup que les choses en fussent venues  ce point, mais
qu'elle estoit nantmoins fort dispose  passer oultre  contracter
une bien estroicte intelligence avec Vostre Majest. Nous avons devis
de l'accident de dom Francs d'Alava, lequel elle croyt estre noy, et
que nantmoins, s'il estoit saulv du naufrage, et retir en quelque
endroict de ce royaulme, qu'elle m'en feroit incontinant savoir des
nouvelles. Sur ce, etc. Ce XXVe jour de janvier 1572.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, aprs avoyr, mardy dernyer, est ung long temps avec la Royne
d'Angleterre et ung bon espace avec le comte de Lestre, milord de
Burgley et moy nous sommes retirez seulz en une chambre,  part, o,
aprs d'aultres devis, je luy ay touch celluy du propos qui vous a
est ouvert de Monseigneur le Duc, votre filz, pour la Royne, sa
Mestresse; et que Vostre Majest me commandoit de le communiquer  luy
seul et  nul aultre de ce royaulme, et de me conduyre en icelluy
sellon qu'il me le donroit par advis et conseil: dont je le pryois me
dire en quoy, et comment, et par o, il luy sembleroit advis que je
debvrois commancer.

Il m'a incontinant demand si j'en avois touch quelque mot  la
Royne, sa Mestresse. Je luy ay respondu que non.--Il faut donc, ce
m'a il dict, que nous jurions, l'ung  l'aultre, qu'il n'en viendra
rien  la cognoissance d'homme du monde, jusques  ce que nous nous
serons accords du moyen comme il le fauldra rveller. A quoy luy
ayant dict que j'en avois asss exprs commandement de Vostre Majest
pour ne debvoir diffrer d'y adjouxter mon serment, il a suyvy  dire
que Me Smith luy en avoit escript en fort bonne sorte, et que, suyvant
cella, n'y avoit pas vingt quatre heures que, devisant devant sa
Mestresse de la dclaration de Monsieur touchant la religion, il
s'estoit advanc de faire mencion de Monsieur le Duc, par forme de
demander quel aage il avoit,  quoy quelcun avoit soubdein respondu
que cella ressembleroit plustost une mre qui gouverne son filz, que
non pas ung mary auprs de sa femme, et qu'il n'avoit oz lors rien
rplicquer; dont, pour mettre quelque fondement en ce propos, encor
qu'on luy eust bien dict que Monsieur le Duc n'avoit qu'ung an et demy
moins que Monsieur, il luy sembloit nantmoins que je feroys bien de
recouvrer la date du jour et heure de sa nayssance, la merque de sa
haulteur, et que luy, de son cost, travailleroit  deux choses:
l'une, de s'informer des meurs et condicions de Mon dict Seigneur le
Duc, affin d'en parler avecques vrit  celle qu'il ne vouloit ny
devoit aulcunement tromper; l'aultre, de regarder les moyens comme
pouvoir transfrer en luy le propos de Monseigneur, avec l'honneur et
rputation, et mesmes avec quelque apparante occasion que cella seroit
advenu pour l'advantage et commodict de sa Mestresse et de son
royaulme; car me vouloyt bien dire qu'elle avoit uz de violence
contre elle mesmes en la rsolution de se maryer, pour la seule
rputation de l'estime, valeur et perfections de Monsieur, dont
n'estoit sans grande difficult comme luy debvoir proposer maintenant
ung aultre party.

Je luy ay respondu que ses considrations me sembloient fort louables
et pleynes de rayson, nantmoins que ce nouveau propos estoit si
semblable et germein du premier qu'il n'y avoit aultre diffrance,
sinon qu'en Monseigneur le Duc commanoit de reluyre les vertus,
desquelles Monsieur, qui est son ayn, avoit desj monstr
l'esplandeur par toute la Chrestient; et qu'affin qu'il vt en quoy
pouvoit mieulx, que sur ma simple parolle, appuyer ce qu'il feroit en
cest affaire, je luy vouloys monstrer le propre escript de vostre
mein, lequel, Madame, il a incontinant leu avec le surplus de la
lettre, et a fort curieusement considr toutes les particullarits
qui y estoient; puys, s'estant lev, a fort humblement, le bonnet  la
main, remercy Vostre Majest de la confiance que monstriez prendre de
luy, et que Dieu savoit l'affection qu'il avoit heu au propos de
Monseigneur, et comme il avoit est, toute la nuict, quand la
dclaration par escript estoit arrive, sans pouvoir dormir, et qu'il
en veilleroit plusieurs aultres pour servir maintenant  cestuy cy;
et qu'il manderoit  Me Smith tout ce de quoy, avant le retour de son
homme, il cognoistroit estre besoing de luy faire savoir.

Qui est, Madame, toute la substance de ce que je vous en puis, pour ce
coup, escripre, car seroit long de vous racompter les aultres
argumentz et persuasions, dont je luy ay uz; qui n'ay obmis rien de
tout ce qui pouvoit servir pour luy faire prendre toutes les bonnes
esprances du monde de Monseigneur le Duc, pour monstrer l'advantaige
et seuret qui viendroit  ceste princesse de l'pouser, et la
rcompense que luy et les siens s'en pouvoient promettre, s'il
conduysoit le propos  sa perfection. Seulement je adjouxteray icy,
Madame, que le Sr de Quillegrey, encor qu'il soit beau frre du dict
milord de Burgley, il est nantmoins tant oblig et dvot serviteur du
comte de Lestre, que je ne pense pas qu'il luy ayt cell ou qu'il luy
celle longtemps l'ouverture de ce propos, dont je creins qu'il se
tiendra offanc de ce que ne le luy aurs faict communiquer, car faict
profession de se monstrer parcial pour la France: tant y a que Vostre
Majest en uzera, sellon qu'elle verra estre le plus expdient. Bien
vous suplye, Madame, de faire ordonner quelque chose pour honnorer et
gratiffier luy et milord de Burgley de quelque prsent de Voz
Majestez. Et sur ce, etc. Ce XXVe jour de janvier 1572.




CCXXXIIe DPESCHE

--du dernier jour de janvier 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer._)

  Desir d'lisabeth de continuer la ngociation du trait
    d'alliance avec le roi.--Sursis  l'excution du duc de
    Norfolk.--Pacification de l'Irlande.--Nouvelles
    d'cosse.--Dpart de l'ambassadeur d'Espagne, qui a quitt
    l'Angleterre.--Sollicitations des dputs des Pays-Bas pour
    renouer les ngociations.--Explications donnes par le duc
    d'Albe, au nom du roi d'Espagne, qui consent  rappeler son
    ambassadeur.--Ngociation avec le Portugal au sujet des prises.


     AU ROY.

Sire, ayantz les principaulx de ce conseil est, deux et trois jours,
aux champs  se rcrer de la peyne et extrme sollicitude qu'il leur
avoit convenu prendre pour mener le duc de Norfolc en jugement, et
aprs qu'ilz ont est de retour, ilz ont desir encores quelque loysir
pour penser sur la dernire dpesche qui estoit arrive de France,
affin d'en pouvoir mieulx dellibrer; ce qui a faict que l'homme de Me
Smith a est d'aultant retard, mais enfin ilz l'ont dpesch mardy au
soyr: et m'a l'on asseur, Sire, qu'ilz ont mand au dict Sr Smith de
continuer le trett, et que ceste princesse et eulx se sont de nouveau
rsolus de conclure, s'il leur est possible, une bien estroicte
confdration avec Vostre Majest. J'espre que la dicte Dame n'aura
obmis d'adresser au dict Sr Smith des lettres, qu'elle m'a dict
qu'elle vous vouloit escripre de sa main, affin de remercyer
Monseigneur de son advertissement et pareillement Voz Majestez, et
vous suplier tous troys de prendre une semblable confience d'elle
qu'elle avoit trouv en vous, et de vous asseurer, pour jamais, de sa
bonne et droicte intention en tout ce qui vous touchera, et  tous
ceulx de vostre couronne. Il se pourra comprendre, Sire, par les
dictes lettres en quelle disposition elle est maintenant, car j'ay
clrement cognu, ceste dernyre foys que j'ay parl  elle, que ses
propos ne m'ont est si francs, ains beaucoup plus rservs que de
coustume, bien qu'elle n'a layss de me continuer les mesmes termes,
de se vouloyr perptuer en vostre amity; et je croy que les besoings
de ses affres, l'y contreindront, et la feront passer oultre au
trett, si, d'avanture, il est bien poursuivy, et si l'on presse de le
mener bientost  quelque conclusion.

La mre du duc de Norfolc et milord Thomas Havart sont venuz icy
supplyer pour la vye de leur filz et nepveu, mais ilz n'ont encores
rien imptr; il est vray que l'excution demeure en suspens. Et
cependant ceste princesse faict toute la faveur qu'elle peut au comte
de Cherosbery pour le cuyder retenir en sa cour, ce qui ne viendroit
bien  propos pour la Royne d'Escoce, car l'on la commettroit en
garde,  quelque autre qui, possible, ne seroit tant homme d'honneur
comme luy.

Les choses d'Yrlande se sont ramandes despuys l'aultre jour, car les
saulvages monstrent de ne vouloyr rien remuer cest yver, et maistre
Fuiguillen, lieutenant de ceste Royne, a renforc les garnisons de
toutz les fortz de la palyssade, et a accommod le diffrent d'entre
le comte d'Ormont et le ser Bernabey; et asseure fort que, si la dicte
Dame luy envoye les deniers, et les hommes, et les monitions qu'elle
luy a promis, qu'il luy rendra le pays paysible et bien assur;
nantmoins elle y sent beaucoup plus de difficult que l'aultre n'en y
voyd.

J'entendz que ceulx d'Esterling ont mand  la dicte Dame que le
service de leur jeune Prince ne peut requrir qu'ilz octroyent aulcune
suspencion de guerre  ceulx de Lillebourg, et que pourtant ilz la
prient de leur envoyer l'argent et forces qu'elle leur a promis. A
quoy l'on m'a assur qu'elle leur a desj respondu qu'elle est
dellibre de n'entendre en rien de leurz affres, ny pour l'ung ny
pour l'aultre party, qu'elle ne les voye en quelque abstinence
d'armes; tant y a que je say qu'elle prpare d'y dpescher, du
premier jour, le marchal Drury; et je mettray peyne de savoyr quelle
commission il emportera.

Il y a ung moys qu'on n'a heu icy aulcunes nouvelles de Bruxelles,
mais l'on n'a layss, pour cella, de faire embarquer l'ambassadeur
d'Espaigne et le repasser de dell, lequel j'entendz qu'il a abord 
Callays, et l'on a retenu icy son maistre d'ostel prisonnier. Les
depputs de Flandres poursuyvent toutjour l'accord, et mettent
plusieurs nouveaulx expdientz en avant, tant sur le faict des
marchandises que sur les deniers; en quoy ilz ne sont si bien
respondus qu'ilz desireroient, ny comme aulcuns de ce conseil le leur
avoient faict esprer, bien qu'ilz ayent voulu faire ung grand
fondement sur ce que le duc d'Alve, par sa dernire lettre qu'il a
escripte  ceste princesse, luy a mand que l'occasion, pour laquelle
le Roy, son Mestre, avoit diffr de luy respondre sur la rvocation
du dict ambassadeur, estoit pansant qu'il se ft si bien purg des
choses qu'elle se pleignoit de luy, qu'il en ft demeur bien rabill
vers elle, ou bien qu'ayant cess de n'en plus uzer vers elle, elle
eust modr son courroux en son endroict, mais puysqu'elle vouloit en
toutes sortes qu'il partt de son royaulme, qu'il luy mandoit de s'en
venir, la priant de permettre au Sr de Sueneguen qu'il pet cepandant
tenir son lieu jusques  ce que le Roy, son Mestre, y het pourveu
d'un aultre ambassadeur; car l'assuroit qu'il la vouloit honnorer et
aymer, et luy complayre entirement, sans se dpartir jamais de
l'ancienne confdration et bons tretts d'entre les maysons
d'Angleterre et de Bourgoigne. Sur quoy,  la vrit, la dicte Dame et
ceulx de son conseil ont faict de si bningnes responces, que les
dicts depputs ont est quelques jours en fort bonne opinyon de leurs
affres, et ont cuyd qu'on dpescheroit incontinant ung milord devers
le Roy d'Espaigne, mais il ne s'en parle plus. Et, depuis huict jours,
mestre Huinter est revenu de la mer, qui a admen troys navyres
d'Espaigne bien riches, tous chargs de leynes, qu'il dict avoyr
recous des pirates, lesquelz, en lieu de les rendre, l'admiral
d'Angleterre a obtenu qu'il les puisse, avec quelque argent, retyrer
du dict Huynter, et qu'il en accordera, puis aprs, avec les dicts
subjectz du Roy d'Espaigne, qui est ung acte qui offence griefvement
les dicts depputs.

Cepandant le cavailier Geraldy poursuit d'accommoder le faict de
Portugal, et desj la pluspart des articles en sont accords, qui
n'est sans avoyr bien estrn aulcuns de ceulx qui gouvernent; et par
l ceulx cy estiment qu'ilz se pourront passer du commerce d'Espagne.
Sur ce, etc.

     Ce XXXIe jour de janvier 1572.




CCXXXIIIe DPESCHE

--du Ve jour de febvrier 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Anthoine de la Poterne._)

  Affaires d'cosse.--Marie Stuart conserve sous la garde du comte
    de Shrewsbery.--Dclaration du conseil que l'vque de Ross
    sera remis en libert.--Incertitude sur le sort rserv au duc
    de Norfolk.--Ngociation des Pays Bas.


     AU ROY.

Sire, aprs que ceulx cy ont heu pens et pourveu  la dpesche qu'ilz
avoient  faire en France par l'homme de Me Smith, ilz ont tenu
conseil sur les choses d'Escoce, s quelles ilz ont advis d'y
pourvoir sellon l'occurance du temps, car, en premier lieu, ilz ont
renvoy le Sr de Cuninguen devers ceulx d'Esterlin, les persuader 
l'abstinence de guerre pour deux moys, attandant l'yssue du trett qui
est encommanc avec Vostre Majest, leur promettant que, par la
conclusion d'icelluy, l'authorit du jeune Roy demeurera confirme, ou
bien que la Royne d'Angleterre ne leur manquera de secours et de
forces pour la luy establyr par les armes. Aprs, ilz prparent de
faire partyr, ds demain, mestre Randol devers ceulx de Lislebourg
pour les exorter de se ranger  l'obyssance du dict jeune Prince; et
que, par ce moyen, ilz se vueillent mettre d'accord avec les aultres,
avec promesses qu'ils seront restitus en leurs biens, maysons,
charges et honneurs, et qu'ilz seront associs  l'administration et
gouvernement, et tenus pour conseillers de l'estat, sellon leurs rengs
et qualits, comme auparavant: et puis le marchal Drury le doibt
suyvre dans troys jours, pour aller, luy et milord Housdon, estre
arbitres du dict accord, et estipulateurs des promesses qui se feront
des deux costs, et pour confirmer aussy celles qui se feront  l'ung
party ou  l'aultre de la part de ceste princesse. En quoy j'entendz
qu'il emporte deux secrettes commissions; l'une, de dresser quelques
forces en faveur de ceulx d'Esterlin, au cas que le dict accord ou
l'abstinence ne succdent; l'aultre, de convenir avec eulx d'avoir le
comte de Nortomberland entre ses meins, ce que je creins estre au
dommaige de l'vesque de Roz: dont je desire bien, Sire, que le Sr de
Vrac puisse avoir receu vostre dpesche en ce qu'avec icelle je luy
ay escript, du XXVIe de l'aultre moys, premier que toutz ces dmens
se facent. Mais ce, en quoy la contrarit s'est monstr plus grande
en ce conseil, a est de la personne de la Royne d'Escoce,  qui en
demeureroit la garde, car ceulx, de qui l'opinyon est plus
ordinayrement suivye, crioyent toutz, d'une voix, qu'elle debvoit
estre mene plus en  vers Londres, et estre commise  sir Raf
Sadeller. A quoy le comte de Cherosbery, n'ozant ouvertement
contredire, a seulement monstr que ce seroit un argument ou de n'y
avoir bien faict son debvoir jusques icy, ou qu'on se deffieroit de
luy pour l'advenir; et a l'on heu tant de respect  luy que, jeudy
dernier, la Royne d'Angleterre, avec plusieurs parolles de confience,
luy a confirm la garde de la dicte Dame: dont incontinant il a
prpar son cong, et, de peur qu'on changet l'ordonnance, il est
party, le lendemain de grand matin, pour s'en retourner en sa mayson,
avec commission de renvoyer sir Raf Sadeller par de; qui n'est peu
de bien ny petite consolation  ceste pouvre princesse en ung temps de
si grand dangier.

J'ay entendu que l'vesque de Ross a est escript au rolle de ceulx
qu'on appelle icy _indictes_, qui doibvent estre mens en jugement,
avec les deux secrettres du duc de Norfolc, en grand danger de
condempnation de mort; mais j'ay envoy, au nom de Vostre Majest,
faire ung office bien exprs pour luy envers ceulx de ce conseil, qui
enfin m'ont respondu que la Royne, leur Mestresse, ne lui fera que
tout honnorable trettement.

Mcredy dernier, et encores vendredy, l'on a, de toutes les partz de
ceste ville, accouru  la Tour comme pour voyr l'excution du dict duc
de Norfolc, ce qu'on a estim avoir est faict  poste, pour essayer
le cueur de ce peuple. Quelques ungs estiment que la dicte Dame se
soyt ung peu modre en son endroict, et ses amys font, soubz mein, ce
qu'ilz peuvent, mais il a des ennemys qui procdent tout  descouvert
et bien redde contre luy. Dieu le vueille prserver.

Les depputs de Flandres sont attandantz les trente jours ports par
la proclamation de la vente des marchandises, et avoir responce du duc
d'Alve l dessus, aprs qu'il aura ouy l'ambassadeur d'Espaigne, qui
doibt estre desj arriv devers luy. Il y a bien cinq semaines qu'il
n'est venu aulcune dpesche du dict duc, et le dict ambassadeur a fait
dtenir  Gravellines, et sur le chemin, tous les pacquetz et postes
qu'il a trouvs, et encores a faict arrester quelques angloys,  cause
de son mestre d'ostel, qui a est retenu prisonnier par de. J'ay
sceu,  la vrit, que ceste grande flote de Flandres, sur laquelle
don Francs d'Alava s'estoit embarqu, a est contreincte par temps
contrayre de venir relascher vers Dertemue, et que le dict don Francs
n'a jams voulu que le vaysseau, o il estoit, ayt abord en nulle
part de ce royaulme; dont les mariniers jugent, veu la grande
tourmente qui a continu despuis, qu'il est all prir ez costes de
Bretaigne. Sur ce, etc. Ce Ve jour de febvrier 1572.




CCXXXIVe DPESCHE

--du Xe jour de febvrier 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr de St Auban._)

  Audience.--Communication de l'tat de la ngociation de Me Smith
    en France.--Discussion des affaires d'cosse.--_Lettre secrte
     la reine-mre._ Ngociation du mariage du duc
    d'Alenon.--Ncessit de conclure le trait d'alliance avant de
    faire une proposition plus formelle.


     AU ROY.

Sire, ma dpesche, du Ve du prsent, n'estoit guyres que dellivre au
courrier, quand celle de Vostre Majest, du XIXe du pass, m'est
arrive avec l'ample discours de tout ce que jusques alors a pass
entre messieurs voz depputez et les ambassadeurs de ceste princesse,
et avec les actes, par ordre, d'une chacune foys qu'ilz se sont
trouvs ensemble. Sur quoy je suys all me conjouyr avec la dicte Dame
que le trett me sembloit desj fort advanc, de tant que le premier,
et principal, et plus important de tous les poinctz, qui y estoient
requis, estoit tout accord, qui estoit le bon vouloyr des
contractans: car Vostre Majest trouvoit, par la procdure de Me
Smith, que la volont de la dicte Dame correspondoit si parfaictement
 la vostre, et toutes les deux estoient si conformes  desirer ung
ferme establissement d'amity et une bonne confdration entre Voz
Majestez et voz deux royaulmes, que vous ne vous dffiys,  ceste
heure, non plus de la sienne que vous vous assuris et la priez
d'estre trs asseure de la vostre; que desj la forme du dict trett
estoit commance par aucuns articles, ausquelz ne se trouvoit aucun
diffrend quand  la substance, mais l'on n'avoit encores bien peu
convenir des parolles; en quoy vous luy dclariez, Sire, que vostre
vouloir et intention estoit qu'on s'abstnt de toute chose au dict
trett qui, en parolle ou en substance, pet tant soyt peu offancer la
dignit de la dicte Dame et le repos de son estat, et qui pet mal
sonner pour elle vers les aultres princes, ses voysins, ou vers ses
propres subjectz; et qu'en semblable vous la priez d'avoir le mesmes
vouloir vers vous; que, pour procder plus honnorablement au dict
trett, vous aviez command  Mr de Montmorency d'y assister, par o
elle pouvoit juger combien vous dellibriez d'aller franc et droict 
la conclusion de cest affre; que,  la vrit, vous estiez assez
esbahy que Me Smith n'avoit encore faict apparoir de son pouvoir, bien
que voz depputez luy en eussent parl, et ne feissent difficult de
luy monstrer le leur, qui seroit ung vouloir obliger Vostre Majest,
et qu'elle demeurast hors d'obligation, bien que vous ne pouviez
penser qu'elle eust dpesch si loing un tel personnage pour commancer
ung tel affaire, sans luy avoir donn commission et pouvoir par
escript; que, des poinctz qui avoient est debbatus ez premires
confrences, je m'en remettois  ce que Me Smith luy en escripvoit,
seulement je la supplyois d'avoir le rciproque respect que je luy
disois ez choses de vostre rputation au dict treit, comme vous le
voulis avoir  la sienne, et de n'y faire apparoir les difficults,
impossibilit, ny uzer de longueur; car celle des partyes, qui en
voudroit uzer ainsy, monstreroit de n'avoir jamais heu bon vouloir,
et que ce n'auroit est que mocquerie, derrision et fraude qu'elle
auroit voulu uzer  l'aultre; ce que vous ne pouviez, Sire, ny voulyez
penser de la dicte Dame; que le propos qu'elle m'avoit tenu de milord
Flemy avoit produict l'effect qu'elle desiroit, car Vostre Majest
avoit mand, par toutz ses portz, de ne laysser sortyr aulcuns gens de
guerre pour Escoce, de quoy s'estant l'vesque de Glasco et les
aultres seigneurs escooys infiniement pleinctz, vous leur aviez
promis que, par l'yssue du trect, leurz affres seroient accommods
et la paix de leur pays establie, et que cepandant vous vouliez
dpescher ung gentilhomme de bonne qualit par dell pour aller
moyenner une abstinence d'armes entre les deux partys; dont, de tant
que le dict gentilhomme ne tarderoit guyres  estre icy, je la
supplioys de faire prparer celluy des siens qu'elle luy vouloit
bailler adjoinct, car desiriez y procder par une bonne et commune
intelligence avec elle.

La dicte Dame, ayant recueilhy tout ce mien propos, lequel, en
substance, n'a contenu rien davantaige que quelques parolles
d'honestet, m'y a respondu par le mesme ordre que je luy ay dict:
c'est qu'elle tenoit,  la vrit, celluy premier poinct, de la bonne
volont, pour tant accord que vous ne vous debvis rien moins
promtre meintenant de la sine que de la vostre propre, comme elle ne
se resjouyssoit aussy, en nulle chose de ce monde, tant qu'en
l'assurance de celle que vous luy portiez; et que une de ses plus
grandes envyes estoit qu'il se peult faire qu'elle vet Voz Majestez
Trs Chrestiennes affin de vous tesmoigner par la parolle ce qu'elle
avoit en son affection; que sellon la jalousie qu'elle portoit aux
choses de sa rputation, elle vouloit avoir tout esgard  la vostre,
et ne se porter si inconsidrement vers vous, qu'on la pet
souspeonner d'estre inconsidre vers elle mesmes, qui savoit bien
qu'elle ne pourroit viter la tache de laquelle elle auroit recherch
de vous entacher; qu'elle demeuroit fort contante que Mr de
Montmorency ft en la commission du trect, et s'en promettoit
davantaige la bonne fin qu'elle en avoit tousjours espr, car le
savoit estre fort homme d'honneur, et bien fort affectionn  la paix
de ces deux royaulmes; que Me Smith n'avoit point parl sans
commission, car avoit port lettre d'elle  Vostre Majest, et estoit
fort excusable s'il n'avoit voulu monstrer son aultre pouvoir, mais,
en temps et lieu, il ne se trouveroit en estre deffaillant. Au regard
des difficults qui se pourroient trouver en l'affaire, elle ne les
feroit grandes de son cost, et vouloit, de bon cueur, touchant celles
qui avoient apparu desj que, si la gnralit des parolles pouvoit
suffire, sans exprimer le particullier, qu'on en uzt ainsy qu'il vous
plairoit, bien qu'elle vous supplioit de considrer que l'expression
de ce mot de _religion_, ainsy que ses ambassadeurs le requroient,
luy conservoit les aultres alliences, et que, sans icelluy, c'estoit
bien,  la vrit, se joindre et unir  Vostre Majest, mais se
sparer de tous ses aultres confdrez; nantmoins que, de cella et
des aultrez poinctz de la dpesche du dict Sr Smith, elle avoit donn
charge  quelques ungs de son conseil d'en confrer avecques moy, et
qu'elle me prioit que ce ft au plus tost, affin de satisfaire au
dernier point de la longueur que je luy avois remonstr; car l'exemple
du pass et ce qu'elle prvoioit bien encores de l'advenir,
l'admonestoient de ne gures temporiser; finallement qu'elle vous
remercyoit d'avoir arrest l'expdition de milord de Flemy, et qu'elle
avoit envoy, de rechef, en Escoce devers les deux partys pour les
exorter  ung accord, sellon qu'ilz luy avoient desj, des deux
costs, donn promesse, par leurs lettres, qu'ilz l'accepteroient tel
qu'elle vouldroit; dont ne voyoient que le gentilhomme, que y voulis
dpescher, y pet de beaucoup servir, nantmoins, puisqu'ainsy vous
plaisoit, elle en estoit contante.

Il seroit long, Sire,  vous racompter le surplus qui a est entre la
dicte Dame et moy, dont suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, de
ce dessus. Et vous adjouxteray seulement icy qu'ayant, incontinant
aprs, parl  milord de Burgley, je l'ay trouv en asss bonne
disposition vers les choses du trett, et mesmes d'envoyer ung segond
pouvoir  Me Smith, puysque, pour quelques considrations, il n'avoit
oz monstrer le premier; mais, quant aux difficults o l'on s'estoit
arrest jusques icy, qu'elles luy sembloient de plus grande
considration qu'on ne les faysoit; dont m'en parleroit plus au long
en nostre confrence. Et sur ce, etc. Ce Xe jour de febvrier 1572.

   J'ay remonstr  ceulx de ce conseil que Vostre Majest avoit
   pri et faict prier Me Smith d'escripre par de que les deux mil
   escus me fussent rendus; mais milord de Burgley m'a asseur qu'il
   n'en avoit encores rien escript, et a appell  tesmoings en
   cella ceulx du dict conseil qui avoient veu ses lettres, mais
   quand il le manderoit, l'on mettroit peyne de satisfaire  vostre
   intention aultant qu'il seroit possible: dont vous supplie trs
   humblement, Sire, d'en faire une recharge au dict Sr Smith.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, le propos de Monseigneur le Duc, votre filz, n'a est
seulement communiqu  milord de Burgley, ains milord de Bocaust,
m'estant venu visiter, m'a compt que MMrs Smith et Quillegrey en
avoient fort affectueusement escript, et le Sr de Vualsingam avoit
mand que la chose estoit bien fort faysable; mais le dict Boucaust,
de sa part, me vouloit dire, ainsy qu'il m'avoit toutjour franchement
parl, qu'il le desiroit beaucoup plus qu'il ne voyoit aucun moyen de
le pouvoir esprer, et m'a allgu des difficults, de l'aage et de la
taille, si grandes qu'avec l'infiny regret, qu'il m'a jur qu'il y
avoit de son cost, il m'a quasy tout descourag de n'en ozer plus
parler du mien. Nantmoins en ayant refreschy le propos  milord de
Burgley, avec l'assurance des mesmes advantaiges qu'il se pouvoit
estre promis de Monseigneur, lequel, avec Voz Majestez, concorris
aultant grandement tous troys au bien de sa Mestresse et de ce
royaulme, et encores au sien particullier, comme si le mariage se fust
effectu en Mon dict Seigneur mesmes; il m'a respondu qu'il s'estoit
advantur d'en parler  la dicte Dame et qu'elle luy avoit dict
soubdain--Qu'encor que toutes aultres choses fussent bien
convenables, que nantmoins la proportion des ans et de la taille
estoit par trop ingale entre eux: luy demandant combien il pouvoit
estre grand:  quoy il avoit respondu qu'il pouvoit estre de sa
haulteur;--Mais de celle de vostre petit filz, dict elle, ainsy qu'on
me l'a assur. A quoy il n'avoit oz rien rplicquer, et attandoit le
dict de Burgley que je luy fisse recouvrer l'eage et la mesure de Mon
dict Seigneur le Duc, pour en pouvoir parler plus  certes, car il
considroit deux qualitez qui estoient plus propres en luy pour
l'Angleterre que en Monseigneur: l'une, qu'il estoit plus esloign que
luy d'un degr de la couronne de France; et l'autre, qu'on disoit
qu'il s'accommoderoit  la religion du pays. A quoy je luy ay
respondu que la dathe de l'eage et la mesure de sa hauteur viendroient
bientost, et que ce degr plus esloign de la couronne estoit bien
convenable  ce qu'ilz desiroient; mais, quant  la religion, je
n'avois point entendu qu'il voulust changer la sienne, et croyois que
la Royne, sa Mestresse, ne l'en vouldroit presser, bien que, possible,
il se trouveroit ung peu moins scrupuleulx que Mon dict Seigneur, son
frre.

Vostre Majest pourra tirer des propos de Me Smith quelques aultres
plus grandes conjectures de ce qu'on luy en aura respondu, car voyla,
Madame, tout ce que je vous en puys mander pour le prsent. Et me
semble que le plus expdient est de faire que ceste princesse se
spare encores tant du Roy d'Espaigne qu'elle conclue la ligue
avecques le Roy, car s'estant jecte ainsy ez bras de Voz Majestez,
elle condescendra, puis aprs, beaucoup plus facillement  tout ce que
vous desirerez, de peur et que ne l'abandonnis, et qu'il ne luy soit
lors trop malays et trop dangereulx de retourner  la foy du Roy
d'Espaigne; par ainsy, sera bon de supercder ce propos, et presser
celluy de la dicte ligue, laquelle s'en conclurra beaucoup plus
advantageuse pour vostre cost. Le comte de Lestre m'a pry de mettre
en avant  sa Mestresse qu'il ayt commission d'aller conclure la dicte
ligue, et la voyr jurer au Roy, sellon qu'il est plus franoys que nul
aultre de ce royaulme; en quoy ne faut doubter, Madame, s'il y va, que
vous n'effectus par luy le propos, si jamais il doibt recepvoir
effect; et je say qu'il ne cerche rien tant au monde que la faveur et
protection de Voz Majestez, et se pouvoir assurer d'icelle pour les
accidentz qu'il creint luy advenir. Sur ce, etc.

     Ce Xe jour de febvrier 1572.




CCXXXVe DPESCHE

--du XIIIe jour de febvrier 1572.--

(_Envoye jusques  la court par l'homme de Me Smith._)

  Discussion du trait pour une ligue dfensive.--Articles
    concernant les guerres pour cause de religion, les frais de
    secours, le commerce et l'cosse.--Desir de Leicester de passer
    en France pour conclure le trait.


     AU ROY.

Sire, m'ayant la Royne d'Angleterre faict appeller, par deux foys, en
sa mayson de Ouestmenster, pour confrer avec sept seigneurs de son
conseil, (savoir: le chancellier d'Angleterre, le comte de Bedford,
le comte de Lestre, l'admiral Clinton, milord Chamberland, milord de
Burgley et mestre Mildmay), sur les difficults qui se sont offertes
au trect encommenc prs de Vostre Majest, aprs qu'ilz ont heu,
avec grand atencion, ouy cella mesmes que j'avois desj dict  leur
Mestresse, ilz m'ont remonstr comme Me Smith leur avoit asss au long
desduict, par sa dernire dpesche, les dictes difficults, et leur
avoit mand que Vostre Majest m'envoyoit les actes de toutes les
confrences afin d'en tretter avec la Royne, leur Mestresse, laquelle
ilz m'assuroient qu'estoit demeure grandement satisfaicte de ce que
je luy en avois dict en ma dernire audience, et leur avoit ordonn
d'en trecter davantage avecques moy, affin de mieulx acheminer les
affres; qui pourtant avoient  me dire que la ligue, ainsy
deffencive, avec Vostre Majest estoit trs agrable  leur dicte
Mestresse,  eulx et  tout ce royaulme, et que, de vostre bonne
intention en cella, ilz avoient beaucoup plus  vous en remercyer qu'
y rien desirer;

Mais qu'ilz trouvoient qu'il y auroit peu de seuret pour ceste
couronne, si la cause de la religion n'y estoit nommement dsigne,
car, advenant qu'il se dresst une entreprinse par les aultres
princes, ou par les propres subjectz, pour rduyre ce pays  la
religion catholique, vous vous pourriez, Sire, excuser avec rayson de
n'avoir jamais entendu vous oposer  cella; et allguer que ce
n'estoit faire injure  la personne ny  l'estat de la dicte Dame, que
de vouloir rduyre les deux  une forme que Vous mesmes, Sire, qui
estes catholicque, rputis estre la meilleure, et que, si elle
vouloit venir  la dicte rduction, elle n'auroit plus de guerre; qui
seroit fruster la dicte Dame de tout l'effect, pour lequel ilz me
disoient librement qu'elle et eux aspiroient principallement  la
dicte ligue;

Que, de la forme du secours, ilz ne pouvoient conseiller la dicte Dame
qu'il se fist austrement que aux despens de celluy qui le demanderoit,
parce qu'en toutes leurz prcdentes ligues deffencives ilz n'avoient
nul exemple du contraire, ny gures aulx offancives que ung seul, du
temps de Henry VIII, Roy d'Angleterre, avec l'Empereur Charles Ve
contre le grand Roy Franoys Premier[22], ayeul de Vostre Majest, qui
encores avoit est rtracte, l'anne ensuyvante; et qu'ilz estimoient
ne pouvoir gures advenir d'occasion  eulx de requrir vostre
secours, pour le peu de querelles qu'il y avoit contre ce royaulme, si
n'estoit pour la cause de la religion, en laquelle ilz faysoient
encores estat d'y aller fort retenus, et ne le vous demander, ny pour
lgire souspeon, ny fort grand, l o ilz savoient que les
querelles de vostre couronne, tant en demandant que en deffandant,
estoient fort grandes du cost de Flandres, de Bourgoigne, de Navarre,
de Savoye et de l'Empire, et aultres, qui pourroient mettre leur Royne
souvant en peyne de vous envoyer du secours; ce qu'elle seroit
toutjour fort preste de faire, pourveu que ce ne fust  ses despens.

  [22] Trait du 11 fvrier 1543. Du Mont. _Corps Diplomatique_, t.
  IV, 2e partie, p. 252.

Au regard du traffic, aprs le deu remercyement, que leur Mestresse et
eulx rendoient  Vostre Majest pour les favorables offres que leur
fesis en cella, il leur sembloit estre expdient d'en communicquer 
leurz marchandz, mais ne laysser cependant d'en capituler le commerce,
en gnral, bon et libre entre les deux royaulmes, avec promesse du
bon trettement aulx mutuels subjectz d'un cost et d'aultre;

Et quand aux choses d'Escoce, qu'ilz savoient que leur Mestresse
estoit avec raison si irrite contre la Royne du dict pays, qu'elle ne
pourroit comporter qu'elle ft en ung mesme trect avec elle; mais,
quand  l'estat et couronne du pays, elle desiroit qu'ilz fussent
comprins en la ligue, en quelque forme que le gouvernement se trovt,
ft soubz l'aucthorit de la mre ou du filz, car ne prtandoit aultre
chose par dell que la paix des Escouoys, et qu'icelle n'adment
point de trouble aux Anglois, et que la ligue de France y soit
conserve, dont estoient bien ayses que Mr Du Croc vnt pour y aller
procurer la dicte payx, et qu'ilz avoient desj pourveu d'ung
personnaige de qualit pour l'y accompaigner; affermans tous sept,
d'une voix, que Vostre Majest trouveroit plus de correspondance en
leur Mestresse, en eulx et en tout ce royaulme, qu'en nul aultre
endroict o vous sceussis establir amity, en tout le circuit de la
terre.

Je n'ay manqu de semblables honnestets vers eulx, aultant qu'il m'a
sembl convenir  vostre grandeur, et, oultre les prudentes
considrations de Vostre Majest, lesquelles je leur ay allgues aux
propres termes qu'elles sont en vostre lettre, je leur ay remonstr
qu'il rpugnoit tant  vostre rputation d'expciffier le mot de
_religion_ en ce premier chapitre du trect, que vous estis pour
jamais ne le passer, non plus que la Royne, leur Mestresse, s'il se
dclaroit une guerre pour la tollrance de la religion nouvelle en
France, ne vouldroit nommement capituler de s'y oposer, bien que je
rputois voz desirs si mutuels  vous entresecourir en tout cas, que
je croyois fermement que ne feris difficult, de vostre cost, Sire,
mais qu'elle en ft aultant du sien, de vous obliger au dict mutuel
secours sur quelque occasion qu'on pet mouvoir la guerre, pourveu que
l'assailly signiffit que c'estoit _contre son gr_, qui seroit la
seule condicion appose au trect, sur laquelle ne seroit loysible, 
l'ung ny  l'aultre, d'aucunement s'en excuser. Et les ayantz veuz si
fermes et entiers sur ce qu'ilz m'avoient dict des frays du secours,
qu'ilz estoient pour en prendre des souspeons, si je leur heusse trop
contredict, je m'en suis dport, estant bien adverty que leur
rsolution estoit de ne capituler rien qui pet mettre leur Mestresse
en despence; mais je leur ay dict, quant  la Royne d'Escoce, qu'ilz
jugeassent s'il pouvoit convenir  vostre honneur que vous oblyssiez
celle qui avoit est femme du feu Roy, vostre frre ayn, sacre et
couronne Royne de France; qui pourtant estoit vostre belle seur et
belle fille de la Royne, vostre mre, vostre parante et la premire et
principalle allye de vostre couronne, et qu'il n'y avoit rien qui
pet apporter tant d'honneste couleur au trect, ny le justiffier de
tant de droicture envers les aultres princes, et envers toute la
Chrestient, que de le monstrer estre principallement faict pour
l'accommodement des affaires de ceste pouvre princesse, et pour
remdier aux dsordres de son pays, les priant d'admonester Me Smith
de ne se monstrer ny trop difficille, ny trop opposant, aux honnestes
expdientz qui luy en seront proposez; et qu'au reste ilz luy
vollussent envoyer ung ample pouvoir pour conclure bientost les
affayres, sellon qu'il estoit  creindre que la longueur, si elle y
intervenoit, admneroit le tout  ropture.

Les dicts seigneurs, ayantz l dessus confr assez longtemps  part,
m'ont enfin respondu que, sans aucun doubte, il seroit envoy ung
ample pouvoir  Me Smith, et  luy adjoinctz MMrs de Walsingam et
Quillegrey, par lesquelz ilz esproient obtenir plus de Vostre Majest
par dell que je ne leur en accordois icy, bien qu'ilz avoient
beaucoup goust ce mot, _contre son gr_; et qu'ilz esproient que, si
ce mot de _religion_ vous estoit grief  estre expciffi au publicque
contract de la ligue, que, possible, offriris vous, Sire, de
l'accorder par vostre secrette promesse, dans une lettre,  part, 
leur Mestresse; et qu'au reste il seroit faict une si bonne dpesche
au dict Sr Smith qu'il auroit de quoy beaucoup vous contanter. Sur ce,
etc. Ce XIIIe jour de febvrier 1572.

   Le comte de Lestre desire que faciez dire  Me Smith que Voz
   Majestez vouldroient bien que ung personnage, fort confidant de
   ceste princesse, ft envoy vers vous, pour conclure la ligue et
   la voyr jurer au Roy, et nommer ardiment le dict comte, affin
   qu'icelluy Sr Smith l'escripve par de; et qu'il vous promect de
   vous apporter toute la satisfaction que pourriez desirer de ceste
   princesse et de son royaulme.




CCXXXVIe DPESCHE

--du XIXe jour de febvrier 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Ngociation du trait d'alliance.--Promesse de donner
    satisfaction sur les plaintes des habitans de Rouen.--Affaires
    d'cosse.--Ordre donn par lisabeth d'excuter le duc de
    Norfolk.--Rvocation de cet ordre.--Justification de
    l'ambassadeur sur les reproches qui lui ont t faits d'avoir
    particip aux projets du duc de Norfolk.


     AU ROY.

Sire, beaucoup de choses m'ont est dittes et allgues par la Royne
d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, et je leur en ay
reprsent plusieurs aultres ez troys confrences, que j'ay heu avec
elle et avec eulx, sur la ngociation de Me Smith, que je ne les vous
ay pas voulu, Sire, toutes desduyre, par le menu, en mes deux
dpesches, du Xe et XIIIe de ce moys, affin de ne vous estre ny
ennuyeulx, ny long; mais je vous ay reprsant celles, desquelles la
substance et les parolles m'ont sembl importer beaucoup, et faire
grandement besoing  la continuation et  la conclusion du trett. Et,
pour ceste heure, j'ay  trs humblement supplyer Vostre Majest
qu'affin que j'aye moen de mieulx advrer les advis qu'on m'a donn
sur ce qu'on a escript, du dict XIIIe, au dict Sr Smith, et pour
recognoistre la vrit ou la simulation des propos que la dicte Dame
et les siens m'en ont tenus, conforme  ce que je vous en ay desj
mand par mes deux dernires dpesches, il vous playse, Sire, me faire
advertyr si messieurs voz depputs ont trouv que le dict Sr Smith y
ayt despuis correspondu; car, sellon qu'il en aura uz, je
travailleray de cognoistre clrement de ceulx cy quelle ilz
prtendent debvoir estre leur dernire et dtermine rsolution au
dict trett. Leurs dmonstrations,  la vrit, continuent jusques 
maintenant d'estre fort bonnes, et leurz marchandz, lesquelz sont
venus confrer avecques moy sur l'ancien commerce de Roan, m'ont dict
qu'il sera pourveu aux dsordres, dont ceulx du dict Roan se pleignent
qu'on leur uze en ceste ville de Londres, touchant le poix et la
mesure, et touchant l'escavage, le pilotage, le charriage, l'embalage,
les banques routes, et aultres semblables griefz et impostz, desquelz
l'on ostera les abus, si ceulx de Roan veulent aussy modrer les
leurs, affin que le traffic soit dorsenavant mieulx et plus librement
continu.

Et, quand aux choses d'Escoce, j'entendz, Sire, que la commission du
marchal Drury et de mestre Randol, qui sont desj partys, est de
moyenner  bon escient, par del, un accord entre les deux partys, et
faire qu'ilz conviennent d'une forme de gouvernement de certains de la
noblesse, tant d'ung cost que d'aultre, jusques au nombre de seize,
pour rgir l'estat, soubz l'authorit du jeune Roy, remettant ung
chacun en ses biens, honneurs et offices, et que mesmes le tiltre de
rgent demeure au duc de Chastellerault, layssant nantmoins
l'administration de la personne du Prince toutjour au comte de Mar;
qui est ung moyen aparant par lequel ceulx cy tendent de substrre le
dict duc et les siens de l'obyssance de la Royne d'Escoce, affin de
la ruyner, et de oprimer du tout, s'ilz peuvent, le nom et l'authorit
d'elle. Qui me faict desirer, Sire, qu'il vous playse haster
davantaige le voyage de Mr Du Croc, car il pourra obvier  cestuy et
aultres prjudices qui, possible, y adviendront encores plus grandz,
si quelcun, de la part de Vostre Majest, ne s'y prsente bientost;
bien que milord de Burgley m'a dict qu'il a est donn en mandement,
par article exprs, au dict Drury, de dclarer aux Escooys que la
Royne d'Angleterre n'entend qu'ilz se dpartent de l'alliance de nul
des aultres princes, leurs confdrs, nommement de Vostre Majest,
pourveu qu'aulcuns estrangers ne soient introduictz dans leur pays,
qui puissent troubler leur repoz, ny mouvoir guerre, ou donner
souspeon d'icelle  l'Angleterre. Et m'ont davantaige le comte de
Lestre, et le dict milord de Burgley assur que, sur l'instance que
j'avoys faicte pour le bon trectement de la Royne d'Escoce, au nom de
Vostre Majest, la Royne, leur Mestresse, a donn charge au comte de
Cherosbery de luy amplier sa libert et la mener aux champs et  la
chasse, affin de mieux entretenir sa sant. Et m'a l'on aussi permis
d'envoier m'enqurir des nouvelles de l'vesque de Roz, et luy offrir
ce qu'il pourra avoir besoing de moy, avec promesse de sa procheyne
libert. Qui sont signes de modration, Sire, assez sufisans pour me
confirmer que ceulx cy, jusques  maintenant, procdent assez cler et
droict ez chosez qu'ilz font ngocier avec Vostre Majest.

Il est vray qu'ilz viennent de recepvoir, tout prsentement, une
dpesche de Me Smith, qui est d'assez vieille dathe, car a sjourn, 
cause du passage, huict ou dix jours  Callays, laquelle je ne say
s'il leur fera rien changer. Elle est,  mon advis, du mesme jour que
le mesmes messager m'en a rendu une aultre de Vostre Majest, du
dernier de janvier, sur laquelle j'espre que vous trouvers, Sire,
que je vous y ay desj respondu, et en grand partye satisfaict, par
les miennes deux prcdentes, du Xe et XIIIe du prsent; de sorte
que, avant y adjouxter rien davantaige, j'estime estre bon que je voye
ceste princesse et les siens, affin que, par ung mesme moyen, je
puisse cognoistre comme ilz demeurent diffis des dictes dernires
lettres, et si celles, qui leur sont venues en mesmes temps de
Flandres, ont admen nulle mutation, et qu'est ce que, sur les unes et
les aultres, je vous pourray escripre de leur intention.

Ceste princesse avoit dpesch, vendredy heut huict jours, un
mandement aux maire et chrifz de Londres pour faire excuter le
lendemein matin le duc de Norfolc; mais, meue de repentance, sur les
unze heures de nuict elle leur contremanda qu'ilz supercdassent la
dicte excution jusques  ce qu'ilz heussent aultre mandement d'elle.
Quelques ungs arguent ceste sienne clmence vers le dict duc, et y
aura bien affaire qu'elle n'en soit destourne, sinon que, possible,
quelque peu de faveur, que les docteurs, qu'on luy a envoys, luy ont
acquise, le saulvent; qui ont assur qu'on l'avoit  tort souspeonn
d'estre feinct en sa religion, et qu'il est trs ferme protestant. Sur
ce, etc.

     Ce XIXe jour de febvrier 1572.


     A LA ROYNE.

Madame, premier que d'adjouxter rien  ce que je vous ay desj escript
des principaulx poinctz qui se trettent, en France et icy, entre Voz
Majestez et ceste princesse, tant de l'allience que de la
confdration, j'estime estre besoing que je voye, de rechef, la dicte
Dame et ses deux conseillers, de sorte que, pour ceste foys, je vous
supplieray trs humblement, Madame, estre contante de ce peu que je
mande prsentement en la lettre du Roy. Et adjouxteray seulement,
icy, touchant ce que les Srs Smith et Quillegrey ont dict: que la
Royne, leur Mestresse, savoit bien que j'avoys est mesl ez brigues
et menes du duc de Norfolc, mais qu'elle le vouloit ignorer; que je
ne puis estre marry qu'elle ayt faict une diligente recherche sur moy,
car, encor qu'elle ayt cogneu que je n'ay pas est toutjour endormy 
descouvrir les choses d'importance, qui ont peu tourner  quelque
consquence de vostre service en ce royaulme, si a elle trouv que je
ne me suis jamais entremis de pas une qui ne soit honneste et digne de
ceste charge, et qui puisse, peu ny prou, estre interprte contre
l'amity et les trects qu'elle a avec Vostre Majest. Et, encor que
l'vesque de Roz et les secrettres du dict duc puissent avoyr dict
que j'ay sceu l'entreprinse, que les filz du comte Dherby et ceulx de
Lanclastre vouloient faire pour mettre la Royne d'Escoce en libert,
il n'a peu toutesfoys, quand il eut est ainsy, estre dcent ny
convenable  mon debvoir de le rveller, car ce eust est procder
maladroictement, d'incister, d'un cost,  la restitution et libert
de la dicte Dame, sellon que Voz Majestez me le commandoient, et de la
vouloir empescher, de l'aultre. Aussy la Royne d'Angleterre mesmes et
ses conseillers justiffient en telle sorte mes dportemens, qu'elle et
eulx m'ont remercy de n'avoir heu intelligence avec Ridolfy sur les
praticques de la rbellion, ayant luy mesmes escript qu'on me les tnt
secrettes, affin que je ne les mandasse en France; qui a est cause de
faire prendre  ceste princesse la confiance que l'on voyt qu'elle a
aujourd'huy de Voz Majestez. Et est trs certein, Madame, que je n'ay
jamais rien sceu icy que je ne le vous aye incontinant mand, ny ne y
ay rien faict que Voz Majestez ne me l'ayent command, ny rien
atempt qui ayt peu gaster vostre service ou rfroidir ceste princesse
de vostre amity, ainsy que les choses du pass, et celles du prsent
en font assez de foy; vous remercyant trs humblement, Madame, de
l'honneur que Voz Majestez me font de croyre que je n'ay jamais excd
les choses qu'elles m'ont escriptes: en quoy,  la vrit, je y ay
est si scrupuleux que j'ay toutjour mieulx aym demeurer dans les
termes d'icelles que de les outrepasser d'ung seul mot, bien que, par
voz lettres du IIIe du pass, il semble, Madame, qu'on vous en ayt
voulu parler aultrement, sur quelque propos que Me Smith avoit tenus.
Et sur ce, etc.

     Ce XIXe jour de febvrier 1572.




CCXXXVIIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour de febvrier 1572.--

(_Envoye jusques  Calais par Marc Brouard._)

  Audience.--Ngociation du trait d'alliance.--Affaires
    d'Irlande.--Demande adresse par l'ambassadeur  la reine d'une
    explication sur les reproches qui lui sont faits au sujet du
    duc de Norfolk.--Ngociation des Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire,  ces premiers jours de caresme, j'ay est visiter la Royne
d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, pour voyr en quoy, aprs
la dpesche que Me Smith leur avoit faicte, du XXXe de janvier, ilz
continuent d'estre vers les choses du trect; et ay trouv, Sire, que
ce que le dict Sr Smith leur a ceste foys escript, qui est, ainsy que
je l'ay peu comprendre de eulx mesmes, fort conforme aux mmoires que
Vostre Majest m'a envoys, ne leur fera rien changer en leurs
prcdentes responces.

Et m'a la dicte Dame assez donn entendre que tout ce que, attandant
icelles, le dict Sr Smith avoit mis en avant  messieurs voz depputs
n'avoit est que pour remplir le temps, affin que Vostre Majest ne
penst qu'il y et rfroydissement du cost d'elle, et qu'elle
n'aprouvoit pas beaucoup qu'il het tant dbatu, comme il a, le faict
des marchandz, car luy sembloit matire non assez digne pour estre
insre dans le trect, sinon en article gnral, pour accorder le
commerce bon et libre entre les deux royaulmes avec promesse de
favorable trettement aux mutuelz subjectz, et que les aultres
condicions fussent rserves pour ung aultre escript,  part; me
confirmant, comme aussy les seigneurs de son conseil me l'ont
confirm, qu'elle a envoi ung expcial pouvoir au dict Sr Smith pour
contracter, et une bien ample instruction pour accorder premirement 
la ligue deffencive, avec expciffication du mot de _religion_, si
faire se peut, ou sinon d'avoyr au moins promesse de vostre mein,
Sire, que vous n'entends que la cause ny le prtexte d'icelle en
soyent exclus; segondement, que le secours soit aux frays de celluy
qui le demandera, et en la forme qui, d'autres foys, a est convenu
entre les feux Roys, vostre ayeul et le pre d'elle, ou le plus sellon
cella qui se pourra faire; que l'Escoce et les Escooys soient
comprins au dict trett avec la confirmation de l'ancienne alliance de
vostre couronne; en quoy sera bon, Sire, se souvenir que ceste
princesse soit tenue de retirer la garnison qu'elle a s deux
chasteaux de Humes et de Fascastel, qui sont dans la frontire du dict
pays; et que Vostre Majest s'esforce de gaigner le plus de
soulagement qu'il luy sera possible ez affres de la Royne d'Escoce;
finalement que le commerce, comme est dict cy dessus, soit
mutuellement promis. Qui sont quatre articles, sur lesquelz, sans rien
plus attandre du cost de de, le dict trect se pourra fort bien et
fort honnorablement conclurre.

La dicte Dame a monstr qu'elle craignoit beaucoup que le cardinal
Alexandrin,  son arrive, troublt tout cest affaire, et non
seulement cestuy cy, mais la paix de vostre royaulme, et, possible,
toute celle de la Chrestient; car sait,  ce qu'elle dict, qu'il
s'est vant d'avoir en France o pouvoir bien fonder l'effect de ses
intentions, et qu'elle prioit Dieu que ce fust sur ung fondement de
sable.

Je luy ay respondu que malaysement vouldra le dict sieur cardinal
troubler,  ceste heure, ce qui se trouve de paix en la Chrestient,
pour ne faire trop beau jeu au Turc, ains plustost exorter tous les
princes de l'Europe de s'unyr contre le commun ennemy du nom
chrestien; et qu'au regard d'elle, vous estiez si dtermin
d'embrasser, pour tout le temps de vostre rgne, l'amyti qu'elle vous
offroit, et luy rendre la vostre trs assure, et la plus utile, et
pleyne de proufit qu'il vous seroit possible, qu'il n'y avoit rien qui
vous en peust destourner que le seul manquement de correspondance, si,
d'avanture, vous en trouvis en elle.

A quoy elle m'a soubdein respondu qu'elle persvrera indubitablement
en vostre amyti, aultant qu'elle sera en vye, si le deffault ne vient
de vostre cost: bien avoit  vous faire maintenant entendre
l'audition d'ung gentilhomme irlandais, que les comtes d'Ormont et de
Guildas avoient naguires prins, et l'avoient fort dilligemment
examin; lequel parloit fort bon franoys, et avoit servy longtemps
le capitaine La Roche de Bretaigne, qui l'avoit quelquesfoys dpesch
devers Mr le cardinal de Lorrayne, et encores envoy jusques  Rome;
qui avoit conduict la pluspart des entreprinses de Fitz Maurice; et
dposoit plusieurs choses qu'elle mandoit au dict Sr Smith pour les
vous dclarer.

Je luy ay respondu, tout  ung mot, que c'estoit ung affaire, sur
lequel Vostre Majest luy avoit desj une foys satisfaict, et que je
m'assurois que luy satisferiez encores plus amplement.

Elle a suivy  dire que le dict capitaine La Roche avoit nantmoins
encores, de prsent, de ses soldatz franoys dedans ung fort
d'Yrlande; mais ne s'est guires arreste  cella, ains a pass  me
toucher des entreprinses qu'il sembloit que le Roy d'Espaigne het sur
le dict pays: en quoy, avec une expression non feinte, ains pleyne
d'ung apparant regret, elle m'a dict que l'ambassadeur d'Espaigne, qui
estoit icy, avoit ung malheureux tort de l'avoir mal mesle avec le
Roy, son Mestre, car vouhoit  Dieu qu'elle n'avoit jamais prtendu de
luy retenir son argent, ains de le luy conserver entirement, comme
elle n'y avoit encores nullement touch. Et m'a sembl, Sire, que je
luy ay cogneu un grand desir de s'accomoder avec le dict Roy
d'Espaigne, m'ayant la dicte Dame rendu ung fort expcial grand mercys
de ce que j'avois toutjour bien entretenu l'amity d'entre Vostre
Majest et elle, et qu'elle me prioit de continuer.

Je luy ay respondu que mon office n'avoit pas beaucoup est requis en
cella, parce que la disposition y avoit toutjour est trs bonne, de
vostre propre volont, nantmoins que je la remercyois trs
humblement du bon jugement qu'elle en faisoit, qui sembloit que ses
ambassadeurs en France ne le fissent semblable, car disoient qu'elle
savoit, mais monstroit d'ignorer, que j'avois est mesl ez brigues
du duc de Norfolc;  quoy je m'estois desj, par plusieurs foys,
offert et me offrois, de rechef,  elle pour luy en donner toute
satisfaction, et luy faire voyr que je n'avois jamais uz d'aulcung
dportement en son royaulme, qui ne ft honneste et juste, ny Vostre
Majest n'avoit procd de si maulvaise foy vers elle que m'eussiez
command de luy annoncer paix et amity de parolle, et luy procurer
mal et la rbellion de ses subjectz par effect.

Elle, s'estant prinse  rire, m'a dict que les lettres de la Royne
d'Escoce et celles de Ridolfy me justiffioient assez touchant la
rbellion; bien estoit vray que ceulx, qui estoient en prison,
m'allguoient en quelques aultres choses par leurs dpositions, qui
n'estoient tant importantes, dont m'en parleroit une aultre foys. Et,
aprs avoir continu plusieurs aultres propos de diverses matires, et
bien agrables, je me suis gracieusement licenci d'elle.

Je viens d'entendre que les depputez de Flandres, sur une nouvelle
dpesche du duc d'Alve, ont prsent, ds lundy dernier, nouveaulx
articles  la dicte Dame, et que, sur iceulx, le conseil s'est desj
assembl par trois foys; et, nonobstant que les trente jours de la
publication de la vente des marchandises soient expirs, l'on
supercde encores de les vendre. Sur ce, etc.

     Ce XXIVe jour de febvrier 1572.




CCXXXVIIIe DPESCHE

--du dernier jour de febvrier 1572.--

(_Envoye jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Dtails circonstancis sur la ngociation des Pays-Bas.--Vives
    remontrances adresses par Fiesque  la reine d'Angleterre au
    nom du roi d'Espagne.--Rponse d'lisabeth aux
    remontrances.--Rapport fait  son retour par sir Raf Sadler,
    commis  la garde de Marie Stuart pendant le procs.--Nouvel
    ordre donn pour l'excution du duc de Norfolk, et nouvelle
    rvocation de cet ordre.


     AU ROY.

Sire, il n'a guyres tard, aprs que messieurs les ambassadeurs
d'Angleterre ont heu accus de ngligence le Sr de Sabran, qu'ilz
n'ayent heu occasion de se louer de sa dilligence, car, sur l'heure
qu'ilz estoient  se plaindre  Vostre Majest du retardement de leurs
pacquectz, ilz ont trouv que c'estoit lors proprement qu'on leur
avoit desj dpesch d'icy la responce, laquelle a est si prompte et
si entire qu'il ne se fault prendre que  eulx et, possible, au
temporisement qu'on leur peut secrettement avoir mand de ceste court,
si maintenant ilz n'ont du tout conclud le trect; assurant, icelluy
de Sabran, qu'il n'a,  son retour, sjourn qu'ung seul jour, et
quelques peu d'heures d'ung aultre,  Paris, pour attandre une partie
de mille escuz qu'on a envoy  la Royne d'Escoce, qui faysoit tant de
besoing  ceste pouvre princesse, que vous l'ayant, le dict Sr de
Sabran, dict  son partement, Voz Majestez luy ont command de s'en
charger. Et, quand il a est  Callays, je say que nul, devant luy,
n'a pass de, de sorte qu'il n'y a point de faulte de son cost; qui
vous promectz bien, Sire, que je ne l'en vouldrois nullement excuser.
Mays les dicts ambassadeurs sont aussi excusables, si, sur l'arrive
de monsieur le lgat, ilz vous ont vollu monstrer qu'il y avoit une si
bonne disposition, de leur cost, vers la conclusion du dict trett,
qu'il n'y manquoit que la dilligence des courriers.

Or, pendant que la Royne, leur Mestresse, est  attandre ce qu'ilz
auront ngoci sur les deux dpesches qu'elle leur a, l dessus,
dernirement faictes, et de savoir aussy qu'est ce que, d'aultre
cost, auront advanc ses agentz qu'elle a envoy devers les Escooys,
elle a occup le temps  tretter des diffrendz des Pays Bas.

Sur lesquelz, de tant que les depputs de Flandres ont veu que la
publication de la vente des marchandises alloit en avant, sans qu'on
het esgard  leurs remonstrances; et que, touchant les deniers, l'on
ne vouloit recepvoir ce qu'ilz en proposoient au nom du Roy
d'Espaigne, ny ouyr le Sr Fiesque, quand il en vouloit parler au nom
des Gnevois, parce qu'on luy objectoit qu'il estoit trop faict de la
mein du duc d'Alve et trop bien instruict de l'ambassadeur d'Espaigne,
qui rsidoit icy, pour vouloir avoir rien  faire avecques luy,
icelluy Fiesque a trouv moyen de faire remonstrer vifvement aux
seigneurs de ce conseil qu'il ne s'estoit cy devant entremis des dicts
diffrendz que  la requeste des Angloys, et qu'avant qu'ung aultre
het recouvert les pouvoirs de tous ceulx qui y estoient intresss,
lesquelz il avoit desj devers luy, il se passeroit encores plus de
deux ans de terme; en quoy nul ne pouvoit ignorer que les marchandises
ne fussent des subjectz du Roy d'Espaigne, ny nul ne debvoit doubter
que les deniers n'eussent t envoys, de son expresse commission,
pour ses propres affres: dont failloit,  la fin, ou qu'il en ft la
maille bonne, ou que la Royne d'Angleterre les rendt; et ce, qu'il en
avoit dissimul jusques icy, estoit parce qu'il estoit bien ayse de la
dmonstration, qu'elle avoit faicte, de ne l'avoir voulu tant offancer
que de luy retenir ses deniers, si elle et vritablement sceu qu'ilz
eussent est  luy; aussy qu'il avoit grand plsir que les
particulliers se contentassent de l'obligation d'elle pour en demeurer
d'aultant descharg, mais  ceste heure que, ny en son nom, ny au nom
des particulliers, l'on n'en pouvoit avoyr aulcune rayson, il ne
vouloit croire qu'ung si grand Roy pet plus longuement comporter une
si grande injure comme estoit celle l.

Et, pendant que ceulx de ce conseil ont est  digrer ceste
remonstrance, le Sr de Sueneguem a heu de quoy en adjouxter une aultre
 la dicte Dame sur une lettre qu'il luy a prsente, de la part du
duc d'Alve, en laquelle le dict duc la prie de croyre que le Roy, son
Mestre, est merveilleusement marry qu'elle se soyt laysse conduyre
par faulx rapport  de maulvayses persuasions de leur commune amyti,
l o il met peyne de la conserver, de son cost, toutjour pure et
parfaicte vers elle, avec trs grand desir que tous ces nouveaulx
diffrendz se puissent accorder par une mutuelle et amyable
restitution; et que le commerce soit continu entre leurz pays et
subjectz comme auparavant; ensemble, que leur ancienne allience et
leurz tretts soyent renouvells pour estre plus estroictement
observs entre eulx qu'ilz ne l'ont jamais est du temps de leurs
prdcesseurs, la priant de vouloir correspondre  ceste bonne
intention du dict Roy Catholique. Et icelluy de Sueneguen a adjouxt
qu'il esproit qu'elle n'auroit mal agrable que luy, qui estoit icy
pour procurer le dict accord, la suppliast trs humblement de vouloir
bien peser ceste bonne volont d'ung si grand Roy, son bon frre et
ancien alli, et de ne l'avoir  mespris; et qu'il confessoit bien
que, par parolle et par plusieurs dmonstrations d'ordonnances et
d'dictz, elle luy avoit toutjour trs bien gard la paix, mais en
effet l'on ne pouvoit interpretter que la retrecte, que les rebelles
de Flandres avoient par de, et ce, qu'ilz sortoient de ses portz
pour aller piller sur mer les subjectz de son dict Mestre, et mesmes
faire des descentes en armes en ses pays, puis transporter le pillage
par de, ne ft une guerre tout dclare et ouverte contre luy.

A quoy la dicte Dame,  ce que j'entendz, a respondu qu'elle n'avoit
jamais, sur simples parolles ny sur rapportz, receu aulcune male
impression du Roy, son Mestre, jusques  ce qu'elle en avoit senty les
effectz par le favorable recueilh qu'il avoit faict avoir en Flandres
 ses rebelles, et le crdict qu'il avoit donn  Estuqueley; et que,
nonobstant cella, elle avoit toujour persvr en sa bonne intention
vers luy, et avoit faict, et feroit encores, son debvoir contre les
pirates, de les chasser de ses portz; et mesmes, l'ayant le prince
d'Orange faicte requrir de dclarer que les prinses, que les siens
feroient en mer sur les subjectz du Roy d'Espaigne, fussent tenues
pour bonnes en ce royaulme, comme de prince aussy souverain ez terres
qu'il a en Allemaigne, comme le Roy d'Espaigne l'est ez Pays Bas, elle
ne l'avoit voulu faire, dont ne se trouveroit qu'elle het de rien
manqu, ny qu'elle ft pour manquer du debvoir d'amity vers le dict
Roy, son Mestre, s'il ne tenoit  luy; et, quand aux particullarits
de la lettre du duc d'Alve, et certains aultres articles qu'il luy
prsentoit de nouveau, qu'elle feroit voyr le tout  ceulx de son
conseil pour luy en faire avoir, du premier jour, la responce.

L dessus, Sire, la dicte Dame a faict mettre en libert le mestre
d'ostel de l'ambassadeur, lequel s'attend de porter la dicte responce
au dict duc d'Alve; et a envoy  Douvre intimer nouvelles deffences
aux gens du prince d'Orange. Nantmoins l'on commancera, dans deux ou
troys jours,  vendre les marchandises, et desj sont arrivs aulcuns
Hespagnols et Flammans pour les retenir pour le pris, nonobstant la
deffence, que le duc d'Alve a faicte en gnral  tous les subjectz du
Roy, son Mestre, de n'y employer nulz deniers; mais l'on estime que
ceulx cy ne sont venus sans secrette permission du dict duc.

Avec le dict affaire des prinses ceste princesse en a heu  proposer
ung aultre,  ceulx de son conseil, du rapport que sir Raf Sadeller
luy a faict de la Royne d'Escoce,  son retour de la garder; qui,  ce
que j'entendz, a parl assez honnorablement de sa constance, de sa
pacience et de ses aultres vertus; de sorte que la dicte Dame a dict
que cella estoit de divin, en la parolle et en la prsance de la dicte
Royne d'Escoce, que l'ung et l'aultre contreignoit ses propres ennemys
de dire bien d'elle. Mais il a parl aussy de la grandeur de cueur
qu'il a cognu en elle, et de la ferme esprance, en quoy elle
persvre toutjour, de la succession de ceste couronne, au cas que la
Royne sa cousine n'ayt point d'enfans, nonobstant les troubles qu'on
luy faict: de quoy ceulx qui luy sont adversayres ont est bien fort
esmeus, et cella a cuyd advancer les jours au duc de Norfolc affin
d'afoyblir d'aultant son party, ayant la dicte Dame expdi ung
nouveau mandement, mardy dernier, pour le faire excuter le mcredy
matin; mais meue, encore ceste foys, de repentance, elle a
contremand, sur les deux heures devant jour, qu'on supercdt. Et sur
ce, etc.

     Ce XXIXe jour de febvrier 1572.




CCXXXIXe DPESCHE

--du VIIIe jour de mars 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Beauvergier._)

  Arrive de Mr Du Croc  Londres.--Audience.--Refus d'lisabeth de
    permettre  la reine d'cosse de se rfugier en France, et  Mr
    Du Croc de se rendre auprs d'elle.--Communication d'une lettre
    crite par Marie Stuart au duc d'Albe, et qui a t
    intercepte.--Irritation de la reine d'Angleterre contre Marie
    Stuart.--Espoir de l'ambassadeur qu'il sera permis  Mr Du Croc
    de passer en cosse.--_Lettre secrte  la reine-mre_.
    Ngociation du mariage du duc d'Alenon.--loignement
    d'lisabeth pour ce mariage.


     AU ROY.

Sire, le premier jour de mars, Mr Du Croc est arriv en ce lieu, et le
lendemain, nous avons envoy demander audience, laquelle nous a est
octroye pour le quatriesme ensuyyant, et despuis a est prolonge au
Ve; auquel il a, avec les lettres de Voz Majestez et de Monseigneur,
prsent les recommandations de tous troys, et encores celles de la
Royne Trs Chrestienne et de Monseigneur le Duc,  la Royne
d'Angleterre, et luy a, par ung bon ordre, et en trs bonne faon,
faict sagement entendre l'occasion de sa dpesche, avec toutes les
particullarits que luy avez command de luy dire, sellon qu'il les a
par son instruction.

Sur quoy, ayant la dicte Dame, ainsy que de coustume, fort bien receu,
et avec son grand contantement, la salutation des cinq, et s'estant
soigneusement enquise du bon portement d'ung chacun d'eux, elle a,
quand au contenu des lettres et de la crance d'icelles, respondu
qu'encor qu'elle n'et heu aultre indice de ce voyage, que seulement
savoir que Mr Du Croc estoit dpesch, elle het toutjour jug que
c'estoit pour les affres de la Royne d'Escoce, desquelz elle oyoit
fort mal volontier parler, et nantmoins avoit plsir que luy,
plustost qu'ung aultre, fust employ en cest endroict, pour les bons
dportemens dont, estant d'aultresfoys vostre ambassadeur en
Escoce[23], bien qu'il fust assez de la mayson de Guyse, il avoit
toutjour uz prs de la dicte Dame,  luy faire plusieurs sages et
bien vertueuses admonitions, qu'elle se trouveroit maintenant bien
heureuse de les avoyr ensuyvies, et qu'elle ne pouvoit esprer que les
semblables bons et bien louables offices de luy, quand il seroit
maintenant devers les Escouoys; ausquelz elle avoit desj envoy le
marchal de Barvick, sellon que eulx mesmes l'en avoient requise, et
attandoit, dans deux jours, nouvelles de luy, sans lesquelles elle ne
nous pouvoit rien signiffier de son intention; par ainsy nous prioit
d'avoir, pour ce regard, ung peu de pacience; et quand  permettre au
dict Sr Du Croc de passer devers la dicte Dame, ou octroyer  Vostre
Majest qu'elle se pet retirer en France, qu'il luy estoit encores
tomb entre les meins ung nouveau advertissement, lequel elle nous
communicqueroit, par o elle se trouvoit admoneste de ne le debvoir
aulcunement consentyr.

  [23] Mr du Croc avait rsid, comme ambassadeur en cosse, auprs
  de Marie Stuart en 1567, et avait fait tous les efforts pour
  empcher son mariage avec Bothwel.

Et sur ce, ayant tir un papier de sa pochte, nous a monstr que
c'estoit un chiffre, lequel nous avons recognu estre vritablement
sign de la main de la Royne d'Escoce, et aprs, elle nous a leu une
partie du dchifrement, qui s'adressoit au duc d'Alve, par lequel elle
l'exortoit se haster de conduyre des navires en Escoce pour se saysir
du Prince son filz, comme chose qui luy seroit ayse; et avec lequel
elle se commettoit au Roy d'Espaigne; puis luy faysoit quelque
discours de la bonne part qu'elle avoit en ce royaulme et des
seigneurs qui y favorisoient son party; desquelz, encor que aulcuns
fussent prisonniers, la Royne d'Angleterre toutesfois n'ozoit toucher
 leur vye; et donnoit esprance  icelluy duc que, par ce moyen,
toute ceste isle viendroit estre quelquefoys rduyte  la religion
catholique.

Sur lequel dchifrement la dicte Dame s'est prinse  nous faire de
bien aygres discours, non du tout semblables  ceulx que Me Smith a cy
devant tenus  Voz Majestez touchant la dicte Royne d'Escoce, mais non
aussy trop dissemblables d'iceulx, avec une commmoration des
entreprinses qu'elle a voulu faire pour priver la dicte Royne
d'Angleterre et de vye et d'estat; et qu'elle s'assuroit que, quand
vous auriez, Sire, aultant d'exprience des dangers du monde, comme
les ans, qu'elle avoit plus que vous, luy en avoient apprins, que vous
ne la vouldris requrir de mettre en aultruy mein le seul remde, que
Dieu luy avoit envoy aux siennes, de sa propre seurt; et qu'elle
croyoit ou que vous n'aviez pas leu la lettre que luy aviez escripte,
quand vous l'aviez signe, ou qu'il ne vous souvenoit plus de ce que,
cy devant, Vostre Majest mesmes luy avoit escript.

Le dict Sr Du Croc et moy avons rplicqu toutes les choses qu'avons
estim pouvoir estre bonnes  obtenir l'effect de vostre intention, y
meslant le respect que Vostre Majest veult toutjour garder 
l'amity de la dicte Royne d'Angleterre; et enfin, nous sommes fort
gracieusement licencis d'elle, avec peu d'esprance,  la vrit,
qu'il puisse voyr, pour ceste foys, la dicte Royne d'Escoce, ny
qu'elle soyt renvoye en France, mais bien qu'il puisse continuer son
voyage vers les Escouoys, aussitost que les lettres du marchal Drury
seront arrives; et que l'accord des dicts Escouoys est pour
succder, avec confirmation de l'allience qu'ilz ont avec Vostre
Majest. Et sur ce, etc.

     Ce VIIIe jour de mars 1572.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, ayant, mcredy dernier, prins la commodit, en la chambre de
la Royne d'Angleterre, de tirer  part milord de Burgley pour luy
parler du propos de Monseigneur le Duc, il m'a dict que, sur ce que la
dicte Royne, sa Mestresse, avoit naguyres voulu lyre elle mesmes les
dernires lettres qui sont venues de Me Smith, lesquelles en faisoient
mencion, il avoit heu assez ample argument d'en tretter en termes bien
exprs avec elle. Laquelle luy avoit respondu en diverses sortes bien
diffrentes, qui nantmoins estoient toutes fort honnorables pour le
propos, et encores plus pleynes d'honneur pour celluy de qui on le
tenoit, mais elles renouvelloient les mesmes difficults de l'eage;
qui avoient est trs grandes en l'endroict mesmes de Monseigneur;
lesquelles avoient est surmontes par la haulteur de la taille de
luy, et par l'espreuve qu'il avoit monstre de son bon sens, mais
elles se prsentoient encores trop apparantes en Monseigneur le Duc,
et avec tant de disproporcion des ans, entre elle et luy, qu'il me
vouloit bien dire tout franchement que, sur ce que jusques icy il en
avoit de luy mesmes mis en avant  la dicte Dame, et sur ce qu'il luy
en avoit faict voyr par les lettres de Me Smith, il ne l'avoit jamais
trouve en disposition aulcune qu'il m'en voult faire rien esprer,
mais aussy ne m'en vouloit il oster l'esprance; car Mr de Quillegrey
pourroit aporter telle chose qui seroit pour faire bien acheminer le
tout. Je n'ay rien obmis, Madame, de ce qui a peu rendre trs
desirable pour la Royne, sa Mestresse, pour ce royaulme, et pour le
mesmes milord de Burgley, le party de Mon dict Seigneur le Duc,
aultant que de prince du monde, et y ay adjouxt, comme de moy mesmes,
les grandes et advantageuses offres que le cardinal Alexandrin vous a
faictes pour Monseigneur et pour luy, et les inconvnientz qui
pourroient advenir, si ce propos n'estoit bien tost et bien receu;
mais il m'a respondu qu'il n'y voyoit, pour ceste heure, aultre remde
que d'attandre ce que Mr de Quillegrey porteroit, si, d'avanture, je
voulois avoir pacience de ne vous rien escripre de ce faict jusques 
ce qu'il ft arriv. Mais, Madame, j'ay estim qu'il ne pouvoit nuyre
que vous fussis promptement advertye du tout, car nul n'en saura
uzer plus discrettement, ny avec moyens plus prudentz, que fera Vostre
Majest. Sur ce, etc.

     Ce VIIIe jour de mars 1572.




CCXLe DPESCHE

--du XIIIe jour de mars 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Refroidissement de la reine d'Angleterre  l'gard de la
    France.--Sa colre contre Marie Stuart.--Promesse faite par
    Burleigh  Mr Du Croc qu'il lui sera permis de passer en
    cosse.--Dfaite des rvolts en Irlande.--Ngociation des
    Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, le chiffre, que la Royne d'Angleterre a monstr  Mr Du Croc et
 moy, semble vritablement estre sign de la mein de la Royne
d'Escoce, et ne veulx trop doubter qu'elle ne l'ayt escript au duc
d'Alve; mais que le dchiffrement soit tel qu'elle le nous a leu, ou
bien qu'il soyt supos, de tant que c'est chose que je ne puis
bonnement vriffier, il m'en fault passer par l o ceulx, qui manyent
icy les affres, le veulent. Et cependant je fay le mieulx que je puis
pour remdyer  deux inconvniantz qui sont provenus de l: le premier
est que, pour la ferme impression qu'on en a donn  la dicte Royne
d'Angleterre, laquelle est facille de prendre toutjour au pis tout ce
qui vient de sa cousine, elle m'a renouvell en son cueur une si
grande hayne et une si grande indignation contre ceste pouvre
princesse, qu'il est ays  voyr que ses penses et ses dellibrations
sont devenues plus extrmes en son endroict, qu'elles n'ont encores
jamais est; le segond, lequel n'est pas moindre, est que, pour ceste
occasion, elle a interprt en trs mauvaise part l'instance que luy
avez faicte, par voz lettres, de remettre la dicte Royne d'Escoce ez
meins de Vostre Majest, de sorte que, joinct ce qu'on luy a dict
que, contre la promesse que luy aviez faicte de ne permettre que
milord de Flemy passt des gens de guerre en Escoce, il en embarquoit,
ce nantmoins, bon nombre  St Malo, elle a commanc se deffier
beaucoup de la conclusion du trett, et doubter grandement de vostre
bonne intention vers elle; dont a propos  ceulx de son conseil que,
de tant qu'elle vous avoit faict donner compte, par ses ambassadeurs,
du grand nombre d'offances qu'elle a  se douloyr de la Royne
d'Escoce, par o elle esproit que vous vous dporteris d'intercder
plus pour elle, et que nantmoins vous luy en aviez ceste foys
escript, et faict parler par Mr Du Croc, en termes plus exprs que,
six moys a, vous ne l'aviez faict, chose qui ne pouvoit compatyr avec
la sincrit des propos qui se trectoyent entre vous, qu'ilz
voulussent adviser comme pourvoir si seurement  ses affres qu'elle
n'en pet tomber en danger.

Sur quoy je ne say encores, Sire, ce qu'ilz luy auront conseill de
faire, mais j'ay mis peyne, et envers elle, et envers eulx, de modrer
ceste sienne tant soubdeine aprhension, affin qu'elle ne passe trop
avant contre la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle demeure du tout
estaincte en l'endroict des aultres choses qui se trettent entre Voz
Majestez et voz deux royaulmes. En quoy je n'ay rien obmis de ce que,
pour la seuret de vostre parolle, et vrit de voz promesses, je leur
ay peu offrir, jusques  leur engager ma vye, qu'ilz n'y trouveront
jamais que toute sincrit et parfaicte confience, et que ce que
Vostre Majest leur avoit propos maintenant, de la Royne d'Escoce,
estoit par la contreincte d'ung honneste debvoir que eulx mesmes
savoient bien que vous aviez vers elle, et duquel vous estiez
infinyement press par ses parans et par ses bons subjectz, et
encores par d'aultres princes et estatz; dont c'estoit  la Royne
d'Angleterre de monstrer,  ceste heure, si elle vouloit avoyr aultant
d'esgard  ce qui est de vostre rputation en cest endroict, comme
vous proposiez de maintenir doresenavant ce qui seroit  jamais de
l'honneur et dignit d'elle en toutes les partz de la Chrestient. Et
Mr Du Croc a envoy faire semblables bons offices, de sa part, vers
milord de Burgley, lequel nous a mand beaucoup de diverses choses du
malcontantement de sa Mestresse, mais enfin il nous a asseur
qu'aussytost que les nouvelles que, d'heure  aultre, ilz attandoient
d'Escoce, seroient arrives, et que les seigneurs de ce conseil
auroient advis avec le dict Sr Du Croc de la manyre qu'il fault
procder par dell, que la dicte Dame luy bailleroit son passeport
pour s'acheminer.

J'entendz, Sire, que, en Irlande, les saulvages ont heu du pire, et
que les Angloys les ont batus en ung rencontre, o la principalle
deffaicte est tumbe sur les Escouoys qui les estoient venus
secourir. Au regard des diffrendz des Pays Bas, les Srs de Sueneguen
et de Fiesque estantz, dimenche dernier, venus ouyr la messe et
prendre leur diner, en mon logis, m'ont dict que l'on estoit
maintenant  regarder sur le faict des deniers, mais qu'ilz n'avoient
poinct d'esprance qu'on en pet sortir que _ l'angloyse_; et n'ont
pas pass plus avant. Sur ce, etc.

     Ce XIIIe jour de mars 1572.




CCXLIe DPESCHE

--du XVIIIe jour de mars 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par mon secrettaire Joz._)

  Rupture du trait prpar en cosse par lisabeth.--Plaintes
    contre les secours arrivs de France en cosse.--Saisie des
    papiers de lord Seton.--Mission de Mr Du Croc.--Discussion
    entre les seigneurs du conseil Mr Du Croc et
    l'ambassadeur.--Dclaration du conseil que le passeport pour
    l'cosse ne peut pas tre accord  Mr Du Croc, et que la reine
    prfre avoir la guerre avec la France et l'Espagne que de
    rendre la libert  Marie Stuart.--Retour de
    Quillegrey.--Changement que produit son rapport dans les
    dlibrations du conseil.--_Lettre secrte  la reine-mre_.
    Ngociation du mariage du duc d'Alenon entre l'ambassadeur,
    Quillegrey, Burleigh et Leicester.--_Mmoire gnral_, Affaires
    d'cosse.--Ncessit de procder sur-le-champ en France  un
    trait avec l'Angleterre pour la pacification de
    l'cosse.--Conditions sur lesquelles ce trait doit tre
    tabli.--Ngociation des Pays-Bas.


     AU ROY.

Sire, ainsy que Mr Du Croc et moy nous attendions qu'il det avoir son
passeport, selon que la Royne d'Angleterre nous avoit faict esprer
qu'aussytost qu'elle auroit receu des nouvelles d'Escoce elle le luy
bailleroit, et milord de Burgley le nous avoit ainsy confirm et
promis, elle nous a faict appeller, samedy dernier, en son conseil,
o, par les comte de Sussex, l'admiral Clinthon, milord Chamberland et
le dict de Burgley, elle nous a faict dire que le mareschal Drury et
mestre Randol, au lieu de luy escripre des nouvelles de dell, ilz
estoient eulx mesmes venus luy signiffier comme, par leur dilligence,
ayant les Escooys est conduictz bien avant en ung bon accord, et les
condicions menes si prs de la conclusion qu'il n'y restoit plus que
d'en passer et signer les articles, sellon que ceulx des deux partys
en avoient souvant donn la parolle et leur promesse par escript  la
dicte Dame, milord de Sethon estoit lors arriv, lequel avoit
incontinent faict changer de volont  ceulx de Lislebourg, et leur
avoit tant faict rehaulser leurs demandes que les dicts Drury et
Randol avoient est contreinctz de les laysser l en leur trouble, et
de s'en retourner; dont aussytost qu'ilz avoient est icy, la dicte
Dame avoit faict mettre la matire en dellibration de conseil devant
elle, auquel ayant est considr qu'il n'y avoit pas longtemps que le
dict de Sethon estoit party de France, et que luy, du cost de
Flandres, avec l'assistance du duc d'Alve, et milord de Flemy, du
cost de Bretaigne, avec l'assistance, non de Vostre Majest, car
s'assuroient de la parolle que leur aviez donne, mais avec celle de
quelques aultres qui ont beaucoup d'authorit en vostre royaulme,
passoient en ung mesmes temps en Escoce, et le dict Flemy y menoit,
contre vostre deffence, ung bon nombre de soldatz en habits de
mariniers, ainsy que leurs marchandz qui venoient de Bretaigne les en
assuroient; considr aussy que, par des lettres et des alfabetz,
chiffres, mmoires, et encores par d'aultres choses d'importance, qui
avoient est surprinses dans le vaysseau du dict de Sethon, lequel,
par temps contraire, avoit abord en Suffolc, et luy s'estoit
conduict, en marchand, jusques  Lislebourg, il se dcouvroit des
menes qui monstroient clrement que l'entreprinse n'alloit plus 
remettre la Royne d'Escoce en sa couronne, mais  l'establir royne en
ces deux royaulmes, et priver leur vraye royne et de vye et d'estat;
sellon que le dict duc avoit desj advanc dix mil escus contantz au
dict de Sethon, et aultres dix mille  leurs rebelles, et avoit avec
eulx, tant sur les lettres de la dicte Royne d'Escoce que avec icelluy
de Sethon, comme ambassadeur d'elle, capitul de l'excution de la
dicte entreprinse et de rduire toute ceste isle  la religion
catholicque, ensemble d'avoir le Prince d'Escoce entre ses mains, et
de soubmettre ces deux couronnes  la protection de celle d'Espaigne,
en quoy l'arme qui est ordonne pour le passage du duc de Medina
Celli y debvoit estre employe; la dicte Dame avoit rsolu, en son
dict conseil, de ne passer plus oultre en rien qui ft de l'Escoce
qu'elle ne vous het inform, Sire, de tout ce dessus, et encores de
quelque aultre particullarit qui espciallement concernoit Vostre
Majest, tout ainsy que naguyres vous l'en aviez faict advertyr d'ung
aultre, qui concernoit sa propre personne, de sorte qu'elle esproit
que vous demeureris trs bien satisfaict d'elle; et qu'elle layssoit
au choys de Mr Du Croc ou de vous aller cependant retrouver, ou bien
d'attendre icy vostre responce, et qu'ilz ne vouloient dissimuler que
ce, que le dict Sr Du Croc avoit demand, de voyr en passant la Royne
d'Escoce, et l'instance, qu'ilz voyoient que Vostre Majest faysoit,
de la mettre en libert, ne leur het engendr quelque souspeon; dont
nous prioient ne trouver mauvais si, en ung cas si important comme
cestuy cy, o il alloit de la vye de leur princesse, de la
conservation de l'estat, et de garder la subversion de leur pays, ilz
vouloient, estant conseillers, y procder avec grande caution.

Mr Du Croc, ainsy prudemment comme est sa coustume, et avec une
protestation, qu'il a confirme par srement, de la sincrit de
vostre bonne intention sur toutes les particullarits de sa
commission, et qu'il n'y avoit rien de plus que ce qu'il avoit dict 
la Royne, leur Mestresse, leur a remonstr qu'ilz ne debvoient prendre
aulcune deffiance de son voyage, et moins le retarder; et qu'il les
prioit, suivant ce qui en avoit est convenu avec leurs ambassadeurs,
qu'ilz le luy voulussent laysser acomplir. De ma part aussy, je ne
pense avoir rien obmis, Sire, de ce qui a peu assurer iceulx seigneurs
de tous les doubtes qu'ilz ont en leur esprit, et de leur monstrer par
les mesmes accidens, qu'ilz nous allguent, que ce voyage est non
seulement fort expdiant pour l'Escoce, mais encores trs ncessaire
pour la France et pour l'Angleterre.

Tant y a qu'aprs qu'ilz nous ont heu, de rechef, amplement remonstr
les grandz dangers et les prils qui leur estoient trop imminentz par
le pourchas de la Royne d'Escoce, et que, lorsqu'ilz avoient pens
qu'elle s'en det abstenir, c'estoit lorsqu'elle les en pressoit
davantaige, ilz ne pouvoient conseiller nullement leur Mestresse
qu'elle changet, pour ceste fois, d'opinion; et nous vouloient bien
dire librement qu'encor qu'ilz eussent toutjour lou  la dicte Dame
de maintenir la paix avec tous les aultres princes, ses voysins, ilz
luy conseilloient nantmoins de prendre plustost la guerre avec Vostre
Majest et avec le Roy d'Espaigne, tout ensemble, que de mettre la
Royne d'Escoce en libert.

Sur laquelle, leur tant opiniastre dellibration, Mr Du Croc et moy
avons advis de vous dpescher en dilligence ce mien secrettaire,
affin que sachs encores mieulx par luy les particullarits de ce
dessus, et encores d'aultres que je luy ay donnes en charge, et que,
par semblable dilligence, de luy mesmes, il vous playse nous faire
entendre promptement vostre intention. Sur ce, etc.

     Ce XVIIIe jour de mars 1572.


_Par postille  la lettre prcdente._

   Comme je voulois fermer la prsente, milord de Burgley m'a mand
   que sa Mestresse et ceulx de son conseil avoient mieulx considr
   noz raysons, et qu'aprs que vous auris entendues les leurs, la
   dicte Dame dellibroit de se remettre de cest affaire d'Escoce,
   en tout et par tout,  ce que vous vouldris; et, l dessus, le
   Sr de Quillegrey est arriv, lequel,  ce que j'entendz, a faict
   ung fort honnorable rapport, en toutes choses, de Vostre Majest,
   de la Royne, vostre mre, et de tout ce qui est de vostre
   couronne, et a grandement lou la sincrit de voz intentions, et
   celle de voz actions, vers sa Mestresse et vers son royaulme,
   ensemble vostre libralit vers luy, et vostre faveur et bon
   trectement vers les aultres ambassadeurs d'elle. Et luy mesmes
   nous est venu visiter, nous monstrer le prsent, et nous donner
   esprance que Mr Du Croc obtiendroit sa permission de passer. Sur
   laquelle aparance de modration le dict Sr Du Croc a demand 
   parler aux seigneurs de ce conseil, auxquelz il n'a rien obmis de
   ce qui les pouvoit induyre pour luy laysser continuer son voyage,
   mais enfin ilz luy ont dict que, s'il ne monstroit que par son
   pouvoir ft expressment port de procurer l'accord des Escooys
    la conservation de la Royne d'Angleterre et repos de son
   royaulme, chose qu'ilz estimoient ne pouvoir estre, sinon que
   tout le pays ft rduict  l'obyssance du jeune Roy, qu'ilz
   persvroient de vouloir faire entendre leurs raysons  Vostre
   Majest, premier que de luy octroyer son passeport. Et m'a,
   d'abondant, le dict de Burgley mand que sa dicte Mestresse
   estoit preste de respondre  ses ambassadeurs sur ce peu qui
   restoit encores de diffrand au trect, sans m'expciffier que
   c'estoit, et qu'elle seroit bien ayse de savoir si j'avois  luy
   en faire entendre quelque chose. Je luy ay respondu que
   j'atandois, d'heure en heure, quelque dpesche de Vostre Majest,
   et qu'incontinent que je l'aurois receue, je l'yrois
   trouver.--Escript le XXe de mars 1572.


     A LA ROYNE.

Madame, aux prcdents inconvnients, qui sont survenus  la Royne
d'Escoce, cestuy cy,  ceste heure, ne luy est succd petit, que
milord de Sethon, voulant repasser de Flandres en Escoce, ayt est
jett par tourmante en la coste de Suffolc, o, ayant prins le hazard
de descendre et de se conduyre par terre en habit dguys jusques 
Lislebourg, il a pens que son vaysseau, au premier bon vent, pourroit
bien faire voyle, et se conduyre aussi  Abredin, ou en quelque aultre
port de dell; dont a layss dedans ung sien page, avec ses papiers et
chiffres, qui, bientost aprs, ont est saysis par les officiers du
lieu, qui sont alls recognoistre le dict vaysseau; lesquelz ont aussy
arrest les hommes, les monitions, les armes et aultres provisions,
qui y estoient, et ont apport les dicts papiers en ceste cour, par
lesquelz semble que les affres de ceste pouvre princesse et sa
personne soient rduictz en plus grand danger que jamais. Dont, sur ce
que la Royne d'Angleterre escript maintenant  ses ambassadeurs de
remonstrer  Voz Majestez Trs Chrestiennes, il est bien besoing,
Madame, qu'il vous playse leur y faire des responces si mesures que,
n'aprouvant rien de ces menes de Flandres et mesmes de n'en estre
moins offancs que la Royne d'Angleterre, vous ne monstris pourtant
de pouvoir trouver bon qu'on se preigne icy  la personne de la dicte
Royne d'Escoce, ny qu'on dresse arme pour courre sus  ceulx de
Lislebourg; et incister que le Roy, comme ally principal de ceste
princesse et des siens, doibve toujour estre appell en tout ce qui
s'entreprandra de ce cost l; et remonstrer que le voyage de Mr Du
Croc, avec ung aultre depput de la Royne d'Angleterre, est plus
ncessaire que jamais, par dell, tant pour interrompre ces praticques
de Flandres que pour establir ung bon accord entre les Escouoys;
lesquelz ne fauldront d'y condescendre, de tous les deux partys, s'ilz
voyent que le Roy y concourre. Le dict Sr Du Croc attendra icy ce
qu'il plerra  Voz Majestez luy en mander par ce mien secrettre, qui
s'en retournera en dilligence; et si, d'avanture, Madame, il faut
qu'il repasse dell pour prendre le chemin de la mer, il estime qu'il
sera trs oportun qu'il face une course devers Voz Majestez pour
prendre nouvelles et plus certaines instructions sur tout ce qu'il
aura  faire pour ces nouveaulx cas survenus; en quoy n'interviendra
guyres que le retardement d'ung quinze jours. Sur ce, etc. Ce XVIIIe
jour de mars 1572.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, depuis bien peu d'heures, le Sr de Quillegrey m'est venu
trouver; lequel m'a dict que la Royne, sa Mestresse, reste
merveilleusement bien satisfaicte et infiniement contante dans son
cueur des honnorables propos qu'il a heu  luy tenir de la part de Voz
Majestez Trs Chrestiennes; et qu'encor qu' ce premier coup, il ne
luy ayt ouvertement, ny en termes exprs parl du faict de Monseigneur
le Duc, il pense nantmoins avoir si bien dispos la matire, qu'il
ozera bien, la segonde foys qu'il parlera  elle, la luy proposer fort
franchement; et s'esforcera de vous bien servir en cest endroict avec
la sincrit qu'il vous a promise, et de me raporter, jour par jour,
tout ce qui y succdera  la vraye vrit, affin que je la vous puisse
ordinairement mander; se sentant si abstreinct  ce debvoir, non
seulement par l'obligation des faveurs et libralits qu'il a receues
bien grandes de Voz Majestez, mais encores pour le bien de la Royne,
sa Mestresse, et de cest aultre encores pour une particullire
affection qu'il a  la France, qu'il n'espargnera sa propre vye pour
l'advancement du propos, et s'oposera, aultant qu'il luy sera
possible,  ceulx qui sont cognus et remarqus icy pour Hespagnols,
qui se prparent desj de l'interrompre.

Je luy ay trs grandement gratiffi ceste sienne bonne et vertueuse
volont, avec assurance qu'elle luy sera trs abondantment recognue,
et l'ay pri de se vouloir monstrer si dilligent et discret  l'effect
que la chose ne puisse aller ny en longueur ny  la cognoissance de
beaucoup de gens, jusques  ce qu'elle soit plus advance. Despuis,
j'ay envoy devers milord de Burgley luy demander si, sur la venue de
son beau frre, j'avois  faire entendre quelque chose  Vostre
Majest touchant ce qui estoit entre luy et moy;  quoi il m'a mand
qu'il failloit tirer ceste responce d'ung grand oracle, dont estoit
besoing d'en parler au mesmes Apollo, et qu'il y falloit ung peu de
temps. Le comte de Lestre,  qui le dict Sr de Quillegrey a communiqu
le tout, et luy en avoit auparavant escript de Bloys, en hors, m'a
envoy signiffier aulcunes choses en gnral de sa singullire et trs
dvote affection vers Vos Trs Chrestiennes Majestez et comme il est
tout rsolu de faire le voyage vers elles, me priant que j'en vueille
continuer le propos  la Royne, sa Mestresse, la premire foys que je
l'yray trouver, en la bonne sorte que je l'ay desj commanc.

J'espre, Madame, que, par mes premires, je vous pourray mander
quelque chose de plus de fondement en cecy, sellon que je mettray
aultant de dilligence, qu'il me sera possible, que n'en demeuris
longtemps en suspendz. Et sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de mars 1572.


OULTRE LE CONTENU DES LETTRES, Joz aura  dire  Leurs Majestez:

   Que considr les vhmentz propos, que ceulx de ce conseil ont
   tenu sur les lettres, mmoires et chiffres, qui ont nouvellement
   est surprinses dans le navyre de milord de Sethon, et le regrect
   qu'on voit qu'ilz ont de n'avoir peu composer  leur mode les
   choses d'Escoce, il est trs aparant qu'ilz se vuellent rsouldre
   de favoriser et fortiffier ceulx du Petit Lith, et opprimer,
   autant qu'ilz pourront, ceulx de Lislebourg; lesquelz estantz 
   la protection du Roy, il ne peut estre  l'honneur de Sa Majest
   de les habandonner, dont est danger qu'il ne s'en ensuive troys
   inconvniantz tout  la foys: l'ung, de la continuation des
   troubles en Escoce, plus que jamais; l'aultre, d'une malle
   intelligence entre la France et l'Angleterre; et le tiers, d'ung
   grand pril pour la personne de la Royne d'Escoce; et, possible,
   un quatriesme, de s'embrouiller avecques le Roy d'Espaigne.

   Pour  quoy obvier semble qu'il sera bon que le Roy, incontinant
   qu'il aura receu les prsentes, face tretter  plein fons avec
   les ambassadeurs d'Angleterre de tout le faict d'Escoce, et leur
   incister que Mr Du Croc puisse parachever son voyage au dict
   pays, continuant son chemin par ce royaulme, sans faire ce tort
   au Roy de le contreindre de s'en retourner, et d'aller prendre
   son passage par ailleurs;

   Et que mesmes, entre messieurs les depputez du Roy et les dicts
   ambassadeurs, soit convenu de la forme d'accord qu'ilz estimeront
   estre meilleur entre les Escooys; dont semble que celle l
   grvera moins  iceulx Escooys et sera moins contradicte des
   Anglois, en laquelle sera ordonn, tant d'ung cost que d'aultre,
   ung certein nombre esgal de la noblesse au gouvernement du pays
   pour administrer toutes choses de l'estat, attandant le retour de
   leur Royne ou la majorit de son filz, sans faire mencion que ce
   ft ny soubz l'authorit d'elle, ny soubz l'authorit de luy, et
   mesmes ne nommer ny l'ung ny l'aultre, s'il est besoing; et
   qu'ung chacun soit remis en ses biens, honneurs et estatz, et les
   armes poses partout; et que, par ung commun consentement du Roy
   et de la Royne d'Angleterre, le dict Sr Du Croc, avec ung aultre,
   de la part d'elle, soyent envoys sur les lieux pour notiffier le
   dict accord aux deux partys, et les contreindre de l'accepter,
   comprenant, par ce moyen, les ungs et les aultres avecques
   l'estat dans le trect, avec expcialle confirmation aussi de
   l'allience de France.

   Et par mesme moyen soit capitul, avec les dicts ambassadeurs
   d'Angleterre, qu'attandant que les deux Roynes se puissent
   accorder de leurs diffrendz, il soit pourveu  celle d'Escoce de
   quelque plus gracieux trectement et plus ample libert qu'elle
   n'a de prsent, et de luy rendre ses serviteurs, et luy permettre
   ung ambassadeur en ceste cour pour solliciter ses affres, le
   tout  ses despens; en ce toutesfois qu'elle promettra de ne s'en
   aller de ce royaulme sans cong, ny d'innover rien en icelluy au
   prjudice de sa cousine, et de bailler, s'il est besoing,
   ostaiges et bonnes cautions de cella; et que ces choses soient
   accordes hors du traict, si ne peuvent estre comprinses dans le
   traict.

   Je suis bien seurement adverty que,  l'occasion des papiers
   qu'on a surprins au Sr de Sethon, et de ce qu'on a raport icy
   que milord de Flemy embarque des soldatz  St Malo, en habits de
   mariniers, et aussi entandant l'apprest de Mr de La Garde, l'on a
   ordonn en ce conseil d'armer promptement ung bon nombre de
   navires; et que, du premier jour, l'on en mettra troys des plus
   grandz dehors: en quoy, j'ay desj envoy sur les lieux
   recognoistre tout ce qui s'y fera, et, jour par jour, j'en donray
   adviz  Leurs Majestez.

   Et cepandant, ayant soubz mein donn entendre, que l'apprest de
   Mr de La Garde n'estoit aulcunement contre chose qui appartnt 
   ce royaulme, ains plustost pour aller faire une descouverte en
   terres neufves; ung gentilhomme de bonne qualit, anglois, m'est
   venu remonstrer que, s'estant desj propos, avec le cong de sa
   Mestresse, de servir,  ses despens, le Roy en la premire guerre
   qu'il aura contre quelque aultre prince que ce soyt, avec trente
   navyres, desquelz les vingt seront bons pour le combat, et les
   dix aultres fort propres pour courre la mer, avec moyen de mettre
   en terre deux mille hommes de guerre qu'il mnera, oultre le
   nombre ordinayre qu'il fault  la garde et conduicte de ses
   navyres, qu'il desireroit bien,  ceste heure, attandant le
   temps, d'accompaigner avec ung bon quipage de mer le dict Sr de
   La Garde et suyvre et obyr  l'admiral de la flote, soubz les
   enseignes de France, en luy faisant part des gains de la mer
   comme  ung des aultres qui le suyvront; me priant fort
   instamment d'en vouloyr escripre au Roy, et luy en faire avoir
   promptement la responce.

   Encor que, d'ung cost, la Royne d'Angleterre monstre d'estre
   fort offance contre le duc d'Alve, elle ne laysse pourtant
   d'entendre, d'aultre part, aulx partis et expdians qu'il luy
   faict offrir pour accommoder les diffrendz des deniers, aprs
   celluy des marchandises; et, de faict, le Sr Acerbo Velutelly,
   en lieu du Sr Fiesque, lequel n'est plus agrable icy, en mne
   maintenant la praticque, et y a desj procd par plusieurs jours
   avec le comte de Lestre et milord de Burgley, au nom seulement
   des particulliers; mais je say que ce n'est sans en avoir charge
   et lettre expresse du dict duc d'Alve; et croy qu'on n'est, 
   prsent, guyres loing d'accord; mais j'estime que c'est en
   layssant encores, pour quelque temps, les dicts deniers ez meins
   de ceste princesse, avec assurance du payement du principal, et
   encores de quelques petitz intrestz, au cas qu'elle les retienne
   plus longtemps qu'il ne sera convenu; ce que je mettray peyne
   d'entendre plus en particullier. Et cepandant, quant aus dictes
   marchandises, l'on procde toutjour de les vendre, ainsy que
   porte la proclamation, et a l'on pens d'uzer encores de plus
   grande rigueur vers les subjectz du Roy d'Espaigne, si ceste
   vente ne suffit pour rembourcer les Angloys.

   Le marquis de Vuinchester, grand trzorier d'Angleterre, est
   dcd despuys six jours, et le comte de Sussex et milord de
   Burgley sont,  ceste heure, les deux compditeurs qui aspirent 
   l'estat.

   Discourra  Leurs Majestez ce qui a succd des affres du duc de
   Norfolc; la clmence dont la Royne d'Angleterre a uz, par deux
   foys, sur le mandement de son excution; les diffrendz qui se
   sont sussits en cour entre les principaulx seigneurs et entre
   les dames  cause de cella; comme l'on a appost des prescheurs
   pour inciter la Royne et le conseil contre luy; et en quoy en
   sont  prsent les choses.

   De trois petites particullarits, du dict duc, de Morguen et de
   Maden.




CCXLIIe DPESCHE

--du XXVe jour de mars 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voie du Sr Acerbo._)

  Maladie subite et rtablissement de la reine d'Angleterre.


     AU ROY.

Sire, sur l'heure que j'ay receu vostre dpesche du IIIIe, VIIIe et Xe
de ce moys, par Nicolas le chevaulcheur, la mienne, que j'ay envoye
 Vostre Majest par mon secrettre, estoit desj si acheve, et luy
si prest de partir, que j'ay estim ne debvoir retarder l'une pour
l'arrive de l'aultre, esprant que, le jour ensuyvant, j'aurois
audience, et que bientost je vous pourrois encores renvoyer le dict
Nicollas; mais, la nuict d'aprs, il a prins ung si grand mal et une
si grande torcion d'estomac  la Royne d'Angleterre,  cause, comme on
dict, qu'elle avoit mang du poisson, qu'il m'a fallu avoir pacience,
et a est la douleur si griefve et si vhmente que toute ceste cour
s'en est trouv en grand estonnement; et le dict comte de Lestre et
milord de Burgley ont veill, troys nuictz entires, prs de son lict,
mais,  ceste heure, ilz me viennent de mander que, grces  Dieu, le
mal luy est beaucoup dimynu, et qu'ilz esprent que, dans peu de
jours, elle se portera mieulx, et qu'ilz me manderont quand je pourray
parler  elle. Cella sera cause, Sire, que je n'auray le moyen, si
tost que le desiriez, de vous mander la responce des poinctz qui sont
contenuz en vostre et dernire dpesche. Nantmoins je incisteray de
l'avoir, et qu'il ne m'y soit uz de remise, lorsque je verray que,
honnestement et avec rayson, j'en pourray presser la dicte Dame. Et
sur ce, etc.

     Ce XXVe jour de mars 1572.


   Encores tout maintenant, un des clercs de ce conseil me vient de
   dire, de la part de milord de Burgley, que la Royne, sa
   Mestresse, desire que je la voye demein; mais que ce soit sans
   toucher aulcune ngociation d'affres.




CCXLIIIe DPESCHE

--du XXXe jour de mars 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Franoys Biscop._)

  Dtails donns par lisabeth  l'ambassadeur sur sa
    maladie.--Discussion du trait d'alliance entre l'ambassadeur
    et une commission prise dans le conseil.--Projet du duc d'Albe
    d'envoyer des troupes en cosse--Ngociation des Anglais avec
    les Espagnols.


     AU ROY.

Sire, aussytost que la Royne d'Angleterre, avec le cong de ses
mdecins, a peu sortir jusques en sa chambre prive, elle m'a permis,
premier qu' nulz seigneurs ny dames de sa court, sinon  ceulx qui la
servoient en son mesmes lict, de la pouvoir voyr; et m'a compt la
douleur extrme, laquelle, l'espace de cinq jours, luy avoit si fort
serr l'allayne, et luy avoit tenu le cueur si press, qu'elle en
avoit bien pens mourir, et que desj aulcuns jugeoient qu'il en ft
autant faict; mais que Dieu ne l'avoit trouve en assez bon estat pour
la rputer digne d'aller encores  luy; et qu'elle croyoit que ceste
douleur ne luy estoit provenue d'avoyr mang du poisson, ainsy
qu'aulcuns disoient, car elle en mangeoit assez souvant, mais plustost
pour s'estre, despuis troys ou quatre ans, trouve si bien qu'elle
avoit mespris tout l'ordre, que ses mdecins avoient auparavant
accoustum d'uzer vers elle, de la purger et luy tirer ung peu de
sang, de temps en temps; nantmoins que ce mal, grces  Dieu, estoit
maintenant tout pass, et ne luy restoit plus qu'ung peu d'altration
et ung bien peu de chaleur; me remercyant infiniement du soing que
j'avois heu de sa sant, qui luy estoit une signiffication que Vostre
Majest luy vouloit beaucoup de bien et qu'elle vous pouvoit avoyr
toute confience.

Je luy ay rendu ung des plus grandz mercys que j'ay peu pour ceste
singullire faveur, qu'elle m'avoit faicte de la pouvoir si tost voyr,
aprs sa maladye; et l'ay assure, Sire, que vous prendris pour ung
trs vident signe de sa bonne et inthime amity vers vous, qu'elle
m'eust donn ce priv moyen de pouvoir, par certaine science et de
veue, vous tesmoigner sa parfaicte guarison. Et, aprs l'avoir ung peu
entretenue l dessus, et luy avoir faict, de vostre part, la
conjouyssance de la groysse de la Royne, de quoy elle s'est
merveilleusement resjouye, et en a rendu de bon cueur grces  Dieu,
elle m'a faict quelques excuses du retardement de la confrance que
nous avions  faire ensemble sur les choses du traict, mais, parce
qu'elle n'estoit encores assez forte pour travailler en ngociation
d'affres, elle avoit appoinct cinq de son conseil pour s'en
assembler avecques moy.

Dont, tout sur l'heure, Sire, au partyr d'elle, je suys entr en
communicquation avec eulx sur les deux poinctz que m'avez mand:
premirement, du mot de _religion_, que, parce qu'il ne pouvoit estre
exprim dans l'article de la ligue, Vostre Majest mettoit en avant
d'y estre satisfaict par lettres particullires, escriptes et signes
de voz meins; secondement; du faict de la Royne et royaulme d'Escoce,
que, ne pouvant estre obmis, avec vostre dignit, qu'il n'en ft
faicte mencion dans le traict, vous desiris y en estre insr ung
article, en la forme que je le leur exibois par escript.

Eulx, de leur part, Sire, ont desduict troys aultres poinctz, dont
l'ung est touchant ce que messieurs voz depputs avoient retranch le
trente quatriesme article dans leur minute du traict, et ilz desirent
qu'il y demeure; le segond que, excdant Vostre Majest de force et de
moyens la Royne, leur Mestresse, il estoit raysonnable que vous
l'excdissis aussy  luy offrir ung secours, qui ft plus grand que
celluy que vous requris d'elle; et le troysiesme, qu'il vous plet
faire mologuer par voz parlemens les choses qui seroient accordes
pour le commerce.

Mais, aprs que je leur ay heu admen, sur les deux premiers poinctz,
toutes les bonnes et vifves raysons qui sont contenues dans voz
lettres, et respondu gracieusement  leurs aultres troys ce que j'ay
estim estre bien  propos, toute la difficult est reste sur le
faict d'Escoce; lequel leur vient toutjour fort  contre cueur: et
mesmes qu'ilz ont assur que, sellon les rapportz que, despuys bien
peu de jours, ilz avoient receu d'Escoce, et aultres, le jour
prcdant, du cost de Flandres, il estoit tout certein que milord de
Sethon et deux aultres Escouoys, au nom et comme ambassadeurs de leur
Mestresse, avoient capitul avec le duc d'Alve de la descente des
Hespaignols et Bourgignons en Escoce, et de leur livrer deux fortz et
places qu'ilz fortiffieroient pour leur retraicte, ensemble de leur
fournir vivres et chevaulx de charroy, et bagaige, quand ilz
marcheroient, et de faire tout ce qu'ilz pourroient pour mettre le
Prince entre les mains du dict duc; ce qu'ilz vous feroient aparoir
encores plus clrement par leur ambassadeur.

Ce nonobstant, Sire, j'ay incist, par la mesme occasion qu'ilz
disoient, estre expdiant qu'ung article bien exprs en ft mis dans
le traict, et que le voyage de Mr Du Croc, avec ung de leurs
depputs, en ft d'aultant acclr. Sur quoy ilz ont prins terme
d'en confrer avec leur Mestresse, et que, puis aprs, ilz m'y
respondroient; et croy, Sire, que je ne pourray pas beaucoup obtenir
pour ce regard, tant y a que je y incisteray bien fort. Mais cepandant
milord de Burgley, sans lequel toutes choses demeurent accroches, est
tomb si malade de la goute qu'il n'est possible qu'il puisse vacquer
 rien; dont, affin que Vostre Majest n'en soyt en peyne, j'ay
anticip ceste dpesche, et j'espre que, dans ung jour ou deux, je
vous en envoyeray une plus complte par le chevaulcheur.

Cependant il se prpare icy plus grand nombre de navires qu'on n'avoit
ordonn du commencement, et quelque nombre de gens de guerre; et se
continue la praticque de l'accord touchant les deniers d'Espaigne, et
encores touchant la vente des laynes, avec les depputs, que je vous
ay cy devant mand, lesquelz ne s'en meslent sans expresse commission
du dict duc d'Alve. Et ont encores aulcuns de ce conseil, despuys six
jours, faict venir ung Hespagnol devers eulx, lequel leur estoit
auparavant trs odieux, et ilz luy ont maintenant, coup sur coup,
baill deux passeportz pour envoyer homme exprs devers le duc d'Alve.
Je prendray garde que c'est. Et sur ce, etc. Ce XXXe jour de mars
1572.




CCXLIVe DPESCHE

--du IIIe jour d'apvril 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Nicolas le chevaulcheur._)

  Confrence sur la ngociation du trait.--Discussion des articles
    concernant la religion, l'alliance d'cosse, le subside et le
    commerce.--Incertitude sur la dsignation de l'ambassadeur qui
    doit tre choisi pour la ratification de l'alliance.--Armemens
    faits en Angleterre afin d'empcher les Espagnols de dbarquer
    en cosse.--Crainte que ces armemens ne soient eux-mmes
    dirigs contre l'cosse.--Espoir que Leicester sera dsign
    pour passer en France.--Persistance d'lisabeth dans l'alliance
    avec le roi.


     AU ROY.

Sire, en la segonde et troysiesme confrance, que j'ay heues, avec les
Seigneurs de ce conseil, sur les poinctz du traict, les choses ont
est, de rechef, fort dbatues; et, encor que ce ayt est, du
commencement, avecques doulceur, il y est, peu  peu, intervenu de la
vhmence, et puis de la contention, car les partisans contraires
n'ont sceu colorer de si bonne aparance de rayson leurs opositions,
qu'ilz n'ayent monstr qu'ilz les faysoient en intention de tout
rompre; et je n'ay voulu laysser aller ung seul de tous les poinctz de
vostre rputation aux simuls argumentz qu'ilz ont allgu de la
seuret de leur Mestresse, si bien qu'ilz ont est constreinctz de
retourner enfin  quelque modration.

Dont voycy, Sire, en quoy ce conseil persiste maintenant: que,
touchant le premier des deux poinctz que m'avez mands, si Vostre
Majest demeure ferme de ne vouloir que celluy de la religion soit
aulcunement insr dans le traict, il vous playse trouver bon d'en
faire expdier ung acte,  part, par lettres de vostre grand sceau,
aux propres termes de l'escript que leur en avez desj faict
communicquer, et que la Royne, leur Mestresse, fera le semblable,
atandu que, toutes les foys qu'il a est question de l'interprtation
d'ung traict, l'on en a toutjour faict ung segond, aussy solennel que
le premier, et y a l'on apos les grandz sceaulx des princes; et si,
en ceste cy, qui leur est trs importante, ilz ne pouvoient avoyr ung
nouveau traict, qu' tout le moins ilz ayent vostre sceau, et vous
celluy de ce royaulme, affin que toutes les solennits n'y
deffaillent, non pour en uzer sinon privement entre Voz Majestez, ce
qu'ilz estiment que se pourra faire aussy secrettement que par lettres
de voz meins, atandu que Mr le prsidant de Birague, duquel ilz ont
heu fort bonne relacion par leurz ambassadeurs, et qui est ung de voz
depputs, en pourra luy mesmes fayre la dpesche.

Quand au segond poinct, il ne se peut faire que la Royne, leur
Mestresse, par aulcunes raysons puisse estre persuade, ny eux le luy
vueillent conseiller, que la Royne d'Escoce soit insre en ung mesme
traict avec elle, ny qu'elle soit, en faon du monde, nomme en
cestuy cy; et encores, touchant la couronne et estat du pays, ilz
desireroient qu'on se dportt d'en parler, toutesfois si Vostre
Majest ne veult que cella passe soubz silence, que aulmoins le
premier des articles, que je leur ay baills pour remplir le blanc,
soit rejett, et que le segond, le troysiesme et quatriesme y soient
insrs, seulement pour vous complayre, en la manire que milord de
Burgley les a rforms, ou aultrement leur rsolution est qu'ilz
demeurent du tout osts; que d'aultant que le XXXIIIIe article est
gnral, et concerne aultant voz allis que ceulx de leur Mestresse,
et peut oster beaucoup de souspeon aulx aultres princes, ilz
heussent desir qu'il ft demeur insr dans le traict; et mesmes
ont artificieusement propos que, puisque vous aviez tant  cueur d'y
mencionner l'Escoce et les Escouoys, qu'il estoit rayson qu'ilz y
mencionassent le Roy d'Espaigne et ses pays.

A quoy je leur ay respondu qu'il y avoit trs grand raison, et pour
nous et pour eulx, de nommer l'Escoce en particullier, et laysser les
aultres en gnral; toutesfoys je ne voyois pas qu'il y het grand
inconvniant que chacun pet nommer ses allis, dont Vostre Majest
nommeroit le Pape, l'Empereur, le mesme Roy d'Espaigne, les Suisses et
aultres, s'ilz le trouvoient bon, et qu'ilz nommassent ceulx qu'ilz
voudroient; qui a est cause qu'ilz ont remis cella  l'arbitre de
Vostre Majest, quand ilz ont ouy nommer le Pape.

Au regard de ce qu'ilz m'avoient dict, que Vostre Majest debvoit
offrir plus grand secours  leur Mestresse que celluy qu'avez 
esprer d'elle, ilz n'y ont incist; mais ouy bien  la forme du
payement du dict secours, qu'ilz desirent que chacun des deux princes
le face sellon le rolle et payes de ses propres gens de guerre, de
faon que Vostre Majest payeroit les Angloys ainsy que franoys, et
leur Mestresse les Franois ainsi que angloys; ce que je leur ay
remonstr estre impertinant. Et enfin se sont accords que leurs
ambassadeurs le proposeront  Vostre Majest, mais se contenteront que
cella soyt rduit  proportion si esgalle, qu'il n'y ayt plus
davantaige pour l'ung que pour l'autre.

Touchant l'mologation, qu'ilz demandent en voz parlemens, des
articles du commerce, je leur ay dict que j'estime que Vostre Majest
ne le refuzera, et ay baill une coppie du pouvoir que m'avez envoy,
concernant le dict commerce,  milord de Burgley qui me l'a demand;
et j'entendz qu'il en envoye ung semblable au Sr de Vualsingam, et m'a
dict qu'incontinant aprs Pasques nous pourrons procder au faict de
ceste commission.

Quant  procurer que le comte de Lestre, ou,  son deffault, milord de
Burgley passent en France, je n'ay obmis une seule de toutes les
considrations qui se peuvent allguer sur l'utilit de ce voyage, que
je ne l'aye desduite  ceste princesse, laquelle a est fort prs de
me le concder, de l'ung ou de l'aultre, non sans vous rendre, Sire,
ung singulier grand mercys pour ceste vostre lection, qui luy fait
prendre une trs grande confiance des choses qu'avez  traiter
ensemble; et enfin nantmoins, m'a pry de vous escripre que,  cause
des temps suspectz, et de ce que, prsentement, ces deux siens
conseillers sont trs ncessayres en ung parlement qu'elle veut tenir
aprs ces festes, et aussy pour ung progrs qu'elle est contreinte
d'entreprandre vers le North, incontinant aprs la Pantecouste, et que
le dict sieur comte admneroit avecques luy cinq ou six centz des plus
confidantz gentilshommes d'auprs d'elle, elle vous supplye, Sire,
trouver bon qu'elle vous puisse envoyer ung aultre des siens, me
nommant son admiral, comme l'ung des plus dvotz et bien affectionns
seigneurs qui soyent en ce royaulme, vers Vostre Majest et vers la
France; et que nantmoins, si Vostre Majest ne demeuroit bien
satisfaicte que l'ung des aultres deux n'y allt, qu'elle retarderoit
ses propres affres pour l'y envoyer. Sur quoy, Sire, sachant combien
toutz deux envyent ceste commission, je fay tout ce que je puis
qu'elle soyt bientost rsolue, mais si, d'avanture, la difficult se
trouve si grande, comme  la vrit je l'y voy, qu'il ne se puisse
faire, il se faudra contanter du dict sieur admiral, lequel, aprs les
deux, est bien le plus  propos que nul aultre qu'on scet choysir en
ceste cour.

Cepandant, Sire, pour les souspeons que ceulx cy prennent de la venue
du duc de Medina Celi, ilz arment beaucoup de navires, et lvent des
gens de guerre, et disent asss ouvertement que c'est pour envoyer
vers l'Escoce, affin de garder qu'il n'y descende d'Hespagnols; dont
Vostre Majest me commandera comment je debvray uzer en cella, ne
pouvant convenir  vostre rputation ny qu'ilz y aillent, car ilz
s'esforceront incontinent d'opprimer ceulx de Lillebourg, ny de voyr
que eulx et les Hespaignols se dbatent, sans vous, de l'entreprinse
de ce pays l, qui est tout entirement de vostre alliance. Sur ce,
etc.

     Ce IIIe jour d'apvril 1572.


   Tout maintenant, l'on me vient de mander, de ceste cour, que
   certein propos que je tins, hier,  ceste princesse, a heu tant
   d'efficace qu'elle dellibre maintenant d'envoyer le comte de
   Lestre en France,  quoy je mettray peyne de la conforter; et Voz
   Majestez pourront aussy beaucoup ayder de dell avec ses
   ambassadeurs, si leur monstrs que ne demeureriez assez bien
   satisfaictes, si le dict comte ou milord de Burgley n'y
   passoient. Je n'ay est, despuys que je suis en Angleterre, si
   grandement travers d'inventions caultes et malicieuses, sur les
   affaires de vostre service, comme, ceste foys, sur la conclusion
   de ce traict; mais, grces  Dieu, la Royne d'Angleterre vous
   demeure plus confirme d'amyti et de confdration que jamais,
   et, le traict conclud, Dieu, par sa grce, acheminera, s'il lui
   playst, le reste.




CCXLVe DPESCHE

--du VIIe jour d'apvril 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Affaires d'cosse.--Bruit d'une nouvelle convocation du parlement
    qui aurait pour objet de dclarer Marie Stuart dchue de tout
    droit  la succession du trne d'Angleterre.--Ngociation des
    Pays-Bas.--Ncessit de faire de nouvelles instances en France
    pour obtenir la restitution de l'argent saisi, dj rclam par
    l'ambassadeur.


     AU ROY.

Sire, estant le courrier de Vostre Majest et ung aultre de la Royne
d'Angleterre partys d'icy, le jeudy sainct, avec l'entire responce
des poinctz qui concernent la conclusion du traict; le jour
ensuyvant, est venu advertissement  la dicte Dame comme milord de
Flemy continue de faire son apprest en Bretaigne, pour passer, du
premier jour, avec de l'argent, des monitions et des gens de guerre,
en Escoce; de quoy elle et ceulx de son conseil se sont assez esmeus.
Et ont les dicts du conseil envoy incontinent ung des clercs de leur
compagnie devers moy, pour me prier de faire une prompte dpesche l
dessus  Vostre Majest, affin que cella ne puisse retarder le
traict; et m'ont faict bailler l'extrt du dict advis, lequel, parce
qu'il dsigne les lieux et les jours, et encores d'aultres
particullarits, il monstre avoyr du vraysemblable. Nantmoins je leur
ay respondu qu'il fault adjouxter plus de foy  vostre parolle que 
leur advis, et qu'en tout vnement, s'il se trouve qu'il y ayt des
franoys ou des angloys en Escoce, le traict rglera Voz Majestez de
les debvoir mutuellement retirer dedans quarante jours. Ilz ont cecy
fort  cueur, et disent que ceulx de Lislebourg, pour la venue de
milord de Sethon, du cost de Flandres, et sur l'attante de milord de
Flemy, de France, sont devenus si insolans qu'ilz rejettent,  ceste
heure, toutes les condicions de paix et de trefves, qu'ilz trouvoient
auparavant trs bonnes; de quoy ilz infrent de plus grandes
consquences et de plus grandz dangers, que ne sont pas les troubles
des Escouoys. Et c'est  moy matire propre pour les arguer du
retardement de Mr Du Croc, et que, s'ilz le layssoient aller, avec
l'adjoinct qu'ilz luy bailleroient d'icy, que les deux remdieroient
par ensemble fort facillement  toutz ces inconvnientz; mais ilz sont
rsolus d'atandre ce que leurs ambassadeurs leur manderont, et que
Vostre Majest leur en aura respondu; avec lesquelz je desire bien,
Sire, qu'ays prins une vertueuse rsolution de faire continuer au
dict Sr Du Croc son dict voyage: car se voyt, de plus en plus, qu'il
est trs ncessayre  l'Escoce; et ceulx cy n'ont nulle occasion de ne
le vouloir, ny nulle bonne rayson de le contredire. Pareillement, si
Vostre Majest condescend de gratiffier ceste princesse, sur le
passage de milord de Flemy,  le retarder quelque temps, ou bien  ne
le laysser passer guires accompaign, que par mesme moyen soit prins
seuret d'elle qu'il ne sera, en faon du monde, rien atempt, de sa
part, au dict pays d'Escoce, sans vostre exprs consentement.

Elle et ceulx de son conseil monstrent de persvrer en trs bonne
disposition vers Vostre Majest et vers vostre royaulme, et semble que
le comte de Lestre passera dell, si continus, Sire, de monstrer que
vous le dsirs; dont sera bon que, de rechef, il soit donn entendre
assez expressment  leurs ambassadeurs que ce vous sera chose trs
agrable qu'il face le voyage. J'ay devis avec milord de Burgley
que, si le dict comte n'y pouvoit aller, qu'il falloit que ce ft luy
et son beau filz, le comte de Oxford, lequel,  prsent, est le
premier comte et grand chamberland d'Angleterre, qui heussent ceste
commission; ce qu'il n'a nullement rejett. Tant y a que, quand la
rsolution sera prinse, de l'ung ou de l'aultre, ou bien d'un tiers,
je mettray peyne de savoir comme ilz se voudront conduyre en allant
dell, affin que messieurs voz depputs preignent mieulx leur advis
comme venir icy.

Il se parle fort que ceste princesse, incontinent aprs Pasques, fera
publier ung parlement, o je creins que c'est pour dbouter
perptuellement la Royne d'Escoce de la succession de ceste couronne,
chose qui, semble, conviendroit bien  Vostre Majest que ne se ft
jamais, et au moins que ne se ft pas si prs, comme l'on est, de la
conclusion du traict: car, possible, vouldra l'on penser que ce soyt
du mesmes march; ou bien que le dict parlement est convoqu pour
authoriser davantaige la condempnation et confiscation du duc de
Norfolc. J'espre que bientost s'en entendra l'occasion.

Les choses de Flandres se mnent assez lentement; nantmoins elles se
poursuyvent en une faon que, peu  peu, il s'en accomode toutjour
quelque poinct; dont je pense que, sur le faict des deniers, et sur
celluy des laynes, qui sont les deux plus importantz, les
particulliers, qui y sont intresss, en seront aucunement
satisfaictz. L'apprest des grandz navires de ceste princesse se
continue, ensemble la description des gens de guerre et des marinyers,
vray est qu'on y va encores  petitz frays, attandant les procheynes
nouvelles qui viendront et d'Escoce et de dell la mer. Ceulx cy font
semblant de n'avoir entendu, ou de ne se souvenir des instances, que
Vostre Majest leur a faictes faire pour les deux mil escus qui
alloient en Escoce; il vous plerra le leur faire renouveller. Et sur
ce, etc.

     Ce VIIe jour d'apvril 1572.


   L'on me vient de dire que milord de Burgley ayant, vendredy
   dernier, prins une mdecine, il se trouve extrmement mal, ce qui
   retardera, et, possible, changera beaucoup l'ordre de noz
   affayres.




CCXLVIe DPESCHE

--du XIIIIe jour d'apvril 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Affaires d'cosse.--Convocation d'un nouveau
    parlement.--Conjectures diverses sur les objets qui y seront
    traits.--Bruit d'un arrt gnral fait en Espagne sur les
    Anglais et leurs marchandises.--Nouvel ordre donn pour
    l'excution du duc de Norfolk et nouvelle rvocation de cet
    ordre.--Prise faite sur les Espagnols par la flotte du prince
    d'Orange.


     AU ROY,

Sire, estant l'homme de Me Smith arriv mcredy au soyr, il est venu,
le jeudy matin, m'aporter la dpesche que Vostre Majest a escripte 
Mr Du Croc et  moy, du dernier du moys pass; sur laquelle nous
n'avons pas volu, le mesmes jour, ny jusques au lendemain, demander
audience,  cause que ceste princesse partoit de OExmestre pour s'en
aller tenir  Grenvich tout le reste de ce moys, mais j'espre que
nous la verrons demain et que nous obtiendrons d'elle, sur la nouvelle
instruction qu'avez envoye au dict Sr Du Croc, laquelle ne peut que
beaucoup contanter la dicte Dame, qu'il puisse passer en Escoce; ne
voulant toutesfoys obmettre de vous dire, Sire, que, pendant qu'elle
l'a dtenu icy, elle a essay, plus instamment que jamais, s'il
seroit possible que les Escouoys voulussent entendre  ung accord,
venant de son moyen, sans que le vostre y ft employ, ny que le dict
Sr Du Croc s'en meslt. Mais, sellon les derniers advis que j'ay de
dell, ilz n'y ont voulu condescendre, bien qu'ilz parlementent; et
continuent toutjour la guerre: et ceulx de Lislebourg, lesquelz sont
ung peu renforcs depuis ung moys en a, sont alls brusler quelques
greins et monitions en la mayson du comte de Morthon. Tant y a que la
dicte Dame s'attand, dans deux ou troys jours, d'avoyr toute certitude
de leur intention, et je mettray peyne d'en entendre quelque chose.

Le parlement dont, en mes prcdentes, je vous ay faict mencion, est
assign au VIIIe de may prochain, et tient on si secretz les poinctz
qu'on y veult proposer, qu' peyne en oze l'on parler; tant y a que
quelques ungs par discours prsument que c'est, en premier lieu, pour
remonstrer la vyolence, dont a est uz en Hespaigne, le XIIe de
febvrier, d'y avoyr arrest et mis en prison les angloys qui s'y sont
trouvs, et avoyr saysy leurs navyres et marchandises, avec
prohibition de tout commerce dorsenavant avec l'Angleterre, ce que le
Sr de Sueneguen, qui est icy, n'advoue estre vray; segondement pour
pourvoir aux choses d'Irlande, de tant que le debitis, qui est par
dell, demande bon nombre de gens de guerre et de monitions, pour y
maintenir l'authorit de ceste couronne contre les saulvaiges et
contre les estrangers; tiercement, pour adjuger les biens des rebelles
 leur souverayne, principallement ceulx du duc de Norfolc, et
rtracter,  cest effect, une loy de ce royaulme, laquelle semble
empescher qu'on ne puisse procder  la confisquation d'iceulx,
d'aultant qu'il se trouve que luy et la pluspart des fuytifz se sont
dmis de leurs biens  leurs enfans ou  leurs plus procheins parans,
et les en ont saysis, premier qu'on ne les aye prvenus; ou bien
estime l'on que ceste convocation est pour authoriser le traict qui
se faict avec Vostre Majest, affin de pouvoir mieulx transfrer en
vostre couronne les intelligences et les entrecours, capitulations et
commerces, que ce royaulme souloit avoyr avec celle d'Espagne, et y
comprendre les choses d'Escoce; mais, le plus commun prsume que c'est
pour ordonner du faict de la succession de ceste couronne, parce
qu'ayant aparu plusieurs mouvementz en ceste court, et en tout ce
pays, quand la Royne d'Angleterre a est dernirement malade, et que
sa mort y het sans doubte apport une trs grande confusion de toutes
choses, l'on luy a persuad de ne debvoir plus laysser cest article en
l'incertitude qu'il est. Dont s'estime qu'elle s'esforcera d'obtenir
qu'il luy soyt loysible d'eslire son successeur, et que celluy soyt le
vray Roy, lequel elle nommera par son testament, ou bien de faire
desj dclarer segonde personne le Prince d'Escoce, qui est si jeune
que, de longtemps, ne luy pourra faire aulcune comptence, ou bien le
jeune comte de Lenoz, frre du feu Roy d'Escoce; ou bien les enfans de
Herfort, ou bien le comte de Houtinthon: mais en quelle sorte que ce
soit, toutjour la Royne d'Escoce y sera intresse; et semble que son
intrest et celluy de son royaulme y seront de tant plus grandz, que
plus l'on monstrera de vouloir appeller le Prince, son filz,  ceste
succession. Et ne deffaillent qui disent aussy que, de tant que le
comte de Lestre a uz de tous les honnestes et honnorables debvoirs
d'un bon et loyal et trs fidelle subject, conseiller et serviteur
vers la dicte Dame, en la dernire maladye qu'elle a heue, qui l'a
confirme de mettre plus de confiance en luy qu'en nul aultre de ce
royaulme, qu'il se trectera de son mariage avecques elle, puisque la
religion a empesch celui de Monsieur.

Qui sont les devis d'aulcuns de ceste court, et mesmes de ceulx qui
pensent bien entendre les affayres; tant y a que, jour par jour, il se
pourra avoyr plus de lumire de ces choses, lesquelles donnent tant
plus  penser aux gens que, jeudy au soyr, la dicte Dame fut conduycte
 expdier ung nouveau mandement pour faire excuter, le vendredy
matin, le duc de Norfolc, mais luy estant, la nuict, revenu le mesmes
regret qu'elle a toutjour heu  sa mort, elle en a, pour la quatriesme
foys, rvoqu le mandement. Et se cognoit assez que les ennemys du
dict duc ne pourront jamais obtenir ce dernyer poinct d'elle, sans
qu'elle en sente une grande violence dans son cueur.

Mr de Sueneguen fut hyer traicter avec la dicte Dame sur des lettres
du Roy d'Espaigne, et sur une dpesche du duc d'Alve. Je n'ay encores
aprins que c'est. La flote de Flandres, qui revenoit d'Espaigne, est
pass, le XXVIIIe de mars, dans l'estroict de Callays, et les
vaysseaulx du prince d'Orange ont donn sur la queue; qui ont prins
deux ourques bien riches, dont l'une s'estime valloir plus de soixante
mille escus, et ont jett la pluspart de ceulx, qui estoient dedans,
hors bort, dans l'eau. Le comte de Lumey,  ce qu'on dict, a est
receu en ung lieu de quelque petite isle, prs d'Ollande, qui se nomme
Brille, o les habitans n'ont voulu aquiescer au dixiesme, mais l'on
pense que le duc d'Alve l'en chassera bientost. Milord de Burgley a
est  l'extrmit, et ne cuydoit on, le jour de Pasques, qu'il deust
rchaper, mais,  prsent, il commance  se ravoir; tant y a que son
indisposition retarde toutjour les affres. Sur ce, etc.

     Ce XIVe jour d'apvril 1572.




CCXLVIIe DPESCHE

--du XXIe jour d'apvril 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience donne par lisabeth, en son conseil,  l'ambassadeur et
     Mr Du Croc.--Discussion des affaires d'cosse.--Refus du
    conseil d'admettre un article des nouvelles instructions
    donnes par le roi.--Rupture de la ngociation; demande faite
    par Mr Du Croc de son passeport pour retourner en
    France.--Nouvelles assurances d'amiti donnes par
    lisabeth.--Dsignation de Mr de Montmorenci en France, et de
    l'amiral Clinton en Angleterre, pour changer les ratifications
    du trait d'alliance.--Dclaration du conseil que la reine
    consent  admettre les explications proposes sur l'article en
    contestation, qui a entran la rupture de la ngociation de Mr
    Du Croc.


     AU ROY.

Sire, en sa mesmes prsence, la Royne d'Angleterre a voulu que son
conseil se soit assembl avecques Mr Du Croc et avecques moy, pour
traicter, devant elle, de la continuation du voyage du Sr Du Croc en
Escoce, et, aprs que je luy ay heu dict l'intention de Vostre Majest
l dessus, sellon le contenu de voz dernires lettres, sans en rien
obmettre, et que Mr Du Croc luy a exib le propre original de la
segonde instruction que luy avez envoye, elle a prins le propos, et
l'a continu assez longtemps en termes bien honnorables, qui
monstroient de vous vouloir beaucoup contanter; puys s'est prinse 
lyre, tout hault, la dicte instruction, despuis le commancement
jusques  la fin, et l'interprter en angloys  ceulx des siens qui
n'entendoient bien le franoys, avec beaucoup de sa satisfaction de
tous les articles d'icelle, sinon du cinquiesme, lequel porte
d'exorter les Escouoys que, pendant qu'il plaist  Dieu que leur
Royne soit absente, ilz vueillent recognoistre son filz comme leur
Prince naturel, et plus prochain hrytier de leur royaulme; car a
sembl  la dicte Dame et  son dict conseil que cella, en parolles et
en substance, rpugnoit bien fort  leur intention et desir,
interprtans que c'estoit aultant comme dclarer la mre Royne et le
filz seulement Prince et segonde personne; lequel nantmoins se
trouvoit estre maintenant la premire, et estre roy jur et
entirement estably par les Estats; nous affermant la dicte Dame que,
par les dernyres nouvelles qu'elle avoit d'Escoce, ceulx de
Lillebourg luy avoient offert, et elle en avoit leurs lettres en ses
meins, de recognoistre  roy le dict Prince, et se soubsmettre  son
authorit et  celle de son rgent, en ce qu'il leur ft donn bonne
seuret de leurz biens, personnes, dignits et charges, et de lever
toutes les forfaicteures qui pourroient avoyr est dcrtes contre
eulx, despuis les troubles encommences; dont elle n'attandoit plus
qu'une responce de ceulx d'Esterling l dessus, pour achever
entirement leur accord; lequel viendroit, possible,  se retarder ou
s'interrompre du tout, si le dict Sr Du Croc leur apportoit une telle
exortation, comme Vostre Majest la leur mandoit.

Je luy ay rpliqu qu'il n'estoit,  prsent, question du tiltre de la
couronne d'Escoce, ny de l'adjuger  la mre ou au filz, car, aussy
bien, n'en estis vous les juges, mais seulement de unyr et mettre en
paix, les Escooys, et que Vostre Majest convenoit avec elle que
toutz se sousmissent a l'obyssance du filz, lequel vous appellis
_Prince_ et elle l'appelloit _Roy_; ce qui ne debvoit empescher
l'accord, ny tenir plus longtemps le voyage du dict Sr Du Croc en
suspens.

Elle s'est mise l dessus  deviser assez longuement avec les siens en
son langage, et puis, nous a dict que la responce de ceulx d'Esterling
ne pouvoit tarder que ung jour ou deux, pendant lesquelz elle feroit
mieulx considrer la teneur de la dicte instruction, laquelle elle
nous prioit de la luy laysser, et, aprs, elle rsouldroit le dict Sr
Du Croc de ce qu'elle auroit advis de son dict voyage.

Au bout des deux jours, la responce, qu'elle attandoit d'Escoce, luy
est arrive, sur laquelle ne s'estant la dicte Dame, ny ceulx de son
conseil, de rien modrs davantaige, ilz nous ont envoy, par le Sr de
Quillegrey, ung escript, lequel altre du tout l'article dont est
question. Dont, aprs que Mr Du Croc et moy y avons heu longuement
pens, il est all trouver iceulx du conseil pour leur remonstrer que
nous ne pouvions tant dispenser sur une instruction, qui estoit signe
de la mein de Vostre Majest, que de l'ozer changer en ses parolles,
ny en sa substance; et nanmoins que, pour satisfaire  leur
Mestresse, puisque tout le reste de la dicte instruction luy plaisoit,
sinon que ce seul article, qu'il mettroit icelluy, quand il seroit en
Escoce, du tout en suspens, sans en parler nullement, ou bien en
parleroit en faon qu'il ne contreviendroit, peu ny prou, 
l'intention de la dicte Dame, jusques  ce qu'il heult aultre
mandement de Vostre Majest; et de ce leur a est baill les
expdiantz par escript, avec offre de les leur signer de la mein de
nous deux. Mais, Sire, ilz sont demeurez en leur premier propos, sans
en vouloir rien rabatre, allguant les raysons que Mr Du Croc vous
escript, lesquelles ne monstrent sinon qu'ayantz gaign plusieurs
advantages en cest affre,  vous faire quicter l'honneste poursuyte
de la libert et restitution de la Royne d'Escoce, et faict retarder
vostre secours  ceulx qui vivent soubz vostre protection en ce pas
l, qui sont desj rduictz  toute extrmit, ilz ne se contantent
pas, si encores ilz ne vous font passer oultre  vous dclarer contre
elle et contre eulx, pour establir le party que dpend d'eux, affin
que la ruyne de l'ancienne alliance, que vous avez avec les Escouoys,
soit procure par vostre mesmes pourchas, avec l'intrest de vostre
rputation. Et ne cessent cependant de solliciter icy, par toutes les
persuasions, artiffices et menes, qu'ilz peulvent, la dicte Royne
d'Escoce, et pareillement les Escouoys de son party  Lillebourg,
ausquelles font encores de grandes promesses, qu'elle et eulx se
veuillent du tout commettre  la foy de la dicte Royne d'Angleterre.

Dont nous sommes gracieusement excuss que ne pouvions faire ce dont
ilz nous requroient par faulte de pouvoir; mais, puisque la premire,
ny la segonde instruction, que Vostre Majest avoit dpesches au dict
Sr Du Croc, par l'advis et consens de leurs ambassadeurs, ne leur
sembloient bonnes, qu'il estoit expdiant que luy mesmes vous allt
compter  quoy il tenoit, affin que, les difficults ostes, vous luy
en peussis bailler une troysiesme qui les contentt. Et avons faict
semblant de demander son cong et passeport, affin de les y faire
penser. Nantmoins, Sire, encores qu'ilz le luy octroient, je
trouveray moyen, qui sera honneste et de fondement, pour le retenir
icy jusques  ce qu'ayons aultres nouvelles de Vostre Majest.

Or, Sire, nonobstant ceste contention, la dicte Dame n'a layss de
traicter bien fort privement avecques moy d'aulcuns aultres gracieulx
propos, et m'a parl de la dicte que Vostre Majest avoit paracheve
jusques au vingt jours completz; de quoy elle estoit merveilleusement
bien ayse, car s'assuroit que, tout cest est, vous en auris la
disposition beaucoup meilleure; de laquelle elle estoit aussy
soigneuse que de la sienne propre. Sur quoy je n'ay obmis de luy dire,
Sire, que vous m'aviez aussy escript que j'avoys bien faict de vous
mander tout ensemble la gurison avec la maladye qu'elle avoit heue,
car aultrement je vous heusse layss en grand peyne; qui aviez lou
Dieu, de bon cueur, de quoy elle s'estoit si promptement relev de
l'extrme et douloureux mal qui luy avoit ainsy press le cueur; et
que Voz Majestez Trs Chrestiennes, et tous ceulx de vostre couronne,
vous en estis resjouys comme de vostre mesmes bon portement. De quoy
la dicte Dame a monstr recepvoir ung singullier plsir, et, avec ung
trs grand mercys, m'a respondu que vous tous aviez occasion de
desirer qu'elle vesqut, car juroit que n'aviez aulcun, de tous les
princes de votre allience, qui vous voult tant de bien, ny qui vous
aymt et honnort tant qu'elle faysoit; et que non tant pour vous voyr
roy de France, que parce que la France avoit un si vertueux roy, elle
se vouloyt confder avecques vous.

Je luy ay infinyement gratiffi ses parolles et dmonstrations, comme
trs honnestes et pleynes de grand vertu; et ay suyvy  luy dire que
j'estimois que le traict estoit desj tout conclud et sign, et que
bientost Vostre Majest s'approcheroit ez environs de Paris, en
intention d'y voyr de bon oielh et d'y bien recepvoir Mr le comte de
Lestre, ainsy comme vous faysis tenir prest Mr de Montmorency pour
passer par de. Elle m'a dit qu'elle feroit voyr  Mr de Montmorency
combien elle estimoit ung tel vostre ambassadeur, et en quel compte
elle auroit toute sa lgation, et qu'elle faysoit prparer monsieur
l'admiral Clynton pour passer en France, comme celluy par qui elle
vous pouvoit mieulx notiffier ses intentions, et comprendre, puis
aprs, mieulx les vostres,  son retour, que par nul des seigneurs de
sa court, n'ayant esprouv de nul aultre, despuis qu'elle estoit
Royne, plus de fidlit que de luy, et de madame l'amirale sa femme,
et qu'aussy il avoit est toutjour le moins imprial d'Angleterre; et
que, pour la correspondance de Mr de Montmorency, elle vous vouldroit
trs volontiers envoyer ung sien propre frre, si elle l'avoit, aussy
bien que le dict sieur admiral. Dont vous supplioit qu'en ce temps,
qui luy estoit plein de grandes souspeons, et encores plus plein de
trs grandz affres, Vostre Majest ne voult que le comte de Lestre
et milord de Burgley s'absantassent; et mesmes que, sans eulx, elle se
trouveroit bien empesche comme bien recepvoir Mr de Montmorency, de
tant que les principaulx seigneurs qui souloient estre en sa court,
estoient  prsent ou mortz, ou fuytifz, ou en prison, et que ces deux
seroient encores plus utilles, icy, en la ngociation d'entre elle et
Mr de Montmorency, que si l'ung ou l'aultre estoient alls par dell.
Sur ce, etc.

     Ce XXIe jour d'apvril 1572.


   Ainsy que je fermois ce pacquet, les seigneurs de ce conseil,
   ayant veu que nous demandions le cong de Mr Du Croc, m'ont
   envoy dire, par Mr de Quillegreu, qu'ilz avoient faict entendre
    leur Mestresse toutes noz offres; et que d'icelle dernire, que
   leur avions mande de parolle, si nous la voulions ung peu mieulx
   exprimer par escript, et la signer de noz meins, elle s'en
   contenteroit, et bailleroit promptement son adjoint au dict Sr Du
   Croc pour aller, tous deux ensemble, en Escoce. Sur quoy, Sire,
   nous yrons demein traicter avec la dicte Dame, ou avec ceulx de
   son conseil, et ferons tout ce qu'il nous sera possible pour
   advancer le voyage du dict Sr Du Croc, qui, de plus en plus, se
   monstre estre bien fort ncessaire, et, si nous nous pouvons
   accorder, il passera oultre; mais ne retarders pour cella, Sire,
   s'il vous plaist, de nous mander promptement vostre intention et
   volont.




CCXLVIIIe DPESCHE

--du XXVIIe jour d'apvril 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Affaires d'cosse.--Discussion dans le conseil de la clause
    conteste.--Consentement d'lisabeth au voyage de Mr Du Croc en
    cosse.--Ordre de la Jarretire donn  Mr de
    Montmorenci.--Confiance que montrent les Anglais dans
    l'alliance de France.--Ngociation des Pays-Bas.--Nouvelles de
    Flandre.--_Lettre secrte  la reine-mre._ Ngociation du
    mariage du duc d'Alenon.


     AU ROY.

Sire, affin que, sur l'empeschement que la Royne d'Angleterre faisoit
au voyage de Mr Du Croc, elle ne se trouvt conveincue de maulvayse
foy par les honnestes offres que nous luy faysions, ceulx de son
conseil ont faict venir le Sr de Quillegreu devers nous pour mieulx
comprendre quelles estoient noz offres; auquel nous les avons, de
rechef, rcites, telles que, par ma dernire dpesche, je les ay
mandes  Vostre Majest. Et il leur a raport la dernyre des quatre,
et mesmes la leur a baill par escript, en anglois, ung peu en aultre
sens que nous ne la luy avions dicte, mais en si bonne sorte,
nantmoins, que, joinct les aultres dilligences que nous avons mises
d'ailleurs en cest endroict, les dicts du conseil ont desir que nous
la leur envoyssions par ung aultre escript, en franoys, aux propres
termes que nous l'entendions; et que, puis aprs, Mr Du Croc et moy
en pourrions venir traicter avec eulx, quand il nous playroit. Dont
nous sommes assembls, sept de leur conseil et nous deux, jeudy
dernier,  Grenvich o ilz nous ont, de rechef, sommairement remonstr
les difficults qu'ilz trouvoient en l'instruction que Vostre Majest
nous avoit envoye; et que, nantmoins, nous y satisfaysions beaucoup
par la premire et dernire de nos dictes offres, et que, si nous
pouvions encores leur lever ung scrupulle qui leur restoit sur la
dernyre des dictes offres, ilz estimoient que leur Mestresse s'en
pourroit contanter: c'est, Sire, que, l o nous promettions que Mr Du
Croc n'yroit ny dyroit rien au contrayre de leur escript, attandant
aultre commandement de Vostre Majest, ilz nous prioyent leur dclarer
si nous prtandions que vous luy deussiez mander, ou bien luy heussiez
desj donn en mandement,  part, quelque chose qui ft contre ce
qu'ilz nous avoient signiffi de leur intention; car, en ce cas, ilz
rputeroient son voyage estre du tout inutille.

Nous leur avons respondu que le dict Sr Du Croc n'avoit charge ny
instruction quelconque, que celle qui leur avoit est monstre, de
laquelle nous ne pensions qu'il nous peust estre loysible d'y rien
innover, ou d'en rien obmettre de nous mesmes, sinon attandant aultre
commandement de Vostre Majest; et que nous ne pouvions limyter, ny
encores savoir que ce seroit: seulement les priyons de rserver
entirement cella  vostre disposition, car se pouvoient souvenir que,
par le gnral traict, il se debvoit conclure ung article de ce
faict, et nous leur promections bien que Vostre Majest l'observeroit
fort droictement de sa part.

Sur cella le comte de Sussex et milord de Burgley, par l'ordonnance
des aultres, sont alls confrer avec leur dicte Mestresse, et,
bientost aprs, sont revenus nous dire que, sur la confiance qu'elle
avoit en vostre amity, et s'assurant de la parolle que nous luy
donnions, elle estoit contante que le dict Sr Du Croc passt. Dont la
sommes incontinent allez trouver en sa chambre; et elle nous a
confirm que, pour vous complayre, Sire, et ne faire prjudice au
traict, ny donner  penser au monde qu'elle het maulvayse
intelligence avecques vous, elle vouloit, de bon cueur, que Mr Du Croc
continut son voyage en Escoce, ayant desj rvoqu ses ambassadeurs
qu'elle avoit par dell, et qu'il trouveroit son adjoinct  Barvick,
ou par les chemins. Et, avec plusieurs aultres bonnes parolles et
beaucoup de faveur, elle l'a incontinent fort gracieusement licenci.

Nous avons estim, Sire, que vostre intention seroit mieulx suyvie et
vostre service mieulx accomply, et seroit encores mieulx pourveu au
besoing des Escouoys en ceste sorte, que si nous n'eussions vaincu
ceste leur difficult; sur laquelle ce sera maintenant  Vous, Sire,
de mander au dict Sr Du Croc, par la voye d'icy, ou bien par celle de
la mer, comme il vous playrra qu'il se comporte par dell.

Aprs ce propos, la dicte Dame nous a dict que, le jour de St George,
Mr de Montmorency avoit est esleu chevalier de son ordre de la
Jarretire, et ce en considration que Vostre Majest le tenoit pour
ung fort fidelle et inthime serviteur, et qu'il s'estoit toutjour
port entier et loyal en toutz voz affres, sans feinte ny
dissimulation aulcune, despuis que vous estes venu  la couronne; et
qu'est tant la place de feu monsieur le connestable au dict ordre
vacante, elle avoit trouv, par l'advis de ses confrres et
compagnons, qu'on ne la pourroit plus dignement remplir que de
l'lection de son filz, qui encores vous pourroit accompaigner
quelquefoys  la cellbration du dict ordre en France, si, d'avanture,
il vous playsoit qu'il ft tant d'honneur au dict ordre, et s'il luy
playsoit  luy de l'accepter.

J'ay bays les meins  la dicte Dame pour une tant singullire
signiffication, qu'elle vous faysoit, de sa bonne volont et de son
inclination  la France; et luy ay dict que Vostre Majest luy en
sauroyt ung grand gr, et que les vertus et bonnes qualits de Mr de
Montmorency se trouveroient dignes de ceste sienne faveur; l'assurant
que je ne fauldroys de vous en faire ung article,  part, par ma
premire dpesche. Elle s'attand rsoluement que ce sera luy qui
viendra par de, et a faict diffrer de bailler l'ordre  deux
aultres seigneurs de ce royaulme qui ont est esleus, affin qu'ilz le
puissent prendre en solennit avecques luy  Vuindesore, quand il sera
icy; et Mr le comte de Lestre luy faict prparer sa mayson en ceste
ville, pour l'y loger; continuant monsieur l'amiral Clinton de
s'apprester, et desj quatre milords ont est commands de se mettre
en poinct pour l'accompaigner, ensemble force aultres gentilshommes.
J'entendz que le comte de Lestre sera faict grand maystre, ayant
refuz d'estre grand trsorier, qui est encores ung plus grand estat,
mais, parce qu'il y fault des lettres et du savoyr pour l'exercer,
l'office est rserv  milord de Burgley, lequel,  ceste cause, a
est aussy esleu de l'ordre. Et dict on que le comte de Sussex sera
faict priv scel, et que Me Smith aura en seul la charge de secrettre
d'estat, et sera chancellier du dict ordre d'Angleterre.

Il semble, Sire, que, peu  peu, la dicte Dame et ceux de son dict
conseil se layssent conduyre  prendre la confience qu'ilz doibvent de
Vostre Majest; et me griefve seulement qu'ilz se prparent,  ce
prochein parlement, de faire quelque prjudice  la Royne d'Escoce; ce
qui ne peut bien sonner pour Vostre Majest, ny bien convenir  la
conclusion du traict.

Au surplus, le Sr de Sueneguen, qui estoit encores icy de la part du
duc d'Alve pour le Roy d'Espagne, a heu son cong, et doibt partyr
bientost pour se retirer, si, d'avanture, les choses ne changent,
layssant les affres du commerce et de l'entrecours fort dcousus;
mais j'estime que le faict des deniers et des laynes s'accomodera avec
les particuliers, car desj les conventions en sont quasy faictes.
J'entendz qu'il s'est embarqu, au port d'Arvich, en Norfolc, envyron
mille wuallons bien arms, pour aller trouver le comte de La Marque 
la Brille; et a l'on mis en dellibration, en ce conseil, comme l'on
auroit  se comporter avec ceulx de Flexingues. Sur ce, etc.

     Ce XXVIIe jour d'apvril 1572.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, ayant sond les deux conseillers de ceste princesse sur la
volont qu'elle peut avoyr au propos de Monseigneur le Duc, l'ung et
l'aultre m'ont assez donn entendre qu'elle s'attand bien que Mr de
Montmorency luy en parlera, mais qu'elle ne veult cependant qu'on
cognoisse rien de son intention, ny qu'on sache quelles auront 
estre ses responces, jusques  ce qu'il soit icy; et qu'encores lors
elle yra si retenue que l'affayre sera bien advanc, premier qu'elle
en vueille donner une seule bonne parolle. Et m'a dict Mr le comte de
Lestre que si, d'avanture, le dict affre avoit d'aller en avant,
qu'il le faudroit conduyre par moyens les plus destorns et les plus
loigns de la conjecture des hommes, que fre se pourroit; et milord
de Burgley m'a assur que la dicte Dame commanoit d'en ouyr plus
volontiers parler qu'elle ne souloit, et que, de sa part, il desiroit
de l'advancer aultant qu'il luy seroit possible.

Mr de Quillegreu, lequel y est infinyement bien affectionn, m'est
venu compter les bons offices qu'il y a desj faictz, et la dilligence
qu'il y a mise, tant envers la dicte Dame que envers ses conseillers;
et que, nantmoins, il n'avoit peu encores tirer une bonne parolle
d'elle, ny aulcung indice d'eulx, par o il vous vueille faire
prendre, ny aussy vous en vouloir faire perdre l'esprance; bien luy
sembloit que ceulx, qui estoient le plus prs d'elle, avoient opinyon
qu'ayant fally ceste foys au party de Monseigneur, si, d'avanture, une
nouvelle peur de sa vye ou de perdre son estat ne la contreignoient,
elle ne se maryeroit jamais; et de cella elle pensoit s'en esclarcyr 
ce prochein parlement, sellon les instances que les siens luy
fairoient, ou de leur dsigner ung successeur, ou de prendre ung mary;
et que, de deux choses estoit le dict de Quillegreu bien assur,
l'une, que nul aultre prince y estoit maintenant en termes, et
l'aultre, que la dicte Dame vouloit et avoit grand plsir d'estre
recherche. Et a adjouxt, ce qui m'a est aussy d'ailleurs confirm,
qu'elle, despuys sa dernire maladye, faisoit prendre meilleure
esprance au comte de Lestre que, six ans auparavant, elle ne luy en
avoit donn; et nantmoins il monstre, de son cost, qu'il ne s'y
attand, et qu'il ne cognoit aulcune bonne seuret pour luy en ce
royaulme, et qu'il cerche infinyement l'apuy et refuge de Voz
Majestez. Il rpute l'admiral Clinton son grand et expcial amy,
lequel est aussy tenu, et pareillement madame l'admiralle sa femme,
pour bien fort inthimes de la Royne, leur Mestresse. Et semble qu'elle
faict aller mestre Milmor, qui sert en sa chambre prive, accompaigner
le dict sieur admiral en France, affin qu'il luy rapporte mieulx au
vray ce dont elle desire estre informe, de dell, de toutes les
circonstances qui peulvent apartenir au propos de Mon dict Seigneur le
Duc. Sur ce, etc.

     Ce XXVIIe jour d'apvril 1572.




CCXLIXe DPESCHE

--du IIIIe jour de may 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Dpart de Mr Du Croc pour l'cosse.--Nouvelle rupture de la
    ngociation des Pays-Bas.--Dtails sur la ngociation tente en
    cosse par les Anglais.--Conclusion du trait
    d'alliance.--Rjouissances faites  Londres.


     AU ROY.

Sire, en ung mesmes temps sont partys d'icy le Sr de Sueneguen et Mr
Du Croc, l'ung pour se retirer en Flandres, et l'aultre pour continuer
son voyage en Escoce, qui n'a est sans que aulcuns ayent assez
ouvertement faict leur effort pour changer cet ordre,  ce que le
flamment demeurt et que le franoys ft envoy prendre son chemin par
ailleurs; mais enfin, grces  Dieu, j'ay obtenu ce qui concernoit
Vostre Majest, en cdant ung peu  l'opinyon de ceste princesse.

Et voycy comme est advenu au dict Sr de Sueneguen qu'ayant baill
troys articles par escript  la dicte Dame: l'ung, de chasser  bon
escient les pirates, affin de faire cesser les dsordres de la mer;
l'aultre, de vouloir bien recepvoir les navyres et marchandises des
subjectz du Roy, son Mestre, ez portz d'Angleterre, et les y laysser
entrer et sortyr librement, sans leur y mettre nul arrest, offrant le
semblable pour les navyres et marchandyses des Angloys en Hespagne et
Flandres; et le troysiesme, de remettre le commerce entre leurs pays
et subjectz, avec la continuation de l'entrecours, ainsy qu'il estoit
auparavant; et a adjouxt qu'il plet  la dicte Dame de dire
ouvertement _ouy_ ou _non_ sur ce dessus:--Elle luy a faict respondre
qu'elle avoit pourveu en si bonne sorte  dchasser les pirates, et
faire qu'ilz n'eussent aulcune retraicte ny support en ce royaulme,
que c'estoit maintenant  son dict Maistre de les poursuyvre ailleurs,
si bon luy sembloit, pour assurer la navigation de ses subjectz;
qu'elle toit contente que, pour deux mois, ses ports fussent libres 
iceulx subjectz, en accordant par luy une semblable libert de ses
portz aux Angloys, et que, ce pendant, ambassadeurs pourroyent estre
mutuellement envoys, de l'ung  l'aultre prince, pour vuyder leurz
diffrendz; que, touchant l'entrecours, il seroit lors advis comme le
continuer, sellon qu'elle le vouloit de bon cueur, et n'avoit jamais
donn occasion de l'interrompre.--Sur lesquelles responces ayant
icelluy de Sueneguen demand  parler  la dicte Dame, elle a faict
semblant de n'avoir trouv bon qu'il l'et ainsy somme de dire _ouy_
ou _non_; et comme si en cella il n'eust assez rvremment uz en son
endroict, elle s'est une foys excuse de ne le vouloir plus admettre
en sa prsence, mais enfin elle l'y a admis. Et il luy a remonstr que
c'estoit bien peu que de deux moys de surcance, qu'elle luy
accordoit, et que n'ayant charge de les accepter, il l'yroit rapporter
au duc d'Alve avec les aultres bonnes responces qu'elle luy avoit
faictes, si elle trouvoit bon qu'il l'allt retrouver. Et ne luy en
ayant la dicte Dame refuz le cong, il est incontinent party.

Au regard de Mr Du Croc, je confesse qu'il y a heu encores de la
difficult, car, sur le poinct qu'on nous debvoit dellivrer son
passeport, la dicte Dame nous a mand que les Srs Drury et Randol luy
avoient escript, en grand haste, que ceulx de Lillebourg estoient
prestz d'accorder aux articles qu'ilz leur avoient proposez, et ne
contredisoient guyres plus  chose qui ft de la vraye substance
d'iceulx, restant toute la difficult sur la forme de l'assurance,
dont desiroit que son chancellier et milord de Burgley et le ser Raf
Sadeller en devisassent aveques nous, premier que passer oultre. Ce
qui,  la vrit, nous a faict doubter de quelque changement; mays,
aprs les avoir paciemment escoutez sur la comprobation des dicts
articles, sans que nous leur y ayons voulu guyres contredire, ny
aussi les aprouver, nous en avons seulement demand l'extrt, avec le
sommayre de l'intention de leur Mestresse l dessus, pour le vous
envoyer; et avons continu de demander le passeport de Mr Du Croc.
Dont ayant obtenu l'ung et l'aultre, le dict Sr Du Croc s'est desj
achemin, et je vous envoye maintenant icelluy extrt, sur lequel j'ay
bien comprins, Sire, par le dire de ceulx cy, qu'il reste encores
beaucoup de diffrend au segond article, en ce que ceulx du Petit Lith
prtandent l'authorit du rgent debvoir estre absolue, sans aulcune
limytation; pareillement sur le quatriesme et cinquiesme, qu'ilz
disent que, non seulement ceulx de Lillebourg, qui sont adversayres,
mais ceulx aussy qui se sont ports neutres, doibvent venir demander
rmission, ainsy qu'ont faict desj les comtes d'Arguil, de Cassels et
aultres; et elle leur sera concde, sans que leur cas passe soubz une
simple oblivion; aussy, sur le sixiesme et huictiesme articles,
touchant la forme du conseil, que ceulx de Lillebourg requirent que
le nombre y soit mis gal des deux partys, et chacun remis en la place
et reng qu'il y tenoit, quand la Royne sortit de Loclevin;  quoy
ceulx du Petit Lith contredisent, voulans que cella soit layss  la
disposition du rgent; mais, plus que tout, sur le deuxiesme et
troisiesme articles, car le capitaine Granges offre bien de tenir le
chasteau de Lillebourg pour le jeune Roy, si l'accord succde, mais
non que la charge luy en doibve estre oste. Et Mr Du Croc et moy
avons arrest, suyvant les prcdentes lettres et instructions de
Vostre Majest, qu'il procurera, devant toutes choses, que
l'abstinence d'armes soit prinse, et que l'accord soit diffr jusques
 tant qu'il vous ayt inform du tout; et qu'en tout vnement il
donra ordre, aultant qu'il luy sera possible, s dicts articles
contencieux, et encores au premier et segond, qu'ilz soient conceus et
couchs, le plus sellon vostre intention et sellon la rputation de
vostre couronne que faire se pourra.

Il semble que les principaulx seigneurs du royaulme inclinent assez 
la paix, mais que les petitz, et mesmement les soldatz, ne la veulent
pas, et qu'ils ont failly  tuer les dicts Drury et Randol, parce
qu'ilz la sollicitoient instamment; et que le capitaine Granges a heu
grand diffrend avec milord de Sethon, jusques avoyr faict courir et
bruller les terres l'ung de l'aultre, parce qu'il le pressoit de
vouloir recepvoir guarnison d'Espaignolz dans Lillebourg. J'espre
que l'arrive de Mr Du Croc par dell y ramandera beaucoup les choses.

Cepandant, Sire, la desire nouvelle de la conclusion du traict[24]
est arrive en ceste court, le XXVIIIe du pass, avec trs grande
satisfaction de ceste princesse et des siens, qui m'en ont faict une
fort expresse conjouyssance, le premier jour de may, que j'ay est
convi d'aller voyr ung bel essay d'armes, qui s'est faict devant elle
 Grenvich; et m'a dict que les lettres, que ses ambassadeurs luy
avoient escriptes du dict traict, l'avoient engarde de regarder
dedans, parce qu'elles luy faysoient si clrement voyr dedans la bonne
volont et intention de Vostre Majest, qu'elle n'en desiroit plus
grande obligation ny promesse par escript; et, puisque Dieu l'avoit
rendue si heureuse que d'avoir raport son rgne  celluy d'ung si
grand et si vertueux roy, et plein de tant de certitude et de vrit,
comme est Vostre Majest, qu'elle vous demeureroit, toute sa vye, trs
estroictement confdre, et vous rendroit ses successeurs aprs elle,
si elle pouvoit, et son royaulme, de mesmes confdrs. Elle m'a
continu le desir qu'elle avoit de la venue de Mr de Montmorency, et
qu'elle faysoit apprester en dilligence monsieur son admiral, pour
vous aller trouver, et feroit que ses navyres, qui l'iroient passer,
atandroient en la rade de dell Mr de Montmorency pour le porter en ce
royaulme. Dont sera bon, Sire, qu'il se prvaille de ceste commodict,
et que, par le premier, il vous playse me mander quand, et comment, il
vous plait que ce soit, car je mettray peyne qu'on y corresponde
entirement de ce cost. Sur ce, etc.

     Ce IVe jour de may 1572.

  [24] Trait du 22 avril 1572. Voyez DU MONT, _Corps
  Diplomatique_, t. v, part. 1.


     A LA ROYNE.

Madame, il semble qu'on avoit prpar ung triomfe  Grenvich, le
premier jour de may, tout exprs pour y solenniser la nouvelle de la
conclusion du traict, comme si ceste princesse et les siens vouloient
monstrer qu'ilz ont, par ceste confdration, trouv le propre repos
et seuret qu'ilz cerchoient en leurs affres. Il s'est prsent, le
dict jour, troys mille soldatz, dont les deux mille estoient
corselletz et les mille arquebuziers, en fort bon quipage, et
beaucoup de la jeunesse de la court dedans le parc du dict Grenvich,
en une campagne raze, au pied d'une mothe, o la troupe s'estant
spare en deux, avec six pices de campagnes, de chacun cost, il a
est atach une fort brave escarmouche par les harquebuziers, qui a
dur fort longtemps; et puis les deux bataillons sont venus jusques 
donner furieusement l'ung dans l'aultre, faisantz cependant les
arquebusiers et l'artillerie si grande dilligence de tirer, qu'il n'a
est rien obmis de ce qui se peut reprsanter en une journe et en ung
faict d'armes, et le tout fort bien conduict par aulcuns capitaines
qui sont en bonne estime par de.

Et sur la fin, milord de Burgley s'est approch l o la Royne, sa
Mestresse, estoit et, en s'adressant  moy qui estois auprs d'elle,
m'a dict, tout hault, que de l'acquest que j'avoys faict des forces de
ce royaulme  Voz Majestez Trs Chrestiennes par le traict de la
ligue, je pouvois voyr quel en estoit l'eschantillon. A quoy la dicte
Dame a adjouxt que Dieu avoit donn de si bonnes forces  ceste
couronne que, si elles n'estoient pour faire peur  ses voysins,
qu'elles estoient aulmoins pour se garder d'en avoyr d'eux, et que
toutes estoient au service de Voz Majestez; et n'y avoit nul homme de
bien en son royaulme qu'elle ne dsadvout, s'il ne se monstroit
dorsenavant trs dvot et fort affectionn  vostre grandeur.

Je n'ay obmis aulcune bonne parolle, dont je me soys peu adviser pour
luy gratiffier les siennes bonnes, que je ne la luy aye dicte; mais,
parce que cella seroit long, je me dporteray d'en toucher rien icy,
seulement je adjouxteray qu'il me semble que la dicte Dame se
confirme, de jour en jour, davantaige en vostre amity, et que je fay
tout ce que je puis pour l'y entretenir.

Le comte de Lestre et milord de Burgley cellbrent en plusieurs bonnes
sortes ceste confdration, et monstrent qu'il en procdera de grandes
utilits en gnral; et, quand au particullier, ilz diffrent de m'en
vouloir parler, jusques  la venue de Mr de Montmorency; auquel le
dict sieur comte a fort magniffiquement faict prparer sa mayson de
ceste ville pour l'y loger, et pour y loger Mr de Foix; et dict que
n'ayant, ceste foix, peu obtenir le cong d'aller devers Voz Majestez,
qu'il espre, en toutes sortes, de l'imptrer, quand la Royne, vostre
belle fille, sera accouche; et qu'il ne veult, tout le reste de sa
vye, travailler en aultre chose que d'entretenir, en tout ce qu'il
pourra, la Royne, sa Mestresse, et ce royaulme, en parfaicte amity et
intelligence avec Voz Majestez et la France. Sur ce, etc.

     Ce IVe jour de may 1572.




CCLe DPESCHE

--du XIIIe jour de may 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Rception du treit.--Audience.--_Lettre secrte  la
    reine-mre_. Ngociation du mariage du duc
    d'Alenon.--_Mmoire_. Dtails de l'audience.--Remise du trait
     la reine.--Discussion sur l'un des articles concernant
    l'cosse.--Insistance de l'ambassadeur pour que Leicester soit
    envoy en France.--Excuse donne par la reine.--Bon accueil
    rserv  Mr de Montmorenci.--Avis donn par l'ambassadeur, au
    nom du roi, des projets du roi d'Espagne contre
    l'Angleterre.--Confidences d'lisabeth  ce sujet.--Nouvelles
    d'cosse.


     AU ROY.

Sire, estant le Sr Cavalcanty arriv  Grenvich le quatriesme de ce
moys, il y a sjourn, tout ce jour et le lendemein, pour avoir moyen
de bayser la mein  la Royne d'Angleterre, vers laquelle il m'a assur
qu'il avoit faict de trs bons offices; et ne luy avoit sembl, parmy
les propos qu'il luy avoit tenus, qu'il luy det tayre le pourtraict:
dont en a depuis uz comme il a cogneu estre expdiant. Et mon
secrettre est arriv le mesme jour, avec la coppie du traict et avec
les lettres et mmoyres, qu'il vous a pleu m'escripre du XIXe, XXe et
XXIIe du pass, sur lesquelles j'ay incontinent envoy demander
audience; mays, parce que ce a est sur le poinct que la dicte Dame
vouloit partyr de Grenvich pour venir en ceste ville commancer son
parlement, elle m'a pry de vouloir avoir ung peu de pacience pour ung
jour ou deux. Et ainsy je n'ay est jusques  mcredy dernier parler 
elle: qui l'ay trouve en sa mayson de St Jammes au bout du parc de
Ouestmenster; o, aprs luy avoyr faict, de la part de Voz Majestez,
et de tous ceulx de vostre couronne la conjouyssance de la conclusion
du traict; et que je luy ay heu prsent la lettre que Vostre Majest
luy avoit envoye, escripte et signe de vostre propre mein, toute
ouverte; et dbatu fort amplement le poinct du XXXVIe article du dict
traict; et puis percist, aultant qu'il m'a est possible, qu'elle
vous voult envoyer Mr le comte de Lestre; je suis venu  luy parler
de l'advis que, par l'aultre dpesche, du XXVe du dict moys, Vostre
Majest me commandoit de luy dire.

Qui ont est tous propos, desquelz elle a prins une singullire
satisfaction en elle mesmes, et qui luy ont faict estimer (voyant les
choses procder  tant de vrays signes de vostre droicte intention
vers elle) qu'elle avoit proprement trouv le port de seuret et le
vray refuge qu'elle cerchoit en ses affres. Et de tant, Sire, que des
propos que je luy ay tenus, et de ceulx qu'elle m'a respondus, et de
la rsolution que j'ay prins avec elle et avec les seigneurs de son
conseil, tant sur ce que dessus que sur le voyage des seigneurs que
Voz Majestez proposent d'envoyer mutuellement l'ung vers l'aultre,
ensemble de toutes aultres nouvelles d'icy, j'en ay baill ample
instruction au Sr de Vassal, prsent pourteur, je vous supplieray trs
humblement, Sire, de le vouloir ouyr, et de trouver bon que je
descharge d'aultant la prsente. Sur ce, etc.

     Ce XIIIe jour de may 1572.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, par plusieurs et divers moyens j'ay essay comme je pourrois
tirer du comte de Lestre et de milord de Burgley quelque notice de
l'intention que ceste princesse peut avoyr au mariage de Monseigneur
le Duc, et ilz m'ont assez signiffi qu'ilz y ont, de leur part, une
fort singullire affection; et m'ont encores touch aulcunes
particullarits, semblables  celles que les ambassadeurs vous ont
dictes de dell, pour me monstrer que la dicte Dame ne le rejette pas,
et que ny elle ny eulx ne veulent qu'on en dlaysse le propos, mays
ilz ne s'advancent pour cella d'ung seul mot qui ayt de quoy y fonder
une bonne esprance. Dont, pour les faire eslargir davantaige, je leur
ay dict que je me trouvois en grande perplexit comme vous debvoir
maintenant escripre de ce faict sur la venue de Mr de Montmorency, et
si je persuaderois Voz Majestez, ou bien les dissuaderois, de luy
donner charge d'en parler  la dicte Dame; car ne me sembloit estre de
la dignit d'elle qu'on luy ouvrt ung tel propos, si elle ne l'avoit
agrable, et encores moins de l'honneur du Roy de le luy faire
proposer, s'il en debvoit raporter une maulvaise responce. Dont les
supplioys de me donner advis comme m'y gouverner, sellon que Voz
Majestez m'avoient command d'y procder tousjours, ainsy qu'ilz me le
conseilleroient; ce que je leur ay dict,  part l'ung de l'aultre. Et
tous deux m'ont rendu une mesmes responce: c'est que nul, soubz le
ciel, estoit plus propre que Mr de Montmorency pour bien acheminer ce
propos, et qu'en toutes sortes Voz Majestez Trs Chrestiennes luy
debvoient donner charge qu'il en parlt  la dicte Dame, s'il trouvoit
que les choses y fussent bien disposes, en quoy ilz s'exhiberoient
ministres trs oportuns premirement vers elle, pour la persuader de
le bien recepvoir, et puis vers luy, pour l'advertyr en quel temps et
lieu, et par quelz argumentz il debvroit procder; et que tout ce fait
debvoit estre entirement remis jusques  sa venue. Dont j'estime,
Madame, qu'il est expdiant de cheminer en cella par les addresses
qu'ilz nous monstrent, et que mon dict sieur de Montmorency, sur ce
qui en a est desj pourparl, et sur l'advancement que la prsence du
pourtraict y aura peu adjouxter, y mette non seulement ung bon
fondement, mais qu'il en raporte  Vostre Majest, quant il s'en
retournera, toute la conclusion de ce qui s'en doibt esprer. Sur ce,
etc.

     Ce XIIIe jour de may 1572.


INSTRUCTION DES CHOSES

   Dont le Sr de Vassal, suyvant la prsente dpesche, aura 
   informer Leurs Majestez:

   Que, le VIIIe de ce moys, je suys all trouver la Royne
   d'Angleterre  St Jemmes, et luy ay dict que le Roy avoit voulu
   donner lieu  ses ambassadeurs de luy pouvoir mander la premire
   nouvelle de la conclusion du traict, avant me commander de luy
   en rien dire; et que j'avoys bien cognu qu'ilz avoient
   honnorablement faict leur debvoir de luy reprsanter combien
   Leurs Majestez Trs Chrestiennes y avoient procd sincrement,
   et nettement, et avec abondance d'amyti et de bienveillance vers
   elle;

   Que maintenant j'avoys  luy dire, de la part de Leurs dictes
   Majestez, et de toutz ceulx de leur couronne, qu'ilz se
   conjouyssoient infinyement avec elle de la dicte conclusion du
   traict, et que le Roy la prioit de croyre qu'il le luy
   confirmoit et le luy ratiffioit de cueur et de vraye affection,
   trop plus que nulle aultre obligation ne le sauroit porter par
   escript, pour luy demeurer, de toutz ses moyens et forces, 
   jamais bon alli et perptuel confdr, comme avec celle de qui
   il honnoroit et rvroit plus la grandeur, et de laquelle il
   prisoit aultant les excellantes qualits que de nulle aultre
   princesse qui ft en tout le monde; et qu'il la prioit de faire
   estat de luy, et de pouvoir dorsenavant jouyr de tout ce qui
   estoit en sa puissance, et de toutes les commodits de son
   royaulme, comme de chose qui estoit en sa disposition; et qu'en
   somme elle estimt, par ceste confdration, d'avoir accreu sa
   grandeur d'aultant que celle du Roy, et de sa couronne, et de
   toute la France, y pouvoient adjouxter;

   Que la dicte Dame, avec ung incroyable plsir, m'avoit respondu
   que son obligation estoit aujourdhuy si grande envers Leurs
   dictes Majestez, que, pour ne leur pouvoir par parolle rendre ung
   seul des infinys mercyementz qu'elle leur en debvoit, qu'elle les
   rservoit tous dans son cueur, pour, en lieu de ce, leur offrir,
   avec effect, son moyen et sa puissance, et tout ce qui dpendoit
   de sa couronne pour les en servir, sans excuse quelconque, toutes
   les foys qu'il leur plroit le commander; et qu'elle supplioit le
   Roy de croyre que, puisqu'il luy avoit pleu de la prendre en sa
   confdration, qu'elle y persvreroit  jamais, et ne s'en
   dporteroit pour pril qui pet advenir  sa propre vye, ny  son
   estat, comme celle qui s'estimoit estre confdre avec le plus
   entier et plus droict, et le plus homme de bien, ainsy l'a elle
   dict, qui soit entre tous les princes qui rgnent sur la terre.

   Et luy ayant prsent toute ouverte la lettre que le Roy luy
   envoyoit touchant la cause de la religion, elle l'a lue
   incontinent avec affection, et m'a dict qu'elle cognoissoit trs
   bien que le Roy, son bon frre, l'avoit escripte et signe de sa
   mein, et qu'elle satisfaysoit, trop plus que sufisemment,  la
   dclaration de son intention en cest endroict; dont m'en
   bailleroit une semblable de sa mein, en la forme que je la luy
   demandois, affin de l'envoyer  Sa Majest Trs Chrestienne.

   Mais, touchant l'aultre lettre, que je luy ay demande sur
   l'interprtation du XXXVIe article du traict, aprs qu'elle a
   heu, mot  mot, leu le mmoyre en franoys, et la substance de la
   lettre en latin, qui m'en avoient est mands, elle a fort
   aygrement dbatu l'affayre, jugeant que par l l'on la vouloit
   contreindre de s'adresser  la Royne d'Escoce pour la poursuyte
   des angloys rebelles qui se retireroient en Escoce; et est
   retourne aux mesmes raysons qui m'avoient auparavant est
   allgues, car je leur avoys fort dbatu et contredict le dict
   article; et enfin m'a dict qu'elle n'entendoit procder en cest
   endroict, sinon jouxte la teneur des traicts d'entre
   l'Angleterre et l'Escoce, qui ne portoient qu'elle det adresser
   ses sommations et rquisitions aux particulliers, ains au prince
   du pays, ou  celluy qui exerceroit l'authorit en son nom; et
   que, de donner advertissement au Roy de son entreprinse, premier
   que d'aller poursuyvre par armes ses rebelles, qui se
   retireroient par dell, qu'elle esproit bien de le faire
   aulcunement, durant leur bonne confdration, mais de s'y obliger
   par lettre ny promesse, qu'elle ne le pouvoit ny debvoit faire.
   Ce que ayant, au partir de la dicte Dame, dbatu encores plus
   amplement avec sept des seigneurs de son conseil, j'ay enfin
   obtenu qu'il me sera baill l'extrt de l'article, d'entre
   l'Angleterre et l'Escoce, qui concerne ce faict, affin de
   l'envoyer au Roy pour voyr s'il le contantera; et que si, aprs,
   il y reste quelque difficult, qu'elle sera vuyde  la venue de
   messieurs les depputs du Roy. Et semble bien que, de tant que
   l'article du nouveau traict se rfre  debvoir procder en
   cecy, sellon les anciens traicts d'entre les deux royaulmes,
   qu'on n'accordera jamais qu'il en soit rien chang; et les
   Escouoys mesmes, quand l'on l'auroit bien advis aultrement, ne
   le vouldroient consentyr.

   Aprs ce dessus, j'ay dict  la dicte Dame que ce, o je me
   trouvois le plus empesch, de toute la dpesche que j'avois
   dernirement reue de France, estoit la persvrance en quoy je
   voyois que le Roy continuoit de la pryer qu'elle luy voult
   envoyer Mr le comte de Lestre; et qu'il monstroit bien qu'il
   demeuroit en suspens de beaucoup de choses d'entre Leurs deux
   Majestez, et non si bien diffi de plusieurs aultres comme il
   esproit de l'estre par le dict sieur comte, mieulx que par nul
   aultre, si elle trouvoit bon qu'il l'allt trouver; et que je ne
   luy pouvois dire, de ce que le Roy m'en escripvoit, sinon qu'il
   s'attandoit de le voyr, et de l'honnorer, et bien traicter, pour
   l'amour d'elle, et de luy signiffier par luy quel il aura  estre
   et tous ceulx de sa couronne, toute leur vye, vers la dicte Dame,
   et comprendre aussi de luy quelle ilz la trouveront debvoir estre
   vers eulx; qu'elle m'avoit bien dict plusieurs occasions et
   plusieurs lgytimes excuses l dessus, pour les mander au Roy, ce
   que j'avoys fort fidellement faict, mais aussy me luy avoit elle
   faict escripre que, s'il ne se pouvoit contanter sinon que le
   dict sieur comte ft le voyage, qu'elle l'en satisferoit; et de
   tant qu'il y percistoit, et s'aprochoit vers Paris, affin que le
   dict voyage ft tant plus court, qui ne seroit que de vingt ou de
   XXV jours, au plus long, que je la suppliois de vouloir donner
   cong au dict sieur comte de le faire.

   La dicte Dame soubdein m'a respondu qu'elle ne pouvoit sinon
   avoyr une fort grande obligation au Roy pour ce sien bon desir,
   lequel elle voyoit bien que tendoit du tout  vouloir establir
   une trs ferme et mutuelle confience entre eulx, mais le
   supplioit trs affectueusement qu'il se voult contanter que
   cella se ft ceste foys, pour le cost d'elle, par monsieur son
   amiral, lequel ayant est faict comte de Lincoln estoit,  ceste
   heure, le premier homme de son royaulme, et tant bien affectionn
    la confdration d'entre ces deux couronnes, et encores si bien
   inform des plus prives intentions qu'elle het en son cueur,
   que le comte de Lestre ne sauroit estre plus propre  ceste
   charge que luy, qui, d'abondant, avoit desj tant advanc son
   apprest et s'estoit mis en telle despence qu'on luy feroit grand
   tort de rvoquer sa commission; et que le comte de Lestre et
   milord de Burgley luy faysoient infinyement besoing pour ce
   parlement qui debvoit commancer le lendemein; et aussy, qu'estant
   icy Mr de Montmorency, lequel elle attandoit en grande dvotion,
   c'estoient ces deux l qui avoient  la conseiller de toutes les
   choses dont elle auroit  luy satisfaire; et que le Roy, encor
   que Mr de Montmorency ft absent, ne se trouveroit despourveu de
   bon conseil  l'arrive de son dict amiral, ayant toutjour la
   Royne, sa mre, et Monsieur, et plusieurs aultres fort expciaux
   conseillers prs de luy.

   Et sur toutes mes rplicques, qui n'ont est petites, elle m'a
   toutjour si fermement opos le besoing qu'elle avoit de ses dicts
   deux conseillers pour ses prsens affayres, que je n'ay peu rien
   gaigner. Et, pour n'estre pas trop contredisant, aprs luy avoir
   dict que je mettrois peyne de faire prendre au Roy en bonne part
   ses excuses, la dicte Dame et les seigneurs de son dict conseil
   ont arrest que le dict sieur admiral partira d'icy le lendemein
   de la Pantecouste, pour passer le dernier de ce moys, avec toute
   sa compagnye,  Callays ou  Boulogne; et que, s'il playst au Roy
   que Mr de Montmorency se trouve lors au dict lieu, il se pourra
   servir de la commodict des mesmes navyres angloys qui l'auront
   port de dell, desirantz que je les puysse promptement advertyr
   de l'intention du Roy l dessus, affin que, sellon icelle, ilz
   puissent rgler le dict voyage et pourvoir  la rception qu'ilz
   dellibrent faire fort grande et honnorable  Mr de Montmorency.

   Sur la fin de l'audience, j'ay pry la dicte Dame qu'elle me
   voult, comme aultrefoys, donner parolle de ne rveller d'o luy
   seroit venu ung advis, lequel le Roy m'avoit mand qu'aussytost
   que j'aurois veu sa lettre je ne fallisse de l'aller porter  la
   dicte Dame. A quoy elle m'a dict qu'elle me donnoit parolle et
   promettoit au Roy d'uzer de tous ses advertissementz ainsy qu'il
   l'ordonneroit, sans en rien oultrepasser; dont luy ayant leu fort
   distinctement la lettre, laquelle est du XXVe du pass, elle m'a
   soubdein respondu qu'elle esprouvoit maintenant, par la
   conjecture d'aultres advis qui luy estoient venus d'ailleurs,
   lesquelz se raportoient  cestuy cy, que le Roy avoit
   vritablement soing d'elle et de ses affres, et qu'il n'y avoit
   rien de feinct ny de simul en ce qu'il luy en mandoit; car, deux
   moys a, elle avoit surprins ung pacquet que la comtesse de
   Northombelland envoyoit au comte son mary, qui est prisonnier en
   Escoce, par lequel elle l'assuroit que bientost se dresseroit une
   si brave entreprinse en Angleterre pour sa libert, et pour la
   restitution de ceulx qui en estoient fuytifz, et pour le
   restablissement de la religion catholicque, qu'elle esproit que
   luy et elle se reverroient en brief en leur estat trop plus
   grandz et plus heureux qu'ilz n'y avoient jamais est, et que
   cella s'accompliroit dans le moys de may,  la venue du duc de
   Medina Celi; dont le duc d'Alve avoit desj dellivr aulx angloys
   de ceste entreprinse, qui estoient  Malignes, vingt mille escus,
   et qu'il rservoit de bailler argent aulx aultres qui estoient 
   Lovein et aultres villes des Pays Bas, quand l'embarquement se
   feroit; et que, despuys huict jours, il avoit est surprins ung
   aultre pacquet qui confirmoit ce dessus, et dans icelluy avoit
   est trouv l'extrt des propres lettres du Roy d'Espaigne et de
   celles du dict duc, ensemble aulcunes dellibrations du conseil
   d'Espaigne l dessus; et que, grces  Dieu, elle y avoit si bien
   pourveu qu'elle n'en estoit plus en peyne, et qu'en lieu de la
   libert que le comte de Northombelland se promettoit, il debvoit,
   sur l'heure mesmes que nous en parlions, estre dellivr  milord
   d'Housdon  Barvic, et qu'il ne tenoit qu' elle que ce double
   duc d'Alve, ainsy l'a elle nomm, ne ft racourcy au petit pied,
   et que beaucoup de dommage ne vnt  son Maistre  cause de luy,
   si elle le vouloit; mais que Dieu luy estoit tesmoing qu'elle ne
   procuroit ny avoit jamais procur de nuyre  ses voysins, et
   qu'encores, ce qu'elle avoit faict au Hvre de Grce, elle le
   pouvoit en bonne conscience justiffier de ne l'avoir jamais
   entreprins que pour une maulvayse response qu'on luy avoit faicte
   de Callays; et que, puisqu'on la recerchoit maintenant si fort,
   elle laysseroit aller beaucoup de choses qui, possible, n'eussent
   pass, bien qu'elle me vouloit dire que le duc d'Alve, voyant
   l'estat de ses affaires, avoit, despuis huict jours, mand en
   Hespaigne qu'on se dpartt de toutes les entreprinses qu'on
   avoit projectes sur l'Angleterre et l'Yrlande, et avoit faict
   dyre  elle qu'il estoit prest d'entendre  toutes les honnestes
   condicions qu'elle mesmes jugeroit estre expdiantes pour
   confirmer les bons traicts et anciennes confdrations qu'elle
   avoit avec le Roy, son Maistre; me priant de faire entendre tout
   ce dessus au Roy, avec ung mercyement qu'elle luy faisoit bien
   fort humble, si ainsy se debvoit dyre, et trs cordial pour ceste
   tant singullire signification de bienvueillance qu'il luy avoit
   maintenant monstre; et qu'elle se dellibroit de luy en rendre
   toutes pareilles en tout ce que, pour sa grandeur et repos, elle
   le pourroit jamais faire.

   Et, sur ce propos, j'ay bien sceu qu'il a est propos en ce
   conseil s'il seroit bon d'ayder ouvertement et porter faveur 
   ceulx de Fleximgues, attendu les maulvs dportemens du dict duc
   d'Alve contre ce royaulme, et aussy que c'est une ville trs
   commode pour y establir ung commerce, beaucoup plus que n'est
   Embourg; mays il a est conclud qu'on n'atemptera, pour encores,
   chose quelconque  Fleximgues, ny ailleurs au Pays Bas, qui ait
   apparence d'estre contre le Roy d'Espaigne, et seulement on
   permettra aux wuallons, qui sont icy, qu'ilz puissent retourner
   en leur pays, avec tel quipage qu'ilz le pourront recouvrer en
   ce royaulme, pour leur argent. Vray est que, s'il descend nul
   soldat hespagnol ou aultre subject du Roy d'Espaigne, en armes,
   en Yrlande ou en Escoce, ou en ce royaulme, que la Royne
   d'Angleterre prendra ouvertement en sa protection ceulx de
   Fleximgues.

   Il semble que les choses d'Escoce sont en pires termes d'accord
   qu'elles n'ont encores est, ayant naguyres ceulx des deux
   partys faict des entreprinses les ungs sur les aultres, dont y a
   heu des prisonniers qui ont est incontinent pendus de chacun
   cost; et le comte de Mar a faict mettre en prison un de ses plus
   expciaulx amys, nomm Archibal Douglas,  cause de souspeon, et
   dict on qu'il l'a trouv saysy d'aulcunes lettres de ceulx de
   Lillebourg et d'aucunes coppies d'aultres lettres du duc d'Alve:
   dont ne fault doubter que Mr Du Croc ne trouve de quoy bien
   s'employer par dell. Mais, de tant que j'entendz que ceulx de
   Lillebourg sont bien  l'estroict, et ont ncessit de beaucoup
   de choses, il seroit bon que Mr de Flemy y passt, avec l'argent
   qui luy a est baill, sans aultres forces que les XXV ou XXX
   siens serviteurs, que j'ay dict  la Royne d'Angleterre qu'il
   pourroit mener avecques luy; mesmes que j'ay advis que milord
   Herys et milord de Maxouel se sont rengez du cost de ceulx du
   Petit Lith.

       *       *       *       *       *

   Despuis ce dessus, le vieux capitaine Cauberon est arriv
   d'Escoce, lequel confirme le contenu du prcdant article, et
   bientt il en yra compter des nouvelles au Roy.

       *       *       *       *       *

   Encores despuis, je viens d'entendre qu'il est venu
   advertissement  ceulx cy que neuf grandz navyres de guerre,
   hespagnolz, chargs de soldatz et de monitions de guerre, ont
   comparu en la coste d'Yrlande et d'Escoce, de quoy l'allarme
   n'est petite en ceste court.

   Quand il a est question de me bailler la lettre, qui doibt estre
   envoye au Roy, escripte et signe de la mein de ceste princesse,
   voyant qu'on y avoit chang quelque chose en la narrative, j'en
   ay seulement voulu retenir une copie, laquelle j'envoye
   prsentement au Roy pour voyr s'il s'en contantera, et ay retir
   celle de Sa Majest jusques  ce que celle de la dicte Dame me
   sera dellivre.




CCLIe DPESCHE

--du XIXe jour de may 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Ouverture du parlement.--Commission dsigne pour dcider du sort
    du duc de Norfolk et de Marie Stuart.--La guerre civile
    rallume en cosse.--Ngociation des Pays-Bas; accord sur les
    deniers et marchandises.--Sursis  la ngociation du trait de
    commerce entre la France et l'Angleterre.--Maladie du comte de
    Lincoln.


     AU ROY.

Sire,  la pluspart de la dpesche de Vostre Majest du IIe de ce
moys, laquelle j'ay receue le XIIIIe, j'espre qu'il y sera desj
assez satisfaict par la mienne du XIIIe, que je vous ay envoye par le
Sr de Vassal; et, s'il y reste quelque chose, je y respondray plus
amplement, aprs que j'auray parl  la Royne d'Angleterre; laquelle
est maintenant si occupe, ensemble tous ceulx de son conseil, en tout
leur parlement, qu'elle est bien ayse qu'on ne la divertisse  nul
aultre affaire jusques  ce que celluy l soit achev, sellon qu'elle
en sollicite trs instemment l'expdition, et presse, le plus qu'il
luy est possible, d'en voyr bientost la fin. J'entendz qu'il a est
dput vingt et ung principaulx personnages de la premire chambre du
dict parlement, (savoir: sept vesques, sept comtes, et sept barons),
et quarante deux de la segonde, (quatorze chevaliers, quatorze
escuyers et quatorze bourgoys) pour dterminer de toutes les choses
qui s'i proposeront; et qu' ceulx l a est desj mis entre meins le
faict du duc de Norfolc et de la Royne d'Escoce.

J'ay mis peyne, aultant qu'il m'a est possible, au nom de Vostre
Majest, d'aller au devant vers ceulx qui y ont quelque authorit pour
les persuader de ne debvoir estre faict aulcung acte contre la
personne ny contre la rputation de la Royne d'Escoce, ny contre le
tiltre qu'elle prtend  la succession de ceste couronne; dont je ne
say encores ce qui en adviendra, mais je creins assez qu'on face tout
le pis qu'on pourra contre elle.

L'on s'est de rechef batu en Escoce, et y sont les deux partys plus
aulx armes que jamais, et la ville de Lillebourg fort presse de
vivres. L'on dict que le duc de Chastelleraut est aprs  capituler de
sa retraicte en France. J'espre que l'arrive de Mr Du Croc par dell
y rduyra les choses  quelque modration, et je mettray peyne de luy
faire tenir vostre pacquet le plus tost qu'il me sera possible, affin
qu'il y puysse mieulx suyvre vostre intention et commandement.

Au regard du diffrent que ceulx cy ont avec les Pays Bas, il est
desj accord touchant les deniers, en la faon qui s'ensuit: que,
d'envyron troys centz mille escus qui appartiennent aulx Gnevoys et
Lucoys, ilz en feront encores prest pour ung an, et sans aulcung
intrest,  la Royne d'Angleterre, et elle leur fera obliger la
chambre de Londres de les leur payer au bout du terme, de quoy ilz
sont si contantz qu'ilz gratiffient de cinquante mille escus ceulx qui
leur ont moyenn ce bon accord; et le reste des dicts deniers, qui
sont envyron cent cinquante mille escus, de tant qu'ilz appartiennent
aulx subjectz du Roy d'Espaigne, ilz demeureront icy pour en
rembourcer les Angloys du pris de leurs marchandises qui ont est
arrestes et vendues en Flandres et en Hespagne, au cas que celles des
dicts subjectz du Roy d'Espagne n'y puissent satisfaire; lesquelles on
continue de les vendre encore tous les jours au plus offrant, sinon
seulement les laynes qui sont rserves  estre dellivres aulx
propritayres pour ung pris qu'ilz fourniront promptement, mais ilz y
saulvent ung tiers et quasy la moitti de ce qu'elles vallent, qui
n'est sans qu'ilz gratiffient aussy de quelque bonne somme ceulx qui
s'en sont mesls. Et croy que, sans les troubles de Flandres, les
dictes laynes fussent desj dellivres aulx marchandz hespagnolz qui
sont  Bruges, mais je prvoy qu'il faudra qu'elles aillent toutes en
France.

J'ay press milord de Burgley de vouloir donner quelque commancement 
la commission que Vostre Majest m'a envoye pour l'establissement du
commerce, mais il m'a pry d'avoyr patience jusques aprs le
parlement; car, durant icelluy, il n'y sauroit entendre. Et cepandant
les marchandz dressent leurs remonstrances, et les articles qu'ilz
dellibrent proposer pour ce faict, lequel ne sera long, quand une
foys l'on aura commanc d'y vacquer.

Monsieur l'admiral d'Angleterre a heu quelques accs de fiebvre, en
faon que la Royne, sa Mestresse, doubtant de sa sant, avoit une foys
mis en dellibration de faire hastivement prparer ung aultre milord
pour aller devers Vostre Majest, affin qu'il n'y het manquement de
son cost; mais le dict sieur amiral m'a mand qu'il avoit si grand
desir de parachever ce voyage, et de faire quelque notable service
entre Voz Majestez Trs Chrestiennes et la Majest de la Royne, sa
Mestresse, que pour nul empeschement, s'il n'estoit bien extrme, il
ne demeureroit; et ainsy il persvre de vouloir partir d'icy le
lendemein de la Pantecoste, ou plus tost, et de passer la mer le
dernier de ce moys, sinon que me mandiez que je le retarde.

Ceste princesse n'a oz loger  Ouesmenster  cause de quelque
souspeon de peste; dont s'en retournera, dans cinq ou six jours, 
Grenvich, y attandre Mr de Montmorency, estant la mayson de Sr Jemmes,
o elle est  prsent, trop petite pour l'y recepvoir; et j'entendz
qu'elle le fera loger dans le chasteau. Sur ce, etc.

     Ce XIXe jour de mai 1572.




CCLIIe DPESCHE

--du XXIIIIe jour de may 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Apprts de dpart du comte de Lincoln.--Prparatifs faits pour
    recevoir Mr de Montmorenci.--Crainte que le parlement ne
    veuille priver Marie Stuart de ses droits  la succession
    d'Angleterre.--Affaires d'cosse.--Nouvelles de France;
    confiance des protestans.--Rsolution de plusieurs anglais de
    passer  Flessingue pour combattre le duc d'Albe.--_Lettre
    secrte  la reine-mre_. Ngociation du mariage du duc
    d'Alenon.


     AU ROY.

Sire, le trein de Mr le comte de Lincoln a commanc, dez jeudy
dernier, XXIIe de ce moys, de s'acheminer  Douvre, pour passer dell,
et luy partira aprs demein, XXVIe, en dellibration de descendre 
Boulogne, le dernier du moys, sans fallyr; sa troupe est ung peu plus
grande qu'il ne cuydoit, et pourra estre d'environ deux centz
chevaulx. Il semble que la Royne d'Angleterre laysse sa premire
opinyon de retourner  Grenvich, et qu'elle yra  Hamptoncourt pour
plus honnorablement recepvoir Mr de Montmorency et messieurs voz
depputs. Elle ne veult permettre que Mr le comte de Lestre soit leur
hoste en ceste ville, ains elle leur a faict dresser une de ses
maysons, nomme de _Sommerset Place_, qui est fort belle et ample, et
l'a faicte garnyr de ses meubles; mais le dict sieur comte ne laysse,
pour cella, de faire prparer la sienne pour y festoyer la compagnie;
et monstre, toute ceste court, d'estre fort dispose de bien recepvoir
et caresser les franoys.

Toutes les dellibrations du parlement, qui se tient maintenant icy,
sont encores en suspens; et, parce que je creins qu'on y veuille faire
des dcretz contre la Royne d'Escoce, j'ay desj remonstr  des
principaulx de l'assemble que cella ne pourroit bien sonner pour la
rputation de Vostre Majest, et dissouldroit plustost que
n'estreindroit quelcun des neudz de la bonne amity qui est
encommance; et qu'il estoit trop meilleur et plus honnorable pour la
Royne d'Angleterre qu'elle obtnt par ses Estats la facult d'eslire
ung successeur, que non pas de faire priver maintenant la Royne
d'Escoce du tiltre de la succession, ny ordonner rien de mal contre
elle. Sur quoy m'a est despuis respondu que la dicte Royne
d'Angleterre vous vouloit porter tant de respect que, si elle savoit,
 bon esciant, que vous deussiez estre offanc pour quelque chose de
la Royne d'Escoce, qu'elle n'auroit garde de permettre qu'on y
toucht. Je ne say encores ce qui en sera.

J'ay receu une lettre de Mr Du Croc, du XVIe du prsent, et avec
icelle ung pacquet pour Vostre Majest, par lequel je m'assure qu'il
vous donne bon compte des choses d'Escoce; dont je ne vous en feray
icy aultre mencion, sinon de vous dire, Sire, que ceste princesse,
voyant la confirmation que m'aviez escripte, le IIIIe de ce moys, de
l'advis que, le XXVe du pass, vous m'aviez mand luy dire touchant
les dictes choses d'Escoce, n'a longuement diffr de me laysser
donner conduicte  vostre pacquet vers le dict Sr Du Croc, qui  mon
advis, l'a desj en ses meins. Et, quant aulx aultres particullarits
que j'ay dictes  la dicte Dame, (de l'accord de messieurs de Guyse
avec monsieur l'Admiral, et de la volontayre dmission que ceulx de la
religion ont faicte en voz meins, des places que leur aviez laysses
pour leur seuret, et de la prochaine consommation des nopces de
Madame avec Monsieur le Prince de Navarre, aussytost qu'il sera gury)
elle en a faict une semblable conjouyssance, comme si ce fussent
particullires prosprits pour elle et pour son estat. Ayant rendu
grces  Dieu de l'heur et du bon succs qu'elle voyoit maintenant en
toutz voz affres, elle a lou grandement la prudence et la vertu de
Voz Majestez, qui les y saviez trs bien disposer. Et n'entendz, 
ceste heure, Sire, rien plus ordinayrement des propos de la dicte
Dame, sinon qu'elle est fermement rsolue de persvrer en vostre
amity et bonne intelligence, tant que Dieu la layssera en ce monde.

Il semble que aulcuns angloys se veulent dispenser, de eulx mesmes,
d'aller accompaigner les wuallons, qui sont icy, pour aller ayder
ceulx de Fleximgues, et estime l'on que le nombre pourra estre de
quatre  cinq mille. Sur ce, etc.

     Ce XXIVe jour de may 1572.


     A LA ROYNE.

       (_Lettre  part._)

Madame, aprs que le Sr Cavalcanty a heu dellivr le pourtraict  Mr
le comte de Lestre, la Royne d'Angleterre l'a faict aporter en son
cabinet priv, o elle l'a veu fort oportunment, et m'a le dict
sieur comte despuis mand que ce que le dict pourtraict avoit
reprsant de la taille et de la disposition de la personne, encore
que ce ne ft tout aultant comme de Monseigneur, si n'avoit il sembl
que fort bien  la dicte Dame, et si, avoit jug que l'accidant du
visage s'en yroit avec le temps. Vray est que, quand elle estoit venue
 lyre l'inscription de l'aage, elle avait dict qu'il n'arrivoit  la
moicti du sien, de dix huict  trente huict; et que les choses,
qu'elle avoit crainct, pour ce regard, de son ayn, estoient encores
plus  creindre de luy: qui est tout ce, Madame, que le dict sieur
comte m'en a mand; et que,  l'arrive de Mr de Montmorency, le
propos s'en aprofondiroit davantaige; vers lequel il me promettoit de
uzer, en cest endroict, aultant ouvertement et clrement, et en
fidelle amy, comme il le pourroit desirer, et de s'y emploier de tout
son pouvoir; et qu'il s'assuroit que milord de Burgley, aprs s'estre
desml des affres de ce parlement, et de ses gouttes qui l'avoient
travaill tous ces jours, en feroit de mesmes.

J'ay sceu d'ailleurs, Madame, que, discourant ceste princesse de cest
affaire, elle avoit monstr que la disproportion de l'aage seroit ung
trs grand obstacle en ce propos, parce qu'elle ne vouloit, en faon
du monde, qu'on jugt qu'elle se ft marye par ncessit plustost que
par ellection, veu sa grandeur et ses aultres qualits, et que cella
la faysoit bien fort incliner  ne se marier jamais; bien disoit que,
de cent ans, n'avoit est contracte une plus loyalle amyti entre
princes, que celle qu'elle esproit avoir conclue avec Voz Trs
Chrestiennes Majestez, et qu'elle y persvreroit jusques  la mort.
Dont, Madame, de tant qu'il semble qu'on dbatra fort ce point de
l'aage, Vostre Majest pourra, sur cella, uzer vers Mr le comte de
Lincoln par dell, et Mr de Montmorency, icy, des meilleures et plus
convenables persuasions qui vous sembleront bonnes pour en dissouldre
la difficult; et je mettray peyne d'y disposer cependant la matire
et les personnes, le mieulx qu'il me sera possible. Sur ce, etc.

     Ce XXIVe jour de may 1572.




CCLIIIe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de may 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer_).

  Soupon de peste qui empche l'ambassadeur de demander
    audience.--Communication par lettres.--Rponse faicte par
    Burleigh au nom de la reine.--Danger que court la reine
    d'cosse depuis la runion du parlement.--Confrence du comte
    de Lincoln avec l'ambassadeur.


     AU ROY.

Sire, estantz deux de mes valletz devenus malades en mon estable, le
Xe de ce moys, avec quelque souspeon de peste, encor que ce soit
assez loing hors de mon logis, et que, les ayant faict transporter
encores plus loing, ilz soient depuis fort bien guris, j'ay voulu
nantmoins m'abstenir de demander la prsence de la Royne
d'Angleterre, jusques aprs avoir prins l'aer des champs; mais
cependant j'ay extrt les principalles particullarits qui m'ont
sembl ncessayres de communicquer, des dictes deux dpesches,  la
dicte Dame et les luy ay mandes par escript.

Lesquelles elle a heu si agrables que milord de Burgley, le jour
ensuyvant, m'a envoy un clerc de ce conseil pour me dire qu'il avoit
charge, de la part d'elle, de m'assurer que, depuis qu'elle estoit
royne, nulle chose luy avoit succd, de quoy elle se trouvt plus
contante que de la confdration qu'elle avoit faicte avecques Votre
Majest, voyant, tous les jours, sortir nouveaulx et assurez
tesmoignages, dont ceulx des dictes deux dpesches n'estoient petitz,
de la confirmation de vostre amity vers elle; et que, de sa part,
elle se dellibroit d'en rendre de si clers et de si manifestes au
monde par euvres, par parolles et par toutes aultres dmonstrations
qu'elle pourroit, que toute la Chrestient ne doubteroit nullement de
sa ferme persvrance vers la vostre; et qu'elle avoit regret de ne
pouvoir assez monstrer combien Mr de Montmorency et messieurs voz
aultres depputez seroient, pour l'honneur de Vostre Majest, bien veuz
et bien receus en Angleterre, et que, si elle het sceu qu'ilz
heussent est si pretz, il y a plus de dix jours que Mr le comte de
Lincoln ft party; qu'elle prenoit en fort bonne part ce que m'aviez
escript de la Royne d'Escoce, de laquelle nantmoins elle me vouloit
bien dire que ceulx, qui estoient assembls icy en son parlement, la
pressoient infinyement qu'elle ft procder par la justice et par les
loix du pays contre elle, affin de pourvoir, par ce moyen,  sa propre
seuret, et mettre sa personne et son royaulme hors de danger, et que
plusieurs considrations diverses, qui contrarioient bien fort les
unes aux aultres de le faire ou de ne le faire pas, la mettoient  ne
savoir comment en uzer; tant y a que tous les gens de ses Estatz,
toutz, d'une voix, crioient infinyement contre la dicte Royne
d'Escoce; que, au reste, elle n'avoit nulles nouvelles du pays
d'Escoce, depuis que Mr Du Croc y estoit arriv, mais, aussytost
qu'elle en auroit, elle m'en feroit part; et qu'elle avoit entendu que
six vaysseaulx du prince d'Orenge et ung nombre de franoys estoient
descendus  Fleximgues.

Sur lesquelles particullarits, Sire, j'ay respondu au dict de Burgley
que je rendois, en premier lieu, grces  Nostre Seigneur de
l'establissement que prenoit plus grand et plus solide, toutz les
jours, l'amity qui estoit entre Voz Majestez et voz deux royaulmes,
et que je ne faudrois de vous escripre ce qu'il me fesoit entendre de
la part de la Royne, sa Mestresse; que, pour le regard de la Royne
d'Escoce, elle m'estoit infinyement recommande de vostre part, et me
commandis d'incister toujours pour elle et pour ses affres, aultant
que vostre honneur vous y rendoit oblig, et en sorte que je me
gardasse bien d'offancer la dicte Royne d'Angleterre, ny qu'elle en
pet rien prendre de maulvayse part; comme aussy vous aviez tant de
confience d'elle, qu'elle ne voudroit, en ce qui touchoit la Royne
d'Escoce, ny en nulle aultre occasion, offancer la vraye amity qui
est entre vous. Qui estoit tout l'ordre que m'aviez command
d'observer en cest endroict, sur lequel je suppliois la Royne, sa
Mestresse, et les seigneurs de son conseil et de son parlement, qu'ilz
volussent conformer leurs dellibrations  cest honneste desir de
Vostre Majest, qui estoit trs honneste et bien fort raysonnable; que
je remercyois bien humblement la dicte Dame de la communicquation,
qu'elle promettoit de me faire, des nouvelles qui luy viendroient
d'Escoce, qui estoit chose que Vostre Majest auroit bien fort
agrable; et, quand aux six vaysseaulx du prince d'Orenge, que je n'en
avois aulcung advis, et qu'il pouvoit bien estre que ceulx de
Fleximgues, pour faire croistre la rputation de leur entreprinse, se
vantoient de plus de choses qu'ilz n'avoient.

Or, Sire, je vous puis bien assurer, quand  la Royne d'Escoce, qu'on
a est fort prs de faire deux forts prjudiciables jugementz contre
elle, l'ung de la vye, et l'aultre du tiltre qu'elle prtend  la
succession de ce royaulme. Dont, du premier, elle doibt rendre grces
 Dieu, et  Vostre Majest, de l'avoir, pour ceste foys, vit; car,
sur les grandes instances que j'ay faictes, et sur les raysons que
j'ay allgues pour cuyder empescher l'ung et l'aultre, les
principaulx du conseil m'ont respondu que, pour le seul respect de
Vostre Majest, et affin de ne vous offancer, la dicte Royne
d'Angleterre avoit bien voulu faire cesser l'instance de la vye de la
dicte Dame pour maintenant; mays, quand  celle de la succession, elle
leur en layroit faire. Je ne say encores ce qui en adviendra.

A deux jours de l, Mr le comte de Lincoln m'est venu trouver en mon
logis, et m'a dict qu'il s'en alloit devers Vostre Majest avec la
plus ample commission d'amity et les plus honnorables offres qui
jamais heussent est mandes, de ce cost,  nul aultre prince de la
Chrestient; et qu'il se rputoit trs heureulx d'intervenir ministre
en ung tel acte, qui estoit trs agrable  Dieu, trs utile  ces
deux royaulmes, et trs honnorable devant la face de toutz les
humains; et qu'il y apportoit de soy une affection si bonne que nulle
meilleure ny plus parfaicte s'en pourroit trouver, au monde. Et ainsy,
Sire, il est party, fort honnorablement accompaign, le XXVIe jour de
ce moys, en dellibration de passer  Boulogne, le dernier, et
accommoder de ses vaysseaulx Mr de Montmorency et messieurs voz
depputs, et toute leur troupe, pour les trajecter de, le premier de
juing; estant desj le comte de Pembroth, avec quatre milordz, et
aultre bon nombre de gentilshommes, ordonns pour les aller recueillir
 Douvre, et sept personnages, de chacun office de la mayson de ceste
princesse, pour commancer de les traicter, ds le dsembarquement. Et
est mand  la noblesse et officiers de la contre, par o ilz
passeront, de les accompaigner, et au comte d'Ochester, ou bien 
celluy de Hontinthon, qui sont parans de la couronne, de leur aller au
devant, avec ung aultre nombre de noblesse,  Gravesines, pour les
conduyre, contremont la Tamise, jusques en ceste ville, o les comtes
de Lestre et de Oxfort se trouveront,  leur descendre,  Somerset
Place, qui est une mayson de la Royne; et leur feront savoir le jour
qu'ilz pourront aller trouver la dicte Dame. Laquelle s'en va
cependant  Hamptoncourt pour plus favorablement les recepvoir; vous
pouvant assurer, Sire, que ceulx, qui vivent aujourdhuy, assurent
n'avoir veu prparer, de leur temps, une si honnorable rception pour
nulz aultres seigneurs qui soient passez en ce royaulme, comme
maintenant l'on la prpare pour vos depputez. Dont j'espre bien,
Sire, que ferez uzer de quelque correspondance, par dell,  bien
recepvoir le dict comte de Lincoln.

A ce matin, milord de Burgley m'a renvoy, de rechef, le susdict clerc
du conseil pour me dire que, en telles lgations, comme sont ces deux,
il n'estoit accoustum d'uzer de saufconduictz, parce qu'on estoit en
bonne paix; dont le comte de Lincoln n'en demandoit poinct pour son
regard, et que, si j'en voulois pour voz depputs, que sa Mestresse
m'en bailleroit. Je luy ay respondu, Sire, que messieurs voz depputs,
 mon advis, ne vouldroient monstrer moins de confience, venantz en
Angleterre, que les leurs en monstroient, allans en France, et par
ainsy que je ne demandois point de saufconduict pour eulx. Et sur ce,
etc.

     Ce XXVIIIe jour de may 1572.


     A LA ROYNE.

Madame, je donne compte, en la lettre du Roy, des responces qui m'ont
t faictes sur les deux dernires dpesches de Voz Majestez, et y
mande la substance du propos que Mr le comte de Lincoln m'est venu
tenir, quant il est party pour vous aller trouver; ayant  vous dire
davantage, Madame, que le dict sieur comte monstre d'avoir une bonne
affection au propos de Monseigneur le Duc, et une fort grande
affection  Voz Majestez Trs Chrestiennes et  la France, et qu'il
m'a touch assez de choses en gnral de cella; mais que, pour le
faire venir  quelque particulier, je luy ay bien voulu dire que,
oultre la bonne disposition, en quoy il trouveroit Voz dictes
Majestez, de persvrer  jamais en une parfaicte confdration avec
la Royne, sa Mestresse, et ce royaulme, qu'il vous verroit encores
trs affectionns  la vouloir perptuer par ung indissoluble lien de
mariage, et d'une trs honnorable allience; en quoy je desirois qu'il
het charge de vous y bien respondre, si, d'avanture, Vostre Majest
venoit  luy en parler, et que, si je pensois que la dicte Royne, sa
Mestresse, ft en cella que de ne trouver bon qu'on entrt en ce
propos, ou bien qu'elle luy het donn commandement de ne l'escouter,
je mettrois peyne d'advertyr Vostre Majest de le diffrer  une
aultre foys.

Sur quoy il m'a respondu que son instruction ne luy estoit encore
dellivre, mais qu'il jugeoit bien, parce que, de bouche, sa dicte
Mestresse luy avoit dict, qu'elle se trouvoit aujourdhuy si contante
de Voz Trs Chrestiennes Majestez qu'il ne failloit doubter, quand
elle auroit ung peu plus goust le fruict de vostre amity, qu'elle ne
se dispost, le plus qu'il luy seroit possible, de satisfaire  Voz
Majestez Trs Chrestiennes, aultant qu'avec son honneur et dignit
elle le pourroit faire; et qu'il s'assuroit bien qu'elle ne pourroit
prendre que de fort bonne part tout ce que Voz Majestez vouldroient
proposer maintenant  luy, qui ne desiroit rien tant en ce monde que
de pouvoir bien servir  l'effect de ce propos, le cognoissant trs
honnorable pour sa Mestresse, et trs desirable pour toutz les
subjects de son royaulme, et n'a poinct pass oultre. Dont m'ayant
sembl ne le debvoir presser davantage, je me dporteray aussy,
attendant l'arrive de Mr de Montmorency et de Mr de Foyx, d'en dire
plus avant  Vostre Majest. Sur ce, etc.

     Ce XXVIIIe jour de may 1572.


FIN DU QUATRIME VOLUME.




TABLE

DES MATIRES DU QUATRIME VOLUME.


     ANNE 1571.--SECONDE PARTIE.

     162e _Dpche_.--1er mars.--

       AU ROI.                                                  1
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Ngociation pour Marie Stuart.                             2

     163e _Dpche_.--6 mars.--

       AU ROI.                                                  5
     Ngociation du trait pour l'Ecosse.                     _Ib._
     Tentatives de Bothwel.                                     8

       A LA REINE. (_lettre secrte_).                        _Ib._
     Sur le mariage du duc d'Anjou.                           _Ib._
     _Autre lettre secrte._                                   10
     Renonciation du duc d'Anjou;--Proposition
     du mariage pour le duc d'Alenon.                         11
     _Mmoire gnral_ sur les affaires
     d'Ecosse;--Ngociation
     avec l'Espagne.                                           14

     164e _Dpche_.--12 mars.--

       AU ROI.                                                 18
     Du trait pour l'Ecosse.                                 _Ib._
     Avis de Walsingham.                                       20

       A LA REINE (_lettre secrte_).                          22
     Ngociation du mariage du duc d'Anjou.                   _Ib._

     165e _Dpche_.--17 mars.--

       AU ROI.                                                 25
     Du trait pour l'Ecosse.                                  26
     Ngociation des Pays-Bas.                                 27

     166e _Dpche_.--23 mars.--

       AU ROI                                                  29
     Audience.                                                 30
     Affaires d'Ecosse.                                        33
     Mort du cardinal de Chatillon.                            34

     167e _Dpche_.--28 mars.--

       AU ROI.                                                 34
     Audience.                                                _Ib._
     Affaires d'Ecosse.                                        36
     Nouvelles de Flandre et d'Irlande.                        37

     168e _Dpche_.--1er avril.--

       AU ROI.                                                 38
     Sursis  la ngociation pour l'Ecosse.                    39
     Dtails sur Chatillon.                                    40

       A LA REINE (_lettre secrte_).                          41
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     169e _Dpche_.--6 avril.--

       AU ROI.                                                 45
     Ouverture du parlement.                                  _Ib._
     Affaires d'Ecosse et des Pays-Bas.                        47

     170e _Dpche_.--11 avril.--

       AU ROI.                                                 50
     Dbats du parlement.                                     _Ib._
     Affaires d'Ecosse.                                        51
     Prise de Dunbarton.                                       52

     171e _Dpche_.--16 avril.--

       AU ROI.                                                 53
     Audience.                                                _Ib._
     Affaires d'Ecosse.                                        55

     172e _Dpche_.--19 avril.--

       AU ROI.                                                 58
     Audience.                                                _Ib._
     Proposition du mariage.                                   59
     _Mmoire_. Discussion du contrat de mariage entre le
     duc d'Anjou et Elisabeth.                                 61

     173e _Dpche_.--23 avril.--

       AU ROI.                                                 69
     Supplice de l'archevque de Saint-Andr.                 _Ib._
     Nouvelles d'Irlande et de Flandre.                        70

     174e _Dpche_.--28 avril--

       AU ROI.                                                 71
     Dbats du parlement.                                     _Ib._
     Affaires d'Ecosse.                                        72
     Armemens  Londres.                                       74

     175e _Dpche_.--2 mai.--

       AU ROI.                                                 75
     Audience.                                                _Ib._

       A LA REINE (_lettre secrte_).                          78
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     176e _Dpche_.--6 mai.--

       A LA REINE.                                             86
     Refroidissement d'Elisabeth.                             _Ib._

     177e _Dpche_.--8 mai.--

       AU ROI.                                                 88
     Tournoi  Londres.                                       _Ib._
     Crainte pour L'Irlande.                                   89
     Affaires d'Ecosse.                                        90

     178e _Dpche_.--10 mai.--

       A LA REINE.                                             92
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     179e _Dpche_.--13 mai.--

       AU ROI.                                                103
     Dbats du parlement.                                     _Ib._
     Nouvelles d'Ecosse et de Flandre.                        104

     180e _Dpche_.--18 mai.--

       AU ROI.                                                106
     Dbats du parlement.                                     _Ib._
     Projets de l'Espagne.                                    107
     Arrestation de l'vque de Ross.                         109

     181e _Dpche_.--23 mai.--

       AU ROI.                                                110
     Dbats du parlement.                                     111
     Combat prs Lislebourg.                                  _Ib._
     Ngociation des Pays-Bas.                                112

     182e _Dpche_.--28 mai.--

       AU ROI.                                                113
     Audience.                                                _Ib._
     Dclaration du roi touchant l'Ecosse.                    114
     Ngociation des Pays-Bas.                                117

     183e _Dpche_.--2 juin.--

       AU ROI.                                                118
     Confrence sur l'Ecosse.                                 _Ib._

       A LA REINE.                                            122
     Irritation d'Elisabeth contre Marie Stuart.              _Ib._

     _Lettre secrte_ sur le mariage.                         123

     184e _Dpche_.--7 juin.--

       A LA REINE.                                            129
     Articles du contrat de mariage.                          _Ib._

     185e _Dpche_.--9 juin.--

       AU ROI.                                                135
     Clture du parlement.                                    136
     Excution de Storey.                                     _Ib._
     Nouvelles d'Ecosse.                                      137
     Nouvelle accusation contre le duc de Norfolk.            138

     186e _Dpche_.--14 juin.--

       AU ROI.                                                139
     Succs des partisans de Marie Stuart.                    _Ib._
     Ngociation avec l'Espagne.                              141
     Blessure du roi.                                         _Ib._

     187e _Dpche_.--20 juin.--

       AU ROI.                                                142
     Audience.                                                _Ib._
     Dtails sur la blessure du roi.                          _Ib._
     Accusation contre l'vque de Ross                       145

       A LA REINE (_lettre secrte_).                         148
     Ngociation du mariage.
     Proposition du fils de l'empereur pour mari d'Elisabeth. 149

     188e _Dpche_.--23 juin.--

       AU ROI.                                                151
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Opposition a la mise en libert de Bothwel.              152
     Nouvelles d'Allemagne.                                   153
     Libert du comte de Hertford.                            154
     Prise de Leith.                                          _Ib._

       A LA REINE (_lettre secrte_).                         155
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     189e _Dpche_.--28 juin.--

       AU ROI.                                                158
     Combat en Ecosse.                                        _Ib._
     Conspiration de Ridolfi.                                 159
     Troubles en Irlande.                                     162

       A LA REINE (_lettre secrte_).                         163
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     190e _Dpche_.--9 juillet.--

       AU ROI.                                                165
     Mission de Mr de Larchant pour le mariage.               _Ib._

       A LA REINE.                                            166
     Confidences d'Elisabeth.                                 _Ib._

     191e _Dpche_.--11 juillet.--

       AU ROI.                                                169
     Ngociation de Mr de Larchant.                           _Ib._
     Nouvelles d'Ecosse.                                      172

       A LA REINE. (_lettre secrte_).                        175
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     192e _Dpche_.--14 juillet.--

       AU ROI.                                                176
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Retour de sir Henri Coban.                               178
     Ngociation des Pays-Bas.                                179
     _Avis_ sur le mariage.                                   180

     193e _Dpche_.--20 juillet.--

       AU ROI.                                                _Ib._
     Audience.                                                181
     Affaires d'Ecosse.                                       185

       A LA REINE.                                            186
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     194e _Dpche_.--22 juillet.--

       AU ROI.                                                188
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._

       A LA REINE.                                            189
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     195e _Dpche_.--26 juillet.--

       AU ROI.                                                192
     Affaires d'Ecosse.                                       193

       A LA REINE.                                            195
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     196e _Dpche_.--31 juillet.--

       AU ROI.                                                196
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Nouveau complot reproch  Marie Stuart.                 198
     Arrestation de Stanley.                                  _Ib._
     Nouvelles d'Irlande.                                     199
     Accord sur les prises des Pays Bas.                      _Ib._

       A LA REINE.                                            200
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     197e _Dpche_.--5 aot.--

       AU ROI.                                                202
     Inquitude d'Elisabeth.                                  _Ib._
     Instances pour Marie Stuart.                             205

       A LA REINE.                                            206
     Prsent fait  l'ambassadeur.                            _Ib._

     198e _Dpche_.--6 aot.--

       A LA REINE.                                            208
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     199e _Dpche_.--9 aot.--

       AU ROI.                                                210
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._
     tat des partis en Ecosse.                               211

       A LA REINE.                                            213
     Communication de Leicester.                              _Ib._

     200e _Dpche_.--12 aot.--

       AU ROI.                                                214
     Mission de Mr de Foix.                                   215
     Nouvelles d'Ecosse et d'Irlande.                         _Ib._

     201e _Dpche_.--19 aot.--

       AU ROI.                                                217
     Audience donne  Mr de Foix.                            _Ib._
     Dtails de sa ngociation.                               _Ib._

       A LA REINE.                                            221
     Protestations de dvouement de la noblesse
     d'Angleterre.                                            222

     202e _Dpche_.--3 septembre.--

      AU ROI.                                                 223
     Dpart de Mr de Foix.                                    _Ib._

     203e _Dpche_.--7 septemb.--

       AU ROI.                                                224
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._
     Saisie d'argent envoy en Ecosse.                        226
     Accusation contre le duc de Norfolk.                     _Ib._
     Il est mis  la Tour.                                    228

     204e _Dpche_.--12 septemb.--

       AU ROI.                                                229
     Procdure contre Norfolk.                                _Ib._
     Danger de Marie Stuart.                                  230
     Entreprise sur Stirling.                                 231

     205e _Dpche_.--16 septemb.--

       AU ROI.                                                232
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Mort du comte de Lennox;--Le comte de Mar, rgent.       _Ib._

       A LA REINE.                                            235
     Ncessit d'envoyer des secours en Ecosse                _Ib._

     206e _Dpche_.--21 septemb.--

       AU ROI.                                                237
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Ngociation du mariage.                                  239

     207e _Dpche_.--26 septemb.--

       AU ROI.                                                241
     Affaires d'Ecosse.                                       242
     Assemble de Stirling.                                   243
     Accusations contre le duc de Norfolk et
     Marie Stuart.                                            244

     208e _Dpche_.--30 septemb.--

       AU ROI.                                                245
     Accueil fait  Coligni par le roi.                       _Ib._
     Mission de Quillegrey.                                   247
     Nouvelles des Pays-Bas et d'Ecosse.                      _Ib._

     209e _Dpche_.--6 octobre.--

       AU ROI.                                                248
     Procs du duc de Norfolk.                                _Ib._
     Arrestation du comte d'Arundel et de lord
     de Lumley.                                               _Ib._
     Affaires d'Ecosse.                                       249

     210e _Dpche_.--10 octobre.--

       AU ROI.                                                251
     Audience.                                                _Ib._

     211e _Dpche_.--15 octobre.--

       AU ROI.                                                254
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._

       A la Reine.                                            257
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     212e _Dpche_.--20 octobre.--

       AU ROI.                                                258
     Affaires d'Ecosse.                                       259
     Procs du duc de Norfolk.                                261
     Arrestation de lord Coban, et fuite du comte
     de Derby.                                                _Ib._

     213e _Dpche_.--24 octobre.--

       AU ROI.                                                263
     Dpart de Quillegrey.                                    _Ib._

     214e _Dpche_.--26 octobre.--

       AU ROI.                                                264
     L'vque de Ross  la Tour.                              265
     Les Ecossais chasss d'Angleterre.                       _Ib._

     215e _Dpche_.--31 octobre.--

       AU ROI.                                                266
     Procs du duc de Norfolk.                                _Ib._
     Sige de Lislebourg.                                     267
     Affaires d'Irlande et des Pays-Bas.                      268

     216e _Dpche_.--5 novembre.--

       AU ROI.                                                269
     Ngociation des Pays-Bas.                                270
     Leve du sige de Lislebourg.                            272

       A LA REINE.                                            273
     Explications sur l'argent saisi.                         _Ib._

     217e _Dpche_.--10 novemb.--

       AU ROI.                                                274
     Nouvelles d'Ecosse.                                      _Ib._
     Audience.                                                275
     Victoire de Lpante.                                     280

       A LA REINE.                                            _Ib._
     Inquitude des Anglais.                                  _Ib._

     218e _Dpche_.--13 novemb.--

       AU ROI.                                                282
     Rsolution d'Elisabeth de retenir Marie Stuart toute
     sa vie prisonnire.                                      283
     Affaires d'Ecosse.                                       285

       A LA REINE.                                            286
     Ngociation d'un trait d'alliance entre la France
     et l'Angleterre.                                         _Ib._

     219e _Dpche_.--20 novemb.--

       AU ROI.                                                288
     Procs du duc de Norfolk.                                _Ib._
     Nouvelles d'Ecosse, d'Irlande et des Pays-Bas.           289

     220e _Dpche_.--26 novemb.--

       AU ROI.                                                291
     Procs du duc de Norfolk.                                292
     Irritation de Leicester contre le duc.                   _Ib._

     221e _Dpche_.--30 novemb.--

       AU ROI.                                                294
     Accusation de lze-majest contre le duc de Norfolk.     295
     Pril de l'vque de Ross.                               295
     Nouvelles d'Ecosse.                                      296

       A LA REINE.                                            297
     Sollicitations pour le duc de  Norfolk et
     Marie Stuart.                                            _Ib._

     222e _Dpche_.--5 dcembre.--

       AU ROI.                                                298
     Montgommery  Londres.                                   _Ib._
     Nouvelles d'Ecosse.                                      299

       A LA REINE.                                            301
     Libelle contre Marie Stuart.                             _Ib._

     223e _Dpche_.--10 dcemb.--

       AU ROI.                                                302
     Audience.                                                _Ib._
     Mission de Me Smith en France pour y conclure le
     mariage ou un trait d'alliance.                         305
     _Mmoire gnral_ concernant la mission de Me Smith
     et la ngociation sur l'Ecosse.                          306

     224e _Dpche_.--16 dcemb.--

       AU ROI.                                                312
     Nouvelles d'Ecosse.                                      313
     L'ambassadeur d'Espagne renvoy d'Angleterre.            314

     225e _Dpche_.--22 dcemb.--

       AU ROI.                                                315
     Confidences d'Elisabeth.                                 _Ib._
     Affaires d'Ecosse.                                       317
     Ngociation de Montgommery.                              319

       A LA REINE.                                            _Ib._
     Divers mariages  Londres.                               _Ib._

     226e _Dpche_.--27 dcemb.--

       AU ROI.                                                321
     Affaires d'Ecosse.                                       322
     Utilit d'un trait de commerce avec l'Angleterre.       326
     Sdition  Paris.                                        327


     ANNE 1572.--PREMIRE PARTIE.

     227e _Dpche_.--3 janvier.

       AU ROI.                                                328
     Audience.                                                _Ib._
     Confrence avec Leicester.                               331

       A LA REINE.                                            333
     Nouvelles d'Ecosse.                                      334

     228e _Dpche_.--9 janvier.--

       AU ROI.                                                336
     Combat dans Lislebourg.                                  337
     Nouvelles de Marie Stuart.                               338
     Affaires d'Espagne.                                      _Ib._

     229e _Dpche_.--14 janvier.--

       AU ROI.                                                339
     Soulvement de l'Irlande.                                340
     Ngociation des Pays-Bas.                                341

     230e _Dpche_.--18 janvier.--

       AU ROI.                                                342
     Audience.                                                343
     Condamnation du duc de Norfolk.                          346

       A LA REINE.                                            _Ib._
     Communication secrte faite 
     Elisabeth au nom du duc d'Anjou.                         _Ib._

     231e _Dpche_.--25 janvier.--

       AU ROI.                                                330
     Dtails sur la condamnation du duc de Norfolk            _Ib._
     Sa dclaration.                                          351
     Rupture de la ngociation avec l'Espagne.                352
     Audience.                                                353
     Rupture de la ngociation du mariage du duc d'Anjou.     354

       A LA REINE (_lettre secrte_).
     Proposition du mariage du duc d'Alenon.                 355

     232e _Dpche_.--31 janvier.--

       AU ROI.                                                358
     Dsir d'Elisabeth de continuer la ngociation de
     l'alliance.                                              _Ib._
     Sollicitations pour Norfolk.                             359
     Pacification de l'Irlande.                               _Ib._
     Dpart de l'ambassadeur d'Espagne.                       360
     Ngociation avec le Portugal.                            361

     233e _Dpche_.--5 fvrier.--

       AU ROI.                                                362
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Ngociation des Pays-Bas.                                364

     234e _Dpche_.--10 fvrier.--

       AU ROI.                                                365
     Audience.                                                _Ib._

       A LA REINE (_lettre secrte_).                         369
     Ngociation du mariage.                                  370

     235e _Dpche_.--13 fvrier.--

       AU ROI.                                                372
     Discussion du trait d'alliance.                         _Ib._

     236e _Dpche_.--19 fvrier.--

       AU ROI.                                                377
     Ngociation de l'alliance.                               _Ib._
     Affaires d'Ecosse.                                       378

       A LA REINE.                                            380
     Justification de l'ambassadeur.                          381

     237e _Dpche_.--24 fvrier.--

       AU ROI.                                                382
     Audience.                                                383
     Ngociation des Pays-Bas.                                386

     238e _Dpche_.--29 fvrier.--

       AU ROI.                                                387
     Ngociation des Pays-Bas.                                _Ib._
     Remontrances de Fiesque.                                 388
     Nouvelles de Marie Stuart.                               391

     239e _Dpche_.--8 mars.--

       AU ROI.                                                392
     Arrive de Mr Du Croc.                                   _Ib._
     Audience.                                                _Ib._
     Lettre de Marie Stuart au duc d'Albe.                    393

     A LA REINE (_lettre secrte_).                           395
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     240e _Dpche_.--13 mars.--

       AU ROI.                                                397
     Irritation d'Elisabeth contre Marie Stuart.              _Ib._
     Ngociation de Mr du Croc.                               _Ib._
     Dfaite des Irlandais.                                   399

     241e _Dpche_.--18 mars.--

       AU ROI.                                                400
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Ngociation de Mr Du Croc.                               _Ib._
     Retour de Quillegrey.                                    404

       A LA REINE.                                            _Ib._
     Saisie des papiers de lord Seton.                        405
     (_Lettre secrte._) Ngociation du mariage.              406
     _Mmoire gnral_. Affaires d'Ecosse.                    408
     Ngociation des Pays-Bas.                                409

     242e _Dpche_.--25 mars.--

      AU ROI.                                                 410
     Maladie d'Elisabeth.                                     411

     243e _Dpche_.--30 mars.--

       AU ROI.                                                412
     Maladie d'Elisabeth.                                     _Ib._
     Ngociation de l'alliance.                               413
     Projet du duc d'Albe sur l'Ecosse.                       414

     244e _Dpche_.--3 avril.--

       AU ROI.                                                416
     Ngociation de l'alliance.                               _Ib._
     Armemens  Londres.                                      420

     245e _Dpche_.--7 avril.--

       AU ROI.                                                421
     Affaires d'Ecosse.                                       _Ib._
     Ngociation des Pays-Bas.                                423

     246e _Dpche_.--14 avril.--

       AU ROI.                                                424
     Convocation du parlement.                                425
     Prises faites par la flotte du prince d'Orange.          427

     247e _Dpche_.--21 avril.--

       AU ROI.                                                428
     Audience en conseil.                                     _Ib._
     Rupture et reprise de la ngociation de Mr Du Croc.      431

     248e _Dpche_.--27 avril.--

       AU ROI.                                                434
     Succs de la ngociation de Mr Du Croc.                  _Ib._
     Ordre de la Jarretire donn  Mr de Montmorenci.        436

       A LA REINE. (_lettre secrte_).                        438
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     249e _Dpche_.--4 mai.--

       AU ROI.                                                440
     Mr Du Croc en Ecosse.                                    _Ib._
     Rupture de la ngociation des Pays-Bas.                  441
     Affaires d'Ecosse.                                       442
     Conclusion du trait d'alliance.                         444

       A LA REINE.                                            445
     Rjouissances  Londres.                                 _Ib._

     250e _Dpche_.--13 mai.--

       AU ROI.                                                447
     Audience.                                                448

       A LA REINE (_lettre secrte_).                         _Ib._
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._
     Mmoire. Dtails de l'audience.                          450

     251e _Dpche_.--19 mai.--

       AU ROI.                                                456
     Ouverture du parlement.                                  _Ib._
     Nouvelles d'Ecosse.                                      457
     Ngociation des Pays-Bas.                                _Ib._

     252e _Dpche_.--24 mai.--

       AU ROI.                                                459
     Danger de Marie Stuart.                                  460
     Nouvelles d'Ecosse.                                      _Ib._

       A LA REINE (_lettre secrte_).                         461
     Ngociation du mariage.                                  _Ib._

     253e _Dpche_.--28 mai.--

       AU ROI.                                                463
     Soupon de peste.                                        _Ib._
     Communication par lettre.                                _Ib._
     Danger de Marie Stuart.                                  465
     Confrence avec le comte de Lincoln                      466

       A LA REINE.                                            468
     Bonnes dispositions du comte de Lincoln.                 _Ib._


FIN DE LA TABLE DU QUATRIME VOLUME.





End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de
Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Quatrime, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

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work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

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