The Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de Paris
depuis les Gaulois jusqu' nos jours (Volume 8/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor

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Title: Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu' nos jours (Volume 8/8)

Author: Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor

Release Date: May 7, 2013 [EBook #42659]

Language: French

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  TABLEAU

  HISTORIQUE ET PITTORESQUE

  DE PARIS.




  IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,
  RUE D'ANJOU-DAUPHINE, N 8.




  TABLEAU
  HISTORIQUE ET PITTORESQUE
  DE PARIS,

  DEPUIS LES GAULOIS JUSQU' NOS JOURS.


  Ddi au Roi
  Par J. B. de Saint-Victor.


  _Seconde dition_,
  REVUE, CORRIGE ET AUGMENTE.

  TOME QUATRIME.--DEUXIME PARTIE.


                       _Miratur molem..... Magalia quondam._
                                                  NEID., lib. 1.




  PARIS,
  LIBRAIRIE DE CARI DE LA CHARIE,
  RUE DE L'COLE-DE-MDECINE, N 4, AU PREMIER.

  M DCCC XXVII.




TABLEAU

HISTORIQUE ET PITTORESQUE

DE PARIS.




QUARTIER

SAINT-GERMAIN-DES-PRS.

     Ce quartier est born,  l'orient, par les rues Dauphine et de
     Bussy, du Four et de Svre inclusivement; au septentrion, par la
     rivire, y compris le pont Royal et l'le aux Cygnes; 
     l'occident, par les extrmits du faubourg et les barrires qui
     le terminent, depuis la rivire jusqu' la rue de Svre.

     On y comptoit, en 1789, cinquante-huit rues, deux culs-de-sac,
     une abbaye et trois communauts d'hommes, quatre couvents et deux
     communauts de filles, un collge, trois sminaires, trois
     maisons hospitalires, un pont, quatre quais, les maisons royales
     des Invalides et de l'cole-Militaire, etc.


PARIS SOUS LA RGENCE ET SOUS LOUIS XV.

Pour sauver la France de ces abmes que Louis XIV avoit ouverts devant
elle, il et fallu qu'immdiatement aprs lui, son trne et t
occup par un prince qui runt,  la fois, et la force de volont que
possdoit ce monarque et les vues suprieures dont il toit dpourvu.
Il ne s'agissoit point de rtablir d'abord, et en politique et en
administration, les vieilles institutions qui avoient dj t
altres avant lui, et qu'il avoit  peu prs achev de dtruire. Ce
sont l les parties prissables de la socit: les refaire ce qu'elles
avoient t n'toit pas possible, et ce qu'elles avoient de bon se
seroit en quelque sorte rtabli de lui-mme. Un roi, tel que nous
l'imaginons, et eu pour premire pense d'aller  la source du mal:
il et reconnu qu'en sparant violemment le pouvoir politique du
pouvoir religieux, son prdcesseur avoit attaqu le principe mme de
la vie dans une socit chrtienne; et son premier soin et t d'en
renouer l'antique alliance, et de la raffermir sur ses bases
naturelles. C'est--dire qu'au lieu de se prmunir contre les
_entreprises_ de Rome, il et suppli Rome de concourir avec lui 
rtablir l'ordre au milieu de cette socit, dont Dieu l'avoit fait
chef  la charge de lui en rendre compte, en la ramenant, de la
licence des opinions qui menaoient de la pntrer de toutes parts, 
cette unit de croyances et de doctrines que la soumission seule peut
produire, puisque croire et se soumettre sont en effet une seule et
mme chose; d'o il rsulte qu'il y a rvolte et dsordre partout o
manque la foi.

Il et donn lui-mme l'exemple de cette soumission. La corruption
qu'apportoient avec elles ces opinions licencieuses ne s'toit pas
encore introduite dans les entrailles du corps social: jusqu'alors
elle n'en avoit attaqu que les superficies; et, hors des classes
suprieures de la socit, des parlementaires, et de quelques coteries
qui croissoient sous les auspices d'un petit nombre d'vques et
d'ecclsiastiques jansnistes ou gallicans, le catholicisme toit
partout. La France avoit le bonheur de possder un clerg puissant par
ses richesses, et dont par consquent l'influence toit grande au
milieu des peuples, sur lesquels il se faisoit un devoir de les
rpandre. Il toit si loin d'avoir adopt ces maximes d'une prtendue
indpendance, qui le livroient honteusement et sans dfense aux
caprices du pouvoir temporel, que ceux-l mme de ses membres, et sauf
quelques exceptions, qui d'abord s'y toient laiss sduire,
revenoient dj sur leurs pas, effrays des consquences
qu'entranoient aprs elles ces maximes dangereuses. Au premier signal
des deux puissances, cette milice de l'glise pouvoit encore oprer
des prodiges: le jansnisme rentroit dans la poussire; l'impit
seroit demeure silencieuse ou se ft faite hypocrite; l'esprit
parlementaire, c'est--dire l'esprit de rvolte, et t comprim, et
peut-tre et-il fini par s'teindre. S'aidant, pour atteindre un si
noble but, de toutes ces ressources de civilisation et de puissance
matrielle cres par son prdcesseur, et dont celui-ci avoit fait un
si funeste usage, le fils an de l'glise, le roi trs chrtien,
pouvoit acqurir la gloire incomparable de ranimer pour des sicles,
non pas seulement ce beau royaume de France, mais encore toute la
chrtient expirante. Ce moyen de salut, le seul qu'il ft possible
d'employer, le duc de Bourgogne toit, dit-on, capable de le
comprendre et de le mettre  excution; et nous sommes ports  le
croire d'un lve de Fnlon, celui de tous les vques de France qui
entendoit le mieux cette politique chrtienne, et qui avoit le mieux
saisi toutes les fautes du rgne qui venoit de finir. La Providence en
avoit dcid autrement: ce prince fut enlev  une nation qui mettoit
en lui toutes ses esprances; et au milieu des orages que tant de
fautes avoient accumuls sur elle, un enfant en bas ge fut assis sur
le trne d'o le vieux monarque venoit de descendre si douloureusement
dans la tombe.

(1715) Louis XIV ne s'toit point tromp lorsqu'il avoit pens que son
testament, arrach aux importunits du duc du Maine et de Mme de
Maintenon, auroit probablement la mme destine que tant d'autres
dernires volonts des rois, desquelles, aprs leur mort, on a coutume
de faire moins de cas que de celles des derniers de leurs sujets[1].
Ce testament, injurieux pour le duc d'Orlans, en ce qu'il sembloit,
par des prcautions extraordinaires prises pour la sret du jeune
roi, rveiller les soupons odieux levs contre lui quelques annes
auparavant, attentatoire  ses droits de premier prince du sang,
puisqu'il le rduisoit aux simples fonctions d'un prsident de conseil
de rgence[2], fut cass le lendemain mme de la mort du roi, par le
parlement, ivre de joie, aprs de si longues humiliations, d'avoir
trouv l'occasion d'exercer un acte de puissance politique, attendant
tout de sa position nouvelle, et dj ne mettant plus de bornes  ses
esprances et  ses prtentions. Les princes lgitims, et
particulirement le duc du Maine, n'tant plus soutenus par la main
puissante qui les avoit si prodigieusement levs, descendirent ds
lors presque aussi bas qu'ils pouvoient descendre; le neveu de Louis
XIV fut nomm rgent de France pendant la minorit de Louis XV, et dut
ce succs  la promptitude de ses mesures,  l'adresse avec laquelle
il avoit su prodiguer, aux grands du royaume et aux magistrats, des
promesses qu'il toit bien rsolu de ne pas tenir. Le droit de
remontrance fut rendu au parlement, et peu s'en fallut que, dans cette
mme sance, il n'obtnt encore davantage[3]; la cration que fit
sur-le-champ le nouveau rgent, de sept conseils auxquels furent
attribus les divers dpartements des affaires, lui fournit les moyens
de satisfaire ces grands, si long-temps exclus du pouvoir, qui
conservoient aussi des souvenirs trs vifs de ce qu'avoient t leurs
pres, et toutes les prtentions de leur ancienne aristocratie. Ils
obtinrent les premires places dans ces conseils; et le prince trouva
encore le moyen de se rendre agrable aux classes moins leves, en y
faisant entrer quelques hommes d'une naissance infrieure, mais qui
lui toient signals par l'estime publique que leur avoient acquise
leur capacit et leur intgrit. Dans ces premiers moments, plusieurs
amliorations furent faites dans l'administration des affaires
publiques, et l'on en fit esprer beaucoup d'autres; on pourvut  un
paiement plus rgulier des troupes; celui des rentes de
l'Htel-de-Ville fut assur; les attributions des intendants de
province, qui sembloient trop tendues, subirent quelques
modifications gnralement dsires; une ordonnance fixa le prix
jusqu'alors si vacillant des matires d'or et d'argent; et, pour
combler les esprances que le peuple avoit dj conues du nouveau
gouvernement, le rgent fit publiquement connotre la disposition o
il toit d'attaquer les traitants, que les malheurs de la dernire
guerre avoient multiplis et gorgs de richesses, et de faire servir
leurs dpouilles  acquitter les dettes de l'tat; il y eut des
rformes trs sensibles dans les dpenses de la cour; enfin, il parla
de diminuer les impts, et demanda mme publiquement des conseils sur
les moyens d'y parvenir et d'en rendre la perception moins onreuse
aux contribuables. De si beaux commencements, qui enivroient la
multitude, n'toient pas faits pour en imposer  ceux qui
connoissoient le caractre du duc d'Orlans.

[Note 1: Par cette raison toute simple que, mme quand ils traitent de
leurs intrts privs, les rois stipulent presque toujours pour des
intrts publics, sur lesquels, dans un tel cas, leurs affections
domestiques peuvent facilement les garer. S'il est vrai que, de leur
vivant, ils appartiennent  l'tat, mme dans leurs rapports de
famille, il en rsulte que les destines de l'tat ne peuvent tre
lgitimement compromises par leurs dernires volonts, c'est--dire
par eux, aprs leur mort.]

[Note 2: Louis XIV y tablissoit un conseil de rgence, compos de M.
le duc d'Orlans qui en toit le chef, de M. le duc de Bourbon qui y
devoit assister quand il auroit vingt-quatre ans accomplis, du duc du
Maine, du comte de Toulouse, du chancelier, des marchaux de Villeroi,
de Villars, de Tallard, d'Harcourt, des quatre secrtaires d'tat et
du contrleur gnral. Dans ce conseil, tout devoit se rgler  la
pluralit des voix; l'avis du chef ne devoit prvaloir que quand le
nombre des suffrages seroit gal. La personne du jeune roi toit mise
sous la tutelle et garde du conseil de rgence, et le duc du Maine
charg de veiller  son ducation et  sa conservation, avec une
entire autorit sur les officiers de la garde de sa majest. Le duc
du Maine venant  manquer, le comte de Toulouse devoit prendre sa
place. Le marchal de Villeroi toit nomm gouverneur sous l'autorit
du duc du Maine. (AVRIGNY, t. 5, p. 320.)]

[Note 3: Tout ce que le duc d'Orlans demanda dans cette sance
mmorable lui fut accord avec tant de facilit, que, dans le
transport de sa joie, il se laissa entraner aux promesses les plus
exagres. Un homme habile, dvou  ses intrts, qui observoit
froidement dans la foule, et qui connoissoit l'esprit parlementaire,
lui fit parvenir un billet o toient ces mots: Vous tes perdu si
vous ne rompez la sance. Il le crut, et continua l'assemble 
l'aprs-midi. Il avoit tout obtenu avant mme que le testament ft
ouvert.]

Ce prince toit n avec les plus heureuses dispositions, et, dans
beaucoup de parties, son ducation avoit t extrmement cultive. Il
avoit l'esprit net et pntrant, et ce qu'il concevoit clairement et
rapidement, il l'exprimoit avec grce et facilit; il avoit montr 
la guerre une bravoure et une capacit qui en auroient fait un grand
gnral, s'il et eu de plus frquentes occasions de commander les
armes; ses connoissances dans les sciences physiques, dans les
lettres, dans les arts, toient tendues et varies; il avoit un fond
de bont naturelle qui le faisoit aimer encore, mme aprs qu'on avoit
cess de l'estimer; mais il arrivoit qu'il perdoit l'estime ds qu'on
avoit commenc  le mieux connotre. Jamais il n'y eut une me plus
nerve, plus corrompue par tous les vices qui prennent leur source
dans le plus dangereux de nos penchants, celui de la volupt. Un homme
infme, qui avoit t son prcepteur, et que nous allons voir jouer
un rle si extraordinaire et si scandaleux, l'abb Dubois, s'toit
fait un jeu et peut-tre un calcul de dvelopper ces dispositions,
malheureusement trop prcoces dans son lve; et il les avoit
fortifies en y ajoutant des leons d'athisme, dont il faisoit ds
lors secrtement profession. Cette culture n'avoit que trop profit;
et tels avoient t le dbordement des moeurs et les jactances
irrligieuses du jeune prince, au milieu de l'austrit des dernires
annes de l'ancienne cour, qu'ils avoient rendus vraisemblables ces
horribles soupons que le testament du roi venoit de rappeler, et qui
s'levrent presque naturellement contre lui, lorsque tant de morts
violentes et subites vinrent dsoler la famille royale; et mme que,
dans l'esprit de plusieurs, ces soupons ne furent jamais entirement
effacs[4]. Ces gots voluptueux toient devenus plus ardents encore
avec l'ge, et son irrligion profonde et invtre les rendoit
exempts de trouble et de remords. Parce qu'il toit n bon, ses vices
ne l'avoient pas fait mchant, mais l'avoient jet dans cette
indiffrence du bien et du mal, et dans ce mpris pour les hommes qui
rsulte de ce retour que fait sur lui-mme un homme profondment
corrompu et digne de toute espce de mpris. Toute ide de devoir
s'toit efface de cette me  ce point dgrade; les affaires
fatiguoient un prince qui prouvoit sans cesse la fatigue des
plaisirs, dont les plaisirs toient nanmoins la principale affaire;
et  peine matre de ce pouvoir qu'il avoit vivement dfendu contre
ceux qui vouloient le lui enlever, il cherchoit dj  qui il en
pourroit srement remettre les soins et les embarras.

[Note 4: Ils acquirent assez de force pour qu'il se vt rduit  s'en
dfendre devant le roi comme d'une accusation formelle. Louis XIV, qui
le connoissoit bien, l'appeloit un _fanfaron de vices_.]

Cependant, ds ces premiers moments de la rgence, les intrts
politiques de l'Europe, renferms dans le cercle troit des intrigues
de cour et des intrts particuliers des princes, se compliquoient de
la manire la plus trange; et il est ncessaire d'en donner quelque
ide pour bien faire comprendre ce qui se passa en France sous
l'administration du duc d'Orlans.

Malgr le peu de succs des efforts que Louis XIV avoit faits pour
rtablir les Stuarts sur le trne d'Angleterre, il s'en falloit de
beaucoup que la branche protestante qui les avoit remplacs, y ft
solidement tablie. De simple lecteur de Hanovre devenu souverain
d'un grand royaume, Georges Ier y vivoit au milieu des alarmes que lui
causoit un parti puissant qui ne voyoit en lui qu'un usurpateur, peu
digne d'ailleurs, par ses qualits personnelles, de la haute et
inespre fortune  laquelle il toit parvenu. Sur ce trne, o il
chanceloit encore, ses regards se tournoient avec inquitude vers la
France, qui, dans cette disposition des esprits et en raison du pacte
de famille qui sembloit devoir l'unir ternellement  l'Espagne,
pouvoit plus efficacement agir pour les Stuarts, et avec de moindres
efforts que ne l'avoit fait le feu roi, au milieu de tant de guerres
si malheureuses dont les dernires annes de son rgne avoient t
affliges.

L'Espagne, si long-temps gouverne par le gnie ardent et tracassier
de la princesse des Ursins, aprs avoir reu de la France et de la
famille des Bourbons l'un des plus foibles princes dont il soit fait
mention dans ses annales, avoit vu, lors du second mariage de Philippe
V avec une princesse de Parme, s'oprer une rvolution subite et
complte dans la chambre du roi, devenue, d'aprs les exemples que lui
en avoit donns Louis XIV, le centre et le sige de son gouvernement.
La princesse des Ursins avoit t violemment et outrageusement chasse
par la nouvelle reine, dont le caractre hautain et ambitieux ne
vouloit point d'un semblable intermdiaire auprs d'un poux qu'elle
toit sre de gouverner. Le mlancolique et ennuy monarque, clotr
en quelque sorte dans ses appartements, o son premier et mme son
unique besoin toit d'avoir une compagne lgitime de sa couche,
s'abandonnoit encore plus entirement  la tutelle de sa jeune pouse
qu' celle de la vieille favorite,  qui il n'avoit manqu que de
pouvoir exercer sur lui un empire de cette mme nature, et qu'il lui
avoit sacrifie avec une indiffrence qui alloit jusqu' l'inhumanit.
Cette nouvelle reine, hae des Espagnols autant que l'autre en avoit
t adore[5], leve par sa mre dans une retraite profonde et dans
une ignorance entire de toutes choses, au milieu des projets qu'elle
avoit forms assez intelligente pour sentir et apprcier son
inexprience des affaires, se mfiant avec juste raison de ceux qui la
hassoient et  qui elle rendoit toute leur haine, avoit cherch,
parmi les Italiens qui l'avoient suivie, un homme  qui elle pt se
confier, un guide qui ft capable de la bien conduire. Albroni, alors
ministre de Parme  la cour d'Espagne, lui parut tre cet homme
qu'elle cherchoit. N sujet de son pre et dans les dernires classes
du peuple; de simple cur de village qu'il toit, parvenu par ses
intrigues, par son audace, par l'activit et la souplesse de son
esprit,  jouer un rle brillant dans le monde, il sembloit runir
tout ce qui pouvoit inspirer de la scurit  cette princesse
ambitieuse[6]; elle lui devoit d'ailleurs le haut rang auquel elle
toit parvenue[7], et elle crut avec juste raison ne courir aucun
risque en livrant le pouvoir  un personnage qui s'toit montr si
dvou  ses intrts, que sa propre bassesse et la dpendance entire
o il se trouvoit  son gard lui livroient  elle-mme sans rserve.
Ainsi s'expliquent, l'lvation subite d'Albroni, son pouvoir sans
bornes, son audace  tout entreprendre tant au dedans qu'au dehors,
sans obstacle, sans contradiction, enfin une fortune qui tonna
l'Europe et des projets qui l'tonnrent encore davantage.

[Note 5: Son mariage leur avoit dplu, parce qu'ils dsiroient que
leur roi prt une femme de leur nation; de son ct, lisabeth Farnse
ne leur pardonnoit pas qu'ils en eussent souhait une autre. Cette
aversion rciproque s'augmentoit encore par les prfrences pour les
places et les emplois, que la reine, dans la mfiance qu'elle avoit
des Espagnols, faisoit accorder, tant qu'elle pouvoit, aux Italiens et
aux Flamands. (ANQUETIL.)]

[Note 6: Les enfants qu'elle avoit du roi ne pouvant prtendre au
trne parce qu'il avoit des fils de sa premire femme, la princesse de
Savoie, elle avoit form le dessein de leur procurer d'autres
tablissements, ainsi que nous le verrons ci-aprs.]

[Note 7: Il trompa la princesse des Ursins, qui cherchoit pour le roi
d'Espagne une femme douce, timide, sans exprience, qu'elle pt
gouverner en mme temps que son royal poux, et lui persuada que la
princesse de Parme toit telle qu'elle pouvoit le souhaiter. Ce fut
sur le portrait qu'il en fit que le mariage fut conclu.]

Tandis que ces choses se passoient en Espagne, une autre intrigue
politique s'ourdissoit  Paris. Le principal moteur en toit ce mme
abb Dubois, que son lve venoit de faire entrer au conseil d'tat,
non pas sans quelque rpugnance, parce qu'il le connoissoit trop bien
et qu'il n'avoit pas encore perdu toute pudeur, mais obsd par ses
continuelles et pressantes sollicitations, et n'ayant pu imaginer
d'autre moyen de s'en dbarrasser que de consentir  tout ce qu'il lui
demandoit. Un projet avoit t conu par cet audacieux aventurier,
dans lequel il ne s'agissoit pas moins que de changer toute la
politique de la France en l'alliant avec l'Angleterre et en
l'loignant de l'Espagne, projet monstrueux et tellement contraire 
ses vritables intrts, aux rapports si naturels o le pacte de
famille avoit plac les deux puissances et qui toient le seul
avantage que l'on et tir de la guerre dsastreuse qui venoit de
finir, qu'il sembloit qu'il y et mme de la folie  l'avoir os
concevoir. Dubois, consomm dans les intrigues de tout genre, et qui
connoissoit  fond le terrain sur lequel il alloit manoeuvrer, en
jugea autrement: peu lui importoit qu'un tel projet ft utile ou
funeste  la France; sa grande affaire toit de se rendre ncessaire
afin de s'lever plus haut; et dj gagn par l'or de l'Angleterre,
dont les diplomates savoient distinguer, partout et d'un oeil sr,
ceux qui avoient le caractre propre  les servir, il y trouvoit le
double avantage de satisfaire  la fois son ambition et sa cupidit.

Le duc de Noailles et Canillac furent les deux premiers qu'il
persuada. Le duc, plac par le rgent  la tte des finances, fut
entran par de misrables vues d'conomie, calculant qu'il en
coteroit fort cher pour tenter de nouvelles expditions en faveur du
prtendant. Canillac, vaniteux, indiscret, de peu de jugement, li par
des parties de dbauche avec Stairs, alors ambassadeur d'Angleterre en
France, flatt, cajol par lui, croyoit se donner de l'importance en
faisant le politique, et ce motif lui suffisoit. La partie tant ainsi
lie, et Dubois, bien qu'il y jout le principal rle, n'y paroissant
encore que comme agent secondaire, le duc d'Orlans fut amen
graduellement dans le pige par de basses insinuations qui touchoient
uniquement son intrt personnel. On commena par lui inspirer
quelques alarmes sur les dispositions du roi d'Espagne  l'gard de la
rgence qu'il pouvoit lui contester; on eut l'art d'en faire natre
ensuite de plus grandes relativement  la succession au trne, dans le
cas o la France viendroit  perdre son roi-enfant, dont la
constitution toit foible et la sant chancelante. Il suffisoit,
disoit-on, des exemples du rgne prcdent pour faire supposer que
Philippe V pourroit bien ne pas se croire irrvocablement engag par
ses renonciations; et le mouvement qu'Albroni, qui avoit aussi ses
projets (projets inoffensifs pour la France, car il toit trop habile
pour en concevoir de semblables), imprimoit alors  l'Espagne, lui fut
prsent, avec une adresse non moins perfide, comme une disposition
hostile contre lui en cas d'vnement[8]. Il trouvoit au contraire,
ajoutoit-on, dans le roi Georges un prince inquiet sur la solidit
d'un trne qu'il avoit trop videmment usurp, ayant besoin d'appui
pour s'y raffermir, et prt par consquent  lui donner le sien, dans
le cas o la couronne de France, venant  vaquer, lui seroit conteste
 lui-mme par un comptiteur qui, en apparence, y auroit des droits
plus vidents. Tous ces raisonnements toient d'un faux et d'une
absurdit que les moins habiles auroient pu saisir. Le duc
d'Orlans, dit Saint-Simon, avoit toute la pntration ncessaire pour
voir ce pige: ce qui le sduisit, ce fut le _contour tortueux de
cette politique_, et point du tout le dsir de rgner. Ds lors il se
livra aux Anglois avec un abandon qui effraya tous ceux qui n'toient
pas de ce honteux complot. Un homme non moins habile que Stairs dans
la politique machiavlique de son pays, Stanhope, alors ministre du
roi Georges, vint lui-mme en France pour mettre la dernire main  ce
que l'ambassadeur, son agent Dubois, et ses dupes avoient si
heureusement commenc. Le rgent les vit l'un et l'autre dans la plus
grande intimit, traitant le matin d'affaires avec eux, le soir les
admettant dans ses orgies. Ce fut dans ces confrences secrtes[9] et
peut-tre dans les panchements familiers de la dbauche, qu'il leur
sacrifia le prtendant, que Louis XIV, mme dans ses plus grands
revers, n'avoit jamais voulu abandonner; et telle fut la confiance
audacieuse de ces diplomates anglois dans l'ascendant qu'ils avoient
su prendre sur le prince que ses propres cratures lui avoient livr,
qu'ils ne craignirent point, au milieu mme de la France, de prparer
un guet  pens o faillit tomber le fils de Jacques II, et dont il
n'chappa que par la sagacit et la prsence d'esprit admirable d'une
femme dont il n'toit point connu[10]. Une ordonnance fut publie 
son de trompe, qui enjoignoit  tous les _trangers rebelles_ de
sortir en huit jours des terres du royaume, et ces _rebelles_ toient
les serviteurs du roi lgitime d'Angleterre, qui l'avoient suivi dans
son exil; enfin, vers la fin de cette mme anne, Dubois fut envoy en
Hollande en qualit d'ambassadeur extraordinaire, et avec la mission
d'y conclure un trait dj convenu entre la France, l'Angleterre, et
les tats-Gnraux, et qui toit entirement dirig contre l'Espagne,
que l'on continuoit de prsenter au rgent comme machinant des projets
hostiles contre lui[11].

[Note 8: On n'auroit pu certainement blmer le duc d'Orlans de
prendre d'avance ses prcautions pour cet objet (la succession au
trne); et c'est ce que reconnoissoit le marchal de Villars parlant 
lui-mme dans le conseil. Nous sommes trs persuads, lui disoit-il,
que vous dsirez la vie du roi, comme nous la dsirons tous tant que
nous sommes; mais il n'y a personne qui puisse s'tonner que vous
portiez vos vues plus loin. Comment les mesures qu'il est libre  tout
particulier de prendre dans sa famille pour ne pas laisser chapper
une succession qui le regarde, pourroient-elles tre blmes dans un
prince auquel la couronne de France doit naturellement tomber?
Villars concluoit qu'il falloit se contenter de savoir _bien
certainement_ quelles toient les vues de l'Espagne dans ses
armements, et quand on se seroit assur qu'ils ne menaoient pas la
France, lui souhaiter un bon succs, et ne pas s'en mler. (_Mm. de
Villars_, ANQUETIL.)]

[Note 9: Venant un jour au Palais-Royal, raconte encore Villars, je
trouvai que le prince avoit t renferm trois heures avec mylord
Stairs et Stanhope. Quand ils sortirent de la longue audience qu'il
leur avoit donne, je lui dis: Monseigneur, j'ai t employ en
diverses cours, j'ai vu la conduite des souverains; je prendrai la
libert de vous dire que vous tes l'unique qui veuille s'exposer 
traiter seul avec deux ministres du mme matre. Il me rpondit: Ce
sont mes amis particuliers. Selon les apparences, rpliquai-je, ils
sont encore plus amis de leur matre, et deux hommes bien prpars 
vous parler d'affaires, peuvent vous mener plus loin que vous ne
voudriez. (_Mm. de Villars_, ANQUETIL.)]

[Note 10: Ce guet  pens avoit t tabli  Nonancourt, bourg situ 
dix-neuf lieues de Paris, o le prtendant devoit passer pour se
rendre en Bretagne, et de l s'embarquer pour l'cosse. Ce fut la
matresse des postes qui, sur de simples pressentiments, djoua le
complot et sauva ce prince d'une mort certaine.]

[Note 11: Ce trait est connu sous le nom de la _quadruple alliance_.
Il avoit pour prtexte, selon saint Simon, 1 de rparer les troubles
apports, soit  la paix conclue  Bade en 1714, soit  la neutralit
de l'Italie, par le trait d'Utrecht en 1713; 2 de faire une paix
solide, et soutenue par les principales puissances de l'Europe. Entre
autres clauses, on y rgloit la succession de divers tats souverains
d'Italie, de manire qu'aprs la mort de leurs possesseurs actuels,
les mutations qui s'y pourroient faire ne troublassent point le repos
de l'Europe. Le but rel de ce trait entre Georges Ier et le rgent
toit de se garantir mutuellement,  l'un la possession d'un trne
usurp,  l'autre la succession  un trne qu'il croyoit, contre toute
vraisemblance, pouvoir, en cas d'vnement, lui tre dispute.]

Cependant, si ce prince et voulu, ainsi que le lui conseilloit
Villars, prendre, sur le but des armements que faisoit alors cette
puissance, des renseignements qu'il lui toit facile de se procurer,
il se ft assur que ces dispositions guerrires qu'on lui prsentoit
comme inquitantes, n'avoient d'autre but que de reprendre 
l'empereur les tats d'Italie que la paix d'Utrecht l'avoit force de
lui abandonner pour en faire des souverainets aux enfants de la
nouvelle reine, qui le dsiroit passionnment; et que, pour empcher
les Anglois de porter secours  l'empereur, il entroit dans le plan
d'Albroni de les occuper dans leur le, en y faisant passer le
prtendant avec une arme auxiliaire suffisante pour l'y maintenir et
rallier ses partisans. Ce ministre dont les vues toient fort
suprieures  celles qui dominoient alors dans le cabinet des
Tuileries, et qui, dans le gouvernement intrieur de l'Espagne, avoit
dj dploy une vigueur, une capacit, une activit qui n'alloient
pas moins qu' faire sortir ce royaume de l'inertie profonde o la
foiblesse non interrompue de ses princes l'avoit, depuis si
long-temps, plong, et  lui faire reprendre en Europe le rang qu'il
lui appartenoit d'y tenir, toit loin de penser, lorsqu'il avoit conu
un semblable projet dont le rsultat toit d'abaisser les ennemis
naturels de la France, que le plus grand obstacle qu'il y pourroit
rencontrer viendroit de la France elle-mme, et qu'une politique aussi
stupide que celle d'une alliance avec l'Angleterre prvaudroit dans le
conseil du rgent: il devoit bien plutt compter sur sa
coopration[12]. Ce fut cet obstacle si trange et si imprvu qui,
dconcertant un plan bien conu, utile dans ses principaux rsultats
au repos de l'Europe, et dont le succs paroissoit immanquable, le
jeta dans les mesures fausses, exagres, qui rendirent sa chute aussi
subite et aussi clatante que l'avoit t son lvation. Il eut le
tort de s'opinitrer  suivre ses premires ides, et de ne point
changer de marche, lorsque tout en changeoit autour de lui.

[Note 12: Villars l'entendoit bien mieux que le duc d'Orlans. Eh
bien, lui disoit-il, si l'Espagne veut s'agrandir, aidez-la au lieu de
la contrarier. Plus vous contribuerez  son agrandissement, moins elle
sera tente de vous troubler dans vos prtentions  la couronne; et si
Philippe V avoit cette tentation, il verroit toute l'Europe s'lever
contre un prince que vous auriez rendu trop formidable en tendant sa
puissance. (_Mm. de Villars._)]

Telles toient alors les intrigues qui agitoient les trois cabinets;
et il a t ncessaire d'entrer  ce sujet dans quelques dtails, pour
bien faire comprendre les vnements qui vont suivre, et surtout cette
influence de l'Angleterre, qui se prolongea si long-temps et qui fut
si fatale  la France.

(1716-1717) Rien n'clata pendant deux annes de ces grands projets de
l'Espagne, et de ces manoeuvres tnbreuses o le duc d'Orlans venoit
d'tre engag. Ces deux annes produisirent toutefois un vnement, en
lui-mme de peu d'importance, mais qui, par la suite, se rattacha 
toute cette intrigue. Ce fut le procs intent par le duc de Bourbon
aux princes lgitims, qu'il prtendoit devoir tre exclus du rang et
des prrogatives de princes du sang, que le feu roi leur avoit
accords. Il n'avoit aucun motif de faire un semblable affront  ces
princes qui, rduits par un seul acte du parlement  la plus entire
nullit, sembloient tre assez humilis: la duchesse du Maine toit sa
soeur, et l'outrage qu'il vouloit faire  son mari rejaillissoit sur
elle; mais il hassoit le duc du Maine, et cette haine, pousse 
l'extrme, toit pour lui un motif suffisant. Le duc d'Orlans ne
l'empcha point d'entamer cette affaire; car il avoit aussi une sorte
d'aversion pour ces princes lgitims, par cela seul qu'il avoit pu
les craindre un moment. C'toit encore au Parlement qu'appartenoit le
droit d'achever de dpouiller les deux btards de Louis XIV: le duc de
Bourbon lui prsenta donc requte et rclama l'intervention des ducs
et pairs qui, par ce titre de princes du sang, accord  des princes
illgitimes, se trouvoient, disoit-il, loigns du trne d'un degr de
plus. Les ducs du Maine et de Toulouse cherchrent un appui dans la
haute noblesse, jalouse des ducs et pairs, et extrmement choque de
cette importance qu'ils prtendoient se donner en faisant cause
commune avec les princes du sang, comme s'ils eussent form un ordre
suprieur, et qu'ils voulussent tracer entre eux et elle une ligne de
dmarcation. Ces misres de vanit, sous un gouvernement qui avoit
succd  toute la plnitude du despotisme de Louis XIV, firent natre
une discussion fort anime et surtout de la part de ceux qui toient
attaqus; mais tous leurs efforts ne purent empcher qu'une
dclaration du roi en date du 2 juillet 1717, et enregistre au
parlement le 8 du mme mois, ne privt les princes lgitims des nom,
droits et privilges de princes du sang, ne leur laissant de leurs
anciennes prrogatives que le droit de sance dont ils toient en
possession dans cette cour souveraine. Ce jugement, auquel le duc de
Toulouse, d'un caractre doux et paisible, se rsigna sans beaucoup
d'efforts, et t probablement support avec patience par le duc du
Maine; mais il fut entran par le ressentiment profond qu'en prouva
la duchesse, et nous allons voir bientt quels en furent les effets.

Cependant le duc d'Orlans vouloit tenir la parole qu'il avoit donne,
aux premiers jours de sa rgence, de poursuivre les traitants et de
leur faire rendre raison des profits normes qu'ils avoient faits dans
leurs transactions avec le dernier gouvernement. Quelque scandaleux
que pussent tre ces profits, il est vident que c'toit l une mesure
arbitraire, tyrannique, dans laquelle la foi publique toit viole;
car enfin le gouvernement du feu roi avoit t matre d'accepter ou de
refuser les marchs onreux qui lui avoient t proposs, marchs sur
lesquels avoient d toutefois influer, et les circonstances
malheureuses o se trouvoit alors la France, et les autres risques que
les vnements politiques pouvoient encore faire courir aux prteurs
ou fournisseurs. Mais des considrations prises dans la justice et
dans la morale n'toient pas faites pour arrter le duc d'Orlans; et
tous moyens lui sembloient bons pour rparer le dsordre des
finances, seule plaie de l'tat  laquelle il ft sensible, parce
qu'elle toit la seule qui lui caust de vritables embarras. Il parut
donc en 1716 un dit portant cration d'une chambre de justice
destine  connotre de toutes exactions ou malversations en fait de
finances, avec plein pouvoir de poursuivre, de taxer, d'emprisonner et
mme de condamner  des peines afflictives tous ceux qu'elle jugeroit
comptables envers l'tat, et qu'elle auroit appels devant son
tribunal[13]. Les procdures furent d'abord vives, rigoureuses, et la
Bastille se remplit de prisonniers. Les premires taxes rapportrent
des sommes immenses, et l'on avoit conu, dans le commencement, de
grandes esprances; mais les attributions trop tendues et trop
vaguement exprimes que l'dit avoit donnes  cette commission[14]
rpandirent bientt l'alarme dans toutes les classes de la socit,
lorsqu'on le vit porter ses recherches sur tous ceux qui avoient pris
quelque part aux affaires du feu roi. Des milliers de dlations,
vraies ou fausses, se succdrent tant  Paris que dans les provinces,
et de manire  effrayer mme les plus innocents. L'argent cessa de
circuler; le commerce et l'industrie tombrent dans une langueur
dsesprante; enfin, aprs un an d'exercice, il fallut mettre fin 
cette inquisition dsastreuse qui produisit, presque sans aucun fruit
matriel pour l'tat, des maux trs rels pour un grand nombre de
familles. De cent quatre-vingts millions que l'on tira des taxes, 
peine la moiti entra-t-elle dans les coffres du roi[15]; la plus
grande partie en fut prodigue sans mesure aux courtisans avides, aux
agents d'intrigues et aux compagnons de dbauche dont le rgent toit
entour. Ce fut l la premire marque publique qu'il donna de son
indiffrence pour ce qui toit bon et honnte, de la lgret de son
esprit, et de la foiblesse de son caractre.

[Note 13: La liste en toit longue. Le roi rendoit justiciables de
cette cour les officiers de nos finances, disoit l'arrt, les
comptables, traitants, sous-traitants et gens d'affaires, leurs
clercs, commis et prposs, et autres qui ont vaqu et travaill, tant
en la leve, perception et rgie de nos droits et deniers de nos
recettes, qu'autres leves et recouvrements ordinaires et
extraordinaires, traits, sous-traits, entreprises et marchs par
tapes, fournitures de vivres aux troupes, hpitaux, munitions de
guerre et de bouche aux villes, garnisons et armes de terre et de
mer, circonstances et dpendances, ou en l'emploi et distribution
desdits deniers, soit pour les dpenses de la guerre, de nos maisons
royales, et autres charges de notre tat. Ensemble contre tous ceux
qui ont exerc l'usure  l'occasion et au dtriment de nos finances,
tant sur les papiers que sur les espces.]

[Note 14: Les fonctions de cette chambre, compose de prsidents et
conseillers au parlement, d'officiers de la chambre des comptes, de la
cour des aides, et de matres des requtes, toient de procder 
l'instruction et jugement des procs civils et criminels mus et 
mouvoir par le procureur gnral de la chambre, pour raison de
pculat, concussions, exactions et malversations en fait de finances.
On emprisonnoit une foule de gens accuss ou simplement souponns;
plusieurs furent gards dans leurs maisons. Il y eut dfense de donner
des chevaux de poste  ceux qui voudroient se sauver, et de favoriser
en aucune manire leur vasion. Il y en eut de condamns au pilori,
aux galres,  de grosses amendes, et un seul  la mort dans une
province loigne. (ANQUETIL.)]

[Note 15: Les taxes imposes sur environ quatre cents personnes
produisirent plus de cent quatre-vingts millions, dont quatre-vingts 
peu prs furent employs  retirer des billets d'tat et  rembourser
le capital des rentes. (ANQUETIL.)]

Les plaisirs, et quels plaisirs! toient en effet sa principale ou
plutt son unique affaire. Les mmoires du temps nous ont conserv de
nombreux dtails des dbauches effrnes de ce malheureux prince, de
ses orgies dgotantes et chaque jour renouveles, o il sembloit
prendre plaisir  se dgrader avec des femmes perdues, des libertins
souvent de la classe la plus obscure et qui se faisoient un titre
auprs de lui de leur science dans les raffinements de ces honteuses
volupts, dtails indignes de l'histoire, qui nous montrent le
successeur immdiat du trne, le prince qui gouvernoit la France aprs
Louis XIV, dans un dlire d'impit et dans un excs d'abjection
crapuleuse, dont jusqu' lui la race de nos rois n'avoit point offert
d'exemples, et que ne surpassrent point les dbordements du sicle
affreux qu'il toit digne sans doute d'annoncer et d'ouvrir. Ces
exemples si nouveaux fructifirent dans sa propre famille, et les
dsordres d'une de ses filles[16] que suivit une mort prmature en
furent la premire punition; ils infectrent la jeunesse de la cour,
et dterminrent  jeter plus effrontment leur masque, ces vieux
courtisans que les dernires annes de Louis XIV avoient rduits  se
faire hypocrites. Les autres classes de la socit s'tonnrent
d'abord de cette extrme corruption: elle ne devoit pas tarder  les
atteindre.

[Note 16: La duchesse de Berry.]

Un vnement extraordinaire, et qui ne pouvoit arriver que sous une
semblable administration, hta le dbordement de cette corruption. Les
finances, telles que le feu roi les avoit laisses, toient, nous
l'avons dj dit, une des plaies les plus profondes de l'tat, et ce
mal venoit de trs loin. L'accroissement des impts avoit commenc ds
la premire guerre de Hollande, et depuis ce moment jusqu' la fin de
ce rgne, tout rempli de guerres, de victoires et de dfaites, ce
torrent n'avoit cess de se grossir, non seulement de taxes nouvelles
et crasantes pour le peuple, mais encore de toutes ces ressources
perfides et dsastreuses qui sont le savoir-faire des financiers, et
dont le rsultat le plus subtil est de se procurer des capitaux que
l'on consomme comme des revenus, pour accrotre ainsi ses charges, et
de ces capitaux et des intrts qu'ils portent avec eux[17]. La dette
toit encore hors de toute proportion avec les ressources que pouvoit
procurer un systme d'impts que d'anciens privilges, demeurs
immuables lorsque tout changeoit autour d'eux, rendoient l'un des plus
mauvais de l'Europe, et dsormais intolrable pour les imposs[18].
La dprciation des billets d'tat, qui perdoient alors de soixante 
soixante-douze pour cent, toit dj une espce de banqueroute
anticipe. La recherche des traitants, loin d'avoir apport mme un
palliatif  cette dtresse, avoit achev de ruiner le crdit public
par les rigueurs arbitraires dont nous venons de prsenter le tableau,
et par les dilapidations rvoltantes dont elle avoit t suivie.

[Note 17: _Voyez_ 1re partie de ce volume, p. 196 et seqq.]

[Note 18: Lorsque l'administration de l'tat se centralisoit de jour
en jour davantage, et alloit dtruisant sans cesse devant elle toute
action et tout privilge politique dans les diverses classes de la
socit, les anciens privilges concernant l'impt, privilges
qu'avoient autrefois justifis certaines charges publiques exerces
par les premiers ordres de l'tat, certains droits honorifiques qui
leur avoient t concds, et mme d'anciennes transactions avec
quelques provinces, loin d'avoir t dtruits, toient dfendus avec
plus d'opinitret que jamais par leurs possesseurs qui mettoient un
certain point d'honneur  ne s'en point dessaisir. Dans d'autres
temps, ces privilges avoient eu l'avantage d'arrter plus d'une fois
l'ambition et le despotisme des souverains; ce n'toit que violemment
qu'ils parvenoient quelquefois  vaincre cet obstacle qui se
rtablissoit en quelque sorte de lui-mme.--Ils toient devenus odieux
et intolrables, maintenant que les peuples crass par les
prodigalits excessives de Louis XIV, et ne trouvant plus, dans ces
premiers ordres de l'tat, de protection et de garantie contre les
excs du pouvoir absolu, demandoient que du moins ils partageassent
avec eux le fardeau de la dette publique. Il toit d'ailleurs
ncessaire de soutenir, sur ce point, la concurrence de l'Angleterre
qui venoit d'tablir chez elle le seul systme d'impt que le
matrialisme social, auquel tout tendoit ds lors en Europe, pt
dsormais admettre et supporter.]

Dans ces extrmits, un cossais, nomm Law, se prsenta au rgent
avec un plan de finances qu'il avoit dj essay de faire valoir
auprs des ministres du feu roi, et que ceux-ci avoient rejet. Ce
n'toit autre chose d'abord qu'une imitation de la banque cre en
Angleterre depuis la rvolution de 1688; et l'on ne peut nier qu'un
tel projet, renferm dans de justes bornes, ne ft de nature 
produire d'heureux effets, en rendant la circulation des espces plus
facile et plus active, en doublant par le crdit les ressources de
l'tat et l'industrie des particuliers. Ce fut ainsi que cette banque
fut d'abord conue: six millions en faisoient le fonds, et dans ce
capital toient compris trois millions de ces mmes billets d'tat si
extraordinairement dprcis. Ses oprations, ouvertes le 2 mai 1716,
se bornoient  l'escompte des lettres-de-change,  l'change pur et
simple de ses billets contre l'argent, et en autres oprations de ce
genre; et il existoit alors, entre ses fonds rels et l'mission de
son papier, une juste proportion qui gagnoit la confiance gnrale et
sembloit ranimer toutes les parties de l'tat. En avril 1717, il fut
ordonn que les billets de banque seroient reus pour comptant dans
toutes les caisses publiques, et ds lors ces billets furent prfrs
 l'or mme, parce qu'ils avoient en effet une valeur plus invariable
et un mouvement plus facile et plus rapide. Un tel tablissement
changeoit la face du royaume, dit Forbonnais, s'il n'et pas t
dnatur; et quelle que ft l'normit des dettes, on les et
acquittes graduellement par l'augmentation successive des revenus;
mais il et fallu se soumettre  des oprations lentes, conomiques,
bien enchanes les unes aux autres: une marche si prudente et si
rgulire convenoit peu au caractre du rgent, et nous verrons
bientt ce qu'il sut faire de ce moyen de salut. Avant d'en rendre
compte, d'autres vnements appellent notre attention.

Malgr ces heureux commencements de la banque et les esprances
qu'elle faisoit concevoir, un mcontentement sourd agitoit les
esprits. Hritier temporaire du pouvoir de Louis XIV, nous avons vu
que le rgent avoit voulu poser lui-mme des bornes au despotisme de
l'ancienne cour, en crant des conseils d'administration o les grands
de l'tat avoient obtenu quelque part du pouvoir; en rendant au
parlement son droit de remontrances, et recrant ainsi l'ancienne
opposition populaire. Mais bientt entran par ce dgot invincible
qu'il avoit pour les affaires, il s'ennuya, et des lenteurs qu'y
apportrent les dlibrations de ces divers conseils, et des
rsistances qu'il y rencontroit quelquefois dans l'excution des
projets que lui suggroient les intrigants politiques dont il toit
entour. Ceux-ci lui persuadrent peu  peu de se dgager des entraves
qu'il s'toit lui-mme imposes; et bientt les conseils
d'administration furent moins couts, et le droit de remontrances
rendu au parlement, sans tre entirement aboli, fut renferm dans des
bornes plus troites, et tant pour le fond que pour la forme, soumis 
de certains rglements. Dubois, le plus actif, le plus audacieux, et
sans contredit le plus habile parmi tous ceux qui obsdoient ce foible
prince, entreprit de le pousser plus loin dans ces voies de pouvoir
absolu, qui seules pouvoient le conduire lui-mme au but o tendoient
ses desseins ambitieux; et ce fut d'aprs ses instigations que de
nouveaux affronts furent prpars au duc du Maine, et qu'un nouveau
coup fut port au parlement.

(1718) On avoit su persuader au rgent que ce prince toit  la tte
des mcontents, et qu'il devoit se mfier de ses dispositions. Au
moment o ces insinuations calomnieuses commenoient  faire sur lui
quelque impression, il arriva que le parlement ayant fait, au sujet
d'un dit fiscal sur les monnoies[19], des remontrances qui n'avoient
point t coutes, rendit  ce sujet un arrt auquel il donna de la
publicit, et qui, le mme jour, fut cass par le conseil de rgence.
De nouvelles remontrances, faites  l'instant mme par cette cour,
furent encore plus mal reues que celles qui les avoient prcdes, ce
qui l'entrana  rendre un second arrt plus violent que le premier,
par lequel elle prtendoit tracer  la banque, dont les accroissements
commenoient  devenir alarmants, les limites dans lesquelles devoient
se renfermer ses oprations, et proscrivoit en quelque sorte
l'tranger qui l'avoit cre, et  qui le rgent en avoit confi
l'administration. Law fut effray. D'Argenson, qui venoit de remplacer
d'Aguesseau dans la dignit de chancelier, craignit qu'un triomphe du
parlement ne ft le signal de sa disgrace, et tous les deux se
runirent  Dubois pour obtenir du duc d'Orlans ce qu'ils appeloient
un acte de vigueur. Ils achevrent de l'y dterminer, en lui
persuadant que la partie toit lie entre le duc du Maine et les
parlementaires; qu'en sa qualit de surintendant de l'ducation du
jeune roi, il lui toit facile de s'emparer de ce prince, de le mener
 l'improviste au parlement, de l'y faire dclarer majeur, et
d'anantir ainsi la rgence; que ce plan avoit t arrt, et qu'on
n'attendoit qu'un moment favorable pour le mettre  excution.

[Note 19: Il s'agissoit d'une refonte d'espces dont on ne se croyoit
point oblig de lui faire connotre ni le titre ni les motifs. Louis
XIV, qui avoit employ trop souvent cette ressource ruineuse et
frauduleuse, avoit fini par y renoncer, les variations continuelles
dans ce taux des monnoies ayant t une des plus grandes calamits de
son rgne. La perspective d'un bnfice assez considrable y fit
revenir, et ce bnfice, qui toit d'un cinquime par louis d'or,
rendit en effet soixante-douze millions; mais la plupart des espces,
et il toit facile de le prvoir, au lieu d'tre changes, passoient
 l'tranger qui les fabriquoit au nouveau titre; et ainsi
s'appauvrissoit et se discrditoit la France.]

Il fut donc convenu qu'il seroit tenu un lit de justice aux Tuileries;
et toutes les prcautions furent prises pour y avoir raison du
parlement, s'il se montroit rcalcitrant. Cette cour, qui s'attendoit
 quelque chose de sinistre, s'y rendit  pied, dans l'intention, dit
Saint-Simon, d'_mouvoir le peuple_. Elle y fut reue au milieu d'un
appareil arm qui avoit quelque chose de menaant: ce qui s'y passa,
acheva de la consterner. Ses arrts furent casss; le garde des sceaux
l'admonesta avec aigreur sur sa conduite, lui rappela svrement ses
devoirs, et ensuite furent lus les dits qui devoient tre ports au
lit de justice. L'un dfendoit au parlement de prendre connoissance
des affaires d'tat; l'autre dclaroit que, ds qu'un dit lui auroit
t prsent pour tre enregistr, l'enregistrement seroit cens fait
huit jours aprs la prsentation; enfin un troisime dit toit aux
princes lgitims, et ce, disoit-on,  la sollicitation des pairs, le
rang de prsance qui leur avoit t accord par le feu roi, ordonnant
qu'ils ne prendroient place dsormais au parlement que selon leur rang
d'anciennet. Il y eut exception pour le comte de Toulouse dans
l'excution de cet dit, mais uniquement par faveur particulire, et
il dut avoir son entire excution  l'gard du duc du Maine; et pour
mettre le comble aux outrages dont ses ennemis se plaisoient 
l'accabler, on le dpouilla, dans cette mme sance, de la
surintendance de l'ducation du roi, que le duc de Bourbon rclama, et
qui lui fut accorde.

Le rgent ne s'arrta pas l: il voulut prvenir jusqu'aux murmures;
et trois conseillers qu'on lui signala comme moins dociles que les
autres, furent enlevs dans leurs maisons, et conduits dans des
prisons d'tat. Les mmes violences furent exerces  l'gard de
plusieurs autres parlements, ce qui fit fermenter  la fois Paris et
les provinces. Enfin, comme s'il se ft fait un jeu d'abattre tout ce
qu'il avoit d'abord lev, ce prince, de plus en plus fatigu des
conseils d'administration et de cette opposition si foible qu'il y
rencontroit encore quelquefois, trouva plus expdient de les supprimer
tout  fait, pour y substituer une administration par dpartement, 
la tte de laquelle il mit des secrtaires d'tat qui toient plus
dans sa dpendance. Les grandes familles et les cours souveraines,
dont les chefs ou les principaux membres formoient, en grande partie,
ces conseils, et qui se considroient ainsi comme ayant quelque part
au gouvernement de l'tat, en conurent un vif ressentiment. Ainsi le
pouvoir avoit repris toutes ces formes tranchantes et despotiques qui
dplaisoient  la nation; et les ennemis du rgent devinrent bientt
plus nombreux que ses partisans. Cette mauvaise disposition
s'accroissoit encore du mcontentement que causoit gnralement
l'alliance impolitique, et de jour en jour plus intime, qu'il avoit
contracte avec les Anglois, et de la dprciation de jour en jour
plus grande des billets d'tat, auxquels le succs de la banque de Law
avoit port le dernier coup, dprciation dont le fisc s'enrichissoit
aux dpens de ceux qui en toient porteurs[20].

[Note 20: Les billets d'tat perdoient jusqu' soixante-dix-huit et
demi, pendant que les actions de la banque gagnoient quinze pour cent;
on recevoit les premiers au trsor royal sur le pied de leur perte, et
on les payoit en actions sur le pied du gain de celles-ci. Ainsi
l'tat les retiroit  peu de frais et s'enrichissoit en se librant,
et les particuliers se ruinoient en se dpouillant de plus des deux
tiers de leur bien. (ANQUETIL, _Mm. sur la Rg._)]

Cependant Albroni, dont la main ferme et habile avoit rtabli l'ordre
dans les finances d'Espagne, et rendu  ce royaume languissant et
puis une partie de sa vigueur premire, poursuivoit, dans sa
politique extrieure, l'excution de ses plans, avec toute l'activit
de son esprit et toute l'ardeur de son imagination[21]. Il se faisoit
des allis jusque dans le Nord, o le romanesque Charles XII, avide de
tous les genres de gloire, adopta comme une bonne fortune le projet de
se mettre  la tte de l'arme qui devoit aller en Angleterre rtablir
un roi exil sur le trne de ses pres; les Turcs qu'ils avoient su
gagner s'engageoient  dclarer la guerre  l'empereur et  l'occuper
par une puissante diversion, tandis que l'arme espagnole opreroit en
Italie; enfin, une flotte considrable, charge de troupes de
dbarquement, que l'on vit sortir, par une sorte d'enchantement, des
ports d'un royaume dont on croyoit la marine anantie, avoit envahi la
Sardaigne et fait la conqute presque entire de la Sicile. Un
armement plus formidable s'y prparoit encore; et l'Espagne reprenoit,
dans toutes les cours, la considration que depuis long-temps elle
avoit perdue. On ne peut nier que ce plan ne ft bien conu et
vigoureusement prpar: le succs en toit immanquable, si la France
se ft runie  l'Espagne; il pouvoit encore russir, si elle et
seulement consenti  garder la neutralit; mais la quadruple alliance
et les engagements impolitiques qu'on y avoit fait prendre au duc
d'Orlans, toient un obstacle qui arrtoit tout court le ministre
espagnol. Il en avoit dj surmont de bien grands; il se mit dans la
tte de vaincre encore celui-ci.

[Note 21: Saint Simon jette de grands cris sur les projets d'Albroni:
Ils n'avoient, dit-il, d'autre fondement que sa folie, ni d'autres
ressources que les seules forces de l'Espagne contre celles de la
France, de l'empereur et de la Hollande. C'toit n'y rien entendre,
et imputer  ce ministre la folie des autres. Il ne pouvoit prvoir le
parti que prendroit le rgent de s'allier aux Anglois et  l'empereur
contre le roi d'Espagne, parce qu'il est des absurdits qui semblent
impossibles, et que, par consquent, on ne peut raisonnablement faire
entrer dans le calcul des chances contraires au succs d'une
entreprise.]

Attentif  ce qui se passoit alors en France, il y crut l'exaspration
des esprits assez grande: pour qu'il ft possible d'y oprer une
rvolution dont le rsultat et t d'abattre le rgent et de faire
rentrer le cabinet des Tuileries dans les voies d'une politique plus
conforme  son honneur et  ses intrts. On ne sait point au juste
comment les premiers rapports s'tablirent entre lui et les
mcontents; mais la maison de la duchesse du Maine, dont la fureur
toit au comble contre ce qui venoit de se passer au parlement, ne
tarda point  devenir le centre d'une conspiration contre le duc
d'Orlans. Les agents de cette princesse, de concert avec ceux de
l'ambassadeur d'Espagne, intrigurent adroitement dans tous les ordres
de l'tat et se rallirent un grand nombre de partisans. Les mesures
sembloient bien prises[22], le secret avoit t bien gard; ce qui
prouve contre ce prince une haine plus grande encore que les
apparences ne sembloient l'indiquer. Sur ces entrefaites, les Anglois,
qui avoient dcouvert, en ce qui les concernoit, quelque chose des
projets de l'Espagne, crurent devoir la prvenir et commencrent
contre elle les hostilits: il devint donc urgent que la conspiration
clatt, et elle alloit clater, lorsqu'un incident, qu'il toit
impossible de prvoir, la fit dcouvrir[23].

[Note 22: L'Espagne promettoit de soutenir d'une arme la rvolte du
Languedoc, sur laquelle on comptoit, et celle de la Bretagne qui dj
toit commence. La guerre civile allume, le parlement dfroit la
rgence au roi d'Espagne, et annuloit l'acte de renonciation de ce
monarque  la couronne de France. Le duc du Maine devoit exercer en
son nom l'autorit de rgent. Ce plan et eu plus de chances de
succs, plutt, lorsque le duc du Maine toit surintendant de
l'ducation du roi, et pouvoit disposer jusqu' un certain point de la
personne de ce jeune prince, ou plus tard, lorsque la chute du systme
de Law porta la haine du peuple contre le rgent jusqu'au dernier
degr d'exaspration.]

[Note 23: Il y a deux versions sur la dcouverte des papiers de la
conspiration que le prince de Cellamare, ambassadeur d'Espagne 
Paris, envoyoit  Albroni; mais le rsultat en est le mme. Un abb,
Porto-Carero, qui en toit porteur, fut arrt  Poitiers; on visita
sa voiture, et ces papiers y furent saisis dans un double fond o ils
toient cachs.]

Heureusement pour les conjurs que presque toutes les traces en
furent dtruites: toutefois le duc et la duchesse du Maine furent
arrts et avec eux leurs principaux domestiques; la Bastille se
remplit de prisonniers. (1719) Pour jeter de l'motion dans le peuple,
on annona la dcouverte des plus horribles projets; mais ce fut une
grande maladresse de publier en mme temps quelques pices qui
prsentoient un tableau nergique, et malheureusement trop vrai, de
l'administration arbitraire et de la vie scandaleuse du rgent[24].
On affecta de procder, avec grand appareil,  l'interrogatoire des
principaux conspirateurs, et Dubois fut du nombre des commissaires
nomms  cet effet. Ces interrogatoires ne produisirent aucun rsultat
qui pt les satisfaire, et ils finirent eux-mmes par en tre
embarrasss. Les papiers dcouverts n'inculpoient gures que
l'ambassadeur d'Espagne; et, peu  peu, ce fut une ncessit d'largir
tous ces prisonniers que l'on avoit arrts avec un si grand fracas;
la bont naturelle du duc d'Orlans clata dans cette occasion[25].

[Note 24: On y retraoit avec nergie les promesses publiques que le
rgent avoit faites de gouverner suivant les lois et par
l'tablissement des conseils de rgence, promesses qu'il avoit
indignement violes; et l'on ajoutoit: Le public n'a ressenti aucun
fruit, ni de l'augmentation des monnoies, ni de la taxe des gens
d'affaires. On exige cependant les mmes tributs que le feu roi a
exigs pendant le fort de ses plus longues guerres; mais dans le temps
que le roi tiroit d'une main, il rpandoit de l'autre, et cette
circulation faisoit subsister les grands et les peuples. Aujourd'hui
les trangers qui savent flatter la passion dominante, consument tout
le patrimoine des enfants. On ajoutoit: Il semble que le premier
soin du duc d'Orlans ait t de se faire honneur de l'irrligion;
cette irrligion l'a plong dans des excs de licence dont les sicles
les plus corrompus n'ont point eu d'exemple, ce qui, en lui attirant
le mpris et l'indignation des peuples, nous fait craindre  tout
moment, pour le royaume, les chtiments les plus terribles de la
vengeance divine. (_Mm. sur la Rgence_, t. 2, p. 170-184.)]

[Note 25: Madame de Stal nous apprend dans ses Mmoires, qu'
l'exception du duc et de la duchesse du Maine, toutes les personnes
arrtes pour cette affaire furent traites avec beaucoup de douceur.
Lui-mme, au bout de quelque temps, ne parut pas moins press que ses
prisonniers d'en finir avec eux et de les mettre en libert.]

(1719-1720) Sous d'autres rapports, les suites de cette conspiration
avorte furent immenses, en ce qu'elles renversrent et les projets et
la fortune d'Albroni, dont le rgent devint aussitt le plus
implacable ennemi. Tous les vnements semblrent en mme temps
conjurer contre lui: la flotte angloise dtruisit presque entirement
cette flotte si formidable qui avoit fait la conqute non encore
acheve de la Sicile; et mal tablies dans cette le par les fautes et
les lenteurs de leur gnral, les troupes espagnoles y furent bientt
rduites  la plus pnible dfensive. L'empereur, que les exploits du
prince Eugne venoient de dlivrer de la guerre que les Turcs avoient
t excits  faire contre lui, se trouva en mesure de dfendre le
royaume de Naples et ses autres tats d'Italie. La mort de Charles
XII, tu au sige de Fredericshall, rendit inexcutable le plan
concert d'une diversion en Angleterre; et le prtendant, qui toit
accouru en Espagne sur les esprances magnifiques qui lui avoient t
donnes, n'essaya pas mme de tenter la fortune avec les secours
insuffisants qui lui furent offerts[26]. Enfin la France, devenue
ouvertement l'allie de l'Angleterre, dclara la guerre  l'Espagne et
fit marcher une arme vers les Pyrnes.

[Note 26: Albroni lui avoit promis une flotte considrable et
quarante mille hommes de troupes de dbarquement; dconcert sans
doute par tant de fcheux vnements qui drangeoient tous ses
calculs, il ne put raliser les promesses qu'il lui avoit faites, et
nanmoins le prtendant eut tort peut-tre de ne pas s'aventurer mme
avec le peu qu'on lui offroit. Ses vritables auxiliaires toient dans
le pays mme; il ne s'agissoit que d'y aborder et d'y pouvoir tenir en
abordant.]

La nouvelle de ce mouvement hostile effraya peu d'abord Philippe V et
son ministre; et tous les deux se firent  ce sujet de bien
singulires illusions. Ils se flattrent, jusqu'au dernier moment, que
des soldats franois n'oseroient jamais tourner leurs armes contre le
petit-fils de Louis XIV, qu'ils avoient aid eux-mmes  placer sur le
trne; que la haine que l'on portoit au duc d'Orlans clateroit trs
probablement au milieu des camps, et que, loin d'y rencontrer des
ennemis, ils y trouveroient des auxiliaires disposs  concourir avec
eux  renverser une administration devenue insupportable  la France.
Ce fut l la grande faute d'Albroni, d'avoir pris, dans d'aussi
graves circonstances, des probabilits aussi incertaines pour base de
ses calculs politiques et de ses oprations militaires. L'arme
franoise entra donc en Espagne, sous les ordres du marchal de
Berwick, sans trouver aucune rsistance; elle y porta, de toutes
parts, la dvastation, tandis que nos flottes dsoloient ses ctes, et
alloient jusque dans ses ports achever, au profit des Anglois, de
dtruire ses vaisseaux. Une tentative que le ministre espagnol faisoit
en mme temps pour faire soulever la Bretagne o il avoit des
intelligences, choua compltement[27]; mais ce fut surtout en Sicile
que les plus grands revers achevrent de le dconcerter. Un corps de
dix-huit mille Allemands y avoit abord sans rencontrer un seul
vaisseau ennemi qui s'oppost  son dbarquement; et l'arme
espagnole, mise en droute par des forces si suprieures; force
d'vacuer, les unes aprs les autres, les places dont elle s'toit
empare; pousse de position en position, sans espoir de secours,
n'avoit pas mme celui de la retraite, puisqu'il n'y avoit plus de
flotte pour la ramener. La consternation et l'pouvante s'emparrent
alors du roi et mme de la reine d'Espagne; le rgent, second par les
intrigues de Dubois, en profita habilement pour exiger le renvoi
d'Albroni. Philippe V fut oblig de souscrire  cette premire
condition de la paix. Le ministre prvoyant avoit dj mis en sret
ses immenses richesses; il sortit d'Espagne avec la satisfaction de
voir jusqu' quel point il toit encore un objet de frayeur pour les
ennemis du grand royaume qu'il avoit gouvern: sa chute ne fut
humiliante que pour le monarque, qui, en le renvoyant ainsi, subissoit
la loi du vainqueur; et avec lui tomba de nouveau l'Espagne dans la
lthargie dont il venoit de la tirer.

[Note 27: On vouloit soumettre cette province  des impts qu'elle ne
se croyoit pas oblige de payer; et, depuis 1717, sa noblesse
combattoit, dans les tats provinciaux, cette prtention du
gouvernement. Irrits du mpris qu'on faisoit de leurs justes
reprsentations, un grand nombre de gentilshommes bretons avoient
cout les propositions d'Albroni, et n'attendoient que l'apparition
d'une flotte espagnole pour exciter un soulvement; ce projet ayant
manqu avec tous les autres, le rgent crut devoir faire un exemple de
svrit dans une province o les esprits toient plus remuants que
partout ailleurs. Une chambre de justice fut tablie  Nantes, 
l'effet de faire le procs aux gentilshommes qui avoient tremp dans
la conspiration d'Albroni, et quatre d'entre eux eurent la tte
tranche.]

Philippe accda aussitt  la quadruple alliance, et les liens du
pacte de famille semblrent plus que jamais se resserrer par le double
mariage de l'infante d'Espagne avec le roi de France et du prince des
Asturies avec une fille du rgent[28]; mais la position devint fausse
pour l'une et pour l'autre puissances: cette guerre et cette paix ne
furent rellement utiles qu' l'Angleterre qui en obtint des avantages
immenses pour son commerce; elles consolidrent la branche protestante
de Hanovre sur le trne des Stuarts, et ainsi prvalut ce systme
d'une alliance intime avec une nation dont les intrts toient
visiblement en opposition avec ceux de la France, qui, par consquent,
ne pouvoit user de cette alliance qu'aux dpens de son allie, systme
que le simple bon sens repoussoit, et dont les premiers effets, dj
palpables dans tout ce qui venoit de se passer, attestoient
l'absurdit[29].

[Note 28: Mademoiselle de Montpensier. L'infante n'avoit alors que
quatre ans; le roi en avoit dj treize. Elle fut envoye en France
pour y tre leve, et attendre, au milieu des vnements politiques,
l'ge o ce mariage pourroit donner des hritiers au trne.]

[Note 29: L'Angleterre, dit saint Simon, dont la politique ne vouloit
souffrir de marine  aucune puissance de l'Europe, avoit obtenu, par
la toute-puissance de l'abb Dubois, qu'il ne se formt aucun vaisseau
en France, et qu'on y laisst tomber en ruine le peu qui y restoit. Le
secours que cette puissance avoit donn  Naples et  la Sicile, avoit
eu pour objet la ruine de la flotte espagnole par la leur qui toit
trs suprieure, plus que son attachement aux intrts de l'empereur.
La France avoit non seulement souffert que la flotte angloise, non
contente de secourir la Sicile, dtruist encore la flotte espagnole;
mais nous nous tions laiss sduire au point de porter les armes dans
le Guipuscoa, moins pour y faire les faciles conqutes que la France y
fit, et qu'elle ne pouvoit se proposer de conserver, que pour anantir
la marine d'Espagne, donner un champ libre  celle d'Angleterre, lui
assurer l'empire de toutes les mers, et lui faciliter l'empire des
Indes, en y dtruisant celui d'Espagne. (_Mm._, liv. V.)]

Il toit temps nanmoins que cette paix, o le duc d'Orlans avoit
parl en matre  un petit-fils de Louis XIV, vnt le tirer lui-mme
du plus grand embarras o il se ft encore jet, et le prserver des
suites de la plus grande faute qu'il et encore commise. Nous avons
dj dit comment il avoit t sduit par le systme de Law, et comment
cette opration financire, renferme dans les justes bornes qui
d'abord lui avoient t traces, pouvoit avoir les plus heureux
rsultats. Pour rendre ces rsultats complets, il et fallu les
combiner avec une bonne administration des finances,  laquelle la
banque et fourni des ressources de crdit toujours prtes,
mutuellement avantageuses aux parties contractantes, et au moyen
desquelles se ft opre graduellement, facilement, l'extinction
totale des dettes de l'tat. Ce plan avoit dj reu un commencement
d'excution; et le duc de Noailles, qu'un homme habile et d'une
probit svre aidoit  gouverner les finances[30], seroit parvenu
sans doute  achever ce qu'il avoit heureusement commenc. Mais il
demandoit encore quinze annes, et ces lenteurs, cette conomie, cette
marche rgulire, nous l'avons dj dit, ne pouvoient convenir  un
homme tel que le duc d'Orlans[31]. Law, soit qu'il chercht  flatter
l'impatience du prince et son got pour les ides neuves et hardies,
soit qu'il ft rellement enivr de la faveur publique dont il toit
environn, conut ce fatal systme, dont le but toit d'augmenter sans
mesure la monnoie fictive qu'il venoit de crer, en changeant
entirement sa nature et ses garanties.  cette banque qu'il venoit de
crer, il imagina donc de joindre, par une autre imitation du nouveau
systme financier de l'Angleterre, et  l'instar de sa _compagnie des
Indes_, une _compagnie d'Occident_, dont les actions devoient tre
payes en ces billets d'tat qui composoient la plus grande partie de
la dette nationale; quant  la valeur de ces actions, elle toit
garantie par des billets de banque que la banque gnrale devoit
continuer  changer contre de l'argent. Il falloit une base au crdit
d'une semblable association commerciale; et si la cupidit n'toit pas
ce qu'il y a au monde de plus aveugle, on auroit peine  concevoir
comment le charlatanisme inepte et perfide de cet tranger ne fut pas
mis  dcouvert  l'instant mme o il fonda ce crdit sur la cession
de la Louisiane, qui fut faite par le gouvernement  la nouvelle
compagnie. Au lieu de vrifier si ce gage toit en effet suffisant, on
crut sur paroles les rcits mensongers qu'il fit rpandre sur cette
terre lointaine, plus riche, disoit-on, en mines d'or, que le Mexique
et le Prou; et tout porte  croire que le duc d'Orlans, loin d'tre
la dupe du financier cossois, se fit complice de cette odieuse et
barbare dception[32]. Ce crdit tant ainsi tabli sur un commerce
dont les bnfices toient inconnus, et sur cette crdulit publique
qui se plaisoit  les exagrer au del mme des bornes du possible; il
devenoit facile  la banque _gnrale_, qui reut alors la
dnomination de banque _royale_, d'lever au degr qu'elle voudroit
ces bnfices ventuels, d'augmenter ainsi sans mesure la valeur
idale de ses actions, et de porter aux derniers excs l'mission de
ses billets.

[Note 30: Rouill du Coudray. Il toit dj parvenu  teindre quatre
cent millions de dettes exigibles.]

[Note 31: Il avoit fallu rduire de beaucoup les pensions; et cette
opration, faite avec une rigueur ncessaire, avoit constern ce
peuple d'avides courtisans dont le rgent toit environn, et qui
l'obsdoit de plaintes auxquelles il n'avoit pas la force de rsister.
Il n'osoit pas en mme temps proroger l'impt du dixime dont le terme
fatal approchoit, et qui devoit cesser alors sans retour, suivant la
parole royale que Louis XIV en avoit donne. Cet impt toit odieux
aux grands qui avoient la foiblesse d'en tre humilis; et qui
sacrifioient ainsi le repos et la sret de l'tat  la plus ridicule
des vanits, celle d'avoir le privilge de n'en pas partager les
charges.]

[Note 32: Aux mensonges pays de plusieurs voyageurs qui attestoient
l'existence de ces mines trouves prs du fleuve du Mississipi, on
joignit la manoeuvre frauduleuse de faire conduire publiquement  la
Monnoie des lingots que l'on assuroit avoir t tirs de ces mines
merveilleuses.]

C'est ce qui ne manqua pas d'arriver, lorsqu'on vit qu' cette
compagnie d'_Occident_, dite aussi du _Mississipi_, elle ne tarda pas
 joindre le commerce du Canada, celui du Sngal pour la traite des
ngres, celui de la navigation et du ngoce dans toutes les mers de
l'Orient depuis le cap de Bonne-Esprance jusqu' la Chine, la
fabrication des monnoies pour neuf ans dans toute la France; les
fermes-gnrales du royaume; en un mot, tous les revenus de l'tat et
tous les produits du commerce. Le peuple de Paris, ivre d'esprances,
se jeta inconsidrment dans le pige qu'on venoit de lui tendre; les
actions, qu'on s'arrachoit et qui se multiplirent bientt de la
manire la plus extravagante, s'levrent, en peu de temps, vingt fois
au dessus de leur valeur primitive. En raison de cet accroissement
chimrique de valeur, le nombre des billets de banque reprsentatifs
des actions, s'accrut dans une proportion non moins prodigieuse. Ils
toient supposs reprsenter des sommes invariables, tandis que l'on
faisoit  dessein subir  la monnoie de continuelles variations. Tout
l'argent de la France vint donc s'engouffrer  la banque; le
gouvernement remboursa en papier tous les rentiers, tous les
cranciers de l'tat; et le Parisien transport recevoit, en change
de ses richesses relles, ces actions magiques qui, d'un jour 
l'autre, triploient, quadruploient, en apparence, la fortune de leurs
heureux possesseurs.

Cependant, dans ce mouvement continuel et presque inconcevable de ces
papiers divers, il toit impossible qu'ils n'prouvassent pas, tour 
tour, des alternatives de hausse et de baisse, dans leur valeur
respective. Quelquefois les billets d'tat reprenoient quelque faveur,
et les papiers de la banque languissoient; ceux-ci se relevoient
ensuite tout  coup, au dtriment des billets d'tat: ces variations
dans leur cours firent natre un nouveau genre de spculation, auquel
on donna le nom d'_agio_, et qui consistoit  profiter habilement, de
cette fluctuation d'effets publics pour vendre cher et acheter  bon
march. On ne peut se faire une ide de la fureur avec laquelle toutes
les classes de la socit se jetrent dans ce trafic honteux et
insens. La hausse ou la baisse du mme papier, amene successivement
cinq ou six fois, dans un jour, par les manoeuvres des joueurs les
plus expriments, produisoit, comme par enchantement, des fortunes
subites et exhorbitantes, des ruines affreuses et imprvues. La rue
Quincampoix fut d'abord, on ne sait pourquoi, le thtre de cette
manie frntique; elle devint bientt trop troite pour l'affluence
des joueurs, et leur rendez-vous fut successivement transport  la
place Vendme et  l'htel de Soissons. Si, de nos jours, un papier
plus dsastreux encore, parce que la France entire, et non pas
seulement Paris, en a t la victime, ne nous avoit rendus tmoins des
effets prodigieux de l'agiotage, on auroit peine  croire ce qui
arriva dans ces rassemblements tumultueux. On y voyoit ple-mle
grands seigneurs, bourgeois, artisans, magistrats; les vols y toient
frquents, la cupidit y fit mme commettre des assassinats. On
n'entendoit parler, dit Duclos, que d'honntes familles ruines, de
misres secrtes, de fortunes odieuses, de nouveaux riches tonns et
indignes de l'tre, de grands mprisables, de plaisirs insenss, de
luxe scandaleux[33].

[Note 33: Il seroit difficile de dpeindre l'espce de frnsie qui
s'empara des esprits  la vue des fortunes aussi normes que rapides
qui se firent alors. Tel qui avoit commenc avec un billet d'tat, 
force de trocs contre de l'argent, des actions, et d'autres billets,
se trouvoit des millions au bout de quelques semaines. Il n'y avoit
plus, dans Paris, ni commerce, ni socit. L'artisan dans sa boutique,
le marchand dans son comptoir, le magistrat et l'homme de lettres dans
leurs cabinets, ne s'occupoient que du prix des actions. La nouvelle
du jour toit leur gain ou leur perte. On s'interrogeoit l dessus
avant de se saluer; il n'y avoit point d'autre conversation dans les
cercles, et le jeu des actions remplaoit tous les autres.
(ANQUETIL.)

Il suffisoit d'approcher de cette heureuse rue (la rue Quincampoix)
pour faire fortune. Un bossu, dont la bosse alloit en pente douce
comme un pupitre, en la louant  ceux qui avoient quelques signatures
 faire, gagna en peu de temps plus de cinquante mille livres. (_Mm.
de la Rgence._)]

Cependant il toit vident que, dans ce mouvement extraordinaire
imprim aux actions uniquement par l'opinion publique, il n'y avoit
point d'quilibre  esprer de la force des choses, puisqu'il n'y
avoit ni garanties ni produits rels qui pussent reprsenter la valeur
de ces actions; et qu'au moment mme o cette opinion recevroit la
moindre atteinte, une chute subite et effroyable suivroit
immdiatement une fortune aussi prodigieuse. Law,  moins d'tre tout
 fait fou, pouvoit lui-mme en fixer l'poque au moment o il seroit
dans l'obligation de payer le premier dividende des actions, dividende
qui, d'aprs le taux exhorbitant qu'il n'avoit pas craint de fixer aux
intrts, auroit seul surpass trois fois les revenus afferms  la
compagnie; mais les financiers, qui avoient vu avec dpit tous les
revenus de l'tat enlevs de leurs mains pour passer dans les siennes,
htrent encore ce moment en tirant sur la Banque des sommes normes
qui l'puisrent. La difficult de payer s'tant fait sentir, l'alarme
se rpandit partout aussi promptement que la pense, et les porteurs
de billets se prcipitrent en foule  la Banque pour convertir leur
papier en argent.

Ds ce moment tout fut perdu: dans l'impossibilit o l'on toit de
payer, il parut, le 20 mai 1720, un dit qui rduisoit  moiti la
valeur des actions. Ce coup imprvu acheva d'ouvrir les yeux, et tous
les moyens furent dsormais inutiles pour ranimer une confiance 
laquelle succdoient les plus affreuses terreurs, et le dsespoir
profond que peut faire natre le passage subit et violent de la
richesse extrme  la plus extrme misre. Vainement le rgent et ce
funeste tranger employrent-ils, l'un toutes les ressources de son
esprit, l'autre toutes les combinaisons de sa prtendue science
financire, pour soutenir leur monstrueux et fragile difice: il
crouloit de toutes parts. On fit frapper de nouvelles espces plus
lgres auxquelles seules on donna cours; il y eut ordre de porter les
anciennes  la monnoie, et le public s'obstina  ne point s'en
dfaire. On dfendit  tout particulier d'avoir chez soi plus de cinq
cents livres en argent; et malgr les dlations odieuses que fit
natre cette mesure tyrannique, le trouble, les mfiances,
l'espionnage qu'elle introduisit dans le sein des familles, elle ne
produisit d'autre effet que de faire resserrer plus soigneusement les
sommes que chacun avoit pu soustraire au naufrage gnral. On essaya
de redonner aux billets leur premire valeur, mais personne ne s'y
laissa prendre. Law fut nomm contrleur gnral, et, peu de temps
aprs, forc de se dmettre d'une charge qui le rendoit encore plus
odieux. D'Argenson, qui avoit soutenu le systme tant qu'il l'avoit
cru utile, ds qu'il vit l'abus qu'on en faisoit ne voulut pas se
rendre complice de tant de perfidies et d'iniquits; il se dmit des
sceaux, qui furent rendus  d'Aguesseau disgraci d'abord pour avoir
dsapprouv le systme, sans qu'il rsultt d'un tel changement
d'autre effet que d'altrer beaucoup la haute rputation dont
jouissoit celui-ci[34]. Le parlement, qui dj plusieurs fois s'toit
lev, et toujours inutilement, contre les refontes d'espces et
contre les progrs dangereux de la banque, ayant voulu faire des
remontrances nouvelles, fut exil  Pontoise, et cet exil ne fit
qu'aigrir les esprits. En moins de huit mois il parut trente-trois
dits, dclarations, arrts du conseil des finances, pour fixer le
taux de l'or et de l'argent, augmenter le numraire, indiquer les
moyens de partager les actions, prescrire la manire de les couper, de
les transmettre, de tenir les registres, d'ouvrir et de fermer les
comptes de banque, et autres manoeuvres qui dceloient l'embarras et
le manque absolu de ressources.

[Note 34: lev, en 1717,  cette haute dignit, d'Aguesseau y porta
un mlange singulier d'affections parlementaires et de principes
monarchiques qui rendirent sa marche lente, indcise dans toutes les
oprations de son ministre, et d'excellent magistrat qu'il toit, en
firent, selon Saint-Simon, un chancelier  faire regretter les
d'Aligre et les Boucherat. Le fameux prsident Mol nous a dj offert
un exemple de cette fausse position d'un membre du parlement devenu
ministre, mais non pas  ce degr de foiblesse presque ridicule o
tomba d'Aguesseau. Plac par ses prventions et ses tendresses presque
inconcevables pour la magistrature, et par les devoirs de sa place
entre le pouvoir et l'opposition, sans cesse occup d'interprter, de
concilier, de composer, de subtiliser, dans presque toutes les
affaires, cet homme, ajoute le mme crivain, de tant de droiture, de
talents et de rputation, est parvenu  rendre sa droiture quivoque,
ses talents pires qu'inutiles,  perdre sa rputation, et  devenir le
jouet de la fortune.]

Cependant les dbiteurs continuoient d'acquitter en papiers qui
n'avoient plus aucune valeur, les dettes les plus lgitimes, parce
que la loi foroit encore  les recevoir; et le peuple de Paris, les
mains pleines de billets de banque, ne pouvoit plus avoir de pain. Il
fut ouvert une caisse o toient pays en argent les billets de peu de
valeur: on s'y porta avec tant d'affluence que trois hommes y furent
touffs, et le spectacle de ces trois cadavres fut sur le point
d'exciter une sdition. La populace assigea le Palais-Royal; Law,
qu'elle vouloit dchirer en pices, ne dut son salut qu' la vitesse
de ses chevaux, et revint ensuite chercher un asile dans la demeure du
prince, qui le retint encore six mois auprs de lui, tout charg qu'il
toit de l'excration publique. Enfin ce trop clbre aventurier
quitta la France et alla mourir  Venise dans un tat voisin de la
misre, tandis que les dbris immenses du systme, soumis 
l'opration frauduleuse et tyrannique du _visa_, furent rduits  peu
prs  rien[35].

[Note 35: Il fut enjoint  tous les actionnaires de venir  des
bureaux tablis  cet effet, prouver qu'ils avoient eu telle terre,
telle rente, telle maison ou tel autre bien-fond, dont les billets ou
actions qu'ils prsentoient toient le fruit. Alors on timbroit ces
papiers, ce qui s'appeloit _viser_, et tous ceux qui ne purent subir
cette preuve tombrent.... D'abord, il toit extrmement dsagrable
de se trouver forc de dclarer qu'on avoit vendu le bien de ses
pres; ensuite ceux qui s'toient vus contraints de recevoir des
billets, les uns pour des marchandises, d'autres pour des meubles, ne
pouvant prouver qu'ils venoient de proprits foncires, restoient
avec des papiers sans valeur.  l'gard mme des agioteurs de
profession, c'toit une injustice de les priver, par une formalit, du
prix de leur industrie, etc. (ANQUETIL.)

Jamais gouvernement plus capricieux, dit Duclos, jamais despotisme
plus frntique ne se virent sous un rgent moins ferme. Le plus
inconcevable des prodiges pour ceux qui ont t tmoins de ce temps l
et qui le regardent aujourd'hui comme un rve, c'est qu'il n'en soit
pas rsult une rvolution subite, que le rgent et Law n'aient pas
pri tragiquement. Ils toient en horreur; mais on se bornoit  des
murmures. Un dsespoir sombre et timide, une consternation stupide
avoient saisi tous les esprits; les coeurs toient trop avilis pour
tre capables de crimes courageux. (_Mmoires secrets._)]

(1720-1721) Ainsi se termina la plus grande rvolution qui jusqu'alors
et jamais t opre dans les finances, rvolution qui acquitta
presque toutes les dettes de l'tat, si c'est les acquitter que de
ruiner une quantit presque innombrable de citoyens, en leur enlevant,
par artifice ou par sduction, les gages ou cautionnements des avances
qu'ils ont pu faire au souverain. Elle fit sortir de leur tat une
foule d'hommes obscurs, en mme temps qu'elle plongea dans l'obscurit
qui suit ordinairement la misre beaucoup de familles honntes; elle
gorgea de richesses quelques spculateurs habiles, qui, se mfiant de
bonne heure d'une monnoie prissable, avoient su l'changer  propos
contre des valeurs plus solides[36]. De tels bouleversements dans les
fortunes, en amenant le mlange de toutes les classes de la socit,
achevrent de corrompre les moeurs, et ce fut l leur effet le plus
funeste. Ce fut surtout dans les classes moyennes, jusque l
prserves de la contagion, que le systme porta le dsordre, en y
rpandant un got de luxe effrn, une soif ardente de richesses, qui
dtruisirent peu  peu tout sentiment d'honneur et de vertu. Les
richesses tinrent lieu de tout et rapprochrent toutes les distances;
chacun aspira  sortir de son tat, et l'on vit natre dans
l'intrieur des familles, encore si rgulirement ordonnes dans le
sicle prcdent, des dsordres jusqu'alors inconnus.

[Note 36: Les hommes les plus puissants de la cour se montrrent, en
ce genre, les plus mfiants et les plus habiles; et personne ne sut
mieux qu'eux faire des bnfices normes et les mettre en sret. Le
duc de Bourbon, arrire petit-fils du grand Cond, est cit comme l'un
des plus heureux parmi ces nobles spculateurs. On les appeloit
_seigneurs mississipiens_, et loin de rougir de ce sobriquet, ils
toient les premiers  en plaisanter.]

Dans cette suite rapide d'vnements o dominoient toujours les
conseils de Dubois, la faveur de ce vil personnage sembloit
s'accrotre de toutes les fautes qu'il faisoit commettre  son matre,
et en mme temps s'accroissoit son audace, et achevoit de se
dvelopper une ambition que rien ne pouvoit rassasier. Les dignits de
l'glise toient la seule voie par laquelle pt s'lever  une sorte
de considration personnelle un aventurier, n dans une classe
obscure, et qui n'toit sorti de cette obscurit que par des intrigues
qui l'avoient publiquement dshonor. Dubois, l'homme de France le
plus dcri pour l'infamie de ses moeurs et le cynisme de son impit,
secrtement mari[37], n'ayant de l'tat ecclsiastique que l'habit,
que d'abord il en avoit pris pour se procurer,  l'aide de ce
dguisement, des moyens d'existence, conut le projet criminel et
extravagant de se faire nommer archevque de Cambrai. Le rgent, tout
perdu qu'il toit lui-mme d'impit et de dbauche, fut d'abord
pouvant de cet excs d'impudence et de sclratesse: mais Dubois le
vouloit de la volont la plus ferme; il avoit pris un ascendant que
rien ne pouvoit plus dtruire, et le matre subjugu fut oblig de
cder. Dubois fut donc archevque de Cambrai[38], et ceux qui
craignoient le pouvoir des papes et les entreprises de la cour de Rome
purent reconnotre, en cette circonstance, que le droit usurp par les
rois ou par ceux qui les reprsentent, de donner des vchs, pouvoit
avoir quelquefois ses inconvnients.

[Note 37: L'acte de son mariage existoit dans un village du Limousin.
L'intendant de cette province, gagn par Dubois, s'introduisit, chez
le cur de ce village par une vritable ruse de comdie, l'enivra, et
enleva furtivement de ses registres cette pice si importante pour
l'abb prtendu. Cet intendant se nommoit Breteuil, et ce bel exploit
fut le commencement de sa fortune et de celle de sa famille.]

[Note 38: Muni d'un bref du pape pour recevoir tous les ordres  la
fois, il se rendit de grand matin, avec l'vque de Nantes, dans une
paroisse de village du vicariat de Pontoise, et y reut tous les
ordres jusqu' la prtrise inclusivement,  une basse messe; puis il
en repartit aussitt, et fit assez de diligence pour tre de retour 
Paris  l'heure du conseil.

On se rcria en le voyant entrer. Le prince de Conti lui fit un
compliment ironique sur la clrit de son expdition en fait d'ordres
sacrs. Dubois l'couta sans se dmonter, et rpondit froidement que,
si le prince toit mieux instruit de l'histoire de l'glise, il ne
seroit pas si surpris des ordinations prcipites, et cita l dessus
celle de saint Ambroise. Chacun applaudit  l'rudition et au
parallle. L'abb ne s'en mut pas, laissa continuer la plaisanterie
tant qu'on voulut; et quand on en fut las, il parla d'affaires.
(DUCLOS, _Mmoires secrets_.)]

L'piscopat franois n'avoit point encore subi une semblable honte.
Cet ascendant d'un misrable dont les vices n'toient compenss par
aucuns talents suprieurs, qui n'avoit pas mme pour lui cet agrment
des formes extrieures qui explique du moins la sduction, en qui tout
toit odieux, ignoble et repoussant, affligeoit et confondoit en mme
temps tous les honntes gens. Le duc d'Orlans sembloit encore plus
fou que son favori n'toit effront; et l'on peut concevoir combien
une telle faveur dut alors sembler inexplicable, puisque depuis, et
jusqu' ce jour, personne n'a mme tent de l'expliquer. Cependant le
duc d'Orlans avoit un esprit tendu et pntrant; il avoit montr
dans plusieurs circonstances qu'il ne manquoit pas de rsolution, et
que, quand ses intrts le commandoient, il savoit surmonter cette
rpugnance qu'il avoit pour l'application et le srieux des affaires.
Il ne faut point croire qu'un pareil homme se soit livr comme un
enfant, ou pour mieux dire comme un stupide, au dernier des hommes,
lorsqu'il est facile de trouver, dans un dessein trs astucieusement
combin, l'explication d'une conduite qui semble, au premier coup
d'oeil, contraire  tout bon sens et  toute rflexion.

Nous avons vu qu'au moment o le duc d'Orlans s'toit saisi d'un
pouvoir qu'on s'toit prpar ds long-temps  lui disputer, et qu'il
pouvoit craindre de lui voir chapper, il avoit jug ncessaire, pour
se crer des partisans, de faire quelques concessions  la noblesse de
cour, qui rvoit deux choses, d'abord qu'elle reprsentoit  elle
seule toute la noblesse de France, ensuite qu'elle toit encore un
ordre politique; puis au parlement, que plus d'un demi-sicle de
servitude n'avoit pas chang, et qui se retrouvoit,  la mort de Louis
XIV, tel qu'il avoit t sous la Fronde, et prt  recommencer, 
l'gard du pouvoir temporel, l'opposition que l'autorit spirituelle
n'avoit cess de trouver en lui. Les fautes du rgent en finances, en
administration, en politique extrieure, dvelopprent ces deux
oppositions que lui-mme avoit formes, et qui n'toient pas
elles-mmes plus rgles que le pouvoir qu'elles combattoient. Il vit,
dans les grands, la prtention absurde de rtablir l'ancienne
aristocratie; dans le parlement, celle de se faire de nouveau le
dfenseur des peuples opprims et le tuteur des rois. Ces tracasseries
l'impatientrent d'abord, l'irritrent ensuite. Le despotisme de Louis
XIV, auquel on se persuadoit d'ailleurs, et si follement, que la
nation toit dsormais et sans retour entirement faonne et
accoutume, lui sembloit, avec juste raison, une manire beaucoup plus
facile de gouverner; et Dubois, qui y voyoit le seul moyen de faire
triompher cette politique angloise sur laquelle se fondoient toutes
ses esprances, l'y poussoit de toute l'activit de son esprit
intrigant et cauteleux. Le rgent s'y jeta donc de fatigue et
d'impatience; et ce parti une fois pris, comme il ne vit dans tout ce
qui l'entouroit qu'un seul homme qui, sur ce point, ft parfaitement
d'accord avec lui, il devint invitable qu'il se dbarrasst sur lui
seul de la plnitude d'un pouvoir qu'il toit rsolu de ne pas
exercer. La corruption profonde de cet homme n'toit pas pour arrter
un esprit aussi profondment corrompu que le sien; et il trouvoit mme
dans la bassesse et le nant d'un tel ministre, des garanties que ne
lui et point offertes un personnage considrable par ses alliances et
par son extraction. En cela il suivoit encore le systme de Louis XIV,
qu'il poussoit ainsi jusqu' ses dernires et plus abjectes
consquences; et en effet, si ce monarque, matre absolu d'un pouvoir
incontest et incontestable, rsolu qu'il toit de l'exercer sans
souffrir la moindre opposition, n'avoit pas cru prudent d'en confier
la moindre part  des hommes dont l'existence sociale et une grande
consistance,  plus forte raison devoit agir ainsi le duc d'Orlans,
dont le pouvoir temporaire avoit dj rencontr des partis disposs 
le renverser, et qui s'toit rendu, par ses fautes et ses scandales,
odieux et mprisable  la nation. Il livra donc ce pouvoir  Dubois,
parce qu'il le considroit, parmi tous ceux qui entroient dans ses
conseils, comme le seul qui ft dans l'impossibilit d'en jamais
abuser contre lui; il le lui livra sans bornes, parce qu'il ne pouvoit
y en avoir dans le systme despotique qu'il avoit dfinitivement
adopt. Dubois comprit parfaitement sa position, et en abusa jusqu'
violenter quelquefois le matre qui la lui avoit faite[39], sr qu'il
le pouvoit impunment, et que, dans la position difficile o ce matre
s'toit lui-mme plac, il passeroit tout et accorderoit tout 
l'homme qui lui en sauvoit les difficults, cet homme tant tel
d'ailleurs, qu'il lui et t impossible de le remplacer[40]. Telle
toit la dgradation profonde o toit dj tomb le pouvoir
despotique exerc par Richelieu et Louis XIV, avec une apparence de
grandeur qui en masquoit le vice radical, et que la Providence avoit
voulu laisser tomber, immdiatement aprs _le grand roi_, entre les
mains d'un prince sans moeurs et sans religion.

[Note 39: Il jouit si bien de toute l'autorit, disoit Saint-Simon au
rgent lui-mme, qu'il n'y a qui que ce soit, franois ou ministre
tranger, qui ose se jouer  aller directement  votre altesse royale,
bien convaincu qu'affaires, justice ou grce, tout dpend tellement de
lui, qu'on se regarde comme absolument battu, si on le trouve
contraire, et on n'ose aller plus haut; mais si on le trouve
favorable, le plus souvent on s'en tient  son consentement, sans que
votre altesse royale en entende parler, si ce n'est pour la forme, et
seulement quand le cardinal l'ordonne, ce qu'il fait quelquefois dans
des cas de refus, et dans l'esprance de faire prendre le change, et
de se dcharger de l'odieux sur vous.]

[Note 40: Il le lui avoit persuad du moins. Dubois, dit encore
Saint-Simon, sduisit son matre avec ces prestiges d'Angleterre qui
firent tant de mal  l'tat, et dont les suites en causent encore de
si fcheux. Il le fora, et tout de suite il le lia  cet intrt
personnel, en cas de mort du roi, de deux usurpateurs intresss  se
soutenir l'un l'autre; et le rgent s'y laissa entraner par le babil
de Canillac, les profonds _proposito_ de Noailles, et par les
insolences et les grands airs de Stairs qui lui imposoient, et cela
sans aucun dsir de la couronne..... De l ce lien devenu ncessaire
entre Dubois et lui.

Quand celui-ci fut parvenu  aller la premire fois en Hollande, ce
qui ne fut pas sans peine, ceci le conduisit  Hanovre, puis 
Londres, et  devenir seul matre de la ngociation, partie
l'arrachant  la foiblesse de son matre, partie en l'infatuant qu'il
ne s'y pouvoit servir de nul autre, parce que nul autre ne pouvoit
tre comme lui dpositaire du vrai nom qui faisoit le fondement de la
ngociation, qui toit, en cas de mort du roi, le soutien rciproque
des deux usurpateurs, trop dangereux pour M. le duc d'Orlans 
confier  qui que ce soit qu' lui. (_Mmoires_, liv. V.)]

L'ambition de Dubois toit sans bornes comme son audace: ce n'toit
pas assez pour lui d'avoir t fait archevque de Cambrai, il voulut
tre cardinal. Aprs lui avoir donn la mtre, le duc d'Orlans ne
pouvoit reculer  lui faire obtenir le chapeau; et tous les deux
travaillrent de concert  faire russir ce nouveau projet, quoique le
rgent affectt avec ses autres familiers, d'tre indign que son
favori ost prtendre  cette haute dignit. Pour y parvenir, il toit
convenable et mme ncessaire de faire quelque chose qui ft agrable
au pape et utile  la religion: or, depuis la mort de Louis XIV, les
querelles leves par le parti jansniste,  l'occasion de la bulle
_Unigenitus_, n'avoient pas, un seul instant, cess de troubler
l'glise de France, d'occuper le gouvernement, et d'entretenir la
correspondance la plus active entre le pape, le rgent et les vques
_acceptants_ ou _opposants_. Cette bulle que, peu de temps avant sa
mort, le feu roi avoit rsolu d'aller lui-mme faire enregistrer au
parlement, non seulement n'toit point encore revtue de cette
formalit, mais cette compagnie se montroit, plus que jamais, dcide
 en refuser l'enregistrement. Or, il est vrai de dire que c'toit le
duc d'Orlans lui-mme qui avoit provoqu une rsistance si obstine,
lorsque, dans les premiers moments de son administration, voulant se
rendre agrable  ces gens de robe qui lui avoient, jusqu' un certain
point, donn la rgence, il avoit affect de protger les Jansnistes,
et mme de leur sacrifier leurs adversaires. Quelques-uns de ces
sectaires, emprisonns sur la fin du dernier rgne, avoient t mis en
libert. Nomm chef du tribunal de conscience, le cardinal de
Noailles, archevque de Paris, obtint, en mme temps, la direction des
affaires ecclsiastiques; le rgent fit plus encore pour la secte, en
loignant du nouveau roi et mme en faisant exiler le pre Le Tellier.
Ce fut l'abb Fleury qui le remplaa; et ce grand partisan des
_liberts gallicanes_[41], n'toit pas fait pour effrayer les enfants
de Jansnius.

[Note 41: Ses _Opuscules_, publis aprs sa mort, font foi qu'il y
reconnut, plus tard, quelques inconvnients.]

Les choses restrent en cet tat, tant que Dubois et son matre
n'eurent aucun intrt  les changer. Ds qu'ils furent intresss 
mnager le pape, tous les deux se firent _constitutionnaires_, et il
fut rsolu que la bulle seroit accepte. Ils esproient pouvoir, dans
cette circonstance, se passer du parlement, en la faisant enregistrer
au grand conseil, o, bien qu'il y et une opposition trs forte
contre cet enregistrement, le parti dvou au rgent toit en
majorit. Dubois avoit mme form le projet hardi de faire casser
cette compagnie, dont la rsistance, surtout dans l'affaire du
systme, avoit exaspr le duc d'Orlans, et qui l'irritoit encore,
mme dans son exil, o la faveur publique l'avoit suivie. Son dessein
transpira: comme on savoit que c'toit un furieux que rien ne pouvoit
arrter, les parlementaires en furent effrays, et, pour dtourner le
coup dont ils toient menacs, manoeuvrrent avec le cardinal de
Noailles qui leur toit dvou. Nous nous proposons de raconter, avec
quelques dtails, non seulement ce qui se passa en cette circonstance,
mais encore tout ce qui a rapport  cette grande affaire de la bulle
_Unigenitus_, et  cette lutte  jamais mmorable du parlement contre
le clerg, qui se prolongea jusqu' la fin du rgne de Louis XV; et le
tableau que nous en prsenterons, sera, sans contredit, la partie la
plus intressante de nos rcits; mais, voulant, pour le faire mieux
comprendre, en runir ensemble tous les traits, il nous suffira de
dire ici que ce prlat, que, ni les remontrances du pape, ni ses
menaces, ni les prires et les exhortations du corps presque entier
des vques, n'avoient pu amener  accepter la bulle _Unigenitus_, se
montra dispos  cder, lorsqu'il vit la magistrature en danger; et,
d'accord avec les parlementaires, promit de donner son mandement
d'acceptation, ds que le parlement auroit enregistr, soutenant que
l'enregistrement au grand conseil ne suffisoit pas. Il finit par le
persuader: alors Dubois changea lui-mme de marche, et fit aussi
tourner  son gr le rgent, qui d'abord s'toit jett, avec la plus
grande ardeur, dans ce projet de le dbarrasser du parlement. On
alloit l'exiler  Blois: son rappel de Pontoise lui fut prsent comme
le prix de cet enregistrement. Il y consentit enfin, mais avec des
modifications qui mettoient  couvert les _opposants_ et leur
doctrine; immdiatement aprs, l'archevque donna son mandement et
avec _la mme bonne foi_: ceci fait, le parlement rentra dans Paris le
20 dcembre 1721[42].

[Note 42: Le rappel du parlement fut le signal de l'exil de Law, qui,
toujours rfugi dans le palais du rgent, exeroit encore de
l'influence dans ses conseils, et avoit concert avec Dubois le plan
de la destruction de cette compagnie. Quoiqu'il et fait des bnfices
normes, tant par une mission frauduleuse de ses billets de banque,
que par le jeu de l'agiotage dont il tenoit la balance entre ses
mains, il n'avoit pas su se mnager une ressource assure pour la
mauvaise fortune; et aprs avoir parcouru l'Italie et l'Allemagne, il
se fixa  Venise, o il mourut dans un tat voisin de l'indigence.]

La conclusion de cette grande affaire valut donc  Dubois le chapeau
de cardinal, auquel il aspiroit; et quoique ce scandale ft moins
grand que celui qu'avoit caus sa nomination  l'archevch de
Cambrai, l'impression qu'il produisit fut plus vive; et la lettre par
laquelle le pape dclaroit au roi de France qu'il l'avoit honor de
la pourpre  cause des grands services qu'il avoit rendus  l'glise,
 la paix de laquelle il toit un de ceux qui avoient le plus
contribu, enveloppa Rome elle-mme dans cette indignation gnrale
que causoit une telle profanation d'une si haute dignit. Cependant
quoi de plus injuste et de plus irrflchi? Parce que les vices et les
turpitudes de Dubois toient publiquement connus en France, toit-ce
une raison pour qu'on en dt tre exactement instruit  Rome?
Lorsqu'on disputoit au pape tout acte et  peu prs tout droit de
juridiction sur le clerg gallican, toit-il en mesure d'exercer une
surveillance active et svre sur les vie et moeurs d'un ministre du
roi; et n'et-on pas trouv mauvais qu'il se permt mme d'en avoir la
pense? En supposant que quelques rumeurs de la conduite drgle de
Dubois fussent parvenues jusqu' lui, pouvoit-il, sur de vagues
insinuations, mme sur des rapports officieux, se persuader qu'un
grand monarque, ou le prince de son sang qui tenoit alors sa place,
s'oublieroit au point de lui prsenter un homme infme pour en faire
un prince de l'glise? Il ne le pouvoit ni ne le devoit. Dubois ne lui
toit connu qu'en raison des hautes fonctions publiques auxquelles la
confiance du rgent l'avoit appel; le service qui venoit d'tre rendu
en France  la religion toit rel, quels que fussent les motifs
honteux et secrets qui l'avoient fait rendre: les raisons qui avoient
dtermin le pape toient donc justes, raisonnables; et l'indignit du
sujet ne pouvoit tre impute qu' celui qui, ne sachant ce qu'il
toit, n'en avoit pas moins voulu qu'il devnt membre du sacr
collge. C'est ainsi qu'en se mlant plus qu'il ne leur appartenoit du
gouvernement de l'glise, en imposant, en quelque sorte,  son chef
des hommes de leur choix pour les grandes dignits ecclsiastiques,
les princes temporels, qui ont cru accrotre les attributions de leur
pouvoir, n'ont fait qu'ajouter des charges  leur conscience[43].

[Note 43: Duclos raconte, dans ses _Mmoires secrets_, que le pape
tant mort, au moment o Dubois intriguoit  Rome pour avoir le
chapeau, l'abb de Tencin, qui toit, dit-il, son principal agent dans
cette intrigue, offrit au cardinal de Conti de lui _procurer la tiare_
par la faction de France et des autres partisans _bien pays_, si lui
Conti vouloit s'engager _par crit_  donner, aprs son exaltation, le
chapeau  Dubois; que, le march fait et sign, Tencin intrigua
_efficacement_, et Conti fut lu pape; qu'alors Tencin l'ayant somm
de sa parole, ce pontife, _naturellement vertueux_, qui s'toit laiss
arracher cet crit, dans une _vapeur d'ambition_, refusa d'accomplir
ce march simoniaque, et de prostituer le cardinalat  un sujet aussi
indigne; que la lutte dura long-temps entre le pape et l'abb; que
celui-ci l'ayant enfin menac de rendre public son billet, le pontife
effray cda, et nomma Dubois cardinal pour anantir ce fatal billet;
que la nomination faite, Tencin, qui ne l'avoit point encore rendu,
demanda le chapeau pour lui-mme, et y mit, pour s'en dessaisir, cette
dernire condition; que le pape en tomba malade, et finit par en
mourir de honte et de douleur.

Tous les genres d'invraisemblances et d'absurdits sont accumuls dans
ce conte ramass, on ne sait o, par Duclos, qui, sous le rapport des
doctrines religieuses, toit au niveau de Dubois, et dont les moeurs
ne valoient gure mieux. Mais ft-il vraisemblable que l'abb de
Tencin, dont les philosophes et les Jansnistes ont dit beaucoup de
mal, ce qui est un grand prjug en sa faveur, pt,  son gr, faire
un pape avec de l'argent; et qu'un cardinal, _vertueux_ ou non, ft
assez stupide pour signer, en entrant au conclave, un pareil billet
entre les mains d'un agent subalterne, on n'en sera pas moins fond 
demander  celui qui raconte un tel fait: quelle preuve en
donnez-vous? sur quels tmoignages l'appuyez-vous? avez-vous vu, de
vos propres yeux, ce billet que Tencin n'a pas rendu? avez-vous du
moins des moyens suffisants pour en constater l'existence? Rien de
tout cela. Le fait est racont sans preuves, sans autorits, sans
tmoignages; et comme si le narrateur et pris  tche d'en dmontrer
lui-mme l'absurdit et l'invraisemblance, il ajoute navement,
relativement  l'lection d'Innocent XIII, que probablement il et t
nomm pape, _sans aucune manoeuvre_, pour sa naissance et _par la
considration dont il jouissoit_; et sur la promotion de Dubois,
qu'elle toit fonde sur la sollicitation de la France, sur la
recommandation de l'empereur, redout  Rome et que le roi
d'Angleterre avoit fait agir vivement, enfin sur le crdit et le
ministre de Dubois, qui pouvoient tre utiles  la cour de Rome.

Qu'un crivain qui crit des Mmoires, et surtout des Mmoires
_secrets_, y jette malignement et sans rflexion de semblables
sottises, c'est ce qui se peut, jusqu' un certain point, concevoir;
mais qu'un autre crivain, qui a la prtention d'crire l'histoire,
s'en empare comme d'une vrit historique, c'est ce que l'on conoit
plus difficilement; et c'est cependant ce qui est arriv, dans ces
derniers temps, de ce conte ridicule, digne pendant de la conversation
de M. Amelot avec le pape Clment XI[43-A].]

[Note 43-A: _Voyez_ la 1re partie de ce volume, p. 181.]

(1721-1722) Parvenu  cette prodigieuse fortune, l'effront favori
n'toit point encore satisfait. lev si haut par les caprices et les
foiblesses de son matre, il vouloit se mettre  l'abri de ses
foiblesses et de ses caprices, et tellement qu'il devnt difficile au
prince de dtruire cette oeuvre que ses mains avoient trop facilement
forme. La place de premier ministre pouvoit seule offrir  Dubois de
semblables garanties: il se mit dans la tte d'tre nomm premier
ministre; et jamais, sans doute, cet ascendant qu'il avoit pris sur le
rgent ne se manifesta d'une manire plus frappante et plus faite pour
achever de dsesprer les gens de bien. Une dispute de prsance dans
le conseil lui fournit un prtexte pour en faire exclure tous ceux
qu'il savoit lui tre contraires, et pour plusieurs l'exclusion fut
accompagne de l'exil[44]. Le marchal de Villeroi, gouverneur du
jeune roi, l'inquitoit encore: n'ayant pu le gagner, il sut l'attirer
dans un pige o l'excs de sa prsomption le fit donner tte baisse;
puis il le fit aussitt arrter et exiler par ordre du rgent, qui
joua son rle dans cette comdie,  qui il persuada qu'en cette
circonstance ils avoient un commun intrt[45]. Enfin le foible
prince, si l'on en croit le duc de Saint-Simon, le nomma premier
ministre, aprs mille hsitations et au milieu d'anxits qui
prouvoient  quel point il sentoit l'normit de la faute qu'il alloit
commettre, et plus encore  quel point il toit subjugu.

[Note 44: C'toit la prtention du chancelier et des ducs de ne pas
cder, dans le conseil, le rang aux cardinaux; et par suite de cette
prtention, Dubois, depuis qu'il toit cardinal, s'toit abstenu d'y
parotre: il vouloit y rentrer, mais d'une manire convenable  sa
nouvelle dignit; et prvoyant ce qui en alloit arriver, craignant
encore que son manque de considration personnelle ne le ft chouer
dans une telle entreprise, il eut l'adresse de persuader au cardinal
de Rohan de demander d'y tre d'abord admis, lui montrant en
perspective, pour lui-mme, la place de premier ministre. Celui-ci
donna dans le pige, obtint facilement du rgent d'entrer au conseil,
et Dubois s'y glissa  sa suite. Ds que le chancelier et les ducs
virent parotre les cardinaux, ils se retirrent, et les marchaux
suivirent leur exemple. Dubois partit de l pour faire croire au
rgent que c'toit une cabale forme contre lui, puisque les
marchaux, qui n'avoient jusque-l rien disput aux cardinaux,
prenoient parti dans cette affaire. Les marchaux d'Uxelles, de
Tallard et de Bezons se retirrent dans leurs terres, et il y eut
dfense de leur payer leurs pensions. D'Aguesseau quitta une seconde
fois les sceaux qui furent donns  d'Armenonville. Enfin le duc de
Noailles, plus redout de Dubois parce que le rgent l'aimoit plus que
les autres, fut exil  cent cinquante lieues, et se vit, en raison de
cette amiti mme, le plus maltrait de tous.]

[Note 45: Dans une entrevue dont le but toit d'oprer entre eux une
rconciliation, Villeroi s'toit emport contre Dubois jusqu'aux
derniers outrages. Ce n'toit point assez pour lui ter les hautes
fonctions dont il avoit t revtu: il fut dcid qu'on feroit en
sorte qu'il manqut au rgent lui-mme, et l'on parvint sans beaucoup
de peine, et par l'effet de son extrme fatuit,  lui faire commettre
cette norme sottise; puis, lorsqu'il vint en demander excuse, on
l'enleva, on le jeta dans une chaise de poste qui partit aussitt,
environne de mousquetaires, et le porta, en peu d'heures,  son
chteau de Villeroi, d'o il eut ordre de ne pas sortir.]

Quelques-uns cependant, et avec plus de vraisemblance, lui ont prt
d'autres motifs qui supposeroient que, sous cette insouciance et cette
lgret apparente, il savoit dissimuler, quand il le jugeoit
convenable, des desseins assez profondment combins; et que le dgot
des affaires, qu'avoit fait natre en lui l'abus des plaisirs, n'avoit
pas banni de son me la passion qui a peut-tre le plus d'empire sur
ceux qui en sont possds, et qui presque toujours survit  toutes les
autres, l'amour du pouvoir. Le roi touchoit  sa majorit; et ce
pouvoir, dont le rgent s'toit fait une habitude, alloit lui
chapper. Si, aprs cette poque fatale, il continuoit encore 
l'exercer, il pouvoit craindre qu'on ne l'accust de vouloir s'y
perptuer; tandis que le faisant passer, lorsqu'il lui appartenoit
encore, entre les mains de sa crature, de l'homme de France le plus
dconsidr, le plus dpourvu de consistance, et par consquent le
moins redoutable pour lui, il cartoit ainsi, en ce qui le touchoit,
et quoi que l'on pt dire sur le choix qu'il auroit fait, tout
soupon de vues ambitieuses, et tellement qu'aprs avoir t rgent de
France, consentant  succder  Dubois dans cette place de premier
ministre, il sembleroit faire un acte de dvouement. Or, cette
succession ne devoit pas se faire long-temps attendre: Dubois toit
atteint d'une maladie mortelle, digne fruit de ses dbauches
crapuleuses, et son arrt avoit t prononc par les mdecins[46].
Dans moins d'une anne, la place ne pouvoit manquer d'tre vacante; et
c'toit ainsi que le duc d'Orlans spculoit sur la mort de celui 
qui il s'toit abandonn pendant sa vie. Il s'en expliqua ainsi,
dit-on, dans des conversations intimes avec quelques familiers; et du
reste, de telles combinaisons n'tonneroient point de la part de ce
prince dont l'esprit affectionnoit tout ce qui sembloit subtil en
intrigues et en affaires, et mettoit mme de l'amour-propre 
surpasser les plus habiles et les plus corrompus, en immoralit, en
mpris pour les hommes, et en habilet dans la science des intrts.

[Note 46: Il est trs remarquable que le duc d'Orlans s'toit inform
trs curieusement auprs de Chirac, mdecin de Dubois, de ce qu'il
pensoit  ce sujet; que celui-ci l'assura que le cardinal n'avoit pas
plus de six mois  vivre, et que le rgent rpta, dans son intimit,
la sentence prononce par le mdecin; d'o il faut conclure qu'il
avoit un plan tout prs  tre mis  excution, aprs ce terme fatal
et si rapproch.]

(1723) Quoiqu'il en puisse tre, la prdiction se vrifia: Dubois
jouit  peine une anne de ce fate des grandeurs auquel il n'avoit
cess de tendre, sans se donner aucun repos qu'il n'y ft parvenu; et
le malheureux mourut comme il avoit vcu[47]. Sa mort acheva de
rvler les turpitudes de sa vie: car alors il fut dcouvert que
l'argent qu'il recevoit des Anglois, pour leur vendre les intrts de
la France, composoit  peu prs la moiti de ses immenses revenus[48].
Quelques-uns ont vant les actes de son court ministre; d'autres les
ont dcris, et nous le reprsentent, dans ces derniers moments, comme
plus emport, plus cynique, plus dsordonn dans les affaires, plus
dgag de tout frein, par cela mme qu'il toit dgag de toutes
craintes[49]. Lorsqu'il s'agit d'un homme tel que Dubois, ce qui est
le plus infme semble le plus vraisemblable, et nous croyons plutt 
ce dernier rcit. Au reste, les actes de ce court ministre furent de
peu d'importance; et en ce qui concerne l'histoire, ils sont
tout--fait insignifiants.

[Note 47: Il mourut des suites d'un abcs dans la vessie, aprs une
opration faite pour empcher la gangrne d'attaquer cet organe, et ne
cessa de jurer et de blasphmer jusqu' ce qu'il et perdu la parole
et le jugement.]

[Note 48: Cette pension toit de neuf cent mille livres, et la
totalit de ses revenus se montoit  prs de deux millions.]

[Note 49: Quand il fut devenu le vritable matre, dit Saint-Simon,
toute son application  ce que son matre ne lui chappt pas,
s'puisa  pier les moments de ce prince, ce qu'il faisoit, qui il
voyoit, le temps qu'il donnoit  chacun, son humeur, son visage, ses
propos, et l'issue de chaque audience ou de chaque partie de plaisir,
qui en toit, quels propos, et par qui tenus, et  combiner toutes ces
choses; surtout  effrayer,  effaroucher pour empcher d'aller au
prince, et  rompre toutes mesures  qui en avoit la tmrit, sans en
avoir obtenu son cong et son aveu..... Cette application et quelque
corce indispensable d'ordres  donner, ravissoient son temps; en
sorte qu'il toit devenu inabordable, hors quelques audiences
publiques ou autres, aux ministres trangers. (_Mm._, liv. V.)]

Le duc d'Orlans partagea ouvertement, et, l'on peut le dire,
effrontment, la joie que ressentoit la France d'tre dbarrasse de
ce vil et odieux personnage[50], sans s'inquiter si le mpris dont il
affectoit d'accabler sa mmoire, ne retomboit pas sur lui-mme qui
l'avoit fait ce qu'il toit devenu; et cependant, comme s'il n'et pu
trouver dsormais personne  qui se confier, il se ressaisit du
pouvoir, parut sortir du long sommeil dans lequel il avoit t plong,
et jetant un coup d'oeil sr et pntrant sur les affaires auxquelles
on le supposoit dsormais inhabile pour les avoir trop long-temps
ngliges, tonna la ville et la cour par la supriorit, la facilit
avec laquelle il sut les traiter, et l'tendue d'esprit qu'il montra 
en embrasser l'ensemble sans lenteur, et sans confusion. Il joignoit 
ces dons si rares de l'intelligence, des manires charmantes
auxquelles on ne pouvoit rsister, se rendoit accessible  tous, et
mme lorsqu'il refusoit, avoit l'art de ne point mcontenter. Ces
efforts que l'ambition et non le sentiment du devoir lui firent faire
sur lui-mme, n'toient qu'une fatigue nouvelle qu'il ajoutoit  celle
des honteux plaisirs, qui toient devenus pour lui une incurable
habitude, et qui n'en furent point interrompus. L'excs du travail
acheva bientt d'teindre une vie que les excs de l'intemprance
continuoient d'puiser: il mourut d'apoplexie entre les bras d'une de
ses matresses[51], prs de laquelle il attendoit l'heure de son
travail avec le roi. Cette mort du rgent arriva le 2 dcembre de
cette mme anne et peu de mois aprs celle du cardinal; il toit g
de quarante-neuf ans.

[Note 50: Le jour o l'opration fut faite  Dubois, l'air extrmement
chaud tourna  l'orage. Aux premiers coups de tonnerre, le prince ne
put s'empcher de dire: Voil un temps qui, j'espre, fera partir mon
drle. Or ce drle toit un homme  qui il avoit livr la France
entire comme une proie, avec plein pouvoir de l'opprimer au dedans,
et de la trahir au dehors. Un tel mot suffit pour peindre celui  qui
il est chapp; il confirme d'ailleurs ce que nous avons dit de ses
vritables desseins, lorsqu'il avoit comme abdiqu le pouvoir en
faveur de ce misrable.]

[Note 51: La duchesse de Phalaris.]

Telle fut la rgence du duc d'Orlans: toutes les consquences du
systme de gouvernement tabli par Louis XIV y sont en quelque sorte
accumules; et la seule diffrence qu'offrent l'une et l'autre manire
de gouverner, se trouve uniquement dans le caractre des deux hommes
qui gouvernoient. Louis XIV n'avoit voulu de bornes au pouvoir
monarchique, ni dans les anciennes institutions politiques de la
France, ni dans la suprmatie de l'autorit religieuse; mais il toit
sincrement attach  la religion. Ces bornes que son orgueil ne
vouloit pas reconnotre, il les trouvoit dans sa conscience, qui, au
milieu de ses plus grands carts, devenoit son modrateur et l'y
faisoit rentrer: ainsi, le despote toit sans cesse adouci ou rprim
par le chrtien. Un prince sans foi, sans moeurs, sans conscience,
reoit, immdiatement aprs lui, ce mme pouvoir et dans toute son
tendue: il en peut faire impunment, et il en fait  l'instant mme
un instrument de dsordre, de scandale, de corruption, de violences et
de spoliations envers les citoyens, d'insultes et d'outrages envers la
nation; car tout cela se trouve dans l'administration de ce sybarite,
presque toujours plong dans la paresse ou dans la dbauche. Si l'on
vit un moment, sous cette administration oppressive, et uniquement par
le _bon plaisir_ du matre, reparotre quelque ombre de cette
opposition politique que Louis XIV avoit abattue, cette opposition,
qui depuis long-temps s'toit faite elle-mme indpendante de
l'autorit religieuse, qui de mme n'avoit ni frein ni modrateur,
reprit sa tendance anarchique, plus incompatible que jamais avec un
tel despotisme, et dut tre bientt brise par lui, pour recommencer,
dans l'ombre,  conspirer contre lui.

Cependant il est remarquable que, dans cette tendance continuelle du
pouvoir  tablir, en France, le matrialisme politique le plus abject
et le plus absolu, le catholicisme, dont la nation toit comme
imprgne dans presque toutes ses parties, l'embarrassoit dans sa
marche, et malgr tout ce qu'il avoit fait pour en attnuer
l'influence, lui suscitoit des obstacles plus rels et bien plus
difficiles  vaincre que l'opposition parlementaire. Ne pouvant le
dtruire, il voulut du moins l'exploiter  son profit; et la religion,
que les usurpations continuelles et successives des princes temporels
avoient, par degrs, soustraite en France  la protection sainte et
efficace de son chef naturel, se vit, lorsque Louis XIV eut combl la
mesure de ces usurpations que l'on eut grand soin de maintenir aprs
lui, rduite  l'opprobre d'tre protge par des hommes qui, en mme
temps, la profanoient par leurs scandales, et l'outrageoient par leurs
mpris. Nous ne verrons que trop tt ce qui en arriva; il nous suffira
maintenant de faire remarquer encore que, malgr cette position fausse
o se trouvoit plac, dans ce royaume, tout ce qui avoit action
politique sur le corps social, et particulirement la puissance
religieuse, cette action n'en toit pas moins relle, et qu'elle
empchoit le pouvoir de marcher aussi fermement qu'il auroit voulu
dans les voies qu'il s'toit ouvertes; que, tour  tour, foible ou
violent, selon qu'il toit plus ou moins press par les rsistances
environnantes, il avoit tous les inconvnients du despotisme, sans y
joindre les avantages qui rsultent ordinairement pour le despote, de
l'unit de la volont et de l'nergie de l'action.

Il en alloit autrement en Angleterre: depuis la rvolution de 1688,
tout y avoit chang de face. Le protestantisme y avoit subi le sort
qu'il devoit ncessairement prouver partout o il parvenoit 
s'tablir: aprs y avoir t, tour  tour, un instrument de rvolte et
de despotisme, il avoit fini par n'avoir plus, dans l'tat, aucun
caractre, ni politique ni religieux. Plus heureux cependant que le
clerg protestant du nord de l'Europe, le clerg anglican avoit pu
conserver une grande partie des biens enlevs aux glises, lors de la
rforme de Henri VIII, et se fondre dans le parti aristocratique de
la nation qui, propritaire  peu prs de tout le territoire, s'toit
empar du pouvoir aprs l'expulsion des Stuarts, et n'avoit rtabli
une ombre de monarchie que comme un moyen de le conserver plus
srement, dcid qu'il toit  ne plus jamais s'en dessaisir[52].
Ainsi se forma tout d'un coup un matrialisme politique, sans nulle
opposition religieuse, et qui ne trouva plus de rsistance que dans
les intrts galement matriels de cette autre partie de la nation
qui n'avoit de part ni dans la proprit de la terre, ni dans
l'exercice du pouvoir. Cette opposition toute populaire, abandonne 
elle-mme, pouvoit devenir terrible: il et t insens d'essayer de
la dtruire; car on ne l'auroit pu qu'en dtruisant la race d'hommes
dont elle se composoit: les personnages habiles qui se succdrent
dans la direction de ce systme nouveau et prilleux (et c'toit une
ncessit qu'ils fussent habiles pour s'y maintenir, ceux qui ne
l'toient pas tombant d'eux-mmes par la force des choses), n'eurent
donc qu'une seule pense: ce fut d'incorporer, en quelque sorte, au
pouvoir, une opposition si formidable, en l'y attachant par le lien
indissoluble de tous ses intrts.

[Note 52: Ce fut pour n'avoir pas bien compris cette position nouvelle
des choses, et pour avoir essay de rgner  d'autres conditions que
celles qui leur avoient fait obtenir le trne, que les premiers
princes de la branche d'Hanovre furent sur le point d'en tre
prcipits. Ils ne s'y raffermirent que lorsqu'ils marchrent d'accord
avec cette aristocratie redoutable, soit en lui cdant quand elle se
montra imprieuse, soit en s'y crant, dans les deux chambres[52-A]
qui la reprsentoient, un parti prpondrant, pour l'amener  faire ce
qu'ils vouloient: ce qui toit reconnotre d'une autre manire la
supriorit de son pouvoir.]

[Note 52-A: La chambre des communes n'est en effet qu'une branche de
ce pouvoir aristocratique, le seul qui domine vritablement au milieu
de l'opposition factice et des pouvoirs fictifs dont il est
environn.]

Le commerce maritime pouvoit seul rsoudre ce problme difficile
d'enrichir  la fois et d'occuper cette population turbulente: ce fut
vers le commerce maritime, dj florissant chez eux, que ces chefs du
parti aristocratique dirigrent tous ses efforts, excitant et
dveloppant en elle,  dessein, toutes les passions cupides. Ce fut 
s'emparer de l'empire des mers,  y dtruire toute rivalit de la part
des autres nations, qu'on les vit tendre tous les ressorts de leur
politique extrieure; et deux puissances, la France et l'Espagne,
qu'ils craignoient par dessus tout, et que le pacte de famille leur
rendoit encore plus redoutables, devinrent le principal point de mire
de cette politique machiavlique. Leurs ministres dans les cours
trangres, ne furent plus occups qu' y semer l'or pour corrompre,
les flatteries et les sductions pour dcevoir, et quand il toit
ncessaire, les troubles et les dissensions, pour dtourner
l'attention de l'Europe de leur marche constante, et de leurs progrs
toujours croissants dans ce plan d'invasion commerciale. En mme temps
qu'ils tendoient de toutes parts leurs relations mercantiles, ils
fondoient le _crdit public_, combinaison financire jusqu'alors sans
exemple dans le monde civilis, dont le rsultat, qu'ils avoient
profondment calcul, toit de rendre toutes les fortunes
particulires dpendantes de la fortune publique, et par consquent
intresses  la soutenir; de fournir  l'tat des ressources
_anticipes_ dont s'accroissoit encore l'activit du commerce, tandis
que, par cette activit toujours croissante, le commerce consolidoit
et augmentoit  son tour le crdit, pour en tirer ensuite d'autres
ressources et lui rendre de nouveau ce qu'il en avoit reu; espce de
progression qui sembloit ne devoir trouver de terme que dans
l'envahissement entier du monde commercial, et dans l'appauvrissement
de toutes les nations au profit de l'Angleterre. C'toit un tat
violent qui, en exagrant les forces vitales de la nation, ne pouvoit
manquer de la conduire tt ou tard  quelque grande catastrophe; mais
enfin cette catastrophe invitable, vers laquelle l'Angleterre se
prcipite aujourd'hui comme pousse par la main de la Providence,
n'est point encore arrive, depuis plus d'un sicle que cette nation a
commenc  prsenter  l'Europe ce grand et effrayant spectacle. Elle
a vcu d'une vie factice sans doute; mais c'est entire sur les
intrts matriels; cette vie, elle l'a prolonge et la prolonge
encore aux dpens des socits catholiques, pour qui l'essai de ce
systme politique est devenu un principe de mort, parce qu'il leur a
t impossible d'y confondre ensemble, comme le fait l'Angleterre,
tous les intrts en les _matrialisant_, et de leur imprimer ainsi le
mouvement irrsistible qui rsulte, pour cette nation, de cette
runion en quelque sorte _force_ de toutes les volonts
individuelles[53]: elle seule l'a pu faire, parce qu'elle se trouvoit
dans des circonstances dont l'histoire du monde n'offre pas un second
exemple; et ce qui n'toit jamais arriv avant elle, aprs elle
n'arrivera jamais chez aucune autre nation, et plus particulirement
chez celles qui l'ont follement imite.

[Note 53: Ainsi s'explique pourquoi les catholiques, quelque nombreux
qu'ils puissent tre en Angleterre, y sont, pour ainsi dire, jets
hors de la socit politique; c'est qu'en raison du _spiritualisme_ de
leur religion, ils y seroient en contradiction perptuelle avec ses
principes et ses maximes, et deviendroient en quelque sorte un
instrument de dsordre pour les machinistes qui en entretiennent et en
font mouvoir les ressorts. Quand ces ressorts se dtraqueront, il est
probable que l'Angleterre redeviendra catholique.]

Nous avons dj vu les premiers effets de cette politique angloise 
l'gard de la France: la pension paye  Dubois avoit valu deux choses
au cabinet de Saint James, la destruction presque totale de la marine
espagnole, et qu'il ne fut pas construit un seul vaisseau dans nos
ports, tant que dura la rgence. Nous allons le voir obtenir, en ce
genre, bien d'autres succs; et quand la corruption ne l'aidera pas,
un aveuglement non moins fatal se fera son auxiliaire.

La mort du rgent rjouit tous les partis: les gens de cour, pour
n'avoir pas obtenu de lui tout ce qu'il leur avoit fait d'abord
esprer; le parlement, pour ces coups d'autorit dont il l'avoit
accabl, aprs lui avoir promis un meilleur avenir; les jansnistes,
pour en avoir t repousss et perscuts aprs qu'il les avoit
accueillis et mme protgs; le clerg, pour n'en avoir t satisfait
qu' demi, parce qu'en faisant enregistrer la bulle _Unigenitus_, il
s'toit obstin  maintenir les _appels comme d'abus_, et l'avoit
ainsi laiss sous le joug de ce mme parlement, qu' son gard il
avoit jug  propos de rduire au dernier degr de servitude; les
honntes gens, pour la corruption de ses moeurs, son impit dclare
et le scandale de sa vie; la France entire, pour les funestes
oprations financires qui avoient fait sa ruine et dont il la
menaoit encore, lorsqu'il eut repris la direction des affaires. On se
rjouit donc gnralement de cette mort, et avec juste raison, comme
de la dlivrance d'un flau; mais au milieu de cette joie, personne,
en regardant autour de soi, n'et pu dire ce qu'il esproit d'un
changement. Louis XV, alors  peine g de quinze ans, toit d'un
caractre doux, timide, inappliqu, et avoit toute l'inexprience de
son ge. Toutes les penses et toutes les affections de ce roi enfant,
concentres dans sa domesticit, se portoient plus particulirement
sur son prcepteur, l'abb de Fleuri, vque de Frjus. Lors de
l'enlvement du marchal de Villeroi, celui-ci, ayant feint de vouloir
partager sa fortune et s'tant clips de la cour, la douleur de
l'lve s'toit manifeste avec une telle violence qu'on en avoit t
effray, et qu'on s'toit ht de chercher son prcepteur pour le lui
rendre, ne trouvant aucun autre moyen de l'apaiser. L'vque de Frjus
toit donc revenu  la cour, plus sr que jamais de son ascendant sur
le jeune monarque, le fortifiant de jour en jour davantage de ce qu'il
avoit dans l'esprit d'insinuation et d'amnit, cachant avec le plus
grand soin le dsir qu'il avoit du pouvoir, et, quoique dj
septuagnaire, attendant tout de sa patience et du temps. Tel toit sa
position  la cour depuis l'vnement qui avoit rvl cet attachement
excessif que Louis XV avoit pour lui, que le duc d'Orlans lui-mme
n'avoit pas cru pouvoir succder  Dubois dans la place de premier
ministre, sans solliciter son appui; et l'adroit vieillard, jugeant
que le temps n'toit pas encore venu pour lui, l'avoit accord avec
toutes les apparences d'un entier dsintressement. Il n'en fut pas de
mme lorsqu' la mort de ce prince, le duc de Bourbon prtendit  le
remplacer. Cette fois-ci, la complaisance de l'vque de Frjus, sans
lequel il ne pouvoit rien, ne fut pas aussi dsintresse; il voulut
qu'une part du pouvoir en ft le prix, et se rserva la direction des
affaires ecclsiastiques. Cette part lui fut cde avec rpugnance par
le plus altier des princes du sang; mais enfin il l'obtint, et ce fut
ainsi que le prcepteur du roi commena  entrer dans le gouvernement
de l'tat.

(1724-1725) Ce ministre du duc de Bourbon fut court, et deux mots
suffisent pour le peindre: il fit regretter celui du duc d'Orlans.
Abandonn avec autant d'indolence  sa matresse la marquise de Prie,
que le rgent l'avoit t  Dubois, et surtout avec plus d'aveuglement
et d'ineptie, il fut le premier qui offrit  la France le scandale
plus grand encore d'une femme perdue place  la tte des affaires
publiques, et s'en emparant comme d'une proie  partager avec les
agents de ses intrigues et les compagnons de ses dbauches. Les
diplomates anglois n'eurent autre chose  faire que de transmettre 
cette femme la pension qu'ils avoient paye au favori du rgent pour
continuer de rgner en paix dans le cabinet des Tuileries, et d'y voir
suivre le systme de politique et d'administration le plus favorable 
leurs vues et  leurs intrts.

Ainsi rien ne changea dans la politique extrieure; dans
l'administration intrieure, ce fut pis qu'auparavant. Les hommes les
plus dcris, parmi ceux que le systme de Law avoit enrichis sans
avoir pu assouvir leur avidit insatiable, formrent la clientelle
d'un prince qui s'toit enrichi avec eux et par des moyens tout
semblables; et tout se vendit  la cour, places, honneurs, grces,
dignits, avec un tarif pour chaque chose, et plus effrontment qu'on
ne l'avoit fait jusqu' ce jour. Il y eut des ministres et un conseil
d'tat, mais seulement pour la forme: tout se dcidoit d'avance dans
un comit secret auquel prsidoit la marquise de Prie[54], et o
sigeoient uniquement des financiers; car des affaires de finance,
c'est--dire des dits bursaux, sous toutes les formes, toient, pour
cette coterie prodigue et cupide, les affaires les plus importantes,
ou pour mieux dire, les seules affaires de l'tat.

[Note 54: Cette femme qui n'toit pas moins impie que Dubois, et qui
n'avoit pas moins de cynisme dans son impit, se mit dans la tte de
signaler les commencements du ministre de son inepte amant par
quelque chose de grand; et pour remplir un tel projet, elle ne trouva
rien de mieux que de lui faire imiter Louis XIV dans une perscution
nouvelle contre les protestants, qui en effet avoit remu depuis la
mort de ce roi, mais que ces perscutions plus violentes encore,
exerces par de semblables perscuteurs, rendirent intressants mme
aux yeux de ceux qui leur toient le plus opposs.]

Cependant,  peine matre de ce pouvoir qu'il avoit,  l'instant mme,
si stupidement prostitu, le duc de Bourbon se vit menac de le
perdre: une maladie du roi, que l'on crut srieuse, le jeta, ainsi que
sa matresse et ses affids, dans les plus vives alarmes. L'hritier
prsomptif du trne toit le nouveau duc d'Orlans qui le hassoit; et
la mort de Louis XV seroit devenue, pour le premier ministre, le
signal de la plus cruelle disgrace. Il fut donc arrt, dans le comit
secret, que, ds que le roi auroit recouvr la sant, on prendroit des
prcautions pour n'tre plus expos  des chances aussi prilleuses;
et la principale occupation de ce ministre, qui ne devoit durer qu'un
jour, fut d'assurer  jamais son existence en cherchant au jeune
monarque une femme qui pt, sur-le-champ, lui donner un hritier.
Cette rsolution prise, l'infante  laquelle il avoit t fianc et
que l'on levoit  Paris, tant encore en bas ge, fut renvoye en
Espagne, et le fut avec une insolence dont Philippe V et la reine
surtout conurent un profond ressentiment. On vouloit pour Louis XV
une femme dont la position et le caractre fussent tels, qu'elle pt
tre facilement conduite et mme domine par ceux  qui elle auroit d
son lvation; et la soeur du duc de Bourbon,  laquelle on avoit
d'abord pens[55], fut elle-mme rejete, parce qu'elle ne sembla pas
prsenter des garanties suffisantes  cette folle prtention qu'avoit
la coterie de se perptuer dans le pouvoir. La marquise de Prie crut
les trouver, et sur ce point elle avoit rencontr juste, dans la fille
d'un roi de Pologne dtrn[56],  qui la France avoit accord un
asile obscur au fond d'une de ses provinces, et qui y vivoit en
quelque sorte de ses aumnes; et il fut dcid que Marie Leczinska
seroit reine de France. Telle fut l'origine de la fortune subite et
prodigieuse de cette jeune princesse, dont une duchesse de Bade
n'avoit pas voulu pour sa bru, et qui se ft estime heureuse,
quelques mois auparavant, d'pouser un des officiers de cette cour
dont elle alloit devenir la souveraine.

[Note 55: Mademoiselle de Vermandois.]

[Note 56: Stanislas Leczinsky. Plac sur le trne de Pologne par
Charles XII, il s'toit vu envelopp dans le dsastre de son
protecteur, aprs la bataille de Pultawa, et avoit err quelque temps
en Allemagne avant de venir se rfugier en France.]

Tel fut aussi le grand oeuvre du ministre du duc de Bourbon: il en
triomphoit sottement et sa matresse avec lui, et cependant leur chute
suivit de prs l'vnement par lequel ils s'toient crus raffermis.
Ils n'avoient en effet aucun obstacle  craindre du ct de la jeune
reine; mais aussi ils n'y pouvoient trouver un appui. La haine
publique croissoit sans cesse contre eux par l'effet de ces
tracasseries financires, et cependant insuffisantes, dont ils ne
cessoient de tourmenter la nation. Ils essayrent de sortir d'embarras
par la cration d'un impt plus fort et qui pesoit galement sur tous
les ordres de l'tat: le clerg, la noblesse, le parlement, levrent
 la fois leurs rclamations; l'animadversion de toute la France fut 
son comble; et Fleuri, qui pioit le moment favorable, crut qu'il
toit temps enfin de renverser un ministre aussi mal habile que
violent et scandaleux. Il ne lui fut pas difficile d'y amener son
royal lve qui n'aimoit pas le duc de Bourbon, et jamais on ne tomba
de si haut avec moins de bruit. Une lettre de cachet exila le duc  sa
terre de Chantilli, une autre relgua sa matresse en Normandie, et
tout finit l. Fleuri, qui avoit su conserver, malgr eux, la part de
pouvoir qu'ils avoient t forcs de lui laisser, se trouva ainsi
doucement et presque naturellement port  la tte des affaires.

L'vque de Frjus toit un homme mdiocre en tout. Son caractre,
sans tre foible jusqu' l'extrme timidit, n'avoit pas cependant
l'nergie ncessaire pour lutter contre de grands obstacles et pour
les surmonter. Il avoit dans l'esprit ce qu'il falloit de sens et de
sagacit pour bien comprendre un certain ordre  mettre dans certaines
parties de l'administration, et pour excuter ce qu'il avoit compris;
mais l s'arrtoit la porte de sa vue; et ces vives lumires qui
embrassent l'ensemble des affaires, qui pntrent jusqu'aux entrailles
du corps social pour y dcouvrir le mal interne dont il est tourment,
qui saisissent les rapport extrieurs d'un grand empire, leurs
avantages ou leurs inconvnients, et s'tendent jusque sur son avenir,
lui avoient t refuses. C'toit de mme un homme rgl et modeste
dans ses moeurs,  qui l'on ne connoissoit aucun vice; qui, si l'on en
excepte un extrme amour du pouvoir qu'il avoit su trs adroitement
dissimuler, n'toit troubl par aucune passion dominante; mais aussi
il n'y avoit en lui aucune de ces vertus fortes qui produisent les
grandes actions et difient par de grands exemples. C'toit par cette
mdiocrit mme et par la douceur de son commerce, lequel,  l'gard
de son royal lve, ressembloit  une sorte de paternit, qu'il avoit
su s'emparer des affections de ce jeune prince, mdiocre lui-mme, et
qu'une ducation molle et absurde avoit entretenu dans l'indolence de
toutes ses facults intellectuelles; car c'est l un des plus grands
reproches que l'on puisse faire  Fleury, d'avoir lev un roi de
France comme s'il ft n pour obir et non pour commander. Tel toit
ce vieillard qui,  soixante-treize ans, ne fut point effray de la
charge de gouverner un grand royaume. Devenu matre du pouvoir, il
n'est pas besoin de dire qu'il le fut aux mmes conditions que tous
ceux qui l'avoient prcd, aussi absolument que Louis XIV et Dubois
avoient pu l'tre: il en fit seulement un usage diffrent. Il ne
voulut point du titre de premier ministre que Dubois avoit avili,
auquel le duc de Bourbon toit loin d'avoir rendu son ancien clat,
qui d'ailleurs n'auroit rien ajout  ce qu'il y avoit de rel et de
solide dans sa nouvelle position. Mais les hautes dignits de l'glise
toient de nature  lui donner un vritable relief; et cette mme
anne, sur la demande du roi de France, et du consentement de
l'empereur et du roi d'Espagne, l'vque de Frjus fut nomm cardinal,
hors de rang et par anticipation.

Le nouveau ministre s'entoura d'hommes encore plus mdiocres que lui,
mais qu'il choisit propres  entrer dans ses vues d'ordre et
d'conomie; il rappela de l'exil et fit sortir de prison ceux que la
haine et les vengeances des ministres prcdents avoient exils ou
emprisonns; les princes lgitims recouvrrent toutes leurs
prrogatives, le seul droit de succession au trne except; la cour
prit, au mme instant et avec la souplesse qui lui est propre, toutes
les allures douces, dcentes et paisibles du vieillard qui gouvernoit
l'tat, et si la corruption invtre des moeurs n'y fut pas moins
profonde, elle s'y dpouilla du moins de ces manires cyniques et
grossires qu'elle avoit adoptes sous la rgence, et les remplaa par
ces raffinements de la galanterie que l'on peut appeler l'hypocrisie
de la dbauche. Le seul prince dont Fleuri et pu craindre
l'influence, le jeune duc d'Orlans, toit sans ambition et le plus
loign de tous de lui disputer le pouvoir: il le possda donc sans
rivaux et  peu prs sans ennemis.

(1726-1730) C'toit pour la premire fois, et depuis des sicles, que
l'on voyoit arriver au timon de l'tat un ministre parfaitement
dsintress. Les finances, si violemment et si scandaleusement
restaures sous la rgence, menaoient de redevenir un abme pour la
France. La prodigalit du duc d'Orlans, la cupidit sans bornes de
ceux dont il s'toit entour, y avoient port, depuis le systme, de
nouvelles et funestes atteintes, et le ministre du duc de Bourbon
avoit t une espce de pillage. Ce fut, ainsi que nous venons de le
dire, par l'ordre, par l'conomie, que le nouveau ministre voulut
rparer le mal. La paix profonde dont jouissoit l'Europe lui en
fournissoit une occasion favorable, et plusieurs oprations
heureusement combines produisirent de bons rsultats. Il fixa enfin,
d'une manire invariable, la valeur des monnoies, si frauduleusement
altres sous les ministres prcdents, et le fit de manire  donner
dsormais de la sret aux transactions particulires sans porter
dommage aux intrts de l'tat; il trouva tout  la fois le moyen de
diminuer les impts et d'accrotre les revenus publics, en augmentant
le prix des fermes gnrales; pour teindre des emprunts faits  un
taux onreux, il sut, vu la confiance qu'il inspiroit, en contracter
d'autres  des conditions avantageuses; par l'effet naturel de
l'aisance du trsor public, le commerce et les manufactures reprirent
de l'activit, et les colonies prosprrent[57].

[Note 57: Le seul reproche que l'on puisse lui faire, dans cette
partie de son administration, est d'avoir voulu oprer une rduction
nouvelle sur les rentes qui toient elles-mmes un dbris misrable du
systme, dbris qui attestoit la ruine de la plupart de ceux qui en
toient porteurs. C'toit l une nouvelle atteinte porte  la foi
publique, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, une banqueroute dans une
banqueroute. Des cris s'levrent de toutes parts contre cette mesure
inique; elle fut sur le point de perdre dans l'opinion de la France le
ministre  qui tout commenoit  se rallier. Pour rtablir son crdit
branl, il n'eut d'autre parti  prendre que de revenir sur ses pas,
en modifiant, dans ses plus graves consquences, cette mesure vraiment
indigne de sa probit financire; et le secrtaire d'tat, qui la lui
avoit conseill, fut sacrifi[57-A].]

[Note 57-A: Lepelletier-Desforts.]

Ici finissent les loges que nous pouvons donner au ministre du
cardinal de Fleury. Hors de ses oprations financires, son
administration n'offre plus que foiblesse et ineptie. Nous le suivrons
d'abord, et jusqu' la fin, dans sa politique extrieure qui ne fut
qu'une suite de fautes grossires, mme alors qu'elle sembloit tre
justifie par des succs, et qui prpara les dsastres et la honte des
temps qui vinrent aprs lui; puis nous reviendrons  ce qui se passa
dans l'intrieur, o les vnements les plus graves ne purent tre
matriss par la main timide et dbile de ce vieillard.

Entrans comme nous l'avons t jusqu'ici, et afin de rendre
intelligible l'histoire d'une ville comme Paris,  y joindre une
esquisse rapide de l'histoire de la France entire, nous nous voyons,
de temps  autre, forcs d'y ajouter un tableau gnral de la
situation de l'Europe; car, depuis le seizime sicle surtout, il est
galement difficile de comprendre ce qui concerne quelqu'une des
grandes nations qu'elle renferme, si l'on ne retrace,  certains
intervalles, un expos de la situation, des vues, des intrts des
autres nations dont se compose la grande socit europenne, socit
unique dans l'histoire des peuples, et par les intrts communs qui
lui donnent la force et la vie, et par les dissensions intestines qui
l'puisent et la tuent, socit  laquelle le christianisme a rattach
les destines du monde, et  un tel point que sa chute et sa
dissolution semblent devoir amener avec elles la fin de toute socit.
Il convient donc de jeter ici un second coup d'oeil sur cette
situation des grandes puissances de l'Europe et sur les intrigues de
leurs cabinets, intrigues qui, depuis long-temps, formoient toute leur
politique.

La reine d'Espagne ne pardonnoit point  la France le renvoi
outrageant qu'on lui avoit fait de sa fille, et nous avons dit que
Philippe en avoit t galement offens. Dans leurs projets de
vengeance, auxquels se joignoit le vif dsir que conservoit toujours
lisabeth Farnse de procurer  ses fils des tablissements en Italie,
ils se tournrent vers l'Autriche, qui se trouvoit alors comme isole
au milieu de cette alliance de l'Angleterre avec la France, de
celle-ci avec l'Espagne, et, par ce triple obstacle, contrarie dans
le projet qu'elle avoit form de prendre part au commerce maritime,
que l'on commenoit  considrer comme la principale prosprit des
nations. Elle accueillit d'abord avec empressement les ouvertures que
lui fit l'Espagne, dont l'alliance sembloit devoir rtablir pour elle
cet quilibre que les derniers traits avoient rompu. Un trait fut
donc conclu  Vienne le 30 avril 1725: l'empereur y reconnoissoit les
droits hrditaires de l'infant don Carlos aux duchs de Toscane, de
Parme et de Plaisance, et s'engageoit  employer ses bons offices pour
faire rendre  l'Espagne, par l'Angleterre, Gibraltar et l'le de
Minorque. De son ct, le roi d'Espagne se faisoit garant de l'ordre
de succession tabli par l'empereur pour ses tats hrditaires,
affaire  laquelle ce monarque attachoit la plus grande importance,
dont il toit presque uniquement occup, qui se lie aux plus grands
vnements de ce sicle, et dont nous ne tarderons point  parler avec
plus de dtail. Peu de temps aprs, ces deux puissances signrent
entre elles un second trait de commerce et d'alliance dfensive. Ceci
se passa sous le ministre du duc de Bourbon, et immdiatement aprs
que l'infante eut t renvoye.

Les Anglois, qui payoient pour tre matres dans le cabinet des
Tuileries, informs de ce qui se passoit, n'eurent point de peine  y
faire prvaloir cette opinion, qu'il n'y auroit rien de plus
prjudiciable aux intrts de la France que de souffrir que l'Autriche
devnt puissance maritime et commerante. Pour parer  un danger
aussi imminent, un nouveau trait resserra les liens qui unissoient
entre elles les deux puissances[58]. Alors l'Angleterre arma contre
l'Espagne; de son ct l'Espagne se prpara au sige de Gibraltar.
Mais il arriva que l'Autriche, sur laquelle elle avoit compt, ne tint
point ses engagements; d'autres intrts l'en dtournrent, et
Philippe, dont le ministre Riperda toit lui-mme vendu 
l'Angleterre, se trouva bientt seul vis--vis d'une puissance
maritime  laquelle il ne pouvoit opposer un seul vaisseau, et
embarrass d'un sige o se consumoit inutilement son arme. Les
choses en toient l, lorsque le cardinal de Fleuri arriva au
ministre.

[Note 58: Il fut sign  Hanovre, le 3 septembre 1727. La Hollande y
accda, et aussi le roi de Prusse; mais celui-ci ne tarda point  s'en
dtacher.]

Ce n'toit point un homme que l'on pt corrompre avec de l'argent;
mais dj le cabinet de Saint-James avoit trouv son ct foible:
c'toit une bonne opinion de lui-mme, si solidement tablie, qu'il
n'toit point de flatterie sur son mrite qui ne trouvt son oreille
prte  la recevoir, et  laquelle il ne se laisst prendre comme
l'enfant le plus inexpriment. Horace Walpole toit alors ambassadeur
d'Angleterre en France: sachant  qui il avoit affaire, et bien
endoctrin par son frre, le clbre Robert Walpole, qui gouvernoit
alors l'Angleterre, et qui avoit encore besoin de la paix pour achever
d'y rsoudre le problme du gouvernement reprsentatif par la
_corruption_ (qui est en effet son seul principe de vie, en tant qu'il
peut vivre), le rus diplomate joua donc auprs du nouveau ministre le
rle de flatteur; et jamais on ne fut plus malheureusement dupe que ce
vieillard d'un plus grossier mange[59]. Affectant de le consulter
sur tout, de dfrer  ses conseils, d'tre subjugus par la force de
ses raisonnements, de le vnrer, de le chrir mme, les deux frres,
comme s'ils eussent voulu lui donner la plus haute marque de la
confiance et du respect qu'ils avoient dans ses lumires, le firent
mdiateur entre l'Angleterre et l'Espagne, et ce fut pour lui la plus
douce des jouissances de pouvoir procurer  cette puissance une paix
dont l'Angleterre elle-mme avoit le plus grand besoin. Le rsultat
de cette paix fut d'tablir enfin, dans le duch de Parme, un infant
d'Espagne, et de faire obtenir aux Anglois ce qu'ils dsiroient depuis
long-temps avec ardeur, une part active dans le commerce des colonies
espagnoles[60]. Par l'effet de cette mdiation, le pacte de famille se
resserra, et, depuis, l'union fut inaltrable entre l'Espagne et la
France.

[Note 59: Le rcit qu'en fait Saint-Simon est curieux, plaisant mme,
et mrite d'tre rapport. Voyant, dit-il, que le cardinal
s'abandonnoit aux Anglois avec une dpendance qui sautoit aux yeux de
tout le monde, je rsolus enfin de lui en parler. Je lui dis donc un
jour ce que j'en pensois l dessus, les inconvnients solides dans
lesquels il se laissoit entraner, et beaucoup de choses sur les
affaires qui seroient ici dplaces. Sur les affaires, il entra en
matire; mais sur la confiance en Walpole, en son frre et aux Anglois
dominants, il se mit  sourire: Vous ne savez pas tout, me
rpondit-il; savez-vous qu'Horace me montre toutes ses dpches, et
que je lui dicte les siennes, qu'il n'crit que ce que je veux? Voil
un intrinsque qu'on ignore et que je veux bien vous confier: Horace
est mon ami intime; il a toute confiance en moi, mais je dis aveugle.
C'est un trs habile homme; il me rend compte de tout; il n'est qu'un
avec Robert qui est un des plus habiles hommes de l'Europe et qui
gouverne tout en Angleterre; nous nous concertons ensemble, et _nous
laissons dire_. Je demeurai stupfait, moins encore de la chose que
de l'air de complaisance, de repos et de conjouissance en lui-mme
avec lequel il me le disoit. Je ne laissai pas d'insister, et de lui
demander qui l'assuroit qu'Horace ne ret et n'crivt pas doubles
dpches, et ne le trompt ainsi bien aisment. Autre sourire
d'applaudissement en lui: Je le connois bien, me dit-il; c'est un des
plus honntes hommes, un des plus francs et des plus incapables de
tromper qu'il y ait peut-tre au monde. Et de l  battre la campagne
en exemples et en faits dont Horace l'amusoit.

Le dnouement fut qu'aprs s'tre servi de la France contre l'Espagne
et contre elle-mme, pour leur commerce et pour leur grandeur, et
l'avoir amuse jusqu'au moment de la dclaration de cette courte
guerre de 1733, les Walpole, ses confidents, ses chers amis, qui
n'agissoient que par ses ordres et ses mouvements, se _moqurent de
lui_ en plein parlement, l'y traitrent avec cruaut, et, de point en
point, manifestrent toute la duperie et l'enchanement de lourdises
o,  leur profit et  notre grand dommage, ils avoient fait tomber,
six ans durant, notre _premier ministre_, qui en conut une rage
difficile  exprimer, mais qui ne le corrigea pas[59-A]. (_Mm._, liv.
V.)]

[Note 59-A: Ne semble-t-il pas, en lisant ce rcit, qu'on entende
raconter un vnement de nos jours? Les Canning n'ont-ils pas
religieusement conserv les traditions des Walpole; et, dans des
circonstances presque semblables, n'ont-ils pas su s'en servir avec la
mme dextrit? N'ont-ils pas trouv, pour la confiance intrpide en
soi-mme, les vues courtes, la _finasserie_ niaise, une dupe, de tous
points, comparable au cardinal de Fleuri; toutefois avec cette trs
grande diffrence, que si celui-ci s'toit lourdement tromp sur cette
politique angloise, qui, du reste, n'toit pas alors  dcouvert comme
elle l'est aujourd'hui, il avoit du moins relev le crdit public et
restaur les finances de l'tat?]

[Note 60: Ils obtinrent par ce trait de pouvoir envoyer tous les ans
un vaisseau  Porto-Bello. On verra bientt ce qui rsulta de cette
concession qui parut d'abord tre de peu d'importance.]

Cependant la Russie que Pierre Ier avoit tire de la barbarie profonde
qui, jusqu' lui, l'avoit tenue spare du systme europen,
commenoit  y prendre sa place, et au milieu des rvolutions de
palais qui l'agitrent aprs la mort de son froce lgislateur,
mettoit dj son poids dans la balance de ses intrts. Cette
puissance toit trop voisine de la Pologne pour ne pas prtendre 
exercer une influence dcisive sur les destines de cette nation; et
l'on sait que ce mme Stanislas Leczinski, dont la fille se voyoit
maintenant reine de France comme par une espce de prodige, avoit t
prcipit par Pierre lui-mme de son trne lectif. Les successeurs du
czar avoient depuis arrach le duch de Courlande au prince Maurice de
Saxe, fils naturel du roi rgnant Auguste II, et malgr les voeux des
Courlandois qui l'appeloient  rgner sur eux.  peine s'toient-ils
empars de cette province, que le roi de Pologne mourut: d'accord avec
l'Autriche, ils y portrent son fils l'lecteur de Saxe. Alors
s'veilla en France, et surtout  Paris, une ardeur guerrire que l'on
auroit pu croire teinte au milieu de l'oisivet d'une si longue paix.
Ce qui restoit des vieux gnraux de Louis XIV s'ennuyoit de la
nullit  laquelle ils toient rduits; et le feu de l'ge y poussoit
les jeunes gens,  qui la vie des camps toit encore entirement
inconnue. Le pre de la reine avoit un parti puissant en Pologne: ce
fut un cri gnral que l'honneur de la France toit intress  l'y
rtablir.

(1733-1735). La premire marque de foiblesse que donna le cardinal de
Fleuri, fut de se laisser entraner par ces clameurs  faire une
guerre qu'il dsapprouvoit, qui l'arrachoit  ses plans de rformes
financires, et qui n'avoit effectivement aucun but utile pour la
France; la seconde, de n'avoir pas su la pousser vigoureusement, aprs
avoir, bon gr mal gr, pris son parti. Tandis que l'Autriche et la
Russie faisoient marcher des armes formidables sur les frontires du
royaume en litige, une lche et sotte condescendance pour les Anglois
qu'il craignoit d'inquiter en faisant sur mer de trop grands
armements, et son conomie parcimonieuse, rduisirent  quinze cents
hommes et  trois millions le secours honteux qu'il envoya 
Stanislas. Celui-ci, bien que proclam roi par le voeu unanime de la
noblesse polonaise, fut bientt, et pour la seconde fois, renvers du
trne pour avoir t si mal secouru, se trouva heureux d'chapper 
travers mille prils  ses ennemis, et se hta de revenir en France,
dsormais son refuge assur. L'lecteur de Saxe fut proclam roi de
Pologne.

La guerre, pour tre faite en Allemagne et en Italie d'une manire
moins dshonorante, toit loin cependant d'y tre glorieuse et
dcisive. Les deux vtrans de la gloire militaire de la France,
Villars et Berwick commandoient les armes destines  agir sur ces
deux points des frontires. Villars, alors octognaire, avoit pour
auxiliaire le successeur de Victor-Amde qui, suivant en tous points
les traditions politiques de son pre, s'toit alli avec la France
uniquement pour qu'elle ft,  son profit, la conqute du Milanais.
Elle fut acheve en trois mois; et le roi de Sardaigne, jusque-l
plein d'ardeur et d'activit, devint, ds ce moment, timide, indolent,
irrsolu, et, par ses hsitations et ses fausses manoeuvres, prit 
tche d'entraver toutes les oprations de l'arme franoise, et
l'empcha de tirer aucun fruit de ses victoires. En Alsace, le corps
d'arme sous les ordres de Berwick se vit rduit  l'inaction, ds son
entre en campagne, par cette pusillanimit prsomptueuse du cardinal
qui, du fond de son cabinet, prtendoit aussi diriger les plans de
campagne, comme l'avoit fait Louis XIV; et cent mille hommes
commencrent la guerre par un repos de quatre mois, pour ne se
hasarder que l'anne suivante  passer le Rhin. Le fleuve pass,
Berwick, aprs avoir remport quelques avantages, rsultat presque
ncessaire de la supriorit du nombre, alla mettre, et probablement
par ordre, le sige devant Philisbourg, se renferma dans des lignes
inexpugnables, pour n'y tre point troubl par l'ennemi, et, avant que
la ville et t prise, fut emport par un boulet de canon. Villars
mouroit en mme temps dans son lit  Turin; et des hommes, plus ou
moins mdiocres, remplacrent ces deux grands capitaines. Philisbourg
se rendit: le prince Eugne, qui avoit jug imprudent d'attaquer les
Franois dans leurs retranchements, se retrancha  son tour; et, par
les mmes motifs, l'arme franoise n'osa pas tenter une attaque
contre lui. Deux gnraux en avoient pris le commandement aprs la
mort de Berwick, le marquis d'Asfelt et le duc de Noailles: ils se
divisrent; il n'y eut plus de dessein arrt dans les mouvements de
l'arme; le prince Eugne n'eut pas de peine  faire avorter leurs
manoeuvres incertaines; et de part et d'autre on prit, ds l'automne,
des quartiers d'hiver.

En Italie, le marchal de Coigni avoit remplac Villars: de ce ct,
o l'Autriche avoit encore moins de forces, il y eut un vnement
dcisif, mais dont les Espagnols eurent seuls la gloire, et dont aussi
ils recueillirent seuls les avantages. Le royaume de Naples fut envahi
par l'infant don Carlos,  la tte d'une arme que commandoit sous lui
un gnral habile, le duc de Montemar; ses oprations militaires y
furent secondes par les voeux de la nation, et, dans moins de deux
campagnes, les troupes impriales se virent entirement chasses de ce
royaume, et,  l'exception de trois villes, de toute la Sicile. En
Lombardie, grce aux lenteurs calcules de Charles-Emmanuel, les
Autrichiens faisoient plus de rsistance: aprs avoir t battus par
le gnral franois  la bataille de Parme, ils le battirent  son
tour au combat de la Secchia, parce qu'il n'avoit pas su profiter de
sa victoire; et la revanche qu'il prit bientt sur eux  Guastalla,
fut de mme sans rsultat. Tout, aprs cette affaire qui devoit tre
dcisive, et de mme que sur le Rhin, devint timide et incertain dans
les manoeuvres du marchal de Coigni, auquel on avoit galement donn
un second, le marchal de Broglie. Le roi de Sardaigne, qui s'toit
montr plein de rsolution pendant la bataille, revint  ses perfidies
accoutumes aprs la victoire; et le gnral autrichien Koenigsegg,
meilleur tacticien que ses ennemis, sut habilement profiter de leurs
fautes. Aprs deux victoires, on avoit perdu du terrain, on se
soutenoit difficilement dans le Milanais, et tout languissoit
galement sur ce point des oprations militaires. Il y avoit encore
d'autres causes de ce peu d'activit: c'est qu'on avoit dj commenc
 ngocier de la paix.

La France, dans cette guerre, n'avoit  peu prs rien gagn; l'Autriche
avoit beaucoup perdu, et l'avenir toit de nature  lui causer de
srieuses alarmes.  la vrit, la Russie se disposoit  envoyer une
arme nombreuse  son secours; mais de tels allis, au sein de ses
tats, l'auroient inquite presque autant que des ennemis. Toutefois il
n'y avoit rien dans sa position d'assez dsespr pour dterminer
Charles VI  faire les concessions que lui cota cette paix: le vif
dsir qu'il avoit de faire reconnotre et garantir par toutes les
puissances de l'Europe la _Pragmatique_ par laquelle il rgloit sa
succession, espce d'ide fixe dont il toit presque uniquement possd,
l'emporta sur toute autre considration[61]. Pour obtenir cette
garantie illusoire, ce foible prince abandonna le royaume de Naples 
l'Espagne, et la Lorraine  la France, qui fut tonne de l'obtenir, car
elle n'avoit pas mme d'abord song  la demander[62]. C'est ainsi que
lui fut acquise, et sans retour, par une suite de fautes politiques et
militaires, une province que Louis XIV, dans le plus haut degr de sa
puissance et de ses victoires, n'avoit pu russir  joindre  ses tats.
Le duc de Lorraine reut en change le duch de Toscane, et pousa la
fille de l'empereur, cette Marie-Thrse que nous allons bientt voir
jouer le premier rle sur ce grand thtre de l'Europe. Ni dans cette
guerre ni dans cette paix, on ne vit parotre les Anglois; il n'toit
pas encore temps pour eux de se mler ouvertement aux troubles du
continent: ils s'y prparoient.

[Note 61: Ds l'anne 1713, il avoit voulu assurer, dans sa maison,
la succession  tous ses tats hrditaires. Il n'avoit point alors
d'enfants; mais il pouvoit en avoir, et fit rdiger, dans son conseil,
une loi par laquelle ses enfants mles, et,  leur dfaut, ses filles,
les uns et les autres par ordre de primogniture, possderoient ses
terres, tats et principauts, le tout en entier, sans division ni
partage. Cette succession indivisible devoit, au dfaut de la branche
Caroline, issue de lui, passer dans la branche Josphine, issue de son
frre Joseph, et au dfaut de ces deux branches, aux deux soeurs de Sa
Majest. Depuis ce plan de succession, Charles avoit eu un fils, mort
l'anne mme de sa naissance, et trois filles auxquelles il vouloit
assurer le droit  sa succession indivisible par ordre de
primogniture. Il commena par s'assurer de la renonciation de ses
deux nices, princesses lectorales, l'une de Saxe, l'autre de
Bavire, et publia ensuite la loi de succession, sous le titre de
_Pragmatique sanction_.]

[Note 62: Les prtentions du cardinal de Fleuri toient loin de se
porter aussi haut. Il s'toit content de demander le Barrois. Ce fut
le garde des sceaux Chauvelin, lequel avoit en mme temps le
portefeuille des affaires trangres, qui conut cette pense hardie,
et qui conquit en quelque sorte cette province  la France, par
l'adresse et la fermet qu'il mit  conduire les ngociations.]

L'conomie du cardinal de Fleuri avoit triomph, dans cette guerre,
plus que les armes de la France: avec l'tablissement d'un dixime il
avoit fait face  toutes les dpenses. Si les suites en eussent t
dsastreuses, on lui et justement reproch cette conomie mal
entendue: on lui en sut gr, parce que ces suites passrent mme ce
qu'on auroit pu imaginer; et des vnements inattendus et inesprs le
firent considrer comme le plus sage et le plus prvoyant des
ministres.

(1735-1741.) La France jouit avec dlice de cette paix, qui se
prolongea depuis 1735 jusqu' 1741, et comme si rien n'et jamais d
la troubler. Fleuri continuoit d'exercer le pouvoir le plus absolu qui
et jamais t accord  un ministre de France[63], et, fidle  son
systme, apportoit tous ses soins  rtablir les finances et laissoit
dprir la marine. Le jeune roi s'enfonoit de jour en jour davantage
dans la mollesse et l'oisivet, et ses moeurs donnoient les premiers
signes de cette dpravation qui plus tard devoit montrer sur le trne
de France des prodiges d'infamie qu'on n'y avoit jamais vus. Ces
premiers signes furent effrayants: deux soeurs[64] se disputrent les
faveurs du monarque et les obtinrent tour  tour; elles en jouirent
mme ensemble, et l'on et dit que ce qu'il y avoit d'incestueux dans
ces commerces les lui rendoit plus attrayants. La mort subite et
violente d'une d'elles[65] le frappa cependant, et parut lui causer
quelques remords: aussitt l'effroi fut grand parmi les courtisans; il
y eut une ligue pour le replonger dans le vice d'o il sembloit
vouloir sortir, et ce fut une troisime soeur que l'on choisit pour
remporter ce dtestable triomphe[66]. Elle en jouit avec encore plus
de scandale, et fut, sous le nom de duchesse de Chteauroux, la
premire matresse de Louis XV publiquement et en quelque sorte
officiellement reconnue. Le cardinal de Fleuri hasarda quelques
reprsentations qui furent mal reues: il se garda bien de les
ritrer, et fermant prudemment les yeux, se renferma dans les soins
de son administration conome et imprvoyante, s'tablissant le
mdiateur heureux des dmls peu importants qui pouvoient s'lever
entre quelques allis de la France, et ne changeant rien au systme
qu'il s'toit fait de marcher  la suite de l'Angleterre, continuant
de mettre tous ses soins  ne pas la troubler,  ne pas lui causer le
moindre ombrage, comme si les concessions qu'il faisoit  cette
puissance eussent t le gage assur d'une paix ternelle pour la
France et pour tout le continent.

[Note 63: Ce mme Chauvelin qui venoit de rendre un si grand service 
la France, et qui probablement toit un homme fort suprieur au
cardinal, fut bientt disgraci et exil pour avoir voulu tenter de
renverser un ministre qu'il jugeoit au dessous de sa rputation et de
sa place. Le roi, auprs de qui il avoit fait quelques tentatives 
cet effet, le livra  l'instant mme  son prcepteur dont la
vengeance fut prompte et svre. C'est alors que les sceaux furent
rendus  d'Aguesseau, qui continua de jouer un bien triste rle dans
les affaires publiques depuis qu'il s'toit si gauchement plac entre
la cour et le parlement.]

[Note 64: Mesdames de Mailly et de Vintimille. Elles toient de la
famille de Nesle, et avoient trois autres soeurs, la duchesse de
Lauraguais, la marquise de Flavacour, et la marquise de Tournelle.]

[Note 65: La marquise de Vintimille.]

[Note 66: La marquise de Tournelle.]

On pouvoit prvoir cependant que la cupidit de ses marchands ne se
contenteroit pas de cette petite part que le dernier trait leur avoit
fait obtenir dans le commerce des colonies espagnoles; qu'une fois
introduits si imprudemment dans ce commerce, ils essaieroient de
l'attirer  eux tout entier; que l'Espagne s'en irriteroit et
prendroit des mesures pour les arrter dans leurs empitements; que le
gouvernement anglois soutiendroit des actes frauduleux que lui-mme
avoit secrtement encourags, et que de cet article de la paix
sortiroit une guerre o il deviendroit bien autrement utile de se
faire mdiateur, et de se prsenter dans une attitude propre  faire
respecter sa mdiation: c'est ce qui arriva. L'Espagne se fcha de
voir son propre commerce dprir au profit des contrebandiers
anglois[67], et ordonna contre eux des mesures rpressives;
l'Angleterre, qui violoit si ouvertement les traits, cria 
l'outrage,  la violation du droit des gens, et dclara la guerre 
l'Espagne. Le cardinal s'offrit comme mdiateur; c'toit le rle qu'il
aimoit  jouer. Accepte drisoirement par les ministres, le parlement
lui fit voir le peu qu'toit maintenant cette mdiation, en la
rejetant avec mpris; les flottes angloises parcoururent les mers, o,
grce  lui, elles ne rencontroient plus d'obstacles, achevant d'y
dtruire le commerce espagnol, menaant de toutes parts ses
tablissements d'outre-mer; et le vieux ministre fut le tmoin
impuissant d'une guerre entreprise pour justifier un brigandage, et
achever d'arracher leurs dpouilles  ceux qui n'avoient pas voulu se
laisser dpouiller. Cette guerre devoit bientt se compliquer avec les
nouveaux intrts qu'un grand vnement alloit faire natre en Europe.

[Note 67: Nous avons dit que, par le dernier trait, ils avoient
obtenu de pouvoir envoyer tous les ans un vaisseau  Porto-Bello. Ce
vaisseau, qui d'abord ne devoit tre que de cinq cents tonneaux, fut,
en 1717, de huit cent cinquante par convention, mais en effet de mille
par abus; ce qui faisoit deux millions pesant de marchandises. Ces
mille tonneaux toient encore le moindre objet de commerce de la
compagnie angloise; une patache, qui suivoit toujours le vaisseau sous
prtexte de lui porter des vivres, alloit et venoit continuellement;
elle se chargeoit, dans les colonies angloises, des effets qu'elle
apportoit  ce vaisseau, lequel, ne dsemplissant jamais par cette
manoeuvre, tenoit lieu d'une flotte entire. Souvent mme d'autres
navires venoient remplir ce vaisseau de permission, et leurs barques
alloient encore sur les ctes de l'Amrique porter des marchandises
dont les peuples avoient besoin, mais qui faisoient tort au
gouvernement espagnol, et mme  toutes les nations qui se croient
intresses au commerce qui se fait des ports d'Espagne au golfe du
Mexique. (VOLTAIRE, _Prcis du Sicle de Louis XV_, ch. VIII.)]

(1740) L'empereur Charles VI venoit de mourir, laissant sa fille
Marie-Thrse seule hritire de ses tats, et protge dans ses
droits  cette succession par un pacte que tous les souverains de
l'Europe avoient reconnu; et cette reconnoissance, il l'avoit paye
assez cher pour pouvoir esprer que l'on tiendroit les conditions du
march[68]. Mais l'Autriche toit alors puise par une guerre
malheureuse qu'elle venoit de soutenir contre les Turcs, et qu'une
paix honteuse avoit difficilement termine; une simple femme se
prsentoit pour revendiquer ce grand hritage, et, malgr la foi des
traits, un brigandage non moins rvoltant que celui que les Anglois
exeroient sur les mers, fut  l'instant mme projet sur le
continent. Les lecteurs de Saxe et de Bavire, la reine d'Espagne, en
sa qualit de princesse de Parme, le roi de Sardaigne, s'levrent 
la fois contre l'hritire, les uns lui disputant l'hritage entier,
les autres essayant de lui en arracher des lambeaux, et tous faisant
valoir des prtentions plus ou moins absurdes; car ils avoient encore
la pudeur de chercher  couvrir d'une ombre de justice cette oeuvre
d'iniquit. Cet orage, qui s'levoit contre la fille de Charles VI,
enhardit le souverain du plus petit royaume du Nord  se mettre au
rang des comptiteurs: le roi de Prusse rclama la Silsie, usurpe,
disoit-il, sur ses aeux; et tandis que les autres en toient encore 
taler leurs titres et  rassembler des arguments pour en prouver la
lgitimit, ce prince (c'toit Frdric II, qui venoit de monter sur
le trne) montra d'abord ce qu'il toit capable de faire, en
envahissant  main arme la province qu'il venoit de rclamer.
Guerrier hardi et entreprenant, il ne se montra pas moins adroit
politique, en offrant sur-le-champ  Marie-Thrse de prendre son
parti si elle vouloit lui abandonner sa conqute, et de l'aider 
faire couronner son mari empereur. La fire princesse ddaigna ses
offres, et n'y rpondit qu'en faisant marcher une arme contre lui.
(1741) Frdric remporta sur cette arme la premire de ses victoires;
l'occupation de la Silsie entire fut le prix de la bataille de
Molwitz, et la ligue contre l'Autriche en fut la consquence.

[Note 68: _Voyez_ p. 107 et 108.]

Que l'lecteur de Bavire, ainsi qu'il ne tarda pas  le manifester,
et des prtentions  la couronne impriale; que les autres souverains
que nous venons de nommer crussent la circonstance favorable pour
s'emparer de quelques dpouilles de l'Autriche, on le peut concevoir
dans cette politique de l'Europe _civilise_, qui, sous tous les
rapports de violence et de rapacit, ne diffroit point de celle des
peuplades les plus barbares; mais la France, qui ne prtendoit  rien
dans cet odieux partage, qui jouissoit d'une paix dont elle avoit
besoin, qui se parjuroit gratuitement en entrant dans une semblable
ligue, quels motifs pouvoient l'y entraner? Il n'en fut pas prsent
un seul que le bon sens et os avouer. L'intrt de la France toit,
disoit-on, de favoriser contre l'Autriche l'lecteur de Bavire, son
ancien alli, qui avoit autrefois tout perdu pour elle  la bataille
d'Hochstedt. Mais ce qu'il avoit perdu alors, les traits depuis le
lui avoient fait recouvrer, et la reine de Hongrie n'avoit ni le
pouvoir ni la volont de le lui ravir de nouveau. Il paroissoit ais,
ajoutoit-on, de lui procurer  la fois l'Empire et une partie de la
succession autrichienne; par l on enlevoit  la nouvelle maison
d'Autriche-Lorraine cette supriorit que l'ancienne avoit affecte
sur tous les autres potentats de l'Europe; on anantissoit cette
vieille rivalit entre les Bourbons et les Autrichiens; on faisoit
plus que Henri IV et Richelieu n'avoient pu esprer[69]. Mais
l'vnement prouva que ce que l'on croyoit ais toit fort difficile;
et d'ailleurs, au temps de Henri IV et de Richelieu, la maison
d'Autriche rgnoit sur l'Espagne, possdoit le royaume de Naples et
plusieurs autres tats d'Italie, que depuis elle avoit perdus, et
c'toit la maison de Bourbon qui l'y avoit remplace. Elle avoit
alors, dans l'Empire germanique, une influence que la paix de Munster
lui avoit te; en un mot, au seizime sicle et au commencement du
dix-septime, elle avoit t aussi redoutable qu'elle toit peu 
craindre maintenant. Que pouvoit-il rsulter de son abaissement, sinon
de crer en Allemagne une autre puissance prpondrante, que ses
intrts n'eussent point tard  mettre dans la position d'o
l'Autriche auroit t dplace? Le cardinal de Fleuri sentoit,
dit-on, tout cela, et toit trs fortement oppos  cette guerre
impolitique et dangereuse. Deux hommes, le comte, depuis marchal de
Belle-Isle, et son frre, petits-fils du fameux Fouquet, sans avoir ni
l'un ni l'autre aucune influence dans les affaires, ni encore aucun
accs auprs du roi, ni aucun pouvoir sur l'esprit du cardinal, firent
rsoudre cette entreprise[70]. Ils devoient  leur jactance politique
et militaire, que soutenoit sans doute la conviction intime o ils
toient de leur supriorit, d'avoir une grande rputation sans avoir
fait de grandes choses[71]; on les croyoit capables de tout, parce
qu'ils ne doutoient de rien, et il n'en faut pas davantage pour
entraner le vulgaire des esprits. Tous les deux se trouvrent donc,
sans qu'on st trop comment, ni  quel titre,  la tte de la
politique extrieure de la France, dans une guerre o l'Europe entire
alloit se trouver enveloppe; et ce prodige arriva sous le
gouvernement d'un ministre absolu qui dsapprouvoit cette guerre, et
qui n'avoit qu' dire un mot pour faire avorter ce projet, et en
replonger les auteurs dans l'obscurit d'o ils venoient  peine de
sortir.

[Note 69: VOLTAIRE, _Prcis du Sicle de Louis XV_, ch. V.]

[Note 70: VOLTAIRE, _Prcis du Sicle de Louis XV_, ch. V.]

[Note 71: Les deux frres n'toient encore connus, l'un et l'autre,
que par quelques perscutions qu'ils avoient prouves sous le
ministre du duc de Bourbon, par suite de leurs liaisons avec Leblanc,
secrtaire d'tat de la guerre, accus de dilapidations, et poursuivi
plutt par la haine que lui portoit la marquise de Prie, que pour ce
crime, dont il n'existoit pas d'ailleurs de preuves suffisantes. Le
comte et le chevalier de Belle-Isle, accuss, dans cette affaire, de
manoeuvres frauduleuses, et souponns d'entretenir une correspondance
secrte avec Leblanc que l'on avoit fait mettre  la Bastille, furent
arrts  leur tour, et renferms dans la mme prison.]

(1741-1743) La France n'y parut d'abord que comme allie de l'lecteur
de Bavire, qui, ds qu'il se vit soutenu par un si puissant
auxiliaire, dclara hautement ses prtentions  la couronne impriale,
en concurrence avec le grand duc de Toscane, mari de la reine de
Hongrie. Le marchal de Belle-Isle, jouant  la fois le rle de
ngociateur et de guerrier (car le commandement suprme des armes
franoises avoit t donn  cet homme qui n'avoit encore fait la
guerre autrement qu'en sous ordre), commena  parcourir l'Allemagne,
allant de Francfort  Dresde, de Dresde au camp du roi de Prusse, pour
assurer par des traits le succs des projets ambitieux du prince
bavarois, tandis que celui-ci, soutenu d'un corps considrable de
soldats franois, entroit, sans trouver de rsistance, dans les tats
de Marie-Thrse, qui, mme aprs avoir runi toutes ses forces pour
les opposer au roi de Prusse, se dfendoit  peine contre ce
redoutable ennemi. De tels succs devoient tre rapides, et en effet,
des provinces entires furent envahies par de simples marches; Lintz,
Passaw, ouvrirent leurs portes, et l'on arriva bientt sous les murs
de Vienne, o l'on pouvoit entrer avec la mme facilit. Mais dj la
division rgnoit parmi les allis, et, par ce seul fait, la folie de
cette guerre toit dmontre. La France, qui ne s'attendoit pas  des
succs si prompts et si extraordinaires, craignit de rendre l'lecteur
de Bavire trop puissant en lui livrant ainsi tous les tats
autrichiens, et celui-ci avoit hte lui-mme de quitter l'Autriche,
pour aller en Bohme empcher l'lecteur de Saxe de prendre  lui seul
cette province, que probablement il auroit voulu s'approprier. On
quitta donc un pays ouvert pour s'engager dans une des parties les
plus difficiles de l'Allemagne; les conseils du comte Maurice de Saxe,
qui, dans cette expdition, commandoit les troupes franoises, ne
furent point couts; de fausses manoeuvres, dont rien ne put
dtourner l'lecteur, mirent l'arme dans une position qui pouvoit
devenir prilleuse, qui le devint en effet lorsqu'elle eut fait sa
jonction, sous les murs de Prague, avec l'arme saxonne[72]. Pour la
sauver, il falloit se rendre matre de la capitale de la Bohme: cette
ville, qui sembloit devoir soutenir un long sige, fut prise en peu de
jours; et ce succs inespr, d au gnie du comte de Saxe, second
par celui de Chevert, devint le salut de l'arme confdre.

[Note 72: En entrant dans la Bohme, on s'toit empar de deux postes
importants, Tabor et Budweiss; et le marquis de Sgur avoit t laiss
en Autriche avec un corps de quinze mille hommes, que l'on croyoit
suffisant pour garder les conqutes qu'on y avoit faites. Il arriva
que des corps autrichiens, chasss de la Silsie, attaqurent ces deux
postes, et s'en emparrent. Ainsi la communication se trouva, ds le
commencement, interrompue entre le corps de Sgur et l'arme de
Bohme; d'un autre ct, le grand duc, qu'une trve avec le roi de
Prusse avoit laiss libre de ses mouvements, s'avanoit en toute hte,
 travers la Moravie, au secours de la ville assige.]

Cependant, au milieu de tant de revers et d'une situation qui sembloit
dsespre, Marie-Thrse dployoit un grand courage et ne dsesproit
pas d'elle-mme. Par une dmarche nergique, soutenue de ce que son
double caractre de reine et de mre pouvoit y ajouter d'imposant et
de pathtique[73], elle avoit entran  la dfense de sa cause la
noblesse hongroise, qui d'abord s'y toit montre peu dispose. Le
mouvement de la Hongrie se communiqua avec une rapidit presque
miraculeuse aux provinces autrichiennes, qui se rveillrent tout 
coup de leur lthargie avec une sorte de transport, et prsentrent
bientt l'aspect d'un peuple entier en armes et ne respirant que la
vengeance[74]. Hongrois et Autrichiens, anims d'une gale ardeur,
formrent, en se runissant, une arme qu'un nombre considrable de
troupes irrgulires rendit encore plus redoutable, et ainsi runis se
prcipitrent sur la Bavire; et tandis que Charles-Albert se faisoit
complaisamment couronner  Francfort, des ennemis exasprs mettoient
 feu et  sang ses tats hrditaires. Cependant le marchal de
Belle-Isle donnoit tranquillement ses ordres du sein des cours
d'Allemagne, o il ngocioit toujours; et il n'y avoit plus
qu'incertitude et discordance dans les mouvements des gnraux qui
oproient sous ses ordres, et qu'une seule volont auroit d
surveiller et diriger. Les divers corps qu'ils commandoient furent
successivement isols les uns des autres. On toit entr en Bavire,
et l'on avoit t oblig d'en sortir; on y rentra une seconde fois
pour en sortir encore. Le roi de Prusse, victime des fautes de ses
allis, manoeuvroit aussi un peu au hasard, sans cesse harcel dans sa
marche par le gnral le plus actif et le plus habile qu'il et encore
rencontr, le prince Charles de Lorraine, frre du grand duc. S'tant
enfin runi  l'arme saxonne, il s'avanoit  grands pas dans la
Bohme, pour forcer, par cette diversion, les Autrichiens  lever le
sige de Lintz; mais dj cette place avoit capitul, et le comte de
Sgur,  qui elle avoit t confie, n'avoit trouv que ce moyen de
sauver les dbris de son corps d'arme. Cependant l'Angleterre, voyant
le moment arriv de renoncer  son systme pacifique, livroit  la
drision de l'Europe le trop crdule cardinal, en se dclarant
ouvertement pour la reine de Hongrie; la Hollande, dsormais sous son
influence irrsistible, entroit  sa suite dans la confdration; elle
y attiroit en mme temps le roi de Sardaigne, qu'on trouvoit toujours
prt lorsqu'il s'agissoit de trahir la France; et les chances de cette
guerre, qui d'abord avoient t si favorables  nos armes, tournrent
ainsi tout  coup contre elles, et plus brusquement qu'on n'auroit pu
mme l'imaginer.

[Note 73: Elle toit sortie de Vienne, et elle s'toit jete entre
les bras des Hongrois, si svrement traits par son pre et par ses
aeux. Ayant assembl les quatre ordres de l'tat  Presbourg, elle y
parut tenant entre ses bras son fils an presque encore au berceau;
et leur parlant en latin, langue dans laquelle elle s'exprimoit bien,
elle leur dit  peu prs ces propres paroles: Abandonne de mes amis,
perscute par mes ennemis, attaque par mes plus proches parens, je
n'ai de ressource que dans votre fidlit, dans votre courage et dans
ma constance; je mets en vos mains la fille et le fils de vos rois,
qui attendent de vous leur salut. Tous les palatins, attendris et
anims, tirrent leurs sabres en s'criant: _Moriamur pro rege nostro
Mari Theresi_. (VOLTAIRE, _Prcis du Sicle de Louis XV_, ch. VI.)]

[Note 74: Ce fut de ces milices populaires, formes tout  coup par ce
mouvement exalt de patriotisme, que sortirent ces troupes
irrgulires, Pandours, Croates, Talpaches, qui, conduites par des
partisans, et trangres, ainsi que leurs chefs,  toutes les lois de
la guerre, exercrent, partout o elles passrent, les plus affreux
ravages, et devinrent la terreur de l'Allemagne et mme de la France.
Mentzel toit le chef suprme de ces bandes froces, et se rendit
lui-mme fameux par sa frocit.]

Constern de tant de dsastres, et plus alarm encore de l'avenir que
du prsent, le cardinal de Fleuri, aprs n'avoir su ni empcher la
guerre ni la diriger, essaya plus gauchement encore de se procurer la
paix. Il imagina d'en faire des ouvertures dans une lettre qu'il
crivit au gnral de Koenigsegg: pour toute rponse, la reine de
Hongrie fit imprimer cette lettre, chef-d'oeuvre d'innocence
diplomatique[75], et dont l'effet fut d'accrotre ses embarras en le
rendant suspect  ses allis. Le roi de Prusse fut le premier qui
l'abandonna, et sa dfection, que Marie-Thrse fut force de payer de
la cession de la Silsie, mit l'arme franoise, qui occupoit Prague
et la Bohme, dans une position tellement critique, qu'il devint
urgent de faire marcher une seconde arme pour la dlivrer.  peine
cette arme toit-elle en marche, qu'elle se vit arrte par le
cardinal lui-mme, qui, malgr la leon si amre qu'il venoit de
recevoir, se faisoit encore la dupe de l'Autriche, et prtoit
l'oreille  ses ngociations fallacieuses. Un autre corps de troupes,
qui marchoit de son ct pour joindre cette arme, ne la voyant point
parotre, se retira lui-mme; la Bavire fut une seconde fois envahie
et dvaste par les Autrichiens, et le marchal de Belle-Isle, qui
n'avoit su que se renfermer dans Prague, aprs avoir compromis de
toutes parts la fortune de la France, n'eut plus d'autre ressource que
d'essayer du moins de sauver par une retraite les troupes qui y
toient renfermes avec lui. Cette retraite se fit au milieu d'un
hiver rigoureux[76]; pour viter la cavalerie ennemie, il se dirigea
par des chemins impraticables, et cette prcaution excessive fut plus
dsastreuse que n'auroit pu l'tre mme la perte d'une bataille[77].
Cette arme de Bohme arriva presque anantie  gra, heureuse encore
de trouver ce refuge, que la prvoyance du comte de Saxe lui avoit
prpar[78]. Les autres corps d'arme rtrogradrent galement de tous
les cts, et, de mme qu'aprs la bataille d'Hochstedt, la guerre fut
en un instant porte du coeur de l'Allemagne aux frontires de France.
Le prince Charles de Lorraine poursuivoit sans relche ces troupes
fugitives, et tandis qu'il les foroit de repasser le Rhin en toute
hte, une autre arme compose d'Anglois, de Hollandois, de Hessois,
d'Hanovriens, s'avanoit sur le Mein, commande par le roi
d'Angleterre, George II, en personne, et par ce mme lord Stairs, qui
venoit achever, les armes  la main, ce que sa diplomatie avoit si
bien commenc sous la rgence. Les deux armes, manoeuvrant pour faire
leur jonction, avoient pour but d'envahir l'Alsace et la Lorraine. 
l'exemple du roi de Prusse, l'lecteur de Saxe avoit fait sa paix; le
nouvel empereur, Charles VII, dpouill de ses tats hrditaires,
s'toit rfugi  Augsbourg, et pouvoit tre,  tous moments, chass
de ce dernier asile; et la France se voyoit, presque seule, accable
du fardeau d'une guerre o elle ne s'toit d'abord engage que comme
auxiliaire, et pour des intrts qui n'toient pas les siens.

[Note 75: Bien des gens savent, disoit-il, combien j'ai t oppos
aux rsolutions que nous avons prises, et que j'ai t en quelque
faon _forc_ d'y consentir. Votre Excellence est trop instruite sur
ce qui se passe, pour ne pas deviner celui qui mit tout en oeuvre pour
dterminer le roi  entrer dans une ligue _qui toit si contraire 
mon got et  mes principes_. L'impratrice ayant fait imprimer sa
lettre, il en crivit une seconde, dans laquelle il se plaignoit au
gnral autrichien de ce qu'on avoit publi sa premire lettre, et lui
disoit _qu'il ne lui criroit plus ce qu'il pensoit_. Cette seconde
lettre lui fit encore plus de tort que la premire; il les fit
dsavouer toutes deux dans quelques papiers publics, et ce dsaveu,
qui ne trompa personne, mit le comble  ces fausses dmarches, que les
esprits les moins critiques excusrent dans un homme de
quatre-vingt-sept ans, fatigu de mauvais succs. (VOLTAIRE, _Prcis
du Sicle de Louis XV_, ch. VII.)]

[Note 76: Le 16 dcembre 1742, Chevert fut laiss dans la ville avec
une garnison.]

[Note 77: Dans une marche de dix jours, quatre mille Franois prirent
de faim et de misre; le reste arriva  gra dans l'tat le plus
dplorable.]

[Note 78: La justesse de son coup d'oeil militaire lui ayant fait
juger que les Franois ne tarderoient pas  tre renferms dans
Prague, il avoit pris sur-le-champ ce parti  la fois prudent et
audacieux de s'emparer d'gra, pour leur assurer un point d'appui dans
leur retraite.]

Une arme restoit encore: elle venoit de se former sous les ordres du
marchal de Noailles, que ses succs dans la Catalogne avoient jadis
honor. Aprs tant de gnraux qui n'avoient su que se retirer sans
combattre, on y en vit un qui paroissoit dcid  marcher  l'ennemi,
et  dranger ses plans en lui livrant bataille. Le marchal de
Noailles alla effectivement au devant de l'arme angloise, et la
rencontra lorsqu'elle ctoyoit encore les bords du Mein. Aprs l'avoir
mise dans une position difficile, il fit, dit-on, des dispositions
savantes, et qui lui assuroient la victoire. Une faute de discipline
lui en fit perdre tout le fruit, et l'arme angloise, qui devoit tre
anantie  Dettingen, put dire, avec quelque vraisemblance, qu'elle
avoit t victorieuse  cette bataille meurtrire, qui ne fut dcisive
que pour le malheureux empereur Charles VII, dont la cause parut alors
perdue sans retour. Le marchal de Broglie, qui commandoit les seules
troupes que l'on et laisses en Allemagne, et qui, depuis le
commencement de cette guerre, n'avoit cess de se retirer et d'viter
de combattre, considra cette bataille comme un signal qui lui
indiquoit d'oprer sa dernire retraite. Alors le marchal de
Noailles, qui, malgr la prtendue victoire des Anglois, se soutenoit
encore en Franconie, se vit forc de se retirer lui-mme; et de toutes
parts il ne fut plus question que de dfendre les frontires, de
toutes parts menaces.

Il ne s'toit pas donn une seule grande bataille, et cent mille
Franois avoient pri dans deux campagnes; les finances, si
pniblement restaures par les soins assidus d'une longue conomie,
toient puises et retombes dans leur premier dsordre; il ne
restoit plus que des dbris de nos armes. Rduite sur terre  se
tenir sur la dfensive contre les Anglois, la France n'avoit contre
eux sur mer aucun moyen de rsistance; et ces ennemis arrogants
pouvoient impunment achever de dtruire son commerce, insulter ses
colonies et celles de l'Espagne, et faire galement la loi sur l'Ocan
et dans la Mditerrane. Le cardinal de Fleuri, dit Voltaire, mourut
au milieu de ces dsastres[79], et laissa les affaires de la guerre,
de la marine, des finances, de la politique, dans une crise qui
altra la _gloire_ de son ministre et non la _tranquillit_ de son
me. Il faut croire, pour l'honneur de son caractre, qu'il ne mourut
si tranquille que parce que l'affoiblissement de ses facults
intellectuelles ne lui permettoit pas de mesurer, dans toute son
tendue, le mal qu'il avoit fait et celui qu'il avoit laiss faire. Il
nous reste  examiner ce qu'avoit t pour les affaires intrieures de
la France ce ministre, que Voltaire appelle _glorieux_. Il y avoit l
une guerre intestine bien plus alarmante que celle qui se passoit sur
les frontires, et dont les consquences devoient tre bien autrement
dsastreuses. Toutefois il convient de ne point interrompre le rcit
commenc de celle-ci; nous verrons ensuite si, dans l'autre, le
cardinal de Fleuri se montra plus habile et plus heureux.

[Note 79: Le 29 janvier 1743.]

Les armes confdres continuoient de faire des progrs: le prince
Charles de Lorraine avoit pntr en Alsace; et l'arme franoise,
partage en deux corps sous les ordres des marchaux de Noailles et de
Coigni, trop foible pour pouvoir le forcer d'en sortir, contrarioit 
peine sa marche en se tenant sur une timide dfensive. Mentzel et ses
partisans, aprs avoir dsol la Bavire et chass d'Ausbourg le
dplorable empereur Charles VII, s'toient rpandus dans la Lorraine,
et s'efforoient de la soulever. L'indiscipline achevoit de dtruire
les armes; les gnraux qui les avoient si malheureusement commandes
au commencement de cette guerre, Belle-Isle, Broglie, Maillebois,
expioient, par des disgrces, les fautes sans exemple qu'ils avoient
commises; et toutefois la France, recueillant alors les fruits amers
du systme de Louvois[80], cherchoit vainement, au milieu d'elle, un
grand capitaine qui pt les rparer. Un ministre avoit t compos de
ceux qui avoient eu part aux affaires sous le cardinal de Fleuri; et
l'on y comptoit des hommes habiles dans quelques parties de
l'administration[81]: mais il y manquoit un homme suprieur dont la
main ferme st saisir les rnes de l'tat et diriger l'ensemble des
affaires. Le dcouragement toit dans toutes les mes; et il s'y
joignoit, dans la nation, de l'aigreur et du mpris pour le
gouvernement foible et inepte qui l'avoit rduite  ces
extrmits[82]. Le roi, qui, au moment de la mort du cardinal, avoit
ranim les esprances en dclarant, comme Louis XIV, qu'il rgneroit
par lui-mme, toit retomb dans son invincible indolence; et ce fut
sa matresse, la duchesse de Chteauroux, qu'il trouva bon de faire en
quelque sorte son premier ministre. Cependant la reine de Hongrie,
victorieuse sur tous les points par ses armes et par celles de ses
allis, ne mettoit plus de bornes  ses esprances; et, libre
d'ennemis en Allemagne, tournoit dj ses regards vers l'Italie, o
elle avoit d'autres injures  venger et d'autres tats  reconqurir.

[Note 80: _Voyez_ 1re partie de ce volume, p. 125.]

[Note 81: Orry, dont la probit toit suspecte, mais qui entendoit les
finances, conserva ce dpartement qu'il avoit t sur le point de
perdre sous le ministre du cardinal. Le comte d'Argenson remplaa le
marquis de Breteuil au ministre de la guerre; il y montra des vues et
de l'activit. Maurepas resta  la marine pour en achever la
destruction; le chancelier d'Aguesseau ne fut point drang de sa
place: il toit considr comme le personnage le plus nul de tout le
ministre, et ce n'toit malheureusement pas sans raison.]

[Note 82: Les pigrammes et les chansons toient alors la seule
manire dont le peuple se vengeoit des fautes de ceux qui gouvernoient
si trangement la France. On se tranquillisoit sur cette gaiet du
_bon_ peuple franois; on en tiroit cette consquence, que puisqu'il
rioit et chantoit, c'est qu'il prenoit son mal en patience et qu'il
toit facile  gouverner. Mazarin avoit pens de mme, et la guerre de
la Fronde avoit pu le dsabuser. Il a fallu la rvolution pour
apprendre au ministrialisme du XVIIIe sicle de quoi est capable une
nation qui se moque de ceux qui la gouvernent, et qui les chansonne.]

Dans ces extrmits, la France se trouva heureuse d'avoir donn asile
 un illustre tranger, et que cet tranger la payt d'affection et de
reconnoissance. Parmi les gnraux qui avoient figur dans cette
guerre, le comte Maurice de Saxe, auquel on avoit confi un
commandement, toit le seul qui et montr de la prvoyance, et
l'heureuse runion de la hardiesse et de la science militaire. Il
jetoit dj un grand clat, et tous les regards se tournoient vers
lui. Pour prix de ses beaux faits d'armes, le roi venoit de l'lever 
la dignit de marchal de France: cette nouvelle position l'enhardit 
prsenter des plans qui parurent bien conus; ils furent adopts, et
l'on reprit courage. Des ngociations furent entames avec le roi de
Prusse, qui commenoit  s'alarmer des progrs de la reine de Hongrie;
et, de mme que son intrt lui avoit fait abandonner l'alliance de la
France, son intrt l'y rejeta. Par un effet de cette politique
pusillanime du cardinal de Fleuri, qui ne lui avoit pas permis de
faire un seul mouvement dont les Anglois pussent concevoir de
l'ombrage, les Espagnols s'toient trouvs abandonns en Italie 
leurs propres forces; et tandis que le roi de Sardaigne pntroit sans
obstacle jusqu'aux frontires du royaume de Naples, et qu'une escadre
angloise menaoit d'en bombarder la capitale, tout ce qu'avoit os
faire le vieux ministre, c'toit d'avoir accord le libre passage 
une arme espagnole, qui, sous les ordres d'un infant, toit venue
envahir la Savoie. Il fut maintenant dcid qu'une arme franoise
seroit envoye en Italie, et le commandement en fut confi au prince
de Conti. Des prparatifs trs considrables se firent en mme temps,
et avec une sorte d'affectation, comme si l'on et eu l'intention
d'oprer une descente en Angleterre et d'y ramener le prtendant[83].
Toutefois ils n'avoient rien de rel, et ne servoient qu' cacher aux
allis le vritable plan que l'on vouloit mettre  excution. Ce plan
toit d'envahir les Pays-Bas autrichiens; c'toit l que devoient se
porter les grands coups.

[Note 83: Une escadre de vingt-six vaisseaux de ligne, sous le
commandement du comte de Roquefeuil, entra dans la Manche; les ctes
se couvrirent de troupes qui sembloient prtes  s'embarquer; le
marchal de Saxe devoit, disoit-on, les commander, et le prince
douard toit parti de Rome pour joindre l'arme franoise.]

Les principales forces du royaume avoient donc t rassembles de ce
ct, et formoient deux armes considrables, l'une commande par le
marchal de Noailles, qui devoit faire les siges, l'autre par le
marchal de Saxe, que l'on destinoit  en couvrir les oprations.
C'toient cent vingt mille hommes que l'on opposoit de ce ct aux
allis, qui en comptoient  peine soixante mille. Louis XV s'toit
enfin arrach aux dlices de Versailles, et paroissoit pour la
premire fois dans les camps, y tranant sa matresse aprs lui, mais
du moins spectateur des oprations militaires. Elles furent rapides et
brillantes: les manoeuvres savantes du marchal de Saxe tinrent en
chec l'ennemi; on prit en peu de jours Ypres, Furnes, le fort de
Kenoque, et les armes franoises ne cessrent pas de marcher en
avant. Mais on avoit commis la faute trs grave de porter toutes les
forces sur ce seul point, o l'on vouloit des succs faciles et srs,
parce que le roi y devoit honorer l'arme de sa prsence; et le prince
Charles de Lorraine, profitant de cette faute, avoit envahi l'Alsace,
et y faisoit des progrs alarmants. Ce fut donc une ncessit de
s'arrter: le marchal de Saxe fut laiss en Flandre avec une partie
des troupes, et dut s'y tenir sur la dfensive, tandis que le reste de
l'arme se dirigea  marches forces vers la province envahie. Ce fut
pendant cette marche que Louis XV tomba malade  Metz, et qu'
l'occasion de cette maladie, il reut de ses peuples des tmoignages
d'affection qui parurent ranimer un moment cette me nerve, et
accable sous le poids de ses coupables volupts. Nous le verrons
bientt s'y replonger.

Ds qu'il fut rtabli, il continua sa route pour l'Alsace, et y arriva
au moment o les victoires du roi de Prusse foroient le prince
Charles d'en sortir pour aller  la dfense des tats hrditaires,
que menaoit de toutes parts cet audacieux et infatigable ennemi.
C'toit cette diversion opre par Frdric qui sauvoit la province;
et le marchal de Noailles, qu'elle tiroit d'une situation
embarrassante, devoit du moins la seconder en marchant rapidement sur
les traces de l'arme impriale, qui se seroit  son tour trouve en
pril entre l'arme prussienne et l'arme franoise. Au lieu de cette
manoeuvre, qui toit si videmment indique par ce qui se passoit sur
cette partie du thtre de la guerre, il rentra dans ce dplorable
systme de circonspection qui avoit dj tout perdu; et lorsqu'il et
fallu s'attacher  suivre les traces du prince de Lorraine et le
harceler dans sa retraite, on le vit, au grand tonnement de toute
l'Europe, s'amuser, avec une arme de soixante mille hommes,  faire
le sige de Fribourg.  la vrit il prit cette ville; mais, pendant
ce temps, le roi de Prusse, accabl de tout le fardeau de la guerre,
renferm seul au milieu des armes ennemies, non seulement perdoit
tout le fruit de ses victoires, mais se voyoit rduit aux dernires
extrmits, pour n'avoir pas t secouru. C'toit la seconde fois
qu'il expioit ainsi les fautes des gnraux franois.

(1745) Cependant on continua de demeurer sourd  son cri d'alarme: il
sembloit qu'on n'et pas mme ce qu'il falloit d'intelligence pour
concevoir l'ensemble de cette guerre; et quoiqu'il ft sans doute plus
essentiel de vaincre en Allemagne au milieu des allis de la France
que de conqurir les Pays-Bas, on s'obstina  poursuivre cette
conqute, qui flattoit la vanit de Louis XV; et aprs s'tre dlivr
du prince Charles, qu'on rejetoit en quelque sorte sur le roi de
Prusse, tous les efforts furent de nouveau dirigs vers ce point. Le
roi, que l'ivresse des Parisiens avoit salu  son retour du nom de
_bien aim_, n'avoit pas tard  montrer combien il toit digne de ce
titre en rappelant aussitt, et avec l'clat le plus scandaleux, la
duchesse de Chteauroux, que les terreurs de la mort l'avoient un
moment fait loigner de lui. Atteinte, comme sa soeur, la marquise de
Vintimille, d'une maladie violente, elle n'avoit survcu que peu
d'instants  ce dernier triomphe; une femme d'une condition plus
obscure l'avoit remplace[84], et devenue de mme la compagne oblige
de son royal amant, elle le suivit au milieu de l'appareil des camps
et du mouvement des armes.

[Note 84: Son pre, disoit-on, avoit t boucher et se nommoit
Poisson; sa mre, clbre dans sa jeunesse par sa beaut et par sa
galanterie, l'avoit marie  un sous-fermier nomm Le Normand
d'tioles; et ds lors, spculant sur les charmes et sur tous les
moyens de sduction que possdoit sa fille, elle avoit dcid qu'une
beaut si parfaite ne violeroit la foi conjugale que pour triompher du
roi de France, et lui avoit inspir de tourner toutes ses penses vers
cette illustre conqute. La fille se montra docile aux inspirations de
sa mre, et,  force de manoeuvres de comdie, finit par attirer dans
ses lacs le monarque voluptueux. Nous allons voir bientt parotre,
sur le triste thtre des affaires publiques, cette femme si fatale 
la France.]

Ce sont ces campagnes des Pays-Bas qui ont fait la gloire et lev si
haut la renomme du marchal de Saxe. Il y avoit dj six mois que,
dployant toutes les ressources de la science militaire, il se
maintenoit inattaquable devant une arme suprieure en nombre: les
renforts et le roi tant arrivs, il marcha en avant et investit
Tournay; l'arme confdre s'branla aussitt pour venir au secours
de cette ville. On se rencontra au village de Fontenoy; et c'est l
que fut donne cette bataille, devenue clbre par une manoeuvre de
l'arme angloise dont il y a peu d'exemples dans les fastes
militaires, bataille meurtrire et long-temps indcise, que la
prsence de Louis XV, l'embarras qu'elle causoit et le pril qu'il
courut, furent sur le point de faire perdre; dont le succs fut dcid
par une manoeuvre d'artillerie, ce qui toit nouveau encore dans la
tactique moderne; bataille qui eut cet autre caractre de nouveaut,
que le gnral qui la gagna toit mourant, et commandoit les
mouvements de son arme, port dans une litire. Tournay se rendit, et
ce fut le premier fruit de cette victoire. Aprs cette ville tombrent
Gand, Oudenarde, Bruges, Ostende, Dendermonde, Ath, Nieuport. Trompant
ensuite l'ennemi par une ruse de guerre ingnieuse et hardie, le
hros saxon disparut au milieu d'un bal pour aller investir Bruxelles,
et la prise de la capitale des Pays-Bas termina cette suite de succs
rapides et brillants, qui sembloient rappeler les beaux jours de Louis
XIV.

Mais pendant que l'on s'enivroit  Paris de ces triomphes, et que
Maurice, devenu l'idole des Parisiens, jouissoit de cet enivrement, il
se passoit en Allemagne des choses qui toient de nature  en modrer
les transports. L'empereur Charles VII, le malheureux objet de cette
inutile et dplorable guerre, venoit de mourir; la France avoit cru
tenter l'lecteur de Saxe en lui offrant la couronne impriale:
celui-ci, qui avoit sous les yeux un exemple frappant de l'abandon o
elle laissoit ses allis, ne s'toit point laiss sduire par cette
offre dangereuse, et avoit prfr demeurer attach  la fortune de la
reine de Hongrie. De son ct, le nouveau duc de Bavire, dont les
tats venoient d'tre encore envahis et dsols, s'toit ht de
ngocier avec Marie-Thrse, et en avoit obtenu la paix dont il avoit
si grand besoin. Le roi de Prusse, qui pouvoit justement accuser la
France d'ingratitude et de perfidie, rduit maintenant, aprs tant de
travaux et de triomphes,  fuir devant le prince Charles, avoit aussi
demand la paix, et elle lui avoit t refuse: son gnie et son
courage la lui procurrent, et ce fut dans cette situation presque
dsespre qu'il tonna l'Europe par des prodiges d'audace et de
science militaire. Par l'effet des plus belles manoeuvres, il gagna
d'abord la bataille de Friedberg, puis ensuite celle de Sohr; mais ce
qui fut dcisif pour lui, car ces succs ne le sauvoient pas, ce fut
le projet hardi qu'il conut de conqurir cette paix en faisant la
conqute de la Saxe, et le bonheur tonnant avec lequel il l'excuta.
Une victoire remporte sur les Saxons par le plus renomm de ses
lieutenants, le prince d'Anhalt, lui en ouvrit le chemin jusqu'
Dresde, d'o l'lecteur fut oblig de s'enfuir prcipitamment,
abandonnant sa famille  la gnrosit du vainqueur. Ce fut en
frappant de tels coups que Frdric obtint la paix et garda la
Silsie. Ainsi, dans cette mme campagne dont on faisoit tant de
bruit, la France avoit perdu, l'Espagne excepte, les derniers allis
qui lui restassent en Europe.

En Italie, les oprations militaires avoient commenc sous les
auspices les plus favorables; les armes confdres de France et
d'Espagne y avoient remport de grands succs sur le roi de Sardaigne,
qui, mme alors qu'il toit battu, ne se dcourageoit jamais quand il
s'agissoit d'une guerre contre les Franois, et ne se montroit timide
et irrsolu que lorsqu'il toit leur alli. Il avoit donc redoubl,
aprs ses dfaites, d'activit et de courage, et nanmoins n'avoit pas
t plus heureux vis--vis du marchal de Maillebois, qui venoit de
prendre la place du prince de Conti, celui-ci ayant t forc, par la
jalousie de l'infant don Philippe, de s'arrter au milieu de ses
victoires et d'aller prendre le commandement de l'arme d'Alsace. Les
armes des deux couronnes toient rentres dans le Milanais; des
mouvements habilement combins avoient spar l'une de l'autre les
armes ennemies, et le roi de Sardaigne avoit encore t battu. Le
Montferrat, Alexandrie, Tortone, Parme et Plaisance, toient tombs au
pouvoir des Franois; matres du cours du P, ils venoient d'entrer 
Milan, dont ils assigeoient la citadelle, et, d'un autre ct, le roi
de Naples rparoit la honte de la campagne prcdente en chassant les
troupes impriales de ses tats, et les poussant bien au del de ses
frontires. Tout se prsentait donc, de ce ct du thtre de la
guerre, sous un aspect qui toit loin de faire prsager ce qui alloit
suivre. Cependant le prince de Conti, moins soutenu en Alsace qu'il ne
l'avoit t d'abord en Italie, et affoibli par les renforts qu'on lui
enlevoit sans cesse pour l'arme des Pays-Bas, s'toit vu forc de
faire repasser le Rhin  son arme, dont la premire destination avoit
t de menacer l'Allemagne et de manoeuvrer au milieu des lectorats.
Libres des craintes qu'il leur avoit inspires, les lecteurs avoient
enfin combl les voeux de Marie-Thrse; et, lui accordant le prix le
plus flatteur et le plus dsir de son courage et de ses victoires,
ils venoient de dfrer  son mari, le grand duc de Toscane, la
couronne impriale. Il fut lu empereur le 13 septembre de cette
anne.

(1746) La nouvelle campagne des Pays-Bas, o l'arme du marchal de
Saxe s'toit fortifie de tout ce qui avoit affoibli les autres, ne
fut qu'une suite de triomphes: le roi, aprs avoir assist  la prise
d'Anvers, qui ouvrit ses portes ds qu'elle vit parotre les troupes
franoises, toit revenu  Versailles; et l'on avoit continu, sans
lui, de marcher en avant et de prendre des villes. Mons, Namur et
Charleroi ne cotrent que peu de jours, et ainsi se trouva acheve la
conqute des Pays-Bas autrichiens. C'toit une occasion favorable pour
les Hollandois de secouer le joug de l'Angleterre, qui les tranoit en
quelque sorte  sa suite, et dominoit  la fois leur marine et leur
commerce: le roi leur fit  ce sujet des propositions qui auroient pu
les tenter; ils refusrent par un effet de cette mfiance trop fonde
que la France, depuis Louis XIV, inspiroit  tous ses voisins, et
jugrent que le souverain d'un si grand royaume o, depuis un sicle,
avoient t forms et excuts tant de desseins ambitieux, toit pour
eux un protecteur plus dangereux encore que l'Angleterre. Cependant le
prince Charles de Lorraine toit accouru  la dfense des Pays-Bas, au
moment o leurs dernires forteresses venoient de tomber: le marchal
le laissa s'avancer, et l'ayant ainsi amen o il vouloit, remporta
sur lui la victoire de Raucoux, victoire qui auroit d tre dcisive,
qui ne le fut point parce que, sur d'autres points, l'on prouvoit des
revers pour y avoir affoibli les armes au profit de celle des
Pays-Bas; et maintenant on arrtoit celle-ci dans ses succs, en lui
demandant des renforts pour aller au secours des autres armes.
C'toient l de ces prodiges de dsordre et d'imprvoyance qui se
faisoient dans le cabinet de Versailles, et que le marchal de Saxe ne
pouvoit empcher.

Il arriva donc que, tandis qu'il triomphoit en Flandre, tout toit
perdu en Italie. La division s'toit mise entre les armes espagnole,
franoise, napolitaine, gnoise (car Gnes, pour son malheur, avoit
embrass le parti des deux couronnes); les gnraux ne s'entendant
plus, les oprations militaires s'toient ralenties; et cependant
Marie-Thrse, tranquille en Allemagne o tout toit maintenant
pacifi, s'toit empresse d'envoyer en Lombardie de nombreux
renforts, sous la conduite du prince de Lichstenstein. L'arme
impriale se rassembloit sur les confins de cette province, le roi de
Sardaigne rorganisoit la sienne, et l'on alloit se trouver entre deux
armes, dans un pays o l'on ne possdoit pas une seule forteresse. Le
marchal de Maillebois, qui sentit le danger d'une semblable position,
parla de retraite: l'infant n'y voulut point entendre, ne pouvant se
faire  l'ide d'abandonner ces duchs de Parme et de Plaisance, qui
avoient cot  l'Espagne tant d'or et tant de sang: ce fut sous les
murs mme de Plaisance que cette retraite fut dcide par la dfaite
la plus dsastreuse que les armes des deux couronnes eussent encore
prouve. Il fallut alors vacuer et les deux duchs et les autres
conqutes que l'on avoit pu faire en Italie. La retraite se fit avec
bonheur et habilet, et les dbris de ces armes, runis par une main
ferme et courageuse, pouvoient encore couvrir la ville de Gnes, et la
soustraire  la vengeance des Autrichiens. Le dcouragement et
l'animosit toujours croissante des chefs les uns contre les autres
empchrent de prendre ce parti, que commandoient  la fois l'honneur
et un intrt bien entendu[85]. Pour prix de son dvouement, Gnes fut
lchement abandonne, et prouva bientt, mme en se rendant, presque
toutes les rigueurs que l'on pourroit exercer sur une ville prise
d'assaut[86]. Les vainqueurs continuoient nanmoins de poursuivre les
deux armes fugitives; ils descendirent les Alpes aprs elles[87], et
leurs troupes irrgulires inondrent et dsolrent la Provence et le
Dauphin.

[Note 85: La mort de Philippe V, dont la nouvelle parvint  l'arme
espagnole pendant cette retraite, contribua beaucoup  accrotre ce
dcouragement. L'influence de la reine cessa  l'instant mme de la
mort de son mari; et le nouveau roi, Ferdinand VI, n'toit pas dispos
 sacrifier ses armes et ses trsors, afin de conqurir des
principauts  ses frres utrins. Toutefois ce n'toit pas une raison
pour abandonner de fidles allis.]

[Note 86: Les violences des Autrichiens y furent portes  de tels
excs, qu'elles soulevrent contre eux une population entire
dsespre. On les attaqua dans la ville mme; on les poussa de rue en
rue; les femmes, partageant cette fureur patriotique, les accablrent,
du haut des toits, de dbris arrachs  leurs propres maisons; ils
finirent par tre chasss de la ville, aprs avoir perdu quatre mille
des leurs dans cette action meurtrire. La France envoya depuis aux
Gnois, sous la conduite du duc de Boufflers, un corps de troupes au
moyen duquel ils purent se maintenir.]

[Note 87: Alors l'arme espagnole, rduite  moins de neuf mille
hommes, se spara des dbris de l'arme franoise o l'on comptoit 
peine onze mille soldats manquant de tout, et, traversant le Dauphin,
alla se cantonner dans le duch de Savoie, dont le roi d'Espagne toit
encore matre.]

Cependant la branche de Hanovre achevoit de se consolider en
Angleterre par les derniers rsultats d'une entreprise qui avoit
sembl mettre plus que jamais en pril sa fortune et ses destines.
L'expdition du prince douard en cosse, si romanesquement
aventureuse, et justifie d'abord par des succs presque fabuleux,
expdition que la France n'avoit su soutenir que par des secours
drisoires, venoit de finir par un dsastre complet, et qui ne
laissoit plus aucune ressource  ce prince, si digne d'un meilleur
sort. Assez heureux pour se sauver seul, et dans un dnuement plus
grand encore que lorsqu'il s'toit hasard  descendre sur les ctes
de son pays, il n'avoit retir de cette dernire tentative que le
strile avantage de prouver au cabinet de Versailles ce qu'il lui
auroit t possible de faire, s'il et t plus tt et plus
efficacement secouru.

Au reste, la politique de l'Angleterre avoit achev de se dvelopper
dans cette guerre, politique qui n'avoit pu russir aussi compltement
que par les combinaisons prodigieuses de son systme financier. Grce
 ce systme, il lui toit donn de puiser  volont dans un trsor
que rien sembloit ne pouvoir tarir; de prodiguer ainsi les subsides 
ses allis; au moyen de ces subsides, d'entretenir leur haine,
d'exciter leur ambition, et de prolonger  son gr une guerre dont, en
dernier rsultat, elle seule devoit profiter. C'est ce qui n'toit
point encore arriv dans les troubles du continent: il toit sans
exemple, et mme il auroit t impossible de prvoir, qu'une puissance
du second ordre, retranche dans une le o elle avoit su s'entourer
de la barrire inexpugnable de ses vaisseaux, se procureroit un jour,
au moyen de cette invention formidable du _crdit public_, soutenue de
la crdulit stupide de quelques cabinets, une force suffisante pour
remuer jusque dans ses entrailles cette vieille Europe, pour l'acheter
en quelque sorte au prix qu'elle voudroit se vendre, la couvrir de
ravages, l'inonder de sang au gr de ses intrts, et exploiter
ensuite  son profit et les vainqueurs et les vaincus. Acharne contre
la France et l'Espagne, et rsolue de ne point lcher prise qu'elle
n'et dtruit ou envahi leurs dernires colonies, ananti leur
commerce et leur marine, l'Angleterre ajoutoit sans cesse de nouveaux
subsides aux subsides dj prodigus; et tandis que ses allis
occupoient sur terre les deux puissances, ses flottes toient partout:
elles apparoissoient sur nos ctes pour y faire, quand elles le
jugeoient convenable, d'utiles diversions; elles parcouroient celles
de l'Amrique, et portoient la dsolation dans les tablissements
espagnols. La prise de Porto-Bello par l'amiral Vernon, l'expdition
audacieuse du commodore Anson, toient de tristes preuves de cette
prpondrance maritime que l'ineptie et la trahison lui avoient laiss
prendre, et qu'il n'toit plus possible de lui enlever. Les extrmits
o les Hollandois se trouvoient rduits par la conqute des Pays-Bas,
loin de l'embarrasser, lui toient un avantage; car elle y voyoit un
moyen assur de vaincre leur rpugnance  rtablir le stathoudrat;
puis, au moyen d'un stathouder, dont elle devenoit ncessairement
l'unique appui, d'tre plus matresse encore qu'elle n'avoit t au
milieu de cette rpublique de marchands. C'est ce qui arriva, lorsque
les armes franoises eurent envahi les Pays-Bas hollandois.
D'ailleurs toutes ces conqutes de Louis XV les inquitoient peu: 
chaque victoire que remportoit pour lui le marchal de Saxe, il alloit
offrant la paix; et il en manifestoit si impolitiquement le dsir et
le besoin, qu'on ne pouvoit gure considrer tant de provinces
conquises que comme un dpt entre ses mains, qu'il s'empresseroit de
rendre, ds qu'on consentiroit  transiger avec lui.

Cependant une flotte angloise avoit paru sur les ctes de la Provence;
elle y protgeoit les mouvements des Autrichiens qui continuoient 
dsoler cette province; l'arme franoise, dont la dsorganisation
toit complte, ne pouvoit mettre aucun obstacle  leurs progrs, et
Toulon toit menac. Telle toit en France la disette des gnraux,
qu'on ne trouva rien de mieux  faire que d'y envoyer le marchal de
Belle-Isle, qui, long-temps prisonnier en Angleterre[88], reparut
ainsi vers la fin de cette guerre qu'il avoit si malheureusement
commence. Il montra cette fois plus d'activit et d'intelligence: il
sut rtablir la discipline et ranimer le courage des soldats; des
renforts arrivs  propos le mirent  mme de se hasarder contre
l'ennemi; il eut des succs, fit lever le sige d'Antibes, reprit
l'offensive, et passant le Var, envahit le comt de Nice. Il avoit
promis de rentrer en Italie, et voulut tenir sa promesse; mais
cherchant  faire mieux que le prince de Conti, et que le marchal de
Maillebois, il imagina d'y pntrer par le col de Fenestrelles et
d'Exiles, route plus courte  la vrit, mais aussi plus difficile,
comptant trs mal  propos, parmi les chances de succs de son
entreprise, que le roi de Sardaigne se laisseroit surprendre. Il en
fut autrement; et cette manoeuvre mal conue,  laquelle il auroit
fallu renoncer  l'aspect de l'ennemi bien retranch et sur ses
gardes, devint funeste par l'obstination extravagante que mit son
frre, le chevalier de Belle-Isle,  vouloir forcer un passage que
Charles-Emmanuel avoit su rendre inexpugnable. Il paya sa tmrit de
sa vie, et le combat meurtrier d'Exiles rendit dsormais toute
opration militaire impossible en Italie.

[Note 88: Il avoit t fait prisonnier le 20 dcembre 1743, en prenant
des relais  la porte d'Elbingerode, petit bourg enclav dans le
territoire de Hanovre, et conduit en Angleterre, o il resta jusqu'au
17 aot de l'anne suivante.]

Le roi continuoit de vaincre dans les Pays-Bas, et  chaque nouvelle
victoire continuoit d'offrir la paix, que les ennemis continuoient de
refuser. Pour arracher en quelque sorte cette paix  leur obstination,
il fut dcid que l'on feroit le sige de Mastricht: l'arme
confdre s'avana aussitt pour couvrir cette place, et le marchal
de Saxe, allant  sa rencontre, remporta sur elle la victoire de
Lawfelt, victoire brillante, mais toutefois si peu dcisive, que, bien
qu'il ft rest matre du champ de bataille, il ne crut pas qu'il ft
prudent d'entreprendre encore le sige que l'on avoit rsolu. Afin de
rendre plus facile une si grande entreprise, le marchal chargea le
plus habile de ses lieutenants, le comte de Lowendalh, d'aller
assiger Berg-op-Zoom; et cette place forte, chef-d'oeuvre de Cohorn
et considre comme imprenable, fut emporte en six semaines par les
manoeuvres combines de ces deux grands capitaines, tous les deux
trangers[89], et cependant les seuls, parmi ses gnraux,  qui la
France pt maintenant confier ses armes. Cette opration faite, le
marchal de Saxe reprit le cours de ses manoeuvres, et, malgr tous
les efforts des armes confdres, Mastricht put tre cern.

[Note 89: Le comte de Lowendalh toit danois d'origine, et avoit servi
d'abord en Russie. La prise de Berg-op-Zoom lui valut le bton de
marchal de France.]

La puissance que s'toient cre les Anglois, toit telle, que,
l'argent  la main, ils faisoient venir des soldats d'o ils
vouloient, et que, par l'effet magique d'un subside, ils avoient
obtenu de la Russie un secours formidable en hommes et en
vaisseaux[90]. Tandis qu'ils traitoient avec cette puissance, afin de
prendre sur terre une revanche terrible des victoires infructueuses de
Louis XV, ils poursuivoient sur mer le cours de leurs faciles
triomphes. Tel toit l'abandon dans lequel la France se voyoit
maintenant force de laisser ses colonies, qu'il suffit aux marchands
de la Nouvelle-Angleterre de se cotiser pour former une petite arme,
et s'emparer ainsi de Louisbourg, ville importante situe 
l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, et la clef de nos possessions
dans le nord de l'Amrique; ce qui anantit tout  coup notre commerce
et nos pcheries dans cette partie du Nouveau-Monde[91]. On essaya de
rparer ce dsastre, et des dsastres plus grands furent le rsultat
des efforts que l'on avoit tents. Une premire flotte, sous les
ordres du duc d'Enville, fut disperse par la tempte; une seconde,
compose de seize vaisseaux et commande par le marquis de la
Jonquires, toit  peine sortie de Brest qu'elle fut attaque par les
amiraux Anson et Warrin, qui l'attendoient prs du cap Finistre,
ayant pour eux l'avantage du nombre, et cette plus grande exprience
de la mer,  laquelle rien ne peut suppler. Malgr la rsistance la
plus intrpide, l'amiral franois vit prendre tous ses vaisseaux, et
fut lui-mme oblig de se rendre. L'amiral Hawkes porta, dans cette
mme anne, un second et dernier coup  la marine franoise, en lui
enlevant six vaisseaux sur sept, qu'il avoit attaqus et envelopps
avec une flotte de quatorze voiles. Ce fut alors un jeu pour les
Anglois de s'emparer des riches convois qui revenoient des Indes
occidentales, et le commerce de la France fut ruin en mme temps que
sa marine toit anantie. Alors le cabinet de Saint-James arrta la
marche de ses auxiliaires russes, qui dj avoient atteint la
Franconie, et jugea qu'il pouvoit permettre  ses allis de faire la
paix, puisqu'il ne restoit plus  la France un seul vaisseau.

[Note 90: L'impratrice lisabeth Petrowna, fille du czar Pierre, fit
marcher cinquante mille hommes en Livonie, et promit d'quiper
cinquante galres. Cet armement devoit se porter partout o voudrait
le roi d'Angleterre, moyennant cent mille livres sterling seulement.
(Voyez _Prcis du Sicle de Louis XIV_, ch. XXVI.)]

[Note 91: Louisbourg est une place qui pouvoit se dfendre, et rendre
tous les efforts inutiles, si on avoit eu assez de munitions. (Voyez
_Prcis du Sicle de Louis XIV_, ch. XXVIII.)]

Les ministres des puissances se rassemblrent  Aix-la-Chapelle; la
suspension d'armes eut lieu le 13 mai 1746, et la paix fut signe le
18 octobre de cette mme anne. Louis XV ne recouvra pas sa marine, et
pour prix du sang de ses sujets, des trsors de la France et des
victoires du marchal de Saxe, il transigea, ainsi que ses ennemis
l'avoient prvu, en rendant toutes ses conqutes[92].

[Note 92: Le roi de Prusse garda la Silsie qu'il avoit conquise, et
le roi de Sardaigne conserva une partie du Milanois qui avoit t le
prix de son alliance avec la reine de Hongrie.]

Certes c'toient l de grands revers et surtout de grandes fautes.
L'intrieur de la France va nous offrir un spectacle plus triste
encore. Il nous faut maintenant remonter jusqu'au commencement de ce
priode de plus de trente annes que nous venons de parcourir.

Jamais tat chrtien n'offrit peut-tre un dsordre moral plus
singulirement compliqu que celui que prsenta la France aprs la
mort de Louis XIV. Les ressorts du gouvernement s'tant un moment
dtendus, nous avons vu que le parlement toit,  l'instant mme,
revenu  ses anciennes traditions, et avoit essay de se rtablir de
lui-mme le modrateur suprme du pouvoir politique et du pouvoir
religieux, aid dans son entreprise par les jansnistes, ses
auxiliaires habituels, qu'avoit d'abord accueillis et protgs un
prince indiffrent  toutes croyances religieuses, et devenu un moment
leur protecteur, par la seule raison qu'ils avoient t perscuts
sous Louis XIV[93]. Cette opposition ayant bientt fatigu celui-l
mme qui avoit contribu  la faire renatre, on a vu encore qu'il
l'avoit brise en un instant et avec une telle violence, qu'on avoit
pu croire, d'aprs ce coup si rudement frapp, que les intrts
nouveaux qui portrent ensuite le rgent et son ministre  faire cause
commune avec la cour de Rome dlivreroient enfin le clerg de France
de ce joug ignominieux que la magistrature avoit os lui imposer, et
que la fausse politique de nos rois avoit maintenu et mme agrav.
Mais cette politique goste et absurde toit encore toute vivante, et
l'instinct despotique du rgent sut la comprendre, mme au milieu de
ses plus grandes animosits contre les gens de robe. Redoutant  la
fois et le clerg et le parlement, ce prince, dans tout ce qu'il
entreprit ou contre l'un ou en faveur de l'autre, et peut-tre sans
s'tre fait  ce sujet un plan profondment combin, sut s'arrter
prcisment au point o l'un des deux partis auroit entirement
triomph du parti oppos; de manire que le clerg n'emporta qu'une
demi-victoire, que la magistrature n'essuya qu'une demi-dfaite, et
que lorsque le parlement revint de son exil de Pontoise, aussi abattu
sous la main du rgent qu'il avoit pu l'tre, sous celle de Louis XIV,
il conserva encore, mme dans les conditions de retour qu'il fut forc
de subir et qui confirmrent sa dpendance  l'gard du pouvoir
temporel, une partie de l'ascendant qu'il s'toit arrog sur
l'autorit spirituelle. Les choses tant ainsi arranges, il en
rsultoit qu'au moment mme o le prince auroit prouv quelque
embarras de la part de l'opposition religieuse, il toit en mesure de
s'en dlivrer en levant contre elle le parlement; et quant 
celui-ci, les lits de justice et les prisons d'tat devoient lui en
rendre raison, si la fantaisie lui prenoit de passer les limites qu'il
auroit jug  propos de lui tracer. Cette politique, sous une forme un
peu diffrente, toit toujours celle de Louis XIV.

[Note 93: Il convient cependant de donner une juste ide des
perscutions _cruelles_ exerces par ce monarque contre ces honntes
sectaires, qui, comme tout le monde sait, toient des agneaux pour la
douceur, point perscuteurs; au contraire, pleins de charit  l'gard
de ceux qui avoient le malheur de ne pas tre de leur avis. Il est 
propos de dvoiler les _horreurs_ que l'on exera contre eux, et dont
le pre Letellier, cet _atroce_ et _farouche_ jsuite, fut
l'instigateur; il faut enfin dchirer les voiles et montrer  tous les
yeux ces _victimes_ nombreuses qu'un historien moderne (M. Lacr......)
nous reprsente, en style pathtique et en phrases plus ou moins
harmonieuses, _entasses_ dans les cachots de la Bastille et de
Vincennes, et lorsqu'elles furent enfin dlivres sous la rgence,
dfilant lentement au milieu de leurs parents et de leurs amis:
spectacle, ajoute cet historien, bien propre  aigrir les esprits
contre la mmoire de Louis XIV. Or les crits du temps les plus
favorables  la cause du jansnisme nous apprennent que, jusqu'au mois
d'octobre 1715, il avoit t mis DEUX personnes  Vincennes et QUATRE
 la Bastille, six en tout; et ces crits les _nomment_[93-A]. Telle
est la liste effrayante de ces _victimes_ qui dfilrent _lentement_
et _processionnellement_ en sortant de ces cachots o elles avoient
t _entasses_. Voil comme certaines gens crivent l'histoire au
XIXe sicle. En ce genre, nous sommes forcs d'avouer que nous ne
connoissons rien de plus curieux que l'histoire ou plutt les
_histoires_ de M. Lacr....., que tant de braves gens lisent _pour leur
instruction_, et dont il faut esprer toutefois que quelque jour
justice sera faite.]

[Note 93-A: Voyez _les Mmoires pour servir  l'Histoire
ecclsiastique du 18e sicle_, t. I, p. 111, 2e dition.]

Mais, nous l'avons dj dit, Louis XIV toit chrtien, et il n'y eut
jamais d'irrligion plus scandaleusement dclare que celle du rgent.
Un troisime parti qui, jusqu'alors, s'toit tenu dans l'ombre, d'o
il n'auroit pu sortir, sans se voir  l'instant mme cras sous la
main redoutable  laquelle rien ne rsistoit, se montra tout  coup au
grand jour, tolr par un prince qui n'avoit cess d'tre son
complice, encourag par ses exemples dans ses excs les plus
licencieux, au-dessus de toute autorit, parce qu'il nioit tout
devoir, prt  profiter de toutes les fautes des autres partis, et de
tous les embarras o pourroit les jeter la fausse position dans
laquelle ils toient respectivement placs: ce fut le parti des
incrdules, plus connu sous le nom de parti _philosophique_. N, de
mme que les disciples de Jansnius, du protestantisme, dont il
exprimoit les dernires consquences, dj plus nombreux qu'on
n'auroit pu le penser, lorsqu'avoit dfailli cette main qui avoit su
le contenir, et prdominant surtout dans la nouvelle cour, il sut y
profiter de la corruption effrne des moeurs pour y accrotre la
licence des esprits; et bientt on le vit tendre plus loin ses
conqutes, lorsque la soif des richesses, allume dans tous les rangs
par la plus funeste des oprations financires, eut rapproch
l'intervalle qui les sparoit, et commenc  introduire, dans quelques
classes moins leves de la socit, les vices des grands seigneurs et
la manie de les imiter. Ainsi commena, de la cour  la ville, 
circuler le poison, d'abord dans le ton gnral des conversations o
il fut du bel air de se montrer impie et libertin, ensuite dans une
foule d'crits obscurs, pamphlets, libelles, contes, pigrammes, qui
se multiplirent sous toutes les formes, chappant  l'action de la
police par le concours de ceux-l mmes qui auroient d contribuer 
en arrter le cours, et propageant le mal avec cette rapidit qui
n'appartient qu' l'imprimerie, puisqu'elle est celle de la pense.
Deux hommes parurent  cette poque, qui toient destins  exercer
une grande influence sur leur sicle, par l'clat de leur talent, et
par l'usage pernicieux qu'ils eurent le malheur d'en faire, Voltaire
et Montesquieu. Celui-ci qui devoit, dans la suite, tre dpass de
trs loin par l'autre dans cette guerre ouverte contre le
christianisme, se montra le plus hardi en entrant dans la carrire, et
ses _Lettres persannes_ attaqurent plusieurs des vrits
fondamentales de la religion avec une originalit de style et une
nergie d'expression qui rendoient l'attaque plus sduisante et par
cela mme plus dangereuse. Cependant il le put faire sans tre
inquit, tant toit dj avance la licence des esprits; et ds lors
le crime de s'attaquer au prince tant estim plus grand que celui de
s'attaquer  Dieu, Voltaire expioit en mme temps,  la Bastille, le
simple soupon d'tre l'auteur d'une satire contre le rgent. La
fougue d'impit de celui-ci s'exhaloit plus alors dans ses paroles
que dans ses crits, o quelques traits, jets par intervalle,
commenoient seulement  la dceler.

Tandis que croissoit ainsi ce parti, au milieu de l'espce
d'enivrement de dbauche que la rgence rpandoit dans toutes les
classes oisives ou opulentes de la socit, l'glise de France, nous
l'avons dj dit, courbe sous le joug d'une servitude outrageante et
intolrable, toit rduite, pour rsister au parti jansniste et se
soustraire  l'action tyrannique du parlement, de se rallier au chef
de l'tat, d'accepter pour protecteur son infme favori, de supporter
la profanation de ses plus hautes dignits; et c'toit l un opprobre
qui fournissoit contre elle de nouvelles armes aux incrdules,
lesquels en tiroient parti pour grossir leurs rangs de beaucoup
d'esprits foibles et passionns  qui ils savoient persuader que cette
protection drisoire qu'accordoient  la religion des hommes faisant,
comme eux, profession d'incrdulit, toit une preuve vidente de la
fausset de ses dogmes. Cette humiliation du clerg produisoit encore
cet autre effet de jeter dans le parti jansniste des hommes  vues
courtes et  conscience timore, qui croyoient reconnotre, dans le
rigorisme affect des sectaires et dans leur opposition au pouvoir,
bien que cette opposition n'et commenc qu'aprs que le pouvoir les
et lui-mme repousss, une rsistance courageuse  l'iniquit du
sicle,  l'gard de laquelle ils reprochoient au parti oppos de se
montrer beaucoup trop indulgent. Telle toit la position des choses et
des esprits, lorsque l'vque de Frjus parvint au ministre.

Toutefois ce n'est point assez de cette vue gnrale pour bien faire
comprendre ces querelles dplorables qui se continurent si vivement,
sous l'administration de ce foible vieillard, entre le clerg, les
jansnistes et les parlements, si l'on n'y joint quelques traits de ce
qui s'toit pass, depuis Louis XIV, relativement  la bulle
_Unigenitus_. L'ignorance et la sottise philosophique considrent avec
beaucoup de piti les troubles et les dsordres dont cette bulle
fameuse fut en France l'occasion et le prtexte, et peu s'en faut
qu'elles n'en jugent les dtails indignes de l'histoire: il ne leur
appartient pas de concevoir que c'est l, dans son principe et dans
ses consquences, le plus grand vnement du XVIIIe sicle, et qu'il
suffiroit seul pour l'expliquer tout entier.

(1715-1718) Il n'est pas difficile de prvoir ce qui seroit arriv de
l'obstination du cardinal de Noailles, si Louis XIV et vcu; il n'y a
pas d'apparence qu'il et refus d'obir au commandement d'un matre 
qui on ne rsistoit pas impunment, et pour quelque temps, du moins,
la paix et t rendue  l'glise. La politique du rgent, masque
sous le voile de la modration et de l'esprit conciliateur, changea la
face des choses: le cardinal le voyant plein de condescendance pour
lui et de tolrance  l'gard des jansnistes, reprit courage, et le
parti des opposants avec lui. Il ne fut plus question d'accepter la
bulle, quoiqu'il et fait une promesse formelle  ce sujet. Un dluge
de libelles o les doctrines qu'elle contenoit toient attaques et
les opinions de Quesnel dfendues, inonda Paris et les provinces; la
division clata ouvertement dans le corps des vques, l'esprit de
rvolte commena  se manifester dans le clerg infrieur, dans les
universits, dans les facults de thologie; et l'on put se croire 
la veille de ce schisme depuis si long-temps redout par tous ceux qui
en avoient vu le principe dans ce qui se passoit en France depuis prs
de quarante ans.

Les premiers symptmes de cette guerre qui alloit dsoler l'glise de
France, se manifestrent dans cette mme assemble du clerg qui
s'toit ouverte quelques mois avant la mort du feu roi[94]; et ce fut
 l'occasion de deux ouvrages que le parti jansniste venoit de jeter
dans le public, et dans lesquels tout le venin de leur doctrine se
trouvoit rpandu[95]. Il fut dcid que ces deux productions
dangereuses seroient examines et censures: les prlats opposants[96]
firent voir, ds lors, combien ils toient favorables aux sectaires,
par les manoeuvres de tout genre qu'ils employrent pour arrter cette
censure; et, n'ayant pu y russir, pour empcher du moins qu'il y ft
parl honorablement de la bulle,  l'occasion de laquelle cependant
ces ouvrages avoient t composs, et contre laquelle ils toient
principalement dirigs. Ayant encore chou sur ce point, leur
dernire ressource avoit t de faire intervenir le rgent, dont
l'intention n'toit pas de donner en ce moment gain de cause  l'un ou
 l'autre parti, et qui, sous prtexte qu'il venoit d'ouvrir une
ngociation avec le pape au sujet de leurs contestations, dfendit
provisoirement la publication des censures. Cependant la facult de
thologie de Paris avoit commenc  montrer de quel esprit elle toit
anime, en rtractant publiquement l'acceptation qu'elle avoit faite
de la bulle, et dclarant mme avec beaucoup d'impudence qu'elle ne
l'avoit jamais accepte. Son audace fut telle, ds ces premiers
moments, que les livres censurs trouvrent des apologistes au milieu
d'elle, et purent y tre impunment dfendus.

[Note 94: Le 25 mai 1715.]

[Note 95: Les _Hexaples_ et _le Tmoignage de la Vrit_[95-A]. On y
lisoit ces normes maximes, que les peuples ne doivent point couter
leurs pasteurs; que les disciples ne doivent point tre enseigns par
leurs matres; que les fidles n'ont pas la seule docilit pour
partage. On y enseignoit au contraire que les peuples ont un droit
acquis de s'lever contre tout ce qui blesse leurs prventions et d'en
dcider par leurs clameurs. On citoit  ce tribunal de l'esprit
particulier les conciles gnraux eux-mmes, pour s'assurer de
l'authenticit de leurs canons; et on faisoit du soulvement du peuple
la souveraine rgle vivante et infaillible de notre foi. Telle toit
la monstrueuse doctrine du livre du _Tmoignage de la Vrit_.

Le livre des _Hexaples_ n'toit pas moins impie. Le but principal de
son auteur toit d'opposer la doctrine de l'criture et des Pres 
celle de la _Constitution_, d'y mler des remarques propres  touffer
dans le coeur des fidles les sentiments de soumission et de respect
qui sont dus au Saint-Sige, de justifier les _Rflexions morales_ aux
dpens de tous ceux qui les avoient si formellement proscrites, et
d'invectiver contre les auteurs d'une morale oppose  la sienne.
(LAFITEAU, _Histoire de la Bulle Unigenitus_, t. I, p. 320, in-12.)]

[Note 95-A: L'auteur des _Hexaples_ se nommoit Fouillou; celui du
_Tmoignage_ toit un oratorien nomm La Borde.]

[Note 96: Ils toient au nombre de douze, y compris leur chef, le
cardinal de Noailles.]

Lorsque ces nouvelles parvinrent  Rome, Clment XI en ressentit une
vive douleur, et jamais l'embarras de sa situation vis--vis de
l'glise de France n'avoit t plus grand. Partout ailleurs, l'hrsie
et la rbellion auroient t,  l'instant mme, comprimes et punies
par des actes dcisifs de son autorit suprme, que le pouvoir
temporel auroit accueillis avec respect,  l'gard desquels il et
exig une prompte et entire obissance. En France les obstacles se
prsentoient de toutes parts: formeroit-il une commission pour
instruire le procs des vques opposants? Mais c'toit une
prrogative de l'glise _gallicane_, que les vques n'y pouvoient
tre jugs en premire instance que par les mtropolitains assists
de leurs suffragants, et ce n'toit que par voie d'appel que le pape
avoit le droit de connotre de la cause d'un vque accus.
Assembleroit-il un concile national? c'et t soulever  l'instant
mme mille questions odieuses sur l'autorit pontificale: il n'y
falloit pas penser. La convocation d'un concile gnral, qui lui fut
propose par ses conseillers, fut encore rejete, parce qu'il y vit de
mme de graves inconvnients[97]. Svir contre la Sorbonne, contre une
simple facult de thologie, il ne le pouvoit mme pas sans
imprudence, et sans s'exposer  voir son autorit compromise; car
l'_appel comme d'abus_ au parlement en et t la consquence; et,
devant le tribunal sculier, la Sorbonne l'auroit trs probablement
emport sur le souverain pontife. Au milieu de ces incertitudes, qui
n'toient que trop fondes, Clment XI s'arrta du moins  la
rsolution de refuser des bulles  tout sujet qu'on lui prsenteroit
pour de nouveaux vchs, et qui n'auroit pas accept formellement la
constitution[98]. Enfin, dans une congrgation gnrale qu'il
assembla, et au milieu de laquelle il dplora les malheurs de l'glise
avec cette loquence noble et touchante qui clatoit jusque dans ses
moindres paroles, ce saint pape fit comprendre en peu de mots, et avec
une admirable sagacit, quelles pouvoient tre pour la religion en
France les consquences de l'opposition qui venoit d'y clater: Ce
que je vous prie d'observer, dit-il au sacr collge assembl, c'est
que les vques opposants n'attaquent ma bulle _Unigenitus_, qu'afin
de saper en mme temps et de faire tomber du mme coup toutes celles
o ce saint sige a foudroy leurs erreurs. Comme il n'en est aucune
au sujet de laquelle les formalits les plus solennelles aient t
observes plus exactement qu' l'gard de la dernire constitution, il
n'en est point aussi qui mrite, avec plus de raison, d'avoir force de
loi dans l'glise. Par consquent, travailler  infirmer l'autorit de
celle-ci, c'est vouloir anantir toutes les prcdentes. Bientt on
verroit la bulle d'Innocent X et d'Alexandre VII contre les cinq
fameuses propositions de Jansnius, celle d'Innocent XII contre le
livre des _Maximes des Saints_, celle de Pie V et de Grgoire XIII
contre Baus, la ntre mme contre le fameux _Cas de conscience_,
rejetes avec hauteur. Ce n'est plus un mystre dans le parti. Depuis
quelque temps il s'en explique si clairement, qu'il n'est plus permis
d'en douter. Ainsi, autant qu'il importe au sacr dpt de la foi que
des erreurs capitales ne jettent pas de nouvelles racines, ou qu'elles
ne prennent pas de nouvelles forces, autant est-il ncessaire que nous
maintenions, dans toute sa vigueur, une bulle qui, en achevant de les
dmasquer, achve aussi de les confondre[99].

[Note 97: Outre que la convocation n'en toit pas aise dans les
circonstances o l'on se trouvoit, le pape ne voyoit pas la ncessit
d'une semblable assemble pour sanctionner une loi, qu' l'exception
de quelques rfractaires, tous les vques du monde chrtien avoient
reue avec le respect qui lui toit d. Qui pouvoit assurer d'ailleurs
qu'aprs que le concile auroit t convoqu, les Quesnlistes
n'imiteroient pas les Calvinistes dans la conduite que ceux-ci avoient
tenue  l'gard du concile de Trente? (LAFITEAU, _Histoire de la Bulle
Unigenitus_, t. I, p. 355, in-12.)]

[Note 98: Ce qui se passe  ce sujet suffira pour faire apprcier
quelles toient, sous les apparences du respect hypocrite et de
l'esprit de conciliation, les vritables dispositions de la cour de
France  l'gard du Saint-Sige. En 1716, plusieurs ecclsiastiques,
dont la doctrine et les liaisons toient suspectes, avoient t nomms
 des vchs: le pape refusa des bulles; le rgent demanda la stricte
excution du concordat, et il s'ensuivit entre les deux cours une
altercation qui dura jusqu'en 1718. Alors perdant patience, le duc
d'Orlans assembla un conseil de rgence o des commissaires furent
nomms,  l'effet d'examiner les motifs de ce refus que faisoit le
pape, d'aviser aux moyens de le faire cesser, et s'il y persistoit, 
ceux que l'on pourroit mettre en usage pour gouverner l'glise de
France et pourvoir au sacre des vques. Le duc de Saint-Simon, l'un
des plus chauds opposants, toit au nombre de ces commissaires, parmi
lesquels on ne voyoit ni un vque ni un magistrat. Les thologiens
qu'il consulta toient tous, comme lui, des opposants furieux; on y
comptoit entre autres un chanoine excommuni par son vque, et un
docteur de Sorbonne qui revint exprs de Hollande o il s'toit retir
auprs de Quesnel, pour lui donner son avis. Il sortit de ce
conciliabule un Mmoire o l'on prsentoit les moyens de se passer du
pape et de secouer entirement le joug de la cour de Rome. Il ne
s'agissoit pas moins, suivant l'avis de Saint-Simon, que de faire
_appeler_ tous les parlements et toutes les universits. Enfin les
avis qui s'ouvrirent sur cette question furent si violents, que le duc
d'Orlans en fut effray; il en vit le danger, et trouva assez de
force pour rsister aux sollicitations de ceux qui vouloient
l'entraner dans le schisme. Toutefois on y touchoit pour ainsi dire 
chaque instant; et l'on ne peut savoir ce qui seroit arriv en cette
circonstance, si l'on n'et appris, quelques jours aprs, que le pape,
satisfait des explications qui lui avoient t donnes, avoit accord
les bulles. (Voyez les _Mm. pour servir  l'Hist. eccls. du 18e
sicle_, anne 1718.)]

[Note 99: LAFITEAU, tom. I, pag. 390. Ce passage remarquable suffit
pour dmontrer que cette affaire, si lgrement traite par tant
d'esprits superficiels, touchoit le fond mme de la religion, et que
la question de l'acceptation de la bulle _Unigenitus_ toit en mme
temps celle de savoir si la France continueroit ou cesseroit d'tre
catholique; la suite le fera bien voir.]

Que demandoient les opposants? Des _explications_ sur le sens de
plusieurs passages de la bulle, qui leur sembloient obscurs et
susceptibles de fausses interprtations. Cette demande, au premier
abord, paroissoit naturelle; plusieurs avoient peine  comprendre
qu'elle pt leur tre refuse, et c'toit avec ces apparences de
candeur qu'ils se prsentoient dans le monde. Mais lorsque, allant au
fond de leur pense, le pape leur faisoit demander,  son tour, s'ils
vouloient s'engager d'avance  accepter _purement_ et _simplement_ la
bulle, aprs que ces explications leur auroient t donnes, alors
commenoient leurs tergiversations; et presss sur cette question
importante, ils ne pouvoient plus cacher quel toit le vritable but
de cette demande insidieuse, faite uniquement dans l'intention
d'tablir une sorte de controverse avec le souverain pontife,
controverse dans laquelle ils se rservoient le droit de rejeter ses
explications, s'ils les trouvoient contraires  leurs doctrines. Ce
fut dans ce sens que parlrent des agents qu'ils osrent envoyer 
Rome, pour y faire cette proposition insolente[100]. Luther et Calvin
n'auroient pas autrement parl[101].

[Note 100: L'un d'eux se nommoit l'abb Chevalier; l'autre toit ce
mme P. La Borde, auteur du livre du _Tmoignage_. Ils finirent par se
faire chasser de Rome.]

[Note 101: C'est qu'au fond la doctrine de Jansnius toit absolument
la mme que celle de ces hrsiarques. Au moyen d'une interprtation
absurde de Saint-Augustin, l'vque d'Ypres enseignoit, dans son
livre, que le plaisir est le seul mobile de nos actions; que lorsque
le plaisir vient de la _grce_, il nous porte  la vertu; que quand
c'est la _cupidit_ qui le fait natre, il nous entrane vers le vice;
et que, depuis la chute du premier homme, notre volont est
_ncessairement_ dtermine  suivre celui de ces deux mouvements qui
se trouve _actuellement_ le plus fort dans notre coeur. Ainsi le fond
de son systme est que l'homme, comme fils d'Adam et entach du pch
originel, est soumis  la ncessit _invincible_ de faire le bien ou
le mal: le bien, quand c'est la _grce_ qui prdomine; le mal, lorsque
c'est la _cupidit_. Calvin n'enseigne rien de plus monstrueux dans ce
qu'il tablit sur la prdestination, sur la grce, sur le libre
arbitre. Un ecclsiastique anglois, dit l'illustre comte de Maistre,
a donn une superbe dfinition du calvinisme: c'est, dit-il, un
systme de religion qui offre  notre croyance des hommes esclaves de
la ncessit, une doctrine inintelligible, une foi absurde, un Dieu
impitoyable. On ne pouvoit peindre le jansnisme en termes plus
nergique et plus vrais. Le mme crivain remarque que le systme de
l'athe Hobbes, qui soutenoit galement que tout est _ncessaire_,
offre, en tous points, une identit parfaite avec ceux de Calvin et de
Jansnius.

Comment donc, ajoute-t-il avec sa merveilleuse sagacit, une telle
secte a-t-elle pu se crer tant de partisans et mme de partisans
fanatiques? Comment a-t-elle pu faire tant de bruit dans le monde?
fatiguer l'tat autant que l'glise? Plusieurs causes runies ont
produit ce phnomne; la principale est celle que j'ai touche. Le
coeur humain est _naturellement_ RVOLT. Levez l'tendard contre
l'autorit, jamais vous ne manquerez de recrues. _Non serviam_
(Jrmie, II, 20); c'est le crime ternel de notre malheureuse nature.
Le systme de Jansnius, a dit Voltaire, n'est ni philosophique, ni
consolant; mais le plaisir d'_tre d'un parti_, etc. (_Sicle de
Louis XIV._) Il ne faut pas en douter, tout le mystre est l. Le
_plaisir_ de l'_orgueil_ est de braver l'autorit, son _bonheur_ est
de s'en emparer, ses _dlices_ sont de l'humilier. Le jansnisme
prsentoit cette triple tentation  ses adeptes. (_De l'glise
gallicane_, liv. I, ch. IV, p. 32.)]

Cependant Clment XI vit s'accrotre ses incertitudes par l'usage
mme qu'il tenta de faire de son autorit. Immdiatement aprs cette
congrgation des cardinaux, il avoit expdi en France deux brefs,
l'un aux vques opposants, par lequel il leur enjoignoit d'accepter
la bulle sans dlai, sans restriction, sans modification, y menaant
le cardinal de Noailles de le dpouiller de la pourpre, et de le
traiter, lui et ses adhrents, selon toute la rigueur des canons, si,
dans un terme fix, il n'avoit pas donn des marques certaines de son
obissance; l'autre au rgent, pour lui dmontrer la ncessit du
parti qu'il venoit de prendre, et exciter son zle  soutenir avec lui
la cause de la religion. Les deux brefs furent considrs comme non
avenus, parce que, suivant les liberts de l'glise _gallicane_,
telles que les avoit institues Louis XIV, aucun rescrit de la cour de
Rome ne pouvoit tre prsent au roi de France avant que copie en et
t donne d'abord  ses ministres, comme si ce monarque et craint de
droger en traitant directement avec le vicaire de Jsus-Christ. Une
telle formalit, sans exemple dans la chrtient, auroit eu de trop
graves consquences: le pape refusa de s'y soumettre, et put ds lors
reconnotre quelles toient, dans cette affaire, les vritables
dispositions du rgent, sur lequel d'abord il avoit cru pouvoir
compter. Ce fut donc une ncessit pour lui de suspendre des coups
qu'il devenoit imprudent de frapper.

Il n'est pas besoin de dire que les opposants s'enhardirent de cet
chec, que venoit d'prouver l'autorit de la cour de Rome: ds ce
moment ils ne mirent plus de bornes  leurs prtentions et  leur
insolence  l'gard du chef de l'glise. Toutefois, comme on traitoit
encore le dogme assez srieusement en France, ils essayrent d'abord
de rpandre dans le public que cette bulle dont on faisoit tant de
bruit, ne touchoit que quelques points de discipline de peu
d'importance. Cette manoeuvre ne leur ayant pas russi, ils en
imaginrent une autre: ce fut d'inviter les acceptants  se runir 
eux pour tablir ensemble un prcis de doctrine que l'on soumettroit
au pape, dans lequel on tomberoit d'accord sur tous les points
dissidents, et qui, s'il toit agr, tranquilliseroit leur conscience
sur l'acceptation pure et simple de la bulle. La proposition fut
accepte; on s'assembla: aprs de longues difficults et des chicanes
sans nombre, qui ne purent fatiguer la patience et la complaisance de
leurs adversaires, ils parurent tomber d'accord avec ceux-ci sur la
doctrine, et tout sembloit sur le point d'tre termin. Mais il devint
vident que ce n'toit de leur part qu'un jeu pour gagner du
temps[102]; car, employant aussitt, pour arrter l'effet de cette
conciliation, la plus insigne et la plus coupable des fourberies, ils
trouvrent le moyen de substituer  la pice originale une copie
qu'ils en avoient dresse eux-mmes, et dans laquelle ils avoient
supprim les corrections essentielles que les vques acceptants y
avoient faites, de tous les passages entachs de jansnisme; et
l'ayant ainsi altre, ils l'envoyrent  Rome comme la profession de
foi de tout le clerg de France. Ils furent encore dmasqus cette
seconde fois: alors ils proposrent une assemble gnrale des
vques, faisant entendre que c'toit le seul moyen de parvenir  une
entire conciliation; mais les acceptants, qui d'abord avoient
accueilli cette ide, acquirent bientt la certitude que leurs
adversaires y porteroient la mme obstination et se serviroient de
cette circonstance pour donner de plus grands scandales, et se
htrent d'crire au pape pour le prier de mettre opposition  ce
projet d'assemble. Telle fut cependant la condescendance du souverain
pontife  l'gard de cette poigne de rebelles, que, ne pouvant donner
lui-mme les explications demandes, et au sens qu'ils les
demandoient, sans compromettre gravement son caractre et son
autorit, il consentit qu'elles leur fussent indirectement offertes
dans une lettre que le sacr collge demanda la permission de lui
crire, lettre qui fut rendue publique, et aprs laquelle les
opposants n'eurent plus aucun prtexte plausible de persister dans
leur refus.

[Note 102: L'abb Dorsanne, secrtaire du cardinal de Noailles,
l'avoue lui-mme navement: Les opposants, dit-il, ne cherchoient
qu' _allonger_ pour donner _au second ordre_ le temps de se
dclarer. (_Journal de Dorsanne_, anne 1717.)]

Cette dernire marque d'indulgence ayant t accorde aux rebelles, le
pape reprit le ton de matre; et dans deux nouveaux brefs, adresss,
l'un au rgent, l'autre aux vques acceptants, il fixa le dlai
qu'il accordoit au cardinal de Noailles pour faire son acte de
soumission, se montrant dcid, ce dlai pass,  procder contre lui
et contre ses adhrents selon toute la rigueur des canons. Il
rappeloit particulirement, dans celui qu'il adressoit aux vques, ce
qui s'toit pass relativement au livre des _Rflexions morales_, le
venin cach dans ce livre dangereux, l'empressement avec lequel le feu
roi et l'glise de France en avoient demand la condamnation, le
respect avec lequel la majorit des vques l'avoit accepte; et le
dtail de ces circonstances lui servoit  faire ressortir davantage ce
qu'il y avoit d'odieux dans la rvolte des opposants et dans la
conduite insolente de la facult de thologie, qui, livre  de
continuelles variations, tantt avoit reconnu, tantt brav l'autorit
du saint sige, et ne prtendoit pas moins qu' se faire en France la
rgle de la doctrine et la dominatrice de l'piscopat. Un troisime
bref, adress  la facult elle-mme, toit plus que comminatoire: il
prononoit la dchance de ceux de ses docteurs qui s'toient dclars
opposants, et dcernoit contre eux les peines canoniques[103].

[Note 103: LAFITEAU, t. I, p. 445.]

C'est ici que triomphrent les liberts gallicanes. Le rgent, qui
trouvoit bon d'arranger les choses  l'amiable avec la cour de Rome,
s'il y avoit possibilit de le faire selon son propre gr, mais non de
lui laisser exercer en France des actes d'autorit, vit trs
tranquillement le parlement rendre aussitt un arrt par lequel,
statuant sur tous rescrits mans de la cour de Rome, il dfendoit de
recevoir en France aucune pice de ce genre qui n'et t
pralablement munie de lettres-patentes du roi, arrt par suite duquel
les agents gnraux du clerg reurent l'ordre d'crire  tous les
vques du royaume qu'il leur toit dfendu, _de la part du roi_,
d'accepter le bref qui venoit de leur tre adress, et qu'ils eussent
 remettre aux mains de M. le rgent tous les exemplaires qu'ils en
avoient reus[104]. Le pape en crivit trs vivement  ce prince,
qui, sur ce point, ne voulut lui donner aucune satisfaction, et se
borna seulement, pour ne pas rompre entirement l'espce de bonne
intelligence qui paroissoit exister entre lui et le saint pre, 
dfendre cette assemble gnrale d'vques que celui-ci avoit de si
justes raisons de redouter. Mais le projet de confrences nouvelles
par commissaires fut repris, et ceux des vques acceptants qui
essayoient encore de travailler au rtablissement de la paix en
conurent d'abord quelque esprance; on peut mme dire que, pour y
parvenir, ils se montrrent trop faciles envers leurs adversaires.
Dj, dans ces confrences, on toit parvenu  se mettre une seconde
fois d'accord sur la doctrine, et il sembloit que l'acceptation de la
bulle dt s'ensuivre naturellement; mais, arrivs  ce point principal
de la querelle et pousss dans ce dernier retranchement, les opposants
revinrent  leurs ternelles difficults sur le sens auquel ils
prtendoient l'entendre; les esprits s'chauffrent par la
controverse; et plusieurs d'entre eux, laissant enfin chapper leur
secrte pense, _appelrent_ de la bulle du pape au futur concile
gnral, et portrent leur appel  la facult de thologie, qui
_appela_ aussitt avec eux. Tel fut le rsultat de ces funestes
confrences.

[Note 104: LAFITEAU, t. I, p. 446.]

Ce fut aussi le signal de l'orage dont tout ce qui avoit prcd peut
n'tre considr que comme un signe avant-coureur: se voyant ainsi
soutenu et par les hsitations politiques de la cour et par la
complicit des magistrats, le parti jansniste leva le masque;
d'_opposants_ qu'ils toient, ses fauteurs se firent _appelants_, et
l'_appel_ devint le mot d'ordre de la rvolte pour tous ceux qui
partageoient leurs doctrines errones. Un grand nombre de curs de
Paris et plusieurs communauts y donnrent leur adhsion; non content
de semer ainsi la division dans son diocse, le cardinal de Noailles,
chef avou de cette faction, alla porter le trouble partout o il
espra trouver des rebelles et des brouillons; et telle fut la
mauvaise foi des sectaires, qu'ils n'eurent pas honte de faire des
emprunts pour obtenir des appels  prix d'argent[105]. La licence se
manifesta bientt de la manire la plus effrayante, et surtout dans
les classes subalternes du clerg: on vit des curs se runir et
dlibrer ouvertement sur les moyens  prendre pour s'arroger les
droits de l'piscopat, des chapitres s'lever contre les dcisions de
leurs vques; et bien que le nombre des appelants ne formt encore
dans le clerg qu'une misrable minorit, le parti trouva le moyen, vu
cette position sans exemple o se trouvoit l'glise de France, de se
faire perscuteur de la grande majorit de ses membres[106].  Paris,
et dans les diocses que gouvernoient des vques appelants, les
acceptants toient interdits, soumis aux peines canoniques, en butte 
toutes les vexations de leurs suprieurs; dans ceux o sigeoient des
vques acceptants, les rebelles pouvoient au contraire braver
impunment leurs premiers pasteurs; au moyen de l'appel comme d'abus,
ils les tranoient devant les tribunaux sculiers, o gain de cause
leur toit toujours assur, et leur faisoient expier, par d'odieuses
et insultantes condamnations, le lgitime et consciencieux usage
qu'ils avoient fait et d faire de leur autorit.

[Note 105: Ce fait est avou par un de leurs principaux historiens.
(_Anecdotes_, t. 3, p. 248 et suiv.) Ils empruntrent  cet effet au
del de quatre cent mille livres; on donnoit cinq cents livres 
chaque candidat qui, dans des thses publiques, soutenoit
quelques-unes des erreurs condamnes par la bulle; les curs
recevoient davantage; et l'on payoit encore de plus fortes sommes aux
chanoines qui avoient assez de crdit pour gagner leurs chapitres, aux
religieuses assez puissantes pour entraner leurs communauts. Cette
manoeuvre dura deux ans, et ne fut dcouverte que par les plaintes des
cranciers qui demandoient  tre pays, et qui n'obtinrent jamais le
remboursement de leurs avances. Cependant, malgr l'emploi de moyens
si honteux, soutenus des plus odieuses calomnies et de tous les genres
de sduction, le parti des _appelants_ ne compta jamais, dans sa plus
grande prosprit, que seize vques, trois universits, deux  trois
mille ecclsiastiques, et un petit nombre de laques sans autorit.]

[Note 106: Contre ce petit nombre d'opposants que nous venons de
signaler, se prsentoient en France plus de cent vques, toutes les
universits, trois seulement exceptes, et plus de cent mille
ecclsiastiques qui demeuroient attachs au corps piscopal; hors de
France, tous les vques de la chrtient.]

La conduite du rgent, dans ces graves circonstances, continua d'tre
ce qu'elle avoit t, foible en apparence, au fond calcule,
insidieuse, et telle qu'il falloit qu'elle ft pour ne donner de
triomphe complet  aucun parti. Sur les plaintes que lui adressrent
de toutes parts les vques, il leur crivit pour les assurer de sa
coopration  rtablir l'ordre dans leurs diocses, leur protestant
qu'il sauroit contenir le clerg du second ordre et mme les
parlements; il crivit en mme temps une lettre au pape, dont l'objet
apparent toit de renouer autant que possible les ngociations; mais,
dans cette lettre, ainsi que dans sa circulaire aux vques, le
principe des _appels_ toit maintenu, et le prince se contentoit
seulement de les attaquer dans l'abus que l'on prtendoit en faire
dans cette circonstance,de manire qu'il trouva le moyen de
mcontenter  la fois tout le monde[107]; ce dont il se soucioit peu,
d'aprs le plan qu'il s'toit trac, dans ces querelles, de tout
ramener dfinitivement  son autorit.

[Note 107: Quelques magistrats trouvrent mauvais que le rgent et
insinu dans sa lettre que des parlements avoient attent aux droits
de l'piscopat. (LAFITEAU, t. 2, p. 42.)]

Les appelants avoient pntr son dessein, et si bien qu'ils ne
cherchoient qu'un moyen de le commettre avec la cour de Rome en le
faisant intervenir dans les affaires de l'glise, de manire  mettre
cette autorit dont il sembloit si jaloux en opposition avec celle du
souverain pontife. Ce fut dans cette intention qu'ils proposrent,
comme moyen de conciliation, un silence _absolu_ sur la bulle,
silence qui seroit _ordonn_ par le roi, y ajoutant toutefois cette
condition que l'ordonnance royale ne parotroit qu'aprs que le
cardinal de Noailles auroit publi son appel; ils demandoient mme que
le roi, dans cette ordonnance, s'expliqut sur les excommunications
de manire  rassurer les consciences; que les appels y fussent
considrs comme lgitimement faits, et que la dcision de l'affaire
sur laquelle ce silence gnral auroit t impos, ft renvoye, non
au pape, mais au futur concile gnral. Certes, l'insolence ne pouvoit
aller plus loin: c'toit non seulement se maintenir dans leur ancienne
prtention de traiter avec le chef de l'glise sur le pied de la plus
parfaite galit, mais encore pousser le souverain temporel  porter
la main  l'encensoir, et allumer entre les deux puissances une guerre
qu'en effet ils dsiroient ardemment, et dont les insenss esproient
profiter.

On conoit avec quelle indignation un semblable projet fut rejet. Le
pape,  la vrit, demandoit le silence; mais il vouloit que l'hrsie
ft seule force de se taire. Le cardinal de La Trmouille,
ambassadeur de la cour de France auprs du Saint-Sige, et qui y
jouoit, depuis le commencement de ces querelles, le rle de
conciliateur avec assez peu de discernement, commit en cette occasion
une grande faute: encore qu'il connt parfaitement la pense du saint
Pre sur ce projet de silence galement impos au mensonge et  la
vrit, il se persuada trs mal  propos que, si ce silence _gnral_
toit en effet ordonn pour peu de temps, sans toutefois y admettre
les conditions insolentes proposes par les appelants, on pourroit, 
la faveur du moment de calme qu'il auroit procur, parvenir 
s'entendre sur le fond de la discussion; et qu'en faveur d'un si
heureux rsultat, on obtiendroit probablement du pape qu'il fermt les
yeux sur un acte du pouvoir temporel qui pouvoit avoir de si graves
consquences. Ce fut en ce sens qu'il crivit  sa cour; et la
dclaration du roi; qui ordonnoit _le silence_ sur les affaires de la
bulle, parut immdiatement aprs[108].

[Note 108: Le 17 octobre 1717.]

On conoit que les acceptants ne s'y soumirent qu'avec beaucoup de
rpugnance: c'toit exiger d'eux une sorte de prvarication. Quant aux
appelants, ils ne vouloient point du silence  de telles conditions;
et pour luder l'effet de la dclaration; ils mirent en avant le
cardinal de Noailles qui parvint  persuader au rgent qu'il ne
pouvoit convenablement se taire avant que le pape se ft expliqu sur
le prcis de doctrine qui venoit d'tre arrt entre les deux partis.
L'adhsion des vques acceptants  cet expos doctrinal ne laissoit
aucun doute sur son orthodoxie: l'explication demande au pape ne
pouvoit donc qu'tre favorable, et l'on commenoit  concevoir quelque
esprance d'une vritable paix. Or, et nous l'avons dj dit, les
opposants n'en vouloient point; tout ceci n'toit de leur part qu'un
jeu dtestable: par une seconde fraude qui n'toit pas moins odieuse
que la premire, de laquelle toutefois on prtend que le cardinal ne
fut pas complice (ce qui semble difficile  croire et se trouve
dmenti par sa conduite postrieure), ils altrrent ce prcis de
doctrine dans tout ce qu'il contenoit de contraire  leurs maximes; et
rsolus de mettre  cette paix un obstacle insurmontable, ils
choisirent ce moment pour publier l'appel de ce prlat, appel qu'il
avoit fait secrtement et auquel il avoit jusqu'alors diffr de
donner de la publicit. Le chapitre mtropolitain et les curs de
Paris y adhrrent  l'instant mme; la Sorbonne, qui, en fait
d'appel, avoit dj pris les devants, reut celui-ci avec les plus
grands applaudissements, et la confusion fut  son comble dans le
clerg de Paris.

Le rgent, soit qu'il ft rellement irrit de cette audace, soit
qu'il feignt de l'tre, ordonna au parlement de poursuivre la
publication de cet appel, et le parlement, qui l'approuvoit
intrieurement, le condamna _par ordre_. Alors bless au vif dans son
amour-propre, le foible et vaniteux prlat ne se contint plus: il
avoua hautement son appel, en prit la dfense, et montra quels toient
ses vritables sentiments en repoussant les nouvelles marques de
condescendance que le pape se montroit dispos  lui donner; puis se
mettant plus ouvertement encore qu'il ne l'avoit fait  la tte de son
parti, il se fit l'apologiste des doctrines censures, et dclara
nettement qu'une acceptation conditionnelle toit tout ce qu'il
pouvoit accorder. Aprs ce dernier clat, Clment XI, dont la
modration et la longanimit ne sauroient tre trop admires dans ces
circonstances difficiles et malheureuses, se dcida, ayant puis tous
les moyens de conciliation,  publier sa bulle de sparation[109].

[Note 109: Cette bulle qui commence par ces mots, _Pastoralis
officii_, fut publie  Rome, le 28 aot 1718. Adresse  tous les
fidles, elle leur ordonnoit de rompre toute communication avec les
opposants, dclaroit ceux-ci spars de la charit de la sainte glise
romaine, les privoit de la communion ecclsiastique avec l'glise et
son chef, leur obissance seule pouvant les rtablir dans l'unit du
sige apostolique.]

Ce fut le signal d'une nouvelle confusion plus grande que tout ce qui
avoit prcd. Les appels contre la nouvelle bulle s'levrent
aussitt de toutes parts dans le parti des opposants; et le parlement
tressaillit de joie en voyant des princes de l'glise lui fournir
eux-mmes, par leurs fureurs, l'occasion qu'il cherchoit depuis si
long-temps d'lever sa puissance sur celle de Rome. Dj il n'avoit
pas craint de faire brler par la main du bourreau une lettre qu'un
prlat courageux (l'archevque de Reims) avoit adresse au rgent,
pour lui peindre l'excs du mal et l'inviter  en arrter le cours: en
cette nouvelle circonstance, il n'eut pas mme la peine de prendre
l'initiative. Ce furent les gens du roi eux-mmes qui appelrent
devant lui de la bulle comme d'abus; il reut leur appel, et s'apprta
ainsi  procder contre le pape lui-mme. Cependant les opinions les
plus monstrueuses se professoient hautement dans la Sorbonne, et le
langage de ses docteurs ne diffroit point de celui des plus furieux
protestants; les choses allrent mme  cet excs, qu'un plan de
sparation de l'glise de France avec celle de Rome, et d'union avec
l'glise anglicane, fut secrtement dress dans le parti des
opposants[110]. L'archevque de Reims crivit de nouveau pour
dmasquer ces dtestables machinations, et l'vque de Soissons publia
sur le mme objet quelques crits trs nergiques: le parlement s'en
saisit aussitt pour les fltrir, et confia encore  la main du
bourreau le soin de lui en rendre raison. Cependant les parlements de
provinces s'empressoient d'imiter leur digne modle; et plus de
quarante vques ayant dclar les appels schismatiques, la plupart
d'entre eux se virent cits devant les tribunaux sculiers, qui
supprimrent et condamnrent leurs mandements comme abusifs.

[Note 110: Ce plan avoit t trac par Dupin, docteur de Sorbonne, 
qui ses violences et ses erreurs ont acquis, dans ces querelles, une
si malheureuse clbrit. Une correspondance qu'il avoit avec
l'archevque de Cantorbery veilla les soupons; on saisit ses
papiers, et les fils de cette trame presque incroyable furent ainsi
dvoils. Il y toit dit que les principes de notre foi peuvent
s'accorder avec les principes de la religion anglicane; que sans
altrer l'intgrit du dogme, on peut abolir la confession
auriculaire, et ne plus parler de _transsubstantiation_ dans le
sacrement de l'Eucharistie, anantir les voeux de religion, permettre
le mariage des prtres, retrancher le jene et l'abstinence du carme,
se passer du pape, et n'avoir plus ni commerce avec lui, ni gard pour
ses dcisions. (LAFITEAU, t. 2, p. 126.)]

L'indignation du pape toit  son comble, et nanmoins, lorsqu'il
sembloit rsolu de la faire clater, les mmes embarras se
prsentoient toujours devant lui. Plus d'une fois, il fut sur le point
de svir contre les parlements prvaricateurs; puis il s'arrtoit,
effray d'un coup d'autorit qui pouvoit faire clater le schisme,
depuis si long-temps prpar dans l'glise de France, et revenoit 
des supplications nouvelles auprs du rgent, pour qu'il arrtt enfin
ce torrent qui menaoit de tout entraner. Fidle  son plan,
celui-ci continuoit  prendre des demi-mesures qui, sans satisfaire le
pontife, entretenoient du moins ses esprances, et ne le mettoient pas
dans la ncessit prilleuse de rompre ouvertement avec lui. La
premire fut d'ordonner de nouveau un silence gnral sur tout ce qui
concernoit la bulle; et ce funeste remde, dj si malheureusement
employ, et que nous verrons par la suite agraver le mal au lieu de le
gurir, ne produisit pas un meilleur effet cette fois-ci que la
premire: les acceptants en furent affligs, et les appelants s'en
moqurent. (1719) Les excs de la Sorbonne ayant pass toutes les
bornes, ses docteurs furent mands chez le garde des sceaux et
rprimands: ils n'en continurent pas moins de dogmatiser avec la
mme insolence[111]. L'vque de Soissons se plaignit de l'outrage
qu'il venoit de recevoir: tout ce que fit pour lui le rgent fut
d'empcher que l'arrt du parlement qui condamnoit son livre au feu ne
ft excut. Il souffroit en mme temps, et avec la plus grande
tranquillit, que ce mme parlement supprimt par un nouvel arrt la
condamnation que le pape venoit de faire d'une instruction pastorale
du cardinal de Noailles, la plus sditieuse qu'il et encore publie;
et l'vque de Soissons fut, en cette circonstance, moins maltrait
que le souverain pontife. Alors Clment XI, pouss  bout, reprit sa
rsolution de refuser des bulles  tout vque nomm qui n'accepteroit
pas purement et simplement la constitution _Unigenitus_.

[Note 111: La facult _appelante_ de Caen ayant tabli trs
positivement dans son appel que l'opinion de l'infaillibilit du pape
toit errone, la facult de Paris approuva cette opinion et la
confirma par un dcret. On n'toit point encore all jusque-l en
France. (_Mm. pour servir  l'Hist. eccls. du 18e sicle_, anne
1719.)]

(1720) Ni cette rsolution, ni les rescrits et les anathmes du
Saint-Sige, ni le zle des vques acceptants n'auroient suffi: il
falloit par dessus tout la volont du pouvoir temporel, qui s'toit
fait en France l'arbitre suprme des rapports de l'glise avec son
chef; et cette volont, nous l'avons dj dit, commena  se
manifester au moment o Dubois eut la pense de devenir cardinal.
Alors il fut arrt, dans le conseil du rgent, qu'on se procureroit,
de gr ou de force, un enregistrement quelconque de la bulle, et qu'on
emploieroit des moyens plus efficaces auprs de l'archevque de Paris,
pour parvenir  vaincre son obstination. Des ngociations nouvelles
furent donc ouvertes avec lui, et l'on y mit plus de suite et de
tnacit. Le cardinal ne se montra ni moins tenace, ni moins
opinitre: il batailla long-temps, tergiversa, exigea de nouvelles
explications qu'il fallut consentir  lui donner. D'habiles
thologiens y travaillrent pendant six mois, les arrangeant de
manire  ce qu'elles pussent satisfaire ce vieillard ombrageux; ce
qui fit qu'elles ne satisfirent point plusieurs vques acceptants qui
refusrent de les signer. Telles qu'elles toient cependant, la
plupart d'entre eux les signrent, trop complaisamment sans doute,
mais tant toit grand leur dsir de la paix; et le cardinal les signa
avec eux. Toutefois, alors mme que cette paix sembloit tre sur le
point de se conclure, il donnoit des preuves nouvelles de sa mauvaise
foi en publiant de nouveaux crits contre la bulle[112], crits que,
par une mauvaise foi plus grande encore, il dsavoua, aprs qu'ils
eurent t condamns  Rome, non pas tant  cause de cette
condamnation que parce qu'ils l'exposoient  encourir l'entire
disgrce du rgent.

[Note 112: Entre autres, une lettre circulaire adresse  ses curs,
dans laquelle il les conjuroit de ne s'alarmer, ni sur les
explications qu'il venoit d'adopter, ni sur l'acceptation qu'il avoit
promise: Par mes _explications_, disoit-il, j'ai mis _la vrit 
couvert_; et si j'accepte, c'est avec une bonne _relation_. (LAFITEAU,
t. 2, p. 163.)]

Cette conduite, qui semble presque inexplicable, venoit de ce qu'il
comptoit sur le parlement, comme le parlement comptoit sur lui. Mais
aussitt qu'il lui fut dmontr que l'existence de cette compagnie toit
menace, il sentit son courage s'abattre; et, pour sauver le tribunal
sculier qui citoit devant lui les vques, qui les condamnoit, qui les
outrageoit, il parut cder enfin; et la bulle, _forcment_ enregistre
au parlement, fut _conditionnellement_ accepte par le prlat;
c'est--dire que, par un dernier trait de mauvaise foi qui passoit tous
les autres, tandis qu'il acceptoit _sans restriction_ dans le mandement
qu'il publioit, il faisoit imprimer en mme temps un second mandement
clandestin o son acceptation toit positivement _restrictive_. Le pape
eut connoissance de cette fraude au moment mme o le cardinal la
commettoit; et l'on peut concevoir combien il dut tre satisfait d'une
semblable paix, la bulle tant accepte d'une si trange manire par
l'archevque de Paris, et enregistre au parlement _purement et
simplement_, assuroit le rgent, et sans autres bornes que celles qu'il
falloit _ncessairement_ s'imposer, pour ne pas s'carter des _maximes_
du royaume[113]. Or ces maximes toient justement le principe de cette
guerre continuelle qui se faisoit en France contre le Saint-Sige, et
qui menaoit sans cesse le royaume _trs chrtien_ du schisme et de
l'hrsie. Dubois convenoit lui-mme qu'il manquoit _quelque chose_ 
l'affermissement de la paix; mais il dmontroit, en mme temps,
l'impossibilit d'obtenir davantage, pour le moment[114].

[Note 113: LAFITEAU, p. 166.]

[Note 114: LAFITEAU, p. 168.]

(1721-1723) Clment XI mourut au milieu des amertumes que lui
causoient cette triste paix et ces scandaleuses ngociations: on
n'aura pas de peine  croire qu'Innocent XIII, qui lui succda, n'en
fut pas plus satisfait. Toutefois ses efforts auprs du cardinal de
Noailles pour obtenir de lui une acceptation pure et simple n'eurent
pas plus de succs que ceux de son prdcesseur; et tels toient les
rsultats de cette prtendue paix, que sept vques opposants eurent
l'audace singulire de lui crire une lettre dans laquelle la bulle
toit formellement attaque, et le caractre de Clment XI
outrageusement insult; plusieurs autres crits furent en mme temps
publis, soit par des vques, soit par des docteurs de Sorbonne, o
toient dveloppes contre les _deux puissances_[115] les doctrines
les plus pernicieuses de la secte[116]. Le pape fltrit ces crits
avec les qualifications qu'ils mritoient, et s'adressa en mme temps
au rgent pour obtenir raison de ces perturbateurs et de ces
sditieux. Ce fut alors que, fatigu de tant de mutineries par
lesquelles l'autorit royale se trouvoit elle-mme avilie, et rsolu
de satisfaire du moins le pape dans ce qui ne compromettoit en rien
les _maximes_ du royaume et l'autorit _spirituelle_ du cabinet de
Versailles, le duc d'Orlans parla enfin en matre, et, soutenu de la
puissante volont de son ministre, appesantit son bras sur les
jansnistes avec tant de violence[117], que, jusqu' sa mort, ils
n'osrent plus remuer. De son ct, le nouveau pape jugea que, dans
des circonstances aussi difficiles, il lui convenoit d'user de cette
politique patiente du Saint-Sige, politique dont, tt ou tard, le
triomphe est assur, parce qu'elle a pour fondement l'ternelle
vrit. Il parut donc se contenter de ce que le rgent avoit fait,
considrant toutefois ce qui se passoit alors en France plutt comme
une trve que comme une vritable paix.

[Note 115: Il convient de remarquer que les deux _puissances_ toient
toujours _conjointement_ attaques, chaque fois que le pouvoir
temporel cessoit de se montrer tolrant  l'gard des sectaires: nous
en verrons bientt un exemple plus frappant.]

[Note 116: LAFITEAU, p. 181  189.]

[Note 117: Il en exila quelques-uns, en destitua d'autres, et apprit
ainsi  tous qu'il vouloit tre obi: il avoit lui-mme appris  bien
connotre l'esprit de ces sectaires, au milieu de ces longues
querelles; et les ayant bien accueillis d'abord, il avoit fini par ne
plus pouvoir les supporter. Il disoit, dans les derniers temps de sa
vie, que si le ciel l'et fait roi, il n'auroit jamais souffert,
parmi ses sujets, des gens qui, dans une rvolte, pussent prtexter
avec les jansnistes que _la grce leur avoit manqu_. LAFITEAU, p.
192.]

(1724-1726) Ce calme apparent se prolongea aprs la mort du duc
d'Orlans jusqu' celle d'Innocent XIII, qui mourut en 1724. Cependant
les sectaires, moins contenus sous le ministre du duc de Bourbon, se
montrrent dj disposs  abuser de la tolrance dont ils
jouissoient, et que la prudence du chef de l'glise n'avoit pas cru
devoir troubler. Le nouveau pape, Benot XIII, n'en jugea pas ainsi:
il ne lui parut pas convenable de garder plus long-temps de tels
mnagements avec l'hrsie; et  peine fut-il mont sur le trne
pontifical, qu'il porta son attention sur les affaires de l'glise de
France, et rsolut d'avoir raison de l'acceptation illusoire du
cardinal de Noailles. Il n'est pas besoin de dire qu'il employa de
nouveau tous les moyens de douceur et de persuasion que ses
prdcesseurs avoient en quelque sorte puiss  l'gard de ce prlat.
Le parti se rveilla aussitt, plus ardent qu'il n'avoit jamais t,
quoique ses rangs commenassent dj  s'claircir[118]; et aussitt
recommencrent avec la cour de Rome ces manoeuvres insolentes et ces
ngociations perfides dont le scandale avoit si long-temps afflig la
chrtient. L'impudence des sectaires fut pousse cette fois jusqu'
publier, sous le nom du pape, un mmoire compos par eux et infect de
toutes leurs erreurs: convaincus de mensonge, comme ils l'avoient dj
t tant de fois, ils ne s'en dconcertrent pas, et ce fut par des
mensonges nouveaux qu'ils cherchrent  se disculper[119].

[Note 118: La Sorbonne donnoit dj quelques signes de retour vers la
soumission  l'autorit: les facults de thologie de Reims, de
Poitiers et de Nantes s'toient dsistes de leur appel, et l'vque
de Saint-Malo, qui s'toit fait appelant en 1717, venoit d'accepter la
bulle purement et simplement.]

[Note 119: LAFITEAU, t. 2, p.]

Cependant il toit visible que le cardinal de Noailles n'toit qu'un
instrument entre les mains des sectaires: il ne parot pas
qu'abandonn  lui-mme, il et eu assez d'nergie de caractre pour
opposer une aussi longue rsistance. Presss autour de lui, les plus
habiles du parti le soutenoient, le raffermissoient, crivoient pour
lui dans cette dplorable polmique, et exploitoient ainsi  leur
profit sa foiblesse et sa vanit. Dans cette circonstance, ils le
virent plus chancelant qu'il n'avoit t, et presque honteux du rle
qu'on lui faisoit jouer, prt  se rendre aux sollicitations du
souverain pontife, dont le zle et la charit ne lui laissoient pas un
moment de repos. Aussitt trente curs jansnistes de Paris furent
ameuts pour le rejeter dans le parti, et dans un mmoire infect de
schisme et d'hrsie, s'levrent aussi audacieusement qu'on l'avoit
jamais pu faire contre la bulle _Unigenitus_, soutenant qu'elle
mettoit la foi en pril, et qu'on ne pouvoit ni l'accepter ni la
publier. Ce fut ainsi qu'ils ramenrent le foible prlat, et que la
paix d'Innocent XIII fut ouvertement rompue.

Ceci se passoit en 1726: l'vque de Frjus venoit d'tre nomm
ministre; cette mme anne, il avoit t dcor de la pourpre par le
souverain pontife; il sembloit professer les maximes du Saint-Sige,
et mme il avoit publi, sous le feu roi, quelques crits contre le
_Quesnlisme_. Ses dispositions  l'gard de la cour de Rome n'toient
point hostiles sans doute; mais en supposant mme qu'elles eussent t
aussi favorables qu'on le pouvoit dsirer, et qu'il ne les et pas
soumises aux calculs de son ambition et aux intrts de sa nouvelle
position politique, il leur auroit toujours manqu ce qui pouvoit en
assurer le succs, l'tendue des vues et la fermet du caractre.

Un arrt du conseil supprima le mmoire des trente curs comme
scandaleux et contraire aux dcisions de l'glise et aux lois de
l'tat. Ceux-ci adressrent au roi une remontrance, dans laquelle ils
rappelrent et soutinrent toutes les erreurs contenues dans leur
mmoire. Ils y renouveloient leur appel au concile gnral, niant que
la bulle ft une loi de l'glise et de l'tat; et comme pour se mettre
 couvert de l'autorit royale qu'ils bravoient avec tant d'insolence,
ils y tablissoient l'_inviolabilit_ de leurs personnes en les
mettant sous la protection de Dieu et du futur concile oecumnique.
Un second arrt du conseil fltrit cet crit dtestable; mais comme le
roi y dclaroit en mme temps que les curs ne formoient point un
corps qui pt lui adresser des remontrances, il fut dcid que
dsormais les vques du parti prteroient leurs noms  tous les
crits qu'il lui conviendroit de publier. Aussitt se rpandit un
dluge d'invectives, de calomnies, d'erreurs de tout genre, sous la
forme de mandements et d'instructions pastorales; et l'on voyoit
parotre au premier rang, parmi les vques qui ne rougissoient pas de
signer ces oeuvres de tnbres, ceux de Montpellier, d'Auxerre et de
Senez.

(1727-1728) Ce dernier (M. de Soanen) se faisoit surtout remarquer par
une fureur qui ne respectoit plus rien[120]: ce fut sur lui que tomba
l'orage, et il clata  l'occasion d'une dernire instruction
pastorale dans laquelle il excitoit ouvertement au schisme et  la
rvolte[121]. Le cardinal de Fleuri, forc enfin de reconnotre que de
semblables excs ne pouvoient tre plus long-temps tolrs, rsolut de
le faire juger par le concile de sa province. Ce concile fut assembl
 Embrun sous la prsidence du mtropolitain, M. de Tencin[122]: le
vieil vque, que quelques confrences amicales avec ses juges avoient
d'abord branl, fut raffermi dans son fanatisme par les agents que le
parti se hta de lui envoyer de Paris; il parut donc devant le concile
pour rcuser d'abord son autorit, avoua ensuite que l'instruction
pastorale n'toit pas de lui, mais dclara en mme temps qu'il en
adoptoit tous les principes, et persista dans ses erreurs avec une
telle opinitret, qu'il devint impossible mme aux plus indulgents de
ne pas prononcer sa condamnation. Il fut suspendu de ses fonctions et
relgu en Auvergne dans une abbaye de bndictins. Toutes les
oprations du concile furent approuves par le pape, et le roi
tmoigna qu'il en toit satisfait.

[Note 120: Il ordonnoit publiquement tous les apostats que lui
envoyoient les jansnistes de Hollande, et les admettoit aux ordres
sacrs, tantt sans dmissoires, tantt sur le seul tmoignage d'un
vque intrus dans les pays protestants. (LAFITEAU, t. 2, p. 198.)]

[Note 121: Dans sa fureur jansniste, ce vieillard fanatique y
dfendoit  ses diocsains d'couter le successeur que la Providence
lui donneroit, s'il s'avisoit jamais de leur parler en faveur de la
constitution _Unigenitus_. (LAFITEAU, t. 2, p. 198.) Il est
remarquable que ce mme vque de Senez avoit accept la bulle _Vineam
Domini_.]

[Note 122: Ce prlat, dont la doctrine toit pure et le savoir trs
tendu, a t peint des plus noires couleurs par les libellistes et
les gazetiers du parti, parce qu'il fut un de ses plus redoutables
antagonistes. Ces calomnies odieuses et dgotantes, que dmentent
toutes les circonstances de sa vie, ont t recueillies comme des
vrits authentiques par les faiseurs de _Mmoires secrets_, et mme,
de nos jours, par des historiens sans critique, que l'on trouve
toujours disposs  croire le mal que l'on peut dire d'un homme
d'glise, et dans tous les degrs de la hirarchie.]

Qui le croiroit? ce fut dans le barreau de Paris que les Quesnlistes
allrent chercher des appuis; et l'on vit, pour la premire fois, des
avocats parotre dans ces querelles de thologie et de discipline
ecclsiastique. Cinquante d'entre eux signrent avec une rare
intrpidit une consultation, dans laquelle ressassant toutes les
erreurs et toutes les calomnies du parti, ils entassoient lois sur
lois pour infirmer le jugement du concile d'Embrun. Sur l'invitation
du cardinal de Fleuri, trente et un vques, alors  Paris, donnrent
leur avis doctrinal sur cette pice, qu'ils dclarrent hrtique,
diffamatoire, et par suite duquel un arrt du conseil, du 3 juillet
1728, la supprima avec les qualifications qu'elle mritoit. Les
vques qui l'avoient juge la fltrirent ensuite par leurs
mandements; et l'un d'entre eux, l'vque d'vreux, allant plus loin,
pntra jusqu'aux sources o ses auteurs avoient puis leurs prtendus
arguments contre le concile d'Embrun, et les convainquit d'ignorance
grossire en ce qui concernoit les lois, les exemples, les rglements
qu'ils avoient rappels dans leur consultation; de mensonge et de
perfidie, pour avoir gnralement suppos, tronqu, falsifi toutes
les autorits dont ils avoient invoqu le tmoignage. Cet crit
demeura sans rplique, parce que les preuves y toient pousses
jusqu' la dmonstration[123]; et il fut reconnu, dans le parti, que,
pour le moment, les gens de chicane ne lui pouvoient apporter qu'un
trs foible secours.

[Note 123: LAFITEAU, t. 2, p. 217.]

Alors les sectaires revinrent  demander celui des vques appelants.
Il s'en prsenta douze qui embrassrent la cause de l'vque de Senez;
et telle fut leur aveugle prcipitation que, dans une lettre au roi o
ils se plaignoient du jugement rendu contre ce prlat, ils accusrent
d'irrgularit les actes du concile d'Embrun, avant d'avoir pris la
prcaution de les consulter, et sur le simple rapport que leur en
firent les ttes les plus chauffes du parti: il en rsulta que tous
les faits qu'ils avoient avancs se trouvrent faux; ce qui leur fut
dmontr[124]. Leur lettre fut traite de sditieuse et dsapprouve;
mais ce n'toit pas l un vnement propre  les dconcerter.

[Note 124: _Ibid._, p. 218.]

Ils le furent davantage de la rtractation solennelle que fit le
cardinal de Noailles des erreurs dans lesquelles ils l'avoient
entran. Depuis quelque temps, ce prlat, qui n'avoit jamais manqu
ni de foi ni de pit, se lassoit des violences auxquelles son parti
se laissoit emporter, et montroit quelque effroi de certaines
consquences de leur doctrine, qu'il avoit enfin commenc 
entrevoir. Les divisions qui clatrent  Utrecht entre les
jansnistes rfugis sur la doctrine mme qu'ils opposoient au saint
sige, achevrent de lui dessiller les yeux: il reconnut dans ces
divisions le principe protestant, par consquent l'esprit de
mensonge et d'erreur, et revint sincrement au giron de l'glise et
 une soumission pleine et entire  son autorit. Il accepta
publiquement la bulle sans restrictions ni modifications, condamna
le livre de Quesnel, ses propres mandements et tout ce qui avoit
paru sous son nom de contraire aux dcisions du souverain pontife;
fit  son gard des actes d'une pleine et entire soumission, et
crivit  tous les vques qu'il avoit scandaliss[125]. Telle fut
l'heureuse fin d'un prlat dont la foiblesse et la vanit avoient
caus de si grands maux: elle arriva malheureusement trop tard pour
produire quelque bien. Il mourut l'anne suivante, poursuivi,  son
lit de mort, par les invectives du parti qui l'avoit si long-temps
enivr de ses adulations[126].

[Note 125: Cette mme anne 1728 vit la rtractation des vques
d'Agen, de Condom, d'Acqs, de Blois, d'Agde, d'Angoulme et de Rodez.
Les vques de Metz, de Mcon, de Trguier, de Pamiers et de Castres,
bien que leurs opinions fussent suspectes, gardoient le silence. Le
parti ne comptoit donc plus  sa tte que trois  quatre vques, ceux
de Montpellier, d'Auxerre, de Troyes, et l'vque _suspens_ de Senez.
Voil ce qu'ils opposoient au pape suivi de tout le corps piscopal.
(_Mmoires pour servir  l'Histoire ecclsiastique du 18e sicle_,
anne 1728.)]

[Note 126: On lui fit cette pitaphe burlesque, qui peint assez bien
ses continuelles variations:

  Ci-gt Louis Cahin-Caha,
  Qui dvotement appela,
  De oui, de non, s'entortilla;
  Puis dit ceci, puis dit cela,
  Perdit la tte et s'en alla.

Toutefois le dernier vers manque de justesse; il et t plus vrai de
dire que le cardinal avoit _retrouv sa tte_ avant de _s'en aller_.]

(1729-1730) Il fut remplac par l'archevque d'Aix, M. de Vintimille:
c'toit de la part de celui-ci un acte de courage que d'accepter la
charge d'un diocse comme celui de Paris. Le dsordre y toit au
comble: il n'y avoit plus ni dcence ni subordination dans le clerg
infrieur, o de toutes parts avoient pntr et fructifi les
doctrines nouvelles; une gazette clandestine, dont les auteurs
avoient jusqu'alors chapp  toutes les recherches de l'autorit,
paroissoit rgulirement deux fois la semaine, et, sous le titre de
_Nouvelles ecclsiastiques_, rpandoit  grands flots le poison de
l'erreur et du schisme, livroit  la haine ou  la rise du public
tous ceux qui se montroient les adversaires de la secte. Le mal avoit
gagn jusqu'aux classes populaires, et les femmes elles-mmes
prenoient parti avec tout l'enttement de leur ignorance et de leurs
petites passions. Tel toit l'affligeant spectacle qui s'offroit au
nouvel archevque; tels toient les maux que son zle toit appel 
combattre.

Ce zle ne tarda pas  tre prouv: au moment mme de son
installation, il avoit eu la consolation de voir le chapitre
mtropolitain donner, de son plein gr, une entire adhsion  la
bulle. Cet exemple n'avoit pas t suivi; et, pour ramener les
esprits, il avoit jug ncessaire de prouver dogmatiquement, dans une
instruction pastorale, que cette bulle, si outrageusement attaque par
l'ignorance et la mauvaise foi, ne condamnoit que des erreurs
capitales; il la prsentoit comme une loi de l'glise  laquelle il y
avoit obligation absolue de se soumettre, et montroit, avec une force
invincible, qu' moins d'un renversement total de la foi et de la
religion, on ne pouvoit opposer le tmoignage de laques ou de simples
prtres aux dcisions du corps piscopal, ayant  sa tte le vicaire
de Jsus-Christ. Depuis le commencement de ces querelles dplorables,
aucun crit catholique n'avoit encore produit un effet aussi
salutaire: beaucoup de simples fidles en furent frapps et se
dsistrent de leur appel; des corps entiers d'ecclsiastiques et un
grand nombre de communauts religieuses se rendirent  la voix de leur
pasteur; la Sorbonne, dj branle depuis quelque temps, acheva
d'tre entrane par la force de conviction qui rgnoit dans cette
pice, fit une rtractation solennelle, et, depuis ce moment, demeura
inbranlable dans la doctrine orthodoxe. Pendant que le prlat
remportoit de si doux triomphes, vingt-huit curs de Paris crivoient
et publioient contre son instruction pastorale un Mmoire insolent,
railleur et sditieux: l'archevque s'en plaignit au roi comme d'un
exemple inou de rvolte du second ordre du clerg contre ses
suprieurs, suppliant toutefois le monarque de ne point svir contre
les coupables, et se rservant de les ramener par tous les moyens que
la charit pourroit lui suggrer.

Cet incident est remarquable par la dclaration du roi qui suivit la
plainte de l'archevque, dclaration dont l'objet toit de rtablir
l'autorit des vques et de rendre la paix  l'glise. Elle fut
rendue le 24 mars 1730: on y rappeloit les anciennes ordonnances sur
la signature du formulaire[127], et elles y toient maintenues dans
toute leur vigueur; on y tablissoit que la bulle _Unigenitus_,
devenue loi de l'glise par l'acceptation qui en avoit t faite,
devoit tre considre, par cette acceptation, comme loi de l'tat;
et, sur ce point important, il toit accord aux vques un grand
pouvoir  l'gard de leurs subordonns. Mais comme rien ne se pouvoit
faire en France de favorable  l'autorit spirituelle sans que le
pouvoir temporel y mlt ses mfiances et ses prtentions,
indpendamment de cette clause de l'_acceptation_ qui laissoit
entendre qu'une bulle du pape pouvoit tre lgalement refuse, un
article de cette dclaration consacroit de nouveau le principe des
appels comme d'abus, sous le prtexte officieux d'en rgler l'usage;
et sous l'expression de liberts gallicanes, si vague, si facile 
interprter dans tous les sens, et sans cesse rappele dans tous les
actes du pouvoir temporel, mettoit  couvert les doctrines et les
maximes parlementaires  l'gard du clerg de France. Toutefois
l'enregistrement qui s'en fit, dans un lit de justice, affligea
profondment le parlement, et donna lieu, de sa part,  de trs vives
remontrances: on voit que cette compagnie toit difficile 
contenter[128]. Ses remontrances n'ayant point t coutes, le calme
parut renatre, et le cardinal de Fleuri, qui avoit conduit cette
affaire, crut avoir remport un grand triomphe: il ne tarda pas  tre
dtromp. Revenu de son premier tourdissement, le parlement lui fit
bientt voir qu'en ce qui touchoit l'glise, lui avoir accord quelque
chose c'toit lui tout accorder.

[Note 127: Voyez la premire partie de ce volume, p. 26.]

[Note 128: Parmi les plus fougueux jansnistes qui dirigeoient alors le
parlement, se distinguoit un certain abb Pucelle, conseiller-clerc, et
l'un des vtrans de la secte. C'toit autour de lui que se
rassembloient les jeunes magistrats, ou autrement _la cohue des
enqutes_; et, soutenu de cette jeunesse turbulente, il dominoit le plus
souvent dans les dlibrations de ce genre. Dans celle qui suivit ce lit
de justice, il proposa une protestation qui se composoit de quatre
articles, diffrents sans doute pour la forme; mais pour le fond
visiblement imits des quatre articles de la dclaration de 1682, dont
ils mettoient  dcouvert les dernires consquences[128-A]. Ce
rapprochement est remarquable: ainsi les principes de cette dclaration
fameuse toient reproduits par le parlement dans une occasion o il se
montroit hostile contre le clerg, et reproduits avec l'intention de
donner plus de force  ses hostilits.]

[Note 128-A: Voici le texte littral de cette protestation:

1 La puissance temporelle, tablie directement par Dieu, est
indpendante de toute autre; et nul pouvoir ne peut donner la moindre
atteinte  son autorit.

2 Il n'appartient pas aux ministres de l'glise de fixer les termes
que Dieu a placs entre les deux puissances; les canons de l'glise ne
deviennent lois de l'tat qu'autant qu'ils sont revtus de l'autorit
du souverain.

3  la juridiction temporelle seule appartient la juridiction
extrieure qui a le droit de contraindre les sujets du roi.

4 Les ministres de l'glise sont comptables au roi et  la cour, sous
son autorit, de tout ce qui peut blesser les lois de l'tat.]

Il suffisoit de lui avoir laiss l'appel comme d'abus, l'une des
usurpations les plus criantes dont le pouvoir temporel se ft rendu
coupable envers l'autorit spirituelle[129], pour qu'il lui ft
facile, en s'enveloppant de tous les artifices de la chicane, d'luder
toutes dispositions faites pour en restreindre l'usage, et de
renverser les foibles barrires que lui opposeroient les dclarations
du roi, les arrts de son conseil et autres injonctions royales. Il ne
tarda pas  en donner la preuve, et  l'occasion mme de cette
dclaration:  peine les vques eurent-ils commenc  en excuter les
clauses en ce qui concernoit la signature du formulaire et les peines
canoniques  exercer contre les ecclsiastiques qui persistoient dans
leur refus d'accepter la bulle, que les appels comme d'abus se
renouvelrent au parlement, y furent reus avec plus de faveur que
jamais, et suivis d'un grand nombre d'arrts qui infirmoient les
sentences des vques, et encourageoient la rbellion de leurs
subordonns. Les avocats de Paris reparurent en cette circonstance, et
signrent, en faveur des appelants, un nouveau Mmoire o les deux
puissances toient attaques avec une gale fureur, o ils
tablissoient que les arrts de dfense du parlement suffisoient pour
relever des censures des vques, et une foule d'autres maximes
anarchiques qui jetrent l'effroi parmi tous les amis de l'ordre et de
la religion. Suivant une autre marche, l'vque de Montpellier, l'un
des plus furieux appelants, s'efforoit, dans une lettre qu'il
adressoit au roi, de lui rendre suspecte la fidlit des acceptants,
prsentant comme incompatible la soumission qu'ils professoient pour
le pape et l'obissance qu'ils devoient au monarque[130].

[Note 129: Ces appels toient un des effets les plus dplorables de la
lutte non interrompue qui, depuis plusieurs sicles, s'toit engage
en France entre les deux puissances, et dans laquelle n'avoit cess de
triompher le pouvoir temporel avec toutes les injustices et toutes les
brutalits que peut produire la force mise  la place du droit. Dans
l'tablissement de ces appels, on avoit d'abord procd avec une
apparence d'quit et mme d'utilit: On ne se servoit de ce moyen,
est-il dit dans les procs-verbaux de l'assemble du clerg de 1655,
que pour arrter les violences de fait, les usurpations et entreprises
des juges d'glise sur la juridiction du roi et sur son temporel; peu
 peu les parlements les ont tendus  toutes sortes de cas; et encore
que les injustices prtendues avoir t commises par les juges de
l'glise pussent tre rpares par leur juge ecclsiastique suprieur,
par la voie ordinaire de l'appel simple, nanmoins les parlements en
attirent la connoissance  leur tribunal par la voie extraordinaire de
l'_appel comme d'abus_, et par ce moyen nervent toute la juridiction
ecclsiastique, et empchent qu'elle ne puisse procder  la
discipline, correction des moeurs et rglement de la police de
l'glise. (In-folio, p. 301,  XVI.)

On lit encore dans le mme recueil que, le 24 janvier 1656, l'vque
de Lodve rendant compte, en prsence du cardinal de Mazarin qui
prsidoit l'assemble, des principaux points contenus au cahier des
plaintes du clerg, dit que le second (point) toit des empchements
que reoivent les vques dans leur juridiction, lesquels procdoient
de ce que les juges royaux tendoient la leur au del de l'ancienne
coutume, lois et ordonnances du royaume, et rendoient l'ecclsiastique
tout--fait inutile et sans pouvoir; que si l'on remontoit jusqu'aux
sources et l'on considroit l'usage continuel que les vques avoient
observ depuis treize  quatorze cents ans, l'on verroit qu'ils ont
exerc paisiblement leur juridiction suivant le droit, les canons et
les coutumes anciennes, sans y avoir t troubls par la juridiction
sculire; mais que, depuis Franois Ier, les dsordres des guerres
civiles avoient donn occasion aux juges laques de tout entreprendre
sur les ecclsiastiques; qu'ils en ont toujours port leurs plaintes
aux rois et obtenu de leur justice le rtablissement de la juridiction
ecclsiastique en certains points, qui ont demeur nanmoins sans
excution par la rsistance des juges sculiers, et par les
modifications que les parlements ont apportes aux registres des
ordonnances et dclarations des rois. (P. 300,  XVI.)]

[Note 130: LAFITEAU, t. 2, p. 252.]

Nous nous arrterons un moment sur le Mmoire des quarante avocats,
parce que ce qui se passa  l'occasion de ce libelle touche le fond
mme de ce grand dbat, et montre plus visiblement encore que tout le
reste quelles toient, au milieu de dangers aussi imminents, la
dplorable politique et les funestes traditions du gouvernement, dans
tout ce qui touchoit ses rapports avec l'autre puissance.

Il toit vident en principe qu'attaquer une des deux puissances
c'toit battre l'autre en ruine; la premire, qui est la gardienne et
l'interprte de la loi de Dieu, tant la sanction de la seconde, et
lui imprimant le caractre moral et religieux en vertu duquel les
intelligences lui obissent et la rvrent. Les protestants avoient
parfaitement compris et su mettre en pratique ce principe de rvolte;
et ds que les rois leur avoient t importuns, ils avoient tourn
contre eux les armes avec lesquelles ils avoient combattu les papes.
Les Quesnlistes, autres contempteurs du chef de l'glise, n'avoient
pas manqu d'en tirer les mmes consquences; et dj plus d'une fois,
lorsque l'autorit royale s'toit montre rigoureuse envers eux, ils
avoient laiss entrevoir dans leurs crits cette doctrine de la
souverainet du peuple dans l'ordre politique, comme une consquence
de celle des conciles ou de l'glise universelle dans l'ordre
religieux. Elle toit  dcouvert dans le Mmoire des quarante
avocats: Ils y enseignoient que les parlements ont reu de _tout le
corps de la nation_ l'autorit qu'ils exercent dans l'administration
de la justice, qu'ils sont les _assesseurs du trne_, le _snat de la
nation_, et que _personne n'est au dessus de leurs arrts_; ils
insinuoient que le roi (qu'ils appeloient aussi le _chef de la
nation_) ne peut traiter que d'_gal  gal_ avec ses sujets, et qu'il
est expos _ recevoir la loi_ de ceux mme  qui il doit la donner;
ils galoient en quelque sorte la puissance des parlements  celle du
monarque; ils les associoient positivement  l'empire, et
tablissoient des maximes de gouvernement qui n'auroient pas t
reues dans les rpubliques mmes[131].

[Note 131: LAFITEAU, t. 2, p. 259-260. C'toit la premire fois que
ces ides rpublicaines toient si clairement nonces; et l'on ne
peut trop remarquer qu'elles venoient d'un parti qui affectoit un zle
ardent pour la cause des rois, et prtendoit n'avoir entam cette
guerre et ne la soutenir, que pour dfendre leur autorit contre les
usurpations des papes, qu'ils appeloient une puissance _trangre_.]

Ceci attira bien autrement l'attention de la cour que tout ce qu'on
avoit pu crire de plus violent contre l'autorit du saint sige et du
corps piscopal: un arrt du conseil supprima le Mmoire comme
contenant des propositions injurieuses pour l'autorit du roi,
sditieuses, et tendant  troubler la tranquillit publique. Tout y
annonoit la colre du monarque prte  clater sur les coupables. Ils
en furent effrays; et dans un second Mmoire explicatif du premier,
ils se htrent de rendre  la puissance royale ce qui lui toit d,
et, sur ce point, se montrrent assez adroits pour satisfaire mme les
plus ombrageux. C'en fut assez pour adoucir cette colre qu'ils
avoient tant redoute, et pour leur mriter la clmence royale; mais
dans ce second Mmoire se trouvoient plusieurs propositions extraites
du premier, lesquelles dtruisoient de fond en comble toute la
juridiction des vques: le roi s'tant fait faire une rparation
qu'il jugeoit suffisante  l'outrage qu'il avoit reu, la question fut
de savoir quels moyens les vques pourroient employer pour que
l'insulte qui avoit t faite  leur sacr caractre ft aussi
rpare; mais comme il ne s'agissoit plus que du corps piscopal
demandant raison de quelques membres du corps des avocats, ceci
prsenta des difficults.

Il fut agit si le roi ne donneroit pas une dclaration de son
conseil, par laquelle seroit maintenue cette puissance que les vques
tiennent de Dieu seul: aprs y avoir rflchi on crut prudent de
rejeter ce moyen, par l'apprhension que l'on eut des obstacles que le
parlement ne manqueroit pas d'lever lorsqu'il s'agiroit de
l'enregistrement, et des nouveaux scandales qui en pourroient
rsulter. Plusieurs autres partis furent proposs, qui montroient
combien peu les vques comptoient sur l'appui de la cour pour le
maintien de leurs droits; et tous ayant sembl offrir des
inconvnients, ils se dcidrent  faire usage de leur propre
autorit, et  fltrir par des mandements le Mmoire des avocats.

Ds que les premiers mandements eurent t publis, ils furent dfrs
au parlement par les gens du roi, condamns et supprims comme
tmraires, sditieux, et tendant  troubler la tranquillit de
l'tat[132]. Le mandement de l'archevque de Paris parut aprs cette
condamnation: les avocats qu'il censuroit osrent en appeler comme
d'abus; leur appel fut reu, et pour la premire fois on vit la
magistrature de la premire ville du royaume dclarer qu'il y avoit
abus dans un mandement de son archevque. Il fut avanc, dans cette
circonstance, par les parlementaires, qu'encore que l'on dt
reconnotre une puissance ecclsiastique souveraine et indpendante,
le terme de _juridiction_ ne pouvoit lui tre appliqu, et
n'appartenoit qu' la puissance sculire.

[Note 132: Les mandements furent condamns au feu et brls en mme
temps que les _Nouvelles ecclsiastiques_, cette gazette clandestine
des jansnistes dont nous avons dj parl. On ne dit point ce qu'il
advint par la suite des mandements; mais la gazette n'en continua pas
moins de parotre trs rgulirement, et fut lue avec la mme
avidit.]

Indigns de semblables excs, et surtout de cette usurpation en
matire de foi faite par un tribunal sculier sur son propre pasteur,
tous les vques de France,  l'exception du petit nombre des
appelants, se prparrent  publier leurs mandements: qui le croiroit?
Cette disposition effraya la cour, et le parti fut pris d'en arrter
les effets; un arrt parut dans lequel le roi, aprs avoir longuement
assur les vques qu'il maintiendroit  l'_glise_ l'autorit
qu'elle tenoit de Dieu seul, finissoit par imposer un silence _absolu
et gnral_ sur cet article, jusqu' ce qu'il et pris, pour terminer
entirement cette discussion, une rsolution dfinitive. Les vques
furent tonns et affligs: ils reprsentrent que le silence ne
pouvoit leur tre impos; ils demandrent que cette expression si
vague de l'_autorit de l'glise_, que les Quesnlistes eux-mmes
admettoient dans un sens anarchique, ft restreinte au seul corps
piscopal; que l'arrt du roi rtablt le mot de _juridiction_, qui
appartenoit si videmment  leurs hautes fonctions et qu'on sembloit
avoir affect de n'y point insrer; enfin que justice ft rendue 
l'archevque de Paris de l'entreprise inoue du parlement[133]. La
cour trouva que c'toit beaucoup trop exiger: l'arrt fut maintenu; et
l'on jugea que les vques pouvoient se contenter d'une lettre
circulaire que le roi leur adressa, et dans laquelle il vouloit bien
reconnotre leur droit de juridiction. Quant au fond de leurs
demandes, il fut rsolu qu'il seroit tabli une commission pour en
connotre et y faire droit: elle se composa de huit commissaires, que
prsidoit le cardinal de Fleuri, s'assembla plusieurs fois 
Fontainebleau o toit alors la cour, et se spara sans avoir publi
aucun fruit de ses travaux.

[Note 133: On eut gard  cette partie de la demande; et l'affaire
ayant t voque au conseil du roi, il fut permis  l'archevque de
publier son mandement. Les avocats signataires de la consultation en
furent choqus et fermrent leur cabinet. La plupart de leurs
confrres imitrent cet exemple; on cria que l'honneur du corps toit
outrag; ceux qui refusrent d'entrer dans la ligue furent honnis, et
le public prit parti dans cette querelle. Dix des plus ardents furent
exils; mais cet acte de svrit effraya la cour elle-mme qui
l'avoit tent. Lorsqu'elle vit que les autres n'en toient point
intimids, elle ngocia avec eux; ils voulurent bien rentrer au
Palais, et les dix exils furent rappels. On apprit ainsi ce qu'une
rsistance persvrante pouvoit obtenir de la foiblesse du pouvoir et
de la position fausse o il s'toit plac.]

On jugea convenable en mme temps de donner quelques marques de
dfrence aux appelants qui ne vouloient pas que la bulle ft appele
_rgle de foi_; et une nouvelle circulaire du roi aux vques les
invita, pour le bien de la paix,  supprimer ce mot, puisqu'il
dplaisoit, disant qu'aprs tout il toit indiffrent de l'employer ou
de le supprimer, la qualification de _jugement dogmatique de l'glise
universelle_, que les Quesnlistes vouloient bien supporter, n'ayant
point d'autre sens que celle de _rgle de foi_. Enfin cette mme
lettre leur faisoit entendre qu'il falloit y aller plus doucement avec
les rfractaires, et les invitoit  recourir  la protection du roi
chaque fois qu'il y auroit occasion de svir contre eux. Sa Majest
usoit, disoit-on, de tous ces mnagements pour assoupir les disputes.

C'toit ainsi qu'un prince de l'glise, ministre absolu du roi
Trs-Chrtien, gouvernoit en France les affaires de la religion.

(1731-1735) Les sectaires s'enhardissoient de toutes ces foiblesses:
ils voyoient que la cour demeuroit chancelante au milieu des deux
partis, dispose sans doute  comprimer l'un, mais aussi ne jugeant
pas qu'il ft de sa politique de trop fortifier l'autre. Ils pensrent
donc que s'ils parvenoient  l'effrayer en exaltant la multitude, que
depuis si long-temps leurs doctrines licencieuses faisoient fermenter,
leur parti finiroit par triompher. Ils avoient dj, et dans cette
intention, jet les bases d'un projet tout--fait digne d'eux: c'toit
d'appuyer par de faux miracles leur doctrine mensongre. Ce n'toit
pas la premire fois qu'ils avoient eu recours  de semblables moyens;
et on le peut facilement concevoir d'une secte qui, au fond toute
protestante, couvroit hypocritement ses erreurs d'un masque de
catholicit, prtendoit combattre avec Rome toutes les hrsies, pour
ensuite combattre Rome, sous prtexte qu'elle n'toit point assez
catholique. Les miracles toient une des grandes preuves du
christianisme: Dieu devoit sans doute de semblables tmoignages  ceux
qui prtendoient tre, dans les derniers temps, les seuls dfenseurs
de la vritable foi; et puisqu'ils se prsentoient pour remplacer les
aptres, il toit  propos qu'ils ne fussent point embarrasss
lorsqu'on leur demanderoit des preuves de leur mission. Il avoit donc
t rsolu que l'on feroit un saint d'un diacre mort depuis quelques
annes[134], appelant des plus opinitres et des plus fanatiques, et
qui, au moment de mourir, avoit renouvel solennellement son appel. Ce
prtendu saint se nommoit Pris, et avoit t inhum dans le cimetire
de la paroisse Saint-Mdard.

[Note 134: En 1727.]

On s'y toit pris adroitement: d'abord quelques personnes, des plus
simples dans le troupeau que dirigeoient les sectaires, avoient t
invites  aller faire quelques prires sur le tombeau de l'homme de
Dieu; on faisoit, en mme temps, rpandre sourdement le bruit de
prodiges et de gurisons miraculeuses qui s'oproient sur ce tombeau;
et des tmoins se prsentoient pour les affirmer. On y fit ensuite des
neuvaines qui attirrent un certain concours de _fidles_; et il ne
fut pas difficile  des gens qui avoient su se procurer des appelants
 prix d'argent, de rassembler, par les mmes moyens, des jongleurs
assez adroits pour fasciner les yeux de la multitude, et donner  ces
farces criminelles quelque apparence de ralit. La chose devint
assez srieuse pour que l'archevque de Paris crt devoir faire une
information juridique: elle eut le rsultat qu'on en devoit attendre,
et il fut prouv que les prtendus miracles n'toient que de
grossires impostures. Convaincus de mensonge, les sectaires n'en
mentirent que plus effrontment; et cette audace eut son succs.
L'glise nioit leurs miracles; ils les multiplirent; et bientt tout
Paris accourut au cimetire Saint-Mdard pour y voir les merveilles
qu'on en publioit. Les voitures publiques ne suffisoient pas pour y
transporter la multitude de ceux que la curiosit y attiroit; et les
avenues toient si remplies de monde, que, durant plusieurs heures du
jour, on ne pouvoit fendre la presse. Autour du tombeau, les places se
louoient  prix d'argent; on y trouvoit constamment une foule de
prtendus malades, tous gens aposts et secourus dans leur mendicit
pour y affecter les plus violentes convulsions; quelques personnes
sduites qui, dans leur simplicit, adressoient leurs voeux au sieur
Pris pour obtenir leur gurison; cinq ou six prtres qui se
relevoient successivement, et qui, alternativement avec des personnes
de l'un et de l'autre sexe, rcitoient des psaumes  haute voix.
Jusque dans les charniers, il se passoit des spectacles dignes de
compassion. On y voyoit des personnes gages qui, au moyen de
courroies qu'on leur attachoit sous les bras, sembloient dans
l'obscurit s'lever au dessus de leurs forces, et tre enleves par
une vertu surnaturelle. Par l l'glise Saint-Mdard se trouvoit
travestie en une espce de thtre, o la religion toit indignement
joue, et o la vrit des miracles toit tourne en drision[135].

[Note 135: LAFITEAU, t. 2, p. 280.]

Cependant les appelants, qui n'avoient pas arrang les ressorts de
cette comdie pour en faire un vain amusement, en tiroient, pour la
multitude abuse, les consquences qui sembloient naturellement en
sortir; et leurs crivains tablissoient, dans les crits qu'ils
rpandoient au milieu d'elle, que ce n'toit plus au sige
apostolique et au corps pastoral qu'il falloit recourir pour recevoir
la rgle de la foi; que ce n'toit plus par le ministre des aptres
ni de leurs successeurs que la vrit toit enseigne; que c'toit au
tombeau du sieur Pris qu'elle se manifestoit, et que c'toit  lui
qu'il falloit s'adresser pour obtenir de Dieu l'intelligence[136].
Toutes ces abominations se faisoient, s'crivoient, se publioient 
la face de l'glise, qui les anathmatisoit, du gouvernement, dont la
foiblesse ou l'indiffrence les tolroit, et purent se continuer
impunment, non pas durant quelques jours, quelques semaines, mais
pendant prs d'une anne. On craignoit un soulvement de la multitude
fanatise; et, avec de telles craintes, personne n'toit moins capable
que le cardinal de Fleuri de prendre un parti vigoureux et chrtien.

[Note 136: _Ibid._, p. 278. Ces inconcevables folies, et beaucoup
d'autres semblables, furent srieusement dbites dans trois ouvrages
qui parurent alors, sous le titre commun de _Vie de M. Pris,
diacre_.]

Ce furent les incrdules qui se chargrent de porter les premiers
coups aux convulsionnaires: leur parti continuoit de s'accrotre au
milieu des divisions des autres partis; et, spectateurs malicieux de
ce qui se passoit autour d'eux, leurs voeux et leurs applaudissements
hypocrites avoient t jusqu'alors pour les jansnistes, qui
calomnioient et perscutoient les _molinistes_[137] (c'toit le
sobriquet qu'on avoit imagin de donner  ceux qui, ayant accept la
bulle, demeuroient dans l'unit catholique), et pour le parlement, qui
continuoit,  l'gard de l'glise, le cours de ses usurpations. Mais
c'toit les mettre  une preuve trop rude que d'oprer des prodiges:
quoiqu'il ft visiblement contre leur intrt de rompre l'espce
d'alliance qu'ils avoient contracte avec la secte, il leur fut
impossible de ne pas se moquer des miracles du sieur Pris; et sur ce
point, ils se firent, sans s'en douter, les auxiliaires du parti
catholique. Leur influence toit grande: leurs sarcasmes piquants et
leurs continuelles moqueries firent impression; la multitude elle-mme
commena  rougir de sa crdulit, et ce fut au profit de l'impit
que se calma peu  peu le fanatisme, et que s'affoiblit la croyance au
thaumaturge. Le gouvernement eut la lchet d'attendre qu'il ft
entirement discrdit pour fermer le cimetire Saint-Mdard[138].
Chasss d'un lieu public et abandonns de la foule, les
convulsionnaires se rfugirent dans des maisons particulires, o,
pendant long-temps encore, ils purent exploiter la crdulit des plus
fanatiques de leurs partisans[139].

[Note 137: Du nom de Molina, jsuite espagnol, auteur d'un systme sur
la grce et le libre arbitre, systme qui a trouv des adversaires
trs passionns, mais que le Saint-Sige n'a pas condamn, et qui
s'est toujours enseign comme opinion _libre_ dans les coles.]

[Note 138: Il fut ferm le 27 janvier 1732.]

[Note 139: On feroit un livre entier des folies, des turpitudes, des
abominations de tout genre qui se passoient dans ces assembles,
composes d'imbcilles, de fripons, de libertins hypocrites, de femmes
perdues, o les sances, commences par des miracles, des prophties,
surtout par des tortures bizarres (coups de poing, coups d'pe,
crucifiements, etc.), exerces particulirement sur ces malheureuses
par ceux qui les avoient ou payes ou sduites, dgnroient souvent
en orgies infmes et dgotantes. Runis d'abord sous la mme
bannire, les convulsionnaires se partagrent bientt en une multitude
de sectes, dsignes par le nom de leurs chefs, divises par leurs
doctrines, et retraant, dans leurs rveries, ce que les anciennes
hrsies les plus dcries ont jamais offert de plus absurde, de plus
impie, de plus fanatique. Abandonns par les appelants qui n'avoient
pas renonc  tout bon sens et  toute pudeur, ils trouvrent
long-temps encore des partisans et des protecteurs, et jusque dans le
parlement; mais ce que beaucoup de personnes ignorent, c'est que la
secte des convulsionnaires n'toit pas encore entirement teinte au
commencement du dix-neuvime sicle. En 1787, deux ans avant la
rvolution, il parut une relation imprime d'un crucifiement, qu'un
cur de Fareins, nomm Bonjour, avoit fait subir  une jeune fille,
devant la porte mme de son glise. Il fut arrt et renferm. On le
vit reparotre en 1792, accompagn d'un enfant _miraculeux_, dont la
mission divine devoit commencer en 1813; et il trouva, mme encore 
cette poque, quelques partisans. Leurs rassemblements mystrieux se
prolongrent jusqu'en 1806, o ils excitrent l'attention de la
police. Bonjour fut arrt ainsi que l'enfant; et depuis cette poque
la trace de ces sectaires insenss s'est entirement perdue. (_Voyez_
les _Mmoires pour servir  l'histoire ecclsiastique du dix-huitime
sicle_, anne 1761.)]

Qui n'auroit cru la secte perdue sans retour, aprs avoir t si
honteusement dmasque?  peine en fut-elle dconcerte: ses racines
toient dans le parlement mme, et tant qu'il seroit debout, elle se
sentoit imprissable. On la vit donc renoncer aux miracles, mais non
aux injures et aux calomnies. Sa gazette clandestine, qui continuoit
de parotre rgulirement toutes les semaines, chappant  toutes les
recherches relles ou affectes de la police, redoubla de fureur; et
pour les avoir si long-temps mnags et ensuite si doucement
rprims, le gouvernement ne gagna rien avec les sectaires. Ils
recommencrent, dans leurs libelles priodiques,  invectiver contre
l'autorit du roi, en mme temps qu'ils continuoient d'outrager les
vques et de blasphmer contre l'glise. La majest royale partageant
de nouveau les injures du sacerdoce, l'archevque de Paris crut que le
moment toit favorable pour fltrir de ses censures ces dtestables
crits, ne supposant pas que, vu cette circonstance, ils trouvassent
des dfenseurs. Ils en trouvrent: vingt-deux curs de Paris
refusrent de publier le mandement de leur archevque. Poursuivis par
l'official pour cet acte de rvolte et de scandale, ils allrent plus
loin encore, et dnoncrent au parlement et l'official et le mandement
de l'archevque.

Le ministre montroit une apparence de vigueur, chaque fois que les
sectaires s'attaquoient au pouvoir du roi: il fut dfendu au parlement
de prendre aucune dlibration et de rien statuer sur la dnonciation
qui venoit de lui tre faite. Cette compagnie, bien qu'elle et
elle-mme condamn la gazette, ne voulut pas manquer une occasion de
condamner son archevque: elle prsenta,  trois reprises, ses
remontrances; trois fois on les rejeta, et six de ses conseillers les
plus opinitres furent exils. Alors le parlement cessa de
s'assembler et de rendre la justice. Il lui fut enjoint, par des
lettres patentes, de reprendre ses fonctions: il les reprit; mais,
continuant ses expriences sur la politique si foible et si incertaine
de la cour dans toute cette affaire, quelques jours toient  peine
passs qu'il rendit un arrt par lequel les gens du roi n'ayant rien
requis  cet gard, il recevoit le procureur gnral comme appelant
du mandement de l'archevque. Le conseil d'tat cassa l'arrt: il fut
dfendu au parlement,  peine de dsobissance et d'encourir
l'indignation du roi, et de privation de leurs charges  ceux qui y
contreviendroient, de rien statuer sur cette affaire. Plus de cent
trente conseillers donnrent leur dmission: ils reurent aussitt
l'ordre de se retirer dans leurs terres. Qui n'auroit cru,  voir
frapper ces grands coups d'autorit, que le parlement toit abattu
sans retour et le triomphe de l'glise assur? La cour ne vouloit en
effet ni l'un ni l'autre. Son dplorable systme toit de se
maintenir, comme elle pourroit, au milieu de ces deux extrmes: 
peine ces conseillers toient-ils arrivs dans le lieu de leur exil,
qu'une ngociation s'ouvrit pour leur rappel. Peu de mois aprs ils
furent tous rappels.

Le parlement dut croire avec juste raison qu'on le craignoit, et qu'il
n'toit rien qu'il ne pt oser. Aprs un moment de calme, il reprit
donc, et plus violemment encore, le cours de ses usurpations; et deux
arrts parurent successivement, l'un dans lequel, marquant plus
clairement encore qu'il ne l'avoit fait jusqu'alors le but qu'il
vouloit atteindre, il rgloit la doctrine qui devoit s'enseigner dans
les coles, dterminoit les sources o l'on devoit puiser les
principes _autoriss_ et les maximes _dcides_; fixoit  son gr la
soumission et le respect qui toient dus aux saints canons[140];
l'autre, o il dfendoit positivement de publier la bulle _Unigenitus_
comme _rgle de foi_. Une ordonnance du roi annula ces arrts. Le
parlement fit des remontrances, o cette doctrine prodigieuse, qui
n'alloit pas moins qu' livrer aux tribunaux sculiers ce qui restoit
d'autorit dogmatique  l'glise, toit encore plus fortement nonce.
Ses remontrances n'ayant point t coutes, ds le lendemain les
chambres assembles rendirent un nouvel arrt, portant qu'en tout
temps et en toute occasion, la compagnie reprsenteroit au roi combien
il toit important qu'on ne pt rvoquer en doute sa comptence, 
l'effet d'empcher qu'on ne donnt  la bulle _Unigenitus_ le
caractre de _rgle de foi_, qu'elle ne pouvoit avoir _par sa
nature_[141]. Mais comme cet arrt ne fut pas rendu public, dit
Lafiteau, on n'y donna aucune attention; ce qui prouve que la cour se
contentoit du moindre prtexte pour viter de continuer la lutte avec
le parlement.

[Note 140: LAFITEAU, t. 2, p. 287.]

[Note 141: Les actes de cette compagnie furent ds lors pousss  cet
excs de dmence de supprimer une lettre pastorale de l'archevque de
Cambray, par la raison qu'il y donnoit au roi le titre de
_Trs-Chrtien_, soutenant que, de la part d'un sujet de Sa Majest,
c'toit lui _manquer de respect_ que de ne pas lui donner simplement
le nom de _Roi_. Cet arrt, qui semble incroyable, est du 13 juin 1734
(LAFITEAU, t. 2, p. 299). Cependant, jusqu' un certain point, cette
compagnie raisonnoit consquemment; car sous les rois paens, quels
qu'ils fussent, la religion du pays, quelle qu'elle pt tre, toit
constamment honore, protge, et au besoin venge de quiconque osoit
l'insulter dans ses dogmes ou dans ses ministres.]

Les choses tant arrives  ce point, le cardinal de Fleuri adopta un
systme qui combla la mesure de toutes les lchets dont il s'toit
rendu coupable dans cette grande affaire: ce fut d'en revenir 
l'expdient imagin par Dubois, d'envelopper dans des arrts _de
silence_ l'erreur et la vrit, et de supprimer indistinctement tout
crit sur les matires alors controverses entre les sectaires et les
dfenseurs des droits de l'glise. Il avoit t rpandu dans le
public, sous le titre d'_Anecdotes_, un libelle affreux o le schisme
et l'hrsie se montroient  dcouvert, en termes que l'enfer seul
avoit pu inventer[142]. Le cardinal avoit lui-mme sollicit un
vque d'en faire la rfutation[143]: elle parut; et le cardinal, qui
venoit d'adopter ce nouveau plan de faire taire tout le monde, trouva
convenable que, _pour le bien de la paix_, le parlement supprimt  la
fois et le libelle et la rfutation. Neuf vques crurent devoir
porter leurs plaintes au pied du trne sur ce silence impos aux
premiers pasteurs, silence qui avilissoit l'piscopat, laissoit la
religion sans dfenseurs, annonoit une indiffrence funeste pour le
vrai et le faux, et, par cela seul qu'il empchoit d'attaquer
l'hrsie, lui donnoit gain de cause et toute libert de rpandre ses
poisons. La lettre fut supprime, et le _concert_ des vques blm
comme contraire aux lois et usages du royaume. Confondus de ce
mpris et d'une aussi profonde ignorance des temps passs, les neuf
vques esprrent davantage de l'assemble gnrale du clerg, dont
le temps approchoit[144], et dans laquelle ils toient rsolus de
faire entendre de nouveau leurs plaintes: le cardinal de Fleuri
pressentit leur dessein, et intrigua dans les assembles de provinces
pour empcher leur lection. Ce qu'il y avoit de plus nergique dans
l'piscopat franois ne fit donc point partie de cette assemble.
Cependant l'un des plus courageux parmi ces neuf prlats, et celui que
le parlement avoit par cela mme perscut avec le plus d'acharnement,
l'vque de Laon, rsolut de s'adresser  cette runion des
reprsentants du clerg; ce qu'il fit dans une lettre o il exposa
avec nettet et simplicit sa doctrine, et dnona celle de ses
adversaires. Il fut reconnu par tous les vques assembls que celle
qu'il professoit toit la doctrine constante de l'glise, que la
doctrine qu'il combattoit y toit directement oppose. Cependant ils
n'osrent dclarer hautement ce dont ils convenoient tous dans le
secret; ils crurent, dans leur sagesse, qu'ils devoient _cder au
temps_; et d'ailleurs, ils avoient des _promesses_ de la cour de
suppler au silence qu'elle leur enjoignoit de garder, ce qui toit
fort rassurant. Ils se turent donc, malgr les instances du prlat qui
imploroit leur assistance et leur montroit leur devoir; et l'assemble
se spara, sans avoir rien dit ni fait en faveur de l'glise avilie et
perscute.

[Note 142: LAFITEAU, t. 2, p. 314.]

[Note 143: Ce mme Lafiteau, vque de Sisteron,  qui nous devons la
meilleure relation qui existe de ces querelles causes par la bulle
_Unigenitus_, relation  laquelle on ne peut faire d'autre reproche
que de montrer trop d'indulgence pour le rgent, son ministre et le
cardinal de Fleuri.]

[Note 144: L'Assemble gnrale du clerg se tenoit  Paris tous les
cinq ans. L'objet de ses dlibrations, le plus intressant pour la
cour, toit d'y voter le don gratuit qu'elle avoit coutume d'offrir au
roi: alors on l'coutoit volontiers. Elle devenoit le plus souvent
importune, lorsqu'elle s'occupoit des maux de l'glise, et qu'elle
demandoit au pouvoir les moyens d'y porter remde. Comme, dans ces
moyens qu'elle proposoit pour y parvenir, il s'agissoit, avant tout,
de lui rendre une libert suffisante, et d'autoriser,  ce sujet, ses
synodes et ses conciles provinciaux, on conoit que les profonds
politiques qui gouvernoient alors la France devoient y trouver un
grand danger[144-A]. Nous allons voir tout  l'heure un
contrleur-gnral des finances essayer de rsoudre le problme
d'avoir l'argent de l'glise, et de se passer de ses assembles et de
ses remontrances.]

[Note 144-A: Loin de permettre ces runions extraordinaires du clerg,
le rgent n'avoit pas jug  propos de convoquer son assemble
ordinaire et quinquennalle de 1720; celle de 1725 avoit eu  se
plaindre du mpris qu'on avoit fait de ses remontrances, et des
procds violents du duc de Bourbon  son gard. (_Voyez_ les
_Mmoires pour servir  l'histoire ecclsiastique du dix-huitime
sicle_, A, 1725.)]

Alors satisfait d'avoir, par sa prudence, procur cette paix  la
religion et  ses ministres, le cardinal de Fleuri tourna toute son
attention vers la guerre que l'on venoit, non moins judicieusement, de
dclarer  l'Autriche, et la conduisit, ainsi que nous avons vu, avec
la mme nergie et la mme habilet.

(1747-1750) Il toit mort avant que cette guerre et t entirement
termine. Alors Louis XV ayant solennellement dclar qu'il vouloit
rgner par lui-mme, on a vu que chaque secrtaire d'tat avoit t
renferm dans les attributions de son dpartement, et que, du fond des
petits appartements du monarque, sa matresse, la duchesse de
Chteauroux, avoit commenc  prendre la direction gnrale des
affaires: c'toit, depuis la rgence, la seconde femme perdue qui se
chargeoit d'un tel soin. Elle ne fit que passer, laissant un bel
exemple  suivre  celle qui alloit tre appele  lui succder.
Madame d'tioles, dont, au moment de son dbut, l'ambition ne s'toit
probablement pas leve si haut, mais que les soins d'une mre
prvoyante avoient, ds sa plus tendre jeunesse, dresse  tous les
artifices de la volupt, ne tarda point  s'apercevoir que, fatigu de
ces plaisirs sensuels qu'il recherchoit cependant avec plus d'ardeur
que jamais, qui toient son premier besoin, sa plus douce habitude,
son royal amant lui chapperoit bientt, si elle n'employoit pour le
retenir des moyens plus efficaces que le got passager qu'avoient fait
natre ses charmes, et ce qu'avoient pu y ajouter les savantes
manoeuvres de sa coquetterie. Louis XV toit  la fois indolent et
voluptueux: ce fut sur ces deux vices qu'elle fonda la dure de sa
fortune et qu'elle sut en cimenter l'difice; du libertinage o elle
avoit su le retenir pendant quelques annes, elle le plongea dans la
crapule en lui crant elle-mme une espce de harem[145], o
d'obscures beauts se succdoient sans relche, appeles seulement 
satisfaire les apptits grossiers du monarque, et disparoissoient 
l'instant mme o l'on s'apercevoit qu'elles pouvoient produire une
impression plus durable. En sortant de ces asiles mystrieux o la
favorite avoit si abondamment pourvu  ses plus chres jouissances, il
rentroit dans son palais pour y trouver des ftes varies et
brillantes, mille divertissements plus ou moins ingnieux et sans
cesse renaissants, qui ne lui laissoient pas un moment de repos, et
l'tourdissoient sur les ennuis et la honte d'une vie aussi
dplorable. Amus comme il pouvoit l'tre et autant qu'il toit
possible qu'il s'amust, le malheureux prince trouva que c'toit un
service de plus que lui rendroit Mme d'tioles que de chercher  le
dbarrasser de nouveau de la fatigue des affaires, en mme temps
qu'elle s'toit faite le ministre infatigable de ses plaisirs. Ce fut
ainsi que la fille du boucher Poisson, dcore du nom pompeux de
marquise de Pompadour, s'immisa par degrs dans la politique et dans
l'administration, fut mle  toutes les intrigues du cabinet o elle
porta ses petites passions, ses petites vues, ses petits intrts, et
finit, lorsque commena la guerre dsastreuse dont il nous reste 
parler, par devenir  peu prs la matresse absolue de la France, pour
la gouverner dans le systme despotique de Louis XIV et de tous ceux
qui l'avoient gouverne aprs lui. Elle eut galement la prcaution de
prendre pour compagnons de sa gloire et de ses travaux des hommes qui
fussent entirement sous sa dpendance, choisit constamment les plus
mdiocres ou les plus corrompus, pour tre plus sre de son fait; et
il put sembler curieux de voir, quarante ans aprs la mort du grand
roi, son systme de gouvernement, exploit par une troisime
courtisane, arriver si rapidement  ses dernires consquences.

[Note 145: Le _Parc aux Cerfs_: c'toit un enclos pratiqu sur
l'emplacement o s'lve aujourd'hui le quartier Saint-Louis, 
Versailles. On y avoit bti plusieurs maisons lgantes dans
lesquelles toient conduites les malheureuses destines  ses
embrassemens passagers, et recrutes par la violence ou par les
sductions des nombreux agents de ses dbauches, dans tous les rangs
de la socit. La plume se refuse  retracer les horreurs qui se
passoient dans ce repaire royal. Si l'on en croit des traditions qui
semblent certaines, puisqu'elles se composent des tmoignages d'un
grand nombre de personnes attaches  la cour, ce n'toient pas
seulement des femmes arraches  leurs maris, des filles achetes 
leurs mres, qui venoient s'y perdre: l'enfance mme y fournissoit des
victimes; et, introduite ds l'ge de neuf  dix ans dans cet asile
infme, la jeune vierge y attendoit qu'elle ft nubile pour tre
profane, et y recevoit une ducation conforme  ses futures
destines. Aprs quelques semaines, quelques jours, quelquefois mme
aprs un seul jour, elles en sortoient, quelques unes entirement
abandonnes et rduites  se livrer  la prostitution publique;
d'autres dotes et maries, quand elles pouvoient l'tre,  des hommes
que l'on abusoit pour les leur faire pouser, ou qui s'avilissoient
eux-mmes volontairement en contractant de semblables alliances. On
ajoute que celles qui avoient eu des enfants du roi conservoient un
traitement fort considrable. Ce fut vers 1753 que commena cet
tablissement de prostitution. Il cota des sommes immenses qu'il
seroit difficile d'valuer, mais qui peuvent tre portes, sans
exagration,  plus de cent millions.]

Rsumons en peu de mots ce qui s'toit pass pendant ces trente
annes: Louis XIV, comme s'il et d vivre ternellement, avoit
ananti, au profit de son despotisme, l'autorit de l'glise, sr
qu'il toit de contenir, par la force de sa volont et par la position
royale qu'il avoit su prendre, l'opposition parlementaire ou populaire
(nous l'avons dj dit, ces deux mots sont synonymes), et il toit
mort laissant le pouvoir isol au milieu de toutes les rsistances
_naturelles_ de la socit. Cette opposition populaire s'toit ranime
sous la rgence, tantt favorise, tantt comprime par les hommes
pervers qui gouvernoient alors et achevoient de corrompre la nation.
Sous le vieillard pusillanime qui vint aprs eux, nous venons de la
voir dj menaante, se jouant des vains coups d'autorit dont le
gouvernement essayoit de temps en temps de la frapper, et, sous le
voile du jansnisme, s'accroissant sans cesse, et dans tous les rangs
de la socit, de ceux qu'avoient rendus impatients de tout frein, et
les calomnies rpandues  grands flots contre le clerg, et tant de
condamnations infamantes dont avoient t fltris des hommes jusque-l
les objets de la vnration publique, et la licence de tant de
doctrines nouvelles qui remettoient en question et la religion et la
nature du pouvoir, et la socit tout entire. Il est facile de
concevoir que les chefs cachs de ces nouveaux opposants avoient en
effet d'autres desseins que celui de faire triompher les doctrines de
Jansnius et d'tablir la domination de ses hideux et hassables
disciples; mais l'enfer leur avoit offert cette secte comme le moyen
le plus sr et le plus actif de dtruire la religion en affectant un
zle religieux, de jeter peu  peu hors du christianisme une nation
dont, depuis un si grand nombre de sicles, les croyances et en
quelque sorte les habitudes toient chrtiennes. Ils continuoient donc
de marcher  la suite du parti jansniste: c'toit une sorte d'appt
qu'ils jetoient  la multitude, et bien que leurs dupes formassent
encore la majorit du parlement, ils y comptoient dj plusieurs
complices. Ils en comptoient aussi dans un ministre dont la
prsidence venoit de passer des mains du cardinal de Fleuri dans
celles de la dame Le Normand d'tioles, et commenoient  laisser
entrevoir le but qu'ils vouloient atteindre.

En manoeuvrant de la sorte, le parti philosophique, de simple
auxiliaire qu'il toit dans cette lutte anarchique contre un
despotisme sans force et sans habilet, parvint, plus rapidement qu'on
ne le pourroit mme imaginer,  y jouer un rle prpondrant. Il
s'toit long-temps gliss dans l'ombre, ne lanant que par de longs
intervalles ses fausses lueurs et ses traits empoisonns; et depuis
l'apparition des _Lettres persannes_ de Montesquieu jusqu' l'poque
o nous sommes parvenus, ce parti, si l'on en excepte les _Lettres
philosophiques_ de Voltaire, n'avoit produit aucun ouvrage qui ft de
nature  exciter une grande sensation. Ces lettres, dans lesquelles ce
funeste crivain effleuroit, avec le naturel et la grce piquante de
son style,  peu prs tout ce qui compose le domaine de
l'intelligence, thologie, mtaphysique, histoire, littrature,
sciences, moeurs, beaux-arts, n'toient sur ces divers points qu'une
sorte d'analyse rapide des opinions des libres penseurs d'Angleterre,
avec lesquels il avoit vcu ou dont il avoit tudi les ouvrages
pendant les annes de son premier exil, opinions qui reprsentoient
presque toutes les nuances des ides anti-religieuses produites par le
protestantisme, et qu'il offroit  son pays comme un fruit prcieux de
son sjour chez le plus sage, le plus libre et le plus heureux des
peuples de la terre. Ces lettres furent condamnes, en 1734, par un
arrt du parlement: cette condamnation n'ayant point empch
l'indiscret auteur de publier quelques autres pices non moins
licencieuses[146], l'animadversion de l'autorit clata plus vivement
encore contre lui; il lui fallut se cacher et ensuite dsavouer ce
qu'il avoit crit pour viter une nouvelle proscription. Sentant alors
que le moment n'toit pas encore arriv, il prit le parti d'aller
mrir, dans la retraite, ses dtestables projets. Ce fut  Cirey,
auprs d'une femme qui ne valoit pas mieux que lui[147], qu'il tablit
l'atelier de ses machinations, en apparence uniquement occup de
littrature, mais travaillant bien plus srieusement  jeter les
fondements de cette correspondance si tendue, si prodigieusement
active, qui, plus que tout le reste, servit  rallier, autour d'un
centre commun, les fauteurs de l'incrdulit, et  donner  leur parti
une vritable consistance.

[Note 146: _Le Mondain_ et _l'ptre  Uranie_.]

[Note 147: La marquise Du Chtelet.]

Ce fut en 1746, et peu de temps aprs l'avnement de la favorite, que
ce parti commena  donner des signes plus sensibles de son existence,
 jeter dans le public des crits plus hardis,  attirer davantage
l'attention d'un parlement qui, sans savoir o il alloit, faisoit
brler  la fois, par la main du bourreau, les livres impies et les
mandements des vques. Depuis cette poque jusqu'en 1760, parurent
successivement, et lui furent successivement dnoncs, l'Analyse de
Bayle, le Trait de l'me de Lamtrie, la Thse de l'abb de Prades,
Candide, Zadig, le Pome de la Religion naturelle et quelques autres
productions de Voltaire, le livre de l'Esprit d'Helvtius, plusieurs
ouvrages de Diderot, un grand nombre d'autres productions, la plupart
anonymes, et plus ou moins dgotantes de cynisme et d'impit;
l'Encyclopdie enfin, ce vaste rpertoire, si astucieusement conu, de
tous les systmes du parti, et des innombrables paradoxes qu'enfantoit
sa raison en dlire. On condamna ces ouvrages; on punit de l'exil
quelques auteurs choisis parmi les plus obscurs; ceux qui jouissoient
d'une existence sociale plus leve, et qui par cela mme toient plus
dangereux, furent pargns. En attendant qu'on les protget, il leur
suffisoit, pour obtenir l'impunit, d'une rtractation hypocrite ou
d'un impudent dsaveu. L'Encyclopdie fut tolre, mme aprs qu'un
arrt du conseil en eut rvoqu le privilge, et n'en devint que plus
cynique et plus audacieuse. De crainte d'un scandale plus grand, et
d'tre publiquement brave par Buffon et par Montesquieu, la facult
de thologie, qui avoit cru devoir censurer l'_Esprit des Lois_[148]
de celui-ci, et les paradoxes de celui-l sur la formation de la
terre, se vit force de ngocier avec le magistrat et de se contenter
des explications drisoires du naturaliste. Aussi, par un retour
d'gards et de bienveillance, le parti philosophique continuoit-il
d'applaudir aux excs toujours croissants de la magistrature contre le
clerg, et de hurler contre lui avec les enfants de Jansnius. Nous
suivrons rapidement ce dsordre inconcevable de la socit, que nous
verrons en peu d'annes parvenir  son comble, c'est--dire au del de
ce qu'on auroit pu mme imaginer.

[Note 148: L'_Esprit des Lois_ est un de ces livres produits par les
_doctrines philosophiques_ du dix-huitime sicle, dont beaucoup de
gens, qui font profession de har ces doctrines, sont encore engous
au dix-neuvime; et parmi ceux qui prorent dans nos tribunes
publiques, avec toutes les prtentions de l'orateur et du profond
politique, il en est un grand nombre qui ne parle jamais de
Montesquieu qu'en l'appelant _notre grand publiciste_: c'est son
sobriquet. Cependant ils seroient fort embarrasss s'il leur falloit
expliquer quel est le plan et l'ide premire de cet crivain, d'o il
part, et o il veut aller; si on les invitoit  montrer, dans son
livre, nous ne dirons pas la vritable thorie, mais une _thorie
quelconque_ de la socit, qu'il ne conoit pas mme compltement dans
son existence _matrielle_, seul rapport cependant sous lequel il
l'ait constamment envisage. En attendant que quelqu'un de ces
honntes enthousiastes nous ait clairement dduit ce que _notre grand
publiciste_ a voulu dmontrer, et ce qu'il a prtendu conclure, nous
ne craindrons pas, nous, d'avancer qu'il est difficile de prsenter,
dans un style plus piquant, plus nerveux, plus original, un plus grand
nombre de paradoxes absurdes et de fausses dfinitions; de rassembler,
avec moins de critique et de vritable savoir, plus d'ides
superficielles, de notions hasardes et souvent contradictoires; enfin
de faire un ouvrage de politique plus attrayant pour la forme, pour le
fond plus mauvais et plus dangereux. Nous ajouterons que tout ce qu'il
y a de remarquable dans ce livre, et qui s'y prsente avec quelque
apparence de profondeur, appartient  Machiavel, peu connu en France 
l'poque o crivoit Montesquieu, et qu'il pille continuellement avec
la mauvaise foi littraire de ne pas faire, une seule fois, l'aveu de
ses larcins.

Lorsque ce livre parut, une femme trs spirituelle (nous croyons que
c'est madame Du Deffant) dit que c'toit de l'esprit _sur_ les lois.
Les habiles d'alors se moqurent d'elle; cependant elle seule l'avait
bien dfini.

Quant  Buffon, il est jug depuis long-temps comme savant et comme
naturaliste; comme crivain il voit, de jour en jour, diminuer le
nombre des admirateurs de l'ennuyeuse et priodique magnificence de
son style.]

Le parlement n'attendoit que l'occasion de recommencer ses attaques
contre l'glise de France, et avec d'autant plus d'impatience que,
pendant cette paix factice et malgr cette loi humiliante du silence
qui lui avoit t impose, son clerg avoit su rallier la plupart de
ses membres gars, et ne comptoit plus dans son sein qu'un petit
nombre de jansnistes, et chaque jour dcroissant[149]. Cette occasion
ne se prsentant point encore, il trouva du moins  la cour un
auxiliaire sorti de ses rangs, qui, devenu ministre, conservoit, dans
ses nouvelles fonctions, toute la puret des traditions
parlementaires, c'est--dire, la mme haine pour le clerg que
lorsqu'il toit simple magistrat: c'toit le contrleur-gnral
Machault, crature de madame de Pompadour, et qui payoit du dvouement
le plus servile la fortune brillante  laquelle son caprice l'avoit
lev. Les dpenses de la guerre qui venoit de finir, et les
profusions effrnes de la cour, avoient rouvert l'abme des
finances[150]: afin de le combler, il fut le premier qui et encore
os porter un regard cupide sur les biens du clerg, et penser  faire
de ses dpouilles une ressource pour ce qu'il appeloit les besoins de
l'tat. Le parti philosophique qui savoit qu'attaquer ce corps
vnrable comme propritaire, c'toit l'attaquer dans son existence
mme, et porter  la religion un coup plus funeste qu'aucun de ceux
dont on essayoit de la frapper, faisoit, depuis long-temps, de cette
spoliation l'un des textes favoris de ses dclamations furibondes, se
plaisoit  exagrer l'immensit des richesses des gens d'glise, et
aprs avoir tabli que chaque citoyen doit  l'tat, qui le protge,
de concourir  l'aider dans ses besoins, rappeloit la pauvret des
aptres, la prsentoit comme le seul patrimoine qui convnt aux
ministres de l'vangile, et prouvoit  sa manire que le gouvernement
avoit le droit de s'emparer de leurs biens pour parvenir au double
rsultat de subvenir  ses embarras pressants, et de ramener le clerg
aux vertus de l'glise primitive. Machault tenta donc de raliser
cette ide spculative des philosophes: pour en esprer quelque
succs, il toit prudent d'y procder graduellement. Un arrt du
conseil, rendu en 1749, l'un des premiers triomphes accords 
l'esprit philosophique, dit un crivain qui s'y connot[151],
dfendit d'abord tout nouvel tablissement de chapitre, collge,
sminaire, maison religieuse ou hpital, sans une permission expresse
du roi et lettres-patentes enregistres dans les cours du royaume;
rvoquoit tous les tablissements de ce genre, faits sans cette
autorisation; interdisoit  tous les gens de main-morte d'acqurir,
recevoir ou possder aucuns fonds, maison ou rente, sans une
autorisation lgale[152]. Il n'est pas besoin de dire que cet dit
jeta l'alarme dans le clerg; et ses craintes s'accrurent encore
lorsque, dans son assemble gnrale qui se tint, comme  l'ordinaire,
l'anne d'aprs, les commissaires du roi vinrent rclamer, comme une
contribution, le don gratuit que l'on avoit coutume d'y voter[153],
dmarche qui fut suivie d'une dclaration du monarque, par laquelle,
de sa propre et pleine autorit, il levoit plusieurs millions sur le
clerg, et obligeoit tous les bnficiers  donner un tat de leurs
revenus. L'assemble crut devoir rsister: elle adressa au roi des
remontrances, dans lesquelles elle dfendoit avec force les immunits
de l'glise, et montroit non moins fortement le danger qu'il y auroit
pour l'tat lui-mme d'y porter la moindre atteinte. Il est probable
que ses arguments ne parurent pas trs dcisifs  celui qui avoit
conu le projet de la dpouiller et  ceux qui y avoient applaudi;
mais on jugea que, pour le moment, il toit  propos de ne pas aller
plus loin: il suffisoit, pour une premire fois, d'avoir tabli en
principe que les biens du clerg toient dans la dpendance du fisc
plus qu'aucune autre espce de proprit.

[Note 149: Il n'y avoit plus alors qu'un seul vque appelant, M. de
Caylus.]

[Note 150: Il n'y eut jamais d'avidit comparable  celle de cette
femme  qui il falloit, avant toutes choses, un contrleur-gnral qui
ft de son choix, et qui, lui devant tout, ne pt rien lui refuser.
Elle avoit aussi tellement asservi Louis XV, que, d'conome qu'il
toit naturellement, elle le jeta,  son gard, dans des excs presque
incroyables de prodigalit. Ce fut pour elle que se multiplirent sans
mesure les _acquits du comptant_, espce de billets qui, pour tre
pays, n'avoient besoin que de la signature du roi, sans qu'il ft
ncessaire de mentionner le genre de service auquel ils toient
affects. On pouvoit aller loin avec de semblables oprations
financires. Aussi la marquise de Pompadour fut-elle gorge de
richesses; et sans parler des dpenses extravagantes qu'elle faisoit
faire journellement pour dsennuyer son royal amant, on peut estimer
que, pour son propre compte, elle recevoit, chaque anne, prs de
1,500,000 francs.]

[Note 151: M. Lac......., dj cit.]

[Note 152: Il est  propos de faire remarquer que, depuis des sicles,
tous les biens tombs en main-morte n'avoient t acquis que pour
crer ou soutenir des hpitaux et htels-dieu, des sminaires, des
coles de charits et autres tablissements de ce genre, qui
probablement, pour tre utiles  l'glise, n'toient pas inutiles 
l'tat, et que les biens  l'usage du clerg ne s'en toient pas
accrus d'une obole, pendant ce long espace de temps. (_Voyez_ les
_Mm. pour servir  l'hist. eccls. de dix-huitime sicle_, anne
1750.)

Le chancelier d'Aguesseau aida, dit-on, le contrleur-gnral dans la
cration et la rdaction de cette loi; et ce fut par cet acte tout
parlementaire qu'il termina sa pitoyable carrire ministrielle. Il
donna, l'anne suivante, sa dmission, tant alors g de
quatre-vingt-deux ans.]

[Note 153: Convoqu six fois depuis dix ans, le clerg avoit donn,
dans cet intervalle, soixante millions. (_Ibid._)]

Nous voici arrivs  des vnements qui semblent appartenir aux
poques les plus orageuses des hrsies du Bas-Empire, vnements
nanmoins si rapprochs de nous, qu'ils peuvent avoir eu pour tmoins
des hommes qui sont encore nos contemporains, et en mme temps
tellement incroyables, que ceux qui les ignorent seront tents de les
assimiler  quelques unes de ces traditions incertaines qui ne nous
parviennent qu'altres ou exagres par une longue suite de sicles.
On a vu, dans le cours de cette histoire et depuis plusieurs rgnes,
que le parlement n'avoit,  l'gard du clerg, qu'une seule pense,
qui toit de dtruire sa juridiction pour tablir, sur la France
entire, la domination exclusive de ses tribunaux: c'toit une
entreprise difficile, car tout tant li indissolublement dans
l'oeuvre plus qu'humaine de la religion, tant que le dogme demeuroit
intact, la discipline se maintenoit ncessairement; et dans la
discipline sont renfermes la juridiction et la hirarchie. Cette
difficult avoit t tellement sentie par la magistrature, que c'toit
au moment mme o des sectaires avoient attaqu le dogme, qu'elle
avoit redoubl d'efforts contre la juridiction; et ces sectaires, dont
elle s'aidoit, se trouvant, par le caractre unique de leur hrsie,
placs dans le sein mme de la puissance qu'il s'agissoit d'attaquer,
on l'avoit vue, soutenue de ces membres hypocrites du clerg, tendre
rapidement ses usurpations jusqu' s'arroger le droit de dcider sur
la doctrine et d'interprter les canons. Le gouvernement de l'glise
en avoit t branl jusque dans ses fondements; mais il lui avoit
fallu peu de temps pour se rasseoir. Ainsi que nous venons de le dire,
si l'on en excepte quelques membres isols et pars, le jansnisme
toit presque entirement expuls de son clerg; et la religion tant
le principe de tout ordre et de toute subordination, la subordination
et l'ordre s'y toient rtablis d'eux-mmes. Voyant donc l'glise de
France dsormais inattaquable dans les rapports des premiers pasteurs
avec les membres infrieurs de sa hirarchie, ses ennemis imaginrent
une autre manoeuvre pour la commettre avec les sectaires, et la
replacer ainsi sous la main du parlement: de l l'odieuse affaire des
billets de confession et des refus de sacrements.

(1750-1751) Ds 1749, un membre du parlement avoit dnonc aux
chambres quelques refus de sacrements faits  des appelants; et cette
dnonciation, bien qu'on n'y et pas donn de suite, avoit fait
quelque bruit. L'anne suivante, un semblable refus est encore
dnonc, et le parlement mande le cur de Saint-tienne-du-Mont, que
l'on accusoit de ce dlit d'une nouvelle espce, pour qu'il ait 
s'expliquer sur les motifs de ce refus: il rpond ce qu'il devoit
rpondre, qu'il en avoit rendu compte  l'archevque, et que, dans
l'exercice de son ministre, il n'avoit d'ordre  recevoir que de lui.
Le cur est envoy en prison, et les gens du roi se transportent chez
l'archevque (c'toit alors M. de Beaumont, nouvel Athanase, dont
cette poque d'impit et de perscutions a rendu le nom  jamais
clbre et vnrable), pour l'inviter charitablement  faire
administrer le malade,  qui l'un des membres de son clerg refusoit
si indignement les derniers secours de la religion. Certes,
l'tonnement du prlat dut tre grand, lorsqu'il vit des magistrats se
montrer si ignorants des pratiques les plus communes de l'glise,
dans son gouvernement intrieur et dans ses rapports avec les simples
fidles. Les billets de confession toient une coutume tablie dans
toute la chrtient et de temps immmorial: on la trouve expressment
recommande dans les avis de saint Charles-Borrome  l'un des
conciles de Milan[154]; l'assemble du clerg de 1655 l'avoit adopte,
et avoit recommand aux curs de s'y conformer; elle toit surtout
ncessaire, ou plutt indispensable, au milieu de la population
immense d'une ville telle que Paris, dans laquelle abondoient tant
d'individus justement suspects, ou totalement inconnus de leurs
pasteurs; le cardinal de Noailles en avoit lui-mme ordonn
l'observation. L'intrpide et vertueux prlat toit d'autant moins
dispos  s'en dpartir, que les jansnistes professoient, sur le
droit d'absoudre et de confesser, des doctrines entirement opposes
 la discipline de l'glise; et l'invitation trange que venoit lui
faire,  cet gard, une autorit sculire, n'toit pas propre  le
faire changer de rsolution. Les esprits n'tant pas encore prpars 
ce nouveau genre de perscution, l'emprisonnement du cur choqua
gnralement; il dplut au roi, qui dsapprouva la conduite violente
du parlement, et rejeta des remontrances dans lesquelles il qualifioit
de scandale les refus de sacrements, prsentoit les billets de
confession comme une pratique odieuse, et se rpandoit en outrages
contre le clerg, dont il essayoit malicieusement de rendre la
fidlit suspecte au souverain. La rponse du roi fut qu'ils
n'eussent plus  se mler d'une affaire  laquelle il auroit soin de
pourvoir. Plusieurs magistrats blmrent eux-mmes ces violences, et
firent observer  leur compagnie qu'elle se plaoit sur les limites
des deux puissances, et qu'elle se mettoit en danger de les dpasser.
Le parlement n'insista pas; et, satisfait d'avoir jet un premier
brandon de discorde, il attendit des temps meilleurs pour le
rallumer[155].

[Note 154: Le cur ne doit point recevoir  la communion pascale ceux
qui se seront confesss  d'autres qu' lui, s'ils n'ont remis entre
ses mains une attestation qui fasse foi comme ils se sont confesss 
un prtre approuv de nous, crite et signe prcisment en la forme
qui est ci-dessous (nous supprimons cette formule), pour le moins
trois jours avant celui auquel ils veulent communier, afin que le
cur, y faisant difficult, puisse s'claircir de la vrit de cette
attestation, et si le confesseur qui l'a dlivre est approuv, etc.
(_Instruction de saint Charles-Borrome aux confesseurs_, etc.,
imprime par ordre de l'Assemble gnrale du Clerg de France. Annes
1655, 1656 et 1657.--dit. de 1736.--Paris.)]

[Note 155: _Voyez_ les _Mm. pour servir  l'Hist. eccls. du
dix-huitime sicle_, anne 1751.]

(1752) Le mouvement des esprits devenoit de jour en jour plus rapide;
les philosophes accouroient en foule et de toutes parts grossir le
parti parlementaire, et ces temps meilleurs ne tardrent point 
arriver. Ds 1752, il se sentit assez fort pour pouvoir lutter contre
l'autorit royale qui s'affoiblissoit chaque jour davantage, au sein
des intrigues et des corruptions de tout genre dont elle toit
environne. Sur la dnonciation que l'on fit aux chambres d'un nouveau
refus de sacrements, ordre fut donn  l'archevque de Paris de faire
administrer le malade dans vingt-quatre heures, et le cur, qui avoit
refus son ministre, fut dcrt de prise de corps. Le roi cassa le
dcret; des remontrances lui furent aussitt adresses, et il y fit
cette inconcevable rponse: qu'il ne vouloit pas ter au parlement
_toute connoissance_ des refus de sacrements, mais qu'il exigeoit
qu'on lui en rendt compte; et qu'il s'attendoit que, connoissant
ses intentions, cette compagnie cesseroit toutes procdures sur cette
matire. Cette rponse de la cour, si foible  l'gard de la
magistrature, et, de mme que la premire, si astucieuse  l'gard du
clerg, dont elle ne parloit pas de rtablir les droits mconnus et
viols, mais qu'elle ne cherchoit  soustraire  l'action du
parlement, que pour le soumettre  sa propre influence, ne fit
qu'enhardir les magistrats. Le parlement y rpliqua, le surlendemain,
par un arrt de rglement qui dfendoit  tout ecclsiastique de
faire aucun acte tendant au schisme, et notamment de se permettre
aucun refus de sacrements, sous prtexte de dfaut de billet de
confession, ou de dclaration du nom du confesseur, ou d'acceptation
de la bulle _Unigenitus_; arrt que ses suites ont rendu si
malheureusement clbre, et sur lequel se fondrent depuis toutes les
entreprises inoues des tribunaux sculiers. Ainsi, d'usurpation en
usurpation, des gens de robe en toient venus  apprendre aux
ministres de l'glise ce que c'toit que le schisme, et  dsigner,
par des ordonnances, quels toient les schismatiques[156].

[Note 156: _Voyez_ les _Mm. pour servir  l'Hist. eccls. du
dix-huitime sicle_, anne 1752.]

Cependant quels toient les moyens employs par la cour pour rprimer
de tels excs? Au fond, complice de ces continuels attentats contre
l'indpendance du clerg, elle donnoit, de son ct, un arrt de
rglement, dans lequel, tablissant que la bulle _Unigenitus_ toit
une loi de l'glise et de l'tat[157], elle ordonnoit, par une
concession nouvelle, qu'avant de rien statuer sur les refus de
sacrements, le parlement et  en rendre compte  l'autorit royale.
Cette conduite misrable produisit l'effet qu'elle devoit produire:
le parti entier, ivre de joie, s'ameuta en quelque sorte autour du
Palais; les dnonciations contre les prtres et les vques se
multiplirent; les magistrats n'eurent plus d'autre occupation que de
les recevoir, confirmant par des arrts nouveaux leurs arrts casss
par le souverain. Vingt-un vques, alors  Paris, s'levrent, dans
une lettre qu'ils adressrent au roi, contre ces prtentions nouvelles
de la magistrature, plus tmraires qu'aucune de celles qu'elle avoit
manifestes jusqu' ce jour; plus de quatre-vingts autres vques y
adhrrent; plusieurs firent des rclamations particulires; enfin
l'piscopat entier se souleva. Des arrts supprimrent et fltrirent
la lettre et les rclamations; le parlement ne s'assembla plus qu'au
milieu d'une foule exalte qui remplissoit le lieu de ses sances,
poursuivant de ses hues ou saluant de ses acclamations les avis
divers qui s'y ouvroient, et faisant du sanctuaire de la justice une
arne de dmagogie. Les libelles, les pamphlets, les caricatures, ces
moyens accoutums du parti, se reproduisirent avec une abondance et
une fureur nouvelle, confondant avec plus d'insolence que jamais le
trne et l'autel dans leurs insultes et leurs calomnies.

[Note 157: Cet arrt fut rendu le 19 avril 1752.]

(1753) Ainsi s'enhardissoient les meneurs du parlement,
s'intimidoient les foibles, et la compagnie entire toit entrane.
Le cur de Saint-Mdard et ses vicaires sont dnoncs pour refus de
sacrements faits  deux religieuses: ils sont mands. Les vicaires
seuls se prsentent, et dclarent qu'ils ont fait ce refus sur les
ordres de l'archevque. Le prlat reoit de nouveau l'invitation de
faire administrer; il y rpond comme il avoit dj fait et avec la
mme fermet. On le met en cause, son temporel est saisi; les pairs
dont il est justiciable sont convoqus pour le juger, et le cur de
Saint-Mdard est dcrt de prise de corps. Le roi casse ces arrts et
dfend la convocation des pairs: l'ordonnance royale, est porte au
parlement; le prsident veut la lire, on refuse de l'entendre. Une
lutte scandaleuse s'tablit entre le prince et ses officiers de
justice: les dputations, les arrts, les remontrances se succdent
sans interruption; le pape, les vques, le clerg, l'autorit de
l'glise, les lois mme du souverain y sont insults ou menacs; et le
conseil du roi ne sait faire autre chose que refuser les remontrances,
casser les arrts, et ordonner de surseoir  toutes procdures sur
des affaires de ce genre.

Des mesures si peu dcisives n'toient pas faites pour arrter des
factieux qui avoient rsolu de faire, en cette occasion, une preuve
de ce qu'ils pouvoient tenter avec un tel prince entour de tels
conseillers: le parlement refuse d'enregistrer les lettres-patentes du
roi, et dclare qu'il demeurera assembl jusqu' ce que ses
remontrances aient t reues. Lettres de jussion envoyes le mme
jour, qui lui ordonnent d'enregistrer, sous peine de dsobissance et
d'encourir l'indignation du roi. Dclaration de la part du parlement
qu'il ne peut obtemprer; et bravant jusqu' l'insulte le monarque
qui, dans cette dernire dmarche, avoit os prendre le ton de matre,
il s'occupe sur-le-champ de nouvelles procdures relatives  des refus
de sacrements. Louis XV n'toit pas encore descendu  supporter de
semblables outrages, et le ministre lui-mme ne vouloit pas d'une
semblable rsistance du parlement. Le 9 mai, tous les membres
composant les chambres des enqutes et des requtes furent exils, et
l'on renferma quatre des plus mutins dans des prisons d'tat.

La grand'chambre avoit t pargne: elle ne s'en montra que plus
arrogante, persista dans tous les arrts dj pris, et continua
d'informer contre les billets de confession. Le surlendemain 11 mai,
un ordre du roi la transfra  Pontoise: elle partit, console et
raffermie par les acclamations de ses partisans, et, arrive au lieu
de son exil, n'en demeura pas moins opinitre dans ses arrts, ni
moins active dans ses poursuites contre la rbellion des prtres et
des vques. Absorbe dans ces grands intrts, elle ne voulut couter
aucune autre affaire, et cessa de rendre la justice aux citoyens. On
crut pouvoir se passer d'elle en instituant  cet effet des chambres
particulires: mais le parti entier se ligua contre ces nouveaux
juges; ils furent dcris, baffous, chansonns; et tandis qu'on
dversoit sur eux le mpris et le ridicule, les magistrats exils
toient prsents  la vnration de la multitude comme ses vritables
dfenseurs, comme les appuis les plus solides de l'tat; on exagroit
les droits politiques du parlement, ceux du souverain toient
discuts, et l'on en tablissoit les limites. Les parlements de
province se montroient encore timides et irrsolus; plusieurs mme
toient anims d'un autre esprit et avoient conserv les anciennes
traditions monarchiques: la cabale, dont les projets s'agrandissoient
en mme temps que ses triomphes, et dont les penses sditieuses
embrassoient dj la France entire, les entoura de ses sductions,
mit en mouvement tous ses agents, fit jouer tous les ressorts de ses
intrigues, et quelques uns de ces parlements donnrent ds lors des
signes de connivence avec le parlement de Paris. Celui de Rouen lutta,
pendant six mois, contre les ordres du roi, celui d'Aix fit aussi des
rglements de discipline pour l'glise, et le parlement de Toulouse
commena  fermenter[158].

[Note 158: _Voyez_ les _Mm. pour servir  l'hist. eccls. du
dix-huitime sicle_, anne 1753.]

(1754) Cependant des ngociations s'toient ouvertes pour le rappel
des magistrats exils au moment mme o l'on avoit prononc leur exil,
et les amis puissants qu'ils avoient  la cour et partout, y
travailloient avec ardeur. C'est ici que se montrent plus visiblement
encore les misres de ce dplorable gouvernement. Certes la premire
condition d'un pardon accord  des rebelles devoit tre une entire
soumission  l'autorit qu'ils avoient offense: Louis XV ne demanda
pas ce qu'il n'esproit point obtenir; les murmures qu'avoit fait
natre ce coup d'autorit alloient toujours croissant et commenoient
 l'effrayer; et se trouvant heureux qu'on lui fournt une occasion de
faire cesser ses frayeurs en le suppliant de mettre fin  cet exil, ce
fut, et l'on aura peine  le croire, au moyen d'un nouvel arrt de
silence qu'il imagina d'arranger leur rappel et de cimenter la paix.
Sa dclaration  ce sujet, devenue fameuse en ce que le parlement s'en
fit par la suite une autorit contre le roi lui-mme, est un monument
curieux de foiblesse et d'ineptie. C'toit ce mme parlement qu'il
disoit _avoir justement puni_  cause de sa rsistance  ses volonts,
mais dont il attendoit dsormais une soumission et une fidlit
entires, qu'il chargeoit de _tenir la main_  ce qu'il ne ft rien
fait ou tent de contraire  ce _silence_ et  cette _paix_. Il
annuloit en mme temps toutes poursuites et procdures antrieures.
Telle qu'elle toit, cette dclaration ne fut cependant pas
enregistre sans difficults: ces magistrats, qui avoient daign
reprendre leurs fonctions, furent choqus du prambule; et, n'en tant
compltement satisfaits ni sur la forme ni sur le fond, ils ne la
portrent sur leurs registres qu'avec cette clause: qu'elle seroit
excute conformment aux arrts et aux rglements de la cour,
c'est--dire conformment  ces arrts et  ces rglements que
l'autorit royale venoit de casser. On les laissa faire; c'toit ds
lors  ce degr que cette autorit s'toit abaisse. Les Jansnistes
donnrent de grands applaudissements  cette loi du silence; ils
inondrent de nouveau Paris et les provinces de leurs libelles pour en
exalter l'excellence et les bienfaits, et parlrent plus qu'ils
n'avoient jamais fait pour prouver qu'il falloit se taire. Leur
gazette n'en continua pas moins de parotre, toutes les semaines,
toute gonfle d'invectives et de calomnies contre leurs adversaires;
et le parlement, fermant les yeux sur leurs excs, interprtant
l'arrt de silence par une obissance entire  ses propres arrts,
continua de livrer aux flammes les mandements des vques qui
soutenoient les droits et les dcisions de l'glise, de citer  son
tribunal tout ecclsiastique qui lui toit dnonc pour refus de
sacrements, et redoubla de rigueur dans ses condamnations. On
n'entendoit plus parler que de sommations, de sentences, de saisies,
d'exils, d'emprisonnements; et c'toit sur des prtres que
s'exeroient ces coupables violences. Accoutums  jouer des comdies
sacrilges, des Jansnistes en pleine sant feignoient d'tre malades
pour provoquer des refus de sacrements, qu'ils alloient  l'instant
mme dnoncer, et que suivoient des arrts foudroyants contre les
curs ou les vicaires qui avoient prvariqu; et s'il s'en
rencontroit quelques uns qui donnassent alors quelques signes de
foiblesse, c'toit au milieu d'un cortge d'huissiers et de recors
qu'il leur falloit porter le saint viatique; et aprs avoir t
prpare par une sommation, la communion d'un jansniste se consommoit
par un procs-verbal.

Il devint clair alors que l'arrt de silence toit plus pitoyable
encore qu'on n'avoit pens, que ce n'toit pas autre chose qu'un voile
honteux dont on avoit essay de couvrir une pleine et entire
concession aux prtentions du parlement; car s'en tant pris de
nouveau  l'archevque de Paris, et de la fuite des prtres qui se
cachoient pour viter la perscution, et des ordres qu'il leur donnoit
en contravention  leurs arrts, et n'en ayant point obtenu d'autre
rponse que celle que ce vigoureux prlat toit accoutum de leur
faire, les magistrats eurent assez de crdit pour obtenir du roi
l'exil de leur premier pasteur, d'abord  Conflans et ensuite  Lagny.
C'en fut assez: aprs avoir consenti  exiler un vque sur la demande
d'un parlement jansniste, ce fut vainement que le monarque se
dconsidra jusqu' avouer qu'il ne l'avoit fait qu' contre-coeur;
qu'il se plaignit de ce que, malgr tant de marques de condescendance
qu'il lui avoit donnes, son parlement s'cartoit de l'esprit de
_modration, de paix et de prudence_ qu'il lui avoit recommand. 
ces remontrances, tout--fait _paternelles_, les gens de robe ne
rpondirent qu'en dnonant l'vque d'Orlans, qu'il fallut bien
exiler  son tour. L'vque de Troyes parut ensuite sur les bancs des
accuss, fut condamn  une amende, vit ses meubles confisqus, son
temporel saisi; et il fallut l'intervention du roi pour l'arracher aux
poursuites et aux insultes des tribunaux subalternes. Ceux des
parlements de province qui faisoient partie de la cabale,  ce signal
donn, se rurent en quelque sorte sur leurs premiers pasteurs.
L'archevque d'Aix fut exil par le parlement de Provence; ce mme
parlement osa citer devant lui l'vque de Marseille, l'hroque
Belzunce, et le fltrir d'une condamnation[159]. Les vques de
Saint-Pons et de Montpellier furent poursuivis par le parlement de
Toulouse; le parlement de Rennes traita plus rigoureusement encore
ceux de Vannes et de Nantes[160]. Par ces outrages et ces violences
exerces  l'gard des chefs, on peut juger de ce qu'avoient 
souffrir les ministres infrieurs. Ils continuoient d'tre accabls de
dnonciations et de dcrets; on les tranoit devant les tribunaux, o
ils toient interrogs avec la dernire insolence; et les
condamnations rendues contre eux alloient souvent jusqu' la
confiscation des biens et au bannissement perptuel. Il ne manquoit
plus que de les envoyer  l'chafaud parce qu'ils ne vouloient pas
sacrifier aux doctrines de Jansnius, comme les magistrats romains
condamnoient aux btes les premiers chrtiens qui refusoient de
sacrifier aux idoles.

[Note 159: On supprima un crit qu'il avoit publi  l'occasion d'une
feuille de la Gazette jansniste, o il avoit t calomni; et on ne
toucha point au libelle calomniateur. (_Mm. pour servir  l'Hist.
eccls. du dix-huitime sicle_, anne 1754.)]

[Note 160: Le temporel de ces deux vques fut saisi; et l'on vendit
deux fois les meubles de l'vque de Nantes. (_Mm._, _ibid._, anne
1754.)]

(1755) Ce n'toit point encore assez: la bulle _Unigenitus_
embarrassoit toujours; elle toit la sentence de mort du jansnisme,
la sanction de l'autorit pontificale, le retranchement  l'abri
duquel le clerg soutenoit encore le combat. C'toit constamment
contre ce dcret du saint sige que la faction avoit dirig ses
attaques, mme les plus dtournes. Elle se crut assez forte pour
l'attaquer de nouveau en face: saisissant donc l'occasion d'un de ses
jugements les plus scandaleux, rendus pour refus de sacrements[161],
le parlement se concerta avec le procureur gnral pour le recevoir
_incidemment_ appelant comme d'abus de la bulle _Unigenitus_,
considre comme rgle de foi et loi de l'tat (on en revenoit
toujours l); et il fut enjoint  tout ecclsiastique, quelle que ft
sa dignit, de se renfermer  cet gard dans le silence gnral,
respectif et absolu, prescrit par la dclaration du 2 septembre 1754.
Cet arrt fut rendu le 18 mars de cette anne, au milieu d'une
affluence extraordinaire du peuple jansniste et philosophe, qui le
couvrit de ses applaudissements. Louis XV, bien qu'entran dj vers
ces ides nouvelles par cette tourbe perverse de courtisans et de
ministres dont il toit entour, sentit se rveiller au fond de son
coeur ce sentiment religieux qui y toit comme enracin, et que rien
ne put jamais dtruire, et fit un nouvel effort sur sa foiblesse pour
dsapprouver la conduite du parlement. Ce n'toit plus assez pour
l'arrter: il se plaignit hautement du roi qui avoit os se plaindre
de lui; et continuant de marcher avec une nouvelle audace dans la
route qu'ils venoient de s'ouvrir, ces magistrats qui dnonoient  la
France la tyrannie intolrable des enregistrements forcs, exigrent
imprieusement de la Sorbonne qu'elle enregistrt leur arrt, sur son
refus mandrent le recteur et les principaux membres de cette facult,
inscrivirent eux-mmes l'arrt sur leurs registres, et jusqu' nouvel
ordre leur dfendirent de s'assembler.

[Note 161: Pour avoir refus les sacrements  un chanoine nomm
Cougnion, appelant furieux, et qui, exhort  l'article de la mort 
revenir de ses erreurs, avoit qualifi la bulle d'_oeuvre du diable_,
le chapitre d'Orlans venoit d'tre condamn  douze mille livres
d'amende; plusieurs de ses chanoines avoient t bannis  perptuit,
et c'toit  cette occasion que l'vque de cette ville avoit t
dnonc et exil. Le parlement fit plus: il ordonna que le chapitre
fonderoit un service et feroit les frais d'un monument lev en
l'honneur de Cougnion, lequel seroit plac dans une des glises
d'Orlans; et cet arrt reut son excution. (_Mm. pour servir 
l'Hist. eccls. du dix-huitime sicle_, anne 1755.)]

L'assemble gnrale du clerg s'ouvrit le 25 mai de cette anne: elle
apportoit avec elle les plaintes et les gmissements de toutes les
glises de France; et rsolue de remplir le grand devoir qui lui
toit impos, elle demande  s'aller jeter en corps aux pieds du roi.
On craignit pour Louis XV l'impression d'un semblable spectacle: elle
essuya un refus, ne put faire admettre que ses dputs, et reconnut,
ds lors, que les dispositions de la cour lui toient peu favorables.
Elle n'en dressa pas moins ses remontrances, dans lesquelles toient
nergiquement retraces toutes ces usurpations si criantes du
parlement contre la juridiction ecclsiastique, usurpations qui
sembloient ne devoir avoir d'autre terme que l'entire destruction de
l'glise de France: on y demandoit le rtablissement de cette autorit
spirituelle qui est la premire condition de son existence, justice de
tant d'arrts iniques rendus contre ses membres par les tribunaux
sculiers, une interprtation claire et nette des dclarations rendues
relativement  la bulle et  la juridiction des vques; et qu'enfin
les cours de justice fussent renfermes dans les justes bornes de
leurs attributions. En finissant, les prlats assembls jetoient un
cri d'effroi sur les progrs toujours croissant de l'irrligion, qui
maintenant marchoit le front lev, nioit hautement, non pas seulement
la religion et ses dogmes, mais les futures destines de l'homme,
l'existence mme de Dieu, branloit ainsi l'ordre social jusque dans
ses fondements, et rpandant de toutes parts le torrent de ses livres
abominables, dont quelques uns mme circuloient sous le sceau
protecteur de l'autorit publique, infectoit dj de ses poisons
jusqu'aux classes populaires. Cependant tous ne se soutinrent pas  la
hauteur courageuse de ce dbut: il y eut des signes de foiblesse ou de
sduction dans cette mme assemble, et des indices frappants de cette
dcadence vers laquelle toit entrane l'glise de France par les
maximes anti-catholiques que l'on avoit jetes dans son sein, et par
cette situation prcaire et sans dignit o, depuis si long-temps,
l'avoit rduite la folle arrogance du pouvoir temporel. Lorsqu'il fut
question d'tablir les droits de la puissance ecclsiastique, et
spcialement dans les deux questions de la bulle _Unigenitus_,
considre comme jugement dogmatique et irrformable de l'glise
universelle, et de l'administration ou du refus des sacrements, les
membres de l'assemble se divisrent: plusieurs, et ce fut
malheureusement le plus grand nombre, rejetrent les explications
claires et positives que prsentoient leurs confrres sur ces points
si importants, et dont la circonstance prilleuse o l'on se trouvoit
accroissoit encore l'importance; s'exprimrent d'une manire foible,
quivoque, qui remettoit en question tout ce que l'on vouloit
dcider, et furent accuss d'avoir trahi les devoirs de leur
ministre pour se rendre agrables  la cour, avec laquelle on les
souponnoit de s'tre auparavant concerts[162]. Cependant la fermet
des autres vques en imposa  cette majorit pusillanime; et ils
obtinrent d'elle que sur ce qui avoit t statu de part et d'autre on
s'en rapporteroit  la dcision du pape. Le parlement, avec lequel il
faut toujours marcher de surprise en surprise, mme aprs tout ce que
l'on a vu de son audace et de son insolence, se montra mcontent de
cette tmrit qu'avoient eue les vques d'crire au souverain
pontife, prtendit que de pareilles communications entre l'glise de
France et le chef de l'glise universelle toient de nature 
troubler la tranquillit de l'tat, et adressa  ce sujet des
remontrances. Louis XV, qui n'avoit fait que des rponses vasives aux
reprsentations de l'assemble du clerg, trouva nanmoins que cette
compagnie alloit trop loin de vouloir empcher des vques d'crire
au pape; et, sans avoir gard  ses remontrances, fit partir lui-mme
la lettre. Ainsi cette grande question se trouva dfinitivement
soumise au jugement doctrinal du Saint-Sige.

[Note 162:  leur tte toit le cardinal de La Rochefoucauld, devenu
ministre de la feuille des bnfices depuis la mort de M. Boyer.
Dix-sept vques et vingt-deux dputs du second ordre signrent aprs
lui les dix articles qui composoient cette dclaration quivoque;
l'autre, compose seulement de huit articles, fut signe par seize
vques et dix dputs. Neuf vques, qui n'toient pas de
l'assemble, adhrrent aux huit articles. (_Voyez_ les procs-verbaux
des assembles du clerg de France, t. 8, premire partie, in-folio,
p. 555.)]

(1756) Voici de nouvelles violences du parlement; et mme, en
svissant contre lui, le prince va donner de nouveaux signes de son
incurable foiblesse. Le 16 octobre de cette anne, Benot XIV donna
son bref _Ex omnibus_, adress aux membres de la dernire assemble.
Cette pice, crite avec toute la modration qu'exigeoient des
circonstances aussi prilleuses, n'en tablissoit pas moins, avec
prcision et fermet, les vrais principes de la foi: la bulle
_Unigenitus_ y toit prsente de nouveau comme une loi de l'glise,
 laquelle nul fidle ne pouvoit se soustraire; et il en sortoit
cette consquence que tout rfractaire se dclarant par cela mme
pcheur public et notoire, ne pouvoit tre admis  la communion de
l'glise. Ainsi se trouvoient non seulement justifis, mais encore
_ordonns_ ces refus de sacrements, prtexte de toutes les violences
exerces contre le clerg par les magistrats. Peu de temps avant que
ce bref ft parvenu en France, ils venoient de se livrer  de
nouvelles perscutions contre l'archevque de Paris, en prsidant
eux-mmes, sur le refus qu'il en avoit fait et contre les droits de
l'Ordinaire,  l'lection d'une suprieure dans un couvent de
religieuses rfractaires; et une instruction de ce prlat vnrable,
dans laquelle, s'adressant  son troupeau, il lui parloit, avec sa
force accoutume, de l'autorit de l'glise, de l'enseignement de la
foi, de la soumission  la bulle, de ces droits des premiers pasteurs
de tout temps reconnus et pour la premire fois si tmrairement
contests, avoit t supprime par la chambre des vacations, et, sur
un arrt des juges du Chtelet, brle par la main du bourreau[163].
Un rescrit du pape leur en imposoit peut-tre moins encore: ils
supprimrent celui de Benot XIV, ds qu'ils en eurent connoissance;
jetrent de nouveaux cris sur les entreprises du Saint-Sige, et, dans
l'espace de peu de jours, fatigurent le roi de sept ou huit
dputations, accompagnes de dnonciations virulentes contre les
vques, et particulirement contre l'archevque de Paris, les
signalant comme des factieux dont les excs toient ports  un degr
si _effrayant_, qu'il n'y avoit que l'exercice le _plus absolu_ de
l'autorit royale qui pt prvenir les maux funestes, les dissensions
civiles et les orages dont la France toit menace.

[Note 163: Tel toit l'tat d'oppression auquel toit alors rduit le
clerg de France, que la Sorbonne, ayant form le dessein d'adhrer au
mandement de son archevque, M. de Beaumont crut devoir lui-mme
engager ses docteurs  s'abstenir d'une dmarche publique qu'il ne
jugeoit pas absolument ncessaire, et dont l'effet et t d'attirer
sur eux la vengeance et les perscutions de ces juges passionns.
(_Mm. pour servir  l'Hist. eccls. du dix-huitime sicle_, anne
1756.)]

Cependant la cour commenoit  s'alarmer: le savant quilibre qu'elle
s'toit flatte de maintenir entre le clerg et le parlement, et  la
faveur duquel elle comptoit les dominer tous les deux, commenoit trop
visiblement  se rompre. Ce n'toit plus seulement l'glise que la
magistrature attaquoit: endoctrine par les Jansnistes, et dj
exerce  leur tactique, elle attaquoit aussi le pouvoir royal, chaque
fois qu'elle y rencontroit quelque obstacle  ses desseins. Cette
ligue que les sductions du parlement de Paris avoient commenc 
former avec les parlements de province, qu'il prtendoit ne faire avec
lui qu'un parlement _unique_ rparti en diverses classes[164], les
maximes anarchiques de la souverainet du peuple, d'un contrat
primitif entre le prince et les sujets, que professoient hautement
les publicistes philosophes, et qui, des crits de ces sophistes,
avoient plusieurs fois pass dans ses arrts et dans ses ordonnances,
dplaisoient plus encore au ministre que l'exil des vques et
l'emprisonnement ou le bannissement des curs. Une insulte faite au
pape blessoit personnellement un prince qui, nous le rptons, au sein
de ces honteux dsordres auxquels il n'avoit pas la force de
s'arracher, conservoit au fond de son me une foi profondment
enracine, et sut la conserver jusqu'au dernier moment; les plaintes
du clerg retentissoient douloureusement  ses oreilles, et il
trouvoit, dans sa propre famille, des anges de pit qui le
sollicitoient de sortir des voies dans lesquelles on l'avoit engag.
Ses ministres se trouvant donc d'accord avec lui sur la ncessit
d'arrter les prtentions et les entreprises du parlement, il fut
dcid qu'on y emploieroit des moyens plus efficaces.

[Note 164: Le parlement de Paris devoit tre le chef de cette
association, sous le titre de _premire classe_, ou de _parlement
mtropolitain_. C'toit un premier pas pour constituer les cours de
justice en assembles reprsentatives et permanentes de la nation. On
voit que les meneurs de ces corps visoient au grand, et possdoient 
un trs haut degr l'instinct des rvolutions modernes.]

Mais le temps toit pass o une seule parole de Louis XIV faisoit
rentrer dans la poussire ces gens de robe, tour  tour et suivant les
circonstances, si humbles et si hautains; on n'avoit mme personne,
dans le conseil du roi, que l'on pt, pour la position ou pour le
caractre, comparer  un Dubois, capable, dans ses brutalits, de
prendre une rsolution vigoureuse, et de monter son matre au degr
d'nergie qu'il falloit pour l'excuter; et les choses toient bien
autrement avances que sous le cardinal de Fleuri. Dans cette
dgradation profonde o la cour toit tombe, elle avisa donc, autant
qu'il toit en elle et que le lui permettoit la peur que lui faisoient
les parlementaires, aux moyens de rtablir entre le clerg et le
parlement cet quilibre que tant d'essais malheureux ne pouvoient la
dterminer  abandonner, parce qu'elle y voyoit toujours la garantie
du despotisme mesquin qu'elle s'obstinoit  exercer sur l'un et sur
l'autre, et prit en consquence une de ces demi-mesures conciliatrices
dont l'effet immanquable est de mcontenter tous les partis. Il parut,
le 10 dcembre de cette anne, une dclaration du roi, qui ordonnoit
le _respect_ et la _soumission_ pour la bulle _Unigenitus_, sans qu'on
pt toutefois lui attribuer _le nom, les effets et le caractre de
rgle de foi_[165].Elle autorisoit,  la vrit, les vques 
continuer leurs enseignements aux fidles, mais leur recommandoit en
mme temps de ne point troubler la paix. Les juges sculiers ne
devoient plus se mler des sacrements: les prtres auroient dsormais
le droit de les refuser sans tre exposs aux poursuites des
tribunaux, mais seulement  l'gard des personnes contre lesquelles
des jugements auroient t rendus, des censures exerces, ou qui se
seroient elles-mmes dclares rfractaires; on dfendoit prudemment
les _interrogations indiscrtes_. (Ainsi le parlement avoit statu sur
la validit des confessions, et le roi statuoit sur la manire de
confesser.) Enfin tout ce qui s'toit pass  l'occasion des derniers
troubles toit considr comme non avenu; toutes sentences et
procdures toient annules; chacun rentroit dans sa situation
premire: on n'offroit pas d'autre ddommagement  ceux qui avoient
t bannis, dpouills, emprisonns; et l'on esproit de toutes ces
foiblesses une paix durable et un accord parfait.  la vrit, pour
consolider l'difice de cette paix, la cour essaya de se montrer un
peu plus hardie: on joignit  cette dclaration deux lois, l'une qui
supprimoit deux chambres des enqutes, l'autre qui rgloit la
discipline des chambres, et dont l'objet toit de rendre les runions
des magistrats plus difficiles, de leur ter ainsi le moyen
d'interrompre  tout moment le cours de la justice, et d'abandonner
leur rle de juges pour jouer celui de factieux; puis, arm de ces
trois pices, le roi alla, le 15 dcembre, tenir un lit de justice,
o il en ordonna l'enregistrement. Or la difficult n'toit pas
d'avoir fabriqu de semblables lois, mais maintenant de les faire
accepter et excuter.  peine la sance royale toit-elle leve, qu'un
soulvement gnral des magistrats clata et contre les lois et contre
la dclaration. De telles mesures ne tendoient pas moins,
s'crioit-on de toutes parts, qu' bouleverser l'tat. Il falloit de
leur ct frapper un grand coup et faire peur  qui avoit voulu les
effrayer: tous se concertrent pour donner  la fois leur dmission,
se rappelant que ce moyen leur avoit dj russi. La majorit de la
grand'chambre demeura seule en place, soit qu'elle ne voult point
suivre ce parti, soit que les meneurs du parlement jugeassent qu'il
n'et pas t prudent d'effacer ainsi jusqu'aux dernires traces de
son existence.

[Note 165: C'toit non seulement se mettre en opposition avec les
dcisions doctrinales du Saint-Sige, mais encore avec ses propres
arrts; car celui qu'il avoit rendu, le 19 avril 1752, disoit
positivement le contraire. (_Voyez_ p. 244.)]

(1757) Peu de jours aprs, le 5 janvier de cette anne, Louis XV fut
assassin: l'assassin toit un homme de la dernire classe du peuple,
nomm Damiens; il prouva qu'il auroit pu tuer le roi s'il l'avoit
voulu, et que son intention avoit t seulement de le blesser pour
lui donner, disoit-il, un utile avertissement qui le portt  couter
les reprsentations de son parlement, et  prendre le parti de son
peuple qui prissoit[166]. Si l'on avoit coup la tte  trois ou
quatre vques, ajoutoit-il, cela ne seroit point arriv[167]. Il
crivit une lettre au roi, dans laquelle il l'invitoit  ne pas avoir
tant de bont pour les ecclsiastiques,  ordonner qu'on donnt les
sacrements  l'article de la mort, sans quoi _sa vie n'toit pas en
sret_[168]. Il lui enjoignoit de rtablir son parlement et de ne
plus l'inquiter, affirmant qu'il n'a eu d'autre objet, dans le
malheureux coup qu'il a fait, que de contribuer _aux peines et soins_
du parlement qui soutient la _religion de l'tat_[169]. Cet homme
avoit servi, vingt ans auparavant, chez les jsuites, et en avoit t
deux fois chass: on espra tirer parti de cet incident contre la
compagnie; mais il dclara formellement _qu'il hassoit la faon de
penser des jsuites_, et que s'il avoit vcu chez eux, c'toit par
politique et pour avoir du pain[170]. Il dclara encore qu'il avoit
conu son projet dans les temps o il passoit des nuits dans les
salles du Palais  attendre la fin des dlibrations qui s'y
faisoient, et lorsqu'il a vu le peu d'gards que le roi avoit pour
les reprsentations de son parlement[171]. L'instruction prouva qu'il
avoit successivement servi chez quatre conseillers au parlement, et
dans le temps de la plus grande effervescence de cette compagnie;
qu'il toit trs assidu dans la grande salle, point de runion des
factieux  la suite du parlement; que, dans ces rassemblements
tumultueux, sa tte s'toit chauffe aux vocifrations qui
retentissoient de toutes parts contre le clerg, contre l'archevque
de Paris, et dans lesquelles le roi lui-mme n'toit point
pargn[172]; il avoit entendu dire, dans le palais, que c'tait une
oeuvre mritoire de le tuer[173]. Enfin toute la procdure, depuis le
commencement jusqu' la fin, ne montra dans cet homme qu'un malheureux
que les doctrines parlementaires et ses rapports continuels avec les
partisans de ces doctrines avoient fanatis; et les juges qui
l'interrogrent et le condamnrent furent convaincus, par ses aveux et
ses dclarations, de lui avoir mis eux-mmes le poignard  la
main[174]. Il fut excut le 28 mars: nous pargnons  nos lecteurs le
dtail des horreurs de son supplice.

[Note 166: Pices originales et procdures du procs fait  Damiens,
t. 2, p. 25.]

[Note 167: Pices originales et procdures du procs fait  Damiens,
t. I, p. 151.]

[Note 168: Lettre de Damiens au roi.]

[Note 169: Pices originales, etc., t. 2, p. 36.]

[Note 170: _Ibid._, t. 2, p. 137.]

[Note 171: Pices originales et procdures du procs fait  Damiens,
t. 3, p. 168.]

[Note 172: _Ibid._, t. 3, p. 310, 311.]

[Note 173: _Ibid._]

[Note 174: Cependant, malgr ces aveux et ces dclarations qui les
accabloient, les parlementaires essayrent de faire considrer Damiens
comme un missaire des jsuites, soutenant, avec leur audace et leur
logique accoutumes, qu'il n'avoit pu prendre qu' leur service de ces
leons de rgicide, qu'ils donnoient publiquement, comme tout le monde
sait, jusque dans leurs cuisines et dans les loges de leurs portiers;
ils rappelrent que c'toient les jsuites qui avoient endoctrin Jean
Chtel[174-A] et Ravaillac, ce que le parlement avoit dj dmontr,
comme Pascal et Arnaud dmontroient qu'ils toient des professeurs de
dbauche, des voleurs, des empoisonneurs, des simoniaques, des
sacrilges, etc. Les arguments avec lesquels on rtorqua contre eux
cette accusation toient d'une autre force; et cette terreur que le
parlement inspira, ds ce moment,  Louis XV, et dont nous allons
parler, ne fut pas le moins dcisif.]

[Note 174-A: Sur l'attentat de Jean Chtel, _voyez_ le tome 1 de cet
ouvrage, premire partie, p. 228.]

Cet vnement fit une impression profonde sur Louis XV; mais ce fut
d'une terreur pusillanime qu'il le pntra; et loin de nuire au
parlement,  qui, sous un roi tel que Louis XIV, les rvlations de
Damiens eussent port un dernier coup, l'effet qu'il produisit fut de
dterminer ce dplorable prince  user de mnagements encore plus
grands  l'gard d'un corps qui avoit des partisans assez affectionns
pour tuer, au besoin, les rois qui pouvoient lui tre importuns. Cette
terreur ne le quitta plus jusqu' la fin; et nous verrons jusqu' quel
point la cabale des novateurs sut la faire servir  ses desseins. Il
fut donc plus facile que jamais aux amis du parlement d'ouvrir en
faveur de cette compagnie des ngociations qui eurent tout le succs
qu'elle pouvoit dsirer. La grand'chambre commena, avant toutes
choses, par enregistrer la dclaration du 10 dcembre prcdent.
Satisfait de cet acte de condescendance, le roi rendit les dmissions
aux magistrats qui les avoient donnes; on rappela ceux qu'on avoit
exils, et les vques condamns revinrent aussi de leur exil. Ceci
fait, le parlement recommena tranquillement ses perscutions contre
l'archevque de Paris, dont la fermet inbranlable l'irritoit par
dessus tout; et en raison de cette paix que la dclaration et son
enregistrement avoient cimente, il eut, ds l'anne suivante, le
crdit de faire exiler son premier pasteur jusqu'au fond du
Prigord[175]. Toutefois, jusqu'aux nouveaux orages qui ne tardrent
point  clater, et qui furent pour l'glise de France une atteinte
plus cruelle et plus funeste qu'aucune de celles qu'elle avoit reues,
ce qui se passa alors peut tre considr comme une espce de trve,
les factieux ayant jug qu'il toit de leur politique de modrer leurs
coups, afin de les porter plus srement. Une autre guerre venoit de
commencer; et reprenant le rcit, un moment interrompu, du
gouvernement intrieur de la France et de la politique extrieure de
son cabinet, nous allons y voir reparotre, sous de nouveaux aspects,
tous les symptmes de destruction dont nous venons d'tre pouvants.

[Note 175: Les affaires ecclsiastiques furent alors confies  M. de
Jarente, vque d'Orlans, qui, dans cette fin du dix-huitime sicle,
a acquis une si honteuse clbrit. Sous son administration, la
facult de thologie, que le parlement tenoit, depuis plusieurs
annes, sous son joug tyrannique, fut en butte aux plus indignes
traitements, et prive de plusieurs de ses membres les plus clairs
et les plus courageux.]

(1756-1763) Il faut bien le dire, cette prosprit matrielle que les
profonds penseurs de nos jours ont en si grande estime, et qu'ils
considrent  peu prs comme le seul principe vital des tats, s'toit
accrue, dans cette belle France, au milieu de cette dissolution
sociale qu'y prparoient un despotisme idiot et une dmagogie
insense. Le commerce extrieur surtout, et nous ne parlerons ici que
de cette branche de ses ressources industrielles, avoit pris de grands
accroissements: la France faisoit presque exclusivement celui du
Levant; dans les Indes occidentales, aucune colonie ne pouvoit tre
compare  la partie franoise de Saint-Domingue pour la richesse et
la fertilit; ses autres colonies des Antilles, ses possessions
immenses dans le Canada, prenoient chaque jour de nouveaux
dveloppements, et les factoreries qu'elle avoit cres en Afrique, et
particulirement sur les ctes du Sngal, contribuoient  faire
fleurir tous ces tablissements. Dans l'Inde, les divisions de Dupleix
et de La Bourdonnaie avoient un moment compromis l'existence encore
mal affermie de ses comptoirs; mais, demeur vainqueur d'un rival de
talent et de gloire dont il avoit t bassement jaloux et que des
intrigues de bureaux lui avoient sacrifi, Dupleix, tandis que La
Bourdonnaie expioit  la Bastille les services inapprciables qu'il
avoit rendus  son pays, se montroit du moins digne de le remplacer
par son activit, son courage, les grandes vues qu'il dployoit dans
son administration. Habile  profiter des divisions des nababs dont la
colonie franoise toit entoure, il faisoit payer chrement ses
secours  ceux de ces petits princes qu'il toit de son intrt de
favoriser, et le territoire de Pondichry s'agrandissoit
considrablement des concessions qu'il les obligeoit de lui faire. Il
n'est pas besoin de dire que les Anglois voyoient d'un oeil cupide et
jaloux, et cette prosprit de nos tablissements dans l'Inde plus
grande que la leur, et cet tat florissant de nos colonies
occidentales, et surtout ces milliers de vaisseaux qui, sortant sans
cesse de nos ports et parcourant toutes les mers du levant et du
couchant, nous formoient ainsi une race nombreuse de marins bientt
capable de leur disputer l'empire de ces mers, et menaant ainsi
l'existence d'un systme de gouvernement dont cette suprmatie
maritime toit l'unique base, et qui crouloit sur lui-mme, si elle
leur toit enleve. Attentifs  tout ce qui se passoit, et suivant en
ceci la politique profondment perverse des Romains, qui dcidoient
qu'un peuple et qu'un royaume ne devoient plus subsister, ds que son
existence toit de nature  inquiter la rpublique, les chefs de
l'aristocratie angloise reconnurent qu'il toit temps encore de
dtruire cette rivalit renaissante de la France dont ils toient
alarms; d'assurer, en frappant quelque grand coup, cette supriorit
navale, qui, quelques annes plus tard, pouvoit leur tre enleve; et
la guerre fut rsolue dans leur cabinet.

Comme il ne s'agissoit point, dans une semblable rsolution, du juste
ou de l'injuste, mais tout simplement d'un intrt que ce cabinet
machiavlique considroit comme le premier intrt de sa nation, tous
les moyens semblrent bons pour en assurer le succs. Si l'on en croit
les rcits les plus dignes de foi, les Anglois commencrent les
hostilits par un assassinat sur les limites du Canada[176], se
plaignirent hautement des justes reprsailles qui, dans cette
occasion, furent exerces contre eux, comme d'une disposition
menaante  l'gard de leurs possessions dans le nord de l'Amrique;
et, afin de rendre incontestable le droit qu'il avoit de faire la
guerre  la France, prirent des mesures  peu prs immanquables pour
l'empcher de pouvoir la soutenir, en faisant sortir tratreusement de
leurs ports toutes leurs flottes, lui enlevant en pleine paix trois
cents navires marchands, et ce qui toit pour eux une capture bien
autrement prcieuse, dix mille matelots qui en formoient les
quipages; crasant ainsi  la fois son commerce et sa marine, avant
qu'elle et mme song  se mettre en dfense. C'toit encore l un de
ces traits de politique romaine dont il y avoit peu d'exemples parmi
les peuples de la chrtient, mme dans leurs sicles les plus
barbares. Tandis que ce projet se prparoit et s'excutoit, le cabinet
de Versailles, constant dans ces traditions de complaisance et de
dfrence[177] pour les Anglois, qui avoient t cres sous la
rgence, laissoit dans l'Inde Dupleix sans secours, de crainte de leur
causer de l'ombrage, et lui faisoit perdre ainsi,  leur profit, tout
le fruit de ses victoires et de ses ngociations; puis, sur l'affaire
du Canada, il se beroit niaisement des vaines paroles dont ces
astucieux diplomates, en attendant que leur brigandage et eu son
plein et entier effet, amusoient la crdulit de l'ambassadeur le plus
malhabile que ce cabinet malavis leur et jamais envoy[178].

[Note 176: Un officier, nomm Jumonville, avoit t envoy vers eux en
ngociateur,  l'occasion de quelques diffrents que la construction
d'un fort sur le territoire franois avoit levs entre les
gouverneurs des tablissements limitrophes. Ils le reurent en cette
qualit, et, tandis qu'il exposoit le sujet de sa mission, se jetrent
sur lui, le massacrrent, et, avec lui, huit soldats de son escorte;
les autres furent faits prisonniers.]

[Note 177: Cette complaisance, il l'avoit pousse jusqu' violer, 
l'gard du prince douard, les droits du malheur et de l'hospitalit,
en lui signifiant, sur la demande ou plutt sur l'injonction du
cabinet de Londres, de quitter sans dlai le territoire franois. Le
prince refusa, dcid, disoit-il,  ne cder qu' la force. On
l'employa contre lui: il fut enlev comme il entroit  l'Opra, jet
dans une chaise de poste et conduit  Vincennes. Trois jours aprs, il
sortit de France. (Ceci toit arriv en 1748.)]

[Note 178: Le marchal de Mirepoix.]

Cependant les ministres de Prusse et d'Autriche, qui n'avoient pas la
vue si courte que les ntres, avoient dj reconnu que la guerre entre
la France et l'Angleterre toit invitable, et manoeuvroient en
consquence avec notre ministre. Le comte de Kaunitz, alors ambassadeur
de Marie-Thrse auprs de Louis XV, apprciant la porte de nos
diplomates, conut le projet hardi de changer la politique de la France,
de rompre l'quilibre tabli par la paix d'Aix-la-Chapelle[179],
d'allie qu'elle toit du roi de Prusse d'en faire son ennemie, et de
trouver, dans cette espce de perturbation des rapports et des intrts,
quelques chances pour reconqurir la Silsie, continuel objet des
regrets de Marie-Thrse, et source de ses ressentiments contre un
prince qui, sans doute, l'en avoit trs injustement dpouille. De son
ct, Frdric demandoit  rester dans notre alliance, et offroit le
secours efficace de ses excellentes armes et de ses incomparables
talents militaires pour contenir l'Autriche, en cas qu'elle voult faire
cause commune avec l'Angleterre, et agir hostilement sur le continent.
Ce qu'il demandoit toit l'ancien systme de politique extrieure de la
France, depuis que, dans les rapports des puissances chrtiennes entre
elles, tout avoit t rduit aux intrts purement matriels; et c'toit
indubitablement le meilleur  suivre dans cette circonstance, car il ne
sembloit pas probable que, la France se montrant dispose  conserver
la paix sur le continent, l'Autriche et hasard de commencer la guerre
en prsence des armes du roi de Prusse, soutenues d'une alliance si
redoutable; et alors tous les efforts du gouvernement se portoient vers
la guerre maritime, avec l'espoir fond d'y rtablir cette parit de
forces que venoit de rompre la perfide agression de l'Angleterre. Mais
la matresse du roi avoit  se plaindre du hros prussien, dont l'esprit
caustique lui avoit lanc, de Berlin  Versailles, quelques sanglantes
pigrammes. Ce n'toit pas tout: une correspondance  laquelle Kaunitz
avoit eu l'adresse de faire descendre la fille des Csars avec cette
impudente courtisane, et dans laquelle la raison d'tat, beau nom dont
on a coutume de couvrir les fautes et les turpitudes des princes,
l'avoit fait se dgrader jusqu' prodiguer  cette femme ces expressions
affectueuses qu'on n'accorde qu' l'intimit et aux affections les plus
familires, avoit produit un effet plus sr que les intrigues et les
ngociations des cabinets. La tte tourna  Mme de Pompadour de se voir
en un commerce rgl de lettres amicales avec une grande souveraine; et
Marie-Thrse put tout obtenir de cette vanit bourgeoise, qu'elle avoit
su satisfaire aux dpens de sa franchise et de sa dignit. Ds ce
moment, la favorite n'eut plus qu'une pense, qui fut d'allier la
France  l'Autriche dans une guerre continentale; c'toit la moindre
chose qu'elle pt faire pour une impratrice-reine qui lui crivoit de
petits billets et qui l'appeloit son _amie_.

[Note 179: Alors l'Europe chrtienne, dit Voltaire, se trouva partage
entre deux grands partis qui se mnageoient l'un l'autre, et qui
soutenoient chacun de leur ct cette balance: les tats de
l'impratrice, reine de Hongrie, et une partie de l'Allemagne, la
Russie, l'Angleterre, la Hollande, la Sardaigne, composoient une de
ces grandes factions; l'autre toit forme par la France, l'Espagne,
les Deux-Siciles, la Prusse, la Sude. Toutes les puissances restrent
armes; et on espra un repos durable, par la crainte mme que les
deux moitis de l'Europe sembloient inspirer l'une  l'autre. (_Prcis
du Sicle de Louis XV_, ch. XXX.)]

Cependant ce projet d'alliance toit discut dans le conseil o sa
domination n'toit pas encore aussi souverainement tablie qu'elle le
fut depuis, et o le ministrialisme, trs concentr sous la rgence
et sous le cardinal de Fleuri, avoit fini, grce  l'incurable
foiblesse du prince, par dgnrer en une sorte d'anarchie
oligarchique; chaque secrtaire d'tat s'tant fait matre absolu dans
son dpartement, n'tendant pas ses vues au del des intrts et des
affaires qui en dpendoient, y rapportant tout, et pour les soutenir,
se mettant en tat d'hostilit contre ses collgues, au risque de
compromettre la fortune et le salut mme de l'tat. D'Argenson,
ministre de la guerre, de qui Duclos lui-mme rend ce tmoignage
qu'il toit dgag de tout principe moral, et que le bien et le mal
lui toient indiffrents, auroit voulu armer sur terre la France
entire, et rduire ainsi le ministre de la marine  la nullit la
plus absolue. Machault, qui ne valoit pas mieux que lui, dirigeoit
alors ce dpartement, auquel il avoit tout refus lorsque Maurepas en
toit le chef, et qu'il toit, lui, contrleur gnral; et ministre
de la marine, il prtendoit, au contraire, que la guerre maritime
toit la seule qu'il ft  propos de faire, conseilloit d'abandonner
tout projet hostile sur le continent, de chercher plutt, dans une
alliance offensive avec l'Espagne, des moyens de rprimer la nation
ambitieuse qui menaoit galement l'une et l'autre puissance; et
l'intrt qui le faisoit parler toit ici d'accord avec le bon sens.
Toutefois il ne soutenoit pas cet avis, qui toit incontestablement le
meilleur, aussi fortement qu'il l'auroit fallu, parce qu'il craignoit
de mcontenter Mme de Pompadour, dont il toit la crature; tant dj
alarm de voir l'abb de Bernis, homme de cour trs agrable et homme
d'glise fort scandaleux, s'insinuer dans les bonnes grces de la
favorite, travailler par ses soins et ses flatteries  la dgoter de
l'inepte Rouill, qu'elle-mme avoit plac aux affaires trangres, et
 peu prs sr de le supplanter, tendre  s'emparer exclusivement de
sa confiance et de celle du roi. Quant au contrleur des finances, qui
toit alors Hrault de Schelles, uniquement occup du soin de
s'enrichir lui et ses cratures, et servilement aux ordres de la
marquise, il vaut  peine l'honneur d'tre nomm.

D'Argenson, Machault et Bernis dirigeoient donc les affaires sous
l'influence de Mme de Pompadour, qui elle-mme dirigeoit Louis XV 
son gr. Les Mmoires du temps leur accordent des talents et de la
capacit, ce qui ne peut tre considr comme vrai que par rapport 
ceux qui les remplacrent. C'toit entre ces divers personnages que la
question de la guerre continentale toit principalement dbattue: le
roi, que l'imprudent Frdric n'avoit point pargn dans ses
pigrammes, y toit port par le ressentiment qu'il en avoit gard,
par une sorte d'antipathie qu'au sein de ses dsordres il prouvoit
pour un prince irrligieux jusqu' l'impit dclare; et  ces motifs
purement personnels se joignoit la pense de former une alliance
catholique qui pt balancer le parti protestant dj prpondrant en
Europe[180], pense qui et t sublime dans un autre temps, qui alors
toit presque ridicule. La marquise toit entrane par engouement et
surtout par sa vanit  la fois satisfaite et blesse. Sur deux
ministres influents, il y en avoit un qui vouloit la guerre de toutes
ses forces, l'autre osoit  peine s'y opposer; le contrleur gnral
toit de l'avis de la favorite. Autour du ministre se pressoient ceux
qui esproient jouer un rle sur ce nouveau thtre, le comte
d'Estres, le prince de Soubise, le duc de Richelieu et plusieurs
autres. L'abb de Bernis, que le roi aimoit, que la marquise
protgeoit, qui se voyoit sur le point d'entrer au conseil, n'eut donc
pas le gnreux courage de combattre un projet de guerre
qu'intrieurement il dsapprouvoit, et donna la mesure de son
caractre et de sa probit politique, en se chargeant de ngocier avec
l'ambassadeur d'Autriche le trait qui devoit la faire clater.

[Note 180: DUCLOS, _Mm. secrets_, t. 2, p. 299.]

Or toutes ces choses se passoient, tandis que ce mme ministre,
compos de semblables hommes, luttoit si misrablement contre le
parlement, et ne se soutenoit dans cette lutte qu'en lui sacrifiant
journellement quelques dpouilles de l'glise de France, comme une
proie  dvorer. Le trait entre la France et l'Autriche fut sign, 
Versailles, le 1er mai 1756. Cependant, cette mme anne, la guerre
s'toit ouverte avec les Anglois, sous les auspices les plus
favorables: l'escadre franoise, commande par La Galissonnire, avoit
battu et dispers l'escadre angloise que commandoit l'amiral Bing; et
la prise de l'le de Minorque, et de la forteresse de Mahon qui suivit
cette victoire navale, toit un fait d'armes brillant qui donnoit au
marchal de Richelieu les apparences d'un gnral heureux, brave et
expriment[181]. Ces premiers succs enivrrent les fauteurs de la
guerre; et cet enivrement fut d'autant plus fatal, qu'ils ne
s'arrtrent plus dans leurs esprances.

[Note 181: On a prtendu, dit Duclos, que l'attaque du fort
Saint-Philippe,  Mahon, toit une entreprise folle. Il est vrai qu'on
ne s'y ft peut-tre pas engag, si on l'et connu exactement: on
s'toit dtermin sur un plan fourni par l'Espagne; mais on ignoroit
l'tat de la place depuis que les Anglois la possdoient, et il n'y
eut que l'intrpidit du soldat franois qui suppla  tout. (DUCLOS,
_Mm. secrets_, t. 2, p. 310.)]

Le roi de Prusse, au contraire, ne s'aveugloit point sur sa situation;
et bien instruit des dispositions et de la prpondrance de la coterie
qui manoeuvroit contre lui  la cour de France, il avoit prudemment
jug que ce seroit agraver cette position prilleuse que de rester
seul  la merci de hautes parties contractantes. Il connoissoit trop
bien l'Autriche pour ne pas avoir devin o elle en vouloit venir en
ngociant avec la France un trait d'alliance et de neutralit dans la
guerre de cette puissance avec l'Angleterre, trait par lequel elle
s'engageoit  garantir et  dfendre en Europe tous les tats du
monarque franois, que personne n'attaquoit ni ne pouvoit attaquer;
tandis qu'elle s'y faisoit garantir les siens, non sur les bases du
trait d'Aix-la-Chapelle, mais selon l'ordre tabli par la
Pragmatique-sanction[182], clause qui le menaoit directement dans la
possession usurpe de la Silsie. Aussi cette convention n'toit pas
encore signe, qu'il avoit pris le seul parti qu'il lui ft possible
de prendre, en signant le premier un trait d'alliance avec le roi
d'Angleterre. Cependant des ngociations actives, entames avec tous
les cabinets de l'Europe et conduites avec adresse pas l'abb de
Bernis, fortifioient le trait de Versailles de l'alliance de la
Russie et de la Sude; la Bavire, le Palatinat et le Wirtemberg y
avoient accd; la dite de l'Empire refusa son assistance au roi de
Prusse, et la Hollande confirma sa neutralit. Ainsi l'Europe presque
entire s'branloit sur ses fondements pour faire rendre un petit coin
de terre  l'Autriche,  cette Autriche contre laquelle, quelques
annes auparavant, cette mme Europe s'toit galement arme dans le
dessein de la dpouiller de tous ses tats; et c'toit la France qui
provoquoit de nouveau cet branlement gnral, n'ayant rien  rclamer
pour elle, ne prtendant  aucune conqute, n'ayant nulle apprhension
d'tre entame dans la moindre partie de son territoire. Certes,
c'toit l de la dmence; et cette dmence semble encore plus
caractrise, lorsque l'on considre que cette confdration si
formidable n'toit forme que pour avoir raison d'un des plus petits
royaumes de l'Europe. Les plus simples notions des intrts grossiers
dont se composoit alors la politique moderne y toient renverses; et
tout ceci semble  peine croyable. Ce qui va suivre est plus
incroyable encore.

[Note 182: _Voyez_ p. 107, 108 et 151 de cette deuxime partie.]

Jamais souverain ne s'toit vu dans de plus grandes extrmits que le
roi de Prusse: ses ennemis se prsentoient  lui sur tous les points;
mais aussi il ne se rencontra jamais sur le trne un gnie plus propre
que le sien  lutter contre une pareille situation,  montrer ce que
peuvent oprer de prodiges un pouvoir absolu sur des peuples faonns
 l'obissance, une force de volont que rien ne peut branler, et une
capacit militaire en tat de tout entreprendre et mme de tout
hasarder, parce qu'elle n'est comptable qu' elle-mme de ses revers
et de ses succs[183]. Son coup d'oeil perant lui fit voir avec la
rapidit de l'clair ce qu'il avoit  faire: c'toit d'attaquer avant
qu'on et pu se runir pour l'accabler, et il le fait  l'instant
mme.  la tte de ses armes si long-temps victorieuses, et entour
de ce cortge de gnraux habiles qu'il avoit forms lui-mme sur les
champs de bataille, il entre brusquement en Saxe, ordonne au prince
Ferdinand de Brunswick, l'un de ses plus dignes compagnons d'armes,
d'aller s'emparer de Leipsick, marche lui-mme sur Dresde, force pour
la seconde fois le roi de Pologne  sortir de la capitale de ses tats
hrditaires; et tandis que celui-ci va s'enfermer avec ses meilleures
troupes dans le camp de Pyrna, vole, dans la Bohme,  la rencontre
des Autrichiens qui commenoient  s'branler; dclar par la dite
ennemi de l'Empire, rpond  cette dclaration en les battant 
Lokowitz, revient au blocus du camp de Pyrna, d'o le roi-lecteur
s'chappe encore, abandonnant son arme qui tout entire se rend
prisonnire, et, dans sa fuite, suppliant le vainqueur de dicter les
conditions d'une paix qui lui est refuse. Frdric ne lui accorda que
des passe-ports pour se retirer en Pologne, et combla lui-mme,
dit-on, la mesure de ses mpris en lui offrant des chevaux de
poste[184].

[Note 183: Comme homme de guerre, Frdric est, sans contredit, un des
plus grands gnies qui aient paru dans le monde. Avant lui, il y avoit
eu, parmi les modernes, des hommes suprieurs dans plusieurs parties
de l'art militaire; mais on peut dire que la tactique y toit encore 
son enfance, ou plutt que ses principes, servilement calqus sur ceux
des anciens, toient en contradiction avec les moyens si diffrents
d'attaque et de dfense que l'on a depuis invents, et que l'on
employoit sans en connotre la vritable application. Ce fut en
substituant l'ordre _mince_  l'ordre _profond_, que cet homme
extraordinaire renversa d'un seul coup toutes les vieilles routines,
et qu'il opra principalement ces prodiges qui frapprent son sicle
d'tonnement et d'admiration, et lui ont valu une si grande place dans
la postrit. Buonaparte, qui avoit aussi le gnie militaire, et qui
se trouvoit, de mme que le roi de Prusse, dans une position
indpendante, a fait en ce genre de grandes choses, pour avoir su
imiter en plusieurs points un si habile matre, avec cette diffrence
qu'il n'a rang qu' une distance considrable de son modle, non
seulement par cette qualit d'imitateur, mais encore parce qu'il a
opr avec des moyens immenses, tandis que Frdric luttoit contre
l'Europe entire avec les foibles ressources de son petit tat. Il est
hors de doute que l o le hros prussien s'est sauv, Buonaparte
auroit mille fois pri.]

[Note 184: La reine de Pologne montra plus de caractre que son mari;
elle ne voulut jamais sortir de Dresde, et y mourut bientt,
succombant  ses chagrins et aux durets qu'elle eut  essuyer de la
part du vainqueur.]

Ces succs extraordinaires et inattendus du roi de Prusse n'eurent
d'autre effet que de conduire plus promptement l'Autriche au but
qu'elle vouloit atteindre. Mme de Pompadour accueillit sur-le-champ la
demande que fit son _amie_, l'impratrice-reine, de rendre offensive
cette alliance, stipule seulement comme dfensive dans le trait de
Versailles; et le roi, ainsi que tous ses ministres, bon gr mal gr,
se rangrent encore  cet avis, car elle toit alors matresse
souveraine des dlibrations du cabinet. Ceci fait, et la question se
rduisant dsormais  tracer des plans de campagne et  administrer
les armes de terre et de mer, la favorite fit renvoyer du ministre
les deux hommes qui seuls se fussent montrs capables dans
l'administration de la marine et de la guerre, Machault et
d'Argenson[185], et les remplaa par deux autres qu'elle choisit,
comme  plaisir, parmi les plus ineptes, Paulmy et Moras. Ce fut sous
ces heureux auspices que s'ouvrit la campagne de 1757.

[Note 185: Dans le premier effroi que lui avoit caus la blessure que
lui avoit faite Damiens, Louis XV avoit senti renatre, comme dans sa
maladie de Metz, ses remords et ses sentiments religieux, et avoit
ordonn qu'on renvoyt madame de Pompadour. Machault, non moins
alarm, mais par un motif bien diffrent, s'toit,  l'instant mme,
tourn contre sa protectrice plus bassement encore qu'il ne l'avoit
adule, et avoit voulu lui-mme lui signifier l'ordre de se retirer.
On pense bien qu'elle ne pouvoit lui pardonner. Quant  d'Argenson, il
montra aussitt pour le dauphin un empressement que Louis XV ne lui
pardonna pas davantage.]

On s'toit ridiculement persuad que le roi d'Angleterre, matre en
apparence de faire la paix ou la guerre, l'toit en ralit; et que
ds qu'il verroit son lectorat de Hanovre envahi, il souscriroit
cette paix  peu prs aux conditions qu'il plairoit de lui imposer.
Une seule campagne suffisoit, disoit-on, pour amener cet immanquable
rsultat. On ouvrit donc cette campagne en faisant marcher une arme,
 travers la Hesse et la Westphalie, vers cet lectorat de Hanovre,
que dfendoit le prince de Cumberland, dont l'arme, toute
hanovrienne, toit fortifie des troupes hessoises et brunswickoises.
L'arme franoise, dont une division toit sous les ordres du prince
de Soubise, l'un des favoris de Mme de Pompadour, avoit pour gnral
en chef le marchal d'Estres. Tandis qu'elle marchoit en avant,
l'ennemi reculant toujours devant elle, et lui abandonnant
successivement ses places fortes et ses positions, les intrigues de
Versailles se montroient dj plus actives que le gnral franois,
qui, en effet, laissoit voir de la lenteur, de l'indcision, et ne
savoit pas profiter des avantages que lui offroit cette singulire
manoeuvre du gnral anglois. Il hsitoit encore  attaquer celui-ci
qui, fortement retranch prs de Hastenbeck, paroissoit enfin dcid 
l'attendre, lorsqu'il apprit que son successeur toit dj nomm: ce
fut cette nouvelle qui lui donna la rsolution de livrer enfin
bataille. Il attaqua donc le prince de Cumberland, remporta une
victoire qu'il dut aux fautes de celui-ci et  l'habilet de Chevert
et de quelques autres officiers distingus; puis, quelques jours
aprs, fut destitu comme s'il avoit t battu, et remit le
commandement au marchal de Richelieu. Celui-ci profita de la terreur
panique de l'ennemi, terreur qui, lui ayant fait d'abord abandonner un
champ de bataille qu'il pouvoit encore disputer, ne lui avoit pas
permis de s'arrter un seul instant dans une retraite qu'il continua
jusqu' ce que l'arme franoise l'et accul  l'embouchure de
l'Elbe. Ce fut l que, rfugi dans Stades avec des troupes qui
partageoient son effroi et son dcouragement, le duc de Cumberland,
que Fontenoi et Culloden avoient autrefois illustr, signa cette
convention fameuse de Closter-Severn, par laquelle les Franois
demeurant matres de l'lectorat de Hanovre, du landgraviat de Bremen
et de la principaut de Verden, les troupes allies de cet lectorat
toient tenues de se retirer dans leurs pays respectifs, pour y rester
neutres jusqu' la fin de la guerre, les Hanovriens devant passer
l'Elbe et ne point sortir des quartiers qui leur seroient assigns. En
signant, de son ct, cette convention, le duc de Richelieu, qui
pouvoit faire toute cette arme prisonnire de guerre par
capitulation, et qui avoit commis la premire faute d'en manquer
l'occasion, en commit une seconde plus grave encore: ce fut d'oublier
que le duc de Cumberland n'tant pas autoris par sa cour  proposer
un semblable arrangement, il toit nul par le fait; et qu'en refusant
de le ratifier, les Anglois pouvoient faire perdre  la France tout le
fruit de cette suite de succs inesprs. Cette dernire faute fut la
plus capitale d'une guerre o l'on ne commit que des fautes; et le
vainqueur hasardeux de Mahon n'avoit, ni dans son caractre ni dans
ses talents militaires, ce qu'il falloit pour la rparer. Tandis que
le prince de Soubise, qu'il avoit dtach de l'arme avec un corps de
vingt-cinq mille hommes, se joignoit aux troupes des cercles de
l'Empire pour pntrer en Saxe et y rtablir l'lecteur, le gnral en
chef, plus habile  piller qu' combattre, parcouroit le Hanovre en le
dsolant, et, uniquement occup de satisfaire sa cupidit insatiable,
laissoit au prince Ferdinand de Brunswick le temps de mettre
Magdebourg en tat de dfense, et ne faisoit aucune manoeuvre pour
soutenir son lieutenant.

C'est que, prsomptueux et lger, il considroit la guerre comme
termine, et le roi de Prusse comme perdu sans ressource. Or, voici ce
qui arriva: sorti des quartiers d'hiver qu'il avoit pris dans la Saxe,
Frdric, aprs avoir vainement essay de rompre la ligue formidable
qui avoit jur sa ruine, s'toit livr de nouveau  ces tentatives
hardies qui seules, dans de semblables extrmits, pouvoient lui
offrir quelques chances de salut. Alors l'arme des cercles n'toit
pas encore rassemble; la Sude et la Russie attendoient pour agir les
subsides de la France, embarrasse de payer mme ses propres soldats;
et au commencement de cette campagne, l'Autriche se trouvoit encore
abandonne contre lui  ses propres forces. Il saisit le moment et
rentre dans la Bohme, se proposant non pas seulement de vaincre les
armes de son ennemi, mais de les anantir; pntre jusqu'aux
environs de Prague; y remporte sur le prince de Lorraine une victoire
sanglante et long-temps dispute; le force de se renfermer dans cette
capitale, avec quarante mille hommes qu'il est sr de bientt affamer;
sans en abandonner le blocus, vole  la rencontre d'une seconde arme
qui s'avance pour dlivrer la premire, et qui, si elle est dtruite,
lui ouvre le chemin de Vienne, o il ira dicter les conditions de la
paix dans le palais mme des empereurs; trouve enfin, dans le vieux
tacticien Daun, un gnral dont la prudence et les combinaisons
savantes lui arrachent la victoire, et le replongent dans tous les
prils dont il se croyoit au moment de sortir. Forc de lever le sige
de Prague et toutefois sans que ses ennemis victorieux pussent
l'empcher de se maintenir encore dans la Bohme, ayant dj puis
toutes ses pargnes, et quelques fautes du prince Henri son frre le
mettant en pril de perdre la Silsie, il apprend  la fois l'entre
de quatre-vingt mille Russes dans la Prusse orientale, l'irruption des
Sudois dans la Pomranie, les succs extraordinaires de l'arme
franoise, la convention de Closter-Severn, la marche du prince de
Soubise vers la Saxe, et sa runion avec l'arme de l'Empire. Press
ainsi de toutes parts, envahi sur toutes ses frontires, Frdric sent
un moment s'abattre son courage, et cependant, au milieu des penses
de dsespoir dont il est agit[186], conserve encore cette prsence
d'esprit et ce coup d'oeil ferme qui savent lui crer des ressources
de salut, alors que tout semble perdu pour lui. Un de ses gnraux,
Bevern, est laiss  la garde de la Silsie avec une arme de
cinquante-six mille hommes; puis se confiant  sa fortune et  son
gnie, il n'emmne avec lui que douze mille soldats, en rassemble 
peu prs dix mille autres sur sa route, et, avec cette petite troupe,
va chercher les armes combines de France et des cercles, qui, sous
les ordres du prince de Soubise et du plus incapable des gnraux
autrichiens, le prince de Saxe-Hildbourghaussen, taient alors runies
auprs d'Erfurt; par une suite de manoeuvres ingnieuses, sait tromper
l'ennemi et lui faire quitter une position o il toit fortement
retranch, pour venir se livrer  lui dans la plaine de Rosback; et
l, avec un petit nombre de bataillons et d'escadrons de cavalerie,
remporte la victoire la plus complte sur une arme de soixante mille
hommes, indiscipline, mal commande, qui,  peine attaque, se met
en droute,  la honte de ses deux chefs, incapables mme de la
rallier aprs la dfaite. Vainqueur  Rosback, Frdric n'a pas mme
le temps de respirer: il faut qu'il retourne en toute hte dans la
Silsie, o Bevern a t battu par les Autrichiens, dj matres de
Breslaw et bientt de toute la province. Sa seule prsence y change la
face des choses: des dbris de ses armes il en compose une nouvelle
qu'il sait remplir de confiance et d'ardeur, et marche  la rencontre
de Daun et du prince de Lorraine, quelques jours auparavant vainqueurs
de ses lieutenants, tous les deux gnraux expriments et qui
commandent une arme deux fois plus nombreuse que la sienne; les
atteint dans la plaine de Lissa, et, par une de ces manoeuvres qu'il
n'appartient qu'au gnie militaire de concevoir sur-le-champ et de
savoir excuter[187], remporte sur eux une victoire plus complte
encore et surtout plus dcisive que celle de Rosback. Peu de jours
aprs, Breslaw lui rouvrit ses portes, et il se rtablit bientt dans
la Silsie. L'arme autrichienne toit, par sa dernire dfaite,
affoiblie, disperse, et hors d'tat d'agir avant d'avoir t
rorganise: le vainqueur concentra ses forces pour les porter tour 
tour sur les divers points menacs par ses nombreux ennemis, Russes,
Sudois, Franois, Allemands; et jusqu' la fin de cette mmorable
campagne de 1757, sut les contenir et les repousser.

[Note 186: Peu s'en fallut que ce prince impie n'effrayt le monde
d'un crime inoui dans la chrtient, et qu'il n'y donnt le premier
exemple du suicide d'un roi. On en trouve la preuve dans l'ptre en
vers qu'il adressa alors  Voltaire, et qui fut remise  celui-ci par
le marquis d'Argens.]

[Note 187: Ayant reconnu,  la disposition du corps de troupes
command par le prince de Lorraine, que ces troupes seroient tournes
s'il parvenoit  s'emparer d'un tertre qui couvroit leur aile gauche,
il fit pour y parvenir des manoeuvres si adroites et si compliques,
que les deux gnraux ennemis se persuadrent qu'il battoit en
retraite, et n'y mirent aucune opposition. Ds qu'il se fut empar du
tertre, et qu'il y eut fait jouer de l'artillerie, la bataille fut
gagne.]

(1758) La France n'avait pas, depuis long-temps, prouv un affront
comparable  celui de la journe de Rosback; les autres puissances
toient galement humilies; et ce fut parce que l'on avoit fait
honteusement la guerre qu'on refusa la paix au vainqueur, qui ne
cessoit de la demander, mais qui la vouloit honorable, quoiqu'il en
et plus besoin encore que les vaincus. La haine et le mpris pour
Louis XV et sa favorite alloient toujours croissant; les armes
franoises toient devenues la rise de la France elle-mme, ce qui ne
s'toit point encore vu; et les dfaites de leurs tristes gnraux
toient accueillies par des chansons et par des pigrammes. Mais
tandis qu'on se moquoit d'eux  Paris, ils toient ordinairement bien
reus  Versailles, o ils trouvoient leurs complices en intrigues et
en ineptie; et ceux que leur incapacit ou leurs prvarications
foroient de destituer, n'en toient ni moins impudents ni moins
favoriss. Il en alloit autrement en Angleterre: l'amiral Bing, pour
s'tre laiss vaincre, avoit t condamn  mort et fusill aux
acclamations du peuple anglois, qui vouloit que ses amiraux fussent
vainqueurs, sous peine de la vie. Cumberland,  son retour de sa
campagne ignominieuse, avoit t disgraci, entranant dans sa chute
le secrtaire d'tat Fox; et le clbre Pitt, depuis lord Chatam,
venoit d'tre plac au timon des affaires. Ds ce moment, les
rsolutions les plus nergiques sortirent du cabinet de Saint-James:
le nouveau ministre rompit ouvertement la convention de
Closter-Severn, se souciant fort peu de la foi jure l o il
s'agissoit des intrts du pays, et cette nouvelle perfidie avoit t
prvue; un subside considrable fut accord au roi de Prusse, et
l'arme des allis, qu'ils avoient dgage de son serment par
l'omnipotence de leur diplomatie, renforce d'un corps de troupes
angloises, commena  se mettre en mouvement, sous les ordres du
prince Ferdinand de Brunswick. Ce fut alors seulement que l'on
s'aperut, dans le cabinet de Versailles, que le duc de Richelieu
toit un gnral mal habile et mal avis; on le rappela, et ce fut un
prince du sang, le comte de Clermont, encore plus mal habile que lui,
qui eut la fantaisie de le remplacer: il arriva sur le thtre des
oprations militaires pour y rassembler, avec toute son inexprience,
quatre-vingt mille hommes pars sur une grande tendue de terrain. Le
prince Ferdinand n'avoit garde de lui en laisser le temps: il pntra
promptement et hardiment  travers tous ces corps isols, les battit
en dtail, les fora d'vacuer successivement et les postes et les
villes qu'ils occupoient; et le nouveau gnral, forc de repasser
honteusement le Rhin en abandonnant  l'ennemi onze mille prisonniers,
sembla n'tre entr en Allemagne que pour donner le signal  son arme
d'en sortir. Ainsi s'ouvrit, sur les frontires de France, la campagne
de 1758.

En Allemagne, le roi de Prusse toit moins heureux que l'anne
prcdente: Daun, aprs lui avoir enlev tous ses convois, l'avoit
forc de sortir de la Moravie, o il venoit de se jeter, et
d'abandonner le sige d'Olmutz, qu'il avoit peut-tre imprudemment
commenc. Laissant son arme dans la Bohme, o il vouloit se
maintenir, il toit all, suivi seulement de quatorze bataillons,  la
dfense de ses propres tats, que cent mille Russes venoient
d'envahir; et ralliant  ce corps d'lite les troupes qu'il avoit dans
la Pomranie, il avoit march  leur rencontre et les avoit vaincus
prs du village de Zorndorf, dans une des batailles les plus
sanglantes et les plus disputes de toute cette guerre. Mais c'toit
peu pour lui d'avoir forc  la retraite quelques uns de ses puissants
ennemis par des prodiges de bravoure et d'habilet; d'autres
reparoissoient  l'instant mme, non moins menaants et redoutables;
et vainqueur des Russes, le hros prussien n'eut que le temps de se
rendre en Saxe,  marches forces, pour dlivrer le prince Henri son
frre, que Daun avoit poursuivi jusque sous le canon de Dresde, o il
s'toit rfugi, attendant son librateur. Ds que le roi parut, le
sige fut lev, et les deux armes se runirent; mais cette fois-ci le
gnral autrichien se montrant, contre sa coutume, plus actif que son
illustre antagoniste, eut la gloire de tromper sa vigilance, de le
vaincre une seconde fois,  Hochkirch: et de le voir se retirer devant
lui. Cette dfaite et sa victoire sur les Russes, si chrement
achete, avoient puis les armes de Frdric: cette fois on le crut
et on dut le croire perdu sans ressource, et ce ne fut pas sans
tonnement que l'Europe le vit reprendre bientt,  force d'activit,
de sang froid et de science militaire, tout son ascendant sur Daun; et
par une suite non interrompue de ses manoeuvres accoutumes, le forcer
 aller chercher ses quartiers d'hiver hors de la Saxe et de la
Silsie, o,  la fin de cette campagne, les Prussiens ne
rencontrrent plus un seul ennemi.

Que faisoit, pendant ce temps, l'arme franoise sous les ordres du
comte de Clermont? Aprs lui avoir fait passer le Rhin, toujours
poursuivie par le prince Ferdinand, qui le passa aprs elle, son
gnral vouloit encore lui faire viter le combat, et continuer
indfiniment la retraite commence. Quelques uns de ses officiers l'en
firent rougir, et le forcrent en quelque sorte  s'arrter  Crevelt
et  y attendre l'ennemi. Les deux armes ne tardrent point  en
venir aux mains; et le comte de Saint-Germain, l'un de ceux qui
avoient conseill la bataille, toit sur le point d'assurer la
victoire, lorsqu'il se vit abandonn par le gnral en chef, habile
seulement  ordonner la fuite, et qui, cette fois-ci, donna l'exemple
en fuyant le premier. Le vainqueur s'empara de Nuys, de Ruremonde, de
Dusseldorf, et poussa des partis jusqu'aux environs de Bruxelles. Il
n'toit plus possible d'employer encore le comte de Clermont: Contades
le remplaa, et ce nouveau gnral, ayant pour second le prince de
Soubise, qui cherchoit une occasion d'effacer la honte de Rosback,
sembla relever un peu le courage du soldat? L'un et l'autre
remportrent quelques succs peu dcisifs, et montrrent quelque
disposition  reprendre l'offensive; mais les manoeuvres du prince
Ferdinand les forcrent bientt  revenir au point d'o ils toient
partis.

Voil o l'on toit aprs trois campagnes qui avoient fait verser des
flots de sang, et rduit la France aux plus cruelles extrmits. Nos
gnraux battus rpondoient aux reproches de lchet ou d'ineptie
qu'on leur adressoit en rcriminant contre leurs subordonns, qu'ils
accusoient de trahison; et ceux-ci se dfendoient en mettant dans un
plus grand jour les fautes qui avoient tout perdu. Les soldats,
indisciplins et dcourags, du mpris de leurs chefs toient passs 
l'admiration et  l'enthousiasme pour le hros qui les avoit si
souvent battus; et la France toit entrane  partager cet
enthousiasme et cette admiration. Enfin, la guerre qui pesoit sur elle
avoit t tellement conduite, et l'esprit public y toit tellement
exaspr contre le roi et ses ministres, qu'on voyoit, ce qui toit
encore sans exemple, les vaincus faire hautement des voeux pour le
vainqueur, s'affliger de ses revers, se rjouir follement de ses
succs.

Cependant, absorb par les embarras toujours croissants de cette
guerre insense, troubl par mille cabales, agit de mille intrigues
subalternes, le ministre, comme si le gnie des Dubois et des Fleuri
et encore prsid  notre marine, ne s'en occupoit gure plus que si
l'Angleterre et t notre allie; et celle-ci, profitant savamment,
ou de cette incurie, ou, ce qui est plus probable, des intelligences
secrtes qu'elle s'toit cres dans le centre mme de notre
administration maritime (car ce qui s'y passa alors et ce qui s'y est
pass depuis et pendant long-temps, ne peut gure s'expliquer que par
une trahison continuelle et en quelque sorte hrditaire), prludoit
aux grands coups qu'elle alloit frapper, par des descentes sur nos
ctes, des attaques contre nos ports, qui n'avoient pas en apparence
de grands rsultats, o souvent mme elle sembloit prouver des
checs, mais dont elle obtenoit ce rsultat bien autrement important,
d'arrter les secours en hommes, en munitions et en vaisseaux que
demandoient nos colonies, et d'o dpendoit leur conservation. Ceux
qui les commandoient poussoient des cris d'alarme qui parvenoient
jusqu'en France, et qui ne laissoient pas que d'accrotre le trouble
que causoient tant d'embarras o l'on s'toit si inutilement jet.
Cependant on n'avoit qu' dire un seul mot, qu' laisser entrevoir la
moindre disposition pacifique, et l'on finissoit  l'instant mme
cette guerre dplorable du continent, dont l'Autriche elle-mme toit
fatigue. Ce fut alors que l'abb de Bernis, revenant  ses premires
ides, commena  faire des instances pour la paix; et quelque
servilit qu'il y et alors dans le ministre, si l'on en excepte le
marchal de Belle-Isle, qui s'y montroit oppos uniquement sans doute
parce qu'il avoit le dpartement de la guerre, et que cependant il
n'et pas t difficile de ramener au meilleur avis, il n'y eut qu'une
seule voix pour cette paix devenue si ncessaire. Le roi lui-mme
commenoit  tre persuad et avoit permis que des ngociations
fussent entames  ce sujet. Mme de Pompadour, dont l'amour-propre se
sentoit froiss de toutes parts, que la clameur publique, dont elle
toit le principal objet, irritoit, parce qu'elle n'avoit pas assez de
sens pour en tre effraye, s'entta seule  la guerre, parla de la
honte qu'il y auroit  cder, de l'honneur de la France compromis,
joua la femme forte et le grand caractre, ce qui offrit le mlange de
l'odieux et du ridicule; et telle toit cette dgradation  laquelle
tout toit parvenu, qu'il fallut continuer  verser du sang et 
ravager des provinces, pour venger Mme de Pompadour des chansons des
Parisiens, aprs avoir commenc ces ravages et cette effusion de sang,
pour punir le roi de Prusse de ses pigrammes et payer Marie-Thrse
de ses cajoleries. L'abb de Bernis, pour prix de la seule bonne
action qu'il et faite depuis qu'il toit entr dans les affaires,
fut destitu[188]; et c'est alors que l'on vit parotre dans ce
ministre, o bientt il alloit jouer le premier rle, le plus grand
flau de la France, dans ce sicle o tout ce qui prenoit part au
gouvernement toit flau pour elle, le duc de Choiseul.

[Note 188: Il venoit d'tre nomm cardinal. Nous le verrons bientt,
ministre du roi,  Rome, y jouer un rle tout aussi peu honorable que
lorsqu'il toit  Versailles  la suite de madame de Pompadour.]

On le savoit ambitieux, actif, entreprenant; on croyoit qu'il hassoit
la favorite, parce qu'il en avoit souvent parl sans mnagement: on
applaudit donc  sa faveur et l'on en conut quelques esprances. Mais
pour esprer ainsi d'un homme qui montoit au pouvoir, il et fallu lui
supposer de la conscience; et le nouveau ministre des affaires
trangres donna sur-le-champ la mesure de la sienne en se livrant
tout entier  l'idole que, la veille, il insultoit encore. Pour
complaire  Mme de Pompadour, il alla mme plus loin qu'elle n'et
os, et signala son entre au conseil par le second trait de
Versailles, plus dsastreux encore que le premier, dans lequel la
France entire, avec ses armes et ses finances, toit mise  la
disposition de l'Autriche. Ce trait fut sign le 30 dcembre 1758.

 partir de ce moment, la guerre de sept ans n'offre plus pour la
France qu'une suite de revers et d'humiliations.

(1759-1761) Sur le continent, les vicissitudes du roi de Prusse se
multiplient, et son courage ainsi que son activit semblent s'en
raffermir. Les armes franoises, mieux conduites par Contades et
surtout par Broglie, qui partage avec lui le commandement, continuent
de faire une guerre infructueuse et meurtrire dans des provinces
dvastes, mais se soutiennent du moins sans honte jusqu' la bataille
de Minden, que, de l'aveu mme du roi de Prusse, Contades devoit
gagner, et qu'il perd en criant  la trahison contre son compagnon
d'armes, selon l'usage adopt alors par tous nos gnraux. Celui-ci
reste seul  la tte de l'arme, et dj vainqueur du prince Ferdinand
 Berghen, sait se maintenir dans la Hesse et dans le Hanovre;
continue, pendant la campagne suivante,  tenir en chec son habile
ennemi. Battu par lui  Warbourg, il prend sa revanche  Clostercamp,
et semble destin  relever la rputation des armes franoises,
lorsque, dans une troisime et dernire campagne, Mme de Pompadour
envoie le malencontreux prince de Soubise, toujours possd de la
manie d'tre un grand capitaine, entraver les oprations de Broglie,
et, sous deux gnraux dsunis, fait battre les armes franoises 
Fillingshaussen; nouveau dsastre qui produisit de part et d'autre de
nouvelles accusations, et dont le rsultat fut de faire exiler dans
ses terres le seul gnral qui, jusqu'alors, et montr quelque
talent.

Cependant, et nous venons de le dire, cette habilet de Broglie
n'avoit eu d'autre rsultat que de sauver aux armes franoises la
honte de reculer sans cesse devant l'ennemi. Pendant ces trois
campagnes les soldats manoeuvrrent  peu prs sur le mme terrain, se
battirent dans les mmes plaines ou autour des mmes forteresses, et
il n'en arriva rien de plus. Dans le centre de l'Allemagne, la scne
toit du moins plus varie et plus dramatique: les Russes avoient
commenc  prendre leur revanche de la victoire du roi de Prusse en
battant un de ses lieutenants; s'tant ouvert par ce succs les
marches de Brandebourg, ils y avoient occup la ville de
Francfort-sur-l'Oder, o s'toit runi  leur arme un corps
autrichien command par le gnral Laudon. Frdric se met aussitt en
marche, traverse la fort de Kunersdorf, les surprend et les attaque
dans la position o ils s'toient retranchs: la victoire se dclare
d'abord pour lui, puis lui chappe bientt parce qu'il la veut trop
complte, et que, dcid  ne rien laisser chapper de cette arme, il
s'acharne avec trop de fureur contre un ennemi dont la rsistance
devient d'autant plus terrible qu'il l'a rendue lui-mme dsespre.
Par les suites de cette faute, il voit presque toute son arme prir
dans cette lutte sanglante et tmraire contre des masses immobiles,
et quitte en frmissant ce champ de carnage, n'ayant plus autour de
lui que cinq mille soldats. C'en toit fait de la Prusse et de son
souverain, si le gnral russe Soltikoff et su profiter de sa
victoire; mais il se montra timide et irrsolu, n'osa agir avant
l'arrive de la grande arme commande par Daun; et le prince Henri,
en arrtant tout court celui-ci dans la Haute-Lusace, fut, dans cette
circonstance critique, le librateur de son pays. On vit alors les
Russes victorieux se retirer une seconde fois vers la Pologne; et
quoique douze mille Prussiens, surpris et cerns par toute l'arme de
Daun, eussent t forcs de mettre bas les armes, la prise de Dresde
avoit t, dans cette campagne, le seul exploit utile de ce gnral
temporiseur. Mais Frdric, dans trois dfaites, avoit perdu cinquante
mille hommes, et, dans la campagne suivante, il se ressentit
cruellement de cet puisement de ses forces militaires. Un de ses
lieutenants fut encore battu  Landshut par le mme gnral Laudon;
Glatz, l'une des principales forteresses de la Silsie, lui fut
enleve par un coup de main; aprs s'tre puis en vains efforts pour
reprendre le chteau de Dresde, il s'toit vu forc d'abandonner cette
entreprise, o s'toient encore affoiblis les dbris de ses armes.
Rien ne pouvant dsormais mettre obstacle  la runion des Russes et
des Autrichiens, les deux armes ennemies, devant lesquelles le prince
Henri n'avoit pu que se retirer en bon ordre, marchrent  grandes
journes sur Berlin, qu'il lui toit impossible de couvrir: alors
Frdric, dont la perte sembloit assure, se vit rduit  faire la
guerre en partisan, tournant autour des armes ennemies, et dans cette
situation extraordinaire, battant encore les corps isols qu'il avoit
l'art et le sang-froid de surprendre. Cependant Russes et Autrichiens
toient entrs  Berlin, et la capitale de la Prusse subissoit la loi
rigoureuse des vainqueurs, lorsque, par une rsolution subite et
inexplicable, le gnral Soltikoff se retira prcipitamment et repassa
l'Oder, abandonnant les Autrichiens qui, de leur ct, se replirent
sur Torgau. Frdric, qui se disposoit  marcher au secours de Berlin,
se dirige aussitt vers ceux-ci, les atteint dans cette position, et,
aprs un long carnage qui dtruisit en grande partie l'une et l'autre
arme, remporte une victoire comparable aux plus clatantes de celles
qu'il avoit remportes dans des jours plus heureux. Cependant ce
vainqueur, qui remplissoit l'Europe du bruit de sa renomme, toit
rduit aux abois par ses triomphes comme par ses revers, et la
nouvelle campagne le prouva: mais aussi elle mit en vidence la
fatigue et l'affoiblissement de ses ennemis. De part et d'autre, on ne
fit que de foibles efforts, et sur tous les points; et tandis que les
gnraux franois, Broglie et Soubise, remuoient lentement des masses
normes, pour venir perdre cette dernire bataille dont nous venons de
parler, les oprations des Autrichiens se bornrent dans la Silsie 
s'emparer d'une seule forteresse; les Russes se contentrent de la
prise de la ville de Colberg, qu'ils avoient deux fois inutilement
assige, et l'extrme foiblesse des Prussiens se manifesta par
l'impossibilit o ils furent de se maintenir dans la Saxe, qu'ils
furent enfin forcs d'vacuer.

Telle fut, depuis le commencement jusqu' la fin, la guerre
continentale, sanglante, acharne, et sans rsultats. La guerre
maritime fut bien diffrente, et c'est l, ainsi que dans la guerre de
1741, que se portrent les coups les plus funestes  la France, qu'il
lui fallut enfin subir ce que lui avoit prpar un demi-sicle
d'incurie et de trahison. Avant d'oser faire une dclaration de
guerre, on avoit, pendant six mois, laiss l'Angleterre exercer
librement ses pirateries, ruiner notre commerce et nous enlever la
fleur de nos matelots; nos colonies avoient t abandonnes, en Orient
et en Occident,  leurs propres forces, et l'on avoit considr comme
des triomphes d'avoir forc les soldats anglois  se rembarquer,
chaque fois qu'ils avoient fait des descentes sur nos ctes. Il fallut
enfin,  la dernire extrmit, sortir de ce sommeil, et ce ne fut pas
vers nos colonies menaces que se porta d'abord la pense du
ministre; il imagina des descentes en Angleterre sur plusieurs
points, comme par reprsaille de ces descentes qu'elle venoit d'oprer
en Bretagne et en Normandie[189], et ce fut pour excuter ce plan
insens que l'on arma tous nos vaisseaux. Pour le dconcerter, les
Anglois, forts de la supriorit de leurs flottes et de l'incomparable
habilet de leurs marins, n'eurent qu' se prsenter  l'entre de nos
ports. La flotte de Toulon, compose de quinze vaisseaux et commande
par La Clue, sortit la premire: huit de ses vaisseaux s'en sparrent
presque au moment de la sortie, et l'amiral franois ne sut pas les
rallier. L'amiral anglois vint alors lui prsenter le combat avec
quatorze voiles, et ce fut comme un jeu pour lui de l'craser dans ce
combat ingal[190]. Ce dsastre toit grand: celui de la flotte de
Brest le fit bientt oublier. Le marchal de Conflans la commandoit,
et il avoit enfin donn l'ordre d'appareiller, aprs avoir manqu
l'occasion de combattre avec avantage l'escadre angloise qui bloquoit
le port, et que les vents avoient plusieurs fois repousse et mme
disperse.  peine la vit-il reparotre que, saisi d'une terreur
panique et inexplicable, il donna le signal de la retraite; pour la
rendre plus sre, engagea ses vaisseaux dans les rochers et les bancs
de sable dont la cte toit hrisse, et laissa ainsi couper son
arrire-garde qui, sous les ordres de Saint-Andr Duverger, soutint
avec intrpidit un combat ingal, dans lequel il lui fallut enfin
succomber, tandis que le lche amiral faisoit chouer et brler son
vaisseau, que d'autres toient briss sur les ctes, ou engloutis dans
les flots, ou se prcipitoient dans les eaux de la Villaine, d'o il
fut impossible de les retirer. Jamais dsastre aussi grand et aussi
irrparable n'avoit encore dsol notre marine[191], et ce fut le
signal d'une suite d'humiliations et de revers dont il n'y avoit
galement point d'exemple. La France perdit, cette mme anne, le
Canada, si long-temps et si vaillamment dfendu par Montcalm, la
Martinique, la Guadeloupe et toutes les petites les qui en dpendent;
on envoya, dans l'Inde, un Irlandois nomm Lally, qui s'y conduisit
comme s'il avoit eu la mission de dtruire ce qu'y avoient fait
Dupleix et La Bourdonnaie: Cet tranger, dit Duclos, avide d'argent,
et d'une tte malsaine, n'exerce sa frocit que sur ceux qu'il doit
dfendre, livre ou vend la place de Pondichry, dont la dfense lui a
t confie, refuse mme la capitulation offerte par l'ennemi, et la
trahison est si visible qu'on est oblig en France de le mettre en
prison. Sur les ctes d'Afrique nos tablissements, non moins
abandonns, sont pills et dvasts par nos infatigables ennemis. Pour
combler la mesure de tant d'opprobre, ils s'emparent de Belle-Isle, 
la vue des ctes de France, sans qu'on puisse ou qu'on ose y mettre
le moindre obstacle[192]. Quand toutes ces fautes ont t commises et
que tous ces malheurs sont arrivs, on pense enfin  veiller
l'Espagne sur les dangers dont nos revers la menacent; et Choiseul,
qui a su joindre le dpartement des affaires trangres  celui de la
guerre, ngocie avec assez d'art pour entraner son nouveau roi
Charles III dans une alliance offensive qu'il et fallu faire plus
tt, et qui, trop tardive, n'eut d'autre rsultat pour notre alli que
de lui faire partager nos dsastres. Cette puissance, dit encore
Duclos, y a perdu sa marine et des richesses immenses, qui ont fourni
les moyens  nos ennemis de continuer la guerre et de dicter
imprieusement les conditions de la paix[193].

[Note 189: Ce plan d'invasion avoit t imagin par le marchal de
Belle-Isle, alors ministre de la guerre. Deux corps d'arme avoient
t rassembls, l'un  Dunkerque, sous les ordres de Chevert, l'autre
en Bretagne, command par le duc d'Aiguillon. Les deux escadres de
Brest et de Toulon devoient se runir et protger le dbarquement de
ces troupes, sur plusieurs points de l'Irlande et de l'Angleterre.]

[Note 190: Trois vaisseaux se sauvrent dans le port de Lisbonne, deux
furent pris et deux autres brls.]

[Note 191: Le marchal de Conflans perd notre flotte, dit Duclos,
celle des Anglois tant tout au plus gale  la ntre; il brle un
vaisseau qui toit une citadelle flottante; il ose s'en vanter comme
d'un exploit. Quel est son chtiment? de n'tre point prsent au roi,
et d'aller journellement en public affronter les mpris qu'on ose lui
marquer. Il se plaint des officiers qui servoient sous lui; ceux-ci
rcriminent, et tout se borne l. Les mesures sont partout aussi mal
prises que mal excutes. Les vaisseaux de transport sont spars de
la flotte, parce que le petit orgueil du duc d'Aiguillon ne lui permet
pas d'tre subordonn dans Brest. Voil ce qui l'engage  mettre les
vaisseaux de transport  Quiberon, pour y commander seul, au hasard de
tous les prils de la jonction. (_Mm. secrets_, t. 2, p. 391.)]

[Note 192: Tous ces dsastres de notre marine arrivrent en 1758 et
1759. Ce fut encore la prsomption du duc d'Aiguillon, ajoute Duclos,
qui fit perdre Belle-Isle. Les tats de Bretagne, voyant l'importance
de cette place, l'avertissent, un an d'avance, de pourvoir  sa
sret, et offrent les approvisionnements ncessaires. Il rpond, avec
une vanit purile et une ironie amre,  une dputation qu'il doit
respecter, qu'il est oblig aux tats de vouloir bien lui apprendre
son mtier. Il en avoit pourtant besoin, puisqu'il a laiss prendre
Belle-Isle, faute des prcautions offertes. (_Mm. secrets_, t. 2, p.
391.)]

[Note 193: Il est vrai de dire cependant que cette alliance, devenue
fameuse sous le nom de _pacte de famille_, est le seul acte qui honore
le ministre de Choiseul. Telle toit l'excellence de ce trait que,
pendant prs de quinze ans, il a contenu l'Angleterre, mme aprs tant
de victoires; et que, si la rvolution franoise ne ft venue au
secours de notre ennemie, il lui et tt ou tard arrach cet empire
des mers, qui naturellement ne doit pas lui appartenir. Le plus bel
loge qu'on en puisse faire, c'est que le cabinet de Londres n'a pas
de plus grande crainte que celle de le voir rtablir; et que cette
crainte a t publiquement manifeste par ses ministres  l'occasion
de la dernire guerre d'Espagne.]

De notre ct, la continuation de cette guerre devenoit impossible: la
France n'en pouvoit plus; l'tat des finances toit dsespr, et le
changement continuel des contrleurs gnraux, les expdients honteux
ou tmraires que l'on essayoit chaque jour, loin de gurir le mal,
l'aggravoient en accroissant la mfiance et en resserrant ainsi les
derniers canaux par o l'argent auroit pu encore circuler. Frdric en
toit rduit  ne pouvoir commencer une nouvelle campagne, et la
Prusse se voyoit menace d'tre raye de la liste des nations. La paix
sembloit donc difficile  faire, mme aux conditions les plus
humiliantes: on essaya nanmoins d'entamer des ngociations avec
l'Angleterre, qui, bien que victorieuse avec tant d'clat, toit
obre par ses victoires, et d'ailleurs ne dsiroit pour le moment
rien de plus que ce qu'elle avoit obtenu. Quant au roi de Prusse, ce
fut la mort de la czarine lisabeth, dont la haine implacable n'avoit
cess de le poursuivre, qui le sauva: il avoit un admirateur
enthousiaste dans Pierre III; et si ce prince et vcu, la Russie,
d'ennemie qu'elle toit, seroit devenue son allie la plus sre.
Aprs la rvolution de palais qui lui fit perdre  la fois le trne et
la vie, Catherine, depuis si fameuse, garda du moins la neutralit, de
manire que le poids de la guerre retombant tout entier sur
l'Autriche, et l'avnement de Georges III au trne d'Angleterre ayant
cart du ministre Pitt qui seul s'obstinoit  repousser la paix, les
oprations militaires languirent de toutes parts, les ngociations
prirent plus d'activit, et cette paix, le dernier et le plus cruel
des affronts que la France avoit t depuis si long-temps force de
subir[194], fut enfin signe au mois de fvrier 1763.

[Note 194: Le roi de France cdoit au roi d'Angleterre ses prtentions
sur l'Acadie, le Canada, l'le du cap Breton et toutes les les du
golfe et du fleuve Saint-Laurent, l'le de la Grenade et des
Grenadins, Saint-Vincent, la Dominique, Tabago, la rivire de Sngal
et les comptoirs qui en dpendoient; l'le de Minorque et le fort
Saint-Philippe toient rendus  cette mme puissance; la ville et le
port de Dunkerque devoient tre mis dans l'tat fix par le dernier
trait d'Aix-la-Chapelle. La France restituoit toutes les places et
pays qu'elle occupoit en Allemagne, etc.]

Pense-t-on que, pendant une telle guerre qu'accompagnoient tant de
misres et que signaloient chaque jour tant de dsastres, le parlement
et du moins laiss entrevoir quelques sentiments de patriotisme en
cessant de troubler au dedans la France dsole au dehors? Nous
l'avons dj dit: satisfait du nouvel exil de l'archevque de Paris,
second dans ses vues par quelques prlats prvaricateurs, il avoit
bien voulu donner un peu de relche au clerg; et ce fut alors qu'on
le vit, dans cette position  la fois odieuse et ridicule o il
s'toit plac entre les ministres du ciel et les suppts de l'enfer,
se montrer plus hostile envers le parti philosophique, qu'il
poursuivit quelquefois  outrance dans les livres impies et sditieux
que ce parti, plus habile et plus consquent que lui, ne cessoit de
publier[195], montrant en ce point une sorte d'accord avec les vques
qui, dans toutes leurs assembles, ne cessoient d'lever vers le trne
des cris d'alarmes sur ce flau toujours croissant et qui menaoit de
tout dtruire.

[Note 195: Voyez p. 231.]

Mais ce moment de calme toit le prcurseur d'une plus horrible
tempte, qui devoit branler jusque dans ses fondements l'antique et
saint difice de l'glise de France. Il existoit une socit
religieuse si fortement constitue, que, depuis son origine, elle
toit la seule qui n'et pas eu besoin d'tre rforme; organise de
telle sorte qu'embrassant toutes les oeuvres de la religion que se
partageoient les autres communauts, elle se prsentoit partout o le
clerg sculier avoit besoin de son secours, et se montroit prte 
tout et propre  tout; tellement catholique dans son essence et dans
ses actes, que partout o se rencontroient des novateurs, ils
n'avoient pas de surveillants plus actifs ni d'adversaires plus
redoutables; socit cre  la fois pour difier et pour combattre,
qui avoit commenc  natre au moment mme o avoit paru dans le monde
la dernire des hrsies[196], puisqu'elle est la dernire expression
de toutes les hrsies possibles; socit que, ds sa naissance et
pendant tout le cours de son existence marque par tant de prodiges et
de travaux, le coup d'oeil perant de l'impit avoit signale comme
son ennemie la plus dangereuse, et que ses fauteurs, hrtiques ou
athes, soit par cette prvision, soit par une sorte d'instinct
infernal, n'avoient cess de poursuivre avec une rage qui ne s'toit
pas un seul instant ralentie[197]. Elle avoit la premire dnonc le
jansnisme, et les jansnistes lui avoient vou une haine aussi
implacable que les enfants de Luther et de Calvin[198]. Spcialement
consacre  l'ducation de la jeunesse, elle formoit des gnrations
chrtiennes sans cesse menaantes pour les ennemis de la religion;
prfre, pour la direction de leurs consciences, par les souverains
et les personnes pieuses des hautes classes de la socit, elle
devenoit ainsi pour l'impit un sujet d'alarmes encore plus vives; et
le ministrialisme, qui commenoit  tablir son despotisme abject
dans toutes les cours, ne la hassoit pas moins que tous ces fauteurs
de rvolte et d'anarchie.

[Note 196: Le protestantisme.]

[Note 197: Les jsuites, disoit Calvin, sont nos plus grands ennemis;
il faut les _tuer_; et si l'entreprise est trop difficile, les chasser
du moins, et les accabler sous le poids _des mensonges_ et _des
calomnies_. Ceci semblera sans doute incroyable, mme dans la bouche
de Calvin; il est donc  propos de citer le texte original: _Jesuit
vero, qui se maxime nobis opponunt, aut_ NECANDI, _aut, si hoc commode
fieri non potest, ejiciendi aut certe_ MENDACIIS _et_ CALUMNIIS
_opprimendi sunt_. (Calvin apud Becan., t. I; Opusc., 17, Aphor., 15,
de Modo propagandi Calvinismum.)]

[Note 198: Les jsuites toient pour le cardinal de Noailles un objet
de mfiance continuelle. Il les voyoit partout, les accusoit de tout,
et les dnonoit en mme temps au pape et au roi. (Voyez les _Mm.
pour servir  l'Histoire ecclsiastique du dix-huitime sicle_, anne
1710.)]

La compagnie de Jsus (car quelle autre socit religieuse pourroit
prsenter cette runion de caractres)[199], sembloit alors parvenue
au plus haut degr de prosprit, et plus solidement tablie qu'elle
ne l'avoit jamais t. Elle rpandoit  la fois les lumires de la
religion, et exeroit les oeuvres de la charit vanglique au milieu
des nations les plus polices, et parmi les hordes sauvages les plus
abruties; les puissances catholiques de l'Europe lui devoient
l'accroissement de leur commerce dans les deux hmisphres et la
civilisation de leurs colonies; ce qui toit surtout frappant 
l'gard du Portugal, dont la puissance, si petite en Europe, toit
ainsi devenue colossale dans les Indes et dans le Brsil. Les miracles
et l'apostolat de Xavier, les travaux, les sueurs et le sang de ses
compagnons et de ses frres, avoient valu  la cour de Lisbonne ces
conqutes immenses aux extrmits de l'Asie, et avoient fcond pour
elle ces vastes contres de l'Amrique mridionale. Aussi n'toit-il
aucun royaume de la chrtient o les jsuites eussent plus de crdit
et de prpondrance, dans toutes les classes de la socit, que le
Portugal: ce fut du Portugal que partit le signal de leur destruction.

[Note 199: _Voyez_ sur l'institut des jsuites, le tome 2 de cet
ouvrage, deuxime partie, page 1187.]

Il n'est point de notre sujet de raconter comment Carvalho, depuis
marquis de Pombal, ce ministre ambitieux et pervers d'un roi fainant
et voluptueux, parvint  excuter cette audacieuse et criminelle
entreprise; d'expliquer en dtail les motifs de sa haine contre les
jsuites, qui avoient projet de le faire expulser du ministre, parce
qu'ils avoient devin son caractre et ses dangereux projets
d'innovation; les moyens adroits et perfides qu'il sut employer pour
sduire Joseph Ier, aprs avoir plus facilement gagn le vnal
patriarche de Lisbonne, Saldagna; l'difice de mensonges et de
calomnies qu'il sut lever contre la socit des enfants d'Ignace, la
prsentant  la fois comme une runion de moines corrompus dans leurs
moeurs et dans leurs croyances, puis comme un corps puissant et
redoutable qui avoit conu le projet d'une domination indpendante
dans le Nouveau-Monde; comment il sut,  force d'importunits et en
supposant des dlits imaginaires, arracher  Benot XIV un bref pour
leur rformation, bref au moyen duquel Saldagna et lui commencrent 
les avilir et  les dpouiller, pour rompre ensuite brusquement avec
Clment XIII, lorsque, la fraude ayant t reconnue, ce saint pape fit
entendre ses cris et ses rclamations en faveur de l'innocence
calomnie et perscute; enfin cette machination excrable et si digne
de couronner cette oeuvre d'iniquit d'un prtendu complot contre la
vie du roi, complot dirig et excut par Pombal lui-mme, ce qui fut
prouv depuis jusqu' l'vidence[200]; la procdure atroce et
scandaleuse qui s'ensuivit, et dans laquelle furent envelopps et les
jsuites et deux illustres familles que redoutoit encore ce ministre
tout puissant; les excutions sanglantes qui la terminrent et
dtruisirent ces deux familles[201]; la procdure plus abominable
encore au moyen de laquelle, n'ayant pu parvenir  faire un rgicide
du jsuite Malagrida, on lui supposa des crimes monstrueux,
impossibles, pour lesquels ce vieillard de soixante et quinze ans fut
brl vif,  la vue de la population entire de Lisbonne, qu'il avoit,
pendant un demi-sicle, difie de ses paroles et de ses exemples: De
manire, dit Voltaire lui-mme, dont l'autorit sur ce point n'est pas
suspecte sans doute, que l'excs du ridicule et de l'absurdit fut
joint  l'excs de l'horreur[202]. La plus courte analyse de cette
trame dtestable, dont tous les fils furent saisis et mis  dcouvert
du vivant mme de Pombal[203], nous entraneroit trop loin: il nous
suffira de dire que le rsultat de tant de crimes, fut un dit arrach
le 3 septembre 1759  l'imbcille monarque dont ce sclrat avoit fait
sa dupe, par lequel les jsuites furent chasss de toutes les contres
soumises  la domination du Portugal, pour avoir dgnr de la
saintet de leur pieux institut; et la manire dont on l'excuta ne
fut pas moins barbare que tout ce qui l'avoit prcd et amen[204].

[Note 200: Les dpches secrtes du comte de Merles, alors
ambassadeur de France  Lisbonne, ne dvoilent que trop la main
ministrielle qui a dirig ce prtendu assassinat: il en rsulte que
c'toit l'ouvrage bien combin de Pombal; que la blessure du roi
n'toit qu'une contusion gratigne, et que cette gratignure ne
venoit pas de l'explosion du coup de carabine qui avoit t tir
contre sa voiture, et dont on n'avoit voulu faire qu'un pouvantail.
(_Mm. de l'abb Georgel_, t. I, p. 47.)]

[Note 201: Les familles d'Aveyro et de Tavora. Le roi avoit une
intrigue galante avec la jeune marquise de Tavora; ce fut en revenant
d'un rendez-vous qu'elle lui avoit donn, que ce prtendu assassinat
fut commis. Il fut facile  Pombal de diriger les soupons de ce
prince coupable et passionn contre les parents de la femme qu'il
avoit sduite.]

[Note 202: Le pre Malagrida toit un missionnaire dont l'influence sur
le peuple de Lisbonne toit prodigieuse, et la vie d'une saintet qui en
faisoit un objet de vnration pour toutes les classes de la socit.
Pombal le hassoit et avoit jur sa perte,  cause de cette influence
qu'il redoutoit. (Sur cette oeuvre d'iniquit et les horreurs de ce
procs, voyez un ouvrage italien intitul: _Il Buon Raziocinio
dimostrato in due Scritti, o siano siaggi Critier-Apologetici sul famoso
processo e tragico fine del fu P. Gabriele Malagrida, etc., in Lugano,
1784._)]

[Note 203: La reine de Portugal le fit mettre en jugement aprs la
mort de Joseph Ier; une enqute juridique et solennelle mit  nu tous
les crimes de cet homme; et dans le dcret qui le condamnoit  passer
le reste de ses jours dans une forteresse, cette princesse dclare,
que consultant plus sa clmence que sa justice, elle fait grce au
coupable du supplice qu'il a mrit, mais seulement en faveur de son
ge et de ses infirmits. (_Mm. de Pombal_, prf., in-12, p. lx.)]

[Note 204: On les entassa au fond de cale des vaisseaux qui les
ramenoient du Brsil et des Indes en Europe, souffrant la faim, la
soif et la nudit, pour,  leur arrive en Portugal, les uns tre
jets sur les ctes d'Italie, dans les tats du pape, comme une
_vermine pestifre_, et les autres, sans avoir jamais t
personnellement accuss et jugs, aller pourrir dans des cachots que
l'on avoit infects  dessein; et le marquis de Pombal, pour assouvir
sa vengeance, alloit repatre ses yeux et son odorat de cette
infection. (_Mm. de l'abb Georgel_, t. I, p. 51.)]

Cet vnement retentit dans l'Europe entire; mais en mme temps qu'il
indignoit les mes honntes, il rveilloit, dans la pense des
implacables ennemis de la compagnie de Jsus, ces esprances qui ne
s'y toient jamais entirement teintes, de trouver enfin un moyen de
la frapper d'un coup dcisif et mortel. Ces ennemis toient plus
actifs et plus puissants en France que partout ailleurs; et  peine la
catastrophe des jsuites portugais y eut-elle t connue, que leurs
presses clandestines recommencrent  gmir, et qu'un grand nombre de
libelles en sortirent, dans lesquels toient reproduites toutes ces
anciennes calomnies contre l'institut, qu'offroient, toutes prpares,
les _Provinciales_ de Pascal et la _Morale pratique_ du GRAND Arnauld.

Il n'y avoit pas moins de perversit  la cour de France qu' celle de
Portugal, et le nombre des pervers y toit plus grand. Ils entouroient
de mme un roi livr  la paresse et  la volupt, mais que des moeurs
plus douces et un sentiment inquiet de religion dont il toit toujours
obsd, n'auroient pas permis de rendre complice de mesures violentes
contre les jsuites franois; il ne montroit contre eux aucune
prvention, et avoit mme donn des marques d'un vif intrt  ceux de
leurs frres qui venoient d'tre perscuts en Portugal. Sa pieuse
famille les aimoit et les considroit. Appuys de ces puissants
protecteurs, jouissant de l'estime publique pour la rgularit de
leurs moeurs et l'utilit de leurs travaux, non pas seulement dans
l'ducation publique dont ils toient presque exclusivement chargs,
mais encore dans toutes les parties du saint ministre, il ne semble
pas qu'il y ait eu d'abord, dans cette coterie d'intrigants qui
rgnoient  la place du monarque, un projet arrt d'imiter les
exemples que venoit de donner le ministre portugais. Les complots que
l'on faisoit contre les Jsuites s'ourdissoient hors de son sein; et
il est probable, qu'en ce moment du moins, elle ne se ft point
associe  ses ennemis, si Mme de Pompadour et pu trouver, parmi ces
religieux, l'instrument docile qu'elle cherchoit, pour l'aider 
masquer son hypocrisie, et  se perptuer dans le pouvoir, en trompant
la religion d'une reine vertueuse, dont elle avoit si long-temps
encouru le mpris et entretenu les douleurs. La trop grande simplicit
du Jsuite  qui elle s'toit adresse, pour excuter le prtendu
projet de conversion qu'elle avoit conu, compromit sa compagnie
entire, dans l'injonction qu'il lui fit comme premire rparation de
ses scandales, de quitter  jamais la cour[205]. N'ayant jou cette
comdie que dans l'intention de s'y tablir plus honorablement, elle
fut  la fois irrite et alarme de cette dcision; et jura, ds ce
moment, la perte d'un ordre dont l'influence toit grande au sein mme
de cette cour si corrompue, et qui pouvoit, tt ou tard, jeter, dans
l'me de son royal complice, assez de trouble et de remords pour lui
faire excuter lui-mme la sentence qui venoit d'tre si unanimement
prononce contre elle. Pombal avoit prouv les mmes alarmes et le
mme ressentiment; et des causes  peu prs semblables produisirent de
semblables effets.

[Note 205: Ce religieux toit le P. de Sacy. Madame de Pompadour,
malgr toute sa puissance, sentoit que sa position toit fausse et son
existence prcaire  la cour: elle voulut tre dame du palais de la
reine, pour s'y tablir d'une manire inbranlable; et ce fut pour y
parvenir qu'elle arrangea cette scne d'hypocrisie. Si le P. de Sacy,
aprs lui avoir donn son avis sur le parti qu'elle avoit  prendre,
se ft retir, il est probable que cet vnement n'auroit pas eu de
suite fcheuse: elle se seroit contente d'appeler un autre
ecclsiastique. Mais troubl des objections qu'elle lui prsenta, et
peut-tre du dpit qu'elle laissa clater, lorsqu'il lui eut fait
connotre les conditions de sa rconciliation avec l'glise: Je vais,
lui dit-il, retourner  Paris pour consulter nos Pres, et je
reviendrai le plus tt possible vous rapporter leur dcision. Cette
dcision fut prompte, et les jsuites ne balancrent pas un moment sur
l'application d'un principe dont il n'toit pas possible de s'carter
sans prvarication. Mais les plus habiles aperurent, ds lors,
l'abme que leur creusoit la bonhomie du P. de Sacy. En le chargeant
de leur rponse, quelles qu'en pussent tre les suites, ils lui firent
sentir combien il avoit t imprudent d'en appeler au conseil de ses
frres sur un point qu'il devoit dcider lui-mme avec une fermet
vanglique, et sans aucune considration humaine. (_Mm. de l'abb
Georgel_, t. I, p. 65.)]

Les plus dangereux ennemis des jsuites, ceux qui pouvoient servir le
plus efficacement la vengeance de la favorite, toient dans le
parlement. Nous avons vu que l toit le foyer du jansnisme, et que
la secte philosophique y avoit aussi ses partisans. Il faut ajouter
qu'en sa qualit d'opposition politique, cette compagnie accusoit les
jsuites d'tre, depuis long-temps, les provocateurs secrets de tous
les coups d'autorit qui avoient pu la contrarier dans ses
prtentions, ou l'arrter dans ses excs; et c'toit l surtout ce
qu'elle ne leur pardonnoit pas. Ce fut Berryer, l'une des cratures de
Mme de Pompadour, et de lieutenant de police devenu, par sa
protection, ministre de la marine, qui prpara les premiers ressorts
de cette intrigue, en lui indiquant, comme propres  l'aider dans son
projet, trois parlementaires qui jouissoient, dans leur corps, d'un
grand ascendant; l'abb de Chauvelin, l'abb Terray, Laverdy. L'abb
de Bernis fut le quatrime personnage que l'on initia dans cette
manoeuvre tnbreuse[206]; et l'ami intime de Duclos toit bien digne
d'y entrer.

[Note 206: _Mm. de l'abb Georgel_, t. I, p. 71.]

Tout tant ainsi prpar, il falloit ou trouver ou faire natre une
occasion d'clater: elle se prsenta malheureusement d'elle-mme. Un
jsuite, dont le nom a acquis une bien triste clbrit, le pre
Lavalette, charg du temporel des tablissements que la socit avoit
forms  la Martinique, imagina de faire des spculations commerciales
dans lesquelles il ne pouvoit avoir qu'un seul but, celui d'enrichir
son ordre: tout autre et t folie. Ses spculations, d'abord
heureuses, et que ses suprieurs immdiats eurent la foiblesse de
tolrer, ne rflchissant pas que ce qui est innocent pour un
particulier cessoit de l'tre pour un religieux, tournrent mal
ensuite. Le commerce de France s'toit plaint, ds le principe, d'une
semblable concurrence: ce qui avoit t un premier scandale. Les
frres Lioney, ngociants de Marseille, et d'autres encore, se
trouvrent compromis dans les oprations dsastreuses du
jsuite-banquier: on le sut, et des agents, mis en oeuvre par la
cabale, leur persuadrent de renoncer  un projet de conciliation
qu'ils avoient entam avec les maisons de l'ordre, dans la dpendance
desquelles toit le pre Lavalette, pour attaquer l'ordre entier,
comme solidaire des carts d'un de ses membres. En droit, la maison de
la Martinique toit seule responsable: toutefois, et malgr ce droit
si vident, il et mieux valu mille fois, en un cas si grave et si
dlicat, consulter la prudence, et touffer l'affaire au moyen d'une
contribution leve sur toutes les maisons de la socit. La cabale
manoeuvra avec la mme adresse auprs des premiers suprieurs de
l'ordre, qu'elle l'avoit fait auprs des cranciers; et de mme
qu'elle avoit dtermin ceux-ci  l'attaque, elle persuada  ceux-l,
non seulement de se dfendre, mais, ce qui toit le chef-d'oeuvre de
sa perfidie, d'user du crdit que les Jsuites de Paris avoient  la
cour, pour faire attribuer  la grand'chambre le jugement de ce
procs. On a peine  croire qu'une socit, o dominoient les conseils
de tant de personnages galement remarquables par l'esprit, les
lumires, et cette grande exprience du monde que leur donnoient leurs
nombreuses et continuelles relations avec les classes suprieures de
la socit, ait pu se laisser prendre  un pige aussi grossier, se
jeter ainsi, tte baisse, dans les filets que lui tendoient des
ennemis si bien connus. Il y a, dans ce singulier aveuglement, un
dessein de la providence, qu'il ne nous est pas donn de pntrer.

Toutefois, ds le premier pas qu'ils firent dans ce funeste procs,
les Jsuites parurent comprendre les dangers qu'il entranoit avec
lui, puisqu'ils cherchrent  viter l'clat des plaidoiries, et
demandrent, par requte, que la cause se discutt par crit. Leur
demande fut rejete; et les premiers mmoires que publirent les
avocats de leurs adversaires, les premiers plaidoyers qu'ils
prononcrent, leur firent dj entrevoir ce qu'on leur prparoit.
L'affaire des cranciers du pre Lavalette n'y fut traite que
subsidiairement: ce fut sur les constitutions de la socit que
s'exera la faconde des lgistes, que l'on avoit dchans contre eux.
Dans ces constitutions, si semblables, pour le fond,  celles de tous
les ordres religieux, et spcialement en ce qui concerne la loi
d'obissance entire aux suprieurs, sans laquelle aucune institution
de ce genre ne pourroit subsister, loi d'obissance qui n'avoit ici
plus d'extension que parce que la compagnie de Jsus embrassoit un
plus grand nombre d'oeuvres, ces sophistes gags virent le germe de
tous les crimes que l'hypocrisie peut commander au fanatisme; et les
ayant ainsi travesties, ils les exposrent avec tous les artifices et
toutes les brutalits du style de palais, devant un tribunal qui,
d'avance, avoit prononc son arrt. Sur les conclusions de l'avocat
gnral, Pelletier de Saint-Fargeau[207], jansniste fougueux, tous
les jsuites de France furent dclars solidaires du pre Lavalette,
et condamns  payer les sommes considrables dues  ses cranciers.
Cet arrt fut rendu le 8 mai 1761, au milieu des acclamations, des
trpignements de pieds, et de mille autres dmonstrations d'une joie
furieuse que firent clater leurs ennemis, accourus en foule pour
jouir de leur dfaite.

[Note 207: Le mme qui, depuis, vota la mort de Louis XVI dans la
convention nationale, et fut assassin, peu de jours aprs, par un
garde-du-corps, nomm Pris. C'toient de pareils hommes qui, entre
autres crimes dont ils accusoient les jsuites, leur reprochoient de
professer la doctrine du rgicide.]

Ce fut comme un signal donn aux libellistes qui, sur le champ,
inondrent le public de pamphlets o reparurent, sous toutes les
formes, toutes les calomnies inventes ou recueillies par de plus
habiles qu'eux, contre la socit; tactique use et misrable, que
nous signalons, pour ainsi dire,  chaque instant, dans cette guerre
anti-religieuse, mais toujours nouvelle et dcisive pour la multitude
dont le vice incurable est d'tre ignorante et passionne. Ce fut en
cette circonstance, tant toit effrne la haine des jansnistes, que
commena leur alliance ouverte avec les philosophes qui, dans une
occasion si favorable au succs de leurs doctrines, ne pouvoient
manquer d'en faire leurs instruments, en feignant de se prsenter
comme leurs auxiliaires[208]. Les circonstances ne les servoient que
trop: une guerre de jour en jour plus dsastreuse achevoit d'avilir
l'autorit du prince, et l'affoiblissoit de tout ce qu'elle ajoutoit
de force au mcontentement de la nation. Ils toient srs du
parlement: le ministre, et particulirement celui qui en toit alors
le chef[209], applaudissoit  leurs doctrines, et toit affili  leur
clique: la perte des Jsuites fut jure.

[Note 208: Les parlements, disoit d'Alembert, croient servir la
religion; mais ils servent la raison, sans s'en douter. Ce sont des
excuteurs de la haute justice pour la philosophie dont ils prennent
les ordres sans le savoir. (Lettre  Voltaire, du 4 mai 1762.) C'est
proprement la philosophie qui a dtruit les Jsuites, dit-il ailleurs,
le jansnisme n'en a t que le solliciteur. (_Voyez_ sa brochure
intitule: _De la Destruction des Jsuites_.)]

[Note 209: Le duc de Choiseul.]

C'toit dans le plaidoyer de l'avocat gnral que se trouvoient les
dclamations les plus violentes contre les constitutions de la
socit. Il y insistoit surtout, avec une affectation marque, sur
cette obissance des religieux envers leur gnral, obissance qu'il
appeloit passive et aveugle, comparant celui-ci  ce _Vieux de la
montagne_, dont le moindre signe dirigeoit  son gr ses bandes
d'assassins. La composition en avoit t concerte avec l'abb de
Chauvelin qui, prenant de l son texte, dnona ces constitutions dans
une sance du parlement[210],  laquelle on avoit affect de donner
une grande solennit. Cette dnonciation, faite avec assez d'art, et
qu'il renouvela, quelques jours aprs, dans un second discours,
n'toit nanmoins, quant au fond, qu'un rsum des vieilles calomnies
rptes jusqu' la satit contre cette institution religieuse, et
toutes constamment fondes sur ce raisonnement absurde: Que plusieurs
Jsuites thologiens, anciens et modernes, ayant publi certaines
opinions pernicieuses, tant dans le dogme que dans la morale, il
s'ensuivoit ncessairement que tel toit l'enseignement _constant et
non interrompu_ de la socit[211]; Argument au moyen duquel il
n'toit pas une seule institution politique et religieuse qu'il n'et
fallu dtruire en France,  commencer par le parlement,  qui l'on
pouvoit opposer un si grand nombre d'arrts hrtiques, sditieux et
mme rgicides, qu'il avoit rendus,  peu prs dans tous les temps. Il
n'est pas besoin de dire que la dnonciation fut accueillie: le
parlement ordonna en consquence qu'examen seroit fait des
constitutions de la socit de Jsus.

[Note 210: Le 17 avril 1761.]

[Note 211:  certaines poques, dj fort loignes, o l'on agitoit,
dans les coles, beaucoup plus de questions de morale et de thologie
qu'on ne l'a fait depuis, et particulirement la question si
importante des rapports de suprmatie et de dpendance qui existent
entre les deux puissances, il en sortoit une foule d'opinions plus ou
moins hasardes, parmi lesquelles il y en avoit mme d'exagres et de
dangereuses. (Celle du rgicide, considr comme _justifiable dans
certains cas_, toit de ce nombre.) L'glise, attentive  toutes ces
controverses, s'en emparoit, les examinoit avec soin, condamnoit ce
qui toit condamnable, fixoit les limites du vrai, dans toutes ces
questions; et, sous peine d'anathme, il falloit se soumettre  ses
dcisions. Il n'toit pas un seul ordre religieux, pas une seule
facult de thologie, qui n'offrt, et en plus grand nombre que chez
les Jsuites, de ces doctrines errones, que le Saint-Sige avoit
rprouves: on le prouvoit jusqu' la dmonstration. On dfioit, en
mme temps, leurs adversaires de citer un seul Jsuite qui et
enseign, avec l'autorisation de ses suprieurs, une proposition
condamne par l'glise, c'est--dire _aprs que l'glise l'avoit
condamne_: il toit donc d'une absurdit rvoltante de s'en prendre,
sur ce point, aux seuls jsuites, de faire un crime  la socit de
n'avoir pas t doue du privilge unique et surnaturel d'tre
compose de membres incapables de se tromper.]

Cependant quelque opposition se manifesta ds lors contre cette
perscution inique, et ce fut dans la famille royale qu'elle se forma.
La reine, dont la piti toit si sincre et si vive, le Dauphin, qui
promettoit  la France un rgne si diffrent de celui de son pre,
savoient les rpugnances qu'prouvoit Louis XV  se prter aux projets
de la cabale, et ne cessoient de l'exciter  montrer enfin qu'il toit
le matre, en arrtant ce torrent d'intrigues et de basses vengeances.
Leurs sollicitations en obtinrent un arrt qui ordonnoit aux jsuites
de remettre  son conseil d'tat les titres de leurs divers
tablissements, et qui dfendoit au parlement de rien statuer avant un
an, sur l'institut et les constitutions de ces religieux. De pareils
ordres n'toient pas faits pour l'arrter: il avoit dj brav les
injonctions royales pour de moins grands intrts; et nonobstant
l'arrt du conseil, il reut le procureur gnral appelant comme
d'abus de toutes les bulles ou brefs promulgus en faveur de la
socit[212]; condamna au feu vingt-quatre ouvrages composs par des
jsuites, comme sditieux, destructifs de la morale chrtienne, et
enseignant une doctrine coupable et meurtrire; dclara, d'aprs
l'assertion absurde et calomnieuse du dnonciateur, Que tel toit
l'enseignement _constant et non interrompu_ de la socit; rejetant 
cet gard tous _dsaveux_ ou _rtractations_, comme inutiles et
drisoires; lui dfendit de tenir des collges, et  tout sujet du roi
d'y tudier, ou d'entrer dans son institut.  cet acte de rvolte si
insolent, le dplorable prince, qu'branloient et commenoient 
entraner les manoeuvres artificieuses de sa favorite et de son
principal ministre, ne sut opposer que des lettres patentes qui
suspendoient l'excution de ces mesures iniques, lettres que le
parlement enregistra, mais avec cette stipulation audacieuse, que la
suspension ordonne auroit pour terme le premier avril 1762.

[Note 212: Le 12 juillet suivant.]

Le roi profita de cet intervalle qu'avoit bien bien voulu fixer le
parlement, pour convoquer  Paris une assemble d'vques,  l'effet
d'avoir leur avis sur les constitutions des Jsuites. Cinquante
prlats avoient t convoqus: sur ce nombre, quarante-cinq se
dclarrent pleinement et formellement en faveur de ces constitutions,
n'y trouvant rien  changer ni  redire sur aucuns points, et
reprsentrent la destruction de la socit de Jsus comme un malheur
pour l'glise. Quatre demandrent quelques modifications dans son
rgime, et un seul se dclara contre elle[213]. Tel fut le triomphe
des Jsuites dans cette assemble vnrable. Quatre vques, nous
venons de le dire, y avoient ouvert un avis plus foible: il devoit
plaire  Louis XV, qui crut y avoir trouv un moyen de concilier les
esprits. Cet avis fut donc la base d'un dit qu'il rendit au mois de
mars de l'anne suivante, peu de jours avant le terme fatal fix par
le parlement. Par cet dit, les Jsuites continuoient d'exister en
France, mais sous la condition d'y tre assujettis  l'autorit du
roi, et  la juridiction des ordinaires; l'autorit du gnral de
l'ordre y tait soumise  certains rglements, ainsi que le rgime de
leurs tablissements, etc.

[Note 213: M. de Fitz-James, vque de Soissons, et jansniste
fanatique. Toutefois, dans la lettre qu'il crivit contre eux, la
force de la vrit lui arracha ce tmoignage: Que les moeurs des
Jsuites toient pures, et qu'il leur rendoit volontiers la justice de
reconnotre qu'il n'y avoit peut-tre point d'ordre dans l'glise dont
les religieux fussent plus rguliers et plus austres dans leurs
moeurs. (Voyez les _Mm. pour servir  l'Histoire ecclsiastique du
dix-huitime sicle_, anne 1761.)]

Pendant qu'une runion si imposante des premiers pasteurs de l'glise
de France rclamoit ainsi en faveur des Jsuites, leurs ennemis
n'avoient eu garde de perdre un temps que tant de circonstances leur
prescrivoient de bien employer.  peine la dnonciation de l'abb de
Chauvelin avoit-elle t prononce, que toutes les presses du parti
s'en toient empares; on l'avoit rpandue avec profusion dans les
provinces, et  ce signal convenu, tout avoit commenc  fermenter
dans les autres parlements. Trois avocats et procureurs gnraux, Joli
de Fleury  Paris, Monclar  Aix, La Chalotais  Rennes, s'toient mis
sur le champ  l'oeuvre. Un atelier de Jansnistes, tabli aux
Blancs-Manteaux, leur fournissoit des matriaux, composs, suivant les
traditions polmiques de la secte, de textes altrs, isols,
tronqus, falsifis; des plumes, plus exerces que celles de ces
magistrats, toient employes  revtir ces compositions mensongres
de tous les prestiges de l'art oratoire, et des formes les plus
nergiques de la satire. Ce fut ainsi qu'ils publirent des _Comptes
rendus_. L'crivain choisi pour polir le travail de La Chalotais,
s'toit montr le plus adroit et le plus loquent[214]. Ce fut ce
_compte rendu_ qui fit le plus de sensation, et cette sensation fut
prodigieuse: on se l'arrachoit, on en dvoroit les pages, on croyoit 
toutes ces infamies que le silence des jsuites sembloit confirmer, et
un cri presque universel s'leva contre l'_Institut_.

[Note 214: L'abb Georgel raconte qu'il se trouvoit chez le prince
Louis de Rohan,  un dner auquel avoit t invit M. de La Chalotais,
et o se trouvoient runis, entre autres convives, Buffon, Duclos,
d'Alembert et Marmontel. Quelqu'un, dit-il, voulant faire sa cour 
l'auteur prsum du _compte rendu_  la mode, fit tomber la
conversation sur les jsuites. M. de La Chalotais, qui savoit sa
diatribe par coeur, en fit fort bien les honneurs..... J'avois fait,
pour le prince, quelque temps auparavant, un petit travail qui
dmontroit  quel point l'ouvrage du magistrat breton avoit tronqu,
altr et falsifi l'Institut. Interpell par lui et provoqu par M.
de La Chalotais lui-mme, je me trouvai tout  coup entr en lice avec
ce redoutable athlte. Le combat, commenc avec sang-froid et sans
fiel, se prolongea avec chaleur d'une manire trs pressante.....
L'issue n'en fut pas heureuse pour le _compte rendu_. L'_Institut_,
dition de Prague, et le _compte rendu_, furent apports et
confronts: les altrations toient palpables. L'extrme embarras du
procureur gnral fut remarqu de tous les assistants: il sortit, pour
ne point entendre sans doute les rflexions que cette vrification
faisoit natre. Le triomphe de l'_Institut_ fut complet; on parut
persuad que M. de La Chalotais n'toit point l'auteur de son _compte
rendu_. (_Mm._, t. I, p. 80.)]

Ce fut une grande faute de leur part que ce silence qu'ils gardrent
trop long-temps: il y avoit, dans cette espce d'abandon de leur
propre cause, cette simplicit trop confiante de l'innocence qui ne
peut croire au succs de la calomnie, lorsqu'elle est pousse  ce
degr qui la confond avec l'extravagance. Ils s'aperurent enfin
qu'ils se trompoient; que tel toit l'esprit de vertige rpandu sur la
multitude, que ce qu'il y avoit de plus fou dans ces diatribes, toit
justement ce qui obtenoit le plus de croyance; et leurs apologies
commencrent  parotre. Elles dtruisirent sans peine tout cet
chafaudage de mensonges et d'infamies que l'on avoit lev contre
eux. Quelques-unes sont restes et resteront comme un ternel monument
de la bassesse et de la mchancet de leurs ennemis, qui y sont
dmasqus et confondus, et dans leurs projets coupables, et dans leurs
manoeuvres tnbreuses. On n'y rpliqua point, parce qu'elles toient
sans rplique. Choiseul, Mme de Pompadour et les parlements, avoient,
pour les rfuter, d'autres arguments: arrivs au point o ils avoient
voulu parvenir, les jsuites ayant t livrs entre leurs mains par
cette suite d'intrigues si savamment ourdies, il n'y avoit plus qu'un
dernier effort  faire auprs du monarque pusillanime, que sa famille,
le corps des vques, le souverain pontife, maintenoient encore dans
une sorte de rsistance  leurs sinistres projets. Son ministre et sa
matresse l'entranrent enfin en l'effrayant sur sa propre sret.
Depuis l'attentat de Damiens, c'toit un moyen  peu prs immanquable
de lui faire faire ce que vouloit le parlement, que de lui montrer un
nouvel assassin prt  sortir de la foule, que cette runion de
factieux exasproit  son gr. Ils eurent mme l'adresse perfide de
faire partager ces alarmes  la famille royale. Elle cessa ses
sollicitations en faveur des Jsuites, et Louis XV retira son dit.

Alors se consomma l'iniquit. Le 1er avril 1762, ainsi qu'il l'avoit
dclar, une anne  l'avance, le parlement fit fermer tous les
collges des Jsuites; et au mme instant, fut publi le recueil
fameux des _Assertions_ des crivains de la socit, recueil compos
par des agents de la cabale[215], et avec la mme bonne foi qui avoit
prsid aux _Comptes rendus_, et  tant d'autres libelles; et cette
publication fut faite pour justifier cet acte de violation de tous
droits et de toute justice, qui surpassoit ses plus grands
excs[216]. Le 6 aot suivant, il rendit son arrt dfinitif contre la
socit. Elle y toit prsente comme abusive, inadmissible, par sa
nature, dans tout tat polic; contraire au droit naturel,
attentatoire  l'autorit spirituelle et temporelle[217], etc. Il
toit ordonn aux Jsuites de sortir de leurs maisons, d'en quitter
l'habit, de renoncer  l'institut,  ses rgles,  la vie commune, de
cesser toutes correspondances avec les membres de leur ordre, etc. Le
parlement de Rennes suivit le premier cet exemple; aprs lui vint le
parlement de Rouen, qui se signala par une fureur encore plus grande,
et telle, qu'elle fut blme mme dans le parti.  Bordeaux,  Metz, 
Perpignan,  Aix,  Toulouse,  Pau,  Dijon,  Grenoble, la cabale
eut plus d'obstacles  vaincre; mais il est remarquable que, partout,
elle ne l'emporta que d'un petit nombre de voix[218]. Quelques
parlements ne se laissrent point branler, et refusrent de mentir 
leur conscience[219]. Clment XIII condamna ce qui venoit de se
passer, aussitt, qu'il en eut connoissance, par un bref apologtique
des Jsuites, annonant aux cardinaux franois, qu'il avoit dclar
_vains et nuls_, dans un consistoire et par un dcret solennel, tous
ces arrts des parlements de France. L'archevque de Paris,  peine
revenu de l'exil, leva de nouveau cette voix que l'on toit toujours
sr d'entendre chaque fois qu'il y avoit pril pour la religion; et,
dans une instruction pastorale devenue fameuse, attaquant le jugement
rendu contre les Jsuites par les tribunaux sculiers, les convainquit
de mensonge et d'ignorance dans ce qu'ils avoient avanc sur leur
institut, sur leurs voeux, sur leurs doctrines, sur leurs fonctions.
Un grand nombre d'vques, qui n'avoient point encore parl, rompirent
le silence, et unirent leurs rclamations  celles de l'intrpide
archevque; et,  l'exception de quatre de ses membres, ce fut alors
le corps piscopal qui s'leva tout entier en faveur de la socit.
Les actes les plus graves et les plus solennels des premiers pasteurs
de l'glise, n'toient pas faits pour en imposer au parlement: on peut
dire au contraire que son audace en devint plus insolente.
L'instruction de l'archevque de Paris lui fut dnonce; et bien que
le dnonciateur et lui-mme reconnu qu'elle toit crite avec
modration, un arrt la condamna au feu. Ces furieux attaqurent
ensuite le prlat lui-mme, et quoique le roi l'et exil
sur-le-champ  la Trappe, comme pour le soustraire  leur vengeance,
et que, dans l'impossibilit de _mieux faire_ pour lui, il les
conjurt de ne pas aller plus loin, il ne put viter des remontrances
o ils distillrent, en quelque sorte, leur rage contre les Jsuites
et contre leurs gnreux dfenseurs. Cette rage ne connoissant plus de
bornes; ils svirent contre tous les crits que l'on publioit en
faveur de la socit, contre les distributeurs de la lettre pastorale
de M. de Beaumont, contre les vques qui y adhroient par des
mandements, et supprimrent les brefs du pape[220]. Il leur manquoit
encore de chasser de Paris le grand nombre d'vques que ce danger
imminent de l'glise y avoit attirs: ils essayrent de le faire, en
ordonnant au procureur-gnral de faire excuter les lois sur la
rsidence. Enfin, voulant en finir tout d'un coup avec ses victimes,
le parlement rendit un arrt qui prescrivoit aux Jsuites de renoncer
 leur institut par un serment, c'est--dire, qui leur ordonnoit le
parjure contre Dieu mme; et comme ils refusrent presque tous de le
prter, un autre arrt fut rendu sur le champ, et c'toit celui de
leur bannissement. Jamais proscription plus inique ne fut excute
avec plus de cruaut: ni l'ge, ni les infirmits, ni l'clat des
talents, ni la vertu la plus prouve, ni les plus utiles travaux, ni
les supplications mme de la famille royale qui demandoit que du moins
on lui laisst quelques-uns de ces proscrits qu'elle avoit attachs 
son service, rien ne put devenir un titre d'exception; et quatre mille
religieux, qu'il avoit plu  ces tyrans en simarre de placer entre
leur conscience et la faim, furent arrachs  leur famille,  leur
pays, et forcs d'aller mendier leur pain dans une terre
trangre[221]. De quoi les accusoient leurs perscuteurs? ils ne leur
reprochoient aucun crime; ils avouoient que leur conduite toit
rgulire; que leurs moeurs toient irrprochables: tout leur tort
toit d'tre soumis  une rgle impie, sacrilge, attentatoire  la
majest divine et  l'autorit des deux puissances. C'toit
uniquement pour cela que l'on svissoit contr'eux. Nous avons vu qu'en
Portugal, au contraire, on les avoit chasss, parce que c'toient des
hommes corrompus, abominables, qui avoient dgnr de la _saintet_
de leur pieux institut[222]. Telles sont les contradictions
monstrueuses de l'iniquit. Cependant ce dernier acte de barbarie
trouva des dsapprobateurs, mme parmi les ennemis les plus ardents
des Jsuites. Peu de parlements se sentirent le courage d'imiter celui
de Paris; et, de cette diversit de conduite, il rsulta que le roi,
conseill par Choiseul qui trouvoit lui-mme que les instruments de sa
haine avoient trop fait, rendit un dit qui adoucit la rigueur de
l'arrt, soumit les Jsuites  une loi commune, et permit aux bannis
de respirer du moins l'air de leur pays.

[Note 215: On a conserv les noms de ces artisans de mensonges:
c'toient un conseiller nomm Roussel de Latour, un abb Goujet, et un
sieur Minard. (_Mm. pour servir  l'Histoire ecclsiastique du
dix-huitime sicle_, anne 1762.)]

[Note 216: Ce qui est rvoltant  l'excs, dit un contemporain dont
l'crit, encore manuscrit et rempli des dtails les plus curieux sur
cette grande affaire, est entre nos mains, c'est d'avoir falsifi la
doctrine de ces Pres, pour la rendre odieuse; d'avoir altr,
tronqu, mutil les textes de leurs auteurs, de manire  leur faire
dire prcisment le contraire de ce qu'ils disoient, soit pour leur
faire combattre la doctrine pure et sainte tablie et dfendue dans
ces textes, soit pour leur faire soutenir et appuyer la doctrine
errone, combattue et rfute dans ces textes mmes, calomnies
horribles, impostures inimaginables, qu'il faut avoir vues et
vrifies pour les croire, et qui donnent l'ide la plus trange, non
seulement des accusateurs, mais de juges assez dgrads, assez
corrompus pour avoir prononc, d'aprs de pareils tmoins. C'toit
justement ce livre des _Assertions_ qui excitoit  ce point
l'indignation de cet crivain. Les infmes qui avoient fabriqu ce
tissu de mensonges et d'horreurs furent confondus dans un crit
intitul: _Rponse aux Extraits des Assertions_; mais les
calomniateurs toient les plus forts: ils _brloient_, et ne
rpondoient pas.]

[Note 217: Il ne se peut rien imaginer de plus odieux et de plus
drisoire, que de voir cette assemble de gens de robe, qui supprimoit
les brefs du pape, exiloit les vques, emprisonnoit et bannissoit les
prtres, prendre hypocritement fait et cause pour la puissance
_spirituelle_,  l'gard d'un ordre religieux que le pape dclaroit
utile  l'glise, et soutenoit contre les arrts de ces factieux par
de nouveaux brefs qu'ils supprimoient encore; en faveur duquel le
corps piscopal entier levoit des rclamations qu'ils fltrissoient
de condamnations infamantes; et qu'il n'toit permis  aucun membre du
clerg de dfendre, sous peine de chtiment.]

[Note 218: Ce qui fait douter, dit encore un contemporain, que tous
les parlements fussent dans le secret, c'est la diversit des
suffrages.  Rouen, 20 contre 13;  Rennes, 32 contre 29;  Toulouse,
41 contre 39;  Aix, 24 contre 22;  Bordeaux, 23 contre 18; 
Perpignan, 5 contre 4. De sorte qu'en faisant le rsum des opinions,
5  Rouen, 3  Rennes, 2  Toulouse, 2  Aix, 5  Bordeaux, 1 
Perpignan; le nombre se rduit  _dix-huit_. Il se trouve que ce sont
dix-huit particuliers qui, malgr l'dit du roi, l'intervention du
pape, le suffrage des vques, le voeu de la nation, dtruisent les
Jsuites, condamnent un institut religieux, annulent des voeux
solennels, disposent de l'enseignement public, et jugent l'affaire du
monde la plus importante, qui est le moins de leur comptence, et qui
intresse le plus directement l'autorit de l'glise et le
gouvernement du roi. (_Mes Doutes sur l'Affaire prsente des
Jsuites_, brochure de 49 pages, 1762.)]

[Note 219: Les parlements de Douai, de Besanon et d'Alsace. Le
conseil provincial de l'Artois se dclara aussi pour les Jsuites;
mais il ne put soutenir ses arrts, qui furent casss par le parlement
de Paris. En Lorraine, ils demeurrent tranquilles sous la protection
du roi Stanislas, et n'en furent expulss qu'aprs sa mort.]

[Note 220: Il n'est pas besoin de dire que les autres parlements
suivirent leur exemple. Il y en eut mme qui firent brler ces brefs
par la main du bourreau. (_Mm. pour servir  l'Histoire
ecclsiastique du dix-huitime sicle_, anne 1764.)]

[Note 221: Cependant tous ne furent pas exils.  Brest, on condamna
un Jsuite  tre pendu pour _quelques indiscrtions_. Semblable arrt
fut rendu  Paris contre un ecclsiastique nomm Ringuet, accus de
s'tre _mancip_ sur les parlements, _dans la chaleur de la
conversation_: il fut pendu le 30 dcembre 1762. Depuis, le tribunal
rvolutionnaire n'a gure mieux fait. (Voyez les _Mm. pour servir 
l'Histoire ecclsiastique du dix-huitime sicle_, anne 1762.)
Voltaire et d'Alembert s'gaient sur l'excution de ce prtre, dans
leur correspondance infernale. La lettre de d'Alembert est du 12
janvier 1763, et la rponse de son patron, du 18 du mme mois.]

[Note 222: _Voyez_ page 319.]

Cette mme anne mourut Mme de Pompadour, et la date de sa mort nous
dispense de toute rflexion sur cette femme. La faveur de Choiseul,
dj grande, s'accrut de toute celle qu'elle avoit possde[223]:
sans en avoir le titre, il obtint tous les pouvoirs de premier
ministre, les honneurs qu'il voulut, les richesses qu'il lui plut
d'accumuler, et n'en devint que plus acharn contre les Jsuites,
qu'il avoit des motifs particuliers de har, motifs que l'on a crus
fort diffrents de ceux qu'il faisoit publiquement valoir[224]. Li
avec les chefs du parti philosophe dont il toit le disciple, pouss
par eux et par une perversit gale  la leur, cet homme, devenu le
matre de la France, avoit conu le projet insens (et des lettres de
sa main en font foi) de dtruire, dans le monde entier, l'autorit du
pape et la religion catholique. Or, l'entire destruction d'un ordre
religieux si fortement constitu, et qui, rpandu dans les deux
hmisphres, soutenoit et propageoit de toutes parts la puret de la
foi et la plnitude de cette autorit apostolique, devenoit la
condition premire d'un semblable projet: il s'y porta donc de toute
l'activit de son esprit, nourri d'intrigues et de fraudes. C'toit en
Espagne que le plus grand coup restoit  frapper: il n'est point
encore de notre sujet de raconter, par quels moyens et par quels
sacrifices faits aux dpens de la dignit du trne de France, il sut
s'introduire dans les bonnes grces de Charles III, s'appuyant en
mme temps, et par d'autres concessions, de l'influence de la cour de
Vienne, afin de se rendre inbranlable dans son pouvoir et dans son
crdit; l'horrible machination des prtendues lettres du P. Ricci,
dans lesquelles il avoit trac lui-mme le plan d'une conspiration
imaginaire contre le monarque espagnol; l'insurrection populaire que,
d'accord avec Pombal, il sut exciter  Madrid, pour aigrir encore
davantage les ressentiments d'un prince, dont le caractre opinitre
et imptueux toit propre  embrasser tous les partis extrmes
auxquels ils vouloient le pousser; l'expulsion des Jsuites de toutes
les contres de l'Espagne, sans en excepter le Paraguay qu'ils avoient
civilis, dcide par le roi dans un conseil mystrieux o furent
admis seulement trois de ses plus affids ministres; l'excution
violente et singulire de cette dcision, opre le mme jour,  la
mme heure, dans toutes les parties du monde; et ces victimes, que
l'on disoit possdes de l'esprit d'indpendance et de rvolte,
tonnant leurs perscuteurs par leur patience et leur rsignation; les
Jsuites, chasss immdiatement aprs, du royaume de Naples et du
duch de Parme[225], sur une simple invitation de Charles III,  son
fils et  son frre; Clment XIII recueillant ces pieux exils que
l'on avoit jets sur les ctes de ses tats, et leur faisant partager
l'asile qu'il avoit dj accord  leurs frres du Portugal; les
inutiles efforts de ce saint pape pour ramener  des sentiments plus
justes et plus modrs, un monarque domin par ses terreurs, par ses
prventions, et  qui les machinateurs de ce complot avoient eu l'art
de persuader qu'il ne pouvoit, sans danger, laisser chapper un
secret, dont la dcouverte les et perdus[226]; ce mme Charles III,
plong, par ces terreurs toujours croissantes, dans une sorte
d'garement, et poursuivant les Jsuites dans l'Europe entire aprs
les avoir chasss de ses tats; entranant d'abord le roi de Portugal,
plus difficilement Louis XV, mais enfin,  l'aide de Choiseul, le
dterminant  s'unir aussi  lui pour demander au pape la suppression
de l'ordre, son existence seule tant encore un sujet d'alarmes pour
ses implacables ennemis; la rsistance inflexible de Clment XIII, et
sa mort, sur laquelle s'levrent d'affreux soupons[227]; les
intrigues qui prcdrent le conclave o le cardinal de Bernis, envoy
par Choiseul, continua d'intriguer pour faire lire un pape tel qu'il
toit ncessaire qu'il ft pour l'accomplissement du dessein arrt
par les trois couronnes; Ganganelli lu, et les soupons qui se
rpandirent alors, soupons qui ne sont point encore dtruits, d'un
march simoniaque, dont cette suppression des Jsuites devoit tre le
prix[228]; ses indcisions, ses terreurs, ses tergiversations[229]
lorsqu'il fut somm d'excuter son engagement; les circonstances
honteuses et singulires qui accompagnrent cet acte arrach  sa
foiblesse et  sa lchet; la vie de ce pontife devenue, depuis ce
moment, une suite continuelle d'inquitudes, de remords, et se
terminant par une mort effrayante et prmature[230]; sa rtractation
trop tardive de la faute qu'il avoit commise, rtractation qu'il fit
peu de temps avant de mourir, et dont l'authenticit est
incontestable[231]; enfin les Jsuites, repousss et comme extermins
de tous les tats catholiques[232], trouvant, par une circonstance qui
n'est pas la moins frappante et la moins extraordinaire de cette
grande catastrophe, un refuge assur chez des princes hrtiques et
schismatiques, comme si ceux-ci eussent reu mission de conserver ces
restes prcieux de la milice chrtienne, la plus redoutable au schisme
et  l'hrsie[233]. Nous passons donc lgrement sur cette suite
d'vnements qui se prolongrent jusqu' l'anne 1774, o ils eurent
leur dernier accomplissement. Ce qui se passa en France doit seul nous
occuper. L'exemple de l'Espagne n'y fut pas perdu pour le parlement:
ces nouveaux crimes dont les Jsuites toient accuss leur fournirent
un prtexte d'importuner le roi de nouveaux cris, d'accabler leurs
victimes de nouvelles accusations, d'obtenir enfin qu'un nouvel arrt
de bannissement qu'ils prononcrent ne ft point rvoqu par un nouvel
dit. Il fut rendu en 1767; et les Jsuites,  l'exception d'un trs
petit nombre, qui s'toient parjurs, disparurent entirement du sol
de la France.

[Note 223: Il n'a pas chapp au soupon, bien ou mal fond, d'avoir
contribu  hter le trpas de cette matresse dont le pouvoir toit
si absolu, et que Louis XV oublia si facilement aprs l'avoir perdue.
(_Mm. de l'abb Georgel_, t. I, p. 96.)]

[Note 224: Il racontoit une prtendue conversation qu'il disoit avoir
eue, pendant son ambassade  Rome, avec le P. Ricci, gnral des
Jsuites, dans laquelle il s'toit convaincu que le chef de cet ordre,
au moyen du voeu secret qui lioit toutes les volonts de ses religieux
 la sienne, toit instruit de tout ce qui se passoit, et dans les
cabinets des princes et dans l'intrieur des familles; ajoutant que,
ds lors, il avoit jug qu'une socit semblable toit dangereuse dans
un tat. Cette conversation semble fort invraisemblable; mais vraie ou
fausse, elle ne fut point le vritable motif de l'acharnement qu'il
mit  la destruction des Jsuites. L'abb Georgel raconte, et son
rcit est confirm par d'autres crits du temps[224-A], qu'instruite,
et dans le plus grand dtail, par le dauphin lui-mme, des manoeuvres
secrtes et dtestables employes pour lui nuire, par ce ministre et
par madame de Pompadour, la socit avoit fait faire, par le plus
habile de ses crivains (le P. Neuville), un Mmoire contre lui, et
que ce Mmoire avoit t prsent au roi. Cet incident suscita un
orage que la favorite et son protg eurent beaucoup de peine 
apaiser; enfin ils parvinrent  persuader  leur dupe qu'on les avoit
calomnis, et le Mmoire fut jet au feu. Mais, ds ce jour, ajoute
cet crivain, ces mes vindicatives conjurrent la perte du dauphin et
l'anantissement de ses protgs. Effectivement,  dater de cette
poque, ce prince, calomni sans cesse prs de son pre, perdit sa
confiance; et une maladie lente, dont il connut la cause, le conduisit
au tombeau. Les gens de l'art y dcouvrirent les traces d'un poison
lent et infaillible. Il ajoute avoir entendu dire  l'empereur Joseph
II, dans une conversation familire chez la princesse d'Esterhasy,
qu' l'occasion de cette mort, de fortes prsomptions s'levoient
contre le duc de Choiseul. (_Mm._, t. I, p. 102.)]

[Note 224-A: Particulirement dans une brochure intitule:
_Destruction des Jsuites en France_, anecdote politique et
intressante, trouve dans les papiers d'un homme bien instruit des
intrigues du temps. Londres, chez Jos. Booker, n 56, new Bond
Street.]

[Note 225: Vers ce temps-l (en 1768), le roi de France s'empara
d'Avignon et du Comtat, pour venger ce mme duc de Parme d'un bref
d'excommunication que le pape, pouss  bout par les entreprises
audacieuses et sacrilges de ce prince sur les droits de l'glise,
s'toit vu forc de lancer contre lui. Il ne semble pas cependant que
ce ft pour se liguer contre le pre commun des fidles, que les
Bourbons eussent sign le _Pacte de Famille_.]

[Note 226: Voyez les _Mm. de l'abb Georgel_, t. I, p. 123.]

[Note 227: Cette mort, ardemment dsire par ceux qui soupiroient
aprs la ruine des Jsuites, ne parut pas naturelle. Les dernires
paroles de Clment XIII prouvent qu'il en jugeoit ainsi lui-mme. Je
pardonne ma mort, dit-il  ceux qui ne m'ont jamais pardonn mon
attachement pour un ordre, que j'ai toujours regard comme un des plus
forts boulevarts de l'glise. (_Mm. de l'abb Georgel_, t. I, p.
132.)]

[Note 228: Sur ce march conclu par le cardinal Ganganelli avec les
ministres des trois couronnes, l'abb Georgel donne des dtails
curieux, circonstancis, mais qui n'ont pas un caractre suffisant
d'authenticit. Cependant il parot certain que pour arracher un
consentement qu'il s'efforoit encore de refuser, l'ambassadeur
d'Espagne  Rome, Florida Blanca, le menaa de faire imprimer
certaines lettres et certaines promesses; et que sur cette menace, il
ne rsista plus.

Telles toient toutefois les angoisses auxquelles il toit livr,
qu'il n'osa excuter cette destruction de la socit de Jsus par une
bulle solennelle. Il pensa qu'un simple bref le compromettroit moins;
et ne pouvant mme prendre sur lui de faire la rdaction de ce bref,
ce fut un gnral d'ordre, celui des _Piaristes_, qu'il en chargea. Il
fallut encore de nouveaux cris et de nouvelles menaces de la part des
ambassadeurs-philosophes dont il toit sans cesse obsd, pour le
dterminer  y mettre sa signature. Enfin il le signa[229-A]; mais ce
qui est remarquable, c'est que ce bref ne fut ni publi ni affich
dans les endroits destins,  Rome,  la publication des lois, ni au
Champ de Flore ni aux portes de Saint-Pierre; il ne fut pas non plus
enregistr  la chancellerie, publication et enregistrement
ncessaires cependant, mme aux bulles, pour leur donner force de loi.
Il sembloit que ce pape infortun chercht ainsi  invalider, autant
qu'il toit en lui, l'acte injuste et honteux que la peur lui avoit
arrach.]

[Note 229: Nous avons recueilli une lettre curieuse et trs rare, que
Clment XIV crivit  Louis XV, en 1769; elle peut donner matire 
bien des rflexions.

     Je m'attends que les ambassadeurs de la maison de Bourbon vont
     faire les plus vives instances..... Il est donc  propos que je
     prvienne Votre Majest sur ces objets, et que je lui dclare mes
     sentiments. 1 J'ai envoy au duc de Parme les dispenses de
     mariage qu'il m'a demandes. Je suspends,  son gard, tous les
     effets du bref dont il se plaint[229-B] et des bulles qui y sont
     relatives, et je lui donne cordialement ma bndiction
     apostolique.

     2 Pour ce qui regarde les Jsuites, je ne puis ni blmer ni
     anantir un institut lou par dix-neuf de mes prdcesseurs, et
     le puis d'autant moins qu'il a t confirm par le saint concile
     de Trente, et que, _selon vos maximes franoises_, le concile
     gnral est au dessus du pape. Si l'on veut, j'assemblerai un
     concile gnral, o tout sera discut avec justice et quit, 
     charge et  dcharge, dans lequel les Jsuites seront entendus
     pour se dfendre; car je dois aux Jsuites, comme  tout ordre
     religieux, justice et protection. D'ailleurs, la Pologne, le roi
     de Sardaigne et le roi de Prusse mme, m'ont crit en leur
     faveur; ainsi je ne puis, par leur destruction, contenter
     quelques princes qu'au mcontentement des autres.

     3 Je ne suis point propritaire, mais administrateur des
     domaines du Saint-Sige. Je ne puis cder ni vendre le comtat
     d'Avignon, ni le duch de Bnvent; tout ce que je ferois  cet
     gard seroit nul, et mes successeurs pourroient rclamer comme
     d'abus.

     Au reste, je cderai  la force, et ne repousserai pas par la
     force, quand je le pourrois: je ne veux pas rpandre une goutte
     de sang pour des intrts. Vous tes, Sire, fils an de
     l'glise; je connois la droiture de votre coeur. Je travaillerai
     volontiers, seul  seul, avec Votre Majest, tous les intrts
     que nous avons  dmler. Je prie, tous les jours, pour votre
     prosprit, et je vous donne cordialement ma bndiction
     apostolique.

Cette lettre a t publie dans un bulletin du 1er novembre 1769.]

[Note 229-A: Le 21 juillet 1773.]

[Note 229-B: Le bref d'excommunication publi contre lui par Clment
XIII, et dont nous venons de parler.]

[Note 230: Voyez les _Mm. de l'abb Georgel_, t. I, p. 158.]

[Note 231: Cette rtractation est date du 29 juin 1774, jour de la
fte de Saint-Pierre. Elle est crite en latin, et se trouve rapporte
en entier dans une histoire des Jsuites, crite en allemand par
Pierre-Philippe Wolff, imprime  Zurick, en 1791; troisime partie,
page 296 et suivantes. (Voyez les _Mmoires de l'abb Georgel_, t. I,
p. 159.)

Voil un pape qui se rtracte: que devient donc l'infaillibilit du
Saint-Sige, s'crieront peut-tre quelques esprits superficiels?
Cette infaillibilit est dans la foi et non dans un fait personnel, 
l'occasion duquel un pape, en sa qualit d'homme, peut se tromper et
faillir tout comme un autre homme, et mme autant que le plus foible
des hommes. En dtruisant les Jsuites, Clment XIV a-t-il sacrifi la
doctrine du concile de Trente et la foi de tous les conciles,
soutenues et dfendues par cette socit? a-t-il approuv celles des
Jansnistes et des Quesnlistes leurs ennemis? Pour s'tre fait le
complice de leurs passions et de leur animosit, s'est-il fait en mme
temps le docteur de leur hrsie et de leurs impits? Toute la
question de l'infaillibilit est l dedans.]

[Note 232: Marie-Thrse ne se prta qu'avec la plus grande rpugnance
 l'excution du bref de destruction des Jsuites; et pour l'y
dterminer, il fallut que Clment XIV lui fit un cas de conscience de
sa rsistance au chef visible de l'glise. L'Allemagne, la Pologne,
le Pimont, Venise, Gnes, la Suisse, y procdrent avec des
mnagements, qui annonoient l'estime et la considration qu'on y
conservoit pour cette socit. Dans tous ces tats, les individus
supprims reurent des pensions alimentaires; les vques continurent
de les employer dans le ministre; et plusieurs Jsuites, sous l'habit
de prtres sculiers, furent rservs pour l'enseignement et
l'ducation de la jeunesse. (_Mm. de l'abb Georgel_, t. I, p.
156.)]

[Note 233: Le roi de Prusse et l'impratrice de Russie. Frdric leur
laissa leurs maisons et leurs biens en Silsie; Catherine II, malgr
toutes les sollicitations des souverains de la maison de Bourbon,
s'obstina  les conserver dans la Russie Blanche, o ils avoient des
tablissements.]

Alors se fit sentir, dans toutes les parties du saint ministre, la
plaie qu'avoit faite  la France la destruction de cet ordre
religieux. La prdication vanglique perdit en eux ses organes les
plus loquents; et les moyens mercenaires que l'on crut devoir
employer pour exciter, en ce genre, quelque mulation, ne servirent
qu' prouver que le zle et le dsintressement font seuls les
orateurs sacrs. On vit, ds lors, languir les missions nationales par
lesquelles se renouveloit en quelque sorte la face des diocses et des
paroisses, se rparoient les scandales, se ranimoit la ferveur
religieuse, et dont les Jsuites toient les principaux et les plus
habiles ouvriers. Le vide fut plus affligeant encore dans les missions
trangres: elles tombrent presque entirement; la socit de Jsus,
qui les avoit si admirablement organises, ayant seule, dans ses
institutions, les moyens de les maintenir florissantes et d'en
dvelopper compltement les progrs, au milieu de tant d'obstacles
dont elles sont environnes. Mais c'est surtout dans l'ducation de la
jeunesse que cette plaie fut sensible; c'est l qu'elle devint
irrmdiable.  ces coles, o les semences des doctrines et des
sentiments religieux pntroient de toutes parts l'intelligence des
lves, en mme temps qu'elle se fortifioit de ces tudes profanes
dans lesquelles les Jsuites encore n'avoient point de rivaux,
succdrent des collges, que nous peindrons d'un seul trait, en
disant que d'Alembert fut charg d'y fournir le plus grand nombre des
professeurs. Alors venoit de natre la gnration qui a fait la
rvolution de 1789; et c'est l qu'elle a t leve.

Ce fut immdiatement aprs la destruction des Jsuites en France, et
seulement aprs (ceci mrite d'tre remarqu) que l'impit rompit
toutes ses digues, dchira ses derniers voiles, et attaqua, non plus
obliquement comme elle l'avoit fait jusqu'alors, mais en face, Dieu et
le christianisme; c'est alors que parut, dans tout son clat, le
sophiste Jean-Jacques Rousseau, le plus loquent sans doute et
peut-tre le plus dangereux de tous ces professeurs d'incrdulit, par
cela mme qu'il couvroit d'un vernis de _religiosit_ ses attaques
contre la religion, et calmoit jusqu' un certain point la conscience
en corrompant l'esprit et en justifiant les passions; aussi
l'enthousiasme qu'il fit natre alla-t-il jusqu'au fanatisme. Alors
Voltaire commena  entrer dans ces fureurs impies, qui firent de son
affreuse vieillesse comme une longue possession; et le projet de
dtruire le christianisme fut publiquement avou, et, autant qu'il
toit en lui, publiquement excut par ce patriarche des modernes
philosophes[234]. Alors parurent l'_mile_, la _Nouvelle Hlose_, le
_Dictionnaire philosophique_, les _Lettres de la Montagne_, le _Sermon
des cinquante_, le _Testament de Jean Meslier_, la _Profession de foi
du vicaire savoyard_, la _Philosophie de l'Histoire_, et tant d'autres
crits o ces deux hommes, dont le talent toit alors hors de pair,
endoctrinoient une gnration depuis si long-temps prpare  recevoir
leurs funestes leons; ce fut  cette mme poque que la
correspondance de Ferney prit une plus grande activit, et multiplia,
dans toutes les parties de la France, ses dangereuses relations.
Ministres, gens de cour, magistrats, ne craignirent plus d'avouer
leurs liaisons de doctrine et d'intrts avec la secte philosophique;
et, le croira-t-on, les livres qu'elle produisoit, dnoncs encore au
parlement, et, par la plus absurde des contradictions, quelquefois
condamns, circuloient librement sous la protection du magistrat, qui
toit alors directeur de la librairie[235]. Plus d'une fois encore le
clerg poussa des cris d'effroi et fit entendre des gmissements qui
retentirent jusqu'au pied du trne; et les actes de son assemble de
1765, dans lesquels sa prvoyance signala tous les maux dont tant de
licences inoues menaoient la socit, et tablit, d'une main ferme,
les droits de l'autorit spirituelle, que l'on envahissoit de toutes
parts, sont au nombre des monuments les plus remarquables que ces
assembles solennelles aient produits. Le corps piscopal entier, 
l'exception de quatre vques, toutes les facults de thologie, une
foule innombrable de curs et autres ecclsiastiques y adhrrent: le
parlement proscrivit ces actes; l'assemble protesta contre les
violences et les usurpations continuelles du tribunal sculier, et la
cour cassa les actes du parlement. Mais (et cette circonstance est
surtout digne d'attention) cette cour, qu'importunoit un parlement
factieux, s'alarma de la libert gnreuse avec laquelle le clerg
venoit de dfendre l'indpendance de l'glise; et la bulle
_Apostolicum_ de Clment XIII[236], dans laquelle cette indpendance
de l'autorit spirituelle toit fortement exprime, ayant t publie
 cette mme poque, un arrt du conseil, en date du 24 mai 1766,
rappela les dispositions de l'dit de 1682, non seulement tomb en
dsutude, mais formellement rvoqu par la lettre de Louis XIV 
Innocent XII[237], et lui rendit le caractre de loi du royaume, qu'il
avoit depuis si long-temps perdu. Ainsi reparurent les quatre articles
que, de nos jours, quelques membres du clerg, heureusement peu
nombreux, et dont le nombre va toujours dcroissant, ont encore le
courage de dfendre, et que promulguoit alors un ministre philosophe,
disputant le servage de l'glise  un parlement jansniste[238].

[Note 234: Ce fut alors que toutes ses missives  ses disciples et 
ses frres, se terminrent par cette formule, qu'aucune expression ne
sauroit qualifier, dans aucune langue: _crasons l'infme_.]

[Note 235: M. de Malesherbes; c'toit un des protecteurs et des
admirateurs les plus dclars de J.-J. Rousseau. Il a depuis expi,
par un acte sublime de dvouement, les graves erreurs de sa carrire
administrative; et sa mort demande grce pour sa vie.]

[Note 236: Cette bulle, donne en 1765, fut le dernier effort de ce
vnrable et courageux pontife en faveur de la compagnie de Jsus. Ses
sollicitations auprs de Louis XV n'ayant pu arrter la catastrophe
qu'il redoutoit, il pensa qu'un acte aussi solennel qu'une bulle du
Saint-Sige feroit peut-tre plus d'effet: celle-ci confirma de
nouveau l'Institut, dont elle louoit la saintet et l'utilit. Clment
XIII ne la publia toutefois qu'aprs avoir crit  tous les vques
pour leur demander leur avis. On assure que presque tous, dans leurs
rponses, se prononcrent pour la conservation de l'ordre. (_Mm. pour
servir  l'Histoire ecclsiastique du dix-huitime sicle_, anne
1765.)]

[Note 237: _Voyez_ la premire partie de ce volume, p. 131.]

[Note 238: Certes, l'glise de France, que nous voyons, pendant tout
le cours de ce malheureux sicle, presque uniquement occupe de
dfendre les droits de la puissance _spirituelle_, sans cesse attaqus
et si souvent envahis par l'autre puissance, toit loin de dsirer le
rtablissement de cette dclaration fatale,  peu prs tombe dans
l'oubli depuis prs d'un demi-sicle, et dont l'effet devoit tre de
lgitimer tant de violences et d'usurpations. On peut mme dire que
ces combats qu'elle n'avoit cess de soutenir contre les parlements,
et ces reprsentations solennelles qu'elle avoit tant de fois
adresses au souverain, toient comme une continuelle protestation
contre ce que l'on appeloit si drisoirement les _liberts
gallicanes_.]

Ce n'toit pas contre de semblables dits que ce parlement faisoit des
remontrances: il se hta de montrer combien il approuvoit celui-ci,
en rendant un arrt pour faire excuter une nouvelle loi de
silence[239] que le ministre avoit publie, en mme temps qu'il
rtablissoit les quatre articles, ce qui les mettoit sans contredit
hors de toute discussion; et sans perdre un moment il fit payer au
clerg sculier cette espce de trve qu'il lui avoit accorde, alors
que les jsuites occupoient tout son temps, en recommenant ses
procdures sur les refus de sacrements, remettant en vigueur les
poursuites, les dcrets de prise de corps, les bannissements;
ordonnant  des vques, convoqus  Paris par les agents du clerg,
d'en sortir dans trois jours, comme il auroit pu le faire  des
malfaiteurs; bravant les arrts du conseil qui essayoit vainement de
modrer ses excs, et qui commenoit  s'en effrayer.

[Note 239: On a sans doute remarqu ces lois de _silence_ qui se
renouvellent si souvent, et qui semblent tre la dernire ressource du
pouvoir, au milieu de ces dplorables dbats. Le despotisme n'en sait
pas davantage: c'est aux intelligences qu'il en veut, parce qu'il n'y
a que le mouvement des intelligences qui le contrarie dans sa marche
stupide et orgueilleuse. Dans l'Orient, o tant de causes arrtent le
dveloppement de la raison humaine, il peut rgner paisiblement sur
des populations abruties et stationnaires dans leur abrutissement: sa
folie est de vouloir s'tablir au milieu des nations chrtiennes, et
mme lorsqu'elles abusent le plus de la lumire du christianisme.
C'est la rgion des intelligences: l il est donn au pouvoir,
lorsqu'il est intelligent lui-mme, de les diriger: les arrter en une
entreprise au dessus de ses forces; et c'est pour n'avoir pas compris
cette grande vrit, pour ne pas la comprendre encore, que tout
pouvoir chancelle ou prit au sein de la chrtient.]

Cependant le torrent des mauvais livres alloit toujours croissant: il
dbordoit jusque dans les campagnes, attaquant  la fois tous les
pouvoirs et toutes les vrits; les brochures de Voltaire, o
s'exhaloit, sous les formes les plus cyniques, une fureur d'impit
pousse jusqu' la rage, se succdoient avec une rapidit prodigieuse,
et la police ne sembloit veiller sur lui que pour lui assurer
l'impunit[240]. Sa considration, son influence s'augmentoient par
l'effet mme des poisons qu'il rpandoit dans la socit; ses
protecteurs et ses admirateurs toient partout[241].  leur tte
s'toit plac ce mme Frdric, dont la cour n'avoit cess d'tre le
refuge assur de tous les crivains impies que la France rejetoit de
son sein, qu'il faut considrer lui-mme comme le plus coupable et le
plus dangereux de tous, parce qu'il toit roi, qu'il avoit une grande
renomme, et qu'ainsi les exemples et les leons qu'il donnoit, venant
de plus haut, avoient plus d'autorit. La coterie, plus dtestable
encore, du baron d'Holbach[242] s'toit organise, et le _Systme de
la nature_ avoit paru, c'est--dire un livre o, plus consquents que
tous les libres-penseurs qui les avoient prcds, ceux-ci dclaroient
ouvertement la guerre  Dieu, aux prtres, aux rois, rejetant tout
ordre et toute socit, livre qui effraya l'autre clique des
philosophes[243], et que Voltaire attaqua avec ces foibles armes qui
sont  l'usage des distes contre les athes, et qu'il est si facile 
ceux-ci de briser entre leurs mains[244]. D'Holbach et son principal
auxiliaire, Diderot, triomphrent donc, et sans beaucoup d'efforts, de
leurs _consciencieux_ adversaires, et la nouvelle cole de philosophie
qu'ils avoient forme, plus positive et plus entreprenante, rpandit
encore plus de doctrines sditieuses et anarchiques, eut des succs
plus dcisifs, et un plus grand nombre de sectateurs. pouvant de ces
ravages que faisoient en France les mauvais livres, Clment XIV en
condamna plusieurs par des dcrets; l'assemble du clerg de 1770
renouvela ses avertissements et les accompagna de prdictions
sinistres sur ce flau, le plus grand de tous ceux dont la France
toit dsole; le parlement lui-mme, inconsquent jusqu' la fin, osa
condamner de nouveau ces funestes productions, les accusant de saper 
la fois le trne et l'autel[245].

[Note 240: Toutes ses lettres toient ouvertes par un sieur Marin,
censeur et secrtaire gnral de la librairie. Il s'en effraya
d'abord, et se rassura bientt, n'ayant point tard  acqurir la
conviction qu'on n'avoit aucun projet hostile contre lui.]

[Note 241: Tant qu'elle vcut, Madame de Pompadour le protgea, et,
aprs elle, le duc de Choiseul. Il toit recherch, on pourroit mme
dire courtis, par beaucoup de grands seigneurs; et l'on sait quel
toit le concours de personnages de toutes conditions, qui alloient
visiter, dans sa retraite, le seigneur de Ferney.]

[Note 242: Diderot, Helvtius, Turgot, Naigeon, Grimm, Saint-Lambert,
Thomas, Saurin, etc., en toient les principaux membres; elle comptoit
encore un grand nombre d'affilis trangers, et entre autres, Hume,
Gagliani, le marquis de Caraccioli, le comte de Creutz, le baron de
Gleichen, Galli, etc.; Rousseau, d'Alembert et Buffon y avoient t
attirs d'abord, et ne tardrent point  s'en retirer.]

[Note 243: Celle-ci se partageoit encore en plusieurs coteries qui,
toutes, avoient certaines nuances d'opinions. Les plus clbres
toient celle de mademoiselle Lespinasse, dans laquelle dominoit
d'Alembert; celle de madame Necker, o se runissoit surtout le
troupeau philosophique,  la suite de Voltaire; et la socit de Mme
Doublet. On toit plutt parlementaire et jansniste, dans celle-ci,
que philosophe; mais, dit Grimm, on n'_y toit pas chrtien_, ce qui
toit la premire condition de toutes les runions de ce genre.]

[Note 244: Lorsqu'on a secou le joug salutaire de la rvlation,
s'arrter dans le disme est une absurdit: c'est ce que n'a jamais
fait un esprit dou d'une vritable vigueur. Il va droit aux dernires
consquences de l'incrdulit, qui sont l'athisme et le scepticisme,
o il trouve une sorte de repos dans la mort de son intelligence; ou
bien il rtrograde jusqu' la foi, qui en est la vie et la vritable
paix. Voltaire, Rousseau, et leurs disciples, qui se dbattoient dans
ce milieu des opinions philosophiques, toient, sans contredit, les
plus foibles de tous ces insenss raisonneurs.]

[Note 245: Ce double projet des philosophes fut mis  dcouvert dans
un rquisitoire de l'avocat-gnral Sguier.]

C'toit de sa part folie ou drision. Il avoit depuis long-temps fait
ses preuves contre l'autel: l'anne suivante combla la mesure de ses
outrages contre le trne. Des troubles s'toient levs en Bretagne,
o l'administration inepte et arbitraire du duc d'Aiguillon,
gouverneur de cette province, avoit fait natre une opposition
sditieuse dans la noblesse et dans la magistrature: c'toit une
occasion offerte au parlement de Paris de sanctionner ce principe
d'unit et d'indivisibilit de tous les parlements de France, qu'il
avoit lui-mme tabli et qu'il lui importoit de maintenir. Il prit
donc fait et cause pour le parlement de Rennes, fit, au sujet du duc
d'Aiguillon, des remontrances, et prit  son gard des arrts qui
passoient tout ce qu'il avoit fait jusqu'alors de plus violent et de
plus sditieux[246], secrtement soutenu et encourag en cette
circonstance par le duc de Choiseul, qui, jusqu'alors, s'toit si
heureusement servi de ses rsistances pour intimider et gouverner son
matre; poussa la tmrit jusqu' braver ouvertement le roi, qui,
dans un lit de justice, avoit apport lui-mme  cette compagnie des
ordres dont le ton plus ferme auroit d cependant lui faire souponner
que quelque chose d'extraordinaire se tramoit contre elle, si une si
longue impunit ne l'et plonge dans le dernier aveuglement[247].
Pour svir contre une magistrature sditieuse qui, depuis tant
d'annes, le fatiguoit et l'irritoit, Louis XV n'avoit besoin que
d'tre dirig et soutenu par une volont plus ferme que la sienne: le
chancelier Maupeou apporta cette volont dans son conseil. Il arriva
que le duc de Choiseul fut disgraci dans ce mme temps, pour n'avoir
pas su apprcier les justes bornes de sa faveur, et s'tre fait un
point d'honneur ridicule d'insulter la nouvelle matresse du
roi[248], aprs avoir si long-temps ramp devant l'autre: alors il
fut dcid qu'on auroit raison du parlement, ou qu'il seroit bris. Il
aima mieux rompre que plier, refusa d'obir, cessa le service et
rsista aux lettres de jussion. Le chancelier, non moins opinitre et
plus entreprenant, lui prouva que l'autorit royale, au milieu de
toutes ses foiblesses, pouvoit tre encore plus forte que lui: tous
les membres du parlement furent exils; la grand'chambre  qui, dans
son exil, on avoit encore conserv son caractre et ses fonctions de
cour de justice, persistant dans sa rvolte, le dernier coup fut
frapp, et, dans un lit de justice, tenu  Versailles avec une
solennit extraordinaire, le roi cassa le parlement. Tout avoit t
prpar par le chancelier pour qu'il ft,  l'instant mme, remplac
par une autre cour de justice; et la rapidit d'excution que l'on mit
dans ces mesures bien concertes, en assura l'excution.

[Note 246: Voltaire lui-mme en fut choqu au dernier point. Il m'a
toujours paru absurde, dit-il dans une lettre  M. de Florian (25
fvrier 1771), de vouloir inculper un pair du royaume, quand le roi,
dans son conseil, a dclar que ce pair n'a rien fait que par ses
ordres et a trs bien servi. C'est, au fond, vouloir faire le procs
au roi lui-mme; c'est, de plus, se dclarer juge et partie: c'est
manquer, ce me semble,  tous les devoirs.]

[Note 247: Ce lit de justice fut tenu le 7 septembre 1770. Le roi y
dfendoit au parlement de se servir des termes d'_unit_,
d'_indivisibilit_ et de _classes_, d'envoyer, aux tribunaux des
provinces, d'autres mmoires que ceux qui auroient t spcifis par
les ordonnances, de cesser le service, sinon dans les cas prvus par
les mmes ordonnances, de donner des dmissions en corps, et de rendre
des arrts pour retarder l'enregistrement.]

[Note 248: C'toit sans doute le dernier degr d'avilissement o
pouvoit tomber Louis XV, que d'tre jou par les agents de ses
dbauches, au point de recevoir pour favorite, et comme une conqute
qui n'toit pas  ddaigner mme pour un roi, une malheureuse
crature, tire des plus infmes repaires de la prostitution; mais il
n'en est pas moins curieux de voir son premier ministre, faire le
dlicat avec la comtesse Du Barry, ayant t si long-temps le valet de
la marquise de Pompadour: l'une valoit au moins l'autre; et mme s'il
falloit dsigner la moins mprisable des deux, la prostitue auroit
notre voix.]

Ce succs sembloit aussi grand qu'inespr: on toit ivre de joie 
Versailles; on y portoit aux nues ce chancelier qui, disoient
hautement les courtisans, avoit retir le sceptre du greffe du
parlement, pour le remettre entre les mains du monarque. Insenss qui
s'arrtoient  la superficie du mal, parce qu'ils toient incapables
d'en sonder la profondeur! Tandis qu'ils se rjouissoient ainsi de la
victoire que venoit de remporter le ministrialisme, le ministre
disgraci triomphoit dans sa retraite, o il s'toit rendu avec un
appareil insultant pour son matre, o bientt se donnrent
rendez-vous tous les mcontents; et la rvolte, si long-temps
concentre dans le parlement, clata partout. On n'avoit point encore
vu autant d'exaspration dans les esprits, de violence dans les
murmures, de licence dans les discours et dans les crits; il ne
s'toit point encore lev tant de clameurs contre le pouvoir, il
n'avoit point encore t en butte  tant d'injures et de sarcasmes. Il
s'leva, de la France entire, un cri en faveur des parlements: nobles
et plbiens, quoique leurs intrts fussent si diffrents, sembloient
anims de la mme fureur; on se soumettoit en frmissant, et ainsi se
manifestoit, de toutes parts, cette opposition anarchique que le
parlement avoit cre et fomente, et qui alloit tre, avant peu,
livre  d'autres chefs dont il n'toit, depuis prs d'un demi-sicle,
que l'aveugle instrument. Un crivain,  qui cette poque de dlire a
fait un nom, l'abb de Mably, publia, au milieu de l'effervescence
nationale, un livre dans lequel il traoit le plan d'une rvolution,
et ce plan est prcisment celui qui, depuis, a t excut; mais le
moment n'toit pas encore venu. Telle toit alors la puissance des
libellistes, que, ne se sentant pas assez forte pour les atteindre et
les punir, la cour, plus d'une fois, composa avec eux; et pour
quelques-uns qu'elle avoit achets, en fit natre mille autres qui
esproient se vendre, ou qui toient srs de pouvoir la braver
impunment[249]. On vit ce mme Malesherbes, que nous ne nommons
encore qu' regret, et qui, sans doute, n'toit pas un ennemi du
trne, adresser  son souverain, sur l'exil du parlement, des
remontrances que Voltaire lui-mme jugea _trop dures_, et lui parler
de la convocation des tats-gnraux, comme d'une mesure rclame par
la justice et la ncessit; tant toit grand l'esprit de vertige dont
tous, et mme les plus fidles, toient alors possds.

[Note 249: C'est alors que parurent les _Nouvelles  la main_,
libelles qui circuloient aussi librement que les feuilles priodiques
autorises, et o l'on dversoit la haine et le mpris sur le roi, sur
les ministres, sur la nouvelle magistrature. Il y eut mme des
placards rgicides affichs dans les places publiques de Paris.]

Cependant, ce mme pouvoir qui s'toit ranim un moment pour abattre
l'opposition parlementaire, quel profit tiroit-il de ce qu'il avoit
fait? Il se rioit en quelque sorte de cette opposition plus terrible
qui le dbordoit de toutes parts, et la ddaignoit parce qu'elle se
prsentoit  lui, sans dessein arrt et sans point de ralliement. Ce
chancelier tant vant, quelle suite donnoit-il  un grand dessein si
vigoureusement excut? Il faisoit du cabinet d'une prostitue, le
rendez-vous du travail avec le roi; et c'toit l, qu'entour des
personnages ineptes et corrompus[250] qui formrent le dernier
ministre de ce dplorable rgne, il travailloit avec eux  isoler
encore davantage le pouvoir,  accrotre, s'il toit possible, ce
mlange prodigieux d'impuissance et de despotisme dont il toit
compos. Comme si le parlement lui et lgu sa haine contre les
Jsuites, ce ministre redoubloit alors d'instances auprs de Clment
XIV, pour qu'il pronont enfin la sentence fatale de leur
suppression; et continuoit, sous l'influence du parti philosophique,
d'excuter le plan, conu quelques annes auparavant, d'une extinction
graduelle des ordres religieux[251], qui formoient, avec le
Saint-Sige, comme un dernier lien qu'il falloit briser, afin de
n'avoir plus en France qu'un clerg sculier, tout entier sous le joug
des _liberts gallicanes_. Un systme fiscal, le plus machiavlique
qu'on et jusqu'alors imagin, creusoit, dans les finances, de
nouveaux abmes o se prparoient, sinon les causes premires de la
rvolution, du moins celles qui devoient la faire clater; enfin la
politique extrieure de la France, subordonne aux petites vues et aux
petits intrts de ses agents diplomatiques, achevoit de perdre ce qui
lui restoit d'influence et de dignit; et le partage de la Pologne, le
dernier des brigandages europens qu'ait produit ce systme
d'quilibre ou plutt de massacres et de spoliations, que l'on nomme
la paix de Westphalie, put se faire impunment sous ses yeux, sans
qu'elle y mt le moindre obstacle, sans que ce funeste ministre et
mme la pense d'y intervenir. Tels toient les hommes qui avoient
renvers le parlement: telles furent leurs oeuvres; telles toient les
ides qu'ils s'toient faites du pouvoir. Ils avoient, comme tant
d'autres, la prtention de s'y perptuer: la mort subite et imprvue
de Louis XV renversa leurs projets[252].

[Note 250: Le duc d'Aiguillon, l'abb Terray, etc.]

[Note 251: Cette conspiration contre les ordres monastiques avoit pris
naissance, en 1766, au sein d'une commission d'vques et de
magistrats, cre, au contraire, pour les revivifier, en ramenant un
grand nombre d'entre eux, du relchement o ils toient tombs  la
puret de la rgle primitive. L'archevque de Toulouse, Brienne, qui
joua depuis un rle si honteux et si funeste dans le ministre de
Louis XVI, toit membre de cette commission; et ce fut lui qui fit
prvaloir, dans cette commission, le systme d'extinction graduelle.]

[Note 252: Louis XV mourut le 10 mai 1774, dans de grands sentiments
de pit et de repentir.]

 cette mort se termineront nos rcits: le tableau du rgne de Louis XVI
et de la rvolution, poque la plus remarquable des annales du monde,
depuis la venue de celui qui en a renouvel la face, n'est point entr
dans le plan que nous nous sommes trac, et qu'autant qu'il est en nous,
nous avons rempli, de montrer comment la monarchie franoise s'est
forme, fortifie, agrandie; et par quelles causes, d'abord presque
insensibles, ensuite et par degrs plus actives, puis vers la fin,
palpables pour ainsi dire, elle a commenc  dcliner, pour se
prcipiter, aprs quatorze sicles d'existence, et tomber de cette chute
pouvantable, dont il reste encore tant de victimes et tant de tmoins.
Sous un monarque jeune et sans exprience, dou de beaucoup de vertus,
mais de ces vertus prives, qui, dans des circonstances difficiles, ne
suffisent pas pour bien jouer le rle de roi, la philosophie, pntrant
dj de toutes parts le corps social, continua tranquillement son oeuvre
si avance; et, chose aussi horrible qu'trange, tandis qu'achevant de
corrompre le pouvoir et de lui apprendre  ne chercher qu'en lui-mme
son droit et sa rgle, elle l'affermissoit de jour en jour davantage
dans les thories de son absurde et intolrable despotisme, ses
doctrines,  la fois gostes et licencieuses, poussoient, en sens
contraire, la multitude qu'elle avoit pervertie, et l'enivroient, de
jour en jour davantage de rvolte et d'anarchie. Au reste, la
conspiration contre l'autorit spirituelle toit devenue europenne:
elle avoit  sa tte un empereur, que l'on peut compter au nombre des
hommes les plus dpourvus de sens qui aient jamais port le
sceptre[253], et  un tel point qu'il sut rendre ridicule en lui un
fanatisme anti-religieux qui, dans tout autre, n'et t que rvoltant.
Tandis qu'il dsoloit, comme  plaisir, l'glise, dans ses vastes tats,
par des innovations extravagantes et des usurpations sacrilges; sous
son influence active et puissante, le conciliabule de Pistoie
introduisoit les maximes gallicanes jusqu'aux portes de Rome; et le
ministrialisme, non moins puissant  Naples qu'en Toscane, entroit, 
son tour, dans les voies qu'il avoit ouvertes. Or, il est remarquable
qu'en Allemagne comme en Italie, et de mme qu'en France, c'toient
surtout les ordres monastiques dont on poursuivoit la destruction avec
le plus d'acharnement, comme si l'on et voulu faire du pape un roi sans
arme, pour ensuite le renverser plus facilement de son trne.
Cependant, tandis qu'elle portoit ainsi la sape jusques dans les
fondements de la religion du Christ, l'incrdulit se faisoit 
elle-mme une religion dans l'_illuminisme_; et attirant ainsi  ses
doctrines ce qu'il y avoit de plus corrompu, depuis les classes les plus
leves de la socit jusqu'aux plus obscures, cachoit d'horribles
projets sous d'excrables mystres; et dans ses divers degrs
d'initiation, traoit  ses adeptes, suivant qu'ils les pouvoient
supporter, leurs rgles de conduite et leurs articles de foi. Enfin, les
temps marqus, o les hommes devoient chercher  rsoudre le problme de
la socit SANS DIEU, tant arrivs, et Dieu s'tant retir pour les
laisser faire, le parlement de Paris (car la France avoit t marque
par la Providence, pour tre le principal thtre de ce prodigieux
vnement), honorablement rappel de son exil, afin qu'il trouvt dans
ce dernier triomphe son dernier chtiment, essaya vainement de se
replacer  la tte d'une opposition qui ne le connoissoit plus, et,
devenue trop forte, pendant son absence, pour consentir  rentrer dans
le cercle de ses prtentions gothiques, et de ses traditions  la fois
sditieuses et monarchiques. Ce fut, au contraire, cette opposition qui
fit du parlement l'instrument aveugle de ses vastes desseins. Ce fut au
moyen des mutineries nouvelles de ces gens de robe, si puissamment
aides du dsordre des finances et de l'ineptie tracassire des
ministres, qu'elle obtint les TATS-GNRAUX, et avec eux le centre
d'action dont elle avoit besoin. Alors, puissamment favorise par le
perfectionnement extraordinaire qu'avoit acquis,  Paris et dans les
provinces, la partie _matrielle_ de la socit, la RVOLUTION commena.

[Note 253: Joseph II.]




QUARTIER

SAINT-GERMAIN-DES-PRS.


Sous le rgne de Louis XIII, ce quartier ne s'tendoit gure au-del
de la rue du Bac, et mme la partie de cette rue, situe devant
l'glise de Saint-Thomas-d'Aquin (l'ancien couvent des Jacobins
rforms) n'avoit point encore t leve. La cour de France, devenue,
sous Louis XIV, plus nombreuse et plus brillante qu'elle n'avoit
jamais t, sembla choisir de prfrence le vaste terrain que lui
offroit cette extrmit de Paris, pour y btir ces demeures
magnifiques, qui en ont fait, en moins d'un sicle, la partie la plus
considrable et la plus belle de cette capitale; et l'on ne cessa pas
d'y construire de nouveaux difices, de l'embellir de nouveaux
monuments, sous Louis XV et sous Louis XVI, jusqu'au moment de la
rvolution[254].

[Note 254: _Voyez_ pl. 189 et 190.]


L'HTEL DES MONNOIES.

La fabrication des monnoies, ainsi que l'emploi des matires d'or et
d'argent, sont d'une telle importance, que, de tous temps, les
souverains ont eu des officiers particuliers, chargs de veiller sur
toutes les oprations qui pouvoient y avoir rapport. Les Romains
avoient des _triumvirs montaires_ qui, sous Constantin, furent
remplacs par un intendant des finances, ayant aussi l'intendance des
monnoies, et la juridiction suprme sur tout ce qui tenoit  leur
fabrication. Nous trouvons que nos rois de la premire race suivirent,
de tous points, cette forme d'administration, telle qu'elle toit
pratique dans les Gaules, lorsqu'ils les envahirent, avec cette
diffrence seulement que, pour l'activit du service, ils remplacrent
l'intendant par plusieurs officiers, nomms d'abord _gnraux des
monnoies_, ensuite _matres des monnoies_, _magistri monet_. Sous ces
grands officiers, toient des matres particuliers qui dirigeoient les
chambres des monnoies, tablies dans les principales villes. Sous le
rgne de Charlemagne, on battoit monnoie dans plusieurs villes de son
vaste empire[255]; et au temps de Charles-le-Chauve, la France seule
comptoit dj neuf htels des Monnoies, y compris celui du
Palais.[256]

[Note 255: _Car. Calv. Cap._, tit. 36, c. 12.]

[Note 256: _Cap. Lud. Pii._, an. 23, c. 18.]

Le nombre des gnraux ou matres des monnoies a beaucoup vari. Il
n'y en eut d'abord que trois, et alors ils furent unis et incorpors
aux matres des comptes et aux trsoriers des finances, qui n'toient
galement que trois, dans chacune de ces deux juridictions; et ces
neuf officiers furent placs dans le palais  Paris, au lieu qu'occupe
encore aujourd'hui la chambre des comptes. Les gnraux des monnoies
avoient, dans cette enceinte, une chambre particulire, dans laquelle
ils s'assembloient, pour ce qui concernoit le fait de leur
juridiction.

Ces trois corps ayant t augments sous Charles V, cette circonstance
amena leur sparation, qui fut faite vers 1358. Alors la chambre des
monnoies fut place au-dessus du bureau de la chambre des comptes; et
ce tribunal y tint ses sances jusqu'en 1686, qu'il fut transfr au
pavillon neuf du palais, du ct de la place Dauphine, o, depuis
cette poque jusqu' celle de la rvolution, il a toujours t
tabli.

Les gnraux des monnoies toient alors au nombre de huit; ils furent
ensuite successivement maintenus ainsi, ou diminus par les
successeurs de Charles V jusqu' Franois Ier, qui porta jusqu' onze
le nombre de ces officiers, un prsident et dix conseillers[257].

[Note 257: Jusqu'au rgne de ce prince, on trouve encore des seigneurs
qui avoient le droit de battre monnoie: ce fut lui qui acheva de
l'abolir entirement. Ses prdcesseurs, depuis Philippe-le-Bel,
n'avoient pas cess de le restreindre; mais lors mme que ce droit
toit dans toute sa vigueur, le roi connoissoit seul, par ses
officiers, des contestations qu'il faisoit natre; et les officiers,
que les seigneurs nommoient pour leurs monnoies, devoient tre agrs
par le souverain, et reus par les gnraux.]

Au mois de janvier 1551, la chambre des monnoies fut rige en cour et
juridiction souveraine et suprieure, comme toient les cours du
parlement, pour juger par arrt, et en dernier ressort, toutes
matires tant civiles que criminelles, dont les gnraux avoient
auparavant connu ou d connotre. Il y eut encore,  cette poque et
depuis, plusieurs crations et suppressions dont le dtail deviendroit
fastidieux: il nous suffira de dire qu'en 1789, on comptoit, dans
cette cour, un premier prsident, huit autres prsidents, deux
chevaliers d'honneur, trente-cinq conseillers, tous officiers de robe
longue, deux avocats gnraux, un procureur gnral et deux
substituts, un greffier en chef, deux commis du greffe, un receveur
des amendes et pices, un huissier en chef, et seize huissiers, etc.,
etc.

Cette cour, suivant sa cration, avoit le droit de connotre, en toute
souverainet, du travail des monnoies, des fautes, malversations et
abus commis par les matres-gardes, tailleurs, essayeurs, monnoyeurs,
ajusteurs, changeurs etc., et autres faisant des monnoies,
circonstances ou dpendances d'icelles, ou travaillant et employant
les matires d'or, d'argent, en ce qui concernoit leurs charges,
mtiers, etc. Elle connoissoit galement par prvention, et en
concurrence avec les baillis, snchaux et autres juges, des faux
monnoyeurs, rogneurs, altrateurs des monnoies, et gnralement de
tous ceux qui transgressoient les ordonnances sur le fait des
monnoies, tant franoises qu'trangres[258].

[Note 258: On gardoit, dans cette cour, tous les poids originaux de
France, sur lesquels ceux de toutes les villes du royaume devoient
tre talonns. Elle commettoit, tous les ans, un commissaire, charg
de faire marquer, en sa prsence, tous les poids publics, au poinon
du roi.]

La cour des monnoies jouissoit des droits de _committimus_, de
franc-sal, et autres droits attachs aux cours souveraines. Elle
avait rang, dans les crmonies publiques, immdiatement aprs la
cour des aides; ses prsidents portoient la robe de velours noir;
celle des conseillers toit seulement de satin.

Nous venons de dire que, sous les premires races, on battoit monnoie
dans le palais de nos rois. Sous la troisime, on ne sait pas
prcisment, quand et dans quel endroit, fut construit le premier
btiment affect  cet usage. On a vu que saint Louis avoit tabli les
religieux de Sainte-Croix de la Bretonnerie dans une maison o l'on
avoit frapp la monnoie[259]. Le nom de _Vieille Monnoie_, que porte
une rue du quartier de Saint-Jacques de la Boucherie, semble annoncer
qu'anciennement elle y avoit t place. L'htel des Monnoies fut
tabli, pendant long-temps, dans la rue qui en porte encore le nom, et
qui est situe entre celle du Roule et la place des trois Maries; mais
on ignore galement dans quel temps il y fut transfr. Les anciens
btimens, qui subsistoient encore vers la fin du sicle dernier,
annonoient le rgne de saint Louis ou celui de Philippe-le-Hardi.
Sous Henri II, le moulin de la monnoie toit plac sur la rivire,
presque vis--vis l'endroit o est aujourd'hui la rue de Harlai. On a
aussi frapp des espces dans la rue du Mouton,  l'htel de Nesle, et
dans d'autres endroits. Louis XIII transporta la monnoie aux galeries
du Louvre, dans les salles o depuis fut tablie celle des mdailles;
et il y a grande apparence que l'intention de ce prince toit de l'y
fixer pour toujours, puisqu'il disposa du jardin de l'ancien htel en
faveur d'un particulier[260]. Cependant la monnoie fut de nouveau
transfre dans ce local, lequel avoit son entre principale dans la
rue qui porte son nom, et une autre trs troite dans la rue
Thibautod; elle y resta jusqu' ce qu'on et achev le monument qui
lui toit destin[261].

[Note 259: _Voyez_ t. 2, 2e partie, p. 985.]

[Note 260: JAILLOT, _Quartier du Louvre_, p. 50.]

[Note 261: Alors l'ancien difice fut dmoli, et sur son emplacement,
on pera les deux rues _Neuve-Boucher_ et _tienne_.]

Ce fut le dprissement sensible de ces vieilles constructions qui
dtermina M. de Laverdy, alors ministre des finances,  faire btir un
nouvel htel des Monnoies. Il choisit,  cet effet, un emplacement
d'un bel aspect, mais qui du reste n'toit rien moins que favorable,
dans sa disposition,  la construction d'un semblable monument,
l'ancien htel de Conti. La premire pierre de l'difice fut pose en
1771, par M. l'abb Terray, contrleur gnral; et le monument s'leva
sous la direction de M. Antoine, habile architecte, dont le ministre
avoit adopt les dessins.

Destin  contenir une foule d'objets d'une nature diffrente, tels
qu'une cole et un cabinet de minralogie, une grande administration,
de vastes ateliers, une forte manipulation de mtaux, une immense
runion d'ouvriers, cet htel prsentoit  l'architecte de nombreuses
difficults; et il ne sembloit pas ais de bien dterminer le genre de
dcoration propre  un semblable monument; car s'il ne devoit avoir ni
l'aspect pompeux d'un arc de triomphe, ni l'lgance magnifique et
recherche d'un palais, destin cependant  donner une grande ide de
la richesse nationale, il ne pouvoit tre trait dans le style svre
d'un simple monument d'utilit publique. L'architecte a rsolu ce
problme avec une habilet et un succs qui ne laissent rien 
dsirer.

Il sut profiter, avec beaucoup d'art, des deux faces que pouvoit
offrir le monument, pour les accorder avec la nature des objets qu'il
devoit renfermer, et combiner sa distribution intrieure avec l'effet
extrieur de la dcoration. Les ateliers furent rejets sur la rue
Gungaud; les pices d'apparat et l'entre principale se
dvelopprent sur le quai de Conti. Il dcora cette dernire faade
d'une ordonnance d'Architecture et de figures allgoriques, tandis
qu'il adoptoit, pour les btiments secondaires, un style plus ferme,
qui, pour tre priv de la prsence des ordres, n'en a pas moins le
genre de beaut et le caractre qui lui sont propres. Il y joignit la
prcaution essentielle d'isoler des autres btiments celui o l'on
frappe la monnoie, pour leur viter l'branlement et la secousse des
balanciers[262].

[Note 262: On a reproch  M. Antoine, et beaucoup de gens lui
reprochent encore, d'avoir align le btiment principal avec l'un des
pavillons du collge des Quatre-Nations, trop avanc sur le quai, et
dont on annonce toujours la prochaine dmolition; mais si l'on
considre avec attention la forme et le peu d'tendue du terrain
qu'occupe l'htel des Monnoies, on reconnotra qu'il offre une espce
de triangle trs irrgulier; que pour donner  cet endroit du quai une
largeur telle qu'on l'et dsire, il et fallu rentrer paralllement
ce btiment d'une grande partie de son paisseur (car en ne le
rentrant que du ct des Quatre-Nations, l'angle que forme le quai
avec la rue Gungaud devenoit encore plus aigu, et et t
insupportable dans la distribution comme dans l'lvation); enfin que
l'un et l'autre eussent fait perdre une quantit considrable d'un
terrain prcieux sur cette face, et qu'il n'en seroit pas rest assez
pour les besoins du monument. (LEGRAND.)]

Cet difice ne prsente que deux faces d'un triangle, ayant chacune
environ soixante toises. Il est divis en trois grandes cours et
plusieurs autres moins considrables, toutes entoures de btiments.

Le principal corps de logis, ayant face sur le quai, renferme un
superbe vestibule, orn de vingt-quatre colonnes doriques, un bel
escalier que dcorent galement seize colonnes ioniques, un immense et
prcieux cabinet de minralogie, plusieurs cabinets de machines, des
salles pour l'administration et de vastes logements.

Au fond de la grande cour, entoure de galeries, est la salle des
balanciers; celle d'au-dessus est occupe par les ajusteurs. Elles ont
chacune soixante-deux pieds de longueur sur trente-neuf de largeur; 
ct est une chapelle dont on a fait depuis une pice de travail. Le
surplus des btiments se compose d'ateliers et autres dpendances.

La dcoration de la faade principale prsente un avant-corps de six
colonnes ioniques, leves sur un soubassement de cinq arcades, orn
de refends; un grand entablement, avec consoles et modillons, couronne
l'difice dans toute sa longueur. L'avant-corps est surmont d'un
attique, au devant duquel sont six figures isoles. Ces figures
excutes par Pigale, Mouchy et Le Comte, reprsentent la Loi, la
Prudence, la Force, le Commerce, l'Abondance et la Paix[263].

[Note 263: _Voyez_ pl. 191.]

La seconde faade, sur la rue Gungaud, offre un attique, sur un
soubassement de mme hauteur que celui de la premire, et orn de
bossages. Sur l'avant-corps, on a plac les figures des quatre
lments, excutes par Caffieri et Dupr. L'extrmit du grand
btiment forme pavillon  l'un des bouts de cette faade. On en a
construit un pareil  l'autre bout, mais uniquement pour la rgularit
de la dcoration.

La cour principale a cent dix pieds de profondeur sur
quatre-vingt-douze de largeur; elle est entoure d'une galerie. La
salle des balanciers s'annonce par un pristyle de quatre colonnes
doriques; quatre colonnes toscanes en supportent la vote intrieure:
dans le fond est la statue de la Fortune, par Mouchy. Sur les arcades
et portes carres dont est alternativement perce la construction
circulaire qui termine cette cour, sont placs les bustes de Henri IV,
Louis XIII, Louis XIV, et Louis XV[264].

[Note 264: _Voyez_ pl. 192.]

Le cabinet de minralogie, qui occupe le pavillon du milieu au premier
tage, est dcor de vingt colonnes corinthiennes d'un grand module,
qui soutiennent une tribune rgnant au pourtour dans la hauteur du
deuxime tage; il est orn de bas-reliefs et d'arabesques. Les
corniches, les chambranles des portes et des croises, sont enrichis
d'ornements sculpts et dors, mais distribus avec got et sans
confusion. Un lambris circulaire renferme des banquettes pour les
personnes qui assistent au cours de minralogie, et sert de fond aux
armoires tablies sur sa face extrieure, pour renfermer la collection
des minraux. Personne n'ignore que cette collection prcieuse est la
plus complte qui existe en Europe.

La pice qui la contient et que nous venons de dcrire est d'un style
trs noble; mais elle pche peut-tre par un excs de richesse. Ces
dorures, cette varit de couleurs dont elle est pare, lui donnent
plutt l'air d'une salle de concert ou de bal, que d'un lieu destin 
l'tude. Telle qu'elle est cependant, il n'en est aucune du mme genre
qu'on puisse lui comparer.

Les cours de l'cole royale des mines, indpendants des cours publics
qui se tenoient trois fois la semaine, avoient lieu tous les jours
dans cette salle. Le public pouvoit y assister; mais on n'toit admis
au nombre des lves qu'aprs avoir subi des examens.[265]

[Note 265: L'htel des Monnoies n'a point chang de destination.]


LE COLLGE MAZARIN, DIT DES QUATRE-NATIONS.

On sait que le cardinal Mazarin, n'ayant pu excuter lui-mme le
projet qu'il avoit form d'tablir un collge en faveur d'un certain
nombre de jeunes gentilshommes ou principaux bourgeois des pays
nouvellement conquis, ordonna, par son testament du 6 mars 1661, que,
sous le bon plaisir du roi, il seroit fond un collge, sous le nom
et titre de _Mazarin_, pour soixante gentilshommes ou bourgeois de
Pignerol et de son territoire, de l'tat ecclsiastique, d'Alsace et
pays d'Allemagne, de Flandre et de Roussillon[266]. Dans le mme acte,
ce ministre insra les statuts qu'il avoit fait dresser pour ce
collge et acadmie, et lgua, pour assurer le succs de sa fondation,
deux millions en argent, 45,000 liv. de rente sur l'htel de ville et
sa bibliothque, suppliant en outre S. M. de vouloir bien unir  tous
ces dons, et  perptuit, le revenu de l'abbaye de Saint-Michel en
l'Herm, dont il toit titulaire. Toutes ces dispositions furent
exactement remplies par MM. de Lamoignon, Fouquet, Le Tellier,
Zongo-Ondedei, vque de Frjus, et Colbert, ses excuteurs
testamentaires. Comme un tablissement aussi magnifiquement conu
demandoit un trs vaste terrain et de nombreux btiments, ils
jettrent d'abord les yeux sur le palais d'Orlans dit le
_Luxembourg_; mais le prix considrable qu'il auroit cot, et les
changements dispendieux qu'il auroit fallu y faire, les forcrent d'y
renoncer; et ils se dterminrent  acheter ce qui restoit encore de
l'htel et du sjour de Nesle. Ils y joignirent quelques maisons
voisines, et obtinrent, au mois de juin 1665, des lettres-patentes,
enregistres le 14 aot, par lesquelles Sa Majest confirmant cette
fondation, vouloit qu'elle ft considre comme fondation royale.

[Note 266: C'est ce qui a fait donner,  cette fondation, le nom de
collge des _Quatre-Nations_.]

Le monument, commenc sur les dessins de Levau, premier architecte du
roi, fut excut par deux autres architectes, Lambert et d'Orbay. On
dmolit  cet effet, en 1662, la tour de Nesle, reste des anciens
htels dont nous venons de parler; et sur ce vaste emplacement,
s'levrent assez rapidement, et les immenses constructions qui
forment le corps de cet difice, et cette faade, unique dans son
genre  Paris, qui se compose d'un avant-corps, surmont d'un dme et
de deux ailes en demi-cercle, que terminent deux gros pavillons;
mlange singulier de parties incohrentes, de lignes ressautes, de
pilastres allis avec des colonnes et de toutes les combinaisons
systmatiques de l'ancienne architecture franoise, mais dont la masse
prsente cependant une dcoration d'un effet imposant, et tel qu'on
pouvait le dsirer pour accompagner heureusement la faade latrale du
Louvre, situe en regard, sur la rive oppose de la Seine[267].

[Note 267: _Voyez_ pl. 193.]

On a reproch aux deux pavillons du collge des Quatre-Nations
d'intercepter le passage et mme la vue du quai dans toute son
tendue; et, depuis long-temps, l'opinion gnrale semble demander
leur dmolition. Le quai y gagneroit sans doute; mais il faudrait
renoncer  l'heureux effet que produisent les masses combines du dme
et de ces pavillons, disposition pittoresque et thtrale que l'on
trouve si rarement  Paris, o la plupart des monuments, ensevelis au
milieu d'une foule de constructions trangres, ne se prsentent
presque jamais, dans tout leur dveloppement, et sous un point de vue
agrable. Il est certain que, ces deux parties du btiment tant
dtruites, le dme, isol dans une trop vaste tendue, ne parotroit
plus qu'un point maigre et de l'aspect le plus mesquin.

L'avant-corps, dcor de colonnes et de pilastres corinthiens et
surmont d'un fronton triangulaire, sert d'entre  l'intrieur du
dme, autrefois la chapelle du collge, et ddie sous le nom de
_Saint-Louis_; cet intrieur a cela de singulier, qu'il est de forme
elliptique, tandis que le dme extrieur est circulaire, moyen
ingnieux employ par l'architecte pour placer dans l'paisseur des
murs quatre escaliers  vis par lesquels on monte  quatre tribunes,
et sur le comble de l'difice. Autour de cette courbe ovale
s'levoient quatre grandes arcades spares par des pilastres
corinthiens, dont l'une servoit d'entre et les trois autres de
chapelles. La coupole, qui parot un peu leve pour son petit
diamtre, offroit, dans toutes ses parties, un grand luxe de peinture
et de sculpture; le dme, dcor extrieurement de pilastres, est
garni de bandes de plomb dor qui rpondent symtriquement  ces
pilastres, et se terminent au campanille plac sur son sommet[268].

[Note 268: _Voyez_ pl. 194.]


CURIOSITS DE LA CHAPELLE.


     TABLEAUX.

     Sur le matre-autel, une Nativit; par _Alexandre Vronse_.


     SCULPTURES.

     Au dessus de la corniche du matre-autel, un bas-relief
     reprsentant saint Louis qui reoit la couronne d'pines des
     mains du patriarche de Jrusalem; par _Bocciardi_.

     Dans les pendentifs de la coupole, les quatre vanglistes en
     bas-reliefs; par le mme.

     Dans les angles des arcs, huit figures de femmes offrant les
     emblmes des huit Batitudes; excutes en bas-reliefs par
     _Desjardins_.

     Entre les pilastres de l'ordre suprieur, les douze aptres en
     mdaillons; par le mme.

     Sur la balustrade qui rgne extrieurement au dessus du portail,
     les quatre vanglistes et les pres des glises grecque et
     latine; par le mme.

     Dans le fronton, un cadran accompagn des deux figures
     allgoriques de la Science et de la Vigilance.

     Le pav et toutes les dcorations de l'autel, excuts en marbre,
     prsentoient une grande magnificence.


     SPULTURE.

     Dans cette chapelle avoit t inhum le cardinal Mazarin,
     fondateur du collge. Son mausole, de la main de _Coyzevox_,
     toit plac dans une chapelle  droite du sanctuaire[269].

[Note 269: Le cardinal, revtu des marques de sa dignit, est
reprsent  genoux sur un coussin, une main sur son coeur, l'autre
tendue; derrire lui, un gnie soutient un faisceau d'armes. Au
dessus, deux figures qui accompagnent ses armoiries offrent chacune
une double allgorie: d'un ct, la Charit et la Foi; de l'autre, la
Religion et la Vigilance. Sur la base du monument sont assises trois
figures en bronze, qui, par leurs attributs divers, indiquent la
France et la Fidlit, l'Abondance et la Paix, la Prudence et l'art de
gouverner. Ce monument, dont l'ensemble n'est pas  la vrit sans
magnificence, mais que toutes les descriptions prsentent comme un
chef-d'oeuvre, nous semble d'un style maigre, dpourvu de vrit
d'imitation dans les figures, de noblesse et d'lgance dans les
draperies. La statue seule du cardinal est traite avec plus de soin;
la tte peut mme passer pour belle. (Dpos, pendant la rvolution,
aux Petits-Augustins.)]

Les btiments de ce collge sont immenses et se prolongent le long de
la rue Mazarine, diviss en trois cours. Toutes ces constructions,
celles de la premire cour exceptes, n'ont absolument aucun mrite
sous le rapport de l'architecture. Cette premire cour prsente, de
chaque ct, un portique en arcades, orn de pilastres corinthiens;
l'un mne  la bibliothque qui occupe le pavillon de la gauche, et la
plus grande partie de cette face latrale; l'autre sert d'entre  la
chapelle.

La seconde cour, l'une des plus vastes de Paris, n'a de btiments que
de deux cts seulement. Au rez de chausse toient les classes, et
au premier tage les appartements, des matres et les dortoirs des
boursiers. La troisime, qui est la plus petite, renfermoit les
cuisines, les offices, etc.[270].

[Note 270: Le collge des Quatre-Nations, connu aujourd'hui sous le
nom de _Palais des Sciences et des Arts_, est consacr aux travaux et
aux sances des quatre Acadmies, runies sous celui d'_Institut_.]


BIBLIOTHQUE.

Cette bibliothque, l'une des plus belles et des plus nombreuses de
Paris, se compose des dbris de cette fameuse bibliothque du cardinal
Mazarin, dont le parlement ordonna en 1652 la confiscation et la
vente. Elle avoit t forme par Gabriel Naud, le plus habile
bibliographe de son temps; ce fut encore lui que le cardinal chargea,
aprs la fin des troubles, d'en crer une autre en rassemblant ce
qu'il pourroit retrouver de l'ancienne, ce qu'il fit avec tant de
succs, qu'elle fut rtablie presque en son entier. On y joignit
ensuite la bibliothque de M. Descordes, chanoine de Limoges; aprs sa
mort, celle de Naud lui-mme; et successivement l'on y ajouta tous
les bons livres, tant manuscrits qu'imprims, que l'on put recueillir
dans toutes les parties de l'Europe.  la mort du cardinal, elle
contenoit vingt-sept mille volumes et un grand nombre de manuscrits,
qui furent transports alors dans la bibliothque du roi. Vers le
milieu du dernier sicle, le nombre des livres, presque doubl,
s'levoit  plus de quarante-cinq mille.  cette poque (en 1740) les
dimensions de cette bibliothque furent changes, surtout par
l'lvation des plafonds, de manire  contenir vingt mille volumes de
plus qu'elle n'en renfermoit. Elle a reu, depuis la rvolution, des
accroissements considrables, par les nombreux dpts de livres qui y
ont t annexs.

C'est la bibliothque de Paris la plus riche en livres de mdecine et
en matriaux pour l'histoire d'Allemagne. Elle est enrichie de globes
de _Coronelli_, et de bustes en bronze et en marbre, dont quelques-uns
sont antiques.


LES AUGUSTINS RFORMS, DITS LES PETITS-AUGUSTINS.

Nous avons fait connotre avec beaucoup de dtails l'origine des
Augustins, l'poque de leur tablissement  Paris[271], la rforme
opre dans leur ordre, la fondation faite dans cette capitale, par
la reine Marguerite de Valois, d'un couvent de ces Augustins rforms,
et le caprice singulier qui la dtermina  rvoquer la donation
qu'elle avoit stipule en leur faveur et  leur substituer d'autres
religieux du mme ordre, tirs de la province de Bourges[272]. Quoique
le procd de cette princesse et toutes les apparences de
l'injustice, ce changement n'en fut pas moins approuv par un bref de
Paul V, du 14 aot 1613, et confirm par des lettres-patentes de la
mme anne. L'vque de Paris et l'abb de Saint-Germain y donnrent
aussi leur consentement[273].

[Note 271: _Voyez_ t. 3, 2e part., p. 600.]

[Note 272: _Voyez_ t. 2, 1re part., p. 217.]

[Note 273: MALINGRE, _Antiquits de Paris_, p. 369 et suiv.]

Deux ans aprs, la reine Marguerite mourut sans avoir pu excuter les
promesses qu'elle avoit faites; et les nouveaux habitants de ce
monastre eussent tir peu d'avantage de son bienfait, si quelques
personnes pieuses ne fussent venues  leur secours, et par leurs
libralits n'eussent contribu  soutenir leur tablissement
naissant. La fondatrice y avoit fait btir une chapelle assez jolie,
richement dcore[274], mais beaucoup trop petite: ces religieux se
trouvrent bientt des ressources suffisantes pour faire construire
une plus grande glise, dont la reine Anne d'Autriche posa la premire
pierre le 15 mai 1617. Cet difice, qui n'avoit rien de remarquable
dans son architecture, fut achev en 1619 et ddi sous l'invocation
de _saint Nicolas de Tolentin_[275].

[Note 274: Ce petit monument fit alors une trs grande sensation 
Paris: c'toit la premire vote en forme de coupole qu'on y et
leve, et l'on se porta en foule pour voir un genre de construction
dont on ne se faisoit pas mme une ide.]

[Note 275: _Voyez_ pl. 221.]

Nous avons dit que le terrain accord aux Augustins par la fondatrice
consistoit en une place qui avoit prcdemment appartenu aux Frres de
la Charit, et en six arpents du petit pr aux clercs que cette
princesse avoit pris  cens et  rente de l'Universit[276]. Ces pres
avoient trouv le moyen de tirer un parti avantageux de cette partie
de leur territoire en le rtrocdant, par portions,  des
particuliers,  la charge d'y btir, et de leur payer certaines
redevances annuelles; c'est ainsi que se formrent les rues Jacob et
des Saints-Pres. Mais les maisons qui les composoient n'toient pas
encore entirement bties, que l'Universit rsolut de rentrer dans
ses droits, et se pourvut  cet effet contre le contrat pass entre
elle et la reine Marguerite. Le parlement fit droit  sa demande, et
donna en 1622 un arrt pour la faire rentrer dans cette proprit; ce
qui priva les Augustins du fruit de leurs travaux et de la plus belle
partie de leurs revenus.

[Note 276: _Voyez_ t. 2, 1re part., p. 218.]


CURIOSITS DE L'GLISE.


     TABLEAUX.

     Dans le clotre, une suite de tableaux  fresque excuts par des
     peintres mdiocres et peu connus. Les deux principaux
     reprsentoient:

     La reine Marguerite donnant  un moine Augustin le contrat de
     fondation qu'elle avoit pass en faveur de son couvent.

     La conversion de saint Augustin: ce tableau, plac  l'entre du
     clotre, toit d'un peintre nomm _de Dieu_.

     Le frre Franois _Gourdes_, religieux de ce couvent, avoit peint
     le paysage de tous les autres tableaux qui ornoient ce clotre;
     d'autres peintres les avoient achevs.


     SCULPTURES.

     Sur le matre-autel, dcor d'un ordre corinthien en menuiserie,
     un groupe en terre cuite trs estim, reprsentant un agonisant,
     accompagn de saint Nicolas de Tolentin, et soutenu par un ange
     qui lui montroit le ciel; par _Biardeau_.

     Aux deux cts du mme autel, les statues de sainte Claire et de
     sainte Monique; par le mme.

     Sur le devant de l'autel, un grand bas-relief en mtal dor,
     reprsentant le baptme de saint Augustin; par _Gaillard_.


     SPULTURES.

     Dans cette glise avoient t inhums:

     Dans la chapelle de la reine Marguerite, le coeur de cette
     princesse; on y lisoit son pitaphe, compose par M. Servin,
     avocat-gnral au parlement de Paris.

     Franois Porbus, peintre clbre, mort en 1622.

     Ren de l'ge, seigneur de Puylaurent, sous-gouverneur de Gaston
     de France, etc.

     Antoine de l'ge, duc de Puylaurent, son fils, mort au chteau de
     Vincennes en 1635.

     Rene de Kergounadech, femme du marquis de Rosmadec, morte en
     1643. (Son tombeau, plac dans la nef du ct de l'vangile,
     toit entour d'une petite grille de fer.)

     Le coeur de Sbastien de Rosmadec, marquis de Molac, etc., mort
     en 1699.

     Nicolas Mignard, peintre, frre de Pierre Mignard, mort en 1668.

     Jean Pontas, prtre, sous-pnitencier de l'glise de Paris, l'un
     des bienfaiteurs de ce couvent, mort en 1728.

     Dans la chapelle Saint-Claude,  ct du grand autel, toit la
     spulture de la famille Le Boulanger, l'une des plus illustres de
     la magistrature.

     Dans le clotre, on voyoit la tombe de Mathieu Isor d'Airvaut,
     vque de Tours, mort en 1716.

       *       *       *       *       *

La bibliothque de ces pres, riche de dix-huit  vingt-mille volumes,
contenoit plusieurs livres rares et quelques manuscrits curieux; ils
avoient, en mdailles, une collection complte de tous les souverains
pontifes.

La rforme qu'ils suivoient avoit t introduite en France par les
pres tienne Rabache et Roger Girard, le 30 aot 1594. Elle prit le
nom de _Rforme de Bourges_, parce que la maison de cette ville, de la
province de Saint-Guillaume, l'avoit accepte la premire; et quoique
le chapitre gnral, tenu en 1693, lui et donn celui de _province de
Paris_, elle toit plus gnralement connue sous le premier nom. Cette
rforme, adopte par trente-un couvents, consistoit particulirement
dans un dtachement absolu de toute proprit, et dans la
renonciation aux grades qu'on prenoit dans les Universits; ce qui n'a
pas empch cet ordre de produire un grand nombre de personnages
recommandables par leurs talents et par leur rudition[277], parmi
lesquels il faut distinguer le P. Andr Le Boulanger, prdicateur
clbre avant que les modles de la prdication eussent paru; le P.
Charles Moreau, qui a donn de Tertullien une dition estime; les PP.
Chesneau et Lubin, tous les deux grands thologiens, et le second
habile gographe; le P. Ange Le Proust, instituteur de la congrgation
des Filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve, et bon prdicateur; les PP.
Thophile Loir, Jacques Hommey, distingus par leur rudition; et
surtout le P. Pierre de Bretagne, considr, dans son ordre, comme un
des gnies les plus heureux qu'il ait produits. Son mrite l'ayant
fait appeler  la cour de Bavire, il ne profita des faveurs dont il y
fut combl que pour le bien de son couvent, qui le comptoit, avec
raison, au nombre de ses bienfaiteurs.

[Note 277: L'glise, la maison et le jardin des Petits-Augustins, qui
ont subi de grands changements dans leur intrieur, servoient, pendant
la rvolution, de dpt  tous les tombeaux qu'on avoit enlevs des
glises, et gnralement  tous les monuments de la sculpture
franoise qu'on avoit pu soustraire au vandalisme rvolutionnaire.]


LES FRRES DE LA CHARIT.

Une maison de la ville de Grenade, loue, en 1540, par Jean de Dieu,
pour y retirer et soigner les pauvres malades, devint le berceau d'une
congrgation qui, ds son origine, s'est rpandue dans une grande
partie de l'Europe. Le charitable instituteur, que sa vertu sublime a
fait mettre au nombre des saints, toit pauvre et d'une naissance
commune; mais la Providence,  laquelle il remit le succs de sa
gnreuse entreprise, ne l'abandonna point, et lui envoya de pieux
associs qui se trouvrent heureux de partager ses fonctions. Ainsi se
forma une petite communaut, qui n'eut d'abord d'autre rgle  suivre
que l'exemple de son digne chef. Il mourut le 8 mars 1550; et sa
congrgation ne fut approuve par le saint sige et mise sous la rgle
de Saint Augustin qu'en 1572. Ayant bientt form des tablissements
en Italie, les Frres de la Charit se trouvrent sous l'autorit
immdiate du pape Sixte V, qui leur permit, en 1586, de dresser des
constitutions, et de tenir un chapitre gnral. Leur ordre reut en
mme temps le titre de congrgation de _Jean de Dieu_; et Paul V
l'rigea en ordre religieux l'an 1609. Aux trois voeux ordinaires, ils
ajoutrent celui d'exercer l'hospitalit, en vertu d'un bref du mme
pape de l'anne 1617.

Marie de Mdicis n'amena point des Frres de la Charit en France,
comme l'a prtendu le P. Hlyot; mais un an aprs son mariage, en
1601, elle en fit venir quelques-uns de Florence, et les tablit, en
1602, au lieu qu'occuprent depuis les Petits-Augustins. Ils obtinrent
presque aussitt des lettres-patentes du roi, le consentement de
l'archevque de Paris, etc.

Marguerite de Valois, ayant dsir avoir, pour sa fondation, le
terrain qu'occupoient ces religieux, en traita avec eux en 1606, et
les fit transfrer dans une autre maison accompagne d'un grand
jardin, et situe rue des Saints-Pres, prs de la chapelle
Saint-Pierre. Cette chapelle, dont nous allons bientt parler,
appartenoit alors  la paroisse Saint-Sulpice; et les Frres de la
Charit, qui obtinrent alors la permission d'y clbrer l'office
divin, n'en acquirent l'entire proprit qu'en 1659. Toutefois, 
cette dernire poque, l'ancienne chapelle n'existoit plus depuis
long-temps: ds 1613, elle avoit t dmolie, et l'on avoit commenc
aussitt  en btir une plus grande sur le propre terrain de ces
religieux. La reine Marguerite en posa la premire pierre dans cette
mme anne 1613; mais elle ne fut ddie sous l'invocation de _saint
Jean-Baptiste_ qu'en 1621; et l'on y mit enfin la dernire main en
1733, en y faisant construire un portail d'assez bon got, qui fut
lev sur les dessins de de Cotte, architecte. En 1738, ces religieux
acquirent une portion de terrain aline peu de temps auparavant par
l'abbaye Saint-Germain, et sur cet emplacement firent btir des salles
plus vastes pour y recevoir un plus grand nombre de malades. M.
Antoine, architecte de l'htel des monnoies, donna le dessin et
dirigea la construction d'une de ces salles, disposa la cour sur un
nouveau plan, et dcora l'entre de l'hospice d'un petit porche 
colonnes sans bases, d'un trs bon style[278].

[Note 278: _Voy._ pl. 211. Cet architecte, recommandable
principalement par le soin qu'il apportoit  l'excution de ses
ouvrages, voulut faire dans ce portail un essai de l'ordre dorique
grec, et donner une lgre ide de ces propyles clbres, qu'alors
les professeurs d'architecture commenoient  faire connotre dans les
leons acadmiques. Toutefois, en risquant une semblable nouveaut, M.
Antoine crut qu'il toit prudent de la modifier un peu, pour
s'accommoder au got franois, peut-tre aussi pour y apporter quelque
perfectionnement; mais l'vnement prouva qu'on ne touche point
impunment aux chefs-d'oeuvre de l'antiquit. En altrant les
proportions gnrales et particulires de cet ordre, il lui ta son
nerf, son originalit. Cette reprsentation des propyles parut assez
fidle  ceux qui ne les connoissoient que superficiellement, et par
les dessins qui en furent donns dans le temps; mais ceux qui avoient
tudi l'ouvrage alors trs peu connu de Stuart, regrettrent qu'on
et ainsi tronqu les proportions de l'original, en levant le
fronton, en retranchant sur l'architrave, en ngligeant plusieurs
dtails dans les profils: les chapiteaux, trop saillants, n'ont point
le caractre de l'antique; les triglyphes sont trop longs; en un mot,
ce seroit prendre une trs fausse ide de la svrit, de la grce et
de l'harmonie de l'ordre des propyles, que de le juger sur ce petit
monument.

Du reste, la disposition est la mme  peu prs pour les marches, dont
une partie servant de base aux colonnes, forme en dehors un petit
soubassement; et l'autre se trouve en arrire sous le porche, dans une
demi-teinte favorable  l'effet de l'ensemble. (LEGRAND.)]


CURIOSITS DE L'HOSPICE DE LA CHARIT.


     TABLEAUX.

     Dans la nef de l'glise qui toit propre et rgulire, le martyre
     de saint Pierre et celui de saint Paul; par _Cazes_.

     Saint Jean prchant dans le dsert; par _Verdot_.

     La Rsurrection du Lazare; par _Galoche_.

     La Multiplication des pains; par _Hall_.

     Notre Seigneur gurissant les malades; par _d'Ulin_.

     La belle-mre de saint Pierre gurie de la fivre; par le mme.

     Dans le choeur, un Christ; par _Benot_.

     Dans la chapelle  droite, une Annonciation et une Visitation;
     par _Verdot_.

     Dans la chapelle  gauche, l'apothose de saint Jean de Dieu; par
     _Jouvenet_.

     Sur les deux cts, Abraham visit par les anges, et le
     Samaritain; par _Restout_.

     Dans la chapelle de la grande salle, saint Louis pansant un
     malade; par _Ttelin_.

     Notre Seigneur chez le Pharisien, et les noces de Cana; par
     _Restout_.

     Dans la salle Saint-Michel, la Charit; par _Le Brun_.

     Dans les autres salles, plusieurs tableaux de _La Hire_, _Le
     Brun_, de _Sve_, etc.


     SCULPTURES.

     Dans une des chapelles de l'glise, une statue en marbre de la
     Vierge; par _Le Pautre_.


     SPULTURES.

     Dans la mme chapelle avoit t inhum Claude Bernard, dit le
     pauvre prtre, mort, en 1641, en odeur de saintet. Sa statue, en
     terre cuite, toit d'un sculpteur nomm _Benot_.

Cet hospice, au moment de la rvolution, pouvoit contenir environ deux
cent trente malades, qui y toient traits avec un soin, un zle et
une charit qu'on ne pouvoit trop admirer. Les religieux de la Charit
possdoient une pharmacie, un jardin botanique et un cabinet
d'histoire naturelle[279].

[Note 279: Au pied d'une butte qui s'levoit auprs de la rue
Saint-Guillaume, toit, en 1534, le cimetire des lpreux. Il
subsistoit encore  la fin du sicle dernier, et servoit de spulture
 ceux qui mouroient  la Charit.]

       *       *       *       *       *


LES ENFANTS TEIGNEUX.

Presque tous nos historiens ont confondu cet tablissement avec les
Petites-Maisons, parce qu'effectivement la ville avoit destin, dans
ce dernier tablissement, des salles pour recevoir les personnes
affliges de la teigne. Dans la crainte que cette maladie ne se
communiqut, on les plaa bientt dans des btimens spars; enfin,
pour loigner jusqu' l'ombre du danger, on fit construire, rue de la
Chaise, un nouvel hospice rserv uniquement pour les teigneux, avec
une chapelle, qui fut bnite sous l'invocation de _sainte Reine_.
Sauval donne  cet tablissement la date de 1655: il faut qu'il soit
antrieur  cette poque, puisqu'on le trouve sur le plan de Gomboust,
publi en 1652[280].

[Note 280: L'hpital de la Charit n'a point chang de destination;
les Enfants teigneux sont maintenant runis aux Petites-Maisons.]


L'ABBAYE ROYALE

DE SAINT-GERMAIN-DES-PRS.

Tous nos historiens[281] s'accordent  dire que cette abbaye, l'une
des plus anciennes et des plus illustres de France, fut fonde par
Childebert Ier, fils de Clovis; mais ils varient entre eux de 543 
556, sur la date de cette fondation. Jaillot, sans prtendre que la
premire de ces deux poques, prsente par Adrien de Valois,[282]
soit appuye d'autorits incontestables, la considre cependant comme
celle qui offre le plus de vraisemblance. Ce critique, mme en
regardant comme douteuse la tradition qui veut que Childebert, dans
son expdition d'Espagne, ait obtenu des habitants de Saragosse, qu'il
assigeoit, la tunique de saint Vincent,[283] et n'ait fait btir la
basilique dont nous parlons que pour l'y dposer, parot persuad
cependant que ce fut effectivement,  son retour de cette contre,
qu'il leva ce monument, soit par une dvotion particulire  l'gard
de ce saint, soit qu'il voult placer honorablement quelques unes de
ses reliques qu'il auroit pu se procurer  Valence, lieu de son
martyre. Alors la date de 543 doit parotre la vritable; et du reste
le mme historien explique d'une manire assez satisfaisante la charte
de Childebert, dont les expressions ont dtermin dom Mabillon et
plusieurs autres savants  reculer de douze  treize ans ce grand
vnement[284].

[Note 281: MABILLON, _Ann. Bened._, t. I, liv. V, ch. 42.--BOUILLART,
_Hist. de l'abbaye Saint-Germain_, p. 4 et 297.--_Gall. Chr._, t. 7,
p. 416.]

[Note 282: _Deff. de Basil._, part. I, ch. 4.]

[Note 283: _Quartier Saint-Germain-des-Prs_, p. 21. Plusieurs de nos
historiens prtendent en effet que loin d'avoir rien obtenu des
habitants de Saragosse, son arme fut battue devant cette ville, et
force de se retirer.]

[Note 284: _Quartier Saint-Germain-des-Prs_, p. 22.]

Cette glise fut ddie sous l'invocation de _saint Vincent_, _de la
sainte Croix_ etc., par saint Germain, alors vque de Paris, le jour
mme de la mort de Childebert, le 23 dcembre 558. C'toit seulement
le 6 du mme mois, que ce prince avoit donn sa charte de fondation de
la nouvelle abbaye, portant donation du fief d'Issi avec ses
appartenances et dpendances, du droit de pche sur la rivire, depuis
les ponts de Paris jusqu'au _ru_ de Svre, d'un chemin de dix-huit
pieds de large des deux cts de la rivire, et d'une chapelle de
Saint-Andol, qu'on suppose avoir t remplace depuis par l'glise
Saint-Andr-des-Arcs[285].

[Note 285: _Hist. de l'abbaye Saint-Germain_, _preuves_, p. 1; DU
BREUL, p. 296.]

On sait que les monastres anciens les plus clbres renfermoient
ordinairement, dans leur enceinte ou dans leurs dpendances, plusieurs
glises spares, quelquefois mme assez loignes les unes des
autres, et dont les plus petites n'avoient que le simple titre
d'oratoire. Saint Germain, qui avoit eu tant de part  la fondation de
l'abbaye de Saint-Vincent, fonda une chapelle de ce genre, au midi de
l'glise, sous l'invocation de saint Symphorien; c'est l qu'il fut
enterr, ainsi que son pre leuthre et sa mre Eusbie. Vers le mme
temps, on construisit au nord, sous le nom de Saint-Pierre, l'oratoire
dont nous avons dj parl,  l'article de Saint-Sulpice, ainsi que la
chapelle Saint-Martin des Orges. Quant au monastre lui-mme, il fut
occup d'abord par des religieux soumis  la rgle de saint Basile,
que le saint vque fit venir d'Autun, et qu'il mit sous la conduite
de Droctov, gnralement regard comme leur premier abb[286]; et
telle fut l'affection qu'il porta  cette abbaye, sinon cre, du
moins organise par ses soins, qu'aprs l'avoir comble de biens, il
voulut encore se dmettre, en sa faveur, des droits de son sige, et
lui accorder l'exemption de la juridiction piscopale, dans toute
l'tendue du territoire d'Issi, que Childebert venoit de lui donner.
Il est vrai que les chartes qui tablissent cette exemption ont t
vivement attaques, dans le dix-septime sicle, par des savants du
premier ordre; mais il est certain aussi qu'une possession non
conteste de onze cents ans formoit un titre de prescription assez
respectable; et que, malgr le droit commun et les dcrets des
conciles qui soumettoient les moines  l'autorit des vques, il y a
des exemples si clatants d'exemptions de ce genre, et de privilges
particuliers accords  certains monastres, que la rgle gnrale ne
peut tre nullement allgue ici, comme une preuve vraiment
premptoire. Jaillot entre  ce sujet dans une longue discussion, dont
le rsultat est de prouver, par une foule d'actes solennels, cette
_dpendance immdiate du saint sige_, toujours revendique avec
succs par l'abbaye Saint-Germain, et qui confirme jusqu' la dernire
vidence, l'authenticit des chartes sur lesquelles elle toit
fonde[287].

[Note 286: _Vita S. Droct._, lib. 2.]

[Note 287: _Quartier Saint-Germain-des-Prs_, p. 24 et seq.]

Le saint vque de Paris mourut, et bientt la dvotion des peuples
excite par les miracles qui s'oproient, dit-on, sur son tombeau,
s'empressa de joindre son nom  celui du patron de cette abbaye. Dans
une infinit d'actes des 7e et 8e sicles, elle est indistinctement
appele la basilique de _Saint-Germain_, de _Saint-Vincent_; de
_Saint-Vincent et de Saint-Germain_. Cependant les fidles accouroient
de toutes parts dans la chapelle Saint-Symphorien, o reposoit le
corps du bienheureux, et le concours en devint si prodigieux, que le
roi Chilpric forma le projet de faire btir une basilique nouvelle,
uniquement pour recevoir les restes de ce saint vque. Nous avons
parl,  l'article de Saint-Germain-l'Auxerrois, de ce projet qui
resta sans excution; et ce fut seulement en 754, que ces restes
prcieux furent transfrs de la chapelle Saint-Symphorien dans la
grande glise, crmonie qui se fit en prsence de Ppin et de ses
deux fils, Charles et Carloman. On plaa la tombe qui les contenoit
dans le rond-point du sanctuaire.

Cette abbaye prouva,  diverses reprises, toute la rage des Normands.
Ils la pillrent en 845 et 858, et y mirent le feu en 861. Elle fut
rpare, huit ans aprs, par les soins de l'abb Gozlin; mais, au
rapport de Dubreul, ces barbares, revenus en 885 dans les environs de
Paris, la dtruisirent presque de fond en comble, et tellement, que,
soit qu'on craignt de nouvelles incursions, soit que d'aussi grands
malheurs eussent rduit ses religieux  l'indigence, l'glise et le
monastre ne furent entirement rebtis qu'en 990. Piganiol place
cette construction en 1014; mais il ne fait pas attention que l'abb
Morard, qui en fut l'auteur ainsi qu'il le reconnot lui-mme[288],
mourut le 1er avril de cette anne, et qu'alors l'glise toit
entirement finie. Elle fut ddie en 1163 par le pape Alexandre III;
et ce souverain pontife dclara lui-mme publiquement que cette
glise n'toit soumise  aucun archevque ou vque, mais au
Saint-Sige seulement[289]; ce qu'il confirma quelques jours aprs,
dans le concile qu'il tint  Tours.

[Note 288: L'pitaphe qu'on lisoit sur sa tombe portoit que l'glise
Saint-Germain avoit t brle trois fois par les Barbares; qu'il
l'avoit fait rebtir de fond en comble; qu'il avoit fait lever une
tour dans laquelle il avoit mis des cloches, etc.]

[Note 289: _Hist. de l'abbaye Saint-Germain_, _preuves_, p. 40, 55e
pice.]

Le relchement s'tant introduit parmi les religieux de l'abbaye
Saint-Germain, Guillaume Briconnet, vque de Lodve, qui en toit
abb au commencement du 16e sicle, rsolut de rtablir l'ancienne
discipline, et pour y parvenir, appela dans ce monastre environ
trente religieux de celui de Chzal-Benot. Cette rforme se soutint
un sicle entier; mais commenant  dcliner vers 1618, on fit venir,
pour une rforme nouvelle, des religieux de la congrgation de
Saint-Maur. Avec eux entrrent, dans cette maison, la rgularit, la
pit, la pnitence, l'tude des saintes lettres; et alors commena
cette suite d'esprits distingus et de savants illustres, qui ont
donn un si grand clat  cette clbre abbaye.

Si l'on en croit les anciennes traditions, la premire basilique,
btie par Childebert, tonnoit par sa magnificence. Les colonnes qui
en soutenoient la vote toient de marbre, l'or clatoit de toutes
parts sur les murs et sur les lambris, l'extrieur mme toit tout
couvert de cuivre dor[290]. Alors l'abbaye Saint-Germain, isole dans
la campagne, avoit toutes les apparences d'une citadelle; ses
murailles toient flanques de tours et environnes de fosss; un
canal large de treize  quatorze toises, qui commenoit  la rivire,
et que l'on nommoit _la petite Seine_, couloit le long du terrain o
est prsentement la rue des Petits-Augustins, tomboit dans ces fosss,
et sparoit le grand pr aux Clercs du petit. Celui-ci toit le plus
proche de la ville. Lorsque l'abb Morard entreprit de rtablir cette
glise dj plusieurs fois dvaste, il n'en conserva qu'une grosse
tour sous laquelle il fit construire le portail que l'on voit encore
aujourd'hui. Tous les piliers de la nef et de ses collatraux sont de
son temps, ainsi que les quatre piliers qui supportent les petites
tours places des deux cts du choeur. La tour principale est donc le
seul dbris des constructions faites par Childebert, et encore faut-il
en excepter son couronnement, dont les piliers, entirement semblables
 ceux de la nef, doivent tre galement attribus  l'abb Morard.
Cependant l'abb Lebeuf pense que certaines arcades par lesquelles on
alloit de la tour septentrionale  la chapelle de la vierge,
pourroient tre aussi du temps de la fondation de l'abbaye. Les
parties extrieures des petites tours lui sembloient tre seulement de
la fin du onzime sicle.

[Note 290: Elle en avoit reu la dnomination populaire de
_Saint-Germain-le-Dor_.]

Aprs l'abb Morard, il se fit encore beaucoup de travaux dans
l'glise; et l'on a remarqu que, dans ces constructions nouvelles, on
ne suivit pas exactement l'alignement de l'ancien difice. L'abb
Eudes leva un nouveau clotre en 1227. Simon, son successeur, fit
construire, en 1239, le rfectoire et les murs de l'abbaye; Hugues
d'Issi, qui le remplaa, fit btir la chapelle de la vierge dont nous
venons de parler; et l'abb Grard ordonna, en 1273, la construction
du chapitre et du dortoir qui toit au-dessus.

Cette chapelle de la vierge, situe au nord de l'glise, en toit
spare par le petit clotre et par la sacristie, btie sous le rgne
de saint Louis, par le clbre architecte Pierre de Montereau. Elle
toit admire comme un des chefs-d'oeuvre gothiques les plus lgants
qu'il y et  Paris. Il en toit ainsi du rfectoire, spar seulement
de ce monument par le dortoir, construit sur le mme plan et sans
doute par le mme artiste. Les anciennes cryptes de l'abbaye toient,
suivant dom Bouillart,  la place o fut depuis leve la chapelle
btie par Montereau.

Les dernires rparations faites  l'glise, avant la rvolution,
remontent  l'anne 1653. On leva alors une vote  la place d'un
vieux lambris qui en couvroit les murs, et les deux cts furent
ouverts pour y pratiquer des ailes. Tel qu'il est cependant, ce
btiment n'offre rien de trs remarquable. Construit en forme de
croix, il prsente une dimension de deux cent soixante-cinq pieds de
longueur, sur soixante-cinq de large et cinquante-neuf de
hauteur[291]. La croise est claire  ses deux extrmits par deux
grands vitraux qui en occupent toute la largeur; le choeur, plac dans
le rond-point, est entour de huit chapelles, et le grand autel est
isol entre le choeur et la nef.

[Note 291: La plupart des chapiteaux des colonnes ou piliers, qui
sparent la nef des bas-cts, offrent une particularit dont nous ne
croyons pas qu'il y ait d'exemple dans aucune autre glise de Paris.
Ils sont couverts de figures en bas-relief, reprsentant des oiseaux,
des sphinx, des griffons, des aptres, des saints, etc. Ces
sculptures, qui toutes sont du gothique le plus grossier, pourroient
bien dater du temps de la construction primitive.]

Cette basilique n'en mritoit pas moins d'tre visite pour quelques
prcieux restes d'antiquits qu'elle conservoit. Il est assez probable
que nos premiers rois chrtiens l'avoient choisie pour le lieu de leur
spulture. Nous apprenons, par Grgoire de Tours que Childebert et
Chilpric y furent inhums; les historiens, qui crivoient aprs lui,
tmoignent que plusieurs autres y furent ensevelis; et c'est une
ancienne tradition qu'on y dposoit les corps de toutes les personnes
royales qui, tant mortes de mort violente, n'avoient rien ordonn
touchant leurs spultures. Toutefois, on ne comptoit dans cette glise
que six tombeaux de ces princes de la seconde race, et encore
l'authenticit de plusieurs toit-elle conteste.


CURIOSITS DE L'GLISE SAINT-GERMAIN-DES-PRS.


     TABLEAUX.

     Sur les deux piliers du choeur, prs du matre-autel, la
     translation de saint Germain et le martyre de saint Vincent; par
     _Hall_.

     Sur la menuiserie qui entouroit le choeur, neuf tableaux par
     _Cazes_: 1 saint Vincent et l'vque Valre jugs devant Dacien;
     2 saint Vincent et Valre trans en prison; 3 saint Vincent
     prchant devant l'vque Valre; 4 le saint ordonn diacre par
     le mme vque; 5 une descente de croix; 6 le sacre de saint
     Germain; 7 saint Germain prsentant au roi Childebert le plan de
     l'abbaye; 8 le roi Clotaire malade, guri miraculeusement par
     saint Germain; 9 la mort de saint Germain.

     Dans la nef:

     Saint Pierre gurissant le boiteux; par le mme.

     Ananie et Saphire; par _Le Clerc_.

     Le Baptme de l'Eunuque; par _Bertin_.

     Ananie imposant les mains  saint Paul; par _Restout_.

     Saint Pierre ressuscitant Tabithe; par _Cazes_.

     Saint Pierre dlivr de sa prison; par _Vanloo_ an.

     La conversion de Serge-Paul et l'aveuglement de Barjsu; par _Le
     Moine_.

     Saint Paul et saint Barnab refusant les sacrifices de la ville
     de Lystre; par _Christophe_.

     Les portes de la prison s'ouvrant miraculeusement devant saint
     Paul; dans la mme ville; par _Hall_.

     Saint Paul mordu d'une vipre dans l'le de Malte; par _Verdot_.

     Dans la chapelle Saint-Symphorien: Hrode-Agrippa frapp de Dieu;
     par _Pierre_.

     Saint Pierre gurissant les malades avec son ombre; par le mme.

     Saint tienne devant les docteurs; par _Natoire_.

     La conversion de saint Paul; par _Jeaurat_.

      l'autel, le martyre de saint Symphorien; par _Hall_.

     Dans la sacristie neuve, les esquisses termines de tous les
     tableaux de la nef; une copie de la Transfiguration de Raphal,
     et l'ancien tableau dont nous avons dj parl[292], reprsentant
     l'abb Guillaume et sa famille, en adoration auprs d'un Christ
     mort.

     [Note 292: _Voyez_ t. I, 2e part., p. 768. On conserve ce tableau
     au Muse des Petits-Augustins; il est remarquable non seulement
     pour les antiquits curieuses dont il retrace seul l'image, mais
     encore pour le mrite de la peinture, qui runit un bon coloris 
     une vrit d'imitation,  une dlicatesse de pinceau, vraiment
     tonnantes dans un sicle o l'art toit encore  sa premire
     enfance.]

     Dans le rfectoire: une Nativit, par _Van-Mol_; et une copie des
     Plerins d'Emmas, de _Paul Vronse_, dont l'original est 
     Versailles.

     Dans la bibliothque, le meurtre d'Abel; par _Le Brun_.

     Dans l'apothicairerie, Apollon et Esculape; par _Cazes_.


     SCULPTURES.

     Sur le matre-autel, dcor de six colonnes de marbre cipolin,
     avec baldaquin, palmes, feuilles d'acanthe, etc., un ange tenant
     le suspensoir du Saint Sacrement, et deux autres  genoux sur des
     enroulements, supportant la chsse de saint Germain, suspendue au
     milieu de cette dcoration; le tout excut, sur les dessins
     d'_Oppenord_, par les frres _Slodtz_.

     La chsse de saint Germain, en vermeil, excute en 1408 par les
     soins et les libralits de l'abb Guillaume III. Ce monument
     d'orfvrerie, d'un travail trs dlicat, et couvert de pierres
     prcieuses, avoit la forme d'une glise entoure d'arcades en
     ogives, et offrant douze niches o toient placs les douze
     aptres. Le portail toit orn d'un groupe reprsentant la Sainte
     Trinit, l'abb Guillaume, le roi Eudes[293], saint Germain,
     saint Vincent et saint tienne, ces deux derniers en habit de
     diacre.

     [Note 293: C'toit  ce prince que l'on devoit l'ancienne chsse,
     dont l'or fut employ dans la construction de la nouvelle.
     Celle-ci avoit environ deux pieds dix pouces de longueur, et
     contenoit vingt-six marcs deux onces d'or, et deux cent cinquante
     marcs d'argent.]

     Un devant d'autel en cuivre dor, autre don du mme abb, et
     offrant, sous sept arcades trs prcieusement termines, d'abord
     et au milieu, un Christ accompagn d'un groupe, dans lequel on
     reconnoissoit la figure du donataire; ensuite, et de chaque ct,
     les figures de divers saints aptres et archanges. (Toutes ces
     figures toient en vermeil.)

     Sur l'autel, une belle croix, excute sur les dessins du frre
     _Bourlet_, religieux de cette maison.

     Dans la chapelle Saint-Maur, au retable de l'autel, un bas-relief
     en pierre de Tonnerre, reprsentant l'apothose du saint; par
     _Pigale_.

     Dans la chapelle de Sainte-Marguerite, la statue de cette sainte;
     par le frre _Bourlet_.

     Dans le vestibule de la chapelle de la Vierge, un Christ en
     pltre; par le mme.

     Dans la bibliothque, un bas-relief en marbre  la gloire du
     comte de Caylus; par _Bouchardon_; et plusieurs bustes en bronze,
     parmi lesquels on remarquoit ceux du jansniste Arnauld et de
     Boileau; par _Girardon_.

     Dans le vestibule de l'glise, des deux cts de la porte, huit
     statues gothiques reprsentant des rois, des reines et un
     vque[294].

     [Note 294: Ces statues, dtruites pendant les jours
     rvolutionnaires, ont fait natre de grands dbats parmi les
     antiquaires. D. Ruinart, qui les regarde comme aussi anciennes
     que l'glise, prtend qu'elles reprsentoient saint Remi, Clovis,
     la reine Clotilde, Clodomir et Thierri leurs fils, Childebert,
     Ultrogothe et Clotaire II. L'abb Lebeuf, qui ne peut nier que
     les deux figures les plus loignes de la porte ne fussent
     effectivement celles de Clodomir et de Clotaire II, parce
     qu'elles portoient leurs noms gravs sur des inscriptions,
     soutient que les autres statues offroient, suivant un usage assez
     commun, des rois et des reines de l'ancienne loi; et que
     Jsus-Christ, plac au milieu de la porte sur un trumeau qui
     n'existe plus, toit le symbole de la nouvelle. D'autres y
     voyoient la famille de Charlemagne, saint Germain  la place de
     saint Remi, et rapprochoient ainsi de plusieurs sicles
     l'antiquit de ce monument. De toutes ces opinions, la premire
     nous semble encore celle qui prsente le plus de probabilits.]

     Dans la sacristie, un grand nombre de reliques prcieuses, de
     croix, de vases sacrs, d'ornements, o clatoient l'or, les
     diamants, les pierreries, et qui n'toient pas moins remarquables
     par l'excellence du travail que par la richesse de la matire.


     SPULTURES.

     Dans cette glise avoient t inhums:

     Dans le choeur, Childebert, roi de France, et fondateur de cette
     abbaye, mort en 551, et Ultrogothe sa femme. La pierre qui
     couvroit sa tombe le prsentoit couch, tenant son sceptre d'une
     main, et de l'autre, le modle de l'glise de Saint-Germain[295].

     [Note 295: Cette pierre avoit t dpose au Muse des
     Petits-Augustins. L'antiquit n'en est point quivoque.]

     Dans le sanctuaire, du ct de l'vangile, Chilpric Ier, roi de
     France, assassin en 584, et Frdgonde sa femme, morte en
     597[296]; Childric II, assassin en 673.

     [Note 296: La pierre qui couvroit la tombe de cette reine offre
     une mosaque forme d'un nombre considrable de petits maux lis
     ensemble par un mastic, et incrusts dans une pierre de liais, o
     ils reprsentent une figure, dont le visage est indiqu par un
     simple contour, sans aucun trait intrieur; il en est ainsi des
     pieds et des mains. Elle est couronne de trois fleurs-de-lis,
     revtue d'une longue robe, et porte  la main un sceptre termin
     galement par des fleurs-de-lis. Ce monument curieux, et qui date
     certainement du temps de Frdgonde, toit dpos aux
     Petits-Augustins.]

     Du ct de l'ptre, Clotaire II, mort en 628, et Berthrude, sa
     premire femme, morte en 620, Bilihilde, femme de Childric II,
     et son fils Dagobert, assassins en 673[297].

     [Note 297: Les tombes de Clotaire II, de Berthrude, de Childric
     II, se voyoient dans le mme Muse; mais elles sont modernes, et
     furent excutes, dans le sicle dernier, d'aprs les dbris
     d'anciens monuments.]

     Clovis et Mrove, fils de Chilpric Ier, morts en 577 et 581,
     tous les deux victimes des fureurs de Frdgonde.

     Catherine de Bourbon, fille de Henri de Bourbon, prince de Cond,
     et de Marie de Clves, morte en 1595.

     Marie de Bourbon-Conti, fille de Franois de Bourbon-Conti et de
     Louise de Lorraine, morte en 1610, douze jours aprs sa
     naissance.

     Franois de Bourbon-Conti son pre, mort en 1614.

     Le coeur de Henri de Bourbon, duc de Verneuil, fils naturel de
     Henri IV, et abb de Saint-Germain, mort en 1682.

     Louis-Csar de Bourbon, comte de Vexin, fils naturel et lgitim
     de Louis XIV, mort en 1683.

     Dans la chapelle Saint-Christophe, consacre  l'illustre famille
     des Douglas, princes d'cosse, Guillaume Douglas, comte
     d'Auguise, mort en 1611[298].

     [Note 298: Il est reprsent couch, revtu de ses armes, la tte
     appuye sur son coude: c'est de la sculpture la plus barbare.
     (Dpos aux Petits-Augustins.)]

     Jacques Douglas, son petit-fils, mort en 1645[299].

     [Note 299: Il est, comme son pre,  moiti couch sur des
     coussins, et couvert de son armure, avec cette diffrence qu'il
     tient un livre de la main droite. Sculpture moins mauvaise que la
     prcdente, mais qui ne s'lve pas au dessus de la mdiocrit.
     (Dpos dans le mme Muse.)]

     Robert Douglas, capitaine aux gardes, mort en 1662.

     La comtesse de Dumbarton, femme de Georges Douglas, morte en
     1691.

     Georges Douglas, comte de Dumbarton, gnral des armes de S. M.
     britannique en cosse, mort en 1692.

     Guillaume-Mathias Douglas, mort en 1715.

     Dans la chapelle de Saint-Casimir, le coeur de Jean Casimir, roi
     de Pologne, mort en 1672, abb de Saint-Germain[300]. (Son corps
     avoit t transport en Pologne.)

     [Note 300: Il est reprsent en marbre blanc, sur un tombeau de
     marbre noir, soutenant d'une main une chape sur ses paules,
     tendant l'autre pour offrir son sceptre et sa couronne  saint
     Casimir, dont l'image toit sur l'autel; devant et derrire lui
     sont groupes ses armes; aux angles, des captifs enchans  des
     trophes dsignoient ses victoires sur les Turcs, les Tartares et
     les Moscovites. Ce monument, excut par Gaspard _de Marsi_, et
     combl d'loges par tous les historiens de Paris, est une
     production de la dernire mdiocrit.

     Au milieu de la base, un bas-relief en plomb, ouvrage d'un frre
     convers de cette maison, nomm Jean _Thibaut_, reprsente une des
     batailles de Casimir. Il est encore plus mauvais que le mausole.
     (Le tout avoit t dpos aux Petits-Augustins.)]

     Dominique du Gabr, vque de Lodve, mort en 1558.

     Jean Grollier, trsorier de Milan et de France, mort en 1565.

     Pierre Danez, vque de Lavaur, envoy de Franois Ier au concile
     de Trente, mort en 1577.

     Eusbe Renaudot, de l'Acadmie franoise et de celle des
     Inscriptions et belles-lettres, mort en 1720.

     Dans la chapelle Sainte-Marguerite, Charles de Castellan, abb
     commandataire de Saint-Evre-de-Toul et de la Sauve-Majeure, mort
     en 1677.

     Franois de Castellan, seigneur de Blnot-le-Mnil, mort en 1683.

     Le coeur d'Olivier de Castellan, lieutenant-gnral des armes du
     roi, tu au sige de Tarragone en 1644.

     Celui de Louis de Castellan, brigadier d'infanterie, bless 
     mort au sige de Candie en 1669[301].

     [Note 301: Leur monument, que l'on prtend tre de la main de
     _Girardon_, se compose d'un tombeau de marbre blanc, au dessus
     duquel s'lve une colonne surmonte d'une urne antique. Deux
     statues, de grandeur naturelle, places de chaque ct, et
     reprsentant la Pit et la Fidlit, soutiennent les portraits
     d'Olivier et de Louis Castellan; sculpture peu remarquable sous
     tous les rapports. (Dpos dans le mme Muse.)

     On voit encore dans le jardin de ce Muse une tombe de six pieds
     de longueur, dont le couvercle, fait en dos d'ne, est orn
     d'cailles de poisson, de palmettes et d'un cep s'chappant d'un
     vase. Il fut trouv en 1704, dans une fouille faite  six ou sept
     pieds de profondeur, prs du matre-autel de l'glise
     Saint-Germain, et dcouvert de nouveau au commencement de la
     rvolution. Ce tombeau renfermoit un personnage inconnu, mais
     couvert de vtements qui annonoient une haute dignit.]

     Ferdinand gon, landgrave de Furstenberg, mort en 1696.

     Franois de La Marck, colonel du rgiment de cavalerie de
     Furstenberg, mort en 1697.

     Franois Henri, prince de La Tour-et-Taxis, chanoine de Cologne,
     mort en 1700.

     Guillaume gon, cardinal de Furstenberg, etc., abb de
     Saint-Germain, mort en 1704.

     N....., comtesse de La Marck, morte en 1704, peu de temps aprs
     sa naissance.

     Csar, cardinal d'Estres, abb de Saint-Germain, mort en 1714.

     Dans la chapelle de la Vierge, Pierre de Montereau, architecte
     clbre du treizime sicle, mort en 1266[302]. (Agns, sa femme,
     toit inhume dans le mme tombeau.)

     [Note 302: La pierre qui couvroit son tombeau, grave en creux,
     le reprsentoit, une rgle et un compas  la main. (Ce monument a
     t dtruit dans les dmolitions faites sur le terrain de
     l'abbaye.)]

     Le P. Jean Mabillon, savant illustre, mort en 1707, etc.

     Les historiens de Paris parlent encore de plusieurs tombeaux
     dcouverts dans les fouilles faites,  diffrentes poques, dans
     cette glise, et dont quelques uns contenoient des squelettes
     envelopps dans des toffes prcieuses, des restes de bottines,
     de baudriers et d'autres attributs, qui indiquoient des personnes
     du rang le plus illustre, et la plupart inhumes sous la seconde
     race.

Les btiments de ce monastre prouvrent successivement des
changements et des augmentations considrables jusque dans le
dix-huitime sicle. Vers 1585, le cardinal de Bourbon commena la
construction du palais abbatial qui existe encore aujourd'hui, et les
religieux relevrent les murailles qui entouroient les fosss, du ct
des rues Saint-Benot et du Colombier. En 1684, ils firent lever le
btiment qui rgnoit le long du parvis, en face de leur jardin, et
dans lequel toient tablis les bureaux de leurs officiers. Depuis
1699 jusqu'en 1715, on ouvrit plusieurs rues dans l'enclos abbatial,
o se logrent aussitt un grand nombre d'artisans, dans l'intention
de jouir du droit de franchise qui y toit attach. En 1715, on btit
une nouvelle sacristie auprs de l'ancienne; enfin dans ce mme sicle
on reconstruisit, sous la direction du pre de Creil, une partie du
clotre et deux grands corps de logis qui renfermoient un vestibule et
de grandes salles basses. Tous ces btiments, de vastes cours,
plusieurs jardins, et une foule d'autres dpendances, toient
renferms dans un espace circonscrit par les rues du Colombier,
Saint-Benot, Sainte-Marguerite, et de l'chaud.


BIBLIOTHQUE.

La bibliothque de ce monastre, la plus belle et la plus nombreuse de
Paris, aprs celle du roi, avoit t commence par le pre Dubreul; et
ds-lors compose d'excellents livres, depuis sans cesse augmente par
les bibliothcaires qui lui succdrent, elle reut ses accroissements
les plus considrables, d'abord en 1685, que Nol Vallant, mdecin de
mademoiselle de Guise, lui donna tous ses livres par testament. En
1700, Michel Antoine Baudran, prieur de Rouvres et de Neumarch,
l'enrichit encore de sa bibliothque. Elle eut en 1718 celle de l'abb
Jean d'Estres; en 1720 les livres de l'abb Renaudot; en 1732 la
bibliothque des manuscrits du chancelier Sguier; en 1744 et en 1762
les livres et manuscrits du cardinal de Gvres, archevque de Bourges,
et de M. de Harlay, conseiller d'tat. Cette prcieuse collection
contenoit environ cent mille volumes imprims, parmi lesquels on
comptoit un grand nombre d'ditions rares et anciennes; quinze  vingt
mille manuscrits dans toutes les langues, dont plusieurs trs prcieux
et trs rares, surtout un psautier latin en lettres onciales, et deux
ou trois bibles de la plus haute antiquit. On y voyoit le manuscrit
des Penses de Pascal, sur de petits papiers crits de sa main et
runis dans un volume _in-folio_.


CABINET D'ANTIQUITS ET D'HISTOIRE NATURELLE.

Ce cabinet, form vers la fin du dix-septime sicle contenoit une
assez grande quantit d'antiquits gyptiennes, grecques, romaines,
gauloises, chinoises, indiennes, des vases trusques, des mdailles,
des pierres graves, etc., et quelques objets d'histoire naturelle.

L'abbaye de Saint-Germain possdoit en outre un immense chartier, dans
lequel toient runis un nombre considrable de titres et pices trs
prcieuses concernant l'abbaye elle-mme, le faubourg Saint-Germain,
la ville de Paris, et qui ont fort aid  en dbrouiller les
antiquits.


BAILLIAGE DE L'ABBAYE.

Les abbs de Saint-Germain-des-Prs avoient autrefois toute
juridiction, tant spirituelle que temporelle, sur le faubourg
Saint-Germain. Ce n'est qu'en 1668 que M. de Prfixe prtendit
soumettre ce faubourg  la juridiction de l'ordinaire, comme tout le
reste de la ville de Paris. Cette prtention, devenue la matire d'un
procs, fut termine par une transaction, dans laquelle il fut convenu
que les droits de l'abb seroient restreints  l'enclos de son
monastre, mais sous la condition que le prieur de l'abbaye seroit
vicaire gnral n et perptuel de l'archevque.

Les audiences de ce bailliage se tenoient en consquence dans
l'enclos. Le bailli portoit le titre de juge civil, criminel et de
police, et remplissoit toutes ces attributions. Les appels se
relevoient au chtelet.


PRISON DE L'ABBAYE.

Cette prison, situe rue Sainte-Marguerite au fond du petit march,
toit particulirement affecte aux Gardes Franoises et autres
militaires. Il y avoit une chapelle desservie par un prtre de
Saint-Sulpice[303].

[Note 303: Les btiments de l'abbaye Saint-Germain ont t en partie
dtruits, et l'on a perc plusieurs rues sur l'emplacement qu'ils
occupoient. Le palais abbatial est habit par des particuliers. Sur
l'emplacement de la chapelle de la Vierge, on a bti des maisons;
l'glise, dpouille de presque tous ses ornements, a t rendue au
culte. (_Voyez_ l'article _Monuments nouveaux_.)]




LE SMINAIRE

DES MISSIONS TRANGRES.


Le dsir de voir la lumire de l'vangile pntrer dans les contres
encore plonges dans les tnbres des fausses religions donna
naissance  cet tablissement. Ce fut M. Bernard de Sainte Thrse,
vque de Babylone, qui en conut le dessein; et en formant une
socit de Missionnaires qu'il destinoit  parcourir les pays
trangers, son intention toit surtout qu'ils fissent de la Perse le
thtre de leurs travaux apostoliques. Il y consacra tous ses biens,
ainsi que le prouve le contrat de donation pass le 16 mars 1663. Une
des conditions portes dans cet acte fut que la maison qu'on alloit
btir seroit appele le _Sminaire des Missions trangres_, et qu'on
en ddieroit la chapelle sous l'invocation de la _sainte Famille_. Les
btiments furent levs immdiatement aprs, sur un terrain
appartenant  cet vque, et situ au coin des rues du Bac et de la
Fresnaie, dite depuis de _Babylone_. Des lettres-patentes du mois de
juillet de la mme anne 1663 confirmrent cette fondation; l'abb de
Saint-Germain ayant donn son consentement le 10 octobre suivant, les
sieurs Poitevin et Gasil, au profit desquels la donation avoit t
faite, y entrrent le 27 du mme mois. Une salle de cette maison leur
servit d'abord de chapelle, et continua d'en servir jusqu'en 1683,
poque  laquelle on en btit une plus rgulire, dont la premire
pierre fut pose, au nom du roi, par M. Franois de Harlai, archevque
de Paris. Cette chapelle, qui est double, n'a rien de remarquable dans
son architecture.


CURIOSITS.


     TABLEAUX.

     Dans la chapelle basse, sur l'autel principal, une Adoration des
     Mages; par _Mauperrin_.

     Sur les deux autels  droite et  gauche, la Vierge et saint
     Franois-Regis; par le mme.

     Dans la chapelle haute, sur le matre-autel, l'Adoration des
     Mages; par _Carle Vanloo_.

     Dans la chapelle  droite, la Sainte Famille; par _Restout_.

     Dans la chapelle  gauche, une Vierge; par _d'Andr-Bardon_.


     SPULTURES.

     Dans cette glise avoient t dposs:

     Le coeur de Bernard de Sainte-Thrse, archevque de Babylone,
     fondateur de cette maison.

     Le coeur de Louis Le Voyer d'Argenson, doyen et chanoine de
     Saint-Germain, l'un de ses bienfaiteurs.

     Le coeur de Louise de La Tour d'Auvergne, dite mademoiselle de
     Bouillon, morte en 1683.

La maison de ce sminaire, qui fut entirement rebtie en 1736, toit
accompagne d'un assez grand enclos. Elle possdoit une bibliothque
d'environ vingt-cinq mille volumes, o l'on comptoit plusieurs
manuscrits intressants, et une collection prcieuse de livres
chinois.

Quoique l'objet principal des directeurs de ce sminaire ft de
former, suivant le voeu du fondateur, des ecclsiastiques propres 
suivre la carrire des missions, et  travailler  la conversion des
infidles, cependant ils se rendoient encore utiles,  Paris mme,
dans les fonctions du saint ministre. Aux sermons publics ils
joignoient des instructions particulires, faisoient le cathchisme
aux enfants, rassembloient des artisans et des ouvriers auxquels ils
apprenoient leurs devoirs, et  sanctifier les dimanches et ftes;
enfin ne ngligeoient aucune oeuvre de religion et de charit[304].

[Note 304: L'glise a t rendue au culte; les btiments, long-temps
habits par des particuliers, sont maintenant occups par des prtres
de la mission.]




LES CONVALESCENTS.


Le projet de cet tablissement, destin  donner un asile aux pauvres
convalescents qui sortent des hpitaux, et qui, faute des secours
ncessaires pour achever de revenir  la sant, sont exposs  des
rechutes dangereuses et souvent mortelles, fut conu par plusieurs
personnes pieuses et charitables, ds 1628, ainsi que le prouvent les
lettres-patentes de Louis XIII donnes cette mme anne; mais il ne
fut excut qu'en 1650 par madame Anglique Faure, veuve de M. Claude
de Bullion, surintendant des finances. Voulant suivre le prcepte de
l'vangile, elle essaya de cacher son bienfait en se servant du nom et
du ministre d'un ancien chanoine de Reims, nomm Andr Gervaise.
Celui-ci acheta  cet effet, de M. Le Camus, vque de Bellay, une
maison situe rue du Bac, la fit disposer convenablement pour recevoir
huit convalescents, et obtint, le 6 aot 1650, la permission d'y faire
btir une chapelle. Cette maison fut donne, en 1652, aux religieux de
la Charit: ils y furent introduits, le 15 aot de cette anne, par
le premier grand-vicaire de Saint-Germain, qui bnit la chapelle sous
le nom de _Notre-Dame des Convalescents_.

L'exemple de madame de Bullion eut quelques imitateurs; et, vers les
derniers temps, on comptoit dans cette maison vingt-un lits pour les
convalescents, qui pouvoient y rester huit jours[305].

[Note 305: C'est maintenant une fabrique d'ouvrages en cuivre.]




LE MONASTRE ROYAL DE L'IMMACULE CONCEPTION.


Cet ordre, fond  Tolde en 1484 par Batrix de Silva, fut mis, en
1501, sous la direction des Frres Mineurs par Alexandre VI, qui donna
 ses religieuses la rgle de Sainte-Claire: ce fut alors qu'elles
prirent le nom de _Rcolettes_, sous lequel elles ont t introduites
en France. Quelques-unes d'entre elles, tablies  Verdun, obtinrent,
en 1627, par la protection de madame la prsidente de Lamoignon, le
consentement de l'abb de Saint-Germain pour former un tablissement
sur son territoire; consentement que confirmrent des lettres-patentes
donnes en 1635. Sans entrer ici dans les discussions assez futiles
qui se sont leves entre nos historiens sur la date de leur
tablissement, il nous suffira de dire, d'aprs les autorits qui nous
ont sembl les plus sres[306], que ces Rcolettes de Verdun, n'ayant
pas jug  propos de profiter de la permission qu'elles venoient
d'obtenir, cdrent, en 1634,  celles de Saint-Nicolas de Tulle, tous
leurs droits et privilges. En consquence de cette cession, celles-ci
achetrent, rue du Bac, une maison o elles se logrent en 1637.

[Note 306: JAILLOT, _Quartier Saint-Germain_, p. 11.]

Ces religieuses toient sous la direction des Rcollets. La distance
qui sparoit les deux maisons rendant ce devoir extrmement pnible 
remplir pour ces religieux, ils obtinrent, en 1658, la permission de
faire btir prs de ce couvent un hospice pour quelques-uns d'entre
eux. On le construisit, du ct de la rue de la Planche; mais depuis
il fut entirement abandonn.

La vie exemplaire des Rcolettes avoit engag la reine Marie-Thrse
d'Autriche  jeter les yeux sur elles, pour remplir le dessein qu'elle
avoit form d'tablir un couvent de l'ordre de la Conception de
Notre-Dame. Ces religieuses y ayant donn leur consentement avec
joie, cette princesse obtint pour elles, en 1663, une bulle
d'Alexandre VII, qui leur permettoit de prendre l'habit, l'institut,
la rgle et la dnomination de religieuses de l'Immacule Conception
de la B. V. Marie, en demeurant toujours sous la direction des
Rcollets de la province Saint-Denis. Les lettres-patentes qui
confirmrent cette bulle, en 1664, dclarrent ce monastre de
fondation royale; et les libralits de Louis XIV procurrent les
moyens d'en rebtir l'glise. En 1693 la premire pierre en fut pose
par M. de Ligny et mesdemoiselles de Furstenberg, ses petites-filles.
Elle fut acheve et bnite  la fin de l'anne suivante[307].

[Note 307: L'glise est change en magasin; les btiments sont habits
par des particuliers.]


CURIOSITS.

     Sur le matre-autel, l'Immacule Conception; par _La Fosse_.


LES FILLES SAINTE-MARIE, OU DE LA VISITATION.

Nous avons dj parl de l'origine de ces religieuses, de leur
tablissement  Paris, et des circonstances qui leur procurrent en
peu de temps trois couvents dans cette capitale[308]. Celui-ci, qui
fut tabli le dernier, devoit sa fondation  madame Genevive
Derval-Pourtel, qui consacra  cette bonne oeuvre un don que lui avoit
fait, par testament, M. d'Eufrville-Cizei son mari, pour la fondation
et dotation d'un monastre de tel ordre qu'il lui plairoit de choisir.
En vertu de ce testament, approuv par deux arrts du parlement de
Rouen en 1656 et 1657, madame d'Eufrville passa un contrat de
fondation avec les religieuses de la Visitation du faubourg
Saint-Jacques, ajoutant aux libralits de son mari une somme de
40,000 livres. Les soeurs qui devoient former la nouvelle maison
s'tablirent d'abord, en 1660, rue Montorgueil; mais ne s'y trouvant
pas loges commodment, elles achetrent, rue du Bac, une maison dont
elles prirent possession en 1673. On y construisit aussitt les lieux
rguliers et une chapelle, dont la premire pierre fut pose par une
pauvre femme, sans autre crmonie.

[Note 308: _Voyez_ t. 2, 2e part., p. 1249.]

Cette chapelle fut reconstruite dans le sicle dernier, sur les
dessins et sous la conduite de M. Hlin, architecte. C'est un assez
joli petit btiment, dcor d'un porche d'ordre ionique, avec
fronton. La reine en avoit pos la premire pierre en 1775[309].

[Note 309: _Voyez_ pl. 211. Ce couvent est maintenant habit par des
particuliers.]


CURIOSITS.

     Sur le matre-autel, la Visitation; par _Philippe de Champagne_.

     En face de la porte d'entre, Notre Seigneur au jardin des
     Olives; par _Hall_.

     Dans les chapelles, des statues de saints et saintes; par
     _Bridau_.


LES JACOBINS RFORMS.

En parlant du couvent qu'avoient ces religieux dans la rue
Saint-Honor, nous avons fait mention de la rforme que le P.
Sbastien Michalis avoit introduite dans leur ordre. Afin d'en
assurer le succs, le P. Nicolas Rodolphi, gnral de l'ordre, rsolut
d'tablir en France un noviciat gnral pour ceux qui voudroient
embrasser cette rforme. Il y fut autoris par un bref d'Urbain VIII,
donn en 1629, par des lettres-patentes de Louis XIII, et trouva en
mme temps, dans le cardinal de Richelieu, un protecteur puissant,
qui, par ses bienfaits, mrita d'tre considr comme le fondateur du
nouvel tablissement. Ds 1631, quatre religieux, tirs de la maison
de la rue Saint-Honor, avoient t placs dans celle-ci, situe rue
Saint-Dominique, et qui n'toit alors qu'un btiment trs simple, avec
un jardin et un clos contenant sept arpents et demi. Ils y firent
construire aussitt une petite chapelle, qui fut bnite en 1632. Mais
le nombre des sujets qui se prsentoient pour subir les preuves et
obtenir leur admission dans l'ordre, augmentant chaque jour, il fallut
penser  btir des lieux plus rguliers. Ils commencrent par
l'glise, qui fut leve sur les dessins de l'architecte Pierre
Bullet. La premire pierre en fut pose, en 1682, par M. Hyacinthe
Serroni, archevque d'Albi, et par madame Anne-Montbazon, duchesse de
Luynes. Elle fut acheve l'anne suivante.

Ce btiment, d'une mdiocre grandeur, et dcor intrieurement d'un
ordre de pilastres corinthiens, offre tous les caractres de
l'architecture employe  cette poque dans les difices sacrs, et du
reste n'a rien de remarquable. Le portail, rebti quelques annes
avant la rvolution par le frre Claude, religieux de cette maison, se
compose de deux ordres levs l'un sur l'autre, dans la forme
pyramidale adopte pour le plus grand nombre des glises de Paris;
mais ces deux ordres, dont l'ensemble a quelque apparence, sont d'une
proportion, et surtout d'une maigreur qui peut choquer l'oeil le moins
exerc[310].

[Note 310: _Voyez_ pl. 210.]


CURIOSITS DE L'GLISE.


     TABLEAUX.

     Dans les panneaux du choeur, dont la boiserie toit excute avec
     soin, et trs estime, neuf tableaux, dont les sujets toient
     tirs de la vie de Jsus-Christ; par le frre _Jean Andr_,
     religieux de cette maison.

     Dans le plafond de ce choeur, la Transfiguration de Notre
     Seigneur; par _Le Moine_.

     Au milieu du rond-point de l'glise, la Rsurrection de
     Jsus-Christ; par le frre _Andr_.

     Dans l'attique,  l'entre du choeur, saint Thomas-d'Aquin en
     extase; par le mme.

     En regard, le pape Pie V  genoux devant un crucifix, adressant
     ses voeux au ciel pour l'heureux succs de la bataille de
     Lpante; par le mme.

     Dans la chapelle du Rosaire,  gauche du matre-autel, la sainte
     Vierge donnant un rosaire  saint Dominique; par un peintre
     inconnu.

     Dans la chapelle Sainte-Hyacinthe, sur l'autel, l'image de ce
     saint traversant un grand fleuve pour drober les choses saintes
     aux Tartares qui pilloient la ville de Kiovie; sans nom d'auteur.

     Dans la chapelle en regard de celle du Rosaire, la sainte Vierge
     donnant  un religieux de l'ordre le portrait de saint Dominique;
     la Visitation; la Prsentation au Temple: ces trois tableaux
     toient de frre _Andr_.

     Dans la chapelle Saint-Barthlemi, le martyre de ce saint; par le
     mme.

     Dans la sacristie, les Plerins d'Emmas, la Naissance de
     Jsus-Christ, saint Louis recevant les reliques de la
     Sainte-Chapelle, etc.; par le mme.

     Dans le rfectoire, le repas chez Simon le lpreux; par le mme.
     Des portraits en mdaillons reprsentant plusieurs religieux de
     cet ordre martyriss  la Chine.

     Dans une salle du premier tage, o se faisoient les offices
     nocturnes, cinq tableaux, par le mme. Un Christ, par _Girault_.

     Dans la salle des rcrations, huit portraits par _Rigaud_,
     reprsentant le duc de Bourgogne, le duc de Vendme, le comte de
     Toulouse, le duc de Bouillon, le comte d'vreux, le marchal de
     Villars, etc.

     Dans une autre salle, tous les dessins et esquisses des tableaux
     du frre _Andr_, et le portrait du frre _Romain_, architecte
     clbre.

     Dans le parloir des trangers, les portraits en pied de plusieurs
     papes de l'ordre de saint Dominique, de quelques gnraux de
     l'ordre, du cardinal de Richelieu, etc.


     SCULPTURES.

     Le matre-autel, construit  la romaine, toit orn de huit
     colonnes de marbre, offroit une gloire en bronze dor;
     accompagne de chrubins. On y voyoit aussi la rsurrection de
     Jsus-Christ, excute par _Martin_, sur les dessins de _Le
     Brun_.

     Dans une salle  la suite de la bibliothque, des bustes de
     divers personnages.


     SPULTURES.

     Dans cette glise avoient t inhums:

     Le P. Vincent Baron, religieux de cet ordre, fameux thologien,
     mort en 1674.

     Le frre Franois Romain, ingnieur et architecte, mort en 1735.

     Dans la chapelle du Rosaire:

     Philippe de Montault, duc de Navailles et marchal de France,
     mort en 1684.

     Suzanne de Parabre, sa femme, morte en 1700[311]. (Cette mme
     chapelle contenoit la spulture d'un grand nombre d'autres
     membres de cette famille.)

     [Note 311: On avoit lev  ces deux poux un tombeau qui a t
     dtruit.]

     Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, troisime du nom, mort en
     1692.

     Suzanne d'Elbeuf, duchesse douairire de Mantoue, morte en 1710.

     Franoise Berteau de Freuville, femme du marquis de Coetenfao,
     morte en 1715.

     Louis Le Gay, l'un des bienfaiteurs de cette maison, mort en
     1732.

     Maximilien de Bellefourrire, marquis de Soyecourt, mort en 1649.

     Hyacinthe Serroni, archevque d'Albi, mort en 1687.

     Jacques de Fieux, vque et comte de Toul, mort en 1687.

     Henriette de Conflans, marquise d'Armentires, morte en 1712.

     Ren de Bec-Crespin, Grimaldi, marquis de Vardes, mort en 1688.

     Marie de Bellevenave, veuve du marquis de Clrembaut, dame
     d'honneur de Madame, morte en 1724.

     Marguerite de Laigue, veuve du marquis de Laigue, morte en
     1700[312].

     [Note 312: Le tombeau de cette dame, excut sur les dessins
     d'_Oppenord_, n'avoit point t dpos aux Petits-Augustins.]

     Ferdinand, comte de Relingue, lieutenant-gnral des armes du
     roi, mort en 1704.

     Franois-Amable de Monestay, marquis de Chazeron, lieutenant des
     gardes-du-corps et des armes du roi, gouverneur de Brest, mort
     en 1719.

     L'abb Arthus Poussin, docteur en thologie, l'un des
     bienfaiteurs de cette maison, mort en 1735.

     Barthlemi Mascarini, matre des requtes, l'un des bienfaiteurs
     de cette maison, mort en 1698.

     Charles Gigault, seigneur de Merlus, mort en 1644.

La bibliothque de ces pres, compose de plus de vingt-quatre mille
volumes, toit orne de deux globes de Coronelli. Ils avoient partag
leur terrain: le clotre et le jardin en occupoient une partie;
l'autre toit couverte de maisons qu'ils louoient  des
particuliers[313].

[Note 313: L'glise des Jacobins rforms a t rendue au culte, et
est devenue une des paroisses de Paris sous le titre de
Saint-Thomas-d'Aquin; les btiments du couvent sont habits par des
particuliers.]

Parmi les religieux qui ont illustr cette maison, on distingue le P.
Vincent Baron, docteur conventuel de l'Universit de Toulouse, et
considr comme l'un des premiers thologiens du dix-septime sicle;
le frre Jean Andr, peintre habile, et dont les tableaux faisoient le
principal ornement de l'glise et du monastre; le frre Franois
Romain ingnieur et architecte trs estim. On lui doit le plan du
pont de Mastricht et une partie de sa construction. Louis XIV, qui
l'avoit charg de la conduite du Pont-Royal, fut si content de ses
travaux, qu'il lui confia l'inspection des ouvrages des ponts et
chausses, et la rparation des btiments dpendants de son domaine.


LES THATINS.

Ces religieux toient des clercs rguliers institus en Italie dans
l'anne 1524, par saint Gatan de Thine, Jean-Pierre Caraffe,
archevque de Thate, aujourd'hui Chieti, au royaume de Naples, Paul
Consiglieri et Boniface de Colle. Leur institut, approuv d'abord par
Clment VII, sous le simple titre de _clercs rguliers_, prit celui de
_Thatins_, lorsque l'archevque de Thate, qui s'toit dmis de son
sige pour entrer dans cette nouvelle congrgation, eut t lu pape
en 1555, sous le nom de Paul IV. Le cardinal Mazarin, qui connoissoit
cet ordre, ayant form le dessein de lui faire avoir un tablissement
 Paris, acheta en 1642, sur le quai Malaquais, une maison qu'il fit
arranger convenablement, et appela en France quatre religieux
Thatins. Ils y vinrent en 1644; mais leur tablissement lgal n'eut
lieu que quatre annes aprs. Ce fut seulement en 1648 que, sur leur
requte prsente  Henri de Bourbon, abb de Saint-Germain, ils
obtinrent toutes les permissions ncessaires. Le 7 aot de la mme
anne, le prieur de l'abbaye bnit leur chapelle, et le roi plaa
lui-mme la croix sur le portail de la maison, qui, d'aprs ses
ordres, fut nomme _Sainte-Anne la royale_. Des lettres-patentes
confirmrent, en 1653, tout ce qui avoit t fait[314].

[Note 314: _Histoire de Paris_, t. 4, p. 160 et suiv.]

Le cardinal de Mazarin laissa aux Thatins une somme de 300,000 liv.
pour btir une glise,  la place de leur chapelle qui toit beaucoup
trop petite. Ils en confirent l'excution  un de leurs religieux
nomm Camille Guarini, qu'ils firent venir exprs d'Italie, et qui
passoit pour un grand architecte. Non seulement il fit un difice du
plus mauvais got, mais il le construisit dans de si vastes
proportions qu'il fallut en suspendre l'excution. Cette glise avoit
t commence en 1662, et le prince de Conti en avoit pos la premire
pierre au nom du roi: ce ne fut qu'en 1714 qu'il fut possible d'en
reprendre les travaux, au moyen d'une loterie que Sa Majest voulut
bien accorder; et de toute l'ancienne, on ne conserva que la croise.
Elle fut bnite en 1720.

Le portail, sur le quai, fut rig en 1747 par les libralits du
dauphin, pre de Louis XVI, et  la sollicitation de M. Boyer, vque
de Mirepoix, qui avoit t religieux dans cette maison. Les dessins en
furent donns par M. Desmaisons, architecte; et tout mdiocre qu'il
est, ce portail passoit alors pour un morceau distingu, en le
comparant  ce que produisoit le got bizarre de cette poque[315].

[Note 315: _Voyez_ pl. 210. Les btiments des Thatins sont occups
par des particuliers; l'glise a t convertie, d'abord en une salle
de spectacle, depuis, en habitations particulires.]


CURIOSITS DE L'GLISE.


     TABLEAUX.

     Derrire l'autel, le Paralytique  la piscine; copie du tableau
     de _Restout_, qui se voyoit  Saint-Martin-des-Champs.

     Dans la chapelle Sainte-Anne, la Visitation; sans nom d'auteur.

     Dans la chapelle situe vis--vis, saint Gatan; galement sans
     nom d'auteur.

     Dans le rfectoire, une Cne attribue au _Titien_.


     SPULTURES.

     Dans cette glise avoient t inhums:

     Le coeur du cardinal Mazarin.

     Pompe Varesi, nonce du pape, mort en 1678.

     Delorme, mdecin clbre, mort en 1678.

     Edme Boursault, auteur comique, mort en 1701.

     Louis d'Aubusson, duc de la Feuillade, mort en 1725.

     Frdric-Jules de La Tour-d'Auvergne, connu sous le nom de
     chevalier de Bouillon et du prince d'Auvergne, mort en 1733.

     Dans la chapelle de la Vierge on voyoit le mausole du marquis du
     Terrail, marchal des camps et armes du roi, excut par
     _Broche_ jeune[316].

[Note 316: Ce monument n'avoit point t dpos au Muse des
Petits-Augustins.]

       *       *       *       *       *

La bibliothque de ces pres toit compose d'environ douze mille
volumes.

Cette maison, la seule qu'il y et en France de cet ordre, a produit
plusieurs sujets d'un vrai mrite, et s'est toujours soutenue avec
honneur, quoique la rgle de son institut dfendt,  la fois,  ses
membres d'avoir aucune proprit, et de demander l'aumne. Ils se
contentoient seulement de recevoir ce qu'on leur donnoit.

Parmi les personnages clbres qui sont sortis des Thatins, il faut
distinguer le P. Alexis du Buc, controversiste fameux; le P. Quinquet,
et le P. Boursault, fils de l'auteur comique du mme nom, tous les
deux habiles prdicateurs; surtout le P. Franois Boyer, devenu
successivement vque de Mirepoix, membre des trois acadmies,
aumnier de la dauphine, etc., etc. Ses talents pour la prdication,
ses vertus religieuses, et les invectives des philosophes modernes,
dont il ne cessa pas un seul instant de signaler les doctrines
dangereuses, sont des titres sans doute suffisants pour rendre sa
mmoire respectable  tous les gens de bien.


LE PONT ROYAL.

Jusqu'en 1632, on ne communiquoit, du faubourg Saint-Germain, au
Louvre et aux Tuileries que par un bac tabli en cet endroit.  cette
poque, un particulier nomm Barbier fit construire un pont de bois
que l'on nomma successivement le pont Barbier, le pont Sainte-Anne en
l'honneur de la reine d'Autriche, le pont des Tuileries, parce qu'il
y conduisoit, enfin plus communment le pont Rouge, de la couleur dont
il toit barbouill. Ce pont, qui toit align avec la rue de Beaune,
ainsi que le prouve l'inspection de tous les plans, fut bris
plusieurs fois par l'effort des glaces et par la rapidit de l'eau,
enfin emport tout--fait le 20 fvrier 1684. Alors Louis XIV ordonna
qu'il seroit rebti en pierre et  ses dpens; les fondements en
furent jets le 25 octobre 1685, sous la conduite des sieurs Mansart
et Gabriel, auxquels succda bientt le frre Franois Romain, dont
les talents suprieurs toient reconnus dans ce genre de construction,
et qui en effet surmonta avec beaucoup de hardiesse et de bonheur
toutes les difficults que lui prsentoient, en cet endroit, la
profondeur de l'eau et la rapidit du courant. Ce pont, dont la
dpense ne monte qu' 720,000 fr., fut, ds-lors, appel _Pont-Royal_.

Il a soixante-douze toises de long sur huit toises quatre pieds de
large, y compris l'paisseur des parapets; on y compte quatre piles et
deux cules, formant cinq arches dont la construction a plus de
solidit que d'lgance.


CHAPELLE DE LA VIERGE.

Cette chapelle, qui existoit dans le dix-septime sicle, avoit t
leve sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la rue Sainte-Marie,
pour servir de succursale  la paroisse Saint-Sulpice. Elle est
indique en 1652 sur le plan de Gomboust; on ignore quand elle fut
dmolie, mais il est prouv par d'autres plans qu'elle n'existoit plus
en 1674.


LES CHANOINESSES DU SAINT-SPULCRE.

Ces chanoinesses toient vulgairement appeles les religieuses de
_Belle-chasse_. Leur ordre, institu en Palestine vers la fin du
onzime sicle, ne fut connu en Europe que long-temps aprs, ce qui
vient de ce que les rois de Jrusalem ne l'avoient d'abord form que
pour des hommes destins  la garde du Saint-Spulcre; les femmes n'y
furent admises par la suite que parce qu'elles devinrent ncessaires
pour remplir un grand nombre de fonctions et de dtails qui semblent
appartenir particulirement  leur sexe. Quelques-unes de ces
religieuses tablies  Viset, dans le pays de Lige, en furent
appeles en 1622 par la comtesse de Challigni[317], qui les fixa 
Charleville[318]. En 1632, la baronne de Planci en fit venir cinq 
Paris. Leur tablissement dans cette ville prouva d'abord quelques
difficults, parce que l'on ne vouloit point y agrer de nouvelles
institutions religieuses,  moins qu'elles ne fussent suffisamment
dotes. Enfin, en 1635, la mre Rene de Livenne de Verville acheta
d'un particulier nomm Barbier une maison situe au lieu dit
_Belle-chasse_; et l'anne suivante, la duchesse de Croy les gratifia
de 2000 liv. de rente. On acheva, dans cette mme anne, de btir leur
monastre, o elles entrrent le 20 octobre. Des lettres-patentes,
donnes en 1637, confirmrent cet tablissement, qu'elles qualifient
Chanoinesses rgulires de l'ordre du Saint-Spulcre de Jrusalem,
sous la rgle de Saint-Augustin. Ces religieuses ont augment depuis
leurs jardins, leurs btiments, et fait reconstruire leur chapelle,
qui fut bnite en 1673[319].

[Note 317: _Histoire des Ordres religieux_, t. 2, p. 124.]

[Note 318: _Histoire de Lorraine_, t. 3, p. 775.]

[Note 319: Une partie des btiments de cette communaut a t
dtruite, l'autre est change en habitations particulires. On a aussi
perc une rue nouvelle sur le terrain qu'elle occupoit.]


LES PETITES CORDELIRES.

Nous avons dj parl de l'tablissement de ces religieuses au
faubourg Saint-Marcel[320]. Leur nombre s'tant fort augment, elles
obtinrent, en 1632, des lettres-patentes qui leur permettoient de
fonder et instituer dans la ville un petit couvent de leur ordre, par
forme de secour  leur monastre du faubourg[321]. Sur le
consentement que l'archevque donna la mme anne  ces lettres, elles
s'tablirent, sous le titre de religieuses de _Sainte-Claire de la
Nativit_, dans une maison situe rue des Francs-Bourgeois et Payenne,
qui leur avoit t donne par M. Pierre Poncher, auditeur  la chambre
des comptes. En 1687, ayant acquis,  titre d'change, l'htel de
Beauvais, rue de Grenelle, elles obtinrent de Louis XIV la permission
d'y transfrer leur communaut, et y demeurrent jusqu'en 1749, que ce
monastre fut supprim par un dcret.

[Note 320: _Voyez_ t. 3, 1re part., p. 530.]

[Note 321: _Histoire de Paris_, t. I, p. 465, et t. 5, p. 89.]


L'ABBAYE DE NOTRE-DAME-DE-PENTEMONT.

Deux pieuses personnes, Catherine Florin et Jeanne-Marie Chsar de
Martel, s'toient associes dans l'intention de former une communaut
qui se destineroit  l'instruction des jeunes filles. Ce nouvel
institut, cr  Lyon en 1625, fut approuv en 1631 par une bulle du
pape Urbain VIII. Ds 1627, des affaires ayant appel  Paris la dame
de Martel, l'utilit dj reconnue de son tablissement la fit
accueillir de la reine Anne d'Autriche, et de plusieurs personnes de
la plus haute qualit; et, soutenue par d'aussi puissantes
protections, elle forma aussitt le projet d'avoir une seconde maison
dans cette capitale. Ce ne fut toutefois qu'en 1643 qu'on lui accorda
les lettres-patentes qui lui permettoient de s'y tablir. Elle plaa
son petit troupeau dans une grande maison accompagne de jardins, dont
la proprit appartenoit  l'hpital gnral, et qui toit situe rue
de Grenelle, au lieu dit _l'Orangerie_. La chapelle en fut bnite par
le prieur de Saint-Germain, qui, en 1644, introduisit ces filles dans
ce monastre, sous le titre _d'Augustines du Verbe Incarn et du
Saint-Sacrement_. Cependant, comme cette communaut n'avoit pas de
revenus suffisants pour assurer sa subsistance, les lettres-patentes
de 1643 n'avoient point t enregistres. Les filles du Verbe Incarn
sollicitrent et obtinrent en 1667 des lettres de surannation, au
moyen desquelles elles esprrent en 1670 se soustraire  la
suppression qui fut faite alors de plusieurs hospices et maisons;
mais ce fut moins en raison de ce titre qu'elles chapprent alors 
cette mesure gnrale, que parce que l'archevque de Paris jugea leur
maison propre  recevoir une partie des religieuses qui sortoient des
couvents supprims. Leurs lettres furent donc enregistres, mais sous
la condition de ne point recevoir de novices, jusqu' ce qu'il en et
t autrement ordonn. Cette faveur qu'on leur accordoit toit en
effet bien illusoire; car, ds l'anne suivante, une ordonnance du
prieur de l'abbaye, confirme par des lettres-patentes et par arrt du
parlement, les supprima et appliqua tous leurs biens  l'hpital
gnral[322].

[Note 322: Les filles du Verbe incarn furent alors transfres  la
place du Puits-de-l'Ermite, dans la maison dite _de la Crche_.
(_Voyez_ t. 3, 1re part., p. 501.)]

Ce fut cet vnement qui procura aux religieuses de Pentemont
l'occasion de s'tablir  Paris. Cette abbaye avoit t fonde, en
1217, par Philippe de Dreux, vque de Beauvais, pour des
Bndictines: cinq ans aprs, elles embrassrent la rgle de Cteaux.
On pense que c'est de la situation de leur monastre, bti prs de
Beauvais sur le penchant de la montagne de Saint-Symphorien, que le
nom de _Pentemont_ leur a t donn. Cette situation toit extrmement
dsagrable, et les dbordements de la rivire d'Avalon avoient
plusieurs fois dgrad leurs btiments; enfin, en 1646, les ravages
qu'y causa l'inondation furent tels, que ces religieuses se virent
forces de se retirer dans les faubourgs de Beauvais. S'y trouvant
trop  l'troit, et jugeant leur maison dsormais inhabitable, elles
obtinrent en 1672 des lettres-patentes qui leur permirent de s'tablir
 Paris; et, sur le consentement de leurs suprieurs, de l'archevque
et du prieur de Saint-Germain, elles achetrent,  titre d'change,
des administrateurs de l'Hpital gnral, le couvent dont nous venons
de parler.

L'glise de ce couvent fut rebtie dans le sicle dernier sur les
dessins et sous la conduite de M. Coutant, architecte du roi. Depuis,
M. Fransque, son lve, et comme lui architecte du roi, acheva
plusieurs dtails de ce monument, que son matre avoit laisss
imparfaits. La premire pierre en avoit t pose, en 1755, par le
dauphin pre de Louis XVI.

C'est une assez jolie coupole, supporte par quatre pendentifs. Le
matre-autel, plac en face de la porte d'entre, toit adoss  la
grille du choeur; et l'glise, du reste, n'offroit rien de remarquable
que la fracheur de son excution et l'extrme propret des ornements
dont elle toit dcore. Le portail sur la rue est orn de deux
colonnes ioniques que surmonte un fronton circulaire dont la forme
pesante s'accorde mal avec la dlicatesse de l'ordre[323].

[Note 323: _Voyez_ pl. 211. Les btiments de l'abbaye ont t changs
en caserne; on a fait de l'glise un dpt d'effets militaires.]


LES CARMLITES.

Ces religieuses, tablies d'abord  Notre-Dame-des-Champs, dsirant
avoir dans l'intrieur de Paris une maison qui, dans les cas
extraordinaires, pt leur servir de refuge et de retraite, obtinrent
en 1656 des lettres-patentes qui leur permirent d'tablir, rue du
Bouloi, un monastre dpendant de celui de la rue Saint-Jacques,
toutefois avec dfense d'y recevoir des novices, des professes ou
d'autres religieuses que celles qui seroient envoyes de cette
premire maison. Ces dfenses subsistrent jusqu'en 1663 que la reine
Marie-Thrse d'Autriche voulut, en l'honneur de sa patronne et en
action de grces de la naissance du dauphin, fonder un nouveau couvent
de Carmlites. Elle obtint en consquence du roi de nouvelles
lettres-patentes dates de cette mme anne, qui, dtruisant les
premires, dclarrent l'indpendance de la maison de la rue du
Bouloi, et permirent d'y recevoir des novices, des donations, des
gratifications, etc. La reine fondatrice et la reine Anne d'Autriche
posrent la premire pierre de l'glise, le 20 janvier 1664; mais le
peu d'tendue et l'incommodit du lieu qu'elles habitoient firent
dsirer  ces religieuses d'tre transportes dans le faubourg
Saint-Germain. Elles en obtinrent la permission en 1687, suivant
l'historien de l'abbaye; en 1689, si l'on en croit Piganiol et de La
Barre[324].

[Note 324: Ce couvent a t chang en une caserne de cavalerie.]

Le terrain qu'elles y occupoient, dans la rue de Grenelle, toit
vaste; les religieuses y toient bien loges; mais leur glise toit
petite et peu commode.


LES FILLES DE SAINTE-VALRE.

C'toit une communaut de filles pnitentes que le succs de plusieurs
autres tablissements du mme genre engagea quelques personnes pieuses
 former. Le P. Daure, Dominicain de la maison du noviciat, y eut la
plus grande part. Le 30 avril 1704, on acheta un terrain qui contenoit
neuf cent trente toises de superficie; on y leva les btiments
ncessaires, avec une chapelle, et les filles pnitentes y furent
admises en 1706. Cet tablissement fut confirm en 1717 par des
lettres-patentes[325].

[Note 325: Les btiments de cette communaut sont maintenant habits
par des particuliers.]


LES FILLES DE SAINT-JOSEPH OU DE LA PROVIDENCE.

Cette communaut de filles sculires devoit son origine  Marie
Delpech, connue sous le nom de mademoiselle de Ltan. leve 
Bordeaux dans une maison d'orphelines, elle en devint la bienfaitrice,
et lui procura des statuts, dresss en 1638 par Henri d'Escoubleau de
Sourdis, archevque de cette ville. L'utilit de cet tablissement fit
natre  quelques personnes pieuses le projet d'en former un semblable
 Paris. Mademoiselle de Ltan y fut appele en 1639, et se logea
d'abord, rue du Vieux Colombier. Le nombre toujours croissant de ses
lves la dtermina, peu de temps aprs,  prendre  loyer, prs du
noviciat des Jsuites, une maison qui devint bientt trop petite pour
quatre-vingts orphelines, dont elle dirigeoit dj les travaux. Elle
acheta donc, en 1640, rue Saint-Dominique, la maison que cette
communaut a occupe jusque dans les derniers temps, et l'agrandit, la
mme anne, par l'acquisition de sept quartiers de terre contigus. Le
roi permit cet tablissement par lettres-patentes; et M. Henri de
Gondi donna  ces filles des statuts, qu'elles ne cessrent point
d'observer avec la plus grande exactitude.

L'objet de cette institution toit d'instruire des orphelines et de
leur apprendre toutes les petites industries convenables  leur sexe,
jusqu' ce qu'elles fussent en ge d'tre maries, d'entrer en
religion, ou de se mettre en service[326].

[Note 326: Les bureaux de la guerre sont placs dans cette maison.]


LE PALAIS BOURBON.

Ce palais, situ dans la rue de l'Universit,  peu de distance de
l'htel des Invalides, doit sa premire construction  Louise-Franoise,
duchesse de Bourbon. C'est en 1722 qu'il commena  s'lever sur les
dessins de Girardini, architecte italien; continu par l'Assurance,
lve de Jules-Hardouin Mansart, il fut successivement augment par
Gabriel Barreau, Charpentier, Belisart, etc. On avoit, dans ces
augmentations diverses, runi aux constructions primitives, l'htel de
Lassai, de manire  n'en former qu'un seul ensemble de btiments, dans
lesquels les princes de la maison de Cond avoient rassembl tout ce que
la distribution intrieure a de plus recherch, tout ce que le luxe
d'ameublement pouvoit offrir de plus lgant. La position de ce palais
sur les bords de la Seine, en face des Tuileries et des Champs-lyses,
en faisoit une maison de plaisance autant qu'un palais, et du ct de la
rivire, le caractre de l'difice annonoit moins un palais qu'une
maison de plaisance.

Son aspect, sur cette face, se composoit de deux pavillons en
longueur, symtriques par la dimension seulement, et forms chacun
d'un simple rez-de-chausse. Cette composition pouvoit dj sembler
assez mesquine; mais lorsque Louis XVI eut fait btir en avant de ces
deux pavillons le pont auquel on donna son nom, l'obligation absolue
o l'on se trouva de relever le terrain de ce ct fut cause que la
faade entire se trouva masque dans son soubassement et parut de
loin comme enterre. La petitesse de l'ordonnance n'en devint que plus
choquante, et l'on peut prsumer que, sans la rvolution, le prince
qui en toit propritaire et senti la ncessit de faire disparotre
de semblables incohrences[327].

[Note 327: _Voyez_ pl. 198. Cette faade a prouv plusieurs
changements: on avoit d'abord lev un attique sur l'ordonnance, ce
qui exhaussa un peu la masse sans la rendre beaucoup meilleure. Depuis
on l'a change en un pristyle compos de douze colonnes
corinthiennes, avec fronton. On doit cette construction  M. Poyet.
(Voyez _Monuments nouveaux_.)]

L'entre de ce palais sur la rue est une des plus magnifiques qui
existent  Paris. Elle consiste en une grande porte accompagne de
chaque ct d'une colonnade d'ordre corinthien. Ce vestibule donne
bien l'ide d'un grand et riche palais[328]. La premire partie de la
cour n'y rpond que par son tendue[329]; et les btiments dont elle
est forme n'ont aucun caractre. Mais la seconde cour offre un assez
bel ensemble de portiques et de masses bien distribus. L'avant-corps
du fond toit couronn par un groupe de la main de Coustou jeune,
reprsentant le Soleil sur son char, entour des Saisons, que
figuroient quatre Gnies tenant les rnes des chevaux.  droite et 
gauche, deux vastes pristyles en colonnes isoles servoient d'entre
aux appartements. Sur les avant-corps de ces ailes s'levoient les
statues des Muses, excutes par Pajou[330].

[Note 328: _Voyez_ pl. 197.]

[Note 329: Cette cour a deux cent quatre-vingts pieds de long sur cent
soixante-deux de large; et ses btiments se lient par une corniche
continue  celle de l'ancien palais, qui formoit alors une cour
d'honneur de cent quarante-un pieds de profondeur sur quatre
vingt-seize dans l'autre dimension.]

[Note 330: _Voyez_ pl. 199. Au fond de cette seconde cour, s'lve et
se dtache maintenant, sur le nu du mur, un portique orn de colonnes
corinthiennes qui annoncent l'entre du monument. Cette dcoration
est de M. Gisors, architecte.]

L'ancien htel de Lassai formoit le petit palais Bourbon, et avoit
subi, dans sa jonction avec le grand palais, des changements et des
augmentations considrables. Dix cours principales composoient le
commun des deux palais runis, et les curies pouvoient contenir plus
de deux cent cinquante chevaux.

Le jardin du palais, auquel avoit t galement runi celui de l'htel
de Lassai, toit termin par une terrasse de cent cinquante-une toises
de long, qui rgnoit le long de la Seine, et d'o la vue s'tendoit
sur la plus belle partie de Paris et sur toutes les routes et
promenades qui, de ce ct, y aboutissent.

Les petits appartements, avec leur jardin particulier, toient situs
 l'extrmit de cette terrasse, du ct des Invalides.


L'HTEL ROYAL DES INVALIDES.

Ds long-temps, la sollicitude de nos rois s'toit tendue sur les
vieux soldats qui, aprs avoir consum leurs plus belles annes au
service de l'tat, se trouvoient, par l'ge et par les infirmits,
dans l'impossibilit de pourvoir  leurs besoins, et souvent rduits 
mendier leur pain. Henri IV avoit projet de former un tablissement
en leur faveur; et, sous son rgne, on en plaa un certain nombre, rue
de l'Oursine, dans la maison de la Charit chrtienne. Anim du mme
esprit, et voulant excuter avec plus de grandeur le plan conu par
son pre, Louis XIII y destina le chteau de Bictre, qui tomboit
alors en ruine: en 1634 on y fit, par son ordre, des rparations
considrables; on y ajouta de nouveaux btiments, et cette maison fut
appele la _commanderie de Saint-Louis_. La mort de ce prince, et les
troubles qui la suivirent, arrtrent ce dessein, et Louis XIV disposa
de cette maison en 1656 en faveur de l'Hpital gnral[331]. Ce fut
alors qu'il conut l'ide d'une fondation encore plus vaste et plus
magnifique; ainsi que nous l'avons dj dit, il y eut, dans le plan de
ce monument et dans son excution, plus d'ostentation que de
vritable utilit[332]. Les premiers fondements en furent jets en
1671, au plus fort de la guerre; et cependant, ds 1674, il toit dj
trs avanc et en tat de recevoir des soldats. Alors le monarque
donna son dit de fondation, dans lequel cette maison fut qualifie
_d'htel royal des Invalides_. L'glise, commence presque en mme
temps, ne fut acheve que trente ans aprs, et ddie en 1706 par M.
le cardinal de Noailles, archevque de Paris, sous le titre et
l'invocation de _Saint-Louis_. Deux architectes unirent leurs talents
dans cet immense travail: Libral Bruant construisit tous les
btiments d'habitation et la premire glise; Jules-Hardouin Mansart
leva la seconde glise ou le dme.

[Note 331: Vers ce temps-l, M. et madame Berthelot avoient fait
btir, rue de la Lune, une maison assez spacieuse, qu'ils consacrrent
 recevoir cinquante soldats estropis. (_Voyez_ t. 2, 1re part., p.
526.) Il y avoit aussi dans la rue de Svre un hpital destin au mme
usage, mais seulement pour un trs petit nombre d'individus.]

[Note 332: _Voyez_ 1re part. de ce volume, p. 80.]

Le vaste emplacement de l'htel des Invalides a dix-huit mille sept
cent quarante-quatre toises de surface. Il est divis sur la longueur,
qui est de cent trente toises, et sur une profondeur de soixante-dix
toises, en cinq parties principales: celle du milieu offre une grande
cour de trente-deux toises de largeur sur cinquante-deux de
profondeur; de chaque ct sont deux autres cours, chacune de quinze
toises sur vingt-deux et demi, toutes entoures de grands corps de
btiments, et au del desquelles sont de vastes terrains servant de
promenoirs. Le surplus de la profondeur de l'enceinte est occup, au
milieu, par les glises, qui sont isoles, et, de chaque ct, par des
cours et jardins entours de btiments, au-del desquels sont encore
de vastes terrains clos de murs.

Le premier corps de btiment, du ct de la rivire, est prcd d'une
avant-cour ferme d'une grille et entoure de fosss. La grande face
de ce btiment a cent deux toises de longueur et prsente trois
avant-corps: celui du milieu est dcor de pilastres ioniques, qui
reoivent un grand arc dans lequel toit autrefois un bas-relief
reprsentant la statue questre de Louis XIV, accompagne de la
Justice et de la Prudence, par Coustou le jeune. La statue a t
dtruite[333]: on a laiss subsister les deux autres figures.

[Note 333: Elle a t rtablie.]

Cette faade prsente trois tages de croises au-dessus du
rez-de-chausse, dont les ouvertures sont en arcades; des deux cts
de la porte sont les statues de Mars et de Minerve, excutes par le
mme sculpteur[334].

[Note 334: _Voyez_ pl. 200.]

La premire cour, dite, avant la rvolution, _cour royale_, est
entoure, tant au rez-de-chausse qu'au premier tage, de portiques
ouverts en arcades, et formant des avant-corps au milieu de chacune
des quatre faces et dans les angles. L'avant-corps du fond, qui
conduit  l'glise, est dcor de deux ordres de colonnes ioniques et
composites, l'un sur l'autre, et couronns d'un fronton. Toutes les
autres faces des btiments, sur les cours et sur les jardins, sont
rgulirement perces d'un grand nombre de croises, sans autre
dcoration que l'entablement. Il y a, dans tout ce plan et dans son
excution, autant de grandeur que de simplicit[335].

[Note 335: _Voyez_ pl. 201.]

L'intrieur du grand corps de btiment, du ct de la rivire, est
divis de la manire suivante. Le pavillon du milieu offre, au
rez-de-chausse, un vestibule; au premier, une bibliothque servant
aussi de chambre de conseil; l'aile gauche est occupe par le
gouverneur et l'tat-major; la droite par les mdecins et chirurgiens
en chef; le surplus sert de logement aux soldats et officiers, ainsi
qu'aux divers usages de la maison. Les rfectoires sont orns de
peintures  fresque par Martin, et de six tableaux de Parrocel,
reprsentant des traits pris dans les diverses campagnes de Louis XIV.

La premire glise, destine aux personnes de la maison, se compose
d'une grande nef et de deux bas-cts. Elle a un porche d'entre, un
sanctuaire et deux sacristies ou chapelles par lesquelles on
communique  la seconde glise: la nef est dcore d'un grand ordre de
pilastres avec entablement corinthien: les bas-cts sont du mme
ordre, mais beaucoup plus petits: les deux glises ont un autel
commun.

Cette seconde glise, dite le _dme_, doit tre considre du ct du
midi, si l'on veut jouir de tout l'effet qu'elle peut produire. Le
portail de ce dme a trente toises de largeur sur seize de hauteur; il
est lev sur un perron de plusieurs marches, et dcor des ordres
dorique et corinthien, enrichis l'un et l'autre de tous les ornements
qu'ils peuvent admettre. Un troisime ordre de quarante colonnes
corinthiennes rgne au pourtour du tambour de cette vaste
construction, et supporte un attique qui reoit la coupole. Cette
dernire partie est elle-mme surmonte d'une lanterne au dessus de
laquelle s'lve une aiguille, termine par une croix[336].

[Note 336: _Voyez_ pl. 202.]

Ce morceau d'architecture jouit en France d'une grande rputation; et
l'on ne peut disconvenir que sa forme svelte et lgante ne se dessine
agrablement  une trs grande distance, et mme lorsqu'on s'en
rapproche assez pour jouir  la fois du dme et du portail. Mais quel
que soit alors l'effet imposant de l'ensemble, l'amateur clair
reconnot aussitt que ce portail est d'une trop petite masse, et
trop subdivis dans ses parties pour servir d'empattement  une
dcoration d'une hauteur si colossale. C'est alors qu'il faut plus que
jamais dplorer ce malheureux esprit de systme qui gara, dans le
dix-septime sicle, tant d'artistes dous des plus heureuses
dispositions, leur fit ddaigner la route ouverte par les anciens, et
prfrer,  l'imitation de ces modles uniques du grand et du beau,
les productions froides et bizarres de leur imagination dsordonne.
Ils prtendoient crer un got _franois_, une architecture
_franoise_, et gtrent ainsi  grands frais tout ce qu'ils firent,
et mme ce qu'ils avoient d'abord le plus heureusement conu, par la
manie de vouloir innover et perfectionner.

L'intrieur prsente galement un mlange de beauts et de dfauts.
C'est l surtout que Louis XIV prtendit dployer toute sa
magnificence: il y employa les plus habiles artistes, voulut qu'on
n'pargnt ni les soins ni la dpense; et en effet, la blancheur de la
pierre, la profusion et le fini prcieux des ornements de sculpture,
les peintures du dme, la richesse des marbres qui forment le
pavement, le superbe baldaquin de l'autel, modle de celui qui devoit
tre excut en bronze dor d'or moulu, frappent d'admiration tous les
trangers[337].

[Note 337: _Voyez_ pl. 203.]

La disposition du plan est ingnieuse; et l'effet des quatre chapelles
que l'on aperoit du centre de la rotonde a quelque chose de
sduisant. On est galement frapp de l'effet magique et
extraordinaire que produit l'autel plac dans le sanctuaire lev que
l'on a pratiqu entre le dme et l'glise. Toutefois la runion des
deux difices par cette ouverture commune tablie  l'extrmit de
l'glise et  la circonfrence du dme auroit plus de grandeur, si
elle toit un peu moins resserre.

Lorsqu'on arrive du ct de l'glise, on est fch que le sol du dme
soit aussi renfonc, et l'on ne peut se dissimuler que cette
construction, place au centre, auroit encore plus de majest. Si l'on
entre au contraire par le dme, on est tonn qu'il ne soit pas
prcd d'une nef, ou du moins d'un trs grand vestibule: de quelque
ct qu'on se place, on ne peut jouir de l'ensemble; ce sont toujours
deux monuments contigus qu'il faut considrer l'un aprs l'autre, ce
qui laisse quelque chose  dsirer. On ne peut excuser cette
disposition extraordinaire, dit un habile architecte[338], qu'en
considrant l'glise comme appartenant  la maison et formant la
chapelle destine aux vieux militaires qui l'habitent, et le dme
comme une chapelle royale o Louis XIV se plaisoit  joindre les
actions de grces qu'il rendoit au Dieu des armes,  celles de ses
compagnons d'armes. Ds lors, on est moins surpris de trouver de ce
ct un portail et des avenues superbes, puisque toute la pompe royale
devoit se dployer avant d'entrer dans ce dme, dont la porte ne
s'ouvroit que pour le monarque.

[Note 338: Feu M. Legrand.]


CURIOSITS DE L'HTEL DES INVALIDES.


     TABLEAUX.

     Dans la premire vote du dme, distribue en douze parties
     gales, les douze Aptres peints  fresque; par _Jouvenet_.

     Dans la seconde coupole, l'apothose de saint Louis; par
     _Lafosse_.

     Entre les arcs-doubleaux, les quatre vanglistes; par le mme.

     Dans la vote du sanctuaire, le mystre de la Trinit et
     l'Assomption de la Vierge; par _Nol Coypel_.

     Dans les embrasures des fentres, des groupes d'Anges formant des
     concerts; par _Louis_ et _Bon Boulongne_.

     Dans la chapelle Saint-Grgoire, divers vnements de la vie de
     ce pre de l'glise; par M. _Doyen_. (Ces peintures avoient t
     faites quelques annes avant la rvolution pour remplacer celles
     de _Le Brun_, que l'humidit avoit dtruites.)

     Dans la chapelle Saint-Jrme, la vie, la mort et l'apothose de
     ce saint; par _Boulongne_ an.

     Dans la chapelle Saint-Augustin, les principaux vnements de la
     vie de ce saint vque; par _Boulongne_ le jeune.

     Dans la chapelle Saint-Ambroise, les principaux vnements de sa
     vie; par _Boulongne_ an.


     SCULPTURES.

     Sur le matre-autel, six colonnes torses, groupes trois  trois,
     entoures d'pis de bl, de pampres, de feuillages, et portant
     quatre faisceaux de palmes qui se runissoient pour soutenir le
     baldaquin: les figures d'amortissement et les autres ornements
     par _Vanclve_ et _Coustou_ jeune.

     Sur la face de cet autel, au midi, la Spulture du Sauveur; par
     _Vanclve_.

     Au dessus de l'entablement des vingt-quatre pilastres composites
     qui ornent l'intrieur du dme, les portraits en mdaillons de
     douze rois de France: Clovis, Dagobert, Childebert, Charlemagne,
     Louis-le-Dbonnaire, Charles-le-Chauve, Philippe-Auguste,
     Saint-Louis, Louis XII, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV.

     Dans la chapelle Saint-Grgoire, la statue de ce saint, par _Le
     Moyne_; sainte milienne sa tante, par _Dhuez_; sainte Silvie sa
     mre, par _Caffieri_; au dessus de la porte, saint Louis servant
     les pauvres, bas-relief par _Le Gros_.

     Dans la chapelle de la Vierge, sa statue par _Pigale_; la
     translation faite par saint Louis de la couronne d'pines,
     bas-relief par _Vanclve_.

     Dans la chapelle Saint-Jrme, sa statue, par _Adam_ an; sainte
     Paule, par _Granier_; sainte Eustochie sa fille, par _Dieu_; des
     groupes de prophtes, bas-reliefs, par _Coustou_ l'an; le pape
     bnissant saint Louis, bas-relief par l'_Espingola_; des Anges au
     dessus de la porte, par _Vanclve_.

     Dans la chapelle Saint-Augustin, la statue du saint, par _Pajou_;
     saint Alipe, par _Mazire_; sainte Monique, par _Franois_.

     Dans la chapelle Sainte-Thrse, la statue de la sainte, par _Le
     Moyne_; deux anges en plomb, par le mme et par _Lapierre_.

     Dans la chapelle Saint-Ambroise, sa statue par _Slodtz_; saint
     Satyre son frre, par _Bertrand_; sainte Marcelline sa soeur, par
     _Le Pautre_.

     Sur les portes qui communiquent du dme dans les chapelles,
     quatre bas-reliefs reprsentant: 1 un Ange arm d'un bouclier,
     par _Coustou_ an; 2 un Ange portant un casque, par _Coyzevox_;
     3 un Ange charg d'un tendard, par _Vanclve_; 4 un Ange
     tenant la sainte ampoule, par _Flamen_.

     Dans les niches de la faade mridionale, deux statues
     colossales: saint Louis, par _Coustou_ an, d'aprs un modle de
     _Girardon_; Charlemagne, par _Coyzevox_[339].

     [Note 339: Ces deux statues avoient t dposes, pendant la
     rvolution, dans le jardin du Muse des Petits-Augustins.]

     Sur la balustrade, les huit Pres des glises grecque et latine:
     1 saint Basile et saint Ambroise, par _Poultier_; 2 saint Jean
     Chrysostme et saint Grgoire-le-Grand, par _Mazeline_; 3 saint
     Grgoire de Nazianze et saint Athanase, par _Coyzevox_; 4 saint
     Jrme et saint Augustin, par _Hurtrelle_.

     Sur le fronton et dans diverses parties du portail, plusieurs
     groupes de figures allgoriques: 1 quatre vertus couches: la
     Justice, la Temprance, la Prudence et la Force, par _Coyzevox_;
     2 la Foi et la Charit accompagnant les armes de France; 3
     quatre autres vertus: la Constance, l'Humilit, la Confiance et
     la Magnanimit, sans nom d'auteur.

     La chaire, excute sur les dessins de _Vass_, formoit une
     espce de dais support par deux palmiers; l'amortissement
     offroit la couronne de France soutenue par des chrubins[340].

[Note 340: On avoit transport dans les combles immenses de cet htel
tous les plans dposs d'abord dans la grande galerie du Louvre, que
l'on destinoit, ds avant la rvolution,  former un Musum.]

       *       *       *       *       *

On compte dans cette maison environ trois mille soldats et officiers,
tous nourris et entretenus convenablement suivant leurs grades et
leurs infirmits. Deux compagnies, chacune de cent hommes, y montent
journellement la garde.

Avant la rvolution, le ministre de la guerre, ou,  son dfaut, le
contrleur gnral, prsidoit le conseil qui se tenoit tous les
jeudis.

Les revenus de l'tablissement se composoient de pensions que payoient
les abbayes en raison de la renonciation faite par le roi au droit des
_oblats_[341]: on y ajouta depuis trois deniers pour livre sur toutes
les dpenses de la guerre.

[Note 341: Ces oblats, fort anciens dans l'glise, toient des
moines-lais que le roi plaoit dans chaque abbaye de sa nomination,
pour y tre nourris et entretenus. Cette faveur tomboit ordinairement
sur des soldats estropis.]

Une grande place en demi-lune prcde l'entre de l'avant-cour; et
toute l'esplanade, qui s'tend jusqu' la rivire, forme une promenade
plante d'arbres, dont on est redevable  M. le comte d'Argenson,
ministre de la guerre. Les alles pratiques sur l'esplanade
mridionale, et qui se prolongent jusqu' l'cole militaire, ont t
perces, peu de temps avant la rvolution, sous la direction de feu M.
Brongniart, architecte des Invalides.

Les PP. de Saint-Lazare gouvernoient le spirituel de cette maison,
dont l'tat-major toit compos d'un gouverneur, d'un lieutenant du
roi et d'un major[342].

[Note 342: Lorsque le roi entroit aux Invalides, la garde ordinaire
cessoit ses fonctions, pour tre releve sur-le-champ par une
compagnie de ces vieux soldats. Cela fut ainsi dcid, ds les
premiers temps que Louis XIV alla visiter cet tablissement. Les
Invalides qui se pressoient autour de lui, se voyant repousss un peu
brusquement par la garde, parurent sensibles  cette espce d'affront:
le roi s'en aperut, et avec cette bont qui lui toit naturelle, il
dclara qu'il vouloit qu'on traitt plus doucement ses anciens
serviteurs et qu'il toit en sret au milieu d'eux. Ils composrent
ds ce moment sa garde, et cet usage s'est perptu sous ses
successeurs. (L'htel des Invalides n'a point chang de
destination.)]


L'COLE MILITAIRE.

Ce monument fut construit par Louis XV, en faveur de la noblesse
pauvre de son royaume. L'dit de fondation, donn au mois de janvier
1751, porte que S. M. tablit l'htel de l'cole royale et militaire
en faveur de cinq cents jeunes gentilshommes, pour y tre entretenus
et levs dans toutes les sciences convenables et ncessaires  un
officier. Pour fournir aux dpenses de cette cole, le monarque
accorda le bnfice d'une loterie, et y annexa les revenus de l'abbaye
de Laon alors vacante; on choisit, dans la plaine de Grenelle, un
vaste terrain[343],  peu de distance de l'htel des Invalides; et
tandis que l'difice s'levoit sur les dessins de Gabriel, architecte
du roi, l'cole s'organisoit provisoirement dans le chteau de
Vincennes. Quatre-vingts lves y entrrent en 1753; et ds 1756, ils
purent tre transfrs, en beaucoup plus grand nombre, dans leur
nouvelle et magnifique demeure. La premire pierre de la chapelle fut
bnite par l'archevque de Paris, en prsence du roi qui la posa au
mme instant. Ceci n'arriva qu'en 1769.

[Note 343: Ce terrain toit anciennement une garenne appartenant 
l'abbaye de Saint-Germain. De l est venu par corruption le nom de
_Grenelle_, comme nous le dirons en son lieu.]

Toute l'tendue des btiments, cours et jardins, est comprise dans un
paralllogramme de deux cent vingt toises de largeur sur cent trente
de profondeur, prcd et entour de grandes avenues plantes
d'arbres: l'entre oppose est par le Champ-de-Mars.

La faade de ce dernier ct est dcore d'un seul avant-corps de
colonnes corinthiennes; au centre est un vestibule  quatre rangs de
colonnes d'ordre toscan, ouvert de trois portes sur les deux faces. 
gauche de ce vestibule, on trouve la chapelle, dont la vote, en arc
surbaiss, est porte par des colonnes corinthiennes, engages dans
les murs[344].

[Note 344: _Voyez_ pl. 205.]

Le principal corps de btiment, du ct de la cour, est dcor d'un
ordre de colonnes doriques, surmont d'un second ordre ionique. Au
milieu s'lve galement un avant-corps d'ordre corinthien, dont les
colonnes embrassent les deux tages; il est couronn d'un fronton et
d'un attique.

Deux cours, dont la premire a soixante-dix toises en carr, et la
seconde environ quarante-cinq, prcdent le principal corps de
btiment: le reste consiste en cours adjacentes, jardins et
constructions d'un got plus simple, pour tous les besoins de ce vaste
tablissement[345].

[Note 345: _Voyez_ pl. 204.]

Dans les btiments en aile qui bordent la premire cour, on leva, en
1788, un trs beau mange et un observatoire, qui existent encore et
dont la construction fut dirige par M. La Lande.


CURIOSITS DE L'COLE MILITAIRE.


     TABLEAUX.

     Dans la chapelle, onze tableaux reprsentant les principaux
     vnements de la vie de saint Louis, savoir:

     1 Saint Louis s'lanant du vaisseau  l'attaque de Damiette;
     par _Restout_ fils.

     2 Saint Louis rendant la justice sous un chne dans le bois de
     Vincennes; par _Lpicier_.

     3 Saint Louis portant la couronne d'pines de Vincennes  Paris;
     par _Hall_.

     4 Le mariage de saint Louis; par _Taraval_.

     5 Saint Louis remettant la rgence du royaume  la reine Blanche
     sa mre; par _Vien_.

     6 Saint Louis donnant  son fils les instructions ncessaires
     pour bien rgner; par _Beaufort_.

     7 L'entrevue de saint Louis et du pape Innocent IV  Lyon; par
     _Lagrene_ an.

     8 Saint Louis recevant les ambassadeurs du Vieux de la Montagne;
     par _Brenet_.

     9 Saint Louis lavant les pieds aux pauvres; par _du Rameau_.

     10 Le sacre de saint Louis; par _Carle Vanloo_.

     11 Sur l'autel, saint Louis malade de la peste  Tunis, et
     recevant le Viatique; par _Doyen_.

     Dans la chambre du conseil, le portrait de Louis XV; par _Carle
     Vanloo_.

     Plusieurs tableaux de siges, batailles et autres faits
     militaires, arrivs sous le rgne de ce dernier monarque; par _Le
     Paon_.

     Sur les frontons des deux faces des btiments en aile qui se
     prolongent jusqu' la premire grille, des grisailles  fresque;
     par _Gibelin_. La premire reprsente deux athltes, dont l'un
     arrte un cheval fougueux; l'autre, la figure allgorique de
     l'tude avec ses attributs.


     SCULPTURES.

     Au milieu de la cour royale, la statue pdestre de Louis XV, tte
     nue et cuirass; par _Le Moyne_.

     Sur le grand escalier, les statues du grand Cond, par _Le
     Comte_; de Turenne, par _Pajou_; du marchal de Luxembourg, par
     _Mouchy_; du marchal de Saxe, par d'_Huez_.

       *       *       *       *       *

Une machine hydraulique, pose sur quatre puits, faisoit mouvoir
quatre pompes, et fournissoit  la maison quarante muids d'eau par
heure: elle existe encore.

Le rfectoire est immense et d'une belle construction. La
bibliothque, contenant environ cinq mille volumes, mritoit d'tre
vue.

La faade mridionale est ferme par une grille et un foss en avant
duquel on a plant, sur les dessins de M. Brongniart, une magnifique
avenue qui croise celle des Invalides et se prolonge jusqu' la rue de
Svre.

L'tat-major de cette maison se composoit d'un gouverneur, d'un
inspecteur gnral des collges du royaume[346], d'un directeur des
tudes, d'un capitaine de la compagnie des cadets, d'un contrleur
gnral, etc. Elle toit garde journellement par une compagnie de
cent vingt invalides.

[Note 346: Ces collges ou coles royales militaires toient au nombre
de dix: Sorse, Brienne, Tiron, Rebais, Beaumont, Pont-le-Voy,
Vendme, Effiat, Pont--Mousson, Tournon. Il y avoit, en outre, au
collge de La Flche, un pensionnat dpendant de l'cole de Paris, o
les lves toient placs depuis huit ans jusqu' quatorze.]

L'cole militaire, quant au spirituel, toit entirement sous la
direction de l'archevque de Paris[347].

[Note 347: Cet tablissement est aujourd'hui une caserne
d'infanterie.]


CHAMP-DE-MARS.

C'est ainsi qu'on appeloit, et qu'on appelle encore aujourd'hui, une
immense esplanade, entoure d'un foss revtu de pierres, qui, du ct
de la rivire, sert d'avenue  l'cole royale militaire et fait partie
de la plaine de Grenelle; quatre ranges d'arbres plants sur les
cts, tant en dedans qu'en dehors des fosss, y forment de longues et
belles alles. Cinq grilles de fer en ouvrent les entres. Ce champ,
destin aux volutions des lves de cette cole, servoit galement
aux exercices du rgiment des Gardes-Franoises: il peut contenir dix
mille hommes rangs en bataille[348].

[Note 348: Le Champ-de-Mars n'a point chang de destination; il sert
aux exercices militaires de toutes les troupes stationnes  Paris.]


HPITAL DES GARDES-FRANOISES.

Cet hpital, vaste, commode et situ en bon air, fut tabli en 1765 au
Gros-Caillou, sous les ordres et par les soins de M. le marchal duc
de Biron, colonel des Gardes-Franoises. Il toit spcialement et
exclusivement destin aux soldats de ce rgiment.

     Dans la chapelle, un tableau reprsentant saint Louis en
     adoration; par _du Rameau_.


CHTEAU DE GRENELLE.

En sortant de l'cole militaire par la premire grille  gauche du
Champ-de-Mars, on trouvoit le chteau de Grenelle, situ dans la
plaine du mme nom. Ce chteau, qui n'offroit rien de remarquable que
sa position, avoit haute et basse justice, relevant de l'abbaye de
Sainte-Genevive. Il dpendoit, ainsi que les maisons qui
l'entouroient, de la paroisse Saint-tienne du Mont[349].

[Note 349: Ce chteau, dont on avoit fait une poudrire au
commencement de la rvolution, sauta avec un grand fracas et
d'horribles accidents, dans l'anne 1793.]


HTELS.

ANCIENS HTELS DTRUITS.


HTEL DE NESLE, NEVERS, GUNGAUD ET CONTI (quai de Conti).

Cet htel, l'un des plus vastes et des plus magnifiques parmi ceux qui
faisoient l'ornement de l'ancien Paris, occupoit une grande tendue de
terrain: les rues de Nevers, d'Anjou et Gungaud, ont t, en partie,
perces et bties sur son emplacement. Il se prolongeoit le long de la
rivire, jusqu' la porte et  la tour nommes _Philippe-Hamelin_,
dites depuis _de Nesle_, et  la place desquelles on a bti le
pavillon gauche du collge Mazarin. En 1308, Amauri de Nesle le vendit
5000 liv.  Philippe-le-Bel; Charles V le donna au duc de Berri, son
oncle, en 1380. Charles VI, qui confirma ce don en 1385, y joignit
deux tuileries et deux arpents et demi de terre, pour agrandir _le
sjour de Nesle_, maison de plaisance qui toit spare de l'htel
par le foss de l'enceinte de Philippe-Auguste[350]. On trouve ensuite
qu'en 1446, Charles VII donna cet htel  Franois, duc de Bretagne,
son neveu. Il passa ensuite en 1461 au comte de Charolois[351].

[Note 350: C'est ce sjour que le commissaire Delamare a pris pour
l'htel de Nesle, qu'il place, par erreur, hors de la ville.]

[Note 351: Chamb. des comptes, mmorial L, f 172, et K, f 140.]

Henri II ayant ordonn, par un dit de 1552, que le pourpris, maison
et place du _grand Nesle_, seroient vendus et dlivrs par lots,
portions et places aux plus offrants et derniers enchrisseurs, le duc
et la duchesse de Nivernois en firent l'acquisition en 1580, et
obtinrent de l'abb de Saint-Germain qu'il ft rig en fief, sous la
condition de foi et hommage, et d'une redevance annuelle de 50 sols
parisis. Jaillot dit avoir lu l'acte de foi et hommage rendu par le
duc de Nevers le 3 aot 1618, pour _l'htel de Nevers_ anciennement
appel htel _de Nesle_[352].

[Note 352: _Quartier Saint-Germain-des-Prs_, p. 68.]

Ce ne fut qu'en 1646, et sur la rquisition de M. de Gungaud,
secrtaire d'tat, qui en toit alors propritaire, que l'abb et les
religieux de Saint-Germain consentirent  transiger pour l'extinction
de ce titre de fief. Madame Anne-Marie Martinozzy, veuve d'Armand de
Bourbon de Conti, en devint ensuite propritaire en 1670. Les princes
de Conti et de La Roche-sur-Yon l'augmentrent en 1679, par
l'acquisition qu'ils firent du petit htel Gungaud. Enfin, en 1718,
madame la princesse de Conti acheta, sur le quai, une maison joignant
cet htel, et qui porta depuis le nom de _petit htel de Conti_.
L'htel de Nevers toit ds-lors connu sous ce nom, qu'il a port
jusqu' sa destruction. Dans le temps qu'il appartenoit  M. de
Gungaud, il avoit t rpar et embelli, dans toutes ses parties,
par Franois Mansart.

Depuis long-temps, le corps municipal dsiroit pour ses assembles un
lieu plus vaste et plus commode que l'ancien htel-de-ville: il jeta
les yeux sur le terrain qu'occupoit l'htel de Conti; et la permission
de l'acqurir lui ayant t donne par Louis XV, un arrt du conseil,
donn en 1750, en fixa le prix  1,600,000 liv.; mais des obstacles
forcrent de renoncer au projet de btir en cet endroit une maison
municipale, et l'on y leva, comme nous l'avons dj dit, l'htel des
Monnoies, qui existe aujourd'hui.

Sur les deux vues que nous donnons de l'htel de Nesle, celle qui le
reprsente du ct du jardin, copie d'aprs une gravure ancienne et
de la plus grande raret, le montre sans doute tel qu'il toit, aprs
l'acquisition qu'en avoient faite les ducs de Nevers. On y reconnot
en effet le caractre de l'architecture du seizime sicle, et ce
dessin donne l'ide d'un immense et somptueux difice. L'autre vue,
plus moderne, offre la porte  laquelle il avoit donn son nom, et la
masse extrieure de ses btiments; mais il est difficile d'y
reconnotre les constructions rgulires traces sur le premier
dessin[353].

[Note 353: _Voyez_ pl. 206 et 207.]


HTEL DE LA REINE MARGUERITE (rue de Seine).

Cette princesse le fit btir, sur une portion du petit pr aux clercs,
qu'elle avoit acquise, et quitta l'htel de Sens pour venir l'habiter.
Ceux qui ont pu voir encore cet htel, dans le dix-septime sicle,
disent qu'il toit compos de trois corps de logis contigus, de
jardins qui s'tendoient jusqu' la rue des SS. Pres, et de plusieurs
alles d'arbres plants le long de la rivire, qu'on appeloit _le
cours de la reine Marguerite_[354]. Sauval se trompe lorsqu'il avance
que la veuve de Jean-Baptiste de Budes, comte de Gubriant, marchal
de France, acheta un htel  la rue de Seine, bti sur les ruines du
palais de la reine Marguerite[355]. Les titres dmentent cette
assertion: 1 l'htel dont il s'agit n'ayant t bti au plus tt
qu'en 1606, ne pouvoit tre en ruine, trente-sept ans aprs sa
construction. 2 S'il fut acquis par la veuve du marchal de
Gubriant, ce ne put tre avant 1643, puisque le marchal ne mourut
que dans le courant de cette anne; mais un rle de taxes, fait en
1639 et cit par Jaillot[356], marque que les trois corps de logis,
formant l'htel de la reine Marguerite, appartenoient  madame de
Vassan, et qu'ils toient alors occups par le prsident Sguier. Cet
htel fut acquis en 1718 par MM Gilbert de Voisins.

[Note 354: SAUVAL, t. 2, p. 250.]

[Note 355: _Ibid._, p. 157.]

[Note 356: _Quartier Saint-Germain_, p. 79.]


HTEL DE BEAUVAIS (rue de Grenelle).

Cet htel, qui, vers la fin du dix-septime sicle, fut chang en
maison religieuse[357], est remarquable par deux particularits:
l'une, qu'en 1685, il servit de logement au doge et aux quatre
snateurs de Gnes, lorsqu'ils vinrent faire au roi les satisfactions
qu'il avoit exiges de leur rpublique; l'autre que, dans la
mtamorphose qu'il prouva, la salle de bal fut conserve et change
en glise. Aprs que le monastre des Petites-Cordelires eut t
supprim, on vendit l'emplacement qu'il occupoit  des particuliers,
qui y levrent de nouveaux btiments.

[Note 357: _Voyez_ p. 442.]


HTELS EXISTANTS EN 1789.


HTEL DE LA ROCHEFOUCAULD (rue de Seine).

Sauval, en parlant de cet htel, dit[358] que Louis III de Bourbon,
premier comte de Montpensier, qui devint dauphin d'Auvergne par son
mariage, et ses descendants, avoient un htel dans cette rue, qu'ils
vendirent  Henri de La Tour, duc de Bouillon, marchal de France, et
qui a pass ensuite au duc de Liancourt. Ceci parot exact; mais il
ajoute que, tant que ces princes logrent l, leur htel fut appel
_l'htel Dauphin_, qui donna le nom  la rue; et bien que depuis,
changeant de matre, il et t appel l'htel _de Bouillon_ et
l'htel _de Liancourt_, la rue s'est toujours appele et s'appelle
encore la rue _Dauphine_. Jaillot combat cette seconde partie de son
rcit, dmentie par tous les plans de Paris, dont aucun, depuis quatre
sicles, n'offre la rue de Seine sous le nom de rue Dauphine. Les
titres ne prsentent galement rien qui puisse appuyer une semblable
assertion.

[Note 358: T. 2, p. 67 et 120.]

M. Franois, duc de La Rochefoucauld, ayant pous, en 1659,
Jeanne-Charlotte du Plessis-Liancourt, fille unique du duc de
Liancourt, devint, par ce mariage, propritaire de l'htel dont nous
parlons: on lui donna ds-lors le nom de La Rochefoucauld, qu'il
n'avoit point cess de porter jusqu' ce jour[359].

[Note 359: Cet htel vient d'tre dmoli; et sur l'emplacement trs
vaste qu'occupoient les btiments, il vient d'tre perc une rue
nouvelle, dont les constructions ne sont pas encore entirement
acheves.]

C'toit un difice d'assez belle apparence qui, du ct de la cour,
prsentoit un carr de btiments dcor d'un ordre dorique en
pilastres et bizarrement couronn de grandes croises  la mansarde,
avec tout le luxe d'ornement employ dans l'architecture du
dix-septime sicle. Mais ce qui mritoit plus d'attention, c'toit le
jardin dessin, dit-on, dans le sicle dernier, par le peintre
_Robert_, et sans contredit l'un des jardins particuliers les plus
agrables et les plus pittoresques qu'il y et  Paris.


HTEL MAZARIN (quai Malaquais).

Cet htel appartenoit, dans l'origine,  la princesse de Conti, qui
l'changea pour l'htel Gungaud. Il passa successivement aux ducs de
Crqui, de La Trmouille et de Lauzun. On le voit rentrer ensuite dans
la maison de Conti, par l'acquisition qu'en fit mademoiselle de La
Roche-sur-Yon. Aprs sa mort, cet difice fut lou pour les curies de
la dauphine; acquis depuis par le duc de Mazarin, il passa ensuite
dans la famille de Juign, dont il portoit le nom, au commencement de
la rvolution.


HTEL DE BOUILLON (mme quai).

Cet htel, bti pour un trsorier de l'pargne, nomm Mac-Bertrand de
La Basinire, fut acquis depuis par M. de Bouillon. C'est un bel
difice, dans une trs-belle position.


HTEL DE SALM (rue de Lille, ci-devant de Bourbon).

Cet htel, que l'on cite avec raison au nombre des difices les plus
remarquables de Paris, a plutt les apparences d'un monument public
que d'une habitation construite pour un particulier. Sa porte
d'entre, tablie sur la rue, offre la forme d'un arc de triomphe,
flanqu de chaque ct par une colonnade d'ordre ionique, laquelle
s'appuie  des corps de btiments avancs, dont la masse est parallle
 celle de la porte, et qui, par leur attique orn de bas-reliefs, se
rattachent  la dcoration et au motif de l'ensemble.

La colonnade se runit, dans l'intrieur de la cour,  celle des ailes
ou parties latrales, et forme tout autour un promenoir couvert et
continu qui aboutit  un frontispice en colonnes d'ordre corinthien,
annonant le corps de logis principal et donnant entre au
vestibule[360].

[Note 360: _Voyez_ pl. 208.]

La partie que nous venons de dcrire, modle de grce et d'lgance,
est aussi la plus parfaite de l'difice. Le reste consiste en cours
adjacentes et en un corps d'habitation, qui, se prolongeant sur le
quai, se termine par une partie demi-circulaire et deux corps de
btiments continus. On regrette que cette faade ne rponde, ni par sa
dcoration ni par son lvation, au reste du monument[361].

[Note 361: _Voyez_ pl. 211. L'administration de la Lgion-d'Honneur
est tablie dans cet htel.]


AUTRES HTELS LES PLUS REMARQUABLES.

Il n'est aucun quartier de Paris qui en contienne un plus grand
nombre. La plupart, btis dans le dix-septime sicle et au
commencement du dix-huitime, sont vastes et magnifiques, mais plus
remarquables par la solidit de leur construction, et par cet air de
grandeur que prsente la masse de leurs btiments, que par l'lgance
ou la svrit de leur architecture. La description de ces difices,
qui, gnralement n'ont point  l'extrieur un caractre dtermin, et
dont la dcoration intrieure a subi tant de changements depuis la
rvolution, deviendroit embarrassante pour nous, et sans doute
fastidieuse pour nos lecteurs: nous nous bornerons  en donner une
nomenclature la plus exacte possible.

    Htel d'Aiguillon, rue de l'Universit.
    ---- Amelot, mme rue.
    ---- d'Angennes, rue de Varennes.
    ---- des Archives de l'ordre de Saint-Lazare, rue de Monsieur.
    ---- d'Avaray, rue de Grenelle.
    ---- d'Avrincourt, rue Saint-Dominique.
    ---- de Bandeville, rue des Saints-Pres.
    ---- de Barbanon, rue de Babylone.
    ---- de Beauprau, rue de l'Universit.
    ---- de Benonville, rue Belle-Chasse.
    ---- de Bentheim, rue de Bourbon.
    ---- de Bthune, rue Saint-Guillaume.
    ---- de Bthune-Charost, rue de Bourbon.
    ---- de Bthune-Pologne, rue de la Chaise.
    ---- de Bezenval, rue de Grenelle.
    ---- de Biron, rue de Varennes.
    ---- de Bois-Geslin, mme rue.
    ---- de Brant, rue de Grenelle.
    ---- de Brienne, rue Saint-Dominique.
    ---- de Brissac, rue de Grenelle.
    ---- de Broglie, rue de la Planche.
    ---- de Broglie, rue Belle-Chasse.
    ---- de Broglie, grand et petit, rue de Varennes.
    ---- de Cassini, rue de Babylone.
    ---- de Castellane, rue de Grenelle.
    ---- de Castries, rue de Varennes.
    ---- de Caumont, rue de Grenelle.
    ---- de Chabannes, rue des Saints-Pres.
    ---- du Chtelet, rue de Grenelle.
    ---- de Chtillon, rue de Babylone.
    ---- de Choiseul, quai des Thatins.
    ---- de Choiseul Praslin, rue de Bourbon.
    ---- de Mademoiselle de Cond, abbesse de Remiremont, rue de Monsieur.
    ---- du prince de Conti, rue de Grenelle.
    ---- de Crqui, mme rue.
    ---- de Croy, rue de Bourbon.
    ---- de Damas d'Anlezy, rue de Babylone.
    ---- de Dillon, rue Saint-Dominique.
    ---- des curies de la Reine, rue de Bourgogne.
    ---- des curies de Monsieur, rue de Monsieur.
    ---- des curies de la comtesse d'Artois, rue des Saints-Pres.
    ---- de Feuquires, rue de Grenelle.
    ---- de Galiffet, rue du Bac.
    ---- de Gensac, rue de l'Universit.
    ---- de Goubert, rue de l'Universit.
    ---- de Grammont, rue de Bourbon.
    ---- de Guerchi (deux), rue de Belle-Chasse.
    ---- de Guines, rue de Varennes.
    ---- d'Harcourt (deux), rue de Grenelle.
    ---- de Jarnac, rue de Monsieur.
    ---- de Jaucourt, rue de Varennes.
    ---- de Kunsky, rue Saint-Dominique.
    ---- de La Briffe, quai des Thatins.
    ---- de La Chtre, rue de l'Universit.
    ---- de Lamoignon, rue de Grenelle.
    ---- de La Rochefoucauld, rue de Varennes.
    ---- de La Salle, rue de Grenelle.
    ---- de La Trmouille, rue de Belle-Chasse.
    ---- de Lautrec, quai Malaquais.
    ---- de Lignerac, rue Saint-Dominique.
    ---- de Ligny, rue du Bac.
    ---- de Luynes, rue Saint-Dominique.
    ---- de Maillebois, rue de Grenelle.
    ---- de Mailly, rue de l'Universit.
    ---- de Matignon (grand), rue de Varennes.
    ---- de Matignon (grand et petit), rue Saint-Dominique.
    ---- de Maupeou, rue de l'Universit.
    ---- de Maurepas, rue de Grenelle.
    ---- de Mesgrigni, mme rue.
    ---- de Mirabeau[362], rue de Seine.
      [Note 362: Cet htel a t bti sur les ruines de celui de la reine
      Marguerite.]
    ---- de Mirepoix, rue Saint-Dominique.
    ---- de Mol, rue de Belle-Chasse.
    ---- de Monaco, rue Saint-Dominique.
    ---- de Montboissier, rue de Verneuil.
    ---- de Montesquiou, mme rue.
    ---- de Montmorenci, rue de Bourbon.
    ---- de Montmorenci-Tingri, rue de Varennes.
    ---- de Montmorin, rue Plumet.
    ---- de Mortemart, rue Saint-Guillaume.
    ---- de Narbonne-Pelet, rue de la Planche.
    ---- de Noailles-Mouchy, rue de l'Universit.
    ---- de Novion, rue de la Planche.
    ---- d'Orsai, rue de Varennes.
    ---- de Prigord, rue de l'Universit.
    ---- de Phelippeaux, rue de Grenelle.
    ---- de Polignac, rue des Saints-Pres.
    ---- de Pons, rue de Taranne.
    ---- de Queuille (la), rue de Babylone.
    ---- de Rochechouart, rue de Grenelle.
    ---- de Rohan, rue de Varennes.
    ---- de Rohan-Chabot, mme rue.
    ---- de Rohan-Montbazon, rue de l'Universit.
    ---- du Roure, rue Saint-Dominique.
    ---- du Roure, rue de Bourbon.
    ---- de Saumeri, rue de Belle-Chasse.
    ---- de Seignelai, rue Saint-Dominique.
    ---- de Senectre, rue de l'Universit.
    ---- de Sens, rue de Grenelle.
    ---- de Seysseval, rue de Bourbon.
    ---- de Soyecourt (grand), rue de l'Universit.
    ---- de Soyecourt (petit), rue de Belle-Chasse.
    ---- de Tess, quai des Thatins.
    ---- de Valbelle, rue du Bac.
    ---- de Vaudecourt, quai des Thatins.
    ---- de Vaudreuil, rue de la Chaise.
    ---- de Villeroi, rue de l'Universit.


HTEL DES MOUSQUETAIRES-GRIS (rue de Beaune).

On sait que la premire compagnie de cette troupe fut cre en 1622,
par Louis XIII, sous le nom de _Grands Mousquetaires du roi pour sa
garde_. On les logea d'abord chez les habitants du faubourg
Saint-Germain, tandis que l'on cherchoit un emplacement pour leur
btir un htel. La halle du Pr-aux-Clercs, plus connue sous le nom de
la _halle Barbier_, parut propre  l'excution de ce projet: ce ne fut
toutefois qu'en 1659 que le roi donna ordre  la ville d'acheter cette
halle, qui comprenoit le carr born par les rues de Beaune, de
Bourbon, du Bac, et de Verneuil, ainsi que les vingt-six choppes ou
maisons bties au pourtour, et d'y faire lever les btiments
ncessaires. On voit ensuite, par deux arrts du conseil de 1707 et
1715, que cet difice, achev seulement en 1671, commenoit dj 
menacer ruine. Il fut question alors d'en rebtir un nouveau sur une
grande place achete par le roi, rue de Bourgogne, et sur le quai
d'Orsai; mais ce terrain ne se trouvant pas assez spacieux, il fallut
renoncer  ce projet, et l'on se contenta de rebtir  neuf l'ancien
htel, tel qu'on l'a vu jusqu'au commencement de la rvolution[363].

[Note 363: Sur l'emplacement de cet htel on a construit un march qui
se nomme le march _Boulainvilliers_.]


POMPE  FEU.

Cette pompe  feu, tablie au Gros-Caillou, sur le bord de l'eau, est
compose d'un corps de btiments dcor d'arcades, et offre dans sa
masse un aspect peu diffrent de l'difice du mme genre, que nous
avons dcrit dans le premier volume de cet ouvrage. Elle fournit de
l'eau aux Invalides,  l'cole militaire, et aux maisons du faubourg
Saint-Germain.


GROS-CAILLOU.

 l'extrmit du quartier Saint-Germain et le long de la rivire, est un
terrain couvert de maisons et de jardins, que l'on nomme _le
Gros-Caillou_. Piganiol dit[364] que son nom trs-ancien toit _la
Longray_, et que le moderne vient d'un caillou norme qui servoit
d'enseigne  une maison publique de dbauche. Jaillot[365], qui trouve
avec raison cette opinion trs singulire, surtout parce qu'elle est
avance sans la moindre preuve, observe que le Gros-Caillou n'occupe
qu'une partie du terrain que l'on nommoit effectivement _la Longue
Raie_, il y a trois ou quatre cents ans, parce qu'il s'tendoit depuis
la rue de Bourgogne jusqu' l'endroit o sont aujourd'hui les barrires,
formant dans ce long espace une lisire trs troite.  l'gard de
_l'norme caillou_ qui servoit d'enseigne  une maison de dbauche, il
ne pense pas mme qu'une semblable assertion mrite d'tre rfute, et
se contente de dire que ce gros caillou toit une borne naturelle qui
servoit  distinguer les limites des seigneuries de Sainte-Genevive et
de Saint-Germain-des-Prs; ce qui est constat par un plan manuscrit.

[Note 364: T. 8, additions, p. 339.]

[Note 365: _Quartier Saint-Germain_, p. 82.]

Le terrain du Gros-Caillou s'tant insensiblement couvert de maisons,
et l'administration des sacrements y devenant, par la trop grande
distance des lieux, galement pnible pour le cur de Saint-Sulpice et
pour ses paroissiens, on pensa  y faire construire une succursale
entre les rues de Grenelle et de Varennes, ce qui fut dfinitivement
arrt dans une assemble gnrale de la paroisse, tenue le 18 aot
1652. Mais le terrain destin  l'excution de ce projet, et qui
appartenoit  la fabrique, ayant t vendu en 1686 par arrt du
conseil, ce n'est qu'en 1735 qu'on put songer  la construction du
monument, et qu'on obtint de l'archevque et de l'abb de
Saint-Germain la permission dfinitive de faire btir une chapelle au
Gros-Caillou. Toutefois, les moyens des habitants ne rpondant point 
leur zle, ce projet et encore chou pour la seconde fois, si le roi
ne leur et permis une qute de trois ans, tant pour la construction
de la chapelle que pour l'achat des vases sacrs et les honoraires du
desservant. La premire pierre en fut pose le 19 mars 1738, et
l'glise fut acheve le 11 aot suivant. Quoiqu'elle et t bnite
sous le titre de _l'Assomption de la Vierge_, et que les habitants lui
eussent donn celui de _Notre-Dame-de-Bonne-Dlivrance_, les registres
de l'archevch l'offrent sous la dnomination de _Saint-Pierre du
Gros-Caillou_, succursale de Saint-Sulpice. Au commencement de la
rvolution on travailloit  la construction d'une glise plus grande,
dont M. Chalgrin toit l'architecte, et qu'on avoit le projet d'riger
en cure[366].

[Note 366: Les premires constructions de cette glise, restes
imparfaites, ont t depuis entirement dmolies. (_Voyez_ l'article
_Monuments nouveaux_.)]


L'LE MAQUERELLE OU DES CYGNES.

Vis--vis le Gros-Caillou, toit une le assez grande, qu'un trs
petit courant d'eau sparoit du rivage, et qu'on y a runie en
comblant cet espace. Cette le s'toit forme par la runion de
plusieurs autres, et par des atterrissements, que l'amas des sables et
les dgradations de ces petites les avoient occasionns. On nommoit
le _de Grenelle_ celle qui faisoit face  _la Longue Raie_; elle
s'accrut depuis par l'adjonction de l'le _des Treilles_, qui toit
au-dessus, et de l'le _aux Vaches_, qui toit au-dessous. Ds 1494,
on l'appeloit le _Maquerelle_, nom dont on n'a pu dcouvrir jusqu'
prsent ni l'origine ni l'tymologie[367]. Jaillot dit avoir lu, dans
les archives de l'abbaye Saint-Germain, que la plus grande partie de
cette le toit en prs, et que les soldats alloient s'y exercer, ce
qui causa un assez grand dommage pour que les religieux prissent la
rsolution de l'affermer  divers particuliers, qui sparrent leurs
portions par des haies, des fosss, ou des rigoles, ce qui formoit
autant de petites les. Ce lieu fut destin, dans le seizime sicle,
et par arrt,  servir de spulture aux pauvres dcds 
l'Htel-Dieu; mais cet arrt ne fut point excut. Le nom d'le des
Cygnes lui vient de ce qu'au commencement de ce sicle, on y avoit
plac quelques oiseaux de cette espce[368].

[Note 367: Jaillot pense que cette le a pu servir de rendez-vous pour
terminer par le duel des querelles particulires, et qu'elle a pu en
tirer son nom; mais il observe qu'alors il faudroit crire
_Ma-Querelle_. Il auroit mieux fait, selon nous, de renoncer 
chercher cette tymologie, que d'en prsenter une aussi bisarre, et
qu'il ne soutient d'aucune preuve.]

[Note 368: L'tat de la Seine toit autrefois bien diffrent de ce qu'il
est aujourd'hui, et nous pensons qu'une courte description de ce que les
traditions nous en font connotre se trouvera bien place ici et s'y
fera lire avec intrt. Cette rivire, dont les bords n'toient point
resserrs, comme aujourd'hui, par des quais, tendoit alors ses eaux sur
une plus grande surface, et formoit un assez grand nombre d'les ou
atterrissements, emports depuis par la violence des dbordements, ou
dtruits lorsqu'on rtrcit le lit du fleuve, pour la facilit de la
navigation. Indpendamment des les dont nous avons parl, et qui
s'tendoient depuis l'Arsenal jusqu' la pointe occidentale de la Cit,
il s'en prsentoit d'abord deux autres qui se prolongeoient
paralllement depuis les Augustins jusqu' la tour de Nesle; on y
blanchissoit des toiles: et la Seine couvroit tout le terrain jusqu'
l'endroit o depuis l'on a bti la chapelle du collge Mazarin.
Vis--vis, et du ct du Louvre, il y avoit encore quelques petites
les, mais peu considrables, et qui paroissent ne point avoir eu de
dnomination particulire. Plus bas toit l'le _aux Treilles_[368-A].
Vis--vis l'emplacement du palais Bourbon, au del duquel elle se
prolongeoit, cette le toit spare, par un petit bras d'eau, d'un
autre atterrissement, qu'on appeloit, en 1250, l'le _de Seine_, et qui
fut depuis l'le _aux Vaches_, dont nous venons de parler; celle-ci
toit situe vis--vis de Chaillot. Le long de ces deux les s'en
tendoit une troisime, longue et troite, appele l'le de
_Hirusalem_. Toutes ces les toient, partie en ptures, et partie en
saussaies et oseraies. Elles toient loues ou acenses  divers
particuliers, qui, pour marquer les limites de leurs possessions, les
entouroient de petits fosss ou rigoles, souvent remplis d'eau, lesquels
formoient autant d'les particulires, qu'on dsignoit par les noms de
leurs possesseurs ou autres: de l les les _ Prunier_, de _la
Garenne_, de _Long-Champ_, _Merdeuse_, de _la Pierre_, de _Bucy_, du
_Passeur_ et _Pasteur-aux-Vaches_, etc. Elles toient mentionnes et
dcrites dans un registre de Saint-Germain-des-Prs, qui en contenoit la
recette depuis 1489 jusqu' 1521.

De l'autre ct, et au dessous des Tuileries, toit l'le ou _les
mottes de la Saumonnire_; toutes ces les existoient encore au milieu
du quinzime sicle. Vers ce temps-l, la rivire cessa de sparer
l'le des Vaches de celle des Treilles; mais on continua de les
distinguer, et long-temps aprs, on disoit encore l'le _Maquerelle_
dite _des Treilles_, ou l'le _des Treilles_ dite _Maquerelle_.
Insensiblement plusieurs parties de ce terrain furent abandonnes par
les propritaires qui n'en retiroient presque rien; les canaux ou
fosss se comblrent, et ce lieu devint une espce de promenade
publique. On s'y promenoit  pied, et en voiture au commencement du
dix-septime sicle; les soldats y faisoient l'exercice; ce qui
dtermina les propritaires  le mettre en jardinage. Les deux les
ainsi confondues contenoient vingt arpents et demi, qui, en 1645,
furent vendus 60,000 liv.  M. de Gungaud, secrtaire d'tat.

 l'gard de l'le de Bucy, elle toit situe plus bas, vis--vis d'Issy
et du port de Javel. Dans un acte de 1529, cit par Jaillot, elle est
dsigne sous le nom d'le _de Bucy_ ou _le Pressouer-aux-Vaches_, nom
qu'on a peut-tre corrompu ou altr en disant _le Passeur_ ou _le
Pasteur-aux-Vaches_, qui ne se trouve point dans les actes originaux.]

[Note 368-A: Il y a grande apparence que cette le avoit pris son nom
des vignes qu'on y avoit anciennement plantes.]

Le bac des Invalides, pour la communication du quartier Saint-Germain
avec le faubourg Saint-Honor, toit situ prs de cette le. Il fut
concd, pour la premire fois, en 1542, par les religieux de
Saint-Germain,  qui il appartenoit.


FONTAINES.

_Fontaine de Conti._ Cette fontaine existoit encore, vers le milieu du
sicle dernier, prs de l'emplacement o depuis on a bti l'htel des
Monnoies. Elle n'avoit point d'inscription, quoique ce ft pour elle
que Santeul et fait celle-ci:

  _Sequanides flebant imo sub gurgite nymph,
     Cm premerent dens pigra fluenta rates:
   Ingentem Luparam nec jam aspectare potestas,
     Tarpeii cedat cui domus alta Iovis.
   Huc alacres, rex ipse vocat, succedite, nymph;
     Hinc Lupara adverso littore tota patet[369]._

[Note 369: Nous citerons la traduction de cette inscription, non
qu'elle soit lgante, ni mme fort exacte, mais parce qu'elle est de
Pierre Corneille:

    C'est trop gmir, nymphes de Seine,
  Sous le poids des bateaux qui cachent votre lit,
  Et qui ne vous laissoient entrevoir qu'avec peine
  Ce chef-d'oeuvre tonnant dont Paris s'embellit,
    Dont la France s'enorgueillit;
  Par une route aise aussi bien qu'imprvue,
  Plus haut que le rivage un roi vous fait monter,
    Qu'avez-vous plus  souhaiter?
  Nymphes, ouvrez les yeux, tout le Louvre est en vue.]

_Fontaine de l'abbaye Saint-Germain._ Cette fontaine, situe dans un
angle, prs de la porte de l'abbaye qui conduit  la rue
Sainte-Marguerite, fut construite aux frais des religieux, pour la
commodit des habitants de ce quartier. Elle fournit de l'eau de la
Seine, et l'on y lisoit cette inscription:

  _Me dedit urbs claustro, claustrum me reddidit urbi:
     dibus addo decus, faciles do civibus undas._

Un puits situ  l'angle oppos avoit aussi une inscription conue en
ces termes:

  _Quam puteus non dat sanct tam proximus di,
     A Christo vivam poscere monstrat aquam._

_Fontaine de la Charit._ Cette fontaine, situe dans la rue Taranne,
 peu de distance de l'glise de la Charit, fournit de l'eau
d'Arcueil, et offroit l'inscription suivante, compose par Santeuil:

  _Quem pietas aperit miserorum in commoda fontem,
     Instar aqu, largas fundere monstrat opes._

_Fontaine de Grenelle._ Cette fontaine, construite aux frais de la
ville, et acheve en 1739, sous la prvt de M. Turgot, est un
monument remarquable par sa masse et par la richesse de sa dcoration.
Elle s'lve sur un plan demi-circulaire de quinze toises de largeur
sur six de hauteur, et prsente une ordonnance de pilastres, de
niches, de croises feintes, avec un entablement surmont d'un
acrotre. L'avant-corps, qui occupe le milieu de la faade, se compose
de quatre colonnes ioniques, accouples deux  deux et couronnes
d'un fronton. Ce morceau d'architecture fut lev sur les dessins et
sous la conduite d'Edme Bouchardon, le meilleur sculpteur de son
temps, qui lui-mme excuta toutes les figures, tous les bas-reliefs,
et mme quelques-uns des ornements dont il est dcor.

Sur un socle de glaons que soutient l'avant-corps, sont trois
statues. On reconnot d'abord la ville de Paris dans celle qui s'lve
au milieu: couronne de tours et assise sur la proue d'un vaisseau.
Les deux autres, couches au milieu, des roseaux, et appuyes sur des
urnes, reprsentent la Seine et la Marne. Ces trois figures sont en
marbre blanc. Dans les niches pratiques sur les ailes, sont places
les quatre Saisons en pierre de Tonnerre; chacune est accompagne d'un
bas-relief indiquant ses divers attributs. Les armes de la ville
s'lvent au milieu de ces quatre niches; et deux mascarons fixs sur
la partie avance du soubassement donnent de l'eau de la Seine.

Si l'on considre en elle-mme toute cette sculpture, elle est d'un
style bien mesquin et d'une bien mdiocre excution; le monument
n'offre pas non plus un grand caractre d'architecture; mais ces
figures sont des chefs-d'oeuvre, compares aux productions ignobles de
la plupart des sculpteurs d'alors; et si l'on compare galement
l'difice aux constructions bisarres qui se faisoient  la mme
poque, on y trouvera une certaine puret de lignes et d'ensemble, qui
devoit sembler extraordinaire  la plupart des architectes du sicle
de Louis XV. Il n'en est pas moins vrai que, dpouill de sa
sculpture, ce monument n'offriroit qu'un bien mdiocre intrt: des
portes, des croises lui donnent l'aspect d'une habitation
particulire; le soubassement, trop lev pour l'ordonnance, la fait
parotre grle; et la dcoration gnrale n'indique pas plus une
fontaine que tout autre difice. Ces deux maigres filets d'eau qui
sortent par les deux mascarons contribuent encore  dtruire, sous ce
rapport, toute espce d'illusion[370].

[Note 370: _Voyez_ pl. 209.]

Sur une table de marbre noir on lit l'inscription suivante:

     _Dum Ludovicus XV, populi amor et parens optimus, public
     tranquillitatis assertor, gallici imperii finibus innocu
     propagatis, pace Germanos Russosque inter et Ottomanos feliciter
     conciliat, glorios simul et pacific regnabat, fontem hunc
     civium utilitati urbisque ornamento consecrrunt prfectus et
     diles, anno Domini_ M. D. CC. XXXIX.

Une autre inscription offre les noms des officiers municipaux alors en
exercice.

_Fontaines des Incurables._ C'est un simple tuyau qui sort de cet
hpital, et qui fournit de l'eau d'Arcueil.


BARRIRES.

  Barrire du Bord-de-l'Eau[371].
  ---- des Ministres[372].
  ---- de l'cole-Militaire.
  ---- de l'Observatoire[373].

[Note 371: Maintenant barrire de la _Cunette_.]

[Note 372: Maintenant barrire de Grenelle.]

[Note 373: Cette barrire est aujourd'hui ferme.]


NOUVEAUX BOULEVARDS.

Les boulevards qui entourent la partie mridionale de Paris, ne furent
entirement achevs qu'en 1761. Ils commencent  la rue de Grenelle,
et forment,  quelque distance de leur origine, une patte d'oie qui
unit leur contre-alle en dehors avec le quinconce des Invalides. De
l les alles, tires partout en ligne droite, traversent l'extrmit
de la rue de Babylone, la rue Plumet[374], un terrain qui servoit de
dpt aux boues du quartier Saint-Germain, la rue de Svre, celle de
Vaugirard, et, passant ensuite le long du clos des Chartreux, se
prolongent jusqu' la rue d'Enfer, vis--vis celle de la Bourbe et le
monastre de Port-Royal. Il fallut les arrter l, parce que l'on
n'aurait pu les prolonger sans violer le territoire de ce monastre,
et peut-tre sans dtruire son glise, ainsi que beaucoup d'autres
difices.

[Note 374: On a tabli  cet endroit, en dehors du rempart, un puisard
qui reoit toutes les eaux des environs.]

On prit alors le parti d'aplanir une ancienne butte, dite du
Mont-Parnasse, et de former un embranchement qui traverse la chausse
du Bourg-la-Reine, et que termine une demi-lune. De l cette promenade
se continue, et toujours par des lignes droites, jusqu' la barrire
Saint-Jacques, passe ensuite au-dessus de la rue des Capucins et de la
rue de Seine; traverse le Clos-Payen, o sont deux ponts de pierre
jets sur deux branches de la rivire de Bivre; sortant de ce clos,
forme un angle qui conduit  la barrire de Fontainebleau et de
Choisy-le-Roi; enfin vient aboutir en droite ligne au bord de la
Seine, en face de la rue Contrescarpe et du jardin de l'Arsenal,
laissant en dehors l'hpital de la Salptrire.

Ces boulevards, composs, comme ceux du nord, d'une grande alle pour
le passage des voitures, et de deux contre-alles, suivent ainsi les
murs d'enceinte de la ville, depuis la rivire jusqu' la rue d'Enfer,
et de l rentrent dans son intrieur pour partager en deux le faubourg
Saint-Germain jusqu' l'htel des Invalides, parcourant dans leur
totalit un espace de trois mille six cent quatre-vingt-trois
toises[375]. Moins varis que ceux de la partie septentrionale, moins
riches en monuments et en aspects pittoresques, beaucoup moins
frquents des promeneurs, ils offrent, par une sorte de compensation,
des arbres plus levs, un ombrage plus agrable et plus pais.

[Note 375: Les anciens boulevards n'ont que deux mille quatre cents
toises de longueur.]

Dans ce grand circuit qu'ils dcrivent, leur nom change aussi
plusieurs fois, et dans l'ordre suivant:

Depuis le bord de l'eau, du ct du jardin des Plantes, jusqu' la
barrire de Fontainebleau, _boulevard de l'Hpital_.

Depuis la barrire de Fontainebleau jusqu' celle de Gentilli,
_boulevard des Gobelins_.

Depuis la barrire de Gentilli jusqu' celle d'Enfer, _boulevard
Saint-Jacques_.

Depuis la barrire d'Enfer jusqu' la jonction du boulevard du
Mont-Parnasse, _boulevard d'Enfer_.

Depuis la rue d'Enfer jusqu' la rue de Svre, _boulevard du
Mont-Parnasse_.

Depuis la rue de Svre jusqu' la rue de Grenelle, _boulevard des
Invalides_.


BARRIRES NOUVELLES DE PARIS.

Il n'est pas besoin de dire que les barrires de Paris toient
autrefois beaucoup plus rapproches du centre qu'elles ne le sont
aujourd'hui, et qu'elles en ont t successivement loignes,  mesure
que la ville elle-mme a tendu sa circonfrence. Ces barrires sont
maintenant  mille huit cents toises de distance d'une borne militaire
place, comme point central, prs de l'glise Notre-Dame.

Jusqu'en 1787, ces limites de la capitale n'toient autre chose que
des murailles informes et grossires, ou de foibles cloisons de
planches mal assembles; les recettes se faisoient dans de simples
gurites de bois; et l'on ne s'toit encore occup, dans cette grande
opration, que du rsultat utile le plus important, la perception des
droits d'entre. Ce fut M. de Calonne, alors ministre des finances,
qui, sur la demande des fermiers gnraux, conut le projet de
renfermer la ville dans une enceinte, projet dont l'excution devoit
offrir le double avantage d'opposer un obstacle efficace  l'audace
des fraudeurs, et d'orner Paris d'un grand nombre de monuments utiles.
M. Le Doux, architecte de la ferme gnrale, fut charg de cette vaste
entreprise.

Cet artiste, dou d'une imagination fconde, ardente, et mme exalte,
conut la plus haute ide de la mission dont il se vit charg: il
s'agissoit de btir prs de soixante monuments[376] pour
l'embellissement d'une ville que l'on regardoit dj comme la plus
belle du monde. Aucun architecte n'avoit encore rencontr une occasion
aussi favorable de montrer  l'Europe l'tendue et la varit de son
talent; aussi Le Doux donna-t-il un libre essor  toute la fougue de
ses conceptions. Avec une rapidit sans exemple, il enfanta une
multitude de projets dont la plupart eurent presque simultanment
leur excution; et dans ce travail immense, il ne fut gn ni par la
lenteur des moyens pcuniaires, ni par la demande d'un devis et de
soumissions au rabais, ni par aucune des circonstances qui drangent
souvent les projets les plus heureusement conus.

[Note 376: Les barrires de Paris sont effectivement au nombre
d'environ soixante; mais il n'y en avoit que vingt-quatre principales,
conduisant aux principales grandes routes, o l'on payt et acquittt
les droits de toutes les denres qui entroient dans la ville, pour la
consommation de ses habitants. Ces barrires toient celles de
Saint-Victor, Saint-Marcel, l'Oursine, Saint-Jacques, Saint-Michel,
des Carmes, Saint-Germain, la Confrence, Chaillot, du Roule, la
Ville-Lvque, Montmartre, Sainte-Anne, Saint-Denis, Saint-Martin, la
Croix-Faubin, Picpus, Rambouillet. Les autres toient des traverses et
des communications. Cependant les monuments levs par Le Doux sont au
nombre de quarante-trois.

Il y avoit aussi deux entres par eau, l'une  la Rape, l'autre
vis--vis les Invalides.]

Le Doux construisit, d'abord, cette grande muraille qui renferme la
ville dans une enceinte d'environ douze mille toises; ensuite il
leva,  la rencontre de toutes les grandes routes qui y aboutissent,
des difices de grandeur et de caractres diffrents; il construisit
encore, aux angles que forme le mur d'enceinte, des pavillons
d'observation, et dans les intervalles, le long du mur en dehors, des
gurites en pierre et en brique, pour y placer des sentinelles; enfin
cette immense clture fut entoure d'un large boulevard, orn de trois
alles plantes d'arbres, et formant ce qu'on appelle un _chemin de
ronde_. Les rclamations nombreuses qui, pendant le cours de ces
travaux, s'levrent contre l'normit de la dpense, un arrt mme du
conseil d'tat, qui ordonnoit l'examen des plans et des dpenses
faites et  faire, n'apportrent que peu de changement aux ouvrages
commencs; et  l'exception de deux ou trois barrires qui n'ont point
t acheves, et dont les pierres tailles sont encore parses sur le
terrain, l'architecte termina ses constructions dans l'tat o on les
voit aujourd'hui.

Elles ont essuy bien des critiques: quelques personnes ont pens qu'
la place de ce haut mur d'enceinte, qui masque le point de vue et
semble, en quelque sorte, arrter la libre circulation de l'air, on
et mieux fait de pratiquer un foss qui n'et pas eu ce double
inconvnient et auroit peu cot. D'autres ont trouv peu convenable
que l'artiste et donn des caractres si diffrents et mme si
opposs  des btiments qui ont tous la mme destination. On pourroit
ajouter encore qu'il a sacrifi la distribution et les commodits de
l'intrieur  l'effet pittoresque du dehors; mais, quoi qu'il en soit
de ces observations plus ou moins fondes, on ne peut nier qu'il
convenoit, pour l'embellissement d'une ville telle que Paris, que des
difices, levs  chacune de ses entres, fussent d'un grand
caractre; et qu'on ne pouvoit viter la monotonie dans un si grand
nombre de monuments, presque tous construits dans les mmes
proportions, qu'en s'efforant d'en varier beaucoup les formes et
l'ordonnance. Il en rsulte que Le Doux mrite des loges pour la
fcondit extraordinaire qu'il a montre dans ses diverses
compositions, pour les ides neuves et heureuses qui s'y font
remarquer; et qu'il ne lui a manqu que de savoir rprimer ces carts
d'imagination, qui lui ont fait prendre quelquefois la bizarrerie
pour l'originalit.

Parmi ces difices, dont il seroit inutile et mme fastidieux de
rpter ici la nomenclature en donnant de chacun une description
particulire, il en est plusieurs qui se font distinguer par un accord
heureux de parties, par une puret de style qui les mettent au nombre
des monuments les plus lgants de Paris. Nous citerons entre autres,
1 la barrire du Trne, compose de deux corps de btiments offrant
une dimension de sept toises de largeur sur chaque face, et de
cinquante pieds d'lvation. Dans l'intervalle de ces deux difices,
placs de front  cinquante toises de distance l'un de l'autre,
s'lvent deux colonnes d'ordre dorique, de soixante-quatre pieds, sur
un soubassement qui leur sert de pidestal: cette composition est sage
et d'un aspect imposant. 2 La barrire de Fontainebleau, qui se
compose galement de deux corps de btiments pareils, placs en regard
de chaque ct de la route: les cinq arcades de ce pavillon forment un
porche couvert pour le corps-de-garde pratiqu dans son intrieur, et
prsentent ainsi une faade d'un effet simple, gracieux et piquant. 3
La barrire Saint-Martin, que nous considrons comme la plus belle de
toutes: on peut mme dire que, par son caractre et par l'importance
de son architecture, elle annonce une autre destination que celle
d'une simple barrire; on croiroit plutt que l'artiste a voulu
construire un difice destin  servir de douane, et propre, par sa
position entre deux routes (celles de Pantin et de la Villette), 
faire galement le service de l'une et de l'autre. Il se compose d'un
plan carr, dont les quatre faces prsentent chacune un pristyle de
huit pilastres isols. L'tage circulaire, plac au dessus du
soubassement[377], offre une galerie perce de vingt arcades, d'o
l'on peut facilement observer les oprations d'emballage et de
transport. Des logements sont pratiqus dans l'espce d'attique qui
rgne au dessus de cette galerie. Une cour circulaire occupe le milieu
du btiment. Les sculptures qui devoient orner ce monument n'ont point
t excutes.

[Note 377: Ce soubassement a quinze toises de largeur sur chaque face:
la rotonde a douze toises de diamtre.]

Cette architecture, pleine de force et de grce, dit M. Le Grand,
n'est ni gyptienne, ni grecque, ni romaine; c'est de l'architecture
franoise: elle est neuve, et l'artiste n'en a puis le got et les
formes que dans son imagination.[378]

[Note 378: Les trois planches que nous joignons ici, offrent des vues
exactes des quarante-trois monuments composs et excuts par _Le
Doux_; mais l'espace dans lequel le graveur toit renferm ne lui
ayant pas permis de dvelopper ceux qui se composent d'un double
pavillon, nous avons eu soin, pour les faire reconnotre, de les
marquer d'un *. (_Voyez_ p. 212, 213, 214.)]


RUES ET PLACES

DU QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRS.

_Rue Abbatiale ou de l'Abbaye._ Elle aboutit d'un ct  la cour
abbatiale, dont elle tiroit son nom, et de l'autre  la boucherie du
Petit-March. Le cardinal de Furstenberg, abb de Saint-Germain-des-Prs,
alina, en 1699, plusieurs places de l'enclos abbatial,  la charge par
les acqureurs d'y faire btir des maisons. Elle formrent trois rues,
qu'on nomma _Abbatiale_, _Cardinale_ et _de Furstenberg_.

_Rue des Deux-Anges._ Elle forme une querre qui aboutit dans les rues
Jacob et Saint-Benot. On la connoissoit, ds le commencement du
dix-septime sicle, sous ce nom qu'elle devoit  deux statues d'anges
places  ses deux extrmits.

_Rue d'Anjou._ Elle aboutit, d'une part  la rue Dauphine, de l'autre
 celle de Nevers. On l'ouvrit, en 1607, ainsi que les rues Dauphine
et Christine. Le nom qu'elle porte lui fut donn en l'honneur de
Jean-Baptiste Gaston de France, duc d'Anjou, fils de Henri IV.

_Rue des Petits-Augustins._ Elle traverse du quai Malaquais  la rue
du Colombier, et fut ouverte sur le _petit Pr-aux-Clercs_. Ce pr,
qui comprenoit deux arpents et demi, avoit t donn, en 1368, 
l'Universit,  titre d'indemnit ou d'change du terrain que les
religieux de Saint-Germain s'toient vus obligs de prendre, pour
faire creuser des fosss autour de leur abbaye. Il toit spar du
grand pr par un canal de quatorze toises de large qui aboutissoit 
ces fosss; ce canal s'appeloit la _Petite-Seine_, et traversoit le
terrain qui servit depuis de clotre aux Petits-Augustins. C'est par
cette raison que le nom de _Petite-Seine_ fut d'abord donn  la rue
dont nous parlons, lorsqu'on commena  btir sur le petit pr, aprs
avoir combl le canal. Elle le portoit encore en 1640, quoique les
Petits-Augustins, qui lui ont enfin donn le leur, y fussent dj
tablis depuis vingt-sept ans.

_Rue de Babylone._ Elle commence  la rue du Bac, et aboutit aux
nouveaux boulevards. Elle s'appeloit d'abord rue _de la Fresnaie_,
ensuite _petite rue de Grenelle_ ou _de la Maladrerie_, ce qui dura
jusqu'en 1669[379]. On la trouve indique pour la premire fois, en
1673, sous celui qu'elle porte aujourd'hui. Elle le doit  Bernard de
Sainte-Thrse, vque de Babylone, lequel y possdoit plusieurs
maisons et jardins, sur l'emplacement desquels fut construit le
sminaire des Missions-trangres.

[Note 379: _Archiv. de Saint-Germain_, 2e inv., f 92, v.]

_Grande rue du Bac._ Elle aboutit, d'un ct, sur le quai des
Thatins, vis--vis le Pont-Royal, de l'autre,  la rue de Svre. Ce
nom lui vient d'un bac tabli vis--vis, par lettres-patentes donnes
en 1550[380]. Il subsista jusqu'en 1632, qu'un particulier nomm
Barbier fit construire un pont de bois pour servir de communication du
faubourg Saint-Germain aux Tuileries. Sur quelques-uns de nos plans
cette rue est nomm _du Barc_.

[Note 380: _Reg. de la ville_, f 147.]

_Rue de Beaune._ Elle aboutit au quai des Thatins et  la rue de
l'Universit. Sauval lui donne le nom de rue _du Pont_,[381] lequel
est populaire, et ne se trouve que sur un plan de 1651. Auparavant et
aprs, elle a toujours t nomme rue de Beaune.

[Note 381: T. I, p. 115.]

_Rue de Belle-Chasse._ Elle aboutit au quai d'Orsai et  la rue
Saint-Dominique. Ce nom est d  un terrain situ en face de cette
rue. Elle ne fut d'abord perce que pour communiquer du Pr-aux-Clercs
 la rue Saint-Dominique, appele alors le _chemin aux Vaches_. On l'a
continue depuis jusqu'au quai d'Orsai.

_Rue Saint-Benot._ Elle commence au bout des rues Jacob et du
Colombier, et aboutit au carrefour Saint-Benot et  la grande rue
Taranne. Cette rue n'toit autrefois qu'un chemin qui longeoit le
foss de l'abbaye; lorsque ce foss eut t combl, et qu'on eut lev
des maisons sur le clos de ce monastre, on y conserva un petit foss
pour l'coulement des eaux, ce qui lui fit donner le nom _des gouts_
et de _l'gout_, qu'elle conserve encore dans la partie qui aboutit 
la rue du Four. Ce canal fut vot et couvert en 1640. La rue fut
alors appele des _Fosss-Saint-Germain_; mais lorsque, l'anne
suivante, l'htel de Bourbon eut t alin, et qu'on eut ouvert une
porte de l'abbaye dans les nouveaux murs de clture, le carrefour et
la rue reurent les noms de Saint-Benot, parce que l'abbaye toit
sous la rgle de ce saint.

_Rue de Blomet_, voyez _rue Plumet_.

_Rue de Bourbon._ Elle aboutit  la rue des SS. Pres et  celle de
Bourgogne. Cette rue fut perce, vers l'an 1640, sur le grand
Pr-aux-Clercs, et ainsi nomme en l'honneur de Henri de Bourbon,
alors abb de Saint-Germain.

_Rue de Bourbon-le-Chteau._ Elle aboutit d'un ct  la rue de Buci,
de l'autre  l'entre de la rue Abbatiale. Son nom lui vient du
cardinal de Bourbon, abb de Saint-Germain, qui construisit en 1586 le
palais abbatial, que le cardinal de Furstenberg fit depuis rparer.
Sur un plan de 1652, elle est nomme _du Petit-Bourbon_.

_Rue de Bourgogne._ Elle aboutit  la rue de Varennes et  la
Grenouillre ou quai d'Orsai. Louis XIV ordonna, par arrt de son
conseil du 23 aot 1707, que cette rue seroit ouverte et nomme rue de
Bourgogne: elle fut aligne et commence peu de temps aprs,
discontinue ensuite, enfin reprise en excution des arrts du conseil
du 1er dcembre 1713 et 15 mars 1717, et prolonge dans sa longueur
actuelle, en vertu de lettres-patentes du 18 fvrier 1720.

_Rue des Brodeurs._ Elle va, d'un bout  la rue de Svre et de
l'autre  celle de Babylone. Il en est fait mention dans un bail 
cens, fait en 1642, et qui se trouvoit dans le cartulaire de
Saint-Germain[382]. En 1644 on la trouve sous le nom de rue du _Lude_,
et sous les deux noms, dans un plan de 1676. Dans le titre cit
ci-dessus, elle est appele de _Brodeval derrire les Incurables_.
Est-ce une faute de copiste ou une appellation populaire? c'est ce
qu'on ne peut dcider. Cette rue se bornoit d'abord  la rue Plumet;
mais, en vertu des lettres-patentes cites dans l'article prcdent,
elle fut continue jusqu' la rue de Babylone[383].

[Note 382: F 139.]

[Note 383: Dans cette rue, est un cul-de-sac situ en face de la rue
_Plumet_, et qui porte le nom de cette dernire rue.]

_Rue Cardinale._ Elle donne d'un bout dans la rue de Furstenberg, et
de l'autre dans la cour abbatiale. Nous avons dj fait observer
qu'elle devoit ce nom au cardinal de Furstenberg, qui alina, en 1699,
plusieurs places vagues, dpendantes de son abbaye,  la charge d'y
faire btir. Elle se nomme maintenant rue de Gunzbourg.

_Rue de La Chaise._ Elle traverse de la rue Grenelle dans celle de
Svre. On l'appeloit anciennement _Chemin_ ou _petite rue de la
Maladrerie_. Les copistes en ont dfigur le nom en crivant _la
Chze_, _la Chaire_, _la Chane_; quelques plans l'indiquent sous le
nom de rue des _Teigneux_,  cause de l'hpital qui y toit situ.

_Rue Childebert._ Elle a t perce dans l'ancien enclos de l'abbaye
Saint-Germain. Les embellissements faits au palais abbatial, et les
rues ouvertes par le cardinal de Furstenberg, ayant fait natre aux
religieux le projet de tirer parti d'un terrain inutile qui rendoit
leur cour irrgulire, ils firent lever, du ct de la rue
Sainte-Marguerite, plusieurs btiments contigus et uniformes, qu'ils
firent continuer en retour paralllement  la rue Saint-Benot,
jusqu' cette entre de leur monastre, laquelle donnoit alors sur
cette rue; ce qui forma trois rues nouvelles, dont la principale fut
appele Childebert, du nom du fondateur de l'abbaye. La premire
pierre de ces difices fut pose par le cardinal de Bissi, abb de
Saint-Germain, le 11 avril 1715[384].

[Note 384: Depuis les changements faits dans tout ce terrain, la rue
Childebert communique d'un bout  la rue Sainte-Marthe, de l'autre 
la petite rue Sainte-Marguerite.]

_Rue des Ciseaux._ Elle traverse de la rue Sainte-Marguerite  la rue
du Four. Ce nom vient d'un htel appel _des Ciseaux_, dont il est
fait mention dans les titres de Saint-Germain en 1453, et dans
plusieurs actes postrieurs. Le procs-verbal de 1636 la nomme rue des
_Fosss-Saint-Germain_.

_Rue du Colombier._ Elle commence  la rue de Seine, et finit au coin
de celle des Petits-Augustins. Ce n'toit anciennement qu'un chemin
entre l'abbaye Saint-Germain et le Pr-aux-Clercs. Jaillot dit avoir
vu quelques titres qui indiquoient une maison dite _le Colombier,
prs les murs de l'abbaye_[385]; et Sauval prtend que[386], suivant
un registre du trsor des chartes,  l'anne 1317 et suivantes, il est
fait mention d'une maison et dpendances sises  Saint-Germain, au
lieu nomm le _Colombier_; d'o l'on peut infrer que c'est de l que
cette rue a tir son nom. En 1585, on l'appeloit rue _du
Pr-aux-Clercs_. Cette rue, ou plutt ce chemin, toit auparavant plus
recul du ct de la rivire, parce que Charles V ordonna de creuser
des fosss autour de l'abbaye; mais comme par la suite ils furent
jugs inutiles, les religieux les firent combler, except dans une
longueur de cent toises, qu'ils rservrent pour faire un vivier.
C'est sur l'espace qu'avoit occup ce vivier, et qui depuis fut aussi
rempli, qu'en 1585 le bailli de Saint-Germain fit faire l'alignement
d'un nouveau chemin. Il y eut d'abord  ses deux extrmits des portes
qui se fermoient la nuit; et, le jour, les gens de pied pouvoient
seuls y passer. On trouve depuis que les religieux permirent  des
particuliers d'y btir; et peut-tre furent-ils troubls dans la
jouissance de ce terrain par les coliers de l'Universit; car, en
1641, le parlement rendit un arrt pour que les btiments commencs
fussent continus[387]. Ce sont les maisons que nous voyons dans cette
rue et dans celle des Marais.

[Note 385: _Quartier Saint-Germain-des-Prs_, p. 36.]

[Note 386: T. I, p. 127.]

[Note 387: 2e invent., f 48.]

_Rue Saint-Dominique._ Elle commence au haut de la rue Taranne, et
finissoit jadis  la barrire des Invalides; mais depuis elle fut
prolonge jusqu' l'extrmit du Gros-Caillou. Avant que les religieux
de Saint-Dominique vinssent s'y tablir, on l'appeloit _Chemin des
Vaches_, parce qu'on les conduisoit par-l, au Pr-aux-Clercs et  la
plaine de Grenelle. Dans un titre de 1542 elle porte ce nom et celui
de _la justice_, parce qu'alors celle de Saint-Germain toit situe 
son extrmit. Les Dominicains obtinrent, en 1643, du bailli de
Saint-Germain, la permission de mettre, aux deux bouts de ce chemin,
un marbre avec cette inscription, _rue Saint-Dominique, jadis des
Vaches_.

_Rue du Dragon_, voyez _rue du Spulcre_.

_Cour du Dragon._ Elle est situe  l'extrmit de la rue de l'gout,
presqu'en face de la rue Sainte-Marguerite, et donne de l'autre bout
dans celle du Spulcre. Au milieu du dix-septime sicle, il y avoit
en cet endroit une Acadmie royale. Madame Crozat en ayant fait
l'acquisition, y fit construire plusieurs maisons et ouvrir un passage
de communication. On l'appela _cour du Dragon_, sans doute par
allusion  celui que l'on voit sous les pieds de Sainte-Marguerite, et
qu'on a sculpt au-dessus de la principale porte de cette cour; on la
fermoit encore des deux cts  la fin du sicle dernier.

_Rue de Durnstein_, voyez _rue de l'chaud_.

_Rue de l'chaud._ Nous avons dj eu occasion de remarquer qu'on
appelle ainsi une le de maisons en forme triangulaire, qui donne sur
trois rues; aussi celle-ci aboutit-elle aux rues de Bourbon-le-Chteau,
du Colombier et de Seine. En 1541, elle n'toit dsigne que sous le nom
de ruelle qui va du guichet de l'abbaye  la rue de Seine, et en 1549,
ruelle qui descend de l'abbaye  la rue de Seine[388]. Malgr cette
dsignation, il faut observer qu'elle ne passoit pas alors la rue du
Colombier, et que la partie qui se prolonge au-del n'a t continue
qu'en 1586. Ce fut sur une place triangulaire, de cinq toises de long
sur trois toises un pied de large, donne  cens, dans cette mme anne,
par le cardinal de Bourbon  un particulier nomm Geoffroy Lambert[389],
qu'on permit, en 1608 seulement, d'lever les maisons dont elle est
forme. On ignore quand cette rue a commenc  porter le nom de
l'chaud; mais elle est ainsi dsigne sur le procs-verbal de 1636. La
plupart des plans ne la distinguent pas du cul-de-sac du _Guichet_, dont
elle fait la continuation. Ce cul-de-sac tiroit son nom du guichet de
l'abbaye, qui toit situ  son extrmit. La rue et le cul-de-sac
portent aujourd'hui le nom de _Durnstein_.

[Note 388: _Arch. de Saint-Germain._]

[Note 389: _Id._, 2e invent, f 82.]

_Rue de l'gout._ Elle aboutit au carrefour Saint-Benot et  la rue
du Four. Ce nom est d  un gout, lequel y passe encore. Elle fut
anciennement nomme rue _Forestier_, ensuite _de la Courtille_, parce
qu'elle conduisoit  la Courtille ou clos de l'abbaye Saint-Germain.
Au quinzime sicle, on l'appeloit rue de _Tarennes_, et ce nom lui
venait de ce qu'elle rgnoit le long d'une grande maison dite l'htel
de _Tarennes_: on lui donnoit encore cette dnomination en 1523[390].
On l'appeloit rue de l'gout, ds le commencement du dix-septime
sicle.

[Note 390: _Arch. de Saint-Germain._]

_Rue d'Erfurt_, voyez _Petite rue Sainte-Marguerite_.

_Rue de Frjus_, voyez _rue de Monsieur_.

_Rue de Furstenberg._ On avoit donn ce nom au passage qui conduit de
la rue du Colombier au palais abbatial. Nous avons dj dit que cette
rue fut ouverte en 1699. On la nomme maintenant rue de _Wertingen_.

_Rue de Grenelle._ Elle commence  la Croix-Rouge, et finit 
l'extrmit du Gros-Caillou.  l'endroit o toit situ le chteau de
Grenelle, et sur l'emplacement qu'occupe l'htel de l'cole militaire,
toit anciennement une garenne appartenant  l'abbaye Saint-Germain.
Les titres latins la nomment _Garanella_; les traducteurs ont corrompu
ce nom en crivant _Guernelles_, _Guarnelles_, _Guarnelle et
Grenelle_. Lorsqu'on eut relev et redress ce chemin, on l'appela
simplement le _chemin Neuf_, le _chemin de Garnelle_, enfin rue _de
Grenelle_.

_Rue de Gungaud._ Elle aboutit au quai de Conti et  la rue
Mazarine. Le duc de Nevers ayant fait btir un htel sur une partie du
terrain qu'avoit occup celui de Nesle, la princesse Marie de Gonzague
de Clves, sa veuve, obtint, en 1641, des lettres-patentes portant
permission de vendre le terrain et les matriaux de cet htel  des
particuliers, pour y btir des maisons et pour y percer des rues.
Henri de Gungaud, ministre et secrtaire d'tat, fut un des
acqureurs: il fit construire l'htel qui portoit son nom, et qui le
donna ensuite  la rue, pratique le long de son jardin. Au bout de
cette rue est un gout: c'est en cet endroit que passoit autrefois le
mur de l'enceinte de Philippe-Auguste.

_Rue Saint-Guillaume._ Elle commence  la rue des Saints-Pres, et,
retournant en querre, aboutit  la rue Saint-Dominique, vis--vis
celle des Rosiers. Cette situation lui a quelquefois fait donner, dans
cette partie, le nom de _rue Neuve des Rosiers_: c'est ainsi qu'elle
est indique dans le procs-verbal de 1636. Ce n'toit autrefois qu'un
petit chemin qui tournoit autour d'une butte, sur laquelle il y avoit
en 1368 un moulin qui fut reconstruit en 1509: c'est pourquoi, sur un
plan manuscrit, elle est nomme rue _de la Butte_.

_Rue de Gunzbourg_, voyez _rue Cardinale_.

_Rue Hillerin-Bertin._ Elle traverse de la rue de Grenelle dans celle
de Varennes. On n'a pas moins vari sur le nom de cette rue que sur la
manire de l'crire. Elle est successivement indique dans les plans,
rue _Villeran_, _des Bohmes_, _Guilleri-Bertin_, _Hillorai_,
_Hillorain-Bertin_, _Valeran Hillorain_, _de Saint-Sauveur_,
_Villerin_. Son vritable nom est celui qu'elle porte; elle le devoit
au sieur d'Hillerin, qui possdoit en cet endroit plusieurs pices de
terre, dont il vendit une partie au roi pour l'emplacement des
Invalides.

_Rue Jacob._ Elle commence au bout de la rue du Colombier, au coin de
celle des Petits-Augustins, et finit  celle des Saints-Pres.
Plusieurs plans ne la distinguent point de la rue du Colombier, dont
elle fait la continuation. Cette rue doit le nom qu'elle porte 
l'htel de Jacob, que la reine Marguerite avoit fait voeu de faire
btir. Le terrain sur lequel on l'ouvrit, s'appeloit anciennement
_l'Oseraie_; il contenoit, en 1344, trois arpents, et toit contigu 
celui que l'on nommoit _la Saumonerie_, lequel s'tendoit le long de
_la petite Seine_.

_Rue des Marais._ Elle traverse de la rue de Seine dans celles des
Petits-Augustins. L'espace qu'elle occupe, faisoit partie du _petit
Pr-aux-Clercs_, que l'Universit alina en 1540. Comme ce terrain
toit couvert de marais, c'est--dire de jardins fruitiers et
potagers, on en donna le nom  la rue qu'on y ouvrit.

_Rue Sainte-Marguerite._ Elle commence au carrefour des rues de Buci,
des Boucheries et du Four, et finit  la rue de l'gout. On la btit
sur l'ancien foss que l'abb Richard avoit fait faire, en 1368,
autour de l'abbaye, et qui fut combl en 1636, en vertu d'une
transaction passe entre les religieux et Henri de Bourbon, leur abb.
Ce concordat est du premier juillet 1635, et fut homologu au
parlement, le 26 fvrier de l'anne suivante.

Avant l'existence du foss remplac par cette rue, il y avoit, sur ce
mme emplacement, une ancienne rue, dont Sauval a fait mention, et qui
se nommoit rue _Madame la Valence_[391]. On la dsignoit ainsi en
1412, et elle conservoit encore ce nom en 1368, lorsqu'on la
dtruisit. Piganiol, qui n'a point compris ici le texte de Sauval,
l'accuse mal  propos d'erreur et de contradiction[392].

[Note 391: T. 1, p. 149, et t. 3, p. 126.]

[Note 392: T. 8, p. 86. JAILLOT, _quartier Saint-Germain_, p. 57.]

_Petite rue Sainte-Marguerite._ On a donn ce nom  l'espace qui
conduit de la porte de l'abbaye Saint-Germain, rue Sainte-Marguerite,
 celle de l'glise. Elle fut btie en 1715, partie sur le jardin de
l'abb, partie sur le terrain qu'il avoit cd aux religieux. On la
nomme aujourd'hui rue d'_Erfurt_.

_Rue Sainte-Marie._ Cette rue traverse de la rue de Bourbon dans celle
de Verneuil. Elle doit, sans doute, son nom  la chapelle de la Vierge
qu'on voyoit en cet endroit, au sicle dernier, et sur l'emplacement
de laquelle elle fut ouverte, avant 1674.

_Rue Sainte-Marthe._ C'est une de celle qu'on ouvrit en 1715,
lorsqu'on fit  l'abbaye Saint-Germain-des-Prs les changements dont
nous avons parl. Celle-ci commence  la porte situe dans la rue
Saint-Benot, et retournant en querre, finit  la rue Childebert. Le
nom qu'elle porte lui fut donn par reconnoissance, en l'honneur de D.
Denis de _Sainte-Marthe_, alors gnral de la congrgation de
Saint-Maur.

_Rue Mazarine._ Elle aboutit d'un ct au carrefour des rues Dauphine,
Saint-Andr, des Fosss-Saint-Germain et de Buci; de l'autre,  la rue
de Seine. Elle prit le nom qu'elle porte du collge Mazarin, lequel
en occupe une partie: auparavant, on l'appeloit rue _du Foss_ ou _des
Fosss_; c'est ainsi qu'elle est dsigne, sur presque tous les plans
du dix-septime sicle; cependant elle n'a pas t btie sur le foss
mme de l'enceinte de Philippe-Auguste, mais sur le chemin qui le
bordoit, et qu'on appeloit anciennement rue _des Buttes_. Ce nom lui
venoit de plusieurs lvations, formes en cet endroit par les dbris
de deux tuileries voisines. On les aplanit ensuite, et l'on en fit un
lieu d'exercice pour ceux qui apprenoient  tirer de l'arc. Le retour
d'querre que forme cette rue pour aboutir  la rue de Seine, est
indiqu sous le nom de _Traversine_ dans un terrier de 1540; et dans
le procs-verbal de 1636, il est nomm rue _de Nesle_ et petite rue
_de Nesle_, parce qu'il conduisoit directement  la porte et  l'htel
de ce nom.

_Rue de Monsieur._ Cette rue, ouverte depuis 1780, donne, d'un bout,
rue de Babylone, de l'autre, rue Plumet. On la nomme aujourd'hui rue
de _Frjus_.

_Rue de Nevers._ Elle commence au quai de Conti, et aboutit  la rue
d'Anjou. Ce n'toit au treizime sicle qu'une ruelle qui servoit de
passage aux eaux et aux immondices de la maison des frres Sachets, et
du jardin du collge Saint-Denis. Dans un acte de 1571,[393] elle est
simplement indique ruelle par laquelle on entre et sort du quai et
jardin de l'htel St.-Denis. On la fermoit  ses deux extrmits,
circonstance qui l'avoit fait nommer rue _des Deux Portes_. Dans le
procs-verbal de 1636, on lui a donn le nom de _Nevers_, parce
qu'elle rgnoit le long des murs de l'htel qui portoit ce nom.

[Note 393: _Arch. de Saint-Germain._]

_Rue d'Olivet._ Elle aboutit  la rue de Traverse et  celle des
Brodeurs. Plusieurs plans l'indiquent _petite rue de Traverse_. Le
territoire dit _d'Olivet_, sur lequel elle est situe, lui en a fait
donner le nom.

_Rue Saint-Pre_, vulgairement dite _des Saints-Pres_. Elle commence
au quai Malaquais et finit  la rue de Grenelle. Son vritable nom est
rue _Saint-Pierre_, qu'elle avoit pris, parce que la chapelle
Saint-Pierre y toit situe: le peuple altra ce nom en l'appelant
_Saint-Pre_, et par une seconde altration, des _Saints-Pres_. On
voit, par les titres de Saint-Germain, qu'elle portoit, ainsi que la
rue Saint-Dominique, et par la mme raison, le nom de _Chemin_ et de
rue _aux Vaches_. Dans plusieurs titres de la mme abbaye, elle est
nomme, avant le milieu du seizime sicle, rue de la _Maladrerie_, de
_l'Hpital de la Charit_, _de l'Htel-Dieu appel la Charit_, alias
la _Satinat_. Ce nom ne venoit pas de l'hpital de la Charit que nous
y voyons aujourd'hui, parce qu'il n'y toit pas encore tabli, qu'il
n'toit pas mme institu; mais d'un htel-Dieu qu'on avoit commenc 
construire sur le bord de la rivire, presque vis--vis cette rue. Il
est marqu sur le plan de Saint-Victor, publi par d'Heuland. Le
procs-verbal de 1636 dsigne cette rue, sous la dnomination vague de
rue des Jacobins rforms, allant de la Charit au Pr-au-Clercs;
mais on la voit sous le nom de _Saint-Pre_ ds 1643, sur le plan de
Boisseau. En 1652, le plan de Gomboust lui donne dj celui _des
Saints-Pres_.

_Rue de la Planche._ Elle donne d'un bout dans la rue du Bac, de
l'autre dans celle de la Chaise; sur les plans du dix-septime sicle,
elle n'est point distingue de la rue de Varennes dont elle fait la
continuation. Son nom actuel lui vient du sieur Raphal de La Planche,
trsorier gnral des btiments de Henri IV,  qui ce prince avoit
donn des lettres de privilge pour l'tablissement d'une manufacture
de tapisseries de haute-lice. Comme cette manufacture toit situe, en
1640, dans la rue de la Chaise, au coin de celle de Varennes, on donna
le nom de la _Planche_  la partie de cette dernire rue qu'occupoient
ses ateliers: elle l'a toujours conserv depuis.

_Rue Plumet._ Elle commence  la rue des Brodeurs et aboutit aux
nouveaux boulevarts. Sur les plans de la Caille et autres, elle est
dj nomme _Plumet_; et ce nom, rpt dans des actes authentiques,
est crit encore aujourd'hui  ses deux extrmits; mais Jaillot
prtend que le vritable nom est _Blomet_, et qu'elle est indique
ainsi dans tous les titres de l'abbaye.

_Rue de Poitiers._ Elle aboutit au quai d'Orsai ou  la Grenouillre,
et  la rue de l'Universit. Elle ne fut ouverte qu' la fin du
dix-septime sicle; et on la trouve sous le nom de _Potier_ dans tous
les plans de ce temps-l.

_Rue des Rosiers._ Elle traverse de la rue Saint-Dominique  celle de
Grenelle. Il parot qu'elle fut ouverte au commencement du
dix-septime sicle. On la nommoit alors rue _Neuve des Rosiers_. Il
est probable qu'elle fut perce sur un terrain o les roses toient
abondantes, ce qui lui en aura fait donner le nom. Elle a pris le nom
de la _rue St.-Guillaume_, dont elle est la continuation.

_Rue Rousselet._ Elle donne, d'un bout dans la rue Blomet ou Plumet,
de l'autre, dans celle de Svre. Ce n'toit en 1672 qu'un simple
chemin de traverse qu'on nommoit alors rue des _Vachers_ ou des
_Vaches_. Elle porte encore ce dernier nom, en 1714, sur divers plans.
Cette rue doit sa dnomination actuelle  un particulier nomm
_Rousselet_, qui y fit btir des maisons.

_Rue du Sabot._ Elle aboutit  la rue du Four, et  la petite rue
Taranne. Ds le quinzime sicle, il y avoit dans le carr qu'elle
forme avec la rue de l'gout un clos appel le clos _Copieuse_ et
depuis _l'Hermitage_. Ce nom de _Copieuse_ venoit des propritaires de
ce clos, ainsi nomms, et plusieurs fois mentionns dans les titres de
Saint-Germain. Ils l'avoient fait donner galement au chemin qui
rgnoit le long de leur domaine. Dans le terrier de l'abbaye de 1523
on lit: Maison rue du Four, faisant le coin de la rue _Copieuse_, o
pend le sabot. C'est de cette enseigne que lui vient le nom qu'elle
porte aujourd'hui.

_Rue de Seine._ Elle va de la rue de Buci au quai Malaquais. Ce
n'toit autrefois qu'un chemin qui descendoit du bourg Saint-Germain 
la rivire, dont cette rue a pris le nom. Aprs la clture de
Philippe-Auguste, on la nomma comme auparavant: Chemin du
Pr-aux-Clercs, chemin tendant de la porte de Buci au Pr-aux-Clercs,
chemin de la porte de Buci  la Seine, rue qui tend du pilori au
Pr-aux-Clercs; enfin rue de Seine. Elle fut perce en 1545, d'aprs
deux arrts rendus  ce sujet,  la rquisition du cardinal de
Bourbon, alors abb de Saint-Germain-des-Prs.

_Rue du Spulcre._ Elle aboutit  la rue de Taranne et  celle de
Grenelle. Ce nom lui vient d'une maison appele _le Petit Spulcre_,
situe  ct de l'htel Taranne, une ruelle entre deux. Elle toit
ainsi nomme, parce qu'elle avoit t donne aux chanoines du
Saint-Spulcre, ds le commencement du quinzime sicle. On la nomme
aujourd'hui _rue du Dragon_.

_Rue de Taranne._ Elle commence au carrefour Saint-Benot et finit 
la rue des Saints-Pres. Sauval[394] et Piganiol se sont probablement
tromps, en la dsignant, en 1531, sous le nom de rue _aux Vaches_,
parce qu'elle faisoit la continuation de celle de Saint-Dominique.
Jaillot trouve que, ds le quatorzime sicle, on la nommoit rue de la
_Courtille_, parce que ce chemin rgnoit le long de la courtille ou
clos de l'abbaye Saint-Germain. On la trouve aussi sous le nom de
_Forestier_. Au sicle suivant elle fut appele _de Tarennes_, parce
que Jean et Christophe de Tarennes y avoient plusieurs maisons et
jardins, sur partie desquels fut construite la cour du Dragon dont
nous avons dj parl.

[Note 394: SAUV., t. I, p. 163; PIGAN., t. 8, p. 293.]

_Petite rue Taranne._ Cette rue, qui aboutit  la rue de l'gout et 
celle du Spulcre, doit aussi cette dnomination  l'htel de
Tarennes; et c'est la ruelle, d'abord indique _sans nom_ qui sparoit
cet htel de celui du Spulcre.

_Rue de Traverse._ Elle est ainsi nomme, parce qu'elle traverse de la
rue Plumet dans celle de Svre. Sur le second plan de Bullet elle est
appele _de Traverse_ ou _de la Plume_.

_Rue de Varennes_ ou _de Varanne_. Elle commence rue du Bac, au bout
de la rue de la Planche, et finit au nouveau cours, en face des
Invalides. Sur un plan manuscrit de 1651, on lit rue de _la Varenne_
ou _du Plessis_: c'est le nom d'un particulier.

_Rue de Verneuil._ Elle donne d'un bout dans la rue des Saints-Pres,
de l'autre dans celle de Poitiers. Elle doit ce nom  Henri de
Bourbon, duc de Verneuil, abb de Saint-Germain, et fut perce sur le
grand Pr-au-Clercs vers 1640.

_Rue de l'Universit._ Elle aboutit  la rue des Saints-Pres et 
l'extrmit du Gros-Caillou. Plusieurs plans lui donnent le nom de
_Sorbonne_, que porte la rue Saint-Dominique dans quelques titres.
Jaillot pense que cette double dnomination vient peut-tre de ce que
le peuple, confondant assez ordinairement l'Universit avec la
Sorbonne, a pu l'appeler indiffremment des deux manires, parce
qu'effectivement elle fut btie sur le Pr-aux-Clercs que l'Universit
alina en 1639. Anciennement et mme encore en 1529 ce n'toit qu'un
chemin nomm le chemin _des Treilles_, parce qu'il conduisoit  l'le
des Treilles, dite depuis l'le _Maquerelle_ ou _aux Cygnes_.

_Rue de Wertingen_, voyez _rue de Furstenberg_.


QUAIS.

_Quai de Conti._ Il commence au bout du pont Neuf, et finit au
pavillon du collge Mazarin, prs de la rue de Seine. Au dix-septime
sicle on l'appeloit quai _Gungaud_,  cause de l'htel que M. de
Gungaud, secrtaire d'tat y avoit fait construire: auparavant on le
nommoit quai _de Nesle_, parce que l'htel de Nesle y toit situ.

_Quai Malaquais._ Il fait la continuation du quai de Conti depuis la
rue de Seine jusqu' celle des Saints-Pres. Tous les titres de
l'abbaye portent que l'espace qu'il occupe se nommoit le _port
Malaquest_; et l'on trouve que l'endroit o toit tabli le bac,
remplac depuis quelques annes par le pont des Arts, s'appeloit en
1530 _le Heurt du port aux Passeurs_. Jaillot dit avoir vu qu'en 1641
il toit dsign sous le nom de quai de _la Reine Marguerite_.

_Quai des Thatins._ Ce quai doit son nom aux religieux qui s'y sont
tablis; et, commenant  la rue des Saints-Pres, vient finir  la
rue du Bac. Nous avons souvent parl du grand Pr-aux-Clercs sur
lequel il a t construit. (Il se nomme maintenant quai _de
Voltaire_.)

_Quai d'Orsai._ Avant l'tablissement des Thatins, tout l'espace qui
s'tend jusqu' la rue du Bac faisoit la continuation du quai
Malaquais et en portoit le nom. Les btiments qui s'levrent
successivement le long de la rivire et au del du pont Royal,
commencrent  former un autre quai, qui devoit se prolonger jusqu'
l'avenue des Invalides. Cet espace auquel sa situation marcageuse
avoit fait donner le nom de _la Grenouillre_, qu'il portoit encore 
la fin du sicle dernier, offroit un point de vue trs dsagrable au
jardin des Tuileries situ vis--vis. M. Boucher d'Orsai, prvt des
marchands, fut autoris, par arrt du conseil du 18 octobre 1704, 
faire continuer le quai de la Grenouillre, de ligne droite de dix
toises de largeur, dans toute son tendue depuis le pont Royal et
l'encoignure de la rue du Bac jusqu' la rencontre du boulevart, etc.
Des obstacles suspendirent l'excution de ce projet qu'un second arrt
fit revivre en 1707. On y fixoit la largeur du trottoir  huit pieds,
et la longueur du quai  quatre cents toises ou environ; et le roi y
dclaroit que le quai seroit nomm quai _d'Orsai_. En consquence, M.
d'Orsai, accompagn du corps de ville, en posa la premire pierre le 3
juillet 1708. Toutefois, malgr ces deux arrts, l'ouvrage demeura
imparfait jusqu'au commencement de la rvolution[395].

[Note 395: On l'achve en ce moment, et le projet parot tre de
prolonger ce quai, jusque vis--vis l'cole militaire.]


RUES DU GROS-CAILLOU.

Le Gros-Caillou est coup dans sa longueur par les rues
Saint-Dominique, de l'Universit et de Grenelle; et dans sa largeur
par quatre autres rues:

_Rue de la Boucherie._ Elle est ainsi nomme, parce qu'elle conduit 
la boucherie des Invalides[396].

[Note 396: Entre cette rue et l'esplanade des Invalides, est une rue
nouvelle appele rue _de Nicolet_, qui donne sur le bord de l'eau.]

_Rue Neuve-de-l'glise._ Elle a t perce vis--vis de l'glise 
laquelle elle conduit.

_Rue Saint-Jean_ ou _des Cygnes_. Elle avoit t ouverte devant le
pont qui servoit de communication avec l'le des Cygnes[397].

[Note 397: Entre cette rue et celle de la Boucherie est un cul-de-sac
nomm _de_ l'_toile_. En face de la mme rue on en a ouvert une autre
qui se nomme rue _de la Pompe_, et qui aboutit galement  la
rivire.]

_Rue de la Vierge._ Elle est voisine de la chapelle qui porte ce
nom[398].

[Note 398: Une nouvelle rue, perce  peu de distance de celle-ci, se
nomme rue _du Vert-Buisson_. Il y a encore dans ce quartier deux rues
nommes grande et petite rue _Chevert_, et plusieurs autres rues
jusqu' prsent sans nom.]

_Rue de la Comte._ C'est une rue nouvelle ouverte depuis 1780,
laquelle donne d'un bout rue Saint-Dominique, de l'autre rue de
Grenelle, prs de la boucherie.


AVENUES DES INVALIDES ET DE L'COLE MILITAIRE.

_Avenue de la Bourdonnaie._ Elle commence  celle de la Motte-Piquet,
 l'angle de l'cole Militaire, longe la partie orientale du
Champ-de-Mars, et vient finir sur le quai.

---- _De Breteuil._ Commenant au point central de l'glise des
Invalides, elle vient aboutir  la rue de Svres.

---- _De Lowendal._ Elle prend naissance  l'avenue de Tourville,
longe la partie mridionale de l'cole Militaire, et se termine  la
barrire qui porte le nom de ce monument.

---- _De la Motte-Piquet._ Elle commence  l'esplanade des Invalides,
est interrompue par le Champ-de-Mars, et va finir de l'autre ct 
des jardins potagers.

---- _De Saxe._ Elle commence au centre mridional de l'cole
Militaire, traverse la place de Breteuil, et finit  la rue de Svres.

---- _De Sgur._ De mme que l'avenue de Breteuil, elle prend
naissance au point central de l'glise des Invalides, et suivant une
direction divergente, vient aboutir  l'avenue de Saxe.

---- _De Suffren._ Elle commence  l'avenue de Lowendal, longe la
partie occidentale de l'cole Militaire, et vient finir sur le quai.

---- _De Tourville._ Commenant au boulevart des Invalides, elle longe
la partie mridionale de l'htel, et vient aboutir  l'angle de
l'cole Militaire.

---- _De Villars._ Elle commence, comme les avenues de Breteuil et de
Sgur, au point central de l'glise des Invalides, et va aboutir, en
divergeant, au boulevart qui porte le mme nom.




MONUMENTS NOUVEAUX

ET RPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS, DEPUIS 1789.


GLISE SAINT-GERMAIN-DES-PRS.

Ce monument, qui tient une place si importante parmi les antiquits de
Paris, menaoit ruine, il y a quelques annes, et  un tel point,
qu'il y avoit lieu de craindre qu'il ne s'croult, et que le danger
part assez grand pour y suspendre le service divin; on assure mme
qu'il fut mis en question si on ne le dmoliroit pas, pour le
remplacer par un autre difice: un meilleur avis a heureusement
prvalu. L'antique difice, tay de toutes parts par une opration de
charpente des plus ingnieuses et des plus hardies, a pu tre repris
en sous-oeuvre jusque dans ses fondations; et l'glise de
Saint-Germain, scrupuleusement restaure dans son ancienne forme et
dans tous les dtails de ses constructions[399], se trouve ainsi
conserve pour plusieurs sicles.

[Note 399: On a seulement abattu les deux petites tours carres qui
s'levoient des deux cts de l'glise, vers la croise, parce que la
vote en toit trop surcharge.]


DCORATIONS NOUVELLES.

     Les deux autels des chapelles pratiques dans les croises ont
     t enrichies de colonnes en marbre; on a galement lev un
     nouvel autel dans la chapelle de la Vierge qui occupe le
     rond-point de l'glise. La nef est dcore de plusieurs
     peintures, parmi lesquelles il faut remarquer le trs beau
     tableau de M. Steuben, reprsentant saint Germain qui distribue
     des aumnes.

     Dans les diverses chapelles, ont t replacs quelques-uns des
     tombeaux qu'on y voyoit avant la rvolution, ceux de Casimir, roi
     de Pologne, des deux Douglas, de Louis de Castellan; plusieurs
     tables de marbre noir portant des inscriptions latines y ont t
     leves  la mmoire de Nicolas-Boileau Despraux, de Jean
     Mabillon, de Bernard de Montfaucon, etc.


LES PETITS AUGUSTINS.

On sait que l'glise et le clotre de ce couvent ont servi, pendant la
rvolution, de dpt aux tombeaux et autres monuments de sculptures
que l'on avoit enlevs aux glises, et que c'est ainsi que ces
monuments ont t prservs d'une entire destruction. Depuis la
restauration, presque tous ont t rendus aux saintes demeures qui en
avoient t dpouilles; quelques-uns ont t transports au cimetire
du Pre-la-Chaise; et ce qui en reste encore sera, dit-on, dpos dans
la salle des Thermes, que l'on restaure  cet effet.

L'Acadmie de peinture, sculpture et architecture, est maintenant
tablie dans ce couvent.


PALAIS DE LA CHAMBRE DES DPUTS.

La faade de ce palais, qui remplace, du ct de la rivire,
l'ancienne faade si mesquine du palais Bourbon, se compose d'une
dcoration de douze colonnes avec fronton, imite, comme tant
d'autres, du clbre monument d'Agrippa[400]. On critiqua beaucoup,
dans le temps, la hauteur prodigieuse du perron, l'espace trop
resserr des entre-colonnements, et les portes trop troites qui en
toient la consquence ncessaire: ces critiques qui sont justes
n'empchent pas que ce monument, d  feu M. Poyet, ne soit d'un bel
effet.

[Note 400: Le Panthon.]

Les sculptures du fronton reprsentoient, dans le principe, Buonaparte
 cheval, au milieu d'un groupe de personnages indiquant le commerce
et les arts. Cette figure a t remplace par une statue colossale qui
nous semble tre celle de _la Loi_; elle est accompagne, d'un ct,
par la Justice qui tient un glaive  la main, de l'autre par la Force,
sous les traits d'Hercule arm de sa massue. Les figures symboliques
du commerce, des arts, des deux principales rivires de Paris, la
Seine et la Marne, se groupent autour de ces trois principales
figures.


SAINT-THOMAS D'AQUIN.

Cette glise a t dcore de deux nouveaux tableaux: Saint-Thomas
d'Aquin apaisant une tempte par ses prires, par M. Scheffer; une
descente de croix par M. Guillemot. Ce sont des morceaux fort
remarquables; ils lui ont t donn par la ville, le premier en 1723,
le second en 1719.


GLISE DES INVALIDES.

Tous les ornements intrieurs du dme ont t redors  neuf, depuis
quelques annes. Dans la nef de l'glise, sont deux tombeaux; celui du
comte de Guibert, mort en 1786: il se compose d'une pyramide orne
d'un trophe d'armes; celui du marchal duc de Coigni, mort en 1821:
il offre un cippe accompagn de lances, d'pes, de guirlandes de
cyprs.


GLISE DE SAINT-PIERRE.

Cette glise, commence avant la rvolution, dans la partie de la rue
Saint-Dominique qui traverse le Gros-Caillou, et ensuite dmolie,
vient d'tre rebtie sur son ancien emplacement. La faade se compose
de six colonnes d'ordre toscan, dont quatre forment un porche, lev
sur cinq marches et supportant un fronton. La porte de l'glise se
trouve place entre les deux dernires colonnes, et sur un second
plan. Un campanille en bois, que surmonte une croix dore, couronne
cet difice, dont l'aspect est d'une lgante simplicit.

L'intrieur offre, de chaque ct, sept arcades que soutiennent six
colonnes galement d'ordre toscan, et auxquelles correspondent autant
de pilastres, qui supportent les arcs-boutants des votes de la nef.
Dans le choeur, dont la forme est circulaire, est plac le seul autel
qui existe dans cette glise. La vote est orne de caissons peints,
imitant la pierre.


NOUVEL HTEL DES AFFAIRES TRANGRES.

Ce grand et bel difice, lev jusqu' la moiti du second rang des
colonnes, et dont les travaux ont t interrompus depuis quelques
annes, se doit composer, du ct de la rue de Bourbon o est son
entre, d'un portique en arcades qui embrassera toute la largeur de la
cour principale, et se liera  d'autres portiques dont cette cour sera
entoure;  droite et  gauche des cours de service donneront des
dgagements commodes sur les rues de Belle-Chasse et de Poitiers. La
disposition et la distribution du plan sont combines de manire que
les voitures puissent arriver jusqu'aux pieds des escaliers qui
conduiront aux appartements du ministre, et dans les diverses
divisions du ministre.

La faade d'entre, sur la rue de Bourbon, se dveloppe sur une
longueur de 115 mtres; elle se compose de deux avant-corps, qui font
saillie sur la partie du milieu, occupe par le portique dont nous
venons de parler.

Du ct du quai, l'autre faade prsente un avant-corps de 90 mtres,
et deux arrire-corps reculs, de 20 mtres. Dans cet avant-corps,
doivent tre pratiqus: au rez-de-chausse les cabinets de travail et
un vaste appartement de rception, au premier tage le logement du
ministre et de sa famille.

Les deux parties, en arrire-corps, semblent avoir t conues, pour
tenir loignes du reste et en quelque sorte isoles, toutes les
pices destines  la reprsentation, aux cabinets et bureaux
particuliers du ministre, et celles qui composent ses appartements.

Les deux faades auront la mme hauteur dans tout le pourtour de
l'difice, et seront couronnes du mme entablement. Leur dcoration
sera forme par deux ordres d'architecture, disposs  peu prs comme
les deux premiers de la cour du palais Farnse: et l'on voit que
l'intention de l'architecte a t de rappeler, dans sa composition, le
caractre de ces grandes et somptueuses habitations dont la Rome
moderne est orne.


MANUFACTURE ROYALE DES TABACS.

Elle est situe au Gros-Caillou, sur le quai et prs de la pompe 
feu. C'est un btiment qui n'a rien de remarquable.


HOSPICE LE PRINCE.

Cet hospice, situ au Gros-Caillou, presque en face de l'glise
Saint-Pierre, et qui a reu le nom de son fondateur, a t cr en
1819 pour un certain nombre de femmes ges et infirmes. En
remplissant les deux conditions de payer une modique somme d'argent et
d'apporter un petit mobilier, elles y sont nourries et entretenues,
leur vie durant. La maison est administre par des Soeurs de la
Charit.


HPITAL MILITAIRE DE LA GARDE.

Il est situ dans la rue Saint-Dominique.


HOSPICE D'ENGHIEN.

Il est situ dans la rue de Babylone.


FONTAINES.


FONTAINE DES INVALIDES.

Elle se compose d'un pidestal carr, qui s'lve au milieu du bassin
circulaire, et sur lequel on avoit plac le lion de Saint-Marc. Ce
monument ayant t rendu  la ville de Venise, le pidestal a t
dmoli et remplac par une gerbe de fleurs-de-lys dores, par laquelle
l'eau jaillit dans le bassin.


FONTAINE DE LA RUE DE SVRES.

Elle a t construite, prs des incurables, par M. Bralle. Cette
fontaine se compose d'un massif  parois inclins, couronn de
l'entablement ordinaire des temples d'gypte; au milieu est une figure
gyptienne, dans l'attitude symtrique de l'Antinos, et qui verse de
l'eau de deux vases qu'elle tient, dans chacune de ses mains. Cette
figure a t excute par M. Beauvallet.


FONTAINE DE MARS.

Cette fontaine qui s'lve, vis--vis l'hpital militaire de la garde,
offre d'un ct la figure en pied de ce dieu, de l'autre celle
d'Hygie, ou la desse de la sant. Ces deux figures sont encore de M.
Beauvallet.


RUES ET PLACES NOUVELLES.

_Rue de l'Abbaye._ Elle longe le ct septentrional de l'glise, et
aboutit, d'un ct  la rue Saint-Germain-des-Prs, de l'autre  la
rue Bourbon-le-Chteau.

_Rue des Acacias._ Elle commence  la rue de Vaugirard, et vient
aboutir  la rue Plumet.

_Rue Amlie._ Cette rue, perce presque en face de la rue Saint-Jean,
aboutit, d'un ct  la rue Saint-Dominique, de l'autre,  la rue de
Grenelle[401].

[Note 401: Des lettres-patentes du 6 septembre 1772, enregistres au
parlement de Paris le 23 aot 1774, avoient ordonn l'ouverture de
cette rue, par suite de cessions de terrain faites  cet effet. Elle
fut donc ouverte, et l'on y construisit quelques habitations; mais,
long-temps encore, elle ne forma qu'un cul-de-sac, dont l'entre toit
dans la rue Saint-Dominique:  son autre extrmit, le propritaire
l'avoit fait fermer par des barricades en planches.

Ce ne fut qu'en 1822, et sur la requte de M. Pilian de Laforest, qui
venoit d'acqurir une maison dans cette rue, qu'un arrt du prfet de
la Seine ordonna qu'elle seroit acheve. Depuis son ouverture,
autorise en 1772, jusqu' son entier achvement en 1824, elle n'toit
indique, sur les plans de Paris, que sous le nom de rue _projete_.

Ce fut  cette poque qu'elle reut celui d'_Amlie_, l'un des prnoms
de la fille de ce mme M. Pilian de Laforest,  qui l'on en doit
l'ouverture. On se plut  accorder cet honneur  la mmoire de cette
jeune personne, morte en 1823,  la fleur de son ge, et dont la vie
si courte avoit t un modle de toutes les vertus chrtiennes.]

_Rue Barthlemy._ Elle longe le ct mridional de l'Abattoir de
Grenelle.

_Rue Bayard._ Elle fait la continuation de la rue Duguesclin, au ct
nord de la caserne de la poudrire.

_Rue Neuve Belle-Chasse._ Elle aboutit d'un ct  la rue
Saint-Dominique, de l'autre  la rue de Grenelle.

_Place de Breteuil._ C'est le nom que l'on a donn  l'espace
circulaire o se croisent les deux avenues, qui commencent, l'une en
face de l'htel des Invalides, l'autre en face de l'cole Militaire.

_Rue de la Bourdonnaie._ Elle longe le ct septentrional de l'cole
Militaire.

_Passage Dauphine._ Ce nouveau passage perc dans la rue Dauphine, en
face de la rue Christine, vient aboutir dans la rue Mazarine.

_Rue Duguesclin._ Elle longe le ct nord de la caserne de la
poudrire, et vient donner dans la rue Bayard, avec laquelle elle fait
un angle.

_Place Dupleix._ C'est ainsi que l'on nomme le carr pratiqu devant
l'ancienne poudrire.

_Rue Dupleix._ Elle commence  la barrire de Grenelle, et aboutit 
l'avenue de Suffren.

_Rue d'Estres._ Elle commence  la place de Fontenoy, et vient finir
au boulevard des Invalides.

_Place de Fontenoy._ C'est l'espace demi-circulaire qui a t pratiqu
devant l'cole Militaire.

_Place Saint-Germain-des-Prs._ Elle est situe devant l'glise qui
porte le mme nom.

_Rue Saint-Germain-des-Prs._ Elle aboutit d'un ct  la place
ci-dessus mentionne, de l'autre  la rue des Petits-Augustins.

_Rue Klber._ Elle commence au bord de l'eau, vers la barrire des
Cunettes, et finit prs de l'cole Militaire.

_Rue Malar._ Elle est ouverte dans la rue Saint-Dominique,  peu de
distance de l'glise du Gros-Caillou, et vient aboutir dans la rue de
l'Universit.

_Rue des Paillassons._ Elle traverse les Marais, et aboutit  la
barrire du mme nom.

_Rue Prignon._ Elle longe le ct nord de l'abattoir de Grenelle.

_Passage du Pont-Neuf._ Il t ouvert, depuis peu, rue Mazarine, en
face de la rue Gungaud, et vient aboutir dans la rue de Seine.

_Place Saint-Thomas d'Aquin._ Elle a t pratique devant l'glise qui
porte ce nom.

_Rue Saint-Thomas d'Aquin._ Elle aboutit d'un ct  cette place, de
l'autre  la rue Saint-Dominique.

_Rue Saint-Vincent de Paul._ Elle donne d'un bout sur la place
Saint-Thomas d'Aquin, de l'autre dans la rue du Bac[402].

[Note 402: Les marais situs  l'extrmit de ce quartier sont
traverss par plusieurs ruelles _sans nom_, o sont parses quelques
petites habitations. L'une donne sur la place Dupleix, une autre dans
l'avenue de Suffren, deux dans l'avenue de Lowendal, une autre sur la
place de Fontenoy, deux dans l'avenue de Saxe.]


ABATTOIRS DE PARIS.

Les oprations sanglantes des bouchers se faisoient, il y a encore
peu d'annes, dans l'intrieur mme de Paris; et l'on appeloit
_tuerie_ l'endroit o l'on assommoit et gorgeoit le btail, et o il
toit coup par quartiers, avant d'tre distribu au public. La police
de Paris,  laquelle il faut accorder de s'tre extrmement
perfectionne, dans tout ce qui touche  l'ordre matriel et  la
salubrit de cette ville immense, a pens, avec juste raison, qu'il
convenoit de rejetter, si non hors de son enceinte, du moins  ses
extrmits, ces foyers d'infection, et le spectacle dgoutant de ce
carnage. Des emplacements ars ont donc t choisis sur divers points
trs rapprochs des barrires; et sur ces emplacements, se sont
levs, sous le nom d'_abattoirs_ (mot nouveau invent pour des
tablissements d'une espce toute nouvelle) d'immenses boucheries, o,
sous les yeux de quelques prposs, les bouchers amnent le btail
qu'ils ont achet, l'_abattent_ et le partagent pour la consommation
journalire, mettent leurs cuirs en rserve, et fondent leurs suifs,
avant de les livrer au commerce.

Ces difices sont au nombre de cinq; et leurs dimensions, qui ne sont
pas les mmes, ont t dtermines, d'aprs les besoins des diverses
parties de la ville auxquelles ils correspondent. Les abattoirs du
Mnil-Montant et de Montmartre sont les plus considrables; aprs,
vient celui de Grenelle; ceux de Mousseaux et de Villejuif sont d'une
moindre tendue.

Tous ayant t conus dans un mme systme, et offrant ainsi, dans
l'ensemble et dans les dtails, beaucoup de ressemblance, il suffira
d'en dcrire un seul, pour donner une ide exacte des autres: nous
choisirons celui du Mnil-Montant.

Cet abattoir est situ sur un terrain inclin, dont la pente, quoique
douce et presque insensible, contribue cependant beaucoup, et  la
salubrit de cet tablissement, et  l'effet gnral des fabriques
dont il se compose. Tout l'espace compris entre les quatre rues, au
milieu desquelles il est isol, forme un trapzode, dans lequel est
inscrit un paralllogramme de 215 mtres de face sur 190 de
profondeur, l'architecte ayant judicieusement nglig quelques
irrgularits qu'il lui sera facile de masquer, soit par des
plantations, soit par quelques btimens de service. Une grille, de
plus de 100 pieds de dveloppement, appuye sur deux pavillons o sont
placs les bureaux de l'administration, forme l'entre principale de
cet difice. Elle s'ouvre sur un espace libre, dont l'aspect est moins
celui d'une cour que d'une place publique; et en effet, du centre de
cet espace, l'oeil embrasse la totalit des btimens qui, au nombre de
vingt-trois, composent l'ensemble de l'abattoir.

 droite et  gauche de cette cour immense, large de 97 mtres, et sur
ses grands cts dont la longueur est de 146, s'lvent quatre
btiments doubles, spars par une voie qui traverse tout le terrain,
paralllement  la faade principale. Ce sont ces btiments qui ont
reu plus particulirement le nom d'_Abattoirs_: ils ont, chacun, 47
mtres de longueur sur 32 de largeur. Une cour dalle en pente pour
l'coulement des immondices, les spare dans le sens de leur
longueur, en deux corps semblables, qui, l'un et l'autre, renferment
huit abattoirs  l'usage des bouchers. Chaque abattoir reoit l'air et
le jour par deux grandes arcades, perces, l'une vis--vis de l'autre,
dans les murs de face. Au dessus, on a mnag de vastes abris, pour y
scher les peaux et y dposer les suifs en branche; et afin que ces
lieux, quoique extrmement ars, demeurssent toujours frais, on a
donn une projection considrable  la saillie des toitures plates,
dont ils sont recouverts.

On trouve, derrire ces abattoirs, deux bergeries qui leur sont
parallles, et  leur extrmit, en retour d'querre, deux tables.
Ces btiments renferment, chacun, un abreuvoir particulier, leur
grenier  fourrage, et compltent, de chaque ct de la cour, les deux
principales masses d'difices qui forment l'tablissement.

Au fond de cette cour, dans laquelle on a construit un abreuvoir
commode, et pratiqu deux parcs pour la premire distribution du
btail, s'offrent deux pavillons isols, destins  la fonte des
suifs. Ils sont traverss, dans leur longueur, par un large corridor
qui donne accs  quatre fonderies spares, au-dessous desquelles
sont des caves votes, servant de rafrachissoirs. Dans ces mmes
pavillons sont places les _chauderies_, pour les ttes et pieds de
moutons.

Au del de ces fondoirs, et sur une ligne parallle au mur de clture,
ont t construits deux longs btiments, diviss en un assez grand
nombre de magasins particuliers, tant au rez de chausse qu'au premier
tage. Ils sont levs sur des caves o l'on tient les cuirs en vert;
la partie suprieure est destine aux peaux de veaux et de moutons.

Enfin, dans la partie la plus leve du terrain, prcisment en face
de l'entre, on a tabli un double rservoir, tout en maonnerie: il
est port sur deux rangs de votes en berceau, sous lesquelles sont
des remises. Les eaux y sont montes au moyen d'une pompe  feu,
place entre les deux bassins, qui ont ensemble 76 mtres de longueur.
Toutes ces constructions ont t commences au mois d'avril 1810, sur
les desseins de M. Happe, qui en est l'architecte.

Il ne faut point chercher ici de nombreux dtails de dcorations: les
convenances d'un difice de ce genre les rejettent. On n'y doit
exiger, et l'on n'y trouve en effet, d'autre luxe que celui qu'on a pu
mettre dans le choix et dans l'emploi des matriaux. Excellents
mollons lis avec un bon mortier, belles pierres bien appareilles,
bois sains coups  vive-arrte, c'est avec ces lments, mis  la
disposition d'un architecte habile, que l'on est toujours sr de faire
des difices remarquables, quelle que soit d'ailleurs leur
destination; et l'on pourroit presque dire, quel que soit le got de
leur architecture. Que l'on ajoute  ce genre de mrite, une grande,
belle et commode distribution des diverses parties, la concordance et
la varit pittoresque des masses, et l'on aura une juste ide des
_Abattoirs_ de Paris, qui doivent tre compts au nombre de ses
monuments d'utilit publique, les plus remarquables.


FIN DE LA DEUXIME PARTIE DU QUATRIME VOLUME.




TABLE DES MATIRES.


QUATRIME VOLUME.--DEUXIME PARTIE.


  QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRS.

  Paris sous la rgence et sous Louis XV                      Page 1

  Quartier Saint-Germain-des-Prs                                373

  L'htel des Monnoies                                           374

  Le collge Mazarin                                             384

  Les Augustins rforms                                         391

  Les Frres de la Charit                                       397

  Les Enfans teigneux                                            401

  L'abbaye royal de Saint-Germain-des-Prs                       402

  Bailliage de l'abbaye                                          420

  Prison de l'abbaye                                             421

  Le sminaire des Missions-trangres                           422

  Les Convalescents                                              425

  Les Filles de la Conception                                    426

  Les Filles Sainte-Marie ou de la Visitation                    428

  Les Jacobins rforms                                          430

  Les Thatins                                                   435

  Le Pont-Royal                                                  439

  Chapelle de la Vierge                                          440

  Les Chanoinesses du Saint-Spulcre                             441

  Les Petites-Cordelires                                        442

  L'abbaye de Notre-Dame-de-Pentemont                            443

  Les Carmlites                                                 447

  Les Filles de Sainte-Valre                                    448

  Les Filles de Saint-Joseph de la Providence                    449

  Le Palais Bourbon                                              450

  L'htel royal des Invalides                                    453

  L'cole-Militaire                                              463

  Le Champ de Mars                                               469

  L'Hpital des Gardes-Franoises                                470

  Le Chteau de Grenelle                                       _Id_.

  Htels                                                         471

  Le Gros-Caillou                                                484

  Fontaines, Boulevards et Barrires                             497

  Rues, Places et Avenues du quartier Saint-Germain-des-Prs     503

  Monuments nouveaux                                             527

  Table gnrale des Matires                                    543


FIN DE LA TABLE DES MATIRES.




TABLE GNRALE

DES MATIRES

DU TABLEAU DE PARIS.

Les tomes sont indiqus par les chiffres romains: I, II, III, IV; _a_,
marque la premire partie; _b_, la seconde. Les chiffres arabes
indiquent la pagination.


  A.

  _Abailard_, III, _a_, 553.

  _Abattoir_ de Villejuif, III, _a_, 661.

  _Abattoirs_ de Paris, leur nombre, IV, _b_, 536.
    --Description, 537.

  _Abbaye_ Notre-Dame-aux-Bois, IV, _a_, 292.

  _Abbs_ de Saint-Vincent de Senlis (htel des), III, _a_, 615.

  _Abbs_ de Saint-Denis, leur htel, III, _b_, 709.

  _Abbon_, auteur d'un pome latin sur le sige de Paris par les
          Normands, I, _a_, 29.

  _Acadmies_, I, _b_, 802.

  ---- franoise, son origine, I, _b_, 802.
    --Son tat au 17e sicle, _ib._
    --Ce qu'elle fut au 18e, 803.
    --Son triomphe  la rvolution, _ib._
    --Rampe sous le tyran, _ib._
    --Ce qu'elle est aujourd'hui, _ib._

  ---- royale des Inscriptions et Belles-Lettres, I, _b_, 804.
    --Ses services, _ib._

  ---- des Sciences, reut une forme rgulire en 1699, I, _b_, 805.
    --Son but, _ib._

  ---- de Peinture et Sculpture, I, _b_, 806.
    --Ses succs, 807.

  ---- d'Architecture, I, _b_, 808.

  _Adam_, clerc du Roi, lgue deux maisons dans Paris  l'Htel-Dieu,
          I, _a_, 372.

  _Affaires_ trangres (nouvel htel des), IV, _b_, 531.

  _Agathe_ (les filles de Sainte-), origine, III, _b_, 485.

  _Agio_, ce que c'toit, IV, _b_, 49.

  _Agns_ (chapelle Sainte-) ou Saint-Eustache, II, _a_, 298.

  _Agns_ (communaut de Sainte-), II, _a_, 313.
    --Zle et charit de ces religieuses, 314.

  _Agns_ de Russie, femme de Henri Ier, I, _b_, 543.

  _Agobard_ rejette les preuves de l'eau, du feu, etc., I, _a_, 352.

  _Agriculture_ (socit royale d'), II, _b_, 1137.

  _Aides_ (cour des), son origine, I, _a_, 185.
    --Costume des membres de cette cour, 188.
    --Ses attributions, _ib._
    --Lieu de ses sances, 189.
    --Son rang dans les crmonies, _ib._

  _Aignan_ (la chapelle Saint-), I, _a_, 280.
    --Son origine et son emplacement, _ib._

  ---- (htel Saint-), II, _b_, 1004.

  _Aiguillon_ (le duc d') excite en Bretagne une opposition sditieuse,
          IV, _b_, 361.

  _Alais_ (Jean), tradition sur ce personnage, II, _a_, 298.

  _Albiac_ (htel d') dtruit, III, _a_, 615.

  _Albigeois_, I, _b_, 691.

  _Albret_ (htel d'), II, _b_, 1319;
    III, _b_, 569.

  _Alenon_ (htel d'), I, _b_, 594 et 827.

  _Alexandre VIII_ succde  Innocent XI, IV, _a_, 130.

  _Alexia_, dfaite des Gaulois auprs de cette ville, I, 10.

  _Aligre_ (htel d'), I, _b_, 832.

  ---- (ancien htel d') dtruit, II, _a_, 329.

  _Allemands_ (collge des), III, _a_, 598.

  _Amalarion_, diacre, rdige une rgle pour les chanoines, I, _a_, 358.

  _Ambigu-Comique_, II, _b_, 1133.

  _Amboise_ (le cardinal d'), sa rponse aux dputs de l'Universit,
          II, _b_, 906.

  ---- (htel d'), dtruit, III, _a_, 614.

  _Ambroise_, (sminaire Saint-), II, _b_, 1370.

  _Amelot_, anecdote sur ce Jansniste, IV, _a_, 181, note.

  _Amet_ (le pre), confesseur de Marguerite de Valois, II, _a_, 217.

  _Amiot_ (Jacques), matre de la librairie, II, _a_, 187.

  _Amortissement_, I, _a_, 223.

  _Anastase_ (Sainte-), II, _b_, 1163.

  _Anceline_, avocat, III, _a_, 374.

  _Andelot_ (d'), chef des rforms, III, _a_, 4.
    --Sa mort, 150.

  _Andr-des-Arcs_ (quartier Saint-), sa position et son origine,
          III, _b_, 599.
    --glise de ce nom, 617.
    --Description, 621.
    --Curiosits, 622.
    --Circonscription, 625.
    --Hospice de ce nom, 627.

  _Angevilliers_ (htel d'), I, _b_, 832.

  _Angleterre_, son gouvernement, IV, _b_, 80.
    --Son commerce maritime, 82.
    --Crdit public, 83.
    --Pourquoi elle exclut les catholiques des affaires, 84.
    --Payoit une pension  Dubois, 85.

  _Anglois_ (rois), vassaux des rois de France, II, _a_, 13.

  _Anglois_ (les), envahissent la France  la faveur des troubles
          civils, II, _a_, 151.
    --Pourquoi ne sont pas demeurs matres de la France sous
          Charles VII, 371.
    --Songent  s'emparer du Canada, IV, _b_, 272.

  _Angloises_ (religieuses), origine, II, _b_, 1269.
    --glise, 1270, III, _a_, 464.
    --Curiosits de leur glise, 455.
    --Les filles angloises, 536.

  _Angoulme_ (htel des comtes d'), dtruit, II, _b_, 1316.

  _Anjou_ (le duc d'), frre du roi Charles V, II, _a_, 77.
    --Sa rgence, 79.
    --Appel au trne de Naples, 83.
    --Ses exactions avant de quitter la France, 83-89.
    --Part pour la conqute de Naples, 89.
    --Sa mort, III, _a_, 257.

  ---- (htel d'), dtruit, II, _b_, 851.

  _Anne_ (communaut Sainte-), I, _b_, 969.

  _Anne_ (chapelle Sainte-), II, _a_, 555.

  _Anne-la-Royale_ (communaut de Sainte-), III, _b_, 446.

  _Anne d'Autriche_, rgente, III, _b_, 110.
    --Accuse de trop de familiarit avec Mazarin, 117.
    --Reoit le parlement au Palais-Royal  la journe des Barricades, 150.
    --Emmne le roi  Ruel, 156.
    --Ramne le roi  Paris, 160.
    --Quitte une seconde fois Paris, 165.
    --Dsire la paix, 186.
    --Revient  Paris avec le Roi, 197.

  _Annonciades_ clestes, institution de cet ordre, II, _b_, 1184.
    --Leur tablissement  Paris, 1185.
    --Genre de vie, _ib._
    --Curiosits de l'glise, 1186.

  ---- du Saint-Esprit, origine, II, _b_, 1273.
    --Supprimes, 1277.

  _Annonciation_ (Filles de l'), IV, _a_, 256.

  _Antoine_ (le Petit-Saint-), origine, II, _b_, 1167.
    --tablissement de ces religieux  Paris, 1167.
    --Changement dans l'administration, 1171.
    --Maison rebtie, 1172.
    --glise, _ib._

  _Antoine_ (abbaye Saint-), II, _b_, 1298.
    --Curiosits, 1300.

  _Antoine_ (M.), architecte, auteur du dpt des archives au
          Palais-de-Justice, I, _a_, 164.
    --Restaure ce palais aprs un incendie, _ib._

  _Appels_ d'abus et appelants, IV, _b_, 200 et suiv.

  _Aqueducs_ de Belleville, I, _b_, 833.
    --Rpars sous Henri IV, 834.

  _Arc_ de triomphe de la barrire du Trne, II, _b_, 1309.
    --Pourquoi appele du Trne, 1310.
    --Description, 1311.

  _Arcades_ de la Chambre des Comptes, I, _a_, 169.
    --Mrite de ce monument, 405.

  _Archevch_, I, _a_, 327.
    --rig en 1622, 354.

  _Arcis_ (Saint-Pierre-des-), tymologie de ce nom, I, _a_, 256.
    --Dtails sur cette glise, curiosits, tableaux, _ib._
    --Paroisse au commencement du 12e sicle, 258.
    --Ses droits curiaux, _ib._

  _Arcueil_ (aqueduc d'), I, _b_, 834.
    --Alimente 14 fontaines, 835.

  _Ardents_ (mal des), I, _a_, 289.

  _Argenson_ (htel d'), II, _b_, 1319.

  _Armagnac_ (le comte d'), fait conntable, II, _a_, 144.
    --Son retour  Paris, 147.
    --Difficults que lui suscite la reine, 149.
    --Arrt, 154.
    --Sa mort, 156.

  _Armagnac_ (la faction des), II, _a_, 117.
    --Poursuivis dans Paris par les bouchers, 120.
    --Aux portes de Paris, 124.
    --Dfection parmi eux, 125.
    --Le dauphin les favorise, 127.
    --Doivent exciter moins d'indignation que les Bourguignons, 134.
    --Rflexions en leur faveur, 136.
    --Leur conduite  Paris, 140.

  _Arnauld_, retir  Port-Royal-des-Champs, IV, _a_, 179, note.

  _Arnaud_ (Jacqueline-Marie-Anglique), rforme l'abbaye de
          Port-Royal, IV, _a_, 338.

  _Arnolfini_, moine espagnol dput aux frondeurs, III, _b_, 182.
    --Introduit dans le parlement, 184.
    --Sa harangue, 185.

  _Arquebuse_ (htel de l'), II, _b_, 1333.

  _Arques_ (la journe d'), III, _a_, 336.

  _Arras_ (collge d'), III, _a_, 598.

  _Arsenal_ (l'), anciennet des tablissements de ce genre, II, _b_, 953.
    --Arsenal particulier de Paris, _ib._
    --Devient la proprit des rois, 954.
    --Henri IV l'augmente, _ib._
    --Grand et petit, 955.
    --Inscription, 956.
    --Changements et rparations, 975.

  _Artois_ (htel du comte d') dtruit, II, _a_, 459.

  _Asfelt_ (marquis d'), IV, _b_, 105.

  _Assomption_ (les religieuses de l'), leur couvent, I, _b_, 999.
    --Appeles d'abord Haudriettes, _ib._
    --Au faubourg Saint-Honor, 1001.
    --Attaques juridiquement par les hritiers de Jean Haudri, 1003.
    --Fondation de l'glise actuelle, 1004.
    --Curiosits, 1005.

  _Aubin_ (bataille de Saint-), II, _b_, 894.

  _Aubriot_ (Hugues), prvt de Paris, I, _b_, 539, II, _a_, 70.
    --Pose la premire pierre de la Bastille, 72.

  _Audran_ (Grard), sa spulture, III, _b_, 361.

  _Audrouet_ du Cerceau, commena le Pont-Neuf, I, _a_, 91.

  _Augustin_ (saint), restaurateur de la vie commune en Occident,
          I, _a_, 356.

  _Augustins_ (les grands), III, _b_, 600.
    --poque de leur tablissement  Paris, 602.
    --Accroissement, 603.
    --S'tablissent dans la rue qui porte leur nom, 607.
    --glise et curiosits, 608.
    --Bibliothque, 612.
    --Leurs querelles, 614.
    --Quai, 750.

  _Augustins_ rforms (ou petits), IV, _b_, 391.
    --Curiosits de l'glise, 394.
    --Bibliothque, 395.

  _Aumont_ (htel d'), II, _b_, 965.

  _Aure_ (les filles de sainte), III, _b_, 438.

  _Auroux_, capitaine de quartier, III, _a_, 374.

  _Austerlitz_ (pont d'), III, _a_, 660.

  _Autriche_ (maison d'), sa politique, III, _b_, 76.
    --Se met  la tte du parti catholique, _ib._
    --Justifie d'avoir aspir  la monarchie universelle, 79.

  _Autun_ (collge d'), III, _b_, 685.

  _Auvergne_ (le comte d'), III, _b_, 27.

  _Avanon_ (Guillaume d'), archevque d'Embrun, II, _a_, 216.

  _Ave Maria_ (les religieuses de l'), II, _b_, 917.
    --Origine, 918.
    --Austrits, 923.
    --Curiosits du couvent, 924.
    --Spultures, _ib._

  _Avenues_ des Invalides et de l'cole-Militaire, IV, _b_, 455.

  _Avous_ des glises. Ce que c'toit, I, _a_, 207.

  _Avoie_ (les religieuses de sainte). Origine, II, _b_, 989.
    --Statuts, 991.
    --Adoptent la rgle des Ursulines, _ib._
    --glise, 993.

  _Avoie_ (fontaine Sainte-), II, _b_, 1012.

  _Azincourt_ (bataille d'), II, _a_, 143.


  B.

  _Baillet_ (Jean), trsorier gnral, assassin, I, _b_, 552, II, _a_, 42.

  _Bailliage_ du palais, I, _a_, 190.
    --Du Temple, II, _b_, 1187.

  _Banque_ de France, II, _a_, 367.

  ---- de Law, IV, _b_, 29.
    --Sa chute, 52.
    --On essaie en vain de la relever, 53.

  _Bar_ (htel des comtes de), III, _a_, 615.

  _Barbe_ (collge et communaut de Sainte-), III, _b_, 482.
    --Discipline, 535.
    --Saint Ignace de Loyola y avoit tudi, 536.

  _Barbeaux_ (htel des), II, _b_, 963.

  _Barbette_ (htel), II, _b_, 1313.

  _Barnabites_. Leur couvent, I, _a_, 224.
    --Origine et emplacement, 227.

  _Barre_ (Jean de la), gardien de la bibliothque, II, _a_, 186.

  _Barre_ (htel de), II, _b_, 962.

  _Barricades_ (journe des), III, _a_, 298; III, _b_, 150.

  _Barrire_ (Jean de la), abb commandataire des Feuillants, I, _b_, 983.
    --Merveilles de sa vie, 984.
    --Vient  Paris, _ib._
    --Henri III envoie des seigneurs au devant de lui, _ib._

  _Barrire_ avoit complot la mort de Henri IV, III, _a_, 434.

  _Barrires_ de Paris, I, _b_, 1074; II, _a_, 260-562; II, _b_,
          765-1344; III, _a_, 631, _b_, 573; IV, _a_, 368, _b_, 497.

  _Barry_ (la du), IV, _b_, 362.

  _Barthlemi_ (Saint-), glise royale et paroissiale, I, _a_, 250.
    --Origine et emplacement, 251.
    --Par qui desservie, 252.
    --Confie aux religieux de St-Benot, 253.
    --Curiosits, 254.

  _Barthlemi_ (massacre de la Saint-). Ne doit pas retomber sur la
          religion, III. _a_, 153.
    --La reine y dtermine le roi, 177.
    --Prparatifs, 181.
    --Signal du massacre, 185.
    --Scnes en divers lieux, 186.
    --N'a eu lieu qu' Paris, 196.
    --N'eut lieu que par reprsailles, 204.

  _Basoche_, I, _a_, 166.

  _Basochiens_ (les) jouent des pices de thtre, IV, _a_, 312.

  _Baschi_ (Mathieu de) rforme les frres de saint Franois, I, _b_, 992.

  _Bassompierre_ (le marchal de)  la Bastille, III, _b_, 74.

  _Baudoyer_ (place), tymologie, II, _b_, 834.

  _Baudrier_; le clerg en obtient les honneurs, I, _a_, 205.

  _Bavire_ (htel de), III, _a_, 615.

  _Bayeux_ (collge de), III, _b_, 697.

  _Beaufort_ (le duc de), son rle, III, _b_, 172.
    --Accus, 206.
    --Nomm gouverneur de Paris, 305.
    --Suit Gaston dans son exil, 317.

  _Beaug_ (bataille de), II, _a_, 161.

  _Beaujeu_ (madame de), II, _b_, 880.
    --Dconcerte les projets du duc d'Orlans, 883.
    --Veut le faire enlever, 889.
    --Sa conduite impolitique, 893.

  _Beaujon_, conseiller d'tat et receveur des finances, I, _b_, 1035.

  _Beaujon_ (chapelle), ddie  saint Nicolas.
    --Sa description, I, _b_, 1035.
    --Intrieur, 1036.
    --Architecture de cette glise, 1037.

  _Beaujon_ (hospice), son emplacement et ses fondateurs, I, _b_, 1038.

  _Beaumont_ (M. de), archevque de Paris, nouvel Athanase, IV, _b_, 240.
    --Prend le parti des jsuites, 339.

  _Beautreillis_ (htel), II, _b_, 960.

  _Beautru_ (htel de), II, _a_, 249.

  _Beauvais_ (htel de), II, _b_, 965;
    II, _b_, 1331;
    IV, _b_.

  _Bedfort_ (le duc de) fait prter serment au roi d'Angleterre par le
          parlement, II, _a_, 373.
    --Assige Meulan, _ib._
    --Son retour en France aprs la bataille de Montargis, 383.
    --Fait les derniers efforts contre le roi de France, 384.
    --Ouvre la campagne, 385.
    --Assige Orlans et est repouss par la Pucelle, 389.
    --Abandonne Paris, 392.
    --Y rentre, 396.
    --Se retire, 406.
    --Meurt, 407.

  _Bguines_, II, _b_, 917.

  _Belle-Isle_ (le comte et marchal de), IV, _b_, 118.
    --Sa retraite, 124.
    --Fait la guerre en Provence, 147.
    --Combat  Exiles, _ib._

  _Bndictines_ de la Ville-l'vque, I, _b_, 1026.
    --Deviennent plus austres, 1027.
    --Ce monastre, d'abord prieur dpendant de Montmartre, 1027.
    --Leurs diffrends avec ce couvent, 1028.
    --Curiosits de leur glise, _ib._
    --glise dtruite, _ib._

  ---- de Notre-Dame de Liesse, IV, _a_, 260.
    --Fondation, 261.

  _Bndictins_ anglais, III, _b_, 453.
    --glise, 456.

  _Bnfices_, leur origine, I, _a_, 77.

  _Bnfices_ royaux, I, _a_, 203, 208.

  _Benot_ (Saint-), quartier, III, _b_, 337.
    --glise collgiale et paroissiale, 355.
    --Particularits sur le chevet de cette glise, 359.
    --Curiosits, 360.
    --Circonscription, 362.

  _Bertichram_, Bertchram ou Bertrand, vque du Mans, I, _b_, 741.

  _Bernard_ (Saint) engage inutilement les jeunes gens de Paris 
          embrasser la vie monastique, I, _a_, 281.

  _Bernard_ (porte Saint-), origine, III, _a_, 438.
    --Renouvele, 439.
    --Description, 440.

  _Bernardins_ (les), origine, III, _a_, 450.
    --glise, 454.
    --Curiosits, 455.

  _Bernin_ (le chevalier), architecte et statuaire, I, _b_, 787.
    --Dtails sur ce personnage, 788.
    --Son plan du Louvre critiqu, 790.

  _Bernis_ (l'abb de), son caractre, IV, _b_, 278.
    --Se charge du trait entre la France et l'Autriche, 279.

  _Berulle_ (le cardinal de), fondateur de l'Oratoire, I, _b_, 810.
    --Achte l'htel du Bouchage, 812.
    --Btit une nouvelle maison, 813.

  _Berry_ (duc de), frre du roi Charles V, I, _a_, 77.
    --Perd la confiance des Parisiens, 119.
    --Assig dans Bourges, 126.
    --Reoit des ambassadeurs anglais, 141.
    --Sa mort, 145.

  ---- (ancien htel de), II, _a_, 341.

  _Bertholot_ (Franois), fonde une maison.

  _Berwik_ fait la guerre en Alsace, IV, _b_, 104.
    --Assige Philisbourg et y meurt, 105.

  _Besanon_ (htel de), III, _b_, 715.

  _Beze_ (Thodore de), III, _a_, 74.

  _Bibliothque_ royale, son origine et ses progrs, II, _a_, 182.
    --Fonde par Charles V, 184.
    --Presqu'entirement dtruite sous Charles VI, 185.
    --Son tat sous Louis XI, Franois Ier, 186.
    --Ordonnance de Henri II en sa faveur, _ib._
    --Sous les rois suivants, 187.
    --Btiments, 190.
    --Dpt des livres imprims, 191.
    --Curiosits, 192.
    --Manuscrits, 194.
    --Mdailles, 197.
    --Estampes, 201.
    --de la ville, II, _b_, 1262.
    --Description, 1263.
    --Devient un magasin d'armes, 1266.

  _Bivre_, petite rivire, III, _a_, 627.

  _Biscornet_, serrurier de la faade Notre-Dame, I, _a_, 310.

  _Blaise_ (chapelle Saint-) et Saint-Louis, III, _b_, 344.

  _Blanche_ (la reine), son administration pendant la minorit
          de son fils, I, _b_, 694.
    --Soin qu'elle mit  le bien lever, 695.
    --chappe  une embuscade prs d'tampes, 696.
    --Dlivre  Montlhri, 697.
    --Traite rigoureusement l'Universit, _ib._
    --Sa rgence, 704.
    --Favorise les affranchissements, 707.
    --Sa mort, 708.

  _Blancs-Manteaux_ (monastre des), II, _b_, 998.
    --Concession de Philippe de Valois, 1001.
    --glise, 1002.
    --Curiosits, bibliothque, 1003.
    --March, 1370.

  _Blanc-Menil_, prsident du parlement, III, _b_, 2.

  _Blois_ (Charles de), ses dmls avec Jean de Montfort, II, _a_, 21.

  _Blondel_, auteur d'un Trait sur l'architecture, I, _b_, 934.

  _Boileau_, son tombeau dans la Sainte-Chapelle, I, _a_, 116.

  _Bois-Bourdon_, ses intrigues avec la reine, II, _a_, 150.

  _Bois-Dauphin_, marchal de France, III, _b_, 20.

  _Boissy_ (collge de), III, _b_, 686.

  _Bonald_ (de), montre les avantages de la fodalit, I, _a_, Avert., 73.
    --Cit, 217.

  _Bonami_, acadmicien, a rpandu des lumires sur les antiquits de
          Paris, I, _a_, avert. XIII, note.

  _Boncourt_ (collge de), III, _a_, 609.

  _Bonfons_, retouche le livre de Corrozet sur Paris, I, _a_, Avert. iij.

  _Bonneau_ (Marie), fondatrice des Miramionnes, III, _a_, 444.

  _Bons-Enfants_ (collge des), II, _a_, 320.
    --Boursiers nomms par l'vque, 321.
    --L'enseignement y cesse, 332.
    --Annex au chapitre, _ib._

  ---- (le sminaire des), Voy. _Firmin_ (Saint-).

  _Bont_ (chapelle Saint-), II, _b_, 821.

  _Boucherie_ (grande), I, _b_, 537.
    --Origine et emplacement, 539.
    --Bouchers de Paris pendant les troubles du rgne de Charles VI, 540.
    --Grande boucherie rase par les ordres du duc d'Orlans, _ib._
    --Rtablie, 541.

  _Bouchers_, leur milice, et leurs cruauts, II, _a_, 155.

  _Boufflers_, IV, _a_, 147.
    --Au sige de Lille, 160.

  _Bouillon_ (le duc de), frustr du commandement de l'arme, III, _b_, 5.
    --Ses services, 9.
    --S'aigrit et excite le prince de Cond, 11.

  _Bouillon_ (htel de), IV, _b_, 478.

  _Boulevards anciens_, II, _b_, 1343.

  _Bouquet_ (Genevive), dite du saint nom de Jsus, rforme les
          religieuses de l'Htel-Dieu, I, _a_, 373.

  _Bourbon_ (Louis de), fait btir un hpital pour les plerins,
          I, _b_, 578.

  _Bourbon_ (Antoine de), roi de Navarre, III, _a_, 39.
    --Attach  la rforme, 40.
    --Se rend aux tats gnraux, 62.
    --branl par les variations des rforms au colloque de Poissy, 76.
    --Gagn par les Guises, 77.
    --Catholique, 81.
    --Bless  la prise de Rouen, 105.

  _Bourbon_ (le cardinal de), proclam roi, III, _a_, 335.
    --Sa mort, 346.

  _Bourbon_ (le duc de) intente un procs aux princes lgitims,
          IV, _b_, 21.
    --Issue de ce procs, 23.
    --Premier ministre, 83.
    --Son ministre pire que celui de Dubois, 87.
    --Est menac de perdre le pouvoir, 89.
    --renvoie l'Infante d'Espagne, _ib._
    --Fait pouser au roi Marie Leczinska, 90.
    --Exil  Chantilly, 91.
    --Mendie le secours des Anglais, 122.
    --Entre dans Paris, 124.
    --traite avec les Anglais, 137.
    --Fuit et demande la paix, 140.
    --Offre en vain ses services contre les Anglais, 143.
    --S'unit  Henri V, 149.
    --Dlivre la reine, 151.
    --Rentre dans Paris, 156.

  _Bourbon_, clbre pote latin, I, _b_, 880.

  _Bourbon_ (htel de la duchesse de), II, _a_, 252.

  _Bourbon_ (le palais), IV, _b_, 450.

  _Bourbon_ (htel de), III, _a_, 615;
    IV, _a_, 363.

  _Bourgeois_ (grande confrrie des), I, _a_, 267.

  _Bourgogne_ (le duc de), frre du roi Charles V, II, _a_, 77.
    --premier ministre, 101.
    --Sa mort, 102.

  _Bourgogne_ (htel de), II, _a_, 556.
    --Devient la proprit des confrres de la passion, 558.
    --Leur salle loue aux comdiens d'Italie, 559, III, _b_, 569.

  ---- (collge de), III, _b_, 692.

  ---- (le duc de), IV, _a_, 147.

  ---- (le duc de) lve de Fnlon, IV, _b_, 4.

  _Bourguignons_. Leur faction, II, _a_, 117.
    --Les paysans prennent ce nom pour se livrer  divers excs, 121.
    --restent matres des environs de Paris, 125.
    --Nouveaux excs, 129.
    --Reoivent un coup mortel, 133.
    --Abandonns du duc de Bourgogne, 134.
    --Conspiration contre le roi, 146.
    --rentrent dans Paris, 153.
    --Versent des torrents de sang, 155.

  _Bourse_ (la), II, _a_, 291.

  _Bouthellier_, maon de Notre-Dame, I, _a_, 309.

  _Boutteville_ veut mouvoir le peuple en faveur de Cond, III, _b_, 213.

  _Bretagne_ (le duc de) devient le chef des mcontents, II, _a_, 611.
    --Fait de fausses promesses, 612.
    --Devient chef de la ligue des grands vassaux, 613.
    --Condamn  Tours par la noblesse, 618.
    --Paix de Conflans, 635.

  _Brtigny_ (paix de), II, _a_, 63.

  _Bretonvilliers_ (htel de), I, _a_, 418.
    --Par qui bti, 419.
    --Ce qu'il devint en 1719, 419.
    --Dcor par Bourdon et par Baptiste, _ib._

  _Breul_ (dom Jacques du) retouche l'ouvrage de Corrozet et Bonfons,
          I, _a_, Avert.
    IV, jugement sur son travail, _ib._

  _Brissac_ (le marchal de) dfend Paris, III, _a_, 102.
    --Mdite d'y introduire Henri IV, 415.
    --Livre Paris au roi, 421.

  _Brisson_ (prsident du parlement), III, _a_, 322.
    --Sa mort, 375.

  _Broglie_, IV, _b_, 302.

  _Brongniart_, architecte de l'glise des Capucines (Chausse d'Antin),
          II, _a_, 245.
    --De la Bourse, 292.

  _Broussel_, conseiller, devient l'idole du peuple, III, _b_, 134.
    --Envoy en exil, 142.
    --Troubles  son occasion, 143.
    --Son retour, 163.

  _Bullion_ (htel de), II, _a_, 342.

  _Bureau des Pauvres_ (grand), II, _b_, 820.

  _Bureaux_ (l'isle aux), ce que c'tait, I, _a_, 8.


  C.

  _Cabinet_ d'histoire naturelle, III, _a_, 494.

  _Caboche_ et cabochiens, II, _a_, 123.

  _Caillard_ (Pierre), gouverneur du Louvre, II, _a_, 60.

  _Calais_ (htel), II, _a_, 341.

  _Calvaire_ (le), II, _a_, 455.

  ---- (les religieuses du), II, _b_, 1088, 1090.

  ---- (les dames du), IV, _a_, 281.
    --Chapelle, 284.

  _Calvin_, son portrait, III, _a_, 3.
    --Retir  Genve, 4.

  _Calvinistes_ (les) se font craindre, III, _a_, 21.
    --Brls, 22.
    --Leurs premires glises, _ib._
    --Leurs progrs, 23.
    --Se dfendent l'pe  la main auprs de la Sorbonne, 26.
    --Conqute de leur parti, 28.
    --Deviennent un parti politique, 41.

  _Cambray_ (collge de), III, _b_, 512.

  _Cambrai_ (place), III, _b_, 578.

  _Cambis_ (htel de), II, _b_, 1135.

  _Camisards_, rvolts des Cvennes, IV, _a_, 150.

  _Camulogne_, gnral des parisiens, I, _a_, 9.
    --Dfait par Labinus, _ib._

  _Camus_ (htel le) II, _b_, 1135.

  _Canning_ (lord), rapprochement curieux d'une de ses dmarches avec
          la conduite de Walpole envers Fleury, IV, _b_, 101, note.

  _Canaye_, dtails sur cette famille, III, _a_, 538.

  _Capets_, obstacles qu'ils eurent  vaincre dans l'origine, II, _a_, 5.
    --Cessation du plaid gnral, 6.
    --Nouvel ordre de succession, 7.
    --Dsignoient, jusqu' Louis VIII, l'hritier du trne, 9.
    --Cherchent un appui dans le peuple, 10.
    --Ne comprirent pas assez la ncessit de la puissance spirituelle, 11.

  _Captiens_, flattent le tiers-tat, II, _b_, 590.
    --Auraient d chercher plutt leur appui dans la puissance
          spirituelle, 591.

  _Capuce_, signe de ralliement des factieux, II, _a_, 40.

  _Capucines_ (monastre des), II, _a_, 171.
    --Sa construction, 172.
    --Leur rgle, 173.
    --Transfres rue Neuve-des-petits-Champs, 174.
    --Portail de leur glise, _ib._
    --Intrieur, 175.
    --Curiosits, 176.

  _Capucins_ (les), origine, I, _b_, 992.
    --S'tablissent  Picpus, 994.
    --Catherine de Mdicis leur donne une maison, 995.
    --glise, 996.
    --Ne mritaient pas les ddains de la philosophie moderne, 997.
    --Curiosit de leur glise, 998.
    --Bibliothque, _ib._

  ---- de la Chausse d'Antin, II, _a_, 243.
    --glise, 244.

  ---- du Marais, II, _b_, 1084.
    --Curiosits, 1085.

  ---- du quartier Saint-Benot, III, _b_, 486.

  _Cardinal_ (Palais-), V. _Palais-Royal_.

  _Carlos_ (l'infant don) envahit le royaume de Naples, IV, _b_, 106.

  _Carmlites_ de la rue du Chapon, II, _b_, 683.

  ---- (les), III, _b_, 462.
    --Curiosits, 468.

  ---- (les), IV, _b_, 447.

  _Carmes_ billettes, II, _b_, 978.
    --Embrassent le tiers-ordre, 981.
    --Leur relchement, 982.
    --On laisse cet ordre s'teindre, 983.
    --glise, 984.

  _Carmes_ (les), III, _b_, 346.
    --Leur arrive en France avec saint Louis, 347.
    --glise, 350.

  _Carmes_ dchausss, IV, _a_, 269.
    --glise, 271.
    --Monastre, 272.

  _Carnavalet_ (htel de), II, _b_, 1327.

  _Carrouge_ (la dame de) accuse Legris d'avoir attent  son
          honneur, II, _a_, 165.

  _Carrousel_ (le plan du), I, _b_, 912.
    --Origine de ce nom, 913.
    --Dtails sur les carrousels, 914.

  _Cas_ royaux, I, _b_, 514-516.

  _Cas_ de conscience, IV, _a_, 168.

  _Capel_ (htel de), IV, _a_, 365.

  _Catherine_ (l'hpital Sainte-), I, _b_, 570.
    --Son plus ancien titre, 571.
    --Par qui administr anciennement, _ib._
    --Religieuses, 572.
    --Statue de sainte Catherine, 573.

  _Catherine_ du Val-des-coliers (les chanoines rguliers de sainte),
          I, _b_, 1214.
    --Leurs progrs, 1218.
    --glise, 1220.
    --Rparations, 1223.
    --Curiosits, 1225.

  _Catholiques_ (la religion). Son influence sur l'homme et la socit,
          IV, _a_, 187.
    --Rgulatrice universelle, 188.

  _Catholiques_ (les Nouvelles-). But de cette communaut, II, _a_, 178.
    --Libralits  leur gard, 180.
    --Leur maison, 181.
    --Curiosits, _ib._

  _Catinat_, IV, _a_, 142.
    --Rappel, 143.

  _Caumont_ (Anne de) fonde le monastre des Filles-Saint-Thomas,
          II, _a_, 230.

  _Clestins_, II, _b_, 935.
    --Introduits en France, _ib._
    --Affection de Charles V pour eux, 937.
    --glise, 938.
    --Richesse de leur couvent, 940.
    --Curiosits, _ib._
    --Chapelles, 942.
    --Vitraux, 950.

  _Cent-Filles_ (les), III, _a_, 505.

  _Csar_ fait rebtir Paris, I, _a_, disc. prl., 9.

  _Chaillot_, village prs de Paris, I, _b_, 1039.
    --Origine et tymologie de ce nom, 1040.
    --Coutume singulire qui y rgnoit, 1042.
    --glise, 1097.
    --Dpendoit du prieur de Saint-Martin-des-Champs, 1045.
    --Position remarquable de Chaillot, 1044.

  _Chalotais_ (la), IV, _b_, 333.
    --Sa dispute avec l'abb Georgel au sujet des Jsuites, 334, note.

  _Chambre des comptes_. Son origine, I, _a_, 180.
    --toit rsidente  Paris, 181.
    --But de cette institution, 182.
    --Divers ordres d'officiers et leurs fonctions, 183.
    --Dignit du prsident, _ib._
    --Droits honorifiques de ce magistrat, 184.
    --Btiment de la chambre des comptes, _ib._
    --Arcades de la chambre des comptes, 405.

  ---- du domaine et du trsor, I, _a_, 190.

  ---- de saint Louis, III, _b_, 137.
    --Cesse de s'assembler, 139.

  ---- royale et syndicale des imprimeurs et libraires de Paris,
          III, _b_, 723.

  _Chamillart_ (htel de), II, _a_, 330.

  _Champagne_ (Philippe de), peintre, I, _b_, 879.

  _Champ-de-Mars_, I, _a_, 133; IV, _b_, 469.

  _Champigny_ (Jean-Simon de), vque de Paris, I, _b_, 585.

  _Champeaux_ (Guillaume de), III, _a_, 552.

  _Champs-lyses_, I, _b_, 1017.

  _Chanai_ (collge de), III, _a_, 584.
    --Nombre de boursiers, 585.

  _Chancellerie_ du palais, I, _a_, 190.

  _Change_ (pont au), I, _a_, 88-391.

  _Chanoines_. Leur origine, I, _a_, 355.
    --Louis-le-Dbonnaire leur donne une rgle fixe, 358.

  ---- De Paris, sous le nom de Frres de sainte Marie, 258.

  _Chantier_ du roi, II, _b_, 964.

  _Chapelle_ (la Sainte-), I, _a_, 107.
    --Anciennes chapelles sur le mme terrain, 110.
    --Chapelle de Saint-Nicolas, 111.
    --Saint Louis la fait btir pour y dposer la couronne d'pines, _ib._
    --Description, 113.
    --Ses vitraux, 114.
    --Basse Sainte-Chapelle, 115.
    --Par qui elle tait desservie, 116.
    --Reliques et autres objets prcieux, 118.
    --Tableaux, 120.
    --Sculptures, 121.
    --Tombeaux, _ib._
    --Crmonie du vendredi saint, _ib._
    --Trsor des chartres, 123.

  _Chapitre_. Ce que c'est, I, _a_, 355.

  _Charenton_ (attaque de), III, _b_, 176.

  _Charit_ (les filles de la), II, _a_, 548.
    --Fondation, 549.
    --Composes d'abord de filles de campagne, 551.
    --Appeles soeurs grises, 552.

  ---- Notre-Dame (hpital de la), I, _b_, 1244.
    --Voeux des religieuses, 1245.

  ---- (frres de la), origine, IV, _b_, 397.
    --S'tablissent rue des Saints-Pres, 398.
    --Curiosits de l'hospice, 400.
    --Fontaine, 491.

  _Charlemagne_ et les Carlovingiens, I, _a_, 65.
    --Ce qu'il faisoit avant de se mettre en campagne, 135.
    --Interdit au clerg le service militaire, 206.
    --Chute des Carlovingiens, I, _b_, 48.

  _Charles-le-Mauvais_ deux fois emprisonn au Louvre, I, _b_, 771;
    II, _a_, 25.
    --S'vade, 35.
    --Gouverneur gnral de Paris, 52.
    --Veut traiter, 53.
    --Devient suspect, 54.

  _Charles_, dauphin. Ide qu'on avoit de lui, II, _a_, 26.
    --Est fait lieutenant gnral du royaume, _ib._
    --Va trouver  Metz l'empereur Charles IV, 28.
    --Revient  Paris et harangue le peuple, 37.
    --Conduite de Charles envers Marcel et Charles-le-Mauvais, 39.
    --Harangue le peuple aux halles, 41.
    --Contient les factieux, 43.
    --Demande la vie  Marcel, 47.
    --Signe un trait rdig par les factieux, 43.
    --Quitte Paris, 49.
    --Demande qu'on lui livre les chefs de la faction, 52.
    --Se prpare  rentrer dans Paris, 52.
    --Se justifie devant le peuple d'avoir fait arrter douze
          bourgeois, 61.
    --Devient roi, 68.

  ---- V. tat de la France  son avnement, 68.

  ---- Merveilles des cinq premires annes de son rgne, 69.
    --Fixe la majorit des rois  quatorze ans, 73.
    --Sa mort, 75.
    --Bienfaits de son rgne, 76.

  ---- VI. Sa minorit, II, _a_, 79.
    --Son sacre, 80.
    --Troubles; tats-gnraux, 82.
    --Sdition, 85.
    --Marche au secours du comte de Flandre, 90.
    --Excutions terribles, 92.
    --Paix avec les Flamands, 94.
    --Anecdote de la fort du Mans, 98.
    --Premiers signes d'alination, 99.
    --Naissance de son cinquime fils, 102.
    --Fin malheureuse de ce rgne, 103.
    --Troubles des Armagnacs et des Bourguignons, 117.
    --Reoit son pouse, 156.
    --Sa mort, 162.

  ---- VII. Monte sur le trne, II, _a_, 372.
    --Sacr, _ib._
    --Conspiration en sa faveur, 374.
    --Revers, 375.
    --Bataille de Verneuil, 376.
    --Ce qui le sauve, 378.
    --Il offre l'pe de conntable  Richemont, 380.
    --Est abandonn du duc de Bretagne, 383.
    --Ses dfenseurs assigs dans Orlans, 385.
    --Journe aux harengs, 386.
    --La pucelle, 387.
    --Charles est conduit  Reims et sacr de nouveau, 389.
    --S'avance jusqu' Dammartin, 391.
    --Reprend Saint-Denis, 393.
    --Succs, 399.
    --Se rconcilie avec le duc de Bourgogne, 406.
    --Sa valeur  Montereau Faut-Yonne, 415.
    --Entre  Paris, _ib._
    --Sa mort, 420.

  ---- le Tmraire, duc de Bourgogne, II, _b_, 639.
    --Son ambition, 647.
    --Cde aux troupes du roi, 649.
    --Perdu par ses succs, 651.

  ---- VIII. II, _b_, 880.
    --tats de Tours, 881.
    --Son arme triomphe  Saint-Aubin, 894.
    --Se marie, 895.
    --Fait revivre ses prtentions sur Naples, 897.
    --Conqute de l'Italie, 898.
    --Demande des secours aux Parisiens, 900.
    --Mort du roi Charles VIII, 902.

  _Charles_ IX s'avoue auteur de la Saint-Barthlemy, 209.
    --Sa mort, 218.

  ---- IV donne ses tats  Louis XIV, IV, _a_, 27.

  ---- II, roi d'Angleterre, IV, _a_, 50.
    --Sa politique, 51.
    --Rvoque la libert de conscience, _ib._
    --Fait pouser sa fille au prince d'Orange, 76.

  _Charni_ (le sire de) frappe Marcel d'un coup de hache, II, _a_, 59.

  _Charni_ (htel de), II, _b_, 854.

  _Charniers_ (les), II, _a_, 451.
    --Inscription, 452.
    --Curiosits, _ib._
    --Dmolis, 458.

  _Charollais_ (le comte de), chef des mcontents, II, _b_, 611.
    -- la tte des flamands, 621.
    --Veut s'emparer de Paris, 623.
    --Fuit  Montlhri, 625.
    --Revient contre Paris, 627.
    --Entre en confrence avec les parisiens, 628.
    --Veut passer la Seine, 632.
    --Confrences, 633.
    --Fait la paix, 635.

  _Chanon_ (Jean), prvt des marchands, III, _a_, 182.

  _Charonne_ (les religieuses de), IV, _a_, 87.

  _Chartreux_, IV, _a_, 326.
    --Constructions, 328.
    --glise, 330.
    --Curiosits, _ib._
    --Sculptures, 333.
    --Entre, 335.
    --Clotre, 336.
    --Dpendances, 337.

  _Chasse-midi_ (le prieur de), IV, _a_, 244.

  _Chteau-Neuf_ (garde des sceaux), III, _b_, 113.
    --Exil, 124.

  _Chtel_ (Jean), sa pyramide, I, _a_, 228.
    --Tente d'assassiner Henri IV, III, _a_, 434.

  _Chtelet_ (le grand et le petit), n'taient point des forteresses,
          I, _a_, 12;
      III, _b_, 338.

  _Chtelet_ (le grand), I, _b_, 509.
    --Opinions sur l'origine de ce monument, _ib._
    --Sa juridiction, 511.
    --Le prvt de Paris y sigeoit, 520.
    --Disposition en faveur du Chtelet, consigne dans le grand coutumier
          de France, 522.
    --tendue de la juridiction de cette cour, 527.
    --Btiment du Chtelet, 528.
    --Ses prisons, 530.

  _Chtillon_ (le cardinal de), III, _a_, 41.

  _Chtillon_ (le comte de), III, _a_, 360.
    --Il choue en voulant escalader les murs de Paris, 361.

  _Chtre_ (le marchal de la), III, _b_, 6.

  _Chaumont_ (les filles de Saint), V. Union chrtienne.

  _Chavigny_, ministre, III, _b_, 104.
    --Gouverneur de Vincennes, 113.
    --Exil, 156.
    --En libert, 160.

  _Chenart_ (Htel-Dieu de Jean), II, _a_, 507.

  _Chereins_ ou Cherei, fondateur de l'glise Saint-Honor, I, _b_, 818.

  _Chirurgie_ (acadmie royale de), III, _b_, 654.
    --Chaires, 662.

  _Chiverny_ disculpe Jean Chtel, I, _a_, 234.

  _Choiseul_ (ancien htel), II, _a_, 250-252.

  _Choiseul_ (le duc de), au ministre, IV, _b_, 301, et suiv.
    --Poursuit les Jsuites, 344.
    --Disgraci, 362.

  _Cholets_ (le collge des), III, _b_, 530.

  _Christophe_ (Saint), I, _a_, 286.
    --Origine de cette glise et par qui elle tait desservie, 287.

  _Cippe_ antique, dcouvert dans la Cit, I, _a_, 463.

  _Cit_ (le de la), diffrente autrefois de ce qu'elle est, I, _a_, 88.

  _Cits_. Leur administration  la chute de l'empire romain, II, _b_, 801.
    --Dcurions, 802.
    --Decemvirs, 803.
    --Rgime municipal sous les rois de France, 807.
    --Prvts, 809.

  _Clair_ (Saint), chapelle, II, _a_, 322.
    --_V._ bons enfants.

  _Clarence_ (le duc de), dfait  Beauc, II, _a_, 161.

  _Clamart_ (htel), III, _a_, 620.
    --Cimetire, 627.

  _Clment_ (Jacques), III, _a_, 329.

  _Clercs_ irlandais, II, _b_, 559.

  _Clerg_, commence  jouir d'une existence politique, II, _b_, 594.

  _Clerg_ (assemble du), IV, _a_, 89.
    --Assemble gnrale, 90.
    --Examine la question de l'autorit du pape, 91.
    --Dclaration, 92.
    --S'assemble en 1754, IV, _b_, 255.
    --Il dnonce le philosophisme, 256.
    --Se montre faible, 257.

  _Clermont_ (le comte de), II, _a_, 398.

  ---- (le comte de), IV, _b_, 294.

  _Clry_ (ancien htel), II, _a_, 250.

  _Clves_ (htel de), I, _b_, 825.

  _Clisson_ (Olivier de), arrt dans un tournoi, I, _b_, 794.
    --Son supplice, II, _a_, 21.

  _Clisson_ (le conntable de), II, _a_, 94.
    --Assassin, 97.

  _Clopinel_ continue le roman de la rose, III, _b_, 417.

  _Clos_ Saint-Victor, III, _a_, 627.

  _Clotilde_ (congrgation de Sainte), II, _b_, 1372.

  _Clovis_ s'tablit  Paris, I, _a_, Disc. prl., 14.
    --Son gouvernement, 55.
    --Sa conversion, 194.
    --Son cnotaphe, III, _b_, 380.
    --Palais de Clovis, 385.

  _Cluny_ (collge de), III, _b_, 704.
    --Htel, 716.

  _Collge_ royal, III, _a_, 515.
    --Chaires diverses, 520.

  _Colbert_ (htel de), II, _a_, 252.

  _Colbert_, IV, _a_, 9.
    --Jugement, 14.
    --Dcrie les billets d'pargne, 15.
    --Ses succs, 17, 26.
    --poque de sa gloire, 83.
    --Excite le roi contre le pape, 87.
    --Sa mort, 126.
    --Il commence la dette publique, 193.

  _Colombes_ (pont aux), I, _a_, 86.

  _Cme_ (glise Saint) et Saint-Damien, III, _b_, 650.
    --Curiosits, 651.
    --Circonscription, 652.

  _Comdiens_ italiens, leur origine en France, II, _a_, 232.
    --Premiers acteurs, 235.
    --Adoptent des pices franoises, _ib._
    --Interdits, 236.
    --Rappels, _ib._
    --Leurs progrs, 238.
    --lvent un thtre, 239.
    --Description, _ib._
    --Intrieur, 243.

  _Comdie_ franoise, IV, _a_, 302.
    --Fte des fous, 303, note.
    --Progrs, 304.
    --Tragdies, 305.
    --Plerins, 307.
    --Leur manire de jouer, 309.
    --Des jeunes gens de Paris forment un thtre, 311.
    --Les bazochiens, 312.
    --Moralits, 313.
    --Arrt du parlement sur les spectacles, 314.
    --puration du got, 316.
    --Molire, 318.
    --La comdie franoise s'organise, 329.
    --Son thtre, 320.
    --Description, 322.
    --Incendi et reconstruit, 322.

  _Compagnies_ (grandes), I, _a_, 51.
    --Leurs ravages, 66.
    --Dtruites, 69.

  _Comtes_ de Paris. Leur usurpation, I, _a_, 67.

  _Conception_ (filles de la), origine, I, _b_, 1006.
    --Exigut de leurs revenus, 1008.
    --Louis XIV les secourt, _ib._
    --glise, _ib._

  ---- Immacule (le monastre royal de la), IV, _b_, 426.

  _Conciles_. De l'ide de leur souverainet, drive la souverainet
          du peuple, III, _a_, 232.

  _Concini_, son ascendant sur la reine, III, _b_, 7.
    --S'enfuit, 24.
    --Assassin, 32.
    --Insulte faite  son cadavre, 34.
    --I, _a_, 96.
    --Sa femme est excute en place de Grve, 34.

  _Cond_ (le prince de.), III, _a_, 40.
    --Chef de la rforme, 41.
    --Se justifie d'un complot, 50.
    --Veut s'emparer de Lyon, 61.
    --Condamn  mort, 63.
    --Se rconcilie avec le duc de Guise, 73.
    --Quitte Paris, 95.
    --Revient avec une arme, 97.
    --Reoit des renforts, 105.
    --Entre en confrence avec la reine, 109.

  ---- (fils du prcdent), revient d'un exil volontaire, III, _b_, 6.
    --Se retire de nouveau, 12.
    --Ses manifestes, 13.
    --Nomm prsident du conseil, 22.
    --Cabale de nouveau, 23.
    --Arrt au Louvre, 25.
    --Conseille de continuer la guerre contre les protestants, 50.
    --Travaille au renvoi de Mazarin, 158.
    --Menace le parlement, 161.
    --Prpare le sige de Paris avec 8,000 hommes, 174.
    --Ses railleries sur les frondeurs, 177.
    --Fait outrage  Mazarin, 197.
    --Rompt ouvertement avec lui, 201.
    --Arrt au Palais-Royal, 202.
    --Mis en libert, 243.
    --Ses projets ambitieux, 244.
    --Cde aux intrigues de Gondi, 254.
    --Cond  Saint-Maur, 256.
    --Sort de nouveau de Paris  la majorit du roi, 258.
    --Sa rvolte, 266.
    --Entre  Paris, 286.
    --Combat aux portes de Paris, 296.
    --Se retire derrire la Seine, 299.
    --Veut forcer le cardinal de Retz  quitter Paris, 301.
    --Horribles scnes, 303.
    --Il est accus d'tre l'auteur d'un massacre, 304.
    --Sort de France, 315.
    --Oppos aux Hollandais par Louis XIV, IV, _a_, 60.
    --Remplace Turenne en Alsace, 67.
    --Battu  Dreux et fait prisonnier, 108.
    --Fait la paix, 117.
    --Sa conduite  la Cour, 120.
    --Fait enlever le roi, 133.
    --Assige Paris, 137.
    --Perd la bataille de Saint-Denis, 140.
    --Paix, 143.
    --Nouveaux troubles, 145.
    --Bataille de Jarnac, 147.
    --Mort de Cond, 148.

  _Cond_ (ancien htel de), IV, _a_, 363.

  _Conflans_ (le seigneur de), assassin par les ordres de Marcel,
          II, _a_, 45.

  _Conflans_ (trait de), II, _b_, 635.

  _Confrence_ (porte de la), I, _b_, 955.
    --Quand elle fut construite, 958.

  _Confession_ (billets de), IV, _b_, 240.

  _Confrries_. Causes morales de ces associations, I, _b_, 559.
    --Civiles et religieuses, 561.
    --Chez tous les peuples, _ib._
    --Confrries religieuses ds les premiers sicles de l'glise, 562.
    --Confrries des arts et mtiers, _ib._
    --Corruption de ces tablissements, _ib._
    --Confrries des tats modernes, 563.
    --Leurs diffrentes espces, 564.
    --Confrries pour le salut des mes, 564.
    --Pour les oeuvres de charit, 565.
    --Des pnitents, _ib._
    --De ngociants, 166.
    --Des officiers de justice, 167.
    --Des artisans, _ib._
    --De la passion, 168.
    --Confrries de factieux, _ib._

  _Congrgation_ de Notre-Dame (les filles de la), III, _a_, 469.

  _Conseil_ (le grand), en quoi il diffrait du parlement, I, _a_, 170.
    --Reoit une forme permanente, 177.
    --Confirm, _ib._
    --Ses attributions depuis Louis XII, 177.
    --De quoi il se composait dans les derniers temps de la monarchie, 179.
    --O il tenait ses assembles, 180.

  _Constance_ (le concile de), II, _b_, 599.
    --Devient conciliabule, 600.

  _Constantinople_. Sa fondation. Disc. prl., 2.

  _Conti_ (fontaine de), IV, _b_, 490.

  _Contrleur-gnral_ (htel du), II, _a_, 252.

  _Convalescents_ (les), IV, _b_, 425.

  _Convertis_ (les nouveaux), III, _a_, 484.

  _Coqueret_ (collge), III, _b_, 536.

  _Cordelires_, III, _a_, 530.
    --Reoivent une maison, 533.
    --Leur rgle, _ib._
    --glise, 534.
    --Forces diffrentes fois d'abandonner leur maison, 535.

  _Cordeliers_, III, _b_, 663.
    --glise, 668.

  _Cordonniers_ (la communaut des frres), III, _b_, 615.

  _Cornouaille_ (collge de), III, _b_, 499.

  _Corrozet_ publie son livre sur Paris, I, _a_, Avertiss. iij.
    --Ce livre retouch par Bonfons, _ib._
    --Ne compte que quatre cents rues et ruelles  Paris, 441.

  _Coss-Brissac_ (htel de), II, _b_, 1315.

  _Cotte_ (Jules et Robert de), architectes, I, _b_, 962.

  _Coucy_ (Enguerrand de), enferm dans la tour du Louvre, I, _b_, 771.

  _Couronne-d'Or_ (maison de la), I, _b_, 653.
    --Habite en 1698 par Guy de la Trmouille, 653.

  _Cours-la-Reine_, I, _b_, 1016.
    --On y joint les Champs-lyses, 1017.

  _Coutras_ (bataille de), III, _a_, 284.

  _Craon_ (Pierre de), II, _a_, 95.
    --Obtient sa grce, 99.

  _Crcy_ (bataille de), II, _a_, 22.

  _Crqui_ (le duc de), IV, _a_, 21.

  ---- (le marchal de), IV, _a_, 68.
    --Remplace Villars, IV, _b_, 106.

  _Crvant_ (bataille de), II, _a_, 375.

  _Croisades_, I, _b_, 688.
    --Leurs avantages extrieurs, 689.
    --Intrieurs, _ib._
    --Contre les Albigeois, 691.

  _Croix_ de la Cit (Sainte-), I, _a_, 259.
    --Origine, _ib._
    --Sa cure, 260.
    --Curiosits de cette glise, _ib._
    --Confrrie en l'honneur des cinq plaies de Notre-Dame, 261.
    --Circonscription, 261.

  _Croix-du-Tiroir_ (fontaine de la), I, _b_, 837.
    --Inscription, 838.

  ---- Gastine (la), II, _a_, 454.

  ---- (les filles de la congrgation de Sainte-), II, _b_, 848.
    --Leur maison, 850.

  ---- la Bretonnerie (les chanoines rguliers de Sainte-), I, _b_, 985.
    --glise, _ib._
    --Curiosits, 988.

  ---- (les religieuses de la), III, _b_, 1287.
    --glise, 1389.

  ---- (les filles de la), II, _a_, 504.

  _Cromwell_ s'empare de la Jamaque, IV, _a_, 4.

  _Culture-l'vque_, I, _a_, 347.

  _Cyble_, adore  Paris, I, _a_, Disc. prl., 7, note.

  _Cyran_ (Saint-)  Port-Royal, IV, _a_, 179.


  D.

  _Damiens_ assassine Louis XV, IV, _b_, 265.
    --Ses dclarations relativement aux Jsuites, 266.

  _Dammartin_ (htel du comte de), I, _b_, 594.

  _Darnville_ (collge de), III, _b_, 694.

  _Dauphine_ (place), I, _a_, 102.
    --D'o lui vient ce nom, 103.
    --Son irrgularit, 104.

  _Dauphin_ (le), Louis, fils de Charles VI, II, _a_, 135.
    --Retir  Bourges, 141.
    --S'empare de Paris, 142.
    --Appelle les princes d'Orlans  son secours, 143.
    --Sa mort subite, 144.

  ---- fils de Louis XIV, IV, _a_, 81.
    --pouse la fille de l'lecteur de Bavire, _ib._

  _Davilar_, III, _a_, 301.

  _Dcrtoire_ (anne), III, _b_, 332.

  _Dcurions_, premiers magistrats des cits, II, _b_, 802.

  _Delamare_. Son Trait sur la police, I, _a_, X.

  _Deni_ de justice, I, _b_, 481.

  _Denis_ de la Chartre (Saint-), I, _a_, 168.
    --Pourquoi ainsi appele, _ib._
    --Desservie par des chanoines sculiers, 270.
    --Rebtie, 271.
    --Curiosits, 272.
    --Vitrages, 273.

  ---- du Pas (Saint-), cause de ce surnom, I, _a_, 364.
    --Existait avant le 12e sicle, 365.

  ---- (quartier Saint-), origine, II, _a_, 481.

  _Dputs_ (palais des), IV, _b_, 528.
    --Le fronton, _ib._

  _Desbrosses_, architecte, termine la grande salle du palais, I, _a_, 163.
    --Construit l'aqueduc d'Arcueil, I, _b_, 834.

  _Descartes_. Son buste et son pitaphe, III, _b_, 381.

  _Dessessarts_ (Pierre), enferm au Louvre, I, _b_, 771.
    --Occupait l'htel des Tuileries, 915.

  ---- (Ppin), poursuit Marcel, prvt des marchands, II, _a_, 58.
    --Prend la fuite, 128.
    --S'empare de la Bastille et est pris, 129.
    --Livr  la populace, _ib._

  _Desjardins_, architecte de la place des Victoires, II, _a_, 210.

  _Desmarets_ (Jean), II, _a_, 86.
    --Son loge et sa mort, 92.

  _Desnoyers_, ministre, III, _b_, 104.

  _Dessin_ (cole gratuite de), III, _b_, 695.

  _Dinocheau_ (Jean), marchand de btail, fondateur d'une chapelle des
          cinq plaies, I, _b_, 960.

  ---- (tienne), neveu du prcdent, courrier ordinaire du roi,
          I, _b_, 960.

  _Doctrine_ chrtienne (les prtres de la), III, _a_, 466.
    --glise et curiosits, 469.

  _Doriole_ (Pierre de), chancelier de France devient prsident de la
          cour des comptes, I, _a_, 185.

  _Dormans-Beauvais_ (collge de), III, _b_, 507.
    --Chapelle et curiosits, 509.

  _Double_ (pont au), I, _a_, 378.

  _Douglas_ (le comte de) fait conntable, II, _a_, 162.

  _Doyenn_ (maison du), I, _b_, 830.
    --Clbre par la mort de Gabrielle d'Estres, _ib._

  _Drapiers_, chaussetiers.
    --Leur confrrie, I, _a_, 273.

  _Drapiers_ (bureau des marchands), I, _b_, 659.

  _Dreux_ (bataille de), perdue par les rforms, III, _a_, 108.

  _Droit_ (cole de), III, _b_, 550.
    --Histoire du droit franais, _ib._
    --Composition de la Facult de droit, 558.
    --Curiosits, 559.

  _Dubois_ (l'abb), au conseil d'tat, IV, _b_, 14.
    --Gagne le duc de Noailles et Canillac, 15.
    --Conclut en Hollande la quadruple alliance, 18.
    --Sa faveur s'accrot au milieu des misres publiques, 37.
    --Archevque de Cambrai, 58.
    --D'o venait son crdit auprs du rgent, 60.
    --Vise au cardinalat, 64.
    --Veut faire casser le parlement, 66.
    --Reoit le chapeau, 67.
    --Ce qui a pu dcider le pape  le nommer, 68.
    --Fait exiler ses adversaires, 71.
    --Premier ministre, 73.
    --Atteint d'une maladie mortelle, 74.
    --Sa mort impie, 75.
    --Ses turpitudes rvles aprs sa mort, _ib._

  _Dubourg_ (Anne), arrt en plein parlement, III, _a_, 33.
    --Son procs, 43.

  _Duchtel_ (Pierre), gardien de la bibliothque, II, _a_, 186.

  _Duel_ judiciaire sous Charles VI, II, _a_, 165.

  _Dufour_, arrt en plein parlement, III, _a_, 33.

  _Duguesclin_. Ses exploits, II, _a_, 169.

  _Dunois_, btard d'Orlans, II, _a_, 389.

  _Dupes_ (journe des), III, _b_, 72.

  _Dupleix_ disculpe les Jsuites de l'attentat de Jean Chtel,
          I, _a_, 231.

  _Duprat_ (chancelier), et la pragmatique, II, _b_, 1029.

  _Dupuy_ (Raymond) organise une milice parmi les hospitaliers,
          II, _b_, 1093.


  E.

  _cole-Militaire_, IV, _b_, 465.
    --Curiosits, 467.

  _coles Chrtiennes_ (frres des), IV, _a_, 357.
    --Leurs diffrents noms, 358.
    --Arrivent  Paris, _ib._

  _cossais_ (collge des), III, _a_, 611.
    --Tombeaux, 613.

  _Ecquevilly_ (htel d'), II, _b_, 1136.

  _dit_ de juillet contre les Calvinistes, III, _a_, 71.

  ---- de janvier, et ses effets, III, _a_, 83.

  ---- d'Amboise, III, _a_, 117.

  ---- d'Union, III, _a_, 309.

  ---- de Nantes, III, _b_, 2.
    --Confirm pendant la minorit de Louis XIII, III, _b_, 4.

  _douard_ Ier, ses dbats avec Philippe-le-Bel, II, _a_, 14.

  ---- II, laisse reprendre aux rois franais leur ascendant, II, _a_, 17.

  ---- III, dispute le royaume de France  Philippe-de-Valois, II, _a_, 17.
    --Reoit  bras ouverts Robert III, banni de France, 21.
    --Prend le parti de Jean-de-Montfort, 21.
    --Dbarque en Normandie, 22.
    --Dfait les Franais  Crcy, et s'empare de Calais, _ib._
    --Vient de nouveau au secours des rvolts, 25.
    --Vainqueur  Maupertuis, 25.
    --Propose un trait honteux, 62.
    --Rentre en France, et sans succs, 63.
    --Cit devant le parlement, 71.

  _glise_ de France, son tat sous Louis XV, IV, _b_, 156 et suiv.

  _Egmont_ (Juste d'), peintre, I, _a_, 879.

  _Elbeuf_ (le duc d') et ses trois fils intriguent  Paris, III, _b_, 169.
    --prouve un chec, 171.

  _lonor_ (comtesse de Vermandois), dote l'glise de Saint-Symphorien,
          I, _a_, 274.

  _lonore_ de Guyenne, II, _a_, 13.

  _lisabeth_ (les religieuses de Sainte-), II, _b_, 1126.
    --glise, 1128.
    --Curiosits, _ib._

  _loi_ (Saint-), orfvre, tablit une communaut de filles, I, _a_, 234.
    --Ceinture de Saint-loi, 225.

  ---- (chapelle Saint-), I, _b_, 626.
    --Hpital des orfvres, 627.
    --Rendu plus vaste et plus commode, 629.
    --Par qui la chapelle tait desservie, 629.

  _mery_ (le surintendant), III, _b_, 126.
    --Sa disgrace, 130.
    --Sa rintgration, 202.

  _Emmenot_, capitaine de quartier, III, _a_, 374.

  _Enfant-Jsus_ (les filles de l'), IV, _a_, 263.
    --Soeurs de l'Enfant-Jsus, ou cole de charit, 356.

  _Enfants-Rouges_ (hpital des), par qui fond et  quelle occasion,
          II, _b_, 1090.
    --Supprim, 1092.

  _Enfans-Teigneux_, IV, _b_, 401.

  ---- _Trouvs_ (hpital des), II, _b_, 1271.
    --Curiosits, 1272.

  ---- _Trouvs_ (maison des), I, _a_, 384.
    --Reconstitue par Saint-Vincent-de-Paul, 387.
    --Revenus et usages de cette maison, 388.

  _Enghien_ (le duc d'),  Rocroy, III, _b_, 115.
    --Ses liaisons avec la duchesse de Montbazon, 116.
    --Victoire de Lens, 140.

  ---- (hospice d'), IV, _b_, 533.

  _pernay_ (confrences d'), III, _a_, 269.

  _pernon_ (le duc d'), quitte le parti de Henri Quatre, III, _a_, 333.
    --Force le parlement  donner la rgence  Marie de Mdicis,
          III, _b_, 3.
    --Conseille sagement la rgente, 12.
    --coute les propositions de Marie de Mdicis, 36.
    --Reu en grce, 37.
    --Refuse d'obir au roi, 61.

  _piscopal_ (palais), quand bti et par qui, I, _a_, 328.
    --Agrandi, 329.

  _Esprit_ (hpital du Saint-), III, _b_, 818.
    --Curiosits, 819.

  ---- (sminaire du Saint-), III, _b_, 562.
    --Chapelle et curiosits, 564.

  _Estres_ (htel d'), II, _b_, 1318.

  _Essarts_ (Marie des), sa spulture, III, _b_, 361.

  _tampes_ (htel de la duchesse d'), III, _b_, 711.

  _tats-Gnraux_ sous Charles Dauphin, II, _a_, 27.

  _tienne_, doyen de Paris, dresse des statuts pour l'Htel-Dieu,
          I, _a_, 370.

  ---- prvt de Paris, I, _b_, 521.

  _tienne-du-Mont_ (Saint-), glise paroissiale, III, _b_, 388.
    --Architecture, 391.
    --Curiosits, 392.
    --Circonscriptions, 395.

  _tienne-des-Grs_ (collgiale), III, _b_, 419.
    --Anciennet, 421.
    --Son tat au 11e sicle, 422.
    --Curiosits, 424.
    --Inscription grecque rtrograde, 425.

  _toile_ (de l'), justifie les Jsuites de l'attentat de Jean Chtel,
          I, _a_, 232.

  _tuves_ (maison ou htel des), I, _a_, 89.

  _Eudes_, comte de Paris, _b_, I, 490, note.

  _Eudistes_ (communaut des), III, _b_, 560.

  _Eusbe_ (Saint-) de Verceil soumet ses clercs  la vie monastique,
          I, _a_, 356.

  _Eustache_ (quartier Saint-), II, _a_, 296.
    --Antiquits romaines, 364.
    --Monuments nouveaux, 365.

  ---- (glise Saint-), origine, II, _a_, 298.
    --Paroisse, 300.
    --Fondation, 301.
    --Confrries, 302.
    --Rpare et agrandie, 302.
    --Son architecture, 303.
    --Nouveau portail, 304.
    --Sa critique, 305.
    --Intrieur, 306.
    --Curiosits, 307.
    --Circonscription, 312.
    --Rparations, 363.

  _vch_ de Paris, spar de la mtropole de Sens, I, _a_, 354.
    --Devient archevch, _ib._

  _vques_, leur autorit sous les rois de France, I, _a_, 330.
    --Prennent le baudrier, 331.
    --Leur puissance sous Ppin, 333.
    --Se mlent de la police temporelle, 335.
    --Tenaient des plaids, 338.
    --N'infligeaient point arbitrairement l'excommunication, 40.
    --S'ils allrent trop loin dans l'assistance qu'ils prtrent
           l'autorit sculire, 342.

  ---- de Paris. Leur maison, I, _a_, 327.
    -- quelle occasion ils firent construire des chapelles, 329.
    --Terrain qu'ils possdaient au couchant de Paris, 347.
    --Leur puissance au temps de Saint-Louis, _ib._
    --Offrent une suite nombreuse de grands et pieux personnages, 354.

  _Excommunication_. Ses effets, I, _a_, 340.


  F.

  _Farnhse_ (lisabeth) pouse Philippe V, IV, _b_, 11.
    --Son ambition, 12.

  _Faubourgs_ de Paris. Leur origine, I, _a_, 83.

  _Felibien_, bndictin, auteur d'un ouvrage sur Paris, I, _a_, VII.

  _Fodalit_, son origine, I, _a_, 45.
    --Plus naturelle qu'on ne pense, 61.
    --Condamne par Mably, dfendue par M. de Bonald, 73.
    --Ses abus, 75.

  _Ferdinand_, empereur d'Allemagne, a recours  Walstein, III, _b_, 83.
    --Fait assassiner Walstein, 85.
    --Rtablissement de ses affaires, 86.

  _Fermes_ (htel des), II, _a_, 342.
    --Achet par Pierre Sguier, 343.
    --Dcoration intrieure, _ib._

  _Ferte_ Senectre (ancien htel la), II, _a_, 250.

  _Fenrand_, comte de Flandre, enferm dans la tour du Louvre, I, _b_, 730.

  _Ferrire_-Maligni, tablit la premire glise reforme  Paris,
          III, _a_, 23.

  _Feu_ sacr, I, _a_, 289.

  _Feuillade_ (le duc de la), II, _a_, 205.
    --Fait riger un monument  Louis XIV, 206.
    --Prcautions qu'il prend pour rendre son monument durable, 211.
    --Plaisanterie de l'abb Perrin sur ce marchal, 213, IV, _a_, 150.

  _Feuillantines_ (les religieuses), origine, III, _b_, 457.
    --Curiosits de l'glise, 459.

  _Feuillants_ de la rue Saint-Honor, I, _b_, 982.
    --Leur rgle, 983.
    --Leur congrgation rige  Paris, 935.
    --Faveurs dont les comble Henri IV, 986.
    --glise, portail, 987.
    --Description et curiosits, 989.
    --Bibliothque, 991.

  ---- des Anges gardiens, IV, _a_, 324.

  _Feux_ de Saint-Jean, II, _b_, 796.

  _Feydeau_ (thtre), II, _a_, 290.

  _Fiacres_ (maison des), II, _b_, 762.

  _Fiffer_, commandant des Suisses, III, _a_, 134.

  _Filles-Dieu_ (communaut des), II, _a_, 508.
    --poque de leur tablissement, 509.
    --Abandonnent leur maison, 512.
    --Leur translation, _ib._
    --Le relchement s'y introduit, 513.
    --Nouvelles religieuses, 514.
    --glise, 515.
    --Crucifix, 516.

  _Firmin_ (le sminaire Saint-), remonte au moins  1247, 592.
    --Bibliothque, 595.

  _Flandre_ (ancien htel de), II, _a_, 331.

  _Flamel_ (Nicolas), I, _a_, 291.
    --Btit le portail de Saint-Jacques-la-Boucherie, _b_, 548.
    --Reprsent sur un pilier de cette glise, 551.

  _Fleming_ (Reinier), bourgeois de Paris, II, _b_, 978.

  _Fleury_ (l'abb de), vque de Frjus, IV, _b_, 86.
    --Vise au ministre, 87.
    --Y parvient, 91.
    --Son caractre, 92.
    --Nomm cardinal, 93.
    --Sans rivaux et sans ennemis, 94.
    --Rforme les finances, 95.
    --Sa politique inepte, 96.
    --Dupe de Walpole, 100, note.
    --Foiblesse de ce ministre, 103.
    --Au comble de la puissance, 109.
    --Ferme les yeux sur les dissolutions du roi, 111.
    --S'oppose  la guerre, 116.
    --Son innocence diplomatique, 123.
    --Meurt, 127.
    --Sa conduite dans les affaires du jansnisme, 170 et suiv.

  _Foire_ Saint-Germain, IV, _a_, 345.
    --O elle se tenoit, 346.
    -- Supprime, 347.
    --Rtablie, 348.
    --Nouvelles acquisitions, _ib._
    --Loges construites et brles, 349.
    --Prau de la foire, 351.
    --March, 352.

  _Foires_ de Paris, IV, _a_, 350, note.

  _Foix_ (Sainte-). Ses Essais sur Paris, I, _a_, viii.
    --Ses dfauts, ix.

  _Foix_ (le comte de) dfend Meaux, II, _a_, 52.

  _Fontaines_ de Paris sous Philippe-Auguste, I, _b_, 832.
    --Depuis Philippe-Auguste jusqu' Louis XII, _ib._
    --Sous Louis XIII, 834.
    --En 1669, 835.
    --Nouvelles en 1671, 886.
    --Sous Louis XV, _ib._
    --Pompe  feu, 837.

  _Fort-l'vque_ (le), tymologie de ce mot, I, _b_, 620.
    --Inscription, 623 et la note.

  _Force_ (prison de la), Histoire de cet htel II, _b_, 1173.
    --Description, 1174.

  _Force_ (la petite). Destination de cette prison, 1183.
    --Description, _ib._

  _Force_ (M. de la), gouverneur du Barn, III, _b_, 21.

  _Fortet_ (collge de), III, _b_, 540.

  _Fouace_ (Pierre) tue Marcel, prvt des marchands, II, _a_, 59.

  _Foulon_ (htel de), II, _b_, 1137.

  _Fouquet_, IV, _a_, 16.

  _Fourcy_ (htel de), II, _b_, 965.

  _Fous_ (fte des), IV, _a_, 303, note.

  _France_ chrtienne (Gallia christiana) a rpandu des lumires sur
          les antiquits de Paris, I, _a_, XIII, note.

  _Franois_ de Sales (les prtres de saint), III, _a_, 501.

  ---- de Paule (saint), I, _b_, 1054.

  _Franois Ier_. tat de la France au commencement de son rgne,
          II, _b_, 1024.
    --Songe  reconqurir le duch de Milan, 1026.
    --Concordat, 1030.
    --Rsistance du parlement, 1031.
    --Doctrines sur la souverainet du peuple, 1034.
    --Troubles dans l'Universit, 1037.
    --Le roi la rduit  la raison, 1039.
    --Rivalit du roi avec Charles d'Autriche, 1041.
    --Conqute du Milanois, 1042.
    --Revers et dvouement des Parisiens, 1048.
    --Pavie, 1053.
    --Le roi revient  Paris, 1065.
    --Sa conduite envers les rforms, 1073.
    --Nouvelle guerre, 1073.
    --Bataille de Cerisolles, 1078.
    --Dernires annes de ce prince, 1080.
    --Sa mort, 1082.

  _Franois II_. Commencements de son rgne, III, _a_, 37.
    --Sa foiblesse, 38.
    --Assemble de Fontainebleau, 58.
    --Revient  Paris bien accompagn, 62.
    --Sa mort subite et imprvue, 63.

  _Franois II_, duc de Bretagne, II, _b_, 890.
    --Fait la guerre au roi, 894.
    --Sa mort, 895.

  _Frdegaire_, ancien chroniqueur, II, _a_, 166.

  _Frdric II_, roi de Prusse, s'empare de la Silsie, IV, _b_, 114.
    --Gagne la bataille de Molwitz, 115.
    --Ligue contre lui, 289.
    --Son intrpidit, 291.
    --Vainqueur  Rosbach, 292.
    --prouve des revers, 295-303.
    --Fait la guerre en partisan, 305.

  _Frondeurs_. Leur arme, III, _b_, 175.
    --Attaque de Charenton, 176.
    --Disposs  la paix, 178.
    --Nouveaux troubles, 204.
    --Ils demandent le jugement de leurs chefs Gondy et Beaufort, 209.
    --Sige et paix de Bordeaux, 222.


  G.

  _Galerie_ (la grande) du Louvre, I, _b_, 931.
    --Sous qui commence et acheve, 932.
    --Description extrieure, 937.
    --Distribution intrieure, 939.
    --Tableaux, 941.
    --Sculpture, 942.

  _Galiga_, pouse de Concini, III, _b_, 7.

  _Galles_ (le prince de), vainqueur  Maupertuis, II, _a_, 25.

  _Galon_, vque de Paris, I, _b_, 536.

  _Ganganelli_ (Clment XIV), IV, _b_, 347.
    --Abolit l'ordre des Jsuites, _ib._, note.

  _Garancire_ (htel de), IV, _a_, 364.

  _Garde_ (hpital de la), IV, _b_, 532.

  _Garde-meuble_. Description, I, _b_, 1014.
    --Comparable  la faade du Louvre, _ib._

  _Gare_ (la), II, _b_, 976.

  _Garin_ Masson consacre une maison  l'tablissement des pauvres
          passants, I, _b_, 497.

  _Garlande_ (tienne de) fonde la chapelle de Saint-Agnan, I, _a_, 280.

  _Gaston_, ennemi de Richelieu, III, _b_, 73.
    --Lieutenant-gnral du royaume, devient le jouet de Condy, 235.
    --Ses irrsolutions, 255.
    --Excite une meute contre Mazarin, 274.
    --Exil  Blois, 317.

  _Gauguin_ (Simonne) fonde l'hpital de la Charit Notre-Dame,
          II, _b_, 1244.

  _Genve_ (petite). Pourquoi le faubourg Saint-Germain fut ainsi
          appel, I, _a_, xxj.

  _Gnraux_ super-intendants, I, _a_, 186.
    --Gnraux conseillers, 187.

  _Gnraux_ des aides, I, _a_, 187.

  _Genevive_ (Sainte-). Son emplacement, I, _a_, 83.
    --sa fondation, III, _b_, 368.
    --tat des chanoines au 12e sicle, 371.
    --Rforms, 373.
    --Relchement, 374.
    --Antiquits de l'glise, 372.
    --Reliques de sainte Genevive, 376.
    --Chapelle, 378.
    --Curiosits, _ib._
    --Chsse et tombeau de sainte Genevive, 380.
    --Clotre, 381.
    --Bibliothque, 383.
    --Communaut des Filles de Sainte-Genevive, 397.
    --Nouvelle glise, 398.
    --Rparations, 402.
    --Carr, 384.

  ---- _des Ardents_ (Sainte-), I, _a_, 288.
    --Pourquoi ainsi nomme, 289.
    --Miracles  l'occasion du mal des ardents, _ib._
    --Sainte-Genevive (la petite glise), 290.
    --Cde  Eudes de Sully, 291.

  ---- (cour et hpital Sainte-), III, _b_, 437.

  _Geoffroy_ de Saint-Omer, fondateur des templiers, II, _b_, 1094.

  _Georges_ (Saint-), oratoire sur le chemin de Saint-Denis, I, _a_, 252.

  _Grard_, fondateur des hospitalires, II, _b_, 1099.

  _Germain_ (le vieux Saint-), I, _a_, 261.
    --Origine, _ib._
    --Pourquoi ainsi surnomm, 263.
    --Le recteur de l'Universit nommait  cette cure, _ib._
    --Curiosits, 264.
    --Circonscription, 265.
    --Les fonts baptismaux de Paris toient jadis dans cette glise, 361.

  _Germain-des-Prs_ (Saint-), I, _a_, 83.

  ---- _l'Auxerrois_ (Saint-), I, _a_, 83.
    --Son origine, I, _b_, 740.
    --Opinion de Jaillot, 741.
    --De Lebeuf, 743.
    --Sa dpendance de l'glise cathdrale, 746.
    --Dtruite par les Normands, 747.
    --Rebtie, _ib._
    --N'tait pas un monastre, 748.
    --Avait un chapitre, 749.
    --Runi au chapitre de Notre-Dame, 752.
    --glise royale, _ib._
    --Antiquit de ses constructions, _ib._
    --Devient paroissiale, 755.
    --Curiosits, 757.
    --Circonscription, 760.

  ---- (Saint-) et Saint-Marcel-les-Paris, I, _b_, 502.

  ---- (nouveau march Saint-), IV, _a_, 407.

  ---- (quartier Saint-), IV, _b_, 373.
    --L'Abbaye, _b_, 402.
    --Curiosits, 412.
    --Dcorations nouvelles, 418.
    --Bibliothque, 419.
    --Cabinet d'antiquits, 420.
    --Htels divers, 480.
    --Fontaines, 490.

  _Gervais_ (l'glise Saint-). Origine, II, _b_, 836.
    --Paroissiale, 837.
    --De qui dpendante au 11e sicle, 838.
    --Rebtie, 843.
    --Curiosits, 844.
    --Circonscription, 845.
    --Hpital, 847.
    --Nouvelles dcorations, 874.

  ---- (filles de Saint-), II, _b_, 1163.

  _Gesvres_ (htel de), II, _a_, 253, 347.

  _Giffart_, partisan de Marcel, II, _a_, 59.

  _Gilles_ et Saint-Leu (Saint-), I, _a_, 272.

  _Glaces_ (manufacture royale des), II, _b_, 1301.

  _Glocester_ (le duc de), II, _a_, 378.
    --Manque l'occasion d'craser le parti de Charles VII, 379.

  _Grenier_  sel, I, _b_, 624.

  _Gloriette_ (cul-de-sac), III, _b_, 585.

  _Gobelins_. Dtails sur cette famille, III, _a_, 537.

  ---- (la manufacture royale des), III, _a_, 537.
    --La premire de l'Europe en ce genre, 539.
    --Produits, _ib._

  _Gondi_, premier archevque de Paris, en 1622, I, _a_, 354.

  _Gondi_, coadjuteur de Paris, III, _b_, 135.
    --Frondeur, 140.
    --Sa conduite au sujet de Broussel, 142.
    --Matre de Paris, 147.
    --Se lie avec le prince de Cond, 154.
    --Fait chansonner Mazarin et le rgent, 164.
    --Se fait arrter par le peuple, 168.
    --Prend la Bastille, 171.
    --Veut empcher la paix de Charenton, 180.
    --Ngocie secrtement avec l'Espagne, 182.
    --Fait trembler le parti modr du Parlement, 189.
    --Retire seul tous les avantages de la paix, 195.
    --Ses liaisons avec la duchesse de Chevreuse, 196.
    --Essaie de ranimer la guerre, 201.
    --Accus d'avoir voulu faire assassiner Cond, 206.
    --Devient l'appui du trne, 211.
    --Mazarin se prononce contre lui, 224.
    --Orage contre lui, 237.
    --Cite, en se justifiant, un prtendu passage de Cicron, 238.
    --Sa retraite feinte  l'archevch, 248.
    --Comment il reut la nouvelle que la reine, conseille par Mazarin,
          l'appeloit au ministre, 252.
    --Se dclare contre Cond, 255.
    --L'accuse en parlement, et est lui-mme accus, 258.
    --Se fait dfendre par la reine d'assister au parlement, 262.
    --Refuse de consentir au retour de Mazarin, 272.
    --Nomm cardinal, 278.
    --Se retire de nouveau  l'archevch, 279.
    --Reparoit avec un appareil formidable, 306.
    --Reoit le chapeau des mains du roi, 313.
    --Sa mort, 318. Note.

  _Godin_ (hpital de Pierre), II, _a_, 507.

  _Goujon_, le plus grand statuaire moderne, I, _b_, 781.

  _Gourdaine_ (l'isle  la). Ce que c'tait, I, _a_, 89.

  _Grammont_ (ancien htel), II, _a_, 250.

  _Grange_ (Jean de la). Son portrait sur les vitraux de Saint-Denis
          de la Chartre, I, _a_, 273.

  _Grassins_ (le collge des), III, _b_, 547.
    --Chapelle, 549.

  _Gratien_, l'empereur, habita Paris, I, _a_, dis., p., 13.

  ---- jurisconsulte, sa compilation fait instituer les coles de
          droit canonique, III, _a_, 557.

  _Grgoire_ XIII approuve la ligue, III, _a_, 262.

  _Grenier_ de rserve, II, _b_, 975.

  _Grve_ (quartier de la), II, _b_, 793.
    --Place, 795.

  _Gros-Caillou_, IV, _b_, 484.

  _Guemen_ (htel) II, _b_, 1332.

  _Gueret_ (le pre), prcepteur de Jean Chtel, disculp, I, _a_, 233.
    --Son courage dans les tourments de la question, 236.
    --Banni  perptuit, 237.

  _Guerri_. Changeur, I, _b_, 538.

  _Guet_ (maison du chevalier du), I, _b_, 656.

  _Guignard_ (le pre), Jsuite, justifi de l'attentat de Jean Chtel,
          I, _a_, 233.
    --Sa mort courageuse, 235.

  _Guillaume_, roi d'Angleterre,  la tte de la grande alliance,
          IV, _a_, 139.

  _Guillot_, pote du XIIIe sicle, I, _a_, 430.
    --Son Dict. sur les rues de Paris, 431.
    --Nombre de rues  Paris au temps de Guillot, 440.

  _Guise_ (Franois de), ses commencements, III, _a_, 16.
    --Nomm lieutenant-gnral du royaume, 17.
    --Parti qu'il prend  l'gard des rforms, 49.
    --Dclar conservateur de la patrie, 54.
    --Feint de se rconcilier avec le prince de Cond, 73.
    --Entre  Paris, 93.
    --Prpare le sige d'Orlans, 111.
    --Sa mort, _ib._
    --Son apologie, 113.

  _Guise_ (le jeune duc de), charg de tuer Coligny, III, _a_, 182.
    --Chef des ligueurs, 264, somme Henri III de faire la guerre au
          roi de Navarre, 272.
    --Sa conduite avec l'arme allemande, 285.
    --Est rejoint par les principaux ligueurs, 287.
    --Entre  Paris, 291.
    --Se prsente devant le roi, 294.
    --Exige le renvoi des favoris, 295.
    --Sa conduite  la journe des Barricades, 300.
    --Trait qu'il voulait faire avec le roi, 301.
    --Rtablit le calme dans Paris, 304.
    --dit d'union, 309.
    --Assassin par l'ordre du roi, 316.

  _Guises_ (les), leur parti, III, _a_, 37.
    --Leur conduite prudente, 42.
    --Poursuivent la rforme avec vigueur, 46.
    --Dcouvrent la conspiration d'Amboise, 52.
    --Pourquoi ils mnagent le prince de Cond, _ib._
    --Leur crdit effraye la reine, 56.
    --Leur exil, 89.

  _Gustave_, roi de Sude, entre en Allemagne, III, _b_, 83.
    --Ses conqutes, _ib._
    --Tu, 84.

  _Guy_, comte de Flandre, enferm au Louvre, I, _b_, 771.


  H.

  _Hainault_ (Jacqueline de), pouse le duc de Glocester, II, _a_, 378.

  _Halles._ Leur origine, II, _a_, 427.

  ---- (au bled), son origine, 323.
    --Description, 324.
    --La cour couverte, 325.
    --Colonne et fontaine, 327.
    --Vote en fer, 365.

  ---- (aux cuirs), II, _a_, 439.

  ---- (aux draps et aux toiles), II, _a_, _ib._

  ---- (aux fromages), II, _a_, 438.

  ---- (aux fruits), II, _a_, 437.

  ---- (aux herbes et aux choux), II, _a_, 438.

  ---- ( la mare), II, _a_, 436.

  ---- (aux poires), II, _a_, 438.

  ---- (au poisson d'eau douce), II, _a_, 437.

  ---- (aux veaux), III, _a_, 447.

  ---- ( la viande), II, _a_, 437.

  ---- (au vin), III, _a_, 447.
    --La nouvelle, 459.

  _Harcour_ (collge de), III, _b_, 701.

  _Harengs_ (journe des), II, _a_, 386.

  _Harlay_ de Chanvallon, archevque de Paris, I, _a_, 354.

  ---- (htel de), II, _b_, 1136.

  _Haudri_, fondateur des Haudriettes, I, _b_, 1000.

  _Haudriettes_, religieuses, I, _b_, 999.
    --Hospice et chapelle, II, _a_, 798.
    --Statuts, 800.

  _Hlyot_, son tmoignage sur les religieuses de l'Htel-Dieu,
          I, _a_, 376.

  _Hloyse_, III, _a_, 553.

  _Henri II_, rprime l'hrsie, 5. III, _a_, 4.
    --Mnage les Anglais, 6.
    --Refuse de recevoir les dcrets du concile de Trente, 9.
    --Conclut une alliance avec le corps germanique, 10.
    --Assemble le parlement, 11.
    --Son expdition contre l'empereur, 14.
    --Cde, 15.
    --L'ennemi en France, 16.
    --Paix de Cateau-Cambresis, 18.
    --Son antipathie pour la rforme, 27.
    --Fait saisir deux membres du parlement, 33.
    --Son apologie, 35.

  _Henri III._ Son avnement, III, _a_, 219.
    --Ses concessions aux rforms, 224.
    --Son indolence quand la guerre s'allumait de toutes parts, 244.
    --Chef de la Ligue, 245.
    --Ses dbauches, 251.
    --Ses mignons, 253.
    --Conspiration contre lui, 254.
    --Devient l'objet de l'animadversion publique, _a_, 269.
    --Son discours  l'assemble qu'il avait convoque au Louvre, 273.
    --Effet de sa harangue, 276.
    --Guerre des trois Henri, 277.
    --Ne veut pas dtruire les huguenots, 278.
    --Nouvelle guerre, 279.
    --Dconcerte un complot de ligueurs, 283.
    --La haine publique se dchane contre lui, 286.
    --Son indcision, 288.
    --Promet le renvoi des favoris, 296.
    --Journe des barricades, 298.
    --Quitte Paris, 303.
    --Fait paratre un manifeste, 305.
    --dit d'union, 309.
    --tats de Blois, 311.
    --Veut faire assassiner le duc de Guise, 314.
    --Se jette entre les bras du roi de Navarre, 324.
    --Se prsente devant Paris avec une arme, 328.
    --Assassin par Jacques Clment, 331.

  _Henri_ IV ne croyait point les Jsuites complices de Jean Chtel,
          I, _a_, 240.
    --Pourquoi il les laissa proscrire par le parlement, 244.
    --Les rappelle, 245.
    --Son avnement au trne, III, _a_, 332.
    --Journe d'Arques, 336.
    --Assige Paris, _ib._
    --Se rend  Tours, 337.
    --Diffrents comptiteurs, 339.
    --Assige Dreux, 343.
    --Bataille d'Ivry, _ib._
    --Investit Paris, 350.
    --Nourrit les assigs, 352.
    --Reoit une dputation des Parisiens, 355.
    --S'loigne de Paris, 368.
    --Dcouvre les projets de Charles de Bourbon, 370.
    --Guerre civile dans les provinces, 380.
    --Henri ngocie avec Mayenne, 384.
    --tat de la ligue, 389.
    --Se dclare catholique, 398.
    --Abjure, 407.
    --S'empare de Paris, 420.
    --Gagne les coeurs, 423.
    --Meurt, 435.

  ---- (place de) et sa statue, I, _a_, 92.
    --Sa statue dtruite et rtablie, 97.
    --Inscription, 94.
    --Jugement sur cette statue et ses reliefs, 96.
    --Ses inscriptions, 99.

  _Henri_ V s'avance en conqurant dans la Normandie, II, _a_, 157.
    --Trompe le Dauphin, 158.
    --Dclare rgent et hritier du trne, 160.
    --Entre  Paris, _ib._
    --Meurt  Vincennes, 162.

  _Henri_ VI quitte Rouen, II, _a_, 402.
    --Est reu et sacr  Paris, 403.
    --Retourne en Angleterre, 404.

  _Henri-de-Merle_ (htel de), III, _b_, 730.

  _Herbouville_ (htel d'), II, _b_, 1320.

  _Hercule_ (htel d'), III, _b_, 712.

  _Hibernois_ (hospice des), IV, _a_, 256.

  _Hilaire_ (Saint-), son origine, III, _b_, 354.
    --Curiosits, 365.

  _Hilduin_, auteur des aropagitiques, II, _a_, 166.

  _Hippolyte_ (glise paroissiale de Saint-), III, _a_, 526.
    --Description, 528.
    --Curiosits et circonscription, 529.

  _Hocstet_, bataille perdue, IV, _a_, 151.

  _Holbach_ (le baron d'), IV, _b_, 359.

  _Hollandais_. Leur orgueil, IV, _a_, 36.
    --Attaques par toute la puissance de Louis XIV, 40.
    --Demandent la paix, 42.
    --Acceptent la mdiation de la Sude, 49.
    --Les hostilits continuent, 54.
    --Ils font de nouvelles propositions et les retirent, 55.
    --Font la paix, 77.

  _Honel_ (Nicolas), fonde un hpital, III, _a_, 514.

  _Honor_ (l'glise Saint-), sa fondation, I, _b_, 818.
    --Appele une des filles de Notre-Dame, 819.
    --Curiosits, 820.

  _Hpital_ (Michel de l'), III, _a_, 54.
    --Sa conduite au sujet de Cond, 63.
    --Colloque de Poissy, 76.
    --Plan de conciliation qu'il offre  la cour, 101.

  _Hpital_ (htel de l'), II, _b_, 1136.

  _Hpital Gnral_. Voyez _Salptrire_.

  _Hpitaux_, leur tablissement est un bienfait du christianisme,
          I, _a_, 366.
    --Leur origine en France, 367.

  _Hospice_ de la rue de Grenelle, II, _a_, 328.

  _Hospitaliers_ de Jrusalem, II, _b_, 1092.

  _Hospitaliers_ de la Misricorde de Jsus, III, _a_, 502.
    --Curiosits, 504.

  _Hospitalires_ de la Roquette, II, _b_, 1278.

  _Hospitalires_ de Sainte-Anastase, II, _b_, 164.
    -- quel ordre elles appartenoient, 1165.

  _Htel-Dieu_, I, _a_, 366.
    --Premier titre relatif  cet tablissement, 369.
    --Intrieur, 372.
    --Btimens anciens et modernes, 376.
    --Incendies, 379.
    --Rparations, _ib._

  _Htel-de-Ville_, II, _b_, 813.
    --Description, 814.
    --Curiosits, 816.
    --Brl, III, _b_, 302.

  _Huguenots_. tymologie de ce mot, III, _a_, 52.
    --Leurs alarmes aprs la mort de Henri IV, _b_, 4.
    --Se runissent en assemble gnrale, 8.
    --Se conduisent comme une puissance indpendante, 13.
    --Confrences de Loudun, 22.
    --Leur conduite factieuse, 44.
    --Courent aux armes, 45.
    --Leur assemble  La Rochelle, 46.
    --Rendent la ville de Montpellier et font la paix, 54.

  _Hugues Capet_ appel au trne, I, _a_, 83.
    --_b_, 491.
    --La France sous Hugues Capet, 683.


  I.

  _Ignace_ de Loyola, fonde les Jsuite  Montmartre, II, _b_, 1187.

  _le_ Saint-Louis. Sa description, I, _a_, 408.
    --Projets de Henri IV sur ce terrain, 411.
    --Ses htels, 415.
    --Ses ports, 420.
    --Rues, 460.
    --Quais, 461.

  _Importants_, factieux ainsi appels, III, _b_, 109.
    --Leurs chefs aspirent au ministre, 113.
    --Leur dfaite, 118.

  _Imprimerie_ introduite  Paris, II, _b_, 658.

  _Immunit_ (privilge de l'), I, _a_, 209.

  _Inchade_ cde plusieurs terres aux chanoines de Notre-Dame, I, _a_, 359.

  _Incurables_, IV, _a_, 257.
    --Administration de cet hospice, 258.
    --Curiosits, 259.

  _Indes_ (htel de la Compagnie des), II, _a_, 252.
    --Sa magnificence, 253.

  _Instruction_ chrtienne (les filles de l'), IV, _a_, 279.

  _Innocents_ (glise des Saints-), son antiquit, II, _a_, 440.
    --D'o lui venoit ce nom, 443.
    --Sa ddicace, _ib._
    --Curiosits, 446.
    --Circonscription, 448.
    --Cimetire, _ib._
    --S'augmente, 450.
    --Charniers, 451.
    --Curiosits, 454.
    --Sculptures, 456.
    --Place et fontaine, 460.
    --poque de la fondation de ces deux monuments, 461.
    --Leur mrite, 450.
    --Inscription de Santuel, 464.
    --March, 478.

  _Institut_. _Voyez_ Mazarin (collge).

  _Invalides_ (glise des), IV, _b_, 457.
    --Avenues, 525.
    --Htel (royal des), 453.
    --Description extrieure, 455.
    --Le dme, 458.
    --Description intrieure, 459.
    --Curiosits, 461.

  _Isabeau_ de Bavire entre  Paris, I, _a_, 394.

  _Isabelle_ de Bavire. Son inconduite, II, _a_, 150.
    --Relgue  Tours, est dlivre, 151.
    --Son entre triomphante  Paris, 156.
    --Meurt, 406.

  _Isis_. Collge de ses prtres  Issy, I, _a_, disc. prl., 7.

  _Isis-Cyble_ (tte d'), II, _a_, 364.

  _Italien_ (thtre), II, _a_, 241.
    --Description de l'extrieur, _ib._
    --Intrieur, 243.


  J.

  _Jacobins_ de la rue Saint-Honor. Origine, I, _b_, 971.
    --Leur rforme, 971.
    --Dtails sur leur maison, 973.
    --Tableaux, curiosits, _ib._
    --Bibliothque, 974.
    --vnement qui eut lieu dans ce couvent, _ib._

  ---- _rforms_, IV, _b_, 430.
    --Bibliothque, 434.

  _Jacquerie_, I, _a_, 159.

  _Jacques-de-la-Boucherie_ (Saint), quartier, I, _b_, 471.

  _Jacques-de-la-Boucherie_ (glise Saint-), I, _b_, 542.
    --Opinion de l'auteur sur son origine, 545.
    --Paroisse, 546.
    --Augmente, 547.
    --Ses parties plus modernes, _ib._
    --Tour, 548.
    --Petit portail, _ib._
    --Curiosits, 552.
    --Droit d'asile, _ib._
    --Circonscription, 553.
    --Confrries, 557.

  _Jacques-l'Hpital_ (Saint-), II, _a_, 482.
    --poque de sa fondation, 484.
    --Comment il toit administr, 485.
    --glise, 489.
    --Inscription, 490.

  _Jacques-du-Haut-Pas_ (Saint-), III, _b_, 433.
    --glise-nouvelle, 435.
    --Circonscription, 437.
    --Curiosits, 436.
    --Hospice, 486.

  _Jaillot_, ses recherches sur Paris, I, _a_, Avert. X.

  _Jansnisme_. Ide de cette hrsie, IV, _a_, 24.
    --S'introduit dans le parlement, 25.
    --O tait son foyer, 179, Note.
    --Rflexions sur les querelles de jansnisme, 179.

  _Jansnistes_, manoeuvres des vques de cette secte, IV, _b_, 180.
    --Difficults qu'prouve le pape  les rprimer, 161.
    --Leurs intrigues multiplies, 163 et suiv.
    --Dtails sur la doctrine de Jansnius, 166, Note.
    --Opposants et appelants, 173.
    --Silence absolu, 176.
    --Bulle de sparation, 180.
    --Calme apparent, 188.
    --Nouvelles manoeuvres, 191.
    --Consquence rigoureuse de celle hrsie, 205.
    --Les Jansnistes travaillent le peuple, 211.
    --Miracles prtendus, _ib._ et suiv.
    --Leur doctrine sur leur droit d'absoudre, IV, _b_, 241.
    --Leurs manoeuvres, 251.
    --S'allient aux philosophes, 327.

  Jardin des Tuileries, I, _b_, 944.
    --Sa distribution primitive, 946.
    --Moderne, 948.
    --Statues et autres ornements, 953.

  ---- Turc, II, _b_, 1160.

  ---- du Roi (pont du). II, _b_, 1370.

  ---- et cabinet du Roi, III, _a_, 488.
    --Origine, 489.
    --Jardin botanique, 491.
    --Cabinet d'histoire naturelle, 494.
    --Agrandi, 660.

  _Jarnac_ (bataille de), III, _a_, 147.

  _Javeaux_ ou _Javiaux_ (le des), ou _Louvier_, I, _a_, 423.

  _Jean-le-Rond_ (Saint-), I, _a_, 361.
    --Cause de ce surnom, 362.
    --Par qui ce baptistre tait desservi, 362.
    --Spultures, 363.
    --Dmoli, 363.

  _Jean_ (le roi), I, _b_, 736.
    --Dfait  Maupertuis, II, _a_, 25.
    --Prisonnier, 31.
    --Rendu  la libert, 63.
    --Retourne  sa prison, 67.

  _Jean_ II, duc d'Alenon, prisonnier, I, _b_, 772.

  _Jean_, comte de Richemont, I, _b_, 771.

  _Jean-sans-Peur_, fils du duc de Bourgogne, II, _a_, 102.
    --Fait assassiner le duc d'Orlans, 108.
    --Fuit, 110.
    --Revient avec une arme, et entre  Paris, 112.
    --Marche contre les Ligeois, 114.
    --Fait la paix, 115.
    --Est nomm surintendant de l'ducation du Dauphin, 117.
    --Assassin, 158.

  _Jean-porte-Latine_ (chapelle Saint-), II, _a_, 249.

  ---- en Grve (Saint), glise paroissiale, II, _b_, 822.
    --Agrandie, et restaure, 824.
    --Curiosits, 825.
    --Circonscription, 826.
    --Dtruite, 829.
    --Restes de cette glise, 874.

  ---- (le march Saint-), II, _b_, 833.

  ---- de Latran (la commanderie de Saint-), III, _b_; 352.
    --Curiosits, 354.

  ---- en Valle (htel Saint-), III, _b_, 717.

  _Jean-de-Saint-Michel_ rdige la rgle des Templiers, II, _b_, 1095.

  _Jeanne_ (la reine), II, _a_, 54.

  _Jeane d'Arc_. Voyez _Pucelle d'Orlans_.

  _Jeannin_ (le prsident), III, _a_, 369.

  _Jsuites_, accuss  tort du crime de Jean Chtel, I, _a_, 229.
    --Injustement chasss par le parlement, 239.
    --Henri IV ne les jugea point coupables, 240.
    --Rappels, 245.
    --Fonds en 1534, II, _b_, 1187.
    --Ncessit de cet ordre  l'poque o il fut fond, 1188.
    --Leurs progrs, 1190.
    --Leur devise, 1191.
    --Leurs voeux, 1192.
    --Se consacrent aux missions trangres, 1197.
    --Exercent le ministre, 1198.
    --S'adonnent  l'ducation, 1203.
    --Leur chute, 1207.
    --Reus en France, plus tard que partout ailleurs, 1207.
    --Leur premier tablissement  Paris, 1208.
    --Leur bibliothque, 1213.
    --Passent pour avoir excit Louis XIV  user de rigueur envers
          les Jansnistes, IV, _a_, 177.
    --Leur noviciat, 277.
    --Curiosits de leur glise, 278.
    --Dchanement contre la socit, IV, _b_, 314.
    --Leur splendeur, 315.
    --Poursuivis en Portugal, 318.
    --Pompadour est leur ennemie, 321.
    --Le parlement et les Jansnistes la secondent, 323.
    --Ils sont compromis par les spculations de Lavalette, 325.
    --Condamns en justice avec ce pre, 327.
    --Arguments de leurs ennemis, 328.
    --Le parlement fait examiner leurs constitutions, 330.
    --Leur triomphe devant les vques, 332.
    --La Chalotais, 334.
    --Confondent leurs ennemis, 335.
    --Le parlement leur porte les derniers coups, 336.
    --L'archevque de Paris les dfend, 339.
    --Ils sont bannis, 340.
    --Poursuivis hors de France, 344.
    --Dtruits par le pape, 347, note.
    --Effets de leur suppression, 351.

  _Job_, imposteur hongrois, I, _b_, 705.
    -- la tte des pastoureaux, 705.
    -- Paris, 706.
    --Sa mort, 707.

  _Joie-en-Val_ (htel de l'abbaye de), I, _b_, 655.

  _Joly_, se prte aux manoeuvres de Gondi pour ressusciter la Fronde,
          III, _b_, 204.

  _Joseph_ (glise Saint-), II, _a_, 228.

  _Joseran-de-Marcon_ poursuit Marcel, II, _a_, 58.

  _Josse_ (Saint-), I, _b_, 573.
    --rig en paroisse, 574.
    --Curiosits, et circonscription, 576.

  _Jours Gras_ (l'entreprise des), III, _a_, 217.

  _Joyeuse_, tu  Coutras, III, _a_, 284.

  _Joyeuse_ (htel de), I, _b_, 826.

  _Jugement_ de Dieu, I, _a_, 351.
    --Se pratiquait dans la cour de l'vch de Paris, 352.

  _Juges-Consuls_, II, _b_, 678.
    --Maison consulaire et curiosits, 680.

  _Juifs_, rappels par le roi Jean, II, _a_, 64.

  _Juign_, archevque de Paris, I, _a_, 355.

  _Julien_, affectionnait Paris, I, _a_, disc. prl., 13.

  _Julien-des-Menestriers_ (Saint-), hospice, II, _b_, 680.
    --Ses fondateurs et pourquoi ainsi appels, 681.
    --glise, 682.

  _Julien-le-Pauvre_ (Saint-), III, _b_, 341.
    --En quel temps cette glise devint prieur, 343.

  _Jupiter_ (autel de), dcouvert dans la Cit, 461.

  _Jurs-Crieurs_ (bureau des), II, _b_, 762.

  _Jury_, institution blme, I, _b_, 511.

  _Jussienne_ (chapelle de la). _V._ Marie-gyptienne.


  L.

  _Labinus_ dfait les Parisiens, I, _a_, 8.

  _Lafayette_ (le marchal), gagne la bataille de Beaug, II, _a_, 161.

  _Laillier_ (la femme), dcouvre une conspiration, II, _a_, 147.

  _Laillier_ (Michel), conspire pour le roi, est pris et s'vade,
          II, _a_, 374.
    --Conspire de nouveau en faveur du roi, 409.

  _Lally_, jug, IV, _b_, 309.

  _Lambert_ (htel), I, _a_, 416.
    --Intrieur et extrieur, 417.

  _Lamoignon_ (htel de), II, _b_, 1323.

  _Lancastre_, proclam roi d'Angleterre, II, _a_, 102.

  _Landri_ (Saint-), I. _a_, 276.
    --Paroissiale au 12e sicle, 278.
    --Curiosits, 279.

  _Landri_ (Saint-), est-il fondateur de l'Htel-Dieu? I, _a_, 367.

  _Langres_ (frre Simon), sditieux, II, _a_, 43.

  _Laon_ (le collge de), III, _a_, 600.

  _Larcher_, se charge d'assassiner le duc de Guise, III, _a_, 314.
    --Sa mort, 375.

  _Larochefoucauld_ (htel de), IV, _b_, 476.

  _Launoy_ (de), a crit sur les antiquits de Paris, I, _a_, v.

  _Laurent_ (Saint-), I, _a_, 83.

  ---- (la foire Saint-), II, _a_, 553.
    --Dtails sur cette foire, 554.

  ---- (glise Saint-), II, _b_, 735.
    --Paroisse, 744.
    --Rebtie, augmente, 745.
    --Curiosits, 746.
    --Chapelle, 747.

  _Laval_ (ancien htel), II, _a_, 332.

  _Lavalette_, Jsuite, fait des spculations de commerce, IV, _b_, 324.

  _Lazare_ (la maison de Saint-), ancien hospice, II, _a_, 532.
    --Son administration, 536.
    --Rforme, 539.
    --Runie aux prtres de la mission, 540.
    --Btiments et glise, 544.
    --Curiosits, 545.
    --Crmonies particulires, 546.

  _Law_, se prsente au rgent, IV, _b_, 29.
    --Gte son systme, 47.
    --Compagnie d'Occident, 48.
    --Sa chute, 52.
    --Rduit  fuir, 55.
    --Rsultats de son systme, 56.

  _Lebeuf_, son histoire du diocse de Paris, I, _a_, x.

  _Leclerc_, faisait imprimer des estampes reprsentant la pyramide de
          Jean Chtel, I, _a_, 249

  _Lecoq_ (Robert), vque de Laon, II, _a_, 31.

  _Legras_ (madame), fonde les filles de la Charit, II, _a_, 549.

  _Legris_, accus faussement se bat en duel et est tu, II, _a_, 165.

  _Lematre_, prsident du parlement, III, _a_, 12.

  _Lemoine_ (le cardinal), fonde un collge, I, _b_, 721.

  _Lemoine_ (collge du cardinal), III, _a_, 586.
    --Chapelle et curiosits, 589.

  _Lemot_, sculpteur fameux, auteur de la nouvelle statue de Henri IV,
          I, _a_, 98, note.

  _Lentre_, dcorateur de jardins, I, _b_, 945.
    --Dcore le jardin des Tuileries, 948.
    --Dfaut reproch  son ouvrage, 952.

  _Lon X_, obtient l'abolition de la pragmatique, II, _b_, 1027.

  _Lopold_ (l'empereur), se dclare contre Louis XIV, IV, _a_, 47.
    --Devient l'me de la ligue forme contre Louis XIV, 146.

  _Lesdiguires_ (htel), II, _b_, 961.

  _Lesdiguires_, marchal-gnral des camps et armes, III, _b_, 46.
    --Conntable, 54.

  _Levachet_ (Jean-Antoine), un des fondateurs des Filles de
          l'Union-Chrtienne, II, _a_, 518.

  _Leu_ (Saint-) et Saint-Gilles, glise, I, _b_, 588.
    --Succursale en 1611, 590.
    --Paroisse, 591.
    --Curiosits, _ib._
    --Circonscription, 592.
    --Ancien usage, 593.

  _Leufroi_ (glise Saint-), I, _b_, 530.
    --L'_talon_ des poids et mesures s'y conservoit, 537.

  _Leviel_, vitrier, rpare les vitraux peints de Notre-Dame, I, _a_, 308.
    --Compose un pome sur cette espce de peinture, _ib._

  _Ligue_ (la), III, _a_, 245.
    --Ses progrs, 245.
    --Assemble des chefs, 259.
    --Approuve par Grgoire VIII et blme par Sixte V, 262.
    --Envahit presque toute la France, 323.
    --Serment des ligueurs, 348.
    --Leur procession dans Paris, 359.
    --Succs de Henri IV contre la ligue, 413.
    --Dconcerte par la conversion du roi, 414.

  _Lisle-Adam_, introduit dans Paris, II, _a_, 153.
    --Y entre de nouveau par escalade, 411.

  _Lisieux_ (collge de), III, _b_, 500.

  _Lobineau_, bndictin, a crit sur Paris, I, _a_, VII.
    --Loi romaine sur les donations faites aux glises, I, _a_, 199.

  _Loignac_, se charge d'assassiner le duc de Guise, III, _a_, 314.

  _Lombards_ (collge des), III, _b_, 502.

  _Longueville_ (le duc de), ses dmls avec le marchal d'Ancre,
          III, _b_, 19.
    --Ses cabales 23.

  _Longueville_ (duchesse de), exile, III, _b_, 116.

  _Lorraine_ (htel de), II, _b_, 1320.

  _Lorraine_ (le cardinal de), au colloque de Poissy, III, _a_, 75.

  _Lorraine_, runie  la France, IV, _b_, 108.

  _Louis_ (glise Saint-), en l'le, I _a_, 412.
    --Paroisse, 413.
    --Dtails sur ce monument, _ib._
    --Curiosits, 415.

  _Louis-du-Louvre_ (Saint-). _Voyez_ Saint-Nicolas-du-Louvre.

  _Louis_ (l'hpital Saint-), II, _b_, 752.
    --Pourquoi ainsi nomm, 754.
    --Sa destination, _ib._
    --Description, 757.
    --Augment, 789.

  _Louis_ (l'glise Saint-), et la maison professe des Jsuites,
          II, _b_, 1208.
    --Curiosits, 1210.

  _Louis-le-Dbonnaire_, charge Amalarion de rdiger une rgle pour
          les chanoines, I, _a_, 358.

  _Louis VI_, dit le Gros. Ses dmls avec le chapitre de Saint-Agnan,
          I, _a_, 282.
    --Embellit Paris, I, _b_, 494.

  _Louis-le-Jeune_, n'augmenta point l'enceinte de Paris, I, _b_. 496.
    --Son mariage et son divorce, II, _a_, 13.

  _Louis VIII_, sa mort et son testament, I, _b_, 693.

  _Louis IX_, I, _b_, 693.
    --Devenu majeur, 701.
    --Part pour la croisade, 704.
    --Revient en France, 709.
    --tablit une bibliothque publique, 713.
    --Fondations, _ib._
    --Seconde croisade, 715.
    --Il meurt, 721.

  _Louis XI_, rprime les grands vassaux, II, _b_, 601.
    --Ennemi de la pragmatique, 603.
    --Ne fut pas un tyran, _ib._
    --Pourquoi il fut inquiet et souponneux, 606.
    --Entre  Paris, 607.
    --Sa duplicit, 609.
    --Ses dmls avec le duc de Bretagne, 612.
    --Conspiration 616.
    --Son habilet, 619.
    --Fond sur les tats du duc de Bourbon, 621.
    --Sa conduite pusillanime  Montlhry, 625.
    --Entre  Paris, 626.
    --Punit ceux qui avoient voulu traiter avec le comte de Charolais, 630.
    --Excite l'indignation publique contre le comte, 633.
    --Paix, 635.
    --Dsunit les vassaux pour les affoiblir, 637.
    --Ses dmls avec Charles, duc de Bourgogne, 639.
    --Ses succs, 646.
    --Est sauv par l'ambition de Charles, 649.
    --Runit la Bourgogne au domaine de la couronne, 652.
    --Rflexions sur son rgne, 654.
    --Paris sous ce roi, 655.

  _Louis XII_, II, _b_, 902.
    --Sa conduite envers l'Universit, 903.
    --Exile le chef de cette assemble sditieuse, 907.
    --Ses alliances en Italie, 908.
    --Conqute du Milanais, 909.
    --Conqute du royaume de Naples, _ib._
    --Reste des vnemens d'Italie, 910.
    --loge de ce prince, 914.
    --Sa mort, 915.

  _Louis XIII_, considrations gnrales sur son rgne, III, b, 1.
    --Troubles sous sa minorit, 3.
    --Sa majorit est dclare, 14.
    --tats-gnraux, _ib._
    --Se marie  Bordeaux, 20.
    --Confrences de Loudun, 22.
    --Dtestoit Concini, 29.
    --Signe l'arrt de mort de ce marchal, 31.
    --Son gouvernement s'affoiblit, 35.
    --Guerre dans le midi, 47.
    --Nouvelle guerre contre les Huguenots, 51.
    --Confirme l'dit de Nantes, 54.
    --Se brouille avec sa mre, 73.
    --Veut gouverner par lui-mme, 104.
    --Sa mort, 105.
    --Jugement sur ce prince, 107.

  _Louis XIV_ devient roi, III, _b_, 105.
    --Particularits de sa naissance, _ib._, note.
    --La Fronde, 112.
    --Embarras des finances, 125.
    --Troubles, 127.
    --Sa majorit, 264.
    --Son mariage, 311.
    --Son rgne, IV, _a_, 1.
    --Se montre en roi aprs la mort de Mazarin, 8.
    --Laisse entrevoir ses principes de gouvernement, 10.
    --Prend pour ministres des hommes obscurs, 12.
    --Se perd souvent dans les menus dtails, 20.
    --Ses dsordres, 23.
    --Sa haine pour les Jansnistes, 25.
    --Guerre de Flandre, 30.
    --Conqute de la Franche-Comt, 34.
    --Envahit la Lorraine, 39.
    --La Hollande, 40.
    --Accepte la mdiation de la Sude, 45.
    --Menac d'une guerre gnrale, 57.
    --Ligue de toute l'Europe, 58.
    --Succs et revers, 69.
    --Nouvelle campagne, 70.
    --Fait la paix avec les Hollandois, 77.
    --Ne perd pas la guerre de vue, 82.
    --Cherche mal  propos  humilier la puissance spirituelle, 84.
    --Querelles pour la rgale, 85.
    --Dmls avec le pape, 86.
    --Assemble du clerg, 89.
    --Les quatre articles jugs, 92.
    --Querelle avec le pape au sujet des franchises, 95.
    --Recule devant le schisme, 101.
    --Rvocation de l'dit de Nantes, 106.
    --Blocus de Luxembourg, 110.
    --Repasse le Rhin, 116.
    --Nouvelle ligue contre lui, 118.
    --Paix de Riswick, 124.
    --S'empare du Comtat, 130.
    --Accepte le testament du roi d'Espagne, 137.
    --Nouvelle guerre, _ib._
    --Louis entre en Hollande, 138.
    --Les allis se dclarent contre lui, 144.
    --Bataille d'Hocstet, 151.
    --De Ramilly, 154.
    --De Turin, 156.
    --Louis sait pourvoir  tout, 157.
    --Fautes, 159.
    --Droute d'Oudenarde, 160.
    --Lille pris, _ib._
    --Situation affreuse de la France, 161.
    --Paix d'Utrecht, 167.
    --Le quitisme, 168.
    --Le cas de conscience, 169.
    --Bulles contre les Jansnistes, 170.
    --Mort de Louis, 185.
    --Rflexions sur son rgne, _ib._
    --Sa mfiance contre le pouvoir spirituel, 189.
    --Oprations de finances, 196.
    --Capital de la dette  sa mort, 206.
    --Quel prince il et fallu  la France aprs lui, IV, _b_, 1.
    --Son testament, 4.
    --Cass par le parlement, 6.
    -- quoi se rduisent ses perscutions contre les Jansnistes,
          152, note.

  _Louis XV_  la mort du rgent, IV, _b_, 86.
    --Sa maladie, 89.
    --pouse Marie Leczinska, 90.
    --Dfauts de son ducation, 92.
    --Coup d'oeil sur l'Europe, 97.
    --Premires dissolutions du roi, 109.
    --Mauvais succs de ses armes, 122.
    --tat de la France, 127.
    --Nouvelle guerre, 131.
    --Tombe malade  Metz, 133.
    --Surnomm le bien aim, 155.
    --Succs en Italie, 138.
    --Guerre dans les Pays-Bas, 148.
    --Pertes sur mer, 150.
    --Congrs d'Aix-la-Chapelle, 151.
    --Dsordre moral en France  cette poque, _ib._
    --Les Jansnistes, 153.
    --Veut rgner par lui-mme  la mort de Fleury, 224.
    --Ses dbauches au Parc-aux-Cerfs, 225, note.
    --Il porte atteinte aux immunits du clerg, 236.
    --Lutte contre le parlement, 262.
    --Est frapp par Damiens, 265.
    --Succs maritimes, 270.
    --Guerre, 287.
    --Revers, 291.
    --On penche vers la paix, 300.
    --Paix honteuse, 301.
    --Louis prvenu contre les Jsuites, 313.
    --Casse le parlement, 363.

  _Louis XVI_. Coup d'oeil sur son rgne, IV, _b_, 368.

  _Louis_, comte de Flandre et de Nevers, enferm au Louvre, I, _b_, 771.

  _Louis-le-Grand_ (collge de), III, _b_, 525.
    --Aux Jsuites, 527.

  _Louis_ (collge Saint-), III, _b_, 752.

  _Louise_ de Lorraine, fondatrice des Capucines, II, _a_, 171.

  _Louvier_ (le), I, _a_, 423.
    -- quoi elle servoit, 424.

  _Louvois_ (ancien htel), II, _a_, 251.

  _Louvre_ (quartier du), I, _b_, 676.

  _Louvre_ (palais), I, _b_, 476.
    --tymologie de ce nom, 763.
    --Avantages de sa position, 766.
    --Constructions anciennes, _ib._
    --La grosse tour servoit de prison d'tat, 770.
    --Tours diverses, 772.
    --Changements successifs, 774.
    --Trois poques dans les travaux du Louvre, 778.
    --Intrieur, extrieur, 781.
    --Faade, _ib._
    --Acheve, 782.
    --Travaux excuts sous Louis XIV, 784.
    --Plan de Perrault, 786.
    --Colonnade, 793.
    --vnements qui ont eu lieu au Louvre, 800.
    --Constructions rcentes, 850.

  _Lullier_, prvt des marchands, III, _a_, 415.

  _Lutce_, voyez _Paris_.

  _Luynes_ (de), tout-puissant auprs de Louis XIII, III, _b_, 29.
    --Trame contre Concini, 30.
    --Tire le prince de Cond de sa prison, 39.
    --Orages contre lui, 40.
    --Veut humilier les protestants, 45.
    --Se fait nommer conntable, 46.
    --choue au sige de Montauban, 48.
    --Sa mort, 49.

  _Luxembourg_ (le duc de), ambassadeur de Henri IV  Rome, I, _a_, 243.

  _Luxembourg_ (Jean de), dvou aux Anglois, II, _a_, 393.

  _Luxembourg_ (palais du), IV, _a_, 282.
    --Bti par Marie de Mdicis, 286.
    --Description, 288.
    --Curiosits, 293.
    --Tableaux, 295.
    --Petite et grande galerie, 296.
    --Jardin, 299.
    --Palais de la chambre des pairs, 401, 402.
    --Statues, 405.

  _Luxembourg_ (quartier du), IV, _a_, 1.


  M.

  _Mably_, ennemi de la fodalit, I, _a_, 73.

  _Mace_ (Perrin), assassin de Jean Maillet, I, _b_, 552.

  _Machault_, contrleur-gnral des finances, IV, _b_, 235.

  _Magdeleine_ (la), I, _a_, 265.
    --Origine, 266.
    --Archipresbytrale, _ib._
    --La grande confrrie des bourgeois, 267.
    --Curiosits, _ib._
    --Circonscription, 268.

  ---- antiquit de cette glise, I, _b_, 1020.
    --Pourquoi ddie  cette sainte, 1022.
    --Devient plus spacieuse, 1023.
    --Nouvelle glise, 1025.
    --Changements faits au plan de cette nouvelle glise avant la
          rvolution, _ib._

  ---- (les filles de la), but de cette fondation, II, _b_, 709.
    --Accroissement de cette communaut, 711.
    --Trois classes de cette communaut, 714.
    --glise et maison, 715.

  ---- de Trainel (les religieuses de la), II, _b_, 1284.
    --Curiosits, 1286.

  ---- (la mre) arrive  Paris avec ses soeurs, IV, _a_, 228.
    --Rgle et costume de ses religieuses, 229.

  _Magloire_ (Saint-), I, _a_, 252.
    --Reliques du saint, _ib._

  ---- (les religieuses de Saint-), I, _b_, 582.
    --Leur relchement et leur rforme, 585.
    --Leurs statuts, 586.
    --Curiosits, _ib._
    --Dcouvertes faites dans les jardins voisins de l'glise, 587.

  ---- (le sminaire Saint-), son origine, III, _b_, 428.
    --Curiosits, 432.
    --Bibliothque, 433.

  _Mahaud_, fille de Robert, deuxime comtesse d'Artois, II, _a_, 19.

  _Maillard_ empche Marcel de livrer Paris  Charles-le-mauvais,
          II, _a_, 56.

  _Maillotins_, I, _a_, 159.
    --II, _a_, 85-90.

  _Maine_ (le duc de), rendu suspect par Dubois, IV, _b_, 32.
    --Arrt, 39.

  _Maintenon_ (madame de) remplace madame de Montespan, IV, _a_, 132.
    --Son crdit surpasse celui des reines de France, I, 41.

  _Maire._ Officier qui prsidait dans les anciennes cits, I, _b_, 518.

  _Maires_ du Palais, leurs usurpations, I, _a_, 67.

  _Maison_ Saint-Louis (la), III, _a_, 623.

  _Maisons_ (petites), IV, _a_, 250.
    --Fondation de l'hpital tel qu'il est demeur, 252.

  _Malborough_ (ses succs), IV, _a_, 148.
    --Vainqueur  Hocstet, 151.
    --S'oppose  la paix, 162.

  _Mallebranche_ (le pre), oratorien clbre, I, _b_, 117.

  _Mallet_ (Gilles) fait l'inventaire de la bibliothque royale,
          II, _a_, 185.

  _Malesherbes._ Philosophe, IV _b_, 354. Note.
    --Ses remontrances au roi, 365.

  _Malplaquet_ (bataille de) IV, _a_, 163.

  _Mans_ (collge du), IV, _a_, 359.

  _Mansfeld_ entre en France,  la tte d'une arme allemande,
          III, _b_, 52.
    --choue, 53.

  _Maquerelle_ (l'le) ou des Cygnes, IV, _b_, 487.

  _Marcel_ (glise Saint-), origine, III, _a_, 516.
    --glise, 522.
    --Bourg form autour de cette glise, 523.

  ---- (tienne), chef de la Jacquerie, I, _a_, 158.

  ---- (tienne), prvt des marchands, II, _a_, 28.
    --Son entrevue avec des envoys du Dauphin, 29.
    --Excite plusieurs soulvements, 29-32.
    --Se montre lche et vil, 35.
    --Appelle  son secours Charles-le-mauvais, 37.
    --Excite encore une sdition, 40.
    --Fait assassiner Regnault d'Acy, 45.
    --Couvre le Dauphin de son chaperon, 46.
    --Se concerte avec le roi de Navarre, 47.
    --Veut se dfendre par la force, 50.
    --Offre le trne de France  Charles-le-mauvais, 56.
    --Veut livrer Paris  ce prince, 57.
    --Meurt, 59.

  _Marcel_, prvt, contribue  la Saint-Barthlemy, III, _a_, 182.

  _Marchand_ (Charles), capitaine de 300 arquebusiers de Paris, I, _a_, 87.

  _Marchand_ (le pont), dtruit, I, _a_, 87.

  _Marche_ (collge de la), III, _a_, 595.
    --Bourses, 597.
    --Curiosits, _ib._

  _March_ aux chevaux, III, _a_, 496-660.

  _Marguerite_ de Provence, pouse de Louis IX, I, _b_, 700.

  _Marguerite_ de Valois contribue  l'tablissement des carmes
          dchausss, II, _a_, 217.
    --Son inconstance  leur gard, _ib._

  _Marguerite_ (glise Sainte-), origine, II, _b_, 1290.
    --glise, 1292.
    --Circonscription, 1293.
    --Embellissements, 1369.

  _Marguerite_ de Navarre, protestante, III, _a_, 4.

  _Marguerite_ (htel de la reine), IV, _b_, 474.

  _Marie_ (le pont), I, _a_, 420.

  _Marie_ gyptienne (chapelle Sainte-). Origine, II, _a_, 315.
    --Confrrie, 319.

  _Marie_ Thrse. Ses malheurs, IV, _b_, 113-119.
    --Ses affaires se rtablissent, 121.

  _Marie_ (les filles de Sainte-), ou la visitation, IV, _b_, 428.

  _Marigny_ (Enguerrand de), enferm au Louvre, I, _b_, 771.

  _Marillac_ (le marchal de), condamn  mort, III, _b_, 73.

  _Marine_ (Sainte-), I, _a_, 283.
    --Origine, 284.
    --toit la paroisse archi-piscopale, 284.

  _Marle_ (le chancelier de), I, _b_, 594.

  _Marolles_ (l'abb de), auteur de la collection d'estampes  la
          bibliothque royale, II, _a_, 201.

  _Martel_ (Charles), vainqueur des Sarrasins, I, _b_, 485.

  _Martial_ (Saint-), communaut de filles, I, _a_, 224.
    --Le dsordre s'y introduit, 225.
    --Ce qu'elle devient, et son local, _ib._

  _Marotille_ (Franois), tablit en Calabre l'ordre des minimes,
          I, _b_, 1054.

  _Mars_, ador  Paris, I, _a_, 7. Note.

  _Martin_ des Champs (le prieur royal de Saint-), II, _b_, 695.
    --Origine, 696.
    --Par qui administr, 705.
    --glise rpare, 706.
    --Rfectoire, 707.
    --Curiosits, 708.
    --March Saint-Martin, 790.
    --Fontaines, 791.

  _Martin_ (maison de la rue Saint-), II, _b_, 761.

  _Martin_ (l'glise Saint-), III, _a_, 524.
    --Curiosits, 525.

  _Marthe_ (filles de Sainte-), II, _b_, 1280, III, _b_, 635.

  _Mathurins_. Leur origine, III, _b_, 635.
    --S'tablissent  Paris, 637.
    --Curiosits, 639.
    --Inscription remarquable, 640.

  _Massillon_, oratorien clbre, I, _b_, 817.

  _Maupertuis_ (bataille de), II, _a_, 25.

  _Maupeou_, ministre, IV, _b_, 362.
    --Vise  teindre graduellement les ordres religieux, 366.

  _Maximilien_, dclare brusquement la guerre  la France, II, _b_, 393.

  _Mayenne_ (le duc de), III, _a_, 275.
    --Veut casser le conseil de l'union, 341.
    --Organise un gouvernement, 342.
    --Son habilet, 344.
    --Obtient des secours, 356.
    --Son crdit  Paris, 370.
    --Soupe au Louvre avec les seize, 378.
    --Ngocie avec le roi, 384.

  _Mazarin_, cr ministre, III, _b_, 104.
    --Accus de rapports trop familiers avec la reine, 117.
    --La haine gnrale se prononce contre lui, 119.
    --Son caractre, 120.
    --Sa frayeur aprs les barricades, 153.
    --Soulve contre lui le parlement, 156.
    --Est dclar ennemi de l'tat, 168.
    --Ses biens sont vendus, 173.
    --Cond lui fait ombrage, 193.
    --Cond rompt avec lui, 199.
    --Il gagne le duc d'Orlans, 200.
    --Mazarin russit  faire croire que les frondeurs ont voulu
          l'assassiner, 205.
    --Rappelle Gondi, 212.
    --Sa conduite envers les frondeurs aprs l'emprisonnement de
          Cond, 216.
    --Fait une paix feinte avec Gondi, 217.
    --Oppose Duplessis-Praslin  Turenne, 220.
    --Fait sortir le roi de Paris, et fait assiger Bordeaux, 220.
    --Obtient la translation des princes au Havre, 227.
    --Part pour l'arme, 230.
    --Prise de Rhetel, 233.
    --Rentre triomphant  Paris, 235.
    --Se retire  Saint-Germain, 240.
    --Se retire  Bruyll, 243.
    --Gouverne encore la reine du fond de sa retraite, 251.
    --Lve une arme et rentre en France, 277.
    --Sa marche, 279.
    --Sort encore de France, 310.
    --Rentre  Paris, 319.
    --Reoit une fte  l'Htel-de-Ville, 320.
    --En quel tat il laisse l'Europe, 333.
    --Sa mort, IV, _a_, 6.

  _Mazarin_ (collge de), IV, _b_, 384.
    --Description, 386.
    --Curiosits de la chapelle, 388.
    --Btiments, 389.
    --Bibliothque, 390.
    --Htel, IV, _b_, 477.

  _Mdard_ (glise Saint-), III, _a_, 508.
    --Origine et tymologie, 509.
    --Description, 510.
    --Curiosits, 511.
    --Circonscription, 512.

  _Mdecine_ (cole de), III, _b_, 494.

  _Mdicis_ (Catherine de) commence les Tuileries, I, _b_, 917.
    --Interrompt  cause des prdictions d'un astrologue, 915.
    --Sa politique, III, _a_, 63.
    --Mcontente les chefs de la rforme, 72.
    --Fait alliance avec Cond et les Coligny, 81.
    --Convoque les notables, 82.
    --Abandonne de tout le monde, 91.
    --Ouvre enfin les yeux sur les projets de la rforme, 104.
    --Devient matresse absolue des affaires, 116.
    --Ce qu'elle voulait, 128.
    --Sa part  la Saint-Barthlemy, 157.
    -- un entretien secret avec le roi, 168.
    --Sa mort, 317.

  _Mdicis_ (Marie de), rgente, III, _b_, 3.
    --Son conseil, _ib._
    --Sages mesures, 5.
    --Sa situation  la retraite des princes, 12.
    --Veut opposer Cond au duc de Longueville, 23.
    --Fait arrter Cond, 25.
    --Consigne dans son appartement aprs la mort de Concini, 33.
    --Exile  Blois, _ib._
    --S'chappe, 37.
    --choue dans la guerre contre son fils, 42.
    --Se dclare ennemie de Richelieu, 72.
    --Exile  Compigne, 74.
    --S'chappe, 75.

  _Meilleraye_ (le marchal de), sa conduite  l'gard de Broussel,
          III, _b_, 144.

  _Mnars_ (ancien htel), II, _a_, 250.

  _Mense_ abbatiale, I, _a_, 213.

  _Menus_ plaisirs (htel des), II, _a_, 253.

  _Merci_ (religieux de la), dvouement de cet ordre, II, _b_, 994.
    --Ses succs, 995.
    --Introduits en France, 996.
    --glise, 997.

  _Merci_ (le collge de la), III, _b_, 439.

  _Mercier_ (Denis), son discours au parlement en faveur du duc
          d'Orlans, II, _b_, 884.

  _Merciers_ (galerie des), au palais de Justice, I, _a_, 169.

  _Mercure_, le mme que Pluton chez les Gaulois. I, _a_, disc. prl. 7.

  _Meri_ (Saint-), glise collgiale et paroissiale, II, _b_, 666.
    --Origine, 667.
    --tait une des filles de Notre-Dame, 670.
    --Par qui administre, 671.
    --Chapitre, 673.
    --Curiosits, 674.
    --Circonscription, 676.
    --Reoit un nouveau tableau, 789.

  ---- (hospice Saint-), II, _b_, 678.

  _Mrovingiens_, dgnrs, I, _b_, 487.

  _Mesmes_ (le prsident de) III, _b_, 184.
    --Se rend  la cour muni de passe-ports, 187.
    --Sa frayeur en contraste avec l'intrpidit de Mol, 194, Note.

  ---- (htel de), II, _b_, 1006.

  _Meuniers_ (pont aux), I, _a_, 87.

  _Mezires_ (htel de), IV, _a_, 365.

  _Michel_ (petite glise Saint-), prs le palais de Justice, I, _a_, 168.
    --Pont, 395.

  ---- (chapelle Saint-), III, _b_, 386.

  ---- (les filles de Saint-), III, _b_, 445.
    --Place du pont Saint-Michel et quai, 753.

  _Michodire_ (htel de la), II, _b_, 1137.

  _Mignon_ (le collge de), III, _b_, 688.

  _Minralogie_ (cabinet de), IV, _b_, 383.

  _Minimes_ de Chaillot, I, _b_, 1053.
    --Curiosits, 1056.

  ---- de la place Royale, II, _b_, 1237.
    --Fondation, 1238.
    --Curiosits, 1240.
    --Rfectoire, 1243.

  _Miracles_ des ardents, I, _a_, 289.

  _Miramiones_ (les), III, _a_, 443.
    --Leur rgle, 446.

  _Missions_ trangres (le sminaire des), IV, _b_, 422.

  _Mississipi_ (compagnie du), IV, _b_, 110.

  _Molay_ (Jacques), grand-matre des Templiers, I, _a_, 104.

  _Mol_, III, _a_, 415.
    --Son portrait, 135.
    --Harangue la reine, 150.
    --Sa fermet, 151-193.

  _Molinistes_, IV, _b_, 215.

  _Monastres_, leur origine, I, _a_, 198.
    --Veulent dcliner la juridiction des vques, I, _a_, 210.
    --Services qu'ils ont rendus, 218.

  _Monnaies_ (htel des), IV, _b_, 374.
    --Gnraux des monnaies, 375.
    --La cour des monnaies, 377.
    --Anciens htels, 378.
    --Nouvel htel, 379.
    --Description et mrite de ce monument, 380.

  _Montagu_ surintendant, II, _a_, 116,

  _Montaigu_ (le collge), III, _b_, 441.

  _Montalembert_ (htel), II, _b_, 1335.

  _Montceau_, de l'acadmie des matres, I, _b_, 964.

  _Montcontour_ (bataille de), III, _a_, 149.

  _Mont-Dor_ (Pierre de), gardien de la bibliothque royale, II, _a_, 187.

  _Mont-de-Pit_, II, _b_, 1011.

  _Montespan_ (madame de), se retire de la cour, IV, _a_, 132.

  _Montecuculli_, oppos  Turenne, IV, _a_, 66.
    --Entre en Alsace, 67.

  _Montesquieu_, IV, _b_, 156.

  _Montfort_ (Jean de), II, _a_, 21.

  _Montigny_ (le marchal de), III, _b_, 27.

  _Mont-Louis_ (maison de), _b_, 1336.

  _Montmartre_, tymologie de ce nom, I, _a_, disc. prl., 7. Note.
          II, _a_, 165.

  ---- (quartier), II, _a_, 165.
    --Rues et places, 262.
    --Rues nouvelles, 284.
    --Antiquits romaines, 286.

  _Mont-Luc_ (Blaise de), III, _a_, 101.

  _Mont-Parnasse_ (barrire de), IV, _a_, 408.

  _Montpensier_ (le duc de), III, _a_, 107.
    --La Duchesse, III, _a_, 313.
    --Accuse d'tre complice de Jacques Clment, 330.

  _Montmorency_ (Mathieu), comte de Beaumont, I, _a_, 274.

  ---- le conntable achette Boulogne aux Anglais, III, _a_, 6.
    --Sa faveur, 6.
    --Harangue le parlement, 11.
    --Perd la bataille de Saint-Quentin, 17.
    --Essaie de former un parti contre les Guises, 38.
    --Favorable aux conspirateurs d'Amboise, 53.
    --Poursuit les rforms, 98.
    --Pris  Dreux, 108.
    --Mcontent, 121.
    --Sa mort, 141.

  ---- (Charles de), parrain du Dauphin, II, _a_, 71.

  ---- (htel), II, _a_, 254.

  ---- (petit htel), II, _a_, 254.

  ---- (htel de), II, _b_, 760.

  _Montreuil_ (Eudes de), charg de construire la Sainte-Chapelle,
          I, _a_, 112.

  _Montri_ (Robert), marchand, fondateur des Filles de la Magdeleine,
          II, _b_, 710.

  _Moyse_ (htel du grand), IV, _a_, 365.

  _Mystres_, dtails sur ces anciens spectacles, II, _a_, 495.

  _Munster_ (le congrs de), critiqu, IV, _a_, 3.


  N.

  _Nacart_ (Alexandre), cur de Saint-Sauveur, II, _a_, 505.

  _Narbonne_ (collge de), III, _b_, 699.

  _Navarre_ (la reine de), Sa mort, III, _a_, 163.

  ---- (collge de), III, _a_, 602.
    --Curiosits, 605.
    --Bibliothque, 606.

  _Nazareth_ (les pres de), leur maison, II, _b_, 1129.
    --glise, 1130.

  _Nemours_ (le duc de),  Meaux, III, _a_, 134.
    --Entre en France avec une arme espagnole et franaise, III, _b_, 280.
    --Tu en duel par Beaufort, 307.

  ---- (duc de), son supplice, II, _b_, 658.

  _Neret_, chevin, III, _a_, 415.

  _Nesle_ (htel de), IV, _b_, 471.

  _Nesmond_ (htel de), III, _a_, 625.

  _Nevers_ (le duc de), III, _b_, 53.

  ---- (vques de), leur htel, III, _b_, 571.

  ---- (htel de), IV, _b_, 471.

  _Nicola_, fait l'apologie des Templiers, II, _b_, 1102.

  _Nicolas-du-Louvre_ (Saint-), I, _b_, 862.
    --Son anciennet, 862.
    --Avait quatre chanoines prtres en 1192, 864.
    --Contestation dans cette glise, 864.
    --Collge, 865.
    --vnement tragique arriv dans Saint-Nicolas-du-Louvre, 867.
    --L'glise reconstruite, change de nom, 868.
    --Nouvelle glise, 869.
    --Curiosits, 871.
    --Nombre des paroissiens, 872.

  _Nicolas_ le Flamand, a la tte tranche, II, _a_, 91.

  _Nicolas-des-Champs_ (Saint-), origine, II, _b_, 686.
    --Paroisse, 687.
    --Agrandie, 690.
    --Addition  la nef, 691.
    --De qui cette glise dpendait, 692.
    --Confrrie de Notre-Dame de la Misricorde, 693.
    --Usage singulier relatif aux enfants de choeur, 693.
    --Circonscription, 694.
    --Embellissements, 789.

  _Nicolas-du-Chardonnet_ (l'glise Saint-), origine, III, _a_, 457.
    --Description, 459.
    --Portail, 460.
    --Curiosits, 460.
    --Circonscription, 463.
    --Sminaire, 590.
    --Lettres-patentes y relatives, 591.
    --Bibliothque, 592.
    --Embellissements, 658.

  _Nicolet_ (grands danseurs de), II, _b_, 1132.

  _Nivernais_ (htel de), IV, _a_, 366.

  _Noailles_ (le cardinal de), dans l'affaire du livre de Quesnel,
          IV, _a_, 174.

  _Noailles_ (le duc de), IV, _b_, 105.

  _Nobles_, composoient  eux seuls toute la nation, II, _b_, 593.
    --Leur perfidie  Tours envers le roi Louis XI, 617.

  _Noblesse_ franaise, corrompue sous Louis XIV, IV, _a_, 192.

  _Nom de Jsus_ (Hpital du Saint-), II, _b_, 750.
    --Son but, 751.
    --Amliorations apportes par Saint-Vincent-de-Paule, 751.
    --Privilges, 752.

  _Nordlingue_ (victoire de), III, _b_, 85.

  _Normandie_ (le matre de), brl dans l'le aux Bureaux, I, _a_, 104.

  _Notre-Dame des Ventes_ (confrrie de), I, _a_, 273.

  _Notre-Dame_ (l'glise), I, _a_, 292.
    --Origine, 293.
    --Remonte  l'piscopat de Prudentius, 297.
    --S'appeloit d'abord Saint-tienne, 299.
    --Reoit un don de Childebert, 301.
    --poque o elle fut btie telle que nous la voyons, 303.
    --Description, 304.
    --Dcore par Louis XIV, 310.
    --Fouilles remarquables, 311.
    --Curiosits, 317.
    --Reliques et autres objets pieux, 326.
    --Chapitre, 355.
    --Sa rforme, 358.
    --Dignit et canonicats, 360.
    --Principale entre du clotre, 361.

  _Notre-Dame_ de Lorette ou des Porcherons (la chapelle), II, _a_, 247.
    --Origine, _ib._
    --Usage pour la chandeleur, 248.

  _Notre-Dame_ de Bonne-Nouvelle, II, _a_, 522.
    --Rebtie et acheve, 523.
    --Circonscription, 524.

  _Notre-Dame_ du Bec-Hellouin (htel), II, _b_, 1011.

  _Notre-Dame_ de Bon-Secours (les religieuses), II, _b_, 1281.
    --Curiosits, 1283.

  _Notre-Dame_ des Vertus (les Filles), II, _b_, 1294.

  _Notre-Dame_ de la Victoire (les chanoinesses religieuses de),
          II, _b_, 1304.
    --Curiosits, 1305.

  _Notre-Dame_ de la Cuisine, III, _b_, 378.

  _Notre-Dame_ de la Misricorde, III, _b_, 378.

  _Notre-Dame_ de la Charit (les Filles), III, _b_, 445.

  _Notre-Dame_ de Bayeux (collge de), III, _b_, 691.

  _Notre-Dame_ des dix-huit (collge), III, _b_, 706.

  _Notre-Dame_ de la Misricorde (hpital), III, _a_, 505.
    --Curiosits, 507.

  _Notre-Dame_ de la Misricorde (religieuses de), IV, _a_, 227.

  _Notre-Dame_ des Prs (les religieuses de), IV, _a_, 265.


  O.

  _Observatoire_ royal, III, _a_, 488.
    --Description, 491.

  _Odon_ de Chteauroux dploie l'oriflamme, I, _a_, 704.

  _Olier_, fondateur des Sulpiciens, IV, _a_, 353.

  _Opra_ (ancien thtre de l'), II, _a_, 718.
    --Associations pour ce thtre, 724.
    --Lulli l'administre, 725.
    --Runi au dpartement de la maison du roi, 729.
    --Administr par la ville, _ib._
    --Incendi, 730.
    --Nouvelle salle, nouvel incendie, 731.
    --Nouvelle salle, 732.
    --S'appelle aujourd'hui le thtre de la Porte-Saint-Martin, 734.
    --Nouveau thtre de l'Opra, 292.

  _Opportune_ (quartier Sainte-), I, _a_, 616.
    --glise royale, collgiale, paroissiale, 641.
    --poque de sa fondation, 642.
    --Composition primitive du chapitre de cette glise, 647.
    --Changement, 648.
    --Constructions diverses, 649.
    --Reliques, 650.
    --Curiosits, 651.
    --Cette glise a t dtruite, 652.

  _Orange_ (le prince d') s'oppose  la paix, IV, _a_, 43.
    --Fait assassiner le grand pensionnaire, 44.
    --Conoit le projet d'une ligue contre Louis XIV, 45.
    --Fait rejeter la paix, 46.
    --Battu par Luxembourg, 48.
    --Intrigue contre le roi de France, 113.

  _Oratoire_ de notre Seigneur Jsus-Christ (la congrgation de l'),
          I, _b_, 810.
    --Par qui fonde, _ib._
    --Ses maisons en France, 816.
    --Bibliothque, 817. IV, _a_, 343.
    --Prtres, 345.

  _Oratoire_ (glise de l'), I, _b_, 814.
    --Curiosits, 815.

  _Orgemont_ (le chancelier d'), I, _a_, 160.

  _Orlans_ (le duc d'), II, _a_, 100.
    --Son luxe et son avidit, 104.
    --Sa fuite, 105.
    --Lve des troupes, _ib._

  _Orlans_ (le duc d') sous la minorit de Charles VIII, II, _a_, 880.
    --Veut enlever le jeune roi, 883.
    --Travaille  se faire un parti  Paris, 884.
    --S'adresse  l'Universit, 888.
    --Fait prisonnier  Saint-Aubin, 894.

  _Orlans_ (htel du duc d'), II, _b_, 1317.

  _Orlans_ (le duc d') nomm rgent, IV, _b_, 6.
    --Appelle les grands au pouvoir, 7.
    --Son portrait, 8.
    --Sa conduite avec Stairs et Stanhope, 17.
    --Sacrifie le prtendant, _ib._
    --Quadruple alliance, 18.
    --Le rgent poursuit les traitants, 23.
    --Ses dbauches, 26.
    --Law, 29.
    --Querelles du rgent avec le parlement, 34.
    --Supprime les conseils d'administration, 35.
    --On conspire contre lui, 38. Fait marcher une arme contre
          les Pyrnes, 41.
    --Nuit au systme de Law, 47.
    --Son attachement pour Dubois, 60.
    --Se rjouit de sa mort, 76.
    --Meurt, 77.
    --Rflexions sur sa rgence, 78.

  _Ormesson_ (htel d'), II, _b_, 1332.

  _Orphelins_ du saint Enfant-Jsus, III, _a_, 440.

  _Orphelins_ de Saint-Sulpice, IV, _a_, 230.

  _Ossat_ (d') et Villeroy au sujet des Jsuites, I, _a_, 241.

  _Oursine_ (hpital de l'). Auteur de cette institution, III, _a_, 513.


  P.

  _Pairs_, tre jug par ses pairs, I, _b_, 515.

  _Palais_ (le du), ce que c'toit, I, _a_, 89.

  ---- de justice, I, _a_, 124.
    --Son origine, 125.
    --tat de ce palais sous Charles V, 129.
    --Sous Franois Ier, 130.
    --Comte palatin, 136.
    --Diffrentes espces de conseillers, 137.
    --Juridiction de la cour de justice du roi, 138.
    --Charles V le quitte pour l'htel Saint-Paul, 158.
    --La grand'salle, 160.
    --Dtruite par un incendie, 162.
    --Description des parties modernes de ce palais, 163.
    --Curiosits, 167.
    --Grand conseil, 170.
    --Chambre des comptes, 180.
    --Cour des aides, 185.
    --Bailliage du palais, 190.
    --Chancellerie du palais, 190.
    --Chambre du domaine et du trsor, _ib._
    --La table de marbre, _ib._

  _Palais-Royal_, I, _b_, 872.
    --Bti par Richelieu, 874.
    --Changements, 875.
    --Richelieu le cde  Louis XIII, 877.
    --Pourquoi il fut appel _royal_, 878.
    --Agrandi, _ib._
    --Galerie des hommes illustres, 879.
    --Description du Palais-Royal, 881.
    --Jardin, 883.
    --Galeries, 884.
    --Thtre, 887.
    --Galeries de bois, 887.
    --Curiosits, 889.
    --Mdailles et pierres graves, 897.
    --Bibliothque, 898.
    --Place, 901.

  _Palatine_ (la princesse) apparot dans les intrigues de la fronde,
          III, _b_, 228.

  _Panorama_ dramatique, II, _b_, 1160.

  _Papes_ (les) exercent pendant le rgne des premiers Captiens une
          puissance absolue, II, _b_, 595.
    --Commencent  exciter la jalousie des rois, 596.
    --Premire rvolte des rois de France contre les papes, 597.

  _Paris_. Son origine, Disc. prl., 4.
    --Fables  ce sujet, 5.
    --L'une des plus anciennes villes des Gaules, 5.
    --Ses divers noms, _ib._
    --Divinits adores  Paris, 7.
    --Csar le fait rebtir par les Gaulois, 9.
    --Y tablit une garnison romaine, _ib._
    --Paris mis au nombre des villes appeles _vectigales_, 11.
    --Affection de Julien l'apostat pour cette ville, 13.
    --Paris, depuis Clovis jusqu'aux rois de la troisime race, 14.
    --Sa premire enceinte sous Philippe-Auguste, 17.
    --Paris sous Philippe-le-Bel, 24.
    --Paris, depuis le rgne de Franois Ier jusqu' Louis XIV, 25.
    --Paris sous Louis XIV, I, _a_, 26, 28. IV, _a_, 195.
    --Fut toujours un des points principaux du royaume, I, _a_, 81.
    --Dvast par les Normands, _ib._
    --Plan de Paris sous Hugues Capet, I, _b_, 471.
    --Sous son fils Robert, 493.
    --Sous les rois suivants, 494.
    --Sous Philippe-Auguste, 498.

  _Pris_ (le diacre), IV, 211.
    --Ses prtendus miracles, 212.

  _Parlement_ (le), long-temps complaisant pour les Anglais, fait la
          paix avec Charles VIII, II, _a_, 413.
    --Devient le centre d'action du parti populaire, II, _b_, 602.
    --Dfend la pragmatique, 603.
    --Rsiste  Franois Ier, 1031.
    --Sous le rgne de Henri II. III, _a_, 13.
    --Fait des reprsentations, 14.
    --Refuse l'tablissement de l'inquisition, 24.
    --Mand au conseil d'tat, 70.
    --Enregistre de force l'dit de janvier, 84.
    --Emprisonn par Bussy Leclerc, 321.
    --Oppos  Henri IV, 350.
    --Sa conduite  la mort de ce roi, III, _b_, 3.
    --Au commencement de la majorit de Louis XIII, 16.
    --Ses remontrances, 18.
    --Sous la minorit de Louis XIV, 122, 128.
    --Triomphe de la rgente, 129.
    --Intrieur du parlement, 132.
    --Remontrances nouvelles, 139.
    --Se rend en corps au Palais-Royal le jour des barricades, 150.
    --Triomphe, 154.
    --Se proroge, 155.
    --Se soulve contre Mazarin, 156.
    --Enregistre l'arrt de sret publique, 160.
    --Se divise en deux partis, 166.
    --Ses dputs mal reus  Saint-Germain, 168.
    --S'empare de l'administration, 173.
    --Dispos  la paix aprs la prise de Charenton, 178.
    --Reoit un envoy espagnol, 184.
    --Efforts du parti royaliste dans cette assemble, 185.
    --Confrences avec la cour, 190.
    --Paix, 191.
    --Informe sur le prtendu assassinat de Cond, 207.
    --S'oppose au retour de Mazarin, 274.
    --Demande le renvoi de Mazarin, 239.
    --Nouvel arrt contre Mazarin, 241.
    --Scnes entre Gondi et Cond, 260.
    --Le parlement transfr  Pontoise, 309.
    --Louis XIV lui fait enregistrer un dit par lequel il lui toit
          interdit de se mler des affaires de l'tat, 317.
    --Le parlement force la Sorbonne  enregistrer les quatre articles,
          IV, _a_, 93.
    --Se prononce contre l'autorit du pape, 97.
    --Casse le testament de Louis XIV, IV, _b_, 6.
    --Se rend au lit de justice tenu par le rgent, 33.
    --Chasse Albroni, 44.
    --Dogmatise, 219.
    --Condamne les lettres de Voltaire, 230.
    --Se dchane contre les gens d'glise, 235.
    --Les philosophes se joignent  lui, 243.
    --Dfend d'exiger les billets de confession, 244.
    --Rsiste au roi, 247.
    --Exil des membres, 248.
    --Leur rappel, 249.
    --Porte atteinte  la souverainet du roi, 261.
    --Compromis par Damiens, 267.
    --Fait examiner les constitutions des Jsuites, 330.
    --Leur porte les derniers coups, 336.
    --Condamne les mauvais livres, 360.
    --Est cass, 363.

  _Parloir_ des bourgeois, I, _b_, 595. III, _b_, 718.

  _Parvis_ Notre-Dame.
    --Pourquoi ainsi appel, I, _a_, 380.
    --Fut agrandi en 1748, 381.
    --Ornements, 382.
    --L'vque y avoit une chelle patibulaire, 383.

  _Pasteur_ (les filles du bon), IV, _a_, 253.
    --Leur fondatrice, 254.
    --Composition de cette maison, 255.
    --glise, 259.

  _Pastoureaux_, I, _b_, 705.

  _Patriarche_ (maison du), III, _a_, 616.

  _Parme_ (le duc de) vient au secours de Mayenne, III, _a_, 357.
    --Ses manoeuvres, 359.

  _Paul_ (glise paroissiale), II, _b_, 926.
    --Fondateurs, 927.
    --Description, 928.
    --Curiosits, 930.
    --Circonscription, 932.

  ---- (htel Saint-) ou de la Force, II, _b_, 13, 24.

  ---- (htel Saint-), II, _b_, 957.
    --Maison royale, 958.
    --Dtails sur les appartements du Roi, 958.

  _Paumier_ (Simon le), II, _a_, 59.

  _Pavilly_ (Eustache de) lit un mmoire contre les ministres,
          II, _a_, 128.

  _Plagie_ (Sainte-), III, _a_, 498.
    --Curiosits de l'glise, 500.

  _Pelletier_ (htel), II, _b_, 1318.

  _Pecquigny_, gouverneur de l'Artois, dlivre Charles le Mauvais,
          II, _a_, 35.

  _Penthemont_ (Notre-Dame de), abbaye, IV, _b_, 443.

  _Pnitents_ rforms du tiers ordre de saint Franois, II, _b_, 1306.
    --glise et curiosits, 1308.

  _Pnitentes_ (filles), I, _b_, 584.

  _Pepin_ voulut que l'glise recouvrt les biens qu'elle avait perdus,
          I, _a_, 202.

  _Pepin_, maire du palais, I, _b_, 485.

  _Prfixe_, cit au sujet du crime de Jean Chtel, I, _a_, 228.

  _Perrin_ (l'abb) compose une pastorale en cinq actes, II, _b_, 722.

  _Perrine_ (abbaye de Sainte-), I, _b_, 1044.
    --Administration de cette abbaye, 1045.
    --glise, _ib._

  _Perinet_ Leclerc ouvre une porte aux partisans du duc de Bourgogne,
          II, _a_, 153.

  _Pernelle_, femme de Nicolas Flanel, I, _b_, 550.

  _Perrier_ frres, habiles mcaniciens, construisent la pompe  feu,
          I, _b_, 1046.

  _Perron_ (du), cit pour prouver que Henri IV n'avait consenti qu'
          regret au bannissement des Jsuites, 243.

  _Pre Lachaise_ (cimetire du), II, _b_, 1371.

  _Perptue_ (les filles de Sainte-), III, _b_, 442.

  _Pet-au-Diable_ (htel du), II, _a_, 852.

  _Peteau_ (Anne), femme d'un conseiller au parlement, fondatrice des
          filles de la Conception, I, _b_, 1006.

  _Ptersbourg_ (Saint-). Sa fondation, I, _a_, disc. prl., 2.

  _Petit_ (Jean) fait l'apologie du Tyrannicide, II, _a_, 112.

  _Petit-Musc_ (htel du), II, _b_, 1315.

  _Petits-Pres_ (les), ou Augustins rforms, II, _a_, 215.
    --Abandonnent le couvent, 220.
    --Achtent un terrain prs du Mail, 221.
    --Pourquoi on les appelait Petits-Pres, 222.
    --glise, 221, 223.
    --Curiosits, 225.
    --Bibliothque, 225.
    --Rparations, 289.

  _Petit-Pont_ (le), I, _a_, 400.

  _Pharmacie_ (collge de), III, _b_, 564.
    --Curiosits, 566.

  _Philippe_ du Roule (Saint-), I, _b_, 1029.
    --Dtails sur la fondation de la premire chapelle, _ib._
    --Hpital des monnoyeurs, 1029.
    --Paroisse, 1030.
    --Une glise remplace la chapelle, 1031.
    --Description, 1032.

  _Philippe-Auguste_ embellit et agrandit Paris, I, _b_, 498.

  _Philippe-le-Bel_ appelle les communes  voter avec le clerg et la
          noblesse, II, _a_, 14.

  ---- le Bon, duc de Bourgogne, se ligue avec les Anglais, II, _a_, 159.
    --Se brouille avec Glocester, 378.
    --Vainqueur, 379.
    --Matre de Paris, 396.
    --Continue de faire la guerre au roi, 400.
    --Se rconcilie, 406.

  ---- de Valois. Ses dmls avec douard III, II, _a_, 17.

  ---- second, III, _a_, 76.

  _Philosophes_. Leur triomphe  la destruction des Jsuites, IV, _b_, 353.

  _Philosophique_ (le parti). Sa naissance, IV, _b_, 155.
    --Ses progrs, 229.
    --Sa position en 1746, 230.

  _Picald_, cordonnier sditieux, III, _b_, 26.

  _Picardie_ (collge de), III, _b_, 498.

  _Picpus_, II, _b_, 1306.

  _Pierre_ (Saint-), glise, IV, _b_, 530.

  ---- aux Boeufs (Saint-). Origine, I, _a_, 285.
    --Cure modique, 286.
    --Portail, _ib._, note.

  ---- de Chaillot (Saint-), glise paroissiale, I, _b_, 1043.
    --Curiosits, 1044.

  ---- et Saint-Louis (le sminaire Saint-), IV, _a_, 360.
    --Confirm, 361.
    --Chapelle, 362.

  _Piganiol_ de la Force, compilateur ennuyeux sur Paris, I, _a_,
          Avert., X.

  _Piti_ (hpital de la), III, _a_, 486.
    --Curiosits de l'glise, 487.

  _Place_ Royale. Par qui commence, II, _b_, 1230.
    --Acheve, 1231.
    --Description, _ib._
    --Statue   de Louis XIII, 1233.
    --Inscription, _ib._, note.

  _Plaids_ gnraux, I, _a_, 131.
    --Dtails sur ces assembles, _ib._
    --Chambre des plaids, 158.

  _Plessis-Sorbonne_ (collge du), III, _b_, 521.

  _Poids_ du roi (maison du), I, _b_, 595.

  _Poin-Lasne_ (Guillaume) fonde une chapelle  Saint-Eustache,
          II, _a_, 301.

  _Poisson_ (march au), II, _a_, 478.

  _Poissi_ (colloque de), III, _a_, 79.

  _Pol_ (le comte de Saint-). Son supplice, II, _b_, 653.

  _Police_ de Paris. Ses progrs, II, _b_, 1174.
    --Police municipale, 1181.

  _Politiques_ (le parti des) sous Charles IX, III, _a_, 216.

  _Pollalion_ (madame de) forme l'association des filles de la
          Providence, II, _a_, 518.

  _Pombal_, IV, _b_, 318.

  _Pomereux_ (la chapelle), II, _a_, 455.

  _Pompadour_ (la marquise de), IV, _b_, 227.
    --Feint de se convertir, 323.
    --Meurt, 342.

  _Pompe_  feu. Emplacement et description, I, _b_, 1046.
    --Dtails, _ib._

  _Pomponne_ de Bellivre. Ses libralits envers l'Htel-Dieu,
          I, _a_, 378.

  _Ponce_, abb de Cluni, I, _b_, 546.

  _Ponthieu_ (htel du comte), I, _b_, 830.

  _Pont-Neuf_, I, _a_, 85.
    --Ce qui le rendit ncessaire, 90.

  _Ponts_ et chausses (cole des), II, _b_, 1138.

  _Porte_ Saint-Denis (la). O elle tait sous Philippe-Auguste,
          II, _a_, 527.
    -- quelle occasion elle fut construite telle qu'elle est, _ib._
    --Description, 528.
    --Inscription, 530, note.

  _Port-Royal_ (abbaye de), IV, _a_, 338.
    --Origine et translation, 339.
    --Port-Royal des champs, 340.
    --Supprim, 341.
    --Curiosits, 342.

  _Potier_, vque de Beauvais, III, _b_, 110.

  _Pragmatique_ (sanction), II, _b_, 601.
    --Abolie, 1028.

  _Pr-aux-Clercs_, I, _b_, 719.

  _Prcheurs_ (les frres), III, _b_, 408.
    --Appels aussi Jacobins, 410.
    --Bienfaits de Saint-Louis envers cet ordre, 411.
    --Enceinte du couvent, 413.
    --Curiosits de l'glise, 414.

  _Prchoir_ (le), II, _a_, 455.

  _Prmontrs_ rforms, IV, _a_, 239.
    --glise, 240.
    --Curiosits, 241.
    --Prmontrs, III, _b_, 647.
    --glise, 649.

  _Prsentation_ de Notre-Dame (les religieuses), III, _b_, 443.

  _Presles_ (collge de), III, _b_, 210.

  _Prtres_ de la mission, fonds par saint Vincent de Paule, II, _a_, 541.
    --Placs  Saint-Lazare, 543.
    --Btiments et glises, 544.
    --Curiosits, 545.

  _Prvt_ de Paris. Sigeoit au Chtelet, I, _b_, 520.
    --Ses prrogatives, 522.
    --Commandoit la ville de Paris, 524.

  _Prvts_. Leur office, I, _b_, 519.

  _Prieur_ de Notre-Dame de Consolation, IV, _a_, 244.
    --glise, 245.

  _Prince_ (hospice le), IV, _b_, 582.

  _Prouvaires_ (march des), II, _a_, 366.

  ---- (passage des), II, _a_, 366.

  _Protestantisme_. Ses progrs en France, III, _a_, 4.

  _Providence_ (maison de la), II, _b_, 1272.

  ---- (les filles de la), III, _b_, 459.

  _Prudentius_, vque de Paris, I, _a_, 297.

  _Pucelle_ d'Orlans (la), II, _a_, 387.
    --Ses promesses,388.
    --Ses exploits, _ib._

  _Pyramide_ de Jean Chtel, I, _a_, 228.
    --Ses inscriptions, 239.
    --Renverse par ordre de Henri IV, 248.
    --Estampes que l'on en fit, 249.


  Q.

  _Quai_ d'Anjou, I, _a_, 461.

  ---- de l'Archevch, I, _a_, 468.

  ---- (des Augustins), II, _b_, 750.

  ---- des Balcons, I, _a_, 461.

  ---- Saint-Bernard, III, _a_, 662.

  ---- de Bourbon, I, _a_, 461.

  ---- des Clestins, II, _b_, 974.

  ---- de la Cit, I, _a_, 468.

  ---- de la Confrence, I, _b_, 1094.

  ---- Dauphin, I, _a_, 461.

  ---- aux Fleurs, I, _a_, 468.

  ---- des Galeries du Louvre, II, _b_, 1094.

  ---- de Gesvres, I, _a_, 612.

  ---- de l'Horloge, I, _a_, 459.

  ---- de la Mgisserie, I, _b_, 674.

  ---- des Morfondus, I, _a_, 459.

  ---- des Orfvres, I, _a_, 459.

  ---- d'Orlans, I, _a_, 461.

  ---- des Ormes, II, _b_, 974.

  ---- Saint-Paul, II, _b_, 974.

  ---- du port aux Pierres, I, _b_, 1094.

  ---- de la Rape, II, _b_, 1369.

  ---- de la Savonnerie, I, _b_, 1094.

  ---- des Tuileries, I, _b_, 1094.

  _Quesnel_, son livre, IV, _a_, 171.

  _Quinze-Vingts_ (hpital royal des), I, _b_, 904-906.
    --Sa dotation primitive, 907.
    --Accroissements, 908.
    --Paroisse pour ceux qui en habitaient l'enceinte, 900.
    --Aveugles et Voyants, hommes et femmes, 909.
    --Mariage qui se pouvaient faire, 910.
    --Ressources de cet hpital, 911.
    --Par qui administr, II, _b_, 1267.
    --glise, 1268.


  R.

  _Ragnemonde_, vque de Paris, I, _b_, 750.

  _Ramilly_ (bataille de), IV, _a_, 154.

  _Ramus_, III, _a_, 572.

  _Ratabon_, surintendant des btiments sous Louis XIV, I, _a_, 784.

  _Ravaillac_, III, _a_, 435.

  _Rcollets_ (couvent des), II, _b_, 747.
    --Curiosits, 750.

  _Rdemption_ des captifs. Voyez _Merci_.

  _Rforms_ (les), crivent  la reine en faveur de Dubourg, III, _a_, 44.
    --Menacent, 45.
    --Conspirent, 46.
    --Obtiennent l'dit de Romorantin, 56.
    --Se soulvent en plusieurs provinces, 57.
    --Conspirent de nouveau, 60.
    --dit de juillet, 72.
    --Colloque de Poissy, 73.
    --Leurs assembles, 79.
    --dit de janvier, 83.
    --Courent aux armes, 100.
    --Entrent en campagne, 103.
    --Bataille de Saint-Denis, 140.
    --La Saint-Barthlemy, 179.
    --Commencent la quatrime guerre civile, 223.

  _Rgence_ (conseil de) sous Louis XV, IV, _b_, 5.
    --tat des affaires de l'Europe au commencement de la rgence, 10.

  _Rgnaut d'Acy_, avocat-gnral, assassin par les ordres de Marcel,
          II, _a_, 45.

  _Reims_ (collge de), III, _b_, 537.

  _Reine_ (htel de la), II, _b_, 1316.

  _Renaud-de-Corbeil_, I, _b_, 536.

  _Renaudie_, chef de la conspiration d'Amboise, III, _a_, 47.
    --Son indiscrtion, 48.
    --Meurt en combattant, 50.

  _Reuilly_ (chteau de), II, _b_, 1317.
    --Jardin, 1338.

  _Rvolution franaise_, enseigne aux hommes toute vrit, I, _a_.
          Avert. XXIX.

  _Ribauds_ (les), ce que c'tait que cette troupe, I, _b_, 506.

  _Richard_ Ier, dtrn, II, _a_, 102.

  ---- jeune enfant que les juifs avaient, dit-on, crucifi  Pontoise,
          II, _a_, 442.

  ---- moine, prche  Paris, II, _a_, 446.

  _Richelieu_ (le cardinal de), btit le palais cardinal, I, _b_, 874.
    --Cde ce palais  Louis XIII, 877.
    --Apparat sur la scne politique, III, _b_, 15.
    --Entre au conseil, 26.
    --Sa conduite prudente, 30.
    --Manire dont il juge la guerre que Marie de Mdicis voulait faire
           son fils, 42.
    --Progrs de sa fortune, 54.
    --Rflexions gnrales sur son administration, 66.
    --Son entre triomphante dans Montauban, 71.
    --Journe des dupes, 72.
    --Richelieu, matre absolu, 75.
    --Se dclare pour les Sudois, 86.
    --Embrase l'Europe entire, 86.
    --Succs et revers de la France, 87.
    --Son antipathie pour la maison d'Autriche, 92.
    --N'a pas compris tout le mal qu'il faisait, 103.
    --Mort de Richelieu, 104.

  ---- (le duc de), gnral, IV, _b_, 294.

  ---- (htel), II, _a_, 254.

  _Richemont_ (le comte de), conntable, II, _a_, 379.
    --Sa conduite svre envers les favoris du roi, 380.
    --Reoit Lallier sur le pont Notre-Dame, 412.

  _Riparienne_ (troupe). Ce que c'tait, I, _a_, 47.

  _Riperda_, ambassadeur de Philippe V, IV, _b_, 99.

  _Robert-le-Fort_, I, _b_, 491.

  ---- comte de Dreux, I, _b_, 864.

  ---- III, se porte pour hritier du comte d'Artois, II, _a_, 19.
    --On lui prfre Mahaud, 19.
    --Va chercher un asile en Angleterre, 20.

  ---- de Clermont, assassin, II, _a_, 65.

  _Robertins_ (communaut des) IV, _a_, 356.

  _Roch_ (glise Saint-), I, _b_, 959.
    --Quand elle fut acheve, 961.
    --Paroisse, 961.
    --Description, 962.
    --Curiosits, 966.
    --Circonscription, 968.

  _Rochechouard_ (abattoir), II, _a_, 295.

  _Rocheblond_ (la), auteur de la faction des Seize, III, _a_, 270.

  _Rochefoucauld_ (la), veut faire assassiner Gondy, III, _b_, 261.

  ---- (le cardinal de la), son tombeau, III, _b_, 381.

  _Rochelle_ (le sige de la), III, _a_, 213.

  _Rocroy_ (bataille de), III, _b_, 115.

  _Rohan_ (le duc de), dclar ennemi de l'tat, III, _a_, 20.

  _Rohaud-Montbazon_ (htel de), I, _b_, 655.

  _Romorantin_ (dit de), III, _a_, 56.

  _Roses_ (baille des), singulire coutume, I, _a_, 154.

  _Rouen_ (htel de l'archevque de), III, _b_, 717.

  _Rousseau_ (J. J.), IV, _b_, 352.

  _Roussillon_ (htel de), IV, _a_, 364.

  _Royal_ (pont), IV, _b_, 439.

  _Royaumont_ (htel de), I, _b_, 655.
    --II, _a_, 333.

  _Royaut_, hrditaire anciennement en France quant  la famille,
          lective quant aux individus, I, _a_, 63.
    --Pouvait tre partage  plusieurs ou donne  un seul, 64, 66, 69;
    I, _b_, 472.

  _Rues_ de Paris, sont une matire trs embrouille, I, _a_, 425.
    --Leur tat jusqu'au 15e sicle, 426.
    --Paves par Philippe-Auguste, 426.
    --Combien il y en avait au temps du pote Guillot, 440.
    --Combien au temps de Corrozet, 441.
    --Rues par ordre alphabtique. (Voir la table particulire, page 575.)


  S.

  _Sachets_ (les), III, _b_, 605.

  _Sacrement_ (les filles du Saint-), II, _b_, 1086.
    --glise, 1087.

  ---- (filles du Saint-), IV, _a_, 234.
    --But de cette institution, 235.
    --Anecdote sur leur tablissement  Paris, 236.
    --Monastre rue Cassette, 238.

  _Sacy_ (le pre de), s'attire la haine de Pompadour, IV, _b_, 321.

  _Salm_ (htel de), IV, _b_, 478.

  _Salptrire_, origine de cet hpital, III, _a_, 540.
    --glise, 543.
    --Curiosits, 546.

  _Samaritaine_ (la), I, _a_, 100.

  _Sang_ (les religieuses du prcieux), IV, _a_, 273.

  _Sauval_ (Henri), a crit sur les antiquits de Paris, I, _a_. Avert. vj.

  _Sauveur_ (les filles du), II, _b_, 1130.

  ---- (glise Saint-), II, _a_, 501.
    --Paroisse, 502.
    --Reconstruite, 503.
    --Description, 504.
    --Curiosits, _ib._
    --La Cure, 505.
    --Circonscription, 506.

  _Savoie_ (htel de), III, _b_, 709.

  _Savoisi_ (Charles de), II, _a_, 163.

  _Savonnerie_ (manufacture royale de la), I, _b_, 1048.
    --Sa chapelle, 1050.

  _Savoyards_ (cole des), III, _b_, 566.

  _Saxe_ (le comte de), IV, _b_, 130.
    --Devient marchal, 131.
    --Ses campagnes dans les Pays-Bas, 136.
    --Victoire de Raucoux, 141.

  _Scipion_ (htel), III, _a_, 626.

  _Seez_ (collge de), III, _b_, 696.

  _Sguier_ (le prsident), devant le roi Henri II, III, _a_, 24.
    --Arrt sur le quai de la Mgisserie, III, _b_, 148.

  _Seize_ (la faction des). Son but et ses progrs, III, _a_, 270.
    --Manoeuvre de cette faction, 270.
    --Fomentent la haine publique contre le roi, 286.
    --Excitent les coliers, 298.
    --Soulvent Paris  la mort du duc de Guise, 319.
    --Dsappoints, 342.

  _Sjour_ d'Orlans (le), III, _a_, 618.

  ---- de la reine Blanche, III, _a_, 621.

  _Sens_ (htel de), II, _b_, 964.

  _Sergents d'Armes_, institus par Philippe-Auguste, I, _b_, 506.

  _Spulcre_ (glise du Saint-), I, _b_, 577.
    --Acheve, 578.
    --Diffrends au sujet de la juridiction de cette glise, 579.
    --Curiosits, 581.
    --Une des filles de Notre-Dame, 582.

  ---- (les chanoinesses du Saint-), IV, _b_, 441.

  _Servandoni_, btit le portail de Saint-Sulpice, IV, _a_, 215.

  _Severin_ (glise Saint-), III, _b_, 627.
    --Origine, 628.
    --Curiosits, 631.
    --Circonscription, 633.
    --Embellissements, 751.

  _Svign_ (Mme de), II, _b_, 1327.

  _Shaftsbury_, jugement sur cet homme, IV, _a_, 51.
    --Jure la perte des Stuarts, 53.
    --Ses intrigues pour le prince d'Orange et Monmonth, 115.

  _Sibylle_, femme de Renold de Cherins, I, _b_, 818.

  _Sicile_ (htel de), II, _b_, 851.

  _Sigismond_ (l'empereur),  Paris, II, _a_, 146.

  _Silleri_ (le chancelier), III, _b_, 17.
    --Le roi lui retire les sceaux, 23.

  _Simon_ Salus (communaut de Saint-), III, _b_, 738.

  _Six-Corps_ (les). Cette runion attribue  Philippe-Auguste,
          I, _b_, 630.
    --Leur constitution, 631.
    --Objet de cette association, 633.
    --Marchands de vin exclus, 633.
    --Drapiers, 634.
    --piciers, 635.
    --Merciers, 637.
    --Pelletiers, 638.
    --Bonnetiers, 639.
    --Orfvres, 640.

  _Sixte V_, et la ligue, III, _a_, 338.

  _Soanen_, vque de Senez, IV _b_, 193.

  _Socit_ de la croix (les filles de la), II, _b_, 1241.

  _Soissons_ (htel de), II, _a_, 334.
    --Ses diffrents propritaires, 335.

  ---- (le comte de), III, _b_, 4.
    --Se retire de la cour avec le prince de Cond, 12.

  _Somptuaire_ (loi), sous Philippe-le-Bel, I, _b_, 441.

  _Sorbonne_ (la) rend un dcret contre Henri III, _a_, 320.
    --Contre Henri IV, 347.
    --Fait sa soumission, 422.
    --Sa fondation, 675.
    --L'glise, 678.
    --Description, 679.
    --Curiosits, 680.
    --Bibliothque, 682.
    --Rgime intrieur, 683.
    --Restaure, 753.

  _Sorel_ (Agns), II, _a_, 387.

  _Soubise_ (htel de), II, _b_, 1006.

  ---- demande pardon  genoux, III, _b_, 47.
    --Dvaste le Poitou avec une arme de 6,000 hommes, 51.

  _Sourdiac_ (htel de), IV, _a_, 366.

  _Spifame_ (Raoul), fait rendre l'ordonnance qui oblige les libraires
           fournir des exemplaires  la bibliothque royale, II, _a_, 187.

  _Squelette_ de Germain Pilon, II, _a_, 455.

  _Stairs_, ambassadeur d'Angleterre en France, IV, _b_, 15.
    --Fait la guerre  la France, 125.

  _Stanislas_, roi de Pologne, IV, _b_, 104.

  _Stations_ agraires, ce que c'tait, I, _a_, 46.

  _Strasbourg_ (htel de), II, _b_, 1010.

  _Sude_ (collge de), III, _b_, 691.

  _Suger_, abb de Saint-Denis, I, _b_, 496.
    --Et la note.

  _Sully_ (Maurice de), reoit de Philippe-Auguste tous les difices
          publics des Juifs, I, _a_, 266.
    --Fait construire le palais piscopal, 328.

  ---- (Eudes de) vque de Paris, I, _b_, 818.

  ---- (le duc de). Sa disgrace sous la rgence, III, _b_, 7.
    --Jugement sur ce personnage, 8.
    --Note.

  _Sulpice_ (glise paroissiale de Saint-), IV, _a_, 208.
    --Agrandie, 212.
    --Nouvelle glise, _ib._
    --Travaux suspendus et repris, 213.
    --Portail, 215.
    --Construction des autres parties, 217.
    --Ddicace, 218.
    --Curiosits de l'glise en 1789, 220.
    --Circonscription, 225.
    --Restaure, 396.
    --Embellissement des chapelles, 396.

  ---- (hospice de Saint-), IV, _a_, 262.

  ---- (grand sminaire Saint-), IV, _a_, 353.
    --Curiosits de la chapelle, 354.
    --Petit sminaire, 355.
    --Nouveau sminaire, 400.

  _Symphorien_ (Saint-), ou chapelle Saint-Luc, I, _a_, 273.
    --Par qui desservie, 274.
    --Curiosits, 275.

  ---- (chapelle Saint-), III, _b_, 425.


  T.

  _Tabacs_ (manufacture des), IV, _b_, 532.

  _Tableau_ historique et pittoresque de Paris; plan qu' suivi
          l'auteur, I, _a_. Avertissement XIV.
    --Sa premire dition, 24.
    --Son atlas, 25.
    --La nouvelle dition, 26.

  _Tardif_ (Jean), sa mort, III, _a_, 376.

  _Tarif_ sous la rgence, III, _b_, 126.

  _Tasseline_ (Jeanne), fonde une chapelle, II, _b_, 747.

  _Tellier_ (le pre le), confesseur de Louis XIV, IV, _a_, 177.
    --Prventions contre lui, 178.

  _Thluson_ (htel), II, _a_, 257.

  _Temple_ (le), II, _b_, 1119.
    --Description, 1120.
    --Trois sortes d'habitants au Temple, 1121.
    --L'glise, 1122.
    --Description, 1123.
    --Curiosits, 1124.
    --March du Temple, 1159.

  _Templiers_ (les) taient coupables, I, _a_, 93.

  ---- leur origine, II, _b_, 1094.
    --S'tablissent  Paris, 1095.
    --Leur fin tragique, 1097.
    --Les nouveaux philosophes les prennent sous leur protection, 1098.
    --Leur culpabilit dmontre, 1104.
    --Leur apologie rfute, 1112.
    --Clment V les supprime, 1118.

  _Tencin_ (l'abb de), ses intrigues  Rome, IV, _b_, 69.

  _Tenneguy_ Duchtel sauve le Dauphin, II, _a_, 154.
    --S'exile de la cour, 380.

  _Thatins_ (les), IV, _b_, 435.

  _Thcle_ (les filles de Sainte-), IV, _a_, 267.

  _Thmines_ (le marchal de), III, _b_, 27.

  _Thermes_ (palais des), son origine, disc. prl., XIV.
    --Description, III, _a_, 642.
    --Constructions souterraines, 645.
    --Rparation, 752.

  _Thomas_ (Saint-), contraire aux monomachies, I, _a_, 353.

  ---- de Cantorbery (Saint-), glise  Paris sous son invocation,
          I, _b_, 864.
    --_Voyez_ Saint-Nicolas du Louvre.

  ---- d'Aquin (les filles Saint-), II, _a_, 230.
    --Par qui fondes, 230.
    --Leur monastre, 231.

  ---- (les filles Saint-) de Villeneuve, IV, _a_, 247.

  ---- d'Aquin (glise Saint-), IV, _b_, 529.

  ---- de Jsus (le pre), II, _a_, 215.

  _Thou_ (Jacque de), historien, II, _a_, 187.

  _Thouars_ (htel), III, _b_, 713.

  _Tiercelin_ (Jean), matre-d'htel du Dauphin, I, _b_, 916.

  _Timbre_ royal, II, _a_, 294.

  _Tisserand_ (Jean), cordelier, I, _b_, 583.

  _Tombe_ Isouard (la), II, _a_, 458.

  _Toulouse_ (le comte de), sa pnitence publique, I, _b_, 699.

  ---- (htel de), II, _a_, 345.

  _Tour_ de Notre-Dame des Bois (la), II, _a_, 454.

  _Treguier_ (collge de), III, _b_, 511.

  _Trmouille_ (la), II, _a_, 402.

  ---- (htel de la), II, _b_, 1005.

  _Trente-Trois_ (le sminaire des), III, _a_, 607.

  _Trsor_ des chartres, ce que c'tait, I, _a_, 123.

  _Trsorier_ (collge du), III, _b_, 704.

  _Tournay_ (le collge de), III, _a_, 610.

  ---- (htel de), III, _a_, 615.

  _Tournelle_ (la), I, _a_, 151.
    --Pont de la Tournelle, 421.

  _Tournelle_ (chteau de la), rebti, III, _a_, 441.
    --tablissement qu'y forme Saint-Vincent de Paul, _ib._
    --Dtruit, 443.

  ---- (la marquise de la), matresse de Louis XV, IV, _b_, 111.

  _Tournelles_ (le palais des), par qui construit, II, _b_, 1227.
    --Demeure du duc de Bedfort, 1228.
    --Description, 1229.
    --Dtruit et remplac par la place royale, 1230.

  _Tournon_ (le cardinal de), dispute contre Thodore de Beze,
          III, _a_, 75.

  _Tours_ (collge de), III, _b_, 690.
    --Htel, 716.

  _Trve_ du Seigneur sous Henri Ier, I, _b_, 687.

  _Trinit_ (hpital de la), II, _a_, 491.
    --Son administration, 493.
    --Par qui desservi jusqu'en 1545, 495.
    --Les confrres de la passion y reprsentent la passion, 496.
    --glise, 500.
    --Filles de la Trinit, II, _b_, 1302.

  _Triumvirat_, durant la minorit de Charles IX, III, _a_, 69.
    --Exil, 86.
    --Dlivre le roi  Fontainebleau, 97.

  _Tuileries_ (le palais des), origine de ce nom, I, _b_, 915.
    --tat primitif de cet emplacement, 916.
    --Bti par Catherine de Mdicis, 917.
    --La prdiction d'un astrologue fait cesser les travaux, _ib._
    --Ces travaux repris et achevs, 918.
    --Travaux sous Louis XIV, 920.
    --Dcoration intrieure, 925.
    --Salle des machines, 928.
    --La chapelle, 930.

  _Turenne_, Sa dfection en faveur des frondeurs, III, _b_, 187.
    --Veut enlever les trois princes, 219.
    --Sauve l'arme royale, 284.
    --Chasse le duc de Lorraine, 290.
    --Engage un combat avec Cond aux portes de Paris, 296.
    --Triomphe  Dunes, IV, _a_, 5.
    --Ses succs dans la guerre de Hollande, 48.
    --Entre en Allemagne, 56.
    --Marche contre les impriaux, 60.
    --Ses belles manoeuvres sur le Rhin, 61.
    --Ses cruauts dans le Palatinat, 62.
    --Refuse de quitter l'Alsace, 63.
    --Sa belle dfense, 64.
    --On lui oppose Montecuculli, 66.
    --Meurt au milieu de ses succs, 67.

  _Turgot_ (htel), II, _b_, 1330.


  U.

  _Unigenitus_ (bulle), IV, _a_, 174.
    --Importance de cette bulle, IV, _b_, 164.
    --Nouvelles attaques contre elle, 254.

  _Union_ chrtienne (les filles de l'), II, _a_, 518.
    --But de cette institution, 519.
    --Lettres-patentes de Louis XIV, 519.
    --La petite union chrtienne, 525.

  _Universit_. Son tablissement sous Louis le jeune, contribue 
          l'accroissement de Paris, I, _a_. Disc. prl., 23.
    --Conduite de Louis XII envers l'universit, I, _b_, 903.
    --Croit  la souverainet du peuple, 1037.
    --Ses querelles avec les Jacobins au sujet de l'immacule
          conception, II, _a_, 95.
    --Se mle moins des affaires publiques, 162.
    --Se soumet  Charles VII, 414.
    --Son origine, III, _a_, 546.
    --Ses progrs, 548.
    --Son lustre, 552.
    --Son tat au XIIIe sicle, 557.
    --Ses premiers rglements, 558.
    --Messagers de l'universit, 560.
    --Fondation des collges, _ib._
    --Faveurs des papes envers elle, 562.
    --Arrive des dominicains et des franciscains, 565.
    --cole de thologie, 567.
    --L'universit devient telle qu'elle est, 568.
    --Ses ressources, 569.
    --Son esprit rpublicain, 570.
    --Sa conduite pendant les troubles, _ib._
    --Renaissance des lettres, 574.
    --Ramus s'lve contre Aristote, 578.
    --Institution des divers collges, 580.
    --Fait valoir son autorit  l'gard des religieux de l'abbaye
          Saint-Germain, IV, _a_, 347.

  _Ursins_ (la princesse des), IV, _b_, 11.

  _Ursulines_ (les religieuses), III, _b_, 449.

  _Utrecht_ (paix d'), IV, _a_, 167.

  _Uzs_ (htel d'), II, _a_, 258.


  V.

  _Vaiguerie_ (la), prsident au parlement, II, _b_, 886.
    --Ses remontrances au roi, 901.

  _Vaillant_ (M.) recherche les mdailles en Italie, II, _a_, 198.

  _Val-de-Grce_ (abbaye royale du), II, _b_, 472.
    --glise, 474.
    --Description, 476.
    --Curiosits, 482.

  _Valentinien_, habita Paris, disc. prl., XIII.

  _Valentinois_ (la duchesse de), son ascendant sur Henri, III, _a_, 35.

  _Valre_ (les Filles de sainte), IV, _b_, 448.

  _Valire_ (htel de la), II, _a_, 258.

  _Valois_ (de) sa dispute avec Delaunoy sur les anciennes glises de
          Paris, I, _a_, avert., v.

  ---- (Adrien de). Lumires qu'il a rpandues sur les antiquits de
          Paris, I, _a_, avert., XIII.

  _Valteline_ (la), rendue aux Grisons par Richelieu, III, _b_, 78.

  _Vanden_ Bogar (Voy. Desjardins).

  _Varits_ (thtre des), II, _a_, 293; _b_, 1134.

  _Varzy_ (Guillaume de), doyen de Saint-Germain, II, _a_, 300.

  _Vassaux_ (les grands),  la fin de la seconde race, II, _a_, 5.
    --Donnent la couronne  Hugues Capet, _ib._

  _Vasselage_, son origine, I, _a_, 59.
    --Ses effets, _ib._

  _Vassy_ (prtendu massacre de), III, _a_, 92.

  _Veing_ d'Arbouze, suprieure des Bndictines, leur fait embrasser
          une vie plus austre, I, _b_, 1027.

  _Vendme_ (place), son origine, I, _b_, 975.
    --Description, 978.
    --Ancien monument, 980.
    --La colonne le remplace, 982.
    --Dtails sur cette colonne, 1102.

  ---- (le duc de), refuse le passage au duc de Bretagne, II, _b_, 628.

  ---- (collge de), III, _b_, 690.

  ---- (le duc de), ses succs, IV, _a_, 147.
    --En Espagne, 164.

  ---- (htel de), IV, _a_, 366.

  _Ventadour_ (la duchesse de), I, _b_, 593.

  _Verneuil_ (bataille de), II, _a_, 376.

  _Viande_ (ancienne halle  la), II, _a_, 478.

  _Viarmes_ (de), prvt des marchands, II, _a_, 324.

  _Vic_ (Henri de), horloger, I, _a_, 168.

  _Victoires_ (place des), II, _a_, 205.
    --Description, 206.
    --Statue de Louis XIV, 208.
    --Rparations, 289.

  _Victor_ (l'abbaye Saint-), III, _a_, 472.
    --glise, 474.
    --Le clotre, 479.
    --Curiosits, 480.
    --Bibliothque, 481.

  _Villa_, vill capitane, mansionales, ce que c'tait, I, _a_, 80.

  _Villain_ (l'abb), son histoire de Saint-Jacques de la Boucherie,
          I, _b_, 544.

  _Villars_, IV, _a_, 147.
    --Remplac par Marsin, 148.
    --Ses succs sur le Rhin, 157.
    --Gagne la bataille de Denain, 167.
    --On blme le rgent, IV, _b_, 17. Note.

  _Villeroi_ (M. de), sa lettre  d'Ossat, I, _a_, 241.

  _Villeroi_ (htel de), I, _b_, 654.

  _Villeroi_ (la chapelle de), II, _a_, 455.

  _Villeroi_. Son impritie, IV, _a_, 143.
    --Perd la bataille de Ramilly, 154.

  _Villvque_, I, _a_, 347.

  _Vincent_ de Paule (Saint-), tablit les Enfants Trouvs, I, _a_, 387.
    --Engage les dames de la Charit  se charger des enfants trouvs, 388.

  _Vincent_ de Paule (glise Saint-), II, _a_, 294.

  _Vineam domini Sabaoth_, bulle de Clment XI, IV, _a_, 170.

  _Vintimille_ (madame de), matresse du roi, IV, _b_, 110.

  _Vintimille_ (M. de), archevque de Paris, IV, _b_, 197.
    --Dans quel tat il trouve cette glise, 198.
    --Son zle, 199.
    --Protestation contre son mandement, 200.

  _Visitation_ Sainte-Marie (les religieuses de la), II, _b_, 1249.
    --S'tablissent  Paris, 1251.
    --Transfres, 1252.
    --glise, 1253.
    --Curiosits, 1254, III, _b_, 427.

  _Visitation_ de Chaillot (la), par qui fonde, I, _b_, 1051.
    --Augmente, 1052.
    --glise, 1053.

  _Vitri_ (le baron de), III, _b_, 32.

  _Volaille_ (march  la volaille), III, _b_, 751.

  _Voltaire_, IV, _b_, 156-353-358.


  W.

  _Walpole_, ambassadeur anglais, exploite la vanit de Fleury,
          IV, _b_, 99.

  _Walstein_, gnral allemand, III, _b_, 80.
    --Reprend le commandement d'une arme aprs une disgrace, 84.
    --Ferdinand le fait assassiner, 85.

  _Westphalie_ (trait de). Ne reconnot dans la socit que des intrts
          matriels, III, _b_, 332.


  Y.

  _Yves_ de Chartres. Contraire aux _monomachies_, I, _a_, 353.

  _Yves_ (Saint-), chapelle, II, _a_, 344.


  Z.

  _Zamet_, italien fort riche, chez qui mourut Gabrielle d'Estres,
          I, _b_, 830.

  _Zne_ (htel), III, _a_, 622.
    --Dpendance de la commanderie de Saint-Jean de Latran, III, _b_, 355.




  TABLE DES RUES DE PARIS.


  A.

  Abbatiale, IV, _b_, 503.

  Abbaye (Neuve-de-l'), IV, _b_, 534.

  Abreuvoir (de l'), I, _a_, 442.

  Abreuvoir-Popincourt (de l'), I, _b_, 660.

  Acacias (des), IV, _b_, 534.

  Aiguellerie (de l'), I, _b_, 661.

  Albiac (d'), III, _a_, 632.

  Aligre (d'), II, _b_, 1345.

  Allouette (du Champ de l'), III, _a_, 632.

  Amandiers (des), II, b, 1345; III, _b_, 574.

  Amboise (d'), II, _a_, 262.

  Amlie, IV, _b_, 534.

  Amelot, II, _b_, 1345.

  Anastase (Sainte-), II, _b_, 1141.

  Anastase (Neuve Sainte-), II, _b_, 966.

  Andr (Saint-), II, _b_, 1345.

  Andr-des-Arcs (Saint-), III, _b_, 730.

  Andr-des-Arcs (du Cimetire St-), III, _b_, 732.

  Anges (des Deux), IV, _b_, 503.

  Angevillers (d'), I, _b_, 839.

  Anglade (d'), I, _b_, 1075.

  Anglois (des), III, _b_, 574.

  Angloises (des Filles), II, _b_, 632.

  Angoulme (d'), I, _b_, 1075.

  Angoulme (d'), II, _b_, 1141.

  Anjou (d'), I, _b_, 1075.

  Anjou (d'), II, _b_, 1141.

  Anjou (d'), IV, _b_, 503.

  Anne (Sainte), I, _a_, 442; b, 1075; II, _a_, 262.

  Antin (d'), II, _a_, 262.

  Antoine (Saint-), II, _b_, 1345.

  ---- (du Faubourg), II, _b_, 1347.

  ---- (des Fosss), II, _b_, 1347.

  Apolline (Sainte-), II, _a_, 563.

  Arbalte (de l'), III, _b_, 574.

  Arbre-Sec (de l'), I, _b_, 839.

  Arcade (de l'), I, _a_, 44; _b_, 1076.

  Arche-Marion (de l'), I, _b_, 661.

  Argenteuil (d'), I, _b_, 1076.

  Arras (d'), III, _b_, 632.

  Artois (d'), II, _a_, 263.

  Assas (d'), IV, _a_, 408.

  Astorg (d'), I, _b_, 1077-1106.

  Aubry-le-Boucher, I, _b_, 597.

  Augustin (Neuve-Saint), II, _a_, 263-284.

  Augustins (des Vieux-), II, _a_, 348.

  Augustins (des Grands-), III, _b_, 732.

  Augustins (des Petits), IV, _b_, 503.

  Auvergne (de la Tour-d'), II, _a_, 264.

  Aveugles (des), IV, _a_, 369.

  Avignon (d'), I, _b_, 597.

  Avoie (Sainte-), II, _b_, 1013.


  B.

  Babille, II, _a_, 348.

  Babylone (de), IV, _b_, 215.

  Bac (du), IV, _a_, 370, 215.

  Bagneux (de), IV, _a_, 370.

  Baillet, I, _b_, 842.

  Bailleul, I, _b_, 842.

  Baillif, II, _a_, 349.

  Bailly, II, _b_, 766.

  Ballets (des), II, _b_, 1347.

  Banquier (du), III, _a_, 683, III, _a_, 662.

  Barbe (Sainte-), II, _a_, 563.

  Barbette, II, _b_, 1348.

  Barillerie (de la), _a_, 443.

  Barouillre, IV, _a_, 370.

  Barre-du-Bec, II, _b_, 1013.

  Barre (de la), III, _a_, 633.

  Barrs (des), II, _b_, 966.

  Barrire (de la), III, _a_, 633.

  Barthlemy, IV, _b_, 534.

  ---- (de Saint-), I, _a_, 443.

  Batailles (des), I, _b_, 1077.

  Battoir (du), III, _a_, 634.

  Basfroi, II, _b_, 1348.

  Basse-du-Rempart, II, _a_, 264.

  Bassins (des), I, _b_, 1077.

  Basville (de), I, _a_, 443.

  Baudin, II, _a_, 265.

  Bayard, IV, _b_, 535.

  Beaubourg, II, _b_, 766.

  Beauce (de), II, _b_, 1142.

  Beaune (de), IV, _b_, 505.

  Beaujolois (de), I, _b_, 1077, II, _b_, 1142.

  Beauregard, II, _a_, 265, 563.

  Beaurepaire, II, _a_, 563.

  Beautreillis, II, _b_, 967.

  Beauvais (de), I, _b_, 842.

  Beauveau, II, _b_, 1348.

  Belle-Chasse (de), IV, _b_, 505.

  ---- Neuve, IV, _b_, 535.

  Bellefond, I, _a_, 265.

  Benot (Saint-), II, _b_, 768, IV, _b_, 505.

  ---- (du Cimetire), III, _b_, 575.

  Bercy (de), II, _b_, 1348.

  Bergre, II, _a_, 265.

  Bernard (Saint-), II, _b_, 1349.

  ---- (des Fosss), III, _a_, 635.

  Bernardins (des), III, _a_, 634.

  Berthoud, II, _b_, 792.

  Bertin-Poir, I, _b_, 662.

  Berry (de), I, b, 1077, II, _b_, 1142.

  Bthisi, I, _b_, 662.

  Beurrire, IV, _a_, 371.

  Biches (du Pont aux), III, _a_, 635.

  Bienfaisance (de la), I, _b_, 1106.

  Bivre (de), III, _a_, 635.

  Billettes (des), II, _b_, 1014.

  Biron (de), III, _b_, 575.

  Bissy, IV, _a_, 371.

  Blanche, II, _b_, 1143.

  ---- (de la Croix), II, _a_, 266.

  Blanchisseuses (des), I, _b_, 1077.

  Blancs-Manteaux, II, _b_, 1016.

  Bleue, II, _a_, 266.

  Boeuf (du Pied de), I, _b_, 598.

  Bondi, II, _b_, 768.

  Borda, II, _b_, 792.

  Bordet, III, _a_, 635.

  Bornes (des), II, _b_, 1143.

  Boucher, I, _b_, 663.

  Boucherat, II, _b_, 1143.

  Boucheries (des), I, _b_, 1078, IV, _a_, 371.

  ---- (au Gros-Caillou), IV, _b_, 524.

  ---- (de la), II, _b_, 1373.

  ---- (de la Vieille-), III, _b_, 733.

  Boulangers (des), III, _a_, 636.

  Boulets (des), II, _b_, 1349.

  Bouloy (du), II, _a_, 349.

  Bourbe (de la), IV, _a_, 372.

  Bourdonnaye (de la), IV, _b_, 535.

  Bourbon (du Petit-), I, _b_, 843, IV, _a_, 372.

  ---- IV, _b_, 506.

  ---- le Chteau, IV, _b_, 506.

  ---- II, _a_, 564.

  Bourg-Thibout, II, _b_, 1017.

  Bourg-l'Abb, II, _a_, 564.

  Bourgogne (de), II, _b_, 1143, IV, _b_, 506.

  Bourguignons (des), III, _b_, 576.

  Bout-de-Brie, III, _b_, 734.

  Bout-du-Monde (du), II, _a_, 350.

  Braque (de), II, _b_, 1017.

  Brave (du), IV, _a_, 372.

  Bretagne (de), II, _b_, 1144.

  ---- (Neuve de), II, _b_, 1160.

  Breteuil (de), II, _b_, 769, IV, _b_, 538.

  Bretonnerie (de la Grande-), III, _b_, 576.

  ---- (de la Petite-), III, _b_, 576.

  Bretonvilliers (de), I, _a_, 460.

  Brise-Miche, II, _b_, 769.

  Brodeurs (des), IV, _b_, 506.

  Brunette, I, _b_, 1078.

  Bucherie (de la), III, _b_, 577.

  Buci (de), IV, _a_, 372.

  Buffault (de), II, _a_, 266.

  Buffon, III, _a_, 662.

  Buisson (Saint-Louis du), II, _b_, 792.

  Buttes (des), II, _b_, 1349.


  C.

  Cassini, III, _b_, 597.

  Cadet, II, _a_, 266.

  Caille (de la), IV, _a_, 409.

  Caillou (du Gros-), III, _a_, 636.

  Caire (du), II, _a_, 585.

  Calandre (de la), I, _a_, 443.

  Calonne (de), II, _a_, 350.

  ---- (place), III, _b_, 578.

  Calvaire (Filles-du-), III, _b_, 1144.

  Canettes (des), IV, _a_, 374.

  Canettes (des Trois-), I, _a_, 444.

  Canivet (du), IV, _a_, 374.

  Capucins (des), III, _b_, 578.

  Capucins (Neuve des), II, _a_, 266.

  Capucines (des), II, _a_, 266.

  Cardinale, IV, _b_, 507.

  Carme-Prenant, II, _b_, 770.

  Cargaisons (des), I, _a_, 445.

  Carmes (des), III, _b_, 578.

  Carneau (du), III, _b_, 578.

  Caron, II, _b_, 1349.

  Carpentier, IV, _a_, 374.

  Carreau (du Petit-), II, _a_, 565.

  Carrefour de la Croix-Rouge, IV, _a_, 377.

  Carrousel (du), I, _b_, 1078.

  Cassette, IV, _a_, 374.

  Castiglione (de), I, _b_, 1106.

  Catherine, (Sainte-), IV, _a_, 374.

  ---- (de l'gout-Sainte-), II, _b_, 1350.

  ---- (Neuve Sainte-), II, _b_, 1350.

  Caumartin, II, _a_, 267.

  Cerisaie (de la), II, _b_, 967.

  Chabanais (des), II, _a_, 267.

  Chaillot (du Grand-), I, _b_, 1078.

  ---- (Basse de), I, _b_, 1078.

  Chaise (de la), IV, _b_, 507.

  Champs (des), I, _b_, 1078.

  Champs-lyses (des), I, _b_, 1078.

  Champs (Neuve des Petits-), II, _a_, 267.

  Champ-de-l'Alouette (Petite r. du), II, _a_, 662.

  Champs (des Petits-), II, _b_, 771.

  Chandeliers (des Trois-), III, _b_, 735.

  Chanoinesse, I, _a_, 445.

  Chantereine, II, _a_, 267.

  Chantier (du Grand-), II, _b_, 1144.

  Chantiers (des), II, _b_, 1351.

  Chantre (du), I, _b_, 843.

  Chantres (des), I, _a_, 445.

  Chanvrerie (de la), II, _a_, 466.

  Chapelle (de la), II, _a_, 585.

  Chapitre (du) ou Massillon, I, _a_, 445.

  Chapon (du), II, _b_, 771.

  Charbonniers (des), II, _b_, 1351.

  Charbonniers (des), III, _b_, 579.

  Charenton, (de), II, _b_, 1351.

  Charit (de la), II, _a_, 585.

  Charlot, II, _b_, 1144.

  Charonne (de), II, _b_, 1352.

  Chartire, III, _b_, 579.

  Chartres (de), I, _b_, 1079.

  Chteau-Landon, II, _a_, 585.

  Chat-qui-Pche (du), III, _b_, 735.

  Chauchat, II, _a_, 267.

  Chaume (du), II, _b_, 1018.

  Chausse-d'Antin (de la), II, _a_, 268.

  Chausse (de la), II, _b_, 1373.

  Chaudron (du), II, _a_, 585.

  Chemin-Vert (du), I, _b_, 1079; II, _b_, 1352.

  Chenet (du Gros-), II, _a_, 269.

  Chevalier-du-Guet (du), I, _b_, 664.

  Cheval-Vert (du), III, _b_, 579.

  Cherche-Midi (du), IV, _a_, 375.

  Chiens (des), III, _b_, 580.

  Childebert, IV, _b_, 507.

  Choiseul (de), II, _a_, 269.

  Cholets (des), III, _b_, 580.

  Chopinette (de la), II, _b_, 792.

  Christine, II, _b_, 736.

  Christophe (Saint-), I, _a_, 445.

  Censier, III, _a_, 636.

  Ciseaux, IV, _b_, 508.

  Claude (Saint-), II, _a_, 566.

  Claude (Saint-), II, _b_, 1145.

  Clef (de la), III, _a_, 637.

  Clment, IV, _a_, 409.

  Clri (de), II, _a_, 269, 566.

  Clotre Saint-Benot, III, _b_, 753.

  Clotre Saint-Benot (du), III, _b_, 736.

  Cloche-Perce, II, _b_, 1352.

  Clotre Notre-Dame, I, _a_, 445.

  Clotre Saint-Germain-l'Auxerrois, I, _b_, 846.

  Clopin, III, _a_, 637.

  Clos-Georgeau, I, _b_, 1079.

  Clovis, III, _a_, 662.

  Clichy (de), II, _a_, 270.

  Cluni (de), III, _b_, 736.

  Cocatrix, I, _a_, 446.

  Coeur-Volant, IV, _a_, 376.

  Colbert (de), II, _a_, 270.

  Colombe, I, _a_, 446.

  Colombier (Neuve du), II, _b_, 1353.

  Colombier, IV, _a_, 508.

  Colombier (du vieux), IV, _a_, 376.

  Colyse, I, _b_, 1079.

  Combat, II, _b_, 771.

  Comte (de la), IV, _b_, 524.

  Comtesse d'Artois, II, _a_, 467.

  Cond (de), IV, _a_, 377.

  Cont, II, _b_, 792.

  Contrescarpe, II, _b_, 1353.

  ---- III, _b_, 736.

  Copeau, III, _a_, 638.

  Coq (du), I, _b_, 843.

  Coqhron, II, _a_, 351.

  Coquenart, II, _a_, 270.

  Coquillire, II, _a_, 351.

  Corderie (de la), II, _b_, 1145.

  Corderie. _V._ de la Sourdire.

  Cordeliers (des), III, _b_, 736.

  Cordiers (des), III, _b_, 737.

  Cordonnerie (de la), II, _a_, 468.

  Corneille (de), IV, _a_, 377.

  Corroyerie (de la), II, _b_, 772.

  Cossonnerie (de la), II, _a_, 468.

  Cotte (de), II, _b_, 1353.

  Cour au Villain, II, _b_, 772.

  Cour du More, II, _b_, 773.

  Courcelle (de), I, _b_, 1079.

  Couronnes, (des trois), III, _a_, 639.

  Crbillon, IV, _a_, 377.

  Creuse, III, _a_, 639.

  Croix (de la), II, _b_, 773.

  Croix (Sainte-), I, _a_, 446; II, _a_, 270.

  Croix blanche (de la), II, _a_, 271.

  Croix-des-petits-Champs, II, _a_, 350.

  Croix Blanche (de la), II, _b_, 1020.

  Croix du Roule (de la), I, _b_, 1106.

  Croix de la Bretonnerie (Sainte-), II, _b_, 1018.

  Croissant (du), II, _a_, 270.

  Croulebarbe, II, _a_, 639.

  Crucifix Saint-Jacques (du), I, _b_, 598.

  Culture Sainte-Catherine, II, _b_, 1349.

  Cygne (du), II, _a_, 469.


  D.

  Daguesseau, I, _b_, 1080.

  Dames (de la Tour des), II, _a_, 271.

  Dauphin (du), I, _b_, 1080.

  Dauphine (passage), IV, _b_, 535.

  Dauphine, III, _b_, 737.

  Daval, II, _b_, 1354.

  Dchargeurs (des), I, _b_, 664.

  Degrs (des), II, _a_, 568.

  Degrs (des grands), III, _a_, 639.

  Demi-Saint (du), I, _b_, 844.

  Denis (Saint-), I, _b_, 599; II, _a_, 566.

  Denis (du Faubourg Saint-), II, _a_, 568.

  Denis (Neuve Saint-), II, _a_, 568.

  Denis (Basse Saint-), II, _ib_.

  Denis (du Chemin Saint-), II, _b_, 1146.

  Dervill, III, _a_, 641.

  Deux cus (des), II, _a_, 352.

  Diamans (des cinq), I, _b_, 599.

  Dominique (Saint-) d'Enfer, IV, _a_, 378.

  Dominique (Saint-), IV, _b_, 509.

  Doyenn, (du), I, _b_, 1081.

  Dragon (du), IV, _b_, 510.

  Draperie (de la Vieille), I, _a_, 446.

  Dugay-Troun, IV, _a_, 469.

  Duguesclin, IV, _b_, 535.

  Duphot, I, _b_, 1106.

  Dupleix, IV, _b_, 635.

  Duras (de), I, _b_, 1081.


  E.

  charpe (de l'), III, _b_, 1354.

  chaud (de l'), II, _a_, 469.

  chaud (de l'), II, _b_, 1146.

  chaud (de l'), IV, _b_, 510.

  chelle (de l') I, _b_, 1081.

  chiquier (de l'), II, _a_, 569.

  cole de mdecine (de l'), II, _b_, 753.

  cosse (d'), III, _b_, 580.

  Ecouffes (des), II, _b_, 1354.

  crivains (des), I, _b_, 599.

  curies (des petites), II, _a_, 569.

  glise (Neuve de l'), IV, _b_.

  gout (de l'), II, _a_, 271.

  gout (de l'), IV, _b_, 511.

  lisabeth (Neuve Sainte-), II, _b_, 792.

  loi (Saint-), I, _a_, 447.

  Enfants (des bons), II, _a_, 355.

  Enfants (Neuve des Bons), II, _a_, 251.

  Enfants rouges (des), II, _b_, 1146.

  Enfer (d'), I, _a_, 447.

  Enfer (d'), IV, _a_, 378.

  Enfer (_V_ Bleue).

  Enghien (d'), II, _a_, 569.

  pe de Bois (de l'), III, _a_, 640.

  peron (de l'), III, _b_, 737.

  Erfurt, _v_. Marguerite (petite Sainte-).

  Ermites (des deux), I, _a_, 450.

  Est (de l'), IV, _a_, 409.

  Estrapade (vieille de l'), III, _b_, 581.

  tienne, I, _b_, 665.

  tienne (Neuve Saint-), II, _a_, 569.

  tienne (Neuve Saint-), III, _a_, 640.

  tienne des grs (Saint-), III, _b_, 580.

  toile (de l'), II, _b_, 967.

  tuves (des vieilles), II, _a_, 355.

  tuves (des), II, _b_, 773.

  Eustache (Neuve Saint-), II, _a_, 271.

  Eustache (de la pointe Sainte-), III _a_, 469.

  vque (l'), I, a, 448; _b_, 1081.


  F.

  Fauconnier, II, _b_, 968.

  Favart, II, _a_, 271.

  Fcan (de la Valle), II, _b_, 1354.

  Flibien, IV, _a_, 409.

  Femme sans tte (de la), I, _a_, 460.

  Fer (de), III, _a_, 641.

  Fer  Moulin, III, _a_, 641.

  Ferdinand, II, _b_, 1160.

  Fronerie (de la), I, _b_, 665.

  Frou, IV, _a_, 378.

  Fers (aux), II, _a_, 469.

  Feuillade (de la), II, _a_, 272.

  Fves (aux), I, _a_, 448.

  Feydeau, II, _a_, 272.

  Fiacre (Saint-), II, _a_, 272.

  Fidlit (de la), II, _a_, 585.

  Figuier (du), II, _b_, 968.

  Filles-Dieu (des), II, _a_, 569.

  Fleurus, IV, _a_, 409.

  Fleury (de Champ-), I, _b_, 843.

  Foi (Sainte-), II, _a_, 570.

  Foin (du), II, _b_, 1354.

  Foin (du), III, _b_, 738.

  Foire (de la), IV, _a_, 378.

  Folie Mricourt (de la), II, _b_, 1147.

  Folie Regnaut, II, _b_, 1355.

  Fontaine (de la), III, _a_, 641.

  Fontaines (des), II, _b_, 774.

  Fontaines du roi (des), II, _b_, 1147.

  Fontenoy (place), IV, _b_, 535.

  Forges (des), II, _a_, 585.

  Forez (de), II, _b_, 1147.

  Fosss Saint-Germain (des), I, _b_, 845.

  Fosss Saint-Martin (des), II, _a_, 555.

  Fosss Saint-Marcel (des hauts), III, _a_, 641.

  Fossoyeurs (des), IV, _a_, 380.

  Fouare (du), III, _b_, 581.

  Four (du), II, _a_, 356.

  Four (du), III, _b_, 582.

  Four (du), IV, _a_, 381.

  Four Basset (du), I, _a_, 449.

  Fourcy, II, _b_, 968.

  Fourcy, III, _b_, 581.

  Fourneau (du), IV, _a_, 409.

  Fourreurs (des), I, _b_, 666.

  Franaise, II, _a_, 570.

  Franaise, III, _a_, 642.

  Franois (Neuve Saint-), II, _b_, 1147.

  Francs Bourgeois, II, _b_, 1355.

  Francs Bourgeois, III, _a_, 642.

  Francs Bourgeois, IV, _a_, 381.

  Frpillon, II, _b_, 774.

  Frres (des Trois-), II, _a_, 273.

  Froidmanteau, I, _b_, 845.

  Fromagerie (de la), II, _a_, 470.

  Fromentel, III, _b_, 582.

  Friperie (de la), II, _a_, 470.

  Fuseaux (des), I, _b_, 667.

  Furstemberg, IV, _b_, 512.


  G.

  Galande, III, _b_, 583.

  Gaillon (de), II, _a_, 273.

  Garons (des Mauvais-), IV, _a_, 382.

  Garencire, IV, _a_, 382.

  Gast, I, _b_, 1106.

  Gautier-Renauld, III, _a_, 643.

  Genevive (montagne Sainte-), III, _a_, 643.

  Genevive (carr Sainte-), III, _b_, 584.

  Genevive (place Sainte-), III, _b_, 584.

  Genevive (mont. Sainte-), III, _b_, 584.

  Geoffroi-Langevin, II, _b_, 775.

  Geoffroi-Lasnier, II, _b_, 968.

  Georges (Saint-), II, _a_, 273.

  Gerard-Boquet, II, _b_, 969.

  Germain-l'Auxerrois (Saint-), I, _b_, 667.

  Germain-des-Prs (place Saint-), IV, _b_, 535.

  Germain-des-Prs, IV, _b_, 535.

  Germain (des Fosss-Saint), IV, _a_, 383.

  Gervais (culture Saint-), II, _b_, 1147.

  Gervais (Saint-), II, _b_, 1147.

  Gervais (des hospitalires Saint-), II, _b_, 1373.

  Gervais-Laurent, I, _a_, 449.

  Gvres (de), I, _b_, 600.

  Gilles (Saint-), II, _b_, 1147.

  Gilles (Neuve-Saint-), II, _b_, 1147.

  Gilles-Coeur, III, _b_, 738.

  Gindre (du), IV, _a_, 383.

  Glatigny, I, _a_, 450.

  Gloriette (cul-de-sac de la), III, _b_, 585.

  Gobelins (des), III, _a_, 643.

  Gourdes (des), I, _b_, 1106.

  Grammont (de), II, _a_, 273.

  Grange-aux-Belles, II, _b_, 775.

  Grange-Batelire, II, _a_, 273.

  Gracieuse, III, _a_, 643.

  Gravilliers (des), II, _b_, 776.

  Grenelle (de), II, _b_, 357.

  Grenelle (de), IV, _b_, 512.

  Greneta, II, _a_, 550.

  Grenier-Saint-Lazare, II, _b_, 776.

  Gresillons (des), I, _b_, 1106.

  Gretri (de), II, _a_, 275.

  Gril (du), III, _a_, 644.

  Gungaud, IV, _b_, 512.

  Guerin-Boisseau, II, _a_, 571.

  Guillaume, I, _a_, 460.

  Guillemin (Neuve-), IV, _a_, 384.

  Guillaume (Saint-), IV, _b_, 513.

  Guizarde, IV, _a_, 385.

  Gunzbourg, _voy._ Cardinale.


  H.

  Hanovre (de), II, _a_, 275.

  Harangerie (de la), I, _b_, 668.

  Harlay (de), II, _b_, 1147.

  Harlay (de), I, _a_, 450.

  Harpe (de la), III, _b_, 738.

  Haudriettes (des Vieilles-), II, _b_, 1149.

  Hautefeuille, III, _b_, 739.

  Hauteville, II, _a_, 571.

  Heaumerie (de la), I, _b_, 600.

  Helder (du), II, _a_, 284.

  Henri, II, _b_, 776.

  Hilaire (du mont Saint-), III, _b_, 685.

  Hillerin-Bertin, IV, _b_, 513.

  Hippolyte (Saint-), III, _a_, 644.

  Hirondelle (de l'), III, _b_, 737.

  Homme-Arm (de l'), II, _b_, 1020.

  Honor (Saint-), I, _b_, 668-846.

  Honor-Chevalier, IV, _a_, 386.

  Houssaye (de la), II, _a_, 275.

  Huchette (de la), III, _b_, 737.

  Hugues (Saint-), II, _b_, 776.

  Hurepoix (de) III, _b_, 737.

  Hurleur (du Grand-), II, _a_, 571.

  Hurleur (du Petit-), II, _a_, 572.

  Hyacinthe (Saint-), I, _b_, 1106.

  Hyacinthe (Saint-), IV, _a_, 385.


  J.

  Jacinthe, III, _b_, 586.

  Jacob, IV, _b_, 513.

  Jacques-de-la-Boucherie (Saint-), I, _b_, 601.

  Jacques (Saint-), III, _b_, 586.

  Jacques (du-Faubourg-Saint-) III, _b_, 586.

  Jacques (des Fosss-Saint-) III, _b_, 587.

  Jardin-du-Roi (du), III, _a_, 644.

  Jardinet (du), III, _b_, 742.

  Jardiniers (des), II, _b_, 1373.

  Jardins (des), II, _b_, 970.

  Jarentes, II, _b_, 1350.

  Jean-Lantier, I, _b_, 669.

  Jean-Saint-Denis, I, _b_, 847.

  Jean-Baptiste (Saint-), I, _b_, 1106.

  Jean-de-Beaune, II, _a_, 471.

  Jean-Beausire, II, _b_, 1356.

  Jean-de-Beauvais, III, _b_, 588.

  Jean-de-Latran (Saint-), III, _b_, 589.

  Jean-Bart, IV, _a_, 409.

  Jean-Robert, II, _b_, 776.

  Jean-Hubert, III, _b_, 597.

  Jean (Saint-), ou des Cygnes, IV, _b_, 524.

  Jrme (Saint-), I, _b_, 602.

  Jeneurs (des), II, _a_, 275.

  Jouaillerie (de la), I, _b_, 602.

  Jocquelet, II, _a_, 275.

  Joseph (Saint-), II, _a_, 275.

  Joubert, II, _a_, 276.

  Jour (du), II, _a_, 367.

  Jouy (de), II, _b_, 970.

  Judas, III, _b_, 589.

  Juifs (des), II, _b_, 1356.

  Juiverie (de la), I, _a_, 451.

  Jules (Saint-), II, _b_, 1373.

  Julien-le-Pauvre, III, _b_, 589.

  Jussienne, II, _a_, 357.


  K.

  Klber, IV, _b_, 536.


  L.

  Lancry, II, _b_, 777.

  Landri (Saint-), I, _a_, 451.

  Landri (du cheval Saint-), I, _a_, 452.

  Lanterne (de la), I, _a_, 452.

  Lanterne (de la Vieille), I, _b_, 603.

  Lard (au), II, _a_, 471.

  Lappe (de), II, _b_, 1357.

  Laurent (Saint-), II, _a_, 573.

  Laurent (Neuve-Saint-), II, _b_, 777.

  Laurent (du Faubourg-Saint-), II, _b_, 777.

  Laval (de), II, _a_, 284.

  Lavandires (des), I, _b_, 669.

  Lavandires (des) III, _b_, 589.

  Lazare (Saint-), II, _a_, 276.

  Lazare (du Faubourg-Saint-) II, _a_, 573.

  Leclerc, III, _b_, 975.

  Lesdiguires, II, _b_, 971.

  Leufroi (Saint-), I, _b_, 603.

  Licorne (de la), I, _a_, 452.

  Limace (de la), I, _b_, 664.

  Limoges (de), II, _b_, 1150.

  Lingerie (de la), II, _a_, 472.

  Lion (du Petit-), II, _a_, 574.

  Lionnais (des), III, _b_, 790.

  Lions (des), II, _b_, 931.

  Lombards (des), I, _b_, 603.

  Longue-Alle (de la), II, _a_, 574.

  Louis (Saint-), I, _a_, 453.

  Louis (Saint-), I, _b_, 460.

  Louis-le-Grand, II, _a_, 276.

  Louis (Saint-), II, _b_, 1358.

  Louis (de l'Hpital-Saint-), II, _b_, 777.

  Louis (Saint-), II, _b_, 1150.

  Lourcine (de), III, _a_, 645.

  Louvois, II, _a_, 284.

  Lubeck (de), I, _b_, 1084.

  Lulli, II, _a_, 285.

  Lune (de la), II, _a_, 574.

  Luxembourg (Neuve de), I, _b_, 1084-1106.


  M.

  Mabillon, IV, _a_, 409.

  Maons (des), III, _b_, 742.

  Mcon (de l'abreuvoir), III, _b_, 742.

  Mcon (de) III, _b_, 742.

  Magdebourg, I, _b_, 1084.

  Magdeleine (de la), I, _b_, 1085.

  Magloire (Saint-), I, _b_, 604.

  Mail (du), II, _a_, 276.

  Maillet, III, _b_, 590.

  Maillet, IV, _a_, 386.

  Maire (au), II, _b_, 777.

  Maisons-Neuves (des), I, _b_, 1107.

  Maquignon, III, _a_, 646.

  Marais (du Faubourg-St-Martin), II, _b_, 780.

  Marais (des), IV, _b_, 514.

  Marc (Saint-), II, _a_, 276.

  Marc (Neuve-Saint-), II, _a_, 177.

  Marceau (Saint-), II, _b_, 778.

  Marcel (Saint-), III, _a_, 662.

  Marche (de la), II, _b_, 1150.

  March-Neuf (du), I, _a_, 453.

  March-Palu (du), I, _a_, 453.

  March (du), I, _b_, 1084.

  March-Saint-Honor (du), 1106.

  Marguerite (Sainte-), IV, _b_, 514.

  Marguerite (petite Sainte-), IV, _b_, 514.

  Marguerite (Sainte-), II, _b_, 1358.

  Marie (de Sainte-), I, _b_, 1084.

  Marie (ruelle de Sainte-), I, b, 1084.

  Marie (Sainte-), IV, _b_, 515.

  Marie (des Trois-), I, _b_, 484.

  Marigny (de), I, _b_, 1085.

  Marivaux (de), I, _b_, 604.

  Marivaux (de), II, _a_, 277.

  Marmouzets (des), I, _a_, 454; III, _a_, 646.

  Martel, II, _a_, 574.

  Marthe (Sainte-), IV, _b_, 515.

  Martin (Saint-), II, _b_, 778.

  Martin (du Faubourg-Saint-), II, _b_, 778.

  Martin (du March-Saint-), II, _b_, 779.

  Martin (Neuve-Saint-), II, _b_, 779.

  Martyrs (des), II, _a_, 277.

  Massillon, _a_ Chapitre.

  Mathurins (Neuve-des-), II, _a_, 277.

  Mathurins (de la Ferme-des), II, _a_, 277.

  Mathurins (des), III, _b_, 743.

  Matignon (premire de), I, _b_, 1085.

  Matignon (deuxime de), I, _b_, 1085.

  Maubert (de la place), III, _a_, 646.

  Maubert (du Pav de la place), III, _a_, 647.

  Maubue, II, _b_, 780.

  Mauconseil, II, _a_, 575.

  Maur (Saint-), IV, _a_, 387.

  Maur (Saint-), II, _b_, 780.

  Maures (des Trois), I, b, 605.

  Mazarine, IV, _b_, 515.

  Mazure (de la), II, _b_, 971.

  Mdard (Neuve-Saint-), III, _a_, 647.

  Mchin, III, _b_, 597.

  Mnars (de), II, _a_, 278.

  Mntriers (des), II, _b_, 781.

  Mercier, II, _a_, 358.

  Meri (du Clotre-Saint-), II, _b_, 781.

  Meri (Neuve-Saint-), II, _b_, 782.

  Meslai, II, _b_, 782.

  Mesnil-Montant (de), II, _b_, 1150.

  Mesnil-Montant (Neuve), II, _b_, 1160.

  Messageries (des), II, _a_, 585.

  Mzires, IV, _a_, 387.

  Michel (Saint-), I, _b_, 1107.

  Michel-le-Comte, II, _b_, 783.

  Michodire (de la), II, _a_, 278.

  Mignon, III, _b_, 744.

  Milan (de), I, _b_, 1085.

  Minimes (des), II, _b_, 1358.

  Minimes (de la Chausse des), II, _b_, 1358.

  Miromesnil, I, _b_, 1085.

  Moine (du Petit), III, _a_, 648.

  Moineaux (des), I, _b_, 1085.

  Molire, IV, _a_, 387.

  Mondtour, II, _a_, 472.

  Mondovi, I, _b_, 1107.

  Mongallet, II, _b_, 1358.

  Montgolfier (de), II, _b_, 792.

  Monnoie (de la Vieille-), I, _b_, 605.

  Monnoie (de la), I, _b_, 848.

  Montaigne, I, _b_, 1107.

  Montfaucon, IV, _a_, 410.

  Mont-Thabor, I, _b_, 1107.

  Montholon, II, _a_, 278.

  Montigny, III, _a_, 648.

  Montmartre, II, _a_, 278; II, _a_, 358.

  Montmartre (du Faubourg), II, _a_, 279.

  Montmartre (des Fosss), II, _a_, 280.

  Montmorenci, II, _b_, 783.

  Montorgueil, II, _a_, 575.

  Montpensier (de), I, _b_, 1086.

  Montreuil, II, _b_, 1358.

  Monsieur, IV, _b_, 516.

  Moreau, II, _b_, 1359.

  Mortellerie (de la), II, _b_, 971.

  Morts (des), II, _b_, 784.

  Morts (des), _b_, 1374.

  Mouceaux (de), I, _b_, 1086.

  Mouffetard, III, _a_, 648.

  Moulin (du Haut-), I, _a_, 455.

  Moulins (des), I, _b_, 1086.

  Moulins (des), II, _b_, 1150.

  Moulins (des), II, _b_, 784.

  Moulins (des), II, _b_, 1374.

  Moussy (de), II, _b_, 120.

  Muette (de la), II, _b_, 1359; III, _a_, 649.

  Malar, IV, _b_, 536.

  Mule (du Pas-de-la-), II, _b_, 1359.

  Mulets (des), I, _b_, 1086.

  Mrier (du), III, _a_, 649.

  Musc (du Petit), II, _b_, 972.


  N.

  Nazareth (de), I, _a_, 455.

  Necker, II, _b_, 1360.

  Nevers (de), IV, _b_, 516.

  Nicaise (Saint-), I, _b_, 1086.

  Nicolas (Saint-), II, _b_, 1360.

  Nicolas (Saint-), III, _a_, 650.

  Nicolas (de Saint-), II, _a_, 280.

  Nicolas (du Cimetire-Saint-), II, _b_, 784.

  Nicolas (Neuve-Saint-), II, _b_, 784.

  Noir (le), II, _a_, 473.

  Noir (le), II, _b_, 1360.

  Noir (du), III, _a_, 650.

  Nonandires (des), II, _b_, 972.

  Normandie (de), II, _b_, 1151.

  Notre-Dame (Neuve-), I, _a_, 456.

  Notre-Dame-de-Grce, I, _b_, 1107.

  Notre-Dame (vieille), III, _a_, 651.

  Notre-Dame-des-Champs, IV, _a_, 387.

  Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, II, _a_, 575.

  Notre-Dame-de-Recouvrance, II, _a_, 576.

  Notre-Dame-de-Nazareth, II, _b_, 784.

  Noyers (des), III, _b_, 590.


  O.

  Observance (de l'), III, _b_, 744.

  Observatoire (de l'), III, _b_, 590.

  Oblin, II, _a_, 358.

  Odon (de l'), IV, _a_, 388.

  Ogniard, I, _b_, 605.

  Oiseaux (des), II, _b_, 151.

  Olivet (d'), IV, _b_, 517.

  Orangerie (de l'), III, _a_, 651.

  Oratoire (de l'), I, _b_, 848.

  Oratoire (de l'), I, _b_, 1086.

  Orfvres (des), I, _b_, 670.

  Orlans (d'), II, _a_, 358.

  Orlans (Neuve d'), II, _a_, 770.

  Orlans (d'), II, _b_, 1152.

  Orlans (d'), III, _a_, 651.

  Ormeaux (des), II, _b_, 1374.

  Ormesson (d') II, _b_, 1360.

  Orties (premire r. des), I, _b_, 1086.

  Orties (deuxime r. des), I, _b_, 1086.

  Oseille (de l'), II, _b_, 1152.

  Ouest (de l'), IV, _a_, 410.

  Ours (aux), II, _a_, 576.


  P.

  Pagevin, II, _a_, 359.

  Paillassons (des), IV, _b_, 536.

  Paix (de la), II, _a_, 285.

  Palais (place du), I, _a_, 456.

  Palatine, IV, _a_, 388.

  Pantin (du chemin de), II, _b_, 792.

  Paon, III, _a_, 651.

  Paon (du), III, _b_, 744.

  Paon blanc (du), II, _b_, 973.

  Papillon, II, _a_, 280.

  Paradis, II, _a_, 577.

  Paradis (de), II, _b_, 1021.

  Parc royal (du), II, _b_, 1152.

  Parcheminerie (de la), III, _b_, 744.

  Paroles (des mauvaises), I, _b_, 670.

  Paul (Saint-), II, _b_, 973.

  Paul (neuve Saint-), II, _b_, 974.

  Pave, II, _a_, 578.

  Pave, II, _b_, 1360.

  Pave Saint-Andr, II, _b_, 745.

  Pavillons (des trois), II, _b_, 1360.

  Paxant (Saint-), II, _b_, 784.

  Payenne, II, _b_, 1361.

  Plican, II, _a_, 359.

  Pelleterie (de la), I, _a_, 456.

  Pelletier, II, _a_, 280.

  Ppinire (de la), I, _b_, 1087.

  Perce, II, _b_, 974.

  Perce, III, _b_, 745.

  Perche (du), II, _b_, 1153.

  Perdue, III, _a_, 652.

  Pre (Saint-), IV, _b_, 517.

  Petits Pres, II, _a_, 280.

  Prignon, IV, _b_, 536.

  Prigueux (de), II, _b_, 1153.

  Perle (de la), II, _b_, 1153.

  Perpignan, I, _a_, 457.

  Perrin Gosselin, I, _b_, 670.

  Petit-Lion (du), IV, _a_, 386.

  Petrelle, II, _a_, 280.

  Philipeaux, II, _b_, 785.

  Philippe (Saint-), II, _a_, 578.

  Picpus (de), II, _b_, 1362.

  Pierre (Saint-), II, _a_, 280.

  Pierre Aulard, II, _b_, 785.

  Pierre aux boeufs (Saint-), I, _a_, 458.

  Pierre aux poissons, I, _b_, 605.

  Pierre Sarrasin, III, _b_, 745.

  Pierre Lombard, III, _a_, 662.

  Pierre (Saint ou neuve Saint-), III, _b_, 1154.

  Pierre d'Assis, III, _a_, 652.

  Pierre (Saint-), II, _b_, 1362.

  Pierre (petite r. Saint-), II, _b_, 1362.

  Pigalle, II, _a_, 280.

  Pinon, II, _a_, 285.

  Pirouette, II, _a_, 473.

  Pistolets (des trois), II, _b_, 974.

  Placide (Sainte-), IV, _a_, 388.

  Planche (de la), IV, _b_, 518.

  Planchette (premire r. de la), II, _b_, 1363.

  Planchette (deuxime r. de la), II, _b_, 1363.

  Plat d'tain (du), I, _b_, 671.

  Pltre (du), III, _b_, 1021.

  Pltre (du), III, _b_, 591.

  Platrire, II, _a_, 359.

  Plumet, IV, _b_, 518; I, _b_, 1087.

  Poires (des), III, _b_, 745.

  Poirier (du), II, _b_, 787.

  Poitevins (des), III, _b_, 746.

  Poitiers (de), I, _b_, 1087.

  Poitiers, IV, _b_, 518.

  Poitou (de), II, _b_, 1154.

  Poissonnire, II, _a_, 579.

  Poissonnire (du faubourg), II, _a_, 579.

  Poissy (de), III, _a_, 652.

  Poliveau, III, _a_, 652.

  Ponceau, II, _a_, 580.

  Pont (du), I, _b_, 1087.

  Pont de Lodi (du), III, _b_, 753.

  Pont Saint-Michel (du), III, _b_, 753.

  Pont Saint-Michel (du), III, _b_, 746.

  Pont (du Petit-), III, _b_, 591.

  Pont aux choux, II, _b_, 1154.

  Pont aux biches (du), II, _b_, 786.

  Ponts (des deux), I, _a_, 460.

  Popincourt, II, _b_, 1363.

  Popincourt (du bas), II, _b_, 1364.

  Ponthieu (de), I, _b_, 1087-1107.

  Pontoise (de), III, _a_, 652.

  Port Mahon (du), II, _a_, 285.

  Port aux oeufs (du), I, _a_, 458.

  Porte-Foin, II, _b_, 1155.

  Portes (des deux), II, _a_, 581; III, _b_, 746.

  Portes (des douze), II, _b_, 1156.

  Portes (des), II, _a_, 281; III, _b_, 591-592.

  Pot-de-Fer (du), IV, _a_, 389.

  Pot-de-Fer (du), III, _b_, 593.

  Poterie (de la), II, _a_, 473.

  Potiers d'tains (des), II, _a_, 473.

  Poulletier, I, _a_, 460.

  Poules (des), III, _b_, 593.

  Poulies (des), I, _b_, 849.

  Prcheurs (des), II, _a_, 474.

  Prtres (des), III, _b_, 593.

  Prtres Saint-Germain-l'Auxerrois, I, _b_, 846.

  Prince (des Fosss M. le), IV, _a_, 390.

  Princesse, IV, _a_, 389.

  Projete, II, _a_, 281.

  Prouvaires (des), II, _a_, 360.

  Provence (de), II, _a_, 281.

  Puits (du), II, _b_, 1021.

  Puits de la Ville (du), III, _b_, 591.

  Puits qui parle (du), III, _b_, 593.

  Puits de l'Ermite (du), III, _a_, 653.

  Puits (du bas), III, _a_, 653.


  Q.

  Quatre-Fils (des), II, _b_, 1146.

  Quatremre, I, _b_, 1087.

  Quatre-Vents (des), IV, _a_, 394.

  Quenouilles (des), I, _b_, 671.

  Quincampoix, I, _b_, 606.


  R.

  Racine, IV, _a_, 390.

  Rambouillet, II, _b_, 1364.

  Rameau, II, _a_, 285.

  Rape (de la), _b_, II, 1364.

  Rats (des), II, _b_, 1364.

  Rats (des), III, _b_, 594.

  Rale (de la), II, _a_, 474.

  Rcollets (des), II, _b_, 786.

  Regard (du), IV, _a_, 390.

  Regnard (de), IV, _a_, 390.

  Regrattier, I, _a_, 461.

  Reims (de), III, _b_, 594.

  Reine Blanche (de la), III, _a_, 654.

  Rempart (du), I, _b_, 1088.

  ---- (du Chemin du), I, _b_, 1088.

  Renard (du), II, _b_, 786.

  Renard (du), II, _a_, 581.

  Reposoir (du), II, _a_, 361.

  Reuilly (de), II, _b_, 1365.

  ---- (du Bas-), II, _b_, 1365.

  Ribout, II, _a_, 281.

  Richelieu (Neuve-), III, _b_, 747.

  Richelieu, II, _a_, 281.

  Richelieu (de), I, _b_, 1088.

  Richepanse, I, _b_, 1107.

  Richer, II, _a_, 282.

  Rivoli (de), I, _b_, 1107.

  Roch (Saint-), II, _a_, 281.

  Roch (Neuve-Saint-), I, _b_, 1088.

  Rochechouart, II, _a_, 281.

  Rochefoucauld (de la), II, _a_, 281.

  Rocher (du), I, _b_, 1088.

  Rohan (de), I, _b_, 1089.

  Roi de Sicile (du), II, _b_, 1365.

  Roi dor (du), II, _b_, 1156.

  Romain (Saint-), IV, _a_, 390.

  Roqupine, I, _b_, 1089.

  Roquette (de la), II, _b_, 1365.

  ---- (des Murs de la), II, _b_, 1364.

  Rosiers (des), II, _b_, 1364.

  Rosiers (des), IV, _b_, 518.

  Rotonde (de la), II, _b_, 1169.

  Roule (du), I, _b_, 849.

  Roule (du), I, _b_, 1089.

  Roulette (de la), II, _b_, 1156.

  Rousselet, I, _b_, 1089.

  Rousselet, IV, _b_, 519.

  Royale (premire), I, _b_, 1089.

  Royale (deuxime), I, _b_, 1089.

  Royale, II, _a_, 282.

  Royale, II, _b_, 786.

  Royale, II, _b_, 1367.


  S.

  Sabot (du), IV, _b_, 519.

  Saintonge (de), II, _b_, 1156.

  Salle-au-Comte, I, _b_, 607.

  Sanson, II, _b_, 786.

  Sant (de la), III, _b_, 594.

  Sartine, II, _a_, 361.

  Sartine (de), III, _a_, 654.

  Saunerie (de la), I, _b_, 671.

  Saussaies (des), I, _b_, 1090.

  Sauveur (Saint-), II, _a_, 581.

  ---- (Neuve Saint-), II, _a_, 581.

  Savoie (de), III, _b_, 747.

  Savonnerie (de la), I, _b_, 607.

  Sbastien (Saint-), II, _b_, 1367.

  Seine (de), III, _a_, 654.

  Seine, IV, _b_, 519.

  ---- (Neuve de), IV, _a_, 410.

  Sentier (du), II, _a_, 282.

  Sept-Voies (des), III, _b_, 594.

  Spulcre (du), _voy_. Dragon.

  Serpente, III, _b_, 747.

  Servandoni, IV, _a_, 391.

  Severin (Saint-), III, _b_, 747.

  ---- (des Prtres-Saint), III, _b_, 748.

  Svres (de), IV, _a_, 391.

  Simon-le-Franc, II, _b_, 786.

  Singes (des), II, _b_, 1021.

  Soly, II, _a_, 362.

  Sorbonne (de), III, _b_, 748.

  Sourdire (de la), I, _b_, 1090.

  Spire (Saint-), II, _a_, 582.

  Surne (de), I, _b_, 1091.


  T.

  Tablterie, I, _b_, 672.

  Taitbout, II, _a_, 282.

  Taillepain, II, _b_, 787.

  Tannerie (de la Vieille-), I, _b_, 608.

  Taranne (Grande), IV, _b_, 520.

  ---- (Petite), IV, _b_, 520.

  Temple (du), II, _b_, 1156-1157.

  ---- (Vieille du), II, _b_, 1367.

  ---- (du Faubourg du), II, _b_, 1157.

  ---- (des Fosss du), II, _b_, 1158.

  ---- (des Marais du), _b_, 1158.

  Terres Fortes (des), II, _b_, 1367.

  Thtre-Franais (du), IV, _a_, 391.

  Thrse, I, _b_, 1091.

  Thvenot, II, _a_, 582.

  Thibaut-aux-Ds, I, _b_, 672.

  Tireboudin, II, _a_, 583.

  Tirechappe, I, _b_, 672.

  Thiroux, II, _a_, 282.

  Thomas (des Filles Saint-), II, _a_, 282.

  Thomas-d'Aquin (Saint-), IV, _b_, 536.

  Thomas-du-Louvre (Saint-), I, _b_, 1091.

  Thomas (Saint-), IV, _a_, 391.

  Thorigny, II, _b_, 1158.

  Tiquetonne, II, _a_, 362.

  Tiron, II, _b_, 1368.

  Tirouanne, II, _a_, 475.

  Tison (Jean), I, _b_, 848.

  Tonnellerie (de la), II, _a_, 475.

  Touraine (de), II, _b_, 1158.

  Touraine (de), III, _b_, 748.

  Tournelle (de la), III, _a_, 655.

  Tournelles (des), II, _b_, 1368.

  Tournon (de), IV, _a_, 392.

  Toustain, IV, _a_, 410.

  Tracy, II, _a_, 583.

  Trane, II, _a_, 362.

  Transnonain, II, _b_, 787.

  Traverse (de), IV, _b_, 521.

  Traversire, I, _b_, 1091.

  Traversire, II, _b_, 1368.

  Traversine, III, _a_, 655.

  Treille (de la), IV, _a_, 393.

  Triperie (de la), I, _b_, 608.

  Triplet, III, _a_, 655.

  Trognon, I, _b_, 608.

  Trne (du), II, _b_, 136.

  Trop-va-qui-dure, I, _b_, 609.

  Trousse-Vache, I, _b_, 609.

  Trouve, II, _b_, 1369.

  Tuanderie (de la Grande-), II, _a_, 476.

  ---- (Petite), II, _a_, 477.

  Tuerie (de la), I, _b_, 610.

  Tuileries (des Vieilles-), IV, _a_, 392.


  U.

  Ulm (d'), III, _b_, 597.

  Universit (de l'), IV, _b_, 521.

  Ursins (Haute, basse et du milieu des), I, _a_, 458.--I, _b_, 1093.

  Ursulines (des), III, _b_, 598.


  V.

  Val-de-Grce (de), III, _b_, 598.--IV, _a_, 410.

  Valois (de), I, _b_, 1092.

  Vannes (de), II, _a_, 362.

  Varennes (de), IV, _b_, 521.

  Varennes II, _a_, 362.

  Vaucanson, II, _b_, 792.

  Vaugirard (de), IV, _a_, 393.

  ---- (du Petit-), IV, _a_, 394.

  Vendme (de la Place-), II, _a_, 283.

  Vendme (de), II, _b_, 1158.

  Venise (de), I, _b_, 611.

  Ventadour, I, _b_, 1092.

  Verdelet, II, _a_, 363.--II, _a_, 477.

  Verneuil, IV, _b_, 521.

  Verrerie (de la), II, _b_, 787, 1021.

  Versailles (de), III, _a_, 656.

  Vertbois (du), II, _b_, 788.

  Verte, I, _b_, 1092.

  Vertus (des), II, _b_, 788.

  Veuves (des), I, _b_, 1092.

  Viarmes (de), II, _a_, 362.

  Victoires (Notre-Dame des), II, _a_, 283.

  Victor (Saint-), III, _a_, 656.

  ---- (du Faubourg Saint-), III, _a_, 656.

  ---- (des Fosss Saint-), III, _a_, 657.

  Vide-Gousset, II, _a_, 283.

  Vieille-Place aux Veaux (de la), I, _b_, 610.

  Vierge (de la), IV, _b_, 524.

  Vignes (des), I, b, 1093.--III, _a_, 662.

  Villedot, I, _b_, 1092.

  Ville-l'vque (de la), I, _b_, 1093.

  Vinaigriers (des), II, _b_, 788.

  Vincent de Paule (Saint-), IV, _b_, 536.

  Visages (des Trois-), I, _b_, 674.

  Voltaire, IV, _a_, 395.

  Voyerie (de la Grande-), I, _b_, 1107.

  ---- (Petite-), 1108.

  Vrillerie (de la), II, _a_, 363.

  ---- (Petite de la), II, _a_, 363.


  W.

  Wertingen. _Voyez_ Furstemberg.


  Z.

  Zacharie, III, _b_, 748.


FIN DE LA TABLE GNRALE DES MATIRES.




ERRATA.


TOME PREMIER.--PREMIRE PARTIE.

   Page. Note.  Ligne.

     35   [1]      1     quelque temps avant la rvolution,
                         _lisez_ en 1777.

     33   [4]      1     1672, _lisez_ 1673.

    104   ...     21     1314, _lisez_ 1313.

    160   ...     11     1314, _lisez_ 1313.

    272   [1]      2     1743, _lisez_ 1643.

    289   ...     28     1139, _lisez_ 1129.

    291   ...     25     Flanel, _lisez_ Flamel.

    298   [1]      5     1407, _lisez_ 1467.

    391   ...      7     1631, _lisez_ 1621.

    400   ...     12     1390, _lisez_ 1590.

    411   ...     15     1714, _lisez_ 1614.

    427   ...     18     1148, _lisez_ 1184.

    444   [1]      9     de la Cit, _lisez_ de la Juiverie.


TOME PREMIER.--DEUXIME PARTIE.

    501   ...     17     Saint-Nicolas des Champs ( supprimer).

    502   [1]      2     Hanselin, _lisez_ Hamelin.

    630   ...     21     c'est par cette raison que le prvt des
                         marchands est nomm _chef de l'Htel-de-Ville_,
                         _lisez_ que le chef de l'Htel-de-Ville est
                         nomm _prvt des marchands_.

    525   [2]      3     Louis XI, _lisez_ Louis XII.

    660   [2]      5     rue des Deux-Visages, _lisez_
                         rue des Trois-Visages.

    673   ...      8     Audet, _lisez_ Odet.

    686   [2]      1     1041, _lisez_ 1241.

    724   ...     12     donne  ce prince, _lisez_ au roi.

    819   ...     18     de l'archevch, _lisez_ de l'vch.

    828   ...     24     1378, _lisez_ 1578.

    830   [1]    ...     d'Angeviller, _lisez_ d'Angivilliers.

    832   ...     12     _Idem._

  _Id._   ...     10     rue Baillet, _lisez_ rue Bailleul.

    839   ...      1     d'Angeviller, _lisez_ d'Angivilliers.

    854   ...     28     d'Angeviller, _lisez_ d'Angivilliers.

    940   [2]    ...     _Idem._

    942   ...     25     Louis XIII, _lisez_ Louis XIV.

    960   ...     16     1377, _lisez_ 1577.

   1054   ...      7     1346, _lisez_ 1436.

   1077   ...    ...     Radziville, _lisez_ Radziwil.

   1092   ...    ...     _Idem._

   1096   ...    ...     _Idem._


TOME II.--PREMIRE PARTIE.

     64   [1]      2     le Rouergue, le pays de Tarbes, l'Angoumois, etc.;
                           _lisez_ le Rouergue, l'Angoumois, etc.

     65   ...      2     Gavre, _lisez_ Gaure.

     66   ...      1     1563, _lisez_ 1363.

     83   ...      1     1581, _lisez_ 1381.

    103   ...      7     La, _lisez_ Le.

    116   [1]      3     les minents, _lisez_ les plus minents.

    254   ...      9     Croisi, _lisez_ Croissi.

    255   ...      7     Tresme, _lisez_ Tresmes.

    259   ...    ...     Saint-Chamant, _lisez_ Saint-Chamans.

  _Id._   ...      3     d'Incourt, _lisez_ d'Imcourt.

    278   ...     15     Monthalon, _lisez_ Montholon.

    283   ...    ...     Les trois dernires lignes  supprimer.

    294   ...     21     Monthalon, _lisez_ Montholon.

    297   ...    ...     sur la ligne de la rue des Fosss-Montmartre,
                         des rues Montmartre, de Bourbon, etc; _lisez_
                         sur la ligne de la rue des Fosss-Montmartre,
                         des rues Neuve-Saint-Eustache, de Bourbon, etc.

    302   ...     10     Gausainville, _lisez_ Goussainville.

    324   ...     16     Vingt pieds, _lisez_ vingt toises.

    410   ...     22     le vendredi 15 avril 1436, _lisez_
                         le vendredi 13, etc.

    419   ...     14     1350, _lisez_ 1450.

    449   ...     13     Clovis, sainte Clotilde, sa fille, etc.; _lisez_
                         Clovis, sainte Clotilde, sa femme, leur fille
                         Clotilde, etc.

    487   [1]    ...     Varengeville, _lisez_ Varangville.

    504   ...    ...     ces trois personnages, etc.; _lisez_
                         ces quatre personnages, etc.

    527   ...      4     Charles IX, _lisez_ Charles VII.

    530   ...      4     on lisoit, etc., _lisez_ on lit, etc.

    542   ...     24     1542, _lisez_ 1532.

    567   ...      2     cul-de-sac des Peintres; _lisez_ cul-de-sac
                         de la Porte-aux-Peintres.


TOME II.--DEUXIME PARTIE.

    613   ...     13     1363, _lisez_ 1463.

    693   ...      1     de Brief, _lisez_ de la Briffe.

    682   ...     10     1638, _lisez_ 1658.

    683   ...      9     1677, _lisez_ 1617.

    700   ...      1     ds le dix-huitime sicle, _lisez_
                         ds le huitime, etc.

    720   ...     11     Vaudemont, _lisez_ Vaudmont.

    721   ...      5     Voit l'a, _lisez_ l'avoit.

    725   ...     11     Lully, _lisez_ Lulli.

    727   ...      1     _Idem._

    733   ...     13     _Idem._

    731   ...     23     21 juin, _lisez_ 8 juin.

    777   ...     33     Aumaire, _lisez_ Aumer.

    799   ...     13     Clment XI, _lisez_ Urbain VI.

    814   ...      4     Ainsi qu'une statue de bronze, reprsentant
                         Louis XIV, celle-ci toit pdestre, etc.; _lisez_
                         une autre statue de bronze, pdestre, de ronde
                         bosse, et reprsentant Louis XIV, toit place,
                         etc.

    816   ...      6     Biaod, _lisez_ Biard.

    819   ...     10     grand htel, _lisez_ grand autel.

    822   [1]      6     enleve, _lisez_ leve.

    916   ...     13     suivant toutes les apparences ( supprimer).

    917   ...      9     Pendant plusieurs sicles, _lisez_ pendant un
                         sicle et demi.

    919   ...     21     ingale, _lisez_ illgale.

    930   ...     20     Bouthilier, _lisez_ Bouthillier.

    935   ...     12     Clestin VI, _lisez_ Clestin V.

    939   ...      9     Clment VII, _lisez_ Urbin VI.

    953   ...     22     Charles VII, _lisez_ Charles VI.

    975   ...     23     Delaunay, _lisez_ Delannoy.

    995   ...     20     1250, _lisez_ 1230.

   1007   ...      3     Babon, _lisez_ Babou.

   1011   ...     15     Bar-du-Bec, _lisez_ Barre-du-Bec.

   1216   ...      7     Honorius, _lisez_ Honor III.

   1228   ...     10     1423, _lisez_ 1425.

   1252   ...     19      On travailla de suite, etc.; _lisez_
                          on travailla aussitt, etc.

   1260   [3]    ...      127, _lisez_ 125.

   1319   ...      7      Htel d'Argenson, mme rue; _lisez_
                          Vieille-rue-du-Temple.

   1317   ...     14      1568, _lisez_ 1558.

   1358   [2]    ...      Folie-Regnau, _lisez_ Folie-Regnaut.


TOME III.--PREMIRE PARTIE.

     54   ...     11      l'orage qui se prparoit, _lisez_
                          l'orage prt  clater.

    134   ...     18      Fiffer; _lisez_ Pfiffer.

    139   ...      2      qu'il, _lisez_ qu'ils.

    204   [1]      2      trente ans aprs lui, _lisez_
                          trente ans avant lui.

    205   [2]      5      Le Forets, _lisez_ Le Forez.

  _Id._   ...     16      Montmarsan, _lisez_ Mont-de-Marsan.

    223   ...      4      Le duc d'Anjou, _lisez_ le duc d'Alenon.

    256   [1]      1      1775, _lisez_ 1575, ligne 2; Vaudemont,
                          _lisez_ Vaudmont.

    271   [1]      3      Deffiat, _lisez_ D'Effiat.

    282   ...      4      toit rsolu, _lisez_ toit dcid.

    295   ...      2      Saint-Avoie, _lisez_ Sainte-Avoie.

    317   ...      5      de celui-ci, _lisez_ du cardinal.

    429   [1]      1      au dessus de sa dignit, _lisez_
                          au dessous de sa dignit, etc.

    491   ...      7      1739, _lisez_ 1738.

    496   ...     13      1659, _lisez_ 1639.

    509   [1]     12      1372, _lisez_ 1272.

    511   ...    ...      L'Ourcine et L'Oursine, _lisez_ Lourcine.

    512   ...    ...      _Idem._

    513   ...    ...      _Idem._

    525   ...    ...      _Idem._

    545   ...      9      Charles VIII, _lisez_ Charles VII.

    561   ...     24      protgea des lettres, _lisez_
                          protgea les lettres.

    692   ...    ...      Les notes (1) et (2) transposes.

    619   ...     19      de Msme, _lisez_ de Mesmes.

    622   ...     15      Lourcines, _lisez_ Lourcine.

    623   ...      2      _Idem._

    637   ...      1      rue Sans-Clef, _lisez_ rue Sans-Chef.

    646   ...     19      en allemand _Groot_, _lisez_
                          en hollandois _Groot_.


TOME III.--DEUXIME PARTIE.

     81   [1]      2       Vallenstein, _lisez_ Wallenstein.

     85   [1]      1       Oxenstirn, _lisez_ Oxenstiern.

     89   [1]      4       Wesphalie, _lisez_ Westphalie.

    114   [1]      2       qu'il, _lisez_ qu'ils.

    124   ...     15       Charigni, _lisez_ Chavigni.

    185   ...     27       de Mesme, _lisez_ de Mesmes.

    187   [1]      5       Veymariens, _lisez_ Weymariens.

    267   ...     13       il ne pourroit, _lisez_ il ne pouvoit.

    319   [1]     15       qui charmoient, _lisez_ que charmoient.

    330   ...      7       Brisac, _lisez_ Brisack.

    336   ...     19       De Quesnoi, _lisez_ Du Quesnoi.

    361   ...     22       Oppenor, _lisez_ Oppenord.

    384   ...     14       Saint-Genevive, _lisez_ Sainte-Genevive.

    390   ...     16       Urbain III, _lisez_ Innocent III.

    460   ...      1       Polallion, _lisez_ Pollalion.

    483   ...      8       Saint-Agnan, _lisez_ Saint-Aignan.

    490   [1]    ...       _Voyez_ pl. 166, _lisez_ 167.

    510   ...     16       1588, _lisez_ 1688.

    641   [1]      8       Sainte-Foix, _lisez_ Saint-Foix.

    652   ...     14       Bouthilier, _lisez_ Bouthillier.

    737   ...     23       1672, _lisez_ 1673.

    625   ...      2       1637, _lisez_ 1698.

    665   ...     10       Philippe-le-Hardi, _lisez_ Philippe-le-Bel.

    703   ...     12       1646, _lisez_ 1636.

    743   ...     26       Le reconnotre, _lisez_ La reconnotre.

    745   ...     15       la rue des Cordiers, _lisez_ des Cordeliers.


TOME IV.--PREMIRE PARTIE.

     57   ...     18       Furstemberg, _lisez_ Furstenberg.

     61   ...     18       Seintzheim, _lisez_ Sintzheim.

     74   ...     19       Eisenak, _lisez_ Eisenach.

     75   ...      7       Kokerberg, _lisez_ Kochersberg.

     99   ...     22       Furstemberg, _lisez_ Furstenberg.

    100   ...      8       _Idem._

    109   [1]     11       Brisac, _lisez_ Brisack.

    113   [1]      2       _Idem._

    114   ...      7       Ausbourg, _lisez_ Augsbourg.

    115   ...      1       Montmouth, _lisez_ Monmouth.

    116   ...    11.      Ausbourg, _lisez_ Augsbourg.

  _Id._   [1]    ...      Keiserloutre, _lisez_ Kaiserslautern.

    128   ...     16      Furstemberg, _lisez_ Furstenberg.

  _Id._   ...      8      contre, _lisez_ entre.

  _Id._   ...     20      Augebourg, _lisez_ Augsbourg.

    131   [2]      3       peu, _lisez_  peu prs.

    147   ...     27      Hocstet, _lisez_ Hochstet.

    148   ...     11      Brisac, _lisez_ Brisack.

    151   ...     20      Hocstet, _lisez_ Hochstet.

    152   ...     15      _Idem._

    155   ...     29      Ramilli, _lisez_ Ramillies.

    156   ...     20      Hocstet, _lisez_ Hochstet.

  _Id._   [8]     23      Ramilli, _lisez_ Ramillies.

    159   [1]      4      cette fantaisie de, _lisez_
                          cette fantaisie de vouloir.

    162   ...     29      Gertruydemberg, _lisez_ Gertruydenberg.

    180   [1]     24      la Bastille se remplit une seconde fois de
                          Jansnistes, qui, etc.; _lisez_ quelques
                          Jansnistes furent encore renferms  la
                          Bastille, et, etc.

    184   ...      8      le duc de Toulouse, _lisez_ le comte de Toulouse.

    234   ...     15      Saint-Michel, _lisez_ Saint-Mihiel.

    235   ...     10      _Idem._

    238   [1]      1      la mer Catherine, _lisez_ la mre, etc.

    251   ...     13      le Maladrerie, _lisez_ la Maladrerie.

    409   ...     16      auquelle, _lisez_ auquel.


TOME IV.-- DEUXIME PARTIE.

     18   [1]      4      la matresse des postes, _lisez_
                          la matresse de poste.

     19   ...      7      d'autre but, _lisez_ d'autre objet.

     90   [2]    ...      Leczinsky, _lisez_ Leczinski.

    105   ...     13      Philisbourg, _lisez_ Philipsbourg.

    110   [1]      4      Flavacour, _lisez_ Flavacourt.

    128   ...     26      Ausbourg, _lisez_ Augsbourg.

    141   ...      7      Raucoux, _lisez_ Rocoux.

  _Id._   ...     27       Lichstenstein, _lisez_ Lichtenstein.

    146   [1]    ...       la porte, _lisez_  la poste.

    148   ...     18      Lowendalh, _lisez_ Lowendal.

    150   ...      3      duc d'Enville, _lisez_ d'Anville.

    175   ...     14      et leur faisoient expier, _lisez_
                          et ils leur faisoient expier.

    273   ...      5      qu'il avoit, _lisez_ qu'ils avoient.

    291   ...     14      Hildbourghaussen, _lisez_ Hildbourghausen.

    302   ...     23      Fillingshaussen, _lisez_ Fillingshausen.

    338   [3]      3       Rouen, 20 contre 13, _lisez_  Rouen,
                          20 contre 15.

  _Id._   [2]    ...      les parlements de Douai, de Besanon et d'Alsace,
                          _lisez_ les parlements de Douai, de Besanon,
                          et le conseil suprieur d'Alsace.

    356   [2]      5      aprs ces mots:  peu prs tombe dans l'oubli
                          depuis prs d'un demi-sicle, etc., _ajoutez_
                          bien que l'esprit n'et point cess d'en tre
                          vivant  la cour comme dans le parlement, etc.

    494   ...      2      barrire de l'Observatoire, _lisez_
                          des Paillassons.

    357   [1]     13      les arrter en une entreprise, _lisez_ les
                          arrter est une entreprise.

    388   ...     29      manificence, _lisez_ magnificence.

    415   ...      7      Childebert, mort en 551, _lisez_ mort en 558.

    420   ...     18      Chartier, _lisez_ Chartrier.

    443   ...     18      Martel, _lisez_ Matel.

    444   ...      5      _Idem._

    454   ...      8      L'Oursine, _lisez_ Lourcine.

    480   ...    ...      htel de Bois-Geslin, _lisez_ de Boisgelin.

    481   ...    ...      htel de Galiffet, _lisez_ de Gallifet.

    482   ...    ...      htel de Saumery, _lisez_ de Sommery.

    498   [1]      6      l'Ourcine, _lisez_ Lorcine.

    512   ...      8      rue de Fustenberg, _lisez_ de Furstenberg.

    516   ...     29      1412, _lisez_ 1312.

    521   ...     15      Saint-Cermain, _lisez_ Saint-Germain.

    524   [2]    ...      rue de la Pombe, _lisez_ de la Pompe.

    529   ...     26      1723, 1719, _lisez_ 1823, 1819.


FIN.




  IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,
  RUE D'ANJOU-DAUPHINE, N 8.


[Notes au lecteur de ce fichier numrique:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t
corriges. L'orthographe de l'auteur a t conserve.

Quelques rfrences de page sont incompltes dans l'original.]





End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de
Paris depuis les Gaulois jusqu' nos jours (Volume 8/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
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work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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