The Project Gutenberg EBook of La maison d'un artiste, by Edmond de Goncourt

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Title: La maison d'un artiste; v.1

Author: Edmond de Goncourt

Release Date: July 3, 2014 [EBook #46183]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA MAISON D'UN ARTISTE V.1 ***




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                               LA MAISON

                                  D'UN

                                ARTISTE


                                   I




             EUGNE FASQUELLE, DITEUR, 11, RUE DE GRENELLE


                 OEUVRES DE EDMOND ET JULES DE GONCOURT


                          GONCOURT (EDMOND DE)

  =La fille lisa=, 37e mille                                     1 vol.
  =Les frres Zemganno=, 8e mille                                 1 vol.
  =La Faustin=, 19e mille                                         1 vol.
  =Chrie=, 17e mille                                             1 vol.
  =La Maison d'un artiste au XIXe sicle=                         2 vol.
  =Les actrices du XVIIIe sicle=: Mme SAINT-HUBERTY              1 vol.
              ----                 Mlle CLAIRON (3e mille)        1 vol.
              ----                 LA GUIMARD                     1 vol.
              ----                 SOPHIE ARNOULD                 1 vol.

  =Les Peintres japonais=: OUTAMARO.--Le Peintre des Maisons
      vertes, 4e mille                                            1 vol.
      --HOKOUSA (peintre), (2e mille)                            1 vol.


                          GONCOURT (JULES DE)

  =Lettres=, prcdes d'une prface de H. CARD (3e mille)       1 vol.


                     GONCOURT (EDMOND ET JULES DE)

  =En 18**=                                                       1 vol.
  =Germinie Lacerteux=                                            1 vol.
  =Madame Gervaisais=                                             1 vol.
  =Rene Mauperin=                                                1 vol.
  =Manette Salomon=                                               1 vol.
  =Charles Demailly=                                              1 vol.
  =Soeur Philomne=                                                1 vol.
  =Quelques cratures de ce temps=                                1 vol.
  =Pages retrouves=, avec une prface de G. GEFFROY (3e mille)   1 vol.
  =Ides et sensations=                                           1 vol.
  =Prfaces et manifestes littraires= (3e mille)                 1 vol.
  =Thtre= (HENRIETTE MARCHAL.--LA PATRIE EN DANGER)            1 vol.
  =Portraits intimes du XVIIIe sicle.= tudes nouvelles d'aprs
      les lettres autographes et les documents indits            1 vol.
  =La Femme au XVIIIe sicle=                                     1 vol.
  =La duchesse de Chteauroux et ses soeurs=                       1 vol.
  =Madame de Pompadour=, nouvelle dition, revue et augmente
      de lettres et documents indits                             1 vol.
  =La Du Barry=                                                   1 vol.
  =Histoire de Marie-Antoinette=                                  1 vol.
  =Histoire de la Socit franaise pendant la Rvolution=        1 vol.
  =Histoire de la Socit franaise pendant le Directoire=        1 vol.
  =L'Art du XVIIIe Sicle=,
      1re srie (Watteau.--Chardin.--Boucher.--Latour)            1 vol.
      2e srie (Greuze.--Les Saint-Aubin.--Gravelot.--Cochin)     1 vol.
      3e srie (Eisen.--Moreau-Debucourt.--Fragonard.--Prudhon)   1 vol.
  =Gavarni.= L'HOMME ET L'OEUVRE                                   1 vol.
  =Journal des Goncourt.= Mmoires de la vie littraire
      (8e mille)                                                  9 vol.


      Paris.--L. MARETHEUX, imprimeur, 1, rue Cassette.--13914.




                               LA MAISON

                                  D'UN

                                ARTISTE


                                  PAR

                           EDMOND DE GONCOURT


                              TOME PREMIER


                           NOUVELLE  DITION


                                 PARIS
                        BIBLIOTHQUE-CHARPENTIER
                       EUGNE FASQUELLE, DITEUR
                        11, RUE DE GRENELLE, 11

                                  1898

                          Tous droits rservs




PRFACE


En ce temps o les choses, dont le pote latin a signal la
mlancolique vie latente, sont associes si largement par la
description littraire moderne  l'Histoire de l'Humanit, pourquoi
n'crirait-on pas les mmoires des choses au milieu desquelles s'est
coule une existence d'homme?

      EDMOND DE GONCOURT

      Auteuil, ce 26 Juin 1880.




                                  LA

                          MAISON D'UN ARTISTE




PRAMBULE


Sur le boulevard Montmorency, au n 53, s'lve une maison portant,
encastr dans son balcon, un profil laur de Louis XV, en bronze
dor, qui a tout l'air d'tre le mdaillon, dont tait dcore la
tribune de musique de la salle  manger de Luciennes, reprsent dans
l'aquarelle de Moreau que l'on voit au Louvre. Cette tte, que quelques
promeneurs regardent d'un oeil farouche, n'est point,--ai-je besoin de
le dire?--une affiche des opinions politiques du propritaire, elle est
tout bonnement l'enseigne d'un des nids les plus pleins de choses du
XVIIIe sicle qui existent  Paris.

La porte noire, que surmonte un lgant dessus de grille de chapelle
jsuite en fer forg, la porte ouverte, du bas de l'escalier, de
l'entre du vestibule, du seuil de la maison, le visiteur est accueilli
par des terres cuites, des bronzes, des dessins, des porcelaines du
sicle aimable par excellence, mls  des objets de l'Extrme-Orient,
qui se trouvaient faire si bon mnage dans les collections de Madame de
Pompadour et de tous les _curieux_ et les _curiolets_ du temps.


La vie d'aujourd'hui est une vie de combattivit; elle demande dans
toutes les carrires une concentration, un effort, un travail, qui, en
son foyer enferment l'homme, dont l'existence n'est plus extrieure
comme au XVIIIe sicle, n'est plus papillonnante parmi la socit
depuis ses dix-sept ans jusqu' sa mort. De notre temps on va bien
encore dans le monde, mais toute la vie ne s'y dpense plus, et le
_chez-soi_ a cess d'tre l'htel garni o l'on ne faisait que coucher.
Dans cette vie assise au coin du feu, renferme, sdentaire, la
crature humaine, et la premire venue, a t pousse  vouloir les
quatre murs de son _home_ agrables, plaisants, amusants aux yeux; et
cet entour et ce dcor de son intrieur, elle l'a cherch et trouv
naturellement dans l'objet d'art pur ou dans l'objet d'art industriel,
plus accessible au got de tous. Du mme coup, ces habitudes moins
mondaines amenaient un amoindrissement du rle de la femme dans la
pense masculine; elle n'tait plus pour nous l'occupation galante de
toute notre existence, cette occupation qui tait autrefois la carrire
du plus grand nombre, et,  la suite de cette modification dans les
moeurs, il arrivait ceci: c'est que l'intrt de l'homme, s'en allant
de l'tre charmant, se reportait en grande partie sur les jolis objets
inanims dont la passion revt un peu de la nature et du caractre
de l'amour. Au XVIIIe sicle, il n'y a pas de _bibeloteurs_ jeunes:
c'est l la diffrence des deux sicles. Pour notre gnration, la
_bricabracomanie_ n'est qu'un bouche-trou de la femme qui ne possde
plus l'imagination de l'homme, et j'ai fait  mon gard cette remarque,
que, lorsque par hasard mon coeur s'est trouv occup, l'objet d'art ne
m'tait de rien.

Oui, cette passion devenue gnrale, ce plaisir solitaire, auquel se
livre presque toute une nation, doit son dveloppement au vide, 
l'ennui du coeur, et aussi, il faut le reconnatre,  la tristesse
des jours actuels,  l'incertitude des lendemains,  l'enfantement,
les pieds devant, de la socit nouvelle,  des soucis et  des
proccupations qui poussent, comme  la veille d'un dluge, les dsirs
et les envies  se donner la jouissance immdiate de tout ce qui les
charme, les sduit, les tente: l'oubli du moment dans l'assouvissement
artistique.

Ce sont ces causes, et incontestablement l'ducation de l'oeil des
gens du XIXe sicle, et encore un sentiment tout nouveau, la tendresse
presque humaine pour les _choses_, qui font,  l'heure qu'il est, de
presque tout le monde, des collectionneurs et de moi en particulier le
plus passionn de tous les collectionneurs.




VESTIBULE


Un riant pav en marbre blanc et en marbre rouge du Languedoc, avec,
pour revtement aux murs et au plafond, un cuir moderne peupl de
perroquets fantastiques dors et peints sur un fond vert d'eau.

Sur ce cuir, dans un dsordre cherch, dans un pittoresque
d'antichambre et d'atelier, toutes sortes de choses voyantes et
claquantes, de brillants cuivres dcoups, des poteries dores, des
broderies du Japon et encore des objets bizarres, inattendus, tonnant
par leur originalit, leur exotisme, et vis--vis d'un certain nombre
desquels je me fais un peu l'effet du bon Pre Buffier quand il disait:
Voil des choses que je ne sais pas, il faut que je fasse un livre
dessus.

a, une petite jardinire  suspension, fabrique d'une coloquinte
excentrique, dont la tige tournante et recroqueville est une tige de
bronze qui a la flexibilit d'une liane; cette grande planchette fruste
de bois, toute parcourue des tortils d'un feuillage de lierre, excut
en nacre et en caille: le porte-ventail qui tient dans l'appartement
l'ventail ouvert contre le mur; cette petite boule de porcelaine
jaune imprial si dlicatement treillage: la cage au grillon ou 
la mouche bourdonnante, que le Chinois aime suspendre au chevet de
son lit; et cette plaque de faence figurant une branche de pcher en
fleur, modele  jour dans un cadre de bois en forme d'cran, vous
reprsente la dcoration de l'angle religieux et mystique d'une chambre
de prostitue de maison de th, l'espce de tableau d'autel devant
lequel elle place une fleur dans un vase.

Des broderies du Japon, ai-je dit plus haut, c'est l, dans leurs
cadres de bambous, la riche, la splendide, l'_clairante_ dcoration
des murs du vestibule et un peu de toute la maison. Ces carrs de soie
brods appels _fusha_ ou _foukousa_ font la chatoyante couverture
sous laquelle on a l'habitude, dans l'Empire du Lever du Soleil,
d'envoyer tout prsent quelconque, et le plus minime, ft-il mme de
deux oeufs[1]. Les anciens _foukousas_ fabriqus  Kioto[2] sont des
produits d'un art tout particulier au Japon, et auxquels l'Europe
ne peut rien opposer: de la peinture, de vrais tableaux composs
et excuts en soie par un brodeur, o sur les fonds aux adorables
nuances, et telles qu'en donne le satin ou le crpe, un oiseau, un
poisson, une fleur se dtache dans le haut relief d'une broderie.
Et rien l dedans du travail d'un art mcanique, du dessin bte de
vieille fille de nos broderies  nous, mais des silhouettes d'tres
pleins de vie, avec leurs pattes d'oiseau d'un si grand style, avec
leurs nageoires de poisson d'un si puissant contournement. Quelquefois
des parties peintes, peintes  l'encre de Chine, s'associent de la
manire la plus heureuse  la broderie. Je connais, chez Mme Auguste
Sichel, une fuse de fleurs brode dans un vase en sparterie peint ou
imprim, qui est bien la plus harmonieuse chose qu'il soit possible
de voir. M. de Nittis a fait un cran, d'un admirable et singulier
carr, o deux grues, brodes en noir sur un fond rose saumon, ont,
comme accompagnement et adoucissement de la broderie, des demi-teintes
doucement laves d'encre de Chine sur l'toffe enchanteresse. Et dans
ce vestibule, il y a, sur un fond lilas, des carpes nageant au milieu
de branchages de presle brodes en or, et dont le ventre apparat comme
argent par un reflet de bourbe: un effet obtenu par une rserve au
milieu du fond tout teint et obscur d'encre de Chine. Il est mme un
certain nombre de foukousas absolument peints. J'ai colorie, sur un
crpe gris, dans l'orbe d'un soleil rouge comme du feu, l'chancrure
pittoresque d'un passage de sept grues, excut avec la science que les
Japonais possdent du vol de l'chassier. J'ai encore, jetes sur un
fond mas, sans aucun dtail de terrain, deux grandes grues blanches,
 la petite crte rougie de vermillon, au cou, aux pattes,  la queue,
teints d'encre de Chine. Et ne vous tonnez pas de rencontrer si
souvent sur les broderies la grue, cet oiseau qui apparat dans le
haut du ciel aux Japonais comme un messager cleste, et qu'ils saluent
de l'appellation: _O Tsouri Sama_, Sa Seigneurie la Grue.

    [1] Il n'est gure besoin de dire que le carr est toujours
    rapport  son matre par le porteur du prsent.

    [2] Les foukousas modernes seraient aujourd'hui fabriqus 
    Togan, d'o on les expdierait  Yedo.

Cependant le foukousa proprement dit est brod, entirement brod,
et semblable  celui-ci qui reprsente un coq et une poule avec ses
poussins. Voici l'chevlement du plumage pleureur du coq, le duvetis
de la plume naissante d'un poussin mont sur le dos de sa mre, la
chair caronculeuse des crtes, et  toutes les pattes, des ongles faits
d'une soie qui joue la corne, de vrais ongles. C'est encore, celui-l,
le planement de deux grues parmi des branches de sapin couvertes de
neige, avec la blancheur vivante de l'animal, si bien diffrencie de
la blancheur mate et morte de la neige; ou enfin ce dernier: sur un
fond de soie azur, l'argentement vague et tout lointain du Fusi-yama,
avec au dessous, tout seul dans l'espace et semblant voler dans l'air
clestement bleu des altitudes, un faucon, les ailes dployes.

Et tous les sujets, les Japonais les tentent et les ralisent en
broderie. Ils font le tableau de saintet, le tableau de genre, que
j'aime moins que le reste,--l'humanit en tant toujours mdiocre,--et
le paysage et la caricature. En ce dernier genre, est-il une
composition plus drlatique que cette troupe de rats costums en
Japonais, tirant  elle, au bout d'un cble d'or, une immense rave
blanche, au haut de laquelle une rate s'vente voluptueusement?

Une des reprsentations que les Japonais russissent le mieux aprs
les animaux, c'est la reprsentation de la nature morte. Regardez,
sur ce fond cendre verte, ces trois ventails ouverts imitant trois
ventails en papier dor, avec le relief de leur dessin gaufr, et dans
un coin l'attache d'un petit cornet de papier d'o sort un bouquet de
fleurettes. L'ventail est un objet familier pour lequel l'artiste
de l-bas a une prdilection, et il revient souvent sous l'aiguille
des brodeurs. Voyez cet autre foukousa, o sur un fond rose turc sont
dploys deux ventails blancs brods de paysages. Il prsente, ce
carr, une particularit charmante. Le fond, dont le dessin damass
figure des bambous, montre ses bambous roses dans la marge, blancs
dans la rserve des deux ventails. Un autre foukousa tale sous vos
yeux, au milieu de ptales de fleurs, des albums avec le fac-simil
de la mosaque de leurs couvertures et le cordonnet extrieur de
leur reliure; et dans un coin se trouve un rteau en bambou, et dans
l'autre un balai, que tiennent parfois un vieil homme et une vieille
femme, l'Adam et l've du Japon, et qui sont, comme la grue et la
tortue, des porte-bonheur dans les intrieurs. Sur celui-ci pendent
trois _kakemonos_: une branche d'arbuste fleuri, une vue du Fusi-yama,
un personnage saint appuy sur un cerf blanc. Le foukousa le plus
remarquable de la srie est un carr de soie rouge, sur lequel sont
deux coffrets dors de la plus fine sculpture, d'o se dtortillent
de grosses cordelires bleues, se perdant parmi des coquilles 
l'intrieur laqu, et qui, billant demi-ouvertes, laissent entrevoir
de minuscules Japonaises dans des jardins roses[3]. C'est dans cette
broderie la plus tonnante imitation  la fois d'une ciselure d'or et
d'un fin ouvrage de laque polychrome; et la soie sous les doigts de ces
merveilleux brodeurs pour cette figuration, et la figuration de tout
au monde, se prte  des travaux  plat,  des travaux de chanette,
de cordelette,  de petits carrelages,  de petits cloisonnages,  des
entremlements,  des entre-croisements,  des habilets de mtier
incroyables, qui arrivent au pelage d'un quadrupde, au plumage d'un
oiseau,  l'caille d'un reptile, au pulpeux, au charnu presque d'une
fleur de magnolia s'entr'ouvrant.

    [3] Parmi ces foukousas, il s'en trouve un trs curieux, mais
    que je crois d'origine chinoise. Sur un fond de soie grge
    crue est reprsente une pivoine arborescente au-dessus d'un
    rocher en lapis. L'envers des parties brodes est absolument
    l'envers du travail des tapisseries des Gobelins.

Toutefois le plus extraordinaire foukousa que je possde, et le plus
beau que je connaisse parmi tous ceux que j'ai vus, reprsente deux
pigeons, l'un entirement blanc, l'autre mi-roux, mi-blanc, tous deux
avec des pattes et des yeux roses. Je ne sais pas comment c'est fait,
et par quel artifice des fils de soie arrivent  tre de la plume si
relle, mais la lumire joue sur le plumage des deux pigeons comme sur
un plumage naturel[4].

    [4] Ces merveilleuses broderies, M. Ral, lors de son sjour au
    Japon en 1867, les payait un dollar pice.

Un des cts curieux de cet art industriel dans la reproduction
raliste de la nature, c'est l'introduction d'lments de pure
fantaisie, c'est, par exemple, l'emploi de l'or, de cette chose qui
ne se trouve ni dans les vgtaux ni dans les animaux, et que les
brodeurs savent si bien marier  de vraies couleurs de nature, si bien
incorporer dans leur brillant trompe-l'oeil. Ainsi voici, sur du blanc,
une langouste, dont le fond n'est pas seulement mouchet d'or, mais
dont toute la carapace est clabousse de parcelles dores, qui se font
trs bien accepter et imitent,  s'y tromper, la lumire granuleuse
et micace d'une carapace[5]. Voici encore, sur de la pourpre, une
jonche de grosses fleurs jaunes o toutes les nervures du feuillage
sont en or, sans que le bouquet perde de sa ralit. Et voil,--audace
encore plus extraordinaire,--voil, sur un fond cerise, un pcher au
tronc rocailleux, coquillageux, tout brod d'or, et qui, sans que cette
orfvrerie choque, semble, avec ses petites pousses vertes et ses
fleurettes blanches, un arbuste de mtal poussant une vgtation de feu
d'artifice.

    [5] Cette langouste est signe: _Matsoutani Kitsoube_. Les
    Japonais seuls ont fait de ces broderies, rptons-le, les
    Chinois n'en ont pas fait; et s'il existe quelques carrs
    chinois, l'imitation de la nature n'y est jamais rigoureuse.

Mais au fond la qualit suprieure de ces broderies et leur remarquable
originalit, c'est d'tre des choses tisses, tenant d'une manire
intime au grand art du dessin, et dans lesquelles les brodeurs
japonais luttent avec les peintres, travaillent  obtenir sur la soie
des effets qui sont du domaine exclusif de la peinture, tentent,--le
croirait-on?--avec l'aiguille  broder, l'bauche, l'esquisse,
la croquade. Vous trouvez dans des foukousas des parties restes
volontairement  l'tat de premire ide, au milieu du fini du reste,
des lointains touchs avec quelque chose de la libert heureuse et
volante d'un pinceau qui pose des tons, sans les assembler, et dans
les ciels, des voles d'oisillons pareils  ces accolades faites en
courant de deux coups d'une plume crase. Dans cet ordre de confection
artistique, je possde un carr des plus intressants. Sur une soie
gros bleu, sillonne de bandes pourpre, imitant les eaux de la mer
claires des derniers feux du soleil couchant, nage, en se jouant,
une bande de cormorans indiqus seulement par des traits brods,
tantt en soie noire, tantt en soie blanche, tantt en or, avec sur
les ttes une touche de couleur galement brode: un foukousa qui
donne l'illusion d'un croquis d'artiste, o il n'y aurait encore sur
le papier que de vagues contours et des taches. La broderie conue et
excute ainsi n'est plus de l'industrie, mais bien un peu de l'art.

Les beaux foukousas ne sont presque jamais sur ce bleu dur de soie
lgre, qui sert de fond aux foukousas modernes: ils s'enlvent sur
des satins pais comme des cuirs, sur des gros grains teints de bleu
cleste, de vert poreau[6], de ventre de biche, de feuille morte, de
jaune mas, de rose groseille, etc. Ils ont aussi, en gnral, au lieu
de leur doublure en crpe de Chine rouge assez commune, des envers de
soie damasss d'or et d'argent, o parfois se trouvent dans un coin
les armoiries d'un prince. Une remarque curieuse faite par moi sur les
vieilles broderies: les yeux des animaux sont faits en soie. C'est
un point noir dans un ton brun ou bleu,--quelquefois recouvert d'un
morceau de verre dans un petit rond de mtal,--mais seulement chez les
plus ordinaires. Les yeux en mail indiquent en gnral une origine
moderne. Autre remarque: les foukousas que j'ai rencontrs sur fond
noir, soie ou velours, sont toujours d'une qualit exceptionnelle. Les
anciens foukousas portent quelquefois, mais trs rarement, la signature
ou le cachet du brodeur. Les deux pigeons sont signs: _Shiko_.

    [6] Chez M. Lansyer, qui a une collection de foukousas choisis
    avec le got d'un peintre coloriste, et dont les fonds sont
    faits des clarts les plus tendres, on tombe en admiration
    devant un foukousa jaune citron, sur lequel le brodeur n'a
    pas craint de jeter des grues brodes en or, et l'on retrouve
    le mme plaisir des yeux devant un autre vol de grues sur un
    fond jaune, couleur de la toile non encore blanchie, et toute
    sillonne de raies d'or imitant la chute d'une cascade.

Parmi ces bibelots orientaux, une merveille franaise, un bas-relief de
Clodion!

Un satyre agenouill, un seul genou en terre, d'un bras nerveux
entourant les deux jambes d'une bacchante noues autour de son cou,
est prt  soulever la folle et jeune rieuse, qui, glisse au bas de
ses reins et mollement renverse en arrire, s'appuie d'une main sur
l'paule d'un petit faunin, se haussant sur la pointe du pied.

La jeunesse et la gracilit de la fille des bois et des vignes, le
modelage de ses petits seins rigides et de son ventre douillet,
l'ingnu et voluptueux abandon de son attitude, le rythmique agencement
des lignes gracieuses, l'art dlicat et spirituel d'esquisse de
la sculpture, le parti tir de la demi-ronde bosse et de ses
amincissements gradus, la caresse dans la glaise des dtails de la
tte, des mains, des mignons petits pieds se raidissant, enfin la
science de cette oeuvre facile, qui pourra la bien dire?

Cette terre cuite est une de mes bonnes fortunes des ventes publiques.
L'expert avait insr dans son catalogue: Tout ferait supposer que ce
bas-relief est de Clodion s'il n'tait pas sign Michel, et encore
il ne disait pas avec une faute d'orthographe. L'expert ignorait que
le vrai nom du sculpteur est Michel, et qu'il n'a jet ce surnom de
Clodion au bas de ses oeuvres qu' une certaine poque de sa vie.




SALLE A MANGER


Une porte du vestibule ouvre  droite dans la salle  manger: une vraie
bote comme je les aime, et o ne se voient ni murs ni plafond sous les
tapisseries.

Une suite de panneaux qui dcorait autrefois un pavillon de musique
dans un jardin, s'est trouve, une suite qui recouvre, sans qu'il
y manque un pouce, les quatre parois avec leurs angles coups. Ces
tapisseries, excutes sur les dessins de Leprince et de Huet, mettent
contre les murailles un paysage de fantaisie, o se mle le rustique
thtral de Boucher aux perspectives de terrasses  balustres de
Lajoue, aux lointains d'le enchante de Watteau. Et le paysage de
convention est peupl par une cration adorablement mensongre: des
gardeuses de moutons enrubannes, des Tircis poudrs  blanc, des
fileuses de campagne aux _engageantes_ de dentelle, des chasseresses
vtues de l'habit rouge de Vanloo dans sa partie de chasse, et de
petits paysans faunins chevauchant des chvres: tout ce monde dtach
d'un _fond blanc_, de ce fond prcieux qui est l'enveloppement,
l'atmosphre tendre des jolies tapisseries du XVIIIe sicle, et dans
l'harmonie crmeuse duquel, sous les jeux du jour, le rose, le bleu, le
jaune soufre sont  tout moment sillonns de l'illumination brillante
de la soie transperant la laine. Riants tableaux qu'encadrent, courant
sur un vert, couleur de vieille mousse, des arabesques enguirlandes
de chutes de fleurs et de lambrequins amarante. Au plafond, c'est une
tapisserie d'Aubusson reprsentant la composition de Lancret grave
sous le nom de l'ADOLESCENCE. Malheureusement, cette tapisserie
achete  Munich en 1873, et sans doute prise en quelque chteau
franais pendant la guerre,--et qui n'avait gure moins souffert que la
France,--fut si malheureusement rpare  deux reprises diffrentes,
qu'il a t ncessaire de prier l'ami Eugne Giraud de la repeindre un
peu,--et peut-tre l'a-t-il repeinte avec trop de gnrosit?

Sur ces murs de peinture tisse qui ne souffrent aucune dcoration,
rien que deux grands bras en bronze dor, mettant sur le panneau du
fond leur riche serpentement contourn, et dressant leur feuillage de
rocaille, d'o la bobche sort et s'panouit comme l'efflorescence
vigoureuse jaillissant du resserrement et du noeud d'une branche. Un
beau et libre travail de bronze dor, qui n'a dans sa perfection quoi
que ce soit du fini sec, du travail _perl_ moderne.

Le merveilleux art industriel que l'art des Meissonier, des Gouthire,
et de tant de grands inconnus, ptrisseurs de bronze dor, fabricateurs
de ces robustes et lgantes choses qui ont l'air de sculptures
tournes dans un or mallable! Quel assouplissement de la matire
rebelle, et les habiles caresses des ciselets sur cette fonte qui
perd sa rigidit et prend quelque chose de la mollesse de son modle
en cire! Ces bronzes dors, j'en possde quelques-uns qui sont de
remarquables chantillons de la large facture de Meissonier, et de la
facture prcieuse des bronziers de la fin du sicle. J'ai dans mon
antichambre un portoir, un des plus purs spcimens de cette rocaille,
au dpart semblable au dos bomb et sinueux d'un coquillage, et qui
se creuse, et se renfle, et ondule, et serpente, et se branche, et se
termine en des tiges ornementales qui ont pour boutons de fleurs ces
perles longues qu'on dirait les larmes de la sculpture. Et l'or de ce
portoir, si tranquille et si repos en son clat sourd, cet or qui a,
pour lui, cette patine que le temps apporte aux vieux mtaux! Parmi mes
porcelaines de Chine est une gourde plate en cladon, monte dans le
temps, et dont la monture est une des plus dlicates montures du XVIIIe
sicle. La gourde, au socle et au goulot  palmettes, est enguirlande
du flottement lger, soulev par parties, et comme battant contre le
vase, de quatre rameaux de branchages toils de fleurettes, attachs
en haut sur les cts par des noeuds de rubans, et s'entrecroisant au
rentrant des deux panses de la gourde. Et l-dessus une dorure mate
imitant le chagrin de la feuille, et au milieu de laquelle brille
seulement le bruni des ptales. Parmi mes bijoux en bronze dor,
n'oublions pas une paire de flambeaux en forme de carquois dont les
perles, les branches de lauriers, un entrelacement de myrte aux grains
brillant dans les intersections des feuilles, les ailettes du carquois,
sont de cette ciselure inimitable, pousse au dernier fini, et qui, en
son net dtachement, n'a rien de coupant.

Mais  la description de ces bronzes dors, il faut joindre la
description des bronzes, o le bronze florentin des corps nus de femmes
et d'hommes et d'enfants s'allie avec tant de got aux accessoires
dors. Voici une paire de candlabres, un premier exemplaire des
modles bien connus de Clodion: le faunin aux pieds de bouc et la
petite fille couronne de pampres, tous deux si joliment  cheval sur
la double branche du candlabre et semblant s'y balancer. Le beau gras
et le chaud ton obscur du bronze au milieu de l'or du socle, de l'or
de ces deux bras pareils  des thyrses tordus d'o pendillent des
raisins dans de la vigne! L'intelligente entente de l'ornementation,
et le soin et l'amour avec lesquels l'ouvrier du temps a parfait sa
tche, et le riche objet d'art que sont ces deux candlabres, qui ont
cependant,--signature de l'poque,--de simples crous en fer pour le
rattachement des pices! Ces deux candlabres ont pour milieu, sur la
chemine du petit salon, un Cupidon, dont je ne connais pas de double,
et que je ne sais  quel sculpteur franais du XVIIIe sicle attribuer.
Debout, la tte baisse, le corps flchi en avant, son carquois d'or
tomb sur un socle de marbre blanc, il essaye du bout d'un de ses
doigts le piquant d'une flche. Un Amour qui n'a rien des rondeurs de
Boucher, mais un Amour lanc  la longueur phbique de ces gnies de
l'Hymen, dresss en haut des lettres de faire part de mariage de la fin
du sicle, un bronze d'un modelage des plus savants et dont les jambes
ont la file ressentie des jambes d'un bronze italien du XVIe sicle.

Un mobilier des plus simples que le mobilier de la salle  manger:
une table et huit chaises sculptes par Mazaros  ses dbuts, et
encore dans les angles coups deux meubles de deux civilisations bien
diffrentes.

L'un est une servante en bois de rose, aux angles de bronze dor,
 la galerie de cuivre entourant la tablette de marbre blanc: la
servante sur laquelle successivement ma grand'mre et ma mre se sont
fait apporter leur chocolat. L'autre meuble, c'est un grand cran,
derrire lequel les _damios_ se tiennent dissimuls  la porte de
leur habitation: un panneau de trois pieds de hauteur merveilleusement
sculpt sur les deux faces, et dont un ct reprsente un pcher en
fleurs, et le revers un rocher fleuri d'iris d'eau.

Sur la chemine, entre la rocaille argente de deux flambeaux  trois
branches portant les armes d'un cardinal, luit dans la blancheur
polie du Paros un petit marbre de Falconet: une baigneuse  moiti
accroupie,  moiti agenouille, et essuyant, de la torsade de ses
cheveux ramene et pandue sur sa poitrine, une goutte d'eau reste
au bout d'un de ses seins, dans un ramassement du torse, o apparat,
dlicieusement tortille, la grce abattue, fluette, allonge de son
petit corps. Une sculpture o il y a du Corrge dans une matire, pour
ainsi dire, voluptueuse, et que la lumire pntre presque comme de la
chair vivante.

Cette statuette, ces tapisseries claires du doux feu des bougies d'un
lustre et de candlabres, alors qu'elles garnissaient notre ancienne
salle  manger de la rue Saint-Georges, ont vu de gais dners, de gais
soupers. Janin, Gautier, Murger, de Beauvoir, Gavarni qui arrivait
toujours en retard, et  qui on mettait une montre dans son assiette
pour lui reprocher son inexactitude, et encore de trs spirituels gens,
pas du tout clbres, ont t charmants de verve et de gaiet entre
ces tentures. Il y avait en ce temps  la cave un certain Loville, et
un extraordinaire Saint-Pray, achets  une vraie vente de diplomate,
qui mettaient les convives en joie et en aimable folie, et avec ces
deux vins nous possdions une cuisinire trs forte sur le pudding,
la _pasta frolla_, le _kari_, et nombre de plats trangers vers la
confection desquels elle tait pousse par une vocation bizarre, une
curiosit d'exotisme culinaire. Elle avait, cette espce d'artiste
passionne pour son art, une cuisine qui parlait  l'imagination de
l'estomac: qualit rare! Et vraiment l'on faisait, dans notre petit
quatrime, du manger pas ordinaire  Paris. Les Parisiens dnent de
l'architecture des plats monts, du damass du linge, de l'clat des
cristaux, des fleurs qui sont sur la table, de la cravate blanche des
domestiques, mais de beurre  30 sous la livre, mais de vin ordinaire
qui vient de chez le marchand de vins d' ct; mais de poisson aux
artes imprimes en bistre sur les filets, les malheureux ne se
doutent en aucune faon! Il n'y a positivement que les provinciaux
ou les hommes d'origine provinciale pour avoir ce qu'on appelle la
_gueule fine_, et pour aimer la cuisine dlicate, la cuisine que font
seulement les femmes. Un gourmand mrite, M. de Montalivet, mme en
ses ministres, n'eut jamais de chef. Moi donc, qui suis de la province
que je regarde comme la province des plats cuisins, fricots, mijots
avec le plus d'amour et d'art, j'avais eu l'ambition d'introduire  mes
dners un peu de vraie cuisine lorraine. Et pour cela j'accomplissais
presque une oeuvre mritoire: je faisais venir  mes frais  Paris,
et m'engageais  loger et  nourrir pendant tout le carme, un vieux
cordon bleu des Vosges, ancienne cuisinire d'vque, demeure trs
dvote et prise de la tentation de faire un carme dans la capitale,
o elle n'tait jamais venue. Il s'agissait de la bisque d'crevisse
et du salmis de bcasse! Me comprenez-vous bien? d'une bisque qui ne
ft pas cette odieuse panade de crevettes et de bl de Turquie colore
avec quelques gouttes d'une teinture pourpre, mais un vrai beurre
d'crevisse obtenu avec les coquilles piles et sur lequel sont tales
les plus belles queues; d'un salmis de bcasse qui ne ft pas cette
ratatouille avec une liaison rousse, mais un salmis parfum de baies
de genivre, dans une vraie sauce de coloriste, une sauce chaudement
noire, o il y a comme des yeux d'huile.

Dans ce temps, il faut le dire, nous tions deux: c'tait presque un
mnage qui recevait.... Aujourd'hui la salle  manger d'Auteuil n'est
plus que la salle  manger d'un vieil homme seul, qui aime mieux la
salle  manger des autres.




PETIT SALON


Pauvre petit salon! Que de tristes et anxieuses journes passes entre
ses murs, d'o l'branlement du canon faisait tomber les cadres, au
milieu des livres ficels en paquets, et prs de ce feu de bois vert,
le feu parisien des mois de dcembre et de janvier 1870-1871!

Ce salon tait  la fois ma chambre  coucher, ma cuisine et tout, et
j'y vivais en compagnie d'une poule, la dernire survivante de six
volailles: toutes les provisions que j'avais faites, hlas!--moi qui
mange avec les yeux, et ne pouvais m'habituer au rose noirtre de la
viande des _tire-fiacres_.

Cette poule ou, pour mieux dire, cette poulette, toute blanche, et
joliment cailloute, et coquettement huppe, tait bien la plus
impudente petite bte que j'aie jamais rencontre, sautant sur la
table, au moment o on me servait  djeuner,--quel djeuner, mon
Dieu!--et de deux coups de bec rapides comme deux clairs, nettoyant
la moiti du maigre plat. La petite misrable pondait, mais il n'y
eut jamais moyen d'avoir d'elle un oeuf; il n'tait pas sorti de son
corps qu'il tait aval! Et l'amusant spectacle qu'elle me donna, quand
nous arrivmes  ce pain qui ressemblait  un cataplasme lard de
cure-dents. Elle commenait  jongler avec les petits morceaux qu'on
lui jetait,  la fois ddaigneuse et colre, puis elle gmissait, puis
elle pleurait, demeurait _rognonnante_ toute la journe, et ne se
dcidait  manger le pain du sige que le soir.

Somme toute, je m'y tais attach, elle avait des allures si gamines,
des remuements de la huppe si crnes, des familiarits si _drlettes_,
elle donnait  ses gloussements,  son caquetage un langage si humain;
elle grimpait avec tant de gentillesse le long de mon corps, pour de l
s'lancer sur la chemine, et donner force coups de bec furibonds  la
glace qui lui montrait une autre elle-mme!

Bref, tous les matins, je la peignais au peigne fin... et ne pouvais me
rsoudre  la manger.

Cependant les moineaux et mme les merles, en oiseaux intelligents,
avaient disparu de Paris, ne s'offrant plus aux coups de fusil; j'avais
dvor mes poissons rouges; la mairie d'Auteuil venait de nous dlivrer
pour moi et ma domestique une petite queue de morue sale qui devait
faire notre nourriture pendant trois jours; le pain tait _inavalable_:
il fallut prendre un parti. Je dis  ma domestique de tuer _Blanche_.
Elle ne savait pas, elle n'avait jamais tu d'animaux. Moi pas plus,
et je voulais faire passer de vie  trpas la bestiole sans la faire
souffrir. Longtemps je cherchai le moyen, quand je me rappelai avoir 
la maison un sabre japonais, dont la trempe, m'avait-on dit, valait la
trempe des cimeterres avec lesquels le sultan Saladin coupait en deux
un coussin de plumes.

L'instrument de mort tait trouv, et j'appelais la poulette dans
le jardin. En ce moment, il y avait dans le ciel un ouragan d'obus
prussiens passant au-dessus de la maison pour aller tomber dans le
faubourg Saint-Germain; et la poulette interrogeait le ciel avec
le regard dfiant des btes du Jardin des Plantes d'alors,--et qui
avaient l'air, du fond de leurs cabanes, de demander si l'orage qui
tonnait l-haut depuis deux mois n'allait pas finir. Il faisait aussi
le terrible froid de ce terrible hiver, et la frileuse hsitait  se
risquer dehors. Enfin la gourmandise triompha, j'avais miett par
terre un peu d'une galette de vraie farine, cuite le matin, sur les
carreaux de ma chemine. Je prenais bien mes mesures, et au moment o
elle relevait le cou pour la dglutition d'un morceau un peu plus gros
que les autres, avec mon sabre japonais, je lui dtachai la tte aussi
bien qu'aurait pu le faire un bourreau du pays du sabre... mais ne
voil-t-il pas que la poulette dcapite se met  courir en laissant
derrire elle un sillon rouge sur la neige de l'alle, et  travers le
jardin aux arbustes cristalliss, dans le jour blme de l'heure entre
chien et loup, elle allait toujours sur ses pattes titubantes, battant
frntiquement des ailes,--une aigrette de gouttelettes de sang,
au-dessus de son col coup,  la place de tte.

Cet assassinat est un de mes remords, ... d'autant plus que, je dois
l'avouer, elle tait horriblement dure, _Blanche_!

       *       *       *       *       *

Enfin, un jour, de ce petit salon devenu un poulailler sous le sige,
une cible  balles et  obus sous la Commune, il me prit la fantaisie
d'en faire une espce de muse des dessins de l'cole franaise
recueillis par mon frre et moi depuis longues annes. _Faire_ une
pice dans ma maison: voil presque toujours, aprs la publication d'un
livre et avec l'argent qu'il rapporte, la rcration, la rcompense
que je me donne. Bien souvent je me suis dit: Si je n'tais pas
littrateur, si je n'avais pas mon pain sur la planche, la profession
que j'aurais choisie, a aurait t d'tre un inventeur d'intrieurs
pour gens riches. J'aurais aim qu'un banquier, me laissant la bride
sur le cou, me donnt plein pouvoir en un palais qui n'aurait eu que
les quatre murs pour lui en imaginer la dcoration et le mobilier
avec ce que je trouverais, rassortirais, commanderais, avec ce que je
dcouvrirais chez les marchands de vieux, les artistes industriels
modernes ou dans ma cervelle. Mais cette profession n'tant pas encore
la mienne, je travaille pour mon compte dans des conditions plus
modestes. J'ai donc cherch mon nouveau petit salon de faon  faire
ressortir le mieux possible des dessins, et des dessins monts en bleu,
en ces intelligentes montures dont l'honneur de l'invention revient
 Mariette. Aprs avoir longuement mdit, et ainsi qu'on mdite un
chapitre de livre, je suis arriv  la conviction qu'il n'y avait que
le rouge mat et le noir brillant pour faire valoir les dessins anciens.
Et j'ai fait peindre les boiseries, les portes, les corniches en noir,
toutefois au _poli_, et de cette peinture employe pour les panneaux de
voiture, et qui dure trois mois par les ponages successifs, mais qui a
le mrite d'enfermer les choses dans des compartiments d'bne. Restait
la tenture et la qualit de son rouge que je voulais mat: c'tait l
la difficult. Je me rappelle un jour, sous le merveilleux plafond de
Baudry, Mme de Pava me disant  propos de la tenture de son salon dont
j'admirais la pourpre profonde:

Oui... mais voil l'histoire de ma tenture. J'ai dit au fabricant de
Lyon qui me prsentait son plus beau et son plus doux chantillon:
Monsieur, il me faut une toffe six fois plus paisse que celle-ci,
pesant six fois plus, vous m'entendez?--Et me faisant apporter un
pse-lettres, j'ai pes son chantillon devant lui pour qu'il n'y et
pas d'erreur.

--Mais, Madame, jamais cela ne s'est fait. Et l'homme me regardait
comme une folle.

--Eh bien, cela se fera pour la premire fois!

Je pensais, continua-t-elle, que cette paisseur qui ferait un cuir
de l'toffe, apporterait au tissu une qualit de couleur qu'il n'avait
pas, et vous voyez que je ne me suis pas trompe.

En effet, Mme de Pava avait eu raison, mais la tenture cota 800,000
francs, et moi je devais trouver quelque chose d'un peu moins cher.
La soie, dans les conditions ordinaires, n'tait pas mon affaire;
les toffes de laine se mangent, deviennent facilement violettes,
vineuses: il n'y a au fond que les toffes de coton pour garder leur
intense nuance de _granium_. Et tout fut couvert d'andrinople. Je
risquai mme le plafond rouge, une audace! mais qui m'a russi, et
qui, par l'enveloppement complet des dessins dans une coloration une
et chaude, en fait saillir les blancs et toutes les clarts laiteuses
que tue un plafond de pltre. Au fond, posons en principe qu'il n'y a
d'appartement harmonieux que ceux o les objets mobiliers se dtachent
du contraste et de l'opposition de deux tonalits largement dominantes,
et le rouge et le noir est encore la plus heureuse combinaison qu'un
tapissier ait trouve comme repoussoir et mise en valeur de ce qui
meuble une chambre.

Les boiseries ainsi peintes, les murs ainsi tendus, on a refait avec
du vieil or la toilette des cadres de chne sculpt, trouvs en grande
partie chez le vieux Goguet de l'ancienne rue de Childebert, sacristain
de Saint-Germain-des-Prs, je crois bien,  certaines heures, et
brocanteur amoureux de bois dor, le restant de la journe.

Et ce sont sur la rouge muraille, autour des dessins, ces lgants
profils, ces dlicats rangs de perles sculptes qui ne sont pas comme
dans les cadres modernes un chapelet de boulettes de pte enfiles
dans une ficelle, et ces plates bordures aux jolies feuilles d'eau et
surmontes d'un cusson, que surplombe tantt une coquille au milieu
d'une chute de fleurettes, tantt un cartouche dans un noeud de ruban
dont les deux bouts retombent de chaque ct.

L, dans ce petit salon est la plus grande partie de mes dessins,
qui couvrent encore les parois du grand salon, montent et descendent
l'escalier, remplissent les cartons dans cette chambre et cette autre,
et se rpandent ainsi par toute la maison.

Cette collection est ma richesse et mon orgueil. Elle tmoigne de
ce qu'un pauvre diable avec de la volont, du temps, et en massant
un rien d'argent sur une seule chose, peut faire. Une collection de
tableaux et trs charmante,--elle m'tait possible en ce temps;--mais
je sentais qu'avec ma petite fortune, je ne pouvais faire qu'une
collection secondaire, tandis qu'une collection de dessins, il m'tait
donn d'en rassembler une qui n'eut pas d'quivalent, qui fut la
premire de toutes. Et je puis dire sans fausse modestie que mon
frre et moi l'avons ralise, cette collection de dessins franais
du XVIIIe sicle! Oui, grce au ddain de l'poque pour cette cole,
aux timidits de mes concurrents tous plus riches que moi, et  la
rsolution bien arrte de ne jamais acheter un tableau quelque bon
march qu'on me l'offrt, j'ai pu runir prs de quatre cents dessins
montrant l'cole franaise sous toutes ses faces, et presque dans tous
ses spcimens, et des dessins qui sont en gnral les dessins les plus
importants de chaque Matre, petit ou grand.

Mais vais-je en passer la revue en courant?... Non, j'aime mieux faire
l'honneur de ma collection  mon lecteur, en lui mettant entre les
mains le catalogue indit prcd d'une prface.




PRFACE


Qui se rappelle aujourd'hui la vieille place du Carrousel avec tous ces
cartons billant entr'ouverts  la porte de ses centaines d'choppes?
En 1848, j'y achetais,  seize ans, mon premier dessin, une aquarelle
de Boucher: et elles ne sont pas communes, les aquarelles de Boucher.
Qui se rappelle les cartons billant entr'ouverts sous les arcades
de l'Institut, et tout le long des quais, et  l'entre de cet antre
s'ouvrant sous un jardin, l o s'lve aujourd'hui le _Journal
officiel_? Je trouvai l un jour dans un carton  vingt sous, et
colls sur une mme feuille, neuf croquis de Gabriel de Saint-Aubin
pour une illustration du _Zadig_ de Voltaire qui n'a point t grave.
Qui se rappelle les cartons  la porte des bric--brac du boulevard
Beaumarchais et dans le renfoncement de tous les vieux murs dlits et
des difices religieux abandonns, ainsi qu'autour de cette chapelle
Saint-Nicolas, au haut du faubourg Saint-Honor, o l'talagiste fixait
avec un clou ses plus beaux dessins dans la pierre pourrie? L, pour
une pice de trois francs, je devenais possesseur d'un de mes jolis
Cochin. Car, en ces annes, il y avait des dessins partout, des dessins
mls  de la ferraille, des dessins exposs entre des tire-bouchons
sur des bouts de trottoirs, et l'un de mes Watteau me vient d'un
vendeur de flches de sauvages et de ttes d'Indiens boucanes. Donc
on rencontrait alors des dessins, et des dessins de l'cole franaise
du XVIIIe sicle chez tous les brocanteurs de vieilleries quelconques.
Et j'ai le souvenir lointain d'une regrattire de la rue Jacob  la
cornette lorraine, qui, de sa porte quelquefois, me hlait, lorsque je
me rendais  l'cole de Droit, me disant: Jeune homme, j'ai pour vous
un petit dessin pas cher. La vieille femme avait flair un _pays_ 
qui elle aimait  vendre.

Et le beau temps des ventes, de ces ventes de dessins en l'htel
Bullion de la place de la Bourse, en l'htel de la rue des Jeneurs,
o dans la solitude de la grande salle, il y avait bien en tout douze
personnes, et o un dessin, adjug  25 francs, faisait pousser des oh!
et des ah! comme pour une adjudication de fou, et o l'enchre tait
suivie, pendant quelques minutes, de rises, et comme d'ternuments
de mpris, par deux ou trois contempteurs de l'cole franaise
aux chapeaux roux. Je vois, je vois encore une des premires et
malheureuses ventes que faisait, en qualit d'expert, Thor: vente dans
laquelle une srie de prparations de ttes de femmes pastelles par
notre grand La Tour, et qui n'taient pas encadres, et qui n'taient
pas mme montes, mais tout bonnement enveloppes de papier de soie
dont on entortille les oranges, atteignaient avec une peine extrme
5 et 6 francs. Pas une ne dpassa ce prix. Et longtemps les ventes
durrent ainsi, et longtemps mon frre ou moi, un La Bruyre dans notre
poche, pour tromper l'ennui de la vacation, nous allions tour  tour
conqurir  vil prix quelque prcieux dessin: un dessin comme l'pouse
indiscrte de Baudouin, ou les Ngrillons heiduques de Portail.

Mais alors mme les ventes n'apportaient  une collection que quelques
dessins. Ce qui la grossissait soudainement, c'taient les _coups_, ces
acquisitions fortunes d'un marchand arrivant _premier_ aprs un dcs
tout chaud, et lorsqu'on avait la chance de tomber dans l'emmnagement
de l'achat. J'ai dans la mmoire une de ces heureuses affaires faites
par Danlos pre, et o, pour quelques mille francs, il avait eu un
rgiment de cartons, bonds des plus curieux dessins et des plus rares
estampes,--une collection  se vendre maintenant 500,000 francs. Dans
la boutique, une montagne, un entassement de vieux portefeuilles
ventrs, d'o se rpandaient sur le plancher des morceaux de papier
montrant des coins de crayonnages adorables; dans l'arrire-boutique,
des amis, des bouteilles, des verres, et la clbration et le joyeux
arrosage du march ft  la cantonade.

Eh!... combien a, monsieur Danlos?

Et Danlos, au bout de quelques instants, faisant sa rentre dans la
boutique, en se grattant la tte de sa casquette violemment remue sur
son occiput, vous prenait la chose de la main, et la regardant d'un
oeil vague, et de ct, tout au bout de son bras tendu  la hauteur de
sa cuisse, vous disait au hasard un prix fort cher... pour le temps,
mais bien bon march pour aujourd'hui.

Ah! l'heureuse poque pour un collectionneur, que ces annes o, du
lever au coucher du jour, il y avait chez les marchands d'estampes dix
jours entiers  regarder des dessins franais, et de quoi pour un homme
qui aurait eu plus d'argent que je n'en avais alors dans ma poche, de
quoi en charger un fiacre.

Et les pittoresques silhouettes de marchands, hlas! tous dfunts.

Tout d'abord le pre Blaisot, le descendant du libraire tabli au
XVIIIe sicle sur les marches du grand escalier de Versailles, le doyen
des marchands d'estampes, qui avait eu d'abord la petite boutique de
la rue Gungaud, puis le long boyau de la rue Taitbout, o furent
exposs tant de beaux et prcieux dessins, enfin le grand magasin de
la rue de Rivoli: un petit homme maigre, toujours en cravate blanche,
avec du jovial et du renarr sur la physionomie, et une seule dent
dans la bouche. On le rencontrait trottinant dans tous les quartiers
de Paris, une gravure, un dessin, une toile sous le bras, qu'il vous
mettait sous le nez en pleine rue. Un homme de got, un connaisseur,
le seul _tenant_ dans sa profession pour l'cole franaise, et le
seul concurrent redoutable dans les ventes d'alors. Au fond bonhomme
sympathique  ses jeunes clients, s'intressant  leurs collections.
Une des dernires fois que je l'ai vu avant sa mort, c'tait le 8
septembre 1870, un jour o j'tais all voir les travaux du fort de
Montretout. Des 20,000 ouvriers qui devaient remuer la terre, il y
en avait bien en tout deux ou trois cents, mais que regardait, avec
une inquitude suffisante, le pre Blaisot, en cravate blanche, d'une
petite vigne toute charge de ceps de raisins noirs: une vigne, sa
proprit o tait arrte la construction de la maison dans laquelle
sa vieillesse voulait respirer l'air pur de la colline, aprs avoir
respir tant d'air putride de salles de vente.

Un autre singulier petit homme,--celui-l tout en boule,--tait Mayor,
le marchand de dessins anglais, qui, dans sa figure rondelette et
blme, avait deux petits yeux noirs, assez semblables  des ppins,
dans un quartier de poire, et un nez qui tait comme une gousse de
piment. Perptuellement  cheval sur Londres et sur Paris, Mayor avait
ses dessins dans de grandes botes, et vous les montrait au fond d'un
appartement aussi sombre que les boutiques des anciens marchands de
drap de Paris. Debout devant vous, il tirait de ses botes poses sur
le parquet des dessins qu'il vous prsentait, et cela indfiniment.
Vous aviez beau demander grce, il allait toujours avec la rgularit
mcanique d'un automate, un sourire en fer  cheval d'une caricature du
_Punch_, et un nez qui, par l'afflux du sang  sa tte  tout moment
penche  terre, passait de la couleur carlate  la couleur aubergine.
Je souponne mon ami Mayor d'avoir parachev bon nombre de Watteau que
le Matre avait laisss  l'tat de croquis.

Mais parlons un peu du vieux Guichardot, du temps de ma jeunesse, o il
habitait la rue Saint-Thomas du Louvre, en un logis qui tait le vrai
cadre de l'original personnage.

Une rue d'ombre et de silence, o rarement s'aventurait le soleil,
o jamais ne passait une voiture. Guichardot avait dans cette rue
une boutique, une espce de resserre rustique, aux volets clos, et
contre les murs de laquelle montaient jusqu'au plafond des cartons,
des cartons, des cartons comme je n'en ai vu nulle part, et tout
remplis de dessins de toutes les coles et qu'on n'avait jamais song 
dbrouiller. L dedans, c'tait une odeur de papier moisi, dlectable
et prometteuse pour un amateur. Avec une lenteur qui dsesprait votre
impatience, Guichardot vous apportait une chaise casse, puis un carton
qu'il plaait dans une filtre de jour venant de la porte de la rue
entre-bille, et dnouait longuement, longuement les cordons... Enfin,
au milieu de l'effarement de cloportes fuyant dans tous les sens 
travers les dessins, commenait la sance. Lui, plac derrire vous,
regardait par-dessus votre paule chaque dessin que vous regardiez,
avec un regard nigmatique de son bon oeil. Les heures passaient, une
nuit rembranesque remplissait la boutique, une pntrante humidit
vous tombait sur les paules comme une petite pluie invisible, la
fatigue de voir commenait  vous venir... et lorsque vous vous
retourniez, et que vous retrouviez cet oeil narquois, et cet autre
bouch par un morceau de taffetas noir, et cette houppelande qui avait
des blanchiments imitant le salptre sur un vieux mur, il vous venait
le sentiment d'avoir dans le dos un tre fantastique: le gnome des
vieux dessins.

       *       *       *       *       *

Oui, pour terminer, rien n'tait plus facile et  meilleur march, dans
ce temps, que de faire une collection de dessins franais du XVIIIe
sicle: seulement, il y avait dans l'atmosphre un si norme ddain
pour cette cole, les gens que vous connaissiez faisant de la peinture,
vous plaignaient avec des regards si tristes, vous passiez pour un
homme tellement priv de got par les Dieux, qu'il fallait avoir un
grand mpris de l'opinion des autres, pour la faire, cette collection!


COLLECTIONS DE DESSINS DE GONCOURT

PEINTRES, SCULPTEURS, DESSINATEURS, VIGNETTISTES, ORNEMANISTES,
ARCHITECTES DU XVIIIe SICLE


  ANONYME.--Sur un fond d'architecture, entre deux colonnes torses
  entoures de guirlandes de fleurs, un voile tendu par deux
  amours; en haut, au milieu, un petit cartouche reprsentant Jsus
  amen devant Caphe; en bas, le lavement des pieds des Aptres
  prenant tout le bas de la feuille de papier.

  Dessin  la sanguine et  la pierre d'Italie[7].

    [7] A propos de la pierre noire et de la sanguine, ces deux
    matires employes par les dessinateurs du XVIIIe sicle, nous
    avons une lettre de Watteau qui se plaint de la duret de la
    sanguine, et nous savons qu'il la faisait venir d'Angleterre.
    Descamps se plaint galement, dans une lettre  Desfriches,
    de la pierre noire qu'on achte  Paris, et dit se la faire
    envoyer d'Espagne.

  Encadrement de page d'un livre religieux, dont le texte devait
  tre imprim sur le blanc et le vide du voile.

  Manire de Hall.

      H. 34, L. 22.

  --Mme entourage; en haut, cartouche reprsentant l'Annonciation;
  en bas, le prophte lie avec un aigle  ses pieds.

  Dessin  la sanguine et  la pierre d'Italie.

  Mme destination que le prcdent.

  Manire de Hall.

      H. 31, L. 22.

  ANONYME.--Sous de grands arbres, au bord d'une rivire, une Diane
  dormant nue au milieu de ses nymphes.

  Bistre sur crayonnage.

  Manire de Callet.

      H. 23, L. 26.

  ANONYME.--Une femme, un pied sur un banc, et qu'un jeune homme
  soulve, l'aidant  atteindre un bouquet de cerises; un homme
  couch  terre et regardant sous les jupes de la femme.

  Lavis  l'encre de Chine sur trait de plume.

  Manire de Queverdo.

      H. 21, L. 17.

  ANONYME.--Un sultan assis, les jambes croises sur un divan, une
  aigrette de rubis  son turban; derrire lui trois Turcs, dont
  l'un fume.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Manire mlange de Liotard et d'Hilaire.

      H. 25, L. 31.

  ANONYME.--Zphyr caressant Flore couche  terre. Faune
  surprenant une nymphe endormie sur son urne.

  Dessins sur papier jaune,  la pierre noire estompe, rehausse
  de craie.

  Ces deux dessins dont j'ai vu autrefois les tableaux, non signs,
  chez vans, marchand de curiosits, sont faits dans la premire
  manire de Vien.

      H. 9, L. 25.

  ANONYME.--Une vue des nouveaux boulevards, pleine de monde qui
  regarde un Arlequin, au son d'un violon, balancer un coq sur une
  corde.

  Encre de Chine, trs lgrement lave d'aquarelle.

  cole de Huet.

      H. 27, L. 34.


ADAM (_Lambert-Sigismond_). Le sculpteur auquel Mariette reproche
de faire tout en sorte que tout forme trou dans ses ouvrages, le
dessinateur facile et tourment.

  --Fontaine, au pied form par deux dauphins rejetant l'eau que
  versent, au sommet, deux amours aux extrmits de poissons. Tout
  autour du vase, orn de masques, court une frise reprsentant des
  jeux d'amours.

  Bistre sur trait de plume.

  Sign: _Adam_.

      H. 40, L. 25.


AMAND (_Jacques-Franois_). Un artiste que l'on ne connat gure que
par la petite eau-forte insre dans le Dictionnaire des graveurs de
Basan, un peintre qui a eu l'ambition de refaire pour son temps, dans
une suite de grands dessins, les intrieurs d'artisans de Bosse qu'il
peuple d'ouvriers  la tournure d'aptres,--des ressouvenirs de peintre
d'histoire, transports dans la vie familire du XVIIIe sicle. Deux
des dessins de cette suite, le _Menuisier_ et le _Doreur_, mentionns
dans le catalogue du graveur Le Bas, se retrouvaient  la vente de M.
Laperlier.

  --Dans un atelier aux poutres du plafond soutenues par des
  colonnes de pierre, des ouvriers sont occups  des travaux de
  menuiserie. Au premier plan,  gauche, une femme agenouille
  remplit un panier de copeaux[8].

    [8] La plupart des dessins de ma collection ont t reproduits
    en fac-simil par la maison Braun.

  Dessin lav  l'encre de Chine sur trait de plume.

  Sign sur un rabot pos  terre: _Amand_.

  Grav par Chenu et Le Bas de la mme grandeur sous le titre:
  _l'Atelier du sieur Jadot tabli dans l'emplacement de l'ancienne
  glise de Saint-Nicolas_.

  Vente Lebas et Laperlier.

      H. 33, L. 44.


AUBRY (_tienne_). Des dessins dans la manire de Greuze, lavs avec le
bistre de Fragonard, mais qui n'ont pas la fougue du dessin du premier,
ni la chaleur du procd du dernier; le bistre en les dessins d'Aubry
ne fait que des salissures[9].

    [9] J'excepte deux tudes d'un homme en chapeau rond,
    conserves dans les cartons du Louvre, et qu'on pourrait
    prendre pour des bistres de Fragonard.

  --Dans une chambre de la campagne, une dame faisant embrasser
  par un garonnet en matelot un tout petit enfant, que tient sur
  ses genoux une jeune femme;  gauche est assis un gentilhomme
  jouant avec une grande canne;  droite, derrire la chaise de
  la visiteuse, une vieille paysanne et un vieux paysan se tenant
  debout.

  Bistre.

  Grav par De Launay, sous le titre: LES ADIEUX A LA NOURRICE. Le
  tableau a t expos au Salon de 1777, et depuis a fait partie de
  la collection de M. Boitelle.

  Vente Valferdin.

      H. 39, L. 48.

  --Femme tenant contre elle un enfant effray  la vue d'une
  souris, que lui montre, dans une souricire, une autre femme
  agenouille.

  Bistre.

  Portant la marque A G P B, la marque de M. de Bizemont, fondateur
  du Muse d'Orlans.

      H. 28, L. 24.


BARDIN. Un dessinateur du nu, plus anatomiste et moins conventionnel
que ses contemporains.

  --Au milieu de femmes ivres, aux mains garnies de cymbales, un
  corybante dansant, en agitant au-dessus de sa tte un tambour de
  basque.

  Camaeu de gouache sur papier jaune rserv pour les lumires.

  Sign: _Bardin, 1776_.

  Vente Tondu.

      H. 32, L. 16.


BAUDOUIN (_Pierre-Antoine_). Je ne puis que rpter ce que j'ai dj
dit: c'est que la gouache de Baudouin n'a rien du petit art fini et
pourlch de Lawreince, mais que ses gouaches sont esquisses dans la
pte  l'eau, ainsi que Fragonard esquissera, plus tard, ses nudits
dans la pte  l'huile. Et j'ajouterai que toute gouache finie,
pinoche, qui a perdu le caractre d'esquisse, n'est pas un Baudouin ou
n'est plus un Baudouin. Je vais m'expliquer sur cette dernire phrase.
Il y a un certain nombre de Baudouin qui ont un dessous vrai, mais qui
n'ont que cela, avec une peinturlure bte par dessus, et je citerai la
Soire des Thuileries venant du baron de Saint-Vincent, o il n'y
a plus gure du peintre,  l'heure qu'il est, qu'un peu de la femme
et son gant long; je citerai encore le Coucher de la marie ayant
appartenu  Roqueplan, o la touche de l'artiste n'est plus retrouvable
que sur la garniture de la chemine. Les gouaches de Baudouin, ces
peintures fragiles, un moment abandonnes  l'humidit des fonds de
magasins et mme  la pluie des quais, ont gnralement beaucoup
souffert et ont t restaures pour le got de ceux qui les achetrent
bien avant les artistes, pour les vieux _polissons_. Puis au fond il
n'a jamais exist de restaurateur capable de faire revivre l'esprit,
le faire d'bauche de ces sortes d'ouvrages. Non, disons-le encore,
jamais on ne rencontre chez Baudouin le travail du dessus de tabatire,
le joli pein de la gouache courante; au contraire, il prfre au
plaisant du mtier, aux agrables et fausses colorations du genre,
des couleurs qui visent  la solidit,  l'intensit,  la vrit de
la peinture  l'huile, et les Soins tardifs, de ma collection,
sont un curieux spcimen du srieux introduit, dans la gouache, par
l'artiste si maltrait par le vertueux Diderot. Mais s'il y a beaucoup
de Baudouin repeints, il est encore un plus grand nombre de copies
du temps, excutes dans une coule sans transparence, sans rupture
de tons,  l'apparence mate et pltreuse de papier peint, et parmi
lesquels je classerai les gouaches jusqu'ici connues du Confessionnal
et du Catchisme. Parmi tous les Baudouin que j'ai vus, je ne connais
de Baudouin originaux et sincres, en dehors de ceux catalogus ici,
que sa gouache de rception d'une excution trs faible, le croqueton
du Fruit de l'Amour secret gard dans un carton du Louvre, un second
exemplaire avec diffrences de l'pouse indiscrte provenant de la
vente du baron Saint-Vincent et possd par M. Edmond de Rothschild[10].

    [10] A la vente Pourtals, tait expose la gouache de la
    composition grave sous le titre du CURIEUX, mais elle tait
    expose au-dessus d'une porte, et il m'a t impossible de la
    voir, de manire  la juger.

  --Une femme, cache par un amas de matelas jets sur un fauteuil,
  piant son mari, qui prend la gorge d'une chambrire, renverse
  sur le lit qu'elle tait en train de faire.

  Gouache.

  Grave en rduction par Simonet, sous le titre: l'POUSE
  INDISCRTE. Elle est grave avec changement: la femme,
  agenouille dans la gravure, est debout dans le dessin.

  Provenant de la collection Paignon-Dijonval, dans le catalogue
  de laquelle cette composition est catalogue sous le n 3542.

      H. 33, L. 29.

  --Un gouverneur pntrant avec son lve dans une chambre 
  coucher, o se voit, sur un lit, une femme dormant presque nue.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Grav par de Ghendt en rduction et avec changements dans la
  suite des _Quatre parties du Jour_, sous le titre: LE MATIN.

  Vente Prault, o cette aquarelle est dcrite sous le n 43, et
  seconde vente Tondu.

      H. 25, L. 20.

  --Une jeune villageoise et son amant surpris dans un grenier, au
  milieu de leurs bats amoureux, par la mre de la jeune fille,
  dont la tte apparat dans l'ouverture d'une trappe.

  Gouache.

  Grav par De Launay sous le titre: LES SOINS TARDIFS.

  Vente Tondu.

      H. 29, L. 22.

  --Une femme  sa toilette, dont un coiffeur accommode les
  cheveux, pendant qu'une fille de chambre l'claire avec une
  bougie; un gentilhomme accoud sur la toilette.

  Croquis  la plume, lav d'aquarelle.

  Premire ide du sujet grav par Ponce, sous le titre: LA
  TOILETTE, mais diffrente de la composition dfinitive.

      H. 23, L. 18.


BEUGNET. Un de ces ignors dessinateurs, dont je crois que toute
l'existence artistique est rvle par la Marchande de bouquet et la
Marchande de noix  la guinguette, deux estampes mentionnes dans le
catalogue de Paignon-Dijonval, et la prsence dans ma collection, de
deux grandes et mauvaises gouaches, trs curieuses pour l'iconographie
de la Rvolution. L'une d'elles est incontestablement l'_Ile d'Amour_
de Belleville, bal devenu une mairie, et qui avait conserv, dans sa
cour, le kiosque de treillage de mon dessin, existant encore il y a
une vingtaine d'annes. Elles ont encore un intrt, ces deux gouaches
dates de 1793: elles vous donnent la reprsentation du bonnet rouge
lgant de ces annes, du bonnet, pour ainsi dire, des muscadins du
temps, une espce de bonnet  la houssarde, au gland tombant sur le
ct, bleu de ciel, bord d'une large bande rouge.

  --Un cabaret de la Courtille sous la Terreur.

  La faade est surmonte d'un cusson flanqu de drapeaux,
  tricolores et couronn d'un bonnet rouge. Aux tables du jardin,
  des femmes, des enfants, des civils, des militaires boivent,
  mangent, font l'amour. Sous l'ombre de grands arbres, un
  orchestre compos d'un violon, d'un cor, d'une basse, fait danser
  une contre-danse  quatre couples. Au premier plan est assis
  sur une table un militaire, le casque sur la tte, en habit 
  parements rouges, en gilet et en culotte jaunes, en bas bleus.

  Gouache.

  Sign: _Beugnet, 1793_.

      H. 35, L. 53.

  --L'Ile d'Amour.

  Sous un pavillon de treillage surmont d'un bonnet rouge, un
  couple danse. Les tables sont peuples de femmes au petit bonnet
  de linge nou d'un ruban, aux amples fichus croiss sur la
  poitrine, et d'hommes poudrs en carmagnole de couleur tendre,
  en lgant bonnet rouge. Un homme, tout habill de rose, donne
  le bras  une femme tout habille de bleu, et qui porte sur la
  tte une sorte de chapeau de pierrot, entour d'une guirlande de
  roses. Une femme qui a une ceinture tricolore, s'vente, un pied
  pos sur un tabouret, tout en causant avec des gardes nationaux.
  Au premier plan,  gauche, dans un appentis, un garon cabaretier
  verse le vin d'un broc dans un litre d'tain.

  Gouache.

  Sign: _Beugnet, 1793_.

      H. 35, L. 53.


BLARENBERGHE (_Louis-Nicolas_). On connat le faire microscopique de
cet artiste de tabatires et de botes. Aurait-il fait parfois des
choses plus larges? Voici un dessin qui a tout l'air d'un Lepaon, et
que je n'aurais jamais song  attribuer  Blarenberghe, si je n'avais
trouv chez M. Edmond de Rothschild la gouache termine et, je crois,
signe. Malgr cela, je n'ai pas une bien entire confiance dans mon
attribution.

  --Course de chevaux dans la plaine des Sablons. Au premier plan
  des gentilshommes  chevalet des carrosses, dont l'un est attel
  de six chevaux.

  Croquis  la plume, lav  l'encre de Chine, avec les figures de
  second plan et le paysage seulement indiqus  la pierre noire.

  La gouache de M. Edmond de Rothschild porte la date de 1782.

      H. 26, L. 64.


BOILLY (_Louis-Lopold_). Dessinateur, dont les grandes aquarelles
de scnes bourgeoises, aux contours d'une calligraphie facile,
aux colorations par larges teintes plates tendues sur des ombres
uniformment prpares  l'encre de Chine, ne manquent pas d'un
certain effet d  la simplicit du procd, de l'effet qu'obtenait
avant lui, dans ses humoristiques lavis en couleur, l'Anglais
Rowlandson.

  --Dans une rue de Paris, par une pluie battante, un mari, donnant
  la main  deux enfants, et suivi de sa femme et de sa fille, qui
  tient un parapluie sur la tte de sa mre en toilette de soire,
  traverse une passerelle jete sur un ruisseau. A gauche, un homme
  du peuple causant avec une cuisinire.

  Dessin sur trait de plume, rehauss d'aquarelle sur lavis d'encre
  de Chine.

      H. 32, L. 40.


BOISSIEU (_Jean-Jacques de_). Un Hollandais de Lyon retrouvant parfois,
en ses laborieux lavis  l'encre de Chine, les habiles petits coups de
lumire des grands matres des Pays-Bas.

  --Un groupe d'arbres, clairs sur leurs cimes, par une lumire
  frisante qui vient de la gauche, et projetant leurs ombres 
  terre; au fond, un lointain montagneux du Lyonnais.

  Lavis  l'encre de Chine.

  Sign: _D. B. 1793_.

      H. 12, L. 24.


BOQUET. C'est le dessinateur officiel des Menus-Plaisirs,
l'imaginateur, pendant toute la seconde moiti du XVIIIe sicle, de
tous les costumes et travestissements pour les opras reprsents et
les bals de la cour. Un trait de plume ou de crayon  la Eisen, mais
encore plus cursif, balay de quelques touches  l'aquarelle jetes
 la diable, et voil sur le papier pour le costumier un ingnieux,
coquet, lumineux habillement. Et ces croquis ont encore, pour
l'histoire du costume au thtre, de prcieuses indications crites de
la main de Boquet au bas de chacun d'eux. On connat trois recueils
de ces prcieux dessins: l'un qui faisait partie de la collection
d'estampes de M. Devria, et qui a t acquis avec sa collection par
le cabinet des Estampes, un autre qui a t achet 5,500 fr. par les
archives de l'Opra,  la vente du baron Taylor, le troisime qui est
chez moi.

  --Sophie Arnould, en costume d'Eucharis dans l'Opra des
  Caractres de la Folie.

  Aquarelle sur plume.

  Le dessinateur des Menus a crit au bas de son croquis: _Mlle
  Arnould. Eucharis. 2me entre. Fond de petit satin rose  bandes
  tamponnes, bandes de gaze d'Italie aussy tamponnes bordes de
  rzeau d'argent fris; la gaze d'Italie traverse de bandes de
  satin dcoupes, bouillonnes de noeuds par distance de satin
  rose; une frange d'argent avec un rzeau sur la teste; vtement
  de dessous d'argent; mante de satin rose imprim._

      H. 24, L. 15.

  --Recueil de 106 costumes et travestissements excuts pour les
  opras reprsents  la cour et les bals de la Reine.

  Opra. Le chant.--Mlle S. Arnould, 3 costumes pour l'opra
  d'Argie.--Mlle Duplant, 1 pour le Prologue des Amours des
  Dieux.--Mlle Chevalier, 2 pour Acis et Galate, etc.--Mlle
  Dubois, 2.--M. Pillot, 1 pour les Caractres de la Folie.--M.
  Cassaignade, 2 pour le Fragment de l'acte Turc, etc.--M.
  Legros, 2 pour Perse, etc.--M. Larrive, 1 pour les Romans.
  La danse.--Mlle Guimard, 8 pour les opras de Perse d'Azolan
  d'Ismenias, etc.--Mlle Lyonnois, 3 pour la pantomime des
  Suivantes de la Mode, etc.--Mlle Peslin, 3 pour Tancrde,
  Orphe, etc.--Mlle Vestris, 4 pour les Talents Lyriques.--Mlle
  Heinel, 1 pour Anacron.--Mlle Allard, 3.-Mlle Lany, 1 pour
  Dardanus.--Mlle Mion, 1.--M. Vestris, 4 pour Cythre assige,
  etc.--M. Dauberval, 4 pour la Provenale, etc.--M. Lany, 2.--M.
  Laval, 1.--M. Lger, 1.--M. Gardel, 1.--M. Dupr, 1. Et encore
  des costumes d'acteurs et d'actrices chantant dans les choeurs,
  de danseuses et de danseurs, de figurants, de comparses, et
  de personnages intituls un Ruisseau, un Plaisir, un
  Monstre n du sang de Mduse; puis de nombreuses feuilles de
  groupements d'acteurs et d'actrices, ou d'actrices seules,
  comme la figuration par Mlles Audinot, Duperr, Dervieux, du
  groupe des trois Grces dans l'opra d'Atalante. Enfin, des
  croquis prparatoires de la mise en scne, avec des lgendes
  ainsi rdiges: _Un abb apprenant  jouer de la flte avec son
  matre; le matre est havre sec_ (sic), _l'abb gros, joufflu,
  avec de gros sourcils noirs_.

  Comdie franaise, Mlle Doligny, 1 pour la Princesse de Navarre.

  Bals de la Reine. La comtesse de Boufflers, 1.--Le duc de
  Bourbon, 1.--Le duc d'Avray, 1.

  Tous ces dessins, sauf deux excuts  la mine de plomb, sont
  croqus  la plume, et le plus souvent, enlevs au pinceau tremp
  d'encre de Chine et lavs d'aquarelle.


BOREL (_Antoine_.) Le dessinateur et le vignettiste galant, qui de la
volupt spirituelle de ses matres, fait la volupt bte et pataude,
qui est le caractre et la signature de ses dessins et de ses tristes
lavis.

  --Un repas dans la campagne, o sur une table dresse sous de
  grands arbres, au milieu de paysans auxquels on distribue du vin,
  deux gentilshommes trinquent avec de jeunes villageoises.

  Dessin  la plume, lav d'encre de Chine et par dessus
  d'aquarelle.

  Sign: _Borel_.

      H. 22, L. 30.


BOUCHARDON (_Edme_). Le dessinateur que les monteurs de dessins du
temps appelaient _Apeliots_, dans le cartouche de leur encadrement;
le dessinateur dont de simples contre-preuves dpassaient 700 livres
 la vente Mariette; le dessinateur  la file savante du contour, 
l'phbisme de la ligne dans le nu acadmique,  la carrure puissante
du trait dans l'habill de ses _Cris de Paris_; oui, celui-l, si haut
plac par le XVIIIe sicle, et si digne d'estime  toutes les poques,
aurait-on pu penser qu'il tomberait si bas, que le dessin de ma
collection,--et un dessin de cette mme vente Mariette,--serait achet
2 sous par Gavarni, dans sa jeunesse, tal o? sur le boulevard du
Temple, dans la boue!

  --Un monstre ail, sur des nuages, semant des fleurs.

  Sanguine.

  Au bas du dessin, de l'criture de Bouchardon: _le Vent d'orient_.

  Il porte la marque de Mariette, et tait catalogu sous le n
  1121 de sa collection.

      H. 39, L. 28.


BOUCHER (_Franois_)[11]. Le sentiment et le rendu de la chair de la
femme, de sa vie frmissante, de sa molle volupt, en dessin aussi
bien qu'en peinture, c'est le talent de Boucher et qui n'appartient
qu' lui seul. A ce don joignez la perception du dsordre pittoresque,
du _fouillis_ du paysage, qui fait du peintre de Mme de Pompadour un
rvolutionnaire dans la nature acadmise et le feuillage  cinq doigts
du XVIIe sicle. Et ce nu fminin et ce rustique de la campagne de
son temps, Boucher le formule sur le papier avec toutes les adresses
et toutes les habilets imaginables, et vous trouverez, dans ma
collection, des acadmies de femmes qui vont au matre des matres de
la chair,  Rubens, et des paysages matutineux faits d'une caresse
d'estompe d'une modernit qui tonne[12]. Vous y rencontrerez aussi
presque tous ses procds, mme un spcimen de peinture  l'essence sur
papier, et, une chose tout  fait rare, une aquarelle  la tonalit
d'une vieille tapisserie passe. Ils sont nombreux et de belle qualit,
les Boucher, en ma maison d'Auteuil, et cependant il m'en manque un,
auquel je pense de temps en temps, comme on pense  une femme qu'un
rien stupide vous a empch de possder. Il y avait en ce temps,
dans la dernire boutique du quai Voltaire qui touche  l'cole des
Beaux-Arts, un marchand de tableaux et de dessins, un vieux Hollandais
du nom de Steinhaut, mprisant trs fort l'cole franaise, et dans
l'escalier noir duquel j'ai trouv mon Moreau de Marie-Antoinette se
rendant  Notre-Dame. Un jour cependant je voyais expos  son talage
un Boucher, une merveille, un tout petit portrait de Mme de Pompadour,
miniatur au pastel, dans un encadrement d'amours et d'attributs d'art
de la plus large facture, pardieu! un Boucher, dont je retrouvais
plus tard la description dans le catalogue de la collection de M.
Sireul, celle que l'expert dsignait sous le nom du _Portefeuille de M.
Boucher_. Je marchandai le dessin au bonhomme Steinhaut: il me disait
qu'il tait honteux, qu'il s'tait laiss entraner dans une vente,--je
crois, la vente de M. de Cypierre,--qu'il l'avait pay beaucoup trop
cher, et m'engageait  ne pas acheter son dessin. La nuit, je ne
pouvais dormir et avais tout le temps, dans mes yeux ferms, ledit
Boucher. Le lendemain matin, aprs avoir runi les 160 francs demands
du dessin, je courais quai Voltaire: le Boucher tait vendu  un
Anglais, et je sortais de chez mon Hollandais avec l'pre et l'enrag
dsir des choses qui vous sont enleves. A quelques jours de l,
passant sur le quai, Steinhaut m'appelait du seuil de sa porte, et me
disait que son Anglais tait dgot du dessin, qu'il me le cderait
au prix qu'il l'avait pay, que c'tait convenu, que je n'avais qu' y
aller un dimanche matin, jour o j'tais sr de le trouver. Le dimanche
suivant, j'tais de fort bonne heure  l'adresse de l'Anglais. Une
affaire imprvue par hasard l'avait forc de sortir, et je me trouvais
en prsence d'une longue lady. Elle sonnait, on apportait le Boucher,
et je commenais  sortir de mon gilet, avec des doigts tremblants
d'motion, mes huit louis, quand cette Anglaise, qui semblait avoir
autant de vinaigre dans le caractre que de couperose sur la figure,
s'cria tout  coup: Mon mari, Monsieur, n'est pas forc de vendre ce
dessin comme vous semblez le croire?--Mais non, Madame, rien dans
mes paroles...--Mais si.--Mais non. Et finalement elle se refusa
absolument  me le vendre. Ce n'est pas mon seul _desideratum_, il me
revient en ce moment, dans le souvenir, un dessin de Watteau que moi
seul  la vente, o il se trouvait, savais tre la premire ide de LA
CONVERSATION, reproduisant le portrait de Watteau et de M. de Julienne,
et encore dans une autre vente un vrai bijou, une gouache de Taunay,
reprsentant une chasse  courre en habits rouges, sous la feuille
d'automne d'une fort, et combien d'autres, hlas!

    [11] Je ne reprendrai pas ici l'tude que j'ai faite sur le
    dessin de Boucher dans l'Art du XVIIIe sicle; j'y renvoie le
    lecteur ainsi que pour les procds du dessin de Watteau, de
    Chardin, de La Tour, de Greuze, des Saint-Aubin, de Gravelot,
    de Cochin, d'Eisen, de Moreau, de Debucourt, de Fragonard, de
    Prud'hon.

    [12] Des paysages de Boucher, surtout quelques mines de plomb,
    dont j'ai vu deux ou trois chantillons chez la baronne de
    Conantre, semblent des mines de plomb de 1830. J'appelle aussi
    l'attention sur la ressemblance de certains dessins de Boucher
    avec quelques dessins de paysage de Jacques l'aquafortiste.

  --Acadmie de femme nue, vue de dos, hanchant  droite sur
  ses pieds entre-croiss; une de ses mains est appuye sur des
  toffes, que son autre main soulve.

  Dessin sur papier jaune, aux trois crayons, rehauss de pastel.

      H. 36, L. 34.

  --Acadmie de femme nue, vue de dos, le talon du pied de derrire
  un peu soulev, et dans le mouvement d'une femme passant une
  chemise.

  Dessin sur papier gris,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

      H. 36, L. 21.

  --Acadmie de femme nue, vue de face, le haut du corps appuy sur
  un pidestal sculpt d'amours, les bras relevs au-dessus de la
  tte et la couronnant.

  Dessin sur papier gris,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

      H. 35, L. 19.

  --Acadmie de femme nue, couche, vue de dos, le haut du corps un
  peu soulev, une jambe replie sous l'autre et dont on voit la
  plante du pied.

  Dessin sur papier jaune relev de quelques touches de pastel bleu.

      H. 28, L. 35.

  --L'Adoration des bergers.

  Esquisse  l'essence sur papier.

  Maquette pour le tableau d'autel de la chapelle du chteau de
  Bellevue.

  Portant la marque du chevalier Damery et provenant de la vente
  Villenave.

      H. 42, L. 28.

  --Une jeune fille encore vtue de sa chemise, du bout de ses
  pieds essayant l'eau d'un ruisseau dans lequel elle va se
  baigner; elle a le bras pass sur les paules d'une compagne;
  des amours,  mi-jambes dans l'eau, jouent avec un cygne.

  Dessin  la pierre d'Italie.

  Grav  l'eau-forte par Huquier sous le titre: VNUS AU BAIN, en
  tte du _Troisime livre de sujets et pastorales par F. Boucher,
  peintre du Roy_; grav galement en fac-simil dans l'oeuvre de
  Demarteau, n 345.

      H. 22, L. 18.

  --Jeune femme vtue  l'espagnole, assise sur une chaise aux
  pieds contourns; elle a un collier de ruban au cou, et tient, de
  la main droite leve en l'air, un ventail.

  Dessin sur papier jaune aux trois crayons.

  Sign: _Boucher, 1750_.

  Ce dessin, provenant de la collection Niel, passait en 1781  la
  vente Sireul, o il tait achet 123 fr. par M. Dulac.

      H. 34, L. 24.

  --Jeune femme assise dans un fauteuil de profil, tourne 
  gauche, la tte vue de trois quarts. Un petit bonnet jet sur ses
  cheveux rouls, elle tient un cran  la main.

  Dessin  la pierre d'Italie[13].

    [13] Ce dessin, qui n'est pas tout  fait dans le faire connu
    de Boucher, est sign pour moi dans la rondeur du dessin de la
    main.

  Vente Villot.

      H. 34, L. 23.

  --Un berger agenouill retirant les bas d'une bergre en chemise
  qui va se mettre  l'eau; derrire, une femme qui commence  se
  dshabiller.

  Dessin sur papier jaune  la pierre d'Italie rehauss de craie.

      H. 26, L. 23.

  --Jardinire  mi-corps, un grand chapeau de paille sur le haut
  de la tte, et penche sur un panier qu'elle tient de ses deux
  mains.

  Dessin sur papier bleu  la pierre d'Italie, rehauss de pastel.

      H. 27, L. 30.

  --Bergre assise sous des arbres, et mettant  son chapeau une
  rose que lui demande un berger; auprs d'elle, une chvre et des
  moutons.

  Aquarelle.

      H. 16, L. 21.

  --Un vase  l'anse forme par un masque d'o pend une guirlande
  de lauriers, sur la panse, un culbutis d'amours, fond de paysage.

  Dessin sur papier jaune,  la pierre noire, rehauss de craie.

  tude pour le vase figurant, dans la composition grave par
  Aliamet, sous le titre de LA BERGRE PRVOYANTE.

      H. 26, L. 18.

  --Petite passerelle en bois sur laquelle un enfant regarde un
  autre pchant  la ligne.

  Dessin  la pierre noire, au ciel estomp.

  Vente Aussant.

      H. 31, L. 23.

  --Cour de ferme rustique; sous la treille de la porte ouverte,
  une mre avec un enfant dans sa jupe, au bas de l'escalier, une
  femme soulevant une terrine; au premier plan, un homme assis par
  terre  ct d'un ne.

  Dessin  la plume, lav de bistre, sur un frottis de sanguine.

      H. 24, L. 21.

  --Prs d'une chaumire au toit de chaume, une femme en train
  de laver dans une auge, sous l'enchevtrement de petits arbres
  s'entre-croisant au-dessus d'un puits.

  Dessin sur papier gris,  la pierre noire, rehauss de craie.

  Sign  l'encre sur l'auge: _Boucher_.

      H. 24, L. 26.


CARESME (_Philippe._) Un bistreur, un aquarelliste, un gouacheur,
toujours rotique, volontiers obscne, au dessin lourd,  la grce
_mastoc_,  la sensualit toute matrielle, et dont l'ternelle
bacchanale ressemble  une suite de dessins copis d'aprs de mauvais
bas-reliefs de la dcadence romaine.

  --Des satyres courent dans la campagne, portant  cru sur leurs
  paules des nymphes nues, la coupe  la main. Au premier plan une
  nymphe et un satyre sont tombs aux pieds d'un autel, dcor de
  ttes de bouc.

  Dessin  la plume et au bistre.

  Sign: _Ph. Caresme 1780_.

  Vente Odiot.

      H. 32, L. 53.


CARMONTELLE (_Louis_). L'homme aux profils, un dessinateur qui
n'est qu'un amateur, un aquarelliste dont les colorations ont quelque
chose des petits tableaux de l'poque, fabriqus en paille colori;
et cependant, malgr tout ce qui lui fait dfaut, Carmontelle est
intressant, comme un homme qui a fait poser devant lui la socit de
son temps, et a recueilli tout ce que donne  un artiste incomplet le
_d'aprs nature_ du dessin. Il faut avouer que ses croquis au crayon
noir et  la sanguine sont trs suprieurs  ses aquarelles.

  --Une femme en robe blanche  fleurettes rouges, en mantelet noir
  ferm, travaillant les mains couvertes de mitaines. Elle est
  enfonce dans une bergre sur le dossier de laquelle s'appuie un
  homme, le chapeau sous le bras, et a en face d'elle une femme en
  robe bleue, assise sur le bout d'une chaise et penche vers elle.

  Aquarelle.

  J'ai cru longtemps que ces deux femmes taient Mmes Hrault et de
  Schelles, graves par Delafosse, mon dessin ayant une certaine
  ressemblance avec la gravure, mais un examen plus attentif
  m'a convaincu que je m'tais tromp, et que les deux femmes,
  reprsentes ici, n'avaient point t graves.

      H. 26, L. 19.

  --Un gentilhomme de profil tourn  gauche, le tricorne sur
  l'oreille, la main enfonce dans la poche de sa veste.

  Dessin au crayon noir et  la sanguine.

  Au dos, d'une criture du temps: _M. le chevalier de
  Meniglaise_[14].

      H. 20, L. 15.

    [14] Le chevalier de Menilglaise est un faiseur de romances,
    dont plusieurs sont donnes dans les Chansons de Laborde.


CASANOVA. Dessinateur qui, en ses dessins, a un peu de la _furia_ que
mettait le Bourguignon dans sa peinture militaire.

  --Charge de cavalerie sur une batterie d'artillerie; au premier
  plan un artilleur, la tte nue, une mche  la main.

  Bistre sur trait de plume.

      H. 22, L. 40.

  --Prs d'un grand arbre, sous lequel est bti un petit corps de
  btiment, une pyramide surmonte d'une fleur de lys que des gens
  regardent.

  Dessin  la pierre d'Italie, lav de bistre.

  Dans la marge, d'une criture du temps: _Oblisque lev 
  Turenne o il fut tu d'un boulet de canon. Esquisse de Casanova._

      H. 39, L. 31.


CHARDIN (_Jean-Simon_). Chardin, dit Mariette, ne voulait s'aider
d'aucun croquis, d'aucun dessin sur le papier. Donc les dessins de
Chardin sont de la plus grande raret, et aucun des dessins trs
termins, que les catalogues de ventes modernes lui attribuent, ne lui
appartiennent. Tout ce qu'on peut esprer rencontrer de sa main, ce
sont de htives croquades d'une composition, quelques tudes dans le
genre de ce fusain reprsentant une femme le panier au bras, mentionn
dans la collection des dessins de d'Argenville, des tudes pareilles 
mon Joueur de boule,  la silhouette flottante et comme estompe par
le pouce du peintre,--une sanguine qui, par parenthse, est la seule
tude que je connaisse, signe d'une signature authentique.

  --Homme coiff d'un tricorne, de profil, tourn  gauche, une
  paule appuye  un mur, se disposant  lancer une boule.

  Sanguine estompe.

  Sign: _J. B. Chardin 1760_.

      H. 35, L. 22.

  --Un homme montrant la curiosit  deux polissons.

  Sanguine avec quelques touches de crayon noir et de craie sur
  papier jauntre.

  Au bas, d'une criture du temps: _Chardin_, en haut,  droite, de
  la main de Chardin: _demain..... Mouffard... chapon p... detin_.
  C'est sans doute, rogne par le couteau du monteur Glomy, une
  invitation du peintre  un ami, crite par lui sur son dessin,
  pour l'inviter  manger le lendemain un chapon au Plat d'tain.

  Ce dessin passait avec le titre de _la Curiosit_ sous le n 482
   la vente anonyme du 2 mai 1791.

      H. 20, L. 22.

  --Un _jaquet_, un petit laquais au grand chapeau aux rebords
  retrousss,  la houppelande qui lui tombe sur les talons; il
  dsigne de son bras droit tendu quelque chose  la cantonade.

  Dessin aux trois crayons sur papier jauntre.

  Ce dessin, dessin sur le mme papier que la Curiosit et mont
  dans la mme monture ancienne, tait attribu, par une criture
  du temps,  Chardin.

      H. 19, L. 10.

  --Une vieille femme assise de face, reprsente  mi-corps et
  tenant  deux mains un chat sur ses genoux.

  Dessin sur papier jauntre,  la pierre d'Italie, rehauss de
  craie.

  Le dessin portait au dos, d'une criture du temps, le nom de
  Chardin.

  Premire ide du portrait peint, possd par Mme la baronne de
  Conantre, un des plus beaux portraits du XVIIIe sicle et dans la
  facture  la fois blonde et bitumineuse des Chardin de Vienne. On
  le dit sign, mais je n'ai pu vrifier la signature.

      H. 26, L. 19.


CHASSELAT. Pauvre illustrateur, dont les dessins d'avant la Rvolution
sont rares. Ces dessins, qui viennent de chez Masquelier, avaient t
attribus  ce petit matre par M. Villot, qui ignorait que Chasselat
avait lgu,  sa mort, tous ses dessins  Masquelier.

  --Jeune femme assise de ct dans un fauteuil, la tte de face
  tourne  droite, les mains croises  gauche sur un genou
  relev; coiffure bouffante, robe  manches courtes, fichu sur les
  paules.

  Dessin sur papier jauntre, au crayon noir, rehauss de craie.

  Vente Villot.

      H. 30, L. 18.

  --Femme assise sur un fauteuil de face, un pied dont la pointe
  est releve, pos sur un coussin. Coiffure dans laquelle est
  pique une rose, ample fichu, rose au corsage  chelle.

  Dessin sur papier jauntre, au crayon noir rehauss de craie.

  Vente Villot.

      H. 30, L. 20.


COCHIN (_Charles-Nicolas_). Le dessinateur issu de ces gnrations
d'artistes, que Marolles appelait les _faciles Cochins_, l'homme qui
dessina pendant soixante-sept ans, se reposant le soir des dessins de
commande de la journe par des dessins pour les amis, l'historiographe
au trait des Mariages et des Deuils royaux, le _profileur_ des
clbrits de son temps, l'_estampier_ de tous les livres illustrs
de l'poque, l'alerte crayonneur, dans une silhouette  la Guardi, du
petit gentilhomme cambr, de la petite femme  la jupe ballonnante
d'alors, et auxquels il fait une physionomie avec quatre points
d'encre, le dessinateur  la pierre noire,  la mine de plomb,  la
sanguine, au bistre,  l'encre de Chine,  l'aquarelle! Disons, par
parenthse, que Cochin est un assez pitre aquarelliste et dont les
grandes aquarelles des Ftes de cour ne valent pas beaucoup mieux que
des enluminures, et Moreau jeune lui-mme n'est gure plus aquarelliste
que Cochin. De vrais peintres  l'eau, de coloristes tripoteurs du
procd, il n'y a gure parmi tous les artistes franais du XVIIIe, que
Baudouin et Gabriel de Saint-Aubin, et encore, dans le paysage, Moreau
l'an, dont je me rappelle une petite vue du Pont-Neuf, qui avait tous
les caractres de modernit d'une aquarelle anglaise de 1830.

Dans la srie des Cochin qui sont runis ici, il en est trois, qui sont
de prcieux documents pour l'histoire de notre ancienne acadmie, de
son enseignement: ils nous font assister  une sance du modle, ils
nous introduisent dans la salle d'un concours.

  --Portrait de Fenouillot de Falbaire; il est reprsent dans un
  petit cadre octogone, surmont d'un rameau de chne.

  Dessin  la pierre noire.

  Sign au-dessous de la tablette: _C. N. Cochin delin. 1787_.

  Grav par Augustin de Saint-Aubin.

      H. 14, L. 9.

  --Portrait de Mme Dessaux, femme du premier mdecin de
  l'Htel-Dieu de Paris; elle est reprsente les cheveux friss
  et hrisss autour de la tte, une large cravate de mousseline
  blanche au cou, la poitrine dans un corsage aux gros boutons et
  aux revers d'un habit d'homme.

  Dessin  la pierre noire.

  Sign dans la marge: _C. N. Cochin f. delin. 1788_.

  Le nom de Mme Dessaux, ainsi que celui de son mari sur un dessin
  qui faisait pendant  celui-ci, tait crit au dos, d'une
  criture du temps.

      H. 15, L. 11.

  --Portrait de femme, de profil, tourne  gauche; elle est
  reprsente dans un mdaillon, une fanchon de dentelles dans les
  cheveux, un collier de fourrure au cou, un mantelet jet sur son
  corsage dcollet.

  Dessin  la mine de plomb et  la sanguine.

  Sign au-dessous de la tablette: _C. N. Cochin filius 1759_.

      H. 17, L. 13.

  --Petite socit de gentilshommes et de dames pares conversant,
  en se promenant dans un parc;  gauche, une femme, vue de dos,
  montre en l'air quelque chose du bout de son ventail ferm.

  Aquarelle sur trait de plume.

      H. 13, L. 20.

  --Salle de spectacle de Versailles garnie de ses spectateurs des
  loges, du parterre et des musiciens de l'orchestre; le roi est le
  seul homme assis au milieu des femmes qui garnissent la premire
  range du balcon.

  Lavis  l'encre de Chine.

      H. 31, L. 41.

  --Dans le dcor et la perspective d'un immense palais, quatre
  groupes de danseuses et de danseurs, costums d'une manire
  diffrente, excutent un ballet.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Sign sur le soubassement d'une colonne: _Cochin f._

  Au dos du dessin se trouve crit de la main du peintre: _Les
  Amours de Temp. Ballet hroque de quatre entres 1752, 
  Versailles._

      H. 41, L. 60.

  --Deux compositions allgoriques: L'une figurant le mausole
  de la Reine de France (Marie Leckzinska) rig dans l'glise
  de Saint-Denys le 11 aoust 1768 et reprsentant la France
  dsole, couche auprs d'un cyprs,  ct du tombeau de la
  Reine; l'autre figurant le catafalque de la Reine de France dans
  l'glise Notre-Dame de Paris le 6 septembre 1768 et reprsentant
  le cercueil de la Reine, entoure des Vertus qui pleurent
  pendant que l'Immortalit lui prsente une couronne d'toiles.
  (Catalogue de Cochin fils par Jombert.)

  Sanguines.

  Le second de ces dessins est sign: _C. N. Cochin filius delin.
  1768_.

  Tous deux ont t reproduits en fac-simil par Demarteau.

      H. 11, L. 22.

  --_La Sret, le Pril.--La Simplicit, la Ruse ou la
  Fourberie.--L'Opinion, l'Enttement, l'Incertitude._

  Les deux premiers dessins  la pierre noire, le troisime  la
  sanguine.

  Ces trois dessins allgoriques ont t gravs dans l'Iconologie
  par Ponce, Gaucher, Leveau.

      H. 9, L. 5.

  --Au-dessous du cadre d'un mdaillon vide, au haut duquel des
  amours attachent des guirlandes de fleurs, un gnie assis, une
  main pose sur un livre; au bas, des amours regardent avec des
  loupes, les tiroirs d'un mdaillier.

  Sanguine.

  Sign: _C. N. Cochin del. 1776_.

  Grav par Augustin de Saint-Aubin comme frontispice des Pierres
  graves du duc d'Orlans.

  Vente d'Augustin de Saint-Aubin, o il tait catalogu sous le n
  20.

      H. 22, L. 15.

  --Sur une estrade, une jeune femme, dans une jupe falbalasse,
  un soulier au haut talon appuy sur un coussin, la tte ceinte
  d'une couronne de lauriers, pose assise au milieu d'un cercle
  d'lves-peintres, dessinant le carton sur les genoux. Derrire
  la femme, trois professeurs dont le plus rapproch du modle est
  Cochin.

  Dessin sur papier jauntre  la pierre d'Italie, rehauss de
  craie[15].

    [15] Il existe une rptition de ce dessin, mais sans
    inscription.

  Sign dans la marge: _Dessin par C. N. Cochin le fils 1761_.
  On y lit  ct de la signature: _Concours pour le PRIX de
  l'tude des TTES et de l'EXPRESSION fond  l'Acadmie royale
  de peinture et de sculpture par M. le comte de CAYLUS, honoraire
  amateur en 1760_.

  Grav en rduction sous le mme titre par Flipart en 1763.

  Ce dessin expos au Salon de 1767, aprs avoir appartenu  M. de
  Caylus, passait chez Chardin o il tait vendu sous le n 48 du
  catalogue de sa vente.

      H. 30, L. 39.

  --Une femme assise, vue de dos, la tte couronne de roses,
  le visage un peu retourn, posant devant trois lignes
  d'lves-peintres assis sur des gradins; au fond un professeur
  debout, la main dans son gilet.

  Dessin sur papier jauntre,  la pierre d'Italie, rehauss de
  craie.

  Le mme sujet que le prcdent, mais moins heureusement compos
  et abandonn pour le premier.

      H. 31, L. 39.

  --Sance du modle d'homme  l'Acadmie. Le modle, allong
  sur la table, soulev sur une main, et vu de dos, pose devant
  les lves, dont le premier rang est assis  terre, les jambes
  croises  la faon du dessinateur de Chardin.

  Croquis  la pierre d'Italie sur papier jauntre.

      H. 36, L. 53.


COYPEL (_Charles_). Quelque chose de fondu, de nuageux dans ses dessins
qui sent le pastelliste qu'tait le peintre Coypel.

  --Prs d'une colonne d'un palais, sous un pan de draperie releve
  par un gland, une femme dans un costume oriental  l'antique, une
  coupe  la main, l'autre tendue vers un plateau qu'apportent deux
  suivantes.

  Dessin sur papier bleu  la pierre noire estompe avec rehauts de
  craie.

  Dans le milieu du dessin il semble qu'on distingue les trois
  lettres _C O Y_. Est-ce une signature?

      H. 36, L. 24.


DANDR-BARDON (_Michel-Franois_). Un acadmique, au dessin dgingand
de la dcadence italienne, et qui peuple ses ciels, de gnies maniant
la foudre avec les gestes et les emperruquements de danseurs de son
temps.

  --Allgorie. Assise sur le ft d'un canon, une femme a les
  bras levs, dans un mouvement de reconnaissance, vers un hros
  suspendu dans le ciel, un rameau d'olivier  la main, et derrire
  lequel s'envolent les gnies de la Discorde.

  Dessin  la plume, lav au bistre sur frottis de sanguine, et
  rehauss de blanc de gouache, avec un repentir pour la figure de
  la femme.

  Sign: _Dandr Bardon_: On lit de l'criture du peintre, au bas
  du dessin: _Louis XV donne la paix  l'Europe en dtruisant
  par son pouvoir tous les projets de la Discorde_; et sur un
  phylactre dploy par un amour dans le dessin: _La paix de 1748_.

  Rptition du dessin possd par le Louvre et venant de chez
  Mariette.

      H. 29, L. 19.

  --Apollon, une main appuye sur sa lyre et entour des Muses,
  dans une salle ferme par une balustrade, et aux colonnes de
  laquelle des amours suspendent des tentures.

  Croquis  la plume, lav de bistre.

  Sign: _Dandr Bardon_; et au dos du dessin, de l'criture du
  peintre: _Parnasse pour le fond de la salle du concert de la
  ville d'Aix en Provence par M. Dandr Bardon_.

      H. 20, L. 49.


DAVID (_Louis_). Parfois, mais rarement, il chappe au semblant d'pure
qu'il trace d'un corps humain; cependant dans un portrait,--le portrait
est au fond son original et grand talent,--David jette, sur un morceau
de papier, modele dans une encre de Chine brutale et cerne par un
trait dur, une physionomie pleine d'une vie intense.

  --Portrait de David. Il s'est reprsent en buste, de profil,
  tourn  gauche, les bras croiss. Il a au cou une large cravate
  blanche, et porte un de ces habits aux amples revers, au haut
  collet, un habit de l'poque de la Rvolution.

  Dessin  l'encre de Chine sur trait de plume.

  Sign: _L. David_.

      H. 18, L. 18 (ovale).


DEBUCOURT (_Louis-Philibert_). L'habile et charmant graveur en couleur,
aux dessins d'une telle raret,--du temps qu'il gravait ses femmes
en robe blanche et ses hommes en habit rouge,--que je n'ai jamais pu
en rencontrer un. Je n'ai vu passer sous son nom que des broutilles
fort contestables. M. Jazet lui-mme, le descendant de Debucourt, ne
possdait gure qu'une assez ennuyeuse tude de la vieille Annette,
faite pour le mdaillon d'Annette et de Lubin. Et, sauf la Fte de la
Fdration, un dessin qui n'est pas termin,--dcouvert chez Blaizot
par M. Delbergue-Cormont,--on ne rencontre de Debucourt, que des
dessins de l'poque du Directoire et de l'Empire, dans lesquels survit
bien peu du talent du graveur et du petit peintre de la fin du XVIIIe
sicle.

  --Une tabagie, dans laquelle une jeune femme, coiffe d'une
  calche ridicule, et qu'un homme cherche  retenir par la taille,
  se bouche le nez avec la serviette d'un garon, porteur d'un plat
  de poisson dont la sauce se rpand.

  Gouache sur trait de plume.

  Ce dessin caricatural a t grav sans nom de dessinateur, sous
  le titre: _les Gots diffrens_.

      H. 18, L. 29.

  --Femme en tunique courte, en jupe transparente, rattachant les
  bandelettes de sa chaussure.

  Aquarelle gouache.

  Grav sous le titre: LE PRTEXTE (Modes et Manires du jour,
  n 1).

      H. 16, L. 10


DESFRICHES. Ngociant, amphitryon de Cochin qui vient _riboter_ sous
les chnes verts de sa Cartaudire, collectionneur, artiste, amateur,
inventeur du _papier-tablette_, aujourd'hui papier Pele, Desfriches
est un agrable paysagiste de la banlieue d'Orlans, avec son branchage
rameux, son feuillage toil, ses fonds lgers, et ses petites lumires
gratignes au grattoir.

  --Un chemin bord par deux bouquets d'arbres, sous l'un desquels
  est une chaumire; au premier plan, un homme soulevant un seau,
  causant avec une femme.

  Dessin  la pierre noire sur papier-tablette.

  Grav en fac-simil de crayon par Demarteau, sous le n 223 de
  son OEuvre.

      H. 15, L. 20.


DESRAIS (_C.-L._). Le premier dessinateur, chez lequel meurt la ligne
rondissante et verveuse de la vignette du XVIIIe sicle dans la ligne
raide et sche de la vignette de la Rvolution et de l'Empire.

  --Vue de l'intrieur de la salle du Panthon de la rue de
  Chartres. Huit danseurs et danseuses groups, deux par deux,
  dansent l'_Allemande_[16] sous les yeux de nombreux spectateurs,
  amasss autour d'eux ou garnissant les deux balcons circulaires
  de la coupole.

    [16] Desrais a effrontment pill, dans ce dessin, l'Allemande
    du Bal par d'Augustin de Saint-Aubin.

  Lavis  l'encre de Chine sur trait de plume avec quelques rehauts
  de blanc de gouache. La partie architecturale du dessin n'est
  lave que d'un seul ct.

  Grav par Crois dans le JOURNAL POLYTYPE _des Sciences et des
  Arts_ du 27 octobre 1786.

  Vente Lavalette.

      H. 20, L. 14.


DUCLOS (_Antoine-Jean_). L'habile graveur qui a produit quelques
dessins  la facture petite et gentillette.

  --Un homme dpouill de son uniforme militaire, et que des
  soldats emmnent.

  Bistre sur trait de plume.

  Sign: _A. J. Duclos invenit 1772_.

  En bas, dans la marge, de la main du dessinateur: LE DSERTEUR.
  _Oui, je dserte!_

      H. 15, L. 9.


DUMAS. Architecte dont les dessins d'architecture sont anims de
petites figures gribouilles sans une trop grande maladresse.

  --Reprsentation de la Halle  la mare au moment de la crie.

  Aquarelle sur trait de plume.

  On lit dans la marge: _Vue en perspective de la Halle  la
  mare. Cour des Miracles, commence en 1785 par les ordres de
  monseigneur de Calonne... de messire Charles-Pierre Lenoir,
  alors lieutenant-gnral de police, et finie au mois de juillet
  1786, sous les ordres de messire Thiroux de Crosne... par Dumas
  architecte_.

      H. 35, L. 51.

  --Rentre d'un rgiment de gardes franaises dans une grande
  caserne, au fronton dcor de fleurs de lys, et au milieu duquel
  se voit une tte entoure de rayons. Carrosses, chaises 
  porteur, vinaigrette dans laquelle deux Savoyards tranent une
  femme.

  Aquarelle sur trait de plume.

      H. 26, L. 44.


DUPLESSIS-BERTAUX (_Jean_). Le dessinateur que l'Empire appelait
son Callot, le dessinateur au dessin mouvement, incisif, selon
l'expression de M. Renouvier, qui lui reproche avec justesse le parti
pris de ses corps allongs, de ses bras tendus, du thtral apport 
ses petites figures. Je possde un dessin intressant pour l'histoire
de ses dbuts. C'est le n 368 du cabinet du frre de Mme de Pompadour,
un dessin qu'un catalogue postrieur annonce avec cette mention: _fait
 l'ge de 13 ans_[17], et qui, entirement excut dans la manire de
Callot, dont il copiait alors les estampes, est un des plus curieux
dessins historiques pour l'histoire de Paris du XVIIIe sicle: une
composition norme reprsentant en 1762, avec tous ses dtails, la
Foire Saint-Ovide.

    [17] Les biographes le font natre les uns en 1747, les autres
    en 1750.

  --La Foire Saint-Ovide.

  Vue des boutiques tablies autour de la place Vendme et des
  thtres forains adosss au pidestal de la statue de Louis XIV.
  Au milieu du passage des carrosses et de la promenade d'une
  escouade du guet, nombre de petites figures, parmi lesquelles
  il y a des marchandes de fruits, des vendeurs d'orvitan, des
  dbitants de moulins  vent pour les enfants. Sur la baraque
  la plus en vue, on lit ces trois affiches: _Le sieur Nicolet
  fera l'ouverture de son thtre lundi_.--_Aujourd'hui Arlequin
  Racolleur suivi d'un grand ballet pantomime._--_La grande troupe
  des sauteurs et voltigeurs de corde, la petite Hollandaise
  commencera._ On distingue encore sur d'autres baraques:
  _Chassinet joueur du Roy._--_Au Caff royal._--_Magasin de toutes
  sortes de vins de Bourgogne et autres._

  Dessin  la plume.

  Sign dans la marge: FOIRE SAINT-OVIDE. _Ddi  M. le marquis de
  Marigny, conseiller du Roy en ses conseils... Dessin  la plume
  par son trs humble et trs obissant serviteur Bertaux 1762_.

  Vente du marquis de Menars, n 368.

      H. 41, L. 54.

  --Vue d'une fte sous la Rvolution. Au fond, derrire des
  statues de chevaux cabrs, trois temples, le premier ddi  la
  Paix, le second aux Arts, le troisime  l'Industrie. A droite,
  en avant d'une espce de figuration de la Bastille, dfile de la
  cavalerie; au premier plan des hommes du peuple, des enfants, des
  houssards, des femmes en tunique prs d'une vendeuse en plein air.

  Dessin  la plume tremp dans le bistre et lav  l'encre de
  Chine.

  Sign _B. D._ et dans la marge: _Duplessis Bertaux 1794_.


DURAMEAU (_Louis_). Peintre d'histoire qui a souvent cherch dans ses
dessins le rembranesque, faisant choix de papier fauve, chauff de
sanguine qu'il lavait de bistre, et dont il clairait les lumires
restreintes, de blanc de gouache. Durameau a fort peu trait de sujets
de la vie contemporaine.

  --Une partie de cartes, aux bougies, entre deux gentilshommes et
  une dame.

  Dessin sur papier rostre, lav de bistre et rehauss de blanc de
  gouache.

  Sign: _Du Rameau 1767_.

      H. 17, L. 23.

  --Scne romaine au lit de mort d'un mourant.

  Dessin sur papier bruntre  la pierre noire, lav de bistre et
  rehauss de blanc de gouache.

      H. 29, L. 22.

  --ole ouvrant l'antre des Vents, qui se prcipitent dehors, le
  visage gonfl par des souffles faisant une tempte autour d'un
  vaisseau: tempte que regarde, flottante dans le ciel, Vnus
  descendue de son char attel de paons.

  Dessin au crayon noir et  la sanguine, lav et rehauss de
  gouache.

  Sign: _Du Rameau 1775_.

      H. 33, L. 41.


DURAND (_P.-L._). Dessinateur trs peu connu. Sans l'indication, au bas
de la gravure de Fessard, de: _P.-L. Durand delineavit_, j'aurais t
tent d'attribuer ce dessin  un Marillier quelconque.

  --Un oblisque sur lequel un amour attache un mdaillon de
  Marie-Thrse; une figure allgorique de chaque ct, au bas une
  femme pleurant, la tte d'un amour sur son genou, dans le ciel
  une Renomme mettant en fuite le Temps. Encadrement compos de
  palmes et d'amours, surmont des armes de Marie-Antoinette.

  Lavis  l'encre de Chine.

  Le dessin porte dans une tablette: _Fili, uxori, matrique
  Csarum_, et dans la marge: _Galliarum regin pietati, Felix
  Nogaret Massiliensis et Andegavensis Academi socius, inv.
  urnam... anno M DCC LXXXI_.

  Dessin commmoratif de la mort de Marie-Thrse, grav par
  Fessard. (Voir la longue description de ce dessin dans
  Bachaumont, vol. XVII, p. 249 et 250.)

      H. 31, L. 22.


EISEN (_Charles_). Vignettiste infrieur  Gravelot, et trop abondant
et trop facile, mais un dessinateur au contour fluide et joliment
contourn, et qui a fait dans la traduction d'Anacron et ailleurs,
du nu microscopique que lui seul sait faire: de petites acadmies de
femmes qui dans le cadre d'un cul-de-lampe, apparaissent, ainsi que de
grandes tudes de Boucher, vues par le petit bout d'une lorgnette. Il
y a une vingtaine d'annes, j'ai achet chez M. Jaquinot, l'heureux
dterreur connu de tous les amateurs, un album o les imaginations
d'Eisen sont visibles dans leur premire conception et leur vague
bauche: le livre des _Penses_ de l'artiste, ainsi qu'on s'exprimait
au XVIIIe sicle. Ces croquis, ces penses taient les esquisses des
compositions, que l'illustrateur soumettait  l'diteur, et qui,
acceptes, taient reprises par lui, dans des dessins finis trs
souvent sur peau vlin. Quelques-uns de ces croquis sont curieux, en
ce qu'ils portent en marge les changements demands par l'diteur et
quelquefois les explications et les objections du dessinateur. Outre
un certain nombre de croquetons pour les livres illustrs par Eisen, et
parmi lesquels il y en a du format d'une pierre grave, le livre des
_Penses_ d'Eisen contenait des projets de dcorations pour lambris de
chteau, la premire ide de la Nuit et encore la premire ide du
seul tableau historique que le vignettiste ait jamais excut.

  --Recueil de 68 croquis relis en un volume.

  _Penses_ des contes de La Fontaine suivants: Joconde, les Oies
  du frre Philippe, A Femme avare galant Escroc, le Calendrier des
  vieillards, On ne s'avise jamais de tout, le Contrat, le Tableau,
  le petit Chien, etc., et encore les variantes du Berceau, de
  l'Abbesse malade, etc. _Penses_ pour les Mtamorphoses d'Ovide,
  la Henriade, les tat actuel de la musique du Roi, etc., etc.

  Tous ces dessins sont  la mine de plomb, sauf un seul  la
  sanguine.

  --Apollon et les Muses dans un vallon, au-dessus duquel piaffe
  Pgase.

  Dessin lav  l'encre de Chine sur trait de plume.

  Sign: _C. Eisen f._

      H. 18, L. 22.

  --Vnus entoure de sa cour, descendant sur un nuage, dans les
  forges de Vulcain, qui la regarde, une main appuye sur son
  marteau.

  Lavis  l'encre de Chine sur trait de plume.

      H. 20, L. 16.

  --Dans un bosquet prs d'une fontaine, Henri IV aux pieds de
  Gabrielle d'Estres, entoure de groupes d'amours jouant avec les
  armes du Roi; Sully apparaissant dans le lointain.

  Dessin  la plume, avec des parties seulement indiques  la mine
  de plomb.

  Croquis du tableau d'Eisen grav par de Mouchy, sous le titre:
  HENRI IV ET GABRIELLE.

      H. 18, L. 22.

  --Deux enfants en buste, dont l'un a la joue appuye contre ses
  deux mains, poses sur une cage.

  Dessin lav  l'encre de Chine sur trait de plume.

  Grav par Louise Gaillard.

      H. 11, L. 19.

  --Amours attachant, au milieu des plis de deux drapeaux croiss,
  un cusson reprsentant un coq, la tte leve vers une toile, et
  que surmonte une banderole, o est crit: _Viget audax_.

  Mine de plomb.

  Projet de dcoration pour lambris, dans la marge duquel on lit de
  la main d'Eisen: _Charles Eisen pour les panaux de derrire_.

      H. 32, L. 16.

  --Dans une chambre  coucher, o se voit un lit  la couverture
  faite, une femme assise  sa toilette, et que ses filles de
  chambre accommodent pour la nuit, cause retourne avec un homme
  en robe de chambre.

  Croquis  la mine de plomb.

  Premire ide de la composition grave par Patas, sous le titre
  de: LA NUIT.

      H. 24, L. 19.

  --Une femme lisant  sa toilette, qu'un amour derrire son
  fauteuil montre du doigt  un jeune homme qui entre. La scne
  a un encadrement  cariatides, et au bas des instruments de
  musique entourant un mdaillon, qui contient ces quatre vers:

        _Dans ce moment cher  mon coeur
        Qui m'offre tout ce que j'adore,
        Ma belle a l'clat d'une fleur
        Que l'amour vient de faire clore._

  Lavis  l'encre de Chine sur trait de plume.

  L'encadrement seul a t grav dans le temps, sans nom de
  dessinateur ni de graveur.

      H. 20, L. 26.


FRAGONARD (_Honor_). Des imaginations de pote prenant corps dans
des taches de la plus belle couleur, en des eaux bistres d'un bistre
chaud, roux, couleur d'caille.

  --Une jeune femme assise de ct et tourne  droite, la tte vue
  de trois quarts. Habille d'une robe ouverte sur la jupe, elle a
  la poitrine enveloppe d'un fichu _menteur_, et est coiffe, sur
  ses cheveux relevs et bouffants, d'un pouf; ses pieds reposent
  sur un coussin.

  Dessin estomp sur crayon noir et rehauss de craie.

  Cette tude est le portrait en pied de Rosalie Fragonard, une
  fille du peintre morte  ses vingt ans, ainsi que l'atteste
  l'authentification faite par son petit-neveu T. Fragonard, le
  peintre de la manufacture de Svres.

      H. 49, L. 35.

  --Femme assise sur une chaise de paille de face, la tte de trois
  quarts tourne  droite. Elle est vue jusqu' mi-jambes, les
  mains l'une dans l'autre poses sur ses genoux, et a sur sa robe
  un mantelet  capuchon bord d'une large ruche, se croisant sur
  sa poitrine.

  Sanguine.

  Sign: _Frago. 1785_.

  Collection Marcille pre.

      H. 22, L. 17.

  --Jeune fille assise par terre, la tte penche, les bras
  abandonns, les jambes croises sous elle. Coiffe d'un petit
  bonnet, et habille d'une robe et d'un mantelet[18], elle se
  dtache d'un drap blanc tendu sur une table  l'effet de faire
  ressortir le modle.

    [18] Le mantelet est un des accessoires affectionns par
    Fragonard dans la toilette de ses femmes.

  Sanguine.

  Sign: _Frago. 1785_.

  Collection Marcille pre.

      H. 22, L. 17.

  --Une femme allonge sur un banc de jardin, au dossier 
  balustres, une joue appuye sur sa main droite, ses souliers au
  haut talon poss l'un sur l'autre.

  Dessin au crayon noir, lgrement lav d'encre de Chine.

  Sign au crayon: _F... g....._.

      H. 31, L. 39.

  --Dans un hangar, au fond duquel s'lve une presse, et o
  travaillent des ouvriers imprimeurs, prs d'un gentilhomme qui
  parle  un homme mettant en page une feuille d'impression, est
  assise une femme, tenant un masque  la main.

  Grisaille  l'essence sur papier.

  Un catalogue anonyme des premires annes de la Rvolution donne
  cette grisaille comme tant la reprsentation d'une Imprimerie
  secrte.

      H. 32, L. 22.

  --Un grand-papa dans un fauteuil, une main appuye sur une
  bquille, sourit  un enfant tenu par sa mre et qui lui tend les
  bras; le pre est pench derrire le vieillard.

  Dessin dans la manire de Greuze,  l'encre de Chine, dessin et
  lav au pinceau.

      H. 32, L. 24.

  --Dans un cellier, entoure d'enfants, une jeune fille est en
  train de couper du pain dans une grande miche; un petit garon, 
  la courte chemisette, se tient debout devant elle, attendant sa
  tartine.

  Bistre.

  Dessin grav en rduction par De Launay, sous le titre: _Dites
  donc, s'il vous plat?_

  Vente Villot.

      H. 32, L. 45.

  --Sur le pied d'un lit en dsordre, o se voit deux oreillers,
  une jeune femme en chemise est assise, une jambe replie sous
  elle, les mains jointes, la tte appuye au mur; mont sur un
  escabeau, son chien la regarde tristement.

  Bistre rehauss de blanc de gouache autour de la tte de la femme.

  Premire ide du sujet grav en fac-simil par Saint-Non, et au
  burin par Dennel, sous le titre: _S'il m'toit aussi fidl_ (sic).

  Porte la marque  froid F. R.

      H. 27, L. 37.

  --Dans une grange, un peintre en train de peindre une jeune
  villageoise, et dont le chevalet et la personne sont renverss
  par la brusque irruption d'un amoureux qui a jet le modle sur
  une botte de foin, o il le tient embrass.

  Bistre.

  Grav en fac-simil par Charpentier, sous le titre: LA CULBUTE.

      H. 28, L. 40.

  --Un vieillard pench sur des sacs d'argent, que ses mains
  semblent dfendre de la convoitise d'une jeune femme, les
  regardant par-dessus son paule.

  Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehauss de brutales
  touches de pastel.

  Vente Villot.

      H. 20, L. 22 (ovale).

  --Un berger et une bergre s'embrassant prs d'un abreuvoir; un
  taureau les contemple.

  Bistre.

      H. 23, L. 17.

  --Une curie pleine de l'envole de volailles, o des jeunes
  filles s'amusent d'un ne tout charg d'enfants, et que tire par
  la bride, pour le faire entrer, un jeune garon.

  Aquarelle releve de plume.

  Sign: _Fragonard 1770_.

  Grav deux fois par Saint-Non, en 1762 et en 1770.

      H. 18, L. 26.

  --Paysage au milieu de rochers au pied d'un arbre tordu par le
  vent; un berger, couch  plat ventre, garde des bestiaux; 
  droite, une femme tenant sur les bras un marmot et donnant la
  main  un autre enfant.

  Gouache.

  Vente Prignon.

      H. 29, L. 42.

  --A l'entre d'une alle de grands arbres, vue d'une fontaine au
  milieu de laquelle s'lve une colonne surmonte d'une statue; 
  gauche, une charrette au trot.

  Bistre.

      H. 16, L. 22.

  --Prs des remparts d'une ville baigns par une rivire, un petit
  aqueduc o une roue fait monter l'eau;  droite, de grands arbres
  sous lesquels se promnent des gens;  gauche, une femme charge
  de deux cruches.

  Bistre.

      H. 19, L. 31.

  --Sous l'avance d'une roche, dans un site bois, des bestiaux
  boivent  un abreuvoir.

  Bistre.

      H. 25, L. 30.

  --Un four public rempli de femmes apportant leurs pains  cuire,
  et qu'un homme enfourne.

  Bistre.

  Sur une poutre de la toiture est crit, de la main de Fragonard:
  _Four banal de Ngrepelisse, octobre 1773_.

  Et au dos du dessin se lit d'une criture du temps: _Dessin
  d'Honor Fragonard fait dans son voyage d'Italie avec M.
  Bergeret. Du cabinet de M. le duc de Chabot._

  Dans le journal manuscrit et indit, qu'a rdig Bergeret de ce
  voyage d'Italie, il fait mention d'un sjour de Fragonard du 12
  au 26 octobre 1773,  sa terre de Ngrepelisse, prs Montauban.

      H. 29, L. 37.

  --Un escalier de parc italien surmont de deux statues, et
  derrire lesquelles s'entrevoit une fontaine monumentale aux
  eaux jaillissantes. Au premier plan, au milieu de gens couchs 
  terre, une femme debout tenant une ombrelle.

  Sanguine.

      H. 22, L. 38.

  --Vue de la villa Borghse, anime de groupes de personnages sous
  les pins parasols.

  Bistre.

  Vente Defer.

      H. 25, L. 39.

  --Des cascatelles, au haut desquelles se voit entre des arbres
  une rotonde  colonnes; au premier plan, contre le pidestal d'un
  grand vase o montent des plantes grimpantes, est adosse une
  femme qui a prs d'elle deux enfants.

  Bistre.

  Le dessin est sign au dos: _Honor Fragonard fecit 1788_.

      H. 51, L. 37.

  --Dans une mtairie de la campagne romaine, des enfants dont
  l'un est mont sur le dos d'un ne, font manger le baudet dans
  un autel antique, devenu une mangeoire, pendant que prs d'une
  marmite qui bout, monte sur un pidestal, une jeune fille
  immobile se tient drape dans l'attitude d'une statue.

  Bistre.

  Vente du duc de Chabot.

      H. 34, L. 46.


FREUDEBERG (_Sigismond_). Un singe de Moreau jeune, parfois pas trop
maladroit, mais dont la grce reste en ses meilleures compositions
lgrement allemande. Ces deux dessins de l'illustration du Monument
du Costume, en compagnie de cinq ou six autres Moreau de la mme
suite, taient passs en Russie: M. Gigoux a eu le bonheur de les
y dterrer, et, si je me souviens bien de ses paroles, au prix
d'une dizaine de francs chacun, Moreau ou Freudeberg,--et seul,
un Freudeberg de cette suite, s'est vendu 5,500 francs  la vente
Mahrault.

  --Dans une chambre  coucher, une jeune femme, dj en bonnet de
  nuit, se fait enlever des paules par une chambrire son caraco,
  pendant qu'une autre fille de chambre bassine son lit.

  Bistre sur trait de plume.

  Grav sous ce titre: LE COUCHER par Duclos et termin par Bosse,
  dans la Suite d'Estampes pour servir  l'Histoire des Moeurs et
  du Costume des Franais dans le XVIIIe sicle.

  Vente Gigoux.

      H. 28, L. 22.

  --Dans un appartement aux lambris dlicatement sculpts, une
  femme couche sur un sofa, dormant la tte appuye sur sa main;
  au dehors, par une porte-fentre entr'ouverte, on voit une
  chambrire lutine par un gentilhomme, et le repoussant d'une
  main pose contre sa bouche.

  Bistre sur trait de plume.

  Grav sous ce titre: LE BOUDOIR par Maleuvre, dans la Suite
  d'Estampes pour servir  l'Histoire des Moeurs.

  Vente Gigoux.

      H. 28, L. 22.


GILLOT (_Charles_). Le matre de Watteau, un grand talent original 
cheval sur l'antiquit et la comdie italienne, un dessinateur lgant
et serpentant, un croqueur  la plume pleine de fantaisie, mais qui
n'a jamais pu, dans ses dessins faits, se dpouiller de la scheresse
du graveur. Son crayon a quelque chose de la pointe d'un style qui
entrerait dans le papier, et ses sanguines vues  distance apparaissent
comme des contre-preuves de fines impressions tires en rouge.

  --Au dessous d'une niche, o est plac le buste du dieu Pan,
  trois faunesses attirant  elle une panere de fleurs apporte
  par un satyre;  droite,  gauche, des pisodes de bacchanale.

  Sanguine.

  Grav par Gillot, sous le titre: FESTE DU DIEU PAN.

      H. 15, L. 36.

  --Sous un drapeau dploy, marchant en bataillon, une troupe
  d'amours, dont chacun porte, sur son petit corps nu, un
  accessoire ou un morceau de costume de la Comdie italienne.

  Sanguine.

      H. 14, L. 21.


GIRODET DE ROUCY TRIOSON (_Anne-Louis_). L'artiste aux dessins si en
faveur sous la Restauration, si dprcis aujourd'hui.

  --Mdaillon aux deux ttes accoles, o le peintre s'est
  reprsent avec sa matresse, dessine les cheveux coups courts
  et coiffe en garon.

  Dessin au crayon noir, rehauss de craie et de blanc de gouache
  qui a noirci.

  Au dos du dessin, l'amant a crit:

        _Je n'ai pu de tes traits retracer la douceur
            Ni cette grce enchanteresse
        Que leur donnent  la fois ton esprit et ton coeur.
        Cependant  mon me ils sont prsents sans cesse,
        Et ma main seule est coupable d'erreur.
        Mais que du sentiment ce faible et lger gage
            O s'est trac ton plus fidle ami
            Rpte encor aprs nous, d'ge en ge,
        Que mon coeur  ton coeur fut constamment uni_[19].

    [19] On a deux pices de posie de Girodet imprimes, l'une: A
    sa matresse; l'autre: Portrait de sa matresse; dans toutes
    les deux, il parle d'une noire chevelure aux anneaux lgers,
    capricieux.

  A bien des annes de l, sur le papier jauni, la matresse
  prenant la plume, crivait au bas des vers de son amant:

                        _17 ans aprs.
        Un amour immortel m'entranait  sa gloire:
        J'appris  l'admirer autant qu' le chrir.
        Et c'est pour m'attacher encore  sa mort,
            Que j'ai diffr de mourir._

  Ces quatre lignes sont signes _Julie_, que suit un nom de
  famille qui a t gratt.

      H. 11, L. 11 (ovale).


BOURGUIGNON _dit_ GRAVELOT (_Hubert-Franois_). Le grand
vignettiste du XVIIIe sicle, un des plus savants dessinateurs de son
temps[20], et dont le dessin a cette qualit d'tre toujours, en les
plus petites choses, un contour flottant et roulant de la forme, et
cela encore trs souvent cherch sur la chaleur du fond, sur un frottis
de sanguine,--une des habitudes  laquelle on reconnat, sur le papier,
les coloristes de l'poque.--Gravelot a enfin une grce, toujours
appuye sur l'tude de nature, que n'a pas Eisen, fabriquant trop
souvent sa grce de _chic_. La vente du gnral Andreossy, en livrant
aux enchres de grands dessins trouvs par le gnral pendant son
ambassade en Angleterre, a t une rvlation de l'norme travail de
prparation des petites vignettes de Gravelot. Il les cherchait d'abord
d'aprs nature, ou d'aprs des mannequins articuls qu'il avait fait
excuter  Londres, dans de larges dessins au crayon noir rehausss de
blanc, et tout semblables  des tudes de Lancret. Cela fait, il les
mettait au carreau, puis les rduisait en de petits dessins du format
des livres, excuts  la mine de plomb avec le plus grand fini.

    [20] Dans ce sicle-ci, je ne vois gure que Meissonier qui
    dessine aussi bien que Gravelot, et j'avancerai mme que
    certains dessins du matre moderne ont une parent avec les
    dessins du vignettiste du XVIIIe sicle.

En 1809,  la vente Guyot passait le _Portefeuille_ de Gravelot,
le livre de ses croquis. C'est sans doute cette runion de dessins
retrouve, par M. Danlos fils, qui a t vendue, il y a deux ou trois
ans,  M. Bocher.

  --Jeune homme en costume de cour, saluant, le tricorne  la main;
  derrire lui un pidestal, o il y a une femme-sphinx sur le dos
  de laquelle est assis un amour.

  Dessin  la mine de plomb et  la sanguine.

  Vente Andreossy.

      H. 24, L. 17.

  --Jeune homme en costume de cour, le tricorne sous le bras, une
  main tendue en avant; dans le fond, une architecture de palais.

  Dessin  la mine de plomb et  la sanguine.

  Ce dessin et le prcdent sont frotts de sanguine au revers pour
  tre gravs.

  Vente Andreossy.

      H. 24, L. 17.

  --Dame debout, jouant de l'ventail, tout en s'entretenant avec
  un gentilhomme qui a le chapeau sous le bras.

  Dessin sur papier jauntre, au crayon noir estomp, et rehauss
  de craie.

  Vente Andreossy.

      H. 42, L. 34.

  --Femme en petit bonnet, en manteau de lit, assise prs d'une
  table de toilette autour de laquelle sont groupes trois
  silhouettes de jeunes filles, dont l'une semble tenir  la main
  une houppe;  ses pieds est couch  terre un homme, le coude
  appuy sur un tabouret.

  Dessin sur papier jauntre, au crayon noir, rehauss de craie.

  Vente Andreossy.

      H. 28, L. 43.

  --Femme couche dans un lit, dont le pied dcouvert est mani par
  un chirurgien pour une saigne. Par une porte ouverte, une fille
  de chambre entre, portant sur un plateau une chocolatire.

  Dessin sur papier jauntre, au pinceau tremp dans le bistre, sur
  estompage de crayon rehauss de craie.

      H. 43, L. 54.

  --Deux personnages penchs sur une cuve.

  Trait de plume lav de bistre.

  Sign: _H. Grav. delin._

  C'est un dessin satirique fait par Gravelot en Angleterre, et
  tir, je crois, du pome d'Hudibras, et qui porte, en haut de
  son encadrement rocaille, cette inscription: _The itinerant
  Handy-Craftsman or Caleb turn'd Tinker_.

  Vente Andreossy.

      H. 22, L. 30.

  --Une fouille  la porte d'une glise d'architecture anglaise,
  et qui porte, dans une ogive, la date de 1301; un homme, la
  tte dcouverte, remet une lettre  un vieillard appuy sur une
  canne, en train de surveiller les ouvriers. A gauche, sous un
  pigeonnier, sont assis un jeune homme et une jeune fille prs
  d'un paon qui fait la roue.

  Dessin  la plume, lav d'encre sur papier jauntre.

      H. 26, L. 22.

  --Sur un fond d'architecture grav, le char de Neptune, prcd
  de Vnus porte sur un dauphin et entoure d'amours; sur les deux
  rives des Turcs et des Indiens, auxquels des Nrdes apportent
  des produits de l'Ocan. Outre la scne principale tout entire
  dessine, il y a, dans la voussure du plafond, des cartouches,
  dans les entre-colonnements du palais de thtre, des niches,
  remplies par des cussons et des statues galement dessins.

  Lavis  l'encre de Chine.

  Dessin pour une Fte de Versailles, qui, aprs que les figures
  ont t dessines sur le commencement de la gravure, a t
  entirement grav sous un titre que je ne retrouve plus.

      H. 30, L. 48.

  --Le Colin-maillard.

  Dessin  la sanguine relev de plume.

  Sign deux fois dans la marge: _H. Gravelot inven._

  Grav par Martinet dans une srie de quatre vignettes avec des
  vers au bas.

      H. 18, L. 12.

  --Une jeune femme couche sur un grabat, dont s'approche, suivi
  d'un petit garon, un homme qui fait un geste d'tonnement.

  Dessin sur papier jauntre, au crayon noir estomp, rehauss de
  craie. Il a t mis au carreau pour la rduction du dessin en
  vignette.

  C'est le dessin de la vignette grave par Pasquier, t. Ier, p.
  189 de l'_Histoire de Tom Jones_, traduit par M. de la Place,
  1751.

  Vente Andreossy.

      H. 38, L. 46.


GREUZE (_Jean-Baptiste_). A propos du grand dessin, expos par Greuze
au Salon de 1769, Diderot dit: Il ne faut  Greuze qu'une matine
pour faire un dessin comme celui-l. Oui, Greuze a le jaillissement
du trait comme inspir et enthousiaste; son lavis semble avoir la
fivre, et mme en ses ttes d'tudes o il s'astreint  un travail
de hachures, il apporte l dedans une fougue qui n'y laisse rien
de mcanique. Un dessin, catalogu ici, prsente un intrt: c'est
la rptition, pour ainsi dire, du Coucher de Vanloo, un dessin
dsagrable par la masculinit du torse, mais dont le fier et color
modelage des jambes montre le puissant artiste qu'tait Greuze 
certaines heures.

  --Dans un parc, un jeune homme debout, soutenant de la main
  gauche son fusil appuy sur un banc de pierre, o se repose un
  chien, tandis que son bras droit est entour des deux mains d'une
  jeune femme assise, qui appuie amoureusement sa tte contre lui.

  Lavis au pinceau  l'encre de Chine.

  tude pour le portrait d'un jeune mnage, peut-tre celui des de
  La Borde.

      H. 38, L. 35.

  --Jeune femme au seuil d'une porte, la tte baisse, les bras
  pendants; sur ses paules est jet un fichu  la large plerine.

  Dessin au crayon noir et  la sanguine fondus et estomps.

  tude de femme d'aprs Mme Greuze pour la composition grave
  par Massard, sous le titre: LA DAME BIENFAISANTE. Une tude
  semblable, mais  la sanguine seulement, existe au Louvre.

  Vente Hope.

      H. 49, L. 31.

  --Une vieille femme paralytique, qu'un jeune homme approche d'un
  fauteuil, en la soutenant filialement sous les bras.

  Lavis au pinceau  l'encre de Chine.

      H. 31, L. 22.

  --Acadmie de femme nue, vue de dos, la tte retourne par
  derrire. Une main appuye sur un coin de toilette, elle a la
  jambe gauche agenouille sur un fauteuil o est pose sa chemise.

  Dessin au crayon noir et  la sanguine fondus et estomps.

  Vente de Mlle Caroline Greuze, n 35.

      H. 59, L. 37.

  --Trois tudes d'amours.

  Lavis au pinceau  l'encre de Chine sur trait de crayon et
  balafr de sanguine.

      H. 26, L. 22.


GURIN (_Franois_). Un acadmicien de la vieille acadmie bien peu
connu, et dont les dessins grouillants et tumultueux, lavs de bistre
et sabrs de blanc de gouache, sont un mlange de faire de Boucher,
son matre, et de Gabriel de Saint-Aubin. Ils ne sont pas signs, les
dessins de ma collection, mais j'ai vu en 1860, chez Mallinet, un
dessin du mme Matre, et absolument de la mme facture, reprsentant,
dans un atelier plein d'enfants, une femme peignant  un chevalet,
dessin sign _F. G._, les initiales de Franois Gurin.

  --Un march  la volaille du temps. Alle de boutiques faites de
  quatre perches, au haut desquelles est nou, servant de toit,
  un vieux morceau de toile, d'o pendent accrochs toutes sortes
  de volatiles. Au premier plan du march, peupl de vendeuses et
  d'acheteuses, une vieille femme agenouille sort d'un panier,
  appel _couveuse_, un poulet qu'elle met entre les mains d'une
  fillette.

  Dessin sur papier jaune, au bistre, rehauss de blanc de gouache.

  Portant la marque du chevalier Damery.

      H. 23, L. 28.

  --Une marchande de marrons en train de renverser le contenu de sa
  pole dans un morceau de couverture;  ct un garde franaise
  embrassant une grisette; dans le fond, une femme jouant du violon
  auprs d'un homme qui fait la parade devant les tableaux d'une
  baraque.

  Dessin sur papier jaune, au bistre, rehauss de blanc de gouache.

  Portant la marque du chevalier Damery.

      H. 23, L. 28.


HOIN (_Claude_). Un nom d'artiste compltement sombr, et que seulement
depuis quelques annes vient de rapprendre aux amateurs le passage,
dans les ventes d'estampes, de deux ou trois gravures en couleur
d'aprs ses compositions. Les experts avaient une telle dfiance de
l'inconnu de son nom, et cela encore  la vente Tondu, qu'ils livraient
aux enchres ses gouaches, signes en toutes lettres, sous le nom de
Fragonard. Un trs habile gouacheur que Hoin, et peut-tre l'inventeur
de ces petits zigzags de blanc, employs si joliment par Hall dans
les demi-teintes neutres de ses toffes, et qui font l'effet de ces
sillons brillants qu'un patin laisse sur la glace. Hoin faisait, par
parenthse, annoncer que ces coups de blanc taient excuts avec le
blanc de zinc, tout nouvellement invent par le chimiste de Morveau.
Hoin, en dfinitive, est l'un des quatre ou cinq plus remarquables
gouacheurs du sicle. On ne peut lui reprocher qu'un got trop prononc
pour la coloration gorge de pigeon, qui apporte  ses compositions une
harmonie un peu ardoise.

  --Mme Dugazon dans le rle de Nina. Elle est reprsente en
  fichu de gaze, en corsage jaune, en robe de mousseline blanche 
  dessous rose, courant vers une grille de chteau, des fleurs dans
  les cheveux, un bouquet  la main.

  Gouache.

  Sign sur une pierre de la grille: _Hoin P. de M._ (peintre de
  Monsieur), 1789.

  Composition diffrente de Nina la folle, grave en couleur par
  Janinet en 1787, d'aprs Hoin.

  Vente Tondu.

      H. 25, L. 19.


HOUEL (_Jean-Pierre-Louis_). D'lgants dessins de toutes sortes, parmi
lesquels on remarque une srie de gouaches reprsentant des paysages
italiens, o l'artiste cherche  chapper aux tons conventionnels de
ce genre de peinture, pour se rapprocher de la couleur vraie de la
nature.

  --Sous les arceaux d'une vieille construction, une curie o l'on
  voit un petit cavalier en selle sur un cheval qui caracole; 
  droite, un escalier o monte un homme portant un sac sur son dos.

  Bistre sur trait de plume.

  Sign: _Houel f. 1764_.

      H. 32, L. 27.

  --Une colline boise, surmonte d'une glise  campanile entoure
  de cyprs; au bas, un lac avec une barque amarre;  gauche un
  homme qui brouette une barrique.

  Gouache.

  Sign: _Houel f. R. 1772_.

      H. 30, L. 47.


HUET (_Jean-Baptiste_). Le copiste, le plagiaire des dessins, des
motifs, des procds mme de Boucher dont il a pris jusqu'aux petits
traits gmins dont le puissant crayonneur accidente, _zbre_, pour
ainsi dire, le plane de son estompage: travaux que l'on sent chez le
Matre l'oeuvre d'une main et qui ne semblent chez son disciple que la
faon d'un outil, d'une mcanique. Dclarons-le bien haut, le joli chez
Boucher a parfois du grandiose, il n'est jamais que joli chez Huet.

  --Une bergre, en chapeau de paille, au corsage dcollet et
  enrubann,  la jupe faisant retroussis, les pieds nus, une rose
   la main; derrire elle des moutons couchs  terre.

  Pastel.

  Sign: _J. B. Het, 1788_.

      H. 39, L. 28.

  --Dans un jardinet fleuri de roses trmires, une jeune femme,
  assise prs d'une caisse d'orangers, pche  la ligne;  ses
  cts un petit garon joue avec un chien.

  Aquarelle.

  Sign au crayon: _J. B. Het, 1783_.

      H. 20, L. 29.

  --Dans une chambre o les gens sont aveugls par la fume d'un
  pole qu'on allume, deux amoureux profitent de l'incident pour
  s'embrasser sans tre vus[21].

  Dessin lav au bistre sur trait de plume.

  Sign: _J. B. Het, 1789_.

  Grav en couleur par Delacour, sous le titre: L'HEUREUX ACCIDENT.

      H. 24, L. 37.

    [21] Un motif en faveur dans ce temps. On trouve dans
    le catalogue Paignon-Dijonval une gouache de Debucourt
    reprsentant le mme sujet, qui a t encore repris par
    Fragonard dans un charmant bistre possd par M. du Sommerard.

  --Marche d'animaux  la Benedette Castiglione, o, dans la
  bousculade, un taureau monte sur une vache.

  Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehauss de craie.

  Sign  l'encre: _J. B. Het, 1771_.

      H. 32, L. 43.

  --Btiments de ferme dans une saulaie, au bord d'un ruisseau o
  pche  la ligne un petit garon.

  Sign: _J. B. Het, 1787_.

      H. 34, L. 44.

  --Cour de ferme, o sur des bottes de foin est assise une jeune
  villageoise, adosse  la porte rustique d'un verger, sous
  laquelle joue un enfant.

  Sign: _J. B. Het, 1787_.

      H. 34, L. 44.

  --Canard prenant son vol.

  Aquarelle.

  Sign: _C. Huet, 1754_[22].

      H. 21, L. 39.

    [22] Huet est n en 1745, donc il aurait eu 9 ans quand il
    aurait fait ce dessin, en outre ses prnoms sont Jean-Baptiste,
    et cependant le dessin est marqu au caractre de ses tudes,
    et de plus la signature est parfaitement de l'criture du
    peintre.


HUEZ. Un sculpteur qui fait des dessins de sculpteur.

  --La France, appuye sur un bouclier fleurdelys, fait le geste
  de bnir une femme, ayant la main sur un arostat. Dessin au
  bistre et  l'encre de Chine sur trait de plume.

  Sign: _D'Huez_, qui a crit dans la marge: _La Physique
  prsentant la machine arostatique  la France qui la protge_.

      H. 31, L. 24.


JEAURAT (_Edme_). Dessinateur de scnes du bas peuple  la faon de
Chardin, mais qui n'a rien de son ampleur magistrale. Ses dessins sont
presque toujours excuts au crayon noir avec une pierre d'Italie,
presque grise, et trs lgrement rehausss de blancs  peine visibles,
cela sur un papier bleutre, en sorte que ses tudes, aux contours
et aux dtails arrts par un petit trait sec, apparaissent comme
claires par un clair de lune. On remarquera que trois de ces dessins
de Jeaurat, quoique provenant de ventes diffrentes, portent grave 
froid une petite ancre: la marque du chevalier Damery. Cet amateur,
dont le nom se trouve au bas d'un certain nombre d'estampes, comme
le nom du possesseur d'une collection considrable de tableaux et
de dessins, fut un homme d'un got sr, un _choisisseur_ dlicat et
raffin. Je signale sa marque aux amateurs: elle n'est jamais sur un
dessin mdiocre.

  --Un homme et une femme du peuple dansant.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  tude des deux figures principales pour le tableau de LA PLACE
  DES HALLES, grav par Aliamet.

  Portant la marque du chevalier Damery.

      H. 22, L. 27.

  --Trois femmes des halles faisant les cornes.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  tude pour LE TRANSPORT DES FILLES DE JOIE A L'HPITAL, grav par
  Levasseur.

  Portant la marque du chevalier Damery et du peintre Joyant.

      H. 22, L. 28.

  --Un homme attel au brancard d'une charrette; en bas,  gauche,
  une rptition de la tte coiffe d'un bonnet au lieu d'un
  chapeau.

  Dessin sur papier gris,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  tude pour LE DMNAGEMENT DU PEINTRE, grav par Duflos.

      H. 22, L. 19.

  --Une femme assise dans un fauteuil, un sac au bras.

  Dessin sur papier jauntre,  la pierre d'Italie, rehauss de
  craie.

  tude de la femme pour la composition grave par Balechou, sous
  le titre: LE MARI JALOUX.

      H. 34, L. 26.

  --Un malade assis  une table, comptant les parties de son
  apothicaire, un laquais appuy au dos de sa chaise, une fille de
  chambre une seringue  la main.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Portant la marque du chevalier Damery.

      H. 24, L. 30.


LAFITTE (_Louis_). L'illustrateur que les diteurs du Directoire et de
l'Empire acceptrent pour le continuateur de Moreau, un dessinateur
incorrect et niais, dans l'imagerie duquel la recherche de David
s'allie  des sentimentalits  la Bartolozzi.

  --Intrieur d'atelier,  la muraille garnie de pltres, du
  commencement de la Rvolution; des lves dessinent et peignent,
  d'autres lisent; un modle de femme se repose la main sur un
  tabouret.

  Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehauss de blanc.

  Sign  l'encre: _L. Lafitte, 1790_.

  Ce dessin est le n 98 de la vente Lafitte, 1828, o il est
  ainsi dcrit dans le catalogue: _Reprsentation de l'atelier de
  Vincent et portraits de plusieurs de ses lves pendant une heure
  d'tude_.

      H. 42, L. 54.


LAGRENE _dit l'an_ (_Louis-Jean-Franois_). Un peintre et
dessinateur gracieux, faisant de la grce dans laquelle commence 
apparatre le got de l'antique et ces profils  la grecque, o le
front passe au nez par une ligne droite sans rentrant.

  --Une sultane accroupie  terre, une cuiller  la main, prs
  d'une petite table basse o sont poses une thire et une tasse;
  dans le fond, deux suivantes versant de l'eau dans une bouilloire
  pose sur un trpied allum.

  Bistre sur trait de plume, rehauss de blanc de gouache.

  tude pour un dessus de porte.

      H. 11, L. 25.


LA JOUE (_Jacques_). Un artiste au dessin verveux et tordu, et qui,
dans les personnages, semble le dessin d'un grand orfvre, associant
l'homme  la rocaille de ses crations. Un gnie abondant, comme
on disait alors, une imagination meuble de paysages aux arbres
ornementaux, d'architectures ronflantes, de ruines thtrales.

  --Un encadrement portant en haut l'cusson de la maison
  d'Orlans, soutenu par deux amours, et descendant des deux cts
  par des chutes de verdure et de treillage  des scnes de chasse
  au milieu desquelles se voit dans un cartouche le portrait de
  Wouwermans.

  Dessin  la plume lav d'encre de Chine.

  Sign: _Lajoue_.

  Grav par Le Parmentier, sous le titre: _Frontispice de l'OEuvre
  de Wouwermans_.

      H. 34, L. 45.

  --Dans une bibliothque, deux amours dont l'un porte une toque,
  une fraise, un manteau, et sur son ventre nu, le baudrier de la
  Comdie italienne. Tous deux sont appuys sur un globe terrestre.

  Un amour couronnant un buste encastr dans un oblisque, dont
  le soubassement porte les trois fleurs de lys; un second amour
  tendant les bras vers le buste.

  Lavis  l'encre de Chine.

  Tous deux signs: _Lajoue_.

  tudes pour dessus de portes.

      H. 33, L. 32.

  --Au pied d'un bouquet d'arbres et d'une fontaine surmonte d'un
  groupe d'animaux reprsentant un cerf forc, des chasseurs se
  reposent couchs  terre; dans le lointain, une chasseresse 
  cheval qui a une amie en croupe.

  Dessin  la plume lav d'aquarelle.

      H. 23, L. 27.


LANCRET (_Nicolas_). Un dessin descendant de Watteau, mais sans ces
appuiements casss et ce brisement aigu de la ligne, qui sont le charme
et la signature du grand Matre. En outre, le dessin est plus lourd,
plus rond, plus ramass, et toujours avec des extrmits balourdes.
Lancret ne _voit pas long_ comme voyait Watteau. Il serait toutefois
injuste de ne pas accorder  Lancret une certaine ampleur dcorative
de beaux contours rocailleux, des grces parfois solides, et, dans le
procd, la trituration du crayon noir et de la sanguine d'un vrai
coloriste.

  --Une femme debout et dclamant, un masque  la main, une autre
  assise et chantant, les yeux sur un livre de musique, toutes deux
  en robes et en petits toquets garnis de fourrures.

  Dessin sur papier jauntre, au crayon noir et  la sanguine,
  gouach de blanc.

  Ces deux figures se retrouvent dans un tableau de Lancret,
  conserv dans les appartements du chteau de Potsdam.

  Vente Villot.

      H. 18, L. 30.

  --Deux femmes vtues, comme dans le dessin prcdent, de robes
  et de toquets  la polonaise. Elles sont debout l'une en face de
  l'autre et semblent jouer une scne de thtre.

  Dessin aux trois crayons sur papier chamois.

      H. 18, L. 24.

  --Deux hommes dans l'attitude de prsenter la main  une femme
  au bas d'un escalier, trois hommes vus de dos dans l'inclination
  d'un salut.

  Feuille de croquis au crayon noir et  la sanguine sur papier
  blanc.

  L'tude de l'homme prsentant la main a t employe par Lancret,
  avec un changement, dans l'ADOLESCENCE, grave par de Larmessin.

      H. 23, L. 32.

  --Un homme de profil tourn  droite dans le mouvement d'ajuster.
  Dans le fond, deux rptitions de sa tte coiffe d'une manire
  diffrente.

  Dessin sur papier verdtre rehauss de blanc.

      H. 31, L. 22.

  --Un homme couch  terre, vu de dos, la tte de profil tourn 
  gauche.

  Dessin  la pierre d'Italie, rehauss de blanc sur papier jaune.

  tude.

      H. 22, L. 23.


LANTARA (_Simon Mathurin_). Le peintre, le dessinateur amoureux des
jeux de la lumire dans les vapeurs, dans les nuages, et qui met
toujours un peu des vaporisations d'un clair de lune en ses ciels du
jour.

  --Un bord de rivire, ayant  droite un bouquet d'arbres, 
  gauche les toits d'un village, dans le fond une tour en ruine.
  Au premier plan, un homme dont une bourrasque, qui fait le ciel
  nbuleux, enlve le chapeau.

  Dessin sur papier bleu au crayon noir estomp avec rehaut de
  craie.

      H. 25, L. 39.


LA RUE (dit des _Batailles_). Dessinateur au gros et pat contour
rousstre, qu'on dirait une cerne faite par la pourriture du papier.
Les dessins de La Rue sont trs rares.

  --Une course de chevaux dans un site italien.

  Dessin au bistre trac  la plume de roseau et lav d'une teinte
  bleute.

  Vente Peltier.

      H. 19, L. 47.


LA TOUR (_Maurice-Quentin de_). Un grand, un trs grand pastelliste,
mais avant tout l'homme unique des _prparations_, de ces savantes et
vivantes bauches de la physionomie humaine, qui peuvent tenir  ct
de n'importe quel portrait de quelque cole que ce soit.

  --Une femme vue de face,  mi-corps. Poudre, en coiffure basse
  du milieu du sicle, et d'o s'chappe et se droule,  gauche,
  sur sa gorge, une boucle de cheveux appele _repentir_, elle
  porte au cou un collier de ruban bleu, et sa robe dcollete est
  une robe de velours bleu garnie de dentelles et de fourrure de
  cygne. Derrire elle, le dos d'un fauteuil sculpt se dtachant
  d'un fond bleutre.

  Pastel.

      H. 54, L. 48.

  --Masque de La Tour.

  Prparation pastelle sur papier jauntre.

  tude pour le portrait de l'artiste du Louvre.

      H. 27, L. 17.

  --Tte de femme de trois quarts tourne  gauche.

  Prparation sur papier jaune, pousse au fini du pastel dans le
  visage; les cheveux seulement frotts d'une coloration de poudre,
  le cou indiqu par un trait de craie, le fond hach de bleu.
  Prparation mise au carreau.

  tude pour le grand portrait en pied de Mme de Pompadour du
  Louvre.

      H. 36, L. 26 (ovale).

  --Tte de femme de trois quarts tourne  gauche.

  Prparation sur papier bleu, au crayon noir, rehausse de craie,
  avec de la sanguine seulement sur les lvres.

  Le nom de Mlle _Dangeville_ tait crit, d'une criture du temps,
  sur une bande de papier coll sur le petit cadre noir habituel
  aux prparations de La Tour. Il est encore au dos du dessin.
  L'authenticit de l'attribution est confirme par une seconde
  tude plus avance qui figure au Muse de Saint-Quentin sous le
  n 64.

      H. 30, L. 20.

  --Tte d'homme vu de trois quarts, tourn  droite, un
  mazulipatan nou sur la tte.

  Prparation sur papier bleu, aux trois crayons, rehausse de
  pastel.

  tude pour le portrait de Dumont le Romain, conserv au Louvre.

      H. 30, L. 20.


LAVREINCE (_Nicolas_). Un gouacheur qui n'a rien de la large manire
de Baudouin, mais non sans mrite dans ses compositions d'une
coloration aimable, d'un travail prcieux, d'un badinage de pinceau
dans les toffes, lger, volant, zigzagant, et dans les chairs d'un
fin aiguillage de petits tons dlicats. Lavreince est,  l'heure
qu'il est, la coqueluche des amateurs de tabatires, et cette anne
un riche carrossier, M. Mlbacher, vient d'acheter 25,000 francs les
deux gouaches de l'Assemble au Salon et de l'Assemble au Concert.
Les deux gouaches, catalogues ici, ont t achetes par moi moins
chrement chez un coiffeur de la rue de Vaugirard. Le besoin d'amuser,
par quelque chose accroch au mur, l'homme auquel on coupe les cheveux,
dont on racle le menton, a fait de la boutique des coiffeurs de la
banlieue et de la province une des mines o les marchands de Paris et
quelquefois les amateurs ont fait les plus heureuses retrouvailles de
dessins et de gravures du XVIIIe sicle.

  --Dans un parc, un homme assis  terre et lisant une brochure,
  o se distingue le nom de _Figaro_,  une socit parmi laquelle
  sont deux femmes debout, abrites sous la mme ombrelle; en un
  coin, une jeune fille chatouille avec une paille la figure d'un
  petit garon qui dort.

  Gouache sur vlin.

  Sign: _Lavreince, 1782_.

  Grav de la mme grandeur par Gutenberg, sous le titre: LE
  MERCURE DE FRANCE. On lit dans l'annonce de la mise en vente de
  cette gravure publie dans le Mercure de France du 27 novembre
  1784: La principale figure est M. de Beaumarchais lisant dans le
  _Mercure_ l'extrait du _Figaro_.

      H. 29, L. 34.

  --Sous de grands arbres, un homme couch  terre, un coude appuy
  sur un tabouret, jouant de la flte, un abb pinant de la
  guitare, une femme jouant de la mandoline; au milieu du groupe,
  une autre femme tenant ouvert un livre de musique, sur lequel est
  penche une jeune fille.

  Gouache sur vlin.

  Sign: _Lavreince_.

  Grav de la mme grandeur par C.-N. Varin, sous le titre: LE
  CONCERT AGRABLE.

  Les gouaches du Mercure de France et du Concert agrable
  passaient en 1787 sous le n 378  la vente Collet.

      H. 29, L. 34.


LE BARBIER (_Jean-Jacques-Franois_). L'artiste qui dshonore les
Chansons de La Borde par sa collaboration, l'auteur de grands dessins
philosophiques et patriotiques au trait d'un matre d'criture, lavs
sur des ombres  l'encre de Chine, de la froide aquarelle d'un lavis
d'architecture.

  --La Peinture et l'Histoire immortalisant Voltaire dans le temple
  de Mmoire, o son portrait est accroch  une colonne par un
  amour, et peint par une femme en tunique la palette  la main.
  Encadrement fait d'un rameau de laurier enrubann.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Sign: _Lebarbier l'an, 1770_.

      H. 44, L. 31 (ovale).


LE BAS (_Jacques-Philippe_). Des dessins en qute de Lancret, et encore
assez souvent de mignards croquetons  la mine de plomb sur peau vlin,
o le srieux graveur s'amuse  faire de la bergerie galante.

  --Autour d'une table dresse sous un arbre, deux femmes et deux
  enfants, au milieu desquels un vieillard, le chapeau  la main,
  semble dire le _Benedicite_.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie avec rehauts de
  craie.

  Sign dans la marge: _J. P. Le Bas, 1739_.

      H. 27, L. 32.

  --Jeune villageoise marchant avec un enfant, les pieds dans l'eau
  d'un ruisseau; au fond, deux femmes chargeant un cheval.

  Croquis  la mine de plomb sur peau vlin.

      H. 17, L. 23.


LEMOINE. Ce pastelliste, ce dessinateur[23], cet auteur du joli profil
de la Saint-Huberty, grav par Janinet dans les Costumes des grands
thtres de Paris est aujourd'hui compltement oubli,--et l'homme et
l'oeuvre,--et ses dessins, qui ne sont presque jamais signs, donnent
lieu aux attributions les plus extravagantes. Cependant le portraitiste
a laiss des dessins qui mritent la restitution de son nom au bas de
leur nuageuse indication. Ce sont des bustes de femmes, des femmes en
pied dessines avec des ombres et des lumires, sans l'arrt, pour
ainsi dire, d'un contour. Baignes de lueurs diffuses, ces femmes sont
flottantes dans le fusinage, seulement fortifi  et l de quelques
accentuations de sauce. Des images troubles dlicieusement vagues, qui
demandent une grande intelligence de la lumire, et qui se rapprochent,
avec un peu moins de lgret, de l'estompage gris de quelques rares
tudes d'Honor Fragonard.

    [23] Il tait aussi peintre et aurait peint le plafond du
    thtre de Rouen, dont il tait originaire.

  --Une femme pose  contre-jour devant une fentre, entre une
  toilette et un pupitre  musique. Elle est assise les jambes
  croises, une main tenant un livre dans le creux de sa jupe.
  Vtue d'une blanche toilette de linon, elle porte sur la tte un
  chapeau de paille enrubann, au rebord abaiss sur les yeux.

  Dessin estomp  la sauce.

      H. 45, L. 38.


LEMOYNE (_Franois_). Un grand dessinateur incorrect, le prcurseur de
Boucher, et qui a gard dans ses corps de femmes et leurs airs de tte
un peu de la grce du Parmesan et de la manire de Vronse.

  --Une jeune fille en chemise, assise sur un tertre, la jambe
  droite allonge en avant, dans le mouvement d'une femme qui va se
  laver les pieds.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre noire, rehauss de craie.

  Portant les marques des collections Lempereur et Desperret.

      H. 38, L. 26.


LEMPEREUR (_Jean-Baptiste-Denis_). Un graveur auquel, sans qu'il
soit nomm, l'oeuvre grav de Watelet doit beaucoup, et un agrable
paysagiste en ses moments de loisir. De l'aimable banlieue de Paris,
il a laiss des sanguines d'un _croquant_ particulier, des aquarelles
laves des eaux de la ple et blonde aquarelle de Boucher, des paysages
au crayon noir dont l'estompage, mlang de craie et d'un rien de
sanguine, semble le procd moderne de Clerget.

  --Un escalier, surmont de deux sphinx  tte et  gorge de
  femme, poss  l'entre d'une terrasse  balustres menant  une
  habitation sous de grands arbres; en bas, un homme qui pousse une
  brouette.

  Sanguine.

  Sign: _Lempereur, 1773_.

  Au dos du dessin tait crit: _Vue d'un jardin 
  Fontenay-aux-Roses_.

      H. 30, L. 37.

  --Une cour de ferme, o sur la droite est un hangar fait de
  troncs d'arbres et de branchages, au fond un homme assis sur une
  auge.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Sign: _Lempereur f., 1772_.

  Dans la marge de l'ancienne monture, de l'criture du paysagiste:
  _A Aulnay prs Sceaux_.

      H. 22, L. 29.

  --Une chaumire au toit dfonc dans un bouquet d'arbres.

  Dessin au crayon noir estomp, mlang de craie et de sanguine.

  Sign: _Lempereur, 1773_.

  Dans la marge: _A Aulnay prs Sceaux_.

      H. 20, L. 31.


LEPAON (_Jean-Baptiste_). De jolis petits soldats, de jolis petits
canons, de jolis petits campements, de jolis petits siges: ce sont l
les dessins de cet artiste, qui s'engagea pour voir la guerre de prs,
et qui n'en a jamais t que l'enjoliveur et le bistreur coquet. Parmi
les dessins de Lepaon qui figurent ici, il en est un curieux. C'est une
grande aquarelle qui dtruit l'assertion de Brunn Neergaard, avanant
dans le _Moniteur_ du 29 aot 1806[24] que Lepaon n'a jamais fait
d'aquarelle. Puis cette aquarelle reprsente l'quipage de chasse de la
maison de Cond, dont Lepaon tait le peintre officiel, et o parmi les
piqueurs et au milieu des chevaux et des chiens figurent les princes
de Conti et de Cond. Du reste, le dessin est assez mauvais, pas assez
cependant, pour que le marchand qui le possdait, ait cru devoir me le
donner par-dessus le march pour envelopper une gravure qu'il m'avait
vendue.

    [24] L'article de Brunn-Neergaard tait fait sur le livre:
    _l'Art du dessin en France depuis son rtablissement jusqu'
    nos jours_, par le docteur Fiorillo, Goettingue 1806, un volume
    allemand qui, je crois bien, n'a jamais t traduit.

  --Oprations d'un sige avec la vue du camp assigeant, de ses
  tranches, de ses batteries. Au premier plan, une femme se
  promne, une ombrelle  la main, au bras d'un officier, tandis
  qu'un peintre, un genou pos  terre, fait un croquis.

  Dessin au bistre sur trait de plume.

      H. 19, L. 48.

  --Halte de cavalerie dans un village; au premier plan, un
  cavalier, descendu de cheval, prend un sac des mains d'une
  vieille femme.

  Bistre sur trait de plume.

      H. 29, L. 39.

  --Un hallali  Chantilly. Un piqueur sonnant de la trompe 
  cheval, valets de chiens se reposant couchs  terre, chiens se
  dsaltrant  une mare. Sur la droite, en habits rouges  collets
  et  revers de velours noir, le prince de Conti et le prince de
  Cond causent ensemble.

  Aquarelle.

  Sign: _Lepan_ (sic) _fecit 1769_.

      H. 41, L. 56.


LPICI (_Nicolas-Bernard_). Du petit, du trs petit Chardin, dans
un dessin cependant serr, dtaill, tudi  la pointe d'une pierre
d'Italie trs grise, sur du papier jaune, avec des rehauts de craie et
de sanguine, qui font des tudes d'aprs nature de Lpici, de tides
et de blondes prparations pour sa claire peinture.

  --Dans un intrieur rustique, Lpici, assis, prend un verre de
  vin sur une table, ayant entre ses jambes un enfant qui mange un
  morceau de pain.

  Dessin termin au crayon noir, rehauss de craie et de sanguine.

  Sign: _Lpici_.

  C'est le dessin du tableau qui figurait dans la galerie Boitelle.

      H. 45, L. 38.


LEPRINCE (_Jean-Baptiste_). L'esprit, le ragot, la couleur de Boucher
transports dans des dessins, dans des lavis, presque tous consacrs 
la reproduction de sujets russes. Le dessin des Joueurs de tonneau
a son histoire: achet par le marchand de gravures Dauvin, chez le
peintre Decamps, il avait fait presque les frais de la composition d'un
de ses tableaux.

  --Une jeune femme en costume russe, un oiseau pos sur un doigt
  de sa main.

  Sanguine.

  Grav en fac-simil dans l'oeuvre de Demarteau, sous le n 537.

      H. 33, L. 22.

  --Dans un riche intrieur, une femme en costume russe
  jouant de la guitare, pendant qu'une petite esclave pose un
  rafrachissement sur une table.

  Aquarelle.

  Grav en couleur par Marin, sous le titre: THE PLEASURES OF
  SOLITUDE, et publi  Londres.

      H. 23, L. 15.

  --Dans un paysage russe, un pont lev sur de hauts piliers
  menant  la porte d'une ville fortifie.

  Bistre.

  Sign: _B. Le Prince_.

      H. 24, L. 26.

  --A la porte d'une chaumire, cinq paysans jouant au tonneau;
  dans le fond, un homme prenant une femme par la taille.

  Bistre.

      H. 27, L. 35.

  --Dans un caback, une guinguette des environs de Moscou, devant
  une estrade o des gens boivent et fument, un couple de Russes
  excute la danse nationale, aux sons d'un orchestre mont sur des
  tonneaux.

  Lavis d'encre de Chine sur frottis de sanguine.

  Sign: _Le Prince, 1778_.

  Grav par Leprince, sous le titre: LA DANSE RUSSE.

      H. 32, L. 57.


LESUEUR (_Louis_). Dessinateur-paysagiste qui raye et griffonne ses
lavis de fins traits de plume, ressemblant  l'gratignure d'une
aiguille sur du cuivre.

  --Cour de ferme devant la porte de laquelle un ne charg de
  paniers se met au pas, suivi de la fermire.

  Bistre retouch de plume.

  Sign: _L. Lesueur, 1782_.

      H. 13, L. 21.


LIOTARD (_Jean-tienne_). L'artiste excentrique et cosmopolite, le
pastelliste de la Chocolatire dont les trois crayons ont une
certaine ressemblance avec les trois crayons de Portail, et dont, par
un hasard inexplicable, on ne connat gure que des contre-preuves. Je
crois que la femme de ma collection est de la suite de ces costumes de
femmes de tous les pays contre-preuves, que possde le cabinet des
Estampes.

  --Femme de profil tourne  droite, la tte vue de trois quarts.
  Habille d'une robe seme de pois sur laquelle est jet un
  mantelet  capuchon, elle tient ses mains dans un petit manchon
  de soie au rebord de fourrure.

  Contre-preuve d'un dessin  la pierre d'Italie et  la sanguine.

      H. 30, L. 20.


LOUTHERBOURG (_Philippe-Jacques_). Tantt imitant le faire de Leprince,
tantt le faire des matres flamands, et, dans cette dernire
imitation, se servant d'un papier rugueux assez semblable au papier
prpar pour la peinture  l'huile, et sur lequel, les lavis au bistre
prennent le caractre d'esquisses brosses au bitume.

  --Rjouissances publiques, o des _pifferari_ font danser des
  marionnettes; sur une fontaine dcorative est crit de la main du
  peintre: _Il nous est rendu_.

  Bistre sur trait de plume.

  Sign au pinceau: _Loutherbourg_.

  Vente Tondu.

      H. 27, L. 36.

  --Repos de ptres italiens sous un grand arbre;  droite, un
  homme, mont sur une mule caparaonne, boit  une gourde, la
  tte renverse en arrire.

  Bistre avec rehauts de blanc de gouache sur un papier prpar, 
  la nuance verdtre.

      H. 33, L. 43.


MACHY (_Pierre-Antoine de_). Devant les aquarelles de cet homme, dont
la peinture rappelle un peu la peinture de Guardi, un tonnement vous
prend  les trouver si sales, et peuples de personnages qui annoncent
les bonshommes de Bricourt.

  --La colonnade du Louvre en perspective, au fond le palais
  Mazarin et l'Htel des Monnaies,  droite les maisons qui
  masquaient la faade de Saint-Germain-l'Auxerrois[25]. De
  nombreux personnages sur la petite place, un arracheur de dents,
  un marchand de mort aux rats, un porteur d'eau, des marchandes 
  ventaires, des promeneurs.

  Aquarelle.

      H. 33, L. 63.

    [25] On rencontre, du mme artiste, de nombreux croquis de la
    dmolition de ces maisons.


MALLET (_Jean-Baptiste_). Le dernier reprsentant de la gouache, de cet
art tout XVIIIe sicle, et qui ne survcut pas  la monarchie. Aussi
les gouaches de Mallet, pass la Rvolution, sont aigres, ses chairs
de femmes briques, l'ensemble du travail pnible. Et il arrive un
moment o Mallet laisse le faire et le badinage de l'ancienne gouache
franaise, pour une gouache qu'il touche avec les petites lumires
carres de la peinture de Tniers, applique  des sujets franais
qu'il habille  la hollandaise.

  --Dans une chambre, dcore  la mode du Directoire, et que des
  objets de peinture, poss sur un secrtaire, disent la chambre
  d'un peintre, un jeune homme verse une tasse de th  son modle,
  une femme en chemise assise sur ses genoux, tandis qu'une autre
  femme, debout devant le groupe, remue une cuiller dans la tasse
  qu'elle tient  la main.

  Gouache.

  Sign sur un carton: _Malet f._[26].

      H. 22, L. 29.

    [26] Je n'ai pas besoin de dire que les fautes d'orthographe
    sont frquentes dans les signatures parfaitement authentiques
    des peintres du XVIIIe sicle.

  --Un antiquaire assis dans une galerie, o se voient des statues,
  des bustes, des vases, des lampes, une momie; une jeune femme,
  qu'un jeune homme tient par la taille, regarde avec lui dans le
  tiroir d'un mdaillier.

  Aquarelle sur trait de plume, releve de gouache.

  Dessin du tableau expos au Salon de l'an IX.

      H. 22, L. 32.

  --Dans l'encadrement d'une fentre soutenue au milieu par une
  statuette d'Amour, et o monte une vigne, une femme, en costume
  flamand, fait pisser, dans un vase de bronze, un petit enfant 
  la brassire courte.

  Gouache.

  Sign au pinceau dans la muraille: _Mallet_.

      H. 23, L. 17.


MARILLIER (_Clment-Pierre_). Ce vignettiste, que les bibliophiles
sont en train de faire l'gal des premiers dans son genre, commence la
srie des illustrateurs qui n'ont plus le dessin du peintre, ainsi que
l'avaient Gravelot, Moreau, Eisen, et ne peuvent sortir du petit dessin
pinoch du graveur. Dans ses compositions les plus russies, Marillier
ne s'lve jamais au del de la gentillesse.

  --Une jeune femme alite dans sa chambre  coucher et  laquelle
  une fille de chambre apporte une tasse de tisane;  son chevet
  est assis un gentilhomme.

  Dessin  la plume lav de bistre.

  Sign dans la marge: _C. P. Marillier inv. 1775_.

  Grav par de Longueil pour les oeuvres d'Arnaud de Baculard.

      H. 6, L. 9.

  --Une jeune femme, qu'une fille de chambre habille devant un
  miroir tenu par une autre chambrire; un rustaud, le chapeau  la
  main, est en train de saluer la femme.

  Bistre.

  Sign dans la marge: _C. P. Marillier inv. 1775_.

  Grav par Delaunay pour le conte de PAULINE ET SUZETTE, _anecdote
  franaise_.

      H. 6, L. 9.

  --Dans un cadre, un enfant nu couch aux pieds de deux bornes,
  au-dessus un miroir entour de rayons, au-dessous une pe
  suspendue dans une couronne de laurier.

  Lavis  l'encre de Chine.

  Sign: _C. P. Marillier inv. 1779_.

  Grav par Texier pour le cul-de-lampe de VALMIERS, _anecdote_.

      H. 11, L. 8.


MASS (_Jean-Baptiste_). Un portraitiste faisant revivre dans les
petits portraits qu'il fait de ses contemporains, le sourire de
l'poque. Il est miniaturiste de son mtier, et ses dessins, lumineux
et roses sur papier jaune, ont quelque chose de l'bauche sur l'ivoire
d'une miniature.

  Buste d'un homme de cour poudr, un large noeud de ruban noir au
  cou.

  Dessin sur papier jaune, au crayon noir estomp avec rehauts de
  craie et de sanguine, et encore avec un lger lavis d'aquarelle
  sur la figure.

  Sign dans l'encadrement: _J.-B. Mass fecit_.

      H. 17, L. 13 (ovale).


MEISSONNIER (_Juste-Aurle_). L'ornemaniste au beau dessin turgide,
amend toutefois, en sa correcte exubrance, des extravagances et des
carts de got du Borromini,--le crateur de la rocaille franaise.

  --Candlabre  cinq lumires, imagin dans le serpentement et
  l'entre-croisement de branchages; un aigle dans la niche, forme
  en bas par les tortils de la rocaille, un amour soutenant la plus
  haute girandole.

  Dessin au crayon noir et  la plume et  l'encre de Chine, lav
  d'une teinte jaune. Il a t mis au carreau.

  Grav dans l'OEuvre de Meissonnier sous le titre: _Projet d'un
  grand Chandelier pour le Roi_.

      H. 29, L. 19.


MONNET (_Charles_). Peintre d'histoire et dessinateur possdant le
dessin courant du temps.

  --Le Dauphin, la Dauphine travaillant  un mtier de tapisserie,
  entours de leurs enfants (Louis XVI, Louis XVIII, Charles X).

  Lavis d'encre de Chine sur trait de plume.

  On lit au dos du dessin, d'une criture du temps: _M. le
  Dauphin, Mme la Dauphine, les trois princes, M. le duc de la
  Vauguyon et le Pre Berthier, composition originale de Monnet,
  peintre du Roi. J'en ai trois autres du mme sujet par le mme
  avec diffrences._ Un de ces trois autres projets, en hauteur et
  au bistre, existe au revers du dessin.

  Ce dessin du tableau expos au Salon de 1771, rduit  la
  dimension d'une vignette, a t grav sous le titre: _Quelle
  cole pour les pres!_ dans le Vicomte de Valmont ou les
  garements de la Raison, vol. IV.

  Vente Monmerqu.

      H. 38, L. 41.

  --Tlmaque embrassant l'Amour dans les bras d'Eucharis; au fond,
  danse de nymphes.

  Gouache sur vlin.

  Dessin original[27] faisant partie de l'illustration de
  l'exemplaire du Tlmaque de Didot in-4, imprim sur peau
  vlin que j'ai possd.

      H. 20, L. 14.

    [27] Les dessins au trait, lavs de bistre, tels qu'ils sont
    gravs, sont de Monnet; mais je doute que les miniatures finies
    soient du peintre. Les peintres d'alors,  l'imitation de
    Boucher, de Fragonard, avaient des femmes artistes, des femmes
    miniaturistes, qu'ils faisaient souvent travailler sous leur
    nom.


MOREAU _le jeune_ (_Jean-Michel_). L'habile ordonnateur et metteur
en scne des assembles de gentilshommes et de grandes dames pares,
des Sacres, des Revues, des Bals de cour, des Feux d'artifices, le
dessinateur sans pareil des intrieurs et des lgances de la vie de
son temps. J'ai eu la bonne fortune d'acqurir son plus beau dessin
et je vais raconter l'histoire de ce dessin. Dans la vie de Le Bas
d'aprs des notes manuscrites de l'expert Joullain, charg de la
vente du graveur, mon frre et moi avons dit qu'il avait t command
par Le Bas  Moreau: M. Moreau jeune avait fait prix avec M. Le Bas
pour ce dessin  600 livres payes comptant, et deux douzaines de la
planche qui devait tre grave d'aprs ce dessin, dont moiti desdites
preuves avant et moiti aprs la lettre. Il a exig de la succession
de M. Le Bas pour indemnit de ces preuves la somme de 480 livres. Il
avait reu 600 livres; total 1,080 livres. A cette vente Le Bas, en
1783, le dessin pay 1,080 livres se vendait seulement 610, et tait
achet par le libraire Lamy qui l'acqurait pour le faire graver[28].
Des mains de Lamy o passait le dessin? On ne le savait, et on le
croyait perdu, lorsqu'il se retrouvait, en 1859, en la possession
d'un petit chemisier du quartier des Halles, dont la femme, de bonne
famille, tait la fille d'une personne qui, je crois, avait t
attache au service du comte de Bordeaux. Le dessin tait offert au
Muse, et successivement  tous les riches amateurs de Paris, au prix
de 1,000 francs. M. Reiset m'indiquait l'existence du dessin. J'allais
le voir et tais trs tent, mais je me trouvais n'avoir devers moi que
quelques centaines de francs et ne pouvais en offrir que quatre cents
francs. J'tais refus, et n'y pensais plus quand,  quelques semaines
de l, un soir on sonna chez moi. J'allais ouvrir et me trouvais en
face d'une jeune femme, portant sur son bras un enfant, et tenant de sa
main libre une grande chose enveloppe dans une serviette. C'tait la
Revue du Roi. J'avoue que, quand je regarde mon Moreau aujourd'hui, je
ressens comme un remords d'avoir eu  offrir si peu d'argent  cette
pauvre femme si touchante dans son sacrifice, o l'on sentait la gne
d'affaires embarrasses.

    [28] Voir plus loin, aux lettres de peintres, le trait pour
    la gravure de ce dessin entre l'diteur Lamy et le graveur
    Malbeste.

  --Petite fille endormie dans son lit. Elle est reprsente de
  profil tourne  gauche, ses deux bras reposant sur le drap que
  soulve une de ses jambes releve.

  La mme petite fille endormie tourne de l'autre ct. Elle a
  la tte souleve et enfonce dans l'oreiller, et les deux bras
  tendus et croiss devant elle.

  Dessins lavs d'encre de Chine sur trait de plume.

  --Deux tudes, trs probablement faites par le pre, d'aprs la
  petite fille, devenue depuis la mre d'Horace Vernet.

      H. 10, L. 15.

  --Vieille femme assise, les bras croiss, un mantelet de soie
  noire sur les paules;  ct d'elle, un chat sur une table. Le
  mur du fond est dcor de quelques estampes encadres, parmi
  lesquelles on remarque _la Tte d'expression_, grave par Cochin,
  et une marine d'aprs Vernet,  laquelle la mre de Cochin a
  travaill. Serait-ce le portrait de Madeleine Horthemels?

  Dessin lav au bistre sur trait de plume.

      H. 19, L. 16.

  --Le roi Louis XV  cheval, son livret en main, passant la revue
  de sa Maison militaire, qui dfile dans le fond; au premier plan
  nombreux carrosses sur lesquels sont montes des chambrires dont
  les jupes s'envolent sous un coup de vent.

  Dessin lav  l'encre de Chine sur trait de plume.

  Sign: _J. M. Moreau le Jeune 1769_.

  Ce dessin, expos au Salon de 1781, a t grav de la mme
  grandeur par Malbeste, sous le titre: LA REVUE DU ROI A LA PLAINE
  DES SABLONS.

  Vente Le Bas.

      H. 35, L. 74.

  --Dans la basilique de Reims, le roi Louis XVI prtant entre les
  mains de l'archevque le serment du royaume.

  Dessin lav de bistre sur trait de plume.

  Sign: _J. M. Moreau le Jeune, 1775_.

  Premire ide de la scne grave avec changement et ampliation 
  droite, sous le titre: LE SACRE DE LOUIS XVI, _dessin d'aprs
  nature et grav par J. M. Moreau le Jeune, dessinateur et graveur
  du cabinet du Roi, 1779_.

      H. 37, L. 49.

  --La reine Marie-Antoinette allant, le 21 janvier 1782, rendre
  grce  Notre-Dame et  Sainte-Genevive pour la naissance du
  Dauphin. Partie de la Muette, ayant pris ses voitures au rond
  du Cours-la-Reine, elle passe sur la place Louis XV, dans un
  carrosse attel de huit chevaux blancs, et suivi des cent-gardes
  du corps du Roi. Le dessin est pris de la terrasse du palais
  Bourbon, o des curieux presss contre la balustrade regardent le
  dfil et la foule immense de l'autre ct de la Seine. Dans le
  coin,  gauche, le prince de Cond et le duc de Bourbon causent,
  les mains dans des manchons, avec un groupe de femmes.

  Dessin lav  l'aquarelle sur trait de plume.

  Ce dessin, qui faisait partie des dessins commands  Moreau
  pour perptuer le souvenir des journes des 21 et 23 janvier
  1782, n'a point t grav. Est-ce le dessin lav offrant une vue
  perspective de la place Louis XV prise de la terrasse du palais
  Bourbon, que Thierry place dans le boudoir du palais?

      H. 45, L. 105.

  --Diane,--Iphignie,--Oreste,--Thoas,--Garde de Thoas,--Scythe.

  Dessins  l'aquarelle sur trait de plume.

  Signs tous les six: _J. M. Moreau le Jeune, 1781_.

  Recueil des costumes commands par l'Acadmie royale de musique
   Moreau, pour monter l'opra d'Iphignie en Tauride, dont la
  premire reprsentation eut lieu le 23 janvier 1781.

      H. 23, L. 16.

  --Un pont en bois jet sur une petite le et reliant les deux
  rives d'une rivire ombrage d'arbres, o se tiennent des
  pcheurs  la ligne.

  Dessin  l'encre de Chine.

      H. 26, L. 35.


MOREAU _l'an_ (_Louis_). Un des gouacheurs les plus habiles, les
plus lgers, les plus pimpants, et le paysagiste qui, pour moi, a
seul rendu la gaiet et le riant de la campagne parisienne. Les deux
gouaches de ma collection sont de la plus belle qualit du Matre. Le
jour o je les vis  l'exposition du boulevard des Italiens en 1860,
ce fut chez moi un dsir fou de les possder. Et ce dsir tait de
temps en temps rveill par une vente que faisait, par-ci par l, leur
possesseur, le miniaturiste Carrier: une vente o les gouaches dsires
n'apparaissaient jamais. J'en tais venu  des voeux homicides, et
tais presque tent d'imiter ce monsieur, auquel un de mes oncles avait
enlev aux enchres une paire de cornets de Chine d'un rouge trs
laid, mais introuvable; pendant plusieurs annes, il vint tous les ans
s'informer chez le concierge si mon oncle tait encore vivant. Enfin M.
Carrier mourait en 1875, et les aquarelles taient vendues; mais cette
fois, au lieu de les acheter 2 ou 300 francs, leur valeur en 1860,
j'tais forc de les payer 1,325 francs.

  --Entre d'un parc auquel mnent cinq marches,  gauche une
  range de caisses et de pots de fleurs. Dame, une ombrelle  la
  main, dont un serviteur porte la trane.

  Gouache.

  Sign: _L. M. 1780_.

  Vente Carrier.

      H. 29, L. 23 (ovale).

  --Intrieur de parc, o, sous un arbre pench, se voit le dpart
  d'une rampe d'escalier, surmonte d'une pomme de pin en pierre.
  Bergre assise, une houlette en travers des genoux; un berger lui
  offre un bouquet de fleurs.

  Gouache.

  Sign: _L. M. 1780_.

  Vente Carrier.

      H. 29, L. 22 (ovale).

  --Jardin chinois, o s'lve au milieu des arbres une pagode 
  clochetons; une gondole  l'ancre dans une pice d'eau. A droite,
  au premier plan, un gentilhomme donne des ordres  un jardinier;
   gauche, un homme, une bche  la main, est assis sur un rouleau
   fouler le gazon.

  Aquarelle lgrement gouache.

      H. 39, L. 32 (ovale).


NATOIRE (_Charles_). Le Boucher de la seconde moiti du sicle, mais
n'ayant de son prdcesseur, et de seconde main encore, que la pratique
et la convention, et rien de ce que Boucher avait vu de la nature, mme
avec ses yeux du XVIIIe sicle.

Toutefois il y a, dans l'oeuvre de Natoire, des paysages romains,
amusants, spirituellement dcoratifs, faits d'un rien d'aquarelle et de
gouache jet sur une feuille de papier bleu couverte d'un croquis  la
plume: des dessins que le peintre aimait, collectionnait, et dont on
vendait une suite de 160  sa mort.

  --Dessin allgorique pour la naissance d'un dauphin de France. Un
  gnie dans une draperie fleurdelyse, prsentant un nouveau-n
   l'Olympe trnant sur les nuages, sous les yeux d'une femme
  assise, au manteau doubl d'hermine, et entoure des Muses. Au
  premier plan,  droite, les nymphes de la Seine offrant des
  fleurs,  gauche, une caverne o rentrent les gnies de la
  Discorde, au milieu des amours jouant avec des globes terrestres
  et des tlescopes.

  Aquarelle sur crayonnage.

      H. 43, L. 69.

  --Deux figures de femmes couches sur les nuages et reprsentant:
  le Printemps, l't.

  Lavis au bistre sur papier bleu avec rehauts de blanc de
  gouache[29].

  Ces deux dessins ont t excuts pour des plafonds.

      H. 20, L. 25.

    [29] Ces deux dessins sont d'une manire un peu diffrente de
    la manire de Natoire, d'un faire plus italien, mais je les
    tiens pour de parfaits Natoire. Reconnatre un dessin crit
    avec l'criture de tous les jours d'un peintre, ce n'est pas
    absolument difficile pour un amateur qui vit dans les dessins;
    mais reconnatre un dessin, o le matre a modifi sa manire,
    a vari ses procds: voil quelle doit tre l'ambition du
    connaisseur!

  --La Muse de la musique entoure d'amours, une main sur une lyre,
  l'autre soutenant la bande d'une partition qu'un amour droule
  dans le ciel.

  Dessin sur papier bleu  la pierre d'Italie rehauss de craie.

  Dessin d'un dessus de porte.

      H. 21, L. 29.

  --Vue de la villa d'Este. Au premier plan une femme agenouille
  donnant  boire  des chvres, et sur le pidestal d'une louve
  allaitant Rmus et Romulus, un homme jouant de la guitare.

  Croquis  la plume lav d'aquarelle et de gouache sur papier bleu.

  Sign: _Villa d'Est. magio 1766 C. N._

      H. 30, L. 47.


NATTIER (_Jean-Marc_). Le portraitiste auquel est attribu un certain
nombre d'tudes rapides, enleves d'une manire similaire, mais dont
on n'a pas retrouv, que je sache encore, la peinture ou la gravure
d'aucun de ces jets sur le papier[30]. A ces tudes de portraits se
trouve runie dans ma collection, une grande machine dcorative, une de
ces compositions avec lesquelles Nattier, qui se levait de fort bonne
heure, amusait ses matines avant l'arrive de ses modles du grand
monde.

    [30] Cependant on parle d'une tude faite dans ces conditions,
    et o Nattier a crit sur le dessin, avec son orthographe
    singulire: _Madame de Pris--filles de M. de Pleneuse--estant
    jeune, lorsque j'ay--fait toute la famille de--M. de Pleneuse_.

  --Une femme  mi-corps, assise de face sur une chaise, le haut du
  corps un peu pench  droite, en train de faire de la frivolit.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Vente Villot[31].

      H. 33, L. 30.

    [31] Catalogu sous le nom de Roslin.

  --Un homme  mi-corps, de profil, tourn  droite, la tte
  retourne et vue de trois quarts, un carton sur les genoux,  la
  main un compas avec lequel il trace une figure gomtrique.

  Dessin sur papier bleu  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Vente Villot.

      H. 30, L. 25.

  --Triomphe d'Amphitrite; au-dessus de la conque trane sur les
  eaux, une grande voile dploye dans le ciel que soulvent et
  tendent des amours.

  Lavis d'encre de Chine sur trait de plume, avec dans certaines
  parties des rehauts de blanc de gouache. Le dessin a t mis au
  carreau.

  Sign au dos du dessin: _J. M. Nattier invenit et delineavit
  1758_, et, d'une criture du temps, au crayon: _Peint en 1759_.

  Vente Peltier.

      H. 29, L. 52.


NORBLIN (_Jean-Pierre de la Gourdaine_). Un faiseur de taches  l'encre
de Chine,  l'imitation des taches au bistre faites par Fragonard;
un crayonneur gras et croquant  la mine de plomb,  l'imitation des
crayonnages de Fragonard  la sanguine.

  --Un cabaret o un homme cherche  embrasser une femme qui se
  dfend.

  Une course  la bague dans la campagne, o l'on voit au premier
  plan un homme caracolant, arm d'une lance.

  Deux croquetons  la mine de plomb.

      H. 10, L. 17.

  --La Main-chaude. Sous de grands arbres, au milieu d'une
  nombreuse compagnie, une jeune fille frappant dans la main pose
  sur le dos d'un homme, dont la tte est cache dans les jupes
  d'une femme.

  Lavis  l'encre de Chine sur trait de plume, en forme d'cran.

      H. 29, L. 27.

  --Le Jeu de bascule. Sous de grands arbres, des jeunes filles et
  des jeunes gens se balanant sur un tronc d'arbre basculant.

  Lavis  l'encre de Chine sur trait de plume, en forme d'cran.

      H. 29, L. 27.


OLIVIER (_Michel-Barthlemy_). Des dessins non signs, que les
marchands ont offerts pendant longtemps aux amateurs, sous des
attributions absurdes, et que les amateurs n'achetaient pas, les
croyant fabriqus par un faussaire: ces dessins ayant quelque chose
d'une modernit suspecte. Enfin, il y a une quinzaine d'annes, dans
une vente, je crois, d'un descendant d'Olivier, arrivait aux enchres
un lot de ses eaux-fortes et de ses dessins, dont quelques-uns taient
la premire ide de quelques-unes des eaux-fortes. Ce jour-l on tait
fix sur ces dessins inconnus, on avait  faire  Olivier, le peintre
officiel du prince de Conti, l'auteur des curieux tableaux du _Th 
l'anglaise dans le salon des Quatre-Glaces au Temple_, de la _Fte dans
le Bois de Cassan  l'Ile-Adam_. Les dessins d'Olivier sont de petits,
petits, petits dessins,  la recherche d'intentions spirituelles, et
s'appliquant  rappeler dans le mlange de la sanguine, du crayon noir,
de la craie, l'esprit et la couleur des dessins de l'cole de Watteau.
Quelquefois mme des touches de pastel viennent s'ajouter aux trois
crayons et agrmenter les tudes du peintre galant du Temple, d'un
coloriage lger et gai. Trs souvent aussi,  l'imitation de Watteau,
le sujet principal est accompagn du crayonnage d'une tte, d'un bras,
d'une main, d'un croqueton qui fait contraste avec l'tude termine.

  --Deux femmes de profil, tournes  gauche, se promenant. Elles
  sont habilles en grand habit avec des plumes dans les cheveux;
  l'une d'elles tient  la main un ventail ferm. Sur le fond est
  jete une tude de tte.

  Dessin aux trois crayons sur papier chamois.

      H. 24, L. 17.

  --Femme assise  terre, coiffe d'un papillon, elle est entoure
  d'tudes de bras et de mains.

  Sanguine; trois des tudes de bras et de mains sont  la pierre
  d'Italie.

      H. 15, L. 20.

  --Femme assise, les jambes allonges, une main tendue et montrant
  quelque chose dans le lointain.

  Dessin sur papier gris,  la pierre d'Italie et  la sanguine
  rehauss de pastel.

      H. 13, L. 21.

  --Rose endormie, couche sur une chaise longue, un livre tomb
  de ses mains; du dessous de ses jupes remontes, son petit chien
  _toutou_ aboie aprs un garonnet pench sur le dossier et
  regardant les mollets de la belle.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, frott de sanguine
  et rehauss de blanc.

  Ce dessin, en hauteur, a t grav en largeur avec de nombreux
  changements et l'introduction d'une fille de chambre, sous le
  titre: _le Sommeil interrompu_. Il ne porte ni nom de dessinateur
  ni nom de graveur, dans sa marge qu'emplissent vingt-cinq vers.

      H. 32, L. 26.


OUDRY (_Jean-Baptiste_). On disait, de son temps, Oudry encore plus
attach  ses dessins qu' ses tableaux, et que, de ses dessins, il
composait des portefeuilles de cinquante morceaux varis, de manire
que celui qui en possdait un seul, avait un chantillon de tous les
genres embrasss par le peintre. En effet, l'illustrateur des Fables
de la Fontaine est universel, mais plus particulirement paysagiste
et avant tout animalier. Dans ses dessins d'animaux presque toujours
excuts sur papier bleu,  la pierre noire avec rehauts de craie, il
apporte une habilet dont le seul dfaut est peut-tre la constante
galit, le faire uniformment semblable, une perfection qui vous
laisse sans surprise. Ses dessins aux beaux crasements de crayon noir
dans l'ombre, aux dtails simplifis dans les clairs,--et tout lumineux
des lumires poses par l'homme qui peignait des oiseaux blancs sur
fond blanc,--arrivent  une unit d'effet extraordinaire et sous des
apparences faciles,  ce rsum concret de l'objet reprsent que
donne seul un savoir norme. Et les heureux et magistraux dessins qu'a
laisss ce dessinateur toujours occup  crayonner, ce dessinateur
des perdrix au plumage bizarre, des cerfs  tte singulire tus
par le Roi, ce dessinateur de tous les animaux inconnus et tranges
arrivant  la mnagerie de Versailles. Ce sont de pittoresques
accumulis de poissons qui lui faisaient faire, au dire des Mmoires
des Acadmiciens, dix voyages  Dieppe pour les dessiner dans toute
leur fracheur; ce sont de ces _buffets_ ou de ces dispositions de
deux pices de gibier, accroches  un clou au-dessus d'une tablette
garnie de victuailles ou d'accessoires, d'une touche de crayon qu'on
supposerait tre celle de Chardin; ce sont de savantes tudes de
chiens, de la grosse bte chasse par la vnerie royale, etc. Et mme
le paysagiste n'est pas  ddaigner: ses dessins de grands parcs avec
un bout d'escalier, avec un angle de terrasse  balustres, se font
remarquer tout de suite par une connaissance de l'anatomie de l'arbre,
une science de ses embranchements, et encore par un clairage du
dessous des grandes futaies qui n'appartiennent qu' Oudry.

A propos des dessins  la sanguine d'animaux d'Oudry, on doit se dfier
de certains dessins un peu dans sa manire, mais d'un crayonnage plus
maigre, et qui sont du nomm Dugommer; quant  ses paysages  la pierre
d'Italie, sur papier bleu, il faut prendre garde  quelques dessins de
Pierre, moins libres cependant que ceux d'Oudry, mais qui a travaill
d'aprs nature  Arcueil, dans l'ancien parc du prince de Guise, et
reproduit les mmes motifs que son confrre. Enfin il ne faut pas
craindre d'acheter des paysages d'Oudry dans lesquels se promnent des
personnages de l'Empire: un marchand du commencement du sicle qui en
possdait un certain nombre, ayant eu, pour les vendre, l'ide de faire
peupler leur vide et leur solitude, par un artiste contemporain dont on
m'a dit le nom que j'ai oubli.

  --Un chien barbet surprenant un cygne sur ses oeufs.

  Dessin sur papier bleu, lav  l'encre de Chine, rehauss de
  gouache.

  Sign: _Oudry fecit pour prsent_.

  Dessin du tableau expos au Salon de 1742 et peint pour la salle
   manger de M. Bernard l'an.

      H. 35, L. 40.

  --Attaque d'un loup par trois dogues.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de blanc
  et de quelques touches de pastel.

      H. 44, L. 27.

  --Dans l'angle ruineux d'un parapet donnant sur la mer, un
  amoncellement de poissons surmonts d'un congre et d'une anguille
  de mer ficels  un clou; sur le parapet, un perroquet.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Sign  la plume: _Oudry, 1740_.

  Vente Andreossy.

      H. 31, L. 43.

  --Un baquet dbordant de poissons de mer rpandus  terre; sur un
  bout de mt o sche un filet, un perroquet.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Sign  la plume: _Oudry, 1740_.

  Vente Andreossy.

      H. 31, L. 40.

  --Un canard et un livre accrochs  un clou; en bas, des
  bouteilles, du pain, du fromage.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Dessin du tableau peint pour le dessus de chemine de M. Jombert,
  libraire, et expos au Salon de 1742.

      H. 39, L. 22.

  --Dans une niche de buffet, un faisan et un livre accrochs
   un clou; sur la tablette, gigot, volaille pique, cardons,
  bouteilles et panier.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Sign: _J. B. Oudry, 1743_.

  Dessin du tableau fait pour la salle  manger de M. Roettiers,
  orfvre du Roi, et expos au Salon de 1753. Il y a quelques
  changements dans les accessoires.

      H. 35, L. 26.

  --Un chien  ct d'un tabouret de canne o sont poss une
  musette, des estampes, un livre.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Dessin du tableau pour devant de chemine expos au Salon de 1742
  et acquis par M. Watelet. Le tableau est aujourd'hui au chteau
  de Jeand'heurs appartenant  M. Lon Rattier.

      H. 24, L. 33.

  --Vue d'un parc termin par une terrasse  balustres donnant sur
  une rivire.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

  Sign: _J. B. Oudry, 1744_.

  Vente Guichardot.

      H. 32, L. 53.


PAJOU (_Augustin_). Un sculpteur qui dessine avec le pittoresque, le
_brio_ d'un dessinateur de profession. Ses dessins, qui ne sont pas
trs communs, sont gnralement lavs d'un chaud bistre sur un trait de
plume.

  --Projet d'une fontaine  ttes de bliers et  godrons,
  surmonte d'un cygne, et dont la panse, o deux amours
  s'embrassent, est soutenue par deux satyres. Le socle est form
  par trois cariatides  queue de serpent.

  Bistre sur trait de plume.

  Sign: _Pajou_.

  Vente Tondu.

      H. 32, L. 18.

  --Projet de brle-parfum, au couronnement form d'un amour et de
  deux satyres.

  Bistre sur trait de plume avec rehauts de blanc de gouache.

      H. 14, L. 18.

  --Dans un fronton, accoudes  un cusson vide et couronn de
  fleurs de lys, les figures de la Prudence et de la Libralit.

  Sanguine.

  Ce dessin, trs termin, est le projet dfinitif, et tel qu'il a
  t excut, du fronton du pavillon de droite du Palais-Royal,
  sur la place.

      H. 22, L. 59.


PARIZEAU (_Ph.-L._). Des dessins de paysage o tout est gracieux: les
arbres, les btes, les paysans.

  --Une chaumire, o une femme, assise dans la baie de la porte,
  est entoure de petits enfants jouant sur le seuil.

  Sanguine.

  Sign sur le mur de la chaumire: _Ph. L. Parizeau_, 1775, _prs
  Longjumeau_.

  tude par Parizeau, dans un voyage avec Wille, et dont Wille
  donne les tapes dans ses Mmoires,  la date du 3 septembre
  1775.

      H. 18, L. 43.


PARROCEL (_Charles_). Le peintre de l'entre de l'Ambassadeur turc, le
coloriste, dont les yeux semblent avoir toujours gard la mmoire de
ces tableaux de Bourguignon faits sur cuir dor, et o l'or, pargn
par la peinture, faisait les cuirasses; le dessinateur dont la plume et
la sanguine ont une sorte de _furia_, le croqueur instantan habitu 
saisir le galop d'un cheval, et qui, en ses htifs et cursifs et carrs
dessins, rencontra quelquefois de petits cavaliers au torse superbe,
aux pans d'habits renfls, qui ont quelque chose du crayonnage de
Watteau.

  --La course de la bague, avec la _tte du pistolet_, _la tte de
  l'pe_, _la tte de lance_, _la tte de Mduse_, etc.

  Sanguine.

  Grav  l'eau-forte par Parrocel, en rduction et avec quelques
  petits changements dans l'cole de cavalerie par M. de la
  Guerinire, vol. Ier, p. 30.

  Vente Le Bas, o ce dessin tait catalogu sous le n 37.

      H. 26, L. 46.

  --Un palefrenier trillant un cheval.--Une choppe de
  regrattier.--Un marchal-ferrant travaillant la mchoire d'un
  cheval.

  Lavis d'encre de Chine sur trait de plume.

  Ces trois dessins sont gravs dans une suite d'aprs le Matre.

      H.17, L. 13.


PATER (_Jean-Baptiste_). En dpit de la disproportion des parties d'un
corps, d'un dgingandement parfois singulier de ses figures dessines,
Pater est le dessinateur qui approche le plus de son Matre. Il ne vous
trompera pas avec un de ses trois crayons,--l Watteau dfie tout le
monde;--mais le plus fin connaisseur pourra tre pris  un croquis,
 un croqueton  la sanguine, tant l'lve s'est assimil le jet et
le ressentiment du contour de Watteau. Disons ici que c'est tout 
fait une raret que de rencontrer un dessin qui soit la premire ide
presque complte d'un tableau de Pater; on ne connat gure de lui
que des tudes de figures isoles. Sous le nom de Pater je catalogue,
avec une espce de certitude, un lavis dont pour moi le pointillage
du pinceau a la plus grande analogie avec le faire du crayonnage du
dessinateur; toutefois, pour affirmer d'une manire positive mon
attribution, il aurait fallu voir des lavis de ce matre parfaitement
authentiques, et je n'en connais pas.

  --Un couple assis sur un tertre et devisant; dans le fond, 
  gauche, un galant dont la tte n'est indique que par un ovale,
  caressant la gorge d'une femme qui se dfend.

  Dessin aux trois crayons sur papier chamois.

  Premire ide du tableau grav par Filleul, sous le titre:
  L'AMOUR ET LE BADINAGE.

      H. 25, L. 31.

  --Prs d'une niche,  la sculpture rocaille, et d'o tombe un
  filet d'eau, un ngrillon pose un djeuner de porcelaine sur un
  guridon, plac devant une dame  l'ample robe. A ct de la
  femme se tient debout, le bras appuy au pidestal d'un grand
  vase, un homme en robe de chambre un bonnet de coton  fontange
  sur la tte; plus loin un gentilhomme, son chapeau sur la cuisse,
  est assis sur un tabouret.

  Dessin  l'encre de Chine, dessin et lav au pinceau sur papier
  bleu.

  Vente Thibaudeau, o il tait catalogu sous le nom d'Eisen pre.

      H. 27, L. 38.


PERRONEAU (_Jean-Baptiste_). Un grand pastelliste injustement sacrifi
par Diderot  La Tour, et dont la prparation de Laurent Cars, au
Louvre, donne la plus haute ide. Perroneau est plus naturellement
coloriste que La Tour; il est, dans sa peinture de poussire colore,
tout plein de tons clairs, frais, presque humides. Certes son heureux
rival a une science anatomique et physiognomique d'un visage bien
suprieure  la sienne, mais trop souvent ses tons sont fatigus, ne se
montrent plus entiers, et jamais, au grand jamais, il ne s'est lev 
ces clarts d'une figure faites de la pose franche de touches de bleu,
de vert, balafrs de rose, et qui ont la plus grande parent avec la
couleur  l'huile des portraits de Reynolds, des portraitistes anglais
de la fin du XVIIIe sicle.

  --Louis Claude, comte de Goyon de Vaudurant, sous-gouverneur de
  Bretagne, coiff  l'oiseau royal; il est en habit de velours
  noir, jabot de dentelle, gilet de soie  fleurettes travers par
  le cordon rouge de commandeur de l'ordre de Saint-Louis.

  Pastel sur peau vlin.

  Provient de la collection du docteur Aussant de Rennes, o il
  tait attribu  La Tour. Ce pastel, qui a tous les caractres
  du faire de Perroneau, n'a pu tre excut par La Tour qui, dj
  un peu fou, ne travaillait plus  l'poque, o M. de Goyon tait
  nomm commandeur de l'ordre de Saint-Louis.

      H. 71, L. 58.


PIERRE (_Jean-Baptiste Marie_). Le remplaant et le continuateur de
Boucher, un dessinateur dont les dedans sont un peu vides, mais un
contourneur lgant et joliment manir de l'humanit de son temps.
Ses femmes nues sont trs dsirables avec leur petite gorge drue, leur
corps allong dans la rondeur, leur derrire en poire, et l'lve de
Natoire n'est point encore trop maladroit au tortillage d'une toilette
d'homme ou de femme de son temps. Ce dessin du Peintre sicilien
catalogu plus bas, je me vois toujours l'achetant, au temps des
ventes fastes et secourables aux dsargents, en cette vieille maison
du fond de la rue de Vaugirard, cette maison toute bonde de dessins
et de gravures, et o les lots de choses d'art semblaient ne pouvoir
s'puiser: la maison de Villenave. Je le payais, mon Pierre, je
crois, quelque chose comme 7 francs, et je l'achetais aux cts de M.
Reiset, qui, encore plus heureux que moi, acqurait l, pour moins de
cent francs, deux Watteau qui sont aujourd'hui deux des joyaux de la
collection du duc d'Aumale.

  --Le gentilhomme Adraste aux genoux de l'esclave grecque dont il
  vient d'baucher le portrait.

  Dessin sur papier blanc  l'encre de Chine, rehauss de blanc de
  gouache.

  Sign dans le dos d'une chaise: _Pierre_.

  Dans la marge du dessin est crit: LE SICILIEN. _Eh bien, allez,
  oui, j'y consens._

      H. 22, L. 27.

  --La Folie faisant fuir la Religion. En bas, un prtre renvers,
  un soldat se tordant les mains, un laboureur levant les bras au
  ciel, un magistrat  genoux regardant la Religion s'envoler.
  Allgorie satirique contre la philosophie et l'irrligion du
  ministre Maurepas, Sartine, Miromesnil.

  Dessin lav  l'encre de Chine relev de plume.

  Sign au crayon dans la marge de l'ancienne monture: _Pierre, le
  merc(redi) 1er fvrier 1775_.

      H. 32, L. 27.

  --Une jeune femme vue de dos, peignant un paysage pos sur un
  chevalet.

  Sanguine.

  Sign  l'encre: _Pierre_.

      H. 23, L. 18.


PILLEMENT (_Jean_). Un chinoiseur faisant de la chinoiserie rococo au
got du temps, et de petits paysages proprets avec un crayon taill
menu, menu, menu.

  --Un pont  l'arche de pierre rompue et remplace par une
  passerelle en bois; au premier plan, un homme mont sur un ne
  qu'il pousse  coups de bton.

  Dessin  la pierre noire.

  Sign: _J. Pillement, 1769_.

      H. 16, L. 23.

  --Une masure au bord d'une rivire; sur une estacade une femme
  qui file debout, la quenouille  la main.

  Dessin  la pierre noire.

      H. 16, L. 23.


PORTAIL (_Jacques-Andr_). Des deux crayons ayant l'air de dessins de
la vieillesse de Watteau--qui n'en eut pas,--des dessins hsitants,
ttonns, et comme tracs par des doigts un peu tremblants, et jamais,
sans cette belle audace mme dans la maladresse, qu'ont parfois
et Pater et Lancret; des dessins cependant tout pleins, dans une
interprtation ingnue et plaisamment maladroite, de la physionomie
du XVIIIe sicle. Longtemps ces deux crayons se vendaient sans
qualification. Ce n'est qu'en 1851,  la vente du baron de Silvestre,
que l'apparition d'une dizaine de ces dessins, sauvs des soixante-neuf
ramasss par son grand-pre, le Matre  dessiner des enfants de
France, rapprenait aux amateurs et aux marchands le nom du _bonhomme_
Portail. On remarquera qu'en gnral les dessins de Portail sont
seulement  la sanguine et  la pierre noire sans mlange de craie.
Indpendamment de ces deux crayons, Portail, dont le titre tait
peintre de fleurs, a excut,  l'aquarelle et  la gouache, de
nombreuses et savantes tudes de fleurs, de plantes mme de lgumes,
dont quelques-unes, indpendamment d'une srie de miniatures, passaient
 la vente de M. de Menars. Elles sont la plupart, maintenant, je
crois, en la possession du marquis de Chennevires.

  --Portrait du peintre, en buste, vu de trois quarts et tourn 
  gauche, la tte un peu souleve, une joue appuye sur sa main
  droite.

  Dessin  la pierre noire et  la sanguine avec quelques touches
  de lavis  l'encre de Chine.

  Une inscription d'une criture du temps porte dans la marge:
  _Dessin par M. Portail, de l'Acadmie royale de peinture et
  sculpture, premier dessinateur du cabinet du Roi, garde des plans
  et tableaux de la couronne_.

  Vente Aussant.

      H. 22, L. 17.

  --Deux ngrillons en costume de porte-queues de robes, et coiffs
  du casque  la moresque orn de panaches; ils sont accouds  une
  table de toilette, sur laquelle il y a poss un pot  l'eau et
  une cuvette.

  Dessin  la sanguine et  la pierre noire.

      H. 27, L. 25.

  --Une dame en grands paniers, assise dans une chaise, une canne 
  la main, causant, la tte retourne, avec un gentilhomme appuy
  au dossier.

  Dessin  la sanguine et  la pierre noire.

  Collection Niel.

      H. 30, L. 24.

  --Un jeune homme assis, jouant de la flte, auquel un autre
  homme, appuy au dossier de sa chaise, prsente la partition.

  Dessin  la sanguine et  la pierre noire.

      H. 26, L. 22.

  --Jeune fille, vue  mi-corps, en dshabill et regardant dans
  son corset qu'elle soulve de ses deux mains.

  Dessin  la sanguine et  la pierre noire.

  tude pour la miniature portant le n 329 du marquis de Menars,
  ainsi dcrite: Une jeune fille assise et en dshabill. Elle
  ouvre sa chemise et parat y regarder attentivement.

      H. 26, L. 19.


PRUD'HON (_Pierre-Paul_). Le dernier dessinateur de la grce.

  --Accroupie sur ses pieds, un ruban lui servant de guides,
  Psych est trane par l'Amour  genoux et dont les mains sont
  enchanes derrire le dos.

  Dessin  la pierre d'Italie sur papier jauntre.

  Ce dessin est le modle du bras de fauteuil pour l'ameublement de
  l'impratrice Marie-Louise, fondu par Thomire.

  Porte la marque de M. His de la Salle qui avait fait un change
  avec Blaisot.

      H. 21, L. 36.


PUJOS. Le portraitiste de _Belle et Bonne_, dessinateur consciencieux,
appliqu, au crayonnage un peu froid, mais adroitement contre-taill.

  --Portrait de Sue, reprsent dans une houppelande  collet de
  fourrure, et tenant de la main gauche une tte de mort.

  Dessin  la pierre d'Italie.

  Dans la tablette de l'criture du peintre: SUE, CLBRE
  ANATOMISTE, et au-dessous: _Dessin par son ami Pujos en 1785_.

  Vente Cap.

      H. 19, L. 13.

  --Buste de femme, un pouf jet sur le haut des cheveux et coiffe
  avec deux coques derrire l'oreille. Elle est habille d'un
  peignoir bord d'une ruche, et  son cou se voit le cordonnet
  d'un mdaillon.

  Dessin sur papier jauntre  la pierre d'Italie, relev de craie.

  Sign dans la marge: _L. Pujos... en 1775_.

      H. 14, L. 14 (ovale).


QUEVERDO (_Franois-Marie-Isidore_). Le dessinateur, dont j'ai vu dans
ma jeunesse, chez Mayor, deux dessins qui, s'ils n'avaient t signs,
auraient t pris, par tout le monde, pour des Eisen,--le dessinateur
devenu, dans les dernires annes du XVIIIe sicle, l'affreux
illustrateur que l'on connat.

  --Le Coucher de la marie. Une femme entoure de ses chambrires,
  dont l'une tient une bougie, et qu'un homme agenouill sollicite
  d'entrer au lit.

  Lavis au bistre mlang de carmin et rehauss de blanc de gouache.

  Sign dans l'encadrement carr fait  l'ovale du dessin par le
  dessinateur: _Queverdo 1762_.

      H. 20, L. 18.

  --Dans un confessionnal fait en treillage et fleuri de plantes
  grimpantes et couronn de deux pigeons qui se becqutent, un
  moine confesse une jeune villageoise qui s'essuie les yeux,
  tandis que de l'autre ct son amoureux attend son tour. A droite
  et  gauche du dessin, un groupe de berger et de bergre, couchs
   terre, qui s'embrassent.

  Lavis de bistre sur trait de plume.

  Grav sans nom de dessinateur et de graveur dans les imageries de
  Basset, sous le titre de: LA BELLE PNITENTE, avec des vers au
  bas qu'on chantait sur l'air du _Confiteor_.

      H. 15, L. 28.


RANC (_Jean_). Peintre de portraits, lve de Rigaud. Il a laiss, de
ses portraits  l'huile, des tudes crayonnes aux ombres lgres et
comme effaces, et dont l'clairage de craie semble excut sur une
contre-preuve.

  --Une vieille femme, au triple menton,  la coiffure basse, un
  pan de draperie jete sur l'paule droite. Elle est reprsente
  vue de face dans le cadre d'un oeil de boeuf architectural.

  Dessin sur papier bleu,  la pierre d'Italie, rehauss de craie.

      H. 23, L. 17.


ROBERT (_Hubert_). L'artiste qui a invent la ruine _spirituelle_, le
crayonneur agrable, l'aquarelliste  l'aquarelle  la fois dlicate et
dcoratoire. En dehors de ses villas italiennes, Hubert Robert a donn,
sur notre ancien Paris, quelques dessins inspirs par une dmolition,
par un incendie, par une catastrophe montrant le monument ruineux et
pittoresque, dessins o il apporte son talent prime-sautier dans
la reprsentation de localits qui ne sont gure peintes que par un
Raguenet.

  --Un portique de villa italienne surmont d'une terrasse, et
  dans la niche duquel tombe l'eau d'une fontaine. Un gentilhomme,
  le chapeau sous le bras, et donnant le bras  une dame en mante
  noire, s'apprte  monter un escalier s'ouvrant entre deux
  statues antiques; au premier plan, une femme puise de l'eau
  dans un chaudron, prs d'une mre qui tient son enfant par les
  lisires.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Sign: _H. Robert 1763_.

      H. 34, L. 21.

  --Jardin d'une villa italienne, o un escalier, au bas duquel est
  couch un Fleuve sur son urne, mne  une fontaine monumentale
  retombant en cascade; en bas, le long d'un mur, aux bas-reliefs
  encastrs, deux femmes arrangent des arbustes dans de grands pots
  de terre rouge.

  Aquarelle.

  Sign: _H. Robert fecit 1770_.

      H. 21, L. 22.

  --Escalier monumental que gravit une Italienne, son enfant sur le
  bras; au premier plan prs d'un sphinx de bronze vert jetant de
  l'eau dans une vasque, une femme, accoude sur une borne, tient
  un petit chien dans ses bras.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Sign: _H. Robert_.

      H. 33, L. 28.

  --Vue de l'intrieur d'un cellier romain o un gros chien a pour
  niche un tonneau; une femme, un marmot sur le bras, monte un
  escalier, o un enfant, assis sur une marche, mange sa soupe.

  Croquis sur un large frottis de sanguine, lav de bistre et
  relev de plume.

      H. 36, L. 47.

  --Vue, prise sous une arche du Pont-Neuf, du Pont-au-Change
  tout charg de maisons; une grande estacade  droite au pied de
  laquelle sont amarrs des bateaux; au premier plan, un groupe de
  trois hommes dont l'un tient une ligne.

  Croquis  la pierre noire.

  Portant la marque FR.

      H. 31, L. 46.

  --Vue de l'Htel-Dieu, aprs l'incendie de 1772; une chelle est
  applique contre l'arceau du milieu; au premier plan, un groupe
  de deux femmes et d'un homme.

  Sanguine.

      H. 28, L. 36.

  --Vue de la dmolition du cimetire des Innocents. Par la baie
  d'une arche ogivale, on aperoit une tour au-dessus du clotre
  dont la partie suprieure est dj dmolie; au milieu de la cour,
  amoncellement de poutres et de dbris; au premier plan, un homme
  regardant appuy sur le mur d'appui.

  Sanguine lave d'encre de Chine, releve de plume et rehausse de
  blanc de gouache.

      H. 37, L. 29.


SABLET _le jeune_. Des dessins nobles, des tudes d'aprs nature qui
rappellent des acadmies d'atelier.

  --Une vieille femme aux pieds nus, en costume de la campagne
  romaine, reprsente de profil, tourne  gauche et tendant la
  main.

  Lavis  l'encre de Chine.

      H. 35, L. 27.


SAINT-AUBIN (_Gabriel_). Un gribouilleur de gnie, dans les
croquis, les croquetons duquel il serait possible, en les gravant,
de reconstruire une _Illustration_ du XVIIIe sicle, qui aurait
ses lgendes toutes faites avec le bavardage crit de la main de
l'artiste-croqueur, en marge, au dos, au revers, et mme  travers le
crayonnage et la peinturlure de ses dessins d'aprs nature.

  --Portrait d'Augustin de Saint-Aubin enfant, dormant tout habill
  sur un tabouret; dans le coin,  gauche, une rptition plus
  tudie de la tte du dormeur.

  Dessin  la pierre noire.

  Au dos, de la fine criture d'Augustin: _tude faite d'aprs
  nature par Gabriel de Saint-Aubin en 1747 d'aprs son frre
  Augustin qui lui servait de modle_[32].

      H. 21, L. 19.

    [32] Le couteau maladroit du monteur de dessins a rogn la
    premire ligne de cette note.

  --Portrait de Louis XVI dans un cadre, au bas duquel jouent deux
  amours, au milieu d'attributs et de mdaillons reprsentant des
  pisodes de la vie du monarque.

  Dessin sur papier jauntre, au crayon noir et frott de blanc,
  sign: _Gabriel de Saint-Aubin f. 1770_. Il a crit en bas:
  LOUIS-AUGUSTE, DAUPHIN DE FRANCE. _Mari le 16 may 1770_, et
  ajout plus tard: ROI _le... 1774_.

      H. 33, L. 22.

  --Deux tudes du portrait de Young.

  L'une reprsente l'crivain dans un mdaillon, au bas duquel est
  une lampe, un sablier et une tte de mort servant d'encrier;
  l'autre le montre dans un mdaillon soutenu par un Gnie, avec au
  bas une Muse la tte voile de noir, une plume  la main.

  Le premier dessin est  la pierre d'Italie et  la sanguine
  relev d'encre; le second est  la pierre d'Italie.

  Tous les deux sont signs. Le second porte au bas trois lignes au
  crayon, qui commencent ainsi: _Gabriel de Saint-Aubin l'ami de
  Young_...

  Le premier a t grav par Augustin de Saint-Aubin, en tte de la
  traduction des Nuits de Young, par Letourneur, 1770.

      H. 14, L. 8.

  --La Vierge exposant l'Enfant Jsus  l'adoration d'un moine et
  d'une soeur. Le sujet principal est entour de quinze petits
  mdaillons  la plume, reprsentant quinze pisodes de la vie du
  Sauveur.

  Dessin lav sur crayon noir  l'encre de Chine.

  Sign: _G. d. S. A._

  Vente Prignon.

      H. 20, L. 18.

  --Matathias renversant les idoles et massacrant les prtres.

  Dessin  la plume, lav d'aquarelle avec rehauts de gouache.

  Vente Prignon.

      H. 17, L. 23.

  --La mort de Germanicus.

  Dessin  la plume, lav sur frottis de sanguine, et rehauss de
  gouache.

  Grav sous le n 44 de l'illustration faite par Gabriel
  Saint-Aubin de l'Abrg d'histoire romaine, publi chez Nyon.

      H. 21, L. 16.

  --Une chsse promene  la porte d'une glise par le clerg.

  Dessin  la pierre noire, relev de plume.

  Projet de tableau, ainsi que l'indique la mention de _14 pieds_,
  crite en bas, au crayon, par Gabriel de Saint-Aubin.

      H. 5, L. 10.

  --Les Dimanches de Saint-Cloud.

  Dans une alle de boutiques, au milieu du cercle fait par la
  foule, un homme et une femme dansent aux accords d'un joueur de
  violon et d'un harpiste.

  Bistre relev de plume.

  Sign au bas,  gauche: _Gabriel de Saint-Aubin del._, et sur le
  toit d'une boutique: _Vu  Saint-Cloud le 12 septembre 1762. G.
  de S. A._

      H. 20, L. 28.

  --Vue du Pont-Neuf et de la Samaritaine prise au quai de la
  Mgisserie  l'poque o se construisaient, sur les demi-lunes du
  pont, les _gurites_ dont la location fut afferme par le Roi, au
  profit des veuves de l'Acadmie de Saint-Luc. Sur le premier plan
  un march aux fleurs, une rixe de femmes, un groupe de racoleurs.

  Dessin  la sanguine et  la pierre noire, accentu de plume.

  Sign: _G. de Saint-Aubin 1775_.

  Ventes Brunn-Neergaard, Sylvestre[33].

      H. 23, L. 38.

    [33] Il existe un faux dessin de ce sujet, ou du moins un
    dessin qui a t pouss au fini, sur un lger croquis de
    Gabriel.

  --Pitres de parade se fendant pour un assaut, gros abb le nez
  en l'air, vieillard vu de dos dans un grand manteau, savoyard
  sautillant sur un pied, femme assise sur un banc soulevant son
  enfant pour voir.

  Feuille de croquis sur papier gristre,  la pierre noire,
  rehausss de blanc.

  tude pour la Vue des Boulevards de Gabriel de Saint-Aubin,
  grave sans titre par Duclos.

      H. 43, L. 26.

  --Deux vues du Wauxhall.

  Dessin  la plume sur un dessous de crayon lav.

  Sur l'un de ces dessins on lit, de l'criture de Saint-Aubin:
  _Vue du salon des Muses faite au Wauxhal par Gabriel de
  Saint-Aubin, 1769, avec indication de caf turc et de
  restaurateur_.

      H. 5, L. 10.

  --Vue des tables d'un caf des boulevards, devant lequel dfilent
  des carrosses.

  Croquis au crayon noir rehauss de blanc.

  Vente Prignon.

      H. 14, L. 19.

  --Dans le fond l'cole-Militaire, au premier plan une foule
  immense regardant, du quai, un bateau au milieu de la Seine.

  Dessin  l'aquarelle repris de plume.

  En bas, de l'criture du dessinateur: _Bateau insubmersible de M.
  de Bernire prouv le 1er aot. Gabriel de Saint-Aubin, 1776. Le
  vritable honneur est d'tre utile aux hommes. Pour la socit
  tablie  cette fin, 1776._ (Voir sur cette exprience les
  Mmoires de la Rpublique des lettres  la date du 4 aot 1776.)

      H. 19, L. 14.

  --Un laboratoire de chimie, au manteau du fourneau dcor
  d'une figure allgorique prsentant un miroir  Vulcain.
  Au-dessous sont groups, autour d'une table, des savants, des
  femmes, des abbs, au milieu desquels on remarque un seigneur
  au grand cordon en sautoir. Un homme tient une cornue entre
  ses mains. C'est sans doute la chambre d'exprimentation du
  chimiste-amateur, le duc de Luynes, o se lit sur une porte
  sculpte: _Au Sage_.

  Dessin  la pierre noire, relev de quelques coups de plume.

  Sign: _G. S. A. 1779_.

  Vente Prignon.

      H. 18, L. 12.

  --Sous un ciel, o les Naades versent la pluie avec des
  arrosoirs, et o les Vents soufflent la tempte, des jouteurs de
  rgates de la Seine s'avancent, leurs lances de bois appuyes sur
  la cuisse. Au premier plan, un cabriolet stationnant  ct d'une
  ancre.

  Dessin  la pierre noire, relev de plume, lav d'aquarelle et de
  gouache dans le ciel.

  Sign: _G. de S. A._

  Vente Prignon.

      H. 22, L. 18.

  --Danse d'hommes et de femmes dans des arbres, au pied de
  statues, avec un fond de ciel qui semble clair d'illuminations
  et de lueurs de feux d'artifice.

  Dessin sur papier gris  la pierre noire, rehauss de craie et de
  quelques touches de pastel dans le fond.

  On lit dans le ciel de ce dessin reprsentant sans doute quelque
  rjouissance publique: _le Retour dsir_.

  Vente Prignon.

      H. 22, L. 28.

  --Le Salon de 1757. Plusieurs personnes, parmi lesquelles se
  trouve un Turc, sont arrtes devant une statue de Vnus.

  Dessin  l'encre de Chine sur trait de plume.

  En bas, au crayon de la main de Gabriel: _Salon de 1757, figure
  de M. Mignot_. C'est la figure ainsi mentionne au livret de
  l'exposition: Vnus qui dort. Cette figure est de la mme
  proportion que l'Hermaphrodite antique et doit faire son pendant,
  par M. Mignot, agr.

      H. 14, L. 16.

  --Une jeune femme dessinant dans un atelier une statuette de
  Vnus, pose sur un guridon. Un peintre, la main qui tient sa
  palette, pose sur l'paule de la femme, lui indique, de son
  autre main, une correction.

  Dessin sur papier jauntre  la pierre noire, clair d'un
  frottis de craie.

      H. 21, L. 15.

  --Trois jeunes filles dessinant sur un coin de table.

  Dessin  la pierre noire, relev de plume.

  On dchiffre  peu prs, sur ce dessin, de la main de Gabriel:
  ... _Pour Mme J. G. Colignon de Freneuse_; et en bas, sous la
  jeune fille de premier plan: _pied en l'air_.

      H. 17, L. 11.

  --Dans un appartement aux lambris sculpts, au mobilier
  somptueux, un commissaire verbalisant avec son clerc  une table,
  tandis qu'un soldat aux gardes saisit dans un secrtaire une
  bote, en prsence d'un homme en robe de chambre et en bonnet de
  coton.

  Lavis  l'encre de Chine sur un frottis de sanguine.

  Portant la marque du chevalier Damery.

      H. 24, L. 19.

  --Une femme donnant de la bouillie  un enfant, renvers sur ses
  genoux.

  Dessin sur papier bleu  la pierre noire, rehauss de craie.

  Sign: _G. de S. A. 1773_.

      H. 28, L. 20.

  --Une femme assise, un pied sur un tabouret, lisant dans un livre.

  Contre-preuve d'un dessin  la pierre noire, avec, en marge de
  la femme, des croquetons  la plume et au crayon.

      H. 23, L. 18.

  --Deux hommes assis sur des chaises,  l'entre d'une grande
  alle d'arbres;  ct d'eux deux femmes couches  terre.

  Dessin  la pierre noire, lav d'encre de Chine et d'une
  coloration bleutre. Au dos du dessin, croquis de statue  la
  plume et tte d'homme baiss et paysage au crayon.

      H. 18, L. 11.

  --L'tude et les Amours cherchant  arrter le Temps, un pied
  pos sur les constitutions des Jsuites.

  Dessin estomp au crayon noir.

  Sign: _G. de S. A._

  Ce grand dessin acadmique, dont le dessinateur semble avoir eu
  une sorte d'orgueil, porte en bas, de la main de Gabriel: _Bon 
  coler derrire mon portrait_.

      H. 54, L. 43.

  --Un Gnie ail,  la main une trompette de Renomme, montrant un
  portrait laur, et repoussant du pied l'Envie et la Haine.

  Dessin lav de bistre sur papier bleu, rehauss d'aquarelle et de
  gouache.

  Sign: _Gabriel de Saint-Aubin f._ avec la mention: POUR LE
  PRINCE DE LA PAIX.

  Vente Peltier.

      H. 24, L. 21,

  --La Ville de Paris, figure par une desse tenant une rame, et
  montrant  une femme qui serre deux enfants sur sa poitrine,
  la colonne de l'htel de Soissons, encastre dans les nouvelles
  Halles aux grains et aux farines. En haut, un petit dessin
  architectural de l'encastrement.

  Dessin au crayon et  la plume, lav de bistre et d'encre. Au
  revers, sur un fond aquarell de bleu, le crayonnage d'un homme
  assurant un lorgnon dans son oeil,  ct d'un autre homme couch
  sur un banc; autour d'eux, plusieurs objets d'art.

  Nombreuses critures sur le dessin du recto, et au verso,  ct
  d'une petite statuette religieuse, deux fois dessine: _Bronze 
  Saint-Jean par..... le 1er octobre 1769_.

  Allgorie relative  l'rection de la colonne donne par
  Bachaumont  la ville de Paris, et dont le dessin destin aux
  trennes franoises dont Gabriel Saint-Aubin a fait presque
  toute l'illustration, a t remplac par un Gravelot.

      H. 18, L. 12.

  --tudes d'amours pour un plafond, avec la composition du milieu
  cherche deux fois, d'une manire diffrente.

  Dessin moiti  la sanguine relev de plume, moiti au lavis
  d'encre de Chine sur crayonnage  la pierre noire.

  Sign: _G. de Saint-Aubin_, 1779.

  Ce dessin porte en bas de la main de Gabriel: _pour le plafond
  de....._ Serait-ce un plafond pour l'htel de M. d'Angiviller,
  dont le nom se trouve dans un cartouche sur lequel est assis un
  amour?

      H. 18, L. 14.

  --Prs d'une femme, un personnage grotesque et coiff d'une
  calotte, tenant renverse une marotte  laquelle se suspend un
  amour.

  Dessin  la pierre noire.

  Sign: _G. de S. A._ et griffonn, en marge, de chiffres,
  d'critures, d'adresses, de recettes de peinture.

  Vente Prignon.

      H. 18, L. 13.

  --Dans un appartement  colonnes et o la porte est surmonte
  d'un groupe de deux amours, deux hommes causant debout, une main
  de l'un pose sur la main de l'autre.

  Dessin  la pierre d'Italie, relev de quelques traits de plume.

  Sign: _G. de Saint-Aubin del._

  Grav par Augustin de Saint-Aubin pour L'INTRT PERSONNEL, _acte
  II, scne II_.

      H. 12, L. 7.

  --Neuf compositions pour l'illustration de _Zadig_ de Voltaire.

  Gribouillis  la plume, dont un seul est lgrement lav d'encre
  de Chine.

      H. 10, L. 8 (forme ovale).

  --Trois dessins d'armoiries: deux diffrents pour les armes
  de Madame de Pompadour, un pour les armes de son frre, M. de
  Marigny.

  Trois dessins au crayon,  la plume, lavs d'encre de Chine, sur
  papier et sur peau vlin.

  Sign au bas des deux poissons de Marigny: _G. S. A._

      H. 6, L. 12.


SAINT-AUBIN (_Augustin de_). Un cadet moins peintre, moins savant
dessinateur, moins artiste que son an, mais dou d'un contour de
grce, d'une suavit de dessin, d'une nave _galantiste_ d'art, qui
en fait le peintre de la volupt de la femme de son temps. Pour le
juger compltement, il faudrait qu'un habile fureteur dterrt les
originaux de son Bal par et de son Concert bourgeois, ces deux
reprsentations typiques du monde du XVIIIe sicle, exposes au Salon
de 1773, et faites avec ce joli procd qui lui russit si bien: un
doux crayonnage balay d'un nuage d'aquarelle. Dans l'ordre de ces
dessins de vapeurs, et parmi lesquels je citerai la premire ide de
Au moins soyez discret, c'est dans un certain vague  peine color
d'aquarelle ou de pastel, comme la ple vision d'une femme rose,
entrevue dans un rve amoureux.

  --Portrait  mi-corps et de profil, du dessinateur  l'ge de
  vingt-huit ans. Il a les cheveux en accommodage du matin, un
  carton sur les genoux, un porte-crayon au bout de sa main droite,
  leve et tendue. Au fond, sur un chevalet, une toile reprsentant
  une nudit mythologique.

  Bistre sur trait de plume.

  Sign: _Aug. de Saint-Aubin del. 1764_.

  Vente Renouard.

      H. 19, L. 14.

  --Portrait d'une jeune femme de profil, tourne  gauche, aux
  cheveux bouffants et retombants, serrs par un ruban au sommet de
  la tte, un collier de perles au cou, un fichu lchement nou sur
  le dcolletage de sa poitrine.

  L'encre de Chine, releve de quelques petits traits de plume, est
  lgrement lave d'aquarelle.

  Sign au crayon dans le cercle blanc de l'ovale: _A. de
  Saint-Aubin, 1780_.

  Au dos, d'une criture du temps: _Aime Louise Chevrau de
  Moussy_[34].

      H. 12, L. 10 (ovale).

    [34] Les Mmoires de Maurepas donnent cette madame de Moussy
    comme matresse  d'Argenson, le ministre de la guerre.

  --Portrait d'une jeune femme de profil, tourne  droite,
  coiffe en chien couchant. Elle a une perle longue  l'oreille,
  et ses paules dcolletes sortent d'une robe jaune.

  Dessin  la mine de plomb, lgrement lav d'aquarelle et relev
  de pastel.

      H. 17, L. 14 (ovale).

  --Portrait d'une femme ge, vue de trois quarts, en cheveux
  relevs et surmonts d'un pouf. Un fichu de mousseline est jet
  sur ses paules.

  Dessin  la pierre noire et  la mine de plomb, rehauss de
  sanguine dans la figure.

      H. 18, L. 13.

  --Portrait de femme, reprsente la tte renverse, les cheveux
  pars, les yeux au ciel, la gorge nue  demi voile par une
  vapeur d'encens.

  Sanguine.

      H. 16, L. 13.

  --Jeune femme debout, un petit tablier sur sa robe, les bras
  nus croiss, et les mains enfonces dans les engageantes de ses
  manches. Derrire elle, un intrieur de chambre, o se voit une
  console au-dessous d'une glace.

  Au dos, de l'criture d'Augustin: _tude d'aprs Mlle L. G.
  dessine par Aug. de Saint-Aubin, 1763_.

      H. 21, L. 13.

  --Une femme jouant de la harpe et chantant.

  Mine de plomb reprise de plume.

      H. 17, L. 10.

  --Une petite fille, assise dans un grand fauteuil de paille, et
  lisant un livre qu'elle tient de ses deux mains entrecroises; 
  terre, une poupe.

  Mine de plomb.

      H. 19, L. 13.

  --Une femme en corset, en camisole qu'elle ramne sur un de ses
  seins, envoyant un baiser du bout des doigts.

  Mine de plomb lgrement aquarelle sur la figure.

  Premire ide du dessin grav par Augustin de Saint-Aubin, sous
  le titre de: _Au moins soyez discret_.

      H. 21, L. 16.

  --Dame habille, vue de face; un bras pass derrire son dos.
  Coiffure de fleurs et de plumes, robe violette avec noeuds,
  glands, barrires et volants jaunes; gants montant jusqu'aux
  coudes.

  Aquarelle sur dessous de mine de plomb.

  Grav dans la Gallerie des Modes et Costumes franais dessins
  d'aprs nature et publie par Esnauts et Rapilly, grav par
  Dupin fils sous le n 360, avec la lgende: _Grande robe de cour
  garnie de gazes entrelaces et de guirlandes....._

      H. 25, L. 18.

  --Dame habille, vue de face, la tte tourne de profil  gauche,
  une main appuye sur la hanche. Robe bleue falbalasse sur jupe
  rose  guirlandes de fleurs.

  Aquarelle sur dessous de mine de plomb.

  Grav dans la collection Esnauts et Rapilly, par Dupin fils,
  sous le n 375, avec la lgende: _Grande robe de cour 
  l'tiquette....._

      H. 25, L. 18.

  --Dame habille, de profil, tourne  gauche et tenant d'une
  main un ventail ferm. Corsage rose, retroussis bleu sur une
  jupe rose entr'ouverte sur un dessous  bordure jaune, brod de
  fleurettes.

  Aquarelle sur dessous de mine de plomb.

  Grav dans la collection Esnauts et Rapilly, par Dupin fils, sous
  le n 357, avec la lgende: _Robe asiatique orne de gazes et de
  guirlandes de chne....._

  Ces trois dessins de costumes d'Augustin de Saint-Aubin
  proviennent de la vente Hope.

      H. 25, L. 18.

  --Un commissionnaire, tenant de ses deux mains son chapeau contre
  sa poitrine.

  Mine de plomb.

  Grav par Augustin de Saint-Aubin, sous le n 4, dans la suite:
  _Mes gens, ou les Commissionnaires ultramontains_.

      H. 20, L. 14.

  --Trois petits garons jouant  la toupie, devant la colonnade du
  Louvre.

  Sanguine.

  Grav par Augustin de Saint-Aubin, sous le titre: LA TOUPIE, dans
  la suite: _C'est ici les diffrents jeux des petits polissons de
  Paris_.

      H. 17, L. 17.


SAINT-AUBIN (Mlle _Germain de_). Tous les hommes et toutes les femmes
de cette famille Saint-Aubin peignent et dessinent. Un curieux
document,  l'appui de cette assertion, est l'album possd par M.
Destailleurs, o les dessins de Gabriel et des Augustin sont entremls
des dessins de celui-ci et de celle-l, d'un neveu, d'une nice.

  --Portrait de Germain de Saint-Aubin, l'auteur des PAPILLONNERIES
  HUMAINES.

  Mine de plomb.

  Au revers du dessin, on lit: _Charles Germain de Saint-Aubin,
  dessinateur du Roy, n le 17 janvier 1721, dessin en 1761 par
  Mlle de Saint-Aubin pour M. Sedaine, son amy_.

      H. 11, L. 11 (ovale).


SAINT-QUENTIN. Un dessinateur  la fois mdiocre et facile, et dans
l'aquarelle duquel se glissent des bruns qui ne sont pas les roux d'un
coloriste.

  --A l'ombre d'un saule, un lavoir, dans le fond une charrette
  dtele et bascule ou jouent de petits paysans; au premier plan,
   ct d'une cuve  lessive, un homme baignant des enfants.

  Dessin lav  l'aquarelle lgrement gouache.

  Sign: _Saint-Quentin inv. f. 1764_.

      H. 23, L. 35.


SOLDI. Un Italien devenu franais, sduit par Chardin, et qui cherchait
 imiter ses sujets et sa manire dans des dessins chauds et blonds.

  --Dans un pauvre intrieur aux paniers pleins de linge, prs
  d'une table  repasser, o est appuy un petit garon, une jeune
  fille, accote  un cuveau, est gronde par une vieille femme,
  qui lui met sous le nez un linge dans lequel elle lui montre un
  trou.

  Dessin  la sanguine, lav d'encre de Chine, rehauss de blanc et
  repris de plume.

  Grav par Henriquez, avec un changement dans le petit garon,
  sous le titre: LA NGLIGENCE APERUE.


SWEBACH-DESFONTAINES (_Jacques_). Un dessinateur du soldat et des
foules, qui a des allumements de lumire assez gais, et de petites
adresses de plume et de pinceau parfois amusantes.

  --Vue d'un camp, o des fantassins et des hussards  cheval
  boivent, groups autour d'une vivandire,  la porte d'une
  baraque transforme en cabaret.

  Lavis  l'encre de Chine sur papier verdtre, rehauss de blanc
  de gouache.

      H. 24, L. 34.

  --Foule groupe devant les trteaux du thtre des Associs.
  Foule sortant de dessous l'auvent du thtre d'Audinot.

  Deux croquis lavs de bistre sur gribouillage de plume.

  On lit de la main de Swebach, sur le premier: _Assossis_; et sur
  le second: _Sortie de chs Odinot_ (sic).

      H. 11, L. 17.

  --Entre d'un caf  la devanture soutenue par des piliers
  de bois, garnis de jalousies, et sur la porte duquel on lit:
  CAF GODET[35]. Des hommes et des femmes, dans des costumes du
  Directoire, se pressent vers les tables en plein air. Devant le
  caf, un vielleur, une marchande d'oublies, de petits Savoyards.

  Aquarelle.

  Au dos du dessin, se lisait: _Sweback, 1798_.

      H. 14, L. 28.

    [35] Caf des boulevards, clbre par les batailles des
    Lafayettistes et des Maratistes au commencement de la
    Rvolution.


TARAVAL (_Hugues_). Le peintre dont on disait: Il a un trs beau
pinceau, et dont les dessins sont rares. Au fond un artiste qui est de
la monnaie de Boucher, mais avec des enveloppements moins ronds de la
forme, des ressentiments plus nature, et une certaine venust dans ses
figures de femmes.

  --Acadmie de femme agenouille, les mains jointes sous son
  menton.

  Dessin estomp aux trois crayons.

  Portant la marque _F. R._

      H. 29, L. 20.


SAUGRAIN (_lise_). De petites lumires papillonnantes, des eaux
gayes de reflets, des verdures bleutres, une nature couleur de
mousse et d'automne: c'est l la palette de cette lve de Moreau
l'an, qui gravait les gouaches de son Matre, avec cette mention au
bas de l'estampe: _lise Saugrain sculp. Moreau direxit_.

  --Un bouquet de saules au bord d'une rivire, dont les dtours et
  les sinuosits baignent de petites langues de terre et de petits
  lots verts.

  Aquarelle lgrement gouache.

  Sign: _Saugrain, 1767_.

      H. 21, L. 39.


SCHENAU. Encore un Allemand, et le plus Allemand de tous les Allemands
qui ont fait de l'art franais.

  --La matresse d'cole. Une vieille paysanne, entoure de petites
  filles et de petits garons, fait lire, dans un livre, un marmot
  juch sur une table, qu'elle tient entre ses bras contre sa
  poitrine.

  Dessin  l'encre de Chine lav d'aquarelle.

      H. 39, L. 27.


TAUNAY (_Nicolas-Antoine_). Un dessinateur, dont on ne rencontre
gure que des dessins et des illustrations de sa vieillesse, sans
grand accent du XVIIIe sicle. Et cependant,--dtail presque ignor
aujourd'hui,--il a t un moment un des plus lestes et des plus
pimpants gouacheurs du XVIIIe sicle, un gouacheur qui, sur la peau
vlin, a fait revivre la claire et ptillante peinture de Pater, avec
ses lumineux rveillons, avec ses allumements de couleurs tendres: les
cendres vertes, les vermillons, les jaunes de soufre.

  --Ouverture d'un chemin dans la campagne. Homme brouettant de
  la terre, charretier chargeant un tombereau de dblais, femme
  accroupie renversant une hotte, travailleurs dfonant la terre
   coups de pic; dans un coin, un individu dculott, faisant ses
  besoins dans un cours d'eau.

  Gouache sur peau vlin.

  Sign: _N. Taunay, 1784_.

  Rptition du tableau, que le Salon de la Correspondance, de la
  Blancherie, annonce expos, comme faisant partie du cabinet du
  comte de Coss, sous le titre: _Des travailleurs qui ouvrent un
  chemin dans une montagne_.

      H. 32, L. 25.

  --Juge reconduit chez lui aux flambeaux.

  Juge assis dans un fauteuil auquel on prsente de petits chiens.

  Dessins au bistre gouachs de blanc, l'un a t mis au carreau.

  Deux scnes de l'illustration des Plaideurs de Racine, pour une
  dition de Didot.

      H. 11, L. 8.


TOUZ. Dessinateur minutieux appliqu, un peu parent de
Duplessis-Bertaux, et dont le crayon, comme le sien, va naturellement
 la caricature. Je me trouve possder par hasard tous ses dessins
qui ont eu l'honneur de la gravure depuis son Charlatan et son
Conducteur d'ours acquis il y a bien des annes  une petite vente de
l'htel des Jeneurs, jusqu' son dessin de Zemire et Azor, trouv,
pendant l'armistice du sige, chez un coiffeur de la banlieue, presque
dmoli par les obus.

  --Sur le quai de l'cole, dans la foule des badauds, un sauvage
  arrachant avec un sabre, du haut de sa voiture, une dent  un
  patient mont sur un escabeau.

  Dessin sur papier jauntre, au crayon noir, rehauss de blanc.

  Grav par Miger, sous le titre: LE CHARLATAN.

      H. 21, L. 26.

  --Escort de musiciens en carrosse, un homme marchant dans la
  foule de la rue, et tenant en laisse un ours, sur lequel sont
  deux singes.

  Dessin  la pierre d'Italie, rehauss de blanc sur papier
  jauntre.

  Grav par Miger, sous le titre: LE CONDUCTEUR D'OURS.

      H. 21, L. 26.

  --Dans un palais de thtre au fond duquel un transparent laisse
  voir un sultan, au milieu de son harem,  droite un acteur 
  l'apparence d'un homme-bte,  gauche une actrice chantant.

  Dessin sur papier jauntre  la pierre d'Italie, rehauss de
  blanc.

  Grav par Voyez le jeune, sous le titre du: TABLEAU MAGIQUE DE
  ZMIRE ET AZOR.

      H. 38, L. 32.

  --Contre un pilier des Halles, un petit bout d'homme ridicule,
  voulant embrasser de force une marchande, pendant qu'un enfant
  lui verse, par derrire, une bouteille dans sa poche.

  Dessin sur papier jauntre,  la pierre d'Italie, lgrement lav
  de bistre et rehauss de blanc.

  Grav en rduction par Hmery, sous le titre: LA MARCHANDE
  D'OEUFS[36].

      H. 45, L. 36.

    [36] Malgr la valeur de l'attribution, je serais dispos 
    voir dans ce dessin, d'un faire plus large que ses dessins
    ordinaires, une composition de Baudouin, l'officier aux gardes
    franaises, dont il portait au dos la signature. Il n'est pas
    sans exemple que des dessins d'amateurs aient t gravs sous
    d'autres noms que les leurs.


TRMOLLIRES (_Pierre-Charles_). Un lve de Jean Baptiste Vanloo, qui
dans un dessin, non sans force et sans puissance, a encore exagr
l'engorgement des amours de Boucher, qu'on voit chez lui, tout
pantalonns de graisse, en leurs chairs renfles. En dehors de quelques
rares ttes d'tudes pastelles, il a un seul et unique procd de
dessin: des lavis au crayon noir sur papier bleu, lavs d'un vilain
bistre jaune, avec de larges hachures au pinceau.

  --Groupe de trois amours, dont l'un entoure de ses bras un coq
  qui chante.

  Croquis au crayon noir, lav de bistre et rehauss de blanc sur
  papier bleu.

  Dessin ovale d'un panneau de lambris.

      H. 26, L. 20.

  --Fillette regardant un petit garon, qui dort, le ventre 
  l'air, sur le dpart d'une rampe de parc.

  Croquis au crayon noir, lav de bistre et rehauss de blanc sur
  papier bleu.

  Dessin pour un panneau de lambris,

      H. 27, L. 22.


TRINQUESSE (_Louis_). Un crayonneur  la sanguine, qui a laiss un
certain nombre d'tudes de femmes, saisies d'aprs nature dans leur
ajustement et leur accommodement du jour, et qui trouve ou surprend
parfois de jolis mouvements, mais dont les dessins sont gts par la
scheresse acadmique, les hachures srieuses qu'il introduit dans ses
croquis de la mode et des fanfioles de la toilette. Les deux premiers
dessins viennent d'une suite de 24 tudes, o, sur l'une d'elles, il
y avait crit, de la main du peintre, qu'elles avaient t faites en
1773, d'aprs une Madame de Framery.

  --tude de femme en pied, un chapeau  plumes sur la tte, assise
  dans une bergre prs d'une servante o est pos un pot  l'eau.

  Sanguine.

  Sign  la plume: _Trinquesse f._

      H. 39, L. 24.

  --Femme en robe habille, couche tout de son long sur une chaise
  longue. Sa tte est appuye sur une main, l'autre tient un
  bouquet dans le creux de sa jupe.

  Sanguine.

  Sign  la plume: _Trinquesse f._

      H. 25, L. 37.

  --Femme assise de ct dans un fauteuil, les pieds tendus sur un
  tabouret.

  Sanguine.

      H. 34, L. 27.

  --Femme assise sur une chaise, une main tenant une plume, appuye
  sur une table  ct d'elle.

  Sanguine.

      H. 32, L. 22.

  --Femme assise de ct sur une table, une jambe pendante, un pied
  pos  terre.

  Sanguine.

      H. 34, L. 27.


TROY (_Jean-Franois de_). Des dessins, dont l'authentification est
difficile, et dont il faudrait, pour avoir la certitude complte de
l'authenticit, trouver quelque premire ide des tableaux gravs du
peintre, ou des tableaux excuts en tapisserie aux Gobelins, comme la
srie d'_Esther_. Celui-ci a pour lui le faire gras du dessinateur,
l'espce d'orientalisme de ses compositions, imagin avec des ttes de
juifs des _ghetto_ italiens, l'attribution d'une criture du temps sur
la vieille monture, et la mention de son biographe, que de Troy a peint
une Femme adultre pour le cardinal de Tencin.

  --Au milieu des pharisiens, la femme adultre en larmes, auprs
  de laquelle, Jsus-Christ pench  terre, crit de son doigt sur
  le sol: Que celui qui n'a jamais pch lui jette la premire
  pierre.

  Dessin  la pierre noire.

  Portant la marque G. P. entre-croiss.

      H. 38, L. 28.


VANLOO (_Carle_). C'est en quelque sorte le dessinateur officiel de
l'cole franaise de son temps. Algarotti le proclame le crateur d'un
nouveau mode de dessin, par la substitution  l'_estompage_ italien,
de l'grenage du crayon, relev de traits de force: une faon de faire
revivre, dans un mol enveloppement, les hachures entre-croises des
vieux matres. Mais, indpendamment du procd, il est accord, surtout
 Vanloo, par les _salonniers_, le grand style du dessin. Enfin, pour
tout dire, l'acadmie  la sanguine, que l'lve-peintre copie dans le
tableau du Dessinateur de Chardin, est une acadmie de Vanloo. Il
y a bien  rabattre sur cet engouement des contemporains, et de Mme
de Pompadour. Vanloo n'a pas le dessin personnel, n'a pas le dessin
franchement de son poque, de sa patrie: son dessin est un compromis
btard entre le dessin italien et le dessin franais. Toutefois ses
dessins mritent de trouver une place assez large dans une collection
du XVIIIe sicle, dont il est un des reprsentants attitrs. Puis dans
les dessins dcrits ici, il se trouve une srie o l'artiste a t
sauv de la convention, et forc pour ainsi dire d'tre franais par
l'tude rigoureuse de la nature. Ce sont les dessins faisant partie de
ce lot mentionn dans son catalogue[37], o il avait reprsent dans
leur intrieur, et en pied, les peintres ses amis et leurs femmes. Et
peut-tre en tudiant bien les vagues tableaux accrochs  la muraille
sur quelques-uns des fonds, arriverai-je, un jour,  dcouvrir le nom
des aimables personnages.

    [37] Voici la mention du catalogue de Vanloo donn dans les
    Deuils de cour,  la suite de sa biographie: Plusieurs
    portraits de la famille et des amis de C. Vanloo, entre autres
    ceux des dames Vanloo, etc., des MM. Somis, Trmollires,
    Boucher, Dandr-Bardon, etc.

  --Une femme assise, en dshabill Pompadour, un bonnet papillon
  sur une coiffure basse, une cravate en chenille au cou, une
  chelle de rubans au corsage, des engageantes  la saigne,
  tenant de sa main droite, pose sur ses genoux, un mouchoir,
  pendant que son bras gauche repose sur un coussin plac sur une
  table. Quelques personnes croient retrouver dans cette tude le
  portrait de Mme Vanloo, qui existe dans le grand tableau de la
  famille des Vanloo.

  Dessin  la pierre d'Italie sur papier bleu, rehauss de blanc
  avec un lger frottis de sanguine sur le visage et les mains.

  Sign: _Carle Vanloo 1743_.

  Porte la marque du chevalier Damery, et provient de la vente de
  M. Jules Boilly.

      H. 44, L. 32

  --Un homme, assis de face sur un fauteuil, au dos cann.
  Il a l'pe au ct et le chapeau sous le bras. Le fond de
  l'appartement est garni de tableaux.

  Dessin sur papier jauntre[38]  la pierre d'Italie rehauss de
  blanc.

  Sign: _Carle Vanloo f. 1743_.

  Vente Lajarriette.

      H. 44, L. 32.

    [38] Le papier, primitivement bleu, est devenu,  l'exposition
    du soleil, tout  fait jaune. Il est ainsi un certain nombre
    de dessins, dont le papier n'est plus du tout de la couleur
    indique dans les premiers catalogues de vente, o ils ont
    pass.

  --Auprs d'un petit bureau, un homme assis de face, tenant de
  la main gauche sa tabatire, o il vient de prendre une prise.
  Quelques tableaux accrochs au mur du fond.

  Dessin sur papier jauntre  la pierre d'Italie, rehauss de
  blanc.

      H. 39, L. 31.

  --Une vieille femme, tricotant au coin d'une chemine;  sa
  gauche, une petite table sur laquelle il y a une corbeille 
  tapisserie, des ciseaux, une pelote. Derrire elle l'angle d'un
  grand tableau.

  Dessin sur papier bleutre  la pierre d'Italie, rehauss de
  blanc.

  Sign  l'encre: _Carle Vanloo 1743_.

      H. 47, L. 33.

  --Tte de jeune femme, vue de trois quarts, aux cheveux relevs
  et nous avec un ruban au sommet de la tte.

  Dessin  la sanguine bruntre, travaille dans la manire et avec
  les entre-croisements de hachures des ttes d'tudes de Greuze.

  Provenant de la vente de Norblin pre dans laquelle il tait
  catalogu sous le nom de Mlle de Nesle.

      H. 43, L. 31.

  --Tte de petite fille, de profil, tourne  droite, une
  collerette au cou, un fil de perle et un ruban bleu s'enroulant
  dans ses noirs cheveux relevs.

  Dessin au crayon noir lgrement pastell.

  tude pour le tableau grav par Fessard, sous le titre: LA
  MUSIQUE, dcorant le salon de compagnie de Mme de Pompadour, au
  chteau de Bellevue.

      H. 25, L. 20.

  --Tte de petite fille, de profil, tourne  gauche, un ruban
  rose courant dans ses cheveux blonds, rouls sur sa tte. Elle a
  un collier de perles au cou.

  Dessin au crayon noir lgrement pastell.

  tude pour le tableau grav par Fessard, sous le titre: LA
  PEINTURE, dcorant le salon de compagnie de Mme de Pompadour, au
  chteau de Bellevue.

      H. 25, L. 20.

  --Personnages groups dans un salon autour d'une femme assise
  dans un fauteuil.

  Dessin  la plume, lav de bistre.

  Premire ide du tableau grav par Beauvarlet, sous le titre: LA
  CONVERSATION ESPAGNOLE[39].

  Provient des ventes Norblin fils et Arozarena.

      H. 26, L. 23.

    [39] On ignore assez gnralement que le tableau de Vanloo a
    t, pour ainsi dire, reproduit par Beaumarchais, dans la mise
    en scne, au Thtre-Franais, de la scne IV de l'acte second
    du Mariage de Figaro.


VERNET (_Joseph_). De tranquilles et srieux dessins, qui ont rompu
avec le tapage pittoresque de l'cole paysagiste de Boucher: des
effets larges, de grandes lumires dormantes, le commencement de
l'enveloppement d'un paysage par une atmosphre.

  --Vue de la Seine en face le palais Bourbon. Le cours de l'eau
  est anim par des bateaux, des trains de bois, des batelets
  remplis de gentilshommes et de dames; au milieu du fleuve est
  amarre une frgate.

  Dessin  la pierre noire.

  Portant une marque inconnue.

      H. 22, L. 37.

  --Un maon en train de tailler une pierre prs d'un toiseur
  regardant dans un cahier, sa toise sous le bras.

  Dessin  la mine de plomb et  la sanguine.

  tude faite pour les ports de mer, avec des numros sur les
  diverses parties du costume du maon, qui indiquent, en marge,
  les couleurs pour la peinture  l'huile.

      H. 20, L. 15.


VERNET (_Carle_). Le peintre _sportsman_, le sec amuseur du Directoire,
avec des caricatures qui semblent excutes au tire-ligne, et o
l'esprit est trs mdiocre et trop souvent scatologique. J'ai l, de
Vernet, un important dessin, qui est un vrai dessin de _water-closet_,
et un jour je l'y ferai encadrer.

  --Derrire une porte entre-bille, un homme accroupi sur une
  lunette, pendant qu'attend dehors un autre homme trs press, qui
  se tortille.

  Spia.

  Sign: _Carle Vernet_.

  Grav par Debucourt, sous le titre: CHACUN SON TOUR.

      H. 33, L. 21.

  --Un incroyable donnant le bras  une femme, et faisant la
  rencontre d'une merveilleuse, au chapeau impossible.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Grav par Darcis, sous le titre: LES MERVEILLEUSES.

      H. 28, L. 33.


VINCENT (_Franois-Andr_). Un des premiers dserteurs du got du
XVIIIe sicle, pour arriver  devenir un des mdiocres adeptes de l'art
raide et mannequin.

  --Caricature ou plutt, comme l'on disait alors, dans les
  ateliers, _Calotine_ de Jombert. Il est reprsent jouant du
  violon, en bonnet de coton, de grosses besicles sur le nez.

  Sanguine.

  On lit au dos du dessin: _Jombert (Charles-Pierre), fils de
  Charles-Antoine Jombert, diteur de beaucoup d'ouvrages sur les
  mathmatiques et l'art militaire, est entr dans l'cole de
  Durameau, sous les auspices de M. Cochin, et a gagn le grand
  prix de peinture avec clat sur la punition de Niob, fille de
  Tantale et d'Amphion._ (Collection de M. Gault de Saint-Germain,
  n 200.)

      H. 24, L. 17.

  --Une tte d'homme, surmonte d'un singe promenant une plume sur
  du papier.

  Dessin  la pierre noire.

  Sign: _Vincent f. en pleine mer, octobre 1771_.

      H. 26, L. 17.


WAILLY (_Charles_). Habile architecte qui a pass de nombreuses annes
en Russie. Quoiqu'on lui attribue les personnages qui se trouvent dans
les paysages de Lantara, on peut affirmer, en dpit de son unique
signature sur le dessin catalogu ici, qu'il n'est pas l'auteur
des nombreuses figures, o le faire de Leprince est parfaitement
reconnaissable.

  --Sacre de Catherine II dans la cathdrale de l'Assomption, 
  Moscou.

  Sous la vote de la basilique, aux lustres gigantesques, entre
  les immenses piliers peints et historis, Catherine II est
  reprsente debout, devant un prtre casqu, tenant ouvert sur
  sa poitrine un livre ouvert; au bas de l'escalier, o se tient
  sur chaque marche un hraut, se droule dans les bas-cts une
  foule norme de vieux dignitaires du clerg russe dans d'amples
  dalmatiques et de jeunes prtres coiffs  la catogan et habills
  de pelisses aux manches fendues des dolmans.

  Lavis  l'encre de Chine.

  Sign: _C. de Wailly 1776_.

      H. 48, L. 72.


WATTEAU (_Antoine_). Le dessinateur, sous les doigts duquel les
outils et les matires du dessin semblent des matires et des outils
d'une nature et d'une qualit autres que ceux employs par tous les
dessinateurs: c'est de la sanguine qui contient de la pourpre, c'est
du crayon noir qui a un velout  nul autre pareil; et cela mlang de
craie, avec la pratique savante et spirituelle de l'artiste, devient,
sur du papier chamois, de la chair blonde et rose. Watteau, le grand,
l'original, l'inimitable dessinateur de l'cole franaise!

  --Acadmie de femme, assise de profil, tourne  gauche, une
  jambe croise sur l'autre, une main pose sur une corbeille.

  Dessin aux trois crayons sur papier chamois.

  tude de la figure principale pour la peinture de la salle
   manger de Crozat, grave par Desplaces, sous le titre: LE
  PRINTEMPS.

      H. 32, L. 27.

  --Acadmie d'homme assis, une coupe  la main, vu de trois quarts
  et tourn  gauche.

  Dessin aux trois crayons sur papier chamois.

  tude de la figure principale pour la peinture de la salle 
  manger de Crozat, grave par Fessard, sous le titre: L'AUTOMNE.

      H. 28, L. 19.

  --Un mezzetin dansant, rpt quatre fois, de dos, de face, de
  trois quarts.

  Dessin aux trois crayons sur papier chamois.

  Les deux silhouettes de gauche ont t graves dans les FIGURES
  _de diffrents Caractres_, sous les numros 18 et 102; les
  quatre figures sont des tudes pour l'INDIFFRENT de la galerie
  La Caze.

  Vente d'Imecourt.

      H. 25, L. 37.

  --Un mezzetin dansant vu de dos, les bras tendus, la jambe de
  derrire releve.

  Sanguine sur papier blanc.

  Sign: _W._[40].

      H. 22, L. 15.

    [40] Quoiqu'on puisse dire, en thse gnrale, que Watteau ne
    signait jamais ses dessins, il ne faut pas oublier que bon
    nombre de ses croquis gravs, aprs sa mort, dans le recueil de
    ses dessins publis par M. de Julienne sous le titre de FIGURES
    _de diffrents Caractres_, portent reproduit le W, jet au bas
    de ce mezzetin.

  --Tte de femme, quatre fois rpte sous diffrents aspects;
  au-dessous une tte de paysanne, un masque, une tte d'homme.

  Feuille d'tudes aux trois crayons sur papier chamois.

      H. 22, L. 28.

  --Deux tudes d'hommes: l'une d'un plerin assis sur une rampe
  de pierre, une main entr'ouverte sur l'un de ses genoux; l'autre
  d'un personnage de thtre, de profil, tourn  gauche et dans
  la pose de quelqu'un qui se penche pour ramasser quelque chose 
  terre.

  Sanguine sur papier blanc.

  Vente d'Aigremont.

      H. 18, L. 20.

  --Une femme, vue de profil, tourne  droite. Habille du petit
  manteau volant affectionn par le Matre, elle est assise sur une
  chaise de bois, tenant  la main un ventail.

  Sanguine.

      H. 16, L. 16.

  --Cinq tudes de mains de femmes; une a l'air de serrer le bois
  d'un arc, l'autre s'appuie sur la pomme d'une canne.

  Dessin  la sanguine et  la mine de plomb.

  Provient des collections Saint et Desperret.

      H. 21, L. 15.

  --Paysage, o deux femmes sont assises au bord d'une rivire, et
  o un homme pousse devant lui une brouette.

  Dessin  la sanguine rehauss de blanc sur papier chamois.

  Grav dans les FIGURES _de diffrents Caractres_, par Boucher,
  sous le n 146.

      H. 19, L. 30.

  --Arabesque, o se voit  droite une nymphe surprise par un
  satyre,  gauche une nymphe couche, entoure de faunins.

  Sanguine.

  Grav par Huquier, sous le titre: LE BERCEAU.

      H. 40, L. 27.

  --Arabesque, o sous un berceau de treillage, une statue de
  desse reoit l'adoration de gens agenouills.

  Sanguine.

  Grav par Huquier, sous le titre: LE TEMPLE DE DIANE.

      H. 37, L. 27.

  --Profil de jeune fille, tourn  droite. Elle a les cheveux
  relevs et torsads au sommet de la tte, d'o lui retombe sur
  la nuque une longue boucle frise; sur ses paules est jet un
  manteau de lit.

  Contre-preuve d'un dessin aux trois crayons[41].

      H. 21, L. 16.

    [41] Je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, les contre-preuves
    de Watteau ne seraient pas recherches, comme l'taient, au
    sicle dernier, les contre-preuves de Bouchardon.

  --Un vieux remouleur pench sur sa meule, o goutte l'eau d'un
  sabot perc.

  Contre-preuve d'un dessin aux trois crayons. L'original est dans
  la rserve des dessins du Louvre.

  Grav dans les FIGURES _de diffrents Caractres_, par Caylus,
  sous le n 107.

  Vente Valferdin.

      H. 32, L. 22.

  --Un montreur de la curiosit.

  Contre-preuve d'un dessin au crayon noir et  la sanguine.

  Un dessin analogue, et qui fait une sorte de frontispice dans
  les FIGURES _de diffrents Caractres_, a t grav sous le n
  132. Le montreur de la curiosit, au lieu d'tre debout, est
  agenouill.

      H. 31, L. 20.

  --Deux tudes de femmes vues de dos: l'une debout tenant, de
  l'extrmit des doigts de sa main droite, sa jupe releve;
  l'autre assise un bras lev, une jambe allonge sur un tertre.
  Dans le fond une reprise de la tte de cette dernire.

  Contre-preuve d'un dessin aux trois crayons.

  Vente Peltier.

      H. 23, L. 30.


WATTEAU _dit Watteau de Lille, le pre_ (_Louis_). Peintre et
dessinateur qui n'a rien de son illustre ascendant, mais qui, en cette
Flandre toujours pitine par ces troupes inspiratrices des premiers
tableaux d'Antoine Watteau, y trouva des motifs de vives et colores
croquades du soldat en ivresse et en joie.

  --Sous des arbres, un grenadier, une femme toute dbraille sur
  les genoux, trinquant avec un autre grenadier ayant sur sa cuisse
  la tte d'une femme ivre, couche  terre.

  Dessin sur papier gris  la pierre noire, mlange de sanguine
  brune avec rehauts de craie.

  Au dos du dessin la signature qui tait dans la marge: _Wattaux_.

  Grav par Beurlier, sous le titre: RIBOTTE DE GRENADIERS.

  Vente Tondu.

      H. 24, L. 29.


WATTEAU _le fils_ (_Franois-Louis-Joseph_). Le peintre de trs
charmants tableaux, le dessinateur de modes, qui, dans une toilette
de femme, a apport une espce de style grandiose, et qui en cette
collection d'Esnauts et Rapilly, au milieu des Leclerc et des Desrais,
tonne par l'ampleur de ses toffements superbes[42].

    [42] M. Renouvier attribue au pre les dessins de mode du fils.

  --Une femme,  mi-corps, arrangeant les plumes d'un chapeau pos
  sur ses genoux, pendant qu'une fille de chambre lui attife les
  cheveux.

  Dessin sur papier gris  la pierre noire estompe, rehausse de
  craie[43].

      H. 29, L. 25.

    [43] Il signe rarement; cependant j'ai vu, sur un dessin qui
    m'a chapp, et semblable  celui-ci, la signature: _Watt_.


WEYLER (_Jean-Baptiste_). Miniaturiste pastelliste, mailleur, auteur
du bel mail du comte d'Angeviller, possd par le Louvre.

  --Une tte de femme vue de trois quarts, tourne  droite avec le
  regard  gauche; elle a dans ses cheveux en dsordre, un ruban
  bleu.

  Dessin lgrement pastell[44].

  Sign: _Weyler 1790_.

      H. 17, L. 13.

    [44] Le pastel tait le procd prparatoire de Weyler, et
    le Salon de 1805 annonait que Mme Kugler, lve de Weyler,
    possdait la collection d'bauches au pastel de son matre.


WILLE (_Jean-Georges_). De pauvres dessins lavs d'eaux tristes et sans
lumire.

  --Vue de Paris prise du bas du rempart de l'Arsenal. On
  voit l'le Louviers couverte de piles de bois, le chevet de
  Notre-Dame, le pont de la Tournelle, le fort de la Tournelle et
  la porte Saint-Bernard. Au premier plan, un homme qui porte sur
  son paule une pave de la Seine.

  Lavis  l'encre de Chine.

  Sign sur un mur: _J. G. Wille 1762_.

  C'est le dessin, dont Wille parle dans ses Mmoires: (May 1762.)
  Le 19, je me levai de grand matin et je courus dessiner un
  paysage, tout seul, derrire l'Arsenal. A onze heures j'tais de
  retour.

      H. 23, L. 34.


WILLE _fils_ (_Alexandre_). Un dessinateur  l'ducation d'art toute
franaise, mais qui se ressentira, toute sa vie, de son origine
allemande, en ce Paris dont l'art est fait surtout d'esprit.

  --Une page de _griffonnis_, au milieu de laquelle se voient cinq
  ttes de femmes; au-dessous une tude d'amour couch, une tte de
  chien, etc.

  Plume releve d'aquarelle dans les figures de femmes.

  Sign: _P. A. Wille filius inv. et del. 1768_.

  Vente Chanlaire.

      H. 24, L. 22.

  --Femme, en caraco  capuchon, en jupe verte avec une garniture 
  dessous rose; elle tient dans la main une lettre  l'adresse du
  peintre.

  Encre de Chine, lave d'aquarelle.

  Dessin grav par Louise Gaillard, dans une srie de costumes de
  femmes, sous le titre: LA MYSTRIEUSE.

      H. 24, L. 16.

  --Une femme du peuple prenant aux cheveux un homme, qui frappe, 
  coups de bton, un homme terrass.

  Aquarelle sur trait de plume.

  Sign: _P. A. Wille filius del. 1773_.

      H. 22, L. 18.

  --Une jeune fille de la campagne assise, et tenant une plume dans
  sa main, tombe le long de son corps.

  Dessin  la pierre noire.

  Sign: _P. A. Wille filius 1773_.

  Grav en fac-simil dans l'OEuvre de Demarteau.

      H. 30, L. 21.

  --Dans une chambre, assise prs d'une toilette, derrire laquelle
  est debout son mari, une femme examine un bonnet de nouveau-n
  que lui prsente une lingre.

  Sanguine.

  Sign: _P. A. Wille filius inv. del. 1767_.

  Ce grand dessin, d'un travail trs fini, a t grav sous un
  titre que je ne retrouve plus.

      H. 31, L. 26.


WINKELES. Un Hollandais qui fit deux voyages en France; un  la fin du
XVIIIe sicle, un autre  la fin du Directoire, et qui a laiss, sur
le Paris de la fin du sicle, des vues historiques d'un grand intrt,
et animes de petits personnages qui sont mieux que des figures de
dessinateur de monuments.

  --Vue de l'entre des Tuileries au Pont-Tournant, et de la
  loge-restaurant du Suisse du jardin. Nombreuses figures de
  promeneurs, de gentilshommes, de dames, d'abbs. A droite, un
  gardien en livre dormant assis sur une chaise.

  Lavis  l'encre de Chine.

      H. 17, L. 23.

  --Vue du chteau de Madrid au bois de Boulogne tel qu'il existait
  encore en 1802. Devant le chteau passe un wiski, attel en
  arbalte de six chevaux, et au premier plan, un homme trane un
  tonneau d'eau.

  Aquarelle.

  Au revers du dessin est crit, de la main du dessinateur: _Le
  chteau de Madrid au bois de Boulogne. Winkeles fils del. 1802_.

      H. 16, L. 23.




GRAND SALON


Ici, c'est le petit garde-meuble des plus heureuses trouvailles de
ma jeunesse. Au mur sont accrochs les dessins suprieurs de la
collection; une tapisserie de Vnus aux forges de Vulcain recouvre
le plafond; au-dessous, le plus somptueux meuble de Beauvais que j'aie
encore vu, tale ses dix larges fauteuils et son ample canap; un
secrtaire et une commode de cette prcieuse marqueterie qui porte le
nom de Marie-Antoinette, emplissent deux panneaux; dans les angles,
sur des gaines de Boule, deux longs vases en biscuit, pte tendre de
Svres, de ceux que pourrait dsirer une Impratrice pour y mettre
des roseaux, jettent leur mate blancheur dans l'ombre; au milieu du
salon se dresse un bronze  cire perdue, une vasque qui est une des
grandioses et originales fontes du Japon; enfin dans la lumire d'une
glace sans tain laissant apercevoir un grand mur fleuri, dans toutes
les saisons, de plantes grimpantes, se voit une garniture de chemine
compose d'une statuette et de deux vases en terre cuite de Clodion.

Le charmeur que ce Clodion avec son art de sculpteur pour les
appartements, avec cet art o personne n'a su apporter comme lui la
sduction du croquis de l'esquisse, d'une premire _pense_, selon
l'expression des anciens vignettistes, d'une chose, en un mot, qui n'a
rien de la lourdeur de la glaise dans laquelle elle est faite, et qui
est toute improvisation et tout esprit;--le seul artiste qui ait model
les grces menues et grassouillettes du corps de la femme du XVIIIe
sicle, avec un rien de rminiscence antique.

La statuette de la chemine reprsente une petite nymphe nue, assise
 terre, les jambes  demi replies sous elle, et tenant de la main
droite un pavot qu'elle regarde distraitement, pendant qu'elle est
appuye de la main gauche sur une faucille et une gerbe de bl. Cette
allgorie de l't a le mrite grand, d'tre une des tudes les plus
_nature_, qu'ait produites Clodion, les plus affranchies de sa manire
et des rondeurs sans ressentiment qu'il eut en ses derniers temps:
c'est tout bonnement son modle, une jeune fille un peu grle, aux
longues cuisses, aux jambes _maigriottes_, rendue avec le joli de son
faire, dans sa grce _longuette_. En cette figurine, le modelage des
parties molles, du ventre avec ce nombril circonflexe o Clodion met sa
signature, a quelque chose d'une caresse, et il est, ce jeune ventre,
palpitant dans une souple lasticit de chair.

Les deux vases sont des vases de cette forme Mdicis adopte par le
sculpteur, avec les deux ttes de bouc d'habitude sur le renflement
infrieur. Sur l'un, des enfants nus courent autour de la surface ronde
en de petits chariots  l'antique, sur l'autre des enfants se chauffent
 des feux de sarments, le plus jeune d'entre eux encapuchonn  la
faon du vieil Hiver. Un travail des plus habiles avec ces figures de
premier plan saillantes presque en ronde-bosse, avec ces figures et ces
petites acadmies charnues de second plan, dont la sculpture semble
indique d'un trait trac par une allumette dans de la terre molle.

Mais pour que le catalogue des terres cuites de Clodion et de son cole
soit bien complet, disons encore un mot d'un petit buste de femme
connu dans le commerce, et dont le bronze orne les pendules modernes
de cabinet en marbre noir. Il s'agit de la tte de femme, aux cheveux
dnous dans lesquels court un tortil de pampre,  l'ovale tout mignon,
aux yeux dont la volupt moqueuse est faite de deux pupilles, de deux
petits trous enlevs d'un preste bauchoir, au nez friand, mutin,
gamin, coquin,  la petite bouche rieuse,--de cette figure qui n'est
qu'une ironique gaiet et semble anime d'une pointe de champagne:
la physionomie de la _soupeuse_ du temps, sous un accommodage de
bacchante. Une terre cuite de Marin,  ce jeune moment de son talent,
o il est bien difficile de le distinguer de Clodion.

Ces Clodion de la chemine, je les ai, oui, mais, hlas! je pourrai
dire dans un soupir, tout comme la vieille marchale de Noailles: Si
vous saviez les bons coups que j'ai manqus! Je me rappelle avoir
laiss chapper en 1856, rue Bonaparte, pour une bien petite somme,
un bas-relief, une tude de femme tordant ses cheveux mouills, une
sculpture o deux petits seins et un genou seuls venaient en avant des
formes fuyantes, du modelage effac du reste du corps, comme lointain
dans la terre rose. C'tait  la fois la plus charmante et la plus
srieuse reprsentation d'un jeune corps fminin, dont la beaut des
formes,  demi close, semble encore en bouton. Toutefois ce n'est pas
mon regret le plus norme.

Je sortais du collge. J'avais 1,200 francs pour m'habiller et le
reste. L'objet d'art de 50 francs tait pour moi la commode d'un
million pour M. de Rothschild. Dans ce temps, j'entrais un jour par
hasard  l'htel de la rue des Jeneurs. On venait de mettre, sur la
table de vente, une grosse chose ronde, sur laquelle j'apercevais,
en m'approchant, d'un ct, une Renomme sonnant de la trompette, de
l'autre, un ole aux joues gonfles, et au-dessous de la Renomme et
de l'ole, autour de la sphre, des amours, des amours, des amours,
dans toutes les poses, dans toutes les suspensions, dans tous les
renversements, dans toutes les dgringolades, montrant leurs petits
culs nus et leurs dos ails: des amours en train de tendre le filet
autour d'une montgolfire, sous laquelle d'autres amours entretenaient
un feu de gerbes de paille. C'est le plus extraordinaire Clodion que
j'aie rencontr, un ouvrage o le sculpteur prodigue de son talent, a,
sans compter, laiss tomber de son bauchoir tout un peuple d'enfants.
La terre cuite tait  200 francs: je la poussai, avec les motions
d'un homme qui ne sait pas comment il payera,  500 francs. Il y eut
une timide enchre, et j'eus la perception qu' 520 francs la terre
cuite tait  moi; mais, que voulez-vous? l'acheteur d'objets d'art 
50 francs prit peur et se dtourna du clignement d'oeil de Jean. Cette
terre cuite, je la retrouvai  l'Exposition de 1867: elle appartenait
 M. Beurdeley qui, disait-on, en demandait 25,000 francs. Au jour
d'aujourd'hui, ce n'est pas cher.

Aux Clodion du grand salon sont mles quelque autres terres cuites.
C'est d'un sculpteur franais, hritier du talent et presque de la
facture de Flamand, la statuette d'un enfant nu, mordant dans une
pomme: un enfant gras de cette puissante graisse qui fait des plis
sur un corps, ainsi qu'un vtement trop large, un enfant  la tte
dont on sent l'ossature encore molle et ptrissable, au front bossu,
aux orbites profondes et comme fluides,  la bouche d'un Triton qui
souffle dans une conque entre deux rondes joues renfles. Et c'est
encore de Caffieri, la maquette du buste de Piron. Un fier travail et
un dgrossissement de la glaise  rudes coups d'bauchoir, que cette
maquette, o en dpit d'une perruque  l'tat de copeaux et d'un menton
qui n'est encore qu'une boulette de sculpteur, il y a une vie si
spirituelle sous la broussaille des sourcils du Bourguignon, et presque
des paroles dans la bouche entr'ouverte par une dcoupure si parlante.

Les gouaches et les terres cuites du XVIIIe sicle,--un moment j'eus
l'ide de faire ma collection uniquement de cela,--ce sont des
choses tellement plaisantes  l'oeil, tellement bavardes pour la
rvasserie de l'amateur, tellement chatouillantes pour un got dlicat!
N'est-ce point du souffle de peinture, du modelage de rve, enfin
du joli presque immatriel? Et ces gouaches et ces terres cuites,
je les eusse voulues, ainsi que le petit nombre que je possde,
avec l'accompagnement de lumineuses et tendres tapisseries; car ces
gracieux morceaux de peinture et de sculpture peuvent-ils avoir
au-dessus d'eux un ciel qui les fasse mieux valoir, qu'un petit coin
d'Olympe riant au plafond, dans la trame de soie d'une tapisserie des
Gobelins[45]? Et ici, Vnus descend du ciel pour chercher chez Vulcain
le bouclier d'ne. La blonde desse, au corps rose, dans sa draperie
transparente, apparat au bas de son char, dont une nymphe retient
les cygnes cabrs par les faveurs qui leur servent de rnes. Et c'est
autour de la desse, sur la crte des nuages, des jeux d'amours, des
battements d'ailes de colombes, des flottements d'toffes, que domine
une grande figure volante de femme, habille comme d'un brouillard
de couleur cleste, et qui effeuille des roses sur la tte de Vnus.
Tapisserie sur un fond blanc, avec ces tons _rabattus_, ces tons gris
dont Boucher est l'introducteur, avec cette palette qui n'allait jamais
aux _grands noirs_, aux _grands clairs_, et excute avec la gamme
trs suffisante de dix  douze tons, tandis qu'il y a telle tapisserie
moderne, telle tapisserie-tableau, o la gamme a t  vingt-cinq, 
trente tons mme[46].

    [45] Les marchands baptisent les tapisseries du nom de
    Beauvais ou Gobelins assez lgrement, et affirment que toute
    tapisserie dont la trame est de soie, est de Beauvais. Le seul
    moyen de reconnatre si une tapisserie est de la premire ou
    de la seconde manufacture, est de savoir si la tapisserie
    est fabrique  haute ou basse lisse, les Gobelins seuls
    ayant fabriqu de la haute lisse. Malheureusement il n'y a
    gure d'autre preuve de la fabrication de la haute et de la
    basse lisse, que s'il existe un dessin ou une gravure de la
    tapisserie. Si la tapisserie est  basse lisse, elle est
    retourne; si elle est  haute lisse elle n'est pas retourne.
    Cette tapisserie, vendue pour une tapisserie de Beauvais,
    serait une tapisserie des Gobelins, le hasard ayant fait
    tomber sous mes yeux le dessin qui tait  vendre, il y a une
    vingtaine d'annes, chez Blaisot.

    [46] L'aune carre de tapisserie cotait autrefois de 1,900 
    2,000,  2,700 livres;  l'heure prsente, elle revient  peu
    prs  4,400 francs.

Cet Olympe du plafond, devinez avec quel argent il a t pay?--Avec
le gain de GERMINIE LACERTEUX. C'est bizarre, n'est-ce pas, cette
mythologie de Natoire, achete chez Wail avec le succs d'un noir
roman raliste! A ce nom de Wail, qui revient sous ma plume, que de
souvenirs! Et les heureuses sances passes avec mon frre, en ces
grandes pices obscures, o je vois encore ces deux vieilles, longues,
ples, silencieuses femmes, vous droulant automatiquement sur des
chssis, pendant des heures,--et cela avec de petits rires enfantins,
sous leurs ternels bonnets de nuit,--les plus belles tapisseries du
monde!

C'est de chez Wail que vient galement le meuble de Beauvais du salon,
reprsentant les Fables de La Fontaine d'aprs Oudry. Ce dossier est le
_Coq et la Perle_, ce sige est le _Corbeau voulant imiter l'Aigle_.
Ici c'est le _Renard et la Cigogne_, l le _Singe et le Chat_, et
ainsi, en des tableaux de nature de la convention la plus aimable et
du plus frais coloris, rondissent et se bombent les imaginations du
fabuliste, sur des fauteuils  l'vasement fait pour les grands paniers
du sicle. Mais la merveille des merveilles, la voici dans ce canap,
qui offre, pour ainsi dire, le _Select_ des fables du bonhomme, et o
un paon superbe tale sa queue ocelle d'azur au milieu de la clart
laiteuse. Et il a pour bordure, ce canap, la plus resplendissante
guirlande de pavots, de tulipes, de narcisses, de pches, de gros
raisins violets du Midi, de grenades pourpres entr'ouvertes, de fleurs
et de fruits de pays de soleil, qui ressemblent sur la trame brillante
et argentine,  ces brouillements feriques de couleurs que j'ai vus
sur une palette de Diaz, du temps qu'il tait peintre de fleurs.

Et dessous et entre ces tapisseries, l'harmonie du mobilier se complte
par les deux petits meubles de marqueterie en mosaque avec les suaves
nuances des bois et le bronze dor des baguettes  feuilles de laurier,
des poignes, des chutes de fleurs sur le ressaut des sabots, des
petites couronnes de roses suspendues  des glands sur l'aplatissement
des angles coups. Le fond du secrtaire et de la commode est de bois
d'amarante; sur ce fond, dans des filets pareils  de l'caille, sont
encadrs trois mdaillons de bois olive satin, o figurent un tambour
de basque sur un livre de musique ouvert, un chapeau de bergre parmi
des instruments de jardinage, une sphre au milieu d'attributs de
peinture. Cela fait en placage avec des bois jaunes  la couleur de
l'ambre, des bois verts  la couleur de l'anglique, et qui brillent
dans le vernissage et le poli des surfaces au centre de beaux reflets
mordors. Ils sont semblables, ces deux petits meubles, au mobilier
garnissant la chambre de la Reine  Versailles dont j'ai donn la
description d'aprs l'inventaire des 28 et 30 brumaire et 3 frimaire de
l'an deuxime de la Rpublique une et indivisible, fait en prsence des
reprsentants du peuple Auguis et Treilhard.

Quelques porcelaines de choix sont poses sur la tablette de marbre
blanc de ces meubles. Un broc de Svres en bleu turquoise, sur lequel
se dtache en relief une branche de pcher aux fleurettes blanc et or,
est un curieux spcimen de l'imitation de la porcelaine de Chine au
XVIIIe sicle, par la manufacture de Mme de Pompadour. Une aiguire
de Saxe, au fond jaune, aux cartouches de fleurs, achete il y a bien
des annes chez Lazare  Marseille, semble une porcelaine faite par
la manufacture de Dresde pour le harem de Constantinople. Les fleurs
sont de la plus grande finesse dans leur large fouettage. Il y a des
oeillets, des tulipes, des pavots peints avec ce bonheur que le Saxe
a toujours rencontr dans la reprsentation des fleurs frisottes,
recroquevilles, cheveles et diapres de tons nus,--ne russissant
que trs incompltement la rose, qu'il dessine lourde et qu'il
violace trop. Puis c'est avant tout de cette peinture particulire 
la porcelaine que n'a jamais pu apprendre Svres, de cette peinture
diffrente de la peinture faite pour le papier et pour la toile, et
dont le charme, l'intrt, la valeur sont d'tre autres. Je ne parlerai
plus que de deux rares pices, de deux pots de blanc de Saint-Cloud
avec un dcor en relief de soleils panouis dans le genre des
compositions de Pillement, et dont le grand _T_ qui est sous le _St C._
indique qu'ils ont t fabriqus sous la direction de Tron de 1730 
1762. Ces deux botes  th montes en vermeil taient dans une caisse
 la serrure fleurdelise, o se trouvent encore, pour le th noir, une
petite cuiller blanche de porcelaine de Saint-Cloud, pour le th vert,
une petite cuiller en porcelaine verte de Chine,  tte de coq.

Parmi tous ces objets du XVIIIe sicle, dans tout ce _joli_, j'ai
estim bon qu'un important morceau de l'art de l'Extrme-Orient
apportt, comme contraste, son originalit et sa force. Et au milieu du
salon sur un trpied, figurant les vagues en colre de la mer, s'lve
un vase de bronze, haut d'un mtre, un vase pansu se terminant en
forme d'une margelle de bassin. Sur la panse, sillonne de flots, se
dtache, en plein relief, un dragon cornu, aux excroissances de chair
en langues de flamme, aux ergots de coq, le _Tats-maki_, le dragon des
typhons, dont le corps tordu et contorsionn de serpent apparat par
places, au-dessus des ondes rigides. Rien de plus terriblement vivant
par l'artifice de l'art, que ce monstre fabuleux dans ce bronze qui
semble de cire noircie, et qui est beau de la plus sombre patine, et
qui est sonore, ainsi qu'un mtal de cloche plein d'argent. Un bronze
pour lequel j'ai donn 2,000 francs, en un temps o la japonaiserie
n'tait point encore  la mode.

Et nous dirons adieu au grand salon, mais non sans nous tre arrts
un moment devant les deux vases de biscuit de Svres, qui ne sont pas
seulement un tour de force de porcelainier, mais les plus parfaits
types de l'alliance gracieuse,--d'une alliance  la Fragonard entre le
XVIIIe sicle et l'antique. Les anses sont formes de deux ttes de
satyres; en haut, au-dessous des oves de la gorge, un noeud de ruban se
tuyaute, et sous le noeud s'allonge un mdaillon ovale, d'o se dtache
un bouquet de roses, qu'entoure des deux cts, descendant de la barbe
des satyres, une guirlande de groseilles, de cerises, de noisettes, de
chtaignes aux piquants, qui piquent--des fruits models par une main
de cramiste, cuits dans un four de potier, et qui ont l'air de vrais
fruits, ramasss dans le lit d'une source ptrifiante.




ESCALIER


En sortant du grand salon, vous rentrez dans le vestibule, o une baie,
drape d'une _verdure_, laisse voir la cage de l'escalier enjuponne
d'une grosse toile mas  bordure d'imitation persane.

La pomme de cristal du dpart, dont mon prdcesseur tait trs fier,
a t remplace par une grue en bronze, au redressement inquiet et
colre de la tte, et l'on monte entre des murs couverts de dessins
du XVIIIe sicle, de _foukousas_, de _kakemonos_, de plats grands
comme des boucliers, et dont l'un, de la fabrique d'Iwari, montre,
sous un beau coloriage barbare, une monstrueuse carpe remontant une
cascade. Je trouve que l'escalier dans un logis se prte admirablement
 la galerie, et que les objets qui y sont accrochs, on les regarde
mieux que partout ailleurs: il y a, tous les jours, quand vous tes
seul, dans la monte ou la descente des marches, des repos paresseux,
des accoudements sur la rampe, qui donnent tout votre regard  telle
sanguine,  telle porcelaine,  laquelle vous ne feriez pas attention,
si elle tait perptuellement sous vos yeux.

Au centre de toutes les images de l'escalier, une gravure, la seule
dans la maison qui ait les honneurs de l'encadrement, invite l'amateur
de l'art franais  monter. Cette gravure est l'EMBARQUEMENT POUR
CYTHRE, un tat d'eau-forte introuvable, de la grande planche du
graveur Tardieu, d'aprs le Watteau de Berlin, une preuve peut-tre
unique, que je me rappelle avoir paye 8 francs, il y a de cela, c'est
vrai, une trentaine d'annes.

L'escalier dbouche, au premier, sur un palier, semblable  une grande
alcve tendue de ce jaune un peu rouill d'une toile qui n'a pas
encore pass  la lessive, et qui fait un fond doux clair et chaud aux
vives couleurs des choses orientales. Sur des portoirs-encoignures
s'tagent des vases de Sazuma, autour desquels court un concert avec
de petits tambourinaires rappelant les chanteurs au lutrin de Lucca
della Robbia, des cornets de Kaga o un Olympe japonais a pour cadre
une tourdissante envole d'oisillons, des bouteilles de Fizen, aux
fleurs rouges et bleues en relief, des poteries d'Owari, de Kutani,
et ces faences se mlent  des panneaux dcoratifs pendus comme des
tableaux: ces panneaux dans la composition desquels les Japonais sont
passs matres, et o, sur les bois les plus heureusement ou les
plus trangement veins, se rencontrent des fleurs en faence, des
feuilles en ivoire colori, des rochers de jade, des oiseaux de nacre,
des bestiaux en pierre dure, des soleils de corail, un assemblage de
matires qui, sous la main d'un Europen, serait horrible, et que
les artistes de l'Extrme-Orient savent rendre harmonieux dans un
sertissage de grands orfvres coloristes.

Sous ces tableaux bas-reliefs, entre deux portes, est un petit meuble
en forme de coffre, aux panneaux de laque rouge, dans lesquels sont
incrustes une branche de pivoine fleurie, une branche de pcher en
fleurs, toutes deux en porcelaine blanche et bleue: le meuble qui
contient la collection des albums japonais.


L sont ces livres d'images ensoleilles, dans lesquels, par les
jours gris de notre triste hiver, par les inclments et sales ciels,
nous faisions chercher au peintre Coriolis, ou plutt nous cherchions
nous-mmes, un peu de la lumire riante de l'Empire, appel l'Empire
du LEVER DU SOLEIL. Et voici ces albums japonais de tout format, aux
couvertures de papier de toutes les nuances, et gaufrs, et sabls
d'or, et lards de petits carrs d'argent, et relis d'un fil de soie
courant extrieurement sur le dos du mince volume, avec, sur un des
plats, une bande longitudinale, o il y a comme de petites sangsues de
couleur.

Ces albums ouverts et parcourus de l'oeil, de la premire ou plus
rationnellement de la dernire  la premire page, il vous apparat,
baigne des mandres azurs des mers, des fleuves, des rivires, des
lacs, une terre, aux rivages sems d'cueils baroques, contre le
granit rose desquels brise ternellement le Pacifique; des plages
fourmillantes de vendeurs et de vendeuses de coquillages et de choux
de mer, qui courent aprs des pieuvres leur chappant; des villages
forms d'une seule rue, contournant une anse dormante de leurs toits,
surmonts, aux deux extrmits, de poissons porte-bonheur sculpts;
des rizires inondes, o dans les lignes flottantes de l'eau, les
brindilles lointaines semblent des croches sur un papier de musique
rgl; des campagnes couvertes d'une herbe vivace, de la hauteur d'un
homme, toute verte d'un ct, toute blanche de l'autre; des villes
coupes de ponts bombs, s'levant sur une fort de madriers rouges;
des jardins de plaisir, sillonns de ruisselets tournoyant  l'entour
de plantations d'iris et de roseaux; des intrieurs dont le lisse bois
verniss enferme comme la clart humidement rayonnante de nos coles de
natation,--cette terre enfin compose de trois mille huit cents les ou
rochers: le Japon.

Et dans ce pays, toute une vie qui parat remplie, amuse, rendue
doucement rveuse par le voisinage amoureux et la contemplation de
l'eau. Ce ne sont sur ces pages que femmes regardant l'eau, ici
accoudes sur la toiture d'une cabine, l souleves sur la pointe des
pieds en haut d'une estacade, la main au-dessus des yeux; et partout
sur les balcons, auprs des lanternes poses sur un pied, et tout en
buvant de petites tasses de th, ces femmes ont l'oeil et l'attention
 l'eau qui coule. On en voit de ces femmes qui, dans le matin qui
s'veille, au bord d'une rivire, attachent de petits morceaux de
papier, couverts d'aimables penses,  la patte de grues qu'elles
mettent en libert; on en voit qui, dans la nuit, blmes apparitions,
une flte aux lvres, une robe noire comme le ciel aux paules,
glissent sur une barque silencieuse.

Le doux spectacle que celui de cette eau transparente et de ce qu'elle
met avec ses vaporisations de magique au ciel,  l'heure o le soleil
se couche. Il y a au Japon des ciels absolument roses, et que le baron
Hbner n'a vus que l, des ciels pourpre o les oiseaux ont l'air de
voler dans du sang, des ciels jaune d'or se dgradant en merveilleuses
teintes nankin au-dessus du blanc des lagunes, de l'outremer intense
de la mer, des tortils bruns des cryptomerias de premier plan! Il y
a des crpuscules gorge de pigeon, et des nuits gris-perle. Et ces
ciels invraisemblables clairent des arbres et des arbustes dont les
fleurs prcdent les feuilles, et en sont un moment la verdure fleurie.
Une floraison toute gaie, toute claire, toute pimpante: des arbres
blancs, des arbres roses, dans lesquels les aquarellistes japonais
n'introduisent mme pas les obscurantes ombres de l'Occident, et qui se
dtachent dans les albums sur le soleil couchant comme sur une feuille
d'or, ou qui, le soleil couch, au-dessus des balcons sur lesquels
leurs rameaux pendent, toilent la nuit noire de vritables toiles.

L'eau est la passion du pays, si bien qu' Kioto, o un ruisseau est
tout le fleuve que surplombe la perspective de ponts gigantesques 
dos d'ne, les riverains tablissent des barrages, qui leur permettent
d'avoir  peu prs, pour le soir, une nappe d'eau qu'ils parsment
d'espces de tables flottantes, sur lesquelles deux feuilles d'un album
nous montrent la population soupant, les jambes pendantes, et heureuse
de cette rivire improvise qui les mouille. Car, l-bas, la nuit c'est
la joie de l'eau. Les fleuves, les rivires des villes se couvrent de
djonques, de _yan-fun_, longues barques plates aux bandes de cuivre,
aux paravents  coulisses, de bateaux de fleurs chargs de danseuses
et de joueuses de guitare, de gondoles d'amour vnal, illumines de
lanternes; et l'encombrement est tel, que les bateliers nus, arms
de longues perches vertes, ont peine  avancer dans la presse des
embarcations. Et sous le ciel dchir d'artifices, les ponts sont
couverts d'une foule  les faire crouler.

Et de la mer, et des fleuves, et des rivires, les images vous mnent 
la Montagne sainte.

Une srie de trois albums nous reprsente l'ascension du Fusi-yama en
cent cinquante planches, montrant le cratre teint, sous un aspect
diffrent  chaque reprsentation. D'abord des rizires, des bois de
roseaux et des eaux tranquilles de lacs, bientt des rochers, des
cdres gigantesques qu'abattent des bcherons, suspendus par des
cordes dans l'air, un sentier pierreux que gravit une population vtue
de blanc, aux chapeaux de jonc, aux grands btons, aux clochettes,
et o s'engage pniblement une escorte, que dominent, sur leurs
mules, deux femmes de la cour dont la longue chevelure leur bat le
dos. Puis des altitudes, o la pluie raie le ciel et le paysage noy,
o se dchanent sous la montagne toute blanche, de noirs orages
balafrs d'clairs, o des tourmentes de neige enferment, dans des
anfractuosits de roche, des gens qu'on y voit blottis comme des btes.
Enfin, le pic, en sa candeur immacule, dans le beau temps. Et  chaque
tage de cette ascension, des contemplations admiratives, des hommes
renverss et se tordant les poignets, en une prosternation, qui est
comme un extatisme convulsif de l'amour de la nature[47].

    [47] L'illustration de ces trois albums est d'O-kou-sai.

Tout le Japon est prsent, vivant dans ces albums.

Voulez-vous une _matsouri_, une de ces ftes religieuses de
corporations, dans lesquelles, journellement, les charpentiers
promnent la statue de leur patron, Dakok, un maillet  la main, les
pcheurs la statue de Djesib, le Neptune japonais. Dans cette grande
planche, o marchent en tte deux matres des crmonies portant des
cannes de fer surmontes d'un anneau, dont ils frappent la terre, la
_matsouri_ processionne avec son attelage de trente hommes  de grosses
cordes, tirant le temple mont sur des roues dissimules dans la
boiserie, et sous l'auvent duquel est un petit thtre ambulant.

Voulez-vous une lutte de _smo_, d'athltes japonais[48]? Devant vous,
dans ces trois planches en couleur, se dresse l'amphithtre  deux
rangs de gradins, o l'on monte par des chelles, et au milieu de
l'arne se dessine, entre quatre poutres auxquelles sont accrochs un
cornet de sel et le sabre d'honneur, le _ring_ fait d'un rond de sacs
de riz poss  terre, et o luttent et o se poussent les champions
surveills par le juge de camp, son ventail  la main. Tout autour,
nus, une ceinture  jupons de franges autour des reins, sont assis, les
lutteurs attendant leur tour, des hommes gras et glabres, aux montagnes
de muscles, des colosses de 340 livres, une race lphantiasiaque, une
humanit phnomne, amoureuse de la grosseur, qui ne se marie qu'avec
des femmes gantes, et pour laquelle il y a une fabrication d'objets
usuels gigantesques[49].

    [48] Voici l'origine de la lutte et des lutteurs: Il y avait,
    sous Sei Nin Ten O,--contemporain de Jsus-Christ,--deux hommes
    d'une force suprieure, le nomm Tafema-no Kouyfaya demeurant
    dans la province de Yamato; et l'autre, nomm Nomi-no Soukon
    dans celle d'Idzoumo. Le Dari les fit venir pour lutter devant
    lui. Le premier se cassa la jambe et mourut, l'autre fut
    gratifi d'un petit terrain et d'une pension, et resta dans la
    capitale. Il fut l'inventeur des poupes de terre glaise et
    autres bagatelles. Il fut nomm intendant des travaux publics;
    et cette dignit resta  ses fils, petits-fils et  leurs
    descendants, dont la famille porta le nom de Taka fara. C'est 
    cette poque que l'art de lutter a commenc au Japon.

    [49] Les chefs de troupe des lutteurs ont rang d'officiers
    et portent les deux sabres, signe distinctif de la noblesse
    japonaise.

Voulez-vous une reprsentation de ces thtres qui ouvrent  six heures
du matin, de ces thtres sans actrices, et o l'acteur est doubl
d'une ombre, d'un officieux vtu et capuchonn de noir qui lui tend un
tabouret, s'il veut s'asseoir, qui lui claire le visage, quand le jour
baisse. Des planches parses des albums divers vont nous donner cette
reprsentation dans tous ses dtails. Et d'abord la faade de la grande
baraque, couverte d'immenses peintures, figurant les scnes dramatiques
de l'ouvrage reprsent, et au-dessus d'une cible perce d'une flche,
la logette du guetteur d'incendie. C'est devant les guichets, o se
tiennent accroupis les contrleurs entours d'une pile de monnaies, une
foule, une presse, une pousse d'hommes et de femmes, de _samoura_
descendant de cheval ou de norimons que les porteurs posent  terre,
de traiteurs chargs de djeuners, de lecteurs hilares du programme.
D'autres planches vous font pntrer dans la salle, le grand
quadrilatre en bois rouge. L'orchestre en habits sacerdotaux, ml
aux acteurs, se tient  gauche,  peu prs ainsi que sur leurs chaises
se tenaient les seigneurs du temps de Louis XIV sur la scne de la
Comdie-Franaise. En ces reprsentations qui durent toute la journe,
on mange, on boit, on fume, et dans la salle clatent une gaiet, une
joie, un plaisir enfantin, qui se tmoignent chez les spectateurs
accroupis par des tirements de bras dlirants sur les cuisses. Dans
des petites loges places des deux cts du thtre, des espces
d'avant-scnes, qui ont l'air de cabines de vaisseau, s'entrevoient,
tasses et serres l'une contre l'autre, les lgantes, les femmes
de fonctionnaires se rendant au thtre incognito. Enfin, d'autres
planches, toujours en couleur, nous ouvrent les magasins d'accessoires,
les foyers, les loges. On surprend des acteurs repassant leurs rles,
des acteurs accouds en un coin d'ombre, mditant un effet nouveau,
des acteurs rptant une tirade tragique en buvant une tasse de th,
des acteurs se maquillant devant des miroirs de mtal poss sur de
petits chevalets, des acteurs auxquels le perruquier du thtre fait
des sourcils postiches; et cela dans la dgringolade des domestiques
affairs et au milieu du fouillis des perruques, des chaussures, des
robes essayes, des sabres de thtre, des coffres entr'ouverts, des
botes  rouge, des thires, des _chibatchi_, des pots de fleurs.

Jusqu'ici ces images nous donnent la campagne, la montagne, la grande
route, la rue, la vie extrieure, mais il en est d'autres qui nous
introduisent dans l'habitation particulire, nous ouvrent l'intrieur
ferm du _yashki_, nous font pntrer dans l'intimit de l'existence
secrte des femmes et des hommes du pays. Nous voici dans ces maisons
dpouilles de leur toit et vues  vol d'oiseau par le dessinateur,
qui nous dvoile le labyrinthe de ces appartements de paravents, et
nous fait voir ces cuisines sans chemine, o des femmes remuent le riz
dans de grands chaudrons voyageant sur de petits chariots. Nous voici
dans ces intrieurs, aux murs glissant sur des rainures mobiles, et
dont le mobilier se compose d'un _kakemono_ pendu  la cloison, d'un
chne nain dans un petit pot de fleurs, quelquefois d'un aquarium o
nagent des poissons de la Chine  trois queues,--et o, par une porte
entre-bille, on aperoit dans le fond le bain qui chauffe, sa vasque
carre, ses seaux en poterie brune orne d'une grecque. Nous voici dans
ces jardins tout pleins des serpentements d'un ruisseau autour d'un
_toro_, d'une lanterne de pierre ventrue, en ces fourrs de pivoines
clatantes, o la sieste des promeneuses confond la flore des robes
avec la flore des massifs. Nous voici dans les salles d'apparat, o sur
une estrade rouge, des musiciennes, en robe bleue, jouent des choses
lentes, que des _guesha_, des danseuses, miment dramatiquement dans des
robes amples, entoures de coryphes qui semblent agiter, derrire leur
dos, des ailes de papillon. Nous voici dans les chambres, o des femmes
rampent  terre sur des instruments de musique  cordes, s'occupent 
peindre des ventails, agenouilles prs de petites tables basses o se
dressent les pinceaux dans des cornets de faence de Satzuma, brodent
des _foukousas_, composent, d'aprs des rgles et des traits savants,
des bouquets sans faute,--la longue queue de leurs robes voyantes
faisant  ct d'elles un petit amoncellement, parmi le fouillis des
objets de laque, de bronze, de porcelaine, tranant sur les nattes du
parquet, ainsi que des joujoux dans une chambre d'enfant. Nous voici
sur ces balcons, s'avanant au-dessus d'une haie d'iris violets et
enguirlands de lanternes rouges, sur ces balcons ternellement peupls
de femmes aux grandes pingles d'caille piques dans la chevelure
noire,  l'heure o une servante monte par un petit escalier, portant,
sur la paume de sa main renverse, le _tay_[50], le poisson rose, avec
les btonnets d'ivoire du souper.

    [50] Le _tay_, le _sparus aurata_ ou _chrysphrys cristiceps_,
    ce dlicat et beau poisson consacr  Yebis, est un mets
    affectionn par les Japonais, qui se le font apporter sur la
    table, encore vivant, et dj coup en tranches, tranches
    qui se dtachent dans une dernire convulsion, produite par
    quelques gouttes de vinaigre jetes dans les yeux du poisson.
    On le sert sur un petit chafaudage de btonnets de verre de
    couleur reposant sur un lit d'algues.

Elles sont habilles, ces femmes, de robes, o les fleurs, toutes
vives et toutes relles en leur relief, ressemblent  de vraies
fleurs, attaches sur la soie, au moyen d'pingles. Sur ces robes
s'panouissent des pivoines, s'lancent des roseaux aux feuilles
lancoles, pendent des branches de glycine, des gourdes de
coloquintes. Il en est qui sont fleuries de bouquets de chrysanthmes,
d'iris d'eau, de toutes les fleurs des arbres  fleurs[51]. Mais ce
n'est pas seulement au rgne vgtal que le brodeur emprunte le
dcor de l'habillement de la femme, il ose,--et quelquefois avec un
bonheur singulier,--le demander au rgne animal. Et il brode des robes
o semblent butiner des abeilles, des robes qui simulent le treillis
perl de la toile o se tient l'araigne le matin, des robes semes
de sauterelles, des robes pleines d'enroulements de vignes dont les
cureuils mangent les raisins, des robes figurant des vaguettes sur
lesquelles flottent des canards mandarins, des robes sillonnes de vols
de moineaux, d'oies sauvages, de cigognes, des robes o se tordent des
dragons dans des ciels d'orage zbrs d'clairs, des robes sur les
tranes desquelles s'aperoivent des faucons, des chats, des homards,
des carpes dans des filets d'or flottants qui les donnent  voir comme
prises dans des bourses. Dans le moment, une feuille dtache d'un
album me montre une de ces robes couleur de mer, o apparat, ainsi
qu'au fond de l'eau, la silhouette noye d'un gigantesque poulpe, et
je me rappelle avoir vu une robe reprsentant une course de chevaux
devant la cour du mikado,  Kioto, une course avec son public et tous
ses dtails. Disons-le, toutefois, l'tranget du sujet, le voyant de
la broderie, l'exagration du relief, sont en gnral l'apanage des
robes pour la procession de la desse Sanno, des robes de courtisanes
sur lesquelles on rencontre jusqu' des masques de thtre comiques et
licencieux.

    [51] D'aprs M. Fraissinet,--est-ce bien authentique?--la
    nouvelle marie japonaise recevrait dans son trousseau douze
    robes d'apparat, les robes des douze mois de l'anne. La
    premire serait une robe bleue brode de tiges de jasmin et de
    bambou; la deuxime, une robe vert de mer  fleurs de cerisier
    et  carreaux; la troisime, une robe rouge clair, sillonne
    de branches de saule ou de cerisier; la quatrime, une robe
    portant un coucou, ou le signe hiroglyphique qui reprsente
    l'oiseau de bon augure conjugal au Japon; la cinquime, une
    robe jaune terne, brode de feuilles d'iris et de plantes
    aquatiques; la sixime, une robe orange clair, o sont figurs
    des melons d'eau annonant la saison des pluies; la septime,
    une robe blanche mouchete de _kounotis_, clochettes pourpre,
    dont la racine laiteuse est trs recherche en mdecine; la
    huitime, une robe rouge parseme de feuilles de _mimosi_
    ou prunier du Japon; la neuvime, une robe violette orne
    de fleurs de la matricaire; la dixime, une robe olive
    reprsentant des champs d'pis moissonns o courent les
    zigzags de chemins et de sentiers; la onzime, une robe noire
    recouverte de caractres reprsentatifs de la neige et des
    glaons; la douzime, une robe pourpre charge de signes
    idographiques exprimant les rigueurs de l'hiver.

La Japonaise comme il faut a des robes plus sobres d'ornementation,
mais dont les tons sont cherchs dans les colorations de nature les
plus distingues, les plus _artistes_, les plus loignes de ce que
l'Europe appelle des couleurs franches. Les blancs que la Japonaise
veut sur la soie qu'elle porte, sont: le blanc d'aubergine (blanc
verdtre), blanc ventre de poisson (blanc d'argent); les roses sont
la neige rose (rose ple), la neige fleur de pcher (rose clair);
les bleus sont: la neige bleutre (bleu clair), le noir du ciel (bleu
fonc), la lune fleur de pcher (bleu rose); les jaunes sont: la
couleur de miel (jaune clair), etc.; les rouges sont: le rouge de
jujube, la flamme fumeuse (rouge brun), la cendre d'argent (rouge
cendr); les verts sont: le vert de th, le vert crabe, le vert
crevette, le vert coeur d'oignon (vert jauntre), le vert pousse
de lotus[52] (vert clair jauntre);--toutes couleurs rompues et
charmeresses pour l'oeil d'un coloriste. Et  propos de ces adorables
nuances fausses, j'ai dans le souvenir une robe de crpe rose,
lgrement saumon, toute couverte d'ventails brods, qui tait bien
le plus gai morceau de couleur qu'un peintre puisse dsirer pour
l'gayement de son atelier et le rappel au clair de sa peinture.

    [52] Une nuance japonaise est un certain vert pour vtement
    de dessus, nomm _Yama bato iro_, ou couleur de pigeon de
    montagne, et qu'a seul le droit de porter le mikado. Ses robes
    de dessous, du moins autrefois, taient des toffes pourpre
    tisses de fleurs blanches. Ces toffes pourpre s'appelaient
    _Teivosasinoki_, et leurs dessins _Koumo fate wakou_ ou nuageux.

Mais l'originalit de beaucoup de ces robes, consiste dans le passage
des paules aux pieds, d'une couleur  une autre, par les transitions
et les dgradations les plus harmoniques. C'est ainsi qu'une robe vert
d'eau meurt dans du violet, qui, d'abord presque insensible, devient
du violet fonc; ainsi qu'une robe blanc de crme, se colore presque
imperceptiblement et finit dans du jaune d'or. Il y a comme cela des
fontes et des noyades merveilleuses d'un haut de robe gros bleu dans un
bas de robe pourpre, d'un haut de robe blanc dans un bas de robe gorge
de pigeon, d'un haut de robe brun dans un bas de robe bleu cleste.

Dans ces robes flottantes et ne tenant pour ainsi dire pas au corps
souple des Japonaises, la grce paresseuse et un peu ratatine de leurs
mouvements a un charme enfantin. Il faut les voir,  demi couches de
ct et la tte souleve vers le seigneur auquel elles tendent son
sabre, ou bien paules  un paravent, leurs jambes ramasses sous
elles dans les remous de l'toffe, ou bien encore les deux coudes poss
sur leur petite table  crire, et le menton appuy sur le dos de leurs
deux mains effiles, dans une pose de rverie. Car on les rencontre
rarement debout sur leurs pieds; elles sont toujours accroupies sur les
talons, ou agenouilles[53], ou se tranant  terre avec de coquets
rampements et de voluptueuses ondulations. Les gens qui se rappellent
l'Exposition de 1867, ont conserv des Japonaises, qui y vendaient du
th, comme la mmoire de jolis petits animaux, qu'on trouvait presque
toujours  quatre pattes sur leurs nattes. Cela aurait-il une raison?
Robin, l'minent physiologiste, dans un voyage  Vienne, demandait  un
exposant japonais, s'il trouvait vraiment jolies les femmes de l'Europe.

    [53] M. Bousquet parle de dners d'auberge servis par des
    servantes  genoux.

--Oui, oui... mais elles sont trop grandes! rpondait le Japonais.

On dirait que les Japonaises, pour satisfaire  l'idal amoureux de
leurs compatriotes, en leur existence courbe et replie sur elle-mme,
travaillent  se resserrer,  se diminuer,  se rapetisser,  faire de
leur corps ramass et rduit, de petits et mignons tres d'amour, que
les flatteries de la main d'un matre doivent trouver  la hauteur du
dos d'une gentille bte apprivoise.

A la suite des albums contenant les toilettes, les occupations, les
plaisirs de la femme japonaise, nous avons les albums religieux, les
albums historiques, les albums de thtre, les albums topographiques
des grandes villes et de leur banlieue pittoresque, les albums
d'ornementation, les albums d'industrie artistique, les albums
d'lments de dessin et encore toutes sortes d'albums en trois, en
dix, en vingt cahiers sur toute espce de choses: des albums sur la
fauconnerie avec les portraits des faucons clbres et la figuration de
grandes chasses aux oies sauvages, des albums-catalogues des objets
d'art conservs dans les temples sacrs, des albums sur la composition
des bouquets, talent d'agrment qui fait partie de l'ducation d'une
jeune fille distingue, etc.

Les albums religieux,--au-dessous de bonzeries au milieu de lacs et
de bois de cryptomerias, et qui forment en haut des pages comme une
srie de paysages saints, poss sur de petits chevalets,--droulent
des apparitions, des miracles, des dcollations de femmes, o le sabre
du bourreau est bris par un clair parti du sanctuaire du temple.
On y aperoit de petites divinits naviguant, en pleine mer, sur le
dos de grandes tortues, des _sennin_ chevauchant des cerfs blancs,
des diables d'ombres chinoises attels  des chariots de flammes, des
personnages poursuivis par une lgion de crabes qui vont se dgradant
jusqu' l'horizon en une perspective pleine d'effroi. Dans l'apparition
de l'tre surnaturel, l'artiste japonais apporte une lgret de
suspension, un balancement, un flottement tout particuliers, et
cette apparition, il l'arrange, la dispose, la potise avec un art
infini. C'est ainsi que, dans un album de cette srie que je possde,
l'apparition d'une femme  travers le feuillage d'un saule, la tte
nimbe d'une clart rose, et le corps form des rameaux pleureurs de
l'arbre mlancolique, est tout ce que peut imaginer de plus arien le
crayon d'un dessinateur en fait d'vocation d'une trpasse. Cet album
(une reproduction des scnes lgendaires, figures par des poupes,
dans le temple de Kannoo), achet en 1852, a t, pour mon frre et
moi, la rvlation de cette imagerie d'art alors bien vaguement connue
de l'Europe, qui, depuis, a fait des enthousiastes comme le paysagiste
Rousseau, et qui,  l'heure prsente, a une si grande influence sur
notre peinture.

Arrivons aux albums historiques, tout pleins de ces reprsentations
d'hommes  la fois terribles et doux, dont les annales du Japon nous
dcrivent le type, dans ce portrait de Tamoura maro: C'tait un homme
trs bien fait, il avait 5 pieds 8 pouces de haut, sa poitrine tait
large de 1 pied 2 pouces, il avait les yeux comme un faucon, et la
barbe couleur d'or. Quand il tait en colre, il effrayait les oiseaux
et les animaux par ses regards; mais lorsqu'il badinait, les enfants et
les femmes riaient avec lui.

Parmi les albums historiques, les vraies annales hroques du pays, je
ne parlerai que des albums qui racontent le dvouement des 47 _ronins_,
et dont on peut suivre, sur les impressions en couleur, la lgende
traduite par M. Mitford[54].

    [54] _Tales of old Japan_, by A.-B. Mitford, London,
    Macmillan and Co, 1871.

Un _daimio_, du nom de Takumi-no-kami, portant un message du mikado 
la cour de Ydo, fut cruellement offens par Kotsuk, l'un des grands
fonctionnaires du shogun. On ne tire pas le sabre dans l'enceinte du
palais sans encourir la peine de mort et la confiscation de ses biens.
Takumi se contint cette fois; mais, un autre jour, il ne fut pas
matre de lui et courut sur son adversaire, qui, lgrement bless, put
s'enfuir. Takumi fut condamn  s'ouvrir le ventre. Son chteau d'Ak
fut confisqu, sa famille rduite  la misre, et ses gentilshommes
tombs  l'tat de _ronins_, de dclasss, de dchus, devinrent des
marchands. Mais Kuranosuk, le premier conseiller du _daimio_ et
quarante-six des _samoura_, attachs  son service, avaient fait le
serment de venger leur matre. Et le serment prononc, ces hommes, pour
endormir les dfiances de Kotsuk qui les faisait surveiller par ses
espions  Kioto, se sparrent et se rendirent dans d'autres villes
sous des dguisements de professions mcaniques.

Kuranosuk fit mieux. Il simula la dbauche, l'ivrognerie,  ce point
qu'un homme de Satzuma, le trouvant tendu dans un ruisseau  la
porte d'une maison de th, et le croyant ivre-mort, lui cria: Oh!
le misrable, indigne du nom de samourai qui, au lieu de venger son
matre, se livre aux femmes, au vin! Et l'homme de Satzuma, en lui
disant cela, le poussait du pied et urinait sur sa figure. Mais le
dvou serviteur poussa encore plus loin la sublimit de sa comdie.
Il accablait d'injures sa femme, la chassait ostensiblement de sa
maison, ne gardant auprs de lui que son fils an, g de seize ans.
Kotsuk, tout  fait rassur par l'indignit de la vie de son ennemi,
se relchait de la surveillance qu'il faisait exercer autour de son
habitation, renvoyait une partie de ses gardes.

La nuit de la vengeance tait enfin arrive, et la voici telle que
nous la fait voir la suite des planches d'un album. Une froide nuit
d'hiver, et les conjurs dans une tourmente de neige, se dirigeant
silencieusement vers le _yashki_ de l'homme, dont ils se sont promis
d'aller dposer la tte sur le tombeau de leur seigneur. Ils escaladent
la palissade. Ils enfoncent  coups de marteau la porte intrieure.
Ils gorgent les samourais de Kotsuk, dans l'effarement grotesque
de grosses femmes charges d'enfants. Ils poursuivent les fuyards
jusque sur les poutres du plafond, d'o ils les prcipitent en bas.
Mais de Kotsuk point. On ne le trouve nulle part, et on dsesprait
mme de le dcouvrir, quand Kuranosuk, plongeant les mains dans son
lit, s'aperoit que les couvertures sont encore chaudes. Il ne peut
tre loin; on sonde les recoins  coups de lance, et bientt on en
tire de sa cachette, dj bless  la hanche. Une planche nous fait
voir le vieillard, habill d'une robe de satin blanc, et tran tout
tremblant devant le chef de l'entreprise. Alors Kuranosuk se met 
genoux devant le bless, et, aprs les dmonstrations de respect dues
au rang lev du vieillard, lui dit: Seigneur, nous sommes les hommes
de Takumi-no-kami. L'an dernier, Votre Grce a eu une querelle avec
lui. Il a d mourir et sa famille a t ruine. En bons et fidles
serviteurs, nous vous conjurons de faire _hara-kiri_ (s'ouvrir le
ventre). Je vous servirai de second, et aprs avoir en toute humilit
recueilli la tte de Votre Grce, j'irai la dposer en offrande sur la
tombe du seigneur Takumi.

Kotsuk ne se rendant pas  l'invitation qui lui tait faite,
Kuranosuk lui coupait la tte avec le petit sabre qui avait servi 
son matre  s'ouvrir le ventre. Cela fait, les quarante-sept ronins
s'acheminaient vers le temple o reposait Takumi, dposaient la tte de
Kotsuk, demandaient aux bonzes de les ensevelir, et se rendaient au
tribunal.

La spulture des quarante-sept ronins, enterrs autour du corps de leur
seigneur, devint bientt un plerinage, et le premier qui s'y rendit
fut l'insulteur, qui n'avait pas souponn la supercherie surhumaine
de Kuranosuk. Il dclarait qu'il venait faire amende honorable 
l'illustre martyr, et s'ouvrait le ventre sur le tombeau.

Les albums de thtre, les plus nombreux de tous et les moins
plaisants,  cause d'un certain hiratisme caricatural, qui vous
fait passer et repasser sous les yeux un type uniforme aux gros
yeux saillants, aux narines effroyablement ouvertes,  la bouche
en tirelire, prsentent cependant un certain intrt par la belle
ordonnance des draperies, la dignit des attitudes, les superbes
enveloppements de ddain, la fiert des dfis, les retroussis colres
des bras prts  frapper, les convulsions des agonies dans des linges
sanglants, le grandiose de la mimique. Ces albums forment l-bas la
bibliothque des acteurs. La runion la plus riche rapporte  Paris,
et qui a fait les petites collections connues, a t achete par MM.
Sichel,  la vente de Tanosk, le Talma du Japon. Ces recueils sont
pour les acteurs du pays, les manuels o ils tudient l'pique qui se
dgage de l'exagration hroque du drame japonais, tudient les lignes
violentes des corps anims par la passion de la vengeance: tout le
thtre dramatique de l'Extrme-Orient.

L'amour qui ne peut se faufiler, et comiquement encore, qu' la suite
d'une prostitue, l'amour et ses tragdies n'ont pas de place sur les
scnes du Japon. Car, sur l'amour, les Japonais ont une manire de
sentir, des ides, des dlicatesses tout  fait extraordinaires. Ils
n'admettent pas qu'il puisse y avoir d'autre amour que l'amour entre
mari et femme, et encore de l'amour qui n'a pris naissance que du jour
du rapprochement charnel. Et au thtre l'amour d'une jeune fille, et
l'amour le plus purement et le plus chastement exprim, rvolterait
les spectateurs de cette contre paradoxale, o l'impudicit court la
rue. L nous touchons  un ordre de sentiments qui nous chappent. Je
me rappelle, un soir, chez mon ami Burty, l'indignation d'un jeune
Japonais  qui il tait demand ce qu'il trouvait de choquant de
dire  une femme qu'on en tait amoureux, et qui, aprs une sortie
sur la grossiret de notre langue, de nos expressions, de nos mots,
s'criait: Chez nous, ce serait comme si on disait: Madame, je
voudrais bien coucher avec vous. Et il dtaillait un certain nombre de
formules potiques et logogryphiques, au moyen desquelles seules une
dclaration pouvait se faire jour, sans indcence, finissant enfin par
cette phrase: Tout ce que nous osons dire  la femme que nous aimons,
c'est que nous envions prs d'elle la place d'un canard mandarin; c'est
notre oiseau d'amour, Messieurs!

Les albums topographiques dans une succession de planches  vol
d'oiseau qui couvriraient un pan de muraille, vous donnent la
figuration des villes comme Ossaka, Yedo, etc., et les docks baignant
dans l'eau, et les quartiers de ngoce maritime, et les enfilades
de comptoirs, et les intrieurs o des costumes europens se voient
parmi des costumes japonais, et les grands terrains cultivs au milieu
desquels se dresse le toit d'un temple, et la ville proprement dite
avec sa rivire et ses canaux coups de ponts courbes  monter avec
les pieds et les mains, et ses perspectives de boutiques aux enseignes
dans des gurites, semblables  une avenue de nos baraques de foire,
et les rues remplies, selon l'expression d'un voyageur, d'une foule
bleue et couleur chair bronze, une foule qui ne fait pas de bruit avec
ses chaussures de paille, et le _Siro_ aux assises cyclopennes et aux
grands fosss, et l'esplanade o paradent des soldats japonais, puis
encore les entrepts dont les baies ouvertes dcouvrent d'immenses
emmagasinements de riz et de th, et qui finissent en des espces de
lagunes o continuent  se vendre des produits du pays sous des toits
de nattes soutenus sur des piquets: tout l'immense dploiement colori,
surmont  et l de petites banderoles carmines donnant l'indication
et le nom des btiments reprsents.

Les albums d'ornementation demandent surtout leurs motifs 
l'blouissante flore du pays, en y associant l'oiseau.

Parmi ces albums, je veux donner un moment  la description de
l'album qui a pour titre: LES OISEAUX ET LES FLEURS DES QUATRE
SAISONS, dessins par Takoka, une merveille de douce harmonie
et de clair coloriage, qui n'a gure pour les fonds que le gris d'un
ton de glaise. Des oiseaux grimpant le long des flancs de roseaux,
des oiseaux volant au milieu de la dchiqueture de grands pavots, des
oiseaux becquetant des grenades entr'ouvertes, des oiseaux blottis
dans des rameaux couverts de neige, des cailles grises entrevues 
travers les fleurettes des champs, des cigognes blanches  demi caches
par les iris violets, des canaris jaunes sur des rameaux feuills de
boutons de magnolias blancs lisrs de rose: c'est toute une suite de
tableaux o se groupent dans des arrangements d'un got exquis, d'une
originalit singulire, la plante et l'oiseau. Dans ce recueil, il est
une planche qui reprsente deux msanges, poses sur une tige de bambou
dessch, et se dtachant de dessus l'orbe ple de la lune dans un ciel
crpusculaire: une image d'un effet  la fois rel et potique auquel
n'est jamais arrive une composition ornementale de l'Occident. Ces
fleurs et ces oiseaux sont peints, tout pntrs de lumire, sans que
leur clat, leur vivacit, leur ensoleillement, soient attnus par
l'ombre des demi-teintes, et le dessin trs savant, trs technique,
trs _botaniste_, tout en serrant de tout prs la nature, a dans le
contour une grandeur et des ressentiments pareils  ceux que nos grands
matres ont cherchs dans leurs dessins, et surtout dans une suite de
dessins hraldiques d'Albert Drer vendus autrefois par l'Alliance
des Arts. Oui, il est incontestable que les Japonais, et les Japonais
seuls, ont, dans l'interprtation de la fleur et de son feuillage, un
style,--le style qui n'existe chez nous que pour la reprsentation du
corps humain.

De petits albums  l'usage des fabricants, et de la grandeur de
nos carnets de poche, contiennent de charmants modles de toutes
les industries d'art. Un album de brodeur, derrire sa premire
planche remplie par une brodeuse devant son mtier, tale une srie
d'chantillons d'toffes brodes, d'armoiries de princes, d'oeils de
queue de paon, de silhouettes noires de chauves-souris, de simples
flots de la mer, et de cocottes pareilles  celles que nos petites
filles d'Europe font dans un carr de papier. Un autre donne des
patrons de robe, et, entre autres, une robe qui est comme un lger
bouquet et une fuse d'herbettes et de fleurettes de gramines. A
ces albums, comme contraste, il faut opposer les albums consacrs 
l'habillement et  l'armure des guerriers, et qui vous reprsentent ses
diffrents casques, ses cuirasses, son carquois et ses flches, ses
_hakama_ (pantalons en forme de jupes), ses sandales de bois appeles
_ghetta_, ses selles, le harnachement de son cheval, enfin l'quipement
pdestre et questre du samourai;--albums se terminant souvent par des
batailles, moiti sur terre, moiti dans l'eau, qui, par la furie des
lments dchans par le peintre, par la colre donne au paysage,
dont les feuilles se dressent comme des langues de flammes, par le
surhumain des coups qu'on se porte, par l'exagration des blessures et
du sang rpandu, par une espce de terrible fantasmagorie, ne semblent
plus des batailles entre des hommes.

Ces batailles semblent se donner au son de ce chant d'extermination,
compos par l'empereur Zinmou, dont un frre venait d'tre tu par une
flche:

  Je suis attrist par la mort de mon gnral auquel je pense
  toujours: l'ennemi doit tre hach en pices, comme des oignons,
  avec ses femmes et ses enfants, au pied des palissades. Cela
  suffira et mettra fin  la guerre.

  Je suis attrist par la mort de mon gnral auquel je pense sans
  cesse: ma colre est pntrante comme le got du gingembre. C'est
  en les exterminant tous qu'il faut mettre fin  la guerre.

Des albums sont consacrs aux objets de laque, et nous y relevons
une srie de ravissants peignes de luxe. D'autres albums apportent
au travail du fer des modles d'une imagination merveilleusement
cratrice, et nous font passer, sous les yeux, des couvercles de
botes, des gardes de sabre, des manches de couteaux qui sont de la
vraie bijouterie.

Les albums qu'on pourrait appeler lments de dessin ne peuvent
se compter. Je citerai, parmi ces albums, un petit cahier trs
curieux, dessin d'aprs ce principe qui avait fait sculpter les
joujoux exposs  la dernire exposition, et qui composaient une
srie d'animaux  l'tat de premier dgrossissement d'une sculpture,
et d'bauche rudimentaire de la forme. L'album contient un mli-mlo
d'hommes, d'animaux, cherchs dans le dessin extrieur, dans le contour
spirituel, bizarre, caractristique, excessif, de l'tre reprsent,
avec un dedans rempli par une teinte plate. Cela donne des silhouettes
trs originales, et o l'oeil n'est distrait par aucun dtail
secondaire. C'est, en plein jour, des choses  peu prs dessines comme
des figurations d'ombres portes par une lumire sur un mur. Il existe
ainsi des drapements de femmes dgingandes, contourns d'un gros trait
cras d'un effet saisissant; et une planche de cigognes,--de vrais
triangles volant dans l'air,--est tout simplement tonnante.

Mais vraiment l'on ne peut parler de croquis d'art, sans ouvrir une
parenthse en faveur d'O-kou-sa[55] et de ses quatorze petits cahiers
classiques.

    [55] D'aprs une curieuse note de Bergerat, sur des indications
    fournies par Narushima, un des Japonais venus en France,
    l'anne de l'exposition, Oksa, O-kou-sa, Fokkusa, dont
    le vrai nom serait Hottyimon-Miuraya, serait n  Yedo au
    milieu du XVIIIe sicle, aurait travaill dans l'atelier
    de Shiun-Sui-Katsu-Kava, puis chez Shiun-Shivo, et aurait
    dbut par une suite des Jardins de Yedo. Baptis par son
    matre du pseudonyme de Shiun-B, il aurait, ce qui n'est pas
    invraisemblable pour un Japonais, sign, de 1764  1798, de
    cinq noms diffrents, d'abord Sri, puis Sato, puis Tameithi,
    puis Gakino-Bojin, enfin Katsu-Chika-Fokkusa, le nom sous
    lequel il est rest clbre, et qui veut dire _Maison du Nord_,
    par allusion  une maison trs recule et trs lointaine, qu'il
    habitait au nord de la ville.

Son oeuvre est trs considrable: indpendamment de ses quatorze petits
cahiers d'tudes et de ses trois albums de Fusi-yama, il a t surtout
un illustrateur de romans, et principalement des romans de Kiokutei,
le romancier en vogue du Japon, et aujourd'hui les Japonais payent des
prix normes les anciens tirages de ses planches. Lors du sjour de M.
Philippe Sichel au Japon, un exemplaire des quatorze cahiers d'tudes
d'O-kou-sa, avec annotations et croquetons du peintre, jets dans les
blancs de l'album, tait en vente au prix de mille dollars  Osaka. Il
est mort dans un ge trs avanc, puisque la publication du Fusi-yama
est de 1830. Il y a une lgende  Kioto, lui prtant la collaboration
d'une fille belle et intelligente, qui ne voulut jamais se marier, se
dvouant tout entire  son vieux pre, d'humeur, par parenthse, assez
fantasque.

Cet homme a le gnie du dessin de premier jet, le talent unique
d'enfermer, dans une ligne trace en courant, la vie d'un mouvement
humain ou animal, la physionomie d'une chose inanime. Figurez-vous,
au milieu de toutes ces images gardant un rien du hiratisme chinois,
des dessins empreints  la fois de la modernit d'un Gavarni et
d'un Decamps, et qui cependant n'ont rien d'occidental, mais sont
le triomphe du _d'aprs nature_ oriental. Ce sont des centaines de
croquetons, o ple-mle, et au gr du motif tomb sous les yeux du
dessinateur, dfilent des hommes, des femmes, des quadrupdes, des
oiseaux, des poissons, des reptiles, des paysages, des objets bizarres
et imprvus, comme la coupe intrieure d'un pistolet, et jusqu'
un ptale de fleur, un caillou, un brin d'herbe. En ces pages qui
ne finissent jamais, O-kou-sa montre, grands comme le pouce, ses
compatriotes, dans les poses, la tenue, les habitudes de leurs corps,
et aussi bien dans l'action de leurs muscles parmi les durs travaux
des mines, que dans la dtente heureuse de leurs membres en la fumerie
des pipettes. Avec le dessinateur, nous voyons les Japonais galopant
sur de petits chevaux bouriffs, plongeant sous l'eau  la recherche
des coquillages, se disloquant dans des tours de force ou d'adresse
impossibles, et encore des Japonais sommeillant, s'ventant, lisant,
jouant aux dames, se promenant, contemplant un pot de fleurs, faisant
_kow-tow_, la rvrence o l'on touche la terre du front. Partout sur
les feuilles qui se succdent, foisonne une humanit d'homuncules aux
contours cahots et ressautants, et dont la myologie est lgrement
crite sur la nudit. Il y a une srie de planches de lutteurs et de
btonnistes, o les ramassements, les retraites, les dveloppements,
les allongements des bras et des jambes forment une suite d'infiniment
petites acadmies d'une science d'anatomie extraordinaire. Enfin, sous
le crayon d'O-kou-sa, revit, saisie sur le vif, toute la mimique
corporelle de ce peuple si expansif, si dmonstratif. Et le tortillage
de la femme dans son ternel accroupissement  terre le rend-il d'une
manire assez divertissante! Dans la figuration rigoureuse, dans la
copie fidle de ses hommes et de ses femmes, O-kou-sa apporte un
grossissement comique qui n'est pas,  proprement parler, caricatural,
mais plutt humoristique. L'artiste, si l'on peut dire, a la ralit
ironique. Quelquefois mme cette ralit, tout en restant humaine,
prend chez l'artiste un caractre fantastique dans des vieillards
raccornis et poilus qui ont l'air de satyres octognaires, dans des
femmes, sur les paules desquelles il met la tte inanime et cabosse
des poupes de l-bas, et surtout dans des phtisiques, que le squelette
transperce  et l, et rend macabres.

Du reste, O-kou-sa est attir par le fantastique, et y va
quelquefois rsolument. On rencontre parfois, dans son OEuvre, une
_femme-revenant_, une larve dresse dans le ciel, comme une longue
chenille recourbe, et qu'enveloppe une tignasse de pendu. Et je ne
sais gure d'apparition plus terrible que ce crne chevelu, dans la
tte de mort duquel regarde un seul oeil vivant, grand ouvert.

Tournez la page, aprs l'image effrayante, ce sera peut-tre une
plaisanterie scatologique: une lucarne de priv que dpasse la tte
d'un samourai plongeant entre les manches de ses deux sabres, tandis
qu'au dehors les nez se bouchent jusqu' la cantonade. Et toujours
ainsi, l'imagination se mlant  la ralit, une image inattendue mne
 une autre. On passe de l'pure d'un dvidoir  cocons de vers  soie
 la fantaisie de deux porteurs, dont les nez font le bton auquel est
suspendu le fardeau branlant; du tour d'un jongleur rendant le contenu
d'une tasse dans une envole de papillons qui lui sort de la bouche,
 l'action d'une jeune fille qui, en se tordant de rire, teint une
chandelle avec un pet; de la mditation d'un lapin dans un clapier,
 un bain de famille o un Japonais fait sa barbe,  ct de jeunes
femmes vtues seulement de leurs pingles  cheveux, au milieu de
petits enfants jouant avec des tortues.

Mais o O-kou-sa est vraiment inimitable, c'est dans le crayonnage
de l'oiseau, de l'insecte, du poisson, du reptile. C'est l
incontestablement la vraie et la grande spcialit des Japonais, et
voici, dans un album d'inconnu jet sur la table, une crevette dessine
avec la grandeur d'un dessin de Michel-Ange. Mais nul n'a rendu aussi
bien que O-kou-sa, le galbe, l'aspect, la tache de ces animaux dans
le paysage, nul n'a surpris comme lui le rampement, la nage, le vol,
et surtout l'immobilit frmissante et anime de l'animalit vtue
d'cailles ou de plumes, des habitants de l'eau ou de l'air.

Et toutes les habiles figurations de l'artiste sont plaisantes  l'oeil
par la coloration particulire de leurs impressions. Comme fusines,
elles se jouent dans trois teintes: le gris du papier de Chine pour
le fond, une teinte bleute pour les vtements, les pelages; une
teinte rose pour les carnations, les fleurs, etc. Et le dessin et les
couleurs semblent bues par la soie du papier.

L'oeuvre de ralit humoristique de O-kou-sa nous mne aux albums
absolument caricaturaux, en gnral de date assez rcente. La
caricature au Japon, chez ce peuple moqueur, a une verve, un entrain,
une _furia_ indicibles; il semble qu'elle soit le produit de la fivre
d'une cervelle et d'une main, et parfois son tranget lui donne
l'aspect d'une hallucination de fou. Elle est copieuse, exubrante,
et les imaginations cocasses, et les bonshommes drlatiques de
toutes les couleurs jaillissent sur la page blanche de l'album 
la faon de la pousse violente et de l'parpillement multicolore,
dans le ciel, d'un bouquet d'artifice. Le caricaturiste n'conomise
pas son comique, il couvre, il surcharge la feuille d'innombrables
compositions, et le papier jusqu'en ses recoins grouille, fourmille
de gens contorsionns, de bousculades rjouissantes, de chutes
montrant  cru des derrires  des idoles, qui s'indignent sous leur
patine verte, de maux de coeur tourns au mal de mer, d'innarrables
natations de femmes obses et ventripotentes. C'est tumultueux, diffus,
enchevtr, avec quelque chose du trouble remuant des morceaux de
papier colori d'un kalidoscope qu'on secouerait. Ici, des enfants
peignent en vermillon le ventre de Silne d'un dormeur; l, un vieux
vtrinaire examine de tout prs l'anus d'un cheval qui ptarade; plus
loin, un borgne court aprs son oeil emport au bout d'un fil par une
grosse mouche. Il s'y trouve, dans ces croquis, tous les contrastes
amusants des _gras_ et _maigres_, toutes les dformations d'un visage
vu en long et en large dans une cuiller, tous les galbes de crnes
d'imbciles, et de cet imbcile particulier au Japon, qui a le type
d'un Jocrisse kalmouck, enfin tous les ingnieux emprunts faits par
notre Granville pour la construction de son humanit. Notons en
passant que, chez les Japonais, la pieuvre devient la maquette d'aprs
laquelle le caricaturiste faonne toute une srie d'tranges ttes, aux
protubrances, aux nodosits d'une calebasse, au profil creus comme un
quartier de lune. On y voit encore des femmes, emprisonnes dans leur
parapluie ferm, qu'elles ne peuvent rouvrir,--le parapluie en papier
jaune huil couvert de grands caractres noirs joue un rle important
au Japon,--des goinfreries bestiales d'hommes aux longs cheveux rouges,
des sortes d'Anos, autour de plates de nourritures gigantesques, des
promenades ridicules de samourais dans la silhouette farouche de leur
arsenal militaire en marche, des ascensions plaisantes de montagnes
saintes par des plerins qui ont l'air de larves blanches sur un
champignon pourri, et au milieu du dlire gnral de l'illustration,
des Bouddha, sortant de leur immobilit de bronze, pour faire la
grimace et demander  boire.

Et toujours dans la grosse charge, par-ci par-l, un dtail dlicat:
la jupe d'une femme renverse, les jambes en l'air, figurera la
volute d'une coquille; l'hbtement d'un ivrogn de saki tiendra,
du bout des doigts d'une main, l'orteil de sa jambe allonge par un
de ses serpentins mouvements d'un matre de notre XVIe sicle. Nous
trouverons mme, parmi ces planches pour rire, la fine et distingue
observation du peintre de moeurs qui, sans l'outrance de la caricature,
fait risibles de simples mouvements de l'me: la colre de celui-ci,
l'admiration amoureuse de celui-l; fait risibles le vautrement
congestionn de ce savant sur un rouleau d'criture, la pipette de
travers dans la bouche, et encore la joie dansante et disloque du
populaire, et les grces de la Japonaise disgracieuse.

Les trangers, les Hollandais, les Anglais, se trouvent volontiers sous
le pinceau du caricaturiste japonais. Et voici une caricature trs
russie de l'Occident par l'Orient. Un officier de marine anglais,
l'air un peu _nigaudinos_, et qui se tient les ctes de bonheur, est
embrass par une pudibonde lady, coiffe d'un chapeau _bibi_;--et
devant l'amour bte de ces deux personnages farces, les tres
fantastiques peuplant la terre, le ciel et l'eau de l'Empire du Lever
du Soleil se livrent  une formidable gaiet.

Bien souvent, en effet, dans l'Extrme-Orient, le fantastique se mle 
la caricature, ainsi que nous l'avons vu dans l'oeuvre de O-kou-sa. Il
n'a pas d'albums spciaux, et se dverse un peu sur toutes les pages,
mettant  ct du rire son surnaturel, sa terreur. C'est  droite et
 gauche qu'il place ses effrayants vieillards, balays de chevelures
blanches, au visage rouge; ces _damio_ mystrieux, tenant entre leurs
mains une tte de femme coupe, ressemblant  ces petites ttes de
supplicis en terre cuite, peintes en vert, une grosse larme sous
l'oeil droit, et qui pendent aux franges du manteau du diable punisseur
des crimes dans l'enfer bouddhique; ces personnages  ttes d'oiseaux
groups dans des branches, ainsi qu'en un arbre de Jess d'un conte de
fe; ces gros hommes aux lobes d'oreille leur balayant le ventre; ces
femmes poursuivies par des jambes sans corps, et ces luttes de lutteurs
sans ttes.

Ici, dans l'obscurit d'une chambre  demi claire par une lanterne,
la fume d'une pipe se transforme en un immense serpent se tordant
au-dessus de la tte du fumeur pouvant. L, dans le noir de la nuit,
est tendue  travers la campagne une toile qui tient le ciel, et o est
blottie une formidable araigne-crabe dont les pinces sont partout.
Les monstres enfants et aims par l'imagination nationale entrent
bientt en scne. Dans cette planche, o un guerrier galope parmi les
flots obscurs, apparat la lgendaire tortue  la tte de chien,  la
queue d'algues flottantes,  l'antique carapace, o se sont forms
des rochers, o poussent des arbres. Dans cette autre planche, sort,
des profondeurs des Ocans, le dragon des typhons, dont la prsence
perturbatrice de l'atmosphre soulve la mer dans le ciel, et fait
courir, autour du bateau en dtresse, des vagues qui ont comme des
griffes, des doigts crochus  leurs crtes.

Souvent aussi  ces apparitions d'une animalit de rve et de
cauchemar, l'Orient associe la vision d'pouvante de l'Occident: le
squelette,--qu'en leur qualit de coloristes, les Japonais aiment 
colorier en lilas tendre. Et trouvez, dans notre fantastique  nous,
une composition suprieure  celle-ci? Par une de ces nuits, o un
nuage sinistre est jet avec un art si admirable sur une lune livide,
un samourai, les mains sur les gardes de ses deux sabres, regarde,
dans le ciel noir, une bataille de squelettes mens par une Mort,
chevauchant une carcasse de cheval, et brandissant au-dessus de son
crne, aux orbites vides, un long fauchard.

Un fantastique moins terrifiant, plus autochtone, presque entirement
personnel aux Japonais, et qui revient dans tous les albums: c'est
l'allongement des nez qui deviennent des trapzes autour desquels
des quilibristes font de la voltige, l'allongement des jambes qui
semblent avoir les rallonges de grandes chasses,--et en premire
ligne l'allongement de cous qui prennent le serpentement et la tnuit
d'un ver de terre interminable. Longtemps j'ai pris ces allongements
bizarres pour des visions de l'ivresse du hachisch, mais aujourd'hui
aprs l'tude de la Science politique, il faut abandonner cette
interprtation de ces fantaisies physiologiques. Il s'agit de la
figuration d'une superstition japonaise partage par quelques tribus
indignes des les Philippines. C'est le _rok-ri-koubi_ (la tte  six
lieues) ou la croyance que lorsque le corps est compltement endormi,
le cou s'allonge, devient mince comme un fil, flexible comme un roseau.
Et la tte de l'endormi peut ainsi s'loigner  des distances infinies,
et assister  des choses absconses et secrtes, qu'il n'est pas donn
de voir  l'homme veill.

Une tude des albums japonais serait incomplte si l'on n'accordait
pas un mot aux albums rotiques. L'Orient n'a pas notre pudeur, ou
du moins il a une pudeur autre, ainsi que je l'ai indiqu  propos
du thtre. Le Japon est le pays o un homme tirant des quatre
compartiments d'une bote, du sable rouge, bleu, blanc et noir, ainsi
qu'un paysan ensemenant son champ, sme sur le parquet,  la vole
d'une main artiste, des dessins obscnes, qui mettent en joie un public
d'honntes femmes et de jeunes filles. Donc ces sortes d'albums sont
nombreux, trs nombreux. Mais avant tout, il faut le dclarer, ces
images n'ont rien de la polissonnerie froide de l'Occident et mme de
la Chine. Ce sont d'normes gaiets, et comme le portefeuille d'un dieu
des Jardins o l'indcence des choses est sauve par une navet de
temps primitifs, et, le dirai-je? par le michelangelesque du dessin.
Il se rvle en ces impressions un amour physique, qui, dans les
contractions des orteils des hommes, dans les pamoisons des femmes, a
quelque chose de l'pilepsie, et apporte au dessinateur une tourmente
de lignes superbes. Ces albums reprsentent en gnral des _Maisons de
th_, o, derrire le repliage de quelques pages figurant l'habitation
au grand toit noir, aux boiseries laques de rouge, au jardin rose, se
dissimulent les scnes amoureuses.


Mais entrons dans une de ces maisons,  l'aide d'une chanson
populaire[56]:

    [56] _Anthologie japonaise_, par Lon de Rosny. Maisonneuve et
    Cie, diteurs, 1871.

Voyez donc sur cette fleur ces deux jolis papillons. Pourquoi
voltigent-ils ainsi sans se sparer?

--C'est sans doute parce que le temps est beau et qu'ils se sont
enivrs du parfum des fleurs.

--Nous aussi, allons, comme ces papillons, visiter les fleurs.

--Avez-vous tudi la science des fleurs?

--Je l'ai tudie sous la direction d'un excellent matre de Yosiwara.

--Cette tude cote-t-elle beaucoup d'argent?

--De l'ouverture de l'tablissement jusqu' l'aube du jour, on donne de
trois  quatre taels.

--Voil la grande porte.....

--Ne connaissez-vous aucun professeur?

--Je connais le professeur Komourasaki (Pourpre fonce).

       *       *       *       *       *

--Veuillez attendre un peu, le professeur Ousougoumo (Nuages lgers) va
venir.

--Le professeur se fait attendre bien longtemps; je ne comprends
absolument pas pourquoi?

--Les professeurs de Yosiwara perdent beaucoup de temps  cause
des complications de leur toilette. D'abord ils aiment  employer
pour l'arrangement de leur coiffure la pommade de Simomoura et les
cordonnets de Tsyzi. Il en est qui adoptent la mode de Katsouyama,
d'autres prfrent celle de Simada. Ils ne s'aperoivent pas que leur
peigne d'caille, et leurs aiguilles de tte en corail, pour lesquels
ils dpensent mille livres, augmentent leurs dettes. Poudre de riz
pour le visage, poudre de riz pour le cou, fard pour les lvres, et
jusqu' du noir pour les dents, il n'y a rien chez eux qui ne dcle la
prodigalit.

Un instant aprs le professeur se prsente. En vrit, il est trs
joli, distingu, aimable. A ses sourcils se dessine la brume des
montagnes lointaines;  ses yeux s'attachent les frmissements des
vagues d'automne; son profil est lev, sa bouche petite, la blancheur
de ses dents fait honte  la neige du Fouzi-yama; les charmes de son
corps rappellent le saule des champs durant l't. Son vtement de
dessus est orn de dragons volants brods en fils d'or sur du velours
noir. Elle porte une ceinture en brocart d'or; en un mot, sa toilette
est irrprochable.

--Je suis venu m'entretenir avec vous  l'effet d'entreprendre l'tude
des fleurs.

--Mais avez-vous bien rflchi combien est fatigante cette tude?

       *       *       *       *       *

Veuillez venir dans ma chambre.....

       *       *       *       *       *

La description de ces chambres tant connue de tout le monde, il est
inutile d'en parler en dtail. Sur l'estrade dispose pour recevoir six
nattes, on a suspendu trois stores du peintre Htsou, reprsentant des
fleurs et des oiseaux. On y a rang le jeu de sougorokou (tric-trac),
le jeu de go (jeu de dames trs compliqu), des ustensiles pour
faire chauffer le th, une harpe, une guitare. A ct, dans une
bibliothque, on trouve depuis la clbre histoire des Ghenzi de
Mourasaki Sibikou jusqu'aux romans de Tamenaga Siounsoui.

Or donc, lorsque le professeur se prsente pour la seconde fois, il
est habill de ses vtements de lit, comprenant une casaque de crpe
rouge, surmonte d'une robe de nuit de satin violet orne de pivoines
et de lions brods avec des fils d'or. Il laisse tomber en arrire
ses noirs cheveux capables d'enchaner le coeur de mille hommes, et
permet d'apercevoir un corps dont la blancheur mortifierait la neige
elle-mme. Sa figure, au sourire de prunier, est semblable aux fleurs
de poirier, mailles de gouttes de pluie.

La fleur est faible; de grce, arrosez-la souvent.....

       *       *       *       *       *

Ici commence la libre interprtation populaire de l'TUDE DES FLEURS A
YOSIWARA, par les albums.

Les images sont en couleur, mais le plus souvent elles sont prcdes
d'un texte entreml de petits dessins imprims en noir, et ces petits
dessins sont toujours suprieurs aux grands. Il y a l des copulations
dont les raccourcis sont dignes d'un Jules Romain, et  ct de cela
des imaginations spirituelles d'une fantaisie charmante. C'est ainsi
qu'un de ces croquis montre le rve d'une femme, dont le sommeil
agit a rejet loin d'elle ses couvertures, et qui voit une farandole
de phallus, habills  la japonaise, dansant et agitant de grands
ventails. Cette danse de phallus s'ventant est, certes, une des
compositions les plus excentriques sorties de la cervelle et du crayon
d'un artiste en une heure de caprice libertin. Ce petit album, que n'a
pas sign l'artiste, s'appelle _U memigoua_ ou RVE AMOUREUX.

Le nombre, l'abondance, la prodigalit de l'image, au Japon, dpasse
tout ce qu'on peut imaginer. Ce n'est pas une feuille, c'est presque
toujours trois feuilles qui donnent la reprsentation d'une scne
quelconque. Il existe un passage de gu par une femme de daimio,
escorte dans l'eau de ses neuf dames d'honneur portes sur de petits
planchers, qui se dveloppent sur six feuilles. Le voyage d'un bateau
de plaisance sur une rivire en compte douze. Un catalogue de la
chalcographie japonaise, je ne sais pas ce qu'il contiendrait de
volumes, tant les enfants et les femmes des maisons de th font une
consommation effrayante de ces livres illustrs qui ne cotent rien,
et en ce pays, o la passion de l'image est telle, qu'au dire de M.
Humbert, une bouteille d'absinthe ou de chartreuse dcore d'une belle
tiquette, se vend le double.

Le curieux n'est-il pas que nous en sachions si peu sur ces
impressions[57]? Il y a quelques annes, tout ce qu'on savait d'elles,
c'est qu'elles taient imprimes avec des bois,  peu prs comme le
sont nos grossires indiennes, mais sans possder aucun dtail de la
fabrication. Aujourd'hui, des conversations de Flix Rgamey, des
observations de Bracquemond, il rsulte que l'impression se fait de
la manire la plus primitive, et,--on ne s'en douterait gure,--sans
l'aide d'une presse. L'imprimeur a un disque de bois, une feuille de
bambou au dessous rugueux et ctel; il replie sa feuille sur son
rond de bois, la noue en haut avec un de ces inimitables noeuds qu'on
trouve sur certaines botes de laque et qui lui sert de poigne. Cela
fait, il prend une planche de bois entaille des deux cts, et dont
le reprage est fait au moyen de quatre petites encoches; il encre le
recto d'une couleur, place sa feuille dessus, et frotte sur les aplats,
de la couleur  l'eau avec son rond de bois envelopp de la feuille de
bambou, absolument comme d'un _froton_. Alors il nettoie son verso,
encre le recto,--une planche fournissant deux impressions,--puis il
passe  la seconde planche, et  une autre. C'est au fond absolument
le procd avec lequel, au moyen d'un brunissoir, nos graveurs sur
bois tirent l'preuve d'un _fum_. Mais l'admirable, c'est le nombre
d'impressions que par un procd si lmentaire, subit le papier. J'ai
compt dans une planche et qui n'est pas des plus compliques: 3 verts,
2 gris, 1 noir, 2 roses, 1 brun rouge, 1 jaune, 3 bleus, en tout 12
tons, et cela sans les planches pour l'or, pour les divers mtaux,
pour le gaufrage. Et ces impressions si chres  obtenir en Europe,
en chromo-lithographie, reviennent  quelques _itchibou_, par la
simplicit de l'installation et de l'outillage, et par l'association au
travail de l'imprimeur du travail de la femme, des enfants, de toute la
maisonne.

    [57] Les premiers spcimens au moyen de planches, connus au
    Japon, sont des livres de prires commands par l'impratrice
    Shokotu-Tenna, 48e souverain (765-769) pour les placer dans
    le million de pagodes  miniatures et  trois tages, qu'elle
    avait fait construire.

Elles ont, ces impressions obtenues si facilement, une fleur de
couleur, une galit de teintes, une perfection de dgradations qui
tmoignent d'une habilet de main dsesprante pour nos ouvriers. Et
le got de ces albums, et toutes les jolies additions et inventions
autour de la composition principale, et toute la menue ornementation
du papier. Des papiers jouent le basin, et le plumage des oiseaux y
est rendu par un gaufrage dans le sens des plumes, un gaufrage qui
n'a rien de l'ignoble gaufrage europen. Il y a des papiers, o les
personnages se dtachent sur des fonds stris en creux au milieu
d'une pluie de petites macules jaunes et violettes,--une ide bien
certainement emprunte par les Japonais  la contemplation de leurs
grandes clmatites blanches. Dans quelques-uns de ces albums, en haut
de la page, un kakemono,  moiti droul, laisse voir un motif orn,
un rien dcoratif: un insecte pos sur un livre, une brindille fleurie
qui pourrait faire un signet, et presque toujours la dernire page
donne  voir l'essuyement riant des pinceaux de l'aquarelliste, qui
est comme l'exposition, pour le regardeur, de sa tendre palette. Et
ces impressions, dont nous n'avons en gnral que des preuves trs
ordinaires, il faut les avoir comme il en est venu quelques-unes, il y
a une dizaine d'annes,  la Porte Chinoise, des preuves d'artistes,
o la fracheur du coloris sur le fort, l'pais, le blanc papier, est
comme fondue dans une moelle de sureau, une bulbe de camelia.

Encore je n'ai parl ici que des albums des trente dernires annes,
mais si l'on remonte  des albums plus anciens,  des albums du
sicle dernier, nous nous trouvons en prsence de gravures colories,
qui mriteraient une place dans les cabinets d'estampes de nos
collections publiques. L, ce qu'on peut reprocher  l'imagerie moderne
japonaise, le voyant un peu brutal, n'existe absolument pas. C'est,
dans le coloriage, un assoupissement du ton, un pass de la nuance,
une harmonie dlicieusement discrte. On dirait vraiment que l'art
japonais de ce temps a pris ces couleurs aux maux des porcelaines
de la famille verte et qu'il a cherch la gamme de ses compositions
dans l'accord d'un jaune oeillet d'Inde, d'un vert teint, d'un violet
de manganse,--des compositions presque toujours dtaches d'un fond
doucement ros.

Dans ces impressions la femme dveloppe une lgance qu'elle n'aura
bientt plus; son dessin profile les longueurs et les lancements
des grandes poques du dessin occidental. Et mme, une remarque qui
n'est pas sans valeur, le type fminin y est presque diffrent, et
comme fabriqu d'une pte plus raffine, plus aristocratique. La femme
japonaise, les anciens albums la reprsentent le front remarquablement
bomb, les sourcils semblables  un trait de pinceau, l'ouverture de
l'oeil tout troite et extrmement fendue avec une prunelle coule
dans un coin sous la mince paupire, un petit nez courbe d'une trs
grande finesse, une bouche toujours entr'ouverte dans le dessin du
peintre, comme une bouche d'enfant, et l'ovale long, long, long, mais
parfaitement rgulier. On la voit ainsi sous des cheveux trs noirs et
bouffants, d'o s'chappe une petite mche tortillarde serpentant le
long de sa tempe, avec un visage ple o l'entour seul des yeux est
fard, et une physionomie ingnument tonne. A des yeux europens,
cette femme doit paratre peu rgulirement belle, et cependant en
elle est un _beau_, fait d'une construction mignonne de traits aux
fines artes, et en quelque sorte, de la dlicatesse aigu d'une longue
statuette de porcelaine. Et je retrouve comme vulgaris dans ce type
de la femme des anciens albums, le type de la femme de Kioto, dont
la beaut est proverbiale au Japon, et telle que nous la peint M.
Bousquet, avec son nez aquilin, ses yeux bien fendus, son ovale maigre.

Quelquefois on rencontre des impressions exceptionnelles, ne venant
pas d'ordinaire assembles en albums, mais dont on trouve par hasard
une ou deux colles au verso d'une couverture[58]. Ces impressions, en
gnral d'un format restreint, sont tires sur un papier de choix, qui
est l'idal du papier par son glac soyeux et sa blancheur crmeuse.
Sur ce papier, o les lgendes et les inscriptions prennent une nettet
 prendre en piti tous les imprims de l'Occident, et o les rubriques
sont du plus adorable carmin, les linaments des figures, tracs d'une
manire presque imperceptible, les donnent  voir dans une espce
d'effacement vaporeux, au milieu d'accessoires accuss, pour ainsi dire
seulement, par l'ombre du creux de l'impression, et apparaissant comme
des objets de pure lumire, o court ici un mince filet d'azur, o
boutonne l le rose d'une fleur non encore ouverte.

    [58] M. Sato disait  Burty que ces impressions taient pour la
    plupart des feuilles dtaches de _Livres d'amis_. Une socit,
    dans ses runions, tout en prenant le th, s'amusait  composer
    des vers,  laver des dessins, et, au bout de l'anne, vers et
    dessins taient donns  un graveur en couleur, qui en tirait
    un nombre d'exemplaires limit aux membres de la socit.

Dans ces impressions, un gaufrage prcieux soulve le relief des
choses, des fleurs d'une robe, des sculptures d'une bote de laque
rouge, et l'or, l'argent et mme les autres mtaux introduits avec
une conomie exquise sur les saillies et les petits renflements du
papier, vous amusent du trompe-l'oeil presque matriel des ferrurres
d'argent d'un cabinet, du bronze vert d'un _chibatchi_, du disque de
fer poli d'un miroir. Un grand nombre de ces impressions ne sont que
de surprenantes figurations d'objets de la vie intime et familire.
Une feuille reprsente un sabre appuy contre un coffret  armure,
une autre une tasse de fer damasquine en or avec trois ptales de
fleurs, une autre tout simplement un bonnet de papier noir laqu de
fonctionnaire. Cela est tout, et cette reprsentation d'art de si peu
de chose suffit  l'artiste, comme suffisait  Chardin la peinture d'un
verre d'eau  ct de deux prunes!




CABINET DE TRAVAIL


Au plafond, c'est un enroulement colre de lions de Core, au milieu
d'un champ de pivoines. Se dtachant du fond de velours noir, parmi
d'normes fleurs de toutes couleurs, les deux monstres trapus, les
yeux injects de sang, et semblables  une animalit fabrique dans
une rocaille barbare, se contournent dans un ramassement puissant, et
foulent la flore clatante,--tout tissus et hrisss d'ors de tons
divers. Ainsi cloue en l'air, elle apparat comme le noir ciel d'un
pays fantastique, cette robe de thtre du tragdien japonais, dont MM.
Sichel ont rapport en France la terrible et farouche garde-robe[59].

    [59] Les garde-robes thtrales au Japon sont immenses et trs
    coteuses. M. Ral s'est trouv sur les lieux, quand on a vendu
    le matriel du prince de Tosa, achet par le thtre d'Osaka.
    Il y avait 6,000 robes et pantalons de thtre qui furent
    vendus 4,200 piastres, 210,000 francs: ce qui mettait  7
    piastres des robes qui avaient cot 100 et 150 piastres pice.

Le cabinet n'est que livres. Sur les quatre murs, de haut en bas sont
rangs des volumes, des volumes  la porte de la main, et qu'un doigt
peut atteindre.

Tous ces livres sont des livres du XVIIIe sicle, et je demande au
libraire charg de ma vente, aprs ma mort, de donner  cette runion,
ce titre, sur son catalogue:


BIBLIOTHQUE DU XVIIIe SICLE.

_Livres, Manuscrits, Autographes, Affiches, Placards._

Ce titre seul peut donner l'ide de mon got des livres. Il a fallu
toujours qu'il s'y mlt un peu de l'indit pars dans le manuscrit et
l'autographe. Et mme dans l'imprim, le morceau de papier qui n'tait
pas un livre, et dont je fabriquais un livre, au moins une plaquette,
avait pour moi une attache suprieure  celle d'un bouquin vant. Par
exemple, le petit bulletin dpos chez les suisses des htels[60]
pendant la maladie de Louis XV, dans le cartonnage que je lui ai fait
faire, m'est plus prcieux, m'est plus intime, m'est plus inspirateur,
que quelque livre que ce soit du temps. Il en est ainsi pour l'immense
lettre d'invitation de Grimod de la Reynire pour le souper _du
cochon_, avec son grand _V_ sur larmes d'argent. Et il en est encore
ainsi, pour la collection unique des placards, que le rvolutionnaire
Vincent faisait de la maison d'arrt du Luxembourg afficher dans Paris,
au mois de frimaire de l'an deuxime de la Rpublique franaise une et
indivisible.

    [60] Voici le bulletin du 7 mai: _Quoique l'tat du Roi n'ait
    empir en rien, Sa Majest, de son propre mouvement, a demand
     recevoir ses sacrements, et les a reus  sept heures._

        BULLETIN DE LA MALADIE DU ROI.

    Le redoublement de la nuit a t moins fort et moins long que
    celui de la nuit prcdente. Il y a eu quelques intervalles de
    bon sommeil. La suppuration tend le progrs sur tout le corps,
    tandis que les pustules du visage commencent  se desscher.
    Les urines sont bonnes. Les vsicatoires vont bien.

        _Sign_: Le Mounier, Lassone, Lorry, Bordeo,
        de Lassaigne, la Martinire, Andouill,
        Boiscaillaud, Lamarque, Colon.

Dans ces livres couvrant les murs, la thologie est absente. La
jurisprudence manque galement, sauf quelques procs curieux pour
l'histoire des moeurs, rpartis dans les autres divisions, et un
exemplaire du TRIBUNAL RVOLUTIONNAIRE, dont il ne manque que cinq
ou six numros. La philosophie n'est gure reprsente que par un
Helvetius, qui court aprs une PHILOSOPHIE DE M. NICOLAS, philosophie
qui court, elle, aprs les CONFESSIONS DE Mme (de Fourqueux). La
science, avec toutes ses subdivisions, n'a sur mes planches qu'un seul
et unique volume, le TRAIT DE GOMTRIE de Sbastien Leclerc 1764,
et encore doit-il sa place, l, aux amours qui montent dans les A B C
des triangles, aux rustiques paysages de Chedel, aux petites scnes
galantes de Cochin, gayant le bas des thormes, vrai livre de science
 la Fontenelle, et dont tous les bibliophiles voudront, quand ils
s'apercevront que c'est un des volumes les plus joliment illustrs du
XVIIIe sicle. Et la bibliothque ne commence qu'avec l'art.

Ne voulant pas tre interminable, je ne parlerai ni des ouvrages
esthtiques et historiques de l'art franais, ni de la collection
des expositions et critiques de salons, etc., etc.; je me contenterai
de donner un extrait d'un manuscrit indit contenant le journal des
sances de l'Acadmie de peinture et de sculpture pendant l'anne 1748;
une petite biographie des artistes, faite avec les plaquettes rares,
les manuscrits, les lettres autographes qui se trouvent runis, cte 
cte, sur les planches de ma bibliothque; enfin un travail raisonn
sur les catalogues et les livres relatifs  la curiosit.


  JOURNAL ABRG DES SANCES DE L'ACADMIE POUR L'ANNE MDCCXLVIII[61].

    [61] Extrait du manuscrit intitul: _Confrences et dtails
    d'administration de l'Acadmie Roale de Peinture et de
    Sculpture, rdig et mis en ordre par M. Hulst, anne
    MDCCXLVIII_. Manuscrit dont tous les articles sont contresigns
    par Lpici.


      _Du vendredi 5 janvier._

  Confrence ouverte par le secrtaire, qui y lit un _Essai de
  la vie de Jean Jouvenet_, de sa composition, et ensuite une
  _Dissertation sur le vrai de la peinture_ par feu M. de Piles.

  M. DE FAVANNE, adjoint  recteur, est nomm  son rang pour faire
  les fonctions de recteur, pendant le quartier courant,  la place
  de M. Coypel, qui a pri la compagnie de l'en dispenser, occup
  comme il l'est d'ailleurs, pour d'autres affaires trs pressantes
  qui l'intressent.

  M. DE TROY, directeur de l'Acadmie de Rome. Lettre de politesse
   la compagnie sur le renouvellement de l'anne, dont est fait
  lecture.

  M. DANDR-BARDON adjoint  professeur, _idem_ d'Aix-en-Provence.

  M. L'ABB DE LOWENDAL, associ libre, _idem_ de son abbaye de la
  Cour-Dieu.


      _Du samedi 27 janvier._

  Rapport de la dputation faite  M. DE TOURNEHEM en consquence
  de la dlibration du 30 dcembre dernier.

  M. COYPEL lui a dit au nom de la compagnie: _Monsieur,
  l'Acadmie vient vous rendre ses devoirs. Elle vous prsente une
  copie de ce qu'elle a couch sur ses registres depuis un an.
  C'est, monsieur, une longue liste des bienfaits qu'elle a reus
  de vous._

  Rponse de M. DE TOURNEHEM trs polie et trs encourageante.

  Ensuite, la mme dputation s'tant rendue chez M. DE VANDIRES,
  M. COYPEL lui a dit: _Monsieur, l'Acadmie vient vous rendre ses
  devoirs et vous assurer qu'elle ne ngligera rien pour mriter la
  bienveillance que vous avs pour elle._

  A quoi M. DE VANDIRES a rpondu d'une faon trs obligeante.

  Lettre crite  l'Acadmie par les officiers composant le corps
  municipal de la ville de Reims, au sujet d'une _cole acadmique_
  qu'ils dsireroient tablir en ladite ville.

  Rponse ordonne tre faite  cette lettre contenant.....

  M. RESTOUT, adjoint  professeur, nomm pour suppler M. de
  Favanne, son collgue, hors d'tat, par indisposition de
  satisfaire  l'arrt de l'assemble prcdente.

  M. VANLOO, premier peintre du roi d'Espagne, crit de Madrid une
  lettre de politesse sur le nouvel an.

  M. LA DATTE, adjoint  professeur, sculpteur du roi de Sardaigne,
  _idem_ de Turin.

  Annonce qu'en l'assemble prochaine M. LE COMTE DE CAYLUS donnera
  la _Vie d'Antoine Watteau_.


  _Du samedi 3 fvrier._

  Confrence o le secrtaire lit la _Vie d'Antoine Watteau_,
  compose par le comte de Caylus,  qui M. COYPEL adresse un
  discours en forme de rponse.

  Dcs notifi de PIERRE D'ULLIN, ancien professeur, arriv le 28
  janvier 1748, g de soixante-dix-huit ans.

  LE MAIRE, ancien huissier de l'Acadmie, tant dcd, PERRONET,
  huissier actuel, est mis en possession des gages attachs  cette
  place, conformment  la dlibration du 27 juillet 1743.


      _Du samedi 24 fvrier._

  M. COYPEL se fait excuser de se trouver  l'assemble pour cause
  d'indisposition.

  M. JACQUES-CHARLES OUDRY, fils de M. Oudry, se prsente sur
  plusieurs tableaux d'animaux, fruits et fleurs, et est agr par
  le scrutin (tout blanc) et charg d'aller prendre son sujet de
  rception de M. le Directeur. Et comme fils d'officier, il a pris
  sance.

  Seconde lettre des officiers de la ville de Reims..... plus
  diffuse et moins claire.

  M. MOYREAU, graveur et acadmicien, prsente deux preuves de
  la planche, par lui grave d'aprs Wouvermans et intitule: _la
  Fontaine de Neptune_; laquelle planche est approuve et mise sous
  le privilge de l'Acadmie.


      _Du samedi 2 mars._

  La capitation de 1748 ordonn tre rpartie et les comptes de
  1747 rgls et arrts par MM. les Directeurs, Recteurs, Adjoints
   Recteurs, Professeurs en exercice et par les autres officiers
  tant de tour, savoir:

    M. LE CLERC, ancien professeur;
    M. PARROCEL, professeur;
    M. NATTIER, adjoint  professeur;
    M. DU CHANGE, }
    M. TOQU,     } conseillers;
    M. LPICI, secrtaire.
    M. LOBEL, acadmicien;


      _Jour fix au samedi 30 mars._

  Confrence remplie par la lecture de quelques notes de feu M.
  ANTOINE COYPEL, premier peintre du Roi.

  Dcs modifi de M. ALLGRAIN, peintre, acadmicien, arriv le 24
  fvrier 1748, ge soixante-dix huit ans.


      _Du samedi 30 mars._

  Relate (_sic_) des dlibrations du quartier expirant.

  La capitation pour 1748 rpartie le matin de ce jour, mais
  l'arrt de compte de 1747 renvoy  une autre sance.

  Le repas, que les commissaires nomms taient dans l'usage de
  faire  cette occasion, _supprim_, comme contraire  la dignit
  du corps, aux usages des autres acadmies, et tombant dans ceux
  de la matrise.

  M. JACQUES GAY, natif de Marseille, graveur en pierres
  prcieuses, agr le 23 juin 1747, prsente l'ouvrage  lui
  ordonn alors pour sa rception, ayant pour sujet: _Apollon
  couronnant le gnie de la peinture et de la sculpture_, excut
  sur une cornaline monte en bague, est reu, prte serment et
  prend sance.

  Ce fait, M. Coypel s'est adress  la compagnie et a dit:

    _Messieurs_,

    _L'ouvrage prcieux que M. Gay vient de prsenter  la
    compagnie, parat avoir t fait pour consacrer  la postrit la
    grce que Sa Majest vient d'accorder  son Acadmie de peinture
    en la prenant sous sa protection immdiate. C'est, messieurs,
    au chef des arts que nous sommes redevables d'une faveur si
    longtemps dsire. Ne serait-ce pas faire un digne usage de cette
    pierre grave que de la lui prsenter comme un monument de notre
    ternelle reconnaissance._

  Cette proposition ayant t agre unanimement, il a t
  dcid que M. le Directeur, avec les officiers en exercice, se
  transporterait vers M. DE TOURNEHEM pour l'effectuer au nom
  de l'Acadmie s'il vient  Paris; sinon, que M. Coypel et le
  secrtaire l'iront trouver aux mmes fins  Versailles.

  M. PESNE, premier peintre du roi de Prusse et acadmicien,
  demande par lettre et obtient la faveur d'tre mis au rang des
  anciens professeurs.

  En excution de la dlibration du 29 juillet 1747, les officiers
  sortant d'exercice, pour le quartier courant, dclarent avoir
  fait la visite des tableaux, figures et effets tant en
  l'Acadmie et d'avoir trouv le tout en bonne conservation.

  Jugement pour les petits prix dudit quartier, fait par les mmes
  officiers:

    Premier        le S. CORRGE P.
    Second         le S. GUIARD S.
    Troisime      le S. BAUDOUIN P.


      _Du samedi 6 avril._

  Confrence o M. HULST, associ libre, lit un mmoire pour
  pressentir le got de l'Acadmie sur la place qu'il conviendra
  le mieux  donner au travail sur ce qui la concerne, ou celui du
  _Journal_, ou celui des _Annales_, ou celui des _Grandes poques_
  dtermines par les protectorats.

  M. COYPEL a rpondu  ce mmoire par un compliment et la
  compagnie s'est dcide pour la forme des _Annales_.

  Choix fait de huit lves sur l'examen de leurs esquisses pour le
  concours au grand prix, savoir:

    Les S. JOULLAIN,        }
           DOYEN,           }
           LA TRAVERSE,     } Peintres.
           METTAY,          }
           HUTIN,           }

           DU MONT,         }
           CAFFIERI,        } Sculpteurs.
           PERASCHE,        }

  Dcs notifi de M. CHRISTOPHE, recteur, arriv le 29 mars 1748,
  ge quatre-vingt six ans.

  Et comme son exercice tombe sur le prsent quartier, ordonn
  que M. DE FAVANNE, adjoint  recteur, le supplera, et que les
  remplacements  faire, en consquence de ce dcs, n'auront lieu
  qu'aprs l'expiration dudit quartier.


      _Du samedi 27 avril._

  Lecture faite par le secrtaire de la _Vie de Pierre-Charles
  Trmolire_, adjoint  professeur, compose par le comte de
  Caylus.

  M. COYPEL rpond par un petit discours, o, par occasion, il
  propose la suppression des _visites de sollicitation_ qui se font
  lorsqu'il s'agit de remplir les charges vacantes.

  Dcid que les visites de sollicitation demeureront supprimes.


      _Du samedi 4 mai._

  Assemble gnrale et extraordinaire  l'occasion d'une lettre
  de M. DE TOURNEHEM en date du 6 courant, portant indiction d'une
  _Exposition publique_ des ouvrages des acadmiciens au 25 aot
  prochain, et tablissement d'un comit pour examiner les ouvrages
  qu'on prsentera  cette exposition et renvoyer ceux qui ne leur
  paratront pas dignes d'tre mis sous les yeux du public.

  Rsolu par l'Acadmie de se conformer par devoir, par justice et
  par reconnaissance,  ce qui est prescrit par cette lettre.

  Convenu que la dernire assemble de ce mois, qui devait se
  tenir le samedi 25, sera remise au vendredi 31, d'autant que
  la premire assemble de juin ne pourra tre tenue le premier
  samedi,  cause que ce sera la veille de la Pentecte.

  Reddition du compte du Sr REYDELET, concierge et receveur de
  l'Acadmie:

      Recette          7,009  8
      Dpense          6,975 15
                       --------
           Reliquat       33 13

  L'arrt de compte, fait le matin de ce jour par les commissaires
  nomms le 2 mars dernier, confirm et valid par l'Acadmie.

  _Rglement_ arrt en cette sance pour cette gestion:

      ART. 1er.

  Le sieur REYDELET ne pourra faire aucune dpense sans un ordre
  par crit de M. le Directeur et de messieurs les officiers en
  exercice: lesquels ordres il reprsentera lors de la reddition de
  ses comptes.

      ART. 2.

  Tous les mois, il fera voir,  la dernire assemble, l'tat de
  la dpense faite durant le mois: lequel tat sera vrifi et
  approuv par l'Acadmie.

      ART. 3.

  Il aura soin de retirer des quittances de tous les marchands et
  ouvriers auxquels il fera des payements pendant le courant de
  l'anne: et,  faute d'y satisfaire, lesdites dpenses ne lui
  seront pas alloues dans son compte.

  M. DISLE, contrleur gnral des btiments du Roi au dpartement
  de Paris, est propos par M. Coypel de la part de M. le Directeur
  gnral comme un sujet qui devoit tre agrable  la compagnie
  pour remplir la huitime place d'_associ libre_, qui est
  demeure en rserve, depuis l'institution de cette classe.

  Cette proposition reue avec plaisir, M. Disle admis par
  acclamation, et M. DUMONT LE ROMAIN, professeur en exercice,
  dput avec M. NATOIRE pour aller lui notifier son lection.

  M. NOEL HALL, n  Paris, peintre d'histoire, fils de feu M.
  Claude Hall, ancien directeur et recteur de l'Acadmie, et qui
  avoit t agr le 25 juin 1746, prsente le tableau qui lui
  avoit t ordonn pour sa rception reprsentant _la Dispute de
  Neptune et de Minerve_, est reu en la manire accoutume, prte
  serment, etc.

  M. JACQUES-CHARLES OUDRY, peintre de talent pour les animaux,
  fruits et fleurs, agr le 24 fvrier dernier, prsente deux
  esquisses pour son morceau de rception; l'une desquelles
  est approuve par le scrutin, et lui est donn six mois pour
  l'excuter en grand.

  M. LOUIS VASS, n  Paris, sculpteur, fils de feu M. Antoine
  Vass, aussi sculpteur et agr de l'Acadmie, se prsente
  sur plusieurs modles de sa faon, et entre autres celui d'un
  berger dormant appuy sur son bton, est _agr_, et obtient la
  permission d'excuter ce dernier modle en marbre; terme d'un an
  pour satisfaire  ce devoir.

  Le sieur PRESLER, graveur, rsidant  Copenhague, crit de l, 
  l'Acadmie, en date du 23 avril dernier, une lettre par laquelle
  il lui prsente, comme son lve, le portrait qu'il a grav
  en pied du feu roi de Danemarck et le supplie de vouloir bien
  l'honorer de son sentiment.

  La compagnie, aprs avoir examin ledit portrait, l'a trouv trs
  bien grav et d'un trs bon ouvrage et le burin conduit avec
  force et dlicatesse: elle a charg le secrtaire de lui mander
  ce jugement de sa part.

  M. COYPEL, directeur, retire le tableau de rception de feu Nol
  Coypel, son aeul et aussi directeur de l'Acadmie, dont le sujet
  toit le moment o _Dieu apparot  Can_, aprs qu'il eut commis
  son fratricide, et en substitue un autre sur le mme sujet, de la
  mme main et infiniment suprieur au premier: ce que la compagnie
  reoit avec reconnaissance.

  Rgl que, les jours de confrence, on fera entrer les lves
  dans la salle d'assemble, pour entendre la lecture des discours
  et dissertations qui en sont l'objet, et que les auteurs de ces
  ouvrages auront la libert d'y pouvoir amener jusqu'au nombre de
  six personnes.


      _Du samedi 8 juin._

  Assemble par convocation gnrale.

  M. DISLE, lu associ libre, le 31 du mois dernier, prend sance
  en cette qualit et fait un remerciement.

  M. DE SILVESTRE, premier peintre du roi de Pologne et ancien
  professeur de l'Acadmie, est venu en l'assemble de ce jour,
  et a tmoign  la compagnie le plaisir qu'il prouvait de se
  retrouver au milieu d'elle, aprs une absence de tant d'annes
  (32). L'Acadmie, pour lui prouver comme elle tait pntre du
  mme sentiment, l'a par acclamation fait passer au rang d'_ancien
  recteur_ o il a pris place sur l'heure.

  Lecture a t faite ensuite par le secrtaire d'une lettre de M.
  DE TOURNEHEM, adresse  la compagnie et crite de Versailles
  le 4 juin 1748, par laquelle il lui fait part de la fondation
  faite par le Roi de six places d'_lves protgs_, pour tre
  logs, nourris et entretenus de tout, et forms dans les arts
  sous une ducation commune. Dputation ordonne pour remercier M.
  de Tournehem de ses attentions si gnreuses et si utiles pour
  l'avancement des arts, et pour cette dputation l'Acadmie nomme
  M. COYPEL et les officiers en exercice.

  Les lves sont mands, runis en l'assemble. Le secrtaire fait
  une seconde lecture de ladite lettre. Ensuite M. Coypel fait un
  discours  cette occasion qu'il adresse directement  eux.

  M. WATELET, associ libre, a lu aprs cela la premire partie
  d'une dissertation intitule: _De la Posie dans l'Art de la
  peinture_, prcde d'un avant-propos.

  M. Coypel y a rpondu par un discours, que la compagnie a ordonn
  tre transcrit  la suite de cette sance.

  Convenu que le dernier samedi du mois tombant sur la fte de
  Saint-Pierre et Saint-Paul, l'assemble sera avance d'un jour.


      _Du samedi 22 juin._

  Assemble publique et extraordinaire, convoque pour clbrer
  l'ANNE SCULAIRE DE L'TABLISSEMENT DE L'ACADMIE.

  M. le Directeur gnral s'y rend sur les six heures du soir.

  M. le Directeur et les officiers en exercice vont au-devant
  de lui pour le recevoir jusque dans le grand salon. Ils le
  conduisent par le corridor en la salle d'assemble, et  la place
  d'honneur.

  M. COYPEL se place  sa droite. Les autres officiers ainsi que
  les honoraires, sigeant chacun  leur rang, forment le cercle
  ordinaire de la sance.

  Au dehors de ce cercle, plusieurs personnes de considration,
  membres des autres acadmies, gens de lettres, ont occup
  cette portion de la salle sur des siges ordinaires avec les
  Acadmiciens. Les mdaillistes qui devoient avoir part  la
  distribution des prix, derrire lesdits Acadmiciens et externes,
  debout.

  La sance prise, M. Coypel prononce un discours convenable au
  sujet de cette fte.

  Il lit ensuite une ode de M. DESPORTES, sur la PROTECTION
  IMMDIATE ACCORDE PAR LE ROI  SON ACADMIE.

  Aprs quoi, M. le Directeur gnral a fait, au nom du Roi, la
  DISTRIBUTION DES PRIX, qui, par des circonstances particulires
  n'avoit point eu lieu depuis le 13 novembre 1744, et a t faite
  au nombre de XLII prix, tant grands que petits.

      GRANDS PRIX POUR L'ANNE 1745[62].

    [62] Il n'est question que des grands prix de 1745, parce que
    les concours de 1746 et 1747 furent jugs si faibles par les
    acadmiciens qu'il n'y eut point de prix du tout.

      _Peinture._

    Second prix                le sieur LESUEUR.

      _Sculpture._

    Premier prix               le sieur LARCHEVQUE.
    Second  ----                  ----  GILLET.

      PETITS PRIX.

      1743.

      _Quartier d'octobre._

    Premier   prix             le sieur DUGUET S.
    Second    ----               ----   REEN G.
    Troisime ----               ----   COUSTOU P.

      1744.

      _Quartier de janvier._

    Premier   prix             le sieur BRIARD P.
    Second    ----               ----   SEEST S.
    Troisime ----               ----   GLAIN P.

      _Quartier d'avril._

    Premier   prix             le sieur L'PINE S.
    Second    ----               ----   DUVIVIER LE Je G.
    Troisime ----               ----   CORRGE P.

      _Quartier de juillet._

    Premier   prix             le sieur CLMENT P.
    Second    ----               ----   DOYEN P.
    Troisime ----               ----   LES LOYS P.

      _Quartier d'octobre._

    Premier   prix             le sieur SEEST S.
    Second    ----               ----   CORRGE P.
    Troisime ----               ----   AUBERT P.

      1745.

      _Quartier de janvier._

    Premier   prix             le sieur GLAIN P.
    Second    ----               ----   DUMONT S.
    Troisime ----               ----   DROUAIS P.

      _Quartier d'avril._

    Premier   prix             le sieur DOYEN P.
    Second    ----               ----   FONTAINE S.
    Troisime ----               ----   PERRONNET P.

      _Quartier de juillet._

    Premier   prix             le sieur BEAUVAIS P.
    Second    ----               ----   LECHEVALIER P.
    Troisime ----               ----   FOURNIER S.

      _Quartier d'octobre._

    Premier   prix             le sieur LECHEVALIER P.
    Second    ----               ----   LA TRAVERSE P.
    Troisime ----               ----   DESHAYES P.

      1746.

      _Quartier de janvier._

    Premier   prix             le sieur MELLING P.
    Second    ----               ----   EISEN P.
    Troisime ----               ----   DU PR P.

      _Quartier d'avril._

    Premier   prix             le sieur DUVIVIER le Je G.
    Second    ----               ----   DROUAIS P.
    Troisime ----               ----   MICHEL S.

      _Quartier de juillet._

    Premier   prix             le sieur SUZANNE S.
    Second    ----               ----   PAJOU S.
    Troisime ----               ----   JEAURAT P.

      _Quartier d'octobre._

    Premier   prix             le sieur DESHAYS P.
    Second    ----               ----   WILTON S.
    Troisime ----               ----   METTAY P.

  Cela fait, la sance a t leve, et M. le Directeur gnral a
  t reconduit avec le mme crmonial qu'on a suivi  son arrive.


      _Du vendredi 28 juin._

  Assemble par convocation gnrale.

  Le directorat de M. COYPEL propos,  sa rquisition,  la
  mutation autorise par l'article IX des statuts de 1663. Dcid
  unanimement et par acclamation que M. COYPEL y sera continu.

  Le sieur REYDELET fait vrifier et approuver l'tat de dpense du
  mois prt  expirer.

  Les officiers dudit quartier dclarent avoir fait leur visite et
  avoir trouv les tableaux, figures et autres effets de l'Acadmie
  en bon tat.

  Jugement fait par eux, des petits prix dudit quartier:

    Premier   prix             le sieur LAGRNE P.
    Second    ----               ----   JOULLAIN P.
    Troisime ----               ----   AUVRAY S.


      _Du samedi 6 juillet._

  Assemble par convocation gnrale pour les lections indiques,
  auxquelles il est procd par le scrutin.

  M. DE FAVANNE a t lu recteur  la place de M. Christophe
  (dcd).

  M. DUMONT LE ROMAIN, adjoint  recteur,  la place de M. de
  Favanne;

  M. PIERRE, professeur,  la place de M. Dumont;

  M. HALL, adjoint  professeur,  la place de M. Pierre.

  Ensuite M. LE COMTE DE CAYLUS a lu la _Vie de feu Franois
  Lemoine_, premier peintre du Roi.

  Et M. COYPEL a prononc un discours en forme de rponse  cette
  _Vie_.


      _Du samedi 27 juillet._

  Lecture de quelques-unes des confrences de feu M. ANTOINE
  COYPEL, premier peintre du Roi. M. DE PESNE, premier peintre du
  roi de Prusse, remercie l'Acadmie, par lettre, de la faveur
  qu'elle lui a faite de lui accorder le titre et le rang d'ANCIEN
  PROFESSEUR.

      _Du samedi 3 aot._

  Confrence en laquelle M. DESPORTES, acadmicien, lit la _Vie de
  Franois Desportes_, son pre.

  M. Coypel rpond  cette _Vie_ par un discours qui y peut servir
  de supplment.

  Nomination, par la voie du scrutin, des officiers qui, avec M.
  le directeur, les anciens recteurs, les recteurs actuels et les
  adjoints  recteurs, doivent former le comit, requis par la
  lettre de M. de Tournehem, du 6 mai dernier, pour examiner et
  juger les tableaux de la prochaine exposition.

    M. LECLERC,      ancien professeur.

    M. VANLOO,     }
    M. BOUCHER,    }
    M. NATOIRE,    }
    M. VERMONT,    } professeurs.
    M. OUDRY,      }
    M. BOUCHARDON, }

    M. PIGALLE,    }
    M. NATTIER,    } adjoints  professeurs.
    M. SLODTZ,     }

    M. MASS,      }  conseillers.
    M. CHARDIN,    }

  Arrte aussi que l'Acadmie s'assemblera le vendredi 22 du
  courant, pour voir le Tableau et les bas-reliefs faits par les
  lves pour les Grands Prix, et qui sont destins  tre exposs,
  suivant l'usage,  la fte de saint Louis.


      _Du dimanche 18 aot._

  Le comit s'tant assembl en la galerie d'Apollon, o tous
  les tableaux d'exposition avoient t apports, M. Coypel
  fait l'ouverture de cette espce de tribunal par un discours
  convenable au sujet, et  la fin duquel il propose de faire
  un nouveau rglement, pour mieux assurer le bon choix de ceux
  qui,  l'avenir, aspireront au rang d'Acadmiciens, et dont il
  communique mme le projet.

  Ce projet, got unanimement par le comit, est remis  la
  dcision de l'assemble du dernier samedi du mois.

  Aprs quoi on procde  l'examen ordonn.


      _Du vendredi 23 aot._

  Assemble extraordinaire pour voir les tableaux et les
  bas-reliefs faits par les lves de l'Acadmie, admis  concourir
  pour les Grands Prix.

  Rsolu, aprs avoir vu lesdits ouvrages, qu'ils seront exposs,
  pour le public, le jour de la Saint-Louis et jugs par l'Acadmie
  en corps, le 31 du mois courant, et que les suffrages ne seront
  donns que ledit jour, conformment aux dlibrations du 20 aot
  1740 et 19 aot 1741, ce qui sera port sur les billets.

  M. VANLOO (Louis-Michel), premier peintre de Sa Majest
  Catholique, fait part  l'Acadmie, par une lettre crite de
  Madrid, de l'honneur que lui a fait le Roi de lui envoyer le
  cordon de Saint-Michel.

  M. SUE, adjoint  professeur pour l'anatomie, fait prsent 
  l'Acadmie d'un trait qu'il a nouvellement mis au jour, ayant
  pour titre: _Abrg de l'anatomie du corps de l'homme_.

  La compagnie lui a tmoign sa reconnaissance de ce prsent.


      _Du samedi 31 aot._

  Assemble par convocation gnrale pour juger les GRANDS PRIX.

  Lettre de M. COYPEL adresse  la compagnie, pour s'excuser
  envers elle de ce que, appel  Versailles par un devoir
  indispensable, il ne peut se trouver  cette assemble, et pour
  la prier de vouloir bien se faire lire le projet de rglement au
  sujet des aspirants qu'il joint  cette lettre.

  Jugement pour les Grands Prix de 1748, par la voie ordinaire des
  botes.

      _Peinture._

    Premier prix               le sieur METTAY.
    Second  ----                 ----   DOYEN.

      _Sculpture._

    Premier prix               le sieur CAFFIERI.
    Second  ----                 ----   DUMONT.

  Nouveau concours dcid ensuite, conformment  l'avis de M.
  Coypel.

  Le rglement au sujet des aspirants ayant t ensuite mis en
  dlibration, l'assemble a adopt unanimement le projet prsent
  par M. le directeur sans y faire aucun changement.

  M. MOYREAU, graveur et acadmicien, prsente deux preuves d'une
  planche, par lui grave d'aprs Wouwermans, ayant pour titre: la
  _Grotte du marchal_, laquelle planche a t approuve et mise
  sous le privilge de l'Acadmie.


      _Du samedi 7 septembre._

  Confrence o M. LE COMTE DE CAYLUS lit une dissertation par lui
  compose, sous le titre de l'_Amateur_,  laquelle M. COYPEL
  rpond par un discours.

  Choix de six, entre dix-sept lves, pour le nouveau concours sur
  l'examen de leurs esquisses.

  Les sieurs:

    LA RUE,      }
    HUTIN,       }
    LA TRAVERSE, } Peintres.
    BRIARD,      }

    PRASCHE,    } Sculpteurs.
    PAJOU,       }

  Jugement des petits prix du quartier expirant:

    Premier   prix             le sieur DROUAIS P.
    Second    ----               ----   THOMIRE S.
    Troisime ----               ----   LARCHER P.

  M. DUCHANGE, graveur et conseiller, g de quatre-vingt-sept
  ans, prsente deux preuves d'une planche par lui grave d'aprs
  M. Coypel (Charles-Antoine), dont le sujet est l'_Enfant Jsus
  au berceau_: laquelle planche est mise sous le privilge de
  l'Acadmie.

  M. HALL, adjoint  professeur, nomm pour suppler M. PARROCEL,
  le mois d'octobre prochain, dans le service de professeur, o ce
  dernier a remontr ne pouvoir vaquer,  cause des ouvrages qu'il
  a  faire pour le Roi.


      _Du samedi 5 octobre._

  Confrence que le secrtaire ouvre par la lecture de deux lettres
  en forme de mmoires pour servir  composer la _Vie de M. Robert
  le Lorrain_, sculpteur, recteur de l'Acadmie; l'une de ces
  lettres, de M. l'abb Le Lorrain, son fils, docteur de Sorbonne,
  accompagne d'un _tat des ouvrages_ faits par feu M. Le Lorrain
   Saverne et au palais piscopal de Strasbourg, l'autre lettre,
  de M. LEMOINE le fils, professeur, jadis lve du mme matre.

  M. le directeur a compliment en particulier M. Lemoine, et a
  ajout qu'il seroit  souhaiter que son exemple ft imit de
  tous ceux qui sont en tat de donner de pareilles anecdotes.


      _Du samedi 26 octobre._

  M. LPICI a occup la sance par la lecture du commencement de
  son _Catalogue raisonn des tableaux du Roi_, qu'il entreprend
  par ordre de Sa Majest.

  La compagnie a t si contente de cet essai, qu'elle a fortement
  exhort M. Lpici de continuer cet ouvrage avec le mme zle et
  le mme got. Et de plus, dans la vue de donner  ce mme ouvrage
  toute la perfection dont il est susceptible, elle est convenue
  que M. le directeur gnral sera pri de donner des ordres pour
  faire apporter  l'Acadmie ceux des tableaux du Roi qui seront
  jugs transportables, afin de la mettre en tat de confrer
  dessus et former des avis certains et bien approfondis sur le
  talent et le got spcifique de chacun des grands matres...

  M. PIGALLE, adjoint  professeur, nomm en son rang, pour
  suppler, le mois prochain, le service de professeur pour M.
  Coustou, absent.

  Convenu que, le premier samedi du mois prochain se rencontrant
  avec la fte des Trpasss, l'assemble seroit remise  huitaine.


      _Du samedi 9 novembre._

  Confrence ouverte par M. LECLERC, professeur pour la
  perspective, par la lecture d'une dissertation sur l'_Utilit de
  la perspective_ dans la peinture, et mme dans la sculpture et
  dans la gravure.

  Convenu que la dernire assemble de ce mois sera avance d'un
  jour, parce que le dernier samedi se trouvera tre un jour de
  fte (celle de saint Andr).


      _Du vendredi 29 novembre._

  Examen des tableaux et bas-reliefs.

  .....L'Acadmie a jug  propos, pour tablir l'galit et avoir
  du choix, de ne destiner qu'un prix  la sculpture et d'appliquer
  les trois autres  la peinture.

  De plus, elle a rgl que pour encourager les concurrents qui
  auront le plus de suffrages aprs ceux qui auront remport le
  prix, il leur sera accord un accessit.

  M. LE COMTE DE CAYLUS a ensuite lu la _Vie d'Eustache Lesueur_
  beaucoup plus intressante et plus instructive que celles qui ont
  t donnes prcdemment.

  Et M. COYPEL y a rpondu par un petit discours.

  Le service pour le repos des mes de MM. les officiers et
  acadmiciens dcds dans l'anne courante et les prcdentes,
  indiqu pour le samedi 7 du mois de dcembre prochain, pour tre
  clbr en l'glise de Saint-Germain-l'Auxerrois, et ordonn que
  tous les membres du corps acadmique y seront invits par billets.


      _Du samedi 7 dcembre._

  Le service clbr en consquence ledit jour,  dix heures du
  matin.

  Jugement pour les prix du second concours par la voie des botes,
  en la manire accoutume.

      _Peinture._

    Premier prix               le sieur HUTIN.
    Second  ----                 ----   LA TRAVERSE.
    Autre second prix            ----   LA RUE.
    Accessit                     ----   BRIARD.

      _Sculpture._

    Premier prix               le sieur PAJOU.
    Accessit                     ----   PERASCHE.

  Comme le dernier samedi du mois se rencontre avec la fte des
  saints innocents, convenu que l'assemble  la fin de l'anne
  sera remise au mardi 31 courant.


      _Du mardi 31 dcembre._

  Jugement pour les petits prix du quartier expirant:

    Premier   prix             le sieur JOLLAIN P.
    Second    ----               ----   GUIBAL P.
    Troisime ----               ----   DUPR S.

  M. JACQUES-CHARLES OUDRY, peintre  talent, agr le 24 fvrier
  dernier, prsente son tableau de rception reprsentant sur le
  devant une daine (_sic_) morte, groupe avec un panier de gibier
  et autres accessoires, et est reu par le scrutin, et prte
  serment.

  M. COYPEL, aprs avoir expos en peu de mots les avantages du
  _Nouvel tablissement de l'cole royale_, fait la lecture du
  rglement arrt par M. de Tournehem pour dterminer et diriger
  les exercices de cette cole.

  Notifi  l'assemble, par le secrtaire, que M. de Tournehem a
  dcid que les sieurs METTAY et CAFFIERI iront incessamment 
  Rome, en qualit de pensionnaires du Roi, que le sieur HUTIN s'y
  rendra de mme au mois de septembre prochain, et qu'en attendant
  il entrera  l'cole royale o seront reus aussi les cinq autres
  lves qui ont eu des prix dans les deux derniers concours,
  savoir: les sieurs Doyen, Dumont, Pajou, La Traverse et La Rue.

  M. NATTIER, adjoint  professeur, est nomm  son rang pour
  suppler, le mois prochain, le service de professeur pour M.
  Bouchardon, qui a pri d'en tre dispens  cause de l'occupation
  que lui donne la figure questre du Roi.

  La dputation qu'il est d'usage de faire au renouvellement de
  l'anne vers M. le directeur gnral et vers M. de Vandires, son
  survivancier, rgle par l'assemble, pour tre compose de M.
  COYPEL, directeur, et M. DE SILVESTRE, ancien recteur, et de MM.
  les officiers en exercice.

  Les visites des tableaux, figures et effet tant en l'Acadmie,
  tablies par la dlibration du 20 juillet 1747, ayant t
  faites par les officiers en exercice, ils dclarent avoir trouv
  le tout en bonne conservation.

  M. LE MARQUIS DE CALVIRES, associ libre, ayant t promu au
  grade de lieutenant-gnral des armes du Roi, le secrtaire est
  charg  ce sujet de lui crire une lettre de flicitation au nom
  de la compagnie.

  M. MOYREAU, graveur et acadmicien, prsente deux preuves
  d'aprs une planche par lui grave d'aprs Wouwermans, et qui a
  pour titre: _les Marchands forains_. Cette planche, approuve
  et mise sous le privilge accord  l'Acadmie par l'arrt du
  conseil du 28 juin 1714.

      Fin du journal des sances.

      Vu:
      LPICI.


Alors s'ouvre une srie de biographies particulires[63] des peintres,
sculpteurs, dessinateurs, graveurs, architectes du XVIIIe sicle, bien
maigres biographies, hlas! formes en gnral d'un petit nombre de
feuillets dtachs d'un recueil, et de rares notices de quelques pages,
que j'ai cherch  grossir ici, avec un morceau manuscrit man d'un
artiste, l avec un petit paquet de lettres, plus loin avec les notes
d'un carnet de poche, plus loin encore avec une supplique racontant une
vie: autographes qui, ainsi mls aux plaquettes imprimes, font un
petit corps d'histoire artistique, o il se rencontre pas mal d'indit.

    [63] Mon analyse ne porte pas sur les biographies de date
    rcente,  moins toutefois que le petit nombre de leur tirage
    et leur publication en province n'en fasse des rarets.

J'ai dit biographies dtaches de quelques recueils, et en effet, sans
l'ORDRE CHRONOLOGIQUE DES DEUILS DE COUR, petit in-12, publi en 1766,
et dont la suite a paru sous le titre du NCROLOGE DES HOMMES CLBRES
DE LA FRANCE, nous n'aurions pour ainsi dire pas de biographies
d'Aubry, de Boucher, de Deshays, de Drouais, de Gravelot, de Leprince,
de Carle Vanloo, etc.

Passons en revue, au nom de chaque artiste, quelque plaquette rare ou
quelque bout de papier autographe.


BOUCHER DE VILLERS. Prcis pour le sieur Boucher de Villers, peintre,
dessinateur des mdailles pour le cabinet du Roi, contre le sieur
Costel, apothicaire. Un procs imprim, dans lequel la verve d'un
Coqueley de Chaussepierre amusa un moment la galerie aux dpens d'un
Purgon possdant la plus jolie figure d'apothicaire sans comparaison
qu'il y eut  Paris, mais qui toutefois se refusait  payer son
portrait, sous prtexte qu'il n'tait pas ressemblant.


BOISSIEU. Hommage rendu  la mmoire de Jean-Jacques de Boissieu par
le conseil du Conservatoire des Arts de Lyon, dans la sance du 9 mars
1810. De l'imprimerie de Cutty.


CAFFIERI. Une lettre autographe signe de Jean-Jacques Caffieri  un
confrre, nous permet d'ajouter au volumineux volume, publi par M.
Guiffrey, un document indit, dans lequel le sculpteur fixe le prix de
ses statues et de ses bustes:

      Paris, 6 dcembre 1791.

  _Monsieur et cher confrre_,

  _J'ai appris avec grand plaisir que l'Impratrice de Russie vous
  avoit nomm son premier peintre. Son choix justifie sa sagacit
  et j'aime la voir toujours rendre justice aux talents. Je vous
  fais mon sincre compliment de cet vnement qui prouve que si
  le mrite est quelquefois opprim, il est aussi rcompens. Je
  ne doute pas que dans la place que vous alls occuper, vous ne
  mritiez bientt toute la confiance de la souveraine et si par
  hasard elle projetoit de faire riger quelque statue, ou si
  vous trouviez l'occasion de l'engager  le faire, je vous prie
  de vous ressouvenir d'un ancien ami. Je dsire depuis longtemps
  travailler pour cette grande princesse et ce seroit un bien
  honneur pour moi que mes talents puissent lui tre agrables. Je
  remets mes intrts entre vos mains, persuad qu'ils ne peuvent
  tre mieux placs, et que vous fers quelque chose en faveur de
  l'ancienne amiti. Il ne me reste plus qu' vous souhaiter, non
  des succs, ils sont assurs d'avance, mais une bonne sant et
  bien des agrments._

  _Je suis, avec la plus parfaite estime et sincre amiti, votre
  trs humble et trs obissant serviteur._

      CAFFIERI.

  _Vous trouvers cy-joint une liste des statues que j'ai faites et
  des bustes que je possde. Vous savs que le prix d'une statue de
  six pieds en fournissant le marbre est de vingt mille livres et
  les bustes de quatre mille livres._


COCHIN. Un recueil de lettres de Charles-Nicolas Cochin que j'ai
donnes en mon fascicule sur cet artiste dans l'Art du XVIIIe sicle.


COYPEL. Du peintre au fin coloris,  l'accentuation aigu et
spirituelle du dessin, de ce Charles Coypel si peu connu, le trait
d'association pour la publication de ses dessins de Don Quichotte:

  Aujourd'huy vingt-trois mars mil sept cent vingt et un, nous
  Charles Coypel, Claude Martinot et Philippe le Reboullet, sommes
  convenus de faire graver  frais communs la suite de l'histoire
  de Dom Guichot (_sic_) d'aprs les tableaux de mondit sieur
  Coypel, et pour y parvenir, de fournir chacun, la somme de
  cinquante livres par mois, qui sera insre dans un registre,
  que mondit sieur Coypel veut bien tenir. Et sommes aussi
  convenus, que les planches graves resteront entre les mains
  de mondit sieur Coypel, qui veut bien aussi se charger du soin
  de l'impression. Fait triple entre nous  Paris le jour et an
  cy-dessus.

      CHARLES COYPEL,
      LE REBOULLET,
      C. MARTINOT.


FALCONET. loge de M. Falconet, sculpteur, par M. Robin peintre,
extrait du Tribut de la socit nationale des Neuf Soeurs, Paris 1791.


FAVANNE. Mmoire pour servir  la vie de M. de Favanne, peintre
ordinaire du Roy et recteur de l'Acadmie royale de peinture et de
sculpture. A Paris, chez la veuve Pierres, 1753.


FRAGONARD. De l'aimable peintre-pote, aux autographes introuvables, un
billet donnant un spcimen de son criture:

  _Monsieur_,

  _Fragonard (Jean-Honor), artiste peintre d'histoire, cy-devant
  log gallerie du Louvre et de prsent 2e arrondissement,
  Palais-Royal, chez Vry, restaurateur._

  _Requiert comme rentier et peintre, un numro pour changer un
  billet de banque de France de 500 francs, n 508._

  _Je suis avec respect et reconnaissance._

      FRAGONARD,

      20 novembre[64].

    [64] L'anne n'est point indique.

      A Monsieur,

      Monsieur De Rouen,
      Maire du 2e arrondissement.


FRANOIS. De l'habile graveur en fac-simil de crayon, une lettre,
date de 1760, et adresse  Cochin, dans laquelle le graveur lorrain
sollicite la gravure des dessins du Roy, disant qu'il a le plus grand
besoin de l'obtention de cette grce.


FREDOU. Un mmoire de ce peintre nous renseigne sur les difficults,
qu'en ces temps, un artiste avait  toucher l'argent d'une commande:

      _Mmoire._

  En 1763, Frdou, premier peintre de monseigneur le comte de
  Provence, a t charg par le sieur Berthier de peindre les
  portraits qui lui seroient indiqus par lui et par le sieur
  L'Enfant (Lenfant) dans les tableaux de la salle d'audience de
  l'htel de la Guerre, le march en ayant t fait et arrt entre
  le sieur Berthier et Frdou,  soixante-douze livres pour chaque
  tte, en prsence de Messieurs Lenfant et Causette (Cosette),
  peintres attachs  l'htel de la Guerre.

  Le sieur Frdou, aprs avoir peint dix ttes des portraits
  noncs et reus par les sieurs Berthier et L'Enfant dans les
  tableaux noncs ci-dessus, a discontinu cet ouvrage en 1764,
   cause des changements que le sieur Berthier a jug  propos de
  faire. La demande du payement en a t faite plusieurs fois au
  sieur Berthier, qui a toujours retard, disant que cet ouvrage
  n'tait pas fini. Le sieur Frdou, ne pouvant rien obtenir du
  sieur Berthier, a prsent un placet, en forme de mmoire, 
  monseigneur le duc de Choiseuil, le 14 juin 1765, qui a ordonn
  (de payer) le sieur Berthier le 14 aot suivant. Le sieur
  Berthier a mand  Frdou de venir toucher chez le suisse de
  l'htel de la Guerre, 300 livres,  compte sur celle de 720
  convenues pour les dix ttes de portraits faits par Frdou, 
  raison de 72 livres par chaque tte.

Il restait donc 422 livres  payer, et Fredou adressait pour toucher
son argent plusieurs mmoires, en 1771 et en 1772, qui restaient sans
rponse. Enfin on lui opposait un reu d'une somme de 840 francs,
touche des mains de la duchesse de Grammont, pour un portrait du Roi.

  Mais (reprend le plaignant) cet article n'a aucun rapport  ce
  que le sieur Frdou demande pour les ouvrages qu'il a faits
  pour le Roy  l'htel de la Guerre. Les invectives ont suivi
  les mauvaises raisons du sieur Berthier, qui a aussi dit 
  monsieur Banire que s'il me payoit la somme que je demande de
  420 livres, qui m'est si lgitimement due, il seroit tourment
  par une infinit de personnes pour pareille demande, et qu'il en
  couteroit au Roy plus de quatre cent mille livres. Ensuite a dit
  au sieur Frdou qu'il le ferait arrter par quatre invalides et
  le feroit conduire en prison. Le sieur Frdou l'a dfi de faire
  une pareille sottise, en lui disant qu'il ne le craignoit pas,
  et qu'on ne fait arrter que les malfaiteurs et les fripons.
  Monsieur Banire lui a impos silence, en reprsentant de
  respecter le lieu o cette scne se passoit, et en assurant au
  sieur Frdou (qu'il rendroit) compte  Votre Grandeur de ce qui
  s'est pass dans son bureau entre le sieur Berthier et luy, en
  prsence du sieur Prvost, peintre du cabinet du Roy......


GAUCHER. Une brochurette de la plus grande raret, intitule Voyage au
havre de Grce par C.-E. Gaucher,  Paris, an VI, contenant une petite
notice sur le graveur.

--Une srie de billets de Gaucher, adresss au citoyen Renouard en
1795, billets dans lesquels, le dlicat et consciencieux graveur parle
longuement du soin qu'il apporte au petit portrait de La Fontaine,
se plaignant _de sa maudite goutte qui l'empche de sortir_, et
proposant, pour une nouvelle dition de Tlmaque, une tude sur
Fnelon par son beau-frre Poulain de Flins.


GRAVELOT. Une srie de lettres donnes sur cet artiste dans mon
fascicule de l'Art du XVIIIe sicle.


GREUZE. Greuze, ou l'Accorde de village, par Mme de Valori, 1813.
Pice de thtre qui contient, en tte, la notice la plus documentaire
sur le peintre de la Cruche casse.


HALL. Hall, sa vie, ses oeuvres, sa correspondance, par Frdric
Villot, Paris, 1867. Curieuse tude,  laquelle manque cette lettre un
peu lche, adresse en 1790,  l'Orateur du peuple[65] qui accusait la
jolie femme du miniaturiste d'avoir jet,  l'Opra, des pommes, de sa
loge, aux patriotes munis de martinets, pour fouetter les femmes en
cocardes blanches, applaudissant le choeur d'Iphignie:

    [65] _Orateur du peuple_, vol. III, n 65, et vol. IV, n 10.

  Plusieurs personnes, monsieur, ayant attribu  ma femme
  l'anecdote de l'Opra, insre dans l'_Orateur du peuple_,
  je dois  la vrit d'affirmer que ma femme a pass toute la
  soire de ce jour chez M. Desmarets, marchand de tableaux 
  l'htel Bullion, rue Platrire, avec M. et Mme Grtry, M. et
  Mme Sauvage, peintre du Roi, plusieurs officiers du bataillon
  de Saint-Eustache, ainsi qu'avec M. Berthlemy, aussi peintre
  du Roi, et plusieurs autres personnes que M. Desmarets pourroit
  indiquer.

  La conformit de nom avec un M. Hall, aussi peintre, et qui
  a pous une certaine baronne, pourroit avoir donn lieu  ce
  quiproquo pour moi extrmement dsagrable. La trs petite
  diffrence du nom m'a t souvent prjudiciable. Veuillez,
  Monsieur, aprs vous tre assur du fait et de la vrit, insrer
  dans votre plus prochain numro que Mme Hall qui a caus la
  scne de l'Opra n'est pas Mme Hall femme du peintre du Roi;
  j'attends de vous cet acte de justice et j'ai l'honneur d'tre
  avec estime, etc.

      _Sign_: HALL, peintre du Roi,
      Rue Favart, 4.

      Ce 22 dcembre 1790.


HOUDON. Copie de la lettre de M. Houdon, sculpteur,  M. le Prsident
de la Socit des Amis de la Constitution.--Rflexions sur les
concours en gnral et sur celui de la statue de J.-J. Rousseau en
particulier, par Houdon, sculpteur du Roy et de l'Acadmie de peinture,
sculpture et gravure.


HUBERT-ROBERT. (Extrait du Moniteur du 29 avril 1808.) Notice de
quatre pages, consacre  l'aimable et galant peintre des ruines.


JEAURAT. Notice de la vie et des ouvrages de M. tienne Jeaurat, Doyen
de l'Acadmie royale de peinture, Recteur et ancien chancelier de
ladite Acadmie, garde honoraire des tableaux du Roi. A Versailles.
Rarissime brochure in-4,  laquelle j'ai pu joindre cette lettre
autographe:

      A Paris, ce 27 juin 1754.

  _Monsieur_,

  _Permettez-moy d'avoir l'honneur de vous reprsenter que je suis
  le plus ancien professeur de l'Acadmie roiale de peinture sans
  avoir de pension. Celle de M. Cazes est vacante actuellement
  par sa mort; je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien me
  l'accorder. Je suis plac immdiatement aprs M. de Vermont
  qui jouit de cet honneur par vos judicieuses attentions. Je me
  flatte, Monsieur, que vous voudrez bien me les continuer, en ne
  prfrant pas ceux qui ont rendu  l'Acadmie moins de services
  que moy: il y a dix-sept ans que je professe, et j'ose dire avec
  une assiduit irrprochable. Vous connoissez trop les arts,
  Monsieur, l'mulation des artistes, pour que je n'aie pas lieu
  d'esprer cette grce dont vous tes entirement le matre. Dans
  cette confiance j'ay l'honneur d'tre trs respectueusement,
  Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur._

      JEAURAT[66].

    [66] Jeaurat, n le 8 fvrier 1699, mourait le 14 dcembre
    1789, g de plus de 90 ans.


LAGRENE. L'tat des tableaux faits par Lagrene l'an, le journal
sur lequel il les notait, au fur et  mesure de leur composition, en
y joignant les prix de vente et les noms des acqureurs: journal que
j'ai donn intgralement dans ma seconde dition des Portraits intimes
du XVIIIe sicle.


Mme LEBRUN. Prcis historique de la vie de la citoyenne Lebrun,
peintre, par le citoyen Lebrun. An deuxime de la Rpublique une et
indivisible. Rare brochure de la Rvolution o le mari venge sa
femme des calomnies courant le monde, et affirme que le portrait du
ministre Calonne n'a t pay que 3,600 livres en billets de la Caisse
d'escompte, renferms dans une tabatire, qui valait au plus 1,200
livres.

Les Mmoires de Mme Vige-Lebrun, publis en 1835, ont eu un
teinturier, mais ils ont t mis seulement en bon franais, d'aprs des
notes vraiment rdiges par l'artiste, et,  ce sujet, je suis heureux
de donner une lettre indite que je possde, et qui nous montre Mme
Lebrun s'entretenant, en 1825, avec Aim Martin, de la composition de
ces mmoires:

      Ce 23 novembre 1825.

  _Enfin, mon bien bon, j'ai commenc ce que vous m'aviez tant
  redemand depuis plusieurs annes. Vous savez combien j'ai
  d'aversion pour faire ce que vous appelez mes mmoires. Car il
  faut bien, malgr tous les vnements dont j'ai t spectatrice,
  que je parle de moi. Ce moi est si ennuyeux pour les autres que,
  vrai sous ce rapport, j'y avais renonc; mais M. de Gasperini,
  qui comme vous m'a press de les crire, m'y a dtermin en me
  disant_: Eh bien, Madame, si vous ne les faites pas vous mme,
  on les fera aprs vous, et Dieu sait comme on les crira!
  _J'ai compris cette raison, ayant t souvent si mconnue, si
  calomnie, et je me suis dcide, depuis quelques mois,  noter
  ce dont je me rappelle dans tous les temps, dans tous les lieux.
  Vous n'y trouverez ni styl_ (sic)[67] _ni phrases, ni priodes.
  Je trace seulement les faits avec simplicit et vrit, comme on
  crit une lettre  son amie._

    [67] La lettre est pleine de fautes d'orthographe, comme
    presque toutes les lettres d'artiste que je donne.

  _Vous avez dj trs bien expos, dans votre notice, quelques
  principaux vnements de ma vie. On a pu croire par le beau ct
  que j'ai t la femme la plus heureuse. Eh bien, mon ami, ces
  hommages, ces distinctions si honorables, si flatteuses, ont
  t traverss par des peines bien cruelles, causes par ce qui
  m'tait le plus proche et le plus cher! Aussi c'est ce qui m'a
  souvent fait penser qu'il ne faut envier le sort de personne,
  mme de ceux que l'on croit les plus heureux. Je ne mets pas au
  rang de ces peines de coeur, les traits envenims de la calomnie
  qui m'a toujours poursuivie. Je les ai ddaigns parce qu'ils
  n'taient dicts que par des gens qui ne m'avaient jamais connue.
  Malgr l'intrt que je porterai sur les vnements remarquables,
  que ma position dans le monde m'a mis  mme de voir de prs,
  ainsi que les personnages les plus distingus de l'Europe que
  j'ai bien connus, je crains que mes mmoires ne paraissent fades
  en comparaison de tous ceux que l'on fait aujourd'hui. Vous
  saurs que je loge  prsent, rue Neuve-des-Capucines, n 9._

  _Donnez-moi de vos nouvelles et de celles de votre chre et
  aimable compagne._

  _Venez me voir en attendant que je plante la crmaire_ (sic)
  _qui sera lorsque je serai tout  fait arranje_ (sic).

  _Je suis toujours les samedis soirs, mais en trs petit comit._


LE CLERC. Un mmoire de ce peintre adress  Franois de Neufchateau,
le 21 fructidor an VI, et dans lequel il demande la place de professeur
 la cinquime cole centrale de la Seine, nous donne un petit morceau
de la biographie de cet artiste qui n'en a pas:

  ... J'tais salari par l'ancien gouvernement comme attach par
  lui  la manufacture d'Aubusson; j'tois charg de faire les
  tableaux formant une tenture, qu'elle en recevoit tous les deux
  ans.....

  La Rvolution ayant dtruit cet ordre de choses, j'ai perdu mon
  emploi, et avec lui, le fruit de quinze ans de travaux dans
  diffrents genres de peintures propres  tre excutes dans
  cette fabrique, que j'avois fait pour parvenir  en obtenir
  l'agrment.

  Comme peintre d'histoire, j'ai constamment exerc l'tude du
  dessein. Depuis vingt-cinq ans, plus de six cents feuilles de
  principes et d'tudes ont t graves dans le got du crayon,
  d'aprs mes ouvrages. Et le dbit continuel qui s'en fait, tant
  en France que dans tous les tats de l'Europe, o l'on cultive
  les beaux-arts, constate d'une manire certaine leur utilit
  publique: voil les titres que je prsentois  l'appui de ma
  demande, et auxquels je joignois les portes que la Rvolution
  m'a fait prouver, notamment celles que je fis sous le rgne du
  vandalisme, lorsque mon atelier fut dvast, et une quantit
  d'objets prcieux et utiles  mon art furent dtruits, sans que
  j'aie obtenu aucune part des secours distribus alors, en vertu
  d'un dcret de la Convention, aux savants et aux artistes qui
  ont souffert de la Rvolution.

  Si le besoin pressant d'tre employ m'a fait, il y a deux ans,
  vivement solliciter une place, ma dtresse n'a pu qu'augmenter
  depuis ce laps de temps: j'ai une femme et deux enfants qui,
  ayant embrass mon tat, sont dans le cours de leurs tudes, et
  par consquent  ma charge.

      LE CLERC[68],
      Peintre, rue des Noyers, n 30.

    [68] Le Clerc a mis son portrait en tte d'un cahier de
    principes de dessins. Il est reprsent dans une gravure au
    lavis, dessinant sous le jour d'une fentre, dans le cadre d'un
    oeil-de-boeuf, en bas duquel sont entasss une palette, une
    toile sur un chevalet, une tte en pltre, des cartons, des
    livres de dessin  l'usage des commenants.


LEMOYNE. Vie ou loge historique de Jean-Baptiste Lemoyne, ancien
Directeur et Recteur de l'Acadmie royale de peinture et de sculpture
par Dandr-Bardon, Paris, 1779; rare brochure, ainsi que celles dont
Dandr-Bardon est l'auteur.


MALBESTE. Nous publions ici le trait pass par ce graveur avec le
libraire Lamy pour la gravure de la Revue de la maison du Roi,
par Moreau, trait qui, avec le petit motif grav en spcimen,
avec les chelonnements des payements, avec la gratification en cas
d'exactitude, avec le nombre d'preuves d'eaux-fortes avant la lettre
et d'preuves ordinaires accordes  l'artiste, peut tre considr
comme un type et comme un modle des traits passs, en ce temps, entre
un diteur et un graveur.

  Nous, Pierre-Michel Lamy, libraire demeurant  Paris, quai des
  Augustins, voulant faire graver sur cuivre, un dessein fait par
  Moreau le jeune, reprsentant la Revue faite par le Roy des
  troupes de sa maison  la plaine des Sablons; nous, Georges
  Malbeste, graveur, demeurant aussi  Paris, rue Saint-Martin,
  n 242, demandant cet ouvrage, et ayant fait un petit groupe[69]
  d'aprs ledit dessein, pour servir au sieur Lamy  juger de mon
  talent, dans cet tat, nous dits Lamy et Malbeste soussigns,
  avons fait le trait et convention, cy aprs crits.

    [69] La petite gravure de l'homme du premier plan auquel le
    vent enlve son chapeau.

  1 Moi, dit Malbeste, promets audit sieur Lamy et m'oblige envers
  lui de graver exactement ledit dessein, de mme format que la
  planche de la Revue du Roy, grave par Lepaon, de commencer
  tout de suite les travaux de la dite gravure, et de ne pas
  entreprendre d'autres ouvrages de gravure pour y travailler avant
  que celle-cy ne soit finie, m'engageant encore  ne rien pargner
  pour la perfection de la dite gravure, afin qu'elle soit au moins
  aussi bien faite que le petit groupe, que j'ai fait d'aprs ledit
  dessein, reconnaissant avoir reu de mondit sieur Lamy tant le
  susdit dessein que la planche de cuivre sur laquelle je dois
  faire la gravure.

  2 Le prix des ouvrages ainsi que des retouches  faire, s'il y
  cheoit, pour la perfection de la gravure dudit dessein, a t
  fait et convenu entre nous  trois mille trois cents livres,
  payables par moi, dit Lamy, en neuf payemens, dont le _premier_
  de deux cent soixante-quinze livres a t fait  l'instant, moi,
  dit Malbeste, reconnaissant avoir reu du mondit sieur Lamy, la
  dite somme de deux cent soixante-quinze livres dont je le tiens
  quitte, et  l'gard du _second_ terme de payement de pareille
  somme de deux cent soixante-quinze livres, il sera fait, lorsque
  la premire opration de gravure de la dite planche  l'eau-forte
  sera  moiti faite, ce que moi, Malbeste, promets avoir fait
  d'ici  la mi-mars prochain. Le _troisime_ payement de cinq cent
  cinquante livres, aussitt que la gravure de la dite planche 
  l'eau-forte sera finie, ce que moi, dit Malbeste, promets avoir
  fait dans le mois de juin prochain. Le _quatrime_ payement de
  deux cent soixante-quinze livres sera exigible, lorsque les
  cieux de ladite planche seront  moiti faits, ce qui sera dans
  le mois de septembre prochain. Le _cinquime_ payement, aussi
  de deux cent soixante quinze livres, choira lorsque les cieux
  de ladite planche seront finis: ce qui sera dans le mois de
  dcembre de l'anne prochaine. Le _sixime_ payement, encore de
  deux cent soixante-quinze livres, lorsque les figures de ladite
  planche seront faites  la moiti, ce qui sera  la moiti de
  fvrier mil sept cent quatre-vingt-sept. Le _septime_ payement,
  de mme de deux cent soixante-quinze livres, sera fait lorsque la
  gravure des dites figures sera acheve, ce qui sera dans le mois
  de mars mil sept cent quatre-vingt-sept. Le _huitime_ payement,
  pareillement de deux cent soixante-quinze livres, lorsque la
  planche sera aux premires preuves, ce que moi Malbeste, promets
  pour la fin du mois d'avril mil sept cent quatre-vingt-sept. Le
  _neuvime_ et dernier terme de payement de huit cent vingt-cinq
  livres sera fait _lorsque tous les ouvrages  faire pour ladite
  gravure seront finis et que moi, Malbeste, rendrai ladite planche
  dement grave, ainsi que les susdits desseins, ce que je promets
  pour la fin de juin mil sept cent quatre-vingt-sept_.

  Dclarant rciproquement que, par l'indication des poques
  de payement ci-dessus, pour tout ce qui reste d du prix de
  ladite gravure, nous n'entendons que dterminer la proportion
  convenue entre nous de la progression des payements  celle
  de l'avancement de l'ouvrage, de manire  n'exiger aucune
  autre avance, et consquemment que sans attendre les poques
  cy-dessus nonces, si moi, dit Malbeste, parviens  les
  anticiper en avanant les ouvrages, les divers payements du prix
  me seront faits aussitt que je seray parvenu aux diffrents
  degrs cy-dessus; je serai tenu d'attendre, pour exiger le
  payement, jusqu' ce que j'aie complt la partie de l'ouvrage
  correspondante, sans pouvoir l'exiger plus tt, et,  cet effet,
  de donner connaissance de l'tat des travaux  mondit sieur Lamy.

  3 Indpendamment des termes de payement cy-dessus stipuls,
  auxquels moi, dit Lamy, promets de satisfaire  leur chance, je
  m'engage en outre de payer par forme de gratification audit sieur
  Malbeste, s'il me rend ladite planche bien et dement grave,
  finie et prte  en tirer des preuves, pour tre mises en vente
  d'ici au dernier mai mil sept cent quatre-vingt-sept, une somme
  de trois cents livres, que je lui payerai en mme temps que
  celle de huit cent vingt-cinq livres du dernier terme cy-dessus
  stipul, laquelle promesse, qui est convenue conditionnelle, sera
  comme non avenue et de nulle valeur, si ladite planche n'tait
  pas grave, finie et rendue ledit jour dernier mai mil sept
  cent quatre-vingt-sept, et, au contraire, dans le cas, o moi,
  dit Malbeste, n'aurai pas fini et rendu ladite planche d'icy
  au dernier juin mil sept cent quatre-vingt-sept, je m'engage 
  souffrir par forme d'indemnit, une diminution de trois cent
  livres sur le montant du prix cy-dessus stipul de trois mille
  trois cent livres, au moyen de quoi le dernier terme de payement
  ne sera plus dans ce cas, que de cinq cent vingt-cinq livres au
  lieu de huit cent vingt-cinq.

  4 Il est rserv  moi, dit Malbeste, douze estampes 
  l'eau-forte, douze au fini avant la lettre et six idem avec la
  lettre, dont le papier sera fourni et les frais d'impression
  pays par moi, dit Lamy, promettant expressment moi, dit
  Malbeste, de ne faire tirer aucune preuve de la dite planche
  par aucun autre imprimeur que M. Dubu, promettant aussi de n'en
  faire tirer que deux preuves  chacun des diffrents degrs
  de perfection de la dite planche, et  mesure que la gravure
  avancera.

  Tout ce qui est crit cy-dessus a t convenu entre nous sous
  notre promesse rciproque de l'excuter de bonne foy,  peine de
  tous dpens, dommages et intrts. Fait double  Paris, le douze
  dcembre mil sept cent quatre-vingt-cinq.

      G. MALBESTE.


MARILLIER. Du vignettiste  la mode, dont l'existence est tout  fait
inconnue, voici une lettre qui nous le montre,  la fin de sa vie,
retournant  son premier mtier,  la gravure:

      Beaulieu, le 13 germinal an XII (3 avril 1804).

  _Il est trs vrai que l'eau-forte que j'ai faite pour vous
  m'avoit effray par la nouveaut de son objet, par la perfection
  du dessin et par mon inexprience dans la partie d'architecture;
  mais mettant une sorte d'amour-propre  lutter contre les
  difficults, j'ai employ pour les vaincre beaucoup de temps et
  de soins. Nanmoins je craignois de n'avoir pas russi  votre
  gr, et je le craignois d'autant plus, que le vernis de la
  planche que M. Degenth m'avoit prpare tant venu  s'calier_
  (sic) _pendant la morsure, je ne prsumois pas que les preuves
  pussent offrir un ton de couleur suffisant. Vous avez la bont de
  me rassurer; cependant, tant que je n'auroi pas vu d'preuves, je
  croiroi que la satisfaction que vous me tmoignez est l'effet de
  votre indulgence. Si monsieur Degenth, qui a eu la complaisance
  de me les faire tirer, ne les a pas remises  mon frre, je vous
  prie de lui dire de les remettre  M. Ferousat, mon voisin,
  porteur de cette lettre, qui aura la bont de me les apporter._

  _Vous pourrez aussi profiter de cette occasion pour me faire
  parvenir mes honoraires, que j'aurois dsir que vous fixassiez
  vous-mme; mais puisque vous me forcez  m'expliquer sur
  cet objet, si vous trouvez que huit louis soient trop cher
  relativement aux spculations commerciales, vous pouvez rduire
  cette somme au niveau des autres, attendu que ma premire
  ambition est celle d'imiter votre honntet._

  _Je vous prie aussi de retenir, sur ce que vous remettrez  mon
  voisin, le prix du port de la planche et du tirage que M. Degenth
  a avanc pour moi, n'tant pas juste qu'en m'obligeant, il en
  soit pour ses frais._

  _Comme le nouvel exercice que je fais de la gravure, doit me
  rendre peu  peu la facilit et l'exprience que j'avois acquises
  en ce genre, je pense que, si vous me chargez de nouvelle
  besogne, vous en serez plus content; vous pouvez du moins tre
  persuad que j'y apporterois tous mes soins._

  _J'ai l'honneur d'tre, avec un vritable attachement_,

      _Votre serviteur_,

      MARILLIER.

La lettre est adresse au graveur Tilliard qui a crit en marge: Remis
au sieur Feroussat pour M. Marillier la rponse  la prsente. J'ai
joint un billet de cent quatre-vingt-dix livres, payable au 20 messidor
prochain, et 40 francs que j'ai rembourss au sieur Degent, font les 8
louis ports en la prsente.


MARIN. Du continuateur et de l'mule de Clodion, un petit recueil de
mmoires et de lettres nous permet de donner quelques dtails indits
sur sa vie. C'est d'abord un mmoire dat du 19e vendmiaire, an IV de
la Rpublique, o il se plaint d'avoir eu bris, au Salon, un modle
en terre reprsentant la Maternit, excut pour le citoyen Pillot,
et bris de manire  ne pouvoir tre rpar, les ttes ayant t
emportes, sans doute, dit-il, _afin d'en copier les expressions et
les intentions_. Il estime sa perte  la somme de 5,000 livres et
sollicite une indemnit de la commission d'Instruction.

Dans un autre mmoire, il rclame pour une statue en pltre, mesurant
2m80, et reprsentant une Paix offrant l'olivier, excute pour la fte
du 18 brumaire an X, _et pour en avoir fait faire le moule  creux
perdu, remont et rpar le pltre, prsid au transport et  la mise
en place dans le Temple: le tout avec clrit, tant de jour que de
nuit, et l'emploi dispendieux d'hommes ncessaires_, il rclame 3,000
livres, prix convenu.

Puis, dans une lettre, date de fvrier 1814, et adresse  M. Vern, le
sculpteur annonce son installation dfinitive  Lyon:

  _Le lendemain du jour_ (crit-il) _o je suis arriv, je me suis
  prsent  mes collgues et au directeur de cet tablissement, M.
  Artaux. Ils ont pens que, vu la circonstance, je devais loger au
  Palais des Arts, ci-devant palais de Notre-Dame de Saint-Pierre;
  vous penss bien, mon ami, combien j'ai t sensible  ces douces
  paroles, et que de suite, sans dlibrer un instant, j'ai t
  chercher mon petit bagage  l'htel du Parc, o j'avais pass
  la nuit avec grande inquitude... Me voil donc, depuis trois
  semaines, occup par ce nouvel emploi, donnant des leons de
  sculpture, et dans les intervalles, occup  faire quelques
  petites choses pour moi, en attendant les beaux jours pour
  excuter quelque chose pour le Salon_, si le temps le permet.

  _Je me suis mis en pension chez une bonne dame veuve, fort
  ge et trs dvote, dont la cuisine est douce et bonne... Je
  n'prouve pas cet ennui mortel que fait prouver un dplacement,
  je m'occupe beaucoup; sans cela, je tomberais dans des rflexions
  accablantes, au lieu que par le travail je m'oublie, et crois
  souvent tre  Paris, et voir toutes mes affections. Une chose
   laquelle j'ai peine  m'habituer, c'est ce tambour presque
  perptuel..._

Dans une autre lettre date du 4 juillet, Marin dit:

  _Ma place est assez douce, mais les appointements ne sont pas
  pays en totalit; depuis un an, l'on ne touche que les deux
  tiers de ce qui est accord: cela se rtablira peut-tre un
  jour....._

Mais, en dpit de cette perspective, Marin s'ennuie  Lyon; il se
rappelle au souvenir du marchal Gouvion Saint-Cyr, et dit  son
correspondant, qui s'est mis  sa disposition, que la seule chose 
faire pour lui, est de travailler  le rapprocher de Paris et de ses
amis, et que le jour o il lui en crira la certitude, _ce sera mon bon
rveil du matin_.

Une dernire lettre du 10 aot 1815, toujours date de Lyon, est une
longue lamentation:

  _Combien le sjour de Lyon me devient insupportable et je
  cherchais journellement  invoquer la raison pour me donner la
  force de supporter une privation aussi grande que celle de ne
  pas tre auprs de mes amis... Quel pays pour un sculpteur que
  la ville de Lyon! quel pays o l'on ne peut pas compter un ami,
  et dans les instants o l'on en pourroit avoir plus de besoin!
  Quelle consolation n'prouve-t-on pas aprs avoir caus avec un
  ami! Combien vous m'avez fait prouver de fois ce bon temps! Ces
  instants se retracent sans cesse  ma mmoire... que de tableaux
  doux et aimables!... Avec quelle complaisance la mmoire les
  retrace au coeur! Aimables rveries et tendres ressouvenirs,
  quand pourrai-je en retrouver les souvenirs enchanteurs... J'ai
  pniblement travaill de mon art sans travaux commands. Rien
  ne fatigue le gnie comme de se voir dans un pays... o les
  habitants ne daignent pas regarder: c'est l'argent seul, c'est
  ce qui en rapporte qui a prise dans cette ville. Oui certes, il
  y a de grandes fortunes... mais ce n'est pas le pays des arts,
  ni des artistes, grand Dieu! Quel maudit espoir m'a port  si
  bon march dans cette ville... J'prouve encore, mon ami, une
  contrarit qui n'est pas petite, c'est de ne pas tre pay de la
  totalit de mes appointements, au lieu de cent louis par an, je
  ne touche que 1400 francs....._


MASQUELIER. Notice ncrologique sur N.-F. Masquelier, dit le Jeune,
graveur lillois. Lue  la Socit d'Amateurs des sciences et arts de
Lille, dans sa sance du 11 aot 1809, par Bottin, membre rsident.


MOREAU. Notice sur M. Moreau (extrait du _Moniteur_, n 355, an 1814).
Notice qui, jointe aux notes biographiques par Lemonnier, crites  la
sollicitation de la Socit philotechnique, dont Moreau faisait partie,
et  la ncrologie, perdue dans le volume de Ponce sur les Beaux-arts,
rsume ce que les contemporains ont imprim sur le merveilleux
dessinateur.


MIQUE. Dnonciation de Richard Mique, architecte de la Reine, ses
cruauts, ses barbaries envers son frre qu'il a reni et fait mourir
 Bictre, et prsente  l'Assemble nationale par Catherine Mique,
fille de l'infortun Mique.

Catherine Mique dnonce son oncle, comme ayant accus son pre de
dsertion, de supposition de personne, de bigamie, de profanation des
sacrements. Cette dnonciation devait,  quelques annes de l, faire
prir l'architecte de la Reine, dans la fourne des 58 personnes du 19
messidor an II.


NATOIRE. Mmoire pour le sieur Natoire, peintre du Roi, chevalier
de l'Ordre de Saint-Michel, Directeur de l'Acadmie royale de France
 Rome, dfendeur, contre le sieur Adrien Mouton, ci-devant l'un des
lves de ladite acadmie. C'est le mmoire  propos du billet de
confession de Mouton qui fit tant de bruit.


NINI. Jean-Baptiste Nini, ses terres cuites par A. Villers, Blois
1862. Petite brochure devenue rare, contenant un essai de catalogue
des mdaillons de l'original ciseleur en terre.


PARIS. Notice sur M. Paris (Pierre-Adrien), architecte du Roi et
dessinateur de son cabinet (sans lieu ni date).

PORTAIL. Notice sur le peintre Pierre Portail par Dugast-Matifeux
(sans lieu ni date).

QUENEDEY. De l'inventeur du physionotrace, une lettre autographe,
adresse au maire du IIe arrondissement, le 1er fvrier 1816:

  _Edme Quenedey, n dans la paroisse de Riceys-le-Haut (Aube)
  le 17 dcembre 1756; un peu moins d'un an de l'ge requis pour
  l'exemption naturelle; mais ayant des douleurs rhumatismales
  alternativement qui souvent me privent de l'usage du bras gauche,
  et ayant tous les hivers un rhume cathareux qui me fait cracher
  le sang. En voil beaucoup plus, monsieur, pour me faire prfrer
  de coucher en prison, pourvu qu'elle soit  l'abri des injures
  du temps,  faire faction, au milieu de la rue, de nuit, soit en
  hiver, soit en t..._


ROSALBA. Diario degli anni MDCCXX et MDCCXXI, scritto di propria
mano in Parigi da Rosalba Carriera, dipintrice famosa, publicato D.
Giovanni Vianelli. Venezia, nella Stamperia Coletti, 1793.
C'est le journal du sjour en France de la _Pintresse_ au pastel, et
qu'a traduit M. Sensier.


SAINT-AUBIN. Une srie de placets et lettres d'Augustin de Saint-Aubin,
dont j'ai donn la plus grande partie en le fascicule des Saint-Aubin,
dans l'Art du XVIIIe sicle.


SAINT-NON. Notice de Jean-Claude Richard de Saint-Non, abb
commendataire de l'abbaye de Poultires, diocse de Langres,
amateur honoraire de l'Acadmie de peinture par Gabriel Brizard. De
l'imprimerie de Clousier, 1792. Notice rare de l'abb aquafortiste.


SAUVAGE. D'une correspondance de ce peintre, imitateur en grisaille de
la sculpture, avec M. de Fontanel, garde des dessins de l'Acadmie de
Montpellier, j'extrais une lettre:

  _Monsieur et ami_,

  _Si je n'ai pas rpondu tout de suite  celle que vous m'avez
  adresse, c'est que je suis presque toujours absent de chez
  moi, aiant une besogne considrable  Saint-Cloud o je fais
  le plafond de la chapelle de la Reine. Je suis l pour tout
  l'hiver: quant  ce que vous me demandz, j'ai fait toutes les
  informations possibles sans savoir. Messieurs les entrepreneurs
  de papier ont bien soin de cacher leurs peintres: ce n'est pas
  la premire fois que je fais ces recherches. L't dernier, pour
  obliger une dame de la campagne, j'ai fait diffrents dessins,
  comptant sur ces mmes peintres pour les faire excuter en
  papier: je n'ai jamais pu les trouver. Je donnois mes dessins
   Robert, marchand de papier sur le boulevard Montmartre, qui
  me les fit faire et en mme tems les fit doubles pour lui. Je
  suis fch de n'tre pas plus heureux dans mes recherches. Je
  compte toujours emploier le premier moment que j'aurai pour vous
  remercier de l'excellent vin de Frontignan, que vous avez eu la
  bont d'envoier  madame Sauvage. J'espre que vous trouverez
  ce genre de bote assez drle; l'on m'en demande beaucoup, mais
  je n'en fais gure, je suis cette anne dans le plafond. Je
  suis  finir celui du cabinet de M. le duc de Praslin; toutes
  ces grandes choses m'empchent de m'appliquer au petit, et je
  n'en suis pas fch. Je m'en trouve bien de toute faon... Je ne
  sais si M. de Joubert reviendra bientt, je n'ai plus de ses
  nouvelles, et,  son dernier voyage  Paris, je n'ai pas t
  chez lui. Je ne le vois plus qu'aux assembles de l'Acadmie,
  sans cependant tre brouill, mais je n'ai pas  me louer de
  son fils, quoiqu'il ait fait tout au monde, pendant le dernier
  Salon, pour me dissuader de ce que l'on m'avoit dit. Il m'avoit
  accus d'avoir engag son pre  se prsenter  l'Acadmie comme
  amateur, pour le mieux engager  acheter des tableaux. Comme
  je ne me suis jamais ml  faire acheter des tableaux  M. de
  Joubert qu'il ne m'est arriv qu'une fois de lui conseiller
  d'en faire faire un, par Taunay, tant  Rome, ce qu'il a fait.
  Le tableau a t pay 600 livres, prix que j'ai fait moi-mme;
  j'ai dit aprs ce propos tenu que je reprendrai le tableau pour
  40 louis, car il les vaut. Mais tout cela vient d'un nomm
  Gaudefrois, raccommodeur de tableaux qui les a empaums, et cet
  homme n'aime pas les artistes dans les maisons o il va. Voil
  le mot. Je vous dis tout cela entre nous; je vous prie que cela
  ne passe pas. M. de Joubert m'a toujours combl d'amitis, je
  lui ai dit tout bonnement pourquoi je n'allais plus chez lui;
  apparemment qu'il en a parl  son fils, qui m'a accost et  qui
  j'ai dit vertement ce que je pensois. Voil les hommes, Monsieur:
  il faut les prendre comme ils sont._

  _Je suis bien mortifi de ne pas faire votre affaire; si je
  puis dcouvrir quelque chose  cet gard, vous le saurez tout
  de suite. Pour vos papiers ordinaires, et mme du joli, il y a
  une manufacture nouvelle, rue de Seine,  ct du Jardin du Roi.
  C'est un Hollandais de ma connaissance, et ami de M. Spandonck,
  nomm Wemex, si vous vouliez en essayer, vous me le manderez,
  pour la promptitude je l'ai toujours fait employer avec plaisir._

  _Je suis pour la vie, Monsieur, votre ami_

      SAUVAGE.

  _Surtout motus sur les messieurs Joubert._

      Paris, ce 13 dcembre 1787.


SURUGUE. Une lettre du graveur Louis Surugue, date du 30 octobre et
adresse  M. Lemoine, receveur gnral des salines du Roi,  Moyenvic
en Lorraine, nous donne de son vivant le prix de ses gravures. Le
portrait de la Sylvia cote 2 livres, celui de la Desmares 2 livres 2
sols, le portrait de la marquise *** (Mme de Mouchy) en habit de bal,
2 livres. La Camargo et la Sall, grandes estampes dans des paysages,
sont au prix de 3 livres, chacune.


SWEBACH. De ce peintre, devenu directeur de la manufacture impriale de
Russie, une volumineuse correspondance pendant les annes 1819-1820,
adresse  Louis Larcher de Saint-Vincent, nous le montre pendant ces
annes, brocantant l-bas, selon son expression, _comme un diable_.

      Saint-Ptersbourg, le 13 mars 1809.

  _Mon cher Louis_,

         *       *       *       *       *

  _Pour les terres et la maison de Chteau-Thierry[70], fais
  pour le mieux et comme pour toy, voulant me dbarrasser de ces
  deux drogues, et ayant l'intention de runir le plus possible
  en argent comptant, en ce moment ayant en plus de ce que tu as
  en main, une trentaine de mille francs, dont partie est dj 
  Paris, et esprant encore, d'ici  mon dpart, augmenter mon
  lopin, quitte  voir ce que j'en ferai quand je serai  Paris._

    [70] Je rtablis l'orthographe.

  _Tu seras vraiment tonn quant tu reverras douard, qui est
  devenu un grand et beau garon, ayant trs bonne tournure et un
  talent auquel tu ne t'attends pas. Je te promets que le premier
  tableau qu'il fera  Paris, sera pour toy._

  _Quant  mes esprances ici, elles sont bien faibles. On promet
  ici beaucoup et on ne tient rien. J'ai affaire aux plus vilaines
  gens qu'on puisse connatre. Les Russes ne sont pas beaux  voir
  chez eux, et, je le rpte, il faut mriter d'tre pendu chez
  nous pour venir ici._

  _Le climat et tout ce que l'on m'a fait souffrir ici, ont dtruit
  ma sant, et de plus je dsespre d'tre rcompens, et ce n'est
  qu' force de privations que j'ai amass quelque chose, pour
  qu'il ne soit pas dit, que j'avais fait huit cents lieues, en
  pure perte._

         *       *       *       *       *

  _cris-moi quand tu pourras, je n'ai plus que toi, les autres
  m'abandonnent. Ma soeur ne me donne plus de nouvelles, parce que
  j'ai refus de lui prter 45,000 francs; Maillard parce que je ne
  veux pas qu'il vende mes tableaux et en employe l'argent, enfin
  qu'en bon ami, je ne veux pas faire bourse commune._

         *       *       *       *       *

  _J'espre aprs le jour heureux, o je pourrai vous embrasser
  tous, et boire,  votre bonheur, ce bon vin de France, dont je ne
  bois pas tout mon saoul dans ce maudit pays._

  _J'espre  mon retour vivre tranquille au milieu de mes enfants
  et du peu d'amis que j'ai. Je serai peu riche, mais je suis sans
  ambition, je travaillerai jusqu' la fin de mes jours, mais pour
  m'amuser, et je n'espre qu'aprs le repos. Ma tche en ce monde
  approche de sa fin......._

      SWEBACH.


      Saint-Ptersbourg, ce 26 juillet 1819.

  _Mon cher Louis_,

  _Je viens d'expdier pour France deux caisses que je t'adresse._

  _Je prpare tout pour mon retour, malgr que je ne puisse pas
  encore indiquer l'poque juste, n'tant pas dans un pays o l'on
  puisse faire toujours ce que l'on veut, et dont il me tarde fort
  de sortir._

         *       *       *       *       *

  _Je m'ennuie beaucoup, mais je me porte un peu mieux et je crois
  que je pourrai reconduire ma pauvre carcasse en France, et que
  nous pourrons rire encore quelquefois aux dpens des ultra des
  deux cts, tant tout naturel qu' mon ge on soit tout ventre.
  En rentrant, je pourrai dire avoir vu de prs toute espce de
  forme de gouvernement, et pourrai t'en donner des nouvelles._

         *       *       *       *       *

  _Chose assez drle, c'est que dans ce pays, dans le moment,
  nous sommes entours de trois forts qui brlent, dont la plus
  loigne est  deux heures. Ces forts se sont enflammes par
  la force et continuit de la chaleur excessive, que nous avons
  prouve ici, depuis plus de six semaines. Elle a t de 35 
  l'ombre. Voil un avantage de ce pays. Les hivers sont longs
   la vrit, mais ordinairement secs et vraiment superbes, et
  l't court, mais aussi beau qu'en Italie. Ce qui rend le climat
  pernicieux est la transition subite de la chaleur au froid, ce
  que j'ai vu arriver quelquefois plusieurs fois dans un jour. La
  vgtation est superbe et d'une rapidit tonnante, et c'est dans
  ce pays qu'existent les plus beaux jardins  l'anglaise du monde,
  les ntres ne sont que des miniatures  ct, en raison de la
  chert du terrain, qui ici ne cote rien....._


      Saint-Ptersbourg, 20 janvier 1820.

  _Mon cher Louis_,

  _Du reste, mes affaires vont assez bien. Outre les 1,200 fr. de
  rente que tu as entre les mains, il y en a encore 1,400 entre
  celles de M. Baguenault, banquier, plus 11,008 francs en caisse
  chez lui, et 12  15  recevoir ici. Mon engagement est fini,
  on m'a fait des propositions extravagantes pour me retenir, que
  j'ai refuses. On s'est rebattu sur mon fils; j'ai refus de
  mme, douard ayant besoin de Paris pour son talent. Je suis en
  attendant les papiers qui me sont ncessaires, pour partir 
  Moscou. J'ai vendu tous mes effets, voitures, chevaux et autres,
  et je bous d'impatience, attendu qu'il m'est promis par le
  ministre l'ordre de Sainte-Anne pour rcompense de mes services,
  et que de jour en jour je l'attends....._


      Ce 2 mars 1820, Moscou.

  _Mon cher Louis_,

  _J'ai fait de bonnes affaires ici. Je rapporte une norme
  quantit de curiosits, telles que pierres graves et bijoux.
  J'ai reu beaucoup de cadeaux. Enfin je suis ft d'une manire
  extraordinaire, et s'il ne m'arrive pas d'tre malade en route,
  tu me verras  Paris fort content. En cas de malheur, tu sauras
  qu'il me reste encore 16  17,000 francs sur M. Baguenault,
  banquier. J'en rapporte encore 10,000 et un peu plus de 25,000
  livres de botes dores, de bagues en brillants et autres pices
  prcieuses, turquoises superbes, talismans turcs et arabes,
  antiques, pierres graves de toute espce. Tu vois que mon
  voyage a mieux fini qu'il n'avait commenc. Mes tableaux ici
  font fureur. J'ai constamment cinq  six seigneurs qui se les
  disputent,  mesure que je les fais, et j'en profite pour leur
  vendre plus cher..._


      Moscou, ce 15 mars 1820.

  _Mon cher Louis_,

  _Je me porte bien et j'ai vendu ici pour prs de 8,000 fr. de
  tableaux, et comme il m'en restait encore pour prs de 30,000
  francs, et que je n'ai pas le temps de les vendre comme je le
  dsirerais, j'ai pris le parti de les troquer contre de belles
  pierres graves et beaux cames antiques et autres bijoux et
  curiosits de facile transport, ayant l'intention,  mon passage
  en Allemagne, de tcher de m'en dfaire avec avantage. Nous
  sommes ici continuellement en bombance, les seigneurs nous
  envoient leurs voitures, et nous allons de ftes en ftes.....
  Voil enfin notre voyage qui tire  sa fin, assez heureusement;
  nous passons par Vienne et Munich aprs avoir travers la Pologne
  et la Russie dans sa plus grande longueur, et le rsultat sr
  dudit voyage est 60,000 fr., 25,000  30,000 fr. d'objets
  prcieux, et la croix de Sainte-Anne: toutes ces choses ne sont
  pas trop btes, et il me semble que cela valait la peine de les
  venir chercher. J'ai bien souffert  la vrit, mais je crois
  cependant que je rapporterai mes os dans ma patrie._

         *       *       *       *       *

  _Si tu vois Maillard, prviens-le de mon arrive; je rapporte en
  France du lapis, du superbe outremer venant des Indes et de la
  Chine par les Boukares, de plus la collection complte des jades,
  agates, marbres, porphyres de Sibrie et d'Asie, en outre plus
  de cinquante bagues antiques, cames, pierres graves et autres;
  en plus, j'ai reu des cadeaux de plusieurs seigneurs et j'en ai
  d'un prince Baratinski et de Yousof et d'un comte Golowine[71].
  J'ai aussi une collection de belles amthystes, topazes,
  aigues-marines, rubis, meraudes, opales et cornalines... J'ai
  brocant dans cette ville comme un diable. L'outremer se vend
  ici  la livre. Je n'exporte pas de fourrures, elles sont ici
  plus chres qu' Paris..._

    [71] Dans une dernire lettre, date de Kiew, 23 mai 1820, o
    il est en route pour revenir en France, Swebach annonce qu'il
    emporte la commande de quinze tableaux.


VANLOO. Vie de Jean-Baptiste Vanloo, professeur de l'Acadmie royale
de peinture et de sculpture, par M. Dandr-Bardon, recteur. Paris,
Louis Cellot, 1779.


VANLOO. Description d'un tableau reprsentant le sacrifice d'Iphignie
par Carle Vanloo (par Caylus). Paris, Duchesne, 1757.


WAILLY. Notice historique sur Charles de Wailly, architecte... Lue 
la sance publique de la Socit philotechnique, le 20 brumaire an VII,
par Joseph Lavalle. De l'imprimerie de la Socit des amis des arts,
an VII.


WILLE fils. Une supplique  la duchesse d'Angoulme, en date du 9
janvier 1825, du malheureux peintre, g de 73 ans, ayant perdu, aux
mauvais jours de la Rvolution, la fortune amasse par son pre, et
incapable de payer la pension  Charenton de sa femme, devenue folle.

Nous terminerons cette tude des livres d'art, par une numration des
livres concernant la curiosit et une revue des catalogues de vente du
XVIIIe sicle.

Et d'abord un petit livre rarissime, qui mrite d'ouvrir le chapitre de
la curiosit: RELATION EN FORME DE LETTRE, _sur les dpenses suggres
par un got outr pour des curiosits passagres, ou par une passion
dsordonne pour diffrents genres de compilations. Termine par un
expdient de bienfaisance_[72]. C'est une factie passant en revue
les gots et les manies du temps. On y rencontre le collectionneur de
mdailles, le collectionneur de coquilles dont les cabinets taient si
nombreux  cette poque; le collectionneur d'estampes qui a enfoui
40,000 cus dans l'obscurit de 60 portefeuilles; le collectionneur
de partitions de musique, qui possde tous les divertissements,
cantates, cantatilles, recueils de chansons, sonates, concertos,
duos, solos, enfin tout ce qui a t imprim ou grav en fait de
musique, depuis quarante ans; le collectionneur de biscuits et de
terres cuites reprsentant tous les amours et les savoyards, les
nymphes et les vielleuses, et qui changerait l'Andromde du Puget,
pour les statuettes de Manelli, de la Tonnelli, ou de quelque virtuose
du boulevard; le collectionneur d'argenterie et de botes baroques,
demandant, tous les jours, un renouvellement de la forme, et dont
l'opulence _inquite_ ne veut pas se contenter de l'orfvrerie de Balin
et du vieux Germain, de la bijouterie de Georges; le collectionneur de
tentures de la Chine, qui se dfait de ses tapisseries de Flandres, de
Beauvais, des Gobelins, pour se procurer les extravagantes beauts
des peintres chinois. Mais de tous ces amateurs le type le plus
passionn est une collectionneuse de porcelaines, qui, aprs avoir
donn dans la Chine et le Japon, dgote par l'avilissement apport
 ces porcelaines par les envois de la Compagnie des Indes, s'est
jete dans le Saxe, et aprs avoir dit que l'argenterie n'est bonne que
pour des commis, des vieux militaires, s'crie: J'avoue que le Saxe
cote un peu cher... Mais aussi j'ai huit services de tables complets,
indpendamment de ce que j'ai dbours pour faire remonter en Saxe mes
glaces, mes lustres, mes pendules, ma toilette et ma garde-robe. En
vrit, j'ai une passion pour le Saxe qui va jusqu' l'adoration. Enfin
je suis Saxe des pieds jusqu' la tte..... Il n'y a pas jusqu' mon
almanach et mes livres de pit qui ne soient relis en Saxe.

    [72] Cette brochure a t publie anonymement. Elle est d'un
    avocat nomm Yon, et a paru en 1757.

A cette brochure il faut joindre: RFLEXIONS SUR LA PEINTURE ET LA
GRAVURE, accompagnes d'une courte dissertation sur le commerce de
la curiosit et les ventes en gnral, par Joullain fils an, 1786;
le RPERTOIRE DES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAMPES, ouvrage utile aux
amateurs, 1788; et parmi les livres modernes, le LIVRE-JOURNAL de
Lazare Duvaux, marchand bijoutier ordinaire du Roi, qui contient, de
1748  1758, les achats des _jolits_ et bibelots de tous les curieux
et les curieuses du temps: livres parmi lesquels doit prendre sa place:
LA CONFESSION PUBLIQUE DU BROCANTEUR, Amsterdam, 1776, brochurette
o le sieur _Ferre-la-Mule_, au moment de mourir dans une tempte,
confesse tous les _trucs_ des marchands de tableaux du temps, trucs
bien innocents, quand on les compare  ceux des marchands de tableaux
contemporains.

Maintenant, faisons le dnombrement des catalogues originaux.

Sur deux planches, rangs par ordre de dates, se succdent tous ces
petits et gros catalogues de vente, montrant, en une sorte d'obituaire
des amateurs et des artistes du XVIIIe sicle, le passage aux enchres,
depuis le rgne de Louis XV jusqu' la Rvolution, de tout le joli et
exquis mobilier d'art du temps: pauvres petites brochurettes autrefois
si mprises, et dont, en face l'Institut, j'ai vu remplie toute une
bote de bouquiniste  20 centimes, et dans laquelle j'ai achet le
catalogue de Boucher, et dans laquelle se trouvait, au mme prix, celui
du peintre de Troy, ce catalogue qui vient de se vendre 1,000 francs 
la vente de M. Reiset.

Le catalogue sommaire des dessins de grands matres d'Italie, des
Pays-Bas, de France... du cabinet de feu M. CROZAT (1741), la plus
extraordinaire collection de dessins qui fut jamais, et compose des
dessins de Jabach qui n'avaient pas t cds au Roi, des dessins de
M. de la Noue, l'un des plus grands curieux de France, des dessins que
mademoiselle Stella avait trouvs dans la succession de son oncle,
des dessins provenant des dbris de la collection Vasari, des dessins
des Carrache achets aux hritiers de Pierre Mignard, d'une partie
considrable de dessins de Raphal, dcouverts par le collectionneur
 Urbin, des dessins de Rubens sortant du cabinet d'Antoine Triest,
vque de Gand, des dessins provenant des ventes de milord Sommers 
Londres et de Van der Schilling  Amsterdam.

Le catalogue raisonn de diverses curiosits du cabinet de feu M.
QUENTIN DE LORANGRE (1744); le catalogue de l'norme collection de
tableaux, dessins, estampes, dans lequel est insre l'intressante
notice de Gersaint sur Watteau.

Le catalogue raisonn d'une collection considrable de diverses
curiosits, en tous genres, contenues dans les cabinets de feu M.
BONNIER DE LA MOSSON, Bailly et Capitaine des chasses de la Varenne
des Thuileries (1744). Et c'taient chez Bonnier de la Mosson: 1
un cabinet d'anatomie, 2 un cabinet de chimie, 3 un cabinet de
pharmacie, 4 un cabinet de drogues, 5 un cabinet du tour, 6 un
premier cabinet d'histoire naturelle, contenant les animaux en
fiole, 7 un second cabinet d'histoire naturelle contenant les
animaux desschs, 8 un cabinet de physique, 9 un troisime cabinet
d'histoire naturelle contenant l'herbier, les coquilles parmi
lesquelles se trouvait la fameuse coquille nomme la _Scalata_, la
seule existante  Paris, et que M. Bonnier avait achete 1,500 livres
en Hollande: ces neuf cabinets orns de tout ce que l'art a pu
imaginer de mieux et de plus agrable comme sculpture recherche et
dlicate, glaces, dessus de portes, etc.

Le catalogue.... de feu M. le chevalier de LA ROQUE (1745). M. de la
Roque tait l'ancien gendarme de la garde du Roi,  la jambe emporte
par la canonnade de Malplaquet, le privilgi du Mercure, l'ami de
Watteau, dont il passait  sa vente les deux tableaux des Fatigues
et des Dlassements de la guerre.

Le catalogue des tableaux du cabinet de M. CROZAT, baron de Thiers
(1745), l'inestimable collection passe en Russie.

Le catalogue raisonn des bijoux, porcelaines, bronzes, laques, lustres
de cristal de roche, pendules de got.... provenant de la succession
de M. ANGRAN, vicomte de FONSPERTUIS (1747). C'est la collection des
plus rares porcelaines de la Chine et du Japon, le cabinet o les
amateurs allaient apprendre  connatre le _vrai_ et le _beau_, et
qui renfermait les plus parfaits morceaux d'ancien bleu, avant la
substitution de l'mail  l'azur naturel, et les morceaux les plus gras
et les plus crmeux d'ancien blanc.

Le catalogue de tableaux et des objets d'bnisterie... du sieur
CRESSENT, bniste du palais et de feu S. A. I. Monseigneur le duc
d'Orlans (1747), dont les travaux rivalisaient avec ceux de Boule,
et dont l'expert vante le contour simple et noble de ses commodes, et
l'incrustation paisse et pleine de ses botes  pendules.

Et des catalogues, j'en passe, comme j'en ai dj beaucoup pass, et
comme j'en passerai encore plus, faisant une course  vol d'oiseau, 
travers cet immense inventaire de la curiosit.

Le catalogue d'une collection de tableaux, dessins estampes... de
M. LE LORRAIN (1758), lorsqu'il avait l'honneur d'tre choisi par
l'Impratrice de Russie pour tre son peintre.

Le catalogue des tableaux... du comte de VENCE (1760), vente o
s'adjugeaient pour 550 livres l'cureuse et le Garon cabaretier de
Chardin, ces deux merveilles de la peinture laiteuse, dont nous avons
vu revendre l'un 23,200 fr.,  la vente de Camille Marcille.

Le catalogue de tableaux... de feu messire Germain-Louis CHAUVELIN,
ministre d'tat (1762) parmi lesquels figuraient les tableaux de
Watteau, connus sous les titres de la Lorgneuse et de l'Accord
parfait.

Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... de feu J.-B. de TROY,
directeur de l'Acadmie de Rome (1764), o se trouvait une collection
d'esquisses de choix de l'cole franaise.

Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... de DESHAYS, peintre du
Roy (1765), vente dans laquelle taient livrs aux enchres une grande
quantit d'tudes et de dessins du gendre de Boucher.

Le catalogue de tableaux, sculptures, dessins, estampes, porcelaines,
bijoux, meubles prcieux... du duc de TALLARD (1766). Un cabinet en
gnral form de tableaux de l'cole italienne, et o le duc n'avait
consenti  admettre des matres de l'cole flamande qu'autant qu'ils
avaient travaill dans le genre noble et sublime. Dans les sculptures,
bronzes, meubles prcieux, tait vendue une srie de magnifiques
lustres en bronze,  propos desquels l'expert dclarait que, quoique
les lustres de cristal aient absolument prvalu pour la dcoration des
appartements, un lustre de bronze dor a plus de noblesse et convient
bien mieux pour un cabinet de peinture, o un lustre de cristal
devient trop brillant et rompt le bel accord, que tout amateur de
peinture doit rechercher dans l'assemblage des chefs-d'oeuvre de l'art.

Le catalogue... du peintre AVED (1766), auquel il faut joindre le
catalogue de sa seconde vente faite en 1770. Ce peintre, qui passait
pour un des plus parfaits connaisseurs d'Europe, et qui avait mis dans
sa collection tout son patrimoine et le bien de sa femme, avait runi
un choix de tableaux et de dessins de ses contemporains, et toute une
suite de natures mortes de son ami, et collaborateur dans la peinture
de portraits, Chardin.

Le catalogue des effets curieux... du cabinet de feu M. de SELLE,
trsorier de la Marine (1766), qui contenait, parmi des tableaux et
des porcelaines, une suite de marbres, de bronzes, de terres cuites
de Franois Girardon, Auguier, le Lorrain, Gaspard de Marsy, Antoine
Coysevoix.

Le catalogue de tableaux originaux de diffrents matres, miniatures,
dessins, estampes sous verre, de feu Mme la marquise de POMPADOUR
(1766); petite plaquette de 32 pages, ne contenant que 99 numros, et
o n'apparat rien de son somptueux mobilier, que nous retrouverons
plus tard  la vente de son frre, le marquis de Mnars. Cette vente
ne renferme de remarquable et de digne de la favorite, que les deux
grandes compositions de Boucher le Lever et le Coucher du soleil, qui
font aujourd'hui partie de la collection de M. Richard Wallace.

Le catalogue des statues en pierre, en pltre, en terre et bronzes,
modles et ustensiles d'atelier qui seront vendus chez le sieur
AYCARD, sculpteur,  la Petite Pologne, prs la barrire du faubourg
Saint-Honor.

Le catalogue raisonn des tableaux, dessins, estampes et autres
effets curieux, aprs le dcs de M. de JULIENNE (1767), l'amateur
par excellence du sicle, et dont la vente des tableaux de toutes les
coles, des laques les plus recherchs, des meubles de l'bniste
Boule, tait annonce dans une vignette, par une Renomme apprenant 
l'Europe que le cabinet de M. de Julienne tait  vendre.

Le catalogue de tableaux, groupes, figures de bronze, porcelaines
rares... de feu M. GAIGNAT, ancien secrtaire du cabinet du Roy (1768);
une des collections, dit l'expert Remy, les plus recommandables entre
toutes par l'excellence des choix. Les porcelaines de la Chine et du
Japon sortaient des cabinets de S. A. R. Madame la duchesse d'Orlans,
de la comtesse de Verrue, du prince de Carignan, du comte de Fontenai,
le plus grand connaisseur en porcelaines.

Le catalogue du sieur AMAND, peintre du Roy en son Acadmie royale de
peinture, devant avoir lieu le 30 juin 1769 et jours suivants, rue
du Cul-de-sac de la Bouteille, et consistant en tableaux, dessins,
estampes et autres ustensiles  l'usage de la peinture. Ce catalogue,
avec sa courte notice biographique, qui est, ainsi que pour un certain
nombre de petits peintres obscurs du XVIIIe sicle, tout ce qu'on
possde  peu prs de documents sur leur vie ignore, nous montre la
misre d'une vente d'artiste de ce temps, d'un artiste qui n'est pas 
la mode. On y voit son grand tableau de Mercure et Argus se vendre 49
livres, son autre tableau de Psych abandonne par l'Amour 52 livres,
enfin son tableau de Soliman II devant lequel on dshabille des femmes
esclaves, ne pas dpasser 80 livres.

Le catalogue... de feu M. CAYEUX, sculpteur (1769); une importante
runion de dessins, parmi lesquels il y en avait de Bouchardon, de
Boucher, de Vanloo, de Pierre, de Natoire, de Jeaurat, de Cochin fils,
de Greuze.

Le catalogue des tableaux, figures, bustes de marbre, bas-reliefs
de terre cuite, morceaux d'ivoire... de M. LALIVE DE JULLY (1769);
collection contenant les plus beaux chantillons de l'art franais
depuis Simon Vouet jusqu' Vien, et o se trouvait le Pre de famille
lisant la Bible de Greuze, et le curieux portrait de Watteau par la
Rosalba.

Le catalogue de tableaux, groupes de bronze, porcelaines... de M.
BERINGHEN, premier cuyer du Roi (1770), qui avait toute une collection
d'animaux, de vaches, de singes, en _bleu cleste et violet_.

Le catalogue raisonn des tableaux, estampes, bronzes, terres cuites,
laques, porcelaines de diffrentes sortes... de feu M. BOUCHER,
premier peintre du Roi (1771). A propos de ce catalogue, rptons que
les catalogues qui n'avaient pas t employs avant nous, dans la
biographie des gens, sont les naturels et les seuls introducteurs, en
ce temps, dans les milieux de leur vie, et que pour l'explication du
talent des artistes, ces inventaires ddaigns apportent de curieux
renseignements. C'est ainsi que nous avons pu donner de la pastorale
enrubanne du Matre, et la charrue et la herse et le petit bateau de
pcheur: des modles-joujoux; c'est ainsi que nous avons pu montrer le
coloriste _vermillonn_ des dernires annes, peignant dans un tendre
embrasement de tons de coquillages et d'clairs de matires prcieuses.

Le catalogue de tableaux  l'huile,  gouache et au pastel, peintures
de la Chine, enluminures, dessins prcieux, estampes... de feu HUQUIER,
graveur (1771). Une nombreuse runion de dessins et d'estampes
renfermant un grand nombre d'acadmies, de tous les matres. On y
remarquait une suite de recueils de dessins relis en volumes, parmi
lesquels il y avait 45 dessins de monuments de Rome par Poussin, les
150 dessins originaux  la sanguine de Gillot pour les fables de
Lamotte, 39 dessins faits d'aprs les plombs de Meissonnier, une suite
de 150 charges  la plume et au bistre pour l'illustration des Songes
pantagruliques de Pantagruel, par Huquier. Les dessins et les estampes
laisss par Huquier taient en si grande quantit, qu'une seconde vente
avait lieu la mme anne.

Le catalogue ou plutt les deux catalogues de Mlle CLAIRON (1773), dont
la vente se faisait rue du Bacq, prs le Pont-Royal. La collection
prfre de la tragdienne tait une collection d'histoire naturelle
avec les divisions en minraux, cristallisations, stalactites, pierres
calcaires, agates, cailloux, jaspes, ptrifications, pierres fines,
coraux, madrpores-antroites, mandrites, tubipores, fougipores,
millepores, rtpores, lithophites, ponges, alcyons, vermiculaires,
lpas, oreilles de mer, nautiles, limaires nrites, buccins, tonnes,
casques, rochers, pourpres, volutes, olives, porcelaines, hutres,
peignes, coeurs, tellines, moules, oursins, opercules, coquilles
terrestres, fluviatiles, toiles de mer. La seconde vente qui avait
lieu un mois aprs, montrait aux regards des curieux, au milieu
d'habillements de sauvages, de costumes turcs, de choses exotiques
et d'estampes, les objets de ville usuels et familiers de la grande
actrice: une navette de laque rouge  cartouche de laque noir et or,
double de nacre et garnie en or; une critoire de trois pices, en
cristal de roche, garnie en or, sur un plateau en ventail de laque
fond noir avec arbres et fabriques en or et bordure aventurine;
un souvenir d'or de couleur avec des cartouches  portraits et
cure-oreille d'or d'Allemagne; une montre ovale,  huit pans, dans
une bote de cristal de roche d'un travail ancien et dlicat; un
porte-crayon et un d d'or; un tui  aiguilles d'or; un berloquier
d'acier garni de cinq flacons, d'une paire de ciseaux damasquins d'or,
d'une lorgnette  deux verres, d'un tire-bouchon d'argent en olive 
secret, d'un couteau de nacre de perle, garni de deux lames dont une
d'or.

Le catalogue de dessins... de M. LEMPEREUR (1773) o se trouvait une
suite de plus de quarante dessins de Bouchardon.

Le catalogue de tableaux... de feu _M. Jacqmin_, joaillier du Roi et
de la Couronne (1773),  la vente duquel la Naissance de Vnus de
Boucher, grave par Levasseur, se vendait 480 livres, et bon nombre de
botes en mail de Mailly et de Rouquet.

Le catalogue de tableaux originaux... de M. le C. de D. (1774). C'est
la vente de Du Barry le Rou, aprs sa fuite de France,  la mort de
Louis XV. Cette vente contenait des Watteau, des Boucher, des Greuze.

Le catalogue raisonn des diffrents objets de curiosits dans les
sciences et dans les arts qui composaient le cabinet de feu M.
MARIETTE, rdig par Basan (1775); prcieuse collection presque
uniquement compose de dessins et d'estampes, et qui montait  288,500
livres.

Le catalogue des tableaux, figures, bustes... du duc de SAINT-AIGNAN
(1776) qui possdait les deux jolis tableaux de Subleyras, connus sous
les titres du Faucon et des Oyes du frre Philippe.

Le catalogue de dessins... de M. NEYMAN, orn d'un frontispice de
Choffart (1776), et contenant 1,266 numros de dessins de matres.

Le catalogue de tableaux prcieux, miniatures, gouaches... de M.
BLONDEL DE GAGNY (1776), vente o repassaient le Murillo, le Rembrandt,
le Teniers, le Wouwermans de la comtesse de Verrue.

Le catalogue de tableaux, dessins prcieux, vases de marbre et de
bronze, porcelaines de premier choix, ouvrages du clbre Boule...
qui composent le cabinet de M. RANDON DE BOISSET (1777). C'est le
catalogue d'un financier de got, aux achats conseills par Boucher,
Greuze, Hubert-Robert, et o les plus beaux tableaux flamands et
franais voisinaient avec des marbres les plus rares de l'Italie, et o
posaient, sur les plus parfaits meubles de Boule, des porcelaines _de
la premire qualit colorie_, comme les collectionneurs n'en avaient
pas vu passer en vente depuis trente-cinq ans.

Le catalogue de tableaux italiens, franais, hollandais... dont la
vente se fera le lundi 17 fvrier 1777 et jours suivants,  trois
heures de releve, rue Saint-Honor, htel d'Aligre. Cette vente
anonyme est la vente faite par Mme Du Barry, dans les premiers embarras
d'argent de sa disgrce, et dont nous avons racont les dtails dans
son histoire[73]. Parmi les tableaux importants livrs aux enchres,
signalons un tout petit tableau (H. 6 p., L. 10 p.) de Gabriel de
Saint-Aubin, reprsentant un peintre dessinant un modle de femme nue,
couche sur un canap, sujet que le petit matre a grav lui-mme 
l'eau-forte de sa pointe la plus spirituelle. Il serait intressant
de retrouver ce tableautin, qui fixerait sur le faire  l'huile de ce
gribouilleur de gnie  l'aquarelle, et dont on ne possde pas une
peinture de genre authentique.

    [73] LA DU BARRY, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier,
    1878, p. 205.

Le catalogue de tableaux, dessins, terres cuites... de monseigneur
le prince de CONTI (1777), immense et splendide collection dont les
tableaux montaient  897,985;--les peintures  gouache et miniatures, 
14,446;--les dessins  39,472;--les terres cuites et vases de bronze,
 29,509;--les pierres fines et bagues,  39,365;--les mdailles
antiques,  6,681;--les bijoux, a 26,466: total, 1,053,944.

Le catalogue de tableaux et dessins originaux... de feu M. NATOIRE
(1778) qui consistait en quelques spirituelles peintures de Watteau,
Boucher, Subleyras, Fragonard, Hubert-Robert, et une suite de
compositions et d'tudes de l'ancien directeur de l'Acadmie de Rome.

Le catalogue de tableaux originaux... de Mme *** (Mme de Coss), 1778,
vente o passait le petit modle des chevaux Pgases des Tuileries.

Le catalogue de tableaux, sculptures en marbre, bronze, plomb dor...
provenant de la succession de feu M. l'abb TERRAY, ministre d'tat
(1778), dont la prface dit: L'amateur qui avoit form ce cabinet,
vouloit encourager les artistes ses contemporains, et, sans refuser
son admiration aux ouvrages des anciens, contribuer, autant qu'il le
pouvoit,  la splendeur des arts en France.

Le catalogue d'une collection de dessins choisis de matres clbres
des coles italienne, flamande et franaise... de feu M. d'ARGENVILLE
(1779), collection de dessins qui passait pour la plus capitale aprs
celle de M. Mariette.

Le catalogue d'une belle collection de tableaux originaux... composant
le cabinet de M. *** (M. Trouart), contrleur des btiments du Roi
(1779), o se trouvait catalogue l'esquisse termine du sacrifice
de Callirho de Fragonard et des terres cuites de Clodion, la Rue,
Houdon.

Le catalogue de quelques tableaux et dessins et d'une nombreuse
collection d'estampes... du sieur JOULLAIN (1779), un des marchands et
experts clbres du temps.

Le catalogue raisonn de tableaux... de M. POULLAIN, receveur gnral
des domaines du Roi (1780), nombreuse collection forme de tableaux
provenant des cabinets Montmartel, prince de Conti, Randon de Boisset,
Blondel de Gagny.

Le catalogue des tableaux et dessins prcieux qui composent le
cabinet de M. DE SIREUL (1781), cabinet presque exclusivement compos
de dessins de Boucher, et qui valait  cette collection le nom de
_Portefeuille de M. Boucher_.

Le catalogue des diffrents objets de curiosit dans les sciences et
arts qui composaient le cabinet de feu M. le marquis DE MENARS (1781).
Cette vente du frre et de l'hritier de Mme de Pompadour est la vraie
vente de la favorite, et o passe, ml  quelques beaux tableaux
acquis par son frre, tout le mobilier d'art de la virtuose et de la
_curieuse_[74].

    [74] Voir, pour les dtails de cette vente: MADAME DE
    POMPADOUR, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier, 1878,
    p. 329.

Le catalogue de tableaux... aprs le dcs de Mme LANCRET (1781), rare
petit catalogue qui contenait 21 numros de tableaux du Matre, et
dont le plus cher, la Rception d'un cordon bleu, auquel on joignait
encore un Louis XV tenant un lit de justice, se vendait 299 livres.
Avec ces tableaux s'adjugeait un millier de dessins, par lots de 40, de
60, qui allaient de 3  6 livres.

Le catalogue de vases, colonnes, tables de marbres rares, figures
de bronze, meubles prcieux... du duc d'AUMONT, catalogue orn de
trente planches (1782). L est dcrit le mobilier du XVIIIe sicle, o
peut-tre s'unit le plus fastueusement  la richesse et  la raret
des matires le prcieux du travail, o le bronze dor s'associe aux
plus beaux marbres tirs des anciens monuments de Rome, un mobilier,
qui n'a de rival dans le pass que celui de la duchesse de Mazarin, et
qui contient  la fois d'incomparables tables de marbre et de porphyre,
un choix de porcelaines d'ancien bleu et blanc de la Chine provenant
du cabinet de Mgr le Dauphin, fils de Louis XIV, une runion unique de
lustres, de lanternes, de bras cisels par le clbre Gouthire.

Le catalogue d'une belle collection de tableaux de M. *** (Nogaret),
1782, contenant Jupiter et Antiope et l'Amour se drobant  la
correction de Vnus de Watteau, le Bal de Pater, le Moulin de
Charenton de Lancret.

Ces catalogues, ils se trouvent en gnral dans leur brochure de
papier peigne, avec le nom du destinataire crit sur la couverture.
Mais quelquefois, par hasard, on a la bonne fortune de les rencontrer
relis en maroquin, plus souvent en veau, d'un joli veau clair
semblable  une planchette de citronnier, dcore de filets sur les
plats, d'un dos orn, d'une tranche orne, et tels que j'ai rencontr
le Quentin de Lorangre, le Blondel de Gagny, le Randon de Boisset. Ces
catalogues sont en gnral des exemplaires de l'expert qui a dirig
la vente, et ils contiennent les prix et les noms des adjudicataires.
Quelquefois mme ils sont plus prcieux et peuvent passer pour de vrais
documents d'art. C'est ainsi que j'ai acquis,  la vente de M. Duchesne
du cabinet des Estampes, le catalogue de tableaux, sculptures de
dessins... du graveur LE BAS (1783) ayant en double les eaux-fortes du
portrait et du fleuron, et contenant,  la fin, un historique manuscrit
de la vente de 56 pages, et o j'ai trouv sur Chardin et Moreau des
anecdotes qui ne se trouvent que l.

Le catalogue des tableaux, dessins, marbres, bronzes, terres cuites,...
du cabinet de M. *** (Blondel d'Azincourt), 1783, cabinet o se
trouvaient runis l'Enfant prodigue de Teniers, le March aux
Herbes de Gabriel Metzu, le Charlatan de Karel Dujardin, les
Champs-Elyses de Watteau, une suite de dessins du meilleur temps de
Franois Boucher, un amour en marbre, grandeur naturelle, de Saly.

Le catalogue d'une collection prcieuse de marbres d'Alsace tels que
porphyre, granit, serpentin, compose de vases de diffrentes formes
comme coupes, cuvettes et fts de colonnes... monts en bronze dor
d'or mat, excuts sur de beaux profils et modles de M. Feuillet
(1784), collection d'chantillons de morceaux taills de porphyre, dont
la taille tait alors toute nouvelle en France, et qu'on offrait aux
curieux jaloux de comparer la matire antique avec la matire moderne.

Le catalogue de tableaux... du comte DE MERLE (1784), parmi lesquels
figurait le tableau de Berghem, connu par l'estampe d'Alliamet sous le
titre de l'Ancien Port de Gnes.

Le catalogue raisonn d'une trs belle collection de tableaux des
coles d'Italie, de Flandres et de Hollande qui composaient le cabinet
du comte DE VAUDREUIL, grand fauconnier de France (1784), catalogue
dans lequel on annonait la vente de huit tableaux de Vernet, propres
 la dcoration d'une galerie ou  l'embellissement de deux salons: 1
un clair de lune; 2 un site montagneux; 3 une tempte; 4 un soleil
couchant; 5 une vue de mer par un temps de brouillard; 6 un coup de
vent; 7 un second soleil couchant; 8 un feu d'artifice.

Le catalogue de tableaux, dessins, estampes, terres cuites, marbres,
bronzes antiques et modernes... de M. le bailli DE BRETEUIL (1785),
catalogue dont la pice capitale tait un surtout de table compos de
petites architectures reprsentant le temple de Flore pris sur celui
de la Sibylle Tiburtine, le temple de Minerve, le temple de Mercure,
un cirque, deux arcs de triomphe, des oblisques, des trophes, des
colonnes triomphales, des sceaux  rafrachir, des figures d'Isis: le
tout excut en lapis, en prime d'meraude, en jaspe verdtre, en rouge
antique, et mont en bronze dor; un surtout, dont faisaient partie 75
couteaux aux manches composs des matires les plus prcieuses, aux
lames d'or. Dans ce catalogue du bailli de Breteuil, est encarte,
dans mon exemplaire, une feuille des vins  vendre, et parmi lesquels
figurent les vins  la mode du temps, les vins de Vosne, de Beaune,
de Chteauneuf du Pape, de Champagne rouge, de Carcassonne, d'Ay de
plusieurs ges, d'Ay oeil de perdrix, de Sautterne, de M. le marchal
de Biron, de Toka de plusieurs ges, du Cap blanc et rouge, de Madre
doux et sec, de Malvoisie, de Madre, de Pontac, de Piccolets de
Venise, de Pietro de Ximens, de Malaga rouge, de Septuval doux et sec,
de Ranciaux, de Procopia, de Mantillia, de Peralte.

Le catalogue des tableaux... de M. le marquis DE VERI (1788), catalogue
qui renferme la plus nombreuse collection de tableaux de Greuze,
livre aux enchres, et parmi lesquels se trouvaient la Maldiction
paternelle, la Mort du pre de famille, l'Hermite visite par une
troupe de jeunes filles, l'Ivrogne, la Cruche casse, la Fille au
chien, le Tendre Dsir, le Petit Bonnet rond.

Le catalogue d'une belle collection de tableaux, esquisses  l'huile...
de M. NOURRI, conseiller au grand conseil (1785), o l'on vendait 36
livres 2 sols, le portrait de Molire par Antoine Coypel.

Le catalogue des dessins, estampes, ustensiles de peintre... de
LEPAON, le peintre de batailles de S. A. R. Monseigneur le prince de
Cond (1786), pauvre et rare petit catalogue de huit pages.

Le catalogue des tableaux, gouaches, miniatures... de M. BERGERET
(1786). C'est le Bergeret qui emmena Fragonard et sa femme en Italie,
et voulut se payer de ses frais en s'appropriant les dessins du
peintre faits pendant le voyage. Dans la vente du Turcaret passent des
tableaux, et le mobilier de marbre et de bronze dor des financiers du
temps. Parmi les sculptures, figure toute une suite de figures et de
bas-reliefs de Clodion, o au milieu des Bacchanales, des Lupercales,
des sacrifices au dieu Pan, la _sentimentalit_ de l'poque avait
introduit un petit monument en terre cuite, ddi aux mnes d'un serin.

Le catalogue des tableaux... du cabinet de M. WATELET (1786), contenant
une collection de tableaux choisis de l'cole franaise, o l'on
admirait des Tremolire, des Vanloo, des Chardin, des Boucher, des
Doyen, des Greuze, des Vernet, des Hubert-Robert, et le fameux portrait
du cardinal Richelieu peint en mail par Petitot.

La notice des objets curieux dpendants de la succession de M. le duc
DE CHOISEUL (1786), renfermant les deux figures, grandeur nature, de
l'Automne et de l'Hiver peintes par Watteau pour la salle  manger
de Crozat.

Le catalogue de tableaux... de M. DE BOULLONGNE, conseiller d'tat
(1789), o se vendait la Toilette de Vnus, de Boucher.

Le catalogue de tableaux, de dessins prcieux... formant le cabinet de
M. COLLET, secrtaire du cabinet de Madame Sophie de France (1787);
jolie collection d'aimables choses, d'o viennent le Mercure de
France et le Concert agrable, les deux gouaches de Lawreince, qui
font partie de ma collection de dessins.

Le catalogue de tableaux, portraits peints depuis le XIVe sicle
jusqu' nos jours, miniatures... de feu M. le duc de RICHELIEU, pair et
premier marchal de France, chevalier des ordres du Roi, conntable,
premier gentilhomme de la chambre de Sa Majest, lieutenant gnral de
haute et basse Guyenne, noble Gnois, l'un des quarante de l'Acadmie
franaise (1788). Une immense collection que cette collection du duc
de Richelieu, avec ses subdivisions en tableaux, miniatures, estampes
encadres, livres d'estampes, figures et bustes de marbre blanc,
figures et bustes de bronze, vases de marbre, porcelaines truit fin,
porcelaines d'ancien Japon, porcelaines bleu cleste, porcelaines
cladon, porcelaines de la Chine colories, porcelaines d'ancien
blanc, porcelaines bleu et blanc, pagodes et terres des Indes, vases
de terre d'Angleterre, anciens laques, porcelaines de Saxe montes et
de service, porcelaines de Svres et autres manufactures, porcelaines
de Chantilly, pendules de bon genre, lustres et lanternes, feux, bras
et flambeaux, tables de marbre, meubles de diffrents genres, botes
prcieuses en cailloux montes en or, et bijoux mdailles.

Le catalogue des bustes et vases de marbre... du marchal duc DE DURAS
(1789), vente dont les objets les plus prcieux taient une commode, un
secrtaire, des encoignures, un bureau _bibliopographique_, en laque du
Japon et du Coromandel, d'une qualit tout exceptionnelle.

Nous analyserons encore rapidement quelques catalogues de ventes faites
pendant la Rvolution.

Le catalogue d'objets rares et curieux du plus beau choix... provenant
du cabinet de M. LE BRUN (1791). C'est l'norme liquidation du fameux
marchand de tableaux, o l'on voit repasser et se vendre,  des
prix infrieurs, toutes les acquisitions, que, depuis une trentaine
d'annes, il avait faites dans les ventes clbres, et dont il n'avait
pu encore se dfaire.

Le catalogue de tableaux, gouaches, estampes... de DE LAUNAY, graveur
du Roi (1792), chez lequel, selon l'habitude qu'avaient les graveurs
du temps, d'acheter les tableaux et les dessins qu'ils burinaient,
se trouvaient les tableaux de Fragonard qu'il avait gravs, sous les
titres du Petit Prdicateur et de L'ducation fait tout, et les
deux gouaches de Lawreince qu'il avait galement gravs, sous les
titres de Qu'en dit l'abb et l'Heureux Moment.

Le catalogue des objets prcieux... trouvs aprs le dcs du citoyen
DONJEUX (1793), une autre vente d'un ngociant de tableaux et de
curiosits, dont on trouve le nom parmi les adjudicataires de toutes
les grandes ventes de la fin du sicle.

Le catalogue des tableaux prcieux, figures, bustes en marbre,
groupes et figures de bronze... de feu M. CHOISEUL-PRASLIN (1793), une
collection commence par le pre du duc, ds 1750, et o se trouvaient
runis: le Fauconnier de Rubens, l'Embarquement de vivres de
Berghem, la Petite Sainte-Famille de Rembrandt, la Boutique
d'picerie de Grard Dow, le Colombier de Wouwermans, la Prairie
de Potter, un superbe Claude Lorrain.

Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... du citoyen Buldet,
ancien marchand d'estampes (an V de la Rpublique), o est catalogu
Notre-Seigneur gurissant les malades, la pice de Rembrandt, dite
aux cent florins.

Le catalogue de dessins et d'estampes... de BASAN, le fameux marchand
d'estampes, contenant la gouache de Baudouin, grave par Simonet, sous
le titre: Rose et Colas.

Le catalogue de tableaux, pastels, gouaches, dessins, figures et bustes
de marbre... de feu GRIMOD DE LA REYNIRE (1797), une collection de
montres anciennes, et une runion de tabatires prcieuses, telle qu'il
n'en avait jamais t offerte en vente.

Poursuivons cette tude dans le XIXe sicle, o nous rencontrons de
prcieux objets d'art du temps sur des catalogues, aprs dcs, de
vieux survivants du sicle ou de leurs hritiers.

Le catalogue du cabinet de feu M. AUGUSTIN DE SAINT-AUBIN (1808),
catalogue o se rencontrent des dessins des deux frres, et o treize
peintures de Gabriel Saint-Aubin (sujets de scnes familires, pauvres
tableautins qui n'ont pas mme de cadres), se vendaient 15 francs 60
centimes.

La notice succincte de tableaux, dessins et estampes, aprs le dcs du
graveur CHOFFARD (1809), dont un seul numro contient 440 dessins de
Baudouin, Boucher, Cochin, Fragonard, Moreau.

Le catalogue raisonn d'objets d'art... de feu M. SYLVESTRE (1810),
ancien matre  dessiner des Enfants de France, collection renfermant
un choix de dessins excellents, et d'o sont sortis, au prix de 22
francs, les deux portraits au pastel de Chardin et de sa femme, qu'on
voit aujourd'hui dans le salon des pastels du Louvre.

La collection de dessins et d'estampes... de M. PAIGNON-DIJONVAL
(1810), la plus innombrable collection de dessins et d'estampes qui ait
t jamais runie par un particulier.

Le catalogue raisonn de gouaches et dessins du cabinet de M. BRUNN
NEERGARD (1814), une runion de dessins du xviiie sicle, au milieu
desquels les dessins de Prud'hon font, pour la premire fois, leur
entre dans les ventes.

Le catalogue d'une collection nombreuse de tableaux, pastels, maux,
miniatures... de feu M. RICHARD DE LEDAN (1816); catalogue dans lequel
l'expert annonce huit mille portraits du XVIe, XVIIe, XVIIIe sicle,
peints  l'huile au pastel, en mail, et dont huit cent quarante-cinq
garnissent des tabatires.

Le catalogue de tableaux, gouaches, miniatures, tabatires
prcieuses... de feu M. QUENTIN CRAUFURD (1820), catalogue dans lequel
cet Anglais, amoureux de la France et de son histoire, avait runi une
immense et curieuse collection de portraits des personnages illustres
du temps de Louis XIV.

Les trois catalogues de tableaux, d'estampes, de curiosits, du baron
DENON (1828), ce choix d'art de tous les temps et de tous les pays.

Le catalogue de tableaux... d'HIPPOLYTE LEMOYNE, le fils de Lemoyne
le sculpteur (1828). A cette vente passait le tableau de Boucher,
reprsentant un peintre  son chevalet, qui est Boucher, ayant prs de
lui sa femme et son lve Deshays, qui deviendra son gendre. Et passait
encore un tableau de Pierre, dat de 1748, reprsentant un sculpteur
dans son atelier, qui est Lemoyne, aux cts duquel se tient son lve
Pajou.

Et de ventes d'hritiers de peintres et de sculpteurs, contenant
quelques glorieux morceaux de l'artiste qui leur a donn son nom, nous
allons comme cela jusqu' la vente de Caroline Greuze, la fille du
peintre, faite par Thor en 1843.


C'est le tour des arts industriels, des arts gymnastiques, des arts
mcaniques.

L'art de la cramique est reprsent par un certain nombre de
documents, parmi lesquels je ne veux citer qu'un document manuscrit
indit, donnant la composition d'un service de porcelaine de Svres et
les prix des diffrentes pices:

TAT DU PRSENT FAIT PAR LE ROY A SA MAJEST LE ROY DE DANEMARCK ET AUX
SEIGNEURS DE SA SUITE, LIVR PAR LA MANUFACTURE ROYALE DE PORCELAINES,
LE 9 NOVEMBRE 1768.

    1 tableau. Sujet de soldats                           960 fr.
    1   ----   d'aprs M. Pierre                          840
    1   ----   d'aprs M. Vanloo                          720
    1 vase fond vert avec le portrait du Roy              600
    2 vases peints  bas-reliefs,             480         960
    2 ----   ----      ----                   432         864
    1 buste du Roy en sculpture                           144

    _Service en bleu caillout d'or._

    48 assiettes                              36 fr.    1728 fr.
     8 compotiers                              48         384
     4    ----                                 51         204
     2 sucriers                               132         264
     2 plateaux  deux pots  confitures      120         240
     2 soucoupes  pied                        51         102
    14 tasses  glaces                         24         336
     2 seaux  glaces                         252         504
     2 ----   1/2 bouteilles                 156         312
     2 ----   topettes                       120         240
     2 ----  ovales                           156         312
     2 ----  crnels                         204         408
     2 gobelets et soucoupes bleu et or        30          60
    14   ----    ----   ----   ----            48         672
     6 gobelets et soucoupes bleu cleste      54         324
     1 pot  sucre                                         48
     1   ----                                              54
     2 thires                                60         120
     2 pots  lait                             60         120
     1 jatte  rincer                                      54

    _Sculpture._

     1 groupe de la _Fe Urgle_                          144 fr.
     2  ----  du _Sabot cass_                 60 fr.     120
     2 groupes de la _Loterie_                96         192
     2  ----   des _Gourmands_                 42          84
    16 enfants de Falconet, 1re                30         480
     1 groupe de l'_Amiti_                               300
     1  ----  des _Grces_                                240
     1 Amour de Pigale                                     48
     1 ----  de Falconet                                   96
    12 enfants dudit, 2me                      21         252
    12  ----   de Boucher                      36         432
     4 Flore et Hb                           36         144
     4 pidestaux                              15          60

A ce service tait annex un supplment presque aussi considrable que
le service, un supplment montant  14,534 dans lequel nous trouvons
des beurriers  120 livres, des salires doubles  33 livres, des
moutardiers  78 livres, des saladiers  144 livres, des saucires  78
livres, des plateaux Bouret  45 livres, des pots  oyles et terrines
 600 livres, une jatte  punch et mortier au mme prix, et dans la
sculpture, les groupes de Pygmalion et de l'Amour, cotant 480 livres,
et celui de la Fte du chteau, 144 livres.

Les seigneurs de la suite du roi de Danemarck recevaient galement
des cadeaux de porcelaines: M. de Bulo tait gratifi d'un grand
djeuner Dauphin, du prix de 600 livres; M. le comte de Holk, d'un
djeuner losang  jour, de 384 livres, et d'une tabagie accompagne
de son plateau, de 168 livres; M. le baron Deschunerman, d'un djeuner
Courteille, de 408 livres; M. Schumaker, d'un djeuner Tiroir, de 240
livres; M. de During, d'un djeuner Hbert  anses, de 192 livres.

L'art de la tapisserie compte trs peu de livres et de brochures. Pour
les tapisseries des manufactures de l'tat, je ne connais gure que
la NOTICE SUR LA MANUFACTURE NATIONALE DES GOBELINS, par Guillaumot,
an VIII, qui est comme l'embryon des travaux publis depuis par M.
Lacordaire. Sur la broderie, la broderie occupant les loisirs des
femmes, il est une brochure intressante: le TRAIT DES DIFFRENTES
ESPCES DE TAPISSERIES, et principalement de la tapisserie au petit
point et au point long. Yverdon, 1776. L'auteur qui ddie son livre
 la prsidente Chambrier, une _artiste en laine_, aprs nous avoir
appris que la broderie est, en ce temps, le grand amusement de la
campagne, et que tout chteau a un mtier dans son salon de compagnie,
 l'usage des amies faisant sjour, passe en revue le petit point,
le point long abandonn, mais de mode aux sicles passs, et o les
brodeuses introduisaient des perles, des grenats, et mme des cheveux
naturels sur la tte des personnages, puis la chenille, les ouvrages
sur paille, et conseille les laines d'Angleterre pour le point long,
les laines de France pour le petit point.

De l'art de la fabrication des toffes et des tissus, le livre le mieux
et le plus pittoresquement fait, est un volume dont je possde un
exemplaire en maroquin rouge: c'est LE DESSINATEUR POUR LES FABRIQUES
D'TOFFES, D'OR, D'ARGENT ET DE SOIE, par Joubert de Hiberderie, 1765.
Le livre, outre sa partie technique, a cela d'amusant qu'il parle un
peu de tout, et qu'il fait faire  son dessinateur un voyage des
plus instructifs dans Paris, ne l'arrtant pas seulement aux magasins
d'toffes de soie de MM. Barbier, Bourjol, Laurozat, Nau, Despeignes,
de Courcy, David le Roux, Dor, Mercier, Buffault, Martin, Doucet, le
Boucher, Grgelu, Le Sourd, mais le menant au Louvre, au Luxembourg,
au Palais-Royal, dans les collections particulires, au cabinet des
estampes, dans les manufactures royales, et lui faisant voir les
boutiques des brodeurs et faiseuses d'agrments, des ventaillistes,
des peintres d'quipages. A propos des toffes de coton, citons une
petite brochure qui s'lve contre la prohibition de l'impression et
la gravure des moules propres  l'impression des toiles de coton en
France: ce sont les RFLEXIONS SUR DIFFRENTS OBJETS DE COMMERCE, et
en particulier sur la libre fabrication des toiles peintes en France.
Genve, 1749.

Sur l'art du tapissier, un homme du mtier a publi, en 1774, un petit
volume technique du plus haut intrt, devenu aujourd'hui trs rare. Ce
sont les PRINCIPES DE L'ART DU TAPISSIER, ouvrage utile aux gens de la
profession, par M. Bimont, matre et marchand tapissier. Bimont nous
donne la nomenclature exacte du mobilier du temps; son livre renferme
l'numration des lits  la duchesse,  la romaine, appels baldaquins,
 la turque,  la polonaise, des lits  tombeau,  double tombeau,
des lits  colonne, du lit  pavillon en serge, puis des sophas, des
ottomanes, des duchesses, des fauteuils  poches,  cartouches, des
fauteuils en cabriolet, des fauteuils de canne, des grandes bergres
de paille, des chaises  la reine, des paravents, des crans, etc. Il
indique le prix des toffes, depuis le damas de Gnes, de Lyon, de
Tours, jusqu' la siamoise de Rouen et de la barrire du Temple, et la
faon de chaque meuble est value par article dtaill, en sorte que
nous apprenons que la garniture d'un lit de trois pieds et demi  la
duchesse, en damas, cotait  Paris, en 1774, la somme de 857 livres 15
sols.

Dans l'art de la joaillerie,  noter un beau livre: le TRAIT DES
PIERRES PRCIEUSES ET DE LA MANIRE DE LES EMPLOYER EN PARURES, par
Pouget fils,  Paris, chez l'auteur marchand joaillier, quay des
Orfvres, au _Bouquet de diamants_; Paris, 1762, in-quarto. Il est
orn d'un frontispice et de 79 planches graves par Mlle Rambeau,
reprsentant une trs intressante suite de montures du temps. On y
voit des bouquets excuts chez Lempereur, des aigrettes, pompons,
papillons  mettre dans les cheveux, des boucles  fleurs, des
bracelets ou botes  portraits, des agrafes de corps, des colliers
d'applique, des noeuds de col, des bagues de fantaisie, des becs de
tabatire, des noeuds d'paule, des ganses de chapeaux, des navettes,
des btons d'ventail, des queues de cachet, des chanes de montre,
dont l'une reprsente les attributs de l'Amour, symbolisant la
Jeunesse et la Beaut par un panier de fleurs, les Sens par un trophe
de musique, deux flambeaux et quelques fruits, la Discrtion par deux
trompettes enchanes, la Jouissance par deux tourterelles bec  bec,
couronnes de fleurs[75].

    [75] Un complment de ce livre pour l'histoire de l'art de la
    joaillerie et bijouterie est le catalogue dtaill des plus
    belles pierreries de France qui se trouve dans l'INVENTAIRE
    DES DIAMANTS DE LA COURONNE. Paris, de l'Imprimerie nationale,
    1791.

L'art de la danse, le premier des arts gymnastiques, a sa petite
bibliothque. Elle dbute par: LE MAITRE A DANSER, par Rameau,
_matre  danser_ des pages de Sa Majest Catholique, la reine
d'Espagne, un volume o d'pouvantables tailles-douces vous
dmontrent, sur des personnages en bois, les grces du menuet,
vous donnent les deux attitudes pour ter son chapeau, et toute
l'interminable srie des rvrences en avant, de ct, en arrire.
A propos de la courante, l'auteur nous apprend que Louis XIV,
d'heureuse mmoire, la dansait mieux que personne de sa cour. Un
autre volume de Rameau intitul: ABRG DE LA NOUVELLE MTHODE
DANS L'ART D'CRIRE TOUTES SORTES DE DANSES DE VILLE, et ddi
 son Altesse Srnissime Mlle de Beaujolais, est suivi des douze
plus belles danses de Pcour, compositeur de l'Acadmie royale de
musique, parmi lesquelles nous relevons la Bourre d'Achille, la
Marie de Roland, le Menuet d'Alcide, la Royale. Un autre recueil
publi prcdemment par M. Feuillet, matre et compositeur de
danse, sous le titre: RECUEIL DE CONTREDANSES MISES EN CHORGRAPHIE,
contenait le Carillon d'Oxford, le Tourbillon d'amour, le Menuet de
la Reine, l'piphanie. LE RPERTOIRE DES BALS, _ou thorie pratique
des contre-danses, par le Sr de la Cuisse, matre de danse_, quatre
volumes portant la date de 1762, et contenant les plans des figures des
contre-danses, renferme quelques titres singuliers comme l'Htel de
l'Ortie, la Fleury ou les Amusements de Nancy, les Fontaines du Loiret,
les Jolis Garons, l'picurienne, la Strasbourgeoise, la Clairon, les
chos de Passy, la Ruggieri, la Fe Urgle. Cet ouvrage est illustr
dans son premier volume de deux planches, l'une pour la Bionni, l'autre
pour la Griel, du nom du portier du parc de Saint-Cloud, deux planches
charges d'une multitude de danseuses et de danseurs microscopiques,
gravs  l'eau-forte, rptant dans de petits carrs les figures, et
que j'ai reconnus pour des Gabriel de Saint-Aubin. Ces deux eaux-fortes
jusqu'ici inconnues, et dont la Griel est signe _g d s_, manquent au
catalogue du petit matre rdig par M. de Baudicour. Vient, aprs le
Rpertoire des bals, la LETTRE SUR LA DANSE ET LES BALLETS, par M.
Noverre, _pensionnaire du roi et matre des ballets de l'Empereur_,
Londres et Paris 1783, un exemplaire d'envoi avec l'_ex dono autoris_,
et reli en maroquin rouge, et prcd d'un magnifique portrait grav
en Angleterre, o le professeur de danse porte en sautoir sur la
poitrine un ordre tranger.

Parmi les danses  la mode en France, au XVIIIe sicle, il en est une
qui fit fureur: la danse qui eut l'honneur d'tre reprsente par A.
de Saint-Aubin, dans son Bal par, l'Allemande. Je possde sur cette
danse deux rares petites plaquettes. L'une porte pour titre: ALMANACH
DANSANT OU POSITIONS ET ATTITUDES DE L'ALLEMANDE, ddi au beau sexe
par Guillaume, matre de danse pour l'anne 1770. Elle est orne d'un
charmant frontispice dessin par Bertault, et de douze jolies figures,
donnant les passes de cette danse, figures qui ont une certaine parent
avec le dessin d'Augustin de Saint-Aubin. Un autre petit volume
avec des figures graves par Mme Annereau, mais trs infrieures,
s'intitule: PRINCIPES D'ALLEMANDES, par M. Dubois, de l'Opra. A
Paris, chez l'auteur.

Dans l'art de l'quitation, nous citerons l'COLE DE CAVALERIE de
la Gurinire, les deux volumes publis en 1769 et illustrs des
spirituelles et pittoresques eaux-fortes de Charles Parrocel, montrant
la Psade, la Courbette, la Ballottade, la Croupade, la Capriole, le
Piaffer dans les piliers, la Course de bague. Nous citerons encore la
PRATIQUE D'QUITATION par M. Dupaty de Clam, 1769, petit livre qui
a pour frontispice la rare gravure de Moreau jeune, reprsentant:
_Posture  cheval dessine d'aprs nature_, o le cavalier est vu aux
trois quarts et  quatre pieds au-dessous de la ligne horizontale.
Il y a  joindre  ces deux ouvrages la brochure intitule: MMOIRE
INUTILE SUR UN SUJET IMPORTANT, 1788, qui est, en ce temps de fureur
des courses, une dfense du cheval anglais, contre Linguet qui s'tait
indign de la curiosit de Paris pour ces _squelettes_ de chevaux
monts par des singes anglais.

L'art de l'escrime compte quelques volumes. Le plus ancien en date
est: LE MAISTRE D'ARMES, ou l'abrg de l'exercice de l'pe,
dmontr par le sieur Martin, maistre en fait d'armes de l'Acadmie de
Strasbourg, 1737. Ce livre, publi  Strasbourg avec des imageries
provinciales, en est encore  la flanconade. Le vritable trait en
faveur, au XVIIIe sicle, s'appelle L'ART DES ARMES par M. Danet,
Syndic-Garde des ordres de la compagnie des Maistres en fait d'Armes
des Acadmies du Roi en la ville et faubourg de Paris, aujourd'hui
Directeur de l'cole royale d'Armes. C'est l'cole de l'escrime
moderne avec un chapitre rtrospectif curieux sur les voltes,
pirouettes, estocades des anciens, et les deux volumes sont remplis de
figures graves par Taraval. Il y a encore le NOUVEAU TRAIT DE L'ART
DES ARMES par M. Nicolas Demeuse, garde du corps de S. A. le prince
vque de Lige, un volume orn de figures, publi  Lige en 1786.

Les arts, concourant  la toilette de l'homme et de la femme, abondent
en brochurettes et petits livres curieux.

Commenons par la toilette de l'homme[76].

    [76] Je ne cite pas le Tailleur, tir de l'ENCYCLOPDIE.

ORAISON FUNBRE _de trs habile, trs lgant, trs merveilleux_
CHRISTOPHE SCHELING, _matre tailleur de Paris, prononce, le 18
fvrier 1761, dans la salle du clbre Alexandre, limonadier au
Boulevart. A Paris, 1761._--Un petit pamphlet, une charmante
ironie, pleurant le tailleur qui, le premier, mit au jour la nuance
_mordore_, qui eut le gnie d'ambrer les habits, qui fut l'inventeur
de ces charmants dshabills, appels par le peuple _chenilles_[77];
l'artiste dont la vogue fut un moment telle, que son htel tait
assig comme un ministre, et que tout Franais bien n se croyait
dans la nudit la plus affreuse, quand il n'tait pas habill par le
divin Scheling. Scheling, l'homme unique pour les habits de velours
moir, cannel, cisel, de velours plein, de velours  bordure,
de velours  queue de paon, et encore pour les habits de taffetas
ondoyant, de taffetas pommel, de lustrine mouchete, de lustrine
serpente avec dorures  glacis, dorures  flocons, galons  tresse,
galons  clinquant, galons sur rubans, broderie releve, broderie
renverse, demi-Versailles, demi-Fontainebleau; le tailleur, enfin, qui
habillait Berlin, en dpit de la guerre entre la France et la Prusse,
et qui convertit la Pologne  nos modes, le jour o ses habits furent
introduits  Varsovie.

    [77] Voir un chapitre sur les chenilles, dans les LETTRES
    CRITIQUES ET MORALES SUR LES MODES DU TEMPS, Avignon 1760.

LOGE FUNBRE ET HISTORIQUE de trs court, trs pais et tout adroit
citadin, monsieur matre NICODME-PANTALON TIRE-POINT, bourgeois
de Paris, matre et marchand tailleur d'habits, ancien jur de sa
communaut, ancien marguillier de sa paroisse... 1776.--Satire dont
la forme est vole au prcdent, et qui mentionne la polonaise 
brandebourgs, et parle de basques d'habit d'une broderie si dlicate,
qu'ils ne pouvaient tre aperus que par des yeux de taupe[78].

    [78] A ces pamphlets sur les tailleurs, il faut joindre:
    _Billet d'enterrement d'un matre tailleur avec son testament 
    Filoutrimanie_, 1760.

L'ALMANACH SVELTE, pour l'anne 1779. A Ratapolis et se trouve 
Meaux.--Un petit almanach gros comme rien, et parfaitement inconnu,
contenant des digressions sur les chaussures, sur les chemises, sur les
vestes, sur les culottes, et nous donnant dans un rcit plein de grce,
l'origine de la vogue de la couleur _puce_, inspire, par la vue d'un
tout chaud cadavre de puce sur une ongle rose de femme, et qui fit dire
au cercle qui l'entourait: C'est un noir qui n'est pas noir, c'est un
brun trop brun... voil une couleur dlicieuse[79].

    [79] On connat la phrase de Besenval  un absent de Versailles
    depuis six mois, qui redoutait d'avoir perdu le ton de la cour:
    Je vais vous mettre au courant. Ayez un habit puce, une veste
    puce, une culotte puce, et prsentez-vous avec confiance. Voil
    tout ce qu'il faut aujourd'hui pour russir!

Les culottes,  bien des annes de l, amenaient la publication des
RECHERCHES ET CONSIDRATIONS MDICALES sur les vtements des hommes et
particulirement sur les culottes par L.-J. Clairian, mdecin (an XI),
une dissertation savante avec figures, prenant  partie les culottes
_incroyablement_ troites. Pour la coiffure des hommes, il existe
l'ENCYCLOPDIE PERRUQUIRE, ouvrage curieux par Beaumont, coiffeur
dans les Quinze-Vingts... 1757.--Le texte est une plaisanterie de
l'avocat Marchand, mais on y trouve 45 figures reprsentant les
accommodements  la mode du temps, et parmi lesquelles je relve les
coiffures  la Port-Mahon,  la Rhinocros,  l'Oiseau royal,  l'Aile
de Pigeon,  l'Aventure,  la Dragonnade,  la Comte,  la Gendarme,
 la Gentilly,  la Parisienne, au Petit-Matre,  la Tronchin,  la
Conqurant,  la Plus tt fait,  Ravir. Et le livre avait un tel
succs, qu'il reparaissait en 1762, avec une copie en rduction des
figures de la premire dition. A propos de la coiffure des hommes, il
paraissait, en 1778, une espce d'lucubration fantasque intitule:
l'AMI DE L'HUMANIT, conseils d'un bon citoyen  sa nation, suivis
du _Chapeau_,--brochure qui recommande aux Franais de porter leurs
chapeaux sur leurs ttes dans la rue. Et quelques annes aprs que le
bonnet rouge eut remplac sur les ttes franaises le chapeau, c'est
un dialogue satirique qui a pour titre: LE BONNET ROUGE DTRN PAR LE
BONNET VERT.

Passons  la toilette de la femme.

SATIRE SUR LES CERCEAUX, PANIERS, CRIARDES[80] ET MANTEAUX VOLANS
DES FEMMES, et sur leurs autres ajustements. A Paris, chez Thiboust,
1727.--De mchants vers ridiculisant les troussures quivoques et ces
cercles monts en gradins, qui faisaient, des cotillons, des ruches 
miel, se plaignant, au nom des galants, de l'incivile disposition du
_traquenard_, le premier cerceau d'en haut, et donnant  voir la femme
du temps avec de tous cts un arpent de derrire.

    [80] Jupon de toile gomme, ainsi nomm du bruit qu'il faisait.

LA PETITE BIBLIOTHQUE AMUSANTE; London, Printed for Crowder
1781, contient,  la page 123 de la seconde partie, un chapitre
renseignant sur les paniers et qu'on ne trouve que l. Il y est
question des paniers  gondoles, qui faisaient ressembler la femme 
une porteuse d'eau, des paniers nomms _cadets_ qui ne descendaient que
de deux doigts au-dessous du genou, des paniers  bourrelets munis d'un
gros bourrelet qui faisait vaser la jupe, des paniers fourrs, dont
les hanches taient garnies, des paniers  guridon, et des paniers 
coudes prfrs aux paniers  guridon, et ainsi appels, parce qu'ils
taient plus larges en haut qu'en bas et que les coudes reposaient
dessus. Un moment, on vit des paniers qui avaient trois aunes de tour.
Les paniers taient ordinairement cercls de cinq cercles, ceux 
l'anglaise en comptaient huit. En dernier lieu, la cage  volaille
tait remplace par une jupe de forte toile, sur laquelle taient
cousus des cercles de baleine. Et avec les paniers les corps baleins.
Ces corps baleins amenaient, en 1770, la publication de l'AVIS
IMPORTANT AU SEXE _ou Essai sur les corps baleins_, pour former et
conserver la taille aux jeunes personnes, par M. Reisser l'an,
Allemand, tailleur pour femme  Lyon. Lyon, Bguillat, libraire, avis
dans lequel l'Allemand Reisser s'levait  la fois contre les _corps 
la grecque_ qui n'habillaient point les flancs, creusaient au dfaut
de la gorge, arrondissaient le dos, et contre les _corsets  plastron_
adopts par les femmes  embonpoint et qui leur donnaient l'apparence
d'une grossesse.

Le danger autrement srieux des corps baleins faisait paratre la
mme anne: DGRADATION DE L'ESPCE HUMAINE PAR L'USAGE DES CORPS 
BALEINE, ouvrage dans lequel on dmontre que c'est aller contre les
lois de la nature, augmenter la dpopulation, et abtardir, pour ainsi
dire, l'homme, que de le mettre  la torture ds les premiers moments
de son existence, sous prtexte de le former[81], par M. Bonnaud. A
Paris, chez Hrissant.

    [81] Ces conclusions taient celles du travail de l'anatomiste
    Winslow dans les _Mmoires de l'Acadmie des Sciences_, de 1741.

Maintenant, ce sont des brochures et des feuilles volantes, concernant
les choses les plus diverses de la toilette des femmes.

LES TRENNES FOURRES, ddies aux jeunes frileuses, ou pelisses
sympathiques; Genve, 1770, nous indiquent les fourrures portes
par les femmes  l'Opra, et les manchons de tourterelles remplacs
par les manchons de plumes de coq, dans lesquels seuls,  l'heure
prsente, les femmes voulaient mettre les mains. Des DCLARATIONS DU
ROI, du commencement du sicle, dfendent aux femmes et aux filles, non
maries, de commissaires, marchands, procureurs, notaires, huissiers
et artisans, de porter aucune pierrerie de quelque nature que ce
puisse tre,  la rserve de quelques bagues; dclarations auxquelles
il est drog par de nouveaux arrts qui permettent,  certaines
de ces femmes, de porter des boucles d'oreille et pendeloques, une
croix, un coulant et une boucle de ceinture de diamants ou d'autres
pierreries, pourvu que le tout n'excde pas deux mille livres. Une
ORDONNANCE DE POLICE de 1782 dfend la fabrication ou vente et usage
de rubans, chapeaux, ventails, gazes et toffes et autres objets de
parure brillants avec du verre, se basant sur les accidents qui sont
survenus par suite de l'emploi du verre blanc pil, introduit dans
ces objets. Enfin une brochure rarissime: LA VRITABLE RESSOURCE
QU'ON PEUT TIRER DU ROUGE, en faveur des pauvres femmes et veuves
d'officiers, par le chevalier d'Elbe, nous renseigne sur l'norme
emploi du fard, nous donne ce dtail curieux que Montelat, marchand de
rouge, rue Saint-Honor, en vendait six douzaines de pots par an  Mmes
Dugazon et Billioni, et qu' la Roquette, chez la faencire Petit,
il se fabriquait, chaque jour, trois mille de ces pots. Le chevalier
d'Elbe estime enfin qu'il se consomme deux millions de pots de rouge,
 six francs dans le royaume.

Mais il s'agit  prsent de la coiffure, et voici toute l'arme des
crivains capillaires: coiffeurs ou hommes de lettres.

LIVRE D'ESTAMPES _de l'art de la coiffure des dames franaises_, grav
sur les dessins originaux d'aprs mes accommodages avec le trait
en abrg d'entretenir et conserver les cheveux naturels, par le
sieur Legros, coiffeur de femmes. A Paris, aux Quinze-Vingts, 1765.
Petit in-4 qui a deux supplments de bizarres figures, rehausses
d'aquarelle. Ce Legros est un ancien cuisinier, dont le succs dans
son nouvel art fut fort travers, et qui prit cras sur la place
Louis XV, lors des ftes du mariage de Marie-Antoinette;--TRAIT DE
LA NATURE DES CHEVEUX _de_ L'ART DE COIFFER, par Tissot, coiffeur.
Paris, 1776;--TRAIT DES PRINCIPES DE L'ART DE LA COIFFURE DES FEMMES,
par M. Lefvre, matre coiffeur. Paris, 1778;--LOGE DE LA COIFFURE
 LA TITUS, pour les dames, contenant quelques observations sur les
coiffures modernes dites  la grecque, romaine, par J.-N. Palette,
coiffeur. Paris, chez Palette, 1810.

Puis les badinages de lettres et les recherches agrables sur la
matire: l'ENCYCLOPDIE CARCASSIRE, ou tableaux des coiffures 
la mode, gravs sur les dessins des petites-matresses de Paris.
Hochereau, 1763,--livre fait pour les coiffures de femmes, 
l'imitation de l'Encyclopdie perruquire, contenant 44 figures, et
o l'introduction  la connaissance intime des allonges, pompons,
papillotes blondes, marlis, est suivie de: _la Fille dgote_;--L'ART
DES COIFFEURS DE DAMES, contre le mcanisme des perruquiers, pome.
A la toilette de Cythre, 1769,--mchants vers gratignant les
coiffeuses qu'ils peignent comme des entremetteuses[82]; LES MODES
(sans nom d'auteur ni d'imprimeur), court pome, maill de notes
instructives sur les fanfioles de la toilette, et ddi  Beaulard,
le crateur des jolis bonnets de 100  1,000 francs et l'inventeur
des bouquets de ct;--LE PARFAIT OUVRAGE, ou Essai sur la coiffure,
traduit du persan par le sieur L'Allemand, coiffeur, neveu du sieur
Andr, perruquier... A Csare, 1776; plate brochure orne d'un joli
frontispice;--LES PANACHES, _ou les Coiffures  la mode_, comdie
en un acte, reprsente sur le thtre du grand monde et surtout 
Paris. Paris, 1778,--pice factieuse dont le hros est M. Duppefort,
coiffeur;--LOGE DES COIFFURES, adress aux dames par un chevalier
de l'ordre de saint Michel, brochure dont l'auteur, d'aprs les
calculs qu'il fait des cahiers de coiffures publis par Rapilly et
les autres, value, depuis quelques annes, les modes de la tte 
3,744;--LOGE DES PERRUQUES..., par le docteur Akerlio, un pot pourri
sur les perruques anciennes et modernes, les perruques d'hommes et de
femmes;--LES TTES TONDUES, siffles, critiques et traites comme
elles le mritent,--pamphlet du Directoire contre les cheveux courts,
lgus par les temps rvolutionnaires;--OBSERVATIONS POLITIQUES,
_morales et surtout financires_, sur l'origine de la perruque des
dames de Paris (par Feydel). Paris, an VII,--brochure qui n'a de
curieux que son titre;--ANTI-TITUS, ou Remarques critiques sur la
coiffure des femmes au dix-huitime sicle. Paris, 1813,--petit volume
comparant les ttes coiffes de cheveux d'un pouce de hauteur 
l'image d'un porc-pic.--Et mentionnons, pour complter cette srie,
le petit recueil de 48 coiffures, qui va depuis la coiffure en cheveux
friss du rgne de Henri IV jusqu'au chapeau tigr de la fin du XVIIIe
sicle, et encore le MANUEL DES TOILETTES, qui, en regard d'un texte
explicatif, droule ses galants accommodages de ttes  la Mappemonde,
 la Hrisson,  la Zodiacale,  l'Aigrette-Parasol,  la Parnassienne,
 la Persane,  la Guirlande,  la Dauphine,  la Calypso,  la
Dorlote,  la Triomphale.

    [82] Les coiffeuses venaient d'tre tout nouvellement
    institues, et parmi plusieurs arrts du Conseil d'tat du
    Roi, concernant les perruquiers, coiffeurs, coiffeuses, j'en
    trouve un, qui ordonne que toutes coiffeuses de femmes seront
    tenues de se faire inscrire tant au bureau de la communaut des
    matres perruquiers qu'en celui de la police.

Terminons cette longue nomenclature de la mode par quelques ouvrages
gnraux: L'APERU SUR LES MODES FRANAISES, par le citoyen Ponce, un
pauvre aperu; les Essais historiques, sur les modes et la toilette
franaise, par le chevalier de... Paris, 1824, deux minces volumes
o sont parpills  et l quelques renseignements; le MANUEL DES
LGANTS ET DES LGANTES, par Joachim du Bel-Air, au XIXe sicle,--un
tableau de la mode et des fournisseurs de la mode au sortir de la
Rvolution. Quant aux journaux de modes, hlas! ceux du temps de Louis
XVI me font dfaut, et je n'ai que deux journaux du Directoire; le
MESSAGER DES DAMES ou le Portefeuille des amours; et le TABLEAU
GNRAL du got des modes et costumes de Paris, an V. Un journal, qui
contient une srie de costumes gravs au bistre, de ces bouriffants
costumes de femmes  la Carle Vernet, mais sans l'exagration de la
caricature, et dont quelques-uns, le dirai-je, ont une grce allonge,
toute charmante.

Rattachons aux arts de la toilette l'art de la parfumerie, et citons la
TOILETTE DE FLORE, suivie du LABORATOIRE DE FLORE, essai contenant
les diffrentes manires de prparer les Essences, Pommades, Rouges,
Fards et Eau de senteur. Ouvrage utile aux Parfumeurs, Baigneurs et aux
personnes charges de la direction des toilettes de Paris, 1773.--Les
deux volumes sont un recueil de recettes pour l'Eau cleste, la
vritable Eau de la Reine de Hongrie, l'Eau de Mlisse magistrale,
l'Eau Impriale qui dtruit les rides, l'Eau trs utile aprs la petite
vrole, l'Eau de Charme pour conserver le teint, l'Eau de Venise pour
blanchir les visages basans, l'Eau pour se prserver du hle, l'Eau
pour faire disparatre les lentilles et les tannes, l'Eau d'Adonis,
l'Eau de Mme la Vrillire, la femme du ministre, pour les dents, la
pommade de fleurs de lavande pour les cheveux, etc., et le moyen pour
parfumer au jasmin les gants blancs,  la manire de Rome. On y trouve
encore la recette du _Parfum pour le plaisir_ et la recette du _Bain de
beaut_ que voici: Prenez deux livres d'orge mond, une livre de riz,
trois livres de lupin pulvris, huit livres de son, dix poignes de
bourrache et de violier; faites bouillir le tout dans une suffisante
quantit d'eau de fontaine. Il n'y a rien qui nettoie et adoucit la
peau comme ce bain.

Nous sommes arrivs  l'art de la cuisine,  cet art plac tout en
bas des arts mcaniques,  cet art si exclusivement franais, et
qui, pendant plus de cent ans, a fourni aux estomacs, _dlicatement
voluptueux_, des plats d'une chimie sublime, o, selon l'expression
d'un spirituel pamphlet du temps, il n'entrait plus que des
quintessences raisonnes, dgages de toute _terrestrit_.

Nous ne sommes plus au temps de Louis XIV, o des viandes choisies,
quelques ragots simples, des vins excellents, faisaient tout le
mrite d'un souper. Aujourd'hui, dit LA LETTRE DU PATISSIER ANGLOIS,
les choses sont sur un autre pied. On n'oserait plus prier des gens de
bonne compagnie, si l'on ne dbutait par deux services de hors-d'oeuvre
alambiqus, relevs de six entres quintessencies, suivies du rti et
de deux services d'entremets, le tout termin par un fruit mont et
histori.

Et le trait complet des potages, des hors-d'oeuvre, des entres, des
rts, des entremets nous est donn dans le DICTIONNAIRE PORTATIF DE
CUISINE, D'OFFICE ET DE DISTILLATION publi en 1772, chez Lottin le
jeune, et dont j'ai sous la main un exemplaire en maroquin rouge, aux
armes d'un homme d'glise, qui porte dans son manteau ducal une croix
d'archevque.

Un autre livre de la composition du sieur Gilliers, chef d'office et
distillateur du roi Stanislas[83], publi en ce pays lorrain, la patrie
de la fine et exquise gourmandise, complte le DICTIONNAIRE PORTATIF
DE CUISINE. C'est un gros volume, qui traite de l'art de confire
les fruits secs et liquides et de faire tous les ouvrages de sucre,
pastillages, neiges, mousses et liqueurs rafrachissantes; un volume
o, au milieu de planches reprsentant des desserts, comme brods en
chenille, et peupls de petits chinois, models en sucre, on rencontre
des recettes de compotes de grenades, de sirops de jasmin, de candy
de violettes, de roses, de jonquilles: des entremets d'odeur et de
parfum qui semblent les sucreries d'une fin de repas des Mille et une
Nuits.

    [83] LE CANNAMLISTE FRANAIS, ou Nouvelle Instruction pour
    apprendre l'office. A Nancy, de l'imprimerie d'Abel-Denis
    Cusson, 1761.

Parmi ces manuels du manger dlicat, il ne faut pas oublier un petit
livre paru en 1778, l'ALMANACH DU COMESTIBLE, volume difficile 
rencontrer avec sa jolie vignette  la Eisen, groupant une galante et
aimable runion de convives autour d'une table servie.

Mais, entre tous ces livres imprims, il est un curieux manuscrit, qui
porte en tte: VOYAGES DU ROY AU CHATEAU DE CHOISY AVEC LES LOGEMENTS
DE LA COUR, ET LES MENUS DE LA TABLE DE SA MAJEST MDCCLVII[84].

Ce titre se dtache d'un fond frott de sanguine, entourant un
mdaillon, au bas duquel on lit: _Brain de Ste-Marie delin. et scrips._

    [84] Voici les logements d'un de ces voyages, le voyage du 3
    mai 1757:

        LOGEMENTS.            _Chteau neuf._

                              { Appartement du Roy.
    Rez-de-chausse           { Appartement de madame la
                              {   marquise de Pompadour.

                              { B Mme la marchale de Mirepoix.
    Entresols par le          { C M. le marchal de Mirepoix.
      grand escalier          { D Mme la marquise de Chteaurenault.

    Corridor des              { G Mme la comtesse de Coigny.
      bains.--Rez-de-chausse {

                              { H M. le Gouverneur.
    Corridor de la Tribune    { I M. le marchal de Luxembourg.
                              { K M. le comte de Clermont.

               {              { L M. le duc de Fronsac.
               {              { M M. le marquis de Gontaut.
               { Corridor     { N M. le Premier.
               {             { O M. le duc de la Vallire.
    Mansardes. { droite.      { P M. le comte de Baschy.
               {              { Q M. le marquis d'Estainville.
               {              { R M.
               {
               { Corridor     { S M.
               {             { T M.
               { gauche.      { V M.

                              _Grand chteau._

                              { N 16 M. le comte de Cambis.
    Ailes des Seigneurs sur   { N 15 M. le prince de Dessenstein.
      le jardin               { N 16 M. le marquis de Sgur.
                              { N 17 M. le marquis de Croissy.

Ce sont les 194e, 195e, 196e, 197e, 198e, 199e, 200e, 201e, 202e
voyages au chteau de Choisy de Louis XV en compagnie de Mme de
Pompadour, du 1er mars au 15 dcembre 1757. Les dners et les soupers
se composent en gnral de 2 oilles, 2 potages, 8 hors d'oeuvre, 4
grandes entres, 4 moyennes, 8 plats de rts, 4 salades, 8 entremets
chauds et 4 froids. De temps en temps, on rencontre des dsignations
de provenances comme rosbif de mouton de la mnagerie de Choisy,
faisandeaux et perdreaux rouges du Roy, lapereaux de M. de Croismard,
cailles de M. de la Vallire, ortolans du rtisseur, et grives et
bartavelles de Mme la Marquise.

Pour la composition d'un repas maigre avec ses trente-quatre plats
d'habitude, il y a, de la part du cuisinier, des efforts et des
trouvailles d'imagination inimaginables. Qu'on en juge par ce dner du
mardi 22 mars 1757:

      2 OILLES.

  Une au ris aux crevisses.     Une de sant.

      2 POTAGES.

  .........                      .........

      2 FLANS.

  Une hure de Saumon.            De Perches au Watrefiche.

      8 HORS-D'OEUVRE.

  Une Omelette aux crotons.     D'OEufs au beurre noir.
  De Moulles en matelotte.       D'Harengs de Boulogne.
  D'OEufs  l'oseille.           De petits Pts.
  De Merluche  la Provenale.   De Saumon fum.

      8 ENTRES.

  De Raye au persil.             De Morue  la crme.
  De Filets de carrelets        Une Blanquette de Thon.
    l'italienne.                 Un Pain de Saumon.
  De Filets de merlans en        D'Anguille grille  cru.
    htereaux.                   Un Hachis.

      2 GRANDS ENTREMETS FROIDS.

  D'crevisses.                  De petits Gteaux au fromage.

      6 GRANDS PLATS DE RTI.

  Un Turbot.                     De Carrelets au blanc.
  De Truites.                    De Merlans.
  De Lottes.                     De Soles.

      8 PETITS ENTREMETS CHAUDS.

  Une Bouillie.                  D'Asperges au beurre de Vanvre.
  Un Pain aux champignons.       De Fondues.
  D'pinards  la crme.         De Chiroux frits.
  De Salsifix au beurre.         De petits Gteaux  la Reine.


A ce dner maigre opposons un souper gras, le souper du lundi
5 septembre 1757:

      2 OILLES.

  Une aux oignons d'Espagne.     Une  la Crcy.

      2 POTAGES.

  Un aux laitues.                Une Julienne.

      16 ENTRES.

  Une marmelade de Perdreaux.    De Tendons de veau  la
  De petits Pts de filets de     Sainte-Menehould  l'aspic.
    Lapereaux.                   De Filets de mouton glacs aux
  De Filets de Faisans sauts      abricots.
    aux Truffes.                 De Membres de Faisandeau  la
  Un minc de Poularde            d'Uzelles.
    aux Concombres.              De Cannetons de Rouen au consomm.
  De Cailles en compote.         De Poulets  la Reine aux Pavis.
  Un Dindon dpec au Singara.   De Cervelles de veau en matelotte.
  D'aislerons de Poulardes      De Tourtereaux sauts.
    la Villeroy.                 De filets de Levraux glacs
  De Filets d'aloyau dans leur      l'oignon cru.
    jus.

      2 RELEVS.

  De Cabillot  la bonne eau.    Une Carpe au bleu.

      4 RELEVS.

  De Chapons de Bruges.          Un Aloyau.
  Un Jambon.                     Un quartier de Veau.

      4 GRANDS ENTREMETS.

  Un Pt.                       De Langues  l'carlatte.
  De Galantines.                 Une Croquante.

      ROTS.

  De Perdreaux rouges }          De Rouges-gorges de M. de
  De Faisandeaux      }            la Vallire.
  De Cailleteaux      } du Roy   De Dindons.
  De Campines         }          De pigeons de volire.
  De Rales            }          De Guignards[85].
                                 De Petits Poulets.

    [85] Guignard, oiseau de passage, de la grosseur du pluvier,
    dont on faisait des pts  Chartres, que Collin d'Harleville a
    chants.

      16 PETITS ENTREMETS.

  Une Crme  la Genest.         D'Haricots verts.
  Des Pattes de dindon          De Crtes.
    l'Espagnole.                 De Pains  la Duchesse.
  Des Truffes au beurre.         D'Animelles.
  D'pinards.                    D'crevisses  la
  D'OEufs au jus.                   Sainte-Menehould.
  De Singara.                    Un Ragout mesl.
  D'Artichauts  l'Italienne.    De Tartelettes  la Religieuse.
  De Choux-fleurs.               De Blanc manger en Pots[86].

    [86] Une autre srie de ces menus, provenant de la collection
    Leber, est aujourd'hui conserve  la Bibliothque de Rouen.


Revenons  la cuisine des particuliers. Le dictionnaire portatif de
cuisine est l'cole de toute la socit qui mange bien, mais pour
les gourmets, pour les fines gueules du temps, il existe un trait
de l'accommodement des victuailles plus recherch, plus raffin,
moins bourgeois. C'est le CUISINIER GASCON[87] dont la prface, un
peu ironique, est une sorte de ddicace au prince de Dombes, ce
grand seigneur cuisinier, que nous avons montr dans la Duchesse de
Chteauroux retournant avec Louis XV des ragots dans des casseroles
d'argent.

    [87] LE CUISINIER GASCON, nouvelle dition  laquelle on a
    joint la lettre du ptissier anglais. Amsterdam, 1767.

Dans ce livre on parle de sauce au singe vert, de sauce  l'allure
nouvelle, de sauce bachique, de sauce au bleu cleste, de truite 
la houssarde, de ctes de boeuf  la Monville, de gigot de mouton 
la de Nesle, de gigot de mouton  la galrienne, de veau en crotte
d'ne roul  la Neuteau, de poulets  la Pardaillan, de poulets en
chauves-souris, de poulets  la caracatacat, de pigeons  Prigord,
de caisses de canards en crpines, de perdreaux  l'eau-de-vie, de
bcassines  la grecque, de beignets de nfles, de tourtes de muscat,
etc. Et toutes ces choses au baptme si affriandeur, les gosiers du
temps les arrosent avec du Bourgogne prconis par le mdecin Fagon,
avec du Champagne qu'on ne veut plus mousseux depuis le commencement
du sicle, avec les vins d'Espagne qui ont fait abandonner les vins
d'Italie, depuis que la mode a dsert les vins doux pour les vins
secs, avec du vin de Setuval, un vignoble de Portugal trs en faveur
pendant ces annes, avec du malvoisie de Madre, avec les vins blancs
et rouges du Cap, provenant des plants de Bourgogne et de Champagne
transplants en Afrique par les Hollandais[88].

    [88] PRCIS D'UNE HISTOIRE GNRALE DE LA VIE PRIVE DES
    FRANAIS. Paris, Moutard, 1779.

Cela dure, cette dlicate bombance, tout le sicle et mme pendant
les premires annes de la Rvolution, o les chefs des grandes
maisons ruines, les Mot, les Robert, les Roze, les Very, les Leda,
les Brigault, les Legacque, les Beauvilliers, les Naudet, les Edon,
deviennent des restaurateurs, des marchands de bonne chre pour tout
le monde,--cela dure jusqu'en l'an III, anne qui voit paratre ce
sinistre petit volume:

      _LA CUISINIRE RPUBLICAINE_

_Qui enseigne la manire simple d'accomoder_(sic) _les pommes de terre
avec quelques avis sur les soins ncessaires pour les conserver_[89].

    [89] Une petite brochure imprime chez la veuve Mrigot, quai
    des Augustins, 38. Il ne reparat pas, je crois, de livre
    sur la cuisine avant l'an VI, o Derouault publie TRENNES
    AUX VIVANTS, ou Cuisinier pour tous les mois de l'anne. Du
    reste, certains produits alimentaires avaient disparu pendant
    la Rvolution; le gibier n'tait plus commun, et Grimod de la
    Reynire dit dans son ALMANACH DES GOURMANDS que les faisans,
    les premires victimes du systme dmocratique adopt en
    France, taient presque une raret en 1803, anne o il crit.


Ces livres tiennent du haut en bas tout le fond de la pice. Ici le
mur retourne, et c'est un panneau qu'emplit une bibliothque de
Boule de la _premire manire_ du grand bniste, et dans laquelle
le cuivre seul a un emploi dans l'incrustation de la marqueterie.
L'enchevtrement gomtrique des lignes et la complication de
l'arabesque sont du got le plus svre, et le dessin de mtal avec
son luisant d'or ple, en le noir de l'bne, fait le plus harmonieux
effet et le plus sourdement riche. L'histoire de ce meuble est
curieuse, comme un symptme du mpris qu'au temps de la Restauration
et du rgne des commodes d'acajou, nos grands-parents avaient pour
l'ancien mobilier de la France: il tait l'armoire que ma mre avait 
sa pension, dans sa chambre, quand elle commena  tre grande fille.
Plus tard il fut restaur par Monbro, malheureusement en ces annes,
o l'on n'avait pas le sentiment de la rparation historique, et o
une baguette de cuivre estamp semblait devoir tenir avec succs la
place d'une baguette en bronze dor, mais un jour o la vente d'un
livre m'apportera un peu d'argent, je ferai arracher la restauration de
Monbro, et remettre le petit meuble en son tat ancien.

La bibliothque de Boule est la bote par excellence des beaux livres,
des belles reliures, faisant ressortir les riantes et lisses couleurs
des peaux avec le fonc de ses panneaux, o se rpte et revit un rien
de la dorure du dos des volumes. Aussi est-ce en cette bibliothque
qu'est la fleur de mes livres. Ce sont les livres illustrs par
Boucher, par Gravelot, par Eisen, et parmi lesquels figure un
exemplaire en maroquin vert des CONTES DE LA FONTAINE, de l'dition des
fermiers gnraux, un exemplaire au texte rgl, aux toutes premires
preuves, aux gardes doubles de tabis, aux plats de la reliure chargs
d'une riche dentelle; ce sont de petites rarets comme le voyage en
Italie de Mme Lecomte avec les spirituels encadrements  l'eau-forte,
par lesquels les galants pensionnaires de l'Acadmie ont ft la
venue  Rome de la matresse de Watelet[90]; ce sont les six volumes
in-quarto de l'dition de Molire de 1734, le plus beau et le plus
monumental ouvrage, illustr par le XVIIIe sicle; ce sont de curieux
petits manuscrits comme l'ADMINISTRATION DE L'ARGENTERIE, _Menus
Plaisirs et Affaires du Roi_, dont j'ai tir de si prcieux dtails
pour le mariage de Marie-Antoinette. Il y a l renferms, un certain
nombre de beaux vieux maroquins sanguins, o la patine du temps a mis
comme une pourpre sombre,--des bouquins solides et magnifiques qui sont
 la fois des outils de travail et des joyaux de muses. Et encore des
maroquins, aux armes de personnages clbres du XVIIIe sicle, des
maroquins aux armes de Trudaine de Montigny, de Hue de Miromesnil, du
lieutenant de police Sartines, de l'archevque de Beaumont, de M.
de Marigny, du prince de Ligne, du diplomate Cobentzel. Mon ambition
avait t surtout de faire une collection spciale de livres aux armes
des Franaises, qui ont t, un tant soit peu, bibliophiles, au sicle
dernier, mais je m'y suis pris un peu tard, et au moment o ces livres
commenaient  devenir des _desiderata_ de banquiers. Cependant, en ma
petite bibliothque, la duchesse de Gramont retrouverait son exemplaire
en maroquin vert de l'HISTOIRE DU THATRE DE L'ACADMIE ROYALE DE
MUSIQUE, 1757, et son exemplaire en maroquin rouge de la BIBLIOTHQUE
DU THATRE-FRANAIS, par le duc de la Vallire; la comtesse de Provence
retrouverait ses deux exemplaires en maroquin rouge, du DICTIONNAIRE
PORTATIF DES BEAUX-ARTS, 1759, et des ANECDOTES DRAMATIQUES, par l'abb
Clment, 1775; Madame Victoire de France retrouverait son exemplaire
en maroquin vert du COURS DE BELLES-LETTRES de l'abb Batteux[91];
enfin Marie-Antoinette retrouverait son exemplaire des LETTRES
JUIVES du marquis d'Argens, de sa bibliothque du Petit-Trianon,--un
exemplaire malheureusement reli en veau. Madame du Deffand, elle! y
est rappele par un exemplaire des CONSIDRATIONS SUR LES MOEURS de
Duclos, un volume o, selon son habitude, elle a fait imprimer en or,
sur le dos, ses chats aims, ses chats, dont Cochin a grav, pour elle
et ses amis, une rare petite estampe en 1746. Madame de Pompadour
n'est pas oublie en le petit meuble. Un numro de sa bibliothque
repose sur les planchettes, le numro de la VIE DES PREMIERS PEINTRES
DU ROI, par Lpici, un livre qui est une confession des gots de
la favorite, et d'o se dtachent ses trois tours d'or d'un superbe
maroquin rouge. Mais un ouvrage pour moi plus prcieux, et o l'on a
tous les rles jous et chants par la comdienne et la virtuose, c'est
le RECUEIL DES COMDIES ET BALLETS _reprsents sur le thtre des
Petits Appartements_, quatre volumes splendidement relis en maroquin,
disparaissant sous la dorure, un exemplaire qui devait tre donn par
la favorite  ses familiers; et aprs ces deux livres d'art et de
thtre de la marquise, vient un curieux et significatif livre, ayant
appartenu  la Du Barry: son Grcourt, o sur le veau du dos, dans les
entrelacs de myrte qui courait sur l'argenterie de Lucienne, se lit la
fameuse lgende: _Boutez en avant_.

    [90] _Nella venuta in Roma di_ MADAMA LECOMTE _et dei signori_
    WATELET _e_ COPETIE. _Componimenti poetici di Luigi Subleyras
    colle figure in rame di Stefano della Valle Poussin, pensionario
    di S. M. Christianissima_, 1764.

    [91] On sait que les quatre filles de Louis XV avaient chacune
    adopt une couleur de maroquin diffrente pour leurs livres.

Ple-mle avec ces livres, sont nos livres  nous, les exemplaires
choisis de nos romans, de nos tudes d'histoire, tirs sur peau de
vlin, sur chine, sur papier de Hollande, et habills comme des enfants
qu'on aime, et signs d'un _I_ et d'un _E_ entrelacs, cisels sur la
tranche.

Que je plains les lettrs qui ne sont pas sensibles  la sduction
d'une reliure, dont l'oeil n'est pas amus par la bijouterie d'une
dorure sur un maroquin, et qui n'prouvent pas, en les repos paresseux
de l'esprit, une certaine dlectation physique  toucher de leurs
doigts,  palper,  manier une de ces peaux du Levant si moelleusement
assouplies! La reliure franaise a t, de tout temps, un art, dont les
adeptes ont fait preuve d'une adresse charmante, et c'est aujourd'hui
peut-tre le seul art industriel, o se soit conserve la main d'oeuvre
des choses exquises faonnes par les artisans-artistes du XVIe sicle.
Mais, il faut le dire de suite, cet art ne supporte pas la mdiocrit:
rien ne ressemble moins  une reliure suprieure qu'une reliure 
bon march, et l'assemblage de cahiers de papier imprim entre deux
cartons, enferms dans une peau, en un tout homogne et parfait, un
embotement qui semble fusionn dans un moule, n'est obtenu, n'est
ralis que par les relieurs qu'on paye trs cher. Les grands charmeurs
que les Trautz-Bauzonnet, les Cap, les Lortic, les Duru, les Marius!
Je sais qu'il existe des fanatiques du nom de Bauzonnet qui ne veulent
que des Bauzonnet, qui vont jusqu' faire casser, sur les livres
qu'ils achtent, les reliures de ses plus illustres confrres; moi,
je l'avoue, je trouve que, malgr la conscience de son travail et
la solidit des dorures, ses reliures ont toujours un aspect un peu
vieillot, un peu _restauration_, et mes reliures d'affection sont
des reliures de Cap et de Lortic. Le vieux Cap tait inimitable
pour la rsurrection des reliures riches du XVIIIe sicle et de leurs
arabesques fleuries. Je possde une reliure des MAITRESSES DE LOUIS
XV, excute par lui dans la dernire anne de sa vie, qui est un
vrai chef-d'oeuvre de got et d'imitation intelligente. Mais pour
moi,--quand il est dans ses bons jours,--Lortic, sans conteste, est
le premier des relieurs. C'est le roi de la reliure jansniste, de
cette reliure toute nue, o nulle dorure ne distrait l'oeil d'une
imperfection, d'une bavochure, d'un filet maladroitement pouss, d'une
arte mousse, d'un nerf balourd,--de cette reliure o se reconnat
l'habilet d'un relieur ainsi que l'habilet d'un potier dans une
porcelaine blanche non dcore. Nul relieur n'a, comme lui, l'art
d'craser une peau, et de faire de sa surface polie la glace fauve
qu'il obtient dans le brun d'un maroquin La Vallire; nul, comme lui,
n'a le secret de ces petits nerfs aigus, qu'il dtache sur le dos
minuscule des mignonnes et suprmement lgantes plaquettes que lui
seul a faites. Lortic est encore sans pair et sans gal pour jeter des
fleurs de lis sur le plat d'une reliure, et la reliure de mon HISTOIRE
DE MARIE-ANTOINETTE, o sur le semis d'or ressaute, dans le maroquin
rouge, le profil d'argent d'une mdaille de la Dauphine, est une
reliure qui peut tenir  ct des plus parfaits ouvrages des relieurs
anciens.

Mais, pour ces livres sortis de nous, j'ai voulu mieux encore que des
papiers extraordinaires, que des reliures splendides; j'ai cherch 
les rendre dignes des enchres des ventes futures, par l'adjonction de
dessins originaux, de gravures rares, d'autographes, d'maux, faisant,
de ces affectionns exemplaires d'auteur, des espces de bibelots.
Ainsi LA LORETTE tale pour frontispice une acadmie de femme 
l'criteau de location: un des plus jolis et des plus spirituels petits
dessins de Gavarni. HENRIETTE MARCHAL renferme: 1 une aquarelle de
Gavarni pour le costume de Mlle Ponsin en muse de carnaval; 2 une
lettre du dessinateur avec un croqueton apportant un changement 
la coiffure; 3 les vers autographes de Thophile Gautier crits de
cette petite criture fine, menue et comme grave. LA FILLE LISA est
illustre d'une eau-forte de Franois Flameng, tire  deux ou trois
exemplaires. MANETTE SALOMON a, encastrs dans les plats de sa reliure,
deux merveilleux maux de Popelin, reprsentant Manette, vue de face
et de dos sur la table  modle, et dlicatement modele dans l'or du
mtal, en sa serpentine nudit.

Parmi ces livres, il est un manuscrit qui m'est surtout cher: un
cahier de notes prises en Italie, o les croquis s'entremlent avec
l'criture, o une poupe antique du Vatican succde  la lampe qui
a fait dire  Galile: _E pur si muove_, et o une aquarelle de la
place de Bologne, donne une ide du temprament de peintre de mon frre
et de son talent d'aquarelliste.

Sur l'attique de la bibliothque de Boule, entre les reflets profonds
de bronzes sombres, un Amour charnu, aux yeux bands, aux petites
ailes frmissantes et recroquevilles, enferme dans un filet le globe
du monde, et l'aimable statuette de Mayence dtache ses chairs,
plement roses, du bleu ple d'un long et fluet vase bleu turquoise,
mettant sur ce haut de meuble, frapp toute la journe de lumire,
l'opposition et l'accord glaceux des deux plus tendres colorations de
la porcelaine de l'Occident et de l'Orient.

Au dessus, un peu inclin, se penche dans une harmonie de poudre, de
jaunes dentelles, de blanche fourrure de cygne, un portrait de femme
inconnue, pastell par La Tour, une femme aux minces paupires, voiles
d'une mditation ironique.

Aprs le panneau de la bibliothque vient la chemine.

Au milieu de la chemine, sur un socle de bois sculpt, se dresse la
Baigneuse de Falconet, un biscuit  la longueur fluette, aux mains, aux
pieds, aux petits seins amoureusement models et dont la nudit blanche
se reflte de dos dans la glace. Aux cts de la Baigneuse sont poss
deux pots-pourris de Saxe, d'une forme carre, aux angles adoucis par
un contour rocaille, surplombant de son dcor ondulant les quatre faces
semes de fleurettes, de papillons, d'insectes, joliment coloris. Et
 chaque extrmit de la chemine se contourne un chandelier japonais:
une grue, dont le cou, au-dessus de ses longues pattes d'chassier,
se tord dans l'enroulement d'une branche d'arbrisseau en boutons, o
s'entr'ouvre une fleur pour la bobche d'une bougie.

La glace qui ne monte qu' une certaine hauteur, ainsi que dans les
anciens dessus de chemine, et sur laquelle, brisant la ligne droite de
l'architecture, pend la gouache de l'POUSE INDISCRTE, en un cadre 
l'lgant cusson, est surmonte d'un trumeau. C'est une trouvaille du
temps o, chez les marchands de bric--brac, vos pieds cognaient, dans
les recoins noirs, les plus dlicates sculptures: un panneau, o d'un
vase Louis XVI, une grle imagination de Salembier, dborde un bouquet
de pavots dont l'panouissement floche et les grandes feuilles molles
sont rendus par un ciseau travaillant dans du bois, et en ce bois
dcoupant une flore rustique, qui parat chiffonne par des doigts de
femmes dans une feuille de papier humide.

De chaque ct de la chemine, au-dessous de deux appliques de jade
vert, feuillages d'un bouquet de plumes de paon, sont suspendus 
droite et  gauche des portraits de famille, des miniatures dans des
cadres de cuivre dor.

Celle-ci, c'est ma grand'mre maternelle: Madame Le Bas de Courmont
Pomponne, marie au fermier gnral guillotin en 1793. Isabey l'a
reprsente sous un toquet de velours lisr d'un ruban feu, jet
sur sa chevelure poudre, la poitrine couverte d'une chemisette
transparente, dans l'ouverture carre d'une robe de velours borde
de fourrure. Et dans le pittoresque de ce costume de polonaise du
Directoire, apparat la sduisante femme, avec ses immenses yeux noirs,
son nez  la Roxelane, sa bouche rouge. Ma grand'mre avait t une des
beauts de cette poque de plaisir, une de ces veuves qui oubliaient la
Terreur au bal, et le potereau des MODES _ou la Soire d't_ (1797)
a mme dcoch quelques vers contre sa coquetterie et ses toilettes
excentriques:

    Mais, est-il vrai, dis, superbe C....ont,
    Qu'un casque un jour ait ombrag ton front?

De cette grand'mre, j'ai le souvenir d'une vieille femme, se tenant
du matin au soir,--sauf une petite promenade  quatre heures, au bras
d'un abb, dans le passage de l'Opra,--se tenant dans le demi-jour
d'un appartement trs lev, au mobilier comme emball sous de vieilles
housses, et o partout tranaient des livres de cabinet de lecture:
les mmoires des temps qu'elle avait vcus. Son grand corps frileux
tait toujours empaquet dans de jaunes cachemires de l'Inde, attachs
sur elle par un noeud  l'enfant, et sa ple et encore belle figure
s'amusait de mon bruit, de mes interrogations, mais sans parler, sans
rpondre, sans sourire; enveloppe du silence un peu intimidant des
vieilles gens qui ont travers des rvolutions.

Celle-l, c'est ma mre, peinte en 1822, l'anne de son mariage.
Coiffe de petits frisons dans lesquels est pos de ct un floquet
de rubans bleus, un rang de perles au cou, elle porte une robe de
mousseline blanche  rayures satines qu'attache une ceinture bleue,
et que resserrent,  la saigne des bras, deux bracelets de la soie et
de la couleur de la ceinture et du floquet des cheveux. Cette toilette
de jeune fille va le mieux possible  ses yeux limpides,  son teint
pur et frais,  cette petite bouche dont hritera mon frre,  cet air
d'ingnuit et de timidit qu'elle a gard toute sa vie.

Sous le portrait de ma mre, le portrait de mon frre: une photographie
d'aprs un daguerrotype excut en 1855, le seul portrait qui donne
l'enjouement moqueur de sa figure, et l'expression de cette spirituelle
gaiet, qui faisait se dire entre eux aux domestiques de la famille:
Monsieur Jules dne ce soir, on va rire.

De l'autre ct de la chemine, c'est le portrait en habit galonn
d'or, de Laurent l'ingnieur, le crateur du canal de Picardie, le
glorieux anobli fait marquis de Villedeuil, et avec les descendants
duquel ma famille a eu des alliances et d'intimes amitis. Des traits
carrs, une figure de volont que ce Laurent de Villedeuil.

Sous le portrait de Laurent de Villedeuil, le portrait d'un parent dont
j'ignore absolument le nom mais le portrait d'un terrible bon vivant de
l'ancien rgime, montrant, au-dessous des frimas d'une tte poudre 
blanc et d'pais sourcils noirs, un teint, o l'allumement sensuel de
la vie met comme du fard parmi les bleuissements d'une barbe vivace.

Auprs de ce portrait, la mdaille en bronze dor de mon grand-pre
 l'Assemble nationale portant la lgende: _Louis XVI, restaurateur
de la libert franaise_. Et  ct de la mdaille, la gravure de
la collection des portraits de chez Desjabin, qui le montre, ce
grand-pre, avec son petit oeil despotique, son immense nez aquilin,
l'avance nergique du bas de son profil:

    M. HUOT DE GONCOURT.

    N  Bourmont, le 15 avril 1753.

    _Dput du Bassigni en Barrois  l'Assemble nationale de 1789._

Au coin de cette chemine, dans les intermdes du travail, une
cigarette aux lvres, les yeux errants sur tout le bric--brac qui
m'entoure, souvent je me suis interrog sur cette passion du bibelot
qui m'a fait misrable et heureux toute ma vie. Et me rappelant les
mois de privations, que mon frre et moi avons passs, plusieurs annes
de suite, dans des auberges de peintre  trois francs par jour, pour
payer une trop grosse acquisition; et retrouvant dans ma mmoire ces
journes maladives d'achats draisonnables, et dont on sort inassouvi,
avec l'motion d'une nuit de jeu, et une bouche amre, que seule peut
rafrachir l'eau de mer d'une douzaine d'hutres, je me demandais si
cette maladie tait un accident, un mal attrap par hasard, ou si
ce n'tait pas plutt une maladie hrditaire, un cas semblable 
la transmission de la folie ou de la goutte. Alors je me mettais 
remonter ma famille, et j'y trouvais un des grands et des passionns
collectionneurs du XVIIIe sicle, M. Le Bas de Courmont, de la
collection duquel viennent quelques-uns des beaux tableaux hollandais
du Louvre, mais c'est le premier mari de ma grand'mre maternelle,
et par le sang il ne m'est rien. Chez mon grand-pre paternel, en sa
belle maison de pierre sculpte de Neufchateau, il y avait quelques
bronzes, quelques meubles, quelques dessins, achets par lui  Paris,
pendant qu'il sigeait  la Constituante, mais c'tait tout simplement
du mobilier de la grande ville, apport par mode, dans la maison d'un
provincial, et sans qu'on y rencontrt ni la trace ni le symptme
d'un got particulier. Mon pre, lui, tait un militaire, et toute sa
vie, depuis l'ge de seize ans passe sur les champs de bataille, ne
l'avait pas dispos  donner son regard,  prter son attention  ces
btises, et cependant,--c'est singulier,--quand il achetait un objet
mobilier, et devant servir aux usages les plus vulgaires, une brosse
par exemple, il la voulait de choix et jouant presque l'objet d'art;
et il eut pour boire son bordeaux, un des premiers verres mousseline
que le commerce ait fabriqus. En mon pre tait, en quelque sorte, une
nature d'amateur pour les choses de la vie courante.

Mais je crois au fond que le collectionneur chez moi ne doit rien
aux ascendances, et qu'il a t cr uniquement par l'influence
d'une femme de ma famille. En ces temps, qui remontent  l'anne
1836, un de mes oncles possdait une proprit  Mnilmontant, une
grande habitation en forme de temple, avec un thtre en ruine, au
milieu d'un petit bois: l'ancienne petite maison donne par un duc
d'Orlans  Mademoiselle Marquise. L't, ma mre, ma tante et une
autre de ses belles-soeurs, dont le fils, l'un de mes bons et vieux
amis, est aujourd'hui ministre plnipotentiaire de France en Bavire,
habitaient, toute la belle saison, cette proprit: les trois mnages
vivant dans une espce de communaut de tout le jour. Moi j'tais 
la pension Goubaux, et tous les dimanches o je sortais, voici  peu
prs quel tait l'emploi de la journe: Vers les deux heures, aprs un
goter qui tait, je me rappelle, toujours un goter de framboises,
les trois femmes, habilles de jolies robes de mousseline claire, et
chausses de ces petits souliers de prunelle, dont on voit les rubans
se croiser autour des chevilles, dans les dessins de Gavarni de la
Mode, descendaient la monte, se dirigeant vers Paris. Un charmant
trio que la runion de ces trois femmes: ma tante, avec sa figure
brune pleine d'une beaut intelligente et spirituelle, sa belle-soeur,
une crole blonde, avec ses yeux d'azur, sa peau blanchement rose et
la paresse molle de sa taille; ma mre, avec sa douce figure et son
petit pied. Et l'on gagnait le boulevard Beaumarchais et le faubourg
Saint-Antoine. Ma tante se trouvait tre,  cette poque, une des
quatre ou cinq personnes de Paris, enamoures de vieilleries, du _beau_
des sicles passs, des verres de Venise, des ivoires sculpts, des
meubles de marqueterie, des velours de Gnes, des points d'Alenon, des
porcelaines de Saxe. Nous arrivions chez les marchands de curiosits
 l'heure o, se disposant  partir pour aller dner en quelque
tourne-bride prs Vincennes, les volets taient dj ferms, et o
la porte seule, encore entre-bille, mettait une filtre de jour parmi
les tnbres des amoncellements de choses prcieuses. Alors c'tait,
dans la demi-nuit de ce chaos vague et poussireux, un farfouillement
des trois femmes lumineuses, un farfouillement htif et inquiet,
faisant le bruit de souris trotte-menu dans un tas de dcombres, et des
allongements, en des recoins d'ombre, de mains gantes de frais, un
peu peureuses de salir leurs gants, et de coquets ramnements du bout
des pieds chausss de prunelle, puis des pousses,  petits coups, en
pleine lumire, de morceaux de bronze dor ou de bois sculpt, entasss
 terre contre les murs...

Et toujours au bout de la battue, quelque heureuse trouvaille, qu'on
me mettait dans les bras, et que je portais comme j'aurais port le
Saint-Sacrement, les yeux sur le bout de mes pieds et sur tout ce
qui pouvait me faire tomber. Et le retour avait lieu dans le premier
et expansif bonheur de l'acquisition, faisant tout heureux le dos de
trois femmes, avec, de temps en temps, le retournement de la tte de ma
tante, qui me jetait dans un sourire: Edmond, fais bien attention de
ne pas le casser!

Ce sont certainement ces vieux dimanches qui ont fait de moi le
bibeloteur que j'ai t, que je suis, que je serai toute ma vie.


FIN DU PREMIER VOLUME.




TABLE


                                                               Pages

  PRAMBULE

  VESTIBULE (_les Foukousas_)                                      4

  SALLE A MANGER (_les Bronzes franais du_ XVIIIe _sicle_)      14

  PETIT SALON (_les Dessins franais du_ XVIIIe _sicle_)         22

      PRFACE                                                     31

      COLLECTIONS DE DESSINS DE GONCOURT (_Peintres, sculpteurs,
      dessinateurs, vignettistes, ornemanistes, architectes du
      XVIIIe sicle_)                                             37

  GRAND SALON (_les Clodion, les Tapisseries de Beauvais et
  des Gobelins, les Meubles Marie-Antoinette, les Vases de
  Svres_)                                                       181

  ESCALIER (_les Albums japonais_)                               192

  CABINET DE TRAVAIL (_les Livres, les Manuscrits, les Lettres
  autographes sur les arts de la peinture, sculpture, gravure,
  et sur les arts industriels et mcaniques_)                    238


Paris.--L. MARETHEUX, imprimeur, 1, rue Cassette.


       *       *       *       *       *


  Corrections.

  Page  36: pntration remplac par pntrante (une pntrante
              humidit vous tombait sur les paules).
  Page  47: Cine remplac par Chine (Lavis  l'encre de Chine).
  Page  47: de de remplac par de (uniformment prpares 
              l'encre de Chine).
  Page  58: fleurette remplac par fleurettes (en robe blanche
               fleurettes rouges).
  Page  70: lav remplac par lave (n'est lave que d'un seul
              ct).
  Page  75: Gabriel remplac par Gabrielle (Henri IV aux pieds
              de Gabrielle d'Estres).
  Page  88: remplis remplac par remplies (des niches, remplies
              par des cussons et des statues).
  Page  99: un remplac par une (une autre assise et chantant).
  Page 100: apppartements remplac par appartements (les
              appartements du chteau de Potsdam).
  Page 110: SOLITUD remplac par SOLITUDE (THE PLEASURES OF
              SOLITUDE).
  Page 113: morts remplac par mort (un marchand de mort aux
              rats).
  Page 132: une remplac par un (un cusson vide).
  Page 133: a remplac par la (baie de la porte).
  Page 135: naturellemen remplac par naturellement (plus
              naturellement coloriste).
  Page 136: de de l'ordre remplac par de l'ordre (le cordon
              rouge de commandeur de l'ordre de Saint-Louis).
  Page 158: appuye remplac par appuy (o est appuy un petit
              garon).
  Page 161: qui qui remplac par qui (tous ses dessins qui ont
              eu l'honneur).
  Page 166: Puise remplac par Puis (Puis dans les dessins
              dcrits ici).
  Page 188: ruits remplac par fruits (de fleurs et de fruits).
  Page 208: bronzeries remplac par bonzeries (au-dessous de
              bonzeries au milieu de lacs).
  Page 209 note 54: Japon remplac par Japan (_Tales of old
              Japan_).
  Page 218 note 55: hiun-B remplac par Shiun-B (du pseudonyme
              de Shiun-B).
  Mme note: aponais remplac par Japonais (invraisemblable pour
              un Japonais).
  Page 235: lbums remplac par albums (des albums du sicle
              dernier).
  Page 238 note 59: Ossaka remplac par Osaka (le thtre
              d'Osaka).
  Page 257: f remplac par ft (que son exemple ft imit).
  Page 260: uillet remplac par juillet (la dlibration du
              20 juillet 1747).
  Page 264: pou remplac par pour (un numro pour changer un
              billet de banque).
  Page 267--Greuze: de de remplac par de (le peintre de la
              Cruche casse).
  Page 306: destinaire remplac par destinataire (avec le nom du
              destinataire crit).
  Page 315: reprsente remplac par reprsent (L'art de la
              cramique est reprsent).
  Page 323: citeron remplac par citerons (nous citerons
              l'COLE DE CAVALERIE).
  Page 332: publies remplac par publis (des cahiers de
              coiffures publis par Rapilly).
  Page 333: port-pic remplac par porc-pic ( l'image d'un
              porc-pic).
  Page 337 note 84: au lieu de N 16 il faut peut-tre lire
              N 14 (N 16 M. le comte de Cambis).





End of Project Gutenberg's La maison d'un artiste, by Edmond de Goncourt

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA MAISON D'UN ARTISTE V.1 ***

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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


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works.

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concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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