Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1592, 30 Aot 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1592, 30 Aot 1873

Author: Various

Release Date: September 20, 2014 [EBook #46916]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 30 AOUT 1873 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

RDACTION, ADMINISTRATION, BUREAUX D'ABONNEMENTS
33, rue de Verneuil, Paris.

31e Anne.--VOL. LXII--N 1592
SAMEDI 30 AOUT 1873.

SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DTAIL
60, rue de Richelieu, Paris.

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.

[Illustration: VNEMENTS D'ESPAGNE.--Un poste d'insurgs surveillant
l'entre de la rade de Carthagne.]



SOMMAIRE

_Texte_: Histoire de la semaine.--Courrier de Paris, par M. Philibert
Audebrand.--Nos gravures.--La Cage d'or, nouvelle, par M. G. de
Cherville (suite).--Les Thtres.--Bulletin bibliographique.--Revue
comique du mois, par Bertall.--Histoire de la Colonne (troisime
article).--Bigarrures anecdotiques: l'esprit de parti (suite).

_Gravures_: vnements d'Espagne: un poste d'insurgs surveillant
l'entre de la rade de Carthagne.--Une sance du Comit insurrectionnel
dans la cathdrale de Valence.--_La Toilette japonaise_, d'aprs le
tableau de M. Firmin Girard.--A propos de l'ouverture.--Irlande: le
chteau de Dun-Luce.--Revue comique du mois, par Bertall (12
sujets).--Le navire cuirass le _Suffren_ de la marine nationale.--Rbus.



HISTOIRE DE LA SEMAINE


FRANCE

L'vnement de la semaine, c'est le discours prononc  Evreux par M. le
duc de Broglie en rponse au toast que lui avait port M.
Pouyer-Quertier, prsident du conseil gnral, pendant un dner offert
par M. le prfet de l'Eure.

Je vous remercie, a dit M. le vice-prsident du conseil des ministres,
je remercie ceux de mes collgues qui se sont associs  vos paroles par
leur assentiment, des tmoignages si chaleureux de sympathie dont vous
voulez bien m'honorer. Je les reois avec une vive satisfaction, non pas
en mon nom personnel (je ne mrite pas de tels loges, pas plus que je
ne les recherche), mais au nom du gouvernement que je reprsente, du
prsident de la Rpublique qui est le chef de ce gouvernement, et de
l'Assemble nationale qui l'a investi de sa confiance.

Le concours que vous nous apportez nous est aussi prcieux que
ncessaire. Nous sommes engags dans une lutte prilleuse, non, quoi
qu'on en dise, contre aucune institution, ni aucune opinion politique,
mais contre ces principes destructeurs de tout ordre social qui se sont
glisss dans trop d'esprits pendant le trouble caus par nos calamits
publiques, et qui ont dj, une fois, dans un jour nfaste, mis le
comble  nos dsastres. Cette lutte ne peut tre l'oeuvre ni d'un seul
acte ni d'un seul jour; le mal que nous poursuivons se reproduit sous
cent formes diffrentes; il faut le suivre sous ses dguisements divers
et faire face  toute heure  ses attaques. Le succs serait impossible
si nous ne pouvions compter sur le concours ferme, actif, de tous les
gens de bien, tous galement intresss, quels qu'ils soient et de
quelque part qu'ils viennent, dans cette cause qui leur est commune.
Nous pouvons leur promettre l'appui d'une administration vigilante,
dvoue  l'inflexible excution des lois; mais il faut qu' leur tour
ils nous aident et s'aident eux-mmes. Nous ne pouvons rien sans eux,
sans leur courage; nous ne pouvons rien surtout sans leur union.

C'est cette union que le gouvernement s'est efforc de maintenir et qui
a fait, dans ces derniers temps, la force de l'Assemble nationale.
C'est par l'oubli de ses dissentiments intrieurs, par sa rsolution de
rester unie et serre autour des principes conservateurs, que la
majorit de cette Assemble s'est montre digne de la confiance du pays.
Le pays s'attend  ce que cette union ne soit pas rompue. Quand va venir
 son heure le devoir de traiter les graves problmes politiques,
l'Assemble saura, j'en ai la confiance, aprs les avoir abords en
pleine libert, dans une discussion loyale, les rsoudre dans un
sentiment de concorde, faisant taire les prtentions et les
prdilections personnelles pour ne tenir compte que des prils et ne
songer qu'au salut de la socit.

Le gage de cette union salutaire, nous le trouvons surtout, laissez-moi
le dire, dans le choix qu'a fait l'Assemble, quand elle a dispos
nagure du premier poste de l'tat. M. le prfet rendait tout  l'heure
hommage  un pass illustre et  des services clatants; il avait
raison, et je ne voudrais affaiblir aucune de ses paroles. La
reconnaissance est un grand devoir national; l'Assemble l'a pousse, je
crois,  l'gard du dernier prsident de la Rpublique, jusqu' une
limite qu'elle n'aurait pu franchir sans abdiquer ses droits ou dserter
d'autres devoirs plus imprieux; mais la part ainsi justement faite 
des services que personne ne conteste, le mrite qui s'ignore et qui
s'oublie lui-mme a droit aussi  ne pas tre mconnu.

Convenons donc que c'est pour tous les partis une bonne fortune sans
pareille que d'avoir pu remettre d'un commun accord le dpt du pouvoir
 un homme dont la loyaut sans reproches a dcourag la calomnie;--un
homme  qui personne n'oserait prter, mme par l'insinuation la plus
dtourne, soit un calcul, soit une arrire-pense personnelle;--un
homme dont la modestie n'est pas blouie par l'clat du rang suprme, et
qui parat presque importun par sa gloire militaire depuis que l'ombre
de nos malheurs en a assombri l'aurole;--un homme exempt de cette
recherche de popularit et de cet attachement au pouvoir qui dictent
souvent aux hommes d'tat de dangereuses complaisances; voil bien, dans
les prils que nous traversons, le chef naturel des gens de
bien..................................

Ce discours a t compar avec raison  ceux que les ministres
prononcent frquemment en Angleterre, pendant les vacances du Parlement,
lorsque la situation du pays parat exiger des explications sur les
intentions du gouvernement; des dclarations de ce genre auraient, sans
doute, emprunt aux circonstances actuelles une opportunit toute
particulire. Celles que contient le discours que nous venons de
reproduire sont-elles aussi compltes qu'on aurait pu le dsirer, aussi
explicites que se sont plu  le dire la plupart des journaux? Il est
permis d'en douter; et pour tout lecteur exempt de prvention, il
semblera que les termes dont s'est servi M. de Broglie sont assez vagues
pour prter aux interprtations les plus opposes. Faut-il par exemple,
comme l'ont fait plusieurs feuilles rpublicaines, voir une apprciation
peu favorable  la fusion dans ce passage o le vice-prsident du
conseil dit que lorsque l'heure sera venue d'examiner de graves
problmes politiques l'Assemble saura les rsoudre dans un sentiment
de concorde, faisant taire les prtentions et les prdilections
personnelles pour ne tenir compte que des prils et ne songer qu'au
salut de la socit. Faut-il encore interprter dans un sens favorable
au maintien de la Rpublique cet autre passage o M. de Broglie assure
que la lutte que soutient le gouvernement n'est engage, quoi qu'on en
dise, contre aucune institution ni contre aucune opinion politique. Il
suffit, croyons-nous, de relire avec attention ces deux passages les
plus accentus peut-tre de tout le discours, pour se convaincre qu'ils
ne contiennent autre chose qu'une affirmation nouvelle des principes de
conservation sociale au nom desquels s'est fond le gouvernement du 24
mai, et que, quant  la fusion, le vice-prsident du conseil s'est
strictement maintenu dans la rserve absolue dont il lui tait, du
reste, impossible de sortir.

 vrai dire, cette impatience fivreuse avec laquelle on pie les
moindres faits de nature  donner quelque indice sur les graves
vnements qui se prparent, est menace de rester sans aliment. On dit
bien que le comte de Chambord ne fera aucune concession; que la question
du drapeau et celle de la Constitution resteront les pierres
d'achoppement contre lesquelles viendront se heurter les esprances
fusionnistes, que les hommes politiques chargs d'ouvrir des
ngociations  ce sujet sont revenus fort dcourags de leur voyage 
Frohsdorf. Chaque jour voit clore quelque nouveau projet destin 
mettre fin  tout dsaccord; le _Soir_, qui s'est constitu le moniteur
officieux de la fusion, mais sans dire o il puise ses informations et
qui est du reste dsavou par les organes officiels du parti royaliste,
le _Soir_ ajoute que tout ce qu'auraient obtenu les ngociateurs serait
l'ajournement d'un nouveau manifeste dclarant que le drapeau blanc ne
serait abandonn en aucun cas. Mais ce ne sont l que des aliments bien
peu solides jets en pture  la curiosit du public, et puisque tout
projet de convocation anticipe de l'Assemble parat dcidment
abandonn, ce n'est pas avant trois mois que des vnements dcisifs
auront mis fin  l'tat d'incertitude o nous vivons. Bornons-nous 
noter, pour aujourd'hui, cette dclaration du _Monde_, o aprs avoir
rfut les informations du _Soir_, le journal lgitimiste conclut en
disant que: Si l'accord des royalistes choue, ce ne sera pas  cause
du drapeau, qui n'est qu'une question enfantine, c'est que l'instinct
rvolutionnaire l'aura dcidment emport chez beaucoup de ceux qui
avaient l'air de reculer devant les crimes de la rvolution.

La session des conseils gnraux, dont nous annoncions l'ouverture il y
a huit jours, est dj close dans un certain nombre de dpartements et
ne tardera pas  l'tre dans tous les autres. Si courte qu'elle ait t,
cette session n'en a pas moins t utilement remplie par l'examen d'un
grand nombre de questions d'intrt local. Un fait digne de remarque,
c'est la rserve avec laquelle les conseils gnraux se sont abstenus de
franchir les limites de leur comptence en vitant de s'occuper, mme
sous forme de voeux, de questions de politique gnrale. C'est sans
doute  cet ordre de proccupations qu'il faut attribuer le rejet, dans
plusieurs dpartements, de projets d'adresse avant pour but de fliciter
M. Thiers  l'occasion de la libration du territoire. A ce point de
vue, on ne peut qu'approuver les scrupules qui ont dict ce rejet, car
ils sont motivs par le sentiment du respect de la loi, qui est formelle
 cet gard. On se rappelle combien de fois, l'anne dernire, le
gouvernement de M. Thiers avait du rappeler les conseils gnraux au
respect de cette mme loi en invalidant des dlibrations o elle avait
t transgresse. L'attitude prise par eux cette anne montre que la
leon n'a pas t perdue et dnote un progrs du meilleur augure dans
l'ducation politique du pays.


ESPAGNE

Il faut dcidment renoncer  dmler la vrit au milieu des nouvelles
incompltes et contradictoires que le tlgraphe nous apporte ple-mle
d'au del des Pyrnes. Les carlistes multiplient leurs tentatives, mais
sans succs jusqu' prsent, pour arriver  la possession des deux ou
trois grandes villes qui leur sont indispensables pour tablir leur
autorit et coordonner leurs oprations d'une manire srieuse. Bilbao,
Pampelune, Berga, Estella, ont successivement fait l'objet de ces
tentatives qui ont avort jusqu' prsent, mais qui seront reprises
aussitt que don Carlos aura pu se procurer en quantit suffisante des
armes et de l'argent. Quant  l'insurrection des provinces du Midi, elle
est dfinitivement refoule sur tous les points, sauf  Carthagne o
une action dcisive est imminente. A Madrid, M. Castellar a t nomm
prsident des Corts. Il a prononc,  cette occasion, un de ces
discours o il excelle; il a fait appel  la discipline,  la concorde.
Puisse cet appel tre mieux entendu que tant d'autres qui l'ont prcd!



Courrier de Paris

--Il y a une dizaine de jours qu'on a annonc que le duc de Brunswick
venait de mourir subitement  Genve. Au temps o nous sommes, cela fait
quinze sicles. Tout ce qu'on pourrait noter sur ce personnage ne serait
plus qu'une redite. On a racont une  une toutes les excentricits de
l'Altesse, ses fugues, son htel de Paris peint en rose, ses procs si
bizarres, ses histoires de perruques, uniques dans leur genre; on s'est
surtout rabattu sur ses diamants, depuis cinquante ans connus en Europe.
Il n'y a donc  revenir sur rien de tout cela. Le prince Charles de
Brunswick est mort  la suite d'une apoplexie foudroyante; voil tout ce
qu'il y a  mentionner. Pourtant j'ai aussi un mot  placer.

Ce mot est tir d'une lettre posthume, absolument indite, de l'homme
qui parlait le plus librement des autres hommes, couronns ou nu-tte.
J'ai nomm Henri Heine. A un pauvre diable de rfugi allemand,
journaliste comme lui, l'auteur de _Reisebilder_ disait, ds 1835, son
sentiment sur l'ex-souverain du grand-duch de Brunswick que ses peuples
s'taient permis de renvoyer, un jour, sans tambour ni trompette. On a
tir l'ptre d'une collection d'autographes, afin de me la faire lire.
Que d'esprit il y a l-dedans! Mais je n'ai obtenu le droit que de citer
un fort petit nombre de lignes.

S'il y a des dmagogues qui ont, en apparence, la douceur, et en
ralit les griffes du tigre des jungles, il y a aussi des grands de la
terre qui sont des fous dangereux. Le duc est de ces derniers. Le jour
o il est venu au monde, dans un palais, la fe Carabosse tait assise
prs de son berceau; c'est elle qui me l'a racont. En voyant l'enfant,
au moment o l'on allait couper le cordon ombilical, elle a dit au papa
et  la maman: Ne plantez jamais une couronne sur ce front-l; c'est le
bonnet de la folie qu'il faut y mettre.

--Sur les bords de la mer,  Deauville, on vient tout  coup de
rveiller le nom dj fort oubli de feu M. de Morny. Il y a eu une
statue, accompagne d'une inscription. Tout ce qu'il vous plaira. Nous
vivons dans un temps o les grandeurs humaines ne durent pas plus que
les bulles de savon. Cependant nul n'aura pass plus vite que cet enfant
de l'amour et du hasard qui a t pendant quinze ans prsident du Corps
lgislatif. Eh bien, j'ai peur pour moi, parce que la Fortune me fait
manger trop de pralines, disait-il au colonel R***, un de ses camarades
de jeunesse. La Fortune, en effet, l'avait trait quinze ans en enfant
gt. Si ds le lendemain de son dcs, il a pu voir ce qui est arriv
chez lui-mme, il aura pu dire aussi, aprs Horace, que la desse
d'Antium fait payer avec usure tout ce qu'elle donne.

On a racont un drame d'intrieur dont je n'ai pas  parler ici, d'abord
parce que c'est dj une vieille lgende et ensuite parce que les
secrets d'alcve ne me regardent pas. Mais indpendamment du fait, comme
son chteau de cartes s'est vite croul! Je ne veux revenir qu'
quelque chose dont j'ai t tmoin.

Cela se passait en 1865.

Le duc de Morny tait mort depuis peu de temps, mais le vide se faisait
de toute faon dans le palais o il avait rsid. Il tait de mode
d'aller visiter sa galerie de tableaux, publiquement affiche. Une carte
 la main, je m'y tais prsent, comme cent autres, curieux de voir
tant de belles toiles que le vent des enchres devait bientt parpiller
 travers l'Europe, peut-tre mme jusqu'au fond de l'Amrique. Le
dfunt avait eu un grand faible pour les paysages. C'tait, sans
contredit, ce qui se trouvait chez lui de plus prcieux, quoiqu'on y
aperut des Vlasquez et des Murillo. Il y avait un magnifique Hobbema.
Quelques artistes en renom, attirs par ce spectacle, ne pouvaient
s'arracher  la contemplation de cette toile de Hollande qui valait
vingt fois son pesant d'or.

--Ce sont ces iroquois d'Yankees qui vont nous l'emporter! s'criait
R*** en se cognant la tte du poing.

Un peu plus loin, en inclinant vers la galerie voisine, trois jeunes
femmes faisaient cercle devant une page d'histoire du commencement de
notre sicle. C'tait le _Divorce de Napolon 1er_, o l'impratrice
rpudie, grand'mre du duc, tout  la fois fire et pleurante, garde
une attitude d'Agrippine blesse et rejette la plume avec laquelle
Cambacrs vient de lui faire signer l'acte qui prononce sa
dchance.--Et, en me penchant un peu, je pouvais entendre l'une des
trois jeunes femmes dire  l'autre.

--Ah! cela ne suffit pas toujours d'tre belle!

Huit ans se sont couls, et voici ce qu'on apprend. Ce n'est plus
seulement l'impratrice Josphine, l'hrone du tableau, qui serait un
sujet d'lgie; ce n'est plus non plus le propritaire mme de cette
oeuvre qui a disparu, c'est le tableau lui-mme; et avec lui, le
magnifique Hobbema. R*** n'avait que trop raison en se cognant le front.
Un Yankee s'tait rendu acqureur des deux cadres; il les a emports aux
tats-Unis. On a pu savoir par une correspondance de date rcente que
ces deux pages ont t brles pendant l'incendie de Chicago.

--- Autre souvenir du mme temps et du mme endroit.

Dans ce mme Palais-Bourbon, au fond d'une pice d'entre, en regard
d'un _Hercule dsarm par Omphale_, on apercevait une grande cage. Deux
singes de l'espce des ouistitis y prenaient leurs bats. Suivant ce
qu'on disait, ces quadrumanes taient les favoris du prsident du Corps
lgislatif. Il ne se passait pas de jour que le haut dignitaire ne vint
jouer avec eux et leur donner du sucre.

Un gardien nous racontait qu'ils taient tout  coup devenus tristes.

--Ah! mon Dieu, ajoutait-il, un de ces petits messieurs du secrtariat a
essay de leur donner des friandises, mais ils ne sont pas si btes: ils
voyaient bien que ce n'tait pas une main de duc.

Nota bene.--Les deux ouistitis vivent encore, ils sont chez le comte
D***.

--Encore un cho de la mer de Normandie.

a, nous l'extrayons, mot pour mot, d'une lettre qu'on veut bien nous
communiquer.

Pour une toilette de femme, voil une toilette de femme. Jamais, W***,
le grand faiseur, n'aura mieux compris une physionomie. C'est une robe
Louis XVI, en faille prune-de-Monsieur,  immense trane, ouverte sur un
tablier de faille bleu-de-ciel, garni dans le bas de trois volants
spars entre eux par du vieux point d'Angleterre pos  plat. Corsage 
basque derrire, dcollet devant en s'arrondissant, et par du fichu 
cascade de dentelle, ainsi qu'on le voit dans les portraits de
Marie-Antoinette. Longue ceinture-charpe de gros grain bleu-de-ciel,
noue sous la basque et jete sur la trane en deux pans. Coiffure 
demi-poudre. Turquoises et diamants scintillant sous la
dentelle.--Expressment pour les soires d'aot.

La lettre ajoute sous forme de post-scriptum:

--Cette toilette cote mille cus et elle ne servira qu'une fois.

Qu'est-ce qui crivait donc, l'autre jour, que nous devenions
Spartiates?

--Une Revue anglaise, _the Saturday Review_, prend encore une fois 
partie le monde parisien, non pas  cause des robes  trane et des
cascades de dentelle, mais en raison de l'argot. Vieux procs. L'argot
du pays Brda fait irruption dans ce qui reste de belle socit.--Sous
l'empire, un jour, M. Achille Fould, ministre d'tat, avait cherch 
ragir contre ce petit travers. On se rappelle l'arrt si curieux qu'il
avait pris  l'effet d'empcher l'argot de pntrer dans les thtres.

--Excellence, si vous croyez russir, vous vous mettez le doigt dans
l'oeil, lui avait dit une jeune actrice du Thtre-Franais.

--- Il est vident que le _Saturday Review_ nous prend sans vert  ce
sujet. Rien ne saurait barrer le chemin  l'argot. On arrte  la
rigueur un conqurant comme Attila; quant  l'argot, point. Il se moque
de toutes les douanes comme de toutes les armes. S'il n'y avait encore
que l'argot! A la rigueur on donne droit de cit  des mots neufs; on
les discipline en les faisant entrer dans la langue. Mais, pour le
moment, du bas en haut,  tous les points du monde social, ce qu'on dit
et ce qu'on entend ne s'est jamais dit ni entendu chez nous.--Alphonse
Karr a rsum ce mouvement bizarre dans un trait qu'il racontait il y a
quelque temps  Lon Gatayes. Il parlait d'une soire o il se trouvait.

--La conversation languissait. On pria une jeune fille de se mettre au
piano et de chanter. C'tait une fort jolie fille, blonde avec de grands
yeux bleus, voils par de longs cils; elle avait ce charme potiquement
virginal qui est la plus grande beaut de la femme. Sa peau,
transparente et unie, d'une teinte un peu ple, devenait rose quand elle
parlait. Elle se leva et se dirigea lentement vers le piano; elle avait
encore ces formes indcises qui font ressembler une femme  une
apparition,  un tre thr qui glisse sur la terre sans presque la
toucher. Elle s'assit au piano. Il se fit alors un grand silence; elle
leva au plafond un touchant regard bleu; elle prluda, puis d'une voix
rauque et avine, elle chanta quelque chose dont je n'ai retenu que le
refrain:

        Et qui fit joliment son nez?
        C'est le jeune homme empoisonn.

Ce que l'auteur du _Fa Dize_ racontait l se produit tous les jours, un
peu partout, sans que nul s'en tonne.--Mais le _Saturday Review_, plus
collet-mont que nous autres, crie  l'abomination de la
dsolation.--S'il faut l'en croire, les jeunes femmes, celle du meilleur
lieu, la toilette de l'aprs-midi termine, disent  leur cocher:

--Joseph, attelez. Nous allons aller faire le tour du lac; c'est
l'_heure du persil._

--Qu'est-ce que c'est donc de si horrible, l'heure du persil?

En allant aux informations, voici ce qu'il nous a t permis
d'apprendre.

L'_heure du persil_ commence  trois heures et demie au plus tt et
finit  six heures vingt minutes, au plus tard.

_Faire le persil, faire son persil_, c'est se promener en voiture
dcouverte autour du lac, au bois de Boulogne.--Exercice fort pratiqu
par le demi-monde et auquel se livre le grand monde par imitation, comme
toujours.

Y a-t-il un sens cach l-dessous? Cela se peut, mais jusqu' ce jour
aucun grammairien n'a pu deviner ce que ces mots-l veulent dire au
juste.

--Le 8 septembre prochain et les jours suivants, seront vendues
publiquement et aux enchres les vastes et splendides collections de
plantes de M. J. Linden  Bruxelles.

Parmi tant de rvolutions auxquelles ont assist les hommes de notre
ge, on ne doit jamais omettre la rvolution opre sous nos yeux dans
l'art de dessiner et d'orner nos jardins. Celle-ci du moins est
charmante et toute  l'avantage de nos plaisirs. Si le Ntre, la
Quintinie, et mme Daubenton revenaient parmi nous, ils ne se
reconnatraient plus au milieu des plantes que nous cultivons dans nos
jardins d'hiver et d't, des fleurs que nous levons dans nos serres,
que nous parpillons dans nos massifs, rservant  peine pour les
bordures et les plates-bandes celles qui avaient leurs prdilections.
Depuis un demi-sicle, il y a eu mtamorphose complte dans notre
science florale, mise  la porte de tous les gens de got. Qu'on
regarde nos squares, et qu'on les compare  ce qu'taient les parcs et
les parterres d'autrefois.

Cette rvolution s'est opre doucement et sans bruit, grce 
d'heureuses importations exotiques. On a flatt l'oeil, on a flatt
l'odorat de mille manires diffrentes. Et les plantes nouvelles ont
rapidement conquis leur droit d'acclimatation. Chacun s'est empress de
faire place et de faire fte  ces htes charmants qui ont rapidement
multipli la somme de nos jouissances. Nous n'en avons pas un si grand
nombre pour qu'on les ddaigne.

Personne n'a plus contribu  ce mouvement que M. J. Linden, dont le nom
est depuis longtemps europen Qu'il nous suffise de rappeler ici,
uniquement pour les Franais, que M. J. Linden est l'organisateur des
belles serres de M. Pescatore  la Celle-Saint-Cloud, qui furent
longtemps une des curiosits de Paris. C'est l qu'on tchait de
s'introduire, et ce n'tait pas toujours facile, lorsqu'on voulait faire
connaissance avec les orchides, dont les riches et dlicates
colorations auraient dsespr la palette d'Eugne Delacroix. Des
premiers, M. Pescatore avait encourag M. J. Linden, qui avait obtenu
l'appui du gouvernement belge lorsqu'il entreprit d'explorer en savant
et en artiste les vastes et solitaires rgions tropicales de l'Amrique
continentale.

Ce que Rafflen avait en partie fait pour l'Inde dans les quinze
premires annes de ce sicle, on peut dire que M. J. Linden l'a
heureusement accompli dans une vaste partie du monde qui n'avait pas t
explore avant lui et qui attendra longtemps encore la civilisation
europenne telle que nous la voyons autour de nous. Seulement l'utilit
pratique n'a jamais t nglige par M. J. Linden. Ses crations et ses
tablissements en Belgique en font foi. On peut mme dire que ses
relations aujourd'hui embrassent le monde entier. Il y a profit pour
tous, et dsagrment pour personne. Qui pourrait se plaindre de
l'introduction d'une plante nouvelle, remarquable par sa verdure, par
ses fleurs, par la bizarrerie harmonieuse de sa construction, par son
parfum, par les qualits voiles de son bois ou de son fruit?....

Nous aurions encore bien  dire si nous pouvions nous tendre sur ces
cycades rares, ces orchides peu vulgaires, ces arbres  fruits des
Tropiques, ces fougres, ces bromliaces que nous numre le catalogue.
Il faut savoir s'arrter. Ajoutons cependant que la vente de
l'tablissement de M. J. Linden,  Bruxelles, est une occasion rare pour
les amateurs de belles plantes exotiques. Elle ne se reprsentera pas de
longtemps.

[Illustration: VNEMENTS D'ESPAGNE.--Une sance du Comit
insurrectionnel dans la cathdrale de Valence.]

[Illustration: LA TOILETTE JAPONAISE.--D'aprs le tableau de M. Firmin
Girard.]

--Dans les coulisses du monde littraire, on raconte qu'un jeune auteur,
M. T***, vient de se voir refuser un drame trs-color, mais pour une
raison assez bizarre. Comprenez que l'idylle nous poursuit; croyez
qu'elle envahit mme les thtres. Si Berquin ressuscitait, on irait
au-devant de lui afin d'avoir de ses oeuvres  mettre en scne. Pour en
revenir  notre jeune homme, qui apportait une sorte de
_Farruck-le-Maure_, le directeur du thtre de*** lui a dit, sans
phrases:

--Cher monsieur, votre pice est fort belle; mais, dame, vos amoureux
retardent de quarante ans. Ils sont trop jaloux.

Y a-t-il donc aujourd'hui un mot d'ordre qui assigne des limites 
l'expression de la jalousie en matire d'amour?

--Ce directeur, homme intelligent, du reste, doit tre de l'cole de
Nestor Roqueplan. Les jaloux au coeur de tigre! Quatre ou cinq fois
lorsqu'il faisait le feuilleton du _Constitutionnel_, le critique en
question s'est livr sur ce point  un travail de lapidaire. Roqueplan
ne pouvait voir en face le jaloux moderne, coul dans le moule
d'_Antony_.

--Ce garon l, disait-il, c'est une bte fauve qu'il faut mettre en
cage.

En 1865, on jouait quelque part, je ne sais plus o, une comdie
intitule: _Les deux Soeurs_. Il y avait l dedans un jaloux qui parlait
sans cesse de tout tuer.

--Mettez-lui donc une muselire,  ce chien enrag! s'cria le critique.

En parlant de cette sorte, Nestor Roqueplan se fondait sur l'histoire.
Il est certain que, dans l'ancienne France, la jalousie telle qu'on nous
la montre au thtre, tait un mal  peu prs inconnu. Rarement le
poison, le poignard, l'arme  feu ou le suicide venaient traverser un
roman  deux; Werther avait fait  nos grands pres l'effet dupe
monstruosit psychologique. Aimait-on moins que de nos jours? La
question n'est pas l. On aimait autrement. Cependant ds 1800,  force
de se frotter avec l'Europe entire, nous finissions par gagner un peu
des moeurs, des ides et des passions des autres peuples. Le Franais
perdait insensiblement de son caractre de joli coeur. Il lisait Goethe,
Schiller, Jean-Paul, et il devenait rveur comme l'Allemand. Il vivait
au del des Pyrnes et il se changeait, sans s'en douter, en soupirant
sombre comme l'Espagnol. Plus tard, quand 1815 et lord Byron eurent mis
l'Angleterre  la mode, il fut froid, compass, sanguinaire en fait
d'amour. Un beau matin, l'cole romantique exprima dans les muses, au
thtre, dans, les livres toute cette situation nouvelle, et nous emes
de nouvelles moeurs, nous emes la jalousie  grandes guides.

A dater de 1830, l'art littraire pivote sur trois expdients, toujours
les mmes pendant quinze annes: la tromperie,--la jalousie,--la
vengeance.--Supprimez l'un de ces trois termes et toute cette
merveilleuse poque d'crivains et d'artistes est jalouse et incolore.
Mais l'art de 1830 commence dj  tre loin de nous puisque le
feuilleton a pu demander  faire faire des muselires pour la
jalousie.--Pauvre art! qui a cependant rajeuni cette nation, il a pass
comme les Dieux et les Rois!

Philibert Audebrand.



NOS GRAVURES

Correspondance d'Espagne

Valence, le 15 aot 1873.

Je vous adresse avec le croquis ci-joint, dont vous ferez ce qu'il vous
plaira, quelques dtails rtrospectifs sur le gouvernement dont nous
avons eu le bonheur de jouir durant le rgne heureusement fort court des
intransigeants, et sur le sige et la prise de Valence.

La ville est situe sur la rive droite du Guadalaviar,  quatre
kilomtres du port du Grao et de sa belle plage, o conduit une route
plante de quatre ranges d'arbres qui part de l'extrmit de la
promenade de l'Alameda. Je ne vous dirai rien de cette situation. Il
n'est pas de voyageur qui n'ait chant sur tous les tons la beaut et la
fertilit de la _Huerta_ de Valence, ce jardin de trois lieues carres
qui s'tend de la ville au lac de l'Albufera. Valence est entoure d'une
muraille crnele flanque de tours et borde d'un foss. Quatre portes
y donnent accs: les portes de San-Vicente, del Mar, de Serranos et de
Cuarte, conduisant la premire  Madrid, la deuxime au port du Grao, la
troisime en Catalogne et la quatrime  Cuena. Cette enceinte renferme
une population de cent mille habitants, dont beaucoup s'taient dj
loigns lors de la proclamation du Canton par la junte rvolutionnaire,
et dont un grand nombre d'autres s'enfuirent encore et allrent camper
au bord de la mer, quand le gnral Martinez Campos bombarda la ville.
Il tait arriv le 30 juillet et il ouvrit le feu le 1er aot.

Les insurgs avaient install des canons sur les tours de Serranos et de
Cuarte, et se dfendirent nergiquement; mais la milice faiblit et ne
tarda pas  manifester l'intention de se rendre, et l'eut fait aussitt
sans la junte rvolutionnaire, autrement dit le comit de salut public,
qui tenait pour la rsistance  outrance.

La junte, compose d'ouvriers, sigeait dans la cathdrale. Le lieu de
ses sances tait la chapelle des aptres, situe au fond de la nef, 
gauche. On y pntrait par une grande porte cintre, que gardait un
certain nombre d'hommes arms. Rien de sinistre et de grotesque  la
fois comme cette assemble d'hommes en blouses plus ou moins malpropres,
ou en manches de chemises, jeunes pour la plupart, tous fatigus,
discutant et fumant des cigarettes autour d'une table surcharge de
papiers. Entre ces hommes et la srie des portraits d'vques crosses et
mitres garnissant les murs de la chapelle, quel contraste! Il m'a t
donn de voir le tableau, et de ma vie je ne l'oublierai. Il n'tait pas
d'ailleurs difficile de pntrer dans ce sanctuaire momentanment
transform en caverne. Le mot est trop fort, car on n'y courait vraiment
aucun risque d'tre dvor. Tous les membres de ce singulier
gouvernement visaient mme  l'urbanit et prenaient des airs de
gentlemen. Il est vrai d'ajouter qu'au moment o je les vis, malgr
l'assurance qu'ils affectaient encore, ils taient visiblement
dcourags. C'tait le 4 aot. La canonnade avait dj fait beaucoup de
ruines par la ville et les notables devenaient menaants. Le 5, il
fallut dcidment aviser. Une commission fut envoye au gnral Campos
et un armistice conclu. La junte demandait une amnistie pour les
insurgs; mais voyant qu'il n'y avait gure d'apparence qu'elle fut
accorde, elle convoqua cinq volontaires par bataillon pour prendre une
rsolution suprme. Elle tait dj dcide  abandonner la partie, et
ce qui le prouve c'est que les volontaires s'tant prononcs pour la
continuation de la rsistance, tous ses membres profitrent de la nuit
pour quitter la ville et gagner le Grao, o les attendait un steamer qui
devait les conduire  Carthagne.

Au jour, la ville ainsi dlivre put enfin ouvrir ses portes aux troupes
du gnral Campos, qui y firent tranquillement leur entre, bientt
aprs suivies de tous les habitants qui avaient fui la junte et les
obus.

Aujourd'hui il ne reste plus  l'insurrection que Carthagne, qui a t
son point de dpart. Il est bon d'ajouter que c'en est aussi la plus
forte citadelle. Les abords du port et de la ville sont commands par
deux ouvrages formidables, le fort Saint-Julien et le chteau Galeras,
situs sur deux minences: le premier  droite, le second  gauche de la
baie Escombrera, qui prcde l'entre du port. Le chteau Galeras est le
sige du canton indpendant de Carthagne.

De plus, sur les bords de l'troit canal qui conduit au port s'lvent
d'un ct les forts Santa-Anna et Santa-Florentina, et de l'autre les
forts Podadera,  double batterie, et Navidad, ayant trois canons
tourns vers la mer et un nombre double prts  balayer la terre.

Le feu a d'ailleurs dj t ouvert, au moins par les assigs, et pour
y rpondre, le gnral Campos attend de l'artillerie. On s'accorde 
penser que le bombardement commencera le 1er septembre.

X...


La toilette Japonaise

Par M. Firmin Girard

Il y aura bientt un demi-sicle que la critique signalait, avec des
apprciations diverses, l'apparition des toiles clatantes de Diaz, de
Decamps, et de toute cette jeune cole qui semblait revenir de la
conqute de la couleur et du soleil; l'Orient, avec les mille feux de
ses pierreries, de ses toiles et de son ciel, tait alors comme la
rvlation d'un art nouveau, tout brillant de sve et de jeunesse, il a,
depuis, t tudi sous toutes ses faces; les peintres l'ont envahi et
nous ont rapport tous les aspects de ses bazars et de ses mosques.
Aussi l'Orient appartient-il aujourd'hui  tout le monde; mais voici que
nos artistes ont fait une autre dcouverte.

Le Japon, longtemps ignor, longtemps drob par ses habitants aux
recherches des Europens, a pu enfin tre visit et connu; on s'est
tonn d'y rencontrer une civilisation des plus anciennes, on y a trouv
des oeuvres d'art remarquables, conues en dehors des ides de notre
vieux monde, excutes avec une rare habilet, et tmoignant souvent
d'une perfection de got presque trop avance. Un nombre bien restreint
d'artistes, sans doute, a pu tenter un si lointain voyage; mais leurs
croquis, joints aux relations des crivains, complts par les
renseignements de la photographie, ont inspir toute une pliade de
peintres, qui s'appliquent depuis quelque temps  reprsenter,  deviner
peut-tre ces lointaines rgions.

Parmi eux, M. Firmin Girard a dj su se conqurir une place  part, et
son tableau, que nous reproduisons aujourd'hui, a figur avec un succs
des plus mrits au dernier Salon; la nonchalance de la jeune femme
accroupie sur un tapis, l'instrument inconnu dont elle joue tandis
qu'une de ses suivantes achve de la coiffer, l'tranget de tous les
objets runis autour d'elle, tout contribue  faire de cette charmante
composition une oeuvre des plus curieuses et des plus originales. Mais
ce que la gravure ne peut rendre, c'est la richesse des tons, c'est
l'clat des couleurs qui chatoient sans se heurter, et dont l'harmonieux
ensemble attire et relient le regard sans le fatiguer. Nous avons
dsormais une nouvelle cole, l'cole japonaise, et nous sommes heureux
de reproduire pour nos lecteurs le tableau d'un de ses reprsentants les
plus distingus.


A propos de l'ouverture

Qui donc s'est occup d'autre chose pendant la semaine qui vient de
s'couler? Dans les salons et dans les chaumires, dans les clubs et
dans les boutiques, dans les cafs et dans les cabarets du village, les
causeries masculines ne connaissaient plus gure d'autre thme. Les
volutions de la politique, les mystrieux agissements dont doivent
sortir notre bonheur suivant les uns, qui suivant les autres ne seraient
que le couronnement de nos misres, avaient eux-mmes perdu leur
prestige; seule, la question du perdreau tenait la France entire en
suspens.

Et quelle distance entre les tides proccupations que chacun consacre 
ces vnements, dits srieux, et le vritable enthousiasme qui s'tait
empar des disciples de saint Hubert,--un peu tout le monde
aujourd'hui,-- mesure que se rapprochait le grand jour. Notre
collaborateur du crayon vous les montre consacrant la veille des armes
 l'inspection du fourniment,  la confection des munitions; ayant
dcid, -par quel miracle d'loquence, mon Dieu!--l'ennemie intime de la
chasse, la matresse de la maison,  prendre part  ces prparatifs du
carnage; je puis lui certifier que pour quelques-uns au moins, ces
prludes de l'entre en campagne sont parfaits depuis bien
longtemps.--Ah! si notre malheureuse et hroque arme avait eu des
intendants aussi prvoyants  son service!

Il y a un mois environ, j'tais all visiter un membre de la confrrie,
qui n'est plus un jeune homme, ma foi! Je le trouvai, par une chaleur
torride, vtu du velours  ctes, gutr jusqu'aux cuisses, sangl d'une
cartouchire, bard d'une volumineuse carnassire, la cape sur la tte,
le fusil sur l'paule et arpentant son appartement au pas gymnastique;
avant de rpondre  mon bonjour il inscrivit le chiffre 5777 sur le
chambranle de la chemine. Comme je restais bahi de cette tenue de
batteur d'estrade, aussi bien que de ce nombre pour moi fatidique qu'il
rptait encore  plusieurs reprises.--Ah! me dit-il, c'est qu'il me
faut 11,982 tours dans cette pice pour avoir fait quatre lieues, je
marque o j'en tais pour ne pas me tromper tout  l'heure quand je
reprendrai mon exercice; un petit entranement auquel je m'astreins tons
les jours, afin d'tre en tat de soutenir gaillardement les fatigues de
l'ouverture!--J'examinai le carnier dont il venait de se dbarrasser;
il tait lest de deux formidables pavs reprsentant le poids d'une
demi-douzaine de bons livres. Chez les fils de Nemrod la prsomption
survit  toutes les maturits de l'ge.

La ferveur avec laquelle le peuple franais se voue  ce qu'un pote
appellerait le culte de Diane, c'est dans les gares, le 30 aot, que
l'on peut l'apprcier;  moins d'en avoir t le tmoin il est
impossible de se faire une ide des normes affluences qui, ce jour-l,
s'y succdent. Une promenade dans les salles l'attente dmontre jusqu 
quel point le dmon de la chasse a aujourd'hui pntr dans les cerveaux
de toutes les classes, ou plutt de toutes les couches sociales.
Chasseurs riches, chasseurs pauvres, chasseurs gentilshommes, chasseurs
bourgeois, chasseurs plbiens, les uns vtus de drap et de velours, les
autres de la blouse gauloise, se pressent, se coudoient, se bousculent
dans le plus dmocratique, dans le plus fraternel des ple-mle. Les
dissonances physiques n'y sont pas moins tranches, les nuances morales
moins caractrises. Sous l'influence du mouvement passionn qui tous
les incite, chaque individualit devient un type, s'accusant et se
dtachant sur l'ensemble; en voil des jeunes, des vieux, des petits,
des grands, des maigres, des gras, des longs, des ronds, des obses, de
laids et d'autres pour lesquels la desse ci-dessus et t autorise 
dlaisser son Eudymon!

Sous ces signalements disparates vous reconnaissez le chasseur
indiffrent, celui qui est venu l pour tre agrable  un ami et le
suit  la chasse comme il l'aurait suivi  la noce ou  l'enterrement;
les chasseurs gais, nombreuse srie qui commence aux chasseurs bons
enfants pour s'tendre jusqu'au chasseur factieux qui rit toujours et
dont chaque clat fait  la fois tressauter sa bedaine et les vitres de
la salle; le chasseur positif succombant sous le faix des _harnois de
gueule_ qu'il emporte; le chasseur grave pour lequel l'extermination du
gibier est un sacerdoce; le chasseur chauvin qui en est encore  cet
aphorisme, que la chasse est l'image de la guerre, le chasseur envieux
dont les prunelles louches jaugent dj les capacits des carniers
encore vides; le chasseur svre, un ex-lve de l'institution
Petdeloup, qui crible son chien de coups de pied parce que la pauvre
bte s'est livre,  l'encontre de son pantalon,  une licence autorise
par l'intimit; le chasseur rveur et mlancolique, un reflet attard
des ballades allemandes, posant pour quelques chantillons du sexe
faible gars dans cette mle; le chasseur grincheux; le chasseur
terrible, un massacreur  tous crins qui brandit son fusil d'une main
crispe et menace de dbuter par un coup double sur les employs ahuris
qui ne rpondent pas assez vite  ses questions.

Et les chiens? Ah! M. de Buffon, si vous pouviez assister au dfil de
ceux qui sont l, vous dchireriez de suite votre fameux tableau de
leurs espces. Toutes les races, les sous-races, les non-races mmes y
ont des reprsentants; on y admire en mme temps le pointer de mille
francs et le modeste loulou, gardien fidle de la boutique, et quelque
peu stupfait du rle glorieux que lui imposent les vellits
cyngtiques de son patron.

Et, presque  chaque heure de cette bienheureuse journe,  peine
vanoui, le tableau se renouvelle. Les trains se multiplient, les salles
se vident sans relche, mais ce n'est que pour se remplir d'une autre
cohue, criant, appelant, riant, chantant, aboyant, hurlant, comme celle
qui vient de disparatre!

Cette arme de chasseurs s'en va au nord,  l'est,  l'ouest, au sud,
s'parpille en Brie, en Beauce, en Picardie, en Champagne, et se
fractionne encore aux gares d'arrive pour se rpandre dans tous les
villages. Le paysan accueille ses Parisiens avec un sourire: c'est un
regain de la moisson qui lui arrive; ils laisseront de bon argent au
pays en change des quelques mchants perdreaux qu'ils tueront
peut-tre. Et puis, il existe dans l'endroit quelques bonnes
plaisanteries sur leurs prtentions de chasseurs. On n'est pas fch de
cette occasion de les rditer; cela fait toujours rire un brin.

L'auberge est en liesse, les fourneaux s'embrasent, la chemine
flamboie, comme au jour de la fte patronale. Les curieux eux-mmes ne
manquent pas devant la porte, ils se composent en majorit des porteurs
de carniers en disponibilit rclamant un emploi pour le lendemain,
c'est--dire de tous les gamins du hameau.

Ou se couche de bonne heure afin de se lever de mme. Mais dormir,
allons donc! Il faut tre un Csar, un Napolon, pour sommeiller la
veille d'une bataille.--Avez-vous bien repos? demandais-je un jour  un
nophyte.--Pas une minute, me rpondait-il, mais j'ai si bien rv que
c'est tout comme!

Le lendemain, ds l'aube, avant l'aube,--une grande faute au dire des
praticiens,--on entre en campagne. Aux ples clarts d'un jour douteux
la ligne des chasseurs s'avance et dj tiraille dans la
plaine;--disposition savante infaillible dans les pays plats; on y
persvre rarement; la plupart ont bientt lch la bride  leurs
ardeurs; l'un pointe en avant, l'autre en arrire, celui-ci oblique 
droite, celui-l  gauche. Chacun pour soi et Dieu pour tous. C'est
alors que commence la srie des incidents, aventures et accidents, les
uns dramatiques et les autres burlesques. Lorsque dix heures auront
sonn le rassemblement, que l'on se retrouvera dans le bois o le
couvert sera mis sur l'herbe et sous la feuille, le rcit de ces
infortunes individuelles gayeront le festin improvis. Paul, en
poursuivant une magnifique compagnie de perdreaux a fait lever un garde
rcalcitrant et n'a ensach qu'un procs-verbal; Lucien, au moment o il
allait mettre la main sur un halbran qu'il avait bless, a gliss dans
un marcage, d'o il est sorti avec le costume de ce _Monstre vert_, que
l'on jouait jadis  l'Ambigu; pendant qu'Adrien allumait sa pipe, un coq
faisan, comme il n'en avait jamais vu, a jailli d'un buisson  ses pieds
et a disparu en lui faisant un pied-de-nez; et, comme Rachel, Adrien
pleure sur son faisan et, comme elle, ne veut pas tre consol, etc.

A dix pas de l, l'escouade des quenards, ou porteurs de carnier, reste
debout par respect pour ces messieurs, mais n'en travaille pas moins de
la langue comme des mchoires.--Dis donc, Pierrot, est-ce qu'il sue ton
bourgeois! Quand nous avons t  la Chesnaie, v'la-t-il pas le mien qui
m'a pris ma _blaude_ pour s'bouchonner! Ah! quel homme, mes amis, a y
coulait du front aussi dru que le lait du _pet_ de notre _vaque!_

L'pilogue de cette grande journe, notre dessinateur vous en expose la
plus brillante partie d'une manire plus aimable et surtout plus
saisissante que je ne le saurais faire: les livres, lapins, faisans,
perdrix, cailles, causes et prtextes de cet norme mouvement d'hommes
et de chiens, tous sont l. Ce cerf qui expire sur la gauche du
dessin,--une quatrime tte ma foi!--il a figur, en 1869, dans les
environs de Rambouillet, parmi le butin d'ouverture d'un chasseur n
coiff. Il l'avait abattu en plaine,  cent pas d'un boqueteau o
l'animal s'tait mis  la repose. Hlas! ce protg de saint Hubert
tait seul, et l'criture l'a dit, malheur  l'homme qui chasse seul! De
plus, ne prvoyant pas cette bonne fortune, il avait nglig de se munir
d'une carnassire assez vaste pour contenir son gibier. Il lui fallut
courir au village voisin, ce village tait loin; quand il revint avec
une charrette, une large mare de sang tait seule pour attester son
exploit, le cerf avait t vol par des maraudeurs qu'il fut impossible
de dcouvrir. Au train de retour, je me trouvai dans le mme
compartiment que ce roi dtrn de la journe; sa douleur faisait mal 
voir. Ah! messieurs, nous disait-il  chaque instant, quel beau cerf! Je
ne m'en consolerai pas; si encore ils m'avaient laiss les cornes? Des
cornes comme cela, voyez-vous, je n'en retrouverai jamais. --Oh!
tranquillisez-vous, monsieur, lui dit enfin l'un de nos compagnons que
la rptition de ses dolances avait fini par agacer, en ce bas-monde il
ne faut dsesprer de rien!

Le bilan de cette fte du 1er septembre sera complet quant nous y aurons
ajout les insolations, les nombreuses courbatures, les quelques
pleursies qui figurent aussi parmi ses profits, mais surtout et avant
tout la satisfaction calme et sereine qui succde  un plaisir qui n'a
fait de mal  personne, ce qui n'est pas dj si commun.

G. de Cherville.


Notes sur l'Irlande

LE COMT ANTRIM ET DUN-LUCE CASTLE.

Nous sommes  l'extrmit septentrionale de l'le verte, l'le sour,
selon la grande race des Pangloss anglais. Cela se voit de plus d'une
manire: les odeurs marines sont fortes et cres; il fait abominablement
froid. Nous sentons que ce n'est plus le ruisseau de la Manche qui forme
une ligne blanche  l'horizon, mais le franc atlantique que nous
considrons avec des respects vagues, comme des marins d'eau douce. Un
commis-voyageur de Sheffield nous prie de remarquer le changement de
dcors avec une expression de contentement bat. Il s'est presque
disloqu les paules  force de les hausser, il s'est puis en
diatribes contre l'Irlande, depuis Dublin jusqu' Belfast. Il comprenait
l'absentecion et l'excusait; il comprenait les histoires de meurtres,
de pillages, de rapines racontes au sujet de Meagh et de Drogheda par
les journaux tory de Londres. Quand on vit dans un marais tout est
possible. L'homme qui en est au systme du sicle dernier pour ses
drainages, l'homme qui laisse ses terres vaseuses pourrir et suer le
poison autour de lui sans faire un effort pour les dfricher doit
videmment boire trop et faire feu sur son propritaire  un moment
donn. Le monsieur de Sheffield expliquait ainsi le fenianisme, le Home
Rule, le papisme, le whisky et les meutes. C'tait un raisonnement
assez naf, comme on voit, mais qui semblait s'appuyer sur une base plus
solide que celle d'un simple antagonisme de race, la prvention
instinctive de Saxon  Celte. Ces plaines d'Antrim, grasses, riantes,
bordes de haies gomtriquement droites, plantes au compas comme
celles de Kent, ces villas bourgeoises, ces petites chaumires
proprettes, toute cette richesse stable, un peu froide du nord fait un
contraste singulier avec les immenses marcages, les petits enclos
boueux, mal entretenus, o poussent quelques plantes de pommes de terre
maigres et rachitiques, les cabines construites en terre glaise et
couvertes de mousse, enfin toute la physionomie dsole et sauvage des
comts que nous venons de traverser--Meagh et Drogheda. Or, nous tions
tout  l'heure en pays ennemi: Meagh est catholique, celtique, feniane,
et Antrim est au contraire un des comts les mieux pensants. Il est
situ du ct protestant, du bon ct, dit-on  la cour du vice-roi, de
cette grande ligne de dmarcation qu'on appelait _the english pale/i>, la
barrire anglaise, le rempart qui sparait les tribus soumises de relies
qui parlaient encore de Sassenach et de Cromwell et rvaient l'avnement
d'un O'Neil lgendaire et vengeur tenant en main le drapeau vert et or.
On fait encore de ces rves-l dans les contres que nous venons de
parcourir. A Antrim on ne fait que de la toile,--'est bien plus
profitable. Puis cela attire les voyageurs, les touristes. Passer la
belle saison au nord de l'Irlande,  Carlingford ou  Rosstrevor est
chose praticable et, somme toute, suffisamment respectable. On est l
devant l'Atlantique comme sur la plage de Brighton, ce qui est un
avantage norme pour un Anglais qui voyage. Il y a des _batting
machines_, des marchands de coquilles et d'crevisses, des appartements
meubls, des dandies de Pall Mall, des musiciens ambulants, des
capitaines en retraite et des veuves en qute de consolateurs. Bref,
c'est toute la population d'une ville de bains de mer, c'est Ramsgale,
c'est Boulogne. Et avec cela des Anglais partout. Ce coin de l'Irlande a
t colonis par les Anglais et les Ecossais entre les rgnes
d'lisabeth et de Guillaume III. Et vraiment cela parat, de nos jours,
en plus d'une faon. L'agriculture est plus avance; les habitants que
nous rencontrons aux stations de Larm et Glenarm ont  peu prs la
quantit voulue de vtements et des chapeaux qui n'offensent en rien les
traditions du monde civilis, et en Irlande ce sont l des symptmes
d'une grande prosprit. Mais la domination clricale est tout aussi
absolue dans ces pays protestants du nord que dans l'ouest et le
sud-ouest o les prtres catholiques l'exercent. Au moins dans ces
provinces sauvages, comme disent les fidles de la maison de Hanovre
en parlant des contres ultramontaines, on peut  la rigueur se faire
servir un verre de bire le dimanche. Tout vtus de haillons, tout
maigres et minables qu'ils sont, les paysans dansent le septime jour,
rient, chantent, se battent un peu et, il faut le dire, boivent
abominablement. Ici rien de tout cela. La raction contre les tendances
religieuses de la majorit fait d'Antrim, et de toute la province
d'Ulster une serre chaude de protestantisme o l'orange (la couleur
protestante) fleurit comme fleurissent les citronniers dans les ballades
allemandes. On vous demande dans les htels si vous tenez pour le
docteur O'Keefe d'un ton naturel, comme si on vous demandait l'heure 
laquelle vous voulez dner. Pendant la dure des offices, toute affaire,
toute occupation s'arrte. C'est le palais de la Belle au Bois dormant,
avec cette diffrence, c'est que le prince le plus charmant du monde
n'oserait jamais interrompre cette lthargie pieuse.

Il n'y a que les _ciceroni_ qui se moquent de la sainte glise
presbytrienne comme de celle du prophte Brigham Young. Ils vendraient
des curiosits plus ou moins apocryphes au grand Lama tout aussi bien
qu' Mg Manning. Nous quittons Ballycastle en _jannteing car_ qui doit
nous conduire au Giant's Causeway et au chteau de Dun-luce. Le chemin
qui longe la cte est triste, dsert et montueux. Les cabines parses ne
sont pas plus confortables que celle de Kerry. Les habitants sortent
dguenills, farouches, noirs, pour nous regarder. Pas un n'a l'air de
travailler. Le pays ne cultive apparemment qu'un seul art,--l'art de
mendier en conservant une parfaite dignit de maintien, un parfait
mpris de ceux qui donnent. Le petit village de Ballintoy a pouss cet
art jusqu'au sublime. Les petits Ballintois sortaient en foule,
couraient aprs notre car en criant: Un sou, mon beau monsieur, d'un
ton de prince percevant ses droits lui-mme, pour s'amuser. Leurs chiens
les aidaient, lanant de formidables aboiements: et les figures maigres
et haineuses qu'on voyait aux fentres avaient aussi des expressions de
frocit canine. Les gens de la cte n'ont dcidment pas subi
l'influence des colons anglais. Nous passions quelques groupes de
chaumires avec leurs meutes de foin, leurs monceaux de tourbe poss
ensemble au bas des coteaux. Deux glises dans le lointain, dont une
semblait tomber en ruines, quelques maisons campagnardes, nues, sans
cadre de feuillage, s'levant solitaires sur une plaine de gazon bruni,
l'interminable srie des coteaux devant, l'ocan derrire. Nous voyions
la cte de temps en temps; Bengor, s'levant vers l'Est, triste et
terrible; l'le Raghery devant nous, avec ses ravins et cavernes qui
abritrent Robert Bruce, chass de ces ctes cossaises que nous
apercevons comme un bleuissement vague  l'horizon. C'est la prparation
qu'il faut pour le magnifique spectacle qui nous attend au Giant's
Causeway.

[Illustration: L'ouverture de la chasse.]

Nous avons des visions de mlodrame quand le _car_ s'arrte dans la cour
d'une grande maison solitaire, o une foule de bandits arms de triques
et de btons se prcipite sur nous en poussant des _hurroos!_ rauques
et inquitants. Nous nous rappelons la sanglante lgende des White Boys,
une bande de gurillas patriotes dont les exploits ont fourni la matire
de bien de gros drames de _Drury Lane_ et de l'_Adelphi_. Le commis
voyageur de Sheffield fermait ses poings dcid  vendre cher sa vie et
ses chantillons. Mais le cocher nous rassura. Les White Boys n'taient
que des guides dsireux de nous montrer le Giant's Causeway et le
chteau de Dun-luce. Nous essayons de les viter en sortant de l'htel
par une porte de derrire. La ruse est trop simple. Les _ciceroni_ nous
attendent l, prennent possession de nos personnes, nous conduisent par
une pente trs-roide  une petite baie flanque d'normes rochers, et
nous installent dans des barques qu'ils appellent drisoirement bateaux
de plaisir. Nous voil en pleine mer, conduits par quatre rameurs, qui
ensemble, d'une voix lugubre et monotone, indiquent ce qu'il faut
admirer dans le paysage: Il y a des centaines de baies; chacune a son
nom particulier. Voil Port Noffer;  ct c'est Port la Gauge. Cette
petite caverne descend  une distance de cinq cents pieds sous sol. Plus
loin c'est la grande caverne, haute de quarante pieds, et ainsi de
suite. Puis on nous montre le Causeway, une srie de piliers de
basalte, dont quelques-uns ont une hauteur de deux cents pieds, et qui
ensemble forment un prcipice de six cent-trente pieds. Il y a des
groupements tranges, des orgues, des chemines gigantesques, des
salires, des meules de foin, etc. Enfin, nos gardiens nous permettent
de contempler la merveille du pays, le chteau de Dun-luce. C'est une
des plus terribles forteresses de Vilking, de baron fodal, de gant
fabuleux qui soient en Europe. Mme Anne Radcliffe aurait d l'habiter;
Consuelo s'y serait trouve chez elle. L'difice est pos sur une grande
tablette de rocher, unie au continent, ou plutt spare par un pont
naturel d'une troitesse qui fait frissonner. Le chteau penche sur la
mer, cette mer du Nord, noire, froide, sans sourires et sans chansons.
La maonnerie continue le prcipice. Elle est si parfaitement
perpendiculaire qu'on ne peut deviner comment ces tours, ces murs larges
de quatre mtres, ont t btis. Combien de serfs, ouvriers et maons
sont tombs de la masure dans cette mer cumante avant que la dernire
meurtrire ne ft acheve! La vue du ct de la terre est assez sombre
aujourd'hui, quand les chemins sont bons et les mendiants nombreux, et
parfaitement prosaques. Qu'est-ce que cela a d tre quand pour la
premire fois les barons de l'Ulster s'tablirent dans leur place forte,
quand Edouard Bruce se fit roi d'Irlande, et que le clan des O'Neil
guerroyait contre l'Anglais et l'Espagnol! On dit que l'Armada fit feu
sur le Giant's Causeway, le prenant pour les chemines de Dun-luce. On
se tromperait facilement de la mme faon de nos jours. Et on n'y
perdrait rien. La grande digue d'Antrim ne doit pas tre plus imprenable
que le chteau des Vilking,  Dun-luce.

S. J.


La frgate cuirasse de Suffren

Quinze annes se sont coules depuis le jour o M. Dupuy de Lme
faisait mettre en chantier le premier grand navire cuirass franais,
_la Gloire_:  la suite de cet essai, les arsenaux des ports
construisaient successivement la _Normandie, l'Invincible, la Couronne,_
etc., formant une magnifique escadre de vaisseaux en fer et bois,
destins  affronter le feu des plus puissantes batteries. Cependant,
les succs obtenus dans cette voie ayant t un peu contrebalancs par
les admirables progrs que ralisait d'autre part l'artillerie, il
fallut songer  crer des btiments capables de rsister aux projectiles
normes des nouveaux canons. On construisit alors, dans un mme type,
trois frgates cuirasses de premier rang, _l'Ocan, le Marengo, le
Suffren_, sur des plans nouveaux, en leur donnant toute la puissance
offensive et dfensive dont on pouvait disposer.

_Le Suffren_, reprsent par notre gravure, est le dernier-n de cette
trinit formidable: construit  Cherbourg en trois annes  peine, il a
t lanc le 26 octobre 1870. Cette frgate, qui mesure environ 87
mtres de long sur 17 de large, est en bois, recouvert, dans les parties
les plus exposes, de plaques en fer variant de 15  20 centimtres
d'paisseur. Ce qui distingue surtout _le Suffren_ de ses ans, _la
Gloire_ et le _Solfrino_, c'est que, au lieu d'avoir comme ceux-ci tous
ses canons en batterie couverte, il possde un vritable fort central,
garni de plaques de blindage de 0m16, install vers le milieu de sa
longueur, entre le grand mt et le mt de misaine. Aux quatre angles de
ce fort sont disposes des tourelles galement blindes portant chacune
un canon du calibre de 0m24, se chargeant par la culasse, mont sur une
plaque mobile autour d'un pivot fix au centre de la tourelle. On a
plac  l'intrieur du fort une batterie couverte, arme de quatre de
ces normes pices de 0m27, qui lancent des projectiles pesant 216
kilogrammes! Le grand avantage des canons de tourelles sur ceux de
batteries est de donner au tir un champ beaucoup plus vaste, en
permettant mme de tirer dans la direction de l'axe du btiment.--Quatre
petites bouches  feu en bronze de 0m12, destines  lancer des botes 
mitraille, compltent l'armement du navire. Sa puissante machine, d'une
force nominale de 950 chevaux, protge de tous cts par d'paisses
murailles en tle et des cloisons tanches, lui permet, avec son peron
de 20,000 kilogrammes, d'agir contre un btiment ennemi  la faon d'un
gigantesque blier. Ce colosse de fer et de bois, qu'une poigne
d'hommes fait manoeuvrer par la vapeur et la voile, donne, comme on le
voit, une haute ide des progrs raliss en quelques annes par les
savants ingnieurs de la marine franaise.

P. de Saint-Michel.



LA CAGE D'OR

NOUVELLE

(Suite)

--Le seigneur aura mal entendu, reprit-il, j'ai dit un million de
roubles.

Comprenant  l'impassible physionomie du matre que celui-ci ne cderait
pas devant ces sductions, affol  la pense de revenir auprs
d'Alexandra sans avoir obtenu cet affranchissement tant dsir, et
abjurant  la fois son orgueil et ses astucieuses combinaisons, il tomba
 genoux et, joignant les mains devant le comte:

--Oh! dit-il d'une voix pleine d'angoisses, ce n'est plus qu' votre
piti que je veux m'adresser, ce ne sera plus que la loi de charit que
j'invoquerai.

--Cette loi divine, l'as-tu toujours observe toi-mme? Fouille dans tes
souvenirs, Nicolas Makovlof. Il y a un peu plus d'un an, un soir, sur la
Tverskaa, une fille implora ta piti, et l'implora vainement. C'tait
un peu plus que la libert qu'elle demandait  ta charit; c'tait une
existence qu'elle te conjurait de sauver en remmenant avec toi 
Kalouga. Te souviens-tu de l'avoir repousse?

--Oui, seigneur, rpondit le marchand d'une voix dchirante.

--Eh bien? Nicolas Makovlof, toi qui es si avide de bonnes affaires, je
veux t'apprendre que jamais la Providence ne t'avait encore rserv une
opration aussi lucrative que celle que tu as ddaigne ce soir-l. Il
n'a tenu qu' toi d'avoir pour rien ce que tout ton or ne suffit pas 
payer aujourd'hui. La fille qui s'adressait  ta piti tait un homme,
cet homme c'tait celui qui te parle, et, si tu l'avais exauc,
l'hritier des Laptioukine acquitterait religieusement la dette du
proscrit.

Nicolas courbait la tte et poussait de gros soupirs.

--Seigneur, dit-il enfin, Dieu me chtie bien cruellement; mais je ne
peux pas me rvolter contre le chtiment. J'ai pch, et mon sort je le
mrite. Maintenant ce n'est plus un million que je vous propose, c'est
tout ce que je possde que je dpose humblement  vos pieds: mes
magasins de Moskow, mes comptoirs de Nijni, de Tiflis, d'Odessa, de
Riga, de Ptersbourg, et les marchandises qu'ils renferment; mon or, mes
crances, ce que doivent mes commettants, tout enfin, sans que je me
rserve un kopeck; je vous abandonnerai la maison de la Tverskaa, tout
ce qu'elle contient; j'en sortirai riche d'un bton et des pauvres
habits qui me couvrent, mais en vous bnissant encore, si vous avez
permis que j'en sorte dlivr de l'entrave hrditaire.

Ces paroles taient empreintes d'une contrition si sincre, Nicolas
avait numr chacun des dtails de la fortune qu'il sacrifiait avec de
si douloureux soupirs que le jeune Laptioukine ne pouvait s'empcher de
sourire.

--coute, dit-il aprs avoir allum un second cigare, tu peux obtenir
tout ce que tu dsires et conserver tout cela. Je traite ce soir la plus
jolie femme de Moskow. Mon cuisinier a vainement battu la ville et ses
faubourgs pour dcouvrir un dessert digne d'elle; toutes les serres ont
t ruines par les dernires geles et il est revenu les mains vides;
trouve-moi la corbeille de fraises que je dsire, Nicolas Makovlof, et
par ma parole de noble Russe que je t'engage, tu seras libre.

Nicolas Makovlof, toujours prostern, se releva d'un bond; son visage
ple s'tait inject de sang, de grosses larmes jaillissaient de ses
yeux dmesurment ouverts, puis haletant, d'une voix que l'motion
tranglait dans sa gorge, il rpta  plusieurs reprises:

--Des fraises! des fraises! des fraises!

Enfin, sans dire un seul mot  son matre, oubliant mme de le saluer,
il sortit de l'htel en criant encore:

--Des fraises! des fraises! des fraises!

Lorsqu'il fut dehors et qu'il eut domin suffisamment son trouble pour
s'orienter, il se dirigea vers le restaurant de la Trotza d'un pas si
rapide, qu'il ne mit pas plus d'une demi heure  franchir la distance
considrable qui l'en sparait; il fouilla d'une main fbrile le caisson
de son drowski, y prit un panier de jonc soigneusement recouvert de
feuilles de latanier, et l'leva triomphalement au-dessus de sa tte.

Ce panier contenait les fruits parfums qui allaient racheter sa
libert, et qu'il avait rapports  l'intention des Enfants des
tnbres.

Il le plaa sous son bras et toujours courant il revint  la maison du
jeune Laptioukine. Le domestique voulut l'arrter; mais Nicolas
connaissait la toute-puissance de certains arguments, et plus que jamais
il tait dispos  les utiliser. Il jeta une poigne de roubles au valet
en lui jurant par tous les saints du calendrier que le matre
l'attendait avec impatience, et, sans couter sa rponse, tandis que
celui-ci ramassait les prcieux chiffons parpills dans la rue, il
pntra  l'intrieur et s'en alla droit au salon dans lequel il avait
t reu dans la matine.

Le jeune homme ne se trouvait plus dans cette pice; Nicolas Makovlof,
convaincu qu'il ne pouvait tarder  apparatre, se dcida  attendre.
Bouillonnant d'impatience, pensant comme Mahomet que la montagne tardant
trop  venir  lui, c'tait  lui  aller  la montagne, il eut bien
l'ide de le chercher dans les autres appartements, mais la crainte de
courroucer le jeune noble et de modifier les bienveillantes dispositions
dans lesquelles il l'avait laiss lui inspira une prudente retenue.

L'attente se prolongeant et le marchand se trouvant fatigu d'une course
si longue et si rapide, il se dcida  s'asseoir. Soit que la solitude
l'enhardit, soit que la perspective d'une mancipation si prochaine
l'eut dj considrablement relev  ses propres yeux, il ne se contenta
plus d'un coin de malle pour sige, il se plaa sans faon dans le
fauteuil mme de celui qui tait encore son matre.

Ce n'taient pas les apparences confortables de ce meuble qui avaient
dcid notre hros  cette prise de possession un peu familire; mme
depuis son affiliation  la socit des Enfants des tnbres il tait
rest assez indiffrent aux luxueuses recherches de l'Occident; mais
d'un cot il connaissait la valeur du temps et n'aimait point  perdre
le sien; d'un autre ct il savait, qu'il n'est jamais inutile d'tre au
courant des secrets de son prochain, et il n'tait pas lche d'utiliser
les loisirs que lui crait l'hritier en se livrant  un rapide
inventaire des papiers dont le bureau tait couvert.

Ayant plac son panier sur ses genoux, il commena cette inspection, la
pratiquant d'abord avec une discrtion exemplaire, se contentant de
jeter un coup d'oeil sur les plus apparents de ces papiers, mais peu 
peu les doigts s'en mlrent et commencrent  fureter dans ce fouillis.

La plupart des manuscrits qu'il dcouvrait avaient trait  l'histoire
des peuples trangers,  la philosophie,  l'conomie sociale et
politique, les moins volumineux se rapportaient  des affaires
insignifiantes, c'taient des factures, des rclamations de cranciers,
le tout indiquant un singulier mlange d'ides srieuses, rflchies et
de proccupations frivoles et mondaines chez leur propritaire, mais
parfaitement indiffrent au marchand. Il tait donc dispos  refrner
une curiosit si blmable et qui prsentait si peu de profits, lorsque,
ayant soulev un poignard au fourreau de malachite, il demeura comme
ptrifi.

Sur une feuille de papier de petit format, froisse et plie en forme de
billet, il venait d'apercevoir une criture bien connue, il venait de
lire le nom d'Alexandra Makovlof; c'tait en effet l'trange invitation
que la belle Moscovite avait reue le matin mme.

Cette lettre, Nicolas la tournait et la retournait machinalement entre
ses doigts tremblants; il l'avait lue, relue plus de dix fois, il ne
semblait pas l'avoir comprise, il la lisait encore, esprant toujours y
dcouvrir quelque chose qui dmentirait la terrible ralit contenue
dans ce seul mot,--j'irai;--et aprs avoir lu il accusait ses yeux de le
tromper, sa raison de l'abuser; Alexandra si pieuse, si vertueuse, si
fermement attache  ses devoirs, passer tout  coup  cette effronterie
dans le vice, ce n'tait pas possible! Cette brve mais significative
rponse au bas de cet infme billet, que la plume d'une courtisane et
hsit  tracer, ce n'tait point la Perle de la Tverskaa qui l'avait
crite.

Cependant et malgr cette rsistance acharne du pauvre homme, la
ralit finit par l'craser de son vidence. C'tait bien la signature
de l'adore Sacha, c'taient bien les caractres que, tant de fois, il
avait presss sur ses lvres. Et puis, le jeune comte ne lui avait-il
pas dclar  lui-mme qu'il attendait le soir  dner la femme la plus
belle de Moskow? Le doute dans lequel il voulait s'obstiner cdait peu 
peu comme aux rayons du soleil se dissipent les vapeurs tnbreuses du
matin.

Son premier mouvement fut celui de sa race; saisi d'un de ces accs de
fureur dont ces Orientaux du Nord ont le privilge, il lana son
prcieux panier sur le parquet avec tant de violence que le fragile
couvercle de feuilles s'carta et laissa chapper quelques fraises.

A la vue des fruits parfums parpills sur le tapis et qui lui
rappelaient tant de chres esprances, la rage de Nicolas se calma
subitement; son coeur s'amollit, la douleur prit le dessus sur la
colre, ses larmes jaillirent et il clata en sanglots.

Puis, ramen aux ides d'ordre qui l'avaient toujours caractris, il se
baissa et ramassa une  une les fraises tombes, il replaa dlicatement
dans le panier celles qui n'avaient pas trop souffert de la violence du
choc. Quant  ceux de ces fruits qui se trouvaient avaris ou crass,
comme il et t tout  fait draisonnable de les perdre, il les
mangeait les uns aprs les autres, mais sans que ces menues
satisfactions mnages  sa gourmandise empcht son dsespoir de
s'affirmer par ses pleurs.

Cette opration accomplie, il rajusta tant bien que mal la couverture de
sa corbeille, et la tenant toujours  la main, il se dirigea rapidement
vers la porte.

G. de Cherville.

(La suite prochainement.)



LES THTRES

_Le Commandant Frochard_, comdie en trois actes, de MM. Hippolyte
Raimbaut et Raymond Deslandes.

M. Gtinais est avou  Bar-le-Duc. Dans peu de jours il va pouser la
fille de M. Dorlotin, il lui reste juste assez de temps avant la
crmonie pour courir  Paris enterrer sa vie de garon. Le voici donc
install au Grand-Htel, rvant aux moyens de raliser ses rves de
plaisir sans compromettre sa personnalit de Gtinais et sa situation
d'avou de province. Il se fait raser la tte, il se coupe les cheveux
en brosse, s'ajuste deux formidables moustaches, plante son chapeau sur
l'oreille, fait le moulinet avec sa canne, se donne une telle tournure
d'officier en civil, que ni sa fiance, ni son beau-pre, ni le
majordome mme de l'htel, un ami de Gtinais, ne peuvent le reconnatre
dguis de la sorte.

Si l'habit ne fait pas le moine, du moins il fait le militaire, car dans
cette tenue, Gtinais se sent pris d'une ardeur qui n'admet pas
d'obstacle. Il saisit au passage et d'un mot les filles de magasin, il
s'attaque aux femmes du meilleur monde,  Mme Vernon entre autres, qu'il
prend pour une cocotte; il est prodigue de soupers fins, il se ruine en
bijoux; il a des lgances de province, mais des lgances
irrsistibles; il ne manque donc rien  ce personnage, ni
l'impertinence, ni l'audace. Si pourtant, il lui faut l'tiquette du
sac, il lui faut un nom, et sur le conseil d'un ami, il prend celui d'un
officier mort en Afrique, _le commandant Frochard,_ et Gtinais en
prenant ce nom sonore accepte l'hritage du commandant sous bnfice
d'inventaire. Heur et malheur, advienne que pourra.

Or, il advient que Gtinais, qui ne se rappelle pas assez _le Monsieur
qui suit les femmes_, la comdie du Palais-Royal, s'introduit chez Mme
de Vernon, et aprs quelques propositions malencontreuses, va tre
flanqu  la porte avec les honneurs dus  sa grossiret, lorsqu'il lui
vient en ide de se rcrier et de dire: Mais, madame, pardon, je ne suis
pas le premier venu, je suis le commandant Frochard. A ces deux mots
magiques, la dame tend la main au commandant et lui fait ses excuses. Le
commandant Frochard! qu'il soit le bienvenu, ce sauveur du capitaine
Pourailles, le frre de Mme de Vernon.

Et voici le capitaine arrivant sur ces entrefaites et se prcipitant
dans les bras du commandant. Que le capitaine n'ait jamais vu le
commandant Frochard, qui l'a tir des mains des Arabes, cela vous parat
bien violent, n'est-ce pas. Mais je ne dfend pas la pice, je ne fais
que la raconter. Toujours est-il que dans sa reconnaissance pour le
commandant qu'il avait cru mort, le capitaine Pourailles lui donne sa
soeur en mariage. C'est l encore un point difficile  dfendre pour
l'avocat de cette comdie.

Et quel drle de beau-frre que ce commandant Frochard! Il a pour nices
des couturires qui le suivent dans le monde. Il a un pass dsolant, ce
Frochard, un pass  faire frmir Mme Bellange, marie en secondes noces
 un terrible Espagnol, qui sait tout et qui n'est pas fch d'avoir
enfin sous la main le commandant si longtemps et si inutilement cherch.
Le drame est commenc, et il en cuit  Gtinais d'tre si lgrement
entr dans la peau du Frochard. Il paye les dettes de la vie du
commandant, et,  supplice, il lui faut demander  titre d'ami la main
mme de sa fiance, Mlle Dorlotin, pour le capitaine Pourailles. Le
coeur de l'avou bat toujours sous l'habit du commandant, si bien que
dans ces intermittences d'espoirs et de terreurs, dans ces temptes et
dans ces ahurissements, Gtinais tombe sur une chaise et se trouve mal;
on dfait sa cravate et son gilet, et Mme Dorlotin reconnat sur les
paules du commandant Frochard les bretelles qu'elle a brodes  son
fianc Gtinais. Tout s'explique; Gtinais proclame la simple vrit,
qui remet chacun dans son rle, qui donne pour femme Mlle Dorlotin au
capitaine et qui renvoie l'avou  sa province.

La pice mne grand bruit sans beaucoup de gaiet; elle s'engage
difficilement, lourdement. Elle demande au public des crdits difficiles
 accorder; elle serre ses effets au second acte, o elle devient fort
brillante et fort amusante, pour s'teindre au troisime acte dans des
scnes un peu uses. Grenier l'a joue rondement, et Christian lui a
donn prestement la rplique. Mlle Gabrielle Gauthier et Mme Aline Duval
ont t des plus applaudies dans deux rles qui mettent en relief leurs
qualits de comdiennes.

_Toto chez Tata,_ comdie en un acte de MM. Henri Meilhac et Ludovic
Halvy.

M. Scribe a mis  la mode la comdie  trois personnages; sont venues
aprs les pices  deux rles: puis l'acte avec un seul comdien menant
une action; enfin nous voici au monologue mimant un rcit. Tout cela
simplifie tellement le thtre qu'il n'y a plus rien du tout. Au train
dont marchent deux hommes d'esprit, accepts justement par le public,
MM. Meilhac et Halvy, nous entendrons bientt un acteur ou une actrice
nous lire, en costume, une page de journal ou une nouvelle de la _Vie
parisienne,_ et tout sera dit. La comdie que nous avons eu l'honneur
de reprsenter..., est venu nous dire M. Baron aprs la reprsentation
de _Toto chez Tata_. M. Baron aurait d s'exprimer ainsi: L'article que
Mme Chaumont vient de jouer devant vous est de MM. Meilhac et Halvy:
car en vrit ce n'est l qu'un chapitre pris dans quelque livre indit
de l'auteur de _M. et Mme Cardinal._ Qu'il soit charmant, qu'il soit
rempli d'esprit et tout vivant de cette vie du monde parisien, de cette
actualit qui fait le succs de nos deux jeunes auteurs, je n'en
disconviens pas. C'est un roman d'un quart d'heure. Toto, Tata, Chrubin
et la comtesse, tout cela est vivement, finement esquiss, tout cela est
mis en mouvement, surtout dans les sous-entendus, mais encore une fois
ce n'est l ni une comdie, ni une pice, c'est une nouvelle raconte.
Mlle Chaumont la joue en habit de collgien; n'tait le respect que je
dois  Mme Chaumont, j'aime autant lire l'article. Il me semble mme que
seule avec le livre, mon imagination donnerait au petit personnage des
auteurs plus de comique et plus de franchise. Cette critique ne nuira en
rien au trs-grand succs de _Toto chez Tata_, que Mme Chaumont dtaille
avec beaucoup de finesse, car Mme Chaumont est une comdienne de talent;
mais, comme ce marquis de Molire, elle veut avoir trop d'esprit, dont
j'enrage.

M. Savigny.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

_Histoire de la zoologie depuis les temps les plus reculs jusqu' vos
jours,_ par M. Ferdinand Hoefer (Hachette, diteur).--L'auteur a divis
son ouvrage en trois livres, subdiviss chacun en un certain nombre de
chapitres. Le premier traite de la zoologie dans l'antiquit, o
au-dessus de tous les auteurs qui se sont occupes d'histoire naturelle,
mlant  quelques notions vraies des fables sans nombre, brille
Aristote, ce crateur de l'anatomie compare qui n'a eu en ces temps
loigns ni matres ni successeurs. Le livre II est consacr au moyen
ge, priode durant laquelle il a t ajout fort peu de chose au fonds
commun de la science, transmis par les Grecs et les Romains. Le nom le
plus marquant de cette poque est celui d'Albert le Grand, vque de
Ratisbonne, qui a mrit le litre de Buffon du XIIIe sicle pour son
_Trait des animaux._ A cette partie de l'ouvrage de M. Hoefer se
rattache un trs-curieux chapitre intitul _les Bestiaires_, Volucraires
et Lapidaires, qui taient des traits sur les Quadrupdes, les Oiseaux
et les Pierres, en harmonie avec les croyances de l'poque, et dans
lesquels on voit comment on se plaisait alors  faire servir la zoologie
d'auxiliaire  la thologie. Le livre III, ou l'histoire de la zoologie
dans les temps modernes, commence  la dcouverte de l'Amrique, peuple
de tant d'animaux qui lui sont propres, et qui pour la plupart, sont si
diffrents de ceux de l'ancien monde. On sait qu'originairement
l'Amrique ne possdait aucun de nos animaux domestiques qui, tous, y
ont t transports par nous et qui depuis s'y sont si parfaitement
acclimats. M. Hoefer traite longuement de cette dcouverte du
Nouveau-Monde et de la grande influence qu'elle a eue sur les progrs de
la zoologie. Puis, aprs avoir rapidement numr les explorateurs des
diverses contres de l'ancien monde, il passe en revue la srie des
zoologistes observateurs et descripteurs au seizime, puis au
dix-septime sicle, poque  laquelle deux vnements importants
s'accomplirent: la fondation des acadmies ou socits savantes et
l'invention du microscope. L'ouvrage se termine par un chapitre
considrable et du plus haut intrt, consacr aux fondateurs de la
zoologie moderne: Linn, Buffon, Charles Bonnet, Lamarck et Cuvier, le
lgislateur de la zoologie en France.

Livre  lire et  relire. C'est, en effet,  notre avis, l'expos le
plus clair, le plus loquent en sa mle simplicit et le plus
substantiel qui ait t fait de la marche  travers les sicles de la
science zoologique. Aprs l'avoir lu, on est au courant de toutes les
questions qu'elle a souleves, soit qu'on l'tudie au point de vue de la
distribution systmatique des espces et de leur description mthodique,
soit qu'on le fasse au point de vue plus lev de l'anatomie et de la
physiologie compares, du rle des animaux dans l'ensemble de la
cration, de la transformation des espces et de l'unit de composition.

L. C.



[Illustration: IRLANDE.--Le chteau de Dun-Luce.]



REVUE COMIQUE DU MOIS, PAR BERTALL

[Illustration: Derniers moments de l'hippopotame.
--Va dire  M. Geoffroy Saint-Hilaire que je meurs avec le regret de ne
pas avoir assez fait pour le Jardin d'acclimatation: je n'ai pu
m'acclimater ici. Je conserve une dent  M. Chevreuil; qu'il s'en fasse
faire un rtelier en souvenir de moi.]

[Illustration: Les vacances.
--Effray de la mort de son collgue, le rhinocros sollicite un cong
de sant pour aller prendre les bains du mer  Java.]

[Illustration: Indisposition de la Girafe.
--Non, mon ami, non, quand on est forc comme moi de voir les hommes et
les vnements d'un peu haut, on est bien dgot de l'existence, on
est bien triste d'tre girafe.]

[Illustration: 52 Degrs au soleil!
--Un vrai temps de fusion! quoi.]

[Illustration:
--Et vous avez eu quelque couronne, mon petit ami?
--Une couronne! allons donc! me prenez-vous pour un ractionnaire?]

[Illustration:
--Dites donc, caporal, un volontaire d'un an, si menu, c'est pas dj
si commode.]

[Illustration: Une Tourne.
--Les ducs, voyez-vous, pre Potard, il n'y a rien de plus rpublicain
et de plus communard; seulement, ils n'osent pas le dire, rapport aux
racs. Le duc de Brunswick a laiss 25 millions aux rpublicains de
Genve.

--Soyez communard tant que vous pourrez dans votre canton et je
parlerai de vous au duc d'Aumale. Vous verrez un peu, aprs sa mort,
je ne vous dis que a.]

[Illustration: Aux bains de mer.
--Le petit gommeux qu'on l'appelle, qui disait tantt sur la plage que
vous tiez une femme un peu lgre, excusez!]

[Illustration: Indiscrtion.
--Je te disais bien que c'tait un homard! toi qui prtendais que
c'tait une langouste!]

[Illustration: Aux bains de mer.
--Nous n'avons plus que deux places sous le billard. Vous y serez
parfaitement. --Il y a un monsieur et une dame qui ont lou le dessus
du billard, mais c'est des gens bien tranquilles.]

[Illustration: Le coq et la poule.
_Apologue._
--Chre amie, une petite place  ct de vous, s'il vous plat.
--Dame, en se serrant un peu; mais il faudra vous faire bien petit!]

[Illustration: Aux bains de mer.
--C'est sans doute quelque dput influent qui se prpare  se
retremper dans le suffrage universel?]



HISTOIRE DE LA COLONNE

Troisime article (1)

IV. LA COLONNE (suite).

Voici, suivant notre promesse, quelques dtails de description
technique:

        --Dimensions principales, releves au jour
        de l'inauguration:

        Perron hauteur.                     0m4872
        Pidestal                              5m6215
        Largeur dans le nu du d       5m522
        Base et tore            1m8407
        Ft                                     26m7992
        Diamtre moyen      3m708.
        Chapiteau                             1m3535
        Stylobate ou lanterne             3m8980
        Figure avec la plinthe             3m5732
        lvation totale                    43m5733

[Note 1: Voy. les numros des 17 et 24 courant.]

--Le noyau du monument est construit en pierres de taille trs-dures et
soigneusement appareilles. Un escalier  vis, compos de cent
soixante-dix-sept marches, prises dans l'paisseur mme des assises,
conduit, de la base du pidestal, au tailloir du chapiteau, qu'entoure
une balustrade de quatre-vingt-seize barreaux.

L'escalier reoit le jour par des baies latrales imperceptibles de
l'extrieur.

--L'ensemble de la maonnerie est revtu par trois
cent-soixante-dix-huit pices de bronze, toutes mobiles entre elles et
soutenues par environ trois mille quatre cents tenons, tasseaux et
boulons libres.

--On value  seize cents le nombre des figures qui s'agitent,
immobiles,  la surface des bronzes.

Nous renvoyons le lecteur, curieux d'tudier  fond la composition des
bas-reliefs, aux planches de M. Ambroise Tardieu.

Les soixante-seize lgendes explicatives qui accompagnent ces tableaux
tournants ont t rdiges en collaboration par Napolon, le baron Denon
et Berthier... Berthier qui, major gnral de Lafayette dix ans
auparavant, devait, dix ans plus tard, passer capitaine des gardes de
Louis XVIII--aprs tre devenu successivement, dans l'intervalle,
ministre de la guerre, marchal de l'Empire, grand veneur,
vice-conntable, chef de la premire cohorte de la lgion d'honneur,
prince de Wagram, de Neuchtel, de Valenay, et neveu par alliance du
roi de Bavire!

--Quant au poids total du bronze employ pour la colonne, les uns--avec
M. A. Tardieu--l'estiment  176 222 kilog.; les autres--avec Dulaure--
881 000 kilog. L'cart est assez important pour que cela vaille la peine
d'tre vrifi. Essayons:

Nous savons que le nombre des canons verss dans _la cuve o
bouillonnait encore le monument promis_ s'lve  douze cents.--Mais
quel est le poids d'un canon? Cela dpend, puisqu'il est proportionne! 
celui de son projectile. Ajoutons que la proportion n'est pas fixe. Elle
varie suivant le calibre.

En oprant sur un assortiment de toutes les pices en usage, on obtient
cette formule moyenne: le poids d'une pice est gal  deux cent vingt
et une fois environ celui de son projectile;--en oprant sur la srie
complte des projectiles de tous calibres, on trouve que le poids moyen
d'un boulet est de 10k49.

Si donc on supposait que tous les spcimens de pices eussent t
reprsents, en nombre gal, dans l'artillerie absorbe par la colonne,
on arriverait au poids total de 2,781 948 kil. pour les douze cents
canons--soit 2,318k29 par pice.

Mais rien n'indique qu'il en fut ainsi. Il semble mme plus rationnel
d'admettre que la majeure partie des canons autrichiens et russes (2)
ramens d'Ulm et des arsenaux de Vienne, tait compose de pices dites
_de campagne_: calibres quatre, huit et douze.--Or, celles-ci ne psent
en moyenne que cent cinquante fois le poids de leur projectile, et ce
poids moyen n'est, lui-mme, que de 4k02.

[Note 2: Et non prussiens, comme une faute typographique le faisait dire
nagure  l'un de nos collaborateurs.]

Multiplions et nous obtenons comme poids unitaire: 603 kilog.; soit pour
les douze cents pices: 723,600k.

Il suffit donc de passer en compte, parmi les pices conquises, quelques
calibres suprieurs qui relvent nos moyennes, pour accepter comme
trs-suffisamment justifi le poids total de Dulaure:--881,000 kil.,
soit, comme poids unitaire: 734 kil.

Mais que penser de l'autre estimation, si frquemment reproduite, et
d'aprs laquelle le poids d'un canon ressortirait  146 kil.
seulement,--alors qu'en ralit la moindre pice pse plus du double!

                                                      *
                                                    *  *

Revenons  la colonne en signalant ce curieux dtail gnralement
ignor:

Dans une des assises, il a t plac une bote de plomb o se trouvent,
incrustes, une srie de dix-huit mdailles d'argent, composes toutes,
sauf une, par le baron Denon.

Seize de ces mdailles--destines  tmoigner, dans la suite des
sicles, de l'origine du monument--reprsentent les principaux pisodes
de la campagne de 1805. Elles sont comme le sommaire de l'pope crite
par Bergeret.

Les deux autres reproduisent l'lvation gomtrale, l'une de l'arc de
triomphe du Carrousel, et l'autre de la colonne.

                                                      *
                                                    *  *

La colonne comporte deux inscriptions ddicatoires. La premire est
grave sur le tailloir du chapiteau. En voici le texte:

MONUMENT LEV A LA GLOIRE DE LA GRANDE ARME
par NAPOLON LE GRAND
COMMENC LE XXV AOUT MDCCCVI, TERMIN LE XV AOUT MDCCCX
SOUS LA DIRECTION DE D. V. DENON
MM. J. B. LEPRE et L. GONDOIN, architectes.

Bien  dire, puisqu'il est convenu que M. Gondoin doit partager avec M.
Lepre la gloire de ce travail... Il parat que l'honneur de l'avoir
entrepris sans succs... ne lui suffisait pas! Nanmoins il faut encore
lui savoir gr d'avoir laiss nommer son collgue avant lui. C'est un
aveu:

La seconde inscription se trouve dans le cartouche que soutiennent,
au-dessus de la porte de l'escalier, les deux Renommes de Mazois. Elle
est ainsi conue:

        NEAPOLIO-IMP-AVG
        MONVMENTVM-BELLI-GERMANICI
        ANNO-M D CCCV
        TRIMESTRI-SPATIO-DVCTV-SVO-PROFLIGATI
        EX-RE-CAPTO
        GLORIE-EXERCITVS-MAXIMI-DICAVIT (3)

[Note 3: Traduction littrale:--_Par Napolon, empereur Auguste--en
souvenir de la guerre allemande--de 1805--termine en trois mois sous sa
conduite--ce monument fait de l'airain conquis-- la gloire de la
trs-grande anne a t ddi._]

Le latin qu'en vient de lire est d aux patientes mditations d'un des
plus clbres archologues connus: Ennio-Quirino Visconti, professeur
d'archologie, conservateur du Muse des antiques et des tableaux du
Louvre, membre de l'Institut, etc. Il semble bien, avec de pareilles
garanties, qu'on doive n'y rien trouver  reprendre. Eh bien, au
contraire! Un autre antiquaire, plus obscur et moins titr, M. Belloc, a
pris  tache de dmontrer que l'inscription est crible de fautes. Et,
dans une plaquette, publie  Bourg en 1833, il corrige, en matre sr
de lui, ce mauvais devoir d'un lve rput excellent.

Nous regrettons vivement de ne pouvoir introduire ici--ce n'est pas le
lieu--tous les dtails de cette piquante critique. Non pas que nous la
tenions pour indiscutable en toutes ses corrections. Mais il en est un
si bon nombre dont la justesse nous parat de toute vidence!
Contentons-nous d'en rsumer quelques-unes  la hte et  titre
d'chantillons:

Imperator--signifie, quand il suit le nom propre--_chef d'arme_, et non
pas--comme quand il le prcde--_Empereur_. C'est videmment ce dernier
titre qu'on entendait, dans l'espce, donner  Napolon. Donc...

Monumentum: en style lapidaire, ce vocable s'affecte exclusivement aux
_monuments... funbres._

Ex re capto:--_re_ n'a jamais t employ sur les monuments que dans
son acception montaire: re collato; re collatitio; re publico: voil
les termes qui se rencontrent trs-frquemment dans l'pigraphie
antique; traduction rigoureuse: Par souscription publique...

M. Visconti insinue donc--bien malgr lui--que la colonne a t
construite au moyen... _d'arqent vol!!!_

Exercitus maximi--signifie, en bonne latinit, _de l'arme
trs-grande... en nombre_.--A quoi bon cette expression douteuse, qui
dit trs-mal ce qu'on a voulu dire, quand on avait, sous la plume, un
bout de phrase de Tacite qui le dit si bien:--_Exercitui cui magna nomen
inditum...?_ etc., etc., etc.

On nous accordera bien que ce ne sont pas l des chicanes dnues de
tout sens commun, si amusantes soient-elles.

V.--LA STATUE DE CHAUDET.

Et d'abord, pourquoi sur cette colonne la statue de Napolon Ier, alors
que, dans le principe, c'est la statue de Charlemagne qui devait la
surmonter?

L'empereur, en effet, parut avoir, pendant longtemps, une vive
rpugnance  se laisser, de son vivant, tailler en marbre ou couler en
bronze.

--Un fait  l'appui de cette assertion:

On sait que l'arc de triomphe du Carrousel a t fond presque
simultanment avec la colonne.

--De prime abord, on avait dcid qu'il serait couronn par le fameux
quadrige de Corinthe (4), amen d'Italie par Napolon. Le statuaire
Lemot s'tait mme charg d'atteler ces fringants coursiers  un char
suffisamment antique. L'quipage ainsi constitu il fallait un
automdon. O le prendre? On songea  l'Empereur: son image ferait si
bien en cette place!--Ce projet lui lut donc soumis. Mais aux premiers
mots, voici--d'aprs MM. Perrier et Fontane, les architectes du
monument--quelle fut sa rponse textuelle:

Que l'image de ma personne fasse partie d'un bas-relief ou d'un tableau
reprsentant une action dans laquelle j'ai figur, cela est juste. Mais
que je prenne ou que je me fasse donner les honneurs de l'apothose,
rien n'est plus inconvenant; je veux que ma statue, si elle est y
place, soit enleve, et que le char, si l'on n'a rien de mieux  y
mettre, reste vide.

[Note 4: Ces chevaux passent pour avoir dcor,  Corinthe, le temple du
Soleil.--Ils auraient t transports, de Corinthe  Rome, par Nron; de
Rome  Venise par le doge Dandollo; de Venise  Paris par Napolon.]

Or, cela se passait dans le courant de 1806.--Il faut que la
courtisanerie ait ultrieurement trouv dans Ina, Eylau, Friedland et
l'achvement des Codes, des arguments bien puissants pour vaincre en
quelques mois des scrupules aussi nettement accentus!

Toujours est-il que Chaudet--grand prix de Rome de 1784 nomm membre de
l'institut en 1805--reut, un beau jour, la commande d'une statue de
l'Empereur destine  la colonne de la place Vendme.

Il parat que le programme de l'oeuvre ne fut pas arrt sans
discussion. Napolon et son fidle baron tenaient pour le grand costume
de l'empire. Le sculpteur, lve de David--naturellement--ne voulait pas
entendre parler de ce travestissement. Sa rputation imposait son
ciseau.

Il en profita pour parler haut et ferme, et, finalement, fit, du costume
romain, la condition _sine qua non_ de son concours. Ce qui prouve plus
en faveur de son caractre que de son got. Voici, du reste, par quelles
pitres raisons il dfendait sa manire de voir (5):

Il faut toujours se rendre compte de ce qu'on veut faire. La colonne de
la Grande Arme est une imitation de la colonne Trajane. Cette imitation
ne doit pas rester incomplte. Elle le serait si la statue qui doit la
couronner n'tait vtue comme celle de Trajan, etc., etc.

[Note 5: Courrier franais, 28 juillet 1833.]

Fort bien! mais, terrible logicien que vous tes, pourquoi n'avoir pas
fait prvaloir plus tt cette mirifique opinion? Prcisment M. Denon
avait remis  Bergeret, pour le guider dans son travail, des dessins
excuts, d'aprs les bas-reliefs de la colonne Trajane, par Jules
Romain et le Mutiau. Croyez-vous qu'au lieu d'attacher  sa propre
invention toute une arme franaise, et, partant, de ne tirer aucun
parti de ces modles, votre malheureux collgue n'eut pas prfr cent
fois copier des _vlites_, des _hastaires_ et des _princes_ (6)?--Alors
seulement le plagiat et t complet, c'est--dire tel que vous le
dsiriez. Alors seulement on et pu concevoir l'esprance d'entendre un
jour au pied de la colonne des dialogues dans ce got-ci:

[Note 6: Pour conserver les dsignations, mieux connues, en usage avant
Marius.]

--Ce monument doit avoir t bti par les Romains.

--Qui vous fait croire...?

--Dame! rien que cette poigne de _triaires_, l, dans le coin, 
gauche...

--Des _triaires_, a! C'est la vieille garde!

Jules Dementhe.

(_A suivre._)



BIGARRURES ANECDOTIQUES

L'esprit de parti

(Suite)

--On parle de faire encore des conomies; gare  une augmentation
d'impts!

--Les sergents de ville sont convertis en ordre de chevaliers du guet--
pens.

--Il y a mouches qui _piquent_ et mouches qui _rapportent._ Depuis que
_Figaro_ s'est jet  corps perdu dans celles qui _rapportent_ il
n'entend plus rien  celles qui _piquent._

--_Figaro_ n'est pas blanc, il est ple; il a chang de _couleurs..._
non, il a chang de livre; il montre le poing..., non, il tend la main;
il tient un _bton..._ non, c'est une croix; il dit qu'il a du bois
vert... non, c'est un fagot; il se donne au diable... non, il se _vend_
au poids; il _s'affiche..._ non, il _s'en fiche._

--On va donner des bals pour les pauvres. La moiti de la France y est
invite.

--Ds que la loi sur le divorce sera vote, M. Le Blanc se propose de
rompre l'alliance qu'il a contracte malgr lui avec madame veuve
Lerouge, rue Bleue.

--Depuis la rvolution de Juillet, on calcule que 81,729 victimes ont
t attaches  la croix... d'honneur.

--On assure que ce printemps les royalistes vont en gutres, les
rpublicains en bottes et le juste milieu en bas.

--M. Casimir, qui est tranger aux affaires, garde pourtant les affaires
trangres.

--Entour qu'il est de royalistes, de bonapartistes et de rpublicains,
il ne sera jamais qu'un roi de Macdoine.

--Le ventre a mal au ct gauche.

--La Chambre en est venue au point de ne plus distinguer sa gauche
d'avec sa droite.

--On a arrt hier un sourd-muet souponn de penser des murmures
sditieux. C'est bien fait. Pourquoi abuser  ce point de la libert!

--Les reprsentants de la nation donnent et reoivent des
reprsentations bien burlesques!... Quand baissera-t-on la toile!

--Le budget est bien long  supputer. On devrait le mesurer  la toise,
cela abrgerait la besogne d'un tiers.

--Les dputs qui se plaignent aujourd'hui de la presse ressemblent 
Nron mditant la mort de sa mre.

--Il y a dix mois que la carte de France n'est plus qu'une carte
payante.

--On parle beaucoup de la prochaine dissolution de la Chambre. Est-ce
qu'elle n'est pas dj dissolue?

--Un fonctionnaire public destitu demandait  un ministre pourquoi
l'administration ne lui avait pas signifi les motifs de la destitution.

--Par une bonne raison! lui rpondit Son Excellence, c'est que notre
administration ne signifie rien!

Jules Rohaut.



[Illustration: LE NAVIRE CUIRASS _LE SUFFREN_ DE LA
MARINE NATIONALE.]



Rbus

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Aprs l'hiver, les oiseaux font leur nid.

[Illustration: nouveau rbus.]










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Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
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distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
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