Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1599, 18 Octobre 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1599, 18 Octobre 1873

Author: Various

Release Date: December 2, 2014 [EBook #47514]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1599, 18 ***




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L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

31e Anne.--VOL. LXII.--N 1599
SAMEDI 18 OCTOBRE 1873



[Illustration.]

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.



SOMMAIRE

_Texte:_ Le gnral Pourcet.--Histoire de la semaine.--Courrier de
Paris, par M. Philibert Audebrand.--La Soeur perdue, une histoire du
Gran Chaco, par M. Mayne Reid.--Nos gravures.--Les Thtres.--Les
frayeurs de M. Pommier, par M. Jean Bruno.--L'esprit de Parti
(suite).--M. Lon de Rosny et le Congrs international des
Orientalistes.--Bulletin bibliographique.--Exposition universelle de
Vienne; les Bronzes de M. Domange Rollin.

Gravures: Le gnral Pourcet, commissaire spcial du gouvernement.--Sir
Edwin Landseer.--Le dernier soldat prussien ayant foul le territoire
franais.--Remise  la Prusse d'un convoi de forats ayant opt pour la
nationalit allemande. --La pche des hutres (6 gravures).--Un intrus,
dessin de M. K. Bodmer.--M. Lon de Rosny, prsident du Congrs
international des Orientalistes..--La nouvelle caserne d'infanterie de
marine construite  Sagoun.--Exposition universelle de Vienne: les
Bronzes de M. Domange Rollin.--Rbus.



LE GNRAL POURCET

Le gnral Pourcet, commissaire spcial du gouvernement prs le conseil
de guerre appel  juger le marchal Bazaine, porte gaillardement ses
soixante automnes. La moustache et les cheveux sont blancs, mais bien
fournis et bien plants; la chevelure est fine et soyeuse, la moustache
et la mouche coupes court, selon l'ordonnance. Les traits du visage
sont d'une grande tnuit, seul le front a un certain dveloppement; la
bouche, le nez, les yeux vifs et noirs sont petits. Le teint indique que
le gnral a t brun; sa taille est un peu au-dessous de la moyenne des
officiers; mais avec sa tournure droite et lance, le gnral n'en a
pas moins fort bon air en uniforme. Dans sa jeunesse, avec sa figure
fine et distingue, il a d passer pour fort joli garon.

Au repos, l'aspect du gnral Pourcet est toujours charmant; mais quand
son esprit est tendu et qu'il darde les yeux sur le marchal Bazaine
afin de saisir au passage ses impressions en mme temps qu'il coute ses
paroles, ses traits prennent une svrit, une duret qui ne nous
rassurent que mdiocrement sur l'attitude du ministre public, qui ne
s'est encore manifest que par quelques monosyllabes, de mme du reste
que la dfense.

Le gnral est entr  Saint-Cyr en 1832; deux ans aprs il passait 
l'cole d'tat-major, et nomm lieutenant au commencement de 1835, il ne
tardait pas  partir pour l'Afrique, o il allait faire un sjour de
prs de trente ans.

[Illustration: LE GNRAL POURCET Commissaire spcial du gouvernement.]

Le gnral Changarnier, qui l'avait distingu pendant ses expditions,
le prit pour aide-de-camp en 1841, pour ne se sparer de lui qu'en 1850,
poque  laquelle le gnral Rgnault d'Angely osa renverser l'idole des
Parisiens.

Pourcet retourna aussitt en Afrique, o il remplit pendant plusieurs
annes les fonctions de chef d'tat-major de la division d'Oran, sous un
chef exigeant et difficile, le terrible Plissier. Le subordonn n'ayant
pas un caractre beaucoup plus souple que le suprieur, nous croyons
savoir que leurs rapports laissrent  dsirer et que les torts
n'taient pas du ct du colonel Pourcet.

Nomm gnral de brigade, Pourcet fut dsign pour l'emploi de chef
d'tat-major du grand commandement de Toulouse. Son avancement,
trs-rapide au dbut, s'tait singulirement ralenti; chef d'escadron en
1848, il ne devenait divisionnaire qu'en 1869, malgr ses beaux services
de guerre, son zle et son instruction pourtant trs-apprcis. Il avait
eu les bnfices des aides-de-camp d'un gnral en vue; il en connut les
inconvnients, toujours nombreux et souvent graves dans les pays qui
changent souvent de gouvernement et o les influences sont comme les
branches d'une girouette. Pourcet ne voulant pas, comme tant d'autres,
devenir un indicateur des vents, resta fidle au souvenir de son vieux
gnral, et marqua invariablement le nord, signe de froid.

La guerre le trouva gnral de division du 24 fvrier 1869 et commandant
de la province d'Alger. Maintenu dans la colonie au dbut de la
campagne, il vita ainsi d'tre pris  Sedan ou  Metz. En octobre, M.
Gambetta le rappela en France pour lui confier un commandement digne de
son incontestable valeur militaire, celui du 16e corps d'arme alors en
voie de formation derrire la Loire.

Avec ses habitudes de svre discipline et de commandement sans
rplique, le commandant du 16e corps ne put supporter les nombreux actes
d'indiscipline qui se commettaient dans ces amas de recrues auxquelles
manquaient les soins matriels et la direction morale, faute de temps et
de cadres.

Lorsque M. Gambetta,  la suite de la capitulation de Metz, fit sa
clbre proclamation, le gnral Pourcet manifesta son indignation en
termes loquents. Un de ses meilleurs divisionnaires, le gnral Barry,
le surpassa encore par la vhmence de son langage.

Le gnral en chef d'Aurelles raconte, dans son _Histoire de l'arme de
la Loire_, la scne mouvante qui eut lieu, le 1er novembre, 
Marchenoir, lors de la runion des officiers gnraux, commandants de
rgiments, les membres de l'intendance et les chefs des divers services
du 16 corps. Au fond du coeur; dit le gnral d'Aurelles, je partageai
l'indignation de mes officiers; mais, comme gnral en chef, j'avais des
devoirs  remplir, et je m'efforai de faire entendre des paroles
d'apaisement.

Trs-peu de jours aprs, le gnral Pourcet envoyait sa dmission, qui
tait accepte. Cependant, cinq semaines plus tard, touch des malheurs
de la France, il accepta le commandement du 25e corps, en voie de
formation dans le Cher, et destin  couvrir le grand vide qui allait
s'largissant entre les armes de Bourbaki et de Chanzy. En quelques
jours, le nouveau commandant en chef sut faire preuve de coup d'oeil et
d'audace dans l'excution.

Dcid  gner les communications des Prussiens, il dirigea sa premire
division, Bruat, sur Nevers, et se porta avec la seconde dans une
direction tout oppose, vers Blois, par Romorantin. Ce mouvement fut
excut avec un mystre et une clrit bien rares chez nous  cette
poque, et le 29 janvier il refoulait brusquement les avant-postes
prussiens en avant du faubourg de Vienne, sur la rive gauche de la
Loire. Chass de leurs embuscades et maisons crneles, l'ennemi se
rejeta en dsordre dans Blois, abandonnant  Pourcet une centaine de
prisonniers, dsarms et des munitions. Pour arrter la poursuite, ils
brlrent le tablier provisoire en bois tabli par eux sur l'arche du
pont, dtruite lors de la retraite de Chanzy sur le Mans.

C'est sur ce beau fait d'armes que l'armistice arrta le gnral
Pourcet. A la paix, il fut appel au commandement de la 12e division
militaire  Toulouse, et nous ne serions pas tonn de le voir appel 
remplacer prochainement le doyen de nos commandants de corps d'arme,
aprs l'accomplissement de la tche difficile qui lui a t confie dans
le procs du marchal Bazaine.

A. Wachter.



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

L'vnement de la semaine a t la quadruple lection du 12 octobre. Il
faut le reconnatre le succs des candidatures rpublicaines a t
crasant.

En effet, dans la Loire, M. Reymond a t lu par 59,886 voix contre
24,588 donnes  son concurrent, M. Faure-Belon. Dans la Nivre, la
diffrence en faveur de M. Turigny a t de 11,617 voix. Dans les
lections du 27 avril dernier, o les mmes candidats s'taient dj
trouvs en prsence, l'cart n'avait t que de 1,150. L'Assemble avait
cru devoir alors annuler l'lection de M. Turigny et mettre le suffrage
universel en demeure de faire connatre avec plus d'clat ses
prfrences: le suffrage universel a rpondu. Dans le Puy-de-Dme, o le
parti monarchique n'avait point tent d'opposer une candidature  celle
de M. Girot-Pouzol, celui-ci a t lu par 79,825 voix. Enfin, dans la
Haute-Garonne, o le parti monarchique avait produit la candidature de
M. Niel, et paraissait nourrir quelque esprance de succs, M. de
Rmusat l'a emport de 39,577 voix.

Ne semble-t-il pas que l'on doive conclure de ce quadruple chec inflig
par les lecteurs aux candidats du parti monarchique que le pays,
partout o il est appel  faire connatre ses dsirs, se prononce pour
la rpublique, et que c'est encore sa parole qui seule peut trancher la
grave question de la forme du gouvernement? Cependant les journaux de la
fusion y trouvent des raisons imprieuses de conclure dans un sens tout
diffrent et de marcher avec plus de rsolution que jamais dans la voie
o tente d'entraner la France la majorit du 24 mai. Le _Franais_
parle de la ncessit de ne pas prolonger d'un seul jour les retards qui
ont fait battre son parti aux lections du 12 octobre. De mme la
_Patrie_ appelle l'attention des promoteurs de la restauration
monarchique sur les inconvnients qu'offrent la prolongation de
l'incertitude touchant les conditions de cette restauration.

Pour l'_Univers_, c'est la rvolution qui a triomph partout, et il
conclut: Pour arrter le radicalisme il faut la monarchie. Et
l'_Union_: Voyez et jugez, parti conservateur, crit-elle; voyez o est
l'opinion en France, jugez s'il est temps d'y apporter remde. Le
_Journal de Paris_ conclut galement au rtablissement de plus en plus
indispensable d'une monarchie: L'heure des rsolutions viriles va
sonner, dit-il. Il s'agit du salut mme de la patrie. En vrit, si vous
ne rtablissez pas la monarchie par le lgitime souci de rejeter la
rvolution hors du gouvernement; si, aprs avoir rtabli la monarchie,
vous ne vous pourvoyez point d'une loi municipale qui permette 
l'autorit de gouverner, six mois ne se passeront pas avant que l'on
n'acclame le gnral qui rprimera l'audace des nouvelles couches
sociales, comme Tarquin le Superbe faisait des pavots de son jardin.
Enfin, car il faut en finir, toutes semblables sont les conclusions de
l'_Assemble nationale_: Les lections du 12 octobre, crit cette
feuille, sont le suprme avertissement qui nous est donn. La logique
des faits est marque d'avance: c'est la monarchie immdiate, quelles
qu'en soient les conditions; ou bien c'est, avec des tapes qui
paraissent devoir tre rapidement parcourues, retomber en Thiers, et de
Thiers en Gambetta, et de Gambetta en Turigny, et de celui-ci en Pyat,
Vermesch et Gaillard.

Nous ne saurions voir, quant  nous, les choses sous une couleur si
fonce, et il nous semble qu'entre le drapeau blanc et le drapeau rouge,
il y a encore une place pour le drapeau tricolore. Au fond, ce qui est
en cause ici, comme le fait remarquer le _Journal des Dbats_, ce n'est
plus la rpublique, c'est le suffrage universel. Aprs le 24 mai, on se
faisait fort de ramener le pays le plus facilement du monde et de
dompter le suffrage universel en le moralisant. L'exprience a prouv
qu'il y avait beaucoup de prsomption dans cet engagement. Le ministre
du 24 mai n'a rien ramen, et chaque jour le suffrage universel tmoigne
qu'on avait trop compt sur sa docilit. En prsence de cette
dconvenue, il serait tmraire d'esprer qu'un changement dans la forme
du gouvernement serait plus efficace pour modifier les tendances bien
connues de l'esprit national. Veut-on modifier ces tendances par la
force? Qu'on le tente. Il nous semble toutefois qu'au lieu de montrer le
poing  son temps avant de lui tourner le dos, il serait plus sage de
s'accommoder avec lui, afin de tirer de ses ncessits, au profit des
intrts sociaux, tout le parti et le meilleur parti possible.

En attendant, tandis que le comit Changarnier dlibre dans l'ombre et
le mystre, les dputs fusionnistes continuent leurs tentatives auprs
de M. le comte de Chambord. Un membre du cercle des Rservoirs est parti
ces jours derniers pour Salzbourg, o se trouve en ce moment le
prtendant, auprs duquel il dploie les plus grands efforts pour
l'amener  certaines concessions capables de grouper la majorit de
l'Assemble en un seul faisceau. A-t-il russi? je ne sais. D'aprs les
bruits qui courent, M. le comte de Chambord se montrerait dispos 
cder sur le drapeau, mais en insistant sur son droit suprieur et
inhrent, et sur la ncessit pour la France de le reconnatre avant
tout. Quoi qu'il en soit, nous ne tarderons pas  tre renseigns et
difis  cet gard, et il est probable que la rponse de M. le comte de
Chambord sera connue quand paratront ces lignes.

Le procs du marchal Bazaine poursuit son cours  Trianon. Aprs le
rapport du gnral Rivire, M. le prsident du conseil de guerre a
ordonn, usant de son pouvoir discrtionnaire, la lecture d'un mmoire
justificatif de l'accus, qui n'est que la reproduction de celui que le
marchal avait lui-mme publi antrieurement  son arrestation. Puis on
a pass  l'interrogatoire. Avant d'y procder, M. le prsident a fait
connatre aux juges, au parquet,  la dfense et au marchal Bazaine les
divisions qu'il se proposait d'introduire dans cet interrogatoire et qui
doivent tre reproduites dans l'audition des tmoins.

Ces divisions sont au nombre de neuf. Les voici:

1 Prise de possession du commandement;

2 Oprations militaires depuis le 13 jusqu'au 19 aot;

3 Communications avec l'empereur, le gouvernement, le marchal de
Mac-Mahon et divers;

4 Oprations du 19 aot au 1er septembre 1870;

5 Dfense et approvisionnement de la place de Metz;

6 Incidents et dmarches diverses pendant le mois de septembre;

7 Communications avec le gouvernement de la dfense nationale;

8 Dernires ngociations;

9 Capitulation.

L'interrogatoire du marchal Bazaine a commenc lundi dernier. Il a dj
port sur les cinq premires divisions ci-dessus mentionnes. Ce qu'ont
t les rponses de l'accus, nous n'avons pas  l'apprcier ici. Sur ce
point, nous croyons devoir garder pour nous nos impressions, et nous
sommes certains que tout le monde comprendra et approuvera ce sentiment
de rserve.

Une autre affaire, l'affaire Ranc, a t juge le 13 octobre par le 3e
conseil de guerre, prsid par M. le lieutenant-colonel Deloffre. M.
Ranc n'ayant pas rpondu  l'appel de son nom, le greffier a donn
lecture d'un rapport dans lequel est passe en revue toute la vie de
l'accus et qui, sur les faits qui ont motiv les poursuites, n'apprend
rien que ne connaissent nos lecteurs depuis deux ans.  la suite de
cette lecture, le conseil, aprs en avoir dlibr, a condamn par
contumace M. Ranc  la peine de mort.

ESPAGNE

Les nouvelles d'Espagne sont relativement satisfaisantes. Carthagne est
investi par terre et par mer. Les insurgs font preuve d'nergie, mais
les vivres commencent  manquer. Une dpche de Madrid, en date du 14
octobre, annonce qu'il en resterait seulement pour trois ou quatre
jours. On sait qu'un engagement a eu lieu le 11 entre l'escadre de
l'amiral Lobo et les frgates intransigeantes. L'issue de cet engagement
est d'un excellent augure. Aprs deux heures d'un combat acharn, dans
lequel a t tu M. Mova, dput et membre de la junte
insurrectionnelle, les forces navales carthaginoises, fort maltraites,
ont t obliges de regagner le port.

Voil pour le midi; quant au nord, le combat de Cirauqui parat avoir eu
plus d'importance qu'on ne l'avait d'abord suppos. Il semble que le
gnral Moriones qui, depuis plusieurs jours, essayait de forcer les
lignes ennemies, ait voulu surtout s'assurer de la valeur de ses troupes
en les lanant contre les bandes navarraises, qui constituent la grande
force des carlistes, attirer en Navarre une partie des insurgs du
Guipuzcoa et de la Biscaye, et offrir ainsi au gnral Loma l'occasion
de prendre l'offensive. Le gnral Moriones a atteint le premier but et
parat devoir atteindre les deux autres; en effet, dans son rapport sur
le combat qui vient d'avoir lieu, il termine en disant que dans peu de
jours les heureuses consquences du combat de Cirauqui se feront
certainement sentir, et que dj l'on signale  Estella la prsence de
don Carlos, venu du Guipuzcoa au secours de son lieutenant.

ITALIE.

Le Journal officiel de Berlin publie une curieuse correspondance que
viennent d'changer le pape et l'empereur d'Allemagne. La lettre du pape
est du 7 aot. Il s'y plaint que toutes les mesures prises depuis
quelque temps par le gouvernement allemand ont de plus en plus pour but
de dtruire le catholicisme, et il demande  l'empereur s'il n'arrivera
pas  se convaincre que ces mesures n'ont d'autre effet que de miner
son propre trne ...

Dans sa rponse du 3 septembre, l'empereur se plaint de son ct qu'une
partie de ses sujets catholiques aient, avec le concours de l'piscopat,
organis un parti politique qui cherche  troubler, par des menes
hostiles  l'tat, la paix religieuse qui rgne en Prusse depuis
plusieurs sicles, et il espre que le pape voudra bien employer son
autorit  mettre fin  une agitation fomente  la faveur d'une
dplorable falsification de la vrit et d'un abus de l'influence
ecclsiastique. L'empereur se montre donc rsolu  soutenir M. de
Bismark dans sa lutte contre les catholiques, et il repousse les prires
que le pape lui adresse, non-seulement comme chef de l'glise
catholique, mais comme prtre et pontife. Tous ceux qui ont reu le
baptme appartiennent au pape, crit Pie IX  l'empereur, qui proteste,
et rpond: La foi vanglique que mes anctres ont professe et que je
professe moi-mme avec la majorit de mes sujets, ne nous permet pas
d'admettre, dans nos rapports avec Dieu, d'autre intermdiaire que
Notre-Seigneur Jsus-Christ.

Le bruit court que par suite de l'absence prolonge de notre ambassadeur
 Rome, M. Fournier, M. Nigra, ministre d'Italie en France, vient d'tre
autoris par son gouvernement,  demander un cong et qu'il a quitt
Paris.



Courrier de Paris

--Avez-vous vu l'Homme-Chien? Avez-vous vu le fils de l'Homme-Chien,
plus chien encore que son pre.

On s'abordait dj en se faisant ces questions le moyen de s'amuser aux
bagatelles d'une baraque au moment o se joue,  ct de nous, le
drame de Trianon? Frivole, notre peuple l'est. Nul ne l'aura jamais t
au mme degr. Un rien le distrait. Rabelais disait: Rien qu'avec un
grelot  la main, vous le faites rire. La moindre bizarrerie lui fait
tourner la tte. Mais ce qui n'est pas moins vrai non plus c'est que
tout ce qui se rapporte  son honneur le touche du premier coup au plus
vif de l'me. Voil comment, l'autre soir, en lisant l'pisode relatif
aux drapeaux que le marchal Bazaine a livrs aux Prussiens dans les
forts de Metz, des millions de Franais ont senti les larmes leur venir
aux yeux, larmes d'impuissance et de rage. A l'heure qu'il est, il ne
s'agit plus d'une manifestation partielle ou fragmente; la France
entire s'emporte. On se demande en tout lieu comment cela a pu se
faire.

Que n'imitait-il l'hroque Beaurepaire qui s'est si bien brl la
cervelle en rendant Verdun? se disait-on de tous cts.

Au reste, l'tonnement a saisi chacun de nous  la gorge depuis
l'ouverture de ces lamentables dbats. Cette aventure de notre
abaissement tait pourtant assez connue. Mais en dpit des kilomtres
d'crits qu'on a publis l-dessus, on ne connaissait encore la vrit
qu' demi. Le rapport du gnral de Rivire projette sur notre chute des
lueurs inattendues, une lumire qui ne laisse plus rien dans l'ombre.
Comme il est bien visible que nos revers nous viennent en grande partie
de nous-mmes! Comme nous avions bien cent fois tout ce qu'il nous
fallait pour ne pas tomber!

A l'heure o tout cela n'en tait encore qu'au prologue, les Italiens
s'gayaient de l'vnement, les ingrats! Pasquin et Marforio engageaient
un dialogue de jolis coeurs.

Marforio.--Qu'est-ce qu'il y a de neuf aujourd'hui?

Pasquin.--Une nation de romanciers qui dclare la guerre  une nation
de gomtres.

Le restant de la scne est fort piquant; je ne vous le rapporterai
cependant pas, parce qu'il nous oblige un peu trop  mettre le doigt sur
nos hontes. Tenons-nous-en au mot de Pasquin:

Une nation de romanciers. C'est de nous, bien entendu, qu'il s'agit.
Mon Dieu, oui, l'abus du roman nous a toujours perdus. Cette fois l
entre autres. Une femme veut empcher qu'un Hohenzollern ne s'asseye sur
le trne d'Espagne, cherchant  garder ce fauteuil pour une autre, qui
en tait descendue. En quoi cela nous intressait-il, nous autres? Nous
savons bien, d'ailleurs, ce qui n'aurait pas tard  arriver. Tout juste
ce qui est advenu dix-huit mois plus tard  Amde de Savoie, le bien
avis. Peut-tre plus vite que a encore, le Hohenzollern serait
retourn sans tambour ni trompette dans le pays de la bire brune et des
contes fantastiques. Mais non, il a fallu faire la guerre pour une ide
de femme. Premier chapitre du roman.

Les autres chapitres, passons-les rapidement sous silence. Frdric II
avait dit: Pourquoi je l'emporterai sur les Franais? Tiens, parce que
Soubise a quatre-vingt-dix-neuf cuisiniers et un espion et que j'ai,
moi, quatre-vingt-dix-neuf espions et un seul cuisinier. Cette mme
situation s'est reproduite fait pour fait; n'est-ce pas, hlas!
suffisamment romanesque? Mais ce qu'il y a de plus inconcevable, c'est
ce qui se passe  Metz quand un inconnu se prsente, amen par l'ennemi,
agitant son mouchoir au bout de sa canne. Qu'est-ce que c'est que
Rgnier, si ce n'est un copiste du Rocambole de Ponson du Terrail?
Voyez-vous d'ici Bourbaki, le plus brave de nos soldats, pouss  se
dguiser comme un personnage de feuilleton? Bismark, tenant, 
Versailles, les fils de cette intrigue, a plus d'un point de
ressemblance avec l'esprit satanique qu'Eugne Sue a plac dans la
_Salamandre_. Hlas! d'un bout  l'autre, tout est roman l-dedans et,
en mme temps, c'est la plus cruelle et la plus srieuse des histoires!

Trianon est devenu mconnaissable. Nous voil bien loin du temps o, au
spectacle des bergeries de Marie-Antoinette, le chevalier de Florian
disait que les deux palais et leur beau parc formaient ne le de
Calypso. Trianon est, pour le moment un corps-de-garde, une forteresse.
Il y pousse des faisceaux de fusils; il y croit des sabres. On a vu un
canon de sept  cent pas de cette chapelle paenne qu'on appelle le
Temple d'Idalie. Et toute cette mise en scne ne se comprend que trop
aprs qu'on a lu le rapport du gnral de Rivire. Attendez. Nous ne
sommes qu' un commencement. Les consquences de la capitulation de Metz
vont se drouler une  une, sous nos yeux. Tant de soldats de tout
grade, entrant de plein-pied dans un domaine autrefois vou seulement 
l'idylle, c'est une prface. Toutes les mres le disent  leurs enfants
 la mamelle: il faudra songer  reconqurir un jour ce que Bazaine et
ses cooprateurs nous ont fait perdre.

Il n'y a donc pas de mal  ce que le bruit du tambour se mette, ds 
prsent,  dissiper les chos trop lgiaques des anciennes rsidences
royales. Tout doit concourir  nous ramener  des moeurs guerrires.

C'est l aussi ce qu'on ne peut s'empcher de dire en voyant la _Savoie
arme_.--Qu'est-ce que c'est que a, la _Savoie arme?_--va-t-on dire.
Une oeuvre patriotique enrichie de quatre superbes dessins de M. Am.
Champod, de Genve. L'artiste a dcrit avec son crayon quatre grandes
scnes de la lutte dsespre de 1870-1871. Ici le paysage du champ de
bataille ne doit rien  la fantaisie; M. Champod s'est religieusement
attach  reproduire jusqu'aux moindres accidents du terrain, tous les
dtails des localits dont l'histoire a enregistr les noms. Il a montr
les Savoisiens rpandant leur sang pour la France, leur nouvelle patrie,
et ces pages sont du plus bel effet. Les quatre dessins, au surplus, ont
t mis sous les yeux du marchal de Mac-Mahon, qui a fait rpondre 
leur auteur une lettre qui est tout  fait en harmonie avec ce que nous
disions tout  l'heure  propos du retour aux allures
militaires.--Lisez:

Le prsident me charge de vous remercier de cet envoi auquel il a t
trs-sensible. Votre oeuvre n'est pas seulement un hommage rendu aux
courageuses victimes de notre dernire guerre. Elle sert encore 
perptuer des souvenirs qui doivent fournir,  ceux qui ont survcu, un
bien douloureux, mais bien utile enseignement ...

Il nous faut pourtant descendre de ces hauteurs piques pour revenir au
_Chien-Homme_ ou  l'_Homme-Chien_, comme il vous plaira.--On vient,
rien de plus vrai, de nous amener deux chantillons d'une espce encore
inconnue en Europe. Un chien se prsente qui est un homme, tenant par la
main, oui, par la main, non par la patte, son fils Fdor, qui est un
chien. Arrangez cela, si vous pouvez. Pour les lettrs, cette exhibition
n'a rien qui choque absolument l'esprit. Il a exist,  travers les
sicles, des temps mal clairs par le rverbre de l'histoire. A ces
poques l, le monde tait  l'tat d'enfance, il a exist en assez
grand nombre des natures mixtes; c'est ainsi que les Grecs, les
trusques et les premiers Romains (mettez les Quirites) ont connu les
Faunes, les Satyres, les Egipans, moiti hommes, moiti boucs; c'est
dans les mmes cycles qu'ont vcu les Centaures, moiti hommes, moiti
chevaux, les Syrnes, moiti femmes, moiti poissons, les sphynx, partie
femmes, partie oiseaux. Hrodote lui-mme, le pre des historiens, parle
d'un dieu d'gypte du nom d'Anubis, lequel avait un corps d'homme
surmont d'une tte de chien. A la vrit, nous autres, enfants d'un ge
raliste, nous disons que tout cela remonte au temps des fables; et,
pour ce qui est de l'assertion d'Hrodote, nous nous rappelons que c'est
du nom de ce conteur qu'on a form le verbe radoter. Oui, tout ce que
vous voudrez, mais je vous dfie bien d'expliquer d'une faon
satisfaisante ce que c'est que l'Homme-Chien.

Que disais-je donc tout  l'heure en parlant de traditions primitives,
de fables, de posie et d'historiens qui ne savent pas ce qu'ils disent?
Mais ces lgendes bizarres se sont remises  vivre dans la science
moderne. Il n'y a pas bien longtemps, moi qui vous parle, j'ai vu se
promener sous les arcades du Palais-Royal, de midi  quatre heures, un
grand esprit, un beau gnie, un rformateur, un homme qui, ayant pris le
globe terrestre dans ses mains comme un statuaire prendrait un bloc de
terre glaise, l'a ptri et faonn d'une faon nouvelle. Je parle de
Charles Fourier, un Promthe bourgeois, le tmraire auteur de la
Thorie des quatre mouvements, le crateur du Phalanstre. Celui-l, je
vous le rpte, avait tout remani: les astres, le ciel, la mer, la
terre, l'homme, le vgtal, la bte. C'est ainsi qu'il est arriv  nous
dire  quel point parviendra un jour le progrs.--Un jour l'homme
dessalera la mer, et il en fera un lac de limonade. Un jour l'homme
assouplira les ctacs, et, de quatre baleines atteles  un navire, il
fera les coursiers qui mneront ces omnibus nautiques  travers les
ocans.--Un jour, l'homme forcera le cdre  porter une poire plus douce
que la pche de Mdie, et la ronce des haies  produire un raisin opale
comparable  l'ambroisie d'Homre.--Un jour l'homme accouplera le cheval
et le terrible quadrupde que les Arabes ont nomm le _Seigneur  la
grosse tte_, et de cet hymen il rsultera l'hippo-lion, le plus fier,
le plus rapide des porteurs.--Il nous faut hausser les paules de piti,
MM. les sportmen de la Marche, qui croisent  grand'peine un cheval
anglais et un cheval du dsert pour donner le jour  d'innocentes
pouliches qui font un kilomtre en dix minutes. Qu'est-ce que c'est que
ces lourdes btes compares  l'hippo-lion de Charles Fourier qui, ds
sa naissance, en l'an 2500 ira en trois secondes de la butte Montmartre
 Montsouris?

En attendant cette heure tant dsire du rajeunissement de la plante,
o l'on entendra hennir l'hippo-lion, plus agile que la licorne de
Zoroastre, descendons pour cinq cents ans encore sur l'indigent petit
tas de boue o nous nous agitons sans cesse les uns les autres comme des
vers coups. On a beaucoup chass cette semaine, notamment chez M.
Olympe Aguado. On s'est remis  courir au bois de Boulogne. Le prince
Milan Obrenowitch, souverain de la Serbie, tait de toutes les ftes.
Une bonne et heureuse pense; cet tranger de distinction n'a pas voulu
quitter Paris sans emporter son portrait photographi par Nadar.

Nadar a quitt le boulevard des Capucines pour la rue d'Anjou; c'est
dire qu'il n'a pas cess d'tre le photographe par excellence. Comme le
roi Lopold de Belgique, comme le shah de Perse, le prince rgnant de
Serbie dont je vous parlais tout  l'heure s'est dit: --Allons chez
Nadar, et en sortant, un jour, de la chapelle expiatoire du boulevard
Haussmann, il est entr dans les grands ateliers photographiques de ce
quartier, les mmes qui sont devenus une des curiosits de Paris pour
tous les trangers de distinction.--Nadar,  l'aide de ses nouveaux
procds, a fait alors un de ces portraits qu'il fait toujours si bien.

 propos de nouvelles thtrales, un mot en passant.

On avait prtendu que Jules Noriac faisait une pice nouvelle sous ce
titre: _le Peuple souverain_. L'auteur de la _Timbale_ s'est empress
avec raison de dire qu'il n'en tait rien: Il est possible, crit-il,
que je fasse une oprette nouvelle, mais, pour sr, elle ne portera pas
le titre qu'on a dit. Je trouve que le peuple est trop peuple pour que
je le flatte et pas assez souverain pour que je me moque de lui.



[Illustration: SIR EDWIN LANDSEER.]



--Comment trouvez-vous ces quatre lignes l?--A ce propos, qu'on me
permette une indiscrtion touchant leur auteur. Jules Noriac compose
effectivement une oprette nouvelle; celle-l, j'en suis sr, a pour
titre: _la Branche casse._

Un jeune compositeur d'un trs-bel avenir fait la musique de cet
ouvrage. Celui-l n'est autre que M. Gaston Serpette, qui est quelque
chose comme un grand prix de Rome. Il faut ajouter que ce jeune matre,
emport par la violence d'une irrsistible vocation, a tout sacrifi 
la musique. Ds son enfance, on l'a chapitr, mais en vain, afin de
l'loigner de l'art de cultiver les croches et les doubles croches. Les
siens l'ont maudit, son pre, un vnrable millionnaire, l'a presque
dshrit et ne lui fait,  cause de ce fait, qu'une modique pension de
deux cents francs par mois. N'importe, M. Gaston Serpette a tenu bon. Il
s'est dit: Je suis musicien et je ne serai jamais autre chose. C'est
l un bon prjug en faveur de la _Branche casse._--Voil ce que Paris
entier constatera trs-prochainement.

Nous sommes plus que jamais en temps de chasse, il n'y a pas le moindre
doute l-dessus, n'est-ce pas.



[Illustration: Le dernier soldat Prussien ayant foul le territoire
franais. D'aprs la photographie de M. Bruneau.]



A ce sujet on parle beaucoup depuis quelques jours des exploits
cyngtiques d'une clbre chanteuse.

Christine Nilsson, aujourd'hui Mme Rouzeaud, rside souvent en Russie.

Il y a quelque temps,  cinquante verstes de Saint-Ptersbourg, Ophlia
eut une fantaisie.

Qui n'aura un caprice si ce n'est la ple et extravagante fiance du
noble et extravagant Hamlet?

Christine Nilsson voulut assister  une chasse  l'ours.

Il y a mieux, crit-on, elle a tu un solitaire.

Est-ce bien vrai, cet ours tu par la chanteuse? Il en est qui refusent
d'y croire. Mais  l'Opra, les bonnes petites camarades glosent
joliment sur cette prouesse, relle ou suppose. Il faut entendre
surtout Mlle Z***! En voil une qui raconte vivement la chose.

--Voil, s'crie donc Mlle Z***, comment le fait s'est pass. Christine
cherchait un ours noir. Fi donc! c'est un ours blanc qui est venu, un
des plus froces, avec une gueule comme double de satin rose et de
grandes dents de diamants. Christine a pris son remington; elle a vis
l'ours, a tir, l'a tu, abattu, dpouill, dcoup, fait cuire et
mang, le tout, en dix minutes de temps!

Ah! les bonnes petites camarades!

Philibert Audebrand.



[Illustration: Remise  la Prusse d'un convoi de forats ayant opt pour
la nationalit allemande.]



LA SOEUR PERDUE

Une histoire du Gran Chaco

CHAPITRE I

EL GRAN CHACO.--DEUX VOYAGEURS

tendez devant vous une carte de l'Amrique du Sud; fixez vos yeux sur
le confluent de deux grandes rivires: le Salado, qui vient des
montagnes des Andes dans une direction sud, et le Parana, qui descend du
nord. Remontez le premier fleuve jusqu' la ville de Salta dans
l'ancienne province de Tucuman; puis, le long du second fleuve et de son
tributaire le Paraguay, allez jusqu'au fort brsilien de Combra;
joignez ces deux points par une ligne lgrement recourbe, tournant sa
convexit vers la grande Cordillre des Andes, et vous aurez trac la
frontire qui limite une des contres du continent d'Amrique les moins
connues, et pourtant l'une des plus intressantes. C'est une rgion
aussi romantique dans son pass que mystrieuse dans son prsent, aussi
ferme de fait  la civilisation qu' l'poque o les bateaux de Mendoza
essayrent vainement de l'atteindre du ct du sud et o les chercheurs
d'or, dsappoints  Cusco, tentrent de l'explorer du ct de l'ouest.
C'est la rgion de El gran Chaco. Vous avez certainement entendu citer
ce nom, et si vous avez tudi la gographie, vous n'tes pas sans
connatre un peu le territoire ainsi dsign. Mais vous ne connatriez
que trs-imparfaitement le Gran Chaco, alors mme que vous en sauriez
autant que ceux qui en habitent les frontires. Tout ce qu'ils en ont
appris se rsume en deux mots: souffrance et angoisses.

Vous avez t lev dans la croyance que les peuples de sang espagnol,
au jour de leur grandeur et de leur gloire, soumirent tout le continent
d'Amrique, ou du moins la portion qu'ils prtendaient en coloniser, et
qui, partiellement encore, est reste sous leur domination.

C'est une erreur historique comme il y en a beaucoup. Pousss par la
soif de l'or, et sous la protection de fortes expditions militaires,
les _conquistadores_ parcoururent une grande portion du territoire; mais
il y eut d'immenses tendues o ils ne pntrrent jamais et qu'ils
colonisrent encore moins. Tels furent Navajoa au nord, le pays des
Guajiros au centre, les terres de Patagonie et d'Arauco au sud, et une
vaste contre de plaines qui s'tend entre les Cordillres des Andes
pruviennes et les eaux du Paraguay,--c'est--dire le Gran Chaco.

Ce territoire que nous venons de nommer, assez vaste pour y fonder un
empire, non-seulement n'a pas t encore colonis, mais il reste mme
compltement inexplor. En effet, la demi-douzaine d'expditions qu'on y
a timidement tentes et qui furent promptement abandonnes, ne mritent
pas le nom d'explorations.

Nous en dirons autant des faibles efforts des Pres jsuites ou
franciscains. Les sauvages du Gran Chaco ont refus de se soumettre
aussi bien  la croix qu' l'pe.

A quelle cause faut-il attribuer l'abandon de ce singulier territoire?
Est-ce un dsert strile comme la majeure partie du pays des Apaches et
des Comanches, comme les plaines de Patagonie et les sierras de Arauco?

Est-ce une fort humide et impntrable, priodiquement inonde comme la
vaste valle de l'Amazone ou les deltas de l'Ornoque? Rien de tout
cela. Le Gran Chaco possde, au contraire, tout ce qu'il faut pour
attirer la colonisation: de vastes clairires naturelles couvertes d'une
herbe nourrissante; des forts d'arbres tropicaux o le palmier
prdomine; un climat d'une salubrit qui n'a jamais t mise en doute;
un sol capable de produire tout ce qui est ncessaire pour les besoins
et les agrments de la vie. En rsum, on peut le comparer  un immense,
ou  une srie de vastes et pittoresques jardins dont la culture aurait
t laisse aux seuls soins du Crateur!

Pourquoi n'a-t-il pas t soumis au travail de l'homme?

La rponse est facile: parce que l'homme qui l'habite est un chasseur et
non un agriculteur.

Ce pays est rest le domaine de ses propritaires  peau rouge,
seigneurs primitifs de son sol, race d'indiens belliqueux qui, jusqu'
prsent, ont dfi toutes les tentatives faites pour les rendre
esclaves, par le soldat, par le mineur, le missionnaire ou le Mameluco
(1).

[Note 1: Los Mamelucos de l'Amrique du Sud forment un peuple de races
mlanges, portugaise, africaine et indienne, dont le centre, est 
San-Paulo, au Brsil. Ils sont les plus froces chasseurs d'esclaves du
continent mridional, et leur histoire est un tissu de cruauts et de
meurtres.]

Ces sauvages indpendants, monts sur des chevaux infatigables qu'ils
dirigent avec une habilet de centaures, parcourent les plaines du
Chaco, rapides comme l'oiseau emport par le vent. Ddaignant les
rsidences fixes, ils voyagent sur ces plaines verdoyantes et  travers
ces bois parfums, comme l'abeille voltigeant de fleur en fleur, et ils
ne plantent leurs lentes que l o le charme de l'endroit les retient.
On les appelle sauvages; mais qui n'envierait parfois leur insouciante
et potique existence? Voulez-vous mieux connatre ces peuples?

Alors, suivez-moi et entrons ensemble dans le Gran Chaco.

Une plaine d'un vert d'meraude s'tend sous un ciel combinant les
teintes du saphir et de la turquoise. Malgr leurs nuances vives,
l'aspect est monotone: quelques petits nuages blancs pars et le globe
d'or du soleil qui brille au znith tranchent, seuls sur l'uniformit du
ciel; et  travers la plaine, l'oeil ne se repose que sur quelques
bouquets de palmiers, un groupe de rhas et un couple de grands oiseaux
blancs  gorge orange et  crte carlate, les rois des vautours (2).
Mais ces derniers, planant dans les hauteurs de l'ther, appartiennent
galement  la terre et au ciel.

[Note 2: _Cathartes papa._ C'est le plus bel oiseau de la famille des
vautours.]

Tel se prsente le Gran Chaco, que le pied de l'homme blanc n'a presque
jamais foul; aussi frais et aussi virginal que le jour o il est sorti
des mains de Dieu.

Je dis: Presque jamais foul. En effet, tandis qu'avec des yeux ravis
nous admirons le paysage, nous voyons deux formes d'tres vivants se
dtacher sur l'horizon lointain.

Jusqu' prsent, elles ne semblent que deux points et pourraient tre un
couple d'autruches, ou bien le mle et la femelle du guazuti (3), car il
y a une diffrence dans leur taille.

[Note 3: Une grande espce de daim sud-amricaine, et particulire  la
rgion des Pampas.]

Mais non, ce ne sont pas de simples animaux. Ce sont bien vritablement
des tres humains, _ils marchent vers le centre de la plaine_; ils
s'approchent; dj on distingue en eux des cavaliers; les voici plus
prs encore: leur visage est blanc.

L'un d'eux, le plus grand, est vtu d'un costume  la fois imposant et
pittoresque. Le vtement de laine qui couvre ses paules, avec ses
larges bandes alternes blanches, bleues et rouges, est le _poncho_, ce
manteau port par tous les habitants des plaines de la Plata.
Par-dessous se trouve une jaquette ressemblant au justaucorps
d'autrefois, et orne de riches broderies et de _pesetas_ ou pices de
vingt-cinq sous  l'effigie de la rpublique argentine. De larges
culottes de coton, les _calzoncillos_, attaches  la faon des zouaves,
couvrent les jambes, mais laissent prs du sommet de la botte une partie
du genou nue.

De lourds perons et un chapeau  grands bords avec un ruban de couleur
vive compltent le costume du cavalier, facile maintenant  reconnatre
pour un _gaucho_ au seul aspect du harnachement de son cheval,  sa
bride et  ses courroies plaques d'argent, et  sa _carona_ ou
couverture de selle soigneusement cousue et brode.

L'autre cavalier est aussi couvert d'un manteau, mais l'toffe en est
fonce et il est si ample que ses autres vtements ne peuvent
s'apercevoir. Ses pieds reposant sur des triers en bois, sont chausss
de bottes, et des culottes de velours les recouvrent presque jusqu'
leur extrmit. Sur sa tte est un _sombrero_ dans le genre de celui de
son compagnon; ce chapeau semble avoir t rcemment bossu et comme
cras. Sa monture caparaonne avec plus de simplicit que celle du
gaucho, garde une allure tranquille.

Bien que les deux cavaliers chevauchent cte  cte, les triers se
touchant, pas un mot n'est et n'a t chang entre eux depuis le moment
o ils nous sont apparus au milieu de la plaine.

Un seul, d'ailleurs, le gaucho, semble tre en tat de parler. Son
compagnon, quoique install solidement sur sa selle, porte la tte d'une
faon trange. On dirait qu'elle tombe plus bas que ses paules et
incline lgrement  droite. Malgr l'ombre projete par son chapeau, on
distingue dj que ses yeux sont ferms. On ne peut supposer qu'une
chose, c'est qu'il est tout au moins endormi.

Cette supposition n'aurait en elle-mme rien d'trange, si elle
s'appliquait au gaucho, car ces demi-centaures se donnaient rarement la
peine de quitter leur selle pour faire leur sieste. L'autre cavalier,
sans tre un gaucho, peut encore tre un habile cuyer. On monte bien 
cheval dans ces parties de l'Amrique du Sud.

Outre son attitude singulire, la nuance de sa peau est remarquable, son
teint de blond, rare sous ces climats mridionaux, est d'une pleur
extraordinaire. Ses lvres elles-mmes sont compltement dcolores.
veill ou endormi, ou aveugle, ce cavalier n'est videmment pas en
bonne sant. Mais il se peut qu'il ne soit qu'endormi, car sa monture
s'avance sans qu'il la guide: ses mains pendent le long de son corps,
caches par son manteau, et les rnes reposent, abandonnes, sur la
crinire du cheval.

L'animal s'en soucie peu. Il n'a pas besoin de se sentir conduit, et
rgle son pas sur celui de l'talon mont par le gaucho. L'un et l'autre
s'avancent lentement. Ils semblent comme plongs dans une sorte de
lthargie par la brlante chaleur du soleil dont la hauteur, du reste,
leur assure tout le temps qui peut leur tre ncessaire pour
l'achvement de leur voyage.

Tout indique qu'ils ne sont pas presss. Cela rsulte des mouvements
mmes du gaucho. En arrivant au centre de la plaine, il arrte
brusquement son cheval pour porter vers le znith un regard plus
attentif.

Nous avons six heures encore devant nous, et dans trois heures, mme
avec cette allure de tortue, nous atteindrons l'_estancia._ A quoi bon y
arriver avant le coucher du soleil. Pobra senora! Pour ce qu'elle a 
voir, il vaut mieux qu'il fasse nuit.

Bien que ses yeux soient tourns vers lui, ces mots ne s'adressent pas 
son immobile compagnon, ont le cheval s'est arrt en mme temps que
celui du gaucho. Ce temps d'arrt n'a pas veill son cavalier. Les
paroles du gaucho ne sont qu'un monologue prononc sur un ton lugubre
contrastant trangement avec l'air naturellement gai et panoui du
personnage. Son visage, tout bronz qu'il est, semble plutt fait pour
la bonne humeur que pour les noires penses.

Que faire? continue-t-il en se parlant encore  lui-mme. Je vais
d'abord, car c'est le plus press, me dbarrasser de ce poncho qui
m'touffe. Il fait chaud sous ce soleil comme dans une fournaise.

Il fit passer son manteau par-dessus sa tte et l'tendit en travers sur
le pommeau de sa selle; puis, regardant son compagnon, il ajouta:

Il n'est, hlas! pas besoin de lui ter le sien. Ce n'est pas la
chaleur qui le gnera, bien sr.

Cela dit, il reste tout pensif sur sa selle, puis il observe la plaine
comme s'il cherchait  y dcouvrir quelque chose. Son regard s'est
arrt sur un bouquet d'arbres _algarrobas_ qui croissent  peu de
distance. Leurs troncs sont entrelacs par un rseau de plantes
parasites et ils apparaissent comme un lot bois sur la surface d'une
mer d'meraude immobile.

Je puis me permettre de me reposer sous leur ombre, reprit-il; j'ai
besoin de reprendre des forces, Dieu le sait, pour me donner le courage
d'accomplir ma tche. _Pobre senora y los ninos!_ (Pauvre dame, pauvres
enfants!) Quelle terrible nouvelle je leur rapporte. _Sangre de Cristo!_
Pourrai-je jamais les regarder en face! Cependant, l'autre voyageur ne
prononce pas un mot; il semble que rien ne puisse l'veiller, car son
cheval, en tournant subitement dans une autre direction  ct de celui
du gaucho, l'a fait vaciller sur sa selle, sans que sa paupire se soit
releve.

Le bouquet d'_algarrobas_ est atteint. Le gaucho prend le parti de
mettre pied  terre. Il attache  un arbre son cheval et celui de son
compagnon, mais il ne dit pas un mot au cavalier en manteau, toujours
immobile sur sa selle, toujours taciturne, et quand il a allum le feu
sur lequel il fait griller quelques bandes de _chargui_ pour son repas
de midi, il ne l'invite mme pas  partager son djeuner. Il n'essaye
pas de causer avec lui, il le laisse sur sa monture, toujours plong
dans le plus profond des sommeils.


CHAPITRE II

UNE ESTANCIA SOLITAIRE

Trois grandes rivires, le Salado, le Vermejo et le Pilcomayo, arrosent
le Gran Chaco. Toutes prennent leur source dans les montagnes des Andes,
et aprs avoir coul au sud-est dans une direction presque parallle,
elle dbouchent  des distances ingales dans le Parana et le Paraguay.

On connat peu ces cours d'eau; le Salado a t partiellement explor
pendant ces dernires annes. Il constitue la frontire mridionale du
Chaco, et l'une de ses rives est suivie par quelques voyageurs, mais
seulement dans la portion suprieure qui arrose les districts coloniss
de Santiago et de Tucuman. Du ct de son embouchure, sa rive
mridionale elle-mme n'est pas sre, car les sauvage du Chaco la
franchissent souvent dans leurs expditions pillardes.

On connat moins le Vermejo que le Salado, et moins encore le Pilcomayo
que le Vermejo. L'un et l'autre peuvent tre approchs avec scurit
dans leurs eaux suprieures, au milieu de la section inhabite des tats
argentins et de la rpublique de Bolivie, mais ds qu'ils entrent dans
les solitudes du Chaco, ils sont ignors de la science du gographe
jusqu'au moment o ils se dversent dans le Paraguay. Le Pilcomayo est
le plus septentrional et le plus long de ces trois fleuves, son cours
depuis sa source jusqu' son embouchure dpasse mille milles. Il entre
dans le Paraguay par un double canal dont la branche septentrionale
dbouche presque en face de la ville d'Asuncion, tandis que la bouche
mridionale est encore inconnue (4).

[Note 4: On la dit situe  environ vingt milles plus bas, quoique Page,
dans son exploration ne l'ait pas dcouverte. Peut-tre le Pilcomayo
dbouche-t-il dans le Paraguay par un des nombreux _riachos_ qui
sillonnent le pays. Il n'y avait alors rien d'tonnant  ce qu'elle ait
chapp  l'observation de Page.]

Telles sont les donnes succinctes que l'on possde sur le Pilcomayo,
malgr plusieurs tentatives d'exploration faites autrefois par les
missionnaires et les mineurs, et de notre temps par une expdition sous
le patronage du gouvernement bolivien. Toutes ont chou et n'ont gure
produit que des informations drives des Indiens, incompltes presque
toujours.

La rivire arrose, parat-il, une contre gnralement plate et des
savanes couvertes d'herbes et semes de bouquets de palmiers et d'arbres
tropicaux; la plaine est domine par des montagnes isoles ressemblant 
de grandes tours. Tantt le courant coule rapidement entre des rives
bien dfinies, tantt il s'tend en marcages et en lacunes d'eau sale
ou saumtre, ressemblant par leur tendue  des mers intrieures. Du
reste, cette dernire affirmation n'est vraie que dans la saison des
inondations.

Quoique l'embouchure connue du Pilcomayo soit presque  porte de canon
de la capitale du Paraguay, de la premire ville fonde par les
Espagnols dans cette partie de l'Amrique du Sud, aucun Paraguayen n'a
jamais eu l'ide de la remonter: les habitants d'Asuncion sont aussi
ignorants de la rgion qui les entoure que le jour o Azara fit avancer
sa _periagua_ pendant une quarantaine de milles contre son rapide
courant.

On n'a jamais fait d'essai de colonisation sur le Pilcomayo, except
dans la portion tout  fait suprieure de son cours. Dans le Chaco,
aucune ville n'a t btie par les blancs, aucune glise n'a projet
l'ombre de son clocher sur les vagues encore vierges du fleuve.

Et cependant en l'anne de Notre-Seigneur 18.., un voyageur remontant
cette mystrieuse rivire  une dizaine de milles au-dessus du point
atteint par le naturaliste espagnol, aurait pu apercevoir une maison
s'levant sur une des rives et qui n'avait certainement t btie que
par un homme blanc, ou du moins par une personne initie aux usages de
la civilisation. La maison tait simplement en bois avec des murailles
de bambous et couverte en feuilles du palmier _cuberto_ (5). Cependant,
ses dimensions excdant de beaucoup celles de la hutte d'un Indien
Chaco, sa verandah, ombrage par la projection du toit, et surtout les
enclos qui l'entouraient, et dont l'un renfermait du btail, tandis que
l'autre tait soigneusement plant de mas, de mauves, de bananiers et
de nombre d'autres produits du climat paraguayen, tout dnotait la main
d'un homme de race caucasienne.

[Note 5: Ainsi nomm de ce que ses rameaux servent  couvrir les
maisons.]

On se trouvait l en prsence non pas d'une simple hutte ou _toldo_,
mais d'une riche _estancia_ (6). L'intrieur de la maison montrait d'une
manire encore plus frappante que le propritaire tait un blanc. La
plupart des meubles, bien qu'assez grossirement fabriqus, affectaient
cependant les formes donnes par la civilisation moderne. Des chaises et
des tabourets en _cana brava_ ou bambou sud-amricain, des lits avec de
blancs couvre-pieds, sur le sol des nattes faites de fibres de palmier,
quelques dessins excuts d'aprs nature, un petit nombre de livres et
de cartes, une guitare, indiquaient des usages et une conomie
domestique inconnue  l'Indien.

[Note 6: _Toldo_ Nom donn  la hutte d'un berger et au wigwam de
l'Indien Chaco. L'_estancia_ a de plus hautes prtentions; c'est
l'analogue de l'_hacienda_ mexicaine et la rsidence d'un propritaire.
On dsigne souvent aussi sous ce nom l'ensemble de la proprit.]

Mayne Reid.

(_La suite prochainement._)



NOS GRAVURES


Le dernier soldat prussien ayant pass la frontire

Dans notre numro du 27 septembre nous avons donn un dessin
reprsentant le dernier bataillon allemand passant, le 16,  neuf heures
et demie du matin, la nouvelle frontire franaise de l'Est. Aujourd'hui
nous donnons le portrait du dernier soldat prussien ayant foul le sol
de la France.

Il a t photographi par un de nos collaborateurs  Rozerieulles, petit
village de la Moselle qui, hlas! ne nous appartient plus, en mme temps
que deux de ses camarades qui le prcdaient immdiatement.

Ce soldat se nomme Jahnke.

Il fait partie de la deuxime compagnie du huitime rgiment
d'infanterie brandebourgeois, n 64.

Les deux autres se nomment Guillaume Mittelstdt et Charles Blmner, et
appartiennent  la mme compagnie du mme rgiment.

Remise des forats alsaciens  la gendarmerie prussienne.

Vers le milieu du mois de septembre arrivaient  Belfort une quarantaine
de forats, marchant en colonne et attachs deux par deux  l'aide de
chanettes cadenasses aux poignets. Six de ces forats taient en outre
relis ensemble par une forte chane. Une huitaine de soldats et autant
de gendarmes arms les ont escorts  la gare, puis de l se sont
dirigs jusqu' Montreux-Vieux, o ils les ont remis entre les mains de
la gendarmerie prussienne.

Ces individus sont des Alsaciens qui avaient opt pour l'Allemagne, et
que le gouvernement franais a ramens de Cayenne, pour les livrer au
gouvernement allemand.

Le costume de ces forats tait celui-ci: pour coiffure, chapeau de
paille; pour vtement, vareuse et pantalon de coutil gris. Ils portaient
de la main qui tait libre de petits sacs ou des mouchoirs nous
paraissant contenir du linge.

Il y en avait parmi eux qui sont trs-gs. Plusieurs marchaient la tte
baisse; quelques-uns avaient l'air insolent.

C'est le sixime cortge de ce genre qui a t expdi dans les landes
de la Pomranie. En change la France a reu un certain nombre de
pensionnaires ns en France, qui ont t interns  Clairvaux et
ailleurs.

P. Kauffmann.


La pche des hutres

Nous avons plusieurs fois parl du naissain; nos lecteurs auront
certainement compris que nous dsignions ainsi l'hutre dans son tat
embryonnaire, mais nous ne devons pas moins leur exposer les phnomnes
de la reproduction du mollusque, dire quelque chose des tentatives qui
ont t faites et qui se poursuivent pour en rgulariser la
multiplication, ainsi que de cette industrie du parcage, auquel elle
doit une bonne part de ses qualits comestibles.

Si bas qu'elle soit place dans l'chelle des tres, l'hutre obit
comme les autres aux grandes lois qui assurent la conservation des
espces. Le mois de mai est le mois des amours pour elle comme pour tous
les habitants de nos latitudes. Ces amours sont ce qu'ils doivent tre
chez ces casanires personnes: s'ils occasionnent quelques modifications
dans leur organisme apparent, ils naissent, se dveloppent et
s'vanouissent sans que ces embrasements printaniers aient occasionn le
moindre drangement  ceux qui les prouvent. Les signes distinctifs des
sexes deviennent plus apparents. Ces signes sont, suivant les pcheurs
anglais, une tache noire  la membrane du mle, _black sick_ (noir
malade), une tache blanche  la membrane de la femelle, _white sick_
(blanche malade).

La phase critique se caractrise par la teinte laiteuse que prend le
mollusque. Il est alors un aliment non-seulement malsain, mais
dangereux, et il lui faudra deux mois pour qu'il ait recouvr ses
qualits premires. Bientt il met son frai sous la forme d'un chapelet
blanchtre.

On a observ sur des hutres places au bord de l'eau que c'tait
toujours au commencement du flot que se produisait le phnomne, alors
que l'eau, arrivant attidie par l'action du soleil, recouvrait le
coquillage de quelques centimtres  peine. On a galement remarqu que
les innombrables embryons hutriers, au moment de leur sortie de
l'hutre-mre, obissaient  un mouvement ascensionnel assez rapide  la
surface de l'eau, puis  un autre mouvement qui les portait vers le
fond. Il n'est pas douteux que l'action du soleil ne soit pour quelque
chose dans cette viabilit momentane. Il est probable que sa chaleur
contribue au durcissement du premier test calcaire de l'animal,
durcissement qui lui permet de se fixer au fond sur les objets qu'il y
rencontre, vieilles cailles, pierres ou morceaux de bois. Aprs
vingt-quatre heures, l'enveloppe est dj solide, et la jeune hutre
puise dsormais dans le milieu o elle vit les lments ncessaires  sa
croissance.

Le naissain ou frai d'une seule hutre peut s'valuer  plus d'un
million; mais bien des causes, telles que la violence des courants, les
fonds infests de parasites et particulirement d'toiles de mer, le
flau du naissain, viennent entraver cette exubrante multiplication.
Le manque de bons collecteurs o le frai puisse se fixer est encore une
de ses principales causes d'avortement. Il est encore vident que le
naissain des hutres places  une grande profondeur doit tre plus
expos  prir que celui des coquillages qui se trouvent  courte
distance de la surface, c'est--dire dans de bonnes conditions pour
recevoir le principe vivificateur dont nous avons parl.

Ces diverses observations servirent de point de dpart 
l'ostriculture. De srieux essais furent tents par les soins du
ministre de la marine  Primel, Trguier, Paimpol; soit que ces
premires expriences eussent t mal conduites, soit que les stations
choisies ne fussent pas favorables  la reproduction, ils ne donnrent
pas de rsultats satisfaisants. En revanche, dans le vaste bassin
d'Arcachon, le succs fut complet et dpassa toutes les esprances.

Le choix des collecteurs employs  Arcachon fut certainement pour
quelque chose dans cette merveilleuse russite. Ils consistent en tuiles
creuses oblongues, superposes par tages et entrecroises de faon 
former une espce de ruche. Aprs le frai, chacune de ces tuiles se
trouve couverte de 50  200 petites hutres. Au bout d'une anne on
dmonte la ruche; la tuile est alors place dans un parc, o elle
sjourne jusqu' ce qu'elle soit assez forte pour tre dtache et
traite comme les hutres dragues, c'est--dire mise  l'engrais dans
un milieu nourricier. Il lui faut trois ans pour avoir atteint sa
croissance et tre livre  la consommation.

[Illustration: LA PCHE DES HUITRES.--Maraudeuses surprises la nuit.]

Les excellents rsultats de l'hutrire d'Arcachon tenant beaucoup aux
conditions spciales dans lesquelles se trouve cette baie, peut-tre ne
serait-il pas hors de propos, sans renoncer pour cela  renouveler ces
tentatives sur d'autres points, d'emprunter  nos voisins les Anglais
les errements pratiques  l'aide desquels ils favorisent la
multiplication et assurent la conservation des bancs naturels. D'une
tolrance exagre nous avons pass  une rglementation excessive. La
pche, jadis permise en tous lieux et en tout temps, n'est plus tolre
qu'aux jours et endroits dsigns par la commission nomme par le
ministre de la marine. Cependant il a t constat que le draguage sur
un banc o l'on ne rencontre pas de naissain n'tait jamais nuisible.

Non-seulement les Anglais raclent les fonds pendant l't pour les
dgager des vgtations sous-marines, mais une partie du littoral reste
pendant toute l'anne ouverte  la drague. Nous citerons notamment les
environs de l'estuaire de la Tamise. Seulement le pcheur anglais se
garde bien de faire proie de tout ce que lui rapportent ses engins.
Quand il rcolte du _brood_ ou naissain, il le dtache soigneusement du
_culch_ ou collecteur naturel, vieille caille, pierre ou dbris,
rejette ce dernier  la mer et vend le naissain aux parcs de Witstable,
Bukersham, Briekel, Burnham, etc.; celui-ci, qui produit l'hutre verte,
a une grande renomme; son exportation est considrable. Il est vident
que si le nombre des tablissements ducateurs tait augment, si tout
notre littoral en tait pourvu, nos pcheurs y trouvant le placement du
naissain qu'ils ramassent ne le gaspilleraient plus comme autrefois, et
par suite il deviendrait possible d'largir les priodes de pche dans
une certaine mesure.

[Illustration: AVISO DE L'TAT SURPRENANT DES PCHEURS SUR UN BANC
INTERDIT.]

Le parc n'est pas seulement le rservoir o l'on place les hutres pour
les en tirer au fur et  mesure des demandes de la consommation, il est
surtout une station ncessaire o le coquillage se trouvant plac dans
des conditions de lumire et de nourriture les plus favorables, perd
l'cret qui le caractrisait lorsqu'il a t extrait de ses bancs, et
acquiert, comme nous l'avons dit, sa finesse en gagnant encore en
embonpoint.

Il y a deux espces de parcs, les parcs naturels, dnomms _claires_
dans le pays de Marennes, aujourd'hui ruins, et qui ne sont 
proprement parler que des sortes de dpts placs, avec l'autorisation
administrative, soit sur quelque point du littoral, et plus souvent 
l'embouchure d'un petit fleuve, et les parcs artificiels, qui sont
immergs au moyen d'cluses, et constituent par consquent des crations
assez dispendieuses.

[Illustrations: Costumes cancalais: Pcheurs au ras de l'eau.]

Nos principaux parcs artificiels sont ceux de Dunkerque, Dieppe,
Courseuilles, Saint-Waast, Cancale, Loc-Tudy, Pont-l'Abb, Marennes et
Arcachon.

Ce genre d'tablissement consiste dans un rservoir aliment par un
conduit souterrain, lequel communique directement avec le chenal. Le
rservoir est rempli toutes les vingt-quatre heures par la mare
montante; l'eau y est reue par une cluse; l'hutrire proprement dite
se compose d'un mur d'enceinte en briques, de 1m40 de hauteur; le fond
est garni d'un plancher formant de petites cases destines  retenir les
coquillages quand l'eau s'coule; elle est divise en un certain nombre
de fosses spares par des cloisons praticables sur lesquelles marche
l'homme charg des soins de l'hutrire.

[Illustrations: LA PCHE DES HUITRES.--Parcs artificiel: Nettoyage des
hutres.]

[Illustrations: Mise en bourriches.]

Tous les jours,  la mare basse, l'cluse du parc est ouverte; l'eau
s'coule, les hutres restent  sec. A la mer montante on ferme cette
cluse, et la vanne ayant t ouverte, l'hutrire se trouve de nouveau
remplie.

Le remarquable phnomne du verdissement de l'hutre s'obtient dans des
fosses munies d'cluses, et de 1 mtre de profondeur, qui donnent un
maximum de 50 centimtres d'eau. La composition chimique du sol agissant
de concert avec l'action du soleil, colore le mollusque en quatre ou
cinq jours. Plus on l'y laisse, plus la nuance devient intense.

Certaines fosses ne communiquent une teinte verdtre  l'hutre que
pendant l't; telles sont celles de Solesbury, en Angleterre. D'autres
au contraire, celles de Briekel, par exemple, les verdissent dans toutes
les saisons.

[Illustration: Matelots dragueurs d'hutres, ctes anglaises.]

Le coquillage qui a pass par les parcs verdissants est moins sal
non-seulement que les hutres qui arrivent du large, mais que celles qui
ont sjourn dans les parcs ordinaires.--On a observ que l'hutre
leve dans les parcs artificiels aussi bien que celle qui y avait t
transporte devenait _mule_, c'est--dire perdait ses facults de
reproduction; celle des _claires_ seule peut fournir du naissain.

L'hutre est extrmement sensible aux variations atmosphriques. Son
immobilit prtendue n'est que relative. A la mare montante elle repose
sur celle de ses cailles dont l'intrieur est convexe; lorsque la mer
se retire elle se retourne sur l'caille plate. Lorsqu'il fait froid
elle s'enfonce dans la vase. Son alimentation se compose des infusoires
dont l'eau de la mer tient des myriades en suspension. Ce que nous lui
reprochons comme un perptuel billement est en ralit l'acte de la
fonction la plus importante de tout organisme, elle mange. Bien qu'il
mange souvent, le mollusque est susceptible de vivre assez longtemps
hors de son lment sans qu'il paraisse souffrir beaucoup de son jene.

Un parc exige des soins multiples et une surveillance incessante. La
principale opration du parqueur consiste  balayer le limon que l'eau
des fosses, toujours un peu stagnante a laiss sur les coquilles.--Cette
opration lui permet de vrifier l'tat de l'hutrire, elle lui permet
d'enlever les malades et les morts, dont le voisinage pourrait infecter
les hutres saines. Quant  la surveillance, facile dans les parcs
artificiels auxquels attient presque toujours une maison de garde, elle
est bien plus difficile  raliser quand il s'agit des parcs naturels ou
_claires._ Ces dpts, situs le plus souvent loin des habitations,
offrent un appt auquel les amateurs de la pche du prochain rsistent
d'autant plus difficilement qu'en raison du prix lev auquel est arriv
le mollusque ils ralisent ainsi des bnfices aussi levs que faciles.
Les maraudeurs sans cesse aux aguets autour de cette proie opime
profitent des nuits obscures, des temps de brume ou de grosse mer pour
faire main basse sur le trsor sous-marin. Quelquefois, ils chargent le
produit de leur vol sur une embarcation, tandis que les auteurs de la
rapine donnent le change en s'loignant par terre. Il est arriv aussi
que le ciel s'est charg de la punition du coupable: parfois on a
entendu un cri d'angoisse qui traversait le silence de la nuit; il tait
jet par quelque malheureuse femme qui, craignant d'tre surprise, ayant
pris la fuite avec prcipitation, a gliss sur les pierres roulantes et
humides et que le courant emporte. Ce lugubre pisode s'est prsent
dernirement sur le Saudy, o la mre et la fille ont trouv la mort
sans pouvoir tre secourues.

La statistique des bateaux et des quipages employs  la drague des
hutres ne fournit pas la mesure complte de l'importance de cette pche
pour les populations maritimes; si elle reprsente une des principales
ressources de la partie valide et navigante de ces populations, elle
apporte aussi quelque secours  une de ses fractions les plus
intressantes. Que de veuves de marins,--et elles sont nombreuses les
veuves chez ces braves gens,--ont trouv dans de mauvais jours, en se
livrant  la pche  pied, du pain pour leur pauvre petite famille.
Cette pche  pied est toujours passablement fructueuse dans les jours
de grandes mares.

Les physionomies toujours si caractrises, quelquefois si originales,
les costumes si pittoresques des habitants de nos ctes fournissent
encore aux artistes d'attrayants modles  tudier. Que ce soit le
pcheur du Nord, son vnrable brle-gueule  la bouche, enfoui dans ces
bottes qui font songer  celles de l'ogre du Petit-Poucet, que ce soit
son confrre l'Anglais, le _suroi_ sur la tte, fumant avec calme sa
longue pipe, veillant avec autant de soin au bon chouage de son
_butler_ qu' ne pas laisser une goutte de whisky dans son verre, tous
prsentent des types curieux  reproduire et  conserver. Le sexe
fminin fournit galement un large appoint  son album; il se gardera
bien d'oublier nos gracieuses Cancalaises,  la coiffure provocante,
surtout lorsque le vent tourmente les longues brides qui la nouent avec
tant de coquetterie sur des joues d'un rose un peu maladif.

L. Faudacq.


Sir Edwin Landseer

L'Angleterre a perdu la semaine dernire un de ses artistes les plus
distingus: sir Edwin Landseer.

Le clbre peintre d'animaux tait n en 1802.

Il fit son ducation artistique sous la direction de son pre, qui tait
un graveur de talent. Landseer montra pour l'art dans lequel il devait
s'illustrer une prcocit extraordinaire. A l'ge de cinq ans, il
dessinait dj des animaux avec une exactitude et une vigueur
remarquables. C'est sur le _Commun_ d'Hampstead qu'il allait tudier
d'aprs nature les moutons, les chvres, les chevaux. On conserve encore
au Muse de Kensington ses premiers dessins. En 1815, il exposa pour la
premire fois deux tableaux qui furent remarqus. En 1818, il avait
conquis la clbrit qui depuis s'est constamment attache  son nom.

Peu de peintres ont t plus fconds que sir Edwin Landseer.

La gravure a reproduit une partie de ses oeuvres, et surtout ses
tableaux d'animaux que tout le monde connat. Mais ce que l'on sait
moins c'est qu'il a fait aussi de la sculpture et qu'il est l'auteur des
lions placs, dans Trafalgar square, aux pieds de la statue de Nelson.

Landseer exposa frquemment aux Salons de Paris. A l'Exposition
universelle de 1867 figurait un tableau de lui: La jument dompte. C'est
le dernier qu'il ait expos en France.

Ses toiles les plus clbres sont:

_Les chiens du mont Saint-Gothard_ (1821);

_La chasse aux faucons_ (1832);

_Sir Walter Scott et ses chiens_ (1833);

_Les animaux  la forge_ (1855);

_Sauv!_ (1856).

Membre associ de l'Acadmie ds 1827, il en devenait membre titulaire
en 1830, tait cr chevalier en 1850, nomm en 1847 membre de
l'Acadmie royale de Belgique, et recevait en 1855 du jury international
de Paris, une des grandes mdailles d'honneur.

Sir Edwin Landseer tait g de soixante-dix ans.

La nouvelle caserne d'infanterie de marine de Sagoun

La nouvelle caserne d'infanterie de marine de Sagoun, commence  la
fin de 1868, a t livre aux troupes le 15 mai dernier.

Cette construction avec ses btiments annexes (cuisines, cantine,
lavoir, piscine, etc.), construite en 1700, par le colonel franais
Victor Olivier, occupe dans l'ancienne citadelle un carr de terrain
d'environ 250 mtres de ct; la caserne a 80 mtres de longueur sur 20
de large. Elle est entirement en pierres de taille, briques et fer. Les
portes et persiennes seulement sont en bois.

Prs de 800 mille kilogrammes de fer y ont t employs.

La question si importante de l'eau potable,  l'tude depuis plus de dix
ans ici, a t rsolue grce aux actives recherches du service du gnie.
Un puits, muni d'une pompe de service desservie par une machine 
vapeur, alimente un chteau d'eau, lequel fournit en abondance
d'excellente eau  la caserne,  la piscine, au lavoir; en un mot, 
tous les btiments. Ce puits peut fournir constamment de 4  500 litres
d'eau par minute, ce qui serait presque suffisant pour toute la ville.

Plus de cinq cents arbres ont t plants dans la cour de la caserne.

Enfin, le conseil de sant et les commissions d'hygine ont constat une
immense amlioration dans l'tat de sant des troupes depuis l'entre 
la nouvelle caserne.

C'est sous la direction du gnie militaire que la caserne a t
construite par l'entrepreneur Alb. Mayer.


Un intrus

C'est vers la fin du mois de septembre ou le commencement d'octobre que
commence pour le cerf la saison des amours. A ce moment son bois est
compltement pouss, et il est arm pour la bataille. Ce n'est plus
l'animal de la saison prcdente, doux et timide, prt  fuir d'un pied
rapide au premier soupon du danger. Alors il est devenu audacieux, et,
 la vue d'un autre cerf, cette audace se change en fureur.

Cet animal toutefois ne s'attache pas, comme le chevreuil,  la mme
femelle, mais il en change comme le daim. Naturellement, la biche le
paye de la mme monnaie.

Elle ne se pique pas de fidlit, on sait cela, et elle aime qu'on se
dispute ses faveurs. Elle ne se donne qu'au plus vaillant. Aussi Dieu
sait les combats que,  cette poque de l'anne les cerfs accourant 
l'appel des biches, se livrent dans les clairires des hautes futaies!
Combats successifs que le mme tenant est oblig de livrer  tous ses
rivaux. Et quand il a vaincu le dernier, lorsqu'il s'est empar du prix
de la victoire, souvent tout n'est pas dit encore. Un dernier appel de
quelque biche affole lui amne un dernier rival, contre lequel il lui
faut se mesurer une dernire fois, malgr sa fatigue, malgr ses
blessures. Et dans ce cas l, malheur  lui! neuf fois sur dix, il lui
arrive de perdre le fruit de ses prcdents efforts qui, finalement, ne
doivent profiter qu'au combattant de la dernire heure.

Ce n'est pas la seule circonstance dans laquelle les cerfs entrent en
lutte. Comme les daims, qui ont avec eux tant de points de ressemblance,
ils vivent en troupes ou hordes, sous le commandement du plus fort et du
plus g de la bande. Quand la troupe est trop nombreuse, elle se
fractionne. Dans ce cas, ces fractions ne tardent pas  devenir
ennemies. La possession de certaines rgions de la fort ou du parc o
elles sont cantonnes les met aux prises. Alors ce sont de vritables
guerres qui durent jusqu' ce que, par une suprme dfaite, le parti
vaincu soit forc d'abandonner sans espoir de retour le champ de
bataille  l'heureux vainqueur.

L'hostilit qui rgne entre les hardes ne s'arrte pas  la harde prise
en masse, elle s'tend encore  l'individu Ainsi un cerf ou un daim ne
s'aventure pas toujours impunment sur le territoire d'une harde
voisine. En temps ordinaire, il n'y songe gure; mais l'amour le
pousse-t-il, il ne craint plus de se risquer. Dans ce cas, je vous
Laisse  penser la rception qui est faite  l'_intrus._

Louis Clodion.



LES THTRES

Ambigu.--_Le Parricide_, drame en cinq actes de
M. Adolphe Belot.--Thtre-Italien.--Dbuts de Mlle Belocca.

M. Adolphe Belot a cr dans son imagination une sorte de bagne d'o il
tire, suivant les besoins du thtre, une srie de gredins fort propres
 la confection des drames. Ces hros du crime travaillent dans _Le
Parricide_ d'une faon plus adroite encore que leurs complices de
l'_Article_ 47 et du _Drame de la rue de la Paix._ Voil de quelle faon
s'y prennent ces messieurs. La chose est bien simple, et pourtant elle
russit par sa simplicit mme:

Il s'agit d'abord de commettre un assassinat; en second lieu il faut
viter la justice, et puisqu'elle cherche un coupable, le moyen le plus
ingnieux est de le lui servir tout prt, avec les preuves habilement
arranges d'une irrfutable culpabilit. Dans ce genre de crime on vise
une personne mme de la maison o doit se commettre le meurtre: un fils
prodigue par exemple qui a bien quelques lgers torts que la justice,
les faits aidant, aura le soin de grossir. On accumule sur sa tte les
indices, et pendant que le juge d'instruction se jette sur cette fausse
piste, les vrais criminels s'chappent en riant de l'accus et des
juges.

C'est ce qui arrive  Laurent Dalissier. Le pauvre diable est accus
d'avoir tu sa mre. Tout parle contre lui; il lui a demand dix mille
francs qu'elle a refuss, et les dix mille francs ont t vols aprs le
meurtre. L'assassin a laiss dans Je jardin des traces de pas; le pied
de Dalissier se moule dans ces traces accusatrices. On a ramass un
bouton de manchette; il est  Dalissier. Le poignard avec lequel on a
frapp lui appartient; l'accus en convient. Enfin, preuve plus
convaincante encore, une jeune fille est accourue aux cris de la
victime; elle a t frappe, dans l'ombre, par l'assassin; elle le
reconnat, c'est lui, c'est Dalissier. Voil certes de quoi envoyer un
homme, si ce n'est  l'chafaud, du moins au bagne  perptuit, si les
jurs sont en train d'indulgence.

Mais le jury y met de la complaisance, car il acquitte Laurent Dalissier
sur la plaidoirie de l'avocat, et surtout, je pense, sur la bonne mine
de l'accus. C'est une justice un peu trange, mais dont M. A. Belot
avait besoin; et remarquez que ce singulier verdict est plein de bon
sens, car Laurent est le plus honnte criminel qui ait jamais t tran
devant les assises du drame. Les assassins l'ont suivi  la piste; ils
lui volent son bouton de manchette. C'est avec son poignard que sa mre
a t frappe. Si l'on a reconnu la trace de ses pas, c'est que
l'assassin s'tait chauss de ses bottines; si cette jeune fille l'a vu,
elle a pu se tromper, car c'tait de ses habits que l'assassin s'tait
revtu. Ceci est le secret du drame, le dernier mot que l'auteur nous
dira  la fin de la pice.

En attendant, voici Laurent en libert; le tribunal l'a acquitt mais le
monde ne l'a pas absous. Il ne suffit pas que le jury ait proclam son
innocence. C'est ce que comprend le malheureux, qui ne pourra marcher
tte haute que lorsqu'il aura trouv le coupable, et pour tre plus sr
de ses recherches et de leur rsultat, il se met lui-mme dans les rangs
de la police et s'associe  un M. Roule, un fin chasseur de gredins
celui-l. A partir de ce moment le drame se lance dans ce chass-crois
de limier de la police et de gibier de bagne. Toujours mouvant ou
amusant, suivant le genre, depuis les _Talismans_, de E. Souli, jusqu'
_Tricoche et Cacolet_ de divertissante mmoire. Enfin tout se dcouvre
et M. Roule a vent l'assassinat par substitution. Ce parricide n'tait
pas un parricide, pas plus que le fou du _Beau-frre_ n'tait un fou.
C'est la manire dramatique de M. Belot; il rhabilite ses titres de
pice.

Ce drame du _Parricide_ aura du succs; il a pour lui quelques tableaux
qui ont t chaleureusement applaudis, entre autres celui des
saltimbanques, trs-habilement fait et mis en scne d'une manire
trs-pittoresque. Il est bien jou par Lacressonnire, excellent en
policier, par Vannoy, par Ren Didier, un jeune comdien d'avenir.
Montbars a t trs-applaudi et Mlle Vannoy, qui est entre  l'Ambigu
en possession de son talent dramatique gar au Gymnase, a obtenu un
rel succs.

Si M. Strakosch ne remet pas sur pied le Thtre-Italien, il faut
dsesprer pour toujours de ce thtre, car jamais impresario ne
dploya pareille activit et ne fit plus grandes tentatives. M
Strakosch, qui cherche du nouveau, n'en ft-il plus au monde, ne prend
aucun engagement de dure avec un artiste; c'est au public  se
prononcer entre le directeur et le chanteur; jusqu' cette suprme
dcision M. Strakosch ne rpond de rien. Il cherche, il trouvera, j'en
suis sr. La semaine dernire, il nous faisait entendre Mlle Belval;
aujourd'hui il nous prsente Mlle Belocca. Mlle Belocca, qui dbutait
dans le _Barbier_, est une fort jeune et fort jolie personne, pour
laquelle le public tait dj favorablement prvenu, puisque la
direction avait pris soin d'adresser son portrait avec les billets
d'invitation  cette soire. Il y avait mme une petite lgende qui
circulait dans les couloirs au bnfice de la dbutante, mais cela ne
nous regarde pas. Toujours est-il que cette charmante Russe a la voix la
plus agrable du monde; une voix bien frache, bien timbre et vivante
de toute la grce de la jeunesse. Avec cette brillante musique du
_Barbier_, qu'elle nous rendait avec son contralto et dans laquelle elle
a t fort applaudie, elle a dit,  la leon de chant, un air russe qui
nous plat fort dans son caractre doux et mlancolique et comme
contraste, le Brindisi de la Lucrezia Borgia, o l'actrice lance
vaillamment le fameux trille, ce grand succs de l'Alboni. L'accueil
fait par la salle  la jeune virtuose a t des plus chaleureux.

Est-ce  dire qu'une toile se soit leve au ciel du Thtre-Italien?
Non, il faut attendre encore. Mlle Belocca est une chanteuse qui donne
les plus grandes esprances, mais qui,  l'heure qu'il est, chante avec
la timidit d'une lve et parfois mme avec les hsitations d'une
colire; mais le public l'a prise du premier coup en grande sympathie
et le succs, qui est le meilleur de tous les encouragements, sera aussi
le meilleur matre de Mlle Belocca.

M. Savigny.



LES FRAYEURS DE M. POMMIER

(A la campagne, M. et Mme Rambert se mettent  table pour djeuner.)

_Mme Rambert_ (dployant sa serviette).--C'est entendu, mon ami; tu
consens  me conduire ce soir  Cernon?

_M. Rambert._--Et mon agent de change?

_Mme Rambert._--Il t'attendra ... La fte sera magnifique; il y aura
concert dans le parc, illumination sur la terrasse, joute aux flambeaux,
feu d'artifice sur la Marne ...

_M. Rambert_ (riant).--Allons, puisque tu le veux ...

_Mme Rambert_ (tendant la main  son mari).--Merci, Paul ...

(On sonne  la grille).

_Mme Rambert._--Une visite ...

_M. Rambert_ ( la fentre).--Ah!... M. Pommier ...

_Mme Rambert_ (fronant les sourcils).--Lui ... c'est jour de malheur.
Je ne connais pas d'homme plus insupportable ...

_M. Rambert._--Voil le moment de faire provision de courage.

_Mme Rambert._--C'est--dire de faiblesse; on devrait s'affranchir de
ces petites tyrannies ...

_M. Rambert_ (avec prire).--Hermandine ...

_Mme Rambert_.--J'ai tort, pardonne-moi ...

_Pommier_ (entrant vivement).--Je vous ai vu  la fentre, mon cher
Rambert ... cela va bien? moi aussi ... Tenez, Franois, portez ma
gibecire et mon parapluie dans ma chambre; car je viens m'installer
chez vous, mes bons amis ... Vous ne vous attendiez pas  cette
surprise, j'en suis sr ... (A Mme Rambert). Oh! pardon, belle dame,
j'oubliais de vous demander des nouvelles de votre sant ...
(S'asseyant). Vous permettez ...

_Mme Rambert_ (d'un ton aimable).--Nous sommes trs-flatts de votre
gracieuse visite, M. Pommier. Vous n'avez pas djeun?

_Pommier_.--Du tout; je suis parti  neuf heures.

_Mme. Rambert_.--Franois, un couvert ...

_Pommier_.--Ces choses n'arrivent qu' moi ... Figurez-vous que ce
matin, en me levant, je vois ... J'en frissonne encore ...

_M. Rambert_.--Nous y voil ...

_Pommier_.--Vous connaissez le canal qui longe mon parc ... Eh bien! on
a profil de la nuit pour lever,  la hauteur de mes fentres, une
estacade qui empche absolument l'coulement des eaux ...

_M. Rambert_.--Je ne devine pas ...

_Pommier_.--Si l'estacade rsiste, ma maison peut tre emporte par
l'inondation; et de plus je serais expos  attraper la fivre en
respirant les miasmes pestifrs qui s'lveront du lit du canal.

_Mme Rambert_.--C'est manifeste.

_Pommier_.--D'ailleurs, les grandes chaleurs que nous traversons
pourraient bien ramener le cholra parmi nous....

_Mme Rambert_.--Oh! certainement ...

_Pommier_ (faisant un soubresaut).--On en parle peut-tre?

_Mme Rambert_.--Pas encore ... mais il a t question du _vomito ..._

_Pommier_ (plissant),--Le _vomito_ ... il est  Paris?

_M. Rambert_.--Non, mon cher ami; il n'a pas quitt les Antilles.

_Pommier_ (s'essuyant le front).--Ah! vous m'avez fait une peur ... car
je ne suis point un hros, moi, je l'avoue ...

_Mme Rambert_ (souriant;  part).--Cela se voit.

_Pommier_.--Vous permettez que je ferme cette fentre ... le vent du
nord est frais, et j'ai la poitrine si dlicate ...

_Mme Rambert_.--A votre aise, M. Pommier ... nous pouvons mme allumer
du feu.

_M. Rambert_ (bas  Mme Rambert).--Tu es cruelle ...

_Pommier_.--Merci, belle dame; je crois que ce n'est pas ncessaire
aujourd'hui ... (Il se rassied.)

_M. Rambert_.--Vous tes arriv bien tard; il y a peut-tre eu un
accident au chemin de fer?

_Pommier_.--Je l'ignore; du reste cela ne m'intresse gure, car j'ai
jur de ne plus employer ce mode de locomotion, depuis que j'ai lu, dans
un journal anglais, l'effrayante statistique des accidents arrivs sur
les voies ferres pendant l'anne ...

_M. Rambert_ (l'interrompant).--Vous avez pris votre voiture?

_Pommier_.--Je ne me sers pas de mes chevaux en t, dans la crainte des
taons ... Je suis venu sur un chariot conduit par des boeufs; c'est
moins prompt, mais plus sr ...

_Mme. Rambert_.--Personne ne pourra vous contester le monopole de la
prudence ... Voulez-vous accepter des radis?

_Pommier_.--Mille grces, madame, les crudits sont un vrai poison pour
les gens nerveux.

_Mme. Rambert_.--Alors je vous offrirai du saucisson ...

_Pommier_ (vivement).--Du saucisson ... Comment, vous persistez  braver
les animaux meurtriers que ce perfide aliment renferme.

_M. Rambert_.--Vous croyez donc srieusement aux trichines?

_Pommier_.--Si j'y crois ..., comme  toutes les vrits prouves par la
science ... Si vous le permettez, je prendrai un peu de rti ...

_Mme. Rambert_ (jetant un regard  son mari).--Arrtez, M. Pommier, mais
ce rti ...

_Pommier_ (inquiet).--Eh bien?

_Mme. Rambert_.--Il a t bard de lard ...

_Pommier_ (philosophiquement).--Je me contenterai alors d'un oeuf  la
coque.

_M. Rambert_ ( part).--Hermandine est sans piti ...

_Pommier_ (se levant tout  coup).--Hum!... le ciel s'obscurcit d'une
faon inquitante ... Voil de gros nuages noirs qui ne me disent rien
de bon ... Votre paratonnerre est-il en bon tat?...

_Mme. Rambert_.--Pas trop ... le conducteur est rompu ...

_Pommier_ (soucieux).--Vous avez tort de ngliger ces choses-t ...

_M. Rambert_ ( part).--Oui, c'est une ide. (Haut, sortant.) Veuillez
me pardonner, messieurs, mais j'ai quelques ordres  donner  la cuisine
...

_Pommier_ (se rasseyant).--Ces chaleurs ne sont pas naturelles; il y a
l-dessous quelque dangereuse perturbation atmosphrique.

_M. Rambert_.--C'est possible, mais je ne me suis jamais mieux port.

_Pommier_.--Oh! la scheresse engendrera indubitablement la disette, les
pidmies et une foule d'autres flaux ...

_M. Rambert_ ( part).--Dcidment Hermandine a raison, la conversation
de M. Pommier manque de charme.

_Pommier_ (faisant un soubresaut).--Un clair!.. (On entend deux
dtonations du ct de la cuisine.) Ah!... qu'est-ce que c'est, mon
Dieu!...

_Mme. Rambert_ (accourant).--Ciel!... quel accident!

_M. Rambert_ (vivement).--Que se passe-t-il?

_Mme. Rambert_ (bas  son mari).--Tais-toi ... (Haut.) Deux flacons de
ptrole viennent de faire explosion dans la cave ...

_Pommier_ (se relevant en proie  un grand trouble).--Du ptrole?...

_Mme. Rambert_.--Si le feu se communique au baril, je crains pour la
maison ...

_Pommier_ (poussant un cri de terreur).--Ah!... nous sommes perdus?...
(Il s'lance vers l'antichambre.) Ma gibecire, mon parapluie!... (Il
saisit ses bagages et se prcipite dehors en s'criant.) Faites comme
moi ... sauvez-vous ... adieu!...

_Mme. Rambert_ (riant  gorge dploye).--Ah! ah! bon voyage M. Pommier
... Ah! ah! j'en mourrai ...

_M. Rambert_ (vivement).--Explique-toi donc?

_Mme. Rambert_.--Ah! ah!... j'ai dit au jardinier de mettre le feu 
deux ptards ...

_M. Rambert_.--Ainsi, l'histoire du ptrole?

_Mme. Rambert_.--Mon ami, pardonne-moi, je tiens  aller  Cernon ...

Jean Bruno.



L'ESPRIT DE PARTI

LE CHARIVARI

1833

On assure que la fte de Quelqu'un sera dsormais fixe au 19 novembre,
jour de la Saint-Ladre.

Lorsque les journaux ministriels disent que l'ordre _le plus parfait_
rgne en France, nous aimons  croire qu'ils ne parlent pas de l'Ordre
de choses.

L'insurrection carliste a principalement gagn dans les montagnes
situes sur les frontires de l'Espagne, dont les habitants, comme on
sait, sont tous contrebandiers. Il est question de leur envoyer M. de
Broglie pour _s'entendre_ avec eux.

L'hiver s'annonant comme devant tre trs-rigoureux, chacun s'empresse
de faire ses provisions de bches. C'est sans doute pour ce motif que le
juste milieu rassemble ses dputs.

L'industrie des tourneurs de chaises est, dit-on, dans une grande
dtresse. Cela n'est pas tonnant avec un Ordre de choses si mal assis.

Jules Rohaut.

(_A suivre._)



[Illustration: UN INTRUS.--Dessin de M. K. Bodmer.]



M. LON DE ROSNY
ET LE CONGRS INTERNATIONAL
DES ORIENTALISTES

Le Congrs international des Orientalistes a t l'vnement de la
premire quinzaine de septembre 1873. Rpondant  la tendance actuelle,
qui veut que tout tourne  une application humanitaire utile et
immdiate, le Congrs a produit tout de suite des rsultats pratiques
importants. C'est l'entre spontane de l'empire du Japon dans le
concert des peuples europens, par la cration rendue possible de la
presse, c'est--dire par la solution du grand problme de l'unit
orthographique de la transcription europenne des textes japonais par
les caractres romains; c'est l'application raisonne et pratique de
plusieurs _desiderata_ de la sriciculture et de l'industrie des soies;
c'est, enfin, l'exposition scientifique, faite au Palais de l'Industrie,
des produits tonnants d'une civilisation trangre, dignes de notre
admiration et sur plusieurs points dignes mme de notre imitation.

M. Lon de Rosny, notre savant professeur  l'cole spciale des langues
orientales, a t le promoteur, l'organisateur et le prsident de ce
premier Congrs international des Orientalistes: belle oeuvre
essentiellement d'initiative prive (premier mrite trop rare en France)
et dont la russite a t complte (deuxime mrite pris en tout pays).

Il appartenait  la voix autorise de ce savant (jeune d'ge mais vieux
de rputation), de faire un appel fructueux  tous les orientalistes de
l'univers pour se runir dans un grand congrs et inaugurer une re
nouvelle.

[Illustration: M. de Rosny, prsident du Congrs international des
Orientalistes.]

La presse franaise et la presse trangre ont suivi, avec une curieuse
et bienveillante attention, les travaux du congrs. Leurs premires
impressions lui ont t compltement favorables, mais elles ne pourront
se prononcer dfinitivement, et en toute connaissance de cause, qu'aprs
la publication du volume des procs-verbaux des sances, et des mmoires
justificatifs  l'appui des opinions et des thses mises par les
orateurs.

L'oeuvre du congrs est accepte par l'opinion publique et elle va se
poursuivre rgulirement. En 1874, sa seconde session sera tenue en
Angleterre. Ce pays, en effet, a t choisi de prfrence  l'Italie, la
Suisse, le Portugal et le Luxembourg, qui auront plus tard leur tour.
L'tude des langues hindoustaniques sera l'objet principal de ses
travaux, de mme que le Japon a t l'objectif du premier congrs, et
que les tudes orientalistes en gnral n'y ont obtenu que la moiti du
nombre des sances.

C'est le 1er septembre que le congrs a ouvert ses travaux au palais de
la Sorbonne, sous la prsidence d'honneur de M. l'amiral Roze, et c'est
le 11 qu'il les a clos, galement sous la prsidence de ce savant marin.
M. de Rosny, avec la haute modestie qui est un des traits de son
caractre, n'a voulu prsider que les sances o sa prsence au fauteuil
tait indispensable pour mieux diriger et soutenir les dbats; mais,
quant aux autres sances, il a toujours cd son fauteuil aux savants
franais et trangers qui taient davantage familiariss avec les sujets
qui en faisaient l'objet.

                                                      *
                                                     * *

M. Lon de Rosny naquit  Loos (Nord), le 5 avril 1837. Ds son enfance,
il annona ce qu'il devait tre un jour par sa grande aptitude  l'tude
de la grammaire, de la gographie et de l'histoire. lve de l'cole
spciale des langues orientales, il s'y distingua par sa merveilleuse
facilit  l'tude des langues de l'extrme Orient et il en fut le
brillant lve.


[Illustration: La nouvelle caserne d'infanterie de marine construite 
Sagoun.]


A l'ge de vingt ans, il dbuta dans la carrire de la presse politique
comme rdacteur successivement de la _Presse_, le _Courrier du dimanche_
et le _Temps._ Il fit aussi la correspondance politique quotidienne de
plusieurs journaux trangers. Cette mme anne 1857, il reut, pour
services politiques, la dcoration du Lion et Soleil de Perse, et, peu
aprs, la mdaille d'or de l'Acadmie des sciences de Saint-Ptersbourg.
M. de Rosny a t dcor depuis d'un grand nombre d'ordres trangers.

En 1858, le ministre de l'instruction publique l'envoya en Angleterre
pour la composition d'un grand Dictionnaire
_japonais--franais--anglais._ Cette mme anne, il fonda la _Revue
orientale amricaine_ (premire srie, 10 volumes in-8), et, en 1859,
il fonda la Socit d'ethnographie, belle institution dont il est rest
secrtaire jusqu'en 1873, poque  laquelle les suffrages des membres
l'appelrent aux fonctions de prsident.

En 1861, un fragment de son _Histoire de la langue chinoise_ lui valut,
au concours Volney, le grand prix de 1,200 francs. Nomm premier
interprte de la lgation de France  Yedo, il fut charg, en 1862, par
le ministre des affaires trangres, d'accompagner la premire
ambassade japonaise en Europe et il voyagea avec elle en Hollande, en
Prusse et en Russie.

Une chaire de japonais manquait  l'cole des langues orientales. En
1863, M. de Rosny y fut appel comme professeur libre. Cette mme anne
il fonda le _Comit d'archologie amricaine_, et, en 1865, la socit
de l'Athne oriental, la jeune et brillante rivale de la Socit
asiatique de Paris. Cette mme anne, 1865, M. de Rosny fut charg de
traduire en chinois, pour le gouvernement espagnol; le trait conclu par
cette puissance avec la Chine.

En 1866, il fut envoy  Marseille par le ministre de l'agriculture et
du commerce pour diriger une mission charge d'examiner les graines de
vers  soie donnes par le Takoun  l'empereur des Franais, affaire de
haute importance en prsence de l'pidmie qui, depuis vingt ans, ravage
nos magnaneries. Il fit,  cette poque, un voyage scientifique en
Suisse et en Italie, qui attira l'attention. En 1867, il fut nomm
membre de la commission scientifique de l'exposition universelle pour
l'ethnographie.

En 1868, un dcret imprial ayant transform la chaire d'arabe de M.
Sylvestre de Sacy  l'cole spciale des langues orientales en chaire de
japonais, M. de Rosny y fut nomm le premier titulaire, juste rcompense
qui consacrait dfinitivement la haute place que ce jeune professeur
avait conquise dans le monde orientaliste.

Le cours d'_ethnographie de la race jaune_ qu'il ouvrit au Collge de
France en 1869, runit un nombreux public. Enfin, la grande oeuvre de
l'organisation et de la conduite du premier congrs international des
Orientalistes est venue confirmer la rputation de M. Lon de Rosny
comme savant et comme organisateur progressif.

M. Lon de Rosny est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages techniques
sur l'extrme Orient et de vocabulaires japonais, chinois, coren et
ano, qui tous ont t remarqus par leur haute valeur. On en trouve le
dtail dans le Dictionnaire des contemporains, de G. Vapereau, arrt 
1869. Les limites de cette notice ne nous permettent pas de les
mentionner ici, mais nous dirons que depuis dix ans, de Rosny s'occupe
d'une histoire de la race jaune, grand ouvrage qui rsumera ses immenses
travaux et formera quatre forts volumes in-8.

Bon Textor de Ravisi.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

_Le fond de la socit sous la Commune_, par M. Dauban (1 vol. in-8, E.
Plon et Cie).--Le bruit avait couru un moment que ce volume,--un des
plus intressants qu'on ait publi sur les vnements et les hommes de
la Commune,--avait t saisi chez les libraires. On se demandait
pourquoi? tait-ce parce que M. Dauban avait dcrit l'tat de la socit
parisienne d'aprs les documents qui constituent les archives de la
justice militaire? Mais il avait t lgalement autoris  les
consulter. tait-ce parce qu'il avait mis en tte de son livre le
fac-simil d'un dessin publi en Allemagne, _en septembre_ 1870, huit
mois avant les incendies de la Commune, et o l'artiste allemand avait
prophtis quelques-uns des tragiques vnements qui allaient suivre?
_Gefallen, Gefallen ist Babylon die stolze! Tombe, tombe, la
Babylone orgueilleuse! s'criait insolemment le Germain au bas de ce
dessin, d'ailleurs assez mdiocre, mais extrmement curieux. tait-ce
plutt parce que M. Dauban, dans la conclusion de son livre, demandait 
la fois justice pour la Commune (qu'il condamne) et justice pour tous,
puis s'criait: On s'tonne que les ministres qui ont pris, vis--vis
du pays, la premire, la plus grave des responsabilits, celle de la
dclaration de guerre et des malheurs qui l'ont suivie, puissent venir
se promener, le front serein, au milieu de ceux auxquels leurs fautes
ont impos un deuil ternel, et qu'on n'ait mme pas le droit de les
interroger!

M. Dauban, dont on connat les ides modres, ajoute en effet que la
paix sociale, cette paix tant souhaite par un pays plein de passions
souterraines et menaantes, n'a pas de meilleure base que l'galit des
droits. Il eut donc fallu juger  la fois tous les coupables et, avant
tout, les coupables de la premire heure. Cette conclusion avait
peut-tre effarouch bien des gens, mais elle tait si juste qu'on n'a
pas cru devoir plus longtemps retenir un livre plein de faits, de
renseignements, de pices authentiques et indispensables  tous ceux qui
veulent se rendre compte de la dernire crise civile traverse par notre
pays.


_La Sve_, posies par M. Albert Pinard (1 vol. in-18).--De l'lan, de
la fivre, d'une largeur d'ides unie  un sentiment intime, de la
grce, beaucoup de foi et de verdeur, voil ce qui distingue ce livre,
qui porte un titre jeune et hardi, _la Sve._ Il y a de la sve en
effet, et beaucoup, dans les vers de M. Pinard, et on y sent un amour
vrai de l'humanit et de la justice.


_Mmoires d'un journaliste_, par M. de Villemessant (1 vol. in-18,
Dentu).--C'est la seconde srie d'un ouvrage piquant crit sous forme de
causerie et qui nous initie, chemin faisant,  la vie prive de quelques
gens clbres. L'auteur parle fort peu de lui-mme dans ce volume et
beaucoup des autres, de ceux qu'il appelle les hommes de mon temps.
Ceux-l sont ce spirituel Auguste Villemot, le bon bourgeois de Paris,
mort au moment o Paris assig semblait ray du reste de la carte,
Flix Solar, que je n'ai connu que par sa catastrophe, Nestor Roqueplan,
le paradoxe fait homme et l'esprit incarn, mais l'esprit tendu, avec un
torticolis lgant. Quand je pense que Nestor Roqueplan, ce sceptique,
avait sign avec M. Thiers la protestation des journalistes en 1830. Il
nous faut des noms, il nous faut des ttes, avait dit M. Thiers en
tendant le papier, Roqueplan avait donn son nom et risqu sa tte. Deux
portraits bien diffrents, celui d'Alexandre Dumas et celui du comte de
Chambord, compltent ce volume qu'on lit avec plaisir, sans fatigue,
comme on coute un bon conteur.

Ces _Mmoires d'un journaliste_ seront-ils jamais termins? Je le
souhaite, et M. de Villemessant, qui a connu tant de gens, en a bien
d'autres  nous prsenter. On peut dire que tout ce qui a tenu une
plume, dans la jeune littrature militante, a pass chez lui, et franchi
ce seuil du _Figaro_ o nous avons connu, pour notre part, les crivains
les plus disparates. Il y a dix ou douze ans de cela. Dj! Je
n'oublierai jamais que l'auteur de ces _Mmoires_ m'ouvrit  moi,
trs-jeune et fort ignor alors, les colonnes d'un journal qui, d'un
bond, donnait la notorit. J'tais fort mu en dbutant. Mais il savait
donner lui-mme la confiance. Et l'on crivait! Et l'on allait! Combien
en a-t-il fait dbuter de la sorte? Il a su se crer des ennemis en
foule, des ingrats en quantit, et quelques-uns seulement n'ont pas
oubli, malgr tout, ces heures de dbut. Pour moi, leur souvenir m'en
est revenu,  travers la fume de la lutte et les escarmouches de la
politique, prsent encore, en lisant ces pages alertes et ces anecdotes
qui amusent comme un roman.

Le troisime volume de ces _Mmoires_, qui vient de paratre, contient
des anecdotes fort curieuses sur quelques-uns des premiers rdacteurs du
_Figaro_, Louis nault, M. B. Jouvin, dont son beau-pre retrace la
physionomie de lettr et de bibliophile, et on lit ce volume nouveau
avec le mme plaisir que les autres, rserves faites des attaques
politiques qu'on y peut trouver  et l.


_Connaissance pratique du cheval_, par M. Vial (1 vol. in-8. J.
Rothschild).--Tout le monde aujourd'hui parle hippologie. Le cheval est
entr, si l'on peut dire, dans les moeurs de tous, et mme dans
l'estomac de quelques-uns. Mais on en parle trs-souvent en toute
ignorance et par genre. J'avoue que, pour ma part, j'avais grand besoin
qu'un crivain spcial, comme M. Vial, ancien lve de l'cole de
Saumur, s'attacht  crire, comme il l'a fait, un trait d'hippologie 
l'usage des sportsmen, officiers de cavalerie, leveurs de chevaux,
vtrinaires et mme simples hommes de lettres.

J'ai appris, dans son livre, un nombre infini de choses et M. Victor
Borie a grandement raison d'crire, dans la Prface de cet ouvrage, qu'
chaque ligne on y reconnat la main de l'homme pratique, instruit par
l'exprience acquise. L'ostologie du cheval, aussi bien que sa forme
extrieure, y est dcrite avec clart. _L'allure, la robe, les tares_,
les maladies, tout est tudi avec soin. M. Vial passe en revue les
races diverses des chevaux, l'anglo-arabe, le normand, le boulonnais, le
percheron, etc., etc. Bref, d'un bout  l'autre ce livre spcial est
instructif et utile. J'ajoute que l'diteur, M. Rothschild, l'a publi
avec le luxe habituel qu'il donne  ses publications, gravures sur acier
et sur bois, un vritable ouvrage de haras qui mrite d'tre un ouvrage
de bibliothque.


_Notice sur mile Deschamps_, par M. Achille Taphanel (1 broc.
in-18).--mile Deschamps, acadmicien n, est mort sans avoir t de
l'Acadmie. Mais il occupe dignement le quarante-et-unime fauteuil.
C'tait le plus aimable des causeurs, le plus railleur des potes
romantiques, le plus accueillant des vieillards. M. Taphanel, qui l'a
beaucoup connu, s'est attach  faire revivre cette souriante
physionomie dans une notice que je signale avec plaisir aux lettrs.
Mais qui s'occupe d'mile Deschamps et qui lira ce joli travail d'un
jeune homme lettr et reconnaissant? Qui? Tout ce qui n'est pas ingrat
envers une mmoire sympathique et un pote de talent.


_Histoire de la troisime Rpublique_, par M. Adolphe Michel (tome
premier).--Les histoires particulires de la dernire guerre sont
nombreuses, mais les histoires gnrales sont rares, beaucoup ont
racont, avec plus ou moins de talent et de vrit, les pisodes dont
ils avaient t tmoins; bien peu ont eu la patience de faire la
synthse de ces travaux divers et d'en tirer des vues d'ensemble et des
jugements gnraux. M. Adolphe Michel, dj apprci comme historien
pour un travail trs-rudit sur Louvois et les protestants, vient de
tenter l'entreprise de raconter ce qu'il appelle l'_Histoire de la
troisime rpublique_, et j'ajoute qu'il vient d'y russir. Nous
reviendrons sur cet ouvrage ds qu'il sera complet ou du moins termin.
Qu'il nous suffise aujourd'hui de signaler  l'attention le premier
volume de ce livre, qui va de la dclaration de guerre (juillet 1870)
jusqu'au bombardement de Paris (janvier 1871). On ne peut demander  des
histoires de ce genre, palpitantes d'actualit, le calme et la
modration. Dieu nous garde de demeurer calmes en un tel sujet! M.
Michel s'indigne souvent, il a raison, et il prouve une fois de plus que
l'indignation, qui fait les potes, fait mme et fait aussi les
historiens.


_En faction_, par M. Albert Mral (1 petit volume in-32).--Ce sont
encore des vers et des vers patriotiques. _En faction_, le titre sent
les souvenirs du sige. Ce sont des impressions de remparts, des
pisodes de la prise de Montretout. Le style a souvent des hsitations,
mais ces pices de vers mritent d'tre lues, et c'est l un dbut
heureux.


_L'assassin du bel Antoine_, par M. Paul Parfait (1 vol. Michel
Lvy).--_La Chambre bleue_, de Prosper Mrime, nous montrait deux
amoureux fort dpits en entendant, dans une chambre d'auberge, le bruit
de la chute d'un corps et se croyant les tmoins _de auditu_ d'un crime
commis, pour parler comme au thtre, _ la cantonade_. Ce que Mrime
prit au comique, M. Paul Parfait l'a pris au tragique dans ce roman qui
est, je pense, son premier roman et qui s'appelle: _L'assassin du bel
Antoine._ Un peintre, Julien Grandier, a, dans un htel d'une petite
ville, un rendez-vous avec une femme marie. Cette nuit mme, un
marchand de bestiaux, le bel Antoine, est assassin dans la chambre n 6
de l'htel, et Julien occupe la chambre n 5. Ncessairement on l'accuse
et, pour comble de malheur, c'est prcisment le mari de Mme de
Marcillac, le juge Marcillac qui est charg de l'instruction de
l'affaire. Julien n'hsite pas; plutt que de compromettre celle qu'il
aime, il se laissera accuser d'un crime, bien plus, il dclarera qu'il
est, lui, Julien, l'assassin du bel Antoine. Mais  son tour, Hlne de
Marcillac cherche  sauver Julien; elle dcouvre l'assassin vritable,
un certain Floquart et le livre elle-mme  son mari. M. de Marcillac,
aprs avoir un moment hsit  se venger d'une faon effroyable, fait
mettre Julien en libert, mais il dclare qu'il veut sa vie. Un duel a
lieu. Julien tire sans viser et tue M. de Marcillac. A l'heure o vous
recevrez cette lettre, crit alors Hlne  Julien, je serai dj
rfugie dans un couvent. Ne cherchez pas  me revoir. Il y a du sang
entre nous.

Ainsi finit ce livre, trs-rapide, trs-mouvant, crit d'un style
preste et pittoresque. C'est un roman tout  fait attachant qui,
transport au thtre, ferait un excellent drame. Je fliciterai surtout
M. Paul Parfait d'avoir crit l, non pas un rcit de cour d'assises,
comme nous en avons tant et trop lu, mais un roman de passion o la
perspective du supplice ne fait que montrer sous un jour plus
sympathique les nobles caractres des personnages. Il y a un crivain
remarquable et un romancier de race chez M. Paul Parfait, qu'on
connaissait dj pour un polmiste rudit, spirituel et incisif.


_Cahiers de la Marche et Assemble du dpartement de Guret_
(1788-1789), par M. Louis Duval, archiviste du dpartement de la Creuse.
(1 vol. in-18 Limoges, Ducourtieux.)--On finira bien peu  peu par
connatre  fond l'histoire de la Rvolution franaise s'il se trouve
partout des rudits et des curieux pour recueillir et mettre au jour les
documents relatifs  cette poque. M. Louis Duval. archiviste  Guret,
vient de faire pour le dpartement de la Creuse ce que fit M. Antonin
Proust pour l'Anjou, et ce qu'il faudrait faire pour tous les
dpartements franais. Il a remis au jour les cahiers du dpartement de
Guret envoys aux tats gnraux, ces fameux cahiers qui furent
l'immense voix de la France demandant des rformes  la royaut. La
plupart des dolances des habitants du Centre rappellent les autres
dolances, celles des provinces de Picardie, par exemple. Mais elles
n'en ont pas moins leur intrt tout particulier, que M. L. Duval a
parfaitement fait ressortir.

L'introduction qu'il a place en tte de ce livre et o, aprs avoir
justement insist sur la ncessit de connatre la situation de la
France avant 1789, si l'on veut comprendre l'oeuvre de la Rvolution et
l'importance des cahiers, cette introduction est un excellent morceau de
critique historique. M. Duval tudie les divisions territoriales de la
Marche, son organisation judiciaire, son organisation financire, les
impts, les contributions indirectes, la gabelle, la corve, les
banqueroutes royales, la milice, le tirage au sort, les enrlements
forcs, la misre du soldat, les entraves apportes  la libert du
travail multipliant le nombre des bandits, vagabonds, faux-sauniers, et
le pauprisme, les disettes, en un mot, tout ce qui amena l'explosion de
89, et la seule lecture de la table d'un tel livre donne  la fois une
ide de son importance et un tableau succinct de la vieille France. Un
tel ouvrage vaudrait d'tre analys longuement, tudi pas  pas. Je me
contente de le signaler et de le recommander tout particulirement 
ceux qui veulent tudier de prs les origines de la France nouvelle.


_La Dernire bataille_, par Frdric Stampf, traduction de M. Edmond
Thiaudire (1 broch. chez Le Chevalier).--Il parat que l'auteur de ce
pome, traduit de l'allemand, M. Frdric Stampf, tait officier dans le
3e rgiment d'infanterie de la landwehr prussienne. Son pre,
rpublicain, avait t tu en 1848,  Berlin. Aprs Sedan, il eut l'ide
de rimer un pome pacifique bientt connu, qui le fit dgrader et
enfermer dans la citadelle de Spandau. Stampf s'chappa, gagna la Suisse
et il y mourut. Il n'avait pas trente-cinq ans. M. Thiaudire a traduit
avec amour ce pome d'un Allemand en l'honneur de l'affranchissement des
peuples, dont la pauvre France avait eu le glorieux vouloir. Il est rare
de rencontrer ces mots, la pauvre France, sous la plume d'un Allemand,
autrement qu'avec une intention ironique. Mais il parat que ce
malheureux Stampf nous aimait. Que doivent penser de lui ses
compatriotes, qui tiennent un peu rigueur  Frdric le Grand lui-mme
de ses sympathies franaises? Le pome de Stampf est d'ailleurs, un peu
nbuleux; c'est par l qu'il est rest Allemand.

Jules Claretie.



EXPOSITION DE VIENNE

BRONZES DE M. DOMANGE ROLLIN

Chaque nouveau concours international met en vidence les admirables
qualits inventives de nos fabricants, depuis les plus grandes maisons
jusqu'aux plus modestes, et le monde entier est tributaire du got
franais. L'industrie du bronze, minemment franaise, parisienne mme,
peut tre compte au nombre de celles qui offrent le plus vaste champ 
l'imagination de nos artistes, soit qu'ils allient ce mtal au marbre ou
bien au bois, soit qu'ils en combinent les effets avec des mtaux plus
prcieux, tels que l'or et l'argent. En dehors des pices de grande
fabrication, dont le prix est excessivement lev, nous trouvons
journellement des produits accessibles  toutes les bourses et qui se
recommandent par d'excellentes qualits de fabrication, la puret du
style et le bon got qui a prsid  leur cration.

[Illustration: EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE.--Les Bronzes de M.
Domange Rollin.]

Tel a t d'ailleurs l'avis du jury de l'Exposition de Vienne, en
dcernant un diplme de mrite  M. Domange Rollin qui expose une
collection riche et trs-varie de garnitures de chemine et de petits
bronzes.

Les quelques pices reproduites par notre gravure permettent de juger
par le dtail des produits de cette maison.



RBUS

[Illustration.]

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Souvent l'homme est port  s'enrichir, et tourne le dos au bonheur.








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1873, by Various

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paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

