The Project Gutenberg EBook of Le Capitaine Martin., by Louis Reybaud

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Title: Le Capitaine Martin.
       Le Dernier des commis voyageurs. Les Idoles d'argile. Le
       Capitaine Martin. Les Aventures d'un fifre.

Author: Louis Reybaud

Release Date: January 16, 2015 [EBook #47984]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Nouvelles de Louis Reybaud.

LE CAPITAINE MARTIN

OU

LES TROIS CROISIRES.


I

Le cadeau de noce.

Parmi les ports franais qui se rendirent, vers la fin du dix-septime
sicle, redoutables dans la guerre des corsaires, il faut placer en
premire ligne Saint-Malo. C'est de l que partaient pour la course les
btiments les plus lgers, les quipages les plus intrpides. La Manche
semblait, appartenir  ces hardis enfants de la mer, et les riches
convois qui revenaient des deux Indes ne traversaient pas impunment ces
parages. Dans le cours d'une seule anne plus de cent prises entrrent
dans ce petit port. L'or ruisselait, pour ainsi dire, dans la ville; les
marchandises les plus prcieuses y taient vendues  vil prix. De grands
dommages furent ainsi causs au commerce anglais; et la chose en vint au
point, que l'amiraut crut devoir envoyer, en 1693, une flotte de vingt
vaisseaux, arms de machines infernales pour incendier l'asile de nos
infatigables croiseurs. Contenue par les batteries de la cte,
l'expdition choua, et Saint-Malo ne s'en montra que plus anime contre
l'Angleterre. La fortune servit si bien les entreprises de ses marins,
que la ville put offrir, en 1710, trente millions de francs  Louis XIV,
dont le trsor tait puis par de longues et ruineuses guerres.

Cette priode fut donc  la fois glorieuse et fructueuse pour les braves
Malouins. Elle tient une grande place dans leur histoire. Voici un
pisode qui s'y rattache:

Dans les derniers mois de l'anne 1690, deux Hommes marchaient avec
vivacit sur la jete qui unit l'le de Saint-Malo au continent; tous
les deux taient fort jeunes, quoique leur figure, hle par le soleil
et l'air de la mer, et dj un caractre de virilit. On leur eut donn
vingt-cinq ans; ils n'en avaient pas vingt. Malgr la familiarit
apparente qui rgnait entre eux, il tait facile de voir,  la
diffrence des costumes, qu'ils n'appartenaient pas  la mme classe.
L'un tait vtu avec une lgance qui le rattachait videmment  la
bonne bourgeoisie, au commerce opulent de la ville. Ses manchettes, son
jabot, son chapeau relev d'un galon, son pourpoint de velours, ses
souliers  boucles d'or, tout contribuait  faire valoir sa bonne mine,
son air mle et dcid, son port avantageux. L'audace, la rsolution
respiraient dans ses traits, dans son front lev, dans ses yeux bleus.
Il y avait en lui du hros et de l'aventurier; ses ennemis devaient le
craindre, les femmes devaient l'aimer. L'autre n'avait rien de ces
dehors sduisants; mais sa figure exprimait une certaine jovialit
pleine de finesse. Ramass et trapu, il paraissait dou de cette agilit
musculaire qui distingue les races du littoral breton. Son teint tait
haut en couleur; ses cheveux blonds se nuanaient jusqu'au roux. Cet
ensemble assez peu flatteur n'tait pas sauv par le costume; qui
consistait en un paletot et des braies en grosse ratine brune, un bonnet
de laine et des bottes vases comme en portaient alors les pcheurs de
la cte.

Au moment o les deux interlocuteurs abordrent le quai, la conversation
tait vivement engage entre eux:

--Toi, Martin, tourner  la tristesse! Je ne te reconnais pas l, mon
garon.

--Monsieur Duguay, c'est pourtant comme a! Si le vent souffle toujours
du mme bord, je suis un homme perdu.

--Il n'y a donc plus de genivre dans les cabarets de Saint-Malo?

--Quand le coeur est plein, monsieur Duguay, il n'y a point de place
pour le reste. Le genivre et moi nous ne courons plus la mme route.

--Diable! tu es bien malade, alors. Conte-moi a.

--Vous connaissez la fille  Bertrand?

--Bertrand le voilier, sur le port?

--Tout juste, Gertrude Bertrand, un bijou!

--Peste! tu as la main heureuse, Martin. Joli brin de fille! Et.....
elle t'aime?

--Comme la colique. Elle ne vent pas entendre parler de moi; mais les
filles, monsieur Duguay, n'en font jamais d'autres. Elles rvent des
muguets, des grands seigneurs; puis, quand elles, ont le fond honnte,
elles rflchissent et nous reviennent. Un galant, a passe; un mari, a
reste..

Le jeune homme  qui s'adressait cette confidence parut un instant
embarrass; sa joue se colora vivement; mais, se remettant de cette
impression, il reprit:

--Alors, o est donc l'obstacle, mon garon?

--Le pre, monsieur Duguay, le damn pre. Quand je me suis dclar au
vieux Bertrand, il m'a pris  part, en loup de mer qu'il est. Martin,
qu'il m'a dit, je n'ai rien, tu n'as rien: avec quoi nourriras-tu ma
fille?--Et ceci? que je lui rplique en lui montrant mes bras.--C'est
juste, tu es un bon marin, un excellent patron de barque, un pcheur
intrpide. Je ne veux pas t'humilier; mais la mer est trompeuse, mais
tous les jours, ne sont pas heureux, et d'ailleurs les enfants arrivent.
As-tu quelques conomies? A ce mot, je faillis tomber  la renverse.
De quoi? que je dis en balbutiant.--Des conomies, qu'il reprit avec
l'aplomb d'un boulet de trente-six.--Des conomies!... Figurez-vous mon
embarras, monsieur Duguay: quatre livres dix-sept sous, c'est toute ma
fortune. Jolie avance pour entrer en mnage! Je ne me troublai pas
cependant; et, prenant la pose la plus carre qu'il me fut possible:
Pre Bertrand, lui dis-je, je vois que vous aimez l'or, que vous tes
sensible  ce mtal, surtout quand il est monnay. Eh bien, foi de
Martin, on la couvrira d'or, votre fille. Donnez-moi seulement trois
semaines pour lui ramasser son cadeau de noce.--C'est dit,--C'est dit.
Voil la chose, monsieur Duguay.

Pendant que le marin parlait, le jeune homme paraissait absorb dans ses
rflexions. Cet aveu le touchait videmment par quelque point. Aprs
quelques minutes de silence, il fixa les veux sur son interlocuteur et
lui dit:

--Et que comptes-tu faire?

--Me noyer, parbleu! C'est ma seule ressource. Depuis la guerre, la
pche ne va plus: mes filets semblent maudits.

--coute. Martin.

--Oui, monsieur Duguay.

--Ton bateau est-il bon marcheur?

--Il n'y a pas de trincadour ou de cutter qui puisse lui en remontrer,
monsieur Duguay..

--Combien d'hommes tiendrait-il sous ton pont, Martin?

--Vingt hommes, en les pressant un peu..

--As-tu sous la main ces vingt hommes, des gens dcids comme toi, de
hardis marins?

--Trente, s'il le faut.

--Martin, tu connais mon pre; il est riche, il ne veut pas me confier
encore de commandement. La maison Duguay-Trouin prtend que je suis trop
jeune pour monter un corsaire. Nous en armerons un sans elle.

--C'est a! vive Dieu! Et les armes?

--Nous les prendrons dans les magasins de la maison. Va installer ton
bateau et choisir tes hommes: demain soir, nous croiserons dans la
Manche. Le premier btiment anglais qui passe, hourra! et  l'abordage!
Tu y trouveras de quoi tenir parole au pre de Gertrude.

--Et la fille, monsieur Duguay?

--La fille, Martin... je m'en charge. Tu verras que je sais servir ceux
qui me servent.

L-dessus les deux interlocuteurs se sparrent.

On le devine, l'un de ces hommes est celui qui illustra le nom de
Duguay-Trouin. Ag de dix-sept ans, il tait dj tourment du dsir de
se mesurer avec les Anglais. Aprs la longue paix de Nimgue, la guerre
venait d'clater, et le port de Saint-Malo s'apprtait  jouer sur
l'Ocan le rle actif qu'il soutint pendant prs de vingt annes.
Quelques amourettes ne suffisaient plus au hros; il voulait aller vers
la mer, sa seule matresse. Gertrude tait du nombre des jeunes beauts
qu'il avait trouves sur son passage, et il s'en tait suivi un change
d'aveux; mais rien de plus. La fille de Bertrand tait trop sage, Duguay
trop rserv pour, que les choses allassent au del. La confidence de
Martin acheva le sacrifice: l'ardent Breton fit un retour sur lui-mme,
et ds ce moment il ne songea plus qu' la gloire.

De son ct, le pcheur avait compris toute la tmrit de l'entreprise.
Aller  la rencontre des Anglais avec un simple bateau tait un coup de
tte audacieux; mais, dans la disposition d'esprit o se trouvait
Martin, rien n'tait impossible  son courage. L'ide de surprendre le
vieux Bertrand, le pre de sa belle, par une fortune inespre,
d'blouir Gertrude, de vaincre ses refus par un magnifique cadeau de
noce, l'occupait tout entier. Duguay lui avait mis le dmon de
l'ambition dans l'me: cela suffisait pour en faire un homme nouveau. Ce
jour-l, il reparut au cabaret, mais pour y chercher des recrues. Il
connaissait Saint-Malo; il ne s'adressa qu' des marins prouvs,  des
sujets d'lite. Le partage du butin, la haine du nom anglais, l'honneur
d'un fait d'armes clatant, tout fut invoqu pour prparer, monter,
enthousiasmer ce petit quipage. Dans le milieu du jour suivant, les
vingt hommes taient trouvs; le bateau de pche tait install, gr,
prpar, et, vers le soir, des haches d'armes, des fusils, des sabres
d'abordage venaient complter cet armement en miniature. Duguay-Trouin
s'embarqua le dernier: il fallait tromper la surveillance paternelle.
Martin l'attendait avec ses hommes; l'ancre tait leve; on se laissa
driver avec le jusant.

Une fois hors des passes, la voile fut hisse, et la nef gagna le large.
Le bateau tait tellement encombr par son quipage, qu'il fallut qu'une
portion des matelots se tnt  fond de cale. La mer tait grosse, le
vent violent C'tait la premire fois que le jeune Duguay se trouvait
secou par ce rude lment; il lui paya tribut, un cruel mal de mer le
tourmenta toute la nuit; le moral seul le soutenait encore. Quand le
jour parut, la terre se trouvait hors de vue; on naviguait en pleine
Manche. Martin tenait le gouvernail et dirigeait le bateau de manire 
lui faire prsenter la tte aux vagues qui,  chaque instant, menaaient
de l'engloutir. Personne abord ne semblait troubl par le pril; une
seule inquitude rgnait parmi les hommes de l'quipage, celle de ne pas
rencontrer assez vite des btiments anglais.

Pendant trois jours et trois nuits, la situation ne changea pas:
toujours le mme vent, toujours la mme mer. On courut des bordes dans
toutes les directions sans rien apercevoir. On et dit que la proie
fuyait devant le chasseur. Enfin, le quatrime jour, aux premires
lueurs de l'aube, Martin dcouvrit un btiment vers le N.-O. Il
paraissait considrable; en rapprochant on reconnut une frgate. A
l'instant mme, on manoeuvra pour l'viter; c'tait tomber, comme l'on
dit, dans la gueule du loup. Mais bientt les voiles se succdrent.
Cette frgate escortait un convoi de navires marchands, qui taient
dissmins sur une vaste ligne. Ils passrent  peu de distance du
bateau qui portait nos aventuriers, sans en concevoir la moindre
inquitude. Cette coquille de noix, gare sur l'Ocan, ne leur
paraissait pas mriter l'honneur que l'on prit garde  elle.

Tant que Martin n'aperut que des btiments forms par groupes et
pouvant se secourir les uns les autres, ou tre secourus par la frgate,
il contint sa marche, et fit cacher ses hommes sous le pont. Mais, 
deux lieues environ de distance du gros du convoi, se trouvait un norme
navire pesamment charg, et qui semblait suivre avec peine ses
conserves. Ce fut sur cette capture que Martin dirigea tous ses efforts.
L'entreprise tait difficile; on assembla une sorte de conseil de
guerre, que le jeune Duguay prsida comme armateur et capitaine de
l'expdition. Quelques marins voulaient attendre la nuit pour aborder
l'ennemi; Duguay et Martin furent d'avis d'attaquer  l'instant mme, et
ce plan prvalut. On devait s'aller mettre sur le chemin du navire,
feindre une avarie dans les agrs et se laisser driver sur lui. Les
grappins d'abordage et le courage achveraient le reste. Cette
disposition fut d'abord djoue: le btiment marchand varia roule, comme
s'il s'etait dfi de la petite nef; mais il en rsulta pour lui un
autre inconvnient, celui de s'loigner du convoi au point de le laisser
hors de vue.

Alors Duguay eut recours  une autre manoeuvre; il fit route droit sur
sa proie, et vint heurter, la proue du bateau contre la muraille d'un
gigantesque trois-mts.

--A l'abordage! cria-t-il d'une voix terrible.

A ce cri les vingt hommes se prcipitrent dans les haubans du navire
attaqu, et se trouvrent bientt sur le pont, rangs en bataille. Le
capitaine tait sur le gaillard, d'arrire, entour d'une trentaine de
matelots ou officiers, tous arms. La mle commena; elle fut affreuse.
L'quipage du trois-mts se dfendit avec une intrpidit admirable, et
plus d'un Malouin demeura sur le champ de bataille. Le capitaine tait
le centre d'un groupe qui offrait une rsistance dsespre. Martin
rsolut d'en finir; il jeta son sabre, ses pistolets, et avec son seul
poignard il courut vers le chef ennemi; essuya, sans chercher  les
parer, divers coups qu'on lui portait, et plongea son couteau dans la
gorge de son adversaire, au moment o celui-ci dchargeait 
brle-pourpoint son pistolet. La balle brisa le bras de Martin  la
hauteur du poignet; mais le capitaine tomba. Duguay expdiait, en mme
temps le second, et d'une manire: plus heureuse encore. Ce double
exploit termina l'affaire; le reste de l'quipage se rendit 
discrtion. On le mit aux fers pour plus de sret.

La prouesse de Duguay-Trouin n'avait pas t vaine: Martin avait son
cadeau de noce. Et quel cadeau! Un beau vaisseau hollandais revenant de
Goa avec une cargaison prcieuse. Duguay ne voulut pas que la moindre
ingalit prsidt au partage de cette riche capture. Les droits du roi
prlevs, chaque homme devait avoir son lot; le bateau comptait pour un
homme. Cependant il fallait songer  mettre d'abord la prise  l'abri;
Martin ne quitta plus le gouvernail; avec une adresse extrme, il vita
les voiles qui lui semblaient suspectes, et six jours aprs son dpart
de Saint-Malo il y rentrait triomphant sur un magnifique navire. Le
petit bateau de pche suivait  la remorque; le vaincu tranait le
vainqueur. Toute la population bahie vint admirer ce spectacle et
accueillit avec des cris de joie le brave Duguay et son quipage.
C'tait prluder dignement  un avenir de victoires.

A huit jours de l, la prise tait vendue avec sa riche cargaison, et le
jeune hros abandonnait son contingent au patron de la barque, tmoin,
de son premier exploit. Martin le pcheur se vit ainsi  la tte de
quarante mille francs; il devenait un fort beau parti. Notre Malouin
convertit la somme en belles pices d'or, en quadruples, et se rendit
chez Bertrand le voilier, juste quinze jours aprs leur premire
entrevue. Sa main gauche tait empaquete et soutenue par un bandage.

--Pre Bertrand, lui dit-il, a tient-il toujours, votre parole  propos
de Gertrude?

--Sans doute, mon garon, sans doute. Elles donnent donc, les piastres
fortes, matelot?

--Des piastres! pour qui me prenez-vous, pre Bertrand? Dites des
douros, des doublons espagnols, de l'or pur.

Et il tirait des poignes de quadruples de sa poche, en les jetant sur
la table. L'or roulait de tous les cts, sur le plancher, sous les
armoires, jusque dans l'tre.

--En veux-tu? en voil; des poignes, quoi! et puis d'autres! Je vous
avais bien dit, pre Bertrand, que je couvrirais votre fille d'or. Il
n'y en a plus et il y en a encore. Allez donc! allez donc!

Le brave pcheur continuait, en parlant ainsi,  puiser ses poches. Le
pre Bertrand ouvrait des yeux merveills. Cependant une rflexion vint
arrter soudainement sa joie:

--Tout a est fort beau, Martin, mais Gertrude? Si elle allait te
refuser?

--Pas possible, l'ancien. Mon capitaine, M. Duguay, s'est charg de la
chose.

--C'est arrang, dit Duguay survenant; Gertrude accepte. Elle ne pouvait
mieux choisir qu'un brave qui a laiss son poignet gauche sur le champ
de bataille pour lui offrir un cadeau de noce qui ft digne d'elle.
Martin, tu peux commander les violons.

--Bravo! s'cria celui-ci; et c'est le Hollandais qui paye.



II

Les drages du baptme.

Gertrude, devenue madame Martin, s'accommoda parfaitement de sa position
nouvelle. Le mariage dissipa bien vite les rves romanesques de la
jeunesse. C'tait d'ailleurs une personne pleine de sens et leve par
son pre dans des principes d'honneur. Le sacrifice que son mari lui
avait fait, l'action hroque dont elle tait cause, sa mutilation mme,
taient autant de liens qui l'attachaient  lui; elle devint une
excellente femme, et le sentiment fugitif que lui avait inspir le jeune
Duguay se changea en bonne et franche amiti.

Il faut dire que Martin tait dsormais l'un des personnages importants
de Saint-Malo. Avec l'argent qui provenait des dpouilles du Hollandais,
il avait achet un cutter arm de six canons, et qui portait crit sur
son couronnement ce nom peu potique, _le Renard._ Duguay-Trouin montait
_la Gloire,_ Martin, _le Renard_, et plusieurs fois ils oprrent en
commun.

Diverses prises avaient suivi la premire, et Martin le pcheur tait
alors pour tout le monde le capitaine Martin. Ce n'tait plus l'homme
que nous avons vu, au dbut de cette histoire, vtu de ratine brune et
coiff du bonnet de laine. Le costume avait chang avec la fortune.
Envers sa femme surtout il se montrait magnifique. Rien n'tait assez
beau, assez brillant pour elle. La fille du voilier clipsait par sa
toilette les plus brillantes dames de la ville. Tout ce que les prises
renfermaient de prcieux, les mousselines, les cachemires de l'Inde, les
perles, les beaux tapis, passaient d'abord sous ses yeux: madame Martin
faisait son choix, et le capitaine se fchait quand elle se montrait
trop discrte.

La prodigalit tait la qualit dominante de ces corsaires bretons, et
personne ne la poussait plus loin que le capitaine Martin. Pendant qu'il
sjournait  terre, ses quipages trouvaient chez lui table ouverte.
Toutes les semaines il donnait un gala qui rappelait les ftes de
Gamache. Les vins les plus exquis, les mets les plus recherchs
figuraient sur sa table. Un luxe trange rgnait dans sa maison, qui
semblait meuble aux dpens de l'univers entier. On y voyait des toffes
de tous les pays, des curiosits des quatre parties du monde, des armes
de prix, des objets qui auraient figur avec honneur dans des muses ou
dans un cabinet d'artiste. Martin, enfant de pcheur, attachait un grand
prix  ces bagatelles, et Gertrude possdait ce sentiment fin et dlicat
que les femmes apportent en toute chose. Seulement celle-ci avait de
plus que son mari la prvoyance de l'avenir. Au milieu de ces dpenses
folles, elle ne pouvait retenir ses regrets. Elle savait que la mer est
capricieuse et qu'elle a ses bons et ses mauvais jours. Parfois elle
conseillait l'conomie  Martin; mais celui-ci riait de ces
apprhensions et semblait rsolu  lasser la fortune en gaspillant ses
dons..

Cet ennui n'tait pas le seul que le capitaine caust  sa femme. On a
vu qu'il n'avait rien de sduisant; et la course, en le rendant manchot,
ne l'avait pas embelli. Cependant Martin affichait des prtentions aux
conqutes galantes. Gnreux et prodigue, il pouvait jeter le mouchoir 
ces beauts faciles qui ne tiennent jamais rigueur  la richesse. Mais
le capitaine visait plus haut: il voulait sduire, il voulait plaire.
Duguay-Trouin, devenu son ami, lui donnait en vain les conseils les plus
sages; Martin faisait semblant de s'y rendre; mais le naturel reprenait
bientt le dessus. Gertrude se rsignait; elle allait tre mre. Les
devoirs de la paternit devaient, elle l'esprait du moins, influer sur
le caractre de son mari, lui rendre ses habitudes de prvoyance et de
fidlit.

Parmi les femmes que le capitaine avait rencontres sur son passage, il
en tait une surtout qui avait fait une vive impression sur lui. On la
nommait madame Durbec; elle tait veuve d'un riche armateur de
Saint-Malo, dj mre, mais conserve admirablement, au moyen de cet art
qui est  l'usage des coquettes. Les plus grands falbalas, les plus
majestueux panaches entraient dans ses atours; cela suffisait pour
fasciner Martin. Sa ferronnire tait place de faon  donner plus
d'clat  des yeux noirs, dj fort brillants par eux-mmes. Les yeux
noirs sont en gnral fort gots des cumeurs de mer: ils se rattachent
 tous les souvenirs de la course. Ceux-ci allumrent un incendie dans
le coeur du Malouin. La pauvre Gertrude n'avait que de magnifiques yeux
bleus pleins de dvouement et de tendresse: madame Durbec exprimait
l'effronterie, et la passion sensuelle dans les moindres mouvements de
ses yeux noirs. L'orgueil, d'ailleurs, s'en mla; il poussa l'homme du
peuple vers la grande dame; Gertrude fut sacrifie.

Cependant la veuve de l'armateur tait trop ruse pour livrer
sur-le-champ la place au corsaire. Martin n'avait encore que les abords
de la place, et madame Durbec les dfendait avec un talent qui
tmoignait une grande exprience. C'tait chaque jour de petits cadeaux
offerts avec un acharnement que rien ne pouvait rebuter. Quand l'objet
n'tait pas assez considrable pour emporter un engagement formel, la
veuve acceptait elle refusait quand le prix du cadeau pouvait la
compromettre d'une manire dfinitive. Pendant un mois elle joua ce jeu
qui impatientait le corsaire, il n'est sorte de ruse qui, des deux
parts, ne fut employe; mais le forban avait trouv son matre. La veuve
tint en chec le capitaine, et pour parler la langue des marins; elle
garda sur lui les avantages du vent. Cette passion, ainsi alimente et
contenue, prit chez Martin un caractre d'obstination qui menaait
d'aller jusqu' la dmence. Elle tait devenue une ide fixe; et si la
veuve n'avait uni la rsolution de Judith  l'adresse de Dalila, quelque
violence aurait pu s'ensuivre. Mais madame Durbec n'avait peur de
personne, pas mme d'un chef de flibustiers.

Cette intrigue tait dans toute sa force quand Gertrude accoucha d'une
fille, jolie enfant qui fut nomme Catherine. Dsormais la mre avait un
appui contre le dlaissement, et, dans tous les cas, une consolation.
Martin apporta  cet vnement la chaleur qu'il mettait en toutes
choses. La vue de son enfant le ravissait; ses premiers cris le
remurent jusqu' l'me. Il la comblait de caresses, il tait aux anges:
la jeune mre se rassura au spectacle de ces tmoignages d'amour. La
paix semblait revenue dans le mnage; mais cette diversion dura peu: la
passion oublie reprit bientt le dessus avec une force nouvelle, et le
mange de la coquette recommena.

Martin, cependant, au milieu des combinaisons stratgiques que lui
inspirait le dsir de vaincre, crut avoir trouv un moyen d'en finir. Le
baptme de sa fille allait avoir lieu: il rsolut de lui donner madame
Durbec pour marraine. Ce titre, en dehors de la familiarit qu'il
autorisait, lui offrait une occasion de continuer son systme de
sductions sur une grande chelle. Dans un jour pareil, tout s'offre,
tout s'accepte, les prsents les plus riches comme les plus vulgaires:
c'est l'usage, il faut le subir. Ainsi calcula le capitaine; et, sans
consulter sa femme, il en fit l'ouverture  la belle veuve, qui donna
sans hsiter son consentements. On songea donc au baptme; mais un long
sjour  terre avait puis les coffres du corsaire: il lui restait 
peine quelques milliers d'cus disponibles.

Tant mieux! s'cria-t-il, l'Anglais payera les drages. Il fut convenu
alors, qu'une croisire aurait lieu avant la crmonie, et que la
dixime partie du butin serait consacre  en faire quelque chose de
fabuleux destin  laisser des souvenirs dans la population de
Saint-Malo: Comme la campagne, pouvait tre longue, la petite Catherine
fut ondoye, et Martin ne songea plus qu' se mettre en mesure de
paratre dignement devant l'ennemi.

Le capitaine du _Renard_ tait en premire ligne parmi les croiseurs du
littoral armoricain, il venait aprs Duguay-Trouin, et marchait presque
son gal. Les meilleurs marins briguaient l'honneur de s'embarquer avec
lui; Toutes ses sorties avaient t fructueuses, et de magnifiques parts
de prise les avaient couronnes; On savait que Martin tait juste pour
ses hommes, et qu'il se serait fait un scrupule de s'approprier la
moindre portion de ce qu'ils avaient vaillamment gagn. Ces qualits
ralliaient autour du capitaine d'excellents quipages, des matelots de
choix, intrpides, dvous. Au premier signal, ils accouraient, et en
vingt-quatre heures Martin pouvait mettre l'agile cutter en tat de
tenir la mer. Le dpart suivait ainsi de prs l'ordre de l'armement, et
les indiscrtions taient djoues. Cette fois les choses furent
conduites avec une clrit et une activit plus grandes encore. Une
demi-journe suffit pour concevoir le projet et l'excuter. Le _Renard_
drapa dans la nuit mme.

Cette croisire avait une double importance aux yeux du capitaine
Martin; il y poursuivait plus d'une conqute. Aussi jamais ne se
montra-t-il plus vigilant, plus attentif. Il ne remettait  personne le
soin de surveiller l'horizon pour voir s'il ne recelait pas dans ses
profondeurs quelque riche capture. Pilote habile de ces parages, il
savait quel vent devait lui amener, des victimes et dans quelle
direction les courants, si rapides en Manche, portaient les btiments.
Une semaine pourtant se passa sans qu'aucune voile marchande se ft
prsente. Des bateaux caboteurs, des barques de pche, rien qui valt
un abordage. Il faut dire que l'audace des corsaires malouins avait
pouvant le commerce anglais, et que peu de navires osaient s'aventurer
dans cette mer troite. On l'avait trop battue; le poisson avait fui
ailleurs. Jamais Martin n'avait vu son impatience si mal servie. On se
trouvait alors dans la belle saison, et des calmes ou des briss folles
enchanaient le cutter sur les mmes eaux. C'tait  se dsesprer.

Au risque de tomber entre les mains de btiments de guerre, Martin
rsolut alors d'aller chercher du butin sur un autre thtre. Il avait
entendu parler des galions espagnols qui revenaient de Porto-Bello ou de
la Vera-Cruz, et s'en allaient verser  Cadix les trsors mtalliques du
Mexique et du Prou. L'ide de ces prises enflammait depuis longtemps sa
pense. Ces galions taient,  la vrit, arms de quelques canons, et
monts par un nombreux quipage; mais on avait sur _le Renard_ six
caronades d'un fort joli calibre et soixante lurons qui ne comptaient
jamais leurs ennemis. Martin n'tait pas trs-vers dans les calculs
nautiques; mais il avait auprs de lui, comme second, un jeune homme
plein de science et trs au fait de la navigation hauturire. Le cutter
fit donc route vers le sud en se dirigeant de faon  placer sa
croisire entre les Aores et le dtroit de Gibraltar; chemin oblig des
convois qui arrivaient des Indes occidentales.

Si _le Renard_ n'tait pas imposant comme dimension; il avait, en
revanche, des qualits solides; il effleurait la vague et, au lieu d'en
recevoir le choc, il la coupait avec une agilit merveilleuse. Il avait,
comme disait Martin, fait un pacte avec la tempte. Par le travers du
golfe de Gascogne, le btiment fut mis  une rude preuve: un ouragan
affreux l'assaillit, et, pendant trois jours, il fallut fuir devant les
lments dchans. _Le Renard_ lutta d'abord avec succs: mais les
vents devenaient  chaque instant plus furieux, la mer plus terrible. La
mture, fort leve, comme dans tous les btiments destins  la course,
souffrait horriblement, et dans un coup de tangage le grand mt se
fendit et vola en clats. Ce fut un cruel moment; la rsolution de
l'quipage empcha seule qu'il ne ft fatal. On coupa les agrs qui
retenaient les dbris, on courut aux pompes pour vider l'eau qui s'tait
introduite dans la cale. L'un des canons, ayant rompu ses amarres,
venait de briser le sabord; on eut toutes les peines du monde  le
retenir. Le soir du troisime jour, _le Renard_, nagure si coquet et si
fringant, n'tait plus qu'un btiment dsempar, flottant sans voiles 
la merci de l'onde, et c'est  peine si les bras de ses soixante hommes
pouvaient affranchir une norme voie d'eau qui venait de se dclarer.

Le capitaine Martin se sentait branl: jamais son courage n'avait t
mis  une plus rude preuve. La tempte semblait se calmer  mesure que
la nuit s'avanait; mais que faire avec un navire sans mt, avec un
quipage employ tout entier au travail des pompes? Sa plus favorable
chance tait alors de pouvoir regagner, tant bien que mal, Saint-Malo
pour y rparer ses avaries. Or, quel chec et quelle humiliation!
Rentrer les mains vides quand on s'tait tant promis! Renoncer  des
rves de galanterie,  des projets de fte,  la perspective d'une
fortune nouvelle! C'tait pnible et pourtant forc. On ne pouvait rien
se promettre de plus dans l'tat dsespr o l'on se trouvait.

Martin faisait ces tristes rflexions sur le pont du cutter. Assis sur
le couronnement, la tte appuye dans ses mains, il en tait venu 
former les plus noirs projets, et allait se laisser glisser  la mer
pour teindre ses douleurs dans un suicide furtif, lorsqu'en levant les
veux il crut voir,  peu de distance, une masse noire et opaque glisser
sur les eaux. C'tait un monstrueux navire: personne  bord du Renard ne
l'avait aperu, tant la confusion tait grande. A l'instant. Martin prit
son parti. On ne pouvait reconnatre  quelle nation appartenait ce bois
flottant; mais la France tant en guerre avec presque toute l'Europe, il
y avait peu de chances de se tromper. Dans tous les cas, ami ou ennemi,
il venait  propos; c'tait ou un moyen de sauvetage ou une prise. Sans
bruit, sans tumulte, le capitaine du _Renard_ rassembla ses hommes et
leur dit:

Camarades, nous avons un mauvais plancher sous les pieds; en voici un
autre qui parat plus solide; il faut qu'il soit  nous avant deux
heures. Chacun  son poste, et que tout le mond fasse son devoir!

Le cutter n pouvait plus gouverner assez lestement pour que l'abordage
de btiment  btiment ft praticable. Malgr l'tat de la mer, Martin
rsolut de tenter un abordage avec ses chaloupes. Le navire en vue tait
 la cape et ne faisait que peu de chemin;-son attitude prouvait qu'il
n'avait pas aperu le corsaire. Tout dpendait de la clrit de
l'attaque, du silence des hommes, de la rapidit de leurs mouvements. En
moins de cinq minutes, les embarcations se trouvaient  flot; les
marins, arms jusqu'aux dents, s'taient rpartis dans chacune d'elles.
Comme le sort du _Renard_ tait compromis par l'interruption du jeu des
pompes, tout le monde l'abandonna, sauf  y retourner aprs
l'expdition. Les chaloupes se dirigrent vers la masse flottante, et
arrivrent par son travers sans que personne  bord part s'mouvoir:
Cela s'expliquait. Le timonier seul tait rest sur le tillac; un navire
 la cape n'a plus de manoeuvre  faire; l'quipage se reposait. Cette
circonstance servit Martin au del de ses souhaits. Le premier, il monta
sur le pont et courut aux coutilles. A sa vue, le marin plac au
gouvernail fit rsonner un magnifique _caraco_, qui dnonait la
nationalit du btiment surpris.

--Amis, c'est un Espagnol! s'cria le capitaine du _Renard._ Vive la
France!

Les assaillants se prcipitrent vers les ouvertures par lesquelles
leurs ennemis pouvaient sortir; ils espraient les surprendre, les
enfermer, les forcer  capituler. Malheureusement le capitaine espagnol
avait entendu le premier, cri du timonier; et, pressentant le pril, il
s'tait lanc vers ses armes, avait ralli ses officiers et gagn le
gaillard d'arrire. Les matelots, de leur ct, taient parvenus 
s'ouvrir un chemin, et se rangeaient en bataille sur l'avant. Les forces
taient  peu prs gales de part et d'autre. Aussi le combat prit-il le
caractre d'une boucherie. La nuit empchait de distinguer les amis des
ennemis, et plus d'un coup, port par les Malouins vint frapper des
compagnons d'armes. Pendant une heure environ on lutta ainsi 
l'aveugle. Martin venait de recevoir un coup de sabre qui, en lui
fendant la joue, avait fait sauter un oeil de son orbite. Il gisait
vanoui le long des bastingages. Son jeune et vaillant second prit le
commandement et sut maintenir ses avantages.

Quand les premires lueurs du jour vinrent  poindre, le spectacle tait
des plus douloureux, mais il constatait le triomphe des Malouins. Dix
Espagnols seulement survivaient  ce massacre nocturne. Vingt-cinq
hommes du Renard taient tus ou hors de combat. Le pont ne formait plus
qu'une mare de sang. Le capitaine espagnol tait mort bravement  son
poste. Au moment o Martin reprit ses sens, l'affaire tait termine, le
succs acquis. Les restes de l'quipage espagnol s'taient rsigns; ils
travaillaient avec les vainqueurs  dbarrasser le pont des cadavres qui
l'encombraient. On avait cherch dans toutes les directions si le Renard
flottait encore, il avait disparu: la mer l'avait sans doute englouti.
On savait le nom du btiment captur, sa destination, son chargement;
c'tait le _San-Josef_ qui venait de Porto-Bello avec des lingots d'or
et des marchandises d'un grand prix, l'un des plus gros et des plus
riches galions qu'eussent jamais attendus les ngociants de Cadix.

Martin couta tous ces dtails, et, malgr la perte de son sang, malgr
l'horrible blessure qui lui partageait le visage et lui cotait un oeil,
il parut renatre au rcit qu'on lui faisait. A peine souffrit-il que
l'on panst sa blessure et qu'on lui arranget tant bien que mal un lit
sur le pont. Malgr la fivre, malgr l souffrance, il voulut commander
le navire et le conduire  Saint-Malo. Quarante jours aprs son dpart
il y rentrait avec sa prise. A peine arriv, il crivit le billet
suivant:

Madame,

Me voici avec un galion de plus et un oeil de moins: il m'est plus
facile de vous offrir le premier que de recouvrer le second; Voyez si ce
que j'ai gagn peut compenser ce que j'ai perdu.

Consentez-vous  me recevoir?

Martin.

L'entrevue fut accorde; mais il parat que le rsultat n'en fut pas
selon les voeux du capitaine, car, au retour, il disait  sa femme:

--Gertrude, choisis une marraine pour Catherine. Et surtout que le
baptme soit flambant. C'est le _San-Josef_ qui paye les drages.

Gertrude fut heureuse ce jour-l. Elle avait un mari borgne et manchot,
mais un mari, fidle dsormais.

Ainsi, chaque acte important de sa vie cotait quelque chose au
capitaine Martin. Pour peu qu'il continut ainsi, il allait ressembler
au fameux comte de Rantzau, qui,  l'heure de sa mort, ne put donner 
la tombe qu'un bras, qu'un oeil, qu'une jambe et qu'une oreille.



III

La dot de Catherine.

Il faut maintenant franchir dix-huit annes depuis la capture du
_San-Josef_ et le baptme qu'elle avait dfray. Catherine n'est plus un
enfant, mais une grande et belle fille, l'orgueil de son pre, la joie
de sa mre. Gertrude se sent revivre en elle, Martin n'a plus d'autre
passion. Le brave capitaine n'a pas conserv les allures fringantes
d'autrefois; la course l'a vieilli avant l'ge, les blessures ont
affaibli sa constitution. Son toile, si brillante au dbut, semble
avoir pli. Jusqu' la paix de Ryswyk, ses campagnes avaient t assez
heureuses; mais des habitudes de prodigalit et de faste, pousses 
l'extrme, ne lui avaient pas permis de faire la moindre pargne. Aussi,
quand les hostilits cessrent, en 1697, se trouva-t-il aussi peu avanc
qu'au jour de son mariage. Il essaya quelques armements marchands qui ne
rencontrrent pas des chances favorables. La guerre de la succession,
dans les premires annes du dix-huitime sicle, le remit sur pied
pendant quelque temps; mais, tomb, par un temps de brume, au milieu
d'une flotte anglaise, il fut fait prisonnier, et demeura en Angleterre
jusqu'en 1707. Un cartel d'change venait  peine de le rendre  sa
famille.

Qu'on juge de la joie du bon Martin en revoyant, aprs cinq annes de
captivit, sa femme et sa fille, sa fille surtout. Il demeurait en
extase devant elle: il tait heureux comme un enfant quand elle venait
l'embrasser, se placer familirement sur ses genoux. Grce  l'ordre
parfait que Gertrude avait su mettre dans la maison, les deux femmes
n'avaient manqu de rien pendant l'absence du chef de la famille. Les
ressources du mnage taient bornes; mais une administration prvoyante
les avait accrues. Catherine n'avait pas mme manqu de l'instruction de
luxe en usage parmi les classes aises; elle avait eu des matres, de
musique et de dessin. Aucun travail pnible n'tait chu  ses jolies
mains. Sa mre gardait pour elle le gros de la besogne et se fchait
quand on voulait l'aider.

Au spectacle de ce dvouement et de cette tendresse, Martin eut un cruel
retour sur lui-mme: il se souvint ds sommes qu'il avait inutilement
dpenses; de tant d'or perdu au jeu, prodigu dans de somptueux repas,
jet  des cratures perdues. Que de richesses mal places, que de
lingots qui s'taient, pour ainsi dire, fondus entre ses doigts! S'il
avait eu tout cela en ce moment, quel, sort il aurait pu assurer  cette
enfant, dont les beaux yeux bleus se reposaient sur lui avec tant
d'affection et de grce. Pour la premire fois, de sa vie, Martin se
prit  regretter l'argent,  en sentir le prix. De plusieurs millions
gagns et disperss, c'tait  peine s'il lui restait alors une
trentaine de mille livres. Aprs vingt ans de courses, il en tait
revenu  son point de dpart. Or, qu'tait-ce que trente mille livres
pour le capitaine Martin, qui les jouait, nagure, sur un coup de d?
Trente mille livres de dot pour Catherine, il n'eut jamais ose signer un
contrat pareil! Cette pense tourmentait notre corsaire et troublait son
bonheur.

Catherine ne faisait pas de semblables calculs; mais un autre souci
l'agitait. Pendant la captivit de son pre, un jeune cavalier de
Saint-Malo, neveu de Duguay-Trouin, servant sous ses ordres, avait
distingu la jeune fille, et celle-ci ne s'tait pas montre insensible
 cette prfrence. Sans se l'tre avou, les deux enfants s'aimaient.
Paul Kerval tait beau, jeune, brave; il tenait aux meilleures familles
de la ville. On le disait loyal, modeste et rang. Tous ces avantages
tentrent Gertrude; elle s'aperut de la passion naissante des jeunes
gens et n'osa pas imposer sur-le-champ une rupture. Paul avait soin de
se trouver partout o il esprait rencontrer Catherine, sur la
promenade,  l'glise, dans les salons des amis communs. En l'absence de
son mari, la pauvre mre ne savait quel parti prendre; et lorsque Martin
fut de retour, la crainte d'un reproche arrta longtemps cet aveu prs
de s'chapper. Quant  Catherine, elle ne savait que rougir 
l'approche, du jeune officier, et il lui et t difficile de se rendre
compt de ce qu'elle prouvait. Gertrude seule comprenait qu'un change
de regards, si innocent qu'il ft, ne pouvait-pas se continuer sans
pril.

Pendant un mois environ, Martin, tout entier au bonheur de revoir sa
famille, ne s'aperut de rien. Catherine elle-mme, avec cet instinct
des coeurs aimants, avait compris que le retour de son pre
l'astreignait  s'observer davantage. Sa passion naissante se cra alors
une sorte de diversion dans une foule d'attentions adorables qui
enchantaient le capitaine. On eut dit qu'elle cherchait  dsarmer
d'avance son juge, qu'elle se mnageait des trsors d'indulgence pour le
jour o elle en aurait besoin. L'amour est fcond en capitulations de ce
genre, en prparations ingnieuses, en stratagmes vraiment profonds; il
a sa diplomatie et ses ruses. Martin se livrait  ces tmoignages de
tendresse sans deviner le motif qui les rendait aussi vifs, aussi
persvrants. Catherine, d'ailleurs, n'agissait pas par calcul, mais
seulement avec la disposition particulire aux mes touches par la
passion, avec cette facult d'expansion qui se communique  tout ce qui
les environne et rpand autour d'elles on ne saurait dire quel charme
idal.

Cependant il tait difficile qu'une jeune fille pt longtemps tromper un
vieux corsaire; la situation ne pouvait pas se prolonger ainsi et rester
dans cet quivoque. Un jour de grande fte, Martin avait accompagn sa
femme et sa fille  la messe de la cathdrale. L'autel tait couvert de
cierges et de fleurs, l'encens fumait, l'orgue jouait. Paul Kerval
n'avait eu garde de manquer une si belle occasion: cach derrire un
pilier, il pouvait voir Catherine et en tre vu: Gertrude tremblait que
le capitaine n'apert cet innocent mange. Pendant quelque temps le
jeune homme se contint et Catherine ne dtourna pas les yeux de dessus
son livre de messe. Mais peu  peu les distractions arrivrent. Cet
encens, cette orgue, ces fleurs, cette clart qui rgne dans la nef,
tout dispose l'me aux motions tendres; le recueillement
qu'interrompent les chants religieux favorise ce langage du regard bien
plus loquent que la parole. Les deux enfants rsistrent d'abord  ces
sductions,  l'attrait de se sentir longtemps ensemble, sous les mmes
votes, dans la mme enceinte, respirant le mme air, jouissant des
mmes scnes; mais la passion fut enfin la plus forte et la rserve
cessa. Martin surprit un coup d'oeil furtif de sa fille, et, avec ce
sang-froid de flibustier qui ne l'abandonnait pas, il chercha sans
affectation  voir o ce coup d'oeil s'adressait. Paul ne se dfiait pas
du capitaine, sa prudence de vingt-deux ans se trouva en dfaut. Au bout
d'un quart d'heure d'observation, Martin savait tout; au sortir de
l'glise, il s'enferma avec Gertrude, et ses soupons se trouvrent
confirms par un aveu. Le capitaine n'tait pas homme  s'emporter avec
sa femme. Il comprit les scrupules qui avaient dict sa conduite; il ne
s'amusa pas  faire du bruit, ce qui ne rpare jamais rien; mais,
prenant son parti sur-le-champ, il se rendit chez le jeune Kerval, le
prit  part et lui dit:

--Monsieur Paul, vous aimez ma fille!

A cette brusque apostrophe le jeune homme balbutia.

--Point de mauvaises dfaites, monsieur Paul, vous aimez ma fille, je le
sais; et on en jase.

--Croyez bien, capitaine!...

-Allons au fait. Catherine n'a rien, et vous tes riche; elle est la
fille d'un pcheur, et vous appartenez aux meilleures familles de
Saint-Malo; voil des obstacles invincibles, vous ne pouvez donc pas
l'pouser, monsieur Paul. Sachez maintenant, au cas o vous espreriez
la sduire, que si vous ne discontinuez pas vos poursuites, je vous
brlerai la cervelle de ma main, duss-je me la faire sauter ensuite,
foi de Martin!

Kerval tait brave, mais il savait aussi  qui il avait affaire;
D'ailleurs la pense d'une sduction ne lui tait pas venue; il aimait
Catherine loyalement; et quoiqu'il n'et pas os encore s'en ouvrir  sa
famille, il dsirait du fond du coeur pouvoir en faire sa femme. Il
rpliqua donc:

--Capitaine, je vous demande deux jours pour prendre un parti.

--Monsieur Paul, reprit l'intraitable Martin, il n'y en a qu'un qui
puisse me satisfaire, c'est de quitter Saint-Malo  l'instant. Je
connais les ruses de l'amour; je sais qu'un pre ne saurait les djouer
toutes. Ainsi, filez votre cble par le bout, si vous voulez conserver
mon amiti.

--Demain, capitaine, vous aurez ma rponse.

L'entretien en resta l, chacun se rservant d'agir dans le sens de ses
inspirations. Le jeune Kerval tait dcid  faire intervenir son oncle,
Duguay-Trouin, qui se reposait  Saint-Malo des fatigues d'une campagne
laborieuse contre les Anglais. Duguay-Trouin tait alors capitaine de
vaisseau au service du roi; embarqu sur la _Dauphine_, il avait dans
une suite de croisires caus de tels dommages  l'ennemi, que Louis XIV
venait de lui envoyer la croix de Saint-Louis avec, des lettres de
noblesse, dans lesquelles il tait dit qu'il avait pris plus de trois
cents navires marchands et vingt vaisseaux de guerre. Ce glorieux marin
tait dj l'honneur de son arme, l'orgueil de sa patrie. Paul lui
confia le secret de sa passion, son entrevue avec Martin, et le dsir o
il tait de terminer l'affaire par un mariage. Duguay hsita d'abord:
une alliance entre la bonne bourgeoisie et le peuple ne se contractait
pas alors sans difficult; mais le dsir d'obliger son neveu, de se
montrer reconnaissant envers son premier compagnon d'armes',
triomphrent bientt de ses irrsolutions. Il accepta la tche
d'intermdiaire, y employa toute son influence, toute son autorit, et
aprs un long combat il parvint  aplanir les obstacles et  vaincre les
rpugnances de la famille. Jamais campagne contre l'Anglais ne lui cota
plus de peine. Il ne restait plus qu' obtenir le consentement de
Martin; et ce mariage tait pour lui un tel honneur, que ni Paul ni
Duguay ne doutaient que la proposition ne ft accueillie avec joie.
Duguay-Trouin voulut cependant s'y prendre de manire  enlever la
position. Il se rendit lui-mme chez son ancien camarade. Aucun honneur
ne pouvait flatter autant le capitaine que cette visite:  la vue de
Duguay, le bonheur, la reconnaissance se peignirent sur son visage. Le
commandant de la _Dauphine_ alla de suite au fait, en marin qu'il tait:

--Mon vieux matelot, dit-il familirement  Martin, je viens te demander
ta fille en mariage.

--Vous, monsieur Duguay? reprit le corsaire tonn.

--Entendons-nous, vieux: pour moi, non; mais pour mon neveu, Paul
Kerval, et au nom de toute sa famille.

Le capitaine demeura un instant sans voix. Cette proposition, ainsi
faite, passant par une telle bouche, avait une gravit qui le dominait.
Il comprenait que le bonheur de sa fille tait srieusement en cause, et
que des scrupules personnels seraient mal venus  compromettre un si
brillant avenir. A la demande de Duguay-Trouin, il n'opposa donc d'abord
que le silence.

Celui-ci reprit alors:

--Eh bien, Martin, qu'as-tu donc? est-ce que tu hsites? Le corsaire
sentit qu'une prompte explication tait ncessaire. Contenant son
motion, il rpondit:

--Mon commandant, vous m'apportez l mon bton de marchal, le rve de
ma vie, et pourtant je sais forc de vous refuser. Ma fille n'a point de
dot.

--Qu'importe? Kerval est riche!

--Raison de plus: pour relever le nom d'un pcheur, ma fille avait
besoin d'une fortune; elle ne l'a plus; son pre, en dissipateur, la lui
a gaspille.

En disant ceci, le corsaire roulait une larme dans ses yeux.

--Martin, dit Duguay-Trouin, insistant.

--Non, Monsieur Duguay, ma fille serait malheureuse. On la prend pour sa
beaut; mais sa beaut passera, et alors les regrets viendront. Une
grande fortune, voil ce qui rapprocherait les distances; elle ne l'a
pas.

--Capitaine, vous poussez trop loin les scrupules, reprit Duguay, mu
malgr lui.

--Commandant, je connais les hommes; ma fille serait malheureuse. Il lui
faut une dot, et voici ce que je propose: Avec le peu qui me reste, je
vais armer un corsaire. On me connat  Saint-Malo, on sait comment je
conduis la course. Dans huit jours je pars, dans trois semaines je serai
de retour. Si je rapporte une dot  Catherine, le mariage se fera;
sinon...  la garde de Dieu.

Duguay-Trouin essaya en vain de dtourner Martin de son projet: le
capitaine demeura inflexible, et il fallut en passer par ce qu'il
voulait. La famille du jeune homme comprenant la noblesse de pareils
scrupules, se prta  tous les dlais. Martin arma son corsaire, _le
Furet_, portant huit canons, et, sept jours aprs, il sortit du port de
Saint-Malo. Paul Kerval voulait s'embarquer comme volontaire; Martin s'y
refusa. C'tait assez de chances pour sa pauvre Catherine que d'avoir 
trembler pour son pre et pour une entreprise d'o dpendait son
bonheur. Le capitaine semblait d'ailleurs certain du succs; jamais il
n'avait eu une pareille confiance dans son toile: quand il embrassa sa
fille sur le mle, il tait rayonnant de joie.

--Dieu sera juste! dit-il; il se dclarera pour cet ange. Pendant un
mois on fit des voeux  Saint-Malo pour le retour du _Furet_, mais sans
s'inquiter sur son sort. C'tait le dlai que Martin, avait demand. Au
bout de ce temps, les deux pauvres femmes qu'il avait laisses
commencrent  craindre pour lui; on connaissait son exactitude en
toutes choses. Chaque matin, Catherine et Gertrude allaient, sur la
jete la plus avance, voir si _le Furet_ ne paraissait pas  l'horizon.
Paul s'y trouvait, et quand tout espoir tait vanoui, les deux amants
confondaient leurs larmes. Deux mois, trois mois se passrent ainsi sans
nouvelles. Pour tromper les douleurs de la fille et de la nice, on
inventait des explications ingnieuses; on disait que Martin, ne
rencontrant rien dans les mers d'Europe, tait all tenir croisire aux
Antilles. Gertrude et Catherine se rattachaient  ces dernires lueurs
d'espoir et se trouvaient moins malheureuses.

Un matin pourtant, avant l'heure de leur promenade habituelle sur la
jete, elles virent entrer chez elles Duguay-Trouin qui arrivait de
Versailles, o le roi lui avait fait le plus grand accueil. Il salua
tristement ces dames, s'assit; et tirant de sa poche, un journal
anglais, le _Navy-Inquirer_, qui tait parvenu au ministre de la
Marine, il leur lut ce qui suit, au milieu de leurs larmes et de leurs
sanglots:

Portsmouth, 15 septembre.

La frgate de S. M. Britannique _le Swallow_, de 50 canons, a
rencontr, il y a huit jours, dans les eaux de la Manche, un petit
cutter franais arm de huit canons, qui trouvait, par un gros temps,
affal sur la cte entre les Sorlingues et le cap Lizard. A la vue de la
frgate, le cutter essay de fuir en se couvrant de voiles; mais la
marche suprieure du navire de S. M. lui a bientt enlev tout espoir de
se drober  notre poursuite. Arriv par le travers du cutter, _le
Swallow_ lui a fait le signal d'amener, en appuyant la dmonstration
d'un coup de canon. Au lieu de rpondre, comme on s'y attendait, le
petit navire a ripost de toutes ses pices et nous a tu plusieurs
hommes. Il a donc fallu user de reprsailles. En trois bordes, le
cutter dsempar a fait eau de toutes parts. _Le Swallow_  mis alors
ses embarcations  la mer pour sauver au moins l'quipage; mais au
moment o la grande chaloupe accostait la prise, une explosion s'est
fait entendre: c'tait le cutter qui sautait en brisant et engloutissant
la chaloupe. Dans cet abordage, la frgate  perdu vingt hommes. De
l'quipage du cutter franais on n'a pu sauver que deux matelots, les
nomms Chauvin et Benoit. D'aprs leur rapport, le cutter se nommait _le
Furet_, corsaire de Saint-Malo.

Quand cette lecture fut acheve, et que la douleur des deux femmes se
fut un peu calme, Duguay-Trouin ajouta:--Madame Martin, c'est  vous
maintenant que je demande votre fille Catherine, pour mon neveu Paul
Kerval. Le mariage se fera aprs l'expiration du deuil.

La pauvre Gertrude ne put que se jeter dans les bras de sa fille, en
fondant en larmes. Trois ans aprs, Mme Paul Kerval venait attendre, sur
le mme mle de Saint-Malo, son mari, qui avait fait partie de la
brillante expdition de Rio-Janeiro, si heureusement conduite par
Duguay-Trouin. Quand la distribution du butin, estim  vingt-cinq
millions, se fit parmi les quipages, le brave commandant dit  son
neveu:

--Paul, tu te feras allouer sur ma part deux cent mille francs. C'est la
dot de Catherine. Je veux tre l'excuteur testamentaire du pauvre
capitaine Martin.

FIN DU CAPITAINE MARTIN










End of the Project Gutenberg EBook of Le Capitaine Martin., by Louis Reybaud

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     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
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1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
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LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
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providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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