The Project Gutenberg EBook of Dictionnaire rotique Latin-Franais, by 
Nicolas Blondeau and Franois Nol and Alcide Bonneau

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Title: Dictionnaire rotique Latin-Franais

Author: Nicolas Blondeau
        Franois Nol
        Alcide Bonneau

Release Date: September 8, 2018 [EBook #57865]

Language: French

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  DICTIONNAIRE
  ROTIQUE
  LATIN-FRANAIS

  PAR
  NICOLAS BLONDEAU
  Avocat en Parlement, Censeur des livres et Inspecteur de
  l'Imprimerie de Trvoux (XVIIe sicle)

  _dit pour la premire fois sur le Manuscrit original
  avec des notes et additions de_
  FRANOIS NOL
  Inspecteur gnral de l'Universit

  _Prcd d'un_ ESSAI SUR LA LANGUE ROTIQUE
  Par le Traducteur du _Manuel d'rotologie_ de Forberg

  [Marque d'imprimeur: SCIENTIA DUCE. IL.]

  PARIS
  ISIDORE LISEUX, DITEUR
  Rue Bonaparte, n 25

  1885




_Tir 

trois cent soixante-quinze exemplaires._

_N 204_




AVANT-PROPOS

DE L'DITEUR


Les Amateurs qui veulent bien suivre mes publications se rappellent sans
doute les Adieux dont j'ai fait prcder la _Raffaella_, en Dcembre
1884: Le prsent volume, disais-je, est peut-tre le dernier de son
genre que je mette au jour...; le prochain sera un gros ouvrage de
Thologie.

J'tais sincre; j'avais dbut, en 1875, par une oeuvre Thologique, la
_Dmonialit_, du P. Sinistrari: je voulais finir saintement, comme
j'avais commenc.

Et j'ai tenu parole: j'ai donn, tout rcemment, une rimpression des
_Divinits gnratrices_ de Dulaure, croyant bien m'arrter sur cette
oeuvre pie.

Mais ne finit pas qui veut. Or, que faire quand la vie s'obstine et
qu'on n'a pas de got pour le suicide? diter, diter sans cesse.
Malheureusement, la matire se rarfie, et depuis que d'austres
censeurs, voyant un pril social dans des badinages potiques du XVIe
sicle imprims  cent cinquante exemplaires, m'ont tran sur le banc
des assassins, je suis devenu fort timide. La Thologie elle-mme ne me
rassure pas. Si j'essayais de l'Enseignement? Certes, c'est une noble
tche que de faonner l'esprit de ses semblables, de les initier aux
lgances de cette littrature qui, suivant l'expression d'Ovide,
_emollit mores, nec sinit esse feros_. Et pouvais-je mieux choisir,
pour inaugurer une nouvelle Bibliothque d'ducation, que l'_Aloisia_ de
Chorier, cette incomparable _Civilit juvnile_, ce chef-d'oeuvre Latin
d'un Franais du grand sicle: un livre qui, si notre idiome devait
jamais disparatre, lui survivrait avec la langue immortelle dans
laquelle il est crit?

J'ai donc publi une dition Latine de l'_Aloisia_, plus correcte, je
puis l'affirmer, qu'aucune de ses devancires.

Voici maintenant un second ouvrage, un _Dictionarium eroticum
Latino-Gallicum_, qui peut se rattacher au prcdent. Il est aussi du
grand sicle, et tout  fait indit. Son auteur, Pierre-Nicolas
Blondeau, n'est gures connu: du moins les Biographies Michaud et Didot
n'en font pas mention. Mais une Note[1] annexe au Manuscrit, de la main
d'un de ses possesseurs, Hyacinthe-Thodore Baron, ancien doyen de la
Facult de Mdecine de Paris et bibliophile distingu, nous apprend que
Nicolas Blondeau tait avocat en Parlement, censeur des livres et
inspecteur de l'imprimerie tablie  Trvoux, vers 1695, par le duc du
Maine, et qu'on lui devait le Dictionnaire classique Franais-Latin,
connu sous le nom de _Boudot_. D'aprs d'autres renseignements, ce
dictionnaire de Boudot n'tait que l'abrg d'un grand Dictionnaire
manuscrit, en quatorze volumes in-4, compos par Nicolas Blondeau et
qui n'a pas t imprim.

  [1] Voir ci-aprs, p. XVII.

Baron tant mort, en 1787, sa volumineuse bibliothque, dont nous avons
sous les yeux le Catalogue[2] comprenant 6506 numros, fut mise aux
enchres, et notre Manuscrit,

  _N 4495. Petri-Nicolai Blondeau Dictionarium Eroticum
  Latino-Gallicum_, pet. in-4. _Manuscrit, copie autographe mise au
  net_,

adjug au prix de 34 livres 4 sous.

  [2] Catalogue de la bibliothque de feu M. Baron, premier Mdecin des
    Camps et Armes du Roi en Italie et en Allemagne, ancien Doyen de la
    Facult de Mdecine de Paris. _Paris_, _Ne de la Rochelle_, 1788,
    in-8.

Quel en fut l'acqureur immdiat? On l'ignore: mais, deux ans plus tard,
il tait prpar pour l'impression, revu, comment et augment, pour
servir d'annexe  un Recueil de Priapes Latines dont voici le titre
projet, de l'criture du Commentateur:

  CARMINA ITHYPHALLICA
  vel
  EROTICA LATINA

  _Quibus accedit Dictionarium Eroticum Latino-Gallicum, continens voces
  salaciores apud auctores optimae notae reperiundas, cum eorum
  paraphrasi Gallica_

  _Olim a Petro Nicolao Blondeau, advocato, confectum et in schedis
  manuscriptis relictum, nunc revisum et auctum_

  IN INSULA CYTHERAE
  _Typis Amoris_
  1790

On se proposait, en outre, d'en faire un tirage spar, avec ce titre
spcial:

  DICTIONNAIRE ROTIQUE
  LATIN-FRANAIS

  pour servir  l'intelligence de quelques auteurs de la belle
  Latinit, et de Supplment au Dictionnaire dit de _Boudot_

  A CYTHRE
  _De l'Imprimerie de l'Amour_
  _L'an deuxime de la Libert_
  1791

Au verso d'un de ces titres sont de petites notes ou _memoranda_ du
Commentateur, indiquant les ouvrages qu'il devra consulter pour son
dition des _Carmina Ithyphallica_ ou Priapes Latines:

  _Priapeia._

  _Excerpta ex Anthologia Latina._

  _Excerpta ex Catullo, Tibullo, Propertio, Phaedro, Ovidio, Lucretio,
  Horatio, Martiale, Juvenale._

  _Pervigilium Veneris._

  _Ausonii Cupido cruci affixus_; _Cento nuptialis._

  _Ausonii Rosae idyllium._

  Vrifier, dans _Baudii Amores_, les pices anciennes qui peuvent me
  convenir.

  Le _Delectus Epigrammatum Latinorum_ diffre-t-il de l'Anthologie de
  Burmann?

  Pline le Jeune a crit quelques vers libres, dont il cherche 
  s'excuser dans deux de ses Lettres. Voyez, au 7e livre des Eptres de
  Pline, sa lettre  Pontius. Ausone en parle, mais ces posies se sont
  perdues.

  Apule a crit quelques pigrammes libres, qui se sont perdues; il en
  parle dans sa premire Apologie de la Magie.

  On dit qu'il a exist des Lettres de Cicron  Cerellia, qui respirent
  tous les feux de l'amour.

  Le pome d'_Io_, par Laevius, ancien pote Latin, s'est perdu; il
  avait aussi compos quelques livres sur l'Amour, nomms
  _Erotopaegnia_, dont Barthius a adopt le titre pour ses compositions
  du mme genre.

  On trouve  la fin du _Meursius_ de Barbou des fragments de posies
  libres Latines; mais elles sont modernes.

  Voir _Poetae Latini minores_.

  Je ne prends aucun des vers qui font partie de la Satire de Ptrone,
  pour ne pas dmembrer cet ouvrage, qui peut se joindre un jour 
  celui-ci.

Avec ces donnes, il tait facile de reconnatre, dans le Commentateur
anonyme de notre Manuscrit, l'auteur du Recueil de Priapes publi 
Paris en 1798, sous le titre d'_Erotopaegnion_[3]: c'est--dire Franois
Nol, professeur de belles-lettres avant la Rvolution, et, de 1802 
1841, date de sa mort, inspecteur gnral de l'Universit. Et comme
j'avais sous la main plusieurs des innombrables autographes et
compilations manuscrites laisss par Nol, l'identit de l'criture
n'tait pas moins facile  constater.

  [3] _Erotopaegnion, sive Priapeia Veterum et Recentiorum, Veneri
    jocosae sacrum. Lutetiae Parisiorum, Patris, 1798_, pet. in-8.

Jean-Franois Nol, n en 1755, mort en 1841, est assez connu: il
suffira d'en dire ce qui se rattache plus directement  notre sujet.
Comme la plupart des jeunes gens qui, sous l'ancien Rgime, se
destinaient  l'enseignement, il tait entr dans les Ordres, et il
occupait une chaire de professeur au collge Louis-le-Grand, lorsque la
Rvolution lui ouvrit une voie nouvelle. D'abord chef de bureau au
Ministre des Relations extrieures, il obtint bientt des postes
diplomatiques, dbuta par une mission  Londres en 1792, fut
successivement ministre plnipotentiaire de la Rpublique  La Haye et 
Venise (1793  1796); puis, rappel en France, devint membre de la
Commission de l'Instruction publique, commissaire gnral de police 
Lyon (1800), prfet du Haut-Rhin (1801), enfin inspecteur gnral de
l'Instruction publique (1802), place qu'il conserva jusqu' sa mort. Ses
ouvrages, tous relatifs  l'Enseignement, tmoignent d'une infatigable
fcondit: _Leons de Littrature et de Morale, Franaises, Latines,
Latines modernes, Anglaises, Italiennes, Grecques, Allemandes_,
consistant, pour chaque langue, en deux volumes in-8; _Leons
Franaises de Philosophie et de Morale_; _Nouveau Dictionnaire des
Inventions et Dcouvertes_; _Dictionarium Latino-Gallicum_;
_Dictionnaire Franais-Latin_; _Philologie Franaise, ou Dictionnaire
tymologique, critique, historique, anecdotique et littraire_;
_Dictionnaire historique des personnages de l'Antiquit_; _Dictionnaire
de la Fable_; _Traduction de Catulle et Gallus_; _Abrg de la Grammaire
Franaise_ (avec Chapsal), etc.

Mais ces travaux officiels ne suffisaient pas  son activit. Humaniste
passionn, de la vieille cole des Mnage et des La Monnoye, il occupait
ses loisirs  d'incessantes recherches dans des livres rares: anciens
conteurs Latins, Franais ou trangers, pigrammatistes, auteurs de
facties, qu'il s'amusait  copier par extraits ou mme in-extenso.
Outre son _Erotopaegnion_, il fut aussi l'diteur anonyme des _Poggii
Facetiae_ parues  la mme date (1798). Toutefois, ces deux publications
ne reprsentent qu'une minime partie de ses compilations manuscrites,
J'en possde, comme je l'ai dit plus haut, une notable quantit. C'est,
1 un volumineux Recueil intitul: _Erycina ridens, seu recentiorum
Poetarum qui Latine cecinerunt Deliciae deliciarum_ (_Venetiae_, 1795):
_Erycina ridens_, en d'autres termes _Venus jocosa_,  laquelle son
_Erotopaegnion_ est ddi; 2 Le _Martial moderne, ou choix d'pigrammes
tires des Potes Latins modernes, depuis la renaissance des lettres
jusqu' nos jours_; sur le titre, _La Roche-Guyon_, 1827: La Roche-Guyon
est un village prs de Mantes (Seine-et-Oise), o Nol avait
probablement sa rsidence d't; 3 _Le Perroquet_, recueil de pices en
prose et en vers sur cet oiseau, en plusieurs parties: Latine,
Franaise, Anglaise, Italienne, Orientale; comment expliquer, chez Nol,
cet amour du perroquet, sinon par une sympathie de linguiste? 4 _Basia
variorum, libri IV_; recueil des meilleurs _Baisers_ de Jean Second et
autres imitateurs modernes de Catulle; 5 enfin, _Fabellae Milesiacae_,
ou _Fabellarum Milesiacarum libri, tum erotica et jocosa, tum heroica et
tragica continentes, e veteribus et recentioribus scriptoribus excerpti_
(_Leropolis_, 1809); six gros volumes in-8, dont le dernier porte la
date de 1840: Nol avait alors quatre-vingt-cinq ans.

Il mourut, comme il a t dit, l'anne suivante, et sa bibliothque fut
aussitt vendue par adjudication, sauf les Manuscrits, qu'il avait
rservs pour son fils, Charles Nol. Le Catalogue de vente[4], compos
de 1555 numros, dont plusieurs runissaient jusqu' vingt ouvrages
diffrents, prsentait, dans une assez petite proportion, ce qu'on est
convenu d'appeler des livres rotiques. Il fit scandale; la pudeur
officielle en fut alarme, et cent soixante numros furent retirs par
ordre. On peut lire, en effet, sur un feuillet de garde de l'exemplaire
conserv  la Bibliothque Nationale (_Collection Jullien_), les
curieuses annotations suivantes:

  _Ce Catalogue est remarquable par le grand nombre de livres
  licencieux qu'il contient..._

  _Et, par ce triste motif, fort cher et fort recherch._

  [4] _Catalogue des livres composant la bibliothque de feu M. Fr.
    Nol, ancien conseiller de l'Universit, inspecteur gnral des
    tudes_, etc. Paris, Galliot, 1841, in-8.

Puis, d'une autre criture:

  _Sur 1555 numros dont se compose ce singulier et unique Catalogue,
  160 ont t interdits comme contraires aux moeurs; on aurait pu en
  trouver davantage._

Le premier annotateur n'tait autre, probablement, que le digne
collectionneur Jullien: on sent le bibliophile tout aise de possder un
article fort cher et fort recherch, quitte  gmir sur le triste
motif de cette chert.

Quant  la seconde note, rdige sans doute par un fonctionnaire de la
Bibliothque, elle est digne d'un de nos magistrats, svres gardiens de
la morale publique. _On aurait pu en trouver davantage!_ Voyons donc
ce qu'il y avait de si effrayant dans ces cent soixante numros retirs
par ordre:

Pour ne rien dissimuler, oui, il y avait deux classiques du genre
proscrit: l'_Artin Franais_ et la _Justine_ en quatre volumes; mais la
grande majorit des autres numros, c'tait des livres comme ceux-ci:

    _Le Systme de la Nature_, par d'Holbach;
    _La Callipdie_ de Claude Quillet;
    _Le Balai_; _la Chandelle d'Arras_;
    _Les quatre heures de la Toilette des Dames_;
    _La Nuit et le Moment_, par Crbillon fils;
    _Opus macaronicum Merlini Coccaii_;
    _Les Bigarrures et Touches_ de Tabourot des Accords;
    _OEuvres de Tabarin_;
    _Le Moyen de parvenir_;
    _Aventures de Roquelaure_;
    _L'Art de dsopiler la rate_;
    _Mmoires pour servir  la fte des Fous_, par Du Tilliot;
    _Novelle dell' abbate Casti_;
    _Trait des Eunuques_, par Ancillon;
    _Collection d'ana_: _Scaligerana_, _Chevroeana_, etc.

Voil les monstruosits qu'il tait dfendu  un littrateur de
possder, sous le rgne du bon roi Louis-Philippe.

                   *       *       *       *       *

Revenons, en terminant, au Manuscrit qui fait l'objet de cette
publication.

Nol y avait fondu ses notes et additions, voulant ne donner qu'un seul
texte; mais les ides comme le style du prtre dfroqu de 1791
n'taient pas sans disparate avec la manire de penser et d'crire du
vieux Blondeau: aussi, ai-je prfr distinguer les deux auteurs, en
rejetant au bas des pages ce qui appartient  Nol. Quant au mrite et 
l'utilit de ce Dictionnaire spcial, je laisse  plus comptent que moi
le soin de l'apprcier: je ne puis donc que renvoyer le lecteur 
l'_Essai sur la langue rotique_, travail original et approfondi, qu'on
trouvera ci-aprs et qui n'est pas la moindre curiosit de ce volume.

ISIDORE LISEUX.

Paris, 30 Avril 1885.

[Dans la version lectronique, les entres de Franois Nol sont
indiques par la mention (N).]




NOTE

D'HYACINTHE-THODORE BARON

Premier Mdecin des Camps et des Armes du Roi,

Ancien Doyen de la Facult de Mdecine de Paris.


Un homme de lettres de la fin du dernier sicle[5], composant un petit
Dictionnaire[6], qui a eu la plus grande vogue, avait mis  part les
mots licencieux qui se trouvent dans les diffrents auteurs Latins. Son
intention tait d'en faire un petit Dictionnaire spar, en y joignant
l'interprtation Franaise, et des priphrases pour expliquer la
signification des mots de la manire la moins dshonnte qu'il serait
possible; il l'avait intitul: _Dictionarium vocum obscenarum quae apud
varios authores reperiuntur, ex universali meo decerptum_.

  [5] Me Pierre-Nicolas Blondeau, avocat en Parlement, censeur des
    livres et inspecteur de l'Imprimerie que M. le duc du Maine avait
    tablie  Trvoux, sous l'autorit de M. de Malezieux, chancelier de
    la principaut de Dombes.

  [6] Le Dictionnaire vulgairement appel de _Boudot_, parce que ce
    libraire avait acquis le manuscrit de Me Blondeau.

Ce petit ouvrage manuscrit, de la propre main de l'auteur, a pass
successivement dans le cabinet de plusieurs de ses parents[7], sans
qu'il ait t jamais imprim, et mme sans qu'il en ait t tir aucune
copie. On a jug  propos d'en changer le titre, en y substituant le
suivant: _Dictionarium eroticum Latino-Gallicum, continens voces
salaciores apud optimae notae scriptores reperiundas; cum earum
interpretatione Gallica et honesta utcunque periphrasi_.

  [7] Me P.-N. Blondeau demeurait  Paris chez M. Philippe Baron,
    apothicaire ordinaire du Roi, mon aeul, dont il tait cousin issu
    de germain par Marguerite Blondeau, mre de M. Baron; c'est de cette
    manire que le prsent Manuscrit m'est parvenu par succession.




ESSAI

Sur la Langue rotique

PAR LE TRADUCTEUR

du _Manuel d'rotologie_ de Forberg


Si l'on examine d'un peu prs la langue rotique, les termes et
locutions dont elle se compose, tant chez les Anciens que chez les
Modernes, on s'aperoit que les crivains puisent les lments de leur
vocabulaire  trois sources principales.

Il y a d'abord le mot cru, le terme propre, qui peut maintenant nous
paratre assez malsonnant, mais qui certainement  l'origine ne devait
pas tre obscne. L'homme donna un nom  ses parties gnitales,  celles
de la femme,  l'acte amoureux, aux scrtions qui en rsultent, comme 
toutes les autres parties du corps,  toutes les autres actions et
scrtions, sans choquer en rien la pudeur. Les Grecs et les Romains
employaient le mot cru, non seulement entre hommes et dans la
conversation familire, mais publiquement, dans les pomes, dans les
livres, sur la scne. Aristophane disait le mot et exhibait la chose en
plein thtre. Horace dit ingnument: _dum futuo_; il parle sans
priphrase des humides rsultats d'un songe provoqu chez lui par
l'attente d'une servante d'auberge, dans son voyage  Brindes[8]; ses
invectives  Canidie sont intraduisibles en langage dcent. Martial a
encore moins de sans-gne qu'Horace: il se plat  taler en ce genre
des normits et appelle cela parler Latin, user de la simplicit
Romaine[9].

  [8] _Sat._, I, 5, v. 85.

  [9] _Qui scis Romana simplicitate loqui_ (XI, 21.)

Un second lment est puis dans la langue mdicale. Le mdecin ne peut
se contenter du mot populaire assign  tel ou tel organe; le srieux de
son art ne s'accommoderait pas d'un terme banal ou plaisant et qui fait
rire; de plus, l'anatomie lui a rvl la complexit de cet organe, qui
est un pour le vulgaire, mais qui pour lui se compose d'un certain
nombre de parties distinctes, jouant chacune leur rle, et auxquelles il
assigne un nom particulier. Il se servira donc, soit de termes vagues,
par dcence, comme _inguen_, _abdomen_, _uterus_, _pudenda_,
_muliebria_, _habitare_, _inire_, _coire_, etc.; soit, s'il a besoin
d'tre prcis, des termes techniques dont il enrichit la langue, et que
l'crivain ou tout le monde peut employer  son tour, s'ils n'ont pas un
aspect scientifique par trop rbarbatif.

Rduit  ces deux lments premiers, le vocabulaire rotique serait
encore bien restreint, et la ncessit d'un glossaire spcial se ferait
 peine sentir. Mais ils n'ont,  vrai dire, que la moindre importance,
et le troisime lment, l'lment mtaphorique, est de beaucoup la
source la plus abondante. Le peuple cre naturellement et
continuellement des mtaphores, en matire rotique comme en toute autre
matire; les crivains utilisent les locutions passes en usage, en
forgent d'autres,  l'infini, suivant leur tournure d'esprit ou leur
caprice, dtournent le sens ordinaire des mots, parlent d'une chose pour
en faire entendre une autre, se servent d'quivoques s'ils ont peur
d'tre trop bien compris, et crent ainsi, paralllement  la langue
gnrale, une langue particulire, figure, d'autant plus savoureuse et
d'autant plus riche qu'ils ont plus d'ingniosit. Quelques-uns en ont
tant, que les seuls initis comprennent la moiti de ce qu'ils ont voulu
dire et, pour l'autre moiti, en sont rduits aux conjectures. Sans les
anciens scoliastes qui nous avertissent que tel passage d'Aristophane
renferme une allusion obscne, on poursuivrait sans la voir; et les
savants disputent encore sur le sens qu'il faut donner  tel vers de
Perse, de Juvnal, d'Ausone,  telle phrase de Ptrone et d'Apule.
C'est ici qu'un bon lexique n'est pas de trop, et, malgr quelques
essais estimables, il est encore  faire.

                   *       *       *       *       *

Mais avant de pntrer plus intimement dans l'tude de la langue
rotique, pourquoi les crivains, le peuple lui-mme, ont-ils recours 
tant de mtaphores, priphrases, ambages et circonlocutions, ds qu'il
est question des organes et des rapports sexuels? Si nous n'avons pas
honte d'tre hommes, pourquoi n'oser parler qu' mots couverts de ce qui
rend chez nous manifeste la virilit? La Nature a fait de l'union des
sexes la condition de notre existence et de la perptuit de la race;
elle y a attach, en vue de cette perptuit, l'attrait le plus
puissant, la volupt la plus intense: pourquoi nous en cacher comme d'un
dlit ou d'un crime? Pourquoi appeler honteuses ces parties sexuelles o
la Nature a concentr toute son industrie, et rougir de montrer ce dont
nous devrions tre fiers? Mme  ne considrer que l'acte brutal, il est
encore dans le voeu de la Nature, puisqu'elle nous en fait un besoin, et
la satisfaction d'un besoin ne peut avoir en elle-mme rien de honteux.
Des moralistes ont vu, dans cette singulire pudeur, une hypocrisie
injustifiable. coutez Montaigne: Qu'a fait l'action gnitale aux
hommes, si naturelle, si ncessaire et si juste, pour n'en oser parler
sans vergongne, et pour l'exclure des propos srieux et rgls? Nous
prononons hardiment _tuer_, _desrober_, _trahir_, et _cela_, nous
n'oserions qu'entre les dents. Est-ce  dire que moins nous en exhalons
en paroles, d'autant nous avons loy d'en grossir la pense? Car il est
bon que les mots qui sont le moins en usage, moins escripts et mieux
teus, soient les mieux seus et plus gnralement cogneus. Un autre
grand crivain, moraliste  sa manire, matre Pietro Aretino, va bien
plus loin: Quel mal y a-t-il  voir un homme grimper sur une femme? Les
btes doivent-elles donc tre plus libres que nous? Il me semble,  moi,
que l'instrument  nous donn par la Nature pour sa propre conservation
devrait se porter au col en guise de pendant, et  la toque en guise de
mdaillon, puisque c'est la veine d'o jaillissent les fleuves des
gnrations, et l'ambroisie que boit le monde, aux jours solennels. Il
vous a fait, vous qui tes des premiers chirurgiens vivants[10]; il m'a
cr, moi qui suis meilleur que le pain; il a produit les Bembo, les
Molza, les Varchi, les Dolce, les Fra Sebastiano, les Sansovino, les
Titien, les Michel-Ange et, aprs eux, les Papes, les Empereurs, les
Rois; il a engendr les beaux enfants et les trs belles dames, _cum
Santo Santorum_: on devrait donc lui prescrire des jours fris, lui
consacrer des Vigiles et des Ftes, et non le renfermer dans un morceau
de drap ou de soie. Les mains seraient bien mieux caches, elles qui
jouent de l'argent, jurent  faux, prtent  usure, vous font la figue,
dchirent, empoignent, flanquent des coups de poing, blessent et tuent.
Que vous semble de la bouche qui blasphme, crache  la figure, dvore,
enivre et vomit? Bref, les Lgistes se feraient honneur s'ils ajoutaient
pour lui une glose  leur grimoire, et je crois qu'ils y viendront.

  [10] Ce passage est extrait d'une lettre adresse  l'un des plus
    clbres mdecins de l'poque, messer Battista Zatti, de Brescia.

Ce sont des jeux d'esprit, des paradoxes. Diderot, qui reproduit  peu
prs dans les mmes termes la remarque de Montaigne, a du moins le
mrite de la franchise: il crit en toutes lettres le driv Franais du
Latin _futuo_[11]; mais Montaigne se sert pudiquement du mot cela,
obissant ainsi au prjug qu'il blme; et quant  matre Pietro
Aretino, il s'est donn pour tche, dans ses tonnants _Ragionamenti_,
de traiter les sujets les plus lubriques sans employer une seule fois le
mot propre: le Diable n'y a rien perdu. Ce prjug est si fort, si
anciennement enracin, qu'on ne le dtruira pas. On aura beau nous dire
que le membre viril a beaucoup plus de noblesse que le nez, la bouche ou
les mains, nous continuerons  ne pas l'exhiber; et quoique le
rapprochement sexuel soit dans le voeu de la Nature, nous ferons
toujours difficult de nous y livrer en public. Les premiers couples
humains se cachaient dans les bois pour l'oprer:

    _Tunc Venus in sylvis jungebat corpora amantum_,

dit Lucrce, parlant de ces temps anciens o l'homme ne se nourrissait
encore que de glands. Cet instinct appartient  l'animal mme. Un
naturaliste Anglais, le rvrend Philips, attribue la disparition
presque complte aujourd'hui des lphants, si communs autrefois qu'on
les recrutait par milliers pour les armes,  la pullulation des singes
qui viennent, au moment solennel, les troubler dans leurs solitudes; ils
cherchent en vain un fourr assez impntrable pour se livrer aux
douceurs de l'hymen hors de la prsence de ces importunes btes, et,
faute de le trouver, se rsignent au clibat. En captivit, ils refusent
de s'accoupler, ainsi du reste que la plupart des animaux non
domestiques, ou ne s'y dcident que si on les y amne par supercherie, 
force de ruse et de patience, ne voulant pas qu'un si profond mystre
ait des tmoins profanes:  moins qu'on les croie convertis aux ides de
Malthus, et bien rsolus  ne pas procrer de pauvres petits destins 
devenir des malheureux.

  [11] F..tez comme des nes dbts, mais permettez-moi de dire
    f..tre.

L'homme, d'ailleurs, ne tient pas tant que cela  ressembler aux btes.
C'est bien assez qu'on lui dise  prsent qu'il descend directement du
gorille, ou qu'il est son proche parent au moyen d'un anctre commun.
Prcisment peut-tre parce qu'il a une obscure conscience de cette
infime origine, il s'efforce d'touffer ou d'attnuer chez lui le
gorille. Ses besoins naturels le rapprochent le plus de l'animal: il se
cachera donc pour les satisfaire, et il sera logique en cela, quoi qu'on
dise. Il ne se cache pas pour boire et pour manger, tant parvenu  s'en
acquitter proprement, avec dcence, de faon  ne pas trop montrer
l'animal qui prend sa pture; mais il va dposer  l'cart le rsultat
de sa digestion. Voil pourtant un besoin naturel, dont la satisfaction
est lgitime; pourquoi le considrer comme immonde?

Ce n'est pas la pruderie ou l'hypocrisie moderne qui a imagin d'appeler
honteuses les parties sexuelles. Les Latins les appelaient _pudenda_,
les Grecs [Grec: aidoia], mot qui a le mme sens. Faire des choses
malhonntes semble appartenir exclusivement  la langue de M.
Prudhomme: c'est une locution Grecque, [Grec: arrhta] ou [Grec: aischra
poiein]. Les termes vagues, les priphrases: tre, aller, dormir avec
une femme, cohabiter, avoir commerce, remplir le devoir, etc., sont
toutes des locutions Latines: _esse_, _dormire cum muliere_, _coire_,
_cognoscere mulierem_, _habitare_, _habere rem_, _officium fungi_, et
elles ont leurs similaires en Grec; connatre, dormir, dans le sens
rotique, remontent  une civilisation encore plus ancienne, puisqu'on
les trouve dans la Bible: Adam _connut_ ve, sa femme, et Ruth _dormit_
avec Booz. Les Latins, qui reculaient si peu devant la crudit des mots,
avaient en mme temps des termes attnus d'une bien plus grande
dlicatesse que nous-mmes.

                   *       *       *       *       *

Les mtaphores, si nombreuses, dans tous les idiomes, qu'elles
constituent  elles seules la principale richesse de la langue rotique,
ont d tre,  l'origine, imagines dans le mme but; mais il faut
convenir que ce but n'a pas toujours t atteint, ou qu'il a t bien
vite perdu de vue. De ces figures, les unes, aussi transparentes que
possible, ne sont que gracieuses ou plaisantes; d'autres, d'un sens plus
cach, forcent l'esprit  s'appesantir sur elles pour les comprendre;
d'autres enfin sont plus ordurires que ne pourrait l'tre le mot
propre. Lorsque Martial, par exemple, dit _cacare mentulam_, pour rendre
la sensation du patient dans l'acte pdrastique, et Juvnal, _hesternae
occurrere coenae_, pour faire honte du rle d'agent, ils sont
volontairement plus obscnes que s'ils disaient en propres termes
_paedicari_ et _paedicare_. Bayle, accus d'obscnit pour n'avoir pas
adouci la crudit d'expression d'anciens textes qu'il tait oblig de
donner, s'est dfendu en condamnant sans distinction toutes les
priphrases et mtaphores usites dans le langage rotique, en
affirmant, avec le P. Bouhours, qu'elles sont plus dangereuses que des
ordures grossires.

Ces manires dlicates que l'on se plaint que je n'ai pas employes,
dit-il[12], n'empchent pas que l'objet ne s'aille peindre dans
l'imagination, et elles sont causes qu'il s'y peint sans exciter les
mouvements de la honte et du dpit. Ceux qui se servent de ces
enveloppes ne prtendent point qu'ils seroient inintelligibles, ils
savent bien que tout le monde entendra de quoi il s'agit, et il est fort
vrai que l'on entend parfaitement ce qu'ils veulent dire. La dlicatesse
de leurs traits produit seulement ceci, que l'on s'approche de leurs
peintures avec d'autant plus de hardiesse que l'on ne craint pas de
rencontrer des nudits. La biensance ne souffriroit pas que l'on y
jett les yeux, si c'toient des salets toutes nues; mais quand elles
sont habilles d'une toffe transparente, on ne se fait point un
scrupule de les parcourir de l'oeil depuis les pieds jusques  la tte,
toute honte mise  part, et sans se fcher contre le peintre: et ainsi
l'objet s'insinue dans l'imagination plus aisment, et verse jusques au
coeur, et au-del, ses malignes influences, avec plus de libert que si
l'me toit saisie de honte et de colre. Joignez  cela que quand on ne
marque qu' demi une obscnit, mais de telle sorte que le supplment
n'est pas malais  faire, ceux  qui on parle achvent eux-mmes le
portrait qui salit l'imagination. Ils ont donc plus de part  la
production de cette image, que si l'on se ft expliqu plus rondement.
Ils n'auroient t en ce dernier cas qu'un sujet passif, et par
consquent la rception de l'image obscne et t trs innocente; mais
dans l'autre cas ils en sont l'un des principes actifs: ils ne sont donc
pas si innocents, et ils ont bien plus  craindre les suites
contagieuses de cet objet qui est en partie leur ouvrage. Ainsi ces
prtendus mnagements de la pudeur sont en effet un pige dangereux. Ils
engagent  mditer sur une matire sale, afin de trouver le supplment
de ce qui n'a pas t exprim par des paroles prcises.

  [12] _claircissement sur les obscnits_ (Appendice au _Dictionnaire
    critique_).

Ceci est encore plus fort contre les chercheurs de dtours. S'ils
s'toient servis du premier mot que les dictionnaires leur prsentoient,
ils n'eussent fait que passer sur une matire sale, ils eussent gagn
promptement pays; mais les enveloppes qu'ils ont cherches avec beaucoup
d'art, et les priodes qu'ils ont corriges et abrges, jusques  ce
qu'ils fussent contents de la finesse de leur pinceau, les ont retenus
des heures entires sur l'obscnit. Ils l'ont tourne de toutes sortes
de sens, ils ont serpent autour, comme s'ils eussent eu quelque regret
de s'loigner d'un lieu aimable. N'est-ce pas l _ad Sirenum scopulos
consenescere_, jeter l'ancre  la porte du chant des Sirnes? Si
quelque chose a pu rendre trs pernicieux les _Contes_ de La Fontaine,
c'est qu' l'gard des expressions ils ne contiennent presque rien qui
soit grossier. Il y a des gens d'esprit qui aiment fort la dbauche. Ils
vous jureront que les satires de Juvnal sont cent fois plus propres 
dgoter de l'impuret que les discours les plus modestes et les plus
chastes que l'on puisse faire contre ce vice. Ils vous jureront que
Ptrone est incomparablement moins dangereux dans ses ordures
grossires, que dans les dlicatesses dont le comte de Rabutin les a
revtues, et qu'aprs avoir lu les _Amours des Gaules_, on trouve la
galanterie incomparablement plus aimable qu'aprs avoir lu Ptrone.

Bayle semble bien avoir cause gagne, avec de si bons arguments, et
cependant le procs est toujours en litige; malgr les immunits
rclames en faveur du franc parler, du mot Latin ou Gaulois, par de si
bonnes raisons, les juges, comme le gros du public, inclineront toujours
 donner tort  ceux qui s'en servent, et  excuser ceux qui disent les
mmes choses, ou de pires, en termes envelopps et dcents. Il est
curieux d'entendre un de nos contemporains soutenir la mme thse  sa
faon, avec beaucoup moins de solennit acadmique, mais sans plus de
succs: La gauloiserie, les choses dsignes par leur nom, la bonne
franquette d'un style en manches de chemise, la gueule populacire des
termes propres, n'ont jamais dprav personne. Cela n'offre pas plus de
dangers que le nu de la peinture et de la statuaire, lequel ne parat
sale qu'aux chercheurs de salets. Ce qui trouble l'imagination, ce qui
veille les curiosits malsaines, ce qui peut corrompre, ce n'est pas le
marbre, c'est la feuille de vigne qu'on lui met, cette feuille de vigne
qui raccroche les regards, cette feuille de vigne qui rend honteux et
obscne ce que la Nature a fait sacr. Mon livre n'a point de feuille de
vigne, et je m'en flatte. Tel quel, avec ses violences, ses impudeurs,
son cynisme, il me parat autrement moral que certains ouvrages
approuvs cependant par le bon got, patronns mme par la vertu
bourgeoise, mais o le libertinage passe sa tte de serpent tentateur
entre les priodes fleuries, o l'odeur mondaine du _Lubin_ se marie 
des relents de mare, o la poudre de riz qu'on vous jette aux yeux a le
montant piment du diablotin: romans d'une corruption raffine, d'une
pourriture lgante, qui cachent des moxas vsicants sous leur style
tempr, aux fadeurs de cataplasmes. C'est cette _belle et honneste
dame_, farde, maquille, avec un livre de messe  la main, et dans ce
livre des photographies obscnes, baissant les yeux pour les mieux faire
en coulisse, serrant pudiquement les jambes pour jouer plus allgrement
de la croupe, et portant au coin de la lvre, en guise de mouche, une
mouche cantharide. Mais, morbleu! ce n'est pas la mienne, cette
littrature. La mienne est une brave et gaillarde fille, qui parle gras,
je l'avoue, et qui gueule mme, chevele, un peu vive, haute en
couleur, dpoitraille au grand air, salissant ses cottes hardies et ses
pieds dlurs dans la glu noire de la boue des faubourgs ou dans l'or
chaud des fumiers paysans, avec des jurons souvent, des hoquets parfois,
des refrains d'argot, des gats de femme du peuple, et tout cela pour
le plaisir de chanter, de rire, de vivre, sans arrire-pense de luxure,
non comme une mijaure libidineuse qui laisse voir un bout de peau afin
d'attiser les dsirs d'un vieillard ou d'un galopin, mais bien comme une
belle et robuste crature qui n'a pas peur de montrer au soleil ses
tetons gonfls de sve et son ventre auguste o resplendit dj
l'orgueil des maternits futures. Par la nudit chaste, par la gloire de
la Nature! si cela est immoral, eh bien! alors, vive l'immoralit![13]
Un journaliste, M. Henry Fouquier, a cit  l'appui de ces conclusions
une anecdote qui serait bien piquante, si elle tait vraie: Un homme
d'esprit du commencement de ce sicle, membre de l'Institut, s'amusa 
crire un livre rotique, un bijou d'ailleurs, intitul: _Point de
lendemain_, et en fit deux versions. L'une  la faon des rotiques
brutaux, tels que Nerciat ou Restif; l'autre o l'on ne trouvait pas un
mot qui ne se pt dire devant des jeunes filles. Il fit lire ces deux
versions  une femme, lui demandant celle qu'elle prfrait. La dame,
ingnument, avoua que l'ardeur amoureuse, veille en elle par la
version chaste en ses expressions, n'avait pu tre calme que par la
lecture ordurire. L'historiette est jolie; mais il n'est pas sr que
cette parodie obscne de _Point de lendemain_, la _Nuit merveilleuse_,
soit aussi de Vivant Denon.

  [13] Jean Richepin, _La Chanson des Gueux_.

Quoi qu'il en soit, que la mtaphore et la priphrase laissent plus 
entendre, bien souvent, que le mot propre, que la feuille de vigne
aggrave ou non la nudit, ces jeux de style, ces dtours et ces
enveloppements ont pour eux une haute autorit, la Bible. Tout le monde
connat le fameux Proverbe de Salomon: Telle est la voie de la femme
adultre; elle mange et, s'essuyant la bouche, dit: Je n'ai pas fait de
mal. _Talis est via mulieris adulterae, quae comedit, et tergens os
suum, dicit: Non operavi malum._ Le _Cantique des Cantiques_, cet
pithalame Juif d'une posie sensuelle si panouie et si parfume, est
plein de ces figures: _Posuerunt me custodem in vineis, _et vineam[14]
meam_ non custodi_.--__Hortus_ conclusus, soror mea sponsa, _hortus_
conclusus, _fons_ signatus.--Dilectus meus misit manum suam per
_foramen_, et venter meus intremuit ad tactum ejus... _Pessulum ostii_
mei aperui dilecto meo, at ille _declinaverat_... Mane surgamus ad
_vineas_, videamus si floruit _vinea_, si _flores_ fructus parturiunt,
si floruerunt mala Punica: ibi dabo tibi mea ubera... _Vinea_ mea coram
me est_, etc. Sans compter bien d'autres endroits de la Bible o des
yeux perants entrevoient des allgories plus caches. Beverland, _De
peccato originali_, prtend que l'arbre du bien et du mal n'est pas
autre chose que le membre viril d'Adam: il se fonde sur ce qu'en Latin,
_arbor_, _truncus_, _ramus_, sont trs souvent synonymes de _mentula_.
Il se demande galement s'il ne faut pas voir un symbole du mme genre
dans le serpent tentateur: _Verum _Serpentem_ interpretatur sensibilem
carnis affectum, immo ipsum carnalis concupiscentiae genitale viri
membrum._ D'aprs Petrus Comestor, on croit, sans tenir compte du
langage figur, que les Philistins, s'tant empars de Samson, lui
firent tourner la meule (_molere_); mais il s'agit de toute autre chose:
le voyant si fort, ils l'obligrent de coucher avec leurs femmes pour
avoir des enfants vigoureux. _Hebraei tradunt,_ dit-il, _quod
Philistaei fecerunt eum dormire cum mulieribus robustis, ut ex eo prolem
robustam susciperent; nam _molere_ etiam est _subagitare_ vel _coire_._
Ces rabbins ont peut-tre raison.

  [14] Vigne, dans le sens de _pudendum muliebre_, n'est pas trs
    commun. La Fontaine qui, lisant Baruch, n'a pas d ngliger le
    _Cantique des Cantiques_, en a fait son profit:

        Et dans la vigne du seigneur
        Travaillant ainsi qu'on peut croire...

Les mtaphores les plus naturelles sont celles qui ont leurs termes
emprunts au labourage: les parties de la femme assimiles au champ, au
sillon qui va recevoir la semence: _campus_, _arvum muliebre_, _sulcus_;
celles de l'homme au soc de la charrue:

    _Atque in eo est Venus ut _muliebria_ censorat _arva_._

   (Lucrce, IV, 1095).

    _Ejicit enim _sulcum_ recta regione viaque
    _Vomeris_._

  (Id., IV, 1260.)

    _Arentque _sulcos_ in _arvo Venerio_._

  (Apule, [Grec: Anechom.], 14.)

    _Cur sit ager sterilis, cur uxor lactitet edam:
        Quo fodiatur ager non habet, uxor habet._

  (Martial, XVII, 101.)

Ambroise Par parle de mme du _cultiveur_ qui _entre dans le champ de
Nature humaine_, et le vieux naf mdecin Jacques Duval (_Trait des
Hermaphrodits_, chap. VI), de la premire _culture_ qui se fait dans le
_champ naturel_ des filles. Brantme a dit plus plaisamment: Le cas
d'une femme est une _terre de marais_; on y enfonce jusqu'au ventre.
Rabelais appelle le membre viril le manche que l'on nomme le laboureur
de Nature, et Maynard le dpeint:

    Roide, entrant tout ainsi que la pointe d'un _soc_
    Qui se plonge et se cache en toute _terre grasse_.

  (_Cabinet satyrique_.)

    Si pour cueillir tu veux donques semer,
    Trouve autre champ et du mien te retire.

  (Clment Marot.)

D'autres locutions Latines appartenant au mme ordre d'ides: _Hortus
muliebris_, _hortus Cupidinis_ ou _Hesperidum_, _irrigare hortum_, etc.,
ainsi que les noms de divers instruments et oprations de jardinage:
_ligo_, _raster_, _palus_, _falx_, bche, hoyau, serpe, faonner, enter,
cussonner, abattre du bois, mettre la cogne dans la fort, sont
galement du style badin. Brantme dit d'une femme marie, qu'elle
s'tait rserv l'usage de sa fort de mort-bois, ou de bois mort;
Tallemant des Raux appelle grand abatteur de bois un coureur de
femmes. Cueillir des fleurs, des fruits, des roses, dans le jardin de
Vnus, appartient  un jargon tout  fait surann maintenant, mais nos
vieux potes et conteurs aimaient assez _jardinet_ et _jardinier_:

    Ces larges reins, ce sadinet
    Assis sur grosses, fermes cuisses,
    Dedans un joly _jardinet_.

  (Villon, _Les regrets de la belle heaumire_.)

Le _jardinier_, voyant et trouvant le cabinet aussi avantageusement
ouvert, y logea petit  petit son _ferrement_ (Nol Du Fail). On trouve
aussi chez eux: _bcher_, _biner_, _bquiller_, _planter son piquet_,
_planter le baliveau_, etc. _Orto_, _orticello_, dans ce sens, sont trs
frquents chez les rotiques Italiens; ils disent: _sarchiar l'orto_
(sarcler le jardin), _ficar un porro nell'orto_ (planter un poireau dans
le jardin), _mettere il roncone nella siepe_ (mettre la serpette dans la
haie), _il piantone nel fosso_ (le plantoir dans la rigole), _la
pastinaccia_, _la carota_, _la radice_ (le panais, la carotte, le
radis), _lavorare il terreno_ (faonner le terrain), etc.

Assimiler les rapports sexuels  une bataille, un duel, un combat, et
tirer les termes de comparaison de toutes les armes offensives et
dfensives connues, doit tre aussi trs naturel, car ces sortes de
mtaphores se rencontrent mot pour mot dans toutes les langues. Nous
trouvons en Latin: _Militare, depugnare in campe Venereo_; _committere
praelium, duellum_; _ponere castra_; _peragere tacito Marte_; _immergere
ensem, pugionem, mucronem_; _excipere pilum in parma sua_; _pilum
vibrare, torquere_; _arcum tendere_. Toutes les armes des Anciens y ont
pass, et non seulement la pique, le javelot, la flche, l'pe, le
glaive, le poignard, mais jusqu' la grosse artillerie: la baliste, le
blier, la catapulte. Chez les Modernes, bien qu'on ne se serve plus de
pique depuis longtemps, le mot est rest, avec cette acception, dans un
certain nombre de locutions familires: _manier la pique_, _tre passe
par les piques_ (ce que les Italiens appellent _recevoir un trente et
un_). _Braquemart_, depuis Rabelais: De tant de _braquemarts_ enroidis
qui habitent par les brayettes claustrales, a pris un sens rotique si
dcid, que beaucoup de gens n'oseraient l'employer dans son sens propre
d'pe courte et large, le _gladius_ des Romains, l'ancien briquet de
nos soldats. Il en est de mme d'_allumelle_ (de _lamella_, petite
lame). _Poignard_ n'est plus usit; Regnier, La Fontaine, Grcourt s'en
sont servis:

    Mais Robin, las de la servir,
    Craignant une nouvelle plainte,
    Lui dit: Hte-toi de mourir,
    Car mon _poignard_ n'a plus de pointe.

  (Mathurin Regnier.)

    Lve sa cotte, et puis lui donne
    D'un _poignard_  travers le corps.

  (La Fontaine.)

    Heureuse la nymphe lgre
    Qui, trompant sa jalouse mre,
    Peut saisir un _poignard_ si doux!

  (Grcourt.)

Chez Brantme et nos anciens conteurs, l'amour est toute une stratgie:
engager l'escarmouche, battre la chamade, tre fort  l'escrime, mettre
l'pe  la main, reconnatre la forteresse, faire les approches,
dresser les machines, pointer les pices, envoyer des voles de canon,
cheminer  la sape, allumer la mche, bouter le feu  la mine, franchir
la contrescarpe, combler le foss, livrer l'assaut, planter l'tendard
dans la brche, se loger dans la place. A ces mtaphores militaires il
convient d'ajouter celles que les Grecs et les Romains tiraient des
jeux, des luttes d'athltes, des courses du cirque: _in agonem, in
palaestram descendere_; _conficere stadium_; _properare ad metas_; nos
conteurs, qui se souciaient peu de la palestre, leur ont substitu des
comparaisons empruntes aux joutes et aux tournois: courir la bague,
rompre une lance, mettre la lance en arrt, envoyer la flche dans le
but, mettre dans la quintaine; ou bien des termes de vnerie: le faucon
dsencapuchonn, l'pervier au poing, etc.

Le savant Gasp. Barthius n'a pas ddaign de colliger, dans ses
_Animadversiones in Claudianum_, les mtaphores tires par les Anciens
des exercices questres, et dtournes par eux dans le sens rotique.
Nous regrettons de ne pas avoir sous la main son travail, pour en
enrichir le ntre, et surtout pour nous ter d'un doute. Nous
rencontrons bien, dans Nicolas Chorier, bon nombre de locutions telles
que: _subigere veredum_, _conscendere_, _insilire in equum_, _ex equo
desilire_, _equitare_, _admovere calcar_, etc., o le rle de cavalier
est dvolu  l'homme, et celui de monture  la femme; mais nous
craignons fort que l'excellent auteur de l'_Aloisia_ n'ait attribu aux
Latins, sans y trop songer, une ide toute Franaise et moderne.
Ptrone, faisant passer Embasicaetas de la croupe d'Encolpe  celle
d'Ascylte, dit, il est vrai: _Equum cinaedus mutavit_, le cinde
changea de cheval; mais c'est une exception, ils sont l d'ailleurs
entre hommes; dans tous les exemples Latins et Grecs que nous suggre
notre mmoire, c'est toujours la femme qui est le cavalier. La figure
est ainsi plus rgulire, car, pour tre  cheval, il faut tenir sa
monture entre les jambes, ce qui est le fait de la femme, et non de
l'homme. Ovide recommande  celles qui ont des plis au ventre de monter
 cheval  rebours comme le Parthe, c'est--dire en tournant le dos:

    _Tu quoque, cui rugis uterum Lucina notavit,
          Ut celer aversis utere Parthus equis._

  (_Ars amatoria_, III, 785-6.)

Horace dit de mme:

    _Clunibus aut agitavit equum lasciva supinum._

  (_Sat._, II, VII, 50.)

Martial:

    _Masturbabantur Phrygii post ostia servi,
          Hectoreo quoties sederat uxor equo._

  (XI, 105.)

Juvnal fait se chevaucher les femmes entre elles:

    _Inque vices equitant..._

  (_Sat._ VI, 311.)

Aristophane nous montre, au moins en deux endroits, que les choses se
passaient de mme chez les Grecs:

    [Grec: Kame g' h porn chthes eiselthonta ts mesmbrias,
    hoti keltisai 'keleuon, oxythymtheisa moi
    ret' ei tn Hippiou kathistamai tyrannida.]

  (_Les Gupes_, 500-2.)

    Comme j'entre chez une putain, sur le midi,
    Et que j'exige qu'elle me chevauche, elle me demande furieuse
    Si je veux rtablir la tyrannie d'Hippias.

    [Grec: Kai malist' osphrainomai ts Hippiou tyrannidos],

    Je flaire l-dessous la tyrannie d'Hippias,

dit encore le choeur des vieillards dans _Lysistrata_, v. 618, lorsque
les femmes voulant s'emparer du gouvernement, il craint qu'elles ne
fassent la loi aux hommes et ne les chevauchent. Dans diverses pices de
l'_Anthologie_, des courtisanes suspendent en _ex-voto_, devant l'autel
d'Aphrodite, des mors, des fouets, des perons, pour la remercier de les
avoir fait allgrement caracoler sur leurs coursiers d'tolie, _id est_
sur de beaux et fringants jeunes hommes.

Tout au contraire, chez les auteurs modernes, quand ils parlent de
chevaucher, cavalcader et caracoler, c'est de l'homme qu'il s'agit, et
la monture est la femme:

    Carmes chevaulchent nos voisines
    Mais cela ne m'est que du meins.

  (Villon, _Petit Testament_.)

    Un mdecin, toi sachant,
    Va ta femme chevauchant.

  (Tabourot, sr des Accords.)

Ny plus ny moins que le mange d'un grand et beau coursier du rgne est
bien cent fois plus agrable et plus plaisant que d'un petit bidet, et
donne bien plus de plaisir  son escuyer; mais aussi il faut bien que
cet escuyer soit bon et se tienne bien et montre bien plus de force et
d'adresse: de mme se faut-il porter  l'endroit des grandes et hautes
femmes, car de cette taille elles sont sujettes d'aller d'un air plus
haut que les autres, et bien souvent font perdre l'estrier, voire
l'aron, si l'on n'a bonne tenue, comme j'ay ouy conter  aucuns
cavalcadours qui les ont montes. (Brantme, _Dames galantes_, Disc.
I). Il dit encore d'une grande dame que c'tait le cheval de Sjan,
d'autant que tous ceux qui montoient sur elle mouroient, et ne vivoient
gures (_ibid._), et il emploie souvent les termes fort irrvrencieux
de jument et de haquene, pour dire une femme.

    La femme et le cheval doivent tre semblables...
    Tous deux se doivent rendre  l'homme obissants,
    Faonns  l'espron et fiers en ornements,
    Avoir le montoir doux, la descente bnigne.

  (_Cabinet satyrique_.)

Par une singulire image, nos vieux potes et conteurs ont aussi donn
le nom de bidet, de courtaut, de roussin, au membre viril, sans pour
cela qu'il soit question du rle jou par l'homme dans les citations
ci-dessus d'Horace, d'Ovide, de Martial et d'Aristophane. P. Aretino dit
en ce sens: _Far stallare i cavalli_ (faire pisser les chevaux), _dar le
mosse a i cavalli_ (donner l'lan aux chevaux). L'Arioste s'est
plaisamment servi de cette figure dans la rencontre d'Anglique avec
l'Ermite:

    La voici tendue sur le dos dans le sable,
    Livre aux fantaisies du rapace vieillard.

    Il l'treint et  son gr la caresse;
    Elle dort et ne peut faire rsistance.
    Il lui baise tantt le beau sein, tantt la bouche,
    Personne qui le voie en ce dsert sauvage;
    Mais  l'encontre son destrier trbuche,
    Au dsir ne rpond pas le corps dbile:
    La bte est mal en point, tant trop charge d'ans,
    Et n'en vaudra pas mieux, tant plus il la fatigue.

    Il a beau essayer toutes voies et moyens,
    Le paresseux roussin n'en saute pas davantage;
    En vain il lui secoue la bride et le tourmente,
    Il ne lui peut faire tenir la tte haute.

  (_Roland furieux_, VIII, st. XLVIII  L.)[15]

  [15] Arioste, Chants I  XV, trad d'Alcide Bonneau (Paris, Liseux,
    1881, 3 vol. pet. in-18).

Est-ce Catulle qui a le premier imagin la gentille allgorie de
l'oiseau et de la cage? En tous cas, il l'a fait si spirituellement, en
termes si envelopps, que beaucoup d'rudits ont soutenu que le moineau
de Lesbie tait un moineau vritable, et dit des injures  ceux qui
s'obstinaient  croire le contraire. M. Armand Barthet a crit, sur la
dlicieuse pice de Catulle, une petite comdie dont Rachel interprtait
le principal rle et o l'on voyait un vrai moineau dans une cage de fil
de fer, sans allgorie aucune. Le sens dans lequel les Latins
entendaient le _passer deliciae meae puellae_, n'est pourtant pas
douteux, si Martial ne nous doit:

    _Issa est passere nequitior Catulli..._

    Issa est plus lascive que le moineau de Catulle,

nous dit-il (III, 110); et encore, s'adressant  Dyndimus, son Giton:

    _Da nunc basia, sed Catulliana;
    Quae si tot fuerint quot ille dixit,
    Donabo tibi passerem Catulli._

  (XI, 7.)

    Donne-moi des baisers, mais Catulliens;
    Et si tu m'en donnes autant qu'il le dit,
    Je te ferai cadeau du moineau de Catulle.

Ainsi compris, on voit quel serait le passereau qui faisait les dlices
de Lesbie, qu'elle agaait du bout du doigt, qui se rfugiait dans son
sein, qui ne ppiait que pour elle et qu'elle aimait plus que ses yeux,
car il tait couleur de miel, _nam mellitus erat_[16]. Depuis, Italiens
et Franais ont us et abus de l'oiseau et de la cage, mais les
Italiens encore plus que les Franais. Boccace leur a donn l'exemple en
crivant son joli conte du _Rossignol_; le _lusignuolo_ et la _gabbia_,
l'_uccello_, le _passerotto_ et la _passerina_, reviennent
continuellement dans l'Aretino; ceux qui connaissent Baffo savent seuls
 combien de sauces l'_osello_ peut s'accommoder. Parmi les Franais,
sans oublier la chanson populaire:

    Ah! le bel _oiseau_, maman,
    Qu'Alain a mis dans ma _cage_!

contentons-nous d'en citer deux ou trois:

    Autant et plus que sa vie
    Phyllis aime un passereau;
    Ainsi la jeune Lesbie
    Aima jadis son moineau.

    Mais de celui de Catulle
    Se laissant aussi charmer,
    Dans sa _cage_, sans scrupule
    Elle eut soin de l'enfermer.

  (_Chaulieu._)

    Elle le prit dans sa main blanche,
    Et puis dans sa _cage_ le mit.

  (_Regnard._)

    Lisette avait dans un endroit
        Une _cage_ secrte;
    Lucas l'entr'ouvrit, et tout droit
        D'abord l'_oiseau_ s'y jette.

  (_Coll._)

  [16] Politien, Lampridius, Turnbe, Vossius ont entendu dans le sens
    rotique l'lgie de Catulle; Scaliger et Sannazar traitent
    d'orduriers ceux qui ont la vue si longue. Volpi propose un moyen
    terme: selon lui, le _moineau de Lesbie_,  force de passer de
    bouche en bouche, a pu donner lieu  des allusions et quivoques
    libertines auxquelles l'auteur n'avait pas song.

On en a fait de toutes les sortes de ces mtaphores, et chaque crivain
s'est piqu d'en inventer de nouvelles, de trouver les mots les plus
drles. Rabelais dit: le baston  un bout, le baston de mariage, le
membre nerveux, caverneux, la vivificque cheville, maistre Jean Chouart,
maistre Jean Jeudy, l'anneau de Hans Carvel, le comment a nom, le
callibistris, la boursavit, sacquer, baudouiner, roussiner, jocqueter,
culleter, beluter[17], grimbetiletolleter, jouer du serre-croupire,
jouer des basses marches, sonner l'antiquaille, faire la bte  deux
dos[18], saigner entre les deux gros orteils, etc. L'Aretino: Habiller
ceux qui sont nus, embguiner le poupard (de peur du froid), abreuver le
chien  l'cuelle, faire compter les solives du plafond, mettre le
fuseau dans la quenouille, le pilon dans le mortier, le cordon dans la
bague. Brantme affectionne la pnillire, la devantire, moudre au
moulin, hausser le devant, rembourrer le bas, secouer le pellisson, et
donne aux femmes les allures des haquenes: le pas, l'entre-pas, le
trot, l'amble, le galop. Nos conteurs ont emprunt leurs mtaphores 
des ordres d'ides si divers qu'on ne saurait les classer par groupes;
la plupart ont d'ailleurs vieilli  force d'tre usites. Notons
cependant les figures religieuses: Temple, autel, sanctuaire,
tabernacle, chapelle, cierge, bourdon de Saint Jacques, aspergs,
goupillon, carillonner, chanter l'_Introt_, aller  l'offrande. Les
Anciens avaient donn l'exemple; nous trouvons chez eux employs dans un
sens rotique: _ara voluptatis_, _adyta Cupidinis_, _Isiaca_ et _pygiaca
sacra_, _penetralia_, sans compter tous les attributs des divinits: la
conque de Vnus, le sceptre de Priape, la verge de Mercure, le Rameau
d'or, le thyrse de Bacchus, la massue d'Hercule.

  [17] Bluter, quivalent presque exact du Latin _crissare_, vanner.

  [18] Shakspeare lui a probablement emprunt cette plaisante mtaphore:
    _Your daughter and the Moor are now making _the beast with two
    backs__ (_Othello_); Coquillart s'en tait dj servi, et les
    Latins disaient: faire la bte  quatre pattes, _quadrupedantem
    agere_ (Plaute).

Il y a bien de la forfanterie dans quelques-unes de ces ambitieuses
appellations, et une tendance manifeste  donner des proportions
colossales  ce qui souvent n'est que bien peu de chose, une paille, un
ftu. La massue d'Hercule! nous avons dj rencontr: baliste, blier,
catapulte; il y a encore: arbre, poutre, battant de cloche, mt, aviron,
timon, gouvernail, colonne (frquent dans les Priapes, ainsi que
_malus_ et _arbor_), oblisque. Si c'tait vrai  moiti, ou seulement
au quart, Anciens et Modernes n'auraient pas eu besoin de chercher pour
la partie adverse tant de termes dsobligeants: _antrum muliebre_,
_fossa_, _caverna_, _lacus_, _barathrum_, l'antre de la Sibylle,
l'norme solution de continuit, dit Rabelais[19], l'hiatus bant;
d'autres n'auraient pas dit que s'y aventurer c'est jeter l'ancre dans
une mer qui n'a ni fond ni rive, lancer le javelot  travers de vastes
portiques (N. Chorier), pisser dans le jardin par une fentre grande
ouverte. Je l'ay ouy nommer spulchre et monument au Pre Anne de
Joyeuse, en un sermon qu'il fit dans l'glise de S. Germain de
l'Auxerrois au temps de Carme de l'an 1607. Le sieur Le Veneur, vivant
vesque d'vreux, l'appelait valle de Josaphat, o se fait le viril
combat. Bocace au conte de la belle Alibec, l'appelle Enfer, symbolisant
 ce nom avec les Pres et plus dvots Thologiens Sainct Thomas, Sainct
Augustin et autres, qui l'ont nomm _portam Inferi_, _januam Diaboli_.
(J. Duval, _Hermaphr._, chap. VIII.)

  [19] La Fontaine a trouv moyen de mettre en vers cette hyperbole:

          ... mais quand il vit l'norme
        Solution de continuit...

                   *       *       *       *       *

Les Grecs et les Latins, pour parler des dpravations dont ils
rougissaient ou faisaient semblant de rougir, avaient des termes et des
locutions d'un sens plus cach que les simples mtaphores. Pour
_irrumare_ et _irrumari_, ils avaient: [Grec: binein stomati, karizein
t glss, molynai to stoma], _petere summa_ (gagner les hauteurs),
_capitibus non parcere_ (ne pas faire grce aux ttes), _comprimere
linguam_ (comprimer la langue), _Harpocratem reddere_ (rendre un
Harpocrate), _tacere_ (se taire), et pour _paedicare_ ou _paedicari_:
_concidere_, _percidere_, _incurvare_, _conquiniscere_, demander le
_collarium_ ou l'_officium puerile_; sans compter bien d'autres termes
sur lesquels les commentateurs sont loin d'tre d'accord: Chalcidiser,
Phniciser, _Corinthiari_, Phicidiser, _Coa_ et _Nola_ (Cicron), les
Clazomnes (Ausone), etc. Les Italiens, hritiers, s'il faut les en
croire[20], des gots de leurs vieux anctres, ont aussi beaucoup de ces
sortes de locutions que les initis savent comprendre: _Volger le
spalle_ (tourner le dos), _appoggiar la testa al muro_ (appuyer la tte
au mur), _scuotere il pesco_ (secouer le pcher), _dar le mele_ (offrir
les pommes). Celles dans lesquelles ils opposent le commerce naturel 
l'acte contre nature sont curieuses: _il lesso e l'arrosto_ (le bouilli
et le rti), _il piovoso e l'asciutto_ (le mouill et le sec), _la capra
e il capretto_ (la chvre et le chevreau), _le mele et il finocchio_
(les pommes et le fenouil). Le _messale Culabriense_ et le _Culiseo_
sont de bonnes inventions de matre Pierre Artin. Bandello, tout vque
d'Agen qu'il tait, s'est servi de quelques-unes de ces locutions; il
dit: _andar in zoccoli per l'asciutto_ (aller en pantoufles par le
chemin sec), oppos  _andar in nave per il piovoso_ (aller en bateau
par o il pleut), et il nous fait  ce propos le bon conte d'un pcheur
endurci qui, arriv  sa confession dernire, refuse absolument d'avouer
sa prfrence pour l'_asciutto_. Le Moine, qui sait de quel pied a
cloch toute sa vie le mauvais garnement, veut lui faire dire  haute
voix qu'il a commis le pch contre nature, qu'il est infect du vice
abominable; l'autre se rcrie et dit qu'on l'accuse  tort. Enfin, sur
une objurgation plus directe, il avoue tout de suite, et comme le Moine
le reprend de l'obstination qu'il mettait  s'en dfendre:--Oh! oh!
rvrend Pre, lui rpond-il, vous n'avez pas su m'interroger.
M'amuser avec de jeunes garons m'est plus naturel  moi qu'il n'est
naturel  l'homme de boire et de manger, et vous me demandiez si je
pchais contre la Nature! Allez, allez, messer, vous ne savez pas ce que
c'est qu'un bon morceau[21]. Voil comment priphrases et mtaphores
peuvent quelquefois n'tre pas bien comprises.

  [20] Baffo assure que s'il parle si souvent de _buggerar_, ce n'est
    pas qu'il tienne  la chose, mais seulement pour ne pas faire tort 
    son pays, enlever  ses compatriotes un avantage qui leur a valu
    quelque rputation dans le monde.

  [21] _Nouvelles de Bandello_, tome I; Paris, Liseux, 1879, pet. in-18.

Bon nombre de ces expressions figures,  double sens, se confondent
avec l'quivoque, autre faon de se faire plus ou moins clairement
entendre, et qui est d'un frquent usage dans la langue rotique.
Aristophane en a sem partout dans ses comdies, et elles sont souvent
si fines qu'elles passeraient inaperues. Lysistrata s'tonne de ce que
les femmes de Salamine ne soient pas encore arrives, et Calonice lui
rpond qu'elles ont pourtant d se mettre en bateau ds le matin: on
venait en barque de Salamine  Athnes. Mais se mettre en bateau
([Grec: keltizein]) veut dire aussi ce qu'Horace appelle _peccare
superne_ et _equum agitare supinum_. La tyrannie d'Hippias, cite plus
haut, est un jeu de mots du mme genre. Il quivoque encore sur le
_delta_, le _lambda_, et aprs lui Ausone s'est escrim sur le _thta_,
le _psi_, le _phi_, le _rho_, l'_iota_ majuscule, le _tau_: il n'a
oubli que l'_omga_ souscrit. Cicron faisait des quivoques rotiques
en plein prtoire, disant, par exemple, que si l'on cherchait Sextus
Claudius, on le trouverait chez la soeur de Publius, _occultantem se
capite demisso_ (_Pro domo_, 31); _demittere caput_ ne signifie, si l'on
veut, que baisser la tte, mais les fines oreilles entendaient _cunnum
lingere_. Il en a commis bien d'autres; il appelait _colei_, pour se
moquer d'eux, des tmoins vritables, des tmoins appels  dposer en
justice. Dans notre langue l'quivoque est encore plus facile, beaucoup
plus de mots pouvant se prendre dans un double sens: aussi en
relverait-on un grand nombre. Rabelais, Nol du Fail, H. Estienne, Th.
de Bze parlent du pays de Surie ou Suerie, qu'on peut entendre Syrie,
mais qui signifie tout bonnement la vrole, pour la gurison de laquelle
on faisait suer les pauvres malades jusqu' dessiccation presque
complte. En maintes compagnies, celuy n'est rput vaillant champion
qui n'a fait cinq ou six voyages en Suerie (H. Estienne, _Apologie pour
Hrodote_, chap. XII). J. Duval quivoque sur les poulains qui vous
mnent jusque-l, poulains qui souvent sont assez forts dit-il, pour
porter un homme au pays de Surie (_Hermaphr._, chap. VI); plus tard, on
a dit dans le mme sens aller en Sude, et passer par la Bavire de ceux
que la vrole ou le traitement mercuriel faisait saliver, baver. On a
quivoqu sur la bague et le doigt, le doigt mouill, le poisson et la
nasse, le pied et la chaussure, les fleurs blanches et les fleurs
rouges.

    C'est une bague qui circule
    Et qui se met  tous les doigts,

dit Bonnard d'une femme galante.

    La marquise a bien des appas,
    Ses traits sont vifs, ses grces franches,
    Et les fleurs naissent sous ses pas,
    Mais hlas! ce sont des fleurs blanches.

  (Maurepas.)

Nos vieux potes et chansonniers avaient un faible pour l'andouille, le
cervelas, le boudin, la saucisse, le jambon, le lardon et toutes sortes
de charcuteries:

    Item  l'orfvre Du Boys
    Donne cent clouz, queues et testes,
    De gingembre Sarazinoys:
    Non pas pour accoupler ses boytes,
    Mais pour conjoindre culs et coettes,
    Et couldre jambons et andoilles,
    Tant que le laict en monte aux tettes,
    Et le sang en dvalle aux coilles.

  (F. Villon, _Le Grand Testament_, CI.)

    De tout le gibier, Fauchon
    N'aime rien que le cochon;
    Surtout devant une andouille
    Qu'aux Carmes on choisira,
    Elle s'agenouille, nouille,
    Elle s'agenouillera.

  (Coll.)

Brillat-Savarin note l'exclamation d'une dame en voyant servir une
norme mortadelle de Bologne.--Quelle ide a-t-on de faire des
saucissons de cette taille? cela ne ressemble  rien.--Vous trouviez
donc que les autres ressemblaient  quelque chose? lui demande 
l'oreille son voisin de table. Richelet, sciemment ou non[22], en a
commis une aussi grosse que la mortadelle de Brillat-Savarin: LAPINE,
s. f. Femelle du lapin. Quelques-uns des plus habiles dans la langue
condamnent le mot de lapine, et prtendent qu'on doit dire femelle du
lapin, et non pas lapine. Nanmoins, comme lapine est dans la bouche de
plusieurs femmes qui parlent bien, je ne le condamnerais point, surtout
en parlant, et dans le style le plus simple. L'quivoque remarque dans
Corneille:

    Mais le dsir s'accrot quand l'effet se recule,

  (_Polyeucte_, acte I, sc. 1.)

est certainement involontaire; elle n'en est pas moins drle. Il en est
de mme de l'hmistiche reproch  Malherbe:

                ... qu'on survit  sa mort.

Ceux qui voient ces indcences les ont dans l'esprit, remarque trs bien
Quintilien; elles ne sont pas le fait de l'auteur. Sans grand renfort de
bsicles on en dcouvrirait de semblables chez tous. La grotte creuse o
Calypso retient si longtemps Ulysse (_Odysse_, rhaps. I et V) n'a pas
t  l'abri du soupon. L'antre des Nymphes, si curieusement dcrit par
le bon Homre, qui ne sommeillait pas toujours (_Odysse_, rhaps. XIII),
cet antre obscur, frais et sacr, ombrag d'un feuillage pais, o les
Naades versent leurs urnes inpuisables, o les abeilles font leur
miel, o les Nymphes tissent des toiles de pourpre, et qui a deux
portes: l'une pour les hommes, l'autre pour les Dieux, a paru encore
bien plus quivoque  des malins qui y ont vu l'_antrum muliebre_ et la
_postica Venus_ de Pnlope[23].

  [22] Ce qui ferait croire que Richelet y a mis de la malice, c'est
    qu'il manque rarement dans son Dictionnaire l'occasion de mdire des
    femmes:

    APARIER (S'). Le coq coche la poule, le moineau coche sa femelle
    plusieurs fois sans reprendre haleine. Si les hommes avoient ce
    destin  l'gard des femmes, ils en seroient adors.

    FEMME. La femme est un animal cr pour donner du plaisir, et
    particulirement pour en prendre et faire enrager ceux qui l'en
    pensent empcher. La femme est un animal intress.

    FLON-FLON.

        Si ta femme est mchante,
        Apprends-lui la chanson.
        Voici comme on la chante,
        Avec un bon bton:
          Flon, flon, flon.

    LOUVE. Femme insatiable dans la dbauche. La plupart des femmes
    sont un peu louves.

  [23] La Mothe Le Vayer, _Hexamron rustique_.

Les critiques Latins en voyaient chez Virgile, qui aurait dans ce vers:

    _Dextra mihi Deus, et telum quod missile libro_,

formul  mots couverts la devise du masturbateur, et ils lui
reprochaient d'avoir crit:

    _Incipiunt agitata tumescere..._

ce qui prend un sens obscne si on sous-entend _genitalia_; ils avaient
la vue moins perante qu'Ausone, qui, dans la dernire partie de son
_Cento nuptialis_, a dtourn dans le sens rotique une cinquantaine de
vers ou d'hmistiches de l'_nide_ et des _Bucoliques_:

    _Perfidus alla petens, ramum qui veste latebat,
    Sanguineis ebuli baccis minioque rubentem,
    Nudato capite, et pedibus per mutua nexis,
    Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum,
    Eripit a femore, et trepidanti fervidus instat.
    Est in secessu, tenuis quo semita ducit,
    Ignea rima micans, exhalat opaca mephitim;
    Hic specus horrendum, talis sese halitus atris
    Faucibus effundens nares contingit odore.
    Huc juvenis nota fertur regione viarum,
    Et super incumbens, nodis et cortice crudo,
    Intorquet summis adnixus viribus hastam.
    Haesit, virgineumque alte bibit acta cruorem.
    Insonuere cavae, gemitumque dedere cavernae.
    Illa manu moriens telum trahit, ossa sed inter
    Altius ad vivum persedit vulnere mucro_, etc.

L'quivoque est surtout plaisante quand elle est prolonge; l'adresse
consiste alors  trouver des dveloppements tels, qu'ils conviennent 
deux sujets, l'un honnte et dcent, qui est exprim, l'autre rotique,
sous-entendu, et que les termes dont on se sert s'adaptent aussi
aisment  l'un qu' l'autre. Les Italiens ont t nos matres dans
cette sorte de jeu d'esprit, auquel ils doivent toute une partie, et non
la moins curieuse, de leur littrature, ce qu'ils appellent le genre
Berniesque ou _alla Berniesca_, du nom de Francesco Berni qui y a
excell; la plupart de leurs potes du XVIe sicle, La Casa, Firenzuola,
Mauro, Dolce, Varchi, Molza s'y sont exercs avec succs. Une des plus
clbres pices est le _Capitolo del Forno_, de G. della Casa[24], dont
les quivoques sont d'autant plus comprhensibles, que le four, le pain,
la pte, ont donn lieu chez tous les peuples  des plaisanteries qui
sont aussi vieilles que le monde. Hrodote nous dit qu'un oracle
reprochait  Priandre, tyran de Corinthe, d'avoir mis son pain dans un
four froid, parole nigmatique  laquelle le vulgaire ne comprit rien,
mais qu'entendit parfaitement le prince, qui, ne pouvant se dcider  se
sparer d'une femme qu'il aimait, avait eu commerce avec son cadavre.
Emprunter un pain sur la fourne est chez nous un vieux proverbe qui
se trouve dans les _Caquets de l'accouche_. On en trouverait bien
d'autres exemples: Comme n'estant, disent les boulengers, le pain
refaict et prest d'enfourner toutesfois et quantes que le four est
chaud,  quoy Nature, provide mesnagre et curieuse de la propagation
d'un si digne animal que l'homme, a tellement pourveu, que le four est
chaud et si bien dispos, quand la paste est faicte et le pain prest
d'enfourner, qu'il n'est bien reeu seulement, mais, comme dit Galen au
livre de la _Semence_, il est aussi curieusement et avidement attir,
que peut tre l'air suc du corps  l'usage des ventouses mdicinales.
(J. Duval, _Hermaphr._, chap. VI). La Casa nous dcrit donc le four et
ses diverses constructions: le four  cuire le pain et le four  cuire
les friandises; il nous dit le soin que les boulangres en prennent,
comme elles le lavent matin et soir, y passent le torchon et l'ponge
toutes les fois qu'elles ont cuit, savent faire lever la pte, diriger
la pelle en haussant la jambe, et, sans y mettre trop de bonne volont,
on peut croire qu'il ne s'agit que des mystres de la boulangerie. F.
Berni a clbr dans le mme got la _Flte_, l'_Anguille_, le _Pot de
chambre_ (_orinale_), Mauro la _Fve_ (les Italiens appellent fve ce
que nous appelons gland), Dolce le _Nez_, Molza les _Figues_, dans un
pome illustr d'un long et savant commentaire par Annibal Caro; Varchi
les _OEufs durs_, la _Ricotta_ (sorte de fromage), le _Fenouil_ dont
les Italiens, dit Ginguen, font un grand usage dans leur cuisine,
est-ce srieusement? Franzesi les _Carottes_, les _Cure-dents_, la
_Castagna_ (chtaigne et nature de la femme); Lodovico Martelli la
_Balanoire_; le Bronzino, aussi bon pote que grand peintre, le
_Pinceau_, le _Ravanello_ (raifort ou radis noir), _le Campane_ (le
carillon des cloches et du battant); des anonymes _il mortaio_ (le
mortier et le pilon), _le Mele_ (pommes et fesses), _il pescare_ (pcher
et cueillir des pches dans le sens de: secouer le pcher, indiqu plus
haut); le Lasca la _Saucisse_, le _Melon_ (_mellone_, melon et fessier),
etc. Au temps o la littrature Italienne tait trs tudie en France,
quelques-uns de nos potes, Motin, de Rosset, Rapin, Du Souhait,
Chauvet, ont spirituellement essay de lutter contre ces matres avec le
_Jeu du toton_, le _Jeu de dames_, la _Douche_, les _Joueurs de paume_,
les _Fureteurs_ (chasseurs au furet), les _Batteurs d'amour_ (quivoque
avec les batteurs d'or), les _Pionniers d'amour_, la _Mascarade des
scieurs de bois_, les _Astrologues_, les _Sagittaires_, l'_Arracheur de
dents_, et autres pices qu'on peut lire dans le _Cabinet satyrique_.

  [24] On a essay, dans la 1re Srie de la _Curiosit littraire et
    bibliographique_ (Paris, Liseux, 1880), d'en donner une traduction
    littrale.

                   *       *       *       *       *

Une telle quantit de mots ayant t emprunts  la langue ordinaire et
dtourns dans un sens rotique, on ne s'tonnera pas qu'il soit arriv
 certains d'entre eux un accident tout naturel: que ce double sens soit
rest le seul o on les entende communment, et qu'on n'ose plus s'en
servir de peur de crer une quivoque. Le miracle, c'est que l'accident
ne soit pas arriv  un plus grand nombre. Nul, par exemple, n'a
reproch aux jurisconsultes Romains d'employer au sens propre _testes_,
ni aux crivains militaires, _vagina_, quoiqu'ils soient l'un et l'autre
d'un usage tout aussi frquent dans la langue rotique:

    _Magnis _testibus_ ista res agetur._

  (_Priapes_, XIV.)

    _AL. Mihi quoque assunt _testes_ qui illud, quod ego
    dicam, assentiant.
    AM. Qui _testes_?
          AL. _Testes_.
                AM. Quid _testiculare_?_

  Plaute (_Amphitryon_.)

    _Conveniebatne in _vaginam_ tuam machaera militis?_

  Plaute (_Pseudolus_.)

Mais en revanche les grammairiens mettaient  l'index des mots que nous
n'aurions pas souponns d'indcence. Quintilien dfend qu'on se serve
des expressions de Salluste: _ductare exercitus_, _patrare bellum_[25].
Le vieil historien, dit-il, les a employes honntement et en toute
bonne foi; maintenant elles feraient rire, ce dont j'accuse non
l'crivain, mais le lecteur. On n'en doit pas moins les viter: des mots
honntes sont perdus, par la faute de nos moeurs. (_Inst. orat._, VIII,
3). Cicron (_Orator_, XVIII) note d'obscnit _cum nobis_, sans que
nous voyions trop pourquoi (peut-tre est-ce  cause d'une quivoque
avec _connubere_ ou _cunnus_) et dit qu'il faut sparer les deux mots
par _autem_: _cum autem nobis_. La Casa reproche de mme  Dante d'avoir
employ _chiavare_ dans le sens propre: enfoncer un clou, une cheville,
_chiavare_ ne pouvant plus s'entendre depuis longtemps en Italien que de
la vivificque cheville dont parle Rabelais. Il en est de mme chez nous
de bander; Malherbe commence ainsi une ode:

    Je veux bander...

on n'oserait plus aujourd'hui. _Branler_, dans le sens de bouger,
remuer, _dcharger_, dans celui de poser  terre un paquet, un fardeau,
ne peuvent plus se dire,  moins qu'on ne veuille de propos dlibr
faire une quivoque, comme dans l'pigramme de Vasselier o un
portefaix, causant un embarras de voitures au milieu d'une rue troite,
est somm de dcharger par l'homme au carrosse:

        ... Je ne puis me branler,
    Comment veux-tu que je dcharge?

rpond avec beaucoup de prsence d'esprit le pauvre diable. _Le faire_,
_le mettre_, sont dans le mme cas. Les vers de Corneille:

    Dis-moi donc, lorsqu'Othon s'est offert  Camille,
    A-t-il paru contraint? a-t-elle t facile?
    Son hommage auprs d'elle a-t-il eu plein effet?
    Comment l'a-t-elle pris, et comment l'a-t-il fait?

seraient aujourd'hui insupportables  la scne. On dit encore _rection_
en parlant de celle d'une statue, mais le temps n'est peut-tre pas trs
loign o l'on n'osera plus le dire. L'_instrument de paix_, _dresser
l'instrument_, sont des locutions encore usites, dans le langage
diplomatique, pour signifier l'acte authentique d'un trait, d'une
convention: elles n'ont pas longtemps  vivre, mais on les remplacera
aisment. La perte du verbe actif _baiser_ est plus regrettable. Le sens
honnte du mot, donner un baiser, n'tait pas, du temps de Molire,
aussi compltement oblitr par l'autre sens, qu'il l'est 
prsent.--Baiserai-je? demande ingnument Thomas Diafoirus  son pre,
quand on lui prsente sa future. _Baiseuse_, s. f., celle qui baise
volontiers, dit Richelet, probablement sans y entendre malice,
quoiqu'il soit assez sujet  caution, et qu'il vienne de dfinir
_baiser_: avoir la dernire faveur d'une dame.

    Viens, Margot, viens qu'on te baise,

disait Branger. Des deux verbes, _baiser_ et _embrasser_, ce serait
plutt le dernier qui aurait d devenir indcent, puisqu'il signifie
tenir entre ses bras; c'est le premier  qui est chu ce mauvais sort,
et on le remplace par _embrasser_, non sans faire gauchir la langue, car
il est absurde de dire _embrasser_ pour: donner un baiser, et encore
plus de dire: _embrasser sur la bouche_. Les mots deviennent obscnes ou
grossiers par le temps, par l'usage, sans qu'on puisse bien se rendre
compte du pourquoi, ni de l'poque  laquelle la mtamorphose s'est
opre. On trouve dans Richelet: _Instrument_, parties naturelles de
l'homme. _Pine_, parties naturelles d'un petit garon; ex.: Elle lui
prend la pine. _Queue_ (_pudenda hominis_); ex.: La queue lui pend au
petit bonhomme. _Trou du cul_; ex.: Se torcher le trou du cul. Tous ces
mots sont maintenant bannis des Dictionnaires. loi Johanneau
(_pigrammes contre Martial_, p. 50) dit que de son temps, le jour de
Pques,  la porte de la cathdrale de Saintes, des femmes vendaient des
gteaux en forme de Priapes, et criaient: _A mes pines! qui veut de mes
pines?_ La police y mettrait aujourd'hui bon ordre. Le gendarme qui
arrterait la dlinquante serait sans doute bien embarrass de dire
pourquoi _pine_ est obscne quand _pnis_ ne l'est pas, mais cela est.

  [25] Entendus dans le sens rotique, _ductare exercitus_ voudrait
    dire: branler l'arme, et _patrare bellum_: dcharger la guerre,
    tropes violents qui n'taient aucunement dans l'esprit de Salluste,
    et dont pourtant Mirabeau a gal sinon surpass l'nergie: Ce
    d'Orlans est un Jeanfoutre qui toujours bande le crime et qui n'ose
    le dcharger.

                   *       *       *       *       *

Les mdecins sont en possession de l'immunit complte pour tous les
termes dont ils ont besoin dans l'exercice de leur art. Mme dans les
livres qu'ils crivent pour l'instruction des gens du monde, ils
disent librement: pnis, gland, verge, membre viril, vulve, vagin,
rection, sperme, et traitent non seulement de ce qui touche aux
rapports sexuels, mais de toutes les dpravations du sens gnital:
pdrastie et Saphisme ou tribadisme, onanisme manuel, anal, vulvaire,
buccal, mammaire, axillaire, titillations urthrales et clitoridiennes,
etc. Les termes techniques dont ils se servent sont d'ailleurs, sauf
quelques-uns, assez peu accessibles au vulgaire, par leur tymologie
savante, pour que beaucoup de gens fassent leur premire connaissance
avec eux lorsqu'ros les amne, l'oreille basse, dans le cabinet du
docteur. La vieille langue mdicale avait plus de sans-faon, barbiers
et sages-femmes, pompeusement qualifis de chirurgiens et d'obsttrices,
en ayant fourni une bonne moiti, sans que la Facult y trouvt 
redire. Le jardin et verger de nature, le cabinet de Vnus, le clotre
virginal, le soc viril, le baume naturel, et autres expressions
mtaphoriques, n'en taient pas bannis comme  prsent. Les appellations
affectes aux diverses parties de l'ovale fminin et de ses alentours:
les barres, les barboles, les landies, l'entreprend, le ponnant, le
guillocquet, le guillevart, les hallerons ou ailerons, la dame du
milieu, se rencontrent quelquefois dans Brantme et les conteurs; elles
appartiennent par l  la langue rotique. Les anciens prdicateurs, et
surtout les casuistes, se sont galement trouvs dans la ncessit de se
constituer un vocabulaire spcial qu'ils ont en partie invent pour
leurs besoins, en partie emprunt soit aux Latins, soit  la langue
mdicale de leur temps. Les casuistes disent _mollities_ pour
_masturbatio_, et distinguent dans ses effets la _distillatio_ de la
_seminatio_, la premire tant simplement prparatoire  la seconde;
_fornicatio_, _concupiscentia_, _tactus impudici_, _copula carnalis_,
_delectatio Venerea, amorosa_ et _morosa_, _pollutio in ore_, _osculari
verenda_, appartiennent  cette langue des thologiens, ainsi que le
_vas debitum, legitimum, naturale_, oppos au _vas illegitimum,
innaturale, praeposterum_, la _copula naturalis_  la _copula
Sodomitica_. L'expression _peccatum mutum_, dont ils se servent aussi,
fait penser au _tacere_, de Martial, _reddere Harpocratem_, de Catulle,
mais n'est pas chez eux synonyme d'irrumation; leur pch muet est la
Sodomie. Ils appellent le clitoris: douceur d'amour, _dulcedo amoris_,
et par incubes ou succubes n'entendent pas toujours ces tres vaporeux
que l'on voit en rve: ils dsignent ainsi,  mots couverts, les
diverses positions que l'homme et la femme peuvent prendre dans le
congrs. Les vieux prdicateurs, parlant en public, avaient un langage
plus familier: Paillards, Sodomites, ribauds, maquereaux, ruffians;
paillarder, forniquer, faire l'oeuvre de chair, hanter les bourdeaux,
trousser les chambrires, payer des manches rouges  sa putain, tre 
pot et  cuiller avec sa servante (ce que le populaire, en abrgeant,
traduisait par: tre  pot et  cul), gagner sa dot de mariage  la
sueur de son corps, jetter ses enfants s-rivires et retraits, etc.,
sont les expressions dont se servent Maillard, Menot et Barlette en
reprochant leurs mauvaises moeurs  leurs contemporains[26].

  [26] V. Henri Estienne, _Apologie pour Hrodote_, chap. VI; Dulaure,
    _Des Divinits gnratrices_, chap. XV.

Les traducteurs Franais des grands satiriques Latins auraient pu, eux
aussi, tenter d'enrichir notre langue rotique en y faisant passer les
hardiesses de Juvnal, de Perse, de Ptrone, de Martial surtout, dont le
vocabulaire est si opulent. Leurs essais n'ont t jusqu' prsent
qu'insuffisants ou ridicules. Trois traductions assez estimes de
Martial: celle de l'abb de Marolles, une seconde attribue sur le titre
 des militaires, et qu'on croit tre de Volland, la troisime de
Simon de Troyes et publie par Auguis, ont t examines  ce point de
vue par loi Johanneau[27]. On se ferait difficilement une ide de leur
niaiserie. L'abb de Marolles traduit _Priapus_ par visage!

    _Gallo turpius est nihil Priapo_,

  (I, 36.)

Il n'y a rien de plus vilain que le _visage_ d'un prtre de Cyble. Il
rend _futuere_, par cajoler, se divertir, passer le temps, aimer,
entretenir, avoir une entrevue; _fututor_ par galant, effront;
_cunnus_ par chanon; _fellare_ par ne pas bien user de sa langue,
_arrigere_ par se roidir dans les combats, dsirer quelque faveur; sa
manie de dcence quand mme le conduit tout droit  faire des
contre-sens d'colier, comme lorsqu'il traduit _paedicare_ par faire
l'amour; ailleurs il dit que c'est faire d'tranges choses, ce qui,
sans tre meilleur, montre pourtant qu'il comprenait. Il a le privilge
des priphrases souvent plus lestes que le mot propre de l'original; il
traduit _mentula_ par je ne say quoy qui fait aimer les hommes, et
ajoute en note: Quelque lascivet, sans doute; ailleurs, c'est
quelque chose que l'on porte. _Inguina_, c'est: ce que je ne puis
nommer; _canus cunnus_, une vieille passion; _vellere cunnum_,
farder sa vieillesse; _percidi_, quivalent de _paedicari_, se faire
gratter. Il abuse de quelque chose; ce quelque chose rend les mots
les plus divers: _mentula_, c'est quelque chose, _inguina_, quelque
chose, qu'il s'agisse de l'homme (VII, 57) ou de la femme (III, 72), et
_culus_ est quelque autre chose (III, 71). _Paedicare_ tant faire
d'tranges choses, _paedicari_, _irrumari_, c'est faire quelque chose
de plus ou de pis; mais quoi? l'abb ne le dit pas, et encore
faudrait-il dire: se laisser faire.

  [27] _pigrammes contre Martial, ou les mille et une drleries,
    sottises et platitudes de ses traducteurs_, par un ami de Martial
    (Paris, 1835, in-8).

Les militaires ou Volland se sont dress  l'avance une espce de
Barme; ils traduisent constamment les mmes mots Latins par les mmes
mots Franais auxquels ils donnent souvent un sens conventionnel:
_futuere_ par aimer et forniquer; entre femmes (VII, 69) c'est aussi
forniquer; _fututor_, par amant, amateur; _vulva_, _barathrum_,
_cunnus_, par anneau; _mentula_, _penis_, _columna_, _veretrum_, par
bquille, s'inspirant sans doute de la chanson de Coll, _La bquille
du Pre Barnaba_; _fellare_ et _lingere_ par breloquer, d'o
_fellator_, breloqueur, et _fellatrix_, breloqueuse; _irrumare_, qui
signifie une chose, et _percidere_, _irrumpere_ qui en signifient une
autre, par se faire breloquer: contre-sens norme du moment qu'ils
prennent breloquer pour l'quivalent de _lingere_ et de _fellare_. Ce
mlange de breloques, de bquilles et d'anneaux, nous donne des
breloqueurs et breloqueuses d'anneaux, une bquille nerve, une
bquille  poils, une bquille en fureur, une bquille qui apprend
une route inconnue, ailleurs, des testicules de cerf remplacs par une
jeune bquille; un anneau qui parle, des anneaux qui se
rjouissent. De temps  autre, ils veulent cependant varier un peu; ils
traduisent alors _paedicare_, tantt par faire des polissonneries, et
tantt par jouer le second rle, ce qui montre combien peu ils savent
ce qu'ils disent; _fellator_ par fripon, _paedico_ par badin, et
continuellement confondent le rle actif avec le rle passif.

Simon de Troyes, et son reviseur Auguis, n'entendaient pas beaucoup
mieux le Latin, car pour eux le _paedico_ est un Ganymde (VI, 33); ils
affectionnent les priphrases les plus pompeuses: _mentula_, organe des
plaisirs, frle instrument des amours, intention directe; _cunnus_,
ceinture de Vnus; _colei_, les recoins les plus secrets du corps;
_paedicare_, se livrer  une dbauche irrgulire, avoir des habitudes
vicieuses; _lingere_, faire d'impudiques caresses aux appas les plus
secrets d'une belle (douze mots pour un), et _irrumare_, demander 
avoir part aux bonnes grces d'une belle (dix seulement). Encore ces
priphrases, toutes niaises qu'elles sont, feraient-elles croire qu'ils
comprennent; mais non: ils traduisent ailleurs le mme verbe _irrumare_
par: avaler le plaisir avec sa bouche, c'est tout le contraire; et
_periclitari capite_, synonyme d'_irrumari_, par perdre la tte.

La seule bonne mthode de traduction que l'on doive, suivant nous,
appliquer aux rotiques Grecs et Latins, est celle qui s'impose comme
rgle de dire  mots couverts seulement ce que l'auteur a dit  mots
couverts, de ne pas mettre de priphrases o il n'en a pas mis, de
rendre le mot propre par le mot propre, et les mtaphores par des
mtaphores semblables, tires des mmes termes de comparaison. Traduire
autrement sera toujours donner une ide fausse du got personnel de
l'auteur, de ce qui constitue son style ou sa manire. Mais le mot
propre serait souvent bien plus obscne en Franais qu'il n'tait en
Latin; les drivs populaires de _cunnus_, _colei_, _futuere_, les
quivalents de _paedico_, de _cinaedus_, sont absolument ignobles, et
les termes Latins ne l'taient pas, du moins au mme degr[28]. Pour
obvier  cette difficult, rien n'empche qu'on ne francise tous ceux
qu'on pourra, conformment au gnie de la langue. Mentule, gluber,
vrtre, quelques autres encore, se trouvent dans Rabelais; irrumation,
fellation, dans La Mothe Le Vayer; l'abb de Marolles a os fellatrice;
pourquoi ne dirait-on pas fellateur, pdicon et pdiquer, fututeur,
drauque, cinde, cunnilinge, liguriteur, exolte, irrumer, etc? Ces
mots, nous objectera-t-on, ne seront compris que de ceux qui savent le
Latin, et le traducteur doit se faire entendre de tout le monde. Mais
n'en est-il pas de mme de sesterce, modius, laticlave, pallium, atrium,
impluvium, vomitoire, vlite, belluaire, et de tant d'autres termes
franciss depuis longtemps par les archologues? Les dfinitions vagues
qu'en fournissent les Dictionnaires: monnaie, mesure Romaine, partie du
vtement, de l'difice Romain, soldat, gladiateur, donnent-elles la
valeur prcise du mot  celui qui ignore le Latin et les moeurs de
l'ancienne Rome?

  [28] Il y a tout lieu de croire que beaucoup d'expressions dont la
    malhonntet nous choque n'avaient pas la mme porte chez les
    Romains et n'taient pas si brutales. Martial dit quelque part que
    les jeunes filles peuvent le lire sans danger. Admettons que ce
    propos soit une fanfaronnade Bilbilitaine, et rduisons l'innocence
    de son recueil  ce qu'elle est en ralit: encore est-il vrai qu'on
    ne se cachait pas pour le lire, que les gens de bon ton, comme on
    dirait chez nous, gens qui ont d'autant plus de pruderie en paroles
    qu'ils sont plus libres dans la conduite, avouaient publiquement
    leur admiration pour Martial. J'ai sans doute bien mauvaise ide de
    la Rome impriale, et je crois peu  la chastet d'une ville o des
    statues nues de Priape souillaient les palais, les temples, les
    places publiques, les carrefours; o, dans les ftes de Flore, on
    voyait courir sur le soir,  travers les rues, non pas des
    prostitues, mais des dames Romaines cheveles et nues; o les
    femmes se baignaient ple-mle avec les hommes; o les comdiennes
    se dshabillaient quand on leur avait cri du parterre:
    Dshabillez-vous. Mais j'ai peine  croire qu'on pt s'y vanter
    ouvertement de faire ses dlices de Martial, si Martial et t
    aussi impur qu'il nous parat aujourd'hui. (Dsir Nisard, les
    _Potes Latins de la dcadence_.)

Le _Dictionnarium eroticum_ de Nicolas Blondeau ne fera pas faire de
grands progrs dans cette voie aux chercheurs de traduction exacte et
littrale. L'auteur, et Franois Nol qui l'a complt, sont tous les
deux des partisans  outrance de la priphrase, qui enveloppe le mot
comme une orange dans du papier, et de l'quivalent, qui n'quivaut
jamais, qui est toujours au-dessous, au-dessus ou  ct de l'expression
dont il s'agit de rendre l'nergie, la grce ou la finesse. Il n'en est
pas moins curieux par le nombre, l'abondance de ces quivalents, de ces
priphrases patiemment colliges dans les auteurs ou plaisamment
imagines, et dont quelques-unes sont de vritables trouvailles[29].
Publi en son temps, il et t le premier, ce qui est la meilleure
excuse de ses imperfections et de ses lacunes: la srie des mots et
surtout des locutions rotiques est loin d'tre complte dans les
volumineux Glossaires d'Henri Estienne, de Forcellini et de Du Cange, et
la difficult de trouver l'acception spciale au milieu d'une foule
d'autres, fait qu'on songe rarement  y avoir recours. Rest si
longtemps manuscrit, il a t devanc par un autre, bien connu des
amateurs, le _Glossarium eroticum linguae Latinae, sive theogoniae,
legum et morum nuptialium apud Romanos explanatio nova, auctore P. P._
(_Parisiis_, 1826, in-8), auquel on croit qu'loi Johanneau a
collabor, mais dont l'auteur est rest incertain[30]. Ce recueil est
d'une utilit incontestable pour tous ceux qui veulent lire et
comprendre les rotiques ou satiriques Latins; il abonde en citations
qui claircissent les passages obscurs ou douteux, mais les explications
sont en Latin, ce qui laisse  celui de Blondeau et Nol une certaine
supriorit. La comparaison des deux ouvrages est instructive et montre
les difficults d'un pareil genre de travail. Rien que dans la lettre A,
nous relevons chez Nol et Blondeau soixante-quinze mots ou locutions
qui ne se trouvent pas, au moins  cette place, dans le _Glossarium_ dit
de Pierrugues; en revanche, celui-ci en a deux cent vingt-huit ngligs
par ses devanciers, et vingt-deux articles seulement sont communs aux
deux recueils. De plus, si on les collationne avec l'_Index_ du _Manuel
d'rotologie_, on se convainc que prs de la moiti des mots comments
par Forberg ne se trouvent ni dans l'un ni dans l'autre. Une refonte
gnrale de ces trois ouvrages, sur un bon plan, donnerait un rsultat
sinon parfait, du moins trs satisfaisant.

  [29] Le suppositoire vivant, le gobet amoureux, le Calendrier naturel,
    le combat de cinq contre un, le Manuel des solitaires, etc.

  [30] Qurard dit que les initiales P. P. cachent le chevalier P.
    Pierrugues, ingnieur  Bordeaux, qui publia en la mme anne 1826
    un bon plan de cette ville. On lui attribue galement, mais
    peut-tre  tort, les Notes de l'_Errotica Biblion_. C. de Katrix,
    auteur d'un Avant-Propos plac en tte de ce dernier ouvrage, dit
    avoir eu entre les mains un exemplaire du _Glossarium_ portant cette
    mention: _Ab Eligio Johanno constructum, auspicio et cura
    (forsitan) baronis Schonen._ S. E.

                   *       *       *       *       *

Il nous resterait, en terminant,  dire un mot de la langue rotique
contemporaine; mais quoique nous ayons des naturalistes, qui ne
reculent pas devant les mots, et mme des pornographes, on serait
embarrass de relever chez eux les lments d'un vocabulaire original,
qui leur soit propre. Les plus timides ou les moins maladroits
s'essayent dans les rticences, les sous-entendus de Laclos et de
Crbillon fils; mais comme ils n'ont pas l'art exquis et la finesse de
ces matres, on devine l'intention qu'ils avaient de dire quelque chose,
plus qu'on ne voit clairement la scne qu'ils ont voulu dcrire.
D'autres se sont fait avec des crudits du vieux Franais, mlanges 
des trivialits de faubourg,  ce que Richepin appelle la gueule
populacire, une langue hybride, btarde, assez coeurante, et il en est
une pire encore, celle dont Alfred Delvau s'est constitu hardiment le
lexicographe dans son _Dictionnaire de la langue verte_, puis dans son
_Dictionnaire rotique moderne_. Nos pres avaient dj, pour dsigner
ces bonnes filles dont le mtier est de faire plaisir aux hommes, un
nombre plus que suffisant d'appellations dsobligeantes: carogne, catau,
catin, coureuse, crature, donzelle, drlesse, gueuse, gourgandine,
poupe, putain; comme nous sommes plus riches! nous avons: allumeuse,
baladeuse, blanchisseuse de tuyaux de pipes, bouchre en chambre,
chahuteuse, chameau, chausson, crevette, ponge, gadoue, gaupe, gibier
de Saint-Lazare, gonzesse, gouge, gouine, grenouille, loupeuse, marmite,
menesse, morue, omnibus, paillasse, peau, pierreuse, punaise, rouchie,
rouleuse, rulire, sangsue, taupe, tireuse de vinaigre, tocandine,
toupie, trane, vache, vadrouille ou vadrouilleuse, et vessie! Ce que
peuvent tre les locutions images o ces termes choisis entrent en
combinaison avec d'autres de plus basse catgorie encore, on le conoit
sans peine. Ni l'nergie ni le pittoresque ne leur manquent; mais  part
quelques bonnes et vertes Gauloiseries, ce vocabulaire est par trop
ordurier. Malgr toutes les raisons qu'on peut donner en faveur du
parler  la bonne franquette et contre la pruderie bgueule, nous
penchons  partager l'aversion de beaucoup de gens pour ces mots que
l'on nous dit tre la langue de l'amour, et qui sentent mauvais, qui
font sur le papier comme des taches malpropres. Nous sommes volontiers
de l'avis de La Fontaine:

    L'Amour est nu, mais il n'est pas crott.


Paris, Avril 1885.




DICTIONARIUM

EROTICUM

LATINO-GALLICUM




A


ABSOLVERE HOMINEM VENERI. _Cicero._ Priver un homme des marques de la
virilit; le dcharger des soins que l'on rend  Vnus; l'exempter de
faire ses hommages  la desse d'amour; le dispenser de servir les
dames; mettre un frein  ses dsirs amoureux; donner des bornes  ses
galants exploits; retenir l'inclination qu'il peut avoir de faire
service aux belles; le dlier des engagements qu'il peut avoir avec la
mre d'Amour; lui retrancher tout commerce galant. Ou, au contraire:
rendre un homme capable de servir Vnus; le perfectionner de manire que
ses soins soient toujours agrables; lui procurer tous les avantages
ncessaires pour faire recevoir ses hommages; le rendre parfait dans
l'art de faire service aux dames; le tourner de sorte qu'il plaise
partout; lui faire prendre un air  russir prs des belles; le mettre
en tat de se rendre digne des regards de la mre d'Amour; en faire un
joli homme, un homme consomm dans l'art de la galanterie; rendre un
homme aimable et tout galant. Ou: absoudre un homme de tout ce que Vnus
lui fait faire; lui pardonner tout ce qu'il entreprend en faveur de ses
feux; excuser les fautes amoureuses d'un galant; avoir de l'indulgence
pour les erreurs o sa passion le plonge.

ACERSECOMES, _ae_, m. _Juv._ Catamite.

ADDUCTRIX, _icis_, f. Conciliatrice de volonts, mdiatrice[31].

  [31] Voyez AGABULA, LENO.

(N) ADHINNIO, _is, ire_. Crier de joie en voyant une belle femme; se
sentir vivement mu par sa prsence, et ne pouvoir modrer les
transports qu'elle excite.

ADINEO, ADINIO, _is, ivi, itum, ire_. _Col._ Dormir  l'Hbraque.

ADVERSUS ET AVERSUS IMPUDICUS EST. _Cic._ A dcouvert ou en secret, il
est toujours dbauch; qu'on le regarde ou qu'on ne le regarde pas, il
ne s'en livre pas moins  sa passion drgle; qu'on puisse le savoir ou
l'ignorer, c'est tout un pour son temprament amoureux; qu'il soit en
compagnie ou sans tmoins, il faut que son drglement ait son cours;
qu'on le voie ou non, il donne tout au plaisir de ses sens. Ou: l'une et
l'autre Vnus le touchent galement; de quelque ct qu'on le prenne, on
n'y trouvera que dbauche; s'il aime l'action, il veut bien la souffrir.

AEDOEICA ULCERA, n. Chancres aux parties naturelles.

AEDOEICON, _i_, n. Le membre, la verge.

AEDOEPALMUS, _i_, m. Priapisme, rection continuelle; maladie qui cause
une tension du v.. douloureuse et continue[32].

  [32] Une tension douloureuse et continue dans la partie reproductive
    de l'espce humaine.

AFFERRE CONSECUTIONEM VOLUPTATIS. _Cic._ Faire jouir de ses amours;
procurer le plaisir de la jouissance; mettre en possession de l'objet de
ses voeux; faire venir le moment heureux en amour; donner la facilit
d'excuter ses desseins galants; faire natre l'occasion de satisfaire
ses dsirs amoureux; mettre un amant au comble de la joie; faire
apercevoir que l'heure du berger sonne; mettre en tat de donner dans le
but des amants; rendre un amant heureux; fournir les moyens de se
divertir.

AGABULA, _ae_, m. f. Maquereau; maquerelle.

AGAGULA, _ae_, m. f. Maquereau; maquerelle.

AGAGULO, _onis_, m. Maquereau.

AGERE LENONEM. _Cic._ Faire le mtier de pourvoyeur de Vnus; se mler
d'appareiller des amants; travailler  concilier les volonts en amour;
s'appliquer  l'union des amants; donner ses soins  rendre mutuelles
les inclinations amoureuses; tre agent de change en amour; s'attacher 
rendre les amants contents; s'employer  faire russir les passions
galantes; faire l'office d'appareilleur d'amour; faciliter les approches
intimes des amants; tre conciliateur en amour.

AGITO, _are_. _Hor._ Se prend aussi pour faire l'action que demande une
passion qui fait le plaisir et la peine de la plupart des hommes.

AGNEON, _i_, n. Bordel, lieu o l'on trouve des filles de commodit; par
antiphrase, bon lieu[33].

  [33] Ou, plutt, mauvais lieu que le plaisir n'habite jamais, et o le
    mal habite toujours.

(N) AGO, _is, egi, actum, agere_. Agir; est le contraire de _pati_;
souffrir les agissants. C'est jouer avec ardeur au jeu d'amour. Il est
du style Sodomitique.

AGULA, _ae_, f. Appareilleuse, maquerelle.

ALECTRA, _ae_, f. Celle qui ne laisse pas de prendre les plaisirs de
l'amour, bien qu'elle soit sans mari; celle qui se console galamment de
la solitude du clibat ou de la viduit; celle qui se sert du remde
propre  gurir les chagrins o le clibat et le veuvage peuvent
plonger[34].

  [34] picurienne qui laisse  qui les veut les peines et les tourments
    du mariage, mais qui s'en procure les plaisirs.

ALICARIAE, _arum_, f. _Plaut._ Filles de joie qui se tenaient devant les
boutiques des vendeurs de fromente, attendant aventure.

ALIENUS EST DIU VENERIS USUS EO QUI CONVALUIT. _Cels._ Celui qui relve
de maladie se doit interdire pour un temps l'usage de Vnus; les dlices
de l'amour sont un mets dont les convalescents ne doivent point goter;
au sortir d'une maladie, on doit tre dispens pour quelque temps du
service des belles; les plaisirs de l'amour ne sont point faits pour un
convalescent; il ne sied point du tout de faire le galant tant qu'on a
besoin de reprendre des forces; vouloir faire l'amour pendant une
convalescence, c'est chercher entre les bras de Vnus une rechute[35].

  [35] Ou mme la mort. Les vieillards sont comme les convalescents:
    l'usage des plaisirs amoureux les tue ou les rend imbciles.

ALILARIA, _ae_, f. Garce suivant la Cour, putain de Cour[36].

  [36] Comme les gens de Cour sont au-dessus des prjugs, c'est pour
    cela qu'elles y abondent.

ALLUDERE AD SCORTUM. _Ter._ Se jouer  une courtisane[37].

  [37] Badiner, foltrer avec une fille de joie.

(N) ALUTA, _ae_, f. Peau inutile; boyau sans ressort et propre  tre
livr au mgissier. _Aluta Priami_: vieil outil qui ne peut plus servir
qu' exciter les sarcasmes des jeunes filles. Instrument ft dans sa
jeunesse, et mpris, comme tant d'autres choses, lorsqu'il se trouve
us par le service ou la vieillesse.

AMASCUS, _i_, m. _Plaut._ V. AMASIUS.

AMASIA, _ae_, f. _Gell._ Celle qui aime, ou qui est aime, matresse.
Ou: femme galante[38].

  [38] Bonne amie  qui il ne manque que le contrat matrimonial pour
    tre une femme parfaite.

AMASIO, _onis_, m. _Apul._ V. AMASIUS.

AMASIOLA, _ae_, f. Une petite matresse, une jeune enfant qu'on aime.

AMASIOLUS, AMASIUNCULUS, _i_, m. _Petr._ Un jeune amoureux, un petit
galant. Ou: un petit favori, un jeune mignon.

AMASIUS, _ii_, m. _Plaut._ Un amoureux, un galant, le berger d'une
bergre, l'amant d'une belle. Ou: celui qui est port  l'amour, qui est
enclin aux plaisirs de Vnus. Ou: un favori, un mignon, celui qui
souffre les caprices amoureux d'une passion drgle.

AMATIO, _onis_, f. _Plaut._ Amourachement, amourette; attachement
galant, inclination amoureuse.

AMATOR, _oris_, m. _Ter._ Un amoureux, un galant, un passionn, un
amant[39].

  [39] En Franais, le mot _amateur_ quivaut  libertin: un friand de
    jeunes tendrons.

AMATORCULUS, _i_, m. _Plaut._ Diminutif d'_amator_.

AMATORIA VOLUPTATE FRUI. _Cic._ Goter les plus parfaites douceurs de
l'amour; jouir des plaisirs amoureux; satisfaire ses amoureux dsirs;
s'enivrer des dlices de l'amour.

AMATRICULA, _ae_, f. V. AMASIOLA.

AMATRIX, _icis_, f. _Plaut._ Amante, amoureuse, bergre, matresse.

AMATUS, _us_, m. Ce qu'on aime, objet aim, ses amours, son inclination.

AMBULARE IN MASCULOS. _Sen._ Donner dans ses amours l'exclusion au beau
sexe; prendre un sexe pour l'autre dans ses divertissements amoureux;
faire un affront aux femmes et  la nature; se mprendre au sexe dans
ses amours; aimer ses pareils avec drglement.

(N) AMICUS LAEVIS vel LEVIS. Ami jeune et sans barbe, qui chez les
Anciens tenait lieu d'une amie et en faisait les fonctions.

AMISSI CORPORIS DAMNUM. _Phaed._ Le dommage que cause la perte de la
virilit, la perte de ce qui nous distingue et qui nous fait aimer des
femmes.

(N) AMOR, _is_, m. L'Amour, le fils de Vnus; la passion d'aimer. Cette
passion n'est point obscne par elle-mme, mais l'abus de l'amour le
devient. _Amor Socraticus_: l'amour Socratique, quoique portant le nom
d'un sage, doit tre proscrit de la bonne compagnie et relgu dans les
collges, les sminaires, les couvents et dans toutes les socits
composes d'hommes qui connaissent trop ou trop peu les femmes. La bonne
philosophie n'est point de contrarier la nature. L'amour Platonique est
au moins fond sur la dlicatesse, mais les femmes commencent 
l'abjurer comme inutile et ridicule.

AMPHICAUSTIS, _is_, f. (dans les comiques). La partie sans laquelle les
femmes seraient bien malheureuses.

AMPHIDAEUM, _i_, n. Les lvres rebordes de la bouche infrieure, qui
engloutit la plus pure substance des hommes.

(N) AMPLEXUS, _us_, m. treinte amoureuse, embrassement, baiser.

ANAGRIPH, ind. Le plaisir amoureux pris avec une fille, ou avec une
veuve.

ANAITIS, _idis_, f. Vnus Assyrienne, dans les temples de laquelle les
filles des meilleures maisons tiraient gloire d'avoir gagn leur mariage
en satisfaisant les dsirs amoureux de tous ceux qui se prsentaient, et
aprs ce galant noviciat trouvaient  se marier plus avantageusement, vu
leur grande exprience[40].

  [40] Si les divinits des Assyriens avoient des temples en France, nos
    jeunes filles n'auraient pas les ples couleurs.

ANAPHLASMUS, _i_, m. Le plaisir amoureux.

ANAPHLYSTIUM, _ii_, n. Le mariage solitaire, le combat de cinq contre
un.

ANAPHLYSTIUS, _ii_, m. Qui trouve une femme dans sa main.

ANAPHRODISIA, _ae_, f. Apathie de la nature, insensibilit pour les
plaisirs de l'amour[41].

  [41] Mort anticipe.

ANAPHRODISUS, _a, um_. Qui est insensible aux plaisirs de Vnus; qui est
dans l'indolence  l'gard de l'amour; qui n'a aucun got pour les
douceurs amoureuses; que les charmes de Vnus n'attirent point; qui
n'est mu d'aucuns dsirs pour la beaut; que les dlices de l'amour ne
tentent pas; qui n'est point touch des attraits de Vnus; qui n'a
aucune pente aux divertissements amoureux; qui ne se sent point;
insensible aux traits de l'Amour; sur qui les appas de Vnus ne font
point d'effet.

ANCUBA, _ae_, f. Succube, qui est introduite dessous.

ANCYRA, _ae_, f. V. MENTULA.

ANDROGENIA, _ae_, f. L'union des corps qui perptue le genre humain; la
liaison des deux sexes pour la propagation des hommes; le mlange des
corps et des esprits pour reproduire son semblable; ce qui donne
naissance  l'amour et ensuite aux hommes.

ANDROGENUS, _a, um_. Qui s'tudie  la reproduction; qui prend soin de
la propagation humaine; qui fait ce qu'il peut pour perptuer le genre
humain; qui travaille  se faire des successeurs; qui s'emploie  se
donner une postrit.

(N) ANDROGYNUS, _i_, m. Androgyne. On appelle de ce nom l'tre qui
runit les deux sexes. Deux androgynes parfaits quivaudraient  quatre
personnes ordinaires; mais comme la Nature les cre presque tous
imparfaits, douze androgynes ne valent ni un homme ni une femme.

ANDROPHYTIDES, _is_, _omn. gen._ Qui est propre  donner des habitants 
sa patrie; qui a tous les talents ncessaires pour peupler le monde; 
qui rien ne manque pour fournir des sujets  l'tat; qui ne laissera pas
prir la race des hommes par sa faute; qui est en tat de travailler 
la propagation du genre humain.

ANDROSATHUS, _i_, m. Que l'Amour a libralement fourni; avantageusement
pourvu des dons de l'Amour[42]; qui a de grandes parties pour Vnus; 
qui l'Amour a fait prsent d'un sceptre magnifique; qui est avantag de
la nature en faveur des dames; qui a un grand talent pour persuader en
amour; un substitut du dieu des jardins; un second Zagachrist. V.
MENTULATUS.

  [42] Qui a de grands moyens de plaire au beau sexe.

(N) ANHELO, _as, are_. _Juv._ Montrer toute sa vigueur et se mettre hors
d'haleine; tre sur le grabat pour avoir trop travaill.

ANITERGIUM, _ii_, n. Mouchoir de commodit, torchecul[43].

  [43] Si ce mot n'est pas propre, au moins il est expressif.

ANO FASCINUM INSERERE. _Petr._ Introduire un suppositoire vivant.

ANTILLO, _as, are_. V. SCORTOR.

ANULARE, _is_, n. La bague que l'on court en amour; l'anneau que l'amour
cherche  mettre  son doigt[44].

  [44] Et qui est propre  tous les hommes.

ANXITIA, _ae_, f. Fille de joie, garce[45].

  [45] Coquine.

APHRODISIA, _orum_, n. _Plaut._ Les plaisirs de Vnus, les jeux o Vnus
engage les amants, les combats amoureux, les victoires amoureuses, les
exercices d'amour.

APHRODISIAS, _adis_, f. Ile dans le golfe Persique, o Vnus tait
servie de la manire la plus tendre et la plus vigoureuse.

APHRODISIASMUS, _i_, m. Le service de Vnus; l'usage des contentements
que Vnus peut procurer; le doux emploi auquel la mre d'Amour destine
les amants; le devoir amoureux.

APHRODISIUM, _ii_, n. Les dlices o Vnus invite; le plaisir sans
lequel on ne verrait point d'amants; les douceurs qu'offre la mre
d'Amour pour payer les maux que son fils fait souffrir.

APHRODISIUS, _a, um_. Qui est tout  Vnus; qui s'est vou tout entier 
la mre d'Amour.

APHRODITARIUM, _ii_, n. Mdicament propre au service de Vnus.

APOCOPUS, _i_, m. Eunuque; homme qui a souffert un retranchement
considrable; personnage de mauvais augure pour les dames; inhabile ou
impuissant; celui dont les forces ne lui permettent pas de servir sous
les enseignes d'Amour; auquel il n'est pas permis de lever l'tendard
amoureux; qui est dans l'impuissance de combattre amoureusement[46].

  [46] Dont le lit est un lit de repos.

APORAPHANIDOSIS, _is_, f. Peine des pauvres surpris en adultre 
Athnes, auxquels on fourrait un navet dans le cul aprs leur en avoir
arrach les poils; d'o est venu le proverbe: _Drle  la fesse
tondue_[47].

  [47] Le code criminel d'Athnes mritait aussi d'tre rform.

AQUACULO, _as, are_. Maquereller, faire le maquerellage. V. AGERE
LENONEM.

AQUARIOLUS, _i_, m. _Cic._ AQUARIUS, _ii_, m. _Juv._ Maquereau,
pourvoyeur d'amour[48]. Ou (_Apul._): cocu volontaire, mari commode. Ou
(_Fest._): suppt de bordel, souteneur, mangeur de blanc.

  [48] Voy. BALLIO.

AQUATICULUS, _i_, m. Le bas du ventre; l'endroit o sont les parties
destines  la gnration, qui, par l'abondance d'une chaleur humide qui
y rgne, se couvre de poils; le pnil; la motte[49].

  [49] L'aqueduc d'amour.

ARARE FUNDUM ALIENUM. _Plaut._ Cultiver le champ d'autrui; travailler 
la tche d'un autre; mettre en oeuvre le fonds de son voisin; prendre
soin des plaisirs de la femme de quelqu'un; se divertir aux dpens des
maris.

ARCUM TENDERE. _Apul._ Se mettre en tat de servir les belles; tre en
amour sous les armes; se tenir prt pour le combat amoureux; se disposer
 l'attaque amoureuse; diriger son intention au service des dames.

ARDERE FELICITER. _Ovid._ tre heureux en amour; avoir du bonheur dans
ses amours; tre vu de bon oeil par les dames; tre bien reu des
belles; tre favoris du beau sexe; ne point soupirer  crdit; ne
s'enflammer jamais seul; ne point brler d'une passion infructueuse;
tre homme  bonne fortune.

ARGA, _ae_, f. Le vase amoureux.

ARGENTARIAE ELECEBRAE. _Fest._ Filles de joie.

ARIETINO, _as, are_. Beliner.

(N) ARMA VIRILIA. Les armes propres  la joute amoureuse.

ARRHENOCOETES, _ae_, m. Pdraste, adonn  l'amour des mles,
bougre[50], Sodomite[51].

  [50] Bulgare.

  [51] Hrtique en amour.

ARRIDET FORTUNAE HORA. _Petr._ Voici l'heure du berger; berger, ton
heure sonne; le moment heureux est venu.

ARRIGERE AD VETULAS. _Mart._ tre fort galant prs des vieilles; ne pas
mpriser les vieilles amoureuses[52].

  [52] Heureux qui peut ainsi faire, car les jeunes doivent bien trouver
    leur compte avec un tel homme.

    Le mot _arrigere_ s'emploie presque toujours avec un autre mot qui
    dtermine le genre d'action qu'il exprime. En langage lubrique, cela
    veut dire: avoir la lance en arrt pour attaquer les jeunes filles
    et les jolies femmes. _Arrigere in aliquam_: avoir une intention,
    des dsirs de prfrence pour une dame. _Arrigis? en propera_, dit
    Ptrone  une jeune fille qui n'osait pas profiter d'une bonne
    occasion.

ARSENOCOETA, _ae_, m. V. ARRHENOCOETES.

ARSENOTHETA, _ae_, m. Corrupteur de jeunes garons[53].

  [53] Homme dangereux, qui ne fait rien qu' rebours du bon sens.

ARTICULOS OMNES COMMODITATIS & SCIRE. _Plaut._ Connatre l'heure du
berger[54].

  [54] Deviner le moment de la faiblesse des dames.

(N) ARVA CONSERERE MULIEBRIA. Ensemencer les champs d'amour; rendre une
femme fertile.

ARVUM GENITALE. _Virg._ ARVUM MULIEBRE. _Lucr._ Le champ que l'amour
fait cultiver; le jardin de Vnus; la patrie commune de tous les hommes;
le pays natal; le lieu de la naissance.

ASINIS (AB) AD BOVES TRANSIRE. _Plaut._ Quitter la mandille pour devenir
fermier gnral; passer du rgiment de l'arc-en-ciel dans la brigade de
la fortune; parvenir d'une condition mdiocre  une fortune
considrable.

ASOTIUM, _ii_, n. Endroit o l'on se divertit; lieu de plaisir; maison
de divertissement; maison libre; maison de libert; maison o l'on se
rjouit.

ASSILIO, _is, lii, lui, ultum, ire_. _Col._ Saillir; couvrir; faire
l'action naturelle; sauter sur les quatre quartiers[55].

  [55] Cela se dit plutt des animaux que des hommes.

ASTYANASSA, _ae_, f. La suivante d'Hlne, qui composa un livre des
diffrentes manires d'androgyniser: ce que Philnis et lphantine
imitrent depuis; et, de nos jours, Louise Sige de Tolde, dame
Espagnole, et le magnifique Molza, Florentin.

ATAURUS, _a, um_. Qui n'a point encore fait l'exercice de Vnus[56].

  [56] Novice qui ne connat rien aux plaisirs de l'amour.

ATHYR, ATHYRI, ind. L'antre des Nymphes; la fontaine o l'on porte
l'eau; la boutique o l'Amour fait travailler en peau.

ATTENUATUS AMORE. _Ovid._ Attnu par les fatigues de l'exercice
amoureux.

ATTRECTARE UXOREM ALICUJUS. _Cic._ Manier, patiner, ttonner la femme de
quelqu'un[57].

  [57] La caresser.

AVERSA VENUS. _Jul. Cap._ Amour dsordonn, drglement en amour; injure
faite  Vnus et aux belles; la Vnus antistrophe; l'art subtil.




B


BABALUM, _i_, n. La pique du dieu gardien des jardins; le sceptre de
Cupidon.

(N) BACCHANALIA. Bacchanales, ou les ftes en l'honneur de Bacchus, dieu
de la vendange. D'abord elles furent dcentes, mais elles offrirent
ensuite tous les dsordres de la dbauche la plus crapuleuse. On portait
en procession des membres virils couronns par des matrones
respectables. Les Bacchantes couraient les rues toutes nues. Aujourd'hui
il n'y a de Bacchanales que dans de petits appartements consacrs 
cela, et ces ftes se nomment, comme autrefois, orgies.

BADAS, _ae_, m. Qui se laisse mtamorphoser en fille; qu'on emploie pour
fille[58].

  [58] Par une erreur bien volontaire.

BAETA, _ae_, m. Qui se laisse prendre pour une jolie fille, et qu'on
traite de mme.

BALANUS, _i_, m. Le gland qu'on offre  Vnus; la tte du dieu Priape.

BALLIO, _onis_. _Cic._ Conciliateur d'amourettes; pourvoyeur
d'amour[59].

  [59] Ngociant en jeunes filles.

(N) BALNEA, _eorum_. Bains publics, endroits de rendez-vous et
prparatoires  la prostitution. Les Romains y allaient pour examiner
les hommes nus, et choisir en quelque sorte les jeunes gens les plus
propres  contenter leur got singulier pour le pch contre nature. On
dit que, dans plusieurs de ces endroits, les hommes et les femmes se
baignaient ple-mle. Vritablement, les Romains ont pouss trs loin ce
genre de mollesse, qui se retrouve en Asie.

(N) BAPTAE, _arum_, m. Prtres de Cotytto, dont il sera parl plus bas.
C'taient de francs vauriens et les plus dbauchs des hommes. De tous
temps les prtres ont t libertins plus ou moins ouvertement.

(N) BASIATIO, _onis_, f. Baiser, l'action d'embrasser. Voy. OSCULUM.

(N) BASIO, _as, are_. Baiser, donner des baisers, embrasser.

BASSARA, _ae_, f. Fille de joie, courtisane.

BATALUM, _i_, n. BATALUS, _i_, m. Le batail, ou le battant de la cloche
amoureuse.

BATALUS, _i_, m. Qui souffre qu'on le fasse servir de femme; qui laisse
exiger de lui le plaisir que les femmes seules devraient donner. Ou:
Voy. PODEX.

BETA, _ae_, f. Voy. BAETA.

BILBIL, _ind._ BILBIS, _idis_, f. _Fest._ BILLIS, _is_, f. Le lait
d'amour rpandu  terre[60].

  [60] Esprit-de-vin vapor contre l'intention de la Nature.

(N) BONA DEA. Crs, ou la Bonne Desse. Ses mystres, inconnus aux
historiens et aux mythologistes, ne l'taient pas  Juvnal. Si on l'en
croit, il s'y passait de son temps des choses qui offensent rudement la
pudeur. Crs tait la desse de la terre et de la fcondit; une de ses
ftes avait lieu au mois de Mai, si clbre par la rvolution qui se
fait dans la nature, qu'une chaleur nouvelle semble vivifier alors et
rappeler aux actes d'une rgnration entire. Ce que dit Juvnal de la
licence de ces ftes fait croire que, quoique dans les premiers temps de
leur institution  Rome elles eussent t chastes, nanmoins, par
analogie avec les proprits du mois de Mai, il s'y serait introduit des
mystres trs opposs  leur premire institution. Les prtres de tous
les pays ont le talent de rgnrer, par des institutions commodes, la
religion lorsqu'elle se perd. Les mystres d'Isis, de Vnus, de Bacchus,
de Priape, n'taient gure plus chastes. Clodius,  Rome, tenta le
premier de violer les mystres de la Bonne Desse, qui se clbraient 
huis clos entre femmes, et, sous un dguisement fminin, s'introduisit
dans la maison de Csar pour mieux jouir de Pompeia, qu'il aimait.
Pompeia tait la femme de Csar: elle ne pouvait mieux se venger de ses
infidlits qu'avec ce Clodius, l'un des plus beaux chevaliers de son
temps.

Voy. Juvnal, sat. 6e, vers 313 et suiv.; Apule, au liv. 8e de ses
_Transformations_.

BIPENNA, _ae_, f. L'instrument avec lequel l'Amour taille sa besogne.

BUBALIUM, _ii_, n. La bague qu'on court dans l'acadmie amoureuse.

BUCHEIS, _idis_, f. Palma Christi, plante merveilleuse pour les
exercices d'amour. Elle crot en Syrie[61].

  [61] Rien n'est plus dangereux que ces remdes aphrodisiaques. Ils
    conduisent  l'impuissance par le plus court chemin.




C


CADERE CREBRO. _Plaut._ Tomber souvent sur les bras d'une aimable
ennemie[62].

  [62] C'est un plaisir qu'on n'a pas toujours le pouvoir de se procurer
    et qui n'en est que plus piquant lorsqu'on l'prouve.

CADURCA, _orum_, n. Les bords de la fontaine d'amour; les lvres de la
bouche amoureuse; ce qu'on appelle, aux vieilles, les babines.

CADURCUM, _i_, n. Le cabinet de Vnus, la loge amoureuse[63].

  [63] La chambrette des dlices.

CAPULUS, _i_, m. _Priap._ Le manche amoureux; la poigne d'amour.

CARUNCULA, _ae_, f. Carnosit; excroissance de chair; chair glanduleuse
et spongieuse; caroncule, dont quatre forment une barricade au devant du
chemin couvert de la forteresse d'amour. Palissade sur laquelle niche
quelquefois cet oiseau rare qu'on appelle aux Indes oiseau de Paradis,
et en France pucelage.

CASALBADIUM, _ii_, n. _Petr._ Fille de commodit, fille de joie.

CASALVIUM, _ii_, n. Lieu,  Athnes, o l'on pouvait se fournir de
filles commodes.

CASAURA, _ae_, f. Fille commode.

CASAURIUM, _ii_, n. Bordel, lieu de plaisir.

CASTRA CUPIDINIS. _Ovid._ Le camp de l'amour; le poste amoureux.

(N) CASTRO, _as, are_. ter le sexe  un homme; le rendre neutre,
inhabile  la gnration; le priver de ce qui attire les dames, de ce
lien qui joint un sexe  l'autre et des deux n'en fait qu'un. _Eunucho
committere juvenem_ exprime la mme chose que _castrare_.

CATADACTYLIUM, _ii_, n. La bague purile, que courent certaines gens
d'un got extraordinaire.

(N) CATAMITUS, _i_, m. Favori de Jupiter, Ganymde; jeune garon
substituant les filles. Notre mot Franais _chattemite_, que l'on
interprte par ceux-ci: _patelin_, _rus_, _hypocrite_, n'aurait-il pas
aussi quelque analogie avec celui-ci? Voy. CONCUBINUS, PULLUS.

CATAPYGOS, _i_, m. Qui recherche la Vnus antistrophe. Ou: le doigt du
milieu auquel on met quelquefois une bague, mais qui n'en porte
jamais[64].

  [64] Des religieux Asiatiques, par esprit de pnitence, se mettent au
    gland un anneau assez lourd pour empcher l'effet des dsirs
    charnels.

CATAPYGOSINE, _es_, f. L'amour de Vnus antistrophe, l'exercice de l'art
subtil; la passion  laquelle les auteurs orientaux disent que la femme
de Loth s'tait soumise.

(N) CATIA MATRONA. Femme qui s'habille  la manire des courtisanes, qui
savent faire valoir tous leurs avantages corporels; femme leste,
lgante.

CAUDA, _ae_, f. _Hor._ Ce qu'on appelle la queue dans les animaux qui
n'en ont point.

CAULIS, _is_, m. CAULOS, _i_, m. La tige du genre animal.

(N) CELLA, _ae_, f. La cellule des prtresses de Vnus; la petite alcve
o elles se retirent pour sacrifier  l'amour dans un lieu de
prostitution.

CERCOLIPA, _ae_, m. _Catull._ Voy. PENIS.

(N) CEVEO, _es, cevi, cevere_. _Juv._ Il a la mme acception que le mot
_crissare, crisso_, cit plus bas. Cependant le verbe _cevere_ dsigne
plus spcialement le mouvement des hommes pendant le plaisir  la
Grecque: _Ego te ceventem, Sexte, verebor._ _Juvenalis._

CHALAMYDES, _dum_, f. Celles qui, par humilit, veulent bien prendre sur
elles le fardeau du genre humain.

(N) CHALCIDISSO, _as, are_. Mot tir du Grec, qui exprime un genre de
fantaisie rotique qui consiste  se faire lcher ou sucer les parties
naturelles par des enfants. Les anciens habitants de la Chalcide
chrissaient cette singulire volupt.

CHELIDON, _onis_, f. La caverne de Vnus; le gouffre o se prcipitent
la plupart des hommes.

CHIA, _ae_, f. _Mart._ (_Subaud._ FICUS). La figue que les Ganymdes
donnent  entamer, que Martial dit tre d'un got piquant et qui excite:
au lieu que, dans les femmes, il dit qu'elle est fade et insipide, et la
nomme _marisca_, et prtend que c'est un second c...

CHOEROS, _i_, m. La bauge o se vautrent les hommes les plus propres; le
bourbier o presque tous les hommes se plongent.

CHRYSION, _ii_, n. Le Priape enfantin, une courte, une guigi, une
margot.

(N) CICINNIA, _ae_, f. La patronne des mignons ou Ganymdes.

CIDARIUS, _ii_, m. Pdraste; qui aime les jeunes garons.

CILLO, _onis_, m. _Sext. Pomp. Ict._ Qui se laisse assujettir 
l'ouvrage dont les femmes sont jalouses; qui usurpe l'emploi des femmes
dans la Rpublique d'Amour; qui souffre les caresses qui ne sont dues
qu'aux femmes[65].

  [65] Et mrite par consquent leur juste indignation.

CINAEDIA, _ae_, f. CINAEDIUM, _ii_, n. La patience  se laisser
mtamorphoser en femme.

CINAEDOLOGUS, _i_, m. Qui s'entretient de ce que les Italiens appellent
l'art subtil; qui parle de l'amour drgl pour les jeunes garons.

CINAEDOLOGI, _orum_, m. Vers qui traitent de l'art subtil des Italiens.

CINAEDUS, _i_, m. _Catull._ Jeune garon qui se livre  toutes les
caresses que l'on veut lui faire[66].

  [66] Octave, qui depuis fut appel Auguste, passe pour avoir jou ce
    rle auprs de Csar, qui, par reconnaissance, l'adopta. Les
    Romains, avant que d'tre abrutis par l'esclavage, lui firent un
    jour sentir qu'ils savaient bien qu'il devait le trne  cette
    complaisance, et applaudirent devant lui  ce vers d'une comdie que
    l'on jouait:

        _Videsne ut cinaedus orbem digito temperet?_

    Ce got parat tre celui des grands rois, et c'est peut-tre pour
    cela que le grand Frdric en tait entich de nos jours.

CIPUS, _i_, m. Le terrain o se plante le piquet amoureux.

CISTUS, _i_, m. _Plin._ La corbeille fminine; le panier o l'Amour met
ses oeufs[67].

  [67] Heureux qui les casse!

CLAVUS CUPIDINIS. _Plaut._ Le clou de Cupidon, qui entre par la
tte[68].

  [68] Le passe-partout du jardin de Cypris.

(N) CLAZOMENAE, _arum_, f. Les fesses: la partie chrie des hrtiques
en amour. Comme les habitants de la ville Grecque nomme Clazomne
taient fort amateurs en ce genre, le nom de la ville est rest 
l'objet de leur amour. C'est comme nous appliquons le nom de _Normand_ 
quelqu'un que nous jugeons fin et cauteleux.

CLINOPALE, _es_. _Suet._ L'exercice de la couchette; les tours de lit;
la lutte amoureuse sur un lit, de peur de se blesser en tombant[69].

  [69] Les gens  temprament regardent cet exercice comme aussi
    ncessaire que celui de boire et de manger; et souvent ils ne
    considrent les femmes que comme un meuble de mnage. Cette ide
    n'est point galante: en consquence, il faut que les femmes fassent
    payer  ces gens-l leur utilit.

CLITORIAZO, _is, ire_. Clitoriser, se chatouiller le clitoris avec le
bout du doigt pour se faire rire; ou faire cette action sur une personne
dans la mme intention. Badiner  l'endroit sensible; se jouer  la
partie chatouilleuse; foltrer du bout du doigt avec le loquet du
cabinet d'amour[70].

  [70] Gratter  la porte du palais d'amour.

CLITORIS, _is_, f. CLITORIUM, _ii_, n. Le clitoris, petit corps trs
sensible au haut de la partie naturelle de la femme; il a la figure du
membre de l'homme. Le loquet du cabinet d'amour; le Priape fminin.

(N) CLIVUS, _i_, m. La double colline qui se trouve au bas du dos. Voy.
CLUNES.

(N) CLUNES, _ium_, f. _Clunes agitare, movere._ _Priap._ S'agiter, se
remuer pendant le plaisir amoureux; faire sauter son homme. Ce qui suit
s'applique aux non-conformistes comme aux femmes: _clunibus fluctuare
crispatis_.

COA, _ae_, f. Femme qui boit bien, et qui ne refuse pas d'autres
plaisirs[71].

  [71] _Venus Coa_: femme dbauche, libertine  table. _In triclinio
    Coa, in cubiculo Nola._

COEO, _is, ivi, itum, ire_. _Ovid._ Se choquer amoureusement; unir les
corps comme les coeurs; s'exercer au combat amoureux; faire l'action;
faire en compagnie le voyage amoureux.

(N) COETUS, _us_, m. L'union charnelle des corps, lgitime lorsque des
contrats l'ont sanctionne; illgitime quand elle tient  la convention
du moment ou  la volont passagre de deux individus. _Coitus_ et
_concubitus_ lui sont synonymes.

COIRE FURTIM. _Ovid._ Drober la connaissance d'un duel amoureux;
prendre  la drobe le plaisir, qui est plus doux quand on le
drobe[72].

  [72] Si toutefois on drobe un plaisir consenti par les deux personnes
    intresses  ce plaisir.

COGNOSCO, _is, ovi, itum, ere_. _Ovid._ Connatre de la manire la plus
intime et la plus sensible, et par celui de tous les sens qui fait le
plus de plaisir[73].

  [73] Connatre est alors synonyme avec possder et jouir.

COGNOSCERE AMORES SUOS. _Ovid._ Jouir de ses amours; connatre
actuellement quel est le plaisir qu'on peut tirer de ce qu'on aime.

COLEATUS, _a, um_. _Pomp. Ict._ Qui a des tmoins pour prouver son droit
en amour.

COLEATA CUSPIS. _Pomp. Ict._ L'aiguille de l'horloge d'amour et ses
contrepoids; le dard, ou la flche de Cupidon garnie de ses pennes.

COLEPHIUM, _ii_, n. Pain qui avait la figure de ce que, par excellence,
l'on appelle le membre[74].

  [74] _Coliphia_: c'tait le pain dont se nourrissaient les athltes.
    On croit qu'il tait de mme sorte que la bquille du Pre Barnaba,
    et qu'on y glissait de la racine de satyrion pour augmenter les
    forces dans la lutte amoureuse.

COLES, _is_, m. _Cels._ La pique du dieu qui gardait les jardins; le
dard de Cupidon, la flche de l'Amour[75].

  [75] La clef de toutes les serrures fminines.

COLEUS, _i_, m. _Cic._ Tmoin en justice amoureuse; ce qui rend
tmoignage de la virilit; tmoin de la validit d'un mariage.

COLUMBOR, _ari_, dp. _Sen._ Baiser  la pigeonne; pigeonner; donner et
recevoir des coups de langue qui n'offensent point[76].

  [76] Ou, par priphrase, _humida dare oscula pugnantibus linguis_.
    _Tibull._ S'embrasser de tout coeur.

COLUMNA, _ae_, f. La colonne de l'architecture humaine.

COMMITTERE OSCULA LINGUAE. _Ovid._ Commettre  la langue le soin de
l'assaisonnement des baisers; faire servir la langue  rendre les
baisers plus dlicieux.

COMPRESSA VIRGO. _Ter._ Fille qui a t vivement embrasse; fille qui a
souffert les plus tendres et les plus sensibles embrassements[77].

  [77] _Comprimere patronam_, mettre une femme en presse.

COMPRESSUS, _us_. _Ter._ L'accolade de Cupidon; une embrassade tendre,
vive et trs sensible; le plus vif de tous les embrassements[78].

  [78] L'treinte la plus douce, le moment o deux corps ne font qu'un.

EX COMPRESSU EJUS GRAVIDA FACTA EST. _Ter._ Cette fille est grosse de
son fait; il a engross cette fille.

CONCHA, _ae_, f. _Plaut._ La coquille de Vnus.

CONCILIATRIX, _icis_, f. _Cic._ Conciliatrice; celle qui s'insinue dans
les bonnes grces, qui gagne les coeurs, ou pour soi-mme, ou pour
d'autres.

CONCILIATRIX ANCILLA. _Plaut._ Une suivante qui mnage les intrigues de
sa matresse; une fille qui entre dans le commerce amoureux de sa dame;
une confidente des galanteries de sa matresse; l'intendante des
plaisirs de sa dame[79].

  [79] Dugne qui trahit son matre pour contenter sa matresse, et
    _vice versa_.

CONCILIUM GENITALE. _Lucr._ Conseil o l'on agite si l'on mettra un
homme au monde; assemble o l'on traite plaisamment de la gnration de
l'homme; accord mutuel de la nature; correspondance des natures.

CONCIPERE EX ALIQUO. _Cic._ Concevoir du fait de quelqu'un; tre grosse
des oeuvres d'une personne; s'tre imprim fortement les plus vives et
les plus sensibles expressions d'amour de quelqu'un.

CONCUBINA, _ae_, f. _Cic._ Concubine; matresse; femme d'un homme qui
n'est pas mari; celle  qui un homme ne s'est pas engag pour
toujours[80].

  [80] Synonymes: _concuba, concubia, succuba, pellex_.

CONCUBINATUS, _us_. _Plaut._ Concubinage; habitude de plaisir amoureux
avec une personne[81].

  [81] Qui n'est point sa femme par contrat notari.

CONCUBINUS, _i_, m. _Catull._ Qui a une matresse; qui est en habitude
amoureuse avec une fille; qui a une concubine. Ou (_Quintil._): qui a
une patience fminine en amour; catamite[82].

  [82] Ganymde. Voy. CATAMITUS, PULLUS.

CONCUBITOR, _oris_, m. Qui couche avec un autre de quelque sexe que ce
soit, ou par compagnie, ou dans la vue du plaisir.

CONCUBITUS, _us_, m. _Ovid._ Les caresses du lit; la tche des amants;
le devoir amoureux; l'ouvrage d'amour[83].

  [83] _Concubitus quaerere_: dsirer, rechercher le plaisir amoureux.

CONCUBITUM PETERE, PATI. _Ovid._ Rechercher, souffrir les caresses du
lit.

(N) CONCUBO, _as, are_, CONCUMBO, _is, ubui, ubitum, umbere_. Coucher
avec quelqu'un, homme ou femme: ce mot n'est obscne qu'autant que, de
l'action trs innocente de coucher deux, il rsulte un plaisir qui n'est
pas innocent.

CONFICERE VIRGINEM. _Ter._ Abattre la fermet d'une fille; avoir les
gants d'une belle; humilier une pucelle[84].

  [84] Forcer la garde du palais d'Amour.

CONFUTUO, _is, ere_. _Catull._ Faire de compagnie ce qu'on appelle
f...... Ou: pondre au mme nid qu'un autre[85].

  [85] Possder  deux les faveurs d'une belle.

CONGENUO, _as, are_. _Varr._ Serrer les genoux pour tre plus ferme en
lice.

(N) CONGRESSUS, _us_, m. Combat de deux personnes sur un lit ou sur un
canap. _Congressio_ exprime la mme chose.

CONISALUS, _i_, m. Les armes de Priape.

CONJUGIUM, _ii_, n. _Virg._ L'action du mariage, le devoir conjugal.

CONJUGIO ALTERIUS POTIRI. _Virg._ Faire un cocu; jouir de la femme d'un
autre; planter des cornes  quelqu'un.

CONNATATIO, _onis_, f. V. CONNATIO.

CONNATILIS, m. f. _le_, n. _is_, g. Qui travaille au mme atelier
amoureux; qui entre de part dans une intrigue amoureuse; qui nage en
amour dans la mme eau; qui fait socit avec un autre pour un commerce
d'amour; qui vogue en amour sur la mme mer.

CONNATIO, _onis_, f. _Plaut._ Course dans la mme lice amoureuse;
socit en amour; jouissance par indivis; travail au mme atelier
amoureux; intrigue amoureuse partage de concert. Ou, autrement: partage
des faveurs d'une belle avec quelqu'un.

CONNATO, _as, are_. _Plaut._ Partager un coeur avec un autre; tre rival
heureux d'un amant bien trait; cultiver amoureusement avec quelqu'un le
mme champ; travailler au mme atelier d'amour, n'tre pas seul qui ait
part aux faveurs d'une belle; goter les douceurs d'amour au mme
endroit qu'un autre; aimer sans jalousie en mme lieu; tre en socit
d'amour avec quelqu'un; avoir un compagnon de jouissance.

CONQUINIO, _is, ire_, CONQUINISCO, _is, ere_. _Plaut._ Offrir le prsent
de Ganymde. Ou: baisser la tte et plier le corps, pour donner belle 
l'enfilade.

(N) CONSTUPRO, _as, are_. Violer, faire violence  la pudeur; vouloir
donner par force du plaisir  des femmes qui n'en veulent pas avoir.

CONSUESCERE ALICUI. _Ter._ ALIQUO ou & CUM ALIQUO. _Plaut._ tre l'un
avec l'autre dans la dernire privaut; avoir l'un pour l'autre une
amoureuse complaisance; se donner ensemble de telles liberts, qu'on ne
puisse se refuser rien; tre familier au dernier point avec une
personne[86].

  [86] tre bien d'accord ensemble.

CONSUESCERE CUM MULIERE. _Cic._ tre en intrigue avec une belle; avoir
commerce ou des liaisons secrtes avec une personne; avoir une habitude;
avoir une inclination; avoir une matresse; faire galanterie avec une
belle.

CONSUETIO, _onis_, f. _Plaut._ Commerce amoureux, galanterie; habitude
galante; intrigue; liaison d'amour.

(N) CONTUBERNIUM, _ii_, n. Cohabitation qui dgnre quelquefois en
colibertinage, et tellement que ce mot, dans Sutone, veut dire
_concubitus_. _Vesticontubernium_ exprime la mme chose.

(N) CONTUS PEDALIS _vel_ SESQUIPEDALIS. La perche d'amour. Ce mot est
bien expliqu  l'article MENTULA.

CONVENIO, _is, ire_. _Plin._ S'accorder dans le point qui fait la
liaison la plus troite des deux sexes; ne faire qu'un tout amoureux de
deux moitis spares; en venir aux prises sous les tendards de
l'Amour; livrer le combat amoureux; s'assembler amoureusement.

COPA, _ae_, f. _Virg._ Fille de plaisir; fille de joie; fille de
commodit; courtisane; fille commode.

(N) COPULO, _as, are_. Se joindre deux  deux, corps  corps: s'unir
troitement; jouir amoureusement.

COROLLARIUM PUERILE. _Apul._ La bague que courent certains amoureux
dvoys du chemin naturel; le soleil rouge-brun de Vnus antistrophe.

CORONA, _ae_, f. La tte du dieu Priape.

(N) COTYTTIA, _orum_, n. Les mystres de la desse Cotytto, ou de
l'impudicit. Cette desse n'tait ci-devant qu'une danseuse, dont
l'extrme lubricit mrita des autels; ses prtres s'appelaient
_Baptae_; ils dansaient en contrefaisant les femmes, et probablement
prenaient leur place quand ils trouvaient des amateurs. Eupolis fit une
comdie intitule _Baptae_: Alcibiade, le Socratique Alcibiade, s'y
trouvant dsign, tua tout bonnement l'auteur pour l'empcher de
critiquer les moeurs de ses contemporains.

(N) COXA, _ae_, f. La cuisse touche de bien prs au temple de Vnus, et
celui-ci est souvent dsign chez les potes par tout ce qui l'avoisine.
_Laufella tollit pendentis praemia coxae_ (_Juven._): cela veut dire
qu'elle se prsente de si bonne grce au combat amoureux, qu'elle
remporte la victoire.

CRISSANS, _tis_, _omn. gen._ _Juven._ Qui remue les fesses; qui joue du
croupion; qui tortille les fesses; qui remue le cul fort dru.

CRISSATURA, _ae_, f. _Lucret._ Remuement de fesses: jeu du croupion;
mouvement de cul fort prompt; tortillement de fesses fort dru.

CRISSO, _as, are_. Remuer les fesses; faire des mouvements de fesses
fort drus; jouer du croupion; tortiller le cul lgrement; faire des
tortillements de cul fort prompts. Ce verbe est particulier aux femmes
et  ceux qui en font l'office[87].

  [87] On croit qu'il se prend plus particulirement pour la posture
    qu'adopte la femme quand elle se met sur l'homme pour ne pas avoir
    le dessous; alors elle s'agite beaucoup mieux, et cela donne
    l'explication du _lumbi fluctuantes_ de la 18e Priape.

(N) CROCOTULA, _ae_, f. _Movere lumbos in crocotula._ Habit lger pour
les femmes, et couleur de safran, peut-tre par allusion  quelques
usages dans les orgies des Anciens autrement appeles ftes nocturnes,
mystres, etc. Habits de combat qui ne mettent que peu d'obstacles  la
jouissance. Si l'on veut avoir des dtails sur les habillements des
femmes voluptueuses de l'Antiquit, il faut consulter l'_Errotika
Biblion_, p. 94.

(N) CRYPTA, _ae_, f. La grotte de Vnus.

CTIR, ind. La fontaine des amoureux et le gazon qui l'environne[88].

  [88] La carte des pays bas.

CUCURBITA, _ae_, f. _Plaut._ Femme galante[89].

  [89] Qui se livre aisment.

CUCURBITARIUS, _ii_, m. Qui met en oeuvre la femme d'autrui,
principalement celle de son seigneur de fief, ou de son matre, ou
quelqu'une de leurs parentes.

CUCURBITATIO, _onis_, f. La libert qu'on prend de semer dans le jardin
secret d'autrui, etc.

CUCURBITO, _as, are_. Planter dans le jardin de plaisir d'autrui, et
particulirement de son seigneur de fief, ou de son matre; ou mettre en
oeuvre quelqu'une de leurs parentes.

CULICES PATI. Se laisser Ganymdiser.

(N) CULUS, _i_, m. Visage  deux parties, autrement dit postrieur;
objet du culte des hrtiques en amour. _Culus tritus_, autel trop
frquent, o les sacrifices sont banaux. Synonymes: _pars postica,
clunes_.

CUNNAGIUM, _ii_, n. Le droit du seigneur en amour; droit de coucher, la
premire nuit des noces, avec les femmes de ses vassaux, possd
autrefois par les comtes chanoines de Lyon[90].

  [90] Tout cela est aboli, en France, avec les droits de fiefs.

CUNNATUS, _a, um_. Qui est pourvu de la partie qui fait presque tout le
mrite des femmes.

CUNNILINGUS, _a, um_. _Priap._[91]. Qui lche le plat dans lequel on
sert le mets amoureux; lche-c.., pithte des petits chiens des dames,
qui, par l, deviennent souvent enrags[92].

  [91] _Lingua maritus_ (_Martial._)

  [92] Il y a des hommes qui leur envient ce nom. On dit que les chiens
    deviennent enrags  force de s'occuper de cet ouvrage: mais il faut
    l'tre pour les imiter.

CUNNOSUS, _a, um_. Qui loge au large les plerins d'amour[93].

  [93] Anneau trop grand pour le doigt.

CUNNULUS, _i_, m. Ce qui ne se trouve que chez les petites filles, un
conin, un conichon.

CUNNUS, _i_, m.[94] _Hor._ Le conduit de l'urine fminine; le vase
amoureux; le chemin couvert de l'amour; la coquille de Vnus; le pays
natal du genre humain; le but o visent les amants; l'endroit, chez les
femmes, qu'on dit, mais qu'on n'imprime pas; l'autel o l'on sacrifie 
l'Amour; le temple de Vnus; l'objet des peines et des plaisirs des
amants; le bel endroit; le carquois de Cupidon; la boutique o l'Amour
fait travailler en peau; le colombier de Vnus; le point d'honneur des
dames[95]; le centre des dlices amoureuses; le champ de bataille
d'amour; le mange des coursiers de Cupidon; la nasse o se prennent les
anguilles amoureuses; la salle d'armes du dieu d'amour; la fontaine o
l'on porte l'eau; le rservoir de propagation; le four qui fait lever la
pte; la cuve de la brasserie humaine; le marais d'amour o l'on enfonce
jusqu'au ventre; le trbuchet amoureux; le nid de l'oiseau d'amour; le
nord de l'aiguille amoureuse; le calendrier naturel; le puits d'amour;
la grotte de Vnus; l'embrasure des canons de Cupidon; le mortier
amoureux; le terroir o l'on plante l'herbe sensitive; le champ qu'on
aime  dfricher; le terrier du lapin de Vnus; l'htellerie des
plerins amoureux; l'objet de la galanterie; le creux o l'on moule les
hommes; le cadran qui a souvent besoin d'aiguille; la manufacture de
Cupidon; le tronc o chacun s'empresse de mettre la pice; le trne du
dieu des appas; le tribunal d'amour; le clocher o Vnus fait
carillonner; le fourreau propre  toutes lames; le chemin qui conduit au
plaisir; le receveur des droits de la mre d'Amour; le lieu de la
foltrerie; le bureau de la confrrie de Vnus; le bassin o l'on met
les offrandes amoureuses; le peloton o Vnus fiche ses pingles; le
fourneau o l'on fixe le mercure d'amour; le camp o l'Amour fait
planter le piquet; le plus fort des objets de la tentation; le
manichordion de Vnus; le creuset o l'on met les hommes en fonte; le
palais de la galanterie; la galre qu'une seule rame met en mouvement;
la prairie des amours; le cabinet de Vnus; le jardin de plaisir; la
lice des coursiers d'Amour; le magasin des plaisirs amoureux; la niche
du dieu Priape; la foulerie d'Amour; l'abreuvoir des coursiers de
Cupidon; le tire-moelle amoureux[96].

  [94] EPIGRAMMA JOANNIS SECUNDI

        _Dicite, grammatici, cur mascula nomina _cunnus_.
            Et cur foemineum _mentula_ nomen habet?
        Sic ego, sic aliquis senior de gente verenda
            Rettulit, attollens longa supercilia:
        Mentula foeminei gerit usque negotia sexus,
            Inde genus merito vindicat illa sibi;
        Indefessus agit res qui, sine fine, virorum,
            Mascula non temere nomina _cunnus_ habet._

  [95] Ce que les dames appellent leur honneur, le coeur du
    chevalier de Boufflers.

  [96] La partie qui distingue spcialement le sexe fminin. Nulle femme
    sans c.., nul homme sans v... Synonymes Latins de ce bijou: _vagina,
    fossa inguinis, sulcus, arvum muliebre, genitale, hortus Cupidinis,
    pudendum muliebre, puta, selinon, prodigiosa Venus, meatum Veneris,
    feminal, virginal, radius Veneris, scrobs virginalis, barathrum
    foemineum, lanuvium, xanion, ulcus, rima, caverna, custon_.

        _Infelix, cui torpet hebes locus ille!..._

      (Ovid.)

CURRUCA, _ae_, m. Celui que nous appelons improprement _cocu_,  qui sa
femme donne un substitut[97].

  [97] Qui n'est pas seul possesseur de son bien.

CYANISSANS, _tis_, _omn. gen._ Qui a envie de travailler naturellement;
qui veut mettre en pratique le symbole de la fve qui a encore sa peau
(c'est la fve de marais, symbole qui a fait dire  Pythagore: _Abstine
a fabis_, abstenez-vous des fves)[98].

  [98] Axiome rejet par les femmes, mme les plus philosophes.

(N) CYBELE, _es_. f. Cyble, la mre des Dieux, la Bonne Desse. Ses
mystres se clbraient dans le plus grand secret, mais il parat que la
chastet et la temprance n'y prsidrent pas toujours, quoique les
femmes eussent t dans l'origine les seules inities. P. Clodius fut le
premier qui entreprit de les violer en s'introduisant, sous l'habit
d'une danseuse, dans l'appartement de Pompeia, pouse de Jules Csar. La
chronique dit qu'il voulait abuser de cette femme. Les prtres de cette
desse se nommaient _Galli_, et avaient t privs de cette partie qui
nous rend hommes. Dans les temps de corruption, des hommes faisant
fonctions de femmes imitrent entre eux ces mystres et, comme on peut
le croire, y introduisirent ce que la lubricit humaine a de plus
dgotant.

CYDON, _onis_, m. Pdraste, Gomorrhiste.

CYLLO, _onis_, m. _Cic._ Qui a t amplement pourvu par l'Amour en
faveur des dames; personnage bien envitaill.

(N) CYNAEDUS. Voy. CINAEDUS.

CYSONIPTES, _ae_, m. Baigneur qui a soin de tenir propre tout ce qui est
plus particulirement ddi  l'amour.

CYSOS, _i_, m. L'crin du bijou d'amour; la gaine du poignard de
Cupidon.

CYSTHOS, _i_, m. V. CYSOS. Ou: les fesses. Ou: le trou du cul.




D


(N) DECURRERE SPATIUM AMORIS. Faire la course au jardin d'amour; courir
la bague; jouir amoureusement.

(N) DEGLUTIO, _is, ire_. Prendre  la bouche la flte de Cupidon; la
recevoir, la presser avec les lvres:

    _Deglutit, fellat, molitur per utramque cavernam._

  (_Auson._)

DEJICERE CAPUT. Baisser la tte en courbant les reins pour offrir mieux
la bague; prsenter le cul en haut[99].

  [99] Voyez la diffrence entre _dejicere caput_ et _demittere caput_,
    au mot DEMITTERE.

DELPHYS, _yos_, f. La coquille du limaon d'amour. Ou: la matrice.

DELTA, ind. Le triangle de la gomtrie d'amour; l'entre du jardin de
Vnus; l'ouverture de l'antre des Nymphes.

DEMITTERE CAPUT. Faire prs d'une femme l'office de petit chien; lcher
la baratte o l'on bat le beurre en amour[100].

  [100] Voy. VORARE TENTA.

(N) DEPRENSUS, DEPRENSA. Pris sur le fait: _Nihil est audacius, illis
deprensis (adde mulieribus.)_ _Juven._

    _Quantum deprensi damna pudoris ement._

  (_Auson._)

DEPSO, _is, psui, psitum, ere_. _Cic._ Ptrir le levain amoureux; battre
le beurre d'amour.

DESTUPRATRIX, _icis_, f. _Mart._ Une tribade.

(N) DIFFUTUTUS, _a, um_. puis par trop de jouissance. Voy. EXFUTUTUS.
_Virgo diffututa_, fille commode, qui se laisse caresser par tout le
monde.

(N) DIGITUS IMPUDICUS, INFAMIS. C'est le substitut d'un trs joli
instrument dont les dames aiment  jouer. Les Anciens paraissent avoir
employ ce doigt  plusieurs usages: tantt  procurer du plaisir aux
femmes, tantt  montrer aux hommes le dsir d'une jouissance contre
nature.

DINDYMUS, _i_, m. Le trou de la verge de l'homme.

(N) DIOBOLARES, _ium_, f. Courtisanes pour le bas peuple; raccrocheuses;
salopes  deux sols; paillasses de corps-de-garde.

(N) DISSAVIOR _vel_ DISSUAVIOR, _aris, ari_. Embrasser avec ardeur, avec
vivacit.

DIVIDERE CUM ALIQUA. _Petr._ Partager avec une belle les plaisirs de
l'amour; diviser le terrain amoureux.

DIVISOR, _oris_, m. _Cic._ Corrupteur de jeunes garons.

DIVOLTRES, _ium_, f. Garces  canailles; donneuses de bonsoir[101].

  [101] Coureuses de nuit; chauves-souris.

DO, _as, are_. _Dare solet._ _Mart._ Elle a coutume de s'en faire
donner[102].

  [102] _Dare._ Ce verbe se prte  beaucoup d'obscnits; c'est un de
    ces mots commodes dans les langues, que l'on prend en bonne ou
    mauvaise part selon l'intention louable ou maligne de l'crivain.
    Donner, prter, accorder, consentir, voil ses acceptions dans le
    langage amoureux.

DARE OPERAM LIBERIS. _Cic._ S'tudier  faire des enfants; s'appliquer 
se faire des successeurs; s'employer  perptuer sa race; travailler 
sa postrit.

DORILLUS, _i_, m. Le jardin de Nature; le champ de Vnus; le clapier
d'amour.

DRAUCUS, _i_, m. _Mart._ Pdraste.

DRILOPOTA, _ae_, m. Celui qui boit dans un vase qui reprsente le
laboureur de la Nature[103].

  [103] _Vitreo bibit ille Priapo_ (_Juven._).

DUCO, _is, xi, ctum, cere_. _Plaut._ Trouver une femme, ou un mari, dans
sa main[104].

  [104] Faire jouer le prpuce sur le gland.

DUCTO, _as, are_. _Ter._ Conduire au plaisir.

DUCTARE AMICAM. _Plaut._ Conduire du bout du doigt sa matresse au
plaisir.




E


EMASCULATOR, _oris_, m. _Apul._ Pdraste. Ou: qui effmine, qui rend
effmin[105].

  [105] Bourreau des facults viriles; destructeur d'hommes.

(N) EFFEMINO, _vel_ EFFOEMINO, _as, are_. tre sans force et sans
courage. Ce verbe a des rapports, au figur, avec _ementulare_.
_Effeminatus culus._ _Priap._ Bijou Grec sans ressort, ou dont le
ressort est us par le service.

(N) ELECEBRAE, _arum_, f. Courtisanes, filles de joie.

(N) ELEPHANTIS, _idis_. _Priap._ Jeune fille Grecque auteur d'ouvrages
galants dans le genre de ceux de l'Artin, des _lgances Latines_ du
faux Meursius, du _Portier des Chartreux_, et de tous les livres
lubriques  l'usage des modernes. Philnis et Cyrne, autres jeunes
filles Grecques, passent pour avoir compos de pareilles tablettes o
taient peintes les postures libidineuses et leur explication. Elles
taient autrefois, comme  prsent, les leons prparatoires pour la
jeunesse de l'un et l'autre sexe que les personnes d'un ge mr ne
prenaient pas la peine d'instruire. De jeunes filles innocentes venaient
offrir en don ces tablettes au dieu Priape, pour lui demander la ralit
des peintures. On doit croire qu'elles traitaient fort mal leur
protecteur, lorsque le voeu n'tait pas exauc; Sotade, pote de
Mantine, a compos un ouvrage intitul _Cinaedica_; c'est Suidas qui
nous l'apprend. L'empereur Tibre avait orn les murs de sa chambre 
coucher,  Capre, de ces peintures lubriques, et cette mode a t
adopte par quelques vieux et invtrs libertins de son sicle et des
suivants.

EMASCULATUS, _a, um_. Bardache, Ganymde, catamite. Ou: chtr; ou:
rendu effmin.

EMASCULO, _as, are_. _Apul._ Chtrer. Ou: effminer, rendre effmin.
Ou: mtamorphoser un mle en femelle; se servir d'un mle aux usages
fminins.

EMBOLUM, _i_, n. Ce qui est cause que l'cusson des filles est fait en
losange; le losange de la gomtrie d'amour; l'entre du palais de
Vnus.

EMENTULO, _as, are_. Priver du sceptre amoureux[106].

  [106] Retrancher la partie spcifique du sexe masculin.

ENTESYPATHIA, _ae_, f. Ce qui se passe dans celui qui se laisse
Ganymdiser; ce que souffre un successeur de Ganymde.

EPISIUM, _ii_, n. Ce qu'on recherche dans le sexe fminin, quoiqu'on lui
donne le nom de partie honteuse.

(N) EQUITO, _as, are_. Faire la cavalcade; se frotter mutuellement
l'endroit sensible en remuant l'un sur l'autre; tribader:

    _Inque vices equitant, ac luna teste moventur._

  (_Juven._)

EQUUS HECTOREUS. _Mart._ La posture favorite du sexe; le cheval
d'Hector; l'amoureuse situation qu'Andromaque exigeait de la
complaisance d'Hector[107].

  [107]  Et dont toutes les femmes font usage dans le dduit.

EREBINTHINUS, _a, um_. Qui concerne le blier d'amour.

EREBINTHUS, _i_, m. Blier de Cupidon; la machine avec laquelle l'Amour
force les remparts amoureux.

EROMENE, _es_, f. Matresse; inclination; bonne amie.

EROMENUS, _i_, m. Mignon; favori; Ganymde.

EROTIUM, _ii_, n. _Plaut._ Une petite matresse; un petit amour; une
jeune mignonne[108].

  [108] Sunamite.

(N) ERUCA, _ae_, f. _Herba salax_; c'est une herbe qui excite  l'amour.
Les personnes d'un temprament paresseux en font usage. C'est, selon
Tournefort, la _roquette_. Les oignons et le satyrion, les artichauts,
font,  ce qu'on dit, le mme effet; mais malheur  ceux qui en font
trop usage, car il est pernicieux.

ESCHARA, ESCHARIA, _ae_, f. Les lvres de la bouche d'en bas[109].

  [109] V. ci-dessous EXSORBERE VIROS.

EUGIUM, _ii_, n. _Laber. et Lucil._ Le clitoris. Ou: la membrane Hymen.
Ou: voy. CUNNUS.

(N) EUNUCHUS, _i_, m. Triste sujet, homme nul, impropre au plaisir des
dames et, par consquent, l'objet de leur antipathie. En Asie, ils sont
les gardiens de la vertu des belles; mais celui qui porte la clef de
leur trsor est toujours sr de s'en rendre matre, malgr ces odieux
Argus. En France, et surtout en Italie, ils sont fort utiles aux
prlats, soit pour la musique de la cathdrale, soit pour un usage moins
canonique.

Il y a cependant des eunuques  qui il reste l'image de la virilit, et
qui n'en ont perdu que les tmoins: ceux-ci sont encore utiles au beau
sexe, qui s'en amuse sans danger pour la grossesse. Martial a dit:

    _Cur tantum eunuchos habeat tua Gellia quaeris,
        Pannice? Vult futui Gellia, non parere._

EXERCINATES, _is_, _omn. gen._ Qui sait remuer les fesses; savant en
l'exercice des fesses; dress au mange des fesses; qui sait jouer du
croupion.

EXFORNICOR, _ari_. Pcher contre nature.

EXFUTIO, _is, ui, utum, ire_. nerver; effouter[110].

  [110] Rendre nul, impuissant.

EXFUTUTOR, _oris_, m. EXFUTUTRIX, _icis_, f. Qui nerve; qui effoute.

EXFUTUTUS, _a, um_. _Catull._ nerv; effout[111].

  [111] _Latera exfututa_: flancs mis  sec par trop de jouissance.

EXIMEQUI, _orum_. m. Pourvoyeurs d'amour.

(N) EXOLETUS, _a, um_. Us, ananti par les dbauches.

EXONIROTTICUS, _a, um_. A qui les pollutions nocturnes sont frquentes;
qui rpand d'ordinaire sa semence pendant la nuit.

EXONIROGMUS, _i_, m. coulement de semence involontaire pendant le
sommeil.

(N) EXPATRO, _as, are_. Faire la douce affaire. V. PATRO.

EXPERTA PUELLA VIRUM. _Hor._ Fille qui sait ce que c'est qu'un homme;
fille qui connat par exprience les plaisirs qu'un homme peut lui
procurer; fille qui s'est fait essayer; fille qui a combattu en champ
clos; fille qui s'est prouve avec un homme.

EXPROCOR, _ari_. Demander la courtoisie. Ou: obtenir la dernire faveur.

EXPUGNATOR PUDICITIAE. _Cic._ Un galant dangereux; un crocheteur de
pucelages; un forceur de remparts amoureux[112].

  [112] Un dnicheur de vertu.

EXPUGNARE PUDICITIAM PUELLAE. _Cic._ Forcer un jeune coeur  se rendre 
ses dsirs galants; tirer les premires faveurs d'une jeune fille; venir
 bout d'une jeune personne; avoir les gants d'une belle; obliger un
jeune enfant  cder  ses galanteries; crocheter un pucelage; cueillir
les premiers fruits de l'amour.

(N) EXSORBERE VIROS. Avaler des hommes (par mtaphore.) C'est assez pour
les dames d'avaler la partie qui leur plat davantage, et cela par la
voie ordinaire; car l'ide de l'extraordinaire fait vomir.




F


(N) FACILIS VIRIS. Complaisant avec les hommes; ne sachant pas les
refuser, quand mme il s'agirait d'offenser la nature.

FACIO, _is, ere_. _Plaut._ Faire ce qu'on appelle _faire_[113].

  [113] Par excellence. C'est agir d'une manire agrable.

FACTURIO, _is, ivi, itum, ire_. _Plaut._ Avoir envie de le faire;
souhaiter de travailler d'aprs nature[114].

  [114] Dsirer ardemment le dduit.

FASCINOSUS, _a, um_. _Priap._ Bien fourni du charme viril; amplement
pourvu de ce qui charme les belles; qui a un grand persuasif en amour.

FASCINUM, _i_, n. _Hor._ Le membre par excellence; le charme viril; le
laboureur naturel[115].

  [115] L'instrument de la propagation humaine.

FASCINUS, _i_, m. _Petr._ Petite figure du laboureur naturel qu'on
pendait au cou des enfants pour les prserver des charmes; le
contre-charme de Priape[116].

  [116] Les Vestales sacrifiaient au culte du dieu _Fascinus_, et
    peut-tre s'en servaient-elles comme de correctif au voeu de
    virginit qui leur interdisait tout commerce charnel avec les
    hommes. Pauvre consolation, mais bien connue des Religieuses qu'on
    vient de rendre  la socit. Que de dvotes le dieu _Fascinus_ va
    perdre!

FELES VIRGINALIS ou VIRGINARIA, f. _Plaut._ Celui ou celle qui drobe
des jeunes filles pour les ddier  Vnus[117].

  [117] Corruptrice de jeunes filles.

FELES PULLARIA, f. _Auson._ Qui enlve des petits garons pour en faire
des Ganymdes[118].

  [118] Autre genre de corruption, mais contraire aux lois de la Nature.

FELLATOR, _oris_, m. _Mart._ Suceur; qui boit des hommes; qui suce le
doigt qui est sans os.

FELLATRIX, _icis_, f. Suceuse; qui emploie la bouche suprieure 
l'usage de l'infrieure; qui boit des hommes.

FELLICANDUS, _a, um_. _Solin._ Qu'on donne  sucer; qu'on donne  teter.

FELLICATIO, _onis_, f. Le sucement; l'action de teter le trayon
amoureux.

FELLICO, _onis_, m. V. FELLATOR.

FELLICO, _as, are_. _Solin._ Sucer, teter.

FELLITO, _as, are_. _Solin._ Sucer souvent.

FELLO, _as, are_. _Mart._ Sucer, teter. Ou: sucer le doigt qui n'a point
d'os; teter ce qui n'est pas fait pour tre tet; prendre  la bouche le
trayon amoureux[119].

  [119] Se dit des femmes qui consentent  cette vilenie.

FEMINAL, _is_, n. L'endroit par o les femmes se distinguent[120].

  [120] La partie spcifique du sexe fminin.

FEMINALIA, _um_, n. _Suet._ Haut de chausses, caleons, et tout ce qui
sert  couvrir les cuisses et les parties de la gnration.

(N) FEMEN, FEMINA, n. Se prend quelquefois pour _femur_ et _femora_. On
veut aussi que cela signifie le chemin de la cration, ce qui ne serait
pas extraordinaire, vu la proximit.

(N) FEMUR et FEMORA, n. Les cuisses, ou les grosses colonnes du temple
de Cypris; ou le temple lui-mme. _Femori conserere femur, committere,
vel imponere_: jouir, confondre deux corps en un.

(N) FESCENNINI VERSUS. Vers obscnes qui se chantaient aux noces.
Catulle, dans l'Epithalame de Julie et de Manlius, dit:

    _Nec diu taceat procax
    Fescennina locutio._

Lorsqu'on veut dire des injures en vers, cela s'appelle _Fescennina
licentia_.

(N) FIBULA, _ae_, f. Cadenas de chastet; gaine o l'on renfermait les
instruments de la gnration, soit pour les cacher par pudeur, soit pour
empcher les jeunes gens d'en abuser, ou les chanteurs de perdre leur
voix. Les Juifs en faisaient assez d'usage: c'est ce que Martial appelle
_Judaeum pondus_.

_Fibula_ indique aussi l'anneau de sagesse dont les Anciens se bridaient
le prpuce en le passant  travers des deux cts de cette peau qui
couvre le gland. On le soudait lorsqu'on voulait le conserver longtemps;
mais je pense que le plus grand nombre ressemblaient aux anneaux qui
servent  enchaner plusieurs clefs. _Fibulare_, _infibulare, fibulatio,
infibulatio_, drivent de _fibula_. Quelques religieux Asiatiques ont
conserv l'infibulation par esprit de pnitence. _Theca_ est synonyme de
_fibula_.

FLAGITATUS, _a, um_. _Fest._ Qui s'est laiss employer aux usages
amoureux; qu'on a mis en oeuvre en amour.

FLAGITO, _as, are_. _Apul._ Employer aux usages amoureux; soumettre aux
dsirs amoureux; mettre en oeuvre amoureusement.

FLAGITARE ANCILLAM. _Ulp._ Mettre en oeuvre sa servante; employer
amoureusement sa servante.

(N) FLAGITIUM, _ii_, n. Crime que les jeunes filles pardonnent  l'amant
chri. Le viol est un attentat contre la pudeur: l'amour seul peut le
faire pardonner.

FLOS, _oris_, m. _Catull._ Le pucelage.

(N) FODERE JACENTEM. Sonder quelqu'un amoureusement. V. STUPRO.

    _Servus erit minus ille miser, qui foderit agrum,
    Quam dominum..._

  (_Juven._)

FORNIX, _icis_, f. _Hor._ Maison de plaisir; bordel; lieu de
prostitution; maison de dbauche. Ou (_Suet._): personne prostitue de
l'un ou de l'autre sexe; fille de commodit; ou: Ganymde.

FORNIX BITHYNICUS. _Suet._ Jules Csar, galantis dans sa jeunesse par
Nicodme, roi de Bithynie.

(N) FOSSAE INGUINIS. Priphrase. V. CUNNUS. _Fossa notissima cinaedis_
est le contraire de _cunnus_.

FRANGO, _is, ere_. Ganymdiser.

(N) FRICARE TERGA, FRICARE MEATUM VENERIS. Frotter, lectriser la partie
amoureuse. Le frottement produit le feu: c'est ce qui rend les femmes si
endiables, que plus on les frotte et plus elles veulent tre frottes.

FRICATRIX, _icis_, f. _Mart._ Frotteuse; celle qui fait une lgre
friction sur quelque partie, soit pour le plaisir, soit pour la sant.

FRICTRIA, _ae_, FRICTRIX, _icis_, f. Tribade; femme qui veut contrefaire
l'homme dans les fonctions d'amour[121].

  [121] Mais un palliatif n'a jamais valu l'objet  remplacer.

FRUTINAL, _is_, n. _Fest._ Temple ddi  Vnus qui procure la
jouissance.

FRUTIS, _is_, f. _Solin._ Surnom de Vnus qui procure la jouissance.

FULLO, _onis_, m. _Naev._ Pdrastie. Ou: pdraste.

FULLONIUS FRUCTUS. _Plaut._ Le gland de Cupidon. _Cras mihi potandus
fructus est fullonius._ _Plaut._ Je dois demain passer par les piques;
il faudra demain que je prenne le gobet amoureux.

FURTIVA VENUS. _Ovid._ De furtives amours; un mariage clandestin; des
larcins amoureux; une amourette cache; des plaisirs d'amour
drobs[122].

  [122] Paillardise secrte.

FURTA VENUS SUA VULT CELARI. _Ovid._ Vnus pardonne les larcins qu'on
lui fait, pourvu qu'on s'en taise; la mre d'Amour impose silence sur
les faveurs qu'on lui drobe; on ne doit point parler des larcins
amoureux[123].

  [123] _Furta novare ignota Venere_: s'gayer, se ravigoter par une
    jouissance nouvelle.

FUTUITIO, _onis_, f. _Mart._ L'art de la gnration; l'exercice de
Vnus; le combat amoureux; l'enfilade amoureuse; l'estocade d'amour; la
lutte amoureuse.

FUTUO, _is, tui, tutum, ere_. _Mart._ Exercer l'art de la gnration;
combattre amoureusement; faire l'exercice de Vnus; pousser une estocade
amoureuse; le faire; baiser; lutter amoureusement; courir dans la lice
amoureuse; empaler amoureusement; donner, et recevoir le plaisir
amoureux; goter les dlices d'amour; faire la joie; enfiler
amoureusement; travailler naturellement; sangler; exploiter[124].

  [124] Et, selon Martial, tribader.

FUTUTIO, _onis_, f. _Catull._ V. FUTUITIO.

FUTUTOR, _oris_, m. FUTUTRIX, _icis_, f. _Mart._ Qui le fait; qui exerce
l'art de la gnration; qui fait l'exercice de Vnus; qui court dans la
lice amoureuse; qui combat amoureusement; qui donne, et qui reoit le
plaisir amoureux; qui gote, et fait goter les dlices d'amour; qui
travaille naturellement; qui lutte amoureusement; qui baise[125].

  [125] Martial appelle une tribade _fututor foemina_.

FUTUTUS, _a, um_. _Mart._ Exerc amoureusement; employ  l'exercice de
Vnus;  qui on l'a fait; enfil amoureusement; travaill naturellement;
bais; sangl; exploit amoureusement[126].

  [126] Caress.




G


(N) GALLUS, _i_, m. En langage ordinaire, _gallus_ est un coq; mais en
style obscne, _gallus_ veut dire un chapon, un castrat, un chanteur 
voix claire, un prtre de Cyble. _Gallo turpius est nihil Priapo._
_Mart._

(N) GANEO, _onis_, m. Libertin; pilier de mauvais lieux.

(N) GANYMEDES, _is_, m. Fils de Tros, roi des Troyens. C'tait un beau
garon, et si beau, qu'il plut  Jupiter, qui tour  tour s'amusait avec
les hommes et avec les femmes. Or donc, Jupiter en fit son page, son
chanson, son mignon, son giton, et lui donna les grandes entres  la
Cour cleste, afin de le voir plus souvent. Depuis ce temps, beaucoup de
potentats, de grands seigneurs, tant laques qu'ecclsiastiques, ont
voulu avoir leur Ganymde. Cette fantaisie gagna les villes et les
faubourgs dans les pays civiliss; et, ce qu'il y a de singulier, c'est
que des sauvages ont eu le mme got.

GENITALE, _is_, n. _Plin._ Le laboureur de nature; le coutre de la
charrue d'amour; l'instrument de la gnration; l'outil de Cupidon[127].

  [127] _Genitalia_ se dit pour les parties de la gnration.

GENITALE ARVUM. _Ovid._ V. ARVUM GENITALE.

(N) GESTIO, _is, ire_. Exprimer ses dsirs par des mouvements
involontaires, quoique trs naturels.

(N) GLANS, _dis_, f. Le gland; c'est la partie obscne de la partie
naturelle de l'homme, celle o rside la sensation la plus vive des
plaisirs Vnriens.

GLOTTISMUS, _i_, m. Un baiser  la pigeonne.

GLUBO, _is, ere_. _Varr._ V. FELLO.

GNATHO, _onis_, m. _Cic._ Suceur; qui entreprend sur l'office d'une
espce de bouche[128].

  [128] Destine par la Nature  cet usage.

GNATHONICUS, _a, um_. _Ter._ De suceur, de teteur; de suceuse, de
teteuse; qui concerne ceux dont la bouche entreprend sur l'office d'une
espce de bouche.

GNATO, _as, are_, GNATURIO, _is, ire_. Travailler  se faire une
postrit; s'exercer  la multiplication de son espce.

GRAOSOBA, _ae_, m. Consolateur d'une vieille amoureuse: savetier en
amour; amoureux charitable qui ne ddaigne pas la vieillesse[129].

  [129] Nos abbs, par prudence, se sont destins  ce service: il y a
    trop de danger avec les jeunes.

GREGARIA VENUS. _Solin._ Une coureuse; une Vnus du tiers-ordre; une
raccrocheuse nocturne; une chauve-souris d'amour; une  tous venants
beau jeu; une femme du genre humain. Ou: inclination pour les matresses
du public; penchant pour celles qui ne refusent personne; attache pour
les publiques.




H


HABERE REM CUM ALIQUA, _Ter._ NOTITIAM & FOEMINAE. _Cic._ Avoir avec une
femme le commerce le plus particulier; connatre  fond une femme autant
qu'il se peut faire; avoir les plus troites liaisons avec une belle;
prendre connaissance d'une belle personne de la manire la plus intime;
avoir affaire avec une femme[130].

  [130] La possder entirement.

HARPOCRATEM REDDERE. _Catull._ Empcher de parler en mettant quelque
chose dans la bouche; engager une bouche au silence en l'occupant aux
fonctions d'une autre espce de bouche; obliger  se taire en faisant
subir  la bouche la peine dont le gardien des jardins menace les
voleurs qui ont de la barbe; rendre muet en mettant le doigt amoureux 
la bouche; fermer la bouche en faisant prendre le gobet amoureux.

(N) HASTA, _ae_, f. Pique d'amour; sceptre de Cythre. Voy. MENTULA:
c'est le mot propre; celui-ci n'est que figur.

(N) HEMITHEON, _is_, m. Hmithon de Sybaris, auteur de livres
Sybaritiques cits par Martial et Lucien pour leur lubricit.

(N) HERMAPHRODITUS, _a, um_. Hermaphrodite: tre neutre, qui porte
souvent les marques spcifiques des deux sexes et qui n'est parfaitement
d'aucun. Cela s'appelle une curiosit d'histoire naturelle. En amour,
ces tres ne sont bons que pour les personnes qui n'aiment pas les
routes ordinaires.

HILLAS CAEDERE. _Laber._ Chercher une femme dans sa main[131].

  [131] Tuer des hommes dans leur plus tendre enfance.

(N) HIPPOMANES, _is_, n. C'est la liqueur qui sort de la vulve d'une
jument lorsqu'elle est en chaleur. Les sorcires et empoisonneuses s'en
servaient dans la composition de leurs drogues infernales.

HIPPOPORNOS, _i_, f. Amoureuse d'un cheval: surnom de Crs lorsque,
s'tant change en cavale, Neptune, son frre, sous la figure d'un
cheval, l'engrossa. Surnom de Philyra, mre du centaure Chiron,
engrosse par Neptune sous la figure d'un cheval. Surnom de Mduse, que
Neptune, sous la figure d'un cheval, engrossa du cheval ail
Pgase[132].

  [132] Les dieux des Anciens avaient tous les vices, et il parat que
    Neptune tait le patron de la bestialit.

HIPPOS, _i_, m. Le coursier d'amour.

(N) HIRQUITALLUS, _i_, m. _Fest._ Jeune garon qui s'abandonne  l'amour
Socratique, qui souffre les caresses des hommes.

HORTI HESPERIDUM. Les jardins de l'Amour[133].

  [133] _Hortus Cupidinis_ dit la mme chose au singulier.

HUMIDUS LACUS. _Plaut._ Le lac o l'on pche quelquefois de cuisants
souvenirs.

HYSTERA, _ae_, f. La matrice; ou: le chemin qui conduit  la matrice, la
gaine.

HYSTERICA, _ae_, f. Suffocation de matrice: maladie qui ordinairement se
gurit par l'introduction d'un pessaire vivant[134].

  [134] Les mdecins de cette maladie sont trs faciles  trouver; c'est
    pourquoi rarement les femmes en meurent. Les plus honntes,
    cependant, sont celles qui l'prouvent le plus souvent.




I


(N) ILLIC. L;  l'endroit. _Illic habere manum_: avoir la main 
l'endroit du plaisir.

(N) ILLUD. Cela. Faire cela; se donner du plaisir plus ou moins
gracieux, plus ou moins hrtique.

ILLUDERE CORPORI MULIERIS. _Quint. Curt._ Se divertir avec une femme;
tirer d'une femme tout le plaisir qu'on en peut prendre. Ou: Ganymdiser
une femme[135].

  [135] S'amuser avec une femme par tous les bouts.

ILLUDERE FOEMINARUM CAPITIBUS. _Suet._ ter aux femmes l'usage de la
parole d'une manire toute extraordinaire; priver les femmes de deux
plaisirs qui leur sont chers, en leur fermant la bouche d'une faon peu
sante, et laissant l'autre mcher  vide.

IMMEIERE VULVAE PATRICIAE. _Pers._ Pisser dans un pot de chambre de
qualit[136].

  [136] Consacrer ses soins aux dames de qualit. Autrefois ces soins
    menaient  la fortune les gens de lettres et les abbs.

IMMINUERE VIRGINIS PUDICITIAM. _Plaut._ Dpuceler une fille; avoir le
pucelage d'une belle. Ou: apprivoiser une fille; accoutumer une belle
aux caresses; mettre amoureusement une belle sur le pied de ne pas
s'effaroucher; branler la retenue d'une jeune personne; corner la
fermet d'une jeune enfant[137].

  [137] Faire une brche  la pudeur.

(N) IMPUDICUS, _a, um_. Paillard ou paillarde: reproche que l'on fait
aux gens qui aiment  goter le plaisir amoureux. _Impudicum digitum
ostendere_: montrer le doigt impudique, que les Anciens appelaient le
doigt infme. C'est le doigt du milieu qui, par sa longueur, fait le
mieux plaisir aux belles, ou sert  indiquer la secte des amoureux.

(N) IMPURUS, _a, um_. Impudique; crapuleux libertin qui laisse souiller
son corps par des complaisances infmes.

(N) INACHIDOS LIMINA. Le portique du temple d'Isis, ou le temple mme de
cette desse, o se rendent tous ceux qui font des plaisirs de l'amour
leur occupation favorite. Voy. ISIACA SACRA.

INAM CAEDERE. Jeter un homme  terre, tant cinq contre un; branler la
pique sans faire peur  personne; rpandre un homme informe; se battre
amoureusement contre l'air.

(N) INCESTARE SE INVICEM. _Suet._ Se livrer  qui mieux mieux  la
luxure; se souiller mutuellement par la plus sale lubricit; faire le
chapelet comme les colimaons; s'enfiler rciproquement; se tenir comme
les hannetons.

(N) INCESTUM, _i_, n. Toute copulation contraire aux lois de la nature
ou de la socit est un inceste, ou manque de respect envers l'une ou
l'autre. _Cestum_ est la ceinture dont Vnus ornait les filles sages qui
se destinaient au mariage, et Vnus n'a jamais prsid aux mariages que
la chastet rprouve: de l on a nomm incestueux les gens qui violaient
la chastet.

INCUBA, _ae_, f. Celle qui veut prendre le dessus dans la lutte
amoureuse; celle qui, dans le combat d'amour, se veut soumettre ce
qu'elle aime; celle qui veut primer dans les exercices
androgyniques[138].

  [138] C'est de l'orgueil tout pur. Il faut esprer que les femmes
    nobles y renonceront dornavant, en admettant leurs infrieurs dans
    leur lit; car on les accuse de conserver, mme en amour, l'tiquette
    du rang.

INCUBITATUS, _a, um_. _Plaut._ A qui l'on a introduit un pessaire anim,
ou un suppositoire vivant.

(N) INCLINARE MARITOS IPSOS. _Juv._ Courber les maris aprs avoir
renvers leurs femmes. Voy. INCURVO.

INCURVO, _as, are_. _Mart._ Faire montrer le nord de l'aiguille animale;
le faire prsenter beau[139].

  [139] Faire ramasser des cerises aux jeunes gens. _Inclinare_ exprime
    la mme chose. _Inclinare discipulos_: habitude de collge dont il
    faut se garder.

INEO, _is, ire_. _Cic._ _Idem ac_ COEO. Prendre le plaisir amoureux;
jouir de ses amours; entrer dans le plus particulier de ce qu'on aime;
pntrer dans l'intime de l'objet aim.

(N) INEQUITATIO, _onis_. f. L'une des postures amoureuses dont on donne
des leons  Lampsaque: c'est celle o la femme se met  cheval sur son
amie pour tribader, ou, plus agrablement, sur son ami, pour en recevoir
ou lui donner plus de plaisir. Voy. EQUITO.

INERRARE IN FILIOS. _Minut. Fel._ Se tromper en prenant amoureusement de
jeunes garons pour des filles.

INIRE ALIQUAM. _Suet._ Faire galanterie avec une belle; sonder
l'intrieur d'une jolie personne.

INIRE CUBILE ALICUJUS. _Cic._ Se mler de partager avec quelqu'un les
plaisirs de son lit; entrer dans les plaisirs secrets de la femme
d'autrui[140].

  [140] Cocufier.

INFAMIAM (AD) USQUE ORIS LIBIDINIBUS & FLAGRARE. _Suet._ tre si drgl
dans ses plaisirs que d'en salir sa bouche ou celle d'autrui.

INFAMIS DIGITUS[141]. _Pers._ Le doigt du milieu de la main ( cause de
certains usages auxquels il est prfrablement employ).

  [141] _Vel impudicus._

INFORATIO, _onis_, f. L'action de mettre amoureusement en perce.

INFORATOR, _oris_, m. _Apul._ Celui qui, par plaisir, perce un trou qui
est dj tout fait[142].

  [142] Enfonceur de porte ouverte.

INFORATUS, _a, um_. Qu'on a mis amoureusement en perce.

INFORO, _as, are_. _Plaut._ Percer amoureusement un trou qui est dj
perc.

(N) INGUEN, _inis_; INGUINA, _um_, n. Les parties naturelles de l'homme
et de la femme, et tout ce qui les avoisine, comme l'aine, le haut des
cuisses, le bas-ventre, etc. _Inguina recutita._ _Hor._ Les parties de
l'homme marques de la circoncision, ou dont la peau du prpuce a t
coupe.

INSCENSUS, _us_, m. _Apul._ La cavalcade d'amour; le mange amoureux; le
saut sur les quatre quartiers.

INTERFEMINEUM, _i_, n. _Apul._ A l'gard des hommes: le prine,
l'entrefesson. Ou,  l'gard des femmes: la situation d'o un des
moindres animaux, voulant viter Scylla, tomberait en Charybde. Ou: le
dtroit d'entre les deux colonnes de Vnus[143].

  [143] Le pont du Diable qui spare Charybde de Scylla.

INTERNUCULUS, _i_, m. _Petr._ Un petit Ganymde.

INTESTABILIS, m. f., _le_, n., INTESTATUS, _a, um_, INTESTIS, m. f.,
_te_, n. _Plaut._ Lger de deux grains au trbuchet d'Amour;  qui on a
enlev les tmoins amoureux; qui manque de tmoins pour prouver sa
galanterie; eunuque; chtr; chapon; chaponn.

INVITARE IN AMPLEXUS, ATQUE IN CUBITUM. Demander la courtoisie; prier
d'amour (grce que ce galant d'empereur Caligula demandait  la
Lune)[144].

  [144] Jouer le rle de Putiphar avec Joseph.

IRRUMATIO, _onis_, f. _Catull._ L'action de faire teter  la bouche
suprieure ce qui n'est fait que pour l'infrieure.

IRRUMATOR, _oris_, m. _Catull._ Celui qui fait prendre  la bouche d'en
haut ce qui n'est d qu' la bouche d'en bas; qui fait servir la bouche
suprieure  l'usage de l'infrieure; qui met  la bouche le gobet
amoureux[145].

  [145] Cet expdient tait ncessaire aux vieux libertins uss par la
    jouissance, et, lorsqu'on voyait un vieillard rechercher les femmes,
    _irrumatorem esse suspicabatur_ (Dussaulx, sur Juvnal, p. 399). On
    appelait les femmes qui se livraient  cette lubricit,
    _fellatrices_. Les hommes s'en mlaient aussi: car de quoi ne se
    mlent-ils pas? Il parat que ce badinage tait fort usit en Italie
    du temps des Romains: on en juge par le frquent emploi du mot dans
    les auteurs Latins. Les artistes Grecs ont reproduit cette action
    dans leurs peintures: tmoin le tableau de Parrhasius, dans lequel
    Atalante se voit reprsente  genoux devant Mlagre, qu'elle
    caresse  la mode des Lesbiennes.

IRRUMATUS, _a, um_. _Mart._ Dont la bouche a servi  l'usage de certaine
autre bouche; qui a pris avec la bouche le gobet amoureux; irrum;  qui
l'on a fait teter le trayon amoureux.

IRRUMO, _as, are_. _Mart._ Faire teter le trayon amoureux; employer la
bouche suprieure aux usages de l'infrieure; faire prendre avec la
bouche le gobet d'amour; donner  la bouche d'en haut ce qui n'est d
qu' la bouche d'en bas; faire servir la bouche de vase amoureux;
irrumer[146].

  [146] Se dit des hommes qui usent entre eux de cette affreuse
    jouissance.

ISIACA SACRA. Le plus secret du mystre amoureux; le sacrifice d'amour;
les mystres de Vnus.

ISICAE SACRARIA LUNAE. _Juv._ Les petits temples d'Isis, o quantit
d'aventures galantes se mettaient  fin[147].

  [147] Les mystres de cette desse devinrent ceux de l'amour et de la
    dbauche. Le culte en fut proscrit sous le consulat de Pison et de
    Gabinius; mais Auguste le rtablit, pour amuser le peuple qu'il
    voulait asservir.

ITHYPHALLUS, _i_, m. Le Priape en belle humeur port en procession, et
les posies qu'on y chantait  sa louange, aux ftes d'Osiris en gypte,
et  celles de Bacchus et de Priape  Athnes.




J


(N) JACEO, _es, ere_. tre couch dans une posture favorable au plaisir.
_Briseis multum aversa jacebat_: Brisis, selon Martial, voyait trs
frquemment la feuille  l'envers; c'est qu'elle avait un hros pour
ami.

(N) JUDAEUM PONDUS. Le paquet des trois pices utiles  la gnration.
Voy. FIBULA, PENSILIA, PONDUS.




K


(N) KALENDAE FOEMINEAE. Les Calendes de Mars, pendant lesquelles il y
avait, dans l'intrieur des maisons, des ftes pour les domestiques du
genre fminin. Les matresses les servaient alors, comme les matres
servaient leurs esclaves mles pendant les Saturnales. Ces ftes taient
appeles _Matronalia_. Les uns veulent qu'elles aient t institues en
mmoire de la paix avec les Sabins  pareille poque, pour cause de
l'enlvement des Sabines; d'autres disent que c'est en l'honneur de
Vnus. Il en est aussi qui assurent que les premiers jours du printemps
taient comme des jours de fte pour les dames; qu'elles paraient leurs
appartements, et qu'alors elles recevaient des prsents de leurs maris
ou de leurs galants. Juvnal reprend quelques hommes effmins de son
sicle pour les imiter en cela (Sat. IX, vers 46 et suiv.).




L


LABDA, _ae_, m. f. _Varr._ Qui fait usurper  sa bouche l'emploi d'une
autre espce de bouche; qui engloutit des hommes liquides; qui boit le
plaisir amoureux; qui dvore les hommes avant qu'ils puissent tre vus.

LABDACE, _es_, f. _Varr._ Le suage du trayon amoureux; le sucement du
doigt qui est sans os; l'action de faire servir sa bouche aux usages
d'une autre espce de bouche.

(N) LABRA MORDERE. Pincer avec les dents les lvres de sa mie. Ces
petits amusements ont lieu en attendant des plaisirs plus vifs.

LACINATA MULIER. _Petr._ Femme qu'on a dchire  force de vouloir lui
faire plaisir.

LAECASTRA, _ae_, f. Une courtisane sous les armes; une fille commode en
quipage de conqute.

LAECACITAS, _atis_, f. Maquerellage. Ou: paillardise.

LAECATOR, _oris_, m. Pourvoyeur d'amour. Ou: paillard.

LAECO, _as, are_. Faire un maquerellage. Ou: paillarder, faire la joie.

(N) LAEVIS. Voy. LEVIS.

(N) LAMBERE MEDIOS VIROS. Faire un mtier de chien; Voy. DEMITTERE
CAPUT, PHOENICISSARE, TERERE INGUINA. C'est faire aux dames, avec la
langue, le mme plaisir qu'elles font aux hommes avec la bouche.

LAMPADIUM, _ii_, n. Sortes de filles de joie qui se tenaient la nuit
dans les rues avec une petite lampe  la main, afin que le marchand pt
voir si la marchandise lui plaisait. A Rome, il y a encore de petits
coquins qu'on trouve assis le soir dans les places et dans les rues,
avec une petite lumire, et qui crient de temps en temps: _Chi me vuol
levar?_

(N) LAMPSACUM, _i_, n. Lampsaque, ville de Bithynie, clbre par le
culte de Vnus, de Cupidon et de Cyble. C'est  Lampsaque que le dieu
Priape, fils de Bacchus et de Vnus, fut lev. Par reconnaissance, il
fit toutes sortes de niches aux habitants de cette ville, c'est--dire
aux maris des plus belles femmes, ce qui d'abord le fit chasser. Il
finit cependant par y tre ador, et son culte y devint public.

LANDICA, _ae_, f. Voy. CUNNUS.

LANGORES, _orum_, m. Dbauchs aux femmes.

LANGUS, _i_, m. Adonn aux femmes. Ou: bardache.

LANUVINI, _orum_, m. _Cic._ Les tmoins d'amour, vnrables par leur
barbe.

LANUVIUM, _ii_, n. _Prop._ La foulerie d'Amour; le fouloir de Vnus; la
fouloire de Cupidon.

(N) LASCIVIA, _ae_, f. Lubricit; recherche des moyens de varier,
augmenter, suspendre ou prolonger les plaisirs amoureux. _Improbitas
Venerea_, selon Juvnal.

(N) LASCIVIRE. C'est prolonger la jouissance; user des plaisirs de
l'amour tantt avec dlicatesse, quelquefois avec assez d'emportement
pour se mettre hors de combat.

LASTAURUS, _i_, m. Celui qu'en amour on appelle bien fourni; qui est
bien emmanch. Ou: qui a l'entrefesson velu. Ou: l'entrefesson, le
prine. Ou: paillard, ribaud.

(N) LATUS MOLLE. La croupe, les parties suprieures aux fesses; le
fessier lui-mme.

    _Quantum et quale latus! quam juvenile femur!_

  (_Ovid._)

(N) LAXUS, _a, um_. Se dit des hommes et des femmes dont le vase
amoureux s'est largi  force de servir. Il y a du remde avec
l'_onguent de la Comtesse_; mais les palliatifs ne rendent jamais  la
nature son vrai mrite.

LECTAMBULUS, _i_, m. Qui essaie de diverses garnitures de lit sans se
fixer  pas une; un pirate d'amour; galant qui se divertit aux dpens
des maris; un amant qui vit sur le commun; un corsaire en amour; qui
court le bon bord en amour.

LECTICARIOLA, _ae_, f. _Mart._ Une femme qui trouve du ragot dans les
porteurs de chaise.

LECTI FURTIVI FOEDERA. _Tib._ Les secrtes liaisons o les larcins
amoureux engagent; les tendres engagements que font prendre les vols que
l'on fait en amour.

LEGAEGYNAECES, _cum_, f. Femmes pres  la cure; gaillardes de grand
apptit[148].

  [148] Femmes  temprament.

LENA, _ae_, f. _Plaut._ Appareilleuse; conciliatrice de volonts;
entremetteuse; mdiatrice de plaisir; pourvoyeuse d'amour; maquerelle;
ministre de Vnus[149].

  [149] Tante d'Opra. _Lena juventa_, dans Ausone: la fracheur de
    l'ge attire les hommages.

LENO, _onis_, m. _Ter._ Marchand d'esclaves. Ou: ministre d'amour;
intendant des plaisirs amoureux; pourvoyeur d'amour; appareilleur de
Vnus; agent de change en amour; conciliateur de volonts amoureuses;
courtier de plaisirs; maquereau; mdiateur de tendres unions[150].

  [150] Accapareur de filles; marchand de chair humaine.

LENO, _as, are_. _Vet. epigr._ tre marchand d'esclaves. Ou: fournir des
sujets de plaisirs amoureux; concilier les volonts en amour; tre
ministre de Vnus; appareiller des amants; tre courtier de plaisir; se
mler de pourvoir aux besoins amoureux; tre pourvoyeur de Cupidon; tre
agent de change en amour; faire trafic de ce que recherchent les amants;
s'entremettre d'unir les coeurs et les corps; tre mdiateur de tendres
unions; faire commerce de marchandise amoureuse; ngocier en faveur des
amants; battre la caisse pour enrler sous les tendards de Vnus;
maquereller; prostituer.

LENOCINAMENTUM, _i_, n. Voy. LENOCINIUM.

LENOCINATOR, _oris_, m. Voy. LENO.

LENOCINE, adv. _Lamprid._ En maquereau;  la manire des pourvoyeurs
d'amour; en courtier de Vnus; par maquerellage.

LENOCINIUM, _ii_, n. _Cic._ Trafic d'esclaves. Ou: conciliation de
volonts en amour; intendance de plaisirs amoureux; trafic d'union de
coeurs et de corps; charge de pourvoyeur de Vnus; mdiation entre les
amants; commerce de sujets de plaisirs amoureux; emploi d'appareilleur
d'amants; courtage de plaisir; ngociation en faveur des amants; office
d'entremetteur d'amour; ngoce de marchandise amoureuse; commerce de
prostitution. Ou (_Sueton._): coquetterie; air coquet; soin excessif de
se parer; affterie; affectation dans la propret; manire affte.

LENONICE, adv. Voy. LENOCINE.

LENONIUS, _a, um_. _Plaut._ Qui concerne les marchands d'esclaves. Ou:
qui concerne les ministres des plaisirs amoureux.

LEPUS, _oris_, m. _Ter._ Qui est, comme le livre, tantt mle, tantt
femelle; qui se laisse Ganymdiser. Ou (_Ovid._): le livre qu'on fait
lever pour le mener au gte. Ou (_Plaut._): Terme de caresse amoureuse.

LESBIO, _as, are_. Aimer  la manire de Sapho; vouloir imiter les
hommes dans les caresses qu'on fait aux belles personnes de son sexe;
tribader[151].

  [151] Gamahucher. Les Lesbiennes sont clbres pour avoir rendu la
    bouche le plus frquent organe de la volupt. Elles employaient la
    langue  se faire plaisir mutuellement, et elles affectaient la
    blancheur aux lvres.

(N) LEVIS. Homme effmin, qui prend soin de son corps comme une femme;
qui se fait piler pour qu'on se mprenne  la douceur de sa peau, et
pour mieux jouer le rle de femme.

LIBIDINES IN ALIQUO FACERE. _Catull._ Soumettre quelqu'un au drglement
de ses passions[152].

  [152] _Libido praepostera_: passion bizarre des non-conformistes.

(N) LIBIDINOR, _aris, ari_. Polissonner; s'abandonner  la dbauche.

(N) LIBIDINOSUS, _a, um_. Dbauch; libertin, tantt impudique, et
tantt voluptueux.

(N) LIBIDO, _inis_, f. Passion; dsir; volont; fantaisie; dbauche.

LIGURIRE NATURAM CAPRIS. _Suet._ Employer sa langue  dcouvrir la
propret de la nature de nos chvres[153].

  [153] Il est difficile de rendre proprement cette expression. Voy.
    LESBIO, TERERE INGUINA.

LIMARE CAPUT CUM ALIQUA. _Plaut._ Donner  une personne et en recevoir
coup sur coup des baisers affectueux; s'entrebaisotter. Ou: joindre de
prs une belle; se frotter avec elle.

(N) LINGERE CUNNUM. Voy. LIGURIRE et CUNNILINGUS. Fantaisie
ultramontaine et Florentine: les Franais ont le coeur trop faible pour
s'y livrer aussi frquemment que les Italiens. Selon Martial, Eryx, fils
de Vnus et de Butis, en est mort; mais les mythologistes prtendent
qu'Hercule l'a tu, ce qui est bien diffrent.

(N) LINGUA MALA. Mauvaise langue, en terme ordinaire. Ici, cela veut
dire une langue impudique, lubrique. Voy. LAMBERE MEDIOS VIROS.

(N) LINGUA MARITUS. _Martial._ Langue qui entreprend sur les droits d'un
mari, d'un amant.

LONGANO, _onis_, m. _Varr._ L'intestin rectum, que les Italiens
appellent _budel gentile_. Pourquoi cela? je m'en rapporte. Le boyau
culier; le gros boyau[154].

  [154] Le gentil boyau: instrument de fantaisie.

LONGANON, _is_, m. _Veget._ LONGANUM, _i_, n. Voy. LONGANO.

LUCUS HUMIDUS. _Plaut._ Le bosquet que l'Amour a soin d'arroser.

LUDERE, EDERE, BIBERE. _Hor._ Boire, manger, dormir  l'Hbraque.

LUDERE IN UMBRA VOLUPTATIS. _Petr._ Se divertir en ide; goter des
plaisirs en imagination; s'arrter  des volupts imaginaires. Ou:
prluder amoureusement; tter le clavier amoureux.

LUDERE CUM ALIQUA. _Petr._ Badiner avec une personne; se jouer avec une
belle; se divertir avec quelqu'une[155].

  [155] Foltrer, prluder, batifoler.

(N) LUMBI, _orum_, m. Les reins: le levier d'amour; la puissance motrice
et gnratrice; la source de la liqueur sminale.

LUPA, _ae_, f. _Cic._ Courtisane; fille de joie; personne de commodit.

LUPAL, LUPANAR, _is_, n. _Juv._ Lieu de plaisir; maison de commodit;
retraite de dbauche; bordel.

LUPANARIS, m. f., _re_, n. _Apul._ De maison de commodit; de bordel;
qui concerne les lieux de plaisir.

LUPANARIUM, _ii_, n. _Ulp._ Voy. LUPANAR.

LUPANARIUS, _ii_, m. _Lamprid._ Suppt de bordel; un souteneur; un
mangeur de blanc. Ou: coureur d'aiguillette.

LUPOR, _ari_, dp. _Accius._ Courir l'aiguillette; rechercher les belles
apprivoises; mordre sur toute bte comme un chien d'amour affam; en
vouloir jusqu'aux chvres coiffes; ne mpriser pas en amour les restes
du genre humain; se plonger dans la dbauche des femmes.

LUSIZONOS, _i_, f. Celle qui a prouv ce que vaut un homme; personne
qui a fait exprience des talents amoureux d'un galant; fille qui a
expriment combien un homme peut tre utile au sexe[156].

  [156] Voy. LYZIZONA.

LUSTRO, _onis_, m. _Catull._ Chercheur de bonnes fortunes aises;
fureteur de lieux de plaisir; coureur d'aiguillette.

LUSTROR, _ari_, dp. _Plaut._ Courir l'aiguillette; fureter les lieux de
plaisir; frquenter les maisons de commodit.

LUSTRUM, _i_, n. _Cic._ Lieu de plaisir; maison de commodit; bordel.

(N) LUXURIA, _ae_, LUXURIES, _ei_, f. La luxure; la dbauche;
l'impuret.

                _... Saevior armis
    Luxuria incubuit, victumque ulciscitur orbem._

  (_Juven._)

Le pch de luxure a son agrment, lorsqu'il n'est pas pouss trop loin.

LYZIZONA, _ae_, f. Fille devenue femme; celle qui a fait preuve des
bons offices mutuels que les deux sexes peuvent se rendre. Voy.
LUSIZONOS.




M


MACROCAULUS, MACROCOLUS, _i_, m. Piquier dans le rgiment de Vnus;
lancier en la milice d'Amour; un longue-queue.

(N) MAENADES, _dum_, f. C'taient des espces de prtresses de Bacchus
ou de Priape, qui, dans les ftes de Crs, ou de la Bonne Desse, ou
d'Isis, contrefaisaient peut-tre ensemble, par chastet, les mystres
de l'amour, comme les philosophes Socratiques les contrefaisaient entre
eux, par sagesse. Il rsultait de tout cela que de l'imitation on
voulait venir  la ralit, et que, sortant des mystres, les Mnades ou
les Bacchantes couraient aprs les hommes, _ululabant Priapum_, avec une
fureur qui cartait tout le monde. Aussi, ne trouvant personne  qui
parler, on assure qu'elles sollicitaient les animaux.

(N) MALA, _orum_, n. _Priap._ Ce sont les petites pommes de l'arbre de
vie. ve en fut gourmande, et ses descendantes ont conserv le mme
apptit pour ce fruit. Voy. COLEUS, TESTES.

(N) MAMMA, _ae_, f. La mamelle; le sein d'une femme; la pomme d'amour.
_Mamilla_ est le diminutif; le terme est plus joli, mais la chose vaut
mieux dans une belle et juste proportion. _Mamilla_ se prend aussi pour
la fraise ou le bouton qui couronne le sein d'une femme. _Mamma
inclinata_: pendard.

(N) MANGO, _onis_, m. _Mart._ Un maquignon; un Mercure procureur
d'amourettes; intendant de srail; directeur des menus plaisirs de la
cour de Cythre.

(N) MANUS PULLARIA, PROTERVA. Main libertine ou officieuse, qui rend 
d'autres le service qu'on peut se rendre  soi-mme. La jeune amie
d'Ovide ne lui refusait pas cet aimable service:

    _Hanc etiam mea non est dedignata puella
        Leniter admota sollicitare manu._

La main d'une belle femme a produit des miracles, et rajeuni des
vieillards dont le coeur toutefois n'tait pas mort:

    _Illius ad tactum Pylius juvenescere possit,
        Tithonusque annis fortior esse suis._

  (_Ovid._)

MARISCA, _ae_, f. _Mart._ (_Subaud._ FICUS). Voy. CHIA[157].

  [157] Tumeurs au fondement, par l'effet du libertinage contre nature.

MASTRUPATOR, _oris_, m. _Mart._ Voy. MASTUPRATOR.

MASTRUPOR, _ari_, dp. _Mart._ Voy. MASTUPROR.

MASTRYLLIUM, _ii_, n. Voy. LUPANAR.

MASTUPRATOR, _oris_, m. _Mart._ Assassin d'hommes informes; qui se passe
de femme parce qu'il a cinq doigts  chaque main; celui qui se conduit
par la main au plaisir; qui trouve une femme dans sa main; qui se joue 
soi-mme[158]. (En cas que ce mot soit compos de _manus_ et de
_stupror_: car s'il est fait de _mas_ et de _stupror_, il signifie un
Ganymdiseur; un puriseur; celui qui emploie dans ses plaisirs un sexe
pour l'autre; qui mtamorphose des garons en filles; un bougre.)

  [158] Un Narcisse, un Hippolyte; tout homme pris des jouissances
    solitaires: onanisme, et, pour les femmes, nymphomanie.

MASTUPROR, _ari_, dp. _Mart._ Assassiner des hommes informes; se passer
de femme parce qu'on a cinq doigts  chaque main; trouver une femme dans
sa main; se jouer  soi-mme; conduire au plaisir par la main (soi ou un
autre); clitoriser. Cette signification n'est qu'en cas que ce verbe
soit compos de _manus_ et de _stupror_: car, si on le drive de _mas_
et de _stupror_, il signifie Ganymdiser; puriser; mtamorphoser des
garons en filles; faire emploi d'un sexe pour l'autre dans ses
plaisirs[159].

  [159] User du Manuel des Solitaires.

MASTURBATOR, _oris_, m. _Mart._ Qui devient mari de sa main; ou: qui
conduit au plaisir par la main. Voy. MASTUPRATOR.

MASTURBATUS, _a, um_. _Mart._ Qui est devenu le mari de sa main; qui a
t conduit au plaisir par la main; qui s'est amoureusement chatouill
pour se faire rire; qui s'est jou soi-mme; qui a trouv une femme dans
sa main. Ou: clitoris.

MASTURBO, _are_, MASTURBOR, _ari_, dp. _Mart._ Voy. MASTUPROR.

(N) MATRIMONIUM, _ii_, n. Honnte concubinage ordonn par des lois et
fond sur des conventions entre hommes et femmes, qui presque toujours
s'en repentent. Les Anciens en usaient avec encore plus d'appareil que
les Modernes. Ils avaient une multitude de dieux, grands et petits, qui
prsidaient  toutes les crmonies du mariage. Quand la fille avait
engag sa foi, les matrones la conduisaient au dieu Priape et la
faisaient asseoir sur le membre norme de ce dieu: l, on tait la
ceinture de la jeune marie, et l'on invoquait la desse _Virginensis_.
Le dieu _Subigus_ soumettait la fille aux transports du mari. Le desse
_Prema_ la contenait sous lui pour l'empcher de remuer  contre-temps.
Enfin la desse _Pertunda_, ou Perforatrice, ouvrait  l'homme le
sentier de la volupt. Dans les Indes, ce sont les prtres qui se sont
empars de cette fonction divine. D'autres dieux et desses prsidaient
aux travaux de l'enfantement; mais ici il ne s'agit que du plaisir, et
non de la peine qui le suit.

MELLINA, _ae_, f. _Plaut._ Le cabaret o l'Amour enivre les hommes; le
lieu o l'on gote ses douceurs.

(N) MEMBROSUS, _a, um_. _Priap._ _Membrosior aequo Priapus_: bien fourni
de la pice essentielle au jeu d'amour: puissant plus que l'homme n'a
coutume de l'tre.

(N) MEMBRUM, _i_, n. Il y a beaucoup d'pithtes  ce mot. Voy. MENTULA.

MENTULA, _ae_, f. _Mart._ Le sceptre d'amour[160]; le bton de
commandement dans la milice amoureuse; le flambeau de Cupidon; le
poisson de Vnus; l'arc-boutant de Nature; le coutre de la charrue
d'amour; le serpent tentateur; le pilon du mortier amoureux; la lardoire
et le lardon dont fait piquer sa viande Cupidon; le pinceau qui redonne
la couleur aux filles; le chalumeau dont l'Amour se sert pour enfler son
ballon; le hoyau des jardins de Vnus; le bourdon des plerins amoureux;
ce qui n'est qu'une ligne droite et fait pourtant les cornes aux cocus;
le ciseau des sculpteurs d'amour; le refouloir des canonniers de Vnus;
l'aiguillon de la volupt; le prototype des chevilles; la clef du
cabinet de la mre d'Amour; l'instrument que l'Amour emploie  faire un
tui pour les mes; la quille, le mt et le gouvernail des vaisseaux
amoureux; la lame que Vnus aime bien au fourreau; le hochet des amours;
le plongeon de Vnus; le battant de la cloche amoureuse[161].

  [160] Ce sceptre amoureux a plus d'une fois procur le trne  des
    mortels favoriss de la Nature:

        _Imperium nobis mentula sola dedit._

      (_Priap._)

  [161] La plume de l'Amour.

    Voici les synonymes Latins de cette partie essentielle: _Pars
    obscena, pars tegenda, tenta, penis, telum, columna, trabs, palus,
    contus pedalis, fascinum pedale, coleata cuspis, sceptrum, seminale
    membrum, ventris arma, vena tenta, hasta, Priapus, anguis, thyrsus,
    pensilia, peculium, muto, nota virilis, virilis nervus, mutinus,
    verpa, inguen, taurus, glans, babalum, psoleon, pyramis, clavus
    Cupidinis, vir, sica, sicula vel parva sica, cauda turgens, aluta,
    pipinna, iota longum_.

MENTULATUS, _a, um_. _Plaut._ Qui est pourvu d'un grand persuasif en
amour; qui est avantageusement partag en faveur des dames; qui est bien
fourni, dou par la Nature de magnifiques talents pour le service des
belles; qui a de quoi servir le sexe  bouche que veux-tu; qui a une
ample garniture amoureuse; que Nature a libralement fourni  l'usage
des dames, bien entalent pour le sexe.

MERENDUM (AD) A LENONE COGI. _A. Gell._ tre forc par un marchand
d'esclaves  s'attirer les caresses du public par sa complaisance.

MERETRICATIO, _onis_, f. Voy. MERETRICIUM.

MERETRICIE, adv. _Plaut._ En courtisane; en coquette outre;  la
manire des filles de joie; d'un air de garce; en putain.

MERETRICIUM, _ii_, n. _Suet._ Coquetterie outre; profession de
courtisane; mtier de fille de joie.

MERETRICIUS, _a, um_. _Cic._ De coquette outre; de fille de joie; de
courtisane; de fille de commodit; de putain.

MERETRICOR, _ari_, dp. _Colum._ Frquenter les maisons de commodit;
hanter les lieux de plaisir.

MERETRICULA, _ae_, f. _Cic._ Diminutif de MERETRIX.

MERETRIX, _icis_, f. Coquette outre; courtisane; fille de commodit;
fille commode; fille de joie; garce; putain; dbauche; fille
d'amour[162].

  [162] Synonymes: _alicaria, diobolaris, elecebra, schoenicula,
    scortum_.

MERITORIUS PUER. _Cic._ Jeune mignon qu'on entretient dans la vue de
s'en servir  sa fantaisie; un Ganymde.

MERITORIA TABERNA. _Suet._ Maison de commodit.

MERITORIA SCORTA. _Suet._ Personnes qui s'attirent les bonnes grces par
des complaisances sans rserve.

(N) MOBILIS, m. f., _e_, n. Cet adjectif est pris dans un sens assez
lubrique par Ovide au second livre des _Amours_, o il parle du mrite
des femmes et soutient que celle dont la dmarche est hardie, agaante,
doit procurer sur un lit la plus voluptueuse agitation:

    _Sive procax aliqua est, capior, quia rustica non est,
        Spemque dat in molli mobilis esse thoro._

(N) MOECHA, _ae_, f. Femme marie qui se livre aux dsirs de tous les
hommes qui lui font la cour; femme adultre; impudique, infidle.

(N) MOECHISSO, _are_. Entretenir un commerce adultre; pondre dans le
nid d'autrui; cocufier son voisin, son ami, son parent.

MOECHOCINAEDUS, _i_, m. _Lucil._ Le mignon du mari et de la femme; celui
qui rend  la femme ce que lui prte le mari; celui qui souffre du mari
les caresses qu'il fait  la femme.

(N) MOECHOR, _ari_, dp. Violer le lit nuptial; dchirer le contrat de
mariage.

(N) MOECHUS, _i_, m. Mari dbauch, qui porte  la femme d'autrui ce qui
n'appartient qu' la sienne; adultre.

    _Fundum alienum arat: incultum familiarem deserit._

  (_Plaut._)

_Semitarii moechi_: libertins, coureurs de filles dans les carrefours et
les places publiques.

(N) MOLLES MARES. Hommes effmins qui se prostituent  d'autres hommes;
Ganymdes, etc. Le synonyme de _mollis_ serait le mot _facilis_. Voy.
PATHICUS.

MOLO, _is, ere_. _Petr._ Moudre amoureusement[163].

  [163] _Molitur per utramque cavernam_: moudre  tout vent; ne refuser
    aucune proposition; entreprendre en tout sens. _Molitor_, dans
    Ausone, se distingue de _moechus_ et _adulter_.

MONETA, _ae_, f. Le lieu o se frappe la monnaie d'amour; la pice avec
laquelle les femmes se font battre monnaie.

(N) MORARI GAUDIA, _vel sustinere sese in gaudiis_. _Ovid._ Suspendre,
arrter, prolonger le plaisir et la volupt d'une jouissance. C'est un
talent heureux, et auquel les amants dlicats et bien constitus savent
se livrer. Ovide prtend qu'il faut avoir sept lustres, ou trente-cinq
ans, pour bien savourer le plaisir des sens; mais cela dpend d'une
constitution plus ou moins forte.

(N) MORDERE LABELLA. _Catull._ Sorte de caresse amoureuse imite des
oiseaux, qui se mordent bec en bec dans leurs transports rotiques. La
marque qui reste quelquefois de cette morsure ne fait pas plaisir aux
dames.

MORIGERARI ORE ALICUI. _Suet._ Livrer sa bouche aux plaisirs de
quelqu'un; accommoder quelqu'un de sa bouche[164].

  [164] _Tacere_, pris obscnement, veut dire la mme chose.

MORIGERARI SIBI CUM ALIQUA. _Plaut._ Se divertir avec une belle; se
donner du plaisir avec une personne; se satisfaire avec quelque belle;
trouver une personne complaisante  tout ce qu'on veut d'elle; ne se
refuser rien auprs d'une personne.

(N) MORSIUNCULA, _ae_, f. Voy. NOTA MEMOR.

(N) MOTUS IONICI. Mouvements gracieux perfectionns par les filles
d'Ionie:

    _Motus doceri gaudet Ionicos
    Matura virgo, et fingitur artubus._

  (Horat., od. 6, l. III.)

(N) MUGILIS, _is_, m. Muge ou mulet: c'est un poisson vorace que l'on
appliquait,  Athnes, au fondement d'un homme surpris en adultre. Ce
genre de supplice devait tre cruel, en raison de la force de l'animal.
On pilait aussi le derrire de ces criminels avec de la cendre chaude,
ou on leur enfonait un raifort dans le fondement. La jalousie conjugale
a invent tous ces supplices, dont il est parl dans Catulle et Juvnal.

MULIEBRIA, _ium_, n. _Quintil._ Ce que les dames aiment  souffrir[165].

  [165] Le plaisir des dames.

MULIEBRIA PASSUS A CENTURIONE ADOLESCENS. _Quintil._ Jeune garon qui a
souffert qu'un capitaine l'enrlt au nombre des femmes.

MULIEBRIA, _ium_, n. La principale, et peut-tre l'unique chose qui fait
considrer les femmes dans le monde[166].

  [166] La distinction spcifique du sexe.

MULIEBRE BELLUM GERERE. _Cic._ Combattre une aimable ennemie; faire la
douce guerre.

MULIERO, _are_. _Varr._ Employer en guise de femme: faire servir de
femme; mtamorphoser en femme.

(N) MUSAEUS, _i_, m. Auteur de livres lubriques. Voy. ELEPHANTIS.

MUTINUS, _i_, m. Le dieu Priape, ou son arme.

MUTO, _onis_, m. _Hor._ Le membre par excellence.

MUTONIATUS, _a, um_. _Mart._ Voy. MENTULATUS.

MUTONIUM, _ii_, n. Le coin des charpentiers naturels.

MUTONUS, MUTUNUS, _i_, m. _Solin._ Voy. MUTINUS[167].

  [167] _Mutona verba_: paroles obscnes en usage parmi les libertins.

(N) MYSTAE, _arum_, m. Les prtres de Priape et de Bacchus. On peut voir
par l combien leur ministre tait utile et respectable. Les prtres
ont t partout les ministres de la dbauche et du mensonge.




N


(N) NASUTUS BENE, _vel bene mentulatus_. Bien fourni d'un instrument qui
fait plaisir aux dames; bien savant dans l'art de la luxure.

(N) NATES MOVERE. Remuer les fesses: mouvement trs naturel pendant la
dure du plaisir amoureux. _Pastas glande nates habere_: se livrer au
plaisir contre nature.

(N) NATURA, _ae_, f. Se prend pour les parties naturelles des femmes
comme des hommes.

NECESSARIA, _ae_, f. _Cic._ Amie intime; bonne amie; personne qui est de
moiti dans nos plaisirs.

(N) NEQUITIA, _ae_, f. Petites folies amoureuses; badinages lascifs;
dbauche; vie drgle; fredaines de la jeunesse. Martial prtend que
les habitants de l'gypte les connaissaient mieux que les autres peuples
du monde. Juvnal les appelle _lasciviam et improbitatem Veneream_.

(N) NOLANI ORE MORIGERANTES. Fantaisie en amour  laquelle les habitants
de Nole taient fort adonns. Voy. les mots ILLUDERE FOEMINARUM
CAPITIBUS, et ORE MORIGERARI. Les Osques et les habitants de la campagne
de Rome connaissaient ce genre de volupt. Les Florentins en ont un
autre, et rendent aux femmes avec la langue le plaisir que celles-ci
cherchent  donner aux hommes avec la bouche. Ces sortes de volupts
servent  diversifier une action qui deviendrait fastidieuse par son
uniformit.

(N) NOTA MEMOR. _Hor._ Suon amoureux.

(N) NOTA VIRILIS. Caractre spcifique du sexe masculin.

(N) NUPTIAE TURPES, SPONSAE TURPES. _Juv._ Mariage d'un homme avec un
homme. Les Romains avaient pouss jusque-l le drglement des passions.
Rome et Sodome depuis longtemps sont synonymes. En outre, les Romains
couchaient sans scrupule avec de jeunes esclaves fruits de leurs amours:
cela s'appelait _injustae nuptiae et illegitimae_.




O


(N) OBSCENA, _orum_, n. Tout ce qui est contre la pudeur et l'honntet
des moeurs est obscne et bon  cacher. _Obscena pars_, la partie
obscne et que les dames ne voient pas sans rougir.

(N) OFFENDERE BUCCAM. La mme chose que ORI ILLUDERE, MORIGERARI.

OFFICIUM, _ii_, n. _Cic._ Ce que l'on appelle le devoir, le bon office
amoureux[168].

  [168] Ovide ne veut pas que l'on fasse par devoir ce qu'on peut faire
    par plaisir:  la bonne heure pour les maris!

(N) OPUS JUVENILE. Travail d'amour, dont on se charge volontiers quand
on est jeune. Voy. CONCUBITUS. _Opus dulce_ (_Ovid._): la douce affaire,
l'occupation la plus gracieuse de la vie.

ORTHOPHALLICUS, _a, um_. _Varr._ Qui se tient droit comme un Priape de
noce.

ORTHOPHALLUS, _i_, m. Priape en belle humeur; un Priape de noce.

(N) OS, _oris_, n. La bouche. Elle ne devient obscne que par l'abus
qu'on en fait en la prtant aux plaisirs de l'amour. Voy. MORIGERARI
ORE. Martial prtend qu'avec la bouche on ressuscite le physique d'un
homme us par la jouissance ordinaire:

    _Quid miseros frustra cunnos culosque lacessis?
        Summa petas: illic mentula vivit anus._

(N) OSCULUM, _i_, n. Petite bouche qui donne grand apptit; prliminaire
du jeu d'amour; charmant badinage; baiser: le plus innocent, le plus
aimable des plaisirs amoureux. _Oscula delibare, dare, adfigere alicui_:
donner et prendre des baisers; cueillir des baisers sur une bouche
vermeille. _Jungere salivas oris_: s'embrasser troitement.

    _Oscula cognosco cupidae; luctantia linguae_,

dit Ovide; et c'tait un grand matre,  qui tous les jeux d'amour
taient si bien connus, qu'il en a pu donner la leon  qui voudrait en
profiter.




P


PAEDERASTES, _ae_, m. Pdraste; puriseur; qui aime  caresser les
jeunes garons[169].

  [169] Sodomite.

PAEDERASTIA, _ae_, f. Pdrastie; amour dsordonn pour les jeunes
garons; l'art subtil des Italiens[170].

  [170] Et des Grecs.

PAEDEROS, _otis_, m. Voy. PAEDICO.

PAEDICATIO, _onis_. Voy. PAEDERASTIA.

PAEDICATOR, _oris_, m. _Suet._, PAEDICO, _onis_, m. _Catull._ Pdraste;
puriseur; qui aime  caresser dsordonnment les jeunes garons; qui
exerce l'art subtil des Italiens; Gomorrhiste, bougre,
Ganymdiseur[171].

  [171] Jupiter est le premier qui ait eu cette fantaisie  la cour
    cleste, et Laus, pre d'OEdipe, l'a fait connatre sur terre. Il
    enleva Chrysippe, fils de Plops,  l'imitation de Jupiter, qui
    avait fait enlever Ganymde; et le mauvais exemple a t imit par
    toute la terre.

PAEDICO, _are_. _Mart._ Puriser; exercer l'art subtil;
Ganymdiser[172].

  [172] Faire l'amour  la Grecque. Il existe un distique Latin compos
    par un ancien pote, o, dans les premires syllabes des quatre noms
    propres qu'il contient, se trouve le mot _pedicare_ crit par l'_e_
    simple:

        __Pe_nelopes primam _Di_donis prima sequatur,
          Et primam _Ca_ni syllaba prima _Re_mi._

    Voici un autre _rbus_ Latin faisant allusion au mme mot:

        _Quum loquor, una mihi peccatur littera, nam _T_
          _P_ dico semper; blaesaque lingua mihi est._

PAEDISCA, _ae_, f. Servante qu'on emploie  tout; une domestique dont on
fait litire; servante caresse par son matre[173].

  [173] Par consquent, servante matresse.

PAEDISCIUM, _ii_, n. Voy. LUPANAR.

PAEDOMANES, _is_, m. perdument port  l'amour des jeunes garons; qui
aime les jeunes garons  la folie.

PAEDOMANIA, _ae_, f. Amour dsordonn pour les jeunes garons.

PAEDOPHTHORIA, _ae_, f. Corruption de jeunes garons.

PAEDOPHTHORUS, _i_, m. Qui dbauche les jeunes garons; corrupteur de
jeunesse; puriseur.

PAEDOPOEIA, _ae_, f. Gnration des enfants.

PAEDOPOEUS, _i_, m. Qui fait des enfants.

PAEDURGIA, _ae_, f. Le travail qui fait des enfants; l'exercice de la
gnration; la manire de faire des enfants.

PAEDURGUS, _a, um_. Qui travaille  faire des enfants; qui s'exerce  la
gnration; qui fait des enfants[174].

  [174] Qui s'occupe de sa postrit.

PALAESTRA, _ae_, f. _Cic._ Magasin de pourvoyeur d'amour; lieu de
plaisir; maison de commodit: acadmie d'Amour; collge de Vnus[175].

  [175] Gymnase ou lieu d'exercice pour le libertinage.

PALAESTRICA, _ae_, f. _Petr._ Femme qui donne des leons de lutte; celle
qui forme aux exercices du corps et de l'esprit les personnes qu'elle
veut rendre agrables; matresse d'acadmie galante.

PALPATIO, _onis_, f. _Plaut._ Patinage; patinement[176].

  [176] Maniement.

PALPATOR, _oris_, m. _Plaut._; PALPO, _onis_, m. _Pers._ Patineur.

PALPATUS, _a, um_. Patin[177].

  [177] Touch, mani.

PALPO, _are_. _Juv._; PALPOR, _ari_, dp. _Hor._ Patiner[178].

  [178] Manier, toucher.

PALPARI MULIERI. _Plaut._ Caresser une femme. Ou: Sonder le coeur d'une
femme.

(N) PALUS RUBER. Un pieu; un pal plus humain que ceux dont on se sert en
Turquie. C'est un instrument dont le dieu des jardins est toujours arm.
Voy. MENTULA.

(N) PANNUCEA MENTULA. Hochet dont les jeunes filles ne peuvent plus
faire usage; instrument hors de service, fltri, rid.

(N) PAPILLA, _ae_, f. Le mamelon; la fraise qui termine le sein d'une
femme; les mamelles. _Carpere papillas_, cueillir les pommes d'amour;
mettre la main sous le mouchoir des belles.

    _Forma papillarum quam fuit apta premi!_

  (_Ovid._)

(N) PARATUS, _a, um_. Prt  faire plaisir aux dames.

(N) PARCERE LATERI. _Juv._ Faire le paresseux; dormir auprs d'une
femme, au lieu de s'occuper  lui faire plaisir.

(N) PATENS, _tis_, _omn. gen._ Ouvert. En amour il ne faut pas tre trop
ouvert.

PATHICUS, _i_, m. _Juv._; PATHICUS, _a, um_. _Juv._ Qui souffre qu'on le
Ganymdise; qu'on emploie  l'office amoureux de Ganymde[179].

  [179] Synonymes: _mollis, facilis_. Snque nous apprend qu'on
    connaissait un homme de cette espce  la manire dont il se
    grattait la tte: _uno digito scalpit caput_ tait pass en proverbe
     cet gard.

PATHICA PUELLA. _Priap._ Jeune fille qu'on Ganymdise; une jeune enfant
qu'on fait servir de Ganymde; fille dont on se sert comme d'un jeune
garon qu'on emploie pour une fille.

PATHICISSIMUS, _a, um_. _Mart._ Qui se souffre employer  tout ce que
peut demander une passion drgle.

PATIENTIAE MULIEBRIS LEGEM ACCIPERE. _Petr._ Supporter les fatigues o
le beau sexe s'expose lorsqu'il entre dans la milice amoureuse.

PATI CONCUBITUS. _Ovid._ Souffrir les caresses du lit[180].

  [180] Ne pas repousser le plaisir. _Pathicus_ en drive.

PATI TANGI. _Ovid._ Se laisser patiner; se souffrir manier; vouloir bien
tre ttonne.

PATRANS, _tis_, _omn. gen._ _Pers._ Qui fait ce qu'on appelle faire; qui
travaille  l'ouvrage naturel; qui fait l'action.

PATRANS OCELLUS. _Pers._ Un oeil mourant de plaisir.

PATRATIO, _onis_, f. _Cornut._ L'accomplissement de ce qu'on appelle
l'action; le travail amoureux; l'exercice de Vnus.

PATRATOR, _oris_, m. _Tac._ Un faiseur; un artiste amoureux.

PATRO, _are_. _Sall._ Ce qu'on appelle faire; se mettre  l'ouvrage
naturel; s'exercer au travail amoureux; faire l'action.

(N) PECULIO, _are_. Entrer au petit magasin d'amour; jouir
amoureusement.

PECULIUM, _ii_, n. _Petr._ Le magasin d'amour et sa marchandise.

PECULIUM PROLATUM. _Petr._ Marchandise amoureuse tale.

PECULII MAJORIS HOMINES. _Lampr._ Les hommes les mieux fournis; les
substituts de Priape.

(N) PELLEX, _icis_, f. Fille commode; concubine; femme entretenue; femme
galante dont la physionomie et les grces attirent les hommes.

(N) PELLICATUS, _us_, m. Concubinage.

PENIS, _is_, m. _Cic._ La queue des animaux, tant raisonnables
qu'irraisonnables[181].

  [181] Le battant de la cloche d'amour. Voy. MENTULA. _Agere inter
    viscera penem._ _Juv._ S'amuser au jeu contre nature.

PENI DEDITI ADOLESCENTES. _Cic._ Jeunes gens qui s'en prennent 
eux-mmes quand la passion les presse[182].

  [182] Disciples de Narcisse et d'Hippolyte.

PENSILIA, _ium_, n. _Priap._ Le paquet d'amour; l'aiguille et les
contrepoids de l'horloge amoureuse[183].

  [183] Les trois pendards masculins; les trois pices.

(N) PERAGERE VIRUM AUT MULIEREM. Jouir d'un homme ou d'une femme; se
prter aux dsirs amoureux.

(N) PERCIDO, _ere_; PERCISUS, _a, um_; PRAECIDO, _ere_; & PRAECISUS.
C'est  peu prs la mme signification que _perforare_, mais il
s'applique aux hommes plutt qu'aux femmes. _Puer percisus, virgo
perforata_, sont deux individus viols, chez qui l'on est entr de
force.

PERDEPSO, _is, ere_. _Catull._ Ptrir vigoureusement dans le ptrin
naturel.

(N) PERDUCO, _ere_. Conduire une femme contre sa volont chez un
amateur; la tromper; la produire contre son intention.

PERDUCTATIO, _onis_, f. Maquerellage.

PERDUCTATOR, _oris_, m. Voy. PERDUCTOR.

PERDUCTO, _are_. _Plaut._ Maquereller.

PERDUCTOR, _oris_, m. _Cic._ Courtier d'amour; pourvoyeur de Vnus;
maquignon de plaisirs; appareilleur de coeurs; conciliateur de volonts
amoureuses.

PERFICIO, _is, ere_. _Jul. Cap._ Achever une besogne qu'on voudrait
toujours recommencer.

(N) PERFORO, _are_. Entrer de force; faire un trou plus grand qu'il
n'tait; dpuceler; jouir amoureusement. Le dieu des jardins menaait
les voleurs de tout sexe de leur faire subir cette peine: aussi tait-il
souvent vol.

PERIRE MULIEREM. Ces deux mots sont marqus dans le _Dictionnaire_ de
Danet pour tre de Plaute. Ils n'en sont pas; mais ils se trouvent dans
le premier vers de l'argument acrostiche du _Truculentus_ de Plaute. Ces
arguments acrostiches des comdies de Plaute sont ordinairement
attribus  Priscien, qui aurait fait une faute dans cette construction,
s'il avait entendu se servir de _perire_ dans le sens ordinaire. Il a
prtendu rire, et, pour cadrer  son jeu, il a fait un verbe de _per_ et
de _ire_, aller au travers: pour peu qu'on y ait t en sa vie, on
entendra bien ce que signifie _perire mulierem_[184].

  [184] Traverser le beau sexe. Voy. PERAGERE.

PERMOLENDUS, _a, um_. _Plaut._ A qui il faut faire broyer le vermillon
de Vnus.

PERMOLITOR, _oris_, m. _Plaut._ Qui moud et fait moudre amoureusement
sous soi.

PERMOLO, _is, ere_. _Hor._ Moudre et faire moudre amoureusement sous
soi; broyer le vermillon de Vnus[185].

  [185] _Permolere uxores alienas_: caresser la femme d'autrui; pondre
    dans un nid qui n'est pas le sien; ensemencer un champ que d'autres
    labourent.

PERPELLO, _ere_. _Ter._ Faire tomber  la renverse sans risque de
blessure[186].

  [186] Sur le dos, et comme il faut que tombe toute fille.

PERPULIT MIHI PUDICITIAM PRIMUS. _Plaut._ Il m'a dpucele; il a eu mon
pucelage; il a eu ma fleur; il est le premier qui m'ait entame.

PERTUNDA, _ae_. La desse qui prsidait  l'attaque d'un pucelage; la
prsidente au premier assaut nuptial[187].

  [187] _Pertundere tunicam tentigine_: sentir l'aiguillon d'amour.

PHALLAGOGIA, _orum_, n. Les ftes de Bacchus et de Priape.

PHALLICA, _orum_, n. Les mystres de Bacchus et de Priape.

PHALLICUS, _a, um_. Qui concerne le laboureur du champ de Nature; ou:
qui concerne le symbole de la fcondit de la Nature.

PHALLICUM CARMEN. Hymne, pome, chanson  la louange de l'instrument de
la vie animale, qu'on chantait aux processions en l'honneur de Bacchus,
de Priape ou d'Osiris.

PHALLOPHORI, _orum_, m. _Cic._ Ceux qui portaient la reprsentation du
dieu Priape, ou du laboureur naturel,  la procession des ftes d'Osiris
en gypte, et  celle des ftes de Bacchus et de Priape  Athnes; ou:
ceux qui portaient ce symbole de fcondit pendu au col dans le temps de
la clbration de ces ftes[188].

  [188] Les chevaliers de l'ordre de Cupidon. On trouvera dans Apule le
    dtail de ces ftes et de ces crmonies obscnes dont les prtres
    Phallophores avaient la direction.

PHALLOPHORIA, _orum_, n. Procession en gypte aux ftes d'Osiris, et 
Athnes aux ftes de Bacchus et de Priape, o le symbole de la fcondit
naturelle tait port en pompe au bout d'un bton.

PHALLOPOTES, _ae_, m. f. _Jul. Cap._ Qui boit dans un Priape de verre,
ou d'autre matire[189].

  [189] On a vu plus haut que les Anciens avaient des pains de mme
    figure.

PHALLOVITROBOLUS, _i_, m. _Jul. Cap._ Priape de verre qui sert de tasse.

PHALLUS, _i_, m. Figure du laboureur naturel, faite de bois de figuier,
que portaient pendue au col ceux et celles qui clbraient en gypte les
ftes d'Osiris, et  Athnes celles de Bacchus et de Priape, et qu'on
portait aussi en pompe au bout d'un bton aux processions qui se
faisaient alors[190].

  [190] Le Phallus est encore ador chez les Chrtiens par beaucoup de
    filles recluses, de vierges timides et de veuves qui craignent les
    suites des plaisirs amoureux. Le pessaire, le godemich et le
    Phallus des Anciens ne font qu'un.

(N) PHICIDISSO, _are_. _Suet._ Employer de jeunes chiens  lcher les
testicules. Ce mot vient du Grec.

(N) PHOENICISSO, _are_. L'une des hrsies des libertins. V. le mot
LIGURIRE NATURAM MULIEBREM, et celui DEMITTERE CAPUT; c'est la mme
chose que _Lesbiare_. Les Phniciens diffraient des Lesbiens, en ce que
les premiers se rougissaient les lvres pour mieux imiter l'entre du
sanctuaire de l'amour: les Lesbiens, au contraire, n'y mettaient d'autre
fard que l'empreinte des libations amoureuses qui les rendaient
blanches: _demisso labra notata sero_ (_Catull._). Chaque peuple et
chaque individu a son got favori en amour, et il n'y a rien dont un
homme us de dbauche ne s'avise pour ranimer la langueur de ses sens.
Mais autant de tentatives de ce genre, autant de pas faits vers la mort,
ou l'imbcillit, qui est un tat plus affreux.

PHORMISIUM, _ii_, n. Voy. CUNNUS.

PHYSSIONUS, _a, um_. Pour qui la Nature a t prodigue, ou avare, selon
les besoins qu'en ont les deux sexes dans les plaisirs mutuels.

(N) PIPINNA, _ae_, f. Joli diminutif d'un nom qui ne manque pas de
synonymes. Nous avons en Franais le mme nom,  peu de chose prs. Voy.
MENTULA.

(N) PODEX, _icis_, m. C'est le contraire de _cunnus_; mais il y a des
gens qui se plaisent  rapprocher les contraires, et pour qui tout est
bon, lorsqu'ils sont tourments du dsir charnel. Une chose singulire,
c'est que chaque homme tient  la partie qu'il prfre avec beaucoup
d'obstination, et qu'il est presque impossible de convertir un hrtique
en amour. Synonyme: _luteum symplegadis antrum_.

(N) POLLA, _ae_, f. _Mart._ Il parat que les commentateurs et les
lexicographes Latins n'ont pas connu la signification de ce mot, qui
doit avoir de l'analogie avec MENTULA.

(N) POLLUO, _ere_. Tacher son linge ou celui d'autrui; tuer des hommes
avant leur naissance; tromper la nature; abuser de sa main, de ses
doigts, ou de la bouche de quelques gens commodes; cder trop vite  ses
dsirs; y succomber trop tt.

(N) POLYGITON, _onis_, m. Archibougre; archilibertin; dictateur en
crapule, en Sodomie.

POMUM, _i_, n. Voy. COLEUS.

PONDUS, _eris_, n. _Hor._ Le poids de la virilit; le paquet
d'amour[191].

  [191] Voy. PENSILIA, JUDAEUM PONDUS.

(N) POPPYSMA CUNNI. Le cliquetis des armes de Cupidon, lorsque le dard
remue dans le fourreau naturel. C'est, pour la bouche, le sifflement du
baiser, le bruit qu'on entend quand deux amants s'embrassent bien
tendrement.

PORCA, _ae_, f. _Varr._ Le conin des petites filles (parce que c'est une
victime digne d'tre immole par celui qui aime, de mme que les
nouveaux maris immolaient un porc, et ceux qui concluaient une paix
immolaient une truie).

(N) POSTICA PRAELIA. Combat Socratique, pendant lequel les combattants
ne se regardent jamais en face.

(N) POTIOR, _iri_, dp. Jouir. C'est en amour le bien suprme et la
source du bonheur.

POTUS, _i_, m. _Virg._ Catamite; Ganymde; bardache.

(N) PRAEBERE SE. Accorder ses faveurs; se livrer; consentir aux dsirs
de quelqu'un. Voy. DO.

PRAECIDO, _ere_. _Mart._ Voy. PAEDICO.

PRAECISUS, _a, um_. _Sen._ Voy. PATHICUS.

(N) PRAEMIA COXAE TOLERE. Remporter le prix de la lubricit.

PRAEPUTIO, _are_. Jouer du prpuce. Ou: se jouer du prpuce.

PRAEPUTIUM, _ii_, n. _Juv._ Prpuce: la barrette de Priape; le capuce du
dieu des jardins; le bonnet du laboureur naturel.

PRAEPUTIA DUCERE. _Juv._ Jouer du prpuce; se conduire au plaisir par la
main; s'en prendre  soi-mme pour apaiser son ardeur. Ou: se jouer du
prpuce; conduire au plaisir par la main; coiffer et dcoiffer Priape de
moment en moment[192].

  [192] M. Dussaulx dit que c'est amortir ses dsirs impatients.

PREMA, _ae_, f. Une des divinits du lit nuptial qui prsidait aux
saccades amoureuses; la desse qui avait l'intendance sur l'ouvrage des
foulons amoureux; la desse de Bourre-fort.

PREMO, _ere_. Fouler amoureusement.

PRIAPISCUS, _a, um_. Fait en manire de Priape.

PRIAPISCUS, _i_, m. Le refouloir des tribades: un clitoris dmesur.

PRIAPISMUS, _i_, m. Priapisme: maladie qui cause une tension douloureuse
et continuelle du membre gnital.

PRIAPOLITHUS, _i_, m. Sorte de caillou blanchtre form par la Nature en
figure de Priape, et dont le canal est reprsent par une veine de
cristal trs pur. Quelquefois on le trouve aussi garni de ses
contre-poids. Il y en a de droits, de courbs, et d'autres qui
paraissent comme rongs par des chancres; le gland y est marqu. Ces
sortes de cailloux se trouvent, dit Borel, prs de Castres en Albigeois.
Il y en a aussi d'autres qui ont la figure du jardin de nature
animale[193].

  [193] Une plante, dont j'ai oubli le nom, a la mme forme. Ce sont
    des jeux de la Nature, qui n'ont aucun mrite en comparaison de
    l'original.

PRIAPUS, _i_, m. _Ovid._ Priape, le dieu des jardins naturels et
artificiels. Ou (_Juven._): le laboureur naturel; le membre par
excellence[194].

  [194] Le dpuceleur banal; le flau des pucelages. Voici ses
    synonymes: _Ruber hortorum deus, rigidus deus, salax deus,
    ithyphallus, triphallus, ligneus hortorum custos, rari nemoris
    custos_. _Ululare Priapum_: invoquer Priape.

(N) PRIAPUS VITREUS. Verre  boire reprsentant la forme d'un Priape.

(N) PROCAX FASCINUM. Un bel chantillon de virilit.

(N) PRODUCO, _ere_. Produire dans le monde; annoncer une jeune fille que
l'on veut livrer pour de l'argent aux dsirs des amateurs. C'est un
synonyme de PROSTITUERE.

(N) PROPUDIUM FISSILE. La partie soi-disant honteuse des dames: car,
plus cette partie est jolie, moins elle doit craindre la honte.
_Propudium de viris dicitur, libidines de foeminis_ (_Plaut._): un
adjectif ajout  un nom dtermine son application  l'un ou l'autre
sexe; l'adjectif _fissile_, joint  _propudium_, fait ici connatre
qu'il s'agit d'un instrument fminin.

PROSTERNO, _ere_. _Catull._ Prostituer; abandonner  tous venants; faire
litire.

PROSTERNERE SORORES EXOLETIS SUIS. _Suet._ Prostituer ses soeurs  ses
mignons[195].

  [195] C'est un joli mtier, digne des empereurs Romains et des gens de
    Cour, qui sacrifient tout  la fortune.

PROSTIBILIS, m. f. _le_, n. _is_, gn. _Plaut._ Prostitu; abandonn 
tous venants.

PROSTIBULA, _ae_, f. _Plaut._ Prostitue; abandonne  tous venants.

PROSTIBULATUS, _a, um_. Prostitu.

PROSTIBULUM, _i_, n. _Plaut._ Lieu de prostitution. Ou: voy.
PROSTIBULA[196].

  [196] _Prostibula_, mis comme pluriel de _prostibulum_, signifie la
    mme chose, mais en collection. Voy. LUPANAR.

PROSTIBULUS, _a, um_. Prostitu.

PROSTITUERE SE TOTO CORPORE. _Catull._ Abandonner son corps  toutes
sortes de lubricits; se livrer tout entier  la prostitution.

PROSTITUTA, _ae_, f. _Sen._ Prostitue; abandonne  tous venants.

PROSTITUTUS, _a, um_. _Plin._ Prostitu; abandonn  tous.

PROSTO, _are_. _Juv._ Se prostituer; s'abandonner  tous venants; tre
toujours prt  tre mis en oeuvre; tre prostitu; tre abandonn 
tous[197].

  [197]

        _... Nam quo non prostat foemina templo?_

      (_Juven._)

    Voy. PROSTERNO, PROSTITUERE SE. Le _stare in carcere fornicis_ de
    Juvnal exprime la mme chose.

PROSTARE IN LOCIS OCCULTIS. _Plaut._ S'exposer  tous venants en des
lieux secrets.

PROSTRATUS, _a, um_. _Suet._ Prostitu, abandonn  tous; expos au
premier venu.

PROSTRATA REGI PUDICITIA. _Suet._ Pudicit prostitue au roi[198].

  [198] Sacrifie au rang.

PROSTRO, _are_. Voy. PROSTITUO.

(N) PRURIGO, _inis_, f.; PRURITUS, _us_, m. Sensation dlicieuse et
parfois gnante, selon les tempraments; chatouillement; rection.

(N) PRURIO, _ire_. Chatouiller; exciter au jeu d'amour.

PSOLE, _es_, f. Voy. MENTULA.

(N) PSOTION, _onis_, m.; PSOTOENTA, _ae_, m. _Priap._ L'architecte du
genre humain. Ce mot vient du Grec.

PTERYGOMATA, _um_, n. Les lvres de la bouche perpendiculaire; les bords
du bassin amoureux. Ou: les nymphes; les dames des eaux du palais de
Vnus; les ailes, les ailerons que l'Amour applique quelquefois  son
caduce.

PUBERALE, _is_, n. Le mont de Vnus; la motte; le pnil.

PUBES, _is_, f. _Cic._ Le poil qui couvre le mont de Vnus[199]. Ou
(_Virg._): Voy. CUNNUS.

  [199] Ou qui se trouve  l'origine des parties gnratives de l'homme.

PUBES, _eris_, _omn. gen._ _Cic._ A qui le poil follet commence 
couvrir le mont de Vnus; qui entre en pubert.

PUBIS, _is_, f. _Prud._ Voy. PUBES.

PUDENDA, _orum_, n. Les parties de la pudeur[200].

  [200] C'est un terme d'anatomie.

PUDENDAGRA, _ae_, f. La vrole, le mal de Naples; ou: chancre aux
parties de la gnration, etc.; maladie qui rend vritablement honteuses
les parties qu'elle attaque.

PUDENDUM, _i_, n. La partie de la pudeur[201].

  [201] Celle que l'on cache pour en doubler le prix lorsqu'on la
    montre.

(N) PUDOR, _oris_, m. La pudeur, le fard du beau sexe. _Pudorem pellere,
vel ponere_: oublier la pudeur. Il n'y a rien de plus agrable pour un
homme, que de causer cet oubli pour quelques instants. Elle revient chez
certaines femmes, mais il y en a qui s'en privent, par got: ce ne sont
pas les plus aimables.

PUELLA EXPERTA VIRUM. _Hor._ Fille qui a prouv ce que vaut un homme en
amour; belle qui a got des fruits de l'amour[202].

  [202] Qui sait  quoi s'en tenir sur les mystres de la nature.
    _Puella procax_ (_Ovid._): fille agaante, et dont l'aimable
    vivacit excite le dsir du combat amoureux.

PUELLASCO, _ere_. _Varr._ S'effminer; prendre des airs de fille;
contrefaire la fillette; imiter les jeunes filles; faire la poulette;
faire la mignarde, la pouponne; se mignarder[203].

  [203] _Quod non solum innubae fiunt communes, sed etiam veteres
    puellascunt, et multi pueri puellascunt (Fragmentum ex M. T.
    Varrone)._

PUELLITOR, _ari_, dp. _Laber._ Clitoriser; jouer du clitoris; badiner
au clitoris; foltrer du bout du doigt avec une jeune fille; chatouiller
au bel endroit; jouer du bout du doigt  la manire des jeunes filles.

PUER, _i_, m. _Mart._ Un jeune mignon; un Ganymde[204].

  [204] Les jeunes esclaves mles avaient souvent, chez les Anciens, le
    bonheur de plaire  leurs matres par cette sorte de complaisance.
    Les Grecs et les Romains menaient de front l'amour de la femme et de
    l'homme; et ceux-ci avaient souvent la prfrence sur les femmes,
    quoique, pour plaire  leurs amants ou  leurs maris, elles se
    prtassent souvent  leurs sales fantaisies.

        _Divisit Natura mares: pars una puellis,
                 Una viris genita est..._

    dit Martial. Je ne crois pas que Buffon, qui a mieux tudi que lui
    la nature humaine, ait t de cet avis.

    _Pusio_ est synonyme de _puer_. Lisez le n VI dans les _Monuments
    de la vie prive des Csars_, pages 21  24.

(N) PUERA, _ae_, f. Fille qui oublie son sexe et qui sert de Ganymde.

PUERARIUS, _ii_, Voy. PAEDICO.

PULLARIA, _ae_, f. _Plaut._ Main qui patine, qui farfouille[205].

  [205] Qui chiffonne.

PULLARIAM FACERE. _Petr._ Patiner; farfouiller.

PULLARIUS, _ii_, PULLIPREMO, _onis_, Voy. PAEDICO.

PULLUS, _i_, m. _Fest._ Mignon; Ganymde; bardache[206].

  [206] Mon poulet: c'est le nom que l'on donnait  son mignon.

(N) PUSIO, _onis_, m. Jeune garon; jeune esclave mle rserv pour la
couche du matre. Voy. PUER.

PUTA, _ae_, f. _Hor._ La conque amoureuse[207].

  [207] Virgile a dit _putus_ pour dsigner un Giton.

PUTILLA, _ae_, f. _Hor._ Un conichon; un conin; une coniche.

PUTILLUS, _i_, m. _Plaut._ Une courte; une guigi; une margot; une gotte.

(N) PYGAE, _arum_, f.; NATES, _ium_, f.; CLUNES, _ium_, f. Ce sont trois
synonymes pour dire la mme chose. En Franais: les fesses, ou les
coussins d'amour.

PYGIACA SACRA. _Petr._ PYGIACA, _orum_, n. Le combat des fesses. Ou: les
ftes de Vnus antistrophe; ou: ses mystres postrieurs; l'exercice de
l'art subtil.

PYGISMA, _tis_, n. Voy. PAEDICATIO.

PYGISTA, _ae_, m; PYGISTES, _ae_, m. Voy. PAEDICO.

(N) PYRAMIS TENTA LIBIDINOSA NERVOS. La pique d'amour dans toute sa
raideur.

PYTISMA, _tis_, n. _Juv._ Onction avec du crachat pour faire couler;
liniment avec du crachat pour faire glisser; enduit de crachat pour
faciliter l'introduction[208].

  [208] Chez les jeunes filles trop troites. Les femmes cessent trop
    tt d'avoir besoin de ce liniment.




Q


(N) QUADRUPUS, _odis_, m. f. L'androgyne; le genre humain faisant la
bte  quatre pieds, la bte  deux dos.




R


RADIUS, _ii_, m. Le rayon de la gomtrie d'amour.

(N) RAMUS, _i_, m. Le rameau pacificateur entre mari et femme, entre
amant et matresse; l'arbre de vie. Voy. HASTA, MENTULA. Ausone, dans
son _Cento nuptialis_, a plaisamment parodi le vers de Virgile en
disant de l'poux prt  livrer le premier assaut: _aperit ramum qui
veste latebat_.

(N) REN, _renis_, m. _Auson._ Il prend les reins pour la matrice, par
licence potique:

    _Utere rene tuo: casta puella anus est._

C'est un prcepte trs humain, que celui qui prescrit de faire usage des
membres et des biens qu'on reoit de la Nature; mais le mot, dans le
vers cit, est obscne par l'ide qu'il prsente.

(N) RESOLUTA FOEMINA. _Ovid._ Femme en attitude de combat.

RESUPINANDUS, _a, um_. _Cels._ Qu'il faut coucher le ventre en haut;
qu'on doit renverser sur le dos;  qui l'on doit faire voir la feuille 
l'envers.

RESUPINATUS, _a, um_. _Juv._ Voy. RESUPINUS.

RESUPINO, _are_. _Liv._ Coucher le ventre en haut; renverser sur le dos.
Ou (_Juv._): faire voir la feuille  l'envers.

RESUPINUS, _a, um_. _Ovid._ Couch le ventre en haut; renvers sur le
dos;  qui l'on fait voir la feuille  l'envers. Ou (_Quintil._): mou,
effmin.

RETRO AGERE ALIQUEM. _Plin._ Faire travailler quelqu'un du derrire;
Ganymdiser quelqu'un; aiguillonner quelqu'un postrieurement.

(N) RIGIDUS DEUS. Priape, le dieu le plus ferme. _Rigere_ ou _arrigere_
servent, dans le style licencieux,  exprimer le mouvement naturel qui
fait qu'un homme se trouve capable d'en crer un autre.

(N) RUMPERE LATUS IN VENERE. Se fatiguer au jeu d'amour; ne pouvoir plus
remuer les reins. _Rumpi tentigine_, tre en proie aux plus violents
dsirs.

(N) RUSTICUS, _a, um_. En style amoureux, c'est celui qui va trop vite
au fait, sans prliminaires ni consentement.




S


SACANDRUS, _i_, m. La partie qui mrite des saccades amoureuses.

SAGITTATA OSCULA. _Plaut._ Des baisers  la pigeonne; baisers o les
coups de langue vont dru[209].

  [209] O les langues se dardent.

(N) SALACITAS, _atis_. f. Extrme lubricit.

SALAPUTIUM, _ii_, n. Voy. PUTILLUS.

(N) SALAX, _acis_. De _salire_: celui que la Nature rend trs habile au
jeu d'amour. _Salax deus_, Priape, dieu de l'impuret; _salax eruca_, la
roquette, herbe aphrodisiaque ou qui excite  l'amour.

(N) SALIO, _ire_. Monter  l'assaut; couvrir la femelle (ce qui se dit
des animaux). _Vox saliente libidine_: cri que le plaisir arrache  qui
jouit passionnment.

SALMACIDA SPOLIA. _Cic._ Une victoire amoureuse.

SALTUS, _us_, m. _Plaut._ Le bocage amoureux; la garenne d'amour; le
bosquet de Vnus; le taillis o l'Amour va giboyer.

SARABUS, _i_, m.; SARON, _i_, n. Voy. CUNNUS.

(N) SAVIARI (_pro_ SUAVIARI). S'embrasser avec tendresse.

SCATINIA LEX. Loi faite contre les professeurs de l'art subtil et contre
leurs disciples.

(N) SCELERARE TEMPLA. Profaner, souiller les temples par des actes de
lubricit.

SCHEMA, _ae_. f. _Suet._ Manire particulire d'embrasser
homocentriquement; la manire de faire cela.

(N) SCEPTRUM, _i_, n. Le sceptre d'Amour; voy. MENTULA.

(N) SCHOENICULA, _ae_, f. Courtisane; prostitue.

(N) SCINDO, _ere_. Rompre et dchirer tous les obstacles qui s'opposent
 la jouissance; enlever un pucelage; forcer les barrires de la
volupt.

SCORTATIO, _onis_. Voy. SCORTATUS.

SCORTATOR, _oris_, m. _Cic._ Qui aime les filles de joie; putassier;
bordelier; coureur de garces.

SCORTATUS, _us_, m. _Apul._ Inclination pour les filles de joie; ou:
l'exercice qu'on fait faire aux filles de commodit; ou: leur
frquentation.

SCORTILLUM, _i_, n. _Catull._; SCORTISCUM, _i_, n. Une jeune fille de
joie; une petite garce[210].

  [210] Ou: une fille de joie pour le petit peuple.

SCORTOR, _ari_. dp. _Ter._ Courir les filles de joie; frquenter les
filles de commodit; hanter les maisons de plaisir; ou: mettre en
exercice les filles commodes; faire travailler les filles de Vnus.

SCORTUM, _i_, n. _Cic._ Fille de joie; fille commune. Ou (_Suet._): un
Ganymde.

SCORTUS, _i_, m. Voy. CINAEDUS.

(N) SCROBS VIRGINALIS. La fossette naturelle chez les dames; le puits
d'amour. Voy. CUNNUS.

SECUTULEIA, _ae_, f. _Petr._ Celle qui recherche les caresses de
l'homme; belle de haut apptit; personne pre  la cure[211].

  [211] Femme  temprament.

SELINON, _i_, n. Voy. CUNNUS.

(N) SEMEN HUMANUM. La graine d'hommes; la liqueur gnrative dont
l'expansion est le but que la Nature se propose dans le dduit amoureux.

(N) SEMINALE MEMBRUM. La gerbe d'amour. Voy. MENTULA.

(N) SEMIVIR, _i_, m. Eunuque; prtre de Cyble.

SICULA, _ae_, f. _Catull._ La dague amoureuse[212].

  [212] _Parva sica._

(N) SIPHNIASSO, _are_. _Plin._ Fantaisie lubrique en usage parmi les
anciens habitants de Siphno, l'une des les Cyclades. rasme dit que
c'est _manum admovere postico_: aider les plaisirs du devant par ceux du
derrire.

(N) SOCRATES; SOCRATICI DISCIPULI. Tous ces messieurs les Sages, en
fuyant la compagnie des femmes, en dclamant contre leurs dfauts et
contre l'amour, ont donn pour la plupart dans des accs bien plus
rprhensibles. La nature ne perd jamais ses droits, et encore moins
qu'ailleurs dans des climats brlants.

(N) SOLLICITARE INGUINA. Rveiller le chat qui dort; irriter les dsirs
charnels.

(N) SOTADES, _is_, m. Sotads, pote de Mantine, le premier qui ait
crit sur l'amour Grec ou l'amour malhonnte et contre nature.

(N) SPADO, _onis_, m. Eunuque: homme qui n'est plus homme, et qui peut
servir de femme  ceux qui ne les cherchent pas o elles sont, ou les
prennent  rebours lorsqu'ils les trouvent.

SPATALOCINAEDUS[213], _i_, m. _Petr._ Un joli Ganymde.

  [213] Ou: SPATHALOCINAEDUS.

SPETLOMA, _atis_, n. Le bruit du concert amoureux.

SPHINGA, _ae_, f. Voy. MERETRICULA.

SPHINX, _gis_, f. Voy. MERETRIX.

SPINTRIA, _ae_, m. _Suet._ Inventeur de nouvelles attitudes amoureuses;
qui trouve en amour des postures inusites. Ou: Voy. PATHICUS.

(N) SPONSA TURPIS. Une pouse qu'on ne peut avouer. Les Romains avaient
une sorte de mariage infme et bien qualifi du nom _turpis_: deux
hommes se mariaient ensemble. Juvnal en parle en plusieurs endroits de
ses Satires, notamment dans la deuxime, vers 134 et suiv.

          _... Quid quaeris? nubit amicus,
    Nec multos adhibet. Liceat modo vivere, fient,
    Fient ista palam, cupient et in acta referri.
    Interea tormentum ingens nubentibus haeret,
    Quod nequeunt parere, et partu retinere maritos.
    Sed melius, quod nil animis in corpora juris
    Natura indulget: steriles moriuntur, et illis
    Turgida non prodest condita pyxide Lyde,
    Nec prodest agili palmas praebere Luperco._

Voyez le mariage de Gracchus avec un musicien, dcrit dans la deuxime
Satire, vers 117.

Nron pousa publiquement Sporus, son Ganymde; et le plaisant de
l'affaire, c'est qu'aprs l'avoir pous comme homme, il voulut
dcidment lui faire changer de sexe, et tenta pour cela le secours de
la chirurgie et des enfants d'Esculape. Le pauvre Sporus en demeura tout
mutil: aussi, pourquoi se mariait-il  Nron?

Martial a parl de ces noces abominables. Elles se sont,  ce qu'on dit,
renouveles sous Hliogabale, et sous notre ridicule Henri III, roi
Franais de Sodomitique mmoire.

On a dit plaisamment que Domitien, pre de Nron, aurait agi prudemment
en pousant un homme. En effet il n'et pas eu d'enfant, et la terre
n'et pas t souille par l'existence d'un monstre tel que Nron.

(N) SPORUS, _i_, m. Non d'un eunuque. Voy. SPONSA TURPIS.

SPURIA, _ae_, f.; SPURIUM, _ii_, n. La coquille des plerins d'amour.

STRUTHEUM, _i_, n.; STRUTHEUS, _i_, m.; & STRUTHIUM, _ii_, n.; STRUTHOS,
_i_, m. L'oiseau d'amour; la racine amoureuse; le moineau de Vnus.

STULTICEN, _inis_, m. Un pote foltre; qui ne chante que des
foltreries.

STUPRATIO, _onis_, f. _Plaut._ Engagement o l'on met une belle de se
rendre  sa passion; la soumission  ses dsirs amoureux qu'on exige de
la complaisance d'une personne; prise de possession de l'honneur d'une
jolie personne; la douce et agrable violence faite aux dames; prise de
corps amoureuse; l'effort auquel les dames succombent avec plaisir.

STUPRATOR, _oris_, m. _Quintil._ Qui soumet une belle  ses dsirs
amoureux; qui fait aux dames une agrable et douce violence; qui pousse
son inclination amoureuse aussi loin qu'elle peut aller; qui engage une
jolie personne  se rendre  sa passion; qui s'empare de ce que les
dames n'osent offrir; qui prend amoureusement possession de l'honneur
d'une belle; qui fait des efforts o les dames succombent avec plaisir;
qui exige la dernire complaisance des belles; qui pousse amoureusement
sa pointe jusqu'au bout; un abatteur de bois remuant; un Poliorcte en
amour.

STUPRATUS, _a, um_. _Cic._ Qui a laiss prendre une amoureuse possession
de son honneur; qui s'est laiss aller  la passion amoureuse d'autrui;
pris amoureusement au corps; qui a donn les dernires marques de
complaisance en amour; qui a succomb aux efforts amoureux de quelqu'un;
qui s'est donn aux dsirs amoureux d'autrui; qui s'est amoureusement
soumis aux inclinations de quelqu'un; dont on a exig les dernires
faveurs;  qui l'on a fait une amoureuse et douce violence; qui a t
pouss amoureusement  bout; qui a t engag  se rendre aux
sollicitations amoureuses; qui a souffert des secousses d'amour; qui a
t employ amoureusement hors de l'tat de mariage.

STUPRISEQUESTRA, _ae_, f. _Plaut._ Fille de joie. Ou: appareilleuse.

STUPRO, _are_. _Plaut._ S'emparer de l'honneur d'une belle; engager une
personne  se rendre  sa passion; prendre amoureusement au corps;
s'attirer les dernires marques de complaisance en amour; soumettre 
ses inclinations amoureuses; faire une amoureuse et douce violence;
exiger les dernires faveurs; faire succomber sous ses efforts amoureux;
pousser amoureusement  bout; prendre une amoureuse possession; engager
 se rendre  ses sollicitations amoureuses; faire cder  ses
empressements amoureux; employer amoureusement hors de l'tat de
mariage.

STUPROSUS, _a, um_. _Val. Max._ Voy. STUPRATOR.

STUPRUM, _i_, n. _Cic._ Prise de possession de l'honneur d'une fille ou
d'une femme; excs de familiarit amoureuse; l'effort o les dames
succombent avec plaisir; la douce et amoureuse violence faite aux
belles; amoureuse prise de corps; exaction des dernires faveurs; emploi
qu'on fait d'une belle hors de l'tat de mariage.

(N) SUAVIOR, _ari_, dp. S'embrasser, se baiser amoureusement. Voy.
SAVIOR.

(N) SUAVIUM, _ii_, n. Baiser sur la bouche. Synonymes: _basium,
osculum_. Servius donne l'explication de ces trois mots: _basium_ est le
baiser qu'on donne  une pouse; _suavium_ est celui que l'on donne 
une matresse; _osculum_ est le baiser de paternit, ou que les pres et
mres donnent  leurs enfants: c'est aussi le baiser de paix et de
crmonie. Il y a un gros livre sur les baisers, par Kempius. On peut le
lire lorsque l'on veut approfondir la matire en curieux et en savant:
pour ceux qui ne le sont pas, la chose vaut mieux que le mot.

SUBACTIO, _onis_, f. _Cic._ L'action de fouler amoureusement; le travail
amoureux qu'on fait faire sous soi.

SUBACTOR, _oris_, m. _Lampr._ Voy. FUTUTOR. Ou: Voy. PAEDICO.

SUBACTRIX, _icis_, f. Voy. FRICTRIX. Voy. TRIBAS.

SUBACTUS, _a, um_. Foul amoureusement; repass naturellement ou contre
nature.

SUBACTUS, _us_, m. _Plin._ Voy. SUBACTIO.

SUBADMOVERE MARI FOEMINAM. _Colum._ Mettre aux prises le mle et la
femelle; engager les deux sexes au combat de Vnus.

SUBAGITATIO, _onis_, f. _Plaut._ Le travail amoureux qu'on fait faire
sous soi; les mouvements qu'on cause  ce qu'on caresse amoureusement;
le branle qu'on donne  l'objet de ses plaisirs; les secousses
amoureuses.

SUBAGITATOR, _oris_, m.; SUBAGITATRIX, _icis_, f. Qui met en mouvement
l'objet de ses dsirs; qui fait travailler amoureusement sous soi; qui
met en branle ce qu'il aime.

SUBAGITATUS, _a, um_. Qu'on a mis amoureusement en branle; mis en
mouvement amoureux;  qui l'on a donn des secousses amoureuses; qui
travaille amoureusement sous autrui.

SUBAGITO, _are_. _Plaut._ Faire mouvoir amoureusement sous soi; mettre
en amoureux mouvement; mettre en branle ce qu'on aime; donner des
secousses amoureuses  l'objet de ses plaisirs.

SUBALARIA NEGOTIA. Affaires amoureuses.

SUBANS, _tis_, _omn. gen._ _Plin._ Qui refoule amoureusement. Ou: qui
est en amour; qui est en chaleur.

SUBATIO, _onis_, f.; SUBATUS, _us_, m. _Plin._ Voy. SUBACTIO. Ou: la
chaleur des femelles; le dsir du mle[214].

  [214] Ce qui se dit plus spcialement des animaux.

SUBATUS, _a, um_. Qui a t amoureusement refoul. Voy. SUBAGITATUS.

SUBIGATRIX, _icis_. f. Voy. SUBIGITATRIX.

SUBIGENDUS, _a, um_. _Col._ Qu'il faut refouler amoureusement; qu'on
doit faire travailler amoureusement sous soi.

SUBIGITATRIX, _icis_. f. _Plaut._ Tribade, moderne Sapho.

SUBIGITO, _are_. _Plaut._ SUBIGO, _ere_. _Cic. Suet._ Refouler
amoureusement; faire travailler amoureusement sous soi; refouler la
charge amoureuse[215].

  [215] Cela se dit des hommes et des femmes: _Nicomedes Caesarem
    subegit_.

SUBIGUS, _i_, m. Le dieu qui prsidait au renversement des belles[216].

  [216] Aux premiers sacrifices  l'Amour.

SUBO, _are_. _Plin._ Rechercher le mle; tre en amour; tre en
chaleur[217]. Ou (_Hor._): Voy. SUBIGO.

  [217] Se remuer, s'agiter pendant le plaisir amoureux. Voy. SURIO.

SUBANDO CUBILIA RUMPERE. _Hor._ Enfoncer le lit  force de faire
rage[218].

  [218] Et de mouvoir le croupion.

(N) SUBSIDERE MARIBUS. Se dit des femelles des animaux, qui s'arrtent
et se tiennent fermes pour recevoir le mle.

SUBULA, _ae_, f. _Colum._ L'alne de Cupidon.

SUBULO, _onis_, m. Voy. PAEDICO.

SUBULO, _are_. Voy. PAEDICO.

(N) SUBURRANA PUELLA. Fille publique; courtisane; raccrocheuse. La
Suburra est le quartier de Rome o logent toutes les filles publiques.
_Suburrana uxor, vel Summoeniana uxor_: une prostitue, une femme qui se
marie au premier venu pendant un quart d'heure.

SUCCUBA, _ae_, f. _Ovid._ Concubine; matresse; celle dont on a les
faveurs.

SUCCUBO, _are_. _Apul._ Se soumettre aux caresses amoureuses; travailler
amoureusement sous une personne.

SUCCUBONEUS, _a, um_. _Titinn._; SUCCUBUS, _a, um_. _Prud._ Qui se
soumet aux caresses amoureuses; qui travaille amoureusement sous autrui.

SUCCUMBO, _ere_. _Varr._ Voy. SUCCUBO.

SUCCUMBERE ANTE NUPTIAS QUIBUS & VELLENT. _Varr._ Se soumettre, avant le
mariage, aux caresses de tous ses amants; en donner  tous ceux qui en
veulent avant d'tre marie; ne refuser personne avant ses noces.

(N) SULCUS, _i_, m. Sillon charmant; fosse d'amour.

SUPERCUNNUM, _i_. n. Les broussailles du mont de Vnus.

(N) SURIO, _ire_. Ce mot exprime pour les hommes ce que _subare_ veut
dire des dames.

(N) SUSTINERE SESE (_scilicet in gaudiis_). Savoir jouir; s'arrter 
propos pour prolonger le plaisir que l'on peut donner  son amie dans
l'acte Vnrien. Voy. MORARI.

(N) SYBARITICI LIBELLI. Catchismes pour les libertins, dans lesquels la
gymnastique lubrique tait enseigne avec la plus grande perfection.
Selon Lucien, ils ont pour auteur Hmithon, natif de Sybaris.

SYNCOETIUM, _ii_, n. Le paiement des plus vives caresses amoureuses;
l'honoraire en amour; le prix des dernires faveurs.

SYNUSIA, _ae_, f. La plus intime liaison que puissent avoir ensemble les
deux sexes; la plus troite union que puissent former deux personnes de
sexe diffrent.




T


(N) TABELLAE, _arum_, f. Tablettes ou billets doux crits par des
amants.

(N) TABELLAE VOTIVAE ET PICTAE. Tablettes o se trouvent peintes toutes
les postures inventes  Lampsaque. Les jeunes filles qui possdaient de
ces tablettes en faisaient hommage  Priape, afin qu'il leur accordt la
ralit. On ne voit pas de ces _ex-voto_ dans les glises Chrtiennes.
Properce a dclam contre ces tablettes obscnes:

    _Quae manus obscenas depinxit prima tabellas
        Et posuit casta turpia visa domo,
    Illa puellarum ingenuos corrupit ocellos,
        Nequitiaeque suae noluit esse rudes._

  (_Propert._, II, 5, 19.)

(N) TACEO, _ere_. Se taire est un acte trs simple de sa volont; mais
quand on se laisse mettre dans la bouche quelque chose d'humain qui
l'emplit, il y a bien force. En ce sens, _tacere_ est synonyme de
_morigerari_, et trs obscne. Vossius dit que _tacere_ signifie la mme
chose que _irrumari_.

TAEDAE JURE COIRE. _Ovid._ User des droits de l'Hymne en faveur du
plaisir; prendre l'ascendant amoureux que donne l'Hymen; se servir
amoureusement des liberts que donne le mariage.

(N) TANGERE MULIEREM MANIBUS. Faire l'imposition des mains sur une
femme; aller  la dcouverte du bosquet de Cythre; y faire natre avec
les doigts mille sensations agrables, qui prparent une de ces crises
charmantes qui font perdre la vie pendant quelques minutes.

TAUROPOLIA, _orum_, n. Le carquois de Cupidon.

TAURUS, _i_, m. _Fest._ Le laboureur du champ de la Nature.

(N) TENDO, _ere_. Dans le style lubrique, signifie l'rection cause par
les dsirs charnels. _Tendere alutam_ (_Mart._)

(N) TENER, _era, erum_. Jeune, dlicat, agrable, joli, charmant:

          _... Sed tu sane tenerum et puerum te
    Et pulchrum, et dignum cyatho coeloque putabas._

  (_Juven._)

TENTIGINOSUS, _a, um_. Qui bande toujours son imagination vers les
plaisirs de l'amour.

TENTIGO, _inis_, f. _Mart._ L'rection, le dsir de Vnus. Ou (_Juv._):
Priapisme volontaire, ou involontaire.

TENTARE DIGITIS LOCA FOEMINARUM. _Colum._ Tter si les poulettes ont
l'oeuf; mettre les doigts o il n'en faut qu'un bon.

TENTUM, _i_. n. La tente de la plaie amoureuse.

TERERE INGUINA. _Juv._ Se donner des branles amoureux[219].

  [219] Sonder avec la langue l'antre de Cypris. Voy. PHOENICISSO,
    LESBIO.

(N) TESTES, _ium_, m. Les tmoins du pouvoir gnratif.

(N) TESTICULI, _orum_, m. Les tmoins et les assistants du jeu d'amour.
Ils sont presque toujours deux, et quelquefois trois.

TESTICULO, _are_; TESTICULOR, _ari_, dp. _Fest._ Donner le mle aux
femelles.

(N) THALASSIO, _onis_, m. L'action qui est le premier but du mariage; le
dieu des noces; la chanson nuptiale ou pithalame. Martial a dit:
_Indicare thalassionem manibus libidinosis._

(N) THECA, _ae_, f. La bote ou l'tui dans lequel on serrait toute la
marchandise qui sert  la gnration. Il y en avait en mtal ou en cuir.
Voy. FIBULA.

(N) THORUS, _i_, m. Le lit ou le canap o l'on se livre aux jouissances
de l'amour.

(N) THYRSUS, _i_, m. Le thyrse d'amour. Voy. MENTULA.

(N) TOLLERE PEDES. Faire des gambades sur un lit; mettre les gens plus 
leur aise en levant les pieds et les jambes en l'air pendant le combat
amoureux.

(N) TRABES, _is_, f. Arc-boutant de la gnration. Voy. MENTULA.

(N) TRACTARE MENTULAM. Le beau Narcisse et le sauvage Hippolyte fuyaient
les femmes pour se livrer plus  leur aise  ce plaisir, qui n'en est
plus un lorsqu'il conduit  la mort. C'est l'Onanisme, dont Tissot a
montr tous les dangers. Chacun voit cela  sa manire, et de grands
capitaines assurent que l'Onanisme est ncessaire  la guerre. Moi je
prtends qu'il doit y tre rare ou bien mnag: sans quoi les dames
n'auraient plus de plaisir  recevoir les militaires en quartier
d'hiver, et ces messieurs dpeupleraient le monde de toutes les
manires.

TRIBAS, _adis_, f. _Mart._ Tribade; moderne Sapho; femme qui entreprend
sur les fonctions viriles auprs de son sexe; clitoriseuse.

TRIEMBOLUM, _i_. n. Le membre par excellence.

TRIPHALLUS, _i_, m. _Tibull._ Surnom de Priape,  cause de sa grande
fourniture. Ou: un magnifique sceptre amoureux.

(N) TRUSO, _are_. Presser vivement l'entre du palais d'Amour; s'agiter
pour s'y introduire. Vient de _trudere_.

TUTUNUS, _i_, m. Voy. PRIAPUS.




U


(N) ULCUS, _i_, m. Ulcre ou plaie, que toutes les femmes ont plus ou
moins grande et qu'elles font soigner par les hommes. Cette plaie, fort
heureusement, ne gurit jamais, malgr les visites frquentes qu'ils y
font.

(N) ULULARE PRIAPUM. Invoquer Priape; lui demander la ralit des
plaisirs que l'imagination sait peindre.

UNICOLEUS, _a, um_; UNITESTIS, m. f., _te_, n. Qui n'a qu'un testicule;
qui n'a qu'un tmoin amoureux[220].

  [220] Le nombre n'y fait rien, mais la bonne qualit en fait le
    mrite.

UPUPA, _ae_, f. _Plaut._ Fille de joie; fille de plaisir; fille de
commodit; belle commode; courtisane; fille apprivoise; fille de Vnus;
fille d'amour.

UXORCULO, _are_. _Plaut._ Effminer; rendre effmin.




V


(N) VALEO, _ere_. tre vigoureux en amour.

VANNO, _are_. _Lucil._ Jouer du croupion; remuer amoureusement les
fesses.

(N) VASATUS BENE. Riche des dons de la Nature; bien pourvu de ce qui
fait plaisir aux dames. Voy. MUTONIATUS.

VELITARI PRAELIIS VENERIS. _Apul._ S'entre-agacer amoureusement; faire
les approches amoureuses; escarmoucher amoureusement. Ou: tcher de
n'avoir pas le dernier au combat d'amour.

(N) VELLERE CUNNUM. Arracher la barbe au capucin; s'piler dans un
endroit secret. C'est une petite coquetterie de femme qui veut passer
pour jeune encore et prs de la pubert. Les femmes Turques se rasent en
cet endroit, ce qui rend le jeu plus plaisant.

(N) VENA TENTA. Marteau d'Amour. Voy. MENTULA.

VENEREAE RES. _Cic._ Les plaisirs de Vnus; les dlices d'Amour; les
volupts amoureuses.

VENEREUM ARVUM. _Apul._ Le champ de Vnus; le terrain amoureux; le
territoire d'Amour.

VENERIPETA, _ae_, m. f. Qui recherche les plaisirs de Vnus.

VENERIS PER RES JUNGI. _Lucr._ tre unis par les liens les plus troits
du corps; tre joints par les liens d'amour.

VENERIS MODUM IN ALIQUA SIBI FACERE. _Ovid._ S'acqurir le fonds des
bonnes grces d'une aimable personne; tre le tenant chez une belle;
trouver ses ncessits amoureuses chez une belle.

VENEREM VENDERE. _Suet._ Vendre des plaisirs qui ne le sont
vritablement que lorsqu'ils sont donns; faire trafic des faveurs
amoureuses[221].

  [221] Voici le conseil d'Ovide sur ce point:

        _Parcite, formosae, pretium pro nocte pacisci;
          Non habet eventus sordida praeda bonos._

    Plaute nous donne le portrait du vritable amour dans une jeune
    fille qui prfre un baiser de son amant  tous les honneurs et 
    toutes les richesses de la terre.

VENEREM IN ALIAM HABERE. _Apul._ tre sectatrice de Sapho; prendre des
plaisirs  la Lesbienne; vouloir passer pour homme prs d'une personne
de son sexe; tribader; contrefaire les fonctions de l'homme auprs de
celles de son sexe.

VENERIVAGUS, _a, um_. _Varr._ Aventurier d'Amour; qui court le bord en
amour; qui courtiserait jusqu'aux chvres coiffes; coureur de belles
apprivoises.

(N) VENUS, _eris_, f. Vnus, la desse de la beaut; la mre des Amours;
la fontaine des plaisirs. _Venus Coa_: Vnus libertine: _in triclinio
Coa, in cubiculo Nola_; voy. NOLANI. _Venus ebria_: Vnus crapuleuse.

            _... Quid enim Venus ebria curat?
    Inguinis et capitis quae sint discrimina nescit._

  (_Juven._)

_Quieta Venus_: Vnus tranquille ou qui aime ses aises. Il y a un mot
plus nergique.

VENUS FOEMINEA. _Ovid._ Le plus grand plaisir que l'on puisse prendre
avec les femmes; le plus doux plaisir que les belles peuvent causer; le
dduit.

VENUS FURTIVA. _Ovid._ Les plaisirs que l'on drobe en amour.

VEPENIS, _is_, m. _Mart._ Une courte; une guigi; une margot. Ou: un
pauvre engin; un faible outil.

VERETILLA, _ae_, f. Sorte de coquille de mer qui a une figure Priapique.

VERETILLUM, _i_, n. _Apul._ Diminutif de _veretrum_.

VERETILLUM ET VIRGINAL QUAERERE. _Apul._ S'escrimer en amour et d'estoc
et de taille; en vouloir amoureusement aux deux sexes; aimer les grandes
filles et les petits garons; greffer (en amour) en fente et en cusson;
s'attaquer  Priape et  Vnus.

VERETRUM, _i_, n. _Suet._ Voy. MENTULA.

VERETRUM MULIEBRE. _Tert._ Le clitoris.

VERPA, _ae_, f. _Catull._ Le sceptre humain[222]. Voy. MENTULA.

  [222] Ce mot s'adapte aux instruments naturels dont on a circoncis le
    prpuce; c'est pourquoi les Juifs par excellence peuvent tre
    appels _verpae, verpi_. Il parat que les Romains se moquaient des
    circoncis.

VERPULENTUS, _a, um_. V. MENTULATUS.

VERPUS, _i_, m. _Catull._ Le doigt du milieu du corps. Ou (_Juv._): un
circoncis.

VERRETRUM, _i_, n. Voy. VERETRUM.

(N) VESTA, _ae_, f. Desse du feu, ou le feu lui-mme. Comme le feu se
combine sous mille formes, son culte devait tre vari.

(N) VESTALIS, _is_, f. Prtresse de Vesta. L'auteur de l'_Errotika
Biblion_ assure que le collge des Vestales peut tre regard comme le
plus fameux srail de tribades qui ait jamais exist; que certaines
parties de leur culte les appelaient  des ides voluptueuses bien
difficiles  concilier avec le voeu de virginit qu'elles prononaient.
Les Vestales, dit-il, sacrifiaient au dieu _Fascinus_; elles attachaient
l'image de ce dieu aux chars des triomphateurs (voy. FASCINUS); ainsi le
feu sacr qu'elles entretenaient tait cens se propager dans l'Empire
par les voies vritablement vivifiantes. Il est certain que plusieurs
des mystres de la religion des Anciens n'taient autres que les
mystres de la Nature, qui se clbraient en secret par les initis.

VIR, _i_, m. _Catull._ La partie qui fait l'homme; le sceptre de
Cupidon.

VIRGINAL, _is_, n. _Solin._ Pucelage; membrane en quoi il consiste, et
que cependant plusieurs clbres anatomistes disent n'avoir jamais
vue[223].

  [223] Ce mot se prend aussi pour toute la partie indicative du sexe
    fminin.

VIRGINAL CONCRETUM. _Solin._ VIRGINAL INTACTUM. _Prud._ Pucelage en son
entier, qui n'est point entam.

VIRGINALE, _is_, n. Voy. VIRGINAL.

VIRILE, _is_, n. _Ovid._ Le membre viril.

VIRILIA, _ium_, n. _Plin._ Les parties qui marquent la virilit.

VIRILIORES, _ium_, m. Ceux qui sont les mieux fournis pour l'amour; ceux
qui ont de plus grands talents pour le service des belles.

VIRILITAS, _atis_, f. _Tac._ La virilit; les parties viriles; ce qui
fait homme l'homme.

(N) VIROSUS, _a, um_. Passionn pour les hommes. Cela n'est point
obscne dans une femme.

(N) VIRUS, _i_, n. Se prend, en bonne et en mauvaise part, pour la
liqueur qui s'coule par l'excs du plaisir ou du mal d'amour.

(N) VORARE TENTA. Prter sa bouche  un usage obscne; sucer la flte de
Cupidon; manger le pre des hommes et dtruire sa progniture. _Se ipse
vorare demisso capite_: manger soi-mme sa race; c'est le comble du
libertinage et de la folie.

VULVA, _ae_, f. _Juv._ Le chemin qui conduit  la matrice; le canal qui
mne au plaisir amoureux; le conduit des dlices d'amour; la galerie de
Vnus. Selon Pline: la matrice.




X


XANION, _ii_, n. La pice avec laquelle les femmes se font valoir; ce
qui fait presque tout le mrite des femmes; la pice avec quoi les dames
croient pouvoir rendre la monnaie de toutes choses[224].

  [224] Et la rendent en effet. La base principale de leur triomphe sur
    les hommes.




Z


ZONAM SOLVERE. _Catull._[225]. Dpuceler; avoir les gants d'une belle;
prendre les premires faveurs[226].

  [225] Dnouer la ceinture d'une fille.

  [226] Catulle et Agathemerus l'appellent _zonula_: voyez celui-ci dans
    son _Hymne  Priape_. Vossius nous dit que les jeunes filles
    Romaines emprisonnaient leur virginit au moyen d'une ceinture faite
    de cuir, de peau ou de mtal, afin qu'elle ft moins fragile; et que
    la partie qui touchait la peau tait garnie d'une toffe de laine.
    On empchait aussi par de semblables moyens les jeunes garons
    d'abuser de leur corps. Mais, avec le temps et l'adresse, toutes ces
    prcautions devenaient inutiles, et chaque partie reprenait les
    fonctions qui leur sont naturelles. C'est pourquoi _zonam_ ou
    _fibulam solvere_ signifient mettre les jeunes gens  leur aise, les
    manciper.


FIN


Paris.--Charles UNSINGER, imprimeur, 83, rue du Bac.







End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire rotique Latin-Franais, by 
Nicolas Blondeau and Franois Nol and Alcide Bonneau

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