The Project Gutenberg EBook of Le petit-neveu de Grcourt ou trennes
gaillardes, by Anonymous

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Title: Le petit-neveu de Grcourt ou trennes gaillardes
       Recueil de Contes en vers, rimprims sur l'dition de 1782

Author: Anonymous

Editor: Isidore Liseux

Release Date: December 10, 2019 [EBook #60896]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PETIT-NEVEU DE GRCOURT ***




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  LE
  PETIT-NEVEU
  DE GRCOURT

  OU
  trennes Gaillardes

  Recueil de Contes en vers, rimprim sur l'dition de 1782.

  [Marque d'imprimeur: SCIENTIA DUCE I L]

  PARIS
  Isidore LISEUX, diteur
  Quai Malaquais, n 5

  1883




_Tir  cent cinquante exemplaires numrots_

_N 10_




AVIS DE L'DITEUR


On ne s'attend pas  de longues recherches bibliographiques sur ce lger
recueil de gaiets: ce serait faire trop d'honneur  un petit vagabond,
sans feu ni lieu, et sans histoire. Tout ce que nous en savons, c'est
que d'abord mis au monde, en 1781 ou 1782, sous le titre de _PETIT-NEVEU
DE GRCOURT...  Gibraltar, chez les Moines_, il a t vite adopt par
Cazin, qui en a donn deux ditions, avec un titre nouveau: _TRENNES
GAILLARDES, ddies  ma commre...  Lampsaque, de l'imprimerie du Dieu
des Jardins_, 1782 et 1784. Voil donc,  bien compter, trois ditions,
lesquelles doivent se valoir, vu le mrite  peu prs gal des
imprimeurs: le Dieu des Jardins, au XVIIIe sicle, n'avait srement pas
de plus dignes mules que les Moines, de Gibraltar ou d'ailleurs.

Maintenant, qui a compos ce volume? Un homme de got, videmment. On a
pens que ce pouvait bien tre Flix Nogaret,  cause des initiales Y X,
dont signe l'diteur; mais ce n'est l, qu'une supposition fort
aventure. Nogaret avait le bonheur de possder un X dans son prnom:
d'accord; mais tous les anonymes n'ont-ils pas le mme droit  l'X? Et
quant au got de Flix Nogaret, qui passe avec plus de raison pour avoir
fait les insipides huitains de l'_Artin Franais_, n'est-il pas trop
douteux pour justifier l'attribution?

La chose, en somme, est de minime importance. Quel que soit l'Amateur
qui a recueilli ces bluettes, acceptons-les pour elles-mmes et ne leur
demandons pas plus qu'elles ne peuvent tenir. Elles ont t glanes un
peu partout: cependant, la majeure partie n'en est gure connue; elles
sont lestes, court-vtues, provocantes, et si elles donnent au Lecteur
une heure ou deux d'amusement, nous aurions grand tort de regretter les
quelques feuilles de joli papier que nous avons sacrifies pour cette
modeste dition.

I. L.

Paris, le 20 Juillet 1883.




A MA COMMRE


Ce n'est pas une ptre ddicatoire que je vous adresse, c'est une
simple Lettre que je vous cris; n'y cherchez donc ni tournures
dlicates, ni priphrases ingnieuses, ni tout ce qui sent l'Auteur. Je
ne le suis pas, Dieu merci: je ne suis qu'un diteur gai et gaillard;
j'ai consacr quinze ou vingt jours, plus ou moins,  rassembler des
Contes joyeux, pour vous rendre une fois le plaisir que vous m'avez
donn mille. De toutes les Francomtoises qui embellissent et rcrent la
Capitale, vous tes sans contredit la plus aimable: votre taille est
svelte, vos yeux sont noirs et vifs, vos genoux charnus et ronds, vos
mains poteles, vos joues pares des plus belles couleurs; enfin vous
tes  trente ans ce qu'une autre femme est  vingt. Vous croyez
peut-tre, ma chre Commre, que ma franchise ordinaire a fait place au
ton complimenteur, dtrompez-vous: tel je suis en parlant, tel en
crivant, et je vais vous rpter ce que je vous ai dit vingt fois sans
que votre amour-propre en ait paru bless, tant vous tes modeste! Votre
sein n'est ni plus ferme, ni plus rond qu'un autre, votre petit pied
fait mentir le proverbe; mais ces lgres imperfections servent d'ombres
au tableau: vous n'en tes pas moins chre  tous ceux qui vous
connoissent, on ne parle de vous qu'avec feu, et je sais bien pourquoi:
c'est que dans un sicle o chacun vante beaucoup l'humanit, vous tes
humaine autant qu'on peut l'tre. Avec quel dsintressement ne
venez-vous pas au secours d'une foule d'Amateurs! votre main s'ouvre
pour les uns, et votre coeur pour les autres. Vous savez que la
faiblesse humaine et vos charmes changent une offrande libre en un impt
forc, et malgr cela, vous ne ranonnez personne. Le pauvre Abb
Piquet, le petit Vicaire de notre Paroisse, et le Pre Briffard, que
j'ai rencontrs ce matin, me le disaient encore; tel Gomtre le
dmontre, et tel Musicien le chante  qui veut l'entendre. Si tous ces
Messieurs publient votre gnrosit sur les toits, puis-je faire moins
que de l'lever jusqu'aux nues, moi que vous avez distingu dans la
foule, moi  qui vous avez accord tant de faveurs piquantes pour le
seul plaisir de m'en accorder, moi enfin  qui vous avez avou en
rougissant que j'avais fait votre conqute? Je serais le plus ingrat des
hommes, ma Commre, si je ne continuais pas  vous voir sur le mme
pied, surtout lorsque mes facults et votre manire d'agir  mon gard
s'accordent si bien ensemble. Cependant il ne sera pas dit que je ne
cherche pas  m'acquitter envers vous; je sais que vous aimez la belle
littrature, je vous ai surprise plus d'une fois le _Moyen de parvenir_
 la main, et je me suis mme aperu que, doue d'une imagination trs
vive, vous vous trouvez,  la suite de vos lectures, dans des
dispositions qui tournent  bien pour vous, et  mal pour moi; mais
duss-je risquer de nouvelles fatigues, je vous offre ce petit Recueil,
en vous priant de le lire, de le recommander  vos amis, et surtout de
l'envoyer  Besanon. Sur ce, ma Commre, je vous baise les mains. Ne
soyez pas tonne que je ne vous fasse aujourd'hui ma cour que par
crit: notre dernire entrevue m'a mis pour quelque temps hors d'tat de
vous la faire autrement; ce qui n'empche pas que mon amour ne rponde
au vtre.

Votre Compre,

Y. X. ***.




LE

Petit-Neveu de Grcourt

OU

trennes Gaillardes


LA FEMME SANS CHOSE

    Le trait suivant, Lecteur, est d'assez bon aloi:
        Je le tiens de Monsieur Gronte,
    Lequel me l'a donn pour une histoire, et moi
        Je vous le donne pour un Conte:
    Car il faut, tant qu'on peut, tre de bonne foi.
    C'est tout prs de Paris que se passe la scne.

      Un Grenadier (La Rose toit son nom)
        Jeune, bien fait, bon compagnon,
        tant en semestre  Surne,
    De Thrse un beau jour lorgna le pied mignon.
        Corbleu! dit-il, la bonne aubaine!
        Qui pourroit l'attirer  soi
        Auroit un vrai morceau de Roi,
        Ou tout au moins de Capitaine.
    Il aborde  l'instant Thrse sans faon,
      D'un air joyeux lui conte sa fleurette
    Et lui porte la main au-dessous du menton.
        Son geste, son habit, son ton
        Plurent beaucoup  la fillette:
    Bref, quelques jours aprs la retrouvant seulette,
    Dans le fond d'une grange  sa dvotion,
    Il ne put rsister  la tentation,
        Et l'affaire fut bientt faite.
      N'en parlons plus; ajoutons seulement
        Que depuis cet heureux moment,
    Thrse et son ami, tous les jours en cachette,
    Alloient au mme lieu se rendre exactement.
    Thrse y vint un soir, elle toit inquite
      Et paraissoit rver profondment.
    En regardant La Rose, elle reste muette.
        Qu'as-tu, lui dit-il, mon enfant,
    Et qui peut te causer une peine secrte?
        Ne cache rien  ton Amant,
    Parle. Thrse enfin parla navement:
        --On me dit que je suis gentille;
        Mais la serai-je encor longtemps?
    Vienne Saint-Nicolas, j'aurai mes vingt-deux ans,
        Et je ne veux pas mourir fille.
    Je sais que le Meunier du village voisin
    A mon pre en secret a demand ma main;
    Et mon pre a dit oui: suffit que j'y consente,
    J'pouserai Colas pas plus tard que demain
    Conseille-moi!--Colas, parbleu! c'est mon cousin,
    Reprit le Grenadier, car sa mre est ma tante;
        Ce garon l n'est pas malin,
    Mais il a malgr a quelque chose qui tente;
        C'est deux cents bons cus de rente:
    Si je les avois, je... Mais puisque je n'ai rien,
        pouse-le, tu feras bien.
    J'exige seulement...--Quoi?--Tu sais bien, ma chre,
    Que je dois te quitter dans vingt jours au plus tard;
      Avant le temps fix pour mon dpart
        La noce, dis-tu, peut se faire.
    En ce cas je prtends  ton bent d'poux
    De ses droits conjugaux interdire l'usage:
    Si donc il t'invitait  des bats trop doux,
    Ds la premire nuit brusque le personnage,
        Dusses-tu le mettre en courroux.
    Quand je serai parti, je lui donne carrire;
      Mais jusque-l, Madame la Meunire,
    De Monsieur le Meunier je serois trop jaloux.
        --Comment? tu veux que, sans dfense,
    Ds la premire nuit, seulette entre deux draps,
    Avec un homme...? Allons, tu te moques, je pense.
    Qui pourroit se tirer d'un pareil embarras?
        J'aurois beau faire la mutine,
        Beau me fcher, beau le gronder,
        Colas croiroit que je badine;
    Il seroit le plus fort, il faudroit bien cder.
    --D'accord, mais si je peux par un bon stratagme
        Lui fermer ce qu'il croit ouvert?...
        --Pour te prouver combien je t'aime,
    Je consens volontiers  le prendre sans vert.
    --Eh bien! avertis-moi la veille de la noce,
        Et nous agirons de concert,
    Afin que, comme un sot, il donne dans la bosse.
      A point nomm La Rose est averti:
    Imaginez un peu ce qu'il fit  Thrse.
    (Vous avez vu qu' tout la belle a consenti
      Pour empcher que Colas ne la baise).
    Il colle artistement sur un certain endroit,
    Que point ne veux nommer, que pourtant on devine,
    Une peau de mouton douce, frache et trs fine.
    Le pli le plus lger, il l'efface du doigt,
        Et partout, ainsi qu'on le croit.
    Appliquant une main experte et libertine,
        Il fait si bien qu'on n'aperoit
    Ni le creux du vallon, ni le duvet qui crot
        Sur le penchant de la colline.
    Ceci peut sembler fort, mais un amant adroit
    Excute aisment tout ce qu'il imagine,
        Mieux encor qu'on ne le conoit.
    Et puis, ami Lecteur, un peu de complaisance;
        Prtez-vous  l'illusion,
    Et vous croirez qu'aprs cette opration
    Thrse n'en eut plus... du moins en apparence.
    Au fait. Le lendemain elle pouse Colas:
    En sortant de l'glise on vint faire bombance,
    On but du petit vin, on servit de grands plats;
    Mais parlons du souper, lequel suivit la danse:
    Le souper d'une noce est le meilleur repas.
      Le mari, droit comme un chalas,
    D'aller se mettre au lit brloit d'impatience.
        La Rose, riant aux clats,
    Par des couplets gaillards gayoit l'assistance,
    S'approchoit de Colas, et lui disoit tout bas:
    Cousin, tu m'as bien l'air d'un croqueur de pucelles;
    Gageons que cette nuit tu ne dormiras pas:
        La marie est des plus belles;
    Demain, les yeux battus et les membres bien las,
        Tu nous en diras des nouvelles.
        Tout en parlant de bagatelles,
        On entendit sonner minuit:
    Lors au lit nuptial chaque poux fut conduit,
        Et l'on teignit les chandelles:
      On sait dj tout ce qui se passa.
    Colas, dont on se peint aisment la surprise,
    Pour fter sa commre en vain se trmoussa,
    Tentant dix fois l'assaut, et dix fois lchant prise.
    D'un jeu si dplaisant enfin il se lassa,
    Et fut toute la nuit dans une horrible crise.
      Au point du jour, mon Jocrisse  grands pas
    Va chez le Grenadier en poussant des hlas!
        --Si vous saviez, cousin La Rose,
        Ma femme, elle n'a pas de...--Quoi?
        --De... la... de...--Quoi donc?--Aidez-moi!
    Eh bien! elle n'a pas... elle n'a pas de chose!
        --Ah! parbleu, n'est-ce que cela?
    On peut remdier  cet accident-l;
      Et je ne sais pourquoi tu t'inquites:
        Beaucoup de femmes n'en ont pas;
    Mais je leur en fais, moi.--Comment, vous leur en faites!
    --J'en fis un l'an dernier  celle de Lucas;
    Tu pourrois mme aller la trouver de ce pas,
        Et par des questions secrtes...
    En observant surtout de lui parler bien bas,
    Peut-tre avoueroit-elle...--Ah! que je serois aise
    Si vous pouviez ce soir en faire un  Thrse!
        --Ce soir, le terme est un peu court;
    Mais apporte au logis avant la fin du jour
    Douze livres de crin, douze francs pour ma peine;
    Pars demain, va passer huit jours chez ta marraine,
        Imagine quelque dtour
    Afin de lui cacher le sujet qui t'amne:
    Dis-lui que par malheur tu deviens un peu sourd,
    Et qu'on t'a conseill de voyager en plaine.
        Sur le chose de ta Chrtienne
      Sois plus muet que la bouche d'un four,
    Entends-tu bien, Colas?--Oh! qu' cela ne tienne!
    --C'est aujourd'hui lundi, je fixe ton retour
        Au Mardi de l'autre semaine:
        Ce jour-l tu pourras sans gne
    Faire un petit Colas.--Ah! Thrse, ah! mamour,
        Mardi j'en aurai donc l'trenne!
      --Adieu, cousin.--Bonsoir. Une heure aprs
    Le crin est envoy, les douze francs sont prts;
        Et comme une franche pcore,
    Colas le lendemain partit avant l'aurore.
        Vous jugez bien que notre amant
        Sut mettre  profit son absence.
        A Thrse il fit un enfant,
    Puis il vendit le crin pour en avoir l'argent,
    Et riant du cousin docile  la dfense,
        Il regagna son Rgiment.
        Colas, au bout de la huitaine,
    Croyant avec raison l'ouverture certaine,
    Revient trouver sa femme en faisant les yeux doux,
        --Couchons-nous, lui dit-il, ma reine.
        Thrse au lit suit son poux;
        L, sans compliment il l'engane.
    Le jeu fini, Colas visita son domaine;
    Et lorsqu'en tous les coins il eut pass la main:
        --Ouais! s'cria-t-il, cousin,
    Par ma foi, je vous garde une bonne semonce:
    Vous m'avez demand douze livres de crin,
        Et je n'en trouve pas une once!


LA CROYANCE FONDE

        Un jour que Madame dormoit,
        Monsieur ftoit sa Chambrire;
        Celle-ci qui la danse aimoit,
        Remuoit fort bien la charnire:
        Or la Coquine, toute fire,
        Lui dit: Monsieur, sur votre foi,
        Qui le fait mieux, Madame ou moi?
        --C'est toi, Barbe, sans contredit.
        --Saint Jean! dit-elle, je le croi;
        Car tout le monde me le dit.


LA DCLARATION MILITAIRE

A MADAME ***

        Puisque vous m'avez dit souvent
        Que vous n'aimez pas la morale.
        On m'a fait un conte plaisant.
        Il faut que je vous en rgale:

        Un Mousquetaire soupiroit
        Pour Fatime, beaut svre;
        Quel est celui qui me diroit
        Comment soupire un Mousquetaire?
        Depuis si longtemps un bruit court
        Que, dans le dlai le plus court,
        Ces Messieurs font toujours l'affaire!
        Le pourquoi n'est plus un mystre;
        Mars qui s'entend avec l'Amour
        Est exempt du prliminaire.
        Mon Hros, qu'on nommoit Valcour,
        Et qui certe auroit eu vergogne
        D'en tre  son troisime jour
        Sans finir la douce besogne,
        Pour la finir n'pargna rien;
        Si, qu' son deuxime entretien,
        Bien rsolu de passer outre,
        Il s'cria: Je voudrois bien,
        Madame, vous...--Quoi donc?--Vous foutre.
        Foutre est un mot trs indcent;
        Fatime se mit en colre,
        Et dit:--Monsieur le Militaire,
        Vous tes un impertinent.
        --Un impertinent soit, ma chre;
        J'en agis toujours rondement,
        Et ne rponds au compliment
        Que par trois mots: laissez-moi faire.
        Entre ses bras il vous la prend.
        On devine que la Commre
        Se dbat, ou bien fait semblant:
        Plus elle feint, plus il la serre.
        Bref, il la pousse vivement.
        Elle, tout en se dbattant,
        De tomber dans une bergre;
        Lui d'avoir, en moins d'un instant
        Fait quatre ou cinq tours  Cythre.
        Mademoiselle, en se pmant,
        De lui demander doucement
        S'il peut encore en faire autant?
        Et Monsieur, toujours plus galant,
        De ne pas rester en arrire.
        Mon Lecteur, qui sait que souvent
        Le plus vigoureux assaillant
        Aprs trois exploits tombe  terre,
        Ne doit pas trouver surprenant
        Qu'ayant fait six fois la carrire,
        Sans prendre haleine seulement,
        Mon coquin, d'un air triomphant,
        Enfl de sa valeur guerrire,
        Dit  Fatime en la quittant:
        --Pour foutre, vive un Mousquetaire!
        Ni que Fatime souriant
        Prenne le parti de se taire;
        Car un Auteur qui n'est pas sot,
        Sur _foutre_ a donn cette glose:
        Les Dames pardonnent le mot
        A celui qui fait bien la chose.


LA RPONSE SENSE

CONTE

        Ces jours passs, une Catin
        Dit  Pattu le Mdecin:
        Je vous paierai, cote que cote;
        Tirez-moi d'un grand embarras;
        Monsieur, vous avez vu des _cas_:
        Les cas sont-ils barbus?--Sans doute.
        --Pourquoi le mien ne l'est-il pas?
        --En voici la raison, coute,
        Lui rpond gravement Pattu;
        Ne sais-tu pas un vieux Proverbe,
        Qui dit qu'en un sentier battu
        On ne vit jamais pousser d'herbe?


LA PLAINTE INJUSTE

      A la campagne, un jour qu'il faisoit beau,
      Gilet fut voir Madame du Martelle.
      Bien fut reu dans l'antique Chteau:
      Pour le traiter, on mit tout par cuelle;
      Mais il se plaint que la ronde femelle
      L'ait fait coucher auprs d'un grand Valet.
      Or de la Dame  tort se plaint Gilet:
      Mieux n'et choisi, si c'et t pour elle.


BADINAGE IN-PROMPTU

_En voyant la Statue de la Pucelle d'Orlans dans la place publique de
cette Ville._

          Passants, respectez celle
          Que vous voyez cans:
          C'est la seule pucelle
          Qui soit dans Orlans.


LA BELLE ACCOMMODANTE

        Lon, pouss d'humeur foltre,
        Regardoit  son aise un jour
        Les jambes plus blanches qu'albtre
        De Lise, objet de son amour.
        Tantt il s'attache  la gauche,
        Tantt la droite le dbauche;
    Je ne sais plus, dit-il, laquelle regarder;
    Une gale beaut fait un combat entre elles.
        --Ah! dit Lise, ami, sans tarder,
    Mettez-vous entre deux, pour finir leurs querelles!


IN-PROMPTU

    Vous me priez toujours de vous faire des vers,
    Je vous l'ai dit vingt fois, Madame, en bonne prose:
        Je les ferois tout de travers;
        J'aime mieux vous faire autre chose.


COUPLET

Air: _La faridondaine, la faridondon._

        Pendant six mois, notre voisin
          Crut sa femme hydropique;
        Mais en criant un beau matin:
          Aye! aye! J'ai la colique,
        Elle accoucha d'un gros garon,
      La faridondaine, la faridondon,
        Qui ressemble au pauvre mari,
            Biribi,
        A la faon de Barbari,
            Mon ami.


BOUQUET A Mlle ***

        En ce jour que je dois fter,
        Je vous prsente ma personne;
        C'est le bouquet que je vous donne,
        Mais voudrez-vous bien le porter?


LA RAGE D'AMOUR

CONTE

      A Cupidon la jeune et belle Amynthe
      Malgr l'hymen sacrifioit toujours;
      Son pauvre poux toujours toit en crainte
      Qu'elle ne ft de nouvelles amours.
      Il ne pouvoit en siller la paupire;
      Veilles, soucis l'eurent tt emport.
      Lui mort, Amynthe, en pleine libert,
      A son humeur donna belle carrire;
      On en jasa; son Cur crut devoir
      L'en avertir: Vous vous perdez, Madame,
      Changez de vie, ou c'est fait de votre me!
      --Hlas! Monsieur, je voudrois le pouvoir,
      Lui rpondit la trop fringante veuve;
      Mais plaignez-moi, tel est mon ascendant,
      Que je ne puis avoir l'esprit content,
      Si chaque mois je n'ai pratique neuve.
      Cela me vient d'un accident fatal:
      A quatorze ans d'un chien je fus mordue,
      Chien enrag. Pour prvenir le mal,
      L'avis commun fut qu'il me falloit nue
      Plonger en mer. Nue on me dpouilla.
      Honteuse alors de me voir sans chemise,
      Incontinent je portai la main l...
      O vous savez, sans jamais lcher prise.
      On me plongea; mais qu'est-il arriv?
      C'est que mon corps,  pudeur trop funeste!
      Partout ailleurs du mal fut prserv,
      Hors cet endroit o la rage me reste.


LE PRTENDU MALIN

        Jean recherchoit pour l'hymne
        Pquette l'merillonne;
    Chacun disoit  Jean: Pquette a mauvais bruit,
        Son honneur est un grand peut-tre.
        --Oh! dit Jean, la premire nuit
        Je saurai bien le reconnotre.


LA GAGEURE

      Deux Penaillons, voulant prendre un bat
      Pour gayer l'ennui du Monastre,
      Gageoient un jour deux flacons de muscat
      A qui plutt auroit dit son Brviaire:
      Ce n'est du tout agir Chrtiennement.
      Avant d'entrer en si plaisante lice,
      Nos deux Frocards se prtrent serment
      De ne sauter un mot du saint Office.
      Le serment fait, les voil donc en train
      De marmoter; quand l'un, gagnant la fin.
      Dit: Je n'ai plus qu'un bout de patentre.
      --Ah! malheureux, tu m'as fourb vraiment,
      Car je ne suis qu'au milieu, rpond l'autre,
      Et j'ai pass tout le commencement!


LE PAIEMENT D'AVANCE

        Dans Paris plus d'un Bourgeois,
        N'ayant matresse ni femme,
        Pour un cu tous les mois
        S'en va rafrachir sa flamme.
        Tmoin Monsieur Rogaton,
        Qui sait o le bt le blesse,
        Et de temps en temps, dit-on,
        Cde  l'humaine faiblesse.
        L'autre jour une drlesse
        L'aperut de son balcon,
        Et la voil qui l'invite
        Par un _st, st_ redoubl.
        Mon homme de monter vite
        Sitt qu'il est appel;
        Il entre; elle de lui dire:
        Mon fils, sois le bienvenu;
        C'est moi qu'on nomme Zelmire:
        Ce nom, je crois, est connu.
        Ici l'on trouve  sa guise,
        Blancheur, fracheur, fermet;
        Ces trois mots sont ma devise.
        Je suis en bonne sant;
        Dans mes bras tout Paris tombe;
        J'ai la gorge de Dut
        Et les fesses de Colombe.
        Viens t'asseoir  mon ct
        Et mets-moi vite  l'preuve;
        Mais auparavant fais preuve
        De ta gnrosit.
        --Dis-moi combien tu demandes?
        --Combien? Six livres, mon cher,
        Et douze si tu marchandes;
        C'est un prix fait en hiver.
        Mons Rogaton sur la bouche
        Un gros baiser lui colla;
        Zelmire, d'un air farouche:
        --Il faut mettre six francs l,
        Et sois sr que sans cela
        Je ne veux pas qu'on me touche.
        Dpchons, il se fait tard;
        Six francs, ou bats en retraite.
        Rogaton les lui dpart.
        La Commre, satisfaite,
        Ses charmes lors dvoila,
        En lui disant: Me voil
        Comme le bon Dieu m'a faite.
        --Ah! Ciel! je suis infect!
        Ici que n'ai-je apport
        De l'ambre ou de la civette?
        Cache, cache tes attraits,
        Dit l'autre, je gagerois
        Que tu n'as pas fait toilette.
        Fi!--Si tu n'es pas content,
        Tu peux regagner la porte.
        --Eh bien! rends-moi vitement
        Mes six francs, et que je sorte.
        --Tes six francs? oh! doucement:
        Je ne fais point de corve;
        On ne rend jamais l'argent
        Lorsque la toile est leve.


IN-PROMPTU

_Chant dans la maison de M. le Marquis de L***,  V***, le jour qu'on y
pendit la Crmaillre._

Sur l'air: _La bonne aventure,  gu._

        Comme de vrais _sans souci_,
          Donnons-nous carrire;
        Prs des Dames que voici,
          Libert plnire!
        Surtout point d'Amant transi,
        Car rien ne doit pendre ici,
        Que la Crmaillre,  gu,
          Que la Crmaillre!


LA CALOMNIE FOUDROYE

      Oui, vous feriez en vain le dlicat,
      Monsieur l'Abb, je ne serois pas dupe;
    Avouez, croyez-moi, que vous aimez la jupe.
      Et sur ce point n'ayons plus d'altercat.
    --Mais, Madame, jetez les yeux sur mon rabat...
        --Toutes vos raisons sont frivoles...
    --Vous tes incrdule et voulez un clat?
        Eh bien! retenez ces paroles:
      Du cotillon je fais si peu d'tat,
        Que je donnerois cent pistoles
        Pour que personne n'en portt!


LA FENTE

CONTE

        Orante avoit fait emplette
        D'un quarteau de vieux Rota;
        Sa chambrire Pquette,
        Un beau matin le gota
        Et le trouva bon sans doute.
        Elle y revint: Jean l'aida.
        Verre  verre, goutte  goutte
        La feuillette se vida.
        Au bout d'une quarantaine
        Il advint que le Patron,
        Qui croit la feuillette pleine,
        Va pour en prendre l'trenne.
        L'eut-il? Vous savez que non.
        Abus dans son attente,
        D'abord il est stupfait,
        Puis songeant que le vin tente
        Et se doutant du mfait,
        Il appelle sa servante
        Et lui dit ce qu'elle sait.
        Pourtant elle s'merveille:
        Jamais, jamais on n'a vu
        Une aventure pareille!
        --Certe, qui l'auroit prvu?
        Rpondit-elle  son matre,
        D'o peut provenir cela?
        Quelque fente aura peut-tre
        Caus cet accident-l;
        Nous pourrons le reconnotre.
        Elle va prendre un flambeau.
        L'allume, vient, fait sa ronde:
        Rien ne manquoit au tonneau.
        --Morgu! le tour est nouveau;
        Voyons par-dessous, dit-elle.
        Au mme instant la donzelle,
        En se baissant, met au jour
        Ce qui plat dans une belle,
        Morceau digne de l'amour.
        Et pour parler sans dtour,
        Le parois de sa Chapelle
        Que couvroit un jupon court.
        --C'est assez, lui dit Orante,
        En lorgnant le dfil,
        Viens que je bouche la fente
        Par o mon vin a coul.


LE REPENTIR SINCRE

        Avec la brune et la blonde
        Un Prieur Bndictin
        Prit tant d'bats, qu'un matin
        Il gagna le mal immonde.
        Voyant son chose maigri,
        L'horreur du crime le frappe;
        Fin, dit-il, qui m'y rattrape...
        Avant que je sois guri!


L'ARMURE DE VNUS

        Vnus manioit prs de Mars
        Son casque, son glaive, ses dards,
        Armes de dfense et d'attaque.
        Mais le Dieu lui cria soudain:
        Belle, j'en ai sous ma casaque
        De plus propres pour votre main.


A MA MAITRESSE

_Qui, la veille en dinant chez moi, avait paru dsirer un serin que
j'avais._

      Reois la cage et le serin charmant
    Dont tu louois hier l'agrable ramage:
    Il en reste encore un  ton fidle amant;
      Mais c'est  toi de lui donner la cage.


_Les Dsolations et les Consolations._

VAUDEVILLE

        Cloris avec un gros Seigneur,
        L'hiver dernier, perdit sa fleur;
          C'est ce qui la dsole.
        Mais alors elle n'avoit rien,
        Et maintenant elle a du bien;
          C'est ce qui la console.
        Lise avoit Lindor pour amant,
        Sa mre la met au Couvent;
          C'est ce qui la dsole.
        Un Directeur qui vaut de l'or,
        Prs d'elle remplace Lindor;
          C'est ce qui la console.
        Lisimon est bien convaincu
        Que son voisin le fait cocu;
          C'est ce qui le dsole.
        En secret le drille malin
        Rend la pareille  son voisin;
          C'est ce qui le console.


LGIE

        Au diable soit la donzelle
        Qui, me prenant par la main,
        Me fit rebrousser chemin,
        Et me conduisit chez elle!
        Sot que je fus ce jour-l!
        En arrivant dans sa chambre,
        Sur un lit parfum d'ambre
        Ses charmes elle tala.
        Las! j'en perdis la parole.
        Que faire? j'tois vaincu:
        Jean Chouart joua son rle;
        Barbe gagna son cu,
        Moi, je gagnai la vrole.


PIGRAMME

        L'pous, la premire nuit,
        Rassuroit sa femme farouche.
        Mordez-moi, dit-il, s'il vous cuit,
        Voil mon doigt en votre bouche.
        Elle y consent, il s'escarmouche;
        Et quand il l'eut bien dhouse;
        Or a, dit-il, tendre Rouze,
        Vous ai-je fait du mal ainsi?
        --Ah donc! rpondit l'pouse.
        Je ne vous ai pas mors aussi!


LE TRIOMPHE DE LA MAROTTE

OU

L'ESPRIT DE MES CONFRRES

CHANSON

Sur l'air: _O reguingu,  lon lan la._

        Entre les diffrents tats
        Qui font vivre l'homme ici-bas,
        On ne dmle qu'altercas,
        Peines d'esprit, vains embarras:
        Chez le Hros, chez le Pagnote,
        Tout n'est que sottise et marotte.

        La dbauche plat au Rentier,
        Le faux point d'honneur au Guerrier,
        L'opulence entiche un Caissier,
        L'amour-propre le monde entier;
        Petits-Matres, Gens de maltote,
        Chacun a son bien de marotte.

        Mais laissant au joug de leurs fers
        Tant de personnages divers,
        L'glise fournit  mes vers
        De quoi blasonner ses travers;
        Le plus mince porte-calotte
        Donne prise  quelque marotte.

        Le Pape avec les Cardinaux,
        Vnrables Grippeminauds,
        Pasteurs quelque peu larronneaux,
        Font voir en tondant leurs troupeaux,
        Malgr les statuts de la rote,
        L'appt du lucre pour marotte.

        Un vque dment rent,
        Plein d'embonpoint et de sant;
        Au sjour de la volupt,
        Dans une sainte oisivet,
        Sur le duvet qui le dorlotte
        Laisse appercevoir sa marotte.

        J'aime un Chanoine fortun
        Qui, dans son fauteuil cantonn,
        Prmdite aprs djeuner
        L'assortiment de son dner,
        Et qui baptise d'Ostrogote
        La loi contraire  sa marotte.

        Abbs charmants, petits collets,
        Pour qui la mitre a tant d'attraits,
        Aussi souples que des valets,
        En rdant autour des Palais,
        J'opine ce qui vous balotte;
        Les grandeurs sont votre marotte.

        La gouvernante d'un Cur,
        Sous un parentage ignor,
        Prend en vain le ton manir;
        Je dis au bon Prtre leurr:
        L'amour entre vous et Javotte
        N'a-t-il point mis quelque marotte?

        Les Moines, par plus d'un endroit,
        Mritent qu'on leur fasse droit;
        D'abord viennent ceux de Benot,
        Gens absolus, vrais pisse-froid;
        Craignez cette race dvote,
        L'intolrance est leur marotte.

        Un Bernardin au lansquenet
        Fouette la carte en prestolet,
        Hausse le temps, et d'un buffet
        Range les cristaux au parfait,
        Fredonne quelque air de gavotte:
        Telle est au juste sa marotte.

        Le Clestin entre deux draps
        Couloit des jours sans embarras;
        Du Latin qu'il n'entendoit pas,
        Laissant l'usage aux Savantas,
        Il trouvoit dans une marmotte
        Le symbole de sa marotte.

        Un gros Carme  triple menton,
        Prlude fort bien sur le ton
        Propre  l'amoureuse chanson;
        Mais au lutrin c'est un oison:
        Il prouve en corchant la note,
        Qu'un autre accord fait sa marotte.

        Voulez-vous au fond d'un cellier
        Goter de ce jus singulier
        Qui repose sur le chantier?
        Prenez pour guide un Cordelier;
        Bientt en sifflant la linotte,
        Il dmasquera sa marotte.

        Le Capucin peu dlicat,
        N pour choquer notre odorat,
        Tantt zl, tantt pied-plat,
        Emprunte la griffe du chat,
        Et des bribes qu'il escamotte,
        Dresse un trophe  sa marotte.

        Prcheurs, Soccolants, Augustins,
        Petits et grands Observantins,
        Famille d'Archi-patelins,
        Vrais escrocs, adroits carabins,
        Orgueilleux au sein de la crotte,
        L'impudence est votre marotte.

        Hermaphrodites incertains,
        Moiti Moines, moiti mondains,
        Trinitaires, Gnovfains,
        Antonistes, plats aigrefins,
        L'eau de senteur, la papillotte
        Manifestent votre marotte.

        Chartreux saintement dsoeuvrs,
        Et vous rebondis Prmontrs,
        Cafards, on le sait, attitrs,
        Au demeurant baudets jurs,
        Ma Muse ombrageuse et capotte
        Ne voit goutte  votre marotte.

        Disciples du grand Loyola,
        Aprs vous il faut dire, hol!
        Quiconque franchit ce point-l,
        Ne craint Charybde ni Scylla.
        Pascal, Auteur de haute note,
        A su frapper votre marotte.

        Fine fleur d'un sexe rus,
        Tour  tour chri, mpris,
        Tendres Nonnains, si j'ai glos
        Sur le raz et sur le fris,
        Vous mritez bien qu'on vous cote
        Dans les fastes de la marotte.

        Hritires du vain caquet
        De cet loquent perroquet,
        Nagure chant par Gresset,
        Je vais prononcer votre arrt:
        Le babil et l'humeur bigote
        Sont votre ternelle marotte.

        Indigne de former des noeuds,
        La coquette attise nos feux,
        La prude vite leurs aveux,
        La volage reste entre deux;
        Tandis que la froide vieillotte
        Regrette en secret leur marotte.

        Prdicateur hors de saison,
        Quel fruit produira mon sermon?
        Du vent, rien plus. Jamais chanson
        Ne fit un Saint d'un Pantalon.
        Dans la liste que je fagotte,
        Moi-mme j'ai double marotte.


LES CINQ POINTS

A MADEMOISELLE DE ***

      Fleur de quinze ans, si Dieu vous sauve et gard,
      J'ai en amours trouv cinq points exprs:
      Premirement, s'offre  vous le regard,
      Puis le parler, puis le baiser aprs;
      L'attouchement le baiser suit de prs,
      Et tous ceux-l tendent au dernier point,
      Lequel est...--Quoi?--Je ne le dirai point;
      Mais s'il vous plat en ma chambre vous rendre,
      Je me mettrai volontiers en pourpoint,
      Voire tout nud, pour vous le faire apprendre.


L'UN POUR L'AUTRE

CONTE

      Prs de s'unir  sa discrte amie,
      Le bon Damis, chez elle, un beau matin,
      Sur un sopha la trouvant endormie,
      Osa risquer un geste libertin;
      Mais par malheur s'veille la Donzelle,
      Et ses beaux yeux encore appesantis:
      Mon cher Louis, ah! tu vaux trop, dit-elle,
      (Louis toit un valet du logis),
      Toute la nuit, tu m'as prouv ton zle;
      Le jour au moins, repose-toi, Louis.


LA PRSENCE D'ESPRIT

      Martin menoit son cochon au march,
      Avec Suzon, qui dans la plaine grande,
      Pria Martin de faire le pch
      De l'un sur l'autre, et Martin lui demande:
      Mais, qui tiendroit notre cochon, friande?
      --Qui? dit Suzon, bon remde il y a.
      Lors le cochon  sa jambe lia,
      Puis Martin grimpe, et lourdement engane.
      Le porc eut peur, et Suzon s'cria:
      Serre, Martin! notre cochon m'entrane.


LA DFENSE BIEN OBSERVE

        Quoi! maman me laisse seulette?
        Pour moi j'en suis presque en courroux;
        Il semble qu'exprs avec vous
        Je voulois rester tte  tte;
        Mais non, Monsieur, n'en croyez rien;
        Vraiment je vous le dfends bien.

        Pour favoriser le mystre,
        Ma porte est ferme aux verroux;
        Ici, sans crainte des jaloux,
        On pourroit jouir et se taire;
        Mais non, Monsieur, n'en faites rien;
        Vraiment je vous le dfends bien.

        Prt  rire de ma colre,
        Peut-tre que mon nglig,
        Mon mouchoir un peu drang,
        Vont vous rendre trop tmraire;
        Mais non, Monsieur, qu'il n'en soit rien;
        Vraiment je vous le dfends bien.

        Dans vos yeux je lis votre audace,
        Vos regards dvorent mon sein;
        Vous allez y porter la main,
        Votre bouche en prendra la place;
        Mais non, Monsieur, n'en faites rien;
        Vraiment je vous le dfends bien.

        Mais que vois-je? ma jarretire
        Se dfait et tombe  mes pieds;
        Souffrir que vous la rattachiez!
        Oh! pour cela je suis trop fire!
        Non, non, Monsieur, n'en faites rien;
        Vraiment je vous le dfends bien.

        Comprenant enfin la dfense,
        Par degr Damon s'enhardit,
        A la belle il dsobit,
        Pour prouver son obissance.
        Jusques au bout il fit si bien,
        Qu'on ne lui dfendit plus rien.


LE DGEL

      Un jour d'hiver Robin, tout perdu,
      Vint  Catin prsenter sa requte,
      Pour dgeler son chose morfondu,
      Qui ne pouvoit quasi lever la tte.
      Incontinent Catin fut toute prte;
      Robin aussi prend courage et s'accroche;
      On se remue, on se joue, on se hoche.
      Puis quand ce vint au naturel devoir,
      Ah! dit Catin, le grand dgel approche!
      --Oui, rpond-il, je sens qu'il va pleuvoir.


HISTOIRE VRITABLE ET REMARQUABLE D'UN ABB

Qui avoit donn un rendez-vous  une femme marie; le mari, instruit de
ce rendez-vous, mit  sa chaste pouse une ceinture fort usite en
Italie.

Air: _Tarare, pon, pon._

          C'est approchant comm' a,
              Vers Novembre
              Ou Dcembre,
          Que Flore me donna
          Un rendez-vous pour a.
          En entrant dans sa chambre,
          Flore dit: Ah! pour a,
          Ah! l'abb, sent-on l'ambre
              Comm' a?

          --La Dulac[1] est comm' a,
              Rplique
              L'Abb R'lique;
          Mais son ambre a cela
          De me rendre comm' a.
          --Abb, dit-elle, unique,
          L'on ne voit sonica,
          Qu'un Ecclsiastique
              Comm' a.

          Je ne suis pas comm' a,
              Si preste:
              Malepeste!
          Mon mari jaloux m'a
          Mise en cage comm' a;
          La ceinture funeste
          Que vous me voyez l,
          Vous interdit un geste
              Comm' a.

          --Je n'ai rien vu comm' a;
              Le tratre!
              Dit le Prtre,
          Ce chien de mari-l!
          Gner un coeur comm' a!
          Sans que j'en sois le matre.
          Cette vue a dj
          Fait que je cesse d'tre
              Comm' a.

          --Une histoire comm' a,
              Dit la Belle,
              Est nouvelle;
          Quel tour plaisant c'est l!
          L'Abb, j'en ris comm' a.
          L'abb, riant comme elle,
          Fait ses adieux, s'en va,
          Laissant la Demoiselle
              Comm' a.

  [1] Marchande renomme pour les odeurs et les parfums.


L'EXPDIENT FACILE

      Martin toit dedans un bois taillis
      Avec Alix, qui, de tendre manire,
      Lui dit: Martin, le long de ces palis,
      Ta mie Alix d'amour te fait prire.
      --Mais, dit Martin, si quelqu'un par derrire
      Nous surprenoit, ce seroit grand vergogne?
      --Bon, bon! du cul vous ferez signe arrire,
      Passez chemin, laissez faire besogne.


ON FAIT CE QU'ON PEUT

        Blaise, dont jadis le crdit
        Voloit de Paris jusqu'au Gange,
        Est plus dchu que l'on ne dit.
        Il s'endette du pain qu'il mange;
        Et Catin, pour gagner de quoi
        Mettre une chemise sur soi,
        Lui met des cornes sur la tte:
        Voyez quelle diversit!
        Pour chasser la ncessit,
        Blaise emprunte, et sa femme prte.


LE QUIPROQUO OU COLIN-MAILLARD

    Un jour deux Capucins, l'un pre et l'autre Frre,
    En regagnant Paris, passoient par Bagnolet;
    Les filles, ce jour-l, pour fter Sainte Claire,
    S'gayoient et dansoient au son du flageolet.
        --Mes compagnes, s'cria Rose,
    D'un excellent projet je veux vous faire part:
    Voil Frre Franois, avec Pre Bernard;
    Qu'on les fasse approcher, et puis qu'on leur propose
        De jouer  Colin-Maillard;
    Je gage mon sabot qu'ils acceptent la chose.
        Rose savoit de bonne part
    Que jamais Capucins ne craignirent la glose.
    On les appela donc, et le couple gaillard
    Eut bientt mis besace et bton  l'cart.
    Ils tirrent au sort,  ce que dit l'histoire;
        L'un toit jeune, l'autre vieux,
        Et grce  la bont notoire
    De l'tre prvoyant qui fait tout pour le mieux,
    Le sort chut au jeune, on lui banda les yeux.
    Vous le voyez d'ici tourner  l'aveuglette,
    Aller  droite,  gauche,  grands,  petits pas,
    Les deux jarrets tendus aussi bien que les bras,
    Et le corps en avant comme un Chasseur qui guette.
    Il avoit tant tourn qu'enfin il toit las,
        Quand par bonheur une fillette
        Vint le tirer par sa jaquette;
        C'toit Rose, il la jette  bas;
        Et portant une main lgre
        A certain endroit dfendu:
        C'est vous! dit-il, Rvrend Pre,
        Votre barbe vous a vendu.


L'INOCULATION

CONTE

    La petite vrole est un mal, belle Agns,
    Dont, pass dix-huit ans, on ne gurit jamais,
    Dit un jeune Esculape, ou du moins, c'est bien rare;
    Vous en avez quatorze;  mes soins fiez-vous,
        Que d'un poison tratre et barbare
    Je sauve avec vos jours des charmes aussi doux;
      Souffrez enfin... que je vous inocule.
        --Oh! vous me ferez mal.--Trs peu.
        Vous verrez que ce n'est qu'un jeu;
        Votre frayeur est ridicule.
    --A demain.--Aujourd'hui.--Non, non--Soit,  demain.
    Le lendemain, Agns toujours tremble et rsiste;
    Notre inoculateur, comme on le croit, persiste;
    Il fait l'insertion autre part que Tronchin.
        Agns crie, ensuite se prte
      A ses efforts. L'opration faite,
      --Que n'allez-vous, dit-elle, votre train?
        Vous n'auriez qu' m'avoir manque!
    Il double, il triple, il cesse.--Encore un autre grain,
        Quand j'en devrois tre marque!


LA MUETTE

CHANSON

Air: _Je vous prterai mon manchon._

        Dans un bosquet, prs de Lisette,
        Colin parloit de ses amours;
        La belle faisoit la muette,
        Par signe approuvant son discours.
      Que dois-je, dit-il, penser de ce geste;
        Si ton coeur ne me dit le reste?
      Mais, Mamzelle Louison, rpondez donc,
            Dites oui ou non,
          Comment trouvez-vous a?
            Suis-je bien l?
          Comment trouvez-vous a?

        Dans son silence elle s'obstine;
        Colin, pour la faire jaser,
        Sur la bouche de la mutine
        Prend et reprend un doux baiser.
      Je sens, dit-il, qu'il augmente ma flamme;
        Mon feu passe-t-il dans ton me?
      Mais, Mamzelle Louison, etc.

        Ma foi je n'y puis rien comprendre,
        Dit-il, en dcouvrant son sein;
        Quoi! faut-il, pour te faire entendre,
        Promener l-dessus ma main?
      Je vois, je sens que mon me est joyeuse;
        Ah! tu n'es donc pas chatouilleuse?
      Mais, Mamzelle Louison, etc.

        Pas un mot, pas une parole.
        Ma foi, dit-il, tu parleras;
        Je suis press, le temps s'envole.
        Soudain il la prend dans ses bras.
      Puis avec elle il tombe sur l'herbette:
        Eh bien!  qui tient-il, Lisette?...
      Mais, Mamzelle Louison, etc.

        Lise, d'un oeil mourant et tendre.
        De Colin imite l'ardeur;
        Et sans songer  se dfendre
        Souffrit qu'il ft trois fois vainqueur.
      Eh bien! dit-il, sens-tu comme je t'aime,
        A prsent m'aimes-tu de mme?
      Mais, Mamzelle Louison, etc.

        --Ah! fort bien! lui rpond Lisette,
        Laissant chapper un soupir;
        Le dsir me rendoit muette,
        Mais je parle, grce au plaisir.
      Ami, tu peux  prsent sans obstacle
        M'interroger.--Ah, quel miracle!
      Quoi! Mamzelle Louison, vous parlez donc?
            Le tour est bon;
          Vous parlerez demain
            Avec Colin,
          Vous parlerez demain.


L'OBSTACLE

CONTE

        A quoi bon prodiguer les mots?
        Tous nos Conteurs, pour l'ordinaire,
        S'puisent en avant-propos;
      N'en faisons point, allons droit  l'affaire.
        Un Jouvenceau taill pour plaire,
        Aprs avoir bien soupir,
        Menti, promis et conjur
      (C'est des amants le langage vulgaire),
    Parvint prs de sa belle au moment dsir:
    Il touchoit  son but, quand, par triste aventure,
        Sans pouvoir avancer d'un pas,
      Il se dmne, il souffle, il sue, il jure;
      On peut, je crois jurer en pareil cas.
        Disons le fait: Dame Nature
    Avoit ferm d'amour la gentille serrure,
        Si bien que la clef n'entroit pas.
    Certain barreau... mais on m'entend de reste;
    Qu'Amour, jeunes beauts, veuille vous prserver
        D'un accident aussi funeste!
      Ainsi soit-il. Venons  notre Amant:
    Le dsir de ses sens par l'obstacle s'enflamme.
    Il redouble d'efforts, mais inutilement;
    D'amour et de colre il enrage en son me:
    On peut se fourvoyer, quand on marche  tton.
      Son chalumeau, dj baissant d'un ton,
    Dans le sentier voisin... Arrtons, et pour cause:
        Car ce sentier... ma foi, je n'ose
      Vous le nommer; mais je peux, sans qu'on glose,
    Dire que sa Vnus ne fut plus qu'un Giton.
    A ce nouvel assaut n'tant point prpare,
        En vain la belle _imperfore_
    Lui crie: Arrtez donc, quel est votre dessein?
        --Rien de plus simple que la chose,
    Rpond le gars; chez vous je trouve porte close:
        J'cris mon nom chez le voisin.


LE TRIBUT CONJUGAL

        La Marquise de Montuza
        tant presque sexagnaire,
        Aimoit un jeune Mousquetaire
        Qui, pour ses cus, l'pousa.
        La premire nuit le compre
        Lui dit, en lui serrant la main:
        Madame, en vertu de l'hymen
        Ne puis-je pas, sans vous dplaire...?
        Vous m'entendez...--Oui mon poulet,
        Fais tout ce que tu voudras faire...
        Le Mousquetaire fit un pet.


LE CONSEIL INUTILE

    Madame, il se rpand un bruit qui vous outrage:
        Monsieur le Prsident, dit-on,
      Sans respecter les noeuds du mariage,
    Tous les jours en secret fait un petit Giton
      Du Chevalier qui de votre maison
        Occupe le troisime tage.
    Chassez donc, croyez-moi, ce vilain personnage,
        Pour fermer la bouche aux railleurs,
        Et surtout pour votre avantage:
    Votre poux ne doit pas aller rpandre ailleurs
        Un bien qui n'est qu' votre usage.
    --C'est bien dit: cependant si vous le trouvez bon,
    Madame, vos conseils n'auront pas mon suffrage;
    Vous ne connaissez pas le Chevalier Clon:
      Ce bon ami, cet honnte garon
        Ne veut rien avoir  personne;
        Il n'est pas tel qu'il vous parot,
        Il me rend avec intrt
        Ce que le Prsident lui donne.


LA CONFIDENCE

        Babet, vous avez du chagrin?
        --Oui vraiment, je suis dsole.
        --Et de quoi?--De ce que Martin
        Cet hiver-ci m'a viole.
        --Ciel...! contez-moi vite cela.
        --Ah! Monsieur, c'toit un Dimanche:
        J'avois mis, ce Dimanche-l,
        Une jupe de Perse blanche;
        Martin me vit et m'appela.
        Le tratre toit dans une grange,
        J'y fus sans trop savoir pourquoi.
        Babet, me dit-il, sur ma foi,
        Vous tes belle comme un Ange!
        Lors il me mena dans un coin,
        Et l prs d'un grand tas de foin,
        De beaux compliments il me berce.
        Je riois: il me saute au cou,
        Me fait tomber  la renverse,
        Et puis prenant je ne sais o
        Un... chose roide comme un clou:
        Lve, me dit-il, ou je perce!
        Je levai ma jupe de Perse,
        De crainte qu'il n'y ft un trou.


LE CHAPELAIN

CHANSON

Sur l'Air: _Ne vl-t-il pas que j'aime._

        Il me falloit faire une fin
          Comme tout bon Aptre;
        Je suis devenu Chapelain,
          Ce poste en vaut un autre.

        Iris m'offroit  desservir
          Sa gentille Chapelle:
        Je n'ai jamais su qu'obir
          Aux ordres d'une belle.

        Elle est au fond d'un bois couvert,
          Gard par le mystre;
        Son sanctuaire n'est ouvert
          Qu' mon seul ministre.

        Un double autel de marbre blanc
          Est de sa dpendance;
        Mais ce bnfice important
          Oblige  rsidence.

        Sans Vicaire, de jour, de nuit,
          Suivant les anciens rites,
        Je fais l'office  petit bruit
          Avec deux Acolytes.

        Quoi qu'en puissent dire les gens,
          Mme aux Ftes de Vierge,
        Dans ma Chapelle, en tous les temps,
          Je n'allume qu'un cierge.

        Gros Prieurs et brillants Prlats
          Tout engraisss d'offrande,
        Non, non, je ne troquerois pas
          Avec vous de Prbende.


LE MARCHAND DE LOTO

TRENNES AUX DAMES

        A mon loto, soir et matin,
        Sous vos doigts un brillant destin
        Portera des boules heureuses;
        Ce que j'assure, je le sais:
        Si vous en tes curieuses,
        Mesdames, faites-en l'essai
            A mon loto.

        Un peu de secours fait grand bien;
        Tant soit peu d'art ne nuit  rien,
        Il faut quelquefois s'en permettre;
        C'est mon avis; on ne sauroit
        Le ddaigner et se promettre
        Tout l'avantage qu'on auroit
            A mon loto.

        Jamais une joueuse habile
        Ne tint son sachet immobile:
        Il faut l'agiter prestement.
        Il faut que mollement presse
        Entre ses doigts lgrement
        La boule ait t caresse,
            A mon loto.

        Selon son got ou son talent,
        On a le tirer prompt ou lent:
        Il n'y faut aucune science,
        Ou s'il en faut, il en faut peu;
        Un quart d'heure d'exprience
        Suffit pour bien jouer le jeu,
            A mon loto.

        De celles qu'un ambe contente.
        Il se plat  tromper l'attente,
        Fi de l'ambe! il est trop commun.
        D'un terne la chance est mesquine;
        D'un terne? Oui, de deux jours l'un,
        Je puis vous rpondre d'un quine,
            A mon loto.

        Au quaterne, par accident,
        S'il se rduit en attendant,
        La perte est bientt rpare.
        Le jour qui suit ce jour fatal,
        On peut compter sur la rentre
        De l'intrt du capital,
            A mon loto.

        Mais de la superbe machine
        Le pouvoir merveilleux dcline
        De jour en jour; c'est son dfaut.
        Je vous en prviens, blonde, ou brune;
        Vous n'avez que le temps qu'il faut,
        Si vous voulez faire fortune
            A mon loto.

        Ma demeure est  Vaugirard,
        Tout vis--vis matre Ablard,
        Qui montre aux enfants la musique:
        L'on se pourvoit, ou l'on souscrit.
        Sous mon enseigne magnifique,
        En lettres d'or, il est crit:
            AU GRAND LOTO.


LE LENDEMAIN DES NOCES

FOLIE DIALOGUE

        Hier soir, ma chre maman,
        Tout bas vous me ftes entendre
        Que la nuit je devois m'attendre
        A passer un mauvais moment.
        Tout en tremblant, pauvre innocente,
        J'attendois cet instant fatal...
        Hlas! le bon Monsieur Chrysante
        Ne m'a pas fait le moindre mal.
        --Est-il vrai, ma fille?--Au contraire,
        Il ne m'a fait que du plaisir.
        Quand nous fmes au lit: Ma chre,
        Je puis t'embrasser  loisir,
        Dit-il; aussitt il me baise
        Sur chaque joue... et mme...--Eh bien,
        Comment tu rougis, ma Thrse?...
        Qu'a-t-il fait? ne me cache rien.
        --Vous m'aviez, qu'il vous en souvienne,
        Dfendu de rien refuser...
        --Sans doute. Auroit-il?...--Sur la mienne
        Sa bouche prit un doux baiser.
        --Et puis?...--Il me dit  l'oreille:
        Bonsoir, et s'endormit soudain.
        --Ma pauvre enfant!... Et ce matin?
        --Ah! plus tendre encor que la veille.
        II me dit d'un air caressant:
        Ma chre femme, je t'adore,
        Et me le prouve en m'embrassant.
        --Et puis?...--Puis il m'embrasse encore.
        --Ensuite?--Du lit il descend,
        Afin, dit-il, que je repose:
        Peut-on tre plus complaisant?
        --Il ne t'a pas fait autre chose?
        --Eh! non; c'est l'homme le plus doux:
        Maman, vous lui faites injure...
        Quoi! vous pleurez?... Mais je vous jure
        Que je n'ai pas de mon poux
        Reu la moindre gratignure!


LE CONFESSEUR EXEMPLAIRE

      Au temps de Pque, aux pieds de Pre Jule,
      Se confessoit un jeune Garnement,
      Et des pchs dont fait dnombrement,
      Cil de Sodome honoroit la cdule.
      --Qu'ai-je entendu! Ciel! quel garement
      Que de pcheurs aux infernales flammes,
      Livrs pour ce dont vous vous accusez!
      Dfaites-vous de ces amours infmes,
      De notre sexe,  mon cher fils, n'usez,
      Et, comme moi, ne voyez que des femmes.


L'ESPRIT FORT

CONTE

    Aux pieds d'un Directeur, Climne, un beau matin,
        Avec un repentir sincre,
    Dclara nettement que le petit Colin
        N'toit pas le fils de son pre.
        --Halte l! dit le Confesseur,
    Pour un _Confiteor_ vous n'en serez pas quitte;
    Il en faut deux au moins, ce crime fait horreur.
    Faut-il qu'injustement votre enfant dshrite
        Un lgitime successeur?
        Il faut, Madame, vous rsoudre
      A confesser le fait  votre poux,
        Sans quoi je ne puis vous absoudre.
        L'avouer ne se pouvoit pas.
        La voil dans un embarras
    Qu'on ne peut exprimer, car enfin l'aventure
        toit  digrer trop dure.
    Il fallut succomber, et, d'un mortel chagrin,
        Tomber dans une maladie
        Qui pensa lui coter la vie.
        Sur le rapport du Mdecin,
    Son poux connoissant que la mlancolie
      Alloit couper la trame de ses jours,
        La pria d'en dire la cause.
    Elle veut l'en instruire, et jamais elle n'ose.
        --Ose tout, dit-il, mes amours:
    Rien ne me dplaira, pourvu qu'on te gurisse;
    Quoi! faut-il qu'un secret te donne la jaunisse,
    Et qu'une femme meure,  faute de parler?
    Cela seroit nouveau.--Je vais tout rvler,
    Puisqu'aussi bien, dit-elle, un repos favorable
    Doit terminer bientt mon tat dplorable.
        J'tois  la maison des champs,
        O je faisois la mnagre,
    Quand la voisine Alix, par des discours touchants,
        Auxquels on ne rsiste gure,
        Me prouva qu'avoir des enfants
        toit  vous chose impossible;
    Me prna les malheurs de la strilit,
    Qui chez les Juifs passoit pour un dfaut terrible;
    Puis dans un jour charmant me fit voir la beaut
        D'une heureuse fcondit.
    Je me rendis, hlas!  cette douce amorce,
    Et Lucas, le Valet de notre Mtayer,
    Avec moi se trouvant un jour dans le grenier,
    Je me souvins d'Alix, et je manquai de force.
    Il est, cela soit dit sans vous mettre en courroux,
    A faire des enfants plus habile que vous.
    Je lui parlai d'amour, il comprit mon langage,
    Et sur un sac de bl, sac funeste et maudit!
        Faut-il en dire davantage?
    De ce malheureux sac, notre Colin sortit.
        A Lucas je donnai, je pense,
    Quelques boisseaux de bl pour toute rcompense.
    Si je vous ai trahi, je meurs, pardonnez-moi;
    A cela prs, toujours je vous gardai ma foi.
    --N'est-ce pas de mon bl que tu payas l'ouvrage?
    Lui rpondit Damis, nullement effray.
    Cet enfant est  moi, puisque je l'ai pay;
        Ne m'en parle pas davantage.


COUPLET

Sur l'air de _Nina_.

        Aprs avoir fourni trois fois
          L'amoureuse carrire,
        Le pauvre Colin aux abois
          Ne pouvoit plus rien faire.
        Sa Matresse, ainsi le voyant,
          S'cria tout en pleurant:
            Ah! quel tourment,
            Quand l'instrument
          Duquel le plaisir dpend,
                Pend!


PIGRAMME

        Un jour Fanchon la Couturire
    Acheta d'un Fripier un lit pour vingt cus;
    Elle a gagn, dit-on, deux cents louis dessus:
        Ah! c'est une grande usurire!


LE CAS DCID

      Un jeune Peintre au Prieur des Grands-Carmes
      Vint s'accuser d'un cas assez nouveau:
      Pre, j'ai peint Vnus sortant de l'eau,
      Ses bras, son cul, sa gorge et tous ses charmes.
      D'abord j'en fus amoureux comme un fou;
      Et, pour jouir un peu mieux qu'en peinture,
      Je m'avisai...--De quoi?--De faire un trou
      Dans ma Desse, et par cette ouverture,
      Un beau garon que je mis en posture,
      M'introduisit, vous devinez bien o.
      Or, estimez la chose en conscience.
      En tout ceci, mon principal dessein
      Fut de jouir d'un objet fminin:
      Le pch n'est de Rome ou de Florence.
      --Mon cher enfant, je comprends votre cas,
      Dit le Pater; la plaisante folie!
      Je vous absous, mais n'y retournez pas,
      Car, dans le fond, c'est pure bougrerie.


LE FAUX JUPITER

      J'ai toujours craint les gens portant soutane;
      D'un saint habit couvrant un coeur profane,
      Que de bons tours ces Messieurs-l nous font!
      Sduire Agns, planter cornes au front,
      Ce sont pour eux misres, peccadilles.
      O gens de bien ayant femmes ou filles!
      N'oubliez pas ce salutaire avis:
      Si par malheur entre en votre logis
      Homme d'glise, ou Capucin, ou Prtre,
      Je vous le dis: chassez vite le tratre;
      Il vient chercher aventure pour lui,
      Ou bien peut-tre intriguer pour autrui.
      D'un vilain nom ce dernier cas s'appelle;
      Mais  l'honneur la cafarde squelle
      A de tout temps prfr les cus:
      Quoi qu'on propose  ces crnes tondus,
      En les payant on est sr de leur zle.
      Pour appuyer mon avis l-dessus,
      Je veux vous dire une histoire assez belle
      Touchant Pauline et son ami Mundus.

      Pauline toit une jeune Romaine,
      Veuve  vingt ans, et belle comme Hlne,
      Mais prude outre, avare de faveurs,
      Et de l'amour ddaignant les douceurs.
      De mille amants  toute heure entoure,
      Elle aimoit bien  s'en voir adore,
      Mais rien de plus: Non, disoit-elle, non,
      Ne vantez point l'attrait imaginaire
      D'un vain plaisir qui n'en a que le nom;
      Faut-il des sens pour aimer et pour plaire?
      Eh! laissons-les au stupide vulgaire.
      Pour moi, j'exige un amour de raison,
      Pur, dgag des noeuds de la matire,
      Tel en un mot que le prescrit Platon.
      Je n'aimerai jamais d'autre manire.
      Tous ses amants jeunes, pleins de dsirs,
      Peu satisfaits d'un amour sans plaisirs,
      De ses sermons bientt se rebutrent:
      L'un aprs l'autre enfin ils la quittrent.
      Un seul resta, ce fut le beau Mundus,
      Bien fait, galant, et digne de sa flamme.
      Par des cadeaux, par des soins assidus,
      Il n'avoit pu toucher encor la Dame.
      Las de se plaindre, enfin le pauvre amant,
      Pour russir, eut recours  la ruse:
      Tout galant homme en auroit fait autant,
      Et quant  moi, de bon coeur je l'excuse.
      Pauline toit dvote  Jupiter:
      D'une Dvote un Directeur est matre;
      L'adroit Mundus en sut bien profiter.
      De Jupiter il gagne le Grand-Prtre,
      Et lui fait part de son tendre projet.
      Le Directeur, mis dans la confidence,
      Trs bien instruit, trs bien pay d'avance,
      Court chez Pauline, et lui parle en secret.
      A quel bonheur vous tes rserve!
      Ma chre fille, ah! rjouissez-vous:
      Au rang des Dieux vous serez leve,
      Et vous verrez la terre  vos genoux.
      Oui, cette nuit, ce n'est pas un mensonge,
      Le Roi des Dieux a daign dans un songe
      Me rvler ses dcrets absolus,
      Et de sa part, je viens ici moi-mme
      Vous annoncer, quel honneur! qu'il vous aime.
      --Moi! dit d'un ton modestement confus
      La belle prude.--Oui, vous, rpond le Prtre,
      Et ds ce soir il exige de vous
      Dans son saint Temple un entretien bien doux.
      Lorsque la nuit sera prte  parotre,
      Courez, volez  la gloire, au plaisir.
      Htez-vous donc, et quoi qu'on vous demande,
      Quand le Ciel parle, on ne doit qu'obir.
      Aprs ces mots prononcs en Prophte,
      Il laisse l sa dvote inquite,
      Rvant tout bas  ce propos flatteur,
      Et ne croyant qu' peine un tel bonheur.
      Tout en rvant, elle fait sa toilette:
      Quoique dvote, on est un peu coquette.
      Dans le miroir ses appas rpts
      Frappent d'abord ses regards enchants;
      En se voyant, elle commence  croire
      Que Jupiter, tout Jupiter qu'il est,
      Peut bien l'aimer sans manquer  sa gloire:
      Elle est si belle! elle-mme se plat,
      Et par degrs s'attendrit et soupire.
      Bientt ses yeux pleins d'un tendre dlire
      Avidement parcourent son beau corps:
      Dieux! que d'attraits  la fois elle admire!
      Gorge d'albtre et mille autres trsors,
      Trne charmant de l'amoureux empire,
      Tout redoublant sa vive motion,
      Redouble aussi sa bonne opinion:
      Sa vanit s'en nourrit et l'augmente.
      Certain dsir qui tout bas la tourmente,
      S'y joint encor: bref, pour conclusion,
      Ds que la nuit lui parut assez sombre,
      Notre dvote,  la faveur de l'ombre,
      D'un pas lger que le dsir conduit,
      Arrive au Temple: un Prtre l'introduit.
      L son amant prodiguant la dpense,
      Avoit orn galamment le rduit
      Qui devoit voir triompher sa constance,
      Et se livrant au plus heureux espoir,
      D'une Chapelle avoit fait un boudoir:
      L'art s'y joignoit  la magnificence.
      Pauline arrive  ce charmant sjour,
      Ivre  la fois et d'orgueil et d'amour;
      Elle va voir le Roi des Dieux lui-mme!
      Elle entre... O Ciel! Quelle surprise extrme!
      Elle s'crie: Ah! Mundus, quoi! c'est vous!
      --Oui, lui dit-il, tombant  ses genoux,
      Oui, c'est Mundus dont l'amoureuse adresse,
      En vous trompant, vous prpare en ces lieux
      Tous les plaisirs qui suivent la tendresse.
      Pour un moment, nous sommes seuls tous deux;
      Si vous vouliez, quel moment plein de charmes!
      Il prend sa main, il la baigne de larmes,
      Il fait valoir ses transports et ses feux.
      Pauline reste immobile, interdite;
      Son amour-propre, un reste de pudeur
      Parlent encor dans le fond de son coeur:
      Mais le dsir par ces dlais s'irrite;
      Son teint s'anime et sa gorge palpite;
      Ses yeux, chargs d'une douce langueur,
      A son amant laissent voir sa faiblesse.
      Il en profite, il ose, il prie, il presse;
      Pauline enfin ne peut lui rsister,
      Et dans les bras de sa belle Matresse,
      L'heureux Mundus, pour prix de son adresse,
      Jusques au bout remplaa Jupiter.


LE SOMMEIL DE VNUS

CHANSON

Sur l'air: _ Filii et Fili_

        Mars trouva Vnus  Paphos;
        La belle dormoit sur le dos:
        Voyons, dit-il, tout ce qu'elle a,
            Alleluia!

        Il alla dranger soudain
        L'charpe qui couvroit son sein;
        Plus blanc que neige il le trouva.
            Alleluia!

        Sa main eut la tmrit
        D'en tter la rotondit;
        Le sentant ferme, il s'cria:
            Alleluia!

        Enivr de si doux plaisirs,
        Il forma de nouveau dsirs,
        Et de baisers se rgala.
            Alleluia!

        De cent faons pour l'admirer,
        Il se mit  la revirer:
        Ce qui s'augmente s'augmenta.
            Alleluia!

        Vnus, fermant toujours les yeux,
        Se plaa pourtant de son mieux,
        Et le Guerrier en profita.
            Alleluia!

        Bon, bon, disoit Mars qui sentoit
        Qu'en dormant on le secondoit,
        Dormez toujours comme cela.
            Alleluia!

        A peine un jeu se finissoit
        Qu'un autre se recommenoit:
        Trois jours entiers cela dura.
            Alleluia!

        Mais enfin Vnus s'veillant,
        Dit au Dieu, presque en rougissant:
        --Eh! quoi, Monsieur, vous tiez l!
            Alleluia!


QUATRAIN

A MADAME ***, DONT LE MARI EST BOITEUX ET JALOUX

        Comme Vnus vous tes belle,
        Vulcain est aussi votre poux,
        Et je voudrois faire pour vous
        Tout ce que Mars faisoit pour elle.


L'ENTHOUSIASME GASCON

      Ces jours passs, dans un cercle gaillard,
      On demandoit ce qui plaisoit aux Dames?
      --Les petits soins, dit un jeune Mignard.
      --Par la sambleu! s'crie un vieux paillard,
      Mon bel ami, tu connois bien les femmes!
      Si tu ne veux passer pour un nigaud,
      Tranche et dis-nous: C'est un vit qu'il leur faut,
      Car les fourreaux sont tous faits pour les lames.
      --Sandis! mon cher, cria certain Gascon,
      Embrasse-moi, tu parles comme un con.


LE CRI DU COEUR

      Pre Brichard exploitait Soeur Colette,
      Sans dbrider pour la sixime fois,
      Et deux encor: tant qu'enfin la Nonnette,
      Qui, se lassant, les comptoit par ses doigts,
      Lui dit: Pater, c'est assez nous battre:
      Oui, je le jure, et de par Saint Julien,
      Qu'au jeu d'amour vous seul en valez quatre.
      --Par la corbleu! suis-je Carme pour rien?


LA BNDICTION TROP CHRE

OU

LE CONSEIL D'ALIX

      Le grand Colas et la jeune Denise,
        Amoureux, pauvres et contents,
    Suivis de leurs parents, s'en alloient  l'glise
        Dire un oui, faire une sottise
      Dont maint poux s'est repenti longtemps.
    Tout toit dispos pour cette grande fte;
    On commence, et dj messire Jean s'apprte
      A prononcer le conjungo fatal,
      Quand tout  coup un scrupule l'arrte:
    Avant que d'achever, il ne seroit pas mal,
        Leur dit-il, de faire une pause.
      Or, dites-moi, s'il vous plat, et pour cause,
    Ce que vous me donnez pour le droit pastoral?
      --Nous avons mis soixante sols ensemble,
        Que vous prendrez, si bon vous semble,
    Rpond Colas, surpris de cette question.
      --Soixante sols! je serois un pauvre homme
    De donner pour si peu ma bndiction.
      Matre Colas, amplifiez la somme,
      Mettez encor vingt sols avec l'cu.
        --Quatre francs pour tre cocu!
        S'cria tout haut un bon drle;
        Messire Jean, quel monopole!
        J'en donnerois volontiers neuf,
        Et plus encor, pour tre veuf.
    --Oui, je veux quatre francs sans rabattre une obole;
        Laissons les discours superflus:
        Quatre francs, ou n'en parlons plus;
        Robin, te-moi mon tole.
        Denise alors prit la parole.
    --Colas et moi, dit-elle, avions deux petits lits;
    Nous venons de les vendre  la commre Alix
        Pour avoir une grande couche.
        Que je suis malheureuse, hlas!
      Messire Jean, que la piti vous touche!
        O donc ira coucher Colas,
        Si vous ne nous mariez pas?
        --Vraiment voil bien du mystre!
    Dit la commre Alix; jour de Dieu! laissez faire;
      Messire Jean y perdra son Latin.
        Quand je fus promise  Lubin,
    Dfunt notre Cur voulut agir de mme,
        Mais il ne fut pas le plus fin;
    Lucas et moi d'accord, nous allmes bon train;
    Si qu'au bout de neuf mois, approchant le Carme,
    Mon ladre de Cur se vit rduit enfin
    A faire au mme jour mariage et baptme,
    Le tout pour un cu. Faites comme je fis,
    C'est un profit tout clair.--Je suis de votre avis,
    Rpart Denise; eh bien! Colas, prenons l'avance;
        Le Ciel sait nos intentions,
        Il sait aussi notre indigence;
    Il voit notre Cur manquer de complaisance:
    Celui-ci rpondra de ce que nous ferons;
    Et puisque sans argent il ne veut pas qu'on danse,
    Allons, et mettons-lui le plus que nous pourrons
        De pchs sur la conscience.


PITRE CONSOLANTE A UN COCU

        Consolez-vous, Monsieur Fumet;
        Gens de Robe, Gens  Plumet
        Ont un destin pareil au vtre:
        C'est le bon Dieu qui le permet.
        Le grand Prophte Mahomet
        N'en fut pas plus exempt qu'un autre.
        Il prit pour femme Cadigha.
        Celle-ci, d'humeur un peu chaude,
        Dans son cher poux distingua
        Des faons qui sentoient le Claude;
        Lors Dieu sait comme elle intrigua!
        Un ribaud plut  la ribaude:
        Ce ribaud qui la subjugua
        toit un gros Prieur de Carmes.
        Mahomet le sut, le nargua,
        Et prit un croissant pour ses armes.
        Bel avis aux gens dlicats!
        Quand il auroit fait des clats,
        Quand il auroit battu sa femme,
        Au jour marqu pour son trpas,
        En auroit-il moins rendu l'me?
        Ce fut, suivant un rudit,
        A Mdine qu'il la rendit:
        En mangeant un gigot maudit,
        Il lui prit une sueur froide
        Qui le fora d'aller au lit.
        Au fait: quand on l'ensevelit
        On lui trouva le _caiche_ roide
        (_Caiche_ est synonyme de vit).
        Soudain le bruit s'en rpandit.
        Sa veuve accourt, elle s'crie:
        Ah! certes, j'aurois eu grand tort
        D'avoir pass plus d'une envie
        Avec un Moine, vrai butor,
        Si mon poux qui disoit d'or
        L'avoit port pendant sa vie
        Comme il le porte aprs sa mort!


L'AVOCAT POUSS A BOUT

        Un Avocat fut consult
        Par un Tendron d'aimable mine,
        Qu'un Gars avoit trop insult.
        L'homme de Loi, qui l'examine,
        Trouve, sous sa simple tamine,
        Deux grands yeux pleins de volupt;
        Certain air de navet
        Peint sur sa figure enfantine;
        Un sein par l'Amour agit,
        Qui se soulve, se mutine,
        Et semble en sa captivit
        Appeler une main lutine,
        Qui lui rende la libert.
        Notre Avocat est transport:
        Il lorgne une taille divine,
        Des pieds mignons et dlicats;
        Et ce qu'il voit de tant d'appas
        Ne vaut pas ce qu'il en devine.
        Avec ces titres de faveur,
        On peut compter sur la ferveur
        Du Lgiste le plus austre.
        Le ntre, expert dans tous les droits,
        Avoit, dit-on, plus d'une fois
        Pris ses licences  Cythre.
        Enfin, prs de la belle assis,
        Il veut, sans dtour, sans mystre,
        De son cas savoir le prcis.
        --Las! dit la belle dsole,
        Je vais rappeler mon esprit,
        Et vous conter comment s'y prit
        Le fripon qui m'a viole.
        Il avoit un air tendre et doux,
        La taille la mieux dcouple,
        Et le regard... tout comme vous.
        Notre grave Jurisconsulte,
        Flatt d'avoir les mmes traits,
        En ressent une joie occulte;
        Et, rajeuni par tant d'attraits,
        S'approche encore un peu plus prs
        De la beaut qui le consulte.
        --Poursuivez ce rcit, dit-il,
        Car votre affaire m'intresse.
        --Ah! Monsieur, qu'il toit subtil!
        Que l'Amour inspire d'adresse!
        Ses yeux sur mes foibles attraits
        Se promenoient avec ivresse.
        L'Avocat, qu'un mme feu presse,
        N'a pas des regards plus discrets.
        Ce n'est pas tout: sa main hardie
        Saisit la mienne au mme instant.
        Vous sentez, sans que je le die,
        Que l'Avocat en fait autant.
        Ce n'est pas tout: sa perfidie
        Mditoit un autre dessein;
        Et toujours plus audacieuse,
        Bientt sa main licencieuse
        Fourrage les lis de mon sein.
        Notre Avocat, sur ce modle,
        Glissant une furtive main
        A travers la gaze infidle,
        Enfile le mme chemin.
        Ce n'est pas tout: d'un air farouche,
        A ses feux je veux m'opposer;
        Dtermine  tout oser,
        Sa bouche se colle  ma bouche.
        L'Avocat, que l'exemple touche,
        Ravit un semblable baiser...
        Ravit! je faux, on le lui donne;
        On feint de n'y pas consentir:
        Mais c'est pour mieux faire sentir
        Le prix de ce qu'on abandonne.
        Femmes, osez me dmentir!
        Celle qui jamais ne pardonne,
        Est trop sujette au repentir.
        Ce n'est pas tout: son feu redouble,
        Il me transporte malgr moi;
        Les genoux tremblants, et l'oeil trouble...
        Je ne sais plus ce que je voi.
        L'Avocat, non moins troubl qu'elle.
        Rpte une leon si belle;
        Tous deux bientt perdent la voix;
        Tous deux se plongent  la fois
        Dans une extase mutuelle.

        Notre Avocat crut jusqu'au bout
        Avoir imit son modle.
        --Ce n'est pas tout, dit la Donzelle.
        --Comment, diable! ce n'est pas tout!
        Qu'avoit-il de plus  vous faire?
        Vous m'tonnez! dites, ma chre,
        Comment la chose se passa?
        --Eh! mais voici tout le mystre,
        Monsieur, c'est qu'il recommena.


LE DLUGE

        Cap d bious! disoit un Gascon
      A sa moiti, qui faisoit la niaise,
        Pour la premire fois, Fanchon,
    Il me semble qu'ici je suis bien  mon aise.
    --Las! dit-elle, mon cher, je suis neuve  tel jeu;
    Appelez un Frater, et je le ferai juge
    Que mes eaux seulement ont pass par ce lieu.
    --Vos eaux! sandis! repart le Gascon qui prend feu;
        Dites donc les eaux du dluge.


_gri salivantis solatium_

    Des beauts de Paris,  toi la moins farouche,
    Ce fut peu d'un cu que tu reus de moi,
    En retour du plaisir que je pris sur ta couche:
    Car depuis plus d'un an que j'eus affaire  toi,
        L'eau m'en vient encore  la bouche.


DIALOGUE ENTRE DEUX SERVANTES

        Eh bien! notre nouveau Cur?
        --Ah! palsangu! c'est un brave homme.
    Le premier toit bon, mais je veux qu'on m'assomme,
      Si le second n'est meilleur  mon gr.
    --Comment cela?--Comment? Tiens, juges-en, commre:
    Il me donne par ans quarante bons cus,
        Voire quelque chose de plus;
    J'ai la clef de la cave et je n'ai rien  faire.
    --Et la nuit...?--Oh! la nuit nous faisons lit  part;
        Messire Arlot est un saint prtre,
    Qui ne ressemble en rien  messire Chouart.
        --Dieu me garde d'un pareil matre!
        Il me feroit mourir d'ennui:
    Oh! que j'aime bien mieux servir chez son vicaire!
    Je n'ai que dix cus et je fais maigre chre,
        Mais du moins on couche avec lui.


LE SALAMALEC LYONNOIS

CONTE

      Jamais ne fut nation plus civile
      Que la Franoise, il le faut avouer;
      L'envoy Turc pourroit bien s'en louer,
      Aprs l'honneur qu' Lyon, la grand ville,
      Des magistrats en passant il reut.
      Ces magistrats crurent frapper au but,
      S'ils rgaloient l'Excellence Ottomane
      D'un compliment en langage Ottoman:
      Car, disoient-ils, parler par Truchement,
      C'est une mort: en langue Musulmane
      Un Musulman il nous faut saluer.
      L'invention leur sembloit mmorable;
      Le point toit comment l'effectuer?
      O rencontrer un harangueur capable?
      Un homme expert dans le salamalec?
      Notez qu'alors tenoit auberge illec
      Certain quidam, dserteur de mosque,
      De mauvais Turc devenu bon Chrtien.
      C'est notre fait, dirent ces gens de bien.
      La chose au Sire tant communique,
      Il l'approuva:--Laissez faire, dit-il,
      Franois Slim, c'est ainsi qu'on me nomme.
      Nul mieux que moi, Dieu merci! ne sait comme
      La tte on doit courber jusqu'au nombril,
      Rabattre en arc les mains sur sa poitrine,
      Se reculer, s'avancer  propos,
      _Et ctera_; suffit: de ma doctrine
      Tenez-vous srs et soyez en repos.
      Vous me verrez  la mode Turquesque
      Faire cent tours qui surprendront vos yeux;
      Telle action vous parotra burlesque
      Qui cache au fond sens trs mystrieux.
      Or en ceci la grande politique
      Est de me suivre en tout d'un pas gal:
      Souvenez-vous de cet avis unique,
      Vous ne sauriez, me suivant, faire mal.
      De point en point on promit de le suivre;
      On le suivit jusqu'au moindre _iota_.
      L'ambassadeur bien fort s'en contenta;
      Mais ce qui, plus que tout, le transporta,
      Fut qu'un Chrtien parlt Turc comme un livre.
      --Il n'est, dit-il, assesseur du Divan,
      Qui mieux que vous entende notre langue.
      --Pas ne vous doit surprendre ma harangue,
      Rpond Slim, je suis n Musulman.
      --N Musulman? Vous l'tes donc encore?
      --Moi? point du tout. Je me suis converti,
      Et c'est le Dieu des Chrtiens que j'adore.
      --Ah! par Mahom! vous en avez menti,
      Et Musulman jamais vous ne naqutes,
      Ou vous n'avez pas chang de parti.
      Je ne puis croire au moins ce que vous dites,
      Si je n'en vois un signe fort prcis.
      --A moi ne tienne!--tes-vous circoncis?
      --Vous allez voir. Lors sa misre nue
      Le compagnon tale  dcouvert.
      Les Magistrats,  cette trange vue,
      Quoique tonns, pour n'tre pris sans vert,
      Suivant leur guide, imitant sa posture,
      Firent leur cour en forme et sans tarder,
      Chacun selon le talent que nature,
      Petit ou grand, lui voulut accorder.
      L'ordre fut rare, et l'histoire rapporte
      Que l'Ottoman salu de la sorte,
      Crainte de pis, s'enfuit sans dire adieu.
      Tout au rebours les Donzelles du lieu
      Prirent grand got  la crmonie:
      Et telle fut leur jubilation,
      Que maintenant nulle ne se soucie
      De voir, aprs cette rception,
      Ambassadeur, s'il ne vient de Turquie.


LA COLRE NAVE

      Dans un verger, la friande Colette
      Au point du jour attendoit Augustin;
      Lucas la vit, et lui dit: Ouais! poulette,
      Que cherchez-vous en ce lieu si matin?
      --Un nid, Lucas.--C'est bien fait, pronnelle,
      Lui rpondit le villageois rus;
      Mais pour le prendre o donc est votre chelle?
      Tenez, tout franc, le dtour est us;
      Vous cherchez... l... n'est-il pas vrai, ma belle?...
      Poursuit Lucas, qui la voit se fcher.
      --Eh! oui, mchant, puisses-tu, lui dit-elle,
      Avoir perdu ce que je viens chercher!


PARTANT QUITTE

CONTE

      Alain disoit: Ma femme, coute-moi:
      Je t'avouerai qu'avant que d'tre  toi,
      Bien jeune encor, je fis une folie:
      J'eus une fille; elle est, ma foi, jolie;
      Prends-la chez toi, faute de nourrisson;
      Je veux de toi qu'elle prenne leon:
      Tu l'aimeras, car elle te ressemble.
      --Et moi, j'ai fait, dit-elle, un beau garon;
      Il nous faudra les marier ensemble.


LE FIN MENTEUR

        En tremblant, un jour loi
        Fut chez un pharmacopole:
        Sauf respect, je... voudrois...--Quoi?
        --De l'onguent pour la _vrole_.
        --Combien?--Deux onces, je croi.
        Le voyant saisi d'effroi,
        Purgon lui dit:--Ah! compre,
        C'est pour toi, la chose est claire,
        Car tu me parais bien sec.
        --Oh! non: c'est pour mon cher pre
        Qui veut me frotter avec.


LE PARDON

CONTE

      A son voisin la gentille Isabelle
        Fut se plaindre de son poux,
        Qui toujours lui cherchoit querelle.
        --Croyez-moi, dit-il, vengez-vous.
        Le conseil plut fort  la belle;
    Le galant fut choisi pour servir son courroux.
    A chaque heure du jour, c'toit nouvelle plainte;
    Notre couple  l'envi signaloit son ardeur;
        Mais la colre du vengeur
        En moins de huit jours fut teinte:
        De tout on se lasse  la fin.
    La belle, que toujours la vengeance aiguillonne,
        Six fois fut se plaindre un matin:
        --Oh! pour le coup, dit le voisin,
        Je suis Chrtien, je lui pardonne.


LE MENSONGE VIDENT

      En bavolet, en simple jupon court.
      Sur son balcon dame Alix appuye
        Lorgnoit les passants un beau jour.
      Depuis longtemps, aux mystres d'amour
        La belle toit initie.
        Un sien neveu, nomm Valcour,
      Garon alerte et d'assez bonne mise,
      Entre en sa chambre; il la voit, et soudain
        Le fripon sent natre en son sein
        Un mouvement de paillardise;
    Si bien que derrire elle il se glisse sans bruit,
    Soulve le jupon d'une main libertine,
        Et puis, ainsi qu'on l'imagine,
        S'ajuste, pousse et s'introduit.
        --Eh! mais, voyez l'extravagance!
        Dit Alix  notre vent;
        Valcour... vous me foutez, je pense?...
        --Moi? non, ma tante, en vrit...
        --Comment, non, coquin que vous tes?
        Ne sens-je pas ce que vous faites?
    Et vous l'osez nier! c'est par trop fort aussi...
        --Vous tes donc bien mcontente?
        Dit Lindor d'un ton radouci;
        Eh bien! je vais m'ter, ma tante,
        Si vous voulez.--Non, restez-y:
        Mais je n'aime pas que l'on mente.


LA MTAMORPHOSE

CONTE PIGRAMMATIQUE

        Gertrude  vingt ans fut jolie;
        Elle avoit deux petits tetons
        Qu'Ariste aimoit  la folie,
        Et nommoit ses petits fripons.
        Ariste fit un long voyage,
        Et revint aprs vingt-cinq ans,
        Je laisse  penser quel ravage
        Chez Gertrude avoit fait le temps!
        Sur les fripons, par habitude,
        Ariste jeta ses regards:
        Ah! mes petits fripons, Gertrude,
        Sont devenus de grands pendards!


LE MALADROIT

      Certain bent voulant fter sa femme,
      Point ne pouvoit attraper le milieu.
      Trop haut! trop bas! lui rptoit la Dame.
      --Y suis-je?--Non!--Pour le mettre en son lieu,
      Ma chre Alix, ton aide je rclame.
      --Quoi! ne pouvez, lui dit-elle en courroux,
      Trouver ce que cherchez depuis une heure?
      C'est pourtant l l'office d'un poux!
      J'enrage: point ne connois, ou je meure!
      D'homme qui soit plus maladroit que vous!


LE PLAISIR SANS REMORDS

CONTE

        Le vieux Cassandre est un compre,
        Qui malgr son ge, la nuit,
        Quelquefois encor fait du bruit;
        Et sa Pernelle une commre,
        Qui, sans mentir, entre deux draps,
        A son mari ne cde gure.
        La nuit surtout du Mardi-gras,
        Ils s'amusrent... voici comme:
        A son lit Cassandre montant,
        Vint  faire un... cela s'entend...
        Pernelle, alors au premier somme,
        Que ce bruit veille  l'instant,
        Se met  rire,  rire tant,
        Qu'elle en fait elle-mme autant.
        Vous jugez bien que le bonhomme
        Riposta bientt d'un second:
        Pernelle aussitt lui rpond.
        Cassandre veut, quoi qu'il en cote,
        Par un nouveau lui rpartir;
        Mais... le sommeil le prend en route.
        Aprs tant de plaisir, sans doute,
        Il est bien permis de dormir.


LES DEUX CLYSTRES

        Cloris, tandis qu' votre pre,
        Diafoirus donne un clystre,
    Vous en recevez un d'un jeune Praticien:
    Mais que ces anodins diffrent l'un de l'autre!
    Votre pre  l'instant est dlivr du sien,
    Et vous ne la serez que dans neuf mois du vtre.


LE DOUBLE AVEU

CONTE

      Un grand Seigneur, frapp de mort subite,
      Droit aux enfers fut conduit au plus vite.
      Du Styx  peine il eut touch le bord,
      Que son cocher s'offre  ses yeux d'abord.
      --Vous, Monseigneur, dans ce lieu de souffrance?
      Puis-je savoir quel crime, quelle offense?...
      --Mon cher Vincent, j'ai tout sacrifi
      Pour enrichir le fils que ma moiti,
      Cette adorable et vertueuse femme,
      M'avoit donn, seul gage de sa flamme.
      Mais toi, Vincent, quel est donc le sujet
      De ton malheur? Toi, sage domestique?...
      --Ah! Monseigneur, ce maudit fils unique,
      Hlas! je suis ici pour l'avoir fait.


LES SOULIERS

CONTE

    De tous ses amoureux, Babet, dans son printemps,
    Exigeoit, pour le prix de ses faveurs secrtes,
    Deux paires de souliers: aujourd'hui les grisettes
    Rougiroient d'accepter de si minces prsents.
    Babet s'en contentoit, souliers alloient pleuvants.
    L'or, quand on est jolie, est fugace, il va vite:
    On le gagne aisment, on le mnage peu;
    Babet l'avoit senti; souliers restoient au gte,
    Ils devenoient ressource. On conoit qu' ce jeu
        Fallut bientt  la commre,
    Pour loger les souliers, une maison entire.
    Le cuir haussa de prix: le Prince le taxa,
    Mainte bourse s'emplit, maint fermier s'engraissa;
        Tel est chez nous le train des choses,
    Toujours les grands effets ont de petites causes.
        Babet vieillit, le cuir baissa;
        Adieu vous dit joli visage,
        Taille fine, lgant corsage,
        Enfin adieu tous ses appas!
    L'ge a beau nous rider, il ne nous change pas.
    On se travaille en vain, le got reste le mme.
        Celui de Babet pour l'amour,
    Bien loin de s'affoiblir, avoit cr chaque jour.
        Que faire en ce besoin extrme?
    Le temps de but  but toit plus que pass,
    Il fallut des souliers implorer l'assistance:
        Grce  sa sage prvoyance,
    L'Amant venu nus pieds, s'en retournait chauss;
    Elle habilla par bas les deux tiers de Florence.
    Sur quoi certain voisin, d'elle un jour s'enqurant
    De ce tas de souliers qu'elle alloit rpandant,
    Babet que le mtier n'avait point rendu fausse,
    Lui dit:--Mon cher ami, l'hiver vit de l't.
    Je rends  mes Amants ce qu'ils m'avoient prt:
        Je les dchaussois, je les chausse.


QUI PERD GAGNE

CONTE

        Jeanne, va fermer la targette,
    Disoit, en s'endormant, Lucas  sa moiti.
        --Vas-y, toi, rpondit Jeannette;
        L'homme est fait pour tre sur pi,
    La femme pour dormir.--Que je sois estropi
    Si j'y vais! dit Lucas.--Que le Diable m'emporte
    Si j'y vais! dit Jeannette.--On ouvrira la porte.
        --Je m'en gausse.--Et moi je m'en ris.
    J'encague les voleurs, je n'ai pas une obole.
        --Et si l'on te prend tes habits?
    --Je resterai couch, c'est ce qui me console.
    --Oh ! tiens, mon mari, convenons entre nous:
    Celui qui lchera la premire parole
    Ira verrouiller l'huis.--Tope, reprit l'poux,
    Je suis muet, bonsoir!--Moi, j'ai la langue morte!
    Pendant que nos poux disputoient de la sorte,
    Auprs de leur logis certain Carme passoit;
        Le vent teignit sa bougie.
    Comme au travers de l'huis leur lampe paraissoit,
        Mon gaillard, disciple d'lie,
    Frappe; on ne rpond point. Il baisse le loquet:
    --Pardon! de votre somme, amis, je vous drange;
    Mais mon abord cans ne doit vous alarmer:
    Ma bougie est teinte, et je viens l'allumer.
    Mot. Hol! dit le Moine,  cet accueil trange;
        M'entendez-vous, mes bonnes gens?
    Je n'ai, je le rpte, aucuns desseins mchants.
    Mot encore. Il s'avance; il voit deux grosses faces,
    Qui, les yeux bien ouverts, rioient entre leurs dents.
        Jeanne comptoit au plus vingt ans:
        Le Frocard lui trouva des grces.
    Son visage, ses traits, lui semblrent piquants:
    On est  peu de frais aimable aux yeux d'un Moine;
    Il n'est belle ou laidron, qui ne lui soit idoine.
        Le Carme, encor qu'il ft perplex,
    Jugeant que ce silence toit une gageure,
    Rsolut in petto de pousser l'aventure.
    Un teton paroissoit, il y porte l'index:
    Le mari reste coi, la femme se rsigne.
        Rduit  prorer par signe,
        Le grivois parla puissamment.
        Or, voil, je ne sais comment,
    Que d'abord prs du lit, le Jean-chouart du Frre
    Tt aprs fut dedans: oh! jugez de la chre!
        Lucas voyoit et souffroit tout.
        Plus discrte qu'on ne peut dire,
    Jeanne, bien qu'on pousst sa patience  bout,
        N'et pas parl pour un Empire.
    Le moine se montra digne enfant du Carmel,
        Fort affam, peu sensuel.
    Le temps vient de partir, mon gaillard fit retraite.
    Il n'toit pas sorti, que la dame Jeannette
        Chanta goguette  son poux:
    Voyez ce gueux, dit-elle, en feignant du courroux,
    De me laisser manquer de semblable manire!
    Et par un Moine encor! je suis d'une colre!...
    Va, je me vengerai, je te le garantis.
    --Femme, rpond Lucas, allez verrouiller l'huis:
        Vous avez parl la premire!


IN-PROMPTU

PARODIE D'UN COUPLET DES AMOURS D'T

Sur l'air: _En plein, plan._

        Qu'une vrole est amre,
        Et q'c'est mchante affaire!
        Je l'ai bien pour mes six francs,
            En plein, plan,
        Rlan, tan, plan, tirelire,
              Lan, plan.
        Il y a des bien honnt's gens,
        Qu'en ont une plus chre.


L'EXCUSE INGNIEUSE

    Dans un endroit obscur, trouvant une Duchesse,
    Un jeune Mousquetaire osa porter la main
        Sous le jupon de son Altesse.
        Elle jette un cri, c'est en vain:
      Mon tourdi, qu'un vif aiguillon presse,
        Jusques au bout allant son train,
        Claquoit et reclaquoit sans cesse.
        Finirez-vous donc, libertin?
    A moi quelqu'un! la Fleur, Champagne, la Jeunesse!
    Ces Messieurs, qui buvoient au Cabaret voisin,
      N'entendoient pas la voix de leur Matresse.
      Mon polisson lche prise  la fin.
      --Ah! malheureux, tu payeras demain
      Ce trait d'audace et de sclratesse:
        Crois que ton trpas est certain!
        --Pardonnez un moment d'ivresse,
    Reprit le Mousquetaire avec un air serein;
        J'ai fait sans doute une sottise,
        Et vous m'en voyez confondu:
        Que voulez-vous que je vous dise?
        Las! je suis un homme foutu,
    Si vous avez le coeur aussi dur que le cu!


L'OBSERVATEUR EN SECOND

OU L'ART D'AIMER

    J'ai vu dans les crits d'un grand Observateur,
    mule d'Hamilton et Pote des Grces,
    Le vritable sens que l'on donne au mot _coeur_.
    En admirant B... j'ai march sur ses traces.
        Or, coutez, ami Lecteur,
    Et vous saurez de moi ce qu'il vous faut entendre
    Alors que la beaut qui vous a su charmer
      Vous avora d'une voix douce et tendre,
        Qu'elle vous permet de l'aimer.
    _Aimer_ n'est pas un mot de sens tout  fait vide:
    Anacron, Properce et le galant Ovide
    Employrent souvent ce mot-l comme il faut.
      Devinez donc ce que pense une Dame
      Dont les attraits sont par l'ge effacs,
    Quand elle vient se plaindre, en nous vantant sa flamme,
    Que Monsieur son poux ne l'aime point assez?
    Qu'une fille me plat, qu'elle est intressante,
    Quand le besoin d'aimer en secret la tourmente!
    Comme elle je ressens ce besoin, ces ardeurs;
    Pourquoi ne pas unir nos besoins et nos coeurs?
    Elle diroit bientt, d'une voix expirante:
    Ah! quand on aime bien, qu'on gote de douceurs!
    Mais n'aime pas qui veut, c'est l ce qui me fche!
    Tantt bien, tantt mal, on remplit cette tche:
    J'en vois mme plusieurs, que je saurois nommer,
    Qui, malgr leurs efforts, ne peuvent plus aimer.

    Mlidore adoroit (on verra par la suite
    Qu'ici tout autre mot ne peut tre adopt),
        Adoroit donc une beaut
        Dans l'art d'aimer assez instruite;
        Notre amant jeune et sans dtour,
        Dans cet art charmant vrai novice,
    Depuis plus de six mois qu'il toit au supplice,
    N'avoit encore os dclarer son amour.
    Aux pieds de Lise enfin il se jette un beau jour,
        Et pour lui peindre son martyre,
    Pousse de grands Hlas! verse des pleurs, soupire,
        Veut lui parler et reste court.
    L'amante, en le voyant, pensa crever de rire,
    Et sans prendre piti du trouble qu'elle inspire,
    De l'amant  ses pieds, ni de son embarras,
    Lui rpond froidement:--Non, vous ne m'aimez pas.
    --Je ne vous aime pas?... L'amour le plus sincre
    N'est-il donc  vos yeux qu'une vaine chimre?
    Quand je brle d'un feu qui ne peut s'exprimer,
    Quand tout mon sang pour vous...--Ce n'est pas l m'aimer,
        Et moi, je prtends que l'on m'aime.
    --Je vous l'ai dj dit, ma tendresse est extrme;
    Votre volont seule est ma suprme loi;
    De grce, commandez.--Eh bien donc, aimez-moi!
    Dsespr, confus, notre amant se retire;
    D'abord il veut se pendre, et puis il rflchit
    Que ce seroit tomber d'un malheur dans un pire.
        Ensuite il cherche en son esprit
    Le sens de chaque mot, et ce qu'gl veut dire?
        L'Amour enfin daigne l'instruire:
    Avec un si grand Matre une leon suffit.
    Quelques jours couls, il vole chez sa Dame,
    Plein d'espoir et surtout bien rsolu dans l'me,
    De mettre, s'il se peut, la leon  profit.
    Il entre... Il la voit seule... Il prend un peu d'audace...
    Et fit... ce que j'aurois voulu faire  sa place.
        Pendant les amoureux bats,
        L'Amant disoit  sa Matresse:
    Peux-tu te plaindre encor que je ne t'aime pas?
        Peux-tu douter de ma tendresse?
    La belle lui repart:--Non, le fait est certain,
    Tu m'aimes maintenant, j'en ai la preuve en main.


PIGRAMME CONTRE UN SOT POLITIQUE

        Des Gazettes de la Tamise,
        Quand tu saurois le rsultat,
    Faudroit-il te vanter d'tre, comme un Mose,
    Savant dans le mtier que fait un Potentat?
    Ta femme me l'a dit: ta sottise est sans bornes,
    Et si tu ressemblois  cet homme d'tat,
        Ce ne seroit que par les cornes.


LE CUR COMPLAISANT

        Lisez tout bas ce guide-ne,
        Monsieur, vous m'pouvantez;
        Ah! quels grands mots! Liberts...
        De l'glise Gallicane!
        Comment! je crois, Dieu me damne!
        Que je les ai rpts.
        --Venez sur cette Ottomane,
        Prendre place  mes cts.
        Or, maintenant, coutez:
        Levez ce jupon de panne,
        Et sur le dos vous mettez;
        Les deux cuisses cartez:
        Moi, j'entr'ouvre ma soutane...
        --Je crois que vous me foutez?
        --Non, c'est pour vous montrer, Jeanne,
        Ce qu'on nomme Liberts
        De l'glise Gallicane.


PIGRAMME

    Un auteur, dont le nom passera d'ge en ge,
        Montrant un jour son fils, disoit:
        Voil mon plus mauvais ouvrage.
    --Monsieur, reprit Damon, caustique personnage,
        Est-il sr que vous l'ayez fait?


LA QUESTION RSOLUE

        Trois rivaux voyant leur matresse
        Que l'on vient de blesser au sein,
        Aussitt l'un tombe en faiblesse;
        L'autre court aprs l'assassin;
        Le troisime bande la plaie.
        Par ce moyen chacun essaie
        De montrer qui l'aime le mieux.
        Si mon avis on me demande,
        Je rpondrois qu'il saute aux yeux:
        Car je suis pour celui qui bande.


LE FAGOT

CONTE

    Deux nouveaux maris font le sujet du conte.
        Tous deux, jeunes, s'aimoient tous deux;
        Mais un dbat s'mut entre eux.
        Il toit vif, elle toit prompte.
    Un semblable dbat fut autrefois, dit-on,
        Entre Jupiter et Junon:
        Mais Junon de dpit saisie
        Ne tarda gure  se venger
        Du jugement de Tirsie.
        Une femme, pour bien juger,
        Veut qu'on juge  sa fantaisie.
    Nos deux jeunes poux toient donc courroucs,
    De quoi? D'tre trop peu la nuit en paix laisss,
        De dormir trop peu l'un et l'autre:
        Est-ce ma faute?--C'est la vtre.
        --N'est-ce pas vous qui me pincez?
        --N'est-ce pas vous qui m'agacez?
    Telle toit chaque jour leur plainte mutuelle;
    Mais ils n'avoient qu'un lit, ce n'toit pas assez
        Pour mettre fin  leur querelle.
        --Eh bien! pour vous montrer, dit-elle,
        Que je ne veux vous dire mot,
        Mettons entre nous un fagot.
    L-dessus la nuit vient, sme le ciel d'toiles,
    Et couvre l'univers de ses plus sombres voiles;
    Tout invite au sommeil, et le fagot se met
    Pour garant du repos que chacun se promet.
    Le couple conjugal dormit comme une souche.
    Mais quand de tous ses sens l'usage suspendu
    Aprs un long sommeil lui fut enfin rendu,
    L'pouse, vers l'poux nonchalamment tourne,
      Lui dit: Au moins vous ne vous plaindrez pas
    Que de votre repos je ne fais point de cas.
    --Et moi, rpond l'poux, vous ai-je importune?
    A la seconde nuit, c'est  recommencer.
        Le fagot revient se placer.
        Bonsoir, mon coeur.--Bonsoir, m'amie.
        Au milieu de la nuit pourtant
        L'pouse assez mal endormie,
        Se tourne et se retourne tant,
    Que le fagot la pique, et qu'elle se rcrie:
    Peste soit du fagot, et de qui l'a plant!
    L'poux, que le fagot n'avoit pas bien trait,
        --Qu'avez-vous, dit-il, je vous prie,
        A tant pousser de mon ct?
    Le fagot, grce  vous, m'a fort mal ajust.
    --Mon Dieu! cria l'pouse, alors toute attendrie,
    Que je voie... et pour voir le fagot fut t.
    Mais elle ne vit rien qu'une certaine pine...
    Lors prenant et serrant son poux dans ses bras:
        --Mon ami, lui dit la coquine,
    Pour te venger, au lieu de me faire la mine,
        Pique-moi tant que tu pourras!


LA DEMANDE SINGULIRE

      Au temps prescrit par notre mre glise,
      Chez son vque un jeune rustre alla;
      Puis il lui dit: Monseigneur, me voil;
      J'ai nom Jacquot, baillez-moi la prtrise.
      Le Prlat rit et lui rpond:--Nigaud,
      Crois-tu mener si vite cette affaire?
      Va, mon enfant, pour tre prtre, il faut
      Qu'un homme ait fait trois ans de Sminaire.
      Jacquot repart:--Je le sais, mais aussi
      Informez-vous de tout notre village:
      Mon pre toit vicaire, et, Dieu merci!
      Tout fils de matre est franc d'apprentissage.


L'AVOCAT RAISONNABLE

Un Avocat, revenant dans son logis aprs deux ans d'absence, y retrouva
un gros garon qu'il ne croyoit pas avoir laiss; au lieu de s'emporter
contre sa femme, il fit l'in-promptu suivant:

IN-PROMPTU

Air: _Du Vaudeville de la Rosire._

        Sur cet article dlicat,
        Un autre courroit au grimoire;
        Mais moi, comme un franc Avocat,
        C'est la loi que je veux en croire;
        Or si je consulte la Loi,
        L'enfant de ma femme est  moi.

        Je sais bien qu'avant mon dpart,
        Madame coutoit les fleurettes,
        Et qu'elle avoit sa bonne part
        Du foible qu'on donne aux coquettes;
        Mais si je consulte la Loi,
        L'enfant de ma femme est  moi.

        Plus je regarde le poupon,
        Moins je trouve qu'il me ressemble:
        Il a la bouche de Cliton,
        Ses yeux, son nez: aye! aye! je tremble;
        Mais si je consulte la Loi,
        L'enfant de ma femme est  moi.

        Sur un doute pareil au mien,
        Rondon plaida sa mnagre,
        A cela que gagna-t-il? Rien.
        Le juge dit au pauvre hre:
        Va-t'en donc consulter la Loi,
        L'enfant de ta femme est  toi.

        Tous les jours, j'en suis convaincu,
        Le plus galant homme peut tre
        Ce que l'on appelle cocu;
        Mais, sans chercher  le parotre,
        Il dit: N'coutons que la Loi,
        L'enfant de ma femme est  moi.


COUPLET A MADEMOISELLE ***

Air: _Du Vaudeville d'Epicure._

        C'est peu d'tre jeune et jolie:
        Sans l'amour, que sert la beaut?
        Pour tre une fille accomplie,
        Il faut un peu de volupt.
        Victoire, soyez moins svre,
        Le plaisir n'est que dans vos yeux:
        Si vous voulez me laisser faire,
        Je le logerai beaucoup mieux.


L'POUSE NAVE

        Blaise aimoit certaine donzelle.
      Il l'pousa. Ds la premire nuit,
        En la caressant, il lui dit:
    J'ai peur que nos plaisirs dans quelque temps, ma belle,
        Ne te causent bien du tourment...
    --Ne crains rien, lui rpond la nave femelle;
        Blaise, j'accouche heureusement.


FIN




TABLE


  Avis de l'diteur                                    V

  A ma Commre                                         1

  La Femme sans chose                                  5
  La Croyance fonde                                  12
  La Dclaration militaire                            13
  La Rponse sense                                   15
  La Plainte injuste                                  16
  Badinage in-promptu                                 17
  La Belle accommodante                               17
  In-promptu                                          18
  Couplet                                             18
  Bouquet  Mademoiselle ***                          19
  La Rage d'amour                                     19
  Le Prtendu malin                                   20
  La Gageure                                          21
  Le Paiement d'avance                                21
  Impromptu                                           24
  La Calomnie foudroye                               24
  La Fente                                            25
  Le Repentir sincre                                 27
  L'Armure de Vnus                                   27
  A ma Matresse                                      28
  Les Dsolations et les Consolations, vaudeville     28
  lgie                                              29
  pigramme                                           30
  Le Triomphe de la Marotte                           31
  Les Cinq points                                     37
  L'Un pour l'autre                                   37
  La Prsence d'esprit                                38
  La Dfense bien observe, chanson                   39
  Le Dgel                                            40
  Histoire vritable, etc., d'un Abb qui             41
  L'Expdient facile                                  43
  On fait ce qu'on peut                               44
  Le Qui pro Quo, ou Colin-Maillard                   44
  L'Inoculation, conte                                46
  La Muette, chanson                                  47
  L'Obstacle, conte                                   49
  Le Tribut conjugal                                  51
  Le Conseil inutile                                  52
  La Confidence                                       53
  Le Chapelain, chanson                               54
  Le Marchand de loto                                 55
  Le Lendemain des noces                              58
  Le Confesseur exemplaire                            59
  L'Esprit fort                                       60
  Couplet                                             62
  pigramme                                           63
  Le Cas dcid                                       63
  Le Faux Jupiter                                     64
  Le Sommeil de Vnus                                 69
  Quatrain  Madame ***                               71
  L'Enthousiasme Gascon                               72
  Le Cri du coeur                                     72
  La Bndiction trop chre, o le conseil d'Alix     73
  ptre consolante  un cocu                         75
  L'Avocat pouss  bout                              77
  Le Dluge                                           80
  _gri salivantis solatium_                          81
  Dialogue entre deux servantes                       81
  Le Salamalec Lyonnois                               82
  La Colre nave                                     85
  Partant quitte                                      86
  Le fin Menteur                                      87
  Le Pardon                                           87
  Le Mensonge vident                                 88
  La Mtamorphose                                     89
  Le Maladroit                                        90
  Le Plaisir sans remords                             91
  Les deux Clystres                                  92
  Le double Aveu                                      92
  Les Souliers                                        95
  Qui perd gagne                                      95
  In-promptu--Parodie d'un couplet des Amours d't   97
  L'Excuse ingnieuse                                 98
  L'Observateur en second, ou l'Art d'aimer           99
  pigramme contre un sot politique                  102
  Le Cur complaisant                                102
  pigramme                                          103
  La Question rsolue                                104
  Le Fagot                                           104
  La Demande singulire                              106
  L'Avocat raisonnable                               107
  Couplet  Mademoiselle ***                         109
  L'pouse nave                                     109




  IMPRIM
  PAR
  CHARLES UNSINGER
  83, Rue du Bac
  PARIS




ISIDORE LISEUX, LIBRAIRE-DITEUR

Quai Malaquais, n 5.


DITIONS RSERVES

Sous cette dsignation gnrale, nous avons l'intention de faire
paratre une srie de volumes curieux de divers formats, imprims  un
trs petit nombre d'exemplaires et non destins au commerce de la
Nouveaut. Le _Petit-Neveu de Grcourt_ est le premier de cette srie.

Les couvertures ne porteront aucune indication de prix.

Le prix net de souscription pour Amateurs ou Libraires, indistinctement,
sera communiqu par avis individuel. Les Amateurs qui souscriront par
l'entremise des Libraires, s'entendront avec eux pour la commission 
leur payer en sus du prix net.

Aussitt parus, les volumes entreront de plain-pied dans la Librairie
ancienne, et le prix originaire de souscription ne pourra plus tre
donn qu' titre de simple renseignement.

_Envoi franco recommand contre Mandat ou Chque._


Paris.--Typ CH. UNSINGER, 83, rue du Bac.






End of the Project Gutenberg EBook of Le petit-neveu de Grcourt ou trennes
gaillardes, by Anonymous

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PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
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1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
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receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
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opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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