The Project Gutenberg EBook of Jehan de Paris, by Jules Renouvier

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Title: Jehan de Paris
       varlet de chambre et peintre ordinaire des rois Charles
       VIII et Louis XII

Author: Jules Renouvier

Release Date: February 20, 2020 [EBook #61458]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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JEHAN DE PARIS.




  TIRE A 214 EXEMPLAIRES:

  200, papier teint  l'antique.
   10, papier verg de Hollande.
    4, peau de vlin.

LYON,

IMPRIMERIE DE LOUIS PERRIN.




[Illustration: MARIE D'ANGLETERRE (page 25.)]




  JEHAN DE PARIS

  VARLET DE CHAMBRE ET PEINTRE ORDINAIRE
  DES ROIS CHARLES VIII ET LOUIS XII.

  PAR
  J. RENOUVIER

  Prcd
  d'une notice biographique sur la vie & les ouvrages
  & de la bibliographie complte des oeuvres de M. Renouvier.

  PAR
  GEORGES DUPLESSIS.

  [Marque d'imprimeur: A L'AVENTURE AUGUSTE AUBRY]

  PARIS,
  Chez AUGUSTE AUBRY,
  L'un des libraires de la Socit des Bibliophiles franois,
  RUE DAUPHINE, 16.

  1861.




_NOTICE_

SUR

M. JULES RENOUVIER.


C'est une tche difficile & douce tout  la fois d'avoir  parler d'un
savant auquel des gots communs vous unissaient, & qui voulut bien vous
tmoigner une affectueuse bienveillance. M. Jules Renouvier, que la mort
vient de ravir, avait une de ces organisations solides pour lesquelles
le travail est en mme temps la plus grande joie & la plus agrable
occupation; ses tudes concouraient d'ailleurs toutes  un mme but, la
recherche du beau & du vrai. N le 13 dcembre 1804, M. J. Renouvier
avait fait d'excellentes tudes  Montpellier, & loin de s'empresser de
produire, il passa sa jeunesse  s'instruire, & ne songea  publier que
lorsqu'il fut certain que ses travaux pourraient tre de quelque
utilit. Il mit au jour bien timidement, en 1835 seulement, deux
brochures, _Des vieilles maisons de Montpellier_, & _Notice sur les
manuscrits de la commune de Montpellier_. Brochures qui, sans avoir une
importance considrable, ne laissaient pas que faire pressentir un
esprit tendu & des vues leves.

C'tait vers l'tude de l'archologie que les premiers travaux de M.
Renouvier se portrent de prfrence, & c'est l'architecture qui attira
tout d'abord son attention. Les poques de lutte taient celles que M.
Renouvier semblait affectionner; il pensait, & en cela il nous parat
tre absolument dans le vrai, qu'aprs une commotion violente, en mme
temps que les hommes se renouvellent, en mme temps que les ides
changent ou se modifient, l'art, lui aussi, trouve une force nouvelle &
inaugure volontiers une renaissance. A ces poques tourmentes de
l'existence, l'artiste possde une audace que les temps de calme & de
paix ne sauraient faire natre en lui. L'architecture gothique marque
prcisment une de ces poques rvolutionnaires, elle nat  la suite de
dissensions politiques, & tente avec succs de venir remplacer la
barbarie dans laquelle l'art tait plong depuis plusieurs sicles[1].
Aprs des considrations gnrales sur l'architecture gothique,
considrations dans lesquelles les connaissances approfondies de M.
Renouvier apparaissent pleinement, l'auteur envisage spcialement le
progrs de cet art dans le midi de la France, & publie le rsultat de
ses observations dans _Les Anciennes Eglises du dpartement de
l'Hrault_, dans _Les Monuments de quelques anciens diocses du
Bas-Languedoc_, dans _Les Matres tailleurs de pierre & autres artistes
de Montpellier_[2] & mme dans un ouvrage o la France n'est plus en
jeu, _Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d'Italie_
(Pise, Florence, Rome & Naples), 1841.

  [1] M. Renouvier allait encore publier un autre ouvrage relatif
    galement  une poque de transition: _l'Art pendant l'poque
    rvolutionnaire_. Ce soin est dvolu  sa famille.

  [2] Cet ouvrage fut publi en collaboration de M. Ricard.

La rvolution de 1848 dtourna pour quelques instants M. Renouvier de
ses chres tudes; les devoirs du citoyen passrent avant les gots de
l'homme priv, & le savant archologue accepta la place de Commissaire
du Gouvernement provisoire qui lui fut offerte. Les hautes qualits du
fonctionnaire public se firent jour immdiatement, & le Dpartement de
l'Hrault envoya M. Renouvier le reprsenter  l'Assemble Constituante.
Mme au milieu des travaux que ses nouvelles fonctions lui imposaient,
M. J. Renouvier n'oublia pas ses tudes antrieures; il fut charg par
la Commission de faire un _Rapport sur le chapitre du Ministre de
l'intrieur relatif aux Muses nationaux_, rapport que nous n'avons pas
eu l'occasion de lire, mais dans lequel, au dire de personnes bien
informes, le got clair de M. J. Renouvier se faisait toujours
remarquer.

Rendu bientt  la vie civile, M. Renouvier se mit en devoir de
continuer ses tudes de prdilection, & l'histoire mal connue encore de
l'art de la gravure attira ses instincts curieux. Il se mit  l'oeuvre
avec l'ardeur d'un nophyte, poursuivit ses recherches avec passion, &
composa le meilleur ouvrage qui ait paru jusqu' ce jour sur les
graveurs & sur les gravures, _Des Types & des manires des matres
graveurs, depuis l'origine de cet art jusqu'en 1648 (1853-1856)_.

Dou d'un esprit investigateur & possesseur d'une rudition varie, M.
J. Renouvier rassembla tous les documents qui pouvaient concourir  son
oeuvre. Il mit  contribution toutes les Bibliothques de l'Europe,
examina avec soin les collections particulires, qu'on tait toujours
heureux de lui ouvrir, &, fort de ces notes prises dans un but sagement
conu & bien dfini, il sut se prmunir contre le dsir trop commun de
paratre rudit. Plus que personne, cependant, il possdait une
rudition complte, mais il sut prcisment se servir de cette rudition
pour en tirer un jugement net sur les types & les manires des matres
graveurs. Il faut un peu avoir tudi les mmes questions que M. J.
Renouvier pour se rendre un compte exact du savoir ncessit pour
rdiger ces quatre volumes in-4; au premier abord, ils pourraient
paratre composs facilement & presque sans labeur, tant l'rudition est
cache  l'ombre d'une critique sage & mesure. Quiconque a tent
d'lucider un point de l'histoire, si minime qu'il soit, connat les
difficults immenses qui se prsentent  chaque pas: les documents
absolument contradictoires, les renseignements faux dont fourmillent
tous les ouvrages parus antrieurement, paraissent destins  rebuter
les plus courageux; M. Renouvier semble s'tre roidi contre tous ces
obstacles: il a demand aux oeuvres elles-mmes leur nationalit & leur
origine, & guid par son got, il a su assigner  chaque artiste le rang
qu'il mrite rellement; il a compar la _manire_ de l'un avec la
_manire_ de l'autre, & a tabli un ordre, une classification qui
restera comme un monument.

Depuis la publication de ce prcieux ouvrage, chaque anne M. Renouvier
mettait au jour quelque opuscule intressant: _Une Passion de 1446_,
_Grard de saint Jean de Harlem_, _des gravures sur bois dans les livres
d'Antoine Vrard_ & quelques autres brochures furent publies 
Montpellier ou  Paris. Il y a deux mois  peine, il apportait avec lui
 Paris un nouveau volume qui devait, hlas! tre le dernier. C'tait
une _Histoire de l'origine & des progrs de la Gravure dans les Pays-Bas
& en Allemagne, jusqu' la fin du quinzime sicle_. Que de recherches
il a fallu pour dcouvrir tous ces documents pars en France & en
Angleterre,  Leipsic,  Amsterdam,  Vienne,  Cologne &  Bale! Quelle
science d'assimilation il avait fallu dployer pour grouper, pour ainsi
dire de mmoire, les artistes d'un mme terroir, les graveurs d'une mme
contre. M. Renouvier se tira  son grand honneur de cette tche
difficile[3]; il sut attribuer  chacun une part d'loges & une part de
blme convenable; il sut tenir compte des obstacles surmonts & des
victoires remportes, & il se disposait  nous donner un travail
analogue sur la France & sur l'Italie, lorsque la mort est venue le
ravir  sa famille,  ses amis &  la science. Perte fatale &
irrparable! Arriv  tout l'panouissement de son savoir, M. Jules
Renouvier, que son abord bienveillant avait rendu sympathique  tous,
et pu continuer longtemps encore  faire profiter de son rudition les
amis de l'art; il et pu mettre  excution les nombreux travaux qu'il
prparait de longue date, &, grce  lui, la Gravure longtemps dlaisse
par les historiens de l'art, et pris dans l'histoire la place
importante qu'elle est digne d'y occuper.

  [3] Ce mmoire fut couronn par l'Acadmie royale de Belgique, dans sa
    sance du 23 septembre 1859.




BIBLIOGRAPHIE

_des ouvrages & opuscules de J. Renouvier._


Des vieilles maisons de Montpellier. Montpellier, 1835, in-8 de 24
pag., 2 planches.


Notice sur les manuscrits de la commune de Montpellier, 1835, in-8 de
32 p. Publication anonyme.


Monuments de quelques anciens diocses du Bas-Languedoc, expliqus dans
leur histoire & leur architecture par J. Renouvier, dessins d'aprs
nature & lithographis par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel, 1840, 1
vol. in-4 tir  100 exemplaires.

Cet ouvrage a commenc  paratre en 1835.


Monuments divers pris dans quelques diocses du Bas-Languedoc, expliqus
dans leur histoire & leur architecture par J. Renouvier, dessins
d'aprs nature & lithographis par J.-B. Laurens. Montpellier. Castel,
1841, broch. in-4.


Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d'Italie: Pise,
Florence, Rome, Naples (aot, septembre & octobre 1839). Caen. Hardel,
1841, in-8 de 18 feuilles. (Extrait du _Bulletin Monumental_, t. VII.)


Notice sur Philippe de Saint-Paul. Montpellier, 1841, in-8.


Avec la collaboration de Ricard: Des matres Tailleurs de pierre & des
autres Artistes gothiques de Montpellier. Montpellier & Paris. Dumoulin,
1844, in-4, fig.


Ides pour une classification gnrale des monuments par M. J.
Renouvier. Montpellier. Bohem, 1847, in-4. (Extrait des _Mmoires de
l'Acadmie des Sciences & Lettres de Montpellier_.)


Rapport sur le chapitre du Ministre de l'intrieur relatif aux Muses
nationaux. Paris, de l'imprimerie de l'Assemble constituante, 1848,
in-4 de 20 pages.


Les Grisettes de race. Montpellier, L. Christin, s. d., 1851, in-8 de 8
pag. Publication anonyme. (Tir  50 exemplaires.)


Des Types & des Manires des matres graveurs. Montpellier. Bohem.
1853-1856. 4 vol. in-4.


De Lyon  la Mditerrane, par J.-B. Laurens, avec la collaboration de
plusieurs hommes de lettres. 2e livraison.--Le muse de Montpellier,
texte par M. Jules Renouvier. Paris. Martinon, 1855, in-8 de 24 p. fig.

Cette brochure a t rimprime, avec de nombreux changements, dans la
_Gazette des Beaux-Arts_.


Les peintres & les enlumineurs du roi Ren.--Une Passion de 1446, suite
de gravures au burin, les premires avec date. Montpellier. Jean Martel,
1857, in-4 (Extrait des _Publications de la Socit Archologique de
Montpellier_, ns 24 & 25).


Les Peintres de l'ancienne cole hollandaise.--Grard de Saint-Jean de
Harlem & le tableau de la Rsurrection de Lazare. Paris. Rapilly, 1857,
in-8.


Des gravures en bois dans les livres d'Anthoine Vrard, matre libraire,
imprimeur, enlumineur & tailleur sur bois de Paris. Aubry, impr. de L.
Perrin, 1859, in-8. 2 planches grav. sur bois. (La Mort & l'Amoureux.
La Mort & l'Usurier.)


Histoire de l'origine & des progrs de la gravure dans les Pays-Bas & en
Allemagne jusqu' la fin du quinzime sicle, par Jules Renouvier.
(Mmoire couronn par l'Acadmie royale de Belgique, le 23 septembre
1859.) Bruxelles. Hayez, 1860. Planche de monogrammes.


Notices archologiques, extraites du _Bulletin monumental_ de M. de
Caumont:

1. Du Style ogival & de son introduction dans le Sud-Est de la France.

2. Excursion monumentale dans les Pyrnes.

3. Essai de classification des Eglises d'Auvergne. Caen. Hardel, 1837,
in-8 de 24 pag.

4. Notice sur la peinture sur verre & sur mur dans le Midi de la France.
Caen, 1839, in-8.


Notices archologiques extraites des publications de la _Socit
Archologique de Montpellier_:

1. Des anciennes Eglises du dpartement de l'Hrault, 1re & 2e partie.

2. Sur les fentres de la rue des Rayles.

3. Des Fonts de Vias.

4. Sur une figurine en terre cuite du Cabinet archologique de
Montpellier, par M. J. Renouvier. In-4 s. d.


Notices publies dans la _Revue du Midi_:

1. Raphal ou Ghirlandaio (p. 82-89, 2e srie, 1843).

2. Etudes, moeurs & modes archologiques (p. 181-199, mme srie & mme
anne).


Articles publis dans la _Gazette des Beaux-Arts_:

1. Les Origines de la Gravure en France, 1er avril 1859.

2. La Tte en cire du Muse Wicar,  Lille, 15 septembre 1859.

3. Le Muse de Montpellier, 1er janvier 1860.

4. Sous le pseudonyme de Xavier Nogaret. Exposition de Montpellier, 1er
juin 1860.

5. Des dcouvertes nouvelles d'Estampes sur bois & sur mtal de
l'Allemagne (le peintre graveur de M. Passavant), 15 septembre 1860.


Notice publie dans les _Archives de l'Art franais_:

Jean Troy, directeur de l'Acadmie de peinture de Montpellier.


Article paru dans la _Revue universelle des Arts_:

Les Estampes de Geoffroy Tory & sa marque de graveur. Tome 5, p. 510.




AVANT-PROPOS.


Nous publions la notice de Jehan de Paris, telle que M. Renouvier l'a
crite; il nous et t fort difficile, d'ailleurs, d'en agir autrement,
car les meilleures sources avaient t consultes & mises  profit. Nous
avons pens utile seulement d'ajouter comme appendice  ce travail,
l'intressante dissertation que M. J. Renouvier publia dans le _Journal
des Beaux-Arts_ (Anvers 1859), sur le portrait d'Agns Sorel, attribu 
Jean Fouquet, & expos au muse d'Anvers. Peu de personnes ont t 
mme de lire ce travail, dans lequel se remarque  un haut degr la
critique sre & toujours clairvoyante de M. Renouvier.

Aprs cette tude sur Jehan de Paris, qui vient elle-mme  la suite
d'une notice sur Antoine Vrard, deux autres brochures sur des sujets
analogues seront successivement publies: _Les Gravures sur bois dans
les livres d'Heures de Simon Vostre_, & _des Portraits d'auteurs dans
les livres du quinzime sicle_. Nous sommes heureux d'annoncer que
l'important travail que M. Jules Renouvier prparait depuis longtemps
sur _l'Art & ses institutions pendant la priode rvolutionnaire_ verra
le jour. Tous les vritables amis de l'art se rjouiront avec nous de
cette bonne nouvelle, & se joindront galement  nous, nous en avons
l'assurance, pour remercier la famille de M. Renouvier de cette pense
gnreuse.

G. D.




JEHAN DE PARIS,

_varlet de chambre

& peintre ordinaire des rois Charles VIII & Louis XII._


Entre les potes & les peintres qui nous vinrent des Pays-Bas au moment
de la dcadence de la maison de Bourgogne, la gloire a fait d'tranges
mprises. Les uns obtinrent facilement une clbrit qui nous semble
usurpe; les autres tombrent aussitt dans un oubli que nous avons 
coeur de racheter. Jehan Lemaire de Belges, disciple de Molinet, clerc
de finances, secrtaire indiciaire & historiographe des trois plus
puissantes dames de son temps, Madame Anne de France, Marguerite
d'Autriche & Anne de Bretagne, est l'un des plus assommants
versificateurs de complaintes historiques & allgoriques qui chantrent
les rgnes de Charles VIII & de Louis XII; ni l'amiti de Guillaume
Cretin, ni le tmoignage de Pasquier, d'aprs lequel il est le premier
qui  bonnes enseignes donna vogue  notre posie, ni les loges de
Clment Marot[4] qui confesse avoir appris de lui _la couppe fminine_,
c'est--dire l'lision, ne lui feront pardonner les hyperboles dont il
fait sa prose aussi bien que ses vers. Mais, au nombre des allgories
voques par sa muse, sont la Peinture & l'Orfvrerie; parmi les
personnes dont il a gard mmoire, sont des artistes; le patron le plus
cher qu'il nomme dans ses ptres est un peintre, l'un des plus
excellents de notre cole primitive, Jehan de Paris: ces mrites,
uniques dans un auteur gothique, recommandent suffisamment son nom
auprs des plucheurs d'histoire & d'esthtique. Je ne suis pas le
premier qui le prenne pour texte  ses gloses.

  [4]

        Adieu la main qui de Flandre en la France
        Tira jadis Jean Lemaire belgeois
        Qui l'me avait d'Homre le gregeois.

    (Eptre  Madame de Soubise. _OEuvres de Clment Marot_. La Haye,
    1731, 6 vol. in-12, t. II, p. 183.)

Dans le plus ancien de ses ouvrages, _le Temple d'honneur & de
vertu_[5], qui est une dploration de la mort du sire de Beaujeu
adresse  Madame Anne de France, l'auteur parle des encouragements
qu'il avait reus de Jehan de Paris qui par le bnfice de sa main
heureuse, dit-il, a mrit envers les roys & princes estre estim un
second Appelles en paincture. Vers le mme temps, en composant une
autre complainte sur la mort de Louis de Luxembourg, comte de Ligny, qui
eut lieu en 1503, sous le titre de _la Plainte du dsir_[6], il mit en
scne la Peinture & la Rhtorique pour chanter alternativement les
louanges du prince. Au milieu du fatras qui sert de discours  la
Peinture, on a remarqu une tirade[7] o passent les noms des peintres
les plus clbres que peut trouver le pote: d'abord ceux qui taient
dj morts, mais dont la rputation tait encore entire, puis ceux qui
vivaient en Flandre, en Italie & en France:

    _J'ay pinceaux mille & brosses & ostils
    Et si se nay Parrhase ou Appelles
    Dont le nom bruyt par mmoires anciennes
    J'ay des esprits rcents & nouvellets
    Plus ennoblis par leurs beaux pincelets
    Que Marmion iadis de Valenciennes
    Ou que Fouquet qui tant eut gloires siennes,
    Ne que Poyer, Rogier, Hugues de Gand
    Ou Johannes qui fut tant lgant._

  [5] Paris, Michel Lenoir, 1504, trs-petit in-fol. goth.

  [6] Publie avec la _Lgende des Vnitiens_. Lyon, Jean de Vingle,
    1509, & Paris, Geoffroy de Marnef, 1512.

  [7] Mariette l'avait dj transcrite dans son _Abecedario_, en notant
    soigneusement les dtails donns par Lemaire sur Jehan Perreal.
    _Abecedario_, t. IV, p. 113. Elle a t reproduite depuis par M. de
    Laborde.--_La Renaissance_, t. I, p. 161.

Le premier qui est invoqu ici aprs les anciens est Simon Marmion, de
Valenciennes, peintre, miniaturiste & crivain, que nous connaissons
dj par quelques comptes, qui, en 1453, fit un tableau pour le plaidoir
de l'Htel-de-Ville d'Amiens[8], &, en 1466, fut occup  ystorier &
mettre en fourme un brviaire pour le duc de Bourgogne[9]. Il mourut en
1489,  Valenciennes, o Molinet composa son pitaphe. Aprs viennent
deux Franais: Jehan Fouquet, le plus connu maintenant de tous nos
peintres gothiques[10], & Jehan Poyer ou Poyet, enlumineur & historieur
des Heures d'Anne de Bretagne[11]; les trois autres sont des Flamands
bien connus: Rogier Van der Weyden, de Bruges ou de Bruxelles, Hugo Van
der Goes, de Gand, & Hans Memling. Le nom de Johannes conviendrait aussi
 Jean Van Eyck, qui souvent n'a pas d'autre dsignation que ce prnom
latin, ainsi qu'on le voit sur ses tableaux, sur sa tombe dans l'glise
de Saint-Donat,  Bruges, dans les comptes des ducs de Bourgogne & dans
les inventaires de Marguerite d'Autriche. Mais ici nous croyons qu'il
peut s'appliquer  Jean Memling, qui venait de mourir en 1499, & dont la
rputation avait mme clips celle de son matre. Il se pourrait aussi
que l'auteur les confondt tous deux; il y en eut bien d'autres
confondus sous ce nom de Jean, le plus commun parmi les peintres du
quinzime sicle, parce que saint Jean tait, aprs saint Luc, le patron
le plus frquent de leur confrrie.

  [8] _Recherches historiques sur les ouvrages excuts dans la ville
    d'Amiens pendant les XIVe, XVe & XVIe sicles_, par H. Dusevel.
    Amiens, 1858, in-8, p. 25.

  [9] _Les ducs de Bourgogne_, par M. de Laborde, t. I, p. 496.

  [10] M. le C. de Bastard. _Peintures & ornements des manuscrits_,
    Paris, 1835, gr. in-fol., & les _Manuscrits franais_ de la
    bibliothque du roi, par M. P. Paris. Paris, 1838, in-8, t. II, p.
    265.--De Laborde, _la Renaissance des Arts_, t. Ier. Paris, 1850,
    in-8, p. 155.--Vallet de Viriville, _Revue de Paris_, 1er aot 1857,
    t. XXXVIII, p. 409.

  [11] De Laborde, _les ducs de Bourgogne_, t. I, p. 24. _La
    Renaissance_, t. I, p. 273.--Leroux de Lincy, _Gazette des
    Beaux-Arts_, 1er mai 1850, in-8.

Voici maintenant les artistes vivants interpells par la Peinture:

    _Besoignez donc, mes alumpnes modernes
    Mes blancs enfans nourris de ma mamelle:
    Toy, Lonard qui a graces supernes
    Gentil Bellin dont les los sont ternes
    Et Perrusin qui si bien couleurs mesle.
    Et toi, Jehan Hay, ta noble main chome elle
    Vien voir nature avec Jehan de Paris
    Pour lui donner umbraige & esperits._

Ne regardons pas aux rimes, admirons la sret de got de Lemaire qui,
entre tous les Italiens arrivs de son temps  la gloire, dsigne dans
les trois coles capitales ceux que la postrit a si bien accepts:
Lonard de Vinci, Bellini & Prugin. Ce ne peut pas tre un petit
honneur que la place qu'il va donner  ct d'eux  un Flamand &  un
Franais. Ce Jehan Hay, que personne n'a rvl, ne peut tre en effet
que Jehannet, le pre de Franois Clouet, dit aussi Jehannet, le second
des quatre Clouet ou Jehannet aujourd'hui connus. Les supputations
ingnieuses de MM. de Laborde & de Freville[12] ont tabli sa rsidence
 Tours en 1522, & sa mort en 1541. La plus ancienne mention que l'on
ait trouve de lui est de 1518, mais depuis longtemps dj il tait venu
de Belgique avec son pre, & Jehan Lemaire devait tre en rapport avec
lui. Il tait,  la dernire date que nous avons donne, peintre en
titre d'office  ct de Jehan de Paris. Pourquoi donne-t-on ici une
orthographe diffrente d'un nom aussi connu? Parce que la varit
d'orthographe dans les noms propres n'est pas seulement licite dans la
grammaire gothique, elle est de bon ton & comme un agrment de plus du
discours, toujours port  l'amphibologie. Le nom de Jehannet est crit
dans les documents: Jehannot, Janet, Jainet & Jennet; une variation de
plus marque de l'accent belge n'a pas de quoi surprendre. L'auteur
lui-mme se nomme dans ses livres Jean Le Maire & Jehan Le Maistre.
Vainement on chercherait quelque application plus sortable parmi les
peintres du nom de Hay, Haie & de La Haye[13]; en s'arrtant  celle-ci,
on obit, non pas seulement  la lettre, mais  l'esprit mme du pote
qui, dans cette invitation  l'tude de la nature, n'a pu associer 
Jehan de Paris qu'un peintre tel que Jehannet. Ses vers ne valent pas
sans doute ceux des potes de la grande pliade qui clbrrent Franois
Clouet; ils ne manquent pas pourtant de quelque sentiment au milieu de
leurs grands mots. Je ne sais si l'auteur comprenait comme nous ceux
d'_ombraige_ & d'_esperits_ par lesquels il termine; mais ne sont-ils
pas les deux termes auxquels viennent aboutir toutes les doctrines de la
peinture: la lumire & l'expression?

  [12] _La Renaissance_, t. I, p. 13.--_Additions_, p. 367.--_Archives
    de l'Art franais_, t. III, p. 97, 287.

  [13] On le trouve crit Jehan Jay, dans le texte donn dans
    l'_Abecedario_ de Mariette, mais c'est une faute de copie ou
    d'impression.

Au service de Marguerite d'Autriche, Jean Lemaire, qui avait su inspirer
 sa matresse assez de got potique pour qu'elle voult s'essayer 
rimer, donna carrire  sa verve. Il chanta Marguerite Auguste dans deux
ptres joyeuses qui avaient compromis sa rputation de chastet auprs
des savants, qui ne s'taient pas aperus que l'_Amant verd_, objet des
privauts de la princesse, n'tait pas le pauvre pote, mais un
perroquet. Il la clbra encore dans une suite de posies intitules _la
Couronne margaritique_, o l'orfvrerie & les artistes ont un rle
important. Cette pice n'a t publie qu'aprs la mort de l'auteur[14],
mais, par sa composition, elle se rapporte  une date qui ne peut pas
tre loigne des prcdentes, ni trs-postrieure  l'anne 1504 o
Marguerite perdit son mari, Philibert de Savoie. Elle est comme
l'inauguration de son illustre veuvage.

  [14] Dans l'dition des _Illustrations de Gaule & singularits de
    Troyes_.--Lyon, Jean de Tournes, 1549, in-fol.

Par _Couronne margaritique_, l'auteur entend un ouvrage d'orfvrerie
allgorique, dont la desse Vertu fait le plan, dont le portrait ou
dessin est trac par la peintresse antique Marcia, & qui est excut par
Mrite, orfvre des dieux. Les peintres les plus fameux des Pays-Bas &
de la France viennent admirer le dessin entre les mains de Mrite, un
orfvre de Valenciennes, Gilles Steclin, se prsente pour y travailler;
Mrite convie galement  son oeuvre le pre de celui-ci, Hans Steclin,
de Cologne, & les orfvres les plus en renom de tous pays.

Je me dispenserai de citer ici ce long morceau qui a t plusieurs fois
reproduit[15], je veux seulement faire la liste des artistes qui y sont
numrs, en ajoutant l'interprtation des noms adopts par l'crivain
qui ne sont pas tous connus. Voici d'abord les peintres qui sont, pour
les premiers seulement, les mmes que dans la _Plainte du dsir_:
maistre Roger; Fouquet; Hugues de Gand; Johannes; Marmion; Dierick de
Louvain, il est connu aussi sous le nom de Dierick, de Harlem & de
Stuerbout; maistre Hans de Bruges. Ici Lemaire ne confond plus Jean Van
Eyck & Jean Memling; par Hans de Bruges, il ne peut entendre, en effet,
que Memling, longtemps appel Hemling, & dsign autrefois par le nom de
maistre Hans dans les registres des confrries de Bruges, & dans
l'inventaire des tableaux de Marguerite d'Autriche. Maistre Hugues
Martin, de Francfort, nous voyons ici Martin Schongauer, ou le beau
Martin, qui eut tant d'appellations diffrentes: Hipsch, Hubsch, Bel &
Bellus, Schoen & Schongauer, de Colmar, de Kalemback & d'ailleurs.
Damiens Nicolas, c'est Colin d'Amiens, peintre de Louis XI, en 1482[16];
maistre Loys de Tournay, celui-ci est rest parmi les inconnus d'une
ville qui fournit quelques peintres  des travaux de commande
locale[17]. Baudouyn de Bailleul, c'est encore un Flamand, mais on ne
trouve un nom pareil dans les comptes des ducs de Bourgogne que, vers
1420[18]. Lemaire le dsigne comme _faisant patrons_, c'est--dire
dessinateur. Jacques Lombard de Mons, je n'ai rien trouv sur son
compte; Lieven d'Anvers, celui-ci est connu comme peintre d'architecture
& de vitraux, dessinateur de gravures sur bois & miniaturiste; il
travaillait vers 1460. On l'appela aussi Lievin de Witt & Lievin de
Gand, si toutefois il n'y a pas l deux artistes, point qui n'est point
encore clairci[19].

  [15] De Laborde, _les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 25.--Crowe &
    Cavalcaselle, _The early flemish painters_. London, 1857, in-12, p.
    330.--Haizen, _Archiv. fr die zeichnenden Knste_, t. XVI, 1859,
    in-8.--Alvin, _Revue universelle des Arts_, 1859, t. IX, p. 204.

  [16] _La Renaissance_, t. I, p. 59.

  [17] _The early flemish painters_, London, 1857, in-12, p. 232.--Je ne
    sais sur quel fondement M. Wauters l'interprte par le nom de
    Daret.--_Revue universelle des Arts_, t. II, 1855, in-8, p. 6. On
    trouve un peintre de ce nom employ par Charles-le-Tmraire & venu
    de Tournay  Bruges, mais il a pour prnom Jacques. Document publi
    par M. Michiels, _Histoire de la peinture flamande_. Bruxelles,
    1845, t. II, p. 412.

  [18] _Les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 164, 172.

  [19] Passavant, _Recherches sur l'ancienne cole de peinture
    flamande_.--_Messager des sciences historiques de Gand_, 1841, in-8,
    p. 324, & 1842, p. 247.--_Des types & des manires des matres
    graveurs_, XVIe sicle, 1854, in-4, p. 152.

L'orfvre principal, charg du travail de la _Couronne margaritique_,
est le Vallencelois Gilles Steclin, auquel est adjoint son pre Hans
Steclin de Colongne. Les noms de ces artistes ont t relevs par M. de
Laborde dans les comptes des ducs de Bourgogne, Hance Steclin en 1438,
Gilles Steclin en 1482[20]. M. Harzen a conjectur que ce dernier
pouvait tre le graveur connu sous le nom du matre de 1466, qui
marquait ses estampes de cette date & des lettres E & G S, qui
s'appliqueraient au prnom latin ou vulgaire Egidius ou Gilles, & au nom
de l'artiste Stechin ou Steclin, corruption de Stecher, orfvre[21]. Si
cette ingnieuse conjecture,  laquelle, pour ma part, je ne fais pas
d'objection, tait vrifie, notre historiographe aurait doublement
mrit de l'histoire de l'art en signalant, entre les orfvres des
Pays-Bas, celui qui devait, par ses estampes, vivre plus longtemps
qu'aucun autre, bien qu'il ne ft alors plus connu par ses orfvreries.
Voici les noms des autres orfvres  l'approbation desquels Mrite
soumet ensuite le portrait de sa couronne. On y voit des artistes de
provinces fort diverses; un seul est clbre, les autres n'auront pas
d'autre souvenir que celui qu'a bien voulu leur octroyer le pote:
Adrien Mangot, de Tours[22]; Romain Christophe Hirmie; il ne faut pas
voir l trois noms, comme l'indiquent quelques commentateurs, mais un
seul artiste, Cristoforo Geremia ou Hieremia, qui tait de Rome,
orfvre-ciseleur, & qui travaillait vers 1470[23]; Donatel de Florence;
Petit Antoine de Bourdeaux; Jean de Nimgue; Robert Lenoble,
Bourguignon[24]; Margeric d'Avignon; Corneille, Gantois; Jean de Rouen.

  [20] _Les Ducs de Bourgogne_, t. I, p. 360, 534.

  [21] Einige Worte ber den sogenannten Meister von 1466. _Archiv.
    fr die zeichnenden Knste_, V. 1859, in-8.--Quelques notes sur le
    matre de 1466, trad. & annot. par M. Alvin, _Revue universelle des
    Arts_, t. IX, 1859, in-8.

  [22] Il tait orfvre de Louis XI en 1474, & travailla par l'ordre du
    roi  une chsse de Saint-Martin de Tours. _La Renaissance_, t. I,
    p. 58.

  [23] Zani, _Enciclopedia delle belle arti_, P. 1, t. IX, p. 349.

  [24] _La Renaissance_, t. I, p. 60.

La fiction de la _Couronne margaritique_, toute d'apothose, ne
mentionne que des artistes morts  l'poque o crivait le pote. C'est
pour cela qu'il n'y a pas nomm Jehan de Paris, & non pas par
ingratitude, comme on l'en a accus[25]: On va voir que celui-ci tint
toujours une place considrable dans ses ouvrages; mais rassemblons
d'abord nos renseignements historiques sur le peintre.

  [25] _La Renaissance_, t. I, p. 186.

On rencontre le nom de Jehan de Paris, en 1483, dans la fourrire de la
reine Charlotte, femme de Louis XI. Il a le titre de varlet de chambre,
& il est l en compagnie de plusieurs artistes: Martin Lailly, libraire;
Anthoine Legru, joueur de luth; Lambert Dufey, orfvre, tous aux gages
de six vingts livres[26].

  [26] Godefroy, _Histoire de Charles VIII_. Paris, 1684, in-fol., page
    366.

Cependant il n'est pas certain que ce soit l notre artiste. Le nom de
Jehan de Paris a t port par d'autres avant lui, sans compter le hros
de la _Bibliothque bleue_, & celui dont Rabelais a fait dans son Enfer
un gresseur de bottes. En 1455, il tait dj parmi les gens & officiers
du duc d'Orlans[27]. D'un autre ct, on ne le trouve pas sur les
listes que nous avons des officiers de la maison de Charles VIII en
1490. M. de Laborde ne l'a pas trouv non plus dans les comptes de cette
poque[28]. Bien que Jehan de Paris soit considr avec raison comme
l'un des quatre grands peintres primitifs, & mis en parallle avec
Fouquet, Lichtemon & Bourdichon; bien qu'il soit qualifi du titre de
peintre de Charles VIII, & cit comme tel dans les _Contes de la reine
de Navarre_, ce n'est qu' Lyon qu'on voit commencer sa carrire.

  [27] _Les Ducs de Bourgogne_, t. III, page 372.

  [28] _La Renaissance_, t. I, page 183.

Maistre Jehan de Paris fut, en 1489, le peintre principal charg par la
ville de Lyon des travaux de dcoration & de reprsentation pour
l'entre de Charles VIII; on en a rcemment trouv, dans les archives de
la ville[29], les comptes crits & signs de sa main. On voit par ces
comptes que Jehan de Paris avait fait les patrons & rhtorique des
histoires qui furent reprsentes, & que d'autres peintres nomms
Dominique, Jacques le Catelan & Philipeaux y avaient aussi besogn  des
ouvrages qui ne seraient pas aujourd'hui du ressort des peintres. Ils
reoivent salaire pour avoir mont un lion dans un grand tupin de terre,
& avoir ensuite assorti le poil & les peaux dudit lion; pour avoir fait
des costumes: une robe pour le Soleil, deux habits pour le berger &
France; & mme pour avoir rempli des rles: saint Michel, le Serpent, le
Diable; celui qui fit le Diable & qui cuida brler, Jacques le Catelan
besongna  la cit de Jrusalem & peignit l'eschaffaut de la place de
l'Herberie.

  [29] M. Rolle, archiviste-adjoint, qui se propose de les publier, a
    bien voulu m'en communiquer des extraits & me donner le fac-simile
    de la signature du peintre, que l'on trouvera ici.

[Illustration]

En 1493, Jehan de Paris fut encore l'ordonnateur principal de l'entre
du roi & de la reine Anne de Bretagne  Lyon. Les comptes en existent
encore dans les archives de la ville.

Dans les histoires ou mystres reprsents  cette occasion, c'est un
auteur, matre Anthoine Chevalet, qui avait compos la posie &
versification[30]; M. Pricaud a conjectur que le sujet de ces mystres
tait l'histoire de saint Christophe, parce que Chevalet composa un
mystre sous ce titre, qui fut reprsent & imprim plus tard 
Grenoble. Mais les mystres dont il s'agit ici ne sont, selon toute
apparence, que des suites de tableaux peints sur des rouleaux de toile
ou de papier, & accompagns de lgendes versifies, que l'on dressait 
certaines places, dans les entres solennelles, & qui sont appels par
les chroniqueurs mystres sur chaffauts. Ils taient mls aussi de
reprsentations plus relles, o des personnes vivantes, de belles
demoiselles de la ville venaient reprsenter des personnages
allgoriques, & rciter aux royaux assistants les dictons versifis en
leur honneur. Le peintre intervenait mme pour ordonner leurs
habillements. Mais il ne s'agit point encore ici de mystres jous sur
une scne par des acteurs. C'est aprs ces travaux que Jehan de Paris
parat attach au service du roi comme varlet de chambre & compris dans
sa chirurgie[31]. A ce titre, il fut exempt de toutes tailles &
subsides dans la ville. Il voyagea avec la cour en Italie; il sjourna 
Amboise, en revenant souvent  Lyon, o le roi tait fort attir, comme
on sait, par la bonne grce des dames lyonnaises[32].

  [30] _Bibliographie lyonnaise du quinzime sicle_, par M. Pricaud.
    Lyon, 1851, in-8, p. 9.--3e partie, Lyon, 1853, in-8, p.
    20.--_Notice sur Jehan Perreal_. Lyon 1858, in-8.

  [31] L'tat des officiers de la maison de Charles VIII en 1495 porte
    au nombre des chirurgiens Jean Bricet, dit de Paris. _Histoire de
    Charles VIII_, p. 705.

  [32] _Histoire veritable de la ville de Lyon_, par Claude de Rubys.
    Lyon, 1604, in-fol., p. 348.

En 1496, Jehan de Paris est le premier signataire des statuts de la
corporation des peintres, tailleurs d'images & verriers de Lyon, qui
furent confirms par ordonnance royale[33], & qui sont le document de ce
genre le plus explicite que nous ayons pour le quinzime sicle. Nous
verrons qu'il n'est pas le seul artiste distingu qui figurt dans cette
corporation.

  [33] _Ordonnances des rois de France_, t. XX, p. 570.--_Histoire des
    anciennes corporations d'arts & mtiers_, par Ouin Lacroix. Rouen,
    1850, in-8, p. 741.

Anne de Bretagne fit une seconde entre  Lyon en avril 1499. Les
comptes de cette entre, qui ont t conservs dans le recueil des
manuscrits de Guichenon[34], nous donnent d'abord les noms des artistes
qui firent la belle mdaille  l'effigie du roi & de la reine:
_Lugdunensi Republica gaudente bis Anna regnante benigne sic fui
conflata 1499_; ils s'y montrent les rivaux de Pisano & de Sperandro. Ce
sont maistre Nicolas Leclerc, tailleur d'Ymages, & Jean de
Saint-Priest[35] pour la taille & faon des pourtraicts & molles faits
pour la mdaille, & Jehan Lepre, orfvre, pour les pices en or, en
argent, en cuivre & en plomb qui en furent fondues. Ils nous donnent
ensuite le pote qui fit la rhtorique des personnages & mystres de
l'entre, Jenin de Beaujeu; les ouvriers qui dressrent les chafauds &
les tapisseries & arrangrent les chapelles; ceux qui habillrent les
jeunes filles charges d'y reprsenter les sibylles; le carrier Pierre
Gayen & l'crivain maistre Yvonnet, qui avaient fait sur des feuilles de
papier coll les _chappeaux de buys_, les _roleaux_ ou _rollets_ orns
de devises & d'hermines que portaient ces sibylles, & qu'elles
dbitaient au passage de la reine.

  [34] _Recueil de pices curieuses pour servir  l'histoire_, 1661, 34
    vol. in-fol., t. XXXI, n 85; Bibliothque de la Facult de mdecine
    de Montpellier. Cette liasse de 34 pices est en grande partie
    publie par M. G. de Soultrait,--_Revue numismatique_, anne 1855,
    in-8, p. 48, & _Revue du Lyonnais_, anne 1857, in-8, p. 105  129.

  [35] Ces noms, que M. de Soultrait a vainement cherchs dans les
    ouvrages sur les mdaillistes du moyen-ge, se trouvent dans les
    statuts des peintres de Lyon de 1496.

Ils donnent enfin le nom du peintre qui avait donn le dessin de ces
rollets des sibylles & qui en acheva l'ornementation: Maistre Jehan, le
peintre, & son vallet, pour les avoir arrondis de coleurs trassez &
coppez.

Beaucoup mieux que dans les relations officielles des Entres royales
imprimes au seizime sicle, on voit dans ces menus devis de costumiers
la mise en scne des mystres sur chafauds par l'intervention
enchevtre des artistes gothiques. La part y est bien faite au cartier,
 l'crivain, au peintre.

Celui-ci, qui ne peut tre que Jehan de Paris, a de plus signal sa
prsence par une circonstance rare qui n'a point encore t remarque:
au dos d'un de ses comptes, il a griffonn  la plume deux petites ttes
& un mascaron, distraction d'artiste qui reste prcieuse pour sa
promptitude; on en jugera par ce fac-simile:

[Illustration]

Ces griffonnages taient si bien dans les habitudes du peintre, qu'on en
a trouv un autre exemple dans les comptes de 1493, o M.
l'archiviste-adjoint a relev le dessin d'une botte dans son trier &
ses perons.

Nous n'avons pas de documents sur les travaux que put faire Jehan de
Paris  la suite de Charles VIII en Italie; mais les livres gros &
petits imprims sur cette campagne, depuis le _Vergier d'honneur_,
d'Andr Delavigne, jusqu'aux _Nouvelles du Roy en sa ville de Naples_,
contiennent des gravures sur bois, o plusieurs sujets ont assez
d'actualit pour qu'on puisse les croire faits sur ses dessins.
J'essaierai ailleurs d'en donner une indication plus prcise; on doit
encore lui faire une part dans les planches qui accompagnent les petits
livres publis sur la mort de Charles VIII, l'avnement de Louis XII,
son sacre  Reims, son entre  Paris, & ses _Nouvelles de Milan_. Le
chroniqueur qui suivoit la cour de Louis XII pour savoir des nouvelles
& icelles rediger par crit, nous a parl d'un de ses ouvrages[36]. On
racontait  Milan, en 1501, qu'il tait n un enfant monstrueux qui
avait deux visages avec un membre viril au front & au menton. On avait
voulu touffer le fait avec l'enfant, mais les matrones l'bruitrent;
les grands clercs, consults, en donnrent une explication plus morale
que congrue: Or, avoit Jehan de Paris pourtrait la figure du dit
monstre aprs le naturel, laquelle montra au roi &  plusieurs autres,
desquels je fus. Nos anciens artistes saisissaient volontiers les
occasions d'tudier la nature, mme dans ses carts, & de servir la
curiosit publique. On connat de ces monstres plusieurs gravures
italiennes & allemandes. Notre Franais se rencontra ici avec un peintre
de grand nom. Lonard de Vinci, selon le tmoignage de Lomazzo[37], fit
aussi  Milan le dessin d'un enfant monstrueux. La description qu'il en
donne se rapporte trop bien  celle de Jean d'Auton pour qu'on ne puisse
douter que ce ne soit le mme que dessina Jehan de Paris.

  [36] _Chroniques de Jean d'Auton_, publies par M. P. Lacroix. Paris,
    Techener, 4 vol. in-8, t. I, p. 326.

  [37] _Tractato dell' arte della pittura_. Milano, 1585, in-4, p. 637.

Jehan de Paris suivit en Italie Louis XII comme il avait suivi Charles
VIII, & il y a lieu de lui faire une grande part dans les gravures qui
accompagnrent les livrets publis sur cette campagne. On en signale
dans les _Lettres nouvelles de Milan_[38], imprimes vers 1500 avec des
vers de Pierre Gringore.

  [38] _Manuel du Libraire_, t. II, p. 462 &. t. III, p. 114.

Mais les meilleurs renseignements nous viendront encore ici de Jean
Lemaire. Il avait commenc, tant encore au service de Marguerite
d'Autriche, la publication de son livre fabuleux, historique & potique,
intitul _les Illustrations de Gaule & singularits de Troye_[39], & il
le poursuivit quand il passa au service d'Anne de Bretagne, avec les
mmes qualits de secrtaire indiciaire & historiographe. C'est l
qu'avec les ddicaces aux deux princesses & avec les posies en leur
honneur, se trouvent les ptres  maistre Jehan Perreal de Paris,
painctre & varlet de chambre ordinaire du roi, qu'il appelle son
singulier patron & protecteur, son chier ami, le bon ami du roi, & notre
second Zeuxis en paincture. L'auteur n'y fait aucune allusion aux
figures qui dcorent son livre, si ce n'est pour dire qu'elles sont bien
ncessaires  son propos, mais on peut bien souponner que le cher
artiste n'y fut pas tout  fait tranger; leur publication, presque
simultane  Lyon &  Paris, vient confirmer la conjecture. Ces figures
consistent en sept planches, dont deux ne sont qu'une rptition
agrandie, auxquelles viennent s'ajouter les marques des imprimeurs dans
les diverses ditions.

  [39] La premire dition fut donne  Lyon par Etienne Baland, avec un
    privilge du roi dat de Lyon 1509, une ddicace  Marguerite
    d'Autriche, & une ptre  Jehan Perreal date de 1510. La seconde
    fut imprime  Paris pour maistre Jean Lemaire, indiciaire &
    historiographe de la royne, par Geoffroy de Marnef, 1512 & 1513. Il
    y en eut d'autres en 1525, 1528 & 1529 avec les mmes planches
    reproduites ou copies.

Les _armoiries de l'auteur_ fort compliques avec sa devise: _De peu
assez_.

Les _armoiries d'Anne de Bretagne_, cus accols de France & de Bretagne
au-dessus d'un pr o broutent des vaches, avec la devise: _Vivite
felices_.

_No ou Janus & Titea sa femme, rparateurs du genre humain_, dans un
navire.

_Hercules, premier roi de Gaule, Galatea sa femme, & Araxa, reine de
Scythie, demi-femme & demi-serpent_, reprsentations appropries aux
premiers chapitres du texte.

Les _armoiries de Marguerite d'Autriche_ avec sa devise: _Fortune
infortune fors une_.

Ces planches sont graves avec rgularit & fermet sans trop de
pesanteur, bien que les dtails y soient crument exprims. Le dessin
indique une manire sage, o le plus gros des faons italiennes est dj
imit. La plus remarquable par la composition & par la taille, est celle
qui fut ajoute  l'dition de Marnef. On y voit reprsente la reine
Anne sur son trne,  l'angle d'une enceinte forme de panneaux & d'un
terrain fleuri; devant la reine, s'battent trois demoiselles, &,  ses
pieds, est la figure de la Puissance accompagne d'un ange qui lui
prsente un livre. La reine est accoutre  l'antique, avec les cheveux
pars & la couronne sur la tte. Le caractre tout paen de la
composition est encore marqu par le Mercure gaulois qui figure dans le
fond, & par l'inscription au devant du trne DIVE IVNONI ARMORICE
SACRVM. Les miniaturistes n'avaient gure reprsent la reine Anne que
devant son prie-dieu; les graveurs sur bois la reprsentrent en Junon.
C'est sous son rgne que la Renaissance avait fait son plus grand
mouvement, & Jehan de Paris en avait t l'un des plus actifs
promoteurs; ce ne peut tre que lui, attach plus particulirement  la
reine comme valet de chambre & garde de la vaisselle[40], ami & patron
de son historiographe, qui a donn le dessin de cette apothose. Nous
verrons que ce n'est pas le seul portrait d'elle qu'il eut  faire.

  [40] _La Renaissance des Arts_. Additions au t. I, p. 748.

A la suite des _Illustrations de Gaule_ parurent chez Geoffroy de Marnef
d'autres opuscules, en prose & en vers, de Jehan Lemaire, & c'est dans
l'ptre qui accompagne l'un de ces opuscules, _la Lgende des
Vnitiens_, factum en faveur de la ligue de Cambrai, que ce lisent les
dtails les plus intressants sur notre peintre, dont l'auteur raconte
les travaux en Italie  la suite du roi. De sa main mercuriale il a
satisfait par grant industrie  la curiosit de son office &  la
rcration des yeux de sa trs chrtienne Majest, en paignant &
reprsentant  la propre existence, tant artificielle comme naturelle,
dont il surpasse aujourd'hui tous les citramountains, les cits, les
villes, chasteaux de la conqueste & l'assiette d'iceulx, la volubilit
des fleuves, l'ingalit des montaignes, la planure du territoire,
l'ordre & le dsordre de la bataille, l'horreur des gisans en occision
sanguinolente, la misrablet des mutils nagans entre mort & vie,
l'effroy des fuyans, l'ardeur & imptuosit des vainqueurs, &
l'exaltation & hilarit des triomphans; & se les ymaiges & painctures
sont muettes, il les fera parler ou par la sienne propre langue bien
exprimant & suaviloquente. Par quoy  son prochain retour, nous envoyant
ses belles oeuvres, ou escoutant sa vive voix, ferons accroire  nous
mmes avoir t prsens  tout.

En rapportant cette description des tableaux & des dessins de Jehan de
Paris, M. de Laborde a pens qu'ils avaient t sans doute utiliss par
les sculpteurs du tombeau de Louis XII[41]. On sait, en effet, que Jehan
Juste en excutant ce monument, en 1518, avait plac au soubassement des
bas-reliefs reprsentant l'entre de Louis XII  Milan, le passage des
montagnes de Gnes & la bataille d'Aignadel. On sait aussi que ces
sculptures taient traites  la faon des peintres, avec des plans
successifs, des fonds, des ciels & des paysages. Nous avons indiqu,
d'un autre ct, les livres d'histoire & de nouvelles o se trouvent des
planches de batailles & de siges, qui, dans leurs petites proportions,
se rapportent  peu prs aux descriptions de l'auteur. Il ne nous manque
qu'un fil pour en faire une attribution plus prcise.

  [41] _La Renaissance_, t. I, p. 186.

L'entreprise la plus considrable  laquelle Jehan de Paris fut appel 
prendre part, est l'glise de Brou. Il rsulte de lettres & de documents
rcemment dcouverts[42], qu'il fut le premier architecte de cet
difice, l'un des derniers bijoux de l'art gothique. Recommand par
Lemaire  Marguerite d'Autriche lorsqu'elle voulut honorer la spulture
de son mari par un monument somptueux, il fournit, de 1506  1511, les
plans de l'glise, les modles des statues, les ordonnances, portraits &
tableaux d'aprs lesquels travaillrent les plus habiles artistes:
Michiel Coulombe, tailleur d'ymaiges du roi Louis XII, & ses neveux,
Guillaume Regnault, aussi tailleur d'ymaiges; Franois Coulombe,
enlumineur, son disciple; Jehan de Chartres, tailleur d'ymaiges de la
duchesse de Bourbon, & d'autres tels que maistre Henriet, maistre Jehan
de Lorraine[43].

  [42] Lettres trouves par M. Leglay dans les archives du dpartement
    du Nord, _Analectes historiques_. Paris & Lille, 1838, in-8. Lettre
    mentionne par M. Bernard: _Geoffroy Tory_. Paris, 1857, in-8, p.
    35.

  [43] March publi, par M. de Laborde. _La Renaissance_, t. I, p. 187.

Dans un crit de Michiel Coulombe lui-mme, dat de 1511, accusant
divers reus de Jehan Lemaire, & donnant des dtails prcieux sur la
spulture du duc Philibert de Savoie, mari de Marguerite, duchesse de
Bourgogne, on voit que cet artiste se servait des belles ordonnances,
des portraits & des tableaux faits de la main de Jehan Perreal de Paris,
d'aprs lesquels il travaillait lui & ses neveux  ses ouvrages de
sculpture[44].

  [44] Ecrit publi par M. Leglay, _Analectes historiques_, p. 13.

Malheureusement il perdit ensuite la faveur de Marguerite, auprs de qui
Lemaire ne pouvait plus l'appuyer, & il fut supplant, en 1513, dans la
direction des travaux de Brou par un architecte belge, Louis Van Bughen.
Celui-ci apporta beaucoup de modifications aux plans primitifs, & y
employa beaucoup d'ouvriers de son pays[45]. Le monument aurait t
certainement d'un style plus italianis si les projets de l'architecte
franais avaient t suivis.

  [45] _Histoire de l'glise de Brou_, par M. Jules Baux. Lyon, 1854,
    in-8, p. 188.

A la mort d'Anne de Bretagne, en 1513, Jehan de Paris fut charg des
travaux de peinture usits en ces circonstances. Dans la _Commmoration_
& la complaincte publies sur cette mort par le hrault d'armes
Bretaigne[46], il est cit deux fois: d'abord comme l'un de ceux qui, 
Blois, assistrent  la mise au cercueil du corps de la reine, &,
ensuite, pour avoir besoingn  la saincte & remembrance faicte prs du
vif aprs la face de la reine, qui  Paris fut porte sur un drap d'or
par les quatre prsidents de la cour. Chaque fois le narrateur ajoute
qu'il ouvra moult  toutes les affaires de la conduite de la reine
dfunte, de Blois,  Paris. Les manuscrits qui ont t conservs de
cette _Commmoration_ contiennent une dizaine de miniatures, o l'on
peut prendre une ide de ces reprsentations funraires. On y voit le
corps de la reine expos en son lit de parement, la face dcouverte,
dans la salle d'honneur du chteau de Blois, entoure des principaux
assistants, sa mise au cercueil, le lit pos dans la salle de deuil &
dans l'glise Saint-Sauveur hors du chteau; puis le corps de la reine
port en l'glise de Paris par les quatre prsidents, & le coeur d'or
maill contenant son coeur, expos dans la chapelle ardente. Il n'y a
pour tout mrite dans ces miniatures qu'une certaine vrit de
physionomie & de costume; elles sont d'une pratique trop dgrade pour
qu'on y reconnaisse la main du peintre en titre de ces funrailles; on
peut y reconnatre cependant des rductions faites  la grosse des
patrons qu'il avait excuts.

  [46] Commmoration & advertissement de la mort de trs-chrtienne...
    Madame Anne, deux fois reine de France... & complaincte que fait
    Bretaigne son premier hrault. Manuscrits de la Bibliothque nat. Il
    y en a six exemplaires (ns 9709, 9710, 9711, 9712, 9713, 1 & 2) qui
    reproduisent avec peu de diffrences d'excution dans leurs
    miniatures, au nombre d'une dizaine, les mmes reprsentations. Les
    plus soigns sont les numros 9709 & 9711; le texte de cette
    relation a t publi par MM. Merlet & de Gombert. Paris, Aubry,
    1858, pet. in-8. (_Trsor des p. rares & ind._)

D'aprs les comptes de la cour qui nous restent, le peintre du roi
parat employ  des travaux fort divers & plus humbles que ceux que
nous venons de voir. Au second mariage de Louis XII, en 1514, il eut la
direction des cousturiers chargs d'accoutrer  la mode de France la
nouvelle reine, Marie d'Angleterre. Aux obsques du roi, qui vinrent
l'anne d'aprs, il fit la peinterie & l'armoirie des cussons avec
ordre, couronne & timbre[47]. Nous pouvons prendre quelque ide de la
manire dont ces costumes & ces peinteries taient arrangs, dans les
planches qui accompagnent les livrets des _Entres de Marie
d'Angleterre_[48] & de l'_Obsque du feu roy Loys douzime_[49]. Dans
une _Eptre consolatoire_ sur la mort du roi, adresse  Marie
d'Angleterre par le rvrend docteur Moncetto de Castillione[50],
imprime par Henri Estienne en 1515, se trouve un portrait de la reine
qui sort de la routine des bois d'imprimeur. Le peintre qui avait fait
l'original s'tait inspir de ces portraits de Milanaises que l'on
trouve gravs dans l'cole de Lonard de Vinci. La tte, bien que
dessine avec trop de scheresse, & une pratique loigne du naturel,
n'est pas sans agrment; les lisses de la chevelure relevs de
passefillons, la coiffe & le chaperon jets en arrire & arrondis en
diadme de passementerie & de joyaux, le buste dcollet jusqu' la
moiti du sein, orn d'un collier; n'est-ce point la mode que Jehan
Perreal tait all donner aux cousturiers de la reine? En plaant son
portrait ainsi arrang dans un livre qui clbre sa douleur de veuve, le
graveur s'excuse de lui laisser un air aussi mondain. Marie, la reine
blanche de France, n'est point ainsi, dit-il; elle aurait d tre peinte
en habits de deuil, mais le peintre ne l'avait pas vue en noir.

  [47] _La Renaissance_, t. I, p. 188, 190, 191.

  [48] _Entres de Marie d'Angleterre  Abbeville &  Paris_, publies
    par M. Cocheris. Paris, Aubry, 1859, in-12.

  [49] _Obsques du feu roi Loys douzime de ce nom_, petit
    in-8.--Brunet, _Manuel du libraire_, t. III, p. 544.

  [50] _Epistola consolatoria de morte Ludovici XII per modum dyalogi,
    edita a magistro Joanne Benedicto Moncetto de Castellione aretino...
    in dibus Henrici Stephani, chalcographi artis peritissimi regione
    schole decretorum moram trahentis_. M.D.XV. Pet. in-4, 16 f.

_Maria Francorum alba regina non sic. Sed pullata depingenda veniebat
verum hanc atratam pictor non viderat._ Ces mots sont crits en deux
lignes en marge de la planche, dont la taille dcle dans sa sobrit
beaucoup d'habitude de main. On l'a suivie d'aussi prs qu'on l'a pu
dans la copie qui en est donne en tte de cette brochure.

En voyant ce portrait dans un livre d'Henri Estienne, je me suis demand
si cet imprimeur, le chef de l'illustre famille des Estienne, qui se
qualifie de trs-habile dans l'art chalcographique, n'employa pas dans
d'autres livres des planches dont le dessin viendrait de la mme source,
& j'en ai trouv quelques-unes qui se rapprochent de celles des Heures,
& d'autres qui mritent d'tre remarques[51]. Ce sont des titres 
encadrements qui ne sont pas sans analogie avec ce qui prcde. Des
entrelacements de mandres compliqus de couronnes & de fleurons, o
jouent des enfants & des anges, & que surmonte l'cu de l'Universit,
des portiques historis des figures du pape & de l'empereur dessines
avec sret & graves d'une taille trs-sobre, ressortant sur un fond
cribl. Ces titres sont nouveaux dans l'imprimerie franaise, & imits
de ceux des livres de Milan & de Venise; la composition en est encore
assez distingue pour faire supposer la main d'un matre. On n'en
pourrait dire autant des titres dans le genre italien, qui
s'installrent bientt dans les in-folios de tant d'autres libraires.

  [51] _De Puritate conceptionis B. M. Virginis libri duo, a Josse
    Chlictone_. Parisiis, 1513, in-4.--_Eusebii Cesariensis episcopi
    chronicon_. Parisiis, 1518, in-4.--_Promptuarium divini juris &
    utriusque humani a Joanne Montholonio_. Parisiis, 1520, in-fol.

Jehan Perreal, dit de Paris, est port sur les comptes, pour la dernire
fois, en 1522, mais nous apprenons par d'autres documents qu'il eut une
commission  Lyon en 1525, & qu'il vivait encore en 1527[52]; il mourut
bientt aprs cette poque. D'autres potes que Lemaire cite avaient t
les amis de notre peintre & l'ont invoqu dans leurs vers. Guillaume
Cretin le met en compagnie des clbrits qu'il appelle, aprs les
muses, au secours de sa verve en dfaut[53]. Marot a honor sa mort dans
un rondeau, o nous apprenons qu'il avait des soeurs adonnes aussi  la
peinture:

    Pleurez l'amy Perreal qui est mort...
    Et vous ses soeurs dont maint beau tableau sort
    Praindre vous faut pleurantes son grief sort[54].

  [52] Brghot du Lut. _Mlanges biographiques & littraires_. Lyon,
    1828, in-8, p. 335.--Pricaud, _Notice sur Jehan Perreal_, p. 6.

  [53]

        Secourez-moi & Bigne & Villebresme
        Jehan de Paris, Marot & de La Vigne
        Je ne puis plus  peine escryre ligne.

    (Complainte sur la mort de Guillaume Bissipat.)

  [54] _OEuvres de Clment Marot_. t. II, p. 385. La Haye, 1731, 6 vol.
    in-12. On ne connat pas prcisment l'poque de ce vingt-sixime
    rondeau: Aux amys & soeurs de feu Claude Perreal, Lyonnois. Il est
    plac, par les diteurs, de 1525  1529. M. de Laborde, qui l'a cit
    dans la _Renaissance_, a dj remarqu qu'il ne pouvait s'appliquer
    qu' Jehan Perreal, & que le prnom de Claude n'tait qu'une faute
    de copiste.

A-t-il pu tre oubli dans la liste rime que le chanoine Pelerin donna
en 1521 dans sa _Perspective artificielle_? Pour ne pas le croire, je me
dcide  l'y trouver sous le nom altr de Jehan Joly. Quelque loigne
que soit cette interprtation, on n'en trouve pas de meilleure; elle n'a
rien d'extraordinaire dans une nomenclature d'artistes beaucoup plus
fantasque que celles que nous avons vues, & dont personne n'a donn
encore la restitution[55].

  [55] La dernire mention qui est faite de cette liste dans les
    _Archives de l'Art franais_, t. VI, p. 65, indique les auteurs qui
    l'avaient dj reproduite, MM. Paul Lacroix, de Chennevieres, de
    Laborde, sans en aborder le commentaire. Je l'essaierai ailleurs en
    traitant des livres  gravures sur bois de la Lorraine.

Un dernier tmoignage, le plus glorieux, est venu de Geoffroy Tory.
Quand cet excellent artiste composa son _Champfleury_, parmi ses lettres
 imitation du corps humain, il plaa un I & un K, avec des jambages
figurs par un homme les bras & les jambes carts, dont le dessin lui
avait t donn par Perreal. Figure que j'ay faicte, dit-il, aprs
celle que ung mien seigneur & bon amy Jehan Perreal autrement dit Jehan
de Paris, varlet de chambre & excellent peintre des rois Charles
huitiesme, Louis douziesme & Franois premier, m'a communique & baille
moult bien pourtraicte de sa main[56]. Comme ces lettres ressemblent 
plusieurs autres qui se trouvent dans l'ouvrage, notamment au deuxime
livre, M. Bernard a pens que Perreal avait fourni la majeure partie de
ces dessins, &, partant, qu'il avait t le matre de Tory[57]. Le
graveur emprunta des dessins  d'autres, tels que Simon du Mans, qu'il
nomme au commencement de son livre, & auquel il parat autant attach
qu' Perreal, mais il tait lui-mme bon dessinateur & il ne fit pour
son livre que des emprunts trs-partiels. A les regarder de prs, les
figures de Perreal que nous avons cites se distinguent de la plupart
des autres par un dessin plus modr. En les prenant pour terme de
comparaison, il n'est pas aussi facile que l'a cru M. Bernard de lui
attribuer certaines planches des Henry de Vostre & de Tory[58]. Ici,
plus encore que pour les livrets d'histoire, les jalons manquent.

  [56] _Champfleury_,  Paris, sur le Petit-Pont,  l'enseigne du
    _Pot-Cass_, in-fol. (1529), p. XXXVIII, v.

  [57] _Geoffroy Tory_, par M. Bernard. Paris, 1857, in-8, p. 11, 20,
    34.

  [58] _Ibid._, p. 114.

Les Heures de Simon Vostre, dans les ditions  calendrier de 1507,
montrent, par les grands sujets de leurs planches comme par leurs
encadrements, un changement de manire qui est, m'a-t-il sembl, le
troisime dans le dveloppement compliqu de leur ornementation. Ce
changement est surtout indiqu par une imitation italienne dans les
difices & dans les figures. Jehan de Paris ne fut certainement pas
tranger  cette volution de nos graveurs d'Heures; j'y reconnatrais
d'autant plus sa main, que la manire en est encore modre. Elle fut
remplace bientt par une manire d'imitation italienne beaucoup plus
intense. On en juge par les mmes Heures o les trois planches signes
d'un G & attribues avec raison  Geoffroy Tory, sont d'un dessin qui
diffre des prcdentes & innove encore sur toutes celles qu'on
rencontre dans les Heures de Vostre. Il nous parat donc impossible de
suivre plus loin M. Bernard[59], lorsqu'il attribue  Perreal des
vignettes qui sont prises dans les Heures de Geoffroy Tory de 1527, qui
sont d'une faon tout  fait diffrente. Dans l'histoire des anciens
artistes, que nous rdifions avec peine mais avec passion, il y a
quelque chose de plus triste que l'ignorance o nous sommes rduits
souvent des oeuvres vritables: c'est la mprise  laquelle nous sommes
exposs des oeuvres apocryphes.

  [59] _Geoffroy Tory_, p. 139.

Les ambiguits o nous restons touchant les oeuvres de Jehan de Paris
seraient fort rduites, si l'on pouvait fixer sa manire d'aprs quelque
tableau. On lui attribue quelquefois un tableau du muse de Cluny, la
_Messe de saint Grgoire_, dyptique avec trois donateurs sous la
protection de saint Jean-Baptiste & trois donatrices sous la protection
de sainte Genevive, dans les volets de gauche & de droite. Cette
peinture, avec des types ronds & vulgaires, des tons peu harmonieux, des
difices italianiss, des murs de briques & des toits d'ardoises trs
inclins, appartient, en effet,  l'cole franaise de la fin du
quinzime sicle.




APPENDICE

SUR

UN TABLEAU DU MUSEE D'ANVERS REPRESENTANT LA VIERGE SOUS LES TRAITS
D'AGNES SOREL, PEINT PAR FOUQUET.


Le muse d'Anvers possde, parmi les trsors de la salle Van Ertborn, un
tableau de Jehan Fouquet de Tours. La chance est assez rare & assez
envie par nous, qui n'en avons pas tout  fait autant au Louvre, pour
qu'on veuille appeler sur ce sujet un peu plus de curiosit. Distraits
par toutes les beauts qui garnissent cette salle & les autres, les
curieux ont d passer souvent devant celle-ci sans lui rendre l'hommage
dont elle est digne. C'est _la Vierge & l'Enfant-Jsus_, du dyptique de
Notre-Dame de Melun, dont l'autre partie, le portrait d'Etienne
Chevalier, est  Francfort. La premire fois que je vis ce tableau, en
1852, il n'avait t port dans l'excellent Catalogue publi par le
Conseil d'administration de l'Acadmie royale des Beaux-Arts, que sous
le titre d'Ecole inconnue[60], & il se trouvait plac  cette lvation
o l'on drobe ordinairement  la vue les pauvres honteux des muses. Ce
n'est qu'au bout de ma lorgnette que j'y reconnus un matre gothique &
une de nos beauts franaises. Mieux informe depuis, l'Administration a
donn au tableau sa vritable attribution & une meilleure place[61].
C'est l que revoyant, en 1852, _la Madone Sorelle_, & distinguant bien
Jehan Fouquet, qui m'tait alors un peu moins inconnu, j'ai fait voeu
d'un article que je ne saurais mieux placer que dans le _Journal des
Beaux-Arts_.

  [60] _Catalogue du muse d'Anvers_, n 106.

  [61] _Cat._ 2e dition. 1857, n 154.

Mon but n'est pas de revenir sur les recherches faites  propos de Jehan
Fouquet & de ses tableaux, ni sur les discussions souleves par
l'attribution & par le sujet de celui-ci; les titres du dyptique de
Melun, contests d'abord par M. Waagen & par M. Niel, ont t tablis
par MM. Eugne Grsy[62], Lon de Laborde[63] & Vallet de Viriville[64].

  [62] _Recherches sur les spultures de Notre-Dame de Melun_, 1845,
    in-8.

  [63] _La Renaissance des Arts  la cour de France, 1855_, in-8, p. 699
    & suiv.

  [64] _Revue de Paris_, t. XXXVIII.--_Illustration_, 3 mai 1856.

Les _Recherches_ de M. Grsy, publies ds 1845, sont d'autant plus
probantes, qu'il ne connaissait pas le tableau d'Anvers. Il a puis dans
une ancienne estampe une reproduction du dyptique qui se trouve
parfaitement conforme au tableau, & qui ne donne pas seulement la figure
principale, comme toutes les autres reproductions peintes ou graves qui
en ont t faites pour rpandre le portrait d'Agns Sorel, mais la
composition entire avec l'Enfant-Jsus & avec l'entourage d'anges.

Les discussions me paraissent puises aussi par la critique de M. de
Laborde, qui a pu comparer le tableau d'Anvers avec les autres ouvrages
de Fouquet, avec les crayons que l'on a du portrait d'Agns Sorel & avec
les textes qui ont gard un si vif souvenir de cette beaut clbre.
C'est donc hors de propos qu'en acceptant les conditions de M. de
Laborde, le rdacteur du Catalogue d'Anvers s'est fait un scrupule
d'admettre la vracit de la tradition quant au fait du portrait, &
s'est refus  accuser Fouquet de cette grave inconvenance;
l'inconvenance n'est que pour ceux qui veulent bien s'en scandaliser;
l'habitude des prraphalites tait de prendre leurs modles dans la
ralit mme, que les moeurs leur donnaient trs-crument; l'idal ne
venait qu'aprs, & souvent si peu intense, qu'il ne dissimulait rien de
ces modles rels. Aux faits qui ont t cits pour justifier Fouquet,
j'ajouterai quelques exemples pris, en Italie & en France, parmi des
peintres venus avant & aprs lui. Fra Filippo Lippi, charg de peindre
une _Nativit_ pour les religieuses de Sainte-Catherine,  Prato, avait
pris pour modle une de leurs novices, Lucrezia Buti, que, par cette
occasion, il arracha  ses devoirs[65]. Botticello, dans un tableau
peint pour l'glise Sainte-Marie-Nouvelle,  Florence, a reprsent les
trois Mages sous les traits des trois Mdicis: Cme l'Ancien, Laurent &
Julien[66]. Pinturrichio avait peint, dans une salle du Vatican, une
Madone devant laquelle Alexandre VI se tenait en adoration, & qui
n'tait autre que la signora Giulia Farnse[67]; enfin, il y a en
Angleterre une peinture qui reprsente Franois Ier  vingt-trois ans,
en Jsus-Christ, avec le nimbe & la croix de roseau. On n'a pas craint
de l'attribuer  Lonard de Vinci[68], mais elle est sans doute de
quelque peintre franais plac sous l'influence de ce matre.

  [65] Vasari, dit. de la _Socit des Amateurs des Beaux-Arts_.
    Florence, 1848, t. IV, p. 14. Ce tableau est aujourd'hui au Louvre.

  [66] Vasari, t. V, p. 116.

  [67] Vasari, t. V, p. 269.

  [68] Lithographie par Day & Haghe: _Taken from the original picture
    by Leonard de Vinci in the possession of S. Lewis Pocock esq._

Cependant M. Vallet de Viriville, qui est revenu sur cette discussion en
recherchant tout l'oeuvre de Fouquet, n'a pas voulu reconnatre
l'originalit du tableau d'Anvers; l'excution lui semble trop lourde,
trop vulgaire & de tout point trop mdiocre pour qu'il lui paraisse
permis d'y reconnatre la touche si distingue de Jehan Fouquet; ce ne
peut tre, suivant lui, qu'une copie remontant au seizime sicle. C'est
ce jugement, trop accrdit peut-tre par les journaux o il a t
insr, que je tiendrais  redresser. L'auteur nous informe qu'il a dans
son cabinet une copie peinte  l'huile, d'aprs laquelle a t faite la
chromolithographie publie dans _le Moyen-Age & la Renaissance_; ne
serait-ce pas sur cette copie, plutt que sur le tableau mme qu'il
aurait form son opinion? Pour toute personne habitue  regarder les
tableaux gothiques,  les aimer, jamais ouvrage ne fut mieux que celui
d'Anvers, marqu des qualits d'un peintre original & des faons du
quinzime sicle.

On remarquera d'abord le systme de cette peinture en grisaille dans les
chairs & les draperies,  peine nuance de quelques taches, rouges aux
lvres & aux joues, blanches dans les rehauts des plis, mais releves
par les corps bleus & rouges des anges, les dorures de la chaise & des
joyaux; ce systme rappelle l'excution de certaines miniatures fort
connues dans l'cole des miniaturistes franais, & porte un caractre
hiratique qui corrige ce que la nudit du buste prsenterait
d'inconvenant. On voudra bien ensuite concder au peintre sa faon de
traiter les enfants, dont les corps & les membres paraissent bourrs
comme des poupes, & lorsqu'on se sera familiaris enfin avec le type de
femme dont il tait ici proccup, un front bomb, une ligne de nez
concave, une bouche mignonne & lippue, un menton petit, type qui a plus
de ralit que de beaut, & une ralit aussi loigne de la nature
italienne que de la nature flamande, la manire du peintre apparatra
avec toutes ses qualits: finesse du contour, lgance des formes du
corps, model des mains, rsolution des toffes dans les plis pais de
la robe & dans le voile lger qui recouvre la partie infrieure du front
& vient retomber sur le manteau d'hermine dtach des paules. Cette
manire, aussi sre qu'originale, ne convient qu' un peintre de premier
ordre pour son temps & pour son pays, tel que fut Jehan Fouquet;
d'autres temps & d'autres pays ont eu mieux, mais  chacun son lot; le
plus heureux rsultat de l'esthtique historique est de le reconnatre,
dans le muse mme o sont runis tant de chefs-d'oeuvre diffrents. A
ct du _Calvaire_ d'Antonello de Messine, & des _Sept Sacrements_ de
Roger Van der Weyden;  quelques pas de l'_Ensevelissement du Christ_ de
Quentin Mathys & de l'_Adoration des Mages_ de Bernard Van Orley, de la
_Prsentation  saint Pierre_ de Titien, & du _Christ entre les deux
larrons_ de Rubens, il y a encore dans la _Madone_ du peintre gothique
de Tours une parcelle de ce secret que l'art & le gnie tiennent en
rserve sous tant de formes &  tant de degrs.




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or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org



Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
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facility: www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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