The Project Gutenberg EBook of Observations Geologiques sur les Iles
Volcaniques, by Charles Darwin

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Title: Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques

Author: Charles Darwin

Posting Date: November 17, 2011 [EBook #9824]
Release Date: February, 2006
First Posted: October 21, 2003

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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OBSERVATIONS GOLOGIQUES SUR LES ILES VOLCANIQUES

_EXPLORES PAR L'EXPDITION DU BEAGLE_

ET NOTES SUR LA GOLOGIE DE L'AUSTRALIE ET DU CAP DE BONNE-ESPRANCE

PAR

Charles DARWIN

TRADUIT DE L'ANGLAIS SUR LA TROISIME DITION

PAR

A.-F. RENARD




AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR


L'oeuvre de Darwin comprend, outre ses travaux biologiques, trois
ouvrages consacrs spcialement  la gologie. Ils ont paru sous le
titre gnral de _Gologie du Voyage du Beagle_[1] et forment comme une
trilogie embrassant l'tude des constructions coralliennes, des les
volcaniques et de la gologie de l'Amrique mridionale. De ces
publications, la seule qui ait t traduite en franais est celle sur
les les coralliennes, tude magistrale o se sont rvles pour la
premire fois la grandeur de conception, la puissance et la pntration
de cet incomparable observateur[2].

Je me suis propos de complter la traduction des oeuvres gologiques
de Darwin et je publie aujourd'hui ses _Observations sur les les
volcaniques_, qui seront suivies par ses tudes sur la gologie
de l'Amrique du Sud. Ces ouvrages, qui ont paru en 1844 et 1846,
constituent un ensemble avec le _Journal d'un Naturaliste_, dont ils
dveloppent les passages essentiels sous une forme plus technique. Ces
pages, moins descriptives et pittoresques de facture, rclames telles
en quelque sorte par les sujets plus spciaux dont elles traitent, n'ont
pas, quoique d'une porte assez haute cependant pour consacrer,  elles
seules, la rputation de l'Auteur, attir l'attention gnrale comme
l'ont fait son attachant _Journal d'un Naturaliste_ et son livre sur la
_Structure et la Distribution des les coralliennes_. D'autre part, ces
recherches gologiques sont de Darwin avant le Darwinisme: elles ont
prcd de prs de quinze ans l'_Origine des espces_ et ses travaux
biologiques qui marquent une date dans l'histoire des sciences.

Ces oeuvres rvlatrices dvoilaient la nature organique sous un jour o
elle avait t  peine entrevue; il en dcoulait des conclusions d'une
si considrable porte dans tous les ordres d'ides, elles branlaient
si profondment les prjugs et l'erreur, elles projetaient de si vives
clarts sur tant de problmes rests insolubles, que durant la dernire
moiti du XIXe sicle aucune conception ne s'imposa davantage  la
pense, n'y laissa une impression plus profonde et ne suscita des
controverses plus passionnes. On comprend qu'au milieu du dchanement
d'injures et de sarcasmes qui accueillirent l'ide de l'volution telle
que la formulait le Matre, dans l'ardeur de la courageuse dfense dont
elle fut l'objet et dans le triomphe final de la thorie volutionniste,
on perdit peut-tre trop de vue le rle prpondrant que Darwin a jou
comme l'un des fondateurs des sciences gologiques. Les recherches du
dbut de sa carrire furent comme noyes dans la gloire de ses plus
rcentes dcouvertes.

Cependant ces tudes et ces travaux gologiques ont eu une influence
directrice sur la pense du naturaliste anglais, et peut-tre n'est-il
pas hors de propos, en prsentant cette traduction, d'insister sur ce
fait. On peut dire, en effet, que les recherches gologiques auxquelles
ce savant s'est livr avant d'aborder la publication de l'_Origine des
espces_ l'avaient admirablement prpar  la conception de l'oeuvre
capitale qu'il devait difier. Il est incontestable que c'est dans la
connaissance du monde inorganique et de son dveloppement, dans
l'observation immdiate des phnomnes gologiques, dans l'application
constante des principes de l'cole de Hutton et de Lyell dont il fut
un des premiers adeptes, qu'on peut voir, sinon le point de dpart et
l'orientation de ses thories biologiques, du moins une des bases sur
lesquelles il les tablit.

C'est du reste ce qu'il dclare lui-mme, avec cette noble modestie
qui a caractris toute son existence, quand il crit en tte de son
_Journal_, dans sa ddicace  Lyell, que le mrite principal de ses
oeuvres a sa source dans l'tude qu'il a faite des _Principes de
Gologie_. C'est l qu'il a pu puiser, en effet, cette notion des causes
actuelles, fondamentale pour sa doctrine, suivre leur action dans les
priodes anciennes et rattacher l'un  l'autre les phnomnes dont la
terre fut le thtre. C'est  la lumire nouvelle que ce livre avait
faite dans son esprit qu'il a pu embrasser, comme nul autre avant lui,
l'immense dure des temps gologiques et de la succession des faunes et
des flores. Or, ces considrations constituent quelques-unes des pierres
angulaires du grandiose difice qu'est le Darwinisme.

Tous les naturalistes connaissent les deux chapitres X et XI de
l'_Origine des Espces_, sur _l'insuffisance des donnes
palontologiques_ et sur _la succession gologique des tres organiss_,
o Darwin traite des questions qui mettent en relation ses doctrines
avec les donnes gologiques. L'une des plus hautes autorits
contemporaines, Sir Archibald Geikie, les apprcie en ces termes: Ces
chapitres ont provoqu, dans les thories gologiques admises, la
rvolution la plus profonde qui se soit produite  notre poque[3]. Peu
d'hommes de science, toutefois, savent quelles tudes avaient prpar
l'Auteur  ces conceptions gniales sur l'histoire de la terre. Pour
retrouver la marche de ces tudes, de cette longue et difficile
prparation, il faut remonter aux travaux de Darwin sur _la Gologie du
Beagle_. C'est l qu'on peut apprcier, dans leur expression technique,
ces connaissances spciales sur la nature des roches et sur la structure
du globe qui servirent de base  ces gnralisations. Quand on a lu et
mdit ces mmoires, fruit de tant de recherches faites dans un contact
direct avec la nature, on comprend comment l'Auteur a pu rsoudre ces
problmes fondamentaux avec le savoir et l'autorit inconteste qui le
placent au premier rang parmi les initiateurs de la gologie.

Et ce qui tmoigne hautement de la valeur de ces travaux de gologie
pure, c'est qu' ct de tant d'oeuvres de cette poque tombes dans
l'oubli ils ont rsist aux attaques du temps. Certes il y a mis son
invitable patine; mais ils demeurent des modles dont la matire d'un
pur mtal et la ligne harmonieuse et svre commandent l'admiration. Ces
mmoires tmoignent  tous comment une intelligence matresse d'elle-
mme, en possession des connaissances spciales rclames par les sujets
qu'elle aborde, doue d'une incomparable pntration, s'entend  scruter
la nature,  difier la synthse des faits et  la traduire d'une
manire claire, concise qui frappe par sa simplicit mme. Et pour ceux
que leurs tudes ont prpars  pntrer le dtail de ces oeuvres, qui
peuvent se rendre compte des efforts qui accompagnent l'exploration de
rgions encore vierges, juger des procds et des mthodes suivis pour
atteindre les rsultats, se replacer par la pense au point o en tait
la science lorsque ces recherches furent faites, saisir le caractre
original et neuf des considrations qui devancrent leur temps et ont
servi de point de dpart aux gnralisations futures, pour ceux-l
l'oeuvre gologique de Darwin sera place parmi celles qui appartiennent
 l'histoire de la gologie; ils reliront ces pages avec admiration et
fruit.

Charg de dcrire les matriaux recueillis par l'expdition du
_Challenger_, j'ai t amen  me livrer  une tude attentive de
l'oeuvre gologique du naturaliste anglais: ce fut le cas, en
particulier, pour ses _Observations sur les les volcaniques_. Les
savants qui avaient organis cette clbre croisire s'taient assign
la mission d'aller explorer,  un demi-sicle d'intervalle, les les de
l'Atlantique tudies lors du voyage du _Beagle_. Le _Challenger_ aborda
donc aux principaux points illustrs par les premires recherches de
Darwin: les naturalistes de l'expdition, MM. Murray, Moseley, Buchanan
et le Dr Maclean, purent se livrer ainsi sur le terrain  la
constatation des faits signals par Darwin et, se guidant par ses
mmoires, recueillir aux gisements qu'il avait explors des sries
de roches analogues  celles sur lesquelles avaient port ses
investigations. On me fit l'honneur de me confier ces matriaux, et je
les tudiai avec les ressources qu'offraient, au moment o j'abordai
ce travail, les procds modernes de la lithologie[4]. Je dus, en me
livrant  ces recherches, suivre ligne par ligne les divers chapitres
des _Observations gologiques_ consacres aux les de l'Atlantique,
oblig que j'tais de comparer d'une manire suivie les rsultats
auxquels j'tais conduit avec ceux de Darwin, qui servaient de contrle
 mes constatations. Je ne tardai pas  prouver une vive admiration
pour ce chercheur qui, sans autre appareil que la loupe, sans autre
raction que quelques essais pyrognostiques, plus rarement quelques
mesures au goniomtre, parvenait  discerner la nature des agrgats
minralogiques les plus complexes et les plus varis. Ce coup d'oeil qui
savait embrasser de si vastes horizons, pntre ici profondment tous
les dtails lithologiques. Avec quelle sret et quelle exactitude la
structure et la composition des roches ne sont-elles pas dtermines,
l'origine de ces masses minrales dduite et confirme par l'tude
compare des manifestations volcaniques d'autres rgions; avec quelle
science les relations entre les faits qu'il dcouvre et ceux signals
ailleurs par ses devanciers ne sont-elles pas tablies, et comme voici
branles les hypothses rgnantes, admises sans preuves, celles, par
exemple, des cratres de soulvement et de la diffrenciation radicale
des phnomnes plutoniques et volcaniques! Ce qui achve de donner  ce
livre un incomparable mrite, ce sont les ides nouvelles qui s'y
trouvent en germe et jetes l comme au hasard ainsi qu'un superflu
d'abondance intellectuelle inpuisable.

Et l'impression que j'exprime ici est celle qu'prouvent tous ceux qui
se sont familiariss avec les tudes de Darwin sur les phnomnes
volcaniques. On s'en convaincra dans les pages qui suivent et par
lesquelles M. J. W. Judd a fait prcder l'oeuvre gologique du grand
naturaliste dite dans _The Minerva Library of famous Books_[5]. Parmi
les gologues actuels, personne peut-tre n'a mieux connu Darwin et n'est
plus  mme de se prononcer sur ses travaux que M. Judd: ses recherches
sur le volcanisme dans ses manifestations  l'poque prsente et aux
priodes anciennes de l'histoire du globe sont si hautement apprcies
qu'elles le dsignaient pour la mission que lui ont confie les diteurs
de cette publication. Je tiens  les remercier ici, ainsi que mon savant
ami M. Judd de l'autorisation qu'ils m'ont si obligeamment accorde de
placer cette Introduction en tte du volume que je publie aujourd'hui.
Elle m'a paru prsenter un intrt trs vif en rappelant, comme elle le
fait, les circonstances dans lesquelles fut crit ce livre.

Je me suis efforc de conserver religieusement  cette traduction la
simplicit de l'original et j'ai mis tous mes soins  rendre la pense de
l'Auteur avec une scrupuleuse exactitude. J'ai maintenu les dnominations
lithologiques qu'il avait adoptes, considrant qu'il s'agissait en cela
d'un aspect historique  conserver.

En publiant cette traduction, mon but n'a pas t seulement de rappeler
la haute valeur et la porte de l'oeuvre gologique de Darwin, de
complter ainsi pour les lecteurs franais la collection des oeuvres de
l'immortel naturaliste: j'ai voulu aussi, par mon modeste travail, rendre
hommage  ce librateur de la pense qu'est Darwin,  ce paisible
chercheur qui marcha simplement vers la vrit malgr les cris et les
clameurs dont on essaya d'touffer sa voix,  ce caractre vraiment lev
qui n'eut jamais en rponse aux insultes ineptes et haineuses que des
paroles sereines. Mais la vrit marcha cette fois d'un pas rapide, et,
durant les dernires annes de sa noble et laborieuse existence, il put
voir le triomphe de l'volution, et assister  ce mouvement mancipateur
des sciences naturelles qu'avaient provoqu ses doctrines.

Darwin a trac la route qui menait vers des horizons nouveaux: le monde
intellectuel tout entier s'y est engag et ceux-l mme qui le
dclaraient jadis un esprit faux et superficiel, qui criaient bien haut
que ses thories taient radicalement inconciliables avec les dogmes
et la morale, se sentant vaincus par l'universalit de la pousse
volutionniste, en sont rduits  une honteuse capitulation. Pour ceux-
l, la marche triomphale du Darwinisme est une nouvelle et terrible
dfaite.

J'estime qu'il est bon de rappeler aux consciences ces hros de la vrit
qui n'eurent d'autres armes que leur intelligence libre des prjugs,
leur raison claire, leur travail opinitre et calme et qui surent
remplir au prix d'amertumes sans nombre la si difficile tche d'avoir
fait accomplir  la pense humaine un pas en avant. Entre eux, Darwin est
des premiers.

A.-F. RENARD.

Notes:

[1] La mise en oeuvre des observations et des matriaux gologiques
amasss par Darwin pendant l'Expdition du _Beagle_ (dcembre 1831 
octobre 1836) s'tend sur une priode de quatre ans, de 1842  1846.
Son livre sur les les volcaniques, commenc en t 1842, fut termin
en janvier 1844; six mois aprs, il mettait sur le mtier ses
observations sur la gologie de l'Amrique du Sud, qu'il achevait
d'crire en avril 1845. Durant la priode qui s'tend de 1846  1854,
il fit paratre une srie de travaux secondaires se rattachant  la
gologie et qui portent _sur les poussires tombes sur les navires
dans l'Ocan Atlantique_ (Geol. Soc. Journ. II, 1846, pp. 26-30),
_sur la gologie des les Falkland_ (Geol. Soc. Journ. II, 1846, pp.
267-274), _sur le transport des blocs erratiques_, etc. (Geol. Soc.
Journ. IV, 1848, pp. 315-323), sur _l'analogie de structure de
certaines roches volcaniques avec celles des glaciers_ (Edinb. Roy.
Soc. Proc. II, 1851, pp. 17-18). Les deux volumes de son mmoire sur
les Cirripdes parurent en 1851 et 1854 ainsi que ses monographies des
Balanids et des Vrrucids fossiles de la Grande-Bretagne.

[2] Darvin, _les Rcifs de corail, leur structure et leur
distribution_. Trad. de l'anglais d'aprs la 2e dition, par L.
Cosserat, Paris, 1878.

[3] Sir Archibald Geikie, _The Founders of Geology_, p. 282. 1897.

[4] Les mmoires que j'ai publis sur la lithologie des les explores
par Darwin lors du voyage du _Beagle_ et par les naturalistes du
_Challenger_, ont paru dans la collection des _Reports of the
scientific Results of the voyage of H.M.S. Challenger_ sous les titres
_Petrology of Saint-Paul's Rocks_ (Narr. vol. II, appendice B), 1882,
_Petrology of volcanic Islands_ (Phys. Chem. Part. VII) (vol.
II, 1889). Les chapitres suivants de ce dernier mmoire portent
spcialement sur les roches dcrites dans _Geological Observations on
volcanic Islands_ de Darwin: II, _Rocks of the Cape de Verde
Islands_, p. 13. IV, _Rocks of Fernando Noronha_, p. 29. V, _Rocks of
Ascension_, p. 39. VII, _Rocks of the Falkland Islands_, p. 97.

[5] _Distribution and Structure of coral rocks, Geological
Observations on volcanic Island and parts of South America_, by Ch.
Darwin, with Introduction by J.W. Judd, Professor of Geology in the
Normal School of Science, South Kensington.




INTRODUCTION


Pendant les dix annes qui suivirent son retour en Angleterre,
aprs son voyage autour du Monde, Darwin se consacra surtout  la
prparation de la srie d'ouvrages qui furent publis sous le titre
gnral de _Gologie du Voyage du Beagle_. Le second volume de la
srie comprend les _Observations gologiques sur les les
volcaniques, et les notes sur la gologie de l'Australie et du Cap de
Bonne-Esprance_, il parut en 1844. Les matriaux de ce volume ont
t runis en partie au commencement du voyage, lorsque le Beagle
fit escale  San Thiago dans l'archipel du Cap-Vert, aux Rochers de
Saint-Paul et  Fernando Noronha; mais surtout durant la croisire
de retour; c'est alors que Darwin tudia les les Galapagos, qu'il
traversa l'archipel des les Pomotou et visita Tahiti. Aprs avoir
touch  la Baie des Iles dans la Nouvelle-Zlande, ainsi qu' Sydney,
 Hobart-Town et  King George's Sound en Australie, le _Beagle_,
traversant l'Ocan Indien, fit voile vers le petit groupe des les
Keeling ou Cocos, clbre par les observations qu'y a faites Darwin,
et se dirigea ensuite vers l'le Maurice. Aprs une escale au Cap de
Bonne-Esprance, le navire arriva successivement  Sainte-Hlne et 
l'Ascension, et visita une seconde fois les les du Cap-Vert avant de
rentrer en Angleterre.

Le voyage pendant lequel Darwin eut l'occasion d'tudier tant de
centres volcaniques intressants, lui rservait au dbut une amre
dception. Durant la dernire anne de son sjour  Cambridge il avait
lu le _Personal Narrative_ de Humboldt et en avait extrait de longs
passages relatifs  Tnriffe. Il avait recueilli un ensemble de
renseignements en vue d'une exploration de cette le, lorsqu'on lui
proposa d'accompagner le capitaine Fitzroy  bord du _Beagle_. Son ami
Henslow lui avait conseill, en le quittant, de se procurer le premier
volume des _Principes de Gologie_ qui venait de paratre, tout en
le prmunissant contre les ides de l'auteur de cet ouvrage. Au
commencement du voyage, Darwin, accabl par un violent mal de mer qui
le confinait dans sa cabine, consacrait tous les instants de rpit que
lui laissait la maladie  tudier Humboldt et Lyell. On se figure sa
dception, quand, au moment o le navire atteignait Santa-Cruz et o
le Pic de Tnriffe apparaissait au milieu des nuages, on reut
la nouvelle que le cholra rgnait dans l'le et empchait tout
dbarquement.

Une ample compensation lui tait rserve, cependant, quand le
_Beagle_ arriva  Porto-Praya dans l'le de San Thiago, la plus grande
de l'archipel du Cap-Vert. Darwin y passa trois semaines dans des
conditions favorables et c'est l qu'il commena,  proprement parler,
son oeuvre de gologue et de naturaliste. Faire de la gologie dans
une contre volcanique, crit-il  son pre, est chose charmante;
outre l'intrt qui s'attache  cette tude en elle-mme, elle vous
conduit dans les sites les plus beaux et les plus solitaires. Un
amateur passionn d'histoire naturelle peut seul se reprsenter le
plaisir qu'on prouve  errer parmi les cocotiers, les bananiers, les
cafiers et d'innombrables fleurs sauvages. Et cette le, qui a t
pour moi si instructive et m'a prodigu tant de jouissances, est
cependant l'endroit le moins intressant, peut-tre, de tous ceux que
nous explorerons pendant notre voyage. Certes, elle est, en gnral,
assez strile, mais le contraste mme fait apparatre les valles
admirablement belles. Il serait inutile de tenter la description de ce
tableau; aussi facile serait-il d'expliquer  un aveugle ce que sont
les couleurs, que de faire comprendre  quiconque n'a jamais quitt
l'Europe la diffrence frappante qui existe entre les paysages
tropicaux et ceux de nos contres. Chaque fois qu'une chose attire mon
attention admirative, je la note soit dans mon journal (dont le volume
augmente), soit dans mes lettres; excusez mon enthousiasme mal traduit
par des mots. Je constate que mes chantillons s'accroissent en
nombre d'une manire tonnante, et je crois que je serai oblig d'en
expdier, de Rio, une collection en Angleterre.

Un passage remarquable de l'_Autobiographie_, crite par Darwin en
1876, tmoigne de l'impression ineffaable que lui laissa cette
premire visite  une le volcanique. La structure gologique de San
Thiago est trs frappante, quoique d'une grande simplicit. Une coule
de lave s'est tale autrefois sur le fond de la mer, constitu par
des dbris de coraux et de coquilles rcentes; ces couches calcaires
ont t soumises comme  une cuisson et transformes en une roche
blanche et dure. L'le entire a t souleve depuis cette poque,
mais l'allure de la zone de roche blanche m'a rvl un fait nouveau
et important: c'est qu'il s'est produit, plus tard, un affaissement
autour des cratres qui avaient t en activit depuis le soulvement.
L'ide me vint alors, pour la premire fois, que je pourrais peut-tre
crire un livre sur la gologie des contres que nous allions explorer,
et cette pense me fit tressaillir de joie. Ce fut pour moi une heure
mmorable; avec quelle nettet je me rappelle la petite falaise de lave
sous laquelle je me tenais, le soleil blouissant et torride, quelques
plantes tranges du dsert croissant aux alentours, et  mes pieds des
coraux vivants, dans les lagunes inondes par la mare.

Au moment de cette exploration, cinq annes seulement s'taient
coules depuis l'poque o il suivait  dimbourg les leons du
professeur Jameson, qui enseignait encore la doctrine Wernerienne.
Darwin avait trouv ces leons incroyablement ennuyeuses. Le seul
effet qu'elles produisent sur moi, dclarait-il, c'est de me faire
prendre la rsolution de ne lire de ma vie un livre de gologie, ni
d'tudier cette science de quelque manire que ce soit.

Quel contraste avec les expressions dont il se sert en parlant de ses
recherches gologiques, dans les lettres crites  ses parents  bord
du _Beagle_! Aprs avoir fait allusion au plaisir qu'il prouve 
rassembler et  tudier les animaux marins, il s'crie: Mais la
gologie l'emporte sur le reste! Dans une lettre  Henslow, il dit:
La gologie m'entrane; mais, comme l'intelligent animal plac entre
deux bottes de foin, je ne sais  laquelle donner la prfrence:
tudierai-je les roches cristallines anciennes ou les couches moins
cohrentes et plus fossilifres? Et, lorsque son long voyage va se
terminer, il crit encore: Je trouve  la gologie un intrt qui ne
faiblit jamais; et, comme on l'a dit dj, elle nous inspire des ides
aussi vastes sur notre monde que celles que l'astronomie nous suggre
sur l'ensemble des mondes. Darwin fait videmment allusion ici 
un passage de Sir John Herschel dans son admirable _Introduction 
l'tude de la philosophie naturelle_, oeuvre qui exera une influence
trs profonde et trs heureuse sur l'esprit du jeune naturaliste.

La prdilection marque que professait Darwin, durant et aprs le
clbre voyage du _Beagle_, pour les tudes gologiques, ne peut
laisser aucun doute; comme il est facile aussi de reconnatre
quelle est l'cole gologique dont il suivait les doctrines et dont
l'enseignement, malgr les avertissements de Sedgwick et de Henslow,
le dominait tout entier. Il crivit en 1876: La premire contre que
j'ai tudie, l'le de San Thiago dans l'archipel du Cap Vert, m'a
dmontr clairement la remarquable supriorit de Lyell, au point de
vue gologique, sur tous les auteurs dont j'avais emport les oeuvres
ou que j'ai tudis depuis. Et il ajoute: La science gologique a
contract une grande dette envers Lyell, elle lui doit plus, je crois,
qu' personne au monde... Je suis fier de me rappeler que la premire
contre dont j'tudiai la constitution gologique, San Thiago dans
l'archipel du Cap Vert, m'a convaincu de la supriorit infinie des
ides de Lyell sur celles que j'avais pu puiser dans tout autre livre
que les siens.

Les passages que j'ai cits montrent dans quel esprit Darwin commena
ses tudes gologiques, et les pages qui suivent fourniront des
preuves nombreuses de l'enthousiasme, de la pntration et du soin
avec lesquels ses recherches furent poursuivies.

Les collections de roches et de minraux recueillies par Darwin furent,
au cours mme de son voyage, envoyes  Cambridge et confies  son
fidle ami Henslow. A son retour en Angleterre, aprs avoir revu sa
famille et ses amis, le premier soin de Darwin fut de commencer l'tude
de ces matriaux. Vers la fin de 1836, il alla se fixer, pendant trois
mois, dans un appartement de Fitzwilliam street  Cambridge: il se
rapprochait ainsi d'Henslow et pouvait se livrer  l'examen des roches
et des minraux qu'il avait runis. Il fut puissamment second dans
cette tude par le professeur William Hallows Miller, l'minent cristallographe et minralogiste.

Darwin ne commena rellement  crire son livre sur les les
volcaniques qu'en 1843, aprs s'tre tabli dans la maison qu'il
habita le reste de sa vie, sa clbre rsidence de Down dans le Kent.
Dans une lettre du 28 mars 1843  son ami M. Fox, il dit: J'avance
trs lentement dans la rdaction d'un livre, ou plutt d'une brochure
sur les les volcaniques que nous avons explores; je n'y consacre
qu'une couple d'heures chaque jour, et encore d'une manire assez peu
rgulire. C'est une besogne ingrate que d'crire des livres dont la
publication cote de l'argent et que personne ne lit, pas mme les
gologues.

Cette tude occupa Darwin pendant toute l'anne 1843, et le livre
fut publi au printemps de l'anne suivante. D'aprs une note de son
journal, le temps rellement consacr  la prparation de cet ouvrage
s'tendit de l't de 1842 jusqu'en janvier 1844. Lorsqu'il fut
achev, Darwin ne parut nullement satisfait du rsultat obtenu. Il
crivait  Lyell: Vous m'avez fait un grand plaisir en disant que
vous aviez l'intention de parcourir mes _Iles volcaniques_; ce livre
m'a cot dix-huit mois de travail! Et  ma connaissance, rares sont
les gens qui l'ont lu. Je sens cependant que le peu que renferme
cet ouvrage, et c'est peu de chose en effet, aura son utilit en
confirmant des hypothses anciennes ou nouvelles, et que mon travail
ne sera pas perdu. Il crivait  Sir Joseph Hooker: Je viens de
terminer un petit volume sur les les volcaniques que nous avons
explores. J'ignore jusqu' quel point la gologie pure et simple vous
intresse, mais j'espre que vous m'autoriserez  vous envoyer un
exemplaire de mon ouvrage.

Tout gologue sait combien ce livre de Darwin sur les les volcaniques
est intressant et suggestif. La satisfaction mdiocre qu'il semble
inspirer  son auteur doit tre probablement attribue au contraste
que Darwin sentait exister entre le souvenir des vives jouissances
qu'il prouvait lorsque, le marteau  la main, il errait dans des
contres nouvelles et intressantes, et la tche lente, laborieuse
et moins conforme  ses gots que lui imposaient la transcription et
l'arrangement de ses notes sous forme de livre.

Lorsqu'en 1874 je dcrivais les anciens volcans des les Hbrides,
j'eus frquemment l'occasion de rappeler les observations de M. Darwin
sur les volcans de l'Atlantique, pour expliquer les faits que nous
montrent, dans nos propres les, les restes de volcans anciens.
Darwin, crivant  son fidle ami Sir Charles Lyell au sujet de mon
travail, lui dit: J'ai prouv une satisfaction bien vive en voyant
citer mon livre sur les volcans, je le croyais mort et oubli.

Deux ans plus tard, en 1876, on proposa  Darwin de publier une
nouvelle dition des _Observations sur les les volcaniques et sur
l'Amrique du Sud_. Il hsita d'abord, car il lui semblait que ces
ouvrages n'offraient plus actuellement qu'un intrt mdiocre; il me
consulta sur ce point au cours d'une des conversations que nous avions
souvent ensemble  cette poque, et j'insistai fortement auprs de
lui pour la rdition de ces livres. J'prouvai une vive satisfaction
lorsque, se rendant  mes instances, il consentit  ce qu'ils fussent
publis sans aucune modification du texte. Il crit dans la prface de
cette nouvelle dition: Par suite des progrs rcents de la gologie,
mes ides sur quelques points pourront paratre un peu vieillies, mais
j'ai cru prfrable de les laisser telles qu'elles ont t publies
originairement.

Peut-tre ne sera-t-il pas sans intrt d'indiquer brivement les
principaux problmes gologiques sur lesquels le livre de Darwin _les
Iles volcaniques_ a jet une nouvelle et vive lumire. Le principal
mrite de ces recherches est d'avoir fourni des observations qui,
non seulement, prsentent un haut intrt scientifique, mais dont
quelques-unes ont permis de faire rejeter des erreurs couramment
admises; d'appeler l'attention sur des phnomnes et des
considrations qui avaient t compltement ngligs par les
gologues, mais qui ont exerc depuis lors une grande influence sur
la gense des thories gologiques; et, enfin, de faire ressortir
l'importance qui s'attache  des causes faibles et insignifiantes
en apparence, mais dont quelques-unes donnent la clef de problmes
gologiques du plus haut intrt.

En visitant des contres o von Buch et d'autres gologues avaient cru
trouver la preuve de la thorie des cratres de soulvement,
Darwin fut amen  dmontrer que les faits pouvaient recevoir une
interprtation tout  fait diffrente. Les ides mises d'abord par le
clbre gologue et explorateur allemand, et presque universellement
admises par ses compatriotes, avaient t soutenues par lie de
Beaumont et par Dufrnoy, les chefs du mouvement gologique en France.
Elles taient pourtant vigoureusement combattues par Scrope et par
Lyell en Angleterre, et par Constant Prvost et Virlet de l'autre ct
de la Manche. Dans cet ouvrage, Darwin nous montre sur quelles faibles
bases repose cette thorie d'aprs laquelle les grands cratres
circulaires des les de l'Atlantique devraient leur origine  des
ampoules gigantesques de la crote terrestre, qui, en crevant 
leur sommet, auraient donn naissance aux cratres. Reconnaissant
l'influence que l'injection de la lave exerce sur la structure des
cnes volcaniques, en accroissant leur masse et leur hauteur, il
montre qu'en gnral les volcans sont difis par des jaculations
rptes qui amnent une accumulation de matires ruptives autour de
l'orifice.

Cependant, quoiqu'il arrivt aux mmes vues gnrales que Scrope et
que Lyell sur l'origine des cratres volcaniques ordinaires, Darwin
vit clairement que, dans certains cas, de grands cratres peuvent
s'tre forms ou s'tre agrandis par l'affaissement du plancher,  la
suite d'ruptions. L'importance de ce facteur auquel les gologues
avaient accord trop peu d'attention, a t montre rcemment par le
professeur Dana dans son admirable ouvrage sur le Kilauea et d'autres
grands volcans de l'archipel hawaen.

L'affaissement qui se produit autour d'un centre volcanique, et qui
dtermine le plongement des couches environnantes, a t mis en
lumire pour la premire fois par Darwin, comme rsultat de son
premier travail sur les les du Cap-Vert. Des exemples frappants du
mme fait ont t signals depuis en Islande par M. Robert et par
d'autres, dans la Nouvelle-Zlande par M. Heaphy, et dans les les
occidentales de l'Ecosse par moi-mme.

A diverses reprises, Darwin appela l'attention des gologues sur le
fait que les orifices volcaniques prsentent entre eux des relations
qu'on ne saurait expliquer sans admettre l'existence, dans la crote
terrestre, de lignes de fracture le long desquelles les laves se sont
fray un chemin vers la surface. Mais en mme temps il vit clairement
qu'il n'existait pas de preuves du passage de grands torrents de laves
le long de ces fractures; il montra comment les plateaux les plus
remarquables, forms de nappes de laves successives, peuvent avoir t
construits par des missions rptes et modres, manant d'orifices
volcaniques nombreux, distincts les uns des autres. Il insiste
expressment sur la rapidit avec laquelle la dnudation peut
faire disparatre les cnes de cendres forms autour des orifices
d'jaculation, et les traces d'missions successives de laves.

L'un des chapitres les plus remarquables du livre est celui o
l'auteur traite des effets de la dnudation dterminant l'rosion de
l'appareil volcanique, au point de ne plus laisser subsister que des
paves ou tronons ruins de volcans. Il a eu l'occasion d'tudier une
srie de cas permettant de suivre toutes les gradations des formes
volcaniques, depuis les cnes complets jusqu'aux masses bouchant les
cratres, o elles s'taient solidifies. Les observations de Darwin
sur ce sujet ont t de la plus haute valeur et du plus grand secours
pour tous ceux qui se sont efforcs d'tudier les effets de l'action
volcanique pendant les priodes anciennes de l'histoire de la terre.

Comme Lyell, Darwin tait fermement convaincu de la continuit des
actions gologiques, et c'tait toujours avec une vive satisfaction
qu'il constatait que les phnomnes du pass pouvaient s'interprter
par des causes actuelles. Au moment o Lyell se livrait, quelques mois
avant sa mort,  ses derniers travaux gologiques sur les environs de
sa rsidence dans le Forfarshire, il crivit  Darwin: Toutes mes
recherches ont confirm ma conviction que la seule diffrence entre
les roches volcaniques palozoques et rcentes se rduit aux
modifications qui ont d se produire en raison de l'immense priode de
temps pendant laquelle les produits des volcans les plus anciens ont
t soumis  des transformations chimiques.

Lorsqu'aprs avoir achev ses tudes sur les phnomnes volcaniques,
Darwin entreprit l'examen des grandes masses granitiques des Andes,
il fut vivement frapp des relations qui unissent les roches dites
plutoniques et les roches d'origine incontestablement volcanique. On
doit dire  ce sujet que les circonstances mmes dans lesquelles se
fit la croisire du _Beagle_ furent trs favorables  Darwin dans
ses tudes sur les roches ruptives. Aprs avoir observ des types
nettement caractriss de la srie rcente, il alla tudier dans
l'Amrique du Sud de remarquables gisements de masses ignes anciennes
trs cristallines et, dans le voyage de retour, il put revoir les
roches volcaniques rcentes, raviver ainsi ses premires impressions
et tablir des relations entre ces deux types lithologiques.

Il exposa quelques-unes des considrations gnrales que ces
observations lui avaient suggres, dans un travail qu'il lut  la
Socit Gologique le 17 mars 1838, et qui portait comme titre: _Du
rapport de certains phnomnes volcaniques, de la formation des
chanes de montagnes, et des effets des soulvements continentaux_.
La relation entre ces deux ordres de faits est discute d'une manire
plus approfondie dans son livre sur la gologie de l'Amrique du Sud.

Les preuves d'un soulvement rcent constates sur les ctes d'un
grand nombre d'les volcaniques amenrent Darwin  conclure qu'en
gnral les aires volcaniques sont des rgions de soulvement; et il
fut conduit, naturellement,  les opposer aux aires dans lesquelles,
comme il le montra, la prsence d'atolls, de rcifs frangeants et de
rcifs-barrires, offre les preuves d'un affaissement. Il parvint
de cette manire  dresser une carte des aires ocaniques, les
rpartissant en zones soumises  des mouvements de soulvement ou
d'affaissement. Ses conclusions  cet gard taient aussi neuves que
suggestives.

Darwin reconnut trs clairement le fait que la plupart des les
ocaniques semblent tre d'origine volcanique, quoiqu'il prt soin de
signaler les exceptions importantes qui infirment, dans une certaine
mesure, la gnralisation de cette rgle. Dans son _Origine des
espces_ il a dvelopp l'ide et mis la thorie de la permanence des
bassins ocaniques, que d'autres auteurs ont adopte aprs lui et ont
tendue plus loin, pensons-nous, que Darwin n'avait cru devoir le
faire. Sa prudence sur ce point et sur les questions spculatives du
mme genre tait bien connue de tous ceux qui avaient l'habitude de
les discuter avec lui.

Quelques annes avant le voyage du _Beagle_, M. Poulett Scrope avait
signal les analogies remarquables qui existent entre certaines roches
ignes  structure rubane, telles qu'on en rencontre aux les Ponces,
et les schistes cristallins feuillets. Il ne semble pas que Darwin
ait eu connaissance du remarquable mmoire de Scrope, mais il appela
l'attention, d'une manire toute spontane, sur les mmes phnomnes
lorsqu'il entreprit l'tude de roches fort analogues qu'on observe 
l'le de l'Ascension. Comme il venait d'tudier les grandes masses
de schistes cristallins du continent Sud-Amricain, il fut frapp du
fait que les roches incontestablement ignes de l'Ascension offrent
une rpartition identique des minraux constitutifs, le long de
feuillets parallles. Ces observations conduisirent Darwin  la mme
conclusion que celle  laquelle Scrope tait arriv quelque temps
auparavant, c'est--dire que, lorsque la cristallisation s'opre
dans des masses rocheuses soumises  des forces dformatrices trs
puissantes, il se produit une sparation et une distribution des
minraux constitutifs, suivant des plans parallles. On a reconnu
pleinement aujourd'hui que ce processus doit avoir t un facteur
important dans la formation des roches mtamorphiques, que les auteurs
rcents dsignent sous le nom de _dynamo-mtamorphisme_.

Dans l'tude de ce problme et d'un grand nombre d'autres analogues,
exigeant des connaissances minralogiques trs exactes, il est
remarquable de voir  quel point Darwin russissait  dcouvrir la
vrit au sujet des roches qu'il tudiait,  l'aide seulement d'un
canif, d'une simple loupe, de quelques essais chimiques et du
chalumeau. Depuis Darwin l'tude des roches en sections minces sous le
microscope a t invente, et est aujourd'hui du plus grand secours
dans toutes les recherches ptrographiques. Plusieurs des les
tudies par Darwin ont t explores  nouveau, et des chantillons
de leurs roches ont t recueillis pendant le voyage du navire de la
Marine Royale le _Challenger_. Les rsultats de l'tude qu'en a faite
un des matres de la microscopie des roches, le Professeur Renard, de
Bruxelles, ont t publis rcemment dans un des volumes des _Rapports
sur l'Expdition du Challenger_. Il est intressant de constater que,
tandis que ces recherches rcentes ont enrichi la science gologique
d'un grand nombre de faits nouveaux et prcieux, et que des
changements nombreux ont t apports  la nomenclature et  d'autres
points de dtail, tous les faits principaux dcrits par Darwin et par
son ami le professeur Miller ont rsist  l'preuve du temps et d'une
tude plus approfondie, et demeurent comme un monument de la sagacit
et de la justesse d'observation de ces pionniers des recherches
gologiques.

JOHN W. JUDD.




OBSERVATIONS GOLOGIQUES SUR  LES ILES VOLCANIQUES




CHAPITRE PREMIER

SAN THIAGO, ARCHIPEL DU CAP VERT


Roches des assises infrieures.--Dpt sdimentaire calcareux avec
coquilles rcentes mtamorphis au contact de laves surincombantes;
allure horizontale et tendue en surface de ces couches.--Roches
volcaniques postrieures associes  une matire calcaire terreuse
et fibreuse, et frquemment renferme dans les vacuoles des
scories.--Anciens orifices d'ruption oblitrs, de petite
dimension.--Difficult que prsente la dtermination de coules de
laves rcentes sur une plaine unie.--Collines de l'intrieur de l'le,
constitues par des roches volcaniques plus anciennes.--Grandes masses
d'olivine dcompose.--Roches feldspathiques situes sous les couches
de basalte cristallin.--Uniformit de structure et d'aspect des
collines volcaniques les plus anciennes.--Forme des valles voisines
de la cte.--Conglomrat en voie de formation sur la plage.


L'le de San Thiago s'tend du N.-N.-W. au S.-S.-E. sur une longueur
de trente milles et une largeur de douze milles environ. Les
observations auxquelles je me suis livr pendant mes deux visites 
cette le ont toutes t faites dans sa partie mridionale et dans un
rayon de quelques lieues seulement autour de Porto-Praya.--Vue de la
mer, la contre offre une configuration varie: des collines coniques
 pentes douces, de couleur rougetre (telle que la colline dsigne
sous le nom de Red Hill et reprsente dans la figure intercale dans
le texte)[1] et d'autres collines moins rgulires, d'une couleur
noirtre et  sommet plat (marques A, B, C, dans la mme figure),
s'lvent au-dessus de plaines de lave qui s'tagent en gradins
successifs. On aperoit dans le lointain une chane de montagnes,
hautes de plusieurs milliers de pieds, qui traverse l'intrieur de
l'le. Il n'y a pas de volcan actif  San Thiago, et il n'en existe
qu'un seul dans tout l'archipel, celui de Fogo. L'le n'a t prouve
par aucun tremblement de terre violent depuis qu'elle est habite.

[Illustration: FIG. I.--Vue d'une partie de San Thiago, l'une des les
du Cap Vert.]

Les roches infrieures que l'on voit sur la cte prs de Porto-Praya
sont trs cristallines et fort compactes; elles semblent appartenir 
des masses volcaniques anciennes et d'origine sous-marine. Frquemment
elles sont recouvertes, en stratification discordante, par un dpt
calcaire irrgulier, d'une faible paisseur, o abondent des coquilles
appartenant  une des dernires priodes de l're tertiaire; ce dpt
est recouvert,  son tour, par une grande nappe de lave basaltique,
qui, partie du centre de l'le, s'est rpandue en coules successives
entre les collines  sommet plat marques A, B, C, etc. Des coules
plus rcentes ont t jacules par les cnes dissmins dans l'le,
tels que Red Hill et Signal-Post Hill. Les couches suprieures des
collines  sommet plat prsentent, au point de vue de la constitution
minralogique et  d'autres gards encore, un rapport intime avec les
assises infrieures des couches de la cte, qui semblent former avec
elles une masse continue.


_Description minralogique des roches formant les assises
infrieures_.--Le caractre de ces roches est extrmement variable.
Elles sont formes d'une masse fondamentale basaltique compacte,
noire, brune ou grise, renfermant de nombreux cristaux d'augite, de
hornblende, d'olivine, de mica, et parfois du feldspath vitreux. On
rencontre frquemment une varit presque entirement compose de
cristaux d'augite et d'olivine. On sait que le mica se prsente
rarement l o l'augite abonde, et vraisemblablement la roche qui nous
occupe n'offre pas une exception manifeste  cette rgle, car le mica
y est arrondi aussi parfaitement qu'un caillou dans un conglomrat
(tout au moins dans le plus caractristique de mes spcimens, o l'on
voit un nodule de mica long d'un demi-pouce); il n'a videmment pas
cristallis dans la pte qui le renferme aujourd'hui, mais il doit
avoir t form par la fusion d'une roche plus ancienne. Ces laves
compactes alternent avec des tufs, des roches amygdalodes et des
wackes, et,  certains endroits, avec des conglomrats grossiers.
Parmi les wackes argileuses, les unes sont vert fonc, d'autre vert
jauntre ple, d autres enfin presque blanches. Je constatai avec
tonnement qu'un certain nombre de ces dernires roches, mme les plus
blanches, fondaient en un mail noir de jais, tandis que plusieurs
chantillons des varits vertes ne donnaient qu'un globule gris ple.
De nombreux dikes forms essentiellement de roches augitiques trs
compactes et de varits amygdalodes grises coupent les couches; en
divers endroits celles-ci ont t violemment disloques et fortement
redresses. Une ligne de dislocation coupe l'extrmit septentrionale
de Quailland, lot de la baie de Porto-Praya, et on peut le suivre
jusqu' l'le principale. Ces dislocations se sont produites avant
le dpt de la couche sdimentaire rcente, et la surface de l'le
a subi, antrieurement  ce dpt, une dnudation importante, comme
l'attestent de nombreux dikes tronqus.


_Description du dpt calcaire qui recouvre les roches volcaniques
dont il vient d'tre question_.--Cette couche peut tre facilement
reconnue  cause de sa couleur blanche et de l'extrme rgularit avec
laquelle elle s'tend le long de la cte, sur une ligne horizontale
pendant plusieurs milles. Sa hauteur moyenne au-dessus de la mer,
mesure depuis sa ligne de contact avec les laves basaltiques qui la
recouvrent, est de 60 pieds environ; et son paisseur, fort variable
 cause des ingalits de la formation sur laquelle elle repose,
peut tre value  environ 20 pieds. Cette couche est forme d'une
substance calcaire parfaitement blanche, constitue en partie par des
dbris organiques et en partie par une substance que l'on pourrait
comparer, pour l'aspect,  du mortier. Des fragments de roches et des
cailloux sont dissmins dans toute cette couche, et se runissent
souvent en conglomrat, surtout vers la base. Un grand nombre de ces
fragments sont comme badigeonns d'une couche peu paisse de matire
calcareuse blanchtre. A Quail-island, la partie infrieure du dpt
calcaire est remplace par un tuf terreux tendre, de couleur brune,
plein de turritelles, et qui est surmont d'un lit de cailloux passant
au grs et contenant des fragments d'chinides, des pinces de crabes
et des coquilles; les coquilles d'hutres adhrent encore aux roches
sur lesquelles elles vivaient. Le dpt renferme un grand nombre de
sphrules blanches ressemblant  des concrtions pisolitiques, et
dont la grosseur varie de celle d'une noix  celle d'une pomme; elles
renferment ordinairement un petit caillou en leur centre. Je me suis
assur par un examen minutieux que ces soi-disant concrtions taient
des nullipores conservant leur forme propre, mais dont la surface
tait lgrement use par le frottement; ces corps (considrs
gnralement aujourd'hui comme des vgtaux) n'offrent aucune trace
d'organisation intrieure, quand on les tudie sous un microscope de
puissance moyenne. M. Georges R. Sowerby a bien voulu examiner les
coquilles que j'ai rassembles; elles appartiennent  quatorze
espces, dont les caractres sont assez bien conservs pour qu'il soit
possible de les dterminer avec un degr de certitude suffisant, et
 quatre espces dont on ne peut tablir que le genre. Parmi les
quatorze mollusques dont la liste se trouve  l'appendice, onze
appartiennent  des espces rcentes; un, non encore dcrit, pourrait
tre identique  une espce vivante que j'ai trouve dans le port
de Porto-Praya; les deux autres espces sont nouvelles et ont t
dcrites par M. Sowerby. Les connaissances que nous possdons sur les
mollusques de cet archipel et des ctes voisines ne sont pas encore
assez compltes pour nous permettre d'affirmer que ces coquilles, mme
les deux dernires, appartiennent  des espces teintes. Parmi ces
coquilles, celles qui se rapportent incontestablement  des espces
vivantes ne sont pas nombreuses, mais elles suffisent cependant pour
dmontrer que le dpt appartient  une priode tertiaire rcente. Les
caractres minralogiques de la formation, le nombre et les dimensions
des fragments qu'elle renferme, et l'abondance des patelles et des
autres coquilles littorales, dmontrent que tout l'ensemble s'est
accumul dans une mer peu profonde, prs d'un ancien rivage.


_Effets produits par la coule de lave basaltique qui s'est rpandue
sur le dpt calcaire_.--Ces effets sont trs remarquables. Cette
matire calcareuse est modifie jusqu' une profondeur d'environ un
pied sous la ligne de contact, et on peut suivre le passage, tout 
fait insensible, de petits fragments de coquilles, de corallines et de
nullipores  peine agrgs, jusqu' une roche, o l'on ne peut trouver
aucune trace d'une origine mcanique, mme au microscope. Aux points
o les modifications mtamorphiques ont t les plus intenses, on
observe deux varits de roches. La premire varit est dure et
compacte, finement grenue et blanche, sillonne par quelques lignes
parallles formes de particules volcaniques noirtres; cette roche
ressemble  un grs, mais un examen plus minutieux montre qu'elle est
compltement cristalline, avec des faces de clivage si parfaites qu'on
peut les mesurer facilement au goniomtre  rflexion. Si, aprs
les avoir mouills, on examine,  l'aide d'une forte loupe, les
chantillons qui ont subi un mtamorphisme moins complet, on
peut constater une transformation graduelle trs intressante;
quelques-unes des particules arrondies qui les constituent conservent
leur forme propre, tandis que d'autres se fusionnent insensiblement
dans la masse granulo-cristalline. Les surfaces dcomposes de cette
roche revtent une couleur rouge-brique, comme c'est souvent le cas
pour les calcaires ordinaires.

La seconde varit mtamorphique est, de mme, une roche dure mais
sans trace de structure cristalline. C'est une pierre calcaire
blanche, opaque et compacte, fortement mouchete de taches,
irrgulirement arrondies, d'une matire terreuse, ocreuse et tendre.
Cette matire terreuse prsente une couleur brun-jauntre ple, et
parat tre un mlange de fer et de carbonate de chaux; elle fait
effervescence avec les acides, elle est infusible mais noircit au
chalumeau et devient magntique. La forme arrondie des petites taches
de substance terreuse, ainsi que les diverses tapes qu'on peut
constater jusqu' leur isolement parfait, et qu'on peut suivre en
examinant une srie d'chantillons, montrent clairement qu'elles ont
t formes, soit par l'attraction des particules terreuses entre
elles, soit plus vraisemblablement par une attraction rciproque des
atomes de carbonate de chaux amenant alors la sgrgation de ces
impurets terreuses trangres. Ce fait m'a vivement intress, car
j'avais observ souvent des roches quartzeuses (par exemple aux
les Falkland, et dans les couches siluriennes infrieures des
Stiper-Stones dans le Shropshire) mouchetes, d'une manire
prcisment analogue, par de petites taches d'une substance terreuse
blanchtre (feldspath terreux?); on avait dj toutes raisons de
croire alors que ces roches avaient t modifies ainsi sous l'action
de la chaleur, et cette hypothse reoit maintenant sa confirmation.
Cette texture tachete pourrait fournir peut-tre quelques indications
pour distinguer les roches quartzeuses, qui doivent leur structure
actuelle  une action igne, de celles formes par voie purement
aqueuse; distinction qui doit avoir fait hsiter bien des gologues
dans l'tude des rgions arnaco-quartzeuses, si j'en juge par ma
propre exprience.

En s'panchant sur les sdiments tals au fond de la mer, les parties
infrieures et les plus scoriaces de la lave ont empt une grande
quantit de matire calcaire, qui forme maintenant la pte trs
cristalline et blanche comme neige, d'une brche renfermant de petits
fragments de scories noires et brillantes. Un peu au-dessus de cette
couche, l o le calcaire est moins abondant et la lave plus compacte,
les interstices de la masse de lave sont remplis d'un grand nombre
de petites sphres, formes de spicules de calcaire spathique, qui
rayonnent autour d'un centre commun. Dans une certaine partie de
Quail-island, o les laves surincombantes n'ont pas plus de 14 pieds
d'paisseur, le calcaire a pu cristalliser sous l'influence de la
chaleur dgage par ces matires ruptives; on ne peut pas admettre
que cette faible couche de lave ait t plus paisse  l'origine, et
que son paisseur ait t rduite par une rosion postrieure, l'tat
celluleux de sa surface nous le montre. J'ai dj fait observer que
la mer o le dpt calcaire s'est opr devait tre peu profonde;
le dgagement de l'anhydride carbonique a donc t entrav par une
pression de loin infrieure  celle, quivalant  une colonne d'eau
haute de 1.708 pieds, que Sir James Hall considrait comme ncessaire
pour empcher ce dgagement. Depuis l'poque de ses expriences on a
dcouvert que c'est moins la pression que la nature de l'atmosphre
ambiante qui intervient pour retenir l'acide carbonique gazeux. Ainsi,
il rsulte d'expriences de M. Faraday[2] que des masses importantes
de calcaire se fondent quelquefois et cristallisent, mme dans des
fours  chaux ordinaires. Suivant M. Faraday, le carbonate de chaux
peut tre chauff, pour ainsi dire,  toute temprature dans une
atmosphre d'acide carbonique, sans se dcomposer; et Gay-Lussac a
montr que des fragments de calcaire, chauffs dans un tube 
une temprature insuffisante par elle-mme pour provoquer leur
dcomposition, dgageaient cependant l'acide carbonique ds qu'on
faisait passer au travers du tube un courant d'air ou de vapeur d'eau:
Gay-Lussac attribue ce phnomne au dplacement de l'acide carbonique
naissant. La matire calcaire, qui se trouve sous la lave, surtout
celle qui forme les aiguilles cristallines renfermes dans les
vacuoles des scories, ne peut pas avoir subi l'action du passage d'un
courant gazeux, quoiqu'elle ait t chauffe dans une atmosphre
contenant vraisemblablement une trs forte proportion de vapeur d'eau.
Peut-tre est-ce pour cette raison qu'elle a conserv son acide
carbonique sous cette pression relativement faible.

Les fragments de scories renferms dans la pte calcaire cristalline
sont d'un noir de jais,  cassure brillante comme celle de la
rtinite. Cependant leur surface est recouverte d'une couche d'une
substance translucide orange-rougetre, que l'on peut gratter
facilement au canif; ces fragments apparaissent alors comme s'ils
taient recouverts d'une couche mince de matire rsineuse. Les plus
petits d'entre eux prsentent des parties compltement transformes
en cette substance; transformation qui semble tout  fait diffrente
d'une dcomposition ordinaire. Nous verrons dans un autre chapitre
qu' l'archipel des Galapagos de grandes couches de cendres
volcaniques, avec particules scoriaces, ont subi une transformation 
peu prs identique.


_Extension et horizontalit du dpt calcaire_.--La limite suprieure
du dpt calcaire, si nettement marque  cause de la couleur blanche
de cette roche, et si voisine de l'horizontale, court le long de la
cte sur une distance de plusieurs milles,  l'altitude de 60 pieds
environ au-dessus du niveau de la mer. La nappe de basalte qui la
recouvre prsente une paisseur moyenne de 80 pieds. A l'ouest de
Porto-Praya, au-del de Red Hill, la couche blanche avec le basalte
qui la surmonte, sont recouverts par des coules plus rcentes. J'ai
pu la suivre de l'oeil, au nord de Signal-Post Hill, s'tendant au
loin sur une distance de plusieurs milles, le long des falaises de la
cte. Mes observations ont port sur une tendue d'environ 7 milles
le long de la cte, mais la rgularit de cette couche me porterait
 croire qu'elle s'tend beaucoup plus loin. Dans des ravins
perpendiculaires  la cte, on la voit plonger doucement vers la mer,
probablement suivant l'inclinaison qu'elle prsentait lors de
son dpt sur les anciens rivages de l'le. Je n'ai trouv dans
l'intrieur de l'le qu'une seule coupe o cette couche ft visible,
 la hauteur de quelques centaines de pieds, c'est  la base de la
colline marque A; elle y repose, comme d'habitude, sur la roche
augitique compacte associe avec de la wacke, et elle y est recouverte
par la grande nappe de lave basaltique rcente. En certains points
cependant cette couche blanche ne conserve pas son horizontalit; 
Quail-island sa surface suprieure ne s'lve qu' 40 pieds au-dessus
du niveau de la mer; ici galement la nappe de lave qui la recouvre
n'a que 12  15 pieds d'paisseur; d'autre part, au nord-est du port
de Porto-Praya, la couche calcaire ainsi que la roche sur laquelle
elle repose atteignent une hauteur suprieure au niveau moyen. Je
crois que dans ces deux cas la diffrence de niveau ne provient pas
d'un exhaussement ingal, mais de l'irrgularit primitive du fond
de la mer. Ce fait peut tre dmontr  Quail-island, car le dpt
calcaire y offre en un certain point une paisseur de beaucoup
suprieure  la moyenne, alors qu'en d'autres points cette roche ne
se montre pas; dans ce dernier cas les laves basaltiques rcentes
reposent directement sur les laves plus anciennes.

[Illustration: FIG. 2.--Signal-Post Hill;--A. Roches volcaniques
anciennes;--B. Dpt calcareux;--C. Lave basaltique suprieure.]

Sous Signal-Post Hill la couche blanche plonge dans la mer d'une
manire bien intressante. Cette colline est conique, haute de 450
pieds, et offre encore quelques traces de structure cratriforme;
elle est constitue en majeure partie de matires ruptives mises
postrieurement au soulvement de la grande plaine basaltique, mais
en partie aussi de laves trs anciennes, probablement de formation
sous-marine. La plaine environnante et le flanc oriental de la colline
ont t dcoups par l'rosion en falaises escarpes surplombant la
mer. La couche calcaire blanche est visible dans ces ravinements  la
hauteur de 70 pieds environ au-dessus du rivage, et s'tend au nord
et au sud de la colline, sur une longueur de plusieurs milles, en
dessinant une ligne qui parat parfaitement horizontale; mais,
au-dessous de la colline, elle plonge dans la mer et disparat sur une
longueur d'environ un quart de mille. Le plongement est graduel du
ct du sud, et plus brusque du ct du nord, comme le montre la
figure. Ni la couche calcaire ni la lave basaltique surincombante
(pour autant qu'on puisse distinguer cette dernire des coules plus
rcentes) n'augmentent d'paisseur  mesure qu'elles plongent; j'en
conclus que ces couches n'ont pas t originairement accumules
dans une dpression dont le centre serait devenu plus tard un point
d'ruption, mais qu'elles ont t dranges et ployes postrieurement
 leur dpt. Nous pouvons supposer, ou bien que Signal-Post Hill,
aprs son soulvement, s'est abaiss avec la rgion environnante, ou
bien qu'il n'a jamais t soulev  la mme hauteur qu'elle. Cette
dernire hypothse me parat la plus vraisemblable, car, durant le
soulvement lent et uniforme de cette partie de l'le, l'nergie
souterraine, affaiblie par des ruptions rptes de matires
volcaniques mises au-dessous de ce point, devait ncessairement
conserver moins de puissance pour le soulever. Un fait analogue semble
s'tre produit prs de Red Hill, car, en remontant les coules de lave
qui affleurent, des environs de Porto-Praya vers l'intrieur de l'le,
j'ai t amen  supposer que la pente de la rgion a t lgrement
modifie depuis que la lave y a coul, soit qu'il y ait eu un lger
affaissement prs de Red Hill, soit que cette partie de la plaine
ait t porte  une hauteur moins considrable que le reste de la
contre, lors du soulvement gnral.


_Lave basaltique qui surmonte le dpt calcaire_.--Cette lave, d'un
gris ple, est fusible en un mail noir; sa cassure est terreuse et
concrtionne, elle contient de petits grains d'olivine. Les parties
centrales de la masse sont compactes, ou parsemes tout au plus de
quelques petites cavits, et elles sont souvent colonnaires. Cette
structure se prsente d'une manire saillante  Quail-island o la
lave a t divise, d'une part, en lamelles horizontales et, d'autre
part, dcoupe par des fissures verticales en plaques pentagonales;
celles-ci tant  leur tour empiles les unes sur les autres, se
sont insensiblement soudes, de manire  former de belles colonnes
symtriques. La surface infrieure de la lave est vsiculaire, mais
parfois sur une paisseur de quelques pouces seulement; la surface
suprieure, qui est galement vsiculaire, est divise en sphres
formes de couches concentriques, et dont le diamtre atteint souvent
3 pieds. La masse est forme de plus d'une coule; son paisseur
totale tant, en moyenne, de 80 pieds. La partie infrieure s'est
certainement tale en coules sous-marines, et il en est probablement
de mme pour la partie suprieure. Cette lave provient en majeure
partie des rgions centrales de l'le, comprises entre les collines
marques A, B, C, etc., dans la figure. La surface de la contre est
unie et strile prs de la cte; le pays s'lve vers l'intrieur
par des terrasses successives; lorsqu'on les observe de loin, on en
distingue nettement quatre superposes.


_ruptions volcaniques postrieures au soulvement de la cte;
matires ruptives associes avec du calcaire terreux_.--Ces laves
rcentes proviennent des collines coniques  teinte brun-rouge,
dissmines dans l'le et qui s'lvent brusquement dans la plaine
prs de la cte. J'en ai gravi plusieurs, mais je n'en dcrirai qu'une
seule, Red Hill, qui peut servir de type pour ce groupe et dont
certaines particularits sont remarquables. Sa hauteur est de
600 pieds environ; elle est constitue par des roches de nature
basaltique, trs scoriaces et d'un rouge vif; elle prsente sur l'un
des cts de son sommet une cavit qui est probablement le dernier
vestige d'un cratre. Plusieurs autres collines de la mme catgorie
sont,  en juger par leur forme extrieure, surmontes de cratres
beaucoup mieux conservs. Lorsqu'on longe la cte par mer, on voit
clairement qu'une masse considrable de lave, partie de Red Hill,
s'est coule dans la mer en passant au-dessus d'une ligne de rochers
haute d'environ 120 pieds. Cette ligne de rochers constitue le
prolongement de celle qui forme la cte et qui borne la plaine de deux
cts de la colline; ces coules ont donc t mises par Red Hill
postrieurement  la formation des rochers de la cte, et  une poque
o la colline se trouvait, comme aujourd'hui, au-dessus du niveau de
la mer. Cette conclusion concorde avec la nature trs scoriace
de toutes les roches de Red Hill, qui semblent tre de formation
subarienne; et ce fait est important, car il existe prs du sommet
quelques bancs d'une matire calcaire, qu' premire vue on pourrait
prendre  tort pour un dpt sous-marin. Ces bancs sont forms de
carbonate de chaux, blanc, terreux, et tellement friable qu'il
s'crase sous le moindre effort, les spcimens les plus compacts mme
ne rsistant pas  la pression des doigts. Quelques-unes de ces masses
sont blanches comme la chaux vive, et paraissent absolument pures,
mais on peut toujours y dcouvrir  la loupe de petites particules
de scories, et je n'ai pu en trouver une seule qui ne laisst pas de
rsidu de cette nature quand on la dissolvait dans les acides. Il est
difficile, pour cette raison, de dcouvrir une particule de calcaire
qui ne change pas de couleur au chalumeau; la plupart d'entre elles
s'y vitrifient mme. Les fragments scoriacs et la matire calcaire
sont associs de la manire la plus irrgulire, parfois en lits peu
distincts, mais plus frquemment en une brche confuse, o le calcaire
prdomine d'un ct et les scories de l'autre. Sir H. De La Beche a
bien voulu faire analyser quelques-uns des spcimens les plus purs,
dans le but de dcouvrir si, en raison de leur origine volcanique, ils
contenaient beaucoup de magnsie; mais on n'en a dcel qu'une faible
quantit, analogue  celle qui existe dans la plupart des calcaires.

Quand on brise les fragments de scories engags dans la masse
calcaire, on voit qu'un grand nombre de leurs vacuoles sont tapisses
et mme partiellement remplies d'un rseau de carbonate de chaux,
blanc, dlicat, excessivement fragile et semblable  de la mousse, ou
plutt  des conferves. Ces fibres, observes  l'aide d'une loupe
dont la distance focale est d'un dixime de pouce, se montrent
cylindriques; leur diamtre est lgrement suprieur  un millime de
pouce; elles sont ou simplement ramifies, ou plus communment unies
en un rseau formant une masse irrgulire,  mailles de dimension et
de forme trs variables. Quelques fibres sont recouvertes d'une couche
paisse de spicules extrmement fins, parfois agrgs en houppes
minuscules, ce qui leur donne un aspect velu. Ces spicules ont
un diamtre uniforme sur toute leur longueur; ils se dtachent
facilement, de sorte que le porte-objet du microscope en est bientt
recouvert. Le calcaire offre cette structure fibreuse dans les
vacuoles d'un grand nombre de fragments des scories, mais gnralement
 un degr moins parfait. Ces vacuoles ne semblent pas tre relies
l'une  l'autre. Il n'est pas douteux, comme nous allons le montrer,
que le calcaire ait t jacul  l'tat fluide, intimement mlang 
la lave, et c'est pour cette raison que j'ai cru devoir m'arrter 
dcrire cette curieuse structure fibreuse, dont je ne connais aucun
analogue. A cause de la nature terreuse des fibres, cette structure ne
semble pas pouvoir tre attribue  la cristallisation.

D'autres fragments de la roche scoriace de cette colline, quand on
les brise, se montrent rays de traits blancs, courts et irrguliers,
qui proviennent d'une range de vacuoles spares, entirement
ou partiellement remplies d'une poudre calcareuse blanche. Cette
structure m'a rappel immdiatement les petites boules et les
filaments tirs de farine, dans une pte mal ptrie, avec laquelle
ils ne se sont pas mlangs, et je suis port  penser que, de la mme
manire, de petites masses de calcaire n'ayant pas t incorpores
dans la lave liquide, ont t tires, lorsque toute la masse tait
en mouvement. J'ai examin soigneusement, en les broyant et en les
dissolvant dans les acides, des fragments de scories prises  moins
d'un demi-pouce de cellules qui taient pleines de la poussire en
question, et je n'y ai pas trouv de traces de calcaire. Il est clair
que la lave et le calcaire n'ont t que trs imparfaitement mlangs.
Lorsque de petites masses de calcaire ont t emptes dans la lave
encore visqueuse, o on les observe comme une matire pulvrulente, ou
en fibres rticules tapissant les vacuoles, je suis port  penser
que les gaz absorbs ont pu se dilater plus facilement aux points o
ce calcaire pulvrulent rendait la lave moins rsistante.

A un mille  l'est de la ville de Praya on observe une gorge aux
parois escarpes, large de 150 yards environ, coupant la plaine
basaltique et les bancs sous-jacents, mais qui a t comble par une
coule de lave plus moderne. Cette lave est d'un gris sombre, et
prsente presque partout une structure compacte et une disposition
imparfaitement colonnaire; mais,  une petite distance de la cte,
elle renferme, irrgulirement dispose, une masse brchiforme de
scories rouges, mlanges d'une quantit considrable de calcaire
blanc, terreux, friable, et en certains points, presque pur, comme
celui du sommet de Red Hill. Cette lave avec le calcaire qu'elle
empte doit certainement avoir coul comme une nappe rgulire;  en
juger par la forme de la gorge, vers laquelle convergent encore les
prcipitations atmosphriques actuellement peu abondantes dans cette
rgion, et par l'aspect de la couche de blocs incohrents ressemblant
aux quartiers de rochers du lit d'un torrent, et sur laquelle
repose la lave, nous pouvons conclure que la coule tait d'origine
subarienne. Je n'ai pu suivre cette coule jusqu' son origine, mais,
d'aprs sa direction, elle parat tre descendue de Signal-Post Hill,
loign d'un mille un quart, et qui, comme Red Hill, a t un centre
d'ruption postrieure au soulvement de la grande plaine basaltique.
Un fait qui concorde avec cette manire de voir, c'est que j'ai trouv
sur Signal-Post Hill une masse de matire calcaire terreuse, de la
mme nature, mlange avec des scories. Il importe de faire observer
ici qu'une partie de la matire calcaire qui constitue le banc
sdimentaire horizontal, et spcialement la matire fine recouvrant
d'une couche blanche les fragments de roches engags dans le banc,
doit son origine, suivant toute probabilit,  la fois  des ruptions
volcaniques et  la trituration de restes d'organismes. Les roches
cristallines anciennes sous-jacentes sont associes avec beaucoup
de carbonate de chaux sous la forme d'amygdalodes et de masses
irrgulires, dont je n'ai pu comprendre la nature.

En tenant compte de l'abondance du calcaire terreux prs du sommet
de Red Hill, cne volcanique haut de 600 pieds et de formation
subarienne, du mlange intime de petits fragments et de volumineux
amas de scories empts dans des masses d'un calcaire presque pur,
et de la manire dont de petits noyaux et des tranes de poussire
calcaire sont renferms dans des fragments massifs de scories, en
tenant compte enfin d'une association identique de calcaire et de
scories, constate dans une coule de lave qu'on a toutes raisons de
croire moderne et subarienne, et qui est descendue d'une colline o
l'on rencontre galement du calcaire terreux, je pense que, sans aucun
doute, le calcaire a t jacul  l'tat de mlange avec la lave
fondue. Je ne sache pas qu'aucun fait semblable ait t dcrit, et il
me parat intressant de le signaler, d'autant plus qu'un grand nombre
de gologues ont certainement cherch  dterminer les actions qui
doivent se produire dans un foyer volcanique prenant naissance dans
des couches profondes, de composition minralogique varie. La grande
abondance de silice libre dans les trachytes de certaines rgions
(tels que ceux de Hongrie dcrits par Beudant, et des les Ponza par
P. Scrope) rsout peut-tre la question pour le cas o les roches
sous-jacentes seraient quartzeuses, et nous trouvons probablement ici
la solution du problme dans le cas o les produits volcaniques
ont travers des masses sous-jacentes de calcaire. On est port,
naturellement,  se demander  quel tat se trouvait le carbonate de
chaux, actuellement terreux, au moment o il a t jacul avec
la lave dont la temprature tait trs leve; l'tat extrmement
celluleux des scories de Red Hill prouve que la pression ne peut avoir
t bien considrable, et comme la plupart des ruptions volcaniques
sont accompagnes du dgagement de grandes quantits de vapeur d'eau
et d'autres gaz, nous trouvons ici runies les conditions qui, suivant
les ides actuelles des chimistes, sont les plus favorables pour
l'limination de l'acide carbonique[3]. On peut se demander si la
lente rabsorption de ce gaz n'a pas donn au calcaire renferm dans
les vacuoles de la lave cette structure fibreuse si particulire,
semblable  celle d'un sel efflorescent. Enfin je ferai remarquer la
grande diffrence d'aspect constate entre ce calcaire terreux, qui
doit avoir t port  une haute temprature dans une atmosphre
de vapeur d'eau et de gaz divers, et le calcaire spathique, blanc,
cristallin, qui a t form sous une nappe de lave peu paisse (comme
 Quail-island) s'talant sur un calcaire terreux et sur les dbris
d'organismes tapissant le fond d'une mer peu profonde.


_Signal-Post Hill_.--Nous avons dj parl de cette colline  diverses
reprises, notamment lorsque nous avons signal la manire remarquable
dont la couche calcaire blanche, en d'autres points parfaitement
horizontale, plonge dans la mer sous la colline (figure 2). Son sommet
est large et offre des traces peu nettes de structure cratriforme; il
est form de roches basaltiques[4], compactes ou celluleuses, avec des
bancs inclins de scories incohrentes dont quelques-uns sont associs
 du calcaire terreux. Comme Red Hill, cette colline a t le foyer
d'ruptions postrieures au soulvement de la plaine basaltique
environnante; mais, contrairement  la premire colline, elle a subi
des dnudations importantes et a t le sige d'actions volcaniques 
une priode trs recule, quand elle tait encore sous-marine. Pour
tablir ce point, je me base sur l'existence des derniers vestiges de
trois petits centres d'ruption que j'ai dcouverts sur le flanc qui
regarde l'intrieur des terres. Ils sont forms de scories luisantes
cimentes par du spath calcaire cristallin, exactement comme le grand
dpt calcaire sous-marin, aux endroits o la lave, encore  haute
temprature, s'est tale; leur aspect ruiniforme ne peut tre
expliqu, je pense, que par l'action dnudatrice des vagues de la mer.
Ce qui m'a men au premier orifice, c'est que j'ai observ une couche
de lave de 200 yards carrs environ,  bords abrupts, tale sur la
plaine basaltique sans qu'il y et  proximit quelque monticule d'o
elle aurait pu tre jacule; et le seul vestige d'un cratre que je
sois parvenu  dcouvrir consistait en quelques bancs obliques de
scories,  l'une de ses extrmits. A 50 yards d'un second amas de
lave  sommet plat comme le premier, mais beaucoup plus petit, je
dcouvris un groupe circulaire irrgulier de plusieurs masses d'une
brche forme de scories cimentes, hautes d'environ 6 pieds, et qui
sans doute ont constitu autrefois le centre d'ruption. Le troisime
orifice n'est plus indiqu aujourd'hui que par un cercle irrgulier de
scories cimentes, de 4 yards de diamtre environ, et ne s'levant, en
son point culminant, qu' 3 pieds  peine au-dessus du niveau de la
plaine, dont la surface prsente son aspect habituel et n'offre aucune
solution de continuit aux environs; nous avons ici une section
horizontale de la base d'un orifice volcanique qui a t presque
entirement ras avec toutes les matires jacules.

A en juger par sa direction, la coule de lave qui comble la gorge
troite[5] situe  l'est de la ville de Praya, parat tre descendue
de Signal-Post Hill, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, et
s'tre rpandue sur la plaine aprs que celle-ci eut t souleve; la
mme observation s'applique  une coule (qui n'est peut-tre qu'une
portion de la premire) recouvrant les rochers du rivage,  peu de
distance  l'est de la gorge. Lorsque je m'efforai de suivre ces
coules sur la surface rocheuse de la plaine presque entirement
prive de terre arable et de vgtation, je fus fort surpris de
constater que toute trace distincte de ces coules disparaissait
bientt compltement, quoiqu'elles soient constitues par une matire
basaltique dure et qu'elles n'aient pas t exposes  l'action
dnudatrice de la mer. Mais j'ai observ depuis,  l'archipel des
Galapagos, qu'il est souvent impossible de suivre des coules de laves
mme trs rcentes et de trs grande dimension, au travers de coules
plus anciennes, si ce n'est en se guidant sur la dimension des
buissons qui les recouvrent, ou en comparant l'tat plus ou moins
luisant de leur surface,--caractres qu'un laps de temps fort court
suffit  effacer entirement. Je dois faire remarquer que dans une
rgion  surface unie,  climat sec, et o le vent souffle toujours
dans la mme direction (comme  l'archipel du Cap Vert), les effets de
dgradation dus  l'action atmosphrique sont probablement beaucoup
plus considrables qu'on ne le supposerait, car dans ce cas le sol
meuble s'accumule uniquement dans quelques dpressions protges
contre le vent, et tant toujours pouss dans une mme direction,
il chemine constamment vers la mer sous forme d'une poussire fine,
laissant la surface des rochers dcouverte et expose sans dfense 
l'action continue des agents atmosphriques.


_Collines de l'intrieur de l'le constitues par des roches
volcaniques plus anciennes_.--Ces collines sont reportes
approximativement sur la carte et marques des lettres A, B, C, etc.
Leur constitution minralogique les rapproche des roches infrieures
visibles sur la cte, et elles sont probablement en continuit directe
avec ces dernires. Vues de loin, ces collines semblent avoir fait
partie autrefois d'un plateau irrgulier, ce qui parat probable en
raison de l'uniformit de leur structure et de leur composition. Leur
sommet est plat, lgrement inclin et elles ont, en moyenne, environ
600 pieds de hauteur. Leur versant le plus abrupt est dirig vers
l'intrieur de l'le, point d'o elles rayonnent vers l'extrieur,
et elles sont spares l'une de l'autre par des valles larges et
profondes, au travers desquelles sont descendues de grandes coules de
lave qui ont form les plaines du rivage. Leurs flancs tourns vers
l'intrieur de l'le et qui sont les plus abrupts, comme nous venons
de le dire, dessinent une courbe irrgulire  peu prs parallle 
la ligne du rivage, dont elle est loigne de 2 ou 3 milles vers
l'intrieur. J'ai gravi quelques-unes de ces collines et, grce 
l'amabilit de M. Kent, chirurgien-adjoint du _Beagle_, j'ai obtenu
des spcimens provenant de celles des autres collines que j'ai pu
apercevoir  l'aide d'une longue-vue. Quoiqu'il ne m'ait t possible
d'tudier,  l'aide de ces divers lments, qu'une partie de la
chane, 5  6 milles seulement, je n'hsite pas  affirmer, d'aprs
l'uniformit de structure de ces collines, qu'elles appartiennent
 une grande formation s'tendant sur la majeure partie de la
circonfrence de l'le.

Les couches suprieures de ces collines diffrent considrablement des
couches infrieures par leur composition. Les couches suprieures
sont basaltiques, gnralement compactes, mais parfois scoriaces
et amygdalodes, et sont associes  des masses de wacke. L o le
basalte est compact, il est tantt finement grenu et tantt trs
grossirement cristallin; dans ce dernier cas il passe  une roche
augitique renfermant beaucoup d'olivine; celle-ci est incolore ou
prsente les teintes ordinaires: jaune et rougetre terne. Sur
certaines collines, les couches basaltiques sont associes  des
bancs d'une matire calcaire, terreuse ou cristalline, englobant des
fragments de scories vitreuses. Les couches dont nous parlons en ce
moment ne diffrent des coules de lave basaltique qui constituent la
plaine ctire que par une plus grande compacit, par la prsence
de cristaux d'augite et par les dimensions plus fortes des grains
d'olivine;--caractres qui, joints  l'aspect des bancs calcaires
associs avec ces couches, me portent  croire qu'elles sont de
formation sous-marine.

Quelques masses importantes de wacke sont fort curieuses. Les unes
sont associes  ces couches basaltiques, les autres se montrent sur
la cte, et spcialement  Quail-island o elles constituent les
assises infrieures. Ces roches consistent en une substance argileuse
d'un vert-jauntre ple,  structure arnace lorsqu'elle est sche,
mais onctueuse quand elle est humide; dans son tat de plus grande
puret, elle est d'une belle teinte verte, translucide sur les bords,
et prsente accidentellement des traces vagues d'un clivage originel.
Elle se fond trs facilement au chalumeau en un globule gris-sombre,
parfois mme noir, lgrement magntique. Ces caractres m'ont
conduit naturellement  croire que cette matire tait un produit de
dcomposition d'un pyroxne faiblement color; cette manire de voir
est appuye par le fait que la roche non altre se montre pleine de
grands cristaux isols d'augite noire, ainsi que de sphres et
de tranes d'une roche augitique gris fonc. Le basalte tant
ordinairement form d'augite et d'olivine souvent altre et
de couleur rouge sombre, je fus amen  examiner les phases de
dcomposition de ce dernier minral, et je m'aperus avec tonnement
que je pouvais suivre une gradation presque parfaite entre l'olivine
inaltre et la wacke verte. Dans certains cas, des fragments
provenant d'un mme grain se comportaient au chalumeau comme de
l'olivine,  part un lger changement de couleur, ou donnaient un
globule magntique noir. Je ne puis donc douter que la wacke verdtre
n'tait  l'origine autre chose que de l'olivine, et que des
modifications chimiques trs profondes aient d se produire au cours
de la dcomposition pour avoir pu transformer un minral trs dur,
transparent, infusible, en une substance argileuse, tendre, onctueuse
et facilement fusible[6].

Les couches de la base de ces collines, ainsi que quelques monticules
isols, dnuds et de forme arrondie, sont constitus par des roches
feldspathiques ferrugineuses compactes, finement grenues, non
cristallines (ou dont la nature cristalline est  peine perceptible);
ces roches sont gnralement  demi dcomposes. Leur cassure est
extrmement irrgulire et esquilleuse, et mme les petits fragments
sont souvent trs rsistants. Elles renferment une forte proportion de
matire ferrugineuse, soit en petits grains  clat mtallique, soit
en fibres capillaires brunes; en ce dernier cas, la roche prend une
structure pseudo-brchiforme. Ces roches renferment parfois du mica et
des veines d'agate. Leur couleur brun de rouille ou jauntre est due
partiellement aux oxydes de fer, mais surtout  d'innombrables taches
microscopiques noires, qui fondent facilement lorsqu'on chauffe
un fragment de roche, et sont videmment formes de hornblende ou
d'augite. Ces roches contiennent donc tous les lments essentiels
du trachyte, quoiqu'elles offrent,  premire vue, l'aspect d'argile
cuite ou de quelque dpt sdimentaire modifi. Elles ne diffrent du
trachyte que parce qu'elles ne sont pas rudes au toucher et qu'elles
ne renferment pas de cristaux de feldspath vitreux. Ainsi que le cas
s'en prsente si souvent pour les formations trachytiques, on ne voit
ici aucune trace de stratification. On croirait difficilement que
ces roches ont pu couler  l'tat de laves; il existe pourtant 
Sainte-Hlne des coules bien caractrises, dont la composition est
presque identique  celle de ces roches, ainsi que je le montrerai
dans un autre chapitre. J'ai rencontr en trois endroits, parmi les
monticules constitus par ces roches, des collines coniques,  pentes
douces, formes de phonolite contenant de nombreux cristaux de
feldspath vitreux bien forms, et des aiguilles de hornblende. Je
crois que ces cnes de phonolite ont le mme rapport avec les couches
feldspathiques environnantes, que certaines masses d'une roche
augitique grossirement cristallise ont avec le basalte qui les
entoure, dans une autre partie de l'le, c'est--dire que dans
les deux cas ces roches ont t injectes. Les roches de nature
feldspathique tant plus anciennes que les nappes basaltiques qui
les recouvrent et que les coules basaltiques de la plaine ctire,
obissent  l'ordre de succession habituel de ces deux grandes
divisions de la srie volcanique.

Ce n'est qu' la partie suprieure des couches de la plupart de ces
collines qu'on peut distinguer les plans de sparation; les couches
s'inclinent faiblement du centre de l'le vers la cte. L'inclinaison
n'est pas identique dans toutes les collines; elle est plus faible
dans la colline marque A que dans les collines B, D ou E; les couches
de la colline C s'cartent  peine d'un plan horizontal; et celles de
la colline F (pour autant que j'ai pu en juger sans la gravir) sont
faiblement inclines en sens inverse, c'est--dire vers l'intrieur et
vers le centre de l'le. Malgr ces diffrences d'inclinaison, leur
similitude de forme extrieure et de constitution tant au sommet qu'
la base, leur disposition en une ligne courbe en prsentant le flanc
le plus escarp vers l'intrieur de l'le, tout semble prouver
qu'elles faisaient originairement partie d'un plateau qui s'tendait
probablement autour d'une grande partie de la circonfrence de l'le,
comme je l'ai fait remarquer plus haut. Les couches suprieures ont
coul bien certainement  l'tat de lave, et se sont probablement
tales sous la mer, comme c'est aussi le cas pour les masses
feldspathiques infrieures. Comment donc ces couches ont-elles t
amenes  prendre leur position actuelle, et d'o ont-elles fait
ruption?

Au centre de l'le il existe des montagnes leves[7], mais elles sont
spares du flanc escarp intrieur de ces collines par une large
tendue de pays de moindre altitude; d'ailleurs les montagnes de
l'intrieur paraissent avoir t le centre d'jaculation de grandes
coules de lave basaltique qui, se rtrcissant pour passer entre les
pieds de ces collines, s'talent ensuite sur la plaine ctire. Des
roches basaltiques forment un cercle grossirement dessin autour des
ctes de Sainte-Hlne, et  l'le Maurice on voit les restes d'un
cercle semblable entourant tout au moins une partie de l'le, sinon
l'le entire; la mme question revient immdiatement se poser ici:
comment ces masses ont-elles t amenes  prendre leur position
actuelle et de quel centre ruptif proviennent-elles? Quelle que
puisse tre la rponse, elle s'applique probablement  ces trois cas.
Nous reviendrons sur ce sujet dans un autre chapitre.


_Valles voisines de la cte_.--Elles sont larges, trs-plates et
bordes ordinairement de falaises peu leves. Certaines parties de
la plaine basaltique sont parfois isoles par ces valles, soit en
partie, soit mme compltement; l'espace o la ville de Praya est
btie offre un exemple de ce fait. Le fond de la grande valle qui
s'tend  l'ouest de la ville est rempli, jusqu' la profondeur
de plus de 20 pieds, de galets bien arrondis, qui sont solidement
ciments, en certains endroits, par une matire calcaire blanche.
La forme de ces valles dmontre  toute vidence qu'elles ont t
creuses par les vagues de la mer, pendant la dure de ce soulvement
uniforme du pays attest par le dpt calcaire horizontal avec restes
d'organismes marins actuels. En tenant compte de la conservation
parfaite des coquilles contenues dans cette couche, il est trange que
je n'aie pu trouver un seul fragment de coquille dans le conglomrat
qui occupe le fond des valles. Dans la valle qui se trouve  l'ouest
de la ville, le lit de galets est coup par une seconde valle se
greffant  la premire sous forme d'affluent; mais cette dernire
valle mme parat beaucoup trop large et prsente un fond beaucoup
trop plat pour avoir t creuse par la petite quantit d'eau qui peut
tomber pendant la saison humide, fort courte en cette contre, car
pendant le reste de l'anne ces valles sont absolument  sec.


_Conglomrats rcents_.--J'ai trouv sur les rivages de Quail-island
des fragments de briques, des morceaux de fer, des galets et de grands
fragments de basalte, unis en un conglomrat solide par un ciment peu
abondant, form d'une matire calcaire impure. Je puis dire, comme
preuve de l'extrme solidit de ce conglomrat rcent, que je me suis
efforc de dgager,  l'aide d'un lourd marteau de gologue, un gros
morceau de fer enchss dans le banc un peu au-dessus de la laisse de
basse mer, mais que j'ai t absolument incapable d'y parvenir.


Notes:

[1] La configuration de la cte, la position des villages, des
ruisseaux et de la plupart des collines reprsents dans cette figure,
ont t copies de la carte dresse  bord du _H.M.S. Leven_. Les
collines  sommet plat (A B C, etc.) y ont t reportes d'une manire
purement approximative, pour rendre ma description plus claire.

[2] Je suis fort reconnaissant  M. E.-W. Brayley de m'avoir indiqu 
ce sujet les travaux suivants: Faraday: _Edinburgh, New philosophical
Journal_, vol. XV, p. 398;--Gay-Lussac: _Annales de chimie et de
physique_, tome I, chap. XIII, p. 210, dont la traduction a paru dans
le _London and Edinburgh philosophical Magazine_, vol. X, p. 496.

[3] Je pense qu' une grande profondeur au-dessous de la surface du
sol, le carbonate de chaux tait  l'tat liquide. On sait que Hutton
attribuait la formation de toutes les roches amygdalodes  des
gouttes de calcaire fondu flottant dans le trapp comme de l'huile dans
l'eau; cette thorie est certainement fausse, mais si les roches
qui constituent le sommet de Red Hill s'taient refroidies sous la
pression des eaux d'une mer peu profonde, ou entre les parois d'un
dike, nous aurions, selon toute probabilit, une roche trappenne
associe avec de grandes masses de calcaire spathique compacte et
cristallin. Or, d'aprs la manire de voir de beaucoup de gologues
aujourd'hui, la prsence de ce calcaire aurait t attribue,  tort,
 des infiltrations postrieures.

[4] Ces roches offrent frquemment une varit remarquable, remplie de
petits fragments d'un minral terreux, rouge jaspe fonc, qui montre,
quand on l'examine attentivement, un clivage peu net; les petits
fragments sont allongs, tendres, magntiques avant comme aprs
calfaction, et difficilement fusibles en un mail terne. Ce minral
est videmment trs voisin des oxydes de fer, mais je ne saurais
le dterminer avec certitude. La roche qui renferme ce minral est
crible de petites cavits anguleuses tapisses et remplies de
cristaux jauntres de carbonate de chaux.

[5] Aux endroits o la nappe basaltique suprieure est interrompue,
les parois de cette gorge sont presque verticales. La lave qui l'a
remplie ultrieurement adhre  ces parois presque aussi fortement
qu'un dike  ses murs. Lorsqu'une nappe de lave s'est coule le long
d'une valle, elle est souvent borde, de chaque ct, par des masses
de scories incohrentes.

[6] D'Aubuisson, dans son _Trait de Gognosie_ (tome II, p. 569),
indique, d'aprs M. Marcel de Serres, que des masses de terre verte
existent prs de Montpellier, et sont considres comme dues  la
dcomposition de l'olivine. Je ne sache pas cependant que l'action
du chalumeau sur ce minral se trouve modifie lorsqu'il prsente un
commencement de dcomposition. Ce fait est important, car,  premire
vue, il semble invraisemblable qu'un minral dur, transparent,
rfractaire, se soit transform en une argile tendre et facilement
fusible comme celle de San Thiago. Je dcrirai plus loin une substance
verte formant des filaments dans l'intrieur des vacuoles de certaines
roches basaltiques vsiculaires au Van Diemen's Land, qui se comporte
au chalumeau comme la wacke verte de San Thiago, mais cette forme
cylindrique des filaments prouve qu'elle ne peut pas avoir t forme
par la dcomposition de l'olivine, minral se prsentant toujours en
grains ou en cristaux.

[7] Je n'ai presque rien vu de l'intrieur de l'le. Prs du village
de Saint-Domingo il y a de magnifiques rochers de lave basaltique 
gros grains cristallins. A 1 mille environ en amont du village, le
long du petit ruisseau qui parcourt la valle, la base du grand
rocher est forme d'un basalte compact  grain fin, surmont, en
stratification concordante, d'un lit de galets. J'ai rencontr, prs
de Fuentes, des collines mamelonnes constitues par des roches
feldspathiques compactes.




CHAPITRE II

FERNANDO NORONHA, TERCEIRA, TAHITI, MAURICE ROCHERS DE SAINT-PAUL


_Fernando Noronha_, colline escarpe de phonolite.--_Terceira_, roches
trachytiques; leur dcomposition remarquable par l'action de la vapeur
 haute temprature.--_Tahiti_, passage de la wacke au trapp: roche
volcanique intressante  vacuoles tapisses de msotype.--_Maurice_,
preuves de son mersion rcente; structure de ses plus anciennes
montagnes; analogie avec San Thiago.--_Rochers de Saint-Paul_. Ils
ne sont pas d'origine volcanique, leur composition minralogique
singulire.


_Fernando Noronha_.--J'ai observ fort peu de choses dignes d'une
description pendant notre courte visite  cette le et aux quatre les
suivantes. Fernando Noronha est situe dans l'ocan Atlantique, par
350' lat. S., et  230 milles de la cte de l'Amrique mridionale.
Ce groupe est form de divers lots, ayant ensemble 9 milles de
longueur sur 3 de largeur. Tout l'ensemble parat tre d'origine
volcanique; bien qu'il n'y ait de trace d'aucun cratre ni d'aucune
minence centrale. Le trait le plus remarquable de l'le est une
colline haute de 1.000 pieds, dont la partie suprieure, comprenant
400 pieds, constitue un cne escarp d'une forme trange, compos
de phonolite colonnaire contenant de nombreux cristaux de feldspath
vitreux et quelques aiguilles de hornblende. Du point le plus lev
qu'il m'ait t possible d'atteindre sur cette colline, j'ai pu
apercevoir, dans diffrentes parties du groupe, plusieurs autres
collines coniques, qui sont probablement de la mme nature.

Il y a  Sainte-Hlne de grandes masses protubrantes et coniques de
phonolite, hautes d'environ 1.000 pieds, formes par l'injection
de lave feldspathique fluide dans des couches qui ont cd sous la
pression. Si, comme tout le fait supposer, cette colline a une origine
semblable, la dnudation doit s'tre produite ici sur une trs grande
chelle. Prs de la base de la colline, j'ai observ des lits de
tuf blanc coups par de nombreux dikes de basalte amygdalode ou de
trachyte, et des lits de phonolite schisteux avec plans de feuilletage
orients N.-W. et S.-E. Certaines parties de cette roche, o les
cristaux taient rares, ressemblaient beaucoup  une ardoise ordinaire
modifie au contact d'un dike de trapp. Ce feuilletage de roches
qui ont t incontestablement fluides me semble un sujet bien digne
d'attention. Sur la plage il y avait de nombreux fragments de basalte
compact, et  distance on voyait comme une faade  colonnes formes
par cette roche.


_Terceira dans les Aores_.--La partie centrale de cette le est
constitue par des montagnes irrgulirement arrondies, assez peu
leves, formes de trachyte dont le caractre gnral se rapproche
beaucoup de celui du trachyte de l'Ascension que nous dcrirons plus
loin. Cette formation est recouverte en bien des points, et suivant
l'ordre de superposition ordinaire, par des coules de lave
basaltique, qui, prs de la cte, constituent la surface du sol
presque tout entire. On peut souvent suivre de l'oeil la route que
ces coules ont parcourue  partir de leurs cratres. La ville d'Angra
est domine par une colline cratriforme (Mount Brazil), entirement
constitue par des couches minces d'un tuf  grain fin, rude au
toucher et color en brun. Les couches suprieures paraissent
recouvrir les coules basaltiques sur lesquelles la ville est btie.
Cette colline est presque identique, au point de vue de la structure
et de la composition,  un grand nombre de collines cratriformes de
l'archipel des Galapagos.


_Action de la vapeur d'eau sur les roches trachytiques_.--Dans la
partie centrale de l'le, on observe en un point des vapeurs qui
s'chappent constamment, en jets, du fond d'une petite dpression
en forme de ravin sans issue, et qui est accole  une chane de
montagnes trachytiques. La vapeur est projete de plusieurs fentes
irrgulires; elle est inodore, noircit rapidement le fer, et possde
une temprature beaucoup trop leve pour que la main puisse la
supporter. Le trachyte compact est altr d'une manire fort curieuse
sur les bords de ces orifices: la base devient d'abord terreuse, avec
des taches rouges dues videmment  l'oxydation de particules de
fer; ensuite elle devient tendre, et enfin les cristaux de feldspath
vitreux cdent eux-mmes  l'agent de dcomposition. Lorsque toute la
masse est transforme en argile, l'oxyde de fer semble entirement
limin de certaines parties de la roche qui sont parfaitement
blanches, tandis qu'il parat s'tre dpos en grande quantit sur des
parties voisines colores d'un rouge clatant; d'autres masses sont
marbres de ces deux couleurs. Certains chantillons de cette argile
blanche, maintenant desschs, ne sauraient tre distingus  l'oeil
nu de la craie lave la plus fine; et broys sous la dent, ils
prsentent l'impression d'une finesse de grain uniforme; les habitants
se servent de cette substance pour badigeonner leurs maisons. La cause
pour laquelle le fer a t dissous dans certaines parties de la roche
et dpos  peu de distance de l, est obscure, mais le fait a
t observ en plusieurs autres points[1]. J'ai trouv, dans des
chantillons  moiti dcomposs, de petits agrgats globulaires
d'hyalite jaune, ressemblant  de la gomme arabique, et qui a t,
sans aucun doute, dpose par la vapeur.

Comme il n'y a pas d'issue pour l'eau de pluie, qui ruisselle le long
des parois de la cavit en forme de ravin d'o s'chappe la vapeur,
toute la masse doit passer au travers des fissures qui sont au fond
de cette cavit et s'infiltrer dans le sol. Quelques habitants
m'ont rapport que, d'aprs la tradition, des flammes (un phnomne
lumineux?) s'taient chappes autrefois de ces fissures, et qu'aux
flammes avaient succd des manations de vapeur; mais il m'a t
impossible d'obtenir des renseignements certains, quant  la date 
laquelle ces faits se seraient produits, ni sur les faits eux-mmes.

L'tude des lieux m'a conduit  supposer que l'injection d'une grande
masse rocheuse semi-fluide, comme serait le cne de phonolite 
Fernando Noronha, en soulevant en vote la surface du sol, peut avoir
dtermin la formation d'une cavit en forme de coin  fond crevass,
et que l'eau des pluies, pntrant jusqu'au voisinage des masses 
haute temprature, a t transforme en vapeur et expulse sous cette
forme pendant une longue suite d'annes.


_Tahiti (Otaheite)_.--Je n'ai visit qu'une partie de la rgion
nord-ouest de cette le, elle est entirement forme de roches
volcaniques. Prs de la cte on observe plusieurs varits de basalte,
dont les unes abondent en grands cristaux d'augite et en olivine
altre, et dont d'autres sont compactes et terreuses;--quelques-unes
sont lgrement vsiculaires, et d'autres parfois amygdalodes.
Ces roches sont d'habitude fortement dcomposes, et,  ma grande
surprise, je remarquai que dans plusieurs coupes il tait impossible
de distinguer, mme approximativement, la ligne de sparation entre la
lave dcompose et les lits de tuf alternant avec elle. Depuis que
les chantillons se sont desschs, il est cependant plus facile de
distinguer les roches ignes dcomposes des tufs sdimentaires. Je
pense que l'on peut expliquer cette transition de caractres entre des
roches dont l'origine est aussi diffrente, par le fait que les parois
des cavits vsiculaires, qui occupent une grande partie de la
masse dans plusieurs roches volcaniques, ont cd sous la pression,
lorsqu'elles taient ramollies par l'action de la chaleur. Comme le
nombre et la dimension des vacuoles s'accroissent gnralement dans
les parties suprieures d'une coule de lave, les effets de leur
compression s'accrotront en mme temps. En outre, chaque vacuole
situe plus bas doit contribuer, en cdant sous la pression, 
dranger toute la masse pteuse qui la surmonte. Nous pouvons donc
nous attendre  trouver une gradation complte depuis une roche
cristalline non modifie jusqu' une roche dont toutes les particules
(quoique faisant partie,  l'origine, d'une mme masse solide) ont
subi un dplacement mcanique; et ces particules pourront tre
difficilement distingues d'autres dont la composition est la mme,
mais qui ont t dposes comme matires sdimentaires. Puisque des
laves sont quelquefois lamines  leur partie suprieure, on comprend
que des lignes horizontales, rappelant celles des dpts aqueux,
ne peuvent pas dans tous les cas tre envisages comme une preuve
d'origine sdimentaire. Si l'on tient compte de ces considrations, on
ne sera pas surpris qu'autrefois beaucoup de gologues aient cru qu'il
existait des transitions relles runissant les dpts aqueux, en
passant par la wacke, aux trapps igns.

Dans la valle de Tia-auru, les roches les plus frquentes sont des
basaltes riches en olivine, et parfois presque entirement composs de
grands cristaux d'augite. J'ai recueilli quelques spcimens contenant
beaucoup de feldspath vitreux et dont le caractre se rapproche de
celui du trachyte. On rencontre aussi un grand nombre de gros blocs de
basalte scoriac dont les cavits sont tapisses de chabasie (?) et de
msotype fibro-rayonn. Quelques-uns de ces spcimens offraient une
apparence singulire, due  ce qu'une partie des vacuoles taient 
moiti remplies d'un minral msotypique blanc, tendre et terreux,
qui gonflait sous le chalumeau d'une manire remarquable. Comme les
surfaces suprieures, dans toutes les vacuoles  moiti remplies,
sont exactement parallles, il est vident que cette substance est
descendue au fond de chaque vacuole sous l'action de son propre poids.
Parfois cependant les vacuoles sont compltement remplies. D'autres
vacuoles sont ou bien remplies, ou bien tapisses de petits cristaux
qui paraissent tre de la chabasie; frquemment aussi ces cristaux
tapissent la moiti suprieure des vacuoles qui sont partiellement
remplies par le minral terreux, ainsi que la surface suprieure de
cette dernire substance; dans ce cas les deux minraux semblent se
fondre l'un dans l'autre. Je n'ai jamais vu une roche amygdalodale[2]
dont les vacuoles fussent  moiti remplies comme celles que nous
venons de dcrire; il est difficile de dcouvrir la cause pour
laquelle ce minral terreux s'est dpos au fond des vacuoles sous
l'influence de son propre poids, et pour quelle raison le minral
cristallin s'est dpos en enduit d'paisseur uniforme sur les parois
des vacuoles.

Sur les flancs de la valle, les bancs basaltiques sont doucement
inclins vers la mer, et je n'ai observ nulle part qu'ils fussent
drangs de leur position normale; ils sont spars l'un de l'autre
par des lits pais et compacts de conglomrats  fragments volumineux,
quelquefois arrondis, mais gnralement anguleux. Le caractre de
ces bancs, l'tat compact et la nature cristalline de la plupart
des laves, ainsi que la nature des minraux qui s'y sont forms
par infiltration, me portent  croire que la coule s'est tale
primitivement sous la mer. Cette conclusion s'accorde avec le fait que
le Rv. W. Ellis a rencontr,  une altitude considrable, des restes
d'organismes marins dans des couches qu'il croit interstratifies avec
des matires volcaniques. De plus, MM. Tyermann et Bennet ont signal
des faits semblables  Huaheine, autre le de cet archipel; en outre,
M. Stutchbury a dcouvert une couche de corail semi-fossile au sommet
d'une des montagnes les plus leves de Tahiti,  l'altitude de
plusieurs milliers de pieds. Aucun de ces restes fossiles n'a t
dtermin spcifiquement. J'ai vainement cherch la trace d'un
soulvement rcent sur la cte, o les grandes masses coraliennes qui
s'y trouvent en auraient fourni des preuves irrfutables. Je renvoie
le lecteur  mon ouvrage sur la _Structure et la Distribution des
rcifs coraliens_, pour les citations des auteurs dont j'ai parl et
pour l'exposition dtaille des raisons qui m'empchent de croire que
Tahiti a subi un soulvement rcent.


_Maurice_.--Lorsqu'on approche de cette le du ct du N. ou du N.-W.,
on voit une chane recourbe de montagnes escarpes, surmontes de
pics trs abrupts, dont le pied surgit d'une zone unie de terrain
cultiv, qui s'incline doucement jusqu' la cte. La premire
impression qu'on prouve est que la mer atteignait,  une poque peu
recule, le pied de ces montagnes, et aprs un examen attentif cette
impression se confirme, au moins pour la partie infrieure de cette
zone. Divers auteurs[3] ont dcrit des masses de roche corallienne
souleves sur la plus grande partie de la circonfrence de l'le.
Entre Tamarin Bay et Great Black River j'ai observ avec le capitaine
Lloyd deux monticules de roche corallienne, dont la partie infrieure
est forme de grs calcareux dur, et la partie suprieure, de grands
blocs  peine agrgs, constitus par des Astres, des Madrpores et
des fragments de basalte; ils taient disposs en bancs plongeant vers
la mer sous un angle qui dans un cas tait de 8 et dans un autre de
18; ils semblaient avoir t exposs  l'action des vagues, et ils
s'levaient brusquement  la hauteur d'environ 20 pieds, d'une surface
unie jonche de dbris organiques rouls. L'_Officier du Roi_ a dcrit
dans son intressant voyage autour de l'le, en 1768, des masses de
roches coralliennes souleves, conservant encore cette structure en
forme de foss (V. mon ouvrage sur les rcifs coralliens, p. 54)
caractristique pour les rcifs vivants. J'ai observ sur la cte,
au nord de Port-Louis, que la lave tait cache, sur une distance
considrable dans la direction du centre de l'le, par un conglomrat
de coraux et de coquilles, semblables  ceux de la plage, mais
ciments par une matire ferrugineuse rouge. M. Bory de Saint-Vincent
a dcrit des lits calcareux semblables s'tendant sur la plaine de
Pamplemousses presque tout entire. En retournant de grandes pierres
qui gisaient dans le lit d'une rivire,  l'extrmit d'une crique
abrite, prs de Port-Louis et  quelques yards au-dessus du niveau
des fortes mares, j'ai trouv plusieurs coquilles de serpules encore
adhrentes  la face infrieure de ces pierres.

Les montagnes denteles voisines de Port-Louis s'lvent  la hauteur
de 2  3.000 pieds; elles sont constitues par des couches de basalte,
spares les unes des autres, d'une manire peu nette, par des bancs
de matires fragmentaires fortement agrgs, et elles sont coupes par
quelques dikes verticaux. Ce basalte, gnralement compact, abonde
dans certaines parties en grands cristaux d'augite et d'olivine.
L'intrieur de l'le est une plaine, leve probablement d'environ
1.000 pieds au-dessus du niveau de la mer, et forme par des nappes de
lave qui se sont rpandues autour des montagnes basaltiques ravines
et ont combl les valles qui les sparent. Ces laves plus rcentes
sont galement basaltiques, mais moins compactes, et un certain nombre
d'entre elles abondent en feldspath au point qu'elles fondent en un
verre de couleur ple. Sur les bords de Great River on peut voir
une coupe d'environ 500 pieds de hauteur, qui met  dcouvert de
nombreuses nappes minces de lave basaltique spares les unes des
autres par des lits de scories. Ces laves paraissent d'origine
subarienne et semblent s'tre coules de divers points d'ruption
situs sur le plateau central, dont le plus important est, dit-on, le
Piton du Milieu. Il y a aussi plusieurs cnes volcaniques qui sont
probablement de cette mme priode moderne, rpartis sur le pourtour
de l'le, spcialement  l'extrmit septentrionale, o ils forment
des lots spars.

L'ossature principale de l'le est forme par les montagnes de basalte
plus compact et plus riche en cristaux. M. Bailly[4] affirme que
toutes ces montagnes se dveloppent autour d'elle comme une ceinture
d'immenses remparts, toutes affectant une pente plus ou moins incline
vers le rivage de la mer, tandis que, au contraire, vers le centre de
l'le elles prsentent une coupe abrupte et souvent taille  pic.
Toutes ces montagnes sont formes de couches parallles inclines du
centre de l'le vers la mer. Ces observations ont t discutes d'une
manire gnrale par M. Quoy, dans le _Voyage de Freycinet_. J'ai
constat leur parfaite exactitude pour autant que les moyens
d'observation insuffisants dont je disposais m'aient permis de le
faire[5]. Les montagnes que j'ai visites dans le nord-ouest de l'le,
notamment La Pouce, Peter Botts, Corps de Garde, Les Mamelles, et
probablement une autre encore situe plus au sud, offrent prcisment
la forme externe et la disposition des couches dcrites par M. Bailly.
Elles constituent le quart environ de sa ceinture de remparts. Quoique
ces montagnes soient aujourd'hui isoles, et spares les unes des
autres par des brches, dont la largeur atteint mme plusieurs milles,
au travers desquelles se sont rpandus des dluges de lave partis
de l'intrieur de l'le, pourtant en voyant les grandes analogies
qu'elles prsentent, on reste convaincu qu'elles ont fait partie, 
l'origine, d'une seule masse continue. A en juger d'aprs la belle
carte de l'le Maurice publie par l'Amiraut d'aprs un manuscrit
franais, il existe  l'autre extrmit de l'le une chane de
montagnes (M. Bambou) correspondant comme hauteur, position relative
et forme extrieure,  celle que je viens de dcrire. Il est douteux
que la ceinture ait jamais t complte, mais on peut conclure avec
certitude de ce qu'avance M. Bailly et de mes propres observations,
qu' une certaine poque des montagnes, formes de couches inclines
vers l'extrieur et prsentant vers l'intrieur des flancs  pic,
s'tendaient sur une grande partie de la circonfrence de l'le. La
ceinture semble avoir t ovale et de trs grandes dimensions, car son
petit axe, mesur entre la partie interne des montagnes voisines de
Port-Louis et celles des environs de Grand-Port, n'a pas moins de 13
milles gographiques de longueur. M. Bailly ne craint pas d'admettre
que ce vaste golfe, combl ultrieurement en grande partie par des
coules de lave modernes, a t form par l'affaissement de toute la
partie suprieure d'un grand volcan.

Il est singulier de voir sous combien de rapports concorde l'histoire
gologique de ces parties des les San Thiago et Maurice que j'ai
visites. Dans les deux les la ligne des ctes est suivie par une
chane courbe de montagnes prsentant la mme forme extrieure, la
mme stratification et la mme composition (tout au moins en ce qui
concerne les couches suprieures). Dans les deux cas ces montagnes
semblent avoir fait partie,  l'origine, d'une masse continue. Si on
compare la structure compacte et cristalline des couches de basalte
qui les constituent avec celle des coules basaltiques voisines, de
formation subarienne, on est conduit  admettre que les premires
se sont tales en nappes sur le fond de la mer et qu'elles ont t
merges ensuite. Nous pouvons supposer que les larges brches entre
les montagnes ont t, dans les deux cas, ouvertes par l'action des
vagues, pendant leur soulvement graduel, phnomne qui a continu 
se produire encore  une priode relativement rcente, dans chacune
de ces les, ainsi que le montrent des preuves videntes qu'on peut
constater sur leurs rivages. Dans ces deux les, de grandes coules de
laves basaltiques plus rcentes, mises du centre de l'le, se sont
tales autour des anciennes collines basaltiques et ont combl les
valles qui les sparaient; en outre, des cnes d'ruptions rcentes
ont surgi sporadiquement sur le pourtour des deux les; enfin, pas
plus  San Thiago qu' Maurice on ne constate d'ruption durant la
priode historique. Comme on l'a fait remarquer dans le dernier
chapitre, il est probable que ces anciennes montagnes basaltiques, qui
ressemblent,  bien des gards,  la partie infrieure ruine de deux
normes volcans, doivent leur forme actuelle, leur structure et leur
position  l'action de causes semblables.


_Rochers de Saint-Paul_.--Cette petite le est situe dans l'ocan
Atlantique,  1 environ, au nord de l'quateur, et  540 milles de
l'Amrique du Sud, par 2915' de longitude ouest. Son point culminant
ne s'lve qu' 50 pieds  peine au-dessus du niveau de la mer; ses
contours sont irrguliers, et sa circonfrence entire ne mesure que
trois quarts de mille. Cette petite pointe rocheuse s'lve  pic dans
l'Ocan; et, sauf sur sa cte ouest, les sondages qu'on a oprs n'ont
pas atteint le fond, mme  la faible distance d'un quart de mille du
rivage. Elle n'est pas d'origine volcanique, et  cause de ce fait,
qui est le plus saillant de son histoire comme nous le verrons plus
loin, il n'y aurait pas lieu d'en traiter dans cet ouvrage. Cette
le est forme de roches qui diffrent de toutes celles que j'ai
rencontres, et je ne saurais les caractriser par aucun nom; je dois
donc les dcrire.

La varit la plus simple, et qui est aussi l'une des plus abondantes,
est une roche trs compacte, lourde, d'un noir verdtre,  cassure
anguleuse et irrgulire; certaines artes sont assez dures pour rayer
le verre, et la roche est infusible. Cette varit passe  d'autres
d'un vert plus ple, moins dures, mais dont la cassure est plus
cristalline, translucides sur les bords et qui sont fusibles en un
mail vert. Plusieurs varits sont caractrises principalement par
le fait qu'elles contiennent d'innombrables filaments de serpentine
vert sombre, et que leurs interstices sont remplis par une matire
calcaire. Ces roches ont une structure concrtionne peu visible, et
sont remplies de pseudo-fragments anguleux de coloration varie. Ces
pseudo-fragments anguleux sont forms par la roche vert sombre dcrite
en premier lieu, par une varit brune, plus tendre, de serpentine et
par une roche jauntre, rude au toucher, et qui doit probablement tre
rapporte  une roche serpentineuse. Il y a encore dans l'le d'autres
roches, tendres, vsiculaires et de nature calcaro-ferrugineuse. On
n'observe pas de stratification bien distincte, mais une partie des
roches est imparfaitement laminaire, et tout l'ensemble est vein par
des filons de diverses dimensions et des masses ressemblant  des
veines, dont quelques-unes, qui sont calcaires et renferment de petits
fragments de coquilles, sont incontestablement d'origine postrieure
aux autres.


_Incrustation luisante_.--Une grande partie de ces roches sont
revtues d'une substance polie et luisante,  clat perl,
blanc-gristre; cet enduit suit toutes les irrgularits de la surface
 laquelle il adhre fortement. En examinant cette substance  la
loupe, on reconnat qu'elle est forme d'un grand nombre de couches
excessivement minces, dont l'paisseur totale atteint environ un
dixime de pouce. Cette matire est beaucoup plus dure que le spath
calcaire, mais elle peut tre raye au couteau. Au chalumeau elle
s'exfolie, dcrpite, noircit lgrement, met une odeur ftide
et devient fortement alcaline; elle ne fait pas effervescence aux
acides[6]. Je suppose que cette substance a t dpose par l'eau
qui filtre au travers des excrments d'oiseaux dont les rochers
sont couverts. J'ai observ  l'le de l'Ascension des masses
stalactitiques irrgulires paraissant tre de la mme nature, prs
d'une cavit de la roche qui tait remplie d'une masse lamelleuse
forme de fiente d'oiseaux amene l par l'infiltration. Lorsqu'on
les casse, ces masses offrent une texture terreuse, mais,  la
partie externe et surtout  leur extrmit, elles sont formes
d'une substance perle, ordinairement dispose en petits globules,
ressemblant  l'mail des dents, mais plus fortement translucide, et
assez dure pour rayer le verre. Cette substance noircit lgrement au
chalumeau, dgage une odeur dsagrable, devient ensuite absolument
blanche en se boursouflant un peu, et fond en un mail blanc terne;
elle ne devient pas alcaline et ne fait pas effervescence aux acides.
Toute la masse offre un aspect rid, comme si elle s'tait fortement
contracte lors de la formation de la crote dure et luisante. Aux
les Abrolhos sur la cte du Brsil, o le guano abonde, j'ai trouv,
en grande quantit, une substance brune, arborescente, adhrant  une
roche trappenne. Cette substance ressemble beaucoup, sous sa forme
arborescente,  quelques-unes des varits ramifies de Nullipores.
Elle prsente, au chalumeau, les mmes caractres que les spcimens
provenant de l'Ascension; mais elle est moins dure et moins brillante,
et sa surface n'a pas l'aspect rid.


Notes:

[1] Spallanzani, Dolomieu et Hoffmann ont dcrit des faits analogues
dans les les volcaniques d'Italie. Dolomieu dit (_Mmoire sur les
Isles Ponces_, p. 86) qu'aux les Ponta le fer a t redpos sous
forme de veines. Ces auteurs croient aussi que la vapeur dpose de
la silice; il est dmontr exprimentalement aujourd'hui qu' haute
temprature la vapeur peut dissoudre la silice.

[2] Cependant Mac-Culloch a dcrit et a figur (_Geolog. Trans. 1st
series_, vol. IV, p. 225) un trapp dont les cavits taient remplies
de quartz et de calcdoine disposs en zones horizontales. La moiti
suprieure de ces cavits est souvent remplie par des couches qui
suivent toutes les irrgularits de la surface, et par de petites
stalactites suspendues, formes des mmes substances siliceuses.

[3] Dans Hooker, _Bot. Misc_., vol. II, p. 301, le capitaine
Carmichael. Le capitaine Lloyd a dcrit rcemment quelques-unes de ces
masses avec beaucoup de soin dans les _Proceedings of the geological
Society_ (vol. III, p. 317). Plusieurs faits intressants sont
rapports sur ce sujet dans le _Voyage  l'Isle de France_, par un
_Officier du Roi_. Consulter aussi _Voyage aux quatre Isles d'Afrique_
par M. Bory de Saint-Vincent.

[4] _Voyages aux Terres australes_, t. I, p. 54.

[5] M. Lesson semble admettre les ides de M. Bailly dans la
dscription qu'il a faite de l'le dans le _Voyage de la Coquille_.

[6] J'ai dcrit cette substance dans mon _Journal_. Je la croyais
alors constitue par un phosphate de chaux impur.




CHAPITRE III

ASCENSION


Laves basaltiques.--Nombreux cratres tronqus du mme
ct.--Structure singulire de bombes volcaniques.--Explosions
de masses gazeuses.--Fragments granitiques jaculs.--Roches
trachytiques.--Veines remarquables.--Jaspe, son mode de
formation.--Concrtions dans le tuf ponceux.--Dpts calcaires et
incrustations dendritiques sur la cte.--Couches lamines alternant
avec de l'obsidienne et passant  cette roche.--Origine de
l'obsidienne.--Lamination des roches volcaniques.


Cette le est situe dans l'ocan Atlantique, par 8 lat. S. et 14
long. W. Elle a la forme d'un triangle irrgulier (Voir la carte
ci-jointe), dont chaque ct mesure environ 6 milles de longueur. Son
point culminant se trouve  2.870 pieds[1] au-dessus du niveau de la
mer. Elle est entirement volcanique, et, vu l'absence de preuves
contraires, je la crois d'origine subarienne. La roche fondamentale
est de nature feldspathique, elle offre partout une couleur ple, et
elle est gnralement compacte. Dans la rgion sud-est de l'le, qui
est aussi la plus leve, on trouve du trachyte bien caractris et
d'autres roches analogues appartenant  cette famille lithologique si
varie. La circonfrence presque tout entire est couverte de coules
de lave basaltique noire et rugueuse: on y voit poindre de-ci de-l
une colline ou une simple pointe de rocher constitues par du trachyte
qui n'a pas t recouvert. L'un de ces pointements, prs du bord de la
mer, au nord du fort, n'a que 2 ou 3 yards de diamtre.


_Roches basaltique_.--La lave basaltique sous-jacente est extrmement
celluleuse en certains points, beaucoup moins en d'autres; sa couleur
est noire, mais elle contient quelquefois des cristaux de feldspath
vitreux, parfois aussi, mais rarement, une grande quantit d'olivine.
Ces coules semblent avoir t singulirement peu fluides; leurs
parois et leur extrmit sont trs escarpes, et n'ont pas moins de 20
 30 pieds de haut. Leur surface est extraordinairement raboteuse, et
 distance elle parat parseme d'un grand nombre de petits cratres.
Ces intumescences sont des monticules larges, irrgulirement
coniques, traverss de fissures, et forms par un basalte plus ou
moins scoriac, comme les coules environnantes, mais possdant une
structure colonnaire mal dfinie: leur hauteur au-dessus de la surface
gnrale varie de 8  30 pieds, et ils ont t forms, je pense, par
l'accumulation de la lave visqueuse aux points o elle rencontrait une
plus grande rsistance. A la base de plusieurs de ces monticules, et
parfois aussi en des parties plus horizontales de la coule, des ctes
paisses s'lvent  2 ou 3 pieds au-dessus de la surface; elles sont
formes de masses de basalte angulo-globulaires, ressemblant par leur
forme et par leur dimension  des tuyaux de terre cuite recourbs, ou
 des gouttires de la mme matire, mais elles ne sont pas creuses:
j'ignore quelle peut avoir t leur origine. Un grand nombre de
fragments superficiels de ces coules basaltiques offrent des formes
singulirement contournes, et plusieurs spcimens ressemblent,  s'y
mprendre,  des blocs de bois de couleur sombre sans corce.

Plusieurs des coules basaltiques peuvent tre suivies, soit jusqu'aux
points d'ruption  la base de la grande masse centrale de trachyte,
soit jusqu' des collines isoles, coniques, de teinte rougetre, qui
sont parpilles sur le littoral du nord et de l'ouest de l'le. Du
haut de l'minence centrale, j'ai compt vingt  trente de ces cnes
d'ruption. Le sommet tronqu de la plupart d'entre eux est coup
obliquement, et tous prsentent une pente vers le sud-est, point d'o
souffle le vent aliz[2]. Cette structure est due, sans aucun doute,
 l'action du vent, qui a pouss en plus grande quantit dans un sens
que dans l'autre les fragments et les cendres rejets pendant les
ruptions. M. Moreau de Jonns a fait une observation semblable pour
les volcans des Antilles.


_Bombes volcaniques_.--On les rencontre en grand nombre, rpandues
sur le sol, et quelques-unes d'entre elles se trouvent  une distance
considrable de tout point d'ruption. Leur dimension varie de celle
d'une pomme  celle du corps d'un homme; elles sont sphriques ou
pyriformes, et l'extrmit postrieure (qui rpondrait  la queue
d'une comte) est irrgulire et hrisse de pointes saillantes; elle
peut mme tre concave. Leur surface est rugueuse et traverse de
fentes ramifies; leur structure interne est irrgulirement scoriace
et compacte, ou offre un aspect symtrique fort remarquable. La
gravure reprsente trs exactement un segment irrgulier d'une bombe
appartenant  cette dernire espce, et dont j'ai trouv plusieurs
spcimens. Elle avait  peu prs la grandeur d'une tte d'homme. La
partie interne tout entire est grossirement celluleuse; le diamtre
moyen des vacuoles est d'un dixime de pouce environ, mais leur
dimension dcrot graduellement vers la partie externe de la bombe.
Cette partie interne est entoure d'une crote de lave compacte,
nettement limite, offrant une paisseur presque uniforme d'environ un
tiers de pouce. La crote est recouverte d'une enveloppe un peu plus
paisse de lave finement celluleuse (dont les vacuoles varient en
diamtre d'un cinquantime  un centime de pouce), et qui forme la
surface extrieure. La limite qui spare la crote de lave compacte de
l'enduit scoriac externe est nettement dfinie. On peut facilement se
rendre compte de cette structure en supposant qu'une masse de matire
visqueuse et scoriace soit projete dans l'air, et anime d'un
mouvement rotatoire rapide. En effet, pendant que la crote extrieure
se solidifiait par refroidissement (et prenait l'tat o nous la
voyons aujourd'hui), la force centrifuge, en rduisant la pression
 l'intrieur de la bombe, devait permettre aux vapeurs chaudes de
dilater les vacuoles, mais celles-ci, comprimes par la mme force
contre la crote dj solidifie, devaient diminuer graduellement de
volume, et  mesure qu'elles taient plus rapproches de cette crote
externe, leur volume devait toujours aller se rduisant jusqu'au
moment o la partie interne tait emprisonne dans une crote massive
concentrique. Nous savons que des clats peuvent tre projets d'une
meule[3] lorsqu'elle est anime d'un mouvement de rotation assez
rapide, nous ne devons donc pas douter que la force centrifuge soit
assez puissante pour modifier, comme nous le supposons ici, la
structure d'une bombe encore  l'tat plastique. Des gologues
ont fait observer que la forme extrieure d'une bombe nous rvle
immdiatement l'histoire de sa course arienne, et nous constatons
maintenant que sa structure interne peut nous redire presque aussi
clairement le mouvement rotatoire dont elle tait anime.

[Illustration: Fig. 3.--Fragment d'une bombe volcanique sphrique,
dont la partie interne grossirement celluleuse est entoure d'une
couche de lave compacte recouverte d'une crote forme par une roche
finement celluleuse.]


M. Bory de Saint-Vincent[4] a dcrit des masses arrondies de lave
trouves  l'le Bourbon, qui ont une structure tout  fait semblable;
pourtant son interprtation (si je la comprends bien) est fort
diffrente de celle que j'ai donne, car il suppose que ces corps ont
roul, comme des boules de neige, le long des flancs du cratre.

M. Beudant[5] a dcrit de singulires petites sphres d'obsidienne,
dont le diamtre ne dpasse jamais 6  8 pouces, et qu'il a trouves
rpandues  la surface du sol. Elles sont toujours de forme ovale,
parfois elles sont fortement renfles par le milieu, et mme
fusiformes; leur surface est recouverte de crtes et de sillons
concentriques, disposs avec une certaine rgularit, et qui sont tous
perpendiculaires  un axe du globule; la partie interne est compacte
et vitreuse. M. Beudant suppose que des masses de lave encore
plastique ont t projetes dans l'air et animes d'un mouvement
rotatoire autour d'un mme axe, ce qui a dtermin la forme de la
bombe et des ctes superficielles. Sir Thomas Mitchell m'a donn un
chantillon qui semble tre,  premire vue, la moiti d'un globe
d'obsidienne fortement aplati; il a singulirement l'aspect d'un objet
artificiel, et cet aspect est exactement reprsent (en grandeur
naturelle) dans la gravure ci-jointe. Cet chantillon a t trouv,
tel que nous le voyons, dans une grande plaine sablonneuse, entre les
rivires Darling et Murray en Australie, et  plusieurs centaines de
milles de toute rgion volcanique connue. Il parat avoir t enfoui
dans une matire tuface rougetre, et peut-tre a-t-il t transport
par les aborignes ou par des agents naturels. La coupe ou enveloppe
externe est forme d'obsidienne compacte, de couleur vert bouteille,
et elle est remplie de lave noire finement celluleuse beaucoup moins
transparente et moins vitreuse que l'obsidienne. La surface extrieure
porte quatre ou cinq ctes assez peu nettes, que dans la figure on
a peut-tre reprsentes en les exagrant. Nous avons donc ici la
structure externe dcrite par M. Beudant et la nature celluleuse
interne des bombes de l'Ascension. La lvre de la coupe extrieure est
lgrement concave, exactement comme le bord d'une assiette creuse, et
son bord interne surplombe un peu de lave cellulaire centrale. Cette
structure est tellement symtrique sur toute la circonfrence, qu'on
est oblig d'admettre que la bombe a fait explosion pendant sa
course arienne, alors qu'elle tait encore anime d'un mouvement de
rotation, avant d'tre entirement solidifie, et que la lvre et les
bords ont t ainsi lgrement modifis et inflchis vers l'intrieur.
On peut observer que les ctes extrieures sont situes dans des plans
perpendiculaires  un axe oblique au grand axe de l'ovode aplati:
nous devons supposer, pour expliquer ce fait, que, lors de l'explosion
de la bombe, l'axe de rotation a subi un dplacement.

[Illustration: FIG. 4.--Bombe volcanique d'obsidienne d'Australie,
vue de face dans la figure suprieure et de profil dans la figure
infrieure.]


_Explosions de masses gazeuses_.--Les flancs de Green Mountain et la
contre environnante sont couverts d'une grande quantit de fragments
incohrents, formant une masse paisse de quelques centaines de pieds.
Les couches infrieures consistent gnralement en tufs  grain fin
 peine consolids[6], et les lits suprieurs en grands fragments
dtachs, alternant avec des lits de matires moins grossires[7]. Une
couche blanche rubane de brche ponceuse dcompose tait reploye
d'une faon remarquable en fortes courbes ininterrompues, au-dessous
de chacun des grands fragments du banc surincombant. Je suppose,
d'aprs la position relative de ces bancs, qu'un cratre  orifice
troit, occupant  peu prs l'emplacement de Green Mountain, a lanc
comme un norme fusil  air, avant son extinction finale, cette vaste
accumulation de matriaux meubles. Des dislocations trs importantes
se sont produites postrieurement  cet vnement, et un cirque ovale
a t form par affaissement. Cet espace affaiss se trouve au pied
nord-est de Green Mountain, et il est nettement indiqu sur la carte
qui accompagne cet ouvrage. Son grand axe, rpondant  une ligne de
fissure dirige N.-E.-S.-W., a une longueur de trois cinquimes de
mille marin; les bords de ce cirque sont presque verticaux, sauf en
un seul point, et ont  peu prs 400 pieds de hauteur;  la partie
infrieure ils sont constitus par un basalte feldspathique de couleur
ple, et  la partie suprieure par du tuf et par des fragments
projets  l'tat incohrent; le fond est uni, et sous tout autre
climat il se serait form en cet endroit un lac profond. A juger par
l'paisseur du banc de fragments incohrents qui recouvre la contre
environnante, la masse de matire gazeuse qui les a projets doit
avoir t norme. Nous pouvons conclure vraisemblablement de ces
faits, qu'aprs l'explosion, de vastes cavernes auront t formes
sous le sol, et que l'croulement de la vote de l'une d'entre elles
a form la cavit que nous venons de dcrire. Dans l'archipel des
Galapagos on rencontre souvent des fosses d'un caractre semblable,
mais de dimension beaucoup moindre,  la base de petits cnes
d'ruption.


_Fragments granitiques projets_.--Il n'est pas rare de trouver dans
le voisinage de Green Mountain des fragments de roches htrognes
empts dans des masses de scories. Le lieutenant Evans,  l'amabilit
duquel je dois un grand nombre de renseignements, m'en a donn
plusieurs spcimens, et j'en ai trouv d'autres moi-mme. Ils ont
presque tous une structure granitique, ils sont cassants, rudes au
toucher, et leur couleur est videmment altre: 1. Une synite
blanche, raye et tachete de rouge, elle est forme de feldspath bien
cristallis, de nombreux grains de quartz et de cristaux de hornblende
brillants quoique petits. Le feldspath et la hornblende de cet
chantillon et de ceux dont on parlera dans la suite ont t
dtermins  l'aide du goniomtre  rflexion, et le quartz par sa
manire d'tre au chalumeau. D'aprs son clivage, le feldspath de ces
fragments projets ainsi que la varit vitreuse que l'on trouve dans
le trachyte, est un feldspath potassique.--2. Une masse rouge brique
de feldspath, de quartz et de petites plages d'un minral dcompos
dont un petit fragment m'a montr le clivage de la hornblende.--3. Une
masse de feldspath blanc  cristallisation confuse, avec de petits
nids d'un minral de couleur sombre, souvent caris, arrondis sur les
bords,  cassure luisante, mais sans clivage distinct; sa comparaison
avec le second spcimen m'a dmontr que c'tait de la hornblende
fondue.--4. Une roche qui,  premire vue, semble tre une simple
agrgation de grands cristaux distincts de Labrador gris[8]; mais
dans les interstices de ces cristaux il y a un peu de feldspath grenu
blanc, de nombreuses paillettes de mica, et un peu de hornblende
altre; je ne crois pas qu'il y ait du quartz. J'ai dcrit ces
fragments en dtail parce qu'on rencontre rarement[9] des roches
granitiques projetes par des volcans et _dont les minraux n'aient
pas subi de modifications_, comme c'est le cas pour le premier
spcimen, et dans une certaine mesure pour le second. Un autre grand
bloc trouv ailleurs mrite d'tre signal; c'est un conglomrat
contenant de petits fragments de roches granitiques, celluleuses
et jaspeuses, et de porphyre ptro-siliceux empts dans une masse
fondamentale de wacke et traverss d'un grand nombre de couches minces
de rtinite concrtionne passant  l'obsidienne. Ces couches sont
parallles, peu tendues, et lgrement incurves, elles s'amincissent
 leurs extrmits et rappellent par leur forme les couches de quartz
dans le gneiss. Il est probable que ces petits fragments empts n'ont
pas t projets  l'tat isol, mais qu'ils taient empts dans une
roche volcanique fluide, voisine de l'obsidienne; nous allons voir
que plusieurs varits appartenant  la srie de cette dernire roche
possdent une structure laminaire.


_Roches trachytiques_.--Elles occupent la partie la plus leve et la
plus centrale de l'le, ainsi que la rgion du sud-est. Le trachyte
est ordinairement d'une couleur brun ple, tachete de points plus
foncs; il contient des cristaux de feldspath vitreux briss et
ploys, des grains de fer spculaire et des points microscopiques
noirs que je considre comme tant de la hornblende parce qu'ils sont
aisment fusibles et qu'alors ils deviennent magntiques. Cependant la
plupart des collines sont formes d'une pierre trs blanche, friable,
et qui semble tre un tuf trachytique. L'obsidienne, le hornstone et
diverses espces de roches feldspathiques laminaires sont associs au
trachyte. On n'observe pas de stratification distincte, et je n'ai pu
dcouvrir de structure cratriforme dans aucune des collines de cette
srie. Il s'est produit des dislocations considrables, et plusieurs
des crevasses de ces roches sont encore bantes, ou ne sont que
partiellement combles par des fragments dtachs. Quelques coules
basaltiques se sont avances sur l'aire[10] o s'tale le trachyte;
et non loin du sommet de Green Mountain on voit une coule de basalte
vsiculaire absolument noir, contenant de petits cristaux de feldspath
vitreux d'aspect arrondi.

La pierre blanche tendre, mentionne plus haut, est remarquable par
la ressemblance frappante qu'elle offre avec un tuf sdimentaire
lorsqu'on la voit en masse; j'ai t longtemps sans pouvoir me
convaincre que telle n'tait pas son origine, et d'autres gologues
ont prouv les mmes hsitations pour des formations presque
identiques, dans des rgions trachytiques. En deux points, cette
pierre blanche terreuse forme des collines isoles, en un troisime
elle est associe  du trachyte colonnaire et laminaire, mais je n'ai
pu reconnatre la trace d'un contact. Cette roche contient de nombreux
cristaux de feldspath vitreux et des points noirs microscopiques, et
elle est mouchete de petites taches plus fonces, exactement comme
le trachyte environnant. Pourtant sa pte vue au microscope, parat
gnralement terreuse, mais parfois elle offre une structure nettement
cristalline. Sur la colline dsigne sous le nom de _Crater of an old
volcano_, elle passe  une varit d'un gris verdtre ple, qui n'en
diffre que par la couleur, et parce qu'elle n'est pas aussi terreuse;
en un endroit, le passage s'opre insensiblement; en un autre, il se
fait par l'intermdiaire de nombreuses masses anguleuses et arrondies
de la varit verdtre englobes dans la varit blanche;--dans
ce dernier cas, l'aspect ressemble beaucoup  celui d'un dpt
sdimentaire disloqu et rod pendant la formation d'une couche plus
rcente. Ces deux varits de roches sont traverses d'innombrables
veines tortueuses (que je dcrirai plus loin); elles ne ressemblent en
rien aux dikes injects ni aux veines que j'ai pu observer ailleurs.
Les deux varits renferment quelques fragments isols, et de
dimension variable, de roches scoriaces  teinte fonce; les vacuoles
d'un certain nombre de ces fragments sont partiellement remplies
par la pierre blanche terreuse. Les deux varits renferment aussi
d'normes blocs d'un porphyre cellulaire[11]. Ces fragments font
saillie au-dessus de la surface de la roche altre, et ressemblent
tout  fait  des fragments empts dans un tuf sdimentaire. Mais ce
fait n'est pas un argument srieux en faveur de l'origine sdimentaire
de la pierre blanche terreuse[12] car on sait que le trachyte
colonnaire, la phonolite[13] et d'autres laves compactes renferment
quelquefois des fragments trangers de roches celluleuses. Le passage
insensible de la varit verdtre  la varit blanche, et de mme, le
passage plus brusque d'une roche  l'autre dtermin par la prsence
de fragments de la premire, empts dans la seconde, peut provenir
de lgres diffrences dans la composition d'une mme masse de pierre
fondue, et de l'action d'arasion exerce par une masse encore fluide
sur une autre masse dj solidifie. Je crois que les singulires
veines dont il a t question plus haut ont t formes par une
substance siliceuse qui s'est postrieurement isole de la masse. Mais
la principale raison qui me porte  croire que ces roches terreuses
tendres, avec leurs fragments trangers, ne sont pas d'origine
sdimentaire, c'est qu'il est trs peu probable que des cristaux de
feldspath, des points noirs microscopiques et de petites taches de
couleur fonce puissent se prsenter en mme proportion dans un
sdiment aqueux et dans des masses de trachyte compact. En outre,
comme je l'ai fait observer plus haut, le microscope dcle parfois
une structure cristalline dans la masse fondamentale d'apparence
terreuse. D'un autre ct, il est certainement fort difficile
d'expliquer la dcomposition partielle de masses de trachyte aussi
considrables et formant des montagnes entires.


_Veines dans les masses trachytiques terreuses_.--Ces veines sont
extrmement nombreuses, elles traversent avec une allure trs complexe
les varits blanche et verte de trachyte terreux; c'est sur les
flancs du _Crater of the old volcano_ qu'on les observe le mieux.
Elles renferment des cristaux de feldspath vitreux, des points noirs
microscopiques et de petites tches fonces, absolument comme la roche
qui les environne, mais la base est fort diffrente, car elle est
excessivement dure, compacte, assez cassante, et un peu moins fusible.
L'paisseur des veines varie beaucoup et trs brusquement, d'un
dixime de pouce  un pouce; frquemment elles s'amincissent au point
de disparatre tout  fait, non seulement  leur extrmit, mais leur
partie centrale s'vide parfois en laissant ainsi des ouvertures
rondes, irrgulires; leur surface est rugueuse. Elles sont orientes
dans tous les sens ou sont horizontales, gnralement curvilignes,
et souvent elles se ramifient entre elles. Par suite de leur duret,
elles rsistent  l'altration; elles s'lvent de deux ou trois pieds
au-dessus du sol, et s'tendent parfois sur une longueur de quelques
yards; quand on frappe ces plaques de pierre, elles produisent un son
analogue  celui du tambour, et on les voit distinctement vibrer,
leurs fragments rpandus sur le sol rsonnent comme des morceaux de
fer quand on les entre-choque. Elles affectent souvent les formes les
plus singulires; j'ai vu un pidestal de trachyte terreux recouvert
par une portion hmisphrique d'une veine, semblable  un grand
parapluie, et assez large pour abriter deux personnes. Je n'ai
jamais rencontr de veines semblables  celles-ci et n'en ai vu la
description nulle part, mais elles ressemblent par leur forme aux
veines ferrugineuses produites par sgrgation, et qui ne sont
pas rares dans les grs, par exemple dans le _nouveau grs rouge_
d'Angleterre.

Des veines nombreuses de jaspe et d'une matire siliceuse, qu'on
rencontre au sommet de la mme colline, prouvent qu'une source
abondante de silice a exist en cet endroit, et comme ces veines en
forme de plaques ne diffrent du trachyte que parce qu'elles sont plus
dures, plus cassantes et moins fusibles, il semble probable que leur
origine est due  la sgrgation ou  l'infiltration de matire
siliceuse, de la mme manire que s'opre le dpt des oxydes de fer
dans plusieurs roches sdimentaires.


_Dpt siliceux et jaspe_.--Ce dpt siliceux est tantt tout  fait
blanc, lger, sa cassure prsente un clat lgrement perl et il
passe au quartz rose perl, ou bien il est d'un blanc jauntre, 
cassure rude, et renferme alors, dans de petites cavits, une poudre
terreuse. Les deux varits se prsentent, soit en grandes masses
irrgulires dans le trachyte dcompos, soit en couches renfermes
dans de grandes veines verticales, tortueuses et irrgulires d'une
pierre compacte, rude, rouge sombre, et ressemblant  un grs.
Cependant cette roche n'est autre chose qu'un trachyte dcompos; une
varit  peu prs semblable, mais qui affecte souvent la forme d'un
gteau de miel adhre frquemment aux veines plates en saillie qui
ont t dcrites dans le paragraphe prcdent. Ce jaspe a une couleur
jaune d'ocre ou rouge; il se prsente en grandes masses irrgulires,
et quelquefois en veines, dans le trachyte dcompos et dans la masse
de basalte scoriac qui lui est associe. Les vacuoles de cette
dernire roche sont tapisses ou remplies de fines couches
concentriques de calcdoine, recouvertes et parsemes d'oxyde de fer
rouge vif. Cette roche renferme, spcialement en ses parties les plus
compactes, de petits fragments irrguliers et anguleux de jaspe rouge
dont les bords se confondent insensiblement avec la masse entourante;
on trouve aussi d'autres fragments, d'une nature intermdiaire entre
le jaspe proprement dit et la base basaltique ferrugineuse dcompose.
Dans ces fragments ainsi que dans les grandes masses de jaspe en forme
de veines, on remarque de petites cavits arrondies; ces cavits sont
exactement de la mme dimension et de la mme forme que celles du
basalte scoriac remplies ou tapisses de couches de calcdoine. De
petits fragments de jaspe, vus au microscope, paraissent ressembler
 une calcdoine dont le pigment n'aurait pas t dpos en couches,
mais serait rest mlang avec quelques impurets  la pte siliceuse.
Le passage insensible du jaspe au basalte  moiti dcompos, sa
prsence en plages anguleuses qui n'occupent videmment pas des
cavits prexistantes de la roche, et l'existence dans ce jaspe de
petites vsicules remplies de calcdoine comme celles de la lave
scoriace ne peuvent s'expliquer que dans l'hypothse qu'un liquide,
probablement le mme qui a dpos la calcdoine dans les vacuoles, a
enlev aux parties de la roche basaltique ne renfermant pas de cavits
les lments constitutifs de cette roche, a dpos  leur place de
la silice et du fer, et a form ainsi le jaspe. J'ai observ, dans
certains chantillons de bois silicifi, que, tout comme dans le
basalte, les parties solides taient transformes en une matire
pierreuse homogne de couleur sombre, tandis que les cavits formes
par les plus gros vaisseaux conducteurs de la sve (qu'on peut
comparer aux vacuoles de la lave basaltique) et d'autres cavits
irrgulires, produites apparemment par la dcomposition du bois,
taient remplies de couches concentriques de calcdoine; il n'est pas
douteux que, dans ce cas, la substance fondamentale homogne et les
couches concentriques de calcdoine aient t dposes par un mme
liquide.

D'aprs ces considrations, je ne puis douter que le jaspe de l'le
de l'Ascension doive tre considr comme une roche volcanique
silicifie, en donnant  ce mot absolument le mme sens qu'on y
attache quand on l'applique au bois silicifi: nous ignorons aussi
bien la manire dont chaque atome de bois, alors qu'il est encore dans
son tat normal, puisse tre enlev et remplac par des atomes de
silice, que nous ignorons comment les parties constituantes d'une
roche volcanique ont pu subir la mme modification[14]. J'ai t
amen  faire un examen minutieux de ces roches et  en tirer les
conclusions que je viens d'exposer, en entendant exprimer par le Rev.
Professeur Henslow une opinion analogue au sujet de l'origine d'un
grand nombre de calcdoines et d'agates dans des roches trappennes.
Les dpts siliceux paraissent tre trs frquents, sinon tout  fait
constants, dans les tufs trachytiques partiellement dcomposs[15];
et comme ces collines, ainsi que nous l'avons expos plus haut, sont
formes de trachyte ayant perdu sa duret et dcompos _in situ_, la
prsence, en ce cas, de silice libre constitue un exemple de plus de
ce phnomne.


_Concrtions dans le tuf ponceux_.--La colline que la carte indique
sous le nom de Crater of an old volcano est dsigne improprement;
rien dans tout ce que j'ai pu observer ne justifie cette appellation,
sauf que la colline se termine en un sommet circulaire ayant la forme
d'une soucoupe trs vase, et d'environ un demi-mille de diamtre.
Cette dpression a t presque entirement comble par un grand nombre
de couches successives de cendres et de scories, diversement colores
et faiblement consolides. Chaque couche cupuliforme successive se
montre sur toute la priphrie, de sorte qu'il se produit plusieurs
anneaux de couleur diffrente, donnant  la colline un aspect
fantastique. L'anneau extrieur est large et de couleur blanche, ce
qui le fait ressembler  une piste o l'on aurait exerc des chevaux,
et lui a valu le nom de Mange du Diable, sous lequel il est le plus
gnralement connu. Ces couches superposes de cendres doivent
tre tombes sur toute la contre environnante, mais elles ont t
compltement enleves par le vent, sauf dans cette seule dpression,
o l'humidit s'accumulait sans doute, soit au cours d'une anne
exceptionnelle, lorsqu'il tombait de la pluie, soit pendant les orages
qui accompagnent souvent les ruptions volcaniques. Une des couches,
colore en rose et forme principalement de petits fragments de ponce
dcompose, est remarquable par le grand nombre de concrtions qu'elle
renferme. Celles-ci sont gnralement sphriques et mesurent d'un
demi-pouce  trois pouces de diamtre, mais elles sont parfois
cylindriques comme les concrtions de pyrite de fer que l'on trouve
dans la craie d'Europe. Elles sont formes d'une pierre brun ple,
trs tenace, compacte,  cassure unie et douce au toucher. Elles sont
divises en couches concentriques par de minces cloisons blanches
ressemblant  la surface extrieure de la concrtion; vers la
priphrie, six ou huit de ces couches sont nettement limites, mais
les couches qui se trouvent vers l'intrieur deviennent ordinairement
indistinctes et se fusionnent en une masse homogne. Je pense que
ces couches concentriques se sont formes par la contraction que la
concrtion a subie lorsqu'elle est devenue compacte. La partie interne
est gnralement divise par de petites fentes ou septaria, qui
sont tapisses de taches les unes noires et mtalliques, les autres
blanches et cristallines, dont je n'ai pu dterminer la nature.
Quelques-unes des concrtions les plus volumineuses ne sont autre
chose qu'une crote sphrique remplie de cendres faiblement
consolides. Les concrtions contiennent une petite quantit de
carbonate de chaux; un fragment expos au chalumeau dcrpite,
blanchit ensuite et fond en un mail globuleux, mais il ne devient pas
caustique. Les cendres qui renferment les concrtions ne contiennent
pas de carbonate de chaux; les concrtions ont donc t formes
probablement par l'agrgation de cette substance, comme c'est
souvent le cas. Je n'ai jamais rencontr de concrtions semblables 
celles-ci, et, en considrant leur degr de tnacit et de compacit,
leur disposition en un lit qui n'a probablement t expos  aucune
autre humidit que celle de l'atmosphre est fort remarquable.


_Formation de roches calcaires sur la cte_.--Il y a sur plusieurs
points de la cte d'immenses accumulations de petits fragments bien
arrondis de coquilles et de coraux blancs, jauntres et roses,
entremls de quelques particules volcaniques. A la profondeur de
quelques pieds on constate qu'ils sont ciments et forment une pierre
dont on utilise les varits les plus tendres pour les constructions;
d'autres varits, les unes grossires et les autres  grain fin, sont
trop dures pour cet usage, et j'ai vu une masse, divise en couches
uniformes d'un demi-pouce d'paisseur et si compactes qu'elles
rendaient un son semblable  celui du flint quand on les frappait avec
un marteau. Les habitants croient que ces fragments sont ciments au
bout d'un an. Cette cimentation s'opre par une matire calcareuse, et
dans les varits les plus compactes on peut voir distinctement chaque
fragment arrondi de coquille ou de roche volcanique entour d'une
enveloppe translucide de carbonate de chaux. Trs peu de coquilles
entires sont engages dans ces masses agglutines, et j'ai mme
examin au microscope un grand fragment sans parvenir  dcouvrir le
moindre vestige de stries, ou d'autres traces de forme extrieure;
cela dmontre que chaque particule doit avoir t roule a et l
pendant bien longtemps avant que son tour vnt d'tre engage dans la
masse et cimente[16]. Une des varits les plus compactes soumise 
l'action d'un acide s'y est compltement dissoute,  l'exception d'un
peu de matire organique floconneuse; son poids spcifique tait 2,63.
Le poids spcifique du calcaire ordinaire varie de 2,6  2,75; sir
H. de la Bche[17] a trouv pour le carrare pur 2,7. C'est un fait
remarquable que ces roches de l'le de l'Ascension, formes prs de la
surface de la mer, soient presque aussi compactes qu'un marbre qui
a subi l'action de la chaleur et de la pression dans les rgions
plutoniques.

La grande accumulation de particules calcaires incohrentes sur
le rivage, prs du _Settlement_, commence au mois d'octobre en
progressant vers le sud-ouest; ce fait est d, d'aprs le lieutenant
Evans,  un changement dans la direction des courants prdominants. A
cette poque, les rochers exposs  l'action de la mare  l'extrmit
sud-ouest de la cte, o s'accumule le sable calcareux, et qui sont
baigns par les courants, se recouvrent peu  peu d'une incrustation
calcaire paisse d'un demi-pouce. Elle est absolument blanche,
compacte, lgrement spathique en quelques parties, et elle adhre
fortement aux rochers. Elle disparat graduellement aprs un temps
assez court, soit qu'elle se redissolve quand l'eau est moins charge
de calcaire, soit qu'elle soit enleve mcaniquement, ce qui est plus
vraisemblable. Le lieutenant Evans a observ ces faits pendant les
six annes de son sjour  l'Ascension. L'paisseur de l'incrustation
varie suivant les annes; elle tait exceptionnellement forte en 1831.
Lors de ma visite, au mois de juillet, il n'y avait plus de trace
d'incrustation, mais elle s'tait parfaitement conserve sur un
pointement de basalte d'o les ouvriers carriers avaient enlev, peu
auparavant, une masse de pierre de taille. En tenant compte de la
position des rochers exposs  l'action de la mare, et de l'poque de
l'anne pendant laquelle ils se recouvrent d'incrustations, il n'est
pas douteux que, par le dplacement et le bouleversement de cette
vaste accumulation de particules calcaires dont un grand nombre
avaient dj t partiellement agglutines, les eaux de la mer se
chargent tellement de carbonate de chaux qu'elles le dposent sur les
premiers objets avec lesquels elles viennent en contact. Le lieutenant
Holland, R.N., m'a dit que ces incrustations se font en un grand
nombre de points de la cte, sur la plupart desquels il y a aussi, je
crois, de grandes masses de coquilles brises en menus fragments.


_Incrustation calcaire frondescente_.--C'est un dpt trs remarquable
 divers points de vue; il recouvre durant toute l'anne les roches
volcaniques exposes  la mare et qui surplombent des plages de
coquilles brises. Son aspect gnral est fidlement reproduit dans
la gravure, mais les frondes ou les disques dont il est form sont
ordinairement rapprochs au point de se toucher. Les bords sinueux
de ces frondes sont finement dcoups, et elles surplombent leurs
pidestaux ou supports; leur surface suprieure est lgrement concave
ou lgrement convexe; elles offrent un beau poli et une couleur
gris-fonc ou noir de jais; leur forme est irrgulire, gnralement
circulaire, et leur diamtre varie d'un dixime de pouce  un pouce et
demi; leur paisseur ou la hauteur dont elles s'lvent au-dessus du
rocher qui les porte, varie beaucoup; elle est, le plus ordinairement
peut-tre, d'un quart de pouce. Parfois les frondes deviennent de plus
en plus convexes, jusqu' passer  l'tat de masses botryodes, dont
les sommets sont fissurs; lorsqu'elles affectent cette forme, elles
sont luisantes et d'un noir intense, au point de ressembler  une
matire mtallique fondue. J'ai montr cette incrustation  plusieurs
gologues, tant sous cette dernire forme que sous sa forme ordinaire,
et aucun d'entre eux n'a pu lui assigner une origine, si ce n'est
qu'elle tait peut-tre de nature volcanique!

[Illustration: FIG. 5.--Incrustation de calcaire et de matire
organique tapissant les rochers exposs  l'action de la mare  l'le
de l'Ascension.]

La cassure de la substance dont les frondes sont formes est trs
compacte et souvent presque cristalline, avec des bords translucides
et assez durs pour rayer facilement le spath calcaire. Au chalumeau
elle devient immdiatement blanche et met une odeur animale trs
prononce, semblable  celle de coquilles fraches; elle est surtout
compose de carbonate de chaux; traite par l'acide chlorhydrique elle
fait une vive effervescence et laisse un rsidu de sulfate de chaux et
d'oxyde de fer, mls  une poudre noire insoluble dans les acides
 chaud. Cette dernire substance, qui est videmment la matire
colorante, parat de nature charbonneuse. Le sulfate de chaux se
trouve ici  l'tat de matire trangre, et il se prsente en
lamelles distinctes, excessivement petites, rpandues  la surface des
frondes et engages entre les couches minces dont elles sont formes;
quand on chauffe un fragment au chalumeau, ces lamelles deviennent
immdiatement visibles. On peut souvent suivre le contour extrieur
primitif des frondes, soit jusqu' un petit fragment de coquille
fix dans une fente du rocher, soit jusqu' une agglomration de ces
fragments ciments ensemble. On constate que tout d'abord l'action des
vagues corrode profondment ces esquilles et les rduit  l'tat de
crtes aigus, et qu'elle les recouvre ensuite de couches successives
du calcaire incrustant gris et luisant. Les ingalits du support
primitif se trahissent  la surface de chaque couche successive, comme
on le voit souvent dans les pierres de bzoard, lorsqu'un objet, tel
qu'un clou, forme le centre de l'agrgation. Pourtant les dcoupures
des bords paraissent dues  l'action corrosive que le ressac exerce
sur son propre dpt, alternant avec la formation de dpts nouveaux.
J'ai trouv sur des roches basaltiques tendres de la cte de San
Thiago une couche extrmement mince de matire calcaire brune qui, vue
 la loupe, ressemblait en miniature aux frondes dcoupes et polies
de l'le de l'Ascension; dans ce dernier cas, il n'y avait pas de base
constitue par des particules trangres faisant saillie. Quoique
l'incrustation persiste  l'Ascension durant toute l'anne, l'aspect
dlabr de certaines parties et l'aspect frais de certaines autres
parties font croire que tout l'ensemble subit un cycle de destruction
et de renouvellement, d sans doute aux modifications de forme de
la plage qui se dplace et, par suite, aux modifications que subit
l'action des brisants; c'est probablement pour cette raison que
l'incrustation n'acquiert jamais une grande paisseur. En considrant
 la fois la composition de la matire incrustante et la situation des
rochers qui la portent, au milieu d'une plage calcaire, je crois
qu'il n'est pas douteux qu'elle est due  la dissolution et au dpt
subsquent de la matire qui forme les fragments arrondis de coquilles
et de coraux[18]. C'est  cette source qu'elle puise la matire
organique qui constitue videmment le principe colorant.

On peut souvent discerner nettement la nature du dpt, au dbut de sa
formation, quand un fragment de coquille blanche se trouve serr entre
deux frondes; le dpt offre alors l'aspect d'une couche trs mince de
vernis gris ple. Sa teinte plus ou moins fonce varie un peu, mais la
couleur noir de jais qu'offrent les frondes et les masses botryodales
parat due  la translucidit des couches grises superposes. On
constate pourtant ce fait singulier que, lorsque le dpt s'opre sur
la face infrieure des rochers en saillie, ou dans des fissures, il
parat tre toujours d'une couleur gris-perle ple, mme quand il
atteint une paisseur considrable; on est amen ainsi  croire que
l'action d'une lumire abondante est ncessaire au dveloppement de la
couleur fonce, ainsi que cela semble se produire pour les coquilles
des mollusques vivants, dont la partie suprieure, tourne vers
la lumire, est toujours d'une teinte plus fonce que la surface
infrieure et que les parties ordinairement recouvertes par le manteau
de l'animal. Cette circonstance, la dcoloration immdiate et la
production d'une odeur par l'action du chalumeau, le degr de duret
et de translucidit des bords, le beau poli de la surface[19], qui
rivalise, lorsqu'elle est  l'tat frais, avec celui des plus fines
olives, tous ces faits tablissent une analogie frappante entre cette
incrustation inorganique et les coquilles de mollusques vivants[20].
Cela me parat tre un fait physiologique intressant[21].


_Bancs lamellaires remarquables alternant avec l'obsidienne et passant
 cette roche_.--On rencontre ces bancs dans la rgion trachytique,
 la base occidentale de Green Mountain, sous laquelle ils plongent
suivant des inclinaisons trs fortes. Ils n'affleurent qu'en partie
seulement, car ils sont recouverts par des produits d'ruption
modernes; c'est pourquoi je n'ai pu constater leur contact avec le
trachyte, ni dterminer s'ils se sont tals comme des nappes de lave
ou s'ils ont t injects dans les strates surincombantes. On observe
trois bancs principaux d'obsidienne, dont le plus puissant constitue
la base de la coupe. Ces bancs pierreux alternants me paraissent fort
intressants; je les dcrirai d'abord et m'occuperai ensuite de leur
transition  l'obsidienne. Ils offrent un aspect trs vari; on
peut reconnatre cinq varits principales, mais elles passent
insensiblement l'une  l'autre par toutes les transitions.

1. Une roche gris-ple, irrgulirement et grossirement
lamellaire[22], rude au toucher, ressemblant  un phyllade qui aurait
subi le contact d'un dike de trapp; sa cassure est  peu prs la mme
que celle que donnerait une structure cristalline.

Cette roche et les varits suivantes fondent facilement en un verre
de couleur ple.

La plus grande partie de la roche est dispose en forme de gteau de
miel  cavits irrgulires et anguleuses, de sorte que l'ensemble
offre un aspect cari, et que certains fragments ressemblent d'une
manire remarquable  des morceaux silicifis de bois dcompos. Cette
varit, surtout lorsqu'elle est compacte, est souvent traverse de
fines raies blanchtres; celles-ci sont droites ou elles ondulent les
unes derrire les autres autour des vides allongs et caris.

2. Une roche gris bleutre ou brun ple, compacte, lourde, homogne, 
cassure angulaire, ingale et terreuse; cependant, lorsqu'on l'examine
avec une forte loupe, la cassure se montre nettement cristalline, et
l'on peut mme y reconnatre des minraux individualiss.

3. Une roche de la mme nature que la prcdente, mais strie d'un
grand nombre de lignes blanches, parallles, lgrement ondules, de
l'paisseur d'un cheveu. Ces lignes blanches sont d'une nature plus
cristalline que les parties intercales entre elles, et la roche se
fend suivant leur direction; elles se dilatent frquemment en formant
alors de petites cavits qui sont souvent  peine visibles  la
loupe. La matire dont les lignes blanches sont formes est mieux
cristallise dans ces cavits, et le professeur Miller est parvenu,
aprs plusieurs essais,  dterminer que les cristaux blancs, les
plus grands de tous, se rapportent au quartz[23], et que les petites
aiguilles vertes transparentes sont de l'augite, ou suivant la
dnomination qu'on leur donne le plus gnralement, de la diopside. A
ct de ces cristaux on observe de petits points de couleur fonce,
sans trace de cristallisation, et une matire cristalline blanche,
fine et grenue qui est probablement du feldspath. Les petits fragments
de cette roche sont facilement fusibles.

4. Une roche cristalline compacte zone de lignes trs nombreuses,
droites, blanches et grises, dont la largeur varie de 1/30e  1/200e
de pouce; ces couches semblent composes principalement de feldspath,
et elles renferment un grand nombre de cristaux bien dvelopps de
feldspath vitreux orients dans le sens de leur longueur; elles sont
aussi abondamment parsemes de points noirs microscopiques et
amorphes disposs en ranges, et isols les uns des autres, ou plus
frquemment, runis deux  deux, trois  trois, ou en plus grand
nombre, et formant des lignes noires plus fines qu'un cheveu. Quand
on chauffe au chalumeau un petit fragment de cette roche, les
points noirs se fondent facilement en globules noirs brillants, qui
deviennent magntiques, caractres applicables  bien peu de minraux,
 l'exception de la hornblende et de l'augite. D'autres points,
colors en rouge, sont associs aux points noirs; ils sont magntiques
et sont certainement forms d'oxyde de fer. Dans un chantillon de
cette varit, j'ai observ que les points noirs taient agrgs sous
forme de cristaux minuscules autour de deux petites cavits; ils
ressemblaient  des cristaux d'augite ou de hornblende, mais ils
taient trop ternes et trop petits pour pouvoir tre mesurs au
goniomtre. J'ai pu distinguer aussi, dans le feldspath cristallin
du mme chantillon, des grains qui avaient l'aspect du quartz. J'ai
constat  l'aide d'une rgle  parallles que les couches grises
minces et les lignes capillaires noires taient absolument droites et
parallles entre elles. Il est impossible de suivre le passage de la
roche grise homogne  ces varits stries, ou mme de comparer le
caractre des diffrentes couches d'un chantillon sans se convaincre
que la blancheur plus ou moins parfaite de la matire feldspathique
cristalline dpend du degr d'agrgation plus ou moins complet de la
matire diffuse, sous forme de taches noires et rouges de hornblende
et d'oxyde de fer.

5. Une roche lourde et compacte, non lamellaire,  cassure
irrgulire, anguleuse et trs cristalline; elle contient un grand
nombre de cristaux isols de feldspath vitreux; la base feldspathique
cristalline est tachete par un minral noir qui, sur la surface
altre, se montre agrg en petits cristaux, dont quelques-uns sont
bien dvelopps, tandis que le plus grand nombre ne l'est pas. J'ai
montr cet chantillon  un gologue expriment, et je lui ai demand
quelle en tait la nature. Il m'a rpondu, comme tout autre je pense
l'et fait  sa place, que c'tait un _greenstone_ primitif. De mme,
la surface altre de la varit zonaire que nous avons tudie tantt
(no. 4) ressemble d'une manire frappante  un fragment us de gneiss
finement lamellaire.

Ces cinq varits, ainsi que plusieurs termes intermdiaires, passent
et repassent l'une  l'autre. Comme les varits compactes sont
absolument subordonnes aux autres, tout l'ensemble peut tre
considr comme lamellaire ou comme zonaire. En rsum, les lamelles
sont tantt tout  fait droites, tantt lgrement ondules et tantt
contournes; elles sont toutes parallles entre elles et aux couches
d'obsidienne intercales, et sont d'ordinaire extrmement minces. Ces
lamelles consistent soit en une roche compacte d'apparence homogne,
raye de diverses nuances de gris et de brun, soit en couches
cristallines de feldspath plus ou moins pur, dont l'paisseur varie,
et qui renferment des cristaux isols de feldspath vitreux aligns
suivant leur longueur; soit enfin en couches trs minces composes en
grande partie de petits cristaux de quartz et d'augite, ou de points
noirs et rouges d'un minral augitique et d'un oxyde de fer, amorphes
ou imparfaitement cristalliss. Aprs cette description dtaille
de l'obsidienne, je reviens  la lamellation des roches de la srie
trachytique.

Le passage des lits que nous venons de dcrire aux couches
d'obsidienne vitreuse s'opre de diverses manires: 1. des masses
angulo-noduleuses d'obsidienne de dimensions trs variables
apparaissent brusquement, dissmines dans une roche feldspathique
de couleur ple, feuillete ou amorphe, et  cassure plus ou moins
perle; 2. de petits nodules d'obsidienne, isols ou runis en couches
dont l'paisseur dpasse rarement un dixime de pouce, alternent
 plusieurs reprises avec des couches trs minces d'une roche
feldspathique offrant, comme une agate, des zones parallles de
couleurs diffrentes, extrmement fines, et passant parfois  la
rsinite; les interstices entre les nodules d'obsidienne sont
gnralement remplis par une matire blanche, tendre, ressemblant 
des cendres ponceuses; 3. la roche encaissante tout entire passe
brusquement  une masse concrtionne et fragmentaire d'obsidienne.
Ces masses d'obsidienne sont souvent vert ple, comme les petits
nodules, et gnralement bigarres de diverses nuances, paralllement
aux feuillets de la roche environnante; ainsi que les nodules, elles
renferment gnralement de petits sphrulites blancs dont une moiti
est souvent empte dans une zone d'une nuance, et l'autre moiti dans
une zone de nuance diffrente. L'obsidienne n'acquiert sa couleur noir
de jais et sa cassure parfaitement conchodale que lorsqu'elle est en
grandes masses; pourtant, par un examen minutieux, et en exposant
les chantillons  la lumire sous diffrentes incidences, j'ai pu
gnralement discerner des zones parallles de teinte plus au moins
fonce, mme quand la roche tait en grandes masses.

L'une des roches de transition les plus communes mrite,  divers
gards, une description dtaille. Sa nature est fort complexe; elle
est forme d'un grand nombre de couches minces, lgrement ondules,
d'une matire feldspathique  teinte ple, passant souvent  une
rtinite imparfaite, alternant avec des couches constitues par
d'innombrables petits globules de deux varits d'obsidienne, et par
deux varits de sphrulites empts dans une pte perle dure ou
tendre. Les sphrulites sont blancs et transparents ou brun fonc
et opaques; les premiers sont parfaitement sphriques, de petite
dimension,  structure nettement rayonne. Les sphrulites brun fonc
ne sont pas aussi exactement sphriques et leur diamtre varie
de 1/20e  1/30e de pouce; lorsqu'on les brise, ils montrent une
structure vaguement rayonne vers leur centre qui est blanchtre.
Quelquefois deux sphrulites unis n'ont qu'un seul centre d'o part
la structure rayonne; il existe parfois au centre comme un indice de
cavit ou de crevasse. Ces sphrulites sont tantt spars et tantt
runis par deux, par trois ou en plus grand nombre, et forment des
groupes irrguliers, ou plus communment des couches parallles  la
stratification de la masse. L'agrgation est souvent si intime que les
faces suprieure et infrieure de la couche forme par les sphrulites
sont exactement planes. Lorsque ces couches deviennent moins brunes et
moins opaques, on ne peut plus les distinguer des zones de la roche
feldspathique  teinte ple qui alternent avec elles. Quand les
sphrulites ne sont pas agrgs, ils sont gnralement comprims dans
le sens de la structure lamellaire de la masse, et dans ce mme plan
ils offrent souvent  l'intrieur des zones de diffrentes nuances
de couleur, et  l'extrieur ils sont orns de petites crtes et de
petits sillons. Les sphrulites avec leurs sillons et leurs crtes
parallles sont reprsents grossis dans la partie suprieure de la
gravure ci-jointe, mais ils ne sont pas bien dessins; leur mode
ordinaire de groupement est indiqu dans la partie infrieure de cette
figure. Dans un autre chantillon, une couche mince de sphrulites
bruns, intimement unis, traverse une couche de mme composition, comme
le montre la figure 7, et cette trane de sphrulites, aprs avoir
suivi sur une faible longueur une direction lgrement courbe, la
recoupe ainsi qu'une autre couche situe un peu au-dessous de la
premire.

[Illustration: FIG. 6.--Sphrulites bruns opaques, grossis. Les
sphrulites reprsents dans la partie suprieure de la figure portent
 la surface des sillons parallles. La structure radie interne des
sphrulites du bas de la figure est accuse beaucoup trop fortement.]

Les petits nodules d'obsidienne portent aussi quelquefois des crtes
et des sillons externes, disposs paralllement  la lamellation de
la masse, mais toujours moins marqus que ceux des sphrulites. Les
nodules d'obsidienne sont gnralement anguleux,  bords mousss;
souvent ils portent l'empreinte des sphrulites adjacents qui sont
toujours plus petits qu'eux. Les nodules isols semblent rarement
s'tre rapprochs les uns des autres par attraction mutuelle. Si je
n'avais pas trouv quelquefois un centre d'attraction distinct dans
ces nodules d'obsidienne, j'aurais t port  les considrer comme un
rsidu de cristallisation qui s'est isol durant la formation de la
perlite qui les empte et des globules sphrulitiques.

[Illustration: FIG. 7.--Couche forme par l'agrgation de petits
sphrulites bruns, coupant deux autres couches semblables. L'ensemble
est reprsent  peu prs en grandeur naturelle.]

Les sphrulites et les petits nodules d'obsidienne de ces roches
ressemblent si bien par leur structure et leur forme gnrale aux
concrtions des dpts sdimentaires, qu'on est tent,  premire
vue, de leur attribuer une origine analogue. Ils ressemblent aux
concrtions ordinaires sous les rapports suivants: par leur forme
extrieure; par l'agrgation de deux, de trois ou d'un plus grand
nombre d'individus en une masse irrgulire ou en une couche  faces
planes; parce qu'il arrive parfois qu'une de ces couches en coupe une
autre comme on l'observe pour les silex de la craie; par la prsence
dans une mme masse fondamentale de deux ou trois espces de nodules
souvent serrs les uns contre les autres; par leur structure fibreuse
et radie et l'existence accidentelle de cavits en leur centre; par
la coexistence des structures lamelleuse, concrtionne et radie, si
bien dveloppes dans les concrtions de calcaire magnsien dcrites
par le professeur Sedgwick[24]. On sait que les concrtions des dpts
sdimentaires sont dues  la sparation partielle ou totale d'une
substance minrale de la masse environnante, et  son agrgation
autour de certains centres d'attraction. Guid par ce fait, j'ai
cherch  dcouvrir si l'obsidienne et les sphrulites (auxquels on
peut ajouter la markanite et la perlite qui se prsentent toutes deux
en concrtions noduleuses dans les roches trachytiques) diffrent par
leur composition des minraux qui forment gnralement les roches
trachytiques. Les rsultats de trois analyses ont dmontr que
l'obsidienne contient en moyenne 76 p. 100 de silice; d'aprs une
analyse, les sphrulites en contiennent 79,12 p. 100; la markanite
79,25 p. 100 (deux analyses) et la perlite 75,62 p. 100 (deux
analyses)[25]. Or, pour autant qu'on puisse les dterminer, les
lments du trachyte sont le feldspath contenant 65,21 p. 100 de
silice, ou l'albite, qui en contient 69,09 p. 100, la hornblende, qui
en renferme 55,27 p. 100[26], et l'oxyde de fer; de sorte que les
substances vitreuses concrtionnes que nous avons mentionnes plus
haut contiennent toutes une proportion de silice suprieure 
celle qui existe ordinairement dans les roches feldspathiques ou
trachytiques. D'Aubuisson[27] a fait remarquer aussi combien la
teneur en silice est forte relativement  celle de l'alumine dans six
analyses d'obsidienne et de perlite donnes dans la _Minralogie_ de
Brongniart. De tous ces faits je conclus que les concrtions susdites
ont t formes par un procd d'agrgation identique  celui dont
on constate l'action dans les dpts sdimentaires. Ce procd agit
principalement sur la silice, mais il exerce aussi son action sur une
partie des autres lments de la masse environnante, et produit ainsi
les diverses varits concrtionnes. En considrant l'influence bien
connue du refroidissement rapide[28] sur la production de la texture
vitreuse, il parat ncessaire d'admettre que, dans des cas
semblables  celui de l'Ascension, la masse entire a d se refroidir
uniformment, mais en tenant compte des alternances multiples et
compliques de nodules et de couches minces  texture vitreuse avec
d'autres couches entirement pierreuses ou cristallines, sur un espace
de quelques pieds ou mme de quelques pouces, il est possible, 
la rigueur, que les diverses parties se soient refroidies avec des
rapidits diffrentes, et qu'elles aient acquis ainsi leurs textures
varies.

Les sphrulites naturelles de ces roches[29] ressemblent beaucoup
 celles qui se produisent dans le verre lorsqu'il se refroidit
lentement. Dans de beaux chantillons de verre partiellement
dvitrifi appartenant  M. Stokes, on voit les sphrulites runies en
couches rectilignes  faces planes, parallles les unes aux autres et
 l'une des surfaces extrieures, absolument comme dans l'obsidienne.
Ces couches se ramifient parfois et s'anastomosent; mais je n'ai
constat aucun cas de vritable intersection. Elles forment le
passage des parties parfaitement vitreuses  celles qui sont presque
entirement homognes et pierreuses, et qui ne prsentent qu'une
structure concrtionne peu nette. Dans les mmes chantillons,
on observe aussi des sphrulites engages dans la masse et trs
rapproches les unes des autres, elles sont faiblement diffrencies
par leur structure et leur couleur. En prsence de ces faits, les
ides que nous avons exposes plus haut sur l'origine concrtionnaire
de l'obsidienne et des sphrulites naturelles trouvent une
confirmation dans l'intressante notice que M. Dartigues[30] a publie
sur ce sujet et o il attribue la production des sphrulites dans le
verre  ce que les divers lments s'agrgent en obissant chacun
 son propre mode d'attraction. Il est amen  cette conclusion
en observant la difficult qu'on prouve  refondre du verre
sphrulitique sans avoir au pralable pil soigneusement et mlang
toute la masse, et en considrant aussi le fait que la transformation
s'opre le plus facilement dans du verre compos d'un grand nombre
de substances. En confirmation des ides de M. Dartigues, je ferai
remarquer que M. Fleuriau de Bellevue[31] a constat que les parties
sphrulitiques du verre dvitrifi se comportent autrement sous
l'action de l'acide nitrique et au chalumeau que la pte compacte dans
laquelle elles taient engages.


_Comparaison des bancs d'obsidienne et des couches alternantes de
l'Ascension avec ceux d'autres contres_.--J'ai t frapp de voir 
quel point les observations que j'ai faites  l'Ascension concordaient
avec l'excellente description des roches d'obsidienne de Hongrie,
qui a t donne par Beudant[32], avec celle de la mme formation au
Mexique et au Prou par de Humboldt[33], et avec les descriptions
des rgions trachytiques des les italiennes donnes par divers
auteurs[34]. Plusieurs passages auraient pu tre copis sans
modifications dans les ouvrages des auteurs que je viens de citer, et
auraient pu s'appliquer  notre le. Tous les auteurs s'accordent
sur le caractre lamellaire et stratifi de la srie entire, et de
Humboldt parle de quelques bancs d'obsidienne qui sont rubans comme
du jaspe[35]. Tous constatent le caractre noduleux ou concrtionn de
l'obsidienne, et le passage des nodules  des couches. Tous insistent
sur les alternances rptes de couches vitreuses, perles, lithodes
et cristallines qui se produisent souvent suivant des surfaces
ondules. Pourtant les couches cristallines semblent beaucoup mieux
dveloppes  l'Ascension que dans les autres contres dsignes plus
haut. D'aprs de Humboldt, un certain nombre des bancs lithodes
ressemblent de loin  des couches de grs schisteux. Suivant ces
auteurs, les sphrulites sont toujours abondantes, et elles paraissent
marquer partout le passage des bancs parfaitement vitreux aux bancs
lithodes et cristallins. La description que Beudant[36] donne de sa
perlite lithode globulaire pourrait avoir t crite, jusque dans
ses moindres dtails, pour les petits globules sphrulitiques bruns
des roches de l'Ascension.

La grande ressemblance qui existe, sous tant de rapports, entre les
formations d'obsidienne de Hongrie, du Mexique, du Prou, de certaines
les italiennes et celles de l'Ascension, me fait croire qu'en toutes
ces contres l'obsidienne et les sphrulites doivent leur origine  un
concrtionnement de la silice, et de quelques-uns des autres
lments constituants, s'oprant pendant que la masse liqufie
se refroidissait avec la rapidit voulue. On sait cependant qu'en
diverses localits l'obsidienne s'est rpandue en coules comme la
lave, par exemple  Tnrife, aux les Lipari et en Islande[37]. Les
parties superficielles sont alors les plus parfaitement vitreuses,
l'obsidienne se transformant  la profondeur de quelques pieds en une
pierre opaque. Dans une analyse faite par Vauquelin d'un chantillon
d'obsidienne de l'Hcla, qui avait probablement coul comme une lave,
la proportion de silice est  peu prs la mme que dans l'obsidienne
noduleuse et concrtionne du Mexique. Il serait intressant de
dterminer si les parties intrieures opaques et la surface vitreuse
externe contiennent la mme proportion d'lments constitutifs. Nous
savons, d'aprs M. Dufrnoy[38], que la composition des parties
internes et externes d'une mme coule de lave est parfois fort
diffrente. Quand mme la masse totale de la coule serait
uniformment compose d'obsidienne noduleuse, il suffirait, d'aprs
les faits que nous venons de rapporter, de supposer qu'au moment de
l'mission de la lave ses lments constituants taient mlangs en
mme proportion que dans l'obsidienne concrtionne.


_Structure lamellaire de roches volcaniques de la srie
trachytique_.--Nous avons vu que, dans des contres diverses et fort
loignes les unes des autres, les strates qui alternent avec les lits
d'obsidienne sont fortement lamellaires. En outre, les nodules de
l'obsidienne, quelles que soient leurs dimensions, sont zons de
diffrentes nuances, et j'ai vu dans la collection de M. Stokes
un chantillon provenant du Mexique dont la surface externe tait
dcompose[39] et portait des crtes et des sillons correspondant 
des zones plus ou moins vitreuses. En outre, de Humboldt[40] a trouv
au pic de Tnrife une coule d'obsidienne subdivise par des couches
de ponce alternantes et trs minces. Un grand nombre d'autres laves
de la srie feldspathique sont lamellaires; ainsi,  l'Ascension, des
masses de trachyte ordinaire sont divises par des lignes terreuses
fines, suivant lesquelles la roche se divise et qui sparent de minces
couches  couleurs peu tranches. En outre, la plupart des cristaux
empts de feldspath vitreux sont aligns suivant cette mme
direction. M.P. Scrope[41] a dcrit un trachyte colonnaire remarquable
des les Ponza, qui parat avoir t inject dans une masse
surincombante de conglomrat trachytique; il est ray de zones souvent
extrmement fines se distinguant par la texture et la couleur; les
zones les plus dures et les plus fonces paraissent contenir une plus
grande proportion de silice. Dans une autre partie de l'le, il existe
des couches de perlite et de rtinite ressemblant, sous beaucoup de
rapports,  celles de l'Ascension. Dans le trachyte colonnaire,
les zones sont ordinairement contournes; elles s'tendent sans
interruption sur une grande longueur, suivant une direction verticale
paraissant tre parallle aux faces latrales de la masse qui affecte
la forme d'un dike. Von Buch[42] a dcrit  Tnrife une coule
de lave contenant d'innombrables cristaux de feldspath minces et
tabulaires, disposs comme des fils blancs, l'un derrire l'autre,
et orients pour la plupart suivant une mme direction. Dolomieu[43]
constate aussi que les laves grises du cne moderne de Vulcano, dont
la texture est vitreuse, sont rayes de lignes blanches parallles; il
dcrit ensuite une roche ponceuse rsistante  structure fissile comme
celle de certains schistes micacs. Le phonolite, qui, comme on
le sait, est souvent, sinon toujours, une roche d'injection, a
frquemment aussi une structure fissile; cette structure est due
gnralement  l'orientation parallle des cristaux de feldspath
empts, mais semble parfois  peu prs indpendante de leur prsence,
comme on l'observe  Fernando Noronha[44]. Ces faits nous montrent
que des roches feldspathiques de diverses espces prsentent soit
une structure lamellaire, soit une structure fissile, et que ces
structures s'observent sur des masses injectes dans des strates
surincombantes, et sur d'autres masses qui ont coul comme des laves.

Les feuillets des bancs qui alternent avec l'obsidienne  l'Ascension
plongent, suivant un angle trs prononc, sous la montagne au pied de
laquelle les bancs se trouvent, et ils ne semblent pas devoir cette
inclinaison  un mouvement violent. Au Mexique, au Prou et dans
certaines des les italiennes[45], ces bancs offrent habituellement
une forte inclinaison; en Hongrie, au contraire, les couches sont
horizontales. En outre, si je comprends bien la description qui en
a t donne, les lamelles d'un certain nombre des coules de lave
cites plus haut semblent tre fortement inclines ou verticales. Je
doute qu'en aucun de ces cas les feuillets aient t amens  leur
position actuelle postrieurement  leur formation, et dans certains
exemples, comme dans celui du trachyte dcrit par M. Scrope, il est
presque certain qu'ils ont t forms originairement dans une position
fortement incline. Dans plusieurs de ces cas, il est vident que
la masse de roche liqufie s'est dplace suivant la direction des
lamelles. A l'Ascension, plusieurs des vacuoles paraissent tires et
sont traverses par des fibres grossires semi-vitreuses diriges dans
le sens des lamelles, et certaines couches qui sparent les globules
sphruliliques ont un aspect scoriac qui parat d au frottement que
les globules leur ont fait subir. J'ai vu dans la collection de M.
Stokes un spcimen d'obsidienne zone du Mexique, dans lequel les
surfaces des couches les plus nettement dfinies taient stries ou
sillonnes de lignes parallles, et ces lignes ou stries ressemblaient
exactement  celles qui se produisent  la surface d'une masse de
verre artificiel en fusion quand on le rpand du vase qui le renferme.
Humboldt aussi a dcrit de petites cavits, qu'il compare  la queue
des comtes et qui s'talent derrire des sphrulites dans des
obsidiennes lamellaires du Mexique; et M. Scrope a dcrit d'autres
cavits  la partie postrieure de fragments empts dans un trachyte
lamellaire; il croit qu'elles se sont formes pendant que la masse
tait en mouvement[46]. D'aprs ces faits, plusieurs auteurs ont
attribu la lamellation de ces roches volcaniques au mouvement
qu'elles ont subi quand elles taient  l'tat liquide. Quoiqu'il
soit facile de comprendre pourquoi chaque vacuole, ou chaque fibre de
pierre ponce[47], doit tre tire dans le sens du mouvement de la
masse, on ne voit nullement pour quelle raison le mouvement aurait
dispos ces vacuoles et ces fibres dans les mmes plans, et en lames
absolument droites et parallles entre elles qui sont souvent d'une
finesse extrme; et l'on voit encore beaucoup moins pour quelle cause
ces couches arrivent  prsenter une composition presque semblable
avec une structure diffrente.

Pour chercher  tablir la cause qui a dtermin la lamellation de
ces roches feldspathiques ignes, rappelons les faits dcrits d'une
manire si dtaille  l'Ascension. Nous voyons qu'un certain nombre
des couches les plus minces sont constitues, en trs grande partie,
par de nombreux cristaux excessivement petits, quoique parfaits, de
divers minraux; que d'autres couches sont formes par la runion de
globules concrtionns de diffrentes espces, et que souvent on
ne saurait distinguer les couches ainsi constitues des couches
feldspathiques ordinaires et des couches de rtinite, dont la masse
totale est constitue en grande partie. A en juger par plusieurs cas
semblables, la structure fibro-radie des sphrulites parat allier
la tendance  la concrtion avec la tendance  la cristallisation; en
outre, les cristaux isols de feldspath sont tous disposs dans les
mmes plans parallles[48]. Ces forces en se combinant ont jou, par
consquent, un rle important dans la lamellation de la masse, mais
elles ne sauraient tre considres comme la force primordiale; car
les nodules des diffrentes espces, les petits aussi bien que les
plus grands, sont stris intrieurement par des zones nuances
excessivement fines, parallles  la lamellation de la masse totale;
et un grand nombre d'entre eux portent aussi  la surface des sillons
et des crtes parallles dirigs dans cette mme direction, et qui
n'ont pas t produits par dcomposition.

On peut voir distinctement que quelques-unes des stries colores les
plus fines des couches lithodes alternant avec l'obsidienne sont dues
 un commencement de cristallisation des minraux constitutifs. On
peut aussi constater avec certitude que le degr de cristallisation
atteint par les minraux est en rapport avec la dimension plus ou
moins grande, et avec le nombre des fissures ou des petites
vacuoles aplaties et chancres. Des faits nombreux prouvent que
la cristallisation est considrablement facilite quand elle peut
s'oprer dans un espace libre, comme le montrent les godes, et les
cavits du bois silicifi, des roches primaires et des filons. J'en
conclus que si, pendant le refroidissement d'une masse rocheuse
volcanique, une cause quelconque vient  provoquer la formation d'un
certain nombre de petites fissures, ou de zones de moindre tension
(qui pourront souvent se transformer par dilatation en vacuoles
 contours irrguliers sous l'action des vapeurs comprimes), la
cristallisation des parties constitutives et probablement la formation
de concrtions s'oprera dans ces zones ou y sera notablement
facilite. Il se produira ainsi une structure lamellaire du genre de
celle que nous tudions en ce moment.

Pour expliquer la formation des zones parallles de moindre tension
dans les roches volcaniques durant leur consolidation, nous devons
admettre l'intervention d'une cause encore indtermine; tel est le
cas pour les couches minces alternantes d'obsidienne et de ponces
dcrites par de Humboldt, et pour les petites vacuoles aplaties et
irrgulires qu'on observe dans les roches lamellaires de l'Ascension;
car nous ne pouvons concevoir autrement pour quelle raison les vapeurs
contenues dans la masse formeraient par leur expansion des vacuoles
ou des fibres disposes en plans spars parallles, au lieu de se
rpandre irrgulirement dans la roche tout entire. J'ai vu dans la
collection de M. Stokes un bel exemple de cette structure dans un
spcimen d'obsidienne du Mexique, nuanc et zon comme la plus belle
agate, de nombreuses couches droites et parallles, plus ou moins
blanches et opaques ou presque parfaitement vitreuses; le degr
d'opacit et de vitrification dpendant de l'abondance plus ou moins
grande de vacuoles aplaties microscopiques. Dans cet exemple il semble
certain que la masse  laquelle appartenait le fragment a t soumise
 quelque action, vraisemblablement prolonge, qui a dtermin une
lgre diffrence de tension entre les plans successifs.

Plusieurs causes paraissent pouvoir provoquer la formation de zones
d'ingale tension dans des masses  demi liqufies par la chaleur.
J'ai observ dans un fragment de verre dvitrifi des couches de
sphrulites qui, d'aprs la manire dont elles taient brusquement
recourbes, semblaient formes par une simple contraction de la masse
dans le vase o elle s'tait refroidie. Pour certains dikes de l'Etna
dcrits par M. lie de Beaumont[49], et qui sont bords par des bandes
alternantes de roches scoriace et compacte, on est conduit  supposer
que l'tirement des couches environnantes qui a provoqu la formation
des fissures s'est continu pendant que la roche injecte demeurait
fluide. Cependant, si on se laisse guider par la description si lucide
donne par le professeur Forbes[50] de la structure zonaire de la
glace des glaciers, on arrive  admettre que l'interprtation la plus
vraisemblable de la structure lamellaire de ces roches feldspathiques
doit tre cherche dans l'tirement qu'elles ont subi lorsqu'elles
s'coulaient lentement suivant la pente alors qu'elles taient encore
 l'tat pteux[51], exactement comme la glace des glaciers en
mouvement s'tend et se fissure. Dans les deux cas on peut comparer
les zones  celles des plus fines agates; elles s'tendent toujours
dans la direction suivant laquelle la masse a coul, et celles qui
sont visibles  la surface sont gnralement verticales. Dans la
glace les lames poreuses sont rendues distinctes par la conglation
subsquente d'eau infiltre, et dans les laves feldspathiques
lithodes par l'intervention postrieure des actions cristalline et
concrtionnaire. Le fragment d'obsidienne vitreuse de la collection de
M. Stokes et qui est zon de petites vacuoles, doit ressembler d'une
manire frappante  un fragment de glace zonaire si on en juge d'aprs
la description du professeur Forbes. Si le mode de refroidissement
et la nature de la masse avaient favoris sa cristallisation, ou le
concrtionnement, nous aurions pu constater dans l'chantillon dont il
s'agit, de belles zones parallles diffrencies par leur texture et
leur composition. Dans les glaciers les zones de glace poreuse et
de petites fissures paraissent dues  un commencement d'tirement
provoqu par le fait que les parties centrales du glacier progressent
plus rapidement que les parties latrales et que le fond, dont la
marche est retarde par le frottement. C'est pour cette raison que
les zones deviennent horizontales dans certains glaciers d'une forme
dtermine, et  l'extrmit infrieure de presque tous les glaciers.
On pourrait se demander si les laves feldspathiques  lamelles
horizontales ne nous offrent pas un cas analogue. Tous les gologues
qui ont tudi des rgions trachytiques sont arrivs  conclure que
les laves de cette srie n'ont t qu'imparfaitement fluides. Il est
vident, en outre, que les matires qui ont eu une faible fluidit
sont les seules qui puissent se fissurer et o les diffrences
de tension puissent provoquer la disposition zonaire, comme nous
l'admettons ici. C'est peut-tre pour cette raison que les laves
augitiques, qui semblent gnralement avoir joui d'un haut degr de
fluidit, ne sont pas[52] divises en lames de composition et de
texture diffrentes, comme les laves feldspathiques. En outre, dans la
srie augitique, il ne parat jamais exister de tendance  l'action
concrtionnaire qui joue, comme nous l'avons vu, un rle important
dans la structure lamellaire des roches de la srie trachytique, ou
qui, tout au moins, contribue  rendre cette structure apparente.

Quelle que soit l'opinion qu'on puisse avoir sur l'interprtation
que je viens de donner ici de la structure lamellaire des roches
trachytiques, je me permets d'attirer l'attention des gologues sur
ce seul fait, qu' l'le de l'Ascension, dans une masse rocheuse
d'origine incontestablement volcanique, il s'est produit des couches
souvent trs minces, absolument droites et parallles entre elles. Une
partie de ces couches sont composes de cristaux isols de quartz
et de diopside, auxquels s'ajoutent des taches amorphes de nature
augitique et des grains de feldspath. D'autres couches sont
entirement constitues par ces taches augitiques noires avec des
granules d'oxyde de fer. Enfin, un certain nombre de couches sont
formes de feldspath cristallin plus ou moins pur, associ  de
nombreux cristaux de feldspath orients dans le sens de leur longueur.
Il y a des raisons de croire que, dans cette le, les lamelles ont t
formes originairement dans la position fortement incline qu'elles
occupent aujourd'hui, et ce fait est parfaitement tabli pour d'autres
roches analogues. Les faits de ce genre sont incontestablement
importants quant  l'origine de la structure de cette grande srie de
roches plutoniques qui, de mme que les roches volcaniques, ont t
soumises  l'action de la chaleur, et qui sont formes de couches
alternantes de quartz, de feldspath, de mica et d'autres minraux.


Notes:

[1] _Geographical Journal_, vol. V, p. 243.

[2] M. Lesson a observ ce fait (Voir la _Zoologie du voyage de la
Coquille_, p. 490). M. Hennah (_Geolog. Proceedings_, 1835, p. 189)
fait observer en outre qu' l'Ascension les lits de cendre les plus
tendus se trouvent invariablement du ct sous le vent.

[3] Nichol, _Architecture of Heavens_.

[4] _Voyage aux Quatre Isles d'Afrique_, t. I, p. 222.

[5] _Voyage en Hongrie_, t. II, p. 214.

[6] Une varit de cette pprine ou tuf est assez dure pour ne
pouvoir tre brise mme sous la pression la plus forte des doigts.

[7] A la partie nord de Green Mountain, on observe une couche mince
d'oxyde de fer compacte, paisse d'un pouce environ, qui s'tend sur
une surface considrable; elle est en stratification concordante
avec la partie infrieure de la masse stratifie de cendres et de
fragments. Cette substance est d'un brun rougetre,  clat presque
mtallique; elle n'est pas magntique, mais le devient lorsqu'elle a
t chauffe au chalumeau, elle noircit alors et fond en partie. Cette
roche compacte retient la petite quantit d'eau de pluie qui tombe
dans l'le, et donne naissance ainsi  une petite source coulant
goutte  goutte, que Dampier a dcouverte le premier. C'est la seule
eau douce que l'on trouve dans l'le, de sorte qu'elle n'est habitable
que grce  l'existence de cette couche ferrugineuse.

[8] Le professeur Miller a bien voulu examiner ce minral. Il a
observ deux bons clivages de 8630' et 8650'. La moyenne de
plusieurs clivages que j'ai mesurs tait 8630'. Le professeur Miller
constate que ces cristaux, rduits en poudre fine, sont solubles dans
l'acide chlorhydrique avec rsidu de silice; l'addition d'oxalate
d'ammonium donne un abondant prcipit de chaux. Il fait remarquer, en
outre, que, d'aprs von Kobell, l'anorthite (minral qu'on rencontre
dans les fragments projets au Monte Somma) est toujours blanche
et transparente, de sorte que, s'il en est ainsi, ces cristaux de
l'Ascension doivent tre considrs comme du feldspath Labrador.
Le professeur Miller ajoute qu'il a vu dans _Erdmann's Journal fr
technische Chemie_ la description d'un minral rejet par un volcan,
qui offrait les caractres extrieurs du Labrador, mais dont la
composition diffrait de celle donne pour cette espce par les
minralogistes. L'auteur attribuait cette diffrence  une erreur dans
l'analyse du Labrador qui est fort ancienne.

[9] Daubeny remarque, dans son ouvrage sur les _Volcans_ (p. 386),
qu'il en est ainsi; et de Humboldt dit (_Personal Narrative_, vol. I,
p. 236) qu' en gnral les masses de roches primitives connues, je
veux parler de celles qui ressemblent parfaitement  nos granites,
gneiss et micaschistes, sont fort rares dans les laves; les substances
que nous dsignons gnralement sous le nom de granite et qui ont t
projetes par le Vsuve, sont des mlanges de nphline, de mica et de
pyroxne.

[10] Cette aire est limite approximativement par une ligne embrassant
Green Mountain et se prolongeant jusqu'aux collines dsignes sous
les noms de Weather Port Signal, Holyhead et _the Crater of an old
volcano_ (cette dernire appellation est inexacte dans le sens
gologique du mot).

[11] Le porphyre est de couleur fonce; il contient de nombreux
cristaux de feldspath blanc opaque, souvent briss, et des cristaux
d'oxyde de fer en dcomposition; ses vacuoles renferment de petites
masses cristallines capillaires qu'on pourrait rapporter  l'analcime.

[12] Le Dr Daubeny (On Volcanoes, p. 180) parait avoir t amen
 croire que certaines formations trachytiques d'Ischia et du
Puy-de-Dme, qui ressemblent de trs prs  celles de l'Ascension,
taient d'origine sdimentaire; il basait principalement cette opinion
sur la prsence frquente dans ces roches de fragments scoriacs dont
la teinte diffre de celle de la masse englobante. Le Dr Daubeny
ajoute que, d'un autre ct, Brocchi et d'autres gologues minents
ont considr ces lits comme des varits terreuses de trachyte;
d'aprs lui le sujet mrite de faire l'objet de nouvelles tudes.

[13] D'Aubuisson, _Trait de Gognosie_, t. II, p. 548.

[14] Beudant (_Voyage en Hongrie_, t. III, p. 502, 504) dcrit des
masses rniformes de jaspe opale, qui passent insensiblement au
conglomrat trachytique environnant ou y sont emptes comme des silex
dans la craie, et il les compare aux fragments de bois opalis qui
abondent dans la mme formation. Pourtant Beudant semble avoir
considr le processus de leur formation plutt comme une simple
infiltration que comme un change molculaire, mais la prsence d'une
concrtion diffrant absolument de la matire englobante me semble
exiger un dplacement, soit chimique, soit mcanique, des atomes qui
occupaient l'espace ultrieurement rempli par cette concrtion, si
elle ne s'est pas forme dans une cavit prexistante. Le jaspe opale
de Hongrie passe  la calcdoine, c'est pourquoi, dans ce cas comme
dans celui de l'Ascension, l'origine du jaspe parat tre en rapport
intime avec celle de la calcdoine.

[15] Beudant (_Voyage minralogique_, t. III, p. 507) en cite des
exemples en Hongrie, en Allemagne, au Plateau Central de France, en
Italie, en Grce et au Mexique.

[16] Les oeufs de tortues enfouis par ces animaux peuvent quelquefois
tre emprisonns dans cette roche massive. M. Lyell a donn une figure
(_Principles of Geology_, livre III, ch. xvii) reprsentant des oeufs
ainsi empts dans la roche et renfermant le squelette de jeunes
tortues.

[17] _Researches in Theoretical Geology_, p. 12.

[18] Ainsi que je l'ai fait remarquer, le sulfate de chaux constitue
une matire trangre et doit avoir t extrait de l'eau de mer. C'est
donc un fait intressant de voir les vagues de l'Ocan assez charges
de sulfate de chaux pour le dposer sur les rochers contre lesquels
elles se brisent  chaque mare. Le Dr Webster a dcrit (_Voyage of
the Chanticleer_, vol. II, p. 319) des lits de gypse et de sel marin
atteignant deux pieds d'paisseur, forms par l'vaporation des
embruns sur les rochers de la cte exposs  l'action du vent
dominant. De belles stalactites de gypse, ressemblant  des
stalactites calcaires, se sont formes prs de ces lits. On trouve
aussi des masses amorphes de gypse dans des cavernes de l'intrieur
de l'le, et j'ai vu  Cross Hill (un ancien cratre) une quantit
considrable de sel suintant d'une pile de scories. Dans ces derniers
cas le sel et le gypse semblent tre des produits volcaniques.

[19] D'aprs le fait dcrit dans mon _Journal of Researches_ (p. 12),
d'une couche d'oxyde de fer dpose par un ruisseau sur les roches
de son lit (comme un revtement  peu prs semblable qui existe aux
grandes cataractes de l'Ornoque et du Nil) et qui prend un beau poli
aux endroits o le remous se fait sentir, je suppose que le polissage
est produit ici galement par la mme cause.

[20] J'ai dcrit, dans le chapitre consacr aux rochers de Saint-Paul,
une substance luisante et perle qui recouvre ces rochers, et une
incrustation stalactitique, de l'le de l'Ascension, d'une nature
analogue, dont la crote ressemble  l'mail des dents, mais est assez
dure pour rayer le verre. Ces deux substances renferment une matire
organique qui parat provenir de l'eau filtrant au travers d'amas de
fiente d'oiseaux.

[21] M. Horner et sir David Brewster ont dcrit (_Philosophical
Transactions_, 1836, p. 65) une singulire substance artificielle
ressemblant  celle qui constitue les coquilles. Cette substance se
dpose en lames fines de couleur brune, transparentes, prsentant une
surface trs lisse et des proprits optiques spciales,  l'intrieur
d'un vase contenant de l'eau, o l'on fait tourner rapidement un linge
enduit d'une couche de colle et ensuite d'une couche de chaux. Cette
substance est beaucoup plus tendre, plus transparente, et contient
plus de matire organique que l'incrustation naturelle de l'Ascension;
pourtant nous constatons encore une fois ici la forte tendance que
manifestent le carbonate de chaux et la matire organique  former une
substance solide voisine de celle de la coquille des mollusques.

[22] Ce terme peut prter  un malentendu parce qu'on peut l'appliquer
soit  des roches divises en feuillets de composition identique, soit
 des couches fortement adhrentes les unes aux autres sans tendance
 la fissilit, mais constitues par des minraux diffrents, ou
prsentant des zones de couleurs diffrentes. Au cours du prsent
chapitre le terme lamellaire est pris dans ce dernier sens, et j'ai
employ le mot fissile lorsqu'une roche homogne se divise suivant une
direction dtermine comme c'est le cas pour les ardoises.

[23] Le professeur Miller m'informe que les cristaux qu'il a mesurs
prsentaient les faces P, _z_, _m_ de la figure 147 donne par
Haidinger dans sa traduction de Mohs; et il ajoute qu'il est
remarquable qu'aucun de ces cristaux ne prsente la moindre trace des
faces _r_ du prisme hexagonal rgulier.

[24] _Geological Transactions_, vol. III, part. 1, p. 37.

[25] Ces analyses ont t prises dans le _Trait de Minralogie_ de
Beudant, t. II, p. 113; et une analyse d'obsidienne dans _Phillips's
Mineralogy_.

[26] Ces analyses sont prises dans von Kobell, _Grundzge der
Mineralogie_, 1838.

[27] _Trait de gognosie_, t. II, p. 535.

[28] On constate ces faits dans la fabrication du verre ordinaire,
et dans les expriences de Gregory Watt sur le trapp fondu; on les
observe aussi sur la surface naturelle des coules de lave et sur les
flancs latraux des dikes.

[29] J'ignore s'il est gnralement connu qu'on rencontre parfois dans
les agates des corps prsentant exactement le mme aspect que les
sphrulites. M. Robert Brown m'a montr une agate forme dans une
cavit d'un morceau de bois silicifi, portant de petites taches 
peine visibles  l'oeil nu; vues  l'aide d'une forte loupe, ces
taches offraient un trs bel aspect; elles taient exactement
circulaires et consistaient en fibres extrmement fines, de couleur
brune, rayonnant fort rgulirement autour d'un centre commun. Ces
petites toiles rayonnantes sont quelquefois coupes et partiellement
entames par les fines zones rubanes de l'agate. Dans l'obsidienne de
l'Ascension, les deux moitis d'une sphrulite sont souvent engages
dans des zones de couleur diffrente, mais elles ne sont pas entames
par ces dernires comme dans l'agate.

[30] _Journal de physique_, t. LIX (1804), pp. 10, 12.

[31] _Id_., t. LX (1805), p. 418.

[32] _Voyage en Hongrie_, t. I, p. 330; t. II, pp. 221 et 315; t. III,
pp. 369, 371, 377, 381.

[33] _Essais gognostiques_, pp. 176, 326, 328.

[34] P. Scrope, _Geological Transactions_, vol. II (second series),
p. 195. Consulter aussi: Dolomieu, _Voyage aux Isles Lipari_, et
D'Aubuisson, _Trait de gognosie_, t. II, p. 534.

[35] J'ai observ que dans les obsidiennes du Mexique formant la belle
collection de M. Stokes, les sphrulites sont ordinairement beaucoup
plus grandes que celles de l'Ascension; elles sont gnralement
blanches, opaques, et sont accoles en couches distinctes. Plusieurs
varits remarquables diffrent de toutes celles de l'Ascension.
Les obsidiennes prsentent des zones minces, absolument droites ou
ondules, qui ne se distinguent de la masse que par des diffrences
extrmement faibles de nuance, de porosit ou d'tat vitreux plus
ou moins parfait. En suivant un certain nombre des zones les moins
nettement vitreuses, on constate qu'elles se montrent bientt
parsemes de sphrulites blanches trs petites qui deviennent de plus
en plus nombreuses et finissent par se runir en une couche distincte.
A l'Ascension, au contraire, les sphrulites brunes seules se
runissent et forment des couches; les blanches sont toujours
dissmines irrgulirement. Certains chantillons appartenant aux
collections de la Socit gologique, et rapports  une formation
d'obsidienne du Mexique, ont une cassure terreuse et sont diviss en
lamelles extrmement fines par des taches d'un minral noir semblables
aux taches d'augite et de hornblende des roches de l'Ascension.

[36] _Voyage de Beudant_, t. III, p. 373.

[37] Pour Tnrife, voir von Buch, _Descript. des isles Canaries_, p.
184 et 190; pour les les Lipari, voir le _Voyage_ de Dolomieu, p. 34;
pour l'Islande, voir _Mackenzie's Travels_, p. 369.

[38] _Mmoire pour servir  une description gologique de la France_,
t. IV, p. 371.

[39] Mac Culloch constate (_Classification of Rocks_, p. 531) que, sur
les dikes de rtinite  l'le d'Arran, les surfaces exposes  l'air
sont sillonnes de lignes ondules, ressemblant  certains genres
de papier marbr et qui rsultent videmment d'une diffrence
correspondante dans la structure lamellaire.

[40] _Personal Narrative_, vol. I, p. 222.

[41] _Geological Transactions_, vol. II (seconde srie), p. 195.

[42] _Description des les Canaries_, p. 184.

[43] _Voyage aux les de Lipari_, pp. 35 et 85.

[44] Dans ce cas, comme dans celui de la pierre ponce fissile, la
structure s'carte beaucoup de celle des roches prcdentes, dont
les lamelles consistent en couches alternantes qui diffrent de
composition ou de texture. Cependant il y a des raisons de croire avec
d'Aubuisson que dans certaines formations sdimentaires qui semblent
homognes et fissiles, par exemple, dans une ardoise  clat micac,
les lamelles sont dues rellement  des couches alternantes de mica
excessivement minces.

[45] Voir _Phillips' Mineralogy_, p. 136, pour les les italiennes.
Pour le Mexique et le Prou, voir _l'Essai gognostique_, de de
Humboldt. M. Edwards dcrit aussi la forte inclinaison des obsidiennes
de Cerro del Navaja, au Mexique, dans les _Proc. of the geolog. Soc._
de juin 1838.

[46] _Geological Transactions_, vol. II (seconde srie), p. 200,
etc. Dans certains cas, ces fragments empts consistent en trachyte
lamellaire dtach de la masse et envelopp dans les parties qui
restaient encore liquides. Beudant aussi, dans son grand ouvrage
sur la Hongrie, cite plusieurs fois des roches trachytiques
irrgulirement tachetes de fragments appartenant aux varits qui
forment ailleurs les rubans parallles. Dans ces divers cas, nous
devons supposer qu'aprs qu'une partie de la masse fondue et pris
la structure lamellaire, une nouvelle ruption de lave vint la
bouleverser et en envelopper les fragments, et que plus tard tout
l'ensemble prit une nouvelle disposition lamellaire.

[47] Dolomieu, _Voyage_, p. 64.

[48] En effet, la formation d'un grand cristal d'un minral quelconque
dans une roche de composition complexe suppose la runion des atomes
ncessaires, en mme temps qu'une action de concrtion. La cause pour
laquelle tous les cristaux de feldspath sont orients suivant le sens
de leur longueur dans ces roches de l'Ascension est probablement la
mme que celle de l'allongement et de l'aplatissement dans cette mme
direction de tous les globules sphrulitiques bruns (qui offrent au
chalumeau les caractres du feldspath).

[49] _Mm. pour servir_, etc., t. IV, p. 131.

[50] _Edinburgh New Phil. Journal_, 1842, p. 350.

[51] Je suppose que c'est  peu prs la mme explication que M. Scrope
entendait donner en parlant (_Geolog. Transact._, vol. II, seconde
srie, p. 228) de la structure rubane de ces roches trachytiques, qui
provient d'une extension linaire de la masse imparfaitement liquide,
accompagne d'une action de concrtion.

[52] Il n'est pas rare que des laves basaltiques, ainsi que plusieurs
autres roches, soient divises en lames ou plaques paisses, de mme
composition, et qui sont tantt droites et tantt courbes; ces lames,
coupes par des lignes de fissure verticales, s'unissent quelquefois
pour constituer des colonnes. Cette structure parait se rapprocher,
quant  son origine, de celle que prsentent un grand nombre de roches
ignes et sdimentaires traverses par des systmes de fissures
parallles.




CHAPITRE IV

SAINTE-HLNE


Laves des sries feldspathique, basaltique et sous-marine.--Coupe
de Flagstaff Hill et du Barn.--Dikes.--Baies Turk's Cap et
Prosperous.--Enceinte basaltique.--Crte centrale cratriforme avec
rebord intrieur et parapet.--Cnes de phonolite.--Bancs superficiels
de grs calcareux.--Coquilles terrestres teintes.--Lits de
dtritus.--Soulvement de la rgion.--Dnudation.--Cratres de
soulvement.


L'le tout entire est d'origine volcanique; suivant Beatson[1], sa
circonfrence est d'environ 28 milles. Le centre et la plus
grande partie de l'le sont constitus par des roches de nature
feldspathique, gnralement trs dcomposes, et offrant alors une
remarquable succession de lits argileux tendres, alternants, rouges,
pourpres, bruns, jaunes et blancs. Par suite du peu de dure de notre
sjour, je n'ai pu examiner ces lits avec soin; quelques-uns d'entre
eux, spcialement ceux  nuances blanches, jaunes et brunes,
constituaient originairement des coules de lave, mais la plupart de
ces lits ont probablement t jaculs sous forme de scories et de
cendres; d'autres lits, colors en pourpre, avec des plages  contours
cristallins constitues par une substance blanche tendre, semblent
avoir t autrefois des porphyres argileux compacts et rsistants; ils
sont aujourd'hui onctueux au toucher, et donnent, comme la cire,
une rayure luisante sous l'ongle. Les lits argileux rouges offrent
gnralement une structure brchiforme, et ont t forms, sans aucun
doute, par la dcomposition de scories. Cependant, plusieurs coules
fort tendues, appartenant  cette srie, conservent leur caractre
lithode, elles sont soit d'une couleur vert-noirtre avec de petits
cristaux aciculaires de feldspath, soit d'une teinte trs ple; dans
ce dernier cas, elles sont formes principalement de petits cristaux
de feldspath souvent cailleux, portant un grand nombre de taches
noires microscopiques. Ces coules sont gnralement compactes et
lamellaires; pourtant d'autres coules, d'une composition semblable,
sont celluleuses et lgrement altres. Aucune de ces roches ne
renferme de grands cristaux de feldspath ni ne prsente la cassure
rugueuse caractristique du trachyte. Ces laves et ces tufs
feldspathiques recouvrent les autres roches et appartiennent donc  la
dernire phase ruptive; cependant d'innombrables dikes et de grandes
masses de roches fondues y ont t postrieurement injects. Ils
convergent, en s'levant, vers la crte curviligne centrale, dont un
point atteint l'altitude de 2.700 pieds. Cette crte est la partie
la plus leve de l'le, et elle a constitu autrefois le bord
septentrional d'un grand cratre, d'o se sont coules les laves de
cette srie; la structure de ce cratre est rendue fort obscure par
l'tat de dgradation dans lequel il se trouve, par la disparition de
sa partie mridionale et par les dislocations violentes que l'le a
subies.


_Srie basaltique._--La cte de l'le consiste en un cercle,
grossirement dessin, de grands remparts de basalte, noirs et
stratifis, s'inclinant vers la mer et que les flots ont transforms
en falaises souvent presque perpendiculaires, dont la hauteur varie de
quelques centaines de pieds  2.000 pieds. Ce cercle, ou plutt cette
enceinte en forme de fer  cheval est ouverte du ct du sud et
entame par plusieurs autres grandes brches. Son rebord suprieur ou
sommet ne s'lve ordinairement qu' une faible altitude au-dessus du
niveau de la contre intrieure voisine, et les laves feldspathiques
plus rcentes, descendant des hauteurs centrales, viennent
gnralement buter contre son plan interne qu'elles recouvrent; mais,
dans la partie nord-ouest de l'le (pour autant qu'on en puisse juger
de loin) les laves semblent avoir dbord cette barrire et l'avoir
masque en partie. En certains endroits o l'anneau basaltique est
rompu et o cette enceinte noire est divise en tronons, les laves
feldspathiques ont coul entre ces derniers et surplombent aujourd'hui
la cte sous forme de falaises leves. Ces roches basaltiques ont
une couleur noire et sont stratifies en couches minces; elles sont
habituellement trs celluleuses, mais parfois compactes; quelques-unes
d'entre elles renferment de nombreux cristaux de feldspath vitreux
et des octadres de fer titanifre; d'autres abondent en cristaux
d'augite et en grains d'olivine. Les vacuoles sont frquemment
tapisses de petits cristaux (de chabasie?), ce qui donne mme parfois
 la roche une structure amygdalodale. Les coules de lave sont
spares les unes des autres par des cendres ou par un tuf salifre
friable, d'un rouge vif, offrant des lignes superposes comme celles
que provoque la sdimentation et qui prsente parfois une structure
concrtionne mal dfinie. Les roches de la srie basaltique ne se
montrent que prs de la cte. Dans la plupart des contres volcaniques
les laves trachytiques sont plus anciennes que les laves basaltiques;
mais ici nous constatons qu'un grand amas de roches, dont la
composition est trs voisine de celle de la famille trachytique, a t
jacul aprs les nappes basaltiques: cependant les nombreux dikes
injects dans les laves feldspathiques, et o abondent de grands
cristaux d'augite, dvoilent peut-tre une tendance au retour vers le
mode ordinaire de superposition.


_Laves sous-marines de la base_.--Les laves de la srie infrieure
se trouvent immdiatement au-dessous des roches basaltiques et
feldspathiques. Suivant M. Seale[2], on peut les observer, en divers
points de la plage, sur le pourtour entier de l'le. Dans les coupes
que j'ai tudies, leur nature est fort variable; quelques-unes des
couches abondent en cristaux d'augite; d'autres, colores en brun,
sont laminaires ou formes de galets, et plusieurs sections sont
rendues fortement amygdalodes par la prsence de matires calcaires.
Les nappes successives sont intimement unies entre elles, ou spares
les unes des autres par des bancs de roches scoriaces ou de tuf
laminaire renfermant souvent des fragments nettement arrondis. Les
interstices de ces couches sont remplis de gypse et de sel; le gypse
se prsente parfois aussi en lits minces. L'abondance de ces
deux substances, la prsence de cailloux rouls dans les tufs et
l'abondance des roches amygdalodes me portent  croire que ces
couches volcaniques infrieures sont d'ruption sous-marine. Peut-tre
cette remarque doit-elle tre applique aussi  une partie des roches
basaltiques surincombantes; mais je n'ai pu trouver de preuve bien
nette de ce dernier fait. Partout o j'ai examin les couches de la
srie infrieure, j'ai constat qu'elles taient traverses par un
trs grand nombre de dikes.


_Flagslaff Hill et le Barn_.--Je dcrirai maintenant quelques-unes des
coupes les plus remarquables en commenant par ces deux collines qui
constituent les traits les plus caractristiques de la partie nord-est
de l'le. Le profil carr et anguleux du Barn ainsi que sa couleur
noire montrent au premier coup d'oeil qu'il appartient  la srie
basaltique, tandis que la surface adoucie et la forme conique de
Flagstaff Hill, et ses teintes vives et varies prouvent avec la
mme vidence que cette dernire colline est forme des roches
feldspathiques altres, dont il a t question au commencement du
chapitre. Ces deux hautes collines sont runies (comme on le voit dans
la figure no. 8) par une crte aigu constitue par les laves  galets
de la srie infrieure. Les couches de cette crte plongent vers
l'ouest sous un angle qui diminue graduellement  mesure qu'on
s'avance vers le Flagstaff, et l'on peut constater, quoique assez
difficilement, que les couches feldspathiques suprieures de cette
colline plongent uniformment vers l'W.-S.-W. Prs du Barn, les
couches de la crte sont presque verticales, mais leur allure est
masque par d'innombrables dikes; leur inclinaison change probablement
sous cette colline et, de verticales qu'elles taient, les couches
se montrent inclines dans un sens oppos: en effet, les couches
suprieures basaltiques, qui ont environ 800  1.000 pieds
d'paisseur, plongent vers le nord-est sous un angle de 30  40.

[Illustration: FIG. 8. Les lignes paisses reprsentent les couches
basaltiques; les lignes fines, les couches sous-marines infrieures;
les lignes pointilles, les couches feldspathiques suprieures. Les
dikes sont indiqus par des hachures transversales.]

La crte ainsi que les collines de Flagstaff et de Barn sont
sillonnes de dikes, dont plusieurs conservent un paralllisme
remarquable suivant une direction N.-N.-W--S.-S.-E. Les dikes sont
forms principalement d'une roche  laquelle de grands cristaux
d'augite donnent la structure porphyrique, d'autres dikes sont forms
d'un trapp brun  grains fins. La plupart de ces dikes sont recouverts
d'une couche brillante[3], paisse de un  deux diximes de pouce,
fusible en un mail noir, contrairement  ce qui se produit pour la
rtinite vritable. Cette couche est videmment analogue au revtement
superficiel brillant qu'on observe sur un grand nombre de coules de
lave. On peut suivre souvent les dikes sur de grandes surfaces, tant
dans le sens horizontal que dans le sens vertical, et ils paraissent
conserver une paisseur  peu prs toujours uniforme[4]. M. Seale
rapporte qu'un dike situ prs du Barn ne dcrot en largeur que de 4
pouces seulement sur toute sa hauteur, qui est de 1.260 pieds,--de
9 pieds  la base elle se rduit  8 pieds 8 pouces au sommet. Dans
cette crte la direction suivie par les dikes parat avoir t surtout
dtermine par l'alternance de couches tendres et dures; souvent
ils sont intimement associs aux couches les plus dures, et restent
parallles sur des longueurs si considrables que frquemment il
devient impossible de distinguer les bancs qui sont de vrais dikes,
des nappes de lave. Quoique les dikes soient si nombreux sur cette
crte, ils sont plus nombreux encore dans les valles voisines situes
au sud,  tel point que je n'en ai vu nulle part un aussi grand
nombre. Dans ces valles ils ont une orientation moins rgulire et
couvrent le sol d'un rseau semblable  une toile d'araigne; en
certains points la surface du sol parat mme exclusivement constitue
par des dikes entrelacs.

Cette disposition complexe des dikes, la forte inclinaison et
l'anticlinal des couches de la srie infrieure recouvertes aux
extrmits opposes de cette crte par deux grandes masses rocheuses,
d'ge et de composition diffrents, devaient,  mon avis, conduire
presque infailliblement  une fausse interprtation de cette coupe. On
a mme suppos que la rgion qui nous occupe avait fait partie d'un
cratre, mais cette opinion s'carte tellement de la vrit que le
sommet de Flagstaff Hill a constitu autrefois l'extrmit infrieure
d'une nappe de lave et de cendres jacules par la crte cratriforme
centrale. A en juger par la pente des coules contemporaines dans une
partie voisine et non bouleverse de l'le, les couches de Flagstaff
Hill doivent avoir t souleves de 1.200 pieds au moins, et
probablement d'une quantit beaucoup plus considrable encore, car les
grands dikes tronqus qu'on observe au sommet de la colline dmontrent
qu'elle a t fortement dnude. Le sommet de Flagstaff Hill atteint 
peu prs la mme hauteur que la crte cratriforme, et, avant d'avoir
subi une dnudation, il tait probablement plus lev que cette crte,
dont il est spar par une rgion fort tendue et beaucoup plus basse;
par consquent, nous constatons ici que l'extrmit infrieure d'un
systme de coules de lave a t redresse de manire  atteindre une
altitude gale ou mme peut-tre suprieure  celle du cratre sur
les flancs duquel elles ont coul originairement. Je crois que les
dislocations de cette amplitude sont extrmement rares[5] dans les
rgions volcaniques. La formation de dikes aussi nombreux dans cette
partie de l'le prouve que la surface de la rgion doit avoir subi
une dislocation tout  fait extraordinaire. Sur la crte entre les
collines de Flagstaff et de Barn cette dislocation ou extension
s'est probablement produite aprs le redressement des couches, ou
a peut-tre suivi immdiatement ce phnomne, car, si les couches
avaient t alors horizontales, elles auraient fort probablement t
fissures et injectes dans le sens transversal et non suivant le plan
de stratification. Quoique la contre qui s'tend entre le Barn et
Flagstaff Hill prsente une ligne anticlinale bien nette dirige du
nord au sud, et quoique la plupart des dikes suivent cette mme ligne
avec beaucoup de rgularit, les couches occupent cependant leur
position primitive  un mille seulement au sud de la crte. Cela
dmontre que la force perturbatrice a exerc son action plutt sur
un point isol que suivant une ligne. Son mode d'activit se trouve
probablement expliqu par la structure du Little Stony-top, montagne
de 2.000 pieds de hauteur, situe  quelques milles au sud du Barn;
nous distinguons l, mme de loin, une sorte de coin aigu, form
d'une roche colonnaire compacte, de couleur sombre, et les couches
feldspathiques aux teintes brillantes descendant sur ses deux flancs,
 partir de son sommet dnud. Ce coin, qui a fait donner  la
montagne le nom de Stony-top, consiste en une masse rocheuse injecte
 l'tat liquide dans les couches surincombantes; et si nous supposons
qu'une masse rocheuse semblable a t injecte sous la crte reliant
le Barn et Flagstaff Hill, on pourrait expliquer ainsi la structure de
cette rgion.


_Baies Turks' Cap et Prosprous_.--Prosprous Hill est une grande
montagne noire et escarpe, situe  2 milles et demi au sud du Barn,
et constitue de couches basaltiques comme cette dernire colline.
Ces couches reposent d'un ct sur les bancs porphyriques bruns de
la srie infrieure, et d'un autre ct sur une masse fissure d'une
roche fortement scoriace et amygdalode, qui parat avoir constitu
un centre d'ruption sous-marine peu tendu et contemporain de la
srie infrieure. Prosperous Hill est travers, comme le Barn, par un
grand nombre de dikes, dont la plupart courent du nord au sud, et ses
couches plongent obliquement, peut-on dire, de l'le vers la mer,
sous un angle d'environ 20. Comme on le voit dans la figure no. 9,
l'espace compris entre Prosperous Hill et le Barn est occup par
des falaises leves, formes de laves de la srie suprieure ou
feldspathique, reposant en stratification discordante sur les strates
sous-marines infrieures, comme nous avons vu qu'elles le font 
Flagstaff Hill. Nanmoins,  l'oppos de ce qui se prsente sur cette
dernire colline, les couches suprieures sont presque horizontales et
s'lvent doucement vers l'intrieur de l'le. En outre, ces couches
sont composes de laves compactes, noir-verdtre, ou plus communment
brun ple, au lieu d'tre constitues par des matriaux devenus
tendres, et colors de teintes vives. Ces laves compactes brunes sont
formes presque entirement de feldspath en petits clats luisants ou
en petits cristaux aciculaires trs rapprochs les uns des autres et
associs  de nombreuses petites taches noires qui sont probablement
de la hornblende. Les strates basaltiques de Prosperous Hill ne
s'lvent qu' une faible hauteur au-dessus du niveau des coules
feldspathiques doucement inclines qui viennent buter contre
leurs bords redresss et les entourent. L'inclinaison des couches
basaltiques parat trop prononce pour tre due au fait qu'elles
auraient coul sur une pente, et elles doivent avoir t amenes 
leur position actuelle par un redressement survenu avant l'ruption
des coules feldspathiques.

[Illustration: FIG. 9.--Les lignes doubles reprsentent les couches
basaltiques; les lignes simples, les couches sous-marines infrieures;
les lignes pointilles, les couches feldspathiques suprieures.]


_Enceinte basaltique_.--En faisant le tour de l'le, on observe qu'au
sud de Prosperous Hill les laves de la srie suprieure forment des
falaises trs leves surplombant la mer. Le cap dsign sous le nom
de Great Stony-top, et qu'on rencontre ensuite, est compos, je crois,
de basalte ainsi que le promontoire appel Long Range Point, auquel
aboutissent, du ct de la terre, les couches colores. Sur la cte
sud de l'le nous voyons les strates basaltiques de South Barn plonger
obliquement vers la mer sous un angle trs prononc; ce cap dpasse
lgrement aussi le niveau des laves feldspathiques plus modernes.
Plus loin encore, la cte a t fortement dnude sur une grande
longueur, de chaque ct de Sandy Bay, et il ne semble plus tre rest
en cet endroit que les dbris de la base du grand cratre central. Les
couches basaltiques reparaissent avec leur inclinaison vers la mer, au
pied de la colline appele Man-and-Horse; et elles se poursuivent
sur toute la longueur de la cte nord-ouest, depuis ce point jusqu'a
Sugar-Loaf Hill, qui est situ prs du Flagstaff. Ces coules offrent
partout la mme inclinaison vers la mer, et elles reposent, en
certains points au moins, sur les laves de la srie infrieure. Nous
voyons ainsi que la circonfrence de l'le est forme par une enceinte
de basalte fortement brche, ou plutt par des masses de basalte
disposes en forme de fer  cheval ouvert vers le sud et coup par
plusieurs larges brches du ct de l'est. La largeur de cette
frange marginale parat varier de 1 mille  1 mille et demi du ct
nord-ouest, qui est le seul o elle soit parfaitement complte.
Les couches basaltiques et celles de la srie infrieure, qu'elles
recouvrent, sont faiblement inclines vers la mer aux endroits o leur
allure primitive n'a pas t modifie. La dgradation plus prononce
de l'anneau basaltique autour de la moiti orientale de l'le
qu'autour de sa moiti occidentale, est due videmment  ce que la
puissance rosive des vagues est beaucoup plus considrable sur la
cte orientale, expose au vent, que sur la cte place sous le vent,
c'est ce que prouve du reste la hauteur plus forte des falaises sur la
premire de ces ctes. On ne saurait affirmer si les brches ont t
ouvertes dans la bordure de basalte avant ou aprs l'ruption des
laves de la srie suprieure; mais, comme certaines parties dtaches
de l'enceinte basaltique paraissent avoir t redresses avant que ce
phnomne se ft produit, et pour d'autres raison encore, il est
fort probable que tout au moins un certain nombre des brches sont
antrieures  l'ruption. Si on reconstitue hypothtiquement cette
enceinte circulaire de basalte, l'espace interne, ou la cavit, qui
a t comble ultrieurement par les matires jacules par le grand
cratre central, parat avoir prsent une forme ovale, longue de 8 
9 milles sur 4 milles environ de largeur, et dont l'axe tait dirig
suivant une ligne _N.-E.-S.-W._ concidant avec le grand axe actuel de
l'le.


_Crte centrale courbe._--Cette crte est forme, comme nous l'avons
dit plus haut, de laves feldspathiques grises et de tufs argileux
rouges, brchiformes, semblables aux couches de la srie suprieure
colores de teintes vives. Les laves grises renferment un grand
nombre de petits points noirs, facilement fusibles, et quelques rares
cristaux de feldspath de grande dimension. Elles sont gnralement
devenues fort tendres. Sauf ce caractre et la proprit d'tre trs
vsiculaires en beaucoup d'endroits, elles sont entirement semblables
aux grandes nappes de lave qui surplombent la cte  Prosperous Bay.
A en juger d'aprs les traces de dnudation, il s'est coul de longs
intervalles de temps entre la formation des bancs successifs dont la
crte est constitue. Sur le versant escarp du nord j'ai observ dans
plusieurs coupes une surface ondule de tuf rouge fortement rode,
et recouverte de laves feldspathiques grises dcomposes, sans autre
interposition qu'une mince couche terreuse. En un point voisin j'ai
remarqu un dike de trapp, large de 4 pieds, aras et recouvert par la
lave feldspathique comme le reprsente la figure. La crte se termine
vers l'est en un crochet, qui n'est reprsent avec une nettet
suffisante sur aucune des cartes que j'ai vues. Vers son extrmit
occidentale elle s'abaisse graduellement et se divise en plusieurs
crtes secondaires. La partie la mieux dfinie de la crte, entre
Diana's Peak et Nest Lodge, sert de base  des pics dont la hauteur
varie de 2.000  2.700 pieds, et qui sont les plus levs de toute
l'le; elle mesure un peu moins de 3 milles de longueur en ligne
droite. Sur tout cet espace la crte offre un aspect et une structure
uniformes; sa courbure rappelle la ligne de cte d'une grande baie,
et elle est forme de plusieurs lignes courbes plus petites, dont la
concavit est toujours ouverte vers le sud. Son versant septentrional
et externe est renforc par des crtes troites en arc-boutant qui
s'abaissent vers la plaine environnante. Le ct interne est beaucoup
plus escarp et s'lve presque  pic; il est constitu par la tranche
des couches qui s'inclinent doucement vers l'intrieur. Le long de
certaines parties du versant interne, et prs du sommet, s'tend une
corniche unie ou rebord, dont le contour suit les courbes secondaires
de la crte. Des rebords de ce genre ne sont pas rares dans les
cratres volcaniques, et leur formation semble due  l'affaissement
d'une nappe horizontale de lave durcie, dont les bords restent adhrer
aux parois du cratre[6] (comme la glace aux bords d'un tang dont
l'eau s'est retire).

[Illustration: FIG. 10.--Dike. 1. Lave feldspathique grise.--2. Couche
d'une matire terreuse rougetre paisse d'un pouce.--3. Tuf argileux
rouge brchiforme.]

En certains endroits, la crte est surmonte d'un parapet dont
les deux faces sont verticales. Prs de Diana's Peak, ce mur est
extrmement troit. J'ai observ  l'archipel des Galapagos des
parapets dont la structure et l'aspect sont identiques  ceux des murs
que nous venons de citer, et qui surmontent plusieurs des cratres;
l'un d'eux, que j'ai plus particulirement tudi, tait compos
de scories rouges, luisantes, fortement cimentes; comme il tait
vertical du ct externe et qu'il s'tendait sur la circonfrence du
cratre presque tout entire, il le rendait  peu prs inaccessible.
Suivant de Humboldt, le Pic de Tnrife et le Cotopaxi ont une
structure analogue[7]; il dit qu' leur sommet un mur circulaire
entoure le cratre; vu de loin ce mur offre l'aspect d'un petit
cylindre pos sur un cne tronqu. Pour le Cotopaxi[8] cette structure
spciale est visible  l'oeil nu d'une distance de plus de 2.000
toises, et personne n'a jamais atteint son cratre. Sur le Pic de
Tnrife le parapet est si lev qu'il serait impossible d'atteindre
la _Caldera_, si une crevasse ne s'ouvrait pas sur le ct oriental.
L'origine de ces parapets circulaires est probablement due  la
chaleur des vapeurs dgages du cratre qui en pntrent et en
durcissent les parois sur une profondeur  peu prs uniforme; et plus
tard les actions atmosphriques attaquent lentement la montagne sans
entamer la partie durcie; celle-ci se montre alors sous forme de
cylindre ou de parapet circulaire.

En tenant compte des particularits de structure que nous venons de
signaler dans la crte centrale: la convergence des couches de la
srie suprieure vers cette crte, l'tat fortement vsiculaire que
les laves y prennent, la corniche unie qui s'tend le long de son
flanc concave et vertical, comme celle qu'on observe dans l'intrieur
de certains volcans encore actifs, le mur en forme de parapet qui
couronne son sommet, et enfin sa courbure spciale qui se distingue
de tous les profils habituels aux soulvements, tous ces faits me
prouvent que cette crte recourbe n'est autre chose que le dernier
vestige d'un grand cratre. Cependant, quand on cherche  retrouver
le contour primitif de ce cratre, on est bien vite dsorient; son
extrmit occidentale s'abaisse graduellement, et s'tend vers la cte
en se divisant en d'autres crtes; l'extrmit orientale est plus
fortement courbe, mais elle est  peine mieux dfinie. Quelques
particularits me font supposer que le mur mridional du cratre
rencontrait la crte actuelle prs de Nest Lodge; s'il en est ainsi,
le cratre doit avoir  peu prs 3 milles de longueur sur 1 mille et
demi de largeur environ. Nous aurions cherch vainement  reconnatre
la vritable nature de la crte, si la dnudation qu'elle a subie et
la dcomposition des roches dont elle est forme avaient t un peu
plus avances qu'elles ne le sont, et si la crte avait t coupe par
de grands dikes et par des masses considrables de matires injectes,
comme l'ont t plusieurs autres parties de l'le. Mme dans l'tat
actuel des choses, nous avons vu qu' Flagstaff Hill l'extrmit
infrieure d'une nappe de matire ruptive a t souleve  une
hauteur gale et probablement mme suprieure  celle du cratre dont
elle s'est coule. Il est intressant de suivre ainsi les degrs par
lesquels passe la structure d'une rgion volcanique en s'obscurcissant
peu  peu pour finir par s'effacer. L'le de Sainte-Hlne se
rapproche tellement de cette dernire phase que jusqu'ici personne,
je crois, n'a suppos que la crte centrale ou l'axe de l'le ft
la dernire pave du cratre dont les coules volcaniques les plus
rcentes ont t jacules.

Le grand espace vide, ou la valle, qui existe au sud de la crte
centrale curviligne, et sur laquelle s'tendait autrefois la moiti
du cratre, est forme de monticules et de crtes dnuds et rods,
constitus par des roches rouges, jaunes et brunes, mles en
une confusion cahotique, entrelaces de dikes, et sans aucune
stratification rgulire. La partie principale consiste en scories
rouges en voie de dcomposition, associes  des tufs de diverses
varits et  des lits argileux jauntres pleins de cristaux briss,
parmi lesquels ceux d'augite sont d'une grandeur remarquable. a et l
surgissent des masses de lave trs vsiculaires et trs amygdalodes.
Sur l'une des crtes, au milieu de la valle, se dresse brusquement
une colline conique trs escarpe, dsigne sous le nom de _Lot_.
C'est un trait saillant et singulier du paysage. Cette colline est
forme de phonolite, dont une partie est en grands feuillets courbes,
une autre partie est constitue de boules concrtionnes plus ou moins
anguleuses, et la troisime consiste en colonnes disposes en rayons
divergents. De sa base divergent, en s'inclinant dans toutes les
directions, des couches de lave, de tuf et de scories[9]; la partie du
cne qui merge au-dessus de ces couches est haute de 197 pieds[10] et
sa section horizontale est ovale. Le phonolite est gris verdtre et
plein de petits cristaux aciculaires de feldspath; il offre, dans la
plupart des cas, une cassure conchodale, il est sonore et il est
cribl de petites cavits. Au S.-W. de Lot, on observe plusieurs
autres pics colonnaires fort remarquables, mais de forme moins
rgulire, notamment Lot's Wife, et les Asses' Ears, constitus
d'une roche analogue. Leur forme aplatie et leur position relative
dmontrent clairement qu'ils se trouvent sur la mme ligne de fissure.
Il est intressant de remarquer, en outre, que, si on prolongeait
la ligne N.-E.-S.-W., joignant Lot et Lot's Wife, elle couperait
Flagstaff Hill, qui est sillonn de nombreux dikes courant dans cette
mme direction, comme nous l'avons dit plus haut, et dont la structure
bouleverse rend vraisemblable qu'une grande masse de roche autrefois
liquide se trouve injecte sous cette colline.

Dans la mme grande valle on rencontre plusieurs autres masses
coniques de roches injectes (j'ai observ que l'une d'entre elles
tait forme de greenstone compact), dont quelques-unes ne semblent
avoir aucune relation avec la direction suivie par un dike, tandis
que d'autres sont videmment relies par une de ces lignes. Trois ou
quatre grandes lignes de dikes s'tendent au travers de la valle
suivant une direction N.-E.-S.-W., parallle  celle qui joint les
Asses' Ears et Lot's Wife, et probablement Lot. Le grand nombre de ces
masses de roches injectes est un trait remarquable de la gologie
de Sainte-Hlne. Outre celles que nous venons de citer, et la masse
hypothtique qui s'tendrait sous Flagstaff Hill, mentionnons encore
la masse qui forme Little-Stony-Top, et comme j'ai lieu de le croire,
d'autres masses encore au Man-and-Horse et  High-Hill. La plupart
de ces masses, sinon toutes, ont t injectes postrieurement aux
dernires ruptions volcaniques du cratre central. La formation, sur
des lignes de fissure, de saillies rocheuses coniques, dont les parois
sont le plus souvent parallles, peut tre vraisemblablement attribue
 des ingalits de tension, provoquant la formation de petites
fissures transversales; les bords des couches cdent naturellement en
ces points d'intersection, et sont facilement redresss. Je dois
faire observer, enfin, que partout les minences de phonolite ont une
tendance[11]  prendre des formes singulires et mme grotesques,
comme celle de Lot; le pic de Fernando Noronha en offre un exemple;
pourtant  San Thiago, les cnes de phonolite, quoique aigus, ont une
forme rgulire. En supposant, comme cela parat probable, que tous
les monticules ou oblisques de ce genre ont t originairement
injects  l'tat liquide dans un moule form par des couches qui
ont cd sous la pression des masses injectes, comme le fait s'est
produit certainement pour Lot, on peut se demander d'o proviennent
leurs formes si souvent escarpes et tranges en comparaison de
celles des masses de greenstone et de basalte qui partagent avec les
premires le mme mode de formation. Ces formes seraient-elles dues
 une fluidit moins parfaite que l'on considre gnralement comme
caractristique des laves trachytiques voisines des phonolites?


_Dpts superficiels_.--On rencontre, tant sur la cte septentrionale
de l'le que sur sa cte mridionale, un grs calcarifre tendre, en
bancs superficiels fort tendus quoique peu pais. Il consiste en trs
petits fragments rouls de coquilles et d'autres organismes d'une
dimension uniforme, qui conservent en partie leurs couleurs jaune,
brune et rose, et offrent parfois, mais trs rarement, des traces
vagues de leur forme externe primitive. Je me suis vainement efforc
de trouver un fragment de coquille qui ne ft pas roul. La couleur
des fragments est le caractre le plus net qui fasse reconnatre leur
origine; l'action d'une chaleur modre altre ces nuances et provoque
le dgagement d'une odeur; ce sont donc des caractres identiques
 ceux que prsentent des coquilles fraches. Ces fragments sont
ciments entre eux et sont mlangs d'une matire terreuse: d'aprs
Beatson, les masses les plus pures contiennent 70 p. 100 de carbonate
de chaux. Les bancs, dont l'paisseur varie de 2 ou 3 pieds  15
pieds, recouvrent la surface du sol; on les rencontre gnralement sur
celui des flancs de la valle qui est protg contre l'action du
vent, et ils se trouvent  la hauteur de plusieurs centaines de pieds
au-dessus du niveau de la mer. Leur position correspond  celle que le
sable prendrait aujourd'hui sous l'action du vent aliz; et sans
aucun doute ils ont t forms de cette manire, ce qui explique
l'uniformit et la finesse des particules, ainsi que l'absence
complte de coquilles entires ou mme de fragments de dimension
moyenne. C'est un fait remarquable que sur aucun point de la cte il
n'existe aujourd'hui de bancs coquillers d'o la poussire calcaire
aurait pu tre enleve et trie. Nous devons donc remonter  une
priode plus ancienne, antrieure aux bouleversements qui ont produit
les grandes falaises actuelles, et durant laquelle une cte en pente
douce, comme celle de l'Ascension, se prtait  l'accumulation des
dbris de coquilles. Quelques-uns des bancs de ce calcaire se trouvent
 l'altitude de 6  700 pieds au-dessus de la mer; mais cette altitude
peut tre due, en partie,  un soulvement du sol postrieur 
l'accumulation du sable calcaire.

L'infiltration de l'eau des pluies a consolid certaines parties de
ces bancs, les a transforms en une roche compacte, et a provoqu la
formation de calcaires stalagmitiques brun fonc. A la carrire de
Sugar-Loaf, des fragments de roches ont t recouverts, sur les pentes
adjacentes[12], par des couches minces superposes de matire calcaire
formant un revtement pais. Un fait curieux, c'est qu'un grand nombre
de ces cailloux sont recouverts sur toute leur surface, sans qu'aucun
point indiquant leur contact avec une autre roche ait t laiss  nu;
ces cailloux doivent donc avoir t soulevs par l'action du dpt
trs lent qui s'oprait et les recouvrait de couches successives
de carbonate de chaux. Des masses d'une roche blanche, finement
oolitique, sont fixes  la surface externe d'un certain nombre de
ces cailloux. Von Buch a dcrit un calcaire compact de Lanzarote qui
ressemble parfaitement au dpt stalagmitique dont il s'agit; cet
enduit recouvre des cailloux, et en certains endroits il est finement
oolitique. Ce calcaire forme une couche trs tendue dont l'paisseur
varie d'un pouce  2 ou 3 pieds, et on le rencontre  la hauteur de
800 pieds au-dessus de la mer, mais uniquement sur celle des ctes de
l'le qui est expose aux vents violents du nord-ouest. Von Buch fait
observer[13] qu'on ne le rencontre pas dans les cavits du sol, mais
uniquement sur les flancs continus et inclins de la montagne. Il
croit que ce calcaire a t dpos par les embruns que ces vents
violents portent au-dessus de l'le tout entire. Il me parat
cependant beaucoup plus vraisemblable que cette roche a t forme,
comme  Sainte-Hlne, par l'infiltration de l'eau dans des amas de
coquilles finement concasses; car lorsque le sable est transport par
le vent sur une cte trs expose, il tend toujours  s'accumuler
sur des surfaces larges et unies offrant aux vents une rsistance
uniforme. En outre,  l'le voisine de Fuerteventura[14], il existe un
calcaire terreux qui, d'aprs von Buch, est entirement semblable
aux spcimens provenant de Sainte-Hlne qu'il a vus, et qu'il croit
forms par le transport de dbris de coquilles sous l'action du vent.

Dans la carrire de Sugar-Loaf Hill, dont j'ai parl plus haut, les
bancs suprieurs de calcaire sont plus tendres, moins purs, et ont le
grain plus fin que les bancs infrieurs. Les coquilles terrestres y
abondent et quelques-unes sont intactes; ces bancs renferment aussi
des ossements d'oiseaux et de grands oeufs[15] qui proviennent, selon
toute probabilit, d'oiseaux aquatiques. Il est vraisemblable que ces
couches suprieures sont restes longtemps  l'tat meuble, et que
c'est durant cette priode que les produits terrestres y ont t
renferms. M. G.-R. Sowerby a bien voulu examiner trois espces de
coquilles terrestres, provenant de ces bancs, que je lui ai remises.
La description qu'il en a faite se trouve  l'Appendice. L'une de
ces coquilles est une Succine, identique  une espce actuellement
vivante et qui abonde dans l'le; les deux autres, notamment
_Cochlogena fossilis_ et _Hlix biplicata_, ne sont pas connues comme
organismes actuels; la dernire de ces espces a t trouve aussi
dans une autre localit fort diffrente, o elle est associe  une
espce incontestablement teinte du genre Cochlogena.


_Lits de coquilles terrestres teintes_.--En diverses parties de
l'le, on trouve, enfouies dans la terre, des coquilles terrestres
qui paraissent appartenir toutes  des espces teintes. La plupart
d'entre elles ont t trouves sur Flagstaff-Hill,  une altitude
considrable. Sur le versant nord-ouest de cette colline, un ravin
creus par la pluie a mis  dcouvert une coupe d'environ 20 pieds de
puissance, dont la partie suprieure consiste en terre vgtale noire,
videmment amene des parties plus leves de la colline par l'eau des
pluies, et la partie infrieure en terre moins noire, o abondent des
coquilles jeunes et vieilles entires ou brises. Cette terre est
faiblement consolide en certains points par une matire calcareuse
provenant probablement de la dcomposition partielle d'une certaine
quantit des coquilles. M. Seale, l'intelligent rsident de
Sainte-Hlne, qui a, le premier, appel l'attention sur ces
coquilles, m'en a donn une collection nombreuse provenant d'une autre
localit, o elles semblent avoir t enfouies dans une terre fort
noire. M. G.-R. Sowerby a tudi ces coquilles et les a dcrites dans
l'Appendice. Il y en a sept espces, notamment une Cochlogena, deux
espces du genre Cochlicopa, et quatre du genre Hlix; aucune de ces
espces n'est connue comme vivante et n'a t trouve ailleurs que
l. De petites espces ont t retires de l'intrieur des grandes
coquilles de _Cochlogena auris-vulpina_. Cette dernire espce est
fort singulire  divers gards. Lamarck lui-mme l'a classe dans
un genre marin, elle a t prise ainsi erronment pour une coquille
marine, et les espces plus petites qui l'accompagnent ayant pass
inaperues, on a mesur l'altitude des endroits exactement dtermins
o elle a t trouve, et on a conclu ainsi au soulvement de l'le!
Il est bien remarquable que toutes les coquilles de cette espce que
j'ai trouves en un mme endroit forment, d'aprs M. Sowerby, une
varit distincte de celle  laquelle appartiennent les coquilles
provenant d'une autre localit et recueillies par M. Seale. Comme
cette Cochlogena est une coquille grande et bien visible, j'ai
soigneusement interrog plusieurs habitants fort intelligents, sur le
point de savoir s'ils avaient jamais vu cet animal  l'tat vivant;
ils m'ont tous affirm que non, et mme ils ne voulaient pas croire
que ce ft un organisme terrestre; en outre, M. Seale, qui a
collectionn des coquilles  Sainte-Hlne pendant toute sa vie, ne
l'a jamais rencontre  l'tat vivant. Peut-tre dcouvrira-t-on que
quelques-unes des espces les plus petites sont encore vivantes; mais,
d'un autre ct, les deux mollusques terrestres vivant actuellement en
abondance dans l'le n'ont jamais t trouvs, que je sache, associs
dans les roches avec les espces teintes. J'ai montr dans mon
journal[16] que l'extinction de ces mollusques terrestres pourrait
n'tre pas fort ancienne, car un grand changement s'est produit dans
l'le il y a environ cent vingt ans;  cette poque, les vieux arbres
moururent, et ils ne furent pas remplacs parce que les jeunes arbres
taient dtruits au fur et  mesure de leur naissance par les chvres
et les porcs, qui vivaient dans l'le en grand nombre et  l'tat de
libert depuis 1502. M. Seale affirme que sur Flagstaff-Hill, o les
coquilles enfouies sont surtout abondantes, comme nous l'avons vu, on
peut observer partout des traces qui dmontrent clairement que cette
colline a t couverte autrefois d'une paisse fort; aujourd'hui, il
n'y crot pas mme un buisson. La couche paisse de terre vgtale
noire, qui recouvre le banc coquillier sur les flancs de cette
colline, a t probablement amene du sommet par les eaux ds que les
arbres prirent et que l'abri qu'ils offraient disparut.


_Soulvement de l'le_.--Aprs avoir constat que les laves de la
srie infrieure, dont l'origine est sous-marine, ont t leves
au-dessus du niveau de la mer et atteignent en certains endroits
une altitude de plusieurs centaines de pieds, je me suis efforc de
retrouver des signes superficiels du soulvement de l'le. Le fond
d'un certain nombre des gorges qui descendent vers la cte est combl,
sur une hauteur de 100 pieds environ, par des couches mal dfinies
de sable, d'argile limoneuse et de masses fragmentaires. M. Seale
a trouv dans ces couches les os de l'Oiseau du Tropique et de
l'Albatros; aujourd'hui le premier de ces oiseaux visite rarement
l'le, et le second n'y vient jamais. La diffrence qui existe entre
ces couches et les amas inclins de dbris qui les recouvrent me fait
supposer qu'elles ont t dposes dans les gorges lorsque celles-ci
se trouvaient au-dessous du niveau de la mer. En outre, M. Seale
a montr que quelques-unes des gorges en forme de fissure[17]
s'largissent lgrement du sommet vers la base en offrant une section
concave, et cette forme spciale est due probablement  l'action
rosive que la mer exerait lorsqu'elle pntrait dans la partie
infrieure des gorges. A des altitudes plus considrables on n'a pas
de preuves aussi videntes du soulvement de cette le; nanmoins,
dans une dpression en forme de baie que prsente le plateau
s'tendant derrire Prosperous Bay,  l'altitude d'environ 1.000
pieds, on voit des masses rocheuses  sommet plat, dont on ne saurait
concevoir la sparation d'avec les couches voisines semblables qu'en
admettant qu'elles ont t exposes  l'rosion marine sur une plage.
Il serait certainement bien difficile d'expliquer d'une autre manire
un grand nombre de dnudations qui ont t produites  de grandes
altitudes; ainsi, par exemple, le sommet aplati de la colline de Barn,
dont l'altitude est de 2.000 pieds, prsente, suivant M. Seale, un
vritable rseau de dikes tronqus; sur des collines formes, comme le
Flagstaff, d'une roche tendre nous pouvons supposer que les dikes ont
t rods et abattus par les agents atmosphriques, mais nous pouvons
difficilement supposer que cela soit possible pour les couches
basaltiques rsistantes du Barn.


_Dnudation de la cte_.--Les normes falaises, hautes, en certains
endroits, de 1.000  2.000 pieds, dont cette le, semblable  une
prison, est entoure de toutes parts, sauf en quelques points o
d'troites valles descendent vers la cte, forment le trait le plus
saillant du paysage. Nous avons vu que des segments de l'enceinte
basaltique, longs de 2  3 milles sur 1 ou 2 milles de largeur et
1.000  2.000 pieds de hauteur, ont t compltement rass. En outre,
des rcifs et des bancs de rochers s'lvent dans la mer en des
endroits o elle prsente de grandes profondeurs,  3 ou 4 milles de
la cte actuelle. D'aprs M. Seale, on peut les suivre jusqu'au rivage
et constater ainsi qu'ils forment le prolongement de certains grands
dikes bien dtermins. La formation de ces rochers est due videmment
 l'action des vagues de l'Ocan Atlantique, et il est intressant de
constater que les rochers situs sous le vent de l'le, du ct
qui est partiellement protg et qui s'tend de Sugar-Loaf Hill 
South-West Point, prsentent une hauteur moindre, quoique encore
considrable, correspondant  une situation mieux abrite. Quand on
songe  l'altitude relativement faible que prsentent les ctes d'un
grand nombre d'les volcaniques, exposes comme Sainte-Hlne 
l'action de la pleine mer, et dont l'origine semble remonter  une
haute antiquit, l'esprit recule  l'ide d'valuer le nombre de
sicles ncessaires pour rduire en limon et disperser l'norme volume
de roches dures qui a t arrach au littoral de cette le. L'tat de
la surface de Sainte-Hlne offre un contraste frappant avec celle de
l'le la plus voisine, l'Ascension. A l'Ascension les coules de lave
prsentent une surface brillante, comme si elles venaient d'tre
jacules; leurs limites sont bien dfinies, et souvent on peut les
suivre jusqu'aux cratres encore intacts qui les ont mises. Pendant
mes nombreuses et longues promenades je n'ai pas observ un seul dike;
et sur la circonfrence presque entire de l'le la cte est basse
et a t ronge au point de ne plus former qu'un petit mur dont la
hauteur varie de 10  40 pieds (il ne faut pourtant pas attacher  ce
fait une importance trop considrable, car l'le a pu s'affaisser).
Cependant depuis trois cent quarante ans que l'le de l'Ascension
est connue, on n'y a pas signal le moindre symptme d'action
volcanique[18]. D'autre part,  Sainte-Hlne on ne saurait suivre le
cours d'aucune coule de lave, en se guidant soit par l'tat de ses
limites, soit par celui de la surface; il n'y reste que l'pave d'un
grand cratre. Des dikes ruins sillonnent non seulement les valles,
mais mme la surface de quelques-unes des collines les plus leves;
et, en plusieurs endroits, les sommets dnuds de grands cnes de
roche injecte sont exposs et dcouverts. Enfin, nous avons vu que le
pourtour entier de l'le a t profondment rod, de manire  former
de gigantesques falaises.


_Cratres de soulvement_.--Les les de Sainte-Hlne, de San Thiago
et Maurice offrent une grande ressemblance au point de vue de leur
structure et de leur histoire gologique. Ces trois les sont
enfermes (tout au moins celles de leurs parties qu'il m'a t
possible de visiter) dans un cercle de montagnes basaltiques fortement
entam aujourd'hui, mais qui a t videmment continu autrefois.
Le versant de ces montagnes, dirig vers l'intrieur de l'le, est
escarp, ou parat pour le moins l'avoir t autrefois, et les
couches dont elles sont constitues plongent vers la mer. Je n'ai pu
dterminer l'inclinaison des bancs que dans un petit nombre de
cas seulement, et cette opration n'tait pas facile, car la
stratification paraissait gnralement mal dfinie, si ce n'est quand
on l'observait de loin. Cependant, je suis  peu prs certain que,
conformment aux recherches de M. Elie de Beaumont, leur inclinaison
moyenne est suprieure  celle qu'ils auraient pu prendre en coulant
sur une pente, tant donnes leur paisseur et leur compacit. A
Sainte-Hlne et  San Thiago les couches basaltiques reposent sur
des bancs plus anciens, d'une composition diffrente, et qui sont
probablement sous-marins. Dans les trois les, des dluges de laves
plus rcentes se sont couls du centre de l'le vers les montagnes
basaltiques et entre ces dernires; et  Sainte-Hlne la plate-forme
centrale a t comble par ces laves. Chacune des trois les a t
souleve en masse. A l'le Maurice la mer doit avoir baign le pied
des montagnes basaltiques,  une priode gologique loigne, ainsi
qu'elle le fait actuellement  Sainte-Hlne;  San Thiago la mer
attaque aujourd'hui la plaine qui s'tend entre ces montagnes.
Dans les trois les, mais spcialement  San Thiago et  Maurice,
l'observateur, plac au sommet d'une des anciennes montagnes
basaltiques, cherche en vain  dcouvrir au centre de l'le (point
vers lequel convergent approximativement les strates places sous ses
pieds et sous les montagnes situes  sa droite et  sa gauche), une
source d'o ces coules auraient pu tre mises; mais il n'aperoit
qu'un vaste plateau concave s'tendant au-dessous de lui, ou des
monceaux de matires d'origine plus rcente.

Je pense que ces montagnes basaltiques doivent tre classes avec les
cratres de soulvement; il importe peu que les enceintes aient t
ou non compltes autrefois, car les segments qui en subsistent
aujourd'hui ont une structure si uniforme que, s'ils ne constituent
pas des fragments de vritables cratres, on ne peut pas les classer
parmi les lignes de soulvement ordinaires. En considrant leur
origine, et aprs avoir lu les ouvrages de M. Lyell[19] et de MM.
C. Prevost et Virlet, je ne puis croire que les grandes dpressions
centrales aient t formes par un soulvement en forme de dme,
provoquant le cintrage des couches. D'un autre ct il m'est bien
difficile d'admettre que ces montagnes basaltiques ne soient que de
simples fragments du pied de grands volcans dont le sommet aurait
t enlev par explosion, ou plus vraisemblablement englouti par
affaissement. Ces enceintes ont parfois des dimensions tellement
colossales, comme  San Thiago et  Maurice, et on les rencontre
si souvent, que je puis difficilement me rsoudre  adopter cette
explication. En outre, la simultanit frquente des faits que je vais
numrer me porte  croire qu'ils ont, en quelque sorte, un rapport
commun que n'implique ni l'une ni l'autre des thories rappeles plus
haut: en premier lieu, l'tat ruin de l'enceinte qui dmontre que
les parties actuellement isoles ont t soumises  une dnudation
puissante, et tend peut-tre, en certains cas,  dmontrer que
l'enceinte n'a probablement jamais t ferme; en second lieu, la
grande quantit de matire jacule par la partie centrale de l'le
aprs la formation de l'enceinte ou pendant la dure de cette
formation; et en troisime lieu, le soulvement de l'le en masse.
Quant au fait que l'inclinaison des couches est suprieure  celle que
devraient offrir naturellement les fragments de la base de volcans
ordinaires, j'admets volontiers que cette inclinaison a pu augmenter
lentement par le soulvement dont les nombreuses fissures combles ou
dikes donnent  la fois la preuve et la mesure, d'aprs M. lie de
Beaumont; thorie aussi neuve qu'importante que nous devons aux
recherches de ce gologue  l'Etna.

Convaincu, comme je l'tais alors, par les phnomnes observs en
1835 dans l'Amrique du Sud[20], que les forces qui produisent
l'jaculation des matires par les orifices volcaniques sont
identiques  celles qui soulvent l'ensemble des continents, une
hypothse, embrassant les faits que je viens de citer, se prsenta 
mon esprit quand j'tudiai la partie de la cte de San Thiago o
la couche calcaire souleve horizontalement plonge dans la mer,
immdiatement sous un cne de lave d'ruption postrieure. Cette
hypothse consiste  admettre que, pendant le soulvement lent d'une
contre ou d'une le volcanique, au centre de laquelle un ou plusieurs
orifices restent ouverts, neutralisant ainsi les forces souterraines,
la priphrie est souleve plus fortement que la partie centrale; et
que les parties ainsi surleves ne s'abaissent pas en pente douce
vers la rgion centrale moins leve [comme le fait la couche
calcaire sous le cne  San Thiago, et comme une grande partie de la
circonfrence de l'Islande[21]; mais qu'elles en sont spares par des
failles courbes. D'aprs ce que nous constatons le long des failles
ordinaires, nous pouvons nous attendre  ce que, sur la partie
souleve, les couches, dj inclines vers l'extrieur par le fait
de leur formation primordiale en coules de lave, seront releves 
partir du plan de la faille et prendront ainsi une inclinaison plus
forte. Suivant cette hypothse, que je suis tent de n'appliquer qu'
quelques cas peu nombreux, il n'est pas probable que l'enceinte ait
jamais t complte, et par suite de la lenteur du soulvement, les
parties souleves auraient t gnralement exposes  une dnudation
puissante qui aurait provoqu la rupture de l'enceinte. Nous pouvons
nous attendre aussi  constater des diffrences accidentelles
d'inclinaison entre les masses souleves, comme cela se produit 
San Thiago. Cette hypothse rattache galement le soulvement de
l'ensemble de la rgion  l'coulement de grands flots de lave
provenant des plates-formes du centre. Dans cette thorie les
montagnes basaltiques marginales des trois les que nous avons cites
plus haut peuvent encore tre considres comme formant des cratres
de soulvement; le genre de soulvement que l'on suppose a t lent,
et la dpression ou plate-forme centrale a t forme, non par le
cintrage de la surface, mais simplement par suite d'un soulvement
moins considrable de cette partie de l'le.


Notes:

[1] _Account of St-Helena_ by governor Beatson.

[2] _Geognosy of the Island of Saint-Helena_. M. Seale a construit
un modle  grande chelle de l'le de Sainte-Hlne, qui mrite une
visite, et qui se trouve actuellement au Collge d'Addiscombe dans le
Surrey.

[3] Ce fait a t observ (Lyell, _Principles of Geology_, vol. IV,
chap. x, p. 9) dans les dikes de l'Atrio del Cavallo, mais il n'est
probablement pas fort commun. Sir G. Mackensie affirme cependant
(_Travels in Iceland_, p. 372) qu'en Islande toutes les veines
prsentent sur leurs bords un revtement noir vitreux. Le capitaine
Carmichal dit, en parlant des dikes de Tristan d'Acunha, le
volcanique de l'Atlantique mridional, que leurs bords sont
invariablement semi-vitreux au contact de la roche encaissante.
(_Linnaean Transactions_, vol. XII, p. 485.)

[4] _Geognosy of the Island of Saint-Helena_, pl. 5.

[5] M. Constant Prvost (_Mmoires de la Socit Gologique_, t. II)
fait observer que les produits volcaniques n'ont que localement et
rarement mme drang le sol,  travers lequel ils se sont fait jour.

[6] Un exemple remarquable de cette structure est dcrit dans _les
Polynesian Researches_, de Ellis (seconde dition), o l'on trouve
un dessin admirable des corniches et des terrasses successives qui
s'tendent sur les bords de l'immense cratre d'Hawa aux les
Sandwich.

[7] _Personal Narrative_, t. I, p. 171.

[8] De Humboldt, _Pituresque Atlas_, folio, pl. 10.

[9] Dans ses _Views of Vesuvius_ (pl. VI), Abich a reprsent la
manire dont les couches sont releves, dans des circonstances 
peu prs identiques. Les couches suprieures sont redresses plus
fortement que les infrieures, et il explique ce fait en montrant que
la lave s'introduit horizontalement entre les couches infrieures.

[10] Cette altitude est donne par M. Seale dans sa _Gognosie_ de
l'le. La hauteur du sommet au-dessus du niveau de la mer est value
 1.444 pieds.

[11] Dans son _Trait de Gognosie_ (t. III, p. 540), d'Aubuisson
insiste particulirement sur ce fait.

[12] En plusieurs points de cette colline, on rencontre dans les
dtritus terreux des masses irrgulires de sulfate de chaux
cristallis et trs impur. Comme cette substance se dpose
actuellement en abondance  l'Ascension par l'effet du ressac, il est
possible que ces masses aient la mme origine; mais s'il en est ainsi,
elles doivent s'tre formes  une poque o l'le prsentait une
altitude de beaucoup infrieure  celle qu'elle possde aujourd'hui.
Ce gypse terreux se trouve actuellement  une hauteur de 6  700
pieds.

[13] _Description des les Canaries_, p. 293

[14] _Id._, pp. 314 et 374.

[15] Dans un catalogue prsent avec quelques spcimens  la Socit
gologique, le colonel Wilkes rapporte qu'une seule personne a trouv
jusqu' dix oeufs. Le Dr Buckland a fait une communication sur ces
oeufs (_Geological Transactions_, vol. V, p. 474).

[16] _Journal of Researches_, p. 582.

[17] D'aprs M. Seale, une gorge en forme de fissure, situe prs de
Stony-top, mesure 840 pieds de profondeur sur 115 pieds de largeur
seulement.

[18] Le _Nautical Magazine_ de 1835, p. 642, celui de 1838, p. 361,
et les _Comptes rendus_ d'avril 1838, font connatre une srie des
phnomnes volcaniques: tremblements de terre, eaux troubles, scories
flottantes et colonnes de fume, qui ont t observs  divers
intervalles depuis le milieu du sicle dernier, dans la rgion
ocanique comprise entre 20 et 22 de longitude ouest,  un demi-degr
environ au sud de l'Equateur. Ces faits semblent prouver qu'une le ou
qu'un archipel est en voie de formation au milieu de l'Atlantique; le
prolongement de la ligne joignant Sainte-Hlne  l'Ascension coupe ce
foyer volcanique lentement en voie de formation.

[19] _Principles of Geology_ (5e dit.), vol. II, p. 171.

[20] J'ai donn en mars 1838 une relation dtaille de ces phnomnes,
dans une communication  la Socit gologique. Pendant qu'une surface
immense tait agite et qu'une grande contre se soulevait, les
districts immdiatement contigus  plusieurs des grands orifices des
Cordillres demeuraient tranquilles, les forces souterraines tant
probablement neutralises par les ruptions, qui recommencrent
alors avec une grande violence. Un vnement d'une nature  peu prs
identique, mais se produisant sur une chelle infiniment moins grande,
parat avoir eu lieu, suivant Abich (_Views of Vesuvius_, pl. I et
IX),  l'intrieur du grand cratre du Vsuve, o une plate-forme
situe sur un ct d'une fissure a t souleve tout entire  la
hauteur de 20 pieds, tandis qu'une trane de petits volcans venaient
faire ruption sur l'autre bord de cette fissure.]

[21] Suivant des informations qui m'ont t communiques de la manire
la plus obligeante par M.E. Robert, les segments de la circonfrence
de l'Islande, qui sont forms d'anciennes couches basaltiques
alternant avec du tuf, plongent vers l'intrieur de l'le, en imitant
ainsi une coupe gigantesque. M. Robert a observ que cette disposition
se prsente le long de la cte sur une distance de plusieurs centaines
de milles, sauf quelques rares interruptions tout  fait locales.
Cette observation est confirme, au moins en ce qui concerne une
partie de la circonfrence, par Mackenzie, dans ses Travels (p. 377),
et pour une autre localit par des notes manuscrites qui m'ont t
complaisamment prtes par le Dr Holland. La cte est fortement
dcoupe par des anses, au fond desquelles le pays est gnralement
bas. M. Robert m'a communiqu que les couches qui plongent vers
l'intrieur de l'le semblent s'tendre jusqu' cette ligne, et que
leur inclinaison correspond ordinairement  celle de la surface du
sol, depuis les hautes montagnes ctires jusqu' la contre basse
qui s'tend  l'extrmit des anses. Dans la coupe dcrite par sir G.
Mackenzie l'inclinaison est de 12. L'intrieur de l'le, pour autant
qu'on le connaisse, consiste principalement en produits d'ruption
rcents. Peut-tre l'tendue considrable de l'Islande, qui est
presque gale  celle de l'Angleterre, devrait-elle la faire exclure
de la classe d'les que nous avons tudies, mais je ne puis
m'empcher de croire que, si les montagnes ctires, au lieu de
s'incliner doucement vers la rgion centrale plus basse, en avaient
t spares par des failles irrgulirement recourbes, les couches
auraient t renverses de manire  plonger vers la mer, et qu'il se
serait form un cratre de soulvement comme celui de San Thiago
ou de l'le Maurice, mais de dimensions beaucoup plus vastes. Je me
bornerai  faire observer en outre que l'existence frquente de lacs
trs tendus au pied des grands volcans, et que l'association souvent
constate de nappes volcaniques et de dpts d'eau douce paraissent
dmontrer que les rgions voisines des volcans sont prdisposes 
s'abaisser au-dessous du niveau gnral de la contre environnante,
soit qu'elles aient subi un soulvement moins considrable, soit
qu'elles se soient affaisses.




CHAPITRE V

ARCHIPEL DES GALAPAGOS


Ile Chatham.--Cratres forms d'une espce particulire de
tuf.--Petits cratres basaltiques avec cavits  leur base.--Ile
Albemarle, laves liquides, leur composition.--Cratres de tuf,
inclinaison de leurs couches divergentes externes, et structure de
leurs couches convergentes internes.--Ile James, segment d'un petit
cratre basaltique; fluidit et composition de ses coules de lave et
des fragments qu'il rejette.--Remarques finales sur les cratres de
tuf et sur l'tat dlabr de leurs flancs mridionaux.--Composition
minralogique des roches de l'archipel.--Soulvement de la
contre.--Direction des fissures d'ruption.


Cet archipel est situ sous l'Equateur,  la distance de 500  600
milles de la cte occidentale de l'Amrique du Sud. Il consiste en
cinq les principales et en plusieurs petites les; leur ensemble est
gal en surface[1] mais non en tendue de pays,  la Sicile jointe aux
les Ioniennes. Elles sont toutes volcaniques; on a vu des cratres en
ruption sur deux d'entre elles, et dans plusieurs des autres les il
y a des coules de lave qui paraissent rcentes. Les les les plus
grandes sont formes principalement de roches compactes et elles
s'lvent  une altitude variant de 1.000  4.000 pieds, en prsentant
un profil peu accident. Parfois, elles sont surmontes d'un orifice
principal, mais ce fait n'est pas gnral. La dimension des
cratres varie, de simples orifices  d'immenses chaudires dont
la circonfrence mesure plusieurs milles; ces cratres sont
extraordinairement nombreux,  tel point que, si on les comptait, on
en trouverait, je crois, plus de deux mille; ils sont forms soit de
scories et de laves, soit d'un tuf color en brun, et ces derniers
cratres sont remarquables  divers gards. Le groupe entier a t
lev par les officiers du Beagle. J'ai visit moi-mme quatre des
principales les et j'ai reu des chantillons provenant de toutes les
autres. Je ne dcrirai sous la mention des diffrentes les que celle
qui me parat digne d'attention.

[Illustration: Fig 11.--Carte de l'archipel des Galapagos.]


ILE CHATHAM.--_Cratres forms de tuf d'une espce particulire_.
--Vers l'extrmit orientale de l'le on rencontre deux cratres
forms de deux espces diffrentes de tuf; l'une d'elles est friable
comme des cendres faiblement consolides; l'autre est compacte, et d'une
nature diffrente de tout ce dont j'ai jamais lu la description. Aux
endroits o cette dernire substance est le mieux caractrise, elle est
de couleur brun-jauntre, translucide, et elle offre un clat plus ou
moins rsineux; elle est cassante,  cassure anguleuse, rude et trs
irrgulire; parfois pourtant lgrement grenue, et mme vaguement
cristalline; elle est facilement raye par un couteau; certains points
cependant sont assez durs pour rayer le verre; elle se fond avec
facilit en un verre de couleur vert-noirtre. La masse renferme de
nombreux cristaux briss d'olivine et d'augite, et de petites particules
de scories noires et brunes; elle est souvent traverse par des veines
minces d'une matire calcareuse. Elle affecte gnralement une structure
noduleuse ou concrtionne. Un chantillon isol de cette substance
serait pris certainement pour une varit spciale de rsinite  teinte
ple; mais, quand on l'observe en masses, sa stratification et les
nombreuses couches de fragments de basalte anguleux et arrondis
dmontrent  l'vidence, au premier coup d'oeil, qu'elle a t forme
sous les eaux. L'examen d'une srie de spcimens montre que cette
substance rsiniforme est le produit d'une transformation chimique subie
par de petites particules de roches scoriaces  teintes ples et
fonces; et cette transformation peut tre suivie distinctement, dans
ses diffrentes phases, autour des bords d'une seule et mme particule.
D'aprs la situation voisine de la cte, de presque tous les cratres
composs de cette espce de tuf ou de pprine, et d'aprs leur tat
dlabr, il est probable qu'ils ont tous t forms sous la mer. En
envisageant cette circonstance et le fait remarquable de l'absence de
grands lits de cendres dans tout l'archipel, je considre comme fort
probable que le tuf a t form presque en totalit par la trituration
des laves basaltiques grises dans les cratres immergs. On peut se
demander si l'eau fortement chauffe contenue dans l'intrieur de ces
cratres a produit cette singulire altration des particules scoriaces
et leur a donn leur cassure translucide et rsineuse; ou si la chaux
qui s'y trouve associe a jou un rle dans cette transformation. Je
pose ces questions parce que j'ai observ  San Thiago, dans l'archipel
du Cap Vert, que, lorsqu'un grand torrent de lave s'est coul vers la
mer en passant sur des roches calcaires, sa surface externe, qui
ressemble ailleurs  de la rsinite, est transforme en une substance
rsiniforme exactement semblable aux spcimens les plus caractristiques
du tuf de l'archipel des Galapagos, probablement par suite de son
contact avec le carbonate de chaux[2].

Pour en revenir aux deux cratres, l'un d'entre eux se trouve  une
lieue de la cte, et la plaine qui l'en spare est constitue par un
tuf calcaire d'origine probablement sous-marine. Ce cratre consiste
en un cercle de collines, dont quelques-unes sont entirement spares
des autres, mais dont toutes les couches plongent trs rgulirement
vers l'extrieur, sous un angle de 30  40. Les bancs infrieurs sont
forms, sur une paisseur de plusieurs centaines de pieds, par la
roche  aspect rsineux dcrite plus haut, avec fragments de lave
empts. Les bancs suprieurs, qui ont 30  40 pieds d'paisseur,
sont composs d'un tuf ou peperino[3]  grain fin, rude au toucher,
friable, color en brun et dispos en couches minces. Une masse
centrale sans stratification, qui doit avoir occup autrefois la
cavit du cratre, mais qui n'est relie aujourd'hui qu' un petit
nombre des collines de la circonfrence, consiste en tuf de caractre
intermdiaire entre les tufs  cassure rsiniforme et  cassure
terreuse. Cette masse renferme une matire calcaire blanche rpandue
en petites plages. Le second cratre (haut de 520 pieds) doit avoir
form un lot spar jusqu'au moment de l'jaculation d'une grande
coule de lave rcente; dans une belle coupe, due  l'action de
la mer, on voit une grande masse de basalte en forme d'entonnoir,
entoure de tous cts de parois abruptes formes par des tufs qui
prsentent quelquefois une cassure terreuse ou semi-rsineuse. Le tuf
est travers par plusieurs larges dikes verticaux  parois unies et
parallles que j'ai considrs comme tant du basalte, jusqu' ce
que j'en eusse dtach des fragments. Ces dikes sont forms de tuf
semblable  celui des couches environnantes, mais plus compacte et
 cassure plus unie; nous devons en conclure qu'il s'est form des
fissures, et qu'elles se sont remplies de vase ou de tuf plus fins
provenant du cratre, avant que sa cavit interne ft occupe, comme
aujourd'hui, par un lac solidifi de basalte. D'autres fissures se
sont formes plus tard paralllement  ces singuliers dikes, et elles
sont simplement combles par des dbris incohrents. La transformation
des particules scoriaces normales en cette substance  cassure
semi-rsineuse pouvait se suivre avec une grande nettet dans
certaines parties du tuf compact qui constitue ces dikes.

[Illustration: Fig. 12.--Kicker Rock.--Hauteur: 400 pieds.]

A quelques milles de ces deux cratres s'lve le rocher ou lot de
Kicker, remarquable par sa forme singulire. Il n'est pas stratifi et
il est compos de tuf compact possdant en certains points la cassure
rsineuse. Cette masse amorphe, ainsi que la masse semblable dont
nous avons parl  propos du cratre dcrit plus haut, remplissait
probablement autrefois la cavit centrale d'un cratre et ses flancs
ou ses parois inclines ont sans doute t compltement enlevs plus
tard par la mer qui l'entoure et  l'action de laquelle il se trouve
expos aujourd'hui.


_Petits cratres basaltiques_.--A l'extrmit orientale de l'le
Chatham s'tend une zone ondule dpourvue de vgtation et
remarquable par le nombre, par l'accumulation sur une surface
restreinte et par la forme de petits cratres basaltiques dont elle
est en quelque sorte crible. Ces cratres consistent en une simple
accumulation conique de scories luisantes, noires et rouges,
partiellement cimentes, ou plus rarement, en un cercle form de ces
mmes scories. Leur diamtre varie de 30  150 yards, et ils
s'lvent d'environ 50  100 pieds au-dessus du niveau de la plaine
environnante. Du haut d'une petite minence je comptai soixante de ces
cratres; ils taient tous loigns les uns des autres d'un tiers
de mille au plus, et plusieurs d'entre eux taient beaucoup plus
rapprochs. Je mesurai la distance entre deux trs petits cratres, et
je trouvai qu'elle n'tait que de 30 yards, du bord du sommet de l'un
au bord du sommet de l'autre. On constate qu'un certain nombre de
ces cratres ont mis de petites coules de lave basaltique noire
contenant de l'olivine et beaucoup de feldspath vitreux. Les surfaces
des coules les plus rcentes sont excessivement tourmentes et
coupes de grandes fissures; les coules plus anciennes sont
simplement un peu moins rugueuses; ces coules se confondent et
s'enchevtrent d'une manire inextricable. Pourtant l'tat de
croissance des arbres qui se sont tablis sur les coules indique
souvent, d'une manire trs nette, l'ge relatif de celles-ci. Sans ce
dernier caractre on n'aurait su distinguer les coules les unes des
autres que dans un petit nombre de cas, et, par consquent, cette
grande plaine ondule aurait pu tre considre erronment (ainsi que
plusieurs plaines l'ont t sans doute) comme forme par un seul grand
dluge de lave et non par une multitude de petites coules mises par
un grand nombre de petits orifices.

En plusieurs endroits de cette rgion, et principalement  la base des
petits cratres, s'ouvrent des puits circulaires  parois verticales,
profonds de 20  40 pieds. J'ai rencontr trois de ces puits  la base
d'un petit cratre. Ils ont t probablement forms par l'croulement
de la vote de petites cavernes[4]. On voit en d'autres points des
monticules mamelonns, ressemblant  de grandes bulles de lave, et
dont les sommets sont fissurs par des crevasses irrgulires trs
profondes, comme on le constate quand on cherche  y pntrer; ces
monticules n'ont pas mis de lave. On rencontre aussi d'autres
monticules mamelonns, d'une forme trs rgulire, constitus par des
laves stratifies et portant  leur sommet une cavit circulaire
 parois escarpes, forme, je pense, par une masse gazeuse qui a
d'abord cintr les couches en leur donnant la forme d'un monticule en
ampoule et a dtermin ensuite l'explosion du sommet. Les monticules
de ces divers genres, les puits et les nombreux petits cratres
scoriacs nous montrent tous que cette plaine a t pour ainsi dire
pntre comme un crible par le passage des vapeurs chauffes. Les
monticules les plus rguliers ne peuvent s'tre soulevs que lorsque
la lave tait  l'tat pteux[5].


ILE ALBEMARLE.--Cette le porte cinq grands cratres  sommet
plat, qui offrent entre eux et avec le cratre de l'le voisine de
Narborough une ressemblance remarquable de forme et de hauteur. Le
cratre mridional a 4.700 pieds de hauteur, deux autres ont 3.720
pieds, un troisime 50 pieds de plus que ce dernier, les autres
semblent avoir  peu prs la mme hauteur. Trois d'entre eux sont
situs sur une mme ligne et sont allongs dans une direction presque
identique. On a trouv par des mesures trigonomtriques que le cratre
du nord, qui n'est pas le plus grand de tous, n'a pas moins de 3
milles 1/8 de diamtre extrieur. Des dluges de lave noire, dbordant
la crte de ces grandes et larges chaudires et s'chappant de petits
orifices voisins de leur sommet, ont coul le long de leurs flancs
dnuds.


_Fluidit de diffrentes laves_.--Prs de Tagus ou Banks-Cove j'ai
tudi une de ces grandes coules de lave, fort intressante par
les preuves qu'elle nous offre du haut degr de fluidit qu'elle a
possde, et qui est particulirement remarquable quand on envisage la
composition de la coule. Sur la cte cette coule a plusieurs
milles de largeur. Elle est constitue par une base noire, compacte,
facilement fusible en un globule noir, prsentant des vacuoles
anguleuses assez clairsemes, et crible de grands cristaux briss
d'albite[6] vitreuse dont le diamtre varie de un  cinq diximes
de pouce. Quoique cette lave semble,  premire vue; minemment
porphyrique, elle ne peut tre considre comme telle, car il est
vident que les cristaux ont t envelopps, arrondis et pntrs par
la lave, comme des fragments de roche trangre dans un dike de trapp.
C'est ce qu'on voyait trs clairement dans certains spcimens d'une
lave analogue provenant de l'le Abingdon, avec la seule diffrence
que ses vacuoles taient sphriques et plus nombreuses. L'albite
de ces laves se trouve dans les mmes conditions que la leucite du
Vsuve, et que l'olivine dcrite par Von Buch[7], et qui fait saillie
sous forme de grands globules dans le basalte de Lanzarote. Outre
l'albite, cette lave contient des grains pars d'un minral vert, sans
clivage distinct, et qui ressemble beaucoup  l'olivine[8]; mais,
comme il se fond facilement en un verre vert, il appartient
probablement  la famille de l'augite: cependant,  l'le James une
lave analogue contenait de l'olivine type. Je me suis procur des
chantillons provenant de la surface, et d'autres prlevs  4 pieds
de profondeur, mais ils n'offraient entre eux aucune diffrence. On
pouvait constater avec vidence le haut degr de fluidit de cette
lave par sa surface unie et doucement incline, par la subdivision du
courant principal en petits ruisseaux, que de faibles ingalits du
sol avaient suffi  produire, et surtout par la manire dont ses
extrmits s'attnuaient et se rduisaient presque  rien en des
points fort loigns de sa source et o elle devait avoir subi un
certain degr de refroidissement. Le bord actuel de la coule consiste
en fragments incohrents, dont la dimension dpasse rarement celle
d'une tte d'homme. Le contraste est fort remarquable entre ce bord et
les murs escarps, hauts de plus de 20 pieds, qui limitent un grand
nombre des coules basaltiques de l'Ascension. On a cru gnralement
que les laves o abondent de grands cristaux et qui renferment des
vacuoles anguleuses[9] ont prsent peu de fluidit, mais nous voyons
qu'il en a t tout autrement  l'le Albemarle. Le degr de fluidit
des laves ne semble pas correspondre  une diffrence _apparente_ dans
leur composition;  l'le Chatham certaines coules qui contiennent
beaucoup d'albite vitreuse et de l'olivine sont si rugueuses qu'on
pourrai les comparer  de hautes vagues congeles, tandis que la
grande coule de l'le Albemarle est presque aussi unie qu'un lac rid
par la brise. A l'le James une lave basaltique noire o abondent de
petits grains d'olivine offre un degr intermdiaire de rugosit; sa
surface est brillante, et les fragments dtachs ressemblent d'une
manire fort singulire  des plis de draperies,  des cbles et  des
morceaux d'corces d'arbres[10].


_Cratres de tuf._--A un mille environ au sud de Banks Cove on
rencontre un beau cratre elliptique, profond de 500 pieds  peu prs,
et de 3/4 de mille de diamtre. Son fond est occup par un lac d'eau
sale, d'o s'lvent quelques petites minences cratriformes de tuf.
Les couches infrieures sont un tuf compact prsentant les caractres
d'un dpt form sous l'eau, tandis que sur la circonfrence entire
les couches suprieures consistent en un tuf rude au toucher, friable,
et dont le poids spcifique est peu lev, mais qui contient souvent
des fragments de roches disposs en couches. Ce tuf suprieur renferme
de nombreuses sphres pisolitiques ayant  peu prs la grandeur de
petites balles, et qui ne diffrent de la matire environnante que par
une duret un peu plus grande et un grain un peu plus fin. Les couches
plongent trs rgulirement dans toutes les directions, sous des
angles variant de 25  30 d'aprs mes mesures. La surface externe du
cratre offre une pente presque identique; elle est forme de ctes
lgrement convexes, comme celle de la coquille d'un pecten ou d'un
ptoncle, qui vont en s'largissant de l'orifice du cratre jusqu'
sa base. Ces ctes ont, en gnral, de 8  20 pieds de large, mais
parfois leur largeur atteint 40 pieds; elles ressemblent  d'anciennes
votes fortement surbaisses, et dont le revtement de pltre
s'caille et tombe par plaques; elles sont spares les unes des
autres par des ravins que l'action rosive de l'eau a creuss. A leur
extrmit suprieure, qui est fort troite, prs de la bouche du
cratre ces ctes consistent souvent en vritables couloirs creux, un
peu plus petits mais semblables  ceux qui se forment souvent par le
refroidissement de la crote d'un torrent de lave dont les parties
internes se sont coules au dehors; structure dont j'ai rencontr
plusieurs exemples  l'le Chatham. Il n'est pas douteux que ces
ctes creuses ou ces votes se soient formes d'une manire analogue,
c'est--dire par la consolidation, le durcissement d'une crote
superficielle sur des torrents de boue qui se sont couls de la
partie suprieure du cratre. J'ai vu dans une autre partie du mme
cratre des rigoles concaves ouvertes, larges de 1  2 pieds, qui
paraissent formes par le durcissement de la face infrieure d'un
torrent de boue, au lieu de la surface suprieure comme dans le
premier cas. D'aprs ces faits, je pense que le tuf a certainement
coul  l'tat de boue[11]. Cette boue peut avoir t forme soit dans
l'intrieur du cratre, soit par des cendres dposes sur la partie
suprieure de ses flancs et entranes ensuite par des torrents de
pluie. Ce dernier mode de formation parat le plus vraisemblable pour
la plupart des cas; cependant  l'le James certaines couches du tuf
de la varit friable s'tendent si uniformment sur une surface
ingale, qu'il semble probable qu'elles ont t formes par la chute
d'abondantes pluies de cendres.

Dans l'intrieur du mme cratre, des strates de tuf grossier, formes
principalement de fragments de lave, viennent butter contre les parois
internes, comme un talus qui s'est consolid. Elles s'lvent 
la hauteur de 100  150 pieds au-dessus de la surface du lac sal
intrieur; elles plongent vers le centre du cratre et sont inclines
sous des angles variant de 30  36. Elles paraissent avoir t
formes sous les eaux, probablement  l'poque o la mer occupait la
cavit du cratre. J'ai constat avec surprise que l'paisseur de
couches qui offrent une inclinaison aussi forte n'augmentait pas
vers leur extrmit infrieure, au moins sur toute la partie de leur
longueur que j'ai pu suivre.


_Bank's Cove_.--Ce port occupe en partie l'intrieur d'un cratre de
tuf ruin, plus grand que celui que je viens de dcrire. Tout le tuf
de ce cratre est compact et renferme de nombreux fragments de lave;
il offre l'aspect d'un dpt qui s'est fait sous les eaux. Le trait le
plus remarquable de ce cratre, c'est la grande extension des strates
qui convergent vers l'intrieur sous une inclinaison trs prononce,
comme dans le cas prcdent, et qui sont souvent disposes en couches
irrgulires courbes. Ces couches intrieures convergentes, de mme
que les bancs divergents qui constituent,  proprement parler, le
cratre, sont reprsents dans le croquis (fig. 13) donnant une coupe
approximative des promontoires qui forment cette anse. Les couches
internes et externes diffrent fort peu au point de vue de la
composition; les premires ont t videmment formes par l'rosion,
le transport et le dpt final des matriaux qui constituent les
couches cratriformes externes. Le grand dveloppement de ces couches
intrieures pourrait faire croire  un observateur parcourant la
priphrie du cratre qu'il s'agit d'une crte anticlinale circulaire
forme de grs et de conglomrats stratifis. La mer attaque
actuellement les couches intrieures et extrieures, ces dernires
surtout, de sorte que d'ici  quelque temps tout ce qui restera ce
seront les couches intrieures, et l'interprtation de ces faits
serait bien de nature  embarrasser un gologue[12].

[Illustration: FIG. 13.--Coupe des promontoires qui forment Bank's
Cove, montrant les strates divergentes qui constituent le cratre, et
le talus  couches convergentes. Le point culminant de ces collines
est  817 pieds au-dessus du niveau de la mer.]


ILE JAMES.--Parmi les cratres de tuf existant encore dans cette le,
il n'y en a que deux qui mritent une description. L'un d'eux est
situ  un mille et demi de Puerto Grande, vers l'intrieur de l'le;
il est circulaire et mesure environ un tiers de mille de diamtre, et
400 pieds de profondeur. Il diffre de tous les autres cratres de tuf
que j'ai tudis en ce que la partie la plus profonde de sa cavit est
forme, jusqu' la hauteur de 100  150 pieds, par un mur vertical de
basalte, comme si le cratre s'tait fait jour au travers d'une nappe
rocheuse compacte. La partie suprieure de ce cratre consiste en
couches du tuf altr  cassure semi-rsineuse que nous avons tudi
plus haut. Son fond est occup par un lac d'eau sale peu profond
recouvrant des couches de sel qui reposent sur un lit trs pais
de boue noire. L'autre cratre, loign de quelques milles, n'est
remarquable que par ses dimensions et parce qu'il est fort bien
conserv. Son sommet est  1200 pieds au-dessus du niveau de la mer,
et la cavit intrieure est profonde de 600 pieds. Ses flancs externes
inclins offrent un aspect curieux d  l'uniformit de la surface
de ces grandes couches de tuf qui ressemblent  un vaste pavement
ciment. L'le Brattle est, je crois, le plus grand cratre de tuf qui
existe dans l'archipel; son diamtre intrieur est de prs de 1 mille
marin. Ce cratre, aujourd'hui en ruines, est dispos sur un arc de
cercle qui mesure un peu plus d'une demi-circonfrence; il est ouvert
du ct du sud, ses grandes dimensions sont probablement dues, pour
une part notable,  l'rosion de l'intrieur du cratre par l'action
de la mer.


_Segment d'un petit cratre basaltique_.--L'anse dsigne sous le nom
de Fresh-water Bay, dans l'le James, est limite d'un ct par un
promontoire qui constitue la dernire pave d'un grand cratre. Un
segment, en forme de quart de cercle, ayant fait partie d'un petit
centre d'ruption subordonn, se trouve  dcouvert sur le rivage
de ce promontoire. Il consiste en neuf petites coules de lave
distinctes, accumules les unes au-dessus des autres, et en une sorte
de pic colonnaire irrgulier, haut de 15 pieds environ, form de
basalte celluleux brun-rougetre, et contenant en abondance de grands
cristaux d'albite vitreuse et de l'augite fondue. Ce pic, avec
quelques mamelons rocheux adjacents rpandus sur le rivage, reprsente
l'axe du cratre. Les coules de lave peuvent tre suivies dans un
petit ravin, perpendiculairement  la cte, sur une longueur de 10
 15 yards; elles sont caches ensuite sous des dbris. Le long du
rivage on les voit sur un espace de prs de 80 yards, et je ne
crois pas qu'elles s'tendent beaucoup plus loin. Les trois coules
infrieures sont soudes  ce pic, et sont lgrement recourbes au
point de jonction, comme si elles se rpandaient encore par-dessus la
lvre du cratre (ainsi qu'on le voit dans le croquis grossirement
dessin (fig. no. 14) qui a t pris sur place). Les six coules
suprieures taient, sans aucun doute, primitivement unies  la mme
colonne avant que celle-ci et t dmolie par la mer. La lave de ces
coules a la mme composition que celle de la colonne, sauf que les
cristaux d'albite ne paraissent pas tre rduits en fragments aussi
petits, et que les grains d'augite fondue manquent. Chaque coule est
spare de celle qui la surmonte par une couche, paisse de quelques
pouces ou tout au plus de 1  2 pieds, de scories en fragments
incohrents, produites sans doute par la friction des coules
passant les unes au-dessus des autres. Toutes ces coules sont fort
remarquables par leur faible paisseur. J'ai mesur soigneusement
plusieurs d'entre elles et j'en ai trouv une de 8 pouces d'paisseur,
mais elle tait recouverte sur les deux faces par une couche fortement
adhrente d'une roche scoriace rouge, paisse de 3 pouces (comme
cela se prsente pour toutes les coules); tout l'ensemble avait
une paisseur de 14 pouces qui demeurait trs uniforme sur toute
la longueur de la coupe. Une seconde coule n'avait que 8 pouces
d'paisseur, en y comprenant les surfaces scoriaces infrieure et
suprieure. Avant d'avoir vu cette coupe, je n'aurais pas cru possible
que la lave pt se rpandre en nappes aussi uniformment minces sur
une surface qui est loin d'tre unie. Ces petites coules ressemblent
beaucoup par leur composition aux grands flots de lave de l'le
Albemarle qui doivent avoir prsent, eux aussi, un haut degr de
fluidit.

[Illustration: FIG. 14--Segment d'un trs petit centre d'ruption sur
le rivage de Fresh-water Bay.]


_Fragments d'apparence platonique rejets par ce cratre_.--Dans la
lave et dans les scories de ce petit cratre j'ai trouv plusieurs
fragments qui, par leur forme anguleuse, leur structure grenue, leur
fragilit, l'action calorifique qu'ils ont subie, et par l'absence de
vacuoles, ressemblent beaucoup aux fragments de roches primitives
que les volcans de l'le de l'Ascension rejettent quelquefois. Ces
fragments consistent en albite vitreuse fortement use et  clivages
trs imparfaits, mlange d'un minral bleu d'acier en grains
semi-arrondis,  surface trouble et luisante. Les cristaux d'albite
sont recouverts d'un oxyde de fer rouge qui semble tre un rsidu,
et leurs plans de clivage sont parfois spars aussi par des couches
excessivement fines de cet oxyde, dessinant sur le cristal des lignes
semblables  celles d'un micromtre de verre. Il n'y avait pas de
quartz. Le minral bleu d'acier qui abonde dans la partie colonnaire,
mais qui est absent dans les coules drivant de ce pic, offre
l'aspect d'un corps qui a subi une fusion, et prsente rarement
quelque trace de clivage. Pourtant j'ai pu dmontrer par une mesure
prise sur un chantillon que c'tait de l'augite. Dans un autre
fragment, qui se distinguait de ses congnres parce qu'il tait
lgrement celluleux et passait graduellement  la pte de la roche,
les petits grains d'augite taient assez bien cristalliss. Quoiqu'il
y ait, en apparence, une diffrence si considrable entre la lave des
petites coules, spcialement entre leur crote scoriace rouge, et
un de ces fragments anguleux rejets, que l'on pourrait prendre 
premire vue pour de la synite, je crois cependant que la lave a t
forme par la fusion et le mouvement d'coulement d'une masse rocheuse
dont la composition est absolument semblable  celle de ces fragments.
Outre le spcimen dont il vient d'tre question et o nous voyons
un fragment devenir lgrement celluleux et se fondre dans la masse
environnante, la surface de quelques-uns des grains d'augite bleu
d'acier devient finement vacuolaire et passe  la pte englobante;
d'autres grains sont dans un tat intermdiaire. La pte semble
consister en augite plus parfaitement fondue, ou, ce qui est plus
probable, simplement modifie par le mouvement de la masse, lorsque
ce minral tait  l'tat visqueux, et mlange d'oxyde de fer et
d'albite vitreuse rduite en trs petits fragments. C'est probablement
pour cette raison que l'augite fondue, abondante dans le pic,
disparat dans les coules. L'albite se trouve exactement au mme tat
dans la lave et dans les fragments empts, sauf que la plupart des
cristaux sont plus petits, mais ils paraissent moins abondants dans
les fragments. Ceci pourrait cependant se produire naturellement par
l'intumescence de la base augitique donnant lieu  un accroissement
apparent de son volume. Il est intressant de suivre ainsi les phases
par lesquelles passe une roche grenue et compacte pour se transformer
d'abord en une lave celluleuse pseudo-porphyrique et finalement en
scories rouges. La structure et la composition des fragments empts
montrent qu'ils ont t dtachs d'une roche primitive et ont subi
des altrations considrables par l'action volcanique ou, plus
probablement, qu'ils ont t arrachs  la crote d'une masse de lave
refroidie et cristallise, ultrieurement brise et refondue, et dont
la crote a t attaque moins fortement que le reste de la masse par
la nouvelle fusion et le nouveau mouvement qu'elle a subis.


_Remarques finales sur les cratres de tuf_.--Ces cratres constituent
le trait le plus frappant de la gologie de l'archipel, par la
prsence d'une substance rsiniforme qui intervient pour une grande
part dans leur composition, par leur structure, leur dimension et
leur nombre. La plupart d'entre eux forment des lots spars ou des
promontoires relis aux les principales, et ceux qui se trouvent
actuellement  une petite distance de la cte, dans l'intrieur des
les, sont ruins et percs de brches comme s'ils avaient t exposs
 l'action de la mer. Je suis port  conclure de cette condition
gnrale de leur situation et de la faible quantit de cendres
rejetes dans l'archipel, que le tuf a t form principalement par le
broyage mutuel de fragments de lave dans l'intrieur de cratres
en activit qui communiquaient avec la mer. Par l'origine et la
composition du tuf, et par la prsence frquente d'un lac central
d'eau sale et de couches de sel, ces cratres reprsentent, sur une
grande chelle, les salses ou monticules de boue qui existent en
grand nombre dans certaines rgions de l'Italie et dans d'autres
contres[13]. Cependant les rapports plus intimes des cratres de cet
archipel avec les phnomnes ordinaires de l'action volcanique
sont mis en vidence par ces masses de basalte solidifi qui les
remplissent quelquefois jusqu'au bord.

Il semble fort singulier,  premire vue, que dans tous les cratres
forms de tuf le versant mridional soit, ou bien entirement dmoli
et compltement emport, ou bien beaucoup moins lev que les autres
versants. J'ai visit ou pris des renseignements sur vingt-huit de
ces cratres; douze d'entre eux forment des lots spars[14] et se
prsentent aujourd'hui  l'tat de simples croissants entirement
ouverts du ct du sud, avec, parfois, quelques pointes de rochers
marquant leur circonfrence primitive; parmi les seize cratres
restants, quelques-uns forment des promontoires, et d'autres sont
situs dans l'intrieur des les,  une faible distance du rivage;
mais pour tous le flanc mridional est plus bas que les autres ou
compltement dmoli. Pourtant le flanc septentrional de deux des seize
cratres tait galement bas, tandis que les cts de l'est et de
l'ouest taient intacts. Je n'ai rencontr ni entendu mentionner
aucune exception  la rgle d'aprs laquelle ces cratres sont ruins
ou prsentent une paroi basse sur le ct qui fait face  un point
de l'horizon situ entre le sud-est et le sud-ouest. Cette rgle
ne s'applique pas aux cratres forms de lave et de scories.
L'explication en est simple: dans cet archipel la direction des vagues
souleves par les vents alizs concide avec celle de la houle venant
des rgions loignes de l'ocan largement ouvert (contrairement  ce
qui se passe dans plusieurs parties du Pacifique) et attaquent la
cte mridionale de toutes les les, avec leurs forces runies; il en
rsulte que le versant mridional est invariablement plus escarp que
le versant septentrional, mme quand il est form compltement de
roches basaltiques dures. Comme les cratres de tuf sont constitus
par une matire tendre, et que probablement ils ont tous ou presque
tous travers une priode d'immersion, il n'est pas tonnant qu'ils
montrent invariablement les effets de cette grande puissance rosive
sur ceux de leurs flancs qui s'y sont trouvs exposs. Il est
probable, d'aprs l'tat ruin d'un grand nombre d'entre eux, que
plusieurs autres cratres ont t entirement dmolis par la mer. Nous
n'avons aucune raison de supposer que les cratres constitus par des
scories et des laves ont t forms dans la mer, et cela nous montre
pourquoi la rgle ne leur est pas applicable. Nous avons montr
qu' l'Ascension les orifices des cratres, qui sont tous d'origine
terrestre, ont t attaqus par les vents alizs; ce mme agent peut
contribuer galement ici  abaisser, ds le moment de leur formation,
les flancs exposs au vent dans certains de ces cratres.

_Composition minralogique des roches_.--Dans les les
septentrionales, les laves basaltiques paraissent gnralement
contenir plus d'albite que dans la moiti mridionale de l'archipel;
mais presque toutes les coules en renferment une quantit plus ou
moins grande. L'albite est associe assez souvent  l'olivine. Je n'ai
observ de cristaux dterminables d'augite ou de hornblende dans
aucun chantillon,  l'exception des grains fondus contenus dans les
fragments rejets et dans le pic du petit cratre dcrit plus haut. Je
n'ai rencontr aucun spcimen de vrai trachyte, quoique quelques-unes
des laves les plus ples prsentent une certaine ressemblance avec
cette roche lorsqu'elles contiennent en abondance de grands cristaux
d'albite vitreuse et rude au toucher; mais la pte est toujours
fusible en mail noir. Ainsi que nous l'avons constat plus haut,
les lits de cendres et les scories rejetes au loin manquent presque
toujours; et je n'ai vu ni un fragment d'obsidienne ni de pierre
ponce. Von Buch[15] croit que l'absence de ponce sur l'Etna provient
de ce que le feldspath y appartient  la varit Labrador; si la
prsence de la ponce dpend de la nature du feldspath, il est
singulier qu'elle manque dans cet archipel et abonde dans les
Cordillres de l'Amrique mridionale, puisque dans ces deux rgions
le feldspath appartient  la varit albitique. Par suite de l'absence
des cendres, et de la nature gnralement inaltrable des laves de cet
archipel, les les se couvrent lentement d'une maigre vgtation et le
paysage prsente un aspect dsol et sinistre.


_Soulvement de la rgion_.--Les preuves du soulvement de la contre
sont rares et peu nettes. J'ai remarqu  l'le Chatham de grands
blocs de lave ciments par une matire calcaire qui contenait des
coquilles rcentes; mais ils se trouvaient  la hauteur de quelques
pieds seulement au-dessus de la laisse de haute mer. Un des officiers
m'a donn des fragments de coquilles qu'il avait trouves  plusieurs
centaines de pieds au-dessus de la mer, emptes dans le tuf de deux
cratres fort loigns l'un de l'autre. Il est possible que ces
fragments aient t ports  l'altitude qu'ils occupent aujourd'hui,
par une ruption de boue; mais comme sur l'un des cratres ils taient
associs  des coquilles d'hutres brises constituant en quelque
sorte un banc, il est plus vraisemblable que le tuf a t soulev en
masse avec les coquilles. Les spcimens sont en si mauvais tat que
tout ce qu'on peut y reconnatre, c'est qu'ils appartiennent  des
genres marins rcents. Dans l'le Charles, j'ai observ une ligne de
grands blocs arrondis, entasss au sommet d'une falaise verticale, 
15 pieds au-dessus de la ligne o la mer s'lve aujourd'hui pendant
les temptes les plus violentes. Ce fait semblait d'abord constituer
une preuve vidente du soulvement de la rgion, mais il tait
absolument dcevant, car je constatai plus tard sur une partie voisine
de la mme cte, et j'appris de tmoins oculaires, que partout o une
coule rcente de lave forme un plan inclin uni en entrant dans la
mer, les vagues, durant les temptes, _font rouler des blocs arrondis_
jusqu' une grande hauteur au-dessus de la limite de leur action
ordinaire. Comme la petite falaise est forme ici par une coule de
lave qui avant d'avoir t dmolie devait plonger dans la mer en lui
prsentant une surface doucement incline, il est possible, ou plutt
il est probable que les blocs arrondis qui gisent maintenant  son
sommet soient simplement les restes de ceux qui ont t levs 
leur altitude actuelle en _roulant_ sur le plan inclin pendant les
temptes.


_Direction des fentes d'ruption_.--Dans cet archipel, les orifices
volcaniques ne peuvent pas tre considrs comme distribus au hasard.
Trois grands cratres de l'le Albemarle forment une ligne nette qui
s'tend du N.-N.-W. au S.-S.-E. L'le Narborough et le grand cratre
situ dans la partie rectangulaire de l'le Albemarle dessinent
une seconde ligne parallle  la premire. Vers l'est, l'le Hood
dtermine, avec les les et les rochers qui sont situs entre elle et
l'le James, une autre ligne presque parallle, dont le prolongement
passe par les les Culpepper et Wenman situes  70 milles au nord.
Les autres les, qui se trouvent plus  l'est, forment une quatrime
ligne moins rgulire. Plusieurs d'entre elles et les orifices
volcaniques de l'le Albemarle sont disposs de telle sorte qu'ils se
trouvent sur une srie de lignes approximativement parallles, coupant
les premires lignes  angles droits; il en rsulte que les principaux
cratres paraissent tre situs aux points o deux sries de fissures
se croisent. Les les elles-mmes,  l'exception de l'le Albemarle,
ne sont pas allonges dans le mme sens que les lignes sur lesquelles
elles se trouvent. L'orientation de ces les est  peu prs la mme
que celle qui domine d'une manire si remarquable dans les nombreux
archipels de l'ocan Pacifique. Je dois faire observer, enfin, que
dans les les Galapagos il n'y a pas de cratre qui domine les autres,
c'est--dire d'orifice volcanique principal beaucoup plus lev
que tous les autres cratres, comme on le remarque dans plusieurs
archipels volcaniques; le cratre le plus lev est le grand remblai
situ  l'extrmit sud-ouest de l'le Albemarle, et qui ne dpasse
que de 1.000 pieds seulement plusieurs autres cratres voisins.


Notes:

[1] Je ne comprends pas dans cette valuation les petites les
volcaniques de Culpepper et de Wenman, situes  70 milles au nord du
groupe. On voit des cratres dans toutes les les de l'archipel,
sauf dans l'le Towers, qui est l'une des plus basses; cette le est
forme, cependant, de roches volcaniques.

[2] Les concrtions contenant de la chaux, que j'ai dcrites 
l'Ascension comme formes dans un lit de cendres, offrent un certain
degr de ressemblance avec cette substance, mais leur cassure n'est
pas rsineuse. J'ai trouv galement  Sainte-Hlne des veines d'une
substance plus ou moins semblable; elle tait compacte mais non
rsineuse, et se prsentait dans un lit de cendres ponceuses qui ne
contenait probablement pas de matire calcaire: l'action de la chaleur
n'avait pu intervenir dans aucun de ces deux cas.

[3] Les gologues qui restreignent le terme de tuf aux cendres
blanches provenant de la trituration de laves feldspathiques,
donneraient le nom de peperino  ces couches colores en brun.

[4] M. Elie de Beaumont a dcrit (_Mmoires pour servir_, etc., t.
VI, p. 113) plusieurs petits cirques d'boulement qu'on observe sur
l'Etna et dont l'origine est connue historiquement, au moins pour
quelques-uns d'entre eux.

[5] Sir G. Mackensie (_Travels in Iceland_, p. 389  392) a dcrit une
plaine de lave s'tendant au pied de l'Hcla, et qui est souleve de
tous cts en grandes bulles ou grandes ampoules. Sir George rapporte
que cette lave caverneuse constitue la couche superficielle. Le mme
fait est affirm par Von Buch (_Description des les Canaries_, p.
139) au sujet de la coule basaltique qui se trouve prs de Rialejo 
Tnrife. Il semble singulier que les coules suprieures soient plus
caverneuses que les autres, car on ne voit aucune raison pour que les
coules, tant les plus leves que les plus infrieures, n'aient pas
toutes subi une action identique,  des poques diffrentes.--Les
coules infrieures se sont-elles rpandues sous la mer, et ont-elles
t comprimes par sa pression au point de s'aplatir, postrieurement
au passage des masses gazeuses qui les ont traverses?

[6] Dans les Cordillres du Chili j'ai vu des laves ressemblant
beaucoup  cette varit de l'archipel des Galapagos. Elle renfermait
pourtant, outre l'albite, des cristaux d'augite nettement forms,
et la pte offrait une couleur un peu plus ple, due peut-tre 
l'agrgation des particules augitiques. Je dois faire remarquer ici
que, dans tous les cas dont il s'agit, je dsigne sous le nom d'albite
les cristaux de feldspath dont les clivages, mesurs au goniomtre
 rflexion, rpondent  ceux de ce minral. Cependant, comme on a
dcouvert dans ces derniers temps que d'autres espces de la mme
famille prsentent des clivages trs voisins de ceux de l'albite,
cette dtermination doit tre considre comme purement provisoire.
J'ai tudi les cristaux contenus dans les laves de diverses parties
de l'archipel des Galapagos, et j'ai reconnu que, sauf quelques
cristaux provenant d'un seul point de l'le James, ils ne prsentaient
jamais les clivages de l'orthose ou feldspath potassique.

[7] _Description des Isles Canaries_, p. 295.

[8] De Humboldt rapporte qu'il prit pour de l'olivine un minral
augitique vert, que l'on trouve dans les roches volcaniques de la
Cordillre de Quito.

[9] La forme irrgulire et anguleuse des vacuoles est probablement
due  la manire irrgulire dont cde  la pression des gaz une masse
forme de cristaux solides et de pte visqueuse en proportions  peu
prs gales. Comme on pouvait s'y attendre, il semble certain que,
dans la lave qui a possd une grande fluidit ou un grain uniforme,
les vacuoles sont sphriques et leurs parois intrieures lisses.

[10] Un spcimen de lave basaltique renfermant quelques petits
cristaux d'albite briss, et qui m'a t donn par un des officiers,
mrite peut-tre une description. Il consiste en ramifications
cylindriques, dont quelques-unes n'ont que 1/20e de pouce de diamtre
et sont tires en pointes trs aigus. La masse n'a pas t forme,
comme une stalactite, car les pointes sont diriges tantt vers le
haut, tantt vers le bas. Des globules dont le diamtre n'est que de
1/40e de pouce sont tombs de quelques-unes des pointes et adhrent
aux ramifications voisines. La lave est vsiculaire, mais les vacuoles
n'atteignent jamais la surface des branches, qui sont unies et
luisantes. Comme on croit gnralement que les vacuoles sont toujours
allonges suivant la direction du mouvement de la masse fluide, je
dois faire observer que toutes les vacuoles sont sphriques dans ces
branches cylindriques dont le diamtre varie de 1/4  1/20e de pouce.

[11] Cette conclusion offre un certain intrt parce que M. Dufrnoy
(_Mmoires pour servir_, etc., t. IV, p. 274) a soutenu que le Monte
Nuovo et d'autres cratres de l'Italie mridionale ont t forms par
soulvement, en s'appuyant sur le fait que des couches de tuf, d'une
composition probablement semblable  celle du tuf dcrit plus haut, y
sont inclines sous des angles de 18  20. En prsence des faits que
nous avons cits relativement  la disposition en vote des
ctes spares, et  ce que les tufs ne s'tendent pas en nappes
horizontales autour de ces collines cratriformes, personne ne
supposera que les couches ont t formes ici par soulvement; nous
voyons cependant que leur inclinaison dpasse 20, et atteint mme
souvent 30. Les strates consolides du talus interne plongent
galement d'un angle suprieur  30, comme nous allons le montrer 
l'instant.

[12] Je crois que ce fait se prsente actuellement aux les Aores o
le Dr Webster (_Description_, p. 185) a dcrit une petite le en
forme de bassin, constitue par des _couches de tuf_ plongeant vers
l'intrieur et limites extrieurement par des falaises escarpes
dcoupes par la mer. Le Dr Daubeny suppose (_On Volcanoes_, p. 266)
que cette cavit a t forme par un affaissement circulaire. Il me
parat beaucoup plus vraisemblable que nous sommes ici en prsence de
couches dposes primitivement dans la cavit d'un cratre dont les
parois externes ont t enleves plus tard par rosion marine.

[13] _Trait de Gognosie_ de D'Aubuisson, t. I, p. 189. Je dois faire
observer que j'ai vu  Terceira, aux les Aores, un cratre de tuf ou
peperino ressemblant beaucoup  ceux de l'archipel des Galapagos. On
en rencontre de semblables aux les Sandwich, d'aprs la description
qu'en donne le _Voyage de Freycinet_, et il est probable qu'il existe
des cratres de ce genre dans plusieurs autres contres.

[14] Ce sont: les trois lots de Crossman dont le plus grand a 600
pieds de haut; l'le Enchante; l'le Gardner (760 pieds de hauteur);
l'le Champion (331 pieds de hauteur); l'le Enderby; l'le Brattle;
deux lots voisins de l'le Infatigable, et un lot situ prs de
l'le James. Un second cratre voisin de l'le James (avec un lac
sal au centre) prsente du ct du sud une paroi haute de 20
pieds seulement, tandis que les autres parties de la circonfrence
atteignent 300 pieds de hauteur.

[15] _Description des les Canaries_, p. 328.




CHAPITRE VI

TRACHYTE ET BASALTE.--DISTRIBUTION DES ILES VOLCANIQUES


Descente des cristaux au sein de la lave liquide.--Poids spcifique
des lments constituants du trachyte et du basalte; leur sparation
subsquente.--Obsidienne.--Mlange apparent des lments des roches
plutoniques.--Origine des dikes de trapp plutoniques.--Distribution
des les volcaniques; leur prdominance dans les grands ocans.--Elles
sont gnralement disposes en lignes.--Les volcans centraux de
Von Buch sont problmatiques.--Iles volcaniques bordant des
continents.--Anciennet des les volcaniques et leur soulvement en
masse.--Eruptions sur des lignes de fissure parallles durant une mme
priode gologique.


_Sparation des minraux constituants de la lave suivant leur poids
spcifique_.--Un des cts de Fresh-water Bay,  l'le James, est
form des dbris d'un grand cratre, dont nous avons parl dans le
chapitre prcdent, et dont l'intrieur a t combl par une coule de
basalte prsentant une puissance de 200 pieds environ. Ce basalte,
de couleur grise, contient une grande quantit de cristaux d'albite
vitreuse, qui deviennent beaucoup plus nombreux encore dans sa partie
infrieure et scoriace. C'est le contraire qu'on se serait attendu
 voir, car, si  l'origine les cristaux avaient t rpandus
uniformment dans toute la masse, l'expansion plus considrable subie
par cette partie scoriace infrieure aurait d faire paratre plus
petit le nombre des cristaux qui s'y trouvent. Von Buch[1] a dcrit
une coule d'obsidienne du Pic de Tnrife, dans laquelle les cristaux
de feldspath deviennent de plus en plus nombreux au fur et  mesure
que la profondeur ou l'paisseur augmente, de sorte que, prs de la
surface infrieure de la coule, la lave ressemble mme  une roche
primitive. Von Buch constate, en outre, que M. Dre a trouv par ses
expriences sur la fusion de la lave que les cristaux de feldspath
tendaient toujours  descendre au fond du creuset. Je crois qu'il
n'est pas douteux que dans ces exemples les cristaux descendent
sollicits par leur poids[2]. Le poids spcifique du feldspath
varie[3] de 2,4  2,58, tandis que celui de l'obsidienne parait tre
ordinairement 2,3  2,4; et il serait probablement moindre si la roche
tait  l'tat liquide, ce qui faciliterait la descente des cristaux
de feldspath. A l'le James, les cristaux d'albite, quoique
incontestablement moins lourds que le basalte gris aux endroits o il
est compact, peuvent facilement avoir un poids spcifique suprieur
 celui de la masse scoriace, qui est forme de lave fondue et de
bulles de gaz surchauffs.

La chute des cristaux au sein d'une substance visqueuse comme celle
des roches fondues, et qui est incontestablement dmontre par les
expriences de M. Dre, mrite un examen plus attentif, car ce
phnomne claire le problme de la sparation des laves trachytiques
et basaltiques. M.P. Scrope a tudi cette question, mais il parat
n'avoir eu connaissance d'aucun fait positif, comme ceux que je
viens de signaler, et il a perdu de vue un facteur qui me semble
indispensable dans l'tude du phnomne, c'est--dire l'existence 
l'tat de globules ou de cristaux tantt du minral le moins dense et
tantt du minral le plus dense. Il est difficilement admissible que
la faible diffrence de densit des particules spares infiniment
petites de feldspath, d'augite ou de quelque autre minral, suffise
 vaincre le frottement produit par leur mouvement au sein d'une
substance dont la fluidit est imparfaite, telle qu'une roche en
fusion; mais, si les molcules d'un quelconque de ces minraux se sont
runies en cristaux ou en granules pendant que les autres conservaient
l'tat liquide, on comprend facilement que la descente ou le
flottage des minraux auront t notablement facilits par suite de
l'attnuation du frottement. D'un autre ct, si tous les minraux ont
pris l'tat grenu au mme instant, il est  peu prs impossible qu'une
sparation quelconque ait pu s'oprer,  cause de la rsistance qu'ils
devaient s'offrir mutuellement. On a fait dernirement une dcouverte
pratique importante qui montre le rle que joue l'tat grenu d'un
lment contenu dans une masse fluide en favorisant la sparation de
cette substance. Quand on agite d'une manire ininterrompue, pendant
son refroidissement, du plomb fondu contenant une faible proportion
d'argent, il devient grenu, et ces grains ou cristaux imparfaits de
plomb presque pur descendent au fond du creuset en abandonnant un
rsidu de mtal fondu beaucoup plus riche en argent; tandis que si on
laisse reposer le mlange en le maintenant  l'tat liquide pendant
un certain temps, les deux mtaux ne montrent aucune tendance  se
sparer[4]. L'agitation parat n'avoir d'autre effet que de provoquer
la formation des grains spars. Le poids spcifique de l'argent est
10,4 et celui du plomb 11,35; le plomb grenu qui tombe au fond du
creuset n'est jamais absolument pur, et le rsidu mtallique liquide
ne contient, au maximum, que 1/119 d'argent. Puisque la diffrence de
densit due  la proportion trs ingale suivant laquelle les deux
mtaux sont mlangs, est si excessivement faible, il est probable
que celle qui existe entre le plomb liquide et le plomb grenu quoique
encore chaud, intervient pour une grande part dans l'acte de la
sparation.

D'aprs ces faits, si un des minraux constitutifs d'une masse
rocheuse volcanique liqufie qui repose pendant un certain temps sans
subir aucune agitation violente, s'agrge en cristaux ou en grains,
ou s'il a t arrach en cet tat  quelque roche plus ancienne, nous
pouvons nous attendre  ce que ces cristaux ou ces grains flotteront
 des niveaux plus ou moins levs suivant leur poids spcifique
relatif. Or, nous avons la preuve vidente que des cristaux ont t
empts dans un grand nombre de laves pendant que la pte ou la
base demeurait fluide. Il me suffira de rappeler comme exemples les
diverses grandes coules pseudo-porphyritiques des les Galapagos, et
les coules trachytiques de diverses rgions, dans lesquelles nous
trouvons des cristaux de feldspath ploys et briss par le mouvement
de la masse semi-liquide environnante. Les laves sont composes,
en majeure partie, de trois varits de feldspath, dont la densit
oscille entre 2,4 et 2,74; de hornblende et d'augite, allant de 3 
3,4, d'olivine variant de 3,3  3,4 et enfin d'oxydes de fer avec
un poids spcifique de 4,8  5,2. Il en rsulte que les cristaux de
feldspath nageant dans une lave liquide mais peu vsiculaire, tendront
 s'lever vers la surface, et que les cristaux ou les grains des
autres minraux tendront  descendre. Nous ne devons pas nous attendre
cependant  constater une sparation parfaite au sein de substances
aussi visqueuses. Le trachyte, qui consiste principalement en
feldspath avec un peu de hornblende et d'oxyde de fer, a un poids
spcifique d'environ 2,45[5], tandis que le basalte, compos en
majeure partie d'augite et de feldspath, auquel s'ajoute souvent une
forte proportion de fer et d'olivine, atteint une densit de 3,0.
Consquemment nous remarquons que dans les endroits o des coules
basaltiques et trachytiques ont t mises d'un mme cratre, les
coules de trachyte ont gnralement fait ruption les premires,
parce que, comme nous devons le supposer, la lave fondue appartenant
 cette srie s'tait accumule  la partie suprieure du foyer
volcanique. Cette succession a t observe par Beudant, Scrope et
d'autres auteurs, et j'en ai donn trois exemples dans cet ouvrage.
Pourtant, comme les dernires ruptions d'un grand nombre de volcans
se sont fait jour au travers des parties infrieures de ces montagnes,
par suite de l'accroissement de la hauteur et du poids de la colonne
interne de roche fondue, nous voyons pourquoi dans la plupart des cas
les flancs infrieurs des masses trachytiques centrales sont seuls
envelopps de coules basaltiques. Peut-tre la sparation des
lments d'une masse lavique s'opre-t-elle quelquefois dans
l'intrieur d'une montagne volcanique, dont la hauteur et les autres
dimensions sont suffisamment grandes, au lieu de se faire dans le
foyer souterrain. Dans ce cas, des coules de trachyte provenant du
sommet de ce volcan, et des coules de basalte manes de sa base
peuvent tre jacules presque simultanment ou  des intervalles trs
rapprochs; c'est ce qui parat s'tre produit  Tnrife[6]. Il me
suffira de faire remarquer en outre que, naturellement, la
sparation des deux sries doit souvent tre entrave par suite
de bouleversements violents, mme quand les conditions lui sont
favorables, et que, de mme, leur ordre d'ruption ordinaire doit tre
interverti. En bien des cas, peut-tre, les laves basaltiques ont
seules atteint la surface,  cause du haut degr de fluidit de la
plupart d'entre elles.

Nous avons vu dans l'exemple dcrit par Von Buch que des cristaux de
feldspath descendent au sein de l'obsidienne vers la partie infrieure
de la masse, parce que leur poids spcifique est plus lev, comme on
le sait, que celui de cette roche; nous pouvons donc nous attendre
 constater dans toute rgion trachytique o l'obsidienne a coul 
l'tat de lave, qu'elle a t mise par les orifices suprieurs,
ou occupant la plus grande altitude. D'aprs Von Buch, ce fait se
confirme d'une manire remarquable, tant aux les Lipari qu'au pic de
Tnriffe. En ce dernier point l'obsidienne ne s'est jamais
coule par des orifices situs  moins de 9.200 pieds de hauteur.
L'obsidienne parat avoir t jacule aussi par les pics les plus
levs de la Cordillre pruvienne. Je me borne  faire observer, en
outre, que le poids spcifique du quartz varie de 2,6  2,8, et que
par consquent, lorsque ce minral existe dans un foyer volcanique, il
ne doit pas tendre  descendre avec la masse fondamentale basaltique;
ceci explique peut-tre la prsence frquente et l'abondance du quartz
au sein des laves trachytiques, dj signales  plusieurs reprises
dans cet ouvrage.

Peut-tre objectera-t-on  la thorie que je viens d'exposer le
fait que les roches plutoniques ne sont pas divises en deux
sries nettement distinctes et de pesanteur spcifique diffrente,
quoiqu'elles aient pass par l'tat liquide comme les roches
volcaniques. Pour rpondre  cette objection, il convient de faire
remarquer d'abord qu'aucune preuve ne dmontre que les atomes d'un
quelconque des minraux constitutifs des roches plutoniques se soient
agrgs, tandis que les autres minraux restaient fluides, ce qui est
une condition presque indispensable de leur sparation, comme nous
nous sommes efforcs de le prouver; au contraire, les cristaux se sont
mouls gnralement les uns sur les autres[7].

En second lieu, le calme absolu qui a prsid, selon toute
probabilit, au refroidissement des masses plutoniques ensevelies  de
grandes profondeurs, devait tre trs probablement fort dfavorable
 la sparation de leurs minraux constitutifs, car, si la force
attractive qui rapproche les molcules des divers minraux pendant
le refroidissement progressif de la masse est suffisante pour les
maintenir runies, le frottement entre ces cristaux  demi forms
ou ces globules pleux doit empcher les plus lourds d'entre eux de
descendre au fond du bain et les plus lgers de monter. D'autre part,
les petites perturbations qui doivent probablement se produire dans la
plupart des foyers volcaniques, et qui ne suffiraient pas, comme
nous l'avons vu,  empcher la sparation de grains de plomb dans un
mlange de plomb et d'argent en fusion ou de cristaux de feldspath
dans une coule de lave, pourraient pourtant amener la rupture et une
nouvelle fusion des globules les moins bien forms, permettant aux
cristaux les mieux forms, et qui pour cette raison ne se brisent pas,
de descendre ou de monter suivant leur pesanteur spcifique.

Quoiqu'on ne constate pas dans les roches plutoniques l'existence
des deux types distincts correspondant aux sries trachytique et
basaltique, j'ai lieu de croire qu'il s'est produit souvent une
sparation plus ou moins prononce de leurs parties constitutives. Je
souponne qu'il doit en tre ainsi, parce que j'ai observ la grande
frquence avec laquelle des dikes de greenstone et de basalte coupent
les formations tendues de granit et de roches mtamorphiques qui s'y
rattachent. Je n'ai jamais tudi un district d'une rgion granitique
tendue sans y dcouvrir des dikes; je puis citer comme exemples les
nombreux dikes de trapp que l'on rencontre dans plusieurs provinces
du Brsil, du Chili, de l'Australie, et au cap de Bonne-Esprance;
de mme, il existe un grand nombre de dikes dans les vastes contres
granitiques de l'Inde, du nord de l'Europe et d'autres pays. D'o
le greenstone et le basalte qui forment ces dikes sont-ils venus?
Devons-nous supposer, avec quelques anciens gologues, qu'une zone de
trapp s'tend uniformment sous les roches granitiques qui, suivant
l'tat actuel de nos connaissances, constituent la base de l'corce du
globe? N'est-il pas plus vraisemblable de croire que ces dikes sont
dus  des fissures sillonnant des roches granitiques et mtamorphiques
imparfaitement refroidies, dont les lments les plus fusibles
consistant surtout en hornblende ont t en quelque sorte sollicits 
monter dans ces fissures? A Bahia, au Brsil, j'ai vu dans une contre
de gneiss et de greenstone primitif, de nombreux dikes constitus par
une roche  augite de couleur fonce (car un cristal que j'ai dtach
appartenait incontestablement  ce minral), ou par une roche
amphibolique forme, comme plusieurs preuves le dmontraient
clairement, avant la solidification de la masse environnante, ou ayant
subi plus tard un ramollissement complet simultanment avec cette
masse[8]. Des deux cts de l'un de ces dikes le gneiss tait pntr,
 la profondeur de plusieurs yards, par de nombreux fils ou stries
curvilignes d'une matire  teinte fonce et dont la forme ressemblait
 celle des nuages dsigns sous le nom de cirrhi-comae; on pouvait
suivre quelques-uns de ces filaments jusqu' leur point de jonction
avec le dike. Lorsque je les examinai, il me parut douteux que des
veines aussi fines et aussi curvilignes aient pu tre injectes, et je
crois maintenant, qu'au lieu d'avoir t injectes par le dike, elles
ont t, au contraire, comme ses vaisseaux nourriciers. Si on admet
comme vraisemblable cette thorie sur l'origine des dikes de trapp
dans des rgions granitiques trs tendues, et loin de roches
appartenant  quelque autre srie, nous pouvons admettre aussi que,
quand une grande masse de roche plutonique est pousse par des efforts
rpts dans l'axe d'une chane de montagnes, ses lments les plus
liquides peuvent s'couler dans des abmes profonds et inconnus, pour
tre ultrieurement ramens, peut-tre,  la surface sous forme
de masses injectes de greenstone, de porphyre augitique[9] ou
d'ruptions basaltiques. La plupart des difficults que les gologues
ont rencontres en comparant les roches volcaniques et plutoniques au
point de vue de leur composition se trouvent rsolues, je pense, si
nous pouvons admettre que ces lments relativement lourds et
fusibles qui composent les roches basaltiques et trappennes, ont t
partiellement limins du plus grand nombre des masses plutoniques.


_Distribution des les volcaniques_.--Au cours de mes recherches sur
les rcifs coralliens, j'ai eu l'occasion de consulter les crits d'un
grand nombre de voyageurs, et j'ai t constamment frapp du fait,
qu' peu d'exceptions prs, les les innombrables qui parsment le
Pacifique, l'ocan Indien et l'Atlantique sont formes soit de roches
volcaniques, soit de roches coralliennes rcentes. Citer une longue
liste de toutes les les volcaniques serait fastidieux, mais il
est facile d'numrer les exceptions que j'ai rencontres. Dans
l'Atlantique nous avons les rochers de Saint-Paul dcrits dans
cet ouvrage, et les les Falkland formes de schiste quartzeux et
argileux; mais ces dernires les sont fort grandes et ne sont pas
trs loignes de la cte de l'Amrique mridionale[10]. Dans l'ocan
Indien, les Seychelles (situes sur une ligne qui prolonge Madagascar)
consistent en granite et en quartz. Dans l'ocan Pacifique, la
Nouvelle-Caldonie, qui est une grande le, appartient (pour autant
que sa constitution soit connue)  la classe des roches primitives;
la Nouvelle-Zlande, qui possde beaucoup de roches volcaniques et
quelques volcans en activit, est trop tendue pour que nous puissions
la ranger parmi les petites les dont nous nous occupons en ce moment.
La prsence de quelques roches non volcaniques, telles que des
schistes argileux dans trois des Aores[11], de calcaire tertiaire 
Madre, de schiste argileux  l'le Chatham dans le Pacifique, ou de
lignite  l'le de Kerguelen, ne doit pas faire exclure ces les ou
ces archipels de la classe des les volcaniques, si elles sont formes
principalement de matires ruptives.

La constitution de ces nombreuses les qui parsment les grands
ocans, tant presque toujours volcanique  ces rares exceptions prs,
se rattache videmment  la loi suivant laquelle presque tous les
volcans actifs forment des les ou sont situs prs du rivage de la
mer; elle est un effet des phnomnes chimiques ou mcaniques qui
ont dtermin cette rpartition des volcans. Le fait que les les
ocaniques sont si gnralement volcaniques est intressant aussi au
point de vue de la nature des chanes de montagnes de nos continents,
qui,  peu d'exceptions prs, ne sont pas volcaniques, quoique
cependant nous ayons des raisons de supposer qu'un ocan s'tendait
autrefois sur l'espace occup aujourd'hui par les continents. Nous
sommes amens  nous demander si les ruptions volcaniques se
produisent plus facilement au travers des fissures qui se sont formes
pendant les premires phases de la transformation du lit de la mer en
une surface terrestre.

Quand on examine les cartes des nombreux archipels volcaniques, on
voit que les les sont ordinairement disposes en ranges, simples,
doubles ou triples, suivant des lignes souvent lgrement courbes[12].
Chacune des les du groupe est arrondie, ou plus ordinairement
allonge dans le mme sens que le groupe dont elle fait partie, mais
parfois transversalement  cette direction. Certains groupes dont
l'allongement n'est pas fortement accentu offrent peu de symtrie
dans leurs formes; M. Virlet[13] constate que ce cas se prsente pour
l'archipel grec; je suis port  penser (car je sais combien il est
facile de se tromper en ces matires) que les orifices volcaniques
sont ordinairement aligns suivant une mme droite ou sur une srie de
lignes parallles peu longues, coupant presque  angle droit une autre
ligne ou une autre srie de lignes. L'archipel des Galapagos offre un
exemple de cette structure, car la plupart des les et les principaux
cratres situs dans les plus grandes d'entre elles sont groups de
manire  se disposer sur un systme de lignes orient N.-N.-W. et sur
un autre systme dirig W.-S.-W.; nous trouvons une structure du mme
genre, mais plus simple, dans l'archipel des Canaries. Dans le groupe
du Cap Vert qui parat tre le moins symtrique de tous les archipels
ocaniques de nature volcanique, une ligne dessine par plusieurs
les et courant N.-W.-S.-E. couperait presque  angle droit, si on la
prolongeait, une courbe jalonne par les autres les.

Von Buch[14] a class tous les volcans en deux catgories: les
_volcans centraux_ autour desquels des ruptions se sont produites en
grand nombre, de tous cts, d'une manire presque rgulire, et les
_chanes volcaniques_. Dans les exemples que l'auteur donne pour les
volcans de la premire catgorie je ne puis dcouvrir, au point de
vue de leur situation, aucune raison qui justifie la qualification de
centraux, et il n'existe,  mon avis, aucune diffrence essentielle de
constitution minralogique entre les volcans centraux et les chanes
volcaniques. Sans doute, dans la plupart des petits archipels
volcaniques l'une des les peut tre beaucoup plus leve que
les autres; de mme que dans une le donne un des orifices est
gnralement plus haut que tous les autres, quelle que puisse tre la
cause de ce fait. Von Buch ne range pas dans sa classe des chanes
volcaniques, de petits archipels dont il admet que les les sont
alignes, comme il le fait pour les Aores, mais il est difficile de
croire qu'il existe quelque diffrence essentielle entre les chanes
volcaniques plus ou moins allonges. Si l'on jette un coup d'oeil sur
une mappemonde, on constate combien sont parfaites les transitions
qui unissent de petits groupes d'les volcaniques alignes aux sries
presque ininterrompues d'archipels se suivant en ligne droite, et
finalement  une grande muraille comme la Cordillre amricaine. Von
Buch soutient[15] que des chanes volcaniques couronnent des chanes
de montagnes de formation primitive, ou sont en rapport intime avec
elles; mais si, dans le cours des temps, des archipels allongs sont
transforms en chanes de montagnes sous l'action prolonge des forces
de soulvement et ruptives, il en rsultera naturellement que les
roches primitives infrieures seront souvent souleves et deviendront
visibles.

Quelques auteurs ont fait remarquer que les les volcaniques sont
rpandues, quoiqu' des distances trs ingales, le long des rivages
des grands continents, comme si elles taient, jusqu' un certain
point, en rapport avec eux. Pour l'le de Juan Fernandez, situe  330
milles de la cte du Chili, il existait indubitablement un rapport
entre les forces volcaniques agissant sous cette le et celles
qui agissaient sous le continent, comme cela a t montr par le
tremblement de terre de 1835. En outre, les les de quelques-uns des
petits groupes volcaniques bordant des continents, comme nous venons
de le dire, sont situes sur des lignes qui prsentent une relation
avec la direction que suivent les rivages voisins. Je citerai comme
exemples les lignes d'intersection aux archipels des Galapagos et du
Cap Vert, et la ligne la mieux dfinie des les Canaries. Si ces faits
ne sont pas purement fortuits, nous voyons qu'un grand nombre d'les
volcaniques parpilles et de petits groupes sont mis en rapport avec
les continents voisins, non seulement par leur proximit, mais
encore par la direction des fentes d'ruption, relation que Von Buch
considre comme caractristique pour ses grandes chanes volcaniques.

Dans les archipels volcaniques il est rare que les cratres soient en
activit  la fois dans plus d'une le, et les grandes ruptions ne
se produisent d'habitude qu' de longs intervalles. En considrant
le grand nombre de cratres que chaque le d'un groupe porte
habituellement et la quantit norme de matires qu'ils ont mises, on
est port  attribuer une trs grande anciennet  ces groupes, mme 
ceux dont l'origine parat relativement rcente, comme l'archipel des
Galapagos. Cette conclusion concorde avec l'rosion prodigieuse
que l'action lente de la mer doit avoir fait subir  leurs ctes,
primitivement inclines en pente douce et qui ont d, si souvent,
reculer en se transformant en hautes falaises. Nous ne devons pas
croire, cependant, que la masse entire des matires qui forment
une le volcanique ait t toujours mise au niveau qu'elle occupe
actuellement; le grand nombre de dikes qui semblent invariablement
sillonner l'intrieur de tout volcan prouve, d'aprs les principes
exposs par M. lie de Beaumont, que la masse entire a t souleve
et fissure. En outre, je crois avoir dmontr dans mon travail sur
les rcifs coralliens, qu'il existe un rapport entre les ruptions
volcaniques et les soulvements contemporains s'oprant en masse[16]
et qui est attest tant par la prsence frquente de dbris organiques
soulevs que par la structure des rcifs coralliens tablis sur les
roches volcaniques. Je dois faire observer enfin que des ruptions se
sont produites dans un mme archipel, depuis le commencement des temps
historiques, sur plus d'une des lignes de fissure parallles; ainsi
dans l'archipel des Galapagos on a signal les ruptions d'un cratre
de l'le Narborough et d'un cratre de l'le Albemarle, qui ne se
trouvent pas sur la mme ligne; aux les Canaries des ruptions se
sont produites  Tnriffe et  Lanzarote; et aux Aores sur les trois
lignes parallles de Pico, de Saint-Georges et de Terceira. Ce fait me
parat intressant si nous admettons qu'il n'existe d'autre diffrence
essentielle entre une chane de montagnes et un volcan que celle qui
distingue une injection de roches plutoniques d'une jaculation de
matires volcaniques, car il nous permet d'admettre comme probable que
lors du soulvement des chanes de montagnes deux ou plusieurs des
lignes parallles d'une chane puissent avoir t souleves et
injectes pendant une mme priode gologique.


Notes:

[1] _Description des les Canaries_, pp. 190 et 191.

[2] On a trouv que dans une masse de fer en fusion (_Edinburgh
New Philosophical Journal_, vol. XXIV, p. 66) les substances dont
l'affinit pour l'oxygne est plus grande que celle du fer pour ce
mme gaz s'lvent de l'intrieur de la masse vers la surface. Mais
il est difficile d'attribuer une cause analogue  la sparation des
cristaux de ces coules de lave. Le refroidissement parait avoir
modifi dans certains cas la composition de la surface des laves, car
Dufrenoy (_Mm. pour servir_, etc., t. IV, p. 271) a constat que les
parties internes d'une coule situe aux environs de Naples taient
formes pour les deux tiers par un minral attaquable aux acides,
tandis que la surface tait compose principalement d'un minral
inattaquable par ces ractifs.

[3] J'ai donn les poids spcifiques des minraux d'aprs Von Kobell,
une des autorits les plus rcentes et les meilleures, et celui des
roches d'aprs divers auteurs. Suivant Phillips, le poids spcifique
de l'obsidienne est 2.35, et Jameson affirme qu'il ne dpasse jamais
2.4; mais j'ai reconnu qu'il tait de 2.42 pour un spcimen de
l'Ascension.

[4] Une notice dtaille et intressante sur cette dcouverte, par M.
Pattinson, a t lue devant l'Association britannique en septembre
1838. Suivant Turner (_Chemistry_, p. 210), le mtal le plus lourd
de certains alliages descend au fond du creuset, et il parat que
ce phnomne se produit lorsque les mtaux sont tous deux  l'tat
liquide. Lorsque la diffrence de densit est considrable, comme
celle qui existe entre le fer et le laitier qui se forme pendant la
fusion du minerai, il n'est pas tonnant que les atomes se sparent
sans qu'aucune des deux substances soit  l'tat grenu.

[5] Von Buch a trouv 2,47 pour le trachyte de Java; De la Bche 2,42
pour celui d'Auvergne, et moi-mme 2,42 pour celui de l'Ascension.
Jameson et d'autres auteurs attribuent au basalte un poids spcifique
de 3,0, mais De la Bche a trouv qu'elle n'tait que de 2,78 pour
certains spcimens d'Auvergne, et de 2.91 pour des spcimens de la
Chausse des Gants.

[6] Consulter l'admirable _Description physique_ si connue de cette
le par Von Buch, qui peut tre considre comme un modle de gologie
descriptive.

[7] La pte cristalline de la phonolite est souvent traverse de
longues aiguilles de hornblende, ce qui prouve que ce minral, quoique
l'lment le plus fusible de la phonolite, a cristallis avant ou en
mme temps qu'une substance plus rfractaire. Si mes observations sont
exactes, la phonolite se prsente toujours  l'tat de roche injecte
comme celles de la srie plutonique; elle s'est donc probablement
solidifie comme ces dernires sans subir de drangements violents ni
rpts. Les gologues qui ont dout que le granite ait pu se former
par liqufaction igne parce que des minraux de fusibilit diffrente
s'y moulent les uns sur les autres, doivent avoir ignor le fait que
la hornblende cristallise pntre la phonolite, roche dont l'origine
igne est incontestable. L'tat visqueux que le quartz et le feldspath
conservent tous deux  une temprature bien infrieure  leur point de
fusion, comme on le sait aujourd'hui, explique facilement leur moulage
mutuel. Voir  ce sujet le travail de M. Horner sur Bonn. _Geolog.
Transact_., vol. IV, p. 439; et pour le quartz, l'_Institut_, 1839, p.
161.

[8] Des fragments de ces dikes ont t briss et sont entours
maintenant par les roches primitives dont les feuillets les
environnent en restant parallles  eux-mmes. Le Dr Hubbard a dcrit
aussi (_Silliman's Journal_, vol. XXXIV, p. 119) un entrecroisement de
veines de trapp dans le granite des White Mountains, qui doit avoir
t form, selon lui, lorsque les deux roches taient  l'tat pteux.

[9] M. Phillips (_Lardner's Encyclop_., vol. II, p. 115) cite
l'opinion de Von Buch suivant laquelle le porphyre augitique s'tend
paralllement aux grandes chanes de montagnes et se rencontre
toujours  leur base. De Humboldt a constat galement l'existence
frquente de roches trappennes dans une position gologique analogue;
et moi-mme j'ai observ plusieurs exemples de ce fait au pied de la
Cordillre chilienne. L'existence du granite dans l'axe des grandes
chanes de montagnes est toujours probable, et je suis tent de
croire que les masses de porphyre augitique et de trapp injectes
latralement ont  peu prs la mme relation avec l'axe granitique que
les laves basaltiques avec les masses trachytiques centrales, autour
des flancs desquelles elles ont si souvent fait ruption.

[10] A en juger d'aprs les recherches incompltes de Forster, il est
possible que l'le Saint-Georges ne soit pas volcanique. En ce qui
concerne les Seychelles je me base sur les affirmations du Dr Allan.
J'ignore de quel genre de roches est forme l'le Rodriguez dans
l'ocan Indien.

[11] Ceci s'appuie sur l'autorit du comte V. de Bedemar pour Flores
et Graciosa (_Charlsworth Magazine of Nat. Hist_., vol. I, p. 557).
Suivant le capitaine Boyd, l'le Sainte-Marie n'a pas de roches
volcaniques (_Description de Von Buch_, p. 365). L'le Chatham a t
dcrite par le Dr Dieffenbach dans le _Geographical Journal_, anne
1841, p. 201. Jusqu' prsent l'expdition antarctique ne nous a
fourni que des renseignements incomplets sur l'le Kerguelen.

[12] Dans un mmoire prsent rcemment  l'_American Association_,
les professeurs William et Henry Darwin Rogers ont insist d'une
manire spciale sur les directions de soulvement qui affectent une
courbe rgulire dans certaines parties de la chane des Appalaches.

[13] _Bulletin de la Socit Gologique_, t. III, p. 110.

[14] _Description des Isles Canaries_, p. 324.

[15] _Description des Iles Canaries_, p. 393.

[16] Cette conclusion s'impose  la suite des phnomnes qui ont
accompagn le tremblement de terre de 1835  Conception, et qui sont
dcrits en dtail dans la notice que j'ai publie dans les _Geological
Transactions_ (vol. V, p. 601).




CHAPITRE VII

NOUVELLE-GALLES DU SUD, TERRE VAN DIEMEN, KING GEORGE'S SOUND,
CAP DE BONNE-ESPRANCE


Nouvelle-Galles du Sud.--Formation de grs.--Pseudo-fragments de schiste
empts.--Stratification.--Stratification entrecroise.--Grandes
valles.--Terre Van Diemen.--Formation palozoque.--Formations plus
rcentes avec roches volcaniques.--Travertin avec feuilles de vgtaux
teints.--Soulvement de la contre.--Nouvelle-Zlande.--King George's
Sound.--Bancs ferrugineux superficiels.--Dpts calcaires superficiels
avec moules de branches.--Leur origine due  des particules de coquilles
et de coraux amonceles par le vent.--Leur extension.--Cap de Bonne-
Esprance.--Contact du granite et du phyllade argileux.--Formation de
grs.


Durant la seconde partie de son voyage, le _Beagle_ toucha  la
Nouvelle-Zlande, en Australie,  la Terre Van Diemen, et au cap de
Bonne-Esprance. Dsireux de consacrer la troisime partie de ces
Observations Gologiques  l'Amrique mridionale seule, je dcrirai
brivement ici tous les faits dignes de fixer l'attention des
gologues, que j'ai observs dans les contres que je viens de citer.


_Nouvelle-Galles du Sud_.--Mon champ d'observations se bornait au
trajet de 90 milles gographiques que j'ai fait pour me rendre 
Bathurst,  l'W.-N.-W. de Sidney. A partir de la cte, les trente
premiers milles traversent une rgion de grs, coupe en plusieurs
endroits par des rochers de trapp, et spare du grand plateau de grs
des Blue Mountains par un escarpement trs lev qui surplombe la
rivire Nepean. Ce plateau suprieur mesure 1.000 pieds d'altitude au
bord de l'escarpement, et  une distance de 26 milles de ce bord il
s'lve jusqu' 3.000  4.000 pieds au-dessus du niveau de la mer.
De ce point la route descend vers une contre moins leve, et
principalement forme de roches primitives. On y rencontre beaucoup
de granite qui passe en un endroit  du porphyre rouge avec cristaux
octogonaux de quartz, et qui est coup ailleurs par des dikes de
trapp. Prs des Downs de Bathurst je traversai une grande tendue de
pays constitue par des phyllades argileux luisants et d'un brun ple,
dont les feuillets altrs couraient du nord au sud. Je mentionne ce
fait parce que le capitaine King m'a rapport qu'aux environs du lac
Georges,  une centaine de milles au sud, les micaschistes s'tendent
du nord au sud d'une manire si constante que les habitants utilisent
cette particularit pour se guider dans les forts.

Le grs des Blue Mountains offre une puissance d'au moins 1.200 pieds,
qui semble plus forte encore en certains endroits; il est form de
petits grains de quartz ciments par une matire terreuse blanche,
et travers d'un grand nombre de veines ferrugineuses. Les couches
infrieures alternent quelquefois avec des schistes et de la houille;
 Wolgan j'ai trouv dans le schiste des feuilles de _Glossopteris
Brownii_, fougre qui est trs abondante dans la houille d'Australie.
Le grs contient des cailloux de quartz dont le nombre et la dimension
s'accroissent gnralement dans les couches suprieures (ils ont
rarement, cependant, plus d'un ou deux pouces de diamtre); j'ai
observ un fait semblable dans la grande formation de grs du Cap
de Bonne-Esprance. Sur la cte de l'Amrique du Sud o des couches
tertiaires ont t souleves sur une grande tendue, j'ai remarqu
 plusieurs reprises que les couches suprieures taient formes
d'lments plus grossiers que les couches infrieures; cela semble
indiquer que la puissance des vagues ou des courants augmentait
 mesure que la mer devenait moins profonde. Pourtant, sur la
plate-forme infrieure, entre les Blue Mountains et la cte, j'ai
observ que les couches suprieures de grs passaient souvent au
schiste, ce qui provient probablement de ce que cette rgion
moins leve a t protge contre les forts courants pendant son
soulvement. Le grs de Blue Mountains tant videmment d'origine
lastique et n'ayant subi aucune action mtamorphique, j'ai observ
avec surprise que dans certains spcimens presque tous les grains
de quartz offraient des facettes brillantes et qu'ils taient
cristalliss d'une manire si parfaite qu'ils n'avaient certainement
pu tre empts sous leur forme _prsente_ dans une roche
prexistante[1]. Il est difficile d'imaginer comment ces cristaux
ont pu se former; on peut  peine croire qu'ils aient cristallis
isolment au fond de la mer dans leur tat actuel de cristallisation.
Est-il possible que des grains de quartz arrondis aient pu tre
attaqus par un liquide qui a corrod leur surface et y a dpos de
la silice frache? Je dois faire observer que pour le grs du cap
de Bonne-Esprance il est vident que de la silice a t dpose en
abondance d'une solution aqueuse.

En plusieurs points du grs j'ai observ des enclaves de schiste qu'on
aurait pu prendre,  premire vue, pour des fragments trangers;
cependant leurs feuillets horizontaux parallles  ceux du grs
montraient que ces enclaves taient les restes de lits minces
continus. L'un de ces fragments (constitu probablement par la coupe
transversale d'une bande longue et troite) et qui se montrait sur la
paroi d'un rocher, prsentait une paisseur verticale plus grande que
sa largeur, ce qui prouve que ce lit de schiste doit s'tre lgrement
consolid aprs son dpt et avant d'avoir t entam par les
courants. Chaque enclave de schiste montre ainsi avec quelle
lenteur un grand nombre des couches de grs se sont dposes. Ces
pseudo-fragments de schiste expliqueront peut-tre, dans certains cas,
l'origine de fragments trangers en apparence, empts dans des roches
cristallines mtamorphiques. Je mentionne ce fait parce que j'ai
trouv prs de Rio-de-Janeiro un fragment anguleux nettement termin,
long de 7 yards et large de 2, constitu par du gneiss contenant des
grenats et du mica disposs en couches, et empt dans le gneiss
porphyrique stratifi commun dans cette contre. Les feuillets de ce
fragment et ceux de la masse englobante suivaient exactement la mme
direction, mais ils plongeaient sous des angles diffrents. Je ne
veux pas affirmer que ce fragment (constituant un cas isol,  ma
connaissance au moins) ait t originairement dpos  l'tat de
couche, comme le schiste des Blue Mountains, entre les strates du
gneiss porphyrique, avant qu'elles aient subi le mtamorphisme; mais
il existe entre les deux cas une analogie suffisante pour rendre cette
explication plausible.


_Stratification de l'escarpement_.--Les couches des Blue Mountains
paraissent horizontales  premire vue, mais elles ont probablement un
plongement semblable  celui de la surface du plateau qui s'incline de
l'ouest vers l'escarpement bordant la rivire Nepean, sous un angle de
1 ou de 100 pieds par mille[2]. Les strates de l'escarpement plongent
presque exactement comme sa surface incline en pente rapide, et
avec tant de rgularit qu'elles semblent n'avoir jamais eu d'autre
position; mais on voit,  un examen plus attentif, qu'elles
s'paississent d'un ct, et s'amincissent de l'autre au point de
disparatre, et qu' leur partie suprieure elles sont surmontes et
pour ainsi dire coiffes par des bancs horizontaux. Il est probable,
d'aprs cela, que nous sommes ici en prsence d'un escarpement
original qui n'est pas form par l'rosion marine, mais par le fait
qu' l'origine les strates ne se sont pas tendues au-del de ce
point. Ceux qui ont l'habitude de consulter des cartes dtailles de
ctes sur lesquelles s'accumulent des sdiments sauront que la surface
des bancs ainsi forms s'incline, en gnral, fort lentement de
la cte vers une certaine ligne du large au-del de laquelle la
profondeur devient brusquement trs grande dans la plupart des cas. Je
puis citer comme exemple les grands bancs de sdiments de l'archipel
des Antilles[3] qui se terminent en pentes sous-marines inclines de
30  40 et parfois mme de plus de 40; chacun sait combien une pente
semblable paratrait escarpe sur terre. Si des bancs de ce genre
taient soulevs, ils auraient probablement la mme forme extrieure,
 peu prs, que le plateau des Blue Mountains  l'endroit o il se
termine brusquement au bord de la rivire Nepean.


_Stratification entrecroise_.--Dans la rgion ctire basse et dans
les Blue Mountains, les couches de grs sont souvent coupes par de
petits lits obliques  leur direction, qui s'inclinent en divers sens
souvent sous un angle de 45. La plupart des auteurs ont attribu ces
couches entrecroises  de petites accumulations successives sur une
surface incline; mais  la suite d'un examen minutieux que j'ai fait
de quelques points du nouveau grs rouge d'Angleterre, je crois que
les couches de ce genre font gnralement partie d'une srie de
courbes, semblables  des vagues gigantesques, dont les sommets ont
t arass ultrieurement et remplacs, soit par des couches  peu
prs horizontales, soit par une autre srie de grandes rides dont les
plis ne concident pas exactement avec ceux des premires. Il est bien
connu de ceux qui s'occupent du service hydrographique que, pendant
les temptes, la vase et le sable sont bouleverss, au fond de la
mer,  des profondeurs considrables, atteignant au moins 300 
450 pieds[4], de sorte que la nature du sol y est mme modifie
temporairement; on a observ aussi qu' une profondeur de 60  70
pieds le fond de la mer est couvert de larges rides[5]. D'aprs les
observations que j'ai faites relativement  la structure du nouveau
grs rouge, et que je viens de mentionner, il est donc permis de
croire qu' des profondeurs plus considrables le fond de l'ocan se
recouvre pendant les temptes de crtes et de dpressions semblables 
de grandes rides, qui sont niveles ensuite par les courants pendant
les priodes plus tranquilles, et qui se reforment pendant les
temptes.


_Valles dans les plateaux de grs_.--Les grandes valles qui coupent
les Blue Mountains et les autres plateaux de grs de cette partie de
l'Australie, et qui ont offert longtemps un obstacle insurmontable aux
tentatives des colons les plus hardis pour atteindre l'intrieur de
la contre, constituent le trait principal de la gologie de la
Nouvelle-Galles du Sud. Ces valles sont trs vastes et bordes
par des lignes ininterrompues de hautes falaises. Il est difficile
d'imaginer un spectacle plus majestueux que celui qui s'offre aux
regards lorsqu'en s'avanant sur le plateau on arrive tout  coup au
bord d'une de ces falaises dont la verticalit est telle qu'on peut
atteindre d'un coup de pierre les arbres croissant  1.000 et 1.500
pieds au-dessous de soi, comme j'en ai fait l'exprience. A droite et
 gauche on aperoit des promontoires se succdant  perte de vue sur
la ligne fuyante de la falaise; et sur le versant oppos de la valle,
souvent loign de plusieurs milles, on voit une autre ligne s'levant
 la mme hauteur que celle sur laquelle on se trouve, et forme des
mmes couches horizontales de grs ple. Le fond de ces valles est
peu inclin, et, d'aprs sir T. Mitchell, la pente des rivires qui
les parcourent est faible. Souvent les valles principales envoient
vers l'intrieur du plateau de grandes ramifications en forme de
golfes, qui s'largissent  leur extrmit suprieure; et, d'autre
part, le plateau projette souvent des promontoires dans la valle et
y abandonne mme de grandes masses presque entirement dtaches.
Les lignes de falaises qui bordent les valles sont si parfaitement
continues que, pour descendre dans certaines d'entre elles, il est
ncessaire de faire des dtours de 20 milles, et ce n'est mme que
dernirement que les officiers du service topographique ont pntr
dans quelques-unes de ces valles, o les colons ne sont pas encore
parvenus  faire entrer leur btail. Mais le trait le plus remarquable
de la structure de ces valles, c'est que, malgr la largeur de
plusieurs milles qu'elles prsentent dans leur rgion suprieure,
elles se rtrcissent ordinairement vers leur extrmit infrieure, 
tel point qu'elles deviennent impraticables. Le _Surveyor-general_,
Sir T. Mitchell[6], a tent vainement de remonter la gorge par
laquelle la rivire Grose rejoint le Nepean, en marchant d'abord, et
en rampant ensuite entre les grands blocs de grs crouls; la valle
de la Grose forme cependant vers sa partie suprieure, ainsi que je
l'ai constat _de visu_, un bassin magnifique large de plusieurs
milles, et elle est entoure de tous cts par des falaises dont les
sommets atteignent,  ce que l'on croit, une altitude qui n'est pas
infrieure  3.000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Lorsqu'on
conduit des bestiaux dans la valle de la Wolgan, par un sentier que
j'ai descendu et qui a t, en partie, entaill dans le roc par les
colons, ils ne peuvent pas s'chapper, car cette valle est entoure
compltement par des falaises verticales, et  8 milles plus bas
elle se resserre au point que sa largeur, qui est d'un demi-mille en
moyenne, se rduit  celle d'une simple fente dans laquelle ni homme
ni bte ne saurait passer. Sir T. Mitchell[7] rapporte que la grande
valle o coule la rivire Cox avec toutes ses ramifications se
resserre  son confluent avec le Nepean en une gorge large de 2.200
yards et profonde de 1.000 pieds environ. On pourrait citer encore
d'autres exemples semblables.

La premire impression qu'on prouve en constatant la correspondance
des couches horizontales sur les deux cts de ces valles et de ces
grandes dpressions en amphithtre, c'est qu'elles ont t creuses
principalement, comme les autres valles, par l'action rosive des
eaux; mais, quand on songe  la quantit norme de roches qui, dans
cette thorie, devraient avoir t transportes au travers de simples
gorges, ou mme de fentes, lors du creusement de la plupart des
valles dont nous venons de parler, on est port  se demander si ces
dpressions n'ont pas t formes par affaissement; pourtant, si nous
considrons la forme des valles avec leurs ramifications irrgulires
et celle des promontoires troits qui, partant des plateaux,
s'avancent dans les valles, nous sommes obligs d'abandonner cette
manire de voir. Il serait absurde d'attribuer la formation de ces
dpressions  l'action alluviale, et les eaux qui ruissellent du
plateau ne descendent pas toujours dans la valle au niveau le plus
lev, mais sur un des cts de ses flancs en forme de golfe, comme je
l'ai observ prs de Weatherboard. Des habitants m'ont dit qu'ils ne
voient jamais une de ces falaises dont l'allure rappelle celle d'une
baie, avec leurs promontoires fuyant  droite et  gauche, sans tre
frapps de leur ressemblance avec une cte marine leve. Il en est
incontestablement ainsi; en outre, les beaux et nombreux ports de la
cte actuelle de la Nouvelle-Galles du Sud avec leurs bras largement
ramifis, et qui sont ordinairement relis  la mer par un troit
goulet large de 1 mille  un quart de mille traversant des falaises de
grs, ressemblent aux grandes valles de l'intrieur, en miniature il
est vrai. Mais alors se prsente immdiatement une grave difficult:
pourquoi la mer a-t-elle creus ces dpressions si tendues quoique
circonscrites, dans un vaste plateau et a-t-elle laiss intactes de
simples gorges au travers desquelles l'norme masse des matriaux
broys doit avoir t transporte tout entire? La seule lumire que
je puisse apporter  la solution de cette nigme, c'est de faire
observer que dans certaines mers il s'difie des bancs affectant les
formes les plus irrgulires, et que leurs bords sont si escarps
(comme nous l'avons vu plus haut) qu'il suffirait d'une rosion
relativement faible pour les transformer en falaises. J'ai observ
en plusieurs points de l'Amrique mridionale que les vagues peuvent
former des falaises  pic, mme dans les ports entours de tous cts
par les terres. Dans la mer Rouge des bancs d'un contour extrmement
irrgulier, et forms de sdiments sont coups par des criques aux
formes les plus singulires et  embouchure troite; le mme cas se
prsente, mais sur une plus grande chelle, pour les bancs de Bahama.
J'ai t amen  croire[8] que ces bancs ont t forms par des
courants qui accumulaient des sdiments sur un fond de mer ingal.
Quand on a tudi les cartes marines des Antilles, on est forc de
reconnatre que la mer accumule parfois des sdiments autour de
rochers sous-marins et de certaines les, au lieu de les tendre en
une nappe uniforme. Appliquant ces thories aux plateaux de grs de la
Nouvelle-Galles du Sud, je suppose que les strates peuvent avoir t
accumules sur un fond marin ingal par l'action de courants puissants
et des vagues d'une mer largement ouverte, et que les flancs escarps
des espaces en forme de valles demeurs vides peuvent avoir t
transformes en falaises par l'rosion produite durant le soulvement
lent de la contre; le grs enlev par les flots a t emport, soit
au moment o la mer a creus les gorges troites en se retirant, soit
plus tard par action alluviale.


Notes:

[1] J'ai lu dernirement dans un travail de Smith (le pre des
gologues anglais), publi dans le _Magazine of Natural History_, que
les grains de quartz du _mill-stone grit_ d'Angleterre sont souvent
cristalliss. Dans une notice prsente en 1840  la _British
Association_, Sir David Brewster affirme que, dans le verre ancien
en voie de dcomposition, la silice et les mtaux se sparent et
se disposent en anneaux concentriques, et que la silice reprend la
structure cristalline, comme le prouvent ses proprits optiques.

[2] Cette assertion est base sur l'autorit de Sir T. Mitchell, dans
ses _Voyages_, vol. II, p. 357.

[3] J'ai dcrit ces bancs trs curieux dans l'appendice (p. 196) 
mon ouvrage sur la structure des rcifs coralliens. J'ai dtermin
l'inclinaison des parois des bancs d'aprs les renseignements que m'a
donns le capitaine B. Allen, l'un des hydrographes, et en mesurant
soigneusement les distances horizontales comprises entre le dernier
sondage situ sur le banc et le premier qui se trouve en eau profonde.
Des bancs trs tendus offrent la mme forme gnrale de surface dans
tout l'archipel des Antilles.

[4] Voir Martin White, _Soundings in the British Channel_, pp. 4 et
166.

[5] M. Siau, _On the Action of Waves. Edin. New Phil. Journ_., vol.
XXXI, p. 245.

[6] _Travels in Australia_, vol. I, p. 154.--Je dois exprimer ma
reconnaissance envers sir T. Mitchell pour plusieurs communications
fort interessantes qu'il m'a faites personnellement au sujet de ces
valles de la Nouvelle-Galles du Sud.

[7] _Travels in Australia_, vol. II, p. 358.

[8] Voir l'appendice au travail sur les rcifs coralliens (pp. 192
et 196). L'accumulation de vase, par l'action des flots, autour d'un
noyau submerg est un fait digne d'attirer l'attention des gologues,
car il se forme ainsi des couches extrieures au noyau offrant la mme
composition que les bancs qui constituent la cte, et si ces couches
viennent plus tard  tre souleves et que les flots les transforment
en falaises, on les considrera naturellement comme primitivement
runies aux couches de la cte elle-mme.



TERRE VAN DIEMEN

La partie mridionale de cette le est constitue principalement par
des montagnes de _greenstone_, qui prend un caractre synitique et
contient beaucoup d'hypersthne. Ces montagnes sont gnralement
enchsses jusqu' la moiti de leur hauteur dans des couches qui
renferment une grande quantit de petits coraux et quelques coquilles.
Ces coquilles ont t tudies par M. G.-B. Sowerby et sont dcrites
dans l'appendice; elles consistent en deux espces de productus et six
de spirifres. Pour autant que l'tat imparfait de leur conservation
permette de les comparer, deux de ces coquilles, notamment _P.
Rugata_ et _S. Rotundata_, ressemblent  des coquilles du _calcaire
carbonifre_ d'Angleterre. M. Lonsdale a bien voulu tudier les
coraux, ils consistent en six espces non dcrites appartenant  trois
genres. Des espces se rapportant  ces genres se trouvent dans les
couches siluriennes, dvoniennes et carbonifres d'Europe. M. Lonsdale
fait observer que tous ces fossiles ont incontestablement un caractre
palozoque, et qu'ils correspondent, sous le rapport de l'ge,  une
division du systme, suprieure aux formations siluriennes.

Les couches qui renferment ces fossiles sont intressantes par
l'extrme variabilit de leur composition minralogique. On y
rencontre toutes les varits intermdiaires entre le schiste
siliceux, le schiste ardoisier passant  la grauwacke, le calcaire
pur, le grs et une roche porcellanique; et l'on ne saurait dcrire
certains bancs qu'en disant qu'ils sont forms d'un schiste argileux
calcaro-siliceux. Pour autant que j'aie pu en juger, la puissance
de cette formation est de 1.000 pieds au moins; la partie suprieure
consiste ordinairement, sur une paisseur de quelques centaines de
pieds, en grs siliceux contenant des cailloux et sans fossiles.
Les couches infrieures sont les plus variables; elles sont formes
gnralement d'un schiste siliceux de couleur ple, et ce sont elles
qui renferment le plus grand nombre de fossiles. Prs de Newtown on
exploite une couche d'une masse calcareuse blanche et tendre, qui se
trouve comprise entre deux bancs de calcaire cristallin dur, et qu'on
utilise pour badigeonner les maisons. Suivant les renseignements qui
m'ont t donns par le _Surveyor General_, M. Frankland, on rencontre
cette formation palozoque en divers endroits dans l'le entire;
je puis ajouter suivant la mme autorit qu'il existe des dpts
primaires fort tendus sur la cte nord-est et dans le dtroit de
Bass.

Les rivages de Storm Bay sont bords, jusqu' la hauteur de quelques
centaines de pieds, par des couches de grs contenant des galets
appartenant  la formation que je viens de dcrire, avec ses fossiles
caractristiques, et qui sont pour cette raison plus rcentes que
cette formation. Ces couches de grs passent souvent au schiste
et alternent avec des couches de houille impure; elles ont t
nergiquement bouleverses en certains endroits. J'ai observ prs
de Hobart-Town un dike large d'environ 100 yards, sur l'un des cts
duquel les couches taient redresses sous un angle de 60, tandis
que de l'autre ct elles taient verticales en certains endroits et
modifies par l'action de la chaleur. Sur la cte ouest de Storm Bay
j'ai constat que ces strates taient surmontes par des coules de
lave basaltique contenant de l'olivine; et tout prs de l on voyait
une masse de scories brchiformes renfermant des galets de lave, et
indiquant probablement la place d'un ancien cratre sous-marin. Deux
de ces coules de basalte taient spares l'une de l'autre par une
couche de wacke argileuse, dont on pouvait suivre le passage  des
scories partiellement altres. La wacke contenait un grand nombre de
grains arrondis d'un minral tendre, vert d'herbe,  clat cireux
et translucide sur les bords. Au chalumeau ce minral devenait
immdiatement noir, et ses artes aigus se fondaient en un mail
noir fortement magntique; il ressemble par ces caractres aux masses
d'olivine dcompose que j'ai dcrites  San Thiago dans l'archipel du
Cap Vert, et j'aurais cru qu'il avait la mme origine, si je n'avais
pas trouv dans les vacuoles du basalte une substance[1] semblable
en filaments cylindriques, tat sous lequel l'olivine ne se prsente
jamais; je crois que cette substance serait range avec le bol par les
minralogistes.


_Travertin avec plantes fossiles_.--Il existe en arrire de
Hobart-Town une petite carrire o l'on exploite un travertin dur,
dont les bancs infrieurs offrent de nombreuses empreintes de feuilles
bien nettes. M. Robert Brown a bien voulu tudier les chantillons que
j'y ai recueillis; et il m'informe qu'il y a parmi eux quatre ou cinq
varits dont il n'en reconnat aucune comme appartenant  des espces
actuelles. La feuille la plus remarquable est palme comme celle d'un
palmier-ventail, et jusqu' prsent on n'a dcouvert sur la Terre Van
Diemen aucune plante dont les feuilles prsentent cette structure.
Les autres feuilles ne ressemblent ni  la forme la plus ordinaire de
l'Eucalyptus (dont le genre compose, pour la plus grande partie, les
forts qui existent dans l'le), ni aux espces faisant exception  la
forme commune des feuilles de l'Eucalyptus et qui se rencontrent dans
cette le. Le travertin contenant ces restes d'une flore teinte
est d'une couleur jaune ple, dur, et mme cristallin en certaines
parties; mais il n'est pas compact, et il est pntr dans toutes ses
parties par des vacuoles troites, cylindriques et tortueuses. Il
contient quelques rares cailloux de quartz, et accidentellement des
couches de nodules de calcdoine, comme les nodules de chert dans
notre _greensand_. On a recherch cette roche calcaire en d'autres
endroits,  cause de sa puret, mais on ne l'a jamais trouve. D'aprs
ce fait et d'aprs la nature du dpt, il est probable qu'il a t
form par une source calcareuse se rpandant dans un petit tang ou
dans une crique troite. Plus tard les couches ont t redresses
et fissures, et la surface a t recouverte d'une masse de nature
singulire qui a combl aussi une grande crevasse voisine, et qui est
forme de boules de trapp emptes dans un mlange de wacke et d'une
substance alumino-calcaire blanche et terreuse. Ceci ferait supposer
que sur les bords de l'tang o se dposait la matire calcaire, il
s'est produit une ruption volcanique qui l'a boulevers et drain.


_Soulvement de la contre_.--Aux environs de Hobart-Town les rives
orientale et occidentale de la baie sont recouvertes toutes deux,
en grande partie, de coquilles brises mlanges de cailloux qui
s'lvent jusqu' la hauteur de 30 pieds au-dessus de la laisse de
haute mer. Les colons croient que ces coquilles ont t apportes
l par les aborignes pour s'en nourrir; il est incontestable que
plusieurs grands monticules ont t forms de cette manire, comme
M. Frankland me l'a fait remarquer; mais, d'aprs le nombre des
coquilles, d'aprs l'abondance des espces de petite taille, d'aprs
la manire dont elles sont clairsemes, et d'aprs certains traits de
la forme du pays, je crois que nous devons attribuer la prsence du
plus grand nombre de ces monticules  un lger soulvement de la
contre. Sur le rivage de Ralph Bay (qui dbouche dans Storm Bay) j'ai
observ un banc continu, s'tendant  15 pieds environ au-dessus de
la laisse de haute mer, et qui tait recouvert de vgtation; en y
fouillant, je trouvai des cailloux incrusts de serpules; j'ai trouv
aussi le long des bords de la rivire Derwent un lit de coquilles
brises au-dessus du niveau de la rivire, et  un endroit o l'eau
est aujourd'hui beaucoup trop peu sale pour que des mollusques marins
puissent y vivre; mais dans ces deux cas il est possible qu'avant la
formation de certaines pointes de sable et de certains bancs de vase
qui existent actuellement dans Storm Bay, les mares se soient leves
 la hauteur o nous trouvons les coquilles aujourd'hui[2].

On a dcouvert des preuves plus ou moins nettes d'un changement
respectif de niveau entre les continents et la mer dans presque tous
les pays situs dans cet hmisphre. Le capitaine Gray et d'autres
voyageurs ont trouv dans l'Australie mridionale des amas de
coquilles soulevs appartenant  une poque gologique rcente, ou
 une des dernires priodes de l're tertiaire. Les naturalistes
franais de l'expdition de Baudin ont observ le mme fait sur la
cte sud-ouest de l'Australie. Le Rv. W.B. Clarke[3] trouve au cap de
Bonne-Esprance des preuves du soulvement de la rgion  une
hauteur de 400 pieds. Dans les environs de Bay of Islands  la
Nouvelle-Zlande[4] j'ai observ que, comme  la Terre Van Diemen, les
rivages taient parsems, jusqu' une certaine hauteur, de coquilles
marines dont les colons attribuent la prsence aux indignes. Quelle
que puisse tre l'origine de ces coquilles, je ne puis douter, aprs
avoir vu une coupe de la valle de la Thames (37 S) dessine par le
Rv. W. Williams, que la contre ait t souleve en cet endroit.
Trois terrasses disposes en gradins et formes d'une accumulation
norme de cailloux arrondis, se correspondent exactement sur les
versants opposs de cette grande valle; chaque terrasse a environ 50
pieds de hauteur. Quand on a tudi les terrasses que prsentent les
valles des ctes occidentales de l'Amrique du Sud, parsemes de
coquilles marines et formes pendant les intervalles de repos qu'a
prsents le soulvement lent de la contre, on ne saurait douter que
les terrasses de la Nouvelle-Zlande aient t formes de la mme
manire. J'ajoute que le Dr Diffenbach rapporte dans sa description
des les Chatham[5] (au sud-ouest de la Nouvelle-Zlande) qu'il
est manifeste que la mer a laiss  dcouvert bien des contres,
autrefois submerges.


Notes:

[1] La chlorophaete dcrite par le Dr Mac Culloch (_Western Islands_,
vol. 1, p. 504) comme se prsentant dans une roche basaltique
amygdalode, se distingue de cette substance parce qu'elle est
inaltrable au chalumeau, et parce qu'elle noircit par l'exposition
 l'air. Pouvons-nous supposer que l'olivine passe par diffrentes
phases en subissant la transformation remarquable que nous avons
dcrite  San Thiago?

[2] Il semble que certains changements s'oprent actuellement  Ralph
Bay, car un fermier des environs, homme fort intelligent, m'a affirm
que les hutres y abondaient autrefois, mais qu'elles ont disparu
vers l'anne 1884 sans cause apparente. Dans les _Transactions of the
Maryland Academic_ (vol. I, 1re part., p. 28) se trouve une note de M.
Ducatel sur la destruction de vastes bancs d'hutres et de cames par
le comblement graduel des lagunes  faible profondeur et des canaux
sur les ctes des tats-Unis mridionaux. A Chiloe, dans l'Amrique du
Sud, j'ai entendu parler d'une perte semblable subie par les habitants
par la disparition d'une espce comestible d'ascidie sur une partie de
la cte.

[3] _Proceedings of the Geological Society_, vol. III, p. 420.

[4] Voici la liste des roches que j'ai rencontres dans la Bay
of Islands  la Nouvelle-Zlande: 1. Une grande quantit de
lave basaltique et de roches scoriaces, formant des cratres
distincts;--2. une colline crnele forme de couches horizontales
de calcaire couleur de chair, offrant dans la cassure des facettes
cristallines nettes; la pluie a exerc une action remarquable sur
cette roche, et a ravin sa surface de manire  la transformer en un
modle rduit d'une rgion alpestre. J'ai observ en cet endroit des
bancs de chert et de limonite argileuse, et dans le lit d'un ruisseau
des galets de phyllade argileux;--3. les rivages de Bay of Islands
sont forms d'une roche feldspathique gris bleutre, souvent fort
altre,  cassure anguleuse, et sillonne de nombreuses veines
ferrugineuses, mais sans stratification ou clivage distincts.
Certaines varits sont trs cristallines et pourraient tre
rapportes sans hsitation au trapp; d'autres varits ressemblent
d'une manire frappante  un schiste ardoisier faiblement modifi par
la chaleur, je n'ai pu m'arrter  une opinion dfinitive sur cette
formation.

[5] _Geographical Journal_, vol. XI, pp. 202, 205.



KING GEORGE'S SOUND

Cet tablissement colonial est situ  l'angle sud-ouest du continent
australien: la contre entire est granitique et les minraux
constitutifs de la roche sont parfois irrgulirement disposs en
zones droites ou courbes. De Humboldt aurait donn le nom de granite
gneissique  la roche prsentant cette particularit. Il est
intressant de constater que les collines dnudes et coniques, qui
paraissent tre formes par des couches  grands plis, ressemblent en
petit d'une manire frappante aux collines de granite gneissique de
Rio-de-Janeiro, et  celles du Venezuela qui ont t dcrites par de
Humboldt. Ces roches plutoniques sont coupes, en un grand nombre
d'endroits, par des dikes de trapp, j'ai trouv en un mme point dix
dikes parallles s'tendant de l'est  l'ouest, et non loin de l un
systme de huit dikes, forms d'une autre varit de trapp et disposs
dans une direction perpendiculaire  celle des premiers. J'ai observ
en plusieurs rgions formes de roches primaires des systmes de dikes
parallles et rapprochs les uns des autres.


_Bancs ferrugineux superficiels_.--Les parties basses de la contre
sont uniformment recouvertes d'un banc de grs qui suit les
ingalits de la surface,  structure cloisonne comme un rayon de
miel, et o abondent les oxydes de fer. Je crois que des bancs d'une
composition  peu prs semblable se rencontrent communment le long
de toute la cte ouest de l'Australie et dans plusieurs des les des
Indes Orientales. Au cap de Bonne-Esprance,  la base des montagnes
de granite surmontes de grs, le sol est recouvert partout soit d'une
masse ocreuse forme de petits fragments  grain fin comme celle de
King George's Sound, soit d'un grs plus grossier avec fragments de
quartz, qu'une forte proportion d'hydrate de fer rend dur et lourd, et
dont la cassure frache prsente un clat mtallique. Dans ces deux
varits la roche possde une texture fort irrgulire et renferme des
cavits arrondies ou anguleuses remplies de sable, de sorte que la
surface est toujours cloisonne. L'oxyde de fer est surtout abondant
sur les parois des cavits, et c'est l seulement qu'il offre une
cassure mtallique. Il est vident que dans cette formation, comme
dans un grand nombre de dpts sdimentaires vritables le fer tend 
se concrtionner, soit en affectant une structure godique, soit en
prenant une disposition rtiforme. Bien qu'elle soit fort obscure,
l'origine de ces bancs superficiels parat due  une action alluviale
s'exerant sur des dtritus riches en fer.


_Dpt calcareux superficiel_.--Un dpt calcaire qui se trouve au
sommet de Bald-Head et qui contient des corps ramifis considrs
par certains auteurs comme des coraux, est devenu clbre par les
descriptions de plusieurs explorateurs distingus[1]. Ce dpt entoure
et recouvre de petites minences irrgulires de granite,  l'altitude
de 600 pieds au-dessus du niveau de la mer. Son paisseur est fort
variable; l o il est stratifi, les bancs sont souvent fortement
inclins, et leur angle atteint parfois 30; ils plongent dans toutes
les directions. Ces bancs sont coups quelquefois par des feuillets
obliques  faces planes. Le dpt consiste soit en une poudre
calcareuse blanche et fine o l'on ne discerne aucune trace de
structure, soit en grains arrondis excessivement petits, de couleur
brune, jauntre ou pourpre; les deux varits sont gnralement,
sinon toujours, mles de petites particules de quartz, et cimentes
de manire  constituer une pierre plus ou moins compacte. Les grains
calcareux arrondis perdent instantanment leurs couleurs quand on les
chauffe lgrement; sous ce rapport comme sous tous les autres ils
ressemblent beaucoup aux petits fragments rguliers de coquilles et
de coraux qui ont t transports sur les flancs des montagnes 
Sainte-Hlne, et ont t ainsi dbarrasss par vannage de tout
fragment plus grossier. Je ne doute pas que les particules calcaires
colores aient eu ici une origine semblable. La poussire impalpable
provient probablement de la destruction des particules arrondies, et
cette interprtation est plausible, car sur la cte du Prou j'ai
suivi le passage graduel de _grandes_ coquilles _non brises_  une
substance aussi fine que de la craie rduite en poudre. Les deux
varits de grs calcareux mentionnes plus haut alternent frquemment
avec des couches minces d'une roche substalagmitique[2] et se fondent
avec elle; cette substance est entirement dpourvue de quartz, mme
lorsque la roche qui se trouve en contact avec chacune de ses faces
contient des particules de ce minral; nous devons en conclure que
ces couches, comme certaines masses en forme de veines, sont dues 
l'action de la pluie qui a dissous la matire calcaire et l'a dpose
ensuite, ainsi que cela s'est produit  Sainte-Hlne. Chaque couche
marque probablement une surface frachement mise  nu  l'poque o
les particules aujourd'hui solidement cimentes taient  l'tat de
sable incohrent. La roche de ces couches est parfois brchiforme avec
fragments reciments, comme si elle avait t brise par suite de la
disparition du sable  un moment o elle tait encore tendre. Je n'ai
pas trouv un seul fragment de coquille marine, mais les coquilles
blanchies d'_Hlix mlo_, espce terrestre vivante, abondent dans
toutes les couches, et j'ai trouv aussi un autre Hlix et un Oniscus.

La forme des branches est absolument semblable  celle des tiges
brises et droites d'un buisson; leurs racines sont souvent 
dcouvert et l'on voit qu'elles divergent dans tous les sens; a et
l une branche gt abattue. Les branches sont gnralement formes de
grs plus dur que la matire environnante, et leur partie centrale est
remplie de matire calcaire friable ou d'une varit substalagmitique
de cette roche; cette partie centrale est souvent aussi pntre de
crevasses linaires contenant parfois, mais rarement, une trace de
matire ligneuse. Ces corps calcareux ramifis paraissent avoir t
forms par une matire calcaire fine entrane par l'eau dans les
moules ou cavits produits par la destruction de branches et de
racines de buissons qui ont t ensevelis sous le sable accumul par
le vent. La surface entire de la colline se dsagrge aujourd'hui,
et il en rsulte que les moules, qui sont durs et compacts, rsistent
mieux et font saillie au dehors. Au cap de Bonne-Esprance j'ai trouv
dans le sable calcareux les moules dcrits par Abel entirement
semblables  ceux de Bald-Head; mais leur partie centrale est souvent
remplie d'une matire charbonneuse noire non encore limine. Il n'est
pas tonnant que la matire ligneuse ait t presque entirement
limine des moules de Bald-Head, car plusieurs sicles doivent
certainement s'tre couls depuis l'poque o les buissons ont t
ensevelis. Par suite de la forme et de la hauteur de cet troit
promontoire il ne s'y accumule pas de sable actuellement, et la
surface entire subit une rosion active comme je l'ai fait observer.
Nous devons donc rapporter  une poque o l'altitude de la contre
tait plus faible, l'amoncellement des sables calcareux et quartzeux
au sommet de Bald-Head et l'ensevelissement des dbris vgtaux qui en
a t la suite. Les naturalistes franais[3] ont tabli la ralit
de ce fait par des coquilles souleves appartenant  des espces
rcentes. Une seule circonstance m'avait d'abord inspir des doutes
sur l'origine des moules, c'est que les racines les plus fines
appartenant  des souches diffrentes s'unissaient parfois pour former
des feuillets ou des veines verticales; mais cette circonstance ne
constitue pas une objection srieuse, si l'on se rappelle la manire
dont ces radicelles remplissent souvent les crevasses formes dans
une terre dure, et si l'on considre que ces racines se dtruiront et
laisseront des cavits aux endroits qu'elles occupaient, tout comme
les souches. Outre les branches calcareuses du cap de Bonne-Esprance,
j'ai vu des moules prsentant des formes identiques et provenant de
Madre[4] et des Bermudes; dans ces dernires les,  en juger
d'aprs les spcimens rassembls par le lieutenant Nelson, les roches
calcaires environnantes sont analogues  celles du Cap et d'origine
subarienne. Si l'on tient compte de la stratification des dpts
de Bald-Head,--des couches de roche substalagmitique qui alternent
irrgulirement,--des particules arrondies et de dimension uniforme
provenant probablement de coquilles marines et de coraux,--de
l'abondance des coquilles terrestres dans toute la masse,--et enfin
de la ressemblance absolue des moules calcaires avec les souches,
les racines et les branches des vgtaux qui peuvent crotre sur des
collines de sable, je crois, malgr l'opinion diffrente de certains
auteurs, que l'on ne peut mettre raisonnablement en doute la vrit de
la thorie que je viens d'exposer sur leur origine.

Des dpts calcaires semblables  ceux de King George's Sound occupent
une vaste surface sur les ctes de l'Australie. Le Dr Fitton fait
remarquer que pendant le voyage de Baudin on a trouv une brche
calcaire rcente (terme par lequel il dsigne tous ces dpts) sur un
espace qui ne mesure pas moins de 25 en latitude et une largeur gale
en longitude, sur les ctes sud, ouest et nord-ouest[5]. Suivant
M. Pron, dont les observations et les opinions sur l'origine de la
matire calcaire et des moules ramifis concordent parfaitement avec
les miennes, il parat que le dpt est gnralement beaucoup plus
continu qu'aux environs de King George's Sound. L'archidiacre Scott[6]
rapporte qu' Swan River le dpt s'tend, en un point,  10 milles
dans l'intrieur des terres. En outre, le capitaine Winckham m'a
racont que, pendant sa dernire inspection de la cte occidentale, il
a observ qu'en tous les points o le navire jetait l'ancre le fond de
la mer tait form d'une matire calcaire blanche, ainsi qu'il s'en
est assur en faisant descendre au fond des pinces en fer. Il semble
donc que le long de cette cte, comme aux Bermudes et  l'Atoll
Keeling, il se forme simultanment des dpts sous-marins et
subariens qui se produisent par la dsintgration d'organismes
marins. L'tendue de ces dpts est trs remarquable en gard  leur
origine, et on ne peut les comparer sous ce rapport qu'aux grands
rcifs coralliens de l'ocan Indien et du Pacifique. Dans d'autres
parties du monde, dans l'Amrique du Sud par exemple, il existe des
dpts calcareux _superficiels_ d'une grande tendue, dans lesquels
on ne peut dcouvrir aucune trace de structure organique. Ces
observations stimuleront peut-tre les recherches quant  savoir si
les dpts de cette nature ne pourraient pas tre forms aussi par des
dbris de coquilles et de coraux.


Notes:

[1] J'ai visit cette colline avec le capitaine Fitz-Roy, et nous
sommes arrivs tous les deux  la mme conclusion au sujet de ces
corps ramifis.

[2] J'adopte ce terme d'aprs l'excellent travail du lieutenant Nelson
sur les les Bermudes (_Geolog. Transactions_, vol. V, p. 106) pour
la pierre dure, compacte, de couleur crme ou brune, sans aucune
structure cristalline, qui accompagne si souvent les accumulations
calcaires superficielles. J'ai observ des bancs superficiels
semblables recouverts de roche substalagmitique au cap de
Bonne-Esprance, dans plusieurs parties du Chili et sur de grandes
tendues  la Plata et en Patagonie. Quelques-uns de ces bancs ont t
forms par la destruction de coquilles, mais l'origine du plus grand
nombre d'entre eux est fort obscure. Je pense que l'on ne connat pas
les causes pour lesquelles l'eau dissout du calcaire et le redpose
peu aprs. La surface des couches substalagmitiques parait tre
toujours rode par l'eau des pluies. Comme toutes les contres
mentionnes plus haut jouissent d'une saison sche fort longue en
comparaison de la saison pluvieuse, j'aurais cru que la prsence des
calcaires substalagmitiques tait en rapport avec le climat si le
lieutenant Nelson n'avait pas dcouvert cette substance en voie
de formation sous la mer. Les coquilles dcomposes paraissent
extrmement solubles; j'en ai trouv une excellente preuve en
observant une roche curieuse de Coquimbo au Chili qui tait forme
de petites carapaces vides et translucides cimentes. L'examen d'une
srie d'chantillons montrait clairement que ces carapaces avaient
contenu primitivement de petits fragments arrondis de coquilles,
ciments et envelopps par une matire calcaire (comme cela se produit
frquemment sur le rivage de la mer) et ensuite dcomposs et dissous
dans l'eau qui doit avoir travers les enveloppes calcaires sans les
attaquer.--On pouvait observer toutes les phases de ce phnomne.

[3] Voir Pron, _Voyage_, t. I, p. 204.

[4] Le Dr J. Macaulay a donn une description complte des moules de
Madre (_Edinb. New Phil. Jour._, vol. XXIX, p. 350). Il considre ces
corps comme des coraux (s'cartant ainsi de l'opinion de M. Smith de
Jordan Hill) et le dpt calcaire comme d'origine sous-marine. Les
remarques qu'il fait relativement  la structure de ces corps sont peu
prcises. Ses arguments s'appuient principalement sur l'abondance de
la matire calcareuse et sur le fait que les moules renferment
une matire d'origine animale dont la prsence est dmontre par
l'ammoniaque qu'ils dgagent. Si le Dr Macaulay avait vu les masses
normes de fragments de coquilles rouls qui se trouvent sur le rivage
de l'le de l'Ascension et surtout sur les rcifs coralliens, et s'il
avait song aux effets que l'action longtemps prolonge de vents
modrs peut produire par l'amoncellement de particules fines, il
aurait hsit  produire l'argument relatif  la quantit de matire,
qui est rarement admissible en gologie. Si la matire calcaire
provient de la dcomposition de coquilles et de coraux, il fallait
s'attendre  la prsence de matire organique. M. Anderson a analys
un fragment de moule pour le Dr Macaulay et il a trouv qu'il tait
compos comme suit:

    Carbonate de chaux     73,15
    Silice                 11,90
    Phosphate de chaux      8,81
    Matire organique       4,25
    Sulfate de chaux      trace.
                         -------
                           98,11

[5] Pour des dtails plus complets sur cette formation, voir _Appendix
to the Voyage of capitain King_ par le Dr Fitton. Le Dr Fitton est
port  attribuer une origine concrtionnaire aux corps ramifis; je
ferai observer que j'ai vu  la Plata, dans des lits de sable, des
tiges cylindriques qui avaient incontestablement cette origine, mais
elles diffraient beaucoup par leur aspect des tiges de Bald-Head et
des autres localits cites plus haut.

[6] Proceedings of the Geological Society, vol. I, p. 320.



CAP DE BONNE-ESPRANCE

Aprs les descriptions gologiques de cette rgion donnes par Barrow,
Carmichael, Basile Hall et W.-B. Clarke, je puis me borner  quelques
observations sur le contact des trois formations principales. La roche
fondamentale est le granite[1]; il est surmont de phyllade argileux,
gnralement dur et luisant par suite de la prsence de petites
paillettes de mica; le phyllade alterne avec des couches d'une roche
feldspathique  structure phylladeuse, faiblement cristalline, et
passe  cette roche. Ce phyllade argileux est remarquable parce qu'
certains endroits (comme  Lion's Rump) il est dcompos jusqu' une
profondeur de vingt pieds, et transform en une roche grsiforme de
couleur ple, que certains observateurs ont prise erronment, je
crois, pour une formation distincte. Le Dr Andrew Smith m'a conduit
 Green-Point o l'on voit un beau contact entre le granite et
le phyllade argileux; ce dernier devient un peu plus dur et plus
cristallin  un quart de mille du point o le granite apparat sur la
plage (mais le granite est probablement beaucoup plus rapproch en
sous-sol). A une distance plus faible quelques-uns des bancs de
phyllade argileux prsentent une texture homogne et sont stris de
zones peu distinctes de couleurs diffrentes, tandis que d'autres
bancs offrent des taches mal dfinies. A 100 yards environ de la
premire veine de granite, le phyllade argileux commence  prsenter
diffrentes varits, les unes sont compactes et d'une teinte pourpre,
d'autres brillantes avec de nombreuses petites paillettes de mica et
du feldspath imparfaitement cristallis; quelques-unes sont vaguement
grenues, d'autres porphyriques avec de petites taches allonges d'un
minral blanc, tendre et facilement attaquable, ce qui donne  cette
varit un aspect vsiculaire. Tout prs du granite le phyllade
argileux est transform en une roche feuillete de couleur sombre dont
la cassure est rendue grenue par la prsence de cristaux imparfaits de
feldspath recouverts de petites paillettes brillantes de mica.

La ligne de contact actuelle entre la rgion granitique et la rgion
du phyllade argileux s'tend sur une longueur d'environ 200 yards,
et consiste en masses irrgulires et en nombreux dikes de granite
enchevtrs dans le phyllade argileux et entours par cette dernire
roche; la plupart des dikes sont dirigs du N.-W. au S.-E. suivant une
ligne parallle  la schistosit des phyllades. Lorsqu'on s'loigne du
point de contact, on ne voit plus que de minces lits et plus loin
que de simples pellicules de phyllade argileux altr, entirement
isoles, comme si elles flottaient dans le granite grossirement
cristallis; mais, quoique compltement isoles, elles conservent
toutes des traces de la schistosit dirige N.-W.-S.-E. Ce fait a
t observ dans d'autres cas du mme genre et a t cit par des
gologues minents[2], comme constituant une grave objection  la
thorie, gnralement admise, suivant laquelle le granite a t
inject  l'tat liquide; mais, si nous songeons  l'tat que doit
vraisemblablement prsenter la surface infrieure d'une masse
feuillete comme le phyllade argileux, aprs qu'elle a t violemment
ploye en arche par un amas de granite fondu, nous pouvons admettre
qu'elle doit tre pleine de fissures parallles aux plans de la
schistosit, et que ces fissures doivent s'tre remplies de granite,
de sorte que, partout o les fissures taient rapproches les unes
des autres, de simples couches en forme de cloison ou des coins de
phyllade resteront comme suspendus dans le granite. Par consquent,
si, plus tard, la masse rocheuse entire se dsagrge et est enleve
par dnudation, les extrmits infrieures de ces masses subordonnes
ou de ces coins de phyllade demeureront entirement isoles dans le
granite, elles conserveront cependant leurs plans de schistosit
propres parce qu'elles ont fait partie d'un revtement continu de
phyllade argileux  l'poque o le granite tait liquide.

En suivant avec le Dr A. Smith la ligne de contact entre le granite et
le phyllade qui s'tend vers l'intrieur du pays dans la direction du
S.-E., nous arrivmes  un endroit o le phyllade tait transform en
un gneiss  grain fin parfaitement caractris, compos de feldspath
grenu brun jauntre, d'une grande quantit de mica noir brillant,
et de quelques couches minces de quartz. Nous devons conclure de
l'abondance du mica dans ce gneiss compare  la faible proportion qui
s'en trouve dans le phyllade luisant, et de l'extrme petitesse de ses
paillettes, qu'il a t form ici par action mtamorphique,--fait qui
a t mis en doute par certains auteurs, dans des circonstances  peu
prs identiques. Les feuillets du phyllade argileux sont droits, et
il tait intressant d'observer que, quand ils prenaient le caractre
gneissique, ils devenaient onduleux et quelques-uns des plus petits
plis taient anguleux, comme c'est le cas pour les feuillets d'un
grand nombre de schistes mtamorphiques.


_Formation de grs_.--Cette formation constitue le trait le plus
saillant de la gologie de l'Afrique australe. Les couches sont
horizontales en un grand nombre de localits, et atteignent une
puissance de 2.000 pieds environ. Le caractre du grs varie; la roche
contient peu de matire terreuse, mais elle est souvent tachete par
du fer; certains bancs ont le grain trs fin et sont tout  fait
blancs; d'autres sont aussi compacts et aussi homognes que du
quartzite. En certains endroits j'ai observ une brche de quartz
dont les fragments taient presque entirement fondus dans une pte
siliceuse. Il existe des veines de quartz larges et trs nombreuses
qui renferment souvent de grands cristaux parfaitement dvelopps,
et il est vident que dans presque toutes les couches une quantit
importante de silice s'est dpose par solution. Parmi ces varits
de quartzite, la plupart offrent exactement l'aspect de roches
mtamorphiques; mais, comme les couches suprieures sont aussi
siliceuses que celles de la base et que les contacts avec le granite
sont tout  fait normaux dans tous les points que j'ai pu observer,
il me semble difficile de croire que ces couches de grs aient t
exposes  l'action de la chaleur[3]. J'ai constat en plusieurs
points, sur les lignes de contact entre ces deux grandes formations,
que le granite tait dcompos  la profondeur de quelques pouces
et qu'il tait remplac soit par une mince couche d'un schiste
ferrugineux, soit par une couche, paisse de 4 ou 5 pouces, constitue
par les cristaux du granite reciments et sur laquelle reposait
immdiatement la grande masse de grs.

M. Schomburgh a dcrit[4] une grande formation de grs du Brsil
septentrional qui repose sur le granite et ressemble d'une manire
remarquable, sous le rapport de la composition et sous celui de
la forme extrieure de la contre,  cette formation du cap de
Bonne-Esprance. Les grs des grands plateaux de l'Australie
orientale, qui reposent aussi sur le granite, diffrent de ceux dont
nous venons de parler parce qu'ils sont moins siliceux. On n'a pas
dcouvert de fossiles dans ces trois vastes dpts. J'ajoute enfin
que je n'ai vu aucun caillou roul provenant de roches amenes d'une
grande distance au cap de Bonne-Esprance, sur les ctes orientales
et occidentales de l'Australie, ni  la Terre Van Diemen. Dans l'ile
septentrionale de la Nouvelle-Zlande j'ai observ de grands blocs de
_greenstone_, mais je n'ai pas eu l'occasion de dterminer si la roche
dont ils avaient t dtachs se trouvait  une grande distance de ce
point.


Notes:

[1] En plusieurs endroits j'ai observ dans le granite de petites
sphres  couleur sombre composes de minuscules paillettes de mica
noir, dans une pte trs rsistante. En un autre point j'ai rencontr
des cristaux de tourmaline noire rayonnant autour d'un centre commun.
Le Dr Andrew Smith a dcouvert dans l'intrieur du pays de beaux
spcimens de granite, avec du mica blanc d'argent rayonnant ou plutt
ramifi comme de la mousse autour de points centraux. Il existe dans
les collections de la Socit Gologique des chantillons de granite
avec du feldspath cristallis et radi de la mme manire.

[2] Voir le travail de M. Keilhau _Theory on Granite_, dans
l'_Edinburgh New Philosophical Journal_, vol. XXIV, p. 402.

[3] Le Rv. W.-B. Clarke affirme cependant,  ma grande surprise
(_Geological Proceedings_, vol. III, p. 422), qu'en certains endroits
le grs est travers par des dikes granitiques; ces dikes doivent
appartenir  une priode bien postrieure  celle o le granite fondu
ragissait sur le phyllade argileux.

[4] _Geographical Journal_, vol. X, p. 246.




APPENDICE




DESCRIPTION DE COQUILLES FOSSILES

Par G.-B. SOWERBY, Esq. F.L.S.


_Coquilles_ provenant d'un dpt tertiaire situ au-dessous d'une
grande coule basaltique  San Thiago dans l'archipel du Cap Vert, et
mentionn  la page 5 de ce volume.


1.--Littorina Planaxis, G. Sowerby.

_Test subovat, crass, loevigat, anfractibus quatuor, spiraliter
strialis; apertur subovat; labio columellari infimque parte
anfracts ultimi planatis: long._ 0,6. _lat._ 0,45, _poll_.

Cette coquille a la taille et  peu prs la forme d'un petit
bigorneau; elle en diffre essentiellement cependant, parce que la
partie infrieure de la dernire spire et la lvre columellaire sont
coupes et aplaties, comme dans les _Purpures_. Parmi les coquilles
rcentes de la mme localit il y en a une qui ressemble beaucoup 
celle-ci, et qui lui est peut-tre identique, mais c'est une coquille
trs jeune, de sorte qu'elle ne se prte pas  une comparaison
minutieuse.


2.--Cerithium Aemulum, G. Sowerby.

_Test oblongo-turrit, subventricos, apice subulato, anfractibus
decem leviter spiraliter striatis, primis serie unic tuberculorum
instructis, intermediis irregulariter obsolete tuberculiferis,
ultimo longe majori absque tuberculis, sulcis duobus fere basalibus
instructo: labii externi margine interno ints crenulato: long. 1,8;
lat. 0,7, poll_.

Cette espce ressemble tellement  l'une des coquilles runies par
Lamarck sous le nom de Cerithium Vertagus, qu' premire vue je
croyais pouvoir l'identifier avec cette dernire coquille, mais elle
s'en distingue facilement parce qu'elle n'offre pas, au centre de la
columelle, le pli qui est si remarquable dans l'espce de Lamarck.
Il n'y en avait qu'un seul exemplaire, et la partie infrieure de la
lvre externe lui manquait, de sorte qu'il est impossible de dcrire
la forme de la bouche.


3.--Venus Simulans, G. Sowerby.

_Test rotundat, ventricos, lviuscul, crass; costis obtusis,
latiusculis, concentricis, antice posticeque tuberculatim solulis;
are cardinali postic altrae valvae latiuscul; impressione
subumbonali postic circulari: long. 1,8, lat. 1,5, poll_.

Coquille  caractres intermdiaires, se plaant entre la _Venus
verrucosa_ de la Manche et la _V. rosalina Rang_. de la cte
occidentale d'Afrique, mais qui se distingue suffisamment de ces deux
espces par ses ctes concentriques larges et obtuses, divises en
tubercules tant en avant qu'en arrire. Sa forme est aussi plus
arrondie que celle de ces deux espces.


Les coquilles suivantes, provenant de la mme couche, sont connues
comme espces rcentes, pour autant qu'on puisse les dterminer.

4.--Purpura Fucus.
5.--Amphidesma australe, Sowerby.
6.--Conus venulatus, Lam.
7.--Fissurella coarctata, King.
8.--Perna. Deux valves dpareilles, en si mauvais tat qu'on ne
    saurait les dterminer.
9.--Ostrea cornucopiae, Lam.
10.--Arca ovata, Lam.
11.--Patella nigrita, Budgin.
12.--Turritella bicingulata? Lam.
13.--Strombus. Trop us et trop mutil pour tre dterminable.
14.--Hipponyx radiata, Gray.
15.--Natica uber, Valenciennes.
16.--Pecten. Ressemble par sa forme  _P. opercularis_, mais s'en
     distingue par divers caractres. Il n'y en a qu'une seule valve,
     de sorte que je n'ai pas les garanties ncessaires pour pouvoir
     le dcrire.
17.--Pupa subdiaphana, King.
18.--Trochus. Indterminable.




COQUILLES TERRESTRES FOSSILES DE SAINTE-HLNE


Les six espces suivantes ont t trouves ensemble  la partie
infrieure d'un lit pais de terre vgtale; les deux dernires
espces, c'est--dire le _Cochlogena fossilis_ et l'_Hlix biplicata_,
ont t trouves dans un grs calcareux trs rcent, avec une espce
du genre _Succinea_ vivant actuellement dans l'le. Ces coquilles sont
mentionnes  la page 108 de ce volume.


1.--Cochlogena Auris-Vulpina, De Fer.

Cette espce est bien dcrite et figure fort exactement dans le
onzime volume de l'ouvrage de Martini et Chemnitz. Chemnitz exprime
des doutes quant au genre auquel il convient de la rapporter, et
l'avis fortement motiv que cette coquille ne doit pas tre considre
comme terrestre. Les spcimens dont il disposait avaient t achets
dans une vente publique  Hambourg, o ils avaient t envoys par
feu G. Humphrey, qui parat avoir fort bien connu leur vritable
provenance, et qui les a vendues pour des coquilles terrestres.
Chemnitz cite cependant un spcimen de la collection de Spengler qui
tait en meilleur tat que les siens, et passait pour provenir de
Chine. La figure qu'il a donne est prise d'aprs cet individu, qui
me semble tre simplement un spcimen nettoy de la coquille de
Sainte-Hlne. On comprend facilement qu'aprs avoir pass par deux ou
trois mains une coquille originaire de Sainte-Hlne puisse avoir t
vendue comme provenant de Chine, soit fortuitement, soit dans un but
intress. Je crois qu'il est impossible qu'une coquille appartenant 
cette espce puisse avoir t rellement trouve en Chine; et je n'en
ai jamais vu une seule parmi la quantit immense de coquilles qui nous
arrivent du Cleste-Empire. Chemnitz n'a pu se dcider  tablir
un nouveau genre pour cette remarquable coquille, quoiqu'il ne pt
videmment l'assimiler  aucun des genres connus  cette poque; et
bien qu'il ne la considrt pas comme terrestre, il lui donna le nom
d'_Auris Vulpina_. Lamarck en a fait la seconde espce de son genre
_Struthiolaria_, sous le nom de _Crenulata_. Elle ne prsente
cependant aucune affinit avec ce genre; et on ne saurait concevoir
de doutes sur l'exactitude des ides de De Ferussac, qui place cette
coquille dans la quatrime division de son genre _Cochlogena_; Lamarck
se serait montr consquent avec ses propres principes s'il l'avait
place parmi ses _Auriculae_. Cette espce prsente une varit qui
peut tre caractrise comme suit:

Cochlogena auris-vulpina, Var.

_Test subpyramidali, apertur breviori, labio tenuiori: long. 1,68,
aperturae 0,77, lat. 0,86, poll_.

OBSERVATIONS.--Les proportions diffrent ici de celles de la varit
ordinaire, qui sont: longueur 1,65, longueur de la bouche 1, largeur
0,96 pouces. Faisons observer que toutes les coquilles de cette
varit provenaient d'une autre partie de l'le que les spcimens
cits en premier lieu.


2.--Cochlogena fossilis, G. Sowerby.

_Test oblong, crassiuscul, spir subacuminat, obtus, anfractibus
senis, subventricosis, leviter striatis, sutur profunde impress;
apertur subovat; peritremate continuo, subincrassato; umbilico
parvo: long. 0,8, lat. 0,37, poll_.

Cette espce a la taille de _C. Guadaloupensis_, mais s'en distingue
facilement par la forme des spires et parce que la suture est
profondment marque. Les proportions varient un peu pour les divers
spcimens. Cette espce n'a pas t trouve par M. Darwin, mais
provient de la collection de la Socit gologique.


1.--Cochlicopa subplicata, G. Sowerby.

_Test oblong, subacuminato-pyramidali, apice obtuso, anfractibus
novem loevibus, postice subplicatis, sutur crenulat; apertur ovat,
postice acut, labio externo tenui; columell obsolete subtruncat;
umbilico minimo: long. 0,93, lat. 0,28, poll_.

Cette espce et la suivante sont ranges dans le sous-genre Cochlicopa
de De Ferussac, parce qu'elles se rapprochent beaucoup de sa
_Cochlicopa Folliculus_. Elles en sont cependant toutes les deux
parfaitement distinctes au point de vue spcifique, car elles sont
beaucoup plus grandes que _C. Folliculus_ et ne sont pas brillantes et
lisses comme cette dernire coquille que l'on trouve dans le Midi de
l'Europe et  Madre. On a trouv quelques coquilles trs jeunes et un
oeuf qui appartiennent, je pense,  cette espce.


2.--Cochlicopa terebellum, G. Sowerby.

_Test oblong, cylindrceo-pyramidali, apice obtusiusculo,
anfractibus septenis, loevibus; sutur postice crenulat; apertur
ovali, postice acut, labio externo tenui; antice declivi; columell
obsolete truncat, umbilico minimo: long. 0,77, lat. 0,29, poll_.

Cette espce diffre de la prcdente parce que sa forme est plus
cylindrique, et qu' l'tat de dveloppement complet elle est presque
entirement dbarrasse des plis obtus des spires postrieures; elle
s'en distingue aussi par la forme de la bouche. Dans cette espce les
jeunes coquilles sont stries longitudinalement et elles prsentent
quelques plis longitudinaux fortement uss.


1.--Hlix Bilamellata, G. Sowerby.

_Test orbiculato-depress, spir plan, anfractibus senis, ultimo
subtus ventricoso, superne angulari; umbilico parvo; apertur
semilunari, superne extus angulat, labio externo tenui; interno
plicis duabus spiralibus, postic majori: long, 0,15, lat. 0,33,
poll_.

Les jeunes coquilles de cette espce ont des proportions trs
diffrentes de celles dont nous avons parl plus haut, car leur axe
est presque gal  leur longueur. Le plus grand spcimen est blanc
avec des raies irrgulires couleur de rouille. Cette espce s'carte
beaucoup de toutes les espces rcentes que nous connaissions,
quoiqu'elle semble avoir quelque analogie avec plusieurs d'entre
elles, telles que _Hlix epistylium_ ou _Cookiana_, et _H. gularis_;
pourtant, dans ces deux espces, les plis spiraux internes sont placs
sur la face interne de la paroi externe de la coquille, et non sur la
lame interne comme chez l'_Helix bilamellata_. Il existe une autre
espce rcente assez analogue  celle-ci; elle n'a pas encore t
dcrite et diffre de _Bilamellata_ et de _Cookiana_ parce qu'elle
possde quatre plis spiraux internes dont deux sont placs sur la face
interne de la paroi extrieure, et deux sur la paroi interne de la
coquille; elle a t rapporte de Tahiti par le _Beagle_.


2.--Hlix polyodon, G. Sowerby.

_Testa orbiculato-subdepress, anfractibus sex, rotundatis, striatis;
apertur semilunari, labio interno, plicis tribus spiralibus, posticis
gradatim majoribus, externo inlus dentibus quinque instructo; umbilico
mediocri, long. 0,07, lat. 0,10, poll_.

Cette espce se rapproche plus ou moins de _Hlix contorta_ de De
Ferussac, Moll. terr. et fluv. Pl. 51. A, fig. 2; mais en diffre par
plusieurs dtails.


3.--Hlix spurca, G. Sowerby.

_Test suborbiculari, spir subconode, obtus; anfractibus quatuor
turnidis, substriatis; apertur magn, peritremate tenui; umbilico
parvo, profundo; long. 0,1, lat. 0,13, poll_.

Se distingue facilement de l'_Helix polyodon_ par sa bouche large et
dpourvue de dents.


4.--Hlix biplicata, G. Sowerby.

_Test orbiculato-depress, anfractibus quinque rotundatis, striatis;
apertur semilunari, labio interno, plicis duobus spiralibus, postic
majori; umbilico magno; long. 0,04, lat. 0,1, poll_.

Cette espce doit tre considre  cause de sa forme, comme
parfaitement distincte de _Hlix bilamellata_; l'ombilic est beaucoup
plus grand, le sommet n'est pas aplati, et le bord postrieur de
chaque spire n'est pas; anguleux. Il convient de rapporter  cette
espce des spcimens qu'on a trouvs associs aux espces prcdentes,
et  _Coclogena fossilis_ qui est,  son tour, associe  une Succine
actuellement vivante, dans le grs calcarifre moderne.




COQUILLES PALOZOIQUES DE LA TERRE VAN DIEMEN

(Voire chapitre VII: TERRE VAN DIEMEN).


1.--Producta rugata.

C'est probablement la mme espce que celle  laquelle Phillips a
donn le nom de _Producta rugata_ (Geology of Yorkshire, part. 2, pl.
VII, fig. 16); mais la coquille est en trop mauvais tat pour que je
puisse me prononcer dfinitivement  ce sujet.


2.--Producta brachythaerus_, G. Sowerby.

_Producta, test subtrapeziformi, compress, parte antic latior,
sub-bilob, postic angustiori, line cardinali brevi_.

Les caractres les plus remarquables de cette espce sont le peu de
longueur de la ligne cardinale et la largeur relativement grande de la
partie antrieure de la coquille; sa face externe est orne de petits
tubercules mousss, disposs irrgulirement; l'exemplaire est empt
dans un calcaire offrant la couleur grise habituelle au calcaire
carbonifre. Un autre spcimen, que je suppose tre une empreinte de
la face interne de la valve aplatie, est empt dans une pierre de
couleur brun de rouille clair. Un troisime spcimen, probablement une
empreinte de la face interne de la valve la plus profonde, se trouve
dans une roche presque semblable, associe  d'autres coquilles.


1.--Spirifera subradiata, G. Sowerby.

_Spirifera, test loecissim, parte median lat, radiis lateralibus
utriusque lateris paucis, inconspicuis._

La largeur de cette coquille est, peut-on dire, plus grande que sa
longueur. Les raies des surfaces latrales sont en trs petit nombre
et peu distinctes, et le lobe mdian est d'une grandeur et d'une
largeur peu communes.


2.--Spirifera rotundata? Phillips: _Geology of Yorkshire_, pl. IX,
fig. 17.

Quoique cette coquille ne soit pas exactement semblable  la figure
cite, il serait peut-tre impossible de dcouvrir des caractres qui
l'en distinguent nettement. Notre spcimen est fortement tordu; c'est
d'ailleurs un exemple de ce genre de variations accidentelles qui
montre quelle faible importance il convient d'attribuer, en certains
cas, aux caractres particuliers, car les ctes radies sont beaucoup
plus nombreuses et plus serres sur l'un des cts d'une des valves
que sur l'autre ct de cette mme valve.


3.--Spirifera trapezodalis, G. Sowerby.

_Spirifera, test subtetragon, median parte profund, radiis
nonnullis, subinconspicuis; radiis lateralibus utriusque lateris
seplem ad octo distinctis: long. 1,5, lat. 2, poll_.

Il y a deux spcimens de cette espce empts dans un calcaire couleur
de rouille fonce gristre, probablement bitumineux.

Spirifera trapezodalis, _var.? G. Sowerby.

Spirifera, test radiis lateralibus tripartitum divisis, lineis
incrmenti antiquatis, cleroquin omnino ad spiriferam trapezodalem
simillima_.

J'ai t port d'abord  assimiler cette coquille  _Spirifera
trapezodalis_, mais, en considrant que les ctes radies sont
simples  leur origine, et sachant qu'elles sont sujettes  des
variations, j'ai cru qu'il valait mieux faire de ce spcimen une
varit distincte.



Il y a plusieurs autres spcimens de Spirifres appartenant
probablement  des espces distinctes, mais ils consistent en de
simples moules, de sorte qu'il est videmment impossible de donner les
caractres externes de ces espces. Cependant, comme elles sont trs
remarquables, j'ai cru convenable de leur donner  chacune un nom et
d'en faire une courte description.


4.--Spirifera pauccostata, G. Sowerby.

Longueur gale aux deux tiers environ de la largeur; ctes peu
nombreuses et variables.


5.--Spirifera Vespertilio, G. Sowerby.

Largeur dpassant le double de la longueur, ctes radies assez
larges, distinctes et peu nombreuses: surface interne postrieure
couverte, dans les deux valves, de ponctuations bien distinctes.


6.--Spirifera avicula, G. Sowerby.

Les proportions de cette espce sont fort remarquables, car la
coquille parat tre trois fois plus large que longue; les ctes
rayonnes ne sont pas trs nombreuses, et la surface interne
postrieure de l'une des valves seulement (la grande valve) a t
ponctue. L'espce ressemble par ses proportions  la _Spirifera
convoluta_[1] de Phillips, mais comme notre _Spirifera avicula_ n'est
reprsente que par un moule interne, ses proportions ne sont pas
aussi anormales que celles de la _Spirifera convoluta_.

Un spcimen dont la forme naturelle a t fortement altre par la
compression, mais qui semble cependant un peu diffrent par ses
proportions, prsente non seulement le moule interne de la coquille,
mais aussi l'empreinte de sa surface externe; ses ctes rayonnes
sont fort irrgulires et trs nombreuses, mais il est possible que
certaines d'entre elles seulement soient des ctes principales, les
autres n'tant qu'interstitielles; leur irrgularit rend cette
question insoluble.

Note:

[1] _Geology of Yorkshire_, part. 2, p. IX, fig. 7.




DESCRIPTION DE SIX ESPCES DE CORAUX

PROVENANT D'UN DPT PALOZOIQUE DE LA TERRE VAN DIEMEN

Par W. LONSDALE, Esq. F. G. S.


1.--Stenopora Tasmaniensis, Sp. n.[1]

Note:

[1] Quoique les caractres de ce genre soient indits, il a paru
convenable de ne pas les donner avec tous leurs dtails dans cette
notice, parce qu'un fort petit nombre d'espces seulement ont t
tudies. Le corail est essentiellement compos de simples tubes
agrgs de diverses manires et rayonnant vers l'extrieur. La bouche
est ronde ou oblongue, et entoure de bourrelets en relief, portant le
long de la crte une range de tubercules. La bouche d'abord ovale est
rlrcie (Greek: stenos) graduellement par une bande qui s'lve sur
la paroi interne du tube et finit par la fermer.


_Ramifi, branches cylindriques, inclines ou contournes de diverses
manires; tubes plus ou moins divergents, bouches ovales, crtes
de subdivision portant de forts tubercules; 1  2 marques du
rtrcissement progressif dans chaque tube_.

Ce corail ressemble par son mode gnral de croissance  _Calamopora_
(_Stenopora?_) _tumida_ (Phillips, _Geology of Yorkshire_, part. 2,
pl. 1, fig. 62), mais la forme de la bouche et d'autres dtails de
structure prsentent de trs grandes diffrences avec cette dernire
espce. _Stenopora Tasmaniensis_ atteint des dimensions considrbles,
car un des spcimens mesure 4 pouces et demi de long et un demi-pouce
de diamtre. Les branches considres individuellement offrent une
circonfrence trs uniforme, mais elles diffrent l'une de l'autre
dans un mme spcimen, et il n'y a pas de mode dfini de subdivision,
ni de direction d'accroissement dtermine. Les extrmits sont
quelquefois creuses, et un spcimen, long de 1 pouce et demi  peu
prs et large d'un demi-pouce, est cras de manire  devenir
compltement plat. Dans les spcimens o ils sont le mieux visibles,
les tubes offrent une longueur considrable, ils naissent presque
toujours isolment sur l'axe de la branche et divergent sous un
angle trs faible, jusqu' ce qu'ils parviennent tout prs de la
circonfrence, ils se recourbent alors vers l'extrieur. Dans
l'intrieur de la branche les tubes ont une section polygonale due 
des pressions latrales, mais en approchant de la surface externe elle
devient ovale parce que les tubes, en divergeant de plus en plus,
laissent entre eux des espaces libres. Leur diamtre est toujours
trs uniforme,  l'exception des rtrcissements qui existent prs
de l'extrmit des tubes parvenus  leur dveloppement complet. Dans
l'intrieur des branches les parois taient vraisemblablement fort
minces, mais  la priphrie la matire prsente une paisseur
relativement considrable. On n'a pas trouv de traces de diaphragmes
transversaux dans l'intrieur des tubes.

On rencontre rarement des exemples bien dmonstratifs des
modifications successives que subit l'extrmit ovale des tubes
jusqu'au complet dveloppement et  l'oblitration finale, mais on a
observ les cas suivants: Quand la bouche devient libre et prend la
forme ovale, les parois sont minces et tranchantes, et sont disposes
perpendiculairement dans l'intrieur du tube. Elles se touchent
parfois, mais d'autres fois elles sont spares par des sillons
de dimensions variables, o l'on peut dcouvrir de trs petites
ouvertures ou pores. Lorsque la bouche approche de son complet
dveloppement, les sillons sont plus ou moins compltement combls, et
les parois s'paississent, car on peut voir le long de la crte une
range de trs petits tubercules. A cette poque la face interne du
tube cesse d'tre verticale, elle est tapisse intrieurement d'une
bande oblique trs troite. Les bouches arrives  leur dveloppement
complet sont spares par une crte trs prononce, gnralement
simple, mais assez souvent subdivise par un sillon; la crte, double
ou simple, est surmonte d'une range de tubercules saillants qui sont
presque en contact les uns avec les autres. On n'a observ qu'un seul
exemple d'occlusion des bouches, mais il offre une preuve suffisante
de l'expansion graduelle de la bande interne, avec soudure finale au
centre, dont j'ai parl plus haut. A cette phase extrme on constate
une oblitration gnrale des dtails, mais la plupart des tubercules
restent distincts.

Chez cette espce on n'observe pas,  l'intrieur des longues branches
cylindriques rectilignes, de marques bien nettes d'un rtrcissement
de la bouche, antrieur  la formation du tube parfait et  la
contraction finale, mais prs du point o les tubes se recourbent vers
l'extrieur il existe une indentation annulaire qu'on peut suivre
successivement d'un moule  l'autre suivant une ligne parallle  la
surface; et entre l'tranglement saillant et la surface parfaite les
parois des tubes taient lgrement rugueuses. Dans une autre branche
courte que l'on croyait appartenir  cette espce, mais dont les tubes
divergeaient trs rapidement vers l'extrieur, le rtrcissement est
fortement marqu, quoiqu' des degrs variables, dans les divers tubes
de ce spcimen.

La roche dans laquelle le fossile est engag est un schiste
argilo-calcarifre grossier ou un calcaire gris; on y rencontre aussi
_Fenestella internata_, etc.


2.--Stenopora ovata, Sp. n.

_Ramifie, branches ovales; tubes relativement courts, trs divergents,
bouches rondes; nombreux rtrcissements ou irrgularits de dveloppement_.

Les caractres de cette espce ont t dtermins fort imparfaitement.
Les branches ne sont pas uniformment ovales, mme dans un fragment
unique. Les tubes divergeaient trs rapidement le long de la ligne du
grand axe, leur croissance dans le sens vertical tait fort limite.
Leurs moules montrent une succession rapide d'irrgularits de
dveloppement. Les bouches, pour autant qu'on puisse dterminer leur
forme, taient rondes ou lgrement ovales, et les crtes de division,
garnies de tubercules, taient aigus; mais, comme la surface externe
n'est pas visible, on n'a pu dterminer leurs caractres exacts et les
modifications subies pendant la croissance.

Le corail est empt dans un calcaire gris-sombre.


1.--Fenestella ampla, Sp. n.

_Cupuliforme; surface cellulifre interne; branches dichotomes,
larges, aplaties, minces; mailles ovales; ranges de cellules
nombreuses, rarement limites  deux, alternantes; connexions
transversales quelquefois celluleuses; couche interne de la surface
non celluleuse trs fibreuse; couche externe trs grenue, non
fibreuse; vsicule gemmulifre? petite_.

Quelques-uns des moules de ce corail offrent une ressemblance gnrale
avec _Fenestella polypora_ telle qu'elle est reprsente dans Captain
Portlock's _Report on the Geology of Londonderry_, pl. XXII, A, fig.
1 _a_, 1 _d_; mais il n'y a pas de similitude de structure entre le
fossile de la Terre Van Diemen et l'espce en question telle que
la donnent la planche XXII, fig. 3, du mme ouvrage ou les figures
originales de M. Phillips, _Geology of Yorkshire_, part. 2, pl.
1, fig. 19, 20. Il existe aussi une ressemblance gnrale entre
_Fenestella ampla_ et un corail trouv par M. Murchison dans le
calcaire carbonifre de Kossalchi-Datchi sur le versant oriental de
la chane de l'Oural, mais il y a, ici encore, une diffrence marque
dans les dtails de structure.

_Fenestella ampla_ atteignait des dimensions considrables; des
fragments paraissant appartenir  un spcimen unique couvraient une
surface de 4 pouces et demi sur 3 pouces; cette espce offrait des
contours trs massifs, les branches avaient souvent plus d'un dixime
de pouce de largeur aux points o elles se divisaient.

Une grande uniformit domine dans l'aspect gnral du corail, mais la
largeur des branches varie parce qu'elles s'largissent fortement
au voisinage des points de bifurcation; cependant il n'y a pas de
diffrence marque entre les caractres de la base et ceux de la
partie suprieure de la coupe, mme quant au nombre des ranges de
cellules.

Dans les spcimens o la surface cellulaire est le mieux conserve,
les ouvertures des cellules sont relativement grandes, rondes ou
ovales, et elles sont limites par un bord lgrement surlev; une
crte filiforme et onduleuse serpente entre elles et divise les
espaces intermdiaires en losanges. Le nombre des ranges de cellules
situes immdiatement en avant des bifurcations s'lve parfois
jusqu' dix, et dpasse ordinairement deux aprs la sparation. Les
ouvertures des cellules des ranges latrales font saillie dans
l'intrieur des mailles, et les connexions transversales sont
quelquefois celluleuses. Les intervalles compris entre les ouvertures,
ainsi que les crtes ondules, sont granuleuses ou portent de trs
petits tubercules. Dans l'intrieur les cellules prsentent la
disposition oblique habituelle, elles se recouvrent les unes les
autres et s'arrtent brusquement  la partie dorsale de la branche.
Les empreintes parfaites de la surface cellulaire offrent
l'inverse des caractres qui viennent d'tre dcrits; mais le plus
habituellement les empreintes ne prsentent gure d'autre trace de
structure que des ranges longitudinales d'ouvertures circulaires.

Sur la couche interne de la surface non celluleuse on peut dcouvrir
quelquefois vingt fibres parallles bien nettes, spares par des
sillons troits ou par les moules qui leur correspondent; et leur
nombre est toujours considrable. L'tat de conservation de ces
fossiles ne permettait pas de dcouvrir la vritable nature des
fibres, mais on dduit d'observations faites sur d'autres espces
qu'elles sont tubulaires. Leur taille est considrable, mais dans le
spcimen qui montre leur structure de la manire la plus complte
elles sont frquemment coupes par des ouvertures circulaires. Leur
surface arrive  l'tat parfait est finement granuleuse. La couche
externe ou partie postrieure des branches est forme d'une crote
uniforme sans aucune trace de fibres, mais couverte de nombreuses
papilles microscopiques avec des pores correspondants qui pntrent
la substance de cette couche.

Les seules traces de vsicules gemmulifres sont de petites cavits
accidentellement situes au-dessus de la bouche et dont la position
correspond  celle que les vsicules considres comme gemmulifres
occupent dans d'autres genres celluleux. Des moules de cavits
semblables sont rpandus fort uniformment entre les empreintes des
bouches, sur le spcimen russe dont on a parl plus haut.

On n'a pas observ le corail  son tat le plus jeune, et on n'a
constat aucun changement notable provenant de l'ge de l'organisme, 
l'exception de l'paississement graduel de la surface non celluleuse,
 la suite de son recouvrement par la couche fibreuse.

Les spcimens sont empts dans un calcaire gris-sombre cailleux ou
terreux.


2.--Fenestella internata, Sp. n.

_Cupuliforme; surface cellulifre interne; branches dichotomes,
comprimes, de largeur variable; mailles oblongues, troites; 2  5
ranges de cellules spares par des crtes longitudinales; connexions
transversales courtes, sans cellules; surface non celluleuse; couche
interne fortement fibreuse, couche externe finement granuleuse_.

Cette espce se distingue facilement de _Fen. ampla_ par la
dlicatesse de sa structure; il y a en outre des diffrences trs
nettes dans le nombre des ranges de cellules qui varie de deux 
cinq, et dans leur mode de dveloppement. Elle parat avoir atteint
des dimensions considrables, car on a observ des fragments longs de
1 pouce et demi et large de 1 pouce.

Les branches ont une largeur variable, elles s'largissent
graduellement dans la direction des bifurcations, mais sans aucune
altration de la forme ou de la dimension des mailles, et, pour autant
que l'tat des spcimens permette d'en juger, il ne survenait aucun
changement notable pendant le dveloppement de la coupe, sauf celui
que nous allons exposer. A la surface cellulifre des branches il
se produit des modifications importantes mais uniformes entre les
bifurcations successives. Sur une faible longueur au-dessus du point
de sparation la branche est troite et anguleuse, elle porte une
crte longitudinale parallle  son axe, et il n'y a qu'une seule
range d'ouvertures sur chaque face. A mesure que la branche
se dveloppait, la crte s'largissait et devenait finalement
cellulifre; une ligne d'ouvertures naissait  la place qu'elle
occupait (_internata_). Les trois ranges d'ouvertures cellulaires
taient alors spares sur la branche par deux crtes, et le
dveloppement continuant, celles-ci s'largissaient  leur tour et
devenaient celluleuses, les cinq ranges tant spares par quatre
crtes. Cette phase semble reprsenter la dernire priode de
l'accroissement, car elle tait suivie immdiatement d'une nouvelle
bifurcation. La partie la plus ancienne de la coupe ne porte
d'ordinaire que deux ou trois ranges de bouches; et, lorsqu'il
en existe un plus grand nombre, on peut observer une certaine
irrgularit dans leur disposition linaire rsultant de l'expansion
latrale de la branche.

Dans les spcimens les mieux conservs les bouches sont relativement
grandes, rondes ou ovales, et leurs bords sont faiblement relevs.
Celles des ranges mdianes sont parallles ou presque parallles,
et disposes dans la direction de l'axe de la branche; mais dans
les ranges latrales elles sont souvent places obliquement et
s'inclinent vers les mailles. Sur ces spcimens presque intacts les
crtes de subdivision sont filiformes et lgrement ondules, mais il
n'existe pas de traces des compartiments en losanges, qui se montrent
si distinctement chez _Fenestella ampla_. Les espaces intermdiaires
entre les bouches sont planes ou lgrement convexes. Dans des
spcimens moins bien conservs ou privs de leur surface primitive,
les bouches n'offrent pas une figure uniforme et n'ont pas de bord
en saillie. Les crtes de subdivision sont aussi relativement plus
larges; et la surface entire, y compris les connexions latrales, est
granuleuse ou finement tubercule.

La couche interne de la surface non celluleuse est trs fibreuse, et
l'on peut dcouvrir la mme structure, plus ou moins nettement accuse
dans les connexions latrales. Le nombre des fibres ne parat pas
dpasser douze par branche, et elles sont en gnral moins nombreuses.
Leur longueur est considrable, car des fibres additionnelles
s'intercalent lorsque la branche s'largit; et leur surface est garnie
de trs petits tubercules. On n'a pas observ d'ouvertures circulaires
isoles. La couche extrieure est uniformment granuleuse quand elle
est compltement dveloppe, mais on peut suivre sur un mme spcimen
toutes les phases intermdiaires depuis l'tat fibreux fortement
accus jusqu' l'tat granuleux.

On n'a pas observ de traces distinctes de vsicules gemmulifres,
mais sur un spcimen qui porte,  ce que l'on croit, des empreintes de
cette espce, on peut observer accidentellement, prs des bouches, des
moules hmisphriques  surface parfaitement arrondie, qui ne sont
videmment pas relis directement avec l'intrieur des cellules,
et que l'on considre comme reprsentant peut-tre ces vsicules.
_Fenestella internata_ semble tre un fossile abondant; une pierre
plate mesurant environ 8 pouces de longueur et 6 de largeur est
couverte, sur les deux faces, de fragments de ce corail, et il existe
dans la collection un grand nombre de fragments plus petits.


La roche encaissante est constitue ordinairement par un schiste
argilo-calcareux gris, mais elle consiste parfois en un calcaire
cailleux ou en une pierre argileuse dure et ferrugineuse ou
faiblement colore.


3.--Fenestella fossula, Sp. n.

_Capuliforme, surface cellulifre interne; branches dichotomes,
dlies; mailles ovales; deux ranges de cellules; connexions
transversales non celluleuses; couche interne de la surface non
cellulifre finement fibreuse; couche externe polie ou granuleuse_.

Par son aspect gnral et les dtails de sa structure cette espce
offre une grande ressemblance avec _Fenestella flustracea_ de la
dolomie d'Angleterre (_Retepora flustracea, Geological Transactions_,
2e srie, vol. VII, pl. XII, fig. 8), mais elle en diffre par le
caractre particulier que prsente le moule de la surface cellulifre
dont nous indiquerons la nature en dcrivant cette surface.

Le spcimen principal est une coupe presque intacte haute de 1 pouce
et demi et mesurant environ 2 pouces de diamtre dans la partie
comprime la plus large. On n'observe pas de variations notables des
caractres, mais quelquefois des irrgularits de croissance, dues
probablement  des accidents survenus pendant le dveloppement
progressif de l'organisme.

Les caractres que nous indiquons ici ont t observs sur des moules,
car on n'a pas rencontr de surface parfaite. Les dimensions des
branches sont fort uniformes, elles ne s'largissent que trs
lgrement aux points de bifurcation qui sont loigns les uns des
autres, et leur paisseur tait vraisemblablement presque gal  leur
largeur. Le moule de la surface cellulaire est travers dans le sens
de son axe par une rigole troite  bords aigus (_fossula_),  parois
presque verticales, caractre distinctif entre cette espce et _Fen.
flustracea_. Les moules cylindriques des ouvertures ou de l'intrieur
des cellules sont disposs sur un seul rang de chaque ct de la
rigole, et on ne peut pas observer nettement une augmentation de leur
nombre aux bifurcations. Le long de l'axe de la rigole il y a une
range d'indentations ou de petites cavits coniques, caractre que
l'on constate dans d'autres espces, particulirement dans _Fen.
flustracea_. Ce ne sont videmment pas les moules d'ouvertures de
cellules, mais de papilles relativement grandes. On a observ des
traces de saillies de ce genre dans plusieurs autres cas.

Sur le petit fragment garni d'ouvertures que l'on a trouv, ces
ouvertures sontgrandes, rondes, et font une faible saillie, elles ne
sont pas fort loignes les unes des autres, et le mme petit fragment
porte une crte imparfaitement dveloppe. Les restes de la surface
non celluleuse ne prsentent pas de caractres qui mritent d'tre
signals, mais on a observ des traces d'une couche strie unie.

Les deux spcimens qui ont fourni ces dtails de structure sont
engags dans un calcaire dur de couleur sombre.

Hemitrypa sexangula, Sp. n.

_Rseau fin, hexagonal; mailles rondes en ranges doubles_.

Le corail auquel s'appliquent ces caractres incomplets est empt
dans la surface schistode d'un calcaire dur de couleur sombre. Il a
environ 1 pouce de largeur et un demi-pouce de hauteur, et consiste en
deux rseaux superposs, l'un  mailles quadrangulaires et l'autre
 mailles hexagonales, avec une aire intrieure arrondie; le rseau
quadrangulaire a t enlev sur une partie considrable du spcimen,
de sorte que le contact des deux structures est bien visible.

On admet que les caractres gnriques essentiels de ce fossile
s'accordent entirement avec ceux d'_Hemitrypa_ (Pal. Foss. Cornwall,
p. 27), mais son bon tat de conservation et certaines facilits qui
en rsultaient pour la dtermination des dtails de structure ont fait
prvaloir, au sujet de sa nature, une opinion un peu diffrente de
celle qui est expose dans l'ouvrage que je viens de citer.

La surface interne d'_Hemitrypa oculata_ (_loc. cit_.) est dcrite
comme portant des crtes radies, et possdant des dpressions
intermdiaires ovales qui ne pntrent qu' la moiti de l'paisseur
de la substance du corail, et n'atteignent nulle part la surface
externe. La partie quivalente du spcimen de la Terre Van Diemen
correspond parfaitement  cette description, sauf quant  la forme des
mailles ou dpressions; pourtant il n'est pas simplement semblable 
quelques Fenestellae, mais il prsente tous les caractres essentiels
de ce genre, et l'on croit que c'est un fragment de _Fen. fossula_. On
est arriv  cette conclusion par l'tude d'un petit fragment dtach
mcaniquement, et qui portait une range de grandes ouvertures rondes
faisant saillie. La surface externe d'_Hem. oculata_ est dcrite comme
compltement couverte de nombreux pores ou cellules ronds--disposs
en ranges doubles, et l'on a constat que la partie correspondante
d'_Hem. sexangula_ consiste aussi en une surface semblable forme
de doubles ranges de mailles rondes ou pores mais  contours
hexagonaux, et l'on voit sur le spcimen engag dans sa gangue
qu'ils pntrent jusqu' la surface de la Fenestella ou rseau
quadrangulaire.

Ces dtails de structure ont paru suffisants pour tablir un rapport
gnrique entre le corail de la Terre Van Diemen et _Hemitrypa
oculata_; et l'examen d'un spcimen de ce genre provenant d'Irlande a
confirm pleinement les dtails de structure que montre la surface
interne du spcimen auquel on donne provisoirement le nom
d'_Hemitrypa sexangula_.

Aucune opinion n'a t formule sur la vritable nature du rseau
externe. Il est form presque en totalit d'une matire calcaire
gris sombre qui parat remplir les vides d'un organisme  structure
originairement celluleuse; mais on a observ aussi quelques petites
plages de la couverture externe qui consistent en une crote blanche
opaque, sur la surface primitivement en contact avec le rseau
externe. Il ne parat pas douteux que ce soit un parasite, et la
similitude intressante qui existe entre l'espace occup par la double
range de mailles et par les branches parallles de la Fenestella,
provient probablement de ce que ce dernier corail a prsent des
lignes de base favorables pour la fixation de l'Hemitrypa. Dans
le spcimen de la Terre Van Diemen le rapport est dcel par un
accroissement de la largeur du rseau et par une range de points
saillants. Il existe aussi une concordance remarquable entre la
disposition des ouvertures de la Fenestella et les mailles du
rseau interne. Des concordances de ce genre sont admirablement
reprsentes dans les excellentes figures de M. Phillips (_Pal. Fos_,
pl. XIII, fig. 38).

Les parties solides de l'organisme tant excessivement fines, au point
de ressembler au fil de la dentelle la plus dlicate, les essais que
l'on a tents pour dcouvrir des caractres intrieurs satisfaisants
ont chou, except en un endroit o l'on a cru reconnatre une
vritable disposition cellulaire[1]. Rien non plus n'a t dtermin
au sujet de la crote de revtement.

Quoique l'on puisse faire des objections  l'application du nom
d'Hemitrypa  ces coraux, on a cru devoir conserver le mot, jusqu'
ce que les caractres du genre aient t dtermins d'une manire
complte.

Note:

[1] On a constamment fait usage d'une loupe Codrington d'un demi-pouce
de diamtre, pour l'tude des coraux dcrits dans cette notice.




                           FIN




                          TABLE


Abel (M.).--Sur des moules calcaires au cap de Bonne-Esprance
Abingdon (Ile)
Abrolhos (Incrustations aux les)
Aores
Affaisse (Rgion)  l'Ascension
Albatros; leur disparition de Sainte-Hlne
Albemarle (Ile)
Albite aux les Galapagos
Amygdalodales (Origine calcaire des roches)
Amygdalodes (Vacuoles)  moiti remplies
Ascension
  --Absence de dikes, absence actuelle d'action volcanique et tat des
  coules de lave  l'Ascension
  --Incrustations arborescentes sur des roches de l'Ascension
Ascidies (Extinction des)
Atlantique. Nouveau foyer volcanique dans l'ocan Atlantique
Augite fondue
Australie


Bahia au Brsil (Dikes )
Bailly (M.).--Sur les montagnes de l'le Maurice
Baldhead
Bank's Cove
Barn (Le),  Sainte-Hlne
Basalte colonnaire
  --(Poids spcifique du)
Basaltiques (Montagnes) ctires  l'le Maurice
  -- Sainte-Hlne
  -- San Thiago
Beaumont (M. lie de).--Sur des cirques d'boulement dans la lave
  --Sur des dikes dmontrant le soulvement
  --Sur des dikes lamellaires
  --Sur l'inclinaison des coules laviques
Beudant (M.).--Sur les bombes volcaniques
  --Sur le jaspe
  --Sur l'obsidienne de Hongrie
  --Sur la prsence de la silice dans le trachyte
  --Sur le trachyte lamellaire
Bermudes (Roches calcareuses des)
Bol
Bombes volcaniques
Bonne-Esprance (Cap de)
Bory de Saint-Vincent.--Sur les bombes volcaniques
Boue (Torrents de)  l'archipel des Galapagos
Brattle (Ile)
Brewster (Sir D.).--Sur une substance calcareuse d'origine animale
  --Sur le verre dcompos
Brown (M.R.).--Sur des corps sphruliliques dans le bois silicifi
  --Sur des vglaux fossiles de la Terre Van Diemen
Buch (Von).--Sur des couches calcareuses superficielles aux les
  Canaries
  --Sur des coules d'obsidienne
  --Sur la lave caverneuse
  --Sur la lave lamellaire
  --Sur la descente des cristaux dans l'obsidienne
  --Sur la prsence de l'olivine dans le basalte
  --Sur les volcans centraux


Cailloux (Absence des) en Australie et au cap de Bonne-Esprance
  --de greenstone  la  Nouvelle-Zlande
Calcaires (Dpts)  San Thiago modifis par la chaleur
  --(grs)  Sainte-Hlne
  --(Incrustations)  l'Ascension
  --(Lits) superficiels  King George's Sound
  --(Matire), fibreuse entrane et empte dans des scories
  --(Roche),  l'Ascension
Calcdoine dans le basalte et dans le bois silicifi
Calcdoine (Nodules de)
Cap de Bonne-Esprance
Carbonique (Acide), son expulsion par la chaleur
Carmichael (Le capitaine).--Sur les revtements vitreux de certains
  dikes
_Cerithium_ (fossile)
Chaleur (Action de la) sur une matire calcaire
Chatham (Ile)
Chaux (Sulfate de),  l'Ascension
Chlorophaete
Clarke (Le Rev. W.).--Sur le cap de Bonne-Esprance
_Cochlicopa_ (fossile)
_Cochlogena auris Vulpina_
Comptes rendus. Rapport sur les phnomnes volcaniques de
  l'Atlantique
Conception (Tremblement de terre de)
Concrtions, leur comparaison dans les roches aqueuses et ignes
  --dans le tuf
  --d'obsidienne
Conglomrat rcent  San Thiago
Coquilles (Colloration des), modifie par la lumire
  --fossiles de Sainte-Hlne, de San Thiago, de la Terre Van Diemen
  --(Fragments de), transports par le vent  Sainte-Hlne
  --(Matire calcaire provenant des), dpose par les vagues
  --terrestres fossiles  Sainte-Hlne
Coquimbo (Roche curieuse de)
Coraux fossiles de la Terre Van Diemen
Ctes (Dnudation des),  Sainte-Hlne
Coules d'obsidienne
Cratre (Corniche intreure et parapet entourant un)
  --(Grand) central  Sainte-Hlne
  --(Segment de) aux Galapagos
Cratres basaltiques  l'Ascension
  --(tat ruin des)
  --(Forme des), modifie par le vent aliz
  --(Petits) basaltiques  l'archipel des Galapagos
  -- San Thiago
  --de  soulvement
  --de tuf  l'archipel des Galapagos
  -- Terceira
Cristallisation, favorise par l'espace


Dartigue (M.).--Sur les sphrulites
Daubeny (Le Dr).--Sur des fragments empts dans le trachyte
  --Sur une le en forme de  bassin
D'Aubuisson.--Sur des collines de phonolite
  --Sur la composition de l'obsidienne
  --Sur la structure fissile du phyllade argileux
De la Bche (Sir H.).--Sur le poids spcifique du calcaire
  --Sur la prsence de la magnsie dans le calcaire ruptif
Dnudation de la cte  Ste-Hlne
Diana's Peak  Sainte-Hlne
Dieffenbach (Le Dr).--Sur les les Chatham
Dikes  Sainte-Hlne; leur nombre; tapisss d'un couche luisante,
  uniformit de leur paisseur
  --de trapp dans les roches plutoniques
Dikes de tuf
Dikes (Grands) parallles,  Sainte-Hlne
  --N'ont pas t rencontrs  l'Ascension
Dikes (Reste de) s'tendant  une grande distance au large, autour
  de Sainte-Hlne
  --tronqus, sur la crte centrale cratriforme de Sainte-Hlne
Dislocation  l'Ascension
  -- Ste-Hlne
Distribution  des les volcaniques
Dolomieu.--Sur la lave lamellaire
  --Sur l'obsidienne
  --Sur le trachyte dcompos
Dre (M.).--Sur la descente des cristaux dans la lave
Dufrnoy (M.).--Sur la composition de la surface de certaines coules
  de lave
  --Sur l'inclinaison des couches de tuf


Ejaculs (Fragments)  l'Ascension
  --(Fragments)  l'archipel des Galapagos
Ellis (Le Rv. W.).--Sur des corniches  l'intrieur du grand cratre
  d'Hawa
  --Sur des fossiles marins  Tahiti
Eruption (Fissures d')
Explosion de masses gazeuses
Extinction de coquilles terrestres  Sainte-Hlne


Faraday (M.).--Sur le dgagement de l'acide carbonique
Feldspath (Fusibilit du)
  --en cristaux rayonns
  --labradorite jacul
Feldspathiques (Lamellation des roches) et causes de ce phnomne
Feldspathiques (Laves)
  -- Ste-Hlne
  --(Roches) alternant avec l'obsidienne
_Fenestella_ (fossile)
Fernando Noronha (Ile)
Ferrugineux (Bancs) superficiels
Feuilletage du phyllade argileux en Australie
Fibreuse (Matire calcaire)  San Thiago
Fissures d'ruption
Fitton (Le Dr).--Sur une brche calcaire
Flagstaff Hill  Sainte-Hlne
Fleuriau de Bellevue (M.).--Sur les sphrulites
Fluidit des laves
Forbes (Le Professeur).--Sur la structure des glaciers
Fragments jaculs  l'archipel des Galapagos
  -- l'Ascension
Fresh-water Bay
Fuerteventura (Bancs calcaires de)


Galapagos (Archipel des)
  --(Parapets autour des cratres aux)
Gay-Lussac.--Sur le dgagement de l'acide carbonique
Glaciers, leur  structure
_Glossopteris Brownii_
Gneiss, avec grand fragment empt
  --provenant du phyllade argileux
Gorges troites  Sainte-Hlne
Granite (Contact du) avec le phyllade argileux au cap de
  Bonne-Esprance
Granite gneissique (forme des collines de)
Granitiques (Fragments) jaculs
Grs du Brsil
  --du cap de Bonne-Esprance
  --(Plateaux de)  la Nouvelle Galles du Sud
Gypse  l'Ascension
Gypse  la surface du sol  Sainte-Hlne
  --dans des couches volcaniques  Sainte-Hlne


Hall (Sir J.).--Sur le dgagement de l'acide carbonique
Hlne (Ile de Sainte-)
_Hlix_ (fossile)
_Hlix mlo_
_Hemitrypa_ (fossile)
Hennah (M.).--Sur des cendres  l'Ascension
Henslow (Le Professeur).--Sur la calcdoine
Hoffmann.--Sur le trachyte dcompos
Holland (Le D').--Sur l'Islande
Horner (M.).--Sur une substance calcareuse d'origine animale
  --Sur la fusibilit du feldspath
Hubbard (Le  Dr).--Sur les dikes
Hutres (Extinction des)
Humboldt (Alex. de).--Sur les formations d'obsidienne
  --Sur les fragments jaculs
  --Sur les parapets des cratres
  --Sur les sphrulites
Hutton.--Sur les roches amygdalodales
Hyalite dans le trachyte dcompos


Iles volcaniques (Distribution des)
  --(Soulvement des)
Incrustation sur les rochers de Saint-Paul
Incrustations calcareuses  l'Ascension
Islande (Stratification des collines ctires de l')
James (Ile)
Jaspe (Origine du)
Jonns (M. Moreau de).--Sur les cratres transforms par le vent
Juan Fernandez (Ile de)


Keilhau (M.).--Sur le granite
Kicker Rock
King George's Sound


Labrador. Feldspath jacul
Lacs  la base de volcans
Lamellation des roches volcaniques
Lanzarote (Lits calcaires de)
Lave, son adhrence aux parois d'une gorge
  --feldspathique
  --semi-amygdalodale avec vacuoles
Laves avec monticules irrguliers  l'Ascension
  --(Composition de la surface des)
  --(Coules de) se confondant  San Thiago
  --des Galapagos
  --(diffrences d'tat de la surface des)
  --(Fluidit des)
  --(Minceur extrme des coules de)
  --(Poids spcifique des)
Lesson (M.).--Sur les cratres de l'Ascension
Leucite
_Littorina_ (fossile)
Lonsdale (M.).--Sur des coraux fossiles de la Terre Van Diemen
Lot,  Sainte-Hlne
Lyell (M.).--Sur les cratres de soulvement
  --Sur des oeufs de tortues empts dans une roche
  --Sur un revtement luisant des dikes


Macaulay (Le Dr).--Sur des moules calcaires  Madre
Mac Tullock (Le Dr).--Sur une roche amygdalodale
  --Sur la chlorophaete
  --Sur une rtinite lamellaire
Mackensie (Sir G.).--Sur des coules de lave caverneuses
  --Sur des coules d'obsidienne
  --Sur un revtement luisant des dikes
  --Sur la stratification de l'Islande
Madre (Moules calcaires )
Magazine (Nautical): rapport sur des phnomnes volcaniques ayant leur
  sige dans l'Atlantique
Marekanite
Maurice (Ile)
  --(Cratre de soulvement de)
Mica en nodules arrondis
  --(Disposition rayonne du)
  --(Origine du) dans des phyllades mtamorphiques
Miller (Le Professeur).--Sur des cristaux de quartz dans des lits
  d'obsidienne
  --Sur du feldspath labradorique jacul
Mitchell (Sir T.).--Sur des bombes volcaniques
  --Sur les valles australiennes
Moules calcareux de branches


Narborough (Ile)
Nelson (Le Lieutenant).--Sur les les Bermudes
Nouveau grs rouge (Stratification entrecroise du)
Nouvelle-Caldonie
Nouvelle-Galles du Sud
Nouvelle-Zlande
Nullipores (fossiles) ressemblant  des concrtions


Obsidienne (Absence de l')  l'archipel des Galapagos
  --(Bombes d')
  --(Composition et origine de l')
  --(Coules d')
  --(Descente des cristaux de feldspath au sein de l')
  --(Emission de l') par des cratrestrs levs
  --(Passage de bancs  l')
  --(Poids spcifique de l')
Oeufs d'oiseaux empts dans une roche  Sainte-Hlne
  --de tortues empts dans une roche  l'Ascension
Olivine  la Terre Van Diemen
  --dans les laves  l'archipel des Galapagos
  --dcompose  San Thiago
Oolitique(Structure) de bancs calcaires rcents  Sainte-Hlne
Otaheite


Pattinson (M.).--Sur la sparation du plomb et de l'argent
Paul (Rochers de Saint-)
Pprino
Perlite
Pron (M.).--Sur des roches calcaires d'Australie
Phonolite avec hornblende plus fusible que la pte
  --(Collines de)
  --fissile
Phyllade argileux, sa dcomposition et son contact avec le granit
  au cap de Bonne-Esprance
Plantes fossiles
Plomb (Sparation du) et de l'argent
Plutoniennes (Roches), rpartition de leurs lments par ordre de
  densit
Poids spcifique des laves
  --de roches calcareuses rcentes et du calcaire
Ponce lamellaire.
  --manque  l'archipel des Galapagos
Ponza (Iles). (Trachyte lamellaire des)
Porto-Praya
Prvost (M.C.).--Sur la raret des grandes dislocations dans les les
  volcaniques
_Producta_
Prosperous Hill,  Sainte-Hlne
Puy-de-Dme (Trachyte du)


Quail-island,  San Thiago
Quartz cristallis dans le grs
  --(Cristaux de) dans des couches alternant avec de l'obsidienne
  --(Fusibilit du)
Quartzite tachet d'une matire terreuse  la suite d'une action
  mtamorphique.


Red Hill
Rsineux (Aspect) de scories altres
Rtinite
  --(Dikes de)
Rio de Janeiro (Gneiss de)
Robert (M).--Sur des couches observes en Islande
Rogers (Les Professeurs)
  --Sur des lignes de soulvement courbes.


Sainte-Hlne (Ile de)
  --(Cratres soulvement de)
Saint-Paul (Rochers de)
Salses (Comparaison des), et des cratres de tuf
San Thiago (Ile de)
  --(Cratre de soulvement de)
  --(Effets produits par une  matire calcaire sur la lave )
Scrope (M.P.).--Sur l'obsidienne.
  --Sur la prsence de la silice dans le trachyte
  --Sur la sparation du trachyte et du basalte
  --Sur les sphrulites
  --Sur le trachyte lamellaire
Seale (M.).--Gognosie de Sainte-Hlne.
  --Sur des coquilles fossiles de Sainte-Hlne.
  --Sur les dikes
  --Sur des ossements d'oiseaux empts dans une roche
Sedgwick (Le Professeur).--Sur les concrtions
Sel dans des couches volcaniques
  --dpos par la mer
  --(Lacs riches en) dans des cratres
Septaria en concrtions dans le tuf
Serpules dans des roches souleves
Seychelles
Siau (M.).--Sur le ridement au fond de la mer par l'action des vagues
Signal--Post Hill
Silice dpose par la vapeur
  --(Forte proportion de la) dans l'obsidienne
  --(Poids spcifique de la)
Siliceux (Dpt)
Smith (Le Dr A.).--Sur le contact du granite et du phyllade argileux
Soulvement de l'archipel des Galapagos
  --d'les volcaniques
  --de Sainte-Hlne
  --de la Terre Van Diemen, du cap de Bonne-Esprance,
      de la Nouvelle-Zlande, de l'Australie et de l'le Chatham
Spallanzani.--Sur le trachyte dcompos
Sphrulites dans le verre et dans le bois silicifi
  --dans l'obsidienne
_Spirifera_
Sowerby (M.G.B.).--Description de coquilles fossiles ( l'Appendice)
  --Sur des coquilles fossiles de San Thiago
  --Sur des coquilles fossiles de la Terre Van Diemen
  --Sur des coquilles fossiles terrestres de Sainte-Hlne
_Stenopora_ (fossile)
Stokes (M.)--Collection de sphrulites et d'obsidienne de
Stony-top (Great)
  --(Little)
Stratification du grs  la Nouvelle-Galles du Sud
Stutchbury (M).--Sur des fossiles marins  Otaheite


Tahiti
Talus stratifies dans l'intrieur de cratres de tuf
Terceira
Tertiaire (Dpt)  San Thiago
Thiago (Ile de San)
Tourmaline rayonne
Trachyte (Absence du)  l'archipel des Galapagos
  --(Dcomposition du) par la vapeur
  --de l'Ascension
  --de Terceira
  --devenu tendre  l'Ascension
  --(Lamellation du)
  --(Poids spcifique du)
  --(Sparation du) et du basalte
  --(Veines singulires dans le)
Trapp (Dikes de)  King George's Sound.
  --dans des roches plutoniques
Travertin  la Terre Van Diemen
Tropiques (Oiseau des) devenu rare  Sainte-Hlne
Tuf (Cratres de)
  --(Espce particulire de)
  --(Etat ruin des cratres de)
Turner (M.).--Sur la sparation de mtaux fondus
Tyerman et Bennet.--Sur des fossiles marins  Huaheine


Valles en forme de gorges  la Nouvelle-Galles du Sud
  -- San Thiago
  -- Sainte-Hlne
Van Diemen (Terre)
Veines dans le trachyte
  --de jaspe
Vent (Effets du) sur la forme des cratres
_Venus_ (fossile)
Vincent (Bory de Saint-).--Sur les bombes volcaniques
Vitreuse (Origine de la structure)
Volcaniques (Iles) en voie de formation dans l'Atlantique
  --(Iles), leur distribution


Wacke (Passage de la)  la lave
Wackes argileuses
Webster (Le Dr).--Sur le gypse de l'Ascension
  --Sur une le en forme de bassin
White (Martin).--Sur des sondages









End of the Project Gutenberg EBook of Observations Geologiques sur les Iles
Volcaniques, by Charles Darwin

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Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
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